Correspondance de Napoléon – Juillet 1806

Saint-Cloud, 11 juillet 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, vous verrez, par les deux lettres que je vous adressées aujourd’hui, les différentes dispositions que j’ai prescrites pour compléter mon armée et la mettre en situation de tout entreprendre.

Vous ordonnerez au bataillon corse de rejoindre le corps d’armée du maréchal Soult. S’il est convenable de faire garder le parc à Augsbourg, il faut le faire garder par d’autres troupes que par des troupes légères. On peut y destiner le 3e bataillon du 76e du corps du maréchal Ney.

Après que tous les mouvements ordonnés par mes deux dépêches seront effectués, j’ai calculé que je devais avoir, sans comprendre le 2e ni le 8e corps de la Grande Armée, pour lesquels j’ai envoyé des ordres directement au prince Eugène , mais en comprenant qui sera sur le Danube et au delà du Rhin, 140,000 hommes d’infanterie, 32,000 hommes de cavalerie bien montés et en bon état et 20,000 hommes d’artillerie à pied et à cheval, des bataillons du train , sapeurs, mineurs, ouvriers, parmi lesquels il y a 1,500 chevaux d’artillerie légère et 12,000 chevaux du train : ce qui me fera un total de 192,000 hommes. Le 2e et le 8e corps doivent former 40,000 hommes. J’aurais donc en ligne, et presque sur Vienne, 232,000 hommes. Faites-moi connaître si je me suis trompé dans quelqu’un de ces calculs.

Je suis dans l’idée que j’ai 3,000 chevaux de la compagnie Breidt, c’est-à-dire 600 voitures; que j’ai à Braunau 12 à 1500,000 rations de biscuit; que chaque soldat de mon armée a trois paires de souliers, un aux pieds et deux dans le sac. Donnez ordre aux dépôts d’envoyer tout ce qui est nécessaire pour les corps.

Prescrivez que l’on suive deux routes, toutes deux aboutissant sur Augsbourg, qui sera le dépôt général, et de là sur Braunau. Il faut qu’avec le moindre bruit possible ces mouvements s’opèrent, en les attribuant à des affaires d’ordre intérieur des corps, et que je sois cependant en mesure, au 15 août, de me trouver à Linz. Comme c’est le maréchal Soult qui forme l’avant-garde, il faut que son corps d’armée soit le plus tôt prêt et le mieux organisé en tout. Le génie, j’espère, ne sera point pris au dépourvu, et aura ses outils, ses pontonniers, etc., pour réparer les ponts et les chemins rapidement. Que tout ce qui serait évacué sur Strasbourg se rende à Augsbourg, où doit être le quartier général.

Il serait cependant inutile que les corps s’embarrassassent de tous leurs bagages. En retournant à Vienne, on ne manquera pas d’effets d’habillement; il suffit de se munir de souliers. Les dépôts seront Augsbourg et Braunau.

J’ai à Strasbourg douze millions : faites-les venir à Augsbourg, et faîtes payer quatre mois de solde, en veillant à ce que ceux qui l’ont reçue ne la reçoivent pas double; je suppose qu’ils sont dus au corps du maréchal Soult. Je crois que le maréchal Augereau s’est fait solder à Francfort , et que le maréchal Lefebvre a toujours été au courant. Je suppose que le matériel de l’artillerie est parfaitement en règle. Je donne ordre au 21e léger et au 22e de ligne, qui sont en Hollande, de se rendre à Wesel. Mon intention est de les diriger sur Würzburg, pour y faire partie de la division Gazan et remplacer les 12e et 58e de ligne. Vous pouvez dire au maréchal Mortier que cette division sera de 9,000 hommes.

 

Saint-Cloud, 11 juillet 1806

Au roi de Hollande

Le traitement de mes troupes en Hollande ne peut être changé; ainsi elles n’ont point droit à la masse d’ordinaire que je fais payer pour mes autres troupes; mais on ne doit rien leur diminuer de ce qu’elles avaient avant.

Flessingue n’appartient pas à la Hollande; c’est une possession indivise, comme il résulte par le traité de la Haye.

Si le général Monnet prend dix pour cent, il faut le faire traduire devant une commission militaire; et en cela vous ne devez pas agir comme roi de Hollande, mais comme général en chef de l’armée; mais il faut être circonspect. Le général Monnet a rendu des services; il connaît bien l’île de Walcheren.

Vous devez distinguer les actes que vous faites comme roi de Hollande de ceux que vous devez prendre comme général en chef, en faisant écrire les uns par vos ministres hollandais et les autres par le chef d’état-major de votre armée.

Il ne faut pas diminuer vos contributions, ni désarmer vos vaisseaux, ni licencier vos régiments. Les temps ne sont pas calmes. Si votre conseil se portait à cette démarche, vous devez lui déclarer que je ne consentirais pas à garantir vos colonies. Je ne verrai aucune difficulté à réduire le nombre des troupes françaises. Faites dresser un état des officiers d’état-major, d’artillerie et du génie que vous voulez pas garder.

Je ne vois pas non plus d’inconvénient à vous accorder quelques officiers pour votre Garde.

Il ne faut pas être trop bon ni vous laisser affecter. Soyez ferme. Ce n’est pas de vous qu’il doit dépendre d’augmenter les ressources du pays, vous ne les connaissez pas assez. Moi-même, je n’ai améliorer la situation de la France qu’au bout de quelques années. C’est à votre conseil de ministres à arranger toutes les affaires. Faites-leur connaître qu’ils doivent supporter cet état de choses encore un peu de temps. Peut-être ne sommes-nous pas éloignés du port.

 

 Saint-Cloud, 12 juillet 1806

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, le budget de Parme me paraît bien fort. Il restera tel qu’il est pour cette année, mais il doit être réduit à moitié pour l’année prochaine. Je désire que vous chargiez le conseiller d’État Dauchy de se rendre à Parme. Il ne doit point s’immiscer dans l’administration. Il doit y rester seulement une quinzaine de jours pour faire faire sous ses yeux le budget des États de Parme et de Plaisane, jeter un coup d’œil sur l’administration et sur les différentes parties de la comptabilité, pour être à même de me rapporter des lumières sur cette partie importante.

 

Saint-Cloud, 12 juillet 1806. 

A M. Fouché

J’apprends que l’empereur d’Allemagne envoie différents agent en Italie, en Piémont et dans l’intérieur de la France, sous prétexte de rechercher des fabricateurs(sic) de faux billets de la banque de Vienne. Je ne puis que vous exprimer ma surprise de laisser ainsi violer mon territoire et de ne pas faire arrêter ces agents. Expliquez-vous-en avec M. de la Rochefoucauld, auquel vous ferez connaître mon mécontentement de la facilité avec laquelle il donne des passe-ports. S’il y a en France des individus qui font ce qu’ils ne doivent pas faire vis-à-vis de l’Autriche , ce gouvernement doit s’adresser à mon ministre des relations extérieures, qui vous en référera , et ne pas exercer un acte de souveraineté sur mon territoire. Prenez des mesures pour cela. Je vous rends responsable. Prenez aussi des mesures pour qu’aucun agent diplomatique n’entre dans mes États sans mon agrément, surtout ni Russe, ni Autrichien. Ces nations n’étant plus voisines, leurs passe-ports ne peuvent valoir que jusqu’à mes frontières. Faites de cela l’objet d’une circulaire à tous les commissaires de police et préfets, et tenez la main à ce que ces dispositions soient sévèrement exécutées. Telle est mon intention formelle, et, si je vois arriver à Paris quelque personnage de marque sans que je l’aie agréé, c’est à vous que je m’en prendrai.

 

Saint-Cloud, 11 juillet 1806

A M. de Talleyrand

Il faut faire une note à M. de Vincent pour les affaires de Fiume, qui appartiennent au roi de Naples.

Faites mettre dans le Moniteur les nouvelles de Constantinople et des Serviens, pour faire voir que la Russie ne garde plus de mesure et veut attaquer Constantinople.

Communiquez la note de M. de Lucchesini au duc de Berg, et faites connaître à M. Lucchesini que cette mesure sera sévèrement exécutée. Écrivez au duc de Berg que j’entends qu’on s’en tienne à cette notification de la Prusse, et donnez-en l’assurance à la Prusse.

Portez de nouveau des plaintes à M. de Lucchesini sur la Gazette de Baireuth.

 

Saint-Cloud, 12 juillet 1806

Au général Dejean

Je vous fais passer copie de deux lettres que je viens d’adresser au maréchal Berthier. Donnez directement tous les ordres pour les mouvements de troupes en deçà du Rhin; le maréchal Berthier les donnera pour ceux au delà du Rhin.

Le mouvement des détachements des corps de l’Est se fera sur-le-champ. Le mouvement des détachements des corps qui sont à Ostende, Anvers, Paris, Versailles, Saint-Germain et au camp de Boulogne, sera seulement préparé et ne commencera à s’exécuter le ler août. Vous leur donnerez seulement l’ordre de se tenir prêts.

 

Saint-Cloud, 12 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 6 juillet. Il n’est pas possible que vous alliez en Dalmatie. Maintenez toujours le 2e corps de la Grande Armée dans le même état de mobilité. Du moment que je saurai quels corps le général Marmont en aura retirés, je vous ferai connaître ceux par lesquels je veux les remplacer. Ce corps doit être composé de deux divisions de quatre régiments d’infanterie chacune, formant au moins 13,000 hommes d’infanterie présents sous les armes, d’une division de cavalerie légère de quatre régiments formant 2,000 chevaux, et de l’artillerie attachée au corps du général Marmont. Maintenez tout cela dans le même état d’organisation et de mobilité. J’attends avec impatience la nouvelle de la remise des bouches de Cattaro; mais, si elles ne m’étaient pas remises, et que les Autrichiens n’attaquassent pas les Monténégrins, mon intention est de les y contraindre. Il faut donc que vos quatre régiments cuirassiers soient toujours en position de former la première division de la réserve de cavalerie de l’armée. Il faut qu’ils soient en mesure d’avoir 500 chevaux en campagne. Éperonnez-les, et faites-leur acheter de bons chevaux, et le plus promptement possible.

J’ai donné ordre qu’après la prise de Gaète toutes les troupes italiennes qui sont à l’armée de Naples rentrassent dans le royaume afin de procéder à leur organisation. Mon intention est aussi de former, du moment que je le croirai nécessaire, le 8e corps de Grande Armée, qui serait composé de six régiments, qui sont aujourd’hui en Italie, soit à Gênes, soit dans le Piémont. Il faudrait que ce corps eût aussi quatre régiments de chasseurs. Les garnisons Palmanova et de Venise, d’Osoppo, de Mantoue, de Legnago, Peschiera, seraient formées par les brigades de réserve de l’armée de Dalmatie et de l’armée de Naples. Vous devez, à l’heure qu’il être à Venise. Jetez un coup d’œil sur la situation de cette place, et faites-moi faire, par Sorbier ou d’Anthouard, un mémoire très-détaillé, qui fasse connaître sur quoi était fondée la défense des Autrichiens, le nombre de troupes qu’il faudrait pour la défendre aujourd’hui. On joindra à ce mémoire une des cartes gravées qui se trouvent à Venise, avec des notes qui me donnent des idées claires là-dessus.

Saint-Cloud, 12 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, écrivez au général Duhesme que, s’il éprouve la moindre opposition de la part du gouverneur romain, il lui fasse connaître qu’il a ordre de déclarer Cività-Vecchia en état de siège, de le chasser sur-le-champ de la place, et de n’y pas souffrir d’autre autorité que la sienne. Dites à ce général que j’ai les yeux sur Cività-Vecchia, que je suis instruit de tout; que, si la légion hanovrienne continue à se mal conduire, je la casserai; que le roi de Naples et les généraux m’en ont écrit beaucoup de mal; qu’il doit faire saisir toutes les marchandises anglaises qui se trouveraient dans la place, et faire arrêter tout ce qui correspondrait avec l’ancien roi de Naples ou ses agents, avec l’archiduchesse de Sicile, et avec les agents anglais; et qu’il fasse en sorte d’intercepter, autant qu’il lui sera possible, toute correspondance de Sicile avec l’Italie, aussi bien qu’avec l’escadre anglaise.

 

Saint-Cloud, 12 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, le royaume de Naples est si pauvre et a tant de charges et de troupes qu’il faut l’aider. Mon intention est que mes troupes italiennes qui sont dans ce royaume reviennent, et que les quatre régiments d’infanterie soient mis dans le meilleur état et complétés chacun à trois bataillons et à 3,000 hommes. C’est vers ce but que vous devez tendre, soit dans la direction de la conscription , soit autrement.

Si vous pouviez construire un camp dans la plaine de Montechiaro, on pourrait y exercer les troupes dans les mois d’octobre et de novembre, ce qui serait assez utile. Les Polonais doivent rester dans le royaume de Naples et y être entretenus aux frais du roi de Naples.

 

Saint-Cloud, 12 juillet 1806

Au roi de Naples

J’ai reçu l’état de situation de votre armée. Cet état n’est pas fait avec soin; j’y trouve des choses inexactes. La force de vos régiments de cavalerie est confondue avec celle des dépôts. Il faut que votre ministre de la guerre y porte ses soins. Quand vous serez maître de Gaète, je désire que vous renvoyiez les cadres de vos 4e escadrons. Il y a encore des régiments à votre armée qui ont leur 4e escadron. Renvoyez aussi alors tous vos dragons, de même que les grenadiers et éclaireurs qui appartiennent aux 3e et 4e bataillons, car c’est un véritable corps d’armée que j’ai besoin de former de vos dépôts, et sur lequel je compte pour n’être pas pris au dépourvu.

Ma situation est belle et brillante; mais l’étendue de mes relations est telle qu’il faut que je porte la plus grande attention à réunir mes troupes et à en tirer tout le parti possible. Je sens bien qu’il serait beaucoup plus convenable que les régiments entiers fussent à Naples, mais alors je ne puis point, outre les Polonais, les Corses et les Suisses, vous laisser quatorze régiments d’infanterie. Il a fallu vous les envoyer, parce qu’ils étaient les plus près. Avant trois mois, vos 3e et 4e bataillons me formeront un corps de 20,000 hommes bien formés et bien instruits. Alors il sera tout simple que, si vous continuez à avoir besoin d’une grande quantité de troupes, je retire cinq régiments à deux bataillons de votre armée et que je vous envoie les 3e bataillons bien complets, ce qui vous ferait neuf régiment  à 3,000 ou 3,500 hommes chacun. Vous y auriez de la simplification et de l’économie; c’est là où je veux arriver. Mais, en attendant, les événements m’entraînent, et j’ai besoin d’avoir sous la main une force dont je puisse disposer au premier mouvement pour défendre l’Isonzo. Vous êtes si loin et les événements se passent avec une telle rapidité, que vous n’auriez pas le temps d’arriver avec votre armée que tout serait décidé. Portez donc tous vos soins à faire renvoyer tous les majors, les 3e bataillons, officiers et soldats, et les grenadiers et les voltigeurs. Je vous ai autorisé à compléter le 20e avec des Napolitains; si vous pensez que cet amalgame puisse réussir, gardez le cadre du 3e bataillon. Il paraît que vous avez renvoyé le cadre du 2e bataillon du 62e. Envoyez en Corse pour recruter la légion corse, mais n’y admettez pas de Napolitains; il faut qu’elle soit composée tout entière de Corses.

Je désire que, quand Gaète sera prise, vous renvoyiez le 3e bataillon du 32e; c’est un corps qui se forme et qui a besoin d’être réuni.

Les Polonais resteront dans votre royaume; ils peuvent même entrer à votre service, si vous le voulez. Mais, dans tout état de choses, tant qu’ils feront partie de votre armée, ils seront entretenus et soldés par votre trésor. Après la prise de Gaète, renvoyez toutes les troupes italiennes que vous avez, infanterie, cavalerie et sapeurs. J’en ai besoin pour faire la guerre en Dalmatie, où je soutiens une guerre très-âpre contre les Russes et les Monténégrins, et je veux que les deux nations en partagent les périls.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

A M. Gaudin

Je vous prie de lire avec attention cette note, qui est pour vous seul. Il serait temps enfin de prendre des mesures pour arrêter la contrebande qui se fait à Gènes. Il y a trop longtemps que cela dure. Je pense aussi qu’il faudrait y envoyer un directeur ferme, et que les douanes aidassent la surveillance de la police de quelques sommes sur leurs fonds et eussent un plus grand nombre de bâtiments pour poursuivre cette contrebande et y mettre un terme. Sans communiquer cette note à M. Collin, causez-en avec lui, et qu’on renouvelle un grand nombre d’employés.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

Au prince électoral de Bade

Je reçois votre lettre de 7 juillet. J’ai vu avec plaisir que vous aviez fait un bon voyage et que vous aviez été satisfait de votre arrivée à Carlsruhe. Le rétablissement de la santé de l’Électeur aura contribué à votre satisfaction. Je vois qu’il y a eu beaucoup de petites intrigues; la margrave a effectivement écrit à la princesse, et sa lettre a été remise à M. de Reizenstein, qui a jugé à propos de la supprimer. C’est ce que M. Dalberg a dit à M. de Talleyrand. Si cela est, il faut avouer que c’est bien laid et bien vilain, et que les hommes qui se permettent de pareils manques de délicatesse sont bien coupables; s’ils se croient permis de s’immiscer dans les affaires de particuliers, le respect que l’on doit à ses souverains doit rendre sacré tout ce qui vient d’eux. Il faut, quand la margrave arrivera, punir ceux qui s’oublient à ce point. J’avais peine à croire à cette malhonnêteté gratuite de la part d’une princesse qui jouit d’une considération aussi méritée que la margrave. Ne doutez jamais de l’amitié que je vous porte et de l’intérêt que je porte à votre bonheur.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

A la princesse Stéphanie de Bade

J’ai reçu votre lettre. Je vois avec plaisir que vous vous portez bien. Aimez votre mari, qui le mérite par tout l’attachement qu’il vous porte. Soyez agréable à l’Électeur, c’est votre premier devoir et il est votre père. C’est d’ailleurs un prince qui, constamment, a mérité de l’estime. Traitez bien vos peuples, car les souverains ne sont faits que pour leur bonheur. Accommodez-vous du pays et trouvez tout bien, car rien n’est plus impertinent que de parler toujours de Paris et des grandeurs qu’on sait qu’on ne peut avoir; c’est le défaut des Français; n’y tombez pas. Carlsruhe est un beau séjour. On ne vous aimera et estimera qu’autant que vous aimerez et estimerez le pays où vous êtes; c’est la chose à laquelle les hommes sont le plus sensibles.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, votre état des dépôts des corps du général Marmont ne répond pas à toutes mes questions. Il ne me fait point connaître le nombre d’hommes des dépôts qui sont à l’école de bataillon.

Les troupes qui sont à Parme ne doivent point faire partie  de l’armée d’Italie.

Le ministre Dejean fera payer les 8,000 francs que le général Molitor a avancés pour les 3e et 24e de chasseurs. Les 120 chevaux que ces régiments ont achetés en Dalmatie doivent faire partie des 700 chevaux que doit avoir chaque régiment de chasseurs. Il eût été  préférable de ne pas avoir dans l’armée d’Istrie et de Dalmatie deux régiments, et, au lieu de 120 hommes de chaque régiment, d’avoir 240 hommes du même régiment.

Faites-moi connaître combien coûtent les chevaux en Dalmatie, de quelle taille ils sont, s’ils sont ferrés des quatre pieds, et quel est leur harnachement. Pourrait-on en tirer beaucoup de la Dalmatie ? Ce serait très-heureux, parce que ce serait de l’argent qui resterait dans le pays. Une taille un peu plus grande ou un peu plus petite est indifférente pour les hussards, lorsque d’ailleurs les chevaux sont bien constitués. Je lève en France des régiments d’éclaireurs de la taille de 5 pieds, dont les chevaux ont 4 pieds 2 pouces, ne sont ferrés que des deux pieds de devant, portent, au lieu de selles de hussards, de simples coussinets, portent des portemanteaux du poids de 4 livres, n’ont point de rations et sont toujours au vert. Il me semble qu’on pourrait lever de pareils régiments en Italie; il faudrait destiner à leur nourriture quelques milliers d’arpents; on ne leur donnerait pas de rations, et l’on aurait ainsi un régiment de 800 hommes qui coûterait peu de chose.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je vois dans le dernier état de situation un second bataillon de chasseurs brescians fort de 780 hommes, qui se trouve être à Pizzighettone. Ce bataillon n’est pas le même que celui qui est en Dalmatie. Dans les autres états de situation il n’a jamais été question de ce deuxième bataillon brescian. Dans votre dernier état il n’est pas question du bataillon dalmate qui est Bergame.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je crois que la vice-reine se soucie fort peu d’avoir un grand nombre de ses dames auprès d’elle. Elle a sa petite cour qu’elle a amenée de Munich. Lorsque le tour d’une des dames vient, on doit la prévenir; mais, lorsque ses affaires ou sa santé l’emepêchent de venir, il faut y suppléer par d’autres. C’est ainsi nous faisons ici.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

OBSERVATIONS SUR LE GRAND PROJET DE WESEL

Après avoir vu le nouveau projet de Wesel, on donne de beaucoup la préférence au projet de l’hexagone; seulement on voudrait que l’ouvrage D fût tracé de manière qu’il dépendît de l’île de Büderich ou de l’hexagone; mais on n’approuve pas qu’il dépende des deux, c’est-à-dire, si on veut l’attacher à l’île de Büderich, il faut que, l’hexagone pris, l’ouvrage D ne soit pas pris; si on veut l’attacher à l’hexagone, il faut que, l’île étant prise, l’ouvrage ne soit pas pris à revers et hors de toute défense.

Quant à la lunette qu’on voulait à la tête de pont, on n’a pas compris ce que nous désirions. C’est une espèce de place d’arme intermédiaire entre l’île et l’hexagone, qui donne une nouvelle force à tous les fronts en terre de l’hexagone, et donne le temps à tout ce qu’on aurait dans l’hexagone de repasser dans l’île ou même à Wesel si l’hexagone était pris. On ne voit là qu’un but très-utile et un objet de dépense médiocre. Puisqu’on croit qu’une caponnière du bastion P au pont est convenable, c’est un flanc donné à la caponnière en lui faisant faire un crochet.

Il peut y avoir telle circonstance où l’ennemi juge à propos de prendre l’hexagone : si cela est, la garnison peut vouloir le défendre avec toutes ses forces et même soutenir l’assaut. On sent que la lunette que l’on propose est un réduit où la garnison se retirera pendant que le gros de la garnison passera sur le pont. Elle peut contenir le matériel pour le passage du pont. Voilà donc un but bien constant qui tient à la singularité de la place. Il n’y a pas d’hérésie à tout ce qui est soumis au raisonnement et qui a un but.

En effet, si on suppose que l’île de Büderich soit prise, la lunette ne sera pas prise pour cela; il faudra passer le Rhin; dès lors elle devient nulle et ne fait aucun tort à la place, quoique l’île soit prise. Elle est très-utile à l’île, si l’hexagone est pris; elle en protége la garnison et sa retraite au delà du Rhin.

Qu’on se rappelle toutes les circonstances, et on verra qu’il est des temps où le Rhin charrie des glaçons, où le passage peut être intercepté par des batteries et n’avoir lieu que la nuit et successivement.

Indépendamment de tous ces avantages, cet ouvrage a celui de retarder l’ennemi de cinq à six jours; car certainement il voudra être maître de la rive gauche du Rhin et prendre la lunette, ce qui lui consommera des munitions et le retardera de quelques jours.

Comme il est probable que l’île tiendra plus longtemps que l’hexagone, il est bon de disposer cet ouvrage de manière qu’il ait du commandement sur l’hexagone.

La nécessité de cheminer cent toises sur cette lunette et sous le feu de l’île de Büderich est bien quelque chose. Au moyen de cette lunette, l’artillerie, la garnison, les magasins de l’hexagone pourront être retirés dans l’île, et tout cela serait pris sans cet ouvrage. Enfin l’ennemi sera très-inquiété pendant huit jours, et si, pendant ce temps, l’armée française arrive, cette petite lunette aura rendu des services de campagne incalculables.

On ne s’oppose point à ce que les ingénieurs tracent l’hexagone de manière que la lunette devienne un réduit, et qu’il n’y ait pas d’enceinte vis-à-vis, à peu près comme on le fait à la jonction des places et des citadelles. Quand on devrait mettre un front de plus en terre, et qu’on devrait y relier les ouvrages E, D, on n’y verrait pas d’inconvénient; et, dans le cas où les ingénieurs décideraient ainsi le problème, on ne s’opposerait pas à ce qu’on fit un triangle bastionné ou toute autre chose, au lieu d’une simple lunette.

En un mot, on considère l’hexagone comme une seconde place. L’emplacement m’en plaît assez, parce qu’on y voit l’arrière-pensée que, si dans les siècles à venir on nous enlevait Wesel, l’hexagone resterait toujours avec l’île de Büderich et formerait une petite place. Mais je regarderais comme un grand malheur que l’ennemi pût nous chasser de la rive gauche. Ainsi, outre l’hexagone, on désire une citadelle ou réduit. On demande un tracé de ces ouvrages. On s’occuperait d’abord de ce réduit. Avec le temps un million de plus n’est rien, et on achèverait la place de la rive gauche.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

Au général Dejean

Je suis fâché qu’on ait fait passer de l’artillerie de Fenestrelle et d’Alexandrie à Ancône. Des mouvements de cette importance ne doivent pas être faits sans m’être soumis. C’est un moyen de dépenser beaucoup d’argent et de gaspiller nos moyens artillerie. Le bureau de l’artillerie est coupable de les avoir faits sans connaître mes intentions. Il y avait dans l’État romain et à Ancône assez de pièces pour armer cette place, si j’y avais attaché cette importance. Le bureau de l’artillerie ignore qu’Ancône n’a pas même d’enceinte. Désormais aucun mouvement d’artillerie ne doit être fait sans mon ordre. On ne remue pas une escouade d’infanterie sans que je l’aie ordonné; cela est cependant de moins d’importance que le matériel.

 

 Saint-Cloud, 13 juillet 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous donnerez l’ordre au général Dupont de se rendre à Cologne, vu qu’incessamment toute sa division doit s’y réunir pour reprendre son rang au corps d’armée du maréchal Ney. Ce général aura soin que son artillerie, ses caissons et tous les objets nécessaires à sa division soient parfaitement en règle.

 

Saint-Cloud, 13 juillet 1806

DÉCISION

On soumet à l’Empereur les extraits ci-après des demandes de la princesse de Lucques.

Légion d’honneur. J’ai demandé à Sa Majesté d’avoir la bonté de mettre à ma disposition six décorations, ou de la Légion d’honneur ou de la Couronne de fer, pour mes ministres et mes grands officiers.

Les récompenses et les honneurs accordés au mérite sont les plus puissants moyens d’encouragement; j’insiste beaucoup sur cette marque de confiance et de bonté de Sa Majesté.

Relations extérieures. Il est impossible d’organiser les impôts indirects et l’administration, si Pictra-Santa et Barga ne sont pas réunies à la principauté.

Finances. Les anciens princes étaient propriétaires de la pêche du thon dans le canal de Piombino; ces droits et cet apanage de ma principauté étaient affermés par mes prédécesseurs. Je demande que cette propriété me soit conservée.

Travaux d’embellissement. J’ai fait suspendre les travaux du palais de Paris et continuer ceux de Piombino. Je désirerais connaître si ces dispositions s’accordent avec les projets ou les intentions de Sa Majesté.

Mines de l’île d’Elbe. Les mines de l’île d’Elbe ne sont pas affermées, ainsi que Sa Majesté le pensait. Je demande une autorisation pour l’extraction gratuite de 300 cents de minerai pour mes forges.

M’envoyer les noms des personnes auxquelles vous les destinez , et je les nommerai.

 

 

 

 

Des ordres ont été donnés, l’on négocie en ce moment avec la cour d’Étrurie.

Si cette pêche est dans le même cas que la madrague de l’île d’Elbe, c’est impossible.

 

C’est de l’argent jeté dans l’eau. Vous n’avez pas besoin de palais à Paris, ni de faire tant de dépenses à Piombino, où vous ne résidez pas.

Accordé.

 

Saint-Cloud, 15 juillet 1806

Au roi de Naples

J’ai donné ordre que tout ce qui revient à vos bataillons de guerre sur la masse de linge et chaussure leur fût envoyé des bataillons de dépôt.

Je crois que les négociations commencées avec l’Angleterre n’iront pas à bien. Elle s’est mis dans la tête de conserver la Sicile à l’ancien roi de Naples. Cette clause ne peut pas me convenir.

Au moment où le feu commencera à Gaète, réunissez le plus de troupes fraîches que vous pourrez. Arrangez-vous de manière à avoir une colonne de 4 à 5,000 hommes, que vous tiendrez en réserve et que vous ne laisserez pas approcher du feu avant le quatrième ou le cinquième jour, et que vous ne ferez donner que pour une occasion importante et pour couronner quelque ouvrage. J’ai peine à comprendre quel parti vous pouvez tirer de vos chaloupes canonnières. Il serait plus utile qu’elles fussent du côté de la Sicile; la supériorité de l’ennemi sera telle devant Gaète qu’il ne les laissera pas dehors, ou vous en fera perdre un bon nombre.

C’est la Sicile qu’il faut prendre. Quant à Gaète, il me semble que votre équipage de siège est très-beau et que vos munitions sont suffisantes. Recommandez à l’artillerie de ne pas tirer à toute charge lorsque demi-charge suffira. Je suis fâché que vous n’ayez pas de petits mortiers. Des mortiers de 8 pouces placés à 100 ou 150 toises font un mal affreux. Il ne s’agit pas de tirer beaucoup, mais de bien tirer. Pourquoi l’officier du génie Chambarlhiac n’est-il pas au siége ? C’est un bon officier de guerre. Il ne saurait y avoir là trop d’officiers du génie et d’artillerie.

 

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806

A M. Fouché

Il y a eu hier un accident d’un cocher qui, par sa faute, à ce qu’il paraît, a tué un petit enfant. Le faire arrêter, n’importe à qui appartienne, et le faire punir sévèrement.

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, il est inutile d’entrer dans tant de détails dans votre réponse au landgrave de Hesse et de parler dg coparrains. Répondez au général Vial que j’ai donné des ordres au ministre de la guerre pour que tous les obstacles au recrutement fussent levés. L’argent ne doit pas manquer. Il faut qu’avant la fin d’août le régiment soit à son grand complet, de manière que je puisse, à cette époque, nommer les officiers du second régiment. Écrivez au général Vial que, tous les quinze jours, il fasse connaître l’état de ce recrutement, et, si le ministre de la guerre a pourvu tout ce qui était nécessaire, en indiquant tout ce qu’il y aurait faire. Faites mettre dans le Moniteur ce qui est relatif au décret contre l’introduction des marchandises anglaises en Suisse.

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je vous ai prescrit différentes dispositions, par ma dernière lettre, sans vous en dire la cause. Je vous envoie aujourd’hui un traité (Projet de traité de la Confédération du Rhin – Note de la minute.) que je désire que vous gardiez pour vous seul, et que je veux faire sanctionner avant que mon armée repasse le Rhin; par ce moyen, je n’aurai pas de dispute sur ce point. D’un autre côté, Cattaro ne m’est pas encore remis. Mon intention est, si l’empereur d’Allemagne fait la moindre difficulté d’adopter ces mesures, de porter toute mon armée entre l’Inn et Linz, ce qui déchargera la Bavière. Vous pouvez en causer avec M. Otto, mais avec lui seulement. Comme vous serez chargé de l’échange des ratifications, vous aurez à faire un grand travail, dans lequel il pourra vous aider, tout cela devant passer par vos mains.

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806

Au maréchal Berthier

Je vous envoie une lettre de mon ministre en Suisse. Levez tous les obstacles. Il est ridicule que, depuis quelques années, je solde quatre bataillons et que je n’aie pas 1,500 hommes. Qu’on envoie de l’argent et que l’on fasse un règlement pour que le recrutement s’opère avec la plus grande activité, de manière à compléter en un mois le régiment à 4,000 hommes.

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806

Au maréchal Soult

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre; j’ai lu avec intérêt le rapport que vous m’avez envoyé. Quelque impatience que j’aie de voir l’armée revenir, je vois avec peine que son retour sera encore retardé de quelques jours, afin d’appuyer les arrangements d’Allemagne, pour lesquels il st indispensable de ne rien laisser derrière soi.

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, je ne sais pourquoi vous voulez faire des généraux de division de généraux de brigade qui n’ont pas tiré un coup de fusil. Si vous n’avez pas envoyé le général Lechi en Dalmatie pour y commander les troupes italiennes, envoyez-y le général Fontanelli. Il y a aujourd’hui assez de généraux de division. Il faut que les généraux actuels fassent la guerre et se distinguent pour arriver aux grade.

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806.

Au prince Eugène

Mon Fils, l’état que vous m’avez envoyé ne signifie rien pour moi. Je n’ai aucune foi aux pièces, je n’en ai qu’aux revues. Je connaît parfaitement la force des corps à toutes les époques, et c’est par la force des corps que se justifient les consommations.

Quant aux bons, on en fait tant qu’on veut. C’est un genre comptabilité qui est bon pour les détails; mais l’ensemble ne se juge que par les revues et la masse des troupes qu’on a dû nourrir.

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806

Au roi de Naples

Le 6e bataillon bis du train a dû arriver à Naples. Vous avez dû recevoir l’ordre de renvoyer en Italie les compagnies et détachements du 7e bataillon et du 4e bataillon bis et principal. Du moment que Gaète sera pris, renvoyez les détachements des bataillons, cette mesure ayant pour but de mieux entretenir les corps.

Faites juger, pour être punis comme ils le méritent, ceux qui ont assassiné les aveugles d’Égypte. Faites-en faire une procédure éclatante, à laquelle je donnerai ici la plus grande publicité. Au reste, tout le monde, Russes, Autrichiens, Anglais, connaissent l’atrocité de la reine de Naples, et savent bien qu’elle ne pourrait pas retourner à Naples, puisqu’elle naviguerait sur une mer de sang. Le mépris qu’elle inspire est général chez toutes les puissances et affaiblit l’intérêt que prennent à elle ceux qui l’ont compromise.

 

Saint-Cloud, 16 juillet 1806

DÉCISION

Question proposée par le préfet de la Charente sur l’inhumation des morts.Tout individu doit être porté à l’église du culte qu’il a professé pendant sa vie.

 

Saint-Cloud, 17 juillet 1806

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie une demande de la grand’mère de la princesse Auguste, pour laquelle je désire faire quelque chose. Faites-m’en un prompt rapport, en me faisant connaître en quoi consiste sa demande et ce qu’il faut faire pour lui conserver ses droits.