Correspondance de Napoléon – Janvier 1801

Paris, 10 janvier 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

La correspondance que vous me remettez tous les dix jours, Citoyen Ministre, ne me parait pas suffisante pour me mettre à même de connaître la situation du militaire et de l’administration dans la République.

Il faudrait que vous ordonnassiez à tous les généraux commandant les divisions militaires et aux commissaires ordonnateurs de vous adresser, tous les 9 de chaque décade, un état qui contiendrait:

1° Le mouvement des troupes dans la division;
2° Le passage de celles qui la traverseraient;
3° Les mouvements survenus dans les prisonniers de guerre et dans les hôpitaux;
4° Les convois d’artillerie, chevaux de remonte, qui auraient traversé la division;
5° Des observations sur la manière dont se fait le service de vivres, bois et lumière, casernes et solde;
6° Les principaux événements qui se seraient passés dans la division.

Vous me remettrez une copie de tous ces rapports.

En faisant imprimer des états pour ces rapports, vous pourrez laisser une colonne pour mettre les noms des généraux et officier commandant dans la division et des corps qui s’y trouvent.

 

Paris, 10 janvier 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire connaître ce qu’est devenu le bâtiment qui se démontait et qui avait été destiné pour I’Égypte. (Il s’agit de la corvette  La Ligurienne, capturée par les anglais au large de Marseille)

 

Paris, 10,janvier 1801

Au citoyen Forfait

On m’assure que plusieurs bâtiments sont partis de Marseille pour l’É,gypte, et que d’autres sont en armement. Ne serait-il pas utile que vous fissiez circuler dans les ports une instruction sur les objets dont ils doivent lester leurs bâtiments? En effet, s’ils lestaient leurs bâtiments de boulets de n’importe de quel calibre (il y a en Égypte des pièces de tous, les calibres), le général Menou les leur achèterait en Égypte.

Ils pourraient aussi lester avec des saumons de plomb, avec du fer, de l’acier.

Vous pourriez ordonner que la Badine fût lestée avec des boulets de tous les calibres et des saumons de plomb.

Donnez le même ordre pour tous les bricks et autres bâtiments que l’on armerait en Italie ou dans les ports de la Méditerranée.

 

Paris, 10 janvier 1800

Il faudrait s’occuper, Citoyen Ministre, de quelle manière on pourra, cet été, communiquer avec l’Égypte; nous pourrons risquer des frégates, des bricks, des avisos, et, quoique dans les mois de juin, juillet et août, le vent, une fois qu’on est arrivé à la hauteur de Cagliari, soit constamment en poupe, la longueur des jours favorisera beaucoup les croisières ennemies.

Je vous prie de me faire présenter un plan d’une espèce de chasse-marée qui eût de la marche et qui pût, dès l’instant qu’on apercevrait un bâtiment ennemi, ployer les voiles pour passer à une lieue d’une frégate sans être aperçu. Dans ce cas, il faudrait s’en procurer un grand nombre, afin de pouvoir en faire partir deux par décade, pendant les six derniers mois de l’an IX.

Faites-moi connaître:

l° Ce que coûteraient 36 chasse-marée ainsi organisés;
2° Combien de boulets et de fusils chacun pourrait porter.

Le principal but de l’expédition de ces chasse-marée serait de porter des paquets en Egypte, et au moins 3 ou 4,000 boulets en lest.

 

Paris, 10 janvier 1801

Au citoyen Talleyrand, Ministre des relations extérieures

Je vous renvoie, Citoyen Ministre, la lettre que vous m’avez fait passer; j’y joins celle que j’ai reçue par le même courrier. Je vous prie de me faire un rapport sur l’une et l’autre.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 11 janvier 1801

NOTE AU MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES

Le Parlement impérial se réunit le 22 janvier, il faudrait que ceci parut dans 4 ou 5 jours afin que cela put arriver à Londres pour l’ouverture du Parlement.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 11 janvier 1801

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous envoie, Citoyen Ministre, les pièces que j’ai extraites de la correspondance de Kléber. Je vous prie de me faire connaître s’il serait utile, pour l’Europe et surtout pour le parlement d’Angleterre, de les faire imprimer dans le Moniteur.

Faites un mémoire qui prouve :

1° Que, quand le grand vizir seul eût conclu le traité d’El-A’rych, les Anglais auraient dû laisser le passage libre; prouvez jusqu’à l’évidence que cela dérive de la nature de toute coalition ;

2° Qu’ils y étaient bien plus obligés encore lorsque C’est Smith qui est le principal auteur du traité, et qu’il délivre des passeports pour la France; que, quand même le grand vizir n’aurait pas signé ce capitulation, et que Smith l’aurait, comme commandant les forces anglaises, signée seul, le cabinet de Londres n’avait pas le droit de s’y opposer; cela dérive de la nature de tous les engagements militaires. Effectivement, comment croire, sans bouleverser toutes idées du droit des gens, que des individus embarqués sur 30 ou 40 bâtiments de transport auraient pu être arrêtés au milieu des mers par de nouveaux ordres de la cour de Londres? Il faudrait donc que les garnisons des îles renonçassent à toute capitulation.  Il serait donc vrai de dire que la garnison de Malte eût pu être prise par les croisières de l’amiral Keith. Alors, en supposant même qu’ elle voulût suivre aucun des principes professés de tout temps, le simple bon sens veut au moins que l’on rétablisse les choses comme elles étaient avant que l’on fût abusé; ainsi, dans le cas ci-dessus on aurait dû remettre à la garnison de Malte les forts, etc.

Le cas est absolument le même pour l’Égypte : car Kléber, sur la foi du traité, avait laissé passer le désert à l’armée du grand vizir, lui avait livré ses positions, ses places, Qatyeh, Belbeys, Damiette, la haute Égypte, de manière que, victime de sa bonne foi, il a fallu racheter par des prodiges de valeur et de bonne conduite militaire ce que lui avaient enlevé la perfidie et la ruse : car il est évident qu si la bataille livrée sous les murs du Caire, et qui n’a pas paru un instant douteuse, eût été livrée à Qatyeh, pas un homme de l’armée ottomane ne se fût échappé, et les Français n’auraient pas eu l’inquiétude de voir une partie de l’armée ennemie entrer au Caire.

3° Mais Smith était non-seulement commandant des escadres anglaises dans les mers du Levant, mais encore plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique, comme le prouvent ses lettres; et, s’il est vrai qu’il a allié aux moyens que la politique peut avouer ceux mêmes d’une basse intrigue qu’un militaire qui se respecte ne se permet pas tels, par exemple, que sa lettre au général Dugua, lorsqu’il commandait en Égypte, dans laquelle il lui proposait noblement de passer en France avec toutes ses troupes, pendant que le général en chef  était en Syrie, on voit combien est illégale et immorale la conduite du Gouvernement anglais.

4° Si l’on considère actuellement que l’armée opposée aux Français n’était pas une armée anglaise, mais un rassemblement de barbares sans foi, sans honneur et sans humanité, comme l’avoue Smith lui-même; que c’est en présence de ces barbares que l’Angleterre a la mauvaise foi de violer la capitulation , lorsque, sur la foi  de cette capitulation , l’armée française a perdu ses places fortes , de manière qu’un évènement militaire malheureux eût fait périr une portion essentielle d’une nation européenne, il est vrai, mais enfin d’une nation européenne, on ne conçoit plus que tant de mauvaise foi, tant d’impudence et de férocité puisse diriger le cabinet d’une nation si éclairée et si digne, à tant de titres, d’être citée pour exemple.

 

Paris, 12 janvier 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Les états de situation de la marine que j’ai, Citoyen Ministre, sont du 15 brumaire. Je vous prie de m’envoyer les derniers états.

Je vous prie de me faire connaître s’il serait possible, en activant par toutes les mesures possibles les travaux, de disposer du Foudroyant, du Duguay-Trouin et de l’Aigle à la fin du mois prochain.

Faites-moi, je vous prie, un rapport sur les frégates la Vertu, la Cybèle, la Volontaire et la Thétis; pourquoi sont-elles désarmées, et quel parti pourrait-on en tirer?

Je vous prie de me faire connaître également si l’on pourrait disposer de l’Union dans le courant du mois prochain, et à quelle époque le Scipion et le Brutus seront lancés.

Les frégates la Clorinde et l’Uranie, qui sont à Nantes, sont portées comme en armement; pourront-elles être disponibles à la fin du mois prochain?

Je désire que, dans les états de situation que vous me remettrez, il y ait une feuille pour chaque bâtiment, même pour ceux qui sont désarmés.

 

Paris, 13 janvier 1801

Au général Jourdan. ministre plénipotentiaire de la République à Turin

J’ai reçu, Citoyen Général, votre lettre du 13 nivôse, relative à l’événement extraordinaire du 3 (Toujours l’attentat de la rue Saint-Nicaise).

Après de grandes révolutions, l’on doit s’attendre, avant que têtes se calment, à toute espèce d’événements. L’Angleterre paraît être pour beaucoup dans tout ceci. Je vous remercie de ce que vous me dites; ne doutez pas du prix que j’attache à votre estime et votre amitié.

Je vous salue affectueusement.

 

Paris, 13 janvier 1801

Au citoyen Joseph Bonaparte, ministre plénipotentiaire à Lunéville

Je vous envoie, Citoyen Ministre, la copie d’une lettre du général Brune, qui sera demain dans le Moniteur.

Il est probable que si Mantoue n’est pas remise à l’armée française, le général Brune sera sous peu de jours à Venise, les Autrichiens derrière le Tagliamento.

Faites sentir à M. de Cobenzl qu’alors comme alors; tous les jours changent sa position :c’est une manière de négocier pitoyable. Par la ligne de l’Adige, la moitié de Vérone, sera à la Cisalpine, et l’autre moitié à eux. Idem pour Porto-Legnago. Insérez au protocole que, si nous entrons dans Venise, vous n’aurez désormais à accorder à l’Empereur que la Brenta.

 

Paris, 13 janvier 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de faire connaître au général Brune que je pense qu’il serait utile de réunir tout le 19e de dragons sous les ordres du général Murat. Le général Brune jugera peut-être à propos d’augmenter sa cavalerie d’un régiment de chasseurs.

Et s’il arrivait qu’une division anglaise renforçât les Napolitains, le général Brune renforcerait le général Murat selon les circonstances.

Dites au général Brune que, selon les circonstances, il donnera au corps d’observation les ordres qui lui paraîtront nécessaires.

Recommandez-lui de réunir toutes les troupes de son armée, en laissant occuper le Tyrol par l’armée des Grisons, et le moins de monde possible devant les places de Peschiera, Mantoue et Porto-Legnago et de se dépêcher à prendre Peschiera et Porto-Legnago.

Il est juste que les généraux de division du corps d’observation soient traités comme ceux de l’armée d’Italie.

Faites passer les 700, 000 francs destinés à l’armée des Grisons au citoyen Dubard, trésorier à Milan, pour solder avec cette somme ce qui est dû au corps d’observation, afin de mettre sa solde au courant. Écrivez dans ce sens au directeur du trésor public.

Écrivez au général Macdonald que le Gouvernement compte que les ressources qu’il pourra trouver à Trente et à Bassano rendront moins nécessaires les secours qu’on lui envoyait;

Que, lorsque l’armée d’Italie aura passé la Brenta, il faut qu’il fasse des dispositions pour se porter sur Brixen et les débouchés de Villach; ce serait là sa ligne si les hostilités recommençaient. Il faut donc qu’il emploie tout le temps qui lui reste de l’armistice pour y réunir toute son armée et son artillerie.

 

Paris, 13 janvier 1801

Au général brune, commandant en chef l’armée d’Italie

Je reçois votre lettre du 16 (6 janvier), Citoyen Général. J’imagine que vous aurez reçu, le 17 au plus tard, la lettre du ministre de la guerre. Votre réponse à M. de Bellegarde est parfaite.

Je ne puis rien vous dire sur Venise; cet objet a été prévu depuis longtemps, et j’attends sous huit ou dix jours une réponse de Russie, qui nous servira de règle.

En attendant, nous verrons comment les affaires se décideront de votre côté, et si l’ennemi préfère vous rendre Mantoue ou vous laisser entrer dans Venise.

Dans tous les cas, vous devez laisser entrevoir qu’il ne serait pas possible, si la guerre continue, que Venise renaquit de ses cendres, mais qu’alors ce serait d’accord avec l’empereur de Russie; que, dans ce cas, on lui donnerait une forme de gouvernement analogue à l’ancienne, mais qui serait égale pour toutes les parties du territoire, et recevrait une modification raisonnable. Au reste, tous ces discours ne sont bons à tenir que lorsque vous seriez dans Venise.

Je pense que M. de Bellegarde sentira que, dans la position actuelle, il est plus raisonnable de vous céder les places que vous demandez.

J’imagine que vous commencez les approches de Peschiera.

Miollis(Sextus Alexandre comte de Miollis, 1759-1828.) serait bien propre au blocus de Mantoue, auquel il faut principalement employer les Polonais et les Italiens.

Renvoyez-moi, je vous prie, Lemarois, avec les premières nouvelles que vous aurez à me donner.

 

Paris, 13 janvier 1801

Au général Murat, lieutenant du général en chef de l’armée d’Italie

Vous devez avoir reçu, Citoyen Général, des ordres pour vous porter à Ancône. Avant que vous soyez arrivé dans cette place, vous aurez des instructions positives sur la conduite que vous devez tenir envers les cours de Naples et de Rome.

Veillez surtout à ce que les peuples du duché d’Urbin et de la Marche d’Ancône ne soient pas foulés par les vexations des subordonnés.

Le corps d’observation fait partie de l’armée d’Italie. Vous devez donc correspondre avec le général en chef et lui rendre compte de toutes vos opérations.

 

Paris, 13 janvier 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport sur Madagascar. Il comprendra:

1° le plan et l’historique de tous les établissements qui ont été faits dans cette île par les Français et les autres nations de l’Europe;
2° L’utilité dont nous serait un établissement dans cette île;
3° Ce que l’on pourrait faire, dans les circonstances actuelles, pour préparer cet établissement.

 

 Paris, 13 janvier 1801

Au citoyen Forfait

Vous voudrez bien, Citoyen Ministre, donner l’ordre au vice-amiral Bruix de se rendre à la Haye.

Il sera spécialement chargé de se concerter avec le ministre de la marine et le Directoire exécutif  batave pour l’expédition du Cap. Il fera connaître que le Gouvernement l’a chargé de commander cette expédition;

Qu’une escadre française, avec 3 ou 4,000 hommes, partira dans le courant de ventôse;

Qu’il est nécessaire que cinq ou six vaisseaux bataves, avec 2 on 3,000 hommes, et les agents que le Directoire destinera à commander au Cap, partent vers la fin de pluviôse; le rendez-vous sera aux Canaries.

Le vice-amiral Bruix signera avec le ministre de la marine batave un plan de campagne dont il pourra laisser une copie à la Haye.

Le vice-amiral Bruix se rendra aussitôt à Paris.

 

Paris, 13 janvier 1801

Au citoyen Talleyrand, Ministre des Relations extérieures

Le vice-amiral Bruix se rend, Citoyen Ministre, à La Haye pour s’entendre avec le Directoire Exécutif batave sur un plan de campagne maritime. Je vous prie de lui remettre une lettre pour le citoyen Semonville afin qu’il soit appuyé dans toutes les circonstances où il aurait besoin.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 14 janvier 1801

Au citoyen Miot, conseiller d’État, administrateur général des départements du Golo et du Liamone

Une loi va autoriser la commune d’Ajaccio à vendre une partie de ses biens pour se procurer de l’eau. Le ministre de la guerre est chargé de donner les ordres pour la démolition de quelques vieilles fortifications, que les habitants demandent depuis longtemps.

Le ministre de la marine met des fonds à la disposition de l’ingénieur de la marine pour des travaux dans le port.

Prenez des renseignements auprès de ces ministres, parce qu’il est bon que toutes ces nouvelles soient connues avant votre arrivée.

Voyez le ministre de l’intérieur pour connaître les mesures qu’il a prises pour l’établissement de 3 ou 400 Maltais en Corse.

 

Paris, 14 janvier 1801

Au citoyen Miot

Vous trouverez ci-joint différents renseignements qui m’ont été donnés sur les départements du Go et du Liamone. Je crois que le ministre des finances a déjà pris des mesures pour l’enregistrement.

Les douanes mériteront que vous vous en occupiez.

Demandez au ministre de la police tout le travail relatif aux émigrés; on m’assure qu’il y en a plus de 1,500 d’inscrits sur la liste; je crois qu’il n’y en a véritablement pas 30 qui le méritent.

 

Paris, 14 janvier 1801

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

Le citoyen Miot, Citoyen Ministre, va se rendre dans la 23e division militaire; comme il part de Toulon une frégate, il faudrait qu’il fût porteur de tout ce qui est dû, tant pour la solde que pour les administrations, pour les deux premiers trimestres de l’an IX, et de tout ce qui reste dû dans ces départements sur l’an VIll et qui, ayant été accordé par des décisions précédentes, n’aurait pas été envoyé par la Trésorerie.

 

Paris, 14 janvier 1801

Au citoyen Gaudin

Je crois, Citoyen Ministre, qu’il serait nécessaire d’établir une direction des contributions directes en Corse. Il faut que le directeur soit un homme qui connaisse le pays, la langue, etc. Je désire que vous nommiez pour remplir cette place le citoyen Ramolino. Un seul directeur suffira pour les deux départements. Choisissez deux
bons employés pour les envoyer en Corse comme adjoints.

 

Paris, 14 janvier 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de me faire un rapport particulier sur chaque manufacture d’armes et sur les moyens qui ont été pris, ou que l’on pourrait prendre pour les rétablir.

Vous me présenterez un projet d’arrêté remplissant le but:

1° Qu’à dater du 11 germinal, les manufactures nationales fabriqueront 4,000 fusils par mois, du modèle de 1777;
2° Que tous ces fusils seront mis en réserve dans un nombre de grandes salles d’armes nommées.

Faites-moi un rapport sur le nombre des salles d’armes qui existaient jadis, et sur les mesures que l’on prenait pour veiller à la conservation des armes.

Il me paraîtrait convenable de choisir six salles d’armes capables de contenir chacune 50,000 fusils, tous nouveaux fusils du modèle de 1777.

Ces salles d’armes seraient appelées de réserve; il n’y entrerait que des fusils neufs, qui n’en pourraient sortir que par un arrêté du Gouvernement.

C’est pour arriver à cette réserve que je désire que les manufactures nationales fabriquent, à compter du 1er germinal, 4, 000 fusils par mois.

Indépendamment de cela, chaque établissement d’artillerie aurait sa salle d’armes pour le service journalier.

Il faudrait que les six grandes salles d’armes de réserve fussent situées dans des forteresses et sur de grandes rivières.

 

Paris, 14 janvier 1801

Au citoyen Forfait, ministre de la marine et des colonies

Je désire, Citoyen Ministre, que, sur les fonds affectés, cette année, à la réparation des ports, vous destiniez 15,000 francs pour celui d’Ajaccio, savoir, pour la réparation de son môle et pour commencer la construction d’un quai nécessaire à la sûreté du port.

 

Paris, 14 janvier 1801

INSTRUCTIONS PATENTES POUR LE GÉNÉRAL COMBIS.

Le général Combis est chargé spécialement. par le Gouvernement français, de l’exécution de l’arrêté du …………. qui ajourne à la paix continentale la prise de possession de la partie espagnole de Saint-Domingue.

Le général Combis fera tout ce qui dépendra de lui pour entretenir la bonne intelligence avec les autorités espagnoles qu’il trouvera établies dans cette colonie. Il ne s’immiscera en aucune manière dans leurs opérations, ainsi que dans l’administration des finances, de la justice, de la police.

Il entretiendra une correspondance suivie avec les autorités républicaines qui régissent la partie française, et fera parvenir au Gouvernement toutes les dépêches que ces autorités lui adresseront. Il rendra compte également des progrès que ces autorités auront faits dans le rétablissement du bon ordre, de la culture, de la paix intérieure.

Dans le cas où quelque partie de l’île serait menacée d’une invasion étrangère, il requerra nos alliés de se réunir aux républicains pour repousser les ennemis communs. Il est autorisé, pour cet effet, à demander de l’assistance dans toutes les colonies françaises et espagnoles des Antilles, et à combiner les plans de la défense commune avec le capitaine général de la partie française.

Dans le cas où il s’élèverait quelques troubles dans la partie français,e, le général Combis ne pourra refuser de marcher avec tous les moyens qui pourrait avoir à sa disposition , aussitôt qu’il en sera requis par le capitaine général et par le préfet colonial.

Le général Combis ne perdra point de vue qu’il n’a d’autre mission que celle de concourir à la défense de l’île et au rétablissement de la paix intérieure; que tout ce qu’il aura fait sans sortir de ces limites aura l’approbation du Gouvernement, et qu’au contraire il contreviendrait formellement à ses ordres et encourrait l’improbation la plus méritée, s’il allait au delà de ce qui lui est prescrit par les présentes instructions.

 

Paris, 14 janvier 1801

INSTRUCTIONS SECRÈTES POUR LE GÉNÉRAL COMBIS

Le principal but de la mission du citoyen Combis Saint-Domingue est:

1° De faire souvenir, par sa présence, aux habitants de la partie espagnole, ainsi qu’aux administrateurs actuels, que ce pays est désormais français;
2° De rassurer tous les propriétaires blancs sur les vues du Gouvernement français, qui, instruit par les malheurs de la partie française, ne donnera pas une liberté illimitée à des hommes encore peu susceptibles d’en faire un bon usage.
3° Il doit continuer à maintenir, même augmenter, par tous les moyens possibles, le sentiment de localité et même de répugnance qu’auraient les habitants de la partie espagnole de se réunir à la partie française, l’intention du Gouvernement étant de ne jamais réunir les deux parties sous un même et seul gouvernement.
4° Il doit, faire connaître aux principaux du pays que le principe du Gouvernement français est de gouverner les peuples par leurs habitudes et leurs usages. Ainsi, comme il gouvernera la partie française avec et par les nègres, il gouvernera la partie espagnole avec les habitudes du pays.
5° Il est entièrement indépendant de Toussaint Louverture et de toute l’administration de la partie française; il doit s’opposer, par tous les moyens, à ce qu’une armée de nègres empiète sur les limites de la partie espagnole.
6° S’il se trouvait obligé d’écrire, sur les objets de cette nature, à Toussaint, au préfet colonial, il prendrait toujours pour prétexte les conventions existantes avec l’Espagne, qui obligent le Gouvernement à se conduire de cette manière.
7° Il doit témoigner beaucoup d’estime pour Toussaint Louverture.
8° Il fera passer souvent en France des nouvelles non-seulement de la partie espagnole, mais encore de la partie française, toutes les fois qu’il s’en sera procuré.
9° Il ira à la messe et occupera, dans toutes les grandes fonctions ecclésiastiques, la place destinée au gouverneur espagnol, en suivant l’usage établi.
10° Il évitera d’avoir aucune espèce de liaison avec les agents, surtout nouvellement arrivés d’Europe, qui seraient dans la partie française de Saint-Domingue.

 

Paris, 14 janvier 1801

INSTRUCTIONS POUR LE CITOYEN LEQUOY-MONGIRAUD

Le général Toussaint Louverture, an milieu des orages et des ravages de la révolution, est parvenu,  par sa prudence et son courage, à sauver à la France une grande et importante colonie. Ses vertus lui ont mérité la confiance de tous les partis; ses succès, l’admiration de l’Europe.

Le Gouvernement français fait donc un acte de justice et donne un témoignage éclatant de sa satisfaction au général Toussaint Louverture en le constituant capitaine général de la partie française de Saint-Domingue, avec des pouvoirs spécifiés dans un arrêté pour la colonie de la Guadeloupe, dont le citoyen Lequoy-Mongiraud lui donnera communication.

Le citoyen Lequoy-Mongiraud se rendra dans la partie française de Saint-Domingue, où il prendra le titre de préfet colonial chargé de pouvoirs spéciaux du Premier Consul. Il remettra au citoyen général Toussaint Louverture le titre qui le constitue, les lettres dont il est porteur, ainsi que les présents pour les différents chefs.

La paix du continent, assurée aujourd’hui par les victoires les plus éclatantes des armées de la République, la paix maritime, peut-être très-rapprochée, imposent au Gouvernement l’obligation et lui laissent la possibilité de s’occuper d’avance du bonheur et de la prospérité de ses colonies.

Le citoyen Lequoy-Mongiraud trouvera dans la sagesse, la prévoyance et surtout le patriotisme du capitaine général Toussaint Louverture, les dispositions convenables à l’établissement d’un gouvernement régulier. Il en concertera les bases avec lui, et reviendra en France prendre les ordres du Gouvernement, où il concourra à l’établissement de ce gouvernement dans la partie française de Saint-Domingue, si les circonstances le permettent.

Le citoyen Lequoy-Mongiraud sait que la métropole ne peut rien vouloir de ce qui blesserait la liberté acquise, mais seulement en régulariser la jouissance, pour la rendre à la fois durable et utile aux colons et à la mère patrie.

Le citoyen Lequoy-Mongiraud, dans la sagesse et les lumières duquel le Gouvernement repose toute sa confiance, ne doit pas craindre d’être démenti dans tout ce qu’il fera de concert avec le gouverneur capitaine général Toussaint Louverture, encore moins lorsqu’il assurera ce chef de l’estime et de la confiance sans bornes du Premier Consul et du gouvernement de la République.

 

Paris, 15 janvier 1801

ARRÊTÉ

ARTICLE 1er. – Le ministre de l’intérieur fera faire les travaux nécessaires, afin de pouvoir, dans le courant de germinal, présenter un rapport comparatif sur la manière d’ouvrir une communication par eau entre la Belgique et Paris.
ART. 2. – Il fera spécialement comparer les trois canaux précédemment proposés, savoir: celui entre la Somme et l’Escaut, dit de Saint-Quentin, celui de l’Oise à la Sambre, et celui de la Sambre à l’Escaut.

 

Paris, 15 janvier 1801

Au citoyen Miot, administrateur général des départements du Golo et du Liamone

Le ministre de l’intérieur, Citoyen, doit dépenser, pendant le reste de l’an IX, une somme de 200,000 francs pour travailler à achever la route des départements du Liamone et du Golo, depuis Ajaccio jusqu’à Bastia.

Il sera nécessaire que vous veilliez à ce que le directeur des ponts et chaussées ne fasse pas de travaux chimériques, mais à ce que l’on fasse une bonne route, de manière que les voitures et l’artillerie puissent traverser l’île.

On emploiera, en l’au X, les 500,00,0 francs que l’on estime encore nécessaires pour achever entièrement cette communication.

Le ministre de la guerre fera passer à Bastia et à Ajaccio 1,000 prisonniers autrichiens, qui pourront travailler à cette route, indépendamment des hommes du pays que l’on pourra se procurer.

 

Paris, 15 janvier 1801

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je vous prie, Citoyen Ministre, de donner l’ordre :

1° Au général Leclerc, de compléter à 700 hommes, compris les officiers, les premiers bataillons des 1le, 24e et 105e de ligne; il recevra incessamment l’ordre de les réunir à Lyon avec le train d’artillerie qui a été destiné pour sa division;
2° Aux escadrons du 18e’ de cavalerie qui sont en Suisse, de se rendre à Lyon;
3°, A l’escadron du 3e de dragons qui est à Dijon , de se rendre à Avignon ;
4° A l’escadron du 11e de cavalerie qui est en Suisse, de se rendre à Lyon;
5° De compléter à 700 hommes, compris les officiers, le premier bataillon de la 16e légère, qui est Toulouse, et de le tenir prêt à entrer en campagne.

Même ordre pour le premier bataillon de la 47é, qui est à Montpellier.

Même ordre pour le premier bataillon de la 74e, qui est dans la 8e division militaire.

6° De tenir prêts à entrer en campagne deux escadrons du 25,e chasseurs, qui sont à Toulouse.

Vous ferez passer la revue, dans la décade, du, dépôt du 18e de cavalerie, et vous me ferez connaître combien d’hommes ce régiment a de disponibles.

Je vous prie de me faire connaître quel service fait à Moulins l’escadron du 20e de dragons, s’il y est utile, et s’il est dans le cas  d’entrer en campagne.

Ordonnez également que l’on complète à 800 hommes le premier bataillon de la 63e demi-brigade, qui est à Caen, et qu’on le tienne prêt à entrer en campagne.

 

Paris, 15 janvier 1801

Au général Berthier

Donnez l’ordre, Citoyen Ministre, au général Brune, de faire passer dans la 23e division militaire, par Gênes et Livourne, 1,000 prisonniers autrichiens. Ils seront organisés en compagnies de 100 hommes, commandées par un officier de la division ayant son traitement de réforme; ce traitement serait doublé à ces officiers en forme de gratification.

Ces prisonniers seront spécialement employés à ouvrir la grande communication des départements du Golo et du Liamone; et ceux d’entre eux qui seraient bien constitués et de bonne volonté seront notés pour être envoyés en Égypte.

Le ministre de l’intérieur prélève 200,000 francs sur les fonds destinés aux routes pour commencer ce travail.

 

Paris, 15 janvier 1801

Au citoyen Talleyrand, Ministre des relations extérieures

Je vous envoie, Citoyen Ministre, un traite que je reçois de Madrid. Je vous prie de me faire un rapport demain. Vous avez sans doute reçu des dépêches de l’Angleterre.

Lettres à Talleyrand

 

Paris, 15 janvier 1801

Au général Menou, commandant en chef  l’armée d’Orient

Le citoyen Clément, ancien aide de camp du général Desaix, se rend auprès de vous. Il vous fera connaître, Citoyen Général, le vif intérêt que prend la République, que prend l’Europe entière à la brave armée d’Orient.

Il vous dira que les armées de la République sous les murs de Prague, de Vienne et de Venise, ne prouvent à l’Europe que ce quelles lui ont déjà prouvé, et que l’armée d’Orient, assise sur la mer Rouge, la Syrie et l’Afrique, excite toutes les espérances, toutes les curiosités, toutes les sollicitudes.  L’Anglais tremble et frémit. Abandonné de toute l’Europe, en guerre ouverte avec la Russie, qui est aujourd’hui un de nos meilleurs amis, il se trouve environné de craintes.

D’Ancône, de tous les ports de la Méditerranée, de ceux d’Espagne, on vous expédie des avisos et des munitions.

Les escadres de Brest et de Rochefort commencent à se trouver dans une position respectable.

Que l’armée d’Orient reste digne d’elle; qu’elle ne s’effraye pas de fantômes, et elle aura rendu à la République le plus grand des services, comme elle aura, dans l’histoire moderne, la plus grande portion de gloire et de considération.

Paris, 16 janvier 1801

Au général Mortier, commandant les 15e et 17e divisions militaires, à Paris

Je reçois, Citoyen Général, votre rapport du 26 nivôse(16 janvier) . Envoyez de suite un officier supérieur de gendarmerie, avec 15 ou 20 hommes et le chasseur Barnois, pour reconnaître les maisons d’où on a tiré sur lui. Cet officier fera arrêter les propriétaires desdites maisons, ainsi que le maire de Rougemontier. Il fera des enquêtes dans les villages voisins, pour connaître les brigands. Il fera conduire tous les individus arrêtés au chef-lieu du département, pour être traduits devant une commission militaire.