Correspondance de Napoléon – Juillet 1812

Gloubokoïé, 20 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je ne conçois pas trop pourquoi on n’a pas placé dans la commission du Gouvernement M. Tyzenhaus ; on dit que ce riche propriétaire est très-ennemi des Russes et très-entendu. Faites des recherches là-dessus. Je vous envoie deux ukases interceptés; vous y verrez qu’on lève 5 hommes sur 100 dans les gouvernements de Vitebsk, Mohilef, Livonie, etc. Il serait très-important que les levées polonaises se fissent sans délai. On m’avait promis cinq régiments d’infanterie de trois bataillons et trois régi­ments de cavalerie; ai-je nommé les colonels ? Et a-t-on fait choix de grands propriétaires, capables de faire de grands sacrifices pour cette levée, ou n’a-t-on pris que des gens sans crédit ? Je crois qu’il faudrait nommer des propriétaires d’une grande influence, comme celui que je viens de vous indiquer. Il faudra réunir les recrues à Minsk, Kovno et Vilna, et faire le plus promptement possible l’orga­nisation des régiments. Les fusils ne tarderont pas à arriver. Il est bien important qu’à mesure que l’armée s’avance on puisse réunir sur ses derrières un corps d’une quinzaine de mille hommes, qui garantisse le pays et tous les points qu’on voudra contre les invasions des Cosaques. Occupez-vous de cela sérieusement et donnez vos instructions au sieur Bignon; c’est un objet principal. On m’avait fait espérer des bataillons de garde-chasse, qu’on devait former dans les marais de Minsk, sur le Borysthène et sur la Dvina ; il me serait très-avantageux d’avoir de ces bataillons, qui éclaireraient le pays.

Voici les nouvelles militaires : Nous sommes entrés à Orcha, où nous avons trouvé des magasins immenses. Nous avons passé le Borysthène, et l’on courait après un convoi de cent trente pièces de canon qui rétrogradait sur Smolensk. Nous devons être actuelle­ment à Mohilef. Bagration n’a pas pu gagner Bobrouisk ; il a été forcé de passer plus bas. Le camp retranché de Drissa a été évacué. Toutes ces nouvelles peuvent être dites sommairement; envoyez-les par des courriers du pays au duc de Tarente, au général Reynier et au prince Schwarzenberg, à Nesvije et à Varsovie.

Il est convenable que la commission de gouvernement fasse une adresse aux provinces de Mohilef, de Vitebsk et de Polotsk, et envoie un député dans chacune de ces provinces ; surtout qu’on envoie beau­coup d’imprimés de la diète de Varsovie et de tout ce qui a été fait. Ces gens-ci sont lents et paraissent n’avoir pas d’argent; suppléez à tout cela. Réglez le traitement du sieur Bignon, qui sera payé sur les fonds de votre département ; ce sera le même que celui qu’il avait à Varsovie ; il faut qu’il tienne une maison convenable. Donnez le plus de mouvement qu’il sera possible à tout cela.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, donnez ordre as grand quartier général de partir de Vilna le 22 et le 23, sous l’escorte de trois bataillons de marche de la Jeune Garde, des trois bataillons de marche du 3e corps, des batail­lons de marche formés des hommes appartenant à quelque corps que ce soit, bien armés et bien équipés, et enfin des régiments de marche qui seraient à Vilna. On y joindra dix-huit ou vingt-quatre pièces de canon de la Garde, servies par la réserve du général Pellegrin, et on profitera de cette occasion pour, faire partir tous les convois qu’il y aurait à Vilna chargés de farine, de pain et de biscuit. Ce convoi bien en règle viendra en sept jours à Gloubokoïé, en passant par Lovarichki et Mikhalichki. Il sera distribué en partant de Vilna huit jours de pain à tout le monde. Les boulangers de la Garde, les con­structeurs de fours qui seraient restés, partiront avec la Garde, ainsi que la compagnie des ouvriers du Danube et ce qui resterait de l’équi­page de pont. Vous donnerez l’ordre qu’il soit construit à Mikhalichki deux fours et à Dounilovitchi deux fours, afin qu’on puisse donner régulièrement le pain en passant. Faites établir des commandants d’armes, des postes avec des chevaux, et de petites garnisons dans tous les gites. Jusqu’à ce que les fours soient construits, on donnera du pain à Vilna pour huit jours. On prendra des mesures pour que la viande soit distribuée à Vilna pour deux jours, et dans tous les lieux d’étape de deux jours l’un. Vous aurez soin de tracer la meilleure route, la mieux réparée, et de charger un inspecteur des routes de veiller à sa réparation et à son entretien.

Désormais tous les hommes qui appartiennent aux 2e, 3e et 4e corps et à la Garde se dirigeront également sur Gloubokoïé. Tous les con­vois suivront cette direction. Vous donnerez ordre qu’il soit choisi sur la route deux couvents ou grands locaux pour les ambulances, qu’il soit préparé à Gloubokoïé des locaux pour 1,200 malades, et qu’il soit établi an petit dépôt pour 1 million de cartouches et 10,000 coups de canon, 1,000 fusils, et que le général d’artillerie envoie ces objets ici, à mon dépôt central.

Il y aura à Gloubokoïé un officier général comme commandant plusieurs districts, avec use garnison de 500 hommes. Indépendam­ment des fours qui sont construits, faites-en construire douze autres dans le jardin du couvent que j’habite. Donnes ordre qu’il soit laissé ici un commissaire des guerres et des chefs d’administration; qu’il soit choisi un local pour former un magasin de subsistances, près du couvent.

Donnez ordre qu’il soit requis dans l’arrondissement du district 10,000 quintaux de farine à fournir à raison de 1,000 quintaux par jour, 25,000 pintes d’eau-de-vie, autant de bière, 100,000 bois­seaux d’avoine et du fourrage, à compte des contributions, afin qu’il y ait ici un magasin central où, en cas d’événement, je puisse trou­ver quelques ressources pour l’armée. Si cela est nécessaire, on éten­dra les réquisitions à quelques districts voisins. On placera ces maga­sins près du couvent. Les douze fours à construire le seront par un détachement de constructeurs de fours qui arrive de Vilna. Il est indispensable que ces douze nouveaux fours soient construits d’ici à dix jours.

Indépendamment du pain nécessaire pour le passage des troupes, on laissera ici des boulangers et on prendra des femmes du pays pour les aider, afin que les fours puissent faire 30 à 36,000 rations de pain. On fera du pain biscuité. Il est nécessaire d’avoir dans sept ou huit jours 100,000 rations de pain biscuité.

Il sera établi près de Gloubokoïé, dans un endroit où l’on puisse avoir facilement de l’avoine et des fourrages, un dépôt de cavalerie, mais qui ne soit pas à plus de 8 ou 9 lieues d’ici. Vous nommerez un officier supérieur de cavalerie pour commander ce dépôt. Tous les chevaux éclopés des corps des généraux Montbrun et Nansouty, de la cavalerie des 2e et 3e corps et de la Garde, seront dirigés sur ce dépôt.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl que je ne puis pas être satisfait de la conduite qu’il a tenue envers le roi de Westphalie; que je ne lui avais donné le commandement que dans le cas où, 1a réu­nion ayant eu lieu et les deux armées étant sur le champ de bataille, un commandant eût été nécessaire; qu’au lieu de cela il a fait con­naître cet ordre avant que la réunion fût opérée, et lorsque à peine il communiquait par quelques postes; qu’après avoir fait cela, et après avoir appris que le roi de Westphalie s’était retiré, il devait conserver la direction et envoyer des ordres au prince Poniatowski ; que je ne sais plus aujourd’hui comment va ma droite; que je lui avais donné une preuve de la plus grande confiance que j’aie en lui, et qu’il me semble qu’il ne s’en est pas tiré convenablement; que, puisqu’il avait pris le commandement, il devait le garder, mais qu’il eût mieux fait de ne pas le prendre, puisqu’il n’était pas réuni au Roi ; qu’à présent que je suis très-éloigné j’ignore ce qui se passe sur ma droite, que mes affaires en souffrent; tandis que, s’il avait écrit au prince Poniatowski que, le Roi ayant quitté le commandement, il lui donnait une direction, mes affaires n’auraient pas souffert.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, il est indispensable d’envoyer un officier de confiance sur la droite; il se rendra d’abord à Minsk, et de là auprès du prince Poniatowski. Si le roi de Westphalie est revenu, il lui portera des instructions; si le Roi a continué sa pointe, il portera des ordres au prince Poniatowski pour commander la droite et des instructions. Le général Marchand continuera à être chef d’état-major de la droite. Les instructions du prince Poniatowski et du Roi seront de tenir le général Reynier à Nesvije, afin qu’il puisse appuyer sur Pinsk et marcher au secours du Grand-Duché, jusqu’au moment où les opé­rations seront tellement avancées que les troupes russes auront repassé le Borysthène. Le général Reynier formera à Nesvije un corps d’observation. Le prince Poniatowski, avec les 5e et 8e corps et le 4e corps de cavalerie, doit se lier avec le prince d’Eckmühl par sa gauche et cependant harceler Bagration et le suivre. Dans l’éloignement où il se trouve, il doit agir selon les circonstances et avoir pour but d’empêcher Bagration de faire du mal et de tomber sur le prince d’Eckmühl.

Vous enverrez un officier au prince Schwarzenberg, qui doit être aujourd’hui à Nesvije, pour qu’il appuie, en cas d’événement, le prince Poniatowski, et pour que, s’il n’y a là aucun danger, il se porte sur Minsk; pour qu’il fasse connaître quand il y arrivera, afin que je lui envoie des ordres, et pour qu’il forme des colonnes mo­biles pour arrêter les traîneurs et les maraudeurs, de quelque nation qu’ils soient. Vous lui ferez connaître que l’ennemi a évacué son camp retranché de Drissa, où il avait fait de grands travaux et formé des magasins qu’il a détruits; que nous sommes à Drissa, à Orcha, à Mohilef, et qu’on marche sur Vitebsk.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812, trois heures après midi.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Kokhanovo

Mon Cousin, je vois par votre lettre du 18, à six heures du soir, que vous êtes aujourd’hui à Kokhanovo. Le vice-roi est à Pychno; il sera demain à Kamen. Le général Nansouty continuera sa route sur la rive gauche jusqu’à Biéchenkovitchi, et ainsi vous gardera toute la gauche. Tout porte à penser que le prince Bagration arrivera sous Mohilef. Vous aurez sans doute donné ordre au prince Poniatowski de venir sur Igoumen avec le 4e corps de cavalerie et le 5e et le 8e d’infanterie, afin de vous flanquer et de pouvoir vous réunir à Mohilef pour attaquer avec avantage Bagration. Les trois divisions de votre corps d’armée sont aujourd’hui à Disna et filent sur Biéchenkovitchi ; mais le vice-roi y arrivera beaucoup plus tôt. J’ai fait appuyer le vice-roi par la Garde. Il sera donc nécessaire, aussitôt que vous serez en communication avec le vice-roi et que votre gauche sera flanquée, que vous soyez en force sur Mohilef, afin de rester maitre de cette ville importante et de pouvoir y recevoir Bagration. Il parait que l’empereur Alexandre est à Polotsk; ils ont évacué leur camp retranché de Drissa; leurs mouvements parais­sent bien incertains. Si Doktourof a marché effectivement au secours d’Orcha, il n’aura pas pu arriver avant le 20 ou le 21, et vous êtes en mesure de le recevoir et de le bien battre. Il est bien malheureux que dans de pareilles positions, par de fausses mesures, le commandement de ma droite se trouve désorganisé. J’ai fait donner ordre au prince Schwarzenberg de se rendre à Minsk. Le général Reynier doit rester en colonne d’observation à Nesvije. Il faut que le 5e et le 8e corps d’infanterie et le 4e corps de cavalerie soient sur votre droite. Je vais incessamment porter mon quartier général à Kamen. Cepen­dant continuez à m’adresser vos lettres à Gloubokoïé, et, si elles contenaient des choses importantes, vous les adresseriez en double par le canal du vice-roi.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Ordre au général Éblé de faire passer deux compagnies de pon­tonniers et deux compagnies de marins sur Biéchenkovitchi, avec un officier de pontonniers, le plus entendu possible. Dites-lui que nous avons passé la Dvina à Disna et jeté trois ponts de radeaux. Nous avons également passé le Borysthène à Orcha, où nous avons établi également des ponts de radeaux. Il n’en faut pas moins faire conduire nos bateaux; on peut en avoir besoin pour faire un passage de vive force ; mais il faut qu’il fasse passer ses compagnies en toute diligence.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, écrivez au général Grouchy que j’ai reçu sa lettre; qu’il ne mande pas la quantité de farine qui a été trouvée à Orcha ; que nous sommes dans le plus grand besoin ; que toute l’armée se réunit sur Kamen, et qu’il est nécessaire qu’il donne l’ordre à Borisof de nous expédier du pain et des farines sur Staroï-Lepel. Si les transports par eau sont trop lents, il faudra les expédier par terre; mais nous avons besoin de magasins et de moyens de subsistance. Mandez-lui aussi que, si de Kokhanovo ou de Bobr il peut diriger des vivres sur Tchachniki, il les dirige; car il y aura dans peu 150,000 hommes à Biéchenkovitchi.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812, une heure après midi.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Sorbier de partir de suite avec quatre batteries d’artillerie à cheval pour arriver le plus lot pos­sible à Ouchatch. Il les fera suivre le plus tôt possible par les batte­ries à pied. Donnez ordre au général Curial de partir de suite avec les chasseurs à pied pour se rendre à Ouchatch. Il est nécessaire qu’il prenne pour six jours de pain; il mènera avec lui son artillerie. Don­nez ordre au petit quartier général de partir aujourd’hui pour se rendre à Ouchatch, afin d’y être demain au soir. Il est nécessaire que les caissons du quartier général soient chargés de pain et de farine, que les ambulances et tout ce qui peut être utile un jour de bataille s’y trouvent.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812, une heure après midi.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, cette lettre vous trouvera à Kamen. L’armée ennemie file sur Vitebsk ou sur Biéchenkovitchi. Vous devez donc vous trouver en présence. Le corps de Nansouty doit être aujourd’hui arrivé à Polotsk; il a avec lui la division Morand. Les coureurs de la division Bruyère doivent être près d’Oulla; les divisions Gudin et Friant sui­vent le mouvement de la division Morand et du corps de Nansouty. Le duc d’Istrie est aujourd’hui, comme je vous l’ai mandé, à Ouchatch avec 4,000 hommes de cavalerie. Le duc de Trévise doit y être également avec deux divisions de la Garde. Pressez la réunion de tout votre corps sur Kamen. Instruisez le général Grouchy de votre arrivée et de celle probable de l’ennemi sur Biéchenkovitchi, afin qu’il appuie sur Sienno. Je ne doute pas que vous n’ayez été instruit à Kamen de l’arrivée de l’ennemi ; prenez donc garde qu’il n’y ait pas d’échauffourées; que vos deux brigades de cavalerie légère marchent réunies ; qu’elles ne se fassent pas rosser par les Cosaques et ne tombent pas dans des embuscades. L’ennemi viendra-t-il à Biéchenkovitchi, ou se dirigera-t-il de suite sur Vitebsk ? C’est ce qu’il est impossible de savoir. Il paraît que le mouvement sur Orcha et sur Mohilef et les entreprises de Bagration l’ont porté à ce mouve­ment sur la-gauche. IL avait fait à Drissa un camp retranché im­mense, que l’on démolit en ce moment. Informez-vous bien s’il n’a pas fait quelques travaux du côté de Biéchenkovitchi et de Vitebsk ; jusqu’à cette heure on m’assure que non. Marchez bien militairement; mettez-vous en correspondance avec votre droite et votre gauche, et surtout qu’il n’y ait pas d’échauffourée de cavalerie. Vos 3 ou 4,000 hommes de cavalerie peuvent marcher réunis, ayant six pièces d’artillerie légère et quelques bataillons de voltigeurs. Mandez le mouvement au général Grouchy, qui de son côté saura quelque chose, afin qu’il se lie à vous. Le général Grouchy le mandera aussi au prince d’Eckmühl.

 

  1. S. Je serai probablement demain à Ouchatch.

 

Gloubokoïé. 21 juillet 1812, quatre heures après midi.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, les chasseurs à pied de ma Garde partiront demain à une heure du matin. Ils prendront des vivres pour six jours, savoir : les 22, 23, 24, 25, 26 et 27, à raison d’une demi-ration par jour et d’une livre de viande. Les grenadiers partiront le 23, à une heure du matin; ils prendront également pour six jours de vivres sur le même pied, savoir : pour les 23, 24, 25, 26, 27 et 28. Le petit quartier général partira ce soir; ses caissons seront chargés de riz, de biscuit, de l’ambulance, d’eau-de-vie et de quelques quintaux de farine, en laissant toutefois assez de farine ici pour le service de toute la journée de demain. Il sera envoyé une patrouille d’un officier de gendarmerie et de cinq gendarmes bien montés sur la route de Vilna aussi loin que Lovarichki, afin de faire arriver à double journée tous les convois qu’elle rencontrera. Deux agents des transports seront envoyés, l’un sur la route de Sventsiany, et l’autre sur celle de Vilna par Mikhalichki. Ils seront porteurs, l’un et l’autre, de l’état de fous les convois qui doivent arriver, avec le jour de leur départ, et ils donneront ordre à tous ceux qu’ils rencontreront de presser leur marche de manière qu’ils fassent au moins six lieues par jour. Tout officier des équipages militaires qui aura mis plus de dix jours pour se rendre de Vilna à Gloubokoïé par Sventsiany et plus de huit ou neuf jours par Mikhalichki sera puni et noté comme ayant traîné en route et mal exécuté sa mission. Le petit quartier général s’arrangera de manière à être arrivé à Ouchatch le 22 au soir pour le personnel, et pour les voitures au plus tard le 23. Tous les constructeurs de fours partiront avec le petit quartier général.

Donnez ordre au chef de bataillon du génie Nempde, qui com­mande le parc et qui est parti ce matin pour Ouchatch, de prendre les devants avec une compagnie de sapeurs et les constructeurs de fours pour être demain à Ouchatch, et construire sur-le-champ six fours au couvent d’Ouchatch, en choisissant l’endroit où ils seront laits le plus promptement. Il faut tâcher de les faire faire en vingt-quatre heures. Vous donnerez ordre au général Kirgener d’arriver demain à Ouchatch pour présider à la construction des fours.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, envoyez ordre à Borisof qu’on expédie par eau et par terre 6,000 quintaux de farine et tant de pain qu’on pourra sur Staroï-Lepel. Toute l’armée allant se trouver réunie sur le point de Biéchenkovitchi, faites construire six fours à Staroï-Lepel.

L’empereur Alexandre était le 18 à Vitebsk. Il parait qu’il a porté depuis son quartier général à Nevel. Il est important de s’emparer de Biéchenkovitchi le plus tôt possible. Le général Bruyère s’y por­tera avec sa cavalerie légère et son artillerie légère. Le corps du général Nansouty le soutiendra, et la division d’infanterie du général Morand soutiendra le général Nansouty. Communiquez avec lui et portez-vous-y de votre côté. Le duc d’Istrie vous enverra tous les chevau-légers bavarois. Par ce moyen, vous aurez dans la main 6,000 hommes de cavalerie. Faites arriver vos marins, vos sapeurs et pontonniers pour construire sur-le-champ à Biéchenkovitchi des ponts, des radeaux et une belle tête de pont. Vos 6,000 hommes de cavalerie et les 6,000 de Nansouty feraient 12,000 hommes. Je serai demain, au soir, à Ouchatch; peut-être même irai-je jusqu’à Kamen. Cela suppose que l’ennemi n’a pas le projet de prendre l’of­fensive par Biéchenkovitchi, comme je suis fondé à le penser.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il est nécessaire que des six cohortes de gardes nationales qui sont dans la 8e division militaire vous en chargiez une de la garde des Iles d’Hyères, en ayant soin de changer cette cohorte tous les mois, lorsque les circonstances le permettent.

À cette occasion je dois vous rappeler que j’avais l’intention de racheter toutes les parties des îles d’Hyères et de faire quelque chose pour peupler ces Iles.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre du 21. J’ai tout lieu de penser que le prince d’Eckmühl sera entré à Mohilef le 20. Cependant je n’ai encore de nouvelles que de ses avant-postes, qui n’étaient qu’à deux ou trois lieues de cette ville. Il paraît que l’em­pereur était le 19 à Vitebsk.

Je pars à l’instant et porte mon quartier général à Kamen.

Le roi de Naples s’est porté sur Polotsk et inonde toute la rive droite de la Dvina de sa cavalerie. Réexpédiez un second courrier, et promettez une récompense s’il va très-vite pour annoncer ces nou­velles au duc de Tarente. On me dit que l’ennemi n’a laissé que trois bataillons à Dinabourg; si cela est vrai, je désire que le duc de Tarente en investisse la forteresse, et que, s’il y en a davantage, il l’observe; qu’il faut qu’il fasse un pont afin d’éloigner tout ce que l’ennemi aurait laissé sur la rive droite. Annoncez aussi au duc de Tarente que l’équipage de siège est arrivé à Tilsit; que je suppose qu’il l’aura fait débarquer et qu’il l’aura mis en mouvement pour pouvoir commencer le siège de Riga; que la 1e brigade de la division Daendels doit être arrivée à Labiau ; que, s’il en avait besoin, il pour­rait l’approcher de Tilsit ; que tout le 9e corps, commandé par le duc de Bellune, sera du 8 au 9 août à Tilsit; que ce corps est composé de trois divisions, formant plus de 30,000 hommes ; que, dans le cas où il en aurait besoin, il peut envoyer à sa rencontre pour presser sa marche, si les circonstances le rendaient nécessaire.

Voici la position qu’occupe le général Reynier : sa droite est à Brzesc et Kobrine, et sa gauche à Pinsk; il tient son centre à Droghitchine. Vous voyez qu’il est à portée d’entrer en Volhynie et de protéger le Grand-Duché. Je l’ai laissé maître d’entrer en Volhynie s’il le jugeait convenable. Si l’on pouvait fournir de Varsovie quel­ques milliers d’hommes et beaucoup de volontaires pour insurger la Volhynie aussitôt que les 9e et 15e divisions russes l’auront évacuée, ce serait une bien bonne opération. Écrivez au général Reynier pour l’instruire de ce qui se passe ici, et que de son côté il se mette en communication par courriers avec vous. Faites comprendre au gou­vernement polonais qu’il est nécessaire d’organiser promptement des forces, parce que tout serait bon contre la canaille qu’a réunie Tormasof. Trois bataillons des régiments de la Vistule sont partis le 17 de Königsberg et vont arriver à Vilna. Dites au commandant Jomini qu’il peut écrire pour accélérer leur route, s’il trouve que la garnison de Vilna ne soit pas assez forte, mais que je suppose qu’il aura assez de monde en retenant les isolés. Voyez donc sérieuse­ment le gouvernement, pour qu’on réunisse chaque jour 5 à 600 quin­taux de farine, et que tout ce qui part ait abondamment de pain. Voyez aussi le commandant Jomini et le commissaire des guerres pour qu’on ne retienne aucun convoi, qu’on les expédie tous et qu’on fasse connaître aux commandants que celui de tout convoi qui sera plus de huit jours en route pour aller de Vilna à Gloubokoïé sera, arrêté et puni. Le prince Schwarzenberg doit être à Nesvije. Je lui ai donné ordre de se rendre sur Minsk.

Il paraît que la grande armée russe a évacué en toute hâte ses positions de la Dvina et s’est mise en marche forcée, de peur que je ne lui coupe le chemin de Moscou.

La garnison de Zamość étant trop forte, puisqu’il y a un régiment entier et qu’on n’a plus aucune crainte d’un siège, il serait conve­nable d’y envoyer 1,000 hommes des dépôts pour remplacer ce régi­ment, dont on ferait une colonne mobile avec trois ou quatre pièces de canon. Cette colonne, à laquelle on joindrait une centaine de chevaux, protégerait le pays et serait fort utile au général Reynier. Écrivez pour cela au général Reynier et au ministre de la guerre à Varsovie. On a des fusils à Zamość et à Varsovie, et on pourrait en employer 4 à 5,000 à armer les gardes nationales des frontières, afin de défendre le pays et de repousser les Cosaques.

Envoyez au général Reynier tous les renseignements que vous avez sur le corps de Tormasof, auquel je ne crois pas plus de 9,000 hommes, et encore ce ne doit être que tout recrues.

Je suppose que je n’ai pas besoin de vous dire d’envoyer une ou deux fois par semaine des courriers à Constantinople, pour porter les bulletins et toutes les nouvelles possibles; si j’étais obligé d’entrer dans de pareils détails avec vous, vous seconderiez bien mal mes intentions. Il faut donc que les Turcs se pressent d’entrer dans la Moldavie et la Valachie, et menacent la Crimée par le mouvement de leur flotte.

Indépendamment des courriers devienne, en voyez-en par Leopold et la Transylvanie ; ce doit être beaucoup plus court. De simples courriers ne font pas le même effet que des officiers : envoyez donc des officiers polonais.

Faites envoyer par la Confédération de Varsovie une ambassade de trois membres en Turquie ; qu’elle parte sans délai pour faire part de la Confédération et demander la garantie de la Turquie. Vous sentez combien cette démarche est importante; je l’ai toujours eue dans ma tête, et je ne sais comment j’ai oublié jusqu’à présent de vous donner des ordres. Faites en sorte que cette députation, avec une lettre de la Confédération pour le Grand Seigneur, parte avant huit jours et arrive à tire-d’aile à Constantinople.

 

  1. S. Le prince d’Eckmühl est entré le 20 à cinq heures du soir à Mohilef. Il y a trouvé des magasins; l’entrée de la place a été défendue par 2,000 hommes, qui ont été culbutés et écharpés. On en a pris la moitié, dont 20 officiers. Il parait que la 26e division, qui ferait la tête de Bagration, marchait sur Mohilef.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, j’autorise qu’on prenne dans la légion de la Vistule et dans l’armée du Grand-Duché des officiers et sous-officiers destinés à la formation des nouveaux régiments. Répondez au général Jomini qu’il est absurde de dire qu’on n’a pas de pain quand on a 500 quintaux de farine par jour; qu’au lieu de se plaindre il faut se lever à quatre heures du matin, aller soi-même aux moulins, à la manutention, et faire faire 30,000 rations de pain par jour; mais que s’il dort et que s’il pleure il n’aura rien; qu’il doit bien savoir que l’Empereur, qui avait beaucoup d’occupations, n’allait pas moins tous les jours visiter lui-même les manutentions; que je ne vois pas pourquoi il critique le gouvernement lithuanien pour avoir mis tous les prisonniers dans un seul régiment; que cela dénote un esprit de critique qui ne peut que nuire à la marche des affaires, tandis que dans sa position il doit encourager ce gouvernement et l’aider. Com­muniquez au général la Riboisière les articles de la lettre du baron Farine, où il verra que l’artillerie ne va au-devant de rien et n’aide pas à ses affaires. Écrivez au baron Farine de faire fournir par les autorités prussiennes leur contingent dans les remontes, de prendre des mesures pour qu’il ne reste aucun contingent en arrière ; que nous avons un si grand besoin de chevaux de toute espèce, qu’il ne faut négliger aucune ressource et les mettre toutes à profit avec activité. Écrivez au général Jomini de faire prendre tous les fusils qui sont aux hôpitaux, et que par ce moyen il en trouvera qui sont inutiles.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, répondez au général Reynier que je l’autorise à ne point envoyer ce régiment à Praga, et que je le trouve bien placé dans le lieu où il l’a placé. Faites-lui connaître que le duc de Bellune avec le 9e corps, fort de 30,000 hommes presque tous Français, sera le 1er août à Marienburg, et que, si les circonstances étaient urgentes et que le duché de Varsovie fût réellement menacé, pendant que lui, général Reynier, défendrait le camp retranché de Praga et Modlin, il écrirait au duc de Bellune pour lui faire connaître l’ur­gence des circonstances, ce qui le mettrait à même de venir à son secours.

Vous ajouterez que les circonstances de la guerre sont telles que déjà nous menaçons Moscou et Saint-Pétersbourg, et qu’ainsi il n’est pas probable que l’ennemi songe à des opérations offensives avec des troupes passables; mais qu’on a supposé que 10 ou 12,000 hommes de troupes des 3e bataillons, qui ne sont bonnes à rien en ligne, pourraient être envoyées, avec un ou deux régiments de cavalerie, pour inquiéter le duché. Jamais l’ennemi ne sera assez insensé pour détacher 15 ou 20,000 hommes de bonnes troupes sur Varsovie, dans le temps que Pétersbourg el Moscou sont menacés de si près ; que d’ailleurs il est possible que dans peu de temps je porte la guerre en Volhynie, et qu’alors il ferait partie de ce corps.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez ordre au doc de Bellune de continuer son mouvement et d’avoir son quartier général du 2 mi 8 août à Tilsit ; il y réunira les divisions Daendels, Partouneaux et la division Girard, et ses deux brigades de cavalerie légère. Il fera venir de Posen tous les hommes appartenant à cette dernière division, afin de les incor­porer et d’avoir trois bataillons par régiment.

Recommandez au duc de Bellune de prendre des mesures positives pour que sa cavalerie soit abondamment pourvue de fourrages et d’avoine, ainsi que son train d’artillerie.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

(L’original est daté du 28 par erreur; les ordres ont été expédiés le 22)

Mon Cousin, la 31e division d’infanterie, formant la 3e division de la réserve, devait être commandée par le général Seras ; ce général se trouvant hors d’état d’en prendre le commandement, il est néces­saire de le remplacer. Ce commandement sera donné au général de division Lagrange (celui qui a un bras de moins), qui commande actuellement dans le Mecklenburg. Le général Heudelet le fera rem­placer dans ce commandement par un de ses généraux de brigade. Vous donnerez ordre que cette 31e division, actuellement la division Lagrange, se dirige de Berlin sur Stettin, et que la 32e division, que commande le général Durutte, se place entre Stettin, Rostock et Berlin, pour arriver à fournir ce qui est nécessaire pour la garni­son de Spandau, cependant de manière à ne pas être éloignée de Berlin de plus de trois journées de marche. Par ce moyen, le duc de Castiglione aura sous ses ordres trois divisions, les 30e, 31e et 32e à portée de la côte; en sorte que, si l’ennemi débarquait, soit dans la Poméranie suédoise, soit dans le Mecklenburg, soit dans les envi­rons de Hambourg, soit enfin à Kolberg, il serait à même de se porter partout où il serait nécessaire. Écrivez également au duc de Castiglione de faire venir le régiment provisoire de dragons entre le Mecklenburg et la Poméranie suédoise. Vous donnerez aussi l’ordre à ce maréchal de faire partir la brigade d’Erfurt pour se rendre dans la Poméranie suédoise. Il fera laisser 200 hommes pour garder la citadelle d’Erfurt, indépendamment des canonniers. Le général de brigade qui est à Erfurt continuera à y rester, et la brigade d’Erfurt sera reformée et composée des 3e bataillons du 3e et du 105e régiment, qui de Strasbourg ont ordre de se rendre à Erfurt, des ler et 2e bataillons du 29e qui viennent des Pyrénées, et enfin de deux autres bataillons. La brigade actuelle d’Erfurt fera partie d’une nou­velle division qui s’appellera la 34e et qui sera commandée par le général Morand (celui qui commande actuellement la Poméranie sué­doise). Cette division sera composée comme il suit : 1e brigade : 4e bataillon du 3e, 4e bataillon du 105e, deux bataillons du 29e deux bataillons du 113e; 2e brigade : un régiment westphalien, un régiment de Hesse-Darmstadt, un régiment de la division princière. Par ce moyen, le duc de Castiglione aura dans ses mains quatre divi­sions qui formeront le 11e corps. Faites-lui connaître que, si une descente était opérée, il a encore sous ses ordres 10,000 Danois, et qu’en outre de cela le roi de Saxe lui fournirait un régiment d’in­fanterie et son beau régiment de cuirassiers, avec douze pièces de canon. Mandez au duc de Castiglione qu’il y a à Rostock la 6e demi-brigade provisoire; la 1e demi-brigade provisoire est partie de Paris pour se rendre dans le Mecklenburg. Il y a à Hambourg la 7e demi-brigade provisoire ; la 8e est à Bremen ; qu’il donne l’ordre qu’elle se rende à Hambourg pour joindre la 7e; la 9e, qui est à Munster, se rendra à Bremen. Ainsi il y aura deux demi-brigades ou six bataillons à Hambourg, six bataillons dans le Mecklenburg et enfin trois ba­taillons de la 9e à Bremen; ce qui fait 15 bataillons à portée des côtes. Donnez ordre au 1er bataillon de la 17e brigade, composée du 5e bataillon du 8e et du 18e d’infanterie légère, de se rendre à Danzig pour joindre la division Lagrange, c’est-à-dire la division de marche, ces détachements devant être incorporés. Le duc de Castiglione aura donc la division Heudelet forte de 18 bataillons, la division Morand forte de 12 bataillons, la division du général Lagrange (qui a un bras de moins), et la division Durutte, qui font encore 28 autres bataillons; ce qui fait en tout 58 bataillons. Donnez ordre que le 22e régiment d’infanterie légère, qui arrive à Dresde, se rende à Thorn, où il tiendra garnison jusqu’à nouvel ordre.

 

  1. S. Prévenez que j’ordonne que le 15 août six cohortes de gardes nationales, arrivant de Franche-Comté et de Bourgogne, se rendent à Hambourg.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez l’ordre aux cinq 6e bataillons des 19e, 93e, 56e, 37e et 46e de se rendre à Danzig. J’ai donné l’ordre au régiment du prince Primat, composé de deux bataillons, et au régiment de la Confédération qui était à Groeningen, de se rendre également à Danzig ; cette garnison se trouve donc renforcée de neuf bataillons. Il y a actuellement à Danzig le régiment n° 5 de la division princière et le régiment wurtembergeois; ce qui fait quatre bataillons. Il y aura donc treize bataillons à Danzig; ce qui est plus que suffisant pour la défense de cette place : car la garnison de cette ville n’a pas besoin de plus de 8,000 hommes, dont 6,000 hommes d’infanterie, et 2,000 nommes d’artillerie, du génie et de troupes diverses. J’ai donné l’ordre à la division Lagrange de se porter à Danzig avec qua­tre demi-brigades de marche; elle y arrive le 1er août. Mon intention est que vous lui donniez ordre de faire filer sans délai deux demi-brigades sur Königsberg, où elles tiendront garnison. Une des deux autres demi-brigades de la division Lagrange, qui restent à Danzig, quittera cette place aussitôt que deux des neuf bataillons qui sont dirigés sur Danzig y seront arrivés. L’autre demi-brigade quittera Danzig aussitôt que deux des autres bataillons seront également arrivés. Il m’importe d’avoir le plus tôt possible toute l’ancienne divi­sion Lagrange réunie à Königsberg. Le commandement de cette divi­sion sera donné à un général de brigade. Par ce moyen, la garnison de Danzig sera pourvue de treize bataillons ; celle de Königsberg sera également pourvue, puisque, indépendamment des six batail­lons qui s’y trouvent actuellement, il y aura aussi l’ancienne division Lagrange, qui sera désormais appelée la division de marche; ce qui fera près de 15,000 hommes. Tout le corps du maréchal duc de Bellune deviendra donc disponible. Il se réunira le plus tôt possible à Tilsit. Vous communiquerez toutes ces dispositions au duc de Bellune, pour qu’il active les mouvements et qu’il se trouve le plus tôt possible disponible. Sa cavalerie sera augmentée du régiment de cava­lerie saxon qui est à Königsberg. Il en formera deux brigades, aux­quelles vous donnerez des numéros à la suite des brigades actuelles. Sa première brigade, aux ordres du général Delaitre, se composera des lanciers de Berg et des chevau-légers de Hesse-Darmstadt. L’autre brigade sera commandée par le général Fournier, et sera composée du régiment saxon et du régiment de marche de cavalerie. Ainsi le duc de Bellune aura deux brigades de cavalerie, comme tous, les autres corps de l’armée. Il écrira à Bade et à Darmstadt pour qu’on lui envoie des recrues et qu’on augmente la force de ses deux régi­ments. Vous manderez au duc de Bellune de vous faire connaître quand il croit que son quartier général pourra être à Tilsit, et quand il aura dans la main au moins deux divisions avec sa cavalerie pour se porter en avant.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, écrivez au général Reynier que je trouve convenable au but qu’il doit remplir la position qu’il occupe; que je le destine à entrer en Volhynie; qu’il est même le maitre d’entrer en Volhynie quand il le jugera convenable; que les 9e et 15e divisions ennemies, que commande le général Kamensky, ont seules une consistance, et il est probable que l’ennemi cherche à les faire venir pour renforcer Bagration et couvrir Moscou ; que le corps de Tormasof ne peut lui imposer en rien; que ce n’est qu’un ramassis des 3e bataillons, recrues qui sont sans aucune consistance et tout au plus bonnes pour contenir le pays; que le général Reynier, ayant le pays pour lui et faisant venir des commissaires de Varsovie, peut entrer dans le pays cl l’insurger aussitôt qu’il sera certain que les 9e et 15e divi­sions n’y sont plus; que les prétendues forces arrivant de Crimée sont des chimères ; que le Grand Seigneur a refusé de ratifier la paix, et qu’au contraire les Russes sont obligés d’envoyer de nouvelles forces en Moldavie et en Valachie; que je ne lui prescris rien; que son principal but est de couvrir le Grand-Duché; qu’une bonne ma­nière de couvrir le Grand-Duché, c’est d’entrer en Volhynie, de faire partout des confédérations et d’insurger le pays; que tout cela est remis à sa prudence; qu’il peut en écrire au général Dutaillis et au ministre de la guerre polonais à Varsovie, pour qu’on lui envoie 2 à 3,000 hommes des dépôts, ainsi que tous les citoyens marquants du pays qui voudront venir concourir à l’insurrection. Donnez-lui avis que nous sommes à Mohilef, que nous avons passé le Borysthène; que nous sommes maîtres du camp retranché de Drissa; que nous marchons sur Vitebsk et peut-être sur Smolensk.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, faites connaître au général la Riboisière que je ne comprends pas trop à quoi servent les relais qu’il a établis de .Kovno à Vilna; que si c’est pour effectuer les transports de fusils, si néces­saires tant pour l’armée que pour l’insurrection des Polonais, j’en conçois l’utilité ; mais que si c’est pour transporter des cartouches et des coups de canon, il y a une si grande quantité de ces munitions dans les caissons non attelés à Vilna, que je ne conçois pas la néces­sité de ces relais. On me dit qu’il y a à Vilna 600 caissons, 40,000 coups de canon et une grande quantité de cartouches d’infanterie. Si ce transport de Kovno à Vilna pouvait se faire par les moyens du pays, j’approuverais qu’on le continuât; mais il paraît que l’artillerie emploie à cela des chevaux et des bœufs qui pourraient bien mieux nous conduire des caissons sur Gloubokoïé. Nous allons avoir une bataille qui fera une énorme consommation de poudre et de muni­tions : comment ferons-nous pour les remplacer ? Faudra-t-il envoyer les caissons vides à Vilna ? Alors il faudra un mois ou six semaines pour qu’ils rejoignent.

Réitérez-lui donc l’ordre d’employer tous les chevaux et bœufs du train à approcher de l’armée la plus grande quantité de caissons d’infanterie et à canon qu’il sera possible. On m’assure que le général la Riboisière emploie même les chevaux des équipages aux convois de Kovno à Vilna. Si cela est, je ne connais rien de plus absurde et de plus contraire aux intérêts de l’armée et à mes intentions. Les 600 caissons qui sont à Vilna pourraient venir attelés par 1,200 paires de bœufs. C’est là la grande affaire dont il faut s’occuper désormais.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812, cinq heures du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mohilef.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20 à sept heures du soir. Je serai cette nuit à Kamen; toute l’armée marche sur Vitebsk. Je ne pense pas que vous ayez rien à craindre aujourd’hui de l’armée de l’empereur Alexandre. Je ne pense pas non plus que le général Grouchy puisse être dans le cas d’évacuer On-ha. Je crois que vous êtes suffisamment fort pour tenir télé à Bagration, en choisissant une bonne position qui couvre la ville. Pressez l’arrivée du prince Poniatowski et du général Latour-Maubourg. Il ne faut pas croire tous les faux bruits. Tormasof est en Volhynie, et n’a que 8,000 hommes de 3e bataillons. La 9e et la 15e division n’ont pas rejoint Bagration et sont encore en Volhynie, ce qui fait qu’il n’a que trois divisions. Il est tout au plus possible que la 27e division, qui allait en Volhynie et qui a été coupée, l’ait joint; ce qui lui donnerait quatre divisions, ou 20 ou 24,000 hommes, avec 6,000 Cosaques et 4,000 hommes de cavalerie. Vous avez plus que cela, et je ne pense pas que vous deviez le craindre, quand même le prince Poniatowski ne vous aurait pas rejoint. Je suppose que les deux armées russes chercheront à se réunir à Smolensk.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812, sept heures et demie du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 21 à six heures du soir; elle a mis, comme vous voyez, vingt-quatre heures à arriver. Je suppose que vous aurez envoyé votre avant-garde sur Biéchenkovitchi, comme je vous l’ai mandé le 21 ; que vous vous y serez réuni avec la divi­sion Bruyère et avec le corps Nansouty, et que de là vous aurez poussé des postes sur Vitebsk, sur Sienno, pour communiquer avec le général Grouchy. Appuyez le plus qu’il sera possible sur Biéchenkovitchi, afin d’empêcher les Russes de se porter sur Orcha. Le général Grouchy, instruit de votre arrivée, gardera Orcha, où il y a de grands magasins qu’il serait malheureux de perdre. On dit qu’à Biéchenkovitchi il y a aussi des magasins considérables. Si on peut les conserver ce sera un grand bonheur; on les aura sauvés si votre cavalerie s’y est portée rapidement. Je vous ai mandé que vous n’aviez pas besoin d’aller à Ouchatch, où se trouvait le duc d’Istrie. J’espère donc que vous avez vos quatre brigades de cavalerie légère, ce qui, avec la cavalerie de votre garde italienne, ne doit pas faire moins de 6,000 hommes. Réunis à Nansouty, cela fera un beau corps pour battre la campagne et vous donner des nouvelles de Vitebsk. J’espère que vous aurez jeté un pont à Biéchenkovitchi. Je pars à huit heures du soir pour Ouchatch. Avez-vous fait des fours à Kamen et à Ouchatch ?

 

Ouchatch, 23 juillet 1812.

Au maréchal Oudinot, duc de Reggio, commandant le 2e corps de la Grande Armée, à Polotsk.

Le roi de Naples vous a fait connaître les intentions de l’Empereur. Sa Majesté sera demain à Biéchenkovitchi avec toute l’armée, et marchera sur Vitebsk.

Le prince d’Eckmühl est à Mohilef.

L’ennemi paraît avoir laissé Wittgenstein pour couvrir Saint-Pétersbourg. Les uns le disent placé entre Drissa et Dinabourg, les autres disent qu’il a déjà remonté pour couvrir la route de Saint-Pétersbourg. Vous êtes opposé à ce corps d’armée. Tout votre but est d’avoir des ponts et de bonnes têtes de pont sur la Dvina, de marcher sur Wittgenstein et de le tenir éloigné de la rivière, de cor­respondre avec le duc de Tarente, qui doit faire observer Dinabourg et jeter un pont entre Dinabourg et Jacobstadt, enfin de communi­quer avec nous par votre droite et de flanquer la gauche de la Grande Armée, afin que dans tous les événements vous puissiez nous sou­tenir , si cela devenait nécessaire. Si les circonstances permettent que vous placiez votre quartier général à Polotsk, et que ce soit votre point de départ, ce sera très-avantageux : il semble que, de Polotsk, de fortes avant-gardes sur Sebeje devraient obliger Wittgenstein à évacuer Drissa et Drouya.

Jusqu’à ce que vous ayez des nouvelles que le duc de Tarente soit à Dinabourg, tenez une colonne d’observation, d’infanterie et cava­lerie, pour observer la garnison de Dinabourg et empêcher de faire des incursions trop longues, c’est-à-dire pour retenir cette colonne sur la rive gauche. Placez des partis de cavalerie sur la rive gauche, entre Polotsk et Oulla.

 

Ouchatch, 23 juillet 1812, cinq heures après midi.

A Joachim Murat, roi des Deux-Siciles, commandant les réserves de cavalerie de la Grande Armée, à Disna.

L’Empereur part au moment même pour Kamen, où il sera cette nuit. L’Empereur a reçu toutes vos lettres jusqu’à celle du…..; il est content de toutes les dispositions que vous avez faites.

Pressez le duc d’Elchingen de venir par la rive gauche, afin que l’Empereur ait demain à Biéchenkovitchi, où il se rendra, les trois divisions Morand, Friant et Gudin, les trois du duc d’Elchingen et les trois du vice-roi qui sont déjà rendues, toute la Garde, tout le corps de Nansouty et les deux divisions de cuirassiers de Montbrun.

Quant à la division Sébastiani, il n’y a pas de mal qu’elle voltige, sans se compromettre, sur la rive droite, jusqu’à ce que le dut; de Reggio soit parfaitement, en mesure.

Mandez au duc de Reggio qu’aussitôt qu’il le pourra il porte son quartier général à Polotsk, et ce, en poussant une forte avant-garde sur la route de Saint-Pétersbourg ; qu’il est probable que Wittgenstein accélérera sa marche pour couvrir cette capitale.

 

Kamen, 24 juillet 1812, neuf heures du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi

Mon Fils, je vous envoie mon officier d’ordonnance d’Hautpoul. Il est bien nécessaire que vous placiez des postes de correspondance depuis Biéchenkovitchi jusqu’à Kamen, afin qu’on puisse communi­quer promptement. Je n’ai pas de vos nouvelles depuis votre lettre, d’hier, trois heures de l’après-midi. Je ne sais pas si la rivière est passée et si vous avez construit des ponts.

Faites construire sans délai six fours.

Le major général vous écrit pour que vous envoyiez toute votre cavalerie et le général Nansouty fort en avant. Mettez de votre cava­lerie légère sous les ordres du général Bruyère. Aussitôt que le roi de Naples arrivera, il se portera lui-même en avant, afin de serrer Vitebsk et d’être maître de toute la plaine. Nous avons intérêt à mar­cher rapidement, afin de nous emparer de cette ville importante, pour pouvoir faire reposer un peu l’armée, mais le passage sur la rivière à Biéchenkovitchi est le préalable de tout : cela seul accélérera les mouvements de l’ennemi. Faites travailler avec la plus grande activité à la tête de pont. Pour ne pas mettre de confusion, vous ferez l’avant-garde, et vous marcherez d’abord sur Vitebsk avec votre corps d’armée. Faites choisir des chemins; il serait avantageux de marcher sur trois colonnes, ou du moins sur deux; mais il faut que ce soit par de bonnes routes. Je suppose que vous avez déjà commu­niqué avec le général Grouchy.

 

  1. S. La division Pino, qui est ici, parait bien fatiguée ; elle ne peut aller aujourd’hui qu’à Botcheïkovo; tout cela aura le temps d’arriver; le principal, c’est d’avoir en avant une division d’infanterie pour soutenir la cavalerie. Si l’ennemi veut livrer bataille, il nous faudrait (….) alors faites donc partir une bonne division d’infanterie en forme d’avant-garde.

 

Kamen, 24 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je suis aujourd’hui à Kamen. Le vice-roi est à Biéchenkovitchi. L’ennemi paraît être à Vitebsk, nous y marchons. Le prince Bagration paraît être entre Mohilef et Bobrouisk. Le prince Poniatowski marche bien doucement.

 

Biéchenkovitchi, 25 juillet 1812

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, le prince d’Eckmühl a eu une ba­taille le 23 à Mohilef; j’en ignore le détail, Bagration a voulu lui passer sur le corps, il a été repoussé. Un billet écrit le 23, à six heures du soir, sur le champ de bataille, portait que l’ennemi était en déroute. Nous avons eu aujourd’hui une affaire d’avant-garde où l’ennemi a perdu huit pièces de canon et 7 à 800 hommes. Toute l’armée russe est à Vitebsk. Je vous instruis de cela pour votre gou­verne; il est inutile d’en rien écrire nulle part. Noos sommes à la veille de grands événements; il est préférable qu’ils ne soient pas annoncés et qu’on apprenne en même temps les résultats. Vous savez que le général Reynier est en mesuré pour couvrir le Grand-Duché.