Correspondance de Napoléon – Janvier 1807

Varsovie, 16 janvier 1807

Au général Lamartillère, commandant la Garde nationale de la Gironde

Je reçois votre lettre du 26 décembre de Bordeaux. Je vois avec plaisir que votre organisation s’avance et que vous avez pleine confiance dans le zèle et la bravoure des détachements qui vont se trouver sous vos ordres. C’est pour leur donner une preuve du fond que j’y fais, que, dans mes dernières dispositions, je leur ai confié la défense de l’île d’Oléron ainsi que de l’embouchure de la Garonne et de la place de Blaye. Au printemps, seule saison où les Anglais pourront entreprendre quelque chose, je m’en rapporte à votre zèle pour donner un coup d’œil sur les places et les batteries, afin que tout soit prêt pour que, si l’ennemi se présentait, il soit reçu comme les Français ont l’habitude de le recevoir.

 

Varsovie, 16 janvier 1807

Au prince Eugène

Mon fils, je reçois vos lettres du 4 janvier et les états de situation de l’armée du 15 décembre. Je ne vois point pourquoi vous portez d’un coté les régiments de dragons et, d’un autre côté, les dépôts; ainsi, par exemple, vous portez le 7e régiment de dragons à la force de 210 hommes et de 489 chevaux, et, au dépôt, à 310 hommes et 174 chevaux, ce qui porterait le régiment à 510 hommes et à plus de 350 chevaux; il faut réunir les dépôts et les régiments. Il paraît que ces régiments ont fait de grandes pertes. Faites-moi faire l’état de ce qu’ils ont perdu dans le royaume de Naples. J’ai lu avec attention le rapport que vous me faites sur les corps. Je ne suis pas étonné que le 106e n’aille pas mieux; c’est la faute du colonel, il y a longtemps qu’il donne lieu à des plaintes. Je vais m’en occuper.

Faites faire au 56e des fournitures extraordinaires de ce qu’il pourrait avoir besoin; envoyez au ministre Dejean, et envoyez-moi également, l’état détaillé de ce qui est dû aux corps par masses, et pour quelles années. Il paraît qu’il serait dû beaucoup aux corps, mais il faut prendre garde qu’ils ne réclament pas plus qu’il ne leur revient.

Faites pour le 93e la même chose que pour le 56e; et, comme il faut beaucoup d’argent pour faire venir des effets de France, faites-les fournir en gratification des moyens d’Italie. Vous devez donner des ordres pour que les chevaux stationnés à Palmanova travaillent, mais non pas trop, et ne soient point traités comme des chevaux de louage, il faut leur donner de l’occupation et les faire travailler convenablement.

Donnez le commandement de vos grenadiers au général Duhesme et réservez le général Mermet pour la cavalerie. Je donne ordre au général Pérignon et aux généraux Menou et Montchoisy de m’adresser leurs états de situations tous les quinze jours, indépendamment de ceux qu’ils envoient à Paris.

(Correspondance du prince Eugène)

 

Varsovie, 16 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Écrivez à Paris pour que les conseils d’administration des régiments suisses accordent des fonds pour le recrutement, et recommandez que l’argent ne manque pas pour cet objet important.

Donnez ordre au général Schramm, qui est à Magdeburg, qu’aussitôt que le général qui doit commander les régiments provisoires sera arrivé, il se rende au quartier général.

Répondez au général Eblé que vous avez mis sa lettre sous mes jeux, qu’il rentrera à Magdeburg, que je le vois avec peine s’éloigner, et que je ne puis lui donner une plus grande marque de confiance que de lui donner cette place importante.

Écrivez au commandant de Kalisz de faire filer sur Varsovie les farines qui arrivent de Glogau, de faire l’impossible pour cela; que cet objet est de la plus grande importance.

Demandez au commandant de Küstrin l’état de situation de l’armement, de l’habillement et de l’instruction du détachement qui vient d’arriver dans cette place.

Donnez ordre au commandant de Bromberg de faire partir sans délai tout ce qu’il a appartenant au 17e léger, aux 21e, 34e, 40e, 64e, 88e, 100e et 103e, et de les diriger sur Varsovie.

Si le général Thuring est allé du côté de Danzig, faites-le arrêter; la conduite de cet officier devient fort extraordinaire.

 

Varsovie, 17 janvier 1807

A Marie Walewska

Je n’ai vu que vous, je n’ai admiré que vous, je ne désire que vous. Une réponse bien prompte pour calmer l’impatiente ardeur de

N.

 

Varsovie, 17 janvier 1807

Au Schah de Perse

Je t’ai offert mon amitié, et je t’ai envoyé, de l’occident de l’Europe, deux de mes fidèles serviteurs. La dépouille mortelle de l’un est restée comme un gage de sa mission; l’autre a rempli toute la sienne, et j’ai su tes dispositions envers moi, tes courageux efforts et tes succès contre les Russes. Apprends aussi mes avantages, et qu’ils t’inspirent une nouvelle confiance. J’ai quitté mon empire pour marcher au-devant de nos ennemis : leurs armées ont été détruites. Dans une marche de 500 lieues, j’ai tout soumis à mes armées; la Prusse est conquise, et les sanglantes défaites des Russes m’ont rapproché de toi. Vaincus partout, ils ont été rejetés dans leur fuite au delà du Niémen, et ils se renferment dans leurs frontières, où mon armée les poursuit. Varsovie, où je suis, fut la capitale d’un grand empire qui tint autrefois la Russie sous sa domination, et qui, un instant éclipsé, peut reprendre encore son éclat. La Pologne a ressaisi les armes, ses troupes ont déjà vaincu, et son nouveau gouvernement s’organise. De ton côté, attaque avec vigueur les ennemis que me victoires te livrent affaiblis et découragés ; reprends sur eux la Géorgie et toutes les provinces qui furent ton empire, et referme contre eux les portes caspiennes qui en gardèrent si longtemps l’entrée.

La fortune a mis un bandeau sur les yeux de tes ennemis. Déjà pressés à l’Orient et à l’Occident, ils ont osé déclarer la guerre à la
Porte Ottomane. Sans doute une puissance invisible, la même qui m’a fait vaincre et qui veille sur ta gloire, a voulu entraîner elle-même nos ennemis à leur perte, en les armant en aveugles contre les forces de trois puissants empires. Tous trois concertons-nous et formons une éternelle alliance. J’attends ton ambassadeur pour la conclure, et c’est au milieu de mes victoires que je te renouvelle les assurances de mon affection. Je te souhaite les bénédictions du ciel, un règne long et glorieux et une fin heureuse.

Écrit en notre palais impérial de Varsovie, le 17 janvier 1807, de mon règne le troisième.

 

Varsovie, 17 janvier 1807

ORDRE

  1. de Montesquiou partira sur-le-champ. Il verra premièrement M. de Vincent pour lui demander des passe-ports, en lui disant qu’il part pour Terespol, vis-à-vis Brzesc, et de là descendre vers Kaminietz et Suczawa, pour observer les mouvements des Russes et savoir ce qui se passe en Moldavie; qu’il a voulu lui faire part de l’objet de sa mission, pour qu’il sache que c’est uniquement un voyage d’observation. Il se rendra droit à Terespol, vis-à-vis Brzesc; il restera là autant de temps qu’il jugera nécessaire pour recueillir tous les renseignements possibles sur les Russes; il les obtiendra, soit par les Polonais, soit par les Autrichiens mêmes. Il s’informera bien des mouvements (en spécifiant les dates) des corps d’Essen, qui ont dû se porter de Kaminietz sur Brzesc, et du mouvement inverse que doivent avoir fait, ces jours-ci, plusieurs divisions de Bennigsen et Buxhoevden pour se reporter sur Brzesc. Il tâchera de savoir où sont les magasins et hôpitaux des Russes, soit à Brzesc, à Kowel, ou ailleurs. Quand il aura pris tous ces renseignements, il me renverra un courrier français qu’il aura avec lui, pour me faire connaître tout ce qu’il aura appris. Il se rendra de là à Ostrow, à Chelm, à Zamosc et à Lemberg; il verra le gouverneur autrichien. Il m’expédiera de là un courrier, pour m’instruire de t&ci ce qu’il aura appris sur la route, sur les mouvements que l’ennemi peut faire sur les routes de Kowel, Dubno, Zytomirz, Kaminietz. De là il se rendra à Brody et Tarnopol et descendra jusqu’à vis-à-vis Kaminietz, d’où il m’expédiera l’officier qu’il aura amené avec lui, pour me faire connaître : 1° tous les mouvements des troupes ennemies en décembre et en janvier; 2° les mouvements des hôpitaux et des magasins; 3° enfin la force de l’armée russe en Moldavie, et tout ce qui se passe de ce côté contre les Turcs. Il se rendra de là à Suczawa, où il continuera ses observations. De là il retournera par le même chemin, pour s’informer de tout ce qu’il y aura de nouveau, et me rendra compte à Varsovie.

 

Varsovie, 18 janvier 1807

A l’Impératrice

Je crains que tu n’aies eu bien du chagrin de notre séparation, qui doit encore se prolonger de quelques semaines, et de ton retour à Paris. J’exige que tu aies plus de force. L’on me dit que tu pleures toujours : fi ! que cela est laid. Ta lettre du 7 janvier me fait de la peine. Sois digne de moi, et prends plus de caractère. Fais à Paris la présentation convenable, et surtout sois contente.

Je me porte très-bien, et je t’aime beaucoup; mais, si tu pleures toujours, je te croirai sans courage et sans caractère : je n’aime pas les lâches; une impératrice doit avoir du cœur partout jusque sur les petites cousines. A propos je les baise, ils (sic) doivent être bien bas, puisque tu es toujours triste.

Adieu mon amie, je te baise.

(Lettres d’amour à Joséphine)

 

Varsovie, 18 janvier 1807

A Marie Walewska

Vous ai-je déplu, madame ? J’avais cependant le droit d’espérer le contraire. Me suis-je trompé ? Votre empressement s’est ralenti tandis que le mien augmente. Vous m’ôtez le repos ! Oh ! donnez un peu de joie, de bonheur à un pauvre cœur tout prêt à vous adorer. Une réponse est-elle si difficile à obtenir ? Vous m’en devez deux.

N.

 

Varsovie, 18 janvier 1807

A M. Fouché

Il est vrai que, les magasins de Varsovie n’étant point grandement approvisionnés, l’impossibilité d’y réunir en peu de temps une grande
quantité de grains dut rendre les vivres rares; mais il est aussi absurde de penser qu’on puisse manquer de blé, de vin, de viande, de pommes de terre en Pologne, qu’il l’était de dire qu’on en manquait en Egypte. J’ai ici une manutention qui me donne 100,000 rations de biscuit par jour; j’en ai une à Thorn et des magasins à Posen, Lowicz et sur toute la ligne. J’ai pour nourrir l’armée pendant plus d’un an. Vous devez vous souvenir que, lors de l’expédition, des lettres de l’armée disaient qu’on y mourait de faim. Faites faire des articles dans ce sens. Il est tout simple qu’on ait pu manquer au moment où on poussait les Russes de Varsovie; mais les productions du pays sont telles qu’il ne peut y avoir de crainte de l’avenir.

 

Varsovie, 18 janvier 1807

Au prince Jérôme

Je reçois une lettre de vous, du 15 janvier, qui me paraît fort extraordinaire. Vous ne me parlez point de suspension d’armes, et je
trouve, après le rapport d’un espion, une lettre de vous au prince de Pless, dans laquelle vous lui dites qu’il y aura suspension d’armes à dater du18. Je ne conçois rien à une pareille inconséquence. Je ne veux point de suspension d’armes. Vous ne deviez pas avoir d’entrevue sans savoir si cela me convenait. Commandez votre armée, faites la guerre et soumettez la Silésie. Rien ne me serait plus funeste, et contraire à la discipline militaire, que ce que vous faites là. D’ailleurs, rend-on compte d’une affaire aussi importante en mettant copie d’une lettre au bas d’un rapport d’espion ? Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement. Si donc l’armistice était fait, vous voudrez bien déclarer sur-le-champ que je ne l’ai point approuvé, et qu’il est rompu. Il faut aussi, avant d’écrire au prince d’Anhalt, savoir le protocole que vous devez suivre; vous lui écrivez comme au frère de l’empereur d’Autriche : ne savez-vous donc pas que l’Allemagne est tapissée de petits princes qui sont ce qu’étaient nos comtes en France ? Vous ne devez pas lui écrire à la troisième personne. Mais à quoi servent les correspondances ? C’est se battre qu’il faut, et non se faire des compliments.

 

Varsovie, 18 janvier 1807

Au roi de Naples

Je reçois votre lettre du 29 décembre; j’y vois que vous ne gardez pas le maréchal Masséna. Vous n’avez ainsi avec vous aucun homme habitué aux grands événements. Cependant, dans l’été, un homme vous serait fort utile. Je pense donc que vous feriez bien de faire appeler directement le général Macdonald à votre service, en lui en faisant faire la proposition.

Vous verrez que j’ai ordonné qu’un détachement de 5 ou 6,000 hommes fût envoyé pour recruter vos régiments.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

A l’Impératrice

Mon amie, je reçois ta lettre; j’ai ri de ta peur du feu. Je suis désespéré du ton de tes lettres, et de ce qui me revient; je te défends de pleurer, d’être chagrine et inquiète; je veux que tu sois gaie, aimable et heureuse. Respectueux compliments à la petite baronne de Kepen.

Adieu mon amie

(idem)

 

Varsovie, janvier 1807

A Marie Walewska

Il y a des moments où trop d’élévation pèse et c’est ce que j’éprouve. Comment satisfaire le besoin d’un cœur épris qui voudrait s’élancer à vos pieds et qui se trouve arrêté par le poids de hautes considérations paralysant le plus vif des désirs? Oh ! Si vous vouliez ! … Il n’y a que vous seule qui puissiez lever les obstacles qui nous séparent, mon ami Duroc vous en facilitera les moyens.

Oh ! Venez ! Venez ! Tous vos désirs seront remplis. Votre patrie me sera plus chère quand vous aurez pitié de mon pauvre cœur.

 

Varsovie, janvier 1807

A Marie Walewska

Marie, ma douce Marie, ma première pensée est pour toi, mon premier désir est de te revoir. Tu reviendras, n’est-ce-pas ? Tu me l’as promis. Sinon, l’aigle volerait vers toi ! Je te verrai à dîner, l’ami le dit. Daigne donc accepter ce bouquet : qu’il devienne un lien mystérieux qui établisse entre nous un rapport secret au milieu de la foule qui nous environne. Exposés aux regards de la multitude, nous pourrons nous entendre. Quand ma main pressera mon cœur tu sauras qu’il est tout occupé de toi, et, pour répondre, tu presseras ton bouquet ! Aime-moi , ma gentille Marie, et que ta main ne quitte jamais ton bouquet !

 

Varsovie, 19 janvier 1807

A M. Fouché

Il est question, dans votre bulletin du 3 janvier, d’une demoiselle Grouthe, qui se dit fille de Louis XVI. J’imagine que vous avez pris des mesures pour que cette mauvaise farce finisse. Quand la moitié de la France a cru que Cagliostro avait été élevé dans la grande pyramide du Caire, et que cela était devenu un objet d’intérêt, que serait-ce d’une chose qui peut servir de prétexte à des malveillants ? Il est extraordinaire que le président du tribunal et le juge de paix aient été assez simples pour écouter sérieusement une pareille folle ou une marionnette remuée par quelques intrigants.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

Au vice-amiral Decrès

Je ne conçois pas que, depuis que l’on paye 5,000 ouvriers à Brest, on n’en puisse fournir que 16 à 1800 pour faire un régiment.

Vous voulez désarmer cinq vaisseaux à Brest. Je vous autoriserai à cette mesure; mais il ne faudra faire cela qu’au 15 mars, pour tenir toujours nos ennemis en haleine, et, en attendant, nous n’aurons pas besoin sur terre de ces 2,000 hommes.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, dans un rapport du 6 janvier du ministre de la police, je vois que les individus ci-après nommés sont choisis pour officiers de la garde nationale de la Seine-Inférieure : un nommé Leloureux, adjudant de légion, ayant été envoyé de Londres en l’an VIII près l’armée de Georges; un nommé Henri de Bombelles, adjudant de légion, qui a soustrait en l’an X le nommé Tamerlan à la gendarmerie; Raoul de Bombelles, mis en jugement à la commission d’Amiens comme embaucheur pour les chouans; Malartic, adjudant de Bourmont; Dauceaume d’Hodeng, adjudant de cohorte; Montmorin, Tourneroche, Martin d’Anvillers, agents de correspondance anglaise; Tougarde de Bois-Rozai et de Lillers, chefs de légion et hommes tarés. Approfondissez cela; réunissez les ministres de l’intérieur et de la police, car il est impossible de laisser ces hommes en place.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Écrivez au général Gobert que je n’approuve point sa conduite relativement au village où le convoi d’artillerie a été pillé. Il faut que les six principaux auteurs soient fusillés, et que, les employés qui ont protégé le pillage soient traduits à un conseil de guerre et punis sévèrement.

Faites-moi un rapport sur le colonel Dufour. Si c’est le même qui a été cité honorablement à Naples, proposez-le-moi pour général de brigade.

Je vois avec peine, par la situation de la place de Lowicz, que mes ordres ne sont point exécutés. Puisque vous devez recevoir la situation de tout ce qui s’y trouve, pourquoi n’y vois-je plus les 140 hommes qui y étaient il y a six jours ? où sont-ils ?

Demandez au général Ménard, à Küstrin, pourquoi il garde tant de monde des dépôts de l’armée ? Sont-ils malades, ou leur manque-t-il des armes ou des habillements ?

Témoignez mon mécontentement au commandant de Thorn de ce qu’il n’emploie que 400 ouvriers par jour. Donnez-lui l’ordre d’en employer désormais 3,000.

Donnez l’ordre au général Liébert de faire moudre à Posen. J’ai besoin de farine et non de froment, puisque je ne puis vivre de froment non moulu. Il faut qu’en cas de besoin je puisse faire 100,000 rations de pain; qu’il surveille la fabrication du biscuit.

Écrivez au général Songis pour lui déclarer que j’ai le plus pressant besoin de fusils. Quoique les demandes aient été faites à différentes reprises, il ne m’en arrive pas.

Témoignez mon mécontentement à M. Daru de ce que mon décret sur les hôpitaux n’est point exécuté à Lowicz, et de ce que l’apothicaire de Lowicz n’est pas payé; qu’il le fasse solder sans délai.

Il ne faut point porter le général Schramm comme gouverneur de Magdeburg : il n’est que commandant; le titre de gouverneur est différent.

Comment la légion du Nord se trouve-t-elle encore à Magdeburg au 8 janvier ? Vous exécutez mal mes ordres; elle devrait être à Stettin.

Écrivez au général Lagrange que j’ai lu sa lettre du 8 janvier; que je suis loin d’en être satisfait; que mon intention est que les deux petites villes d’Eschwege et de Hersfeld soient brûlées, ou que les soixante plus coupables de ces deux villes et des environs soient fusillés, et que le triple soit arrêté et conduit en France; que je n’ai jamais pu penser que 4,000 paires de souliers puissent être le prix de l’amnistie accordée; qu’il envoie des colonnes mobiles de  4,000 hommes vivre à discrétion dans les villes qui ont été le théâtre de l’insurrection; qu’on leur fasse connaître ma volonté, que les outrages faits à mes aigles ne peuvent être vengés que par du sang; 200 hommes au moins doivent payer de leur tête cette insurrection. L’officier qui a été leur chef doit périr. Nous sommes trop vieux dans les affaires pour croire que l’on est chef malgré soi. Rothenburg s’est aussi mal conduit; y envoyer une colonne mobile.

Écrivez au général Lasalcette que je vois avec plaisir son arrivée à Hanovre; que je n’ai point mis de contribution de chevaux à Hanovre; que la réquisition qui en a été faite fait partie du décret sur les 5,,000 dont les 300 du 15e de chasseurs font partie; que les troubles de Cassel ont mis quelque retard dans l’arrivée de ce régiment, mais qu’à l’heure qu’il est il doit être arrivé; qu’il doit être prévenu que les États de Hanovre se plaignent toujours et ne veulent pas payer; qu’ils ont eu l’impudence d’offrir 300,000 francs par mois des revenus du pays; qu’il faut qu’ils me payent 1,200,000 francs par mois, à raison de 1 00,000 écus par semaine, sinon je prendrai l’administration du pays à mon compte; leur faire sentir que cette proposition seule est raisonnable, toute autre est ridicule; qu’aussitôt que l’intendant sera arrivé, on demandera les comptes d’octobre, de novembre, de décembre et de janvier; qu’il doit me revenir au moins quatre millions.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 8 janvier; la commission de la liberté individuelle m’a écrit pour relâcher le sieur Lassale. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que vous le fassiez mettre en liberté, en lui faisant notifier de ne point faire imprimer des mémoires sur des questions contentieuses, de ne pas s’approcher du palais, où il n’a rien à faire, et de s’adresser aux ministres.

Je n’ai pu voir qu’avec la plus grande peine votre article Seine-inférieure; il ne faut point que les brevets de ces hommes soient expédiés. Comment est-il possible que l’on choisisse des hommes, agents de guerre civile, pour les employer dans des fonctions si importantes ? D’ailleurs, ces individus sont la plupart en surveillance. Mon intention était qu’aucun de ces hommes ne pût être employé. J’en écris en détail à M. Cambacérès.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je désire que vous fassiez une circulaire aux rois de Bavière, de Saxe, de Naples, de Hollande, de Wurtemberg, sur les circonstances actuelles; il sera question, dans cette communication, de l’armistice, de sa non-ratification, des circonstances où se trouve la Turquie, et des pièces qui concernent Constantinople.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, j’ai dans ce moment 5,300,000 francs en caisse. Mon intention est de destiner 800,000 francs à payer la gratification que j’ai accordée par mon décret, pour le mois de janvier. Je ne donne que 800,000 francs, parce que je ne comprends pas le 1er et le 6e corps et les divisions Grouchy, Sahuc et d’Hautpoul, qui seront payés par Thorn. 400,000 francs seront destinés à payer, soit à la cavalerie, soit à l’infanterie, des à-compte, en exécution de mon décret sur les masses. 800,000 francs seront employés pour payer les services administratifs de quelque dénomination que ce soit. Je compte employer les trois millions restants au payement de la solde.

Faites-moi remettre, le plus tôt possible, trois états : l’un comprendra, dans la première colonne, ce qui est nécessaire pour payer un mois de solde aux officiers et soldats de chaque corps d’armée séparément; dans la deuxième colonne, ce qui leur aurait été payé pour le mois d’octobre; dans la troisième, ce qui leur aurait été payé pour le mois de novembre; dans la quatrième, ce qui leur aurait été payé pour le mois de décembre; et dans la cinquième, ce qui leur aurait été payé pour janvier. Il me sera facile, au moyen de cet état, de voir ce qu’il me convient de leur faire payer sur ce que j’ai en caisse. Le second état présentera un projet de répartition des 400,000 francs, pour les masses. Le troisième état présentera la meilleure disposition à faire des 800,000 francs que je veux donner à l’administration; mais ces fonds ne nous rendent pas encore suffisamment riches. Neuf à dix millions doivent être à Küstrin et à Posen, et ont ordre de venir. Écrivez au général Ménard de les faire partir sans délai et de vous envoyer leur ordre de route. Écrivez au général Liébert de favoriser leur passage et de vous informer du jour où ils auront passé. Écrivez dans le même sens à Lowicz et sur toute la route, afin qu’on mette un soin particulier à aider et accélérer les transports de ces fonds.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

Au prince Jérôme

Je vois avec plaisir que Brieg est pris, mais je n’en suis pas moins mécontent de votre conduite. Vous n’avez point le droit d’avoir des entrevues avec un général ennemi sans mon ordre; vous n’avez point le droit de faire d’armistice sans savoir si cela nuit à mes projets généraux. Je suis fâché que cette conduite me fasse apercevoir que vous êtes jeune. Si donc l’armistice est conclu, vous devez déclarer que je ne l’approuve pas, et que les hostilités doivent recommencer. Cernez Kosel, Schweidnitz, et, aujourd’hui que Brieg est pris, faites cerner Neisse. Comment à votre âge et avec le désir d’acquérir de la réputation pouvez-vous tant désirer un armistice ? Les personnes qui vous entourent peuvent le désirer, mais ils auraient dû vous représenter que vos devoirs ne vous permettaient pas de le conclure sans mon ordre. En un mot, je ne veux aucun armistice en Silésie, aucun pourparler avec l’ennemi, aucun parlementaire : des coups de canon. Il me faut cet hiver toutes les places de la Silésie. Avec les renforts qui vous arrivent, et l’impossibilité où sont ces places d’être secourues, il n’y a pas lieu de douter qu’elles ne soient bientôt en votre pouvoir.

Je vous ai écrit de m’envoyer un million sans délai, 120,000 quintaux de farine, des bœufs, et vous ne me parlez de rien dans votre lettre; sans doute vous ne pouviez pas faire partir les 20,000 quintaux, mais vous pouviez en faire partir 2 ou 3,000.

Je suis fâché que vous ayez cru avoir le droit d’avoir une entrevue avec un général ennemi sans mon autorisation; que cela ne vous arrive plus désormais.

Mettez sur le-champ en mouvement, de Brieg, 2,000 quintaux de farine sur Varsovie, et donnez-leur une autre direction que celle de Breslau, afin qu’ils n’encombrent pas la route.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

Au général Clarke

Mon intention est qu’il y ait à Spandau 30,000 quintaux de grains et à Küstrin 100,000. J’approuve fort votre lettre à l’ordonnateur Lambert. Cet ordonnateur ne fait pas grand’chose, n’écrit rien et ne rend compte de rien. M. Estève n’écrit pas davantage. Qu’importe qu ‘il ait fini ses tableaux ! Ce sont des comptes journaliers qu’il doit rendre. C’est une tête bien étroite.

 

Varsovie, 20 janvier 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, le projet qu’on me propose pour Osoppo ne me satisfait pas, parce qu’il ne remplit pas les deux conditions demandées.
La première condition demandée est que 4, 5 ou 600 hommes soient suffisants pour défendre la forteresse et en protéger l’artillerie et les magasins; mais une forteresse qui n’occuperait que le plan supérieur serait incomplète, puisqu’il n’y aurait aucune possibilité de sortie, et que l’ennemi, avec moins d’hommes qu’il n’y en aurait dans la forteresse, pourrait la bloquer. On veut qu’à la rigueur elle puisse se défendre avec 4 ou 600 hommes; mais on veut aussi que, si on avait 12 à 1800 hommes, ils puissent être placés de manière à remplir leur jeu; or, s’ils n’avaient aucune sortie, ils ne rempliraient aucun jeu. D’ailleurs, on ne conçoit pas que ce soit un bon système de défense que de se percher au haut du plan supérieur, de manière que le pied du rocher ne soit vu d’aucun feu. Ainsi donc la première condition demandée est non-seulement que 4 ou 500 hommes puissent se défendre, mais encore qu’ils y soient dans tout leur jeu; et, de là, l’ordre précis donné d’éclairer par des lunettes de fortification permanente le pied de la hauteur, et par trois, quatre ou cinq batteries. On voit facilement qu’il serait impossible à l’ennemi de cheminer contre ces batteries, sous l’immense commandement et plongée que donne la hauteur. Le poste serait donc gardé toutes les fois que les quatre on cinq batteries le seraient. On voudrait encore que toutes ces batteries fussent disposées de manière que, si les garnisons se trouvaient d’une force raisonnable, elles pussent les lier par des chemins couverts et des ouvrages de campagne, et se pratiquer par là un couvert. On pense que trois flèches doivent remplir ce but.

La deuxième condition est qu’un corps de 4, 5 ou 6,000 hommes puisse y trouver refuge; mais il est évident qu’en établissant trois batteries comme on vient de le dire, 5 à 6,000 hommes ne manqueraient pas de construire quelques redoutes sous ce grand commandement, et seraient là inattaquables; et alors, enfin, rien ne l’empêcherait d’occuper la hauteur qu’on propose de fortifier; avec des moyens d’outils, d’approvisionnements et toutes les ressources qu’on trouverait dans la place, 6,000 hommes se seraient mis bientôt
l’abri de toute attaque.

Je ne veux donc point de camp retranché, parce qu’en supposant que le camp retranché pût remplir la deuxième condition, il ne remplirait pas la première, puisqu’il ne pourrait être défendu par 600 hommes. J’ai dit, en supposant qu’il remplit la deuxième condition, car il n’est pas bien prouvé que ce soit une bonne disposition militaire de placer 6,000 hommes derrière de mauvais ouvrages de campagne; ces ouvrages ayant près de 2,060 toises de développement, ces 6,000,bommes seraient sur les dents et deviendraient peu disponibles pour des sorties.

En résumé, je réitère l’ordre de me présenter trois lunettes aux trois sommets du trilatère, au niveau du terrain; les deux situées du côté du village le dominant cependant. Ces trois redoutes auront des communications avec le plateau supérieur, en auront entre elles par un chemin couvert, et seront tracées de manière que la prise de l’un n’influe en aucune manière sur la prise des autres. Avec 80 ou 100,000 francs, on remplirait le but qu’on se propose. Avec 3 ou 400 hommes, on placerait 200 hommes sur le plateau et 50 dans chaque lunette. Enfin, si on avait un plus grand nombre d’hommes, n’a-t-on pas un pourtour de près de 900 toises dans le chemin couvert inférieur qui communique aux trois lunettes ? N’a-t-on pas, dans la partie supérieure, 4 ou 500 toises de pourtour ? N’est–ce pas bien plus qu’il n’en faut pour contenir 5 à 6,000 hommes sans faire aucun travail ? Mais, dans ce cas-là, rien n’empêche le commandant de faire construire une redoute sur la hauteur voisine.

Le tracé ci-joint fera connaître notre idée; c’est à l’ingénieur à la concilier avec ce qu’Osoppo a de particulier. Ce qui a porté à le fortifier, c’est que cette position originale remplit d’elle-même les deux conditions indiquées : elle peut offrir protection à une division, en contenir les magasins, et peut être défendue par une poignée d’hommes; alors elle n’est jamais d’aucun embarras, car les places fortes sont aussi souvent très-embarrassantes, affaiblissent une armée, et sont la cause de la perte d’une bataille et d’une campagne. Mais ces idées sont étrangères à cette discussion.

En résumé, il faut trois flèches qui croisent entre elles leurs feux, aux trois sommets du trilatère au niveau du terrain, ou avec un petit commandement. Si on demande qui doit défendre ces trois flèches : elles doivent être défendues par le haut du plateau. Mais on ne s’opposerait pas à ce qu’on mit une batterie intermédiaire pour les flanquer; ce sont des détails qui dépendent des accidents du terrain.

 

Varsovie, 19 janvier 1807

52e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le 8e corps de la Grande Armée, que commande le maréchal Mortier, a détaché un bataillon du 2e régiment d’infanterie légère sur Wollin. Trois compagnies de ce bataillon y étaient à peine arrivées, qu’elles furent attaquées avant le jour par un détachement de 1,000 hommes d’infanterie, avec 150 chevaux et 4 pièces de canon. Ce détachement venait de Kolberg, dont la garnison étend ses courses jusque-là; les trois compagnies d’infanterie légère française ne s’étonnèrent point du nombre de leurs ennemis, et lui enlevèrent un pont et ses 4 pièces de canon, et lui firent 100 prisonniers; le reste prit la fuite, en laissant beaucoup de morts dans la ville de Wollin, dont les rues sont jonchées de cadavres prussiens.

La ville de Brieg, en Silésie, s’est rendue après un siège de cinq jours. La garnison est composée de 3 généraux et de 1,400 hommes.

Le prince héréditaire de Bade a été fort dangereusement malade, mais il est rétabli. Les fatigues de la campagne, et les privations qu’il a supportées comme le simple officier, ont beaucoup contribué à sa maladie.

La Pologne, riche en blé, en avoine, en fourrages, en bestiaux, en pommes de terre, fournit abondamment à nos magasins. La seul manutention de Varsovie fait 100, 000 rations par jour, et nos dépôts se remplissent de biscuit. Tout était tellement désorganisé à notre arrivée, que pendant quelque temps les subsistances ont été difficiles.

Il ne règne dans l’armée aucune maladie. Cependant pour la conservation de la santé du soldat, on désirerait un peu plus de froid; jusqu’à présent il s’est à peine fait sentir, et l’hiver est déjà fort avancé. Sous ce point de vue, l’année est fort extraordinaire.

L’Empereur fait tous les jours défiler la parade devant le palais de Varsovie, et passe successivement en revue les différents corps de  l’armée, ainsi que les détachements et les conscrits venant de France, auxquels les magasins de Varsovie distribuent des souliers et des capotes.

 

Varsovie, 20 janvier 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, expédiez la lettre que j’écris à l’empereur d’Autriche. Mandez en même temps à M. Andréossy qu’il envoie à Widdin un secrétaire militaire de son ambassade, pour former un centre de correspondance entre Constantinople, Varsovie et Zara.

 

 Varsovie, 20 janvier 1807

A l’Empereur d’Autriche

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté, datée du 21 décembre, que m’a remise M. le baron de Vincent. Je ne puis que la remercier des sentiments qu’elle m’exprime. Je ne partage pas moins qu’elle le désir sincère de voir la bonne harmonie, si heureusement rétablie entre nous, se maintenir, et l’Europe se pacifier. Cetter pacification aurait probablement eu lieu sans les circonstances de Constantinople, qui ont précipité l’exécution des projets que la Russie laissait entrevoir depuis un demi-siècle. J’ai dit à M. le baron de Vincent que la puissance russe, non fondée sur une armée plus ou moins forte, mais sur une influence religieuse bien prononcée à l’égard des Grecs, devait un jour resserrer les liens entre l’Autriche et la France. Toutefois Votre Majesté peut être parfaitement certaine qu’aucun refroidissement avec elle ne viendra jamais de moi, et qu’au contraire je serai toujours désireux de lui donner des marques de ma haute considération et des sentiments tout particuliers que je lui ai voués.

 

Varsovie, 20 janvier 1807

Au Sultan Selim

Très-haut, très-excellent, très-puissant, très-magnanime et invincible Prince, le grand Empereur des Musulmans, Sultan Selim, en qui tout honneur et vertu abondent, mon très-cher et parfait ami, Dieu veuille augmenter votre gloire et hautesse, avec fin très-heureuse. J’ai lu avec un vif intérêt la lettre de Votre Hautesse. J’ai été indigné, comme elle, de la proclamation des généraux russes; elle a pris le parti de défendre ses États : elle peut être certaine que je la seconderai de tous mes moyens. L’armée russe continue à fuir devant moi. Le moment est venu de consolider l’empire des Ottomans. Il faut que Votre Hautesse prenne toutes les mesures énergiques qu’offre la fidélité de ses peuples pour ne laisser à nos ennemis communs aucun instant de repos.

Sur ce, je prie Dieu, très-haut, très-excellent, très-puissant, très-magnanime et invincible Prince, notre très-cher et parfait ami, qu’il augmente les jours de Votre Hautesse et les remplisse de toutes prospérités, avec fin très-heureuse.

Votre très-cher et parfait ami.

Écrit en notre camp impérial de Varsovie, le 20 janvier 1807.

NAPOLÉON

 

Varsovie, 20 janvier 1807

Au roi d’Espagne

Monsieur mon Frère, les vœux que Votre Majesté a bien voulu m’exprimer au renouvellement de cette année me sont d’autant plus chers que je n’ai jamais douté de la sincérité de son amitié. Je désire que Votre Majesté reçoive avec un égal plaisir les assurances de la mienne. Une même cause nous unit; j’ai toujours regardé nos intérêts comme inséparables, et, dans cette vue, j’ai cherché à rendre utiles à Votre Majesté les succès que la Providence a accordés à mes armes. Je souhaite à Votre Majesté, pour elle, pour son règne, longues prospérités, et je la prie de croire aux sentiments de haute estime et d’inviolable attachement avec lesquels je suis, de Votre Majesté, le bon frère, ami et allié,

NAPOLÉON.

 

Varsovie, 20 janvier 1807

A la reine d’Espagne

Madame ma Sœur, j’ai reçu avec sensibilité la lettre où Votre Majesté me fait part de ses vœux pour mon bonheur et celui de ma famille; je prie Votre Majesté d’agréer aussi l’hommage des miens. Il m’est agréable de suivre pour elle, au renouvellement de l’année, un usage si conforme aux sentiments de considération et d’inviolable attachement avec lesquels je suis, de Votre Majesté, le bon frère,

NAPOLÉON.

 

Varsovie, 21 jantier 1807

Au prince de la Paix

Mon Cousin, la lettre de Votre Altesse, en date du 21 décembre, m’informe des mesures qu’elle a prises pour soutenir dignement les intérêts de son souverain, pour assurer en Espagne l’exécution des plans qui seraient concertés entre les deux cours.

Éloigner les Anglais du continent, y frapper leur commerce, c’est attaquer les bases de leur puissance; c’est là qu’il faut tendre avant tout. Chaque événement a sa date fixée : ils naissent l’un de l’autre; les précipiter, en changer l’ordre actuel, serait en compromette le succès.

Il vous sera honorable, Prince, d’avoir à concourir à des mesures grandes, utiles à votre souverain. Vous ne pouvez lui rendre d’importants services sans acquérir en même temps de nouveaux titres à ma bienveillance.

 

Varsovie, 21 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Écrire au général Lagrange que vous avez reçu sa lettre du 9; que nous savons, sur l’insurrection de la Hesse, une infinité de détails dont il ne nous a jamais parlé; qu’il ait à vous envoyer un rapport général, et qu’il vous fasse connaître les pertes que nous pourrions avoir faites.

Demander à Posen le nom des Juifs qui ont acheté des fusils aux soldats, pour les faire arrêter.

Demander au général Guérin l’état de situation des 700 hommes qui sont à son dépôt. Il n’était pas joint à sa lettre du 18.

Me faire connaître qui j’ai nommé gouverneur d’Erfurt et de l’Eichsfeld; si je n’ai nommé personne, me proposer quelqu’un.

Écrire au général Songis de faire établir ici une salle d’armes, et de faire mettre en état les 6,000 fusils qui arrivent dans ce mois.

Charger un officier de visiter les hôpitaux pour s’assurer si les salles d’armes sont établies dans chaque hôpital; prendre des mesures pour que les fusils des hôpitaux soient en état et huilés. Plus de la moitié des hôpitaux de l’armée étant à Varsovie, cette mesure peut être d’une grande utilité.

Donner ordre au général Guérin, à Lowicz, d’établir un atelier d’armuriers pour faire les réparations les plus urgentes aux fusils de son dépôt; en informer le général Songis, qui accordera quelques sommes pour ces dépenses.

Donner ordre au même de faire partir pour Varsovie les détachements des 12e de ligne, 2le de ligne, 25e et 85e, des 100e, 103e, 21e léger, 28e idem, 34e, 40e, 64e, 88e et 17e léger, qu’il a à son dépôt, en les faisant marcher bien en ordre, de choisir une église ou un lieu couvert afin de faire exercer les conscrits qui passent à son dépôt, et de s’y rendre fréquemment lui-même afin de s’assurer qu’on pousse leur instruction autant que possible.

Je ne conçois pas comment le détachement du 32e de ligne vient à Varsovie. C’est la faute des généraux qui commandent à Küstrin et à Posen.

Recommandez au général qui commande à Posen de ne laisser partir de cette ville que des hommes armés, et de ne point diriger sur Varsovie ceux du 1er et du 6e corps.

Écrire au général Clarke de laisser acheter des chevaux pour la remonte de la cavalerie bavaroise, pourvu qu’il soit sûr que c’est réellement pour le service de l’armée bavaroise.

Accorder au général Lefranc la permission de se rendre en France.

Je ne puis que témoigner mon mécontentement au major général de ce que mes ordres ne s’exécutent pas. Il vient d’arriver ici un convoi de capotes pour le 9e d’infanterie légère. Si l’on écrivait aux commissaires des guerres et aux commandants d’armes, on ne dirigerait pas toujours sur Varsovie ce qui doit en être envoyé à quatre-vingts lieues. Les bagages du 32e de ligne viennent également d’arriver à Varsovie.