Correspondance de Napoléon – Janvier 1812

Paris, 13 janvier 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 8. J’approuve que les deux détachements de 200 hommes westphaliens se rendent à Danzig pour compléter ces régiments. Faites la même demande aux cours de Hesse-Darmstadt, Wurtemberg, Bavière, Saxe, par le canal de mes mi­nistres. Cela servira à réparer les pertes que ces régiments auraient faites par mort, par désertion ou autrement, et à les tenir au com­plet. Je vois avec plaisir que vous fassiez compléter l’approvisionne­ment du riz à Danzig. Remettez-moi l’état de l’approvisionnement de cette place au 1er février. Envoyez-moi le plan de Glückstadt et tous les renseignements que vous avez sur cette place : contre qui les Danois l’avaient-ils faite ? quels sièges a-t-elle soutenus ? quel est son armement ? quelles sont ses fortifications ? Je laisserai toujours sur les côtes de la 32e division militaire un corps de 7 à 8,000 hommes, ce qui, joint aux troupes que les Danois fourniraient dans la cir­constance, mettrait, dans l’état actuel des choses, Hambourg à l’abri de l’invasion des Anglais. On pourrait tirer de Hollande quel­ques renforts pour garder les batteries. Il est nécessaire que ces bat­teries soient fermées à la gorge, soit par des tours, soit par des ouvrages de campagne, de sorte qu’elles soient à l’abri des débarque­ments et du feu des vaisseaux. Ces batteries, avec quelques hommes dans leur enceinte, seraient défendues; en cas d’une grande expédi­tion des Anglais, elles seraient prises, mais elles sont faites pour cela. Faites-moi connaître leur nombre, leur emplacement et leur armement. Comprenez dans ce détail les batteries des côtes du Mecklenbourg. Il me semble avoir ordonné que des garde-côtes fussent formés. Je laisserai d’ailleurs sur la côte trois compagnies d’artillerie françaises.

 

Palais de Saint-Cloud, 13 janvier 1812

NOTE SUR LE BLOCUS CONTINENTAL, DICTÉE EN CONSEIL DU COMMERCE ET DES MANUFACTURES.

Il n’y a qu’un grand système à prendre : ou rester comme nous sommes, ce qui peut être soutenu par de bonnes raisons, ou mar­cher en grand vers un ordre différent.

Rester comme nous sommes ? On sait comment nous sommes. Il faut donc commencer par établir ce que Sa Majesté entend par un grand système, afin qu’on puisse comparer les deux états.

Le sucre est monté en Italie à un prix exorbitant, de sorte qu’il se fait un gain considérable sur le sucre qui vient de Königsberg et qui paye un droit continental ; ce qui prouve que les lois prohibitives sont observées en Italie.

Le sucre est moins cher dans les pays de la Confédération; et c’est parce que ces pays ne sont pas sous la main de Sa Majesté, et que les princes suivent moins bien le système continental.

Le sucre vaut à Leipzig 51 sous la livre, poids de marc, à Franc­fort 50 sous; c’est-à-dire que, dans ces deux pays, le droit n’étant que de 30 sous, il vaut encore 20 sous au-dessus du droit. Il reviendrait à beaucoup moins si les canaux ordinaires étaient ouverts. On peut donc dire que la France approvisionne aussi la Confédération.

À Naples, le sucre vaut 5 francs; il est aussi cher qu’à Paris et qu’à Milan : donc, en France, en Italie, à Naples, les lois sont exé­cutées ; et ces deux pays, qui ne sont point sous le régime des douanes françaises, savent qu’ils seraient réunis s’ils n’exécutaient pas les lois de l’Empire.

Le Gouvernement a à pourvoir à la consommation de la France, qui a 43 millions de population ; à celle d’Italie, qui en a 6,500,000 ; à celle de Naples, qui en a 5 millions, et à celle de la Confédéra­tion, qu’on porte à 10 millions; ce qui fait environ 65 millions, c’est-à-dire près du triple de la consommation de l’ancienne France.

En supposant que la consommation de tous ces pays ne soit aussi que la même qu’elle était dans l’ancienne France, c’est la supposer réduite de deux tiers.

La France consommait 45 millions de livres de sucre brut on 450,000 quintaux. Sa Majesté va accorder des licences pour faire entrer 450,000 quintaux de sucre brut dans l’Empire ; cela produira 70 millions de francs de droits, nécessitera une exportation de numé­raire de 10 millions, et occasionnera une exportation des produits de notre sol et de nos manufactures, principalement en vins et soieries, pour une valeur de 30 millions de francs.

Sa Majesté appliquera le même système au café, aux cuirs de Buenos-Aires, à l’indigo, au thé, au coton en laine et aux bois de teinture. On suppose que le sucre y entre pour un tiers, ce qui sera établi clairement dans le procès-verbal.

Cela produira donc une grande activité dans les manufactures, un encouragement pour la navigation, la marine, le courtage, un droit de 200 millions perçu par les douanes dans le courant de l’année, un germe d’activité et de vie dans tous nos ports.

Pour la France, le résultat sera un rêve qui n’aura pu s’obtenir que par le passage du système exclusif; car comment concevoir qu’on eût amené l’Angleterre, sans la clôture absolue du continent et la pénurie, à un ordre de choses aussi contraire à son intérêt commer­cial ? Les Américains mêmes, qui faisaient le commerce avec nous, faisaient faire leur escompte à Londres, et prenaient en retour de ce qu’ils nous portaient des marchandises anglaises.

Le système des marchandises coloniales aura beaucoup gagné à ce nouvel arrangement; le sucre de betterave et le pastel n’y perdront pas, puisque l’avantage de ces cultures est dans le droit que payent le sucre et le pastel venant de l’étranger.

Mais, si le bien qui résultera de ces mesures pour la France est facile à saisir, il ne l’est pas autant d’apprécier avec justesse quel en sera l’effet pour l’Angleterre. Cela ne fera point de bien à l’Angle­terre, ni pour ses manufactures, ni pour le courtage, ni pour le fret; cela ne lui fera du bien que comme débouché de ces denrées ; or une partie de ces denrées même appartient à la Hollande et à la France. Cela lui fera sans doute beaucoup de bien, mais cela opé­rera une révolution en Angleterre; et ce bien sera-t-il moindre ou plus fort que pour la France ?

Si les choses s’établissent telles qu’on vient de le dire, on pense que le bien de la France serait comme 3, et celui de l’Angleterre comme 1 ; et si cela n’est pas ainsi, c’est que la mesure ne pourra pas recevoir son exécution.

Si, après la connaissance de ce système, l’Angleterre y adhère, elle éprouvera plus de mal par le dépit et le désappointement de voir l’activité de nos manufactures, le produit de nos douanes plus grands que par l’effet du système continental.

Sa Majesté considère ceci non comme un changement de système, mais comme sa suite. Le système a été la guerre, le résultat est la victoire.

Au fait, avons-nous dit que nous ne recevrions plus de sucre, de café, d’indigo ? Non, car nous nous sommes contentés d’y établir un droit. C’était à l’Angleterre à nous en fournir, et jamais on n’a pu penser que notre navigation et les prises pussent nous alimenter; mais nous avons dit que nous ne recevrions ces denrées que contre les produits du sol français, avec un droit très-considérable; que nous ne les laisserions arriver que sur nos bâtiments et avec nos licences. C’est donc le système perfectionné qui a produit ce résultat que l’on n’espérait que dans quelques années.

On sent que le système tel qu’il vient d’être établi est un système permanent, qui peut être perpétuel : on peut toujours donner son vin, ses soieries, contre des objets qu’on n’a pas; les donner, non comme le traité désavantageux de Versailles, en conséquence des similitudes d’unités de denrées, et mettant ainsi eu concurrence une consommation de 30 millions d’hommes avec une de 10 millions, mais par un calcul où la valeur est multipliée par la quantité, et non appréciée par un seul de ses éléments.

Tout traité ou stipulation en vertu duquel on recevrait le sucre contre la soie, ou tarif contre tarif, comme dans le traité de Ver­sailles, serait un traité de 1 contre 7.

Ainsi on fait du bien à l’Angleterre sans doute; mais on lui fait le bien qu’on ne peut pas empêcher, et l’on en reçoit le triple : ce serait une mauvaise combinaison que de refuser 3 pour 1.

Actuellement il serait oiseux d’examiner si ce système aura lieu ; il faut l’essayer. Comme nous avons été conséquents, comme nous ne faisons usage que de licences, lorsque la licence est expirée tout rentre dans le droit commun ; ainsi, si cela ne réussit pas, la mesure ne sera établie que dans le procès-verbal du conseil. Rien ne prou­vera mieux l’infériorité réelle de l’Angleterre, et combien les décrets de Berlin et de Milan, appuyés des victoires sur le continent, ont amené un grand résultat.

On passe aux moyens d’exécution.

Il ne serait plus donné que deux espèces de licences. Les licences de la première espèce seraient pour importer des blés, riz, etc., ce qui tient aux circonstances de l’année ; elles ne seraient soumises à au­cune espèce de condition. Les licences de la seconde espèce renfer­meraient la permission d’importer telle quantité de sucre, café, etc., à Nantes et à Bordeaux, contre les vins et les eaux-de-vie ; dans le Nord, contre la soie pour un tiers, les toiles de Cambrai, les linons et autres marchandises de cette espèce.

Chaque licence serait pour un voyage; un négociant pourrait en prendre deux ou trois, s’il le voulait, parce que l’ensemble des licences comprendrait le système tout entier, c’est-à-dire la totalité du sucre reconnu nécessaire, du café, etc.

Le système, une fois établi sur ces bases, peut être susceptible de modifications et de développements.

1° Pour la France et pour l’Italie, comme c’est de l’argent qui entrerait dans nos caisses, il est indifférent que le droit soit perçu par les douanes françaises ou italiennes ;

2° Pour Naples, ce n’est pas la même chose.

3° Les princes de la Confédération n’ont point de ports; il faut qu’ils reçoivent le sucre par Hambourg. On exigerait, par un traité avec chacun d’eux, qu’ils ne reçussent rien de la Prusse ni de l’Au­triche, et on leur ferait une bonification. Ainsi, si le droit est de 30 sous, on leur en céderait 10 par le canal de la douane ; les princes y trouveraient un bénéfice considérable, sans que leurs peuples s’en aperçussent. Par exemple, comme grand-duc de Berg, le droit continental ne rend rien à Sa Majesté; elle sait bien qu’en cette qualité il serait agréable de toucher 600,000 francs qui seraient la part produite par la consommation de ce pays. Le roi de Westphalie ne tire rien de son droit continental, et, si on lui propose 2 ou 3 millions, ainsi qu’à la Saxe et à la Bavière, ils regarderont ce traité comme avantageux.

Quant à la cour de Vienne, on lui laisserait le transit par Trieste et on rapprovisionnera en mettant un droit de transit tel qu’il égale le droit continental : 20 sous pour l’Autriche, par exemple, et 10 sous pour la France ; ce serait toujours pour cette dernière un beau droit perçu sur une population de 15 millions de consommateurs.

À Naples, on procédera de la même manière ; les denrées colo­niales n’y entreront que sur des licences françaises ; la France pren­dra sur le droit 50 pour 100 ; il y en aura autant pour le Roi ; ce sera un droit de consommation de 50 pour 100 sur le royaume, et, comme le bon état des finances du Roi importe à Sa Majesté, elle sera bien aise qu’il y ait 50 pour 100 dans les licences pour Naples. Sa Majesté pourrait permettre l’exportation de quelques produits ma­nufacturés du pays. Il faudra soumettre la Prusse au même système.

Ces deux puissances, qui ne peuvent plus recevoir des denrées coloniales, en recevront; elles auront moitié du droit, et leurs manu­factures auront une exportation, mais ce ne sera que sur des licences françaises, ce qui les limitera.

Voici comment on pourrait faire les séries :

Hambourg, Brème, Lubeck, formeraient une première série; Ams­terdam , une autre, deuxième série ; Ostende, Dunkerque, une troi­sième; le Havre, Caen, une quatrième; Granville, Saint-Malo, Morlaix, Redon, Quimper, une cinquième; Nantes, la Rochelle, Bordeaux, Bayonne, une sixième; Marseille, Cette, Nice, une septième ; Savone et Gênes, une huitième; Livourne, Civitavecchia, une neuvième; Trieste, une dixième; royaume d’Italie : Venise et Ancône, une onzième; royaume de Naples : Naples, une douzième; Mecklenburg : Rostock et Wismar, une treizième; la Prusse : une série.

Les séries de Naples, de la Prusse, du Mecklenburg, seront for­mées les dernières; il faut attendre que ces pays réclament des licences.

L’importation est une chose simple : le sucre, le café, le cacao, sont nécessaires dans tous ces pays; le thé en Hollande. Il faut savoir quels sont les pays où il faut diriger les indigos, etc.

Quant à l’exportation, elle doit varier : celle de Bordeaux et Bayonne s’établirait principalement sur les vins et eaux-de-vie; on pourra, outre cela, exporter tout ce qui n’est pas défendu. La Hol­lande pourra exporter ses fromages, mais le surplus en autres mar­chandises ne comptera pas dans la balance d’exportation.

Dans tout ce système reste Danzig; il fournit les denrées coloniales à la Pologne; il faut en faire une série à part; l’exportation serait en bois de construction. Ensuite vient la question des blés : la Pologne a besoin de cette exportation, et le commerce de Danzig de­mande qu’on permette l’exportation des grains pour l’Angleterre; il se fait fort d’en conduire un chargement sur deux, en France ; on pourrait voir si cela est praticable. Il conviendrait de voir aussi quel droit on pourrait mettre sur les blés exportés de Danzig. Ainsi l’im­portation des denrées coloniales pourrait fournir toute la Pologne, et le droit n’est pas assez fort pour que cela empêche les Polonais de s’en approvisionner.

Le ministre de l’intérieur fera un rapport dais lequel il tracera le tableau des marchandises à importer et à exporter. Ce rapport sera porté dans un conseil qui se tiendra vendredi.

 

Paris, 13 janvier 1813

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il faudrait former une compagnie de marins de la garde italienne, qui serait composée de trois officiers , de sept ou huit maîtres et contremaîtres et d’une centaine de bons matelots qui puissent nous servir pour le passage d’une grande rivière ou d’un lac et pour la réparation d’un pont. Cette compagnie serait à la suite de la garde, et les marins feraient d’ailleurs le service de canonnière. Ils seraient armés de fusils, comme les marins de la Garde impériale.

 

Paris, 13 janvier 1812

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le ministre de la guerre vous aura envoyé des ordres pour le corps d’observation d’Italie, et je suppose que dans les pre­miers jours de février tout sera en marche.

Il faut régler l’organisation militaire du royaume d’Italie. 1° Qui est-ce qui commandera en chef ? 2e Qui est-ce qui commandera la place de Palmanova, celles d’Ancône, de Mantoue ? 3e Ces places seront-elles armées et en état de défense ? L’absence de l’armée com­porte l’obligation de leur armement. 4° Seront-elles approvisionnées ? L’absence de l’armée comporte aussi l’obligation de l’approvisionne­ment de ces places. Faites-moi un rapport là-dessus. Tout cela doit se faire successivement et sans secousse.

 

 

Paris, 14 janvier 1812

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, mon intention est qu’à compter du 1er mars la comptabilité de la Grande Armée commence, et que tous les payements de solde se fassent entre les mains de ses payeurs ; présentez-moi le projet que l’expérience a prouvé être le plus conve­nable pour l’organisation du service du trésor.

Voici quelle est l’organisation de la Grande Armée :

Le prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, a sous ses ordres les 1e, 2e, 3e, 4e et 5e divisions et deux brigades de cavalerie légère.

Le duc de Reggio commandera les 6e, 8e et 9e divisions et deux brigades de cavalerie légère; il sera rendu au 15 février à Munster.

Le maréchal duc d’Elchingen commandera les 10e 11e et 7e divi­sions ; les deux premières seront à Düsseldorf et à Mayence ; la 7e di­vision est déjà à Danzig. Il aura également sous ses ordres deux brigades de cavalerie légère.

Le corps d’observation d’Italie, qui sera à Bolzano, Trente et Vé­rone, sera composé des 13e et 14e divisions, qui seront françaises, et de la 15e division, qui sera italienne.

La cavalerie de réserve sera partagée en trois corps, savoir : une division de cavalerie légère et deux divisions de cuirassiers, formant le 1e corps;

Une division de cavalerie légère et deux divisions de cuirassiers et carabiniers, formant le 2e corps ;

Une division de cavalerie légère, une division de cuirassiers et une division de dragons, formant le 3e corps.

Chaque corps d’armée aura un parc commun ; chacun des trois corps de réserve de cavalerie aura un parc.

Enfin, la Garde impériale, infanterie, cavalerie, artillerie, etc., fera partie de l’armée.

Il faut un payeur par division. Est-il convenable d’avoir un payeur par corps d’armée, ou vaut-il mieux que les payeurs de divisions aient leur comptabilité directe avec le payeur général ? C’est ce que l’expérience seule peut faire connaître.

Il sera nécessaire que vous présentiez à ma signature la nomina­tion du payeur général, et que ce payeur soit le 15 février à Mayence, où sera censé être le grand quartier général. Prenez des mesures dès le commencement pour éviter tout embarras dans cette comptabilité. Vous aurez soin que le payeur général ait le nombre de cais­sons attelés nécessaire pour transporter ses fonds.

Vous devez regarder cette lettre comme très-secrète et comme ne devant pas sortir de vos mains. J’ai jugé à propos de vous l’écrire pour que vous puissiez arrêter, sur les bases qu’elle contient, la meilleure organisation.

 

Paris, 14 janvier 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie un rapport du ministre de l’administration de la guerre sur les étendards. Vous verrez qu’il n’a pas compris mon décret du 25 décembre, et qu’il croit devoir faire confectionner des aigles nouvelles, tandis qu’il ne s’agit que d’étendards à y adapter. Je prends un décret pour vous charger désormais de cette attribution. Cela passera au budget sur les dépen­ses diverses de votre ministère. Remarquez bien que je ne veux ni aigles ni bâtons ; que, par mon décret, je veux seulement qu’on con­fectionne l’étendard qui doit être attaché aux aigles. L’aigle ne chan­gera pas; mais cependant elle aura toujours une belle apparence, parce que l’étendard sera renouvelé tous les trois ans. Ce sera quel­que chose d’imposant qu’une aigle dont on pourra citer les batailles. C’est là l’avantage d’avoir pour enseigne quelque chose qui ait un corps. Il faut pour l’étoffe faire choix d’une double soie bien serrée et la faire broder avec soin. Ne regardez pas au prix. Faites-en faire d’abord pour les régiments qui composent la Grande Armée. Faites-y inscrire les batailles où le corps s’est trouvé, et qu’on puisse les en­voyer au 1er mars.

Faites un ordre à l’armée basé sur ce décret. Recommandez bien qu’on ne mette rien aux fanions que les colonels doivent donner aux bataillons, afin que, si par malheur ils venaient à tomber au pouvoir de l’ennemi, on vît bien par leur extrême simplicité que c’est sans conséquence. L’aigle seule doit recevoir des honneurs. Le fanion ne doit pas même être déposé chez le chef de bataillon ; il doit rester chez le sous-officier qui le porte.

 

 

 

Parie, 14 janvier 1812

NOTE POUR LE COMTE DARU, MINISTRE SECRÉTAIRE D’ÉTAT, À PARIS.

Je n’approuve pas qu’on ne mette que 600 livres de poids dans un grand caisson d’ambulance, tandis qu’on peut en mettre 1,500. Le comte Daru me fera connaître comment se compose le chargement d’un des quatre caissons qui sont à la suite, et il me comparera ce chargement avec celui qu’on propose. Je désire joindre à mon décret un état indicatif du chargement des caissons.

 

Paris, 14 janvier 1812

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du Palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, je vous envoie l’apostille que j’ai mise en marge d’une demande de supplément de dotation qui m’est faite pour le duc de Padoue.

Il n’est pas d’usage de donner des suppléments lorsque les dota­tions ne réussissent pas.

Indépendamment du prix de sa maison, que vous évaluez à 400,000 francs, je lui donnerai, à l’occasion de son mariage, 200,000 francs : ce sera donc six cents et tant de mille francs que cela me coûtera d’extraordinaire. Il peut faire ses arrangements là-dessus.

 

 

Palais des Tuileries, 15 janvier 1812

NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.

Sa Majesté pense qu’il faudrait faire une coupe extraordinaire de tous les bois d’orme, de noyer et autres, nécessaires pour les fusils et autres constructions de l’artillerie, de manière à en approvisionner les arsenaux pour quatre ans, et une coupe extraordinaire pour les palissades. Ces coupes se feraient de manière que le ministre des finances en percevrait le montant, et que l’artillerie désormais ne dépenserait plus d’argent pour cet objet et serait approvisionnée.

Sa Majesté porte son attention sur les coupes de bois pour la ma­rine. Voici comment cela se fait actuellement :

Le préposé de la marine martèle; l’officier forestier met l’arpent en adjudication, avec la condition de donner à la marine, pour un prix fixe, tant d’arbres marqués (dans ce prix est la condition du transport de ces arbres jusqu’à Ruelle), et que l’adjudicataire ne doit recevoir là, de la marine, que tant par pied cube. Comme ordinai­rement cette pièce a plus de valeur (et c’est un vice dans le système de l’administration forestière, car on devrait faire payer à la marine le même prix qu’à un particulier, moyennant une diminution de 20 ou 40 pour 100), il s’ensuit que l’officier de la marine s’entend avec l’adjudicataire qui rachète son arbre. L’agent de la marine, s’il n’est pas fidèle, déclare un bois marqué non propre à la marine, et reçoit une gratification pour cette déclaration. C’est une perte pour le Do­maine et pour la marine. Si, au contraire, on donnait ce bois à la marine pour rien, l’adjudicataire recevrait, par son cahier des charges , l’obligation de couper les arbres marqués et de les conduire à Ruelle, et, si la marine ne les prenait pas, l’adjudicataire en de­viendrait propriétaire, moyennant un cubage à tel prix; dès lors il n’aurait aucun intérêt à ne pas les livrer; ou bien on l’obligerait à couper, et, si la marine ne les prenait pas, ces bois appartiendraient à l’administration, qui les vendrait par une nouvelle adjudication. Cela pourrait avoir aussi l’avantage que, dans les bois rejetés par la marine, l’artillerie et le génie pourraient prendre ce qui leur con­viendrait. Sa Majesté pense donc qu’un changement est nécessaire à ce sujet, parce que, d’un autre côté, l’administration forestière fait monter très-haut le tort que lui fait le martelage de la marine.

On sent qu’il y a de l’inexactitude dans cette manière d’opérer.

Un adjudicataire soumissionne un arpent où il y a deux arbres marqués; on les suppose bons : s’ils sont refusés, il est clair que l’adjudicataire y gagne; ainsi cette chance lui est favorable. Si ensuite il augmente cette chance par un pot-de-vin, il n’y a là qu’une suite d’abus. Au lieu que, lorsque l’adjudicataire fera sa soumission sur le principe que les bois marqués ne lui appartiennent pas, il n’y sera pas intéressé; il sera obligé au transport, alors il ôtera du prix de l’arpent la valeur des bois marqués et les frais de leur transport. La marine ne prend-elle pas ces bois, on en fait une nouvelle adjudication.

Pour revenir à la question, la marine n’a pas les moyens, par ses officiers, de couper les bois ; l’administration forestière ne le peut pas faire non plus. Une erreur commise dans la forêt de Fontaine­bleau a donné lieu à beaucoup de désordres. Il n’y aurait donc d’autre manière que l’adjudication. Il faudrait marteler les bois , et l’adjudication désignerait les entrepreneurs qui seraient chargés de faire la coupe et conduire les bois réservés à Ruelle; ce serait une simple adjudication de main-d’œuvre. Si la marine venait à refuser les bois, on en ferait une vente spéciale par adjudication.

 

 

Paris, 15 janvier 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois vos états de situation à l’époque du … dé­cembre. Ne tardez pas à m’envoyer ceux du 1er janvier; nous sommes au 15, je devrais les avoir déjà.

Vous devez avoir reçu l’ordre de renvoyer en France les 3e, 4e et 5e bataillons du 127e, en gardant seulement les 1e et 2e bataillons, avec la compagnie d’artillerie, et en les complétant avec les hommes des trois derniers bataillons. Vous devez avoir reçu le même ordre pour le 128e.

Je vois dans l’état de situation du corps d’observation le 4e batail­lon du 19e porté comme étant dans le département de la Lippe et ne devant pas faire partie du corps d’observation : je ne comprends pas cela. Le 4e bataillon du 19e ceux du 46e et du 123e doivent être à Magdeburg; faites-les-y diriger. Je vois avec peine que le 4e bataillon du 46e n’a que 600 hommes.

A la division de cuirassiers Saint-Germain, je ne vois qu’un géné­ral de brigade : est-ce que le général de brigade Bessières n’y est pas arrivé ?

Je trouve les malades des corps bien nombreux, puisque le nom­bre s’élève à 10,000, indépendamment de 4,000 aux infirmeries régimentaires et à la chambre; ce qui fait 14,000 malades. Faites-moi connaître où sont ces malades, hôpital par hôpital. J’ai toujours remarqué qu’il y avait une différence très-grande entre le nombre de malades qu’accusent les corps et le nombre que porte l’administration.

 

 

Paris, 16 janvier 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie une convention (Convention avec le grand-duc de Hesse-Darmstadt, stipulant le rachat par ce prince de divers domaines situés dans la principauté de Hanau, et qui avaient été cédés à l’Empereur dans l’année 1810, pour être réunis au Domaine extraordinaire) conclue par M. Defermon. Il convient de fixer enfin quelque idée sur cette nature d’actes. Il est tout à fait contre les principes que je traite et stipule avec un prince étranger sans que ce soit par le canal de mon ministre des relations extérieures. Il est vrai que, si le prince de Darmstadt avait à acheter de moi une propriété, il le ferait devant un notaire et suivant les formes du Code civil. Approfondissez cette question et proposez-moi un de ces deux partis : ou de traiter ces affaires par convention en les faisant passer par votre département, ou bien en réglant les stipulations par les formes et les officiers de l’ordre civil. Dans ce cas, ma signature serait inutile, puisque mon intendant général a mes pouvoirs pour tous les contrats civils. Voyez ce qu’il y aurait de plus convenable au bien de mon service.

 

 

Paris, 16 janvier 1813

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, témoignez mon mécontentement au major du régiment de l’île de Ré de ce que les deux compagnies du 5e bataillon de ce régiment, fortes de 400 hommes, sont sans in­struction, qu’elles n’ont pas de livrets ni de cahiers d’ordinaire, et de ce que ces hommes vivent comme des ouvriers et non comme des soldats. Écrivez à ce major qu’il ait à apporter un prompt change­ment à cette fausse méthode.

Donnez ordre à l’inspecteur aux revues de la 12e division mili­taire de passer la revue des corps qui sont à l’île de Ré et de s’assurer que la comptabilité est en bon état.

Vous donnerez les ordres suivants : 1° que le 3e et le 4′ bataillon du 29e léger, forts chacun de 1,000 hommes, lesquels sont dans l’île de Ré, partent le 1e février pour se rendre à Paris; 2° que le 1e et le 2e bataillon du régiment de l’île de Ré, qui sont à Brest, en partent le 21 janvier pour se rendre à Paris.

Vous chargerez le colonel du 29e léger de se rendre à Belle-Île, de passer la revue des dépôts de son régiment, et, s’il juge que les 300 hommes qu’a le 5e bataillon soient assez exercés et disciplinés pour faire un mouvement, de faire partir tout le dépôt pour Paris. Il sera toutefois convenable que les déserteurs invétérés et les mau­vais sujets de ce 5e bataillon en soient retirés et placés dans le régi­ment de Belle-Île, qui les remplacera par de bons sujets et complé­tera ce bataillon à 560 hommes. Par ce moyen, les cinq bataillons du 29e léger arriveraient en même temps à Paris ; ce qui pourrait faire espérer de mettre ce régiment en ligne au-delà du Rhin à plus de 2,400 hommes.

Vous me présenterez un projet de décret, si déjà ce décret n’existe pas, pour que tout individu des 3e, 4e et 5e bataillons de ce régi­ment qui déserterait en route soit condamné à mort, comme s’il désertait à l’ennemi. Si cette loi a déjà été rendue, vous en enverrez ampliation au colonel; vous ordonnerez aux généraux commandant la 12e et la 13e division militaire de la faire mettre à l’ordre et d’en surveiller l’exécution. Le premier déserteur qui sera pris devra être fusillé au milieu de ses camarades.

Le 4e bataillon du 29e léger partira trois jours après le 3e batail­lon ; et, si la désertion était trop considérable, le général comman­dant la 12e division serait autorisé à garder le 4e bataillon.

Ce général recevra ordre de faire sortir des 3e et 4e bataillons tous les hommes natifs des 12e et 22e divisions militaires, et des 13e et 1er; il les mettra dans le régiment de l’île de Ré et les fera rem­placer par d’autres.

Avant de partir, les capitaines feront signer par chaque soldat sa parole d’honneur qu’il ne désertera pas ; ce sera le lendemain de cette opération qu’on leur fera connaître le décret qui condamne à mort les déserteurs.

Tous les hommes qui seraient malades, incommodés ou malingres au moment du départ, seront retenus et incorporés dans le régiment de l’île de Ré, qui les remplacera par des hommes forts et bien por­tants. Une fois les bataillons du 29e sortis de l’île, tous les hommes restés comme malingres seront rayés des contrôles de ce régiment et portés sur ceux du régiment de l’île de Ré, et, en général, on ne laissera plus sortir du régiment de l’île de Ré aucun homme, sous prétexte de rejoindre le 29e léger, lorsque ce régiment ne sera plus dans l’île. Vous donnerez ordre à l’inspecteur aux revues de rétablir l’effectif quelques jours après le départ des bataillons du 29e.

Le 4e bataillon du 10e léger et le 4e bataillon du régiment de Walcheren se tiendront prêts à partir l’un et l’autre le 10 février. Les mêmes dispositions seront faites et les mêmes précautions seront prises pour ces deux bataillons. Ils se dirigeront également sur Paris.

Les mêmes précautions seront prises pour la 4e compagnie des sapeurs de l’ile d’Elbe, qui partira le 28 janvier de l’île de Ré pour se rendre à Paris. Recommandez au général qui commande la divi­sion que, s’il déserte quelqu’un, il en fasse rattraper un et le fasse fusiller, en ayant soin que la connaissance de sa sentence soit donnée dans l’île de Ré.

Donnez ordre aux deux compagnies de sapeurs de l’Ile d’Elbe qui sont à Porto-Ferrajo d’en partir le 1er février, pour se rendre à Vé­rone. Vous prescrirez les mêmes précautions et les mêmes mesures que pour la 4e compagnie.

Donnez ordre à la compagnie du bataillon de sapeurs de l’île d’Elbe qui est à Belle-Île de partir pour Paris, et prescrivez les mêmes dispositions que pour les autres compagnies.

Les deux compagnies de sapeurs de l’île d’Elbe qui sont à l’île de Ré et à Belle-Île se réuniront à Paris, de sorte que, lorsque le corps d’observation d’Italie sera réuni, ce bataillon de sapeurs puisse le rejoindre.

J’ai à ordonner des mouvements qui sont pressés pour les 5e et 7e bataillons du 6e de ligne, pour les 5e et 7e bataillons du 14e léger, pour le 1er et le 3e bataillon du 1er régiment de la Méditerranée, qui sont à l’île d’Elbe. Je désire faire passer ces bataillons sur le conti­nent; mais j’ai besoin de savoir de quels départements sont les hommes qui les composent; comment ils sont habillés et dans quelle situation ils sont.

Faites-moi le même rapport sur les bataillons du régiment de la Méditerranée qui sont en Corse, afin que je puisse donner des ordres pour que la partie de ces troupes dont j’ai besoin parte au 1er février pour se rendre à Vérone.

 

Paris, 16 janvier 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, mon intention est qu’à dater du 1er février vous com­menciez à faire les fonctions de major général de la Grande Armée. Faites-vous remettre par les ministres de la guerre et de l’administra­tion de la guerre tous les renseignements nécessaires, et remettez-moi, du 20 au 25 janvier, (état des mouvements pour la formation de l’armée, en me faisant connaître les lieux où seront les troupes au 30 juin au 15 février, mon intention étant que l’armée soit en position au 15 février et prête à faire un mouvement, il est convenable que vos équipages, ceux de votre état-major et ce qui appartient au grand quartier général soient réunis du 15 février au 1er mars à Mayence.

 

Paris, 17 janvier 1812

À M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaète, entre Brienne et Rosnay, il existe une avenue plantée de trois cents ormes appartenant au Domaine, qu’on dit être au point où on peut les abattre. Ce serait une ressource importante pour l’artillerie, le génie et pour le parc de Sampigny. Faites-moi connaître s’il y aurait de l’inconvénient à abattre ces arbres.

 

Paris, 19 janvier 1812

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous renvoie l’affaire de Suède. Vous me représenterez jeudi le projet de note à M. d’Osshon (Dans cette note à remettre au représentant du gouvernement de la Suède, le duc de Bassano, ministre des relations extérieures de France, devait exposer les motifs qui avaient décidé l’Empereur à faire occuper la Poméranie suédoise par les troupes sous les ordres du prince d’Eckmühl : non-seulement la contre­bande anglaise était tolérée dans la Poméranie suédoise, mais des faits récents venaient de prouver que la Suède y prenait elle-même une part active). Cette note est trop chaude; elle n’est pas assez calme, pas assez conci­liante; il n’y faut point de fièvre. Refaites donc cette note; faites-la plus douce, qu’elle soit sincère, et surtout qu’elle soit beaucoup plus courte. Du reste, s’il vous parle, point de réponse.

 

Paris, 19 janvier 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous avez donné le commandement du département des Apennins à l’adjudant commandant Bourmont, c’est-à-dire à un ancien chef de chouans. Cette mesure est ridicule. Cet officier ne devrait pas être employé, ou du moins n’être employé que de manière à être surveillé. Que voulez-vous que pensent mes troupes de se voir commandées par un pareil homme ?

 

Paris, 19 janvier 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je n’approuve pas le départ des 250 hommes du 5e régiment d’infanterie légère de Cherbourg pour Osnabrück. Donnez ordre à ce détachement de rentrer à Cherbourg. Ce mouvement est un malheur : ce détachement composé de conscrits réfractaires et de réfractaires du Calvados ; cela aura empoisonné le pays. Puisqu’on ne se souvient de rien dans les bureaux de la guerre, il faudrait m’envoyer la minute des ordres avant de les expédier. Ces 250 hommes seront remplacés par des hommes tirés des régi­ments les plus près.

 

Paris, 19 janvier 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, aussitôt que vous serez assuré de saisir une grande quantité de marchandises coloniales dans la Poméranie suédoise, vous ferez prendre possession de cette province, et vous ferez saisir, soit à Stralsund, soit à Anklam, enfin sur tous les points de la Poméranie, tout ce qui s’y trouverait de marchandises coloniales.

Vous donnerez à vos divisions la direction suivante : la 4e division, ayant son quartier général à Stettin, continuera d’occuper Stettin, Küstrin et Glogau; la 2e division se rendra dans la Poméranie; la 3e division se rendra à Stettin, où se réunira son quartier général; elle sera disponible pour se porter partout; la 1e division restera à Hambourg; une brigade se rendra à Rostock, et, en cas d’événe­ment , elle sera prête à se réunir à la 5e division; la 5e division se réunira tout entière autour de Magdeburg ; la 7e division continuera à rester à Danzig.

Aussitôt que j’aurai désigné le corps qui doit relever le 127e à Cuxhaven, ce régiment rejoindra sa division.

J’attache une grande importance à ce que vos divisions soient bien réunies.

Donnez ordre que les 3e, 4e et 5e bataillons des 127e et 128e après avoir versé tous les hommes disponibles dans les deux premiers batail­lons, se rendent en France.

Dans la première quinzaine de février, la 6e division se trouvera organisée à Osnabrück, la 8e à Munster et la 9e à Nimègue. La 5e brigade de cavalerie légère est à Danzig ; la 2e se réunira à Stettin. Il est convenable que le général Jacquinot quitte le commandement de la place où il se trouve pour suivre sa brigade. Le général Bruyère, avec la 1e division de cavalerie légère, qui se compose des 3e et 4e brigades, se dirigera sur la Poméranie avec la division Friant. La 5e brigade de cavalerie légère et vos trois divisions de cuirassiers ne bougeront pas de la position où elles se trouvent. La division Friant, la division Gudin, la division Dessaix, la division de cavalerie légère du général Bruyère et la 2e brigade de cavalerie légère seront à portée d’arriver promptement sur Danzig et de s’y joindre à la 1e brigade de cavalerie légère, dans le temps que la 1e et la 5e division d’infan­terie , les trois divisions de grosse cavalerie et la 5e brigade de cava­lerie légère seraient dans votre main pour se porter sur Berlin et partout où il serait nécessaire, se faisant soutenir par les Saxons et les Westphaliens. Il est cependant convenable que la 5e brigade de cavalerie légère, qui est destinée au 2e corps de l’Elbe, ne bouge pas.

 

Paris, 21 janvier 1812

DÉCISION.

 

Le  comte de Montesquiou, grand chambellan  informe l’Empereur de l’état de détresse ou le compositeur Zingarelli se trouve à Paris. Une somme de six mille francs serait nécessaire à cet artiste.Renvoyé au duc de Frioul pour porter cette somme sur celles qui sont à sa disposition pour le mois de janvier.

 

Paris, 28 janvier 1812

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous trouverez ci-joint un décret qui ordonne la forma­tion d’un bataillon d’équipages militaires attelés par des bœufs, qui sera formé à Vérone sans délai. Ne perdez pas un moment pour la formation de ce bataillon ; nommez-en les cadres. Prenez pour les remplir des Italiens accoutumés à conduire des bœufs. 11 faut que ce bataillon soit prêt à partir au 1er mars. Le royaume d’Italie a beaucoup de bœufs; c’est un moyen de les utiliser. Par ce moyen e mon royaume d’Italie fournira cinq cents voitures à l’armée.

 

Paris, 24 janvier 1812

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je juge convenable de vous faire connaître mes intentions tout entières sur les équipages militaires de la Grande Armée. Mon intention est d’avoir les 12e, 2e, 6e, 7e, 9e et 10e bataillons français, un bataillon du royaume d’Italie et un de la Garde impériale, total, huit bataillons, attelant 2,016 voitures; quatre bataillons de voitures comtoises, attelant 2,424 voitures; quatre bataillons attelés par des bœufs, composés de 1,224 voitures; un bataillon de voitures à bœufs du royaume d’Italie, attelant 306 voi­tures; total général, dix-sept bataillons attelant près de 6,000 voitures et portant de 110 à 120,000 quintaux, savoir: les huit bataillons d’équipages, 30 quintaux chaque voiture; les bataillons de voitures à la comtoise, 12 quintaux, et les bataillons de voitures attelées par des bœufs, 20 quintaux; total, 114,000 quintaux, ce qui ferait un million de rations de farine, ou pour une armée de 200,000 hommes pendant près de deux mois. Le décret que j’ai pris aujourd’hui pour la formation des 14e et 15e bataillons et des 20e et 21e, et pour faire fournir par la conscription des hommes pour tous les bataillons, pourvoit à tous ces besoins. Ceux de ces bataillons qui resteraient en arrière, si l’armée faisait un mouvement, serviraient à porter les effets d’habillement des convois destinés à partir le 15 mars et le 1e avril.

 

Paris, 24 janvier 1812

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je vous écris cette lettre pour vous seul. Je désire qu’elle ne sorte point de vos mains, afin que le con­tenu en reste tout à fait secret.

Mon intention est, lorsque la conscription de 1812 sera partie et au moment où la guerre viendra à être déclarée, c’est-à-dire vers la fin de mars, de lever 120,000 bommes, sous le titre de premier ban de la garde nationale. Ces 120,000 hommes seraient pris dans les conscriptions de 1809, 1810, 1811 et 1812, ce qui ferait 30,000 hommes par conscription. Le sénatus-consulte leur donnerait l’assu­rance de ne point sortir des frontières de France, mais ils devraient servir pendant tout le temps que durerait la guerre. Cette levée se fera rapidement, parce que les hommes resteraient dans les localités, les Hollandais en Hollande, les Flamands en Flandre, les Bretons en Bretagne. Je suppose donc qu’il me faudra en avril et mai tout ce qui est nécessaire pour l’habillement de ces 120,000 hommes. Il serait convenable de prendre dès à présent quelques précautions pour avoir des draps. Ces 120,000 hommes ne bougeraient effectivement pas de l’intérieur, afin d’avoir la garantie de la tranquillité et de l’inviolabilité du territoire pendant la guerre. Je formerai probablement de ces 120,000 bommes cent vingt bataillons.

 

Paris, 25 janvier 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous écrirez au général Reille que je lui donne le commandement de l’armée de l’Èbre. Elle sera composée de quatre divisions actives : 1° la sienne; 2° la division Palombini; 3° la divi­sion Severoli; 4° la division Frère, qu’il organisera avec les 1e d’in­fanterie légère, 14e,  115e et 5e de ligne.

Dès l’instant qu’il occupera avec son armée active les pays aux environs de Barcelone, la garnison de cette place sera assez forte avec les dépôts, le régiment de Nassau, deux bataillons du 23e de ligne, deux bataillons du 18e léger, quatre compagnies d’artillerie, les sapeurs et les mineurs.

Avec ces quatre divisions, il doit soumettre définitivement toute la basse Catalogne, maintenir la tranquillité en Aragon et pouvoir s’oc­cuper de l’organisation de ce pays.

Vous trouverez ci-joint le décret par lequel la Catalogne est orga­nisée en quatre départements ; vous en enverrez une copie au général Reille.

La cavalerie du général Reille sera composée du 9e de hussards, du régiment des chasseurs royaux italiens, du régiment des dragons Napoléon, du 24e de dragons.

 

Paris, 26 janvier 1812

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai destitué (…), mon chargé d’affaires à Naples. Je donne ordre qu’il se rende à Paris pour rendre compte de sa con­duite. S’il est aussi coupable que les apparences le font croire, j’en ferai un exemple sévère, pour apprendre à mes ministres qu’ils ne doivent point se séparer de ma cause pour suivre leurs passions et leurs intérêts.