Correspondance de Napoléon – Janvier 1807

Varsovie, 29 janvier 1807

Au général Marmont, commandant en chef de l’armée de Dalmatie

Sa Majesté a appris avec peine, Général, la prise de l’île de Curzola; la garnison vient de débarquer dans le royaume de Naples. Faites redemander le commandant de Curzola, et faites-en un bon exemple, s’il est coupable.

Sa Majesté part cette nuit pour rejoindre l’avant-garde de son armée et chasser les Russes au delà du Niemen. L’infanterie russe ne vaut pas la nôtre, et, dans les affaires qu’il y a eu, il n’y a pas d’exemple qu’elle nous a fait ployer.

Un courrier parti de Constantinople le 2 janvier arrive à Varsovie. Le 30 décembre, la Porte avait déclaré solennellement la guerre à la Russie, et, le 29, leur ambassadeur était parti avec 5 à 600 personnes, grecques ou autres, attachées à la Russie. Il règne à Constantinople un grand enthousiasme pour la guerre.

L’armée ennemie du général Michelson, forte de 30,000 hommes, avait 10,000 hommes à Bucarest; les Turcs avaient 15,000 hommes. Il y a eu quelques escarmouches de peu de conséquence. Vingt régiments de janissaires sont partis de Constantinople; on annonce que vingt autres sont partis d’Asie pour passer en Europe. Déjà près de 60,000 hommes étaient réunis à Rasow; Passwan-Oglou en a 20,000.

Le courrier dit que dans toute la Turquie on déploie la meilleure volonté. Vous connaissez, Général, les Turcs de l’Asie, mais ceux d’Europe sont meilleurs; ils sont plus accoutumés au genre de guerre d’Europe, et ils ont souvent eu des succès. Il est possible que l’armée de Michelson arrive au Danube; mais le passera-t-elle ? On ne doit pas le croire.

L’intention de l’Empereur, Général, est que vous envoyiez cinq officiers du génie et autant d’artillerie à Constantinople. Vous écrirez au pacha de Bosnie, à celui de Scutari, qu’ils vous envoient des firmans que ces officiers sont arrivés.

Envoyez des officiers d’état-major aux pachas de Bosnie et de Bulgarie, et aidez-les de tous vos moyens, comme conseils, officiers approvisionnements et munitions dont vous pouvez disposer. Il sera possible que la Porte demandât un corps de troupes, et ce corps ne peut avoir qu’un objet, celui de garnir le Danube.

L’Empereur n’est pas très-éloigné de vous envoyer 25,000 hommes sur Widdin, et alors vous rentreriez dans le système de la Grande Armée, puisque vous en feriez l’extrême droite; et 25,000 Français qui soutiendraient 60,000 Turcs obligeraient les Russes, non pas à laisser 30,000 hommes, comme ils l’ont fait, mais à y envoyer une armée du double; ce qui ferait une grande diversion pour la Grande Armée de l’Empereur. Mais tout cela n’est encore qu’hypothétique.

Ce que vous pouvez faire dans ce moment, Général, c’est d’envoyer vingt ou trente officiers, si les pachas vous les demandent; mais ne donnez point de troupes, à moins que cela ne soit quelques détachements, à cinq à six lieues des frontières pour favoriser quelques expéditions.

Sa Majesté me charge de vous dire que vous pouvez compter sur les Turcs comme sur de véritables alliés, et vous êtes autorisé à leur fournir ce que vous pourriez en cartouches, canons, poudre, etc., s’ils vous le demandent.

Un ambassadeur de Perse et un de Constantinople se rendent à Varsovie, et, quand vous recevrez cette lettre, ils seront déjà arrivés à Vienne. Ces deux grands empires sont de cœur attachés à la France, parce que la France seule peut les soutenir contre les entreprises ambitieuses des Russes. Dans cette grande circonstance, les Anglais hésitent et paraissent vouloir rester en paix avec la Porte. Cette dernière puissance s’est servie pour cela de la menace de transporter 40,000 hommes jusqu’aux portes d’Ispahan, et nos relations sont telles avec la Perse, que nous nous porterions sur l’Indus; ce qui était chimérique autrefois devient assez simple dans ce moment, où l’Empereur reçoit fréquemment des lettres des sultans, non des lettres d’emphase et trompeuses, mais dans le véritable style de crainte contre la puissance des Russes et portant une grande confiance dans la protection de l’Empire français.

Vous devez publier que vous n’attendez que les firmans de la Porte pour passer sur le Danube et marcher à la rencontre des Russes. Il sera utile que cela se redise dans le pays; cela intimidera les Russes, qui, soldats et officiers, craignent les armées francaises.

Telle est la situation des affaires.

Envoyez des officiers au général Sebastiani pour correspondre avec lui. L’éloignement de la Dalmatie à Varsovie est tel, que vous devez beaucoup prendre sur vous. Bien entendu que les détachements français ne s’éloigneraient jamais à plus de deux lieues au delà des frontières.

L’Empereur a ordonné au général Andréossy d’envoyer à Widdin un officier de son ambassade, pour servir de correspondance intermédiaire avec Constantinople; mais cela n’empêche pas que vous envoyiez de votre côté. Quand vous lirez cette lettre, il est probable que l’Empereur sera maître de Königsberg, de Grodno et de tout le cours du Niémen.

Il y a un fort près de Raguse qui paraît influer sur la défense de cette place, et il est possible que le général Sebastiani obtienne qu’il soit remis entre nos mains; écrivez-lui à cet égard.

Jusqu’à cette heure nous paraissons toujours assez bien avec l’Autriche, qui paraît comprendre qu’elle a beaucoup à gagner avec France et à perdre avec les Russes. Les Autrichiens craignent les Français, mais ils craignent aussi les Russes. Il paraît qu’ils ont vu d’un mauvais oeil l’occupation de la Valachie et de la Moldavie.

Il est bon que des officiers français parcourent les différentes provinces de la Turquie. Ils feront connaître tout le bien que l’Empereur veut au Grand Seigneur; cela servira à exalter les têtes, et vous obtiendrez des renseignements utiles, et que vous me transmettrez.

En deux mots, Général, l’Empereur est aujourd’hui ami sincère de la Turquie, et ne désire que lui faire du bien; conduisez-vous donc en conséquence.

L’Empereur regarde comme l’événement le plus heureux, de notre position, celui de la déclaration de guerre de la Turquie à la Russie; car déjà des recrues destinées pour l’armée qui nous opposée ont été envoyées à l’armée de Michelson. Le Bosphore aujourd’hui fermé, l’escadre de Corfou, par cela seul, cesse d’être redoutable. L’Empereur a un bon agent à Janina; écrivez-lui. Sa Majesté remarque que vous ne vous entremettez pas assez dans les affaires des pachas de Bulgarie, de Bosnie et de Scutari, avec lesquels vous devez fréquemment correspondre.

Le maréchal Berthier, par ordre de l’Empereur.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

Au roi de Naples

La Turquie a déclaré la guerre à la Russie, comme vous le verrez dans le bulletin. Un Tartare, parti de Constantinople le 2 janvier, m’apporte les meilleures nouvelles de ce pays.

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Un million vous est envoyé de Turin. Ma santé n’a jamais été si bonne, tellement que je suis devenu plus galant que par le passé.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

Au roi de Hollande

Vous ferez partir pour l’Angleterre le Tartare de Constantinople que je vous envoie. Vous pourrez faire imprimer le 55e bulletin que
vous recevrez avec cette lettre. Les nouvelles de Constantinople sont certaines. Cela ne laisse pas que d’être une bonne diversion pour la
Russie.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

55e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Voici les détails du combat de Mohrungen :

Le maréchal prince de Ponte-Corvo arriva à Mohrungen avec la division Drouet, le 25 de ce mois, à onze heures du matin, au moment où le général de brigade Pacthod était attaqué par l’ennemi.

Le maréchal prince de Ponte-Corvo fit attaquer sur-le-champ le village de Pfarrersfeldchen par un bataillon du 9e d’infanterie légère. Ce village était défendu par trois bataillons russes, que l’ennemi fit soutenir par trois autres bataillons. Le prince de Ponte-Corvo fit aussi marcher deux autres bataillons pour appuyer celui du 9e. La mêlée fut très-vive; l’aigle du 9e régiment d’infanterie légère fut enlevée par l’ennemi; mais, à l’aspect de cet affront dont ce brave régiment allait être couvert pour toujours, et que ni la victoire ni la gloire acquise dans cent combats n’auraient lavé, les soldats, animés d’une ardeur inconcevable, se précipitent sur l’ennemi, le mettent en déroute et ressaisissent leur aigle.

Cependant la ligne française, composée du 8e de ligne, du 27e d’infanterie légère et du 91e, était formée. Elle aborde la ligne russe, qui avait pris position sur un rideau. La fusillade devient vive et à bout portant.

A l’instant même le général Dupont débouchait de la route de Hollande avec les 32e et 96e régiments. Il tourna la droite de l’ennemi. Un bataillon du 32e régiment se précipita sur les Russes avec l’impétuosité ordinaire à ce corps; il les mit en désordre et leur tua beaucoup de monde. Il ne fit de prisonniers que les hommes qui étaient dans les maisons. L’ennemi a été poursuivi pendant deux lieues. La nuit a empêché de continuer la poursuite. Les comtes Pahlen et Gallitzin commandaient les Pusses. Ils ont perdu 300 hommes faits prisonniers, 1,200 hommes laissés sur le champ de bataille et plusieurs obusiers. Nous avons eu 100 tués et 400 blessés.

Le général de brigade Laplanche s’est fait distinguer. Le 19e de dragons a fait une belle charge sur l’infanterie russe. Ce qui est à remarquer, ce n’est pas seulement la bonne conduite des soldats et l’habileté des généraux, mais la rapidité avec laquelle les corps ont levé leurs cantonnements et fait une marche de nuit très-forte pour toutes autres troupes, sans qu’il manquât un seul homme sur le champ de bataille. Voilà ce qui distingue éminemment des soldat qui ne sont mus que par l’honneur.

Un Tartare vient d’arriver de Constantinople, d’où il est parti le 1er janvier; il est expédié à Londres par la Porte. Le 30 décembre, la guerre contre la Russie avait été solennellement proclamée. La pelisse et l’épée avaient été envoyées au grand vizir. Vingt-huit régiment de janissaires étaient partis de Constantinople; plusieurs autres passaient d’Asie en Europe. L’ambassadeur de Russie, toutes les personnes de sa légation, tous les Russes qui se trouvaient dans cette résidence, et tous les Grecs attachés à leur parti, au nombre de 7 à  800, avaient quitté Constantinople le 29. Le ministre d’Angleterre et les deux vaisseaux anglais restaient spectateurs des événements ou paraissaient attendre les ordres de leur gouvernement.

Le Tartare était passé à Widdin le 15 janvier. Il avait trouvé les routes couvertes de troupes qui marchaient avec gaieté contre leur éternel ennemi : 60,000 hommes étaient déjà à Rustchuk , et 25,000 hommes d’avant-garde se trouvaient entre cette ville et Bucarest. Les Russes s’étaient arrêtés à Bucarest, qu’ils avaient fait occuper par une avant-garde de 15,000 hommes.

Le prince Soutzo a été déclaré hospodar de Valachie. Le prince Vpsilanti a été proclamé traître, et l’on a mis sa tête à prix.

Le Tartare a rencontré l’ambassadeur persan à moitié chemin de Constantinople à Widdin, et l’ambassadeur extraordinaire de la Porte au delà de cette dernière ville.

Les victoires de Pultusk et Golymin étaient déjà connues dans l’empire ottoman; le courrier tartare en a entendu le récit de la bouche des Turcs avant d’arriver à Widdin.

Le froid se soutient entre deux et trois degrés au-dessous de zéro. C’est le temps le plus favorable pour l’armée.

 

Varsovie, 30 janvier 1807, 5 heures du matin

Au général Marmont

Monsieur le Général Marmont, au moment où je monte à cheval, cinq heures du matin, je reçois votre lettre du 13 janvier. Je vous ai fait connaître hier mes intentions par le canal du major général. Écrivez dans ce sens à Sebastiani en lui envoyant un aide de camp. Je lui fais écrire également par le ministre des relations extérieures. Si la Porte veut des troupes, elle n’a qu’à le dire, je lui en fournirai, mais il faut que les traités pour la solde et les opérations soient signés d’avance. Je vous ai autorisé à envoyer des détachements à une ou deux lieues de mes frontières, si les Turcs le demandent. C’est dans ce sens que vous devez vous en expliquer avec le pacha et le général de Bosnie. Je vous ai mandé d’envoyer à Widdin, afin d’être promptement informé de ce qui se passe sur le Danube et même de ce qui se passera ici; les nouvelles des événements de l’armée arrivent très-promptement à Widdin. Il est peut-être dans la nature des choses que vous veniez joindre la Grande Armée par la droite. Trouverez-vous des chevaux d’attelage d’artillerie à acheter en Bosnie ? Je pense que l’éloignement des Russes vous aura mis à même de reprendre Curzola et les autres îles, ne serait-ce que pour leur faire un affront.

Aussitôt que vous aurez des nouvelles de Constantinople, expédiez-les ici. Il me semble que la route la plus courte est par Vienne et la Galicie. Il n’y a point de danger à prendre cette route.

 

Varsovie, 30 janvier 1807

A L’ARMÉE

Soldats, l’armée russe, battue au passage de la Wkra, aux combats de Czarnowo, de Nasielsk, de Lopaczin, de Pultusk, de Golymin, n’a échappé qu’à la faveur des boues qui ont empêché la marche de nos colonnes. Partie de ses hôpitaux et blessés, 8,000 prisonniers, 80 pièces de canon, plusieurs drapeaux, sont nos trophées et attestent votre valeur.

J’espérais que ces nouveaux revers éclaireraient leur politique, et que, convaincus de l’impuissance de leurs efforts contre nous, ils renonceraient à leurs vues ambitieuses sur Constantinople, mais ils sont entraînés par la fatalité qui constamment égare les conseils de nos ennemis.

Ils entrent en Turquie et déclarent la guerre à la Porte, au moment même où nous arrivons sur leurs frontières. Les premiers ils lèvent leurs quartiers d’hiver, et viennent inquiéter leurs vainqueurs pour éprouver de nouvelles défaites. Puisqu’il en est ainsi, sortons d’un repos qui ferait tort à notre réputation; qu’ils fuient épouvantés devant nos aigles au delà du Niémen ! Nous passerons le reste de notre hiver dans les beaux pays de la vieille Prusse, et ils ne pourront attribuer qu’à eux-mêmes les malheurs qu’ils éprouveront.

Quatre régiments français du premier corps de la Grande Armée viennent, à l’extrémité de la gauche, de mettre en déroute 14,000 hommes. Depuis quand les vaincus ont-ils le droit de choisir les plus beaux pays pour leurs quartiers d’hiver ? Les glaces ont rendu tous les chemins praticables.

Soldats, au milieu des frimas de l’hiver comme au commencement de l’automne, au delà de la Vistule comme au delà du Danube, sur les bords du Niémen comme sur ceux de la Saale, vous serez toujours les soldats français de la Grande Armée.

Je dirigerai moi-même tous vos mouvements; vous ferez tout ce que l’honneur vous commande; et, s’ils osent tenir devant nous, peu échapperont.

 

Pultusk, 30 janvier 1807

ORDRES POUR LE MARÉCHAL BERTHIER

Le commandement du général Baville s’étendra jusqu’à l’embouchure de la Wkra dans la Narew; ainsi le poste de Sierock sera sous ses ordres. Il donnera des ordres et prendra des mesures pour qu’on travaille à la tête de pont de Pultusk.

Il fera moudre la plus grande quantité de blé possible; il fera mélanger et bluter les farines de Glogau, afin qu’en cas d’événements on puisse donner de la farine aux soldats à défaut de pain. Il fera faire la plus grande quantité de pain qu’il pourra.

Le général Baville fera évacuer tous les malades et blessés qui se trouvent aujourd’hui dans la ville, en profitant à cet effet de toutes les voitures qu’on trouvera dans la ville.

Le commandement du général Baville s’étendra aussi dans tout l’arrondissement qui servait à nourrir le corps du maréchal Davout. Il fera faire partout du pain comme si les troupes étaient dans leurs cantonnements.

Il veillera à ce que le pont de Pultusk et le pont de Zegrz soient toujours maintenus, malgré les glaces.

Le major général donnera ordre au général Lemarois de visiter la position de Sierock et le pont de Zegrz. Il donnera ordre que demain matin 1,000 Polonais, sous les ordres d’un colonel, partent de Varsovie pour se rendre : une compagnie de 100 hommes à Nieporent, pour garder les magasins et faire les réquisitions nécessaires pour les montures; deux autres compagnies de 100 hommes chacune à Zegrz, pour la garde du pont. Ces compagnies fourniront les corvées nécessaires pour maintenir le pont en état et escorter des convois. Trois compagnies se rendront à Sierock, également pour la garde des magasins, fourniront des corvées pour les travaux du pont sur pilotis, et seront sous les ordres du commandant de la place. Quatre compagnies se rendront à Pultusk, et seront sous les ordres du général Baville, pour la garde des magasins, etc.

Ces hommes auront les vivres de campagne et recevront le pain et la viande.

Le général Lemarois écrira à Lowicz pour faire venir les dépôts qui s’y trouvent, et établir, le plus tôt possible, 100 Français, avec un officier, soit chef de bataillon, soit capitaine, depuis l’en;bouchure du Bug dans la Narew, à Sierock, jusqu’à la frontière autrichienne. Il établira 300 Français à Sierock, pour garder la Narew et mettre cette partie à l’abri des incursions des Cosaques, si jamais le corps du maréchal Lannes recevait ordre de prendre une autre direction.

Le général Lemarois sera prévenu qu’il entre dans les plans de l’Empereur, après avoir poussé le corps ennemi qui est sur le Bug, de rappeler le 5e corps sur la gauche. Alors les patrouilles de Cosaques et de cavalerie pourraient arriver sur Sierock; il faut donc qu’il y ait à Nieporent un corps de réserve; les deux bataillons polonais doivent faire partie de ce corps. Les six pièces de canons que j’ai mises à sa disposition, et les dépôts qu’il formera, seront destinés à garder Zegrz, Sierock et la partie du cours de la Narew de Sierock à Pultusk; et il se porterait avec une partie de ces forces sur Pultusk, si cela était nécessaire.

Il est nécessaire qu’il se trouve ainsi en position le 2 février. Les détachements de cavalerie qui arrivent tous les jours, il les réunira également à Nieporent et à Sierock, pour surveiller cette rive. Le général Oudinot passera probablement le 2 à Pultusk. Jusqu’à ce moment il n’y aura rien à craindre, parce que cette division ferait halte pour repousser l’ennemi, s’il se présentait; mais, passé cette époque, il n’y aura plus que sa réserve pour garder la Narew et le Bug.

Il y a trois compagnies de sapeurs à Sierock qui travaillent aux fortifications et au pont, et qui, en cas d’événements, pourraient lui servir.

Après avoir fait sa visite, le général Lemarois pourra rester de sa personne à Varsovie, en ayant un adjudant commandant et un aide de camp actif et intelligent à Nieporent. Le général Baville commande à Pultusk et à Sierock, et correspondra avec lui.

Prévenez le général Baville que, s’il se présentait des ennemis dans la presqu’île, il doit correspondre avec le général Lemarois, qui a un corps de réserve pour protéger ces points.

Donnez ordre au quartier général de partir sur-le-champ pour se rendre ce soir à Makow, ce qui le mettra à même d’arriver demain de bonne heure à Przasnysz.

 

 Przasnysz, 30 janvier 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, il y a à Pultusk des fours en suffisance pour confectionner 18 à 20,000 rations de pain, de la farine en suffisance, puisqu’il y en a pour 200,000 rations; il faut donc considérer ce point comme approvisionné. Il y a à Przasnysz de quoi cuire 15,000 rations par jour; mais les montures sont très-difficiles. Faites partir de Varsovie 500 quintaux de farine, de Glogau ou autre, pour Przasnysz; ce convoi une fois arrivé, Przasnysz pourra fournir soit pour tous les passages, soit pour les mouvements de retraite, 500 quintaux de farine, faisant 50,000 rations, fourniront pour quatre à cinq jours à la manutention de Przasnysz. Je donne ordre d’ailleurs que le convoi de 600 quintaux de farine qui arrive à Pultusk se dirige sur Przasnysz, qui sera alors suffisamment approvisionné, mais il faut y envoyer un commissaire des guerres, vu que celui qui y est appartient au maréchal Soult, qui l’a retiré, comme de raison. Il serait convenable que M. Joinville eût huit ou dix commissaires des guerres à sa disposition.

 

Przasnysz, 30 janvier 1807,minuit

Au grand-duc de Berg

J’arrive à Przasnysz; la division Grouchy étant partie de Neidenburg le 30, vous l’aurez dans la journée de demain. Je suppose que vous aurez les divisions Klein et d’Hautpoul dans la journée du 1er février. Il n’y a point d’inconvénient que vous envoyiez occuper Ortelsburg demain, afin d’avoir des nouvelles de l’ennemi. S’il n’y en a pas, envoyez une forte reconnaissance à Passenheim, afin de reconnaître les forces que l’ennemi a à Allenstein. Il est probable que vous serez dirigé le ler février, avec le maréchal Soult, sur Passenheim, et que le maréchal Davout se portera sur Ortelsburg. L’ennemi pressant le corps du prince de Ponte-Corvo, il faut serrer le vent, pour qu’il ne puisse pas se relever. On aura des nouvelles dans la nuit.

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Quoique je sois demain à Willenberg avant midi, cela ne doit pas vous empêcher de m’écrire en chemin.

 

Przasnysz, 30 janvier 1807, minuit

Au maréchal Davout, à Myszynieck

Mon Cousin, j’arrive à Przasnysz; je serai demain à Willenberg. Il est probable que je vous enverrai l’ordre de vous porter sur Ortelsburg le 1er février. Je désire que vous me fassiez connaître ce que l’ennemi a du côté de la tête des lacs de Niedersee.

Le maréchal Soult se trouverait au même moment à Passenheim; vous n’auriez à vous garder que du côté de votre droite.

Le général Gudin est arrivé à Pultusk, et je vais lui envoyer des ordres dans la nuit pour son mouvement ultérieur.

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Je suppose que je recevrai des nouvelles dans la nuit; je vous écrirai avant le jour.

 

Przasnysz, 30 janvier 1807, minuit

Au général Duroc, à Varsovie

Envoyez-moi ici les aides de camp de Rapp, les vôtres et ceux de Lemarois, hormis un. J’ai détaché Savary de manière qu’il ne reste personne. Pressez Bertrand de venir me joindre. Je suis arrivé ce soir à Przasnysz.

 

Przasnysz, 31 janvier 1807, 8 heures du matin

Au général Duroc

Faites-moi connaître le jour où sera arrivé le général Oudinot; causez avec lui; qu’il parte de manière à coucher plus loin que Sierock le premier jour, afin d’arriver, le second jour, à Makow. Il faut qu’il envoie ici un aide de camp, afin qu’il m’instruise bien de sa marche et soit à même de recevoir des ordres. Son artillerie, qui est arrivée depuis longtemps, pourrait, le même jour où ce général arrivera à Varsovie, se mettre en marche pour Nieporent. Instruisez-moi du départ de tous les convois. Nansouty est passé, j’espère, le 30, et sera ce soir à Sierock et demain à Makow.

 

Willenberg, 31 janvier 1801

Au général Duroc

Je suis arrivé à midi à Willenberg. Je n’ai pas encore reçu de courrier de Varsovie; toutes les colonnes sont en marche.

Donnez-moi des nouvelles de tous les mouvements de détachements, colonnes ennemies et amies du côté du Bug.

 

Willenberg, 31 janvier 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous envoie des lettres que je viens de recevoir à l’heure même. La première fois que je vous verrai, vous me ferez un rapport sur leur contenu. Je suis en marche de tous côtés. Il est probable que sous peu de jours il y aura des événements d’une grande importance.