Correspondance de Napoléon – Septembre 1803

La Malmaison, 17 septembre 1803

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Citoyen Général Soult, je reçois vos lettres des 27 et 29 fructidor. On m’assure ici qu’on travaille aux différents chemins nécessaires aux communications d’Étaples, d’Ambleteuse et de Boulogne. Vous ne me faites pas connaître si vous avez à Boulogne des batteries sur l’angle de 45 degrés, et si les châssis pour affûts de côte ont été envoyés par l’inspecteur général d’artillerie.

Si la division de six pièces de 24 légères et de six obusiers de pouces n’est pas arrivée, faites-la demander à Douai, car i1 me paraîtra convenable de réunir au cap Grisnez cette division de pièces de 24 et d’obusiers sur l’estran, afin de favoriser le passage de la flottille. Comme il paraît aussi que, d’ici à quelque temps, il n’y aura aucun mouvement de la flottille de Dunkerque à Boulogne, ordonnez au colonel Foy (Maximilein Sébastien, comte Foy, 1775-1825, officier d’artillerie. Bien qu’opposant au consulat à vie, il est chargé de de la défense cotière et de l’artillerie mobile), qui commande les batteries mobiles, de transporter une partie des batteries de Calais à Dunkerque, pour les réunir à Calais et Boulogne, afin que, le long de l’estran et de la plage du cap Grisnez au cap Blancnez, tout soit couvert de pièces de canon portatives. Les obusiers de 8, pouvant porter un obus de 40 livres à plus de 1,000 toises, doivent être d’un très-bon effet..Je désire que, toutes ces dispositions une fois faites, on profite du premier temps favorable pour faire sortir la flottille à six heures du soir, et la diriger sur Boulogne.

Rendez-vous à Calais pour inspecter cette division de la flottille, et faites-moi connaître le résultat de votre inspection, comment sont placés les soldats, et toutes les observations que vous pourrez recueillir de cette première navigation.

Il n’y a aucune utilité à placer des mortiers à plaque dans la tour d’Ambleteuse; il vaut mieux établir sur la plage, hors de cette tour, une simple plate-forme : car, contre les vaisseaux, il faut avoir pour principe qu’il est préférable de diviser le feu à le réunir en un seul point.

La division qui est à Calais doit avoir un ou deux bâtiments aménagés comme pour la traversée, c’est-à-dire ayant même des chevaux à bord. Vous verrez de quelle manière ces chevaux et ces bâtiments ainsi aménagés se seront comportés. Exigez que, comme à Boulogne, cette division sorte, toutes les marées, lorsque le temps sera favorable. Faites-lui exécuter sur le fort Rouge un simulacre de descente, et voyez si les pièces de 24 se débarquent avec la promptitude dont on m’assure.

Poussez les travaux du génie; sacrifiez tout à être, aux deux forts, au-dessus des hautes marées, afin qu’on puisse placer là des plates-formes de mortiers qui se croisent et des batteries de 36.

Dix pièces de 36 sont parties d’Indret, par terre, pour Boulogne. Donnez des ordres à l’artillerie de terre de tenir des affûts prêts.

Le ministre de la guerre doit vous avoir envoyé l’état de la flottille tel qu’il doit être définitivement arrêté.

Les Anglais ont bombardé Granville; la division de bateaux canonniers, ayant à bord la 24 légère, a marché à eux pour tenter l’abordage. Les Anglais ont alors levé l’ancre et ont disparu.

 

La Malmaison, 17 septembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois vos lettres des 27 et 29 fructidor. Selon votre calcul, vous me faites espérer que tous les pieux seront placés au fort Rouge au 15 vendémiaire, et, dès lors, le 20 vendémiaire le fort pourra être armé. Cet espoir serait très-satisfaisant. Cependant, comme ce fort est de la plus grande importance, au lieu de huit sonnettes, je désirerais que vous en fissiez mettre dix. Je ne conçois pas bien pourquoi on ne pourrait pas mettre des sonnettes sur des bateaux, de manière à pouvoir travailler sans avoir égard aux marées. Dans les campagnes de terre, lorsqu’on construit un pont, on bat des pieux avec douze et quinze pieds d’eau. Vous me demanderez pourquoi il m’importe de tant activer ces travaux, si je suis certain de les voir finir au 15 vendémiaire; je vous dirai mon secret : c’est que, si ce fort pouvait être construit promptement, j’en ferais faire un second; car je vous avoue que je pense que c’est à Boulogne que commencera la descente, et que c’est là que commenceront des attaques dont le succès ne sera point indifférent au résultat des opérations générales.

Le général Soult va prendre toutes les mesures pour que, le long de l’estran, de Boulogne à Calais, et sur les caps, il y ait des batteries de toute espèce, surtout en pièces de 24 et en obusiers de 8 pouces; et, une fois ces pièces placées, je désire qu’à six heures du soir, au premier moment favorable, ces bâtiments sortent pour se  rendre à Boulogne; et, si les vents viennent à leur manquer, ils seront protégés sur toute la côte.

Vous devez commencer à avoir des péniches à Calais; augmentez-en à la division; ces péniches, avec une division de cette nature, sont bonnes à tout.

J’imagine que les chaloupes canonnières et les caïques sortent tous les jours de Boulogne avec les garnisons. Ordonnez la même chose à Calais, tant que la division y restera.

Mon intention est qu’on fasse à Boulogne un simulacre de descente, et qu’on juge si les pièces de canon se débarquent avec la rapidité sur laquelle je compte.

Vous avez tort de vous arrêter à de misérables bruits sur le fort du citoyen Forfait. Il faut faire pour le mieux. Vous ne me dites pas encore, dans votre correspondance, qu’il est commencé. Quand m’apprendrez-vous qu’il y en a un vingt-quatrième de fait ?

Je ne conçois pas ce qui peut apporter tant de lenteur dans le départ des cent bateaux de l’ancienne flottille qui sont à Dunkerque. On me dit que le citoyen Forfait a ordonné des travaux qui retardent leur départ; mais, comme nous avons beaucoup de bateaux plats et que nous n’avons pas besoin que tous portent des pièces de campagne, je crois qu’on peut tout faire partir de Dunkerque. J’estime qu’un de vos coups d’œil de vingt-quatre heures dans ce port serait utile.
Allez à Calais; visitez la première division de la flottille; faites-la partir et manœuvrer devant vous, et faites qu’elle n’ait rien à craindre. Envoyez-moi au plus tôt, de là, toutes vos observations, et rendez-vous à Dunkerque. Accélérez tous les travaux et faites partir toute ancienne flottille. Il est honteux qu’elle se trouve encore là aujourd’hui. Vous m’écrirez également de Dunkerque pour m’instruire de tout ce que vous aurez fait; après quoi vous retournerez à Boulogne. Le Duguay-Trouin et la Guerrière sont arrivés au Ferrol après de très-belles manœuvres et en combattant une escadre de six vaisseaux de guerre.

Le ministre de la marine a dû vous envoyer l’état de la flottille, tel que je l’ai définitivement arrêté.

 

La Malmaison, 18 septembre 1803

Au roi d’Espagne

J’ai fait connaître au cabinet de Votre Majesté, par l’ambassadeur Beurnonville, la nécessité où je me trouve de pourvoir à la défense des vaisseaux français que les événements de la mer ont conduits dans les ports d’Espagne, menacés du même sort que ceux d’Algésiras et d’être livrés à l’ennemi par les agents du prince de la Paix.

Dans des circonstances aussi imprévues, je crois avoir un dernier devoir à remplir auprès de Votre Majesté, en la priant d’ouvrir les yeux sur le gouffre que l’intrigue de l’Angleterre a creusé sous le trône que sa maison occupe depuis cent ans. En effet, que Votre Majesté me permette de le lui dire, l’Europe entière est affligée autant qu’indignée de l’espèce de détrônement dans lequel le prince de la Paix se plaît à la présenter à tous les gouvernements. C’est lui qui est le véritable roi d’Espagne, et je prévois avec peine que, forcé de faire la guerre à ce nouveau roi, j’aurai la douleur de la faire en même temps contre un prince qui, par ses qualités personnelles, eût fait le bonheur de ses sujets et aurait eu la gloire de conserver la paix, s’il eût voulu régner lui-même, car je ne doute pas que, par une suite de la même politique, on ne conseille à Votre Majesté de réunir des troupes pour s’opposer à l’entrée du corps d’armée que je serais obligé d’envoyer dans les ports d’Espagne, afin de mettre les escadres, que les hasards de la mer y ont conduites, à l’abri des forces ennemies, et d’armer les batteries du Ferrol entièrement désarmées.

Le résultat de ces réunions et de ces rassemblements de forces sera la guerre entre les deux États; et je ne dois pas le taire à Votre Majesté, lorsque le prince de la Paix verra la monarchie en danger, il se retirera à Londres avec ses immenses trésors, et Votre Majesté aura fait le malheur de son peuple, de sa couronne et de sa race.

Mais, si Votre Majesté, continuant à avoir en moi, la confiance qu’elle m’a quelquefois montrée, me demande le remède à des malheurs si prochains, je ne puis lui faire qu’une réponse, dans laquelle elle reconnaîtra ma sincérité et mon amitié pour elle : qu’elle remonte sur son trône, qu’elle éloigne d’elle un homme qui s’est, par degrés, emparé de tout le pouvoir royal, et qui, conservant dans son rang les passions basses de son caractère, ne s’est jamais élevé à aucun sentiment qui pût l’attacher à la gloire, n’a existé que pour ses propres vices et sera toujours uniquement gouverné par la soif de l’or.

Je dois croire qu’on aura tellement caché tous les événements à Votre Majesté, que la lettre que je lui écris lui sera, pour ainsi dire, toute nouvelle, et je suis réellement affecté de la peine que je prévois qu’elle lui fera; mais enfin ne vaut-il pas mieux, dans une aussi importante circonstance, qu’elle voie clairement le véritable état des affaires de son royaume ?

J’ai souvent plaint Votre Majesté de la position où elle est tenue, et il fallait une complication aussi grave de maux présents et de périls prochains pour que j’aie pris sur moi de remplir vis-à-vis d’elle un aussi pénible devoir.

 

La Malmaison, 18 septembre 1803

Au général Berthier,  ministre de la guerre

Citoyen Ministre, le Premier Consul me charge de vous transmettre une dépêche télégraphique qu’il vient de recevoir et que je joins à cette lettre. Son intention est que vous témoigniez au général commandant le département de la Manche votre mécontentement de ce qu’il ne s’est pas rendu à Granville au premier coup de canon, et d’avoir laissé les batteries de cette ville manquant des munitions nécessaires.

Il désire que vous ordonniez de mettre les batteries qui défendent  baie de Cancale dans le cas de soutenir telle attaque que l’on pourrait entreprendre.

 

La Malmaison, 18 septembre 1803

Au général Berthier

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre au 6e régiment dragons, qui se trouve dans la 27e division militaire, de se rendre à Troyes, département de l’Aube;

Au 12e régiment de dragons, qui est dans la République italienne, de se rendre à Lons-le-Saunier, en passant le Simplon; vous me ferez connaître le jour de son arrivée à Lons-le-Saunier, afin qu l’on puisse lui donner de nouveaux ordres, s’il est nécessaire;

Aux 1le, 13, et 19e régiments de dragons, qui sont en Hanovre, de se rendre à Maëstricht, en passant par la route prussienne. Faites-moi connaître le jour de leur arrivée dans cette place, afin de leur donner de nouveaux ordres.

Vous me ferez connaître quels sont les régiments qui ont leurs fusils, et quels sont les régiments qui ne les ont pas.

 

La Malmaison, 18 septembre 1803

Au général Berthier

Dans le premier moment de la guerre, Citoyen Ministre, on a armé beaucoup de petites îles dont les fortifications ont été détruites et ne sont pas réparées; de sorte que, dans toutes ces petites îles, il y a de l’artillerie et des détachements assez considérables de troupes, qui ne seraient point en état de se défendre contre la moindre expédition anglaise. Donnez ordre au général commandant la 13e division de se rendre avec les directeurs de l’artillerie et du génie à l’île Dumet, de faire sa tournée jusqu’à Brest, et de faire évacuer par nos troupes et par toute notre artillerie toutes les îles qui ne seraient point fortifiées et qui ne pourraient point se défendre contre 500 hommes qu’une escadre anglaise y débarquerait; l’île Dumet et les petites îles du Morbiban paraissent être dans ce cas. Autrement, c’est s’exposer à perdre beaucoup de prisonniers par de petites expéditions, et sans qu’il en coûte presque rien à l’ennemi. Ces troupes, d’ailleurs, seront plus utiles sur la terre ferme. Comme on parle beaucoup de légères expéditions des Anglais, je ne doute pas qu’une de ces expéditions n’ait ce but.

Recommandez qu’on arme et qu’on tienne en bon état le fort Penthièvre. Le général commandant la division et le général commandant le département vous instruiront du parti qu’ils auront pris, et qu’ils exécuteront sur-le-champ.

 

La Malmaison,18 septembre 1803

Au général Berthier

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre au 5e régiment de cavalerie de se rendre à Rouen. Recommandez au général commandant la division de tenir ce régiment réuni, et de veiller à son instruction et à son organisation; d’employer, pour la surveillance des côtes, le 16e régiment de chasseurs. Écrivez-lui qu’en envoyant le 5e de cavalerie à Rouen, j’ai voulu mettre à sa disposition des forces qui pussent se porter rapidement sur les côtes, si les circonstances l’exigeaient. Donnez ordre au 2e régiment de cuirassiers de se rendre à Caen. Vous recommanderez également au général commandant la division de tenir ce régiment réuni et en réserve pour des circonstances essentielles, en se servant du 20e régiment de chasseurs, qui est dans cette division, pour la surveillance et les mouvements de la côte.

Recommandez au général commandant la 14e division militaire de renforcer la garnison de Granville, vu qu’il serait possible que les Anglais tentassent un coup de main pour brûler notre chantier, et d’être à portée d’aller au secours de Saint-Malo, si jamais ils tentaient là même entreprise sur cette ville.

 

La Malmaison, 18 septembre 1803

Au général Berthier

Il sera formé, Citoyen Ministre, quatre cantonnements de dragons. Le premier sera réuni sur la Vilaine, à Redon ou aux environs, dans l’endroit qui sera jugé le plus convenable pour le service des ouvrages. Il sera composé de six escadrons, savoir : deux de chacun des ler, 14e et 20e régiments de dragons.

Le deuxième sera réuni à la jonction des départements d’Ille-et-Vilaine, de la Manche, de la Mayenne, de l’Orne et du Calvados, comme pourraient être Vire et Mortain, dans l’endroit le plus convenable pour le service des fourrages. Il sera composé également de six escadrons, savoir : deux du 3e, deux du 8e et deux du 16e régiment de dragons.

Le troisième sera réuni du côté d’Alençon et sera composé de six escadrons, savoir : deux de chacun des 9e, 15e et 17e régiments.

Le quatrième se réunira à Amiens et sera composé de six escadrons également, savoir : deux de chacun des 2e, 4e et 10e régiments. Chaque régiment fournira deux escadrons au complet de 260 chevaux et de 400 hommes, non compris les officiers.

Chaque cantonnement sera commandé par un général de brigade de dragons, dont vous me présenterez la nomination

Les trois cantonnements de la Vilaine, de Vire et d’Alençon auront chacun quatre pièces de 8 bien attelées et bien approvisionnées.

Vous donnerez des ordres pour que le cantonnement d’Amiens soit réuni au 1er vendémiaire, et celui de la Vilaine au 9 vendémiaire.

Les escadrons des 3e, 8e et 16e régiments, formant le cantonnement des environs de Vire, se réuniront à Versailles le 4e jour complémentaire, et partiront immédiatement après que j’en aurai passé le revue.

Les escadrons des 9e, 15e et 17e, formant le cantonnement d’Alençon, devront être réunis à Versailles le 10 vendémiaire.

Vous veillerez à ce que ces corps aient chacun un caisson de cartouches d’infanterie, et qu’ils aient leurs fusils; et que l’artillerie des trois cantonnements qui doivent en avoir soit promptement attelée.

Vous donnerez ordre de former également deux escadrons du 5e régiment de dragons à 260 chevaux et à 400 hommes, et vous les dirigerez sur Versailles.

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Recommandez qu’on laisse aux deux derniers escadrons assez d’anciens dragons pour pouvoir former des conscrits à mesure qu’ils arriveront au corps.

 

La Malmaison, 20 septembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Mon intention est que vous ne me remettiez plus sous les yeux des rapports secrets qui ne peuvent être écrits que par un sot ou un fripon.

 

 La  Malmaison, 20 septembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Je ne puis, Citoyen Ministre, qu’être mécontent de l’administration de la ville de Paris. Malgré les arrêtés et les ordres les plus positifs, le budget de cette ville, pour l’an XI, n’est pas encore arrêté, et l’année est finie. Il n’est pas encore question de celui de l’an XII. Mon intention est que ces retards finissent, et que vendredi prochain vous me présentiez le projet de budget, soit pour l’an XI, soit pour l’an XII.

 

La Malmaison, 20 septembre 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de demander au gouvernement Hollandais que le cardinal Frankenberg soit envoyé dans la Frise, la présence de ce vieillard, tombé en enfance et conduit par de misérables intrigants, ayant des inconvénients sur les frontières de France. Il est à Breda.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

On m’instruit, Citoyen Ministre, que Talon est arrêté, et ses papiers n’ont pas encore été dépouillés. Préposez quelqu’un pour y mettre les scellés et en faire l’examen. Faites-le interroger sur ses liaisons avec Dundas, sur la part qu’il a eue à la livraison de Surinam, sur les liaisons qu’il a eues à Paris avec les secrétaires de lord Withworth, sur celles qu’il a aujourd’hui en Angleterre, sur les lettres qu’il y a écrites et qu’il en a reçues depuis qu’il est en France.

Je vous prie de me proposer la ville de province où doit se retirer abbé de Montesquiou. Elle doit être à plus de soixante lieues de Paris. Présentez-moi un projet d’arrêté sur cet objet.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1803

Citoyen Général Soult, commandant en chef le camp de Saint-Omer, je reçois votre lettre du 3e jour complémentaire (20 septembre). L’ordonnance de 160,000 francs, nécessaire au génie, va être payée par urgence. Ainsi, vous en aurez les fonds dans les premiers jours de vendémiaire.

Il y a eu cette nuit un coup de vent très-fort. Je pense qu’il aura fait du mal à vos constructions. Je désire savoir ce qu’il aura fait aux crapauds, aux mortiers et aux pièces qui sont à la laisse de basse mer. J’approuve fort l’accroissement que vous donnez aux deux batteries des caps Grisnez et Blancnez, surtout en y employant des mortiers de Calais. Il ne faut pas se dégarnir des bouches à feu que nous avons à Boulogne.

Faites-moi connaître si vous pensez que le fort Rouge, de Boulogne, les forts de l’Heurt, de la Crèche et le fort d’Ambleteuse seront finis dans le courant de brumaire.

Faites faire une reconnaissance de la petite rivière de Wimereux, et surtout de son embouchure, et de la quantité d’eau qu’a ce petit ruisseau.

Je désirerais que, parmi les bâtiments qui sont à Calais, on en aménageât un comme ils doivent être pour la traversée. Faites-y mettre deux chevaux. Vous auriez trop de difficulté à débarquer les pièces de 24. Dans le simulacre de débarquement que je désire que vous fassiez exécuter, ce sont les pièces qui se trouvent sur l’affût qui doivent débarquer en même temps que les troupes.

Je désire que les batteries mobiles soient prêtes; ce sont elles qui vous serviront si les bâtiments de la flottille ont le malheur de ne pas pouvoir doubler le cap et sont obligés d’échouer sur la plage de Wissant ; mais il paraît qu’on n’a pas suivi l’ordre que j’ai donné, que chaque bateau soit composé d’une pièce de 24, d’une de 12, et de deux obusiers.

Vous devez avoir des sapeurs. Ordonnez qu’ils travaillent sur-le-champ à tracer le chemin par où doivent passer les canons, pour traverser le cap Grisnez et se porter au grand trot et avec la plus grande rapidité d’une plage à l’autre.

Vous avez douze obusiers de 8 pouces. Faultrier est un homme d’ordre, et je suis étonné qu’il n’ait pas envoyé avec, les armements. Il vous faut 1,200 obus; s’il ne vous les a pas fait expédier, envoyez-lui un courrier pour qu’il vous les fasse passer en diligence.

Les 200 chevaux de la Garde ne doivent pas tarder à arriver à Boulogne, et je désire alors qu’une fois par semaine vous ordonniez à une division de six obusiers de 8 pouces de se porter sur la laisse de basse mer, et que vous lui fassiez tirer des obus sur un tonneau ou carcasse que vous établirez. Ces obusiers vont très-loin sur un grand angle.

Je vois avec plaisir que les ouvriers sont arrivés pour arranger les châssis.

J’ai fait hier éprouver, dans la plaine des Sablons, un mortier qui lance la bombe à 2,000 toises; et j’ai, d’un autre côté, fait tirer avec une pièce de 24 des boulets creux, sur l’angle de 45 degrés et sur affût marin. L’affût a parfaitement résisté, et le mobile a été jeté à plus de 1,800 toises. J’ai ordonné à l’artillerie d’en faire arranger quelques pièces de cette manière, et préférablement des pièces de 36, parce que l’obus est plus considérable.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1803

Au général Soult

Citoyen Général Soult, j’avais désiré qu’on établît sur la laisse de basse mer, aux forts de la Crèche et de l’Heurt, une batterie de deux pièces de canon, afin de protéger les travailleurs.

J’aurais désiré qu’on établît sur la laisse de basse mer une trentaine de bouches à feu, et dès lors des plates-formes sont nécessaires; cependant je n’entends pas dire que l’on y travaille. Je vous prie de songer que, si l’ennemi ne vous inquiète pas aujourd’hui à Boulogne, il vous inquiétera plus tard. Faites vos dispositions pour le recevoir d’une manière à laquelle il ne s’attend pas.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1803

Au général Davout, commandant le camp de Bruges

Citoyen Général Davout, je reçois votre lettre du 28 fructidor. Le premier inspecteur général d’artillerie m’a fait connaître que quatre mortiers à plaque, qui portent la bombe à plus de 2,000 toises, ont été embarqués sur le Rhin, à Strasbourg, depuis plus de quinze jours, pour Ostende. Informez-vous de l’endroit où ils sont arrivés, afin qu’ils ne séjournent pas inutilement en route. Ces mortiers vous seront utiles; car, lorsque les Anglais s’apercevront qu’il y a à Ostende un grand rassemblement, et qu’une partie de la flottille est embossée dans la rade, ils viendront l’attaquer.

J’ai ordonné qu’on plaçât trois pièces de 36 sur des affûts tels qu’ils puissent tirer sur l’angle de 45 degrés, ce qui les met à même de jeter des obus de 6 pouces et des boulets à 2,000 et 2,300 toises; que la batterie qui a été ordonnée sur l’extrémité de la jetée soit armée et prête à servir pour le 30 vendémiaire.

Faites placer à la laisse de basse mer un crapaud de mortier et laissez-le séjourner vingt-quatre heures. A toutes les marées, faites dresser procès-verbal de ce qui se sera passé. Si, vingt-quatre heures après, les affouillements ne sont pas trop considérables, faites mettre dessus un mortier à la Gomer, et faites tirer en cette situation plusieurs bombes. Vous dresserez procès-verbal de ce qui arrivera.

Faites construire à la laisse de basse mer une plate-forme propre à servir à deux pièces de 24. Quand la plate-forme aura résisté trois marées, que vous aurez, par des fascines et de nouveaux piquets, remédié aux affouillements qui auront eu lieu, placez dessus deux pièces de 36 ou de 24, et, par ce moyen, vous aurez deux mortier de 12 pouces et deux pièces de 36 établis sur la laisse de basse mer, c’est-à-dire à plus de 300 toises en avant, qui protégeront votre flottille lorsqu’elle sera embossée, et aux heures de basse mer, c’est-à-dire lorsqu’elle ne peut s’approcher qu’à une certaine distance des forts. Ces différentes batteries sont établies à Boulogne et ont réussi, mais je ne vous les propose qu’avec doute, car l’expérience seule peut autoriser des choses de cette nature, et la mer ne se comporte pas de même dans toutes les localités.

Le ministre de la guerre doit vous avoir envoyé l’état total de la flottille et de ce qui sera embarqué sur chaque bâtiment. Mais il faut amariner les soldats. Vous devez donc vous concerter avec le contre amiral pour faire sortir avec les marées les divisions de la flottille avec les garnisons, afin que les soldats s’accoutument à l’exercice du canon, à la rame et à aider la marine de tous leurs moyens.

Vous devez avoir en ce moment à Ostende deux divisions de corvettes de pêche prêtes. Chacun de ces bâtiments, comme vous l’aurez vu par l’état du ministre, doit porter deux chevaux. Il me tarde d’apprendre que vous les faites aller en rade et que vous les faites manœuvrer.

Envoyez-moi l’état de situation de la flottille de corvettes à pêche de bateaux canonniers, de chaloupes canonnières, de péniches qui trouvent aujourd’hui à Ostende, Nieuport et Flessingue.

Faites-moi connaître si les travaux du port d’Ostende sont en train, et spécialement les barrages, et si les ventes de terre qui avaient été ordonnées se font. Activez les réparations de Nieuport ; je ne conçois pas comment l’ingénieur des ponts et chaussées n’a pas encore réparer la portion du quai qui était tombée.

Je ne saurais trop vous recommander la santé des troupes ; cet article est bien important. Si Nieuport est malsain, menez-y très-peu de monde; et si la saison est encore malsaine à Ostende, retardez de quinze jours vos campements et asseyez vos camps dans des endroit salubres , c’est la première de toutes les considérations.

 

Saint-Cloud, 2l septembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je désire que, de tous les bâtiments qui partiront de Dunkerque, il y en ait quelques-uns d’aménagés en tout comme ils doivent l’être pour la traversée, et surtout qu’il y ait les deux chevaux. Il me semble nécessaire, si la division de la flottille est encore à Calais, que vous ordonniez qu’un bateau soit ainsi aménagé.

J’imagine que chaque bateau de la division qui est à Calais a une pièce de campagne et un pont pour la débarquer. C’est cette pièce que je voudrais qu’on débarquât souvent. Elle est préférable aux pièces de 24 dont l’opération est trop difficile, et sur laquelle je ne compte pas.

Les canons de 18 qu’on vous envoie sont ceux qu’on a le plus près. Où les placera-t-on ? Je pense comme vous que ces canons ne devraient pas être sur les bateaux canonniers, puisqu’ils ne portent qu’une pièce; mais ne pourrait-on les placer sur des chaloupes canonnières, puisqu’il y a trois pièces ? Cela serait fondé sur la difficulté que nous aurions à nous procurer la quantité de canons nécessaire.

Je ne puis que vous répéter ce que je vous ai dit plusieurs fois : vous avez tout pouvoir dans le premier arrondissement.

Activez donc l’arrivée de tout ce qui est à Anvers; activez également à Boulogne l’arrivée d’un grand nombre de boulets et de munitions de toute espèce; car il faut vous attendre qu’on consommera beaucoup, et que l’on aura là plus d’un combat à essuyer.

Quant à la distribution de la flottille, vous concevez facilement que ce ne sera que lorsque je serai à Boulogne et au dernier moment, et en partie d’après votre opinion et ce que vous direz, que je me déciderai à en faire la répartition dans les différents ports. Ce que vous ne voulez pas recevoir à Boulogne, vous pouvez, en attendant, le faire entrer à Étaples.

Une section de deux chaloupes canonnières et de sept bateaux canonniers est partie du Havre et est entrée à Fécamp.

Vous devez tenir la main à ce que les commandants de division ne se placent point sur des prames ou bateaux de grosse espèce ; ils doivent se placer sur des chaloupes canonnières ou sur des bateaux canonniers.

Il doit y avoir à Calais un second bateau de grande espèce ou prame, sur lequel je suis monté. Faites-le partir par la même occasion. Je crois qu’il serait utile aussi de faire partir avec un paquebot; il est des occasions où il peut être agréable d’avoir ce bâtiment dans le port.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1803

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

La garde nationale de Paris ne fait plus de service; deux régiments ont été créés pour y suppléer; mais ces régiments qui, présents sous les armes, ne présentent pas plus de 1,800 hommes, ne peuvent avoir par jour plus de 600 hommes de garde. Il faudrait les décharger du service des barrières.

Il y à dix-huit barrières où l’on ne tiendrait aucune troupe, si ce n’était le service de l’octroi. Il paraîtrait convenable que l’octroi eût, comme les douanes, ses troupes.

On proposerait donc de créer vingt brigades pour le service des octrois de Paris ; chaque brigade serait composée d’un sergent, un caporal et huit hommes. On en casernerait une à chacune des douze grandes barrières; les huit autres seraient casernées à divers endroit près les petites barrières, et fourniraient au service des petites barrières, et seraient appelées au secours toutes les fois que cela serait nécessaire. L’octroi serait mieux servi, la troupe déchargée d’un service qui lui est très-fatigant; et la dépense ne serait pas très-considérable, et toutefois serait prise, avec raison, sur les frais de l’octroi.