Correspondance de Napoléon – Septembre 1805

Septembre 1805

 

Camp de Boulogne, ler Septembre 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je vous dirai en grande confidence qu’il n’y a plus un homme à Boulogne, excepté les hommes jugés nécessaires pour la défense de la place et du port. D’ici à peu de jours nous verrons qui aura les rieurs de son côté, de la cour de Vienne ou de moi. Je vous envoie des pièces que me remet le grand juge; faites-moi connaître ce qu’il convient d’en faire.

 

Camp de Boulogne, 1er septembre 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous ai donné l’ordre d’expédier le Pandour à la Martinique, avec 25 hommes et autant de fusils et de poudre qu’il pourra en porter. Donnez ordres aux deux bricks qui sont à Helvoet-Sluys d’établir la croisière qu’ils jugeront la plus utile pour intercepter les paquebots d’Husum et d’Elseneur. Ils se rendront ensuite à Santo-Domingo, où ils prendront les ordres du général Ferrand , pour croiser autour de la colonie et en imposer aux bâtiments qu’armeraient les noirs et aux autres bâtiments qui croiseraient avec les rebelles. Faites mettre sur chacun de ces bricks 150 fusils, qui ne laisseront pas d’être d’un grand secours au général Ferrand.

Faites-moi un rapport sur l’armement des deux frégates qui sont à Flessingue, que mon intention est d’envoyer croiser autour de l’Irlande; si les vivres sont faits, il sera facile d’en former les équipages en dix ou douze jours, en prenant tout ce qu’il y a de disponible à Dunkerque et à Ostende.

Faites-moi connaître quels sont vos projets de croisières pour cet hiver, et quels sont les officiers auxquels vous en confierez le commandement. Dans ces projets de croisières, ne perdez pas de vue l’objet de ravitailler la Martinique, la Guadeloupe, le Sénégal, Cayenne et l’île de France , et l’instruction à ces bâtiments de donner des nouvelles.

Je désire avoir :

1° Le projet de croisière des deux bricks d’Helvoet Sluys;
2° Celui des deux frégates de Flessingue; elles sont très-bien situées pour gêner l’embouchure de la Baltique, inquiéter l’Écosse et faire là du mal;
3° Le projet de croisière de l’expédition d’Afrique.

Indépendamment de ces trois croisières, mon intention est d’établir trois autres croisières avec les bâtiments de l’escadre de Brest, quatre croisières avec l’escadre de Cadix ; total, sans compter les deux premières, huit croisières, employant au moins 30 vaisseaux de guerre et 11 frégates.

Remettez-moi les noms des huit commandants de ces croisières, leur composition et le projet des croisières. Je veux signer moi-même leurs ordres.

 

Camp de Boulogne, 1er septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, j’ai reçu l’état, que vous m’avez envoyé, des jeunes gens de la garde d’honneur et de ceux destinés aux vélites. Allez de l’avant et formez-en des premières compagnies, qui vous seront nécessaires pour votre garde dans les circonstances orageuses qui vont se présenter. Je serai dans peu de jours à Paris. Cet automne sera un automne de grands événements. Poussez l’approvisionnement de Mantoue. J’ai appris avec plaisir que deux mortiers de 12 pouces avaient été fondus à Pavie : faites-les partir pour Mantoue. Écrivez au directeur de la fonderie de Turin que vos places ont grand besoin de mortiers, et qu’il vous en envoie. Étudiez le pays; les connaissances locales sont des connaissances précieuses qu’on retrouve tôt ou tard. Mon armée est ici en grande marche. Continuez cependant à dire que c’est un détachement de 30,000 hommes que je fais partir pour garantir mes frontières du Rhin. Le général Gassendi se rend en Italie. Donnez-lui toutes les instructions et facilités nécessaires pour l’organisation de l’artillerie des places. Je lui ai donné l’ordre de se rendre près de vous en passant à Milan, pour se concerter avec vous sur les opérations dont je l’ai chargé. A l’heure qu’il est, M. le maréchal Jourdan a reçu tous les ordres pour les mouvements de son armée. Je ne pense pas que les Autrichiens mettent beaucoup de troupes à Vérone autrichienne. Toutefois, le maréchal Jourdan en mettra davantage à Vérone française. La désertion, que devront craindre les Autrichiens, les éloignera de ce point de contact. Quelques chevaux de plus ou de moins à la cavalerie italienne ne feront pas grand’chose; les principales ressources du ministère de la guerre doivent être aujourd’hui ’employées à bien approvisionner les places.

 

Camp de Boulogne, 1er septembre 1805

A M. Fouché, ministre de la police générale

La Gazette de France met une note française à la Prusse, qui est fausse, et qu’elle n’aurait pas dû mettre sans la permission du monistre. Mon intention est que ce journal soit suspendu jusqu’au 1er vendémiaire, parce que c’est la première fois qu’il montre de mauvaises intentions. La première fois qu’il montrera le même esprit, il sera supprimé.

(Lecestre)

 

Camp de Boulogne, 2 septembre 1805

A M. Barbé-Marbois

Vous avez vu, par ma dernière lettre, que les quatre millions de la caisse d’amortissement ont été distribués. Ils seront donc à ma disposition. Mais ce qui m’importe beaucoup, c’est que ces quatre millions, pour les capotes, remontes, charrois, pour les attelages, soient payés le 20 de ce mois , car le moindre retard contrarierait toutes les opérations.

Quant au système des finances, il est on ne peut plus mauvais. Ces billets de coupes ne sont que des chiffons, parce qu’ils ne sont pas échus. Mon intention est que l’escompte s’en charge, sans quoi, je ne les reçois plus au trésor, surtout pour la réserve.

Il faut se procurer sept ou huit millions à la trésorerie pour des dépenses urgentes, et qu’il y ait, au ler vendémiaire, dans la caisse du payeur à Strasbourg, de quoi payer vendémiaire et fructidor. Je ne veux point me mettre en campagne sans avoir les moyens de maintenir la discipline, et je ne le peux, si le soldat n’est pas payé . Il me faudra de l’argent pour payer l’extraordinaire en charrois et transports. Je pense qu’il faut qu’au 1er vendémiaire il y ait huit millions dans la caisse de Strasbourg : quatre pour les frais extraordinaires de transports et d’artillerie, et quatre pour le reste.

 

Camp de Boulogne, 2 septembre 1805

Au général Gouvion Saint-Cyr, à Barletta

Monsieur le Général Saint-Cyr, je ne crois pas devoir attendre le dernier moment pour vous faire connaître le plan de campagne adopté par l’Empereur; il est bon que quinze jours à l’avance vous en soyez instruit, afin que, dans le plus profond silence, vous puissiez prendre toutes vos mesures; de sorte que, lorsque je vous aurai transmis les derniers ordres de l’Empereur de commencer les hostilités, vous soyez préparé à jouer le rôle important que vous a confié Sa Majesté dans ses vastes plans, qui embrassent depuis la Baltique jusqu’à Naples.

Vous aurez 20,000 hommes au moment de commencer les hostilités, soit Français, Polonais, Suisses ou Italiens. Cette force, suffisante pour s’emparer de Naples, pour en chasser la cour, pour dissoudre et anéantir l’armée napolitaine, ne le sera plus si 12,000 Russes, 6,000 Anglais avaient le temps, de Corfou et de Malte, de se concerter avec l’armée napolitaine.

Il est essentiel que vous ayez l’initiative des mouvements ; il faut donc que vous gagniez du temps, que vous dissimuliez profondément vos projets, et que, jusqu’au moment où vos opérations commenceront, vous ne donniez aucune inquiétude au roi de Naples.

L’intention de l’Empereur est que vous entriez à Naples au même moment qu’il passera le Rhin ; ce que l’on suppose être dans la première quinzaine de vendémiaire (fin septembre – début octobre). Par là, vous préviendrez les projets des Russes et des Anglais; vous serez maître de Naples avant que ceux-ci aient appris que les hostilités sont commencées ; vous aurez dissous l’armée napolitaine, et vous aurez eu le temps de vous emparer des forts.

Vous établirez à Naples une régence en forme de gouvernement provisoire, et vous ferez ce qui sera convenable pour flatter l’opinion contraire à la cour.

Votre conduite ultérieure dépendra de la conduite des Russes et des Anglais.

Ou ils se réuniront tous en Sicile, pour y attendre de nouveaux secours et concerter un plan d’invasion à l’effet de reprendre Naples: alors les mois se passeront, et vous resterez une partie de l’hiver à armer, s’il est possible, le parti qui est pour nous, et à attendre le résultat des grands événements d’Allemagne;

Ou si, au contraire, 10,000 Russes tentent de débarquer à Tarente, et que vous puissiez être assez fort pour marcher à eux avant qu’ils aient pu se rallier, monter leur cavalerie et leur artillerie, vous ne vous y épargnerez pas; et si, par quelques combinaisons que ce soit, les forces de l’ennemi étaient telles que vous fussiez obligé d’évacuer Naples et la partie méridionale du royaume, vous disputeriez le terrain et vous feriez votre retraite lentement.

Arrivé à Pescara, vous y laisseriez le général de division Reynier pour y commander la place, avec une forte garnison et un abondant approvisionnement d’artillerie, vivres, etc., et vous continueriez votre retraite sur Parme ou sur la Toscane, selon les événements qui auraient eu lieu dans l’Italie supérieure.

Ainsi donc on peut considérer vos opérations sous deux points de vue : comme opposé à l’armée napolitaine, vous êtes attaquant et vous devez faire la guerre offensive, envahir le royaume; et si des forces coalisées supérieures voulaient, à leur tour, établir la guerre offensive dans le royaume de Naples, vous seriez à leur égard un corps d’observation qui leur disputerait le terrain et qui ne pourrait les vaincre parce qu’elles seraient trop supérieures à vous; vous leur rendriez leurs conquêtes difficiles, leur marche lente, et donneriez le temps aux armées d’Allemagne et d’Italie de vous envoyer de nombreux et puissants renforts.

Sous le premier point de vue, d’armée opposée à l’armée napolitaine, vos opérations sont de peu d’utilité pour les opérations générales; mais, sous le point de vue d’armée d’observation opposée aux coalisés, vous empêcherez ou retarderez considérablement leur jonction avec l’armée autrichienne de l’Adige.

Les grands coups se porteront en Allemagne, où l’Empereur se portera en personne, et les opérations mêmes de l’armée d’Italie, si elles n’avaient pas de succès, ne devraient en rien influer sur les vôtres. L’ennemi serait à Milan que vous n’en devez pas moins rester à Naples; car ses succès, s’il en obtient, ne seront que de courte durée et une chimère éphémère. Si les opérations de l’Empereur sont couronnées du succès qu’on a droit d’en attendre, leur premier résultat sera de dégager l’armée d’Italie et de vous envoyer les secours dont vous auriez besoin pour jeter dans la mer les forces coalisées, reprendre tout le pays que vous auriez perdu, et même menacer Sicile.

En dernière analyse, vous devez sans délai commencer l’armement et l’approvisionnement de Pescara, y placer tous les dépôts de votre armée, y mettre un commandant d’armes.

C’est sur ce point-là que seront dirigés vos secours, et enfin c’est votre centre d’opération. Cette place doit tenir plusieurs mois, lors même que vous seriez obligé d’évacuer tout le pays, et redonner à l’Empereur le temps de compléter son plan.

Une fois maître d’une place, vous devez en démolir les fortifications et diriger toute l’artillerie et les approvisionnements sur Pescara. Les châteaux mêmes qui dominent Naples, à peine en serez-vous maître que vous les ferez miner; et, afin que vous ne soyez pas obligé de les reprendre deux fois, vous les ferez sauter dans le cas où vous seriez contraint d’évacuer Naples.

La présente lettre est l’instruction principale de votre plan de campagne, et, quelque événement imprévu qui puisse arriver, c’est dans l’esprit de cette instruction que vous devez chercher la règle votre conduite.

Si l’on parle de la contre-marche que la Grande Armée a faite de l’Océan sur le Rhin, vous devez dire que ce ne sont que 30,000 hommes qui ont marché pour renforcer la ligne de cette partie.

Dans le prochain courrier que je vous expédierai, je vous ferai connaître le plan adopté par l’Empereur, la force de ses différents corps d’armée, ce qui vous rendra plus intelligible ce que je viens de vous écrire.

Mettez-vous en correspondance avec S. Em. M. le cardinal Fesch. Convenez d’un chiffre, que vous me ferez passer, afin que l’on ne puisse prendre connaissance de la correspondance que l’on pourrait arrêter.

 

Camp de Boulogne, 2 septembre 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur le Ministre de la marine, je pars dans une heure pour Paris. Je désire que vous vous arrêtiez toute la journée de demain à Boulogne, et que vous y donniez tous les ordres nécessaires pour le placement de la flottille. Vous passerez en revue tous les équipages dans leur formation de bataillons de terre ; vous les ferez armer de fusils; vous ferez venir chez vous tous les officiers de la marine pour leur faire sentir l’importance de défendre la flottille et le territoire; enfin, vous signerez l’état d’organisation des quatorze équipages, en fixant les officiers qui doivent commander les divisions ou compagnies. Vous laisserez une instruction très-détaillée au contre-amiral Lacrosse, sur le zèle duquel je compte pour seconder les généraux de terre et du génie. Vous lui recommanderez de faire sortir une division de canonnières dès que le temps le permettra. Vous partirez le 17 pour Paris.

 

Camp de Boulogne, 2 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, donnez ordre que le prêtre Élie et Scotti soient envoyés dans la citadelle de Fenestrelle, où ils seront tenus en prison, et sous la responsabilité du commandant.

Le général Masséna est parti hier de Paris. Les ordres ont été envoyés à toutes les troupes qui sont à Gênes et à Livourne de se mettre en marche pour se réunir à Brescia. Je serai demain à Paris. L’insolence des Autrichiens sera punie. Il faut encore dissimuler, tenir de bonnes paroles de paix, mais ne rien répondre aux lettres de M. de Bellegarde.

J’ai fait venir ici le corps italien pour le passer en revue; il est bien habillé, d’une assez bonne tenue, et fait bien les petites manœuvres; mais les généraux ont besoin de s’instruire.

 

Camp de Boulogne, 2 septembre 1805

A M. Fouché, ministre de la police générale

Le médecin Mayer doit être enfermé pendant deux mois au cachot et au secret, pour lui apprendre à prêcher des sentiments contre l’honneur. Que le général Virion leur fasse connaître que la première personne qui s’échappera sera traduite devant une commission militaire, et fusillé comme ayant violé da parole.

(Lecestre)

 

La Malmaison, 4 septembre 1805 (Napoléon a quitté Boulogne la veille)

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous renvoie vos lettres. L’amiral Villeneuve vient de combler la mesure; il donne, à son départ de Vigo, l’ordre au capitaine Allemand d’aller à Brest, et vous écrit que son intention est d’aller à Cadix. Cela est certainement une trahison. Voilà, l’escadre d’Allemand fortement compromise, qui va errer plusieurs mois sur les mers. Cela n’a plus de nom. Faites-moi un rapport sur toute l’expédition. Villeneuve est un misérable qu’il faut chasser ignominieusement. Sans combinaisons, sans courage, sans intérêt général, il sacrifierait tout pourvu qu’il sauve sa peau. Car enfin, le 26 thermidor, il était encore aux atterrages du Ferrol; il savait que le capitaine Allemand devait être, le 25, à Vigo : il devait donc considérer la jonction comme faite. Bien loin de là, il vous écrit, le 26, qu’il va à Cadix, et, le 26, il laisse courir les dépêches qu’il avait faites avant, dans lesquelles il dit qu’il va à Brest, et compromet ainsi le salut d’une escadre aussi considérable que celle du capitaine Allemand, comme il a perdu par sa faute et sa lâcheté cette pauvre Didon. Je suis obligé de reconnaître, après cela, que Missiessy est un héros. Rien n’est comparable à l’ineptie de Villeneuve. Je désire avoir un rapport sur toutes ses opérations. 1° Il a pris une peur panique et n’a point débarqué à la Martinique et Guadeloupe le 67e et les troupes que l’amiral Magon avait à bord; 2° Il a exposé nos colonies, en ne renvoyant que par quatre frégates 1,200 hommes de l’élite des garnisons; 3° Il s’est lâchement comporté dans le combat du 3, en ne réattaquant pas une escadre dégréée, qui avait deux vaisseaux à la traîne; 4° Arrivé au Ferrol, il a laissé la mer à l’amiral Calder, quand il attendait une escadre 5 vaisseaux, et n’a point croisé devant le Ferrol jusqu’à l’arrivée cette escadre; 5° Il a été instruit que l’escadre voyait des vaisseaux ennemis mener la frégate la Didon à la remorque, et il n’a point chasser ces vaisseaux pour dégager la frégate; 6° Il est parti le 26, au lieu de venir sur Brest, il s’est dirigé sur Cadix, violant ainsi ses instructions positives. Enfin il a su que l’escadre du capitaine Allemand devait venir le 25 thermidor à Vigo prendre des ordres, et, le 26, il a appareillé du Ferrol, sans donner de nouveaux ordres à cette escadre, lui ayant, au contraire, fait remettre au Ferrol des instructions tout opposées qui compromettent cette escadre, puisqu’elle avait ordre de se rendre à Brest, tandis que lui, Villeneuve, allait à Cadix.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, vous expédierez avant de vous coucher un courrier extraordinaire à Cassel, qui de là continuera sa route pour Berlin. Vous recommanderez à ce courrier de faire la plus grande diligence pour arriver à Cassel promptement, vu que cela est très-urgent. Vous écrirez à mon ministre, à Cassel, que, dès le moment où il recevra une lettre du général Bernadotte, qui lui écrira de faire des instances pour que le passage lui soit accordé, afin de se rendre en France, il ait sur-le-champ à passer tous les offices nécessaires pour que ledit passage soit accordé. Mais, quelle que soit la volonté de la cour de Cassel, mon intention n’est pas que le général Bernadotte soit retardé d’un jour. M. Bignon y mettra toutes les formes possibles, et fera connaître que le général Bernadotte se rend en France par Würzburg. Il fera entendre qu’il est tout simple que, dans le moment où l’Autriche réunit tant de troupes dans le Tyrol, toutes les forces françaises se concentrent et se réunissent sur le haut Rhin. Si l’Électeur faisait des difficultés, il fera comprendre verbalement, et en termes extrêmement modérés et très-sages, que le général Bernadotte, ne pouvant être retardé dans ses mouvements, sera tel jour en tel endroit, tel jour en tel autre; qu’on n’exigera rien des habitants et que tout sera bien payé; et il instruira le général Bernadotte de cette notification , pour qu’il passe outre. Vous enverrez la copie de la lettre adressée à M. Bignon , à M. Laforest, à Berlin. Ce ministre se conduira selon les circonstances. Si le traité était signé, il ne ferait mystère de rien au cabinet de Berlin; il dirait que mon intention est de concentrer mes troupes sur le Rhin; que, ne voulant pas, cependant, renoncer à mon système de guerre maritime, cela m’a porté à rappeler le général Bernadotte dans mon centre d’opérations, et que ce général doit se rendre, selon les circonstances, en France. Si, au contraire, la cour de Prusse avait changé de dispositions, il attendra qu’il apprenne que le général Bernadotte est parti de Göttingen, et fera alors connaître que ce corps se rend en France pour garnir le haut Rhin et la Suisse, et que mon intention est de garder le Hanovre avec la seule place de Hameln, où j’ai laissé les garnisons suffisantes. Vous expédierez demain des courriers à Ratisbonne et à Vienne. Le courrier de Ratisbonne portera l’ordre à mon ministre à la diète de déclarer, du moment où l’on saura que le général Bernadotte est parti de Göttingen, que ce corps se rend en France pour garder le haut Rhin et la Suisse , que l’Autriche paraît menacer. Il aura soin de faire cette déclaration un plus tard que plus tôt. Il donnera verbalement l’assurance que ce corps ne séjournera pas dans les États d’Allemagne et ne fera que passer. Envoyez la même instruction, à Vienne, à M. de la Rochefoucauld , qui la signifiera par écrit, s’il le faut. Il dira à la cour de Vienne qu’instruit des mouvements qui se font dans le Tyrol, j’ai cru devoir appeler ce corps sur le haut Rhin, et que, se trouvant au centre de l’Allemagne, je n’ai pu faire autrement que de lui faire traverser l’Allemagne pour entrer en France. Il est même convenable de donner aux déclarations, tant à la diète qu’à Vienne, une tournure pacifique; car, en effet, évacuer un électorat est une décision pacifique. Mais surtout, et sous sa plus grande responsabilité, instruisez M. de la Rochefoucauld qu’il ne doit pas faire cette déclaration que la marche du général Bernadotte ne soit bien connue, et  plutôt un jour trop tard qu’un jour trop tôt. On suppose qu’il ne doit pas être dans le cas de la faire avant le premier jour complémentaire (18 septembre). Il faudra également prévenir de cela M. Otto, pour qu’il se trouve toujours au courant de tout.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, expédiez au maréchal Masséna, par l’estafette de demain, l’ordre de faire avancer son parc d’artillerie, de former ses divisions, de faire mettre de l’artillerie sur les remparts du château de Vérone. Vous lui commanderez d’exiger que le biscuit y soit renfermé, et de déterminer le commandant qui sera chargé de défendre Vérone, vu qu’il est important de se tenir maître du vieux pont. Il fera préparer aussi tous les outils, afin qu’on puisse, dès qu’on aura passé, construire sur-le-champ une tête de pont au vieux pont. Vous lui enverrez, dans deux jours, le plan de campagne qu’il doit suivre. Vous recommanderez cependant que son langage soit toujours pacifique, vu que je ne serai en mesure sur le Rhin que le 5 vendémiaire. Je n’ai encore reçu que les lettres du 10 fructidor aux généraux Marmont et Bernadotte. Mon désir est que vous m’apportiez, ce soir, les dernières lettres à ces généraux. Donnez ordre á tous les colonels et lieutenants-colonels absents de leurs corps de les rejoindre, même à ceux qui font partie de la Maison de l’Impératrice et de la mienne, ainsi que de celle des princes. Plusieurs officiers sont nommés chefs de bataillon ou capitaines dans ma Garde; vous leur donnerez l’ordre de se rendre en droiture à Strasbourg, afin de leur épargner de faire une route inutile en se rendant à Paris.

 

Saint-Cloud , 5 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je vous ai demandé la copie des lettres que vous avez écrites au maréchal Bernadotte et au général Marmont; vous ne m’envoyez que celles du 10. Faute de ces copies, il m’est impossible de vous donner d’autres ordres. Je vous ai dit, une fois pour toutes, de me renvoyer la copie de tous les ordres que je vous dictais. Je vous renvoie des lettres qui ne me servent à rien. Je vois seulement dans une lettre du maréchal Jourdan qu’il dit qu’il n’a pas d’équipage de campagne; cela est par trop bête. Demandez à vos bureaux l’état de ce qui existe en artillerie de campagne , en Italie, et mettez-le-moi sous les yeux demain.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Vous écrirez la lettre ci-après au maréchal Bernadotte.

Je suis fâché que vous ne soyez pas venu ce soir.

Envoyez-moi les lettres au maréchal Bernadotte. Ce sont choses que j’ai besoin de consulter deux fois par jour.

AU MARÉCHAL BERNADOTTE, COMMANDANT LE ler CORPS DE LA GRANDE ARMÉE

Monsieur le Maréchal, l’Empereur vous ordonne de partir, avec votre corps d’armée, pour vous rendre à Würzburg, et de combiner votre marche de manière à y être arrivé du 1er au 2 vendémiaire. Vous êtes censé vous rendre à Mayence. Vous écrirez à M. Bignon pour qu’il demande passage sur les terres de l’Électeur, pour rentrer en France. Arrivé à Würzburg, vous recevrez de nouveaux ordres.

  1. Otto , qui est à Munich , est chargé de vous instruire de tout ce qu’il y aurait de nouveau sur l’Inn, qui pourrait vous intéresser. Je m’en rapporte à ma dernière lettre pour toutes les précaution à prendre par vous, et pour tout ce que vous devez faire. Envoyez-moi, par le retour de mon courrier, la route que vous prendrez, afin que je puisse faire connaître à l’Empereur le lieu où vous serez chaque jour.

Je n’ai pas besoin de vous dire qu’il est nécessaire de donner cinquante cartouches à chacun de vos soldats et que vous en fassiez transporter autant qu’il sera possible, non-seulement par les charrois, mais encore par les transports du pays.

Je dois vous dire, mais absolument pour vous seul, car c’est est un secret politique qu’il importe de garder scrupuleusement, que l’Électeur de Bavière a mis ses troupes à la disposition de l’Empereur, et que, si ce prince se trouvait attaqué par l’Autriche , il se porterait avec 25,000 hommes par Donauwoerth et opérerait, sa jonction avec vous. Mais rien ne porte à penser que l’Autriche soit en mesure et assez décidée pour commencer les hostilités. Je ne puis donc de nouveau trop vous recommander de vous bien observer dans vos discours, et de faire en sorte que vos généraux en usent de même. Vous ferez dire partout que vous rentrez en France, parce que vos troupes sont relevées par d’autres troupes venant de Hollande. On en croira ce qu’on voudra; mais il n’en est pas moins nécessaire de ne pas sortir de ce cercle de conversation.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1805

A M. Fouché

Je désire connaître les sociétés et maisons où l’on a célébré la Saint-Louis, à Rennes. Lancez un décret et faites arrêter le nommé Dubrays. Qu’on le fasse saisir avec ses papiers et transférer à Paris.

(De Brotonne)

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1805

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je vous renvoie vos dépêches. J’imagine que vous êtes aussi indigné que moi de la conduite infâme de Villeneuve. Pour moi, j’en suis si confondu que je ne puis m’expliquer et je ne puis concevoir comment il a été assez lâche pour exposer ainsi l’escadre du capitaine Allemand. Je n’en puis voir d’autre raison, si ce n’est que le manque de courage qui l’a empêché d’aller à Brest lui a fait penser qu’il ne devait pas se réunir avec l’escadre de Rochefort, parce qu’il aurait été plus coupable.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1805

DÉCISION

Le ministre de la guerre rend compte à l’Empereur de la prise d’un navire de commerce allant de Porto-Ferrajo à Bastia et du bateau-poste venant de ce dernier port. Il expose la demande du général Durutte tendant à avoir à Porto-Ferrajo quelques corsaires de l’État. Renvoyé au ministre de la marine. J’ai donné cent fois l’ordre qu’il y ait deux bricks à Porto-Ferrajo. Il est vraiment honteux que la marine n’ait pas encore exécuté cet ordre; de manière que deux îles et plusieurs places fortes sont exposées à être pillées par le plus petit forban. Faites enfin exécuter mon ordre.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1805

A M. Fouché

Depuis quelque temps, je remarque un article dans le bulletin de police, intitulé : Légation autrichienne. Cet article est constamment faux. Cela est peu propre à me donner confiance dans les autres articles. Si je désire avoir des renseignements sûrs, c’est surtout aux chapitres des relations extérieures, et rien n’est mal pensé et faux comme ce qu’on y met. Il vaut mieux ne me rien dire sur les ambassadeurs que de me dire des choses qui ne sont pas sûres.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin , je vous prie de me faire connaître si vous avez chargé un individu sachant l’allemand de suivre la marche des régiments autrichiens et de les classer dans des cases d’une boîte que vous avez dû faire faire exprès.

Le nom ou le numéro de chaque régiment doit être inscrit sur une carte de jeu, et on les change de case selon qu’ils changent de position. Les régiments autrichiens sont répartis en Italie, dans le Tyrol, au camp de Wels et en Bohême. Faites écrire à mes différents ministres à Vienne, à Munich, à Salzburg, à Dresde, à Ratisbonne, à Berne, et faites abonner aux gazettes allemandes de ces villes l’individu que vous chargerez de cette besogne. Tous les journaux allemands ne retentissent que du nom et de la marche des régiments autrichiens. M. Bacher, mon ministre à Ratisbonne, vous donnera d’excellents renseignements; le général Vial peut également vous en donner. Cet objet est très-important.

Je désire que vous me présentiez lundi la caisse, que je dois garder, dans laquelle la répartition des régiments sera faite exactement.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je désirerais que vous chargeassiez MM Forest, Durand, le général Victor, et Ruffin, qui est à Constantinople, de se procurer le nom de tous les régiments qui se trouvent, soit en Pologne, soit sur les bords de la mer Noire, soit dans l’intérieur de la Russie, afin qu’il soit possible de suivre leurs mouvements à mesure qu’ils en feraient. MM. Alquier et Rostagny pourront, de leur côté, envoyer le nom de tous les régiments qui sont à Corfou Je désire que vous me fassiez remettre le plus tôt possible un almanach et un état militaire russes.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1805

Au vice-amiral Decrès

Je me dispense de vous dire tout ce que je pense de la lettre que vous m’écrivez. Il s’ensuit donc de ce qu’un vaisseau espagnol a eu un mât de hune cassé, et qu’un vent du nord a soufflé, ce qui pas rare à la mer, que je dois avoir 5 vaisseaux pris et mon expédition manquée ! Cela n’est pas exact. Après avoir lu les dépêches de Villeneuve, vous n’avez jamais dû penser qu’il vînt à Brest. Il écrivait : “Je vais à Cadix;” et Lauriston, qui a été trompé m’écrivait le 26 thermidor : “Nous allons enfin à Brest “, m’écrit de Cadix que la première chose que lui dit l’amiral en mettant à la voile fut : “Nous allons décidément à Cadix, je l’ai écrit au ministre.” Je désirerais voir justifier Villeneuve. Jusqu’à ce que vous ayez trouvé quelque chose de plausible, je vous prie de ne me point parler d’une affaire si humiliante, et de ne point me rappeler le souvenir d’un homme aussi lâche. Dans tous les pays du monde, une escadre de 40 vaisseaux ferait huit cents lieues pour sauver 6 vaisseaux. Mais qu’importe à Villeneuve qu’Allemand soit perdu ? il n’y est pas.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1805

Au maréchal Berthier

La 2e division de dragons a marché en très-mauvais ordre. Les colonels des 10e, 13e, 3e et 11e n’étaient point avec leurs régiments. Le général Walther, qui commande la division, ni aucun des généraux de brigade n’étaient avec eux. Témoignez mon mécontentement au général Walther et aux colonels, et à l’inspecteur de la Garde qui comprend comme grenadiers quatre-vingts ouvriers de Paris qui n’ont jamais servi et qui sont incapables de faire aucun service. Un des corps où un abus aussi préjudiciable ne devrait pas avoir lieu est certainement celui de la Garde. Donnez ordre que ces individus soient sur-le-champ effacés des contrôles.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1805

DÉCISION

Le sieur Marescaux se plaint de ce qu’on ne lui a pas accusé réception de son plan de descente, et propose de soumettre un projet de paix générale. Renvoyé au ministre de la police pour faire dire à cet homme de rester tranquille et de s’occuper de ses affaires.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, j’ai appris avec plaisir la délivrance des 520 Génois qui étaient captifs à Alger. Faites faire l’état de ceux qui se trouveraient encore dans les prisons du Maroc, d’Alger ou de Tunis; je prendrai des mesures pour leur faire rendre la liberté.

Le 20e de ligne devrait être arrivé de Corse et parti pour Alexandrie; le 102e ne doit plus être à Gênes; le 67e doit y être arrivé.

Il serait possible que dans le mois prochain les hostilités vinssent à commencer. Ayez l’œil sur les armées françaises, afin d’être en mesure, selon les circonstances, d’avoir la ville de Gènes bien approvisionnée et en état de soutenir un long siége, si les événements l’exigeaient. Activez autant qu’il vous sera possible la confection des affûts et la bonne organisation de l’artillerie de cette place de dépôt.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1805

DÉCISION

Le sieur de Monteil offre de vendre à l’Empereur son château de Clermont-sur-Oise. Je n’ai que trop de châteaux : je n’ai pas besoin de celui-là.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1805

A M. Lebrun

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 15. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous donniez une indemnité à M. Nardon, mais verrais avec peine que M. Nardon, au lieu d’avoir emmené sa femme, eût amené sa maîtresse. Je désire que vous vous en expliquiez. J’ai le droit d’exiger de la moralité et surtout la plus grande décence la part de ceux auxquels je confie des fonctions importantes. A cet effet, témoignez mon mécontentement à M. Forfait : on m’assure qu’il va publiquement au théâtre avec une Romaine qui n’est qu’une femme publique. Un homme de son âge et dans sa place ne devrait pas se compromettre à ce point.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, écrivez à mon Ministre en Toscane que j’ai retiré mes troupes de Livourne; que, si la Reine en a besoin, j’en ferai passer d’autres; mais que mon intention est que les troupes de Toscane fassent le service à Livourne et y maintiennent une sévère police. Il fera connaître que, si la ville de Livourne se permet quelque chose en faveur des Anglais, j’enverrai les en faire repentir.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1805

Au général Dejean

Le 18 de ce mois, il n’y avait que très-peu de biscuit à Strasbourg; le commissaire des guerres qui est là allait lentement et paraît avoir très-peu de moyens. Il attendait l’armée pour avoir des boulangers; cependant, quand l’armée sera arrivée , il sera assez occupé pour la nourrir.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1805.

Au prince Eugène

Mon Cousin, j’ai reçu vos lettres des ler et 2 septembre. M. Aldini, qui travaille régulièrement avec moi, vous écrira exactement tous les jours.

J’ai établi en Italie une contribution de guerre de six millions, que je laisse toute à votre disposition pour compléter l’approvisionnement de vos places. Mon décret du 3 thermidor doit être exécuté dans toute sa teneur. J’ai chargé M. le ministre Dejean de correspondre en grand détail avec vous sur cet objet. Je pense que vous devez prendre des fonds sur cette contribution pour activer soit l’armement des places, soit leur approvisionnement en bois, soit la construction des affûts; c’est surtout Mantoue qu’il faut approvisionner. Je n’ai pas besoin de vous dire combien les moments sont précieux. Ne perdez point de vue la fonderie de Pavie. Fournissez des fonds, s’il le faut, pour les travaux de la citadelle de Plaisance et mettez-la dans le meilleur état de défense possible. J’ai lieu de croire, et je vous le dis pour vous seul, que les hostilités commenceront dans la première quinzaine de vendémiaire. Faites-moi connaître la situation de l’armée et l’état des affaires. Par ces dispositions, vous voyez que je réponds à votre lettre du 11 septembre. Pour les détails de l’exécution de mes ordres, écrivez au ministre Dejean ou à M. AIdini, qui me les mettront sous les yeux. Faites pour les gardes d’honneur tout ce qui vous convient. Il faudra pour compléter les trois corps italiens qui sont à Boulogne, 1,000 à 1,200 conscrits; tâchez de les leur procurer.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1805

Au général Duroc, à Berlin

Monsieur le Général Duroc, j’ai reçu votre premier courrier et date du 16. M. Talleyrand vous répond plus longuement. Il vous dira que je trouve bien l’article tel qu’il est proposé par M. de Hardenberg, c’est-à-dire que, si la guerre n’a pas lieu, je garantirai l’état actuel de l’Italie. Je désire beaucoup savoir positivement si les Russe sont entrés sur le territoire autrichien. Que M. Laforest n’épargne point les espions; qu’il envoie des officiers prussiens ou autres pour observer, et qu’il prodigue l’argent, si cela est nécessaire. Le roi de Prusse peut éviter une grande guerre en concluant le traité; sans quoi, il est impossible de savoir où tout cela mènera. Le ton de l’Autriche est très-insolent. Elle a déclaré, dans une note, qu’elle voulait rester armée et que deux colonnes de troupes russes, de 25,000 hommes chacune, devaient venir à son secours; qu’ainsi armée elle entendait me forcer la main, tant pour interpréter le traité de Lunéville à sa fantaisie que pour m’obliger à faire la paix ave l’Angleterre. La violence et l’absurdité de cette conduite sautent à l’œil, puisque l’Autriche et la Russie s’arment contre moi, et ne s’arment pas contre l’Angleterre ; de manière qu’elles prétendent me forcer à accepter les conditions humiliantes qu’il leur plaira de m’imposer, et qu’elles n’usent d’aucun moyen pour y contraindre l’Angleterre. Ne vous arrêtez à rien; tâchez de conclure. Pourvu que votre traité ne me lie pas les mains pour marcher de suite, je passerai par-dessus tout le reste. J’ai dicté à M. Talleyrand tous les raisonnements qui peuvent faire comprendre que, pour éviter une grande guerre, il faut la faire promptement, et que, si l’on attend le printemps, nous serons infailliblement conduits à une longue-et grosse guerre. J’ai développé cela sous tous les points de vue : causez-en avec le Roi. Faites-lui comprendre qu’en dernière analyse, si je voulais écouter les prétentions de l’Autriche, avec le quart d’une province comme le Hanovre, je la satisferais, soit en Italie, soit ailleurs. Faites-lui comprendre aussi que les Anglais ont réussi Saint-Pétersbourg et à Vienne, et que le but est véritablement de nous forcer la main; qu’une fois l’Autriche et la Russie engagées à faire cause commune, et accoutumées à prendre en haine la France et la Prusse, si celles-ci ne se serrent pas, Dieu sait ce qui arrivera.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1905

Au vice-amiral Decrès

Dirigez sur le quartier général de l’armée d’Italie deux lieutenants de vaisseau, dont l’un pour commander la marine de Mantoue, et l’autre celle du lac de Garda. Donnez à chacun trois enseignes. Comme vous l’entendez bien, il ne faut pas qu’ils soient très-bons manœuvriers, mais qu’ils soient vigoureux et actifs. J’ai ordonné à l’architrésorier de former une compagnie de 100 matelots génois et de les envoyer à Peschiera pour la défense du lac. Donnez dans le même sens vos ordres à la marine à Gènes.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, j’ai donné l’ordre de lever à Gênes une compagnie de 100 matelots génois, et de vous les envoyer. Faites ce qui est possible pour avoir la supériorité sur le lac de Garda. J’avais dans le temps établi sur le lac Majeur, sur le lac de Lugano, sur le lac de Como, une barque armée qui dominait tout le lac; cela ne laissait pas que d’être avantageux. Un officier de confiance instruisait de tout ce qui se passait, soit pour prévenir la contrebande, soit pour empêcher les prisonniers qu’on faisait de s’en aller par les montagnes. Cette mesure n’est pas extrêmement pressée, mais elle doit être utile et doit nécessiter une très-petite dépense. Quoique la citadelle de Plaisance ne vous regarde proprement pas, ayez cependant toujours l’œil dessus, et sachez m’instruire si elle est fortifiée, si l’on y fait des travaux, et si on la tient armée et approvisionnée.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1805

Mon Cousin, le général Miollis a prêté serment et se rend à Mantoue en qualité de gouverneur. C’est un homme qui défendra bien la plaxe. Faites-lui fournir tout ce qui vous sera possible.

Envoyez cent hommes de votre bataillon de marine à Mantoue, car, pour la défense du lac, il est nécessaire d’avoir huit bateaux.

(Prince Eugène)

 

11 septembre 1805

DÉCISIONS

Le ministre de la guerre soumet à l’Empereur trois projets relatifs : le premier à l’organisation ds ambulances de la garde impériale, le second à la fabrication des armes de guerre, le troisième aux outils des bataillons de sapeurs Approuvé. Renvoyé au Conseil d’État
Les appointements du directeur du télégraphe prè de la Grande Armée doivent-ils être payés par le ministère de l’intérieur ou par le ministère de la guerre Le ministère de l’intérieur continuera à payer le traitement ordinaire; le ministère de la guerre payera le supplément.
L’Institut sollicite pour un prisonnier de guerre anglais la permission d’aller passer quelques mois en Angleterre Refusé
Lady Clavering sollicite le retour à Paris de sir Clavering, qui est à Orléans Refusé
Le ministre propose 1° de nommer à l’emploi de commandant du 5e régiment d’infanterie légère le colonel Dubreton

2° De remettre en activité de grade le général de brigade Balthazar Miollis

De nommer chef d’état-major de la place de Mantoue le général de brigade Castella

Connaître ses états de service

Projet de décret pour le nommer commandant et l’envoyer en Italie

Approuvé pour être employé à Mantoue comme général, mais non comme chef d’état-major. Ordre de s’y rendre le 6 vendémiaire.

Le minsitre propose de nommer à un emploi de chef de bataillon au 34e régiment de ligne le chef d’escadron Curial, aide de camp Nommer un officier qui sert en france et non l’aide de camp du général Alméras qui est à l’île d’Elbe
Motifs qui ont déterminé le sieur Ponthier, ex-sous-lieutenant au 61e regiement de ligne, à donner sa démission Le ministre de la guerre fera connaître à cet officier que sa demqnde ne peut être prise en considération
Le ministre directeur de l’administration de la guerre demande pour son fils, capitaine commandant, le grade de chef d’escadron. A la première place vacante.
L’augmentation de dépense résultant pour l’administration des Invalides de l’accroissement des droits de l’octroi pourrait, d’après l’avis du ministre de l’intérieur, être acquittée par le Trésor public sur le vingtième du produit des octrois. Renvoyé au Conseil d’État
Le minsitre de la marine demande que l’administration de la guerre fourniisse des objets d’équipement aux marins qui vont faire un service de terre Le ministre de la marine y a pourvu
Le ministre sumet à l’Empereur diverses questions sur la manière dont on pourvoiera au service des subsistances de la Grande Armée et de celle d’Italie dans le cas où elles passeraient les frontières- Laisser à la disposition de M. Petiet qui rendra régulièrement vompte au ministre.

(Lecestre)

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1805

A M. Fouché

Témoignez mon mécontentement au préfet de Strasbourg pour la proclamation qu’il a faite aux communes de son département; c’est un véritable parlage. Toutes les mesures étaient prises par les autorités militaires, et je n’avais pas besoin d’une proclamation qui décèle mes projets avec tant de détails. Faites défense aux gazettes des bords du Rhin de parler de l’armée, pas plus que si elle n’existait pas; dites-leur qu’il ne leur est pas plus permis d’en parler que des mouvements des escadres.