Correspondance de Napoléon – Septembre 1803

Septembre 1803

 

Saint-Cloud, 1er septembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je charge le général Caulaincourt, Citoyen Ministre, de la formation de la 112e demi-brigade, et, jusqu’à ce que j’aie nommé un colonel, il en remplira les fonctions. Je lui donne l’ordre de se rendre auprès de vous. Communiquez-lui tous les renseignements que vous avez sur les soixante-deux officiers qui se présentent, afin de voir ceux qui sont dignes d’entrer dans cette demi-brigade.

Quant au recrutement, mon intention est que tous les Belges des neuf départements qui voudraient entrer dans ce corps, soit qu’ils soient désignés comme faisant partie de la réserve, soit qu’ils aient servi en Autriche et en Espagne, y soient admis. On pourra aussi prendre tous les hommes de bonne volonté du pays. Tout individu qui aurait été sous-officier, même au service de l’Empereur, pourra y être admis, s’il est né Belge. Le conseil d’administration de ces corps enverra en recrutement dans ces départements; mais il ne pourra, sous aucun prétexte, prendre des hommes désignés pour la conscription des autres corps.

 

Saint-Cloud, 1er septembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je désirerais, Citoyen Ministre, qu’il fût formé sept équipages pour monter sept péniches qui seraient affectées à mon service. Le premier serait formé à Saint-Malo, le deuxième à Granville, le troisième au Havre, le quatrième à Boulogne, le cinquième à Calais, le sixième à Anvers et le septième à Dunkerque. Chacun de ces équipages devrait être commandé par un officier intelligent et être composé de vingt-cinq bons matelots. Donnez ordre au citoyen Forfait de faire soigner particulièrement, dans ces ports, la construction des sept péniches qui seront destinées à mon service. Mon intention est que chacune soit armée de deux pièces de 6 de bronze, ne pesant chacune que 600 livres; je les ferai fondre par la terre.

Donnez ordre également qu’on me construise sept péniches dans sept différents ports, armées chacune d’un canon de 24 ou même de 36, en bronze, ne pesant pas plus de 3,000 livres. Les sept équipages, dont la garnison et les canonniers seront formés par ma Garde, feront le service quand j’irai en rade. Ces équipages feront partie de ma Garde. Indépendamment de leur traitement de marine, ils jouiront, en gratification, du même traitement que la Garde à cheval.

 

Saint-Cloud, 2 septembre 1803)

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

Écrire au citoyen Sganzin que, sur les quais de Boulogne, il y des maisons qui avancent et qui, dans certains points, les rétrécissez beaucoup trop, et qui seraient très-embarrassantes dans les grand mouvements qui auront lieu. Il faut me présenter un projet pour quelle soient démolies le plus tôt possible.

 

Saint-Cloud, 2 septembre 1803

DÉCISION

Le ministre de la marine propose d’admettre dans le port de Bordeaux le navire Joanna-Elisabeth, qui a fait une relâche forcée à PlymouthS’il n’y a à bord de ce bâtiment que des productions du Nord, le ministre de l’intérieur le fera admettre.

Si, au contraire, il porte d’autres marchandises fabriquées, ou denrées coloniales, elles seront considérées comme marchandises anglaises, le bâtiment ayant touché en Angleterre.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous Prie, Citoyen Ministre, de donner ordre à la 2le demi brigade de ligne de former ses deux premiers bataillons à 800 hommes chacun, et de se rendre à Boulogne ; le 3e bataillon restera à Nancy.

A la 43e, de former son premier bataillon, également à 800 hommes et de se rendre à Ambleteuse; le 2e et le 3e bataillon resteront où il sont jusqu’à nouvel ordre. Vous donnerez ordre qu’on envoie, en toute diligence , à Ambleteuse, des effets de campement, et vous les ferez partir de la place la plus près. Du moment où ce bataillon sera campé, il jouira du traitement de campagne et fournira, tous les jours, 9,000 ouvriers pour les travaux d’Ambleteuse.

Donnez ordre à la 18e demi-brigade de ligne de compléter ses deux premiers bataillons à 800 hommes chaque, et de se rendre à Meaux et à la 96e, qui est à Maux, de se rendre à Paris.

Donnez ordre que les 32e et 96e ne fournissent plus de travailleurs au canal de l’Ourcq.

Donnez ordre aux généraux Soult et Davout de partir, le 20, pour se rendre à leur quartier général.

Donnez ordre que l’on commence sur-le-champ, à Boulogne, à former les deux camps. A mesure qu’un corps sera campé, il jouira du traitement de campagne.

Donnez ordre à l’inspecteur en chef aux revues de faire passer la revue des deux bataillons de chaque corps destinés à faire partie des camps; ces revues seront passées au moment de leur arrivée au camp; et, sur cette revue, vous leur ferez payer leur gratification de campagne.

Ordonnez aussi qu’au moment où les troupes camperont on leur distribue des bidons portatifs.

Donnez ordre que le commissaire général parte le 20 fructidor pour se rendre à Saint-Omer, ainsi que le payeur général, etc.

Donnez ordre qu’on choisisse un emplacement à Étaples pour y camper une brigade composée de quatre bataillons de ceux destinés à faire partie du camp de Compiègne. Cette brigade sera arrivée au ler vendémiaire.

 

Saint-Cloud , 3 septembre 1803

Au général Berthier

Donnez ordre, Citoyen Ministre, qu’on fasse partir demain, pour Boulogne, 200 chevaux de trait de l’attelage de l’artillerie de la garde. Arrivés à Boulogne, vous donnerez ordre à des compagnies du train d’artillerie de Douai de se rendre à Boulogne, où ces chevaux leur seront consignés par la compagnie de la Garde, qui, après le procès-verbal de ladite remise dressé, fera son retour sur Paris.

Ces 900 chevaux seront destinés à l’attelage des diverses divisions de pièces de 24 légères et obusiers de 8 pouces, qui doivent agir sur le bord de la mer à Boulogne et à Étaples. Ces chevaux feront aussi le service des batteries de la laisse de basse mer, pour leur approvisionnement et pour les mouvements qui deviendront nécessaires. Il doit y avoir deux divisions de six pièces de 24 légères chaque, et deux divisions de six obusiers de 8 pouces; ce qui fait vingt-quatre pièces; la moitié est destinée pour Etaples; mais elles resteront jusqu’à nouvel ordre à Boulogne. Il faudrait que ces pièces fussent rendues et prêtes à servir, le 25 fructidor, à Boulogne. Ce service, avec les approvisionnements et les mouvements qui seront nécessaires pour le service des batteries stables qu’on établit sur la laisse de basse mer et qui se montent à plus de trente bouches à feu, donnera une occupation suffisante aux 2,00 chevaux.

Donnez ordre que les chevaux du train, qui sont en ce moment réunis à Douai, fournissent sur-le-champ tout ce qui est nécessaire pour les attelages des batteries mobiles organisées pour la protection des côtes et du passage de la flottille, depuis Dunkerque jusqu’à Boulogne.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1803

Au général Marmont

Citoyen Général Marmont, premier Inspecteur général de l’artillerie, le 15 fructidor, à quatre heures du soir, il n’était encore arrivé à Boulogne ni les deux mortiers à grande portée, ni le châssis de côte destiné à tirer des pièces de 36 et de sur l’angle de 45 degrés, ni même aucune espèce d’instruction à ce relative, au commandant de l’artillerie.

Je vous prie de me faire connaître combien pèsent les pièces de 24, de onze calibres de longueur, qui sont à Paris. Dans les épreuves qu’on va faire pour les mortiers, je vous prie d’y joindre un obusier de 24 ainsi qu’un obusier de douze pouces, tels que la marine les fait construire.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je reçois votre courrier. Je vous envoie un projet d’organisation de la flottille, tel que je le conçois, mais que je n’ai pas encore définitivement arrêté, voulant avoir votre avis.

On m’a communiqué un projet du citoyen Sganzin pour un logement à établir à la croix des signaux. Il m’a paru trop grand, trop long et trop cher. Je désire qu’il fasse une tente en bois avec une chambre de la grandeur d’une chambre de vaisseau, avec quatre petites chambres , telles que celles des capitaines à bord, en ayant soin de faire un toit avancé au moins de six pieds, de manière que beaucoup d’hommes puissent s’y mettre à l’abri de la pluie, tout autour. On pourra facilement s’y tenir pour donner de là des ordres dans les nuits importantes de l’embarquement, ou pour y coucher. Telle que je la conçois, cette tente pourra être faite en très-peu de temps et à peu de frais.

On peut destiner des maisons tout près de là, soit pour le logement des officiers, soit pour les chevaux. D’ailleurs, vous devez toujours avoir votre maison en ville. Faites en sorte que la communication soit la plus facile et la plus courte possible, de cet emplacement au port.

J’ai vu avec plaisir que les mortiers à grande portée avaient résisté. Faites-en donc placer de suite trois on quatre; ils serviront à soutenir les travaux du fort Rouge, en attendant que vos plates-formes soient établies.

Par le plan ci-joint, qu’on m’a envoyé, il m’a paru que l’endroit où l’on veut établir les plates-formes est encore trop éloigné de la mer. J’ai fait marquer sur ce plan la manière dont je conçois qu’elles devraient être placées.

On m’a fait craindre que les mortiers et les pièces de canon qu’on voudrait laisser sur la laisse de basse mer ne fussent entraînés dans les gros temps de l’équinoxe et l’hiver. Si vous et le citoyen Sganzin partagez cette crainte, je croirais convenable de placer, quelques toises dernière, des piquets auxquels on les amarrerait par des câbles, qui les retiendraient aux boulons.

Je vous envoie des projets de fourneaux qui peuvent être utiles au citoyen Sganzin.

Je fais partir demain 200 chevaux d’artillerie pour être uniquement attachés au service des batteries de la laisse de basse mer, et à celui de douze pièces de 24 et de douze obusiers de 8 pouces, que l’on placera, toutes les fois que cela deviendra nécessaire, sur la laisse de basse mer.

Le ministre de la guerre donne l’ordre à la 43e demi-brigade d’envoyer 800 hommes à Ambleteuse et de fournir 200 à 300 hommes par jour pour le travail du port.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1803

A l’amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, il parait que tout commence à se mettre en train à Boulogne. Il faut actuellement s’occuper d’Étaples. J’ai ordonné que le chemin de Neufchâtel à la mer fût fait, afin qu’on pût aller de Boulogne à Étaples, sans traverser les sables : a-t-on commencé ce travail ? J’ai ordonné la réparation du chemin d’Etaples à Montreuil .. y travaille-t-on ? A-t-on commencé à établir des pieux ? Y a-t-il une administration maritime, et a-t-on choisi les emplacements pour les divers établissements, soit de la marine, soit de la terre ?

Vous voyez, par l’état où il est question de la distribution de la flottille, le nombre de bâtiments qu’il faudra placer à Étaples. Cela nécessitera beaucoup de choses. Quoique, par sa localité, Étaples ne soit pas exposé à des affaires comme Boulogne, cependant il y aura des rencontres, ce qui nécessitera un établissement de guerre de la marine. Faites ce qui est nécessaire pour ce port.

En 1708, au mois d’août, l’amiral Byng, ayant quatorze vaisseaux de ligne et soixante bâtiments de transport, mouilla dans la baie d’Étaples et mit 500 hommes à terre : faites-moi connaître s’il y a des traditions de l’endroit où il a mouillé, et, enfin, l’espèce de danger que pourrait courir une portion quelconque de la flottille.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1803

A l’amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, je vous prie de me faire connaître vos notes sur les officiers de marine compris dans les états ci-joints. Vous sentez que ceci étant le résultat de la confiance particulière que j’ai en vous, ne doit être connu de qui que ce soit. Vous pouvez donc parler franchement.

Ayant arrêté l’organisation d’un bataillon de marine qui sera attaché à la Garde, je vous prie de me présenter les capitaines de vaisseau et de frégate et les lieutenants de vaisseau qui pourraient être mis à la tête de ce corps.

 

Saint-Cloud, 4 septembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, le projet sur les bassins de Saint-Nazaire. Il est convenable d’ordonner aux ingénieurs de faire un projet en règle. Je ne pense pas que cela puisse coûter beaucoup. On a avancé qu’on ne pourrait point placer de corps-morts, parce que, dans tous les endroits où il en faudrait, on rencontrerait le roc. Donnez ordre de vérifier ce fait avec le plus grand soin. Dans un projet de cette nature, il ne sera possible de savoir à quoi s’en tenir que lorsque les ingénieurs y auront passé le temps nécessaire pour y vérifier les sondes ; et, pour que leur travail se mûrisse, il faut leur ordonner la rédaction d’un projet et d’un devis.

 

Saint-Cloud, 4 septembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, vous trouverez ci-joint les notes du citoyen Forfait sur l’état que vous m’avez envoyé des constructions des différentes parties de la flottille dans le premier arrondissement. Je vous prie de faire dresser un état de situation de tous les bâtiments de la flottille en construction au 15 fructidor. Faites-le faire avec grand soin; comprenez-y ce qui a été payé à chaque constructeur et ce qui leur est dû. Vous pouvez les assurer qu’ils seront exactement payés.

En général, il paraît que nous avons, dans ce moment, assez de bateaux canonniers en construction , mais pas assez de chaloupes canonnières et de péniches. Si vous pouvez donc en mettre un plus grand nombre en construction dans votre arrondissement, faites-le; vous avez tous les pouvoirs. Vous avez dans votre arrondissement plusieurs points qui pourraient en recevoir; je ne vois pas pourquoi on n’y mettrait pas deux chaloupes canonnières. Je suis étonné qu’il n’y ait rien à Amiens.

On me rend compte qu’une grande quantité de toute espèce d’objets nécessaires à l’approvisionnement de la marine doit être arrivée à Anvers, venant de Hollande, et doit se mettre en route pour Boulogne. Envoyez des officiers pour activer l’arrivée du tout. Vous savez assez par expérience que rien n’arrive tout seul, et que tout languit si on n’en accélère l’arrivée par l’envoi d’officiers et de commis qui lèvent tous les obstacles.

Il n’y a non plus aucune difficulté à mettre dans le premier arrondissement une vingtaine de caïques en construction; vous avez tous les pouvoirs. Le premier arrondissement est celui dont les constructions sont les plus sûres , puisqu’il est plus près des lieux. Distinguez bien , dans les bâtiments que l’on construit, ceux que les entrepreneurs doivent fournir tout gréés de ceux que la marine doit gréer; et, dans ce dernier cas, assurez-vous des moyens qu’il y a pour cet objet.

Depuis l’Escaut jusqu’à la Somme, je ne connais ni préfet, ni administration ; c’est vous qui répondez de tout; vous devez donc tout faire marcher.

La terre aura besoin d’une grande quantité de bois de chauffage pour les camps. Faites-moi connaître ce que deviennent toutes les branches des bois que l’on coupe, et ce qui provient des équarrissages, et si cela peut former une ressource.

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Je vous prie de me renvoyer les observations du citoyen Forfait, lorsque vous en aurez pris connaissance.

 

Saint-Cloud, 4 septembre 1803

A l’amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, je reçois votre lettre du 16. Je vois avec plaisir que le fort Rouge avance. Faites-moi connaître de quel métal et de quel calibre sont les pièces établies à la batterie du fort Rouge, et sur quel affût elles sont; et, puisque le fort Rouge se trouve tout à fait à la laisse de basse mer, il me semble que ces batteries ne pourront bientôt plus tirer.

J’ai reçu le plan que vous m’avez envoyé. Son aspect m’a fait sentir encore plus la nécessité des forts de la Crèche et de l’Heurt. Le génie m’assure que ce qui empêche de travailler, ce sont les ennemis, qui dispersent, tous les jours, les travailleurs à coups de canon. Comme le travail ne se fait qu’à marée basse, ne serait-il pas utile d’établir dans ces deux positions deux pièces de 24, ce qui éloignerait l’ennemi ? Du reste, un bataillon de 900 sapeurs est parti pour s’y rendre, de Juliers. Je désire connaître à combien de pieds on s’est élevé, et quand on peut espérer que cette plate-forme sera hors de la haute mer, et q’on pourra alors y placer une douzaine de canons et quatre ou cinq mortiers.

J’ai reçu votre plan; j’en désirerais un autre sur lequel fût tracée une première position qu’on ferait prendre à une avant-garde simplement composée de deux divisions de chaloupes canonnières, c’est-à-dire 54; d’une division de bâtiments de grande espèce, c’est-à-dire 27; et de six bombardes. Il faudrait que cette avant-garde occupât la position la plus près du rivage, afin d’être protégée par le fort Rouge et par les batteries de terre.

Je désirerais également que vous tracassiez la position à faire occuper à une cinquantaine de caïques, dans la vue d’augmenter les bâtiments et de prolonger la ligne. Il faudrait faire, avec le plus de soin possible, ce tracé, parce que ce ne serait qu’après avoir occupé quelque temps cette première position que nous nous hasarderions à nous porter plus avant. La ligne, telle que vous l’avez tracée, m’a paru faible. Il y a 22 pieds d’eau à basse mer; l’ennemi pourrait donc l’attaquer avec un grand nombre de vaisseaux à deux ponts, de bombardes, et quelques bateaux plats. Supposez que votre ligne fût ainsi attaquée par vingt vaisseaux de 74, dix ou douze bombardes, pensez- vous qu’elle puisse tenir ? Or l’intérêt des Anglais à nous forcer à nous retirer de Boulogne est tel, que le sacrifice de trois ou quatre vaisseaux de guerre n’est rien, s’ils espèrent d’enlever une portion de cette flottille, ou l’écraser en l’obligeant à rentrer précipitamment dans le port. C’est à l’aspect de ce plan que j’ai senti l’immense avantage des caïques, puisqu’on peut en placer deux ou trois dans l’intervalle de chaque chaloupe canonnière, et dès lors, présenter une grande masse de feu , gêner et embarrasser l’ennemi.

On m’assure que la Liane n’est point navigable jusqu’au moulin de Saint-Léonard. Faites remonter et descendre un canot à marée basse et haute, afin qu’il n’y ait aucun doute sur ce fait, car il faudra qu’à l’endroit où sera le parc d’artillerie de la marine on, puisse rapidement communiquer par eau pour approvisionner le port.

Faites travailler sans relâche au fort du citoyen Forfait; car il est facile sans doute de prendre une ligne qui ne pourrait être tournée, par la manière dont on s’approcherait de terre, mais il est difficile d’empêcher la ligne d’être percée.

J’ai ordonné au ministre de la guerre de faire enlever un croquis de tout le local à une lieue de Boulogne, afin de pouvoir dessiner l’emplacement des camps; faites-moi connaître si l’on y travaille,, et si ce travail avance.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1803

Au citoyen Melzi, vice-Président de la République italienne

J’ai été fort aise de recevoir ici le général Pino. Il se rend en Italie plein de zèle organiser sa division. Ce sera avec grand plaisir que je verrai cet hiver le drapeau italien flotter sur les rives de l’Océan ; ce ne sera pas, à ce que je me souvienne, arrivé depuis les Romains. Il serait peut-être convenable de réunir ce corps dans le département de l’Agogna. Les officiers devront tous avoir la gratification d’entrée en campagne. Les corps devront avoir leurs marmite bidons, gamelles et fourgons. Si, sans inconvénient pour ce pays, ce corps peut être porté, à 6,000 hommes, cela sera d’un excellent effet. En y bien songeant, je n’ai pas voulu de la légion italienne, parce qu’elle est mal composée. Elle se serait portée à quelques excès et aurait donné à ce peuple mauvaise opinion de l’Italie, ce qui serait du plus mauvais effet moral; car il peut arriver que ce pays soit engagé dans de fortes luttes pour soutenir l’indépendance de République italienne; il faut donc éviter tout ce qui peut tendre à en donner une opinion défavorable. Si vous pouvez joindre au corps du général Pino quelques Hussards composés de jeunes gens donnant des espérances, ils seront là pour se former.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1803

Au citoyen Marescalchi, ministre des relations extérieures de la République italienne

Je vous envoie, Citoyen Ministre, des pouvoirs pour négocier le concordat de la République italienne. Vous entamerez une négociation sur l’article 2, et vous ne signerez rien jusqu’à ce que je ne aie fait connaître mes intentions définitives sur cet article.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1803

Au général Marmont

Citoyen Général Marmont, premier Inspecteur général d’artillerie, je n’approuve point les mouvements des pièces de 16 que vous tirez de Metz, Luxembourg, Thionville, Sarre-Libre, Bitche et Longwy.

Il me semble qu’il sera difficile d’armer les côtes avec des pièces de 16. Il faudra donc voir le nombre de pièces de 24 qu’on pourrait y laisser; car il y a des positions très-importantes qu’on ne pourra pas armer avec des pièces de 16, dont le résultat est si différent de celui des pièces de 16, quelque opinion qu’on puisse en avoir.

Le mouvement de la division de Bayonne me parait très-bon. Je vous renvoie le travail, qui me paraît à refaire.

Le port de Toulon aura besoin que vous lui fournissiez quatre vingt pièces de 24, prises sur la côte.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’inviter MM. Monge et Berthollet à faire des expériences de la nouvelle préparation des chanvres, inventée par un habitant d’Amiens, et de vous en adresser un rapport. Il sera nécessaire que vous mettiez une petite somme à leur disposition pour suivre ces expériences.

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1803

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

La ligne de chaloupes canonnières, pour la garde de la flottille qui devra mouiller devant Boulogne, a besoin d’être protégée. Le fort que le citoyen Forfait a proposé et que l’on construit ne peut la protéger que d’un côté, et d’ailleurs sa réussite n’est pas certaine. On désirerait connaître ce que coûterait une prame ou ponton d’un très gros échantillon, sur lequel on placerait quinze pièces de 36 de chaque côté, à moins qu’on ne préférât les placer sur la ligne du milieu. Ce ponton, devant être embossé, aurait-il besoin de mâture, de manœuvres, etc.? Que coûterait-il ? Combien de temps faudrait-il pour le construire ? Et pourrait-il être d’un échantillon plus gros qu’un vaisseau de guerre ?

 

Saint-Cloud, 5 septembre 1803

Au Ministre des relations extérieures

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, les numéros de la Correspondance d’Espagne. J’imagine que les trois derniers courriers n’étaient pas encore arrivés. Envoyez-moi une Note séparée des renseignements qu’il a sur la force de l’armée espagnole.

Lettres à Talleyrand

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

L’hiver sera rigoureux, Citoyen Ministre, la viande très-chère. Il faut faire travailler à Paris :

1° Faire continuer les travaux du canal de l’Ourcq;
2° Faire des travaux aux quais Desaix et d’Orsay;
3° Faire abattre toutes les maisons qu’on a le projet de démolir; en présenter l’état;
4° Travailler au pont du Jardin des Plantes;
5° Faire paver les nouvelles rues;
6° Fournir d’autres travaux au peuple.

Les travaux de Pontivy n’avancent point; ceux ordonnés pendant le voyage ne sont pas commencés.

Je vous prie de me remettre, au travail du vendredi 29 fructidor, un état de tout ce qui a été fait cette année, et une demande de fonds pour les travaux publics de l’an XII.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

On a envoyé, Citoyen Ministre, les 6e et 42e de ligne et la 1e légère dans le royaume de Naples. Faites-moi connaître les mesures qu’on a prises pour l’habillement et surtout pour l’armement des conscrits. Je suis instruit qu’on n’en a pris aucune pour l’armement.

Il me semble qu’il aurait été convenable de faire arrêter ces conscrits dans la Romagne, et là, de les armer et habiller avant de les envoyer dans le royaume de Naples. S’ils étaient arrivés à Tarente, il serait convenable d’y faire passer des fusils dans le plus court délai.

Envoyez un des adjudants commandants attachés au ministère à Tarente. Il vérifiera à Turin, Plaisance, Rimini et Ancône le nombre de conscrits qui ont passé. Il vous fera un rapport de chacune de ces villes. Il visitera Tarente et les positions qu’occupe l’armée, et vous fera un rapport de chaque endroit, en vous faisant connaître l’état des batteries de côte établies, la situation de l’approvisionnement. Il sera porteur d’un ordre pour l’approvisionnement de Tarente, ,vu qu’une escadre s’y rendra en novembre, et pour que toutes les mesures soient prises pour se procurer 500,000 rations de biscuit pour une opération extraordinaire.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1803

Au contre-amiral Decrès, ministre de la marine et des colonies

Je désire, Citoyen Ministre, que vous voyiez l’officier général de mer que la République batave a accrédité auprès de moi; qu’il vous remette un état de situation des forces navales de la République batave, et vous fasse connaître à quelle époque précise sera réunie l’escadre batave, avec les moyens de transport, et dans quel lieu; demandez son opinion sur le lieu le plus avantageux de l’Escaut et du Texel pour la réunion de l’escadre de guerre. Sachez de lui ce qu’il pense d’une opération qui aurait pour but de faire partir du Texel 25,000 hommes sur de gros bâtiments, pour aller débarquer en Irlande; quel est le lieu le plus convenable dans la République batave, si cette escadre devait se rendre à Yarmouth; et quel serait le meilleur point pour aborder en Écosse; quel serait le meilleur point pour aborder en Angleterre.

Il doit beaucoup connaître les mers du Nord. Informez-vous de lui des aires des vents qui règnent en janvier et février dans ces parages; si le Texel gèle toutes les années, et à quelle époque il est ordinairement ouvert. Enfin remettez-moi une note qui me fasse connaître tout le parti qu’on pourrait tirer des ports bataves et des moyens maritimes bataves pour l’expédition.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1803

Au vice-amiral Truguet (Laurent-Jean-François, comte Truguet, 1752-1839. Il devient commandant de l’escadre de Brest. Il se prononcera contre l’Empire.)

Citoyen Truguet, Conseiller d’État, j’ai reçu votre lettre du 18. J’avais lu celle que vous m’aviez écrite précédemment. Je pense que votre présence est nécessaire à Brest; rendez-vous-y; arborez votre pavillon sur un des vaisseaux, et apportez tous vos soins à établir la discipline dans vos équipages; formez-les aux manœuvres, afin que cette armée navale soit à même de remplir l’attente du Gouvernement. Par là vous pouvez me prouver votre attachement à la république et à moi.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1803

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

S’il y avait parmi les canonniers de la marine quelques hommes qui sussent tirer la bombe et qui seraient de bonne volonté, il n’y aurait pas d’inconvénient à établir deux compagnies de bombardiers garde-côtes depuis le Havre jusqu’à l’embouchure de la Somme.