Correspondance de Napoléon Ier – Septembre 1808

Saint-Cloud, 1er septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je vous envoie une note sur l’état de l’armée d’Espagne, qui prouve qu’à votre quartier général on ne connaît pas l’état de l’armée. Vous trouverez également ci-joint l’état des corps qui sont aujourd’hui en Espagne, sans compter les corps de Catalogne. Faites-vous rendre compte où se trouvent les différents détachements, et procurez leur réunion.

La division Frère est composée de trois bataillons de la 2e légion de réserve. Le 1e bataillon est au corps du maréchal Bessières, faisant partie des régiments supplémentaires il faut le réunir aux trois premiers. Le 5e bataillon est à Bayonne il faut le faire revenir. Par ce moyen, la division Frère aura cinq bataillons de la même légion, formant 4,000 hommes; ce qui est toujours avantageux pour la comptabilité et pour le bien du corps.

En général, travaillez à réunir tous les corps, à faire rejoindre tous les détachements. Ces soins sont nécessaires pour réorganiser l’armée.

Je vous recommande de veiller à ce qu’on n’envoie l’état de situation de l’armée tous les cinq jours, afin de voir le progrès de l’organisation.

 

Paris, ler septembre 1808

RAPPORT FAIT A L’EMPEREUR PAR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

1)ce rapport, bien que publié au Moniteur avec la signature de M. de Champagny, ministre des relations extérieures, peut être considéré, comme l’oeuvre personnelle de Napoléon. La minute porte en effet la trace de nombreuses corrections de la main de l’Empereur, et plusieurs passages ont été écrits entièrement sous sa dictée

 

Sire, j’ai l’honneur de proposer à Votre Majesté de communiquer au Sénat les deux traités qui ont mis la Couronne d’Espagne entre ses Mains, celui par lequel elle en a disposé et la constitution que , sous Ses auspices et éclairée par ses lumières, la junte, rassemblée à Bayonne, après de mûres et libres délibérations, a adoptée pour la gloire du nom espagnol et la prospérité de ce royaume et de ses colonies.

Si, dans les dispositions que Votre Majesté a faites, la sécurité de la France a été votre objet principal, l’intérêt de l’Espagne vous a cependant été cher, et, en unissant les deux États par l’alliance la plus intime, la prospérité et la gloire de l’un et de l’autre étaient également le but que vous vous proposiez. Les troubles qui se manifestaient alors en Espagne excitaient particulièrement la sollicitude de Votre Majesté; elle en craignait les progrès ; elle en prévoyait les funestes conséquences. Elle espérait les prévenir par des moyens de persuasion et par des mesures d’une sage et humaine politique. Votre Majesté intervenait comme médiateur au milieu des Espagnols divisés ; elle leur montrait, d’un côté, l’anarchie qui les menaçait, de l’autre, l’Angleterre s’apprêtant à profiter de leurs divisions pour s’approprier ce qui est à sa convenance; elle leur indiquait le port qui devait les sauver de ce double danger, une constitution sage, prévoyante, propre à pourvoir à tous les besoins, et dans laquelle les idées libérales se conciliaient avec les institutions anciennes dont
l’Espagne désire la conservation.

L’attente de Votre Majesté a été trompée. Des intérêts particuliers, les intrigues de l’étranger, son or corrupteur, ont prévalu sur l’influence qu’il lui appartenait d’exercer. Pourquoi est-il si facile, en déchaînant leurs passions, de conduire les peuples à leur propre ruine ? Dans un précédent rapport, j’ai fait connaître à Votre Majesté l’influence qu’acquéraient les Anglais en Espagne, le parti nombreux qu’ils s’étaient formé, les amis qu’ils s’étaient faits dans les ports de commerce, surtout par l’appât du rétablissement des relations commerciales; je les avais montrés à Votre Majesté auteurs du mouvement qui avait renversé le trône de Charles IV, et fauteurs des désordres populaires qui prirent naissance à cette époque. Ils avaient brisé le frein salutaire qui, pour son intérêt, tient le peuple dans la soumission. La populace espagnole, ayant secoué le joug de l’autorité, aspirait à gouverner. L’or des Anglais, les intrigues des agents de l’inquisition, qui craignaient de perdre leur empire, l’influence des moines, si nombreux en Espagne et qui redoutaient une réforme, ont, dans ce moment de crise, occasionné l’insurrection de plusieurs provinces espagnoles, dans lesquelles la voix des hommes sages a été méconnue ou étouffée, et plusieurs d’entre eux rendus victimes de leur courageuse opposition aux désordres populaires ; et on a vu une épouvantable anarchie se répandre dans la plus grande partie de l’Espagne. Votre Majesté permettra-t-elle que l’Angleterre puisse dire : “L’Espagne est une de mes provinces; mon pavillon chassé de la Baltique, des mers du Nord, du Levant et même des rivages de Perse, domine aux portes de la France ?”. Non, jamais, Sire !

Pour prévenir tant de honte et de malheurs, deux millions de braves sont prêts, s’il le faut, à franchir les Pyrénées , et les Anglais seront chassés de la presqu’île.

Si les Français combattent pour la liberté des mers, il faut, pour la conquérir , commencer par arracher l’Espagne à l’influence des tyrans des mers. S’ils combattent pour la paix, ils ne peuvent l’obtenir qu’après avoir chassé de l’Espagne les ennemis de la paix.

Si Votre Majesté, embrassant l’avenir comme le présent, aspire au noble but de laisser après elle son empire calme, tranquille et environné de puissances amies, elle doit commencer par assurer son influence sur les Espagnes.

Enfin, si l’honneur est le premier sentiment comme le premier bien des Français, il faut que Votre Majesté tire une prompte vengeance des outrages faits au nom français et des atrocités dont un si grand nombre de nos compatriotes ont été victimes. Des Français établis en Espagne depuis plus de quarante ans, exerçant en paix leur utile industrie et regardant presque l’Espagne comme leur patrie, ont été massacrés. Partout les propriétés françaises ont été enlevées. Les agents consulaires de Votre Majesté ont éprouvé un traitement qu’ils n’auraient point redouté dans les pays les plus barbares. De quelle estime, de quelle considération jouirait en Europe le nom français, si, dans un pays si voisin de nous, des injures aussi atroces et aussi publiques restaient impunies ? Elles doivent être vengées, mais vengées comme il convient à des Français, par la victoire. Ce n’est pas un faible avantage que la probabilité de rencontrer enfin les Anglais, de les serrer corps à corps, de leur faire aussi éprouver les maux de la guerre, de cette guerre dont ils ignorent les dangers , puisqu’ils ne la font qu’avec leur or. Contre eux les soldats de Votre Majesté auront un double courage. Les Anglais seront battus, détruits, dispersés, à moins qu’ils ne se hâtent de fuir, comme ils ont fait à Toulon , au Helder, à Dunkerque, en Suède et dans tous les lieux où les armées françaises ont pu les apercevoir. Mais leur expulsion de l’Espagne sera la ruine de leur cause. Ce dernier échec aura épuisé leurs moyens en même temps qu’anéanti leurs dernières espérances, et la paix en deviendra plus probable. Cependant toute l’Europe fait dans cette lutte des vœux pour la France. La France et la Russie font cause commune contre l’Angleterre.

Le Danemark soutient avec honneur une lutte qu’il n’a pas provoquée.

La Suède, trahie et abandonnée par l’allié auquel un cabinet insensé l’a sacrifiée, a déjà perdu ses plus importantes provinces et marche à cette ruine, effet inévitable de l’alliance et de l’amitié de l’Angleterre. Tel sera le sort des insurgés de l’Espagne.

Lorsque la lutte sera sérieusement engagée, les Anglais abandonneront l’Espagne, après lui avoir fait le funeste présent de la guerre civile, de la guerre étrangère et de l’anarchie, le plus cruel des fléaux. Ce sera à la sagesse et à la bienfaisance de Votre Majesté à réparer les maux qu’ils auront faits.

La cour de Vienne a constamment témoigné à Votre Majesté les intentions les plus amicales. Indignée de la politique de l’Angleterre, elle a voulu rappeler son ministre de Londres, renvoyer le ministre anglais qui était à Vienne, fermer ses ports à l’Angleterre et se mettre avec elle en état d’hostilité. Elle vient d’ajouter à ces mesures en interdisant dans ses ports l’admission des bâtiments qui, sous pavillon neutre, ne sont que les colporteurs des denrées et des marchandises anglaises. Votre Majesté a cultivé ces dispositions bienveillantes; elle a témoigné à la cour de Vienne amitié et confiance , et plusieurs fois elle lui a fait connaître que la France prend à sa prospérité un véritable intérêt.

Dans ces derniers temps, cette puissance ayant porté outre mesure ses forces militaires, devenues hors de toute proportion avec sa population et ses finances, Votre Majesté se voit obligée d’imposer de nouvelles charges à ses peuples.

Une nouvelle révolution a éclaté à Constantinople; Sultan-Mustafa a été déposé.

Les Américains, ce peuple qui mettait sa fortune, sa prospérité et presque son existence dans le commerce, a donné l’exemple d’un grand et courageux sacrifice. Il s’est interdit, par un embargo général, tout commerce, toute négociation, plutôt que de se soumettre honteusement à ce tribut que les Anglais prétendent imposer aux navigateurs de toutes les nations.

L’Allemagne, l’Italie, la Suisse, la Hollande, sont paisibles et n’attendent que la paix maritime pour se livrer à toute leur industrie.

Cette paix est le vœu du monde; mais l’Angleterre s’y oppose , et l’Angleterre est l’ennemie du monde.

La nation française, l’Europe entière savent tous les efforts de Votre Majesté pour la paix; elles savent que les entreprises dans lesquelles elle se trouve engagée sont le résultat immédiat de l’inutilité des tentatives qu’elle a faites pour l’obtenir.

Le dévouement du peuple français est sans bornes, et c’est surtout dans une circonstance qui intéresse aussi essentiellement son honneur et sa sûreté, qu’il fera éclater ses sentiments, et qu’il se montrera digne de recueillir l’héritage de gloire et de bonheur que Votre Majesté lui prépare.

 

Saint-Cloud, 2 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur de Champagny, écrivez à mon ministre à Vitoria que je ne veux pas de ministre espagnol à Paris, à moins que ce ne soit un homme très-sûr ; mais que M. de Frias serait très-propre à cette place, et que cela ferait beaucoup de bien dans le pays.

 

Saint-Cloud, 2 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris. 

Je vous envoie une lettre fort extraordinaire, autant que je puisse la comprendre. Faîtes-là traduire et faîtes-m’en un rapport. Rapportez-la-moi demain au lever, pour que nous en causions. Faîtes-moi également un rapport sur tous ces papiers.

 

2)Il s’agit de la lettre de Stein à Wittgenstein

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris.

Monsieur Cretet, donnez des ordres pour que la ville de Metz fête les troupes à leur passage. Comme la ville ne serait pas assez riche, je lui donnerai 3 francs par homme, mais il faut que tout se fasse au nom de la ville. Le corps municipal les haranguera, les traitera, donnera à dîner aux officiers, fera élever des arcs de triomphe aux portes où elles passeront , et y mettra des inscriptions. Donnez le même ordre pour la ville de Nancy, qui est le lieu de passage de la colonne du centre. Pour la colonne de droite, elle sera fêtée à Reims. Je désire que vous engagiez les préfets des départements qui sont sur la route à avoir des soins particuliers pour les troupes, et à entretenir par tous les moyens le bon esprit qui les anime et leur amour de la gloire. Des harangues, des couplets, des spectacles gratis, des dîners, voilà ce que j’attends des citoyens pour les soldats qui rentrent vainqueurs.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1808

A Joachim Murat, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai reçu votre lettre du 21 août, dans laquelle vous m’instruisez que vous vous rendez à Naples. Je suppose que vous y êtes arrivé à l’heure qu’il est. J’ai grande impatience de vous y savoir, afin d’être sans inquiétude sur la tranquillité de ce pays.

 

Saint-Cloud, 3 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites mettre dans le Moniteur les nouvelles de la Perse où il est dit que les Anglais y ont été battus et les dernières nouvelles du Levant qui font connaître l’état des choses

 

Saint-Cloud, 4 septembre 1808

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, mon ministre des relations extérieures mettra sous vos yeux les différents traités relatifs à l’Espagne et les constitutions acceptées par la junte espagnole. Mon ministre de la guerre vous fera connaître les besoins et la situation de mes armées dans les différentes parties du monde.

Je suis résolu à pousser les affaires d’Espagne avec la plus grande activité, et à détruire les armées que l’Angleterre a débarquées dans ce pays. La sécurité future de mes peuples, la prospérité du commerce et la paix maritime sont également attachées à ces importantes opérations.

Mon alliance avec l’empereur de Russie ne laisse à l’Angleterre aucun espoir dans ses projets.

Je crois à la paix du continent; mais je ne veux ni ne dois dépendre des faux calculs et des erreurs des autres cours, et, puisque mes voisins augmentent leurs armées, il est de mon devoir d’augmenter les miennes.

L’empire de Constantinople est en proie aux plus affreux bouleversements. Le sultan Selini, le meilleur empereur qu’aient eu depuis longtemps les Ottomans, vient de mourir de la main de ses propres neveux. Cette catastrophe m’a été sensible.

J’impose avec confiance de nouveaux sacrifices à mes peuples. Ils sont nécessaires pour leur en épargner de plus considérables et pour nous conduire au grand résultat de la paix générale, qui doit seule être regardée comme le moment du repos.

Français, je n’ai dans mes projets qu’un but, votre bonheur et la sécurité de vos enfants; et, si je vous connais bien, vous vous hâterez de répondre au nouvel appel qu’exige l’intérêt de la patrie. Vous m’avez dit si souvent que vous m’aimiez ! Je reconnaîtrai la vérité de vos sentiments à l’empressement que vous mettrez à seconder des projets si intimement liés à vos plus chers intérêts, à l’honneur de l’Empire et à ma gloire.

 

Saint-Cloud, 4 septembre 1808

Au maréchal Soult, chargé du commandement de la Grande Armée, à Stettin

La lettre de M. de Stein me paraît fort extraordinaire. Je pense qu’il est bon de faire conduire en France sous bonne et sûre garde l’assesseur Roppe, pour l’interroger en détail. Tirez-en, en attendant, le parti que vous pourrez, en le faisant mettre au secret et en l’interrogeant. Ces Prussiens sont de pauvres et misérables gens. Pour peu que vous ayez des soupçons sur le général Rüchel, faîtes-le arrêter et conduire en France; mais il ne faut pas le manquer.

Demain paraît un sénatus-consulte pour une levée de 140,000 hommes de la conscription. Moyennant cette levée, votre corps sera porté à 56 bataillons ou 48,000 hommes d’infanterie; le maréchal Davoust sera porté à la même force, de sorte que la perte que fait la grande armée par le départ des 1er et 6e corps sera réparée quant au nombre. Tout ce que l’Autriche fait, elle le fait par peur; mais, si l’on ne prend pas de mesures efficaces, elle pourrait s’encourager. Quant au moment présent, la paix est certaine; mais on ne voit pas ce que, d’ici au mois de mai prochain, les intrigues des Anglais pourront produire. Je veux avoir pour cette époque 200,000 hommes en Allemagne et 100,000 en Italie.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je désire avoir un bataillon des trois Maisons d’Anhalt, de 800 hommes; un régiment des cinq Maisons ducales de Saxe. Le régiment des cinq Maisons ducales de Saxe serait composé de deux bataillons de six compagnies chacun, chaque compagnie de 140 hommes, et d’une compagnie d’artillerie de 140 hommes, servant six pièces attelées, total 1,820 hommes. Je désirerais qu’ils passassent au camp de Boulogne, où ils se disciplineraient, se formeraient et seraient à garder ce poste important. Je me chargerais de nourrir ces troupes ; les Maisons de Saxe les solderaient, et, si la guerre avait lieu, elles feraient partie de leur contingent. Je désirerais que les Waldeck, les quatre Reuss, les deux La Lippe, les deux Schwarzburg, dont le contingent se monte à 2,200 hommes, pussent ensemble me former un bataillon de six compagnies. Les deux Maisons de Schwarzburq me fourniraient deux compagnies de 280 hommes; les deux La Lippe, deux compagnies de 280 hommes ; les quatre Reuss, une compagnie de 140 hommes; les Waldeck, une compagnie de 140 hommes. Ces six compagnies, ayant le même uniforme, formeraient une force de 840 hommes qui se rendraient au camp de Boulogne; ce qui me ferait, avec le bataillon d’Anhalt et les deux bataillons des Maisons ducales de Saxe, quatre bataillons ou 3,000 à 3,300 hommes, qui seraient au camp de Boulogne.

Écrivez au prince Primat et à mes chargés d’affaires que mon but est de rendre mes troupes disponibles, et de former le noyau de leur contingent, de le discipliner à la française; que je le nourrirai, et qu’ils le solderont. Je désirerais que ces troupes passassent le Rhin avant le 15 septembre. Vous ferez demander au grand-duc de Würzburg s’il lui convient de fournir un régiment de deux bataillons de six compagnies de 140 hommes chacune, c’est-à-dire de 1,600 hommes, et une compagnie d’artillerie, pour tenir garnison sur les côtes de la Bretagne ou à la Rochelle, ce qui rendrait disponibles mes troupes. En cas qu’il dût fournir son contingent, ces troupes seraient comptées; je leur fournirais les vivres, et le grand-duc leur fournirait la solde. Comme il est nécessaire que les corps de Nassau, de Bade, de Hesse-Darmstadt et du prince Primat soient complets, je désire que vous fassiez demander, par un ministre près de ces princes, de faire passer à Metz 200 hommes pour Nassau , une compagnie de 100 hommes pour le prince Primat, et deux compagnies de 200 hommes pour Hesse-Darmstadt. Ces trois compagnies faisant 500 hommes se réuniraient à Metz, d’où elles partiraient pour joindre leur régiment, et y seraient encadrées pour les tenir au complet. Cela est en forme de recrues. Écrivez à mes ministres près les cours de Bavière, de Saxe, de Würtemberg , de Bade et de Hesse, de vous faire connaître quel sera l’état du contingent de ces Maisons au 20 septembre , en distinguant l’effectif des présents sous les armes , le lieu où ils se trouvent, et l’infanterie de la cavalerie et de l’artillerie. Écrivez aussi en Suisse pour qu’on presse le recrutement. Il faut demander à la cour de Bade si elle pourrait fournir pour joindre à son infanterie un régiment de cavalerie de 400 chevaux.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je n’ai pas balancé, comme de raison, entre les deux décrets que vous m’avez présentés sur les officiers d’artillerie de ma Garde. Le décret que j’ai signé est celui qui conserve ceux qui y sont aujourd’hui. Je ne conçois pas comment on peut dire que ces officiers n’ont pas servi dans l’artillerie. Je ne sais s’ils sont sortis des écoles, mais tous servent sur le champ de bataille depuis quatorze ans; cela vaut bien le polygone. D’ailleurs presque tous ont servi dans des régiments de ligne. Au reste, s’il y en a quelques-uns qu’il faille ôter de la Garde, il faut m’en faire un rapport à part. Les décrets que j’ai signés de confiance ne doivent jamais porter d’exclusion de ma Garde, à moins de rapports particuliers.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, je vois par la lettre du général de Grave que les bains de Bagnères-de-Luchon ne sont pas à l’abri d’un coup de main. Donnez ordre au général commandant la 10e division militaire d’y faire revenir le bataillon de gardes nationales qui y était et autorisez le général saint-Cyr à prendre des mesures pour assurer la tranquillité de ces eaux.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Champagny a dû vous envoyer la lettre de M. de Stein. Vous devez faire mettre le séquestre sur les biens de cet individu qui sont dans votre royaume, et le faire citer devant vous pour rendre compte de sa conduite. Il est votre sujet, et cette qualité est inaliénable. S’il ne vient pas, ses biens doivent être confisqués.

P.S. Provisoirement, faîtes mettre le séquestre sur ses biens.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

A Madame de La Rochefoucauld, dame d’honneur de l’Impératrice, à Paris

Le général Marescot s’étant déshonoré en attachant son nom à une infâme capitulation, ce qui m’a contraint à lui ôter toutes ses charges et emplois, dans cette situation de choses, il est impossible que Mme Marescot continue à être dame du Palais, quelque innocente que soit cette dame et quelque mérite qu’elle ait d’ailleurs. Je désire donc que vous lui fassiez demander sa démission, en portant dans cette démarche tous les adoucissements qu’il vous sera possible.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, expédiez au maréchal Mortier un courrier pour lui faire connaître que, s’il n’a pas dépassé la Silésie, il prenne position à Glogau, en prenant le commandement de la basse Silésie et laissant celui de la haute Silésie au maréchal Davout, et occupant les camps du maréchal Ney; que si, au contraire, il a dépassé la Silésie, il continue sa route, mais sans se presser, sur Bayreuth.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

Au général Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Le 52e a encore à son dépôt, dans la 28e division, 80 hommes habillés en paysans; le 67e, 15 hommes; le 101e, 200 ; le 102e, 240. Dans la 27e division, le 6e a 33 hommes habillés en paysans; le 14e léger, 41. Cela me paraît très-abusif. Faites-moi connaître pourquoi ces hommes n’ont pas sur-le-champ des culottes et vestes d’uniforme.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

A M. Daru, intendant général de la Grande Armée, à Berlin

Monsieur Daru, expédiez la lettre ci-jointe par un courrier extraordinaire au général Caulaincourt. Comme il pourrait être parti de Pétersbourg avant le 12 de ce mois, vous ferez prendre au courrier la route de Küstrin, et vous lui recommanderez de s’informer de toutes les voitures.

Mon intention est décidément de laisser en Allemagne le corps du maréchal Soult, celui du maréchal Davout, la division Oudinot, le 5e corps, trois divisions de cuirassiers, les régiments de cavalerie légère qui s’y trouvent, ainsi que le corps du prince de Ponte-Corvo et les divisions de dragons. On ne peut pas s’entendre avec ces Prussiens, qui diffèrent toujours de signer, de manière qu’ils pourraient bien manquer l’occasion.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

DÉCRET.

L’armée d’Espagne sera composée de six corps d’armée.

ARTICLE 1er. – Le ler corps sera commandé par le maréchal Victor et composé des trois divisions d’infanterie qui forment aujourd’hui le ler corps de la Grande Armée, qui prendra le nom de 1er corps de l’armée d’Espagne, et de la division de cavalerie légère attachée au même corps, composée de quatre régiments et commandée par le général de brigade Beaumont.

ART. 2. – Le 2e corps de l’armée d’Espagne sera commandé par le maréchal Bessières et composé de la manière suivante :

1e division, que commandera le général de division Mouton, comprenant le 4e régiment d’infanterie légère, les 15e, 26e et 55e régiments d’infanterie de ligne et le bataillon de Paris ;

2e division, que commande le général de division Merle, et comprenant le 47e régiment de ligne (on y réunira le bataillon qui est au corps de Saragosse), le 86e régiment de ligne, le 70e régiment de ligne (on y réunira le bataillon qui est au corps de Saragosse) , deux bataillons suisses, les ler et 2e régiments supplémentaires ; ces régiments seront composés, savoir : le ler régiment; des 4e et 5e bataillons de la 4e légion et du 4e bataillon de la 5e légion, formant un effectif de 2,500 hommes; le 2e régiment du 4e bataillon de la 3e légion, des 3e et 4e bataillons de la 3e légion, formant un effectif de 2,000 hommes;
3e division, que commande le général de division Bonet, et comprenant les anciens 13e et 14e régiments provisoires d’infanterie (entiers, en y réunissant ce qui est au corps de Saragosse) , les 17e et 18e régiments provisoires;

Ce qui portera ce corps d’armée, en y réunissant tous les détachements, à 24,000 hommes d’infanterie.

Division de cavalerie, que commande le général Lasalle, comprenant les 10e, 22e et 26e chasseurs et le 9e dragons ; force, 2,000 hommes.

ART. 3. – Le 3e corps sera commandé par le maréchal Moncey, et sera composé de la manière suivante :

1e division, que commande le général de division Musnier, comprenant les 114e et 115e régiments d’infanterie de ligne et le ler bataillon de Westphalie;
2e division, que commande le général de division Morlot, comprenant les 116e et 117e régiments d’infanterie de ligne, un bataillon irlandais et un bataillon de Prusse;
3e division, que commande le général de division Frère, comprenant la 2e légion de réserve, composée des ler, 2e, 3e, 4e et 5e bataillons de cette légion ; le 5e d’infanterie légère, les ler et 2e régiments provisoires de hussards, le ler régiment provisoire de grosse cavalerie, dragons; total, 2,000 hommes de cavalerie;

Ce qui portera ces trois divisions à 18,000 hommes d’infanterie. Ce corps gardera les régiments de cavalerie légère qu’il a; ce qui portera sa force à 21,000 hommes.

ART. 4. – Le 4e corps sera commandé par le duc de Danzig et composé de la manière suivante :

1ere division, que commande le général Sebastiani, comprenant les 32e, 75e, 28e et 58e régiments d’infanterie de ligne ;
2e division, que commande le général Leval, comprenant un corps de Nassau, un corps de Bade, un corps de Hesse-Darmstadt et un bataillon du prince Primat ;
3e division, que commande le général Valence, sénateur, comprenant les trois nouveaux régiments, qui se réunissent à Sedan;
4e division, comprenant la brigade hollandaise qui se réunit à Gand et qui arrive à Paris, et la brigade westphalienne qui arrive sur le Rhin.

Chacune de ces divisions étant de 6,000 hommes, ce corps d’armée sera de 24,000 hommes d’infanterie et de quarante-huit pièces de canon. La cavalerie se composera du 5e régiment de dragons, 500 hommes; des hussards hollandais, 500 hommes; des cheval légers westphaliens, 500 hommes; total, 1,500 hommes.

ART. 5. – Le 5e corps sera commandé par le général de division Saint-Cyr, et composé de la manière suivante :

1e division, que commande le général de division Chabran ; 2e division, que commande le général Souham ; 3e division, que commande le général Lechi; 4e division, que commande le général Pino; 5e division, que commande le général Chabot ;

Le général Reille rentrera à mon état-major;

Cavalerie, celle de la division Pino et du corps du général Duhesme.

ART. 6. – Le 6e corps sera commandé par le maréchal Ney et composé de la manière suivante : 1e division, que commande le général de division Marchand ; 2e division, que commande le général de division Bisson; 3e division, que commande le général de division Mermet, comprenant le 31e régiment d’infanterie légère, les 14e et 44e régiments de ligne; 4e division, comprenant les trois régiments de la Vistule et 1,000 sapeurs ou mineurs; cavalerie, composée du régiment de lanciers polonais , des deux régiments de cavalerie légère du 6e corps; total, 2,200 hommes;

Ce qui portera ce corps d’armée à 27,000 hommes d’infanterie, à 3,000 hommes d’artillerie, sapeurs et mineurs, et à 2,900 chevaux. Ce corps aura cinquante-cinq à soixante pièces de canon.

ART. 7. – La réserve sera composée de la manière suivante : une division de réserve composée des 2e, 12e d’infanterie légère, 43e, 51e de ligne, formant 6,000 hommes ; six bataillons de fusiliers de la Garde impériale, six bataillons de grenadiers et chasseurs à pied de la Garde, formant 6,000 hommes ; la garde du roi d’Espagne, de 1,500 hommes; ce qui portera l’infanterie de ce corps à 14,000 hommes; les grenadiers et chasseurs à cheval de la Garde impériale et les dragons et chevau-légers polonais, la garde à cheval du roi d’Espagne, formant en tout 4,000 hommes; quatre divisions de dragons formant seize régiments et près de 14,000 hommes ; ce qui portera la cavalerie de la réserve à 18,000 chevaux; l’artillerie de la Garde impériale de soixante pièces de canon attelées ; le total de la réserve à 34,000 hommes.

ART. 8. – Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808.

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Miranda

Mon Frère, j’ai reçu votre lettre du ler septembre. Il est malheureux que le maréchal Moncey ait laissé échapper l’armée de Montijo, qui n’était qu’un ramassis de mauvaises troupes dont il fallait faire justice.

Je suppose que vous avez donné l’ordre de fortifier Tudela et d’établir des redoutes sur les hauteurs voisines de la ligne d’opérations sur Pampelune. Si l’on agit autrement, ce sera méconnaître l’importance dont est cette place sous tous les points de vue possibles.

L’évacuation de Tudela est un malheur, puisqu’elle a fatigué l’armée sans motifs. Vous sentez combien je souffre de tout ce qui se passe en Espagne; mais une entrevue que je dois avoir avec l’empereur de Russie, et qui est fixée au 26, m’oblige à partir pour la Saxe sous huit ou dix jours.

Le major général vous envoie l’organisation de l’armée d’Espagne en six grands corps. Si l’ennemi se tient en ligne devant vous, à l’ouverture de la campagne, il faudra commencer par le battre, car il est à croire qu’à l’arrivée de l’armée il se retirera. Ce sera par le siège de Saragosse, l’occupation de Santander, et en balayant le royaume de Léon, qu’il faudra commencer.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Monsieur mon Frère, je vous ai fait connaître les circonstances qui m’ont fait penser que le contingent de la Confédération devait se tenir en mesure. J’ai eu en vue d’épargner les maux de la guerre à la Confédération et de la tenir en état de porter la guerre sur le territoire étranger; car le plus grand mal qui puisse arriver à une nation, c’est de voir son pays devenir le théâtre de la guerre. Je continue de faire connaître à Votre Majesté ce que je vois des événements.

Je suis certain des sentiments de la Russie. L’Autriche a un langage très-pacifique, mais ses armements le démentent. Les nombreux débarquements des Anglais en Espagne et la situation des affaires de ce pays m’ont obligé à retirer de l’Allemagne dix-huit régiments d’infanterie. Je les ai fait remplacer par trente bataillons des mêmes corps qui restent en Allemagne, de sorte que j’y aurai toujours près de 200,000 Français. Le 3e corps, que commande le maréchal Davout, renforcé de la division du général Oudinot, a pris position en Silésie. Le maréchal Soult, qui commande le 4e corps, est à Berlin, prêt à se porter partout où il sera nécessaire ; et le 5e corps, commandé par le maréchal Mortier, a pris position à Bayreuth. Les différentes divisions de la Confédération renforceraient ces corps en cas d’événement et formeraient une force de 300,000 hommes, avec lesquels je me porterais à la tête de mes gardes, que je ferais mettre sur le pied de guerre, si le cas arrivait. J’ai jugé nécessaire de faire à mes peuples un appel de 160,000 hommes, ce qui me mettra à même de renforcer mes troupes d’Allemagne et d’Italie.

Dans cette situation des choses, je continue les armements jusqu’à ce que je voie se réaliser les promesses de la cour de Vienne de remettre les choses sur le pied où elles étaient avant l’été. Je serai bien aise que Votre Majesté me fasse connaître les renseignements quelle aura par ses agents. Ce ne sont point des paroles qu’il nous faut, mais des faits. Nous n’avons rien à demander à l’Autriche; les thalwegs de l’Inn et de l’Isonzo et les montagnes de la Bohème nous séparent entièrement. Puisque les troupes de Votre Majesté sont réunies, je l’engage à les passer en revue, à les discipliner, à les accoutumer aux grandes manœuvres. Elle sentira que la dépense de quelques centaines de milliers de florins sera bien compensée par la sûreté qu’elle donnera à ses frontières et par le respect que cela inspirera à ceux qui nourriraient de mauvaises intentions. Je ferai, et j’obtiendrai de mes peuples , les sacrifices nécessaires pour que le mur d’airain élevé sur les limites de la Confédération ne puisse jamais être franchi; mais Votre Majesté sent qu’il est nécessaire aussi qu’elle fasse quelques sacrifices pour maintenir ses troupes sur un pied parfait, pour que son contingent soit complet, non à l’effectif, mais présent sous les armes, avec ses caissons et tout l’attirail nécessaire.
Il est une institution sur l’importance de laquelle je ne saurais trop insister auprès de Votre Majesté, c’est l’établissement de caissons des transports militaires. Quatre caissons par 1,000 hommes sont nécessaires; un pour l’ambulance et trois pour le pain. Ainsi 30,000 hommes doivent avoir 120 caissons, de manière à pouvoir transporter quatre jours de pain, indépendamment des quatre jours que chaque soldat doit avoir dans une expédition. J’engagerai aussi Votre Majesté à faire faire à ses troupes l’exercice à feu.

Les nouvelles que je recevrai d’ici au commencement d’octobre, et les renseignements que donneront mes agents et ceux de la Confédération, seront l’objet d’une troisième lettre, et nous feront connaître si nous devons nous mettre sur le pied de paix pour épargner les dépenses. C’est la conduite de l’Autriche qui nous guidera. Depuis ma dernière lettre à Votre Majesté, tous les pourparlers ont été très-pacifiques, et je me flatte que je pourrai écrire à Votre Majesté, au commencement d’octobre, une lettre qui la rassure entièrement.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

A Charles Frédéric, Grand-Duc de Bade, à Karlsruhe

Mon Frère, j’ai appris avec plaisir que le contingent de Votre Altesse Royale était prêt. Il faudrait qu’il fût muni de quatre caissons pour 1,000 hommes, afin de pouvoir transporter toujours quatre jours de pain pour la troupe. Je désire également que le nombre d’hommes que Votre Altesse Royale doit fournir soit présent sous les armes. Mes relations avec l’Autriche sont très-amicales ; tout me porte à penser qu’elle se remettra sur le même pied qu’au commencement de l’été, et que je pourrai alors écrire à Votre Altesse Royale de faire rentrer son contingent. Qu’elle emploie ce mois à le faire exercer, surtout aux exercices à feu. J’ai retiré de mon armée d’Allemagne dix-huit régiments d’infanterie, mais j’envoie l’équivalent en renforts aux corps qui s’y trouvent. Je fais d’ailleurs une levée considérable, qui se forme en réserve prête à se porter où il le faudrait; car, si la paix devait être troublée, ce qui, j’espère, n’aura pas lieu, il faut que mon armée puisse établir la guerre sur le territoire ennemi. Je finis par répéter à Votre Altesse Royale que toutes les assurances de l’Autriche sont très-pacifiques, et que, de mon côté, je ne veux ni ne demande rien à cette puissance, que de vivre en paix, en bon voisinage.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

A Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, le général Caulaincourt me mande que Votre Majesté part le 12 septembre pour Erfurt ou Weimar. J’envoie le maréchal duc de Montebello à la rencontre de Votre Majesté sur la Vistule, afin qu’il lui exprime quelques jours d’avance le bonheur que j’ai de la revoir et tous les sentiments qu’elle m’a depuis si temps inspirés. Je le charge aussi de prendre immédiatement soin de tout ce qui est relatif aux escortes de Votre Majesté.

 

Saint-Cloud, 7 septembre 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois votre lettre du 23 août. Je partirai d’ici le 20 du mois pour être rendu à Erfurt à temps. Le général Oudinot part pour prendre le commandement de la ville d’Erfurt. Des maréchaux-logis de la cour partent pour marquer les logements. Un bataillon de ma garde s’y rend pour tenir garnison. Le maréchal Lannes part pour aller à la rencontre de l’empereur sur la Vistule; le maréchal Soult est prévenu à Berlin, pour que tout soit convenablement disposé. Quelque chose qu’on fasse, je crains qu’on soit mal à Erfurt. Peut-être aurait-on bien fait de préférer Weimar : le château est superbe, et on y aurait été mieux. Je ne me souviens pas des raisons qui ont fait donner la préférence à Erfurt. Si c’était à cause de moi, je serais aussi bien à Weimar. Cependant tout sera prêt à Erfurt.

Vous trouverez ci-joint le Moniteur, qui vous fera connaître les affaires d’Espagne. J’ai des nouvelles du Portugal du 20 août; tout était dans le meilleur état à Lisbonne; les Russes et les Français étaient de la meilleure intelligence et se préparaient à se défendre contre tout événement.

Hier, il y a en une séance extraordinaire du Sénat, présidée par l’archichancelier, à laquelle les princes ont assisté. Champagny a lu deux rapports sur les affaires actuelles et donné communication des différents traités faits avec les princes de la maison d’Espagne. Il en est sorti un sénatus-consulte portant levée de 160,000 combattants. Du reste tout est fort tranquille. Du côté de l’Espagne nous avons des avantages; la division est parmi les rebelles. Le roi gagne tous les jours; de nombreux renforts arrivent, et déjà tout prépare pour marcher en avant.

Puisque l’empereur n’est plus très nécessaire chez lui, il ferait bien, d’Erfurt, de pousser jusqu’à Paris. Si vous pensez que cela soit dans ses projets, vous ne sauriez me le faire connaître trop tôt.

En conséquence de votre dernière lettre à Montdragon, ambassadeur de Naples, part de Paris et continue sa route. Celui d’Espagne va recevoir ses nouvelles lettres de créances.

—-

P. S. – Je joins au Moniteur du 5 celui d’aujourd’hui qui contient les différentes pièces relatives aux affaires d’Espagne. Il n’y a aucun inconvénient que vous en remettiez un exemplaire à M. de Romanzoff et que vous les communiquiez à l’empereur.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

NOTE SUR LA BANQUE.

Le but de l’institution d’une banque est de produire la réduction de l’intérêt et de le maintenir au taux le plus modéré. En thèse générale c’est à cette modération du taux de l’intérêt que tient la prospérité des manufactures et du commerce. Les banquiers, et ce qu’on appelle vulgairement marchands d’argent, font entrer dans leurs opération des combinaisons qui s’écartent souvent de ce but. Les escompte bien dirigés d’une banque publique neutralisent l’effet de ces tentatives, et doivent ainsi ramener les opérations des banquiers eux-mêmes à ce résultat d’utilité commune. Tout ce qui conduit à la modération du taux de l’intérêt est dans l’esprit de l’institution de la Banque.

Ces principes convenus, il est facile de démontrer qu’aujourd’hui la Banque, par la manière dont elle opère, ne donne pas à la place tout le secours qu’il était permis d’en attendre, et que même, sous quelques rapports, elle en augmente les embarras.

Les nouvelles actions émises par la Banque ont créé un nouveau fonds flottant. Tout fonds flottant crée l’agiotage; tout agiotage est ennemi de la modération du taux de l’intérêt.

Les moyens d’escompte de la Banque et la matière escomptable se sont-ils accrus dans la même proportion que viennent de s’accroître ses actions ? Le fait juge la question. Dans cet état, les nouvelles actions n’étant appelées par aucune utilité réelle, elles ont dû nécessairement retomber en fonds flottant sur la place et l’encombrer.

Ce n’est que par un artifice passager qu’elles ont pu s’élever à 1,300, c’est-à-dire au-dessus de leur valeur intrinsèque. Cette hausse mal entendue a dû avoir l’inévitable effet de préparer une surcharge, et conséquemment une baisse. L’action de la Banque ne vaut en effet que le prix qu’elle obtiendrait définitivement si la Banque était liquidée, c’est-à-dire la valeur qu’elle trouverait dans la division du capital entre tous les actionnaires.

Puisque la Banque a augmenté le capital de ses actions, il faut qu’elle augmente la quotité de ses escomptes pour assurer à ses actions plus nombreuses, par les profits d’un escompte plus étendu, un dividende proportionnel; ou bien, à défaut d’augmentation possible dans la quotité des escomptes, qu’elle se crée subsidiairement une réserve qui en tienne lieu.

Les rentes sur l’État, les actions de la Banque, les billets de la caisse de service, les bons de la caisse d’amortissement, les obligations, tous ces effets sont solidaires. Ils exercent les uns sur les autres une influence réciproque, et, lors même qu’ils paraissent obtenir sur la place des cours différents, ils obéissent définitivement, dans leur hausse ou leur baisse, à une loi générale et égale pour tous.

La Banque ne peut pas racheter ses propres actions, parce quelle paraîtrait diminuer par là le gage que ses actionnaires ont voulu donner au public, c’est-à-dire aux porteurs de billets de banque. Il lui serait préjudiciable d’acheter ses actions en hausse, parce qu’elle les payerait au-dessus de leur valeur intrinsèque; si elle les achetait en état de baisse, comme cette baisse semblerait dénoncer quelque vice d’administration, le rachat par la Banque ne détruirait pas cette influence dans l’opinion. Ainsi , sous aucun rapport, ce ne peut être par l’achat de ses propres actions que la Banque peut parvenir à désencombrer la place; mais elle peut, avec utilité, pour elle et pour la place, acheter de 5 pour 100, lorsqu’elle paye 83 ce qui vaut réellement 100, ce qui à 83 lui assure 6 pour 100 d’intérêt. Elle peut d’autant moins regarder le cours de 83 comme trop élevé pour ses achats des 5 pour 1 00, qu’elle les admet en dépôt dans ses escomptes sur le pied de 100 francs pour 5 francs de rente, c’est-à-dire au pair, comme remplaçant la troisième signature sur les lettres de change.

On ne regarde pas comme démontrée l’assertion qui établit que la Banque ne peut pas augmenter ses escomptes, parce que la matière escomptable manque. Il est probable, au contraire, que la Banque, en étendant utilement ses escomptes, en allant saisir dans les lieux propres la matière escomptable, en usant pour ses escomptes de son privilège, qui l’autorise à en créer elle-même la monnaie ; il est probable, disons-nous, qu’elle pourra augmenter peut-être de moitié ses escomptes. Mais, dans cette hypothèse, qui est la seule où la Banque peut judicieusement et régulièrement se placer, la Banque ne trouvera plus d’emploi pour le capital de ses actions, puisqu’elle escomptera avec ses billets. Cette analyse ramène à la pensée exprimée ci-dessus , que la Banque ne peut faire aucun meilleur emploi de la surabondance de son capital que de l’employer en achat des 5 pour 100, tant que leur cours surtout n’excédera pas 83.

Si trente millions de son capital avaient été ainsi employés, la  Banque aurait pu offrir à ses actionnaires un supplément de 900,000 francs dans le dernier dividende; et, en même temps, elle aura désencombré la place du fonds flottant des 5 pour 100; elle aura déconcerté les combinaisons de baisse; elle aurait mieux assuré le placement définitif de ses actions; elle n’aurait pas laissé sur la place la disparate des 5 pour 100 produisant plus de 6 pour 100 d’intérêt, tandis qu’elle escomptée à 4 pour 100.

Il est indispensable que la Banque garde une réserve en écus pour remplir le premier de ses devoirs, la conversion immédiate de ses billets en écus à toute présentation; mais il serait absurde que la Banque gardât tout ou la majeure partie de son capital pour cette représentation matérielle, car alors elle n’userait pas de son privilège; elle serait inutile, elle n’userait pas du droit qu’elle a de créer par sa monnaie propre, des moyens d’escompte, des valeurs nouvelles. Elle serait réduite à la condition des escompteurs ordinaires et elle serait en perte, parce qu’elle escompte à un taux plus bas que ces derniers, et qu’elle a plus qu’eux les frais d’une immense administration.

Les calculs ne peuvent pas être absolus sur la quotité du fonds de réserve qu’une banque doit garder stationnaire en écus; mais, lors qu’elle n’a escompté que régulièrement et que les seules valeurs qui soient, par leur nature, admissibles à ses escomptes, l’expérience a appris qu’elle pouvait n’avoir en réserve d’écus que le quart ou le tiers au plus de ses billets circulants. Ce qu’aujourd’hui la Banque réserve au delà de cette proportion est donc un capital inactif et improductif. Elle ne remplit pas le but de son institution; elle n’entre pas dans toutes les vues qui ont déterminé la concession de son privilége; elle va directement contre ces vues, lorsque ses actions viennent aggraver, par leur abondance sur la place, les fonds flottants qui s’y trouvent déjà.

La Banque, la caisse de service, la caisse d’amortissement sont trois établissements publics également intéressés à ce que le cours des 5 pour 100 ne soit jamais en état de dépréciation, c’est-à-dire à ce qu’il ne promette pas un intérêt trop disproportionné avec le faux d’escompte de la Banque, avec l’intérêt que la caisse de service donne sur les fonds qui lui sont remis, avec les intérêts que la caisse d’amortissement paye pour les cautionnements, etc.

De la concordance et de la réciprocité de devoirs et d’intérêts de ces trois établissements, naît la nécessité d’un concordat entre eux, pour que le cours du 5 pour 100 soit tel qu’il n’excède jamais 6 pour 100, lorsque la Banque escompte à 4, lorsque la caisse de service emprunte à 4 et à 5, lorsque la caisse d’amortissement donne aussi le même taux d’intérêt.

Le système des finances de la France étant tel qu’elle n’a pas recours à des emprunts, que ses revenus fixes égalent ses dépenses, l’intérêt public n’exige dans aucun cas, et il proscrit au contraire dans tous ces écarts et ces variations de cours dont peut s’aider quelquefois un gouvernement qui emprunte. Une sorte de fixité dans le prix vénal du 5 pour 100 est donc un élément de l’harmonie qui doit se maintenir entre l’escompte de la Banque, le taux des emprunts de la caisse de service, le faux des intérêts que donne la caisse d’amortissement. Les chefs de ces trois établissements doivent avoir sans cesse en regard le maintien de cette harmonie; et elle serait assurée par l’effet d’une convention qui serait faite entre les trois chefs de ces établissements, avec l’approbation de l’Empereur, et dont tels seraient les résultats.

Un fonds de 60 millions, auquel la Banque contribuerait pour 30 millions, la caisse d’amortissement pour 1.6, la caisse de service pour le surplus, serait spécialement destiné à enlever de la place tous les 5 pour 100 offerts au-dessous du cours qui promet 6 pour 100 d’intérêt. Toutes les fois que le cours excéderait 83 francs, les trois établissements feraient revendre la quantité de 5 pour 100 nécessaire pour faire rentrer le cours dans sa limite. La caisse de service et la caisse d’amortissement fourniraient pour chaque opération la première moitié du prix des achats, la Banque la seconde moitié. Le produit des reventes se partagerait dans la même proportion. Les trois chefs se réuniraient tous les mois pour résumer le résultat des opérations faites et concerter les mesures à prendre selon l’état de la place.

Il est hors de doute que jamais ce capital de 60 millions ne serait employé, qu’il serait à peine entamé ; mais il présenterait une digue qu’aucune prétention contraire ne pourrait tenter de franchir. La présence de ce capital, son action toujours immédiate, lorsque le cas le requerrait, mettrait enfin les opérations de la Bourse à l’abri de cette fluctuation des cours, qui est absurde et qui n’en est pas moins dangereuse pour les intérêts publics et privés.

PROJET DE CONVENTION.

Le ministre du trésor public, le gouverneur de la Banque et le directeur général de la caisse d’amortissement arrêtent, avec l’autorisation de l’Empereur et Roi, la convention suivante :

ARTICLE … – La caisse d’amortissement, la Banque de France et la caisse de service du trésor fourniront, dans la proportion réglée ci-après pour chacun de ces établissements, les fonds nécessaires pour que les 5 pour 100 parviennent successivement au cours de 83 et s’y maintiennent, et pour que le cours des actions de la Banque se maintienne au moins an niveau de leur valeur intrinsèque.

ART. … – Lorsque des achats seront nécessaires sur la place pour obtenir l’un ou l’autre résultat, la Banque y contribuera pour 15/30 ,la caisse d’amortissement pour la caisse de service pour 7/30 ; le produit des achats se partagera entre les trois établissements dans la proportion de la mise de fonds de chacun d’eux.

ART…. – Lorsque le cours des 5 pour 100 s’élèvera au-dessus de 83 et le cours des actions de la Banque de plus de 30 francs au-dessus de leur valeur intrinsèque, la caisse d’amortissement, la Banque et la caisse de service seront autorisées à faire vendre la portion des 5 pour 100 ou d’actions de la Banque qu’elles auraient achetés, jusqu’à concurrence de la quantité nécessaire pour faire rentrer le cours des 5 pour 100 ou des actions dans la limite fixé par l’article ….

Les ordres de vendre seront donnés par l’un des chefs des trois établissements, après qu’il se sera concerté avec les deux autres. Les effets vendus seront prélevés proportionnellement sur la portion acquise par chaque établissement ; le produit des ventes se répartira entre eux dans la même proportion.

ART. … – Chaque établissement conservera le dépôt des effet publics achetés pour son compte; il pourra les faire inscrire sous le nom qu’il jugera convenable de substituer au sien.

ART. … – Dans les cinq premiers jours de chaque mois le ministre du trésor public, le gouverneur de la Banque et le directeur de la caisse d’amortissement constateront par un procès-verbal les opérations faites, pendant le mois précédent, par leurs ordres, à l’exécution de la présente convention; ils régleront celles qui devront avoir lieu dans le mois, suivant l’état des cours.

La copie de chaque procès-verbal sera adressée à Sa Majesté.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous envoie une relation extraite des gazettes de Madrid sur l’affaire du général Dupont, ainsi que deux lettres relatives à la même affaire; vous les joindrez aux pièces. Je crois nécessaire que vous fassiez arrêter le sieur Villoutreys, que vous fassiez mettre les scellés sur ses papiers et que vous en fassiez faire le dépouillement. Vous le ferez conduire dans une prison militaire, où il sera détenu jusqu’à nouvel ordre et jusqu’à ce que les affaires se décident. Vous donnerez l’ordre que les généraux Dupont, Marescot, Chabert ou Vedel, venant à débarquer sur un point quelconque de la côte de France, soient arrêtés, mis en prison, et que le scellé soit mis sur leurs papiers. Vous trouverez ci-joint un décret que vous notifierez au corps du génie, sans le faire imprimer.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée, à Paris

Je vous renvoie vos lettres. Écrivez au maréchal Jourdan que vous les avez mises sous mes yeux; que ses instructions au maréchal Moncey ne sont pas assez positives, que celles au maréchal Bessières ne le sont pas davantage; que Moncey ne peut garder tout à la fois avec 15,000 hommes; il peut garder Tudela contre l’ennemi, ayant sa ligne d’opération, non sur Logrono, mais sur Pampelune. Si le maréchal Bessières avait reçu l’ordre d’attaquer les insurgés sans attendre l’arrivée du Roi, ils auraient été vaincus et culbutés. Il paraît que, du côté de Burgos, l’armée est sans système; d’où naît l’embarras des instructions données à Bessières. Si l’ennemi vient à Burgos, faut-il l’attaquer ou l’attendre ? Dans ce dernier cas, pourquoi Bessières n’est-il pas campé derrière Burgos ? C’est, avec des plans sûrs et fortement conçus qu’on réussit à la guerre. Doit-on abandonner Burgos comme on a abandonné Tudela ? Ce ne serait pas un moyen de donner du moral à l’armée que de l’exposer à un mouvement rétrograde qui ressemble à un échec, si 10,000 hommes entraient à Burgos et prenaient la garnison qui est dans la citadelle. Voilà à quoi on s’expose lorsqu’on n’a pas de plan fixe.

L’ennemi ne se portera pas de Saragosse sur Logrono, quand on occupera la position offensive de Tudela.

Quant au consul espagnol, chargez le général Drouet de le faire arrêter, de mettre les scellés sur ses papiers. On le fera conduire dans un château fort, où il sera tenu au secret, sans communiquer avec personne.

Avec les troupes espagnoles, il est très-différent d’attaquer ou de l’être. Toute l’armée espagnole n’est pas capable de forcer 15,000 Français, couverts d’artillerie dans une bonne position.

Faites remarquer au maréchal Jourdan que Tudela a d’ailleurs l’avantage de pouvoir offrir le couvert de la rivière, et que, si l’on ne se trouvait pas bien en avant, on pourrait se placer derrière l’Èbre avec une tête de pont offensive.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

 M . de Macanaz, secrétaire du prince Ferdinand, doit partir pour Valençay. Faites-le arrêter à 10 lieues de Paris et conduire dans une prison. Vous ferez saisir en même temps ses papiers, pour savoir ce qu’ils contiennent. S’il était déjà arrivé à Valençay, vous le ferez guetter à son retour, et vous ne manquerez pas de le faire arrêter.

Qu’est-ce qu’un nommé Fernan Nunéz qui est ici ? Remettez-moi la liste de tous les Espagnols qui sont ici, afin de faire arrêter ceux qui seraient du parti opposé.

 

Saint-Cloud, 8 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Je ne conçois pas que vous vouliez envoyer le prince de Masserano à Vienne. C’est une singulière politique que de prendre pour ambassadeur en Autriche un homme qui agira contre moi et contre vous. Envoyez là un des Negrete ou le fils de votre ministre des relations extérieures, ou un autre homme de cette espèce, dont le sort soit intimement lié au vôtre. Sans quoi il faut n’envoyer personne.

Il faut faire passer par les armes les cinq ou six individus qui ont été arrêtés à Bilbao par le général Merlin, surtout celui qui était désigné dans la proclamation de la junte pour commandant général. Si vous ne faites pas quelques actes de vigueur, ce sera à n’en jamais finir. Cela me paraît fort important.

Il est bien singulier qu’on ménage tant la Navarre. Bilbao, la Biscaye et la Navarre doivent nourrir l’armée; sans quoi, comment voulez-vous que je fasse ? Il est ridicule qu’on leur donne des indemnités; Bilbao pouvait payer 4 millions.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

Je pense qu’il est nécessaire que vous soumettiez Santander. Un simple mouvement de 6,000 hommes sur Reinosa et une colonne partant de Bilbao sont suffisants. Ce point est très important comme soumettant la Montana, et cela est indispensable à faire avant les grands mouvements de l’armée.

Je suppose que le maréchal Moncey est resté à Tudela. Avec les troupes qu’il a, il a le double des forces qu’il lui faut pour gagner cette position, et j’imagine qu’il ne laissera pas l’ennemi s’établir à trois marches de lui.

Vous aurez fait sans doute occuper également Burgos en force. Il faut laisser à Bilbao les nouvelles troupes qui y sont; elles sont suffisantes. Il faut opérer surtout le désarmement de la Biscaye et de la Navarre. Je vous recommande de faire des exemples sévères des révoltés de Bilbao, surtout du commandant de la force armée qui a été arrêté, et d’envoyer plusieurs otages en France.

Je passe dimanche la revue de la division Sébastiani, qui part lundi pour se rendre à Perpignan. Elle est composée de 12 pièces de canon, de 4 beaux régiments d’infanterie et d’un régiment de dragons. Les routes de France sont couvertes de troupes, soit d’Italie, soit d’Allemagne.

Il faut obliger les communes à moudre, et ne pas toujours tirer de France. Les provinces que vous occupez doivent et peuvent vous fournir des vivres. Le peuple d’Espagne est vil et lâche, à peu près comme j’ai connu les Arabes. A Burgos et ailleurs, il vous fait bon visage, parce que vous avez une grande quantité de troupes et que vous pouvez l’écraser; mais, au moindre mouvement de retraite, il tirerait sur vous. Ce sont des otages et du désarmement qu’il faut. Il ne faut pas écouter vos ministres, qui paraissent n’avoir aucunes notions. Un système funeste d’indulgence a perdu l’Espagne. On aurait dû désarmer l’infanterie, démonter la cavalerie et les faire prisonniers. Madrid a fourni 2,000 chevaux à l’armée ennemie; on aurait pu les prendre au départ de Madrid pour atteler mon artillerie. Certainement on doit confisquer à Bilbao les marchandises coloniales d’Angleterre, et cette ville doit payer au moins 2 millions de contributions. Si vous pensiez que ves peuples restent dans le devoir par bon esprit, vous vous tromperiez; s’ils ne se révoltent pas, ce n’est pas faute de bonne volonté, c’est qu’ils n’osent pas; tenez cela pour certain.

Vous avez dû recevoir le décret d’organisation de l’armée d’Espagne; il faut provisoirement qu’on s’y conforme autant qu’on le pourra.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1808

Au général , ministre de la guerre

Vous ferez arrêter le général Marescot, qui seul sera conduit à Paris dans une prison militaire, où il sera tenu au secret. Ses aides de camp seront arrêtés séparément. Les scellés seront apposés sur les papiers de tous, qui vous seront adressés. Quand le général aura été séparé de ses aides de camp et les aides de camp séparés entre eux, vous ferez faire au général l’interrogatoire ci-joint, qui vous sera remis signé de lui et de la personne que vous chargerez de l’interroger. Vous ferez subir à peu près le même interrogatoire à chaque aide de camp

Interrogatoire à faire subir au général Marescot.

PREMIÈRE QUESTION. – Où étiez-vous le 13 juillet, le 14, le 15, le 16, le 17, le 18 et le 19 ?

2°. Comment ne vous êtes-vous pas aperçu que l’ennemi marchait, manœuvrait sur vos derrières, puisque, depuis le 13, le général Belair était attaqué au point de Murgibar (?) et que, le 16, il était en retraite ?

3°. – Pourquoi, au lieu de marcher tous réunis le 16 sur Baylen, vous êtes-vous séparés ?

4°. – Où étiez-vous le 19, à 3 heures après midi, lorsqu’on a entendu le canon du général Vedel ?

5°. – Pourquoi alors n’a-t-on pas attaqué et forcé la ligne ennemie, ou n’est-on pas mort avec gloire comme des Français ?

6°. – Qui a fait cesser le feu au général Vedel ?

7°. – Où étiez-vous le 19 à 6 heures du soir et toute la nuit ?

8° – Où avez-vous appris que le général Vedel faisait sa retraite sur Madrid ? Que vous a dit le général ennemi ? Quelle part avez-vous eue à l’ordre qui lui a été envoyé de revenir pour être perdu ?

9°. – Comment, grand officier de l’Empire et chef du génie, avez-vous pu de gaieté de cœur ajouter à la perte de la division Dupont celle des divisions Vedel et Gobert ?

10°. – Comment votre main a-t-elle pu signer la capitulation de Baylen, déshonneur éternel du nom français ? Pourquoi y avez-vous compris le général Vedel et sa division ?

11° – Comment n’avez-vous pas exigé la sanction d’un commissaire anglais, et n’avez-vous pas conçu que les troupes françaises seraient perdues si elles posaient les armes, et ne rentreraient pas en France, si l’on n’avait pas la garantie des Anglais ?

12°. – Pourquoi avez-vous signé le déshonneur des soldats français en consentant à mettre qu’ils avaient volé des vases sacrés ?

13°. – Pourquoi avez-vous parlé de bagages avec tant de détail et augmenté par cette conduite intéressée le déshonneur de cette infâme capitulation ?

14°. – Pourquoi vous êtes-vous déguisé en général espagnol, et n’avez-vous pas suivi les troupes que vous aviez livrées désarmées ? Ne sentiez-vous pas qu’il y avait de la lâcheté à quitter vos habits d’uniforme et à montrer cette terreur panique ?

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1808

A M. de Nansouty, premier écuyer

Le sieur Villontreys, ayant écrit de Manzanarès au général Castanos, ayant été porteur de paroles, et agi plus qu’il ne convenait à un homme d’honneur dans l’infâme capitulation d’Andujar, ne peut plus rester dans ma maison; vous lui demanderez, le 10, sa démission.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Témoignez mon mécontentement au syndic des agents de change sur la cote faite depuis que le semestre est fermé. On ne doit pas coter des marchés à terme; on doit coter des marchés livrés dans la journée; on y ajoute l’intérêt acquis. Il est donc illégal de coter en mettant en dehors la jouissance, car on suppose que l’effet ne sera pas livré.

Quant aux rentes nouvellement livrées, résultat des liquidations, ce sont des rentes particulières. On n’a pas le droit de les coter, puisque ce sont des rentes soumises à des lois particulières. Désormais, la trésorerie ne livrera plus aucune de ces rentes qu’aprés un moment de l’échéance. Ainsi une liquidation qui aura passé au conseil et qui ne datera que du 22 septembre ne sera délivrée qu’au 22 septembre.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faîtes mettre dans les petits journaux des extraits de lettres de Pétersbourg relatifs à la fête du 15 août.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

Au maréchal Soult, commandant de la Grande Armée, à Stettin

Vous verrez, dans les journaux, de quelle manière on parle de la lettre de M. Stein. J’ai demandé qu’il fût chassé du ministère, sans quoi le roi de Prusse ne rentrera pas chez lui. De plus, j’ai fait mettre le séquestre sur ses biens en Westphalie.

L’Autriche est loin de vouloir la guerre. Tous ces mouvements de milice sont des démarches inspirées par la plus excessive crainte. Toutefois, vous aurez vu, par les mesures que j’ai prises, que je ne les redoute guère. 200,000 hommes que j’aurais en Espagne ne m’empêcheront pas d’en avoir 200,000 en Allemagne et 100,000 sur l’Isonzo, indépendamment de 100,000 de la Confédération du Rhin. L’Autriche m’a promis d’être, au ler septembre, sur le même pied qu’avant l’été. J’attends l’effet de cette promesse pour congédier les troupes de la Confédération.

Je suis sûr des sentiments de la Russie. Il faut donner à l’opinion une direction différente; annoncer que la guerre avec l’Autriche n’aura pas lieu, parce que je ne la veux pas; parler de ses armements avec mépris comme étant le résultat de la peur, de la situation amicale où je suis avec la Russie : quant à la Prusse, je ne sais pas ce que c’est que les armements qu’elle fait; qu’ils ne peuvent pas être de plus de 10,000 hommes, et que c’est un reste de manie militaire.

Vous pouvez garder la 2e division de dragons, qui peut vous être nécessaire pour maintenir la police entre l’Oder et la Vistule.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

Au contre-amiral Missiessy, commandant l’escadre de l’Escaut, à Flessingue

Monsieur le Contre-Amiral Missiessy, notre escadre de l’Escaut, sous votre commandement, se trouvant équipée, munie d’environ trois mois de vivres et exercée depuis plusieurs mois, nous avons considéré combien il serait avantageux à notre service et au système général de nos opérations maritimes de parvenir à la faire sortir de l’Escaut avant la saison des glaces, qui nous obligerait de la faire rentrer dans notre port de Flessingue.

En conséquence, nous vous faisons savoir que si, d’ici au 15 novembre prochain, vous trouvez une occasion favorable de faire appareiller les huit vaisseaux que nous vous avons confiés, avec des chances suffisantes pour espérer de ne pas vous compromettre contre des forces supérieures de l’ennemi, notre intention est que vous profitiez de cette occasion pour vous rendre dans l’un de nos ports de Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort ou Toulon.

Nous vous laissons le maître de la route que vous aurez à suivre d’après les vents que vous éprouverez, et vous êtes libre de vous diriger par la Manche ou de passer par le nord de l’Angleterre, pour vous rendre à cette destination.

Une fois sous voiles, vous devrez rentrer dans l’Escaut ou relâcher au Texel dans tous les cas où vous seriez empêché de continuer votre route, soit par des avaries , soit par la rencontre de l’ennemi, notre intention étant que vous n’engagiez une affaire avec lui qu’autant que vous auriez de très-grandes probabilités de succès, ou qu’il vous serait impossible de l’éviter.

Si vous entriez dans la Méditerranée, vous auriez soin d’éviter l’atterrage des Baléares et celui direct sur Toulon, où croise ordinairement une escadre ennemie; mais vous vous porterez assez au sud pour contourner cette croisière, et pour vous rendre d’abord dans les ports de notre île de Corse, où vous prendrez sur la situation de l’ennemi des renseignements qui serviront à vous guider sur vos manœuvres ultérieures. Vous pourrez, en cas de besoin, relâcher dans les ports du royaume de Naples, et, si cela devenait nécessaire, à Corfou et Cattaro, dans l’Adriatique.

Si, le 15 novembre, vous n’avez pas trouvé l’occasion d’appareiller de l’Escaut, vous pourvoirez immédiatement à alléger nos vaisseaux et à les remiser sans délai dans notre port de Flessingue. Dans ce cas, nous vous enjoignons de maintenir les équipages à bord comme s’ils étaient en rade, et vous donnerez tous vos soins à leur faire faire, pendant l’hiver, tous les exercices que comportera la situation de nos vaisseaux, et à y maintenir l’ordre et la discipline.

Nous nous confions, pour l’exécution des ordres contenus dans la présente, à votre expérience, votre courage et votre dévouement à notre service.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

Au général Lacuée, directeur général de la conscription militaire, à Paris

J’ai envoyé au ministre de la guerre un grand travail sur la répartition de la conscription. Vous y verrez que je désire lever 140,000 hommes et laisser 20,000 hommes en réserve. Ce travail doit être fait d’ensemble, afin d’être de toute une pensée, et que, par le moyen de la levée de ces deux conscriptions, tous les corps soient au grand complet. Mais ce dont j’ai réellement besoin aujourd’hui, c’est de 30,000 hommes que je dirige sur Bayonne; je voudrais donc, sur les 80,000 hommes des dernières conscriptions, ne lever que la moitié des conscrits de la France, ceux des départements méridionaux, c’est-à-dire 40,000 hommes, et ne rien lever en Bretagne. Avec ces 40,000 hommes, j’aurai 30,000 hommes pour recruter les corps de l’armée d’Espagne et 10,000 hommes pour recruter les corps de l’armée d’Italie, dont plusieurs sont réduits à rien. Quant à la levée des autres 40,000 hommes, ou des conscrits du Nord, je les lèverai par un second décret que vous préparerez d’avance, mais que je ne signerai que plus tard. Il ne serait pas impossible que ceux-là je ne les appelasse point; j’attends encore quelques éclaircissements pour m’y décider.

Il faut donc que le décret soit partagé en trois décrets : le premier, relatif à la répartition et aux dispositions générales ; le deuxième , relatif à la levée des conscrits du Midi; et le troisième, relatif à la levée des conscrits du Nord. Je crois avoir le temps de délibérer sur la levée du Nord autant que j’ai hâte de lever le Midi.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

A Frederic VI, roi de Danemark, à Copenhague

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 11 août. J’ai été extrêmement fâché de l’imprudence qui a été commise de laisser la garde des postes les plus importants à des troupes que les circonstances devaient rendre suspectes. Je l’ai été davantage encore des désagréments que Votre Majesté en a éprouvés. J’ai fort applaudi à la conduite qu’elle a tenue, et je la prie d’en recevoir mes remerciements. Quelques bataillons de plus ou de moins sont de peu de considération; les sollicitudes que cela devait donner à un allié qui, comme Votre Majesté, avait besoin de consolation, est ce qui m’a le plus frappé. Que Votre Majesté compte sur mon désir de tous les temps de lui être agréable et de contribuer à sa satisfaction et au bien de son pays.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1808

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements français au-delà des Alpes, à Turin

Envoyez quelqu’un dans la vallée de la Fontana bona où l’on m’assure que l’esprit est mauvais. Faîtes arrêter l’archiprêtre de Cansoli qui a prêché le 21 à Sestri et écrivez aux évêques de Sestri et de Sarzane de prendre des mesures pour réprimer les mauvais prédicateurs. Mais avant tout, faîtes arrêter les plus mauvais et faîtes-les enfermer dans la citadelle d’Alexandrie. Faîtes-vous faire un rapport sur la vallée de la Fontana bona et s’il y a des meneurs, envoyez une colonne pour les enlever et les tenir prisonniers.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1808

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

J’ai envoyé au ministre de Champagny la partie de votre rapport relative aux discussions de limites entre la Hollande et le grand-duché de Berg. S’il vous vient des pièces relatives à cela, vous les adresserez à ce ministre.

J’ai signé le tarif et le reculement des douanes.

Ecrivez au sieur Beugnot qu’aussitôt que le régiment de Berg sera arrivé à Düsseldorf il le fasse inspecter. Il peut demander un inspecteur aux revues au maréchal Kellermann et l’investir de tous les pouvoirs pour bien scruter la comptabilité de ce régiment.

J’accorde 6,000 écus pour la démolition des fortifications de Düsseldorf et faire ce qui est convenable pour l’embellissement de la ville.

Je désire avoir le budget de 1808, en recettes et en dépenses, et savoir ce que le duché m’a rendu pour août, et ce qu’il me rendra par mois; enfin avoir une connaissance parfaite du duché. Je désire également diviser le duché en cinq départements, en districts, et chaque district en justices de paix et en municipalités, et y établir une administration qui l’assimile le plus tôt possible à l’administration française.

Je prie M. Beugnot de me faire un rapport qui me fasse connaître la situation en recettes, les domaines, etc. , un second rapport sur la division du territoire et l’administration intérieure, et un troisième sur l’administration de la justice.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1808

A M. Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur Mollien, faites payer au roi Charles le mois de juillet, et à la reine d’Étrurie le mois d’août.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, écrivez au comte Otto que mes troupes se plaignent d’avoir été mal accueillies à Bamberg, tandis qu’elles l’ont été très bien à Wurtzbourg, en Saxe et dans toute l’Allemagne.

 

Saint-Cloud, 13 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée

Mandez au maréchal Jourdan qu’il est fâcheux que le maréchal Moncey ne garde pas Tudela, plus encore qu’il dissémine ses troupes; qu’en tenant ses troupes réunies à Tudela il pouvait toujours, en cas d’événement, en repassant l’Èbre, avoir une très-belle position défensive.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Charnpagny, écrivez en Westphalie pour qu’on paye la pension du prince de Brunswick.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

L’équipage de siège de Saragosse sera composé ainsi qu’il suit : quinze canons de 24 ou de 16, quinze canons de 12, six mortiers de 12 pouces , huit mortiers de 8 pouces, dix mortiers de 6 pouces, six obusiers de 6 pouces, quatre obusiers de 8 pouces.

S’il demeure constant que les affûts de siège, pour les pièces de 12, manquent à Pampelune , on les remplacera par des pièces de 16.

On se contentera de dix mortiers de 6 pouces, qui sont à la Rochelle. On fera fabriquer à la Rochelle dix affûts de rechange. On fera partir avec ces dix mortiers 10,000 bombes ou obus de 6 pouces. On en demandera à la marine, qui en a beaucoup à Rochefort.

On préfère les mortiers de 12 pouces. On peut trouver en Espagne des bombes de 12 pouces, et les mortiers de 10 pouces n’y sont point connus. On ne tirera rien du Nord; cela n’arriverait pas à temps.

Le principal est d’envoyer le colonel Camus à Bayonne et Pampelune, pour faire le service de directeur du parc et diriger tous les mouvements nécessaires à l’artillerie. Le chef de bataillon Roquefère et les capitaines qui ont servi au siège de Saragosse pourraient lui être adjoints comme connaissant déjà le terrain. Il faudrait également donner ordre au général Ruty de se rendre à Bayonne, pour correspondre avec le colonel Camus et former l’équipage.

Il faut surtout ne pas perdre un moment; voilà déjà un mois de perdu. On trouvera tout à Bayonne, Toulon, Rochefort, Pampelune et Saint-Sébastien.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Monsieur mon Frère, l’empereur de Russie et moi nous sommes donné rendez-vous à Erfurt, le 27 septembre, pour conférer sur la situation des affaires de l’Europe et sur les moyens de mettre fin aux troubles du monde et de rétablir la tranquillité générale. Je partirai le 20 de Paris. Sachant la part que Votre Majesté prend à ce qui me regarde, j’ai cru devoir l’informer moi-même de cet événement.

———-

Même lettre au roi de Wurtemberg, au roi de Bavière, au grand-duc de Bade, au prince Primat.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 8. Je vois avec peine les événements qu’elle contient. Le peuple de Brunswick a tiré sur la force armée. Je ne m’arrête pas à l’événement du gendarme, mais j’y vois une insurrection populaire qui est une suite du mécontentement qu’on m’assure exister dans la Westphalie et dans plusieurs pays de l’Allemagne. On assure qu’il y a peu de police dans votre royaume et que les agents des anciens princes s’y agitent de toutes les manières. Si le gendarme est coupable, il doit être sévèrement puni. Mais ce qui doit être par-dessus tout l’objet de vos recherches, c’est l’instigateur de cette émeute; il faut qu’il soit puni exemplairement, sans quoi vous aurez bientôt des émeutes plus sérieuses. Les gendarmes français vous sont inutiles ; renvoyez en France tous ceux qui sont dans votre royaume.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A la Reine Louise, à Compiègne

Madame ma Soeur, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 9. Le Roi et elle êtes maîtres de vous rendre dans tous les lieux qu’il vous conviendra de choisir. Vous serez obéis dans tous mes États, et tout sera à votre disposition. Le Roi est maître de voyager, soit sous son véritable nom, soit incognito, soit enfin de faire tout ce qui lui est agréable. Soit qu’il passe l’hiver à Nice, soit qu’il le passe à Marseille, il sera toujours maître de retourner à Compiègne ou dans celui de mes palais dont l’habitation peut être le plus convenable à sa santé. Votre Majesté ne doit avoir aucune inquiétude sur l’exécution des stipulations du traité.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse, à Berlin

Je réponds à la lettre de Votre Majesté du 3 septembre. Je me réjouis avec elle de voir toutes nos affaires terminées. Je désire que les anciennes relations qui ont existé entre Votre Majesté et moi se rétablissent, et que le souvenir des tempêtes qui ont marqué l’époque de notre séparation soit tout à fait effacé de sa pensée. Quant à moi, je me sens disposé à reprendre pour elle mes anciens sentiments, dont elle m’a paru, dans d’autres époques, parfaitement convaincue.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

A la reine Louise de Prusse, à Berlin

Madame ma Sœur, je réponds à la lettre que Votre Majesté a bien voulu m’écrire lors de l’arrivée du prince Guillaume. Je me réjouis de la rentrée de Votre Majesté à Berlin, ce qui réalise ses plus chers vœux. Il ne tiendra qu’au Roi et à Votre Majesté que nos pays ne reprennent les sentiments qu’ils avaient avant les derniers événements. J’en éprouverai d’autant plus de joie que cela sera plus conforme aux sentiments que Votre Majesté m’a inspirés.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1808

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Je reçois votre lettre du 29 août. Vous avez trouvé dans les Moniteur qui ont paru, et vous verrez dans celui d’hier, que je vous envoie, toutes les pièces relatives aux affaires d’Espagne. La plus grande confusion règne parmi les insurgés; mes troupes avancent à grands pas vers l’Espagne et mon armée se fortifie tous les jours. Le roi d’Espagne est à Burgos; à trente lieues de lui, il n’a aucun ennemi.

L’empereur a dû trouver le maréchal Lannes sur la Vistule. Le général Oudinot est à Erfurt, dont il a le commandement. Un détachement de ma maison y est déjà arrivé. Le prince de Bénévent part le 16 et sera rendu à Erfurt le 20. M. de Champagny part le 18. Moi je partirai le 20. Le prince de Neuchâtel voyagera dans ma voiture.

Le prince Guillaume a pris ce matin congé. Toutes !es affaires de Prusse sont terminées. Enfin les 80,000 conscrits des années 1806, 1807, 1808 et 1809 seront tous levés avant le 11 novembre. Je verrai, pour lever les 80,000 autres, quelle sera l’issue des événements.

J’ai été fort sensible au langage de l’empereur. Les dernières nouvelles de Lisbonne sont du 18 août; alors les Anglais paraissaient faire de grands mouvements. Je n’ai point de renseignements ultérieurs.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, j’ai lu dans un de vos portefeuilles une lettre de Francfort du 28. Il faudrait écrire en Bavière qu’on fit plus d’attention aux gazettes, et qu’on ne laissât pas diriger par les ministres autrichiens les gazettes de Nuremberg, d’Augsbourg et autres

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Un soldat du 76e a tué un paysan saxon. Donnez ordre au colonel de ce corps de le faire juger partout où il sera, et que la sentence soit affichée et imprimée dans le royaume de Saxe.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie les états de situation de l’armés d’Espagne. Il faut m’en faire faire un livret dans la forme ordinaire et en envoyer une copie au ministre de la guerre, qui sera bien aise de l’avoir. Répondez au maréchal Jourdan que je désire que ma Garde soit réunie. Hormis le régiment de chevau-légers polonais, qui reste au corps du maréchal Bessières, toute ma Garde doit être réunie à la réserve. Donnez-lui ordre que le 3e bataillon du 2e de ligne rejoigne sans délai les deux autres bataillons, et y soit tiercé; que les grenadiers et voltigeurs du 55e rejoignent également leur corps; que les deux compagnies du 14e de ligne, qui sont à Bilbao, en partent pour rejoindre leur corps. Le 5e bataillon de la 4e légion de réserve pourrait, de Saint-Sébastien, se rendre à Bilbao pour renforcer la colonne du général Monthion. Le détachement du 14e de ligne, qui est à Villaréal, doit rejoindre ce régiment. Le 3e bataillon du 14e de ligne, qui est à Tolosa, doit rejoindre également, de même que la compagnie du 55e et le détachement de 200 hommes du 1e léger, qui sont à Irun, la compagnie du 44e, qui est à Ernani, et le détachement du même régiment, qui est à Durango. Recommandez qu’on réunisse les régiments et qu’on les forme bien, afin qu’on puisse rétablir l’ordre. Vous donnerez ordre au général Drouet d’envoyer à Vitoria le bataillon de la réserve qui est à Bayonne. Les 4e, 6e et 7e bataillons de marche ne devaient pas être incorporés dans deux seuls régiments; chaque détachement devait rejoindre son régiment; mais enfin, si l’on prend le parti de les fondre dans les 14e et 44e, il faut n’incorporer que les soldats, et renvoyer à Bayonne, au dépôt général, les officiers et sous-officiers pour recevoir les 20,000 conscrits qui s’y rendent. Recommandez de nouveau au maréchal Jourdan de réunir tous les corps ; c’est la chose la plus urgente. Donnez ordre que les bataillons provisoires de Prusse et de Westphalie soient dirigés sur Saint-Sébastien.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, faites connaître au général Drouet que 20,000 conscrits se rendent à Bayonne an commencement d’octobre, et seront arrivés avant la fin du mois; que les 43e, 51e, 86e, 47e et 55e doivent recevoir chacun un millier d’hommes; qu’il faut donc disposer pour cela les cadres des 3e bataillons des 43e et 51e, du 4e bataillon du 86e, du 3e bataillon du 47e, et que, pour cet effet, il fasse partir 5 ou 600 hommes de ces bataillons, en les faisant accompagner d’un officier, de deux ou trois sergents et de deux ou trois caporaux par 200 hommes. Ces détachements seront incorporés dans les bataillons qui sont à l’armée, et les officiers et sous-officiers rentreront immédiatement après. Donnez ordre que les compagnies de grenadiers et de voltigeurs qui doivent rejoindre soient complétées, mais qu’on profite de leur passage pour y joindre 2 ou 300 conscrits pour les corps. Par ce moyen, les cadres de ces bataillons pourront recevoir à Bayonne les nouveaux conscrits, et les régiments se trouveront renforcés de tous les hommes qui sont aujourd’hui existants à Bayonne. Écrivez au major général de l’armée d’Espagne pour lui faire comprendre l’importance de cette mesure, et envoyez-lui la note des conscrits qui seront envoyés à Bayonne et des corps qui les recevront, afin qu’il s’entende avec le général Drouet pour qu’il y ait à Bayonne un petit dépôt destiné à recevoir ces conscrits, qui seront habillés par le dépôt général, soit, pour les régiments faibles, en renvoyant le cadre d’un bataillon et en placant tous les hommes disponibles dans les deux autres bataillons , soit par tout autre moyen. Vous donnerez l’ordre au 5e bataillon de la 2e légion, qui est à Bayonne, de se rendre à Vitoria, et aux bataillons irlandais et prussien de se rendre à Saint-Sébastien. Vous ferez connaître au major général que, moyennant ces compléments, il peut mettre en ligne le 55e, et, moyennant l’arrivée du bataillon de la légion, il peut retirer les détachements des 14e et 44e qui sont à Bilbao. Chargez le général Drouet de passer la revue des sept 5e bataillons des nouveaux régiments de l’armée d’Espagne, afin de s’assurer qu’ils ont, à leurs dépôts, leurs capitaines d’habillement et les cadres de quatre compagnies. On fournira ce qui manquerait.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

Au maréchal Masséna, à Paris

J’ai appris avec la plus vive peine le malheureux accident qui vous est arrivé. Après avoir échappé à tant de dangers, être blessé à la chasse, c’est un peu de guignon. J’apprends cependant que vous allez mieux et que cela n’aura pas de suite. Je le désire fort, pour utiliser vos talents et votre zèle pour la gloire de nos armes.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

NOTES POUR JOSEPH NAPOLÉON, ROI D’ESPAGNE

3)La copie de l’original est devenue illisible en plusieurs endroits par suite de l’altération du papier. On a cru devoir reproduire en note, ci-après, les phrase complètes de la minute et signaler quelques mots qui paraissent avoir été primitivement mal déchiffrés.

En marge de la minute on lit la recommandation suivante : ” On désire que ces notes ne soient point communiquées aux généraux des ailes, il faut leur envoyer des ordres et non des discussions. Le Roi peut les étudier et les discuter avec quelques officiers”

PREMIÈRE PARTIE.

1e Observation. – La position offensive (sur la minute : offensive) de l’armée d’Espagne est essentiellement mauvaise. La position de l’Èbre et surtout le débouché si important de Burgos ne sont tenables qu’autant qu’on occupe Tudela. Si Tudela n’a pas été occupé, l’ennemi, qui aura senti cette faute, doit l’avoir fait. S’il est en force et . . . . . . . . Estella à. . . . . . .trouvera à huit marches derrière (minute : “s’il est en force et qu’il se soit porté par Estaella, il se trouvera à huit marches derrière l’armée”). . . . . . .dans un pays de défilés et de montagnes. Il faut donc occuper Tudela. L’ennemi, qui n’a point de plan ni de forte armée, n’aura pas probablement essayé d’y revenir ; mais il faut occuper Tudela d’une manière offensive et avec 15 ou 16,000 hommes, dont les trois quarts placés sur la rive droite, et l’autre quart sur la rive gauche.

L’armée campée et baraquée là, 60,000 Espagnols, même de troupes réglées, ne sont pas dans le cas de forcer cette position; et enfin, si le général qui occupe Tudela ne juge pas à propos de livrer bataille, il pourra en deux heures de temps repasser la rivière, et successivement, de position en position, arriver au camp retranché de Pampelune.

Au lieu de s’en tenir à ce système, l’on a exigé que tout le corps de 16 à 18,000 hommes qui devait être à Tudela eût la droite à Logrofin ; système fautif, bon pour des douaniers et nullement pour une opération militaire.

2e Observation. – Le corps de gauche, tout concentré à Tudela, ne doit avoir rien de commun avec le reste. Son rôle est tout à fait séparé. Son principal but doit être de maintenir la Navarre. C’est ce qui avait été déjà exprimé dans les notes précédentes. Ce corps aurait une ligne particulière d’opération dirigée sur Pampelune, où il aurait ses gros bagages, ses transports et tout ce qui pourrait l’embarrasser.

3e Observation,. – Le camp de Tudela, porté de 16 à 18,000 hommes, ayant toujours pour un mois de vivres, ne doit pas rester oisif (inactif). Il doit envoyer des partis qui se dirigeront à un ou deux jours de marche, tant sur la droite que sur la gauche, et, par là, couvrir la position de Logrono.

Dans cet état de choses, que fera l’armée d’Aragon ? Quittera-t-elle Saragosse pour se porter sur Logrono ? Alors le camp de Tudela la prendra en queue. Se dirigera-t-elle par Arcos sur Pampelune ? Mais alors deux choses pourront arriver : ou le corps de Tudela se portera sur Saragosse, prendra la ville, ou enverra sur Arcos même un détachement par la rive gauche.

4e Observation. – Si, au contraire, l’on n’occupe pas Tudela, voici ce que fera l’ennemi : il y viendra, s’il est en force, et alors tout l’Aragon s’insurge (s’insurgera), et l’armée française, si elle est menacée par sa droite, perdra en manoeuvres un temps précieux, qui la mettra dans le cas d’être battue par un nombre inférieur. En effet, 20,000 hommes insurgés qui se porteraient à Tudela, semant des faux bruits, mettront l’armée française dans le cas de faire un détachement de 15 à 16,000 hommes pour renforcer sa gauche. Cinq à six jours sont nécessaires pour ce mouvement; et, si alors l’ennemi se présentait sur Burgos avec toutes ses forces de ligne, on n’aurait plus le temps de faire revenir le corps détaché à la gauche, et l’on pourrait être obligé à repasser les monts sans que seulement le tiers de l’armée se soit battu.

5e Observation. – Si l’on est placé, avec 15 à 18,000 hommes à Tudela, on ne peut rien redouter. Quelque formidable que soit l’armée ennemie qui se porte sur Burgos, fût-elle de 40,000 hommes de troupes de ligne, on a le temps de la voir, de la compter. L’on peut repasser la rivière, prendre des positions sur la gauche de l’Èbre et donner le temps au reste de l’armée de faire un mouvement sur Tudela, parce qu’il serait alors prouvé que la force est là.

La preuve de ce que nous avançons est que le moindre bruit inuiète le quartier général, parce qu’on n’est pas dans une bonne position. A la guerre, les espions, les renseignements comptent pour rien ; ce serait aventurer la vie des hommes à de bien faibles calculs que de s’y fier.

Ainsi l’ennemi aura beau dire que toute l’armée de ligne marche de Saragosse sur Tudela, on n’abandonnera Tudela que lorsqu’on aura vu l’ennemi et fait 30 ou 40 prisonniers qui donneront des détails précis, et alors on saura à quoi s’en tenir.

Si l’on ne veut pas admettre de la part de l’ennemi des plans combinés, voici ce qu’il peut faire et a peut-être fait : rassuré sur la position de Saragosse par l’évacuation de Tudela, il se portera sur Sos, inquiétera les communications de Pampelune à la France et de Pampelune à l’armée. On écrirait aussitôt au quartier général qu’il faut se retirer au camp de Pampelune, et alors l’ennemi sera le maître de ses opérations, et, si cet ennemi n’est qu’un ramassis de misérables , qu’un homme de résolution à la tête de 3,000 braves mettrait facilement en déroute, il faut déplorer le sort des soldats francais qui se trouvent si mal dirigés. Par cette retraite de la gauche sur Pampelune, le centre se trouvera tourné, obligé de se retirer et il ne serait pas impossible qu’une armée de 60,000 braves fût contrainte à des manoeuvres ridicules, qui porteraient le découragement et le désordre dans l’armée.

6e Observation. – Nous avons déjà fait connaître que le système des cordons est des plus nuisibles, et qu’une ligne, comme le Rhin et la Vistule même, ne peut se soutenir qu’en occupant des ponts qui permettent de reprendre l’offensive. Quoique en plaine, il faut comparer la position de Tudela à une côte qui domine, parce que , occupant Tudela, on occupe une position offensive : l’ennemi a tout à craindre et doit se garder partout.

L’on doit conclure de ces six observations qu’il faut centraliser toute la gauche à Tudela, qu’il faut que les 16,000 hommes ainsi réunis se forment, s’excitent, s’électrisent et menacent sans cesse. Il faut ne laisser à Pampelune que 2,000 hommes au lieu de 5,000 hommes, avoir une offensive telle qu’il convient à une armée française, et non une défensive molle, telle que celle que l’on a établie.

Nous venons de faire connaître de quelle manière devait être établie la gauche de l’armée; mais la droite n’est pas mieux assise. Pourquoi occuper Burgos seulement avec de la cavalerie, pourquoi pas avec tout le corps du maréchal Bessières, fort de 16 à 18,000 hommes ? En envoyant des reconnaissances à 15 et 16 lieues, on organiserait une défensive honorable et on éclairerait tous les mouvements de l’ennemi. Toutes les troupes espagnoles seraient alors insuffisantes. Quand ils auraient 40,000 hommes de troupes réglées, cette avant-garde les verrait venir, se replierait sur les divers corps ; on ferait tout de suite une manoeuvre d’ensemble. Mais que dire ici que nous n’ayons déjà dit dans les notes antérieures ?

Le corps du centre du maréchal Ney, ainsi que le corps autour du Roi, de 24,000 hommes, peuvent être en deuxième ligne entre Logrono et Burgos. La colonne de gauche se trouverait éloignée de trois marches forcées de Tudela, et la colonne de droite d’une marche de Burgos.

On conçoit la position de l’armée, offensive par sa droite et offensive par sa gauche. Alors on est certain de ne point s’inquiéter des faux bruits répandus par l’armée ennemie.

Il faut que les ordres que l’on donne soient positifs. Depuis quand 20,000 hommes ont-ils été étonnés de se voir approcher par plus du double ? On n’a pas d’ennemis en face et on se trouve décontenancé ! Il n’est pas un sous-lieutenant qui ne voie que l’armée est dans une mauvaise position. C’est, au reste, ce qu’on a toujours vu dans une défensive mal raisonnée et mal entendue. L’on verra les changements qui auront lieu dans l’esprit des habitants et dans celui de l’armée, lorsqu’on exécutera ce qui a été prescrit dans les trois notes précédentes et dans celle-ci.

DEUXIÈME PARTIE

4)D’après le registre des héritiers du roi Joseph, il manque ici trois feuillets contenant, y est-il dit, des explications sur ce qu’il eût fallu faire après l’événement de Bailen, savoir : l° ne pas évacuer Madrid, 2° prendre Saragosse; 3° maintenir en position de communiquer avec le Portugal. Les explications mentionnées sont pareillement biffées sur la minute.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

L’armée composée et organisée comme elle est, que faut-il faire ?

On pense qu’après que l’on sera bien placé, l’on peut faire des détachements sur Soria, s’emparer de la ville, brûler quelques maisons, enlever des otages, désarmer cette ville et lui faire fournir des vivres, brûler les biens des nobles émigrés.

Cette opération est d’autant plus importante qu’en l’exécutant on couvre le centre de l’armée. Que peut-on faire encore ? Réponse : diriger deux colonnes , l’une de Bilbao et l’autre de Reinosa, sur Santander, s’emparer de cette ville, brûler le drapeau qui a servi à la proclamation de Ferdinand, chasser l’évêque, prendre des otages, désarmer les habitants ; voilà pour le centre et la droite. Quant à la gauche, il faut envoyer des partis jusqu’à Tarazona et prendre des otages. Toutes ces petites opérations prépareront celles qui auront lieu à l’arrivée des secours, et donneront à une armée de 60,000 hommes la sphère de confiance et d’activité qu’elle doit avoir. En même temps, elles donneront le moyen de recevoir des nouvelles et empêcheront celles que l’on répand dans les camps et qui tendent à décourager le soldat et à donner de l’insolence aux habitants. Également dans la Biscaye et la Navarre, il faut faire arrêter les gens suspects. Pourquoi à Burgos, la maison de Valdès n’est-elle pas saisie ? Les insurgés agissent avec vigueur, et l’armée française est indulgente jusqu’à la faiblesse.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je n’ai jamais supposé que le chemin de Pordenone à Osoppo dût coûter 150,000 francs : si cela est, j’y renonce; que le canal de Palmanova dût coûter trois millions : on m’avait assuré qu’il coûterait 500,000 francs ; s’il doit coûter trois millions, j’y renonce. Je n’ai jamais pu penser non plus que la digue de Mantoue coûtât un million. Causez avec les officiers du génie sur ces trois objets, et faites-moi connaître leur opinion. Mon intention est que les 300,000 francs que j’ai accordés, cette année, soient employés à la digue de Mantoue. Cette digue est nécessaire pour rendre la ville saine.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous laisse le maître de faire revenir les 1er et 29e régiments de ligne pour rejoindre les 4e bataillons à Forli. Mais comme rien ne vous presse, et que ces régiments peuvent être utiles à Rome pour contenir les malveillants, vous pouvez les laisser encore quelques temps. Quant aux mouvements de Dalmatie, j’ai, le 25 septembre, à Erfurt, une entrevue avec l’empereur de Russie, et, à mon retour, je vous écrirai.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai travaillé aujourd’hui pour arrêter le compte des finances. Aldini vous fera connaître les différentes dispositions que j’ai prises. Comme je vais partir du 20 au 21 pou Allemagne, où j’ai une entevue avec l’empereur de Russie, je désire à mon retour avoir sous les yeux toutes les pièces relatives aux budgets de 1808 et 1809.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1808

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre, et l’état des escadres russes de Venise et deTrieste. Faîtes-moi connaître combien peuvent valoir les bâtiments russes qui sont dans le port de Vebise et ceux de Trieste qui peuvent y entrer. Si les vaisseaux de ligne qui sont à Trieste désarmés et allégés seraient capables d’entrer dans Venise, ou si l’on pourrait les envoyés désarmés à Ancône, l’intention de l’empereur Alexandre étant de rappeler ses matelots et de me laisser prendre tous ces bâtiments.

(prince Eugène)

 

Saint-Cloud, 16 septembre 1808

Au général Lacuée, directeur des revues et de la conscription militaire

Je vous envoie votre état de répartition. Je l’approuve, mais avec les changements suivants.

Donnez les départements des Hautes et Basses-Pyrénées, des Landes, du Gers, de la Gironde et autres départements aussi voisins aux 43e, 47e, 5le, 55e, 86e et 15e. La raison en est que ces régiments ont le cadre de leur 1er bataillon à Bayonne. Ces conscrits arriveront très-promptement et il n’y aura alors aucun embarras. Les régiments de nouvelle création, qui sont en Espagne, dont les bataillons sont autour de Bayonne, doivent également se recruter dans ces départements.

Les 500 hommes destinés pour les fusiliers de la Garde , vous les dirigerez sur Bayonne ; vous en préviendrez le commandant de la Garde à Paris, pour qu’il envoie les effets d’habillement nécessaires.

Les détachements de cavalerie doivent être dirigés sur les dépôts. Vous ne donnez rien au 6e bataillon du train bis, lequel est actuellement en Espagne. Les dépôts des transports militaires doivent être également dirigés sur Bayonne.

Il y a trois régiments, les 66e, 82e et 26e, qui sont à Bordeaux, Napoléon et la Rochelle. Ces trois régiments ont besoin chacun de 1,000 hommes. Il serait bien important de diriger 1,000 hommes sur chacun de ces régiments, puisqu’ils sont rendus sur les lieux. La distribution de ces 3,000 hommes dérangera, en quelque chose, les états primitifs que je vous ai envoyés.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, les troupes ont été traitées à Metz, à Nancy, à Reims. Je désire qu’elles le soient à Paris, à Melun, à Sens, à Saumur, à Tours, à Bourges et à Bordeaux ; ce qui fera trois fois pour les mêmes troupes. Vous me remettrez une note de ce que cela coûtera par homme, selon l’autorisation que vous avez donnée. Faites faire à Paris des chansons que vous enverrez dans ces différentes villes; ces chansons parleront de la gloire que l’armée a acquise, de celle qu’elle va acquérir encore, et de la liberté des mers , qui sera le résultat de ses victoires. Ces chansons seront chantées aux dîners qui seront donnés. Vous ferez faire trois sortes de chansons, afin que le soldat n’entende pas chanter les mêmes deux fois.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Qu’est-ce que c’est que des croix et autres signes distinctifs que 19 curés de Lyon distribuent aux citoyens de la ville, pour porter dans l’église et dans les cérémonies ?

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre porte-feuille. Vous pouvez employer une somme de 50.000 francs à donner des secours à la députation portugaise.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

NOTE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL, A PARIS.

Il faut bien se garder de châtrer les chevaux espagnols ; on les gâterait. Mais, dans ce cas, on réunira tous les chevaux entiers dans une même compagnie, et alors cela n’aura plus d’inconvénient. Écrire au général Bourcier de faire connaître de quelle arme sont ces chevaux, et on enverra autant d’hommes des dépôts que l’on pourra. Mander au général Bourcier qu’il a eu tort de contremander la levée qu’il doit la continuer, l’intention de l’Empereur étant d’avoir sa cavalerie dans le meilleur état.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que la 5e division de dragons, qui doit être arrivée à Baireuth, se dirige en droite ligne sur Strasbourg.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A M. Melzi, duc de Lodi, président du collège des Possidenti, à Milan

Monsieur le Duc de Lodi, Président du Collége des Possidenti, j’ai reçu avec une singulière satisfaction l’expression de fidélité et d’amour que le Collége m’a exprimés. Le Vice-Roi ne m’a pas laissé ignorer l’esprit patriotique qui anime ses membres et les choix distingués qu’ils ont faits pour occuper les places les plus importantes de l’État. Faites-leur, je vous prie, connaître tout mon contentement, et assurez-les de nouveau de tous les sentiments que je leur porte.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Miranda

Mon Frère, je ne réponds pas à votre lettre, où vous paraissiez avoir de l’humeur : c’est un principe que je suis avec vous depuis longtemps. Vous avez trop d’esprit pour ne pas concevoir que c’est la seule chose que je puisse faire, lorsque vous m’écrivez ainsi. Je ne disserterai jamais non plus sur le passé, à moins que vous ne me le demandiez pour vous seul et pour vous servir de règle pour l’avenir. Mais, lorsque vous êtes convaincu qu’on ne pouvait faire mieux que ce que l’on a fait, je dois vous laisser dans votre croyance et ne pas vous affliger, puisque le passé est toujours sans remède.

J’ai accordé toutes les récompenses que le général Merlin a demandées pour l’affaire de Bilbao, d’autant plus quelles m’ont paru raisonnables.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1808.

A M. Gaudin, ministre des finances, à Paris

Un des changements qu’il paraîtrait utile de faire dans l’imposition serait de la mettre, pour le bois, sur la coupe et non sur l’arpent. Cela est depuis longtemps réclamé.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint le discours que j’ai adressé aux soldats, à la parade de dimanche dernier. Vous l’enverrez par les trois routes aux colonels et commandants des corps. Il sera lu à l’ordre au milieu des principales villes , à haute voix , et il sera mis à l’ordre du jour. Vous chargerez les colonels de vous faire connaître les sentiments qui auront animé les soldats dans cette circonstance.

—–

P. S. Il est bon que trois officiers de confiance portent cette proclamation et vous instruisent , au retour, de la situation des corps et de l’esprit qui les anime.

PROCLAMATION

Soldats, après avoir triomphé sur les bords du Danube et de la Vistule, vous avez traversé l’Allemagne à marches forcées. Je vous fais aujourd’hui traverser la France sans vous donner un moment de repos.

Soldats, j’ai besoin de vous. La présence hideuse du Léopard souille les continents d’Espagne et de Portugal ; qu’à votre aspect il fuie épouvanté. Portons nos aigles triomphantes jusqu’aux colonne d’Hercule : là aussi nous avons des outrages à venger.

Soldats, vous avez surpassé la renommée des armées modernes mais avez-vous égalé la gloire des armées de Rome, qui, dans un même campagne , triomphaient sur le Rhin et sur l’Euphrate , en Illyrie et sur le Tage ?

Une longue paix, une prospérité durable seront le prix de vos travaux. Un vrai Français ne peut, ne doit prendre du repos que les mers ne soient ouvertes et affranchies.

Soldats, tout ce que vous avez fait, tout ce que vous ferez encore pour le bonheur du peuple français, pour ma gloire, sera éternellement dans mon cœur.

 

Saint-Cloud, 18 septembre, 1808

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre. J’ai appris avec plaisir votre entrée à Naples et que vous êtes content de l’esprit de vos peuples.

Il faut marcher doucement sur l’armement des citoyens, ou du moins n’armer que les propriétaires.

La prise de Capri serait d’un bon résultat ; elle signalerait d’autant mieux votre arrivée qu’elle ferait craindre aux Anglais pour la Sicile ce qui serait fort utile.

Je ne demande pas mieux que de faire l’expédition de Sicile cet hiver; mais il faudrait savoir ce que les Anglais y ont, et combien de troupes il vous faudrait.

Distinguez-vous et faites-vous aimer, et sachez que cela ne peut avoir lieu qu’en mettant le plus grand ordre dans les finances.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Faîtes arrêter un nommé Navailles, élève en chirurgie, qui tient toutes sortes de propos. Interrogez-le sur les propos qu’il dit tenir du sieur Pelletan. C’est un mauvais sujet qu’il ne faut laisser à Paris.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

L’école de Châlons-sur-Marne est destinée à recevoir des élèves, fils de soldats, de gendarmes, etc. C’est à cet effet qu’on a accordé une pension dont le maximum a été fixé à 400 francs, et l’école a été fondée sur le principe que l’enfant sortant doit savoir un métier.

Sa Majesté voudrait un autre genre d’école qu’on pourrait établir à Beaupreau, attendu que Châlons paraît suffire à sa destination.

Les élèves de cette école ne devraient pas coûter plus de 200 francs, et moins, si cela était possible. On n’a pas l’intention d’y placer des enfants d’hommes ayant bien mérité, mais des enfants trouvés de l’âge de treize ans. On leur apprendra des métiers. On les fera ensuite sortir pour le service de l’armée, de la marine et même des colonies, qui ont essentiellement besoin d’ouvriers.

Faire un rapport et établir ce que cela coûtera.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, le 6e corps a montré peu de discipline en Allemagne, et a fait crier tout le pays; témoignez-en mon mécontentement à ce corps. Faites-vous donner le compte des voitures et autres réquisitions qu’ils ont exigées à Dresde. On se plaint qu’il y a des lieux où ils ont payé et d’autres où ils n’ont pas payé. Ordonnez aux généraux de prendre des mesures pour réprimer les vexations et établir une meilleure discipline. Donnez ordre que la sentence du soldat du 76e qui a tué un homme en Saxe soit publiée et affichée.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la Grande Armée, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie les lettres du général Duhesme témoignez-lui ma satisfaction. Remettez-moi la liste des officiers qu’il cite, et proposez-moi des récompenses. Envoyez copie de ces dépêches au général Saint-Cyr, dans le cas qu’il ne les ait pas reçues Donnez au ministre de la marine vos lettres pour le général Duhesme en triplicata; il les fera partir par trois bâtiments. Vous y mettrez des Moniteur d’un mois, et surtout un grand nombre de ceux où il est question des affaires politiques et militaires d’Espagne. Vous ferez connaître au général Duhesme qu’à la fin de septembre le général Saint-Cyr aura 30,000 hommes de vieilles troupes réunies à Perpignan ; que les divisions Souham et Pino doivent, à l’heure qu’il est, être déjà arrivées; que près de 200,000 hommes de la Grande Armé ont déjà dépassé Paris et Orléans et marchent par trois routes sur Bayonne; que l’Espagne sera soumise avant la fin de l’année et les Anglais rejetés dans l’Océan; qu’il est cependant nécessaire qu’il se tienne prêt à tout événement, même à soutenir un siège; que, par sa lettre et au moyen de mesures qu’il prendra, vous le suppose z approvisionné jusqu’au 1er janvier, quoique l’Empereur doive être entré à Barcelone avant ce terme; que je compte entièrement sur son zèle pour la garde du poste important qu’il occupe. Recommandez au général Saint-Cyr de faire partir de petites barques aussi souvent qu’il pourra pour porter au général Duhesme des Moniteur et des nouvelles, et de lui écrire dans le même sens.

Il faut répondre au maréchal Bessières que, des sous-officiers pour les légions de réserve, il peut en fournir du 47e ou des fusiliers de la Garde; que, des officiers, il en a été nommé; que j’apprends avec plaisir ce qu’il dit du général Bouet.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Donnez ordre que la dame de Dave sur laquelle on a trouvé des pièces coupables à Namur soit enfermée dans une maison de force, du côté du Dauphiné. Envoyez l’ordre au préfet des Hautes-Pyrénées, s’il en est encore temps, d’arrêter le duc d’Ossuna.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Aldini me paraît être fort besogneux. Je désire que vous lu fassiez prêter, soit sur les fonds de la couronne, soit sur tout autre fonds, sauf à régulariser, 300,000 francs, en prenant toutes le sûretés pour que cet argent ne soit pas perdu. Je verrai à mon retour à régulariser ce prêt.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1808

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je pars à cinq heures du matin pour Erfurt, où je resterai une quinzaine de jours avec l’empereur de Russie, si vous avez quelque chose de pressé, vous pourrez me l’adresser par un courrier extraordinaire qui passerait par Augsbourg

 

Châlons-sur-Marne, 22 septembre 1808

NOTE POUR LE ROI D’ESPAGNE

5)Le roi Joseph avait adressé à l’Empereur, le 16 septembre, un mémoire dont la lettre suivante fait connaître les points principaux.

Sire, je reçois la lettre de Votre Majesté du 7. Je vais me rapprocher du maréchal Moncey; je lui ai donné l’ordre de tenir Tudela, je vais réunir de ce côté une grande partie de l’armée. Il paraît que c’est de ce côté que l’ennemi prépare tous ses moyens et tentera tout ce qu’il pourra.

Je suis convaincu que, si je quittais la ligne de l’Èbre en laissant seulement garnison à Pampelune, Saint-Sébastien, Pancorbo et Burgos, et réunissant tout mon monde, c’est-à-dire 50,000 hommes organisés aujourd’hui, reposés et en bon état, je dissiperais l’ennemi , et que j’arriverais à Madrid, où le gouvernement que l’on tente de former se dissiperait aussi. Je me porterais toujours en masse partout où il y aurait un corps à combattre et des moyens de vivre; je porterais tout avec moi; je me rapprocherais de Burgos lors de l’arrivée de la Grande Armée. Jusque-là je serais en Espagne comme vous étiez en Égypte; et, semblable à un 74, j’éviterais les atterrages, et serais sûr de n’avoir rien à craindre dans le plat pays, et d’y être toujours maître. Les défilés, les montagnes de la Biscaye, les communications avec la France seraient interrompus jusqu’à ce que les premières troupes de la Grande Armée, se réunissant à Bayonne, arriveraient en Espagne par masses de 20 à 25,000 hommes. Je suis convaincu qu’un projet semblable, qui paraît audacieux, réussirait mieux que la défensive tâtonneuse à laquelle je suis condamné sur une ligne de plus de soixante lieues. Il est possible qu’un parti semblable empêche la grande réunion des corps militaires ennemis, qu’il disperse les éléments qui vont se réunir à Madrid, et que toutes ces formations, surprises avant d’être achevées, rendent plus facile la soumission totale du pays lors de l’arrivée des grandes forces que Votre Majesté dirige sur ce pays : Sire, c’est là mon opinion. Si Votre Majesté veut y réfléchir et me donner ses ordres, je les exécuterai avec confiance d’un plein succès; je laisserai derrière moi Saragosse et les insurrections partielles; je battrai les masses, et je jetterai l’épouvante dans l’âme des projetistes de Madrid. Les armes tomberont de la main des uns, et la plume de la main des autres, dès qu’ils sauront que 50,000 Français marchent sur eux. Mais, jusqu’à l’arrivée de la Grande Armée, vous n’aurez pas de nouvelles de nous, je n’en aurai pas de vous. Si cela vous convient, Sire, donnez-moi votre approbation, et je crois pouvoir répondre de l’exécution. J’ai beaucoup réfléchi à ma position, et c’est ce qu’il y a de mieux à faire. Je suis sûr que, dès que j’aurai expliqué tout cela aux maréchaux Jourdan, Ney, Bessières, ils seront de mon avis.”))

 

le Observation. – On propose de marcher avec 50,000 hommes sur Madrid en se trouvant réunis et abandonnant les communications avec la France.

L’art militaire est un art qui a des principes qu’il n’est jamais permis de violer. Changer sa ligne d’opération est une opération de génie ; la perdre est une opération tellement grave, qu’elle rend criminel le général qui s’en rend coupable. Ainsi, garder sa ligne d’opération est nécessaire pour arriver à un point de dépôt où l’on puisse évacuer les prisonniers que l’on fait, les blessés et les malades qu’on a, trouver des vivres et s’y rallier.

Si, étant à Madrid, on eût réuni ses forces sur la ville, qu’on eût considéré le Retiro comme un point de réunion des hôpitaux, des prisonniers, et comme moyen de contenir une grande ville et de se conserver les ressources qu’elle offre, cela eût été perdre ses communications avec la France, mais assurer sa ligne d’opération, si, surtout, on profitait du temps pour réunir une grande quantité de vivres et de munitions, et qu’on eût organisé à une ou deux marches sur les principaux débouchés, comme la citadelle de Ségovie, etc., des points faits pour servir de points d’appui et de vedettes aux divisions.

Mais aujourd’hui, qu’on s’enferme dans l’intérieur de l’Espagne sans avoir aucun centre organisé, aucun magasin de formé, étant dans le cas d’avoir des armées ennemies sur les flancs et les derrières, ce serait une folie si grande, qu’elle serait sans exemple dans l’histoire du monde.

Si, avant de prendre Madrid, d’y organiser l’armée, des magasins de huit à dix jours, d’avoir des munitions en suffisance , on venait à être battu, que deviendrait cette armée ? Où se rallierait-elle ? Où évacuerait-elle ses blessés ? D’où tirerait-elle bien ses munitions de guerre, puisqu’on n’a qu’un simple approvisionnement ? Nous n’en dirons pas davantage. Ceux qui osent conseiller une telle mesure seraient les premiers à perdre la tête aussitôt que l’événement aurait mis au clair la folie de leur opération.

Quand on est dans une place assiégée, on a perdu sa ligne de communication, mais non sa ligne d’opération, parce que la ligne d’opération est du glacis au centre de la place où sont les hôpitaux , les magasins et les moyens de subsistance. Est-on battu au dehors ? On se rallie sur les glacis, et on a trois ou quatre jours pour réparer les troupes et réorganiser leur moral.

Avec une armée composée toute d’hommes comme ceux de la Garde, et commandés par le général le plus habile, Alexandre ou César, s’ils pouvaient faire de telles sottises, on ne pourrait répondre de rien, à plus forte raison dans les circonstances où est l’armée d’Espagne.

Il faut renoncer à ce parti que réprouvent les lois de la guerre. Le général qui entreprendrait une telle opération militaire serait criminel.

2e Obserralion. Que faut-il donc faire ? On ne peut que répéter ce qu’on a dit : avoir sa gauche concentrée à Tudela, sans cordon, à cheval sur l’Ébre, et prête à repasser l’Èbre si cela est nécessaire, et conservant sa communication sur Pampelune ; la droite sur Burgos, interceptant la route de Madrid à Reinosa; la réserve en seconde ligne et prête à se porter sur l’un ou l’autre point.

Dans cette situation des choses, on peut réunir la réserve, le corps du maréchal Ney, celui du maréchal Bessières, et tomber sur l’ennemi qui s’approcherait par la route de Madrid et celle de Palencia. On peut très bien, avec ces 30 ou 40,000 hommes, faire trois ou quatre marches dans une direction ou dans une autre.

Il serait possible sans doute que l’ennemi, voyant de telles forces s’approcher, ne tînt pas, et, pendant qu’il s’éloignerait de cinq ou six marches, on en profiterait pour enlever Reinosa et Santander, opération très-importante à faire. Ce qui encourage l’ennemi à tenir à Reinosa, c’est qu’on n’occupe Burgos que par de la cavalerie, et qu’on manifeste l’intention de se retirer. Tout est opinion à la guerre, opinion sur l’ennemi, opinion sur ses propres soldats. Après toute bataille perdue, la différence du vaincu au vainqueur est peu de chose, c’est (minute : cependant incommensurable par l’opinion) puisque deux ou trois escadrons suffisent alors pour produire un grand effet. On n’a rien fait pour donner de la confiance aux Francais; il n’y a pas de soldat qui ne voie que tout respire la timidité, et il se forme en conséquence l’opinion de l’ennemi. Il n’a pas d’autre élément, pour savoir ce qui lui est opposé, que ce qu’on lui dit et la contenance qu’on lui fait prendre.

3e Observation. – Il n’y a pas de doute qu’avec le nombre de troupes qui sont à l’armée d’Espagne l’on peut et l’on devrait aller à Madrid, mais après avoir détruit tous les corps de l’ennemi par des mouvements combinés sur Palencia et Saragosse, si l’ennemi fait la faute de s’approcher et de se mettre en ligne. Mais, pour cela, il faut prendre un parti sur le moment, avoir son armée à la main et la connaissance de son art.

On ne peut donc que répéter ce qu’on a dit et redit : attaquer l’ennemi s’il approche de deux marches. Si l’on obtient une victoire décisive contre toutes ses forces réunies ou plusieurs victoires contre ses corps isolés, ces victoires doivent conseiller le parti qu’il faut prendre. Mais tous ces combats doivent être livrés suivant les règles de la guerre, c’est-à-dire ayant sa ligne de communication assurée.

 

Metz, 23 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, je continue mon voyage sur Erfurt, où les conférences auront lieu le 27. La Grande Armée marche par trois routes, et la queue a déjà dépassé Paris.

 

Metz, 23 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Le Publiciste du 22 septembre agite des questions théologiques; cela n’est que d’un mauvais effet. Ne peut-on pas laisser les questions théologiques aux prédicateurs ? J’avais déjà fait connaître mon intention que les journaux cessassent de s’en occuper. Qu’est-ce que cela fait que les prêtres soient mariés ou non ? Il faut éviter de troubler l’Etat pour ces bêtises.

 

Kaiserslautern, 24 septembre 1808

A M. Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Dîtes à MM. de San-Carlos et d’Esquiquiz que je n’ai pas pu les voir à Paris, à cause de la grande quantité de mes affaires, mais que je serai fort aise de les voir à mon retour, qui aura lieu avant vingt jours; que, d’ici à ce temps, ils sont maîtres de prendre ou non possession de la terre de Navarre; que, dans le cas où ils désireraient en prendre possession, ils peuvent s’adresser au ministre des finances auquel j’ai écrit. De votre côté, il est bon que ces messieurs restent à Paris; je le préfèrent á ce qu’ils retournent à Valençay. Continuez à les faire surveiller.

 

Kaiserslautern, 24 septembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je suis arrivé à Kaiserslautern. Donnez de mes nouvelles à l’impératrice. Je me porte fort bien. Le temps a été superbe. J’ai des nouvelles que toute la cour de Russie était déjà arrivée à Koenigsberg.

 

Kaiserslautern, 24 septembre 1808

A M. Cretet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je ne suis pas plus content ici que dans les autres départements des ponts et chaussées. J’ai trouvé que dans la Sarre et la Moselle on avait travaillé pour avancer la route. Dans le département du Mont-Tonnerre on n’a rien fait. Ici, comme ailleurs, on a commencé la campagne au mois d’août; les beaux mois de l’été on été perdus en procès-verbaux, en chicanes et en inutiles paperasseries. L’ingénieur se plaint qu’on ne lui envoie point d’argent, de sorte qu’il est endetté. Cette route, la plus importante de la France, n’est point du tout avancée. Je sais qu’il en est de même en Piémont, où l’on a laissé passer la belle saison. Cette manière de faire est par trop ridicule. Faites-rnoi connaître quel parti il y a à prendre pour arriver à un résultat. J’ai accordé deux millions pour cette route; on ne fait point ce que je veux ; cet argent aura été employé à d’autres travaux ; les fonds cependant avaient été mis dès l’année passée. Cette route si importante ne sera jamais finie, si l’on marche comme cela. Soit la faute du comité, soit la faute de l’administration, on perd trois ou quatre mois avant de résoudre les difficultés qui se présentent dans les travaux.

 

Erfurt, 27 septembre 1808

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je suis arrivé ce matin à Erfurt à neuf heures. L’empereur de Russie était arrivé depuis le 25 à Weimar. L’entretien doit avoir lieu, ici, dans une heure. Le roi de Saxe est ici depuis hier, et un grand nombre de princes vont arriver aussi.

 

Erfurt, 27 septembre 1808

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Je reçois la lettre de Votre Majesté, par laquelle elle me fait connaître son désir de se rendre à Erfurt. Je n’y vois aucun inconvénient, et, là comme ailleurs, je serai fort aise de lui renouveler les assurances des sentiments d’estime et d’amitié qu’elle me connaît.

 

Erfurt, 27 septembre 1808

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté. J’ignore le nombre de jours que je resterai à Erfurt. Aussitôt que je serai fixé sur le moment de mon départ , je conviendrai avec elle d’un point où je puisse la rencontrer sur la route. Toutefois, Votre Majesté doit être persuadée du plaisir que j’aurai à la voir en quelque lieu que ce soit, soit à Erfurt, soit sur un point de la route.

 

Erfurt, 28 septembre 1808

A Catherine, reine de Westphalie, à Cassel

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 23 septembre. Je verrai Votre Majesté avec plaisir et serai fort aise de lui donner des preuves de l’estime et de la parfaite amitié que je lui porte.

 

Kaiserslautern, 24 septembre 1808

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Vitoria

Mon Frère, vous aurez reçu des notes sur le mémoire joint à votre lettre du 16. A la guerre, il faut des idées saines et précises. Ce que l’on vous propose n’est pas faisable. Il faut adopter pour principe général de ne pas souffrir que l’ennemi s’établisse à trois ou quatre marches de Burgos. Palencia n’est qu’à deux marches; l’ennemi ne serait probablement pas venu, si l’on avait occupé Burgos d’une manière offensive; et, l’ennemi battu et chassé au delà de Palencia, Santander tombe ou est emporté en peu de temps, ce qui est une chose importante. Quant à la gauche, le corps de Tudela doit toujours avoir sa retraite sur Pampelune, et, si 12 ou 15,000 hommes étaient poussés sur Pampelune, ils n’y seraient pas en danger dans la ville ou le camp retranché. Cela dépend de ce que fait l’ennemi. A la guerre, on prend son parti devant l’ennemi. On a toujours la nuit pour soi pour se préparer. L’ennemi ne se place pas sans qu’on le reconnaisse; mais il ne faut pas calculer théoriquement ce que l’on veut faire, puisque cela est subordonné à ce que fait et fera l’ennemi. Selon les lois de la guerre, tout général qui perd sa ligne de communication mérite la mort. J’entends par ligne de communication celle où sont les hôpitaux, les secours pour les malades, les munitions de guerre, les vivres, où l’armée peut se réorganiser, se refaire et reprendre, en deux jours de repos, son moral perdu quelquefois par un accident imprévu. On n’entend pas perdre sa ligne de communication, quand elle est inquiétée par des barbets, des miquelets, des paysans insurgés et, en général, par ce qu’on nomme à la guerre des partisans. Cela arrête des courtiers, quelques hommes isolés qui percent toujours, quelque parti que l’on prenne, mais n’est pas dans le cas de faire front à une avant-garde ou à une arrière-garde; alors cela n’est rien. La ligne de communication est organisée sur le principe que tout se reploierait sur Madrid. Pour cela, on devait tout réunir au Retiro, munitions de guerre, vivres, etc., et l’on aurait pu y réunir un plus grand nombre de troupes en peu de jours, dans un cas de nécessité. C’est bien différent d’opérer avec un système arrêté sur un centre organisé, ou d’aller au hasard perdre ses communications sans avoir un centre d’opération organisé.

 

Erfurt, 28 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, il faut placer les Espagnols dans une bonne forteresse, dans l’intérieur de la France, sous les ordres d’un commandant sûr et d’une bonne garnison, afin qu’ils ne puissent s’échapper. D’ailleurs, ils ne méritent aucun ménagement, ce sont des traîtres.

 

Erfurt, 29 septembre 1808

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de la grande Armée, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre au parc du génie qui est à Fulde de faire partir les trois quarts de ses voitures, bien attelées et chargées d’outils, pour se rendre d’abord à Mayence et de là à Bayonne ; il fera marcher, avec, trois officiers du génie. Le commandant du parc vous enverra l’état de ce qui partira et de ce qui restera, soit en personnel, soit en matériel.

 

Erfurt, 30 septembre 1808

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je suppose que le général Valence est à Sedan pour passer en revue et mettre en bon état les régiments polonais. Après qu’ils se seront reposés trois ou quatre jours à Sedan, ils continueront leur route sur Bayonne. Il n’y a pas besoin de lui donner de nouvelle artillerie; il me semble que l’armée en a assez; on organisera facilement quelques pièces.

Un régiment de chevau-légers du roi de Westphalie est parti de Wesel; vous lui ferez continuer sa route sur Paris pour joindre cette division polonaise, qui fait partie du corps du duc de Dantzig.


 

References   [ + ]

1.ce rapport, bien que publié au Moniteur avec la signature de M. de Champagny, ministre des relations extérieures, peut être considéré, comme l’oeuvre personnelle de Napoléon. La minute porte en effet la trace de nombreuses corrections de la main de l’Empereur, et plusieurs passages ont été écrits entièrement sous sa dictée
2.Il s’agit de la lettre de Stein à Wittgenstein
3.La copie de l’original est devenue illisible en plusieurs endroits par suite de l’altération du papier. On a cru devoir reproduire en note, ci-après, les phrase complètes de la minute et signaler quelques mots qui paraissent avoir été primitivement mal déchiffrés.

En marge de la minute on lit la recommandation suivante : ” On désire que ces notes ne soient point communiquées aux généraux des ailes, il faut leur envoyer des ordres et non des discussions. Le Roi peut les étudier et les discuter avec quelques officiers”

4.D’après le registre des héritiers du roi Joseph, il manque ici trois feuillets contenant, y est-il dit, des explications sur ce qu’il eût fallu faire après l’événement de Bailen, savoir : l° ne pas évacuer Madrid, 2° prendre Saragosse; 3° maintenir en position de communiquer avec le Portugal. Les explications mentionnées sont pareillement biffées sur la minute.
5.Le roi Joseph avait adressé à l’Empereur, le 16 septembre, un mémoire dont la lettre suivante fait connaître les points principaux.