Correspondance de Napoléon – Janvier 1807

Varsovie, 28 janvier 1807

Au général Clarke

L’armée sera réunie le 1er février à Willenberg, et marchera à l’ennemi. Comme un corps pourrait être coupé et jeté sur le bas de la Vistule et peut-être plus loin, je vous ai recommandé d’envoyer du monde à Stettin et d’avoir l’œil sur ce qui se passera, afin de pouvoir prévenir le maréchal Mortier, le conseiller, et empêcher l’ennemi non-seulement de passer l’Oder, mais le contenir et retarder sa marche pour que le corps qui le suivrait en queue ait le temps de l’atteindre.

Je vous ai déjà mandé d’envoyer un courrier pour faire avancer le 19e de ligne.

Il y a à Berlin des fusils saxons. Donnez-les de préférence aux détachements de mes troupes qui passent et qui ne sont pas armés; ce n’est qu’à leur défaut que vous devez leur donner des fusils prussiens, en ayant soin que ce soient des fusils de notre calibre. Dans la levée des 6,000 chevaux, 400 sont destinés à ma Garde; comme elle n’en a pas besoin faites-les délivrer aux dragons de ma Garde. Faites-moi connaître quand le dernier détachement de 250 hommes de ce régiment arrivera, et quand il pourra entrer en ligne.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Mon intention est de lever un corps de chevau-légers polonais, composé de personnes qui, par leur éducation, m’offrent une garantie
suffisante de moralité. Je les payerai, officiers et soldats, comme les chasseurs de ma Garde.

Ce corps sera d’abord composé de quatre compagnies ayant à l’effectif 120 hommes; ce qui fera 480 hommes.

Donnez l’ordre au grand maréchal Duroc, qui reste ici, de s’occuper de la formation de ce corps et de se concerter à cet effet avec
le gouvernement et avec les autres personnes qui peuvent y concourir. On me présentera les sujets pour le colonel. On peut nommer, en attendant, les capitaines, officiers et sous-officiers, et prendre les mesures pour l’armement, l’équipement et la monture.

Donnez également l’ordre au grand maréchal Duroc de se rendre tous les jours à la manutention, de prendre la direction des gendarmes d’élite que je laisse ici et aux environs, de se donner les mêmes soins que prenait le général Savary pour les manutentions et pour assurer les convois sur l’armée; enfin de visiter fréquemment les hôpitaux, les magasins d’habillement et les manutentions.

Ordonnez au général Rapp de prendre, sous les ordres du grand maréchal Duroc, la direction des détails de la formation du nouveau corps dont j’ai parlé ci-dessus.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Donnez l’ordre au gouverneur de ne plus laisser passer, à dater du 1er février, aucun dépôt, aucun détachement, aucun homme isolé, par le pont de Praga, et de réunir tous ces hommes, tous les détachements arrivant de France ou des hôpitaux, dans cinq casernes. On aura soin de mettre ensemble les hommes de chaque régiment sous les ordres d’un officier, et représentant une compagnie; tous ceux de chaque corps d’armée, sous les ordres d’un officier supérieur, et tout le dépôt général sous les ordres du général Lemarois.

Tous les jours à midi, le général Lemarois passera des revues pour pourvoir à leur habillement, à leur nourriture, à leur organisation provisoire et à leur instruction. Il aura soin que les conscrits aillent quatre à cinq heures par jour à l’exercice.

Le payeur général payera chaque jour leur prêt. On les mettra à l’ordinaire de manière qu’ils ne soient point à charge au pays et qu’ils aient une nourriture saine.

On tiendra dans chaque caserne le nombre de cartouches nécessaire pour pouvoir, en cas d’événements ou de départ, en distribuer cinquante par homme.

Deux fois par semaine, le dimanche et le jeudi, tous les hommes du dépôt se rendront à la place de Saxe, où le général Lemarois passera une revue générale. Il tâchera d’apprendre à ces hommes à se mettre en bataille et à se former en colonne. Ils ne fourniront aucun service.

Après ces revues, le général Lemarois enverra des états avec des notes sur la situation de leur habillement et de leur équipement.

Avant huit jours, il y aura de cette manière 2,000 hommes qui peuvent être nécessaires, soit pour maintenir la ville, soit pour être dirigés sur le Bug.

Le service de la ville sera fait par la légion polonaise; elle est composée de six bataillons, dont deux, qui sont réunis à Lenczyca et à Lowicz, doivent recevoir l’ordre de se rendre ici sur-le-champ; les quatre autres sont à Varsovie.

Le 30, le gouverneur et le prince Joseph Poniatowski les passeront en revue.

Deux bataillons formant 2,000 hommes bien armés et bien habillés, avec cinquante cartouches par homme, se tiendront prêts à partir; ils ne feront aucun service. Ils manœuvreront, chaque jour pendant quatre heures, sur la place de Saxe. On s’oceupera de compléter sur-le-champ leur armement et leur habillement.

Les quatre autres bataillons feront le service de la place, du pont et de Praga.

Chacune des huit redoutes sera occupée par un capitaine polonais et cent hommes qui seront logés dans les maisons voisines; ils fourniront vingt hommes de garde dans chaque redoute.

Un bataillon sera cantonné à Praga et fournira un poste à chaque barrière et an pont.

Le reste demeurera dans la ville et fournira des gardes aux manutentions, aux magasins et aux officiers.

Vous ferez verser demain une somme de 200,000 francs pour la légion polonaise; elle servira à payer la solde de janvier aux officiers, les gratifications de campagne à ceux qui doivent partir, et le prêt à tous les soldats à dater du ler janvier. On réservera ce qui sera nécessaire pour payer la solde de février aux officiers lorsque ce mois sera échu.

La compagnie de canonniers polonais fera le service des pièces qui sont en batterie près du pont de Praga.

La légion polonaise fera fondre 400,000 balles du calibre de ses fusils et fera confectionner sur-le-champ 400,000 cartouches.

Le général Songis prendra les mesures les plus promptes pour avoir au 1er février 100,000 cartouches de ce calibre à délivrer aux bataillons qui doivent se rendre à l’armée. La légion polonaise enverra des officiers à Posen pour faire venir les gibernes et les fusils qui manquent au complet de son armement. Il y a aussi des caisses de tambours à Posen. Donnez ordre à l’intendant, à l’artillerie et au prince Joseph Poniatowski pour que, de concert, ils envoient chercher tous ces objets.

Le prince Joseph Poniatowski et le conseil d’administration prendront des mesures plus expéditives pour employer les fonds existants à habiller les troupes sans délai.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Je vois avec peine que le quartier général ne marche jamais en règle. Aujourd’hui, à deux heures, les employés partaient isolément. Il faut traiter militairement tout ce monde, mettre aux arrêts, en prison, et établir de la discipline. Tous ces messieurs font leur plans et marchent à volonté; ensuite on ne les trouve pas où l’on en a besoin.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

A M. de Lamarche, officier d’ordonnance de l’Empereur

Monsieur Lamarche portera la lettre ci-jointe au grand-duc de Berg, qui est à Przasnysz et Willenberg, et m’attendra là. Il visitera, en attendant mon arrivée, les avant-postes pour être au fait de la position de l’armée.

 

 Varsovie, 28 janvier 1807

Au grand-duc de Berg

Le major général vous aura envoyé l’ordre de mouvement. Le ler février, je compte prendre l’offensive en faisant seulement, ce jour-là, une petite journée. Le maréchal Lannes se porte sur Brok pour culbuter Essen; le maréchal Davout, sur Myszyniec; le maréchal Soult, sur Willenberg; le maréchal Augereau, sur Neidenburg et Janowo; le maréchal Ney, sur Hohenstein, et le prince de Poute-Corvo, sur Osterode, en supposant que l’un et l’autre n’aient point fait de mouvement rétrograde; et vous sentez que, si l’ennemi les avait obligés à une marche rétrograde, cela ne me contrarierait pas. Mon intention est que les divisions d’Hautpoul, Klein et Milhaud, et vos trois brigades de cavalerie légère, soient réunies autour de Willenberg dans la nuit du 31. Il faut qu’aucun mouvement ne se manifeste; qu’on fuie devant les Cosaques, qu’on ne fasse rien qui donne de l’inquiétude à l’ennemi; qu’on ne laisse faire aucun prisonnier, afin de n’être pas prévenu par le bavardage de quelque soldat. Je serai demain à Przasnysz. Toute ma Garde y sera réunie le 30 au soir. La division de dragons du général Beker marche avec le maréchal Lannes. Les divisions Grouchy et Sahuc peuvent rester dans leurs positions actuelles, en me faisant connaître seulement où sont les différents régiments, afin que, si je voulais les réunir, je puisse le faire avec précision. Causez de cela avec le maréchal Soult, et faites-moi connaître ce que l’on sait de la position de l’ennemi, de ses mouvements, ainsi que des ressources du pays de Pultusk à Myszyniec. Il faut que tous les mouvements se fassent avec le moins de bruit possible. Faites-moi connaître s’il y a des pommes de terre à Myszyniec, à Willenberg et en avant.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

A M. Bongars, officier d’ordonnance de l’Empereur

  1. Bongars partira sur-le-champ pour se rendre à Thorn, où il remettra la lettre ci-jointe au maréchal Lefebvre. Si le maréchal n’était pas à Thorn, M. Bongars se rendra à Bromberg; il y fera la visite des magasins. S’il ne va pas à Bromberg, il sera inutile qu’il fasse ce voyage pour cet objet. A Thorn, il visitera la place, les magasins, l’artillerie, les hôpitaux. Il prendra des renseignements sur la situation du corps du maréchal Lefebvre, sur la situation des troupes polonaises, infanterie et cavalerie, régiment par régiment, sur le jour où les différents corps appartenant au corps d’armée du maréchal Lefebvre arriveront, ainsi que la situation du blocus de Graudenz. M. Bongars fera tout cela en vingt-quatre heures; il prendra les dépêches du maréchal Lefebvre et viendra me joindre à Willenberg; il tâchera d’y être arrivé le 2 ou 3 février. Il recueillera sur la route tous les renseignements et accueillera tous les bruits, même populaires, pour m’en rendre compte.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

Au maréchal Lefebvre

Le major général vous a écrit avant-hier, hier et aujourd’hui, pour vous donner différents ordres. Je suis dans la supposition que le ler février, les 2e et 15e légers seront à Thorn; que les douze pièces d’artillerie et les 300,000 cartouches que je vous ai expédiées de Varsovie vous seront arrivées; ce qui, avec la division de cuirassiers Espagne, vous formera un corps de 6,000 Français, dont le premier but doit être de couvrir Thorn. Les Polonais défendront les magasins de Bromberg et contiendront les coureurs de la garnison de Danzig. Il est probable qu’aussitôt que mes opérations auront culbuté l’ennemi, je vous ferai donner l’ordre de vous porter devant Danzig, non plus par la rive gauche de la Vistule, mais par la droite; de sorte que vous arriverez d’abord à Elbing. Quant à la destination du général Ménard, je l’ai changée; voici la direction que je veux qu’il prenne. Je crois que le 2 février il se trouvera en mesure de partir de Stettin, car la brigade de cavalerie légère française et la légion du Nord arriveront ce jour-là même. Ayant ainsi un corps de 10,000 hommes, mon intention est qu’il se dirige en grande marche sur Neu-Stettin. Si je parvenais à couper un corps ennemi et à l’obliger à repasser la Vistule pour se jeter sur Danzig et sur l’Oder, le général Ménard manœuvrerait pour le contenir. Si, au contraire, l’ennemi parvient à faire sa retraite, mon intention est qu’il vienne vis-à-vis Marienwerder, et, selon les circonstances, je lui ordonnerai de passer la Vistule pour se réunir dans cette ville et là former la réserve de la gauche de mon armée, ou se porter sur Danzig par la rive gauche, tandis que vous, vous vous y porteriez par la rive droite. Envoyez-lui donc en toute hâte ces ordres. Les événements qui vont se passer peuvent être de toute espèce de nature. Il faut que vous soyez attentif pour défendre la rive gauche de la Vistule, ou contenir l’ennemi en marchant la gauche appuyée à la Vistule contre lui, si, tourné par mes opérations, il se dirigeait sur Thorn. L’officier d’ordonnance que je vous expédie me fera connaître votre situation. Le 2 février, vous m’expédierez un officier qui se dirigera sur Willenberg, pour me faire connaître votre position dans ladite journée, et ce que vous savez du général Ménard.

Quant à la place de Kolberg, j’ai ordonné en arrière la formation d’une autre division pour l’assiéger.

 

Varsovie, 29 janvier 1807,10 heures du soir

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre au parc du génie de partir demain, cinq heures du matin, pour se rendre à Pultusk. Il y aura 7,000 outils. Un officier supérieur du génie, six officiers du génie de différents grades au moins, et au moins 240 sapeurs l’accompagneront. Je vois avec peine que le génie n’a pas un plus grand nombre d’outils et de voitures à faire partir. J’aurais espéré avoir 30,000 outils et un millier de sapeurs. Toutefois faites partir ceux que je viens de vous désigner, et demandez au général Chasseloup une augmentation d’outils et de caissons.

Donnez l’ordre à tous les constructeurs de fours français et maçons de l’armée de partir demain à cinq heures du matin avec le parc génie, et de suivre son mouvement; ils seront sous les ordres de l’ordonnateur qui suivra le quartier général. On m’enverra l’état ce qui partira. Je compte qu’il y aura 40 ouvriers capables de faire quatre ou cinq fours dans vingt-quatre heures. J’attache une grande importance à cela. Vous vous souvenez qu’en Égypte nos fours étaient faits en vingt-quatre heures. Dans les pays riches, cela a été négligé, il faut le rétablir. Des ouvriers du pays feront les fours de Sierock, de Modlin et de Pultusk.

Donnez ordre au maréchal Bessières de faire suivre les trois fours portatifs qu’a la Garde; ils marcheront avec les boulangers de Garde qui les servira. Donnez l’ordre aussi que tous les boulangers de la Garde partent demain pour suivre l’armée, et après-demain quelques brigades pour suivre le quartier général. Quant à la boulangerie de Varsovie, il est absurde de penser qu’on puisse manquer de boulangers dans ce pays. En les payant à un taux fixe par jour et leur donnant une plus-value pour le nombre de fournées qu’ils feront en sus, en les payant exactement et n’épargnant pas les gratifications, on ne manquera pas de boulangers, et ce ne sera pas un objet de 6,000 francs de plus au bout du mois. Donnez donc l’ordre à l’intendant général de renvoyer les boulangers francais à la suite du quartier général. Faites connaître à l’ordonnateur Joinville mes intentions sur les différentes parties de l’administration, afin que, demain au soir, à Pultusk, il puisse me faire connaître si tous mes ordres sont exécutés.

 

Varsovie, 28 janvier 1807, 10 heures du soir

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, il y a à Sierock 25,000 rations de pain. La Garde est partie avec du pain jusqu’au 31. Donnez ordre que demain matin, à son passage à Sierock, il lui soit distribué 6,000 rations de pain, sur les 25,000 en réserve sur ce point; ce qui fera que ses vivres seront assurés jusqu’au ler février.

 

Varsovie, 28 janvier 1807, minuit.

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Lemarois de prendre le commandement d’une d’une mission destinée à garder les bords de la Narew et du Bug.

Ce corps sera composé, 1° de six pièces servies par l’artillerie française et que le général d’artillerie devra lui fournir ici à Varsovie – 2° d’un régiment fort de deux bataillons au complet de 2,000 hommes qui seront pris sur les six bataillons qui composent la légion que commande le prince Poniatowski; 3° de cinq bataillons composés de tous les hommes isolés qui arriveront de France d’ici au 7 ou 8 février, savoir : le ler bataillon, composé des hommes des 1er et 6e corps d’armée; le 2e bataillon, composé d’hommes appartenant au 3e corps; le 3e bataillon, du 4e corps ; le 4e bataillon, du 5e corps, et le 5e bataillon, du 7e corps. Il est possible que ces cinq bataillons offrent bientôt une force de 2,000 hommes.

Cette division ne doit faire aucun service à Varsovie, mais passer tout son temps à son instruction et à perfectionner son organisation.

J’ai donné des ordres pour que le commandant d’artillerie à Varsovie fût autorisé à donner des fusils français aux Français, des fusils polonais aux Polonais, sur l’ordre et le visa du général Lemarois. Le général Lemarois en passera la revue tous les jours à midi; toutes les semaines, il réunira la division sur la place du palais de Saxe et la fera manœuvrer. Il fera payer le prêt tous les cinq jours. Il y aura pour cela un commis du payeur général de la place de Varsovie. Le prêt sera payé, à l’arrivée, pour les cinq jours précédents.

Le général Lemarois aura soin que ces hommes soient bien armés, aient des cartouches, des capotes et des souliers. On donnera aux officiers, du moment qu’ils arriveront, la solde de janvier. Les soldats auront des gamelles et leur ordinaire. Ils ne seront point logés chez l’habitant; ils cantonneront dans les casernes qu’occupait la division Gudin. Il y aura, indépendamment, une compagnie d’artillerie française et une polonaise, avec vingt-quatre pièces d’artillerie non mobiles, pour la défense du pont de Praga, avec quatre bataillons polonais de Poniatowski pour le service de la place et l’escorte dg prisonniers.

Mon intention est que la division du général Lemarois soit mobile et se puisse porter sur mes derrières, si le cas l’exigeait. Il réunira ainsi les détachements de cavalerie en cinq escadrons : un de cuirassiers, deux de dragons, un de chasseurs et un de hussards. Il enverra tous les jours la situation au major général, et tous les cinq jours l’état de l’habillement et de l’armement.

J’ai donné ordre que la gratification de campagne fût donnée aux bataillons polonais de son corps, et que le prêt leur fût assuré.

 

Varsovie, 29 janvier 1807, à minuit

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, mon intention est que vous donniez ordre au général Ménard qu’aussitôt qu’il aura réuni la brigade de cavalerie légère  française et le corps de Bade, sans même attendre que toute la légion du Nord soit arrivée, il se mette en marche pour se diriger sur  Stettin, où il recevra des ordres du maréchal Lefebvre qui est à Thorn, et qui, selon les circonstances et les événements qui se seront passés, dirigera ses opérations.

Vous le préviendrez qu’il serait possible qu’un corps ennemi fût jeté sur Danzig et poussé sur l’Oder, et qu’alors, par sa position, il le contiendrait et manœuvrerait pour protéger Posen et maintenir ses communications avec la Vistule. Il fera en sorte il qu’au 5 février un de ses officiers soit à Thorn pour pouvoir l’instruire de tout ce qui se sera passé, l’armée marchant tout entière à l’ennemi et manœuvrant pour lui couper plusieurs corps.

Vous ferez connaître au maréchal Lefebvre que, selon la nature des événements qui vont se passer, il se prépare à réunir tout son corps à Marienwerder, sur la rive droite de la Vistule, même le corps du général Ménard, pour se porter ensuite, soit sur Danzig, soit sur la gauche de l’armée; qu’en conséquence le général Ménard n’est plus chargé du blocus de Kolberg, qu’il reçoit ordre de se rendre à Neu-Stettin, qu’il peut lui envoyer directement ledit ordre.

Vous donnerez l’ordre au général Clarke qu’aussitôt que le régiment des fusiliers de la Garde, les deux régiments italiens, les douze pièces de canon qui doivent arriver pour leur service de Magdeburg, mes deux compagnies d’ordonnance et le ler de chasseurs, qui a dû se rendre de Hanovre, seront arrivés à Stettin, il les dirige sur Kolberg, où la division italienne sera suffisante pour le blocus de cette place, et le reste pourra se porter sur Marienwerder.

 

Varsovie, 28 janvier 1807, minuit

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, écrivez à mon ministre à Dresde pour que le contingent saxon arrive le plus tôt possible à Glogau.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je reçois votre lettre du 22 janvier. J’imagine que Bertrand est sur son retour; qu’il se presse de revenir, j’ai besoin de lui. J’ai vu avec plaisir que 11,000 quintaux de farine sont partis de Breslau. Expédiez-nous  11,000 bœufs. J’ai vu aussi avec plaisir que vous aviez expédié de l’eau-de-vie de vin. Je fais donner des ordres au gouvernement pour qu’il ne soit fait aucune excursion sur la Silésie, que vous occupez. Écrivez-en à Kalisz. Actuellement mon plus pressant besoin est les munitions de guerre. Faites partir, vingt-quatre heures après la réception de cette lettre, un million de cartouches pour Varsovie, et 500,000 propres aux fusils polonais, c’est-à-dire dont la balle est plus petite; il doit y en avoir à Breslau et à Brieg, parce que les prussiens avaient deux calibres. J’ai donné des fusils du petit calibre aux Polonais. Faites partir aussi les cartouches à balles et à boulets, et les munitions de guerre qu’aurait demandées le général d’artillerie, pour approvisionner les quatre-vingts pièces de canon prises aux Russes. Vous pouvez expédier plus tard les canons qu’il a demandés. Mais ces 1,500,000 cartouches et 5 ou 6,000 coups de canon du calibre indiqué par le général d’artillerie me sont absolument nécessaires. Dirigez, de Brieg sur Varsovie, 500,000 cartouches et un ou deux milliers de coups de canon. Enfin faites faire sur-le-champ trois millions de cartouches à Breslau. Je crois avoir vu dans vos états que vous avez trois millions de balles. Faites-en faire un million à Brieg. Ces quatre millions de cartouches sont nécessaires pour réparer les pertes que l’on va faire; car je passe cette nuit la Vistule, et j’entre en campagne. La bonne saison m’a décidé à en profiter pour culbuter l’ennemi, qui vient de recevoir un renfort de 110,000 hommes.

Le grand maréchal Duroc reste à Varsovie; il vous écrira fréquemment. Il est bon que vous ayez à Varsovie un de vos aides de camp qui viendra vous instruire des nouvelles qu’on y recevrait. Il faut préparer vos ordres, pour que, si les événements le rendaient nécessaire, la moitié de votre corps pût se porter promptement sur Varsovie. L’autre moitié restera pour garder Breslau et Brieg. J’espère, comme vous pensez bien, n’avoir pas besoin de cette ressource. 1Le 6e et le 14e régiment bavarois et le 5e bataillon d’infanterie légère bavarois doivent vous avoir joint. Il s’est commis beaucoup de désordres dans l’envoi des prisonniers de la garnison de Breslau; le quart n’a pas passé Glogau; le reste s’est échappé. C’est un véritable malheur, parce qu’il est à craindre qu’un jour ou l’autre ces gens ne se lèvent contre nous.

 

Varsovie, 28 janvier 1807, minuit

Au maréchal Davout

Mon Cousin, vous devez avoir reçu les ordres pour vos mouvements. J’imagine que vous avez fait remettre le pont de Pultusk en état. S’il en était autrement, faites-le rétablir sur-le-champ et donnez tous les ordres pour le maintenir.

 

Varsovie, 28 janvier 1807, minuit

Au maréchal Mortier

Mon Cousin, le 1er février je prends l’offensive pour jeter l’ennemi derrière le Niémen. Il serait possible qu’une colonne de 15 à 20,000 hommes fût coupée et jetée du côté de Danzig et Stettin; elle serait poursuivie par le maréchal Lefebvre. Ce cas arrivant, vous ne laisseriez devant Stralsund que les troupes nécessaires, et avec le reste de votre corps vous vous porteriez sur Stettin; vous prendriez sous votre commandement la division italienne et le régiment de fusiliers de ma Garde, qui s’y trouvent, et vous marcheriez à l’ennemi pour le jeter sur la Vistule. Cette supposition est trop hypothétique; l’ennemi, trop instruit par les événements passés, montrera trop de circonspection pour cela. Toutefois il est nécessaire que vous ayez l’œil sur tout ce qui pourra se passer sur le bas de la Vistule dans les dix premiers jours de février, afin que vous puissiez prendre conseil des circonstances et concourir à attaquer l’ennemi ou à défendre l’Oder.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 18. J’ai levé mes cantonnements pour profiter d’une belle gelée et du beau temps qu’il fait pour jeter les Russes au delà du Niémen. Le thermomètre se maintient depuis quelques jours entre deux on trois degrés. Les chemins sont superbes.

Je désire que l’Impératrice se doute le moins possible de cela, pour lui éviter des inquiétudes.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, vous vous rendrez au Sénat. Vous y ferez lire le message et le rapport du ministre des relations extérieures. Vous ferez paraître le lendemain ces pièces dans le Moniteur. Vous ferez ensuite mettre les traités au Bulletin des lois, pour qu’ils soient promulgués selon l’usage.

MESSAGE AU SÉNAT

Camp impérial de Varsovie, 29 janvier 1807.

Sénateurs, nous avons ordonné à notre ministre des relations extérieures de vous communiquer les traités que nous avons faits avec le roi de Saxe et avec les différents princes souverains de cette Maison.

La nation saxonne avait perdu son indépendance le 14 octobre 1756; elle l’a recouvrée le 14 octobre 1806. Après cinquante années, la Saxe, garantie par la traité de Posen, a cessé d’être province prussienne.

Le duc de Saxe-Weimar, sans déclaration préalable, a embrassé la cause de nos ennemis. Son sort devait servir de règle aux petits princes, qui, sans être liés par des lois fondamentales, se mêlent des querelles des grandes nations. Mais nous avons cédé au désir de voir notre réconciliation avec la Maison de Saxe entière et sans mé1ange.

Le prince de Saxe-Cobourg est mort; son fils se trouvant dans le camp de nos ennemis, nous avons fait mettre le séquestre sur sa principauté.

Nous avons aussi ordonné que le rapport de notre ministre des relations extérieures sur les dangers de la Porte Ottomane fût mis sous vos yeux. Témoin, dès les premiers temps de notre jeunesse, de tous les maux que produit la guerre, notre bonheur, notre gloire, notre ambition, nous les avons placés dans les conquêtes et les travaux de la paix. Mais la force des circonstances dans lesquelles nous nous trouvons mérite notre principale sollicitude. Il a fallu quinze ans de victoires pour donner à la France des équivalents de ce partage de la Pologne qu’une seule campagne faite en 1712 aurait empêché. Eh ! qui pourrait calculer la durée des guerres, le nombre de campagnes qu’il faudrait faire un jour pour réparer les malheurs qui résulteraient de la perte de l’empire de Constantinople, si l’amour d’un lâche repos et les délices de la grande ville l’emportaient sur les conseils d’une sage prévoyance ? Nous laisserions à nos neveux un long héritage de guerres et de malheurs. La tiare grecque relevée et triomphante depuis la Baltique jusqu’à la Méditerranée, on verrait, de nos jours, nos provinces attaquées par une nuée de fanatiques et de barbares. Et si, dans cette lutte trop tardive, l’Europe civilisée venait à périr, notre coupable indifférence exciterait justement les plaintes de la postérité et serait un titre d’opprobre dans l’histoire.

L’empereur de Perse, tourmenté dans l’intérieur de ses États, comme le fut pendant soixante ans la Pologne, comme l’est depuis vingt ans la Turquie, par la politique du cabinet de Saint-Pétersbourg, est animé des mêmes sentiments que la Porte, a pris les mêmes résolutions, et marche en personne sur le Caucase pour défendre ses frontières.

Mais déjà l’ambition de nos ennemis a été confondue : leur armée a été défaite à Pultusk et à Golymin, et leurs bataillons épouvantés fuient au loin à l’aspect de nos aigles.

Dans de pareilles positions, la paix, pour être sûre pour nous, doit garantir l’indépendance entière de ces deux grands empires. Et si, par l’injustice et l’ambition démesurée de nos ennemis, la guerre doit se continuer encore, nos peuples se montreront constamment dignes, par leur énergie, par leur amour de notre personne, des hautes destinées qui couronneront tous nos travaux; et alors seulement une paix stable et longue fera succéder, pour nos peuples, à ces jours de gloire, des jours heureux et paisibles.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Lebrun

Je reçois votre lettre du 17 janvier. Je vous remercie de tout ce que vous me dites. Je connais tout votre attachement pour moi et j’en fais grand cas. Que faites-vous à Paris ? Je n’entends pas dire que vous ayez donné un petit bal dans le carnaval.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Gaudin

Je reçois votre lettre du 18. J’approuve fort ce que vous avez fait, relativement à vos affaires. Je dois tant à votre bonne administration, qu’il est tout simple que je vienne à votre secours dans cette circonstance. J’ordonne donc, par le billet ci-joint, à M. Bérenger de vous remettre 300,000 francs sur les fonds qui appartiennent à la Grande Armée. Je régulariserai cela sur la liste civile. Voyez-y une preuve de ma satisfaction de vos services.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Mollien

Monsieur Mollien, envoyez en toute diligence à Naples ce qui reste de mon trésor à Turin. Je n’ai pas présent à l’idée ce à quoi cela se monte, mais je pense qu’il doit y avoir un million.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 19. Je ne serais pas étonné que les Anglais cherchassent à jeter quelques brigands dans la Vendée. J’espère que, dans tous les cas, vous y mettrez bon ordre.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Fouché

Je vois avec plaisir l’esprit belliqueux qui anime la jeunesse de Paris. Secondez cela par tous les moyens.

Je vois, dans votre rapport du 16, un article Ouest qui me paraît assez précis. Si cela est ainsi, voyez le maréchal Moncey pour diriger 400 gendarmes à pied de ce côté, en les prenant dans les réserves des légions voisines, qui sont tranquilles.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. Talleyrand, à Varsovie

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai donné ordre à mon ministre de la marine de préparer deux frégates pour envoyer dans le golfe Persique. Elles prendront à bord un agent qui sera porteur d’une lettre de moi pour l’empereur de Perse, et qui résidera près de lui. Deux ou trois mois après , ces frégates reviendront reprendre cet agent pour le ramener en France. Je désire que vous ne rédigiez les instructions de cet agent et un projet de lettre pour l’empereur de Perse; cela est pressant.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à M. Sebastiani que j’ai donné l’ordre au général Marmont d’aider les pachas qui l’entourent en munitions de guerre et en secours de toute espèce, mais que je ne désire point que mes troupes puissent s’éloigner de plus de deux lieues de la Dalmatie, sans m’en être entendu avec la Porte; et que je ne suis pas éloigné d’envoyer aujourd’hui 25,000 hommes sur le Danube, si la Porte le demande. Écrivez-lui qu’il y a un fort près de Raguse dont l’occupation par mes troupes serait fort utile pour la défense de Raguse. On pourrait s’arranger, et la garnison turque pourrait y rester mi-partie avec les troupes françaises. Ce fort est peu de chose, mais il est important par sa position. Si la Porte veut, je lui enverrai 6 vaisseaux de ligne, qui navigueraient dans la mer Noire avec la flotte turque, et seraient ensemble les maîtres de cette mer. Mais je ne puis envoyer ces 6 vaisseaux qu’en les faisant échapper; il faut donc que cela soit tenu très-secret, et c’est une affaire à traiter avec le Sultan lui-même. L’habileté de mes marins m’assurerait la supériorité sur les Russes, ces vaisseaux étant soutenus par 12 ou 15 vaisseaux turcs. J’y embarquerais quelques compagnies d’artillerie pour aider à la défense du Bosphore, si cela convient et ne donne point d’alarmes.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

Au duc de Saxe-Weimar

Mon Cousin, en rétablissant la paix entre nous, j’ai désiré vous donner des gages durables de mon amitié, et vos États ont été admis dans la Confédération du Rhin. Vous reconnaîtrez dans cette mesure l’intention où je suis de protéger toujours vos intérêts, et la part que je prends à votre prospérité. Je prie Votre Altesse Sérénissime d’en recevoir les nouvelles assurances, ainsi que celles de mon attachement et de mon estime.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

Au duc de Saxe-Hildbourghausen

Mon Cousin, les liens d’amitié qui subsistaient entre nous étant encore devenus plus intimes par l’effet du traité qui vous admet dans la Confédération du Rhin, je saisirai avec plaisir toutes les occasions de vous convaincre du sincère intérêt que je prends à votre bonheur et à celui de vos États. Votre lettre du 27 décembre me fait espérer que, dans d’autres temps, je pourrai vous voir; j’aime tous les projets qui peuvent vous rapprocher de moi, et Votre Altesse Sérénissime me trouvera toujours disposé à lui renouveler les témoignage de mon affection et de mon estime.

 

Camp impérial de Varsovie, 29 janvier 1807

DÉCRET

ARTICLE 1er. – A dater du 1er février prochain, tous les revenus de la Pologne conquise sur le roi de Prusse, tant échus qu’à échoir, seront perçus par les soins de la Commission de gouvernement et versés dans ses caisses.
ART. 2. – Ces revenus seront employés à l’entretien et à la solde de l’armée polonaise, à la formation des magasins ordonnés par notre décret du 13 décembre dernier, aux dépenses de l’administration générale et au payement des employés.
ART. 3. – Les préposés du receveur général cesseront leurs fonctions à dater dudit jour ler février, et les intendants reviendront au quartier général.
ART. 4. – Notre intendant général fera à la Commission de gouvernement un prêt de la somme d’un million.
Cette somme sera payée de la manière suivante :

1° 200,000 francs seront payés à Varsovie dans le jour conformément à notre ordre en date d’hier;
2° 200,000 francs seront versés à Posen avant le 10 février;
Ces 400,000 francs seront employés, par les soins du directeur de la guerre, à la solde et à l’entretien de l’armée polonaise pour le mois de février;
3° 200,000 francs seront payés à Berlin, avant le 15 février, à l’agent qui sera préposé par la Commission de gouvernement;
4° 400,000 francs seront payés, dans le courant du mois de mars, savoir: 200,000 francs à Breslau, 100,000 francs à Varsovie, et 100,000 francs à Posen, entre les mains des agents préposés à cet effet par la Commission de gouvernement.

ART. 5. -Notre major général, ministre de la guerre, ordonnancera ladite somme d’un million pour dépenses extraordinaires.
ART. 6. – Notre major général, ministre de la guerre, et notre intendant général, sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Varsovie, 29 janvier 1807

Au général Songis

Monsieur le Général Songis, je vois avec peine que mon parc est réduit à 900 chevaux, ce qui ne fait que 180 voitures. Il est indispensable que, sur les 180 voitures, vous rendiez mobiles tous les caissons d’infanterie. 100 voitures portent, je crois, 1,600,000 cartouches; que cela soit mobile, le 7 à Lenczyca et à Varsovie. Les 80 autres voitures peuvent porter 6 ou 7,000 coups de canon. Je compte donc avoir mobiles 6 on 7,000 coups de canon de différents calibres et 1,600,000 cartouches. Faites-moi connaître dans quelle proportion cela sera à Lenczyca et à Varsovie, au 6 février, pour que je puisse donner des ordres pour leur direction. Le 10e bataillon du train arrive. Les chevaux se lèvent de tous côtés. Arrangez-vous pour que j’aie, au parc mobile, 3 ou 400 voitures.