Correspondance de Napoléon – Fevrier 1800

Paris, 18 février 1800

ARRÊTÉ

Les Consuls de la République, le Conseil dÉtat entendu, arrêtent:

Les militaires qui étaient membres du Conseil des Anciens on du Conseil des Cinq-Cents au 18 brumaire dernier, et qui n’ont été nommés ni au Sénat conservateur, ni au Tribunat, ni au Corps législatif, seront considérés, jusqu’à réorganisation définitive de l’armée, comme étant en activité de service, et payés, à compter du ler nivôse, de la solde dont ils jouissaient à l’époque de leur admission au corps législatif, sans que cela puisse s’étendre au delà du ler vendémiaire an IX.

 

Paris, 18 février 1800

DÉCISION
Le citoyen César Berthier demande le grade de général de brigade

À la première bataille.

 

Paris, 18 février 1800

Au général Brune, commandant en chef l’armée de l’Ouest

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 25 courant, que me porte votre aide de camp. J’ai lu avec plaisir votre proclamation, que je trouve fort bonne; mais il s’agit de la faire appliquer avec la plus grande vigueur. On m’assure que Georges vous trompe et a au moins dix pièces de canon. Commencez par prendre ce qu’il vous donne, et faîtes des perquisitions pour vous assurer de la vérité. Je n’ai pas besoin de vous faire connaître le besoin que nous avons de fusils et la nécessité de faire filer sur Nantes, et de là sur Orléans, tout ce que vous pourrez vous procurer par le désarmement.

J’espère que, par votre première lettre, vous m’apprendrez que vous vous êtes procuré 10 ou 12,000 fusils anglais. Alors je croirai véritablement aux bonnes intentions de Georges, et je vous ferai compliment sur vos succès. Mais j’en reviens toujours aux principes que je vous ai développés, ne négligez rien pour désarmer.

D’après ce que vous me dites de Georges, je le verrai avec grand plaisir à Paris. Envoyez-moi la liste des principaux chefs.

Frotté a été pris avec tout son état-major; je m’étais refusé à aucun traité. Dans le moment actuel, il doit être fusillé. Ainsi, la tranquillité se trouve bien consolidée dans la ci-devant Normandie.

Il se confirme toujours que les Russes s’en vont.

Lorsque vous aurez consolidé la tranquillité du Morbihan, je crois qu’il sera très-essentiel que vous vous rendiez d’abord à Rennes.

Faites-moi connaître la note des hommes que vous avez envoyés à Brest.

 

Paris, 18 février 1800

Au général Hédouville, lieutenant du général en chef de l’armée de l’Ouest.

J’ai reçu, Citoyen Général, la lettre que m’a remise l’adjudant général Dalton; ma confiance en vous est entière.

Le but de votre conduite doit être celui-ci: faire en sorte que, dans les mois de ventôse et de germinal, lorsque la mer deviendra moins orageuse, lorsqu’une partie de nos troupes sera appelée vers le Rhin, il n’existe personne dans les départements de l’Ouest qui ait le pouvoir et la force de se révolter et de seconder les opérations des ennemis.

Pour cela, il faut désarmer le plus qu’on pourra et faire rester à Paris ou dans les départements environnants les ex-chefs des chouans. Je trouve fort bonne la réponse de Bourmont, que vous m’avez expédiée. En effet, dès qu’il a licencié ses bandits, il n’a plus aucune autorité. Qu’il se rende à Paris.

Faites marcher de bonnes patrouilles contre toutes les bandes encore armées, faites pêcher les canons dans les rivières où Bourmont
dit les avoir jetés. Il est nécessaire que vous ayez ces canons, pour l’opinion de la France et de l’Europe. Alliez la modération à la force et à des exemples de rigueur. Je verrai avec plaisir à Paris d’Autichamp et Chatillon.

Ce misérable Frotté a préféré se faire prendre à rendre les armes. Vous verrez dans le Moniteur les lettres prises sur lui.

Apprenez-moi bientôt que vous avez en votre pouvoir les canons et les armes des insurgés.

 

Paris, 18 février 1800

NOTE POUR L’APPROVISIONNEMENT DE LA RÉSERVE

L’on suppose la réserve arrivée à Zurich.

Il y a de là à Coire………………30 lieues, ce qui fait………..6 jours de marche,
De Coire au mont Slugen…. 10 lieues…………………….ci…2 jours;
De Splugen à Morbegno…. 12 lieues…………………….ci.. 2 jours;
De Morbegno à Bergame… 12 lieues…………………… ci.. 2 jours;

Total…………………………………64 lieues………………………..12 jours;

Il faudrait acquérir des renseignements sur cette route; des voitures peuvent-elles passer?

Avoir le détail, lieue par lieue, avec les villages, leur population, mauvais passages, ponts, etc.

Il est difficile de se hasarder à placer des magasins à Coire ou au Splugen, parce qu’à la première marche rétrograde ils se trouveraient pris, et que d’ailleurs une opération de cette nature ne peut réussir qu’avec un extrême secret.

Il faudrait que l’armée partit de Zurich avec des vivres pour quinze jours. Il serait facile d’avoir un entrepôt de vivre qui serait conduit de Zurich jusqu’à l’extrémité du lac, par eau; ce qui diminuerait les transports de trois jours. Il ne s agirait donc plus que de transporter des vivres pour douze jours.

Le soldat pourrait prend, en partant de Zurich, pour quatre jours de vivres. Il n’en faudrait donc plus que pour huit jours.

Un mulet porte 200, c’est-à-dire qu’il faut cinq mulets pour nourrir 1,000 hommes pendant un jour; et, pendant huit jours, 40 mulets. En supposant 50 000 hommes, cela ferait 2,000 mulets.

Ainsi, en supposant 75,000 bouches, y compris d’ailleurs ce qu’il faudrait pour le transport de l’eau-de-vie, cela ferait 3,000 mulets.

Il est à remarquer qu’on suppose les choses au pire, parce qu’il serait facile, lorsqu’on devient dans le cas de faire ce mouvement, d’être maître de Coire et d’avoir fait faire une partie du voyage à une portion de ces mulets pour porter des vivres à Coire.

Peut-être serait-il possible d’avoir à Lucerne un dépôt de vivres, de les transporter par le lac à Altorf, et de là de faire faire un ou deux voyages au Splugen à un grand nombre de mulets.

Si les circonstances rendaient ces deux combinaisons possibles, alors la moitié des mulets suffirait.

Il faudrait donc avoir à Lucerne et à Zurich du biscuit pour les rations de quinze jours, moins quatre jours qui pourraient être donnés en pain, ce qui ferait onze jours. Il faudrait avoir au moins onze jours pour la retraite, qu’on ferait filer de Zurich et de Lucerne au magasin du Splugen, dans le cas que l’armée serait pressée.

Ce seraient donc 1,650,000 rations de biscuit qu’il faudrait avoir en réserve à Lucerne et à Zurich.

 

Paris, 18 février 1800

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je désirerais, Citoyen Ministre, que vous me fissiez connaître les noms de tous les officiers qui désirent passer en Egypte, et que vous les dirigeassiez sur Brest, où il est indispensable qu’ils soient rendus dans la première décade de ventôse, l’escadre étant prête à partir.

Si le général Quentin est à Paris, donnez-lui l’ordre de se rendre en toute diligence à Brest, pour s’embarquer à bord de l’escadre de l’amiral Bruix, avec un corps de troupes de débarquement dont il aura le commandement. Vous l’autoriserez à mener avec lui les adjudants généraux et officiers d’état-major qui auront sa confiance. Il est indispensable qu’il soit rendu à Brest dans la première décade de ventôse.

Les 1,500 déserteurs autrichiens ne sont point armés ni habillés: donnez ordre qu’on leur fournisse à Brest autant de fusils, gibernes et briquets que l’on embarquera d’hommes.

Donnez ordre au commissaire ordonnateur de la division de se concerter avec l’amiral Bruix et le citoyen Najac pour leur procurer autant d’habits que possible. Je désire qu’ils soient habillés comme les soldats français; surtout qu’ils aient des chapeaux.

Envoyez sur-le-champ à Brest un adjudant général attaché au ministère, pour se concerter avec les généraux Bruix et Brune, et les ordonnateurs de terre et de marine, à l’effet d’incorporer les déserteurs dans les bataillons de conscrits, ou d’en faire un bataillon à part, en prenant des officiers parmi ceux qui seraient à Brest ou à la suite des corps de l’armée de l’Ouest. Vous chargerez cet officier de me rapporter la revue exacte des hommes qui s’embarqueront et l’inventaire de tout le matériel en artillerie.

Réunissez les Moniteur, depuis un an, et autres brochures, copie des dépêches envoyées par les différentes occasions, et écrivez de nouveau au général Kleber, pour lui faire connaître la tournure favorable que prennent les affaires de la République, l’espérance d’avoir bientôt une pacification générale ou continentale, et enfin les sollicitudes que nous ne cessons de nous donner pour lever tous les obstacles qui s’opposent au recrutement et à l’approvisionnement de son armée.

Je n’ai pas besoin de vous faire observer combien il est nécessaire que tous les ordres que vous donnerez soient secrets, et que personne de ceux qui les recevront ne se doute du lieu où doit se rendre l’escadre.

 

Paris, 18 février 1800

A l’amiral Bruix, commandant l’armée navale à Brest

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 25 pluviôse.

Le général en chef Brune va donner les ordres pour que tous les conscrits et troupes de la marine qui se trouvent dans 13e division militaire se rendent sur-le-champ à Brest. Je lui écris également de vous faire passer tous les prisonniers faits sur les chouans, et tous les déserteurs autrichiens. Concertez-vous avec le citoyen Najac pour prendre à Brest tous les hommes qui seraient en prison ou détenus pour une raison quelconque, hormis les galériens condamnés pour crime. Tout Français en prison, pour désertion ou autre délit contre la discipline, doit être embarqué. Ayez soin, indépendamment des fusils que vous avez dû embarquer d’embarquer autant de fusils que de déserteurs autrichiens; car c’est surtout de fusils qu’on a besoin dans les pays où vous allez. Concertez-vous aussi avec l’ordonnateur de la marine pour habiller les prisonniers autrichiens le mieux qu’il vous sera possible; j’écris à cet effet à l’ordonnateur. Dans les circonstances extraordinaires où nous nous trouvons, c’est sur votre zèle et celui de l’ordonnateur Najac que je compte pour écarter tous les obstacles qui se sont présentés pour retarder votre intéressant mission.

Vous pourrez incorporer les prisonniers autrichiens dans les cadres de conscrits, afin de pouvoir exercer une surveillance sur eux.

 

Paris, 18 février 1800

Au citoyen Najac, commissaire ordonnateur, à Brest

Douze ou quinze cents déserteurs autrichiens, Citoyen Ordonnateur, se rendent à Brest pour s’embarquer. Procurez-leur, par tous les moyens possibles, des effets d’habillement, même pris dans les dépôts de la marine.

Je désirerais que l’amiral Bruix embarquât au moins 3,000 hommes. Le général Brune va envoyer, pour cet objet, tous les conscrits à Brest. Procurez à l’amiral Bruix tout ce qu’il vous sera possible d’hommes de la marine, de l’arsenal, en un mot, de jeunes gens, excepté des galériens. Procurez-lui enfin tous les fusils dont il aura besoin.

S’il vous devenait impossible de fournir des habillements pour les hommes qui s’embarquent, faites embarquer les draps nécessaires pour leur faire des habits à l’uniforme national.

Enfin je m’en repose essentiellement sur votre zèle pour prendre les mesures extraordinaires qui remplissent mon but.

Frotté, avec tout son état-major, a été pris et fusillé. Bourmont a désarmé, il se rend à Paris; Georges s’y rend aussi. Les Russes ont quitté la Bohème pour retourner dans leur pays. L’armée du Rhin, forte de 180,000 hommes, s’habille, se réorganise et est soldée. L’armée d’Italie commence à se maintenir dans de meilleures positions. Les impositions vont se payer, et j’espère que nous pourrons bientôt subvenir à une partie de vos besoins.

Je vous salue et compte particulièrement sur votre activité et sur votre zèle.

Je vous verrai avec plaisir lorsque vous aurez mis l’amiral Bruix à même de partir, et que le nouveau munitionnaire aura pris son service.

 

Paris, 20 février 1800

Au citoyen Gaudin, ministre des finances

La garde des Consuls, Citoyen Ministre, est depuis un mois sans prêt. Vous sentez que cela est inconvenant.

 

Paris, 20 février 1800

Au général Gardanne, commandant la 14e division militaire, à Caen

La mort de Frotté et de ses principaux complices accélère sans doute la pacification de la 14e division. Il faut maintenant, Citoyen Général, que vous preniez des mesures 1° pour l’arrestation de ce que ces messieurs appellent chefs de légion (entre autres pour celle de Charles et de Picot) ; 2° pour arrêter tous les gens sans aveu, et, lorsque vous en aurez deux ou trois cents, les envoyer sous bonne escorte à Brest, où il y a des ordres pour les enrôler dans les troupes de Saint-Domingue. Quant aux différents chefs qui se sont rendus à discrétion, vous leur ferez connaître que mon intention n’est pas de leur faire du mal, mais, puisqu’ils se sont confiés dans le Gouvernement, de leur faire éprouvé sa générosité; mais que j’exige seulement leur parole qu’ils ne rentreront pas dans l’Orne ou les pays chouannés pendant la guerre. Vous leur demanderez de vous désigner la ville où ils se proposent de se rendre; ils y seront en surveillance, et je leur y ferai donner des moyens de subsistance. Vous m’enverrez une note sur chacun deux, et me ferez connaître la ville où ils se proposent de se retirer; en attendant, vous les surveillerez. Après avoir pris ces mesures, il vous restera à faire rejoindre les conscrits; leur dépôt est à Versailles. Enfin vous lèverez un bataillon franc, dont vous pourrez choisir les officiers, pris même entre les hommes qui ont été chefs parmi les chouans. Le moment est favorable pour déraciner entièrement cette guerre; ne le laissez pas échapper. Vous aurez rendu un grand service à la patrie, si, par votre activité et par les mesures que vous prenez, vous remettez le calme dans la division que vous commandez.

 

Paris, 20 février 1800

Au général de brigade Delarue, commandant dans le département de la Sarthe

Votre aide de camp m’apporte, Citoyen Général, votre lettre du 28 pluviôse. J’ai vu avec indignation la circulaire du nommé Henri. Mettez-vous en campagne, tâchez de le surprendre dans quelque endroit qu’il se trouve, et, dès l’instant que vous l’aurez pris, vous le ferez juger par une commission militaire comme rebelle à la République. Vous motiverez votre accusation sur la lettre dont vous m’avez envoyé copie. Je ne doute pas que la commission militaire ne le condamne à mort. Vous ferez alors connaître, par une proclamation aux habitants du pays dans lequel vous commandez, le crime dont ce misérable s’était rendu coupable.

Le général Hédouville doit avoir envoyé des troupes à Laval. Il doit également en être arrivé dans cette ville, venant de la 14e division militaire. Écrivez au général commandant à Laval, qui enverra une colonne pour vous seconder. D’ailleurs, dans la position où sont les choses, avec vos colonnes mobiles et la poignée de monde que vous avez à votre disposition, vous en avez assez.

Le général Béthencourt, qui commande à Chartres, a eu ordre d’entrer dans le département de la Sarthe avec les forces qu’il a sous ses ordres. Écrivez-lui, concertez-vous avec lui , et prenez sur-le-champ les mesures nécessaires .pour dissiper toutes les bandes de chouans, faire arrêter tous les vagabonds et opérer le désarmement le plus qu’il sera possible.

Le nommé Charles s’étant rendu coupable de plusieurs crimes depuis la pacification, vous le ferez arrêter. Ayez soin que cette mesure ne produise aucune secousses.

 

Paris, 22 février 1800

INSTRUCTIONS POUR L’AMIRAL BRUIX
Commandant l’armée navale, à Brest

L’amiral Bruix mettra à la voile le plus tôt possible, avec dix-sept ou dix-huit vaisseaux de guerre français, six frégates et l’escadre espagnole.

Il donnera la chasse à l’escadre anglaise qui bloque Brest, que l’on suppose inférieure en nombre.

Il se dirigera ensuite droit sur Malte, qu’il débloquera; il se fera joindre par le Généreux, le Guillaume-Tell, l’Athénien et les frégates la Carthaginoise, la Diane et la Justice, et autres bâtiments de guerre inutiles à la défense de Malte qui sont dans ce port. Il versera dans Malte les vivres de toute espèce dont son escadre pourra se passer, et les 6,000 quintaux de farine et 100,000 pintes d’eau-de-vie que l’ordonnateur Najac a ordre d’embarquer à Brest.

Après quoi, il retournera avec les deux escadres réunies à Toulon. Les vaisseaux qui sont au Ferrol et à Cadix s’y rendront également,
et de là cette escadre, qui se trouvera composée de quarante-deux ou quarante-trois vaisseaux, fera l’expédition de Mahon.

Au moment du départ de Malte, l’amiral Bruix enverra en Égypte une escadre légère, composée des meilleurs voiliers de l’escadre, pour y porter des troupes et les armes de toute espèce dont son escadre est chargée pour cette intéressante armée. L’escadre qu’il enverra sera plus on moins forte, selon ce qu’il apprendra de l’ennemi et des événements qui se seront passés.

Si, arrivé à la hauteur de Cadix, l’escadre espagnole voulait absolument entrer dans ce port, l’amiral Bruix ne retarderai pas son voyage et se rendra à Malte. avec la seule escadre française, après avoir épuisé tous les moyens de sollicitation, promesses et protestations qui pourraient décider l’amiral espagnol à le suivre jusqu’à Malte.

Les ordres sont donnés pour que des préparatifs de toute espèce soient faits à Toulon pour réapprovisionner l’escadre.

——–

Le premier Consul n’entre dans aucun détail sur la manière dont l’amiral Bruix doit s’y prendre pour surprendre l’escadre anglaise qui bloque Cadix, celle qui bloque Malte et tous les bâtiments qui croisent dans les mers de Livourne et de Naples. Il s’en réfère à ses talents et à son zèle pour la gloire de la marine française.

Le Premier Consul désire que l’amiral Bruix, depuis Brest jusqu’à Toulon, ne mouille dans aucun port et se tienne toujours en mer. La saison est encore favorable; la fortune sera suffisante pour l’escadre française, si l’amiral Bruix met à profit toutes les chances quelle lui offrira et s’il va droit à son but et ne perd pas une heure.

 

Paris, 22 février 1800

A monsieur de Gravina, commandant en second de l’escadre espagnole, à Brest.

Je désire vivement, Monsieur, que les deux escadres réunies, commandées par des officiers distingués et composées de vaisseaux de choix, ne soient pas bloquées par une escadre de beaucoup inférieure en nombre.

Je donne des ordres à l’amiral Bruix pour qu’il sorte avec les deux escadres réunies. Je compte sur les talents distingués, l’amour de la gloire et la bravoure si naturelle à la nation espagnole, et je donne des instructions à l’amiral Bruix selon les événements et les circonstances. Je désire fort qu’elles soient telles qu’elles vous permettent de remplir les intentions de Sa Majesté Catholique et les miennes, et réaliser le désir qu’elle a plusieurs fois manifesté de voir Malte et Mahon arrachés à nos plus mortels ennemis.

Croyez, Monsieur, à l’estime toute particulière que j’ai pour vous.

 

Paris, 23 février 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures.

Le Premier Consul me charge de vous faire connaître qu’il désirerait avoir, réunis dans la même note, les principaux faits qui servent à établir la violation du droit des gens par les Anglais, toutes les fois qu’elle a eu lieu, et leur conduite immorale à l’égard des autres puissances, notamment dans le cours de la guerre actuelle.

Il vous invite à faire rédiger cette note le plus tôt possible.

(Par ordre du Premier Consul.)

 

Paris, 23 février 1800

Au général Brune, commandant en chef de l’armée de l’Ouest

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du ler ventôse. Les chouans n’ont pas encore rendu les armes dans les départements d’Ille-et-Vilaine, Mayenne et Sarthe. Il est bien urgent que vous réitériez vos ordres pour cet objet.

Je ne conçois rien à l’ordre que le général Muller dit avoir reçu de faire partir 3,000 hommes. Tous les ordres de mouvement doivent venir de vous. C’est, je crois, une méprise; j’en écris au ministre de la guerre.

Bourmont est à Paris; il va se marier. Il déclare vouloir vivre tranquille dans cette ville ou partout ailleurs et ne se mêler de rien, puisqu’il est rentré en grâce auprès du Gouvernement.

Exigez la rentrée rigoureuse des impositions pour mettre en état votre armée, la solder et la nourrir.

J’apprendrai avec plaisir que Georges est parti du Morbihan, ainsi que ses principaux chefs, et que vous avez complété votre désarmement.

Continuez à activer les versements de subsistances de Nantes sur Brest.

Je destine les 40e et 58e à faire partie de l’armée de réserve; elles sortiront de la Bretagne aussitôt que vous pourrez vous en passer. Je vous recommande, en attendant, de les réunir et de les organiser.

 

Paris, 23 février 1800

Au général Berthier, ministre de la guerre.

Les besoins urgents en plomb, pour les armées de la République, doivent s’évaluer à 400 cartouches pour 500,000 hommes, ce qui fait 200 millions de cartouches.

Par les états que vous m’avez remis, je vois qu’il existe 92 millions de cartouches fabriquées; 6,100,000 livres en balles ou en saumons (saumon: masse de métal brut de fonderie, lingot de métal non précieux), ce qui fait 120 millions de cartouches; ce qui excède de 12 millions nos besoins.

Sur les états que vous m’avez remis, je ne trouve que le tiers des places fortes de la République.

Je ne saurais croire que toutes les places de la Sarre, que Luxembourg, Venloo, Maastricht, etc., Antibes, Briançon, Besançon, Huningue, Landau, etc., se trouvent sans plomb et sans cartouches; cependant l’approvisionnement de toutes ces places se trouve raisonnablement compris dans le calcul de 400 cartouches pour 500,000 hommes.

Je ne vois donc aucune sollicitude raisonnable à avoir pour cette partie du service, ni aucune urgence à employer plusieurs millions dans un moment où l’argent nous est aussi nécessaire.

D’après l’état que vous m’avez remis, je vois qu’il est facile de faire filer de Douai, Lille, Saint-Omer, Bruxelles, Metz, Bruges, la quantité de 31 millions de cartouches, et presque autant de plomb en saumons ou en balles. Il me paraît nécessaire de faire refluer ces quantités de cartouches sur Mayence, qui se trouve dans le plu grand dénuement; sur Strasbourg, qui, étant l’entrepôt de l’armée du Rhin, doit avoir une vingtaine de millions de cartouches; si Besançon, sur Auxonne, où il serait nécessaire d’avoir 4 à 5 millions de cartouches, et 3 millions à Lyon.

De Perpignan, de Montpellier, de Toulouse, vous pouvez également tirer plusieurs millions dirigés sur Toulon et Antibes.

Ces mouvements me paraissent suffisants pour nous mettre hors d’inquiétude sur le manque de cartouches pour la campagne prochaine; et, quant à celle qui suivra, il est indispensable, avant de prendre aucune mesure, de connaître exactement la quantité plomb, en saumons, balles ou cartouches, qui se trouve dans toutes les places fortes de la République au 1er germinal. Écrivez à cet effet une circulaire à tous les commandants de place, et envoyez des modèles d’état pour qu’on n’ait qu’à les remplir.

La consommation de la campagne ne peut pas passer 30 millions de cartouches, ce qui ferait 1,500 milliers de saumons, que l’on trouvera dans les places et magasins dont on n’a pas les états. Au reste, ce sera un travail à régler à la fin de germinal, lorsque vous aurez reçu tous les états du 1er germinal.

 

Paris, 23 février 1800

Au général Berthier, ministre de la guerre

J’ai lu, Citoyen Ministre, dans les différents rapports que vous m’avez remis, que vous pensez que nous manquons d’affûts de siège. Il est possible que dans telle on telle place il en manque; mais je suis très assuré que, dans la presque totalité des places, magasins ou arsenaux, nous avons un tiers d’affûts au delà de nos besoins. Il ne s’agit que de les répartir selon les besoins de chaque place. Cela nous épargnera beaucoup d’argent, car c’est une ruine pour l’État d’avoir une trop grande quantité d’affûts et d’objets de charronnage. Le temps les dégrade, c’est une perte en bois et en argent. Je vous prie de m’en dire autant pour les équipages de campagne. Nous avons le double de ce qui nous est nécessaire; il ne s’agit que d’en faire une bonne distribution.