Correspondance de Napoléon – Septembre 1800

Paris, 24 septembre 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des Relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de réclamer à votre seconde lettre à Thugut, avec insistance, les italiens détenus pour opinions politiques, comme l’avait promis M. de Melas et spécialement Caprara et Moseati.

2° que pour que la Toscane continue à jouir de l’armistice, il est indispensable qu’il n’y ait pas de levée en masse et que les habitants restent chez eux.

3° que la Convention de Marengo était exécutée; il y est stipulé que S.M.I. ne doit conserver que la rive droite du Pô, que la seule forteresse de Ferrare;

4° que les Napolitains et les troupes impériales évacuent entièrement Rome et l’État du Pape, hormis la ville  et la forteresse d’Ancône, à défaut de quoi les troupes francaises se trouveraient obligées d’entrer dans les États du Pape.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 24 septembre 1800

Au citoyen Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport sur la révolte de l’an VIII dans toute la République, et de me faire connaître les mesures que vous avez prises pour procurer du blé aux départements qui en manquent.

 

Paris, 24 septembre 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Soit que l’armistice sur le Rhin ait ou non été rendu commun à l’armée d’Italie, il n’en est pas moins nécessaire de prendre des mesures promptes pour fixer invariablement les limites du territoires qu’elles doivent occuper.

Vous ferez connaître au général Brune que la convention faite par le  général Masséna n’a pas été approuvée par le Gouvernement, comme contraire à celle de Marengo.

Le général Brune doit faire occuper sur-le-champ toute la rive droite du Pô, telles qu’étaient les limites de la Cisalpine, y compris même Ponte-di-Lagoscuro. I1 doit également occuper Lucques et Pesaro.

I1 doit faire connaître au général commandant en Toscane que, si sous quarante-huit heures toutes les levées ne sont pas licenciées, tous les paysans ne rentrent pas chez eux, la Toscane ne sera pas admise à jouir du bénéfice de l’armistice. I1 mettra sur cette lettre l’adresse: A Monsieur le général commandant, au nom de S. A. R. le grand-due de Toscane, en Toscane.

Et si effectivement le général Sommariva ne désarme pas 1es paysans et ne fait pas tout rentrer dans l’état de paix, il enverra 3,000 Cisalpins et 6,000 Français prendre possession de la Toscane.

Le général Macdonald suivra les mouvements de l’armée d’Italie et commencera les hostilités le même jour où les hostilités recommenceraient en Italie, en prévenant le général Moreau, auquel vous ferez part de tout ceci, pour que, dans ce cas, il manœuvre de manière à contenir l’armée autrichienne.

Si dans cet intervalle la rupture de l’armistice avait eu lieu Italie, le général Brune a le plein pouvoir d’agir selon les événements en profitant le plus possible de sa position. Ainsi, par exemple, s’il avait eu une victoire, il exigerait qu’on lui remit Peschiera et Ferrare; sans quoi, il continuerait jusqu’à ce qu’il eût jeté l’ennemi derrière l’Adige.

 

Paris, 24 septembre 1800

Au citoyen Carnot, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’ôter le gouvernement de Gênes au général Menard et d’y mettre un commandant qui, loin d’exciter les partis, prenne à tâche de se concilier le Gouvernement et les habitants de cette ville.

Le Gouvernement a vu avec peine différentes opérations du général Menard à Gênes, et spécialement la lettre ci-jointe, qui l’a convaincu que le général n’était nullement propre à se concilier l’affection de cette ville.

L’intention du Gouvernement n’est point que l’on traite Gênes comme un pays conquis. De tous les peuples d’Italie, c’est celui qui mérite le plus d’égards, c’est celui qui a le plus souffert et qui a le plus d’esprit national, et dés lors il est nécessaire que le commandant soit un homme de tact.

 

 Paris, 24 septembre 1800

DÉCISION

 

Le citoyen Vence, préfet maritime de Toulon, rend compte du refus fait par les conservateurs  de la santé publique d’admettre à la libre pratique un officier arrivé d’Égypte sur l’Osiris, et que le Premier Consul avait ordonné de faire partir en poste pour Paris. Le ministre de la marine fera sentir aux officiers  de la santé que je désapprouve leur conduite; qu’ils pouvaient concilier la sûreté publique avec le désir du  Gouvernement en faisant tremper dans le vinaigre (sic) et changer d’habits l’officier que l’on demandait; que j’espère qu’une autre fois ils montreront plus de zèle pour le service de la République

 

Paris, 24 septembre 1800

Au citoyen Lucien Bonaparte, ministre de l’intérieur

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner, à Marseille, un emploi au citoyen Garnier, ami du général Dugommier, et qui, depuis longtemps, a pris soin de sa fille.

Paris , 26 septembre 1800

ARRÊTÉ

ARTICLE  1er. – Le Citoyen Chappe, ingénieur-télégraphe, ne pourra, sous quelque prétexte que ce soit, même pour les détails de son service, faire aucune transmission, par le télégraphe, que d’après l’ordre signé par le Premier Consul.
ART. 2. – Le citoyen Chappe s’adressera au secrétaire d’État pour obtenir la signature du Premier Consul, pour les objets relatifs `s son service et pour ceux qui lui seraient envoyés par les autorités militaires et civiles.
ART. 3. – Toute dépêche destinée aux ministres ou à toute a autorité sera portée au secrétaire d’état, qui, d’après les ordres des Consuls, la transmettra, s’il y a lieu, aux personnes à qui elle sera adressée.

 

Paris, 26 septembre 1800

Au citoyen Fouché, ministre de la police générale

Faites connaître, Citoyen Ministre, au président da Sénat conservateur tout ce que vous savez de l’accident arrivé au citoyen Clément de Ris, ainsi que des mesures qui ont été prises pour découvrir auteurs de ce crime et les faire punir.

Envoyez-moi également une note sur cet objet. Je pense que vous aurez envoyé des agents secrets extraordinaires et pris des mesures pour parvenir absolument à faire saisir les coupables, quelque chose qu’il dût en coûter.

 

Paris, 26 septembre 1800

Le ministre des relations extérieures au baron de Thugut, ministre des affaires étrangères, à Vienne

L’armistice qui vient d’avoir lieu sur le Mein nécessite quelques mesures particulières pour l’Italie, et Votre Excellence reconnaîtra dans cette manière franche de m’adresser directement à elle pour tous ces objets, la volonté da Premier Consul de lever tous obstacles qui pourraient s’opposer à nos arrangements réciproques.

1° M. le général Melas s’était engagé à faire mettre en liberté tous les patriotes italiens enfermés dans les prisons d’Autriche. Non seulement aucun d’eux n’a été rais en liberté, mais même les citoyens Caprara et Moscati, recommandables dans tous les pays par leurs talents et leur rang, ne l’ont pas même été.

2° M. le général Zach a été renvoyé sur la parole de M. de Saint-Julien que l’on renverrait Colli. Cependant ce général est toujours détenu. I1 ne peut pas entrer dans les vues de Sa Majesté Impériale de désavouer encore en cela le comte de Saint-Julien , et, dans ce cas, le Premier Consul demande que le général Zach revienne à Paris.

3° Par la convention de Marengo, les troupes de Sa Majesté Impériale ne devraient occuper que la citadelle et la ville de Ferrare, sar la rive droite da Pô; il est donc indispensable que les troupes impériales évacuent toute la rive droite, excepté cette place.

4° Pour que la Toscane continue à jouir du bénéfice de l’armistice, elle doit rentrer dans son état naturel. La levée en masse doit être dissoute et les habitants doivent reprendre leurs occupations. Ce ramas de paysans ne peut être bon qu’à assassiner quelques soldats isolés.

5° Dans le midi de l’Italie, la convention de Marengo ne fixe aucune limite. Le Gouvernement français pourrait donc, sans la violer, envoyer un corps de troupes à Rome et à Naples. Cependant il ne le fera pas, si les troupes de Sa Majesté Impériale évacuent Ancône et restituent au Pape cette ville.

6° Quant an roi de Naples, que les troupes napolitaines évacuent entièrement les États du Pape, et que les Français faisant partie de l’armée d’Égypte, naufragés et échappés aux massacres de Sicile, soient renvoyés par la Romagne, et spécialement les généraux Dumas et Manscourt et le citoyen Dolomieu.

Moyennant ces conditions, les armées françaises, pendant tout le cours de la suspension d’armes, ne dépasseront pas les limites de la République cisalpine.

 

Paris, 26 septembre 1800

Au landgrave de Hesse-Cassel

Monsieur le Landgrave de Hesse-Cassel, je reçois avec sensibilité les félicitations que vous m’adressez sur ma dernière campagne d’Italie. Le soldat français y a trouvé une gloire nouvelle; moi,  j’y cherchais la paix.  L’Europe rendra justice au désir sincère que j’en ai témoigné. Tous mes efforts n’ont point un autre but, et je mets au rang des premiers avantages que la paix doit nous apporter celui de concourir à favoriser les arrangements qui pourraient dédommager la Hesse des sacrifices qu’elle a dû faire, en même temps qu’ils seraient reconnus utiles à l’organisation de l’Allemagne et à l’équilibre des États qui composent le corps germanique.

Votre Altesse peut être assurée de trouver dans le Gouvernement français constante affection et réciprocité entière de bons et loyaux services.

 

Paris, 26 septembre 1800

Au landgrave de Hesse-Darmstadt

Monsieur le Landgrave de Hesse-Darmstadt, le peuple français veut la paix; je la désire; l’Allemagne, l’Italie, le continent enfin l’appellent, et cependant elle me parait encore incertaine. Toutefois, croyez que je n’oublie pas ce que votre conduite a eu de recommandable pendant la négociation de Rastadt et depuis le renouvellement de la guerre. I1 me sera précieux de saisir les conjonctures qui  pourront se présenter pour vous donner des preuves de l’intérêt  du peuple français.

 

Paris, 27 septembre 1800

Au chef de brigade Savary

Vous trouverez ci-joint la copie de la lettre que le préfet de Tours écrit au ministre de la police.

Vous vous rendrez sur-le-champ dans la commune la plus propre à vous mettre sur les traces des brigands qui ont enlevé le citoyen Clément de Ris; vous activerez les préfets, maires, commandants de gendarmerie et de force armée, et vous suivrez les traces brigands jusqu’à ce que vous les ayez atteints.

 

Paris, 28 septembre 1800

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES

Vous trouverez ci-joint une lettre de l’archevêque de Milan et vous me présenterez un projet de sauf-conduit conforme à sa décision avec une lettre d’envoi.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 29 septembre 1800

ORDRE

Le Premier Consul ordonne que A-Sam, Chinois, originaire de Nankin, soit embarqué sur l’une des corvettes commandées par le capitaine de vaisseau Baudin pour être conduit, aux frais de la République, à l’île de France, et de là dans sa patrie.

I1 est expressément recommandé au capitaine Baudin et aux chefs militaires et d’administration de la Marine d’avoir pour A-Sam les égards qu’il mérite par sa qualité d’étranger et par la bonne conduite qu’il a tenue pendant son séjour sur le territoire de la République.

 

 Paris, 29 septembre 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de renvoyer le courrier de M. de Saint-Marsan. Vous répondrez à M. de Saint-Marsan que l’estime que j’ai toujours eue pour lui me le fera voir avec plaisir à Paris, où je désire qu’il se rende avec les pleins pouvoirs du roi de Sardaigne, et le plus secrètement  possible, en ne passant point par Turin, ou en n’y faisant aucun séjour.

 

Paris, 30 septembre 1800

ARRÊTÉ

ARTICLE ler. – Le jeune Horace-Camille Desmoulins, dont le père, membre de la Convention nationale, est mort sur l’échafaud, victime du tribunal révolutionnaire de Paris, est nommé élève an Prytanée français.
ART. 2. – Le ministre de l’intérieur est chargé de l’exécution du présent arrêté.

 

Paris, 30 septembre 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vois dans le journal de Hambourg, Citoyen Ministre, l’ukase de Paul ler, qui met le séquestre sur toutes les propriétés des Anglais. Comment le citoyen Bourgoing  (Ministre plénipotentiaire à Copenhague) , qui en a dû être instruit avant d’autres, ne vous en a-t-il pas fait part par un courrier extraordinaire ?

Je vous prie de lui en témoigner mon mécontentement, et de lui dire que toutes les mesures de cette nature, prises en Russie, doivent vous être communiquées par des courriers extraordinaires.

 

Paris, 30 septembre 1800, 8 heures l/2 du soir

Au citoyen Talleyrand

Vous  trouverez ci-joint des lettres qui arrivent de Londres; quoique je ne voie pas qu’il y ait rien à mander à Otto, je ne vois pas d’inconvénient à lui envoyer un courrier pour lui dire qu’il est autorisé , au cas qu’on ne s’entende pas, à consentir que les fortifications de Malte soient démolies.

Vous l’autoriserez également à donner des passe-ports pour Bruxelles aux évêques qui auraient donné leur démission et croiraient ne plus devoir rester à Londres. Recommandez-lui, cependant, de ne faire usage de cette autorisation qu’autant qu’il soit lui-même convaincu de la nécessité de quitter Londres.

 

Paris, 30 septembre 1800

Au citoyen Talleyrand

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’expédier un courrier extraordinaire en Espagne,  pour faire part an citoyen Alquier de toutes les négociations qui ont en lieu avec l’Angleterre, et du peu d’espoir qu’il y a d’avoir une trêve maritime. Vous ferez connaître au sieur Alquier qu’il est nécessaire que les troupes espagnoles soient maîtresses du Portugal avant le 15 octobre. C’est le seul moyen d’avoir un équivalent pour Malte, Mahon et la Trinité. Les dangers du Portugal seront d’ailleurs sensibles à l’Angleterre et accéléreront d’autant ses dispositions pacifiques.