Correspondance de Napoléon – Mars 1804

Paris, 10 mars 1804

Au général Berthier

Vous voudrez bien, Citoyen Ministre, donner ordre au général Ordener, que je mets à votre disposition, de se rendre dans la nuit, en poste, à Strasbourg. Il voyagera sous un autre nom que le sien; il verra le général de la division.

Le but de sa mission est de se porter sur Ettenheim, de cerner la ville, d’y enlever le duc d’Enghien, Dumouriez, un colonel anglais et tout autre individu qui serait à leur suite. Le général de la division, le maréchal des logis de gendarmerie qui a été reconnaître Ettenheim, ainsi que le commissaire de police, lui donneront tous les renseignements nécessaires.

Vous ordonnerez au général Ordener de faire partir de Schelestadt 300 hommes du 26e de dragons, qui se rendront à Rheinau, où ils arriveront à huit heures du soir.

Le commandant de la division enverra quinze pontonniers à Rheinau, qui y arriveront également à huit heures du soir, et qui, à cet effet, partiront en poste ou sur les chevaux de l’artillerie légère. Indépendamment du bac, il se sera assuré qu’il y ait là quatre ou cinq grands bateaux, de manière à pouvoir passer d’un seul voyage les 300 chevaux.

Les troupes prendront du pain pour quatre jours, et se muniront de cartouches. Le général de la division y joindra un officier de gendarmerie et une trentaine de gendarmes.

Dès que le général Ordener aura passé le Rhin, il se dirigera droit sur Ettenheim, marchera droit à la maison du duc et à celle de Dumouriez. Après cette expédition terminée, il fera son retour sur Strasbourg.

En passant à Lunéville, le général Ordener donnera ordre que l’officier de carabiniers qui a commandé le dépôt à Ettenheim se rende à Strasbourg en poste pour y attendre ses ordres.

Le général Ordener, arrivé à Strasbourg, fera partir bien secrètement deux agents, soit civils, soit militaires, et s’entendra avec eux pour qu’ils viennent à sa rencontre.

Vous donnerez ordre que le même jour et à la même heure, 200 hommes du 26e de dragons, sous les ordres du général Caulaincourt, auquel vous donnerez des ordres en conséquence, se rendent à Offenborg, pour y cerner la ville et arrêter la baronne de Reich, si elle n’a pas été prise à Strasbourg, et autres agents du Gouvernement anglais dont le préfet et le citoyen Méhée, actuellement à Strasbourg, lui donneront les renseignements.

D’Offenburg, le général Caulaincourt dirigera des patrouilles sur Ettenheim, jusqu’à ce qu’il ait appris que le général Ordener a réussi. Ils se prêteront des secours mutuels.

Dans le même temps, le général de la division fera passer 300 hommes de cavalerie à Kehl, avec quatre pièces d’artillerie légère, et enverra un poste de cavalerie légère à Willstett, point intermédiaire entre les deux routes.

Les deux généraux auront soin que la plus grande discipline règne; que les troupes n’exigent rien des habitants. Vous leur donnerez, à cet effet, 19,000 francs à chacun.

S’il arrivait qu’ils ne puissent pas remplir leur mission, et qu’ils eussent l’espoir, en séjournant trois ou quatre jours et en faisant faire des patrouilles, de réussir, ils sont autorisés à le faire.

Ils feront connaître aux baillis des deux villes que, s’ils continuent à donner asile aux ennemis de la France, ils s’attireront de grands malheurs.

Vous ordonnerez que le commandant de Neuf-Brisach fasse passer 100 hommes sur la rive droite, avec deux pièces de canon.

Les postes de Kehl, ainsi que ceux de la rive droite, seront évacués dès l’instant que les deux détachements auront fait leur retour.

Le général Caulaincourt aura avec lui une trentaine de gendarmes. Du reste, le général Caulaincourt, le général Ordener et le général de la division tiendront un conseil et feront les changements qu’ils croiront convenables aux présentes dispositions.

S’il arrivait qu’il n’y eût plus à Ettenheim ni Dumouriez ni le duc d’Enghien, on rendrait compte, par un courrier extraordinaire, de l’état des choses, et on attendrait de nouveaux ordres.

Vous ordonnerez de faire arrêter le maître de poste de Kehl, et autres individus qui pourraient donner des renseignements.

 

Paris, 10 mars 1804

Au général Ney, commandant le camp de Montreuil

Citoyen Général Ney, je reçois votre lettre du 18 ventôse.

J’ai appris avec plaisir votre arrivée, et j’ai lu avec intérêt votre ordre du jour.

Convenez avec le général Soult du point de séparation de la côte, entre Étaples et Boulogne, qui sera du ressort de chaque armée, afin que, s’il arrive des accidents et des bateaux échoués qui ne seraient point protégés par des batteries mobiles, on sache l’officier qui en est responsable. Établissez le service comme vous l’entendrez pour que, depuis Saint-Valery-sur-Somme, la côte soit surveillée par des piquets de cavalerie et d’artillerie légère.

Exigez que les généraux de brigade ou les officiers que vous chargez de cette inspection soient continuellement à cheval, et que tout bâtiment qui échouerait sur la côte soit, à l’heure même, protégé, et soustrait aux croisières ennemies.

Faites-moi faire un profil du fond d’Étaples, de la baie, depuis le point vis-à-vis la ferme Guilbert jusqu’à l’extrémité du banc aux Chiens, et faites-y coter les vives, moyennes et mortes eaux, à toutes les cent toises.

Faites exercer à la nage, sur des péniches et même sur des bateaux canonniers, votre division. Votre division de trente-six bateaux canonniers sera bientôt complète. Vous avez dans la baie un bel espace. Faites-moi connaître combien un bateau canonnier et une péniche peuvent parcourir d’espace dans une demi-heure, à la rame, sans voile et au moment du flot.

Je n’ai pas besoin de vous dire de faire manœuvrer beaucoup vos troupes. La dernière fois que je les ai vues, il m’a paru quelles en avaient besoin. J’avais fait des instructions pour former des carrés dans toute espèce de direction.

J’avais ordonné une route d’Étaples à Boulogne par Neufchâtel; faites-moi connaître si elle est finie, afin que l’armée puisse, par cette route, se porter rapidement sur Boulogne.

Par le plan que vous m’avez envoyé, je vois  que les sondes sont marquées dans le mouillage d’appareillage, pour le banc aux Chiens, à 3 et 4. Je ne puis croire que ce soient des pieds; ce serait trop peu de chose; si c’étaient des mètres, ce serait plus que je ne croyais. L’officier du génie a oublié de marquer si ces cotes sont en pieds ou en mètres.

Il est difficile, jusqu’à ce que les ports d’Ambleteuse, Wimereux et Boulogne soient entièrement achevés, de déterminer la partie de votre corps d’armée qui s’embarquera à Étaples et celle qui s’embarquera à Boulogne.

Je crois donc, dans cette incertitude, qu’il ne faudrait faire aucun changement de campements parce que cela vous coûterait du bois et des transports; et, lorsque les bateaux seront arrivés et que l’expédition approchera, nous pourrons, avec des tentes, les faire placer où nous voudrons.

Le grand embarras est l’embarquement des chevaux, puisqu’il nous en faut près de 8,000. L’artillerie a fait des chariots extrêmement légers, qui équivalent aux chevaux que vous voulez attacher à vos bataillons; cependant il est vrai de dire que des mulets portant quelques caisses de cartouches ont souvent de grands avantages. Vous avez parfaitement senti cela en voulant employer des hussards et des chasseurs; et, dans ce cas, je préférerais des paniers, de simples sacs goudronnés, dans lesquels on jetterait des cartouches.

Vous devez avoir de mauvais fusils. On a toujours tardé dans l’idée que la mauvaise saison et le temps ne peuvent que les dégrader; mais quinze jours avant l’embarquement, nous ferons distribuer des fusils à tout le monde.

J’ai ordonné la rentrée du 27e de ligne à votre camp. Du moment que les travaux de Boulogne seront plus avancés, et qu’une seconde division de bateaux sera arrivée à Étaples, je ferai rentrer vos détachements.

La police a saisi hier Georges. Ce brigand était dans un cabriolet. Il a tué un inspecteur de police et a grièvement blessé l’autre. Le peuple s’est porté en foule et l’a arrêté lorsqu’il s’échappait.

Dans tout ce que vous avez à faire relativement à la flottille, ménagez l’amour-propre de la marine; vous voyez dans ce moment combien nous avons besoin d’eux.

 

La Malmaison, 11 mars 1804

Au citoyen réal, chargé du 1er arrondissement de la police générale

Citoyen Réal, Conseiller d’État, je vous prie d’envoyer la dernière lettre écrite par Drake, au citoyen Maret, afin qu’il la fasse imprimer à la suite du recueil des pièces relatives à cette affaire. Il est  nécessaire d’y joindre deux notes : l’une qui fasse connaître que l’aide de camp du général supposé n’est autre chose qu’un officier envoyé par le préfet de Strasbourg; l’autre, pour faire connaître que l’histoire de l’huissier est une pure invention de l’agent; qu’il n’y a pas un huissier ni employé près du Gouvernement dont les sentiments d’honneur ne les mettent au-dessus de l’or corrupteur de
l’Angleterre.

 

Paris, 12 mars 1804

Au citoyen Réal

Le premier Consul fait prévenir le citoyen Réal qu’il va passer quelques jours à la Malmaison; il y sera ce soir.

 

La Malmaison, 12 mars 1804

Au citoyen Réal

Le Premier Consul me charge de vous prévenir, Citoyen Conseiller d’État, qu’il vous attend ce soir à la Malmaison, de neuf à dix heures. Une chaise vous attendra au pont de Neuilly, pour que vous puissiez y arriver avec plus de facilité.

 

Paris, 12 mars 1804

ORDRE
LE MINISTRE DE LA GUERRE AU CITOYEN CAULAINCOURT

Le Premier Consul ordonne au citoyen Caulaincourt, son aide de camp, de se rendre en poste à Strasbourg.

Il y accélérera la construction et la mise à l’eau des bâtiments légers qu’on y construit pour la marine.

Il prendra des renseignements près du préfet et du citoyen Méhée, pour faire arrêter les agents du Gouvernement anglais qui sont à Wissembourg et à Offenburg, notamment la baronne de Reich, si elle n’est pas déjà arrêtée.

Le chef de bataillon Rosey, envoyé près des ministres anglais et qui a toute leur confiance, lui donnera tous les renseignements nécessaires sur les complots formés contre la tranquillité de l’État et la sûreté du Premier Consul.

Le citoyen Caulaincourt fera connaître aux baillis des villes de la rive droite qu’ils peuvent s’attirer de grands malheurs en donnant asile aux personnes qui cherchent à troubler la tranquillité en France; et il se concertera avec le général commandant la 5e division militaire pour employer, au besoin, une force suffisante pour l’exécution
du présent ordre.

Il rendra un compte particulier au Premier Consul du résultat de la mission du chef de bataillon Rosey.

 

La Malmaison, 19 mars 1804

Au général Soult

Citoyen Général Soult, le 72e ne me paraît pas encore assez fort pour avoir un second bataillon au camp. Je vois que son premier bataillon n’est en réalité que de 750 hommes. Il faudra qu’il le complète, car je tiens spécialement à ce que les bataillons, à l’embarquement, soient plutôt à 800 hommes qu’à moins. Il ne faut point perdre de vue que j’ai aussi besoin de troupes en France, et qu’il m’est facile d’en former promptement, lorsque je laisse beaucoup de cadres d’officiers et sous-officiers. Si les préparatifs m’obligent à retarder encore l’expédition, et que les circonstances me permettent de les porter à 900 hommes, je le préférerais, en diminuant même quelques cadres de l’armée.

Je donne ordre à la 1e légère italienne de se rendre à Calais. Elle y sera casernée. Je vous recommande de porter une attention particulière à son instruction et de l’exercer à toute espèce de service.

Je ne me souviens plus de l’ordre que j’ai donné pour la formation des détachements de la 1e division de dragons à Saint-Valery. Faites-moi connaître de combien d’hommes ils sont, par régiment. Il faut les laisser embarquer pour garnisons.

J’approuve ce que vous avez fait relativement à la commission militaire.

Je ne suis pas assez gardé à mon quartier général. Il me faudrait des casernes ou baraques de quoi contenir trois compagnies de grenadiers. Faites choisir à cet effet une maison dans le village pour cet objet, assez à portée du village et sans cependant être trop près. S’il n’y en a pas, faites faire trois baraques en planches contenant chacune trois compagnies de grenadiers, établies sur le derrière de la maison, à peu près à cent cinquante pas. Voyez si dans le village on peut se procurer de quoi loger 50 hommes de cavalerie, outre le piquet que j’ai coutume d’y tenir.

Nul doute que vous n’ayez une bande d’assassins organisée à Boulogne. Soyez donc inflexible et faites-les saisir et fusiller. Vous avez des gendarmes d’élite. Ils doivent se déguiser en bourgeois et courir la ville. Quand j’y serai, je ferai venir des agents de Paris; à présent j’en ai besoin partout. Ces misérables Anglais nous portent la corruption sur toute la côte.

Depuis l’arrestation de Georges, nous avons arrêté des brigands subalternes; mais nous avons encore quelques brigands à arrêter : Villeneuve, Saint-Vincent et Barco. Paris est toujours cerné, et le sera jusqu’à ce que ces brigands soient arrêtés. Je vous dirai, pour vous seul, que j’ai espoir de prendre Dumouriez. Ce misérable est près de nos frontières.

 

La Malmaison, 12 mars 1804

Au général Davout

Citoyen Général Davout, il y a à Anvers, à Gand et à Ostende, des prames en armement. Faites-m’en connaître les noms et le nombre. J’ai donné des ordres pour leur faire fournir des garnisons de cavalerie. Désignez les détachements que vous pourrez fournir pour les garnisons de ces prames. Puisque l’on doit y embarquer des chevaux, c’est la cavalerie qui doit en fournir les garnisons. Si la nécessité des préparatifs retarde encore quelque temps l’expédition, je ne mets pas en doute que vous aurez des combats à Ostende. Quelques-unes de ces prames vous serviront beaucoup pour appuyer votre ligne d’embossage. J’ai ordonné que, si l’on n’a pas de suite des pièces de 24 pour armer les deux prames de Flessingue, on y pourvoie de celles de la frégate. Faites-moi connaître comment vous en ferez fournir aux autres. Il ne faut pas dégarnir la côte, surtout la rade d’Ostende, car il faut beaucoup de pièces de canon pour protéger l’embossage de votre ligne.

Depuis l’arrestation de Georges, nous avons arrêté quelques brigands subalternes. Nous avons encore à prendre Villeneuve, Saint-Vincent et Barco, ce qui nous oblige à maintenir encore le blocus de Paris. Écrivez au général Monnet que, s’il arrive des individus de Londres, il prenne des renseignements sur Dumouriez. On le dit sur les frontières; si ce qu’on m’assure est vrai, il sera possible de l’avoir sous peu de jours dans nos mains. Vous devez avoir autour de vous beaucoup d’espions; ne les épargnez pas.

Je désirerais que vos bataillons pussent être portés à 800 hommes; les dépôts des corps ont dû recevoir des conscrits. Dès qu ils auront des vestes et des culottes, et qu’ils marcheront au pas, on pourrait en faire venir aux corps, en nombre suffisant pour les compléter. Quoique je vous demande des nouvelles de la mer, il faut néanmoins vous concerter avec les officiers de marine; nous en avons besoin, il faut qu’ils soient contents.

Le Corps législatif se terminera le 30 ou dans les premiers jours de germinal. Je compte qu’à cette époque les affaires de la conspiration seront finies. J’aurai bien du plaisir à vous voir. Je désire fort passer la revue des neuf bataillons de corvettes de pêche qui sont en rade de Dunkerque, et des vingt bataillons de la flottille batave qui sont à Ostende. Je désire aussi que, pour lors, les écuries et les bateaux de transport destinés pour Boulogne et Calais soient partis.

 

La Malmaison, 12 mars 1804

Au général Marmont, commandant le camp d’Utrecht

Citoyen Général Marmont, j’ai reçu avec plaisir votre lettre du 16, par laquelle vous m’annoncez que, dans le courant de germinal, vous pourrez être prêt. Envoyez-moi l’état de situation de votre armée et celui au juste de chaque corps; envoyez-le-moi sous le format d’un petit livret in-12. Faites-moi connaître le nombre de conscrits que vous avez déjà reçus et la situation de vos hôpitaux.

Trois chaloupes canonnières de Liège doivent avoir descendu la Meuse; faites reconnaître où elles sont.

Ayez l’œil sur tout ce qui se fait en Hollande. Si vous trouvez des espions, faites-les traduire devant une commission militaire , et faites-les fusiller; vous devez en avoir, ces misérables Anglais nous en inondent.

Familiarisez-vous avec les détails des grandes manœuvres d’infanterie. La saison va bientôt commencer de faire exercer vos troupes; et vous en sentez toute l’importance, surtout dans la guerre, où les premiers moments seront les plus chauds et décisifs. Il faut donner le ton aux officiers pour que tous s’en occupent.

Nous avons arrêté quelques brigands subalternes depuis l’arrestation de Georges. Nous avons encore trois chefs, Villeneuve, Saint-Vincent, Burban dit Barco. Paris est toujours cerné jusqu’à ce que ces misérables soient arrêtés. Je vous prie de recueillir et d’aller aux enquêtes, dans le pays où vous êtes, pour savoir ce qu’on dit de Dumouriez; on dit qu’il est sur le continent.

Voyez beaucoup le soldat, et voyez-le en détail. La première fois que vous arriverez au camp, bordez la haie par bataillon, et voyez huit heures de suite les soldats un à un ; recevez leurs plaintes, inspectez leurs armes, et assurez-vous qu’il ne leur manque rien. Il y a beaucoup d’avantages à faire ces revues de sept à huit heures ; cela accoutume le soldat à rester sous les armes, lui prouve que le chef ne se livre point à la dissipation et s’occupe entièrement de lui; ce qui est pour le soldat un grand motif de confiance. Laissez-les donc dans la croyance qu’avant l’embarquement je me rendrai au camp, et que je viendrai les voir manœuvrer et leur donner des drapeaux.

 

Paris, 13 mars 1804

ARRÊTÉ
ORGANISATION DES COMPAGNIES DE VOLTIGEURS

TITRE 1er.

ARTICLE 1er. – Il y aura, dans chaque bataillon des régiments d’infanterie légère, une compagnie qui portera la dénomination de Compagnie de voltigeurs.
ART. 2. – Cette compagnie sera composée d’hommes bien constitués, vigoureux et lestes, mais de la plus petite taille. Les sous-officiers et soldats qui y seront admis ne pourront avoir plus de 1 mètre 598 millimètres (4 pieds 11 pouces), les officiers plus de 1 mètre 625 millimètres (5 pieds).
ART. 3. – Cette compagnie sera constamment entretenue au pied de guerre et composée ainsi qu’il suit : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1 fourrier, 8 caporaux , 104 voltigeurs, 2 instruments militaires; total, 123.
Au lieu de tambours, cette compagnie aura pour instruments militaires des petits-cors de chasse appelés cornets.
ART. 4. – Les officiers de ces compagnies seront pris sur la totalité du régiment, dans leur grade respectif  sur la présentation de trois sujets faite au ministre de la guerre par le colonel. Ces officiers seront remplacés dans leurs compagnies primitives. Ainsi le nombre des officiers sera augmenté, par bataillonn, d’un capitaine, d’un lieutenant et d’un sous-lieutenant.
ART. 5. – Le nombre des sous-officiers de chaque bataillon sera augmenté de même d’un sergent-major, de quatre sergents, d’un fourrier et de huit caporaux; mais la force du bataillon, aux trois officiers près, restera telle qu’elle est fixée par l’arrêté d’organisation pour l’an XII. A cet effet, la force de chaque compagnie d’infanterie légère, celle des carabiniers exceptée, sera diminuée de quinze hommes.

TITRE II
ARMEMENT, HABILLEMENT ET INSTRUCTION DES VOLTIGEURS

ART. 6. – Les voltigeurs seront armés d’un sabre d’infanterie et d’un fusil très-léger, modèle de dragon.
Les officiers et sous-officiers auront, au lieu de fusil, une carabine rayée.
ART. 7. – Les voltigeurs seront vêtus comme l’infanterie légère; ils porteront les marques distinctives de leurs corps, respectifs; un collet de drap chamois.
ART. 8. – Les voltigeurs étant spécialement destinés à être transportés rapidement par les troupes à cheval dans les lieux où leur présence sera nécessaire, ils seront exercés à monter lestement et d’un saut en croupe d’un homme à cheval, et à en descendre avec légèreté; à se former rapidement, et suivre à pied un cavalier marchant au trot.
Les voltigeurs seront aussi particulièrement exercés à tirer avec promptitude et beaucoup de justesse.

TITRE III
PREMIÈRE FORMATION DES COMPAGNIES DE VOLTIGEURS

ART. 9- – Les officiers et sous-officiers des compagnies de voltigeurs seront nommés de suite; les officiers, ainsi qu’il a été dit article 4. Le Premier Consul nommera leurs remplaçants, et les prendra soit dans le corps, soit au dehors.
Les sous-officiers seront nommés par le colonel sur la présentation, qui lui sera faite par le capitaine des voltigeurs, de trois sujets pour chaque place, mais toujours avec les conditions relatives à la taille.
ART. 10. – Il sera choisi, par chaque capitaine de voltigeurs, quarante-huit soldats sur la totalité du bataillon , à raison de six par compagnie; ils ne pourront être pris que parmi les douze hommes les plus petits de chaque compagnie; ils formeront le noyau et la tête des compagnies.
ART. 11. – Les compagnies de voltigeurs seront complétées de suite avec des conscrits des années XI et XII , pris parmi ceux qui ont été exemptés de marcher par défaut de taille, mais dont la constitution sera forte et robuste. Le contingent de chaque département sera déterminé d’après les bases fixées par l’arrêté du 29 fructidor an XI.
ART. 12. – En l’an XIII et suivants, il sera désigné à chaque département un contingent particulier pour les compagnies de voltigeurs. Ce contingent sera pris parmi les individus de la classe qui auront moins de 1 mètre 598 millimètres. Ceux qui seront désignés seront remboursés des sommes qu’ils ont été tenus de payer en exécution de l’arrêté du 29 fructidor an XI.

TITRE IV
SOLDE DES COMPAGNIES DE VOLTIGEURS

ART. 13. – La solde des compagnies de voltigeurs sera la même que celle des compagnies de carabiniers.
ART. 14. – Le ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent arrêté.

 

La Malmaison, 13 mars 1804

A S. S. Le Pape

Très-saint Père, le sénateur Lucien Bonaparte, mon frère, désire séjourner à Rome pour se livrer à l’étude des antiques et de l’histoire. Je prie Votre Sainteté de l’accueillir avec cette bonté qui lui est toute particulière, et de croire au désir que j’ai de lui être agréable.

 

La Malmaison, 14 mars 1804

Au général Brune

Citoyen Général Brune, Ambassadeur à Constantinople, Jaubert est porteur d’une lettre pour l’empereur. Elle est en français et en turc; ainsi l’empereur la pourra lire sans la montrer à personne. Jaubert vous montrera la copie. Procurez-lui les moyens de la remettre lui-même, ou, dans tous les cas, faites comme vous jugerez à propos, pourvu que l’empereur sache que cette lettre est de moi et qu’elle n’est que pour lui. Il y a plusieurs jours que j’ai fait venir l’ambassadeur aux Tuileries; j’ai causé avec lui dans le sens de ma lettre. Il y a huit jours qu’il a dû expédier son courrier pour en rendre compte. Faites savoir à l’empereur que, quand il fera sa réponse, il vous la fasse passer directement. Vous pourrez éviter la curiosité publique en disant que c’est une petite lettre relative aux affaires de la conspiration. Vous aurez vu les détails relatifs à cette dernière affaire, et le rapport du grand juge. Quand vous lirez ceci, le tribunal criminel de la Seine aura prononcé.

J’ai reçu votre lettre et je l’ai lue avec grand intérêt. Ajoutez foi à ce que j’ai écrit à l’empereur. Je désire soutenir l’empire; je désire qu’il puisse reprendre un peu d’énergie; et profitez de ma lettre pour, toutes les fois qu’il sera nécessaire, communiquer avec l’empereur; il pourra vous désigner un homme de sa confiance particulière.

Dans la position actuelle de l’Europe, ma direction est toute sur l’Angleterre. J’ai à Boulogne 1,000 canonnières et bateaux qui porteront 100,000 hommes et 10,000 chevaux.

Nous avons des nouvelles des Indes; notre escadre y est arrivée heureusement et s’est réunie à l’escadre hollandaise. Elles font le plus grand mal à l’Angleterre. Ceylan est en pleine révolte, le roi fou, et l’Angleterre très-agitée.

La mission que vous avez est très-importante; soit que je marche sur Londres, soit que je fasse la paix, elle aura encore une plus grande importance.

Éclairez-nous le plus possible sur les affaires de la Perse.

Croyez à l’estime que je vous porte et au désir que j’ai de vous en donner des preuves dans toutes les circonstances.

 

La Malmaison, 15 mars 1804

Au citoyen Réal, chargé du 1er arrondissement de la police générale

Citoyen Réal, Conseiller d’État, je reçois un courrier de Strasbourg. C’est dans la nuit du 23 au 24 que l’expédition a dû se faire, Il paraît certain que Dumouriez était à Ettenheim depuis un mois,

Vous trouverez ci-joint le rapport fait par l’envoyé de Méhée à Drake, une lettre de change, une lettre en encre sympathique écrite par Drake au général républicain, une note des individus arrêtés à Strasbourg, parmi lesquels le célèbre Demougé, qu’on a fait partir pour Paris, et la baronne de Reich, qui paraît avoir été arrêtée à Offenburg ; un paquet intitulé Carte pour servir à avoir de l’or.

Expédiez sur-le-champ un courrier à Strasbourg, pour que les individus portés dans la note comme dangereux, et qui ne sont point arrêtés, le soient sur-le-champ. Ordonnez l’arrestation du curé de Saint-Laurent, chez lequel demeurait la baronne de Reich. Il est impossible qu’il ne soit pas coupable , puisqu’il donnait asile à cette misérable. Du reste, pour cette dernière arrestation, ordonnez à l’officier de gendarmerie de prendre des renseignements locaux du préfet.

Écrivez au général Caulaincourt que j’ai reçu sa lettre ; que, si l’on capturait soit le duc d’Enghien, soit Dumouriez, il les expédie, dans deux voitures différentes, sous bonne et sûre garder et les dirige sur Paris.

Faites appeler, dans la journée de demain, le commandant de Vincennes ; demandez-lui des renseignements sur les individus qui demeurent à Vincennes, sur la situation de ce château et sur l’endroit où l’on pourrait mettre des prisonniers.

Méhée est parti depuis deux jours de Strasbourg; il a passé par Bade et Fribourg. Faites-moi connaître s’il est à Paris à l’heure qu’il est.

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Il est nécessaire de garder quelque secret sur tout ceci

 

La Malmaison, 15 mars 1804

DÉCISION

Rapport du général Moncey sur l’arrestation du citoyen Leroux, chirurgien à Boulogne, et de l’émigré d’Avaugour, qui a une ressemblance parfaite avec le brigand Guillemot.Savoir si cet émigré a une surveillance du grand juge, qui peut seul l’autoriser à rester. Un passeport d’un agent de la République ne peut pas l’autoriser à revenir.

 

 

Malmaison, 16 mars 1804

DÉCISION

Le citoyen Lavallette transmet la réclamation des maîtres de poste des environs de Paris contre la mesure de
surveillance qui ne permet pas de sortir de Paris après sept heures du soir, celle mesure leur causant un préjudice
notable.
Renvoyé au grand juge, pour autoriser la sortie des relais, en  prenant toutes les précautions nécessaires.

 

Malmaison, 16 mars 1804

Au général Soult, commandant le camp de Saint-Omer

Citoyen Général Soult, j’ai appris, par votre lettre du 22, la prise d’une caïque aux environs du cap Grisnez.

Je ne conçois pas trop pourquoi les ingénieurs prétendent ne pouvoir construire le barrage ni l’écluse sans qu’on leur donne en entier le pont de service ; qu’ils fassent le calcul des voitures qui peuvent passer chaque jour sur ce pont, et ils verront qu’il peut en passer deux cents fois plus qu’ils n’en ont. Les ports de Wimereux, d’Ambleteuse, et l’achèvement du bassin, me mettent en état de me passer de la portion du port sur lequel ils fondent leur seconde objection. Causez de cela avec eux, et faites-moi connaître si je puis compter qu’ils finiront promptement. C’est moins l’écluse que le barrage qui m’intéresse ; par le barrage, le port acquerra une grande amélioration.

Je pense que, quand une pièce de 16 pourrait être placée sur les bateaux canonniers, il ne faut point la mettre, parce qu’elle ne pourrait point faire feu. Je n’ai pas besoin de pièces de 16.

Je vois avec peine qu’on perd à Boulogne l’habitude de sortir du port. Le temps est très-beau depuis quinze jours, et l’on n’est pas sorti une seule fois. Je charge le ministre de la marine d’écrire à cet effet au contre-amiral Lacrosse.

J’ai promu au grade de chef de brigade le chef de bataillon Duclos-Guyot, et les capitaines Plagnol et Calmet à la 1e classe.

Je ne sais si, dans le temps, je vous ai répondu que j’approuvais la gratification que vous proposiez d’accorder aux officiers qui ont fait les fonctions de surveillants aux ports de Wimereux et d’Ambleteuse. Faites dresser l’état des sommes nécessaires, et envoyez-le au ministre de la guerre, qui les ordonnancera.

 

Malmaison, 16 mars 1804

DÉCISION

l@e ministre de la guerre rend compte de l’arrestation, faite par ordre du général Soult, de l’équipage d’un bâtiment danois entré à Calais après avoir été visité par un Cutter anglais.Le général Soult a bien fait;  il faut que ce bâtiment ne sorte  plus.

 

Malmaison, 16 mars 1804

Au contre-amiral Ver Huell, commandant la flottille batave

Contre-Amiral Ver Huell , j’ai vu avec plaisir votre manœuvre. Je ne vous fais point un reproche de vous être abordé, quand même nous eussions éprouvé la perte de plusieurs bâtiments. Si votre division avait marché éparpillée et loin l’une de l’autre, elle n’aurait pas couru ce risque ; mais en marchant ainsi elle n’eût point marché comme des bâtiments de guerre.

Vous avez eu un combat. Faites-moi un rapport sur les individus de la flottille qui se sont distingués, afin que je leur accorde des récompenses d’honneur.

Vous savez que, sur les chaloupes canonnières de Boulogne, j’ai fait mettre un obusier de 8 pouces, jetant un obus de 45 livres. J’ai, à l’heure qu’il est, 900 bâtiments à Boulogne, et 900 en route, partis de tous les ports de l’Océan depuis Bayonne, et qui viennent au rendez-vous. Je ne sais si la République batave pourrait vous fournir une cinquantaine de péniches. Cependant, comme cela n’est point dans le traité, je ne veux pas l’exiger. Voyez ce qu’on pourrait obtenir là-dessus.

J’ai ordonné qu’arrivés à Ostende vos équipages soient nourris à mon compte.