Correspondance de Napoléon – Juillet 1806

Saint-Cloud, 28 juillet 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur de Talleyrand, vous ferez connaître à l’ambassadeur ottoman que les Monténégrins ont violé le territoire turc par la faute du commandant du petit fort turc de Zarina, près de Raguse; vous demanderez la destitution de ce commandant, et en même temps qu’il en soit envoyé un nouveau qui ait ordre de bien s’entendre avec les généraux francais. Vous demanderez qu’une force de 1,000 à 1,200 Turcs soit envoyée pour défendre le territoire ottoman contre les violations des Monténégrins et contenir les Grecs du district de Trebigne, qui se sont déclarés contre les Français et les Turcs. Si la Porte le désire, je ferai payer ces 1,200 hommes en leur donnant une bonne paye par jour à chacun. Demandez le renvoi du petit pacha de Trebigne, et en même temps que son successeur ait des ordres pour agir de concert avec les Français; enfin qu’il soit envoyé au pacha de Scutari des ordres pour s’entendre avec les Français et coopérer à la réduction des Monténégrins. Demandez qu’on témoigne de la satisfaction au petit pacha d’Utovo, qui s’est bien conduit envers les Francais. L’ambassadeur turc pourra envoyer ses dépêches par le courrier extraordinaire que vous enverrez aussitôt au général Sebastiani, que vous chargerez de presser vivement l’exécution de toutes ces demandes relatives aux divers petits pachas de l’Herzegovine.

 

Saint-Cloud , 28 juillet 1806

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, le premier vous m’avez appris des nouvelles de Lauriston; je n’en ai point encore reçu d’autres. Vous voyez donc de quelle importance il est que vous ayez toujours en mer de petits avisos. Veillez sur Naples et sur les États du Pape. Envoyez une partie de ce que vous avez de disponible sur les frontières de Naples. Faites annoncer dans les Abruzzes et à Rome que 25,000 hommes de troupes françaises marchent sur Naples. Je suis étonné que vous ne vous soyez pas mis en correspondance avec l’officier qui commande à Pescara; vous ne vous donnez pas assez de mouvement. Tenez le général Tisson de ce côté avec deux régiments de cavalerie, de l’artillerie et une portion de votre infanterie.

 

Saint-Cloud, 28 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai reçu votre dépêche de Venise, en date du 21. Le commandant de la marine a montré en général peu d’activité. Il n’avait pas besoin de grand ordre pour expédier à Raguse quelques chaloupes avec des munitions, du moment qu’on a su que cette place était bloquée. Je vous ai écrit, par ma dernière lettre, que mon intention n’était pas qu’on évacuât Raguse. Écrivez au général Marmont qu’il en fasse fortifier les hauteurs. Qu’il organise son gouvernement et laisse son commerce libre; c’est dans ce sens que j’entend reconnaître son indépendance. Qu’il fasse arborer à Stagno mes drapeaux italiens; c’est un point qui dépend aujourd’hui de la Dalmatie. Donnez-lui ordre de faire construire sur les tours de Raguse les batteries nécessaires, et de faire construire au fort de Santa-Croce une redoute fermée en maçonnerie. Il faut également construire dans l’île de Lacroma un fort ou redoute; les Anglais peuvent s’y présenter, il faut être dans le cas de les y recevoir.

Le général Marmont fera les dispositions qu’il jugera nécessaires, mais recommandez-lui bien de laisser les 31e et 41e bataillons des 5e et 23e à Raguse, car il est inutile de traîner loin de la France des corps sans soldats. Aussitôt qu’il le pourra, il renverra en Italie les cadres des 3e et 4e bataillons. Si cela pouvait se faire avant l’arrivée des Anglais, ce serait un grand bien. Écrivez au général Marmont qu’il doit faire occuper les bouches de Cattaro par le général Lauriston, le général Delzons et deux autres généraux de brigade, par les troupes italiennes que j’ai envoyées et par les troupes françaises, de manière qu’il y ait aux bouches de Cattaro 67,000 hommes sous les armes. Ne réunissez à Cattaro que le moins possible des 5e et 23e; mais placez-y les 8e et 18e d’infanterie légère et le 11e de ligne; ce qui formera six bataillons qui doivent faire 5,000,hommes; et, pour compléter 6,000 hommes, ajoutez-y le 60e. Laissez les bataillons des 5e et 23e à Stagno et à Raguse, d’où pourront se porter sur Cattaro au premier événement.

Après que les grandes chaleurs seront passées et que le général Marmont aura rassemblé tous ses moyens et organisé ses forces avec 12,000 hommes il tombera sur les Monténégrins pour leur prendre les barbaries qu’ils ont faites; il tâchera de prendre l’évêque et, en attendant, il dissimulera autant qu’il pourra. Tant que brigands n’auront pas reçu une bonne leçon, ils seront toujours prêts à se déclarer contre nous. Le général Marmont peut employer le général Molitor, le général Guillet et les autres généraux à ces opérations. Il peut laisser pour la garde de la Dalmatie le 8le.

Ainsi le général Marmont a sous ses ordres, en troupes italiennes, un bataillon de la Garde, un bataillon brescian et un autre bataillon; ce qui, avec les canonniers italiens, ne fait pas loin de 2,400 hommes. Il a, en troupes françaises, les 5e, 23e et 79e, qui sont à Raguse et qui forment, à ce qu’il paraît, 4,500 hommes, le 81e, et les hôpitaux et détachements de ces régiments, qui doivent former un bon nombre de troupes. Il a enfin les 8e et 18e d’infanterie légère et les 11e et 60e de ligne.

Je pense que le général Marmont, après avoir bien vu Zara, doit établir son quartier général à Spalatro, faire occuper la presqu’île de Sabioncello, et se mettre en possession de tous les forts des bouches de Cattaro. Il doit dissimuler avec l’évêque de Monténégro, et, vers le 15 ou le 20 septembre, lorsque la saison aura fraîchi, qu’il aura bien pris ses précautions et endormi ses ennemis, il réunira 12 ou 15,000 hommes propres à la guerre des montagnes, avec quelques pièces sur affûts de traîneaux, et écrasera les Monténégrins. L’article du traité relatif à Raguse dit que j’en reconnais l’indépendance, mais non que je dois l’évacuer.

Des quatre généraux de division qu’a le général Marmont, il placera Lauriston à Cattaro et Molitor à Raguse, et leur formera à chacun une belle division. Il tiendra une réserve à Stagno , fera travailler aux retranchements de la presqu’île et au fort qui doit défendre Santa-Croce, ainsi qu’à la fortification du vieux Raguse et aux redoutes sur les hauteurs de Raguse. Il est fâcheux que le général Molitor ait emmené des troupes; il aurait mieux fait de laisser tous ses renforts à Lauriston.

Faites-moi connaître où se trouvent les 3e bataillons du 11e et du 60e, les 3e bataillons des 8e et 18e légers, et si les ordres que j’ai donnés pour la formation des réserves en Dalmatie sont déjà exécutés.

Vous ne m’avez pas envoyé l’état de situation depuis le 1er juillet. Demandez au général Lauriston des plans des ports et du pays de Raguse. J’ai accordé 400,000 francs pour l’approvisionnement de cette place. Faites-y passer tout cela en munitions de bouche.

Écrivez au sénat de Raguse qu’il fasse faire l’évaluation des pertes de la ville, mon intention étant de lui accorder un secours.

 

Saint-Cloud, 28 juillet 1806

Au roi de Naples

Je suis dans la confiance que vous ne tarderez pas à avoir Gaète. Cette place vous devient importante.

Le général Reynier a dû s’attendre qu’on irait à son secours. Il peut avoir manœuvré en conséquence et se trouver très-exposé. Il est important que, le plus tôt possible, une force imposante 10,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, se rende à Cassano pour dégager ce général et se réunir à lui, car ils sont incalculables les événements qui peuvent lui être arrivés. La prermière cause de tout ceci, c’est d’avoir tenu des troupes à Naples. Je vous en avais prévenu. Des commandants dans les forts, des vivres, des munitions, des dépôts, voilà tout ce qu’il faut à Naples, avec un ou deux régiments de cavalerie et un d’infanterie. On s’est trop établi comme en pleine paix. Vous avez trop ajouté confiance aux Napolitains. C’est une première faute qui a eu des suites. Il faut s’en corriger, entrer en Calabre, désarmer les rebelles et faire des exemples qui restent. L’ancienne reine, en faisant ce qu’elle fait , fait un métier de reine. C’est par de la vigueur et de l’énergie qu’on sauve ses troupes, qu’on acquiert leur estime et qu’on en impose aux méchants. Une fois le général Reynier dégagé et réuni à vos renforts, il faut tenir vos troupes en échelons, par brigades, à une journée de distance entre elles de Naples à Cassano, de manière qu’en trois jours quatre brigades formant 10 ou 12,000 hommes puissent se réunir. Vous avez trois régiments français qui ont donné avec Reynier. Il vous en reste onze qui n’ont rien fait; en y réunissant les régiments d’infanterie et un de cavalerie, les Italiens, les Corses et vos Napolitains, cela peut très-bien vous faire huit brigades de plus de 3,000 hommes chacune, sous les ordres de deux lieutenants généraux et de quatre généraux de division, qui peuvent se correspondre et se réunir en peu de temps. C’est par ce placement en échelons qu’on est sur la défensive, à l’abri de tous les événements ce que, lorsqu’on veut ensuite prendre l’offensive pour un but déterminé, l’ennemi ne peut le savoir, parce qu’il vous a vu sur une défensive redoutable, et qu’avant les changements qui se sont passés sur la défensive, les dix ou douze jours d’opérations seront terminés. Je ne sais si l’on comprendra quelque chose à ce que je dis là. On a fait de grandes fautes dans la défensive; on n’en fait jamais impunément; l’homme exercé s’en aperçoit du premier coup d’œil; mais les effets s’en font sentir deux mois après. Puisque les deux points importants étaient Gaète et Reggio, et que vous avez 38,000 hommes, il fallait avoir en échelons des brigades formant cinq divisions qui, placées à une journée ou deux s’il le fallait, pouvaient se correspondre. Un ennemi vous eût trouvé dans une position telle qu’il n’eût pas osé bouger, car dans un moment vous eussiez pu réunir vos troupes à Gaète, à Reggio, à Sainte-Euphémie, et sans qu’il y eût un jour de perdu. Voilà les dispositions qu’il faut prendre pour l’expédition de Sicile. Vous devez partir d’un ordre défensif tellement redoutable que l’ennemi n’ose vous attaquer, et abandonner toute position derrière vous, hormis les dispositions défensives de votre capitale, et être tout offensif contre l’ennemi, qui, la descente faite, ne pourrait rien tenter. C’est là l’art de la guerre. Vous verrez beaucoup de gens qui se battent bien et aucun qui sache l’application de ce principe. S’il y avait eu à Cassano une brigade de 3 on 4,000 hommes, rien de ce qui est arrivé n’aurait eu lieu. Elle aurait été à Sainte-Euphémie en même temps que le général Reynier, et les Anglais auraient été culbutés, ou plutôt ils n’auraient pas débarqué. C’est la fausse position de votre défensive qui les a enhardis.

Quand je vous enverrais des recrues mal organisées, qui dans cette saison tomberont malades, cela achèverait de perdre votre armée. J’ai organisé en réserve vos dépôts; j’en forme deux corps, qui se réuniront avec de l’artillerie à Ancône, pour se joindre aux troupes du général Lemarois et être à même de se porter à votre secours partout où il sera nécessaire.

Enfin je ne ferai jamais la paix sans avoir la Sicile. S’il est nécessaire, je me rendrai à Naples au moment où il sera convenable de le faire; mais je ne suis pas sans espérance qu’avant dix ou douze jours la paix sera signée avec cette cession.

Je dois vous dire que le général Mathieu Dumas emploie dans les administrations des jeunes gens d’un mauvais esprit, dans le genre réacteur (sic), entre autres les enfants de Lafont-Ladebat; tout cela a un esprit détestable.

Les fausses dispositions de la Calabre me coûteront plus de monde que ne m’en a coûté la Grande Armée. Tout l’art de la guerre consiste dans une défensive bien raisonnée, extrêmement circonspecte, et dans une offensive audacieuse et rapide.

Aussitôt que vous aurez Gaète , retirez vos troupes de Naples, garnissez vos châteaux, approvisionnez-les pour un mois; laissez-y un régiment de cavalerie, 1,500 hommes d’infanterie pour faire la police. Laissez votre première brigade à deux journées de Naples et en échelons comme je vous l’ai dit, en consultant un peu les localités.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1806

A M. Cambacérès

Je vous envoie toutes les pièces relatives à la législation des émigrés. Je désire que vous me fassiez connaître votre opinion sur l’influence qu’aura toute cette législation sur le bien-être des familles dont les parents sont émigrés, d’ici à quatre ou cinq ans et d’ici douze ou quinze ans, et sur les moyens à prendre, soit cette année, soit l’année prochaine , soit dans deux ans, pour qu’il ne reste plus de traces actives de l’émigration, et pour qu’elle rentre dans le droit commun.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1806

DÉCISION

Le ministre directeur de l’administration de la guerre rend compte à l’Empereur des ordres qu’il a expédiés pour que l’on mette dans la plus grande activité la poudrerie de Monte-Chiarugolo près Parme.Cette fabrique de Monte-Chiarugolo n’est pas la seule qui existait; le roi de Sardaigne en avait d’autres. Me faire un rapport sur chacune d’elles pour les années XII, XIII et XIV. La république de Gênes avait aussi les siennes. Il n’y a pas trop de poudrières en Italie; on ne peut point y envoyer des poudres de France; le port est trop cher, et d’ailleurs, en France même, il n’y en a pas de trop.

DÉCISION

Le ministre de la guerre demande si le général Junot, nommé gouverneur de Paris, commandera la 1e division.Il commandera la 1e division, non pas en conséquence qu’il est gouverneur, mais par une décision particulière. Le ministre lui fera, en conséquence, connaître par une lettre que je lui ai accordé le commandement de la 1e division.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean , je reçois les états des armes portatives au ler juin. J’y vois qu’il n’est porté que 4,300 fusils neufs dans mes places d’Italie, ce qui n’est pas le sixième de ce que j’y ai; qu’il n’en est point porté dans la citadelle de Turin. En général, il y a aujourd’hui assez de fusils à Grenoble et en Italie; dirigez ceux de la première fabrication sur Metz , Strasbourg, Mayence , Wesel, Veuloo, Juliers, Charlemont, etc. Faites mettre sur vos états les fusils que j’ai à Palmanova, Venise, Mantoue, etc. Je vois que ces états, en général, ne sont pas faits avec exactitude. Il y a à Alexandrie quarante-huit mortiers à la Gomer de 8 pouces et sept cents bombes de 8 : faites-moi connaître pourquoi il y a une si grande quantité de mortiers; à mon dernier voyage, il n’y en avait pas du tout. Si le nombre de bombes de 8 pouces est exact, il y a un grand déficit dans cet approvisionnement important. Il y a quatre milliers de cartouches en Batavie : j’imagine que vous avez donné ordre qu’elles soient évacuées sur Wesel. Il y a 186,000 cartouches dans les places d’Italie : c’est une erreur. Il n’en est point porté pour l’armée d’Italie : c’est encore une erreur. La poudre qui m’appartient dans les places d’Italie n’est point portée, ou du moins il n’en est porté que 1,780 kilogrammes : c’est une autre erreur. Il n’est porté que seize milliers de poudres à Plaisance : il y en a certainement davantage. Ces états sont faits avec une extrême imperfection ; portez-y attention , et qu’il n’y ait point de fautes aussi grossières. Je désire que vous y fassiez comprendre une colonne de tout ce qui m’appartient en Italie comme roi d’Italie. Dans votre état n’est point comprise l’artillerie étrangère appartenant à la France; j’en ai beaucoup à Palmanova, à Venise, etc. Selon cet état, il n’y aurait que deux mortiers à Gênes : il y en a plus de vingt. Je remarque qu’il y a à Toulon bien peu de poudre; peut-être serait-il convenable d’y envoyer une portion des cent cinquante milliers qui sont à Auxonne. Il y en a aussi très-peu dans la direction de Strasbourg. Je ne sais pourquoi la place de Wesel n’est pas comprise dans votre état; je l’avais cependant ordonnée. Faites-le vérifier et portez-moi les réponses à mes différents observations au prochain conseil d’administration.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 22 juillet. Mon intention est que le général Marmont garde les deux bataillons du 18e, les deux bataillons du 11e et du 60e, et qu’il vous renvoie les 3e et 4e bataillons des 5e, 23e et 79e. Quant aux deux bataillons du 35e, je désire qu’il les renvoie; mais, comme il ne faut point fatiguer inutilement des troupes sans rien faire, il faut qu’il les laisse reposer à Zara, et qu’il les fasse revenir par mer, si cela est possible, pour reprendre leur poste dans le Frioul. Vous voyez que nous retirons aujourd’hui le fruit des soins que vous avez portés aux dépôts de l’armée de Naples, puisque nous avons 5,000 hommes en état de former une bonne réserve, au lieu qu’il n’y aurait personne si on n’avait pas donné ces soins. Continuez à porter la plus grande attention aux dépôts de Dalmatie; faites-en passer des revues particulières et envoyez-m’en des états particuliers. Ces états bien faits et raisonnés, m’occupent plus agréablement que la lecture du plus beau conte. Organisez ces dépôts en brigades, sous les ordres d’inspecteurs, et placez-les dans vos principales villes sur vos derrières. Je me trouve, par le départ du 35e, sur lequel je ne comptais pas, un peu faible sur l’Isonzo; faites-le revenir par mer, s’il est possible. Il ne faut point trop entasser de troupes en Dalmatie, surtout la paix la
avec la Russie étant faite.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1806

Au roi de Hollande

Il n’est pas d’usage à Paris de changer des ambassadeurs sans avoir pressenti si celui qu’on veut envoyer est agréable. Je ne veux point du général que vous m’envoyez; laissez-moi l’ambassadeur actuel. Je suis surpris que vous ayez assez peu de tact pour oublier des égards que la Russie et l’Autriche ont pour moi.

On m’assure que vous voulez raser vos places fortes : j’espère que vous ne ferez rien là-dessus sans me consulter. Déjà vous avez dérangé tous mes plans de campagne. Vous allez comme un étourdi, sans envisager les conséquences des choses.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1806

Au roi de Hollande

Je lis dans les journaux que vous avez suspendu toute exécution de sentence à mort dans votre royaume. Si cela est, vous avez fait une grande faute. Du droit de faire grâce ne dérive pas la nécessité de réviser tous les procès. C’est une manie d’humanité déplacée. Le premier devoir des rois, c’est la justice.

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1806

NOTES POUR LE MINISTRE DES CULTES

Il faut coordonner les séminaires diocésains avec les séminaires métropolitains.

Les séminaires diocésains doivent appartenir à l’évêque, être sous sa direction immédiate et ne rien coûter à l’État. On ne doit y prendre aucun grade, mais seulement entrer dans les ordres.

Les séminaires métropolitains doivent être considérés sous deux rapports différents : 1° comme écoles spéciales de théologie; 2° comme séminaires.

Comme écoles spéciales de théologie et ayant le droit de conférer les grades, ils doivent être regardés comme membres de l’université impériale. Le grand maître et le conseil auront droit d’expédier les grades, ainsi qu’ils le font pour les facultés de jurisprudence, de sciences, de belles-lettres et d’arts. Il paraît que cette sorte de dépendance ne sera pas une innovation.

Comme séminaires, les séminaires métropolitains se trouveront sous la direction de l’autorité ecclésiastique, c’est-à-dire de l’archevêque.

Quand un élève d’un séminaire diocésain voudra prendre des grades, il se présentera à l’école spéciale de théologie qui fera partie du séminaire métropolitain. Il subira les examens, et son brevet lui sera conféré par les officiers de l’université impériale. Cette marche aura cet avantage, que, si un séminaire métropolitain avait adopté des principes contraires à l’autorité de l’État, un corps rival pourrait intervenir et refuser les grades. En suivant ce mode, les grades ne seraient pas conférés par une autorité ecclésiastique; et, comme on l’a déjà dit plus haut, cela ne répugne point aux usages anciens, puisque les grades, qui étaient autrefois donnés par les universités, se trouveraient conférés par une autorité civile. Lorsqu’un séminariste, soit diocésain, soit métropolitain , voudra se faire prêtre, son admission dans les ordres ne dépendra que du jugement de ses supérieurs, de l’évêque ou de l’archevêque, c’est-à-dire de l’autorité ecclésiastique. Si on pose en principe que, pour être chanoine, vicaire général ou évêque, il faut être licencié ou docteur, que, pour être curé de 1e classe, il faut être bachelier, il s’ensuivra qu’un homme qui, pour être prêtre, n’aura été sous aucune autre dépendance que celle de ses supérieurs ecclésiastiques, ne pourra avoir les grades nécessaires pour occuper des places du premier rang dans le ministère des cultes que si l’université impériale les lui confère : ce qu’elle pourra refuser dans le cas où il serait connu pour avoir des idées ultramontaines ou dangereuses à l’autorité.

Ces bases générales établies, il faudra déterminer l’âge de l’admission dans les séminaires diocésains. Il faudra examiner aussi si l’on permettra d’y établir des écoles où les enfants soient admis, pour y apprendre les éléments du latin; ce qui ne parait pas nécessaire. Il paraîtrait plus convenable de ne recevoir que des élèves de quatorze ans, dont la première instruction aurait été faite dans les pensions particulières, les écoles secondaires et les lycées.

Quant aux séminaires métropolitains, on n’y admettrait que des élèves sortant, par examen , des séminaires diocésains et des lycées, ou des pensionnaires âgés de plus de quatorze ans et ayant l’instruction que cet âge comporte.

Le but principal de ces observations est d’éviter l’inconvénient d’avoir deux corps enseignants qui se placeraient en concurrence, et probablement en opposition.

Des prêtres ne doivent pas avoir de collèges, et un petit séminaire serait un véritable collège. On peut seulement tolérer, dans les séminaires diocésains, une seule classe de latin, comme moyen de perfectionner l’enseignement des élèves âgés de plus de quatorze ans qui y seraient admis,

Les frais d’établissement des séminaires métropolitains seront sans doute fort considérables; il n’y a probablement pas d’exagération à estimer à 150,000 francs les dépenses à faire, tant pour approprier les bâtiments à cette destination que pour les meubler. Il faudra donc se borner, cette année, à l’établissement des séminaires métropolitains de Paris, Lyon , Tours et Malines; les six autres séminaires seront établis l’année suivante.

  1. Portalis se concertera avec le ministre de l’intérieur pour faire la désignation des maisons convenables, en connaître l’état, et proposer, mercredi prochain, un projet de décret pour les mettre à sa disposition.

Il s’entendra aussi avec M. Fourcroy pour avoir, sur l’organisation définitive de l’université impériale, les notions qui lui sont nécessaires afin de déterminer positivement, dans son projet de décret, les rapports des séminaires métropolitains, comme écoles de théologie, avec le grand maître et le conseil de l’enseignement.

  1. Portalis présentera mercredi prochain :

1° Un état nominatif des cures, par préfectures et sous-préfectures, en indiquant les différentes classes;

2° L’état nominatif des succursales, également par préfectures et sous-préfectures, en distinguant les succursales à la charge du trésor et celles à la charge des communes.

Il fera connaître, en marge de ces états, le montant de la pension dont jouit le titulaire, et ce que les cures et succursales coûtent au trésor et aux communes.

Il établira, dans un rapport par lequel il proposera de mettre toutes les succursales à la charge du trésor, ce que coûterait cette disposition et le montant des pensions dont jouissent actuellement les succursales à la charge des communes.

  1. Portalis présentera en même temps deux autres rapports et projets de décrets :

1° Pour fixer le lieu de l’établissement des missions étrangères, et pour organiser définitivement les missions de l’intérieur, qui ont déjàfait beaucoup de bien dans les départements des Deux-Sèvres et de la Vendée;

2° Pour donner aux dames de la Charité une maison convenable, l’encouragement nécessaire, et une assez grande extension pour qu’elles rendent les mêmes services qu’elles rendaient jadis.

  1. Portalis est invité à envoyer à M. Aldini le catéchisme, pour qu’il soit traduit en italien et répandu dans le royaume d’Italie.

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je suis fâché que vous ayez donné de l’argent à la ville d’Augsbourg. J’aurais pu y lever une contribution de deux millions, et elle n’a rien payé. Vous donnez 90,000 francs au margrave d’Anspach : c’est beaucoup trop. Vous ne donnez pas assez à Stubingen et à Passau; ce sont les frontières qu’il faut le mieux traiter, puisque ces malheureux pays ont autant souffert de la présence des Français que de celle des Autrichiens. Vos lettres de change seront acquittées à la trésorerie. J’aurais préféré que vous eussiez employé les fonds qui sont à Augsbourg. Au reste (pour le reste), cela est égal. Votre lettre parle d’omission du 13e régiment d’infanterie légère : c’est une erreur de copie, car je l’avais porté. Au reste, j’ai donné contre-ordre à Anvers, à Boulogne, à Paris, etc. Si ces détachements devaient marcher, cela serait assez tôt décidé.

Si je devais aller à Munich, je pense que je pourrais trouver deux ou trois chevaux chez vous. Voyez aussi, sans faire semblant rien, ce que le roi de Bavière pourrait me prêter dans ce cas.

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai en Istrie trois ports qui peuvent contenir des vaisseaux de ligne, celui de Porto-delle-Rose, celui de Porto-Quietto et celui de Pola. Comme mon intention est d’avoir une place forte en Istrie pour y réunir les dépôts et les troupes qui seraient dans les chef-lieux de la province, au commencement d’une nouvelle guerre, je désire que vous donniez l’ordre aux officiers du génie de faire dresser les plans de ces trois localités, en faisant connaître celles des trois
qui sera la plus facile à fortifier. Ils traiteront aussi la question sous le point de vue maritime, et n’oublieront pas surtout la grande considération de l’air. Il me semble que Pola n’a que 600 âmes, Porto-Quieto 800, et Pirano 6,000. Vous ferez aussi traiter la même question par les plus habiles officiers de marine de Venise, sous le rapport maritime, et leur demanderez un mémoire sur la facilité ou la difficulté que présentent ces ports à être bloqués, et sur la nature de leurs communications avec Venise et Ancône.

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, traitez bien les patriotes de Bologne et ceux que vous appelez les partisans de Somenzari. Somenzari ne retournera pas à Bologne, puisque cela vous déplaît. Dans les événements sérieux, le parti patriote est celui qui a toujours montré le plus d’énergie pour la France et pour le trône. La considération est un mot vide de sens; à entendre les différents partis, il n’y en a nulle part. Mettez-vous au-dessus de ces petits préjugés et de ces petites idées.

Je suis fort étonné que vous n’ayez pas encore reçu le décret sur la nomination des préfets.

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je vois par les états qu’on a envoyé 6,000 fusils dans le mois de mars en Dalmatie : cela est absurde; que désormais on n’y envoie aucune arme ni munitions sans mon ordre. Il y a aussi beaucoup trop de cartouches; il y en a trois millions; c’est ainsi qu’on épuise les arsenaux en pure perte. Faites-moi connaître qui a fait ces dispositions. Est-ce le ministre de la guerre de mon royaume d’Italie, ou mon général d’artillerie ?

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je vois avec plaisir ce que vous avez fait à Venise pour les hôpitaux et les établissements publics; cela était très-urgent. Vous aurez reçu plusieurs décrets sur Venise relatifs à la dette et à d’autres objets.