Correspondance de Napoléon – Janvier 1807

Varsovie, 13 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, j’ai ordonné la formation de huit régiments provisoires. Mon intention est qu’ils forment deux divisions, chaque division commandée par un général de division et deux généraux brigade. Faites-moi connaître ceux que j’ai nommés et proposez-moi ceux à nommer pour les compléter.

Je désire aussi que vous me remettiez un tableau des corps dont sont ou seront composés ces régiments provisoires.

Faites-moi dresser un état pareil à celui que vous m’avez remis il y a deux mois, présentant le nombre d’hommes partis depuis le ler novembre jusqu’au 10 janvier pour se rendre à la Grande Armée.

 

Varsovie , 13 janvier 1807

Au général Songis

Vous avez bien fait de faire venir l’artillerie de Stettin, Spandau Küstrin, lorsque je n’étais pas maître de Breslau; mais il y a d’ici à Breslau 72 lieues et d’ici à Posen 84 lieues. Je ne parle pas de la distance de Stettin et Küstrin. Laissez à Posen et dirigez sur Thorn tout ce qui n’a pas dépassé Posen, soit de Stettin, soit de Küstrin ; mais que Modlin, Sierock et Praga soient armés par l’artillerie de Breslau; et, s’il arrivait que vous eussiez trop de pièces de canon, de celles de Stettin, Küstrin et Spandau, pour Posen, vous renverrez le surplus sur Stettin et Küstrin. Mon intention étant de démolir Breslau, je serai obligé de faire rétrograder l’artillerie sur Glogau. Il vaut mieux se rapprocher pour les approvisionnements de guerre. Il était tout simple de faire venir de Küstrin quand je n’avais pas Breslau. Si j’ai assez de poudre, de boulets, il faut contremander et laisser à Posen ce qui arrive de loin. Küstrin et Stettin peuvent approvisionner Posen et Thorn. J’espère qu’avant quinze jours ou un mois j’aurai Brieg et Kosel, ce qui rapprochera encore de dix ou quinze lieues de Varsovie. Faites reconnaître de bonne heure comment on peut communiquer avec Kosel par la Pilica. Vous n’aurez qu’un transport peu considérable à faire des munitions de Kosel pour les places dont j’ai ordonné l’armement. Je pense que vous pouvez tirer facilement quatre à six millions de cartouches de Breslau. Placez vos relais. L’objet le plus important de tous, c’est les fusils; nous en manquons absolument. J’ai passé hier la revue de deux régiments qui ont besoin, à eux deux, de 600 fusils. Trente-mille fusils ne sont point suffisants, faites-en venir davantage, car , si la campagne prochaine avait des événements sérieux, il faudrait trouver à Küstrin et à Magdeburg une grande quantité de fusils. Faites-moi un rapport là-dessus. Les fusils prussiens qui sont de notre calibre nous serviront comme les autres. Il faut donc faire réserver les fusils à Spandau et à Küstrin pour notre usage. Ce besoin devient considérable.

 

Varsovie, 13 janvier 1807

Au général Clarke

Que voulez-vous que je statue sur le traitement des invalides et pensionnaires prussiens ? M. Estève n’écrit rien, ne rend compte de rien, ne verse rien ; on ne peut ê1re plus mécontent que je le suis de cet administrateur, qui se moque de nous. Je lis toutes les lettres adressées à l’intendant, et je n’en vois jamais de lui. Je lis tous les états de M. la Bouillerie, je ne vois aucune somme versée. J’attends, pour statuer sur le payement des pensionnaires et invalides, de savoir si le pays rend quelque chose ou ne rend rien. Je vous ai écrit sur cet objet; j’attends, pour prendre un parti, votre réponse. Mon intention était que M. Estève écrivit tous les jours, versât tous les jours parce que mes besoins sont de tous les jours; il ne répond rien. Il est impossible de voir un administrateur des finances, chargé de nourrir une armée, plus insouciant et se moquant davantage des gens.

 

Varsovie, 13 janvier 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 9 janvier. La faiblesse du général Lagrange ne peut se concevoir; il me croit d’humeur à laisser ces mouvements impunis. S’il avait renvoyé le régiment des fusiliers de la Garde, le régiment italien qui doit y être arrivé le ler janvier, ou le régiment de Paris, donnez ordre qu’ils s’arrêtent à Magdeburg. Mon intention est de réunir beaucoup de forces à Cassel pour faire un exemple qui serve à l’Allemagne.

Le 6e régiment bavarois est arrivé. Je vous ai donné ordre d’envoyer le 14e à Küstrin, le 5e bataillon d’infanterie légère à Glogau; gardez le 6e à Berlin jusqu’à nouvel ordre.

Je vois que la compagnie Breidt a toujours 122 chevaux et plus de 100 hommes à Berlin; que les grenadiers et chasseurs de la Garde y ont 320 hommes et 336 chevaux. Pourquoi ce détachement est-il si considérable ? Est-ce que les dragons seraient arrivés ? Envoyez-m’en le détail.

Faites dire un mot des affaires de Cassel dans les journaux Berlin. Faites dire qu’on a trouvé le bon moyen d’achever de ruiner les affaires de la Maison de Cassel; que, lorsque l’Empereur a appris les troubles de Hesse, il a décrété que jamais cette Maison ne serait rétablie en Hesse.

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Faites passer la lettre ci-jointe au général Lagrange par un de vos officiers, qui verra la situation des choses et vous portera la réponse.

 

Varsovie, 13 janvier 1807

Au roi de Hollande

J’ai reçu votre lettre du 30 décembre. Je vois avec peine que votre santé ne se rétablit point. Cependant, à l’âge où vous êtes, vos forces reprendront d’un moment à l’autre.

Je vois avec plaisir que vous songez à renforcer la division Dumonceau, de manière qu’elle ait 15,000 hommes; cela est très-nécessaire. Veillez à la stricte exécution du blocus; toutes les nouvelles de Londres sont que le commerce avec la Hollande se fait comme avant le décret. La première qualité d’un roi, c’est la vigueur.

 

Varsovie, 13 janvier 1807

50e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Les troupes francaises ont trouvé à Ostrolenka quelques malades russes que l’ennemi n’avait pu transporter. Indépendamment des pertes de l’armée russe, en tués et en blessés, elle en éprouve encore de très -considérables par les maladies, qui se multiplient chaque jour.

La plus grande désunion s’est établie entre les généraux Kamenski, Bennigsen et Buxhoevden.

Tout le territoire de la Pologne prussienne se trouve actuellement évacué par l’ennemi.

Le roi de Prusse a quitté Königsberg et s’est réfugié à Memel.

La Vistule, la Narew et le Bug avaient, pendant quelques jours, charrié des glaçons; mais le temps s’est ensuite radouci, et tout annonce que l’hiver sera moins rude à Varsovie qu’il ne l’est ordinairement à Paris.

Le 8 janvier, la garnison de Breslau, forte de 5,500 hommes, a défilé devant le prince Jérôme. La ville a beaucoup souffert. Dès les premiers moments où elle a été investie, le gouverneur prussien avait fait brûler ses trois faubourgs. La place ayant été assiégée en règle, on était déjà à la brèche lorsqu’elle s’est rendue. Les Bavarois et les Wurtembergeois se sont distingués par leur intelligence et leur bravoure. Le prince Jérôme investit en ce moment et assiège à la fois toutes les autres places de la Silésie. Il est probable qu’elles ne feront pas une longue résistance.

Le corps de 10,000 hommes, que le prince de Pless avait composé de tout ce qui était dans les garnisons des places, a été mis en pièces dans les combats du 29 et du 30 décembre.

Le général Montbrun, avec la cavalerie wurtembergeoise, fut à la rencontre du prince de Pless vers Ohlau, qu’il occupa le 28 au soir. Le lendemain, à cinq heures du matin, le prince de Pless le fit attaquer. Le général Montbrun, profitant d’une position défavorable où se trouvait l’infanterie ennemie, fit un mouvement sur sa gauche, la tourna, lui tua beaucoup de monde et lui prit 700 hommes, quatre
pièces de canon et beaucoup de chevaux.

Cependant les principales forces du prince de Pless étaient derrière la Neisse, où il les avait rassemblées après le combat de Strehlen. Parti de Schurgast, et marchant jour et nuit, il s’avança jusqu’au bivouac de la brigade wurtembergeoise, placée en arrière de Huben sous Breslau. A huit heures du matin, il attaqua, avec 9,000 hommes le village de Kriethern, occupé par deux bataillons d’infanterie et par les chevau-légers de Linange, sous les ordres de l’adjudant commandant Duveyrier; mais il fut reçu vigoureusement et forcé à une retraite précipitée. Les généraux Montbrun et Minucci, qui revenaient d’Ohlau, eurent aussitôt l’ordre de marcher sur Schweidnitz, pour couper la retraite à l’ennemi. Mais le prince de Pless s’empressa de disperser toutes ses troupes, et les fit rentrer par détachements dans les places, en abandonnant dans sa fuite une partie de son artillerie, beaucoup de bagages et de chevaux. Il a de plus perdu, dans cette affaire, beaucoup d’hommes tués et 800 prisonniers.

Sa Majesté a ordonné de témoigner sa satisfaction aux troupe bavaroises et wurtembergeoises.

Le maréchal Mortier entre dans la Poméranie suédoise.

Des lettres arrivées de Bucarest donnent des détails sur les préparatifs de guerre de Baraictar et du pacha de Widdin. Au 20 décembre, l’avant-garde de l’armée turque, forte de 15,000 homme, était sur les frontières de la Valachie et de la Moldavie. Le prince Dolgorouky s’y trouvait aussi avec ses troupes. Ainsi l’on était en présence. En passant à Bucarest, les officiers turcs paraissaient fort animés; ils disaient à un officier français qui se trouvait dans cette ville : « Les Français verront de quoi nous sommes capables. Nous formerons la droite de l’armée de la Pologne; nous nous montrerons dignes d’être loués par l’Empereur Napoléon.  »

Tout est en mouvement dans ce vaste empire : les cheiks et les ulémas donnent l’impulsion, et tout le monde court aux armes pour repousser la plus injuste des agressions.

  1. Italinski n’a évité jusqu’à présent d’être mis aux Sept-Tours qu’en promettant qu’au retour de son courrier les Russes auraient l’ordre d’abandonner la Moldavie et de rendre Choczin et Bender.

Les Serviens, que les Russes ne désavouent plus pour alliés, se sont emparés d’une île du Danube qui appartient à l’Autriche, et d’où ils canonnent Belgrade. Le gouvernement autrichien a ordonné de la reprendre.

L’Autriche et la France sont également intéressées à ne pas voir la Moldavie, la Valachie, la Servie, la Grèce, la Roumélie, l’Anatolie devenir le jouet de l’ambition des Moscovites.

L’intérêt de l’Angleterre dans cette contestation est au moins aussi évident que celui de la France et de l’Autriche; mais le reconnaîtra-t-elle ? Imposera-t-elle silence à la haine qui dirige son cabinet ? Écoutera-t-elle les leçons de la politique et de l’expérience ? Si elle ferme les yeux sur l’avenir, si elle ne vit qu’au jour le jour, si elle n’écoute que sa jalousie contre la France, elle déclarera peut-être la guerre à la Porte; elle se fera l’auxiliaire de l’insatiable ambition des Russes; elle creusera elle-même un abîme dont elle ne reconnaîtra la profondeur qu’en y tombant.

 

Varsovie, 14 janvier 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 2 janvier. Il est difficile de ne pas voir que le Journal de l’Empire et le Mercure ne sont point animés d’un bon esprit. Cela est peu important pour quelques mois; mais il est enfin bien nécessaire d’avoir un homme sage à la tête de ces journaux. Ces deux journaux affectent la religion jusqu’à la cagoterie. Au lieu de réprimer les excès du système exclusif de quelques philosophes, ils attaquent la philosophie et les connaissances humaines. Au lieu de contenir par une saine critique les productions de ce siècle, ils les découragent, les déprécient et les avilissent. Tout cela ne peut pas aller ainsi. Je ne parle point d’opinions politiques, il faut n’être point bien fin pour voir que, s’ils l’osaient, elles ne seraient pas plus saines que celles du Courrier Français.

 

Varsovie, 14 janvier 1807

DÉCRET

ARTICLE ler. – Jusqu’à ce que le sort de la Pologne ait été fixé par la paix définitive, elle sera gouvernée par un gouvernement provisoire.

ART. 2. – Ce gouvernement sera composé de sept membres. Il prendra le titre de Commission de gouvernement.

ART. 3. – La Commission de gouvernement nommera son président dans son sein. Elle choisira un secrétaire général hors de son sein.

ART. IV. – Elle choisira également hors de son sein cinq personnes chargées de la direction des différentes branches de l’administration publique, savoir : un directeur de la justice, un directeur de l’intérieur, un directeur des finances, un directeur de la guerre et un directeur de la police.

ART. 5. – Ces directeurs travailleront avec la Commission de gouvernement, dont les décisions seront portées à la pluralité des voix.

ART. 6. – La Commission de gouvernement est investie de toute l’autorité nécessaire pour faire, sur le rapport du directeur de chaque partie, les lois et règlements relatifs à la justice, à l’administration intérieure, aux finances, à l’armée et à la police du pays.

ART. 7. – Il ne sera rien changé à la division actuelle du territoire en six départements, savoir : Varsovie, Posen, Kalisz, Bromberg, Plock et Bialystok.

ART. 8. – Sont nommés membres de la Commission de gouvernement :

  1. le maréchal comte Malachowski,
    Gutakowski, président de la chambre suprême,
    Le comte Stanislas Potocki,
    Wybicki,
    Le comte Dzialynski,
    Bielinski, président de la chambre de Kalisz,
    Sobolewski.

 

Varsovie, 14 janvier 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, la division italienne est réunie à Berlin. Les corps sont à 1,600 hommes; au mois de mars et après les premières affaires, ils seront réduits à 1,400 hommes. Je vous ai déjà mandé de faire partir 600 hommes du 3e bataillon pour les compléter. Faites-en partir 600 autres, de manière qu’à la fin de mars je reçoive à Varsovie 1,200 hommes. Il n’en arrivera guère qu’un millier, qui serviront à compléter les trois corps.

Mon intention est d’appeler ici le 4e régiment de ligne italien. Du moment qu’il vous sera arrivé, mettez-le en état. Je vous enverrai des ordres pour le faire partir, dans les premiers jours de mars. Il faut que les deux bataillons partent forts de 2,400 hommes. Monintention est d’appeler aussi les chasseurs royaux. Je les ferai venir avec le 4e de ligne. Il faut qu’ils partent avec 800 hommes et 800 chevaux. Répondez-moi sur ce que je puis espérer là-dessus. Il y aura alors ici une belle division italienne, de quatre régiments d’infanterie et d’un régiment de cavalerie, qui pourra se distinguer.

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La Maison d’Autriche paraît se décider tous les jours davantage à prendre parti plutôt pour moi que contre. Toutefois il n’en faut pas moins continuer à suivre tous mes ordres, à compléter mes divisions du Frioul, de Brescia et de Vérone à 140 hommes par compagnie. Ce doit être seulement une nouvelle raison pour hâter le départ des 3e et 24e de chasseurs, que je vous ai demandés. Si vous retenez les chevaux, faites en sorte que leurs selles, brides et tout leur harnachement partent avec le régiment. Les deux régiments de cavalerie légère qui sont arrivés à Potsdam avaient laissé leurs selles en arrière, et Dieu sait quand elles arriveront. Écrivez au maréchal Pérignon et donnez les ordres directement, pour que ce qu’il y a de disponible en soldats des quatre régiments de cuirassiers et des trois régiments de cavalerie légère parte pour Potsdam.

 

Varsovie, 14 janvier 1807

51e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le 29 décembre, la dépêche ci-jointe (cette dépêche est dans le Moniteur du 26 janvier 1807, à la suite du bulletin) du général Bennigsen parvint à Königsberg, au roi de Prusse. Elle fut sur-le-champ publiée et placardée dans toute la ville, où elle excita les transports de la plus vive joie. Le Roi reçut publiquement des compliments. Mais, le 31 au soir, on apprit, par des officiers prussiens et par d’autres relations du pays, le véritable état des choses. La tristesse et la consternation furent alors d’autant plus grandes, qu’on s’était plus entièrement abandonné à l’allégresse. On songea dès lors à évacuer Königsberg, et l’on en fit sur-le-champ tous les préparatifs. Le trésor et les effets les plus précieux furent aussitôt dirigés sur Memel. La Reine, qui était assez malade, s’embarqua le 3 janvier pour cette ville. Le Roi partit le 6 pour s’y rendre. Les débris de la division du général l’Estocq se replièrent aussi sur cette place, en laissant à Koenigsberg deux bataillons et une compagnie d’invalides.

Le ministère du roi de Prusse est composé de la manière suivante :

  1. le général de Zastrow est nommé ministre des affaires étrangères ;
    M. le général Rüchel, encore malade de la blessure qu’il a reçue la bataille d’Iena, est nommé ministre de la guerre;
    M. le président de Sagebarthe est nommé ministre de l’intérieur.

Voici en quoi consistent maintenant les forces de la monarchie prussienne :

Le Roi est accompagné de 1,500 hommes de troupes tant à pied qu’à cheval.

Le général l’Estocq a à peu près 5,000 hommes, y compris les deux bataillons laissés à Koenigsberg avec la compagnie d’invalides.

Le lieutenant général Hamberger commande à Danzig, où il 6,000 hommes de garnison. Les habitants ont été désarmés. On leur a intimé qu’en cas d’alerte les troupes feront feu sur tous ceux sortiront de leurs maisons.

Le général Loucadou commande à Kolberg avec 1,800 hommes.

Le lieutenant général Courbière est à Graudenz avec 3,000 hommes.

Les troupes francaises sont en mouvement pour cerner et assiéger ces places.

Un certain nombre de recrues, que le roi de Prusse avait fait réunir et qui n’étaient ni habillées ni armées, ont été licenciées, parce qu’il n’y avait plus de moyen de les contenir.

Deux ou trois officiers anglais étaient à Königsberg et faisaient espérer l’arrivée d’une armée anglaise.

Le prince de Pless a en Silésie 12 ou 15,000 hommes enfermés dans les places de Brieg, Neisse, Schweidnitz et Kosel, que le prince Jérôme fait investir.

Nous ne dirons rien de la ridicule dépêche du général Bennigsen; nous remarquerons seulement qu’elle paraît contenir quelque chose d’inconcevable. Ce général semble accuser son collègue le général Buxhoevden; il dit qu’il était à Makow. Comment pouvait-il ignorer que le général Buxhoevden était allé jusqu’à Golymin, où il avait été battu ? Il prétend avoir remporté une victoire, et cependant il était en pleine retraite à dix heures du soir, et cette retraite fut si précipitée qu’il abandonna ses blessés. Qu’il nous montre une seule pièce de canon, un seul drapeau francais, un seul prisonnier, hormis 12 ou 15 hommes isolés qui peuvent avoir été pris par les Cosaques sur les derrières de l’armée; tandis que nous pouvons lui montrer 6,000 prisonniers, 2 drapeaux qu’il a perdus près de Pultusk, et 3,000 blessés qu’il a abandonnés dans sa fuite. Il dit encore qu’il a eu contre lui le grand-duc de Berg et le maréchal Davout, tandis qu’il n’a eu affaire qu’à la division Suchet, du corps du maréchal Lannes. Le 17e régiment d’infanterie légère, le 34e de ligne, le 61e et le 88e sont les seuls régiments qui se soient battus contre lui. Il faut qu’il ait bien peu réfléchi sur la position de Pultusk, pour supposer que les Français voulaient s’emparer de celle ville; elle est dominée à portée de pistolet.

Si le général Buxhoevden a fait de son côté une relation aussi véridique du combat de Golymin, il deviendra évident que l’armée francaise a été battue, et que, par suite de sa défaite, elle s’est emparée de 100 pièces de canon et de 1,600 voitures de bagages, de tous les hôpitaux de l’armée russe, de tous ses blessés, et des importantes positions de Sierock, de Pultusk, d’Ostrolenka, et qu’elle a obligé
l’ennemi à reculer de 80 lieues.

Quant à l’induction que le général Bennigsen veut tirer de ce qu’il n’a pas été poursuivi, il suffira d’observer qu’on se serait bien gardé de le poursuivre, puisqu’il était débordé de deux journées, et que, sans les mauvais chemins, qui ont empêché le maréchal Soult de suivre ce mouvement, le général russe aurait trouvé les Français à Ostrotenka.

Il ne reste plus qu’à chercher quel peut être le but d’une pareille relation. Il est le même, sans doute, que celui que se proposaient les Russes dans les relations qu’ils ont faites de la bataille d’Austerlitz. Il est le nième, sans doute, que celui des ukases par lesquels l’empereur Alexandre refusait la grande décoration de l’ordre de  Saint- Georges, parce que, disait-il, il n’avait pas commandé à cette bataille et acceptait la petite décoration pour les succès qu’il y avait obtenus, quoique sous le commandement de l’empereur d’Autriche.

Il y a cependant un point de vue sous lequel la relation du général Bennigsen peut être justifiée. On a craint sans doute l’effet de la vérité dans les pays de la Pologne prussienne et de la Pologne russe que l’ennemi avait à traverser, si elle y était parvenue avant qu’il eut pu mettre ses hôpitaux et ses détachements isolés à l’abri de toute insulte.

Ces relations, aussi évidemment ridicules, peuvent avoir encore pour les Russes l’avantage de retarder de quelques jours l’élan que des récits fidèles donneraient aux Turcs; et il est des circonstances où quelques jours sont un délai d’une certaine importance. Cependant l’expérience a prouvé que toutes ces ruses vont contre leur but, et qu’en toutes choses la simplicité et la vérité sont les meilleurs moyens de politique.

 

Varsovie, 15 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, écrivez au général Dombrowski qu’il est nécessaire qu’il se trouve à Bromberg le 20 du mois, pour réunir les deux bataillons polonais qui composent sa division et la levée de la noblesse à cheval, et les diriger d’abord sur Gniew pour s’approcher de Danzig et resserrer la garnison de cette place dont les courses alarment les Polonais de Bromberg, et combiner ses opérations avec le général Victor, qui part de Stettin avec les troupes de Bade pour se porter sur Kolberg et Danzig.

Écrivez au général Damas, qui commande les troupes du grand duché de Berg, qu’il est indispensable que le contingent de ce duché soit porté à 5,000 hommes et dirigé sur Magdeburg, où l’Empereur pense que ces 5,000 hommes seront existants au 1er mars.

 

Varsovie, 15 janvier 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre aux 12e, 21e, 25e et 85e régiments, composant la division Gudin, de se rendre à Varsovie; ils feront sorte d’y être arrivés le 21. Réitérez l’ordre au général du génie et au général Gudin de s’arranger pour que la caserne qui est mise à la disposition de cette division soit garnie de paille, de chaises, de fourneaux et de tous les objets nécessaires. Faites connaître au maréchal Davout qu’il doit placer l’artillerie de la division Gudin où il le jugera convenable, parce qu’il n’y a pas de quoi la nourrir ici; qu’en faisant venir ces quatre régiments à Varsovie, mon intention est qu’il soit leur porté un soin particulier; que, cependant, il dirigera ce mouvement de manière à faire passer le Bug à ces régiments, soit sur le pont, soit sur les glaces, quand ce sera possible. En général, ils ne doivent mener aucuns chevaux, car le fourrage est rare à Varsovie.

 

Varsovie, 15 janvier 1807

Au maréchal Davout

Mon Cousin, j’ai lu avec attention les notes que vous m’avez envoyées. J’ai sous les yeux le travail des avancements dans la Légion d’honneur, que vous me demandez pour votre corps d’armée; je ne m’en suis pas encore occupé; j’y ferai droit sous peu de jours. Envoyez-moi l’état des places vacantes dans vos trois régiments de cavalerie légère. Je vous ai fait dire de mettre deux bataillons à Ostrolenka. Faites mettre de l’infanterie à vos avant-postes, et laissez reposer la cavalerie. Il faut seulement ne pas se laisser surprendre et faire quelques reconnaissances; mais il est inutile de courir après l’ennemi. Vous pourrez venir à Varsovie aussitôt que le temps sera assez ferme pour que vous puissiez retourner librement à vos cantonnements; mais, tant que la saison sera ainsi variable, vous courriez risque de vous voir séparé de votre corps d’armée. J’ai donné ordre que la division Gudin vînt ici.

 

Varsovie, 15 janvier 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, la Silésie pourrait-elle me fournir, à compte de sa contribution, du drap pour faire 80,000 habits d’infanterie française, 80,000 culottes et 80,000 vestes à manches ? Faites-moi une note là-dessus. En combien de temps pourrait-elle me fournir cette quantité de drap, et la trouverait-on dans les boutiques de Breslau ?

Votre corps doit être actuellement à 30,000 hommes. Il doit y avoir 4,000 hommes dans Brieg, autant dans Schweidnitz; il devrait donc rester peu de ressources au prince de Pless; il n’aurait plus que les garnisons de Glatz et de Neisse; en les évaluant à 10,000hommes, ce ne serait pas plus de 6,000 disponibles qu’il aurait, et de troupes découragées. Il doit vous être beaucoup inférieur en cavalerie. Le 5e bataillon d’infanterie légère bavarois, et le 6e et le 14e de ligne bavarois, partent de Berlin pour vous joindre. Le plus court est de faire cerner Kosel, comme je l’ai ordonné, parce que cette place est peu forte, qu’on ne s’y attend pas à la voir bloquer, et qu’il est vraisemblable qu’elle fera peu de résistance. Il serait convenable de tenir entre Kosel, Brieg et Neisse un corps d’observation qui puisse menacer de couper la rentrée du prince de Pless dans Neisse, s’il en sortait pour faire des courses. Il faut envoyer là la moitié de votre cavalerie et 4,000 hommes d’infanterie, et les placer dans une bonne position à quatre lieues de Neisse. Le prince de Pless pourra craindre de se voir cerner dans la ville, et il ne fera aucun mouvement. Vu votre supériorité en cavalerie, il ne pourra plus bouger, et vous pourrez être tranquille aux blocus de Schweidnitz et de Kosel.

Si le prince de Pless voulait un armistice, je pourrais lui laisser la place et le comté de Glatz pendant trois mois, et ne pas l’inquiéter là, pourvu qu’il me livre Neisse, Brieg, Schweidnitz et Kosel. Je ne puis pas lui faire d’autre armistice. Il faut qu’au 1er mars toutes les places de la Silésie soient en mon pouvoir. Le général Oudinot, avec 10,000 grenadiers français, doit être à Kalisz; je désire qu’il y reste tranquille; mais, si vos besoins devenaient pressants, ce que je ne pense pas, il pourrait envoyer une on deux brigades à votre secours.

 

Varsovie, 15 janvier 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, il ne peut y avoir aucun armistice avec le prince d’Anhalt-Pless; il ne peut donc d’aucune manière être question de cela. Il faut faire sans délai marcher l’artillerie de Breslau sur Brieg, pour assiéger et bombarder cette place, en faire autant à Kosel. J’ai grand intérêt à avoir ces deux places. Faites-moi instruire en grand détail de la quantité de voitures qui partent et du nombre de quintaux qu’elles portent. Envoyez-moi de la farine de froment. Faites-moi connaître si l’eau-de-vie que vous m’envoyez est de l’eau-de-vie vin ou de grain.

 

Varsovie, 15 janvier 1807

Au général Songis

Il faudrait établir à Varsovie un atelier pour réparer les armes. Vous avez des compagnies d’ouvriers, faites-les venir ici. En attendant, réunir les armuriers de la ville et aider à la réparation des armes des corps. Cet objet devient bien important.

 

Varsovie, 15 janvier 1807

NOTE POUR L’INTENDANT GÉNÉRAL

La situation en subsistances est plus mauvaise qu’il y a dix jours. Il y a dix jours, j’avais 300,000 rations de pain en magasin; aujourd’hui je n’en ai plus que 198, 000.

Désormais il ne faut plus additionner le pain biscuité avec le biscuit.

Dans ce pays, le biscuit est trop cher pour qu’on le puisse considérer comme pain.

Il faut ici, ou à Praga, 300,000 rations de pain, afin que, dans aucun cas, on ne soit obligé de manger de biscuit; afin que, dans un moment d’opération, on puisse faire enlever les 300,000 rations de pain.

Il faut donc monter les manutentions de pain sur trois principes de consommation :

50,000 rations par jour pour la consommation journalière; bien entendu qu’on donnera toujours le pain biscuité le plus ancien;
20,000 rations de pain biscuité pour gagner, et porter les 200,000 aujourd’hui existantes à 300, 000;
et enfin 10, 000 rations de biscuit, équivalant pour les fours à 20,000 rations.

Cela ne formerait donc pas 100,000 rations de pain par jour à Varsovie.

Les farines ne peuvent plus manquer; les marchés, les montures, un nouveau convoi de Breslau y pourvoiront.

Il faut faire cuire à Nieporent.

Il faut donc pour tout cela 25 ou 30 fours et 200 boulangers.

Il faut aussi, en général, envoyer plus de pain qu’on n’en envoie au corps du maréchal Davout.

Le général Savary me rendra compte des prisonniers de guerre; il fera courir dans la ville des gendarmes pour arrêter les Russes.

Que veut dire : Diverses parties prenantes pour 5,000 rations ! Comment l’artillerie à pied et à cheval peut-elle en prendre 3,000 ?

Je vois qu’il n’y a rien pour le 17e d’infanterie légère, à moins qu’on n’ait porté 10e pour 17e. Je vois qu’il n’y a rien pour la division Gazan.

Il faut faire ces états par divisions; et il me semble que le magasin ne devrait pas distribuer de cette manière, et qu’il devrait y avoir un chantier pour le 5e corps; le directeur des vivres du 5e corps y serait, s’en chargerait, et ferait la distribution.

Également pour la Garde.

Il n’y aurait que l’état-major, les hommes isolés et les Polonais auxquels on en donnerait directement.

 

Varsovie, 15 janvier 1807

Au général Clarke

Je viens de passer la revue de la colonne du général Jordy. Vous lui avez distribué des souliers, mais de très-mauvaise qualité. Ce ne peut être que le résultat de la friponnerie de quelque commissaire des guerres. Ne laissez passer aucun homme désarmé. J’ai vu avec peine que plusieurs n’avaient pas de capotes. Visitez avec l’ordonnateur les hommes qui partent, et faites-les munir abondamment de tout ce qui peut leur manquer.

 

Varsovie 16 janvier 1807

Au prince Eugène

Mon fils, j’imagine que depuis le 1er décembre il y a eu 2 vaisseaux de 74 sur le chantier à Venise. J’écris au ministre de la marine Decrès de passer un marché avec le ministre de la marine et de la guerre du royaume d’Italie, par lequel le royaume d’Italie se chargera de faire construire tant de vaisseaux en tant de temps, pour le compte de la France, à tel prix. Par ce moyen, tout le détail regardera la marine du royaume d’Italie, et le vice-amiral Decrès aura seulement à Venise 1 ou 2 officiers de marine, et 2 ingénieurs à Venise pour surveiller la construction et l’instruire des progrès des travaux.

(Correspondance du prince Eugène)

 

 

Varsovie, 16 janvier 1807

A l’Impératrice

Ma bonne amie, j’ai reçu ta lettre du 5 janvier; tout ce que tu me dis de ta douleur me peine. Pourquoi des larmes, du chagrin ? N’as-tu donc plus de courage ? Je te verrai bientôt; ne doute jamais de mes sentiments; et, si tu veux m’être plus chère encore, montre du caractère et de la force d’âme. Je suis humilié de penser que ma femme puisse se méfier de mes destinées.

Adieu, mon amie; je t’aime, je désire te voir, et veux te savoir contente et heureuse.

 

Varsovie, 16 janvier 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 4 janvier. Il paraît que M. Dudon (auditeur au Conseil d’État) s’est mal comporté; il y a de la lâcheté dans cette affaire. Approfondissez cela; car je ne veux point de lâches, même dans les tribunaux, et au Conseil d’État moins que partout d’ailleurs.

J’ai lu avec plaisir l’intermède joué à l’Opéra; il m’a paru qu’il y avait du mérite.

 

Varsovie, 16 janvier 1807

A M. de Lacépède, Grand chancelier de la Légion d’honneur

Monsieur de Lacépède, j’ai reçu votre lettre du 3 janvier. Je ne sais pas si, d’ici à quelque temps, je pourrai m’occuper du règlement que vous me proposez, parce que j’ai, pour cette maison, un projet qui mérite réflexion. Mais l’expérience a prouvé que, pour vouloir trop bien faire, on ne fait rien. Il faudra se contenter d’une organisation provisoire que vous donnerez de votre chef, et que vous ferez précéder d’un préambule où vous direz que des affaires nombreuses et importantes m’empêchent de m’occuper de l’organisation de cette maison, et qu’elle n’aura une forme définitive que lorsque j’aurai le loisir de la méditer; qu’au préalable vous avez jugé nécessaire d’établir une directrice, une sous-directrice pour diriger les études, en prenant dans l’institution de Saint-Cyr, de Mme Campan, et autres maisons semblables, ce qui vous paraîtra le plus convenable. Cela fait, vous m’enverrez les noms des dames que vous aurez choisies, pour que j’approuve leur nomination : je sens que cela peut flatter leur amour-propre. Après cela, vous m’enverrez les noms, l’âge des élèves, le certificat de vous qui constate que leurs pères sont membres de la Légion d’honneur. Je vous prie de ne pas oublier mes enfant, d’Austerlitz, dont je n’ai pu encore m’occuper; je croyais avoir quelques mois de paix et arranger tout cela. Je vois avec plaisir que la maison d’Écouen paraît vous convenir. Arrangez le tout pour le mieux. D’ailleurs, j’aime assez cette manière de faire commencer par du provisoire, parce qu’en voyant la machine se mettre en mouvement, on sent mieux l’avantage ou l’inconvénient de ce qu’on veut faire.

 

Varsovie, 16 janvier 1807

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, j’ai lu avec plaisir ce qui a été chanté à l’Opéra : témoignez-en ma satisfaction à l’auteur. J’avais ordonné qu’on lui fit un cadeau pour sa pièce de Joseph. Rendez-moi compte de tout cela. Toutefois donnez-lui une gratification. En général, la meilleure manière de me louer est de faire des choses qui inspirent des sentiments héroïques à la nation, à la jeunesse et à l’armée.

 

Varsovie, 16 janvier 1807

A M. Fouché

J’ai reçu votre rapport du 3 janvier. Il y a eu effectivement des troubles dans la Hesse, mais tout est fini. J’y ai d’ailleurs 15,000 hommes, et j’en ai, à trois journées de là, 15,000 autres disponibles; de manière qu’il n’y a aucun point de mes derrières où je ne puisse rassembler 15 ou 20,000 hommes en quatre ou cinq jours. C’est dans ce sens que vous devez parler toutes les fois que des femmelettes ou des mirliflores voudront discuter ce qui se passe sur mes derrières.

 

Varsovie, 16 janvier 1807

Au vice-amiral Decrès

Les chantiers de Venise ne vont pas; il est cependant bien urgent de profiter de cette grande ressource. Le royaume d’Italie a deux vaisseaux en construction dans ce port; faites-y mettre en construction le nombre de vaisseaux que j’ai ordonné par mes dépêches précédentes. Ce ne sont point deux vaisseaux que je veux : je veux que d’ici à deux ou trois ans je puisse faire sortir dans un été une douzaine de vaisseaux, de manière à avoir là tout d’un coup une marine. Il ne faut pour cela aucune comptabilité, aucun embarras. M. Bertin correspondra pour tout avec le ministre de la marine et de la guerre du royaume d’Italie, sous les ordres duquel il est. Les rapports qu’il vous fera ne seront que des renseignements de curiosité, mais ses rapports officiels, il les fera là. Quant aux vaisseaux qui doivent être construits, pour le compte de la France, à Venise, le ministre Caffarelli les fera construire comme il l’entendra. Vous vous contenterez de faire un marché avec le royaume d’Italie, qui sera entrepreneur. Il devra vous livrer les vaisseaux armés et prêts à partir, et ayant même les vivres pour la traversée jusqu’à Toulon. Vous pourrez vous charger de fournir l’artillerie, si l’artillerie qu’employait la marine vénitienne est reconnue définitivement n’être pas bonne pour nous.

Faites deux marchés avec le royaume d’Italie, l’un pour la coque, l’autre pour l’armement, et n’ayez à Venise aucun établissement. L’armement demande beaucoup de détails; nous avons le temps d’y pourvoir. Envoyez au ministre Caffarelli un marché conforme à celui de Rochefort, de Gènes ou à un prix plus bas, si la construction est là meilleur marché. Ayez deux ingénieurs, un contre-maître et un ou deux officiers de marine, lorsque la construction sera à moitié achevée, pour vous rendre compte de l’état et du progrès des travaux. Pendant le temps que vous débattrez les prix avec le ministre Caffarelli, écrivez-lui de faire mettre deux vaisseaux sur le chantier. Voilà, je crois, le moyen le plus simple de laisser de l’unité dans l’arsenal de Venise et d’arriver à un résultat. Ne perdez pas un moment.

 

Varsovie, 16 janvier 1807

Au vice-amiral Decrès

Je désirerais faire construire à Venise deux vaisseaux de 74 qui marcheraient aussi bien que mes vaisseaux ordinaires, ne tireraient que 16 on 18 pieds d’eau, de manière qu’ils pourraient facilement entrer dans tous les ports du Levant, à Ancône, nième à Venise, sans être déchargés; et, pour rendre ce problème soluble, les batteries seraient en bronze, construites exprès à l’arsenal de Turin, où j’ai une grande quantité de matières. Certainement cette seule modification allègera considérablement le poids des batteries, qui pèseront moins que ce que pèserait l’artillerie en fer d’un vaisseau de 64. Enfin ces vaisseaux seront susceptibles de porter moins d’eau et moins de vivres. Il me semble qu’avec ces deux conditions le problème peut être résolu. Si vous le pensez ainsi, il est inutile de m’en écrire davantage. Je désire que vous fassiez construire deux vaisseaux de cette espèce à Venise, et que vous m’en mettiez trois sur les chantiers de Nantes, du Havre et de Dunkerque. J’ai aujourd’hui une telle quantité de canons de cuivre, une telle quantité de matières, que, si ce projet est praticable, je pourrais armer trois vaisseaux à Nantes, deux à Dunkerque, trois au Havre, ce qui me fera huit vaisseaux, qui me coûteront 7 à 800 pièces de bronze, que l’on fera faire exprès; et, outre cet avantage, j’aurai un grand avantage de navigation. Ces vaisseaux, avec ceux de Venise, me feront dix ou douze vaisseaux pouvant trouver du refuge où ne pourraient pas entrer des vaisseaux ennemis. Si mon problème ne parait pas devoir être résolu, il faut que les ingénieurs me fassent un mémoire pour répondre à cette question : Ne pourrais-je pas faire un vaisseau de 64 marchant tout aussi bien que le Spartiate et ne tirant que 16 pieds d’eau, ayant la même membrure afin qu’il puisse opposer la même résistance à l’artillerie ennemie ? S’ils répondent non, cela tiendra à des causes que je ne connais pas et qu’ils m’expliqueront. S’ils répondent oui, ne pourrais-je pas y mettre des pièces de 3, de 6, de 12 de bataille, et enfin des pièces de 24 très-légères qui ne pèseraient que 2,400. Enfin les ingénieurs établiront la limite de la force de la batterie. Vous voyez que j’en reviens toujours à la même question. Je ne peux construire à Brest que difficilement. Je construis des frégates au Havre, à Nantes; mais des frégates ne me suffisent pas. Je veux arriver à construire des vaisseaux qui ne tirent pas plus d’eau que des frégates. Notre lutte avec l’Angleterre n’est plus dans les Indes; elle est en Amérique et bientôt dans le Levant, la mer Noire, la Baltique; elle est certainement dans la Hollande. Je veux des vaisseaux qui entrent partout où entrent des frégates comme la Cornélieou le Rhin qui soient de 74, qui marchent aussi bien que mes meilleurs vaisseaux de 74, qui soient enfin susceptibles de la même résistance. J ferais construire un échantillon d7artillerie particulier, et je consentirais à faire porter au bâtiment moins de vivres et d’eau , de sorte que le problème devint possible. Les principes que j’ai sur cette matière me font regarder mon idée comme exécutable. Si cela est, n’attendez pas ma réponse, mettez en construction deux vaisseaux au Havre deux à Lorient et deux à Dunkerque. Je vois que les petits vaisseaux anglais marchent aussi bien que les miens. Il me semble qu’en interrogeant M. Sané sur le projet que j’avais de mettre des caronades si mes vaisseaux, il m’a dit que cela était possible. Or j’y mettrai des canons qui seront aussi bons que vos canons de fer, plus longs, mais infiniment plus légers. Pour arriver à réaliser cette idée, il faut avoir beaucoup de cuivre. Entre ma campagne d’Allemagne et celle de Prusse, j’ai plus de 10,000 pièces. J’en avais dans mes places fortes de France plus de 15,000. J’ai donc 25,000 pièces de bronze, et au pis aller je mettrais dans mes places des canons de fer, qui seraient tout aussi bons.

 

Varsovie, 16 janvier 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous dites que les régiments suisses ont reçu 1,300 hommes de recrutement. Ôtez-en 1,000 pour le ler régiment, il n’en restera que 300. J’ôte 1,000 hommes pour le 1er régiment, parce qu’il est en recrutement depuis trois ans. Pressez le recrutement de ces régiments. Au mois de mai on peut avoir besoin d’hommes en France, et ces régiments placés à Lille, à Rennes et à Avignon, comme je les ai disposés, seraient utiles pour la défense de Toulon, de Brest et de Boulogne.

Si l’école de Fontainebleau, l’école polytechnique et Saint-Cyr peuvent fournir des sujets, ayant l’âge et l’éducation nécessaires, vous pouvez les envoyer ici; je les recevrai avec plaisir, car il n’y a rien de si brave et de si exemplaire que cette jeunesse de Fontainebleau.