Correspondance de Napoléon – Novembre 1805

Pohrlitz, 20 novembre 1805, 8 heures du matin 

Au maréchal Soult

Il est ordonné au maréchal Soult de se rendre à Austerlitz.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Brünn, 21 novembre 1805

28e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

L’Empereur est entré à Brünn le 29, à dix heures du matin.

Une députation des états de Moravie, à la tête de laquelle se trouvait l’évêque, est venue à sa rencontre. L’Empereur est allé visiter les fortifications et a ordonné qu’on armât la citadelle, dans laquelle on a trouvé plus de 6,000 fusils, une grande quantité de munitions de guerre de toute espèce, et entre autres quatre cents milliers de poudre.

Les Russes avaient réuni toute leur cavalerie, qui formait un corps d’environ 6,000 hommes, et voulaient défendre la jonction des routes de Brünn et d’Olmütz. Le général Walther les contint toute la journée, et, par différentes charges, les obligea à abandonner du terrain. Le prince Murat fit marcher la division de cuirassiers du général d’Hautpoul et quatre escadrons de la garde impériale.

Quoique nos chevaux fussent fatigués, l’ennemi fut chargé et mis en déroute. Il laissa plus de 200 hommes, cuirassiers ou dragons d’élite, sur le champ de bataille; 100 chevaux sont restés dans nos mains.

Le maréchal Bessières, commandant la garde impériale, a fait, à la tête des quatre escadrons de la Garde, une brillante charge qui a dérouté et culbuté l’ennemi. Rien ne contrastait comme le silence de la Garde et des cuirassiers et les hurlements des Russes.

Cette cavalerie russe est bien montée, bien équipée; elle a montré de l’intrépidité et de la résolution; mais les hommes ne paraissent pas savoir se servir de leurs sabres, et à cet égard notre cavalerie a un grand avantage. Nous avons eu quelques hommes tués et une soixantaine de blessés, parmi lesquels se trouvent le colonel Durosnel, du 16e de chasseurs, et le colonel Bourdon , du 11e de dragons.

L’ennemi s’est retiré de plusieurs lieues.

 

Brünn, 21 novembre 1805

Au prince Joseph Napoléon

Vous avez jeté 26 millions dans l’eau, c’est très bien fait; mais avec quoi paierez vous la solde, l’entretien de mes troupes ? Je ne dois rien à Vanlerberghe; tant pis pour lui, s’il s’est avanturé avec l’Espagne dans des affaires qui ne me regardent pas. Il me suffit qu’il ne manque point par la faute du Trésor.

(Lecestre)

 

Quartier impérial, Brünn, 22 novembre 1805

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20 brumaire. Je ne sais pas comment vous avez pu opiner pour donner 26 millions à M. Vanlerberghe. Est-ce dans un temps comme celui-ci que je dois être obligé de faire des avances à des hommes qui se sont enfournés dans de mauvaises affaires ?

 

Brünn, 22 novembre 1805

A M. Barbé-Marbois

Ce n’est pas sérieusement que vous me demandez mon approbation à la mesure que vous avez prise pour M. Vanlerberghe. Vous savez très-bien qu’il a toujours été contre mes principes, même en temps de paix, de faire des avances à des fournisseurs, et il est bien singulier qu’après m’avoir entretenu si souvent de l’insuffisance des moyens du trésor, vous me proposiez de donner 26 millions à un homme auquel je ne les dois pas, qui a très-bien fait son service tant qu’il l’a fait comme munitionnaire, mais qui, dans ces derniers temps, l’a fort mal fait. J’y perdrai les 26 millions, et cela ne sauvera point cet homme.

Quant à ce que vous dites des receveurs généraux, certes qu’il faut y revenir, et que là est le grand mal de la situation de nos affaires.

Je ne dis rien de la Banque; vous connaissez mon opinion là- dessus; elle n’a pas fait son métier un instant; elle a toujours agi eu contre-sens de son institution. J’espère, dans le courant du mois, être à Paris, et, par le désordre que je vois s’introduire dans les finances, je vous assure que j’en ai grande hâte. Un ministre a dit qu’il valait mieux donner 100 millions à Vanlerberghe que de le laisser manquer. Permettez-moi de dire que c’est là un propos de petites maisons. Ce ministre ne connaît pas probablement les chiffres et ne sait pas ce que c’est que 100 millions.

 

Quartier impérial, Brünn, 22 novembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je reçois votre dépêche du 29 brumaire (20 novembre). Je crois que je ne tarderai pas moi-même à me rendre à Vienne. Toutefois, si M. Haugwitz passe à Vienne avant que j’y sois, il me semble qu’il se trouvera là plus à même de faire des affaires que près de moi, qu’il pourra à peine voir. Vous pouvez donc entamer la question avec lui et chercher à savoir ce qu’il veut. Parlez-lui de l’occupation du Hanovre (je vous envoie différentes petites pièces qui vous feront connaître comment on s’y comporte), du passage des Suédois et des Russes par le nord pour entrer en Hanovre et en Hollande; non que je les craigne, puisque j’ai fait réunir dans le nord une armée assez puissante pour leur en imposer : mais enfin j’avais lieu de croire que les Prussiens entraient en Hanovre pour empêcher les Russes et les Suédois d’y pénétrer. Touchez quelques mots du mauvais accueil et de l’insulte faite au général Duroc et à M. Laforest. Quels que soient les sujets de refroidissement, ce n’est pas toutefois une raison pour qu’on ne reçoive pas des ambassadeurs et qu’on n’écoute pas ce qu’ils ont à dire. Demandez pourquoi l’on forme des armées contre moi : l’on me menace donc ? La Prusse veut donc m’imposer des conditions ? Et, si les trois puissances qui ont partagé la Pologne sont tellement d’accord pour faire la guerre contre moi, qu’y puis-je faire ? Quelle garantie aurai-je qu’une première condescendance ne m’obligera pas à une seconde ? Au milieu de tout cela, dites que vous ne m’avez pas vu depuis longtemps; enfin essayez de toutes les manières à pénétrer ce que veut M. Haugwitz. Parlez d’une convention qui aurait été signée le 3 novembre, à ce que disent les Autrichiens, et qui serait pareille en tout à celle du partage de la Pologne; mais la France n’est pas la Pologne; cela mettra le continent en feu pour plusieurs années; mais personne n’a le droit de calculer pour qui sera le succès. Bref, tâchez de démêler ce qu’il veut. Pour être médiateur, il faut être impartial : le roi de Prusse l’est, si, laissant traverser ses États par les Russes, j’ai aussi la même faculté; il l’est, si, laissant traverser le nord à une armée suédoise, je puis aussi traverser le nord pour aller à sa rencontre. Faites-lui bien connaître que, s’il veut sincèrement la paix, la conduite de la Prusse l’éloigne. Enfin tâchez de vous mettre au fait et de pénétrer, s’il est possible, le système de la Prusse. Les nouvelles sont ici que l’empereur de Russie était à Olmütz il y a trois jours, et qu’il est parti pour la Russie.

 

Quartier impérial, Brünn, 22 novembre 1805

Au général Lauriston

Monsieur le Général Lauriston, retardez tous les passages de munitions d’artillerie par Braunau; j’en ai une immense quantité à Vienne et partout, dont je ne sais que faire. J’ai ordonné au général Songis de faire rétrograder le grand parc. Assurez-vous que l’ordre qui a été donné au directeur par le général Songis est postérieur à notre entrée à Vienne. Vous dites qu’il manque de bouches à feu à Passau : eh! mon Dieu, j’en ai des milliers à Vienne; ne faites donc rien venir d’Augsbourg.

 

Brünn, 22 novembre 1805

Au maréchal Masséna

Je vous fais connaître, Monsieur le Maréchal, l’entrée de l’armée française à Vienne. Une colonne russe, battue à Krems par le maréchal Mortier, s’est retirée sur Brünn; l’Empereur est parti de Vienne pour la couper; son arrière-garde a été atteinte par le prince Murat et le maréchal Lannes, qui l’ont combattue à Hollabrunn; les Russes en ce combat opiniâtre, ont perdu 3,000 hommes.

Le maréchal Bernadotte a été détaché sur la route de Bohême; il est à Budwitz, sur la route de Prague.

Le reste de l’armée a poursuivi l’ennemi jusqu’à Brünn, où l’ennemi nous a abandonné la place et le fort, avec toute son artillerie et des magasins considérables de vivres et de munitions. A deux lieues au delà de Brünn , le prince Murat a rencontré la cavalerie ennemie, forte de 4,000 hommes; il s’est engagé un combat de cavalerie à cavalerie : celle de l’ennemi a été culbutée et repoussée jusqu’à moitié chemin de Brünn à Olmütz.

Le général Marmont est à Graz et le maréchal Ney à Innsbruck. Kufstein, Scharnitz sont pris. Le maréchal Augereau doit être parti de Kempten.

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Maréchal, est que vous poursuiviez l’ennemi sans relâche. Laissez un corps d’observation devant Venise; laissez-en un autre devant Palmanova, et poursuivez l’ennemi l’épée dans les reins, afin qu’il ne puisse pas se jeter sur nous, étant au moment de nous trouver en présence de toutes les forces de l’armée russe. L’Empereur attend donc avec la plus grande impatience l’arrivée de vos troupes à Laybach ou à Graz, parce que, dans cette position, vous contiendrez le prince Charles et l’empêcherez de venir, par le Danube, à la hauteur de Vienne par la Hongrie; s’il faisait cette manœuvre, vous auriez le temps d’attendre des ordres, soit pour vous porter en Hongrie, soit pour vous approcher de la Grande Armée.

Vous laisserez toutes les troupes italiennes, ainsi que les Polonais, à la disposition du vice-roi, l’intention de l’Empereur étant de ne les laisser pénétrer dans le Tyrol que quand il connaîtra leur état de situation; mais il donnera de nouveaux ordres à cet égard.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Quartier impérial, Brünn, 23 novembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je crois que les Autrichiens ont quelque chose de plus sérieux à penser qu’à enlever l’Électrice. Quand ils l’enlèveraient, que diable voulez-vous qu’ils en fassent ?

Je ne vais pas tarder à me rendre à Vienne, ayant pris le parti de donner du repos à mes troupes, qui en ont un excessif besoin.

J’imagine que vos courriers vous arrivent de Paris et vous tiennent au courant de ce qui se passe en Europe. Vous trouverez ci-joint une proclamation assez ridicule de l’empereur d’Allemagne. Nous nous écrivons, de part et d’autre, beaucoup de lettres sans en venir à grand’chose. Cobenzl, qui les fait, croyait me duper; mais il n’y réussit pas. Il paraît qu’ils continuent à se jeter dans les bras des Russes. Les Parques filent la vie des hommes; les destins ont assigné à chaque État leur durée. Une aveugle fatalité pousse la Maison d’Autriche.

Je vous prie d’étudier le système de la banque et des finances de ce pays, afin de me mettre au fait à ma prochaine arrivée à Vienne.

 

Quartier impérial, Brünn, 23 novembre 1805

Au général Lauriston

Monsieur le Général Lauriston, continuez à faire embarquer tous les hommes isolés pour nous joindre. Ne retenez donc rien de ce qui appartient à l’armée. Renvoyez les 400 chasseurs des 2e et 12e de chasseurs. Faites partir des dépôts tout ce qui peut nous joindre. Nous avons surtout besoin de cavalerie. Visitez les places de Passau et de Burghausen , et écrivez qu’on y envoie l’artillerie convenable; on peut en faire passer de Vienne; il y en a une grande quantité. Enfin rétablissez le bon ordre et faites des exemples.

 

Brünn, 23 novembre 1805

29e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le maréchal Ney a fait occuper Brixen, après avoir fait beaucoup de prisonniers à l’ennemi. Il a trouvé dans les hôpitaux un grand nombre de malades et de blessés autrichiens. Le 26 brumaire (17 novembre), il s’est emparé de Klausen et de Botzen.

Le général Jellachich, qui défendait le Vorarlberg, était coupé.

Le maréchal Bernadotte occupe Iglau. Ses partis sont entrés en Bohême.

Le général Wrede, commandant les Bavarois, a pris une compagnie d’artillerie autrichienne, 100 chevaux de troupe, 50 cuirassiers et plusieurs officiers. Il s’est emparé d’un magasin considérable d’avoine et autres grains, et d’un grand nombre de chariots attelés chargés du bagage de plusieurs régiments et officiers autrichiens.

L’adjudant commandant Maison a fait prisonniers, sur la route d’Iglau à Brünn, 200 hommes des dragons de Latour et des cuirassiers de Hohenlohe. Il a chargé un autre détachement de 200 hommes et a fait 150 prisonniers.

Des reconnaissances ont été poussées jusqu’à Olmütz.

La Cour a évacué cette place et s’est retirée en Pologne.

La saison commence à devenir rigoureuse. L’armée française a pris position; sa tête est appuyée par la place de Brünn, qui est très-bonne, et qu’on s’occupe à armer et à mettre dans le meilleur état de défense.

 

Quartier impérial, Brünn, 24 novembre 1805

ORDRE DU JOUR

Tout le Tyrol est occupé par notre armée.

L’Empereur témoigne sa satisfaction aux corps de M. le maréchal Ney. Scharnitz a été enlevé. Les troupes de l’électeur de Bavière se sont emparées de la forteresse de Kufstein. Une colonne ennemie se trouve coupée dans le Vorarlberg; elle est entre le corps du maréchal Ney et celui du maréchal Augereau. Notre jonction avec l’armée d’Italie est opérée; nous sommes maîtres du pays vénitien, du Tyrol et de Salzburg. Ainsi notre droite est appuyée à l’Adriatique et notre gauche à la Bohême, à Brünn, place forte, sans que, dans l’intervalle ni sur nos derrières, il y ait aucun poste, aucune place forte, aucun corps ennemi. Les magasins, les arsenaux sont en notre pouvoir. Aux places fortes du Tyrol il faut joindre celles que nous avons sur l’Inn et en Moravie.

Il n’est pas de jour où il n’arrive des nouvelles que des débris de l’armée autrichienne sont tombés en notre pouvoir.

L’intention de l’Empereur est de donner quelques moments de repos à l’armée; les chefs de corps doivent en profiter pour faire réparer rhabillement et la chaussure, nettoyer les armes et rallier tout le monde. Ils auront soin de faire un état des traîneurs qui, sans cause légitime, seront restés sur les derrières; ils recommanderont aux soldats de leur en faire honte, car, dans une armée française, la plus forte punition, pour celui qui n’a pas su prendre part aux dangers et à la gloire, est la honte qui lui est imprimée par ses camarades. Enfin, s’il en est qui se trouvent dans ce cas, l’Empereur ne doute pas qu’ils ne soient empressés, aux premières actions, de se rallier et de serrer de près leurs drapeaux.

Les chefs de corps écriront à leurs majors pour avoir la situation des dépôts, et, dès qu’ils l’auront reçue, ils la feront passer au major général.

Les nouvelles de France annoncent que tous les conscrits sont partis et arrivent de tous côtés.

L’Empereur recommande à chaque homme d’avoir sa baïonnette, qui fut toujours l’arme favorite du soldat français.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Quartier impérial, Brünn, 25 novembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, l’empereur d’Allemagne vient de m’envoyer M. de Stadion et M. de Gyulai, avec des pleins pouvoirs en règle pour négocier, conclure et signer une paix définitive. Comme j’ai  fait connaître à l’empereur, par une lettre, et une conférence avec M. de Gyulai, que la première condition de la paix était la réunion de l’État de Venise au royaume d’Italie, j’ai tout lieu de penser que la cour de Vienne a pris son parti là-dessus.

Ces messieurs sont autorisés à vous voir, et vous êtes autorisés à traiter avec eux. Ils savent l’état de la question par ce que je le ai dit en peu de mots; mais vous devez la traiter doucement et longuement. Mon intention est absolument d’avoir l’État de Venise et de le réunir au royaume d’Italie.

Vous ne manquerez pas de leur parler de l’impossibilité de leur laisser le Tyrol, la Souabe, ce qu’il convient de garder pour la Bavière, etc. Vous tâcherez aussi de les deviner, si cela vous est possible. Mon intention est que, si les négociations doivent durer, elles s’établissent à Linz, pour être un peu éloignées du théâtre de guerre.

  1. Haugwitz arrive demain à Iglau; j’ai ordonné qu’on l’y retînt toute la journée; après-demain il sera ici. J’ai voulu éviter qu’il se rencontrât avec MM. de Stadion et Gyulai, qui partent demain matin pour Vienne. Dites à M. Maret de rédiger vos pleins pouvoirs.

 

Quartier impérial, Brünn, 25 novembre 1805

A l’empereur de Russie

Sire, j’envoie mon aide de camp le général Savary près Votre Majesté, pour la complimenter sur son arrivée à son armée. Je le charge de lui exprimer toute mon estime pour elle, et mon désir de trouver des occasions qui lui prouvent combien j’ambitionne son amitié. Qu’elle le reçoive avec cette bonté qui la distingue, et me tienne comme un des hommes les plus désireux de lui être agréables. Sur ce, je prie Dieu qu’il veuille avoir Votre Majesté Impériale en sa sainte et digne garde.

 

Quartier impérial, Brünn, 25 novembre 1805

ORDRE DU JOUR

L’Empereur voit avec peine les désordres qui se commettent en arrière de l’armée ; ils deviennent tels qu’ils doivent fixer toute son attention. Des mauvais sujets cherchent à déshonorer l’armée, et au lieu de se trouver à leurs drapeaux et devant l’ennemi, ils restent en arrière où ils commettent toute espèce d’excès et même des craintes.

Sa Majesté ordonne qu’il soit formé sur-le-champ cinq colonnes mobiles, composées chacune : d’un adjudant commandant ou colonel, d’un chef d’escadron, d’un capitaine d’infanterie, d’un officier de gendarmerie, d’un magistrat du pays, faisant fonctions de rapporteurs.

Ces officiers formeront autant de commissions militaires qu’il y a de colonnes mobiles.

La première de ces commissions étendra sa juridiction sur le cercle de Vienne, la deuxième sur le cercle de Saint-Pölten, la troisième sur le cercle de Steyer, la quatrième sur le cercle de Linz, la cinquième sur le cercle d’Unter-Mannhartsberg.

A la suite de ces commissions, et sous les ordres de l’adjudant commandant, il y aura trois brigades de gendarmerie, 60 dragons à cheval et 90 hommes d’infanterie. Chaque détachement de dragons sera commandé par un chef d’escadron, chaque détachement d’infanterie sera commandé par un capitaine, chaque détachement aura le nombre d’officiers prescrit par les règlements militaires en raison de sa force.

Le général Bourcier fournira les dragons pour la colonne mobile de Vienne et pour celle de Saint-Pölten.

Le 20e régiment de dragons fournira les dragons pour la colonne mobile du cercle de Stever et pour celui de Linz.

Le général Beaumont fournira les dragons pour la colonne mobile du cercle de Unter-Mannhartsberg.

Le corps d’armée de M. le maréchal Davout fournira les détachements d’infanterie pour les cercles de Vienne, de Saint-Pölten et de Unter-Mannshartsberg.

La garnison de Linz fournira l’infanterie pour le cercle de Steyer et pour celui de Linz.

Quant au cercle de Braunau, Sa Majesté s’en rapporte au gouverneur général ; mais elle autorise, dans cette partie, la formation d’une commission militaire ayant la même autorité et le mêmes droits que celles ci-dessus.

Tout traîneur, qui, sous prétexte de fatigue, se sera détaché de son corps pour marauder, sera arrêté, jugé par une des commissions militaires, et exécuté sur l’heure.

L’adjudant commandant de chaque colonne mobile rendra compte tous ls jours au major général du lieu où il se trouvera et des opérations de la commission.

Ces colonnes, qui seront fortes de plus de 150 hommes, se diviseront en autant de petites patrouilles que l’adjudant commandant jugera convenable, afin de se porter partout où besoin sera.

Auprès de chaque commission il y aura un magistrat du cercle que désignera M. le gouverneur général de l’Autriche.

Chaque commission se rendra sur tous les points où elle jugera sa présence nécessaire, dans l’arrondissement du cercle.

Le major général, maréchal Berthier.

(Lecestre)

 

Brünn, 26 novembre 1805

ORDRE DU JOUR

La route de communication entre les frontières de France et la Grande Armée sera établie à l’avenir par Strasbourg, Cannstatt, Ulm et Augsburg ; la route de Spire reste supprimée et le pont est levé.

Les lieux d’étapes de Strasbourg à Augsburg seront :

Rhein-Bischofsheim,
Rastatt,
Ettlingen,
Pforzheim,
Enzweihingen,
Cannstatt,
Plochingen,
Ulm,
Günzburg,
Et Zusmarshausen.

D’Augsburg à Vienne, les gîtes subsisteront tels qu’ils sont à présent, à l’exception d’Enns et de Purkersdorf qui seront établis lieux d’étape.

De Vienne à Brünn, les gîtes seront ;

Stammersdorf,
Gaunersdorf,
Poysdorf,
Et Mariahilf.

On se rendra de Purkersdorf à Stammersdorf sans entrer à Vienne.

Tous ces lieux d’étape auront des commandants d’armes, des commissaires des guerres ou adjoints, et seront pourvus de tout ce qui est nécessaire.

Nombre de militaires, incommodés ou blessés légèrement, les uns avec des billets d’évacuation, les autres sans billets, se portent vers le Rhin.

Le major général rappelle que l’évacuation des hôpitaux placés sur le Danube doit se faire sur Augsburg et non sur les établissements accidentels de lieux d’étape au delà du Danube : toute évacuation de ce genre doit cesser à l’instant, et les militaires restés en arrière doivent être dirigés sans délai sur l’armée.

Sa Majesté est informée qu’on délivre avec une facilité criminelle des feuilles de route pour rétrograder : quelques hommes sont envoyés aux dépôts de leurs corps ; on donne à d’autres des missions au delà du Rhin, dont le but est inconnu ou presque toujours étranger au service de l’armée. Sa Majesté a défendu, dès le commencement de la campagne, qu’aucun militaire repassât le Rhin ; elle ordonne que tous ceux qui rétrograderont, munis d’une permission illégale, soient arrêtés et reconduits à leurs corps, de brigade en brigade. Elle rend personnellement responsables les chefs de corps et les commissaires des guerres qui se permettraient de donner une autorisation quelconque de ce genre, sans être approuvée par le major général.

Un prétendu garde-magasin nommé Aaron ou Arens, s’est introduit dans le magasin de sel à Melk et en a vendu une partie à son profit ; il est ordonné que cet individu soit arrêté partout où il se trouvera et livré aux tribunaux, pour être puni suivant la rigueur des lois.

Le major général, maréchal Berthier.

 

Quartier impérial, Brünn, 26 novembre 1805

A M. Maret, à Vienne

Il n’est plus question de faire des bulletins, puisqu’il n’y a pas d’événements qui en méritent la peine. Faites seulement mettre dans le Moniteur que Sa Majesté a conféré fort longtemps avec M. de Stadion et M. Gyulai, ministres plénipotentiaires de Sa Majesté l’empereur d’Allemagne.

 

Quartier impérial, Brünn, 26 novembre 1805

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, après toutes les conversations particulières que j’ai eues avec le général Gyulai, il me paraît que la Maison d’Autriche, perdant Venise, voudrait incorporer Salzburg à ses États, sauf à indemniser l’Électeur dans quelque partie de l’Allemagne. Il me parle de l’Ordre teutonique, de la diète de Ratisbonne, et de ne je sais quoi encore. Il me paraît que Haugwitz est arrivé aujourd’hui à Iglau; il sera demain ici. Vous ne me parlez point des nouvelles qui doivent vous arriver de mes différents ministres.

 

Brünn, 26 novembre 1805

Au maréchal Davout

L’Empereur me charge de vous communiquer, Monsieur le Maréchal, ses idées sur l’ordre de bataille qu’il faut prendre vis-à-vis des Russes; cet ordre de bataille devra, autant que faire se pourra, être pris de la manière suivante :

Chaque brigade, son premier régiment en bataille;

Le deuxième régiment en colonne serrée, par division;

Le 1e bataillon, à la droite et en arrière du le bataillon du premier régiment;

Le 2e bataillon, à gauche et en arrière du 2e bataillon;

L’artillerie, dans l’intervalle des deux bataillons qui sont en bataille, et quelques pièces à droite et à gauche.

Si la division a un cinquième régiment, il devra être en réserve, cent pas en arrière; un escadron, ou au moins une division de cavalerie derrière chaque brigade, pour pouvoir passer par les intervalles, poursuivre l’ennemi s’il était rompu, et faire face aux Cosaques.

Dans cet ordre de bataille, vous vous trouverez dans le cas d’opposer à l’ennemi le feu de la ligne, et des colonnes serrées toutes formées pour opposer aux siennes.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Brünn, 26 novembre 1805, 9 heures du soir

Au maréchal Davout

L’Empereur, Monsieur le Maréchal, ordonne que vous vous empariez du pont que l’ennemi a sur la March à Neudorf.

Si la division du général Gudin est partie pour se rendre à Presbourg, vous devez vous y rendre vous-même pour y arranger postes.

S’il y a un bois à proximité de cette place, Sa Majesté veut qu’on en profite pour y baraquer la division Gudin comme les troupes baraqué à Boulogne, avec la seule différence que le camp formera un carré occupant le moins d’espace possible.

Ce camp devrait être placé de manière à être dans une position qui rende maître du Danube et de la March.

A 100 toises, aux extrémités du carré, on construirait quelques redoutes.

La cavalerie serait aussi cantonnée et aurait ses avant-postes au-delà de Presbourg.

Quoique le général Gudin fût maître de la ville., il y laisserait faire la police comme à l’ordinaire; mais l’Empereur défend que personne ne loge la nuit à la ville; tout le monde devra être au camp.

 

Brünn, 26 novembre 1805

Au prince Joseph Napoléon

Je suis toujours à Brünn. J’ai accordé ces jours-ci quelques conférences à MM. de Stadion et de Giulay. Je reois demain M. de Haugwitz, ministre du roi de Prusse. J’espère arriver à conclure la paix sous très peu de temps. Vous ne doutez pas du très grand désir que j’ai d’être de retour à Paris. Voyez si les Tuileries sont enfin arrangées; il me semble qu’elles devraient être prêtes le 1er novembre. Les empereurs d’Allemagne et de Russie sont à Olmutz. L’armée russe reçoit successivement différents renforts.

(Lecestre)

 

Palais impérial de Brünn, 28 novembre 1805

DÉCRET

ARTICLE ler. – Il sera levé une contribution de cent millions de francs (argent de France) sur l’Autriche, la Moravie et les autres provinces de la Maison d’Autriche occupées par l’armée française.
ART. 2. – Cette somme est donnée en gratification à l’armée, conformément à l’état de distribution que nous arrêterons.
ART. 3. – Le prix de tous les magasins de sel, de tabacs, des fusils, de la poudre et des munitions de guerre qui ne sont pas nécessaires à l’armement de notre armée, et que notre général d’artillerie ne fera point transporter en France et que nous jugerons devoir être vendus, sera versé dans la caisse de notre armée pour lui être distribué en gratification.
ART. 4. – Sur les premiers fonds qui rentreront de cette contribution, ainsi que sur ceux provenant de la contribution de Souabe, il sera payé trois mois de solde en gratification à tout général, officier et soldat qui a été ou sera blessé dans la présente guerre.
ART. 5. – Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Brünn, 28 novembre 1805, 7 heures du soir

Au général Cafarelli

Il  est ordonné au général Caffarelli de mettre à l’ordre de sa division que l’on prépare les armes, que l’on se munisse de cartouches; qu’il y aura une grande bataille. Il parlera à ses généraux de brigade et à ses colonels, et il se mettra en marche, avec sa division, à une heure du matin. Il marchera en guerre, sans traînards, et avec son artillerie, et sans aucune espèce de bagage; il sera rendu, demain 28, avec sa division, à six heures du matin, à Brünn, et il continuera sur-le-champ sa route sur celle d’Olmütz. Il enverra près de moi un aide de camp, pour lui faire connaître la position à occuper.

Il est probable qu’à huit heures du matin l’action sera vigoureusement engagée.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur

 

Brünn, 28 novembre 1805, 8 heures du soir

Au maréchal Bernadotte

Il est ordonné à M. le maréchal Bernadotte de faire diriger plus promptement possible son avant-garde sur Brünn; il lui est ordonné de se mettre lui-même en marche avec ses troupes, sans perdre un moment, pour arriver le plus tôt possible à Brünn.

Il enverra près de moi, et à l’avance, un de ses aides de camp, pour me faire connaître l’arrivée successive de ses troupes, et connaître la position qu’il devra occuper au delà de Brünn.

Il préviendra les Bavarois de tous ses mouvements, afin qu’ils serrent à lui et qu’ils puissent manœuvrer suivant les circonstances.

Le maréchal Bernadotte préviendra son armée qu’il y aura bataille au delà de Brünn, demain ou après; il fera mettre les fusils en état, aura des cartouches; son artillerie marchera en guerre, et il prendra du pain, ce qu’il pourra. (des lettres identiques sont envoyées à Davout, Mortier, aux généraux Boyer et Marmont).

 

Palais impérial de Brünn, 28 novembre 1805

ORDRE DU JOUR

L’Empereur ordonne d’acquitter la solde à la troupe jusqu’au 1er frimaire et les appointements de MM. les officiers jusqu’au 1er nivôse. La solde sera payé en billets de la banque de Vienne. S.M. accorde le tiers en sus de la solde et des appointements.

Le payeur général fera verser sur le champ dans les caisses des payeurs de chaque corps d’armée les fonds nécessaires pour payer la troupe jusqu’au 1er frimaire et MM. les officiers jusqu’au 1er nivôse.

Le major général Berthier

(Picard)

 

Palais impérial de Brünn, 28 novembre 1805

DÉCISIONS

Rapport du ministre de la guerre à l’Empereur

Sa Majesté m’ayant fait connaître que son intention était que ses aides de camp fussent remboursés d leurs frais de poste, à raison de 10 francs par poste, sur les fonds du chapitre 7 de mon ministère, je La prie de vouloir bien mettre son approuvé sur ce rapport

Berthier

Approuvé

 

Le ministre demande si l’habillement des troupes italinnes faisant partie du corps d’armée qui était aux ordres du général Saint-Cyr dans le royaume de Naples et qui est en ce moment réuni à l’armée d’Italie, continuera d’être à la charge de la France. Décidé conformément à l’opinion du ministre

 

Au bivouac à deux lieues en avant de Brünn, 30 novembre 1805, 4 heures du soir

A M. Talleyrand

Monsieur Talleyrand, je désire faire la paix promptement. Je ne serais pas éloigné de laisser Venise à l’électeur de Salzburg, et Salzburg à la Maison d’Autriche. Je prendrai tout Vérone, tout Legnano avec 5,000 toises autour, et le fort de la Chiusa, pour le royaume d’Italie. Les troupes autrichiennes ne pourraient pas entrer dans le pays de Venise, et l’Électeur serait dans la plus grande indépendance; il pourrait s’appeler, si l’on veut, roi de Venise. Parme et Plaisance et Gênes, nous resteraient. Il n’y a point de difficultés pour la séparation des couronnes de France et d’Italie, mais jusqu’à l’arrangement général des affaires d’Europe, ou plus tard, mais pas plus tard qu’à ma mort. L’électorat de Bavière serait érigé en royaume de Bavière; on lui donnerait Augsbourg et Eichstaedt, l’Ortenau et le Brisgau, la noblesse immédiate; le reste aux deux autres électeurs.

Il y aurait une manière adroite de faire entrer dans la rédaction du traité la notification de l’acte de garantie que j’aurais fait aux trois électeurs. Je restituerai toute l’artillerie, les magasins, les places fortes; je ne lèverai plus aucune contribution, ni n’exigerai le payement de celles que j’ai imposées. On me donnera cinq millions payables de différentes manières.

Vous aurez vu M. Haugwitz. Il a mis dans sa conversation avec moi beaucoup de finesse, je dirai même beaucoup de talent; j’ai conservé cependant l’idée, tant de la lettre que de son discours, qu’on était incertain à Berlin sur le parti à prendre. Vous lui demanderez des explications sur l’entrée à Hanovre de l’armée combinée. Il est convenu qu’il répondrait que ces troupes y sont entrées conformément aux principes du Roi, qu’il m’a manifestés plusieurs fois; que le Roi ne voulait pas que la guerre s’établît dans le nord, et qu’en conséquence de ces principes il empêchera l’armée russo-suédoise-anglaise de passer par le nord et de se porter en Hollande.

Il y aura probablement demain une bataille fort sérieuse avec les Russes; j’ai beaucoup fait pour l’éviter, car c’est du sang répandu inutilement. J’ai eu une correspondance avec l’empereur de Russie : tout ce qui m’en est resté, c’est que c’est un brave et digue homme mené par ses entours, qui sont vendus aux Anglais, mais au point qu’ils veulent m’obliger de donner Gènes au roi de Sardaigne et de renoncer à la Belgique ! Vous allez tomber à la renverse quand vous apprendrez que M. de Novosiltzof a proposé de réunir la Belgique à la Hollande. Aussi tous les gens raisonnables les ont jugés fous et ont dit : Tout ce qui entoure l’empereur en est encore aux mêmes idées ! Donnez des nouvelles à Maret. Écrivez-en à Paris; ne parlez pas de la bataille, car ce serait trop inquiéter ma femme. Ne vous alarmez pas; je suis dans une forte position; je regrette ce qu’il en coûtera, et presque sans but.

Quant aux pouvoirs, vous les avez par la nature des choses. Mandez à Paris que, bivouaquant depuis quatre jours au milieu de mes grenadiers, je n’écris que sur mes genoux, et ne puis dès lors guère écrire. Du reste, je me porte très-bien.