Correspondance de Napoléon – Octobre 1805

Pfaffeuhofen, 13 octobre 1803

PROCLAMATION A L’ARMÉE.

Soldats, il y a un mois que nous étions campés sur l’Océan, en face de l’Angleterre; mais une ligue impie nous a ordonné de voler sur le Rhin.

Il n’y a pas quinze jours que nous l’avons passé, et les Alpes wurtembergeoises, le Neckar, le Danube et le Lech, barrières si célèbres de l’Allemagne, n’ont pas retardé notre marche d’un jour, d’une heure, d’un instant. L’indignation contre un prince que nous avons deux fois réassis sur son trône, quand il ne tenait qu’à nous de l’en précipiter, nous a donné des ailes. L’armée ennemie, trompée par nos manœuvres, par la rapidité de nos mouvements, est entièrement tournée. Elle ne se bat que pour son salut; elle voudrait bien échapper et retourner chez elle; il n’est plus temps. Les fortifications qu’elle a élevées à grands frais le long de l’Iller, nous attendant par les débouchés de la forêt Noire, lui deviennent inutiles, puisque nous arrivons par les plaines de la Bavière.

Sans cette armée que vous avez devant vous, nous serions aujourd’hui à Londres; nous eussions vengé six siècles d’outrages et rendu la liberté aux mers.

Mais souvenez-vous demain que vous vous battez contre les alliés de l’Angleterre; que vous avez à vous venger des affronts d’un prince parjure dont les propres lettres respiraient la paix, quand il faisait marcher ses armées contre notre allié; qui nous a supposés assez lâches pour croire que nous verrions, sans rien dire, son passage de l’Inn, son entrée à Munich et son agression contre l’électeur de Bavière. Il nous croyait occupés ailleurs. Qu’il apprenne pour la troisième et dernière fois que nous savons être partout où la patrie a des ennemis à combattre.

Soldats, la journée de demain sera cent fois plus célèbre que celle de Marengo; j’ai placé l’ennemi dans la même position.

Souvenez-vous que la postérité la plus reculée tiendra note de ce que chacun de vous fera dans cette mémorable journée.

Vos neveux mêmes, d’ici à cinq cents ans, viendront se ranger sous ces aigles qui vous rallient, sauront en détail tout ce que votre corps aura fait demain, et de quelle manière votre courage les aura à jamais illustrés. Ce sera l’objet perpétuel de leurs entretiens, et vous serez cités d’âge en âge à l’admiration des générations futures.

Soldats, si je n’avais voulu que vaincre l’ennemi, je n’aurais pas cru devoir faire un appel à votre courage et à votre amour pour la patrie et pour moi; mais le vaincre, ce n’est rien faire de digne de vous ni de votre Empereur. Il faut que pas un homme de l’armée ennemie échappe. Que ce Gouvernement qui a trahi tous ses devoirs n’apprenne sa catastrophe que par votre propre arrivée sous les murs de Vienne ; et, à cette funeste nouvelle, s’il écoute le cri de sa conscience, elle lui dira qu’il a trahi et les serments de la paix et ses premiers serments, devoirs que lui avaient légués ses ancêtres avec le pouvoir d’être le boulevard de l’Europe contre les irruptions des barbares.

Soldats qui avez donné aux combats de Wertingen et de Günzburg, j’ai été content de votre conduite; tous les corps feront comme vous. Et je pourrai dire à mon peuple : Votre Empereur et votre armée ont fait leur devoir; faites le vôtre; et les 200,000 conscrits que j’ai appelés accourront à marches forcées pour renforcer notre seconde ligne.

 

Au quartier-général impérial à Augsburg, 13 octobre 1805

ORDRE DU JOUR

L’Empereur témoigne sa satisfaction aux divisions de dragons, au 10e régiment de hussards et autres troupes, qui ont donné au combat de Wertingen. 3,000 prisonniers, 8 drapeaux, 7 pièces de canon et plus de 800 officiers de tous grade sont autant de trophées de gloire.

L’Empereur témoigne sa satisfaction aux troupes qui ont donné au combat de Günzburg et spécialement au 59e régiment de ligne.

La prise du pont et du poste important de Günzburg, que défendait l#armée autrichienne, celle d’un général major et de 1.000 prisonniers avec six piéces de canon, attestent la bravoure des troupes de la division Mahler.

Le maréchal Soult témoignera la satisfaction de l’Empereur au 26e régiement de chasseurs pour la belle charge qu’il a faite sous les ordres du général Margaron, où 120 cuirassiers d’Albert, dont un lieutenant-colonel, 2 capitaines et 2 pièces de canon, sont restés en notre pouvoir; le reste n’ayant dû son salut qu’à sa fuite dans le bois.

Le 2e régiment de chasseurs de l’avant-garde du maréchal Davout a fait une charge sur les uhlans de Merveldt et leur a fait 22 prisonniers près de Dachau.

L’avant-garde du maréchal Bernadotte a enlevé les bagages de plusieurs généraux ennemis et a fait prisonniers une vingtaine de hussards de Barco, dont un officier, près des portes de Munich.

L’armée ennemie, qui était sur l’Iller, est cernée et tournée de tous les côtés par les différents corps de la Grande Armée; elle se trouve dans la même position que l’armée de M. de Melas, à Marengo.

(Picard)

 

Ober-Fahlheim, 14 octobre 1805, 9 heures du soir

ORDRE GÉNÉRAL

  1. le maréchal Lannes fera passer le Danube demain, une heure avant le jour, aux trois divisions des généraux Oudinot, Suchet et Gazan, ainsi qu’à toute la cavalerie légère, sur le pont d’Elchingen et sur celui de Thalfingen; à cet effet, le général Gazan fera rétablir, cette nuit, le pont de Thalfingen; en conséquence, ses troupes prendront les mêmes positions qu’occupent celles du maréchal Ney à Elchingen et à Albeck.
  2. le maréchal Ney ploiera la division qui est à Elchingen et à Albeck, et, du moment que les troupes de M. le maréchal Lannes auront successivement remplacé les siennes à Elchingen et à Albeck, M. le maréchal Ney se disposera pour que son corps d’armée se mette en mouvement vers huit heures du matin, pour quitter sa position d’Albeck et en prendre une de bataille, ayant son artillerie en position, afin d’être prêt, vers midi, à attaquer la position que l’ennemi occupe sur le Michelsberg.

L’Empereur sera rendu de sa personne à l’abbaye d’Elchingen, d’où il donnera lui-même l’ordre d’attaquer, tant à M. le Maréchal Ney qu’aux autres troupes.

Une heure avant le jour, la division du général Klein suivra les troupes de M. le maréchal Lannes.

La division de grosse cavalerie du général Nansouty et la garde impériale prendront les armes une heure avant le jour, pour se rendre à l’abbaye d’Elchingen, de manière que demain, à huit heures du matin, il y aura au delà du Danube, sur la rive gauche, les corps des maréchaux Lannes et Ney, la division Klein, la division Nansouty et la réserve de la garde impériale.

Les dragons de la division du général Beaumont prendront position et seront employés à contenir l’ennemi dans Ulm, à la rive droite du Danube.

  1. le général Marmont, avec son corps d’armée, se réunira demain, à la pointe du jour, à son avant-garde, vis-à-vis l’abbaye de Wiblingen, et, de là, se mettra en marche à travers champs pour aller occuper la hauteur de Pfühl, où il trouvera la division Beaumont, et, dans cette position , il contiendra l’ennemi dans Ulm, et, si cela était nécessaire, il défendrait les deux ponts que nous avons sur le Danube.

La division de dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers restera où elle est bivouaquée cette nuit.

Si l’un des généraux s’apercevait que l’ennemi évacue Ulm cette nuit, il en ferait prévenir l’Empereur.

  1. les généraux en chef voudront bien donner des ordres, en ce qui les concerne, pour les présentes dispositions.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Abbaye d’Elchingen, 15 octobre 1805

Au maréchal Berthier

Les deux corps d’armée vont se former en bataille.

Le corps du maréchal Ney tiendra la droite appuyée au bois de Moehringen, son centre vis-à-vis Lehr, la gauche en avant de Jungingen.

Le corps du maréchal Lannes

La division Suchet à droite;

La division Gazan à gauche;

Les grenadiers Oudinot la gauche;

La droite touchera à la gauche du maréchal Ney et la gauche coupera la route d’Albeck.

La cavalerie légère des deux corps d’armée éclairera devant et sur toutes les routes, à deux lieues aux environs, même en arrière.

La division de la garde impériale se mettra en bataille à Haslach, la gauche appuyée à Thalfingen.

La division Nansouty en seconde ligne.

La division Bourcier à Lehr et Moehringen.

 

Elchingen, 15 octobre 1805

5e BULLETIN (BIS) – DE LA GRANDE ARMÉE (Par suite de difficultés apportées à la marche des courriers, ce bulletin n’est parvenu à Paris qu’après le bulletin imprimé sous le no 6.)

Aux combats de Wertingen et de Günzburg ont succédé des faits d’une aussi haute importance : les combats d’Albeck, d’Elchingen, les prises d’Ulm et de Memmingen.

Le maréchal Soult arriva le 21 (13 octobre) devant Memmingen, cerna sur-le-champ la place, et, après différents pourparlers, le commandant capitula.

Neuf bataillons, dont deux de grenadiers, faits prisonniers, un général major, trois colonels, plusieurs officiers supérieurs, dix pièces de canon, beaucoup de bagages et beaucoup de munitions de toute espèce ont été le résultat de cette affaire. Tous les prisonniers ont été au moment même dirigés sur le quartier général.

Au même instant le maréchal Soult s’est mis en marche sur Ochsenhausen, pour arriver sur Biberach et être en mesure de couper la seule retraite qui restait à l’archiduc Ferdinand.

D’un autre côté, le 19 (11 octobre), l’ennemi fit une sortie du côté d’Ulm et attaqua la division Dupont, qui occupait la position d’Albeeck. Le combat fut des plus opiniâtres. Cernés par 25,000 hommes, ces 6,000 braves firent face à tout, et firent 1,500 prisonniers. Ces corps ne devaient s’étonner de rien; c’étaient les 9e léger, 32e et 76e de ligne.

Le 21 (13 octobre), l’Empereur se porta de sa personne au camp devant  Ulm, et ordonna l’investissement de l’armée ennemie. La première opération a été de s’emparer du pont et de la position d’Elchingen.

Le 22 (14 octobre), à la pointe du jour, le maréchal Ney passa ce pont à la tête de la division Loison. L’ennemi lui disputait la possession d’Elchingen avec 16,000 hommes; il fut culbuté partout, 3,000 hommes faits prisonniers, un général major, et fut poursuivi jusque dans ses retranchements.

Le maréchal Lannes occupa les petites hauteurs qui dominent la plaine au-dessus du village de Pfuhl. Les tirailleurs enlevèrent la tête de pont d’Ulm : le désordre fut extrême dans toute la place. Dans ce moment le prince Murat faisait manœuvrer les divisions Klein et Beaumont, qui partout mettaient en déroute la cavalerie ennemie.

Le 22 (14 octobre), le général Marmont occupait les ponts d’Unter-Kirchberg, d’Ober-Kirchberg, à l’embouchure de l’Iller dans le Danube, et toutes les communications de l’ennemi sur l’Iller.

Le 23 (15 octobre), à la pointe du jour, l’Empereur se porta lui-même devant Ulm. Le corps du prince Murat, et ceux des maréchaux Lannes et Ney, se placèrent en bataille pour donner l’assaut et forcer les retranchements de l’ennemi.

Le général Marmont, avec la division de dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers, bloquait, la ville sur la rive droite du Danube.

La journée est affreuse. Le soldat est dans la boue jusqu’aux genoux. Il y a huit jours que l’Empereur ne s’est débotté.

Le prince Ferdinand avait filé la nuit sur Biberach, en laissant douze bataillons dans la ville et sur les hauteurs d’Ulm, lesquels ont été tous pris avec une assez grande quantité de canons. Le maréchal Soult a occupé Biberach le 23 (15 octobre) au matin.

Le prince Murat se met à la poursuite de l’armée ennemie, qui est dans un délabrement effroyable.

D’une armée de 80,000 hommes, il n’en reste que 25,000, et on a lieu d’espérer que ces 25,000 ne nous échapperont pas.
Immédiatement après son entrée à Munich, le maréchal Bernadotte a poursuivi le corps du général Kienmayer, lui a pris des équipages et fait des prisonniers.

Le général Kienmayer a évacué le pays et repassé l’Inn. Ainsi la promesse de l’Empereur se trouve réalisée, et l’ennemi est chassé de toute la Bavière.

Depuis le commencement de la campagne, nous avons fait plus de 20,000 prisonniers, enlevé à l’ennemi trente pièces de canon et vingt drapeaux. Nous avons de notre côté éprouvé peu de pertes. Si l’on joint à cela les désertions et les morts, on peut calculer que l’armée autrichienne est déjà réduite de moitié.

Tant de dévouement de la part du soldat, tant de preuves touchantes d’amour qu’il donne à l’Empereur, et tant de si hauts faits mériteront des détails plus circonstanciés; ils seront donnés du moment que ces premières opérations de la campagne seront terminées, et que l’on saura définitivement comment les débris de l’armée autrichienne se tireront de Biberach et de la position qu’ils prendront.

Au combat d’Elchingen, qui est un des plus beaux faits militaires qu’où puisse citer, se sont distingués le 18e régiment de dragons et son colonel Lefebvre, le colonel du 10e de chasseurs Colbert, qui a eu un cheval tué sous lui, le colonel Lajonquière du 76e et un grand nombre d’autres officiers.

L’Empereur a aujourd’hui son quartier général dans 1’abbaye d’Elchingen.

 

Elchingen, 15 octobre 1805

ORDRE DU JOUR

Le maréchal Soult a investi Memmingen, où il a pris 9 bataillons autrichiens, dont 2 de grenadiers, 14 pièces d’rtillerie, des magasins considérables, un général major, un grand nombre de colonels et d’officiers.

  1. le maréchal Soult, instruit par l’Empereur que les Autrichiens se retirent sur Biberach, a dû y être rendu ce soir. Il est probable que tout ce qui a échappé au combat de Wertingen, à celui de Günzburg, d’Albeck, d’Elchingen, du blocus de Memmigen, enfin de la journée d’aujourd’hui à Ulm, sera pris demain ou après à Biberach.

Tant de succés sont dus à la patience de l’armée, à sa constance à supporter les fatigues et les privations : qualité première et la plus précieuse du soldat, parce que c’est elle qui permet de faire de grandes choses, en épargnant le sang.

(Picard)

 

 

(sans date)

DÉCISIONS

Le maréchal Berthier propose :
1° D’interdire jusqu’à la paix l’importation des pierres à feu; Refusé par l’Empereur
2° De décider que le maréchal Bessières touchera, comme les autres maréchaux, le traitement de 40,000 francs, et que l’état-major général de la garde touchera, comme les autres états-majors de l’armée, la somme de 6,000 francs par mois pour dépenses de bureau. Approuvé par l’Empereur.

(Picard)

 

Abbaye d’Elchingen, 17 octobre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, mon plan s’est exécuté tel que je l’avais conçu. J’ai trompé parfaitement l’ennemi, et de cette armée de 100,000 hommes plus de la moitié est prise, tuée, blessée ou désertée. Le découragement de l’ennemi est extrême, et encore n’est-il pas sûr qu’il se sauve. Le maréchal Soult occupe Biberach, et le prince Ferdinand, avec ses régiments, a fait sa retraite sur ce point. Les combats de Wertingen, Günzburg, d’Albeck et les journées d’Ulm et de Memmingen n’ont point été meurtriers; j’ai pris l’ennemi en détail; ses dispositions ont été constamment fausses, et jamais il n’a deviné mes projets. Je marcherai dans peu de jours à l’armée russe. Le prince de Liechtenstein capitule pour la place d’Ulm. J’ai fait occuper toutes les hauteurs; la ville est cernée; je prendrai là 15,000 hommes. Demain je vous écrirai pour savoir si vous pouvez venir à Augsbourg. Vous savez que nous sommes à Munich; mais l’ennemi a, dans son désespoir, détaché plusieurs partis sur toutes les routes; i1 faut être sûr avant tout qu’elles sont nettoyées.

 

Abbaye d’Elchingen, 17 octobre 1805, 2 heures après midi

Au prince Murat

Je reçois votre lettre du 25 vendémiaire de Hausen. Je vous félicite des succès que vous avez obtenus. Mais point de repos; suivez l’ennemi l’épée dans les reins, et coupez-lui toutes les communications.

Le 22e de chasseurs doit être arrivé aujourd’hui à Noerdlingen; Rivaud doit être arrivé à Donauwoerth. La division batave, qui est à Augsbourg, arrivera ce soir à Donauwoerth. Ramassez tout  cela et suivez l’ennemi partout où il se serait porté.

Il y a dans Ulm 90,000 hommes qui capitulent; ils seront prisonniers de guerre. J’ai une grande impatience d’avoir de vos nouvelles, de savoir positivement où en est la tête de la colonne ennemie, si elle m’a intercepté quelque chose à Noerdlingen. Toutes ces nouvelles me sont de la plus grande importance, et j’envoie exprès le général Mouton pour savoir, avant minuit, à quoi m’en tenir, parce que cela doit régler mes mouvements. Faites-vous joindre par les 22e et 61e de chasseurs; ce dernier doit se trouver aujourd’hui sur la route de Heilbronn à Ellwangen. Votre mission est de nettoyer de partis ennemis toutes les communications. De Noerdlingen, si les mouvements de l’ennemi vous obligent à vous porter par là, ou d’Ellwangen, expédiez un courrier à Strasbourg pour instruire de nos brillants succès et de notre position. Il me semble que vous auriez dû coucher au lieu où est le 9e léger, afin de pouvoir, à la pointe du jour, marcher à la suite de l’ennemi et le gagner de vitesse._

 

Abbaye d’Elchingen, 17 octobre 1805, 4 heures après midi.

Au prince Murat

Tous les hommes qui se sont distingués seront récompensés. Je reçois votre lettre de la route de Heidenheim. J’attends avec impatience de vos nouvelles de Heidenheim, pour savoir la position qu’a prise l’ennemi. Je suis impatient d’apprendre que mes communications sont libres et rétablies, et que mon parc, mes dépôts de cavalerie, le trésor que j’ai à Heilbronn et mes courriers sont en toute sûreté: Marchez donc de l’avant.

 

Abbaye d’Elchingen, 18 octobre 1805, 2 heures après midi

Au prince Murat

Je viens de recevoir la nouvelle de votre marche. La division Oudinot est partie avant le jour et sera, avant ce soir, à Heidenheim, ainsi que le reste de la division Nansouty.

Le maréchal Lannes commandera l’une et l’autre; faites-lui passer des ordres. Il a avec lui quatre régiments de cavalerie; ainsi il a 3,000 chevaux. La division Beaumont est en marche; vous avez donc la cavalerie nécessaire pour faire beaucoup de mal à l’ennemi.

La division Bourcier est sur Geistingen, Goeppingen et Stuttgart, afin de couper les communications. J’attendrai encore ici, toute la journée de demain, de vos nouvelles. Poursuivez sans relâche l’ennemi, prenez ses 500 chariots, et que mes communications se trouvent entièrement rétablies.

Ulm est rendu ; 4,000 hommes en occupent la moitié; les troupes sont prisonnières de guerre, les officiers iront chez eux sur parole jusqu’à l’échange. Je me trouve prendre là 16,000 hommes et une grande quantité d’artillerie.

 

Camp impérial d’Elchingen, 18 octobre 1805

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, je vous envoie quarante drapeaux conquis par mon armée dans les différents combats qui ont eu lieu depuis celui de  Mertingen. C’est un hommage que moi et mon armée faisons aux sages de l’Empire; c’est un présent que des enfants font à leurs pères. Sénateurs, voyez-y une preuve de ma satisfaction pour la manière dont vous m’avez constamment secondé dans les affaires les plus importantes de l’Empire. Et vous, Français, faites marcher vos frères; faites qu’ils accourent combattre à nos côtés, afin que, sans effusion de sang, sans efforts, nous puissions repousser loin de nous les armées que forme l’or de l’Angleterre et confondre les auxiliaires des oppresseurs des mers. Sénateurs, il n’y a pas encore un mois que je vous ai dit que votre Empereur et son armée feraient leur devoir; il me tarde de pouvoir dire que mon peuple a fait le sien. Depuis mon entrée en campagne, j’ai dispersé une armée de 100,000 hommes; j’en ai fait près de la moitié prisonnière; le reste est tué, blessé, ou déserté, et réduit à la plus grande consternation. Ces succès éclatants, je les dois à l’amour de mes soldats, à leur constance à supporter la fatigue. Je n’ai pas perdu 1,500 hommes, tués ou blessés. Sénateurs, le premier objet de la guerre est déjà rempli : l’Électeur de Bavière est rétabli sur son trône. Les injustes agresseurs ont été frappés comme de la foudre, et, avec l’aide de Dieu, j’espère, dans un court espace de temps, triompher de mes autres ennemis.

 

Camp impérial d’Elchingen, 18 octobre 1805

AUX ARCHEVÊQUES ET ÉVÊQUES

Monsieur l’Évèque du diocèse de . . . . . .les victoires éclatantes que viennent d’obtenir mes armes contre la ligue injuste qu’ont fomentée la haine et l’or de l’Angleterre veulent que moi et mon peuple adressions des remerciements au Dieu des armées et l’implorions afin qu’il soit constamment avec nous. Nous avons déjà reconquis les États de notre allié, et l’avons rétabli dans sa capitale. Veuillez donc, au reçu de la présente, faire chanter dans les églises de notre empire un Te Deum en action de grâces, notre intention étant que les différentes autorités y assistent.

 

Abbaye d’Elchingen, 18 octobre 1805

A l’électeur de Wurtemberg

Mon Frère, sachant que je devais me rapprocher de vos États, j’ai voulu tarder à vous écrire jusqu’à ce que je vous eusse défait de toute appréhension. L’armée autrichienne n’existe plus; plus de 50,000 hommes ont été faits prisonniers. Je ne pense pas que, de cette armée de 100,000 hommes, le cinquième puisse retourner en Autriche. Grâce aux mauvaises dispositions qui ont présidé aux conseils de nos ennemis, je n’ai perdu que 1,500 hommes. Je vais donc demain m’éloigner de vos États pour me porter sur l’Inn. Je désire que le corps de Wurtembergeois se réunissent à Geistingen pour me joindre à Munich. Je désire que vous m’envoyiez le prince Paul; vous n’aurez point à vous repentir de l’avoir confié à mes soins; il peut être appelé à gouverner. L’armée de Wurtemberg est trop peu considérable pour y apprendre le métier de la guerre; il vaut mieux qu’il serve sous mes ordres dans l’armée française. Je regarderai d’ailleurs comme une preuve de son amitié et de sa confiance en moi qu’il se rende à cette invitation. Je n’ai point de nouvelles de M. Didelot; on me dit qu’il a rencontré le corps du prince Ferdinand opérant sa retraite, et qu’il a été fait prisonnier; j’espère qu’il aura bientôt été remis en liberté. Je serais fâché qu’on eût fouillé ses malles et qu’on y eût pris le traité dont je venais de signer la ratification à Augsbourg. Au reste, ce serait un petit mal : le temps approche où il faut parler à haute voix. Il me reste à vous faire agréer, Mon Frère, tous mes remerciements du bon accueil que vous m’avez fait, à me rappeler au souvenir de l’Électrice, et me mettre aux pieds de la princesse Paul.

 

Elchingen, 18 octobre 1805

6e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.

La journée d’Ulm a été une des plus belles journées de l’histoire de France. La capitulation de la place est ci-jointe, ainsi que l’état des régiments qui y sont enfermés. L’Empereur eût pu l’enlever d’assaut; mais 20,000 hommes, défendus par des ouvrages et par des fossés pleins d’eau, eussent opposé de la résistance, et le  vif désir de Sa Majesté était d’épargner le sang. Le général Mack, général en chef de l’armée, était dans la ville : c’est la destinée des généraux opposés à l’Empereur d’être pris dans des places. On se souvient qu’après les belles manœuvres de la Brenta, le vieux feld-maréchal Wurmser fut fait prisonnier dans Mantoue; Melas le fut dans Alexandrie; Mack l’est dans Ulm.

L’armée autrichienne était une des plus belles qu’ait eues l’Autriche : elle se composait de 14 régiments d’infanterie formant l’armée dite de Bavière, de 13 régiments de l’armée du Tyrol et de 5 régiments venus en poste d’Italie, faisant 32 régiments d’infanterie, et de 15 régiments de cavalerie.

L’Empereur avait placé l’armée du prince Ferdinand dans la même situation où il plaça celle de Melas. Après avoir hésité longtemps, Melas prit la noble résolution de passer sur le corps de l’armée française; ce qui donna lieu à la bataille de Marengo. Mack a pris un autre parti : Ulm est l’aboutissant d’un grand nombre de routes; il a conçu le projet de faire échapper ses divisions par chacune de ces routes, et de les réunir en Tyrol et en Bohême. Les divisions Hohenzollern et Werneck ont débouché par Heidenheim. Une petite division a débouché par Memmingen. Mais l’Empereur, dès le 20 (12 octobre) accourut d’Augsbourg devant Ulm, déconcerta sur-le-champ les projets de l’ennemi, et fit enlever le pont et la position d’Elchingen , qui remédia à tout.

Le maréchal Soult, après avoir pris Memmingen, s’était mis à la poursuite des autres colonnes. Enfin il ne restait plus au prince Ferdinand d’autre ressource que de se laisser enfermer dans Ulm ou d’essayer, par des sentiers, de rejoindre la division de Hohenzollern. Ce prince a pris ce dernier parti; il s’est rendu à Aalen avec quatre escadrons de cavalerie.

Cependant le prince Murat était à la poursuite du prince Ferdinand. La division Werneck a voulu l’arrêter à Langenau : il lui a fait 3,000 prisonniers, dont un officier général, et lui a enlevé deux drapeaux. Tandis qu’il manœuvrait par sa droite à Heidenheim, le maréchal Lannes marchait par Aalen et Noerdlingen. La marche de la division ennemie était embarrassée par 500 chariots et affaiblie par le combat de Langenau. A ce combat, le prince Murat a été très-satisfait du général Klein. Le 20e régiment de dragons, le 9e d’infanterie légère et les chasseurs de la garde impériale se sont particulièrement distingués. L’aide de camp Brunet a montré beaucoup de bravoure.

Ce combat n’a point retardé la marche du prince Murat. Il s’est porté rapidement sur Neresheim, et le 25 (17 octobre), à cinq heures du soir, il est arrivé devant cette position. La division de dragons du général Klein a chargé l’ennemi. Deux drapeaux, un officier général et 1,000 hommes ont été de nouveau pris au combat de Neresheim. Le prince Ferdinand et sept de ses généraux n’ont eu que le temps de monter à cheval. On a trouvé leur dîner servi. Depuis deux jours, ils n’ont aucun point pour se reposer. Il paraît que le prince Ferdinand ne pourra se soustraire à l’armée française qu’en se déguisant ou en s’enfuyant avec quelques escadrons par quelque route détournée d’Allemagne.

L’Empereur, traversant une foule de prisonniers ennemis, un colonel autrichien témoignait son étonnement de voir l’Empereur des Français trempé, couvert de boue, autant et plus fatigué que le dernier tambour de l’armée; un de ses aides de camp lui ayant expliqué ce que disait l’officier autrichien, l’Empereur lui fit répondre : “Votre maître a voulu me faire ressouvenir que j’étais un soldat; j’espère qu’il conviendra que le trône et la pourpre impériale ne m’ont pas fait oublier mon premier métier.”

Le spectacle que l’armée offrait dans la journée du 23(15 octobre) était vraiment intéressant. Depuis deux jours la pluie tombait à seaux, tout le monde était trempé; le soldat n’avait point eu de distributions; il était dans la boue jusqu’aux genoux; mais la vue de l’Empereur lui rendait la gaieté, et, du moment qu’il apercevait des colonnes entières dans le même état, il faisait retentir le cri de Vive l’Empereur !

On rapporte aussi que l’Empereur répondit aux officiers qui l’entouraient et qui admiraient comment, dans le moment le plus pénible, les soldats oublient toutes les privations et ne se montrent sensibles qu’au plaisir de le voir : « Ils ont raison, car c’est pour épargner leur sang que je leur fais essuyer de si grandes fatigues. »

L’Empereur, lorsque l’armée occupait les hauteurs qui dominent Ulm, fit appeler le prince de Liechtenstein, général major, enfermé dans cette place, pour lui faire connaître qu’il désirait qu’elle capitulât, lui disant que, s’il la prenait d’assaut, il serait obligé de ce qu’il avait fait à Jaffa, où la garnison fut passée au fil de l’épée; que c’était le triste droit de la guerre; qu’il voulait qu’on lui épargnât, et à la brave nation autrichienne, la nécessité d’un acte effrayant; que la place n’était pas tenable; qu’elle devait donc se rendre. Le prince insistait pour que les officiers et soldats eussent la faculté de retourner en Autriche. “Je l’accorde aux officiers et non aux soldats, a répondu l’Empereur; car, qui me garantira qu’on ne les fera point servir de nouveau ?  Puis, après avoir hésité un moment, il ajouta : “Eh bien ! je me fie à la parole du prince Ferdinand. S’il est dans la place, je veux lui donner une preuve de mon estime, et je lui accorde ce que vous me demandez, espérant que la cour de Vienne ne démentira pas la parole d’un d’un de ses princes.” Sur ce que M. de Liechtenstein assura que le prince Ferdinand n’était point dans la place : “Alors je ne vois pas, dit l’Empereur, qui peut me garantir que les soldats que je vous renverrai ne serviront pas.

Une brigade de 4,000 hommes occupe une porte de la ville d’Ulm. Dans la nuit du 24 au 25 (16 au 17 octobre), il y a eu un ouragan terrible; le Danube est tout à fait débordé et a rompu la plus grande partie de ses ponts, ce qui nous gêne beaucoup pour nos subsistances.

Dans la journée du 23 (15 octobre), le maréchal Bernadotte a poussé ses avant-postes jusqu’à Wasserburg et Haag sur la chaussée de Braunau. Il a fait encore 4 à 500 prisonniers à l’ennemi, lui a enlevé un parc de dix-sept pièces d’artillerie de divers calibres; de sorte que, depuis son entrée à Munich, sans perdre un seul homme, le maréchal Bernadotte a pris 1,500 prisonniers, dix-neuf pièces de canon, 200 chevaux et un grand nombre de bagages.

L’Empereur a passé le Rhin le 9 vendémiaire (1er octobre), le Danube le 14 (6 octobre – en fait le 7) à cinq heures du matin; le Lech le même jour, à trois heures de l’après-midi; ses troupes sont entrées à Munich le 20 (12 octobre). Ses avant-postes arrivés sur l’Inn le 23 (15 octobre). Le même jour il était maître de Memmingen et, le 25 (17 octobre), d’Ulm.

Il avait pris à l’ennemi, aux combats de Wertingen, de Günzburg, d’Elchingen, aux journées de Memmingen et d’Ulm, et aux combats d’Albeck, de Langenau et de Neresheim, 40,000 hommes, tant infanterie que cavalerie, plus de quarante drapeaux, un très-grand nombre de pièces de canon, de bagages, de voitures, etc. Et, pour arriver à ces grands résultats, il n’avait fallu que des marches et des manœuvres.

Dans ces combats partiels, les pertes de l’armée française ne se montent qu’à 500 morts et à 1,000 blessés. Aussi le soldat dit-il souvent : “L’Empereur a trouvé une nouvelle méthode de faire la guerre, il ne se sert que de nos jambes et pas de nos baïonnettes.” Les cinq sixièmes de l’armée n’ont pas tiré un coup de fusil, ce dont ils s’affligent. Mais tous ont beaucoup marché, et ils redoublent de célérité quand ils ont l’espoir d’atteindre l’ennemi.

On peut faire en deux mois l’éloge de l’armée : elle est digne de son chef.

On doit considérer l’armée autrichienne comme anéantie. Les Autrichiens et les Russes seront obligés de faire beaucoup d’appels de recrues, pour résister à l’armée française, qui est venue à bout d’une armée de 100,000 hommes sans éprouver, pour ainsi dire, aucune perte.

 

Abbaye d’Elchingen, 19 octobre 1805

A l’Impératrice Joséphine

J’ai été, ma bonne Joséphine, plus fatigué qu’il ne le fallait. Huit jours toute la journée l’eau sur le corps et les pieds froids m’ont fait un peu de mal; mais la journée d’aujourd’hui, où je n’ai pas sorti (sic), m’a reposé.

J’ai rempli mon dessein; j’ai détruit l’armée autrichienne par de simples marches; j’ai fait 60,000 prisonniers, pris 120 pièces de canon, plus de 90 drapeaux et plus de 30 généraux.

Je vais me porter sur les Russes. Ils sont perdus. Je suis content de mon armée. Je n’ai perdu que 1,500 hommes, dont les deux tiers faiblement blessés.

Adieu, ma Joséphine, mille choses aimables partout. Le prince Charles vient couvrir Vienne.

Je pense que Masséna doit être à cette heure à Vicence. Dès l’instant que je serai tranquille pour l’Italie, je ferai battre Eugène. Mille choses aimables à Hortense.

 

Camp impérial d’Elchingen, 19 octobre 1805

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, de l’armée de 80,000 hommes qui était sur l’Iller, il ne reste plus que des débris. Plus de 40,000 hommes ont été prisonniers, beaucoup ont été tués ou blessés; un grand nombre est éparpillé. Le prince Ferdinand s’était échappé avec une colonne de la place d’Ulm : plus de la moitié a été prise, et les lieutenants généraux Werneck, Baillet, Hohenzollern, les généraux Vogl, Mecséry, Hohenfeld, Weber, Dinnersberg se sont rendus prisonniers de guerre avec leurs corps. Plus de 2,000 hommes de cavalerie ont mis pied à terre et abandonné leurs chevaux. Enfin, je tiens 3,000 hommes de cavalerie et 15,000 hommes d’infanterie, qui se sont rendus dans Ulm. Le prince Murat, qui est à Noerdlingen, me mande qu’il déborde le prince Ferdinand, qu’il s’est déjà emparé de 400 voitures qui forment son parc, et qu’il espère ne pas tarder à avoir le reste.

Le maréchal Soult est en grande marche pour retourner à Landsberg et entrer en Bavière; moi-même, je serai probablement demain à Augsbourg, et je ne tarderai pas à vous joindre. Le maréchal Davout, qui est derrière vous, doit, à votre moindre avis, marcher à votre secours. Mais que peut aujourd’hui contre nous une armée de 30,000 Russes et de 25,000 Autrichiens ? Mon aide de camp Caffarelli vous donnera des détails sur tout.

 

Camp impérial d’Elchingen, 19 octobre 1805 

Au maréchal Davout

Mon Cousin, l’armée autrichienne est détruite. Indépendamment du corps qui est dans Ulm, et qui s’est rendu par capitulation, le corps de Werneck vient de mettre bas les armes à Noerdlingen, et s’est rendu au prince Murat. Le prince Ferdinand, à la poursuite duquel il est, est cerné de tous côtés et sera probablement obligé de se rendre. Le maréchal Soult se rend à Landsberg. Réunissez votre corps d’armée, de manière à pouvoir être en peu d’heures à Munich et en mesure de secourir le maréchal Bernadotte. Je vais me rendre moi-même à Augsbourg, et votre tour va venir.

 

Camp impérial d’Elchingen, 19 octobre 1805

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, la garnison d’Ulm pose demain les armes, à trois heures après midi. Il y a 27,000 hommes, dont 3,000 à cheval, et 60 pièces de canon attelées. Le prince Murat a fait mettre bas les armes à la division Werneck; il y a 3 lieutenants généraux, 7 généraux et plusieurs milliers d’hommes. L’armée autrichienne est donc entièrement détruite. Le tour de votre armée et des Bavarois va enfin venir. Les généraux Soult et Marmont se mettent en grande marche pour se rendre sur l’Inn. Moi-même, je partirai demain au soir.

 

Camp impérial d’Elchingen, 19 octobre 1805

Au maréchal Soult

Mon Cousin, il est vrai qu’un corps de 19,000 hommes d’infanterie et de 2,000 de cavalerie a filé sur le Tyrol; mais il doit être arrivé à l’heure qu’il est. Le corps d’armée renfermé dans Ulm met demain bas les armes; il y a 27,000 hommes, dont 3,000 de cavalerie, 10 généraux et 60 pièces de canon attelées. Le prince Murat a fait mettre bas les armes, par capitulation, au corps du général Werneck, composé de 30 escadrons de cavalerie et de 30 bataillons d’infanterie; 3 lieutenants généraux et 7 généraux ont mis bas les armes; le parc de réserve a été pris. Le prince Murat est à la poursuite du prince Ferdinand. Si vous croyez pouvoir, en tardant d’un jour, donner une bonne frottée au corps qui est parti d’Ulm, je n’y verrai aucun inconvénient; mais, je vous le répète, je pense qu’il a sur vous une avance de deux jours. On m’assure que vous avez manqué de bien près ce corps; que si, de Memmingen, vous aviez poussé droit devant vous votre avant-garde, vous le preniez.

J’ai reçu vos drapeaux de Memmingen; ils complètent la soixantaine. 12,000 Russes sont arrivés. Avant huit jours, ils seront 25,000, c’est à quoi se monte cette armée tant renommée.

On m’assure que le prince Charles évacue l’Italie.

Il faut arriver à Landsberg.

 

Elchingen, 19 octobre 1805

7e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le 26 vendémiaire (18 octobre) à cinq heures du matin, le prince Murat est arrivé à Noerdlingen et avait réussi à cerner la division Werneck. Ce général avait demandé à capituler. La capitulation qui lui a été accordée n’arrivera que dans la journée de demain. Les lieutenants généraux Werneck, Baillet, Hohenzollern, les généraux Vogl, Mecséry, Hohenfeld, Weber et Dinnersberg, sont prisonniers sur parole, avec la réserve de se rendre chez eux. Les troupes sont prisonnières de guerre et se rendent en France. Plus de 2,000 hommes de cavalerie ont mis pied à terre, et une brigade de dragons à pied a été montée avec avec leurs chevaux. On assure que le parc de réserve de l’armée autrichienne, composé de 500 chariots, a été pris. On suppose que tout le reste de la colonne du prince Ferdinand doit, à l’heure qu’il est, être investi, le prince Murat ayant débordé sa droite par Aalen, et le maréchal Lannes sa gauche par Noerdlingen. On attend le résultat de ces manœuvres. Il ne reste au prince Ferdinand que peu de monde.

Aujourd’hui, à deux heures après midi, l’Empereur a accordé une audience au général Mack; à l’issue de cette audience, le maréchal Berthier a signé avec le général Mack une addition à la capitulation qui porte que la garnison d’Ulm évacuera la place demain 28 (20 octobre). Il y a dans Ulm 27,000 hommes, 3,000 chevaux, 18 généraux et soixante ou quatre-vingts pièces de canon attelées.

La moitié de la garde de l’Empereur était déjà partie pour Augsbourg, mais Sa Majesté a consenti à rester la journée de demain pour voir défiler l’armée autrichienne. Tous les jours on est davantage dans la certitude que, de cette armée de 100 000 hommes, il n’en sera pas échappé 20,000, et cet immense résultat est obtenu sans effusion de sang.

L’Empereur n’est pas sorti aujourd’hui d’Elchingen. Les fatigues et la pluie continuelle que, depuis huit jours, il a essuyées ont exigé un peu de repos. Mais le repos n’est pas compatible avec la direction de cette immense armée. A toute heure du jour et de la nuit arrive des officiers avec des rapports, et il faut que l’Empereur donne des ordres. Il parait fort satisfait de l’activité et du zèle du maréchal Berthier.

Demain 28 (20 octobre), à trois heures après midi, 27,000 soldats autrichiens, soixante pièces de canon, 18 généraux défileront devant l’Empereur, et mettront bas les armes. L’Empereur a fait présent au Sénat des drapeaux de la journée d’Ulm. Il y en aura le double de ce qu’il a annoncé, c’est-à-dire 80.

Pendant ces cinq jours, le Danube a débordé avec une violence qui était sans exemple depuis cent ans. L’abbaye d’Elchingen, dans laquelle est établi le quartier général de l’Empereur, est située sur une hauteur d’où l’on découvre tout le pays.

On croit que demain au soir l’Empereur partira pour Munich. L’armée russe vient d’arriver sur l’Inn.

 

Camp impérial d’Elchingen, 20 octobre 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, il faut que M. Lebrun soit devenu fou. J’écris à la hâte au prince Eugène des lettres qu’il a l’imprudence d’envoyer à M. Lebrun telles quelles, et M. Lebrun les rend publiques; en vérité, à soixante ans, c’est trop de légèreté.

 

Elchingen, 20 octobre 1805

A M. Lebrun

Je ne sais pas où vous avez vu que l’on imprimait les lettres qu’on reçoit, surtout celles qui ne vous sont pas adressées. Je ne puis que vous en témoigner mon extrême mécontentement. Vous pouvez imprimer tout ce qu’il vous plaît d’écrire et si cela n’était pas ainsi, il me serait impossible de jamais vous écrire.

(De Brotonne)

 

Camp impérial d’Elchingen, 20 octobre 1805

Au prince Eugène

Mon Cousin, je vois avec étonnement que M. l’architrésorier a communiqué des lettres que je vous avais écrites. C’est votre faute : vous deviez lui en envoyer des extraits. Vous ne devez communiquer mes lettres à personne; que cela ne vous arrive plus désormais.

 

Elchingen, 20 octobre 1805

A M. Régnier

Je suis fâché de voir que mon tribunal de commerce ne fasse pas son métier. Les billets de banque ne sont pas une monnaie et ne portent point l’empreinte du prince. Le payement en billets n’est plus une obligation. Dans un pays où la justice transige, il n’y a plus d’ordre social. Il faut que la banque échange ses billets de l’argent, à bureau ouvert, ou qu’elle ferme ses bureaux si elle manque d’argent. Quant à moi, je ne veux pas de papier-monnaie.

 

Camp impérial d’Elchingen, 20 octobre l805

Au général Lemarois

Le général Lemarois se rendra en poste à Stuttgart; de là, à Heilbronn; il verra si les relais dont j’avais ordonné l’établissement pour faire passer en poste les capotes, souliers et autres objets d’approvisionnement sont en activité. Il prendra l’état du biscuit, des souliers et capotes, caissons d’ambulance et transports militaires qui se trouvent à Heilbronn, et il fera tous ses efforts pour que ces objets soient transportés par les relais, avec la plus grande diligence, à Augsbourg. De là, il se rendra à Strasbourg par Spire; il verra l’Impératrice et lui fera connaître tout ce qui s’est passé. Il écrira longuement au maréchal Augereau, qui doit être à Fribourg, et il viendra me joindre en toute diligence à Augsbourg ou à Munich, où il sera de retour au plus tard dans six jours. Il prendra à Strasbourg l’état des conscrits qui y sont arrivés depuis le commencement de ce mois et l’état de situation de tous les 3e bataillons qui forment la réserve du maréchal Kellermann.

 

Elchingen, 20 octobre 1805

Au prince Murat

Ayez soin de respecter le territoire prussien, surtout si l’ennemi n’y passe pas. J’ai déjà des querelles assez sérieuses avec cette puissance pour le premier passage. J’ai de grands intérêts à la ménager. Dirigez mon trésor sur Augsbourg, et le parc sur Donauwoerth. De Noerdlingen expédiez un courrier à M. Otto pour lui faire connaître ce que l’armée a fait. Je monte à l’instant à cheval pour passer en revue les corps de la garnison d’Ulm ; demain ils partent pour la France.

 

Elchingen, 20 octobre 1805

8e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Voici les deux capitulations annoncées dans le bulletin d’hier, conclues par ordre du prince Murat : l’une signée par le chef d’état- major du prince Murat, l’autre par le général Fauconnet.

L’Empereur a passé aujourd’hui 28 (20 octobre), depuis deux heures après midi jusqu’à sept heures du soir, sur la hauteur d’Ulm, où l’armée autrichienne a défilé devant lui. 30,000 hommes, dont 2,000 de cavalerie, soixante pièces de canon et 40 drapeaux ont été remis aux vainqueurs. L’armée française occupait les hauteurs. L’Empereur, entouré de sa Garde, a fait appeler les généraux autrichiens; il les a traités avec les plus grands égards. Il y avait 7 lieutenants généraux, 8 généraux et le général en chef Mack. On donnera dans le bulletin suivant le nom des généraux et des régiments.

On peut donc évaluer le nombre des prisonniers faits depuis le commencement de la guerre à 60,000, le nombre des drapeaux à 80, indépendamment de l’artillerie, des bagages, etc. Jamais victoires ne furent plus complètes et ne coûtèrent moins. On croit que l’Empereur partira dans la nuit pour Augsbourg et Munich, après avoir expédié ses courriers.

 

Elchingen, 20 octobre 1805

ORDRE DU JOUR

L’Empereur témoigne sa satisfaction au corps d’armée du Prince Murat, à celui de MM. les maréchaux Ney, Lannes et Soult, ainsi qu’à celui du général Marmont et à la garde impériale, pour les marches qu’ils ont faites, pour la patience avec laquelle ils ont supporté les fatigues et les privations de toute espèce, qui ont valu les succès suivants.

Memmingen a capitulé entre les mains de M. le maréchal Soult, donné 5.000 prisonniers, 9 drapeaux, un grand nombre de canons et beaucoup de magasins.

Ulm a capitulé, ce qui a valu 25.000 prisonniers, 18 généraux, 50 pièces de canon attelées, 3.000 chevaux de cavalerie pour monter nos dragons à pied, et 40 drapeaux.

Le passage audacieux du pont d’Elchingen par le corps d’armée du maréchal Ney, la prise de cette formidable position, ont valu 3.000 prisonniers, dont un général, et plusieurs pièces de canon.

Le combat de Langenau, de Neresheim, et la capitulation de Nordlingen, par M. le prince Murat, ont valu 5 ou 6.000 prisonniers, 2.000 chevaux pour remonter nos dragons à pied, plusieurs drapeaux, un grand parc, quantité considérable de canons attelés, 3 lieutenants généraux et 7 généraux majors.

Au combat d’Elchingen, les 16e et 69e régiments d’infanterie et le 18e de dragons se sont successivement distingués.

Au combat d’Albeck, le 9e d’infanterie légère, le 32e et le 96e se sont couverts de gloire.

Aujourd’hui, à 3 heures après midi, la partie de l’armée autrichienne prisonnière dans Ulm, ayant à sa tête son général en chef, défile sur les glacis d’Ulm, devant l’Empereur.

Enfin, l’avant-garde du corps d’armée de Bavière a pris, entre l’Isar et l’Inn, plusieurs pièces de canon et beaucoup de bagages du corps d’armée du général Kienmayer.

Le résultat de tous ces événements glorieux est que l’armée autrichienne, forte de 100.000 hommes, est détruite ; 50.000 sont prisonniers, 80 drapeaux sont en notre pouvoir, presque toute l’artillerie ennemie et ses magasins.

L’Empereur fait connaître qu’il est content de son armée.

(Picard)

 

Quartier impérial, Elchingen, 21 octobre 1805

PROCLAMATION

Soldats de la Grande Armée, en quinze jours nous avons fait une campagne. Ce que nous nous proposions est rempli. Nous avons chassé les troupes de la Maison d’Autriche de la Bavière, et rétabli notre allié dans la souveraineté de ses États. Cette armée qui, avec autant d’ostentation que d’imprudence, était venue se placer sur nos frontières, est anéantie. Mais qu’importe à l’Angleterre ? Son but est rempli. Nous ne sommes plus à Boulogne, et son subside ne sera ni plus ni moins grand.

De 100,000 hommes qui composaient cette armée, 60,000 sont prisonniers; ils iront remplacer nos conscrits dans les travaux de nos campagnes : deux cents pièces de canon, tout le parc, 90 drapeaux, tous les généraux sont en notre pouvoir; il ne s’est pas échappé de cette armée 15,000 hommes.

Soldats, je vous avais annoncé une grande bataille; mais, grâce aux mauvaises combinaisons de l’ennemi, j’ai pu obtenir les mêmes succès sans courir aucune chance; et, ce qui est sans exemple dans l’histoire des nations, un aussi grand résultat ne nous affaiblit pas de plus de 1,500 hommes hors de combat.

Soldats, ce succès est dû à votre confiance sans bornes dans Empereur, à votre patience à supporter les fatigues et les privations de toute espèce, à votre rare intrépidité.

Mais nous ne nous arrêterons pas là : vous êtes impatients de mener une seconde campagne. Cette armée russe que l’or de l’Angleterre a transportée des extrémités de l’univers, nous allons lui faire éprouver le même sort. A ce combat est attaché plus spécialement l’honneur de l’infanterie; c’est là que va se décider pour la seconde fois cette question qui l’a déjà été en Suisse et en Hollande : si l’infanterie française est la seconde ou la première de l’Europe. Il n’y a point là de généraux contre lesquels je puisse avoir de la gloire à acquérir; tout mon soin sera d’obtenir la victoire avec le moins possible d’effusion de sang; mes soldats sont mes enfants.

 

Camp impérial d’Elchingen, 21 octobre 1805

DÉCRET

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie, Considérant que la Grande Armée a obtenu, par son courage et son dévouement, des résultats qui ne devaient être espérés qu’après une campagne, et voulant lui donner une preuve de notre sa satisfaction impériale,

Avons décrété et décrétons ce qui suit

ARTICLE ler. – Le mois de vendémiaire de l’an XIV sera considéré comme une campagne à tous les individus composant la GrandeArmée.
Ce mois sera porté comme tel sur les états pour l’évaluation des pensions et pour les services militaires.
ART. 2. – Nos ministres de la guerre et du trésor public sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Camp impérial d’Elchingen, 21 octobre 1805

DÉCRET

ARTICLE ler. – Il sera pris possession de tous les États de Souabe de la Maison d’Autriche.
ART. 2. – Les contributions de guerre qui y seront levées, ainsi que les contributions ordinaires, seront toutes au profit de l’armée. Tous les magasins qui seraient pris à l’ennemi, autres que les magasins d’artillerie et de subsistances, seront également à son profit.
Chacun aura une part, dans ces contributions, proportionnée à ses appointements.
ART. 3. – Les contributions particulières qui auraient été levées, ou les objets qui auraient été tirés des magasins de l’ennemi, seront restitués à la masse générale, personne ne devant profiter du droit de la guerre pour faire tort à la masse générale de l’armée.
ART. 4. – Il sera incessamment nommé un trésorier et un directeur général, qui rendront compte, chaque mois, à un conseil d’administration de l’armée, des contributions qui auront été levées; l’état en sera imprimé, avec la répartition.
ART. 5. – La solde sera exactement payée sur les fonds de notre trésor impérial.
ART. 6. – Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Elchingen, 21 octobre 1805

9e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

L’Empereur vient de faire la proclamation et de rendre les décrets ci-joints (voir ci-dessus)

A midi, Sa Majesté est partie pour Augsbourg.

On a enfin le compte exact de l’armée renfermée dans Ulm : elle se monte à 33,000 hommes, ce qui, avec 3,000 blessés, porte la garnison prisonnière à 36, 000 hommes. Il y avait aussi dans la place 60 pièces de canon avec leur approvisionnement, et 50 drapeaux.

Rien ne fait un contraste plus frappant que l’esprit de l’armée française et celui de l’armée autrichienne. Dans l’armée française, l’héroïsme est porté au dernier point; dans l’armée autrichienne, le découragement est à son comble. Le soldat est payé avec des cartes; il ne peut rien envoyer chez lui, et il est très-maltraité. Le Français ne songe qu’à la gloire. On pourrait citer un millier de traits comme le suivant : Brard, soldat du 76e, allait avoir la cuisse amputée; il avait la mort dans l’âme. Au moment où le chirurgien se préparait à faire l’opération, il l’arrête : “Je sais que je n’y survivrai pas; mais n’importe : un homme de moins n’empêchera pas le 76e de marcher, la baïonnette en avant et sur trois rangs, à l’ennemi”

L’Empereur n’a à se plaindre que de la trop grande impétuosité des soldats. Ainsi, le 17e d’infanterie légère, arrivé devant Ulm, se précipita dans la place : ainsi, pendant la capitulation, toute l’armée voulait monter à l’assaut, et l’Empereur fut obligé de déclarer fermement qu’il ne voulait pas d’assaut.

La première colonne des prisonniers faits dans Ulm part dans ce moment pour la France. Voici le compte de nos prisonniers, du moins de ceux actuellement connus, et les lieux où ils se trouvent : 10,000 dans Augsbourg; 33,000 dans Ulm; 12,000 à Donauworth et 12,000 qui sont déjà en marche pour la France. LEmpereur dit dans sa proclamation que nous avons fait 60,000 prisonniers; il est probable qu’il y en aura davantage. Il porte le nombre des drapeaux pris à 90; il est probable aussi que nous en aurons davantage.

L’Empereur a dit aux généraux autrichiens qu’il avait appelés près de lui pendant que l’armée ennemie défilait :

“Messieurs, votre maître me fait une guerre injuste : je vous le dis franchement, je ne sais point pourquoi je me bats; je ne sais ce qu’on veut de moi.

Ce n’est pas dans cette seule armée que consistent mes ressources. Cela serait-il vrai, mon armée et moi ferions bien du chemin. Mais j’en appelle au rapport de vos propres prisonniers, qui vont bientôt traverser la France : ils verront quel esprit anime mon peuple, et avec quel empressement il viendra se ranger sous les drapeaux. Voilà l’avantage de ma nation et de ma position. Avec un mot, 200,000 hommes de bonne volonté accourront près de moi, et en six semaines seront de bons soldats; au lieu que vos recrues ne marcheront que par force, et ne pourront qu’après plusieurs années faire des soldats.

Je donne encore un conseil à mon frère l’empereur d’Allemagne : Qu’il se hâte de faire la paix. C’est le moment de se rappeler que tous les empires ont un terme; l’idée que la fin de la dynastie de la Maison de Lorraine serait arrivée doit l’effrayer. Je ne veux rien sur le continent. Ce sont des vaisseaux, des colonies, du commerce que je veux, et cela vous est avantageux comme à nous.”

  1. Mack a répondu que l’empereur d’Allemagne n’aurait pas voulu la guerre, mais qu’il y a été forcé par la Russie :

“En ce cas, a répondu l’Empereur, vous n’êtes donc plus une puissance ? »

Du reste la plupart des officiers généraux ont témoigné combien cette guerre leur était désagréable, et avec quelle peine ils voyaient une armée russe au milieu d’eux, Ils blâmaient cette politique assez aveugle pour attirer au cœur de l’Europe un peuple accoutumé à vivre dans un pays inculte et agreste, et qui, comme ses ancêtres, pourrait bien avoir la fantaisie de s’établir dans de plus beaux climats.

L’Empereur a accueilli avec beaucoup de grâce le lieutenant général Klenau, qu’il avait connu commandant le régiment de Wurmser; les lieutenants généraux Gyulai, Gottesbeim, Riesch, le prince de Liechtenstein, etc.

Il les a consolés de leur malheur, leur a dit que la guerre a ses chances, et qu’ayant été souvent vainqueurs, ils pouvaient être quelquefois vaincus.

 

Augsbourg, 22 octobre 1805

Au prince Joseph

Mon Frère, vous aurez appris, par les bulletins qui vous sont envoyés, les brillants succès que nous avons obtenus. Tout va au mieux. J’ai lieu d’être extrêmement satisfait de l’esprit d’héroïsme et d’attachement à ma personne qui anime l’armée.

 

Camp impérial d’Augsbourg, 22 octobre 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’espère que vous serez content des nouvelles que je vous envoie. Une armée de 100,000 hommes a été détruite comme par enchantement; tous ses généraux, son artillerie, ses drapeaux, ses bagages ont été pris. Il ne s’en est pas échappé en réalité plus de 12,000 hommes. Vous en aurez plus de 70,000, qui sont actuellement en marche pour la France.

 

Augsbourg, 22 octobre 1805

A M. Champagny

Monsieur Champagny, près de 70,000 prisonniers se rendent en France. Il faut que vous écriviez aux préfets pour que les propriétaires qui veulent en employer aux travaux de leurs terres fassent les demandes et qu’on disperse ces prisonniers dans les différents départements. Il faut cependant éviter d’en mettre dans les départements frontières de l’Allemagne, de peur qu’ils ne s’échappent. M. Cretet pourrait en former des bataillons de pionniers, comme j’ai fait en l’an VIII. Ces prisonniers me coûteront fort cher; voyez à les utiliser. Du reste, tout va ici au mieux. Je n’ai rien à ajouter aux relations que vous avez vues.

J’attends avec impatience le rapport que vous me ferez, d’ici à quinze ou vingt jours, de l’état de la levée de la conscription.

 

Augsbourg, 22 octobre 1805

A l’électeur de Wurtemberg

Ayant pris tous les parcs de l’armée autrichienne, j’ai ordonné qu’on disposât à Donauwoerth d’une division de six pièces de canon autrichiennes, que je désire que vous receviez comme une preuve du bien que je veux à vous et à votre Maison. Vous pourrez donc les envoyer chercher quand vous le jugerez convenable.

 

Camp impérial d’Augsbourg, 22 octobre 1805

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, j’apprends que les ennemis ont sommé Passau. Je vous ai écrit, il y a plus de dix jours, de faire renforcer ce poste. Dites au général Deroy d’y faire filer des troupes, et faites tout ce qui est en votre pouvoir pour que la citadelle de Passau ne nous échappe pas. Il serait malheureux qu’après l’avoir conservée si longtemps nous la perdions dans un moment où elle nous sera si utile. Je serai probablement après-demain à Munich. Vous aurez su le résultat du combat de Nuremberg, où le prince Murat est arrivé à temps pour défaire entièrement l’archiduc Ferdinand, qui ne s’est échappé qu’avec très-peu de monde; les 500 chariots qu’il emmenait ont été pris.

Faites-moi connaître, par le retour de mon courrier, ce qui a été fait pour Passau, et sur quoi je puis compter.

Augsburg, 22 octobre 1805

 

ORDRE

Il y aura tous les jours un ordre du jour imprimé, signé par le major général et publié à 9 heures du matin. Celui de demain contiendra tous les ordres du jour que l’Empereur a ordonné qu’on imprimât.

(Picard)

 

Camp impérial d’Augsbourg, 22 octobre 1805

ORDRE GÉNÉRAL DE L’ARMÉE

Tous les soldats restés en arrière ou sortant des hôpitaux, qui rejoindraient l’armée, seront dirigés sur Augsbourg.

Il y aura dans cette ville un adjudant-commandant de l’état-major et deux adjoints. Tous les individus des différentes armées qui arriveront à Augsbourg se rendront chez cet adjudant-commandant, qui les fera loger dans la maison qui aura été désignée pour recevoir les dépôts du corps d’armée auquel ils appartiendront. Ils n’en partiront pour rejoindre leurs corps que lorsqu’il y aura 50 hommes du même corps d’armée, et sous la conduite d’un officier. Le major général instruira chaque jour cet adjudant-commandant du lieu où se trouvera chaque corps d’armée.

Les maisons qui seront désignées pour servir de dépôts aux différents corps d’armée seront assez considérables pour que 400 hommes au moins puissent y loger, la volonté de l’Empereur étant qu’elles servent en même temps d’hôpitaux de convalescence, de manière que les hommes trop fatigués de la route ou convalescents puissent s’y reposer quinze jours et reprendre des forces.

Il y aura un médecin attaché à chacun de ces dépôts.

Comme l’artillerie a des armes et des cartouches à Augsbourg, les commandants des dépôts veilleront à ce que les hommes partant pour l’armée soient armés et aient les 45 cartouches que chaque homme doit avoir.

Tous les détachements venant de France pour rejoindre l’armée auront un jour de repos à Augsbourg, et l’officier chargé de la surveillance des dépôts les passera en revue, pour s’assurer qu’avant de quitter Augsbourg leur armement est en règle et qu’ils ont le nombre de cartouches nécessaire.

 

Camp impérial d’Augsbourg, 22 octobre 1805

ORDRE DU JOUR

  1. M. l’Empereur charge le corps des inspecteurs aux revues de la levée des contributions ordonnées par décret impérial d’hier, et compte sur le zèle et la sévère probité qui out toujours distingué ce corps pour que les intérêts de l’armée soient scrupuleusement ménagés.

L’inspecteur en chef aux revues Villemanzy aura la correspondance avec les différents inspecteurs aux revues et travaillera avec le ministre de la guerre.

L’inspecteur aux revues Fririon est nommé intendant général des biens appartenant à la Maison d’Autriche en Souabe. Il veillera à que les contributions qui auraient été levées, par quelque corps que ce soit, rentrent dans la caisse générale.

Le sieur la Bouillerie est nommé receveur général, chargé recevoir tout l’argent provenant des contributions.

Le sieur Villemanzy présentera un inspecteur aux revues, pour être envoyé comme intendant à Fribourg et dans le pays d’Ortenau, un autre pour être envoyé dans l’évêché d’Eischtadt, et un autre pour être envoyé dans le pays de Mergentheim.

Il sera frappé sur ces pays deux contributions : l’une en nature pour la levée de laquelle le sieur Villemanzy s’entendra avec le sieur Petiet, intendant général; l’autre en argent, au profit de l’armé, laquelle contribution sera partagée et assignée à chaque individu de l’armée, au prorata de la solde.

La contribution en argent sera de la même somme que celle qu été frappée par l’armée française en l’an VIII et en l’an IX.

 

Augsbourg, 22 octobre 1805

10e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Lors de la capitulation du général Werneck près Noerdlingen, le prince Ferdinand, avec un corps de 1,000 chevaux et une partie du parc, avait pris les devants; il s’était jeté dans le pays prussien, et s’était dirigé par Gunzenhausen sur Nuremberg. Le prince Murat le suivit à la piste et parvint à le déborder, ce qui donna lieu à combat sur la route de Fürth à Nuremberg, le 29 (21 octobre) au soir. Tout le reste du parc d’artillerie, tous les bagages sans exception ont été pris. Les chasseurs à cheval de la garde impériale se sont couverts de gloire; ils ont culbuté tout ce qui s’est présenté devant eux; ils ont chargé le régiment de cuirassiers de Mack. Les deux régiments de carabiniers ont soutenu leur réputation.

On est rempli d’étonnement lorsqu’on considère la marche du prince Murat depuis Albeck jusqu’à Nuremberg. Quoique se battant toujours, il est parvenu à gagner de vitesse l’ennemi, qui avait deux marches sur lui. Le résultat de cette prodigieuse activité a été la prise de 1,500 chariots, de 50 pièces de canon, de 16,000 hommes, y compris la capitulation du général Werneck, et d’un grand nombre de drapeaux; 18 généraux ont posé les armes, 3 ont été tués.

Les colonels Morland, des chasseurs à cheval de la garde impériale, Cochois, du 1er régiment de carabiniers, Rouvillois, du ler régiment de hussards, et les aides de camp Flahault et Lagrange se sont particulièrement distingués. Le colonel Cochois a été blessé.

Le 29 (21 octobre) au soir, le prince Murat a couché à Nuremberg, où il a passé la journée du 30 (22 octobre) à se reposer.

Au combat d’Elchingen, le 23 vendémiaire (15 octobre) , le 69e régiment de ligne s’est distingué. Après avoir forcé le pont, en colonne serrée, il s’est déployé à portée du feu des Autrichiens avec un ordre et un sang-froid qui ont rempli l’ennemi de stupeur et d’admiration.

Un bataillon de la garde impériale est entré aujourd’hui à Augsbourg. Quatre-vingts grenadiers portaient chacun un drapeau. Ce spectacle a produit sur les habitants d’Augsbourg un étonnement que partagent les paysans de toutes ces contrées.

La division des troupes de Wurtemberg vient d’arriver à Geislingen. Les bataillons de chasseurs qui avaient suivi l’armée depuis son passage à Stuttgart sont partis pour conduire en France une colonne de 10, 000 prisonniers. Les troupes de Bade, fortes de 3 à 4,000 hommes, sont en marche pour se rendre à Augsbourg.

L’empereur vient de faire présent aux Bavarois de 20,000 fusils autrichiens, pour l’armée et les gardes nationales.

Il vient aussi de faire présent à l’électeur de Wurtemberg de 6 pièces de canon autrichiennes.

Pendant qu’a duré la manœuvre d’Ulm, l’électeur de Wurtemberg a craint un moment pour l’Électrice et sa famille, qui se sont rendues alors à Heidelberg; il a disposé ses troupes pour défendre le cœur de ses États.

Les Autrichiens sont détestés de toute l’Allemagne, bien convaincue que, sans la France, l’Autriche la traiterait comme ses pays héréditaires.

On ne se fait pas une idée de la misère de l’armée autrichienne; elle est payée en billets qui perdent quarante pour cent; aussi nos soldats appellent-ils très-plaisamment les Autrichiens des soldats de papier. Ils sont sans aucun crédit; la Maison d’Autriche ne trouverai nulle part à emprunter 10,000 francs. Les généraux eux-même n’ont pas vu une pièce d’or depuis plusieurs années. Les Anglais du moment qu’ils ont su l’invasion de la Bavière, ont fait à l’empereur d’Autriche un petit présent qui ne l’a pas rendu plus riche; il se sont engagés à lui faire remise des quarante-huit millions qu’il lui avaient prêtés pendant la dernière guerre. Si c’est un avantage pour la Maison d’Autriche, elle l’a déjà payé bien cher.

 

Augsbourg, 22 octobre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre que tous les fusils autrichiens qui sont à Donauwerth soient remis à l’armée bavaroise, hormis mille des meilleurs qui seront réservés pour le service de l’armée française, et soient mis à la disposition de M. le baron de Gravenreuth, ministre de l’Électeur près de moi.

(De Brotonne)

 

Augsburg, 22 octobre 1805

Au maréchal Berthier, major général

Mon Cousin, donnez ordre au 65e régiment de ligne, qui est à Paris, de se rendre à Boulogne, au 5e d’infanterie légère de se rendre à Versailles, au 86e de se rendre également à Versailles. Par ce moyen, le cantonnement de Poitiers ne sera plus composé que de trois corps, les 7e, 82e et 66e.

(Picard)