Correspondance de Napoléon – Fevrier 1800

Paris, 10 février 1800.

Au général Lefebvre, commandant supérieur des 14e, 15e et 17e division militaires, à Paris.

Le général Gardanne, Citoyen Général, me rend compte, par une lettre du 16 pluviôse, qu’il part pour se rendre dans la 14e division. Il doit y être arrivé en ce moment. Je vous prie de lui donner l’ordre, par un courrier extraordinaire, de ne pas perdre un instant et de poursuivre vivement les rebelles dans les départements de l’Orne et de la Manche. Enjoignez-lui de prendre toutes les mesures convenables pour désarmer toutes les communes suspectes, et détruire enfin entièrement Frotté et ses bandes. Pendant le temps que le général de brigade Chambarlhac restera dans la l4e division, il sera sous les ordres du général Gardanne. Faites-lui connaître qu’il est d’autant plus essentiel de ne pas perdre un instant, que les 3,000 hommes envoyés de Paris dans le département de l’Orne n’y peuvent pas rester plus de dix à douze jours. Mandez-lui qu’il ne doit pas respecter les limites de sa division, et, s’il apprend qu’il existe des chouans, soit à Dinan ou dans les Côtes-du-Nord, soit dans les départements voisins, qu’il s’y porte avec rapidité et aille disperser ces brigands toutes les fois qu’ils y paraîtront.

Envoyez d’ici un officier de votre état-major, qui ne reviendra qu’avec la nouvelle de la mort on de la prise de Frotté.

 

Paris, 11 février 1800

Au général Brune, commandant en chef l’armée de l’Ouest

Dans l’extrait que vous m’avez fait passer, Citoyen Général, du combat qui a eu lieu près d’Hennebon, vous ne me dites pas qui y commandait.
Faites connaître au général Houdetot que j’ai vu avec peine qu’il ne s’y est pas trouvé: le quartier général des généraux doit être au milieu des colonnes.

Je me fais rendre compte, par le ministre, pourquoi les guides ne sont pas partis.

 

Paris, 11 février 1800

Au citoyen Abrial, ministre de la justice (André Joseph comte Abrial, 1750-1828)

Je suis prévenu, Citoyen Ministre, que, malgré les ordres qu’a du donner le ministre de la police générale, et la surveillance des militaires, des grains extraits du département de la Roër et de ceux qui l’environnent ont passent sur la rive droite du Rhin. L’administration des douanes et même les autorités constituées de ces départements paraissent ne pas être étrangères à ce délit, et un nombre de ces dernières, accusé et convaincu de l’avoir commis, n’a point encore été destitué par le département. Remédiez promptement à cet abus.

 

Paris, 11 février 1800

Au général de brigade d’Arnaud

J’apprends, citoyen Général, que dans le département de la Sarthe, du coté du Lude, de Sablé, de La Flèche, de Château-du-Loir, les brigands n’ont pas posé les armes, qu’ils se réunissent et qu’ils commettent des actes hostiles. Cependant je n’entends pas dire que vous soyez à leurs trousses, que vous rassembliez les colonnes mobiles et les troupes que vous avez dans ces cantons pour marcher à ces brigands. Voulez-vous donc être le seul à n’acquérir aucune gloire avant la fin de cette guerre, ou croyez-vous en obtenir en tenant votre quartier général dans une ville?

Marchez; que j’apprenne par votre premier courrier que vous avez dispersé, désarmé et détruit les brigands de la Sarthe, et que, jour et nuit, vous êtes à la poursuite de leurs bandes éparses.

 

   Paris, 1l février 1800

Au général Gardanne, commandant la 14e division militaire, à Caen

Je vous envoie, Citoyen Général, un de mes aides de camp pour rester auprès de vous et m’apporter la nouvelle de la prise ou de la mort de Frotté. Il faut que cela finisse.

Indépendamment des forces que vous avez, il est parti plus de 3,000 hommes de la garnison de Paris pour le département de l’Orne.

Que pluviôse ne se passe pas sans que vous m’annonciez la fin de cette guerre. Ce n’est pas le cas de faire aucun accommodement avec Frotté.

Désarmez les communes les plus malintentionnées.

Tâchez d’avoir en vos mains le baron de Commarguies, commandant la le division; le chevalier de Lionceaux, commandant la 2e division; le nommé Lavi Dubois, commandant la 3e division; d’Hauteville, Memecourt (dit Fortunat) , Picot, Ruès, Hugon , Des Essairts.

Mettez des colonnes à la poursuite de tous ces brigands. Vous pouvez promettre 1,000 louis à ceux qui tueront on prendront Frotté, et 100 pour chacun des individus ci-dessus nommés.

Il faut qu’au plus tard au 10 ventôse aucun de ces hommes n’existe plus.

 

Paris, 11 février 1800

Au citoyen Lévêque, commissaire du gouvernement, à Caen

Le général Gardanne doit être de retour dans la 14e division, avec sa colonne. Le général Lefebvre a fait passer de Paris des renforts dans l’Orne. Le général Puilly doit se trouvera à Lisieux et Falaise avec une colonne respectable. Tant de forces réunies doivent enfin promptement dissiper les bandes qui désolent la 14e division.

Envoyez au général Gardanne des hommes qui connaissent les lieux où se trouvent les chouans; désignez-lui, ainsi qu’au général Pully, les communes malveillantes des départements de l’Eure, du Calvados et de la Branche. Faites connaître à ces généraux les mesures que vous croyez propres à rasseoir enfin la tranquillité. Une aussi grande quantité de troupes ne doit pas toujours rester dans vos contrées; il faut donc profiter du moment où elles s’y trouvent pour saper le mal dans ses fondements. Faites-moi connaître s’il y a des chouans dans les environs de Lisieux.

 

Paris, 11 février 1800

Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin

Je reçois, Citoyen Général, la lettre par laquelle vous me faites connaître que vous avez touché 1,100,000 francs, 600,000 francs, et 500,000 francs. Vous devez avoir reçu depuis: 1° 1,000,000 parti de Paris en argent; 2° 500,000 francs accordés à la distribution de la dernière décade; 3° 500,000 francs tirés d’Amsterdam sur Strasbourg, Bâle, etc.; 4° 500,000 francs partis d’Amsterdam en or; 5° 1,000,000 parti hier de Paris en lettres de change : total, 3,500,000 francs.

Faites-moi connaître, article par article, si vous avez reçu ces sommes.

Le ministre des finances vous aura fait part des mesures que j’ai prises en affectant les rentrées de pluviôse et ventôse dans le tiers des divisions militaires de la République, et en y envoyant trois inspecteurs pour faire verser tous les fonds dans la caisse du payeur de l’armée du Rhin. On calcule que cela produira une ressource de deux millions.

Faites-moi connaître ce produit au fur et à mesure des versements. Envoyez-moi par le retour du courrier l’état des armes et effet d’habillement venus depuis votre arrivée à l’armée. Les rapports qui me sont faits assurent qu’on vous en a fait envoyer beaucoup.

Vous devez avoir reçu l’arrêté sur les conscrits. Au 1° ventôse, il ne doit plus y avoir de bataillons de conscrits.

 

Paris, 11 février 1800

Au citoyen Berthier, ministre de la guerre

Je suis averti d’une manière certaine, Citoyen Ministre, que les caisses envoyées par l’agence générale des hôpitaux, à Paris, dans les différentes armées, sont composées d’instruments défectueux et de scies avec lesquelles on déchire les militaires auxquels il faut
faire des opérations. Je vous invite à faire cesser cet abus sans délai et à en punir les auteurs.

 

Paris, 11 février 1800

DÉCISION
Le citoyen Robert (Ex-canonnier au 4e régiment d’artillerie, ancien régiemnt de La Fère)
demande un emploi dans les arsenaux militaires.

Renvoyé au général Aboville, qui me proposera le moyen de placer ce brave homme.

 

Paris, 11 février 1800

DÉCISION
Rapport du ministre de la guerre sur l’arrestation du général Don

La décision du général Brune est conforme aux droits de la guerre. Le général Don ne peut être considéré comme prisonnier de guerre, ni comme parlementaire. Réitérer les ordres que l’on ne le laisse pas échapper.

 

Paris, 12 février 1800

DÉCISION
Le ministre de la guerre propose d’exempter d’une réquisition de chevaux
le département du Léman récemment réuni à la France.

Refusé. Il ne peut exister deux sortes de citoyens français.

 

Paris, 13 février 1800

Au général Hédouville, lieutenant du général en chef de l’armée de l’Ouest.

Comme vous vous trouvez plus près de Paris que le général chef Brune, Citoyen Général, je prends le parti de vous envoyer directement mes ordres.

Bourmont nous joue; il n’a rendu ni ses canons ni ses armes. Donnez l’ordre aux généraux qui commandent au Mans et à Laval de réunir leurs troupes et de se diriger contre ce rebelle. Le général Brune va vous envoyer de Nantes 2,000 hommes; le général Gardanne a ordre de faire partir pour Laval une colonne de 1,500 hommes. Elle sera à vos ordres. Coordonnez le mouvement de toutes ces troupes. Faites connaître à Bourmont qu’il ait à rendre ses canons vingt-quatre heures après votre sommation à cet effet, et 3,000 fusils trois jours après. Sur la réponse négative, mettez-vous à la tête de vos troupes et ne quittez vos bottes que lorsque vous l’aurez détruit.

Frotté a demandé à se soumettre; ma seule réponse a été qu’il eût à se rendre à discrétion. Brune va poursuivre vigoureusement Georges; ainsi la guerre sera poussée avec force dans le Morbihan, contre Bourmont et contre Frotté. Il faut que, dans la première décade de ventôse, ces trois foyers de guerre civile soient éteints à la fois; c’est le seul moyen de consolider la pacification de ces départements. C’est sur Bourmont, Frotté et Georges que comptent les Anglais, et c’est sur cette diversion de la guerre des chouans que les ennemis espèrent pour le commencement de la campagne prochaine.

 

Paris, 13 février 1800

Au général Brune, commandant en chef l’armée de l’Ouest.

J’ai reçu, Citoyen Général, les dépêches que vous m’avez envoyées par l’aide de camp Lacuée et par le courrier que vous m’avez adressé. J’espère qu’en ce moment les hostilités auront déjà commencé, puisque ces misérables veulent traiter de puissance à puissance. J’attends avec impatience les nouvelles de vos premiers événements militaires. Il faut aller vivement et vigoureusement. J’écris au général Hédouville que mon intention est qu’il se porte sur-le-champ à Laval, pour marcher contre Bourmont. Donnez-lui promptement 2,000 hommes de votre réserve de Nantes. Il ramassera les troupes qui restent au Mans ou à Laval. Je donne l’ordre au général commandant la 14e division militaire de diriger sur-le-champ 1,800 hommes sur Laval. Ordonnez au général Hédouville de mener Bourmont vigoureusement et de le menacer fortement, 1° s’il ne rend pas sur-le- champ ses canons et ses 6,000 armes; 2° s’il ne sort pas personnellement du territoire qu’il habite en ce moment., pour se rendre à Paris où dans les environs.

Frotté demande à corps et à cri à traiter; ma seule réponse a été qu’il eût à se rendre à discrétion. On le poursuit.

J’attends les cadres des 5°, 14e, 45e et 26e légères, afin de les réorganiser. Prévenez-moi de leur arrivée à Évreux. Je compte entièrement sur vous et sur votre armée. Ne perdez jamais de vue que la gloire et l’honneur sont attachés au succès complet, et que, pour faire triompher la République de la ligue des puissances de l’Europe, il faut que, dans la première décade de ventôse, les trois foyers de la guerre civile de Georges, de Frotté et de Bourmont aient été anéantis, ou, au moins, que Georges et Bourmont n’aient plus, comme Frotté, que deux on trois bandes de 60 à 80 hommes, errantes et n’osant se montrer.

Tous les jours, on fusille ici cinq ou six chouans. Un grand nombre d’arrestations ont été faites. Barruel-Bauvert, l’un des écrivains les plus royaliste, a été surpris et arrêté hier; on a pris tous ses papiers et ses correspondances.

Finissez promptement la guerre des chouans. Déployez avec activité la force que je vous ai confiée.

On assure que les armes, l’argent et les poudres qu’on fait passer dans le Morbihan sont déposés et cachés dans une île de la rivière du Teil, appelée Locoal, entre Lorient et Auray, dans des excavations pratiquées dans une ferme au milieu de l’île.

Si vous avez une réserve à Rennes, dont les troupes ne soient pas indispensables pour établir la tranquillité dans le département des Côtes-du-Nord, dirigez contre Bourmont une colonne extraite de cette réserve. Le général Hédouville en fera coïncider l’action avec celle des autres troupes qui sont mises sous ses ordres.

 

Paris, 13 février 1800

Au général Muller, commandant la 12e division militaire, à Nantes.

L’enceinte de la ville de Nantes a été forcée par une poignée de brigands. Cela ne fait pas honneur aux nombreux habitants de cette intéressante cité. Mais j’attribue ce temps de désordre aux choses qui viennent de se passer, et j’espère que désormais, si la circonstance se présentait, je trouverais les habitants de cette ville dans la ligne de l’honneur et de la bravoure.

Contribuez par vos discours, par votre exemple, à réunir tous les citoyens, effacer toutes les passions. Il n’est plus de salut pour le bonheur, la gloire française, que dans l’ordre rétabli.

 

Paris, 13 février 1800

Au général Lefebvre, commandant supérieur des 14e, 15e et 17e divisions militaires, à Paris

Bourmont élude le désarmement; il a encore des canons et des fusils qu’il n’a pas rendus.

Donnez l’ordre, Citoyen Général, au général commandant la 14° division de faire partir la 72e en toute diligence pour Laval; et, si cette demi-brigade réunie ne formait pas 1,500 hommes, il la compléterait par la 21e et le bataillon de la 79e, jusqu’à concurrence de 15 à 1800 hommes; vous en donnerez le commandement au général de brigade Moulin, ou à tout autre, s’il était absent.

Arrivé à Laval, ce général recevra des ordres du général Hédouville; et, en cas que les routes fussent interceptées, il dissipera les rassemblements armés qu’il rencontrera, et forcera le nommé Bourmont à rendre ses canons et ses fusils. Il ramassera, à cet effet, toutes les troupes des départements de la Mayenne et de la Sarthe, en se concertant avec les généraux commandant ces départements. Toutes les fois qu’il se trouvera auprès du général Hédouville ou à portée de prendre ses ordres, il les exécutera ponctuellement.

Ce général, arrivé à Laval, vous fera connaître par un courrier extraordinaire la situation de ces troupes et les nouvelles qu’il pourrait
avoir de ces départements.

Faites partir cet ordre par un courrier extraordinaire, et recommandez qu’il soit exécuté le plus promptement possible.

Faites-moi connaître si le général Béthencourt test arrivé à Chartres; si les troupes d’Orléans y sont arrivées, et combien il a de monde sous ses ordres.

 

Paris, 14 février 1800

Au général Brune, commandant en chef de l’armée de l’Ouest

Vous trouverez ci-joint, Citoyen Général, le rapport du ministre de la guerre, relativement aux 3,600 hommes qui devaient se rendre à Brest pour s’y embarquer. Je n’ai pas besoin de vous dire pour quelle destination; vous la pressentez assez.

Comme il parait que le nombre n’a pas été complété, envoyez-y sur-le-champ les bataillons de conscrits qui sont dans votre arrondissement, et tous les conscrits que vous pourrez ramasser, ainsi que tous les prisonniers que vous ferez aux chouans, chefs, soldats, etc. Dans le pays où ils iront, ils se trouveront Français et sous des hommes qui leur donneront un bon exemple.

Il paraît que les départements de la rive gauche vont assez bien. Je vous ai écrit hier pour Bourmont. Vous allez achever Georges. Frotté est aux abois.

——–

J’attends votre premier courrier; il m’apportera la nouvelle de cinq ou six combats 1’un sur l’autre qui finiront la guerre de l’Ouest et retentiront dans l’Europe.

 

Paris, 14 février 1800

Au général Guidal, commandant la subdivision de l’Orne

J’ai mis sous les yeux du Premier Consul, Citoyen Général, la dépêche que vous m’avez adressée le 24 du courant et qu’un courrier m’a remise ce matin.

Le Premier Consul me charge de vous dire que vous devez vous conformer en tout aux ordres du général Lefebvre. Le général de division Gardanne ignorait les intentions du Gouvernement lorsqu’il vous écrivait de recevoir Frotté sans qu’au préalable le désarmement complet de ses bandes eût eu lieu. Georges même n’obtiendra aucunes conditions qu’il n’ait rendu ses douze canons et 20,000 armes, et, s’il résiste à cette demande, le général Brune a ordre de l’anéantir. Le Premier Consul m’ordonne de vous mander de mettre de bons espions en campagne et de marcher sur le lieu où Frotté et ses principaux officiers pourraient se réfugier, à moins que ce chef de rebelles ne consente au désarmement absolu de ses bandes. Il faut être bien aveugle pour ne pas sentir que le peuple abandonne ces brigands à leur impuissante rage. Il faut qu’au ler ventôse cette guerre soit terminée. La grande quantité de troupes qui couvre la 14e division militaire ne peut pas y rester toujours. Elles doivent être employées à désarmer les communes malintentionnées, à faire rejoindre les réquisitionnaires et les conscrits et à obliger les paysans à chasser eux-mêmes ou à livrer Frotté. Confiez une colonne au brave Jaume, votre aide de camp; mettez-vous à la tête de l’autre; le général Chambarlhac fera également marcher la sienne, et vous serez bientôt défait de Frotté. Qu’il se rende à discrétion:  il peut alors compter sur la générosité du Gouvernement, qui veut oublier le passé et rallier tous les Français, mais qui ne consentira jamais à être la dupe de quelques rebelles.

Vous connaissez le pays où vous êtes; vous y avez été longtemps. Vous pouvez plus qu’un autre y opérer le bien et en éloigner à jamais la guerre civile.

 

Paris, 14 février 1800

Au général Berthier, ministre de la guerre

Je n’ai point reçu, Citoyen Ministre, le rapport du général division Gauthier, que je vous avais demandé, sur les dépôts de l’armée d’Orient.

J’attache une grande importance à le recevoir sans délai. Vous donnerez au général de division Chabran l’ordre de rendre sur-le-champ à Chalon-sur-Saône, pour prendre le commandement des quatorze bataillons de dépôt de l’armée d’Orient. Le général Chabran les passera en revue et veillera à leur équipement, armement, habillement et recrutement. Ces bataillons resteront cantonnés à Mâcon, Châlon, Seurre et Saint-Jean-de-Losne. Ils seront exercés deux fois par jour à la manœuvre.

La division commandée par le général Chabran portera le nom de 1e division de l’armée de réserve. Il sera attaché à cette division trois pièces de 8 et un obusier de 6 pouces, servis par l’artillerie légère, deux pièces de 12, quatre de 8 et deux obusiers, servis par l’artillerie à pied. Le général Chabran aura sous ses ordres deux généraux de brigade et un adjudant général. Son quartier général sera à Châlons-sur-saône. Il ne recevra directement des ordres que du ministre de la guerre.

Je vous prie de me faire un rapport sur les légions polonaise, Nord et cisalpine, sur leur emplacement actuel et sur les mesures que vous avez adoptées pour leur formation, leur organisation et 1eur destination.

Le chef de brigade Taupin, qui est à Toulon, recevra de vous l’ordre de se rendre à Chalon-sur-Saône, pour y prendre le commandement des bataillons des 18e, 32e et 75e demi-brigades. Le chef de brigade Gaspard prendra celui des bataillons des 13e, 25e et 85e demi- brigades.

Les bataillons des 4e, 21e et 22e légères seront commandés également par un ancien chef de brigade de l’armée d’Italie qui aura fait la campagne d’Italie comme commandant une troupe.

Les bataillons de la 6le, de la 69, et de la 88e seront commandés par un chef de brigade sortant d’un de ces corps.

 

Paris, 15 février 1800

ARRÊTÉ

Les Consuls de la République arrêtent ce qui suit:

Le ministre de la police générale notifiera à tous les journalistes qu’ils ne doivent se permettre de rien imprimer dans leurs feuilles de relatif aux mouvements des armées de terre et de mer.

 

Paris, 15 février 1800

Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin

Le ministre de la guerre m’a remis, Citoyen Général, les états de situation que vous lui avez envoyés, en date du 20 nivôse. Je n’ai pu asseoir aucune idée d’après ces états de situation, puisque c’était l’ancienne organisation. Je vous prie de m’envoyer un état de situation exact de votre armée après la nouvelle organisation que vous lui avez donnée.

Je désire que vous composiez vos plus fortes divisions de quatre demi-brigades et d’une légère, et les plus faibles seulement de quatre; que chaque division n’ait pas plus de deux généraux de brigade et d’un adjudant général, et dans les plus fortes, un général de brigade ou un adjudant général de plus; qu’il y ait le moins de cavalerie possible attachée à une division, tout au plus un régiment de hussards ou de chasseurs; que vous partagiez également votre cavalerie en divisions, composées de quatre ou au plus de six régiments et quelques bataillons d’infanterie légère, commandées par un général de division, deux généraux de brigade et un adjudant général qu’il y ait tout au plus douze pièces d’artillerie attachées à chaque division; que vous ne laissiez dans toutes les places du Rhin et la 6e division que vos compagnies auxiliaires et vos dépôts; que vous parveniez à réunir en divisions actives l20 ou 130,000 hommes en dix ou quatorze divisions, y compris celles de cavalerie, et que vous laissiez les corps les plus fatigués dans Ehrenbreitstein et Kehl.

 

Paris, 16 février 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

D’après les nouvelles que je reçois, Citoyen Ministre, il me paraît que les Bataves se conduisent toujours de plus en plus mal. Je viens de donner les ordres pour faire partir sur-le-champ pour la Batavie la 29° demi-brigade légère, les 5e, 55e, 65e demi-brigades de ligne et 6,000 conscrits. Je viens de faire rapprocher de la Belgique plusieurs demi-brigades qui deviennent inutiles à l’Ouest.

L’ambassadeur batave viendra sûrement vous faire pressentir réponse à votre lettre. Ne lui faites qu’une réponse excessivement froide et courte:

« Le Premier Consul exécutera littéralement le traité de la Haye et la convention de Charles Delacroix, puisque ce sont les seuls traités qui aient remplacé le droit de conquête; mais il entend que de votre côté, vous les exécutiez avec la plus stricte exactitude. Il sait tenir ses engagements et est accoutumé à obliger les autre les tenir. Les ordres sont partis hier pour mettre en marche 25,000 hommes pour la Batavie. »

Je vous prie de m’envoyer le traité de la Haye et la convention Charles Delacroix.

 

Paris, 16 février 1800

A monsieur l’amiral Mazarredo

Le Premier Consul a lu avec le plus grand intérêt et avec la plus grande attention la lettre que vous lui avez transmise. Le citoyen Alquier est chargé de témoigner à Sa Majesté Catholique et à M. d’Urquijo les sentiments d’estime qu’il a pour elle et le cabinet de Madrid.

A son avènement à la première magistrature, le Premier Consul avait vu avec quelque peine les liaisons d’affaires que le ministre espagnol entretenait avec différents particuliers de Paris.

Si le Premier Consul n’a pas communiqué à Sa Majesté Catholique la demande qu’il a faite auprès du roi d’Angleterre, c’est qu’elle n’était qu’une première ouverture, qu’aucune condition n’était articulée, et que le vœu pour une première ouverture de négociations avait été plusieurs fois manifesté par Sa Majesté Catholique.

Mais, dès l’instant qu’il aurait été ou qu’il serait question d’articuler des conditions, même pour des préliminaires, le Premier Consul se ferait un devoir de ne rien faire que de concert avec Sa Majesté Catholique et pour le commun intérêt des deux relations.

Le Premier Consul me charge, Monsieur l’Amiral, de vous faire connaître combien il est reconnaissant des soins particuliers que vous vous êtes donnés pour procurer deux bricks pour l’Égypte, auxquels il continue d’attacher toujours une grande importance.

La soumission de l’Ouest, le départ des Russes, le rapprochement de la Porte ottomane de ses vrais intérêts, et l’amélioration sensible des finances de la République, vont mettre le Premier Consul dans le cas de proposer à Sa Majesté un plan digne des deux grandes Nations qui doivent contribuer à sa réussite.

 

Paris, 16 février 1800

Au citoyen Talleyrand, ministre des relations extérieures

Je vous prie, Citoyen Ministre, d’envoyer chercher les différents Irlandais qui se disent à Paris chargés des intérêts des insurgés, de leur demander des notes sur la situation actuelle de l’Irlande, et de laisser entrevoir qu’aujourd’hui que les départements de l’Ouest sont pacifiés, il serait possible que le Gouvernement se décidât à délivrer l’Irlande.

 

Paris, 16 février 1800

Au général Moreau, commandant en chef l’armée du Rhin

Un grand nombre de personnes me répètent qu’une partie des individus qui composent le Gouvernement helvétique sont enclins pour les Autrichiens. En effet, je suis instruit que depuis une quinzaine de jours l’on répète et l’on calcule des projets de paix séparée, que l’on décore du nom de neutralité. Cette idée est absurde, si elle n’est malveillante; il n’est plus aujourd’hui de milieu entre la Suisse: ou libre, et indépendante, et nous aidant dans la guerre pour arriver à la paix, ou esclave des princes d’Autriche, ses anciens maîtres.

Faites sentir au Gouvernement, dans des conversations journalières, l’inconséquence et le danger pour eux de laisser circuler de pareilles chimères.