Correspondance de Napoléon – Novembre 1806

Berlin, 12 novembre 1806

Au maréchal Ney

Je reçois votre lettre du 11 novembre. Je vous fais mon compliment sur l’heureuse reddition de Magdeburg.

Témoignez-en ma satisfaction à votre corps d’armée. Votre première division, qui reçoit ordre de venir directement à Berlin, pourra apporter les drapeux, qu’elle présentera à son arrivée.

 

Berlin, 12 novembre 1806

Au général Lagrange, gouverneur de Hesse-Cassel et de Hanau

Le bataillon de 800 hommes de cavalerie qu’a formé le maréchal Kellermann a du vous arriver. Ainsi je pense qu’à

l’heure qu’il est vous avez fait mettre pied à terre à la cavalerie hessoise; que vous avez réuni les chevaux et que vous avez monté ce bataillon. Faites détruire les fortifications de Hanau, Marburg et Ziegenhain, et faites-en transporter toute l’artillerie en France.

Je verrai avec plaisir que l’Électrice et le prince Frédéric se retirent chez eux en Danemark.

J’ai déjà demandé l’état des pensionnaires et des vieux officiers, ainsi qu’un projet de réforme à accorder à ces individus.

 

Berlin, 12 novembre 1806

ORDRE

Je tiendrai demain mon premier conseil d’administration à dix heures. M. Maret fera prévenir M. Daru; M. Daru, le gouverneur général, M. Estève, M. la Bouillerie et M. d’Angern, et autres gens du pays qui connaissent l’administration; ceux-ci n’entreront que quand ils seront appelés.

Depuis dix jours on doit connaître enfin la situation des finances, et on me fera un rapport sur les finances de la Prusse, l’état des bateaux de sel qui ont été saisis, chantiers de bois, tabacs, etc.

Le payeur y viendra et portera l’état de ce qu’il a reçu et celui de la solde payée corps par corps.

Après-demain j’aurai un conseil de l’administration de l’armée. On portera l’état de l’habillement, de la caisse, de la solde qui est due, et payée, de la compagnie Breidt, des magasins pris sur l’ennemi. Tous les chefs de service y seront et entreront quand il seront appelés.

 

Berlin, 12 novembre 1806

ORDRES

La ville de Berlin n’a que huit jours de vivres; c’est une chose absurde. Il faut sur-le-champ mettre, dans la journée de demain, les 12,000 quintaux de seigle que j’ai à Spandau, à la disposition de la ville; en les lui vendant, exiger qu’elle les fasse moudre.

Comme actuellement j’ai Hambourg, Lubeck et Magdeburg, je n’ai pas besoin que la ville me remplace ce seigle; je saurai comment le remplacer; j’aime mieux avoir de l’argent.

On fera venir de Küstrin tout ce que j’ai au-dessus de 100,000 quintaux; on le vendra également à la ville. Par le même principe j’aime mieux de l’argent que ce blé.

S’il peut être avantageux d’en faire venir de Stettin, on en fera aussi venir, par le même principe. Je veux cependant à Stettin de quoi nourrir 60,000 hommes pendant trois mois.

On fera venir le magasin de Rathenow et on le vendra à la ville. J’ai ordonné au gouverneur de faire partir un lieutenant de gendarmerie, qui partira avant minuit pour faire venir ce magasin.

Un autre lieutenant prendra à Oranienburg et sur la ligne tout qui est converti en farines, afin d’avoir en magasin pour un mois, en cas de glaces.

Le courrier extraordinaire pour Küstrin sera expédié cette nuit afin que dans six jours ces 20 ou 30,000 quintaux soient ici. La circonstance presse à cause des glaces.

On enverra quelqu’un à Damm, où il y a des approvisionnements pris sur l’ennemi; on les versera dans les magasins militaires.

On enverra quelqu’un à Lubeck pour faire venir sur-le-champ à Magdeburg tous les grains appartenant aux Prussiens, Russes, Suédois et Anglais. On enverra un courrier à M. Bourrienne.

On donnera des ordres pour que désormais l’intendant de Magdeburg se tienne dans la ville, qu’il y ait un commissaire des guerres pour la place. J’y veux un fort approvisionnement; c’est la place la plus importante pour l’armée; il doit y avoir pour 10,000 hommes pendant un an, et pour 200,000 hommes pendant dix jours; pour 500 chevaux pendant un an, et pour 60,000 chevaux pendant jours.

Les 50,000 quintaux de Küstrin et de Spandau, on exigera que les boulangers les achètent, de manière que chacun ait pour deux mois, selon la règle de France; point de difficultés pour leur faire des crédits.

On doit parler très-haut, et donner l’assurance à la ville que le pain ne manquera jamais.

Il faut mettre un auditeur à la tête des approvisionnements de la ville, se concerter avec le comité, me rendre compte; il embrassera tous les détails de la mouture et de la consommation.

On fera des recherches qui fassent connaître la consommation de Berlin; au lieu des calculs ridicules qui m’ont été présentés, on les basera sur le nombre de fournées qui se font tous les jours chez les boulangers; c’est par là qu’à Paris on a des calculs très-différents de la théorie.

L’auditeur aura quarante-huit heures pour me faire un rapport là-dessus.

 

Berlin, 12 novembre 1806

A la princesse de Hesse

J’ai reçu la lettre de Votre Altesse du 3 novembre. Je la remercie de tout ce qu’elle veut bien me dire d’aimable. Je sens toutes ses peines; elles sont le résultat des événements dans lesquels nous sommes engagés. Depuis plusieurs années on prêche la guerre avec fureur; on est toujours disposé à accueillir les agents de l’Angleterre. Si la guerre a des maux, la France en éprouve les plus grands. Votre maison natale seule a eu le bon esprit de fermer l’oreille aux insinuations des ennemis du continent; le repos dont elle jouit en est le résultat. Pourquoi n’a-t-on pas été aussi sagement gouverné partout ?

 

Berlin, 12 novembre 1806 

Au roi de Naples

Vos gazettes ne contiennent que de petits détails d’assassinats et de meurtres; cela sert merveilleusement le but des ennemis, qui est de faire croire que tout est sens dessus dessous dans le royaume de Naples. Défendez qu’on n’imprime désormais que ce qui est important.

 

Berlin, 12 novembre 1806     

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai envoyé des ordres pour la réunion d’une division à Brescia et à Vérone, et d’une division à Alexandrie; mais, pour peu que cela tarde, j’espère que vos troupes actives pourront être considérablement augmentées par vos dépôts, et que vous pourrez former uné division active des dépôts de l’armée de Naples. Je ne pense cependant pas que vous puissiez être dans cette situation avant le mois de Janvier. Je vois que vous n’avez que 1,700 chevaux des dépôts de l’armée de Naples; il devrait y en avoir 2,000. Faites-moi connaître quand ils existeront et ce qui empêche qu’ils n’y soient déjà. Les régiments de dragons que vous envoie le roi de Naples vous feront bientôt une augmentation considérable, et pourront remplacer les régiments de grosse cavalerie et de cavalerie légère que j’ai appelés à la Grande Armée. Pourquoi les majors du 14e de chasseurs et des 24e et29e de dragons ne sont-ils pas à leurs dépôts, non plus que les chefs d’escadron des 9e et 25e de chasseurs et des 7e, 23e, 24e et 29e de dragons ? Il manque des adjudants-majors, des chirurgiens et des capitaines. Je vois même que les 24e et 30e de dragons n’ont que deux sous-lieutenants. Si ce sont des places vacantes, écrivez au ministre Dejean pour qu’il y soit nommé; si ce sont des
hommes qui sont absents, qu’on les fasse revenir. Relisez l’instruction générale que je vous ai envoyée avant de partir de Paris, veillez à ce qu’elle s’exécute. Faites-moi connaître où en est l’armement et l’approvisionnement de Venise; a-t-on retiré tout ce qui inutile ? Et les deux lunettes de cette place sont-elles massées, armées et en état de se défendre ?

 

Berlin, 12 novembre 1806

31e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

La garnison de Magdeburg a défilé le 11, à neuf heures du matin, devant le corps d’armée du maréchal Ney. Nous avons 20 généraux, 800 officiers, 22,000 prisonniers, parmi lesquels 2,000 artilleurs, 54 drapeaux, 5 étendards, 800 pièces de canon, un million  de poudre, un grand équipage de pont et un matériel immense d’artillerie.

Le colonel Gérard et l’adjudant commandant Ricard ont présenté ce matin à l’Empereur au nom des ler et 4e corps, 60 drapeaux qui ont été pris à Lubeck au corps du général prussien Blücher; il y avait 22 étendards; 4,000 chevaux tout harnachés, pris dans cette journée, se rendent au dépôt de Potsdam.

Dans le vingt-neuvième bulletin, on a dit que le corps du général Blücher avait fourni 16,000 prisonniers, parmi lesquels 4,000 cavalerie. On s’est trompé : il y avait 21,000 prisonniers, parmi quels 5,000 hommes de cavalerie montés; de sorte que, par résultat de ces deux capitulations, nous avons 120 drapeaux et étendards, et 43,000 prisonniers. Le nombre des prisonniers qui ont été faits dans la campagne passe 140,000; le nombre des drapeaux pris passe 250; le nombre des pièces de campagne prises devant l’ennemi et sur le camp de bataille passe 800; celui des pièces prises à Berlin et dans les places qui se sont rendues passe 4,000.

L’Empereur a fait manœuvrer hier sa Garde à pied et à cheval dans une plaine, aux portes de Berlin. La journée a été superbe.

Le général Savary, avec sa colonne mobile, s’est rendu à Rostock, et y a pris 40 ou 50 bâtiments suédois sur leur lest; il les a fait vendre sur-le-champ.

 

Berlin, 13 novembre 1806

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je vous envoie un manuscrit trouvé dans le cabinet du roi de Prusse; je désire qu’il soit imprimé à Paris, sur beau papier, et que vous fassiez faire par un homme de lettres un précis rapide qui peigne toute l’indignité du partage de la Pologne, et son influence sur l’abaissement de la Suède et de la Porte, et dès lors sur l’équilibre de l’Europe. Il faut que cette préface de l’éditeur, qui sera mise à la tête du livre, soit faite pendant l’impression, et que l’ouvrage soit publié sous huit jours; on pourra mettre pour titre Manuscrit trouvé dans le cabinet du roi de Prusse, à Berlin.

 

Berlin, 13 novembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, le comté de Hanau aura une administration particulière. Il y sera envoyé un sous-inspecteur aux revues pour remplir les fonctions d’intendant. Tout ce qui est police sera sous les ordres du maréchal Kellermann, qui y tiendra un adjudant commandant qui correspondra avec lui. Ce sera donc par les soins du maréchal Kellermann que la forteresse sera démolie, le pays désarmé et toute l’artillerie et les armes transportées à Mayence.

L’enclave de Hesse-Cassel, où se trouve la forteresse de Rinteln, fera partie du gouvernement de Minden.

Le maréchal Kellermann fera prendre possession directement de l’enclave de Hesse-Cassel, qui est sur le Rhin, entre Coblentz et Mayence. Il fera démolir le petit château, fera enlever toutes les armes et me proposera quelqu’un pour administrer le pays pour mon compte.

 

Berlin, 13 novembre 1806

DÉCISION

Le maître de poste de Mittenwalde demande que les courriers français payent leurs chevaux. Renvoyé au major général, pour faire mettre une ordonnance chez ce maître de poste et saisir le premier qui ne payerait pas.

 

Berlin, 13 novembre 1806

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, j’ai reçu les drapeaux que vous m’avez envoyés. J’ai vu avec plaisir l’activité et les talents que vous avez déployés dans cette circonstance et la bravoure distinguée de vos troupes. Je vous en témoigne ma satisfaction; vous pouvez compter sur ma reconnaissance.

 

Berlin, 13 novembre 1806, 4 heures du soir

Au maréchal Soult

Mon Cousin, le maréchal Lannes sera le 15 à Thorn. Avancez-vous sur Gnesen, et envoyez un adjoint à Thorn, pour savoir ce se passe. Pour peu qu’il y ait rien de sérieux, prévenez-en le prince Jérôme et conseillez-lui de se rendre à Posen. Le maréchal Augereau a ordre de se rendre à Bromberg. Le major général vous fera connaitre que je vous autorise à diriger sur Kowal la division Beaumont; elle pourra envoyer quelques partis à Plock, et le général Milhaud
pourra essayer de s’approcher de Varsovie. Il ne vous échappera pas que mon intention, en envoyant la division Beaumont à Kowal, est qu’elle soit à portée de Thorn et de Varsovie, de manière que, si les Russes se trouvaient en force entre Grodno et la Vistule, vous puissiez réunir tout ce qui serait sur Thorn. Tous mes renseignements sont que les Russes ont rétrogradé quand ils ont su ce qui était arrivé  aux Prussiens; mais cela peut avoir changé. J’ai ordonné à la division Beker de se rendre à Thorn; elle sera sous les ordres du maréchal Lannes, comme elle a été précédemment sous vos ordres. Dirigez-la sur Thorn, si elle n’en avait pas encore l’ordre. Il n’y a pas d’inconvénient que vous laissiez au général polonais les 40,000 francs qu’il a trouvés à Posen; j’en ai mis 50,000 à votre disposition. Voici la conduite à tenir avec les Polonais. Du moment que vos 3,000 fusils seront arrivés à Posen, vous les remettrez au général Dombrowski, et vous lui direz qu’il peut lever six bataillons de jeunes gens, en choisissant, le plus possible, les officiers parmi ceux qui ont servi dans les légions polonaises et parmi les gens les plus considérables du pays. Ces 3,000 fusils peuvent former le fond de six bataillons. Faites-lui connaître qu’il y a 40,000 fusils à Küstrin, et qu’on les emmagasinera à Posen, où ils seront à ma disposition. On m’avait d’abord annoncé des députés de Varsovie : je ne les ai point vus. Sans écrire, faites part aux Polonais du mouvement que vous faites, et faites-leur dire que, s’ils veulent s’insurger contre les Prussiens et désarmer la garnison de Varsovie, ils en sont les maîtres, et que vous les soutiendrez avec votre cavalerie. Si Varsovie s’insurgeait, il serait bon d’y envoyer sur-le-champ le général Dombrowski, pour organiser de suite les gardes nationales et armer des bataillons de jeunes gens. Si cet événement arrivait, vous pourrez faire soutenir les insurgés par la division Beaumont, celle du général Milhaud et même par celle du général Klein. Vous pouvez vous rapprocher de Varsovie, en vous tenant cependant toujours à portée de marcher sur Thorn, si les circonstances l’exigeaient. Il semble que de Gnesen à Kowal il n’y a que trois journées, et que de Kowal à Thorn vous ne seriez pas plus loin que de Gnesen. Il serait assez convenable, si les Polonais sont insurgés à Kalisz et à Posen, d’en envoyer un millier à la ville de Lenczyca pour voir si la citadelle veut se rendre.

Vous voyez que je désire que vous ne passiez pas la route de Kalisz, mais que vous vous rapprochiez le plus possible de la route de Thorn. Donnez-moi quelques renseignements sur la nature du pays jusqu’à Varsovie et de Thorn à Grodno. Ne fatiguez point vos troupes par de fausses marches. Il n’y a dans tout ceci qu’une chose très-importante : c’est que mes trois corps et ma cavalerie puissent se réunir en peu de temps, si les mouvements des Russes le rendaient nécessaire.

Magdeburg s’est rendu, et 22,000 hommes y sont été faits prisonniers de guerre. Je vous ai déjà instruit de l’affaire de Lubeck. Ainsi ces affaires me donnent 45,000 prisonniers.

 

Berlin, 14 novembre 1806

A M. Gaudin

Vous devez dire au gouverneur de la Banque que je pense que, dans les circonstances actuelles, il est scandaleux d’escompter à six pour cent. Elle ne doit pas oublier qu’elle escomptait déjà à six pour cent lorsque les maisons de commerce faisaient leurs opérations sur le taux de neuf pour cent. Il est donc convenable de revenir à l’intérêt légal de cinq pour cent.

 

Berlin, 14 novembre 1806

A M. Mollien

Monsieur Mollien, je reçois votre lettre du 25 octobre. Tout ce que vous me dites me paraît assez satisfaisant. Tenir toujours sept ou huit millions à Strasbourg, afin que j’en puisse disposer, si cela était nécessaire, pour alimenter la caisse de l’armée, est une bonne sage précaution. Dans les moments de guerre comme ceux-ci, l’argent n’a de valeur que par la rapidité avec laquelle on peut l’avoir. Mais ce qui m’importe surtout, c’est que vous ne perdiez jamais de vue ce qui est dû de solde à mon armée. Il me semble que, dans l’année 1806, l’armée n’a touché que quatre mois : au mois de janvier 1807 il lui sera donc dû huit mois, c’est-à-dire vingt-quatre millions. Je désire que ces vingt-quatre millions existent soit à Mayence, soit dans la caisse de réserve du trésor à Paris, non en effets, mais en argent. Ainsi, si je voulais ces vingt-quatre millions du soir au matin, je devrais les avoir sans produire aucun mouvement sur la place. Vous me dites que vous aurez des obligations : ce n’est pas mon affaire; que vous aurez des effets : ce n’est pas mon affaire; il faut que vous ayez de l’argent; c’est un dépôt dans toute la force du terme. Alors, quelque chose qui arrive, je puis considérer mon armée comme soldée; au lieu que, s’il arrivait quelque chance comme l’affaire d’Ouvrard l’année passée, ou même quelque malheurs, les papiers ne seraient point réalisés, et l’armée perdrait sa solde. Faites-moi connaître ce qui est dû à l’armée, mois par mois, et où sont les fonds pour acquitter cette solde. J’entends que vous ne soyez plus le maître de cet argent, mais que vous l’ayez seulement en dépôt. Du reste, ici, maître de la Prusse et de toute la Westphalie, l’argent va commencer à rentrer, de manière qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir.

Je n’ai fait aucune autre disposition que le crédit de deux millions que j’ai ouvert au prince de Neufchâtel pour les besoins de l’armée, comme je vous en ai instruit. Je vous envoie un décret qui les répartit dans les différents chapitres du budget du ministre de la guerre, comme la distribution en a été faite. Mais il paraît qu’il est encore dû deux millions pour différents objets d’administration. Je ne sais pas si cela a été ordonnancé par les ministres.

 

Berlin, 14 novembre 1806

Au général Dejean

Tout ce qu’on vous écrit est public. Je ne sais quels sont les gens de vos bureaux qui vont débiter dans les coteries de Paris les choses qui devraient rester dans le secret de votre cabinet.

 

Berlin, 14 novembre 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je n’approuve point que le bataillon du 4e d’infanterie légère aille à Orléans. Ayant retiré les 15e et 58e de Paris, il doit y avoir des casernes. J’ai laissé à Paris six bataillons; je désire que le gouverneur en voie un par jour, de sorte qu’il les ait tous vus en une semaine. Faites-vous rendre compte de leur administration. Il faut que ces six bataillons me fournissent, avant le mois de février prochain, 6,000 hommes pour Paris et mes réserves de l’intérieur. Si on les envoie à Orléans, ils croupiront dans l’oubli et ne feront plus rien qui vaille.

Faites-vous rendre compte de l’état de situation des 2e, 12e et 4e et portez tous vos soins à ce que les bataillons de guerre de ces corps soient à l’effectif de 140 hommes par compagnie; ce qui fait 1,240 hommes par bataillon et 2,500 hommes pour les bataillons qui sont à l’armée; je dis à l’effectif, parce que les malades et absents à leur départ de Paris doivent y être compris. Les 15e et 58e doivent avoir leurs bataillons de guerre au même effectif. Je pense qu’il n’en sera pas parti plus de 2,000 hommes. Vous vous entendrez avec le gouverneur de Paris pour faire partir par mois et par détachements 5 à 600 hommes, tout ce qui est nécessaire pour porter ces corps, ainsi que le 32e, au complet de l’effectif demandé.

 

Berlin, 14 novembre 1806

CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’ARMÉE

Le conseiller d’État Daru, intendant général, est présent. M. Roguin, payeur général, est introduit. Il met sous les yeux de Sa Majesté l’état de sa recette de ses payements, et celui des moyens et des besoins du service. Sa Majesté fait les observations et prescrit les dispositions suivantes :

On ne voit pas figurer dans les rentrées les 700,000 francs provenant des caisses de Cassel. Cette omission doit être réparée.

Il n’est pas nécessaire de s’occuper du 8e corps, attendu qu’il reçu 200,000 francs à Cassel.

Il faut donner sur-le-champ l’ordre de verser dans la caisse du 4e corps, à Lubeck, les 400,000 francs de Hambourg, qui ont été réalisés.

Le payeur général présentera au conseil d’administration, qui se tiendra dimanche prochain, à dix heures, un compte séparé de l’argent qui provient du trésor public de Paris, et de celui qui provient du pays conquis. Ces fonds ne doivent pas être confondus : le payeur doit compte des uns au trésor public, et il doit être tenu des autres un compte particulier dont le trésor public doit avoir connaissance, mais sur l’emploi desquels il n’a aucun moyen de vérification.

L’intention de Sa Majesté est que le mois de solde accordé à l’armée soit entièrement payé avec les fonds du pays conquis. Si, pour activer les payements, on était dans le cas de prendre sur les fonds qui viennent de France, ce ne serait qu’un emprunt. Il doit en être de même des sommes qui seront mises à la disposition de l’intendant général sur les ordonnances du major général. Les fonds envoyés par le trésor public de France sont pour le payement de la solde arriérée. Ainsi le mois qui a été payé à l’armée sur les fonds provenant du pays conquis est pour la solde d’octobre; et, comme l’intention de Sa Majesté est que la solde courante soit payée, le premier mois à acquitter sera celui de novembre.

Dans les besoins auxquels les fonds du trésor de France doivent subvenir, le payeur général comprendra : l° les ordonnances délivrées par les ministres et autorisées par le trésor; 2° la solde jusqu’a 1er octobre exclusivement.

Le payeur général apportera : 1° le bordereau séparé de ce qui été payé sur les deux millions mis à la disposition du major général, et celui des ordonnances en vertu desquelles se sont faits ces payements; comme le trésor public a fait les fonds pour ces deux millions, ils entreront dans les dépenses à payer par le trésor de France; 2° le bordereau des dépenses des ministres de la guerre et de l’administration de la guerre; 3° enfin, le montant détaillé, corps par corps, d’un mois de solde pour toute l’armée.

  1. Daru présente l’état des magasins de Magdeburg et de Spandau.

Sa Majesté ordonne que, jusqu’à nouvel ordre, on ne laisse rien sortir de la douane de Magdeburg, et qu’on fasse connaître l’argent qui se trouve dans la banque de cette place.

Elle prescrit de faire publier par les commandants, à Berlin, Magdeburg, Stettin et Küstrin, que toute personne qui fera connaître un magasin d’effets ou de denrées ayant appartenu au roi de Prusse, aux régiments ou aux capitaines de l’armée prussienne, recevra le quart de la valeur de ce magasin, à quelque somme qu’elle puisse s’élever.

  1. Cetty, faisant les fonctions d’ordonnateur du service de l’habillement, et M. de Riccé, inspecteur général, sont introduits. Les états de magasins des diverses sortes d’effets d’habillement sont mis sous les yeux de l’Empereur.

Sa Majesté prescrit les dispositions suivantes :

Les 2,103 culottes de peau existant dans les magasins seront distribuées aux régiments de dragons et de cuirassiers, excepté le ler et le 2e, qui en ont déjà reçu, à raison de 50 par régiment. Cette distribution sera mise à l’ordre du jour de demain.

Il faut également distribuer les 6,000 chapeaux.

Donner aussi à l’armée les caisses de tambours qui se trouvent à l’arsenal, et dont le magasin général doit faire recette.

Donnez à l’artillerie les poudrières.

Présenter, pour être mise à l’ordre du jour, une distribution des draps fins provenant tant de Berlin que de Leipzig.

Distribuer les 14,000 aunes de coutil, en en donnant d’abord aux grenadiers d’Oudinot un pantalon par homme.

La mesure proposée de faire venir les capotes en masse est impraticable; mais il faut ordonner que chaque maréchal d’empire, en conséquence de l’ordre du jour, fasse une distribution partielle, régiment par régiment, et que cette distribution soit mise à l’ordre de chaque corps d’armée.

Comprendre, dans la distribution des capotes, les grenadiers d’Oudinot en masse, pour 3,000 capotes.

Avoir soin, lors de la distribution des manteaux aux dragons à pied qui ont été montés, de faire rendre une capote pour chaque manteau délivré.

Faire connaître au prochain conseil la quantité des draps qui proviennent de Stettin et de Francfort, et donner un état positif détaillé de ceux qui ont été requis à Leipzig.

Faire réunir à Magdeburg du drap provenant des boutiques de draperie de cette ville, pour 20,000 capotes; en demander à Hambourg pour 50,000, et à chacune des villes de Brême et de Lubeck pour 15,000. Faire emmagasiner ces draps et confectionner les capotes, qui seront dirigées sur Magdeburg.

Enfin remettre, tous les huit jours, l’état de ce qui aura été donné, corps par corps.

Sa Majesté représente la nécessité de s’occuper avec activité d’un grand approvisionnement de souliers. Elle prescrit à cet effet les dispositions suivantes :

L’intendant général passera des marchés qui seront soumis à l’approbation du major général : à Berlin, pour 50,000 paires, qui seront versées à Spandau; à Magdeburg, pour 50,000 paires, qui seront emmagasinées dans cette place; à Stettin, pour 25,000 paires, qui seront emmagasinées dans cette place; à Francfort-sur-l’Oder pour 15,000 paires, qui seront versées à Küstrin; à Küstrin, pour 10,000 paires, qui y seront emmagasinées; à Leipzig, pour 50,000 paires, qui seront versées à Magdeburg, et à Dresde, pour 50,000 paires, qui seront versées à Küstrin.

Les marchés fixeront l’époque des livraisons, savoir :

Le premier cinquième, au 1er décembre; le second, au 15, le troisième, au 30, et les deux derniers cinquièmes, avant le 20 janvier; avec la condition d’une déduction sur le prix en cas de retard. Les payements seront faits après chaque livraison de 1,000 paires.

Des ordres seront donnés à l’avant-garde pour passer aussi des marchés de souliers, savoir: de 25,000 paires à Glogau, de 25,000 à Posen, et à Varsovie de 50,000; aux mêmes conditions et dans les mêmes délais.

On fera acheter à Hambourg du cuir pour 200,000 paires; la livraison s’en fera à Magdeburg. Dans ce cas, les marchés de souliers, pour cette quantité de 200,000 paires, ne seront passés que pour la façon.

  1. Breidt, entrepreneur des transports et équipages militaires, et M. Thévenin, inspecteur général de ce service, sont introduits. Sa Majesté prescrit les dispositions suivantes :

Au lieu de laisser les agents de l’inspecteur général auprès de chaque corps d’armée, il convient de les rappeler tous auprès de l’inspecteur général. Ils y seront employés pour le service du transport des réquisitions et pour d’autres missions. On pourra, tous les mois ou tous les deux mois, les envoyer faire l’inspection de l’état du service dans les corps.

Il convient aussi d’envoyer sans délai un inspecteur des équipages militaires à Lubeck, à Prenzlow et dans les autres lieux du pays où l’armée prussienne a été coupée, pour réclamer, auprès des baillis, les caissons, voitures et équipages, selles et harnais de l’ennemi.

Les inspecteurs doivent être chargés non-seulement des missions qu’ils recevront pour les transports par terre, mais encore de tout ce qui concernera les transports par eau. Il faut donc que M. Thévenin se mette au courant de tout ce qui regarde les transports : sur l’Elbe, de Dresde à Hambourg; sur l’Oder, de Glogau à Stettin, et sur la Warta, de Posen à Küstrin. Il enverra des inspecteurs pour être au fait, par leurs rapports, des prix, du nombre et de la capacité des bateaux, etc., afin d’être en état de disposer de ces moyens naturels de transport.

  1. Lombard, commissaire ordonnateur du service des hôpitaux, et MM. Coste, médecin en chef, Percy, chirurgien en chef, Bruloy, pharmacien en chef, et Meuron, régisseur, sont introduits. M. Lombard met sous les yeux de Sa Majesté les états relatifs au service des hôpitaux et de l’ambulance.

Sa Majesté défend expressément aucune évacuation sur la France. Les évacuations sont funestes aux blessés et aux malades. Mais, quand elles sont indispensables, elles doivent avoir lieu sur Weimar et sur Leipzig, pour ce qui est au delà de la Saale, et, pour ce qui est en deçà, sur Magdeburg, Spandau et Küstrin.

Sa Majesté ordonné l’établissement d’un hôpital pour 500 malades et 500 blessés à Magdeburg. Les hôpitaux prussiens seront ôtés de la ville et évacués sur Brunswick et dans cette direction.

  1. Roman, commissaire ordonnateur du service des subsistances, et MM. Reibell, entrepreneurs des vivres-pain, Valette, entrepreneur des vivres-viande, et Lannoy, entrepreneur des fourrages, sont introduits. Les états de ces divers services sont mis sous les yeux de Sa Majesté, qui prescrit les dispositions suivantes:

Les grains qui sont à Weissenfels seront transportés à Magdeburg. On fera remonter 100,000 boisseaux d’avoine de Stettin sur Küstrin.

Sa Majesté remarque qu’il y a bien peu de chose à Erfurt. Elle désire qu’on prenne des mesures pour y maintenir toujours un approvisionnement de 15,000 quintaux de grains.

Elle ne voit pas d’inconvénient à ce que l’on frappe une réquisition sur Weimar et sur Fulde, ainsi que sur les pays prussiens qui sont voisins.

 

Berlin, 14 novembre 1806

Au maréchal Lannes

Mon Cousin, vous avez dû recevoir du major général l’ordre de vous rendre à Thorn. J’ai donné cet ordre aussitôt après avoir reçu la lettre que vous m’écriviez. La pénurie de vivres nécessitait ce mouvement. J’ai ordonné aux maréchaux Davout et Augereau de vous soutenir, si vous en aviez besoin. Thorn est une grande ville où vous pourrez vivre.

Toutes les nouvelles sont que les Russes sont loin et peu nombreux. Cependant j’aurai plus de confiance dans les renseignements que vous me donnerez. Il est possible que vos soldats aient trouvé qu’on n’ait pas parlé d’eux aussi dignement qu’ils l’auraient mérité; ils ont raison d’être exigeants, car ils sont aussi braves que bons. A la prochaine bataille, ils se comporteront comme à Austerlitz et à Iena, et on aura soin de mettre quelques mots de plus.

La tête des corps qui étaient à Lubeck va arriver. J’attends pour la voir, et immédiatement après je me rendrai en Pologne.

Vous ne me parlez point, dans vos lettres, de l’esprit qui anime les habitants du pays où vous êtes. Tâchez de m’en dire un mot par le premier officier que vous m’expédierez.

 

Berlin, 14 novembre 1806

Au maréchal Davout

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 12. Je vous ai écrit hier ce que vous deviez faire des Polonais. J’imagine que les 3,000 fusils que vous avez fait partir sont arrivés; pour les 20,000 autres, l’artillerie a ordre de les faire transporter de Küstrin à Posen. Si les Polonais peuvent aider à ce transport, ils n’ont qu’à envoyer des voitures. Ces fusils seront distribués, à Posen, selon le besoin. Je vous ai écrit de préparer la formation de six bataillons à Posen. Douze autres doivent être formés à Varsovie, s’ils s’insurgent. Je vous ai fait connaître que je ne voyais pas d’inconvénient à ce qu’ils se saisissent de la garnison prussienne et la désarment. Je ne vois pas non plus d’inconvénient à ce que l’on donne permission aux deux plus riches du pays de former des régiments de uhlans à leurs frais, à ce qu’on organise des gardes nationales à Posen et dans les autres villes, et qu’on forme un comité, composé des hommes les plus considérables, pour organiser l’insurrection administrative et militaire. Ne prenez part à tout cela que par vos conseils et par des encouragements verbaux, et faites connaître que je ne puis me déclarer que lorsque je verrai les Polonais organisés et armés. Il doit y avoir une gazette à Posen; j’imagine qu’on commence à y imprimer les nouvelles et tout ce qui peut mettre du mouvement dans le pays. Je désire beaucoup savoir positivement sur quoi l’on peut compter, et si, dans ce pays, on est assez décidé pour que les hommes armés nous soient d’une assistance réelle.

 

Berlin, 14 novembre 1806

A M. Daru

Monsieur Daru, voici une note des blés qu’on pourrait se procurer aux environs de Berlin pour l’approvisionnement de la ville. Je désire savoir la partie de ces blés qui appartient au domaine, aux princes ou aux seigneurs de la cour. Il ne serait pas hors de propos d’obliger ces messieurs à les livrer pour l’approvisionnement de Berlin.

Berlin, 16 novembre 1806

Au roi de Naples

Votre aide de camp Clary arrive, et je reçois en même temps votre lettre du 30 par la poste de Mayence. Vous verrez, par les bulletins, que les affaires prospèrent ici et que mon armée est sur la Vistule; que la Pologne est animée du plus grand enthousiasme. Je suis maître de toutes les places fortes. J’ai fait dans la campagne 140,000 prisonniers, dont 20,000 de cavalerie. J’ai pris plus de 800 pièces de canon et 250 drapeaux et étendards. L’armée et la monarchie prussienne n’existent plus.