Correspondance de Napoléon – Janvier 1807

Varsovie, 22 janvier 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 11. Je suis surpris que bulletins ne vous soient pas encore arrivés. Le général Lamartillière prendra des mesures pour que les côtes de la Gironde ne soient pas ravagées par quelques péniches anglaises. Je suis d’ailleurs bien aise de ces entreprises, qui tiennent tout le monde en alerte.

 

Varsovie, 22 janvier 1807

DÉCRET

ARTICLE ler. – Le gouverneur général de Berlin fera traduire à une commission militaire les employés attachés à l’armée ou autres individus prévenus de vols et de dilapidations, soit dans les magasins de l’armée, soit dans les fournitures à faire pour l’armée, afin d’y être jugés conformément aux lois militaires.

ART. 2. – Notre ministre de la guerre, major général, est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Varsovie, 22 janvier 1807

53e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

On a trouvé à Brieg des magasins assez considérables de subsistances.

Le prince Jérôme continue avec activité sa campagne de Silésie. Le lieutenant général Deroy avait déjà cerné Kosel et ouvert la tranchée. Le siége de Schweidnitz et celui de Neisse se poursuivent en même temps.

Le général Victor, se rendant à Stettin et étant en voiture avec son aide de camp et un domestique, a été enlevé par un parti de 25 chasseurs qui battaient le pays.

Le temps est devenu froid. Il est probable que sous peu de jours les rivières seront gelées. Cependant la saison n’est pas plus rigoureuse qu’elle ne l’est ordinairement à Paris. L’Empereur fait défiler tous les jours la parade et passe en revue plusieurs régiments.

Tous les magasins de l’armée s’organisent et s’approvisionnent. On fait du biscuit dans toutes les manutentions. L’Empereur vient d’ordonner qu’on établit de grands magasins et qu’on confectionnât une quantité considérable d’habillements dans la Silésie.

Les Anglais, qui ne peuvent plus faire accroire que les Russes, les Tartares, les Kalmouks, vont dévorer l’armée française, parce que, même dans les cafés de Londres, on sait que ces dignes alliés ne soutiennent point l’aspect de nos baïonnettes, appellent aujourd’hui à leur secours la dysenterie, la peste et toutes les maladies épidémiques. Si ces fléaux étaient à la disposition du cabinet de Londres, point de doute que non-seulement notre armée, mais même nos provinces et toute la classe manufacturière du continent ne devinssent leur proie. En attendant, les Anglais se contentent de publier et de faire publier, sous toute espèce de formes, par leurs nombreux émissaires, que l’armée française est détruite par les maladies. A les entendre, des bataillons entiers tombent comme ceux des Grecs au commencement du siège de Troie. Ils auraient là une manière toute commode de se défaire de leurs ennemis. Mais il faut bien qu’ils y renoncent : jamais l’armée ne s’est mieux portée; les blessés guérissent, et le nombre des morts est peu considérable. Il n’y a pas autant de malades que dans la campagne précédente; il y en a même moins qu’il n’y en aurait en France en temps de paix, suivant les calculs ordinaires.

 

Varsovie, 23 janvier 1807

A l’Impératrice

Je reçois ta lettre du 15 janvier. Il est impossible que je permette à des femmes un voyage comme celui-ci : mauvais chemins, chemins peu sûrs et fangeux. Retourne à Paris, sois-y gaie, contente; peut- être y serai-je aussi bientôt. J’ai ri de ce que tu me dis que tu as pris un mari pour être avec lui ; je pensais, dans mon ignorance, que la femme était faite pour le mari, le mari pour la patrie, la famille et la gloire : pardon de mon ignorance; l’on apprend toujours avec nos belles dames.

Adieu, mon amie; crois qu’il m’en coûte de ne pas te faire venir; dis-toi : c’est une preuve combien je lui suis précieuse.

Napoléon

 

Varsovie, 23 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, le l0e corps sera commandé par le maréchal Lefebvre Il y sera joint une brigade de cavalerie française, composée des 19e et 23e régiments de chasseurs que commande le général Duprés. Je vous ai donné hier l’ordre de faire partir pour Stettin ce qui était disponible de ces deux régiments. Le maréchal Lefebvre aura également sous ses ordres les 2e et 15e régiments d’infanterie légère, qui arriveront le 25 à Posen, et qui sont commandés par un général de brigade que le maréchal Mortier a envoyé avec ces régiments; c’est, je crois, le général Boivin.

Vous me proposerez un officier supérieur pour commander à Küstrin, et vous mettrez le général Ménard à la disposition du Maréchal Lefebvre.

Le maréchal Lefebvre enverra, par un aide de camp, l’ordre à ce général de se rendre sur-le-champ à Stettin , et d’en partir avec tous les Badois, formant à peu près 6,000 hommes, la légion du Nord 4,000, et la brigade de cavalerie française, 800, pour aller cerner la place de Kolberg. La place cernée, il s’avancera avec la cavalerie légère française, la cavalerie badoise qui sera inutile au blocus d Kolberg, et avec la légion du Nord, et les dirigera sur Danzig pour se joindre au maréchal Lefebvre.

Le maréchal Lefebvre arrivera à Bromberg. Il enverra des ordres pour que la brigade d’infanterie légère qui doit arriver le 25 à Posen, en parte le 27 pour se rendre à Bromberg. Il prendra sous ses ordres la division polonaise que commande le général Dombrowski, et s’approchera de Danzig. Il fera l’investiture de la place, aussitôt que le général Ménard sera arrivé avec sa cavalerie et la partie de l’infanterie inutile an siège de Kolberg, pour resserrer la garnison de Danzig.

Vous donnerez l’ordre au général Songis de me faire connaître s’il pourrait fournir douze pièces d’artillerie de campagne attelées, à Posen ou aux environs, pour le corps du maréchal Lefebvre. Si cela ne se peut pas, vous donnerez l’ordre que les douze pièces de canon qui sont à Berlin, attachées à la division italienne, se rendent sur-le-champ devant Danzig.

Le maréchal Lefebvre aura donc sous ses ordres le corps polonais que commande le général Dombrowski, une brigade d’infanterie française de 4,000 hommes, que commande le général Boivin, savoir les 2e et 15e d’infanterie légère, une brigade de cavalerie légère française composée des 19e et 23e de chasseurs, que commande le général Duprés, le corps de troupes badoises et la légion du Nord. Le général Dombrowski a beaucoup de cavalerie légère. Toutes ces forces munies, il doit les employer ainsi : les Badois à bloquer Kolberg, le général Ménard commandera le siège; la division polonaise du général Dombrowski, la brigade d’infanterie française, la légion du Nord et la brigade de cavalerie française, à bloquer Danzig.

Le maréchal Lefebvre commandera en personne. Il aura le général Schramm sous ses ordres. Ce général ne doit pas encore être arrivé à Posen. Vous enverrez des ordres à Küstrin et à Berlin pour qu’il se rende, par le plus court chemin, auprès du maréchal Lefebvre. Le maréchal aura des officiers du génie et d’artillerie pour l’aider dans ses opérations. Il correspondra avec le maréchal Bernadotte, qui occupe Elbing; ils doivent se soutenir réciproquement en cas d’événement. Il correspondra aussi avec le maréchal Mortier, qui va
faire le siège de Stralsund.

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Le général Dombrowski a une infanterie composée de huit bataillons : quatre de Posen et quatre de Kalisz. Il se rendra, avec les quatre bataillons de Posen et sa cavalerie, devant Danzig, sous les ordres du maréchal Lefebvre; et le général Zajonchek, avec les quatre bataillons de Kalisz, se rendra devant Graudenz, où il relèvera les Hessois, qui passeront sous les ordres du maréchal Lefebvre et se rendront devant Danzig.

 

Varsovie, 23 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, il faut prendre connaissance de l’organisation que le gouvernement a donnée aux troupes polonaises.

Les trois régiments formés de la cavalerie noble doivent faire partie du 10e corps, avec la division Dombrowski. Le général Zajonchek, avec les quatre bataillons de Kalisz, doit se rendre au siège de Graudenz. Ces troupes se formeront devant cette place. Faites-moi connaître la situation des troupes polonaises ici. Il convient de prendre des mesures pour qu’on ne prenne pas tous les Russes prisonniers pour des prisonniers polonais; cela empeste la ville. Il faut faire reprendre tous ceux qui ne sont pas évidemment de quelque partie de la Pologne, et les envoyer sur les dépôts.

 

Varsovie, 23 janvier 1807

Au prince Jérôme

Mou Frère, j’ai reçu vos lettres du 19 janvier. Je vois avec plaisir que vous avez fait partir sur-le-champ 600,000 francs, et les mesures que vous avez prises pour assurer leur passage. Après le rapport qu’on m’avait fait de Brieg, je croyais Brieg une place très-forte et Kosel une place très-faible.

Les marchandises anglaises sont celles qui ont été fabriquées en Angleterre. La modification que vous proposez ne peut être adoptée; il n’y aurait plus de marchandises anglaises. Breslau ne peut être mieux traité que Hambourg. D’ailleurs, les négociants ayant des comptes à parties doubles et n’achetant jamais qu’à crédit, il est de fait qu’aucune marchandise n’est jamais payée.

 

Varsovie, 23 janvier 1807

ORDRE POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL

  1. Daru me fera un rapport qui me fera connaître ma situation de recette depuis le mois d’octobre. Il mettra : sur une colonne, situation de M. Estève; dans une autre colonne, ce que M. la Bouillerie doit avoir reçu; une autre, dans quel temps tout sera à Berlin; une autre, ce qui est déjà dépensé; une autre, ce qui est en caisse.

 

Varsovie, 24 janvier 1807

A M. Fouché

J’ai reçu votre lettre du 12. Le froid commence à se faire sentir ici. Tout va au mieux. Je vois dans votre lettre du 12 que vous avez retenu un curé de la Vendée; vous avez très-bien fait, gardez-le en prison.

 

Varsovie, 24 janvier 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, j’ai reçu votre rapport du 11. Les déserteurs ne peuvent se rendre que par un traité entre les deux puissances, et nous nous sommes toujours refusés à faire ce traité. Il faut pour rendre des déserteurs un décret de moi. Toutes les fois donc que l’Espagne redemandera des déserteurs, il faut que vous m’en fassiez un rapport et que vous me soumettiez un projet de décret. Agir autrement, ce serait méconnaître l’inviolabilité du territoire. Je ne vois pas d’inconvénient, au reste, que l’on fasse grâce aux déserteurs qui rentrent de bonne volonté.

 

Varsovie, 24 janvier 1807

Au roi de Saxe

Monsieur mon Frère, mon premier désir, en entrant dans vos États, a été de rétablir entre nous des rapports d’amitié. Je me félicite de la paix qui nous réunit; le temps ne peut que l’affermir. Nos alliés sont les mêmes, les intérêts de Votre Majesté sont devenus les miens, et notre union est encore affermie par les sentiments de confiance, d’attachement et de haute estime avec lesquels je suis, de Votre Majesté, le bon frère, ami et allié.

 

Varsovie, 24 janvier 1807

Au général Songis

Faites partir sans délai de Varsovie l’artillerie pour le 10e corps, de manière qu’elle arrive à Bromberg le plus tôt possible. Tâchez que cela arrive dans huit jours.

 

Varsovie, 23 ou 25 janvier 1807

A l’Impératrice

Je vois avec peine que tu es souffrante. J’espère que tu es à Paris; tu te remettras là. Je partage tes peines, et ne me plains pas. Mais je ne saurais vouloir te perdre en t’exposant à des fatigues et des dangers qui ne sont ni de ton sang ni de ton sexe.

Je désire que tu ne reçoives jamais à Paris Truguet. C’est un mauvais sujet; tu m’affligerais de faire autrement.

Adieu ma bonne amie; aimes-moi et soit courageuse.

 

Varsovie , 25 janvier 1807

ORDRES POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL

Donner au maréchal Soult la moitié de Kowal, c’est-à-dire 2,500 quintaux, l’autre destinée pour le passage; la moitié de Gnesen, la moitié d’Inowroclaw, l’autre moitié pour le passage. Par ce moyen, le maréchal Soult aura 15,000 quintaux de seigle et de froment. Lui donner également la moitié de Klodawa; le reste pour le passage.

Donner au maréchal Augereau 5,000 quintaux à prendre à Lowicz, 5,000 quintaux qui étaient destinés pour Blonie et qu’il prendra au passage à Lowicz.

Et enfin faire un travail pour le transport, afin que tout ce qui est autour de Wyszogrod y verse en droiture. Par ce moyen, nous aurons à Plock un magasin de 15,000 quintaux, à Wyszogrod un magasin qu’il faut porter à 10,000 quintaux.

Il faut beaucoup s’occuper de Pultusk.

Il faut exiger, avant de faire le payement, que le froment qui doit être versé par l’entreprise le soit aux époques; et même il faudrait que toutes les farines fussent versées à Plock au lieu de Varsovie.

Il est très-nécessaire d’organiser la manutention de Nieporent, en y mettant un commissaire des guerres et un commandant de place, n’y pût-on faire que deux fours pour 6 ou 8,000 rations, afin d’assurer la subsistance des hommes qui ne peuvent pas passer la rivière.

Avoir aussi le plus tôt possible deux fours à Sierock, pour le même objet, car il arrive que les hommes souffrent, ou que, s’ils prennent quatre jours à Varsovie, ils les mangent en deux jours; ce ne doit pas être une chose bien difficile. Y envoyer deux brigades de boulangers et quelques quintaux de farine. Cela évitera le transport et soulagera d’autant Varsovie. On fera donc partir après-demain 500 quintaux de farine pour Sierock, qui arriveront en deux jours; ils partiront en deux convois de 250 chacun. On fera sur-le-champ choisir un magasin sur le bord de la rivière et établir de suite un four; indépendamment de ce, il y a des fours dans le pays.

Après-demain, faire la même chose pour Nieporent et y envoyer 500 quintaux de farine.

Envoyer 1,000 autres quintaux de farine à Pultusk; ce qui fera, d’ici au 30, une diminution de 2,000 quintaux de farine à Varsovie.

Prendre parmi celles de Glogau.

Enfin exiger que les blés et les farines qui doivent être versés par le marché à Pultusk le soient exactement.

 

Varsovie, 25 janvier 1807

INSTRUCTIONS POUR M. DE TOURNON

Il est parti aujourd’hui, 25 janvier, 250 quintaux de grains, 250 quintaux de farine, 25,000 rations de pain biscuité, 25,000 rations de biscuit et 200 bœufs. Tous ces objets sont dirigés sur Sierock; ils doivent être passés à Nieporent.

Il est parti également pour Nieporent 250 quintaux de grains, 250 quintaux de farine.

Il est parti pour Pultusk 500 quintaux de grains, 500 quintaux de farine, 300 bœufs.

  1. de Tournon partira dans la nuit, de manière à arriver à Nieporent à la petite pointe du jour. Il comptera tous les convois et me fera un rapport qui me fasse connaître ce qui est passé, et dans quel ordre cela était. Il pressera ta confection de la manutention à Nieporent; il s’assurera de la quantité de pain qu’on fait et de la quantité de blé qu’on peut faire moudre. Il attendra jusqu’à dix heures pour voir ce qui pourra passer encore, et, entre dix heures et midi, il me fera un rapport très-détaillé, tant sur le magasin et la manutention de Nieporent que sur les convois passés. Il me l’expédiera par estafette.

Ensuite il se rendra au pont, il y restera jusqu’à ce que tout soit passé.

Avant la nuit, il me fera un rapport sur tous les objets qui auront passé le pont, et me fera connaître quelle est leur situation à leur passage. Ensuite il retournera à Nieporent pour voir ce qui sera arrivé des convois qui doivent partir le 26, et il me fera, dans la nuit, un second rapport sur cet objet.

Après-demain 27, il se rendra à Sierock pour vérifier ce qui est passé, la situation de la manutention, la quantité de pain qu’on fait par jour, celle de blé qu’on peut moudre, et la quantité de pain biscuité et de biscuit qui est dans les magasins.

Il se rendra chez le commandant de la place. Il marchera toujours avec ses chevaux et en équipage de guerre.

 

Varsovie, 26 janvier 1807

A l’Impératrice

Ma bonne amie, j’ai reçu ta lettre; je vois avec peine comme tu t’affliges. Le pont de Mayence ne rapproche ni n’éloigne les distances qui nous séparent. Rentre donc à Paris. Je serais fâché et inquiet de te savoir si malheureuse et si isolée à Mayence. Tu comprends que je ne dois, que je ne puis consulter que le bien de mes affaires. Si je pouvais consulter mon cœur, je serais avec toi, ou toi avec moi; car tu serais bien injuste si tu doutais de mon amour et de tous mes sentiments.

 

Varsovie, 26janvier 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre à l’intendant général de faire distribuer, dans la journée de demain, 400 capotes au 12e de ligne, 500 au 21e, 300 au 25e et 300 au 85e. Donnez ordre au général Songis de faire délivrer, également dans la journée de demain, 70 fusils à chacun des 12e, 21e, 25e et 85e de ligne.

Donnez ordre au général Gudin de prendre des mesures pour que l’on mette de côté les cartouches, afin qu’elles ne restent pas dans les gibernes des soldats, qui pourraient les perdre, et pour les distribuer au moment qu’ils partiraient.

Témoignez mon mécontentement aux deux chefs de bataillon du 12e de ligne, et prescrivez-leur de s’exercer aux manœuvres et à la théorie du commandement. Le colonel, qui est d’ailleurs un bon officier, ne connaît pas suffisamment les commandements qu’il doit faire, et ceux que doivent faire les chefs de bataillon.

J’ai laissé plusieurs places vacantes dans la division Gudin. Il est de fait que c’est une mauvaise chose de placer dans la cavalerie les jeunes gens qui sortent de l’école de Fontainebleau, parce qu’ils n’ont jamais monté à cheval, au lieu que ce sont d’excellents officiers d’infanterie. Mon intention est donc que les jeunes gens attachés aux états-majors qui devaient entrer dans des régiments de cavalerie soient placés dans l’infanterie. Donnez-en aux divisions des généraux Gudin et Suchet autant qu’il est nécessaire.

Écrivez donc que, sous prétexte d’envoyer ici des Polonais de France, on ne nous renvoie pas les Prussiens; on vient d’en envoyer encore 100 de Nancy. Qui donc donne ces ordres-là? On empoisonne ainsi mes derrières. A la dernière revue de Berlin, il y avait encore quatre de ces Polonais qui étaient des Prussiens.

 

Varsovie, 26 janvier 1807

Au vice-amiral Decrès

Vous trouverez ci-joint deux ordres pour les deux commandants de mes escadres de Rochefort et de Cadix. Mon intention est qu’ils partent avant l’équinoxe, après l’équinoxe il serait trop tard, et qu’ils choisissent un moment favorable. Pourquoi le Génois, la Ville de Paris et le Robuste ne sont-ils pas en rade ? Mon intention est d’avoir dix- huit vaisseaux de ligne à Toulon, qui puissent faire mine de se porter sur Constantinople. D’ailleurs, j’aimerais à avoir mon escadre de Cadix dans mes ports, et je préfère, sous le point de vue de la sûreté, d’avoir celle de Rochefort à Toulon. J’espère que le contre-amiral Willaumez aura profité de l’hiver pour faire sa rentrée dans quelqu’un de mes ports. Si mes escadres ne sont pas sorties avant le 10 mars, mon intention est qu’elles ne sortent plus, surtout celle de Rochefort, qui a tant de chemin à faire. Vous ne manquerez pas de prévenir l’un et l’autre amiral de l’époque de leur arrivée, pour qu’ils ne trouvent point Toulon bloqué. Si Ganteaume n’était point trop malade, j’aimerais assez qu’il mît son pavillon à Toulon; cela voudrait dire que j’ai en vue l’Égypte et Constantinople, et cela servirait mes projets.

Je vous ai fait connaître mon désir de faire construire des vaisseaux de ligne à Nantes, au Havre, à Dunkerque; je crois mon idée praticable. Si elle l’est, j’entends qu’elle soit mise sans délai à exécution; si elle ne l’est pas, il faut que M. de Laplace et M. Sané (Jacques-Noël Sané, 1740-1831. Il est alors inspecteur général du génie maritime. Un des plus brillant ingénieurs navals de tous les temps) soient unanimes sur cette question , et que l’impossibilité me soit bien démontrée. Quant à moi, je suis porté à la croire, jusqu’à cette heure, d’une solution facile. Il me vient à l’appui une autre idée. Puisque enfin le grand obstacle est l’inconvénient du tirant d’eau qu’auront ces vaisseaux étant armés, comme on les fera sortir du port de construction désarmés, en temps de paix, pour les armer dans un grand port, ils peuvent ne pas tirer plus d’eau qu’une frégate. Je dis que ce problème est facile à résoudre, puisque je pars du principe que je puis faire des canons de bronze aussi légers que possible et de la longueur des canons ordinaires, sauf à ne tirer ces canons qu’avec telle ou telle charge de poudre. Ainsi, par exemple, pour faire comprendre mon idée, on pourrait faire des canons de l’épaisseur d’un écu de six francs et aussi longs que le sont les canons des vaisseaux; mais dans ce cas extrême on n’y pourrait mettre qu’une demi-once, ou moins, de poudre, qui ne chasserait le boulet qu’à fort peu de distance. Vous sentez bien, d’après cette supposition extrême, on peut faire des canons de 24 qui tirent avec six livres de poudre au lieu de huit. J’aurai l’allégement du bronze sur le fer, plus l’allégement du nouveau canon sur l’ancien. Si l’on est de mon avis, il n’y a pas besoin d’explication; si l’on n’est pas de mon avis, j’ai besoin que cette question soit bien traitée, afin que cette fantaisie me sorte pour toujours de la tête. Le problème ici est complexe : il est moitié d’artillerie, moitié de construction navale. Il me semble que, si je demandais à M. Sané un vaisseau aussi bon marcheur que le Spartiate, pouvant porter 74 canons comme le Spartiate, et que je lui disse qu’il n’y sera mis que des canons de bois, il me ferait un dessin de construction au moyen de laquelle ce vaisseau ne tirerait pas plus qu’une forte frégate ou un vaisseau de 64, comme le Vénitien, qui est entré dans le port d’Alexandrie. Voila comme je veux que cette question soit traitée. Si l’on me faisait un vaisseau sans canons, percé pour 74, qui pût porter autant de vivres qu’un vaisseau ordinaire, combien serait le minimum de son tirant d’eau ? Je crois qu’un vaisseau ordinaire tire 22 ou 23 pieds. J’ai peine à croire qu’en déchargeant l’artillerie, je ne gagnerai pas plusieurs pieds.

 

Camp impérial de Varsovie, 26 janvier 1807

Au contre-amiral Allemand, commandant l’escadre de Rochefort

Monsieur le Contre-Amiral Allemand, notre intention est que vous appareilliez de notre port de Rochefort avec l’escadre qui est sous vos ordres, composée de six ou au moins de cinq vaisseaux, et des frégates dont notre ministre de la marine vous donnera l’état, pour vous rendre dans notre port de Toulon. Vous profiterez d’un temps favorable, et vous suivrez la route et les indications qui vous seront tracées par les instructions de notre ministre de la marine. Tous les ports de Naples, d’Italie et de Gênes étant en notre pouvoir, si les circonstances majeures des vents vous portaient de ce côté, vous pourriez vous trouver dans le cas de surprendre quelques croisières ennemies, deux vaisseaux anglais croisant ordinairement dans le golfe de Naples. Arrivée à Toulon, votre escadre sera réparée des avaries qu’elle pourrait avoir éprouvées, et mise en état; et vous vous rangerez sous le ordres du vice-amiral qui commande dans cette rade. Nous nous reposons du reste sur votre expérience et sur votre zèle pour notre service.

 

Camp impérial de Varsovie, 26 janvier 1807

Au vice-amiral Rosily, commandant l’escadre de Cadix

Monsieur le Vice-Amiral Rosily, notre intention est que vous vous embarquiez et que vous mettiez à la voile avec les cinq vaisseaux de ligne et la frégate qui composent l’escadre sous vos ordres, et le vaisseau espagnol que Sa Majesté Catholique a bien voulu y réunir, pour vous rendre dans notre port de Toulon, où nous avons résolu de réunir une flotte considérable. Nous chargeons notre ministre de la marine de vous faire une instruction détaillée pour faciliter votre navigation. Nous nous reposons du reste sur votre expérience et sur votre zèle pour notre service.

 

Varsovie, 27 janvier 1807

A M. Cambacérès

J’ai reçu votre lettre du 16. Je vois avec plaisir que vous vous occupez de tout ce qui est relatif aux blés. M. de Champagny a trop de sécurité sur cet objet important. Nous continuons à être ici dans les quartiers d’hiver.

 

Varsovie, 27 janvier 1807

Au général Clarke

Faites-moi connaître quand les dragons de la Garde seront montés. On ne manquera pas de vous dire qu’il y a eu des affaires à la gauche de l’armée; il ne s’est rien passé d’important. Le maréchal Ney, de son propre mouvement, s’est avancé de vingt lieues hors de ses cantonnements. Il vient de les reprendre sans que l’ennemi ait eu aucun succès. Telle était notre position au 26.

 

Varsovie, 27 janvier 1807

Au général Clarke

Monsieur le Général Clarke, l’ennemi paraît manœuvrer pour se maintenir à Elbing et pour défendre ses communications avec Danzig.

Dans cette situation, je lève mes cantonnements et je fais une contre-marche. Il ne serait pas impossible qu’un corps de 10 à 15,000 hommes fût jeté sur Danzig et de là sur Stettin. Je vous ai ordonné de mettre les Italiens à Stettin. Les troupes de Bade, deux régiments français et la légion du Nord doivent être partis de Stettin pour aller faire le blocus de Kolberg. Prévenez du contenu de cette lettre le maréchal Mortier, afin que, le cas arrivant, il ne laissât à Stralsund que les troupes nécessaires, se renforçât des troupes qui seront à Stettin et à Berlin, et mit la colonne ennemie entre l’Oder et le corps d’armée que j’enverrai à sa poursuite. Prévenez également le général Thouvenot pour qu’il se tienne alerte. Il doit avoir une garnison de 6,000 hommes, puisqu’il a les Italiens. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous envoyiez une ou deux compagnies d’ordonnance à Stettin. Envoyez aussi sur cette place le régiment de fusiliers de ma Garde. Envoyez à Küstrin l’autre bataillon du ler régiment provisoire, de manière qu’il y ait un millier de Français dans cette place. Du moment que le 15e régiment de chasseurs qui est à Hanovre sera arrivé, si les renseignements que vous aurez le font juger nécessaire, je vous laisse le maître de l’envoyer aussi sur l’Oder. D’ailleurs, à mesure que les événements marcheront, je ne manquerai pas de vous tenir en mesure et de vous donner des ordres. Cependant j’ai voulu vous instruire de ceci très-secrètement, afin que vous sachiez déjà la nature des opérations qui se font. Si le régiment de la garnison de Paris et le 19e de ligne sont arrivés à Magdeburg, vous pouvez les faire venir à Berlin pour qu’ils puissent servir à renforcer la ligne de Stettin. Envoyez un courrier pour faire arriver le 19e : il pourrait s’être arrêté à Münster; vous le dirigerez sur Magdeburg, et, s’il est inutile à la défense de cette place, vous le ferez venir à Berlin. Expédiez un de vos aides de camp intelligent à Thorn qui restera auprès du commandant de la place; écrivez par cet officier au maréchal Lefebvre et priez-le de correspondre directement avec vous pour vous instruire de tout ce qui se passe. Du moment qu’une opération de cette nature aurait eu lieu, il ne manquerait pas de venir vous en prévenir, et du moment qu’il aurait passé l’Oder, il en préviendrait le commandant de Stettin, qui en préviendrait le maréchal Mortier.

 

Varsovie, 27 janvier 1807

ORDRES POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL

Écrire à M. le maréchal Soult et à l’ordonnateur :

A l’ordonnateur du maréchal Soult, qu’il y a à Sierock 25,000 rations de pain et 125,000 rations de biscuit; qu’il peut les prendre;

Au commissaire des guerres de Sierock, qui, s’il peut les diriger sur Przasnysz, quartier général du maréchal Soult, il le fasse sans retenir les voitures qui ont été envoyées d’ici.

Renouveler les ordres pour qu’on cuise et qu’on fasse du pain biscuité à Sierock, Nieporent et Pultusk.

Les 50,000 rations de biscuit qui ont été dirigées hier sur Pultusk, les 25,000 qui partent aujourd’hui, y resteront et ne seront distribuées que par les ordres du major général.

Remettre à la Garde les 38,000 rations de biscuit qui restent; elle les portera sur ses caissons.

Il faut ordonner à l’ordonnateur de la Garde de prendre pour dix jours de viande sur pied, en partant toujours du principe que la Garde est la troupe qui doit être la mieux traitée.

Ainsi la Garde, portant 38,000 rations de biscuit et quatre jours de pain, aurait pour dix jours de vivres.

La division Nansouty et toutes les troupes qui passeront à Varsovie, leur donner quatre jours de pain et leur remplir leurs caissons.

Il faut demain donner quatre jours au corps du maréchal Lannes, et lui donner autant de pain que les caissons en peuvent porter.

Je retarderai d’un jour le départ de la division Gudin et même de la Garde.

 

Varsovie, 27 janvier 1807

54e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Quatre-vingt-neuf pièces de canon prises sur les Russes sont rangées sur la place du palais de la République à Varsovie. Ce sont celles qui ont été enlevées aux généraux Kamenski, Bennigsen et Buxhoevden, dans les combats de Czarnowo, Nasielsk, Pultusk et Golymin. Ce sont les mêmes que les Russes traînaient avec ostentation dans les rues de cette ville, lorsque naguère ils la traversaient pour aller au-devant des Français. Il est facile de comprendre l’effet que produit l’aspect d’un si magnifique trophée sur un peuple charmé de voir humiliés les ennemis qui l’ont si longtemps et si cruellement outragé.

Il y a, dans les pays occupés par l’armée, plusieurs hôpitaux renfermant un grand nombre de Russes blessés et malades. 5,000 prisonniers ont été évacués sur la France; 2,000 se sont échappés dans les premiers moments du désordre, et 1,500 sont entrés dans les troupes polonaises.

Ainsi les combats livrés contre les Russes leur ont coûté une grande partie de leur artillerie, tous leurs bagages , et 25 à 30,000 hommes, tant tués que blessés ou prisonniers.

Le général Kamenski, qu’on avait dépeint comme un autre Souvarof, vient d’être disgracié; on dit qu’il en est de même du général Buxhoevden; et il paraît que c’est le général Bennigsen qui commande actuellement l’armée.

Quelques bataillons d’infanterie légère du maréchal Ney s’étaient portés à vingt lieues en avant de leurs cantonnements; l’armée russe en avait conçu des alarmes et avait fait un mouvement sur sa droite; ces bataillons sont rentrés dans la ligne de leurs cantonnements sans éprouver aucune perte.

Pendant ce temps, le prince de Ponte-Corvo prenait possession d’Elbing et des pays situés sur le bord de la Baltique.

Le général de division Drouet entrait à Christburg, où il faisait 300 prisonniers du régiment de Courbière, y compris un major plusieurs officiers.

Le colonel Saint-Geniès, du 19e de dragons, chargeait un autre régiment ennemi et lui faisait 50 prisonniers, parmi lesquels était le colonel commandant.

Une colonne russe s’était portée sur Liebstadt, au delà de la petite rivière de la Passarge, et avait enlevé une demi-compagnie de voltigeurs du 8e régiment de ligne, qui était aux avant-postes du cantonnement. Le prince de Ponte-Corvo, informé de ce mouvement, quitta Elbing, réunit ses troupes, se porta, avec la division Rivaud, au devant de l’ennemi, et le rencontra auprès de Mohrungen, le 25 de ce mois à midi. La division ennemie paraissait forte de 12,000 hommes. On en vint bientôt aux mains : le 8e régiment de ligne se précipita sur les Russes avec une valeur inexprimable, pour réparer la perte d’un de ses postes. Les ennemis furent battus, mis dans une déroute complète, poursuivis pendant quatre lieues et forcés de repasser la rivière de la Passarge. La division Dupont arriva au moment où le combat finissait et ne put y prendre part.

Un vieillard de cent dix-sept ans a été présenté à l’Empereur, qui lui a accordé une pension de 100 napoléons, et a ordonné qu’une année lui fût payée d’avance. La notice jointe à ce bulletin donne quelques détails sur cet homme extraordinaire.

Le temps est fort beau; il ne fait froid qu’autant qu’il le faut pour la santé du soldat et pour l’amélioration des chemins, qui deviennent très-praticables.

Sur la droite et sur le centre de l’armée, l’ennemi est éloigné de plus de trente lieues de nos postes.

L’Empereur est monté à cheval pour aller faire le tour de ses cantonnements; il sera absent de Varsovie pendant huit on dix jours.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

Au roi de Naples

Monsieur mon Frère, je n’ai pu recevoir la lettre de Votre Majesté et ses vœux pour mon bonheur sans une vive émotion. Vos destins, mes succès ont mis entre nous de vastes pays: vous touchez au midi à la Méditerranée, je touche à la Baltique; mais, par l’accord de nos mesures, nous tendons au même but. Veillez sur vos côtes; écartez-en les Anglais et leur commerce; leur exclusion rendra le calme à vos États. Votre royaume est riche, peuplé; avec l’aide de Dieu, il sera puissant et heureux. Recevez mes vœux les plus sincères pour la prospérité de votre règne, et comptez dans tous les temps sur mon affection fraternelle. La députation que m’a envoyée Votre Majesté a rempli honorablement sa mission; je l’ai priée de reporter à Votre Majesté les assurances de mon plus sincère attachement.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

ORDRES POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL

Faire partir demain 600 quintaux de bonne farine sur 40 caissons de la compagnie Breidt, qui se rendront à Pultusk, y verseront leur farine, et se chargeront, en place, du biscuit qui s’y trouve. Ces farines seront fabriquées sans délai à Pultusk.

Faire partir demain 30 voitures découvertes de la compagnie Breidt, portant 300,000 rations d’eau-de-vie, qui suivront le quartier général.

On fera également partir demain autant de caissons qu’on pourra charger de pain biscuité, s’il en reste après avoir rempli les caissons du maréchal Lannes, du général Gudin et de la Garde.

Le 30, on fera partir le reste des caissons de la compagnie Breidt, chargés de pain.

Le 31, au plus tard, les caissons devront être partis de Varsovie, chargés de pain, farine ou eau-de-vie.

On ne peut trop avoir l’œil sur les manutentions de Sierock, Nieporent et Modlin.

Passé le 31, on expédiera, tous les jours, 40,000 rations de pain sur le quartier général sur des voitures du pays, avec quatre gendarmes d’escorte, un maréchal des logis, un agent français des transports, qui sera responsable du convoi, et auquel on tracera son ordre de route de manière qu’il arrive en deux jours à Pultusk.

Veiller à ce que la manutention de Pultusk fasse par jour 30,000 rations, et où s’alimentera le maréchal Davout.

Tenir, aussi, bien alimentée la manutention de Sierock, qui est si importante pour les blessés et même pour l’armée.

On ordonnera à la manutention de Modlin de fournir au maréchal Augereau et de trouver les moyens de lui expédier ce qu’elle pourra fabriquer. On aura soin qu’elle ne manque pas de farines.

Du moment que l’armée sera à plus de six journées de Varsovie, on n’expédiera plus que du biscuit.

Réitérer les ordres à Posen pour qu’on expédie tout le biscuit sur Thorn. Ordonner à Thorn qu’on l’envoie au maréchal Ney et à M. le prince de Ponte-Corvo, et qu’on en donne avis à l’ordonnateur du quartier général.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

ORDRES POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL

Il y a aujourd’hui 70 caissons à Varsovie; ils portent 70,000 rations de pain. Il faut en faire partir demain 35 avec 35,000 rations, lesquels se rendront à Sierock, Pultusk et Przasnysz. M. Thévenin, M. l’ordonnateur du quartier général et l’agent en chef des vivres leur feront suivre le quartier général, et il ne sera rien distribué que sur les ordres du major général.

Après-demain, s’il est possible, 25,,000 autres rations partiront.

Les 20 caissons de Pultusk, qui doivent être arrivés aujourd’hui, et les 25 caissons de Sierock, qui doivent aussi être arrivés, partiront seulement chargés de pain.

Les 149 voitures chargées du service des fourrages de la place partiront chargées d’eau-de-vie. Cela me sera très-favorable.

Il faut donc bien recommander à l’ordonnateur général et à M. Thévenin de n’en disposer que par mon ordre ou celui du major général.

S’il arrive qu’on ne puisse pas envoyer du pain, pour ne pas trop retarder l’envoi des charrettes, il faut envoyer des farines; mais il faut remuer et mélanger d’avance ici les farines de Glogau avant de les envoyer.

Il faut une correspondance très-active entre l’agent des vivres et l’ordonnateur du quartier général.

Toutes les fois que des caissons des corps d’armée viendront à Varsovie prendre des vivres, si l’on n’a pas de pain, il faut leur donner des farines; jamais de blé, même de l’eau-de-vie. Jamais les retenir plus d’un jour.

A Pultusk, on fait 30,000 rations par jour; il faut donc que le maréchal Davout n’envoie plus de caissons ici, et qu’il vive par Pultusk.

Avoir soin d’alimenter la manutention de Sierock, non qu’on prétende s’en servir pour l’armée, mais pour les prisonniers, les malades.

Il faut bien aussi veiller à faire confectionner à Modlin; recommander au commissaire des guerres de ne point s’endormir; il peut leur envoyer le pain qu’il confectionnera au 7e corps.

Il faut que l’ordonnateur du quartier général ait un état bien en règle, ainsi que M. Thévenin.

Enfin les vivres doivent principalement être dirigés sur le quartier général. Le maréchal Lannes, qui est détaché sur la Vistule, en a moins besoin.

Des farines serviront presque aussi bien que du pain.

 

Varsovie, 28 janvier 1807

A M. Daru

Monsieur l’Intendant général, je vous ai fait donner des ordres pour les mouvements de la compagnie Breidt à l’armée. Mon intention est que, du 30 janvier au 1er février, il n’y ait plus une seule de ses voitures à Varsovie. J’en ai trouvé qui faisaient le service à la manutention pour le transport d’un magasin à un autre. Cela peut-être commode, mais cela nest pas convenable; il faut se servir des traîneaux et des voitures du palais; tout ce qui est français doit être à l’armée.

J’ai trouvé du retard à la manutention, parce que les boulangers prussiens s’étaient révoltés, et ils s’étaient révoltés parce qu’on ne les avait pas payés. Il est absurde qu’un boulanger prussien ne soit pas payé; ce n’était d’ailleurs ici que l’affaire d’un louis. Ces ouvriers se plaignent qu’on leur donne des espèces pour un taux supérieur à leur cours. Quand il s’agit de gens qui ne travaillent que pour de l’argent, il vaudrait beaucoup mieux dépenser 1,000 écus de plus par mois et faire marcher le travail. Vos garde-magasins sont des freluquets.