Correspondance de Napoléon – Novembre 1806

Berlin, 4 novembre 1806

27e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

On a trouvé à Stettin une grande quantité de marchandises anglaises à l’entrepôt sur l’Oder; on y a trouvé 500 pièces de canon et des magasins considérables de vivres.

Le 1er novembre, le grand-duc de Berg était à Demmin, le 2 à Teterow, ayant sa droite sur Rostock. Le général Savary était le 1er à Kratzeburg, et le 2, de bonne heure, à Waren et à Jabel. Le prince de Ponte-Corvo attaqua, le soir du 1er, à Jabel, l’arrière garde de l’ennemi. Le combat fut assez soutenu; le corps ennemi fut plusieurs fois mis en déroute ; il eût été entièrement enlevé, si les lacs et la difficulté de passer le pays de Mecklenburg ne l’eussent encore sauvé ce jour-là. Le prince de Ponte-Corvo, en chargeant avec la cavalerie, a fait une chute de cheval qui n’a eu aucune suite. Le maréchal Soult est arrivé le 2 à Plau.

Ainsi l’ennemi a renoncé à se porter sur l’Oder. Il change tous les jours de projets : voyant que la route de l’Oder lui était fermée, il a voulu se retirer sur la Poméranie suédoise; voyant celle-ci également interceptée, il a voulu retourner sur l’Elbe ; mais le maréchal Soult l’ayant prévenu, il paraît se diriger sur le point le plus prochain des côtes. Il doit avoir été à bout le 4 ou le 5 novembre. Cependant, tous les jours, un ou deux bataillons, et même des escadrons de cette colonne, tombent en notre pouvoir. Elle n’a ni caissons, ni bagages.

Le maréchal Lannes est à Stettin;

Le maréchal Davout, à Francfort;

Le prince Jérôme, en Silésie.

Le duc de Weimar a quitté le commandement pour retourner chez lui, et l’a laissé à un général peu connu.

L’Empereur a passé aujourd’hui la revue de la division des dragons du général Beaumont, sur la place du palais de Berlin; il a fait différentes promotions.

Tous les hommes de cavalerie qui se trouvaient à pied se sont rendus à Potsdam, où l’on a envoyé les chevaux de prise. Le général de division Bourcier a été chargé de la direction de ce grand dépôt. Deux mille dragons à pied, qui suivaient l’armée, sont déjà montés.

On travaille avec activité à armer la forteresse de Spandau, rétablir les fortifications de Wittenberg, d’Erfurt, de Küstrin et de Stettin.

Le maréchal Mortier, commandant le 8e corps de la Grande Armée, s’est mis en marche le 30 octobre sur Cassel. Il y est arrivé le 31. Voici la note (voir la note annexée à la lettre à Mortier, du 23 octobre) que le chargé d’affaires de France a présenté au prince, vingt-quatre heures auparavant. Voici ensuite la proclamation qu’a faite le maréchal Mortier(idem). Le prince de Hesse-Cassel, maréchal au service de Prusse, et son fils, général au service de la même puissance, se sont retirés: Le prince de Hesse-Cassel, pour réponse à la note qui lui fut remise, demanda de marcher à la tête de ses troupes avec l’armée française contre nos ennemis; le maréchal Mortier répondit qu’il n’avait pas d’instructions sur cette proposition; que, ce prince ayant armé après la déclaration qui avait été faite à M. de Malsburg, son ministre, que le moindre armement serait considéré comme un acte d’hostilité, son territoire n’avait pas été seulement violé par les Prussiens, mais qu’ils y avaient été accueillis avec pompe par le prince héréditaire; que, depuis, ils avaient évacué Cassel par suite des combinaisons militaires, et que ce ne fut qu’à la nouvelle de la bataille d’Iéna que les armements discontinuèrent à Cassel ; qu’à la vérité le prince héréditaire avait eu le grand bonheur de marcher à la tête des troupes prussiennes et d’insulter les Français par toutes sortes de provocations.

Il payera cette frénésie de la perte de ses États. Il n’y a pas en Allemagne une Maison qui ait été plus constamment ennemie de la France. Depuis bien des années, elle vendait le sang de ses sujets à l’Angleterre pour nous faire la guerre dans les deux mondes ; et c’est à ce trafic de ses troupes que le prince doit les trésors qu’il a amassés, dont une partie est, dit-on, enfermée à Magdeburg, et une autre a été transportée à l’étranger. Cette avarice sordide a entraîné la catastrophe de sa Maison, dont l’existence sur nos frontières est incompatible avec la sûreté de la France. Il est temps enfin qu’on ne se fasse plus un jeu d’inquiéter quarante millions d’habitants et de porter chez eux le trouble et le désordre. Les Anglais pourront encore corrompre quelques souverains avec de l’or; mais la perte des trônes de ceux qui le recevront sera la suite infaillible de la corruption. Les alliés de la France prospéreront et s’agrandiront ; ses ennemis seront confondus et détrônés.

Les peuples de Hesse-Cassel seront plus heureux. Déchargés de ces immenses corvées militaires, ils pourront se livrer paisiblement à la culture de leurs champs ; déchargés d’une partie des impôts, ils seront aussi gouvernés par des principes généreux et libéraux, principes qui dirigent l’administration de la France et de ses alliés. Si les Français eussent été battus, on aurait envahi et distribué nos provinces; il est juste que la guerre ait aussi des chances sérieuses pour les souverains qui la font, afin qu’ils réfléchissent plus mûrement dans leurs conseils avant de la commencer. Dans ce terrible jeu, les chances doivent être égales. L’Empereur a ordonné que les forteresses de Hanau et de Marburg soient détruites, tous les magasins et arsenaux transportés à Mayence, toutes les troupes désarmées, et les armes de Hesse-Cassel enlevées de toutes parts.

La suite prouvera que ce n’est point une ambition insatiable ni la soif des conquêtes qui a porté le cabinet des Tuileries à prendre parti, mais bien la nécessité de terminer enfin cette lutte, et de faire succéder une longue paix à cette guerre insensée, provoquée par de misérables intrigues et les basses manœuvres d’agents tels que lords Paget et Morpeth.

 

Berlin, 4 novembre 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, mon intention est que le corps d’armée du maréchal Lannes soit partagé en trois divisions : la 3e sera sous les ordres du général de division Victor et sera composée du 28e régiment d’infanterie légère et des 64e et 88e; ces deux régiments seront ôtés à la division Suchet, une division de cinq régiments étant trop considérable pour pouvoir être maniée sur un champ de bataille. La division du général Victor aura douze pièces de canon. Je donne ordre, à cet effet, qu’une division de six pièces, actuellement attachée à la Garde et servie par l’artillerie à pied, passe au corps du maréchal Lannes. Le général Songis y joindra deux pièces de 12 du parc, ce qui fera huit, et y fera passer le plus tôt possible quatre pièces de 3, ce qui complétera les douze pièces. Vous donnerez donc l’ordre au maréchal Lefebvre de faire partir demain, à cinq heures du matin, sous la conduite du colonel du 28e régiment d’infanterie légère, la division d’artillerie de la Garde qui a été organisée à Mayence, et que je suppose servie entièrement par l’artillerie à pied.

Le 28e partant demain, à cinq heures du matin , vous donnerez l’ordre au général Songis de faire arriver ce soir, du parc de Spandau, deux pièces de 12 , et, s’il est possible, quatre pièces de 3, et de les réunir à la division d’artillerie qui a été formée à Mayence, afin que cette artillerie puisse partir, sous l’escorte du 28e régiment, pour Stettin, où elle arrivera au plus tard dans la journée du 7. L’artillerie et les troupes qui partent pour Stettin prendront du pain pour quatre jours. Vous instruirez de cette disposition M. le maréchal Lannes, et vous ordonnerez au 28e régiment d’infanterie légère de marcher en règle.

 

Berlin, 4 novembre 1806

Au général Bourcier

Je reçois votre lettre du 4 novembre avec les états qui y étaient joints.

Je remarque d’abord que vous ne portez que 1,400 dragons; il en manque donc près de 1,000; partie, je crois, sont allés escorter des prisonniers, partie sont probablement encore à Wittenberg ou à Spandau.

Je remarque ensuite que vous portez 1,200 chevaux comme en état de servir et que vous avez 1,500 selles. Vous ferez faire facilement les porte-crosses. Les éperons existent à Berlin. Vous avez 800 sabres, mais il y en a à Berlin 12 ou 15,000, ainsi que des ceinturons et des pistolets. Je désirerais savoir si ces 1,200 hommes peuvent être disponibles d’ici à trois ou quatre jours pour rejoindre leurs régiments.

Je remarque ensuite 829 chevaux comme hors d’état de servir. Je pense que c’est momentanément, mais qu’avec un peu de temps et de soins ils seront remis en état de servir.

Enfin vous avez 2,000 chevaux. Au détachement qu’a amené le général Beaumont a succédé le détachement qu’a amené le général Milhaud, et que vous devez avoir à présent. A ceux-ci en succéderont plusieurs autres. Je suppose que dans peu de temps vous aurez 4,000 chevaux. Faites recueillir les chevaux et les selles que nos gens ont eu la négligence de laisser à la disposition des baillis.

Je donne l’ordre que les petits dépôts qui sont à Spandau et à Wittenberg se réunissent tous à Potsdam, et je désire que vous y restiez quelque temps pour cette inspection. Les écuries de Potsdam me paraissent nécessaires pour un si grand dépôt.

Je désire que vous surveilliez la fabrication des 1,000 selles que j’ai ordonnée à Berlin. Il y a dans les magasins des bois, des mors, etc. Je voudrais que vous pussiez faire faire 1,000 selles par les ouvriers de Potsdam. Vous feriez prendre ici les effets dont vous auriez besoin.

Mettez du soin à ces objets, et envoyez-moi des rapports afin que je puisse ordonner les mouvements et éviter aux hommes des fatigues inutiles. Il y a encore à Dessau 500 chevaux d’un régiment saxon ; envoyez-y un aide de camp en poste pour les faire venir avec les sabres et les selles. Le prince de Dessau se chargera de donner les hommes pour les conduire.

Vous avez bien fait d’envoyer des souliers pour prendre les bottes de la cavalerie qui est passée; mais beaucoup passera encore. Il y a 1,200 hommes d’artillerie à cheval qui vont passer à Spandau et qui mènent eux-mêmes leurs chevaux. Ainsi il y a possibilité d’avoir beaucoup de chevaux; j’en ai d’ailleurs fait demander à Dresde. Il y a 4,000 hommes de différentes armes qui, partis de Mayence, sont à Würzburg et se rendront à Potsdam.

 

Berlin, 4 novembre 1806

A M. Daru

Monsieur Daru , j’ai pris possession de la Hesse et de Hanau. J’ai nommé le général Lagrange gouverneur général du pays. Que M. la Bouillerie y envoie sur-le-champ, un de ses préposés. Mon intention est que tous les revenus soient perçus en mon nom. Hesse-Cassel ne doit plus régner. Toute l’artillerie et les provisions et magasins de guerre qui se trouvent à Hanau et à Cassel doivent être envoyés à Mayence. On doit désarmer le pays. Les chevaux et selles appartenant au prince doivent servir à monter ce que j’ai à Mayence. Les contributions doivent continuer à se percevoir pour mon compte. Voilà les instructions à donner au receveur qu’enverra M. la Bouillerie, ainsi que l’inspecteur aux revues intendant que vous enverrez là. Ordonnez-leur de correspondre fréquemment avec vous et avec M. la Bouillerie.

 

Berlin, 4 novembre 1806

Au roi de Hollande

Mon Frère, le maréchal Mortier se range sous vos ordres, et vous commandez en chef dans le Hanovre et les villes hanséatiques Je suppose qu’au plus tard le 10 vous serez à Hanovre, et que vous avez avec vous le 72e, le 65e et le 22e régiment français, et 7 à 8,000 Hollandais. Vous ferez occuper par 2 ou 3,000 Hollandais, autres que ceux que vous avez à l’armée, Emden, et l’Ost-Frise, ce qui formera votre gauche et votre réserve. Le maréchal Mortier aura, de son côté, les 2e, 4e et 12e d’infanterie légère ; vous aurez donc six régiments francais, ce qui, avec les Hollandais, ne doit pas faire beaucoup moins de 20,000 hommes. Les deux régiments italiens, les troupes de Nassau et de Darmstadt et celles du grand-duc de Berg, qui sont à Wesel ou à Cassel, formeront un secours de 4 ou 5,000 hommes, dont, selon les circonstances, vous pourrez vous fortifier. Le général Lacombe Saint-Michel commandera en chef votre artillerie. J’ignore la formation de vos divisions; mais le maréchal Mortier avait un grand nombre de bons généraux de brigade. Mon intention est que vous divisiez votre armée en deux corps ; que vous donniez au maréchal Mortier le commandement du 8e corps de la Grande Armée, que vous formerez de manière qu’il soit au moins de 12,000 hommes, avec le plus de cavalerie que vous pourrez et vingt-quatre pièces d’artillerie. Avec ce corps, le maréchal Mortier se rendra à Hambourg, prendra possession de la ville, ainsi que de Brême et de Lubeck. Je vous ferai connaître demain la conduite que le maréchal Mortier doit tenir.

Voici aujourd’hui la situation de mon armée : le maréchal Davout a son dépôt dans la place forte de Küstrin et sa tête en Pologne ; le maréchal Lannes, à Stettin ; le maréchal Augereau, à Berlin; le prince Jérôme, avec 25,000 Bavarois et Wurtembergeois, en Silésie; le grand-duc de Berg, le prince de Ponte-Corvo et Soult, dans la Poméranie suédoise, aux trousses d’une division ennemie que commande le duc de Weimar; le maréchal Ney fait le siège de Magdeburg.

Le roi de Prusse est au delà de la Vistule.

 

Berlin, 4 novembre 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, le prince de Neufchâtel vous envoie des instructions pour la réunion de trois divisions à Vérone, Brescia et Alexandrie. Donnez tous les ordres. Le roi de Naples vous a déjà renvoyé quatre régiments de cavalerie; je lui fais connaître que je désire qu’il vous en envoie quatre autres français et deux italiens. Du moment que ces six derniers régiments seront-arrivés, mon intention est de retirer encore d’Italie quatre régiments de cavalerie, soit dragons, soit chasseurs, soit hussards; car c’est ici que la cavalerie est nécessaire au milieu des immenses plaines de la Pologne. Vous verrez, par les dispositions que j’ai prescrites, que je désire que vous augmentiez vos divisions du Frioul sans aucun délai, de manière qu’elles aient chacune 8 ou 10,000 hommes et douze pièces d’artillerie attelées; que vous ayez, avant le ler décembre, à Vérone et à Brescia, deux divisions de 8 à 10,000 hommes chacune, avec douze pièces d’artillerie; que vous ayez à la même époque une division, à Alexandrie, de 6,000 hommes, avec douze pièces d’artillerie; et enfin qu’au mois de janvier deux divisions, chacune de 5 à 6,000 hommes, soient formées de différents bataillons de la réserve.

Mon intention est, lorsque j’aurai reçu les états de situation de vos dépôts au 15 novembre, d’ordonner moi-même la formation de ces bataillons. J’ai également ordonné que les quatre régiments de dragons qu’a renvoyés le roi de Naples formeraient une réserve de cavalerie. Si ce prince vous en envoie d’autres, vous pourrez alors en former deux divisions, chacune de trois régiments, mon intention étant que vous ayez 6 à 7,000 hommes de cavalerie et plus de 45,000 hommes d’infanterie; ce qui, joint aux 12,000 hommes que le général Marmont peut réunir à Zara pour porter en Carniole si vous prenez l’offensive, fera une armée de plus de 60,000 hommes, contre laquelle l’Autriche ne pourra faire front qu’avec une armée de 100,000 hommes. Cependant je n’ai point encore à me plaindre de l’Autriche, et je ne crois pas qu’elle veuille entrer en lice. Ce terrible exemple de la Prusse lui en ôtera renvie, si elle l’avait. Mais enfin ces précautions sont nécessaires, et je m’y suis résolu. Mon intention est que les divisions de Vérone et de Brescia soient cantonnées dans les villages voisins, et s’exercent constamment aux manœuvres de ligne et à la cible; car une réunion d’hommes ne fait pas des soldats; l’exercice, l’instruction et l’adresse leur en donnent le véritable caractère. Que les conseils d’administration pourvoient à ce qu’ils aient deux paires de souliers dans le sac et une bonne capote. En portant le même soin aux deux divisions du Frioul, vous aurez une armée composée de six ou sept bonnes divisions capables de tout entreprendre. Le principal est d’avoir des généraux. Les deux généraux du corps du Frioul sont bons. Comme, avant de partir de France, j’ai ordonné des mouvements de plusieurs généraux d’Italie sur la Grande Armée, je n’ai plus cela présent; mais il faut choisir des hommes vigoureux; proposez-les-moi vous-même, pourvu que vous ne preniez pas de généraux de la Grande Armée. Le roi de Naples en renvoie beaucoup; vous pouvez les arrêter à Milan, si cela vous convient.

Il faut un gouverneur pour Mantoue. Miollis est très-bon à Venise.

Les dépenses des vivres et des approvisionnements des places seront faites sur le trésor d’Italie. Songez quel mal ce serait pour l’Italie si une de ces provinces était envahie. En cas de guerre, vous avez dans Caffarelli un bon général et qui vous servira bien, près de vous.

Faites-moi connaître comment vous organiserez le commandement des places, et quels sont les deux généraux de brigade que vous laisserez à Venise, et les commandants de l’artillerie et du génie, ainsi que pour Mantoue, Osoppo et les autres places. Tenez le général Charpentier toujours en course, visitant sans cesse les dépôts pour activer l’instruction et leur organisation. Il doit vous être arrivé ou vous arrivera, à la fin de novembre, 20,000 hommes. Si l’habillement, l’armement, l’instruction de ces hommes sont poussés, c’est 20,000 hommes que vous aurez acquis.

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Vous devez être prêt à entrer en campagne le 1er décembre, si je vous l’ordonne.

 

Berlin, 4 novembre 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, les bulletins vous auront instruit de ce qui se passe .

J’ai fait 120,000 prisonniers; parcs, magasins, bagages, tout est tombé en mon pouvoir. Les trois places fortes de l’Oder ont capitulé. J’ai anéanti la puissance prussienne. L’Autriche a commencé à armer sous prétexte de neutralité. Il est donc convenable que, dans l’Italie septentrionale, les préparatifs s’en ressentent. Si l’Autriche nous faisait la guerre, ma position a pour vous cet avantage, que les Russes concentrent leurs forces en Pologne et que les efforts des Anglais se dirigent sur la Suède. Je vous laisserai toute l’infanterie que vous avez; mais il faut exécuter scrupuleusement les dispositions suivantes : 1° renvoyer tous les officiers et sous-officiers appartenant aux 3e et 4e bataillons, à leurs dépôts; je vous ai, il y a deux mois, envoyé 4 ou 5,000 hommes de vos dépôts; j’imagine que vous les avez incorporés dans les corps; renvoyez-moi exactement tous les officiers et sous-officiers et les majors; 2° renvoyer la cavalerie française et italienne, en gardant seulement quatre régiments de chasseurs ou de dragons français; vous en avez douze, c’est donc huit à renvoyer; gardez à Naples le régiment polonais et le ler de cavalerie italien ; renvoyez les deux autres. Cela est très-important. Je me trouve sur les confins de la Pologne, c’est avec de la cavalerie qu’on fait la guerre dans ce pays. Dans la confiance que vous renverrez cette cavalerie, j’ai retiré huit régiments de cavalerie d’Italie, et, si vous n’exécutiez pas ces dispositions, le nord de l’Italie se trouverait trop dégarni. Depuis deux mois on arme et approvisionne mes places de l’Italie septentrionale. Je viens d’ordonner qu’avant le ler décembre mon armée soit réunie; elle fera une force de plus de 60,000 hommes. J’espère que, vers cette époque, les huit régiments de cavalerie que je vous demande seront arrivés. Après quelques jours de repos, ils seront dans le cas de se faire honneur. D’un autre côté, cela vous épargnera beaucoup d’argent. Avec l’économie que cela vous produira, vous pourriez lever quelques bataillons d’infanterie napolitains, composés d’hommes qui vous soient affectionnés et sur lesquels vous puissiez vous fier; ils vous rendront plus de service que la cavalerie. Faites en sorte de renvoyer, avec les régiments de cavalerie, un escadron de votre régiment d’artillerie légère. Cette artillerie légère ne doit pas vous être indispensable; elle est ici de la plus grande nécessité dans les immenses plaines où il faut manœuvrer.

 

Berlin, 5 novembre 1806, 4 heures du matin

Au général Lagrange, à Cassel

Je vous adresse directement mes ordres, parce que je suppose que le maréchal Mortier est parti pour Hanovre. J’imagine qu’il vous aura laissé un régiment français et un régiment italien. Un autre régiment italien arrive le 6 novembre à Mayence; appelez-le afin que vous ayez main-forte. Le maréchal Kellermann vous enverra tous les hommes à pied des armes de cavalerie qui sont à Mayence; montez-en le plus possible. Ôtez partout les armes de Hesse. Faites détruire les fortifications de Marburg de fond en comble. Faites sauter les fortifications de Hanau, de manière que la place soit rase comme la main. Faites transporter toute l’artillerie, tous les magasins, tous les meubles, statues et effets des palais de la cour, à Mayence.

Annoncez que ce prince ne peut plus régner; que je ne souffrirai plus sur mes frontières un prince ennemi, plus que Prussien, mais Anglais et vendant ses sujets pour me faire la guerre dans les deux mondes.

Demandez tout ce que les princes de Nassau-Usingen doivent fournir et donnez-leur des fusils. Demandez aussi 2,000 hommes à Hesse-Darmstadt. Désarmez exactement le pays; qu’il n’y ait pas un canon, pas un fusil. Suivez les mesures que j’ai ordonnées, d’arrêter et d’envoyer en France les colonels et les officiers. Envoyez un intendant et un receveur des contributions pour percevoir les revenus du prince. Du reste, on peut traiter le pays avec douceur; mais, s’il y a le moindre mouvement quelque part, faites un exemple terrible. Que le premier village qui bouge soit pillé et brûlé; que le premier rassemblement soit dissipé et les chefs traduits à une commission militaire. Aucun prince de la Maison de Hesse, même les femmes, ne doit rester dans le pays, donnez-leur des passe-ports pour s’en aller. Congédiez tous les domestiques. Faites tout cela avec exactitude, fermeté, mais avec toute l’honnêteté française et avec tous les égards pour le sexe.

Votre règle de conduite doit être dans mes projets, qui sont de détrôner entièrement cette Maison, dont l’existence est incompatible sur le Rhin avec la sûreté de la France.

Vous sentez qu’en vous laissant les deux régiments italiens et 3 ou 4,000 hommes de mes alliés, cela me fait 5 à 6,000 hommes dont je puis avoir besoin ailleurs. Il faut donc prendre des mesures pour que bientôt ces troupes ne soient plus utiles là et que vous puissiez vous contenter d’un millier d’hommes.

S’il y a quelque chose à faire qui puisse être utile à cette population et la contenter, telle que la suppression de quelque droit onéreux, ayez soin de m’en informer.

Faites-moi connaître le jour précis où l’artillerie et les magasins seront arrivés sur Mayence, et les places détruites. Je désire que ce soit avant le 16 novembre, et qu’à cette époque les trois quarts des troupes que vous allez avoir sous vos ordres puissent se porter sur l’Elbe.

Je suppose que l’Électeur n’aura pas eu le temps d’enlever les archives des relations extérieures; tâchez de trouver sa correspondance avec la Prusse.

 

Berlin, 5 novembre 1806

Au maréchal Mortier

Mon Cousin, j’ai vu avec plaisir votre entrée à Cassel le ler novembre. Je donne mes instructions directement au général Lagrange, parce que je suppose que vous n’êtes plus à Cassel, et que vous vous êtes dirigé à tire-d’aile sur le Hanovre. Vous trouverez là, chez le roi de Hollande , sous les ordres de qui vous serez, l’ordre d’aller prendre possession de Hambourg, avec les instructions nécessaires. Si la santé de ce prince l’oblige à retourner dans son royaume, vous prendrez en chef le commandement de toutes mes troupes en Hanovre, et dans les villes hanséatiques. Portez tous vos soins à ce qu’il n’y ait pas de dilapidations et à ce que tout se fasse avec le plus grand ordre; je n’en veux tolérer aucune; toutes les ressources doivent être pour l’armée.

Envoyez-moi souvent vos états de situation et expédiez-moi tous les deux jours un officier.

 

Berlin, 5 novembre 1806

Au maréchal Davout

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je vous laisse le maître d’avancer vos troupes sur Driesen et Meseritz, sur le chemin de Posen. Je vous enverrai même probablement bientôt l’ordre de vous diriger, avec tout votre corps, sur Posen; mais, avant de vous laisser partir, je veux vous donner une division de 2,500 dragons du général Beaumont, que j’ai passée en revue hier et qui se reposera ici aujourd’hui. Je veux être aussi défait de cette colonne du duc de Weimar, qui m’occupe les corps des maréchaux Soult, Bernadotte et du grand-duc de Berg. Ces maudits fuyards étaient acculés hier du côté de Rostock; j’espère qu’ils auront été pris dans la journée du 4. Du moment que j’en aurai la nouvelle, ces trois corps me deviendront disponibles. Le maréchal Lannes est à Stettin , poussant de forts partis sur Colberg, Posen et Graudenz. J’ai envoyé 2,000 Badois pour former la garnison de Küstrin. Le prince Jérôme doit avoir plus de 24,000 hommes pour flanquer votre droite. Si je prends Glogau, je le dirigerai sur cette place; sans cela je renverrai sur Posen pour vous soutenir; vous auriez alors un corps de plus de 50,000 hommes. Le corps du maréchal Augereau, qui est à Berlin, bien reposé, ainsi que les cuirassiers de la division Nansouty et ma Garde, pourraient très-facilement porter ce nombre à 80,000 hommes; mais, par le présent ordre, je vous fais connaître que mon intention n’est pas que votre infanterie, sous quelque prétexte que ce soit, dépasse Meseritz. Peut-être, avant que vous ayez fait ces quinze lieues, vous donnerai-je l’ordre de continuer. Il est convenable qu’avant d’ôter vos troupes de Landsberg vous soyez assuré que les Badois sont arrivés à Küstrin. Les magasins que vous avez à Landsberg seront très-utiles, puisqu’ils sont sur la rivière, pour approvisionner toute l’armée.

Selon mes lettres de Moldavie, du 9 octobre, toute l’armée russe se trouvait encore sur le Dniester, près de Kaminietz. On parlait d’aller en Moldavie, ou de marcher contre nous; mais on n’avait fait aucun mouvement; je ne pense pas qu’elle puisse être à Varsovie avant le 20 novembre. Le maréchal Ney va bombarder Magdeburg; il me tarde que cette place soit prise. Le roi de Hollande va occuper le Hanovre. Le maréchal Mortier est entré à Cassel le ler, a mis pied à terre toute la cavalerie hessoise et a désarmé le pays. Cet ennemi hors d’état de nous nuire, tout va s’avancer sur vous.

Les hommes à pied que vous avez envoyés à Spandau se sont trop pressés de s’en aller; toutefois ils n’auraient pas eu de bons chevaux, les régiments les ayant changés en route et les ayant remplacés par de mauvais chevaux.

 

Berlin, 5 novembre 1806

ORDRE

Une commission de trois membres, pris dans le conseil des soixante, se rendra à Spandau avec un commissaire des guerres et un officier d’état-major, qui sera l’aide de camp de Sa Majesté. On vérifiera s’il est vrai qu’il y ait eu des farines ou avoines vendues, et il en sera rendu compte à Sa Majesté par l’intermédiaire du gouverneur général.

 

Berlin, 5 novembre 1806 (date incertaine)

Au général Chasseloup, à Stettin

Il faut arranger le fort de Prusse, le fort Guillaume et le fort Léopold, de manière que 400 hommes dans le premier, 200 dans le second et 100 dans le troisième, me mettent ces forts à l’abri de toute surprise. Ces 700 hommes faisant leur devoir, et le génie ayant disposé ainsi les choses, l’ennemi n’approchera de la place qu’avec les apprêts d’un siége en règle. Cependant l’on mettra l’enceinte dans un tel état que, maître des forts avancés, l’ennemi ne puisse rien tenter contre les ouvrages extérieurs. Il ne saurait se loger entre deux forts; il faut pourvoir à ce qu’il ne puisse pas, dans la même nuit, escalader en même temps les ouvrages extérieurs et l’enceinte. S’il est nécessaire, le génie pourra occuper les ouvrage extérieurs en les fermant à la gorge.

Quant aux ouvrages de la rive droite, le marais les couvre. Il faut cependant pourvoir au cas de gelée, par des fraises et des palissades Mon intention est de laisser 700 hommes pour les forts détachés comme je l’ai dit plus haut, autant pour le corps de la place, 400 pour la rive droite, 200 pour l’ouvrage qui est dans l’île, 4 ou 500 pour la place de Damm : total, 2,500 hommes, sans compte 200 hommes qui, par les mouvements de l’armée, s’y trouveront sans ordre.

 

Berlin, 5 novembre 1806

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, vous n’écrivez pas assez souvent.

Tous les jours mes courriers passent à Wittenberg; vous devriez toujours avoir une lettre prête pour leur donner à leur passage. Combien avez-vous de pièces en batterie ? Quelles parties de l’enceinte palissadées ? Les redoutes sur les flancs sont-elles faites ? La tête de pont sur la rive gauche est-elle finie? Quelle est la situation des fours et des magasins ? Êtes-vous à l’abri d’un coup de main ? Vous devez sentir que tout cela est très-important. Avez-vous des nouvelles des dépôts qui sont à Forchheim, de tous les hommes de cavalerie à pied qui, de Würzburg, Forchheim et Kronach, devaient se diriger sur Wittenberg ? Envoyez-m’en l’état par régiments, hommes et chevaux. Avez-vous encore des dragons à pied ? Tous ces objets m’intéressent. Répondez-moi par le retour de mes courriers.

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Instruisez-moi de la quantité d’artillerie et de mortiers que vous envoyez pour le bombardement de Magdeburg.

 

Berlin, 5 novembre 1806

A l’électeur de Saxe

Je reçois la lettre de Votre Altesse Sérénissime Électorale, que m’a présentée ce matin son grand chambellan le comte de Bose. J’ai investi de mes pouvoirs le prince de Bénévent, et je verrai avec plaisir finir les malheurs qui ont pesé sur la Saxe et ont donné tant d’inquiétudes à Votre Altesse. Si les événements ont altéré nos relations politiques, rien n’a altéré l’estime et la parfaite considération que je vous ai vouées depuis longtemps.

 

Berlin, 5 novembre 1806

A la duchesse de Weimar

Ma Cousine, j’ai reçu plusieurs de vos lettres. Je partage toutes vos peines. J’ai accordé toutes les demandes que vous avez faites. Je désire cependant que cela serve de leçon au duc de Weimar. Il m’a fait la guerre sans raison; il pouvait imiter la conduite du duc de Saxe-Gotha; il pouvait imiter celle du duc de Brunswick, qui n’a point fourni de contingent et que j’ai cependant privé de ses États. Tout ce que j’ai fait pour le duc est uniquement à votre considération.

 

Berlin, 5 novembre 1806, 1 heures du soir 

Au maréchal Lannes

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 4 novembre. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous fassiez occuper Stargard, pourvu que la troupe y soit bien et s’y repose. Il doit y avoir à Stargard des magasins. Envoyez des patrouilles du côté de Colberg, sur la mer. Douze pièces d’artillerie, avec le 28e, sont parties ce matin, une heure avant le jour, pour Stettin. Je désire beaucoup que vous formiez vos trois divisions. Du moment que j’aurai un autre régiment, je le donnerai à Victor. Choisissez un autre chef d’état-major.

Vous recevrez bientôt des ordres pour marcher sur la Vistule; mais j’attends, pour voir finir la poursuite de la colonne du duc de Weimar, qui s’est réunie à celle de Blücher et occupe les corps d’armée des maréchaux Soult, prince de Ponte-Corvo et grand-duc de Berg. Elle doit être arrivée hier sur la Baltique du côté de Rostock. J’imagine qu’on parviendra à les prendre.

On m’assure qu’il y a beaucoup de mouvements en Pologne.

Mon intention est de fortifier Stettin. Faites approvisionner les forts de Prusse, de Damm, les forts Guillaume et Léopold. J’ai prescrit des ordres au général Chasseloup. Avec une armée comme celle-ci, tant de dépôts, tant de troupes auxiliaires, il est fort heureux d’avoir des lieux où l’on puisse mettre en sûreté 2 à 3,000 hommes.

Je ne sais pas le nombre de fours qu’il y a à Stettin; si vous n’y avez pas les moyens suffisants pour faire 50,000 rations par jour, faites construire quelques fours de plus.

Un corps de troupes bavaroises se porte du côté de Glogau; la place est forte; mais Stettin et Küstrin se sont bien rendus; je ne vois pas pourquoi ceux-ci feraient autrement. Cette place nous serait fort utile.

J’avais nommé, pour commander à Küstrin, un adjudant commandant, mais je donnerai ce commandement au général Thouvenot, dont j’ai été content à Würzburg et qui entend bien le détail des places.

J’ai appris avec plaisir que vous aviez 2,000 rations d’eau-de-vie; mais je suis fâché que vous n’ayez pas plus de souliers. C’est bien peu de chose que deux paires de souliers par homme, dans la saison où nous allons entrer. J’imagine que les corps en font venir de France; on en fait ici 500 paires par jour. S’il est possible, faites-en faire à Stettin ; nous avons passé la plus belle saison, et désormais une paire de souliers ne durera pas dix jours.

 

Berlin, 6 novembre 1806

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, je reçois votre lettre. J’ai témoigné au roi de Hollande mon mécontentement de ce qu’il donne des ordres en France. Mais il paraît qu’il ne connaît pas encore bien la séparation des pouvoirs. Il faut regarder comme non avenu tout ce qui a été ordonné là-dessus par l’autorité militaire. Le roi de Hollande a aujourd’hui assez de pays pour pouvoir recruter sur la rive droite; je n’entends pas qu’il recrute en France.

 

Berlin, 6 novembre 1806

A M. Fouché

Ce que dit le préfet de la Haute-Loire du défaut de taille des conscrits ne signifie rien, puisqu’on n’exige aucune taille déterminée.

Le nommé Custodi, qui a été arrêté en Toscane, doit être gardé sous bonne et sûre escorte. Il faut l’enfermer dans un bon château fort. C’est un grand coquin; il a fait assassiner plus d’un Français en Italie.

 

Berlin, 6 novembre 1806

A M. Fouché

On a intercepté un courrier venant de Hambourg. On y a trouvé ces lettres. Faites observer l’individu qui a écrit la lettre de Paris, et faites mettre les scellés chez lui. On a trouvé aussi une lettre de Fauche-Borel à la reine de Prusse, avec un plan de campagne de Dumouriez qui fait hausser les épaules.

 

Berlin, 6 novembre 1806

Au général Lagrange

J’imagine que le maréchal Mortier est parti. L’Électrice ne peut pas rester dans le pays et se rendra sans doute chez elle. Le prince Frédéric de Hesse ne peut pas rester non plus. La forteresse de Ziegenhain sera démolie sans délai. Toutes les pièces d’artillerie seront transportées en France. Levez dans les États de Cassel un corps pour le service du roi de Naples. Je vous autorise à prendre les officiers, sous-officiers des troupes hessoises, même ceux de la Garde du prince. Vous choisirez, pour le lieu de rassemblement de ce corps, Hagnenau. Ce corps sera de trois bataillons formés à notre manière. Mon principal but est de me défaire de ces gens-là; ils seront armés avec des fusils hessois. Faites-moi connaître le degré d’attachement que les colonels, lieutenants-colonels et capitaines conservent à la maison régnante.

Qu’il ne reste ni fusils ni artillerie, que le nécessaire à la garnison de la place. Désarmez les habitants. Ayez toujours en vue que la Hesse ne me donne aucune inquiétude si j’étais battu.

 

Berlin, 6 novembre 1806

Au général Songis

Il y a 500 milliers de poudre à Wittenberg; faites-en filer un peu sur Spandau et Küstrin. Envoyez-y des cartouches à poudre d’infanterie et à canon. C’est autour de cette place qu’auront lieu les grandes opérations.

 

Berlin, 6 novembre 1806, au soir

Au général Songis

Le major général vous envoie l’ordre de faire partir demain le parc et l’équipage de pont, qui doivent être rendus à Küstrin le 9 au soir. Je désire que ce parc défile demain à midi sur la place du Château, tant le personnel que le matériel.

Prenez des mesures pour qu’en partant de Spandau, ou en partant de Berlin, ce parc prenne du pain pour trois jours. Cela est fort nécessaire. Recommandez bien qu’on observe la plus sévère discipline, surtout en Pologne.

 

Berlin, 6 novembre 1806, au soir

Au général Chasseloup

Le major général vous donnera l’ordre de faire partir demain le parc du génie, pour qu’il soit le 9 à Küstrin. Faites faire l’état du matériel, du personnel et des attelages de ce parc. Je désire qu’il passe demain, entre onze heures et midi, sur la place du Palais, où je le verrai défiler. J’espère qu’il y aura à ce parc une vingtaine milliers d’outils, car enfin il devient très-important que j’aie de quoi faire construire dans une nuit des redoutes et des retranchements.

En vous demandant 20,000 outils portatifs pour votre parc, je désire que vous en réunissiez autant à Küstrin, qui sera désormais le point d’appui des opérations militaires.

 

Berlin, 6 novembre 1806, au soir

A M. Daru

Monsieur Daru, faites partir demain, pour le quartier général maréchal Davout, à Posen, tous les constructeurs de fours de l’armée pour construire rapidement les fours nécessaires pour nourrir l’armée qui va se réunir à Posen. Envoyez un ordonnateur et deux commissaires des guerres, qui formeront constamment votre avant-garde et seront chargés d’exécuter tous vos ordres.

Mon intention est qu’il y ait à Posen :

1° Des fours pour faire 80,000 rations de pain par jour;
2° Qu’on réunisse sur-le-champ des magasins pour pouvoir nourrir l’armée, en farine, avoine, eau-de-vie et bestiaux.

Ce commissaire ordonnateur d’avant-garde d’administration aura avec lui un inspecteur de chaque service. Tout cela partira à la pointe du jour, pour être arrivé à Posen en même temps que le maréchal Davout.

Vous écrirez à l’ordonnateur du maréchal Davout et à ce maréchal afin que, lorsque l’armée se réunira à Posen, il y ait des farines, de l’avoine, de la viande et des eaux-de-vie.

Vous enverrez un agent des transports à Küstrin, qui partira avant minuit et sera arrivé demain, avant neuf heures du matin , à Küstrin. Il prendra des mesures pour connaître le nombre de jours qu’il faut à un bateau pour remonter la Warta jusqu’à Posen. Si cela est nécessaire, il se rendra à Landsberg, où j’ai des magasins considérables, pour en faire filer l’avoine et les farines dont on aurait besoin. Il vous expédiera demain un courrier, afin que je sache ce qu’il faut de temps pour remonter la Warta de Küstrin à Posen.

Le trésor, les chefs de service, les approvisionnements d’ambulance, tout ce qui doit suivre le quartier général, tout cela peut se préparer à partir. Faites-moi connaître le nombre de voitures allant avec leurs chevaux, et le matériel soit pour les ambulances, soit pour le trésor, qui pourront partir pour suivre l’armée. Donnez des ordres pour qu’on établisse des hôpitaux à Küstrin. Vous pouvez faire remonter, de Stettin à Küstrin, par l’Oder, de l’eau-de-vie et du vin. C’est par la ligne de communication de Stettin à Küstrin qu’auront lieu toutes les opérations militaires contre les Russes.

Il y a à Stettin deux millions de pain, du rhum et de l’eau-de-vie. Vous pouvez en faire remonter la moitié à Küstrin.