Correspondance de Napoléon – Juillet 1806

Saint-Cloud, 6 juillet 1806

Au général Dejean

Monsieur Dejean, j’apprends que le colonel Darricau a fait sans ordre une convention avec un colonel prussien, dans laquelle il a compromis mes intérêts. Donnez-lui l’ordre de se rendre aux arrêts forcés à Wesel, et envoyez, par un courrier extraordinaire, l’ordre au 32e régiment de retourner à son poste et de replacer les chose à Werden comme elles l’étaient avant ladite convention.

 

Saint-Cloud, 6 juillet 1806

Au roi de Naples

Mon Frère, je verrais avec plaisir que vous nommiez M. Arrighi, vicaire général de l’île d’Elbe, à un évêché de votre royaume de Naples.

 

Saint-Cloud, 7 juillet 1806

DÉCISION

Le ministre de la guerre demande si l’on doit rétablir le pont de Vieux-Brisach, enlevé en partie par un débordement du Rhin.Il sera plus convenable de le rétablir à Huningue, mais pour le passage de la Grande Armée.

DÉCISION

Le ministre des finances propose de nommer M. Dubarret à la place de conservateur du ler arrondissement des forêts, vacante par la démission de M. Perrache-Franqueville.Avant de nommer à cette place, savoir pourquoi le titulaire se démet. Lui faire connaître que, parce que j’ai séparé mes domaines, ce n’est pas une disgrâce ni une preuve de mécontentement, et que je désire qu’il reste.

 

Saint-Cloud, 7 juillet 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, il sera convenable, lorsque vous quitterez l’Allemagne, que vous envoyiez quelques gratifications aux officiers et administrateurs autrichiens qui ont bien traité nos malades à Brünn, à Vienne et à Braunau; et, s’il se trouve parmi eux quelques officiers généraux, faites-leur remettre des boîtes avec mon chiffre.

 

Saint-Cloud, 7 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, le ministre Dejean ne peut ordonnancer le payement des 10, 000 quintaux de blé qui ont été expédiés à Zara et à Spalatro dans le courant d’avril. L’ordonnateur, qui a des fonds pour mai et juin, fait fort bien de ne pas payer ces 170,000 francs, parce qu’ils ne doivent point figurer dans le compte de la masse de boulangerie de ces mois. S’il ne pouvait les avancer que sur la masse de retenue de mai et juin, avancez-les sur les fonds de mon trésor d’Italie. Vous comprenez bien que, pour ces 10,000 quintaux de blé, je dois avoir une économie de 170,000 francs sur la masse de boulangerie de mai et de juin du corps de Dalmatie.

 

Saint-Cloud, 7 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, donnez ordre au général Marmont de se rendre en Dalmatie. Il prendra le titre de commandant en chef de mon armée en Dalmatie. Son premier soin sera de dégager le général Lauriston. Il partira vingt-quatre heures au plus tard après en avoir reçu l’ordre afin d’être rendu à Zara le plus tôt possible. J’ai vu avec peine que le général Molitor n’a fait aucune des choses que j’avais ordonnées. Faites-moi connaître pourquoi, au lieu de réunir 4,000 hommes à la Narenta pour soutenir le général Lauriston, il a laissé ses troupes disséminées. Quel que soit le nombre des malades dans mes troupes qui sont en Dalmatie, je ne puis concevoir que le 8e d’infanterie légère, ayant les 5e, 23e, 79e et 8le régiments d’infanterie de ligne, ayant ensemble un effectif de plus de 15,000 hommes en Dalmatie, ne puissent pas offrir 8 à 9,000 hommes en ligne. Indépendamment de ces forces, le général Marmont aura avec lui les deux bataillons du 18e régiment d’infanterie légère, le bataillon brescian, celui de ma Garde italienne et le 60e régiment de ligne. Il suffit de tenir en Istrie le 13e régiment. Cependant il est important de ne pas envoyer en Dalmatie les quatre bataillons du 60e, mais seulement ses deux
premiers, complétés à raison de 1,000 hommes par bataillon; les cadres des 3e et 4e bataillons pourront rester où ils sont, afin de rassembler tout ce qui sortira de l’hôpital et les conscrits. Laissez le général Marmont maître d’emmener quatre autres bataillons de sa division, en ayant soin qu’ils soient pris parmi les premiers bataillons des corps et complétés à raison de 1,000 hommes chacun. Cependant mon intention est que, si au moment où ces corps seront arrivés à mi-chemin de leur destination, on était instruit que Raguse a été dégagée, le général Marmont renvoie ce qui serait inutile, pour ne pas avoir trop de troupes en Dalmatie.

 

Saint-Cloud, 7 juillet 1806

Au général Marmont

Monsieur le Général Marmont, je vous donne le commandement de mon armée de Dalmatie. Les circonstances vous fourniront l’occasion de vous distinguer. Partez sans délai, et réunissez mes troupes, qu’on laisse disséminées dans un tas de places peu importantes. La seule place vraiment importante de la Dalmatie, c’est Zara; c’est la seule qui soit en état de soutenir un siège; elle est armée et approvisionnée. Concentrez-y aussi tous vos approvisionnements. Le premier objet que vous devez avoir en vue, c’est de dégager Raguse et le général Lauriston. Votre second objet sera d’occuper les bouches de Cattaro, que les Autrichiens doivent vous remettre. Une fois maître des bouches de Cattaro, vous n’aurez rien à craindre pour Raguse, puisque les seuls ennemis qui pourraient l’attaquer sont les Monténégrins, qui ne pourront plus alors communiquer avec Raguse ni avec la Dalmatie. Indépendamment de la voie de mer qui conduit à Stagno , il y a la vallée de Trebigne qui conduit par terre à Raguse, et où les Turcs vous laisseront passer, parce qu’ils savent que cette cause est commune à la Bosnie.

Saint-Cloud, 8 juillet 1806

DÉCRET

TITRE 1

ARTICLE ler. – Le Prytanée militaire est placé, à dater du 1er janvier 1807, dans les attributions du ministre de la guerre.

TITRE II

DE L’ADMINISTRATION ÉCONOMIQUE

ART. 2. – L’administration des masses est confiée à un conseil d’administration.

ART. 3. – Le conseil d’administration est composé,

Du commandant militaire, président;

Du directeur des études,

Du chef de bataillon attaché au Prytanée,

Et d’un quartier-maître secrétaire.

ART. 4. – Le conseil rend chaque année compte de sa gestion.

ART. 5. – Tous les actes de l’administration sont écrits et consignés dans des registres à ce destinés.

ART. 6. Le procureur gérant fait les fonctions d’économe.

TITRE III

DU COMMANDANT MILITAIRE

ART. 7. Le commandant militaire commande en chef le Prytanée.

Il correspond seul avec le ministre de la guerre et lui rend compte de la situation de l’établissement.

ART. 8. – Sa surveillance en embrasse toutes les parties et il est spécialement chargé du maintien de l’ordre, de la police
discipline dans l’intérieur.

ART. 9. – Il reçoit les élèves, les fait enregistrer et classer par le directeur des études, et entretient la correspondance avec les parents.

ART. 10.- Il nomme aux différents grades parmi les élèves d’après les notes qui lui sont remises par le directeur des études.

ART. 11. – Il a la nomination et la révocation de tous les employés et servants qui ne sont pas comptables directs.

ART. 12. – Il donne les ordres pour la marche de l’administration, d’après les règlements et les délibérations du conseil.

TITRE IV

DU DIRECTEUR DES ÉTUDES

ART. 13. – Le directeur des études est chef de l’enseignement. Il a sous ses ordres le sous-directeur des études, les professeurs, et maîtres de quartiers.

ART. 14. – Sa surveillance embrasse toutes les parties de l’enseignement, et il est spécialement chargé du maintien de l’ordre, de la police et de la discipline dans l’intérieur des classes et salles d’étude.

ART. 15. – Il rend compte au commandant militaire des fautes commises par les élèves, les professeurs et maîtres de quartiers.

ART. 16. – Il lui présente les sujets susceptibles d’être dans les régiments ou envoyés à l’école de Fontainebleau ou de Metz.

TITRE V

ART. 17. – Les dispositions de notre décret du 13 fructidor an XIII, qui ne sont pas contraires au présent décret, sont maintenues.

ART. 18. – Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Saint-Cloud, 8 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, rendez-vous à Venise, restez-y cinq ou six jours. Passez en revue l’arsenal; entrez dans tous les détails; activez tous les travaux. Tenez un conseil de marine, auquel vous appellerez tous les officiers de marine et les administrateurs les plus expérimentés, pour aviser aux moyens de faire passer des secours à Raguse. Vous ferez distribuer sur quatre petits bâtiments 600,000 rations, moitié de farine, moitié de biscuit, 600,000 cartouches, 600 fusils et quelques barils de poudre. Vous ferez partir sur-le-champ ces quatre bâtiments, qui saisiront les moments favorables pour éviter les croisières et filer sur Raguse. Vous ordonnerez qu’on arme ainsi un petit bâtiment toutes les semaines, jusqu’à ce que Raguse soit débloquée. Il y a plusieurs bricks, appartenant à ma marine italienne, qu’on assure être bons marcheurs : s’ils sont réellement propres à des expéditions de ce genre, confiez-en le commandement aux meilleurs officiers; chargez-les de biscuit, de farine, de cartouches, de poudre, autant qu’ils en pourront porter, et faites-les partir pour s’introduire dans Raguse en évitant les croisières.

Vous devez trouver à Venise beaucoup de marins expérimentés qui, connaissant parfaitement ces parages, pourront soustraire vos bâtiments aux croisières et les conduire de nuit dans le port.

Si vos frégates étaient bonnes marcheuses, je ne verrais pas de difficulté à les charger de toutes sortes de munitions de guerre et de bouche et à les faire servir à ces expéditions; mais je les crois tellement mauvaises marcheuses qu’elles ne pourraient que se compromettre.

Donnez ordre que tous les petits bâtiments que vous avez à Venise prennent la mer, pour aller croiser sur les derrières de l’ennemi, protéger les canaux de la Dalmatie et la communication intérieure de toutes ces îles.

Ordonnez au général Lemarois d’armer à Ancône quatre petits bâtiments, qu’il fera approvisionner de la même manière que ceux qui partiront de Venise. Il pourra y faire mettre pour lest des boulets. Il prendra la poudre et les cartouches dans l’arsenal d’Ancône. Ces quatre bâtiments partis, vous lui prescrirez d’en faire partir un pareil toutes les semaines.

Toutes ces expéditions se feront aux frais de mon trésor d’Italie, sauf à les régler ensuite définitivement. Accordez tout l’argent qui sera convenable pour que rien n’éprouve de retard. Vous pouvez mettre aussi sur chaque bâtiment un approvisionnement de riz.

Pendant le temps que vous resterez à Venise, faites vérifier tout ce qui sera parti en souliers, effets d’habillement, vivres et munitions; et tout ce qui serait en magasin , faites-le partir; il paraît qu’il y a très-peu de chose d’arrivé en Dalmatie.

Enfin prenez toutes les mesures de prudence pour faire passe secours et ravitailler Raguse.

 

Saint-Cloud, 8 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, envoyez-moi le mouvement des hôpitaux d’Istrie dans les mois de mai et juin, afin que je connaisse le nombre d’hommes qui y sont entrés et sortis, et qui sont morts pendant chaque mois.

 

Saint-Cloud, 8 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, faites-moi connaître si les divisions de réserve de chasseurs et de dragons de l’armée de Naples qui sont en Italie vont au manége tous les jours, et si les dragons sont déjà à l’école de bataillon. Recommandez aux généraux Pouchin et Valory de faire exercer l’une et l’autre de ces divisions au détail, de manière qu’au mois de septembre elles puissent manœuvrer en ligne et commencer les grandes manœuvres.

 

Saint-Cloud, 8 juillet 1806

Au roi de Naples

J’ai fait ce que vous désiriez pour le chef de bataillon Thomas; vous pouvez lui annoncer qu’il est officier de la Légion d’honneur.

Vous pouvez renvoyer tous les officiers que vous ne voulez point garder. Je vous ai déjà écrit que vous étiez le maître de renvoyer Saint-Cyr ou Masséna, comme cela vous conviendra. Si vous avez des plaintes plus particulières sur le général Rusca, qu’on les envoie au ministre de la guerre pour qu’il soit puni en conséquence.

Tout ce qui appartient à la masse de linge et chaussure de vos bataillons de guerre va partir pour l’armée de Naples. Vous ne devez point être surpris des soins que je prends : il faut que je considère l’ensemble et ne sois pas un moment au dépourvu. Le royaume de Naples m’emploie quatorze régiments; l’lstrie et la Dalmatie m’en emploient huit; voilà donc vingt-deux régiments hors de mon système de guerre. Il faut donc que je remplace les uns et les autres, et que j’aie, dans mes dépôts d’Italie, de quoi habiller dans un hiver une trentaine de milliers de conscrits.

Est-il bien prudent de mettre les armes à la main aux personnes qui étaient hier dans le parti contraire ? N’avez-vous point trop de sécurité ?

Mes négociations avec l’Angleterre continuent; tout serait déjà conclu sans la Sicile.

Je vois avec peine que vous employez vos chaloupes canonnières, qui sont vos moyens de passage, devant Gaète , où non-seulement elles ne vous sont d’aucune utilité, mais où elles courent même quelques dangers par l’immense supériorité des ennemis.

Je désire que vous m’envoyiez exactement la situation de votre armée napolitaine, tant en généraux qu’en troupes. Allez doucement sur ce point. Ce sont des moyens jetés dans l’eau que de solder des corps sans officiers, peu attachés et qui, dans des occasions importantes, pourraient vous manquer. Votre étoile polaire doit être ceci : si une nouvelle coalition se formait et si l’on perdait une bataille sur l’Adige, quelle conduite tiendraient ces gens-là ? Je sais que cela n’arrivera pas; mais enfin cela peut arriver, et c’est dans les temps ordinaires et pendant la paix qu’il faut montrer de la sagesse et de la prévoyance.

 

Saint-Cloud, 8 juillet 1806

Au roi de Hollande

Je ne pense pas qu’aucune escadre puisse partir du Texel avant la fin d’octobre ou le commencement de novembre. Je ne vois pas d’inconvénient à envoyer un bataillon à Curaçao; mais voyez de quelle manière;  vos marins pensent qu’il pourra sortir. Je vous ai demandé des mémoires et des plans de Surinam et du cap de Bonne-Espérance. Qu’est-ce que vos marins pensent qu’il faudrait faire pour reprendre l’une ou l’autre de ces colonies avec une de mes escadres combinées ? Une expédition de 4,000 hommes pourrait-elle doubler l’Écosse pour se rendre à Surinam ou au cap de Bonne-Espérance ? Quel est le danger attaché à cette navigation si l’on est bloqué, et quel moyen d’arriver ? Quelle est la saison du voyage ?

 

Saint-Cloud, 9 juillet 1806

DÉCISION

Le ministre de la justice présente un rapport et un projet de décret impérial tendant à faire publier, dans les 27e et 28e divisions militaires, la loi du 10 vendémiaire an IV, sur la responsabilité civile des communes pour les délits commis sur leur territoire.Ces sortes de lois supposent l’absence de gouvernement, et c’est en effet lorsqu’il n’y point de gouvernement qu’on peut faire aux citoyens une obligation de veiller eux-mêmes. Hors de ces circonstances, ils ne sont responsables que de leurs faits personnels. Un gouvernement doit veiller pour eux comme pour lui-même. Répondre dans ce sens au général Menou.

 

Saint-Cloud, 9 juillet 1806

NOTE POUR LE MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC

Sa Majesté tiendra lundi prochain un conseil des finances.

Le ministre fera connaître dans ce conseil ce qu’il a reçu de l’Italie française depuis le 1er vendémiaire an XIV jusqu’au 1er juillet 1806, département par département, administration par administration, et il aura soin de porter comme reçu ce qui ne serait pas rentré dans les écritures du trésor public et qui serait cependant connu comme effectivement rentré.

Il distinguera dans ces recettes les fonds généraux et les spéciaux.

Il présentera en même temps un état de ce qui a été reçu de l’Italie française, pendant l’an XIII , par département et par nature de recettes.

Il apportera également l’état, par département et par nature de recettes, des dépenses qui se font régulièrement dans l’Italie française et il le dressera, ou d’après les dépenses de l’exercice courant, ou d’après celles de l’an XIII. Il ne comprendra pas dans cet état les dépenses de la guerre, qui sont variables, mais seulement celle des états-majors, des commandements des places, etc., qui sont dépenses fixes; l’objet qu’on se propose étant de connaître ce qui restera disponible pour les dépenses variables de la guerre. Il présentera, dans un état à part, ce que coûtent les dépenses variables de la guerre, au ler juillet, dans l’Italie française.

Le ministre de l’administration de la guerre doit lui envoyer un mémoire faisant connaître quelle est la portion de la dépense des régiments stationnés dans l’Italie française qui se payerait en France, telle que l’habillement, les remontes, etc.

Enfin le ministre du trésor public proposera l’établissement d’un intendant des finances et d’un caissier central pour l’Italie française. Le caissier central ne serait qu’une machine qui recevrait tout l’argent des receveurs et le verserait au fur et à mesure dans les mains du payeur. Par l’organisation de cette machine, on arriverait à ne tirer jamais un écu de l’Italie française, qui ne ferait autre chose que de payer tant de troupes et de fournir tant de conscrits.

 

Saint-Cloud, 9 juillet 1806

DÉCISION

L’administrateur, préfet des États de Parme et de Plaisance, fait un rapport sur l’évasion des forçats napolitains à Pontremoli.Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur écrive à l’administrateur, préfet des États de ‘Parme et de Plaisance, que le rapport relatif à l’évasion des forçats napolitains n’est point satisfaisant, attendu qu’il ne fait connaître ni le nombre de ceux qui ont été tués ou pris, ni la nature des mauvais traitements qui ont été faits aux troupes françaises à Pontremoli. Si ces mauvais traitements sont graves et constants, il faut brûler ce village, afin que l’on soit bien convaincu du respect qui est dû aux troupes françaises, qui ont le droit d’aller partout en Italie, ainsi qu’elles l’ont toujours fait.

DÉCISION

Les jeunes gens de Rouen, arrêtés pour les troubles qui ont eu lieu au théâtre de cette ville et pour la distribution de quelques pamphlets, demandent leur mise en liberté.Il me semble que ces jeunes gens sont suffisamment punis. Le ministre de la police les fera mettre en liberté, puisque les plus coupables n’y sont pas, et leur fera recommander par le maire plus de sagesse à l’avenir et  surtout plus de respect pour la force armée.

 

Saint-Cloud, 9 juillet 1806

NOTE CONCERNANT L’ORGANISATION DES RÉGIMENTS D’ÉCLAIREURS

Présenter un projet d’organisation de quatre régiments d’éclaireurs, composés chacun de quatre escadrons et de 200 hommes par escadron.

La taille des éclaireurs sera au plus de 5 pieds.

La taille des chevaux sera de 14 pieds à 4 pieds et 3 pouce 1/2 au plus.

Les chevaux ne seront ferrés que des deux pieds de devant. La bride sera la plus simple possible.

Ils auront un coussin au lieu et place de selle; bien entendu qu’on adaptera à ce coussin des étriers et les autres accessoires indispensables.

Les éclaireurs auront un habit, une veste et une culotte ou pantalon, et, en outre, une veste d’écurie. Ils auront aussi une capote pour leur servir et tenir lieu de manteau. Le porte-manteau sera le plus petit possible, et les effets à y renfermer ne pourront peser plus de 4 livres.

Les bottes seront approchant celles des hussards, mais sans aucun ornement.

Dans cette nouvelle institution, l’intention de l’Empereur est d’ utiliser les petits chevaux et de diminuer la consommation des grandes espèces.

Ces corps pourront rendre les mêmes services comme éclaireurs que l’ont fait jusqu’à ce jour les hussards et les chasseurs. On pourra partout les multiplier avec la plus grande facilité, parce qu’on trouvera à se procurer en tout temps et presque partout des chevaux de cette taille, et qu’en campagne ces corps pourront se remonter avec toute espèce de chevaux.

Pour suite de cette institution, les hommes au-dessous de la taille de 5 pieds, trop petits pour servir dans les dragons, pourront être utilisés dans la cavalerie, ainsi qu’ils le sont déjà dans l’infanterie par la création des compagnies de voltigeurs, et néanmoins ces régiments seraient en proportion beaucoup moins chers.

Il importe, pour répondre aux ordres de l’Empereur, d’évaluer leur dépense pour la partie afférente à chacun des deux ministères.

L’intention de l’Empereur serait que les chevaux des éclaireurs fussent tenus en tout temps en plein air et nourris à la prairie, sans avoine. C’est un essai qui mérite d’être tenté; il ne présente en France aucun inconvénient pendant huit ou neuf mois de l’année; mais, pendant trois ou quatre mois d’hiver, cet essai devra être modifié dans presque toute la France à raison des fortes gelées et des neiges, et, à mon avis, il deviendra indispensable d’avoir des hangars fermés sur deux ou trois de leurs côtés dans les lieux de pacage, et d’y nourrir les chevaux au fourrage sec pendant la durée du grand froid ou des neiges.

L’île de la Camargue est le seul-endroit que je sache, en France, qui fasse exception à ce que je viens de dire; les moutons et les chevaux y paissent tout l’hiver en plein air et sans abri.

L’intention de l’Empereur serait d’avoir pour chacun de ces corps une garnison fixe, où l’on achèterait, avec le temps, le terrain nécessaire pour fournir les herbages.

L’île de la Camargue serait un de ces quatre dépôts.

Tous les six ou huit ans, ces corps changeraient entre eux de garnison.

En route, les chevaux seraient placés dans des écuries ou des granges.

Sa Majesté Impériale a été déterminée au projet proposé par les considérations ci-dessus détaillées et, en outre, par ce qu’elle a vu à l’armée d’Italie et à celle d’Égypte. Le 22e régiment de chasseurs a amené à l’armée d’Italie 200 chevaux de la Camargue, achetés à raison de 150 francs l’un; la taille de ces chevaux n’excédait pas il pieds 2 pouces, et ils n’étaient ferrés que des deux pieds de devant. Par suite de leur éducation ils ont résisté, dans la campagne d’Italie, à toute la misère des montagnes; passés depuis en Égypte, ils y plus résisté que les autres chevaux.

Le général Dejean, par ordre de l’Empereur.

 

Saint-Cloud, 9 juillet 1806

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai nommé le général Marmont commandant de mon armée de Dalmatie. Il sera sans doute parti pour Zara. Il est bien nécessaire que les 3e et 4 bataillons du 60e, le 3e du 18e d’infanterie légère, et les 3e et 4e bataillons des régiments que le général Marmont aura emmenés soient formés en une division de réserve qui portera le nom de division de réserve de Dalmatie. Vous réunirez les dépôts du 8e d’infanterie légère, des 5e, 23e, 79e et 81e de ligne. Tous ces détachements seront divisés en trois brigades à Padoue, Vicence et Trévise, sous les ordres des majors et si l’inspection d’un général de brigade, qui s’occupera sans relâche former et d’organiser ces dépôts, et de tout préparer pour l’arrivée des conscrits. Par ce moyen, vous pourrez exercer une grande surveillance sur l’administration et l’instruction de ces dépôts. Faites diriger tous les malades et tout ce qu’il y aurait en arrière appartenant à ces corps. Lorsque les circonstances le permettront, faites venir les cadres des 3e et 4e bataillons des 5e et 23e de ligne, et ceux du 8e léger et des 79e et 81e de ligne. Je n’ai pas besoin vous faire sentir l’importance de ces mesures, car il faut tout préparer pour que ces huit ou neuf corps aient des moyens de se refaire des pertes qu’ils éprouveront par les maladies et par l’ennemi.

 

Palais de Saint-Cloud, 10 juillet 1806

DÉCRET

ARTICLE ler. – Il sera formé, pour l’Italie, deux troupes d’éclaireurs francais qui représenteront les chefs-d’œuvre, tant dans la tragédie que dans la comédie , du théâtre français.

ART. 2. – L’une de ces troupes sera chargée du service des principales villes de la partie de l’Italie qui est réunie à notre empire de France; l’autre troupe devra parcourir les principales villes de notre royaume d’Italie.

ART. 3. – La première de ces troupes séjournera trois mois à Turin, trois mois à Alexandrie, trois mois à Gênes et deux mois à Parme; un mois sera employé en voyages.

ART. 4. – La seconde troupe passera quatre mois à Milan, trois mois à Venise, deux mois à Bologne et deux mois à Brescia, et emploiera pareillement un mois en voyages.

ART. 5. – Chaque troupe jouera quatre fois par semaine.

ART. 6. – La demoiselle Raucourt, artiste du Théâtre-Francais, est, chargée, aux conditions suivantes, de l’organisation et de la direction de ces deux troupes, pendant l’espace de trois années, qui commenceront au 1er avril de l’année prochaine 1807.

ART. 7. – La demoiselle Raucourt n’admettra, dans la composition de ces troupes, que des acteurs francais d’un talent reconnu et parfaitement en état de rendre les beautés de la tragédie et de la comédie françaises.

ART. 8. – Les avances et les appointements, les frais de voyage, de vêtements et de décorations, le loyer des salles de spectacle et toutes autres dépenses, soit ordinaires, soit accidentelles, qui auront pour objet la formation et l’entretien des deux troupes, seront entièrement à la charge de la demoiselle Raucourt.

ART. 9. – En considération des dépenses qu’occasionnera cet établissement et de l’insuffisance présumée des recettes qu’il produira, il est accordé à la demoiselle Raucourt une somme de 30,000 francs pour chaque troupe, et ce pour subvenir aux premières dépenses. Un tiers de cette somme lui sera payé à Paris, lorsqu’elle justifiera de l’organisation de chaque troupe conformément au mode qui vient d’être prescrit. Le second tiers lui sera remis à Lyon, quand les acteurs y seront arrivés. Enfin elle recevra le dernier tiers à Turin ou, à Milan, aussitôt que chaque troupe sera rendue à sa destination.

ART. 10. – Pour les mêmes motifs, il est en outre accordé à la demoiselle Raucourt un secours annuel de 50.000 francs pour troupe. Cette somme lui sera payée de mois en mois, à partir du jour où les deux troupes auront fait l’ouverture de leur théâtre, et continuera de lui être comptée jusqu’à l’expiration des trois années réglées par l’article 6.

ART. 11. – Dans le cas où l’une de ces troupes, ou les deux ensemble, ouvriraient leur théâtre avant le 1er avril 1807, le secours annuel porté dans l’article précédent sera également devancé et courra du même jour.

ART. 12. – Pendant le terme de trois années, accordé à la demoiselle Raucourt, aucun autre spectacle français ne pourra s’établir dans les villes désignées aux articles 3 et 4.

ART. 13. – Le trésor de France et celui d’Italie acquitteront, par portion égale, les sommes comprises aux articles 9 et 10.

ART. 14. – Nos ministres de l’intérieur et du trésor de notre empire français, et notre ministre du trésor de notre royaume d’Italie, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution présent décret.

 

Saint-Cloud, 10 juillet 1806

Au maréchal Berthier

Mon Cousin , je vous autorise à faire payer six semaines de solde aux troupes et deux mois aux officiers, de manière que cela complétera deux mois aux soldats et trois mois aux officiers.

Vous pouvez prendre ce que vous voudrez sur le payeur général Strasbourg, si vous n’avez pas suffisamment d’argent; mais occupez vous surtout de faire payer tout ce qui est au delà du Lech.

Je vous autorise également à faire distribuer de l’argent aux habitants des bords de l’Inn et de l’Isar qui ont le plus souffert et qui sont les plus mécontents. Entendez-vous pour cela avec les ministres du Roi. Je dépenserai volontiers un million pour cet objet et pour que les pays qui ont le plus souffert se trouvent indemnisés.

 

Saint-Cloud, 11 juillet 1806

DÉCISION

Le grand juge soumet un rapport à l’Empereur pour décider si un prêtre qui a renoncé depuis plus de douze ans à ses fonctions et qui en a rempli d’autres, peut être admis au mariage.S’il n’a pas été reconnu comme prêtre depuis le concordat, il peut se marier, en s’exposant néanmoins au blâme, puisqu’il manque aux engagements qu’il avait contractés.

 

Saint-Cloud, 11 juillet 1806.

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, M. le maréchal Lefebvre a 2,300 chevaux appartenant à tous les régiments de cavalerie de l’armée: donnez ordre que cette réserve se dissolve et que chaque détachement rejoigne son régiment à l’armée par la route la plus courte et sans séjour. La division du général Broussier est composée de 9,000 hommes qui se composent de détachements des 6e, 9e, 15e et 25e d’infanterie légère, 76e, 21e, 27e, 30e, 33e, 39e, 51e, 59e, 61,e 69e, 121, 85e et 111e de ligne : ordonnez que cette division soit dissoute et que ces détachements se dirigent à l’heure même, du lieu où ils se trouvent, par la route la plus courte, pour se rendre à leurs bataillons de guerre de l’armée. Le 9e d’infanterie légère se dirigera sur Wesel, et le 15e d’infanterie légère sur Paris.

La division du général Leval est composée de détachements des 10e et 12e, d’infanterie légère, 3e, 40e, 58e, 4e et 34e de ligne, 17e et 24e d’infanterie légère, 18e, 64e, 57e et 88e de ligne : donnez ordre que cette division soit dissoute, et qu’elle se dirige, sans aucun séjour, par la route la plus courte, sur les bataillons de guerre. Donnez l’ordre que toute l’artillerie se rende an parc à Augsbourg, tant au personnel qu’au matériel.

Quand toutes ces opérations seront terminées, et les États de Darmstadt entièrement évacués, le maréchal Lefebvre se rendra à Augsbourg avec son état-major; là il recevra une destination ultérieure. Lorsque ces 15 on 18,000 hommes du maréchal Lefebvre auront rejoint leurs corps, vous ordonnerez aux maréchaux qui commandent les corps d’armée d’incorporer les soldats dans les deux premiers bataillons de guerre, de manière à porter les compagnies à 140 hommes effectifs, officiers compris, ce qui fera, pour deux bataillons de guerre, 2,320 hommes.

Les officiers, sous-officiers et tambours des détachements qui arriveront du corps du maréchal Lefebvre, inutiles audit complément, seront renvoyés sans délai aux dépôts, et vous ferez connaître l’importance de cette mesure aux maréchaux, en leur faisant connaître que je viens d’ordonner une levée de 80,000 hpmmes, de manière qu’avant la fin de l’année les 3e bataillons seront portés à la même force.

Vous donnerez l’ordre au général Broussier de se rendre, par le plus court chemin, à Udine, où il prendra le commandement d’une des divisions du 2e corps de la Grande Armée; tous les autres généraux et adjudants généraux du corps du maréchal Lefebvre se rendront à Augsbourg, où ils recevront des ordres. Vous accorderez une permission de deux mois au général Vandamme, et vous le ferez remplacer à sa division par le général Leval.

Il faut soulager la Bavière. Réunissez la division Nansouty, cavalerie, dans le duché de Würzburg. La division Gazan, du maréchal Mortier, s’étendra également dans le duché de Würzburg, et Mergentheim sera occupé par le maréchal Davout, qui aura soin de tenir aucun poste sur le territoire de la Bavière.