Correspondance de Napoléon – Septembre 1803

Saint-Cloud, 23 septembre 1803

NOTE SUR LE PLAN DES ENVIRONS DE BOULOGNE

Le plan est mauvais, parce que, de la laisse de basses eaux et vives eaux, l’une n’est pas marquée et l’autre l’est inexactement ; parce que le nom de toutes les fermes et maisons qui se trouvent 1,200 toises n’est pas marqué.

On a même poussé la négligence jusqu’à ne pas marquer le moulin de Saint-Léonard.

On ne croit pas même que les dimensions du port marquées sur le plan soient exactes.

Il faut que la hauteur de toutes les batteries sur la mer soit cotés, ainsi que les principales hauteurs à 1,200 toises.

On doit mettre aussi le nom de toutes les hauteurs.

 

Saint-Cloud, 23 septembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Le Premier Consul désire, Citoyen Ministre, que vous preniez les dispositions suivantes :

Dans les cinq jours de la réception de vos ordres, le préfet maritime, dans les ports où il y en a, et, dans les autres ports, le premier officier de l’administration, désigneront les marins qui doivent entrer dans le bataillon de matelots de la Garde, et, dans les vingt-quatre heures qui suivront, ces matelots seront dirigés sur Paris.

Ces matelots seront, à leur arrivée, casernés à Courbevoie ; ils seront aussitôt habillés sur le modèle qui sera arrêté dans la semaine prochaine. Les habits seront confectionnés par les soins d’un des conseils d’administration de la Garde.

 

Paris, 24 septembre 1803

DÉCISION

Mademoiselle Robespierre, rue Jacob, n° 26, demande des secours.Le grand juge lui fera donner  600 francs une fois payés , et 150 francs par mois.

 

Paris, 24 septembre 1803

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Le citoyen Perrier, qui est chargé d’établir une fonderie à Liège, aurait besoin de cinquante à soixante arbres. Je vous prie d’écrire à l’inspecteur des forêts du département de les lui fournir. Il les payera leur valeur.

 

Paris, 24 septembre 1803

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – Les places de Bruxelles, Louvain, Diest, Tirlemont, Gand (son château excepté), Hulst, Axel, Terneuse, Yzendick, Philippine, Damme, Dendermonde, Alost, Oudenarde, Bruges, Courtray, Menin, Warneton, Furnes, Mons, Ath, Tournay (excepté la citadelle), Libre-sur-Sambre (Charleroi), Namur, Liège, Huy, Maseyck, Hasselt, Malines et Lierre sont supprimées et ne seront plus mises au rang des places et postes de guerre.

En conséquence, les fortifications et les terrains militaires desdites places seront vendus en numéraire et dans la forme prescrite par les lois sur l’aliénation des domaines nationaux.

ARTICLE 2. – Le produit de la vente des fortifications et terrains militaires sera versé au trésor public, avec l’affectation spéciale des fortifications militaires.
ART. 3. – Un officier du génie, nommé par le premier inspecteur général de ce corps , un ingénieur des ponts et chaussées, nommé par le conseiller d’État spécialement chargé de ce département, se réuniront, dans le courant de vendémiaire, au maire de chacune des villes ci-dessus désignées, à l’effet d’indiquer dans chaque ville les objets qui doivent être vendus, en former des lots et rédiger le cahier des charges relatives à la vente, à la démolition des ouvrages, à l’aplanissement et mise en culture du terrain.
Le travail de ces commissaires sera successivement adressé au ministre de la guerre, pour être par lui soumis à l’approbation du Gouvernement. Ce travail devra être terminé avant le 15 brumaire.
ART. 4. – Les commandants d’armes, adjudants et secrétaires des places des villes ci-dessus désignées cesseront leurs fonctions du jour où les ventes des fortifications et terrains militaires seront ouvertes dans chaque place, et au 1er germinal dans celles où elles n’auraient pas été ouvertes avant cette époque.
ART. 5. – La même commission désignera, dans le rapport qu’elle fera sur les places de Bruxelles, Louvain , Gand, Bruges, Malines et Liège, les casernes et autres bâtiments militaires accessoires qui , dans ces six places, leur paraîtront nécessaires et les plus propres aux garnisons indiquées ci-après pour chacune desdites places :

NOM DES PLACESFORGES ET ET NATURE DES GARNISONS
InfanterieCavalerie
Bruxelles
Louvain
Gand
Bruges
Malines
Liége
3 bataillons

3 bataillons
4 idem
1 idem
3 idem

4 escadrons
4 idem
 »
 »
 »
 »
« 

ART. 6. – Tous les bâtiments affectés au service militaire, dans les villes dénommées dans l’article 1, sauf ceux qui seront réservés en exécution de l’article 5, ceux que les villes se chargeront d’entretenir à leurs frais et de tenir à la disposition du ministre de la guerre, avec les effets et ustensiles nécessaires au casernement, et ceux qui, sur la demande des ministres, seront spécialement réservés par le Gouvernement pour un service public, seront vendus ainsi qu’il a été dit des fortifications et terrains militaires. Le produit desdites ventes sera de même versé au trésor public, avec l’affectation spéciale des fortifications militaires.
ART. 7. – Les ministres de la guerre , de l’administration de la guerre, de l’intérieur et du trésor public sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté.

 

Paris, 26 septembre 1803

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Citoyen Général Soult, je reçois vos lettres des 1er et 2 vendémiaire. J’approuve fort le parti que prend le général Marescot de faire travailler par enrochement.

Je ne crois pas que les pièces de 24 sur affûts de siège puissent jamais rester sur la laisse de basse mer; il serait plus possible qu’elles restassent sur des affûts marins.

La première partie de la flottille commence à se mettre en mouvement; il est parti vingt bateaux de Granville; il en est parti de Saint- Malo, de Brest et de Lorient.

Faites-moi connaître si vous aurez quelque part à Boulogne un emplacement pour manœuvrer huit ou dix bataillons.

Indépendamment des douze mortiers de Douai, on va vous faire partir d’ici six mortiers qui portent à plus de 2,000 toises.

Les 24e légère et 10e embarquées au Havre et Granville, vous arrivent.

Si les douze mortiers à plaque sont prêts, pourquoi Faultrier ne vous les envoie-t-il pas ? Vous les placerez alors comme vous le jugerez convenable; mais songez que douze on quinze mortiers à grande portée ne sont pas trop pour Boulogne; nous aurons là de grands combats.

 

Paris, 26 septembre 1803

A Madame veuve Martin

Le grand juge, Madame, vous fera remettre 12,000 francs. Le ministre de la guerre a dû vous remettre un brevet de pension de 3,000 francs. Ce sont là de faibles marques de l’intérêt que je prends à votre position et de la mémoire que je conserve des services rendus par votre mari sur le champ de bataille, et je saisirai toutes les occasions qui s’offriront de vous être utile.

 

Paris, 28 Septembre 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’expédier un courrier à Constantinople avec une lettre en chiffre à notre agent à Alep, pour lui faire connaître que, si la prise de la Mecque et de Djeddah se confirme, il prenne les moyens décrire au chef des Wahhabites (adeptes d’un mouvement politique et religieux, à tendance puritaine, des musulmans d’Arabaie saoudite, fondée par Abd al-Wahhab, 1703-1792). Il lui écrira d’abord simplement que le consul Bonaparte désire savoir si les Français qui pourraient naviguer dans la mer Rouge, on se trouver dans les pays qu’il occuperait, seraient protégés par lui, et si, dans le cas où ils viendraient en Syrie et en Égypte, ils seraient sûrs d’être préservés du pillage et d’être considérés comme amis.

Sur sa réponse, il écrira et tâchera de se procurer des renseignements sur la force et la situation de cette nouvelle secte.

Vous écrirez au citoyen Rousseau pour lui faire connaître que je désirerais ouvrir des correspondances avec la Perse; que je suis mécontent qu’il n’écrive pas plus souvent; qu’il doit écrire au moins une fois par semaine.

Par le retour du courrier, il vous enverra un mémoire détaillé sur la Perse.

Demandez au général Brune de faire prendre des renseignements à Constantinople sur ceux qui commandent en Perse, sur la situation de cette puissance; et même, s’il y a sûreté, qu’il envoie complimenter celui qui y commande. Le général Brune ouvrira les voies pour un ministre que je désirerais avoir à Ispahan.

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Si les Wahhabites marchaient sur la Syrie ou sur l’Égypte, il est nécessaire que notre agent à Alep soit autorisé à nous expédier un bâtiment exprès, soit ….soit grec, qui débarquerait, soit à Tarente, soit à Venise. Je mets de l’insistance à être prévenu avant tout le monde de la véritable force de cette secte.

 

Paris, 28 septembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre au général commandant la 14e division militaire, et au directeur du génie de Cherbourg, de rétablir à Agon la batterie qui y était autrefois. Ils prendront des mesures pour qu’elle le soit avant le 10 vendémiaire.

J’approuve que le détachement de la demi-brigade helvétique, qui est à l’île d’Yeu, rentre à la Rochelle.

J’approuve également que le détachement de cette demi-brigade, qui est à l’île d’Aix, rentre à son corps; mais il faut qu’au lieu des trois compagnies que vous tenez à l’île d’Aix, vous y ayez quatre compagnies de cent hommes chacune, c’est-à-dire quatre cents hommes. Donnez ordre que les canonniers de la marine qui sont à l’île d’Aix et à l’île d’Yeu rentrent à Rochefort, et faites-les remplacer.

Le meilleur moyen pour garantir Granville n’est pas de faire des batteries flottantes, parce que les Anglais les enlèveraient, vu la supériorité de leurs forces, et qu’il faudrait un système de batteries qui deviendrait coûteux. Je pense qu’il faut établir six pièces de 36 sur des affûts qui permettent de tirer sur l’angle de 45 degrés. On tirera des obus et des boulets avec ces pièces, et l’on exercera fréquemment les canonniers à pointer et à tirer de cette manière. C’est, en second lieu, six mortiers à plaques qu’il faudrait placer là. Ces mortiers, qui porteraient la bombe à 9,000 toises, et les pièces de 36, garantiraient la ville. En attendant, vous pouvez expédier pour ce point deux des mortiers qui sont à Paris.

 

Paris, 28 septembre 1803

Au général Berthier

J’approuve, Citoyen Ministre, la proposition du général Sebastiani de placer la batterie de Saint-Valery à Cayeux, et de supprimer celle du Tréport. Je n’approuve pas la suppression des pièces de 4, des batteries mobiles, parce qu’une circonstance peut arriver qu’une division de la flottille ne pût pas doubler un cap et s’échouât,  et qu’alors les Anglais enverraient des péniches pour l’enlever; les pièces de 4, pouvant se porter plus rapidement que toute autre, seraient d’un grand secours pour les repousser.

Quant à l’instruction des canonniers, il faut que le général Sebastiani soit sans cesse sur la côte, ne couche jamais au Havre, fasse faire tous les jours le service à quatre batteries, en désignant un point en mer et y faisant placer un blanc ou signal quelconque. S’il n’est pas familiarisé avec l’arme de l’artillerie, il peut prendre un capitaine en résidence au Havre, qu’il mènera partout avec lui, et les canonniers seront bientôt instruits. Les trois cents hussards qu’il a peuvent aussi servir les batteries à cheval; ils peuvent se porter rapidement sur les batteries; le général Sebastiani doit les former à ce service. Il doit veiller à ce qu’il y ait des cartouches d’infanterie à toutes les batteries, et à ce que les hussards en aient toujours avec eux, de manière à pouvoir protéger, même avec leurs carabines, les bâtiments échoués à terre. Il doit rappeler aux hussards qu’un soldat français doit être cavalier, fantassin, canonnier; qu’il est là pour se prêter à tout.

Le général Sebastiani doit se rendre en poste, en toute diligence, sur les points que l’ennemi attaquerait, encourager les habitants et user de tous ses moyens. Lorsque vous lui avez ordonné d’établir les batteries de Fécarnp à Saint-Valery et du Havre à Fécamp, vous avez dû ajouter que ces dispositions seraient soumises aux renseignements qu’il prendrait sur les lieux; qu’il est donc le maître de disposer les batteries mobiles d’une manière différente.

Quant à l’observation qu’il fait que les divisions de la flottille partiront de nuit et arriveront la nuit, ce ne serait pas connaître la mer. Ces divisions ne feraient pas la moitié du chemin la nuit, seraient surprises par le jour, et mettraient la moitié de la journée à doubler le cap. Il faut que les postes soient avertis de leur départ, et que les canonniers se tiennent en alerte. Lorsque les batteries mobiles ne pourront pas se porter assez rapidement, l’artillerie à cheval s’y portera avec les hussards, qui aideront au service de l’artillerie. Enfin, faites sentir au général Sebastiani que c’est un système nouveau, qu’il doit pourvoir à tout et dans toutes les hypothèses.

 

Paris, 28 septembre 1803

Au général Berthier

Le général Davout, Citoyen Ministre, me mande, en date du 2 vendémiaire, que le général commandant l’artillerie de son corps d’armée n’est pas encore arrivé. Je ne conçois pas d’où vient cette négligence : aussi l’artillerie est-elle dans le plus grand désordre. Il y a six pièces de 36 arrivées de Luxembourg, mais sans affûts et sans boulets; vous avez ordonné qu’on en construisît à Bruges, mais il n’y a à Bruges ni arsenal ni ouvriers. Ces pièces de 36 ne pourront donc servir à rien. J’ai ordonné qu’on plaçât trois pièces de 36 sur l’angle de 45 degrés : l’ouvrier qui devait les arranger n’était pas encore arrivé.

Les mortiers qu’on envoie de Strasbourg à Ostende ne contiennent que vingt et une livres de poudre : on les dit de la plus mauvaise qualité.

L’artillerie n’a à Ostende ni lances à feu, ni fusées à bombes, ni fusées à obus, enfin rien de ce qui est nécessaire.

Huit mortiers à la Gomer ont été envoyés à Ostende. On leur a donné des crapauds qui ne leur conviennent pas, beaucoup trop légers, ce qui les empêche de servir.

Donnez ordre sur-le-champ que les officiers d’artillerie partent; que le premier inspecteur d’artillerie se rende à l’arsenal de l’armée et sur les côtes depuis la Somme jusqu’à l’Escaut, et prenne des mesures pour pourvoir à tout.

Je ne reçois d’état de situation ni du personnel, ni du matériel, ni de l’attelage de cette armée, de manière que je ne puis rien diriger; il me semble que j’avais ordonné qu’il y ait à Ostende vingt-quatre pièces de canon attelées. Faites-moi connaître pourquoi cet ordre n’a pas été exécuté.

Je ne puis trop vous répéter qu’il devient très-essentiel de placer trois pièces de canon pouvant tirer sur tout angle, même de 45 degrés, au Havre, à Cherbourg. Ces points sont journellement attaqués par des bâtiments qui se mettent à la portée du canon.

 

Paris, 28 septembre 1803

Au général Davout, commandant le camp de Bruges

Citoyen Général Davout, j’ai reçu vos dernières lettres. On m’assure que vous avez mis une demi-brigade dans l’île de Cadzand. Si cela est, je désire que vous la retiriez, car ces troupes tomberont malades. Si les Anglais tentaient une attaque sur l’île de Walcheren, vous seriez à temps de venir à son secours. Je vous recommande par-dessus tout la santé des troupes. Si on les place dans des lieux malsains, l’armée se fondra et se réduira à rien. C’est là la première de toutes les considérations militaires. Vous voyez ce que nous coûte la malheureuse situation de l’île de Walcheren ; mais, comme c’est une île, cette considération m’a obligé à y mettre beaucoup de troupes ; et il est douteux si, en donnant cet ordre, je n’ai pas fait une faute, car vous voyez qu’elles sont toutes malades.

 

Paris, 29 septembre 1803

Au citoyen Melzi, vice-Président de la République italienne

Citoyen Melzi, j’ai reçu votre lettre du 20 septembre. Vous trouverez ci-joint celle que vous désirez que j’écrive à Trivulzi. J’approuve que vous employiez Teulié dans le corps d’armée que vous envoyez au camp de Saint-Omer. Le général Pino paraît désirer qu’on y joigne la seconde demi-brigade. Je vous laisse là-dessus le maître de faire ce que vous jugerez à propos. Je vous ai dit la raison qui me porte à désirer d’avoir un corps italien au camp de Saint-Omer. Vous sentez facilement que ce n’est pas pour avoir 5 ou 6,000 hommes de plus; mais j’y suis porté par deux principaux motifs : le premier est que l’Angleterre apprendra à connaître l’existence de la République; le second est de donner de l’orgueil et la fierté militaire à la jeunesse italienne, ce qui lui manque seulement pour battre un égal nombre d’Autrichiens. Je ne désire pas que ce corps soit très-bien armé. Je préfère que les bonnes armes restent en Italie. Je les ferai, au camp, armer à neuf. Ainsi, pourvu qu’ils aient l’apparence d’être armés, cela me suffit; il faut, au contraire, qu’ils soient parfaitement équipés.

Vous recevrez une lettre pour la Consulte. Elle sentira qu’au milieu des grandes occupations que j’ai dans ce moment, j’ai pu tarder à lui témoigner combien j’apprécie la preuve qu’elle me donne de ses sentiments.

 

Paris, 29 septembre 1803

Au comte de Rumford, associé étranger de l’Institut National (Benjamin Thompson, comte de Rumford, 1753-1814. Créateur, en particulier, des soupes dîtes à la Rumford, intensément utilisées pendant la crise économique de 1811-1812)

J’ai reçu votre mémoire du 15 septembre; je l’ai lu avec attention. Les aspérités des corps non polis sont des montagnes par rapport aux molécules extrêmement ténues du calorique. Leur surface totale étant de beaucoup plus grande que celle du même corps poli, et l’étendue de la surface servant de mesure pour le nombre des issues ou des accès du calorique, il s’ensuit que ce nombre doit être plus grand, et que, par conséquent, les changements de température doivent être plus rapides pour un corps non poli que pour un corps qui l’est. Voilà les idées que je m’étais faites et que votre mémoire m’a confirmées. C’est par un grand nombre d’expériences faites avec précision, en vue d’arriver à la vérité, et avec le talent que vous mettez à celles que vous faites, qu’on avance peu à peu et qu’on arrive à des théories simples et utiles à tous les états de la vie. Croyez, je vous prie, au désir que j’ai de vous donner, dans toutes les circonstances, des preuves de l’estime particulière que je fais de votre personne.

 

Paris, 30 septembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Je crois, Citoyen Ministre, qu’il est convenable que d’Avaray ne reste pas à Paris. Faites-le arrêter, de manière à pouvoir saisir ses papiers, et, si l’on n’y trouve rien (parce que cet homme doit être sur le qui-vive), vous l’enverrez à soixante lieues de Paris, dans une petite ville où il soit en surveillance.

Envoyez un homme adroit à Besançon pour se lier avec Courvoisier, pour connaître ses liaisons et tâcher de découvrir comment on pourrait saisir sa correspondance avec les ennemis de l’État.

 

Paris, 30 septembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Tous les chevaux du train d’artillerie français qui avaient servi à l’expédition de Hollande doivent être revenus à Deventer. Donnez ordre que ces chevaux soient renvoyés à Douai. La Hollande n’en a pas besoin d’un si grand nombre.

Il me paraît important de donner au général Bertrand (Henri-Gatien Bertrand, 1773-1844. Il commande alors le génie du camp de Saint-Omer, va créer le port de Wimereux, et ancrer les forts de l’Heurt et de La Crèche) toute la direction des ouvrages à Boulogne, et de donner l’argent qui sera nécessaire, afin de lever tous les obstacles.

 

Paris, 30 septembre 1803

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Citoyen Général Soult, je reçois vos lettres des 4, 5 et 6 vendémiaire (27-29 septembre). J’ai lu avec le plus vif intérêt les détails des deux petits engagements qui ont eu lieu. J’espère que vous allez bientôt recevoir les divisions du Havre, Saint-Malo, Granville et Brest, qui sont en mouvement. On m’assure que les vivres qui sont sur la flottille sont mauvais, et que les biscuits que fait faire la guerre sont mauvais. Faites vérifier ces faits. Nous aurons assez de l’intempérie et d’autres inconvénient à combattre, sans celui de la mauvaise nourriture.

L’argent ne manquera point. Faites-moi connaître si on a touché les 160,000 francs demandés. Les 50,000 francs que vous demandez seront également payés. Toutes les mesures seront donc prises pour que rien ne retarde les opérations.

Vous devez faire camper la 46e dans sa division, et vous ferez fournir des garnisons indistinctement et par piquet.

J’imagine que vous n’allez pas tarder à recevoir aussi la 36e. La 4e de ligne doit, à l’heure qu’il est, être arrivée. Tout est en marche pour Saint-Omer et pour compléter vos divisions. Il faut actuellement, s’il n’y a pas d’inconvénient très-majeur, que les bateaux sortent tous les jours avec leur garnison et apprennent à nager et à faire l’exercice du canon. Vous devez avoir à Boulogne huit divisions et plusieurs compagnies des 5e et le régiments d’artillerie. Toutes les fois que vous ferez sortir les bateaux, mettez-y un bon pointeur et un autre canonnier. Vous devez avoir 1,000 canonniers de terre à Boulogne.