Correspondance de Napoléon Ier – Octobre-Novembre-Décembre 1811

Anvers, 1er octobre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je réponds à votre lettre du 28 sep­tembre (bureau de l’artillerie). J’ai vu avec intérêt le projet de plate­forme des batteries à plaque. Il faudrait ordonner que dans une batterie de six mortiers le heurtoir ne fût pas placé partout de même, de sorte que la ligne de tir variât d’un certain nombre de degrés, et qu’un commandant de batterie put tirer l’un ou l’autre mortier, selon qu’il aurait à tirer d’un coté ou de l’autre, et conserver ainsi dans tous les cas l’avantage de faire tirer dans la ligne du tir. Aujourd’hui on a l’habitude de faire placer la plate-forme parallèlement, de sorte que, pour faire tirer à 15 degrés, à droite ou à gauche, il faut placer le mortier en écharpe, inconvénient qui peut être évité par la précau­tion que je viens de prescrire. En effet, la plate-forme tirant sur des vaisseaux, qui sont des objets mobiles, il n’y a pas de raison pour leur donner à tous une même direction. L’artillerie fera une instruction qui fera connaître de combien de degrés on peut varier la posi­tion du heurtoir dans une batterie de mer. A cette observation il faut en joindre une autre, c’est que je pense que la plate-forme ne doit pas être un parallélogramme, mais un trapèze. En effet, si l’on devait tirer dans la ligne de tir perpendiculairement au heurtoir, un paral­lélogramme serait convenable; mais, puisqu’on doit pouvoir tirer à 15 ou 20 degrés à droite et à gauche, la forme d’un trapèze est préférable; de sorte que les lambourdes, au lieu d’être égales, seront toutes inégales, et je serais porté à penser que la dernière lambourde devrait être double de la première. Faites faire un mémoire là-dessus par des officiers d’artillerie, car ils savent tous par expérience qu’en tirant à droite ou à gauche de la plate-forme le recul jette le mortier hors de la plate-forme; ce qui ne serait pas si cette plate-forme était un trapèze.

 

Anvers, 2 octobre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j’ai sur le chantier treize vaisseaux, deux sont pour le compte de cette année; il n’en reste donc plus que onze; sur ces onze, il m’en faut six pour l’année prochaine il me reste plus que cinq ; ce qui ne peut me fournir les six vaisseau de 1813. D’ailleurs mon intention serait de construire chaque année huit vaisseaux au lieu de six. En effet, je m’étais contenté de six parce que je craignais la difficulté des équipages; mais huit équipages hollandais sont tout prêts, et en changeant mes projets sur la flottille de Boulogne j’y trouverais au moins la valeur de six équi­pages. Je désirerais donc, s’il était possible, voir mettre à l’eau demain les deux vaisseaux qui sont prêts et les faire remplacer sur-le-champ par deux vaisseaux de 80 : cela aurait aussi le bon effet de deux vaisseaux lancés en ma présence.

Le bassin peut contenir dix-huit vaisseaux. Je n’en ai que seize et, quand même le Duguesclin devrait encore aller au Rupel, le Rupel a des emplacements particuliers pour trois ou quatre vaisseaux. Sur les huit vaisseaux à mettre à l’eau l’année prochaine, je voudrais que quatre pussent l’être dans le courant du mois de mars, de sorte qu’au mois de juin j’aie vingt-quatre vaisseaux français.

Proposez-moi aussi des mesures, soit pour se procurer du bois, soit pour faire venir le bataillon d’ouvriers militaires qui est à Bou­logne, enfin toute mesure tendant à donner une nouvelle activité à ce chantier, puisqu’il est réellement le seul que l’on puisse mener aussi vite et aussi loin que l’on veut.

Proposez-moi sur-le-champ la formation de l’équipage du Trajan et des deux vaisseaux qui vont être mis à l’eau.

 

Anvers, 3 octobre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous renvoie le rapport de la mission sur les expériences des chameaux sur le Rivoli, que j’ai lu avec un singulier intérêt. Je désire que l’on profite de cette expérience, et savoir si l’on ne pourrait pas s’en servir pour faire sortir des vaisseaux du Havre, de la Loire, et pour faire passer, si cela était nécessaire, un vaisseau de l’île de Ré dans la Gironde.

 

Anvers, 3 octobre 1811

Au vice-amiral comte Missiessy, commandant l’escadre de l’Escaut, à Anvers

Monsieur le Comte Missiessy, l’un de nos vice-amiraux, comman­dant notre escadre de l’Escaut, ayant été satisfait de ce que nous avons vu sur notre escadre, nous vous chargeons, par la présente, de le faire connaître par un ordre du jour aux officiers et aux équi­pages. Votre ministre de la marine vous communiquera les diffé­rentes grâces que nous avons voulu leur accorder.

Nous désirons que notre escadre, augmentée de l’Illustre, formant ensemble dix-sept vaisseaux et plusieurs frégates, soit constamment en appareillage et en disposition de sortir, et que, toutes les fois que le temps le permettra, une division navigue dans les passes, sou­tenue par d’autres divisions à différentes hauteurs, notre but étant d’exercer nos marins aux manœuvres, de les rendre pratiques du fleuve et de tenir les escadres ennemies toujours en haleine.

Il est nécessaire, pour l’exécution de nos projets, qu’entre le Texel et l’Escaut, l’ennemi soit obligé d’avoir une escadre de vingt-cinq à trente vaisseaux. Nous chargerons notre ministre de la marine de nous rendre un compte journalier de vos opérations.

Il est également dans nos intentions que vous désigniez les douze meilleurs vaisseaux pour une expédition, et qu’ils soient munis de beaucoup de choses qui nous ont paru manquer lors de notre revue, et du nombre de mois de vivres suffisant pour pouvoir être prêts à chaque instant à exécuter nos ordres. Notre ministre de la marine vous fera connaître plus en détail nos intentions.

Nous ne doutons pas de votre zèle et du talent que vous déploierez pour répondre à la confiance que nous avons mise en vous.

 

Anvers, 3 octobre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu l’état par lequel vous me faites connaître ce qui manque aux différents régiments de l’armée d’Italie pour que chaque bataillon soit au complet de 840 hommes. Il est nécessaire que vous ne dérangiez rien à ces bataillons, mais que vous les égalisiez et les fassiez tiercer pour qu’ils soient tous égaux en qualité de sous-officiers et soldats anciens et nouveaux; de manière que vous puissiez prendre les bataillons indistinctement. Vous ferez ôter des 5e batail­lons ce qui est disponible pour les répartir dans les quatre premiers. C’est dans cette situation que vous ferez exercer mes régiments. En en passant la revue, vous m’enverrez un état de situation qui fasse connaître la force de chaque bataillon, s’il venait à recevoir l’ordre de partir, ce qui est aux hôpitaux ou détaché. Il ne vous échappera pas que le mois d’octobre est le mois où il y a le plus de maladies en Italie : le nombre en est triple de ce qu’il est au printemps. Je vous enverrai des hommes pour compléter les quatre bataillons de chaque régiment; et, si le cas arrivait de faire partir des troupes, je me déciderais, selon les circonstances, à faire partir deux, trois ou quatre bataillons; mais cela ne peut être décidé qu’au dernier moment. Il faut qu’à vos exercices les quatre bataillons s’y trouvent; je préfère prendre les quatre bataillons, ne fussent-ils qu’à 600 hommes, à voir le 4e au rebut. En passant votre revue, vous devez faire rentrer dans les rangs les caporaux et sergents qui n’auraient pas deux ans de service, à moins que ce ne soit des caporaux-fourriers sortant des lycées ou des hommes qui soient très lettrés.

En passant votre revue, faites-moi aussi connaître la situation de la comptabilité, la qualité des draps qu’a fournis l’administration  de la guerre, enfin tout ce qui peut m’inléresser là-dessus.

 

Anvers, 3 octobre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 25 septembre. Vous vous trompez lorsque vous pensez qu’en France les enfants trouvés sont au compte de l’État : ils ne coûtent rien à l’État; ce sont des dépenses communales et départementales. Les œuvres pies sont si riches en Italie, qu’il serait insensé de faire de cela une dépense communale et même départementale. Mais en Italie on a l’usage funeste de garder ces enfants jusqu’à leur majorité; en France, on ne les garde que jusqu’à l’âge de douze ans. Vous pourriez faire former un bataillon de tous ceux qui ont plus de quinze ans, comme je l’ai fait en France pour les bataillons de pupilles.

 

Gorcum, 6 octobre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie vos lettres. Vous avez bien fait d’exiger que tous les évêques, même ceux qui n’avaient pas de bulles, rentrassent à leurs diocèses, et que personne ne restât à Paris. Ne souffrez la présence d’aucun à Paris. Renvoyez également mes aumôniers, hormis le cardinal et l’évêque de Ver­sailles, qui se trouve près de son diocèse. Envoyez-moi les lettres à signer pour les différents sièges vacants, afin de voir si le Pape veut ou non donner l’institution à mes évêques. Faites connaître aux évêques députés que je ne répondrai à aucune lettre, que je ne prendrai aucune décision, que lorsque mes évêques auront leurs bulles. Je suis trop vieux et trop accoutumé aux ruses italiennes pour me laisser duper par eux. Les évêques doivent insister là-dessus avec la plus grande force. Je ne recevrai même pas la députation, si elle ne rapporte les bulles d’institution de tous mes évêques; je ne renverrai le bref au Conseil d’État, pour être communiqué aux évê­ques, que lorsque tous les diocèses vacants auront leurs bulles. Il faut que la députation des évêques vous envoie un procès-verbal constatant qu’ils ont notifié au Pape que le décret s’applique à tous les évêchés de l’Empire, dont les États de Rome font partie.

 

Gorcum, 6 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Après avoir visité la Hollande, je compte me rendre à Wesel, à Venlo, à Juliers, pour visiter ces places. Donnez des ordres pour que les directeurs de génie et d’artillerie s’y trouvent.

 

Gorcum, 6 octobre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie une lettre du général Berthier. Vous verrez ce qu’il dit de l’exploitation de la forêt de Soccia. Il me semble qu’il serait fort inutile de faire flotter ces mâts jusqu’à Sagone. Cette idée est ridicule; il vaudrait mieux les envoyer par des gabares sur Ajaccio. Reste d’ailleurs à savoir le degré d’intérêt que la marine attache à avoir des arbres de cette longueur.

 

Utrecht, 7 octobre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il n’est rien dû à M. Percheron, payeur de la marine, qui a eu l’impertinence d’occuper une maison où il ne devait pas loger. Il ne devait pas l’occuper : d’abord parce que c’est celle du maréchal Soult, et que dès lors elle était acquise au général commandant le camp; 2° parce que cette maison était la plus belle de Boulogne sans exception, et qu’il n’appartenait pas à un payeur de s’y loger; il devait se rendre plus de justice; 3° parce que le camp n’a jamais cessé d’exister à Boulogne, et que le jour où il n’y aurait plus de camp, il n’y aurait plus de payeur de la marine, puisqu’il n’y aurait plus de flot­tille, et qu’il n’y a de troupes qu’à cause de cette flottille.

Bien loin de blâmer le duc d’Elchingen, je trouve qu’il a poussé trop loin la complaisance. Je l’aurais tancé vivement s’il m’eût dit que cela était par votre ordre. Il était logé à la citadelle, sans allocation, comme aurait pu l’être un capitaine, tandis que M. le payeur avait un palais et une grande cour.

Je ne suis pas content de ce que vous avez fait dans cette circonstance. Vous ne traitez pas bien mes maréchaux; ce n’est pas le moyen de leur donner de la considération et de les attacher au service. Vous ne devez pas tenir la balance entre un maréchal de l’Empire et un employé des finances.

Vous devez donc donner l’ordre au sieur Percheron de déloger sur-le-champ, de céder au maréchal Ney la maison qui lui est due, et vous ferez connaître à ce payeur qu’il est un impertinent de ne pas se loger conformément à son état, et qu’il ne lui est rien dû. N’étant pas le premier employé à Boulogne, mais le huitième ou le dixième, qu’il prenne le huitième ou le dixième logement.

Si le logement avait été occupé par le maréchal quand je suis passé à Boulogne, je l’aurais occupé. Ce payeur avait un logement quatre fois meilleur que le mien. Cela est de l’absurdité, et je suis surpris de voir que vous vous laissiez duper à ce point.

Le rôle du ministre de la guerre sur toute chose, dans une pareille discussion, était d’être pour le maréchal.

 

Utrecht, 8 octobre 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie une nouvelle lettre du prince d’Eckmühl. Vous verrez qu’il a toujours des inquiétudes sur la Prusse. Il serait fâcheux que le comte Saint-Marsan se laissât jouer.

Je vous envoie également une lettre danoise dont je désire que vous fassiez votre profit. Envoyez donc un vice-consul à Kolberg et sachez ce qui s’y fait. Cette négligence de n’avoir personne à Kolberg est impardonnable.

 

Utrecht, 8 octobre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je ne veux point de Sulpiciens dans le séminaire de Paris. Je vous l’ai dit cent fois, je vous le répète pour la dernière; prenez des mesures telles que cette con­grégation soit dissoute.

 

Utrecht, 8 octobre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris.

Je viens de passer en revue les 18e, 56e, 73e et 124e. Le 18e se plaint que ses tricots sont extrêmement mauvais, de sorte que des culottes faites depuis trois mois ne sont d’aucun usage, au lieu que des culottes faites avec du tricot qu’ils achètent, faites depuis dix-huit mois, sont bonnes. Ce régiment se plaint que les draps sont aussi mal teints : effectivement les habits sont blanchâtres. J’ai trouvé le 56e à peu près nu. Le 124e a encore 600 habits blancs. Vous lui avez donné pour 400 conscrits des habits bleus qui sont en magasin; le dépôt de ce régiment est à Abbeville; il avait des habits blancs dont il a habillé ses conscrits.

 

Utrecht, 9 octobre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au roi d’Espagne que jusqu’à nouvel ordre il peut retenir à Madrid ce qui viendrait de France destiné pour l’armée du Midi, vu que cette armée n’en a pas besoin. Réitérez en même temps l’ordre que tout ce qui appartient à l’armée du Centre, et qui se trouve à l’armée du Midi, soit restitué sans délai à l’armée du Centre. Écrivez également à Sa Majesté Catholique que je donne des ordres pour que l’urgent qu’elle désire lui soit envoyé.

J’approuve l’arrêté qu’a pris le duc de Dalmatie pour lever des compagnies franches formées des Français qui sont en Andalousie.

 

Amsterdam, 12 octobre 1811

Au général comte Bertrand, gouverneur général des provinces illyriennes, à Zara

Monsieur le Comte Bertrand, je reçois votre lettre du 30 septembre. Faites donc mettre à Trieste deux frégates en construction. Faites passer des marchés, et qu’avant le mois de janvier prochain elles soient mises sur le chantier. Faites faire également des prépa­ratifs pour mettre en construction un vaisseau de ligne.

 

Amsterdam, 13 octobre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, j’ai reçu les différentes lettres au Saint-Père pour l’institution des évêques : je crois qu’il faut faire l’opération toute à la fois. Présentez-moi des nominations pour tous les évêchés vacants, pour Verceil, Séez, etc. Le ministre des cultes d’Italie doit également me présenter des nominations aux évêchés italiens vacants. Il faut arranger les choses de manière qu’il y ait un évêque des États de Rome ou d’Italie et un de France; il faut également comprendre dans les présentations l’évêché de Bois-le-Duc. Par ce moyen, le Pape donnant des bulles à tous les évêques, le décret du concile se trouve bien ratifié et ne laisse plus aucun prétexte pour la suite.

 

Amsterdam, 14 octobre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que le 8e convoi de fonds continue sa marche et se dirige sur Valladolid, d’où les 800.000 francs destinés au roi d’Espagne et à l’armée du Centre partiront sous bonne escorte. Le reste du convoi continuera sa route pour Salamanque, pour remettre les 500,000 francs destinés à l’armée du Nord, les 300,000 francs destinés à la division Souham et les 1,500,000 destinés à l’armée de Portugal.  L’adjudant commandant Thierry aura soin de faire partir sous ses yeux, et avec une forte escorte, le convoi pour Madrid. Proposez-moi la distribution du 9e convoi et l’époque de son départ.

 

Amsterdam, 14 octobre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il n’y a à Danzig que 15,000 hommes. Mon intention est donc que vous fassiez partir en une seule colonne, et sous les ordres d’un bon commandant, du 20 au 25 octobre, le régiment de Bade et le régiment de Hesse qui sont l’un et l’autre à Stettin, avec leur compagnie d’artillerie, pour qu’ils se rendent sans délai à Danzig; ce qui augmentera la garnison de cette place de prés de 3,000 hommes. Vous ferez partir sans délai le 1er régiment polonais, qui est à Küstrin, pour se rendre à Posen et rejoindre son 4e bataillon. Ce régiment, que je destine à faire partie de la garnison de Danzig, tiendra jusqu’à nouvel ordre garnison à Thorn. Il sera entretenu à mes frais; mais, pendant le temps qu’il restera à Thorn, il sera nourri par le Grand-Duché ; il travaillera aux fortifications de Thorn. Il sera là à la disposition du général Rapp pour joindre sa division; ce qui portera à 21 ou 22,000 hommes disponibles les troupes sous les ordres du général Rapp. Vous ferez remplacer le régiment polonais à Küstrin par un régiment français que ferez partir de Magdeburg; de sorte que toute la division Dessaix se trou­vera réunie entre Stettin et Küstrin. Vous aurez soin de faire con­naître que ces mouvements sont commandés par la nécessité de remplir les vides que les maladies de l’automne ont faits dans les différentes garnisons.

 

Amsterdam, 15 octobre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre aux deux régiments de carabiniers, au 1er de cuiras­siers, au 8e et aux trois autres régiments de cuirassiers de se rendre à Cologne, eu partant douze heures après la réception de votre ordre. La division composée des deux régiments de carabiniers et du 1er ré­giment de cuirassiers se réunira à Cologne. La division composée des quatre régiments se réunira à Bonn.

Faites partir également douze pièces d’artillerie légère pour cha­cune de ces deux divisions. Ces pièces seront attelées par les chevaux les plus près, mais elles le seront définitivement par ce qui est dispo­nible des quatre bataillons du train qui sont en Allemagne.

Tous ces mouvements se feront sous le prétexte de passer ma revue. Le général Nansouty commandera ces deux divisions. Envoyez-y des généraux de brigade, de ceux qui étaient employés dans les cuiras­siers, de manière qu’il y ait au moins deux généraux de brigade pour les deux divisions. Mon intention est d’envoyer les deux divisions à Erfurt, après qu’elles auront passé ma revue; mais ceci est un secret, je désire qu’elles arrivent inopinément à Erfurt. Comme je suis bien aise effectivement de les passer en revue, je vous expédie une estafette extraordinaire pour que vous ne tardiez pas un moment à leur envoyer des ordres. Ces régiments, se trouvant à Metz et environs, auront peu de chemin à faire pour se rendre à Bonn et à Cologne. Le général Nansouty accélérera leur marche le plus possible.

Les carabiniers et le 1er régiment de cuirassiers laisseront leur 5e escadron. Les autres régiments de cuirassiers laisseront un dépôt. Vous préviendrez ces régiments que le but de leur réunion est spé­cialement de passer ma revue.

Je vous ai mandé que la 3e division, qui a servi à mon entrée à Amsterdam, est en route pour Munster.

P. S. Faites toutes les dispositions nécessaires pour l’organisation de ces divisions, forges, ambulances, officiers du génie, d’artillerie officiers d’état-major, adjoints, administration, etc. Mais, comme l’envoi de tout ce monde ne laissera pas que de faire du bruit à Paris contentez-vous d’en faire dresser les états, sans qu’on le sache, pour mettre cela en mouvement dans le courant de novembre. Ces divi­sions devant séjourner à Erfurt

 

Amsterdam, 18 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre dans les trois îles de Ré, d’Oléron et d’Aix, à Belle-Île, aux deux régiments de la Méditerranée, ainsi que dans tous les autres bataillons qui se complètent avec des conscrits réfractaires, à Toulon, en Corse, dans l’île de Walcheren, etc. , de faire l’état de tous les hommes qui ont déserté après avoir rejoint leur corps, et comptant déjà plus de six mois de services effectifs. Aussitôt que j’aurai cet état, mon intention est d’ordonner que ces hommes soient réunis pour un service spécial dans ces îles; car ce serait une duperie que de confondre ces hommes, qui connaissent déjà le service mili­taire et qu’on n’a pu y accoutumer, avec des jeunes gens qu’on peut espérer fixer à ce service lorsque la première répugnance sera vaincue.

 

Amsterdam, 18 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre projet de décret sur l’admission des élèves d’artillerie. Il contient justement le contraire de ce que j’ai prescrit; par conséquent je ne l’adopte pas et m’en tiens au décret que j’ai pris. Faites-le exécuter. Toutes les fois que le génie civil ou le génie militaire auront pris à l’École polytechnique les élèves qui leur sont nécessaires, je ne m’oppose pas à ce que l’artillerie prennent ensuite les élèves de cette école qui se présenteraient pour ce service; mais ce qui m’importe c’est d’avoir toutes les places de l’artillerie remplies et pour cela de faire désigner dans les soixante lycées au moins quatre jeunes gens par lycée destinés pour l’artillerie. On les fera examiner et, lorsqu’ils justifieront des qualités nécessaires, on pourra les envoyer à Metz, si l’école est assez grande pour les recevoir, ou dans toute autre école.

L’école de Saint-Cyr ne doit pas fournir plus que je n’ai fixé. La ressource de cette école est précieuse pour l’infanterie ; il ne faut pas la fermer entièrement.

 

Amsterdam, 19 octobre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, après avoir vu la rade du Texel, ce port me parait plus important que je ne l’avais cru. La rade exté­rieure, où peuvent mouiller huit ou dix vaisseaux et dont la sortie est facile, est tellement rapprochée de terre qu’il est à l’abri de toutes les tentatives de l’ennemi, moyennant les ouvrages projetés; ce qui est une grande découverte, non-seulement pour le Texel, mais en­core pour les escadres de Flessingue et du Nord. Je désirerais que la Ville d’Amsterdam reçût un équipage français; que le Doggersbanck reçut un équipage hollandais, le Ruyter un équipage français, et l’Evertsen un équipage hollandais, et qu’il fût placé deux équipages hollandais sur les deux frégates; ce qui ferait neuf équipages hollan­dais au Helder et deux équipages français. On attacherait à chacun des équipages français quatre canonnières, ce qui ferait pour les équi­pages français huit canonnières, et à chacun des neuf équipages hol­landais quatre canonnières, ce qui ferait pour les équipages hollandais trente-six canonnières. Il y aurait donc quarante-quatre canonnières destinées à la formation des équipages et à la défense des différentes passes du Zuiderzee. A mesure que les équipages pourraient être accrus par la conscription et l’inscription maritime, on porterait les équipages des canonnières à six par vaisseau; ce qui emploierait 300 hommes par vaisseau pour les équipages des canonnières et exi­gerait que les équipages des vaisseaux fussent complétés à 1,000 ma­telots. On aurait alors dans le Zuiderzee soixante-six canonnières, qui seraient tenues toujours en mouvement pour l’instruction des conscrits et la formation des équipages. Les quatre frégates qui vont être mises à l’eau avant le mois de mars donneront lieu à la formation de quatre nouveaux équipages, auxquels on attacherait vingt-quatre canonnières. De sorte qu’au mois d’avril prochain on aurait au Texel, mouillés dans la rade extérieure, neuf vaisseaux, quatre bonnes frégates et deux frégates hollandaises, formant quinze équipages, dont dix hollandais et cinq français; ces quinze équipages auraient cent quatorze canonnières ou goélettes. On aurait donc l’avantage d’avoir une expédition qui menacerait l’Angleterre bien plus que toute autre expédition, et d’avoir une grosse flotte de transport.

Il serait nécessaire d’avoir un contre-amiral français de choix pour commander en second l’escadre; de diriger dès ce moment les cinq équipages de haut bord (les deux qui doivent monter les vaisseaux et les trois qu’emploieront les trois nouvelles frégates); enfin de former sur-le-champ les dix équipages hollandais, en en nommant les officiers et l’état-major, en y incorporant les bataillons de flottille  et en appelant la conscription; et de donner l’ordre sur-le-champ pour que les vaisseaux et frégates soient préparés à Medemblik, de manière à rejoindre le plus tôt possible au Texel. On m’a parlé de deux vaisseaux de la compagnie des Indes qui se trouvaient à Enkhuisen, à Harlingen ou au Helder. Il faut me présenter un rapport pour les faire mettre en état, parce qu’ils seront fort utiles à joindre comme écuries à cette expédition.

Quant aux constructions, je pense qu’il faut placer sans délai un vaisseau de 74 sur le chantier vacant à Amsterdam , et en mettre deux autres à mesure que les plus avancés seront mis à l’eau (ces trois vaisseaux remplaceront trois vaisseaux hollandais) ; qu’il faut mettre sur l’autre cale qui existe un brick, de sorte que l’année pro­chaine il y aurait sur le chantier d’Amsterdam trois vaisseaux, deux frégates et un brick; qu’il faut mettre sur le chantier de Medemblick une frégate, de sorte qu’en 1814 je pourrai rejeter sur de bons vaisseaux français des équipages parfaitement formés sur les vaisseaux actuels hollandais, et me servir des vaisseaux hollandais comme de grosses flûtes armées, pour compléter l’expédition.

J’aurai donc, en 1814, neuf vaisseaux de ligne de 74 et même de 80, du modèle français. Je dis de 80, parce que, du moment que l’escadre doit mouiller dans la grande rade, il n’y a aucune difficulté à en achever l’armement dans la grande rade et à la faire sortir du mauvais passage avec vingt pieds d’eau. J’aurai de plus neuf françaises, et de plus trois ou quatre bricks français; total, vingt et un vaisseaux de guerre français bons marcheurs; à quoi il faut ajouter neuf vaisseaux de guerre hollandais, trois vaisseaux de 50, deux frégates hollandaises et cinq corvettes ou gros transports; total : dix-neuf vaisseaux gros transports, et enfin une flottille de 100 canonnières; ce qui présente une expédition formidable, pouvant porter 20,000 hommes et 2,000 chevaux, et comptant cependant cinquante gros bâtiments; expédition qui, mouillée dans la grande rade, serait d’un immense résultat pour mes projets.

Je pense que cette expédition sera beaucoup mieux placée au Texel que si elle était dans l’Escaut, parce que, mouillée dans la grande rade du Texel, elle y est comme en pleine mer, presque à l’abri des places, et qu’il est impossible qu’une expédition de cinquante vaisseaux réunis au Texel n’en sorte pas quand on veut, soit avant Noël, soit à la fin de février, et qu’on ne peut pas en dire autant de l’Escaut.

Cela comporte la nécessité de mettre en état le Helder. Du côté de terre, j’ai vu peu de positions où un petit nombre d’hommes puisse défendre plus longtemps la rade, les magasins et le port contre une grosse armée. Dès le mois de décembre prochain mon escadre y sera à l’abri, et dans l’année prochaine le port de Nieuwe-Diep et tout le système seront parfaitement à l’abri.

Du coté de la mer, il est indispensable que vous ordonniez aux sieurs Blanken et Sganzin d’organiser sérieusement un projet qui sera discuté cet hiver et mis à exécution l’année prochaine. J’ai fait pour cet objet un fonds spécial de 4 millions, indépendant de votre budget, qui sera pris sur les fonds de Hollande et mis incessamment à Votre disposition

Ces projets sur le Helder rendent nécessaires des projets pour l’armement de la rade de Delfzyl. Je désire que vous m’apportiez demain les cartes et plans de cette rade, afin que je puisse établir un projet pour qu’une escadre venant du Texel, de Flessingue ou de Cherbourg, s’y trouve en tout temps en parfaite sûreté.

Je vous prie de m’apporter demain un rapport sur tous ces projets, avec un décret pour arrêter définitivement tout ce qu’il y a à faire, et jusqu’alors de ne regarder ceci que comme une indication sur le travail que je vous demande.

Présentez-moi aussi un projet de lettre à l’amiral Dewinter, pour lui faire connaître que mon intention est qu’il ne sorte pas cette année.

 

Amsterdam, 19 octobre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

I,a connaissance que j’ai prise du Helder m’a fait concevoir des idées différentes de celles que l’on m’avait données. Je pense donc que, ce point devenant très-important, une grande quantité d’artillerie y deviendra très nécessaire. Trente ou quarante mortiers de 11 pouces à la Gomer hollandais ne seront point de trop pour ce point. Je m’empresse de vous le mander, afin que vous preniez vos mesures pour vous procurer des mortiers de 11 pouces, qui sont préférables aux mortiers ordinaires, parce qu’ils sont de calibre hollandais et que des bombes de ce calibre se trouvent en Hollande. Donnez donc des ordres pour que ces mortiers ne soient pas envoyés à Anvers et soient prêts à être envoyés au Helder.

 

Amsterdam, 20 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La place de Delfzyl est de la plus grande importance, puisqu’elle a une rade qui peut contenir quarante vaisseaux de guerre. Je désire donc qu’aux conseils de décembre on me présente une carte très bien faite, dont les distances soient très exactes, non seulement de Delfzyl et environs, mais encore des deux bancs qui sont dans la rade.

 

Amsterdam, 21 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je suppose que vous avez pris des mesures pour qu’aux conseils de décembre il me soit présenté des projets pour construire des tours ou forts dans les îles des Wadden, de sorte qu’avec quelques pièces de canon 50 hommes puissent se défendre pendant un gros siège, et qu’elles soient approvisionnées pour un mois. Si ces dispositions ne sont pas faites, ne perdez pas un moment à les faire. Que les officiers viennent en décembre avec les projets, sondes, profils et cartes ; car j’entends profiter de l’hiver pour occuper toutes les îles.

 

Amsterdam, 20 octobre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris.

On se plaint à Paris de la mauvaise qualité du pain qui est distribué à la garnison. On assure qu’on y emploie de la farine de pois. Portez une attention sévère là-dessus.

 

Amsterdam, 20 octobre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, le 12e bataillon des équipages militaires qui est à votre armée a six compagnies de 40 caissons chacune, indépendam­ment des prolonges forges; ce qui fait 240 caissons d’équipages militaires. Ces 240 caissons ne peuvent porter chacun que 1,000 ra­tions; ils ne sont propres qu’au transport du biscuit; ils transportent peu de farine, peu de blé, et ne sont point propres au transport des fourrages; ils n’ont qu’un seul but d’utilité, c’est de transporter le pain du four ou du magasin aux corps. Mais, pour ce service, chaque bataillon a un caisson. Je juge convenable qu’il y ait dans chaque corps de votre armée d’autres caissons servis par les équipages mili­taires, à raison d’un caisson par bataillon.

Le corps de l’Elbe étant calculé sur cent bataillons doit avoir 100 caissons. En en mettant 20 de plus pour la cavalerie, pour les déficit, cela formera trois compagnies de 40 caissons chacune, qu’il faut que vous conserviez, lesquels seront attelés par les transports
militaires, et qui, avec les 100 qu’ont les bataillons, feront environ 200 caissons, ou des moyens de transport pour deux jours de pain
fabriqué. Mon intention est que les trois autres compagnies aient des chariots propres à transporter le pain et le biscuit, comme ceux que j’ai organisés pour l’armée d’Espagne. Je donne ordre que 60 de ces chariots, qui sont d’une construction plus forte, soient envoyés à
Wesel. On vous en enverra 60 autres en 1812. Ainsi les 4e, 5e et 6e compagnies du 12e bataillon d’équipages militaires seront composées de 120 chariots. Ces 120 chariots porteront 480 milliers pesant de biscuit ou de farine, au lieu de 120 milliers que porteraient 120 caissons. Le ministre directeur de l’administration de la guerre vous écrira probablement d’envoyer des chevaux à Wesel pour prendre
les 60 chariots qui sont dirigés sur cette place. Vous laisserez alors les 60 caissons qui sont attelés par ces chevaux à la disposition du
ministre de l’administration de la guerre, soit pour les corps, soit pour les autres services. Il serait utile de placer les chevaux du 12e bataillon d’équipages militaires en échelons, pour faire, à demi-fatigue, les transports journaliers de Wesel sur les régiments. Par ce moyen, ces transports ne coûteraient rien. En supposant 80 lieues de Wesel à Hambourg, chaque convoi ferait 12 lieues en deux ou trois étapes. On en profiterait pour rapporter ce que les corps auraient à renvoyer à leurs dépôts. Cela doit être fait sans presse et sans fatiguer les chevaux. Je désire que vous me fassiez connaître ce que vous ferez là-dessus; car, s’il faut ménager les chevaux, il ne faut point les laisser dans une inactivité totale. Cette mesure ne peut qu’être avantageuse, en ce qu’elle sera utile au service, que les chevaux seront entretenus dans l’habitude du travail, et qu’elle m’épargne des dépenses.

 

Amsterdam, 21 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie votre projet pour la Bidassoa. J’approuve fort que l’on fasse du côté de France un tambour pareil à celui du côté d’Espagne. La tour modèle, qui coûtera, je crois, une soixantaine de mille francs, sera remise à l’année prochaine, et vous me présenterez aux conseils de décembre un projet pour déplacer le pont, changer la direction de la route et reporter le passage dans l’endroit le plus favorable, de manière à avoir une bonne tête de pont qui fasse une défense permanente. Sans doute que la Bidassoa a des gués, mais ces gués, qui sont souvent impraticables, ne peuvent pas servir au passage d’une armée.

Il serait convenable d’avoir là un réduit qui nous rendit absolument maîtres de cette rivière et protégeât le territoire de l’Empire.

 

Amsterdam, 21 octobre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Reggio, de réunir le 23e et le 24e régiment de chasseurs et les trois régiments qui font partie du camp de Groningen, sur la route d’Amersfoort à Utrecht, avec des troupes du camp d’Utrecht. Dans la journée du 29, je passerai par cette route; je m’arrêterai plusieurs heures pour voir les régiments d’infanterie et de cavalerie que je n’ai pas vus, et faire manœuvrer tous les autres. Comme il n’y a pas de temps à perdre, il faut que cet ordre parte de chez le duc de Reggio avant minuit.

 

Amsterdam, 21 octobre 1811

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Amsterdam.

Monsieur le Duc de Frioul, je vous envoie mon itinéraire. Remet­tez-en copie au grand écuyer et au colonel général de ma Garde, et donnez tous les ordres qui seront convenables.

 

Amsterdam, 22 octobre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, les 4e bataillons des 19e, 40e, 93e, 56e, 2e, 37e et 123e, ce qui fait sept bataillons, ont été envoyés à Wesel et à Stras­bourg pour se compléter à 900 hommes. Je garderai à Strasbourg les bataillons du 3e et du 105e. J’enverrais volontiers ces sept batail­lons à leurs régiments pour opérer le tiercement; mais, comme ces régiments sont en France, il y aurait trop de facilité pour la déser­tion. Je me suis décidé à vous les envoyer. Formez-en une ou deux bonnes brigades sous les ordres d’un général de brigade ferme, qui se charge de leur instruction et de leur tenue, et qui s’applique à empêcher la désertion. Ce sera 6,000 hommes que vous aurez sous la main ; et, selon les circonstances, je me déciderai à les faire servir à compléter vos régiments ou à tenir garnison à Magdeburg et sur les côtes. Pendant ce temps les régiments arriveraient sur l’Elbe, s’il y avait guerre; ils trouveraient leurs bataillons et l’encadrement se ferait. Ces régiments, à l’exception du 123e ont cinq bataillons, ayant eu leur 6e bataillon formé lorsque le 4e était en Catalogne. Portez donc une attention particulière à ces bataillons aussitôt qu’ils vous arriveront. Indépendamment de ces sept bataillons, les dépôts de Wesel et de Strasbourg vous auront fourni, avant le mois de février, une douzaine de mille hommes, en y comprenant ce que vous avez reçu.

Je crois vous avoir écrit que la 3e division de cuirassiers arrivait à Munster. Je compte y envoyer une brigade de cavalerie légère, que je verrai à Utrecht, composée des 23e et 24e régiments de chasseurs. Le département de la Lippe peut très-bien nourrir 4,000 chevaux. Ce sera 4,000 chevaux qui seront tout prêts pour vous soutenir et marcher avec vous en cas d’événement.

J’ai aussi fait mettre en mouvement mes sept autres régiments de cuirassiers et de carabiniers, qui formeront deux divisions, ayant douze pièces de canon. Je les verrai à Düsseldorf, où je serai dans les premiers jours du mois prochain. Je compte diriger sur Erfurt une de ces divisions et garder l’autre division à Düsseldorf. Ainsi donc vous aurez quinze régiments de cuirassiers formant quatre divisions, ayant quarante-huit pièces d’artillerie légère, et dix régiments de cavalerie légère formant cinq brigades; ce qui devrait faire près de 20,000 hommes de cavalerie. Mon intention est d’em­ployer tout l’hiver à compléter, organiser et arranger toute cette cavalerie.

Je vous ai demandé un état de situation de votre armée au 15 octobre, mais surtout un grand détail de votre artillerie. Je vous ai écrit hier sur vos transports militaires. J’ai deux bataillons du train, de 240 caissons chacun, complétés et prêts à partir. Il est nécessaire que l’artillerie de vos quatre divisions de cuirassiers soit tout entière servie par vos quatre bataillons du train.

 

Amsterdam, 22 octobre 1811

NOTE AU SUJET DE L ÉTABLISSEMENT D’UN FORT SUR LE BANC DU ZUIDERGAZ

1° La distance de la limite de l’estran à l’extrémité du Zuiderbank est de 1,360 toises.

M. Blanken veut s’avancer en mer de 160 toises; il placera donc des pièces de 36 à 1,200 toises du banc; l’ennemi ne passera guère qu’à 100 toises du banc; la batterie de 30 sera donc à 1,100 toises de l’ennemi : sous quel angle faut-il pointer une pièce de 36 pour arriver à ces 1,100 toises ?

Le général Chasseloup propose de s’éloigner de l’extrémité de la plage de 40 toises et de se placer à 1,400 toises du banc et à 1,300  du vaisseau ennemi : sous quel angle faut-il pointer des pièces de 36 pour arriver à ces 1,300 toises ?

2° Ayant considéré le fort Blanken sous le point de vue artillerie, considérons-le sous le rapport du génie.

M. Blanken évalue à un million la construction de son fort et de la digue qui le joindra à la terre.

Peut-il l’élever assez pour le défiler des petites dunes ? Le peut-il pour le défiler des grandes dunes ? Peut-il avoir aux angles du fort des cavaliers qui se défileront de la plage ? Si cela se peut, combien cela coûterait-il ?

3° Le fort proposé par le général Chasseloup, combien coûterait-il ? L’artillerie de campagne suffira pour l’enlever. Combien en coûterait-il pour le mettre à l’abri d’une attaque des dunes ? On conçoit que le fascinage de M. Blanken coûte peu, que son talus est indiffé­rent, parce qu’il est dans l’eau. Il n’en est pas de même à terre. Pour mettre son fort à l’abri d’un coup de main, le général Chasseloup dépensera un million, parce qu’on conçoit que sur du sable, où l’on ne peut s’environner d’eau et de terre, il faut maçonner.

Résumé. — II faut comparer l’angle de pointage pour les distances de 1,100 et 1,300 toises; comparer la dépense du fort proposé par M. Blanken et de celui que propose ou proposera le général Chasseloup.

Si la dépense était la même, on pense que le premier est préfé­rable, parce qu’il sera plus fort si l’on y met quelques bâtiments à l’abri de la bombe, parce que les 160 toises d’eau qui environnent le fort Blanken sont le plus grand obstacle qu’on puisse opposer à l’ennemi.

Avant tout il faut avoir un profil exact du fort projeté, à 900 toises de distance dans les terres, sur toutes les directions.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Une grande quantité d’affûts de côte existe depuis Anvers jusqu’à Lillo, sur l’une et l’autre rive. Il est nécessaire qu’aux conseils de décembre un état m’en soit remis par vous, parce qu’il est important de désarmer ces batteries pour en conserver les affûts et employer les pièces à d’autres destinations. A mesure que l’armement de Flessingue, de Cadzand et de Borssele devient plus respectable, une portion des batteries du haut Escaut devient d’une précaution trop scrupuleuse et fait faute pour nos besoins réels.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je viens de signer des décrets pour l’armement des batteries et des forts Lasalle, Dugommier, du Falga et de la place de Naarden.

Je vous prie surtout de réitérer des ordres pour que toute l’artil­lerie inutile, pour que tous les fusils et munitions soient dirigés sur Naarden. C’est une excellente place, qui est la citadelle de tout le pays. De là on a le Zuiderzee pour se porter partout ; c’est donc là que doit être le centre de tous nos approvisionnements.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mes intentions ne sont pas exécutées en Hollande. Il y a partout de l’artillerie, des armes et de la poudre, et je veux n’y avoir que l’artillerie nécessaire pour la défense des côtes et des places, du Helder, d’Hellevoetsluis, de Brielle, de Gorcum et de Naarden, en plaçant à Naarden un équipage de campagne de soixante et douze bouches à feu en réserve, pour armer la ligne d’Amsterdam ou toute autre ligne en cas d’événement. Je désire donc qu’une salle d’armes de 20,000 fusils soit placée à Naarden. Vous faites évacuer les fusils sur Delfzyl : je ne veux rien à Delfzyl, tout sur Naarden, qui est une très bonne place, la clef du Rhin et d’Amsterdam par sa situation sur la Zuiderzee. Je désire qu’un approvisionnement de fusils et des armes y soient renfermés. Je pense qu’il faut 20,000 fusils en Hollande pour armer au besoin la population ; mais ces 20,000 fusils doivent arriver à Naarden.

Il ne faudrait placer sur les côtes que des canons de fer. Je crois que la marine pourra en donner trente, dont elle ne peut pas se servir, parce qu’ils ne sont pas de notre calibre. Tout ce qui sera inutile aux places du Helder, de Naarden, de l’Ile de Goere et d’Hellevoetsluis, de Brielle, de Gorcum, pour la direction d’Amsterdam, doit être évacué sans délai sur Anvers, où doivent se trouver tous les moyens de subvenir aux besoins imprévus de la Hollande, que ne pourrait pas fournir l’armement de Naarden.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai oublié de vous écrire qu’une tour de 1e classe à Blankenberghe serait assez inutile et qu’une simple tour de 3e classe suffira. S’il en est encore temps, donnez des ordres pour que le modèle de cette tour soit changé. Nous avons tant de points importants, qu’il ne faut pas prodiguer les moyens dans les lieux qui ne le compor­tent pas.

Je crois vous avoir mandé qu’Ostende est extrêmement mal armé, et que je désirerais qu’en décembre un état m’en fût remis, avec l’indication des batteries sur un plan, afin que je puisse régler cet armement.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

NOTE SUR LA DÉFENSE DE LA HOLLANDE.

CHAPITRE  – DU HELDER.

  • I. Le Helder est le point le plus important de la Hollande. Du Helder dépend le Zuiderzee; tant qu’on est maître du Helder, on l’est du Zuiderzee, parce que l’ennemi ne peut y faire entrer aucune escadre; et tant qu’on est maître du Zuiderzee, on l’est de toute la ligne depuis le Helder jusqu’à Naarden. Le Helder doit être fortifié de manière que 3 à 4,000 hommes puissent s’y défendre quatre où cinq mois.

La dune ou la position du fort Morland est la clef du Helder. Il faut construire sur cette dune un beau fort en maçonnerie. L’importance qu’il y a à donner à cet ouvrage la plus grande défense exige qu’un million ou deux y soient employés.

De la batterie de la Révolution dépend la rade intérieure. Ainsi, maître du fort Morland, l’ennemi n’aurait encore rien; il faudrait qu’il s’emparât du fort Lasalle pour être maître de la batterie de la Révolution. Les batteries du Réparateur et du (…) peuvent se défendre après la batterie de la Révolution, et, cette dernière détruite, fermer encore la rade.

Enfin un fort doit être établi à l’embouchure de Nieuwe-Diep, lequel sera le réduit de toutes les positions du Helder et protégera une forte batterie et qui défendra également la rade.

Avant que l’ennemi puisse faire entrer ses vaisseaux, dans la rade et inquiéter l’escadre française, il faudra qu’il fasse trois sièges indépendants, ce qui ne peut pas employer moins de quatre mois, et ces trois forts n’ont pas besoin, à la rigueur, de plus de 3,000 hommes pour leur défense.

  • 2. Mais non seulement il faut empêcher l’escadre ennemie d’entrer dans le Zuiderzee, et protéger l’escadre française, mais il faut encore défendre le Nieuwe-Diep, canal de 1,400 toises, où pendant l’hiver mouille l’escadre et qui peut contenir quarante vaisseaux de guerre. C’est là où seront l’arsenal, les chantiers et tous les magasins de la marine. Pour couvrir ce port, il faut faire un fort à l’écluse, qui croise ses feux avec le fort Lasalle et qui soit protégé par le fort Morland. Il faut armer le fort actuel du Nieuwe-Werk, qu’il faut considérer comme une forte redoute dans l’eau.

Avec ces quatre forts, l’ennemi ne pourra ni entrer dans le Zuiderzee ni inquiéter l’escadre française. Il ne pourra détruire l’arsenal de la marine et bombarder les vaisseaux dans le port qu’après avoir pris le fort qui sera sur l’écluse; il ne pourra prendre ce fort qu’après avoir pris le fort Lasalle : telle est la configuration du terrain; et il ne pourra prendre le fort Lasalle qu’après avoir pris le fort Morland. Ce qui prouve ce qui a été dit plus haut, que le fort Morland est la clef du Helder.

Il faut faire le projet de ces quatre forts.

Un million sera dépensé l’année prochaine au fort Morland, un million au fort de l’Écluse; 500,000 francs pour finir le fort Lasalle et 500,000 francs pour les autres dépenses. Les travaux seront dirigés de manière qu’en octobre 1812 les forts Morland et Lasalle et de l’Écluse soient mis en état de défense et puissent même soutenir un siège en règle.

  • 3. Le premier objet des fortifications du Helder est sans doute de défendre le Zuiderzee et l’escadre, le second de défendre le port et les établissements de la marine; mais il en est un troisième.

Entre les forts Morland et Lasalle se trouve un banc qui sépare la rade extérieure de la rade intérieure. Il n’y a là que 22 pieds d’eau et seulement sur la largeur d’une centaine de toises, de sorte qu’il n’y a qu’un très petit nombre de vents pour sortir. Il est donc nécessaire d’être maître de la rade extérieure.

A 10 ou 1800 toises du fort Morland, il faut, à la laisse de basse mer, construire un fort et l’environner de plusieurs batteries. Il faut qu’il puisse défendre autant que possible du coté de terre les batteries construites sur les dunes. Ce fort se trouvera éloigné de 1,600 toises du banc qui ferme la rade, et à 1,200 toises du lieu où doivent passer les vaisseaux ennemis pour attaquer notre escadre, qui mouil­lerait dans la rade extérieure. Les ingénieurs de la marine sont char­gés de construire, à 150 toises en avant dans la mer, un nouveau fort contenant une trentaine de bouches à feu. Le fort que construira la terre à la laisse de basse mer protégera celui-ci du côté de terre et on sera comme une suite. Il est nécessaire que ce fort soit fini l’année prochaine; il faut en faire le projet. Il doit pouvoir soutenir quinze ou vingt jours de tranchée ouverte. Ce fort étant à 1,200 toises du fort Morland pourra être coupé par l’ennemi, mais la garnison pourra toujours se retirer par mer.

Ce fort doit être armé de huit mortiers à plaque portant à 2,000 toises, de douze mortiers à la Gomer, à grande portée; total, vingt mortiers, et vingt pièces de 36; total, quarante bouches à feu. Il doit avoir en outre, du côté de terre, tout ce qui sera nécessaire pour sa défense. Ce fort s’appellera le fort du Falga.

Par ce grand et bel établissement, la rade extérieure du Texel pourra contenir en sûreté quinze ou vingt vaisseaux de guerre. Cette escadre sera là comme en pleine mer et pourra appareiller par tous les vents, une escadre sortant de l’Escaut peut s’y réfugier à chaque instant, puisqu’il n’y a aucun obstacle pour son entrée. Il est donc urgent d’établir ces batteries.

  • 4. Dans ce moment-ci le fort Lasalle remplit son but, et un millier d’hommes y défendraient une escadre pendant plus de six semaines. Si ce fort avait existé il y a quinze ans, deux escadres hol­landaises n’auraient pas été perdues. Le décret que je viens de prendre ordonne le prompt armement des forts Lasalle, Morland et du nou­veau fort (le fort du Falga), que l’on doit construire l’année pro­chaine. Ces batteries ne seront pas fermées à la gorge, mais il est urgent qu’elles existent, afin de protéger notre escadre si elle sortait ou si une autre arrivait.

J’ordonne également l’armement avant le 1er décembre de la batte­rie du Nieuwe-Werk, qu’on appellera la redoute Dugommier.

  • 5. A 5 lieues en arrière, du côté de Zand, il sera fait un projet pour construire un fort pentagonal ou hexagonal, à grandes dimen­sions. Ce fort aura pour objet de nous tenir maîtres des digues qui vont à Petten, à Medemblik et à Alkmaar, et de protéger les ouvra­ges avancés. C’est dans ce fort qu’à la première nouvelle d’une des­cente la tête des troupes de la Hollande viendrait se rallier pour observer l’ennemi et le mettre entre deux feux, et, si l’ennemi était assez fort pour investir aussi ce dernier point, les troupes qui arriveraient à Alkmaar auraient du moins de grands avantages pour en faire lever le siège.

Ainsi ces cinq ou six ouvrages, qui me coûteront 5 à 6 millions et qui peuvent être mis en état de défense dans la première campa­gne, et perfectionnés dans la seconde et dans la troisième, assurerait la rade, le port et les arsenaux, du Helder, le Zuidersee et toute la Hollande.

CHAPITRE II. PROLONGATION DE LA LIGNE DU RHIN

La ligne du Rhin est la ligne de l’Empire. Les têtes de pont de Huningue, de Kehl et de Kastel.  Wesel et les nombreuses places que nous avons sur cette ligne, la rendent formidable; de Wesel par Coeverden et Groningen notre ligne s’appuie sur Delfzyl, mais cette ligne étendue est faible. Il faudrait considérer l’Yssel comme seconde ligne. Cette ligne est encore faible; il en faut une troisième appuyant sa gauche sur Naarden et sa droite à Gorcum, et qui se joint par Nimègue et Grave à Wesel. Cette ligne couvre Amsterdam, le Texel, et dès lors toutes nos escadres, La Haye, Leyde, Rotterdam, les bouches de la Meuse, Hellevoetsluis, c’est-à-dire toute la Hollande. Tout ce qui est à droite de cette ligne est de peu d’importance, et quand ce pays serait deux ans au pouvoir de l’ennemi, on le retrouverait encore comme il était avant cet intervalle.

La ligne de Naarden à Gorcum doit donc être considérée comme la vraie ligue de l’Empire. Il faut la bien reconnaître, la bien tracer, faire préparer les inondations et s’occuper des modèles de tours pou­vant contenir 50 hommes et que l’on placerait le long des digues. Une cinquantaine de ces tours et formant corps de garde et servant de réduit aux batteries, assureront parfaitement cette ligne. Le décret que j’ai pris aujourd’hui contient des dispositions pour l’armement de Naarden.

Un projet sur Gorcum a été demandé; il faut considérer cette place comme tête de pont pour entrer de France en Hollande.

Quant aux digues d’Amsterdam, il faut en faire lever des plans exacts. Il est d’ailleurs un point à occuper entre Amsterdam et Haarlem, afin d’obliger l’ennemi qui viendrait du Helder à faire le tour de la mer de Haarlem. Le reste des inondations serait utile si les habitants voulaient se défendre ; on retarderait ainsi l’ennemi de l’ennemi de quelques jours, et cela donnerait le temps d’accourir. Il faut avoir le plan de ces inondations sur une grande échelle, et que les points importait y soient bien marqués et bien dessinés.

 

CHAPITRE III. — LE TEXEL.

Il faut donner ordre que le projet soit fait pour que le port du Texel soit environné d’une enceinte bastionnée, qu’une batterie de quatre pièces de fort calibre soit placée sur la pointe à droite du port et que les deux petits forts à droite et à gauche soient armés, que les deux fronts du fort qui regardent la hauteur soient relevés, aient des parapets de 12 à 15 pieds au moins et des pièces sur affûts de place.

Il faut donner des noms à ces quatre forts.

Moyennant ces quatre forts, qui embrassent 2,000 toises, il devra être facile de débarquer le monde qu’on voudra pour reprendre l’Ile si l’ennemi l’avait occupée, et avec de telles précautions jamais le Texel ne sera attaqué.

Les îles de Wieland et de Terschelling doivent être occupées par des tours, dépendre de la 17e division militaire; elles seront sous le commandement du commandant du Texel, comme le décret de ce jour le porte.

 

CHAPITRE IV. — L’EMBOUCHURE DE LA MEUSE

Après le Texel, l’embouchure de la Meuse est le point le plus important.

Hellevoetsluis et Brielle sont de bonnes places qu’il faut tenir en état.

L’île de Goeree est d’un grand intérêt. Il faut perfectionner les ouvrages de Ooltgensplaat.

Couverte par l’île de Goeree et le Helder, la Hollande est inatta­quable.

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris.

Il serait convenable de prendre des mesures pour donner du vin aux troupes en Hollande pendant les mois de juillet, août, septem­bre et octobre.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie une lettre du vice-roi. Faites solder au trésor d’Italie tout ce qui lui est dû. Cela est d’autant plus facile que, comme je vous l’ai dit, j’ai beaucoup d’argent en Italie. Remettez-moi sous les yeux ce qui est relatif au budget de 1812.

Faites-moi connaître votre opinion sur la dernière question conte­nue dans la lettre du vice-roi. J’ai trois vaisseaux à Venise. Ce serait une chose extrêmement avantageuse que de les avoir à Ancône ou à Pola. Il y a plus de facilité après le mois de décembre pour les envoyer dans un de ces deux ports. En janvier le temps est ordinairement bon; les nuits sont longues; l’ennemi est éloigné et ne commence à faire ses dispositions qu’après l’équinoxe de mars. S’il résulte des signaux de la tour de Saint-Marc et des rapports des croisières qu’il n’y a pas de vaisseaux de ligne ennemis dans le nord de l’Adriatique, il n’y a pas d’inconvénient à avoir à Malamocco la Princesse-de-Bologne, des bricks et des canonnières, et à faire sortir en même temps le Rivoli. Le Rivoli, ayant une fois franchi la passe, fera route immédiatement pour Ancône ou pour Pola. Après cela, les chameaux rentreraient et prendraient le Régénératore, lequel se dirigeraient incontinent sur un des deux ports. On ferait ensuite la même opération pour le Mont-Saint-Bernard.

Il me semble qu’il n’y a rien à objecter contre cette manœuvre, puisque enfin un vaisseau, une frégate et deux bricks ne peuvent pas craindre deux ou trois frégates. En faisant sortir les vaisseaux de grand matin, on peut espérer qu’à midi ils seront sous voiles et pourront partir pour un des ports. Trois vaisseaux à Ancône ou à Poli seraient d’un tout autre effet qu’à Malamocco. Trois vaisseaux à Ancône ou à Pola ne seront probablement pas bloqués cet hiver, ils pourront faire beaucoup de sorties, tandis qu’il est à craindre que l’année prochaine, au mois d’avril, ils ne soient bloqués par des vaisseaux anglais; ce qui rendrait l’opération beaucoup plus difficile.

Je vous prie de me faire un rapport là-dessus et de me faire un projet de lettre que j’écrirai au capitaine Barré pour lui faire connaître ma volonté. Dans une mer où j’ai un port fortifié, à toutes les aires de vent, cette opération, faite convenablement, ne me parait pas avoir de danger, d’autant plus que dans une petite mer entourée de côtes on sait tous les jours ce qui se passe.

Faites-moi connaître si vous avez donné ordre à la frégate la Flore d’entrer à Venise pour se réparer. Si cela est, cette frégate pourrait accompagner les vaisseaux.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris.

Votre projet de décret sur les équipages ne me convient pas. Je vous le renvoie et j’y joins une esquisse du décret comme je le voudrais.

Il faut que vous y mettiez les numéros des bataillons à créer, et que vous le fassiez précéder d’un rapport qui me fasse connaître parfaitement où en sont toutes les opérations. Joignez-y un état au 1er octobre de la situation des équipages. Vous indiquerez dans cet état ce que les équipages ont du recevoir de la conscription de 1811, ce qu’ils ont reçu et ce qui leur reste à recevoir. Vous indiquerez aussi la distribution des 1,400 conscrits hollandais, afin de ne pas les reporter dans l’Escaut ou dans le Zuiderzce.

Si vous avez besoin d’être à Paris pour bien rédiger le projet de décret, je n’y vois pas de difficulté, pourvu que vous me le présen­tiez avant le 15 novembre, avec la nomination des officiers et des états-majors.

Ce qui est important actuellement, c’est de donner l’ordre à l’équi­page du capitaine Etienne, qui est dans la Meuse, de venir dans le Zuiderzee; de donner ordre au 13e équipage, qui est à Boulogne, de monter vingt-sept chaloupes canonnières et de venir avec dans l’Es­caut ; enfin de donner ordre au bataillon de la flottille de l’Escaut de monter vingt-sept chaloupes canonnières et d’entrer sans délai dans le Zuiderzee, où ce bataillon aura ordre de se mettre en croisière, mais, avant même de donner ces ordres à ces deux bataillons, je désire connaître quels sont les conscrits qu’ils doivent recevoir; sont-ce des Hollandais ou des Français ?

En attendant, je désire que vous donniez des ordres pour que les deux frégates qui sont à Medemblik soient transportées au Helder et armées, pour que les quatre vaisseaux qui sont à Medemblik soient mis en état et pourvus de tout ce qui est nécessaire pour être en rade au Texel à la fin de février; enfin, que vous ordonniez qu’une partie des canonnières qui viennent dans l’Escaut se rendent dans le Zuiderzee, afin d’y avoir cent trente goélettes, canonnières ou bricks, et de pouvoir subvenir à tous les mouvements.

Je désire aussi que vous me fassiez un rapport sur la flottille de Boulogne. Vingt-sept canonnières vont se rendre dans l’Escaut ; un nombre s’est rendu à Cherbourg; un nombre s’est rendu à Dunkerque et à Ostende; que doit-il rester à Boulogne et que reste-t-il à Boulogne ? Quel est le parti convenable à prendre pour conserver les avantages que m’a produits la flottille sans en avoir les inconvénients ?

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, prêtez encore un million à la Saxe sur l’emprunt. S’il vous est possible, faites croire que ce sont des particuliers qui en ont pris les bons. Régularisez ensuite cela avec le domaine extraordinaire.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je verrais avec plaisir que le roi Charles IV quittât Marseille avec tout son monde et se rendît à Rome. Je vous autorise à lui envoyer de Paris les hommes qui ont sa confiance, pour lui faire cette proposition. Je voudrais qu’il profitât du reste de la saison pour se mettre en marche. Sur son passage on lui rendra les plus grands honneurs, et même, s’il veut visiter l’escadre à Toulon, mon intention est qu’il y soit reçu comme roi. Les garnisons lui fourniront des escortes et les généraux commandant les divisions par lesquelles il passera devront l’accompagner. Il pourrait de Nice passer par le col de Tende, de là se rendre à Plaisance et à Rome. Vous devez lui faire donner l’assurance que je lui accorderai le même traitement qu’il a aujour­d’hui. S’il a des dettes, je ne puis pas les payer, vu que l’Espagne me coûte trop et que 2 millions dans sa situation doivent suffire à tout. Quant à sa résidence à Rome, on pourra le loger à la villa Borghèse ou dans un des palais que j’ai dans cette ville.

Faites cette affaire délicatement. Quand vous serez assuré qu’il veut partir, vous ferez expédier les ordres convenables par le ministre de la guerre. Il est toujours bon que les Bourbons soient à Rome ; leur séjour sera utile à cette grande ville. Si cependant le roi préférait rester à Marseille, il faudrait l’y laisser.

La duchesse de Bourbon, la duchesse d’Orléans et le prince de Conti sont en Catalogne fort malheureux. Comme je continue de leur faire une pension, il serait bon de leur proposer également de se rendre à Rome. Ils devront traverser promptement les départements méridionaux, sans qu’on leur rende aucun honneur, et même vous aurez soin que leur passage ne puisse faire aucune sensation. S’ils peuvent obtenir un passeport de la croisière anglaise, ce que je crois possible, il vaudrait mieux qu’ils s’embarquassent à Barcelone pour débarquer à Cività-Vecchia.

 

Amsterdam. 23 octobre 181

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, j’ai envoyé de la Garde 200 vélites en Espagne. Mon intention est qu’un détachement de grenadiers à cheval rentre en France. Vous donnerez donc l’ordre au général Dorsenne de faire partir cet escadron pour Vitoria et de me faire connaître quand il arrivera. Il est aussi dans les vieux chasseurs de ma Garde un certain nombre d’hommes que je désire qu’on me renvoie. Ecrivez au duc d’Istrie d’en faire la note. Je désire qu’on me renvoie jusqu’au nombre de cinquante ceux qui sont le plus accoutumés à mon service. Réitérez l’ordre au général Lepic de rentrer en France.

Il y a à l’armée du Nord beaucoup d’artillerie, puisque la division Souham a vingt pièces de canon. Donnez ordre au général Dorsenne de renvoyer en France une des trois compagnies de canonniers à pied de ma Garde attachées aux régiments. Il peut garder le matériel et les chevaux, s’il en a besoin. Je désire qu’il me renvoie aussi les hommes à pied du train de la Garde qui n’ont pas de chevaux. Proposez-moi enfin de donner à l’armée du Nord deux compagnies d’artillerie légère, afin de faire revenir les deux compagnies d’artillerie légère qui servent les douze pièces de la Garde à cette armée. L’armée de Portugal doit avoir trop de compagnies d’artil­lerie légère.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie la lettre du général Dorsenne; vous pouvez l’autoriser à garder les officiers de l’ex-garde royale hollandaise et à les placer définitivement dans ma Garde.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 11 octobre. J’attache comme vous la plus grande importance à ce que le Rivoli, le Mont-St-Bernard et le Régénératore, accompagnés de la Princesse-de-Bologne, de deux bricks et de toutes les canonnières que vous pourrez trouver à Venise, se rendent à Malamocco. Qu’on profite de l’été de la Saint-Martin et d’un temps convenable pour faire passer le Rivoli, accompagné de la Princesse-de-Bologne et des deux bricks. En commençant à huit heures du matin l’opération, à midi le vaisseau doit être libre et voguer sur Ancône ou sur Pola. Le Mont-Saint-Bernard et le Regeneratore sortiront immédiatement après, et il me semble qu’ils doivent pouvoir passer le surlendemain du passage du premier; il ne doit pas falloir plus de trente-six heures pour appliquer les chameaux. Le désir qu’a le capitaine d’aller voir Ancône est naturel, il n’y a que de l’utilité à ce qu’il reconnaisse ces parages. Faîtes-le partir en poste et par terre. S’il pouvait même voir Pola, il n’y aurait pas d’inconvénient. Avant que les vaisseaux soient à Malamocco, le commandant recevra une lettre qui ordonnera leur sortie. Je suppose que vous présiderez vous-même à cette importante opération; que vous préviendrez le général Bertrand pour qu’il fasse vérifier l’état des batteries de Pola; que, si vous n’avez point de télégraphe sur la côte, jusqu’à la pointe de Pola ou d’Ancône, vous vous ferez instruire par des courriers extraordinaires de tout ce qui serait signalé, du moment que vous serez assuré qu’il n’y a pas de vaisseau de 74 ennemis dans le nord de l’Adriatique, vous n’avez aucune chance à courir. Vous avez des avisos, des goélettes, des demi-chebecs, etc., à Venise, vous pouvez en former une chaîne très loin en mer, qui vous fera connaître, tous les jours, par des signaux l’état des choses. La frégate la Flore est-elle entrée à Venise pour se réparer ? Si cela est, il faudrait la retenir pour accompagner les vaisseaux à leur sortie de Malamocco.

 

Amsterdam, 23 octobre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’attache une grande importance à ce que les quatre bataillons de mes régiments soient traités de même, qu’ils soient tous maintenus en égalité et qu’il n’y ait aucune différence du 4e au 1er. Si les colonels s’aperçoivent qu’on néglige les 4e bataillons, ils croient que ces bataillons ne doivent pas les suivre; ils en font le refuge de tous leurs vieillards et hommes impotents, et si, plus tard, je veux faire marcher ces 4e bataillons, je ne les trouve plus. D’un autre coté, les officiers qui attendent leur retraite passent dans ces 4e bataillons, y restent, y continuent à occuper des emplois qu’ils ne peuvent plus remplir. Faites venir au camp, s’il doit durer encore quelque temps, les 4e bataillons, autant que cela vous sera possible. Je vais vous envoyer beaucoup de conscrits réfractaires qui sont en Corse et à Toulon pour compléter vos corps.

 

Rotterdam, 25 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai vu aujourd’hui la fonderie de la Haye. J’ai ordonné qu’on y fondit deux pièces de 48 dont les moules existent; ce qui fera dix au lieu de huit. J’ai vu les mortiers, mais ce n’est point ce que je demande. Les mortiers que j’ai vus ont une chambre qui ne contient que onze livres de poudre, et les mortiers à plaque que j’ai demandés doivent en contenir vingt-cinq à trente livres. La bombe des mortiers de la fonderie de la Haye ne peut pas porter au delà de 1,600 toises. Si par la dénomination de mortiers à plaque vous entendez ces mortiers, vous êtes dans une grande erreur. J’ai déjà eu lieu de m’apercevoir de l’effet de ce funeste quiproquo à Cherbourg. Il y a là des mortiers à plaque qui n’ont qu’une portée ordinaire, hormis qu’ils n’ont point de tourillons, de sorte que leur plus grande portée ne va pas au delà de 1,600 toises. Beaucoup de mortiers à plaque sont dans ce cas. Les mortiers que je veux avoir doivent contenir dans leur chambre vingt-cinq à trente livres de poudre et porter leur bombe à 2,000 toises. Je suis étonné que e bureau de l’artillerie n’ait pas compris mes intentions. Donnez sur-le-champ des ordres pour que le but que j’ai indiqué soit rempli tant à la Haye qu’à Strasbourg; et sur vos états ne donnez la dénomination de mortiers à plaque qu’à ceux qui portent leur bombe au moins à 1,900 toises. Si les mortiers qu’on fond à Strasbourg ressemblent à ceux de la fonderie de la Haye, je ne puis les employer aux îles d’Hyères, et ils sont loin de remplir mon but. L’officier d’artillerie qui est à la fonderie de la Haye est d’une parfaite ignorance et n’a aucune connaissance de son métier.

Quand vous aurez rectifié cette erreur importante, donnez des ordres pour que les mortiers soient fondus et prêts à recevoir une destination au 1er janvier. On n’a le projet de les couler qu’au mois de mars, de sorte qu’ils ne seraient en place qu’au mois de mai ou au mois de juin.

Vous saviez que le directeur d’Amsterdam était malade, vous deviez y envoyer un autre officier à qui je pusse parler et qui pût répondre à mes questions. Je n’ai rencontré que des officiers entendant médiocrement ce que je leur demandais. C’est un soin que le chef d’une arme ne doit jamais manquer d’avoir.

Il est nécessaire de commander à la Haye et dans les fonderies à portée de Flessingue, de Toulon, de l’île d’Aix, des mortiers à la Villantroys, tels qu’on en a fondu devant Cadix. L’avantage qu’ont ces mortiers de porter leurs projectiles à 2,500 toises est immense, puisque cela seul peut empêcher une escadre de profiter d’un mouillage. C’est le cas d’en avoir aux îles d’Hyères, à l’île d’Aix et dans l’Escaut.

J’ai fait tirer des bombes, mais les fusées sont trop courtes : elles restent en l’air et ne sont d’aucun effet.

 

Rotterdam, 26 octobre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je vous ai prescrit de faire partir pour leurs diocèses tous les évêques indistinctement. Je vois cependant que plusieurs sont encore à Paris, entre autres l’évêque de Saint-Flour, auquel vous avez même dit que vous avez reçu des bulles du Pape. Je vous recommande encore de ne rien dire et de faire partir tout le monde (j’en excepte cependant les évêques de la commission), de ne donner aucune bulle et de garder le plus profond secret sur toutes les affaires ecclésiastiques.

 

Rotterdam, 26 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’enceinte de Cherbourg sera-t-elle dans le cas d’être armée au 1er janvier ? Quelle est la situation actuelle des travaux ? Qu’est-ce qu’il faudrait faire pour arriver à ce résultat ? Vous sentez l’impor­tance que j’attache à avoir une cinquantaine de pièces en batterie sur la nouvelle enceinte de Cherbourg, à avoir les portes fermées et les ponts-levis établis. En employant les mois de janvier et février à bien armer la place, elle serait à l’abri d’un coup de main ; ce qui serait une chose bien avantageuse.

 

Rotterdam, 26 octobre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous envoie un projet de décret pour que vous le soumettiez à ma signature, après avoir fait vos observations sur la grande activité que je veux donner aux chantiers de Hol­lande. J’ai trois objets : frapper l’opinion de l’Angleterre, qui a tant de communications avec ce pays-ci ; pour cela il faut frapper l’opinion de la Hollande et lui faire concevoir l’espérance du prompt rétablisse­ment de la marine; compenser par l’activité des arsenaux maritimes la suppression des ateliers militaires que j’ôte au pays, et donner du pain aux ouvriers, enfin arriver au résultat bien essentiel d’avoir en 1814 neuf vaisseaux dans le Texel, bons marcheurs, et qui remplacent les neuf vaisseaux actuels, auxquels il paraît qu’on ne peut pas avoir grande confiance. Pour atteindre ce but, les deux cales d’Amsterdam ne pourraient suffire, puisqu’elles ne pourront donner tout au plus que cinq vaisseaux ; mais je compte sur quatre cales, qui seront établies au Texel même à la fin de 1812, et qui me donneront quatre vaisseaux pour 1814. J’aurai à cette époque des équipages très bien formés pour monter ces neuf vaisseaux et des matelots en nombre suffisant pour les neuf vaisseaux hollandais, qui, bien qu’ils ne soient pas destinés à une expédition, seront armés en guerre; de manière qu’il faille aux Anglais plus de quinze vaisseaux pour bloquer le Helder. Le chantier de Rotterdam étant absolument le même que celui d’Anvers, je me servirai des cinq vaisseaux que je veux y con­struire, d’ici à 181 4, pour faire une escadre détachée à l’embouchure de la Meuse, supposé qu’on puisse y trouver protection, ou pour les faire aller dans l’Escaut par l’intérieur. Sur les huit vaisseaux que j’ai demandés dans l’Escaut chaque année, je déduirai les deux qu’on peut faire à Rotterdam. Je trouve plus convenable de répartir les travaux que de les concentrer sur un même point, où ils sont déjà trop forcés.

J’ai dû attendre d’avoir vu moi-même les localités pour prendre un parti sur l’organisation de la marine en Hollande. Ayant d’ailleurs conservé les impositions hollandaises pendant 1811, j’étais presque obligé de maintenir la même organisation de la marine, et de considérer la Hollande comme une seule administration. Aujourd’hui je n’y vois plus aucun intérêt, aucune connexion entre l’arsenal du Zuiderzee et celui de la Meuse, et je pense qu’il est préférable d’établir deux préfets maritimes, qui auraient chacun un arrondissement de côtes distinct. S’il y avait quelque objection contre la création d’une préfecture maritime à Rotterdam, il faudrait plutôt la réunir à celle d’Anvers que la laisser dépendre de celle d’Amsterdam. Je ne vois pas quelle objection on pourrait faire contre l’établissement d’une préfecture maritime à Rotterdam, puisque j’y ai aujourd’hui un vice-amiral qui coûte autant qu’un préfet, et qu’un arsenal où l’on con­struit quatre ou cinq vaisseaux mérite une administration à part. Lorient en est la preuve. Quant à l’inscription maritime, Dordrecht et toutes les côtes de la Meuse pourraient faire partie de l’arrondissement de Rotterdam. Je désire un projet de décret là-dessus, dans lequel la question relative aux syndics de la marine soit résolut; il y a en Hollande les plus grandes espérances pour la marine, mais elles ne sauraient se réaliser si l’on retirait l’administration de la marine de leur pays. On trouvera dans les arrondissements d’Amsterdam et de Rotterdam autant de matelots qu’il en faudra pour armer les vaisseaux qu’on y aura construits.

 

Rotterdam, 26 octobre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe (Le corps d’observation de l’Elbe était le premier des trois corps dont se composait l’armé d’Allemagne. Néanmoins, le prince d’Eckmühl conserva le titre de commandant de l’armée d’Allemagne jusqu’au 24 octobre 1811), à Hambourg

Mon Cousin, je vous envoie la copie d’un décret que je viens de prendre. Il est basé sur le rapport du ministre de l’administration de la guerre, duquel il résulte que vous avez en Allemagne 9191 hom­mes présents dans vos dix régiments de cavalerie; que ces régiments ont 986 hommes à leurs dépôts et 496 hommes à recevoir de la conscription, et qu’il ne leur manque en conséquence que 400 hom­mes. Je donne ordre que ces 400 hommes soient pris sur ceux que vous recevez des dépôts de Strasbourg et de Wesel, en ayant soin de choisir des conscrits réfractaires, et non des déserteurs, et des hommes des départements de l’ancienne France, lesquels seront habillés et équipés aux régiments mêmes, en Allemagne. Je donne en même temps l’ordre que, sans perdre de temps, les hommes disponibles aux différents dépôts en France partent pour vous rejoindre, mon intention étant qu’au 1er janvier chacun de vos régiments de cava­lerie ait un effectif de 1,050 hommes en Allemagne et 50 hommes en France. La 3e division, qui est à Erfurt, a 2,289 hommes pré­sents; elle a 1,500 hommes aux dépôts; il lui manque 600 hommes pour être au complet de 1,100 hommes par régiment. J’ordonne aux dépôts de Wesel et de Strasbourg de vous fournir ces 600 hommes. Quant aux chevaux, il résulte que 9,160 chevaux sont en Allemagne, que 240 sont aux dépôts, que 83 sont à recevoir sur les commandes faites et que 500 chevaux manquent au complet de vos dix régiments de cavalerie; qu’à la 3e division de cuirassiers, qui part de Munster, 2,200 chevaux sont présents aux escadrons de guerre; que 480 sont aux dépôts et que 457 sont à recevoir sur les commandes faites. Le décret que j’ai pris pourvoit à l’achat de ces chevaux. Tenez la main à ce qu’on n’achète que de bons chevaux et qui soient en état d’entrer ou campagne en janvier 1812. Ainsi vos seize régiments présenteront au 1er février 16,000 hommes à cheval. Je ne parle point du régi­ment de chevau-légers.

La division qui se rend à Erfurt fait partie du corps d’observation de l’Elbe ; pourvoyez à tout ce qui lui est relatif. Mon intention est que la ligne d’étapes de cette division passe à Wesel et à Munster, et de là à Erfurt. Wesel doit être le pivot et le point d’appui de tout.

Je pars demain pour me rendre à Wesel et à Düsseldorf. Je passerai la revue de deux autres divisions qui arrivent à Cologne. J’attends l’état de situation de votre armée au 15 octobre, avec le détail de l’artillerie, pour ordonner une augmentation d’artillerie, dont il me semble que vous n’avez pas assez. Mon intention est de tenir tous les corps de votre armée au complet, munis de tout et pouvant, vingt- quatre heures après en avoir reçu l’ordre, entrer en campagne.

 

Rotterdam, 26 octobre 1811

Au général comte Bertrand, gouverneur général des provinces illyriennes, à Spalatro (Spalato, Split – ndlr)

Monsieur le Général Comte Bertrand, je suis à Rotterdam. Je viens de visiter la Hollande, dont je suis extrêmement satisfait. Je n’ai trouvé aucun peuple qui sentit mieux les avantages d’être réuni à l’Empire et de former une grande nation dans l’Europe. J’y trouve des ressources considérables pour ma marine. J’ai été fort content de la position du Helder; il n’en est aucune qu’on puisse plus facilement fortifier, et déjà le fort Lasalle est tel, qu’au mois de décembre, étant armé, il faudra trente jours de tranchée ouverte pour le prendre. J’ai fait fortifier les dunes, qui sont la clef de la position; j’y ai fait construire un gros fort en maçonnerie. J’ai trouvé les rades extérieures fort belles; je fais construire un fort à 2,000 toises dans les dunes pour les défendre.

Les régiments croates ont eu une désertion considérable dans le Frioul ; il paraît qu’on ne porte pas assez de censure dans le choix des officiers : on sera obligé de les remplacer par des Français.

J’espère que vous m’apprendrez bientôt que vous avez un vaisseau sur le chantier à Trieste. J’attends que vous m’envoyiez un rapport sur Raguse; mon intention est qu’on travaille sérieusement en 1812 aux fortifications de cette place, afin que mes escadres y soient en sûreté. J’attends donc un mémoire détaillé sur les fortifications, la manière dont il faut les conduire pour arriver à ce grand but.

 

Rotterdam, 26 octobre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 17 sur Palmanova. Je déciderai aux conseils de décembre ce qu’il faudra y faire en 1812. Mais mon but se trouve déjà rempli; les lunettes et le corps de la place sont en état : on ne sera plus obligé d’armer et de désarmer à la moindre alerte. Les magasins à poudre sont en nombre suffisant; les flancs bas, les casernes défensives existantes doivent déjà mettre 2,500 hommes à l’abri de la bombe; tout le reste peut donc se faire progressivement. Mais où je désire porter les principales ressources du royaume, c’est à Venise. Faites faire des projets. Il faudrait y dépenser deux millions l’année prochaine, et surtout à Malghera. Le grand nombre de matelots, d’ouvriers, les établissements que j’ai là, veulent qu’on porte la plus sérieuse attention sur ce point important. Mantoue est assez fort ; d’ailleurs cette place est aujourd’hui en seconde ligne, Palmanova parait avoir acquis le degré de force convenable. Legnago, Peschiera, remplissent leur but. Venise, Ancône et les places maritimes, sont les points où il faut dépenser jusqu’à trois millions en 1812. Il faut de très-beaux projets pour Malghera ; il en faut pour Brondolo : ce sont les deux clefs de Venise. Avec ces deux points fortement occupés, la grande quantité de canonnières, de prames, de bateaux, que la situation de ma marine me permet d’avoir, cette place sera suffisamment gardée. Il faut de fortes batteries à Malamocco, tenir les magasins du fort en état, et, s’il est nécessaire, y faire quelques ouvrages. Chargez un officier d’en rédiger tous les pro­jets, afin qu’on puisse faire à Venise une forte campagne l’année prochaine.

Je suis à Rotterdam. J’irai d’ici dans le grand-duché de Berg, et après cela à Fontainebleau. J’ai été extrêmement content de la Hol­lande. Ces gens n’ont conservé de souvenir de leur indépendance que pour sentir les avantages de la réunion et y trouver l’uniformité des lois, un système modéré de contributions et une marche régu­lière dans les affaires. Ils sont plus Français qu’aucuns habitants des pays réunis. Quant au roi, ils n’ont conservé d’autres souvenirs de lui, si ce n’était que c’était un bon homme, fort changeant, qui avait peu de vues d’administration, et qu’il défaisait le soir ce qu’il avait entrepris le matin. Je n’ai vu nulle part autant de mouvement et d’aussi bons sentiments. En cela mon attente a été, je l’avoue, agréa­blement surpassée. J’ai plusieurs vaisseaux sur les chantiers, et ils me seront extrêmement utiles pour ma marine, car ils sont tous mate­lots; c’est un pays extrêmement intéressant.

 

Château de Loos, 28 octobre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Raguse d’envoyer au général Dorsenne une de ses cinq compagnies d’artillerie à cheval, et au duc de Dalmatie d’envoyer une des compagnies d’artillerie à cheval de l’armée du Midi au duc de Raguse. Lorsque le duc de Raguse aura reçu la compagnie d’artillerie légère de l’armée du Midi, il enverra au général Dorsenne une autre compagnie d’artillerie légère; de sorte que l’armée de Portugal aura quatre compagnies d’artillerie, l’armée du Midi quatre compagnies d’artillerie légère, et l’armée du Nord en aura deux. Vous ferez connaître au général Dorsenne cette disposition, et vous lui ordonnerez, quand il aura reçu ces compagnies, de renvoyer les compagnies d’artillerie à cheval de la Garde à Bayonne. Le général Dorsenne peut garder les chevaux, le matériel et même les soldats du train, jusqu’à ce qu’ils soient remplacés. Vous lui ferez comprendre que j’ai des raisons pour désirer que mon artillerie à cheval rentre en France ; que mon intention est même de faire rentrer le train, hormis les soldats attachés au train de la Garde, qui reste avec la jeune Garde. Mandez à cet effet au général Dorsenne que, s’il peut faire remplacer la compagnie du train de la Garde par des hommes à pied du train qui seraient dans le ressort de son armée, il le fasse, sans quoi je verrai à y pourvoir.

Donnez des ordres tellement positifs aux ducs de Raguse et de Dalmatie, qu’ils ne puissent pas en éluder l’exécution. Écrirez en chiffre au duc de Raguse que le retour de la Garde à cheval est attaché à ce mouvement.

 

Château de Loos, 29 octobre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Envoyez un courrier extraordinaire à Zwolle de manière qu’il soit arrivé avant cinq heures du matin, et donnez ordre au général Duvivier de faire partir de Zwolle pour Groningen, demain, le 125e; mais de rester toute la journée de demain à Zwolle avec les 2e et 37e, et de partir après-demain pour se rendre à Munster, où il passera l’hiver avec sa brigade. Il aura soin de faire venir ses com­pagnies d’artillerie, les hommes restés à Groningen et sur la côte, et de prendre des mesures pour que les convalescents et les malades arrivent en droite ligne de Groningen sur Munster.

Vous lui ferez connaître que les 4e bataillons, forts de 900 hom­mes, vont rejoindre ses régiments, ce qui portera sa brigade à dix  bataillons, et qu’il les tienne en état d’entrer en campagne au 1er mars; vous instruirez de cela le ministre de la guerre.

Le 125e restera jusqu’à nouvel ordre à Groningen. Le 23e de chasseurs ira aussi à Munster.

 

Nimègue, 30 octobre 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 26 octobre. Je serai demain à Wesel ; ainsi vous voyez que je me rapproche. Je crois vous avoir déjà mandé que je suis extrêmement satisfait de la Hollande.

 

Nimègue, 30 octobre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les pièces de 3 des régiments sont attelées de quatre chevaux. C’est trop pour ces pièces; ce qui a le double inconvénient d’em­ployer trop d’efforts en raison de la charge et de rendre plus difficile le service dans les intervalles des bataillons. Je désire donc savoir s’il y aurait de l’inconvénient à ne leur donner que deux chevaux.

Tous les caissons d’artillerie des corps ont quatre chevaux; cela a le même inconvénient. Ne serait-il pas possible d’avoir, comme les Autrichiens, des caissons légers qu’on attellerait de deux chevaux ? Ce caisson et l’avant-train donneraient suffisamment de munitions; les pièces pourraient alors avoir deux caissons, et les deux caissons de surplus resteraient avec le parc de la division ou avec les gros caissons du régiment; cela aurait toute espèce d’avantages.

J’ai trouvé l’artillerie actuelle des régiments trop embarrassante avec six gros caissons à quatre chevaux. Je voudrais donc une pièce de trois attelée de deux chevaux et deux caissons attelés de 4 chevaux ; ce qui ferait 6 chevaux au lieu de 12. On pourrait mettre 2 chevaux haut le pied pour être attelés au caisson; mais pour cela il faudrait des caissons plus légers, et que tous les régiments n’eussent que des pièces de 3 et pas de pièces de 6.

J’attendrai le rapport que vous ferez faire là-dessus par le comité d’artillerie. Il pourrait y avoir de l’avantage pour les manœuvres et beaucoup d’économie; car, par exemple, les quatre pièces des régi­ments du corps d’observation de l’Elbe emploient 16 chevaux, ils n’en auraient plus que 8, et avec ces 8 chevaux restants on pourrait avoir deux pièces et deux caissons.

 

Nimègue, 30 octobre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le corps d’observation de l’Elbe venant à être composé de neuf divisions, c’est-à-dire de plus de cent quarante bataillons et de 120,000 hommes d’infanterie, il est nécessaire que vous en organisiez l’artillerie en conséquence. Chaque division a une batterie d’artillerie à pied de huit pièces, c’est-à-dire soixante et douze pièces, une batterie d’artillerie à cheval de six pièces, c’est-à-dire cinquante-quatre; cent huit pièces de régiment et deux batteries ou seize pièces de réserve, ce qui ne fait que cent quarante-deux pièces d’artillerie de ligne et cent huit de bataillon, et en tout cela ne fait que deux cent cinquante pièces. Il est vrai que cette armée a quatre divisions de cuirassiers, et que, si l’on réunit toute la cavalerie, on aura quarante-huit pièces d’artillerie légère; mais cela ne me parait pas suffisant, puisque cela ne fait encore que cent quatre-vingt-dix pièces de ligne pour 120,000 hommes d’infanterie et 25,000 hommes de cavalerie, ou trois cents pièces de canon en tout; ce qui ne fait pièces par 1,000 hommes.

Je pense qu’il faudrait augmenter la réserve. Proposez-moi à l’organisation du parc comme si cette armée devait agir seule, indépendamment du corps d’observation du Rhin et du corps d’observation d’Italie. Si vous manquiez de compagnies d’artillerie légère, on pourrait donner à la 6e division deux batteries d’artillerie à pied.

 

Nimègue, 30 octobre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au 24e régiment de chasseurs de se rendre à Munster, où il fera brigade avec le 23e, sous les ordres d’un général de brigade que le ministre de la guerre y enverra sans délai. Donnez ordre que le camp d’Utrecht soit dissous. Le 18e régiment de ligne se rendra à la Haye, ou il tiendra garnison ; le 93e restera à Utrecht; le 124e se rendra à Nimègue, et le 56e sera réparti entre l’Utrecht, Amsterdam et Arnheim. Ces régiments ne feront aucun ser­vice, se tiendront prêts à partir à chaque moment et ne pourront être employés par les généraux commandant les divisions qu’en cas d’événements imprévus et en en prévenant sur-le-champ le ministre de la guerre. Le général Maison restera à Utrecht, conservera le commandement de ces quatre régiments, en passera l’inspection fré­quemment, les tiendra toujours en état de partir, en enverra l’état tous les cinq jours au ministre de la guerre, et obéira aux ordres des généraux de division, si des cas imprévus rendaient nécessaire le mouvement de ces troupes. Le duc de Reggio et les officiers de son état-major qui étaient employés à Utrecht laisseront leurs bagages à Utrecht et pourront vaquer à leurs affaires, mais de manière à retour­ner en poste s’il était nécessaire. Faites part de ces dispositions au ministre de la guerre et au général commandant la 17e division mili­taire. Donnez ordre au régiment espagnol de se diriger sur Minden, où il sera sous les ordres du prince d’Eckmühl et fera partie du corps d’observation de l’Elbe.

 

Nimègue, 30 octobre 1811

ORDRE AU CAPITAINE GOURGAUD, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A NIMEGUE.

L’officier d’ordonnance Gourgaud se rendra à Munster. Il prendra des renseignements sur les maladies, la récolte, le casernement de la ville et du département, sur la santé des troupes et sur le nombre de régiments de cavalerie et d’infanterie qu’on peut cantonner dans le département. Il viendra me faire son rapport à Wesel, et il ne restera que vingt-quatre heures à Munster.

 

Nimègue, 30 octobre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg.

Mon Cousin, je vous ai fait connaître que mon intention était de porter avant le mois de janvier votre armée à neuf divisions, savoir: la le, la 2e, la 3e, la 4e, et la 5e division chacune à quinze bataillons français et à deux bataillons étrangers; ce qui fera soixante et quinze bataillons français, deux espagnols, six portugais et deux croates; total : quatre-vingt-cinq bataillons. La 6e division sera portée à treize bataillons, la 7e à quinze, la 8e à quinze, la 9e à seize; ce qui fera en tout plus de cent quarante bataillons et près de 120,000 hommes  d’infanterie. Plus, dix régiments de cavalerie légère, y compris le régiment polonais qui est à Danzig, formant cinq brigades ou 17,000 hommes de cavalerie, et indépendamment de 6,000 cuiras­siers, formant deux divisions, qui pourront joindre en cas d’évènement; ce qui ferait donc une armée de 150,000 hommes, que je veux entretenir toujours disponible et prête à marcher.

Faites-moi connaître l’organisation qu’il faudrait donner à tout votre parc d’artillerie, si cette armée devait agir seule; combien, dans ce cas, de bataillons de transports militaires; quelle organi­sation du génie et des sapeurs, et enfin quelle augmentation d’état-major général.

Si vous deviez opérer seul, une armée de neuf divisions ne peut pas être commandée sans lieutenants généraux ; faites-moi connaître vos idées là-dessus.

 

Nimègue, 30 octobre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il faut faire faire l’exercice à feu aux jeunes soldats et les faire tirer à la cible; c’est un argent bien dépensé. Vous devez avoir à Hambourg, à Stettin, à Magdeburg et dans les batteries, des poudres de moins bonne qualité qui pourraient être employées à cet usage. Il est très important que les soldats tirent à la cible.

 

Nimègue, 30 octobre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg||

Mon Cousin, j’envoie le 2e et le 37e de ligne à Munster. Le 2e de ligne a quatre bataillons et n’a que 2,300 hommes; le 37e a quatre bataillons et n’a que 1,000 hommes; l’un a 600 malades et en a près de 1,000 ; ces malades rejoindront avant le mois de janvier. Ces deux régiments ont leurs 6e bataillons, parce que leurs 4e ba­taillons étaient en Catalogne. Ces 4e bataillons sont à Strasbourg, à Wesel pour prendre des conscrits réfractaires, qui se rendront bientôt à Munster et porteront alors ces deux régiments avec un régiment à un taux raisonnable. Mon intention est que ces deux régiments avec un régi­ment de la division Compans forment une 8e division. Faites-moi connaître le général que vous désirez pour commander cette division. Je donne ordre que deux superbes bataillons espagnols, forts de 1,600 hommes, partent du camp d’Utrecht pour se rendre à Minden. Vous les placerez avec la division Friant; j’espère qu’on en sera content; il y a un an qu’ils sont formés. Je vous enverrai trois autres régiments portugais de même force, et chacun de deux bataillons, pour être également joints à d’autres divisions. Je vous enverrai encore deux bataillons croates pour être réunis à votre 5e division. De sorte que vous recevrez deux bataillons espagnols, six bataillons portugais et deux bataillons croates; ce qui portera chacune de vos cinq premières divisions à dix-sept bataillons au lieu de quinze. La 6e division, qui est composée des trois régiments de Hambourg, aura cette année trois petits régiments; mais ces trois régiments seront complétés par la conscription que je vais lever en janvier; ainsi, en supposant l’entrée en campagne au mois de mars, la 6e division aura treize bataillons. Je m’oppose entièrement à ce que vous mettiez aucun conscrit réfractaire dans ces trois régiments, 127e, 128e et 129e. J’ai donné l’ordre au ministre de la guerre de vous envoyer l’artillerie et tout ce qui est nécessaire pour la 8e division. Mon inten­tion est de vous donner une 9e division, qui sera composée de quatre bataillons illyriens, qui sont à Turin et qu’on me dit très-beaux, et de douze bataillons suisses; ce qui mettra votre armée tout à fait sur un pied respectable. Je suppose que les quatre bataillons du train d’artillerie pourront suffire aussi au service des 8e et 9e divisions.

Wesel, 1er novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte de Montalivet, je vous envoie une lettre du préfet de la Roer, qui demande l’exportation de blés et qui prétend qu’il y en a dans ce département deux millions d’hectolitres en sus des besoins de la consommation. Je pense qu’en effet on peut y ache­ter 200,000 quintaux métriques pour Paris.

Je vous envoie un mémoire que je vous prie de lire au conseil des subsistances pour qu’il se pénètre de son objet. La liberté du com­merce des blés est de principe. Une gêne momentanée des moutures est sans inconvénient. Il ne vous échappera pas qu’il en résultera plusieurs avantages : on sera obligé d’envoyer des grains et non des farines à Nantes; ce  qui influera de plusieurs francs sur le prix des farines à Paris. M. Maret ne parait pas avoir considéré les choses sous ce point de vue. Si on juge nécessaire de porter le pain à 15 sous, ce qui ne m’étonnerait pas, il importe de prendre les mesures indi­quées dans mon mémoire, afin de lutter contre le renchérissement de la farine. Il faut aussi qu’il y ait sur la place un pain de beaucoup moindre valeur. En l’an X, j’en fis faire qui était assez beau et qui coûtait beaucoup moins. Il faut même en faire faire qui approche le pain de munition. J’ai accordé un fonds de 2 millions pour les achats, on y trouvera une ressource suffisante pour les primes; d’ailleurs, quand vous me rendrez compte de vos besoins, je mettrai de nouveaux fonds à votre disposition.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je vous renvoie les lettres de Savone afin qu’il ne s’égare rien de la collection. Répondez vous-même au médecin Porta que vous avez mis sa lettre sous les yeux de l’Empereur; que Sa Majesté a mis en marge de sa lettre que, quelques discussions qu’il y ait eu entre le Pape et Sa Majesté, et quoiqu’elles aient été plus ou moins vives, Sa Majesté considérerait toujours les services personnels rendus au Pape comme s’ils avaient été rendus à elle-même; que le médecin Porta n’avait qu’à faire connaître ce qu’il désirait, et que son traitement lui serait payé comme au temps où le Pape était à Rome; qu’en conséquence il lui était alloué un traitement de 12,000 francs depuis le moment qu’il avait quitté Rome, lequel traitement lui serait continué tant qu’il demeurerait avec le Pape; que vous allez lui envoyer une ordonnance de payement, et qu’il vous fasse connaître depuis quand il a cessé d’être payé.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’écluse qui sépare le lac de Haarlem du Zuiderzee est nécessaire à occuper. Il y a un ouvrage en terre qu’il faut perfectionner et tenir en bon état; mais je pense que sur l’écluse il faudrait un corps de garde casematé, pour 100 hommes, qui mette à l’abri de toute sur­prise ce poste important, de sorte que cet outrage obligeât l’ennemi, venant du Helder ou de tout autre point, à doubler le lac de Haarlem et à faire douze lieues, c’est-à-dire six lieues pour venir à Haarlem et six lieues pour revenir ensuite sur Amsterdam. C’est donc obtenir un grand avantage à peu de frais. Faites faire le projet de l’amélio­ration à faire à cet ouvrage en terre et de cette casemate, parce que je veux les faire exécuter la campagne prochaine.

En améliorant l’ouvrage en terre, on ne doit pas perdre de vue qu’il doit me servir de poste avancé contre Amsterdam en cas de mouvement populaire.

Je vous ai fait connaître le parti que je voulais tirer des inondations dont la gauche s’appuie à Naarden et la droite à Gorcum; que je voulais que cette ligne fut étudiée; que des corps de garde en ma­çonnerie fussent placés sur les digues pour protéger les batteries, de manière à avoir là une ligne qui appuyât celle du Rhin et la mit à l’abri de toute surprise, supposant la ligne de l’Yssel forcée. Ce projet doit être étudié. Chargez le directeur actuel, le général Krayenhoff et l’ingénieur hollandais Blanken de faire un projet là-dessus, qui me sera présenté aux conseils de décembre.

On me présentera aussi le travail sur les inondations d’Amsterdam, dont la gauche s’appuie à Minden et la droite au lac de Haarlem, et sur le nombre de corps de garde retranchés qu’il faudrait pour garder relie ligne.

En supposant une expédition des Anglais au Helder tandis que l’armée serait occupée, et qu’ils voulussent tenter un coup de main sur Amsterdam sans prendre le Helder et sans qu’ils fussent maîtres de cette clef de la Hollande, il faudrait d’abord les empêcher de venir sur Amsterdam. L’occupation de l’écluse entre le lac de Haarlem et le Zuiderzee, les chaloupes canonnières envoyées dans le lac de Haarlem et dans le Pampus, les places de Naarden et de Hellevoetsluis, et enfin une trentaine de corps de garde retranchés, pour 50 hommes, sur les digues, servant de réduits à des batteries, pour­raient conserver pendant quelques semaines la possession d’Amster­dam ; ce qui ne serait pas à dédaigner dans de certaines circonstances. Toutefois il faut en faire le projet et le rendre l’objet d’une discus­sion; il faut que le plan en soit tracé, que le devis soit fait et les teintes des inondations bien lavées. Dans ce cas, je ferais construire les corps de garde, mais on placerait toute l’artillerie dans la place de Naarden ; ce serait l’affaire de peu de jours pour la placer en batterie.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je viens de trouver dans la place de Wesel 50 jeunes gens, tous Français, de bonne mine, dont 25 ou 26 sortent du 7e régiment de hussards. Ces jeunes gens sont en prison depuis plusieurs mois comme mauvais sujets. Cependant vous n’avez pas envoyé leurs noms, des notes sur eux, enfin rien qui fasse connaître ce qu’ils sont, ce qu’ils ont fait. Grand nombre déjeunes gens ont les certificats les plus honorables de leurs corps. Le commandant de la place les a tenus au cachot sur ce que vous lui avez dit; le ministre de la guerre, qui n’a point été prévenu, n’a donné aucun ordre : voilà donc 50 Français au cachot sans qu’on ait aucune pièce qui établisse pourquoi ils y sont. Le colonel du 7e régiment de hussards, s’il a participé à cet acte, est bien coupable. On les a fait sortir sous prétexte de les en­voyer au 9e régiment de lanciers, et on les a conduits à Wesel où on les a mis en prison. Il est possible que ces jeunes gens soient de mauvais sujets, mais cette manière de faire est horrible, et le caractère de soldat français demande plus de respect.

Vous avez également envoyé une trentaine d’hommes, provenant de la légion hanovrienne, qui n’ont pas été reçus au 9e régiment de chevau-légers. Ces hommes ne méritaient pas d’être mis en prison, cependant ils sont au cachot. Ils se sont engagés volontairement: ils sont partis de Niort volontairement. Que le 30e régiment de chas­seurs ne juge pas à propos de les prendre, c’est tout simple; mais il fallait qu’on tint procès-verbal, qu’on les reçus en subsistance, qu’on informât le ministre de la guerre et qu’on attendit ses ordres. Mais les avoir fait mettre au cachot, cela parait extraordinaire.

Si vous avez fait placer dans le 30e régiment de chasseurs, aujour­d’hui 9e régiment de chevau-légers, des Français, vous avez eu tort, et cela est contre mon intention. Aucun homme ne peut être changé d’un régiment sans l’autorisation du ministre. Mon intention n’a ja­mais été que dans le 30e de chasseurs, ni dans les 123e, 124e, 125e et 126e régiments, on fit entrer aucun Français, et qu’on y détachât aucun cadre français.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin , les Anglais jettent beaucoup d’hommes sur nos côtes ; je viens d’en trouver ici une cinquantaine qui étaient au cachot. J’ai causé avec plusieurs. Ils se divisent en trois classes : Français, alliés de la France, et tout à fait étrangers. Ce sont tous de malheureux hommes qui ont servi l’Angleterre pendant plusieurs années; beau­coup ont été pris en Espagne et dans nos colonies; plusieurs sont depuis longtemps au service de l’Angleterre. Ayant des hernies, ou devenus vieux, les Anglais les renvoient. Ils ne les envoient pas à Morlaix, parce que, n’étant pas prisonniers, on ne les recevrait pas; ils les jettent sur les côtes. Que doit-on faire de ces hommes ? Charger un commissaire de police de les interroger, de dresser un procès-verbal de leur historique; s’ils sont Français, de les renvoyer dans la ville où on les connaît; s’ils sont étrangers, de les renvoyer chez eux, en les faisant accompagner jusqu’aux frontières ? Donnez des ordres en conséquence.

Il faut que les noms de ces hommes et des détails sur chacun soient mis dans les gazettes de Hambourg, accompagnés de commentaires qui fassent sentir l’ingratitude et l’horrible conduite des Anglais de renvoyer ainsi, dépouillés et nus, des hommes qui les ont servis.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre état de situation de l’armée au 15 oc­tobre. Je vous prie de m’envoyer celui du 1er novembre. Je ne com­prends pas celui-ci, parce que je remarque plusieurs observations comme celle-ci : « Le 13e régiment a compris dans sa force 450 hom­mes qui doivent venir des dépôts de Wesel et Strasbourg. » Un état de situation est une chose positive et non hypothétique. Vous dites : «  présents sous les armes 3,693 » ; y sont-ils ? n’y sont-ils pas ? Un état de situation sert de base aux mesures d’un général. Quelle était la situation du corps d’armée au 15 octobre ? Voilà ce que je demande. Je ne sais pas si la 1e division a 11,629 hommes présents ou si elle n’en a que 10,000.

Je vous renvoie l’état pour que vous rectifiiez ces notes. Je voudrais que les malades à la chambre fussent au moins compris en note, car je sais que les régiments en ont bon nombre.  Je vois aussi que le 2e de chasseurs n’a que 730 hommes, tandis qu’il a 1,029 chevaux; il en est de même du 7e et du 8e de hussards, du 16e de chasseurs, et du 9e de chevau-légers. De sorte qu’il n’y a que 6,000 hommes et près de 8,000 chevaux. Il n’y a pourtant que 400 malades ; cela mérite explication.

 

Wesel, 1er novembre 1811

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Monsieur l’Architrésorier, je vous envoie la copie d’une lettre que j’écris au prince d’Eckmühl, afin qu’elle vous serve de règle: nommez une commission pour faire justice, et qu’elle se dépêche. Mais ayez soin que des articles bien faits remplissent les gazettes d’Amsterdam.

 

Düsseldorf, 2 novembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vois dans l’actif du trésor au 1er octobre, état n° 2 de la balance, 394,000 francs pour avances à la Garde Impériale ; il faut régulariser cela. Je vois 300,000 francs pour inscription sur le Monte Napoleone : vendez cette inscription au domaine extraordinaire. Je vois des bons de la caisse d’amortissement du royaume d’Italie : vendez cela au domaine extraordinaire. Je vois 1,700,000 francs pour avances aux troupes napolitaines; je croyais cette affaire régularisée et que vous aviez des bons. Qu’est-ce que c’est que ces 163,000 francs à Hope et un million à Perregaux ? Il faut régulariser tout cela. Je vois dans cet actif 9 millions de piastres dues par l’Espagne et 5 millions, ce qui fait 14 millions, qui pa­raissent bien compromis; faites-moi connaître ce qu’on peut faire de cela. Dans le passif, je vois plusieurs créanciers pour 3,700,000 francs ; je ne croyais pas que vous dussiez rien à personne.

Je vois dans l’état n° 7 qu’il est encore dû sur 1806, 3,200,000 francs pour les fonds généraux et 120,000 francs sur les fonds spéciaux ; je croyais que cela avait été régularisé par mes derniers décrets; également les 4 millions de 1807.

Dans les états n° 15, 16 et 17, je vois 5,900,000 francs qui sont dus par le domaine extraordinaire à la guerre : il faut régula­riser cela. Je ne comprends pas comment, aujourd’hui que nous sommes à la fin de l’an 1811, le trésor a à réclamer 500,000 francs pour 1809, et les finances 600,000 francs. Je vois que la conscrip­tion a rendu en 1809  5,100,000 francs, et qu’il n’a été dépensé que 3 millions : il resterait donc 2 millions de boni. Pourquoi portez-vous le produit d’une vente de 300 chevaux au gouvernement napo­litain, 120,000 francs ? Vous n’auriez pas dû toucher cela; ces 120,000 francs devaient aller à la caisse d’amortissement, comme produit de vente d’effets militaires. Qu’est-ce que c’est que ces 32,000 francs pour l’approvisionnement de Pampelune ?

Dans l’état n° 20 je vois qu’il reste 4,500,000 francs à recouvrer sur les recettes diverses et accidentelles, et 1,100,000 francs sur les départements des Bouches-du-Rhin et de l’Escaut; cela rentrera-t-il ?

Dans l’état n° 22 je vois un fonds destiné au payement de la viande en Hollande, 330,000 francs. Je ne comprends pas cet article. Vous n’avez encore rien perçu pour cela.

En général, je trouve que les fonds spéciaux sont portés trop en masse dans vos états et qu’ils ne sont pas assez divisés. J’y voudrais aussi plus d’ordre. Je désirerais que vous fissiez le budget des fonds spéciaux de 1800, 1807, 1808, 1809 et 1810; que les recettes y fussent détaillées avec des notes qui précisassent le décret et la nature de la recette; que la 1e colonne contint ce que chaque article devait rendre, la 2e colonne ce qu’il a rendu, la 3e ce qui reste à recouvrer; que la dépense fût classée par ministère et section de ministère, eu faisant connaître le crédit que j’avais ouvert, ce qui a été dépensé et ce qui reste à dépenser. Cela mettra de l’ordre dans une matière qui est aujourd’hui en désordre. Vous ferez faire de même le budget de 1811.

Dans l’état n° 22 je vois aux fonds spéciaux, à l’article Revenus : Abonnements au Bulletin des lois, centimes additionnels, etc., cela se comprend très-bien. Mais je vois plus bas Dépenses locales des dépar­tements de l’Ems-Supérieur et des Bouches-de-l’Elbe; cela ne s’entend pas ; une dépense n’est pas une recette. Je vois Traitement des tréso­riers spéciaux. Grains envoyés en Corse; cela ne s’entend pas davan­tage. Tout cela est mal parlé, mal classé, et a besoin d’être remanié. On peut dire la même chose de la dépense : Droit de péage, Octroi de navigation, Demi-tonnage, Vente de domaines dans les 27e et 28e divisions militaires; tout cela n’est point dépense. Il y a dans cette classification du désordre. Je désire donc que vous fassiez faire le budget des fonds spéciaux en 1811 par chapitres, et qu’il soit rédigé avec discernement. La division naturelle parait être par ministère, tant en recettes qu’en dépenses.

Faites-moi aussi un travail qui me fasse connaître ce que j’ai à gagner sur les fonds spéciaux des années antérieures qui ne sont pas employés. Par exemple, je vois qu’en 1807 il y a 550,000 francs qui n’ont pas été dépensés, dont 53,000 francs pour menues dépen­ses des tribunaux, 55,000 francs de droits sur les bacs, 100,000 francs pour travaux publics, 280,000 francs pour la conscription. Je vois qu’en 1808 il y a 640,000 francs, dont 288,000 francs pour la conscription; qu’en 1809 il y a 2,500,000 francs. Ainsi voilà plus de 3 millions dont une partie m’appartient et peut être ôtée, ce qui bonifiera d’autant ma balance. Faites des recherches là-dessus.

J’ai lu avec attention l’état n° 24. Les 837,000 francs dus par le gouvernement russe devront rentrer par la régularisation que fera le ministre de la marine, qui a reçu sur ces fonds des vaisseaux et des matériaux russes. Les 4,800,000 francs du débit des négociants réunis devraient rentrer, le million d’avances aux troupes westphaliennes, les 6,800,000 francs du prêt fait à l’Espagne, ce qui reste du sur l’Espagne, devraient rentrer; cela ferait une somme de 20 millions, qui, joints aux 12 millions des princes espagnols, feraient 32 millions sur le recouvrement desquels on peut difficilement compter. Il faut bien distinguer si les 500,000 francs du subside du roi Joseph sont compris dans la solde ou sont hors ligne. Jus­qu’alors vous les avez compris dans la solde, puisque vous les portez dans les convois.

Dans l’état de la caisse de service je remarque, ce que j’ai déjà remarqué, que je n’aime pas que vous ayez des effets en compte courant à la Banque.

 

Düsseldorf, 2 novembre 1811

NOTES SUIR LES AFFAIRES DU CRAND-DUCHÉ DE BERG.

1° Finances. Sa Majesté suppose que celui qui fait les fonctions de directeur du trésor a ses comptes en règle et conformes aux comptes qui se tiennent en France. Il sera conduit demain par M. le comte Rœderer et par M. le comte Beugnot à un conseil d’administration que Sa Majesté tiendra après son lever. Il présentera ses comptes. A ce conseil seront appelés les ministres du Grand-Duché, le duc de Bassano et le comte Daru. On fera venir les conseillers d’État et les divers employés qui peuvent donner des renseignements; ils seront admis au conseil si Sa Majesté les demande. On apportera à ce conseil les comptes des divers exercices et les budgets, afin que Sa Majesté les approfondisse et fasse réellement le budget en connaissance de cause. L’exercice 1811, étant presque terminé, peut servir de base, tant pour la recette que pour la dépense.

2° Administration. Pour l’organisation générale, il faut d’abord avoir un Conseil d’Etat. Celui qui existe aujourd’hui ne parait pas en être un. Il doit faire fonction de cour de cassation; il doit être juge suprême du contentieux, interprète de la loi, réviseur des budgets et des comptes. Il doit former une sorte de représentation du pays, et Sa Majesté n’y voit que des étrangers. Il faut que, si le pays avait des représentations à faire, le Conseil d’État puisse être son organe et avoir sa confiance. Il convient de créer près le Conseil d’État des maîtres des requêtes et des auditeurs. Il faut présenter la liste des plus imposés pour la composition des collèges électoraux de dépar­tement. Sa Majesté ne veut pas de collèges électoraux d’arrondisse­ment. S’il convient à Sa Majesté d’avoir une assemblée du pays, elle sera prise dans les collèges. Les membres des collèges seront nommés pour la première fois par Sa Majesté; ils se renouvelleront conformé­ment aux constitutions françaises.

Les conseils généraux doivent être convoqués sans délai pour la répartition des contributions, etc.

On présentera à Sa Majesté, dans le conseil qu’elle tiendra, le budget des départements pour 1812, l’emploi des centimes variables facultatifs, etc., les budgets des communes qui ont plus de 5,000 francs de revenu.

3° Ordre judiciaire. L’organisation judiciaire ne peut être différée. Il faut proposer la division en cantons, l’établissement et la nomina­tion des juges de paix, l’établissement et la nomination des tribunaux de première instance, des cours criminelles et d’une cour d’appel. Sa Majesté veut enfin qu’on lui propose ce qui est nécessaire pour qu’au 1er janvier un ordre judiciaire établi suivant le système français entre en activité.

4° Instruction publique. L’instruction publique doit être organi­sée de manière que Düsseldorf soit le centre de l’instruction, qu’une université y soit établie pour donner des degrés, et qu’aucune place ne puisse être occupée que par des gradués de l’Université.

Un lycée pour 100 élèves, pensionnaires ou élèves du gouvernement, sera organisé à Düsseldorf ; il fera partie de l’Université.

On établira quatre ou cinq écoles secondaires dans le Grand-Duché. Ces écoles enseigneront le français, le latin et les mathématiques.

On suppose que les écoles primaires sont dans un état satisfaisant.

A dater du 1er janvier, tous les jeunes gens du pays seront obligés de quitter les écoles étrangères; ils ne pourront être élevés que dans le Grand-Duché ou en France.

5° Cultes. Proposer un décret pour ériger un évêché et un chapitre à Düsseldorf, diviser et circonscrire les paroisses, et étendre au Grand-Duché les principes du Concordat.

On établira dans l’Université une école de théologie. Personne ne pourra être curé s’il n’a été élève dans cette école ou en France.

Les protestants et les calvinistes doivent être organisés comme en France. Sa Majesté nommera les ministres et les pasteurs.

6° Organisation militaire. L’armée est organisée. Il faut chercher les moyens d’y faire entrer des officiers du pays. Les officiers sont presque tous étrangers.

Il faut établir les droits de police.

Il faut voir s’il ne serait pas nécessaire de faire commander chaque département par un officier supérieur.

Il faut aussi proposer des listes de jeunes gens qui puissent être placés à Saint-Cyr ou à Saint-Germain.

7° Ponts et chaussées. Il faut proposer à Sa Majesté les travaux que le pays demande et ceux qui sont dans son intérêt.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je désire que vous voyiez la reine d’Etpagne, et que vous lui fassiez connaître que je désire que la princesse de Suède quitte Paris et retourne en Suède. Cela est d’autant plus important, qu’il est probable que les mesures que prend le gouvernement suédois vont amener la guerre entre la Suède et nous, et qu’il ne serait pas convenable que la princesse se trouvât ici dans ce moment; que je pense donc que la princesse ne doit pas perdre un moment, ni attendre mon arrivée, pour se rendre en Suède auprès de son mari.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, sans rime ni raison, les préfets forment des gardes d’honneur et donnent des grades et des épaulettes de colonel. La composition de ces gardes est souvent ridicule. Ce sont de pauvres employés, qui n’ont pas 6,000 francs pour tout bien, qui en font partie, et souvent c’est un employé d’un grade subalterne qu’on décore du grade de colonel. Je désirerais qu’une décision du Conseil d’État réglât la formation et la composition de ces gardes ; qu’elles ne pus­sent être formées par les préfets que sur l’avis officiel de mon voyage donné par le ministre de l’intérieur; qu’elles ne pussent être compo­sées que des membres des collèges des départements et de leurs enfants ou neveux; que le plus haut grade ne put être au-dessus de celui de capitaine; que, si la compagnie est forte de 40 hommes et plus, le commandant n’eût que le grade de capitaine ou de lieute­nant ; que, si elle est forte de moins de 30 hommes, le commandant ne fut que lieutenant ou simple officier. Je pencherais même pour supprimer ces gardes d’honneur, si je ne craignais de faire une chose désagréable pour les villes, qui voient avec plaisir leurs enfants s’ap­procher du souverain dans ces circonstances. On pourrait admettre aussi dans ces gardes des membres des conseils municipaux et leurs enfants; mais il faut en exclure les employés. Je ne rencontre que des employés des postes et autres administrations, qui quittent leur besogne pour aller faire les gardes d’honneur; ce qui est fort ridicule.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, d’après la lettre du sieur du 27 septembre, il ne faut pas tarder à le rappeler. Il parait que c’est un jeune homme encore peu propre aux affaires.

Il est très important que vous fassiez des instructions détaillées pour un de mes agents dans les provinces illyriennes, et que cet agent parte sans délai. Il serait bon de le faire précéder d’une lettre que j’écrirai au Grand Seigneur, en réponse à celle qu’il m’a écrite il y a plusieurs années.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, les affaires de Suède méritent de fixer sérieusement mon attention. Je suppose que M. Alquier sera à Co­penhague; que vous lui avez envoyé ses lettres de créance pour résider en cette cour, et que je n’ai plus à Stockholm qu’un chargé d’affaires. Je désire que vous me fassiez un rapport général sur la conduite de la Suède depuis deux mois, et que vous rédigiez un projet de note très modérée, mais très ferme, que ce chargé d’affai­res remettra. Si mes corsaires ne sont pas relâchés sans délai, s’il ne m’est pas donné satisfaction pour les insultes faites dans la Poméranie suédoise, où le sang français a coulé, enfin si le gouvernement suédois ne renonce pas au système de faire escorter par ses bâtiments armés les bâtiments que le commerce anglais couvre sous le pavillon américain, vous donnerez ordre à ce chargé d’affaires de quitter Stockholm avec toute la légation.

Il est nécessaire que la note qu’il remettra soit très détaillée et en même temps très précise, pour qu’elle puisse, le cas arrivant, servir au besoin de manifeste. Il faut y parler de la paix ; que je ne l’aurai pas faite si la Suède n’avait pas accédé à notre système; y parler de la déclaration de guerre de la Suède à l’Angleterre, qui, au détriment du respect que les nations se doivent, n’a été qu’une comédie; parler du commerce de Gœteborg; que je ne nie pas que la Suède n’ait le droit de faire ce qui lui convient, mais que le droit de tromper et à manquer à sa dignité n’appartient à aucune nation; parler des trois scènes qui ont eu lieu ces trois dernières années dans la Poméranie suédoise ; parler de la direction que toutes les lettres de l’Europe pour l’Angleterre ont pu prendre par la Poméranie et par Gœteborg, et cependant la Suède est en guerre avec l’Angleterre; parler enfin des insultes faites à mes corsaires et de la prétention d’escorter par des bâtiments suédois armés les bâtiments anglais prétendus américains ; que ce serait donner par là le spectacle, jusqu’à présent inconnu, d’une nation en guerre qui escorte les bâtiments de son ennemi ; que, si la Suède ne se désiste pas de ce droit d’escorter les bâtiments amé­ricains violant les décrets de Berlin et de Milan, et conserve la pré­tention d’attaquer mes corsaires avec ses bâtiments de guerre, le chargé d’affaires quittera Stockholm ; que je désire conserver la paix avec la Suède; que ce désir est palpable; mais que je préfère être en guerre à un pareil état de paix.

Vous préviendrez ce chargé d’affaires qu’avant de demander ses passeports il doit faire venir à lui tous les consuls de France qui sont en Suède, afin que les Français soient prévenus et reviennent. Vous ferez connaître au chargé d’affaires, dans ses instructions, que je lui défends de parler au prince royal; que, si le prince l’envoie chercher, il doit répondre que c’est avec le ministre qu’il est chargé de traiter. Il doit garder avec le prince royal le plus absolu silence, ne pas même ouvrir la bouche. Seulement, si le prince se permettait de s’échapper en menaces contre la France, comme cela lui est déjà arrivé, le chargé d’affaires doit dire alors qu’il n’est pas venu pour écouter de pareils outrages et qu’il se retire ; mais, en général, il doit éviter toute entrevue avec le prince royal.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Écrivez au comte Saint-Marsan qu’il doit empêcher le général Blücher d’être employé, et qu’il ne faut pas, puisqu’on nous a donné cette raison, le justifier aujourd’hui et montrer par là de la mauvaise foi.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il est nécessaire de préparer à Nantes, à Nevers et dans les dépar­tements où le pain est cher, des travaux pour cet hiver. Concertez-vous à cet effet avec les ponts et chaussées, afin d’avoir un travail tout prêt sur cet objet important.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 30 octobre. Vous êtes des enfants à Paris, vous perdez la tête par la peur que vous avez. Que sera-ce quand le pain sera à 18 sous, que les boulangers auront consommé leur approvisionnement, que la réserve n’aura plus que 2 ou 3,000 sacs de farine et qu’il n’y aura plus que 8 à 10,000 sacs sur la halle ? Le préfet de police a par trop peur. Quand on a 20,000 sacs de farine en réserve, du blé pour en faire 100,000 sacs, qu’il y a 30,000 sacs en réserve chez les boulangers, il faut prendre des précautions, mais ne pas perdre la tête, n’avoir jamais peur. La peur n’est jamais bonne à rien. Le mal est si peu de chose, que je vois que la simple prime a tout arrangé; le conseil a par son institution l’autorisation de la continuer. Tout se réduit donc à attendre pour cinq ou six jours mes ordres ; il n’y a donc pas lieu de craindre des crises ou de s’effrayer.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’attends avec impatience des nouvelles d’Irlande et je n’en reçois pas; il faudrait envoyer de nouveaux agents. Mes moyens sont prêts, et, j’étais sûr d’avoir un parti, je ferais l’expédition; elle pourrait se faire à la fin de février ou au commencement de mars. Il faut donc envoyer des agents et bien compléter les régiments irlandais.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, vous n’êtes pas exactement instruit des désertions qui ont lieu dans votre corps d’armée. Les colonels vous peignent tout en beau. Vous avez beaucoup plus de malades, et surtout de déserteurs, qu’on ne vous en accuse. Donnez des ordres positifs afin d’avoir des rapports exacts des corps. Il faut enfin accoutumer les corps à rendre des comptes fidèles de tout ce qui se passe.

 

Düsseldorf, 3 novembre 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je suis informé que vous faites des présents de che­vaux au prince royal de Suède. Je désire que vous contremandiez l’envoi de ces chevaux. La Suède se comporte mal, et d’un moment à l’autre il est possible que nous soyons en guerre. Ces présents ne sont donc point convenables dans cet état de choses. Vous ne savez pas à quel homme vous faites des présents. D’ailleurs l’envoi de chevaux a toujours l’air d’un hommage. Rien ne peut me déplaire davantage que cet envoi de chevaux.

Napoléon.

P. S. J’ai vu le Grand-Duché. Je vais demain passer la revue à Cologne de plusieurs régiments de cuirassiers. Après cela je m’en vais droit à Paris.

 

Düsseldorf, 4 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il est des mesures que, n’étant point urgentes, vous ne devez pas prendre. Vous avez donné de l’argent pour fournir de l’artillerie aux 127e, 128e 129e et au 11e léger; mais ces régiments sont loin d’être formés. Le ministre que cela regarde avait pris des mesures; les vôtres sont en contradiction. Vous avez accordé pour cinq bataillons, je n’ai accordé que pour trois. Vous accordez pour ces régiments plus que le ministre ne passe; cela met de la confusion dans l’administration. Il faut vous en rapporter à la décision du ministre. Lorsque ces régiments pourront fournir leurs 4e bataillons, on sera à temps de leur fournir l’artillerie; mais d’ici là il y a bien du temps, et ce sera, en attendant, une économie de faite.

 

Düsseldorf, 5 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous renvoie votre portefeuille d’aujourd’hui. Les rapports de Kolberg prouvent combien le comte de Saint-Marsan a été dupe, et combien il est nécessaire d’avoir à Berlin quelqu’un. Que ce ministre réussisse ou non dans la négociation dont il est chargé, il est important de le rappeler aussitôt qu’elle sera terminée. Ce ministre ne peut pas rester là plus longtemps. C’est un militaire qu’il faut envoyer. Prenez des renseignements, et faites-moi un rapport à mon arrivée à Saint-Cloud.

Je vois avec peine qu’il n’y ait point de consuls à Kolberg ni à Memel. Il faut avoir dans ces deux points importants non seule­ment des consuls, mais aussi des chanceliers, qui écrivent tous les jours et instruisent de tout ce qui se passe. Il faut rappeler le consul que j’ai à Pétersbourg,  qui ne me sert a rien, et en envoyer un autre.

Vous exprimerez mon mécontentement à M. de Krusemark de ce que le sieur Lefebvre, étant secrétaire de légation, n’a pu aller nulle part sans être accompagné ; que les officiers français et les agents français qui sont accrédités doivent pouvoir aller partout où le peuple peut aller. Vous lui ferez connaître la substance de ce que nous con­naissons sur la Prusse, sur la réunion des troupes à Kolberg, sur la manière de transporter les canons, etc. Vous ajouterez que cette politique est fausse et misérable et capable d’ôter à la Prusse toute considération ; que c’est l’ancien système remis en usage ; que la Prusse, en voulant le suivre, se perdra, et se perdra sans inspirer d’estime; tandis qu’en s’alliant franchement avec la Russie, ou avec toute autre puissance qu’elle suppose devoir faire la guerre à la France, si elle devait succomber ce serait au moins avec honneur; que si, après le traité que négocie le comte Saint-Marsan, on continue la même conduite et à mettre en contradiction les paroles avec les faits, le traité ne signifiera rien, et la Prusse sera sans système. La légation en Prusse demande à être vigoureusement organisée.

Envoyez au colonel d’Albe, chef de mon bureau topographique, un extrait du rapport du secrétaire de légation envoyé à Kolberg, avec la note de tout ce qui s’est fait dans cette place.

 

Cologne, 6 novembre 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai ouvert le courrier qui arrive de Saint-Pétersbourg. Je n’y vois qu’une seule chose importante, c’est qu’elle tend à expliquer l’affaire du 5, qui a eu lieu en Moldavie, par l’espoir qu’on avait eu de repousser les Turcs sur la rive droite. Il paraît qu’en effet les Russes ont attaqué et ont été repoussés.

Votre langage à Paris doit être celui-ci : que si la Russie veut désarmer, je ne demande pas mieux que de désarmer; que cela tran­quillisera la Prusse et rassurera tout le monde; mais, qu’il faut aussi que la Russie nous rassure sur le manifeste qu’elle a fait; ce qui ne peut être qu’en finissant les affaires d’Oldenburg, ou en nous expli­quant le but de cette réserve de manière qu’elle ne nous montre pas le germe d’un mécontentement qui, entre grandes puissances, se résout toujours par la guerre; que l’empereur Alexandre se fait beau­coup de mal et en fait beaucoup à l’Europe en donnant aux affaires une direction dont personne ne peut prévoir le résultat, tandis qu’il serait si facile de revenir à l’esprit de Tilsit, etc.

 

Cologne. 6 novembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les sept régiments de cuirassiers qui composent les deux divisions qui sont à Cologne et à Bonn n’ont ni forges de campagne ni caissons d’ambulance. La forge de campagne est indispensable, surtout si les circonstances conduisaient ces régiments en Pologne ; le caisson d’am­bulance est nécessaire dans tous les cas. Ces régiments avaient tout cela ; mais le ministre de l’administration de la guerre le leur a retiré; il est nécessaire de le leur rendre sans délai. Le 5e régiment de cui­rassiers est mal habillé; le major a gardé au dépôt beaucoup d’effets nécessaires au corps. Ce régiment a un besoin urgent de colonel; je crois en avoir nommé un ; pressez son arrivée.

En général, il faut donner l’ordre positif au bureau du mouvement que, toutes les fois que les escadrons de guerre partiront, le colonel parte avec, et que, dans le cas où cela ne se pourrait par raison de maladie, de congé ou par vacance, le major marche à sa place. Aussitôt qu’une place de colonel vient à vaquer, le major doit se rendre aux escadrons ; ce qui permettra au nouveau colonel, s’il est en France, d’aller passer une quinzaine de jours à son dépôt pour prendre connaissance des affaires du régiment. Cette marche doit être constamment suivie, et vous ne devez accorder aucun congé à des colonels qu’autant que le major rejoindra le régiment. Ce mécanisme n’est pas bien compris; il faut l’expliquer par une circulaire aux colonels et aux majors ; il faut l’expliquer surtout à celui de vos bureaux  que cela regarde. Règle générale : les colonels, ou en leur absence, les majors, doivent toujours être aux escadrons de guerre.

Ceci me fait penser que le grade de colonel en second est un mauvais grade, parce qu’on y place des majors; ce qui produit de l’instabilité dans ces derniers grades. Je prends donc le parti de sup­primer les colonels eu second en les remplaçant par des majors en second ; ceux-ci sont pris parmi les chefs d’escadron et les chefs de bataillon, ce qui ne présente pas le même inconvénient, et ce sera d’ailleurs plus économique. Vous placerez donc au fur et à mesure des vacances les colonels en second actuellement existants, et vous me présenterez le nombre de majors en second qu’il est nécessaire de nommer pour les remplacer.

 

Cologne, 6 novembre 1811

NOTE SUR COLOGNE.

  • I. De Wesel à Mayence, il y a 60 à 70 lieues sans aucune place forte, une armée qui voudrait envahir la Belgique d’accord avec une expédition anglaise se porterait sur Cologne, de Cologne sur Juliers, Aix-la-Chapelle, Liège, d’où elle arriverait à Bruxelles et de là à Anvers. Cette armée serait obligée de masquer et de faire observer Wesel, de masquer Juliers et Maastricht; il faudrait aussi qu’elle masquât Givet, et il est probable que cette armée jugerait devoir prendre au moins Juliers, et peut-être Maastricht, avant de passer la Meuse. Mayence se trouve tellement loin que cette place ne pourrait exercer aucune influence sur cette opération, en supposant que l’ennemi vint par Cassel ou Lippstadt, ou par la route de Siegen.
  • 2. Si l’on avait à Bonn une place forte, l’ennemi serait aussi obligé de masquer Bonn. Toutes les troupes de l’Alsace, au premier mouvement de l’ennemi, se réuniraient sur Bonn, tandis que les troupes de Hollande se grouperaient sur Eesel et Venlo. Il serait donc difficile de penser que l’ennemi pût pousser sa route sans Bonn et Juliers.
  • 3. Ces idées avaient fait penser à fortifier Bonn, qui se trouve à peu près à moitié chemin entre Wesel et Mayence; mais les fortifica­tions de Bonn offrent quelques difficultés ; la ville est environnée de montagnes qu’il faudrait occuper. D’ailleurs Bonn est au débouché des montagnes : la plaine qui s’étend depuis la mer, c’est-à-dire depuis Flessingue, Ostende et le Zuiderzee, et qui couvre les embou­chures de la Meuse et du Rhin, finit à Bonn. L’emplacement de la place, à l’extrémité de la plaine, pourrait avoir des inconvénients, et, sans contredit, la place serait mieux située à Cologne, qui par sa position exerce une grande influence sur la plaine.
  • 4. Si une place forte existait à Cologne, il serait impossible à l’ennemi de passer le Rhin entre Cologne et Wesel et entre Clèves, Venlo, Juliers et Maastricht. Il lui serait également impossible de prendre Bonn pour point d’appui sur le Rhin ; car de Bonn il faudrait qu’il longeât la plaine et vint passer à deux lieues et demie de Co­logne, pour arriver soit à Aix-la-Chapelle, soit à Juliers. Il passerait donc tout à fait sur la ligue d’influence de la nouvelle place. Il fau­drait donc qu’il eut un corps d’observation devant Wesel, un autre pour bloquer Cologne, et qu’il pût disposer d’un troisième corps pour observer ce qui viendrait de Mayence sur Bonn. Cette opération peut être considérée comme impraticable, et avec une place à Colo­gne on aurait toute certitude qu’aucune opération ne peut être tentée sur la Belgique sans qu’au préalable l’ennemi se fût emparé de cette place.
  • 5. La population de Cologne est de 40,000 âmes; Metz en a 45,000; Strasbourg, Mayence, Lille sont plus considérables. Cette population n’a donc rien qui puisse effrayer, d’autant plus que ce pays est géographiquement français, et que les habitants ne peuvent nourrir aucun souvenir ni regret qui les fassent aspirer à un change­ment de choses.

L’étendue de la ville est à peu près de 2,200 toises; cela ne dépasse pas les bornes ordinaires ; Mayence et Strasbourg ont une étendue beaucoup plus grande. En disant 2,000 toises on ne com­prend pas le segment du côté du Rhin, puisque ce côté, fermé par une muraille, est déjà à l’abri de toute attaque.

Les fortifications actuelles constituent un très bon camp retranché. Une bonne muraille, ayant un bon fossé, met l’enceinte à l’abri d’un coup de main. La propriété de cette muraille est telle, qu’il n’est plus question désormais, pour faire de Cologne une place conve­nable, que de l’entourer d’ouvrages en terre; et des masses de terre très considérables sont déjà en avant des fortifications.

  • 6. Mayence et Wesel sont deux débouchés suffisants pour le nord de l’Allemagne.

Cologne pourrait donc être considérée comme place tout à fait défensive, et n’occuper la rive droite que par un ouvrage avancé, placé là comme vedette. On remettrait à un temps plus éloigné d’étendre les ouvrages de la rive droite, de manière à conserver sur ce point la possession d’un grand pont.

  • 7. Cologne exigera sans doute au moins 12,000 hommes de garnison et un matériel considérable d’artillerie. On ne pourra dis­poser et la place ne pourra s’aider d’aucune inondation ni d’aucun moyen extraordinaire ; elle ne pourra offrir qu’une résistance simple, telle que pourra la présenter son front actuel perfectionné.

On demande quelle serait la défense de la ligne actuelle perfec­tionnée, rétablie, et ayant ses points faibles renforcés de manière que tout le pourtour se trouve en équilibre.

La durée de cette défense ne peut pas être telle, qu’il soit convenable d’exposer une garnison forte de 12,000 hommes et un matériel aussi considérable; en conséquence, l’on propose de couvrir toute l’enceinte actuelle par des couronnes, afin de donner à la place trois mois de résistance, temps nécessaire pour venir à son secours.

Or il faut au moins cinq couronnes sur un pourtour de 2 à 3,000 toises; ce qui présente le double inconvénient d’une augmen­tation de dépense hors de proportion avec le résultat, et d’une aug­mentation de garnison également hors de proportion avec ce qui est convenable. Cette idée conduirait à celle de renoncer à fortifier une place de cette étendue.

  • 8. Le problème se trouve donc tracé dans les limites suivantes: rétablir l’enceinte actuelle, en la perfectionnant et la mettant en équilibre dans toutes ses parties, et lui donner une force de résistance de trois mois, sans augmenter des ouvrages déjà trop considérables et une garnison déjà trop forte.
  • 9. La solution de ce problème est dans une citadelle qui serait établie soit en aval, soit en amont. Cette citadelle, appuyée sur le Rhin afin que le côté du trapèze se trouve hors d’attaque, pourrait se réduire à trois fronts qui seraient fortifiés avec soin, auraient une forte artillerie et seraient rendus susceptibles d’une longue résistance. Alors on n’aurait plus le regret de laisser 10 à 12,000 hommes dans ce point important. La ville prise après la résistance qu’elle doit offrir, le matériel, les vivres et la garnison se retireraient dans la citadelle, y soutiendraient un second siège qui donnerait le temps d’accourir et d’obliger l’armée assiégeante à repasser le Rhin, ou du moins donnerait le temps de défendre la Meuse, et l’ennemi aurait manqué le but.
  • 10. Cela posé, on désire qu’on présente aux conseils de décem­bre un tracé exact, avec profils, de l’enceinte actuelle.

Que faut-il faire, 1° pour rendre la muraille entièrement défensive et la couvrir de manière qu’elle ne soit pas aperçue de la campagne ; 2° pour détruire les maisons dans les bastions et rétablir les murailles qui en ferment la gorge; 3° pour rétablir les parapets, chemins cou­verts, fossés, places d’armes, glacis, et toutes les masses du système existant ?

4° Quelles sont les parties faibles, et que coûteraient les lunettes et contre-gardes à y établir pour ramener l’équilibre ?

5° La place ainsi rétablie, combien de jours pourrait-elle se défendre ? Quelle armée faudrait-il pour en faire l’investissement ? Quelle garnison faudrait-il pour la défendre ?

6° Enfin où serait-il convenable de placer la citadelle ? Que coûte­rait-elle, et combien de jours pourrait-elle se défendre ?

  • 11. Ce plan ainsi réalisé, on aurait réuni tous les avantages : on aurait une place forte de premier ordre, qui, en cas d’événe­ment , serait mise à l’abri d’un coup de main, même par 2,000 hom­mes; on aurait une citadelle qui contiendrait les habitants et amé­liorerait leurs dispositions; on occuperait sur le Rhin la véritable position qui peut le mieux garantir la Belgique et qui exerce le plus d’influence sur la plaine; on resterait maître de cette immense plaine, dont les ressources de toute espèce entreraient pour quelque chose dans les chances de succès de l’ennemi. Enfin on aurait un immense casernement capable de contenir tout ce qui serait nécessaire à une armée, et l’on ne ferait pas une dépense hors de proportion avec son objet.

On ne parle pas des ouvrages sur la rive droite; il est hors de doute qu’il en faut, ne serait-ce qu’une tête de pont; mais ces ouvrages ne tiennent pas au but. Quand ils seraient pris, l’ennemi n’aurait rien, puisqu’on ne considère pas la place comme offensive, mais comme défensive. Sa véritable défense est le fossé du Rhin et la muraille existante, qui suffisent pour la mettre à l’abri d’un coup de main.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il parait que des courriers russes ont passé à Metz hier; on aura donc des nouvelles aujourd’hui. Je désire que vous prépariez pour le général Lauriston une dépêche que vous me soumettrez, et dans laquelle vous lui ferez connaître mon arrivée à Paris, la continuation de mes dispositions pacifiques et mon désir de voir se terminer, cet hiver, nos différends avec la Russie. Vous lui direz qu’une division de cuirassiers s’est rendue à Erfurt ; que l’incertitude sur tout ce qui se faisait en Prusse a paru rendre nécessaire l’accroissement de nos forces en cavalerie ; qu’on ne connaît rien à la manière d’agir de cette puissance ; vous lui apprendrez ce qui s’est passé relativement à l’armement, au désarmement, à l’annonce qu’elle désarmait et à la continuation des armements, de sorte que je ne sais plus ce que cela veut dire ; que cela doit faire comprendre comment la question s’embarrasse, comment cela pourrait entraîner, et com­bien il est nécessaire de nommer des commissaires de part et d’autre pour tranquilliser sur tous les points et faire cesser cet état de choses.

Vous aurez soin de faire connaître que tout cela doit être dit sans affectation et naturellement.

Le comte Lauriston peut même insinuer légèrement qu’il est fort malheureux que la Prusse se mêle d’armer ; qu’il est de l’intérêt de cette puissance qu’elle ne se mêle pas de la question et ne se per­mette pas de mouvements qui peuvent aussitôt en entraîner d’autres.

Le même courrier sera porteur d’une lettre à M. de Saint-Marsan sur les mouvements de la Prusse et la nécessité où cela nous a mis de faire marcher de la cavalerie. Il pressera de nouveau la Prusse de rester tranquille.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Donnez ordre au préfet de la Roër de se rendre à Wesel et d’y terminer les affaires de cette ville : 1° régler en recette et en dépense le budget pour 1811 ; 2° présenter sans délai le budget de 1812, de sorte qu’il soit soumis à ma signature avant le 1er décembre ; 3° créer des revenus, et dès lors établir un octroi à la française pour 1812.

Pour le budget, la première question qui se présente est la dette. La dette n’a pas été reconnue ; mon intention est de la régler comme dans la Belgique ; la constituer en totalité absorberait trop de reve­nus ; mais on me présentera un projet de décret pour en constituer une partie sur le principe de ce qui a été fait pour Anvers.

Le préfet présentera un projet pour instituer à Wesel une sous-préfecture, un tribunal de première instance, et leur former dans les départements de la Lippe et de la Roër un arrondissement, de ma­nière qu’il y ait au moins 50,000 âmes. On ne prendra rien dans le grand-duché de Berg. Il y a, je crois, un tribunal à Reuss; dès lors, il s’agira tout simplement de le transférer à Wesel. Le décret dési­gnera également le logement où le tribunal et la sous-préfecture seront établis.

On aura soin de réparer le pavé parfaitement ; cela est nécessaire pour les communications militaires. Le préfet établira également un système d’éclairage tel que la ville soit parfaitement éclairée. On fera évaluer les maisons à abattre, et le décret ordonnera la démolition des maisons, près la grande église, qui obstruent les communications de la porte de Munster à celle du Rhin. Le préfet, le maire et le commandant du génie se réuniront, et le préfet présentera un plan d’alignement de la ville, de manière à détruire toutes les excavations qui existent, à régler la circulation et à créer une nouvelle place entre la porte de (Le nom est laissé en blanc sur la minute) et la maison actuelle du gouvernement.

On pourrait faire là une grande place carrée, dont un des côtés appuierait à la porte, et dont un des côtés servirait à bâtir un hôtel pour le gouverneur, une grande auberge, une salle de spectacle et les autres logements nécessaires dans une ville de grande garnison et qui va être un centre considérable de passage.

Le préfet me présentera également un projet pour faire connaître le lieu où l’on pourrait établir un hôpital civil, destiné à contenir ordinairement 100 lits et pouvant en contenir 300; ce qui est néces­saire dans une place de guerre.

Cette commission présentera également un projet, avec l’estimation des indemnités convenables, pour abattre toutes les maisons qui gênent la défense de la ville ; il y en a qui ont été bâties sur le ter­rain même des fortifications.

Le préfet présentera également un projet de décret et les mesures à prendre pour établir à Wesel une école secondaire française et des écoles primaires où l’on montre à parler français, enfin pour établir une compagnie d’artillerie bourgeoise à l’instar de celle qui existe à Lille, et une compagnie de pompiers.

Le préfet restera à Wesel jusqu’à ce que tous ces projets et esti­mations soient parfaitement rédigés.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois avec plaisir, par votre lettre du 9, que les deux bataillons des 1er et 2e régiments du Banat sont en bon état. Faites-les reposer à Dijon deux ou trois jours, et ordonnez qu’ils soient dirigés sur Paris, où je désire les voir. Vous les ferez rester dans une caserne à deux lieues de Paris, où vous en ferez passer la revue, et, lorsque vous vous serez assuré de leur bon état, je les verrai à la parade.

La demande d’officiers français est juste. Il faut leur en donner parlant allemand.

Quant à l’autre régiment qui se trouve à Trieste, je ne sais pas bien s’il serait convenable de retirer tant de Croates ; je ne crois pas l’avoir demandé. Je les prendrais avec plaisir, puisque cela me ferait en Allemagne une nouvelle brigade, mais je voudrais savoir si cela est politique. Faites-moi un rapport là-dessus.

Il est bon que vous écriviez à ces deux régiments, avant qu’ils arrivent à Dijon, que leur destination est pour Paris, parce que je veux les voir. Cela pourrait être d’un bon effet et empêcher peut-être quelques désertions.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre du 6 sur l’armement des cuirassiers et lanciers ; c’est une question extrêmement importante.

Il est reconnu que la cavalerie cuirassée peut difficilement se servir de sa carabine ; mais il est aussi fort absurde que 3 ou 4,000 hommes de si braves gens soient surpris dans leur cantonnement ou arrêtés dans leur marche par deux compagnies de voltigeurs. Il est donc indispensable de les armer. Les régiments de cuirassiers de l’ancien régime avaient des mousquetons qu’ils portaient, non comme la cava­lerie légère, suspendus en bandoulière, mais qu’ils portaient pour s’en servir comme de fusils.

Je désire que vous formiez un conseil d’officiers de cavalerie et que vous déterminiez quelque chose sur cet objet. Je ne puis pas m’accoutumer à voir 3,000 hommes d’élite qui, dans une insurrection ou une surprise de troupes légères, seraient enlevés par un partisan, ou dans une marche arrêtés par quelques mauvais tirailleurs derrière un ruis­seau ou une maison : cela est absurde. Mon intention est que chaque homme ait un fusil; que cela soit un mousqueton très court, porté de la manière la plus convenable aux cuirassiers, peu m’importe. J’ai déjà fait donner à la grosse cavalerie des mousquetons. A la paix ils les ont renvoyés; dans la dernière campagne ils n’en ont pas eu.

Présentez-moi donc un projet là-dessus, pour que ces 3,000 hommes n’aient pas besoin d’infanterie pour se garder dans leurs cantonne­ments, et, mettant pied à terre, puissent se faire jour quand il y a une force d’infanterie d’une grande disproportion avec eux. La guerre se compose d’événements imprévus ; c’est ne pas en avoir de notions que supposer que 15,000 hommes de grosse cavalerie pourront tou­jours être tenus de manière à être couverts.

Quant aux lanciers, voyez s’il est possible de leur donner une cara­bine avec leur lance ; s’il n’est pas possible, il faudrait au moins avoir le tiers de la compagnie armé de carabines, c’est-à-dire tout le pre­mier rang et la moitié du deuxième rang, tous les maréchaux des logis et le tiers de la compagnie (à peu près 40 hommes, en les sup­posant complets), armés de carabines. Les Cosaques ont la lance, mais ils ont des carabines et même de grands fusils avec lesquels ils tirent très loin.

Vous ferez aussi entrer cela dans l’objet du travail de la commis­sion d’officiers généraux.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois, par votre lettre du 6 novembre, que les trois régiments suisses qui sont en France ne pourront m’offrir que six bataillons, et le 1er, qui arrive à Plaisance, que deux. Ce ne serait donc que huit bataillons au lieu de douze. Mais je compte sur un recrutement de 3,000 hommes dans le courant de l’hiver ; ce qui pourra permettre à chaque régiment de fournir un bataillon de plus. Pour avoir ces 3,000 hommes, il est urgent de s’occuper assidûment. Voyez le duc de Bassano et M. Maillardoz. La Suisse me coûte un argent immense et ne me rend aucun service ; jusqu’à cette heure je suis fort dupe, puisque j’ai là une cohorte d’officiers sans soldats. Il faut, 1° que les cantons se chargent de recruter ; 2° réduire les bataillons de neuf à six compagnies, ce qui réduira les officiers d’un tiers. J’aurai alors quatre régiments, chaque régiment de quatre bataillons, chaque bataillon de six compagnies, chaque compagnie de 140 hommes, et 3,200 hommes par régiment ou 12,000 hommes. Pour recruter ces 12,000 hommes, il faut que les cantons s’engagent à les tenir au complet. J’approuve cependant qu’ils ne soient pas obligés de fournir plus de 3,000 hommes par an.

3,000 hommes en huit ans égalent 24,000 hommes ; en ôtant les morts, les déserteurs, etc., il est à espérer que cela se maintiendra à 12,000 hommes.

Il faudrait pourtant que, dans le cas d’une guerre avec la Russie ou l’Autriche, guerre qui intéresse les Suisses, puisqu’en cas de non succès ils seraient compromis, ils fournissent 4,000 hommes au lieu de 3,000. Voici les bases sur lesquelles il faut travailler sans délai.

Ils doivent cependant fournir 16,000 hommes; il y aura donc pour eux économie.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Lors de mon passage à Givet, un détachement de prisonniers anglais a travaillé à rétablir un pont volant. Parmi ceux-là j’ai remar­qué le zèle et l’activité de huit ou dix de ceux spécialement qui se sont jetés dans un batelet pour aider à là manœuvre du pont. Don­nez ordre que l’état des dix hommes qui se sont le plus distingués dans cette circonstance soit dressé ; que les hommes soient habillés à neuf, et qu’on remette à chacun cinq napoléons avec un ordre de route pour Morlaix, où ils seront remis au Transport-Office, en fai­sant connaître la raison de leur délivrance. Vous en instruirez le ministre de la marine, que cette correspondance regarde. Il est néces­saire qu’il n’y ait pas d’injustice, et que les hommes qui se sont le mieux comportés soient choisis de préférence. Il y a là un ministre anglais qui s’est présenté pour me demander la permission d’aller passer trois mois en Angleterre ; accordez-la-lui. Il pourrait être chargé de la conduite des autres. Enfin je vous envoie une pétition qui m’a été remise dans la même circonstance par une Anglaise; faites-moi un rapport sur ce qu’elle demande.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le capitaine de la compagnie d’artillerie du 3e régiment à cheval, qui est à Bonn, est manquant ; le lieutenant est un jeune fou, ayant trois ou quatre ans de service : il est fort important d’envoyer un bon capitaine à cette compagnie. Je désire même qu’elle soit envoyée en Allemagne à une division d’infanterie, vu qu’elle est composée de conscrits, et qu’elle soit remplacée par une autre compagnie du 2e régiment d’artillerie à cheval. Par ce moyen, la division de cui­rassiers serait servie par les compagnies d’un même régiment.

Je désirerais la même chose pour toutes les divisions de cuirassiers. Au lieu de deux compagnies de deux régiments différents, chacun aurait deux compagnies du même régiment.

De même pour les bataillons du train. Il y a à Cologne deux com­pagnies du même bataillon du train qui servent, dans deux divisions différentes; il y a de même à Bonn deux autres compagnies du même bataillon partagées entre deux divisions : il serait bien plus conve­nable de les réunir. Il faut que les deux compagnies du train qui paraissent nécessaires pour le service d’une même division de cuiras­siers soient du même bataillon.

Une observation importante aussi est de donner le commandement de l’artillerie légère des cuirassiers à des hommes qui aient fait les campagnes précédentes avec les divisions de cuirassiers. J’ai vu à Bonn un chef qui n’a pas encore fait ce service et qui va faire son apprentissage.

Ces divisions de cuirassiers servent différemment. Il est donc néces­saire d’avoir des hommes qui aient fait l’expérience des campagnes d’Autriche, d’Iéna ou de Friedland.

Ces compagnies d’artillerie à cheval n’ont pas d’ouvriers, de sorte que les vingt-quatre pièces de canon que j’ai vues à Cologne et à Bonn n’avaient pas un seul ouvrier. Pourquoi les compagnies d’ar­tillerie à cheval n’ont-elles pas d’ouvriers ?

N’attachez au service des cuirassiers aucune compagnie d’artillerie qui ait été ruinée en Espagne, et qu’on ait recrutée avec la conscrip­tion de cette année ; mais mettez-y des compagnies d’artillerie à cheval qui n’aient pas souffert et se soient reposées depuis 1809.

Il faut nommer un général de brigade d’artillerie pour prendre le commandement de l’artillerie de la cavalerie de réserve. Il aura qua­rante-huit pièces sous ses ordres, en passera la revue, mettra tout en état, et pourra se tenir à Wesel.

Il faudrait également un général de brigade qui eût fait le service de la cavalerie, soit comme colonel, soit comme général, aux cam­pagnes passées.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre du 9 sur les équipages d’artillerie du corps d’observation de l’Elbe.

Je ne sais pas pourquoi la 7e division est portée à vingt-huit pièces de canon; il me semble qu’elle ne doit en avoir que quatorze, comme les autres. Cette division se trouve d’ailleurs à Danzig.

Faites refaire l’état n° 1.

L’artillerie des 1e, 5e et 6e divisions sera placée dans la 32e divi­sion militaire, ainsi que seize pièces de la division de réserve. Leur parc doit être organisé de manière quelles aient leur double appro­visionnement.

La 7e division sera placée à Danzig; à cet effet, on prendra tout le matériel, personnel et attelages sur ce qui existe aujourd’hui à Danzig.

L’artillerie de la 8e et de la 9e division, ainsi que les deux batte­ries de la réserve, se réuniront à Wesel : savoir, leur approvisionne­ment et demi par division, et le reste formant une portion de la partie du parc de réserve qui restera à Wesel.

Enfin l’artillerie des quatre divisions de réserve de cavalerie, for­mant un état à part, ayant l’artillerie de deux divisions à Wesel et celle d’une division à Hanovre, avec un approvisionnement et demi; une à Erfurt avec un approvisionnement et demi, et l’autre demi approvisionnement avec le demi approvisionnement des divisions qui sont sur le Rhin, à Wesel, où ils formeront la réserve.

Selon votre état, il faut 7,000 chevaux pour faire ce service. Je pense qu’il faudrait compléter en hommes et en chevaux les quatre bataillons qui sont en Allemagne et les destiner au service des neuf divisions d’infanterie et des quatre batteries de la réserve et du parc, et employer un autre bataillon de ceux qui sont en France, que l’on compléterait également, pour le service des quatre divisions de la réserve de cavalerie. Par ce moyen le grand parc serait divisé en deux fractions : une à Minden et une à Wesel. Toute l’organisation des cuirassiers se rattacherait à un général d’artillerie et à un directeur du parc de réserve de cavalerie, qui résiderait à Wesel et serait sous les ordres du directeur général du parc. Il resterait alors à envoyer des ouvriers à Wesel pour y monter un fort atelier de réparation. Il faudrait aussi prendre toutes les églises de Wesel, hormis une pour les catholiques et une pour les protestants, pour pouvoir y déposer tout ce matériel et le mettre à l’abri pendant la mauvaise saison, sans pourtant le décharger : les chevaux seront à Wesel et dans les envi­rons; de sorte que, vingt-quatre heures après la réception de votre ordre, toute la colonne puisse se mettre en marche pour entrer en campagne.

Il me semble qu’il est nécessaire qu’il y ait un colonel à Minden, un général d’artillerie et un directeur du parc à Wesel. Le matériel de­venant très considérable, il faudrait avoir un général de division pour commander l’artillerie et trois généraux de brigade, chacun d’eux chargé du commandement et de la surveillance de l’artillerie de trois divisions, et qui seraient employés selon les circonstances et modifi­cations que les événements rendraient nécessaires. Quant aux compagnies d’artillerie, il faut chercher les compagnies des régiments à pied ou à cheval qui sont déjà en Allemagne, puisqu’il y a un si grand avantage à tenir le plus possible les régiments réunis.

Il est nécessaire que cela ne touche pas à l’organisation du corps d’Italie ni à celle du corps d’observation du Rhin, de sorte que ces corps puissent s’organiser une artillerie telle qu’elle a été réglée sur le papier, sans avoir besoin de nouveaux calculs ; car le corps d’ob­servation de l’Elbe doit être indépendant de l’organisation des deux autres corps.

Indépendamment de la réserve de la Garde, vous me ferez un état de récapitulation qui fasse connaître l’état de toute l’artillerie : 1° celle du corps de l’Elbe, comme il a été dit ci-dessus, 2° de la réserve de la cavalerie, 3° celle d’Italie, et 4° celle du Rhin, comme elles ont été réglées précédemment.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les 127e, 128e et 129e régiments donnent de sérieuses inquié­tudes ; tous les essais qu’on a faits en les plaçant dans les îles n’ont pas réussi. Cela justifie les rumeurs qui m’étaient parvenues depuis plusieurs mois par l’Angleterre sur ces régiments. Il est donc temps de prendre un parti. Il faut d’abord les séparer. Donnez ordre au prince d’Eckmühl, par l’estafette du soir, de faire partir celui des trois régiments qui est le plus mauvais et de le diriger sur Maastricht. Donnez ordre à un bon général de brigade, parlant allemand, de prendre le commandement de ce régiment et d’en passer une sévère inspection. Les deux autres régiments seront placés sous les ordres, l’un du général Latour, l’autre d’un général de brigade, parlant allemand, que désignera le prince d’Eckmühl. Le prince d’Eckmühl ou ira en passer la revue lui-même, ou en fera passer une revue de rigueur par ses officiers d’état-major. Il fera diriger par détachements de 100 hommes, sur les régiments de la Tour-d’Auvergne et d’Isembourg, les Prussiens, les Mecklembourgeois, Russes et Danois qui se trouvent dans ces régiments. Il enverra aux pionniers coloniaux les mauvais sujets qu’il y aurait. Enfin il procédera à l’épurement des cadres de la manière suivante : il verra les colonels, majors, chefs de bataillon et adjudants-majors, s’assurera que ce sont des Français parlant allemand, ayant fait la guerre avec nous et ayant les qualités requises. Il sera autorisé à envoyer à Maëstricht ou à Wesel, où ils seront à votre disposition, les officiers qui n’auront pas les qualités nécessaires, avec des notes, pour que vous puissiez me proposer de l’emploi pour eux ; les capitaines, lieutenants et sous-lieutenants qui sortent du service d’Autriche : il enverra également des notes sur eux. Ceux de ces derniers qui seront suspects seront renvoyés égale­ment à Wesel. Quant à ceux sortant de l’ancien service, des villes de Bremen, de Hambourg, d’Oldenburg, il distinguera ceux qui sont natifs des villes, qui y ont domicile et des parents, de ceux qui sont étrangers et qui ont été admis au service de ces villes.

Les étrangers seront dirigés sur Wesel, avec des notes, pour que vous puissiez me proposer de leur donner de l’emploi ou de les placer dans les régiments étrangers. Ceux qui sont du pays, le prince d’Eckmühl en fera deux classes : les uns, qu’on essayera de garder dans les régiments jusqu’à nouvel ordre, et les autres, qu’on pourra en­voyer en Italie et en Espagne dans les corps. Il fera remplacer les officiers et sous-officiers vacants, de manière cependant à ne compléter que trois bataillons dans chaque régiment. Le résultat de cette opération sera qu’il n’y aura dans ces régiments d’autres officiers su­périeurs que des officiers français, et d’autres capitaines, lieutenants et sous-lieutenants que des Français ou des officiers ayant fait la guerre avec nous, ou des officiers sortant du service d’Autriche, et provisoirement des officiers du pays, bons sujets, domiciliés et connus. La même opération sera faite pour les sous-officiers. Aucun sous-officier étranger ne sera souffert dans ces régiments; on n’y conservera que des sous-officiers nés dans la 32e division militaire, mais domiciliés et connus ; encore ce nombre sera noté, afin de pouvoir insensiblement les faire passer ailleurs. Enfin la même opération sera faite pour les soldats. Tout ce qui sera prussien, danois, suédois, mecklembourgeois, russe, sera dirigé, par détachements de 100 hom­mes, sur les régiments d’Isembourg et de la Tour-d’Auvergne, de sorte qu’il ne restera dans le régiment que des hommes nés dans la 32e division militaire; et ceux qui seraient jugés mauvais sujets, soit dans les étrangers, soit dans les naturels du pays, seront dirigés par détachements de 25 hommes sur les dépôts de pionniers coloniaux. Vous autoriserez le prince d’Eckmühl à remplacer les officiers et sous-officiers par des hommes tirés de son corps d’armée, mais parlant allemand ; il vous en enverra l’état, et vous me présenterez des pro­jets de décrets à signer. Vous donnerez les mêmes instructions pour le régiment, lorsqu’il sera arrivé à Maëstricht. On verra, lorsque les régiments seront ainsi épurés, s’ils présentent un aspect plus satisfaisant. Mandez au prince d’Eckmühl qu’il serait important qu’il pût voir lui-même ces régiments, au moins qu’il fit faire cette opération par un homme d’un tact plus sûr et plus fin que le général Latour.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Dans la visite que j’ai faite de différents corps de l’armée, j’ai trouvé que les troupes étaient mieux habillées que dans la révolution, où les fournitures étaient faites par les fournisseurs d’alors; mais j’ai été loin d’en être satisfait, vu les sommes immenses qu’elles me coû­tent et la régularité qui est portée dans l’administration dans les temps actuels. Il est impossible de rien fournir aux troupes qui soit bon ; car comment vouloir qu’elles puissent lutter contre l’intérêt des fournisseurs ? En général, les tricots sont mauvais, les shakos sont de mauvaise qualité, ou ils sont souvent de bonne qualité, mais mal confectionnés. Il en est de même des gibernes. Aucun reproche ne peut être fait aux corps, parce qu’ils répondent à tout « que l’admi­nistration de la guerre le leur a envoyé ». Quant aux draps, la plus grande partie de celui que j’ai vu est beaucoup plus mauvaise que celui que j’ai vu aux régiments qui les achetaient eux-mêmes.

Les régiments d’infanterie légère, qui avaient l’habitude d’acheter des draps, trouvent, en général, que les draps qu’ils achetaient étaient beaucoup meilleurs que ceux qu’on leur envoie.

Je désire donc connaître de quelle manière se fera l’habillement de 1812. Mon intention est que l’administration de la guerre ne fournisse rien, tout au plus le drap ; et encore je crois que cela même est une question : car il est de fait que les régiments d’infanterie légère, pen­dant le temps qu’ils se sont habillés, l’ont été mieux qu’ils ne le sont aujourd’hui, un major qui est pressé par une grande quantité de conscrits qu’il a à habiller reçoit tout ce qu’on lui envoie, quoique de mauvaise qualité. Il y a d’ailleurs des gens qui ne veulent pas se faire des affaires et établir un procès contentieux. II est donc néces­saire que des mesures efficaces soient prises pour que le drap qui sera fourni soit fourni bon, d’autant plus qu’il n’est pas raisonnable d’envoyer des draps dans le fond de l’Illyrie pour qu’ils reviennent ensuite. Cela met du retard pour tout, est préjudiciable à mon service et ruine les fournisseurs. Il faut donner la latitude aux régiments de ne pas recevoir le drap qui serait mauvais, mais il faut, avant tout, prendre des mesures pour s’assurer que les draps qu’on envoie sont de bonne qualité. Les bureaux actuels de l’habillement ne sont orga­nisés que pour la comptabilité; ils ne font rien pour s’assurer de l’exactitude des envois, de ce qu’il y a en magasin et de la bonté des fournitures; de sorte que, au lieu d’accueillir et d’encourager les plaintes des corps, on les reçoit mal en général.

Dans le grand-duché de Berg, je donne tout en argent aux corps ; les masses sont un peu moins fortes qu’en France : je n’ai point vu de troupes si bien habillées et en si bon état; cela ne peut faire aucune comparaison avec les nôtres.

Dans les remontes, j’ai trouvé beaucoup de mauvais chevaux. Les conditions des marchés sont en général à refaire.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au comte Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

On m’assure que le chef de bataillon Everts, du 4e de ligne, a été nommé officier de la Légion d’honneur n’étant pas encore légionnaire. Vous deviez vérifier le fait, et, s’il était vrai, me renvoyer mon dé­cret. Vous n’êtes pas excusable.

Vous savez que j’ai toujours pour principe de ne faire jamais offi­cier dans la Légion d’honneur si l’on n’est pas déjà légionnaire, ainsi que pour tous les grades.

Lorsqu’une erreur a lieu, c’est à vous à représenter le décret.

 

Saint-Cloud, 12 novembre 1811

Au comte Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Monsieur le Comte Lacépède, voulant donner un témoignage de ma satisfaction au prince Kolowski, ministre de l’empereur de Russie en Sardaigne, je lui ai accordé l’Aigle d’or (Le texte primitif portait : l’Aigle de la Légion d’honneur* L’Empereur a, de sa main, effacé les derniers mots, et les a remplacés par le mot d’or). Envoyez-lui cette déco­ration à Cagliari, où il se trouve, par le canal du général comman­dant en Corse. Vous pouvez en prévenir le prince Kourakine par un billet, l’empereur de Russie ayant permis au prince Kolowski d’accepter cette décoration.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il existe un décret pour la Spezia . Cependant les constructions ont continué à avoir lieu à Gènes. Ce qui m’avait porté à placer les éta­blissements à la Spezia, c’était moins la beauté de la rade que le mauvais établissement de Gènes. Les constructions avaient lieu hors des fortifications, dans un lieu isolé, ce qui n’était pas raisonnable ; mais, depuis que vous m’avez fait connaître que Ton peut construire dans la darse, je pense qu’il faut s’en tenir à Gènes, par toutes sortes de raisons, d’abord parce que c’est le centre d’une grande population, et que cela offre toute facilité. Faites-moi un rapport là-dessus; car, si vous pouvez construire dans la darse, vous aurez un superbe arsenal. Je ne serais pas éloigné de prolonger les digues et de dé­penser 2 millions pour cela; ce qui d’ailleurs a l’avantage politique d’être très agréable à cette grande population. Cela supposé, il fau­drait que la marine conservât l’établissement du lazaret de la Spezia. Cette année, j’ai fait travailler aux fortifications, puisqu’en manœu­vrant dans la Méditerranée il est hors de doute que ce golfe nous, sera nécessaire, et qu’il sera utile même pour réparer nos vaisseaux.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le golfe de Villefranche peut être utile à nos escadres, ainsi que le golfe Juan. Faites tracer sur une carte les batteries qui existent, ainsi que l’armement et leur état actuel. Il faut s’attendre que nos vais­seaux de Toulon, en continuant à sortir, seront obligés de chercher leur refuge dans la rade de Marseille. Faites-moi connaître le lieu où ils mouilleraient et la situation actuelle des batteries, afin que je dé­termine ce qu’il est nécessaire de faire.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, il serait convenable que vous me soumissiez un projet de mouvement, sur les bases suivantes, à exécuter dans l’hypothèse où la Prusse serait de mauvaise foi. Le prince Poniatowski, avec l’armée du Grand-Duché et la 7e division, se réuniraient par un mou­vement combiné, en peu de jours et avant que la nouvelle en fût arrivée à Berlin, pour intercepter la route de Berlin à Graudenz et à Dirschau; de sorte que tout ce qui existerait de militaires prussiens fut désarmé et fait prisonnier, que les convois fussent pris, Graudenz bloqué tout d’abord, Marienburg occupé et sur-le-champ retranché, et les retranchements que l’ennemi a faits du côté de Pillau, dans l’isthme qui communique avec Danzig, surpris, dans le temps que tous les Saxons marcheraient par Glogau, et vous par Stettin et Magdeburg sur Berlin et sur Kolberg. Ce projet a pour but, si la Prusse continue à être de mauvaise foi, de prendre l’initiative; il faut le bien calculer pour le rendre le plus profitable possible. Marquez-moi sur une carte la position actuelle de l’armée du Grand-Duché, celle de vos divisions, des troupes de la Saxe et de la Westphalie, et faites-moi connaître comment vous entendriez exécuter ces mouvements, enfin quelles sont les forces que la Prusse aurait à opposer de Berlin et de Kolberg. Il sera nécessaire, lorsque j’aurai approuvé ce plan, que vous le communiquiez au prince Poniatowski et au général Rapp, pour qu’ils le connaissent bien, et qu’instruits de mes intentions ils aient l’œil sur les rassemblements des Prussiens et sachent où frapper aussitôt que vous leur en aurez donné l’ordre.

Je n’ai pas besoin de vous dire que tout cela est fort hypothétique. Le comte Saint-Marsan négocie en ce moment avec la Prusse; mais je vois tant de mauvaise foi et d’incertitude dans ce cabinet, que je crois qu’il sera impossible d’empêcher sa ruine. Je crois que sur l’Oder les Prussiens n’ont qu’un pont; il sera donc facile de s’en em­parer et de le détruire, et d’envelopper toutes leurs garnisons entre l’Oder et la Vistule avant qu’ils s’en aperçoivent. Les forces des Prus­siens se divisent, je crois, entre la Saxe et la Silésie, entre l’Elbe et la Vistule, entre la Vistule et le Niémen. Combien de troupes ont-ils dans chacune de ces parties? Combien peuvent-ils en réunir ? Pour cette opération je n’ai pas besoin de vous dire que Modlin et Zamosc seront bien approvisionnés et armés; qu’une partie de l’armée du Grand-Duché sera en observation du côté de la Russie, et que tout votre corps d’armée et les Saxons seront sur la Vistule avant les Russes, puisque vous seriez à Berlin qu’on ne le saurait pas encore à Pétersbourg. Faites connaître la situation de Marienburg. A-t-on détruit les fortifications que j’avais fait établir, ou ce poste pourra-t-il être promptement remis en état ? Si les retranchements du côté de la (illisible) ne pouvaient être enlevés d’un coup de main, il faut avoir un bon nombre d’obusiers et de petits mortiers, pour les accabler d’obus et de bombes et les détruire en peu de jours; afin de fermer sur-le-champ le passage de Pillau. Faites-moi connaître jusqu’où va la limite du territoire de Danzig de ce côté. Il serait peut-être convenable de faire établir une bonne redoute à la limite du territoire de Danzig. Par ce moyen on pourrait masquer le mouvement, et, au lieu de partir de Danzig, on partirait de la redoute. D’ailleurs, puisque les Prussiens travaillent tant à Pillau, l’occupation d’un point de ce côté est d’une grande prudence.

N’écrivez rien sur tout cela au général Rapp ni au prince Poniatowski. Commencez par prendre des renseignements avant de me répondre; cela ne presse pas. Il vaut mieux tarder d’une quinzaine de jours pour que vous puissiez me bien faire connaître l’état de l’échiquier. Quand j’aurai votre plan, je le ratifierai, et je vous auto­riserai alors seulement à communiquer ce projet éventuel au prince Poniatowski et au général Rapp.

Napoléon,

Les Russes ont eu de grands succès sur les Turcs, qui se sont comportés comme des bêtes brutes. Je vois la paix sur le point de se conclure. Je suis assuré de l’Autriche.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, si la guerre a lieu et que la Prusse soit contre nous, la première chose à faire est de faire partir de Magdeburg un équi­page de siège pour prendre Spandau, et des places de Stettin, Küstrin et Glogau, un équipage de siège pour Kolberg. Il est donc nécessaire que ces deux équipages de siège existent et soient formés sur le pa­pier, de sorte qu’on soit certain d’avoir dans ces places les pièces, affûts, porte-corps, charrettes, plates-formes, outils, poudres, (Ici un mot illisible) démasqué, l’équipage de siège pour Spandau puisse partir de Magde­burg, et, six jours après le mouvement démasqué, l’équipage de siège de Kolberg puisse partir des places de l’Oder. Vous sentez que ce travail doit être fait très secrètement dans le bureau de votre géné­ral d’artillerie. Je pense qu’on pourra trouver à Magdeburg l’équipage de siège de Spandau. Je doute qu’on puisse former dans les places de Stettin, de Küstrin et de Glogau, celui destiné pour Kolberg. Il faut voir si cet équipage existe à Magdeburg indépendamment de la défense de la place. Si les moyens de cette place sont insuffisants, il faudra le faire venir de Hambourg et de Wesel ; mais il faut qu’il parte de Wesel par le moyen de relais d’artillerie placés depuis Wesel jusqu’à Magdeburg. De cette manière les transports ne coûteraient absolument rien ; cela ne donnerait aucun embarras au pays et arri­verait très promptement à Magdeburg. Je pense qu’il faut établir tout ce qui est nécessaire pour la défense des places de Stettin, de Küstrin et de Glogau. Je crois que Magdeburg est suffisamment ap­provisionné; il n’en est pas de même des autres places. Les équipa­ges de siège de Spandau et de Kolberg peuvent être compris dans l’approvisionnement de ces places, puisque, pendant qu’on consom­merait ces munitions, on en ferait venir de nouvelles de France. Je pense que le personnel d’artillerie des places de Stettin, de Küstrin et de Glogau, n’est pas suffisant. Envoyez dans ces places deux com­pagnies d’artillerie, de celles attachées à votre parc; vous les retrou­verez en marchant en avant. Envoyez-y également des officiers d’état-major d’artillerie, et du génie. Les garnisons de Stettin et de Küstrin sont, je crois, suffisantes; celle de Glogau ne l’est pas. Proposez-moi d’y envoyer un nouveau régiment, afin qu’on soit sans inquiétude.

 

Saint-Cloud, 14 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une lettre du prince d’Eckmühl, avec une lettre du ministre Cessac et différentes pièces. Il est convenable que vous or­donniez au major du 1er de chasseurs de se rendre à Paris, et que vous nommiez un inspecteur aux revues et deux officiers accoutumés aux détails de l’administration de la guerre, pour suivre la plainte.

J’y attache la plus grande conséquence. La réponse des bureaux de l’habillement n’est pas satisfaisante. On laisse planer le soupçon sur le major : s’il est coupable, il faut le destituer; si, au contraire, ce major est innocent, c’est ià tort que les agents de l’habillement veu­lent couvrir ainsi leurs dilapidations.

Cette affaire doit donc être mûrement approfondie, de même que toutes celles qui arriveraient, soit pour porter la lumière dans les opérations de l’habillement, soit pour avoir des idées nettes sur l’hon­nêteté des majors.

II faut faire une circulaire aux différents majors pour les rendre responsables des effets qui seront reçus aux régiments, et leur faire connaître qu’ils ne doivent recevoir aucuns mauvais effets, de sorte qu’ils n’aient rien à alléguer toutes les fois que les régiments seront dans une mauvaise situation ; que les fournitures coûtent beaucoup à Sa Majesté, et que les payements sont exactement faits; qu’il faut donc que les effets soient de bon aloi et de très bon service. Même chose pour les chevaux de remonte. Mettez à l’ordre du jour, et té­moignez mon mécontentement au colonel du 20e de chasseurs de ce qu’il a reçu des chevaux qui sont à réformer ou à évaluer à moitié du prix d’achat. Faites connaître que les colonels et officiers qui rece­vront les chevaux seront responsables de tous les mauvais chevaux qu’ils recevraient. Mes troupes me coûtent fort cher et sont en par­tie fort mal habillées. Tout ce qui leur est fourni est excellent en comparaison de ce qui se fournissait dans la révolution, mais non eu égard à l’ordre et à la régularité qui ont été introduits dans l’administration.

 

Saint-Cloud, 15 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, je tiendrai un conseil de l’intérieur pendant chaque semaine des mois de novembre, décembre, janvier et février; ce qui fera quatorze conseils. On commencera par y traiter les objets relatifs au commerce et aux manufactures. On traitera ensuite et successivement des différentes branches de votre ministère. Trois conseils pourront être consacrés aux affaires des ponts et chaus­sées et des travaux publics; trois conseils, placés à quinze jours d’intervalle, aux budgets de la ville de Paris et des villes qui ont plus d’un million de revenu, et à la comptabilité des compagnies de réserve ; deux conseils, également placés à quinze jours d’intervalle, aux travaux des eaux minérales, des prisons, des maisons de men­dicité; un conseil, aux dettes des départements et aux budgets des centimes variables et fixes; enfin d’autres conseils seront employés à traiter des objets relatifs aux changements dans les préfectures et dans les mairies des bonnes villes, aux affaires des mines, de la librairie, de l’instruction publique, des sciences et arts et autres objets de votre département. Je vous prie de me faire un rapport sur la distribution et sur l’ordre des matières qui seront traitées dans ces conseils. Les comptes de 1810 et de 1811 y seront examinés, de manière que, si les fonds sont insuffisants, les suppléments néces­saires puissent être accordés, et ce pour chaque article. Après avoir considéré le compte de chaque branche d’administration, on en con­sidérera la législation, et l’on proposera les changements convena­bles pour marcher vers le perfectionnement de chaque partie. Il faut que la réunion des procès-verbaux de ces conseils soit à la fois un compte de finances et un exposé des motifs des changements et des améliorations opérés. Les résultats de tous ces comptes rendus sont : 1° l’état réel des dépenses de 1810; 2° l’état par approximation des dépenses de 1811, 3° le budget de 1812.

 

Saint-Cloud, 15 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, désirant examiner dans les conseils que je me propose de tenir cet hiver, tous les quinze jours, les prin­cipales parties de l’administration de votre département, il est néces­saire de régler l’ordre des matières qui devront être traitées dans chaque séance, de sorte que les principaux objets, l’état des dépen­ses de votre département, les comptes définitifs de l’exercice 1810 et années antérieures, le compte approximatif de 1811 et le budget de 1812, la solde, la formation des équipages, les armements à faire l’année prochaine, les nouvelles institutions des écoles, les martelages et l’exploitation des bois, les approvisionnements de tout genre et les travaux hydrauliques, soient l’objet de sept conseils. Je vous prie de me présenter un projet pour régler ce qui sera fait dans chaque conseil.

 

Saint-Cloud, 16 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous envoie des notes sur la flottille de Boulogne, qui vous feront parfaitement connaître dans quel esprit je la considère. La flottille de Boulogne sera toujours un des plus puissants moyens d’influer sur l’Angleterre; et toutes les fois que nos escadres commenceront à remuer et que l’on doublera ou triplera la flottille, que l’on requerra les pêcheurs et les matelots de la côte, qu’on embarquera sur la flottille de l’artillerie et du matériel, l’An­gleterre s’attendra à une combinaison qui amène des escadres devant Boulogne, et dès lors elle sera obligée de tenir en réserve une grande partie de ses vaisseaux dans la Tamise et aux Dunes, et un corps de troupes assez considérable pour couvrir Londres et ses chantiers. Je pense donc que 4 ou 500 bâtiments de la flottille seront toujours nécessaires à avoir à Boulogne, afin de pouvoir transporter une qua­rantaine de mille bommes et plusieurs mille chevaux sur l’autre rive; qu’on peut diminuer à volonté l’artillerie et le matériel, afin de sou­lager les bâtiments et de donner plus de place pour les transports; enfin que l’on peut se servir indifféremment de tous les bâtiments qu’on a; que la dépense consistera donc dans l’entretien des 500 bâ­timents. Faites-moi connaître la situation de la flottille telle que je l’ai ordonnée, ce qui depuis en a été soustrait, ce qui reste en maté­riel et en personnel, afin de régler définitivement l’organisation de tout ce qui est nécessaire à la flottille.

 

Saint-Cloud, 18 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez des lettres du roi de Naples; vous y répondrez. Aussitôt qu’on saura la quantité de mortiers qui lui est nécessaire, on la tiendra à sa disposition à Toulon; il sera nécessaire qu’il en­voie des bâtiments les chercher. Il faut qu’il fasse connaître la distance d’où l’on doit tirer ces mortiers, afin qu’on lui en envoie qui aient les qualités requises. Ayant ordonné l’établissement d’un camp à Scilla, mon intention était que ce camp fût permanent comme ceux de Boulogne, du Texel; c’était le moyen d’avoir des troupes bien disciplinées, et d’être constamment prêt pour l’expédition de Sicile sans que l’ennemi pût en préjuger l’époque déterminée; mais le Roi ayant jugé à propos, quoique commandant mon armée, de lever le camp et de retourner à Naples, il a par là fait manquer mes projets, et a rendu belle la position des Anglais en Sicile, de mau­vaise qu’elle allait devenir. Il est de la première importance d’avoir une place forte à l’extrémité de la botte, où une garnison de 2 ou 3,000 hommes puisse tenir six semaines de tranchée ouverte et donner le temps de venir à leur secours. Dans cette place, des appro­visionnements de campagne, de siège et de fortes batteries pour intercepter le détroit, devront exister. Cette place devait se construire depuis trois ans; mais à Naples on n’a rien fait, parce que le royaume est gouverné sans plan. En conséquence, ce qui est de première nécessité, c’est d’avoir un point fort sur le continent, vis-à-vis la Sicile, qui assure les communications de l’armée en Sicile; c’est la première chose à faire. Je désire avoir le plan du local de la place à laquelle on travaille, et connaître le temps où elle pourra être finie. Quant à une expédition en Sicile, il ne faut point la considérer comme une expédition d’un mois ou deux ; elle doit être considérée comme une guerre permanente et qu’il faut établir solidement. En attendant, il faut qu’un camp de 10 ou 12,000 hommes soit placé dans les environs de la Sicile; il servira également à accélérer les travaux de la place forte. Une flottille de guerre doit y être réunie. Lorsque ces opérations préliminaires seront faites, le mouvement des escadres de Toulon, du Texel, de l’Escaut, avec des troupes que je fais partir directement de France, fera le reste. Mais une expédition de Sicile devant une armée anglaise qui est maîtresse de la mer ne peut être combinée et suivie pour être mise à fin qu’avec secret et avec activité ; le rôle qu’a à jouer le roi de Naples est de réunir 10 ou 12,000 hommes et une flottille du côté du détroit, et d’éta­blir une place qui puisse soutenir deux mois de tranchée ouverte, avec de formidables batteries au point vis-à-vis le détroit.

Si les frégates anglaises se sont approchées des côtes, c’est que les batteries sont mal armées ou mal disposées ; il faut qu’elles soient armées avec du canon d’un calibre supérieur.

Effectivement, il paraît qu’une vive dissension a lieu en Sicile. La mesure qu’a prise le Roi, d’avoir levé le camp de Scilla sans mon ordre, ayant dérangé mes dispositions et fait manquer cette occasion d’en profiter, il faut prendre des mesures pour y remédier le plus tôt possible, en commençant un plan d’opération qui puisse avoir ces résultats.

 

Saint-Cloud,18 novembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le brigandage s’accroît dans les environs de Rome. Formez autant de colonnes mobiles qu’il est nécessaire, composées d’Italiens et de Français, avec des détachements de cavalerie; mettez à la tête de ces colonnes des officiers actifs et intelligents, et faites-les marcher sur les États romains; elles se combineront avec celle que forme le général Miollis, pour faire cesser ce brigandage. Occupez-vous de cela avec activité. La grande-duchesse enverra également de Toscane quelques colonnes mobiles.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, expédiez sur-le-champ un officier au maréchal Suchet : faites-lui connaître le mouvement du général Reille, qui doit marcher en Aragon pour le soutenir. Faites-lui savoir que, le jour même où il croyait Mina réuni à l’Empecinado pour secourir Blake, ce Mina était du côté de Mondragon, vivement poursuivi par le général Bourke. Dites-lui que nous avons des nouvelles de Gibraltar du 25 octobre ; que les troupes de l’armée du Midi ont enlevé le camp de Saint-Roch et Algésiras ; que Ballesteros est cerné sous Gibraltar; que le général Decaen est parti pour secourir Barcelone et fera tout ce qu’il sera possible ; que le Roi mande que, dès le ler novembre, il a fait occuper Cuenca en grande force pour le soutenir, et que le duc de Raguse a ordre d’envoyer sur ce point une division. Annon­cez-lui que les Anglais ont 18,000 malades en Portugal et sont hors d’état de rien entreprendre ; que le duc de Dalmatie a ordre d’envoyer une colonne sur Murcie pour faire une diversion; qu’ainsi donc il faut attaquer vigoureusement Valence et s’en emparer.

Renvoyez au duc de Raguse son aide de camp; faites-lui connaître que la grande affaire du moment est la prise de Valence. Annoncez-lui les avantages que vient de remporter le maréchal Suchet. Envoyez-lui le Moniteur (depuis un mois), il y verra que les Anglais ont 18,000 ma­lades et paraissent décidés à rester sur la défensive. Il est indispen­sable, si Valence n’est pas prise, qu’il fasse un détachement de 6,000 hommes qui puisse se réunir avec ce que l’armée du Centre aura de disponible et marcher au secours du maréchal Suchet. Aussitôt Valence prise, bien des troupes seront disponibles ; il se trou­vera considérablement renforcé; alors commenceront les grandes opérations de son armée. A cette époque, c’est-à-dire vers la fin de janvier, après la saison des pluies, il devra se porter, avec l’armée de Portugal et partie de celle du Midi, sur Elvas, et inonder l’Alentejo, tandis que l’armée du Nord, renforcée d’une partie de l’armée de réserve, se portera sur la Cou et Alfayates. Mais l’important, dans ce moment, est la prise de Valence; il faut donc qu’il mette aussitôt une division en mouvement.

Écrivez au Roi dans ce sens. Je suppose qu’il aura envoyé ce qu’il a de disponible pour communiquer avec le maréchal Suchet et le soutenir; dites-lui que, si Valence n’est pas prise, je donne ordre au duc de Raguse d’envoyer une division qui se joindra à ses troupes, de manière à former un bon corps de 10 à 12,000 hommes pour marcher au secours du maréchal Suchet. Envoyez le Moniteur d’un mois au Roi, au maréchal Suchet, aux généraux Reille, Caffarelli et Dorsenne.

Écrivez au général Reille que j’espère qu’il aura reçu les nouvelles du maréchal Suchet du 6 ; qu’il est nécessaire de l’appuyer en envoyant aussitôt la division Severoli, et en marchant lui-même en Aragon avec toute sa division, pour appuyer le maréchal. Dites-lui que le général Decaen marche sur Barcelone. Donnez l’ordre au géné­ral Caffarelli de se porter avec sa division contre Mina, de le pour­suivre partout jusqu’à sa destruction, de prendre le commandement de la Navarre et d’appuyer le général Reille en Aragon. Le général Dorsenne est assez fort; écrivez-lui que la grande affaire est de prendre Valence.

 

Saint-Cloud, 19 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, les dernières lettres du général Monthion que vous m’avez remises sont du 29 octobre; voilà donc vingt jours. Il est étonnant qu’il n’envoie pas plus souvent ses rapports. Je n’ai de même rien, à la date de vingt jours, des généraux Caffarelli et Reille; cette négligence est trop forte; il faut que les généraux Monthion , Thouvenot, Reille, Caffarelli et Dorsenne vous rendent compte tous les jours et que votre correspondance soit mieux alimentée. Remettez-moi les derniers états de situation du Nord ; que je sache le nombre des malades qui sont en Biscaye. Remettez-moi aussi l’état des ordres que vous avez donnés pour les bataillons de marche et ceux que vous avez envoyés au général Monthion pour les mouvements de ces bataillons.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, communiquez au ministre de Dane­mark les nouvelles d’Angleterre; dites-lui que les marchandises an­glaises ont augmenté de 50 pour 100 à Helgoland, et qu’elles sont versées dans le Holstein. Écrivez à mon ministre à Copenhague et au prince d’Eckmühl pour que des instances soient faites et des mesures prises pour empêcher cette contrebande. Vous raisonnerez avec le ministre de Danemark; vous lui rappellerez ce que j’ai déjà fait une fois pour le Holstein, et vous lui ferez comprendre qu’il y aurait de l’ingratitude à laisser faire de nouveau la contrebande dans ce pays.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

On demande à Lyon, 1° pourquoi on ne prend pas sur la rive droite de la Saône les matériaux pour combler Perrache; on assure qu’on épargnerait beaucoup de dépenses, et que cela servirait pour la route de l’Ardèche;

2° Quels sont les moyens de faire disparaître les ruines sur les quais de Pierre-Encise ;

3° Quand sera établi le dépôt de mendicité. On désigne un empla­cement nommé Pierre-Bénite, sur le Rhône, comme très convenable pour cet établissement.

Pourquoi les habitants de Lyon n’envoient-ils pas leurs enfants aux lycées, et pourquoi les envoient-ils à Largentière et à Tournon ? Il y a des difficultés, dans ces lycées, qu’il faut que le grand maître lève.

Le dépôt de mendicité de Florence ne sera prêt que dans un an et ne pourra recevoir que 800 mendiants. On se plaint que les bâ­tisses sont mal faites et qu’une partie s’est déjà écroulée. Deux mé­moires ont été envoyés sur cela au ministère : faites-m’en le rapport. La municipalité de Florence, étant riche, doit y pourvoir.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor publique, à Paris

Je vous prie de prendre très secrètement quelques informations, et de voir si vous ne pourriez pas me suggérer quelques idées pour donner à l’administration des jeux une règle fixe.

L’administration des jeux de Paris, à ce qu’il paraît, emploie un fonds de banquiers de 11 à 1200,000 francs. Indépendamment des 3 ou 4 millions qu’elle verse dans la caisse de la police et de dépen­ses de toute espèce, cette administration fait un profit que l’on évalue de 100 à 150 pour 100, de sorte que cette maison retire 2 à 3 mil­lions de la mise d’un capital de 1,200,000 francs. On calcule, je crois, que les jeux rendent brut aux banquiers 7 à 8 millions. Il me paraît extrêmement absurde de laisser à une maison qui a fait une immense fortune une gratification annuelle de 1,800,000 francs. Il y a eu un temps où la somme de 1,200,000 francs qu’il faut tous les jours a pu être un objet.

Il faudrait donc s’informer du mécanisme de cette machine-là, et voir si l’on ne pourrait pas faire exploiter cela par une compagnie, soit au profit des hôpitaux, soit à celui de l’approvisionnement de réserve en blé de la ville de Paris.

Un nommé Davelouis s’est beaucoup occupé de ces matières; il est bon à écouter, sans croire à toutes ses assertions. Il peut indiquer des hommes versés dans cette partie. Il faut mettre à cela du secret et une sorte d’habileté, parce que la police est fort à l’affût, consi­dérant les jeux comme une ferme que beaucoup d’agents du ministre veulent exploiter à leur profit.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Vous m’avez manqué essentiellement en faisant poursuivre un in­dividu par la seule raison qu’il m’avait adressé des réclamations contre vous ; ce qui est d’autant plus injuste qu’il m’a appris des choses que je ne savais pas et que je ne devais pas ignorer. Faites-lui connaître qu’il ait à rentrer chez lui et à n’avoir rien à craindre. Prenant, dès ce moment, cet individu sous ma protection spéciale, j’entends qu’il ne soit pris aucune mesure contre lui sans mon auto­risation spéciale. J’espère que vous ne retomberez plus dans un pareil manquement. Tous les citoyens français ont le droit de réclamer à moi contre qui que ce soit; et aucun ne doit être arrêté, lorsque c’est par l’ordre du ministère, qu’après qu’il m’en a été rendu compte et que j’ai donné mon approbation.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites voir au comité des fortifications si, en m’emparant de toutes les Iles qui bordent la rade du Morbihan, et en y plaçant des pièces de 36 sous l’angle de 40 degrés, et des mortiers à la Villantroys, je ne parviendrais pas à croiser les mobiles de manière que l’ennemi ne puisse pas y mouiller, ou y mouiller sans sécurité, et reconquérir cette rade. Le mouillage de l’ennemi dans ces parages a bien des in­convénients, puisqu’il intercepte notre cabotage de la Bretagne. Le régiment de Belle-Île me servirait merveilleusement pour cet objet.

 

Saint –Cloud, 20 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’éprouve une vive satisfaction du résultat des épreuves faites à la Fère. Je vois que les mortiers à la Villantroys de 9 pouces, avec 30 livres de poudre, ont été à 2,650 toises, et que le mortier de 11 pouces, avec 45 livres de poudre, a été à 2,980 toises, c’est-à-dire à près de 3,000 toises : c’est un prodigieux résultat. Il faut con­tinuer ces épreuves avec la plus grande activité. Je ne sais pas ce que le temps a de commun avec des épreuves d’une pareille importance. Les épreuves doivent avoir pour but, 1° de charger les bombes, 2°de déterminer la longueur de la fusée, et enfin de pousser jusqu’au bout cette découverte.

Je désire donc que vous donniez des ordres à la Fère pour continuer les expériences, et que vous nommiez une commission d’offi­ciers d’artillerie pour y présider. Je ne m’oppose pas à ce que vous fassiez faire des modèles de 10 pouces et de 12 pouces pour les com­parer avec ceux-ci; mais je ne pense pas que l’on doive, sans épreu­ves, compromettre la grande portée qu’on a obtenue.

Je pense qu’il faut faire des essais en grand, afin de trouver la possibilité d’arriver à 3,500 toises. Les Anglais avaient le projet de passer cet hiver dans la rade d’Hyères; les obus jetés sous l’angle de 40 degrés, avec des pièces de 36 et les mortiers à plaque, leur ont fait abandonner ce projet. Je désire avoir de ces mortiers à la Villantroys de 11 pouces jusqu’à dix, pour en placer aux différentes batte­ries des îles d’Hyères et sur le continent. Je pense également qu’il faut en faire couler en fer, aux fonderies de l’Isère; mais je pense qu’il faut attendre deux ou trois mois, jusqu’à ce que de nouvelles expériences aient appris le parti qu’on peut tirer de cette découverte si importante.

J’aurais besoin de placer de ces mortiers à la batterie de la Perrotine, dans la rade des Saumonards. J’en aurais besoin à la batterie de l’île Madame, afin que tous les points de la rade des Trousses, où des vaisseaux ennemis peuvent mouiller, fussent battus par ces mortiers. J’en aurais besoin dans la rade du Morbihan, que, vu cette nouvelle invention, je projette d’occuper, et dont je veux interdire le mouillage à l’ennemi. Ces trois points sont les plus importants. Il sera nécessaire que la marine en fasse faire qui seront placés sur des bombardes, pour empêcher l’ennemi de mouiller dans la rade des Basques, et même pour la rade d’Hyères. Vous témoignerez ma sa­tisfaction au colonel Villantroys, et vous me proposerez une récom­pense pour cet officier. Comme je regarde chaque centaine de toises comme un avantage très grand, ayez soin que les épreuves soient couvertes du plus grand mystère, pour que l’ennemi ne les connaisse point; que les épreuves se fassent en cachette, et que cela soit envi­ronné d’un peu de charlatanerie.

Je désire donc que les épreuves soient continuées; que l’on m’en rende compte toutes les semaines; que cela soit fait exactement, de manière que l’on connaisse quelle est la poudre dont on se sera servi et qu’on éprouvera préalablement avec l’éprouvette. Quant aux mor­tiers de 10 et de 12 pouces, sur le compte que vous me rendrez d’ici à deux mois, on pourra en faire faire à Liège, à Indret, sur l’Isère, et, en bronze, à Douai.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on vient de découvrir le moyen de tirer des bombes à 3,000 toises, découverte extrêmement précieuse sous le point de vue maritime. Je fais continuer les épreuves, et dans le courant de janvier il sera nécessaire d’avoir de ces mortiers dans tous les ports, placés sur des bombardes, puisque désormais ces bom­bardes pourront atteindre une escadre à 3,000 toises; ce qui pourra être d’un utile résultat pour la rade des Basques. Il faudra sans aucun doute en envoyer aux îles d’Hyères. Il sera nécessaire d’en avoir aussi à l’île Madame, à la batterie de la Perrotine, et dans la rade des Trousses, et aux embouchures de la Gironde. Je vous ai demandé si l’on ne pourrait pas employer utilement ces mortiers pour interdire la rade du Morbihan à l’ennemi. Il me semble qu’il y a à l’extérieur de la rade de Brest des points où l’ennemi mouille quelquefois. Enfin faites connaître les points où cette découverte pourrait être utilement appliquée.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin , écrivez aux généraux Dorsenne, Caffarelli et Thouvenot qu’on suit dans le pays où ils sont un détestable système; que des forces immenses sont rassemblées dans des villages contre des bandes de brigands qui sont actives, de sorte qu’on est continuellement exposé à des événements désagréables, tandis que l’inverse devrait être fait ; que des points principaux devraient être occupés, et que de là devraient partir des colonnes mobiles pour poursuivre les brigands; que, si les choses étaient conduites ainsi, on éviterait beaucoup de malheurs particuliers; qu’il faut se hâter de suivre ce plan et de faire une guerre active aux brigands; que l’expérience de la Vendée a prouvé que le meilleur était d’avoir des colonnes mobiles, disséminées et multipliées partout, et non des corps stationnaires.

 

Saint-Cloud, 20 novembre 1811

Au comte Collin de Sussy, directeur général des douanes, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, je reçois votre lettre d’aujourd’hui. Je ne puis que vous témoigner mon étonnement de tout ce tripotage qui se commet avec les licences de la police. Je vous avais parlé moi-même, et vous avais chargé d’y veiller. Comment arrive-t-il que vous n’ayez pas des doubles de ces licences ? Comment se fait-il que le bâtiment la Vigilance ne soit porté ni sur l’état que vous m’avez remis des licences de la police, ni sur celui du ministre ? Cet état comprend des licences expirées et deux licences nouvelles pour l’Aparencia et le Bey. Celle qui était applicable à la Vigilance n’y est donc pas portée. Qu’est-ce que le permis de mer que je vois porté sur l’état pour le navire la Mary des sieurs Loriol et Dagneau, de Dunkerque ? Que veulent dire ces permis ? Vous ne devez reconnaître aucun per­mis s’il n’est revêtu de ma signature, quand il le serait de celle d’un ministre, même de celui auquel vous êtes spécialement subordonné. Enfin je vois qu’on fait par les smogleurs des exportations qui se compensent avec les importations des navires munis de licences dites de la police; s’il y a pour cela une décision de moi, je n’ai rien à dire, mais je n’en ai pas connaissance; si ma signature n’y est pas, vous êtes dans votre tort. Depuis l’institution du conseil de com­merce on doit prendre mes ordres sur tout, et ma signature est tou­jours nécessaire. J’approuve fort que vous ayez fait arrêter la Vigi­lance; faites retirer sa licence. Vous me dites que l’Aparencia est entrée le 10 octobre; sa licence a-t-elle été retirée ? Comment l’Apa­rencia est-elle arrivée ? De quoi était-elle chargée ?

Mon décret sur les licences est rapporté ; préparez-moi un compte très détaillé sur ces affaires, où je veux voir très clair. Toutes les licences de la police sont nulles désormais, et vous devez prendre mes ordres directement. Vous vous procurerez des renseignements sur la Vigilance, sur ses opérations, sur son chargement, et vous m’en ferez un rapport.

Je vois dans l’état que le navire l’Espérance, appartenant au sieur Loriol, a importé pour 273,000 francs de marchandises dont l’ex­portation doit se faire par Wimereux. Je vois avec surprise qu’on admet les exportations par les smogleurs. Vous voudrez bien faire cesser cette mesure. Il faut que les maisons qui ont fait des impor­tations soient tenues à des exportations égales; je ne veux pas que les exportations des smogleurs entrent en compensation.

 

Saint-Cloud, 21 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le Diadème n’a pas été lancé à Lorient, parce qu’il manque de câbles.

II y a, dans la direction du Tanaro, sur le revers du col de Tende, une forêt très considérable d’arbres verts ; l’exploitation en est très facile. Avec 60,000 francs, on ferait la route, et l’on procurerait une quantité immense de pieds cubes de bois. Il doit y avoir dans vos bureaux des renseignements là-dessus. Beaucoup de forêts dans les Alpes-Maritimes contiennent de ces bois qu’il faut exploiter.

 

Saint-Cloud, 22 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’apprends qu’une rétribution est imposée sur les habitants de Cologne, par le maire, pour prétendues dépenses pendant mon pas­sage. Aucune contribution ne doit être imposée ainsi sur les citoyens ; faites-moi un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 22 novembre 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, faites-moi connaître quels sont les séminaires qui sont desservis par les Sulpiciens, afin de les éloigner également de ces séminaires.

 

Saint-Cloud, 23 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre travail du 22 novembre sur le service de l’artillerie de la Grande Armée, composée : du corps d’observation de l’Elbe, de la réserve de cavalerie, du corps d’observation d’Italie, du corps d’observation de l’Océan et de la réserve générale de la Garde, formant 512 bouches à feu de ligne, 176 bouches à feu régimentaires, total 688 bouches à feu, et ayant un total de 3,577 voitures d’ar­tillerie et 565 voitures de régiments, total 4,142 voitures.

Je suppose que tout le matériel pour cette immense artillerie est prêt à Metz, à Mayence, à Wesel, à la Fère et à Strasbourg.

Vous demandez une remonte de 600 chevaux d’artillerie ; cela est convenable. Présentez-moi un état des compagnies à remonter et des chevaux qu’il vous faut ; comme c’est, je crois, le ministre de l’administration de la guerre qui vous fournit les chevaux, je les comprendrai dans la première commande de remonte qui va être ordonnée. Pour servir ces 3,577 voitures, y compris l’équipage de pont, 18,000 chevaux sont nécessaires; il faut qu’au 30 janvier ces 18,000 chevaux existent harnachés et prêts à partir.

Quatre bataillons du train sont en Allemagne, quatre sont en France, deux sont en Italie, total dix ; quatre compagnies du 1er ba­taillon bis existent à Metz, trois compagnies du 9e bataillon bis sont à Mayence, quatre compagnies du 13e bataillon bis sont à Metz, total onze compagnies, faisant la valeur de deux bataillons; un ba­taillon du train du royaume d’Italie; deux bataillons de la Garde; total quinze bataillons, qui, à 1,500 chevaux par bataillon, feront 22,500 chevaux ; il n’en faut que 18,000, c’est donc 4,500 chevaux de plus qu’il ne faut.

Présentez-moi l’état de situation du personnel de ces bataillons du train au 15 novembre; mettez-y ce qu’ils doivent recevoir de la con­scription et ce qui manquera au complet. Remettez-moi les mêmes renseignements, aussi détaillés, sur les chevaux, sur les harnais, et proposez-moi un projet de décret qui ordonne, pour 1812, une remonte d’artillerie suffisante pour compléter tous ces cadres, de manière qu’au 30 janvier j’aie, indépendamment du train italien, tous mes bataillons au grand complet et prêts à partir.

Les deux bataillons qui sont en Italie ne seraient pas complets, il faut donc les compléter. L’achat des chevaux en Italie présente des difficultés ; proposez-moi de compléter le bataillon qui est à l’armée d’Italie avec les chevaux du bataillon qui est en Piémont, de manière à les porter au grand complet de 1,500 chevaux, et proposez-moi de faire revenir ensuite à Besançon le bataillon qui est en Piémont. Une partie des chevaux qui resteraient à ce bataillon pourrait même être vendue au royaume d’Italie, selon que le vice-roi le jugerait à propos. Par ce moyen, tous les bataillons étant en Allemagne ou rapprochés du Rhin, la remonte serait très rapide. Dans le travail que vous me remettrez sur les remontes des attelages d’artillerie, je désire que vous me fassiez connaître les sommes qu’il y aura à porter pour cette dépense au budget de 1812, tant pour les chevaux que pour les harnais.

Je pense qu’il faut conférer au général Éblé le commandement en chef de cette immense artillerie ; il y verra une preuve spéciale de ma confiance.

Faites-moi un état général de cette artillerie ainsi organisée. Com­parez-moi ce parc avec le parc que j’avais lors de la campagne d’Austerlitz, lors de celle de Friedland et à l’époque de Wagram.

Le corps d’observation d’Italie est un corps à part qui n’a éprouvé aucun changement ; il doit donc se trouver organisé comme il était. Quelques régiments ont été en Espagne ; mais les cadres restants ont été augmentés. Je réglerai, au moment d’entrer en campagne, la composition définitive de l’infanterie; mais l’artillerie doit rester la même. Je suppose qu’un bataillon du train de 1,500 chevaux suffira; avec un bataillon italien cela fera 3,000 chevaux.

Le corps d’observation des côtes de l’Océan doit conserver les mêmes compagnies d’artillerie qui sont désignées dans le travail que j’ai arrêté ; je n’approuve donc pas qu’il y soit fait des changements ; sans quoi il faudrait toujours changer. Ce corps éprouvera dans l’or­ganisation de son infanterie des changements que je ferai connaître au dernier moment; mais cela n’influera en rien sur la composition de l’artillerie.

Je viens actuellement au corps d’observation de l’Elbe. Je désire dans ces états les changements suivants :

Le matériel d’artillerie de la 6e division sera envoyé sans délai à Minden, où je crois même qu’il est déjà ; le matériel de la 8e sera envoyé à Munster; le matériel de la 9e à Wesel ; la portion du parc appartenant aux 8e et 9e divisions à Wesel; les deux batteries de réserve du parc général à Wesel ; l’artillerie de deux divisions de cavalerie à Wesel. Le parc de réserve des quatre divisions de cava­lerie doit être à Wesel et séparé du parc appartenant aux 8e et 9e divi­sions et aux deux batteries de réserve, qui est destiné à faire partie probablement du parc de Minden. Cette observation est importante, afin que le parc des quatre divisions reste toujours séparé.

J’approuve que la compagnie du 2e régiment d’artillerie à cheval, qui est à la 6e division, revienne à la réserve de cavalerie et soit remplacée par une compagnie venant d’Espagne.

J’approuve le choix du général Faure de Gière pour commander l’artillerie de la réserve; qu’il se rende sans délai à Wesel, y passe la revue de son artillerie et l’organise bien.

J’approuve également le colonel Bigot de Pont-Bodin pour l’emploi de directeur du parc.

J’approuve le mouvement d’artillerie et des compagnies que vous me proposez pour servir les 6e, 7a, 8e et 9e divisions et les deux nou­velles batteries de réserve. Ces deux divisions doivent être à Wesel, faire partie du parc du corps d’observation de l’Elbe et n’avoir rien de commun avec la cavalerie de la réserve. Les quatre batteries de réserve ont huit obusiers et vingt-quatre pièces de 12. Je désire que les obusiers soient des obusiers prussiens ou licornes, qui tirent plus loin que les obusiers ordinaires.

J’approuve que les quatre bataillons du train d’artillerie qui sont en Allemagne soient entièrement destinés, 1° au service des neuf divisions, 2° au service des quatre batteries de la réserve à pied, 3° au service du parc général dû corps d’observation de l’Elbe. J’ap­prouve que le 8e bataillon soit attaché aux quatre divisions et au parc de réserve de la cavalerie.

Le chef de bataillon que vous voulez envoyer à Cadzand m’a paru plein de zèle, et, puisque les autres officiers supérieurs auront tous fait la guerre avec la cavalerie, il n’y a pas d’inconvénient à le laisser.

Vous pouvez donc, sans retard, ordonner tous les mouvements pour que l’artillerie du corps d’observation de l’Elbe soit organisée conformément aux états que vous m’avez remis, sauf les modifica­tions qui sont contenues dans la présente lettre. Tout ce qui est nécessaire au corps d’observation de l’Elbe et à la réserve de la cava­lerie doit être mis en marche dans le courant de novembre pour être rendu en décembre à sa destination.

Enfin, dans les nouveaux états que vous me ferez dresser de l’ar­tillerie de la Grande Armée, vous me ferez connaître quels sont les lieux où se trouve le matériel de la réserve de la Garde et du corps d’observation de l’Océan.

Dans votre prochain travail, le général Pernety gardera le com­mandement de l’artillerie du corps de l’Elbe. Cinq généraux de bri­gade, y compris le directeur général du parc et le commandant de l’artillerie de Danzig, seront employés à cette armée et y compteront au 1er janvier prochain.

Vous ne me dites pas de quel service sort le général Martuschewitz, que vous me proposez pour le corps d’observation de l’Elbe.

L’artillerie de la Grande Armée doit avoir un général en chef, trois généraux de division et dix généraux de brigade ; j’en mets deux ou trois de plus qu’il n’est rigoureusement nécessaire, pour pouvoir en charger de quelques sièges et remplacer les pertes.

II faut retirer d’Espagne tous ceux qui sont inutiles; retirez de Catalogne le général Taviel et un des deux généraux de brigade qui s’y trouvent.

Dans ce projet, le premier inspecteur d’artillerie resterait en France; ce qui peut être nécessaire pour qu’il puisse se porter au nord et partout où les circonstances vous feraient penser que sa pré­sence deviendrait utile.

 

Saint-Cloud, 23 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le chef d’administration d’Anvers a donné sa fille unique en ma­riage au garde-magasin de la marine; de sorte que ce garde-magasin, dont la comptabilité est de plus de quatre millions, n’a pour contrôle que son beau-père. Ordonnez une enquête spéciale sur ce garde-ma­gasin et placez-le sur-le-champ ailleurs. Témoignez mon méconten­tement à celui des conseillers d’État et au chef de vos bureaux que cela regarde, de ne pas s’être aperçus d’une inconvenance de cette nature et n’avoir pas provoqué sur-le-champ des mesures pour que mon service n’en souffrit pas.

On me porte aussi des plaintes sur l’ingénieur : on attribue à son incapacité et à son extrême négligence tout ce qui arrive actuellement au bassin d’Anvers.

On croit que le commissaire chargé des approvisionnements est faible, dissipé, et laisse commettre beaucoup d’abus dans son arsenal ; il faut le déplacer et mettre dans un arsenal comme celui d’Anvers un homme plus important et plus sûr.

Le directeur des vivres de la marine a maison de ville et maison de campagne et fait grande figure; il est fort suspecté de dilapidation.

L’inspecteur ne fait pas son devoir avec assez de sévérité ; il aban­donne son travail à des jeunes gens qui sont fort dissipés.

 

Saint-Cloud, 24 novembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, il faut préparer, pour le budget de 1812, un travail qui tende à nettoyer le trésor de tout ce qui est non-valeur, de tout ce qui a été prêté au roi d’Espagne et aux princes espagnols, qui n’est compris dans aucun budget, de ce qui est donné à la Russie, enfin de toutes les non-valeurs du trésor desquelles il n’y a rien à espérer. Je verrai à créer une ressource extraordinaire pour couvrir tout cela.

 

Saint-Cloud, 24 novembre 1811

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris.

Monsieur le Duc de Gaète, je vous renvoie votre travail. Il faut relater dans le projet de décret ce que j’ai accordé pour la route de Wesel ; il me semble que 2 millions ont déjà été affectés aux travaux de cette route. Il faut que le rapport embrasse toute la question.

 

Saint-Cloud, 24 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 18. L’état de situation que vous m’envoyez ne peut pas encore être ce que je désire, puisque tous les conscrits des dépôts de Wesel et Strasbourg n’étaient pas encore arrivés à la date de cet état. Envoyez-m’en un partant de la situation des corps au 15 novembre.

Je pense qu’il est avantageux que vous gardiez le général Compans pour commander une bonne réserve. Je vais n’occuper des généraux à envoyer aux 6e, 8e et 9e divisions de votre armée.

Quand je vous ai parlé d’opérer seul, ce n’est pas que je n’aie l’in­tention de me rendre à l’armée, si la guerre avait lieu; mais la guerre peut avoir plusieurs actes. Il est possible que je me résolve à envoyer votre armée sur la Vistule pour nous joindre aux Polonais et aux Saxons, en mettant votre quartier général à Danzig, et cela sans commencer les hostilités, dans le temps que le corps d’observation du Rhin, le corps d’observation d’Italie et ma Garde viendraient à marches forcées se réunir sur l’Elbe. Vous sentez qu’il faut que vous soyez organisé en artillerie et génie pour pouvoir faire front. Je suis parfaitement de votre avis que, pendant le temps que je vous laisserai les neuf divisions, vous ayez deux lieutenants généraux, qui peuvent être des généraux de division. Au reste, ces hypothèses sont encore éloignées, et je me déciderai au dernier moment. Vous auriez ainsi une avant-garde de 150,000 hommes d’infanterie, de plus de 30,000 hommes de cavalerie et de quatre à cinq cents pièces de canon; ce qui vous ferait une armée de près de 200,000 hommes. Je serais à portée de vous avec 200,000 autres.

Je vous ai mandé de mettre dans les places quelques compagnies d’artillerie et des officiers d’état-major. Envoyez à Glogau un bon régiment d’infanterie française ; ce qui vous permettra de pousser sur Magdeburg les bataillons du 46e, du 19e et autres qui vous sont envoyés. Il me semble que ces bataillons seraient bien dans la cita­delle de Magdeburg. Les cadres étant bons, ces bataillons se forme­raient promptement en faisant peu de service; vous les mettriez sous les ordres d’un général qui en prendrait un soin particulier.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il est nécessaire que vous donniez des ordres pour que, sous aucun prétexte, on ne laisse imprimer aucune lettre de moi, vraie ou fausse. Il faut aussi qu’on porte un soin particulier à ce que, dans les outrages qui s’impriment, on ne mette rien qui puisse faire con­naître la force de nos troupes ou quelque chose de relatif à nos moyens militaires.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on assure qu’il y a beaucoup de nos prisonniers sur le rocher de Cabrera, et qu’une frégate qui irait sur ce rocher sauverait un grand nombre de ces malheureux prisonniers.

Faites-moi un rapport sur les différentes expéditions qui se prépa­rent dans nos ports pour Batavia et les Indes.

Je voudrais pouvoir envoyer deux frégates croiser aux États-Unis d’Amérique, et dont le but serait de se rendre dans le continent de l’Amérique insurgée pour lier correspondance et porter des fusils. On pourrait envoyer d’autres frégates croiser sur les côtes d’Amérique, où il me semble qu’il y a beaucoup de choses à faire.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

J’ai une très belle carte traduite de la Russie; il sera nécessaire que vous vous en procuriez une pareille.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vois, par l’état de situation de l’armée polonaise au 1er novembre, que les 5e, 10e et 11e régiments d’infanterie, qui devraient être à 3,500 hommes, ne sont qu’à 2,500 ou 2,600 hom­mes. Je suppose que cependant les 4e bataillons sont formés; je ne vois donc pas ce qui s’oppose à ce que ces régiments soient au com­plet. Je vois que le 9e régiment de cavalerie n’est qu’à 400 chevaux ; qu’est-ce qui empêche qu’il soit à 1,000 chevaux ? Veillez à ce que les corps soient promptement complétés. Les hommes ne doivent pas manquer, puisque le duché a quatre millions d’habitants, et que ce duché devrait pouvoir offrir 70,000 hommes. Je vois avec peine les plaintes des Polonais sur la misère de leur armée. Les Polonais ne payent pas 42,000 hommes : ce n’est pas 10,000 hommes par million d’habitants. Vous m’avouerez qu’il faut qu’il y ait bien du désordre pour qu’un pays aussi peuplé ne puisse pas payer si peu de troupes, puisque la division qui est en Espagne et celle qui est à Danzig ne comptent pas. Écrivez au prince Poniatowski pour lui faire sentir combien cela est ridicule.

 

Saint-Cloud, 25 novembre 1811

NOTES DICTÉES EN CONSEIL DU COMMERCE ET DES MANUFACTURES.

Sa Majesté s’occupe de la proposition faite par les Anglais de recevoir du vin, en obtenant l’exportation du sucre dans la proportion d’un tonneau de vin pour douze quintaux de sucre.

Le ministre de l’intérieur remettra un rapport sur la proposition faite par les Anglais ; il examinera si on pourra tromper sur l’exportation du vin.

On donnerait des licences pour faire entrer à Bordeaux seulement 120,000 quintaux, poids de marc, de sucre brut, et non de sucre terré ou raffiné, contre 10,000 tonneaux de vin. Le bâtiment serait français, l’équipage aussi, le pavillon prussien ou autre.

Le bâtiment et le négociant seront nommés dans la licence. Il devra exporter telle quantité de vin (jusqu’à concurrence de 10,000 ton­neaux), et la quantité qu’il devra importer sera énoncée dans la licence. La maison de commerce sera soumise à être poursuivie devant les tribunaux des douanes si on jette le vin, si on trompe dans le chargement ou si on importe plus de sucre.

Une opération de 120,000 quintaux de sucre étant trop considé­rable, sera divisée par dixièmes; on donnera à la fois des licences pour importer 12,000 quintaux de sucre contre 1,000 tonneaux de vin ; ce sera l’objet de cinq ou six licences.

Les négociants pourront exporter tout ce qui est permis, comme des meules, graines de trèfle, etc. Alors ce serait une exportation de 1 million de francs, un mouvement de quatre ou cinq bâtiments, et une importation de sucre d’une valeur médiocre. On ferait entrer dans les chargements d’exportation un tiers de soieries.

On propose de faire entrer des laines, des cuirs, des potasses, des médicaments, du quinquina, du cuivre brut. Il faut déterminer les quantités qu’on en fera venir ; ensuite on diviserait ces quantités par licences et en dixièmes, pour pouvoir à chaque instant voir où l’on en serait.

Les objets d’exportation seraient le vin, l’eau-de-vie, tous les objets manufacturés, de manière que la moitié ou le tiers de l’expor­tation se composât d’objets que l’Angleterre ne se soucie pas de rece­voir, et le reste en objets dont elle a besoin, comme fromages, graines de trèfle, etc. Il faudrait répartir les licences entre Amsterdam, Rotterdam, Ostende et le Havre ; il faudrait donc faire cette réparti­tion, et fixer le rapport des divers objets qui devront composer les chargements.

Dans le rapport que le ministre fera sur cet objet, il indiquera les droits que ces opérations procureront aux douanes.

Le ministre présentera en même temps un projet de licence pour l’exportation des vins, et un pour l’introduction des cuirs, potasses, etc.

L’Empereur accordera l’entrée par mer des cotons-Motril venant de Malaga et de Valence, lorsqu’on sera maître de ces deux villes, avec des permissions des consuls et des commandants. Par terre ainsi que par mer, tout sera conduit à Bayonne et mis en entrepôt. Le total de l’opération sera inséré au procès-verbal du conseil de com­merce pour faire partie du budget des douanes de 1812, et des licences seront données par dixièmes. Il faudra exporter des soies manufacturées pour une égale quantité. On proposera la quotité des droits à exiger pour l’introduction de ces cotons, soit par terre, soit par mer.

Le règlement de Hollande parait contenir de fort bonnes choses ; il faudrait l’adopter pour toute la France.

Il faudrait proposer la suppression totale des surveillants ; per­mettre de pêcher deux, trois, quatre jours sans rentrer ; obliger de rentrer dans tel port, d’y mettre les bateaux à terre, et de n’arriver que là, à moins de nécessité ; organiser sur ces points une brigade de gendarmerie, un renfort des douanes et une surveillance de la police.

Ce système ne gênerait point la poche, et il est plus avantageux que le système actuel, puisqu’il ne sera pas loisible à un pécheur de Dieppe de tenir son bateau à terre à un quart de lieue du port.

On n’a rien à craindre de la part des pécheurs que la contrebande et le passage des espions et des malveillants; or, la plus grande sûreté est de veiller à leur arrivée, à leur départ, et de les tenir dans un même endroit. Les espions qui sortaient de Dieppe laissaient leur bateau dans une anse voisine, et le jetaient à la mer sans être aperçus.

Si on obtenait que tout pêcheur partit d’un point donné, on aurait éclairci la question; joignez à cela qu’il faut établir sur ces points des prud’hommes assermentés, obligés de déclarer tout ce qui vient à leur connaissance; ce seraient de véritables surveillants qui ne coû­teraient rien.

Il faut désigner, et c’est une chose importante, les points d’où partiraient les bateaux ; on les désignerait toujours loin des points où il y a des rades; jamais au Texel, à Flessingue, à Brest, etc. Et en effet, à moins que ce ne soient des pêcheurs pour la rade de Toulon, par exemple, que leur importe d’être à Saint-Nazaire ? Ils n’auront aucune connaissance de ce qui se fait dans le port. Ceux qui parti­raient de Toulon, au contraire, sauraient qu’on embarque des vivres, des hommes, etc.

Pour rendre ce système complet, il faut prévoir les cas extraor­dinaires et autoriser l’amiral, le capitaine commandant aux divisions, le général commandant un département, à empêcher le départ et à mettre l’embargo sur les pécheurs ; leur donner l’ordre d’en rendre compte sans délai, de manière que, dans huit jours, les ministres en soient instruits.

On peut limiter ce pouvoir aux officiers de tel grade dans la marine et aux commandants de terre, et alors les pécheurs se trouveraient affranchis des vexations des commandants subalternes.

 

Saint-Cloud, 27 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites faire un manuel d’artillerie qui contienne des tables de tir indiquant la portée des bouches à feu et celle du canon sous tous les angles. On fera des tables particulières pour le tir à ricochet; on y joindra des tables pour le tir du fusil. La seconde partie contiendra des détails sur la construction des batteries, sur l’emplacement que doit avoir chaque chose, sur les soins à prendre pour qu’on tire tout le parti possible des batteries, enfin une réunion de maximes anciennes et modernes sur le tir, qui puisse servir d’instruction aux officiers. Ce manuel ne doit pas être, comme vous voyez, le manuel du fon­deur, du forgeur, du chimiste, ni du manufacturier ; il doit contenir ce qu’il est nécessaire de savoir, non pour faire les armes, mais pour s’en servir. J’excepte cependant les cartouches à balles et à boulet, les cartouches d’infanterie, les étoupilles, les fusées pour toute espèce de bombes, sur la confection desquelles le manuel doit donner une instruction. Ce manuel ne doit pas être de plus d’un volume. Il doit être fait avec soin et avec clarté. C’est un ouvrage que chaque offi­cier et sergent d’artillerie doit pouvoir porter dans sa poche. L’exer­cice des manoeuvres des pièces, qu’on trouve partout, complétera tout ce dont la connaissance est indispensable an véritable et prin­cipal officier d’artillerie. Il est nécessaire de faire connaître, dans les tables de tir, le rapport des lignes, pouces et pieds de hausse, avec les angles sous lesquels on tire.

Je vois avec peine qu’on appelle obusier à la Villantroys ce qui doit être appelé mortier. L’idée d’obus est attachée au ricochet, mais on ne peut pas ricocher avec cette énorme machine ; on doit donc nommer cette pièce mortier à la Villantroys.

 

Saint-Cloud, 29 novembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

On se plaint à Brest que la nourriture des matelots est mauvaise.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Quand commencera-t-on à Marseille le chantier de carénage sous le fort Saint-Nicolas ?

Le lycée de Marseille a une mauvaise organisation ; il n’inspire pas de confiance aux habitants. En général, les lycées ne marchent pas aussi bien qu’ils devraient le faire.

L’octroi de Marseille charge trop le poisson commun destiné pour le peuple ; il faudrait diminuer cela.

L’ingénieur du département des Bouches-du-Rhône est négligent ; il faudrait le changer; aussi les routes y sont fort mauvaises.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le sieur Terra-Labour, septuagénaire, ancien lieutenant-colonel d’artillerie au service de Naples, s’est distingué à Porto-Ercole dans l’affaire contre les frégates anglaises. Témoignez ma satisfaction à cet officier et faites-lui connaître que je lui donne la Légion d’honneur. Faites de tout cela un bon article dans le Moniteur. Proposez-moi des récompenses pour le commandant d’armes, les officiers et bour­geois qui se sont bien comportés.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le général de brigade Bessières, que j’ai nommé général de divi­sion, ne croit pas avoir l’expérience nécessaire pour ce grade et désire faire quelques campagnes dans le grade de général de brigade. Cela étant, je vous prie de me renvoyer mon décret et de le regarder comme non avenu. Donnez ordre à ce général, en qualité de général de brigade, de se rendre à la division Saint-Germain, à Hanovre, où il commandera une brigade de cuirassiers.

Vous pouvez mander au général Nansouty qu’il est maître de revenir, en laissant le commandement de chacune des divisions de cuirassiers au plus ancien général de brigade.

J’ai nommé le général de brigade Doumerc général de division ; donnez-lui l’ordre de se rendre à Erfurt pour prendre le commande­ment de la 3e division de cuirassiers.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Je vous ai envoyé plusieurs modèles pour les drapeaux ; vous ne m’avez pas fait de rapport là-dessus; venez m’en parler demain. Portez-moi l’état de tous les régiments de l’armée, avec le nom des batailles où chacun s’est trouvé. Le ministre de la guerre n’a pas compris mon idée, et d’ailleurs il est hors d’état de faire ce travail ; il a mis au 26e toutes les batailles, quoique ce régiment ne s’y soit pas trouvé. Chaque régiment ne doit porter sur son drapeau que les noms de batailles où il s’est trouvé; les régiments qui ne se sont trouvés à aucune bataille ne doivent porter le nom d’aucune sur leur drapeau. Vous seul pouvez faire ce travail, et le faire avec soin; présentez-le-moi sans délai.

Je vous ai chargé du détail des drapeaux. Je n’en donne qu’un par régiment d’infanterie; un par régiment de cavalerie; un par régiment d’artillerie, et un par régiment de gendarmerie; point aux compa­gnies départementales ou gardes d’honneur ou autres. Personne ne doit avoir d’aigle qu’il ne l’ait reçue des mains de l’Empereur. Tout votre corps doit porter des fanions. Tout corps d’infanterie de moins de 1,000 hommes et tout corps de cavalerie qui n’a pas 500 hommes ne pourra pas avoir d’aigle.

Tous les régiments d’infanterie ayant eu une aigle par bataillon, et les régiments de cavalerie une par escadron, ces aigles seront en­voyées, hormis une, à Paris, et déposées aux Invalides, jusqu’à ce qu’elles puissent être mises dans le Temple de la Gloire. Chaque bataillon d’infanterie aura un fanion où il n’y aura rien d’écrit. Les quatre bataillons du régiment auront le fanion de couleur différente.

L’aigle de chaque régiment aura ses deux porte-aigles armés, indépendamment d’une paire de pistolets sur la poitrine, d’un esponton, dont il faut déterminer les dimensions, afin que ce soit une bonne arme. Cet esponton aura une banderole propre à effrayer les chevaux et qui puisse se voir de loin.

L’aigle aura une espèce de fanion comme celui qu’elles ont aujour­d’hui, mais d’une double soie très solide, et où seront brodés, d’un coté, les noms des batailles où se sera trouvé le régiment, et, de l’autre, ces mots : l’Empereur Napoléon à tel régiment. Ces fanions seront faits sans délai et envoyés à tous les corps de l’armée qui doi­vent en recevoir. Cela pourra être renouvelé tous les deux ou trois ans, sans pour cela renouveler l’aigle. Un régiment sera autorisé à en demander un autre lorsque le sien sera détruit, lequel lui sera envoyé sur mon approbation.

J’avais ordonné que la ville de Paris fit des couronnes de laurier en or pour les régiments qui étaient à la bataille d’Austerlitz ; infor­mez-vous du préfet où elles sont, afin de s’en servir. Ayez soin de vous occuper de tout cela et que cela soit terminé avant jeudi pro­chain. Vous m’apporterez le décret avec l’état des régiments ? car la partie des drapeaux des régiments est aujourd’hui dans un grand chaos.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Comme major général de la Grande Armée, vous devez une rela­tion de tous les événements des campagnes d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland et de celles d’Eckmühl et de Wagram; vous n’avez cependant fait aucune relation. Il est nécessaire que vous vous occu­piez sans relâche de ce devoir, et que vous y employiez quatre ou cinq heures par jour ; sans quoi, il ne restera rien de ces campagnes. Les bulletins faits à la hâte sont insignifiants, et aucune pièce ne s’y trouve. Il faudrait d’abord faire imprimer une collection de ces bul­letins, en les retouchant, en faisant disparaître les choses qui ont été reconnues fausses, en corrigeant quelques fautes de style, et en mettant à la suite les pièces d’état-major, telles qu’états des prison­niers, des drapeaux, des canons, des officiers généraux, colonels, lieutenants-colonels qui ont été pris, les journaux de siège et les capitulations en règle, les noms des régiments qui se trouvaient à chaque affaire. Cela serait promptement fait, et ce serait déjà une première chose; ce qui ne vous dispenserait pas d’un ouvrage plus sérieux, qu’il est de votre devoir de faire sans délai, et qui serait indépendant des relations particulières dont vous vous occupez à présent. Cette relation serait faite sans cartes ni plans ; ce serait un journal d’état-major où l’on pourrait puiser. Au moins, avec ces deux recueils, il restera quelque chose. On mettra, jour par jour, le lieu où se trou­vait chaque corps et ce qu’il a fait. Vous avez les rapports de chaque maréchal ; il y a beaucoup d’affaires particulières où je ne me trouvais pas. Vous mettrez en ordre ces relations, en faisant demander celles qui pourraient être restées dans mes bureaux, et l’on verra si l’on peut imprimer cela.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 novembre. Je suis entiè­rement opposé à l’idée que vous manifestez de prendre dans les états-majors cinq officiers qui auraient servi en Autriche. Je n’entends pas cela : laissez-les dans les régiments où je les ai placés. Je ne veux dans les états-majors que des hommes qui, depuis 1789, n’aient pas quitté les drapeaux français. Si vous les aviez pris, renvoyez-les sur-le-champ. Bien loin de là, je fais faire une revue pour m’assurer du nombre de ces hommes qui sont dans nos rangs, mon intention étant de les tenir dans des régiments spéciaux. Je ne veux avoir aucune inquiétude sur la fidélité de mon armée. Je n’approuve pas davantage de mettre des officiers sortant du service d’Autriche dans des régi­ments français.

 

Saint-Cloud, 30 novembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 23 novembre. Vous commandez mon armée d’Italie ; en conséquence, l’inspecteur aux revues doit obéir aux ordres que vous lui donnez, en tant qu’ils ne sont pas con­traires aux règles de la comptabilité. Il est absurde qu’on veuille ôter les épaulettes aux voltigeurs ; maintenez-les puisqu’elles sont utiles. Comme vous le dites fort bien, l’inspecteur peut faire des réclamations, lorsqu’il est question de ces épaulettes dans la compta­bilité. Je n’ai point le temps de lire toutes les circulaires, et je me garderai bien de me les faire envoyer, parce que le ministre se croi­rait alors en règle. Puisque vous les avez, faites-en faire un extrait, et envoyez-le-moi avec vos notes. Sur les observations que vous m’avez faites à l’égard des bonnets de grenadiers, je n’ai point con­servé les bonnets d’oursin, parce que ces fourrures viennent du Canada, et parce que cela gène beaucoup à la guerre ; mais j’ai or­donné qu’on confectionnât un modèle de shako plus élevé et plus orné, qui distingue les grenadiers des voltigeurs. Comme vous, j’at­tache une grande importance à maintenir cette distinction.

Paris, 2 décembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je réponds à l’une de vos lettres du 26 novembre. Si le grand-duché de Varsovie, qui a plus de 4 millions d’habitants, ne peut pas nourrir ses troupes, malgré tous les avantages que je lui fais en favorisant son emprunt, qui lui a déjà rendu plusieurs millions, en nourrissant, soldant et habillant la division qu’il a en Espagne, qui est le quart de son infanterie, je ne puis pas compren­dre comment ce

Je réponds à l’une de vos dernières lettres, du 28 novembre. Les Allemands se plaignent que tous ces bruits d’insurrection de l’Alle­magne sont fomentés par les Français, qui, à force de s’en entretenir et de s’échauffer sur cet objet, finiront par y faire croire. Ils se plai­gnent que vous ayez dit à Rostock que vous sauriez bien empêcher l’Allemagne de devenir une Espagne; que, tant que vous y comman­deriez, on n’oserait rien entreprendre. Ces propos font un mal réel. 11 n’y a rien de commun entre l’Espagne et les provinces d’Allemagne. L’Espagne serait réduite depuis longtemps sans ses 60,000 Anglais, sans ses 1,000 lieues de côtes qui font que nos armées sont partout sur les frontières, et enfin sans les 100 millions que lui a fournis l’Amérique, car l’Angleterre n’est pas en état de lui fournir de l’ar­gent. Mais, comme en Allemagne il n’y a pas d’Amérique, ni la mer, ni une immense quantité de places fortes et 60,000 Anglais, il n’y a rien à craindre, l’Allemand fût-il même aussi oisif, aussi fainéant, aussi assassin, aussi superstitieux, autant livré aux moines que l’est le peuple d’Espagne, où il y avait 300,000 moines. Jugez donc de ce qu’il y a à redouter d’un peuple si sage, si raisonnable, si froid, si tolérant, tellement éloigné de tout excès qu’il n’y a pas d’exemple qu’un homme ait été assassiné en Allemagne pendant la guerre. L’Autriche était bien plus susceptible d’être mise en révolution. Les effets ont prouvé le peu de fondement des craintes qu’on voulait con­cevoir. II est donc très-fâcheux qu’on entretienne les généraux de ces chimères, et qu’on laisse circuler dans le pays des comparaisons qui ne peuvent faire que du mal, sans produire aucun bien. S’il y avait un mouvement en Allemagne, il finirait par être pour nous et contre les petits princes.

Quant à la Westphalie, le peuple de la Hesse, qui est le principal, est bien loin de regretter l’électeur; l’armée est attachée au Roi. Il sera avantageux que vous portiez de votre côté plus d’aménité envers le gouvernement westphalien et envers le Roi ; il vaut mieux concilier qu’aigrir.

Je ne sais pas pourquoi Rapp se mêle de ce qui ne le regarde pas; il n’y a que deux faits dans son rapport : 1° que Kotzebue a fait un pamphlet; 2° que les Anglais en ont fait un autre, qui a pour titre Campagne de Portugal II devait vous rendre compte de ces deux faits et ne pas parler d’autre chose. De quoi va-t-il parler de ce qui se passe en Hongrie, de l’esprit qui anime la Confédération et ces pays, lui qui en est si éloigné ! Qu’il se renferme dans son gouverne­ment, qu’il se mêle de ce qui le concerne et qu’il se borne à me rendre compte de Danzig et des pays environnants. Je vous prie de ne pas me remettre de pareilles rapsodies sous les yeux. Mon temps est trop précieux pour que je le perde à m’occuper de pareilles fa­daises. Vous ne prétendez sans doute pas que je m’instruise de ce qui se passe en Hongrie et en Autriche par des rapports de Danzig, surtout transmis par un homme aussi faible et dont je fais aussi peu de cas, hormis un jour d’affaire, que Rapp; tout cela ne sert qu’à me faire perdre mon temps et à salir mon imagination par des ta­bleaux et des suppositions absurdes. Vous deviez m’envoyer l’extrait, du rapport de Rapp et me dire en deux mots : Le général Rapp me mande qu’un pamphlet, ayant pour titre Campagne du Portugal, est répandu par les Anglais (libelle dont nous avons 1,000 exemplaires), et que Kotzebue en a fait un autre.

Ce que vous devriez recommander au général Rapp, c’est que les généraux ne s’intéressent pas dans les corsaires, et que ces corsaires n’abusent point de cela pour ravager des côtes et commettre des choses injustes qui m’engagent ensuite dans des querelles. Un officier ne doit point figurer dans de pareilles entreprises, surtout un général dont les décisions provisoires ont de l’influence sur la matière.

 

Paris, 3 décembre 1811.

A Madame la comtesse de Montesquiou, gouvernante des enfants de France, à Paris

Madame la Comtesse de Montesquiou, sur le rapport que vous nous avez fait de la satisfaction que vous avez du service de Madame Boubers, sous-gouvernante de nos enfants, et du baron de Canisy, notre écuyer, nous avons accordé à la dame Boubers une dotation de 10,000 francs de rente, et au baron de Canisy un supplément de dotation de 6,000 francs.

 

Paris, 4 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Si l’on organisait les canonniers de la marine de manière à n’avoir, au lieu de colonel, qu’un simple major à la tête de l’administration des régiments, et qu’on supprimât le grade de colonel, de chef de bataillon et d’adjudant major du bataillon; qu’on n’eût que 2 offi­ciers par compagnie, savoir : sur six compagnies, 3 capitaines, 3 ca­pitaines en second, 3 lieutenants et 3 lieutenants en second, ce qui produirait la suppression de 2 officiers par compagnie; si l’on opé­rait, dis-je, ces changements, quelle serait l’économie en appointe­ments, masse de logement, indemnités de fourrage, de chauffage, etc.? Puisqu’en embarquant 120 canonniers on n’embarque qu’un officier, il parait inutile d’en avoir plus de deux, et cette grande quantité d’of­ficiers supérieurs sans emploi est d’un mauvais effet.

L’instruction des canonniers de la marine est médiocre. Leur poly­gone à Brest, à Lorient, à Toulon, n’est pas organisé d’une manière satisfaisante; ils n’ont point de mortiers de différents calibres; ils ne sont pas suffisamment exercés. Je désire que vous me fassiez un rap­port là-dessus, car j’attache une grande importance à perfectionner le canonnage.

Je désire un rapport, 1° sur le canonnage de mer; nos ennemis nous reprochent de tirer pour démâter, tandis qu’ils visent constam­ment à couler ; 2° sur le tir à boulets creux ; les expériences faites dans tous les temps ont prouvé l’avantage de ces boulets et le résultat satisfaisant qu’on doit s’en promettre pour les vaisseaux ; 3° enfin, sur le mauvais usage qui s’est introduit de dégorger les cartouches au milieu du combat pour diminuer la charge, habitude désastreuse à laquelle les Anglais attribuent le grand nombre d’accidents qui arri­vent à bord de nos vaisseaux.

 

Paris, 4 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu avec intérêt votre rapport sur l’organisation de l’équipage d’artillerie de la nouvelle Grande Armée, composé de cinq cent douze pièces d’artillerie de ligne, de cent soixante et seize pièces d’artillerie de régiment, formant en tout 3,559 voitures d’artillerie et 804 voi­tures de régiment.

Donnez des ordres pour que ce qui est porté dans les états comme appartenant au corps d’observation de l’Elbe et à la réserve de cava­lerie soit dirigé sur Wesel, Monster et Mioden. Je vous autorise à faire rentrer après cela, sous les hangars, les voitures destinées au corps d’observation d’Italie et de l’Océan et à la Garde; bien entendu que vous dirigerez le personnel et les attelages sur les différents points où se trouve le matériel, afin que, dans les huit jours où j’en donnerai l’ordre, les voitures puissent être rechargées sur-le-champ et se mettre sur-le-champ en marche pour leur destination. On aurait aussi l’avantage de revoir les voitures, de sorte qu’elles seraient plus en état lorsqu’il faudrait s’en servir. Il doit y avoir à Vérone assez d’é­glises et de magasins pour remiser tout le train du corps d’observation d’Italie.

J’approuve toutes les dispositions et les mouvements que vous pro­posez pour le 7e bataillon principal et pour le 7e bataillon bis. L’ar­mée d’Italie aura ainsi ses 1,500 chevaux, et le 7e bataillon prin­cipal, complet en hommes, arrivera à Besançon assez à temps pour prendre des chevaux. Dans les évaluations, vous ne portez que pour mémoire la valeur des 600 chevaux que vous cédez au royaume d’Italie; vous portez le déficit à 7,600 chevaux; mais, dans le nom­bre de 19,600 chevaux que vous avez demandés, vous comprenez les 2,200 chevaux italiens; en les ôtant, vous n’aurez donc plus besoin que de 17,400 chevaux; au lieu de 7,600 chevaux, il n’en faudrait donc plus que 5,400. J’ai pris un décret que vous recevrez pour acheter 8,820 chevaux en trois commandes successives.

Le nombre des caissons d’infanterie me parait plus considérable qu’il ne l’a été à aucune époque des campagnes de la Grande Armée. Quelques voitures d’approvisionnement pourraient, si cela était nécessaire, être laissées derrière.

Quant au personnel, je ne pense pas qu’il faille prendre des com­pagnies à Amsterdam ni à Delfzyl : ces compagnies doivent être rui­nées; il faut prendre d’autres compagnies. Ces hommes seront malin­gres et difficilement disponibles de l’année.

Quant aux officiers généraux de l’artillerie, en ayant retiré deux de l’armée de Catalogne, je pense qu’on pourrait aussi retirer le général Bourgeat de l’armée du Midi. Il serait possible que le général Nourry fût disponible. Il faut laisser le général d’Aboville, qui parait nécessaire. La distribution que vous présentez des différents généraux d’artillerie me paraît convenable; en attendant, laissez-les à leur poste, hormis les généraux Pernety, de Gière, Baltus, Martuschewitz, un autre général au lieu du général d’Aboville, et les généraux Lepin et Jouffroy, qui sont nécessaires au corps d’observation de l’Elbe et à la réserve de cavalerie. Laissez les autres en congé, ou servez-vous-en pour le besoin général. Le général Charbonnel pourrait rem­placer le général d’Aboville aîné. Le général d’Arancey pourrait être chargé du détail de l’équipage de siège, sous les ordres du général commandant en chef l’artillerie.

Restent les pontonniers ; proposez-moi un général pour mettre à la tête des ponts, les officiers d’état-major d’artillerie, et les compa­gnies de pontonniers, d’ouvriers, qui seront attachées à l’équipage.

Faites les changements pour les généraux d’artillerie et pour le personnel du corps d’observation de l’Océan, en y mettant des com­pagnies qui n’aient pas été en Hollande cette année. Mettre au parc une ou deux compagnies du 9e car il est bon de laisser en France le plus possible d’anciens Français.

 

Paris, 4 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Tout ce qui est relatif à l’équipage d’artillerie de la Grande Armée est organisé, hormis le service des ponts ; il faut que ce service soit organisé très-largement. Il faut des pontons à chaque corps d’armée et des moyens pour réparer les ponts; il en faut ensuite à la direction générale des ponts. Mon intention est d’avoir, attelés et suivant l’armée, les bateaux, agrès et matériaux nécessaires pour jeter deux ponts sur la Vistule ; faites-moi connaître combien de chevaux il faut pour cela.

Il y aura au parc d’artillerie un bataillon d’ouvriers de la marine, formé de six compagnies et de 840 hommes, un équipage de marins de 1,200 hommes ; ce qui fera 2,000 marins qui se trouveront atta­chés aux équipages de pont. Il est absolument nécessaire qu’il y ait à la suite de l’équipage de pont les voitures nécessaires pour porter les outils de ces 800 ouvriers.

Le bureau de l’artillerie, avant de me présenter la formation de l’équipage de pont, doit se concerter avec le bureau du génie, afin qu’il n’y ait pas de double emploi et que cela marche d’accord.

Le génie doit pourvoir à ce qu’il y ait le plus possible d’outils à pionniers et les objets nécessaires à la réparation des ponts.

Un bataillon d’ouvriers de la marine de 800 hommes sera attaché au parc du génie; il faut qu’il ait tout ce qui est nécessaire pour jeter promptement un pont sur pilotis.

Un de ces équipages de pont doit exister à Danzig. On m’assure qu’il y en a un à Magdeburg. Si cela est nécessaire, il faut en faire construire un second à Danzig; je suppose qu’on a les ancres et tout ce qui est nécessaire.

Je désire que vous me présentiez le projet de l’équipage de pont en même temps que celui de l’équipage du génie.

 

Paris, 5 décembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au maréchal Suchet pour vous plaindre de ce que la correspondance de sa femme avec laquelle Saligny parle de ce qui se passe à son armée; que ces détails ne doivent point se trouver dans la lettre d’une femme, qui ne doit point connaître ni la force des troupes, ni les mouvements qui se font, mais parler de sa santé, et voilà tout.

 

Paris, 5 décembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, donnez les ordres nécessaires pour qu’au 10 décembre les frégates la Dorinde et la Pregel, et la corvette l’Aigrette, soient prêtes à partir, sous le commandement du capitaine Bouvet, pour se rendre à Java. Rédigez les instructions de cet officier conformément à ce qu’a décidé le conseil, ce dont vous me rendez compte par votre rapport du 4, et soumettez-les à ma signature.

Vous ferez embarquer sur la frégate la Clorinde : 1° cent vingt hommes du bataillon expéditionnaire de Brest; on prendra de préfé­rence les sergents-majors, sergents, caporaux et caporaux-fourriers se présentant de bonne volonté; on complétera le reste des cent vingt hommes par des soldats sachant lire et écrire et étant le plus en état d’être utiles à la colonie ; 2° un capitaine ou un lieutenant de bonne volonté, pris parmi les officiers des canonnière de la marine, ayant moins de trente-cinq ans, et ayant des services et de la capacité, et quatre sergents ou sergents-majors d’artillerie de marine, hommes de bonne volonté, ayant des services et de l’expérience; 3° un capitaine en second de l’artillerie de terre, un lieutenant et un sous-lieutenant, pris parmi ceux qui se trouvent à Rennes, de bonne volonté ; ce qui fera huit officiers et sous-officiers d’artillerie; 4° un capitaine du génie, avec un lieutenant et un sous-lieutenant; 5° deux lieutenants ou sous-lieutenants d’infanterie, de bonne volonté, pris dans le 3e de ligne ou dans le 20e léger, qui sont à Brest, parmi les officiers les plus capa­bles; 6° un général de brigade, capable de commander l’infanterie de la colonie, et plus habile que celui qui a été envoyé, avec ses deux aides de camp; ce général de brigade sera désigné par le mi­nistre de la guerre ; 7° cinq administrateurs de marine et employés de la trésorerie, jeunes gens propres à tenir les écritures; ces em­ployés seront désignés par vous ou par le préfet maritime de Brest dans l’étendue de son arrondissement.

La frégate la Pregel embarquera le même nombre d’hommes et d’officiers et d’employés ; mais, au lieu de prendre un général de bri­gade , elle prendra deux adjudants et un colonel d’artillerie ; cet officier sera destiné à commander en chef l’artillerie de la colonie. Faites choix d’un officier distingué et capable de remplir cette fonc­tion importante.

Enfin, la corvette l’Aigrette ne prendra que la moitié de ces pas­sagers, et, au lieu d’un colonel, elle prendra un chef de bataillon du génie, homme d’expérience et capable de commander en chef le génie de la colonie.

La Clorinde et la Pregel prendront chacune à bord le chargement suivant : 1,500 fusils, 1,500 pièces de rechange, 100 carabines, 100 paires de pistolets, 150 sabres de cavalerie légère, du cuivre et autres objets de détail utiles à la colonie.

La corvette l’Aigrette ne prendra que la moitié de ce chargement ; ce qui fera 750 fusils, 750 pièces de rechange, etc.

Expédition de Nantes. Une expédition pareille partira de Nantes, composée des frégates l’Ariane et l’Andromaque et du brick le Mameluk.

L’Ariane embarquera à Nantes : 1° soixante hommes pris parmi les sous-officiers et soldats du dépôt d’Angers et soixante hommes choisis, savoir : vingt parmi ce qu’il y a de mieux au dépôt du 121e de ligne, qui est à Blois, et trente dans le 5e bataillon du 122e, qui est à Ven­dôme, et, avec ces hommes, un lieutenant, un sous-lieutenant, quatre sergents et quatre caporaux ; 2e trois officiers et sous-officiers de l’artillerie de terre, et trois officiers et sous-officiers de l’artillerie de marine, pris à Lorient ou à Nantes; 3° trois artistes, de ceux dont le genre de talent peut être le plus utile à la colonie; 4° dix officiers d’administration, que vous désignerez ou qu’on choisira à Nantes.

L’Andromaque embarquera le même nombre d’officiers et d’em­ployés et soixante hommes pris au dépôt d’Angers et soixante autres choisis, savoir : trente dans le dépôt du 26e de ligne, qui est à Napoléon, et trente dans le 7e bataillon du 82e, qui est à la Rochelle.

Vous ferez mettre sur chacune de ces frégates le même chargement que sur la Clorinde et sur la Pregel; et, indépendamment du cuivre, vous ferez embarquer sur les deux expéditions 20,000 francs en piastres, qui seront remis au capitaine, de sorte que, si les frégates venaient à être prises, cette somme pût passer comme appartenant au capitaine.

Si le brick le Mameluk peut porter des hommes, on mettra à bord une trentaine d’ouvriers pris à Nantes, de ceux qui peuvent être le plus utiles à la colonie.

Les deux expéditions, arrivant, porteront à la colonie un secours de 6,400 fusils, etc.

Le capitaine hollandais Melvill Carnbee commandera l’expédition de Nantes.

Vous ferez préparer la corvette la Coquette, qui est au Passage, pour porter à Batavia quarante hommes, un millier de fusils et une quantité proportionnée de pièces de rechange, de carabines, de sa­bres et de pistolets, du cuivre et des nouvelles. Cette corvette partira après qu’une des deux expéditions sera partie.

Vous aurez soin de faire mettre sur chaque frégate une collection d’une année du Moniteur et des gazettes de Hollande ; réunissez une grande collection de ces dernières, afin que tous les détails de mon voyage soient connus dans la colonie.

 

Paris, 5 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mon intention est que trois frégates, sous les ordres d’un bon offi­cier et avec de bonnes instructions, partent du port de Toulon, avec douze bâtiments chargés de farine et de riz, pour Barcelone. Il faut que le convoi arrive par un temps décidé, en évitant les côtes de Rosas et en venant plutôt du côté de Tortose; que les frégates s’ap­prochent très-près de Barcelone, de manière à y faire entrer à la pointe du jour les bâtiments du convoi. Donnez sans délai des ordres pour le chargement des vivres. Il est nécessaire qu’avant le 20 dé­cembre ce convoi soit prêt à partir. Envoyez votre ordre par l’esta­fette à Lyon, d’où on le fera passer à Toulon par une estafette parti­culière. Tortose, Tarragone nous appartiennent : ces ports peuvent recevoir des frégates.

Donnez ordre à l’officier qui commande à Cette de faire faire autant d’expéditions qu’il pourra pour Barcelone par le cabotage : il y a des temps et des circonstances où des expéditions faites par des gens accoutumés à ce trajet peuvent réussir.

 

Paris, 5 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre sur les travaux de Modlin. Puisque la couronne A ne peut pas être achevée cette année, on doit finir la lunette n° 19 et la mettre en état de défense; elle ne se trouve qu’à 300 toises de la flèche n° 27 et à 100 toises de la rivière. L’en­nemi ne pourra donc s’en emparer qu’en y ouvrant la tranchée, et il ne pourra le faire qu’après que son équipage de siège sera arrivé et mis en mesure pour cette opération. Il est fort intéressant d’être maître de ce point n° 19 aussi longtemps qu’il sera possible, puisque par cette position on est maître aussi du pont de la Vistule. Donnez donc des ordres pour que l’ouvrage n° 19, avec un bon blockhaus à la gorge, capable de tenir 100 hommes, soit fait sans délai et armé. Ensuite, le plus tôt possible, on doit finir la couronne A, car il faut, avant tout, s’assurer le pont, puisque c’est le principal but de toute la place de Modlin. On voit par le profil général que la gorge de la place domine de plus de 60 pieds l’ouvrage de Kazun ; il n’est donc pas probable que l’ennemi se loge dans cet ouvrage, sous le feu de tonte la gorge de la place. D’ailleurs, rien n’empêchera d’établir un avant-fossé, large et plein d’eau, qui offre un obstacle à l’assaut qu’on voudrait donner à cette tête de pont.

Je vois avec plaisir que la place est approvisionnée ; elle doit l’être pour six mois. 3 à 4,000 hommes de garnison m’y paraissent suffi­sants, savoir : un régiment entier, deux compagnies de sapeurs, quatre compagnies d’artillerie, un escadron de cavalerie, et enfin une compagnie de dépôt de chaque régiment, ce qui fera 1,500 hom­mes de dépôt; en tout 4,000 hommes. Le service ne doit pas se faire par des gardes qui se relèvent, mais par des bataillons ou compa­gnies qui restent à poste fixe dans les bastions, demi-lunes et contre-gardes ; c’est la méthode turque ; elle est la meilleure pour la défense et la plus économique en hommes. Ainsi, par exemple, on charge­rait un demi-bataillon de la défense de la couronne C; il s’y établi­rait, aurait toujours là la moitié ou le tiers de son monde de service ; le jour, tous ces hommes travailleraient à fortifier le poste qu’ils au­raient à défendre et le mettraient avec empressement dans le meilleur état possible; la nuit, tout le monde serait encore là. L’infanterie fournirait d’ailleurs le nombre d’hommes nécessaire pour servir l’ar­tillerie de cette partie de la place. Vous comprenez les avantages que doit avoir ce service sur la méthode ordinaire, où les postes se re­lèvent toutes les 24 heures; ce qui fait que le soldat s’établit mal et ne porte aucun intérêt à fortifier le poste où il se trouve. Vous devez donc donner pour instruction que, si le siège venait à avoir lieu, on eût à charger de la défense de chaque front un officier et une portion de la garnison qui baraquerait là ; les soldats y resteraient toujours. Comme il y a une grande quantité de bois à Modlin, on laisserait les soldats maîtres de se faire eux-mêmes des blindages, en appuyant le bois contre le talus intérieur du rempart; ce qui fera des baraques faciles à construire, parfaitement à l’abri de la bombe, et dans lesquelles les soldats pourront coucher en cas de bombardement. Les casernes resteront disponibles pour les hôpitaux et la réserve ; par ce moyen , au lieu de 300 travailleurs par jour pour le génie, nombre que l’on voit porté dans le mémoire, il y en aurait par jour 3,000 ; car, hormis les sentinelles et quelques grand’gardes, tout le monde travaillerait; de même, au lieu de 200 servants pour l’artillerie, il y en aurait 3,000; car tout le monde s’exercerait à servir les pièces qui doivent défendre la portion de la place qui leur sera confiée. Donnez donc une instruction en conséquence et redressez toutes ces idées.

Comme le livret de l’artillerie n’était pas joint à l’état, je ne puis juger de sa situation ; mais donnez ordre que les pièces de 24 qui sont inutiles à Varsovie soient envoyées à Modlin ; qu’on ne laisse à Praga que le plus petit nombre de pièces nécessaires, et qu’on arme Modlin de pièces de 24, de 12 et d’obusiers ; qu’on y transporte les cartouches, les armes, etc.; qu’on mette un général pour y com­mander, des officiers du génie, d’artillerie, des commissaires des guerres; enfin, qu’on mette en tout point la place dans le meilleur état de défense, sans attendre au dernier instant.

 

Paris, 6 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il est nécessaire de pourvoir d’une manière constante à la défense des frontières de la 10e division militaire, c’est-à-dire des départe­ments des Pyrénées-Orientales, Ariège, Haute-Garonne et Hautes-Pyrénées. Il doit y être pourvu par trois moyens :

1° La formation de la garde nationale dans ces quatre départe­ments, conformément aux lois. Remettez-moi, en conséquence, les projets de décrets nécessaires pour cet objet; présentez-moi les nominations des colonels pour les légions et des chefs de bataillon pour les corps. J’enverrai un sénateur qui sera chargé des autres nomina­tions et de l’organisation d’après les bases que j’ordonnerai.

Vous organiserez les corps par sous-préfectures. Cette garde natio­nale ainsi organisée dans ces quatre départements doit, je crois, donner près de 45,000 hommes.

On distribuera 6,000 fusils à toutes les gardes nationales qui sont dans les sous-préfectures limitrophes et à une marche de la frontière.

On les exercera les dimanches, de sorte qu’à chaque événement on puisse avoir 6,000 hommes en armes. Les municipalités des com­munes seront responsables des fusils. Il y aura des dépôts de car­touches, et, au signal d’alarme, les gardes nationales marcheront au secours sous les ordres du général commandant.

2° Chacun de ces quatre départements limitrophes fournira deux bataillons d’élite, à six compagnies de 150 hommes; au total, 900 hommes par bataillon; ce qui fera, pour les quatre départe­ments, un effectif de 7,200 hommes. Ils seront sous les ordres du sénateur, et soldés, habillés, organisés comme ils l’ont été dans le Nord.

Les départements de l’Aude, Tarn, Tarn-et-Garonne et Gers, fourniront chacun un bataillon d’élite, de sorte qu’il y aura en tout douze bataillons d’élite qui, à 900 hommes, feront une masse de 10,800 hommes qui aura toujours 9,000 hommes sous les armes, les départements devant être chargés de les tenir au complet.

Les deux bataillons d’élite des Pyrénées-Orientales seront placés à Mont-Louis et en avant de Perpignan; les deux de l’Ariège, deux de la Haute-Garonne, quatre des quatre départements de 2e ligne, total huit, seront sous les ordres directs du sénateur, à Foix, et seront chargés de la défense de l’Ariège et du val d’Aran ; les deux bataillons des Hautes-Pyrénées seront placés à Venasque, dans le val d’Aran, et sur tout autre point voisin. Il y aura donc sur cette frontière 6,000 hommes, gardes nationales, armés, 10,000 d’élite, en tout 16,000, uniquement chargés de la défense des frontières.

Le troisième moyen est de conserver les bataillons de chasseurs de montagne, composés de conscrits réfractaires, etc. Vous devez avoir l’état de formation et savoir s’ils sont recrutés par la garde nationale ou les conscrits.

Ces mesures mettront ces frontières à l’abri des dévastations ; on n’aura plus à gémir sur les suites des irruptions des bandes espa­gnoles.

Vous pouvez prévenir le sénateur Rampon que je l’ai choisi; et même, si le conseiller d’État Pelet est encore dans ces pays, il pour­rait y rester jusqu’à la fin de l’organisation définitive, dans laquelle il aiderait le sénateur Rampon.

 

Paris, 6 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie les pièces de la correspondance de Catalogne. Je ne puis rien statuer sur l’armée sans avoir sous les yeux des états de situation. Envoyez-moi ceux de la situation la plus rapprochée, au 1er décembre ou au moins au 15 novembre. Les pertes de l’armée de Catalogne viennent de l’entêtement que l’on a mis à rester à Figuières. Je n’ai cessé de recommander de quitter l’Ampurdan, pays réputé aussi malsain que l’Ile de Walcheren. Cette opiniâtreté fera périr toute l’armée. Quand le siège de Figuières obligeait d’employer sur ce point beaucoup de forces, la présence de l’armée pouvait y être nécessaire ; mais, aussitôt après la prise du fort, il fallait pousser en avant et quitter l’Ampurdan, qui a toujours été funeste aux Français.

Un million a été envoyé pour mettre la solde au courant. J’attends le résultat du convoi que le général Decaen mène à Barcelone.

 

Paris, 6 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, il résulte de mes différents renseigne­ments que j’ai en France seize millions d’arbres ayant 5 pieds de tour, ou 480 millions de pieds cubes, ou de quoi faire quatre mille huit cents vaisseaux.

Ainsi, avec un seul ordre, je puis, d’ici au mois de février, faire couper dans tout mon empire une quantité de bois suffisante pour faire quatre mille huit cents vaisseaux, et cela sans porter préjudice à mes forêts ; car on ne couperait que des arbres ayant cent cinquante à deux cents ans, et, dès lors, cette coupe ne ferait aucun tort au martelage ordinaire. Si l’on voulait prendre des arbres de 3 pieds de circonférence, comme la marine en emploie aujourd’hui, je pourrais faire deux mille quatre cents vaisseaux de plus, de sorte que j’aurais de quoi construire sept mille deux cents vaisseaux. Et enfin, si l’on voulait employer les bois dont les Hollandais se servent dans les con­structions, ayant moins de 3 pieds de circonférence, j’en aurais une quantité infinie.

Les pays situés sur la Saône, sur le Doubs, sur le Rhône, sur le canal du Languedoc, sur l’Isère, les côtes de la Méditerranée, qui peuvent alimenter le port de Toulon, sont compris, dans le calcul que je viens d’établir, pour un tiers. Je pourrais donc avoir, dans un an, à Toulon assez de bois pour faire deux mille vaisseaux.

En retranchant de ces calculs ce que l’on voudra pour les forêts trop éloignées des rivières, et où l’on pourrait cependant marteler des courbes et quelques bois précieux, si l’on n’y prenait point des bois ordinaires, il résulte toujours qu’il y a en France une immense quantité de bois, et qu’il doit en arriver à Toulon une quantité telle qu’on puisse y construire autant de vaisseaux qu’on peut le désirer.

Les forêts qui peuvent fournir aux chantiers d’Anvers sont celles du Rhin, de la Moselle, de la Meurthe, de la Meuse, de l’Escaut, etc., auxquelles on peut joindre celles de l’Aisne, partie de la conserva­tion forestière de la Seine et de l’Aube, puisque, par le canal de Saint-Quentin, tout cela peut aller à Anvers.

J’ai un travail précis sur la forêt de Compiègne ; il en résulte que, si je voulais couper tous les arbres propres aux constructions, ayant 5 pieds de circonférence, j’aurais de quoi faire vingt vaisseaux, ou plus de deux millions de pieds cubes de bois; qu’en coupant les arbres de 3 pieds de circonférence, j’aurais de quoi faire quarante vaisseaux. Cela est positif : tous les arbres sont comptés et les calculs faits. Ce travail est fait dans le plus grand détail ; il n’y a rien à en rabattre. Ces deux millions de pieds cubes de bois seraient livrés à la marine au bord de l’Aisne et de l’Oise. Or la forêt de Compiègne, qui peut fournir du bois pour la construction de quarante vaisseaux, n’est rien, puisqu’elle n’a que 30,000 arpents. J’attends le même travail sur la forêt de Fontainebleau et les autres forêts de la Couronne, où l’on me garantit un résultat aussi satisfaisant.

Ces aperçus sont les résultats d’observations faites depuis plusieurs années dans les forêts du Domaine et dans celles des communes.

Il est un autre aperçu simple et également satisfaisant. La marine martèle à peu près deux millions de pieds cubes de bois par an ; il n’y a aucune difficulté à lui accorder le martelage dans les bois ré­servés des coupes vendues dans les années 1810, 1809, 1808, 1807 et 1806, ce qui fait cinq ans. Cela lui procurerait dix millions de pieds cubes de bois qu’on peut marteler dans l’année et dans les mêmes lieux où elle fait ses martelages. Or ces dix millions de pieds cubes fourni­raient à la construction de cent vaisseaux de guerre. Avec des précau­tions, la coupe des bois de la réserve peut se faire dans tous les taillis; mais dans les taillis de quatre ans elle peut se faire sans inconvénient.

Résultat. — Il résulte de ce qui vient d’être établi qu’il faut faire une coupe extraordinaire de deux millions de pieds cubes de bois dans le bassin de Toulon et de la Méditerranée, et qu’il faut en faire une de trois millions pour les chantiers de l’Escaut et de la Hollande; que ces coupes ne coûteront autre chose à la marine que de les transporter dans ses ports ; que cette coupe extraordinaire peut être faite dans les limites le plus près des rivières et des ports, et où les exploitations soient à meilleur marché; qu’en conséquence les mar­chés faits en Hollande avec des marchands de bois peuvent être réduits, et qu’on peut avoir cette quantité de bois à 40 ou 50 sols le pied cube; que dès lors le chantier d’Anvers, celui d’Amsterdam et celui de Rotterdam peuvent être alimentés, et que celui de Toulon peut être considérablement augmenté; que l’on aura ainsi sur-le-champ un moyen extraordinaire qui donnera des bois qu’on peut couper cette année et avoir, rendus dans les ports de Toulon et d’An­vers , en assez grande quantité pour construire cinquante vaisseaux ; que l’on peut faire refluer sur Anvers une partie de ce qui était dirigé sur le Havre, moyennant le canal de Saint-Quentin; que, bien loin de demander des bois de construction à l’Allemagne, à la Prusse et aux autres pays, on en a en France plus qu’il ne faut.

Quant à Brest, je n’ai point de renseignements suffisants, vu les circonstances du transport. Je n’aurai ces renseignements que dans quelques jours. Mais, en raisonnant de la même manière, on aura de quoi construire cinq ou six vaisseaux de guerre, ce qui donnera un peu d’activité à ces chantiers.

Le bois étant à peu près inutile à Nantes, on peut diminuer les coupes et laisser reposer les forêts, qu’on retrouvera à la paix.

Il est d’autant plus nécessaire que des mesures soient prises, que les coupes de l’administration ne seront guère que les deux tiers de celles des années précédentes; par conséquent, les marchands de bois de Hollande, qui seront instruits de cela, me vendront le bois plus cher, et j’en aurai une moindre quantité.

Faites-moi un rapport sur ces questions importantes.

 

Paris, 6 décembre 1811.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie la correspondance d’Espagne ; faites le relevé des distinctions et récompenses demandées, mon intention étant de les accorder.

Écrivez au duc de Raguse que, dans le cas où les mouvements de l’ennemi le forceraient à marcher vers le nord, il aurait le comman­dement sur le général Dorsenne; mais la grande affaire dans ce mo­ment, c’est la prise de Valence.

Témoignez au duc de Dalmatie mon mécontentement sur la marche de flanc que le général Girard a faite devant l’ennemi, marche de trois journées et d’autant plus mal combinée que l’ennemi avait toujours la faculté de le couper; il fallait l’appuyer par un fort détachement. Il est malheureux qu’avec une armée de 80,000 hommes on n’ait pas fait les dispositions que commandait la prudence pour éviter de rece­voir un affront par un petit corps de 6,000 Anglais. Dites-lui que je reste dans mon opinion, que toutes les fois qu’on livre une bataille, surtout aux Anglais, il ne faut pas se diviser, il faut réunir ses forces, présenter des masses imposantes : toutes les troupes qu’on laisse en arrière courent le risque d’être battues en détail ou forcées d’aban­donner les postes. Réitérez-lui l’ordre d’approvisionner Badajoz pour un an. Si la prise de l’île de Léon est considérée comme impossible, il faut agir vigoureusement sur Murcie, afin de soulager l’armée de Valence. Dites-lui que j’ai pris un décret relatif à la course. Je n’en­tends pas la faire à mes dépens; cela me jetterait dans des frais tanneuses et ridicules. Écrivez-lui qu’il peut organiser son armée comme il le jugera convenable en six ou sept divisions, en conser­vant toutefois les généraux, chacun suivant son grade et son rang.

J’accorde au duc de Bellune la permission de rentrer en France; mais, comme il pourrait arriver que le duc de Bellune soit engagé dans quelque opération où sa présence serait encore nécessaire, vous adresserez cette permission au duc de Dalmatie, qui la remettra au duc de Bellune en temps opportun.

Le duc de Dalmatie a la plus belle armée du monde, et cependant il ne tient en échec ni le général Hill, ni l’armée de Murcie, qui tout entière a marché au secours de Valence.

Vous rendrez compte au ministre du trésor des 500,000 francs qui se sont trouvés de moins dans le convoi que le général Avice a conduit à l’armée.

 

Paris, le 6 décembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Il existe au régiment des Pupilles du drap vert pour deux batail­lons. Ce drap sera conservé et destiné à habiller deux bataillons, ou 1,600 Pupilles de plus de dix-sept ans, forts et vigoureux, que je compte former, dans le courant de janvier, de ce qu’il y a de plus grand dans les bataillons, et dont on pourra se servir à la suite de l’armée.

Ces hommes grandissant auront besoin d’être habillés; alors ils laisseront leurs habits blancs au corps ; on enverra du drap vert et on les habillera sur leur taille. Il faut se servir du drap vert, afin de laisser le blanc aux régiments de grenadiers hollandais.

 

Paris, 9 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, faites-moi connaître ce que coûterait un pied cube de bois pris dans une des rues de la forêt de Compiègne, comme c’est l’usage, et transporté à la rivière de l’Oise, et déjà, par l’Aisne, jusqu’aux quais d’Anvers.

Faites-moi le même calcul sur le prix d’un pied cube de bois pris à Fontainebleau et conduit, par la Seine, l’Oise et le canal de Saint-Quentin, jusqu’à Anvers.

Faites le même raisonnement en supposant le bois pris à Saint-Germain.

 

Paris, 9 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre sur les dispositions à faire en cas que les circonstances l’exigent. Je me réserve d’y répondre plus en détail ; mais je vois que déjà vous n’avez pas assez de cavalerie. Il est donc convenable que vous donniez ordre à la brigade composée des 23e et 24e régiments de chasseurs, que commande le général Castex, de se rendre sur l’Elbe, dans le lieu le plus abondant en fourrages. Je fais donner l’ordre par le ministre de la guerre à cette brigade d’être à votre disposition. Faites-lui faire son mouvement par la route où elle puisse donner le moins d’ombrage. Cette brigade portera le nombre de vos régiments de cavalerie légère à dix ; ce qui, avec vos huit régiments de cuirassiers, vous fera dix-huit régiments de cavalerie. Je ferai remplacer le 23e et le 24e de chasseurs à Munster, dans le courant de janvier, par une autre brigade de cava­lerie. Je suppose que vous avez réitéré à vos régiments de cavalerie l’ordre de faire venir des hommes de leurs dépôts, afin que tous les chevaux soient montés et qu’au moment de marcher il n’y ait ni si, ni mais. Rendez responsables le général Bruyère pour la cavalerie légère, les généraux Saint-Germain et Doumerc pour les cuirassiers, si, vingt-quatre heures après en avoir reçu l’ordre, ils ne sont pas en état d’entrer en campagne avec tous leurs chevaux. J’ai nommé le général Doumerc général de division, et je lui ai donné le comman­dement de la division de cuirassiers qui est à Erfurt. Je suppose que ces régiments ont leurs carabines et leurs cartouches à portée, leurs forges de campagne, et que vous leur avez prescrit d’avoir une cer­taine quantité de fers, pour être en état de faire de grandes marches sans s’arrêter. Il faut qu’en cas d’événement vous puissiez vous servir de votre 8e et de votre 9e division. La 8e est déjà réunie à Munster; la 9e le sera dans le courant de janvier.

 

Paris, 9 décembre 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

1)Cette lettre, écrite à Paris le 3 décembre 1811, est suivie d’un P. S. du 9; on a cru devoir la placer à la date de l’expédition. Ce P. S. est entièrement de la main de l’Empereur.

Mon Frère, j’ai appris avec peine l’accident qui vous est arrivé. Il est fort heureux que vous ni la reine n’ayez éprouvé aucun malheur 2)un violent incendie avait presque totalement détruit le château royal de Cassel.

9 décembre 1811.

P. S. Faites-moi connaître l’état de vos troupes au 1er décembre, infanterie, cavalerie, artillerie; combien de divisions vous pouvez former et comment elles seraient commandées; tout cela fort secrète­ment. Parlez-moi de votre artillerie, caissons de transport et outils du génie. Combien vous faudrait-il d’hommes pour occuper la Silésie ? Combien en avez-vous de 1807 ? Quelles sont les places à prendre ?

 

Palais des Tuileries, 9 décembre 1811

DÉCRET DE L’ABOLITION DU RÉGIME FÉODAL.

Article 1er. Le régime féodal est aboli dans les départements de l’Ems-Supérieur, des Bouches-du-Weser et des Bouches-de-l’Elbe.

DES EFFETS GÉNÉRAUX DE L’ABOLITION DU RÉGIME FÉODAL.

Art. 2. Toutes distinctions honorifiques, supériorité ou puissance, résultant du régime féodal, sont abolies, sans préjudice des disposi­tions du décret du 26 août 1811.

Art. 3. Sont pareillement abolies les justices seigneuriales. En conséquence, tous les signes extérieurs de justices seigneuriales seront abattus dans les deux mois de la publication du présent décret. Faute aux seigneurs de l’avoir fait dans ce délai, la destruction se fera à la diligence du procureur impérial près le tribunal de première instance et du maire, aux frais de la commune, laquelle profitera des matériaux.

Art. 4. La loi ne reconnaît que des biens allodiaux. En consé­quence, tous les fiefs situés dans l’étendue des trois départements, quelles que soient leur nature et leur dénomination, soit qu’ils rele­vassent précédemment des souverains étrangers, soit que le domaine direct (Lehenherrschaft, Lehenherrlichkeit) en appartienne à des par­ticuliers (Lehenherrn), qu’ils soient fiefs immédiats ou arrière-fiefs, sont convertis en francs-alleux et affranchis de tout devoir et de toute sujétion résultant du lien féodal, de manière que les possesseurs les puissent librement aliéner ou hypothéquer.

Art. 5. Sont pareillement abolis les droits de succession féodale, de quelque nature qu’ils soient.

Néanmoins la succession féodale aura lieu une dernière fois au profit des successibles existant au moment de la publication de la loi westphalienne du 28 mars 1809 pour les pays ci-devant westphaliens, et pour les autres pays faisant partie des trois départements lors de la publication de notre présent décret.

Art. 6. Dans le cas où, à l’ouverture de la succession, celui qui se trouvait appelé à la recueillir féodalement à l’époque de la publi­cation de la loi du 28 mars 1809, ou à celle de la publication du présent décret, suivant la distinction portée à l’article précédent, n’y aurait plus été appelé, le régime féodal subsistant, ou ne l’aurait été que pour une certaine portion, la succession sera réglée allodialement, soit pour le tout, soit pour la portion relativement à laquelle sa vocation aura cessé.

Art. 7. Les droits seigneuriaux et féodaux sont supprimés sans indemnité ou conservés jusqu’au rachat, suivant les distinctions éta­blies ci-après.

DROITS SEIGNEURIAUX ET FÉODAUX SUPPRIMÉS.

Art. 8. Tout servage est supprimé sans indemnité.

ARt. 9. Sont réputés actes de servage :

1° Le droit de contraindre le colon et ses enfants à servir le maître comme domestiques (Gesinde-Zwangrecht) ;

2° Les droits du maître sur l’éducation des enfants du colon, l’obli­gation de rester attaché à telle profession ou à tel sol ;

3°L’obligation de demander au seigneur son consentement pour se marier, et les droits qu’il pouvait exiger au sujet du mariage (Bedingung, Brautkauf, Klauenthaler, etc.);

4° Les droits qui se payaient au seigneur pour pouvoir construire des usines, exercer des professions ou faire des actes qui doivent être libres à tout le monde ;

5° Le serment de fidélité ou de soumission à prêter au maître;

6° L’incapacité d’acquérir en toute propriété, d’aliéner, de dispo­ser entre-vifs ou par acte de dernière volonté, d’ester et défendre en jugement ;

7° Le droit sur une portion de l’hérédité mobilière du colon ou de sa femme, appelé droit mortuaire (Sterbfall, Betthaupt) ;

8° L’usufruit des biens des vassaux , tenanciers ou censitaires pendant leur minorité.

Art. 10. Est également supprimé sans indemnité : le droit qu’avaient les seigneurs de s’approprier les successions des étrangers, des bâ­tards , des personnes décédées sans héritiers, les biens vacants, meu­bles et immeubles, les terres vaines et vagues, les landes, les effets naufragés, sans préjudice tant des droits acquis aux seigneurs qui ont déjà fait acte de propriété que des droits de propriété et d’usage que les seigneurs, les communes ou les particuliers peuvent avoir, en vertu de titres indépendants de la justice seigneuriale.

Art. 11. Le retrait féodal, et généralement tout droit en vertu duquel un seigneur se faisait subroger à l’acquéreur, est aboli sans indemnité.

Art. 12. Sont également supprimés sans indemnité :

Les droits levés sur les personnes, à raison de la résidence, du nombre des bestiaux ou à tout autre titre qui ne tiendrait qu’à la protection et non à une concession de fonds en propriété ou en usage;

Les droits sur les ventes de meubles;

Les droits de pesage, mesurage, inspection, étalage, entrepôt, transport des denrées et marchandises.

Toutefois les bâtiments et halles continueront d’appartenir aux ci-devant seigneurs qui en sont actuellement propriétaires, sauf à la commune à les acheter ou à les louer, et, si elle ne le fait pas, à exiger un tarif des droits d’entrée, d’entrepôt ou de séjour des denrées et marchandises. Les difficultés qui pourraient s’élever à ce sujet seront portées devant les conseils de préfecture, sauf le recours à notre Conseil d’État.

Art. 13. Sont supprimés sans indemnité :

Les droits de péage, passage et autres semblables, sauf la décharge pour les seigneurs des obligations auxquelles ils étaient assujettis à raison de ces droits.

Sont exceptés, quant à présent, ceux de ces droits qui ont été concédés aux seigneurs, soit pour frais de construction de ponts, canaux et autres ouvrages construits sous cette condition, soit pour indemnité de bâtiments et établissements quelconques supprimés pour cause d’utilité publique.

Les droits exceptés par le présent article continueront provisoire­ment d’être perçus, suivant les titres et le tarif de leur création pri­mitive , reconnus et vérifiés par les préfets des lieux où ils se perçoi­vent, jusqu’à ce que, d’après leur avis et sur le rapport de notre ministre de l’intérieur, il ait été par nous statué définitivement à cet égard ; à cet effet, les ci-devant seigneurs, possesseurs desdits droits, seront tenus, dans l’année à compter de la publication du présent décret, de représenter leurs titres aux préfets ; à défaut de quoi les perceptions demeureront suspendues.

Art. 14. Sont pareillement supprimés :

Les droits exclusifs de pêche dans les rivières non navigables ni flottables, et ceux de chasse, lesquels sont réservés aux propriétaires, chacun sur son terrain, sauf à se conformer aux lois et règlements de police ;

Les droits sur les chemins publics, rues et places, et sur les ar­bres y plantés, sans préjudice, tant pour les seigneurs que pour les propriétaires riverains, de la propriété des arbres actuellement exis­tants et par eux plantés ; sauf le droit, soit des propriétaires riverains, soit des communes, de racheter, suivant estimation d’experts, les arbres appartenant au seigneur, à l’effet de quoi celui-ci devra les avertir par affiche, deux mois à l’avance, de l’abatage et de la vente desdits arbres.

Art. 15. Le droit que pouvaient avoir les seigneurs de s’appro­prier tout ou partie des biens des communes et les redevances qu’ils percevaient pour la vaine pâture sont abolis sans indemnité.

Si les seigneurs prouvent avoir concédé des fonds en propriété ou des usages, le fonds concédé ou le droit d’usage continuera d’être assujetti à la redevance primitivement stipulée.

Art. 16. Sont encore supprimés sans indemnité :

Tous droits de banalité, ensemble les sujétions accessoires et les redevances payées à titre d’abonnement.

Sont exceptées les banalités établies au profit d’individus non sei­gneurs, et celles attribuées aux seigneurs en vertu d’une convention par laquelle le seigneur aura fait à la commune quelque avantage autre que celui de tenir en état les moulins, fours et autres objets banaux.

Art. 17. Sont supprimées également sans indemnité :

Les corvées personnelles imposées par la seule raison que les personnes étaient vassales ou habitaient certaines localités (Personalfrohnen) ;

Toutes autres corvées, même réelles, pour lesquelles il ne serait pas prouvé, par titres en bonne forme, qu’elles proviennent d’une concession de fonds ou de droit réel ;

Les corvées, même réelles et appuyées de titres, si elles sont indé­terminées, à défaut des conditions prescrites par l’article 20.

Art. 18. Ne sont point comprises dans la disposition de l’article précédent les corvées communales (Communfrohnen, Gemeinde-frohnen) dues pour le service des communes, et les corvées publi­ques (Burgherren, Landesfrohnen, Landfolge) dues pour le service de l’État, jusqu’à ce qu’autrement il y ait été pourvu, non plus que les battues de chasse imposées aux communes ou aux particuliers pour la destruction d’animaux malfaisants.

Art. 19. Sont réputées indéterminées (ungemessene Dienste) les corvées pour lesquelles l’une des trois choses suivantes n’est pas dé­terminée par le titre de concession ou par les reconnaissances passées aux terriers, savoir : 1° la quantité des travaux; 2° le nombre de jours; 3° l’étendue des fonds pour l’exploitation desquels la corvée est due ; ce qui s’appliquera à toute obligation de travailler et de charrier, même en fait de construction.

Si le nombre des jours est déterminé, mais que le genre de travail ne le soit pas, même par l’usage, les corvéables ne pourront refuser d’employer ces journées au travail qui leur sera demandé, pourvu qu’il soit relatif à la culture ou à l’exploitation des terres.

En cas de contestation sur le genre de travail demandé, il y sera statué par le juge de paix, sauf l’appel.

Art. 20. Le corvéable, employé pour un service public, le jour où il doit travailler pour le ci-devant maître, n’est tenu ni de se faire remplacer, ni de rendre une autre journée, à moins que le service public ne soit exigé de lui à raison d’autres biens que ceux sujets à la corvée particulière.

Art. 21. Si les corvées n’existent que pour le besoin des biens du propriétaire, elles ne peuvent être affermées ni vendues sans ces biens; mais, s’il est permis de s’en servir autrement que pour la culture et l’exploitation desdits biens, elles pourront être affermées et vendues, pourvu que la condition des corvéables n’en devienne pas plus dure.

Art. 22. Les corvées actuellement existantes ne pourront être augmentées. Il est défendu d’en établir de nouvelles, même pour concession de fonds.

Art. 23. L’abolition prononcée ci-dessus comprend également le droit de contraindre les colons par des peines corporelles ou pécu­niaires, sans recourir à la justice, à remplir les obligations non sup­primées ( Dienstzwang), et tous autres droits de ce genre.

Art. 24. Les redevables des droits supprimés ne pourront récla­mer ceux qu’ils auraient déjà acquittés.

Il en sera de même des seigneurs à l’égard des droits qui seraient encore dus.

Art. 25. Lorsque les possesseurs des droits conservés par les arti­cles 10, 12, 13, 14, 15, 16 et 17 ci-dessus ne seront pas en état de représenter le titre primitif, ils pourront y suppléer par deux reconnaissances conformes, énonciatives d’une plus ancienne non contredite par des reconnaissances antérieures, données par la com­munauté des habitants, s’il s’agit des droits généraux, ou par les individus intéressés, si elles concernent les droits particuliers ; pourvu qu’elles soient soutenues d’une possession actuelle, qui remonte sans interruption à quarante ans, à partir de la loi westphalienne du 28 mars 1809 pour les pays ci-devant westphaliens, et, dans les autres parties des trois départements, à courir de la publication du présent décret, et qu’elles rappellent soit les conventions, soit les concessions relatées dans les articles susmentionnés.

Art. 26. Lorsqu’il y aura pour raison d’un même héritage plu­sieurs titres ou reconnaissances, le moins onéreux au tenancier sera préféré, sans avoir égard au plus ou moins d’ancienneté de leurs dates; sauf l’action en blâme ou réformation, de la part du ci-devant seigneur, contre celles desdites reconnaissances qui n’en seront pas encore garanties par la prescription, lorsqu’il n’y aura été partie ni en personne, ni par un fondé de procuration.

Art. 27. Ceux qui auraient acquis de particuliers des droits abolis sans indemnité ne pourront exiger aucune restitution de prix ni dom­mages-intérêts; ceux qui auraient acquis du domaine de l’État n’auront droit qu’à la restitution soit des finances par eux avancées, soit des autres objets ou biens cédés par eux à l’État.

Art. 28. Il sera libre aux fermiers qui ont pris à bail aucuns des mêmes droits, sans mélange d’autres biens ou de droits conservés, de remettre leurs baux; et, dans ce cas, ils ne pourront prétendre d’autre indemnité que la restitution des pots-de-vin et la décharge des loyers ou fermages, au prorata de la non-jouissance causée par la suppression desdits droits. Ceux qui ont pris à bail aucuns droits abolis conjointement avec d’autres biens ou avec des droits rachetables pourront seulement demander une réduction de leurs pots-de-­vin et fermages, proportionnée à la quotité des objets supprimés.

Néanmoins, si cette quotité, fixée d’après les évaluations faites comme il sera dit titre II, chapitre II, forme au moins le dixième du fermage annuel, le fermier sera libre de résilier le bail.

Art. 29. Les preneurs à rente d’aucuns droits abolis pourront, suivant les distinctions de l’article précédent, demander la décharge ou une réduction proportionnelle, relativement aux redevances dont ils sont chargés; mais ils ne pourront rien réclamer sur les deniers d’entrée.

(Suit l’énumération des droits à supprimer moyennant rachat, et des dispositions concernant les droits seigneuriaux rachetables, le rachat des redevances et prestations, l’usufruit et la propriété des colonats.)

 

Paris, 10 décembre 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie pour vous seul une lettre du roi de Westphalie, que vous me renverrez. Tirez-en la substance, non sous la forme d’une lettre du Roi, mais comme extrait d’une communication de la cour de Cassel. Vous enverrez cet extrait à mon ministre à Cassel, et vous le chargerez d’avoir des conférences avec les ministres du Roi, pour connaître les faits, ce qui a donné lieu à cette opinion qui paraît être celle du Roi, enfin quel est le remède; si les troupes ne sont pas sûres, à qui en est la faute. Le Roi lève trop de troupes, fait trop de dépenses et change trop souvent son principe d’administration. Mon ministre fera vérifier les faits à Magdeburg, à Hanovre; la France ne tire cependant rien de ces pays. Vous lui recommanderez d’avoir des conférences sérieuses avec les ministres du Roi, de bien asseoir son opinion sur ces différentes questions et de vous la faire connaître.

 

 

Paris, 10 décembre 1811.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

On fait beaucoup de plaintes sur l’ingénieur des ponts et chaussées du département du Var. Les gorges d’Ollioules sont impraticables ; la route de Grasse à Draguignan est dans le plus mauvais état, ainsi que celle de Grasse à Cannes. On accuse cet ingénieur non-seule­ment de négligence, mais encore de protéger des entrepreneurs suspects.

 

Paris, 10 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, comme une grande quantité de troupes va se trouver dans le royaume de Westphalie, il est nécessaire de régler avec le ministre de la guerre de Westphalie ce qui est relatif à ces troupes. Le Roi doit payer et nourrir 12,500 hommes. Il est juste que la dépense de tout ce qu’il nourrira en sus soit prise en compensation sur la solde et l’habillement de cet excédant. Il est juste aussi que les autres dépenses soient réglées sur un pied raisonnable, comme, par exemple, 20 sous par ration de fourrage, 20 sous par journée d’hô­pital pour les hommes qui seront aux hôpitaux du pays ; la ration de pain et de vin à un prix un peu moindre que le prix ordinaire, vu que le soldat est logé chez l’habitant, et que cet argent reste dans le pays. Adressez-vous pour cela à mon ministre à Cassel. Faites-lui connaître que, cette compensation étant juste, il s’occupe de la régler pour l’année 1811. Vous suivrez cette affaire par le canal de mon ministre, et il en résultera une petite convention militaire; cela sera agréable à la cour de Westphalie et aplanira toute difficulté. J’ai voulu exprès vous charger de porter cette douceur, pour que cela vous rapproche de la cour de Westphalie, parce que la désunion n’est bonne à rien.

 

Paris, 12 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 9, avec le rapport du directeur d’artil­lerie de la Rochelle, d’où il résulte qu’au 9 mon décret sur les bat­teries de la Gironde et de l’île d’Oléron n’était pas exécuté. Je vois bien des si, des mais, des car dans votre rapport, mais point de canons ni de batteries. Mon décret disait positivement le jour où tout cela devait être exécuté. C’était au bureau de l’artillerie à prendre des mesures pour réussir. Ce n’est pas prendre des mesures que d’écrire à un pauvre directeur de faire. Que voulez-vous qu’il fasse ? Vous manquait-il des canons ? Il fallait me le dire; j’aurais ordonné à la marine de vous en fournir. Vous manquait-il du bois pour les plates-formes ? Il fallait me le dire; j’aurais fait plutôt suspendre les constructions dans les chantiers pour vous fournir le bois qui était nécessaire. Vous manquait-il des bâtiments de transport ? Il fallait le dire ; j’aurais ordonné qu’on mit à votre disposition tous les moyens possibles de transport et jusqu’aux chaloupes des vaisseaux. Vous man­quait-il des hommes, des officiers, et étiez-vous dans l’impossibilité d’en avoir ? Il fallait le dire, et j’aurais ordonné à vingt officiers et à un bataillon de la marine de Rochefort de se rendre à Oléron pour vous aider. Mais je vois que le bureau de l’artillerie se contente de vous présenter des lettres à signer pour le général Camas et pour le direc­teur d’artillerie. Aviez-vous chargé le génie de construire ces batte­ries, et le génie n’avait-il pas les moyens de le faire ? Lui manquait-il des ouvriers ? Il fallait prendre les travailleurs de l’île d’Aix. Enfin, ou le décret était possible ou il était impossible : s’il était impossi­ble, vous deviez le dire; s’il était possible, vous deviez l’exécuter. Certainement l’exécution de ces ordres n’était pas possible sans prendre aucune mesure qui sorte des formes ordinaires. Je vous renvoie votre rapport. Faites réunir les officiers d’artillerie et du génie et prenez des mesures pour en finir. Déjà deux de mes fré­gates sont bloquées dans Maumusson. Des vaisseaux seraient depuis deux mois aux Saumonards, si les batteries étaient armées. Toutes mes opérations maritimes sont arrêtées. Si le général la Riboisière n’avait écrit que des lettres, il n’aurait pas encore armé une seule batterie aux îles d’Hyères.

 

Paris, 12 décembre 1811.

NOTE SUR UN RAPPORT DU MINISTRE DE LA MARINE, RELATIF A TRIESTE.

Il n’est pas question de fortifier Trieste ; Trieste est tellement loin de l’Angleterre, qu’une expédition, ayant des troupes de débarque­ment à bord, ne peut pas être faite de Londres pour incendier un vaisseau; une croisière de deux ou trois vaisseaux, portant 5 on 600 hommes, ne peut pas être aussi forte pour repousser la garnison de Trieste; ce ne serait donc qu’en cas de guerre avec l’Autriche, où l’armée d’Italie serait battue, et les Autrichiens maîtres de cette place; mais les Autrichiens n’auraient pas intérêt à brûler un vais­seau. Cette hypothèse, au reste, est très-éloignée ; mais cela est suf­fisant pour ne pas faire un grand chantier à Trieste, et ne l’est pas assez pour ne pas risquer la construction d’un vaisseau et d’une fré­gate. Pour une frégate, il n’y a pas de grandes dépenses préalables à faire; le ministre donnera donc ordre qu’on mette une frégate sur le chantier. On décidera, à la formation du budget de 1812, s’il convient de construire des vaisseaux.

J’avais le désir d’avoir des vaisseaux partout, parce que je croyais que le bois me manquait en France ; mais aujourd’hui que j’ai d’autres idées et que je suis convaincu qu’on peut construire à Toulon, à Cherbourg, à Rochefort, à Anvers, à Gênes, autant que l’on veut, il me semble qu’il devient moins urgent de profiter des bois de localités éloignées pour disséminer nos ateliers.

 

Paris, 13 décembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j’ai reçu la lettre que vous m’avec écrite en date du 11 ; je n’adhère point à son contenu. Je fais trop de cas de vos services pour vous accorder la demande que vous me faites. Restez au poste où la Providence et ma volonté vous ont appelé; vous avez de la santé pour me servir encore dix ans.

 

Paris, 13 décembre 1811.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous envoie le rapport que me fait l’administration forestière. Il y a un projet de décret que je vous prie de rédiger définitivement, après l’avoir discuté au conseil de la ma­rine, où vous pouvez faire appeler le conseiller d’État Bergon et les autres forestiers, si cela est nécessaire, pour vous donner des ren­seignements. Vous me présenterez un projet pour déterminer la cir­conscription des bassins qui doivent approvisionner les différents ports. La circonstance du canal de Saint-Quentin me porte à désirer qu’une partie des bois du bassin de l’Oise, de l’Aisne et de la Seine soit dirigée sur Anvers. Les besoins de Toulon me portent à désirer que la circonscription de son bassin soit telle que le canal du Centre, la Saône et le canal de Languedoc puissent y conduire des bois. En me remettant ce travail, je désire que vous me présentiez l’état du martelage par département, tel qu’il a été fait pour ces trois der­nières années.

Je suppose que le martelage rend par an à la marine 1,500,000 pieds cubes de bois, savoir : un million provenant des forêts du Do­maine, et le reste, des particuliers. Je crois que les approvisionne­ments par des achats qui ne proviennent point du martelage se mon­tent à 5 ou 600,000 pieds cubes, ce qui dépend, au reste, des circonstances et des années. Ces achats, qui sont fort chers, peuvent désormais n’avoir plus lieu, puisque j’aurai mes propres bois. Je ne compte donc que sur le martelage de 1,500,000 pieds cubes par an. On pourra même le diminuer pour les points où de grands appro­visionnements de bois ne seraient pas nécessaires. Par exemple, pourquoi entasser tant de bois au Havre, tant surtout à Bayonne et à Nantes ? Il sera plus convenable de ne faire que des coupes propor­tionnées aux constructions qu’on veut entreprendre, et de laisser les bois sur pied pour les exploiter au moment de la paix, où leur transport à Brest sera plus facile. Ceci n’est pourtant qu’une idée à approfondir. 1,500,000 pieds cubes par an, c’est à peu près de quoi faire quinze vaisseaux; c’est à peine la moitié de ce dont nous avons besoin, puisque les réparations des escadres, la consommation en petits bâtiments, etc., doit faire monter la consommation à près de 4 millions de pieds cubes. Je suis donc décidé à faire pour 1812, 1813, 1814 et 1815, une coupe extraordinaire de 8 millions de pieds cubes de bois ; ce qui, joint aux 6 millions provenant du mar­telage ordinaire pendant ces quatre années, me fera 14 millions de pieds cubes. En en retranchant 3 millions pour la réparation des escadres et des bâtiments à la mer et pour les autres consommations de bois pendant ces quatre années, c’est-à-dire 750,000 par an, il resterait de quoi faire cent vaisseaux en quatre années, c’est-à-dire vingt-cinq par an.

Dans le bassin du Rhin, de la Meuse et de la Seine, mon intention est de couper pendant ces quatre ans 4 millions de pieds cubes extra­ordinaires, qui se rendraient à Amsterdam, Rotterdam et Anvers, indépendamment du martelage ordinaire ; cette coupe serait faite par parties égales en 1812, 1813, 1814 et 1815.

Dans le bassin de Toulon, pendant ces quatre années, mon inten­tion est de faire une coupe extraordinaire de 2 millions de pieds cubes, à raison de 500,000 pieds cubes par année; ce qui fournira de quoi construire cinq vaisseaux par an, indépendamment des coupes ordinaires. A Brest, mon intention serait de faire arriver un million de pieds cubes, indépendamment des coupes ordinaires, ou 250,000 par an. A Cherbourg, Lorient et Rochefort, je désire faire employer un million de pieds cubes dans ces quatre ans. Cette quantité sera répartie entre ces ports et exploitée dans les forêts les plus voisines, à raison de 250,000 pieds cubes par an. Ces exploitations donne­ront 2 millions de pieds cubes par an, et, dans les quatre années, 8 millions, qui, joints aux 6 millions de la coupe ordinaire, forme­ront un total de 14 millions.

Des commissions extraordinaires seront nommées pour faire ces martelages, en déterminant la nature des bois et le lieu où il faudra les prendre. On les choisira le plus près possible des rivières, afin que le transport en soit plus facile et moins cher.

D’après ces dispositions, mes constructions seront à Amsterdam, Rotterdam et Anvers, conformément à ce que j’ai déjà ordonné ; à Brest, cinq vaisseaux seront mis sur le chantier, de manière qu’on puisse en lancer à l’eau deux par an ; à Toulon, huit vaisseaux seront placés sur les chantiers pour qu’on puisse en mettre à l’eau quatre par an, et ce, indépendamment des frégates de la Méditerranée. Le même travail serait fait pour la Rivière de Gênes, la Toscane et Rome, qui forment le bassin de Gênes. Aussitôt que les cales de ce port auront été construites dans la darse, deux vaisseaux seront mis sur les chantiers, de manière à en lancer au moins un tous les ans. Il est une question que je désire que le conseil de marine retraite, c’est celle de savoir si on peut construire des vaisseaux de ligne dans la Loire. Les épreuves des chameaux qui ont été faites à Venise me confirment de nouveau dans l’opinion où j’ai toujours été que des vaisseaux de 80 pourraient être construits dans la Loire. Je désire que cette question soit examinée à fond, et que toutes les observa­tions faites par les commissaires que j’ai envoyés sur les lieux soient mises sous mes yeux. Enfin, si, comme je le pense, il peut être construit des vaisseaux dans la Loire, on y établira des chantiers pour six vaisseaux, de manière à en lancer trois tous les ans. Si les constructions sur la Loire deviennent possibles, on pourrait alors augmenter de 500,000 pieds cubes par an l’exploitation extraordi­naire pour ce bassin. Je désire que, dans le courant de la semaine prochaine, vous me fassiez un rapport sur cet objet, sur Nantes et sur Gènes.

 

Paris, 13 décembre 1811.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre rapport du 27 novembre relativement à l’approvisionnement de Danzig. A dater du 1er janvier 1812, le service sera entièrement pris à mon compte, hormis le logement et casernement, les lits militaires, les bois et lumières, et tout loyer quelconque de fours et de magasins. Il faut régler cette dépense de manière qu’elle ne dépasse pas 500,000 francs par mois. Il faut aussi des règlements un peu à la prussienne, qui taxent les denrées moyennant des payements exacts. Le pain doit être à bien bon marché, puisque le blé n’a aucune valeur à Danzig. Il faut mettre le plus d’ordre possible dans ces dispositions : la jour­née d’hôpitaux ne doit pas dépasser 20 sous. Quant à l’approvision­nement de siège, j’ai pris un décret que vous recevrez et qui règle tout. Sur 2 millions de francs que vous demandez, la somme d’un million vous a déjà été accordée sur le budget du fonds spécial de Danzig pour 1811 ; l’autre million vous sera de même accordé sur le fonds spécial de Danzig pour 1812. J’ai adopté plusieurs de vos bases; mais j’y ai ajouté l’obligation d’avoir des farines. J’ai changé l’article des bois, qui me parait ridicule; j’en ai cependant laissé pour une petite quantité. J’ai supprimé les articles du biscuit et du foin, mais j’ai doublé l’avoine; avec de l’avoine et du son, les chevaux pourront vivre; d’ailleurs on aura toujours le temps de prendre tout le foin de l’Ile de Nogat; il y en a pour des approvisionnements immenses.

Vous verrez dans mon décret que j’ai porté sous le titre de ma­gasins de réserve 50,000 quintaux métriques de blé froment et 50,000 quintaux de seigle, faisant un total de 100,000 quintaux métriques, que le général Rapp devra se procurer dans les premiers moments du siège, en mettant la main sur pareille quantité, qui se trouvera facilement dans les magasins de la ville; enfin j’ai porté également pour ces magasins de réserve 2,000 quintaux métriques de légumes, que le général Rapp se procurera dans l’ile de Nogat, et 2,000 quintaux métriques de riz, pour lesquels j’ai fait un fonds de 120,000 francs.

P. S. Pour l’approvisionnement extraordinaire de 3 millions de bouteilles de vin et de 500,000 pintes d’eau-de-vie de France, vous me ferez un rapport particulier sur les moyens de se procurer à Danzig cette ressource pour l’armée, soit en faisant venir ces quan­tités de Bordeaux et de la Charente par des licences anglaises, soit en les transportant pendant l’hiver par Lubeck et la Baltique.

 

Paris, 14 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le matériel du génie de la Grande Armée se compose de la 1e com­pagnie du train qui est actuellement à Hambourg, de la 5e qui est à Metz, et de la 6e qui est à Bayonne; ce qui fera 4 à 500 hommes, 150 voitures et 7 à 800 chevaux ; il se compose également des caissons attachés aux différentes compagnies de sapeurs et de mineurs, ce qui doit être au moins l’objet d’une cinquantaine de voitures ; il y aurait donc au moins 200 voitures pour le matériel du génie. Les trois compagnies ont 3 caissons de mineurs, 3 voitures de pétards, 3 sonnettes, 3 nacelles et 21 voitures chargées de cordages, d’ancres, de clameaux et autres objets nécessaires à la réparation des ponts ; je ne parle pas des 21,000 outils attelés. Cela étant, le parc du génie me parait avoir suffisamment, et il n’y a aucun besoin de lui orga­niser un équipage particulier pour les ponts, si ce n’est pour tout ce qui est relatif au bataillon des ouvriers de la marine. Ce serait donc 6 caissons chargés d’outils d’arts nécessaires auxdits bataillons. Puisqu’on a 3 sonnettes avec les trois compagnies, quel besoin y a-t-il d’en avoir 4 nouvelles ? Puisqu’on a 21 voitures chargées de cordages, cinquenelles et agrès pour les ponts, pourquoi y ajouter 4 chariots ? Puisqu’on a 6 voitures chargées de nacelles avec les compagnies, pourquoi y ajouter 4 chariots ?

En général, l’équipage de pont proposé par le génie me parait inutile ; les équipages suffisent, mais je ne m’oppose pas à ce qu’il soit formé une demi-compagnie avec le dépôt qui est à Metz, et que cette compagnie soit chargée de servir 6 caissons avec les outils né­cessaires au bataillon de la marine et 4 voitures portant 2 grandes sonnettes qui seront affectées an service de la marine.

Faites-moi un rapport qui me fasse connaître de quelle espèce de sonnette sont chargées les trois compagnies, et enfin de quelle autre espèce de sonnette on voudrait charger les 2 voitures qui suivent les ouvriers de la marine.

Un état général du matériel qui existera à l’armée d’Allemagne me fera mieux connaître la situation des choses et me mettra à même de prendre un parti définitif. Il est nécessaire d’y ajouter la portion de matériel dont j’ai ordonné le dépôt à Danzig, outils à pion­niers, etc. Il serait bon d’y avoir quelques grosses sonnettes et un approvisionnement de pilote garnis en fer dont on peut se servir pour construire un pont sur pilotis, soit sur la Vistule, soit sur le Niémen. Le transport se fait par eau et d’une manière extrêmement facile dans tons ces pays.

Il serait du moins très-important d’avoir à Danzig, soit les fers nécessaires pour mettre au bout des pilots, soit des clavettes, clous et ce qui serait nécessaire pour un grand pont sur pilotis ; de sorte qu’en les ayant en magasin à Danzig on pût les transporter où il serait utile.

Il est nécessaire qu’il y ait à Danzig un approvisionnement d’outils pour les mineurs et les ouvriers de la marine, et pour les rempla­cements, s’il venait à s’en perdre. Danzig doit être la grande place de dépôt. Tout doit être là, et il faut qu’on n’ait rien à demander en France.

Faites-moi un rapport général sur le matériel du génie de la Grande Année. Ainsi le matériel du génie consistera dans les caissons des mineurs, des sapeurs, dans les 150 caissons des trois compa­gnies, dans un approvisionnement d’outils à pionniers emmanchés, dans un approvisionnement de pilots tout façonnés, dans un appro­visionnement de madriers suffisant pour construire un pont sur pilotis sur la Vistule, dans tous les fers nécessaires pour construire un autre pont sur pilotis, dans les cordages, nacelles et rechan­ges de toute espèce, soit outils d’art et autres objets nécessaires au génie, qui existeront en dépôt dans la place de Danzig.

Il faut dresser l’état des chargements du génie. Il ne faut pas oublier des flambeaux, des lanternes pour la nuit, en bonne quan­tité, pour éclairer les travailleurs.

 

Paris, 14 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu avec attention votre travail sur les équipages de pont, du 12 décembre.

On propose d’augmenter de 600 chevaux la commande des batail­lons du train pour les chevaux nécessaires au 7e. Si vous vendez au royaume d’Italie les 600 chevaux du 7e principal, le royaume d’Italie vous les payera ; et alors je mettrai un approuvé à la cession de ces chevaux, et l’argent en provenant vous servira à l’achat des 600 che­vaux qui vous manquent. Je ne signerai donc pas le décret que vous m’avez présenté. Les fonds nécessaires vous seront donnés sur le service de janvier; si vous en avez un besoin pressant, le ministre du trésor vous en fera l’avance sur ce qui vous sera donné en janvier.

Vous n’avez pas compris mes intentions sur la réserve de la Garde. Je n’ai pas prétendu que la Garde avançât l’argent nécessaire pour l’achat des chevaux du 4e et du 7e principal, mais que les chevaux qu’on doit acheter pour le 7e et le 4e principal, lesquels doivent ser­vir avec la Garde, seraient achetés et reçus par le général Sorbier, qui a un intérêt à acheter de bons chevaux, puisque ces bataillons doivent servir avec la Garde. C’est d’ailleurs un effet de ma confiance en ce général. Il sera donc nécessaire que le 7e principal vienne à la Fère, où il recevra ses chevaux; le 4e principal pourra les recevoir à Metz.

La réserve de cavalerie doit être servie par le 11e bataillon. Je pense que ce bataillon doit se mettre en marche sans délai, afin de relever, à Erfurt et à Hanovre, les chevaux des quatre compagnies qui sont à l’artillerie de la réserve de cavalerie et qui appartiennent aux quatre bataillons destinés au corps d’observation de l’Elbe. Le dépôt et les hommes à pied de ce bataillon pourront se rendre à Düsseldorf, et l’on fera les achats de chevaux que doit avoir ce bataillon, dans le duché de Berg.

Par ce moyen, la remonte sera plus facile, et ces chevaux seront tous rendus où se trouvent les régiments de cuirassiers, à Cologne et à Bonn.

Il est toutefois nécessaire que les attelages actuels qui sont aux deux divisions de cuirassiers à Cologne, et à Bonn, y restent jusqu’à ce qu’ils soient remplacés par les chevaux du 11e bataillon, de sorte que, si avant que la remonte fût faite j’ordonnais le départ de ces deux divisions, on n’en éprouvât aucun embarras ni retard.

Vous portez à l’équipage de pont cent soixante et dix chariots à munitions; il me semble que cela n’est point l’usage. Formez-moi donc cet équipage selon les règles. Dans l’équipage de pont il doit y avoir deux grandes sonnettes, si nécessaires pour consolider un pont de bateaux.

Il est nécessaire que les deux équipages de pont existent entiers à Danzig. Il faut avoir de plus à Danzig les cordages, ancres, fers et tous les objets nécessaires pour un troisième équipage, de sorte que, selon les circonstances, je ferai atteler les trois équipages, ou je ferai conduire l’un par les transports de réquisition et les deux autres par ceux de l’armée. Vous observez très-bien que l’on trouve partout des bateaux et du bois; et, avec la quantité d’ouvriers que je mène, cela sera promptement établi. Ainsi l’organisation de ce troisième équipage ne nécessitera que les cordages, les ancres, les fers et trois nacelles pour ramasser les bateaux. Faites-moi connaître combien il faudra de voitures pour cet équipage.

Je viens actuellement au détail. L’équipage est de cent soixante et dix bateaux ; il en manque cinq ; que vous voulez prendre à Strasbourg. Ordonnez que ces cinq bateaux soient confectionnés à Danzig; je ne veux rien prendre à Strasbourg; et, comme cent soixante et dix sont un nombre court, faites-en construire à Danzig trente-cinq nouveaux, ce qui fera deux cents bateaux. On aura donc amplement les deux équipages.

Ordonnez qu’au lieu de six haquets qui manquent vingt soient con­fectionnés à Danzig, de sorte qu’avec les dix qui existent cela fera trente haquets de rechange.

Faites faire quinze nacelles, qui, avec les dix qui existent, feront vingt-cinq.

Vous voyez que mon intention est de ne rien tirer de Strasbourg, ni de Vérone; tout doit se trouver à Danzig.

Vous portez cent soixante et dix chariots, ce qui me paraît trop considérable; toutefois mettez en construction à Danzig le nombre qui est nécessaire, et faites-moi connaître la différence de prix d’un chariot construit à Strasbourg à celui d’un chariot construit à Danzig. Faites-moi connaître également si l’on ne pourrait pas se procurer à Danzig les quinze caissons d’outils et les douze forges qui manquent, et si l’on pourrait, d’ici au mois de mars, les faire construire à Danzig.

Je dis la même chose pour les cordages, clous, ancres, fers, etc., mais il faut que tout soit fait à Danzig au 1er mars. On a donc trois mois pleins pour se procurer ce qui manque.

Mon équipage de pont consistera : en deux grands ponts sur la Vistule avec tous les agrès et objets nécessaires, en un pont en cor­dages, ancres et fers, et, outre cela, en quatre avant-gardes de pont, dont une à chaque corps et une à la Garde.

Je suppose que les officiers d’état-major que vous placerez aux équipages de pont ont déjà servi dans les ponts.

Vous me proposez le général Camas pour commander les ponts : cet officier a-t-il de l’expérience dans cette partie ?

 

Paris, 14 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie un rapport sur le casernement de Münster. Comme les couvents vont être supprimés, il y aura de la place. Il est néces­saire qu’il y ait du logement pour 8,000 hommes d’infanterie et 6,000 hommes de cavalerie, un bel hôpital et une grande manuten­tion. Donnez les ordres les plus positifs pour qu’on prenne possession de ce casernement et qu’on le pourvoie de lits militaires.

 

Paris, 15 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, à Vienne j’ai fait jeter sur un bras du Danube de 100 toises de large un pont d’une seule pièce. Je désire que, dans les équipages de pont que je fais former à Danzig, les officiers d’artillerie disposent les pièces de manière qu’on puisse en une heure de temps dresser le pont et le mettre à l’eau d’une pièce. Il est convenable, pour le succès de ces dispositions, que le détail en soit arrêté ici par les officiers d’artillerie. Il a fallu plusieurs jours à Vienne pour cette opération, parce que rien n’était préparé; mais si les madriers, les poutrelles, les fers étaient disposés à l’avance, je pense qu’on pourrait le faire en moins de quelques heures. Il restera ensuite à connaître si ce pont ne pourrait pas être jeté également sur une rivière de 200 toises, sur le Rhin, par exemple; je suis porté pour l’affirmative. Je désire que cette question soit discutée par les officiers d’artillerie, et qu’ensuite l’essai de ce procédé soit fait sur le Rhin ; mais ces épreuves doivent être cachées, et il ne faut pas que les étrangers puissent s’en apercevoir. Ce serait un grand pas de fait si, en se mettant à l’abri d’une île ou d’une rivière qui débouche dans le fleuve, on pouvait préparer un pont et ensuite le lancer et, par la force du courant, l’abattre de manière à jeter en six minutes on pont sur une grande rivière. Je suis porté à penser que les épreuves que l’on ferait à Strasbourg seraient satisfaisantes.

 

Paris, 15 décembre 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le colonel du 23e de chasseurs est nommé depuis plusieurs mois. Il n’avait pas encore rejoint au 29 novembre. Faites-moi un rapport. Ce corps a besoin de son colonel.

 

Paris, 16 décembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, M. de Nesselrode va arriver bientôt; cela me porte à faire rendre sur-le-champ le sénatus-consulte pour la levée de la conscription. Je tiendrai demain un conseil privé pour que ce sénatus-consulte soit rendu dans la semaine et qu’on ne puisse pas l’attribuer à l’arrivée de ce négociateur.

Dans la même intention, je désire qu’une communication soit faite aux princes de la Confédération sur la nécessité de remonter leur cavalerie et de préparer leur contingent. Vous écrirez à ce sujet une circulaire à mes ministres et chargés d’affaires, lesquels en cause­ront avec les princes et avec leurs ministres. Ils prétexteront la levée que font les Russes de 4 hommes sur 500, la grande quantité de troupes qu’ils ont sur la frontière, et le parti décidé où l’on parait être en Russie de faire la guerre, leurs chargés d’affaires demanderont la situation des troupes, le lieu le plus rapproché de l’Oder où elles pourront être réunies, et de combien de jours à l’avance il faudra que la réquisition soit faite.

C’est surtout aux petits princes qu’il est nécessaire de donner cet avis. Il faut leur demander de préparer leur contingent pour former la 3e division.

Nassau a son contingent en Espagne, Würzburg n’a plus rien en Espagne, il peut donc fournir le régiment ici. La Saxe ducale peut également fournir le régiment n°4. La Lippe, Anhalt, Schwarzburg, Reuss et Waldeck peuvent s’occuper de la formation de la 3e brigade; il en est de même du contingent du prince Primat.

Faites-moi un rapport qui me fasse connaître comment étaient organisés ces régiments lors de la campagne d’Autriche, ce que doit fournir chaque prince, ce qu’il a en Espagne et ce qu’il doit fournir ici.

 

Paris, 16 décembre 1811.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

On m’assure que la nourriture est très-mauvaise dans les lycées de Paris. Les jeunes gens se plaignent qu’on y vit très-mal, et d’y avoir surtout de la très mauvaise viande. Allez à l’improviste dans quelques-uns de ces lycées et assurez-vous de la vérité de ces dits.

 

Paris, 16 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre que, toutes les fois que les régiments des Pupilles marcheront, ils ne fassent qu’une demi-étape, à moins d’ordres contraires, et qu’ils aient un séjour tous les quatre jours de marche. Prévenez de cela vos bureaux et les chefs de ce corps.

 

Paris, 16 décembre 1611

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Pars

Mon Cousin, il faut préparer la Garde pour entrer en campagne.

Faîtes-moi un rapport d’abord sur la cavalerie; tout ce qui est eu Espagne me rejoindra. Faites-moi connaître quelle sera la situation de ma cavalerie, en indiquant le complet de chaque régiment et l’effectif actuel, hommes et chevaux, et ce qui manque pour entrer en campagne.

Je désire que mes chevau-légers aient chacun moitié des carabines. Faites-moi un rapport sur la gendarmerie d’élite, en indiquant les lieux où elle se trouve et combien d’hommes je pourrai en avoir en campagne.

Pour l’infanterie, mon intention est d’avoir, 1e division : six régiments de voltigeurs, un régiment de garde nationale de la Garde, formant quatorze bataillons ou 10,000 hommes; 2e division : six régiments de tirailleurs auxquels on joindra les conscrits de la garde italienne, ce qui fera quatorze bataillons ou 10,000 hommes; 3e di­vision : les deux régiments de fusiliers, les deux de chasseurs, le régiment de flanqueurs, formant dix bataillons ou 8,000 hommes; 4e division : les trois régiments de grenadiers, les deux bataillons de vélites royaux, deux bataillons de ligne italiens, formant dix batail­lons ou 8,000 hommes. La force des quatre divisions réunies serait de 36,000 hommes.

La 1e division sera desservie par la 1e compagnie de conscrits canonniers, servant huit pièces de 4; la 2e division aura la 2e com­pagnie, servant huit pièces de 4; la 3e et la 4e division auront les 3e et 4e compagnies, servant chacune huit pièces de 4.

Indépendamment de cela, les trois compagnies régimentaires ita­liennes serviront dix-huit pièces de canon, lesquelles seront atta­chées, savoir : à la 4e division, douze pièces, et à la 2e division, six pièces.

La 1e division aura une batterie d’artillerie à pied servant huit pièces; et une à cheval servant six pièces. La 2e, la 3e et la 4e divi­sion auront le même nombre de pièces. Ainsi la 1e division aura vingt-deux pièces, la 2e division vingt-huit, la 3e division vingt-deux ; la 4e division trente-quatre; ce qui fera cent six pièces. Les quatre batteries d’artillerie à cheval de la Garde servant vingt-quatre pièces de canon, les six compagnies à pied de la vieille Garde servant qua­rante-huit pièces, deux batteries de réserve de la ligne, à pied, ser­vant seize pièces de 12, une compagnie d’artillerie à cheval de la garde italienne servant six pièces, et une à pied servant huit pièces, formeront cent deux pièces d’artillerie de réserve, attachées à la ca­valerie de la Garde et à la réserve de l’armée.

La Garde aura donc deux cent huit pièces de canon, savoir : trente-deux pièces servies par les compagnies de conscrits de la Garde et dix-huit servies par les compagnies régimentaires italiennes, quatorze servies par la garde italienne, dont une batterie à cheval, vingt-quatre à cheval servies par la Garde, quarante-huit pièces à pied servies par la Garde, vingt-quatre à cheval servies par la ligne, trente-deux à pied servies par la ligne, seize de la batterie de réserve; total, deux cent huit pièces.

Artillerie française. — Cent vingt-huit pièces d’artillerie à pied, quarante-huit pièces d’artillerie à cheval; total, cent soixante et seize pièces françaises.

Artillerie italienne. — Dix-huit pièces servies par les compagnies régimentaires italiennes, six pièces servies par l’artillerie à cheval, huit pièces servies par l’artillerie à pied; total, trente-deux pièces italiennes.

Total général, deux cent huit bouches à feu.

J’écris au général Sorbier pour l’artillerie. Concertez-vous avec le général commandant le génie pour ce qui regarde le génie. Il faut une compagnie de sapeurs à chaque division, avec des outils attelés. Il faut que la Garde ait une compagnie de pontonniers avec un petit équipage de pont.

Qu’est-ce que la Garde a en équipages militaires, en faisant reve­nir tout ce qui est en Espagne ? Faites-moi un rapport sur cette organisation.

La 1e division a besoin de 4 caissons d’ambulance, de 28 caissons de transports militaires, ce qui, avec les forges, caissons pour les papiers, etc., fera une quarantaine de voitures. Les autres divisions ont besoin du même nombre de voitures; ce qui fera 160 voitures pour la Garde. Mais ces 160 voitures ne porteraient du pain que pour quatre jours, en supposant par jour 40,000 rations, il faudrait avoir des moyens de porter 400,000 rations, ou 100 voitures de plus. Ce serait donc environ 300 caissons qu’il faudrait à la Garde. Organisez cela en détail.

Faites aussi l’organisation de l’administration : commissaires des guerres, chirurgiens, vivriers, etc., enfin tout ce qu’il faut pour la compléter.

Quant à la cavalerie, il faut la censer formée de deux divisions, puisque je n’aurai pas loin de 6,000 chevaux, en y comprenant les 600 chevaux de la garde italienne, et parce qu’il est possible que les six régiments de lanciers et partie des italiens soient-souvent détachés.

 

Paris. 16 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe

Mon Cousin, vous avez dans l’arrondissement de la 32e division militaire deux équipages de matelots de la flottille qui doivent former 1,600 hommes. Mon intention est qu’en cas de guerre un de ces bataillons, bien armé et bien équipé, marche avec votre corps d’ar­mée et soit attaché à Danzig à l’équipage de pont. Faites-moi connaître lequel des deux bataillons est préférable pour ce service, et ce qu’il y a à faire pour son équipement.

 

Paris, 16 décembre 1811.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je ne sais si je vous ai mandé qu’il était nécessaire que vos troupes eussent une paire de souliers aux pieds, deux paires dans le sac et une ou deux paires dans les caissons ; c’est aux régiments à s’en procurer. Par ce moyen, on peut espérer qu’ils arriveront sur la Vistule avec deux paires, de souliers dans le sac et une paire aux pieds.

 

Paris, 16 décembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, voici l’organisation que je désirerais donner au corps d’observation d’Italie.

La 1e division du corps d’observation d’Italie se réunira à Trente et à Bolzano. Elle sera composée (je fixerai le jour) de deux batail­lons du 8e d’infanterie légère, de quatre bataillons du 84e, de quatre bataillons du 92e, de quatre bataillons du 106e et de deux bataillons croates; total, seize bataillons. Cette division portera le n° 13, ayant décidé de donner un numéro général à toutes les divisions de la Grande Armée.

La 2e division sera composée de deux bataillons du 18e léger, de quatre bataillons du 9e, de quatre bataillons du 35e, de quatre ba­taillons du 53e et de deux bataillons espagnols; total, seize batail­lons. Cette division sera la 14e division.

La 3e division, qui sera la 15e, sera composée de seize bataillons italiens et dalmates.

Ces trois divisions présenteront une force de 38,000 hommes.

On laisserait en Italie les régiments suivants :

Régiments français. —22e d’infanterie légère, six bataillons ; 6e de ligne, trois; 14e léger, trois ; 112e de ligne, cinq; 13e, cinq; 23e, deux; les 5e bataillons des six régiments français composant les 13e et 14e divisions, six bataillons; 10e de ligne, deux bataillons; 20e, deux; 7e, un; 12e, un; 1er léger, deux; 3e, un; 67e de ligne, un; régiment illyrien, un; 52e de ligne, cinq; 102e, deux : ce qui ferait en deçà des Alpes quarante-huit bataillons français, formant 30,000 hommes d’infanterie, lesquels seront complétés par la levée de la conscription qui va être faite, celle de 1812.

Étrangers. — Régiments suisses, deux bataillons; la Tour d’Auvergne, quatre; Isembourg, quatre; régiment étranger, un; total, onze bataillons, 8,000 hommes, avec les Italiens et les Saxons près de 50,000.

Régiments italiens. — Les 4e bataillons qui restent. Rédigez-moi cet état en règle.

Pour la cavalerie, on formera une 9e compagnie à chaque régi­ment, qu’on laisserait en Italie avec les hommes malades et éclopés, et qu’on remonterait de manière à avoir en trois mois 1 ,500 chevaux.

La garde royale serait composée comme elle l’est et sera destinée à se joindre à la Garde impériale.

Chaque division du corps d’observation d’Italie sera composée de trois brigades. Les deux divisions françaises étant ainsi organisées, faites-moi connaître ce qui manquera à leur complet pour que chaque bataillon ait 800 hommes sous les armes à son départ. Le 18e léger, les Croates, les Espagnols et le 8e léger sont portés au grand com­plet. Je suppose qu’il manque aux six autres régiments français 600 hommes à chaque régiment pour être au complet de 3,000 hom­mes, ce qui ferait 3,600 hommes; je donnerai des ordres pour qu’on vous les fournisse, aussitôt que vous m’en aurez envoyé l’état. On pourra prendre ces hommes dans les deux bataillons du 2e régiment de la Méditerranée, forte de 1,600 hommes. Les bataillons du 1er ré­giment de la Méditerranée qui sont en Corse et à l’ile d’Elbe pourront fournir 3,000 hommes.

Six régiments à quatre bataillons font vingt-quatre bataillons. On pourrait avoir les mêmes vingt-quatre bataillons en prenant huit régiments à trois bataillons, et l’on pourrait ajouter ainsi le 112e et le 13e de ligne; mais ce qui resterait en Italie serait beaucoup plus faible, car il vaut mieux garder le 112e et le 13e qu’on peut facile­ment augmenter d’un bataillon que d’avoir huit 4e bataillons qui seront le rebut des corps et qui n’offriront aucune ressource en Italie ; au lieu qu’en gardant en Italie le 13e et le 112e, si les Anglais atta­quaient Naples, Venise, la Toscane ou Gênes, on pourrait réunir sur-le-champ une quarantaine de bataillons d’élite, français, italiens et étrangers, indépendamment d’une quarantaine de 5e bataillon pour tenir garnison et occuper le pays.

Je vais lever la conscription de 1812, et mon intention est de compléter par cette levée tous les 4e et 5e bataillons, et de la laisser tout entière en Italie et en France pour la garde du pays.

On formerait en Piémont une division active d’au moins 6,000 hom­mes, trois dans le royaume d’Italie, une du côté de l’Isonzo et une du côté des Apennins, chacune de 6,000 hommes, une sur les fron­tières de Naples, de 6,000 hommes, de manière qu’indépendamment des 5e bataillons qui seraient renfermés dans les places de Palmanova, de Mantoue, de Peschiera, d’Ancône, on aurait cinq ou six divisions actives, commandées par des généraux de division et de brigade, qu’on pourrait réunir promptement sur le point qui serait menacé.

Tracez-moi le projet d’organisation de ces corps, en me faisant connaître les lieux où on les placerait et ce que le royaume d’Italie pourrait fournir. Le corps de l’Isonzo serait principalement destiné à surveiller Palmanova, Venise, Trieste et la Dalmatie ; il serait natu­rellement bien placé du côté d’Udine. Un autre corps serait chargé de surveiller Ancône, Gênes, Livourne, Rome; ce corps serait natu­rellement bien placé à Bologne. Le corps qui serait chargé de sur­veiller Naples, Rome, Ancône et Livourne, serait naturellement bien placé du côté de Rome; le roi de Naples, qui a une armée de 24,000 hommes, pourrait le seconder puissamment. On pourrait avoir en six jours 6,000 hommes, en douze jours 18,000 hommes, et en vingt ou vingt-cinq jours 30,000 hommes réunis sur le point qui serait attaqué. C’est ce qui vous portera sans doute à penser qu’il est nécessaire de laisser en Italie quatre ou cinq bons régiments. Si vous avez besoin de renseignements, vous pouvez les demander à Borghèse. L’Italie, étant une, doit être comprise dans une même organisation. Le moindre mouvement qui se ferait sentir dans une partie serait senti dans l’autre ; il faut donc la contenir partout.

Quant à l’artillerie, les dix régiments auront chacun deux pièces, ce qui fera vingt. Les deux divisions françaises auront une batterie à cheval et une batterie à pied, total vingt-huit pièces. Les dragons auront deux batteries d’artillerie légère, douze pièces. Indépendam­ment de cela, il y aura une réserve qui sera de deux batteries d’ar­tillerie à pied, chacune de six pièces de 12 et de deux obusiers prus­siens ou licornes, seize pièces ; total, 76 bouchés à feu, dont 56 seu­lement servies par l’artillerie de ligne. Le 7e bataillon bis, qui doit se trouver au grand complet, suffira aisément au service de ces pièces.

L’artillerie italienne sera composée de dix à douze pièces de régi­ment, de quatorze pièces d’artillerie de ligne, d’une batterie de ré­serve de six pièces de 12 et de deux obusiers, et d’une batterie d’artillerie légère de six pièces pour la cavalerie ; total, trente-huit pièces de canon, et, en ôtant les dix pièces de régiment, vingt-huit pièces de canon. Enfin la Garde royale aura ses dix-huit pièces d’ar­tillerie servies par les compagnies régimentaires et quatorze servies par les compagnies d’artillerie, de la Garde à cheval et à pied; total, 32 bouches à feu.

Les dix-huit pièces régimentaires seront de 4 ou de 3.

Il est nécessaire d’avoir des sapeurs et des outils attelés. Faites-moi connaître si du 1er au 10 janvier les trois divisions du corps d’observation pourront être réunies , la 1e à Trente et à Bolzano, la 2e à Brescia et la 3e à Vérone, et la cavalerie aux environs, avec toute l’artillerie bien attelée, double approvisionnement de caissons, compagnies du train du génie et au moins 6,000 outils attelés, afin qu’en février ce corps puisse se mettre en campagne.

Le 9e bataillon des équipages militaires qui est à Plaisance, dont vous enverrez passer la revue, et les caissons italiens pourront porter tout ce qui est nécessaire. Il sera nécessaire que ce corps marche par division, de manière à arriver rapidement sur Ratisbonne. Je n’ai pas besoin de vous dire que ces ordres devront s’exécuter avec le plus de mystère possible, et qu’il faut que les gazettes ne parlent pas et ne donnent aucune alerte.

La cavalerie légère sera composée, savoir : 1e brigade, le 6e de hussards et le 8e de chasseurs; 2e brigade, le 6e et le 25e de chas­seurs; 3e brigade, le 9e et le 19e de chasseurs; 4e brigade, le 2e et le 3e régiment de chasseurs italiens.

Je crois que le 4e de chasseurs est déjà parti de Turin. Ces quatre brigades prendront les numéros généraux; la 1e brigade sera la 10e, la 2e sera la 11e, la 3e sera la 12e, et la 4e sera la 13e.

Chaque brigade partira forte de 1,200 chevaux, hormis la brigade italienne, qui sera de 1,600; mais les autres brigades ne tarderont pas à recevoir des dépôts 400 chevaux. Chaque régiment de cava­lerie laissera les cadres de la 9e compagnie bien complets et 50 che­vaux, lesquels seront promptement quadruplés. Présentez-moi des généraux de cavalerie pour commander ces brigades.

Je n’ai point même communiqué cela au ministre de la guerre. Rédigez-moi ce travail en règle; mettez-y les officiers, les compagnies d’artillerie, du génie, les caissons et tous les autres détails parfaite­ment en état. Faites-moi connaître aussi ce qui manque, en détail, à chaque corps ; je vous donnerai alors des ordres pour l’exécution.

 

Paris, 17 décembre 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 13 décembre. Je ne vois pas dans les états qui l’accompagnent l’organisation de l’artillerie, du génie, des équipages et caissons de toute espèce de votre armée. Je n’y vois pas les caissons d’ambulance, les caissons de transports mi­litaires pour les vivres. Votre armée a besoin d’avoir une quantité de voitures nécessaires pour porter dix jours de vivres. Je ne vois pas non plus l’organisation du corps que vous voulez laisser à Cassel pour garder le pays, réprimer les insurrections et se porter où il serait nécessaire.

Le général Morio est tout à fait incapable de commander votre corps d’armée. Il faut le garder auprès de vous comme grand maréchal ou comme aide de camp, ou bien le charger de commander le génie de votre armée. Ces 16,000 hommes, commandés par ce géné­ral, ne seraient d’aucune valeur. Je ne vois pas non plus d’homme capable de commander la cavalerie et sachant bien se tirer d’une charge.

Enfin votre corps a besoin, pour entrer en campagne, d’être muni de tout le matériel nécessaire à cet effet. Il est nécessaire qu’il ait des sapeurs et des outils pour pouvoir se retrancher. Comme il paraît que la Prusse sera avec moi en cas de guerre, votre corps d’armée, s’il doit être employé au-delà de la Vistule, doit être complètement organisé et muni de tout. Pour faire la grande guerre, vous ne pou­vez pas avoir moins de quarante pièces de canon et de 250 voitures, c’est-à-dire 1,200 chevaux d’artillerie.

Si vous devez vous absenter de la Westphalie, qui est-ce qui gou­vernera le pays pendant votre absence ? Quelles forces lui laisseriez-vous pour le contenir ?

 

Paris, 18 décembre 1811

Au général comte Dumas, directeur des revues et de la conscription militaire

Monsieur le Comte Dumas, je destine la plus grande partie de la conscription que je vais lever à compléter les 4e et 5e bataillons, afin de pouvoir occuper le camp de Boulogne, la Hollande et les côtes de la 32e division militaire, Cherbourg, Brest, et de retirer de ces points les troupes de ligne que j’y ai.

Je suis dans l’intention de garder spécialement la Hollande et Ham­bourg par des 4e bataillons. Je voudrais avoir rendus dans le courant de février à Harlem et à la Haye au moins quatre 4e bataillons formant 3,000 hommes, les cadres complets et bien composés, les conscrits habillés et se formant là, afin de retirer le 18e de ligne, que, sans cela, je serais obligé d’y laisser.

Je voudrais avoir rendus à Boulogne pour la même époque huit 4e bataillons, pour en retirer les troupes que j’y ai, et quatre ou cinq bataillons à Brest.

Je désire donc que la levée soit activée dans les 1e, 2e, 3e, 4e, 5e, 6e, 26e, 25e, 24e, 16e, 18e, 15e, 14e et 13e divisions militaires; ces pays étant les plus près de Paris, on peut gagner beaucoup de temps et réduire les délais à moitié.

Par ce moyen, les côtes opposées à l’Angleterre seront suffisam­ment garnies pour que je puisse en retirer les troupes qui y sont au­jourd’hui. Dans le courant de mars et d’avril, le tout se renforcera et se formera pour mettre les choses dans la situation convenable.

Les principes généraux doivent être observés dans la répartition des conscrits, c’est-à-dire que les cadres destinés à rester en Italie ne doivent point recevoir d’Italiens ni d’hommes au-delà des Alpes, mais des Dauphinois, des Provençaux, des Languedociens, des Lyon­nais. Nous avons d’ailleurs quinze ou vingt jours devant nous pour dresser les éléments de la répartition de la circonscription. Le prin­cipal est que les délais soient avancés pour les divisions que j’ai citées.

 

Palais des Tuileries, 18 décembre 1811

NOTE DICTÉE EN CONSEIL DES MINISTRES.

La conscription a été établie sur les côtes : il en est résulté que l’inscription maritime en a enlevé quelques hommes. On en conclut que tout individu qui était inscrit sur les matricules de l’inscription ne devait rien à la conscription, parce qu’il était censé appartenir déjà à une armée et être sur un vaisseau.

Mais aujourd’hui le système est changé; les cantons littoraux ne sont plus soumis à la conscription de terre, mais à celle de mer. Il en résulte que tout individu, même faisant partie de l’inscription maritime, est sujet à la conscription, à moins que, par l’effet de l’inscription, il ne se trouve à bord d’un vaisseau, auquel cas il se trouve dans la même position que le conscrit de terre qui s’engage volontairement une année avant la conscription. Un marin qui a commencé par être mousse et qui se trouve, soit volontairement, soit par l’effet de l’inscription, sur un vaisseau, n’est pas passible de la conscription. Mais aucun individu ne peut s’y soustraire en disant qu’il est requis par les syndics et qu’il va se rendre à bord.

Cette matière est donc susceptible d’être décidée pour l’organisa­tion de l’armée de mer par les mêmes principes que pour l’armée de terre. Un homme qui est à bord est comme un conscrit engagé volontairement.

S’ensuivra-t-il de ce qu’un individu a tiré à la conscription et qu’il n’est pas tombé au sort qu’il a rempli tout ce qu’il doit à la marine ? Non. Cet individu de seize à vingt ans, s’il est désigné par le sort, deviendra matelot; s’il ne l’est pas, s’il veut être homme de terre, perruquier, menuisier, on n’aura rien à lui dire, et il ne sera pas porté sur l’inscription. Mais, s’il continue de se livrer à la navi­gation, il est inscrit, car on ne permet la pêche, le cabotage qu’aux inscrits ; et, par le résultat de l’inscription, il est à la disposition de la marine, qui prend parmi les inscrits un tiers, un quart, selon ses besoins. Il faut donc que le ministre de la marine présente un décret qui ordonne, pour le passé, que tous les conscrits qui n’ont pas com­paru au tirage parce qu’ils étaient inscrits aient à rejoindre les ports, sous peine d’être traités comme réfractaires. Cette opération fera un grand plaisir à toute la côte, et, si les états de ces individus étaient dressés, on y trouverait d’énormes abus et des preuves que les syndics ont trafiqué de leur signature pour soustraire beaucoup d’individus.

Quant à la Hollande, il n’est pas douteux qu’il faut y établir l’in­scription comme en France. L’abonnement qui a été fait n’est qu’une manière d’arriver à un autre ordre de choses. La Hollande peut four­nir 20,000 matelots, qui, s’ils ne sont pas à nous, seront à l’ennemi.

Ce serait être bien insouciant, si on avait une escadre prête à partir du Texel, de se faire faute des matelots qui sont à bord des vaisseaux du commerce hollandais. Mais pour cette année ce n’est pas la question.

La conscription est due par un homme, non parce qu’il est marin, mais parce qu’il est Français et qu’il a vingt ans; l’inscription est due, non parce qu’il est Français, mais parce qu’il pratique la mer.

 

Paris, 19 décembre 1811.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous écriviez confiden­tiellement à mon ministre Bignon, à Varsovie, pour lui demander s’il serait possible de faire dans le Grand-Duché une levée de 3,000 che­vaux de chasseurs, hussards et chevau-légers, en les payant argent comptant. Il faudrait que les chevaux eussent soixante mois révolus; on les prendrait à six et à sept ans.

Demandez également à mon ministre à Stuttgart s’il y aurait moyen de se procurer dans le Wurtemberg un millier ou deux de chevaux de chasseurs et hussards, ayant plus de soixante mois. On les pren­drait à six et où sept ans. On les payerait argent comptant.

Écrivez à mon ministre à Cassel pour savoir si l’on pourrait ache­ter en Hanovre et en Westphalie deux milliers de chevaux de la taille de chasseurs, ayant comme les autres soixante mois révolus, et qu’on payerait en argent comptant.

Écrivez dans le même sens confidentiellement à mon ministre Otto, à Vienne, et parlez ici au prince Schwarzenberg. Demandez-lui s’il serait possible de faire acheter en Autriche 3 ou 4,000 chevaux de cavalerie légère qu’on payerait comptant, ayant les qualités requises.

 

Paris, 19 décembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, je désirerais des renseignements sur ce que peut fournir la France en chevaux de remonte, surtout pour la cavalerie légère. J’en ai besoin, et il paraît que les fournis­seurs ont beaucoup de peine à s’en procurer. En 1811, j’ai demandé 25,000 chevaux, je n’ai pu en avoir que 18,000. Faites-moi con­naître l’état des chevaux existants et quelle est sur cet objet l’opinion des inspecteurs des haras, ainsi que des personnes qui suivent cette partie de l’administration.

 

Paris, 19 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, ce n’est plus la même main qui dirige la formation de mes états de situation. Ceux que j’ai sous les yeux ne contiennent que des fautes; il faut qu’il y ait une désorganisation dans ce bureau.

Dans l’état de situation par ordre numérique on porte que le 4e bataillon du 8e léger est à l’île Sainte-Marguerite, et dans le livret par division militaire on porte qu’il est à Porquerolles.

Dans le livret par ordre numérique on porte que le 4e bataillon du 18e léger partira de Turin le 21 décembre, et dans l’état par division militaire on le porte comme partant d’Antibes.

Dans le même état par ordre numérique je vois que le 2e régiment de la Méditerranée a envoyé ses 1er et 2e bataillons sur Palmanova et Mantoue, et que, de plus, il a envoyé un détachement de 500 hommes qui est en route sur Mantoue. Je ne sais ce que cela veut dire.

Au 6e de ligne, on suppose que le 4e bataillon, qui est à Rome, formera le dépôt; ce qui n’est pas exact.

Je vois qu’à l’article du 7e de ligne, du 42e et autres, on porte le 4e bataillon comme incorporé dans les premiers. Que sont devenus les cadres et qui a donné l’ordre de cette incorporation ?

Dans ce même état de situation par ordre numérique on n’a pas mis la note des conscrits que chaque corps a à recevoir, ni de ceux qu’il a reçus.

Je désire que vous me remettiez un nouvel état où toutes ces fautes soient réparées.

 

Paris, 19 décembre 1811

Au général comte Dumas, directeur des revues et de la conscription militaire, à Paris

Présentez demain au Conseil d’État le décret pour la levée de la conscription et la répartition entre les départements. Faîtes-le impri­mer cette nuit. Envoyez vos circulaires dans la journée du 20, afin que les jours nécessaires comptent à dater du 20 décembre.

 

Paris, 19 décembre 1811.

A M. Barbier, bibliothécaire de l’Empereur, à Paris

Je prie M. Barbier de m’envoya pour Sa Majesté quelques bons ouvrages les plus propres à faire connaître la topographie de la Russie et surtout de la Lithuanie, sous le rapport des marais, rivières, bois, chemins, etc.

Sa Majesté désire avoir aussi ce que nous avons en français de plus détaillé sur la campagne de Charles XII en Pologne et en Russie. Quelques ouvrages sur des opérations militaires dans cette partie seraient également utiles.

 

Paris, 19 décembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, vous devez à l’heure qu’il est avoir reçu 60 voitures du nouveau modèle des transports militaires ; faites-moi connaître si vous en avez été content. Ne pourrait-on pas en faire construire une centaine à Hambourg et à Lubeck ? En les faisant confectionner sur les lieux, combien me coûteraient-elles ? On devrait les avoir à meil­leur marché qu’en France, et elles seraient toutes rendues. J’en fais construire cent à Danzig. J’en fais construire à Sampigny autant qu’on peut en construire.

 

Paris, 20 décembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez en chiffre au baron Bignon que, si la guerre avait lieu, mon intention est de l’attacher à mon quartier général et de le mettre à la tête de la police secrète compre­nant l’espionnage dans l’armée ennemie, la traduction des lettres et pièces interceptées, les rapports des prisonniers, etc.; qu’il est donc nécessaire que, dès aujourd’hui, il monte une bonne organisation de police secrète ; qu’il faudrait qu’il eût deux Polonais parlant bien la langue russe, militaires, ayant fait la guerre, intelligents, et dans lesquels on pût avoir confiance, connaissant l’un la Lithuanie, l’autre la Volhynie, la Podolie et l’Ukraine, et un troisième parlant allemand et connaissant bien la Livonie et la Courlande. Ces trois officiers seront chargés d’interroger les prisonniers. Ils devraient parler par­faitement le polonais, le russe et l’allemand. Ils auront sous leurs ordres une douzaine d’agents bien choisis, lesquels seront payés sui­vant les renseignements qu’ils donneront. Ils devraient également être en état de donner des éclaircissements sur les endroits où passerait l’armée.

Je désire que le sieur Bignon s’occupe sans délai de cette grande organisation. En commençant cette organisation, les trois agents de correspondance devront avoir des agents sur les routes de Pétersbourg à Vilna, de Pétersbourg à Riga, de Riga à Memel, sur les routes de Kiev, et sur les trois routes qui, de Bucharest, conduisent à Saint-Pétersbourg , à Moscou et à Grodno ; en envoyer à Riga, à Dunabourg, à Pinsk dans les marais, à Grodno, et donner l’état de situation des fortifications jour par jour. Si les renseignements sont satisfaisants, je ne regretterai pas une dépense de 12,000 francs par mois. Pen­dant la guerre, les récompenses pour ceux qui donneront des avis utiles à temps seront indéterminées. Il y a parmi les Polonais des hommes qui connaissent les fortifications et qui peuvent, de ces dif­férentes places, bien indiquer l’état où elles se trouvent.

 

Paris, 20 décembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous envoie une lettre sur des refus. Y a-t-il quelque chose à faire contre les fournisseurs qui fournissent des draps inférieurs aux échantillons ? Car enfin ces refus ne laissent pas que de retarder la formation de l’armée.

 

Paris, 20 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je vois par votre état de situation que vous avez à la 1e division 1,600 malades aux hôpitaux, 600 aux infirmeries régimentaires ou à la chambre, total 2,200 malades; à la 2e division, 2,000; à la 3e division, 1,500; à la4e division, 1,900; à la 5e di­vision, 2,500; total pour l’infanterie, 10,100 malades.

Vous avez, sans compter les Espagnols, soixante et dix-neuf ba­taillons qui, à 900 hommes chacun, devraient faire 71,000 hommes. Il manque au complet 3,400 hommes; vous avez 10,000 malades, il faut donc ôter 13,000 hommes. Ces soixante et dix-neuf bataillons ne forment pas 58 à 60,000 hommes sous les armes devant l’ennemi. Je suppose que votre état, étant du 1er décembre, éprouvera une grande amélioration au 1er janvier et une plus grande encore au 1er février. De mon côté, je donne ordre qu’on vous envoie des cadres pour compléter l’effectif. Vous ne devez pas avoir en ce moment 750 hommes par bataillon prêts à marcher; je désire beaucoup que votre situation au 1er février soit telle, que chaque bataillon ait 800 hommes sous les armes, que chaque régiment ait 4,000 hom­mes, officiers compris, et que vous ayez 64,000 hommes d’infan­terie à présenter à l’ennemi. Le 15e léger a 200 hommes à vous envoyer de son dépôt à Paris ; le 33e léger en a 600 ; d’autres dépôts en ont plus ou moins. Comme je n’ai pas trouvé les bataillons de l’île de Ré mentionnés dans votre état de situation au nombre des bataillons que vous avez distribués, je présume qu’ils n’étaient pas encore incorporés au 1er décembre; cela doit faire encore la valeur de 3,000 hommes. Faites-moi bien connaître votre situation au 15 dé­cembre, et, par un second état, votre situation au 1er janvier.

 

Paris, 20 décembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je vois dans l’état de situation de votre armée au 1er décembre que le 9e régiment de lanciers polonais n’a que 472 hom­mes. Je ne conçois pas que, lorsque je fais acheter les chevaux à mes frais et que le Grand-Duché n’a à fournir que les hommes, ce régi­ment ne soit pas à 1,000 hommes et à 1,000 chevaux. Pressez donc le complètement de ce régiment.

Je vois également que vos cadres ne sont pas complets. Attendez-vous encore quelque chose des dépôts de Strasbourg et de Wesel, et de l’ile de Ré et de Belle-Ile ?

 

Paris, 21 décembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Doc de Bassano, je vous prie de faire des recherches et de me donner les éclaircissements que vous avez sur cette diffé­rence (entre un livret de l’armée russe et un état remis par le prince Poniatowski).

 

Paris, 21 décembre 1811

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Pars

Mon Cousin, je réponds à votre travail sur l’administration de la Garde. Je m’en tiens à l’organisation du 24 août. 1 ordonnateur, 6 commissaires des guerres et 3 adjoints, en tout 10, me paraissent suffisants. Un commissaire des guerres ou un adjoint sera attaché à chaque division. La cavalerie comptera pour deux divisions. 48 offi­ciers de santé me paraissent suffisants. 302 employés et ouvriers d’administration me paraissent également suffisants. Mais il est néces­saire d’en maintenir le nombre au complet, et à cet effet vous devez donner ordre qu’aussitôt que la Garde sera partie on ait à former de nouveau une compagnie de 100 ouvriers, composée principalement de boulangers, pour recruter les compagnies actives. On les fera rejoindre ensuite par détachements de 50 hommes. Le bataillon des équipages militaires a six compagnies, 17 officiers, 771 hommes et 1,200 chevaux; il sert 30 fourgons et 12 forges des corps, 28 am­bulances, 52 fourgons des vivres; 120 voitures du nouveau modèle, 6 forges, 4 prolonges, total 252 voitures; ce qui me parait suffisant. La distribution en sera faite, pour les fourgons d’administration, à raison de 5 fourgons par division et 10 en réserve pour la cavalerie; pour les fourgons d’ambulance, à raison de 5 par division et de 8 pour la cavalerie ; pour les caissons de vivres ancien modèle t à raison de 14 pour les deux premières divisions, el de 12 pour les deux der­nières, et sans y comprendre les fourgons de la garde italienne. Je vois qu’il ne manque pour tout cela que 229 chevaux, en y compre­nant les 200 chevaux qui sont en Espagne, que les voitures d’ambu­lance, 120 voitures de nouvelle construction et 6 fourgons. Je prends un décret pour l’objet le plus important, qui est l’achat des chevaux.

Je ne compte pas les chevaux qui reviennent d’Espagne, et, par con­séquent, j’ordonne l’achat de 400 chevaux.

Quant aux voitures qui manquent, je pense qu’on les confec­tionne. Veillez à ce qu’au 30 janvier les chevaux, les harnais, les voitures, les hommes, tout soit prêt à partir. Faites-moi connaître où se font les 120 voitures. Moyennant ce, la Garde pourra porter à sa suite sur les 120 voitures de nouveau modèle 480,000 rations, sur les fourgons 45,000, total 525,000; ce qui fera des vivres pour 50,000 hommes pendant dix jours. En outre, le 7e bataillon des équipages militaires sera sous les ordres de l’ordonnateur de la Garde et organisé comme les autres équipages de la Garde, à 252 voitures, portant un million de rations de biscuit, ce qui fera, pour 50,000 hommes pendant vingt jours, 1,525,000 rations. La Garde aura donc des vivres pour 50,000 hommes pendant trente jours, indé­pendamment de ce que les fourgons et autres voitures attachées aux corps porteront. Je juge cet approvisionnement nécessaire, parce que la Garde marche la dernière.

Le ministre de l’administration de la guerre tiendra à la disposi­tion de l’ordonnateur de la Garde l’argent nécessaire pour mettre en état le 7e bataillon. L’ordonnateur veillera à ce que les remontes de ce 7e bataillon soient faites, à ce que les voitures soient en bon état et le bataillon bien organisé, il en ira passer la revue à Metz, car il est inutile que le bataillon vienne à Paris. Vous-même, ayez l’œil sur l’organisation de ce bataillon.

 

Paris, 21 décembre 1811

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Pars

Mon Cousin, je vois par votre travail que l’effectif de la cavalerie de la Garde est de 6,450, et qu’il manque 400 hommes au complet. J’ai pris un décret pour que les régiments ci-après, savoir, le 1er, le 2e, le 3e, le 4e et le 10e de hussards, les 10e, 13e, 14e, 15e, 22e, 20e, 27e, 29e et 30e de chasseurs, fournissent chacun 10 hommes ayant les qualités requises; ce qui fera 140 hommes. Ces hommes seront pris aux dépôts, et, s’il ne se trouve pas aux dépôts de ces régiments le nombre d’hommes demandé ayant les qualités requises, le surplus, ayant ces qualités, sera tiré des escadrons de guerre qui sont en Espagne. Les vingt régiments de dragons qui sont en Espagne fourniront chacun 10 hommes; ce qui fera 200 hommes. Les seize régi­ments de cuirassiers et carabiniers fourniront chacun 6 hommes; ce qui fera 96 hommes. Quant aux 60 hommes qui manquent au 2e ré­giment de chevau-légers, les vélites les compléteront. Moyennant ce, la cavalerie de la Garde sera complète, c’est-à-dire portée à 6,800 hommes.

Il manque 543 chevaux ; j’ai pris un décret qui ordonne de se les procurer, savoir : 188 pour les chasseurs à cheval, 65 pour les mameluks, 176 pour les dragons, 79 pour les grenadiers à cheval, 22 pour la gendarmerie d’élite et 13 pour le 2e régiment de chevau-légers. Donnez des ordres pour que cette remonte ait lieu sans délai ; mais veillez à ce qu’on ne prenne que des chevaux ayant jeté leur gourme et qui aient soixante mois, révolus au 1er février. 4,057 hom­mes sont présents, 332 sont détachés en France et rejoindront; 1,200 sont en Espagne et rejoindront ; je compte donc qu’avec les 500 hom­mes qui vont être fournis cela fera 6,000 hommes de cavalerie en campagne ou soixante escadrons. Passez vous-même des revues pour vous assurer pourquoi il y a 440 hommes et 400 chevaux non dispo­nibles. Il est important qu’au 1er février j’aie ces 6,000 hommes prêts à marcher.

 

Paris, 21 décembre 1811

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Pars

Mon Cousin, j’ai reçu votre travail sur le génie de la Garde. J’ai décidé que la ligne fournirait trois compagnies de sapeurs avec leurs outils, 3 capitaines, 3 lieutenants et 3 sous-lieutenants; que la compagnie de sapeurs de la Garde ferait le service près de la 4e divi­sion , ainsi que 2 officiers supérieurs du génie de la Garde ; cette compagnie aura ses outils comme les autres compagnies de la Garde. Ces compagnies seront sous les ordres des autres commandants de la Garde. Par conséquent, il n’y aura rien à changer à l’organisation actuelle.

 

Paris, 21 décembre 1811

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, Grand Écuyer, à Paris

Vous ferez payer 20,000 francs à chacun de mes officiers d’ordon­nance , afin qu’ils puissent s’équiper et avoir tout ce que les règle­ments leur prescrivent d’avoir.

 

Paris, 23 décembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre de rentrer en France aux deux com­pagnies d’artillerie à cheval de la Garde, aux deux compagnies d’ar­tillerie à pied de la Garde, aux ouvriers d’artillerie de la Garde et aux soldats du train de la Garde.

L’armée du Nord n’aura désormais que l’artillerie suivante, savoir : une batterie d’artillerie à cheval servie par la compagnie d’artillerie à cheval que doit fournir l’armée de Portugal : six pièces ; deux bat­teries d’artillerie à pied servies par les 8e et 17e compagnies du 6e régi­ment d’artillerie à pied, qui étaient destinées à la réserve de l’armée d’Espagne, composées chacune de six pièces de 6 et de deux obusiers : seize pièces; total, vingt-deux pièces. Ainsi l’armée du Nord aura six obusiers et seize pièces de 6 ; ce qui, avec les deux pièces du bataillon de Neuchâtel, fera vingt-quatre pièces.

Vous donnerez l’ordre que le 34e léger et le 130e forment leurs compagnies d’artillerie. Il sera donné à chacune deux pièces de 4; ce qui portera les pièces d’artillerie de l’armée du Nord à vingt-huit.

Quant au train, vous donnerez ordre que les 4e, 5e et 6e compa­gnies du 10e bataillon principal, formant près de 300 hommes et 450 chevaux bien harnachés et en bon état, partent pour se rendre à Burgos. Voyez le bureau d’artillerie au ministère de la guerre pour savoir où ces trois compagnies devraient prendre le matériel d’artil­lerie, comme il est dit ci-dessus.

L’artillerie de la Garde se rendra à Vitoria, et, aussitôt que les 450 chevaux des trois compagnies du 10e bataillon principal du train seront arrivés à Vitoria, l’artillerie de la Garde se rendra en France. Avant de partir, la Garde cédera cependant autant de chevaux et de matériel qu’il en faut pour compléter les trois compagnies du 10e bataillon principal, qui a 450 chevaux et qui peut, je crois, en servir 550. Ce sera donc 100 chevaux que la Garde lui cédera.

Avant que la 4e, la 5e et la 6e compagnie du 10e principal par­tent, vous donnerez ordre que les 72 hommes de ce bataillon qui sont au dépôt de Toulouse y soient incorporés.

 

Paris, 24 décembre 1811.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous trouverez ci-jointe une lettre que j’envoie au ministre de la guerre. Comme le ministre mettra cinq ou six jours à expédier l’ordre qui y est contenu, je désire que vous l’envoyiez dès ce soir par l’estafette, afin que les cadres des 4e régiments de tirail­leurs et de voltigeurs arrivent le plus tôt possible.

 

Paris, 24 décembre 1811.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre sur la distribution d’un onzième convoi de fonds. Je ne vois pas d’inconvénient à envoyer à l’armée de Portugal 500,000 francs ; à l’armée du Centre, 200,000 francs ; au Roi, 500,000 francs; à Santona, 200,000; total, 1,400,000 francs, dont 750,000 francs en argent et 650,000 francs en traites.

Préparez un douzième convoi qui sera pris sur les fonds et au compte de 1811, que je destine à solder entièrement les escadrons de gendarmerie de la Navarre, de la Biscaye et de Burgos, égale­ment tout ce qui est à Santander, tel que le 130e régiment.

 

Paris, 24 décembre 1811

Au général Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Paris

Je vous prie de m’envoyer des notes sur les dix-sept généraux de brigade de cavalerie, dont les noms suivent : Beurmann, Burthe, Corbineau, Dejean, Delort, d’Oullembourg, Ferrière (qui a été au service de Hollande), Konopka, Margaron, Mouriez, Ornano, Queunot, Saint-Geniès, Dornès, Guitton, Quinette et Reynaud.

Quels sont les quatre meilleurs à employer dans la cavalerie légère et les plus propres à faire le service d’avant-postes, et ceux à em­ployer dans la cavalerie de ligne ?

 

Paris, 24 décembre 1811.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je lis avec attention votre lettre du 19 décembre. Voici comme je désire que les choses soient réglées. Votre ordonna­teur vous fera un rapport, qui établira que, pendant tant de jours, tant de mille hommes et tant de chevaux, au-delà du nombre fixé par les conventions, ont été à la charge de la Westphalie ; que ce nombre d’hommes et de chevaux a dû coûter tant à la Westphalie, et vous diminuerez sur chaque objet 25 pour 100 du prix où les choses sont dans la 32e division militaire, pour équivaloir à l’argent qui sort de chez moi; ainsi la ration de fourrage sera de moins de 20 sous, la journée d’hôpital de moins de 20 sous. On pourra aussi compter la fourniture des draps. On fera entrer en compensation la nourriture des troupes westphaliennes qui sont à Danzig. La conclu­sion de ce rapport sera que telle quantité de troupes a occasionné à la Westphalie tant de dépense, sans parler de la solde. Vous com­muniquerez ce résultat à mon ministre, et vous lui écrirez que, vu le rapport de l’intendant de l’armée, l’intention de Sa Majesté étant de faire une chose avantageuse à la Westphalie, vous donnez ordre que la solde du surplus des troupes qui étaient à la charge du Roi soit payée jusqu’à due concurrence, et que vous priez le Roi d’acquit­ter le reste. Le Roi acquittera ou n’acquittera pas, puisque la note de mon ministre au ministre westphalien ne sera que confidentielle, et qu’elle ne fera pas connaître la raison, mais se bornera à dire qu’une somme de tant a été envoyée pour payer la solde de 12,500 hommes et qu’il reste dû tant pour aligner la solde. Par ce moyen, cela ne fera pas règle pour les autres princes de la Confédération ni pour la Westphalie, qui, lorsqu’elle recevra une plus grande quantité de troupes, ne sera pas effrayée ; et ainsi vous aurez fait solder les troupes qui sont en Westphalie.

 

Paris, 25 décembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie des pièces fort im­portantes sur le sieur Bourrienne. Je vous prie de me faire un rap­port et de garder pour vous ces pièces, car cela demande le plus grand secret. Tout me porte à penser que cet individu a des intrigues suivies à Londres. Apportez-moi cette affaire jeudi.

 

Paris, 25 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il sera formé douze brigades de cavalerie légère française et une brigade de cavalerie italienne. Ces brigades seront organisées et por­teront les numéros suivants :

lre brigade, 2e chasseurs, 9e de cavalerie légère polonais, qui est à ma solde à Danzig, général de brigade, Pajol.

Réitérez les ordres pour que le 9e polonais soit complété à 1,000 hommes et à 1,000 chevaux à mes frais, en prenant les che­vaux et les hommes en Pologne.

2e brigade, 1e et 3e de chasseurs ; général de brigade, Bordesoulle.

3e brigade, 7e de hussards et 9e de chevau-légers ; général de bri­gade , Jacquinot.

4e brigade, 8e de hussards et 7e de chasseurs; général de brigade, Piré.

5e brigade, 23e et 24e de chasseurs; général de brigade, Castex.

6e brigade, 7e et 20e de chasseurs et 8e de chevau-légers; général de brigade, Corbineau.

7e brigade, les 11e et 12e de chasseurs; général de brigade, Saint-Geniès.

8e brigade, 5e et 9e de hussards; général de brigade, Burthe.

9e brigade, 11e de hussards et 6e de chevau-légers; général de brigade, Mouriez.

10e brigade, 6e et 25e de chasseurs; général de brigade, Gérard.

11e brigade, 6e de hussards et 8e de chasseurs; général de bri­gade, Gauthrin.

12e brigade, 9e et 19e de chasseurs ; général de brigade, Ferrière.

13e brigade, 2e et 3e régiments de chasseurs italiens; général de brigade italien, Villata.

Les cinq premières brigades font partie du corps d’observation de l’Elbe; elles doivent compléter leur remonte en Allemagne, sous l’inspection des généraux de division et de brigade.

Les généraux Corbineau, Saint-Génies, Burthe et Mouriez, rece­vront l’ordre d’aller passer la revue des régiments de leur brigade, de recevoir les chevaux, et prendront toutes les mesures nécessaires pour que ces régiments puissent entrer en campagne le plus forts que possible en février. Ils verront le ministre de l’administration de la guerre pour prendre ses instructions. Ils séjourneront alternativement à l’un et à l’autre régiment. Un général de brigade sera envoyé dans la 6e division militaire pour présider à la remonte et à l’organisation des 4e escadrons de cavalerie légère et de dragons dont les régiments sont en Italie.

 

Paris, 25 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les cuirassiers seront organisés de la manière suivante :

La 1e division, commandée par le général Saint-Germain, sera composée du 2e, du 3e et du 9e de cuirassiers. Chaque régiment for­mera une brigade, étant de huit escadrons. Il y aura trois généraux de brigade, savoir : Bessières, Brunot et Queunot.

La 5e division sera composée du 12e, du 6e et du 11e de cuiras­siers. Il y aura 1 général de division et 3 généraux de brigade; ces derniers seront les généraux Reynaud, Quinette et Dejean.

La 2e division de cuirassiers sera composée du 5e régiment, du 10e et du 8e régiment. Les généraux de brigade Beaumont, Richter et Dornès seront employés dans cette division.

La 3e division sera commandée par le général Doumerc ; elle sera composée du 4e, du 7e et du 14e régiment de cuirassiers. Les géné­raux de brigade Berkheim, Lhéritier et d’Oullembourg seront em­ployés dans cette division.

La 4e division sera composée du 1er, du 2e régiment de carabiniers et du 1er de cuirassiers. Les généraux de brigade Schwarz et Paultre seront employés dans cette division. Vous donnerez en conséquence l’ordre à ces généraux d’être rendus pour le 1er février au quartier général de leur division.

Vous donnerez ordre au prince d’Eckmühl de former la 5e division, et à cet effet vous ordonnerez au 6e et au 11e régiment de cuirassiers de partir d’Erfurt pour se rendre en Hanovre. Cette 5e division se for­mera dans le Hanovre et dans le Mecklenburg. Douze pièces d’artil­lerie légère seront attachées à cette division.

Comme les compagnies d’artillerie légère pourraient manquer, on prendra une de celles du corps d’observation de l’Océan et une de celles du corps de l’Elbe, qu’on remplacera par une compagnie à pied.

Le 1er régiment de lanciers sera attaché à la 1e division de cui­rassiers; le 2e régiment à la 2e division; le 3e régiment à la 3e divi­sion ; le 4e régiment à la 4e division, et le 5e régiment à la 5e divi­sion. Chaque régiment de lanciers fournira trois escadrons complétés à près de 800 hommes et de 800 chevaux. Vous me ferez connaître si au 1er février vous pourrez faire partir un escadron de 250 hom­mes bien habillés et bien équipés pour les divisions de cuirassiers; si au 1er mars le 2e escadron peut partir, et le 3e escadron au 15 avril. En supposant que chaque régiment de cuirassiers soit à 900 chevaux au 1er mars, l’augmentation de 800 chevau-légers por­tera la force de la division à 3,500 chevaux.

Vous ferez une ordonnance sur le service des chevau-légers avec les cuirassiers. Sous aucun prétexte, les cuirassiers ne pourront être donnés en ordonnances. Ce service sera fait par les lanciers; les généraux mêmes se serviront de lanciers. Le service de correspon­dance, d’escorte, celui de tirailleurs, sera fait par les lanciers.

Quand les cuirassiers chargent des colonnes d’infanterie, les che­vau-légers doivent être placés sur les derrières ou sur les flancs, pour passer dans les intervalles des régiments et tomber sur l’infanterie lorsqu’elle est en déroute, ou, si l’on a affaire à la cavalerie, sur la cavalerie et la poursuivre l’épée dans les reins.

 

Paris, 25 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je juge convenable de changer la for­mation de la 6e division du corps d’observation de l’Elbe, qui n’était encore formée que sur le papier. En conséquence, cette division sera composée de quinze bataillons, savoir : de quatre bataillons du 24e léger, qui partiront de Paris le 16 janvier, de quatre bataillons du 19e de ligne, qui partiront de Boulogne le 15 janvier, de quatre bataillons du 56e qui partiront le 20 janvier, et trois bataillons du 128e. Deux bataillons seront fournis sur-le-champ; le troisième bataillon partira aussitôt que possible.

La 6e division se réunira le 1er janvier à Osnabrück avec son artil­lerie, génie, administration, etc. Le général Legrand la commandera; il sera rendu à Osnabrück le 1er février. Les généraux de brigade Albert et Maison seront employés dans cette division. Vous consul­terez le général Legrand pour nommer le troisième général de brigade et l’adjudant commandant nécessaire à la division, laquelle sera composée de trois brigades.

Dès le 1er janvier, le général Legrand prendra le commandement, les chefs de corps lui adresseront leurs demandes, et il travaillera avec vous et avec le ministre de l’administration de la guerre pour la formation et l’organisation de sa division.

Les quatre bataillons du 24e léger seront à 800 hommes présents sous les armes au 1er février, à Osnabrück. Il lui manque, je crois, pour être à ce complet 600 hommes. Présentez-moi un projet pour détacher des 5e bataillons d’infanterie légère dont les régiments sont en Espagne les nommes disponibles pour former les 600 hommes nécessaires pour recruter ce régiment; les 21e, 28e, 27e, 17e, 25e, 6e, 2e, 4e, 12e, 16e, 23e, etc., pourront fournir ces 600 hommes. Choisissez dans chaque dépôt ce qu’on peut en tirer.

La 8a division sera composée de dix-sept bataillons, savoir : qua­tre bataillons du 11e régiment d’infanterie légère, cinq bataillons du 2e régiment de ligne, cinq bataillons du 37e et trois bataillons du 124e. Elle se réunira à Munster et à Wesel. Le général de division Verdier en aura le commandement; il sera rendu à Munster le 1er fé­vrier. Le général de brigade Viviès sera employé dans cette division ; il sera nommé deux autres généraux de brigade et un adjudant com­mandant. Cette division aura trois brigades comme la 6e division ; le général Verdier en prendra le commandement au 1er janvier.

La 9e division sera composée de dix-sept bataillons, savoir : deux bataillons croates qui partiront le 2 janvier de Paris, bien habillés et bien équipés, douze bataillons suisses et trois bataillons du 123e.

Chaque régiment suisse fournira d’abord deux bataillons avec une compagnie d’artillerie, chaque bataillon complété à 840 hommes, et, aussitôt que les recrues arriveront, chaque régiment formera son 3e bataillon. Les bataillons qui de Cherbourg se rendent à Paris, ceux qui sont à Paris, partiront de Paris le 15 janvier. Donnez ordre à leurs dépôts d’envoyer à Paris ce qu’ils ont disponible; faites-y venir spécialement la compagnie d’artillerie qui est à Marseille. Les deux bataillons qui se rendent à Besançon s’embarqueront à Stras­bourg sur le Rhin pour passer à Wesel.

Les deux bataillons du 123e qui sont à Boulogne partiront le 15 janvier; ils se rendront à Saint-Omer où est leur dépôt; ils y séjourneront cinq ou six jours ; ils prendront tous les hommes dispo­nibles pour compléter les deux premiers bataillons à 1,600 hommes; après quoi, ils se rendront à Nimègue. Le 4e bataillon qui est à Magdeburg fera partie de ce régiment ; il restera à Magdeburg jusqu’à nouvel ordre.

Le général Belliard aura le commandement de cette division ; le général Amey servira sous ses ordres comme général de brigade. Le général Belliard fera connaître quels sont les deux autres généraux de brigade qu’il désire pour commander ses deux autres brigades, et l’adjudant commandant qu’il veut pour chef d’état-major.

 

Paris, 25 décembre 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris

Le comte Saint-Priest, étant sur la liste des maintenus, ne devrait pas être en France ; cependant j’apprends qu’il est à Genève. Ses fils continuent à être au service ennemi, et il correspond avec eux sur toute espèce de nouvelles. Donnez ordre que cet individu évacue non-seulement la France, mais tous les pays occupés par l’armée française.

 

Palais des Tuileries, 25 décembre 1811.

Au capitaine de Frégate Feretier

Monsieur le Capitaine Feretier, nous vous faisons savoir que nous avons placé sous votre commandement nos frégates l’Ariane et l’Andromaque et notre brick le Mameluk, avec l’intention que vous croi­siez dans l’Océan, autant de temps que vous le jugerez convenable, pour faire tout le mal possible à l’ennemi.

Vous avez les relâches de tous les ports des États-Unis d’Améri­que, avec lesquels nous sommes en paix.

Lorsque vous jugerez devoir rentrer, nous désirons que vous ren­triez dans la Méditerranée pour rejoindre notre escadre de Toulon, si toutefois les circonstances vous le font penser convenable.

Il nous est parvenu des informations qui nous donnent lieu de penser qu’un certain nombre de nos sujets, prisonniers de guerre, a été jeté sur l’ile de Cabrera, près Majorque, et nous voulons que, si les circonstances vous favorisent assez pour pouvoir, sans com­promettre la division sous vos ordres, enlever ces prisonniers ou partie d’entre eux, vous exécutiez cette opération, qui nous sera par­ticulièrement agréable.

Nous chargeons notre ministre de la marine de vous faire parvenir toutes les instructions de détail relatives à votre mission. Il vous fera connaître que nous vous laissons la liberté de diriger votre croisière et d’en prolonger la durée, comme vous le jugerez le plus convenable à notre service, persuadé que, par votre courage, vos talents et votre activité, vous justifierez la confiance dont nous vous honorons.

 

Paris, 26 décembre 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, le comte Auguste Talleyrand, lors de son ma­riage, déclara à la famille de sa femme qu’il avait une somme de 200,000 francs comme lui ayant été donnée par son cousin le prince de Bénévent, alors ministre des relations extérieures. Cependant le prince de Bénévent exigea des bons à ordre pour ladite somme. Ces bons, qui depuis ont été mis dans la circulation, sont entre les mains des agents de change ; de sorte que, s’ils ne devaient être ac­quittés dans un court délai, le comte Auguste Talleyrand serait dans le cas d’être déshonoré. Je ne puis approuver ce double procédé. Les clauses matrimoniales sont sacrées, et, puisqu’on disait que le prince de Bénévent donnait 200,000 francs, il ne devait pas exiger de billets ; mais, puisqu’il les avait exigés, la délicatesse ne permet­tait pas qu’il les mit dans la circulation. N’ayant fait le sacrifice de 2,200,000 francs pour acheter l’hôtel du prince de Bénévent qu’afin de lui faciliter l’arrangement de ses affaires, je désire que cette somme serve aussi à arranger l’affaire du comte Auguste Talleyrand.

J’ai en conséquence ordonné à l’intendant général de mon domaine extraordinaire de retenir cette somme. Mon intention est que vous partiez au prince de Bénévent, au comte Auguste Talleyrand, et que vous vous constituiez leur arbitre. Si les 200,000 francs doivent être payés par le comte Auguste Talleyrand, vous déterminerez les époques auxquelles il sera raisonnable de fixer les payements, et vous terminerez cette affaire en lui donnant la forme d’un arrangement de famille et non d’un engagement de commerce, qui ne doit pas avoir lieu entre gens d’honneur.

 

Paris, 26 décembre 1811

A Madame la comtesse Auguste Talleyrand

Madame la Comtesse Talleyrand, je reçois votre lettre ; j’y vois les embarras où vous vous trouvez. Je donne ordre au comte Defermon, intendant de mon domaine extraordinaire, d’employer 200,000 francs sur ce qu’il doit au prince de Bénévent pour acquitter les billets à ordre qu’imprudemment votre mari a signés. J’ai chargé mon cousin l’archichancelier de procéder à un jugement arbitral pour convertir ces effets de commerce en billets de famille; voyez-le à cet effet. Je suis fort aise d’avoir trouvé cette occasion de faire une chose juste et qui, en même temps, vous est agréable.

 

Paris, 26 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai pris un décret pour armer les cuirassiers d’un mousqueton et les lanciers d’une carabine. Faites un règlement pour leur donner cela.

 

Paris, 26 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les dépêches du géné­ral Decaen, faites une relation de ce qui est arrivé; qu’elle soit assez satisfaisante pour contenter les généraux, mais cependant sans donner trop d’importance à des opérations faites contre des paysans.

Écrivez au général Decaen que j’ai vu avec peine qu’il ait désor­ganisé la division Frère, puisque, par cette mesure, il n’y a plus de forces actives dans le midi de la Catalogne, entre Lerida, Tortose et Barcelone; qu’il est nécessaire qu’il dissipe les rassemblements qui se font sur Vicq, et qu’il prépare un convoi par terre pour Barcelone. On trouve des voitures roulières portant 40 et 50 milliers : une cen­taine de ces voitures pourrait porter un convoi de 5,000 quintaux de farine, ce qui ferait l’approvisionnement de Barcelone pour deux mois et permettrait d’attendre la bonne saison ; on pourrait y joindre tous les mulets de bât qu’on pourrait trouver. Faites-moi connaître le nombre des bâtiments caboteurs partis d’Agde depuis octobre, ceux arrivés à Barcelone et ceux qui ont été pris. Je suppose que le maréchal Suchet a fait sauter les fortifications de Tarragone, moins ce qui avait forme de place, et qu’il n’a conservé qu’un réduit.

Instruisez le général Decaen que le maréchal Suchet a dû cerner Valence le 25 et ouvrir la tranchée le 26. Il espère enlever ce jour-là le camp retranché, ce qui donnera de grandes facilités pour attaquer la ville; de sorte qu’on espérait que dans le courant de janvier la ville serait prise. Présentez-moi les demandes d’avancement pour la Catalogne.

J’ai donné ordre au ministre des finances d’envoyer à Barcelone 400,000 francs argent et 500,000 en traites, moitié pour la solde de la garnison et moitié pour se procurer du blé, etc. Cette der­nière partie sera ordonnancée par le ministre de l’administration. Écrivez au général Decaen et à l’adjudant commandant Nisas que jus­qu’à cette heure les marchés faits pour le cabotage ont peu réussi, qu’il faudrait faire un marché pour transporter par terre. Je suppose que la garnison de Barcelone a besoin de 8,000 rations par jour, ce qui par mois fait 3,000 quintaux ; il faut considérer tous les marchés qui ont été faits par le cabotage comme destinés à l’approvisionne­ment de siège. Il faudrait à présent passer un marché régulier pour un convoi par mois de 3,000 quintaux, porté par un seul convoi de grosses voitures et envoyé exprès régulièrement ; indépendamment d’un prix convenu donné aux voituriers et d’une sûreté, ils auraient le retour pour leur compte. En faisant d’abord partir un convoi en janvier et un en février, on serait au moins tranquille pour l’appro­visionnement journalier de Barcelone.

 

Paris, 26 décembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, il faudrait s’occuper sérieusement de l’approvisionnement de Barcelone. Nous ne pouvons pas nous dissimuler que l’expédition qui partira de Toulon est très-hasardée. Il faut donc, indépendamment de ce qu’on fait par mer, prendre des moyens plus sûrs en les prenant par terre. J’ai trois compagnies du 3e bataillon des équipages militaires à Pau, qui attellent chacune 40 voilures de nouveau modèle; ce qui fait 120 voitures. Chaque voiture peut porter 40 quintaux de farine ou blé; ce serait donc 4,800 quintaux que ces compagnies transporteraient en un seul voyage. En supposant que la consommation journalière de Barcelone soit de 9,000 rations, cela ne ferait que 100 quintaux de farine par jour. Ce transport de 4,800 quintaux augmenterait donc de quarante-huit jours ou deux mois l’approvisionnement de Barcelone. La place est approvisionnée jusqu’au mois de mars; un seul voyage porterait donc cet approvisionnement jusqu’en mai.

Le 5e bataillon de l’armée de Catalogne doit avoir 3 ou 400 mulets ; ce qui augmenterait le transport d’un millier de quintaux. Enfin je ne vois pas ce qui s’opposerait à ce qu’on ait un marché pour une cen­taine de voitures routières, en ne prenant que des voitures qui por­tent 40 quintaux au moins. Si l’on pouvait ainsi organiser un convoi de 3 à 400 voitures, le général Decaen l’escorterait en force ; on le ferait partir en janvier, qui est, dans ce pays, l’époque de la plus belle saison; et Barcelone approvisionné pour avril, mai, juin, juillet, ne donnerait plus d’inquiétudes. Passé juillet, la récolte y pourvoirait.

Je désire donc que vous me fassiez un rapport, 1° sur les res­sources du pays en voitures routières; 2° sur les mulets de bât que l’on trouverait à louer, et sur ceux appartenant à l’armée et dont on pourrait disposer; 3° sur ce qu’il est préférable d’envoyer, de la farine ou du blé ; enfin sur les objections qu’il y aurait à faire contre cette opération.

Vous avez 10,000 quintaux métriques de grains ou de farine à Cette; vous y avez aussi du riz. J’attacherais bien de l’importance à faire faire en janvier un premier voyage, qui m’ôtât toute inquiétude pour un approvisionnement d’un si grand intérêt.

Si l’on organisait un second convoi pour la fin de février, on pour­rait ainsi porter 20,000 quintaux, c’est-à-dire approvisionner Barcelone pour deux cents jours. Présentez-moi votre rapport le plus tôt possible.

 

Paris, 26 décembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte Cessac, je viens de lire votre rapport sur Corfou. Je désire que vous me fassiez connaître si les résultats sui­vants sont exacts. Je suppose que la consommation de Corfou est de 12,000 rations par jour; 12,000 rations font 130 quintaux par jour. Il y avait à Corfou, au 1er octobre dernier, 18,800 quintaux; il y avait donc pour 144 jours. Il y avait en outre un million de rations de biscuit; ce qui, à 12,000 rations par jour, fait pour 84 jours. Il y avait donc à Corfou pour 188 jours (il faudrait 228 jours. Cette erreur se continue dans toute la lettre). Il est entré, dans le courant d’octobre, 3,000 quintaux venant d’Otrante, 5,000 venant de Toulon et 5,000 provenant de l’expédition de Gènes qu’on sait être arrivée; total, 13,000 quintaux, ou pour 100 jours de vivres. Il y a donc, à partir du 1er octobre, pour 288 jours de vivres à Corfou.

Il y a en expédition : 1° sur les quantités ordonnées en 1810, 14,000 quintaux; 2° 10,000 quintaux que le vice-roi a fait partir d’Ancône ; 3° 20,000 quintaux que le roi de Naples doit encore fournir; et, sur ce qui est commandé pour le compte de la France, les expé­ditions de Gênes et de Toulon étant arrivées et celle de Trieste étant a moitié perdue, il reste à recevoir 10,500 quintaux existant à Tarente, 2,500 quintaux existant en expédition à Ancône (il y aurait donc en chargement à Tarente ou à Ancône 13,000 quintaux) ; ce qui ferait une expédition de 57,000 quintaux. Ainsi, il y aurait pour 100 jours dans les expéditions prêtes à partir de Brindisi, pour 100 autres jours dans celles à partir de Tarente au compte de la France, et enfin pour 60 jours dans les convois que le royaume d’Italie a fait partir. En admettant une perte raisonnable, il y aurait en expédition pour 260 jours de vivres; à quoi il faut ajouter les 150 jours de vivres qui doivent résulter des 20,000 quintaux à envoyer par le roi de Naples : il y a donc en expédition pour 400 jours de vivres. Il y avait à Corfou au 1er octobre des vivres assurés pour 288 jours, c’est-à-dire pour 10 mois; ce qui conduit du 1er octobre dernier au 1eraoût prochain. Si ce qui est en expédition y arrivait, il y aurait donc à Corfou pour 688 jours; ce qui conduit au 1er septembre 1813.

Dans cette situation de choses, il me semble que nous n’avons plus besoin que de faire arriver ce qui est en expédition et de tenir la main à ce que le roi de Naples ait son blé dans le courant de janvier à Otrante.

Je désire que vous vous concertiez avec le ministre de la marine pour aviser aux moyens à prendre : 1° pour faire passer les 10,500 quintaux qui sont à Tarente au compte de la France, 2° pour faire passer les 2,500 quintaux qui sont à Ancône; 3° pour faire passer les 14,000 quintaux qui sont à Brindisi et à Otrante. Vous avez aussi à faire de nouvelles instances auprès de la cour de Naples pour qu’elle effectue l’envoi des 20,000 quintaux. Vous examinerez s’il y a lieu à contremander l’expédition de Trieste, et s’il ne conviendrait pas de faire venir le blé que nous avons à Trieste par le Pô sur Turin, où il se vendrait davantage. Dans votre rapport vous ne rendrez compte du résultat de votre conférence avec le ministre de la marine, et vous me proposerez les mesures que vous aurez reconnues nécessaires.

 

Paris, 26 décembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous devez distinguer dans les garnisons de vaisseau ce qui est de la 2e compagnie des 5e bataillons de toute autre troupe de gar­nison. Les 2e compagnies des 5e bataillons, qui sont destinées à for­mer les garnisons de vaisseaux, conformément à mon décret d’orga­nisation, vous appartiennent; elles ne pourront être changées, ni en officiers, ni en sous-officiers, ni en soldats, que par votre ordre; de sorte que d’ici à deux ans vous aurez des compagnies au grand complet, très-acclimatées à la mer et qui formeront des troupes de marine inamovibles. Mais dans le premier moment d’organisation c’est très-différent, et je désire que vous ne mettiez pas d’empêche­ment à ce que le ministre de la guerre fasse débarquer tout ce qui n’est pas bon comme garnison définitive, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas de la 2e compagnie du 5e bataillon.

 

Paris, 26 décembre 1811

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 22 ; j’y réponds sans perdre de temps. Je pense que le générai Morio, qui a votre confiance, est très-bien placé dans votre maison. C’est même un officier distingué, qui serait utile dans votre état-major ou dans votre génie, ces services ayant de l’analogie; mais il n’a jamais mené au feu même une compa­gnie de voltigeurs. Un parfait honnête homme et un homme d’honneur pourrait-il désirer d’être grand maréchal d’un prince qui a détrôné sa famille ? Il peut désirer d’être colonel ou général, vous ayant reconnu; il pourra être avec honneur le grand maréchal de votre fils, mais pas le vôtre. Supposez une défaite, la marche de l’Électeur sur Cassel : dans ce cas, pourriez-vous vous défendre d’un sentiment d’effroi de trouver à vos côtés un homme qui aurait tant de liens par lesquels on peut le saisir ? Quant à la régence que vous voulez laisser chez vous en cas d’absence, je vois bien que Siméon mérite toute confiance pour l’administration ; je suppose que le chef de votre gendarmerie, Bongars, resterait en Westphalie; mais il faudrait encore un général de quelque distinction qui put se porter à la tête des troupes partout où il serait nécessaire.

Vous avez dix-huit bataillons et huit escadrons en ligne. Il vous faudrait soixante pièces de canon. Le moins possible serait quarante-huit pièces, savoir : douze pièces de régiment ; deux batteries à pied, chacune de six pièces de 6 et deux obusiers, seize pièces; deux batteries à cheval de quatre pièces de 6 et deux obusiers, douze pièces; une batterie de réserve de six pièces de 12 et deux obusiers, huit pièces; total, quarante-huit pièces.

Pour le service de vos trente-six pièces de réserve, il faut 200 voi­tures, car il faut avoir 400 coups à tirer par pièce. Ces 200 voitures exigeraient 1,000 chevaux : vous n’en avez que 600, c’est-à-dire que vous ne pouvez atteler que 120 voitures avec votre train. Il fau­drait donc que les 80 autres voitures fussent attelées, au moment de la guerre, par une levée de chevaux de réquisition. Vos trente-six pièces de réserve se trouveraient marcher naturellement, savoir: seize avec l’infanterie, ce qui fera vingt-huit avec les douze pièces régimentaires; les huit pièces de la batterie de réserve avec la garde; les douze de deux batteries à cheval, l’une avec la garde, l’autre avec la brigade de cuirassiers.

C’est là la moindre organisation que vous puissiez avoir, et encore n’aurez-vous que la moitié de l’organisation actuelle de mes troupes, et moins que n’ont les troupes étrangères.

Vos compagnies d’artillerie à pied pour servir huit pièces doivent être de 120 hommes. Les deux compagnies à cheval et les six com­pagnies à pied que vous avez me paraissent suffisantes : trois de ces dernières serviront l’artillerie des divisions et trois seront au parc.

Dix-huit bataillons, représentant 12,000 baïonnettes, doivent avoir 60 cartouches par homme dans les caissons, outre celles des gibernes. Il vous faudrait 48 caissons à cartouches; vous en avez 18 avec les régiments : il en resterait donc 30 avec la réserve. Ces 30 caissons marcheraient, savoir: 18 avec l’infanterie et 12 avec le parc ou la garde. Mais les caissons d’infanterie entrent dans l’éva­luation des 200 voitures.

Je passe au génie. Ce n’est pas avoir une armée que de ne pas pouvoir se retrancher. Vous avez une compagnie de sapeurs ; il fau­drait la porter à 120 hommes au moins. Il faudrait avoir une demi-compagnie du génie organisée comme elles le sont en France. Cette demi-compagnie servirait 25 voitures portant 3,000 outils à pion­niers, des cordages et autres objets nécessaires pour réparer les ponts et aider à passer une petite rivière.

Vivres. — Pour faire la guerre dans le pays où votre corps d’ar­mée servira, vous avez besoin d’avoir du pain pour quinze jours, en transportant du biscuit et de la farine. Je suppose que votre corps se montera à 18,000 bouches; pour quinze jours, c’est l’emploi de 270,000 rations de farine ou de grains. En ayant de grosses voitures portant chacune quatre milliers, vous auriez besoin de 40 ou 50 chariots.

Souliers. — II est nécessaire que chaque homme partant de Cassel ait une paire de souliers aux pieds, deux paires dans le sac et une paire portée dans des voitures, afin qu’une campagne d’été puisse se faire sans que le soldat vienne à être nu-pieds.

Tous les préparatifs se font ici comme si la guerre était certaine. J’ai dans mes équipages 2,000 voitures de gros modèle portant 4 mil­liers, et 4,000 voitures d’artillerie attelées par 20,000 chevaux. Ma Garde seule a deux cents pièces de canon attelées, avec 600 caissons de transport, etc. L’armée française a seule huit cents pièces de canon.

Vous serez toujours prévenu quinze jours d’avance. Tâchez que votre armée soit munie de tout, surtout d’artillerie et de moyens de transport pour les vivres.

 

Paris, 27 décembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie un rapport d’un corsaire. Les mêmes bruits reviennent de tous côtés. Il me parait convenable de faire demander des explications positives sur cette île (Fotoe, dans la baie de Göteborg). Interrogez mon chargé d’affaires pour savoir ce que cela veut dire. Faites-lui connaître que, si effectivement la Suède laissait les Anglais s’établir dans cette île, ce serait l’équivalent d’une rupture, et que, dans ce cas, il devrait quitter sur-le-champ Stockholm avec sa légation. Dites-en un mot ici au chargé d’affaires de Suède.

P. S. Tout ceci ne doit être que matière à un rapport. Jeudi pro­chain vous présenterez la lettre à mon chargé d’affaires à Stockholm.

 

Paris, 27 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je ne puis que désapprouver le parti qu’a pris le sieur Lesseps de suspendre une pension accordée à des malheureux qui ont bien servi la France. Les prétextes qu’il donne ne sont pas fondés. Il ne lui appartient pas de suspendre l’exécution de décrets impériaux, à moins de raisons de la plus haute importance et qui ne puissent souffrir de délai. Le conseil de guerre a eu parfaite­ment le droit d’accorder des indemnités dans ses jugements, et je ne vois pas de quoi s’étonne le sieur Lesseps à cet égard. (Un décret impérial du 25 mars 1811 accordait des pensions viagères à la
famille du comte Demetrio Macri, dévoué à la France, tué dans une révolte à Paxo, l’une des îles Ioniennes. Quelque temps après, le conseil de guerre,
appelé à juger les coupables, ayant, outre les condamnations prononcées contre eux, ordonné de prélever sur leurs biens une somme destinée à indemniser la famille du comte Macri, M. de Lesseps crut devoir suspendre l’exécution de cette mesure, se fondant sur ce que la famille Macri recevait déjà, à titre d’indemnité, une pension du gouvernement français.)

Écrivez-lui qu’il donne cours à la sentence du conseil de guerre, et que, sans écouter de vaines considérations, il protège les amis de la France. C’est un défaut trop reconnu de la part de l’administration française d’abandonner toujours ses amis, en prêtant l’oreille aux calomnies et en condamnant trop légèrement sur les moindres prétextes.

 

Paris, 27 décembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, vous m’avez dit que le transport des bois depuis la forêt de Compiègne jusqu’à Anvers serait du prix de 3 francs. Je vous envoie un rapport du capitaine forestier de Com­piègne, qui ne l’évalue qu’à 1 fr. Il m’est déjà revenu de plusieurs côtés que les prix convenus par la marine avec les entrepreneurs de transports sont exagérés, que ces prix avaient été faits dans un temps où l’on payait mal, et que le conseil de la marine peut en rabattre la moitié en payant bien : ce serait une économie de 2 millions. Il est évident que toute chose qu’on paye aujourd’hui au même prix qu’on la payait il y a six ans doit éprouver une modération de plus de 30 à 40 pour 100.

 

Paris, 27 décembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, mon intention est que les deux bataillons de Bade, qui sont à Danzig, soient portés sur les états comme attachés à la 1e division du corps d’observation de l’Elbe, que les deux bataillons de Hesse-Darmstadt soient portés comme attachés à la 4e division, et que les deux premiers bataillons du 127e soient attachés sans délai à la 3e division (du général Gudin). Par ce moyen, les cinq premières divisions de votre corps d’armée formeront quatre-vingt-sept batail­lons, et vous vous trouverez gagner une augmentation de six pièces de campagne. Donnez des ordres en conséquence. Vous avez reçu l’organisation des 6e, 8e et 9* divisions qui se composent, savoir :

La 6e division, de quatre bataillons du 24e léger, de cinq bataillons du 19e de ligne, de cinq bataillons du 56e, de deux bataillons du 128e (d’abord et d’un troisième dans le courant de l’année; ce qui fera d’abord seize bataillons ) ;

La 8e division, de quatre bataillons du 11e, de quatre bataillons du 2e, de quatre bataillons du 37e et de trois bataillons du 123e; total, quinze bataillons;

La 9e division, de deux bataillons croates, de huit bataillons suisses d’abord et quatre autres plus tard, ce qui fera douze, de trois bataillons du 123e; total, treize bataillons d’abord, et plus tard dix-sept.

Faites-moi connaître si les 3e, 4e et 5e bataillons des 127e et 128e sont formés. Ne pensez-vous pas convenable, après en avoir extrait les hommes disponibles pour les deux premiers bataillons, d’envoyer ces cadres dans la 25e division militaire, afin que les con­scrits qui vont être levés passent sans délai le Rhin et viennent re­joindre ces bataillons en France ?

 

Paris, 27 décembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous renvoie votre projet de décret du 9 septembre, sur les monnaies. De toutes les questions, si celle du blé est la plus im­portante, celle des monnaies tient le second rang. Rien n’est plus propre à agiter les esprits et à donner matière à la calomnie et aux émeutes populaires. Je ne crois donc pas que le moment actuel soit celui de toucher à ces questions, qui intéressent surtout les classes les plus pauvres de la population ; le blé est trop cher pour cela. Il faut ajour­ner cela et, en attendant, étudier la matière. Sans doute que des réductions sont bientôt ordonnées et bientôt faites, mais les peuples, dont ces opérations diminuent la fortune, en conservent une longue agitation : même en France, ce que j’ai fait l’année passée a beau­coup agité pendant plusieurs mois. Il faut donc continuer à marcher comme on l’a fait jusqu’à cette heure, en attendant d’autres cir­constances.

 

Paris, 28 décembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je lis avec intérêt vos rapports des 5 et 27 novembre sur les finances des provinces illyriennes.

Rapport du 5 novembre 1811. — Je vois que vous portez 6,050,000 francs comme dus sur les exercices 1809 et 1810; mais une grande partie de cette dette est illusoire. Comment en effet croire que, pour 1809, le ministre de la guerre doive encore 991,740 francs ? que l’administration de la guerre doive encore 105,000 francs ? Déjà je vois qu’il y a une somme de 500,000 francs à déduire de la dette. J’ai peine à croire que le ministre de la guerre doive 840,000 francs sur 1810; que le ministre de l’administration de la guerre doive 1 million sur cet exercice, et le ministre de l’inté­rieur 300,000 francs. Donnez-moi des explications là-dessus. II serait nécessaire aussi d’avoir des renseignements sur les 500,000 francs qui sont portés comme intérêts des capitaux à la charge de l’Illyrie.

Rapport du 27 novembre. — L’Illyrie est portée en recette dans le budget de 1811 pour 10 millions, mais en dépense elle n’est portée qu’au compte de chaque ministère. Le budget du 15 avril n’était qu’un aperçu; il ne doit plus servir de base, les dépenses de l’Illyrie étant confondues dans celles de l’Empire. En effet, au budget du grand juge, chapitre VIII, j’ai accordé à ce ministre 410,000 francs pour le service de son département dans les provinces illyriennes, et ces 410,000 francs font partie des 27,460,000 francs qui compo­sent le budget du grand juge. Au budget du ministère de l’intérieur, chapitre X, j’ai accordé 400,000 francs pour l’Illyrie; je trouve éga­lement au chapitre X des fonds extraordinaires du même ministère 600,000 francs pour les travaux des ponts et chaussées en Illyrie; ce qui forme le million accordé au ministre de l’intérieur pour ces provinces et qui est compris au total de 43 millions formant le budget de l’intérieur. Je vois au chapitre VI du budget du ministère des finances que j’ai accordé 506,000 francs pour le service des finances en Illyrie. Je vois au chapitre V du budget du trésor que j’ai accordé 200,000 francs pour la même destination. L’Illyrie est portée pour 760,000 francs au budget du ministère de la marine, et depuis, par mon décret du 16 août dernier, cet article a été élevé à 1,100,000 francs. Le chapitre IX du budget du ministère de la guerre accorde 2,400,000 francs pour les régiments croates employés dans les pro­vinces illyriennes. Le chapitre VII du budget du ministère des cultes accorde 300,000 francs. Enfin je vois au chapitre VI du budget de la police que les frais de police en Illyrie sont portés pour 100,000 fr.

Il résulte donc de ces dispositions que l’Illyrie n’a pas de budget particulier; que dès lors il ne peut y avoir ni déficit, ni gain, ni perte ; que c’est une mauvaise expression employée dans votre rapport, et qu’il n’est besoin en rien de mon intervention pour le service de ces provinces, pas plus que pour le service du gouvernement au-delà des Alpes; qu’enfin les comptes de l’intendant ne sont que des comptes de caisse, et que c’est à lui à pourvoir aux dépenses sur les ordon­nances des ministres.

Je viens actuellement au compte de l’intendant Chabrol. Ce compte est en tout fautif et fait d’après les plus mauvais principes de comp­tabilité. La recette forme un véritable budget, puisqu’elle n’est pas confondue avec les différentes contributions de l’Empire : c’est un article de recette à part, pour 10 millions de francs dans le budget général. Sur ces 10 millions, 7,500,000 francs étaient recouvrés au 1er octobre.

Mais la somme de 2,480,000 francs, qui suit dans l’état, est absurde et ne peut que donner lieu à de faux chiffres. On ne peut pas conclure de ce que la Croatie militaire, qui doit rendre 800,000 francs, n’a rendu que 235,000 dans les neuf premiers mois, qu’elle n’en peut rendre que 117,000 pour le restant à recouvrer. Ce même calcul ne peut pas non plus s’appliquer aux sels, ni aux tabacs, de sorte que je regarde tous ces résultats comme fautifs, et tout me porte à penser qu’au lieu de 10 millions les recettes seront de 12 millions. Je ne sais ce que l’intendant entend par secours envoyés du trésor impérial, puisque les 10 millions même font partie du trésor impé­rial. Indépendamment de ces recettes, il devrait y avoir des recettes spéciales, comme les centimes additionnels qui ne sont pas portés au budget de l’État, et ici je ne les vois pas. Cependant le décret du 15 avril est positif; il porte qu’il sera perçu 2 centimes de non-valeurs; or ces 2 centimes de non-valeurs doivent faire leur retour au trésor comme les autres recettes. Je ne vois pas ce qui fait que l’intendant porte les dépenses de la guerre à 7,880,000, celles de l’administration de la guerre à 3,525,000, celles de la marine à 1,352,000 francs. Qui lui a dit, enfin, que les sommes à payer s’élèveront à 16,257,000 francs ? Je ne conçois pas cela. Les sommes à payer en Illyrie sont les sommes à ordonnancer par les ministres. Il n’est pas possible que l’administration de la guerre ordonnance pour 3,500,000 francs dans un pays où il n’y a que six bataillons ; que la guerre ordonnance 2,400,000 francs pour les Croates et d’autre part 5,400,000 francs; ce qui fait un total de 7,800,000 francs. Encore une fois, il n’y a dans ce pays que six bataillons. En conséquence, tout ce système des provinces illyriennes me parait hasardé et mal pensé. Vous seul devez savoir tous les mois ce que vous devez faire payer en Illyrie, puisque tous les mois vous avez connaissance des ordonnances des ministres. Ce que je vois de clair, c’est qu’il y avait de reçu au 1er octobre 7,500,000 francs, et que vous y aviez envoyé 3,500,000 francs, ce qui fait 11 millions; que la dépense s’est montée à 7,500,000 francs, dont 3,700,000 francs pour la guerre, 2,111,000 francs pour l’administration de la guerre et 450,000 francs pour la marine; qu’il reste en caisse 3,500,000 francs, que vous avez encore à recouvrer 3,500,000 frases, et que par conséquent vos ressources sont de plus de 7 millions. Vous devez
savoir actuellement ce que les ministres de la guerre, de l’admi­nistration de la guerre et de la marine, ont coté pour être payé en octobre, novembre et décembre, puisque vous avez vu leurs ordon­nances; vous avez donc la preuve qu’il ne faut pas 7 millions pour unir le service, et que la colonne restant à payer, dont l’intendant porte le total à 8,700,000 francs, est absurde. Je ne dirai pas le budget des dépenses de l’Illyrie, ce mot est impropre, mais le bordereau des ordonnances des ministres pour 1811 ne doit pas dépas­ser les sommes ci-après ; savoir :

Service du grand juge, 400,000 francs; intérieur, 1 million; finances, 500,000; trésor, 200,000; guerre, d’une part 2,400,000, de l’autre 3 millions; total 5,400,000 francs; administration de la guerre, 2,500,000; marine, 1,100,000; cultes, 300,000; police, 100,000; total de la dépense, 11,500,000 francs.

Sur cette dépense de 11,500,000 francs, vous avez payé 7,500,000 francs; il ne doit donc rester à payer que 4 millions. Or vous avez, tant en caisse qu’en recouvrement, une avance de 7 millions : excé­dant des recettes, 3 millions. Vous voyez donc que, si vous n’aviez pas envoyé de fonds, le service n’en aurait pas moins été fait; il aurait été un peu court, mais il se serait liquidé. Ainsi les recettes seront de 11 à 12 millions environ; mais les dépenses ne dépasse­ront pas cette somme, ou tout au plus il y aura entre les recettes faites et les dépenses faites une différence de peu de valeur ; et, comme il faut comprendre dans les moyens de faire ce service les recettes des postes et des douanes, je suis fondé à penser que vous aurez reçu en 1811 plus d’argent en Illyrie que vous n’en dépen­serez. En effet, aux 11,500,000 francs dont j’ai parlé, il faut joindre au moins 1,500,000 francs des postes et des douanes, ce qui fait 13 millions. Or la dépense ne peut pas s’élever à cela. Au reste, l’année est terminée, et vous savez déjà la dépense qui s’est faite, puisque vous connaissez les ordonnances qui ont été envoyées, je désire donc, 1° que vous écriviez à l’intendant pour rectifier ses idées ; 2° que vous me fassiez un rapport exact sur la situation de la dépense faite en Illyrie. Je n’ai pas besoin de demander si toutes les dépenses faîtes par les ministres en Illyrie ont été portées sur leur compte au budget, puisque je n’en doute pas, et qu’encore une fois l’Illyrie, pour ses dépenses, n’appartient qu’au compte particulier de chaque ministère.

Si vous aviez besoin, pour suivre ce travail, des états et autres pièces que vous m’avez remis, vous les demanderiez au ministre des finances, que je charge d’un travail définitif sur les recettes, puisque cela le concerne spécialement.

 

Paris, 28 décembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre état de situation des 13e, 14e et 15* divi­sions. Je vous prie de me renvoyer le même état avec plus de détail. Comment se fait-il que vous me demandiez jusqu’au 10 février pour la réunion des troupes ? Avant calculé que je vous enverrais l’ordre le 2 janvier, vous avez dû compter que vous le recevriez le 8 ; vous pourriez donc l’exécuter le 10. Comment faut-il un mois pour ce mouvement ? Je préfère que vous vous prépariez bien dans vos can­tonnements; il est possible que je vous envoie les ordres d’ici au 10        janvier.

Envoyez-moi en détail l’organisation de votre artillerie; j’y vois bien un nombre suffisant de pièces, mais je n’y vois pas les caissons ni les chevaux. La garde royale a trois compagnies d’artillerie régimentaire; elles devraient donc servir dix-huit pièces de régiment : cependant je n’en vois que six portées dans votre état. Sur vos cent vingt-quatre pièces, vous en avez trente-quatre de régiment; vous n’en avez donc que quatre-vingt-dix de ligne. Pour servir ces quatre-vingt-dix pièces il faut 5 à 600 voitures, c’est-à-dire 3,000 chevaux. Le 7e bataillon principal du train français a 1,500 chevaux environ; il  faut que vous en ayez 1,500 italiens.

Je ne vois pas de pontonniers. Je vois que la compagnie du train du génie n’est pas organisée.

Il faut bien vous garder de prendre les hommes ni les chevaux, du 9e bataillon des transports; j’ai plus besoin de ce bataillon que de l’artillerie : le pain va avant tout.

Les compagnies de sapeurs sont bien faibles. La 1e compagnie du 7e bataillon n’est que de 70 hommes ; il faut la compléter à 140 hom­mes. Celle que vous attachez à la 14e division n’a que 80 hommes. Il faut compléter les compagnies d’artillerie à pied italiennes à 120 hommes, les compagnies d’artillerie à cheval à 100 hommes, et les compagnies de sapeurs à 140 hommes. La 4e compagnie de sapeurs italiens n’a que 80 hommes.

Vous ne me dites pas si les régiments de cavalerie ont leur forge de campagne.

Deux compagnies d’artillerie à pied françaises ne sont pas suffisantes au grand parc, il en faudrait quatre. Je ne vois pas que vous mettiez au grand parc des compagnies d’artillerie italiennes; il en faudrait deux. Enfin, je le répète, je ne vois pas de pontonniers.

Je vois, portés dans votre état, 670 chevaux du train italien et 250 chevaux d’équipages militaires; cela est bien peu de chose ; il vous en faudrait au moins 2,000 d’artillerie, pour avoir votre parc. Je suppose que chaque caisson d’outils attaché aux sapeurs est attelé.

Le ministre de l’administration de la guerre vous écrit pour vous charger d’équiper les deux bataillons croates et pour que vous en fassiez entièrement votre affaire; faites en sorte qu’ils soient prêts avant le 1er février. Je pense qu’il serait convenable que vous les fissiez venir à Brescia, où vous en seriez plus le maître.

Faites-moi connaître où en est la conscription, afin que je voie dans quelle situation je laisse l’Italie.

Il faut laisser Gérard à la cavalerie légère, c’est son métier.

 

Paris, 28 décembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, les 16,000 Italiens qui sont au corps d’armée, dans le pays où se fera la guerre qu’ils sont appelés à faire, ne peuvent ser­vir s’ils ne portent avec eux trente jours de vivres. Chaque régiment doit avoir un caisson d’ambulance. Ayant la valeur de huit régiments, vous devez avoir 8 caissons d’ambulance; mais cela ne sera pas suffi­sant; il faudra 8 caissons de transports militaires pour les ambulances de la garde, de l’infanterie et de la brigade de cavalerie. Chaque bataillon doit avoir son caisson de transports militaires. Ces caissons ne portent guère que 1,000 rations ou des vivres pour un jour; il en faudrait donc 29 fois autant; mais au lieu de caissons de trans­ports militaires, il faut avoir des caissons de nouveau modèle portant 4,000 livres ou 40 quintaux. Le corps d’armée étant de 16,000 rationnaires, 4 de ces voitures porteraient la subsistance de l’armée pour un jour; pour trente jours il faudrait donc 120 caissons. Il serait nécessaire alors de former un bataillon d’équipages militaires italien de quatre compagnies, chaque compagnie de 42 voitures, total 168 voitures. La 1e compagnie aura des caissons de transports mili­taires d’ancien modèle, de manière qu’avec les cuissons des bataillons elle puisse faire le service du pain, du magasin au camp ; cette compagnie fournira aussi 8 caissons pour les ambulances. Les trois autres compagnies auront des chariots de nouveau modèle portant 4,000 ra­tions de farine et de blé. Par ce moyen, les vivres pour trente jours seront assurés à la garde et à l’armée italienne. Je crois que le dépôt de Plaisance peut fournir les caissons de transports militaires dont vous avez besoin. On peut faire construire dans l’Italie et dans le Nord les chariots de nouveau modèle. Les chevaux et harnais seraient achetés aussitôt que vous vous mettriez en mouvement. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître ce que vous avez, ce qui vous manque pour cette organisation et combien cela coûtera.

Le 9e bataillon des équipages militaires ne peut être employé en entier pour l’armée française; quelques compagnies pourraient être cédées aux divisions italiennes.

 

Paris, 29 décembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous ai écrit hier pour Barcelone; j’avais idée d’y envoyer les 120 voitures que j’ai, quoiqu’elles me soient très-nécessaires pour l’armée de Portugal. Je ne renonce pas à cette idée, mais il faut convenir que ces voitures seront bientôt perdues, et que d’ailleurs, n’opérant aucune retenue ; cela devient une opération très coûteuse. D’un autre côté, l’envoi du vin, riz, légumes secs, viande, par le cabotage me convient parfaitement; mais l’envoi du blé et des farines par cette voie m’est extrêmement nuisible : la récolte étant mauvaise en France, chaque bâtiment que je perds ne peut plus s’évaluer par l’argent, mais par la perte réelle des grains, qui approvisionnent l’ennemi, qui en a le plus grand besoin pour Cadix et Lisbonne. Cela étant, j’ai 18,000 quintaux métriques de blé déjà acheté à faire passer à Barcelone : ce serait l’approvisionnement de cette place im­portante pour un an. Dans la situation actuelle de nos récoltes, cet emploi serait imprudent ; je me contenterai donc d’y envoyer 20,000 quintaux de marc, si cela était plus avantageux, en farines: ce serait un approvisionnement de deux cents jours ou sept mois. L’approvisionnement étant assuré jusqu’en avril, ces sept mois me conduiraient jusqu’à fin octobre : cela nous ôterait donc de toute an­goisse pour cet objet si important. Ces mêmes quintaux, je ne veux pas les faire transporter par mer : j’en perdrais la moitié; je veux les faire transporter par terre en cinq convois, chacun de 100 voi­tures : le 1er, le 15 janvier; le 2e, 20 février; le 3e, 20 mars; le 4e, 20 avril; le 5e, 20 mai. Je suppose huit jours à aller, huit jours à revenir, six de séjour; il resterait encore huit jours pour réparer les voitures et se préparer au deuxième convoi.

Je désirerais que ce transport ne se fit pas à mes frais; mais qu’une maison de commerce, comme la maison Durand ou toute autre de ce genre, s’engageât à fournir 100 voitures à 6 chevaux avec 2 ou 3 hommes à Perpignan. Vous lui fournirez par convoi 4,000 quin­taux de farine, qu’elle serait tenue de porter à Barcelone et sous l’escorte de l’armée. Elle chargerait en retour du sucre, café, indigo, coton et laine, etc. Ces denrées seraient portées à Perpignan; il serait constaté : 1° le numéro de la charrette; 2° le poids égal au blé porté; un employé des douanes accompagnerait d’ailleurs depuis Barcelone jusqu’à Perpignan. Ainsi 100 voitures rapporteraient 400,000 francs de sucre, de café ou de coton; la maison aurait le privilège d’intro­duire ces denrées sans certificat d’origine et payerait les douanes à l’ordinaire. Vous calculerez quel serait son gain : ce calcul sera facile à faire. En comparant le prix du sucre à Barcelone avec celui de France, je l’évalue à 1 million par voyage ou 10,000 francs par voi­ture; pour cinq voyages, ce serait 5 millions de gain pour cette maison.

En supposant la voiture d’une valeur de celle des 6 chevaux de l’entretien pendant cinq mois à un total 12,000 francs par voiture, j’aurai toujours pour résultat, pour 100 voitures, 1,200,000 francs de frais; mais cependant le gain resterait de 3,800,000 francs. Il est vrai que j’aurai fait entrer en France 2 millions délivrés de coton, de sucre ou café, mais aussi j’aurai obtenu un grand avantage ; car j’observe que, par le tarif du 5 août, la livre de coton du Brésil paye 4fr. de droits; une voiture qui porterait 4,000 livres ne payera donc à son retour à Perpignan que 16,000 francs.

Si c’est du sucre, la livre brut payé 30 sous ; les 4,000 livres me payeraient donc 6,000 francs. Si c’est du café, la livre paye 40 sous; les 4,000 livres me payeraient donc 8,000 francs. Si c’est de l’in­digo, la livre paye 4 francs 10 sous. Si c’est du cacao, la livre paye 5 francs, etc.

Vous voyez donc que, moyennant ce privilège, j’ai de quoi faire tout ce qui est convenable, sans rien dépenser et accordant le tiers et le quart de l’affranchissement des droits et supposant le charge­ment des 100 voitures, c’est-à-dire des 4,000 quintaux : 1,000 en sucre, 1,000 en coton, 1,000 en café, 1,000 en indigo ou autres denrées.

Le sucre rendra 150,000 francs, le coton 900,000, le café 200,000, l’indigo 1 million; total, 2,150,000 francs : cinq voyages feront 10,750,000 francs.

Je pense que les négociants gagneront suffisamment quand ils auront l’avantage de ne pas être tenus à des certificats d’origine, et qu’ils se soumettront à payer net tous mes droits. Les peaux de Buenos-Aires, etc., les cotons Motril feront partie des retours.

Voyez demain matin les personnes qui pourront vous donner des renseignements positifs sur cette matière; vous m’en rendrez compte après la messe.

Je ne connais point de moyen plus efficace et plus simple d’appro­visionner Barcelone. Je compte d’ailleurs sur votre sagesse pour qu’on fasse à la compagnie les plus grands avantages, en perdant toutefois le moins possible. Bien entendu que si au lieu de 100 voi­tures la compagnie voulait en fournir 2 ou 300, cela serait accepté; alors, au lieu de cinq voyages, on n’en ferait que deux ou trois.

Une fois les principes ci-dessus posés pour Barcelone, je ne vois pas d’inconvénient à les établir pour tout le reste de l’Espagne. A cet effet, tous les transports des effets d’habillement et d’artillerie de Bayonne à Madrid, de Bayonne à Séville, de Bayonne à Saragosse et Valence, seraient établis sur le même principe. Un convoi parti­rait tous les mois, escorté par 1,500 hommes; il serait de 100 on 200 voitures et se rendrait partie à Burgos, partie à Valladolid, par­tie à Madrid, partie à Séville. Il serait accordé tel privilège pour le convoi de Burgos ; tel plus considérable pour celui de Séville ; le même principe pour celui de Valence; par ce moyen, les habille­ments , les effets même et munitions d’artillerie seraient transportés en quantité sans frais.

Il faut calculer les besoins d’habillement par année pour Burgos, Valladolid et Séville. Pour Séville, il faut deux mois de route et au­tant de retour ; le convoi de Séville ne peut faire que trois voyages par an. En supposant 100 voitures, ce serait 300 voitures de mar­chandises qui rentreraient en France; 300 voitures d’habillement ne sont pas nécessaires, mais on transporterait des munitions de guerre, ou on réduirait les convois à 50 voitures, ou on ferait seulement deux voyages à 100 voitures par an. Les convois de Madrid, quatre par an à 25 voitures, 100 voitures; les convois de Burgos et Valladolid, dix convois par an à 15 voitures, 150 voitures; les convois de Valence, à deux par an à 50 voitures, 100 voitures. Ce serait ainsi à peu près 500 voitures qui porteraient 20,000 quintaux ou 2 millions de poids ; ce que je suppose plus que suffisant pour trans­porter les habillements, linge et chaussures pour 300,000 hommes. Ils introduiraient la même quantité de marchandises que l’expédition de Catalogne; mais ici on pourrait se restreindre aux laines, au coton Motril et autres objets du produit d’Espagne; toutefois on pourrait établir une proportion pour les denrées coloniales, si cela était nécessaire.

Après, avoir ainsi appliqué ces idées mères à mes besoins en Espagne, je désire les employer à mes besoins sur la Vistule.

Les transports de Magdeburg à la Vistule se font par eau ; il n’est donc question de s’occuper que de ceux de Magdeburg en France. Je désire avoir 28 millions de bouteilles de vin, 2 millions de bouteilles d’eau-de-vie; total, 30 millions de liquide, formant 60,000 rations de vin pour 300,000 hommes pendant deux cents jours, et 32,000 rations d’eau-de-vie pour 300,000 hommes pendant cent trente jours ; ce qui abreuverait toute une armée pendant une année. Je désire que cela ne me coûte que l’achat à Bordeaux ; 28 millions de bouteilles de vin forment à peu près 12,000 barriques de vin, qui, à 60 francs, font 720,000 francs de dépense à Bordeaux ; 12,000 barriques repré­senteraient 6 millions de livres et exigeraient 1,500 voitures; de Bordeaux à Magdeburg cela devrait coûter une somme qu’il faut cal­culer. J’accorderai le droit de rapporter de Magdeburg des cotons, des sucres et des cafés, en payant à la douane et en établissant une règle qu’il faudrait chercher. J’ai voulu couler à fond cette idée, mais l’important à présent est de s’occuper de Barcelone.

P. S. En me rendant compte de l’opération sur Barcelone, j’ai fait les calculs suivants : une voiture de roulier portant 5,000 livres doit valoir 2,000 francs; 6 chevaux doivent valoir 6,000 francs; total, 8,000 francs. Ainsi j’estime la première mise d’une voiture à 8,000 francs; je crois celle évaluation exagérée, le ministre mettra le prix réel. Trois hommes sont nécessaires; pour l’engagement des trois hommes, pour leur équipement et pour leur habillement, je mets 600 francs, à 200 francs l’un; total, environ 9,000 francs; je crois ce prix exagéré. Je suppose l’entretien des chevaux, par jour, à 2 francs par cheval, 12 francs, et à 3 francs par homme, 9 francs ; cela fait 21 francs par jour; 21 francs multipliés par 365 jours font 7,665 francs. Je mets pour la valeur de la voiture, première mise, 9,000 francs; nourriture des chevaux et des hommes pendant un an, 7,665 francs; total, 16,665; mais, comme je suppose que la voiture et les chevaux dureront trois ans, il ne doit être porté en compte pour la première année que 3,000 francs de première mise et pour nourriture 7,665 francs; total, 10,665 francs.

En négligeant les 665 francs, j’aurai donc 10,000 francs portant 40 quintaux ; en supposant douze voyages, ils porteront 480 quin­taux; ainsi 10,000 francs divisés par 480 quintaux feront environ 21 francs le quintal en frais; il suffirait donc d’un gain de 4 à 5 sous par livre, ou 25 francs par quintal, ou 1,000 francs par voiture, pour que l’individu qui aurait la certitude d’un an de voyage soit hors d’affaire. Or le privilège d’importer du sucre, du café et du coton, sans payer à la douane, sans certificat d’origine, ne peut pas être évalué à moins de 10 sous par livre; si c’était du coton, proba­blement que cela irait à 40 sous. Ainsi, sans rien perdre du droit de douane, ce simple privilège peut être évalué à cela.

Il paraît que les frais de transport de Bordeaux à Magdeburg doi­vent être évalués à 60 francs; ce qui fait 12 sous la livre. Ainsi, en donnant un privilège de douane qui assure au retour un profit de 10 ou 12 sous la livre, les individus doivent se retrouver. Le privi­lège de recevoir du sucre, du café, du coton pris à Magdeburg et transporté en France, en payant les droits et sans certificat d’origine, équivaut à plus que cela.

Tout ce détail étant dicté par moi et de mémoire, il est possible qu’il y ait de grandes erreurs. Il faut tout vérifier et n’adopter sur ce dire aucune assertion, pas même les huit jours de Perpignan à Bar­celone. Vérifier les étapes. (Ce dernier paragraphe est écrit de la main de l’Empereur.)

 

Paris, 29 décembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous envoie une reconnaissance du port de Barcelone; vous y verrez qu’on se forme des chimères; que la passe n’est qu’à 200 toises des batteries, et que, 20 toises en avant, on peut mouiller par 20 pieds d’eau; qu’on peut approcher de Monjuich jusqu’à 150 toises par 16 et 17 pieds d’eau. Nos gabares de 800 tonneaux, chargées à 15 pieds de tirant, peuvent venir jusque près des batteries, s’alléger de 2 pieds pour passer la barre ou bien doubler cette barre pour se mettre à l’abri sous Monjuich. Vos données sur le port de Tarragone sont encore plus fau­tives. Il est de fait que, pendant le siège, les vaisseaux anglais ont dépassé le mole et se sont approchés à quart de portée pour canonner nos redoutes. Les sondes du port rapportent 24 pieds; les frégates sont donc en sûreté. Je pense que l’opération de Barcelone n’a point les difficultés qu’on s’imagine; encore moins celle de Tarragone.

 

Paris, 29 décembre 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’aurais besoin de 300 voitures pour les transports militaires ; ce sont des voitures à quatre roues, fourgons, comme vous pouvez en avoir vu ; elles coûtent 1,200 francs, je les voudrais au 30 février. Les ateliers de la terre à Sampigny sont garnis de voitures d’ancien modèle et ne peuvent en faire que 50 de nouveau modèle par mois; je suis donc obligé d’avoir recours aux ateliers de différentes villes; ce qui a toute espèce d’inconvénients. Je désire que vous voyiez si vous ne pourriez pas me faire construire, d’ici à février, 2 à 300 de ces voitures dans l’arsenal d’Anvers ; ces voitures sont à peu près ce que les officiers d’artillerie appellent prolonge; ainsi votre bureau de l’artillerie saura parfaitement ce que c’est. Les amas de bois qui existent à Anvers et la grande quantité d’ouvriers, l’abondance du fer et de tout ce qui entre dans cette construction, me font penser, sans pour­tant en être sûr, que vous pourrez me fournir ces 300 voitures. Je crois que vous pourrez également m’en fournir 100 à Venise. Le même raisonnement qui permet cette construction à Anvers, ou s’y oppose, s’applique à Venise. Apportez-moi votre rapport à l’heure de la messe.

 

Paris, 29 décembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je désire prendre encore un million dans l’emprunt de Saxe ; faites toucher ce million à Magdeburg ou à Danzig.

 

Paris, 29 décembre 1811

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, il faut envoyer à Barcelone 1 million ; 500,000 francs seront à compte de la solde de 1811 et 500,000 francs pour des achats de blé, viande, légumes, et pour la boulangerie. Cet article sera au compte de l’administration de la guerre. Vous enverrez 400,000 francs en argent et 600,000 francs en billets du trésor.

 

Paris, 29 décembre 1811

DÉCISION.

 

Le ministre de la guerre soumet à l’Empereur une demande du prince royal de Suède, pour avoir l’autorisation d’envoyer à Rostock un tambour suédois, chargé d’apprendre les diverses batteries en usage parmi les troupes françaises. Le prince d’Eckmühl ne fera aucune réponse ; si on le presse, il répondra qu’il n’a pas d’ordres et qu’il a écrit.

 

Paris, 29 décembre 1811.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai un convoi assez considérable à Trieste, destiné pour Corfou. L’événement arrivé à la Corcyre, qui, je crois, est prise, fait craindre qu’il ne soit difficile de faire partir ce convoi. Y aurait-il de la difficulté que ce convoi se dirigeât de Trieste sur Ancône, où il trouverait l’Uranie, la Princesse-de-Bologne, qui, avec la Danaé, feraient trois frégates ?

J’ai à Venise trois vaisseaux qui ne servent à rien ; pourquoi ne sont-ils pas à Malamocco, pour saisir le moment de passer à Ancône ? Ils obligeraient alors les Anglais à tenir trois vaisseaux devant Ancône, ou nous serions maîtres de l’Adriatique. Vous ne me parlez plus de la marine; cependant cela devient plus important que jamais.

 

Paris, 29 décembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je m’occupe de faire réunir à Magdeburg une grande quantité d’eaux-de-vie. Je désirerais que vous en fissiez acheter et transporter à Vérone 1,500 barriques; chaque barrique contient 240 pintes, et chaque pinte donne 16 rations. Chaque barrique pèse environ 100 livres : on pourrait charger sur chaque voiture du 9e ba­taillon des équipages militaires 5 barriques qu’elle prendrait au passage à Vérone; ce qui fait 1,200. Le train italien pourrait en prendre aussi. Les eaux-de-vie arrivées à Dresde ou à Magdeburg seraient transportées sur la Vistule par les canaux qui existent. Ces eaux-de-vie seraient d’une grande ressource. Faites-moi connaître si les eaux-de-vie d’Italie sont aussi bonnes que celles de Cognac, quel en est le prix, quelle quantité on pourrait se procurer, dans quelle partie de l’Italie on pourrait faire les achats, et à combien elles revien­draient rendues à Vérone et à Bolzano.

Une grande quantité de denrées coloniales arrivent à Milan : qu’est-ce que ces voitures portent en retour ? Faites venir l’agent des douanes françaises. Ne pourrait-on pas faire porter des eaux-de-vie sur ces voitures ? Quel serait le nombre total de ces voitures ?

 

Paris, 30 décembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon ministre à Francfort pour la mise sur pied du contingent du prince Primat. Demandez-lui de quoi ce contingent sera composé et quand il sera prêt. Il faut faire demander également les 1,100 hommes qui sont dus pour la première brigade par le collège des princes. Demandez au grand-duc de Würzburg et aux maisons ducales de Saxe la 2e brigade, et la 3e brigade aux princes de Schwarzburg, d’Anhalt, de la Lippe, de Reuss et de Waldeck, car je désirerais avoir ces six régiments dans le courant de février.

 

Paris, 30 décembre 1811

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

L’ingénieur en chef du département de la Lozère est mauvais; il est vieux; il faut le changer. On pense qu’il faut changer aussi l’in­génieur en second. Le piqueur est un avocat qui s’occupe plus de plaider que des travaux. Le préfet de la Lozère est mauvais.

Faites-moi un rapport sur les prisons, sur les routes, sur les dépôts de mendicité, dont on se plaint.

Palais de Saint-Cloud, 30 décembre 1811

NOTE DICTÉE EN CONSEIL DU COMMERCE ET DES MANUFACTURES.

  1. le ministre de l’intérieur, jusqu’à cette heure, a toujours sou­tenu que les établissements ne manqueraient pas; l’opinion était qu’ils manqueraient, et qu’on ne saurait que faire de la betterave. Il était donc de la plus grande importance qu’il y eût des établissements nombreux, sans quoi les cultivateurs se dégoûteraient, puisque, à défaut de ces établissements, c’était faire un pas rétrograde et s’ex­poser à ce que le cultivateur qui n’a pas trouvé le débit de la bette­rave n’en semât plus l’année prochaine.

Il est extraordinaire que dans ce rapport on parle des budgets. Le fonds mis à la disposition du ministre n’a pas été dépensé; s’il l’eût été, et que le ministre eût fait une nouvelle demande, Sa Majesté n’aurait pas refusé dix millions.

  1. le ministre de l’intérieur fera un nouveau rapport, auquel il joindra le compte des fonds employés, et expliquera pourquoi il n’a point fait de nouvelle demande.
  2. le ministre conclut qu’il n’y a point de mesures à prendre : ce­pendant, si l’on ne forme pas de nouveaux établissements, la cul­ture ira en rétrogradant, ou du moins ne s’établira qu’avec les années. II faut prendre la question en sens inverse, et établir autant de manu­factures qu’il en faut pour confectionner la betterave récoltée cette année, et en tel nombre partout que la formation de ces établisse­ments encourage le cultivateur à semer. On ne peut pas non plus con­naître par le rapport combien la France perd par l’insuffisance de ces établissements.

 

Pour être imprimé dans le Moniteur, ce rapport doit dire seule­ment ce qu’on a semé réellement, faire connaître en note les raisons qui ont empêché les semailles, faire connaître dans une autre colonne ce qu’on a fabriqué. Le rapport général et le rapport destiné au Moniteur seront presentés lundi prochain.

1,200 arpents semés en betteraves devaient rendre chacun 300 quintaux de betteraves et 600 livres de sucre, ce qui aurait dû faire 7,200,000 livres; au lieu de cela on n’a eu que 2, 790,000 livres. Ainsi le défaut de moyens de fabrication a fait perdre 4,410,000 livres de sucre aux cultivateurs, et doit nécessairement leur avoir fait éprouver une perte pour s’être livrés à cette culture : ils ont été dupes de leur confiance dans le gouvernement.

M. le comte Chaptal portera lundi un mémoire détaillé sur la fabri­cation. Ce mémoire devra être accompagné de plans, et faire con­naître ce que c’est qu’une fabrique de betteraves, combien il en aurait fallu pour confectionner toutes les betteraves récoltées en 1811, combien il en faudrait pour ce qui sera récolté en 1812. La conclu­sion sera un projet de répartition pour ordonner la formation des établissements en 1812; et partout où il y aura une culture, on pla­cera aux frais du gouvernement une quantité de fabriques proportion­née aux semailles.

Les 7,200,000 livres de sucre qu’en aurait pu avoir cette année auraient exigé 200 fabriques comme celle du sieur Fay dans le dépar­tement du Doubs. Après tout, elles n’auraient coûté, à raison de 12,000 francs l’une, que 2,400,000 francs. Avec le fonds d’un million que Sa Majesté a accordé on aurait donc pu en établir une centaine, et il paraît qu’on n’en a établi que deux ou trois.

M. le ministre de l’intérieur examinera, ainsi que M. Chaptal de son côté, s’il ne conviendrait pas de constituer les fabriques de bet­teraves en privilège exclusif. Le gouvernement seul, en effet, peut se livrer avec sécurité à une opération de cette nature. Comment un particulier exposerait-il des fonds considérables à une spéculation qui peut être anéantie par un traité de commerce ou par un change­ment dans le tarif des douanes ? Car il est prouvé que le sucre de betterave coûtera toujours le double ou le triple du prix primitif du sucre de canne.

D’un autre côté, si le sucre de betterave se vend comme le sucre de canne, n’est-ce pas un grand tort pour le trésor, qui perd le droit d’entrée, et qui pourtant par ce droit d’entrée maintient la hausse du prix ? Ainsi, d’un côté le peuple est obligé de payer le sucre cher, de l’autre le profit n’en est point au trésor; ce qui est toujours contraire au principe que tous les sacrifices que supporte le peuple doivent être pour le trésor.

Après avoir considéré cette mesure sous le point de vue des finances, il faut l’examiner sous le point de vue politique. La France pourra un jour vouloir revenir au sucre de canne; et alors n’aura-t-on pas donné lieu aux plaintes de ceux qui auront élevé des manufactures sur la parole du gouvernement ? Au lieu que le gouvernement, ayant seul fait le sacrifice de quelques millions, en sera remboursé en peu d’années, et sera à même de calculer l’avantage du retour au système des colonies. Il parait qu’il n’y a jusqu’à cette heure peu de fabriques établies : elles seraient achetées par le gouvernement. Il parait aussi qu’il ne faudrait que 5 ou 6 millions, pour établir la fabri­cation : le gouvernement seul peut donner ce résultat ; il n’est pas probable que dans bien des années le commerce puisse faire ces établissements.

Le problème est d’arriver, en 1813, à prohiber le sucre de canne, faire supporter une grande diminution de prix au consommateur et avoir pourtant un bon produit pour le trésor.

M. le ministre des finances fera aussi un mémoire sur cet objet.

 

Paris, 30 décembre 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Pontonniers. — Le corps des pontonniers de la Grande Armée aura trente compagnies, savoir : sept compagnies du 1er bataillon (ce bataillon a quatre compagnies en Espagne) et six compagnies du 2e bataillon. La 3e compagnie, qui est à la réserve de Bayonne, rece­vra ordre de se rendre à Metz. Ce que ces deux bataillons ont de dis­ponible au dépôt sera envoyé pour recruter les treize compagnies.

Ainsi il y aura : une compagnie de pontonniers au corps de l’Elbe, une compagnie au corps de l’Océan, une compagnie au corps d’observation d’Italie, une compagnie à la Garde et neuf compagnies au grand parc des ponts (trois par équipage, ou divisées comme les cir­constances le voudront).

Toutes les compagnies du 2e bataillon qui sont en Italie suivront le mouvement du corps d’observation d’Italie; celles qui sont en Allemagne suivront le mouvement du corps d’observation de l’Elbe et des équipages de pont.

Sapeurs. — Les sapeurs seront répartis de la manière suivante :

 

le 1° bataillon a deux compagnies en Espagne et sept en Italie : ces sept compagnies seront employées à la Grande Armée. Le 3e bataillon, qui est à Alexandrie, a huit compagnies présentes et une à Corfou. Le 5e bataillon, qui est à Metz, a ses neuf compagnies présentes. Ainsi il y aura à la Grande Armée, savoir : 1er bataillon, sept com­pagnies; 3e bataillon, huit compagnies; 5e bataillon, neuf compa­gnies; total, vingt-quatre compagnies.

Tout ce que les dépôts ont de disponible sera incorporé dans ces vingt-quatre compagnies.

Le dépôt du 4e bataillon, qui est à Metz, servira à porter au com­plet les compagnies du 5e bataillon.

Avoir un rapport sur le bataillon qui est à l’île d’Elbe, afin de voir ce que ce bataillon peut fournir pour compléter le 1er bataillon. Avoir le même rapport sur les compagnies de sapeurs de Belle-Ile et de Walcheren, pour savoir si l’on pourrait en prendre quatre compa­gnies ; ce qui porterait les vingt-quatre compagnies à vingt-huit.

Quatorze compagnies sont nécessaires pour les quatorze divisions, et trois pour la Garde ; il n’en restera donc que sept au parc du génie.

Des vingt compagnies qui sont en Espagne, il faudrait me présen­ter un projet pour faire rentrer les cadres de six compagnies.

Mineurs. — J’ai douze compagnies de mineurs. La 1e compagnie du 1er bataillon est à Corfou; la 2e compagnie est à Badajoz; la 3e et la 6e feront partie de la Grande Armée; il faut faire venir d’Espagne la 4e compagnie et l’envoyer à Metz ; il faut rappeler la 5e compagnie, qui est à Bayonne; par ce moyen, j’aurai quatre compagnies de mi­neurs à la Grande Armée. Le 2e bataillon a trois compagnies en Espagne et une compagnie à Corfou ; il ne reste donc que deux com­pagnies, la 1e et la 5e. Six compagnies de mineurs marcheront donc avec le parc du génie. Il faut les compléter à 120 ou 140 hommes. J’ai déjà donné l’ordre de faire revenir la 6e compagnie du train du génie, qui est à Bayonne. J’aurai six compagnies du train du génie ; il faut employer le dépôt de ce bataillon à porter ces six compagnies au grand complet.

 

Paris, 30 décembre 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, préparez les instructions suivantes que je désire en­voyer au maréchal Suchet, aussitôt que j’aurai approuvé vos dépêches.

Vous lui manderez que, immédiatement après la prise de Valence, mon intention est que les généraux, officiers d’état-major polonais, ainsi que les 1er, 2e et 3e régiments de la Vistule, rentrent en France. Vous ferez connaître quelle est la route la plus courte pour la ren­trée de ces trois régiments. Le gouvernement de Valence restera au maréchal Suchet avec le commandement du 3e corps de l’armée d’Espagne, qui sera organisé de la manière suivante : 114e, 121e, 7e, 116e, 44e, 16e, 117e de ligne et 5e léger; total, huit régiments. Aussitôt que je saurai que Valence est prise, je donnerai l’ordre au régiment provisoire d’Aragon, qui est à Pampelune, de se rendre à Valence pour être incorporé dans les huit régiments et les compléter. Vous me ferez connaître quel sera l’effectif, le nombre d’hommes aux hôpitaux et les présents sous les armes de ces huit régiments, en y supposant le régiment provisoire incorporé. Ces huit régiments seront partagés en trois divisions, en adoptant la combinaison qui paraîtra la plus convenable. Tous les détachements qui sont en Aragon join­dront ces régiments. La cavalerie consistera dans le 4e de hussards et le 13e de cuirassiers.

Mon intention est que vous prescriviez au maréchal Suchet de m’envoyer toutes les compagnies du train d’artillerie, toutes celles des équipages militaires, toutes les compagnies de mineurs, sapeurs et artillerie qui lui sont inutiles. A cet effet, vous m’en remettrez l’état dans le plus grand détail, et vous me proposerez l’incorpora­tion des hommes nécessaires pour mettre au complet celles de ces compagnies qui resteront à l’armée de Valence. Les cadres du train se composeront de tous les hommes à pied qui n’ont pas de chevaux. Les cadres des sapeurs, mineurs et pontonniers se composeront des sous-officiers et caporaux, et de 20 soldats au choix du capitaine, de sorte que chaque compagnie me revienne forte au moins de 30 hom­mes, afin qu’elle puisse donner l’esprit et le mouvement aux conscrits que j’y placerai.

Je suppose que le besoin d’occuper plusieurs points forts et de défendre les côtes rendra nécessaires au maréchal Suchet les parties du personnel qui composent l’équipage de siège.

Le corps d’armée du maréchal Suchet se trouverait ainsi composé de 20 à 22,000 hommes. Il gardera la division napolitaine, forte de 1,200 hommes.

La division Palombini, qui est forte de 5 à 6,000 hommes et de 400 hommes de cavalerie, la division Severoli, forte de 5,000 hom­mes et de 400 chevaux, ce qui ferait 11,000 hommes d’infanterie italienne et 800 chevaux, avec l’artillerie qui leur est attachée, et la Reille, forte de 9,000 hommes et de 600 chevaux, formeront un corps d’armée de 20 à 21,000 bonnes et de 1,500 che­vaux. Cette division se rendra à Torlosa et prendra le commandement de la basse Catalogne.

Vous me ferez ensuite l’organisation de l’artillerie de ces trois divisions. Il sera nécessaire de prendre quelques compagnes d’artil­lerie et quelques officiers d’artillerie de l’armée d’Aragon, afin, d’organiser le parc.

Vous ferez une division territoriale de la Catalogne en deux divi­sions : l’une comprendra Tortosa, Mequinenza, Lerida, Tarragone, Mont-Serrat et Barcelone, en plaçant la limite près Barcelone. Vous consulterez à cet effet le général Guilleminot, qui a été sur les lieux.

Le générai Reille pourra porter son quartier général à Tarragone, à Lerida ou à Barcelone. Son corps d’armée se trouvera augmenté de la garnison de Barcelone, de celle de Tarragone et de Lerida, hormis les détachements qui feraient partie de la garnison de Girone ou de l’armée de Valence, telle que je viens de la désigner.

Il sera nécessaire que vous voyiez le ministre de la guerre pour avoir tous les détails de l’armée de Catalogne et des garnisons des différentes places, pour que dans votre travail vous me proposiez l’organisation de l’armée de Catalogne, qui recevra tous les détache­ments de la garnison de Barcelone qui lui appartiennent et renverra tout ce qui doit appartenir à l’armée de Valence.

La division Caffarelli fera partie également du corps du générai Reille ; ce qui portera ce corps d’armée à 90,000 hommes d’infan­terie et plus de 2,000 chevaux ; il sera chargé de la défense de tout l’Aragon. Le général de division Abbé prendra le commandement de la division Caffarelli.

Vous me soumettrez un projet d’organisation pour toute la Cata­logne, haute et basse, et sa division en départements pour son orga­nisation définitive.

Le corps d’armée du général Reille portera le titre de corps d’ar­mée de l’Ebre. Maintenir la tranquillité dans le pays, approvisionner fortement Barcelone, sont les principaux objets du général Reille. Il maintiendra la communication avec l’armée de Valence, avec celle de Portugal à Valladolid, avec celle du Centre à Madrid, et proté­gera l’Aragon. Il aura pour instruction d’avoir toujours une ou deux divisions placées de manière à appuyer fortement l’armée de Portu­gal, si les Anglais faisaient un mouvement offensif sur Valladolid.

Le général Dorsenne, avec toute ma Garde, rentrerait en France; le général Caffarelli prendrait le commandement de l’armée du Nord à Burgos; il se trouverait avoir les 113e, 130e de ligne et 34e léger. Le 4e de la Vistule étant polonais rentrerait en France. Faites-moi connaitre en détail quelle serait la force de l’armée du Nord.

Je désire aussi faire un échange, renvoyer à l’armée de Portugal les quatre régiments de marche et faire venir une division de l’armée de Portugal sur Burgos, de manière que le nombre d’hommes se compensât; l’armée du Nord se trouverait dors suffisamment forte et composée de bonnes troupes.

Vous écrivez au duc de Dalmatie de faire partir sans délai les trois régiments de la Vistule, celui des lanciers de la Vistule et tous les officiers d’état-major polonais. Cet affaiblissement dans l’armée du Midi n’est point de conséquence, et l’ordre sera donné d’exécuter ce mouvement dans les vingt-quatre heures qui suivront la réception de votre lettre.

Vous me remettrez un projet pour le recrutement des cadres à reti­rer des diverses armées, des cadres des compagnies d’artillerie et des bataillons du tram, de sapeurs ou mineurs, à faire rentrer.

Les trois compagnies de mulets de bât qui existent aux 3e, 4e et 13e bataillons à Pau, seront destinées pour le corps de l’Èbre; en conséquence, elles se dirigeront par Pau, sous bonne escorte, en profitant de l’escorte qui conduira les prisonniers de Valence jusqu’à Saragosse ; par ce moyen, le général Reille aura 600 mulets de bât qui lui seront d’une grande utilité. Comme ces trois compagnies ap­partiennent à trois bataillons différents, vous chargerez le général de l’armée de Portugal de s’entendre avec le général Reille pour l’échange, afin qu’un bataillon complet soit à l’armée de Portugal et un au corps de l’Èbre.

Enfin, proposez-moi de faire venir pour la Grande Armée la com­pagnie du génie qui était à Bayonne, destinée au corps d’observation, une compagnie de pontonniers, une de mineurs et, je crois, deux compagnies d’artillerie qui étaient destinées au même corps. Il restera un personnel et un matériel assez considérables. Mon intention est d’employer les attelages, lorsque je connaîtrai parfaitement l’organi­sation de ceux qu’a l’armée de Portugal. Cette armée, étant en pré­sence des Anglais, a besoin d’une organisation forte en ce genre. Si vous n’avez point de situation, l’aide de camp du duc de Raguse, qui est officier d’artillerie, pourra vous la donner.

J’attache la plus grande importance à ce que l’armée de Portugal ait au moins cent pièces de canon attelées, avec les approvisionne­ments convenables. La division Souham doit en avoir vingt-deux, l’armée de Portugal quatre-vingts, la division Bonet quatre ou cinq; cela ferait cent six. J’estime qu’il lui en faut tout autant, et qu’elle a besoin que son artillerie soit bien attelée et d’un beau calibre. Aussi­tôt que j’aurai l’organisation de l’artillerie de l’armée de Portugal, du corps de l’Ebre, de l’armée de Valence et du corps d’observa­tion, je donnerai une destination aux 1,000 chevaux du train que j’ai à Toulouse.

Le corps de réserve se trouvant ainsi dissous, faites-moi connaître la destination à donner à chacun, soit pour le corps de l’Èbre, soit pour tout autre; faites-moi un travail très-détaillé sur tout cela, avec les états à l’appui. Le résultat de ces mesures sera d’affaiblir les armées d’Espagne des quatre régiments de la Vistule, formant huit bataillons, de trois régiments polonais, formant six bataillons; total, sept régiments ou quatorze bataillons, qui formeront une division d’un merveilleux effet à la Grande Armée.

J’ai ordonné que le 40e et le 34e retournassent en France ; vous réitérerez ces ordres. J’aurai affaibli également les armées d’Espagne du régiment de lanciers polonais, de quelques généraux et officiers d’état-major polonais et de vingt-deux bataillons de la Garde; total, trente-six bataillons ; mais j’ai envoyé depuis peu la division Souham, qui a quatorze bataillons, la division Reille, idem, la division Caffarelli, idem; total, quarante-deux bataillons. Ainsi, au lieu de perdre, les armées d’Espagne se trouveront gagner.

Il est bien nécessaire que vous fassiez connaître au duc de Dalmatie qu’aussitôt que le 34e et le 40e, ainsi que les trois régiments polonais, seront partis, les neuf bataillons de marche, qui sont dans le cinquième gouvernement et qui appartiennent à son corps d’armée, partiront pour le rejoindre.

En envoyant chez le ministre de la guerre l’état des troupes de la Catalogne, je vous prie de me proposer de resserrer les cadres, et de faire rentrer ceux qui sont propres à recevoir la conscription.

 

Paris, 30 décembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25, par laquelle vous me faites connaître qu’au lieu de fournir 600 chevaux à Düsseldorf les fournisseurs préfèrent en fournir 800 à Munster : cela n’entraîne aucun inconvénient; les détachements qui avaient reçu des ordres de mouvement sur Düsseldorf iront à Munster. J’approuve également la livraison de 1,000 chevaux à Hambourg, au lieu de 500. Je donne ordre que 500 hommes à pied avec leurs selles soient dirigés sur Hambourg. Vous me demandez une décision avant huit jours : ma lettre d’hier répond à cette question. Allez de l’avant; vous pouvez, sans avoir besoin d’autorisation, lever 6,000 chevaux de cavalerie légère, si vous les trouvez. La France est épuisée de chevaux. On dit qu’il y en a beaucoup dans le Jutland et dans le Holstein ; faites les achats; on ne saurait trop en avoir, car je suis décidé à mettre ma cavalerie sur le meilleur pied. Je ne regretterai pas un ou deux millions pour cela. Comme mon intention est d’envoyer ma cavalerie légère à Hanovre, il n’y a pas d’inconvénient à ce que vous pous­siez les livraisons à Hanovre, à Magdeburg et à Hambourg jusqu’à 2,000 chevaux.

 

Paris, 30 décembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, vous recevrez un décret que je viens de prendre pour mettre entièrement à ma solde les trois régiments d’infanterie et le régiment de cavalerie polonais qui sont à Danzig : cela met fin à tout. Donnez ordre que les 400 chevaux que j’accorde par mon décret au 9e polonais soient achetés sans délai dans le duché de Var­sovie, afin que ce régiment ait ses 1,000 chevaux. Donnez ordre également que ce régiment ait, comme nos régiments de lanciers, un certain nombre de carabines. Prenez des mesures pour que les 5e, 10e et 11e polonais aient chacun 3,000 hommes; ce qui fera 9,000 hommes pour les trois régiments.

La compagnie d’artillerie française qui est à Danzig ne fera plus partie de la 7e division, puisqu’il y a une compagnie d’artillerie lé­gère polonaise. J’ai besoin de cette compagnie, puisque l’augmenta­tion d’une 5e division dans les cuirassiers nécessite l’emploi de douze pièces d’artillerie de plus. J’ai donné le commandement de la 5e divi­sion au général Valence, sénateur. Le 11e régiment de cuirassiers a reçu l’ordre de se mettre en marche; je vous recommande de com­pléter ses chevaux. Vous aurez ainsi trois divisions de cuirassiers, chaque division de trois régiments, chaque régiment présentant 900 hommes en bataille;  ce qui fait 2,700 chevaux par division.

A chaque division doit être attaché un régiment de chevau-légers de trois escadrons. Le 1er escadron partira an 15 janvier pour se rendre en Allemagne; les 2e et 3e escadrons suivront à quinze jours de distance. Ainsi chaque division de cuirassiers sera de 3,400 ou 3,500 chevaux. Chaque division aura deux batteries d’artillerie à cheval ou douze pièces.

J’ai jugé convenable de partager toute la Grande Armée en quinze divisions d’infanterie, toutes à peu près égales aux vôtres; la 7e en fait cependant partie. Les neuf premières divisions sont sous vos ordres; les 10e, 11e et 12e divisions sont au camp de Boulogne; les 13e, 14e et 15e se réunissent à Bolzano, en Italie; la Garde est com­posée de quatre divisions ; ce qui fait dix-neuf divisions françaises. La cavalerie légère est partagée en quatorze brigades; cinq brigades sont sous vos ordres, y compris celle du général Castex ; il y en a trois en Italie, et six sur le Rhin. Les généraux de brigade sont nommés et passent des revues pour vérifier les remontes et organiser les régi­ments. Six généraux de division seront attachés à ces quatorze bri­gades. La réserve de la cavalerie est composée de six divisions, dont cinq de cuirassiers et une de dragons. Chaque division a douze pièces d’artillerie légère. Un équipage de siège est organisé à Danzig et un à Magdeburg. Trois équipages de pont sont organisés à Danzig ; ces équipages emploient 400 voitures et 2,000 chevaux.

Les Bavarois, les Wurtembergeois, les Saxons, les Polonais, ne sont pas compris dans cette organisation.

Tous calculs faits, j’espère avoir au mois de mars plus de 200,000 hommes d’infanterie, 45,000 hommes de cavalerie, huit cents pièces de canons attelées par plus de 20,000 chevaux, et 1,500 voitures de transports militaires. L’armée française se mon­tera à près de 300,000 hommes. Vous voyez que je n’ai jamais fait de plus grands préparatifs.

Nous manquons de chevaux de cavalerie en France ; il faut en lever de votre côté le plus que vous pourrez; on m’assure qu’il y en a une assez grande quantité dans le Jutland et dans le Holstein.

 

Paris, 30 décembre 1811

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je reçois votre lettre da 27, par laquelle vous me dites que j’ai sans doute donné des ordres pour l’emploi et la conservation de cette immense quantité d’arbres qui ont été abattus dans l’Ems oriental. Je ne sais pas ce que vous voulez dire. A-t-on abattu du bois dans l’Ems oriental ? Je l’ignore. Combien en a-t-on abattu, et par quel ordre ? Votre correspondance est toujours si serrée qu’elle ne signifie rien. Que veut dire le mot immense ? N’était-il pas plus simple de dire la quantité ? Quand vous croyez devoir attirer mon attention sur une partie quelconque de l’administration, donnez des détails et ne supposez pas que je sais tout.

 

Paris, 30 décembre 1811

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, Aldini vous expédie un décret par lequel j’ordonne la formation d’un bataillon d’équipages militaires italien. Ce bataillon sera formé, en tout et pour tout, comme les bataillons français. J’aurai ainsi dans mon armée italienne un bataillon d’équipages mili­taires de six compagnies, chaque compagnie servant 42 voitures, forges et prolonges ; total, 252 voitures pour le bataillon. Je ne veux que des prolonges et chariots de nouveau modèle, qui portent quatre milliers. Deux de ces compagnies seront attachées à la garde, les quatre autres seront pour l’infanterie. Ce que vous avez aujourd’hui en transports militaires sera fondu dans ce bataillon. Mais cela est indépendamment du caisson d’ambulance de chaque régiment d’in­fanterie et du caisson d’ambulance et de la forge de campagne de chaque régiment de cavalerie.

La guerre de Pologne ne ressemble en rien à la guerre d’Autriche ; sans moyens de transport, tout y est inutile. Chaque bataillon d’équipages militaires doit avoir 771 hommes, 1,227 chevaux et 252 voi­tures. Passez vos marchés sans délai. Vous prendrez les hommes dans les dépôts ; vous passerez des marchés pour l’achat des chevaux en Suisse. Faites faire des caissons dans l’arsenal de Venise. Que vingt-quatre heures après la réception de cette lettre tous vos ordres soient expédiés. Il faut soixante journées d’ouvriers pour faire un caisson; il faut donc 200 ouvriers pour faire 200 caissons en soixante jours; mais, comme il faut que tous les caissons soient faits au 1er février, employez 3, 4 ou 500 ouvriers. Les bois et les fers ne manqueront pas à Venise. Cela apportera un petit retard dans les travaux de la marine; mais je fais moi-même cela à Anvers pour avoir le plus que possible de caissons de nouveau modèle, qui sont préférables aux autres.

Je désire que le 9e bataillon des transports militaires ait de ces nouveaux caissons; à cet effet, j’en fais confectionner à l’arsenal de Turin ; mais je crains que cet arsenal ne puisse en fournir un si grand nombre pour un temps si rapproché : voyez si l’arsenal de Pavie ne pourrait pas aider à en faire une quarantaine, je regarde donc ceci comme une affaire terminée.

Vous savez le grand besoin qu’on a de boulangers à l’armée; je suppose que vous en avez un bon nombre dans vos divisions. Une compagnie d’infirmiers italiens vous est aussi nécessaire. Je suppose que vous avez des ouvriers pour construire en vingt-quatre heures six fours. Ces objets sont d’une grande importance dans une guerre de Pologne. Je vous ai mandé qu’il fallait que chaque homme eût quatre paires de souliers ; il serait même avantageux d’en avoir cinq paires.

Indépendamment des ambulances de régiment, vous avez besoin de quatre ambulances italiennes pour la division italienne et pour la garde ; chaque ambulance étant de 4 caissons, cela emploiera 16 caissons. Les forges de campagne devront être fournies par l’artil­lerie ; vous devez en avoir beaucoup dans le royaume.

 

Paris, 31 décembre 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, il serait convenable d’écrire au baron Bignon pour qu’il presse le gouvernement du Grand-Duché de faire armer et approvisionner Modlin, actuellement que cette place est dans le cas de soutenir un siège, et d’y faire diriger les armements qu’il serait inutile d’avoir à Varsovie. Je désirerais que tous les lan­ciers du Grand-Duché fussent armés de carabines, comme je l’ai ordonné pour les miens. Demandez-lui des détails sur la manière dont ces hommes sont armés aujourd’hui. Je désirerais également que les régiments de lanciers pussent être portés au complet de 1,100 hommes et de 1,000 chevaux ; ce qui ferait pour les hommes un total de 17,600, et pour les chevaux 16,000. Si cela était trop disproportionné avec les moyens du Grand-Duché, je voudrais du moins que le complet fût de 16,000 hommes et de 14,400 chevaux, c’est-à-dire de 1,000 hommes et de 900 chevaux par régiment, de manière à en avoir toujours au moins 850 sur le champ de bataille.

Comme le complet est de 12,000 hommes, ce serait une augmentation de 4,000. Je consentirais volontiers à faire les frais de cette remonte, mais je ne voudrais payer que l’excédant qu’il y aurait au-delà du complet actuel de 12,000.

Je vois avec étonnement dans les états du 1er novembre qu’il y a plus de 1,800 chevaux aux dépôts : c’est beaucoup trop ; il ne devrait pas y avoir dans chaque dépôt plus de 30 chevaux, excepté pourtant aux époques des remontes.

Je ne serais pas éloigné d’organiser un bataillon de transports mili­taires organisé à l’instar de ceux de France. Pourrait-on se procurer à Varsovie des chevaux de trait, des harnais, des voitures ? En com­bien de mois ces voitures seraient-elles construites ? Le duché four­nirait-il les hommes ? Combien cela coûterait-il ? Il faudrait que cela fût fait sous les couleurs du Grand-Duché, afin de conserver les apparences.

II faudrait aussi que le baron Bignon, avec toute la discrétion convenable, donnât des renseignements qui pussent nous rassurer sur la facilité d’avoir du blé, de l’avoine, et enfin les subsistances nécessaires pour l’armée. Il faudrait également qu’il s’occupât des moyens qu’on pourrait organiser, comme on l’a fait à peu près au mois de mai dans la dernière campagne, pour avoir un service de transport de Thorn, de Plock, de Varsovie et de Zamosc sur les points où l’on pourrait se porter; un service de 4,000 voitures serait nécessaire.

Il faut qu’il s’étudie à connaître les hommes, sans cependant rien affecter, afin de savoir à qui s’adresser quand le moment sera arrivé. Recommandez-lui d’envoyer des mémoires sur tous ces objets, en y mettant la discrétion convenable.

Je désire également connaître quelle quantité de vins de Hongrie on pourrait se procurer par la Vistule, et à quel prix ces envois reviendraient rendus à Varsovie; quels sont les moyens de transport de la Hongrie à la Vistule; quelle quantité d’eau-de-vie de grain on pourrait tirer de Moldavie, et à quel prix.

Indépendamment des chevaux nécessaires au duché, pourrait-on se procurer 3,000 chevaux de hussards ? Où les trouverait-on ? A quel prix, et en quel temps seraient-ils rendus à Varsovie ? Vous sentez l’importance de ne faire ces demandes que par des occasions sûres, afin d’éviter la voie des postes ordinaires et que vos lettres ne soient pas lues par les princes des pays intermédiaires.

 

Paris, 31 décembre 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport sur les vivres et les eaux-de-vie. Faites acheter, si elles sont de bonne qualité, les 300,000 litres d’eaux-de-vie qui sont à Strasbourg. Vous dirigerez sur Wesel ces 1,200 bar­riques. Il faut que le premier convoi parte avant le 6 janvier pour Wesel. Écrivez au prince d’Eckmühl d’envoyer les caissons de ses régiments et de transports militaires pour prendre ces 1,200 barriques et les conduire à Magdeburg. Par ce moyen elles arriveront à Magdeburg sans que le transport me coûte rien.

Faites acheter 1,440 barriques d’eaux-de-vie à Bordeaux; faites-les charger sur les 240 voitures du 10e bataillon d’équipages militaires, et dirigez-les sur Mayence, d’où elles continueront leur route sur Magdeburg.

Faites acheter 1,440 barriques à Paris, que vous ferez conduire par le 2e bataillon de transports militaires jusqu’à Magdeburg.

Faites acheter à Cologne et à Francfort, si le prix est raisonnable et si elles sont de bonne qualité, une bonne quantité d’eau-de-vie que vous ferez conduire à Magdeburg, soit en leur faisant remonter le Main jusque Würzburg, soit en vous servant des voitures qui transportent des denrées coloniales à Francfort. Les douanes font venir des denrées coloniales à Francfort; les vivres font venir des blés de Hambourg sur Wesel.

Mon intention est d’acheter 9,000 barriques d’eau-de-vie et d’avoir 31 millions de rations, pour les transporter sur Magdeburg.

Je ne veux rien prendre à Hambourg, parce que je serai toujours à même de puiser là.

Quant aux vins, faire venir du vin de Bordeaux me paraît une opé­ration bien compliquée, à moins de la combiner avec le retour des voitures qui transportent des denrées coloniales. D’ailleurs, les vins arrivent par la Hongrie et la Silésie; ils arrivent à Magdeburg par Würzburg et Bamberg, ou il y en a une grande quantité; il y en a même beaucoup à Dresde. Il est donc indispensable, avant de se jeter dans les spéculations des vins, de savoir combien ils coûtent à Dresde, à Würzburg, à Bamberg, à Varsovie, en les faisant venir de Hongrie et de Cracovie. Il y a aussi des vins sur le Rhin, du côté de Mayence, qui sont bons. Quelle quantité peut-on en avoir, et à quel ? Ce ne sera que lorsque vous m’aurez remis ces renseignements que j’arrêterai mes idées sur l’achat des vins nécessaires pour les hôpitaux et les convalescents.

J’encouragerai volontiers par quelque moyen l’arrivée à l’armée de 4,000 barriques de bon vin, que les officiers d’état-major et autres puissent avoir pour 50 sous ou 3 francs la bouteille, ce qui leur sera d’un grand soulagement. Cela serait une spéculation avantageuse pour un commerçant. Vous sentez qu’il n’y a que le commerce qui puisse se charger de cette spéculation et qui puisse avoir le moyen de conserver le vin, d’empêcher qu’on le boive en route ou qu’on le détériore.

 

Paris, 31 décembre 1811

A M. de Champagny, duc de Cadore, intendant général de la couronne, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je viens de voir des porcelaines qui ont été envoyées à l’Impératrice pour ses présents du jour de l’an. Ces porcelaines sont fort laides; veillez à ce qu’elles soient plus belles une autre année. Faites faire un déjeuner, sur chaque tasse duquel soient les portraits de Impératrice et des six princesses mes sœurs et belles-sœurs. Faites-en faire un autre où soient les portraits des dames du palais l’impératrice.

 

Paris, 31 décembre 1811

NOTE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL, a paris.

Accordé au général Fournier la permission de se rendre chez lui. Le major général fera connaître quel est son pays, afin de l’empêcher de se rendre à Paris. C’est la corruption de la grande ville qui attire tous ces jeunes gens.

 

Paris, 31 décembre 1811

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, grand-écuyer, à Paris

Monsieur le Duc de Vicence, je n’entends plus parler de l’offi­cier d’ordonnance Atthalin. Je crois qu’il s’entête à finir sa mission, quoique malade.   Envoyez-lui ordre de revenir à Paris pour se rétablir.

 

Paris, 31 décembre 1811

Au capitaine Gourgaud, officier d’ordonnance de l’empereur, à Paris

Rendez-vous à l’île de Ré ; voyez les troupes de réfractaires qui s’y trouvent, et faites-moi connaître en détail, détachement par déta­chement, leur situation, l’état de leur habillement, de leur armement et de leur instruction, de quel pays sont les hommes, et si l’on peut compter que l’on pourrait parvenir à les diriger sur Strasbourg pour l’armée d’Allemagne.

Voyez les officiers des 29e léger, 10e léger et des compagnies de sapeurs ; croient-ils qu’ils mèneraient sur le Rhin les trois quarts de ces individus ?

Vous irez à l’île d’Aix et à l’île d’Oléron, où vous ferez la même inspection. Vous resterez quatre à cinq jours dans chaque île; vous m’écrirez tous les soirs. Vous verrez les batteries des îles de Ré, d’Aix et d’Oléron, et toutes celles des Saumonards.

Vous irez à bord des vaisseaux que j’ai à l’île d’Aix et des frégates que j’ai à Maumusson.

Dès que vous aurez passé quinze jours dans ces différentes sta­tions, vous irez visiter les batteries jusqu’à la Gironde. Vous verrez la nouvelle batterie que j’ai fait faire à Royan et à la pointe de Grave. Vous irez à bord de la frégate qui est dans la Gironde. Vous irez aussi à Rochefort et vous verrez les travaux qui s’y font.

Vous me rendrez compte de tout dans le plus grand détail, et vous me ferez connaître si tous les soldats ont des capotes.

 

Paris, 31 décembre 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le corps d’observation de l’Elbe, à Hambourg

Mon Cousin, écrivez en Pologne pour savoir s’il serait possible d’acheter 3,000 chevaux pour le dépôt de cavalerie légère qu’on for­merait sur la rive gauche de la Vistule. Combien coûteraient ces chevaux ? Quelle taille auraient-ils ? Combien de jours faudrait-il prévenir d’avance ? Pourrait-on trouver aussi 3,000 chevaux de trait ? Il me semble que la Pologne fournit peu de ressources de ce genre. Pourriez-vous trouver dans le Mecklenburg et dans le nord de l’Alle­magne 3,000 chevaux de trait, et à quel prix ? Pourrait-on former à Varsovie un bataillon d’équipages militaires, organisé comme les nôtres à six compagnies, de 771 hommes et de 1,227 chevaux, et 252 voitures ? Où trouverait-on les chevaux ? Où ferait-on les cais­sons ? Trouverait-on les hommes ? Dans ce cas ne serait-il pas néces­saire d’envoyer quelque commandant de compagnie pour aider à les organiser ? Combien coûterait la formation de ce bataillon; quand serait-elle finie ? Si je me décidais à le former, je voudrais qu’il eut l’air d’être créé pour l’armée polonaise, afin de garder les apparences.

Tous les régiments de cavalerie polonaise ne sont qu’à quatre escadrons ; je remarque qu’il faudrait placer les quatre escadrons à l’armée et n’avoir qu’un piquet au dépôt. Communiquez au prince Poniatowski mon décret sur l’armement de la cavalerie. Il est impos­sible de laisser tant de régiments de lanciers sans carabines ; il faut que tous les hommes, ou au moins la moitié, aient des carabines, comme c’était l’ancien usage des Polonais. Pressez-le là-dessus, car je trouve fâcheux d’avoir 7 à 8,000 hommes sans armes, d’autant plus que les Cosaques sont armés de fusils. Faites-moi connaître, régiment par régiment, comment la cavalerie polonaise est armée, quel est l’armement des lanciers, quel est celui des chevau-légers. Sur les états que vous m’avez envoyés, je ne vois plus de cuiras­siers. Je voudrais bien que tous les régiments fussent portés à 1,100 hommes et à 1,000 chevaux, afin d’en avoir 950 devant l’en­nemi. Il faudrait donc pour les seize régiments 16,000 chevaux; il y en a, je crois, 11,000 ; ce serait donc 5,000 à acheter. Il faudrait en outre des hommes et des selles. S’il n’y avait pas d’autre difficulté que l’argent, j’y pourvoirais volontiers; mais aurait-on les hommes, leur habillement et leur harnachement ? Je vois aux dépôts 1,800 chevaux, ce qui fait plus de 100 chevaux par régiment; je suppose que les trois quarts rejoindraient les escadrons de guerre. Remettez-moi l’état de situation des troupes du Grand-Duché au 1er janvier. Entrez dans tous les détails pour l’artillerie, car vous m’avez bien envoyé un état de l’artillerie de l’armée saxonne, mais vous ne m’en avez pas envoyé un semblable pour le Grand-Duché.

Entrez également dans le détail des transports militaires.

Je reviens sur la situation de leur cavalerie. Je vois que le com­plet n’est que de 12,000, hommes et chevaux; je voudrais que le complet fût de 17,600 hommes et de 16,000 chevaux.  Si cela leur parait trop considérable, on pourrait admettre un complet de 16,000 hommes et de 14,400 chevaux, c’est-à-dire de 900 chevaux par régiment; ce serait donc 4,900 chevaux à acheter, Je vous 1e répète, je ne vois pas de difficulté à en faire la dépense.

Il faudrait aussi demander au prince Poniatowski de préparer quel­que travail pour l’organisation des ressources en transports mili­taires , comme cela avait été fait dans le courant de mai, quelque temps avant la campagne de Friedland, afin de s’assurer des moyens de convoi et de transport de Thorn , de Plock, de Zamosc et de Var­sovie sur les points où l’on se porterait, je suppose que le blé et l’avoine seront cette année en abondance.


 

References   [ + ]

1. Cette lettre, écrite à Paris le 3 décembre 1811, est suivie d’un P. S. du 9; on a cru devoir la placer à la date de l’expédition. Ce P. S. est entièrement de la main de l’Empereur.
2. un violent incendie avait presque totalement détruit le château royal de Cassel.