Correspondance de Napoléon – Novembre 1803

Boulogne, 12 novembre 1803

Au consul Cambacérès

Je reçois, Citoyen Consul, votre lettre du 18 brumaire.

La mer continue ici à être mauvaise, et la pluie tombe par torrents. J’imagine qu’enfin la Seine doit monter.

J’ai passé toute la journée d’hier dans le port, en bateau et cheval. C’est vous dire que j’ai été constamment mouillé. Dans la saison actuelle, on ne ferait plus rien si l’on n’affrontait pas l’eau; heureusement que, pour mon compte, cela me réussit parfaitement et je ne me suis jamais si bien porté.

J’attends le ministre de la marine aujourd’hui, ou au plus tard demain.

J’ai reçu les lettres que le citoyen Lebrun m’a  envoyées; elles m’ont paru fort insignifiantes. Je ne pense pas que je puisse permettre à l’abbé de Montesquiou de revenir à Paris; il est fort bien à Menton. Il s’est constitué l’agent du comte de Lille, et, prêtre, il a constamment affecté de méconnaître le concordat, conduite naturelle dans position diplomatique.

Une frégate anglaise vient de se perdre corps et biens entre Boulogne et Saint-Valery. Beaucoup d’effets ont été jetés sur le rivage parmi lesquels quelques registres anglais.

 

Boulogne, 12 novembre 1803

Au citoyen Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice

Je reçois votre lettre et vos deux projets d’arrêtés. Il n’est pas extraordinaire qu’on fasse circuler des bruits de toute espèce. Il y a tant d’oisifs et de badauds auxquels on fait accroire tout ce que voudra. Rien en effet de plus piquant qu’un régiment de hussards pris par des vaisseaux de guerre.

Je désire qu’ion fasse observer un nommé . (nom illisible). C’est une espèce de courtier de mauvaises affaires. Je voudrais être au fait des gens qu’il voit et des affaires qu’il fait.

Je vous prie d’ordonner l’impression du code criminel, et de l’envoyer à tous les tribunaux criminels et d’appel, pour avoir leur opinion.

Vous trouverez ci-joint le rapport que m’envoie le citoyen Bigot de Préameneu.

Je n’ai point signé les deux arrêtés, parce qu’ils sont inutiles. Le général Soult fera juger les déserteurs du camp de Saint-Omer. Ceux de la 14e division, le ministre de la guerre les fera juger. Cela ne souffre aucune difficulté et ne dépasse pas les formes de l’autorité ordinaire.

 

Boulogne, 12 novembre 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

J’ai lu avec attention, Citoyen Ministre, les lettres du dernier portefeuille. Les notes sur d’Entraigues pourront un jour être utiles, si l’on avait en Russie la folie de vouloir le soutenir.

Quant à M. de Vernègues, qui est à Rome l’agent très-connu du comte de Lille, il faut le faire arrêter. Écrivez-en au cardinal-légat et à notre ambassadeur. Quelque qualité qu’il puisse avoir, il est impliqué dans des intrigues contre nous, et, la cour de Rome ne peut se refuser à le faire arrêter.

Cet emprunt du général Mortier paraît ridicule. C’était évidemment les Etats de Hanovre qui devaient faire ces démarches.

De la dépêche no 203 du citoyen Alquier, datée du 2 brumaire, il résulte que la cour de Naples a eu l’assurance de l’Angleterre de ne point faire de tentatives sur la Sicile; en ce cas, nouvelle raison de prouver que les armements de la Calabre sont contre nous. Expliquez-vous-en dans ce sens avec M. de Gallo.

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Tout va ici assez bien et prend une couleur favorable.

 

Boulogne, 12 novembre 1803

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

J’ai remarqué que le soldat n’avait ni épinglette, ni tire-bourre, ni son bidon portatif sur son sac.

Prendre des mesures pour que chaque homme ait son épinglette, chaque caporal son tire-bourre, et chaque homme son bidon porté sur son sac. Ces bidons doivent contenir une bouteille de vin.

 

Boulogne, 12 novembre 1803

Au général Augereau, commandant le camp de Bayonne

Citoyen Général Augereau, j’ai reçu votre lettre du 7 brumaire. Je donne des ordres pour que les capotes soient accordées à tous les corps qui feront partie de l’expédition d’Irlande, dont vous aurez le commandement. Les affaires sont effectivement arrangées avec l’Espagne et le Portugal; mais il n’en est pas moins utile que les troupes restent encore quelques jours dans leur position actuelle.

Des mesures viennent d’être prises contre la désertion qui, en effet, désole l’armée.

Je désire que vous fassiez dresser un état nominatif, et par arrondissement communal, de tous les déserteurs, afin que je puisse prendre des mesures pour leur arrestation simultanée, comme je l’ai fait pour le camp d’ici.

Le général Donzelot est un bon officier; mais il faut, pour sa gloire, qu’il soit fait général de division sur le champ de bataille.

Je donne ordre pour qu’il soit expédié. une lettre de marque comme vous le désirez. Envoyez-moi une demande où soit le nom du patron qui doit commandé ce corsaire.

Je suis ici depuis dix jours, et j’ai lieu d’espérer que, dans un ,temps raisonnable, j’arriverai au but que l’Europe attend. Nous avons six siècles d’outrages à venger.

 

Boulogne, 12 novembre 1803

Au général Moncey

Citoyen Général Moncey, Premier Inspecteur général de la gendarmerie, vous trouverez ci-joint l’état de tous les déserteurs, depuis le 15 thermidor an Xi au 17 brumaire an XII. Mon intention est qu’ils soient arrêtés et ramenés, de brigade en brigade, à leurs corps. Je désire que vous fassiez dresser l’état par départements, et que vous renvoyiez aux préfets et commandants de gendarmerie, avec l’ordre de se mettre sur-le-champ en campagne et de les arrêter simultanément.

Écrivez aux préfets que je vous ai chargé de me faire connaître chaque semaine le nombre d’hommes arrêtés et reconduits aux corps. Ils en donneront avis aux maires et sous-préfets, afin qu’on porte la plus grande sévérité dans l’exécution de cette mesure. Il sera accordé 12 francs à la gendarmerie pour chaque homme qui sera arrêté et reconduit au corps.

 

Boulogne, 12 novembre 1803

A l’amiral Bruix, commandant la flottille de Boulogne

Citoyen Amiral Bruix, je désire que demain on arrime une chaloupe canonnière et un bateau canonnier, tels qu’ils doivent l’être. Réunissez à cet effet chez vous le citoyen Forfait, le général Mar mont et le commissaire ordonnateur de l’armée, afin de décider les objets qui doivent y être placés, et que chacun fournisse ce qui regarde son service. Avant mon départ, je désire voir cette chaloupe canonnière et un bateau canonnier portant les canons, cartouches, vivres, effets, chevaux et, en général, tout ce qu’ils doivent porter.

J’ai demandé 200 voitures au département du Nord et 100 au département de la Somme. Je viens d’en demander 150 au département de l’Aisne et 150 à celui de Jemmapes; ce qui portera le nombre des voitures à 600.

Le général commandant la 16e division militaire a ordre de vous fournir 4,000 brouettes.

L’artillerie a eu ordre de vous fournir 18 forges; elle doit vous en fournir 4 pour le fort du citoyen Forfait; total, 22 forges.

Répartissez ces différents moyens entre vos différents ateliers; et, lorsqu’une partie sera arrivée, je me déterminerai à faire le grand bassin dont je crois que nous avons besoin.

 

Boulogne, 12 novembre 1803

DÉCISION

Pindray, sous-lieutenant au 55e de ligne, réclame une indemnité pour la perte de ses propriétés, qui ont été vendues pendant qu’il était au service de la République.Le ministre des finances me fera un rapport sur cette affaire. J’ai  vérifié que cet officier a été constamment à l’armée.

 

Boulogne, 12 novembre 1803

A l’amiral Bruix

Citoyen Amiral Bruix, j’ordonne au préfet de l’Ourthe de vous fournir 100 forgerons; à celui de Sambre-et-Meuse, de vous en fournir 50; au préfet de l’Aisne, de vous fournir 25 forgerons, 50 charpentiers et 25 menuisiers; au préfet de Jemmapes, de vous en fournir autant; ce qui, joint aux 200 charpentiers et menuisiers demandés dans le département du Nord, et aux 100 demandés dans le département de la Somme, vous produira 650 ouvriers, dont 200 forgerons et 450 charpentiers et menuisiers.

 

Boulogne, 15 novembre 1803

Au général Marescot, inspecteur général du génie

Citoyen Général Marescot, je vous prie de faire réunir, à Boulogne, dans le plus court délai, 27,000 outils de pionniers; que vous les fassiez emmancher, et que vous vous assuriez qu’ils sont de bonne qualité. Ils sont destinés à être embarqués, à raison de 27 outils emmanchés par chaque bâtiment. Il est nécessaire que les outils soient répartis comme il convient, en pelles, pioches, boyaux et haches. Il faut avoir soin qu’il n’y ait que des outils de très-bon service, et les placer dans un magasin, le plus possible près du port, afin de rendre plus facile leur embarquement.

Vous devez en avoir un nombre égal, au moins, qui devront être embarqués sur la flottille de transport.

 

 Boulogne, 16 novembre 1803

Au citoyen Cambacérès

Le ministre de la marine, Citoyen Consul, est arrivé avant-hier. J’ai passé ces trois jours au milieu des camps et du port. Tout commence à prendre ici le mouvement et la direction qu’il doit y avoir.

J’ai vu des hauteurs d’Ambleteuse les côtes d’Angleterre, comme on voit des Tuileries le Calvaire. On distinguait les maisons et le mouvement. C’est un fossé qui sera franchi lorsqu’on aura l’audace de le tenter.

La Seine doit être fort élevée à Paris. La pluie n’a point cessé ici. Nous avons plus de 200 bâtiments, depuis Saint-Malo, en rade ou en partance pour nous joindre. J’espère qu’une division arrivera aujourd’hui.

 

 

Boulogne, 16 novembre 1803

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

J’ai lu, Citoyen Ministre, la note du ministre de Suède. Dans le compte qu’il a rendu à sa cour, il dit que vous lui avez appris que cette affaire était passée par le canal du ministre de la guerre. Ce ministre a probablement mal entendu, et il est convenable que vous le redressiez sur ce point. Du reste, vous pouvez lui laisser pressentir que sa note m’a été envoyée, et qu’il est probable qu’il n’y sera fait aucune réponse, vu que le Premier Consul ne s’est jamais permis de rien demander au roi de Suède sur ses affaires; encore faudrait-il dire cela le plus légèrement et avec le plus de ménagement possible, car je crois qu’il y a de la gaucherie dans la note du ministre.

J’ai toujours soupçonné que le cabinet de Berlin désirait nous faire croire qu’il était très-bien avec la Russie, quoiqu’il n’y ait cependant rien d’extraordinaire entre les deux États; mais, puisque M. de Lucchesini n’a point de pouvoirs, il est tout simple que cela n’est encore que du partage.

On pourrait faire pour le Moniteur quelques extraits de la nouvelle de Raguse et des autres nouvelles de la Grèce.

 

Boulogne, 16 novembre 1803

Au citoyen Talleyrand

Répondez, Citoyen Ministre, au général Brune, en lui envoyant les instructions qu’il demande.

Les lettres du ministre de la République à Lucques ne me convainquent par,; elles me prouvent, au contraire, qu’il avait demandé un logement et plusieurs choses à la République de Lucques. De quel droit demandait-il un logement ?

L’imbécillité qu’il a eue de demander un certificat montre que c’est un homme incapable et au-dessous de sa place. Quelle opinion veut-il que la République de Lucques ait d’un ministre étranger qui lui demande un certificat, chose qu’un homme d’honneur ne demande jamais ?

Les dépêches du général Beurnonville ne méritent aucune réponse. Faites connaître au commissaire général Pichon qu’il a eu tort de donner au citoyen Jérôme le conseil de venir sur un bâtiment américain; que ce jeune officier a pris le parti qu’il devait prendre d’attendre là mes ordres et que c’était celui qu’il devait lui conseiller, si tant est qu’il voulût lui donner un conseil; car cette manière circonspecte est toujours dans l’ordre et le caractère diplomatique.

Je vous prie d’inclure dans votre dépêche une petite lettre pour le citoyen Jérôme, en cas qu’il s’y trouve, où vous lui direz que mon intention est qu’il profite du premier bâtiment qui sortira du port, pour s’y embarquer et venir en France sous pavillon français.

Demandez à Cagliari des renseignements sur les fortifications, sur les troupes, sur ce qu’il nous faudrait pour s’emparer du pays, et sur ce qu’il faudrait aux Anglais pour s’en emparer. Demandez les meilleures cartes des fortifications des villes, soit de l’île, soit des mouillages; bien entendu que tout cela doit être en chiffre.

 

Boulogne, 16 novembre 1803

Au général Berthier, ministre de la guerre

Il serait convenable, Citoyen Ministre, que l’emprunt que lève le général Mortier en Hanovre fût fait par les États de Hanovre et qu’il ne fût pas hypothéqué sur les bailliages de la souveraineté du pays, mais seuleument sur les biens patrimoniaux du roi d’Angleterre.

 

Boulogne, 16 novembre 1803

Au citoyen Chaptal, ministre de l’intérieur

Les fonds n’ont pas été faits assez abondamment pour les routes de communication de Boulogne. Je vous envoie le rapport de l’ingénieur en chef. Mettez les sommes nécessaires à sa disposition. Les charrois sont ici immenses, et nous ferions les pertes les plus grandes par le retardement, si les routes n’étaient pas réparées. Je suis satisfait de l’esprit de l’armée de terre et de mer.

 

Boulogne, 16 novembre 1803

Au citoyen Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre

Je vous envoie, Citoyen Ministre, une demande du 36e régiment. Ce régiment doit fournir 1,800 hommes. Accordez-lui 200 capotes de plus. Les hommes naufragés sur les bateaux canonniers ont besoin d’être rhabillés à neuf; accordez-le-leur.

Il n’y a encore ici d’arrivé que 5,000 petits bidons. Il est nécessaire que vous en fassiez passer un grand nombre car il en faut un pour chaque soldat.

Il n’est encore arrivé que 10,000 couvertures.

J’ai lieu d’être content des souliers que j’ai vus en magasin, des couvertures et des marmites. Je ne le suis pas également des outils de campement, qui ne sont d’aucun service. Il est vrai qu’ils sont des restes de magasins et ne valent pas le transport.

Je suis assez content du biscuits, pas mal du service du pain et de celui de la viande. Je le suis assez du fourrage, par les mesures extraordinaires qui ont été prises. Enfin je me suis aperçu d’une grande amélioration dans la qualité des fournitures. Je dois donc, comme de raison, l’attribuer au zèle que vous y avez porté.

 

Boulogne, 16 novembre 1803

Au citoyen Fleurieu

Citoyen Fleurieu, Conseiller d’État, chargé par intérim du porte-feuille de la marine, par votre lettre du 19 brumaire vous me faites connaître que je n’ai pas fixé le nombre d’affûts tournants de 4 et d’obusiers pour les péniches. Envoyez-en à Boulogne cent de 4 et cinquante d’obusiers.

J’ai passé toute la journée d’hier à présider à l’installation d’une chaloupe canonnière et d’un bateau canonnier; car ici l’arrimage est une des plus importantes manœuvres du plan de campagne, pour que rien ne soit oublié et que tout soit également réparti.

Tout commence à prendre ici une tournure satisfaisante. On est bien lent à Saint-Malo pour faire partir les convois.

Le ministre de la marine est arrivé avant-hier ici.

Écrivez au général Villeneuve qu’il fasse mesurer bien exactement la distance qu’il y a de l’île d’Aix au banc du Boyard, et du banc du Boyard à la batterie des Saumonards, et qu’il voie le nombre et l’espèce de mortiers qui se trouvent à chacune de ces batteries.

 

Boulogne, 17 novembre 1803

Au citoyen Barbé-Marbois, ministre du trésor public

Je vous remercie des nouvelles que vous m’avez envoyées de Londres. Le payeur du trésor m’a ici paru parfaitement rassuré, puisqu’il y a quatre millions en caisse.

Il fait ici des temps affreux; mais l’armée est tellement baraquée qu’elle ne s’aperçoit point du mauvais temps. Il y a beaucoup de choses à faire dans le port; mais on commence à se mettre en train, et les services m’ont paru tous parfaitement assurés

 

Boulogne, 17 novembre 1803

Au consul Cambacérès

Je vois par votre lettre, Citoyen Consul, que les eaux baissent. Il pleut ici par torrents depuis huit jours.

Il nous est arrivé hier l’avant-garde d’une division de la flottille partie du Havre. Il paraît que le reste de la division est entré à Saint-Valery-sur-Somme

 

Boulogne, 17 novembre 1803

Au citoyen Talleyrand

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, le portefeuille que j’ai reçu par le courrier de cette nuit.

L’affaire du général Ney ne mérite pas une grande attention. Il y a si longtemps que l’on s’occupe des moyens de nager des bâtiments sans hommes et que la solution de ce problème offre de très-grands avantages, qu’il ne paraîtrait pas probable que rien de raisonnable sur ce point fût imaginé par un montagnard suisse.

La dépêche de Prusse est d’une tout autre nature. Vous savez combien elle mérite de considération. Je ne vous dirai pas ici sous combien de points de vue différents j’envisage cette affaire. Je veux y penser encore quelques jours avant de m’engager définitivement; toutefois il faudrait savoir, en attendant, ce qu’ils entendent; et, après avoir beaucoup causé avec M. de Lucchesini pour savoir ce qu’il sait, arrivez à la grande question des pouvoirs. Est-ce le Hanovre qu’on veut nous faire évacuer ? Est-ce l’Elbe que l’on veut rouvrir ? On bien est-ce un engagement sérieux pour s’assurer une grande prépondérance en Allemagne ?

 

Boulogne, 17 novembre 1803

ORDRE DU JOUR

Le Premier Consul est satisfait de l’armée de terre du camp de Saint-Omer, et des divisions de la flottille réunies à Boulogne. Je charge l’amiral et le général en chef de faire connaître aux soldats et matelots que leur conduite justifie l’opinion que le Premier Consul a d’eux.

 

Boulogne, 17 novembre 1803

Au citoyen Petiet, commissaire ordonnateur

Je reçois votre lettre du 2,3 brumaire, par laquelle vous m’annoncez la bonne situation du service des camps de Bruges. Je n’ai lieu que d’être très-satisfait des services de celui de Saint-Omer. Les fournitures m’ont paru bonnes, hormis celle des outils et effets de campement, que l’on m’assure être des restes de magasins. Faites user ces restes dans les camps actuels, mais procurez-vous pour l’embarquement la quantité de pelles, pioches et haches de très-bonne qualité.

Vous devez fournir à l’embarquement 4 pelles, 4 pioches et 4 haches par compagnie.

Je vous prie de porter aussi une attention particulière aux hôpitaux de Boulogne, car je voudrais le moins d’évacuations possible.

Enfin il est un objet sur lequel je ne vois pas qu’il ait été pris aucune mesure, c’est sur l’eau-de-vie qu’on doit embarquer. Il doit y avoir 300,000 pintes. Faites-en passer la moitié à Boulogne. Faites-moi une récapitulation de tout ce que j’ai demandé, l’endroit où cela existe, et ce qu’il y a dans ce moment-ci.

Adressez-moi ce rapport à Paris. Je compte le mois prochain visiter le camp d’Ostende.

 

 Boulogne, 17 novembre 1803

Au général Berthier

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, votre correspondance. Je suis fâché d’apprendre que l’embaucheur hanovrien ait été condamné aux fers; il devait être fusillé comme recrutant pour l’ennemi.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1803

Au citoyen Chabrol, auditeur au conseil d’État

Citoyen Chabrol, je désire que vous vous rendiez à Nieuport, Ostende, Dunkerque, Calais, Terneuse et Anvers, pour vérifier les travaux ordonnés lors de mon premier voyage, cet été, sont en pleine activité, tels que les réparations des digues et ports. Les ingénieurs vous mettront au fait des travaux qui ont été ordonnés. Je désire que, sans y mettre rien d’ostensible, vous vous assuriez qu’il n’y a aucune espèce de plainte des civils contre les militaires, et que les travaux qui leur sont requis leur sont exactement payés.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1803

Au général Davout, commandant le camp de Bruges

Citoyen Général Davout, je suis de retour à Paris. Je ne compte voir votre armée que lorsque la flottille hollandaise sera prête à Flessingue. Le ministre de la marine, qui se rend à Ostende, prendra connaissance de ce qui s’y fait et donnera les ordres nécessaires. En attendant. envoyez-moi l’état de situation de votre armée.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1803

Au citoyen Talleyrand

Je vous renvoie votre correspondance, Citoyen Ministre. Je vous prie de faire mettre dans le Moniteur quelques détails sur la guerre que soutiennent actuellement aux Indes les Anglais contre les Mahrattes.

Je vous envoie une lettre qui vous mettra au fait des affaires de Russie. Il paraît que nous voilà débarrassés de ce Markof.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1803

Au général Berthier

Je reçois, Citoyen Ministre, votre rapport 24 du brumaire, sur les hommes, partis et arrivés aux corps, de la conscription de l’an IX et de l’an X. J’y vois que 63,000 hommes sont partis, et que 49,000 hommes seulement sont arrivés aux corps. Voilà donc une différence de 14,000 hommes entre les hommes partis et arrivés; cela mériterait attention. Qu’entend-on par partis dans les états ?

 

Paris, 21 novembre 1803

Au général Berthier

Il est temps, Citoyen Ministre, que vous me proposiez la formation des bataillons irlandais. Je désire que vous me remettiez l’état des Irlandais qui sont ici et qui comptent s’embarquer pour l’expédition, et que vous régliez leur grade et leur manière d’être dans cette expédition.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1803

Au général Berthier

Il serait convenable, Citoyen Ministre, d’écrire au général Mortier qu’on est prévenu que des agents anglais travaillent quelques parties du Hanovre, et surtout le duché de Lauenburg, et même les troupes qui s’y trouvent. Recommandez-lui de porter une surveillance particulière sur cet objet; et, s’il y a dans son armée des hommes qui ne méritent pas sa confiance et qui, sous prétexte de se rallier à tel ou tel général, tentent de fomenter du trouble, qu’il les renvoie en France.

 

Paris, 21 novembre 1803

Au citoyen Monge, à Liège

Je n’ai jamais eu le projet de laisser tomber la fonderie de Liège; mais aussi j’ai toujours pensé qu’à la fin de brumaire Perrier coulerait des pièces de 24; nous en manquons, et il ne nous en fournit pas. Il dit qu’il coulera le 20 frimaire; mais voilà déjà trois mois qu’il me promet et ne tient pas, et vous sentez que pour moi les excuses ne sont rien, parce que j’avais toujours pensé avoir au 30 brumaire 300 pièces de canon. Tout ce qu’il fournira en nivôse, même en pluviôse, pourra être fait par un service urgent; après, il finira sa commande, mais avec le temps. Qu’il nous fasse donc enfin des canons.

 

Paris, 21 novembre 1803

Au citoyen Fleurieu

Citoyen Fleurieu, Conseiller d’État, chargé par intérim du porte- feuille de la marine, il me paraît convenable de donner des ordres pour que toutes les caïques qui se rendent à Boulogne s’y rendent sans canons, mais avec leurs affûts; elles seront armées dans cette ville.

Donnez également des ordres dans les différents ports pour que chaque bateau canonnier, et surtout, chaque péniche et chaque caïque, ait une tente capable de mettre à l’abri de la pluie les soldats embarqués.

 

Paris, 21 novembre 1803

Au Ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me présenter dans le travail de demain un rapport sur les affaires de Suisse.

Lettres à Talleyrand