Correspondance de Napoléon – Septembre 1803

Saint-Cloud, 7 septembre 1803

NOTE POUR LES MINISTRES

Les traitements à payer par les ministres de la justice, des relations extérieures, de l’intérieur, des finances, et du trésor public, ne seront point ordonnancés tous les cinq jours, vu que les traitements de vendémiaire ne sont dus qu’au 30; et, par contre, ces ministres pourront ordonnancer du 1er au 5 brumaire tout ce qui leur est accordé. En conséquence, les autres ministres pourront ordonnancer du ler au 30 vendémiaire plus que leurs douzièmes. Ils ordonnanceront d’autant moins dans le mois suivant.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Ordre de faire arrêter les deux pêcheurs Verger et La Corde qui ont communiqué en plein jour avec les Anglais, ainsi que les hommes composant leurs équipages, et de leur faire subir un interrogatoire contradictoire et séparément.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1803

DÉCISION

Rapport du ministre de la guerre sur les lenteurs des opérations de la conscription dans le département du
Bas-Rhin.
Renvoyé au ministre de l’intérieur. L’on ne conçoit pas comment le département du Bas-Rhin, un des plus militaires et des plus peuplés de la République, n’est pas le premier à fournir sa conscription.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1803

Au citoyen Portalis, conseiller d’État, chargé de toutes les affaires concernant les cultes

On dit que le prêtre Collin, desservant de la Martyre, près Brest, a refusé les funérailles à un ministre du culte, parce qu’il était assermenté, ainsi qu’à un acquéreur d’un bien national.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Le Premier Consul désire, Citoyen Ministre, que vous lui présentiez, dans les premiers jours de la semaine prochaine, un projet pour l’établissement d’un canal qui joindrait la Vilaine à la Rance.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1803

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – Il sera employé une somme de quinze millions en l’an XII pour les travaux extraordinaires des ponts et chaussées, non compris ce qui sera accordé pour l’extraordinaire des routes, dont les travaux à faire seront fixés dans le courant du mois de vendémiaire sur les états qui seront remis de ce qui a été fait en l’an XI , de ce qui reste à faire, et des fonds qui restent disponibles.
ART. 2. -Cette somme de quinze millions sera distribuée de la manière suivante, savoir :

1° Travaux des routes du Simplon, du mont Cenis, du mont Genèvre et de Vintimille, deux millions, ci. . . 2,000,000 fr.
2° Travaux des grands ponts, un million, ci. . 1,000,000
3° Travaux des quais Bonaparte et Desaix, Cinq cent mille francs, ci . . . . . . . . . . . 500,000
(Ce qui sera avancé pour ce dernier quai sera remboursé parla commune de Paris.)
4° Creusement et réparations des canaux de la Belgique, cinq cent mille francs, ci . . . . . . . 500,000
5° Dessèchement des marais du Cotentin cinq cent mille francs, ci. 500,000
6° Dessèchement des marais de Rochefort, un million, ci. 1,000,000
7° Navigation intérieure, deux millions cinq cent mille francs, ci . . . . . . . . . . . . . .
8° Ports maritimes, trois millions, ci. . . . . 3,000,000
9° Travaux du canal de Saint-Quentin, deux millions, ci . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2,000,000
10° Travaux du canal d’Arles, cinq cent mille francs, ci . . . . . . . . . . . . . 500,000
11° Travaux du canal pour joindre la Vilaine à la Rance, cinq cent mille francs, ci . . . . . . . 500,000
12° Travaux du canal entre Dijon et Dole, cinq cent mille francs, ci . . . . . . . . . . . 500,000
13° Travaux du canal du Blavet, cinq cent mille francs, ci . . . .. . . . . . . . . : . . – – – 5,00,000
Total . . . . . . . . . 15,000,000 fr.

ART. 3. – Le ministre de l’intérieur remettra, vendredi prochain, le projet de distribution de ces fonds entre les différentes localités.
ART. 4. – Les ministres de l’intérieur et du trésor public sont chargés de l’exécution du présent arrêté.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1803

Au citoyen Barbé-Marbois, ministre du trésor public

Les travaux de la flottille vont cesser à Ostende et à Dunkerque par défaut de fonds. Je vois, dans l’état que vous m’avez remis qu’une ordonnance de 500, 000 francs, qui est datée du 24 thermidor, sera payée en rescriptions du 28 thermidor, à vingt, trente et quarante jours de vue; ainsi une partie de la somme ne sera point soldée avant vendémiaire.

Il y a une autre ordonnance de 600,000 francs, du 18 fructidor donnée par le ministre de la marine pour la flottille de Dunkerque. Vous n’avez pas porté dans votre état l’espèce de valeurs avec lesquelles cette somme doit être soldée. Si la trésorerie n’a point encore fait son envoi, il est nécessaire d’y envoyer au moins 100,000 francs en poste. Si les dispositions sont faites pour les 600,000 francs, il faut toujours envoyer 100,000 francs, qui serviront à couvrir les ordonnances que le ministre de la marine tirera au ler vendémiaire

Les entrepreneurs des travaux maritimes du port d’Ostende sont aussi sur le point de cesser leurs travaux. Faites-moi connaître les ordonnances qui ont été livrées pour cet objet, et en quelles valeurs on les a payées à la trésorerie.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Vous avez pour le mois de vendémiaire un crédit de vingt-sept millions, qui, étant payable tous les cinq jours par douzième, vous permet d’ordonnancer pour le ler vendémiaire 2,300,000 francs. Je désirerais que vos ordonnances des ler et 5 vendémiaire fussent entièrement pour la flottille, ce qui consommerait le fonds de cinq millions; et si, par les comptes qui vous sont rendus, les besoins de la flottille sont très-pressants sur quelques points, vous m’en enverrez la note, et je donnerai l’ordre au trésor public d’envoyer en poste de l’argent pour payer une partie de vos ordonnances, afin qu’elles ne souffrent point de retard d’un mois, car dans ce moment ce serait un grand malheur que le moindre retard apporté aux constructions de la flottille par défaut de fonds.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

Au citoyen Lacépède

Citoyen Lacépède, Sénateur, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, le grand conseil va s’occuper, dans le plus court délai, de l’organisation des cohortes. Il me paraît convenable de prendre, dès à présent, possession de tous les biens qui ont été désignés. Ces prises de possession pourraient se faire par l’Enregistrement même. Il ferait dresser dans chaque département un procès-verbal de la situation des biens et de la manière dont ils sont administrés; il en prendrait possession pour la Légion et vous enverrait le procès-verbal; et, du commencement de l’an XII, l’Enregistrement mettrait en réserve les revenus provenant de ces biens, dont il ferait le versement dans la caisse du trésorier général de la Légion. Ces deux actes me paraissent un préalable nécessaire. Voyez sur cela le ministre des finances.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

D’après le rapport du citoyen Fardel, il me paraît convenable de faire venir à Paris Martel, Robert Lefort, Delpierre, Verlinque et Jutel, matelots marins, prévenus de trahison et d’espionnage avec les Anglais; on les fera voyager séparément. Arrivés à Paris, on les mettra dans différentes prisons, au secret, et on les interrogera sur les événements de la guerre passée et de la guerre présente, afin d’essayer, par des moyens contradictoires, de découvrir la vérité et d’arriver à l’aveu des délits que tant de faits moraux prouvent contre ces hommes.

Vous me ferez un rapport sur les autres détenus de Montreuil.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Je désire, Citoyen Ministre, que vous me proposiez de placer le citoyen Masclet, sous-préfet de Boulogne-sur-Mer, dans une sous-préfecture de l’intérieur, et de le remplacer par un homme de caractère, actif et zélé.

La commune de Paris doit beaucoup; cependant il lui est dû plus de 400,000 francs. Donnez ordre pour qu’elle perçoive ce qui lui revient.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

Au citoyen Chaptal

Les gardes d’honneur du Rhône et de l’Oise, Citoyen Ministre, ont demandé à conserver leurs uniformes et à se réunir tous les mois, afin de s’exercer et de former un noyau de compagnie, comme détachement de la garde nationale du pays. Je n’y vois point d’inconvénient. Plusieurs autres gardes d’honneur ont fait la même demande. Écrivez aux préfets pour avoir la note des hommes qui composaient les gardes d’honneur, et le projet de l’organisation qu’on pourrait leur donner sans inconvénient.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

La rentrée des bons à vue sur la taxe d’entretien des routes est susceptible d’être convertie en obligations payables par douzième, tous les mois.

Les cautionnements des juges de paix et greffiers sont susceptibles d’être convertis en rescriptions ou obligations.

Les revenus des domaines nationaux sont susceptibles d’être convertis en rescriptions ou obligations.

Approfondissez davantage les différentes branches de l’enregistrement, et peut-être trouverez-vous quelques autres parties susceptibles d’être soumissionnées; les décimes des bois, par exemple, doivent être soumissionnés, dès l’instant que la vente est faite.

Enfin, la vente des domaines nationaux, article qui, dans l’an XII, probablement à plus de trente millions, est susceptible d’être soumissionnée.

Les avantages que je vois dans le système des obligations consistent non-seulement dans une jouissance plus prompte pour le trésor public, mais encore cela sert de règle et met l’administration à même  de vérifier chaque jour ce que chaque chose produit.

Réfléchissez sur toutes ces idées, et faites-moi connaître ce que vous en pensez.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous renvoie,, Citoyen Ministre, le courrier de Madrid du 13. Je suis surpris que nous n’en ayons pas d’autres nouvelles. Faites faire un relevé de toutes nos plaintes contre l’Espagne, afin qu’on puisse avoir ces matériaux tout prêts, pour s’en servir selon les événements.

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Je resterai demain à la Malmaison. Je désire que vous veniez travailler le jour.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

Au citoyen Marescalchi, ministre des relations extérieures de la République italienne

J’approuve la rédaction de l’article 2 de la manière suivante :

« ART. 2. – Le présent concordat est substitué à toutes les lois, ordonnances et règlements émanés jusqu’à ce jour de la République italienne sur les matières de religion. »

Article sept. On veut bien consentir à ce que les administrateurs des hôpitaux, qui étaient jusqu’à présent composés d’ecclésiastiques, soient composés moitié civils, moitié ecclésiastiques; mais il faudrait qu’ils fussent nommés par le Président de la République, sur la présentation de l’évêque.

Article huit. Il faudrait bien exprimer que les évêques ne pourront nommer les curés et les mettre en possession avant d’avoir l’attache du Gouvernement.

Et je vous autorise à signer avec ces modifications.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Citoyen Général Soult, on construit un port à Ambleteuse; on y a besoin de beaucoup d’ouvriers. J’ai ordonné qu’on y campât un bataillon de la 43e; mais je crains que l’air ne soit malsain, et nous sommes dans la saison des fièvres. Veillez à ce que le camp soit placé de manière que les marais qui sont au-dessus d’Ambleteuse n’y aient aucune influence. Si l’on peut trouver un emplacement sain, faites venir des effets de campement pour y camper le deuxième bataillon, de manière à pouvoir fournir 4 à 500 travailleurs par jour, sans que la santé du soldat soit compromise par les travaux.

Concertez-vous avec le citoyen Sganzin, et écrivez aux préfets de vous envoyer des ouvriers; la récolte est faite; vous ne tarderez point à en avoir un grand nombre; ceux du Nord et du Pas-de-Calais peuvent vous en fournir beaucoup.

Visitez tous nos établissements à Boulogne. Faites-moi connaître les emplacements de la boulangerie, des magasins de fourrages, des parcs d’artillerie, etc. Le tout doit être sur la Liane, qui offre un moyen de transport dans le port.

Je ne saurais trop vous recommander la santé des troupes. N’en placez point dans les endroits malsains.

 

La Malmaison, 12 septembre,1803

Au général Marmont

Vos deux mortiers à plaque, de Boulogne, ont fait merveille; la frégate anglaise, qui se croyait en sûreté, a été touchée sur le beaupré; sa mâture a été endommagée; elle a eu plusieurs hommes de tués. Mais il n’y en a encore que deux; quand arriveront les dix autres, et quand aurez-vous à Boulogne des mortiers dont la chambre tiendra 25 à 30 livres de poudre ?

Les généraux Soult et Bruix demandent deux mortiers à plaque, à la tour d’Ambleteuse. Faites-moi connaître combien vous en dirigez de Strasbourg sur Ostende. Ostende est moins important que Boulogne.

L’artillerie arrive bien lentement dans cette place. Commencez donc à diriger, de Douai sur Boulogne, des pièces de 24, longues, courtes, des obusiers de 6 pouces et de gros mortiers, et des crapauds pour les mortiers ordinaires. Chaque mortier doit en avoir deux; les crapauds en fonte se cassent comme du verre.

 

La Malmaison, 12 septembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois votre lettre du 21. Vous paraissez désirer des demi-péniches. On pourra alors employer les bateaux de pêche de Saint-Malo. Il y en a, je crois, près de 400.

Il a dû être envoyé à Dunkerque pour les travaux de la flottille :

55,000 francs le 22 messidor,
320,000 francs le 29 messidor,
500,000 francs le 24 thermidor,
600,000 francs le 18 fructidor.

En tout 1,675,000 francs.

Faites-moi connaître quelle est la portion de cette somme qui a été consommée, et la portion qui ne serait pas encore rentrée dans la caisse du payeur, afin que par là je voie si l’on ne manque point d’argent. A tout hasard, j’ai ordonné au ministre du trésor public d’envoyer 100,000 francs en or, par la poste, à Dunkerque.

Ces 100,000 francs sont partis; mais je suppose que, sur les 1,675,000 francs, il y en a 800,000 qui ne seront pas encore disponibles. Faites établir le compte de cette somme.

 

La Malmaison,  12 septembre 1803

Au contre-amiral Ganteaume

Citoyen Général Ganteaume, Préfet maritime à Toulon, j’ai reçu votre lettre. J’ai vu avec plaisir que deux vaisseaux de 80 avaient été lancés à l’eau avant la fin de l’année. Faites avancer actuellement ceux de 74, et mettez-vous en mesure d’armer toute notre escadre; elle doit concourir à de grandes opérations. Il faut que onze ou au moins dix vaisseaux, et huit ou au moins six frégates, soient prêts à partir dans les premiers jours de janvier, sans embarras, sans troupes qu’autant qu’il en faudrait pour augmenter leur force. Prenez tous les moyens que vous jugerez convenables; mais il faut que cela soit, et que l’escadre puisse être à la voile dans les derniers jours de décembre ou dans les premiers jours de janvier.

 

La Malmaison, 14 septembre 1803

Au citoyen Cretet

Citoyen Cretet, Conseiller d’État, on ne travaille point aux chemins de Neufchâtel à Étaples et d’Étaples à Montreuil.

Laissez tout protocole et toute formule. Le mauvais temps va arriver; l’artillerie va passer par convois sur ces routes, et il arrivera de grands accidents.

J’ai besoin d’une route de 2,000 toises, qui aille d’Ambleteuse au chemin de Calais. Prenez des mesures pour quelle soit faite sur-le-champ. Envoyez un ingénieur des ponts et chaussées et deux adjoints sur cette route, au grand quartier général à Saint-Omer, et que tous les trois soient en pleine activité le 5e jour complémentaire. Vous aurez soin de tenir toujours des fonds à la disposition de cet officier. Il faut que l’ingénieur avec ses adjoints parte demain. Il prendra les ordres du général Soult pour tous les chemins qui seraient nécessaires à l’armée. Par exemple, de Boulogne à la forêt, il y a un passage d’une centaine de toises qui est impraticable; il faut qu’il soit réparé sans retard.

Il aura soin que le chemin de Boulogne à Ostende soit dans le meilleur état. Il enverra un de ses adjoints près le général Soult, et l’autre près le général Davout, à Ostende.

 

La Malmaison, 14 septembre 1803

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Citoyen Général Soult, j’ai reçu vos lettres du 25. Je ne vois pas d’inconvénient à faire camper le 2e bataillon de la 43e, si l’air n’est pas malsain. Je n’en vois pas à faire placer deux mortiers à plaque à Ambleteuse, ni à faire construire des hangars pour l’établissement de 5 à 600 chevaux sur la place de Boulogne. Joignez à cette mesure celle de faire les recensements de tous les couvents et églises, de Boulogne, qui, hormis l’église principale, doivent servir à loger un certain nombre de chevaux.

Si vous avez des charpentiers dans les corps, aidez-en la marine autant que possible. Vous pouvez faire prendre, dans les taillis de cette année des forêts de Boulogne et de Hardelot, les perches et branches nécessaires au campement; et, en général, vous pouvez vous servir des forêts pour tous les bois dont vous aurez besoin, en le faisant en bon propriétaire, et surtout avec les procès-verbaux et formes requises. Prévenez l’inspecteur des forêts qu’il recevra, sous peu de jours, des ordres du ministre des finances pour cet objet.

Il n’y a pas d’inconvénient à faire établir deux batteries sur la pointe de la Rochette. Vous devez avoir à Boulogne le général commandant l’artillerie, le directeur de Saint-Omer et votre ordonnateur. Écrivez au général Faultrier, directeur des parcs, qui se trouve à Douai, de vous tenir au courant des jours où vous devrez recevoir les mortiers à plaque et autres objets d’artillerie dont vous avez besoin. Le général Marmont ne tardera pas, d’ailleurs, à porter son quartier général à Saint-Omer, pour vous aider de tous ses moyens.

Faites rentrer le 2e régiment de dragons à Saint-Omer. Je désire que vous voyiez l’anse où est située la tour de Croï, et que vous confériez avec l’amiral Bruix et le citoyen Sganzin, pour savoir si, dans cette anse où je n’ai pas été, et qui est protégée par cette tour, il n’y aurait pas un refuge pour quelques bâtiments de la flottille, et si les vents qui permettent de sortir de Boulogne sont favorables pour sortir de cet endroit.

Le citoyen Petiet, qui est à Saint-Omer, aura sans doute déjà pris des mesures pour vous faire avoir de la paille. Il doit écrire aux différents préfets pour en faire battre. Faites-moi connaître si, à Dunkerque, Calais, Saint-Valery-sur-Somme et Boulogne, on travaille à des bâtiments de commerce et à des corsaires. Prévenez-en l’amiral, qui doit l’empêcher, car tous les bras doivent travailler pour la marine militaire.

Un ingénieur des ponts et chaussées se rendra près de vous pour rester sous vos ordres. Il aura toujours des fonds à sa disposition. Il est chargé d’activer la réparation des routes d’Étaples à Ambleteuse et de Boulogne à la forêt. Faites-lui faire l’inspection des routes de Boulogne à Ostende, jusqu’aux confins de votre commandement, de manière à les mettre dans le meilleur état.

Prescrivez au général d’artillerie de ne jamais faire tirer un boulet isolé; pour faire effet, il faut que quatre ou cinq mortiers soient chargés et tirés successivement, le plus promptement possible, en augmentant ou diminuant de quelques degrés, suivant le résultat de la bombe ou du mortier précédent; de cette manière, le bâtiment n’a pas le temps d’échapper et il essuie plusieurs bombes. Pourquoi, pendant que la bombe du mortier à plaque était à la hauteur de la frégate, n’a-t-on pas sur-le-champ tiré un grand nombre de boulets ?

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner ordre qu’il soit établi à la tour d’Ambleteuse deux mortiers à plaque, et qu’une batterie de deux pièces de canon de 24 soit construite sur la pointe de la Rochette, entre Boulogne et le fort de Croï.

Écrivez pour que les bois et autres objets nécessaires au campement des troupes à Boulogne soient fournis sur-le-champ.

Donnez ordre qu’il soit construit, le long des murs de Boulogne, des hangars de campagne, capables de mettre 600 chevaux à l’abri des injures de l’air, conformément au croquis ci-joint. Faites faire le recensement des couvents et églises de Boulogne, hormis l’église principale, pour les employer à contenir des chevaux.

Faites-moi connaître quel est l’officier supérieur du génie qui commande au camp de Saint-Omer; il devrait déjà y être rendu. Je vois qu’il n’y a qu’un chef de bataillon. Donnez ordre qu’il s’y rende sans délai, et mettez des fonds à sa disposition pour les petits travaux.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je suis fort aise que les deux nouveaux mortiers aient rempli leur but; vous en recevrez qui, j’espère, iront à plus de 2,000 toises.

J’approuve ce que vous avez fait pour le port d’Ambleteuse. Les chemins vont être construits avec la plus grande activité. Faites faire le relevé de tous les charpentiers et ouvriers qui travaillent à Dunkerque. Pourquoi donc se plaint-on toujours de ce port ? Instruisez- moi, par le retour de mon courrier, du jour où les cent bateaux canonniers seront prêts à partir de ce port.

J’espère que le citoyen Sganzin ne perdra pas un moment pour faire avancer le fort Rouge. Faites-moi connaître combien il y a de pieux de battus, combien on en place par jour, et combien il en faut en tout. Pourquoi n’en bat-on pas trente par jour ?

 

 

La Malmaison, 16 septembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Le général Caulaincourt, Citoyen Ministre, demande si l’on peut admettre des officiers étrangers dans la 112e demi-brigade. La réponse doit être négative; il ne doit y entrer que des officiers belges. Il n’y a pas d’inconvénient à admettre le quartier-maître qu’il propose.

Quant au serment qu’exige des officiers le Gouvernement autrichien, le général Caulaincourt doit leur déclarer qu’étant Français ils doivent servir contre toute nation avec laquelle la France serait en guerre; que l’Autriche ne se porterait pas à de telles violences, parce qu’en France on userait de représailles; qu’au surplus on fait écrire par le ministre des relations extérieures, et qu’il n’y a pas de doute que l’Autriche ne se désiste d’une mesure contraire à toute justice et à tous les usages.

 

La Malmaison, 16 septembre 1803

Au général Berthier

J’ai lu avec attention, Citoyen Ministre, le mémoire du premier inspecteur général du génie (Il s’agit du général Marescot) sur les fortifications de la rive gauche du Rhin.

Je désirerais avoir une description de la frontière comprise entre le Rhin et la Meuse, depuis la Moselle à Namur et la Hollande.

Dans ce mémoire on décrira les chemins que pourrait suivre l’ennemi pour se porter sur Liège, en partant, soit de Coblentz, soit de Bonn, soit de Cologne. On devra décrire tous les chemins par où il serait obligé de passer, faire connaître la nature de la route, et, s’il n’y a pas de grande route nationale, décrire les routes de traverse; car enfin, partout où passent les charrettes du pays, une armée peut à la rigueur passer. On décrira également les routes que pourrait prendre l’ennemi pour passer la Meuse à Ruremonde, en passant le Rhin à Cologne ou plus haut. On joindra à ce mémoire les meilleures cartes que nous ayons de ce pays, sur lesquelles on tracera les routes.

Dans un deuxième mémoire. on décrira Bonn avec les environs, la distance de 1,200 toises, tant en deçà qu’au delà du Rhin. Si la ligne magistrale de Bonn est d’un bon système et en bon état, si elle n’est pas dominée, et si l’occupation de la rive droite est facile et peut être protégée par les ouvrages actuellement existant sur la rive gauche, Bonn se trouverait avoir de grands avantages pour l’offensive. Il faudrait évaluer ce que valent soit les établissements militaires pour l’artillerie, les magasins, etc. , soit la ligne magistrale, et ce qu’i faudrait pour l’établir autre part.

Un troisième mémoire et des plans pareils sont nécessaires pour Cologne.

On remettra un quatrième mémoire et les plans nécessaires pour la place qu’on propose de construire en seconde ligne, aux sources de la Roër, disposée de manière à servir de point d’appui à la première ligne, et à intercepter la communication de Coblentz et de Bonn à Liège. On fera choisir l’endroit; et, s’il s’en présente plusieurs offrant des avantages égaux, on fera lever et niveler sur une grand échelle les différents emplacements.

On me remettra, dans les jours complémentaires, ceux de ces mémoires qu’on pourra se procurer ici, et on enverra les officiers du génie pour travailler et recueillir les matériaux de ceux qu’on n’aurait pas, afin qu’à la fin de vendémiaire on puisse définitivement prendre un parti avec connaissance de cause.

 

La Malmaison , 16 septembre 1803

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

Écrire à Gênes s’il ne serait pas possible d’engager 9,000 matelot pour servir sur la flottille. Ils ne seraient tenus que de servir sur les bateaux plats. On leur donnera leur voyage et on leur assurera trois mois d’avance de leur traitement.