Correspondance de Napoléon – Octobre 1805

Quartier impérial, Aalen, 6 octobre 1805

Au maréchal Davout

Mon Cousin, je reçois votre lettre à mon arrivée à Aalen. Le prince Murat est en grande marche avec toutes les divisions de dragons pour se rendre de Neresheim à Donauwoerth; il y sera ce soir ou demain matin à la pointe du jour. Du moment que mes pontons seront arrivés, dirigez-les sur Donauwoerth au pont de Harburg, à deux lieues de Donauwoerth, et faites reconnaître la route qui devrait les conduire au delà de l’embouchure du Lech, du côté de  Bertolzheim. Mon intention est de jeter mes ponts de bateaux au delà de l’embouchure du Lech, afin de tourner cette position; mais si je puis surprendre le pont de Donauwoerth, cela ne m’empêchera pas d’en profiter sur-le-champ. Le maréchal Davout va sans doute à chercher à s’emparer du pont de Neuburg. Faites reconnaître la meilleure position, entre l’embouchure du Lech et Neuburg, où on pourrait tenter le passage. Je pars dans une heure pour Nördlingen, où je serai à trois ou quatre heures après midi ; ne manquez pas de m’y envoyer des nouvelles.

 

Quartier impérial, Nördlingen, 7 octobre 1805

ORDRE DU JOUR

Soldats bavarois, je me suis mis à la tête de mon armée pour délivrer votre patrie d’injustes agresseurs.

La Maison d’Autriche veut détruire votre indépendance et vous incorporer dans ses vastes Etats. Vous serez fidèles à la mémoire de vos ancêtres qui, quelquefois opprimés, ne furent jamais abattus, et conservèrent toujours leur indépendance, leur existence politique, premiers biens des nations, comme la fidélité à la Maison Palatine est le premier de vos devoirs.

En bon allié de votre souverain, j’ai été touché des marques d’amour que vous lui avez données dans cette circonstance importante. Je connais votre bravoure; je me flatte qu’après la première bataille je pourrai dire à votre prince et à mon peuple que vous êtes dignes de combattre dans les rangs de la Grande Armée.

 

Nördlingen , 7 octobre 1805

1er BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

L’Empereur est parti de Paris le 2 (24 septembre) vendémiaire et est arrivé le 4 (26 septembre) à Strasbourg.

Le maréchal Bernadotte qui, au moment où l’armée était partie de Boulogne, s’était porté de Hanovre sur Göttingen, s’est mis en marche par Francfort pour se rendre à Würzburg, où il est arrivé le ler vendémiaire (23 septembre).

Le général Marmont, qui était arrivé à Mayence, a passé le Rhin sur le pont de Cassel et s’est dirigé sur Würzburg, où il a fait sa jonction avec l’armée bavaroise et le corps du maréchal Bernadotte.

Le corps du maréchal Davout a passé le Rhin le 4 (26 septembre), à Mannheim, et s’est porté, par Heidelberg et Neckarelz, sur le Neckar.

Le corps du maréchal Soult a passé le Rhin le même jour, sur pont qui a été jeté à Spire, et s’est porté sur Heilbronn.

Le corps du maréchal Ney a passé le Rhin le même jour sur le pont qui a été jeté vis-à-vis de Durlach, et s’est porté à Stuttgart.

Le corps du maréchal Lannes a passé le Rhin à Kehl 1e 3 (25 septembre) et s’est rendu à Ludwigsburg.

Le prince Murat , avec la réserve de cavalerie, a passé le Rhin à Kehl le 3, et est resté en position pendant plusieurs jours devant les débouchés de la forêt Noire ; ses patrouilles, qui se montraient fréquemment aux patrouilles ennemies , leur ont fait croire que nous voulions pénétrer par ces débouchés.

Le grand parc de l’armée a passé le Rhin à Kehl le 8 et s’est rendu à Heilbronn.

L’Empereur a passé le Rhin à Kehl le 9, a couché à Ettlingen le même jour, y a reçu l’électeur et les princes de Bade, et s’est rendu à Ludwigsburg chez l’électeur de Wurtemberg, dans le palais duquel il a logé.

Le 10, les corps da maréchal Bernadotte et du général Marmont et les Bavarois, qui étaient à Würzburg, se sont réunis et se sont mis en marche pour se rendre sur le Danube.

Le corps du maréchal Davout s’est mis en marche de Neckarelz et a suivi la route de Moeckmühl, Ingelfingen, Crailsheim, Dinkelsbühl, Fremdingen, OEttingen, Harburg et Donauwoerth.

Le corps du maréchal Soult s’est mis en marche de Heilbronn et a suivi la route d’Oeringen, Hall, Gaildorf, Abtsgmünd, Aalen et Nördlingen.

Le corps du maréchal Ney s’est mis en marche sur Stuttgart et a suivi la route d’Esslingen, Göppingen , Weissenstein, Heidenheim, Neresheim et Nördlingen.

Le corps du maréchal Lannes s’est mis en marche de Ludwigsburg et a suivi la route de Beutelsbach, P1üderhausen, Gmünd, Aalen et Nördlingen.

Voici la position de f armée au 14 : (6 octobre)

Le corps du maréchal Bernadotte et les Bavarois étaient à Weissenburg.

Le corps du général Marmont, à Wassertründingen..

Le corps du maréchal Davout, à OEttingen, à cheval sur la Woernitz.

Le corps du maréchal Soult, à Donauwoerth, maître du pont de Münster, et faisant rétablir celui de Donauwoerth.

Le corps du maréchal Ney, à Geislingen.

Le corps du maréchal Lannes, à Neresheim.

Le prince Murat, avec ses dragons, bordant le Danube.

L’armée est pleine de santé et brûlant du désir d’en venir aux mains.

L’ennemi s’était avancé jusqu’aux débouchés de la forêt Noire, où il paraît qu’il voulait se maintenir et nous empêcher de pénétrer. Il avait fait fortifier l’Iller. Memmingen et Ulm se fortifiaient en grande hâte.

Les patrouilles qui battent la campagne assurent qu’il a contre-mandé ses projets et qu’il parait fort déconcerté par nos mouvements, aussi nouveaux qu’inattendus.

Les patrouilles françaises et ennemies se sont souvent rencontrées. Dans ces rencontres, nous avons fait 40 prisonniers du régiment à cheval de Latour.

Ce grand et vaste mouvement nous a portés en peu de jours en Bavière, nous a fait éviter les montagnes Noires, la ligne des rivières parallèles qui se jettent dans la vallée du Danube, l’inconvénient attaché à un système d’opérations qui auraient toujours en flanc les débouchés du Tyrol, et, enfin, nous a placés à plusieurs marches derrière l’ennemi, qui n’a pas de temps à perdre pour éviter sa perte entière.

 

Quartier impérial, Donauwoerth, 8 octobre 1805

A M. Otto

Les événements se succèdent avec rapidité. J’ai passé hier le Danube et le Lech. J’ai fait attaquer Augsbourg et Aichach, où l’on doit être à l’heure qu’il est. Il serait possible qu’on eût enveloppé là 10,000 hommes qui, du Danube, ont fait leur retraite sur cette position. Douze bataillons de grenadiers viennent d’être enveloppés à Wertingen entre le Lech et le Danube ; artillerie, drapeaux et la plus grande partie du corps ont été pris. Le maréchal Bernadotte et les Bavarois doivent être demain à Ingolstadt. Je me porte sur les derrières d’Ulm. Tous les jours deviennent intéressants, et si l’ennemi fait quelques fautes, elles peuvent avoir des résultats funestes pour lui. Faites connaître cela à Duroc, à Berlin, et à l’Électeur, auquel j’écrirai quand je pourrai lui annoncer que son pays est reconquis, après une grande bataille, qui aura lieu un de ces jours.

 

Quartier impérial, Donauwoerth , 8 octobre 1805

ORDRE POUR LA GARDE

SERVICE GÉNÉRAL

Un général de brigade sera tous les jours de service.

Il recevra toutes les deux heures le rapport de tous les postes et les fera passer sur-le-champ à l’Empereur.

Le chef d’état-major, comme les généraux de brigade de la Garde, fera son service.

SERVICE DE LA CAVALERIE

Il y aura tous les jours un chef d’escadron de service qui se tiendra constamment au pont de Donauwoerth, hormis le moment où il fera la ronde de ses postes.

Il y aura trois bivouacs ; deux commandés par des capitaines et toujours de 60 hommes chacun, et un par un lieutenant et composé de 25 hommes.

Le premier bivouac, commandé par un capitaine et composé de 60 hommes, sera placé à cent toises en avant du pont de Donauwoerth, à la jonction des chemins d’Augsbourg et de Rain. Il aura, cent toises en avant, des vedettes sur chacun de ces deux chemins, et deux autres le long du Danube, sur les chemins de traverse.

Le second bivouac se tiendra sur les hauteurs, entre Erlingshofen et Donauwoerth , interceptant le chemin d’Ulm à Donauwoerth. Il aura un poste d’un brigadier et de 4 hommes, au village d ‘Erlingshofen , qui sera relevé toutes les six heures, et une vedette sur le pont de Münster.

Le troisième bivouac, commandé par un lieutenant et composé de 25 hommes, se tiendra sur le chemin de Donauwoerth à Neuburg, sur la route du village de Zürgesheim. Il aura des gardes sur la route qui longe le Danube et sur celle d’en haut.

SERVICE DE L’INFANTERIE

L’infanterie aura un chef de bataillon, tous les jours de service, qui se tiendra sur la grande place, hormis le temps où il fera ses rondes.

L’infanterie aura trois bivouacs : un derrière le pont de Donauwoerth, pour sa défense, composé d’une compagnie entière de chasseurs; une autre compagnie sur les hauteurs de droite, et une sur la hauteur de gauche de Donauwoerth. Les capitaines rendront compte toutes les deux heures des mouvements de la droite et de gauche, soit des troupes qui partiraient, soit de celles qui arriveraient.

Les cinq portes de Donauwoerth auront chacune un officier et un corps de garde de 15 hommes.

Il y aura, sur la place, une réserve d’une compagnie prête à seporter partout où il sera nécessaire.

SERVICE DE LA GENDARMERIE D’ÉLITE

Une brigade de la gendarmerie d’élite sera en avant du pont de Donauwoerth. Toutes les voitures, les courriers, malles qui arriveraient, seront conduits au quartier général. Ils ne communiqueront avec personne avant que l’Empereur ait donné des ordres et les ait fait interroger.

Personne ne sortira de Donauwoerth, si le maréchal des logis n’a constaté que ce sont des Français et des individus de l’armée.

Deux autres brigades seront de service sur la place pour se porter partout où le service l’exigera, soit pour l’arrivée des prisonniers, soit pour tout autre événement, et deux brigades rouleront dans les villages voisins pour empêcher les soldats de piller et maintenir l’ordre, ce qui fera en tout cinq brigades par jour.

SERVICE DE L’ARTILLERIE

Quatre pièces de canon seront mises en batterie pour défendre le pont de Donauwoerth : deux en avant du pont et deux sur la chaussée à droite, dans la prairie ; les canonniers seront toujours là, la mèche prête à être allumée, les pièces en batterie.

 

Quartier impérial, Donauwoerth, 8 octobre 1805

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, le maréchal Lannes partira dans la journée avec son corps d’armée et occupera Wertingen. Il poussera son avant-garde aussi loin qu’il le pourra sur la route de Burgau ; il communiquera par des patrouilles de cavalerie avec le maréchal Ney par le pont de Dillingen. Il aura soin de tenir bien éclairé tout le pays entre le Danube et la Zusam. Vous donnerez l’ordre au maréchal Soult de diriger les divisions de Saint-Hilaire, de Legrand et de Vandamme, avec son quartier général, à Augsbourg, toutefois, après s’être assuré que l’ennemi n’est pas en force à Aichach et que le maréchal Davout est maître de Neuburg et de son pont. Donnez ordre au général Marmont de s’emparer d’Ingolstadt aujourd’hui, s’il peut le faire plus promptement que le maréchal Bernadotte, qui a ordre de l’occuper demain.

 

Quartier impérial, Donauwoerth, 8 octobre 1805

Au maréchal Lannes

Mon Cousin, le général Kienmayer, qui a voulu hier défendre le Lech, s’est retiré sur Augsbourg. Soult, avec deux divisions, est à sa poursuite sur la droite du Lech, et deux autres divisions sur la rive gauche. J’espère que ce corps sera entamé. Il me tarde d’apprendre que vous êtes maître du pont de Günzburg. Je ne puis plus penser que l’ennemi puisse avoir d’autre projet que de se retirer Augsbourg, ou sur Landsberg, ou même sur Füssen. Toutefois, il pourrait hésiter, et, dans ce cas, c’est à nous à faire en sorte que pas un n’échappe. Je ne doute pas qu’il ne puisse revenir quelques-unes de ses forces du Tyrol. Votre position à Günzburg est favorable pour vous porter partout où il faut.

 

Quartier impérial, Donauwoerth, 8 octobre 1805

Au maréchal Soult

Mon Cousin, j’ai prévenu le prince Murat que l’ennemi s’est retiré sur Augsbourg. J’ai prévenu Saint-Hilaire, que j’ai renforcé du 18e de ligne qui était resté à Donauwoerth. Votre parc de réserve, où il y a plus de 150 caissons, vient d’être dirigé sur Augsbourg et se tiendra à mi-chemin. Le prince Murat, avec 10,000 hommes de cavalerie, se porte sur Zusmarshausen pour couper la route d’Ulm à Augsbourg. Il va se porter, avec la plus grande partie de ses forces sur Augsbourg, pour donner bonne chasse à la cavalerie qui était hier à Rain. Le maréchal Ney occupera ce soir Günzburg, où je suppose que l’ennemi pourrait venir, s’il se croyait encore à temps pour se retirer sur Augsbourg. Les grenadiers de Lannes ne se donneront pas de repos avant d’être à Zusmarshausen, et je dirigerai ce soir la division Suchet suivant les nouvelles que j’aurai d’ici deux heures. Ne vous donnez aucun repos, et songez que, soit de jour ou de nuit, il faut que vous m’enleviez ce corps. Le moins que vous puissiez m’envoyer, c’est 3 ou 4,000 prisonniers.

 

Quartier impérial, Donauwoerth, 8 Octobre 1805, vers 1 heure après midi

Au maréchal Davout

Mon Cousin, ce matin, à huit heures, il n’y avait personne à Neuburg et vous ne l’occupiez pas encore. Il me tarde bien de savoir enfin votre armée arrivée. J’ai besoin qu’elle soit réunie demain, dans la journée, à Aichach. Il paraît que le général Kienmayer, qui commande le seul corps qui est entre ceci et Ratisbonne, s’est retiré sur Augsbourg. Il est poursuivi de telle sorte qu’il ne peut échapper.

Ne perdez pas une heure et que j’apprenne sans retard que vous occupez Aichach ; votre cavalerie et votre avant-garde peuvent y être ce soir.

 

Quartier impérial, Donauwoerth , 8 octobre 1805, 1 heure après midi.

Au général Dumas

Monsieur le Général Dumas, vous vous rendrez en toute diligence à Neuburg, et vous m’écrirez de Neuburg par un de vos aides de camp. Vous me manderez quels sont les corps arrivés à Neuburg et tous les détails concernant les ennemis, régiment par régiment, dans ces cantons : si on croit qu’Ingolstadt est occupé en force. Si le général Marmont y était arrivé, vous vous y rendrez pour lui dire qu’il est nécessaire qu’il passe le Danube sur-le-champ ; que l’ennemi est coupé ; que, dans peu de jours, il n’aura plus d’autre parti à prendre que d’essayer de nous passer sur le corps, et, comme il pourra réunir jusqu’à 80,000 hommes, il n’y a pas un moment à perdre pour rassembler nos forces. Enfin , si le général Marmont n’était pas encore à Ingolstadt, vous irez le trouver où il sera, et vous lui ferez connaître notre système de guerre, qui veut qu’il passe le Danube sans délai. Vous irez, de là, trouver le maréchal Bernadotte; il doit être parti aujourd’hui d’Eichstaedt pour Ingolstadt. Du moment que vous aurez vu le premier de ces corps, ou que vous saurez positivement où il est, vous m’en instruirez. Vous prendrez des renseignements précis sur les corps ennemis qui se trouveraient soit sur la Rednitz, ou vers la Bohème, et vous connaîtrez les noms des corps et les généraux qui les commandent ; et, après cela, vous me viendrez rejoindre, s’il se peut, dans la journée de demain.

 

Donauwörth, 8 octobre 1805

Au maréchal Berthier, major général

Mon Cousin. donnez ordre sur-le-champ au général Songis de diriger sur Mayence, dans le plus court délai, quatre compagnies d’artillerie.

(Picard)

 

Quartier impérial, Donauwoerth, 9 octobre 1805

Au prince Murat

Mon Cousin, je suis extrêmement satisfait du compte que vous me rendez de la bonne conduite de ma cavalerie et spécialement des dragons dans la journée d’hier. Ils ont eu affaire avec douze bataillons de grenadiers, et c’est ce qu’il y avait de mieux dans l’armée autrichienne. Faites-le connaître à l’ordre. La division Suchet se rend pour appuyer le corps du maréchal Lannes. J’ai dirigé d’Hautpoul sur Memmingen, grande chaussée de Donauwoerth à Augsbourg. Moi-même, avec toute ma Garde, je vais militairement suivre la même chaussée, et j’irai coucher à Augsbourg, où je compte que le maréchal Soult est arrivé à l’heure qu’il est. Interceptez la grande route Augsbourg à Ulm, et poussez le général Walther entre Augsbourg et Landsberg, et placez le maréchal Lannes de manière que, si demain à la pointe du jour Augsbourg était attaqué , les trois divisions de ce maréchal pussent s’y porter. Je ne partirai pas avant dix heures. J’attends les rapports du maréchal Ney , qui me sont nécessaires avant de me fixer au parti que je viens de vous faire connaître. Il est fâcheux que le maréchal Ney n’ait pas jeté hier quatre ou cinq bataillons par Dillingen ; il eût été à temps encore cette nuit. Par ce moyen, peu des ennemis auraient échappé. J’attends les huit drapeaux et les prisonniers que vous avez faits ; 2,000, c’est bien peu ; j’avais espéré, d’après le premier rapport, que la cavalerie serait arrivée à temps pour empêcher que l’ennemi ne se réfugiât dans les bois. J’ai fait officier de la Légion d’honneur votre aide camp (il s’agit d’Excelmans, chef d’escadron), qui m’a apporté deux drapeaux. J’attends le rapport pour récompenser ceux qui se sont distingués au combat de Wertingen.

 

Quartier impérial, Donauwoerth, 9 octobre 1805

Au maréchal Lannes

Mon Cousin, j’ai vu avec plaisir dans votre rapport la bonne conduite des grenadiers d’élite. Il est fâcheux que vous n’ayez pas eu deux heures de jour de plus ; il n’eût pas échappé un seul homme de ce corps. Vous vous trouvez toujours dans les bonnes circonstances; il est vrai aussi que vous vous en tirez fort bien. Vous devez avoir sous vos ordres les divisions Saint-Hilaire et Suchet ; ce qui vous forme un corps de 25,000 hommes, indépendamment de la cavalerie. Moi-même, je partirai à dix ou onze heures, avec toute ma Garde, pour me porter le long du Lech, sur le chemin d’Augsbourg. J’espère arriver de bonne heure à Mertingen ; j’irai probablement coucher à Augsbourg. J’écris au prince Murat de donner pour direction à votre corps, si de nouvelles circonstances n’y changent rien, de vous placer assez près d’Augsbourg, pour pouvoir vous y porter demain de bonne heure et être à portée de concourir aux opérations que les circonstances pourront faire juger nécessaires.

Mettez à l’ordre des grenadiers que je suis content de la manière dont ils se sont conduits au combat de Wertingen. Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte et digne garde. Je vous embrasse de cœur (sic).

 

Donauwoerth, 9 octobre 1805

2e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Les événements se pressent avec la plus grande rapidité. Le 14 (6 octobre), la seconde division du corps d’armée du maréchal Soult, que commande le général Vandamme a forcé de marche, ne s’est arrêtée à Nördlingen que deux heures, est arrivée à huit heures du soir à Donauwoerth, et s’est emparée du pont, que défendait le régiment de Colloredo. Il y a eu quelques hommes tués et des prisonniers.

Le 15 (7 octobre), à la pointe du jour, le prince Murat est arrivé avec ses dragons; le pont a été à l’heure même raccommodé, et le prince Murat, avec la division de dragons que commande le général Walther, s’est porté sur le Lech, a fait passer le colonel Watier, à la tête de 200 dragons du 4e régiment, qui, après une charge très-brillante, s’est emparé du pont du Lech et a culbuté l’ennemi, qui était du double de sa force. Le même jour, le prince Murat a couché à Rain.

Le 16 (8 octobre), le maréchal Soult est parti avec les deux divisions Vandamme et Legrand, pour se porter sur Augsbourg, dans le même temps que le général Saint-Hilaire, avec sa division, s’y portait par la rive gauche.

Le 16 (8 octobre), à la pointe du jour, le prince Murat, à la tête des divisions de dragons des généraux Beaumont et Klein, et de la division de carabiniers et de cuirassiers, commandée par le général Nansouty, s’est mis en marche pour couper la route d’Ulm à Augsbourg. Arrivé à Wertingen, il aperçut une division considérable d’infanterie ennemie, appuyée par quatre escadrons de cuirassiers d’Albert. Il enveloppe aussitôt tout ce corps. Le maréchal Lannes, qui marchait derrière ces divisions de cavalerie, arrive avec la division Oudinot et, après un engagement de deux heures, drapeaux, canons, bagages, officiers et soldats, toute la division ennemie est prise et dispersée. Il y avait douze bataillons de grenadiers qui venaient grande hâte du Tyrol au secours de l’armée de Bavière. Ce ne sera que dans la journée de demain qu’on connaîtra tous les détails de cette action vraiment brillante.

Le maréchal Soult, avec ses divisions, a manœuvré toute journée du 15 et du 16 (7 et 8 octobre)sur la rive gauche du Danube pour intercepter les débouchés d’Ulm et observer le corps d’armée qui paraît encore réuni dans cette place.

Le corps du maréchal Davout est arrivé seulement le 16 (8 octobre) à Neuburg.  Le corps du général Marmont y est également arrivé.

Le corps du général Bernadotte et les Bavarois sont arrivés le 10 (3 octobre) à  Eichstaedt.

Par les renseignements qui ont été pris, il paraît que douze régiments autrichiens ont quitté l’Italie pour renforcer l’armée de Bavière.

La relation officielle de ces marches et de ces événements intéressera le public et fera le plus grand honneur à l’armée.

 

Quartier impérial, Zusmarshausen, 10 octobre 1805

Au prince Joseph

Mon Frère, vous aurez une idée des mouvements qui ont eu ici par les trois bulletins qui ont été envoyés à Paris. Remettez la lettre ci-jointe an préfet de Paris. Le temps s’est gâté depuis deux jours; il fait beaucoup de pluie.

Nous serons ce soir, ou demain au plus tard, à Munich. Les Russes commencent à arriver. L’ennemi s’affaiblit beaucoup en Italie pour envoyer des troupes ici. Ces trois ou quatre jours seront probablement très-animés et pourront donner lieu à des faits d’armes assez notables.

Le combat de Wertingen fait beaucoup d’honneur aux dragons et à la cavalerie. C’est un petit succès fort agréable pour Murat, qui commandait.

Le bon esprit de l’armée, son désir d’en venir à des affaires sérieuses, et sa patience à supporter les fatigues, sont de très-bons présages.

Mon quartier général est aujourd’hui à Zusmarshausen. Je n’ai ici ni voiture, ni bureau, ni rien ; mais je me rendrai ce soir au quartier général d’Augsbourg.

Je tiens l’armée ennemie cernée dans Ulm ; elle a été défaite hier soir par le corps de Ney ; à demain les détails.

 

Au village de Zusmarshausen, 10 octobre 1805

Au prince Eugène

Les Autrichiens s’affaiblissent considérablement en Italie. Au combat de Wertingen douze bataillons de grenadiers ont été défaits : six venaient d’Italie. Je pense que les hostilités ne seront pas encore commencées chez vous, ce qui ne me fait pas de peine. Je ne crains pas d’avoir ici sur le corps 15,000 à 20,000 hommes de plus. On n’a jamais vu une armée marcher avec une meilleure volonté, ayant plus d’ardeur et de confiance.

Vous sentez que je ne puis vous écrire souvent ni longuement; mais j’ordonne que, de Strasbourg, on vous expédie copie des bulletins qui disent en gros ce qui peut vous mettre au fait des choses. Faites mettre les bulletins dans tous vos journaux ; écrivez à Rome, Gênes, Lucques, en Piémont, au maréchal Masséna.

——————

Je reviens à l’instant même, mon cher Eugène. L’ennemi, que je tiens acculé et cerné dans Ulm , a été battu, défait, dans la journée d’hier au soir, sur la rive gauche du Danube, par l’armée de Ney. Tout porte à penser que la partie est perdue.

 

Zusmarshausen, 10 octobre 1805

3e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le maréchal Soult a poursuivi la division autrichienne qui s’était réfugiée à Aichach, l’a chassée, et est entré, le 17(9 octobre) à midi, à Augsbourg avec les divisions Vandamme, Saint-Hilaire et Legrand.

Le 17 (9 octobre) au soir, le maréchal Davout, qui a passé le Danube à Neuburg, est arrivé à Aichach avec ses trois divisions.

Le général Marmont, avec les divisions Boudet, Grouchy et la division batave du général Dumonceau, a passé le Danube et pris position entre Aichach et Augsbourg.

Enfin le corps d’armée du maréchal Bernadotte, avec l’armée bavaroise, commandée par les généraux Deroy et Wrede, a
pris position à Ingolstadt. La garde impériale, commandée par le maréchal Bessières, s’est rendue à Augsbourg, ainsi que la division de cuirassiers aux ordres du général d’Hautpoul.

Le prince Murat, avec les divisions de dragons de Klein et de Beaumont et la division de carabiniers et de cuirassiers du général Nansouty, s’est porté en toute diligence au village de Zusmarshausen, pour intercepter la route d’Ulm à Augsbourg.

Le maréchal Lannes, avec la division de grenadiers d’Oudinot et avec la division Suchet, a pris poste le même jour au village de Zusmarshausen.

L’Empereur a passé en revue les dragons, au village de Zusmarshausen ; il s’est fait présenter le nommé Marente, dragon du 4e régiment, un des plus braves soldats de l’armée, qui, au passage du Lech, avait sauvé son capitaine qui, peu de jours auparavant l’avait cassé de son grade de sous-officier. Sa Majesté lui a donné l’aigle de la Légion d’honneur. Ce brave soldat a répondu : Je n’ai fait que mon devoir; mon capitaine m’avait cassé pour faute de discipline; mais il sait que j’ai toujours été un bon soldat.

L’Empereur a ensuite témoigné aux dragons sa satisfaction de la conduite qu’ils ont tenue au combat de Wertingen. Il s’est fait présenter, par régiment, un dragon, auquel il a également donné l’aigle de la Légion d’honneur.

Sa Majesté a témoigné sa satisfaction aux grenadiers de la division Oudinot. Il est impossible de voir une troupe plus belle, plus animée du désir de se mesurer avec l’ennemi, plus remplie d’honneur et de cet enthousiasme militaire qui est le présage des plus grands succès.

Jusqu’à ce que l’on puisse donner une relation détaillée du combat de Wertingen, il est convenable d’en dire quelques mots dans ce bulletin.

Le colonel Arrighi a chargé avec son régiment de dragons, le régiment de cuirassiers du duc Albert. La mêlée a été très-chaude; le colonel Arrighi a eu son cheval tué sous lui : son régiment a redoublé d’audace pour le sauver. Le colonel Beaumont, du 10e de hussards, animé de cet esprit vraiment français, a saisi, au milieu des rangs ennemis, un capitaine de cuirassiers, qu’il a pris lui-même après avoir sabré un cavalier.

Le colonel Maupetit, à la tête du 9e de dragons, a chargé dans le village de Wertingen; blessé mortellement, son dernier mot a été : « Que l’Empereur soit instruit que le 9e de dragons a été digne de sa réputation, et qu’il a chargé et vaincu aux cris de Vive 1’Empereur! »

Cette colonne de grenadiers, l’élite de l’armée ennemie, s’étant formée en carré de quatre bataillons, a été enfoncée et sabrée. Le 2e régiment de dragons a chargé dans le bois.

La division Oudinot frémissait de l’éloignement qui l’empêchait encore de se mesurer avec l’ennemi; mais, à sa vue seule, les Autrichiens accélérèrent leur retraite; une seule brigade a pu donner.

Tous les canons, tous les drapeaux, presque tous les officiers du corps ennemi qui a combattu à Wertingen ont été pris; un grand nombre a été tué : 2 lieutenants-colonels, 6 majors, 60 officiers et 11,000 soldats sont restés en notre pouvoir; le reste a été éparpillé, et ce qui a pu échapper a dû son salut à un marais qui a arrêté une colonne qui tournait l’ennemi.

Le chef d’escadron Exelmans, aide de camp de S. A. S. le prince Murat, a eu deux chevaux tués. C’est lui qui a apporté les drapeaux à l’Empereur, qui lui a dit : “Je sais qu’on ne peut être plus brave que vous; je vous fais officier de la Légion d’honneur.

Le maréchal Ney, de son côté, avec les divisions Malher, Dupont et Loison, la division de dragons à pied du général Baraguey d’Hilliers et la division Gazan, a remonté le Danube, et attaqué l’ennemi sur sa position de Günzburg. Il est cinq heures, le canon se fait entendre.

Il pleut beaucoup, mais cela ne ralentit pas les marches forcées de la grande armée. L’Empereur donne l’exemple; à cheval jour et nuit, il est toujours au milieu des troupes et partout où sa présence est nécessaire. Il a fait hier quatorze lieues à cheval; il a couché dans un petit village, sans domestique et sans aucune espèce de bagage. Cependant l’évêque d’Augsbourg avait fait illuminer le palais et attendu Sa Majesté une partie de la nuit.

(Moniteur du 16 octobre 1805)

 

Quartier impérial, Augsbourg, 10 octobre 1805

AUX PRÉFET ET MAIRES DE LA VILLE DE PARIS

Messieurs les Préfet et Maires de notre bonne ville de Paris, nos troupes ayant, au combat de Wertingen, défait douze bataillons de grenadiers, l’élite de l’armée autrichienne, toute son artillerie est restée en notre pouvoir, ainsi qu’un grand nombre de prisonniers et huit drapeaux, nous avons résolu de faire présent des drapeaux à notre bonne ville de Paris, et de deux pièces de canon, pour rester à l’Hôtel de ville. Nous désirons que notre bonne ville de Paris voie dans ce ressouvenir  (sic)et dans ce cadeau, qui lui sera d’autant plus précieux que c’est son gouverneur qui commandait nos troupes au combat de Wertingen, l’amour que nous lui portons.

Cette lettre n’étant à autre fin, nous prions Dieu qu’il vous tienne en sa sainte et digne garde.

 

Augsbourg, l0 octobre 1805

A Joséphine

J’ai couché aujourd’hui chez l’ancien Électeur de Trèves, qui est fort bien logé. Depuis huit jours je cours. Des succès assez notables ont commencé la campagne. Je me porte fort bien, quoiqu’il pleuve presque tous les jours. Les évènements se suivent avec rapidité. J’ai envoyé en France 4,000 prisonniers, 8 drapeaux, et j’ai 14 pièces de canon à l’ennemi.

Adieu, mon amie, je t’embrasse.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 11 octobre 1805, 8 heures de matin

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, j’espère que, si l’ennemi n’est point en force, vous arriverez à Munich aujourd’hui; s’il vous en disputait l’entrée, ce qu’il pourra faire au plus avec 18 ou 20,000 hommes, j’espère que vous en aurez bon compte. Dans ce cas, il vaut mieux arriver un jour plus tard et bien prendre ses dispositions pour le bien battre. Il nous est nécessaire d’avoir Munich, comme centre de nouvelles, de renseignements et de l’organisation du pays.

Il y a eu deux combats dans lesquels nous avons eu du succès : à Wertingen, le nombre des prisonniers, compté un à un, a été de 3,800, dont 80 officiers; à Günzburg, le nombre de prisonniers a été de 1,100.

Le maréchal Davout sera ce soir, avec son corps, à Dachau; le maréchal Soult sera ce soir à Landsberg. Vous vous trouverez donc couvert de ces deux côtés. Envoyez un de vos officiers du génie à Ingolstadt, pour voir s’il serait possible de mettre promptement ce poste à l’abri d’un coup de main.

Les Bavarois doivent procurer beaucoup de renseignements comme ils sont du pays, vous pouvez en faire facilement des détachements en forme de patrouilles, pour éclairer. Faites aussi éclairer le cours de l’Isar jusqu’au point où il se jette dans le Danube, car je ne veux point d’ennemis entre le Lech et l’Isar. Ne vous laissez point tourner par votre flanc gauche ; et, si l’ennemi prétendait passer entre vous et le Danube, mettez-vous sur-le-champ à sa poursuite et gagnez-le avant qu’il soit au Lech.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 11 octobre 1805, 8 heures du matin.

Au prince Murat

Mon Cousin, j’ai fait donner cette nuit au maréchal Lannes l’ordre de passer par Burgau. Je ne tiens pas encore les affaires finies de votre côté. L’ennemi, cerné comme il est, se battra. Il reçoit des renforts du Tyrol et de l’Italie; il pourra donc vous opposer, sous peu de jours, plus de 40,000 hommes. Il faut donc que votre réserve et les corps de Ney et de Lannes qui font de 50 à 60,000 hommes, marchent le plus près possible, de manière à pouvoir être réunis en six heures et écraser l’ennemi. Les Russes viennent en hâte; marchez donc sur l’ennemi partout où il se trouve, mais avec précaution et ensemble; s’il vous échappe, il sera arrêté sur le Lech. D’ailleurs, dans une bonne bataille, avec l’esprit qui anime les troupes, il vous en resterait la moitié.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 11 octobre 1805

A M. Otto

Je vous ai fait instruire des résultats des combats de Wertingen et Günzburg. L’armée du prince Ferdinand est entièrement tournée, et le prince Murat, avec les dragons et les corps des maréchaux Lannes et Ney, est à sa suite. Tous les débouchés, le long du Lech, sont occupés par le maréchal Soult. Le maréchal Bernadotte a dû entrer aujourd’hui à Munich. J’ai fait la galanterie à l’Électeur d’y faire entrer le premier son corps de Bavarois. Du moment que j’aurai la nouvelle de l’entrée de mes troupes dans Munich: j’écrirai à l’Électeur pour l’engager de venir. Il peut toujours faire ses équipages; j’en serai d’autant plus aise que les 7,000 ou 8,000 hommes qu’il a à Würzburg fileront avec lui; ce qui fera un accroissement pour l’armée.

Envoyez un courrier extraordinaire à Berlin , au général Duroc, et à Laforest, en cas que Duroc n’y soit plus, pour l’instruire de ces nouvelles. Écrivez une longue dépêche au général de division Barbou, qui commande en Hanovre, pour lui communiquer tous ces renseignements.

Vingt mille hommes de l’armée autrichienne d’Italie filent sur l’Allemagne. Mon armée d’Italie doit attaquer demain. Après l’affaiblissement qu’a éprouvé l’armée autrichienne, je suis fonder à espérer du succès.

J’attends d’avoir des nouvelles plus positives des Russes pour marcher à eux et m’en débarrasser le plus tôt possible.

J’ai grand besoin de chevaux ; dites que tous les chevaux qu’on pourra me fournir, on les envoie à Augsbourg, où je les payerai. Faites-les donc conduire à Augsbourg; j’en prendrai autant qu’on m’en fournira de bons.

Je ne sais point si le fort de Pforzheim est approvisionné, et si l’Électeur y a mis une petite garnison. Pour Dieu, voyez que toutes les mesures soient prises pour que cette place ne tombe pas au pouvoir de l’ennemi. Ne tint-elle que huit ou dix jours de blocus, je saurais bien aller à son secours, et ce poste pris me serait très-désavantageux.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 11 octobre 1805, 3 heures après midi

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, je vous ai expédié (voir plus haut) à huit heures du matin un aide de camp du maréchal Mortier. Pour être plus sûr qu’il vous arrivât, je l’ai fait passer par vos derrières. Ayant tout lieu de penser que vous êtes en ce moment à Munich, je m’empresse de vous écrire pour vous faire connaître que le maréchal Davout sera ce soir , avec son corps d’armée, à Dachau; le maréchal Soult à Landsberg, et qu’ainsi vous serez couvert de ces deux côtés. L’armée du prince Ferdinand, dont plusieurs divisions ont été battues à Wertingen et à Günzburg, ne peut plus retourner en Bavière, étant coupée; et le prince Murat, avec les dragons et les corps des maréchaux Lannes et Ney, est à sa poursuite. Mon intention est que vous me débarrassiez de toute espèce d’ennemis entre l’Isar et le Lech. Étendez- vous par des patrouilles composées de Bavarois, c’est-à-dire de gens du pays, le long de l’Isar, et appuyez même votre gauche par un corps à Freising, si vous le jugez nécessaire. Ce corps vous servirait d’avant-garde si vous deviez marcher par votre gauche. Je vous laisse maître de tous vos mouvements; mais mon intention est que vous ne vous laissiez pas tourner par votre gauche, et que, si cela arrivait, vous vous arrangiez de manière à être arrivé sur le Danube avant l’ennemi, pour protéger votre corps d’Ingolstadt, et, si l’ennemi avait trop pris d’avance sur vous, pour être au moins sur le Lech avant lui, afin de protéger mon pont de Rain. Je vous adresserai demain des ordres suivant les circonstances de ce grand théâtre de guerre qui varie à tout moment. Préparez-vous, après avoir pris haleine un moment, à jeter l’ennemi au delà de l’Inn, dont je veux surprendre le passage avant qu’il puisse être défendu en règle. Je n’ai pas besoin de vous dire que tout votre corps d’armée doit constamment être réuni autour de vous, et que les Bavarois doivent fournir tous les détachements. Faites-leur comprendre que c’est un honneur que vous leur faites et un égard que vous leur témoignez , comme étant chez eux. On m’assure qu’il n’y a personne à Passau. Si les bourgeois pouvaient s’emparer de la forteresse, on s’arrangerait pour les secourir en vingt-quatre heures. Par là le passage de l’Inn serait ouvert. Que les Bavarois envoient aux magistrats du pays un homme intelligent, pour cet effet. Quant à votre conduite à Munich, faites faire du pain en assez grande quantité, car tout le monde en a besoin. Le général Deroy a sans doute des instructions de l’Électeur. Nommez à Munich un commandant attaché à la cause. Organisez seulement le militaire. Je vous adresserai, aussitôt que je saurai votre entrée à Munich, des ordres pour l’organisation du civil comme il doit être. Munich est un centre de renseignements. Prenez à la poste les lettres destinées pour les officiers autrichiens et russes et envoyez-moi l’extrait de ce qui peut m’instruire du mouvement des ennemis. Prenez aussi toutes les informations possibles sur la force du corps autrichien qui est en Souabe, régiment par régiment. La régence de Munich doit tout savoir puisqu’elle les a tous nourris. Ne dormez pas que vous ne m’ayez envoyé tous ces détails. Attachez-vous aussi à me faire connaître la force du corps de Kienmayer entre l’Isar et l’Inn. Parlez-moi aussi, positivement, de ces célèbres Russes. J’attendrai cela pour prendre un partie. J’irai à eux avec 90,000 hommes, et j’espère, avec l’aide de Dieu, leur faire continuer leur route pour France. Envoyez-moi l’état des généraux et régiments bavarois que vous avez laissés à Ingolstadt et l’état de ceux que vous avez avec vous. Vous ne me dites pas si vous avez laissé de la cavalerie et de l’artillerie au corps du général Rivaud. Un régiment de cavalerie et sept à huit pièces d’artillerie lui sont absolument nécessaires.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 11 octobre, 3 heures après midi. 

Au maréchal Davout

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre. Je vois avec plaisir que ce n’est pas pour priver la division Nansouty de son artillerie que vous avez ordonné qu’elle vint à votre quartier général. Cette division vient aujourd’hui à Augsbourg, où il faut diriger cette artillerie. Le maréchal Bernadotte a dû être aujourd’hui, à midi, à Munich; le maréchal Soult, à Landsberg. Veillez à ce que les chevaux restent aux postes. Mettez-y même un petit piquet de cavalerie, pour que les communications avec Munich soient très-rapides. Je suis inquiet du peu d’artillerie et du peu de cartouches que vous avez. Envoyez-moi ce soir l’état de situation des ennemis et le nom de leurs régiments qui ont été plusieurs jours entre Aichach et Dachau. Ayez des postes de cavalerie au village de Bruck, sur Landsberg, et sur l’autre chemin d’Augsbourg à Munich. Faites faire du pain partout pour vos troupes, auxquelles je voudrais bien laisser un jour de repos, mais les moments sont pressants. Il faut prendre les bonnes positions. L’armée du prince Ferdinand est entièrement tournée. Le prince Murat le poursuit avec les divisions des maréchaux Lannes et Ney.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 11 octobre 1805

Au maréchal Augereau

Mon Cousin, je vous écris d’Augsbourg. Nos mouvements continuent avec la plus grande rapidité. L’armée du prince Ferdinand est coupée et entièrement séparée des Russes et de l’armée que les Autrichiens avaient sur l’Inn. Le prince Murat la poursuit avec les corps des maréchaux Lannes et Ney.

Réunissez de suite votre corps à Fribourg. Il serait possible que le corps d’armée du prince Ferdinand n’eût d’autre refuge que de se jeter du côté de la Suisse ou sur vous. Si, au 2 ou 3 brumaire (24/25 octobre), vous pouvez vous mettre en marche sur Fribourg, nul doute que vous ne trouviez encore de la besogne; et, avec vos 12,000 hommes, vous seriez d’un grand secours et feriez bien du mal à l’ennemi. Vous écririez au prince Murat, qui vous ferait connaître la situation des choses, ce que vous pouvez faire et ce que vous devez craindre. Expédiez, par la grande route de l’armée, c’est-à-dire par Heilbronn, un de vos aides de camp sur Augsbourg et Munich. Activez la marche de vos troupes. Pour cela, vous pouvez former des détachements de quelques centaines d’hommes éclopés, qui suivraient l’armée à quelques jours de distance. Portez-vous le plus tôt possible, au moins de votre personne, à Huningue et Neuf-Brisach, et pressez la réparation des têtes de pont de ces deux points.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 11 octobre 1805

Au maréchal Masséna

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 11 vendémiaire (3 octobre), de Villafranca. Je vois avec plaisir les bonnes dispositions que vous avez faites. L’ennemi s’affaiblit et s’affaiblira encore devant vous. Pendant les premiers quinze jours de vos opérations, ne vous conduisez que d’après les intérêts de mon armée d’Italie; après ces quinze jours, c’est-à-dire du 5 au 6 brumaire (27/28 octobre), j’espère que vos opérations pourront se combiner avec celles de l’armée où je suis. Si vous avez des succès, vous pourrez vous trouver sur le Tagliamento. Dans tous les cas, j’espère pouvoir me trouver en mesure, à cette époque, de tomber sur les derrières de l’armée autrichienne; j’aurais déjà commencé, si je ne me trouvais ici occupé de nouveau par 50,000 Russes qui viennent d’arriver. De petits bulletins rédigés à la hâte et en courant vous feront connaître notre position. Je me fie bien sur votre zèle et sur votre attachement à la patrie; suivez vos anciennes maximes. Au combat de Wertingen, le régiment de Spork et plusieurs autres venaient d’Italie; ils sont venus à temps pour se faire envelopper.

 

Augsbourg, 11 octobre 1805

4e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le combat de Wertingen a été suivi, à vingt-quatre heures de distance, du combat de Günzburg. Le maréchal Ney a fait marcher son corps d’armée : la division Loison sur Langenau, et la division Malher sur Günzburg. L’ennemi, qui a voulu s’opposer à cette marche, a été culbuté partout. C’est en vain que le prince Ferdinand est accouru en personne pour défendre Günzburg. Le général Malher l’a fait attaquer par le 59e régiment. Le combat est devenu opiniâtre, corps à corps. Le colonel Lacuée a été tué à la tête de son régiment, qui, malgré la plus vigoureuse résistance, a emporté le pont de vive force; les pièces de canon qui le défendaient ont été enlevées, et la belle position de Günzburg est restée en notre pouvoir. Les trois attaques de l’ennemi sont devenues inutiles; il s’est retiré avec précipitation; la réserve du prince Murat arrivait à Burgau et coupait l’ennemi dans la nuit.

Les détails circonstanciés du combat, qui ne peuvent être donnés que sous quelques jours, feront connaître les officiers qui se sont distingués.

L’Empereur a passé toute la nuit du 17 au 18 (9/10 octobre), et une partie de la journée du 18 (10 octobre), entre les corps des maréchaux Ney et Lannes.

L’activité de l’armée française, l’étendue et la complication des combinaisons, qui ont entièrement échappé à l’ennemi, le déconcertent au dernier point.

Les conscrits montrent autant de bravoure et de bonne volonté que les vieux soldats. Quand ils ont une fois été au feu, ils perdent le nom de conscrits; aussi tous aspirent-ils à l’honneur du tire de soldat.

Le temps continue à être très-mauvais depuis plusieurs jours. Il pleut encore beaucoup; l’armée cependant est pleine de santé.

L’ennemi a perdu plus de 2,500 hommes au combat de Günzburg. Nous avons fait 1,200 prisonniers et pris six pièces de canon.  Nous avons eu 400 hommes tués ou blessés. Le général d’Aspre est au nombre des prisonniers.

L’Empereur est arrivé à Augsbourg le 18 (10 octobre), à neuf heures La ville est occupée depuis deux jours.

La communication de l’armée ennemie est coupée à Augsbourg et Landsberg et va l’être à Füssen. Le prince Murat, avec les corps des maréchaux Ney et Lannes, se met à sa poursuite. Dix régiments ont été retirés de l’armée autrichienne d’Italie et viennent en poste depuis le Tyrol. Plusieurs ont été déjà pris. Quelques corps russes, qui voyagent aussi en poste, s’avancent vers l’Inn. Mais les avantages de notre position sont tels que nous pouvons faire face à tout.

L’Empereur est logé à Augsbourg chez l’ancien électeur de Trèves, qui a traité avec magnificence la suite de Sa Majesté pendant le temps que ses équipages ont mis à arriver.

Moniteur du 25 vendémiaire an XIV.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 12 octobre 1805

Au maréchal Kellermann, commandant le 3e corps de réserve, à Strasbourg

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 15 vendémiaire (7 octobre). Je compte effectivement sur votre zèle pour presser l’organisation, l’équipement et l’instruction des 3e bataillons. Je connais votre attachement à ma personne, et je ne doute point que vous ne fassiez tout ce qui dépend de vous. Mettez-vous en correspondance avec les préfets qui doivent vous fournir des conscrits, soit de la conscription de l’an XIV, soit des réserves des années X, XI, XII et XIII. Écrivez au ministre Dejean, écrivez également aux quartiers-maîtres, aux majors ou chefs des 3e bataillons, pour vous assurer qu’ils ont les tricots et les moyens nécessaires pour habiller les conscrits, sinon avec des habits, au moins avec des vestes. Quant aux hommes laissés sur la route par les régiments, je vois avec plaisir que vous ayez chargé du soin de les faire rejoindre Marulaz, sur l’activité duquel je compte beaucoup; qu’il voie tout par lui-même et ne s’en fie pas toujours aux rapports des officiers détachés. Je désire qu’on ne m’envoie pas les troupes par petits paquets, mais qu’on en forme tous les huit jours un fort détachement de 3 à 400 hommes qui, sous le commandement d’un officier, et par un ordre de vous, viendront me joindre en bon ordre. Il me reste à vous recommander de veiller à ce que les capotes que les corps ont fait faire en France partent par gros convois, toujours sous l’escorte et le commandement d’officiers et de sous-officiers qui rejoignent l’armée. Accélérez l’arrivée des conscrits; veillez à leur instruction, à leur équipement, et à ce que les magasins des 3e bataillons expédient à l’armée tout ce qui leur est commandé. A ces occupations si importantes, puisque leur moindre résultat est de maintenir l’armée à son complet actuel, joignez vos soins pour l’organisation de la garde nationale, et j’espère que vous aurez un bon compte à me rendre du zèle des habitants de ma bonne ville de Strasbourg et de mes brave Alsaciens. Veillez au perfectionnement des travaux de Kehl; que rien ne soit épargné pour mettre ce point en bon état de défense.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 12 octobre 1805, 9 heures du matin

Au prince Murat

Mon Cousin, le maréchal Soult s’est porté à Landsberg, où il est arrivé hier à midi. Il a fait la bonne rencontre du régiment de cuirassiers de Ferdinand. Il l’a fait sur-le-champ charger, lui a fait 120 prisonniers, dont un lieutenant et trois capitaines, et lui a pris deux pièces de canon. Vingt pièces de canon et trente pontonniers sont passés de Landsberg sur Memmingen, quinze heures avant. Les dragons et les chasseurs se sont mis à leurs trousses, j’espère qu’ils les auront atteints hier, ou qu’ils les atteindront aujourd’hui. D’un autre côté, aujourd’hui même le maréchal Soult marche sur Memmingen, où il ne pourra arriver que demain au soir fort. Mon intention est que, si l’ennemi continue à rester dans ses positions et se prépare à recevoir la bataille, elle n’ait pas lieu demain, mais après-demain, afin que le maréchal Soult et ses 30,000 hommes en soient, qu’il déborde la droite de l’ennemi , l’attaque en la tournant, manœuvre qui nous assure un succès certain et décisif. En attendant, faites jeter un pont sur le Danube, le plus près possible de votre ligne, vis-à-vis d’Albeck, de manière que le corps qui est à Albeck se trouve en communication et lié avec le reste de l’armée, et que, si l’ennemi agissait trop vivement, ou se trouvait obligé de se réfugier sur la rive gauche, je puisse, dans le jour même tomber dessus. Ordonnez aux généraux de faire l’inspection des armes et des cartouches, de réunir tout leur monde, tout ce qui serait détaché aux bagages; de renvoyer les bagages et les voitures au-delà de Burgau parquer dans les prairies, de sorte qu’il n’y ait rien dans les grands chemins. Désignez l’emplacement où doivent se mettre les réserves d’artillerie des corps d’armée des maréchaux Lannes et Ney, et de la réserve de cavalerie. Assurez-vous que les réserves des trois armées contiennent assez de cartouches et qu’elles n’ont pas été gâtées par la pluie. Voyez également de désigner le lieu des grandes ambulances pour chacun des corps d’armée. Que le premier chirurgien de chaque corps d’armée, un médecin, un commissaire des guerres et des gendarmes y soient établis. Prenez des mesures pour qu’il y ait du pain , du vin et même des lits pour les blessés de la journée. Je ne parle pas des ambulances, qui doivent suivre la ligne à quatre cents toises en arrière, tout au plus. Ceci n’est pas une échauffourée, ce n’est pas même l’attaque d’une colonne pendant qu’elle marche : c’est celle d’une armée qui peut être plus nombreuse que vous ne croyez, et du succès de laquelle dépendent les plus grands résultats. J’y serai de ma personne. Faites arranger mon quartier général où vous le croirez le plus convenable. Je partirai dès que j’aurai donné mes ordres pour ma droite. Je serai demain matin au quartier général que vous m’aurez marqué.

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Dans votre lettre, vous ne mettez ni l’endroit d’où vous écrivez, ni la date, ni l’heure; c’est un oubli très capital.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 12 octobre 1805, 10 heures et demie du matin

Au maréchal Soult

Mon Cousin, je verrai avec plaisir vos 120 gros cuirassiers pris par les petits chasseurs. Cependant j’aurais voulu avoir tout le régiment, et, puisqu’ils avaient des pièces à leur suite, il me semble que vous auriez dû les avoir tous ou au moins leurs sept pièces. J’espère que vous m’apprendrez cette nuit que vous avez pris leurs pontons. Le moment décisif est arrivé. Faites poster aujourd’hui vos dragons et de l’artillerie légère devant Memmingen. Poussez votre division de tête, aujourd’hui, aussi près que vous pourrez de cette ville. Qu’on se mette en marche deux heures avant le jour, après avoir mangé la soupe. Arrivez à Memmingen avec votre première division, avant neuf heures du matin; attaquez sur-le-champ cette place, et mettez-vous à cheval sur l’Iller dans la journée de demain. Envoyez un parti à Pless, qui enverra du monde sur la route d’Ober-Roth. Le prince Murat en enverra de son côté à Weissenhorn, afin de communiquer avec vous. Tâchez de vous emparer du pont de Kellmünz aussitôt que vous pourrez; c’est à trois lieues de Memmingen. Vous ne serez plus qu’à quatre lieues de Weissenhorn; pour couper la route qui suit la rive gauche de l’Iller. Il faut l’intercepter en force du côté de Kellmünz, où elle n’est éloignée du pont que d’une petite demi-lieue. Poussez vos avant-postes et grand-gardes sur la route d’Ulm et de Weissenhorn. Si cependant là, demain à après-demain , l’ennemi essayait de vous marcher sur le corps, nous lui tomberions dessus de tous les côtés. Je serai probablement personnellement à Weissenhorn. L’ennemi nous offre une  occasion dont nous saurons profiter. Mettez à l’ordre de l’armée que, s’ils veulent se battre, il faut que la première division soit à Memmingen avant neuf heures du matin , sans quoi ils ne seront pas à la bataille. Je recevrai encore ce soir votre rapport ici. Le maréchal Davout a eu une charge de uhlans, et le 2e de chasseurs a pris 50 hommes et un officier sans perdre personne. Le moral de l’ennemi est frappé au dernier point. Tâchez, dès cette nuit, de vous mettre en correspondance avec le prince Murat, par Weissenhorn. Deux ou trois piquets de 5 ou 6 hommes, placés de votre lieu de coucher à Weissenhorn, assureront votre correspondance. J’envoie le général Marmont avec son corps d’armée à Krumbach, où j’espère qu’il aura ce soir de la cavalerie.

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Demain, le général Marmont sera sur l’Iller, sur les hauteurs d’Illeraichheim. Je vous envoie une bonne carte et qui vous sera utile.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 12 octobre 1805, 10 heures et demie du matin

Au maréchal Soult

Je suppose que ces fortifications de Memmingen dont on m’a tant parlé ne sont rien. Cependant, s’ils avaient, depuis quinze jours, travaillé avec activité, et que le poste fût le moindrement favorable, il est facile de prévoir que je perdrais beaucoup de monde pour l’enlever. En ce cas, demain, tournez-le et bloquez Memmingen. Ils ne se laisseront pas couper leurs communications avec Ulm, ou ce serait autant de pris; et alors, comme il est évident que l’ennemi se dirigera sur vous pour secourir la droite, j’aurai le temps de faire attaquer demain, dans l’après-midi , et de jeter Marmont sur vous. Il faut aussi que je vous instruise que j’ai laissé la division batave de Marmont avec douze pièces de canon dans Augsbourg; que Davout reste en position à Dachau ; que la division batave pourrait se porter sur vous, si vous étiez menacé d’être débordé par toute l’armée ennemie. Ce soir même, si les nouvelles de Munich me le permettent, je ferait jeter une division de Davout sur Landsberg, où elle sera à votre disposition. Je vous recommande de faire crever vos chevaux à vos aides de camp et à vos adjoints. Placez-les en relais sur la route de Weissenhorn, pour que j’aie de vos nouvelles rapidement. Il ne s’agit pas de battre l’ennemi, il faut qu’il n’en échappe pas un. Assemblez vos généraux et chefs de corps, quand vous serez à Memmingen, et si l’ennemi n’a rien fait pour échapper au coup de massue qui va l’assommer, faites-leur connaître que je compte que, dans cette circonstance importante, on n’épargne rien de ce qui peut rendre notre succès complet et absolu; que cette journée doit être dix fois plus célèbre que celle de Marengo; que, dans les siècles les plus reculés, la postérité connaîtra en détail ce que chacun aura fait; que, si je n’avais voulu que battre l’ennemi , je n’aurais pas eu besoin de tant de marches et de fatigues, mais que je veux le prendre et qu’il faut que, de cette armée qui, la première, a rompu la paix et nous a fait manquer notre plan de guerre maritime, il ne reste pas un seul homme pour en porter la nouvelle à Vienne, et que la Cour perfide qu’a corrompue l’or de l’Angleterre ne doit l’apprendre que lorsque nous serons sous ses murailles.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 12 octobre 1805,  midi

Au maréchal Berthier

Le général Ordener, avec quatre escadrons, six pièces d’artillerie légère et une ambulance, ira coucher ce soir à Burgau, où je veux me rendre dans la nuit.

Le maréchal Bessières, avec tout le reste de la garde, artillerie, infanterie, cavalerie, ambulances, ira prendre position en avant de Zusmarshausen, plaçant son avant-garde à mi-chemin de ce poste à Burgau. La Garde sera prévenue que l’ennemi est tourné, qu’il y aura après-demain une grande bataille, que chaque soldat doit avoir 40 cartouches, que chacun doit être en état et à son poste.

 

Quartier impérial, Augsbourg, 12 octobre 1805, midi

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Dumonceau, commandant la division batave, de se rendre à Augsbourg avec son infanterie et douze pièces de canon. Il placera la moitié de sa division pour défendre le pont du Lech, avec une forte grand’garde à mi-chemin du pont, à Friedberg, et l’autre moitié de sa division pour défende le pont de la Wertach. Deux bataillons entreront dans la ville d’Augsbourg pour faire le service de la place. Il placera deux de ses pièces de canon au pont de la Wertach, et quatre autres pièces au pont du Lech. Les six autres pièces de canon seront tenues disponibles et prêtes à se porter partout où besoin serait. Toutes les portes de la ville seront gardées en force et, tous les jours, une heure avant la pointe du jour, de fortes reconnaissances se porteront à deux lieues en avant sur les quatre grandes directions, pour pouvoir y avoir des nouvelles de tout ce qui se passe aux environs du grand quartier général. Quels que soient les événements qui pourraient survenir, le général Dumonceau défendra la place et avertira de sa position le maréchal Bernadotte qui est à Munich, le maréchal Davout qui est à Dachau, le maréchal Soult qui est du côté de Landsberg et sur la route de Landsberg à Memmingen; enfin, il avertira Sa Majesté l’Empereur, qui sera du côté de Burgau, et le général Rivau qui est à Ingolstadt, de tout ce qu’il y aura de nouveau et d’extraordinaire.

Donnez l’ordre au général Rivaud, si, demain à la pointe du jour, il ne se passe rien de nouveau sur la gauche du Danube, d’expédier 150 hommes de cavalerie, deux pièces d’artillerie et le 54e régiment de ligne au pont du Lech, à Rain, pour le défendre, de n’importe quel côté que l’ennemi vienne.

Le commandant de ce corps de troupes correspondra avec le général commandant à Donauwoerth, pour lui faire connaître et savoir tout ce qu’il y aura de nouveau; il correspondra, pour le même objet, avec le général Dumonceau, commandant à Augsbourg afin que, suivant les circonstances, il puisse faire ses dispositions pour défendre le passage du Lech. Comme on ne pense pas qu’il puisse être attaqué, et que tout ceci n’est qu’une mesure de précaution, les dispositions auront lieu contre les partis ennemis qui pourraient peut-être vouloir échapper à notre poursuite, en se portant vers ces différents points, et afin d’assurer une surveillance utile sur les routes. Après-demain 22 (14 octobre), il y aura probablement bataille du coté d’Ulm, où l’armée ennemie est cernée, et l’Empereur prévoit des circonstances où le corps qui sera à Rain peut être très-utile.

 

Augsbourg, 12 octobre 1805

Au maréchal Berthier

Mon cousin, la division batave se rendra à Augsbourg, elle remplacera sur-le-champ ma garde dans le service de tous les postes.

(De Brotonne)

 

Quartier impérial, Augsbourg, 12 octobre 1805, midi et demi

Au prince Murat

Je vous envoie une carte qui vous sera utile; c’est le croquis d’une carte militaire de la Souabe.

Veuillez désormais, quand vous m’écrirez, avoir soin de mettre le lieu d’où vous écrivez, le jour et l’heure.

Je vous ai expédié, par mon aide de camp Gardanne, des ordres. Le major général vous en avait envoyé par un autre officier.

Après-demain l’armée autrichienne aura existé, et ce terrible coup aura mis un terme à toute la guerre. Le général Marmont part d’Augsbourg à l’instant avec sa cavalerie. Il suit la route d’Augsbourg, Ziemetshausen, Thannhausen, Krumbach, où il sera ce soir avec sa cavalerie. Il se rendra demain, avec tout son corps d’armée, pour prendre position sur les hauteurs d’Illeraichheim. Faites-lui passer des nouvelles ce soir à Krumbach, s’il était survenu quelque chose d’extraordinaire. Le maréchal Soult sera à Memmingen ce soir. Ma Garde elle-même se met toute en marche; la cavalerie sera ce soir à Burgau, l’infanterie en avant de Zusmarshausen. Les cuirassiers de Nansouty partent aussi et coucheront à Zusmarshausen; demain ils seront en position.

Après-demain, à la pointe du jour, grande bataille.

Le maréchal Soult enverra des partis de cavalerie par Memmingen et Pless, sur la route d’Ober-Roth; envoyez-en aussi pour vous rencontrer et vous donner réciproquement des nouvelles.

Faites-vous informer si l’ennemi occupe Dietenheim.

Je vous recommande toujours le pont que je vous ai ordonné, afin qu’aujourd’hui que nous avons tant de troupes nous puissions renforcer la droite.

 

Augsbourg, 12 octobre 1805

A M. Otto

Je vous réponds, par votre courrier, deux mots, car je pars dans une heure pour Burgau. La lenteur de la marche des Bavarois et le temps affreux qu’il fait ont retardé le maréchal Bernadotte. Son avant-garde était hier à deux lieues de Munich; il a dû y entrer aujourd’hui; je n’en ai pas de nouvelles. Vous trouverez un bulletin qui lui fera connaître la situation des choses. La bataille aura lieu après-demain 22 (14 octobre). L’armée autrichienne sera détruite et prisonnière ; 1’armée russe ne fardera pas à avoir le même sort, toutefois avec l’aide de Dieu, qui est le Dieu des armées. Je désire que l’Électeur attende ma lettre pour venir. Je sais qu’il veut venir avec sa famille. Je suis trop galant pour vouloir exposer ses dames. Je lui écrirai, le soir, du champ de bataille, ce que je désire qu’il fasse. Faites passer ces nouvelles à Berlin, au général qui commande à Hanovre. Le découragement de l’armée autrichienne n’a pas d’exemple; nos plus mauvais régiments de chasseurs chargent les gros régiments de cuirassiers et les mettent en déroute. L’infanterie ne tient nulle part.

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Annoncez à l’Électeur que l’armée bavaroise et française est entrée à Munich aujourd’hui à six heures du matin. Le maréchal Bernadotte a fait 800 prisonniers; il me mande qu’il était à cheval, suivant un parc de cent pièces de canon, qui n’était pas éloigné. Le prince Ferdinand se trouvait à Munich; il avait donc quitté son armée de l’Iller. La confusion des Autrichiens paraît extrême. Il y aura bien des nouvelles d’ici à huit ou dix jours.

 

Augsbourg, 12 octobre 180 10 heures et demie du soir

Au maréchal Soult

Mon Cousin, je monte en voiture. Je serai avant le jour à Weissenhorn. Le maréchal Bernadotte est entré à Munich aujourd’hui à six heures du matin. Il a fait 800 prisonniers, et courait après un parc de cent pièces de canon, qui se rendait à Ulm. Le prince Ferdinand était à Munich hier au soir. A-t-il quitté son armée de l’Iller, ou bien son armée de l’Iller a-t-elle déniché ? Vous devez, à l’heure qu’il est, savoir à quoi vous en tenir. Je ne veux pas attaquer demain; cependant si j’avais des renseignements que l’ennemi eût commencé à évacuer, j’attaquerais; je vous en ferais prévenir. En attendant, si vous entendez le canon, ne perdez pas votre temps. Si Memmingen n’est que faiblement occupé, j’espère que vous l’aurez avant midi; s’il est défendu, il est tout simple que vous fassiez faire halte à vos troupes et que vous l’attaquiez en règle. Écrivez-moi sur Weissenhorn. Je ne pense pas que le général Marmont soit avant la pointe
du jour, avec sa cavalerie, à sa position. Cependant la cavalerie légère va vite, et je ne désespère pas qu’il ait 200 bons chevaux de bonne heure sur la ligne. Si l’ennemi avait commencé à s’en aller, nous en aurions notre part. Quand le diable y serait, il ne nous échapperait pas tout entier. Il ne pourrait s’en aller que par Kempten, Biberach, Stockach : dans ce cas, nous serions à Vienne quinze jours avant lui.

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Je reçois à l’instant une lettre du prince Murat. L’ennemi est à Ulm, et y a 40,000 hommes. Il y a eu une sortie où la division Dupont a, seule, contenu l’ennemi, et lui a fait 4,000 prisonniers. Si l’ennemi n’est pas à Memmingen, descendez comme l’éclair jusqu’à notre hauteur. C’est vous qui ramasserez tout, je le prévois; il ne doit pas nous en échapper un.

 

Augsbourg, 12 octobre 1805

5e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le maréchal Soult s’est porté avec son corps d’armée à Landsberg, et par là a coupé une des grandes communications à l’ennemi; il y est arrivé le 19 (11 octobre), à quatre heures après midi, et y a rencontré le régiment de cuirassiers du prince Ferdinand qui, avec six pièces de canon, se rendait à marches forcées à Ulm. Le maréchal Soult l’a fait charger par le 26e régiment  de chasseurs; il s’est trouvé déconcerté à un tel point, et le 26e de chasseurs était animé d’une telle ardeur, que les cuirassiers ont pris la fuite dans la charge, et ont laissé 120 soldats prisonniers, un lieutenant-colonel, deux capitaines et deux pièces de canon. Le maréchal Soult, qui avait pensé qu’ils continueraient leur route sur Memmingen, avait envoyé plusieurs régiments pour les couper; mais ils s’étaient retirés dans les bois, où ils se sont ralliés pour se réfugier dans le Tyrol.

Vingt pièces de canon et les équipages de pontons de l’ennemi étaient passés, dans la journée du 18 (10 octobre), par Landsberg. Le maréchal Soult a mis à leur poursuite le général Sebastiani avec une brigade de dragons; on espère qu’il sera parvenu à les atteindre.

Le 20 (12 octobre), le maréchal Soult s’est dirigé sur Memmingen, où il arrivera le 21 (13 octobre), à la pointe du jour.

Le maréchal Bernadotte a marché toute la journée du 19 (11 octobre) et a porté son avant-garde jusqu’à deux lieues de Munich. Les bagages de plusieurs généraux autrichiens sont tombés au pouvoir de ses troupes légères. Il a fait une centaine de prisonniers de différents régiments.

Le maréchal Davout s’est porté à Dachau; son avant-garde est  arrivée à Maisach; les hussards de Blankenstein ont été mis en désordre par ses chasseurs, et, dans différents engagements, il a fait une soixantaine d’hommes à cheval prisonniers.

Le prince Murat, avec la réserve de cavalerie et les corps des maréchaux Ney et Lannes, s’est placé vis-à-vis de l’armée ennemie, dont la gauche occupe Ulm, et la droite Memmingen.

Le maréchal Ney est à cheval sur le Danube, vis-à-vis d’Ulm.

Le maréchal Lannes est à Weissenhorn.

Le général Marmont se met en marche forcée, pour prendre position sur la hauteur d’Illertissen, et le maréchal Soult déborde de Memmingen la droite de l’ennemi.

La garde impériale est partie d’Augsbourg pour se rendre à Burgau, où l’Empereur sera probablement cette nuit.

Une affaire décisive va avoir lieu. L’armée autrichienne a toutes ses communications coupées. Elle se trouve à peu prés dans la même position que l’armée de Melas à Marengo.

L’Empereur était sur le pont du Lech, lorsque le corps du général Marmont a défilé. Il a fait former en cercle chaque rément, leur a parlé de la situation de l’ennemi, de l’imminence d’une grande bataille, et de la confiance qu’il avait en eux. Cette harangue avait lieu pendant un temps affreux. Il tombait une neige abondante et la troupe avait de la boue jusqu’aux genoux et éprouvait un froid assez vif; mais les paroles de l’Empereur étaient de flamme; et l’écoutant, le soldat oubliait ses fatigues et ses privations, et était impatient de voir arriver l’heure du combat.

Le maréchal Bernadotte est arrivé à Munich le 20 (12 octobre), à six du matin; il a fait 800 prisonniers, et s’est mis à la poursuite de l’ennemi. Le prince Ferdinand se trouvait à Munich. Il parait que ce prince avait abandonné son armée de l’Iller.

Jamais plus d’événements ne se décideront en moins de temps. Avant quinze jours, les destins de la campagne et des armée autrichiennes et russes seront fixés.

 

Augsbourg, 12 octobre 1805

A Joséphine

Mon armée est entrée à Munich. L’ennemi est au delà de l’Inn d’un coté; l’autre armée de 60,000 hommes, je la tiens bloquée sur l’Iller, entre Ulm et Memmingen. L’ennemi est battu, a perdu la tête, et tout m’annonce la plus heureuse campagne, la plus courte et la plus brillante qui ait été faite. Je pars dans une heure pour Burgau-sur-l’Iller. Je me porte bien; le temps est cependant affreux. Je change d’habit deux fois par jour, tant il pleut.

Je t’aime et t’embrasse.

 

Augsburg, 12 octobre 1805

DÉCISION

Rapport du ministre de la guerre à l’Empereur.

Votre Majesté m’a permis de lui mettre sous les yeux la position des officiers de l’état-major général de la Grande Armée; ces offiers arrivés en poste sans avoir eu le temps de faire leur équipage, l’activité de cette campagne, l’éloignement des différents corps occasionnent des dépenses extraordinaires ; ils ont été obligés de vendre les chevaux qu’ils avaient dans l’intérieur pour en acheter d’autres à l’armée.

Je sollicite des bontés de Sa Majesté une gratification de 1.500 francs pour chacun de ces officiers dont les noms sont ci-après :

Employés près le major général

Blein, chef de bataillon.
Parigot, id.
Lejeune, id.
Mergès, chef d’escadron.
Bailly de Montiiion, id.
Lostanges, capitaine de frégate.
Lejeune, capitaine.
Levaillant, id.
Montholon, id.
De Piré, id.
Simonin, id.
Saraire, lieutenant.
Malachowski, Polonais, chef de bataillon.
Junge, id.
Turski, id.
Skolski, id.

Employés par le général Andréossy

Bouchard, chef de bataillon
Thomière, id.
Huguet-Chataux, id.
Sallé, id.
Marteville, id.
Dieny, id.
Danloup-Verdun, id.
Catheli, id.
Castillon, id.
Bolesta, id.
Stanowski, id.

Employés par le général Dumas

Lebrun, adjoint
Vauquelin, id.
Thomas, id.
Si Votre Majesté accordre à ces trente officiers la somme de quarant-cinq mille francs, je la prie de m’autoriser à ordonnancer cette somme sur le chapitre 7 des dépenses imprévues de mon département.

Approuvé à condition que tous les officiers d’état-major auront au iiioins 4 chevaux.

(Picard)

 

Augsburg, 12 octobre 1805

DÉCISION

L’intention de l’Empereur est-elle que le munitionnaire général des vivres soit chargé de l’approvisionnement extraordinaire de 100.000 quintaux de grains à Gênes ? Il a déjà été statué sur cet objet.

 

Le ministre demande un fonds de 135.000 francs pour l’achat des redingotes et souliers du détachement de 120 hommes que chacun des 35 régiments d’infanterie de ligne et des 10 régiments d’infanterie légère doivent envoyer aux bataillons de guerre Compte rendu. A porter dans les demandes de fonds.

(Picard)

 

Augsburg, 12 octobre 1805

ORDRE

Donnez ordre à la division de Nansouty de partir une heure après midi et de passer la nuit entre Augsburg et Zusmarshausen, de partir demain à la petite pointe du jour et d’arriver le soir en passnt par Burgau à 2 lieues en-deça d’Ulm dans la position qui lui sera indiquée par le prince Murat auquel il demandera des ordres.

(Picard)