Correspondance de Napoléon Ier – Octobre-Novembre-Décembre 1810

Fontainebleau, 1er octobre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Par mon décret du 1er novembre 1807, j’avais mis à la disposition du ministre de l’intérieur : 1° un fonds de 100,000 francs pour con­duire les eaux du Canneto dans la ville et la citadelle d’Ajaccio; 2° un fonds de 50,000 francs pour le dessèchement de l’étang des salines d’Ajaccio ; 3° j’avais également ordonné une dépense de 10,000 francs pour organiser l’école secondaire. Faites-moi connaître où en sont ces trois objets.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1810

NOTE.

Aujourd’hui 1er octobre, j’ai écrit au ministre de l’intérieur pour avoir un rapport sur les eaux, sur le dessèchement du marais et sur l’école secondaire d’Ajaccio.

J’ai écrit au ministre des finances pour avoir le rapport relatif aux contributions et à l’école secondaire.

Enfin le ministre de la guerre m’a rendu compte de ce qui concer­nait la caserne et l’hôpital. Fain est chargé de voir ce que sont devenus ces derniers papiers.

Lorsque tous ces renseignements seront sous ma main, je ferai un décret général.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je désire que vous continuiez de prendre des mesures pour me faire arriver tous les ouvrages qui s’impriment à Londres, soit sur la politique, soit sur les affaires du temps. J’en tire des lumières très importantes.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1810

OBSERVATIONS SUR LE BUDGET DU MINISTÈRE DE LA POLICE POUR 1811.

Chapitre premier. — L’augmentation de 240,000 francs de frais de bureau est refusée. 420,000 francs pour les employés, c’est plus que suffisant dans un ministère qui n’a pas de comptabilité.

Chapitre II. — La dépense de 132,000 francs pour les auditeurs me paraît trop forte. Je ne crois pas avoir signé de décret qui autorise une pareille dépense.

Chapitre III. — Je refuse les 185,000 francs pour supplément de traitement et de frais d’employés indiqués au chapitre II.

Chapitre IV. — Il faudrait ramener la police de Turin et de Toscane à ce qui existe pour le reste de la France, en la faisant payer par les villes. Toutefois un commissaire général à Livourne est inutile, puis­qu’il y a un directeur à Florence. De simples commissaires à Livourne, à Orbitello et à Pise suffisent. Un commissaire général de police à Cività-Vecchia est également ridicule, puisqu’il y a un directeur de police à Rome. Il ne doit plus y en avoir aujourd’hui à Breda.

Quant aux commissaires généraux de Morlaix, de Saint-Malo, du Havre, il semble que de simples commissaires suffisent.

Un commissaire général à Rotterdam, un au Texel, un à Emden, un à Hardenberg paraissent inutiles, dès l’instant qu’il y a un direc­teur général en Hollande.

La police s’est organisée d’elle-même de pièces et de morceaux. Elle a insensiblement augmenté son budget ; le voilà à 3 millions de francs ; cela est trop considérable. C’est maintenant une double organisation administrative. J’ai demandé un travail sur l’organisation de la police. Ce travail est très urgent, car je vois le ministère de la police s’augmenter d’un personnel qui forme une dépense excessive. Dans l’organisation primitive, il n’y avait de commissaires généraux que dans les villes où se trouvaient plusieurs maires. Ce double emploi dans l’administration est très dangereux.

Chapitre V.  — Prisons d’Etat. — Le décret sur les prisons d’État ne pourra pas être exécuté complètement en 1811. Il suffira d’orga­niser une ou deux prisons, mais de les organiser bien.

Indépendamment de ces objets généraux, je désire qu’on s’occupe des moyens de faire supporter la plupart de ces dépenses par les communes.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 26 septembre. Le 6e régiment (Le 6e de ligne italien. Voir la lettre du 19 septembre au vice-roi d’Italie) s’est comporté très mal en Catalogne; une partie a déserté. Il n’y a besoin de brigands ni en Italie ni en France, et c’est un mauvais parti que de mettre de mauvais sujets dans les troupes qui composent l’ar­mée. C’est là la méthode des Napolitains et des pays qui n’ont pas d’armée. A l’île d’Elbe ce régiment ne rendrait aucun service. Mon intention est qu’on forme de nouveau le 6e de ligne, et que de tout ce qui est à l’île d’Elbe on forme un seul bataillon sous le titre de bataillon colonial. Ce bataillon sera de quatre compagnies et de six cents hommes ; vous y mettrez les plus mauvais sujets qui sont dans ces bataillons ; mais désormais vous n’y enverrez plus que des con­scrits réfractaires. Le reste du bataillon du 6e de ligne, composé des meilleurs sujets, rentrera en Italie. Vous donnerez à ce régiment un dépôt ; vous le formerez comme les autres régiments ; il se recrutera comme les autres par la conscription, et, par conséquent, ne sera plus composé que de bons sujets. Pour avoir le cadre du nouveau bataillon sans faire de nouvelles dépenses, vous supprimerez le cadre du 5e bataillon du 6e de ligne, sauf à le reformer une autre année s’il est nécessaire. Je désire que tous les régiments de mon armée soient bons et bien composés.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que vous me fassiez un rapport sur l’emploi des commis­saires des guerres dans l’intérieur. Nous avons toujours beaucoup de troupes à l’extérieur; ce qui fait un double emploi de commissaires des guerres. Je crois que ceux de l’intérieur sont inutiles et que leurs fonctions seraient mieux remplies par les préfets et sous-préfets. Il me semble qu’autrefois les ordonnateurs étaient pris parmi les inten­dants des provinces frontières. Je désire que vous me donniez des renseignements à cet égard. Les préfets ont beaucoup plus ma con­fiance sous le point de vue de l’honnêteté. Les appointements, frais de logement, frais de bureaux, etc., que coûtent les commissaires dans des villes où je n’ai pas un soldat, font une dépense considérable et qui est bien inutile. Les préfets et les sous-préfets connaissent mieux les localités et les individus, et en général n’ont pas trop de besogne, surtout les sous-préfets.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès,  ministre de la marine, à Paris

Donnez l’ordre au vice-amiral Dewinter de se rendre à l’embou­chure de l’Ems, qui est dans l’étendue de son commandement. Il y établira une division de chaloupes canonnières et fera dresser des batteries pour les protéger. Il doit chasser les Anglais des petites îles qu’ils y occupent, et prendre les mesures convenables pour arrêter la contrebande qui se fait de nuit sur ce point.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, envoyez par un officier de votre état-major l’ordre au général Suchet de faire diriger, avec les moyens qui sont à sa disposition, trois convois sur Barcelone ; chacun de ces convois sera de 10,000 quintaux, soit de farine, soit de grains, pour l’approvi­sionnement de cette place. Il est nécessaire que le premier convoi arrive dans le courant de novembre, le second en décembre, le troisième en janvier. Vous lui ferez connaître que, aussitôt que le pre­mier convoi sera parti d’Aragon, les ordres seront donnés pour qu’on lui envoie de Bayonne une somme équivalant à la valeur du convoi, pour l’aider à payer la solde de son armée. Vous ferez également connaître au général Suchet que l’armée de Portugal, sous les ordres du prince d’Essling, a commencé, le 16 septembre, sa marche dans l’intérieur du Portugal.

Aussitôt que Tortose sera prise, il faudra s’occuper de son appro­visionnement et faire toutes les dispositions pour le siège de Tarragone, pendant que des partis menaceront Valence. Il est réservé au général Sachet d’avoir la gloire de soumettre cette importante province après la réduction de la Catalogne. Mais surtout il est de la plus grande importance de bien approvisionner Barcelone, afin que la nouvelle garnison que je veux y mettre puisse y vivre et maintenir le pays dans l’obéissance.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, vous m’avez rendu compte hier que vous n’aviez pas encore reçu de renseignements sur tout ce qui est relatif aux côtes depuis la Hollande jusqu’à Hambourg. Il me semble cependant convenable de ne pas perdre un moment pour faire fortifier les points accessibles et établir des batteries pour protéger la flottille. Je désire que vous donniez les ordres les plus précis pour que le service se fasse de manière à empêcher la contrebande. On m’assure qu’elle a encore lieu pendant la nuit, et principalement à l’embouchure de la Jahde.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, gouverneur général des Provinces Illyriennes, à Trieste

Mon Cousin, je suppose que vous avez reçu mon décret du 5 août sur les denrées coloniales. Mon ministre des finances vous expédie des ordres pour que toutes ces denrées qui se trouvent dans les pro­vinces illyriennes soient exercées et acquittent les droits selon ce tarif.

Puisque le prince vice-roi a fait embarquer les 50 matelots illyriens sur la frégate française l’Uranie, il n’y a pas d’inconvénient. Je donne ordre de vous céder un des bricks qui sont à Venise; il doit être payé sur les fonds des provinces illyriennes; vous désignerez des commissaires pour en faire l’évaluation contradictoirement avec les commissaires nommés pour le royaume d’Italie. Vous aurez alors une frégate et un brick. J’autorise le vice-roi à vous donner un second brick, si vous le jugez nécessaire; vous le feriez évaluer et payer comme le premier.

Le ministre de la marine vous enverra deux décrets. Le premier de ces décrets ordonne l’envoi à Toulon de 400 matelots levés dans les provinces illyriennes; ce doit être des matelots d’élite. Vous pour­rez prendre, pour leur engagement et pour assurer à leurs familles quelque chose en leur absence, telles mesures que vous jugerez con­venables; mais vous ne devez envoyer que de bons marins; il faut qu’ils puissent être gabiers. Je ne manque pas de bras, mais d’habiles matelots. Vous pourrez distribuer cette levée entre le littoral, la Dalmatie, Raguse et Cattaro, et ne prendre que les hommes d’élite.

Par le second décret, j’ordonne que tout l’équipage du vaisseau le Rivoli sera composé de matelots illyriens. Les officiers, la garnison et les canonniers étant français, c’est donc une levée de 4 à 500 ma­telots que vous devrez fournir à ce vaisseau. Cet équipage sera payé par le ministre de la marine de France. Je suppose que votre frégate et votre brick sont commandés par des officiers de la marine fran­çaise. Il est nécessaire que vous envoyiez régulièrement les états de situation de votre marine au ministre de ce département.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 27 septembre. Mon décret du 5 août doit être étendu à tout ce qui se trouve dans les entrepôts de Milan, Pavie, Venise, etc., et en général à tous les entrepôts du royaume. Vous prendrez sur-le-champ un décret qui applique le tarif du 5 août à toutes les denrées coloniales, tant celles déposées dans les entrepôts que celles qui sont dans les magasins des négociants. Vous comprendrez facilement la raison de cette mesure. Le peuple payant ce tarif, il faut aussi que les particuliers le payent, sans quoi certains individus auraient tout le bénéfice. Cependant il ne faut pas vexer les citoyens; il suffira d’exercer les magasins qui existent dans les villes de quelque importance. Le droit pourra être acquitté en lettres de change à deux et six mois de date. Ces mesures doivent rendre des sommes considérables. Faites-en tenir un compte séparé sous le titre d’Extraordinaire des douanes. Vous me ferez connaître combien cet extraordinaire aura rapporté, mon intention étant de régler l’emploi de ces fonds par un budget particulier, et de les appli­quer au service de la marine et à l’amélioration des ports du royaume.

Vous aurez reçu le décret qui impose un droit de 30 sous sur les soies, à la sortie du royaume d’Italie; mais, du côté de la France, elles peuvent sortir et venir jusqu’à Lyon sans rien payer. J’ai auto­risé la sortie par les douanes de France des soies de France, qui sont d’une qualité supérieure, moyennant un droit de 30 sous, et de celles d’Italie moyennant un droit de 20 sous. Ainsi les soies d’Italie peuvent venir à Lyon sans rien payer; elles peuvent de Lyon gagner le Rhin, et, en passant ce fleuve, elles ne payent que 20 sous. Les soies du royaume d’Italie importées par Botzen et les frontières d’Autriche payant 30 sous, et le détour par Lyon ne coûtant pas plus de 3 sous, il s’ensuit qu’il y aura 7 sous de bénéfice à les faire passer par Lyon; en sorte que cette ville deviendra le centre du commerce des soies, ce qui sera utile à tout le monde.

J’ai accordé l’importation des différents coutils de Brescia, des laines de Rome, des draps de Bologne, etc., enfin toutes les deman­des des négociants italiens ont été accordées. J’ai chargé une com­mission de faire un tarif qui réglera et augmentera les droits des douanes d’Italie. Vous observerez que les cotons de Naples et du Levant, en transit dans mon royaume d’Italie pour venir en France, ne doivent pas payer le droit du tarif, puisqu’ils doivent l’acquitter lors de leur consommation en France; mais il faut bien s’assurer que ces cotons ne restent pas dans le royaume.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Mon Frère, je voudrais faire mettre en construction, dans les ports de votre royaume, un vaisseau de 80 canons et un de 74; faites-moi connaître si cela est possible. Envoyez-moi un plan de la baie de Brindisi, où il sera marqué les endroits où peuvent mouiller les vaisseaux de 74, de 80 et à trois ponts. Faites-moi aussi connaî­tre l’état et l’armement des forts et batteries qui défendent cette rade.

 

Fontainebleau, 3 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai effectivement fait proposer trente mille armes au roi de Saxe pour le duché de Varsovie. Je n’ai pas entendu les lui vendre, mais les lui donner s’il en avait besoin. Il est nécessaire de faire comme si le roi de Saxe les avait achetées, afin que cela n’ait pas l’air d’un projet d’armement et ne présente rien d’extraordinaire. Écrivez dans ce sens au sieur Bourgoing. Aussitôt que j’aurai sa réponse, je désignerai les lieux où l’on pourra prendre ces armes. Il faut que le roi de Saxe se charge de les envoyer cher­cher à Mayence, à Passau ou à Magdeburg, et les fasse transporter jusqu’à Varsovie. Recommandez au sieur Bourgoing que cela se fasse sans exciter d’alarmes. Il est tout simple que la Saxe achète des armes et ne les cherche pas ailleurs qu’en France. Il ne faut pas que cela ait une autre couleur.

 

Fontainebleau, 3 octobre 1810

DÉCISION

Sa Majesté a ordonné que l’on remonte cette année l’opéra d’Armide, et elle a bien voulu accorder à cet effet un secours extraordinaire de 10,000 francs.

Les ouvrages nouveaux que l’on prépare ne permettent pas, d’ici à la fin de l’année, la reprise de cet opéra. On demande que Sa Majesté veuille bien permettre que la somme de 10,000 francs accordée soit réversible sur l’opéra de Sémiramis, qui a été repris par ordre et qui a exigé beaucoup de dépenses, vu le laps de temps considérable écoulé depuis le temps qu’il n’avait pas été donné.

Le grand maréchal du palais, Duc de Frioul.

Refusé. Si l’on ne donne point Armide, je ne donnerai point les 10. 000 francs.

Napoléon.

 

Fontainebleau, 3 octobre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je vous envoie le décret que j’ai pris pour le grand-duché de Berg. J’ai pris un décret semblable pour le Mecklenburg, le Lauenburg et les villes hanséatiques. Je désire que vous preniez les mêmes mesures dans vos Etats, c’est-à-dire que vous assujettis­sez au même tarif les denrées coloniales qui s’y trouvent et celles qui y entreront. Ce sera un grand bien pour vous, puisque cela vous donnera un produit considérable. Ce sera aussi un grand bien sous d’autres rapports, puisque les correspondants des négociants anglais ne pourront pas les payer, et que, les denrées coloniales devenant plus chères, la consommation en diminuera. Elles seront ainsi attaquées et chassées à la fois du continent.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-joint un décret qui permet l’introduction des marchandises coloniales du Holstein par Hambourg. Il est indispensable que ce décret soit tenu secret. Vous l’enverrez par courrier extraordinaire à mon ministre à Copenhague, pour qu’il le fasse connaître à la cour de Danemark, ainsi que le désir que j’ai que le roi ordonne dans le Holstein qu’on profite de la faculté que j’accorde. L’assurance pour la contrebande est égale au tarif, et même va devenir plus forte maintenant que le tarif est exercé dans toute la Confédération. Passé le 1er novembre, l’entrée que j’accorde ne pourra plus avoir lieu ; mais alors il serait nécessaire que le roi de Danemark donnât des ordres pour ne plus laisser les places d’Altona et du Holstein s’encombrer de marchandises colo­niales; et il faut bien partir du principe qu’il est impossible de souf­frir qu’une aussi grande quantité de marchandises coloniales entre dans le Holstein ; que c’est pour ôter tout embarras au roi que j’ai pris ces mesures, et qu’il doit faire connaître qu’il confisquera toutes les marchandises coloniales pour l’introduction desquelles on n’aurait pas profité de mon décret.

Votre courrier, qui partira demain au plus tard, ne sera porteur d’aucun avis de cette mesure et ne s’arrêtera nulle part sur sa route. Vous veillerez à ce qu’il ne soit porteur d’aucune lettre. Vous enver­rez ensuite le décret à mon chargé d’affaires à Hambourg et lui don­nerez toutes les instructions convenables; mais ces instructions, vous les adresserez au ministre des finances, qui les fera parvenir par le même agent qui portera mon décret au directeur des douanes, afin qu’à Hambourg tout le monde connaisse cette mesure à la fois.

 

P. S. Je sens bien que la preuve sera difficile à faire des mar­chandises provenant de prises, mais il faudra au moins prendre des mesures efficaces pour être assuré que les marchandises existent dans le Holstein; car, si cela devait servir de débouché aux marchandises de la Hollande, ce serait un grand malheur pour nous et un grand bonheur pour l’Angleterre. Renouvelez l’ordre à mon chargé d’affaires pour que toutes les mesures convenables soient prises et qu’il n’y ait aucune communication avec la Hollande. Maret vous enverra le décret dans la soirée.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une brochure que j’ai fait traduire de l’anglais, qui confient beaucoup de choses intéres­santes. Lisez-la pour vous et faites-en faire des extraits pour le Moni­teur, en conservant l’esprit dans lequel l’auteur a écrit, et ôtant seulement les sottises, mais laissant sentir le but, qui est faux. Il faut surtout faire imprimer les pièces de la correspondance d’Améri­que; il y en a de fort curieuses.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Sa Majesté n’a point signé le projet de décret qui lui avait été pro­posé au sujet des fonds à accorder au préfet du Rhône pour complé­ter l’ameublement de la préfecture. Elle se propose d’accorder une gratification de 20,000 francs, sans parler d’ameublement. Sa Majesté a différé de statuer sur un autre rapport également relatif à l’ameu­blement d’une préfecture, celle du Tarn.

Elle a ordonné que les deux rapports soient renvoyés au ministre avec les observations suivantes :

Sa Majesté désire qu’on lui propose, sur tout ce qui concerne le logement et l’ameublement des préfectures, le projet d’un règlement général.

Ce règlement organique doit faire connaître d’abord dans quelles maisons doivent loger les préfets. Sa Majesté juge convenable qu’ils ne logent pas dans des maisons à location, et que, pour ceux qui sont dans ce cas, on achète la principale maison de la ville aux dépens de la ville ou du département, selon l’importance de la ville et la nature de ses moyens. Dans les préfectures du Rhône et des Bouches-du-Rhône, par exemple, cette dépense doit être aux frais de la ville. Le titre Ier du règlement concernera donc le logement des préfets. On y joindra : 1° un état des préfectures dont les préfets sont logés, avec l’indication de l’origine de la maison qu’ils occupent ; 2° un état des préfectures dont les préfets sont logés dans des maisons louées. Cet état fera connaître le prix du loyer, la valeur de la maison, les moyens de la payer en la faisant acheter par le département ou par la ville, ou par tous deux concurremment.

On traitera ensuite de ce qui concerne l’entretien des bâtiments. Sa Majesté, dans les notes qu’elle a dictées sur le règlement à faire à l’égard des centimes fixes et variables, a déjà indiqué que cet entre­tien devait être à la charge des communes.

La dernière partie du rapport concernera l’ameublement des pré­fectures. Elle fera connaître les préfectures qui sont meublées en entier, celles qui ne le sont que par parties et celles qui ne le sont pas du tout, et la valeur des meubles qui existent. Elle établira une base fixe pour la valeur du mobilier de chaque préfecture, d’après les convenances relatives à chacune d’elles et d’après les moyens de la ville ou du département. Le compte des dépenses sera rendu à la ville ou au département, ou à tous les deux, selon qu’ils auront supporté la dépense ou qu’ils y auront concouru. On déterminera la somme qui sera chaque année à la charge de la ville pour l’entretien et la conservation du mobilier. On distinguera les meubles qui doi­vent appartenir à la préfecture et ceux qui doivent appartenir aux préfets et être fournis à leurs dépens. Il paraîtrait que les meubles meublants, seuls, doivent être au compte de la ville ou du départe­ment, tels que chaises, fauteuils, canapés, tables, consoles, lustres, girandoles , pendules d’ornement, tapis, etc., enfin tout ce qui tient à la représentation, les antichambres, les salles des huissiers, le corps de garde, etc. Il y aurait aussi un appartement à coucher, dépendant des appartements de représentation, dont l’ameublement serait à la charge du département ou de la ville. Mais la batterie de cuisine, le linge de table et de lit, les petits meubles d’appartements particuliers, doivent être fournis par les préfets et leur appartenir.

Pour que le préfet se procure cette partie du mobilier, ainsi que pour ses frais de déplacement, on lui accorderait trois mois d’avance de son traitement. On arrangerait cette disposition de manière que tout le temps qu’un préfet nommé différerait de se rendre dans sa préfecture fût en diminution sur cette avance. Ainsi, s’il arrivait dans sa préfecture dans les huit jours de sa nomination, il toucherait trois mois entiers de son traitement en arrivant; s’il n’arrivait qu’un mois après, il ne toucherait que deux mois; s’il arrivait deux mois après, il ne toucherait qu’un mois.

Après avoir réglé tout ce qui tient aux préfectures, on traiterait, dans le même décret, de ce qui regarde les maires. Il faudrait commencer par aborder la question des traitements. S’ils doivent en avoir, il faut les leur donner ouvertement et comme appointements.

Le mode qu’on a pris de mettre des fonds à la disposition des maires est extrêmement vicieux. Si les maires doivent avoir des traitements, ils doivent les recevoir de la même manière que les autres adminis­trateurs. Il ne convient pas qu’un maire reçoive 30,000 francs, dont il dispose à son profit, et dise qu’il remplit gratuitement ses fonctions.

On traitera ensuite la question des hôtels de ville. Les maires, les adjoints, les secrétaires peuvent-ils y loger ? Si le maire y loge, l’hôtel de ville est meublé aux frais de la commune et les plus beaux appartements sont pour le service du maire. Si le maire n’y loge pas, l’hôtel de ville conserve sa destination naturelle et est uniquement consacré, comme cela parait devoir être, aux assemblées du conseil municipal, aux audiences du maire et des adjoints, aux bureaux et aux archives, au tribunal de commerce, aux assemblées de pru­d’hommes et à toutes les réunions qui sont nécessaires dans une ville. Cette destination n’entraîne pas à de grandes dépenses, tandis que l’établissement personnel du maire ne peut être que très coûteux. Il serait donc très économique que partout le maire logeât chez lui et représentât chez lui. Dans le cas où une ville veut rendre quelque honneur extraordinaire, avec l’approbation des autorités, soit à un prince, soit à un citoyen distingué à qui elle doit une marque de reconnaissance, le corps municipal lui donne à dîner à l’hôtel de ville. Si le maire loge à l’hôtel de ville, ce n’est point la ville qui reçoit, c’est le maire.

Il n’y a guère que les grandes villes qui peuvent loger leurs maires à l’hôtel de ville. Cela a-t-il plus d’avantages que d’inconvénients ? On est plutôt frappé des inconvénients que des avantages. On se décidera difficilement à changer, au bout de cinq années, un maire établi depuis cinq ans dans l’hôtel de ville avec toute sa famille. C’est un dérangement beaucoup plus considérable dans son existence que si on ne lui ôtait que sa place. Si cependant on lui donne un successeur, on ne pourra exiger que toute une famille quitte dans les vingt-quatre heures. Des semaines et peut-être des mois s’écouleront ; le maire sortant restera maître des archives, des bureaux, des papiers, des employés réunis dans la maison centrale. Il sera encore quelque chose lorsque le gouvernement a voulu qu’il ne soit plus rien ! Lors­qu’un ministre quitte le ministère, il exerce encore longtemps, et quoi qu’on fasse, une grande influence sur les bureaux et sur les affaires. Cet inconvénient est peu de chose près du gouvernement, mais il est très grave dans une ville éloignée de la capitale, où l’on peut vouloir changer un maire dans des circonstances où souvent tout dépend du moment. C’est donc une question vraiment importante que celle de savoir si les maires peuvent loger dans les hôtels de ville.

On entend par loger, avoir dans l’hôtel de ville sa famille, ses domestiques, ses cuisines, enfin un établissement complet. Ce qui n’empêche pas que le maire ait une ou deux pièces dans l’hôtel de ville et même un lit pour des cas où les affaires exigeraient la per­manence.

Sa Majesté désire qu’on joigne au rapport la note des maires qui sont logés dans les hôtels de ville, avec l’indication de l’époque où ils s’y sont établis, de l’autorité qui a permis leur établissement et les dépenses qui ont été faites.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, présentez-moi un projet d’organisation pour l’armée d’Allemagne. J’ai donné aux souverains les pays qui m’appartenaient en Allemagne, hormis les provinces d’Erfurt et de Lauenburg. Je n’ai encore fait aucune disposition pour les villes hanséatiques. Dans ces provinces réservées, personne ne doit donner d’ordres que le prince d’Eckmühl, qui est chargé seul de la police dans ces provinces.

J’ai une garnison à Danzig; j’en ai dans les trois places de l’Oder, et des cordons de troupes sur les côtes, depuis la Hollande jusqu’à la Baltique. Il est nécessaire que tout cela soit sous les ordres du prince d’Eckmühl. J’ai en Allemagne de l’artillerie et des magasins. Il est convenable que les deux ministres de la guerre n’y donnent d’ordre que par le canal du prince d’Eckmühl. Ainsi, depuis les frontières de l’Ost-Frise, le prince d’Eckmühl est chargé de toutes les mesures à prendre pour la répression de la contrebande, et il est chargé de l’exécution de tous les ordres a envoyer en Allemagne.

Mon intention a toujours été : 1° D’y laisser quinze régiments d’in­fanterie, en trois divisions, une division de trois régiments de cava­lerie légère (je n’avais d’abord destiné que deux régiments de cava­lerie, mais, depuis, j’ai fait donner l’ordre à un des régiments qui étaient en Hollande de remonter vers les villes hanséatiques), et une de quatre régiments de cuirassiers ;

2° D’avoir pour l’artillerie, indépendamment des pièces de régi­ment, 15 pièces d’artillerie par division d’infanterie, 12 à la division de cavalerie légère, et 23 au parc de réserve; total, 80 pièces de canon; ce qui, avec les 30 pièces de régiment, fait 110 pièces de canon, avec double approvisionnement et un approvisionnement de parc, indépendamment de l’artillerie des garnisons des quatre places; et aujourd’hui il faut y joindre celle des côtes ;

3° D’avoir un corps du génie composé de 20 officiers, y compris les places, au moins 15,000 outils attelés, six compagnies de sapeurs, une compagnie de mineurs et deux de pontonniers;

4° Enfin une compagnie de 100 gendarmes, commandée par un colonel.

Les régiments doivent être sévèrement inspectés, l’effectif établi tous les trois mois, et tous les trois mois vous devez prendre mes ordres pour tirer des dépôts les hommes nécessaires pour entretenir le présent des quinze régiments à 800 hommes par bataillon.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai reçu votre rapport du 1er octobre sur les 421 bouches à faire fondre à la Haye; sur les 900 pièces que vous ferez évacuer sur Anvers, Maastricht, Wesel; sur les 2,700 pièces en bronze et en fer qui resteront en Hollande. J’approuve ces dispositions; exécutez-les sans délai. Mais je vois que, sur les 2,700, il y en a 1,700 en bronze; c’est trop. Il faut nommer une commission pour déterminer cela et réduire au nombre suffisant. Faites faire un recensement de tous les bois et fers inutiles, et dirigez tout cela sur Anvers.

En général, je vous répète que mon intention est que vos instruc­tions portent sur ces trois bases :

1° En cas que la France éprouve un revers et que la Hollande soit envahie par l’ennemi, lui laisser le moins de matériel possible.

2° En cas de révolte, lui laisser le moins de moyens de défense que possible.

3° Centraliser sur Anvers et sur Lille, en ne laissant que le néces­saire pour défendre les îles et places fortes.

Vous verrez qu’il entre dans mes principes de détruire la fonderie de la Haye.

Après la réunion de la Hollande, mes projets pour Anvers se grandissent beaucoup, et je veux faire d’Anvers une place de première force. Je désire centraliser tous les établissements sur la rive gauche et établir la défense de la rive gauche, en attendant que les fortifications de la rive gauche soient établies; ce qui alors offrira une assez grande étendue.

En général, le génie me présentera des projets pour fortifier l’en­ceinte de la rive gauche et y établir les magasins d’artillerie.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Surpris de voir que les constructions du port de Gênes et surtout celles du vaisseau l’Agamemnon n’avancent pas, j’ai pris des infor­mations sur l’époque où je pourrais espérer que ce vaisseau fût mis à l’eau à Gènes. Il résulte de ces informations que cette époque est indéterminée, parce que l’entrepreneur n’a pas les moyens conve­nables, surtout depuis une banqueroute qu’il a essuyée. On m’assure que l’administration n’a pas à sa disposition les fonds suffisants, puisqu’il lui faudrait 670,000 francs seulement pour les construc­tions et 300,000 francs pour les approvisionnements, et que, par le budget, il ne lui est assigné que 700,000 francs. Faites-moi un rap­port pour résilier le marché actuel, en traitant bien l’entrepreneur et en achetant ses bois. Il n’y a aucune espérance que cet entrepreneur puisse aller; et il est d’autant plus malheureux que le vaisseau l’Agamemnon éprouve des retards, qu’il y a à Gênes des bois courbes et que la disette de ce bois est ordinairement ce qui embarrasse. Il faut ordonner qu’avant tout on mette tous les soins à porter cette année le vaisseau aux douze 24e, comme je l’ai prescrit.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j’ai pris un décret pour mettre cinq à six vaisseaux de haut bord en construction sur les chantiers de la Hollande. Mon décret n’a pas encore été exécuté, et on ne m’en dit pas la raison. Si on ne peut pas construire en Hollande des vaisseaux de notre modèle, restera à savoir s’il convient d’en faire construire sur le modèle hollandais. Cette décision, il faut l’ajourner après la tournée que vous aurez faite en Hollande. Toutefois je désirerais avoir un rapport qui me fit connaître ce qu’on fait aujourd’hui sur les chantiers hollandais, afin de faire achever promptement les vaisseaux et de ne pas laisser continuer les frégates et les bricks. Je conçois qu’un vaisseau de 80 canons, ne tirant que 18 pieds d’eau, puisse être utile; il n’en est pas de même des frégates; faites-en donc cesser la construction. Pour celles qui existent, on pourrait les considérer comme des transports. Ces frégates hollandaises pourraient-elles équivaloir à des flûtes de 800 tonneaux ? Ne conviendrait-il pas de mettre sur les chantiers des frégates de 24 et de 18 canons ? Il semble qu’elles seraient d’un grand avantage pour l’escadre du Texel, comme pour celle d’Anvers et pour tout autre service. Faites-moi connaître ce qui convient là-dessus.

 

Fontainebleau. 4 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le lieutenant-colonel Deponthon, mon secrétaire de cabinet, se rend près de vous et vous remettra les plans de l’embouchure de la Jahde, de l’Elbe et du Weser, ainsi que tous les renseignements qu’il a recueillis sur les lieux, tant sur ces débouchés importants que sur la situation des côtes.

J’ai ordonné que l’île de Neuwerk fût occupée et que des batteries de gros calibre y fussent établies ; que trois batteries, chacune de 8 à 10 canons de gros calibre, fussent établies à Cuxhaven pour proté­ger, non seulement ma flottille, mais même des vaisseaux de guerre.

Après avoir pris tous les renseignements, vous me ferez d’abord bien connaître si je suis fondé dans l’opinion que des frégates et des vaisseaux de guerre puissent mouiller et trouver protection devant Cuxhaven.

Mon intention est d’être d’abord parfaitement maître de l’embou­chure de la Jahde, du Weser et de l’Elbe. Le capitaine Bedel-Du-tertre, qui a le 4e commandement, est chargé de ces trois embou­chures. Je pense qu’il a trop peu de bâtiments pour surveiller trois points aussi importants. Il lui faudrait au moins trente-six bâtiments (je ne sais combien il en a), et il faudrait qu’il eût sous ses ordres un bon officier qu’il pût détacher dans la Jahde et dans le Weser ; pour lui, il se tiendrait dans l’Elbe.

On construit sur les rives du Weser et de la Jahde des batteries pour protéger la flottille. Faites-moi connaître le nombre de canon­nières, de bricks et de petits bâtiments légers dont on pourrait com­poser cette station, et où on pourrait les prendre.

Je trouve également que l’Ems est trop éloigné du Zuiderzee et qu’il n’a réellement rien de commun avec ce commandement. Je désire donc qu’un capitaine de vaisseau, avec le nombre de canon­nières et autres petits bâtiments nécessaires, prenne station dans l’Ems et y forme un commandement à part; de sorte que la côte, depuis l’Escaut jusqu’à l’Elbe, au lieu d’être divisée en quatre com­mandements, le sera désormais en six : 1er commandement sous l’amiral Missiéssy ; 2e sous le contre-amiral qui est à Hellevoetsluis; 3e sous l’amiral Dewinter dans le Zuiderzee; 4e sous un capitaine de vaisseau dans l’Ems; 5e la station dans la Jahde et le Weser; 6e la station dans l’Elbe.

En supposant que la station dans l’Elbe soit composée de 24 cha­loupes canonnières françaises et hollandaises et d’une douzaine de péniches, de celles que j’ai à Anvers, armées d’un obusier et propres à une descente, cela porterait plus de 3,000 hommes, et il n’est pas probable que pour une attaque sur Helgoland il en faille plus de 1,200, puisqu’on n’en porte la garnison qu’à 3 ou 400 hommes. Ces péniches me paraissent d’autant plus importantes que, tirant moins d’eau, elles pourront mieux fouiller tout l’Elbe.

Quant à l’expédition, je désire qu’une division de trois frégates puisse arriver sur Helgoland en doublant la côte d’Angleterre. Elle serait plus forte que la croisière anglaise, et au moment même les chaloupes canonnières partiraient de Cuxhaven.

S’il était possible même de faire sortir deux bons vaisseaux d’An­vers ou une division de tout autre port, le mal qu’on ferait à l’ennemi dans cette expédition vaudrait la peine d’exposer une division de deux vaisseaux de guerre. Dans le rapport sur cette expédition, vous me ferez connaître les ports du Danemark et de Suède où cette divi­sion pourrait relâcher; il faudrait aussi prévoir le cas où elle serait obligée de relâcher dans l’Ems, pour lui indiquer le mouillage qu’elle pourrait prendre sous la protection des batteries.

Enfin mon intention est de placer un grand nombre de canon­nières et de bâtiments légers à l’embouchure de la Jahde, du Weser et de l’Elbe, pour interdire toute communication au commerce, ôter jusqu’à l’espoir aux contrebandiers de Helgoland et faire tort même à leur crédit par la menace d’attaquer. Déjà rien que le bruit que cet entrepôt était exposé a fait la plus grande sensation à Londres.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois vos deux états numéro 23, portant les noms des bâti­ments entrés et sortis avec licence pendant août et septembre.

Je vois que le Hazard, capitaine Aubey, est sorti de Caen. C’est un bâtiment de 30 tonneaux : vous le portez comme prussien ; idem le Prince-Frédéric, sorti d’Ostende; la Louise, de Morlaix; la Paix, d’Anvers; le Petit-Henry,  sorti de Honfleur, et la Frau-Martha, sortie de Caen; l’Indien, sorti de Granville, porté comme papenbourgeois. Voilà donc sept bâtiments étrangers sortis avec mes licences. Si j’envoie au ministre des finances et au directeur des douanes cette observation, ils me répondront ce qu’ils m’ont déjà répondu, que ces bâtiments ne sont pas prussiens, mais français. Faites une enquête spéciale pour savoir si ces bâtiments sont réellement prussiens. Envoyez des instructions à vos agents et soumettez-moi le résultat, afin que je réprime ces écarts des douanes, si contraires à mes intentions.

Je vous prie également de faire mettre, pour chaque bâtiment qui sort de mes ports, les numéro et série de la licence avec laquelle il est sorti.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, j’approuve le projet de formation de l’armée du centre, commandée par le roi d’Espagne, le général Belliard étant chef d’état-major et en même temps gouverneur de Madrid, et le général Dessole commandant la division française. Je trouve que vous
ne laissez pas assez de cavalerie à ce corps; vous en ôtez les quatre régiments de la division Lahoussaye et les deux régiments de la brigade Marisy. Je crois qu’il suffit d’ôter les deux régiments de la brigade Digeon, faisant partie de la division Lahoussaye, et qui sont au delà de la Sierra Morena, et qu’il faut les remplacer par les deux régiments de la brigade Marisy, que vous mettrez sous les ordres du général Lahoussaye. Par ce moyen le Roi aura une division de cavalerie de quatre régiments français. Ainsi il y aura à cette armée
4,000 hommes de cavalerie, y comprenant la garde royale; ce nombre de chevaux est nécessaire. Je vous renvoie votre projet pour que vous me le remettiez ainsi rectifié. Il faut, de plus, y joindre la division des arrondissements des provinces de Ségovie, d’Avila, de Soria, de Guadalajara, d’une partie de l’Estremadure et des petites provinces du côté de l’Aragon. Joignez-y aussi Cuenca. Il faudra spécifier dans le projet de formation que les escadrons de marche formés des détachements des régiments de la division Lahoussaye qui font partie de l’armée du centre se rendront à Madrid, ce qui portera à 2,400 hommes cette division : le Roi a 600 hommes de sa garde; avec les 1,900 hommes de cavalerie légère, il aura enfin 5,000 hommes de cavalerie.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, la désorganisation de votre corps vient de votre faute. Rien ne doit s’exécuter, sous peine de responsabilité, sans votre ordre. Voyez le ministre de la guerre, et concertez-vous avec lui pour me proposer un projet complet d’organisation de votre armée, comme était organisé le 3e corps. Vous avez le commandement, non seulement du 3e corps, mais de toutes les troupes françaises qui sont en Allemagne.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, je donne ordre que votre quartier général soit porté de Hanovre à Hambourg ; que deux compagnies d’artillerie à pied, du 9e régiment, qui sont en Hollande, et une des deux compagnie d’artillerie qui sont à Magdeburg, se rendent à Cuxhaven et à Ham­bourg; que trois compagnies du 5e bataillon de sapeurs, y compris celle qui était à Hambourg, mais qui depuis avait eu ordre de se diriger sur le Zuiderzee, plus la 6e compagnie du 3e bataillon de sapeurs, soient dirigées sur Hambourg. Je donne également l’ordre que 15,000 outils attelés vous soient envoyés. Ainsi vous aurez trois compagnies d’artillerie, quatre compagnies de sapeurs et des outils.

J’ai déjà ordonné que le 8e de hussards vous soit envoyé ; je viens de renouveler cet ordre, et j’ordonne que le 16ede chasseurs vous soit également envoyé; ainsi la cavalerie légère du 3ecorps sera composée de quatre régiments. Tous ces contre-ordres ne seraient pas donnés si vous aviez maintenu l’ordre dans votre armée et si vous ne l’aviez pas laissé désorganiser par les bureaux. Il est absurde qu’un corps soit laissé ainsi en Allemagne sans aucun moyen de faire la guerre ; il valait autant laisser prendre les fusils de vos soldats.

Faites-moi un rapport général sur la composition de votre armée. Mon intention est qu’elle soit composée de quinze régiments d’infan­terie, de huit régiments de cavalerie, dont quatre de cavalerie légère, de 15,000 outils attelés, de 80 pièces d’artillerie avec double approvisionnement, de 60 caissons d’infanterie attelés, des ouvriers, pontonniers,  et de tout ce qui est nécessaire pour compléter cet       attirail.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, vous enverrez par un officier d’état-major l’ordre au général Morand d’occuper l’île de Neuwerk, avec deux cents hommes et huit pièces de campagne, de l’approvisionner pour un mois, d’y construire une bonne redoute, et d’y établir trois batteries de 18 ou de 24 pour battre la plage. Il faudra aussi établir à Cuxhaven un système de défense qui puisse protéger une flottille ou d’autres bâtiments qui seraient en station à l’embouchure de l’Elbe. Il sera donc nécessaire d’élever deux ou trois batteries contenant une vingtaine de pièces de canon de gros calibre et quelques mortiers. Toutes ces pièces devront défendre le même mouillage et assurer protection à la flottille. En occupant la petite île de Neuwerk, on devra faire les dispositions nécessaires pour que, quarante-huit heures après, on puisse y amener notre artillerie et les munitions. Il faut y mettre un commandant vigilant qui ne se laisse pas surprendre. Par le retour de votre officier d’état-major, je saurai le jour où la petite île sera occupée et les bat­teries établies. Vous me ferez connaître aussi si la flottille, composée de douze canonnières françaises et de douze hollandaises, est enfin arrivée.  Cette flottille est sous les ordres du capitaine de vaisseau Bedel-Dutertre. Vous trouverez ci-jointes les dernières dépêches du général Morand au ministre de la guerre ; vous y prendrez connais­sance de remplacement des troupes.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous avais demandé de faire régler les matricules de vos poids et mesures sur les poids et mesures de France. La monnaie est déjà mise sur le système français. Il faut en faire de même pour les poids et mesures. Faites-moi connaître quel système on suit aujourd’hui.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

A Élisa Napoléon, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, j’ai ordonné la construction, à Livourne, d’une frégate appelée la Vestale. Voyez s’il serait possible de conclure un marché par entreprise pour avoir promptement cette frégate. Ne serait-il pas possible de faire également des marchés pour la construction des bricks l’Inconstant et le Zéphyr ?

Napoléon

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites connaître au général Rapp que j’approuve fort qu’il ait mis en état les fortifications de sa place; que j’ai ordonné que les 3e bataillons polonais y fussent envoyés pour renforcer sa garnison ; qu’il doit tenir sa place bien armée, palissadée et en très bon état ; que je désire avoir un rapport sur les for­tifications et les travaux les plus urgents à faire; qu’il fasse réparer les blockhaus. Cette place est d’une grande importance, et l’on ne doit rien négliger pour la tenir en bon état.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

NOTES SUR L’ORGANISATION DES ARMÉES.

PREMIÈRE PARTIE.

Infanterie. Monsieur le Duc de Feltre, j’ai 132 régiments d’infanterie de ligne formant 528 bataillons de guerre, plus 132 cinquièmes bataillons ou bataillons de dépôt; en y ajoutant les 4 régiments suisses, cela ferait 136 régiments et formerait 34 divisions compo­sées chacune de 4 régiments; chaque régiment fort de 4 bataillons, ce serait 16 bataillons ou 12,800 hommes par division, et un total de 34 divisions d’infanterie et de 435,200 hommes.

Cavalerie. J’ai 36 régiments de cavalerie légère, qui font 18 bri­gades, fortes chacune de 1,800 hommes, au total 32,400 hommes. J’ai 16 régiments de cuirassiers, qui forment 4 divisions, fortes cha­cune de 3,600 hommes, au total 14,400 hommes. J’ai 30 régiments de dragons, formant 8 divisions, fortes chacune de 3,500 hommes, au total 28,000 hommes. Total de la cavalerie, 74,800 hommes.

En supposant toutes ces troupes en mouvement à la fois, il faut calculer l’artillerie, le génie, le train et les transports militaires nécessaires tant au personnel qu’au matériel.

Artillerie. Les 12 divisions de cuirassiers et dragons ont besoin chacune de 2 compagnies d’artillerie légère; ce qui fera 24 compa­gnies d’artillerie à cheval et 144 pièces de canon. En supposant les 34 divisions d’infanterie formées en 11 corps d’armée, chaque corps aurait besoin au moins d’une compagnie d’artillerie légère pour son avant-garde; et, chaque compagnie servant 6 pièces, cela ferait pour les 11 corps d’armée 66 pièces de canon.

Les 34 divisions d’infanterie auraient besoin chacune de 2 compa­gnies d’artillerie à pied servant 12 pièces, total 68 compagnies d’ar­tillerie à pied et 408 pièces de canon.

En continuant de supposer que ces 34 divisions forment 11 corps d’armée, il faudrait pour chaque corps 3 compagnies d’artillerie à pied servant 18 pièces de canon; ce qui ferait au total 33 compa­gnies et 198 pièces de canon, tant pour les corps d’armée que pour les réserves et les parcs.

II faudrait, de plus, 40 compagnies pour les places et pour l’équi­page de siège; enfin les 136 régiments, à 2 pièces par régiment, formeraient 272 pièces. Cela doit faire pour l’artillerie un total d’en­viron 1,300 pièces de canon, et, à 5 voitures par pièce, 6,500 voitures. Il faut calculer sur 5 chevaux par voiture, ce qui fait 35,000 chevaux. Sur ce nombre il y en a 5,000 pour les régiments; reste pour le train 30,000 chevaux, qui nécessitent 15,000 hommes pour les servir.

Pontonniers. En portant une compagnie de pontonniers par chaque corps d’armée, ce serait trop peu; cependant, à toute rigueur, cela serait suffisant; ce qui ferait donc 11 compagnies de pontonniers.

Sapeurs. Il faut 34 compagnies de sapeurs, plus 3 compagnies pour chaque corps d’armée, ce qui ferait 33 autres compagnies, et au total 67 compagnies de sapeurs.

Bataillons d’équipages militaires. Il faudra 11 bataillons d’équipages militaires; chaque bataillon servant 150 caissons, cela ferait 1,650 caissons.

Sans doute le cas où toutes ces troupes seraient à la fois en mou­vement se présentera rarement, mais enfin les troupes qui restent sur la défensive finissent par avoir besoin de tout leur attirail. Ces obser­vations ne sont que générales. Je désire cependant que vous me fassiez un travail que je vais vous indiquer dans la deuxième partie de cette lettre.

 

DEUXIÈME PARTIE.

Considérez toutes les troupes qui sont en Espagne comme devant y rester longtemps, hormis les cadres d’un certain nombre de bataillons qu’on resserrera progressivement, et supposez que je veux former deux autres armées, une en Allemagne et une en Italie, l’une et l’autre comprenant 300 bataillons, sans compter les 132 cinquièmes bataillons.

Armée d’Allemagne.

Infanterie. Mon armée d’Allemagne serait composée de 12 divi­sions, chaque division de 4 régiments, chaque régiment de 4 batail­lons ; ce qui ferait donc pour cette armée 48 régiments et 192 ba­taillons, ou 150,000 hommes.

Cavalerie. Plus 15 régiments de grosse cavalerie, complétés chacun à 1,000 hommes, au total 15,000 cuirassiers et 16 régiments de cavalerie légère, faisant 16,000 hommes, ensemble environ 30,000 hommes de cavalerie.

Artillerie. L’artillerie devrait être composée suivant les principes établis ci-dessus, c’est-à-dire qu’il devrait y avoir 8 compagnies d’ar­tillerie à cheval, servant 48 pièces, pour les cuirassiers; 3 compa­gnies d’artillerie à cheval, à raison d’une pour chaque corps d’armée; total, 11 compagnies d’artillerie légère, qu’on pourrait porter à 12.

Deux compagnies d’artillerie à pied pour chaque division d’infan­terie, ce qui ferait 24, plus 24 compagnies d’artillerie à pied pour le parc et la réserve ; total, 48 compagnies.

Ainsi le personnel de l’artillerie emploierait 48 compagnies d’artil­lerie à pied et 12 d’artillerie à cheval ; au total, 60 compagnies.

Le matériel consistera en 72 pièces d’artillerie à cheval, 144 pièces, à raison de 12 par division, 72 pièces du parc et de la réserve et 96 pièces de bataillon, à raison de 2 par régiment ; total, 384 pièces de canon.

Train. Les voitures attelées à raison de 5 chevaux par voiture : 5 bataillons du train pourront suffire à tout cela, avec 6 à 7,000 chevaux.

Sapeurs. Il faudra 12 compagnies de sapeurs pour les 12 divisions et 3 pour le parc des 3 corps d’armée; total, 15 compagnies.

Pontonniers. 8 compagnies de pontonniers seraient nécessaires.

Équipages militaires. Il faudrait une compagnie d’équipages mili­taires par division, ce qui ferait 12 compagnies, plus 2 compagnies pour la cavalerie et 10 pour le parc général ; total, 24 compagnies à 4 bataillons d’équipages militaires.

Ceci formerait une armée de 200,000 hommes; en y ajoutant 44,000 Polonais, 30,000 Saxons, 28,000 Westphaliens, Hessois et troupes de Berg, cela ferait une armée de 300,000 hommes, dont 60,000 hommes de cavalerie.

Voici actuellement le détail de la composition supposée de cette armée :

1er corps : le 7e d’infanterie légère formerait quatre bataillons; le 13e, quatre; le 15e quatre (le 4e bataillon de ce régiment, étant en Espagne, serait remplacé par le 3e bataillon du 6e léger ) ; le 33e d’in­fanterie légère, quatre; le 12e de ligne, quatre; le 17e quatre; le 21e quatre; le 25e trois (le 4e bataillon en Espagne); le 30e quatre; le 33e quatre; le 48e quatre; le 57e quatre; le 61e quatre; le 85e quatre; le 108e quatre; le 111e quatre; total, 16 régiments formant 63 bataillons.

Ces 63 bataillons composeraient 4 divisions; chaque division serait formée d’un régiment d’infanterie légère et de 3 régiments de ligne. Ce premier corps serait celui qui est actuellement en Allemagne, sont les ordres du prince d’Eckmühl.

Un autre corps serait composé de la manière suivante, savoir : le 1er régiment d’infanterie légère formant quatre bataillons; le 23e quatre ; le 24e quatre ; le 26e quatre ; le 3e de ligne, quatre ; le 4e, quatre; le 18e quatre; le 72e quatre; le 123e, quatre; le 12e, quatre; le 125e, quatre; le 126e quatre; le 135e quatre; le 2e trois; le 19e trois; le 37e trois; le 46e trois; total, 17 régiments ou 64 bataillons formant 4 divisions, chacune de 16 bataillons.

Le 3e corps d’armée serait composé de 3 bataillons du 56e, de 3 bataillons du 93e et de 58 bataillons dont on ferait venir les cadres d’Espagne, en prenant ceux des bataillons les plus faibles (il faut bien calculer qu’il ne reviendrait que les cadres ) ; total, 64 bataillons. Il faudrait également faire revenir un bataillon pour remplacer au 1er corps le 4e bataillon du 25e.

Ces trois corps, portés ainsi à 64 bataillons chacun, formeraient donc 192 bataillons, ou 150,000 hommes d’infanterie.

Je n’ai rien à ajouter quant à la cavalerie; seulement il faudrait faire revenir les cadres de quelques escadrons, afin d’avoir les 16 ré­giments de cavalerie légère.

Remettez-moi la situation de tous ces corps, au 1er octobre, avec l’indication de ce qui manque pour les compléter.

D’après les calculs approximatifs que j’ai faits, mais qu’on pourra relever avec plus d’exactitude dans vos bureaux, il m’a paru que, pour réaliser cette armée de 200,000 hommes, il me faudrait pour les 30 bataillons d’infanterie légère et les 100 bataillons de ligne un recrutement de 18,000 hommes; que les 58 bataillons dont les cadres reviendraient d’Espagne auraient besoin de 40,000 hommes; cela ferait donc pour l’infanterie 58,000 hommes ; que les cuirassiers auraient besoin de 4,000 hommes ; que les 17 régiments de cavalerie légère auraient besoin de 4,000 hommes. J’ai en France huit com­pagnies du 1er régiment d’artillerie, cinq du 3e, seize du 5e, huit du 6e, dix-sept du 7e, dix-huit du 8e et vingt du 9e; total, 92 compa­gnies, sans y comprendre celles du 2e et du 4e régiment, qui sont destinées à l’armée d’Italie. J’ai donc plus de compagnies d’artillerie qu’il ne m’en faudrait; mais pour les porter à 140 hommes il pour­rait me manquer 4,000 hommes. J’ai seize compagnies d’artillerie à cheval, sans compter les douze qui sont en Italie; il pourrait man­quer à leur complet 1,500 hommes. J’ai sept bataillons du train en France ou en Allemagne, en y comprenant ceux que j’ai en Hollande, mais sans y comprendre ceux que j’ai en Italie. J’ai les pontonniers nécessaires. J’ai treize compagnies de sapeurs ; ce qui évidemment ne serait pas suffisant; il faudrait faire revenir des cadres d’Espagne au fur et à mesure que cela serait possible. Total, 71,500 hommes.

En résumé, pour compléter cette armée à 200,000 hommes, je trouve qu’il faudrait près de 80,000 hommes.

 

ARMÉE  D’ITALIE.

Cette armée se composerait de 10 divisions, dont 7 françaises et 3         italiennes, et composées, savoir:

1e division française, 8e d’infanterie légère ayant quatre batail­lons; 5e de ligne, quatre; 11e, quatre; 23e quatre : 16 bataillons;

2e division française, 18e d’infanterie légère ayant quatre batail­lons; 60e de ligne, quatre; 79e, quatre; 81e, quatre : 16 bataillons;

3e division française, 22e léger ayant quatre bataillons; 6e de ligne, deux; 20e quatre; 72e, quatre : 14 bataillons;

4e division française, 14e léger ayant deux bataillons; 1er de ligne, quatre; 10e, quatre; 101e, quatre: 14 bataillons;

5e division française, 9e de ligne ayant quatre bataillons ; 29e, qua­tre; 53e quatre; 100e, quatre : 16 bataillons;

6e division française, 35e de ligne ayant quatre bataillons; 52e, quatre; 92e, quatre; 112e, trois : 15 bataillons;

7e division française, 13e de ligne ayant quatre bataillons; 84e, quatre; 102e, quatre; trois bataillons suisses à Naples : 15 batail­lons; total, 27 régiments formant 106 bataillons et 80,000 hommes d’infanterie.

La cavalerie se composerait de 8 régiments de cavalerie légère, qui sont en Italie, et de 5 régiments de dragons; total, 13 régiments de cavalerie et 1,200 hommes.

L’artillerie se composerait de 6 compagnies d’artillerie légère, de 14 compagnies d’artillerie à pied pour les 7 divisions d’infanterie et de 10 compagnies pour le parc; total, 30 compagnies d’artillerie.

Le matériel de l’artillerie serait organisé sur le même principe. Les 4 bataillons du train, complétés à  1,000 hommes, seraient suffisants. Il faudrait 2 bataillons d’équipages militaires de 180 voitures chacun; je crois qu’il n’y en a qu’un.

L’armée italienne se composerait de 3 divisions d’infanterie, de 16 bataillons chacune, ce qui ferait 48 bataillons; de 6 régiments de cavalerie; de l’artillerie, des sapeurs et des transports nécessaires. Cela porterait mon armée d’Italie à 140,000 hommes, et, en y ajou­tant les Bavarois, les Wurtembergeois et les Badois, cela ferait 200,000 hommes.

Il faut faire également les états des corps destinés à l’armée d’Italie, et me faire connaître ce qui manque pour les compléter en officiers et soldats. Des calculs approximatifs que j’ai faits, il résul­terait que 15,000 hommes seraient suffisants pour compléter les bataillons de guerre de l’armée d’Italie, et 5,000 hommes pour compléter la cavalerie, les équipages militaires et le train; ce qui ferait 20,000 hommes pour mon armée d’Italie et 80,000 hommes pour mon armée d’Allemagne; total, 100,000 hommes.

Il me resterait à compléter les 5e bataillons à raison de 440 hommes ; il faudrait pour cela 58,000 hommes ; j’aurais alors 135 batail­lons de 500 hommes.

Je compte donc sur 300 bataillons, et vous devez faire votre tra­vail sur ce pied, parce que, s’il est possible de rappeler d’Espagne 60 cadres de bataillons, c’est tout ce qu’on peut faire.

 

TROISIÈME PARTIE.

1° Réitérez les ordres dans vos bureaux et ailleurs pour que tout ce qui concerne l’armée d’Allemagne passe par le prince d’Eckmühl. J’écris à ce prince que je rends les généraux et les chefs d’admi­nistration responsables du moindre mouvement qu’ils feraient faire sans ses ordres.

2° Le prince d’Eckmühl redemande le colonel d’artillerie Jouffroy, pour être directeur de son parc; il faut le lui envoyer.

3° II demande aussi deux compagnies d’artillerie légère ; vous avez dû lui envoyer les deux compagnies hollandaises.

4° Vous voulez faire revenir 2 bataillons du train; il faut les laisser en Allemagne; ils y seront mieux nourris et mieux entre­tenus. Si vous n’avez pas donné contre-ordre au retour de ces 2 ba­taillons, il faut le donner sur-le-champ ; ils serviront aux évacuations de l’artillerie.

5° II faut donner à l’armée d’Allemagne un bon général d’artil­lerie : le général Pernety est toujours malade. Il faut donner aussi à cette armée un bon général du génie; prenez-le parmi les ingénieurs hollandais.

6° Provisoirement les divisions seront fortes de 5 régiments. Quand j’enverrai le 33e d’infanterie légère et les 4e bataillons qui manquent, je formerai 4 divisions, fortes chacune de 4 régiments.

7° Il est nécessaire qu’il y ait trois généraux de brigade à chaque division.

8° La cavalerie s’affaiblirait trop; je vous ai ordonné d’y envoyer le 8e de hussards et le 16e de chasseurs ; ce qui fera, avec les 2 régi­ments qui s’y trouvent, 2 brigades de cavalerie légère. Il faut y en­voyer deux généraux de brigade. Il faut aussi pour la grosse cavalerie un général de division.

9° Vous avez dû expédier des ordres pour que 4 compagnies de sapeurs et 15,000 outils attelés fussent envoyés à Hambourg. Il serait aussi convenable d’y envoyer 2 compagnies de canonniers et 2 batail­lons d’équipages militaires.

En résumé, je désire que le travail que je viens d’esquisser me soit présenté.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

NOTE SUR LES PLACES DE POLOGNE.

Sierock, la tête de pont de Praga, sont des ouvrages à entretenir; ce sont des ouvrages de campagne. Mais il faut employer son argent à concentrer ses magasins à Modlin; c’est la vraie place du grand-duché. On doit y placer l’arsenal, les magasins de munitions, de vivres et d’habillement, les dépôts, de sorte que, Varsovie pris, cette place reste et rend maître des deux rives de la Vistule et de la Narew. Il est difficile d’avoir une place plus heureusement située et plus propre à remplir le but qu’on se propose. Il existe déjà quatre fronts massés et révolus. Il est indispensable d’établir le terre-plein derrière le parapet, afin qu’on puisse mettre partout des batteries. Les barbettes qu’on a mises aux saillants ne sont pas suffisantes pour une place comme Modlin. Les chemins couverts et glacis sont de première nécessité pour avoir des places d’armes et couvrir la place. On doit laisser subsister le tracé actuel.

Le principal avantage de Modlin est d’avoir trois ponts. Indépen­damment de l’île Suédoise, il faut une tête de pont sur la rive gauche de la Narew ; il en faut une autre sur la rive gauche de la Vistule ; mais il faut coordonner ces ouvrages de manière à ce qu’ils se sou­tiennent entre eux.

Le pont de la Vistule a 300 toises de long; il est donc de première nécessité d’occuper un point qui serait à 250 toises du bastion 6; de sorte que ce point de la rive droite, à 700 toises du pont, étant occupé, l’ennemi ne pourrait y établir des batteries et jeter le pont à terre.

Il est également nécessaire que le point à 600 toises de la Narew, près du village de Modlin, soit occupé. Ce point serait également à 350 ou 400 toises du bastion 2.

Moyennant ces deux forts, l’ennemi qui arriverait par la rive droite de la Vistule ou delà Narew ne pourrait pas insulter les ponts.

Le pont de la Vistule peut aussi être insulté sur la rive droite de la Vistule. Il serait donc important d’occuper à 600 toises des points pour empêcher l’ennemi de s’y établir.

Cela fait donc cinq forts ou fortes redoutes qu’il est essentiel d’éta­blir ; ces forts ne se trouveront éloignés que de 500 toises de la place.

Ainsi il faut me faire un tracé qui établisse un fort A à 700 toises du fort de la Vistule, un fort B vis-à-vis, seulement à 300 ou 400 toises, parce que la rive empêche de voir le pont, un fort C à 600 toises du pont de la Narew, un fort D à 600 toises du fort de la Vistule, et un fort E à 400 ou 500 toises au point où l’on cesse de voir le pont, et un fort F.

Il y aurait 600 toises du fort F au fort D. Tracer derrière ces deux forts un double front qui serve de tête de pont du côté du vil­lage de Nowydwor. On peut faire là deux ou trois fronts fermés à la gorge; dans ce terrain marécageux et bas, ils peuvent être soutenus par un fossé plein d’eau et par une inondation, et les forts F et D les flanqueraient d’ailleurs.

Enfin il faut tracer une tête de pont sur la rive gauche de la Vistule; on pourrait faire à peu près le même tracé que Praga, c’est-à-dire 3 ou 400 toises, soutenu à droite et à gauche par les deux forts E et B.

La rive droite de la Vistule doit dominer la rive gauche de beau­coup; la force de la place doit donc être sur la rive droite.

Un système de cinq ou six demi-lunes, formant ouvrage avancé, serait indispensable pour donner un nouveau degré de force à la place. Il semble que les maçonneries devraient commencer par les demi-lunes, parce qu’alors l’enceinte actuelle resterait toujours.

On croit également que l’arsenal, les grands magasins devraient tous exister sur la rive droite.

Comme il sera possible de dépenser un million par an, il faut que le génie me fasse un projet pour l’emploi du premier million, mais de manière que chaque année on obtienne un nouveau degré de force.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

DÉCISION.

Le général Clarke demande une indemnité de frais de table pour les officiers généraux et les officiers supérieurs de l’armée d’Espagne. Donnez ordre que ces frais ne soient perçus qu’après que la solde du  soldat  sera  payée. La  solde passe avant tout.

 

Fontainebleau , 6 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Comme il n’y a point de temps à perdre, je m’arrête au parti de faire embarquer sur une frégate les objets d’artillerie dont le ministre de la guerre vous a envoyé la note, et de faire armer la flûte la Thémis de manière qu’elle soit plus forte qu’un brick, de la remplir de poudre autant qu’elle en pourra porter, et de faire partir ces fré­gates pour Corfou. Donnez ordre que ces frégates soient armées convenablement. Nous sommes en octobre, il me semble qu’il n’y a pas de temps à perdre. Au lieu de dix affûts, si ces deux frégates en pou­vaient porter trente ou quarante, faites-le-moi connaître. Vous pou­vez ordonner dès à présent leur chargement en boulets et en bombes, conformément à la note du ministre de la guerre. Quant aux autres objets à embarquer, vous serez à temps d’embarquer ces objets dans la huitaine. Je ne veux rien négliger pour ravitailler Corfou, que les Anglais pourraient attaquer si les affaires d’Espagne ne leur laissaient plus d’espérance.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, gouverneur général des provinces illyriennes, à Trieste

Par le rapport du ministre des finances et sa correspondance avec MM. Dauchy et Belleville, il résulte que mes intentions étaient con­nues relativement aux bâtiments ottomans, et que c’est sur votre propre opinion que vous vous êtes permis de les relâcher. A l’avenir, conformez-vous avec plus d’exactitude aux ordres qui vous sont trans­mis; car, plus l’autorité est éloignée, plus on doit strictement obéir.

Les papiers de ces bâtiments ne sont pas arrivés, de sorte que j’ai prononcé sur ceux de Gènes, de Livourne, d’Ancône, Venise, et je n’ai pas encore prononcé sur ceux de Trieste.

La lettre du 5 juin de Dauchy au ministre des finances devait rassurer parfaitement ce ministre sur la conduite qu’il aurait tenue.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 30 septembre. Je vois par cette lettre que le Rivoli ne pourra sortir qu’au mois de mars. Je désirerais que l’on pût mettre à l’eau en février le Mont-Saint-Bernard et le Regeneratore, et qu’on forçât de moyens pour avoir l’artillerie et tout ce qui est nécessaire pour armer ces trois bâtiments, de sorte qu’ils puissent sortir le même jour à la fin de mars ou avril, sous la protection des cinq frégates, et être armés en quatre ou cinq jours, de manière à avoir à cette époque trois vaisseaux, soit à Pola, soit à Ancône. Il me semble qu’il n’y a aucune difficulté pour mettre les trois frégates à l’eau, ni pour l’artillerie, ni pour les équipages, puisqu’au besoin on désarmerait quelques-uns des bâtiments actuels. Répondez-moi sur ce point, qui est très important. Je ne vois pas que vous ayez encore fait mettre sur les chantiers les trois vaisseaux dont j’ai ordonné la construction. Il n’y a plus aucune frégate sur ce chantier; je pense qu’il faudrait en mettre une. Je désirerais que les frégates la Bellone et la Caroline pussent être armées de caronades de 36, au lieu de pièces de 12. Pourquoi avez-vous fait des frégates si petites ? Est-ce qu’elles peuvent entrer tout armées à Venise ? Répondez-moi sur ces questions.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le ministre de la guerre vous envoie l’ordre de faire compléter le bataillon du 2e léger italien, qui est à Corfou, en hommes et en officiers, jusqu’à concurrence de 840 hommes présents sous les armes. Il vous envoie également l’ordre de compléter à 140 hom­mes présents les compagnies d’artillerie et de sapeurs que vous avez dans cette île. Faites partir ces renforts d’Otrante avec de bons outils et tout ce qui sera nécessaire à Corfou, afin qu’ils s’embarquent à la première circonstance favorable. Si les Anglais étaient un jour maîtres de Corfou, l’Adriatique serait perdue pour toujours;  il faut donc employer l’hiver à approvisionner  cette île.  Faites-moi connaître comment vous pourriez y faire passer soixante milliers de poudre el quelques objets d’artillerie. Je désire que vous preniez des mesures pour y envoyer d’Ancône dix mille quintaux métriques de blé et deux mille quintaux de riz. Je pense que cela doit être hasardé en plusieurs convois. Faites numéroter les bâtiments et compter ce que chacun portera, afin de savoir ce qui arrivera à Corfou. Comme j’ai donné des ordres au ministre de l’administration de la guerre, il vous écrira pour cela.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, faites occuper par une division de 5 à 6,000 Italiens, cavalerie, artillerie, infanterie, et par un bon détachement de douane et de gendarmerie tous les cantons suisses italiens.

Vous ferez sur-le-champ mettre le séquestre sur les marchandises coloniales et en général sur toutes celles défendues en Italie, qui sont là pour être introduites en contrebande. Faites faire cette opé­ration simultanément ; d’après ce que j’apprends, elle doit rendre plu­sieurs millions. Placez ensuite des cantonnements dans ces pays et une ligne extraordinaire de douanes aux débouchés des montagnes.

Faites connaître, par le chargé d’affaires italien en Suisse, que cette mesure est nécessitée par la contrebande qui se fait dans ces cantons, et que cette occupation durera jusqu’à la paix avec l’Angleterre; que c’est un des moyens hostiles contre l’Angleterre que j’emploie dans le Mecklenburg et dans les ports de l’Allemagne ; que cela n’attentera pas à la véritable neutralité de la Suisse, mais que le placement des douanes au débouché des montagnes est devenu indispensable. Vous ferez arrêter tous les mauvais sujets bannis du royaume d’Italie et les Anglais qui se trouvent dans ce pays. Prescrivez des mesures pour que cette opération se fasse à la fois et avec intelligence. Il devient indispensable d’occuper ces cantons, et rétablissement d’une ligne de douanes aux sommités des gorges sert la première opération. Je n’entre pas dans les détails de l’exécution. Il faut que les généraux que vous enverrez ne fassent pas de proclamation et ne fassent point de sottises. Vous leur prescrirez de confisquer toutes les marchandises anglaises. Les marchandises coloniales seront soumises aux droits.

Je ne veux point m’adresser directement à la Suisse. Il n’y a pas de mal que ce soit une querelle de vous à la Suisse; après on aura recours à moi, ce qui amortira le coup; mais il faut que cela paraisse venir de vous. Vous écrirez dans ce sens aux deux chargés d’affaires d’Italie et de France, et vous direz que la nécessité a forcé le Gouver­nement à cette mesure. Du reste, vous laisserez à ces cantons leur constitution, leur manière de faire, et vous ne leur imposerez aucune nouvelle contribution. Les troupes seront nourries par vous. Vous ne mettrez point de Français dans ces colonnes.

On m’assure qu’à la douane, du coté du Valais, il y a une grande quantité de marchandises anglaises. Faites faire la même opération clans le haut Valais.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Le ministre de la guerre de France vous écrira pour vous demander d’envoyer à Corfou un bataillon de 700 hommes de vos troupes, que vous composerez en entier de Napolitains, sans y mettre de mauvais sujets, et une compagnie de pionniers de 150 à 200 hommes, avec leurs outils, également tous Napolitains. Cela me parait très important.

J’envoie de Rome un bataillon de 800 Français pour s’embarquer à Otrante pour Corfou. Prescrivez des mesures pour que ce bataillon s’embarque avec sûreté. Il ne faut rien négliger pour que ce point important soit à l’abri de tout événement. Envoyez tout ce qui reste à Naples du bataillon d’Isembourg, et qu’il y ait à sa tête un bon chef de bataillon.

Le comte de Cessac vous écrit pour faire passer à Corfou 10,000 quintaux métriques de blé et 1,000 quintaux de riz. Tenez note des bâtiments qui partiront et de leur chargement, et ayez une correspon­dance avec le général Donzelot pour être sûr de ce que cela devient.

Vous sentez l’importance pour votre propre royaume de mettre Corfou à l’abri de tout événement. J’y fais faire des travaux si consi­dérables et j’en renforce tellement la garnison qu’elle sera imprenable autrement que par le blocus. Je prends des mesures pour y avoir 400 jours de vivres.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Frédéric Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté, du 13 septembre, avec les états de situation qui étaient joints. J’y réponds article par article. Je pense qu’il est nécessaire que Votre Majesté ait 10,000 fusils en magasin, pour en armer au besoin sa population. Je tiens à sa disposition 30,000 fusils, 2,000 carabines, 2,000 paires de pistolets et 1,300 sabres. Il me parait que son artillerie est suffisante, autant que j’en puis juger par les états imparfaits que j’ai sous les yeux. J’attendrai ceux que vous m’annoncez. Je désirerais que chacun de ces 17 régiments d’infanterie polonais eût la même orga­nisation en artillerie régimentaire, en caissons de transport, que les régiments français. Chaque régiment d’infanterie devant, par cette organisation, avoir deux pièces de 3 ou de 4, ce serait 34 pièces de ce calibre qui seraient nécessaires ; je les ferai remettre à Votre Majesté. Il est important que son ministre de la guerre, en envoyant quelqu’un pour prendre ces armes et cette artillerie, prescrive beaucoup de circonspection et du secret. Votre Majesté devra pourvoir au transport depuis Mayence et Strasbourg.

J’ai vu avec intérêt les plans des trois places de Sierock, Praga et Modlin. Sierock a aujourd’hui moins d’importance qu’il n’en avait. En faisant fortifier ce point, j’ai eu égard à sa position sur la fron­tière d’Autriche ; l’ennemi était obligé de venir y passer la Narew, entre Sierock et Modlin, sous peine de violer la neutralité autrichienne. Cependant Sierock peut être important comme ouvrage de campagne et comme tête de pont; mais la véritable place est Modlin. Modlin doit être au grand-duché ce que Torgau est à la Saxe. Là doivent être les magasins, l’arsenal, les dépôts, afin que, l’ennemi venant à prendre Varsovie, rien ne tombe dans ses mains. J’enverrai à Votre Majesté des projets sur les fortifications que je pense qu’on doit faire à Modlin. Elle peut, dès a présent, donner ordre que l’argent qu’on dépense à Sierock et à Praga soit employé à Modlin. Le creusement des fossés et un terre-plein à établir autour de la ligne magistrale sont des tra­vaux auxquels on peut employer les ouvriers qui sont à Sierock.

J’ai vu avec intérêt dans l’état de situation des troupes de Votre Majesté qu’elle a 17 régiments d’infanterie et surtout 16 de cavalerie. Je vois parmi les régiments de cavalerie un régiment de cuirassiers : un régiment de chasseurs conviendrait mieux; les cuirassiers doivent coûter fort cher en Pologne; les lanciers sont l’arme préférable. En cas de guerre, ils nous délivreraient de cette nuée de Cosaques qui nous inondait dans la dernière guerre.

Je vois avec peine que la solde est arriérée de plusieurs mois. Le droit sur les marchandises coloniales doit produire une ressource considérable à Varsovie et en Saxe. Il y en a beaucoup à Leipzig; si cela ne suffit pas, l’emprunt que Votre Majesté veut faire, et que j’ai autorisé, pourra payer son armée et la mettre en parfait état. Je ne vois pas dans les états qu’elle m’a envoyés la quantité de caissons de transport des vivres existant à Varsovie; il serait bien avantageux qu’elle pût en avoir 2 ou 300. Je suis bien avec l’Autriche et avec la Russie, mais cette dernière puissance porte une haine si forte au grand-duché qu’il faut se tenir en mesure. Cependant il est essentiel d’avoir une place qui mette le matériel de guerre du grand-duché de Varsovie à l’abri de tout événement. Toutes les pièces de gros calibre doivent être placées à Modlin ; à Sierock et à Praga, il ne doit y avoir que des pièces de 12. Il serait fâcheux que la grosse artillerie et les magasins tombassent dans les mains des Russes, s’ils arrivaient avant les secours ; il est donc nécessaire de mettre cela à l’abri dans une place. J’ai envoyé un gouverneur français à Danzig, et j’ai fait renforcer la garnison de cette place importante, qui est le palladium du grand-duché. Je désirerais que Votre Majesté voulût m’envoyer les états de situation de son armée saxonne dans la même forme que ceux du grand-duché de Varsovie, et qu’elle fit travailler à Torgau.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre travail sur le budget de votre département; vous y trouverez jointes des observa­tions que j’ai dictées. Je désire que vous me représentiez ce travail complété par le budget de 1811, et que vous y fassiez ajouter les noms de tous les individus qui sont actuellement en fonction.

OBSERVATIONS SUR LE BUDGET DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

Je désire qu’à l’état où se trouvent les budgets de 1809 et de 1810 on ajoute une colonne pour y mettre le budget de 1811.

En 1811, je veux donner 300,000 francs à la légation de Vienne.

Je ne sais pourquoi on porte pour 1810 les ambassadeurs à Constantinople et à Téhéran; je n’y ai pas eu d’ambassade cette année.

Je désire, en 1811, donner 80.000 francs à la légation de Stock­holm et à celle de Munich.

Les secrétaires de légation pourraient être effacés de la mission de Francfort et de celle de Würzburg.

Le ministre à Lucques doit être tout à fait supprimé.

Il faut porter à l’ambassade de Vienne et à celle de Saint-Péters­bourg deux secrétaires seulement, et y ajouter, pour chacune, trois auditeurs d’ambassade, qui seront des jeunes gens de vingt ans, fai­sant de la dépense, ayant au moins 25,000 francs de pension de leur famille, et auxquels j’accorderai 2,000 francs de traitement. Cela donnera du brillant à ces ambassades et cela fera des jeunes gens qui se formeront.

Je ne vois pas pourquoi il y a à Francfort un chargé d’affaires quand j’y ai un ministre; il faut supprimer l’un ou l’autre.

Je désirerais diminuer beaucoup les consuls ; il faudrait supprimer les vice-consuls et chanceliers qui sont auprès des consuls, transfor­mer beaucoup de consulats en vice-consulats, et, dans beaucoup de places occupées par des vice-consuls, mettre des élèves qui devraient avoir une pension de 3,000 francs de chez eux, et auxquels je don­nerais 2,000 francs de traitement, ce qui leur ferait 5,000 francs.

En général, je voudrais ne donner aux vice-consuls que 4,000 frares, et aux consuls jamais plus de 8,000 francs.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, témoignez mon mécontentement à M. Bignon de ce qu’il n’a pas encore fait mettre à exécution le tarif dans le grand-duché de Bade; le duché confine avec la Suisse et est véritablement frontière. Ecrivez-lui de demander que, sous vingt-quatre heures, le tarif soit définitivement établi, surtout du côté de la frontière de Suisse, et que les marchandises coloniales qui sortent de Suisse payent le droit. Ce sera une forte ressource pour le gouvernement de Bade. Il demandera également que le transit des denrées coloniales soit défendu, et enfin que toutes celles qui existent dans le pays payent un droit pareil à celui du tarif.

Écrivez la même chose à Stuttgart; qu’on établisse le tarif surtout du côté de la Suisse. Ce sera un objet de revenu assez considérable pour le Roi.

Enfin écrivez aussi en Bavière qu’on insiste pour que le tarif soit mis à exécution, surtout sur les frontières de Suisse, d’Autriche et de Bohême.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous ai déjà écrit sur la Suisse. De nouveaux renseignements m’arrivent, et il en résulte que la Suisse est encombrée. Il est nécessaire d’expédier un courrier extraordinaire à mon chargé d’affaires, avec une note dans laquelle vous ferez con­naître que les choses ne peuvent pas continuer de marcher comme elles vont. Vous ferez demander : 1° que le séquestre soit mis provi­soirement et sans délai sur toutes les marchandises anglaises et colo­niales; 2° que, les marchandises anglaises étant prohibées, toutes celles qui seraient trouvées sous le séquestre soient confisquées, 3° que toutes les marchandises coloniales saisies soient soumises au même tarif qu’en France. Vous ne manquerez pas, dans les argu­ments, de faire connaître que toutes les marchandises anglaises qui se trouvent en Suisse y sont au compte de négociants anglais; que ces derniers mois toutes les routes d’Allemagne ont été pour leur transport en Suisse; enfin que, la Suisse devant marcher dans le sens de la Confédération, il faut qu’elle cesse d’être un foyer de contrebande. De la note de M. Bacher, du 20 septembre, il est nécessaire d’extraire un article pour les journaux, dans lequel vous ferez connaître les noms de tous les négociants suisses qui font le commerce prohibé.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-jointes deux lettres adressées au roi de Saxe sous cachet volant. Vous les cachetterez et les enverrez par un courrier saxon en retour, afin que l’apparition d’un courrier français à Vienne ne fasse pas d’effet.

Vous donnerez à mon ministre à Dresde les instructions suivantes : 1° vous lui ferez l’analyse de ma lettre sur les créances prussiennes; après cela vous lui direz que, si le Roi y trouve son avantage, je ne m’oppose à rien ; que je n’ai pas d’idée de la proposition de la Prusse; 2° que je désire qu’on garde le plus grand secret sur les armes que je donne, qu’il faudrait même que la Saxe eût l’air d’avoir acheté les armes; 3° qu’on peut exercer en Saxe les marchandises coloniales.

Le roi n’a pas à craindre que ses fabriques chôment par suite de la cherté des cotons, puisque la hausse sera générale et aura lieu partout. Le roi pourra tirer de grandes ressources de ces mesures, et, si cela ne suffit pas, je favoriserai son emprunt. Je suppose que, moyennant 6 pour 100 et le remboursement dans l’espace de vingt ans, soit en loteries, soit autrement, cet emprunt se remplira facilement à Paris.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

« Commencement d’un travail sur la question maritime et sur ses rapports arec les affaires d’Espagne et de Hollande. » (Note de la minute.)

Je désire un rapport qui me fasse connaître l’état de la législation maritime à la paix d’Amiens et au moment de la guerre de Prusse, afin de bien constater qu’à la paix d’Amiens l’Angleterre ne s’était pas arrogé le droit de bloquer des côtes, et que c’est une prétention plus récente.

Vous direz ensuite que lord Lauderdale était à Paris lorsque la Prusse, poussée par les intrigues de l’Angleterre, ne laissa plus de doute sur son projet de nous faire la guerre : cette lutte était regardée par tous les gens sensés comme une grande imprudence, et lord Lau­derdale lui-même ne dissimula pas son opinion à cet égard. Il était assez éclairé pour prévoir la chute de la Prusse, la domination de la France depuis les villes hanséatiques jusqu’à la Belgique et la perte du Hanovre sans retour. Ces conséquences le frappèrent; la Garde impériale n’était pas encore partie, et il demanda, dans le cas où l’Angleterre ferait la paix aux conditions dont on était à peu près d’accord, si l’Empereur contremanderait le départ de sa Garde et lui-même ne partirait pas. On lui répondit que oui. Lord Lauderdale envoya un courrier à sa cour. La réponse a été imprimée dans les pièces du temps; il faudrait rechercher les pièces qui constatent ces faits.

Arrivé à Berlin, l’Empereur sentit le pouvoir qui lui avait été donne par la victoire d’Iéna; c’était le pouvoir de répondre à un blo­cus de mer par un blocus de terre. La Jahde, le Weser, l’Elbe, la Trave et l’Oder, toutes les côtes jusqu’à la Vistule, étaient au pou­voir de la France. L’Empereur pouvait fermer tous les débouchés du Nord et les faire garder par les douanes. Vous aurez soin de joindre le décret de Berlin.

Les Américains et les neutres demandèrent des explications : on leur fit connaître que, plaignant leur fausse position, on ne ferait exécuter les mesures que par les douanes et les troupes de terre, mais qu’elles ne le seraient ni par les croisières ni par les bâtiments armés en course.

Depuis, le gouvernement anglais rendit ses arrêts du conseil; les mettre; mettre également toutes les pièces que vous trouverez dans la brochure manuscrite que je vous ai envoyée; il y a une confé­rence de M. Pinkeney avec M. Canning sur l’exécution de ces ordres du conseil.

Vous direz qu’ayant eu connaissance des ordres du cabinet britan­nique j’ai pris mon décret de Milan, mesure qui a fait rétrograder la législation anglaise et qui a sauvé le monde de l’épouvantable tyrannie que s’était arrogée ce gouvernement.

Cependant, la lutte ainsi engagée, il fallait la soutenir. Il n’y avait pas à espérer sérieusement que le Portugal fermât ses ports aux Anglais; il fut question d’y marcher et d’en chasser les Anglais. Depuis, les divisions intestines de la famille royale en Espagne, la chute de Charles IV et l’influence que prit le parti anglais, firent voir que l’Espagne allait ouvrir ses portes aux Anglais. De là les affaires d’Espagne.

L’Angleterre souffrait des mesures de Milan ; mais les peuples d’Espagne, encouragés par la honteuse affaire de Baylen, prirent flamme, et cet incendie donna lieu à des événements de leur nature très importants. Alors l’Angleterre trouva un débouché considérable en Espagne.

D’un autre côté, la France, occupée par l’Espagne et par l’Au­triche, fut obligée d’affaiblir sa ligne des villes hanséatiques; et enfin la Hollande, ne marchant pas dans le système, offrit au commerce anglais le plus vaste débouché.

Successivement, Votre Majesté mit fin à tout. Les armées espa­gnoles furent culbutées sur la fin de 1808, Madrid repris, et dès lors, les affaires d’Espagne furent décidées            (Travail suspendu; Sa Majesté a écrit au ministre pour avoir des matériaux.) (Note de la minute).

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me faire remettre une copie de toutes les pièces officielles, avec une notice historique sur toutes les négociations qui ont eu lieu avec le cabinet de Londres depuis ma lettre au roi d’Angleterre, de l’an VIII ; ce qui comprendra toutes les négociations d’Amiens, toutes les négociations de lord Lauderdale, et enfin cette espèce de négociation qui a été ouverte en dernier lieu par la Hollande. La plupart de ces copies doivent se trou­ver toutes faites, ayant déjà été plusieurs fois sur le point de publier toutes ces pièces. Vous me ferez connaître celles qui ont déjà été publiées. J’ai besoin de ces matériaux pour traiter convenablement la question de l’Espagne et celle de la réunion de la Hollande.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me remettre sous les yeux un mémoire et les pièces justificatives à l’appui sur la grande question maritime. Vous la traiterez d’abord à l’époque de 1756, ensuite à celle de 1780, après à l’époque de 1802 ou 1803, qui donna lieu à l’affaire de Copenhague. Ce sont trois époques aux­quelles je tiens, et d’où vous récapitulerez les prétentions des Anglais au moment de la paix d’Amiens. La quatrième partie de votre mémoire comprendra leurs nouvelles prétentions depuis la paix ‘d’Amiens, le droit qu’ils se sont arrogé de bloquer toutes les côtes et ce qui a donné lieu à mon décret de Berlin. Vous sentez que, pour faire voir que les Anglais ont commencé, il est bien nécessaire d’établir que la nouvelle question qu’ils ont élevée n’est pas celle de 1756, ni celle de 1780, ni celle de 1802, quoique chacune de ces questions fut déjà très suffisante pour motiver le décret de Berlin, mais bien la question de donner au droit de blocus une interprétation à laquelle jusque-là ils n’avaient pas prétendu ; que, par cette extension du droit de blocus, ils ont rendu nuls tous les droits des neutres et tous les traités qu’ils avaient faits avec les différentes puissances. De là le décret de Berlin. Vous joindrez ce décret, les arrêts du conseil britannique, les deux ou trois actes des Etats-Unis à ce sujet, et enfin le décret de Milan. Vous ferez com­prendre dans ce travail ce qu’il faudra que l’Angleterre rapporte, si de mon côté je rapporte mon décret de Berlin. Vous joindrez également toutes les pièces officielles relatives à cette question, que vous pourrez tirer de la brochure manuscrite que je vous ai envoyée et dans laquelle il est question des conférences du ministre d’Amérique avec M. Canning sur cette matière.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de C adore, je vous renvoie les pièces relatives à la négociation entamée avec l’Angleterre par la Hollande; ces pièces me paraissent très bonnes à imprimer; mais je n’y vois pas deux lettres où Labouchère rend compte de tout ce qu’il a fait et dit et de son opinion. II serait nécessaire d’avoir ces lettres pour les faire imprimer.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR AU SUJET DU RAPPORT SUR LES PONTS DE BEZONS, CHOISY ET VALVINS, ET SUR LA ROUTE DE PARIS A PONTOISE PAR BEZONS.

Sa Majesté ne peut pas signer le projet de décret. Il est inutile pour les ponts de Bezons et de Choisy, dont le ministre peut accélé­rer les travaux et dont les fonds seront pris sur ceux de 1811.

II faut sans doute un décret pour la route de Paris à Pontoise et pour les ponts de Maisons et de Valvins, mais il n’y a aucune raison de se presser à cet égard ; il suffit d’ordonner les projets et les devis, afin de pouvoir les présenter avec le projet de décret ou au travail des ponts et chaussées de novembre, ou dans les mois de décembre et de janvier. Alors on examinera les avantages et les inconvénients, on comparera l’utilité à la dépense et on prononcera en connaissance de cause. Sa Majesté n’a de volonté que ce qui est bien. Lorsqu’une idée lui vient sur un objet qui se présente sous des rapports d’utilité, ce n’est point encore un acte de sa volonté ; elle ne fait pas un décret, mais une lettre. Elle a écrit au ministre sur les objets dont il s’agit; c’est au ministre à faire faire les devis et les rapports; ensuite on décidera.

Quant au projet de vendre par actions les péages des ponts de Bezons et de Choisy, les choses ne peuvent point aller comme le ministre le propose. Sa Majesté a indiqué des chiffres pour faire con­naître sa pensée et pour servir de première direction à l’examen auquel cette pensée devait donner lieu. Si la chose avait été arrêtée dans son esprit, elle aurait fait un projet de décret. Avant de vendre la per­ception des péages, de régler le mode de la vente par actions et d’affecter le prix de la vente à d’autres travaux, il faut que ce péage soit réglé par un décret délibéré en Conseil d’État et par suite d’informa­tions complètes qui puissent conduire à une détermination réfléchie sur le péage. Il faut ensuite déterminer, par un décret, la création des actions et tout ce qui les concerne.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A Frédéric Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Je réponds à la lettre de Votre Majesté, du 15 septembre, relative aux créances prussiennes. Je ne conçois pas trop quel besoin Votre Majesté pourrait avoir de la Prusse pour faire payer des débiteurs qui sont ses sujets, d’autant plus que ces créances sont hypothéquées sur des biens-fonds. Je pense qu’elle n’a aucun besoin des pièces qu’a le roi de Prusse, puisqu’elles ont été annulées par les traités et surtout par celui d’Erfurt. Il me paraîtrait donc que, sur l’avis de son Conseil d’État de Varsovie, elle devrait rendre un décret qui déclare nulles ces pièces, et ordonne aux débiteurs, sous peine d’être exercés dans leurs hypothèques, de verser ce qu’ils doivent dans le trésor du grand-duché. Le cabinet prussien est étrange; il regarde toujours ce qu’il a signé comme non avenu. Pour moi, cette question se présente simplement dans mon esprit. Je ne vois pas la nécessité de faire pro­fiter le roi de Prusse et de lui donner une juridiction à Varsovie, si cela relève le crédit de la Prusse. On a vu dans l’avant-dernière guerre d’Autriche qu’on ne pouvait compter sur ce cabinet; depuis 1740, sa conduite a toujours été la même, mauvaise foi et restrictions men­tales. Ce que Votre Majesté fera pour la Prusse, elle le fera contre soi. Cependant je ne m’oppose à rien, et j’ai là-dessus des idées trop légères pour avoir une opinion prononcée. Je ne citerai qu’un exem­ple. Lorsque j’ai acquis les États de Hesse-Cassel, je me suis emparé aussi des créances du souverain. Cependant les créanciers ont payé et payent, sans que j’aie les titres que le dernier prince a gardés. Mais, s’il était vrai que les individus qui auraient payé s’exposassent à être recherchés, s’il arrivait que la Prusse recouvrât le pays, cette circonstance serait heureuse, puisqu’elle serait un nouveau motif de la part de ses sujets de craindre le retour de la Prusse.

 

Fontainebleau, 8 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les renseignements que le duc le Vicence vous envoie sur l’armée russe vous donneront le moyen de former la case russe. Vos correspondances de Varsovie, de Bucarest et autres points limitrophes de la Russie vous mettront à même de rectifier cette case. Je crois que de cette manière je pourrai être bien informé de la force de l’armée russe et de ses mouvements. Vous devez écrire aussi à M. Alquier, à Stockholm, pour qu’il vous four­nisse des renseignements sur les divisions et régiments de l’armée russe qui est en Finlande.

 

Fontainebleau, 8 octobre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE, DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION.

La Magona est un établissement qui appartient au Domaine; il n’est porté que pour un revenu de 200,000 francs. L’île d’Elbe appartient à la Légion d’honneur et ne rend que 300,000 francs. Ces deux établissements, qui pourront être réunis entre les mains et la Légion d’honneur, ne rendront ensemble que 500,000 francs.

Il est certain que, si tout ce que peut produire l’île d’Elbe était consommé, elle rendrait un million : Sa Majesté perd donc 500,000 fr., pour la seule raison que Toulon ne consomme pas les fers de l’île d’Elbe.

La Magona est-elle susceptible d’augmentation ? Si cette usine ne peut pas augmenter ses produits, à cause de l’insuffisance de l’affi­nage dont elle dispose, rien n’empêcherait d’établir en Corse et vis-à-vis de l’île d’Elbe de hauts fourneaux auxquels on donnerait le nom de Magona. Le bois est commun en Corse ; on lui donnerait de la valeur par cette opération, et ce serait un premier bénéfice pour l’État. Le minerai que peut fournir l’île d’Elbe au delà des besoins de la Toscane trouverait un emploi dans les hauts fourneaux de Corse, et ce serait encore un très grand avantage dans le produit des mines de l’île d’Elbe. Si on voulait renoncer à ce bénéfice, on le retrouve­rait en donnant le fer à moitié prix à notre marine, qui ferait de l’économie et qui joindrait à ce bénéfice l’avantage d’avoir du fer de la meilleure qualité possible. Il y a là une grande combinaison à faire.

Si Toulon avait besoin de trois millions de fer par an, et qu’on y fabriquât des ancres et des canons, ou qu’on les fit fabriquer ail­leurs avec du fer de l’île d’Elbe, et s’il est vrai que ce fer est égal en qualité au meilleur fer de l’Europe et supérieur à celui du Dauphiné et du Berri, on aurait encore l’avantage de soulager la France, où le fer est très cher, ce qui nuit beaucoup à l’agriculture.

Le ministre de la marine fera fondre à Toulon dix pièces de 24 avec de la fonte de l’île d’Elbe. Si cette opération ne peut pas se faire à Toulon, il faut chercher l’endroit le plus favorable. Si ces pièces avaient, comme tout l’annonce, une qualité très supérieure, il pourrait en résulter des avantages précieux pour la marine et pour d’autres services.

 

Fontainebleau, 9 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois vos lettres du 3. J’ai signé un décret relatif à différentes dispositions de douanes pour mon royaume d’Italie. En­voyez-moi l’état des marchandises venant d’Allemagne, existant aux entrepôts réels, selon la lettre que je vous ai écrite.

J’ordonne qu’on envoie à l’académie de Brera et à la bibliothèque du cabinet des monnaies et médailles d’Italie une collection complète de toutes les gravures que j’ai dans mes bibliothèques, et dans laquelle se trouve l’Iconographie de Visconti.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il me parait nécessaire d’envoyer un courrier en Russie. Ce courrier portera au duc de Vicence les pièces de la négociation de Morlaix, pour qu’il les remette au ministère russe. Vous chargerez le duc de licence de déclarer que je n’ai aucune alliance, ni offensive ni défensive, avec l’Autriche; que je n’ai aucune négociation avec la Perse, et que je suis ferme dans l’alliance avec la Russie et décidé à marcher dans la même direction.

Quand vous aurez occasion de parler au prince Kourakine, faites-lui la même insinuation et expliquez-vous avec lui de la même manière. Dites-lui que je n’ai pu lui donner, comme je l’aurais désiré, des preuves de ces sentiments, parce qu’il a toujours été malade; que, si j’ai invité le prince de Schwarzenberg à la chasse à diffé­rentes reprises, c’était par suite des circonstances du mariage d’abord, et puis parce qu’étant militaire cela l’amuse beaucoup; que je n’ai invité aucun étranger au voyage de Fontainebleau. Donnez également ces détails au duc de Vicence. Mandez aussi au duc de Vicence que je vois avec plaisir qu’on ne parle pas de la convention (Convention du 4 janvier 1810); qu’il ne faut pas qu’il en reparle, et qu’il doit la laisser tomber en désué­tude; que les affaires de Suède et de Pologne ne signifient rien; que je ne nie cependant pas que la Suède et la Pologne ne soient des moyens contre la Russie en cas de guerre, mais que cette guerre n’arrivera jamais par mon fait.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de  la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 16e de ligne arrive à Avignon le 25 oc­tobre. Mon intention est que le 3e bataillon de ce régiment fasse par­tie de la division. Les deux premiers bataillons forment 1,700 hommes présents sous les armes. Vous donnerez ordre que le détachement de ce régiment qui vient de Toulon s’y réunisse ; ce qui fera 2,000 hom­mes, c’est-à-dire trois beaux bataillons. Vous donnerez le même ordre pour le détachement du 67e qui fait partie du 3e bataillon du régiment de marche de l’armée de Catalogne ; ce détachement se réunira au 67e, qui par ce moyen gardera aussi ses trois bataillons. Le 3e léger gar­dera également ses trois bataillons et recevra le détachement qui fait partie du 3e bataillon du régiment de marche de l’armée de Catalogne. Prenez des mesures pour que ces trois détachements du 3e léger, du 67e et du 16e de ligne, qui font partie du régiment de marche de l’armée de Catalogne, se réunissent à Avignon ou à Nîmes à leurs bataillons; de sorte que la division qui se réunit à Avignon sera composée de trois bataillons du 16e de ligne, de trois bataillons du 67e, de trois bataillons du 3e d’infanterie légère et de deux bataillons du 102e.

Nommez un général de brigade, de ceux qui sont à Perpignan, pour prendre le commandement de cette division, qui sera sous les ordres directs du général Baraguey d’Hilliers. Aussitôt que les 67e, 6e et 3e léger seront arrivés en Catalogne, ils seront rejoints par leurs 4e bataillons. Donnez ordre que les bataillons du 3e léger embarquent sur la Saône à Châlon ; ce sera une dépense de plus, mais on gagnera huit jours; et, moyennant leur embarquement sur la Saône et le Rhône, ces bataillons pourront arriver à Perpignan en même temps que le régiment de marche de Catalogne. Ainsi toutes ces troupes, formant une masse de 15,000 hommes, pourront entrer à la fois sur Gerona. Il serait bon qu’il y eût à Perpignan quelques paires de souliers à leur donner à leur passage. Il faudrait aussi qu’on leur préparât quelques pièces de canon des dépôts du train et de l’artillerie de l’armée de Catalogne. On doit pouvoir organiser une petite division d’artillerie pour cette division. Quant au régiment de marche de l’armée de Catalogne, je n’ai pas besoin de vous dire qu’aussitôt qu’il sera arrivé en Catalogne il doit être dissous, et que chaque détachement doit rejoindre son régiment.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je pense que désormais il ne faut plus imprimer le livret; cela a beaucoup d’inconvénients. Ce n’est que depuis peu d’années que cela est en usage. Les étrangers, moyennant ce livret qu’ils ont, connaissent parfaitement notre situation militaire. Il manque, je crois, 23 ou 24 régiments; il s’agirait de les remplir comme existant, d’y mettre les noms de chefs de bataillon, les premiers trouvés, et de les supposer existant dans différentes villes de l’intérieur. On pourrait aussi augmenter de quelques numéros la cavalerie. Il me semble que cela n’a aucun inconvénient. Seulement il s’ensuivrait que les commissaires des guerres qui auraient les livrets ne trouveraient jamais d’hommes de ces numéros. S’il est indispensable d’imprimer ce livret, il faut y faire ces modifications.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous témoignerez mon mécontentement au gouverneur de Corfou de ne pas mettre assez d’énergie dans sa conduite avec Ali-Pacha. Si, lorsque l’Orphée a été pris, il avait fait sortir une frégate pour le reprendre, il aurait soutenu l’honneur de mon pavillon, au lieu qu’une conduite contraire enhardit ce brigand, qui se garderait bien d’entrer en guerre avec moi. Recommandez donc plus de vigueur et d’énergie au général Donzelot.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre rapport sur la conscription maritime, pour que vous y fassiez les modifications suivantes. La conscription en France doit fournir 120,000 hommes à l’armée, c’est-à-dire un homme sur trois. Sur ces 120,000 hommes, j’en compte 18 à 20,000 pour l’Italie française; il en reste donc 100,000 pour le reste. L’arrondissement maritime est le dixième de la population; pour être égale à celle de terre, elle doit donc être de 10,000 hommes; en prenant quatre classes, elle sera de 40,000. De ces 40,000 hom­mes, on pourrait en appeler 10,000 qui se mettraient en marche au ler décembre, et 10,000 au 1er mars; les autres 20,000 hommes seraient appelés par le ministre de la marine au fur et à mesure qu’il en aurait besoin.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous partiez pour la Hollande. Voilà la saison la plus favorable. Vous m’écrirez de Flessingue pour me faire connaître la situation des batteries de l’île de Cadzand, de mon escadre de l’Escaut, des travaux de Flessingue. Les ravages qu’ont faits les Anglais sont-ils réparés ? Vous m’écrirez de Hellevoetsluis et d’Amsterdam. Je pense qu’il est convenable que vous alliez voir l’embouchure de l’Ems. Vous pourrez revenir par Anvers. J’attendrai votre retour pour arrêter définitivement le système à adopter pour les modifications à faire dans l’inscription maritime, les constructions, pour la formation du budget de 1811 et pour les formes à suivre dans l’administration. Avant de partir, envoyez-moi un décret pour confier la signature au vice-amiral Ganteaume pendant votre absence.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au comte Defermon, intendant du domaine extraordinaire de la couronne, à Paris

Monsieur le Comte Defermon, vous recevrez le décret que j’ai pris pour les mines d’Idria. Voyez sur-le-champ le grand chancelier de la Légion d’honneur, et faites des marchés à des prix raisonnables pour la quantité de mercure dont j’ai ordonné l’achat. En attendant, vous prendrez 300,000 francs sur ce que j’ai à Venise, et vous enverrez cette somme au trésorier des mines d’Idria, pour mettre toutes les dépenses au courant. Vous donnerez aussi des ordres pour que tout le mercure que vous aurez acheté soit emmagasiné à Trieste. Les mines m’appartiennent, ainsi que tous les produits qui s’y sont trouvés à l’époque de l’entrée de mes troupes en juillet 1809, et jusqu’au jour de la cession que j’en ai faite à l’ordre des Trois Toisons d’or, le gouvernement des provinces illyriennes a fait des avances à l’administration des mines, et en a reçu le remboursement en mercure. Vous achèterez aussi ce mercure : on dit qu’alors vous en aurez acheté pour deux millions. J’en ordonnerai ensuite la vente, selon qu’il me conviendra d’en mettre en circulation et d’en maintenir ou augmenter le prix. Employez le sieur Séguier, mon consul à Trieste, pour prendre connaissance de tout ce qui regarde les mines d’Idria, et chargez-le de suivre les intérêts de mon domaine extraordinaire. Je lui fais donner des ordres pour qu’il se rende sans délai à Idria. Si ces mines doivent rester longtemps dans mes mains, il sera con­venable que vous fassiez emmagasiner à Venise plutôt qu’à Trieste les denrées que vous avez achetées. Faites-moi un rapport sur ce que coûteraient les frais de transport et le loyer des magasins à Venise. Le comte Daru doit avoir dans sa correspondance des notes sur les quantités de mercure et de produits mercuriels qui se sont trouvés dans les magasins des mines d’Idria, lors de l’entrée de mes troupes. Demandez-lui des renseignements très-précis, qu’il doit pouvoir vous donner là-dessus.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, remettez-moi sous les yeux le décret que j’ai pris pour accorder à la ville d’Iéna une indemnité pour la répa­ration de ses maisons. Faites-moi connaître pourquoi cette indemnité n’a pas été payée.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général comte de Lauriston, aide de camp de l’empereur, à Paris

INSTRUCTIONS

Le comte Lauriston partira le 16 de ce mois. Il se rendra d’abord à Lyon. Il prendra connaissance des travaux de l’île Perrache, des travaux du Palais impérial, des crédits affectés à ces travaux, du motifs pour lesquels ces crédits n’ont pas été consommés, de la situation des ponts que j’ai ordonnés, de la place Bellecour, des dépenses qu’on a faites à l’hôtel de ville, du muséum et des autres éta­blissements publics. Il s’informera secrètement de la manière dont le maire est logé, des dépenses faites pour son établissement à l’hôtel de ville. Il observera l’esprit public, et il me rendra compte de tout ce qui peut m’intéresser dans cette grande ville.

De là il se rendra à Turin. Il m’écrira en grand détail sur la route de la Maurienne et sur celle du mont Cenis. Arrivé à Turin, où il restera trois jours, il s’informera de tout ce qui est relatif au Piémont, de l’esprit du pays, de ses relations avec son ancien souverain, de la manière d’être actuelle; il prendra surtout des informations sur les subsistances, sur le produit des récoltes de cette année, sur le prix du pain qu’on dit être à 7 sous la livre, sur les causes de cette cherté et sur ce qu’il faudrait faire pour donner du travail au peuple pendant l’hiver. Il me parlera de la fonderie.

De Turin à Milan, il verra les travaux que j’ai fait faire aux ponts. Il me donnera des renseignements détaillés sur cet objet, sur ce qui concerne les denrées coloniales et sur les progrès des fabriques et de l’industrie.

De Milan, il se dirigera sur Idria, principal but de son voyage. Il m’écrira, en passant, sur Mantoue, Porto Legnago, Malghera et Palmanova.

Il trouvera à Idria le sieur Daubenton, que le grand chancelier de la Légion d’honneur y a envoyé comme administrateur, et le sieur Séguier, mon consul à Trieste, qui y sera depuis le 15 octobre, et qui se sera mis d’avance au courant de tout, pour lui donner les in­formations nécessaires. Il fera appeler de Laybach et de Trieste les hommes qui connaissent le mieux ce qui concerne les mines d’Idria. Il fera ensuite un projet de règlement, renverra les individus inutiles, réformera les abus et projettera l’organisation la plus utile de ces éta­blissements. Lorsqu’il aura arrêté son travail, il ira à Laybach et le communiquera au gouverneur général et à l’intendant des finances. Il l’adressera ensuite au grand chancelier de la Légion d’honneur, qui me le présentera. Tout l’arriéré doit se trouver payé à son arrivée. Il trouvera ci-joint le décret que j’ai rendu à cet effet. Il est convenable qu’avant de partir il s’assure que tout est payé, afin qu’il n’ait pas de réclamations désagréables à entendre. Avant de quitter Idria, il réglera aussi le compte de rétablissement, c’est-à-dire la situation et l’état des denrées existant en magasin au moment où mes troupes sont entrées à Idria, ce que les mines ont rendu depuis cette époque jusqu’à ce jour, ce qu’elles devaient rendre et ce qui a été dépensé.

D’Idria, le comte Lauriston se rendra à Trieste. Il y fera ses observations sur l’organisation des douanes, qu’il doit connaître en détail, sur la conduite des administrateurs, sur les tarifs, les marchandises coloniales, le transit avec l’Autriche, etc. Il s’instruira, avant de partir, de nos principes sur les douanes, sur le commerce anglais, les neutres et les Ottomans.

Il verra la Save jusqu’à la Turquie.

A Karlstadt, il prendra des informations sur tout ce qui concerne les régiments croates, sur leur ancienne organisation, sur les change­ments qui ont été faits par le gouverneur général et l’organisation actuelle, sur ce que coûtent ces régiments. Enfin il recueillera toutes les connaissances qu’il pourra rassembler sur cet objet.

Il ira à Fiume; de là il reviendra à Trieste.

Il se rendra ensuite à Villach, en restant toujours dans les pro­vinces illyriennes. De là il ira à Osoppo et choisira la position où il serait convenable de bâtir un petit fort pour se rendre maître de la chaussée qui débouche sur Villach.

De là il se rendra à Venise, où il passera quelques jours pour connaître l’esprit public et prendre des informations sur le commerce la situation des travaux pour la construction des vaisseaux et pour les conduire à la mer. Il verra l’arsenal de la marine en détail.

Il reviendra par Mantoue et Alexandrie, qu’il inspectera en détail. Il visitera Gênes, le chemin de la Corniche, Savone, etc. Il inspec­tera les routes que je fais faire. Il s’arrêtera à Nice, au golfe de Fréjus, où j’ai fait élever des batteries ; aux îles d’Hyères, où il exami­nera ce qu’on a fait pour leur défense ; à Toulon et à Marseille, où il restera le temps nécessaire pour se mettre en état de me faire des rapports détaillés sur l’escadre, l’arsenal et sur tous les objets m’intéressant. Il visitera le canal que je fais faire aux bouches du Rhône. Il verra ensuite le pont d’Avignon et il reviendra à Paris.

Il ira partout incognito, sans fracas et de manière à bien voir. Il n’y mettra cependant aucune affectation.

Dans les provinces illyriennes, le comte Lauriston se rend comme chargé des intérêts de l’ordre des Trois Toisons d’or, et partout ailleurs comme chargé de rendre compte des travaux de l’armement des côtes.

 

Fontainebleau, 11 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous renvoie un état que je n’entends pas. Faites-le refaire en kilogrammes et selon les mesures françaises, comme je vous l’ai déjà demandé. Je ne connais pas ce que c’est qu’un quintal, etc. Adoptez donc une forme fixe.

 

Fontainebleau, 12 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La carte des étapes de France ne suffit plus à mes besoins de tous les jours. Faites-moi faire une carte d’étapes qui comprenne l’Es­pagne et le Portugal, l’Italie et le royaume de Naples, les provinces illyriennes, la Hollande et l’Allemagne jusqu’à l’Inn et jusqu’à la Vistule. J’ai besoin à chaque instant d’une carte semblable. Vous établirez les étapes comme elles étaient réglées dans les différentes campagnes.

 

Fontainebleau, 12 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Un vaisseau tirant 19 pieds 6 pouces d’eau peut sortir du Texel. Mon intention est que vous proposiez à dix des meilleurs ingénieurs, en commençant par Sané, la question suivante :

Présenter un plan pour un vaisseau de la force d’un vaisseau de 74, tirant 19 pieds 6 pouces d’eau tout chargé, et ayant la meilleure marche possible.

Si l’on peut se flatter d’arriver à faire un vaisseau qui ait la même vitesse que nos 74, on sacrifiera toutes les autres considérations à celle-là.

1° II suffira que ce vaisseau puisse porter trois mois de vivres au lieu de six, et trois mois d’eau au lieu de quatre mois et demi ;

2° Si même cela est nécessaire, on consentira à changer le calibre actuel contre le calibre anglais ;

3° Si cela est nécessaire encore, on consent à n’armer le vaisseau que de canons de bronze, c’est-à-dire pesant beaucoup moins.

Vous me mettrez sous les yeux le mémoire de ces ingénieurs.

 

Fontainebleau, 12 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la lettre de M. de Moustier (Chargé de négocier avec l’Angleterre un cartel d’échange pour les prison­niers français) est fort embrouillée et j’ai peine à la comprendre. Il faut lui faire connaître qu’il n’est pas assez clair et qu’il doit expliquer mieux d’où vient la rupture; que, si la rupture a pour cause les frais du transport des prisonniers, le gouvernement français est prêt à céder sur cette par­tie. M. de Moustier pourra donc remettre au commissaire anglais une réponse conçue à peu près en ces termes :

« Monsieur, je réponds à votre lettre du 8 octobre. Vous y dites que l’on a ajouté l’obstacle inattendu de charger le gouvernement britannique de l’arrangement de la dépense et des difficultés du transport des prisonniers espagnols sur les côtes de France, etc. Cette assertion n’est pas exacte, et je suis chargé de vous dire aujourd’hui ce que je vous ai toujours dit, qu’une affaire d’argent n’arrêtera jamais la France, et qu’elle ne restera pas en arrière sur cette question, qui se décidera comme le décidera le gouvernement britannique. Mon langage a été constamment le même : mon gouvernement adhérera à tout ce que voudra le gouvernement anglais, pourvu qu’en conséquence des principes admis en 1780 l’échange soit en masse, et que tous les Français revoient leur patrie dans le même moment que les Anglais reverront la leur. Mais cela seulement est le sine qua non de la négociation, et l’a été dès le premier jour; tout le reste peut entrer en négociation et s’arranger. C’est pour la quatrième fois, Monsieur, que je vous répète ceci. »

Vous donnerez effectivement pour instruction à M. de Moustier que, pour conclure, il peut admettre que le transport des prison­niers, soit des Anglais à Douvres, soit des Espagnols partout ailleurs, aura lieu aux frais de la France, en même temps que les prisonniers français seront transportés à Calais aux frais de l’Angleterre.

Après cette note, si M. de Mackensie tient encore aux Hanovriens, M. de Moustier pourra aller jusqu’à proposer de descendre du nom­bre de 8,000 à celui de 6,000. Et si, après cette nouvelle conces­sion , M. de Mackensie continue toujours à demander ses passe­ports, M. de Moustier attendra encore cinq jours, et après lui dira verbalement qu’il n’a pas besoin de passeports, qu’il est maître de s’en aller, et que, la première fois qu’il a été question de sa demande de passeports, on en a été fort choqué à Paris, et qu’on a répondu que, puisqu’il était venu sans passeports, il pouvait s’en aller de même.

Mon intention est qu’entre la concession des frais de transport et celle sur le nombre des Hanovriens on laisse s’écouler cinq à six jours d’intervalle, et qu’entre cette explication et celle verbale sur les passeports on laisse encore s’écouler cinq à six autres jours. Qu’on ne prenne aucune mauvaise humeur contre le commissaire anglais ni qu’on ne le cajole point, mais qu’on reste en froid.

 

Fontainebleau, 12 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Caffarelli que la 1e brigade de sa division, dite division de réserve, arrive dès le 1er novembre, que la 2e et la 3e arrivent successivement du  1er au 10; que, comme le général Drouet ne saurait avoir trop de troupes, mon intention est qu’il fasse passer à Valladolid les deux premières demi-brigades qui sont aujourd’hui sous ses ordres. Il gardera les deux dernières, qui arrivent vers la moitié d’octobre, pour maintenir le pays jusqu’à ce que sa division soit arrivée ; mais il les fera partir aussi pour Valla­dolid dès que sa première brigade l’aura rejoint. Mandez-lui que je le laisse maître d’accélérer ou retarder de quelques jours le départ de ces corps, selon les circonstances et ce qui se sera passé en Portugal ; que les trois brigades de la division qu’il commande, avec la brigade de cavalerie du général Wattier, font une force de 10,000 hommes. Vous lui ferez connaître que j’attends beaucoup de fermeté de sa part pour faire cesser les dilapidations et qu’il y en a eu beaucoup.

Vous le chargerez de faire une enquête sur la conduite du général Avril à Bilbao et sur celle du général Barthélémy à Santander. Vous lui demanderez même de me faire connaître son opinion sur le géné­ral Thouvenot. Il doit prendre sur-le-champ toutes les mesures con­venables pour faire cesser toute espèce d’abus.

Vous lui ferez connaître confidentiellement que mon intention est de réunir la Biscaye à la France, et qu’il ne faut pas en parler, mais qu’il doit se conduire en conséquence. Faites la même confidence au général Reille sur la Navarre. Recommandez à ces deux généraux de faire arrêter les commandants de place qui dilapideraient, et de faire une enquête sur le passé pour connaître les abus qui ont eu lieu et faire rentrer les fonds qui auraient été perçus au profit des particuliers.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet d’instruc­tions du sieur de Nerciat. Je désirerais que cet agent se contentât de visiter la Syrie et l’Egypte; il portera son attention sur les différentes places de Saint-Jean-d’Acre, de Jaffa, de Rosette, d’Alexandrie et de la citadelle du Caire, et il étudiera bien la situation politique des différentes parties de la Syrie et de l’Egypte. Pour avoir des renseignements profitables, il a là de quoi s’occuper un an.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, demandez à mes consuls en Syrie et en Egypte des mémoires sur la situation des choses dans ces pays au 1er janvier 1811. Ils traiteront la question sous le rapport politi­que, militaire et financier. Au 1er juillet prochain ils rafraîchiront ces renseignements, au 1er janvier 1812 de même, afin que je trouve toutes les notions dont j’aurai besoin dans ces mémoires, qu’on tiendra en ordre et qu’on reliera aux Relations extérieures.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai accordé le retour en Angleterre de M. Palmer. Répondez à M. Canning que, lorsque j’ai été instruit de la recommandation qu’il vous a adressée en faveur de cet individu, j’ai ordonné qu’on y eût égard et qu’on fît ce qui était agréable à ce ministre.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il faut ordonner au duc de Vicence d’insister fortement pour la confiscation de tous les bâtiments porteurs de marchandises coloniales. Sous quelque prétexte qu’ils se couvrent, quelque chose qu’ils fassent, ce sont des Anglais. Si l’empereur renou­velle ses ordres et y met un peu de vigueur, il en aura pour plus de 40 millions et produira une forte secousse en Angleterre. Déjà le commerce, qui, il y a six mois, voulait la guerre, demande à grands cris la paix.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre du général Rapp. Je désire que vous confériez avec M. Kourakine; que vous lui fassiez connaître que beaucoup de bâtiments chargés pour le compte de l’Angleterre se sont dirigés sur les ports de la Russie, et que, si l’empereur les confisque, il fera une chose très utile à la cause du continent et très nuisible à l’Angleterre. Je souhaite même que M. Kourakine envoie un courrier à cet effet. Parlez-lui de la triste situation où se trouve l’Angleterre, et faites-lui voir qu’elle sera forcée de demander la paix si la Russie ne lui ouvre ses ports.

Vous enverrez aussi un courrier pour cet objet au duc de Vicence, et vous me mettrez demain sous les yeux la lettre que vous aurez rédigée. Vous lui ferez connaître qu’il lui sera envoyé incessamment un second courrier pour tout ce qui est relatif aux affaires de Morlaix.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, témoignez mon mécontentement au roi de Naples sur son ordre du jour où il fait connaître que l’expédition sur la Sicile est ajournée. Il dit que mon but est rempli. Écrivez-lui qu’il a tort de parler ainsi de mes projets sans mon autorisation ; que mon but était de faire une expédition contre la Sicile; comme la Sicile n’a pas été conquise, le but n’a pas été atteint; que je trouve fort extraordinaire qu’il ait ainsi parlé de moi d’une manière inexacte; que cela peut avoir l’inconvénient de faire supposer que je n’ai pas toujours pour but de réussir; que, toutefois, il ne devait pas parler de moi sans y être autorisé ; que je le prie d’agir désormais avec plus de circonspection ; que je suis surpris que, contrariant mes ordres , il ait dissous son rassemblement de Reggio, lorsque mon intention était de tenir sur ce point l’armée anglaise en échec tout l’hiver; que

maintenant, d’après cet ordre du jour, les Anglais vont se porter sur Corfou , en Espagne, et augmenter leurs forces à Cadix, tandis que l’armée que j’ai dans le royaume de Naples ne va plus servir à rien; que le Roi pouvait bien retourner à Naples, mais en disant qu’il allait revenir et en laissant toutes ses forces sur l’offensive à Reggio; que je ne conçois pas que, sans mon ordre, il ait ainsi renoncé à l’expédition; que j’entends que le général Grenier, avec toutes mes troupes et les moyens de passage suffisants, reste à Reggio pour continuer de menacer la Sicile.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J’ai 12 bataillons d’équipages militaires formant 4,500 hommes, 7,600 chevaux et 1,700 voitures. Le 1er provisoire sera définitivement constitué et prendra le numéro 13. Mon intention est que de ces 13 bataillons il y en ait 2 à l’armée de Portugal, 5 à l’armée d’Espagne, 1 en Italie et 5 en France, avec leurs caissons, leurs chevaux et les hommes, et prêts à entrer en campagne à raison de 4 compagnies par bataillon. Les bataillons qui sont en Espagne resteront organisés à 3 compagnies; ceux destinés à l’armée d’Allemagne seront organisés à 4 compagnies. J’aurai donc pour l’armée d’Allemagne 700 voitures; ce qui est le moins qu’on puisse y avoir.

Je vois que le 9e bataillon attaché en Italie est à Plaisance; il n’a que 122 voitures au lieu de 144. Le 12e est à Strasbourg; il faut faire revenir le cadre de la compagnie qui est en Espagne. Le 2e est en Catalogne; il faut le faire revenir à Toulouse.

L’armée d’Espagne se divisant aujourd’hui en armées de Portugal, d’Andalousie, d’Aragon et de Catalogue, ces quatre armées ont seules besoin d’équipages militaires. Peut-être pour l’armée du centre à Madrid les Espagnols pourront y pourvoir. Pour Valladolid, Burgos, la Navarre, ces pays-là n’en ont pas besoin. Faites-moi un rapport sur ces propositions.

Vous pouvez toujours donner des ordres pour que la 4e compagnie du 12e bataillon soit reformée et pour faire revenir le 2e bataillon à Carcassonne ou à Toulouse. Considérez ces deux bataillons comme destinés à l’armée d’Allemagne.

Faites revenir le personnel du 7e bataillon. Il restera encore le personnel de deux bataillons à faire revenir d’Espagne.

Quant au 9e bataillon, il est nécessaire en Italie. Vous compléterez avec les dépôts de Commercy et de Pau le 2e, le 7e et le 12e bataillon.

Aucun de ces moyens n’est pressé. Il me suffit que les bataillons existent dans l’intérieur de la France en bon état. Le ministre de la guerre a du vous écrire. Cela tient au système de préparer une armée de 200,000 hommes pour l’Allemagne.

Il semble que le personnel du 6e bataillon, qui paraît n’avoir que très peu de voitures, pourrait également revenir en France.

Au reste, comme je n’ai point de situation des équipages mili­taires, je ne puis pas donner d’ordres précis, car je ne regarde pas comme situation l’état que vous m’envoyez tous les mois. Tous les bataillons paraissent y être au complet, et les lieux où se trouve cha­cun ne sont pas indiqués. Faites-moi faire un état détaillé, si vous avez les matériaux.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

Au comte Defermon, intendant du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le Comte Defermon, je viens de lire votre rapport sur les mines d’Idria. D’abord je remarque entre le gouvernement des provinces illyriennes et mon domaine extraordinaire une affaire contentieuse qu’il faut finir. Les mines d’Idria doivent appartenir tout entières au domaine extraordinaire depuis la conquête jusqu’à la cession qui en a été faite, et aux Trois Toisons depuis l’époque de cette cession. Le gouvernement des provinces illyriennes n’a rien à y voir. Mon intention est donc que les 1,583 quintaux de mercure reçus par l’intendant des provinces illyriennes soient remis à la disposition du domaine extraordinaire, et qu’en retour vous remboursiez audit intendant la valeur des avances que le gouvernement des provinces, illyriennes a faites au service des mines. Comme ces provinces ont besoin d’argent, il faut leur en envoyer, sans perte de temps, aussitôt que le décret sera signé, et préparer d’avance vos ordonnances. Je suppose que vous avez encore beaucoup d’argent à Venise; en atten­dant, écrivez à l’intendant des provinces illyriennes que mon intention est qu’il ne mette pas de mercure en vente et que mon domaine extra­ordinaire soit possesseur du tout.

Quant aux achats de mercure à faire, non seulement je ne veux pas qu’on achète le mercure au delà de ce qu’il vaut à Paris, à Lon­dres, à Amsterdam, déduction faite des frais de transport, mais je désire même qu’on l’achète un peu au-dessous de ce prix, parce que je serai peut-être un an et plus sans m’en servir. Il serait absurde de faire cette acquisition suivant le tarif autrichien, qui est évalué en raison de la dépréciation du papier-monnaie. Je n’entends pas que mon domaine extraordinaire perde rien ; mais, au contraire, je désire qu’il fasse une bonne affaire ; il en fera une bonne, parce qu’il peut garder longtemps, et ce sera en même temps un bon service à rendre à la mine. Ainsi vous allez avoir 1,583 quintaux de mercure qui sont dans les magasins de Laybach et 1,232 quintaux qui sont dans les magasins de la mine à Trieste, total, 2,815 quintaux de mercure; plus 358 quin­taux de cinabre, 391 quintaux de vermillon, 60 quintaux de sublimé et  1 quintal de précipité rouge; ce qui, au prix de 134 florins, ferait pour le mercure 970,000 francs et pour les autres produits 160,000 francs; total,  1,130,000 francs qu’il faudra débourser. Sur ce payement de 1,130,000 francs,  vous aurez  à imputer, 1° 300,000 francs que vous avez avancés pour mettre le service des mines au courant ; je suppose que cette avance était réalisable sur-le-champ et que vous l’avez prise sur l’argent que le domaine extraor­dinaire a à Venise, car je tiens à ce que vous envoyiez des espèces et que les mines soient promptement tirées d’embarras; 2° la dette de la mine envers le gouvernement des provinces illyriennes. 3° Pour le surplus, vous en ferez recette, aux droits du domaine extraordinaire et de l’ordre des Trois Toisons d’or, dans la proportion qui revient à chacun; il reste à bien établir leur compte. Faites-moi connaître le jour où les Trois Toisons ont été propriétaires, ce qui revient au domaine extraordinaire pour le temps où il a été en possession, depuis le jour de l’entrée de mes troupes dans le pays, y compris ce qu’on a trouvé en magasin à cette époque, jusqu’au jour où les mines ont été cédées aux Trois Toisons d’or. Il me semble que l’ar­mée a occupé le pays dans le courant de mai  1809;  l’entrée en jouissance des Trois Toisons date du 1er janvier 1810; par conséquent, le domaine extraordinaire a été propriétaire pendant tout le second semestre de 1809, et l’ordre des Trois Toisons n’a droit que sur les produits de l’année courante. Mais, comme il est possible que pen­dant la guerre on n’ait pas travaillé, ce déficit, s’il existe, sera com­pensé par ce qui a été trouvé dans les magasins au moment de l’occu­pation du pays. C’est là-dessus que je désire avoir un rapport clair. Le projet de décret que vous m’avez présenté était susceptible, comme vous le voyez, de plusieurs modifications; j’en ai dicté une nouvelle rédaction, que je vous envoie pour que vous me la représentiez avec tout le travail.

Je ne me soucie pas d’avoir plusieurs millions de ces produits en dépôt à Trieste, où je ne trouve pas la même sûreté qu’à Venise; je préfère donc Venise pour rétablissement des magasins. Faites-moi connaître combien coûtera le transport de Trieste à Venise et le temps qu’il faudrait pour l’effectuer.

Quant à ce que vous dites que les mines ne rendront pas la somme de 500,000 francs pour laquelle elles entrent dans la dotation des Trois Toisons d’or, il faut réformer l’administration de ces mines. J’en­voie le comte Lauriston avec tout pouvoir pour y arrêter une nou­velle organisation, de concert avec MM. Daubenton et Séguier. A cet effet, je vous prie de voir le général Lauriston avant son départ et de le mettre au fait de cette opération. D’ailleurs, j’ai donné la mine aux Trois Toisons d’or; elle rendra ce qu’elle rendra.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Ancône

Mon Fils, je vous ai répondu par le télégraphe sur l’expédition projetée de Lissa. Je suppose que vous avez, réunies à Ancône, les frégates la Favorite, la Couronne, l’Uranie, la Bellone et la Caro­line, et les bricks le Mercure, l’Iéna, la Princesse-Auguste et la Charlotte, ce qui fait neuf bâtiments. Nul doute que ces neuf bâtiments doivent pouvoir attaquer non pas seulement trois, mais même quatre frégates anglaises; mais pour cela il faut qu’ils soient bien montés. Je pense que vous devez composer votre expédition de 60 hommes d’élite d’infanterie par frégate, ce qui fait 300 hommes pour les cinq frégates, de 25 hommes par brick, ce qui fait 400 hom­mes, qui, joints à 400 hommes de garnison, mettraient dans les mains du commandant de cette expédition 800 hommes à débarquer. Comme le capitaine Dubourdieu est entreprenant et ambitieux, il ne faut pas l’éperonner, il faut lui laisser la bride sur le cou. Je sup­pose qu’il a déjà fait des sorties avec ses frégates. Ne serait-il pas convenable qu’évitant les croisières anglaises il se rendit à Raguse et s’essayât d’abord à des croisières sur des points où les Anglais ne sont pas forts ? Mais on ne peut mieux faire que de donner carte blanche au capitaine, qui, connaissant ses équipages et le degré de confiance qu’il doit avoir en eux, a la conscience de ce qu’il peut.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 28 septembre. Je ne fais pas de difficulté de renoncer aux contributions que doivent les pro­vinces à la droite de l’Inn, et j’ai donné ordre qu’elles vous fussent remises. Je suis bien aise de trouver cette occasion de faire une chose agréable à Votre Majesté.

 

Fontainebleau, 14 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je croyais l’officier du génie Boutin parti pour l’Egypte et la Syrie. Les détails ne me regardent pas. Qu’il se rende soit à Otrante, soit à Ancône, qu’il masque sa mission comme il l’entendra, mais qu’il la fasse. Qu’il passe tout l’hiver et une partie de l’été prochain eu Egypte et en Syrie, de manière à pou­voir ensuite rendre compte de la situation militaire et politique de ces pays. Recommandez-lui de voir la citadelle du Caire, celle d’Alexandrie, Damiette et Saint-Jean-d’Acre. Alep, Damas, Alexandrette sont compris dans sa mission. Levez tous les obstacles et ne m’en parlez plus.

 

Fontainebleau, 16 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve que vous mettiez à la disposition du roi de Saxe cin­quante pièces de canon en fer de différents calibres, avec leurs affûts, que vous retirerez de Stettin, pour armer les places du duché de Varsovie. Le roi de Saxe sera chargé des transports.

 

Fontainebleau, 16 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites-moi connaître combien de régi­ments les provinces illyriennes fournissaient à l’Autriche. Il me paraît convenable de disposer de tous les soldats qui se trouvent dans ces pays, pour en former des régiments à mon service, et de leur donner des officiers et sous-officiers des provinces de Carniole, de Goritz et de Laybach.

Il faudrait également tirer parti de l’Istrie et de la Dalmatie. Comme le royaume d’Italie a déjà un régiment dalmate, on pourrait le compléter aussi haut qu’il doit l’être, et former un nouveau corps du reste. On pourrait organiser trois régiments, dont l’un compren­drait les hommes des provinces de la Carniole et de Villach; un autre serait formé d’hommes de l’Istrie et du comté de Goritz ; le troisième serait fourni par la Croatie civile; on emploierait les hommes de la Croatie à recruter le régiment italien.

L’état-major d’un de ces régiments pourrait être placé à Gênes, un autre à Florence, et l’autre dans le Piémont; ils seraient là assez près et assez loin, et l’on ôterait à l’Autriche beaucoup de soldats. Faites-moi un rapport sur cet objet.

La population des provinces illyriennes étant de 1,500,000 âmes, elles doivent fournir 18,000 hommes. Il faut en ôter la Dalmatie, dont le recrutement est réservé au régiment dalmate, qui est à la solde du royaume d’Italie, sauf à prendre par la suite ce régiment à la solde de la France. Il faut en ôter la Croatie militaire. Il restera encore un million d’habitants qui doivent fournir un effectif de 12,000 hommes, avec lesquels on pourrait former trois ou quatre régiments. Il faudrait conserver la conscription, telle qu’elle était sous la maison d’Autriche, puisque ces peuples y sont accoutumés.

 

Palais de Fontainebleau, 16 octobre 1810

DÉCRET

Article Ier. — Il est accordé une pension viagère de 30,000 francs à Mme Hyacinthe Dominique de Bourbon, religieuse dans le couvent de Saint-Dominique, à Rome. Cette pension sera inscrite au trésor public, avec jouissance à compter du 22 juin 1810.

Art. 2. — Au moyen de la disposition ci-dessus, la Consulte cessera de faire payer à cette princesse la pension provisoire de 600 francs par mois accordée par notre décision du 8 avril 1810.

Art. 3. — Nos ministres des finances et du trésor public sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret, qui ne sera pas imprimé.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre qui me tombe dans les mains. Écrivez au sieur Otto pour le prémunir contre les faux bruits qu’elle contient. Faites parler dans le Moniteur des présents que j’ai fait faire à M. de Metternich à son départ de Paris, lesquels consistent, je crois, en pièces de tapisserie des Gobelins, etc.

Remettez-moi le plus tôt possible le premier projet de bulletins à envoyer à mes ministres à l’étranger pour leur faire connaître la vérité sur les fausses nouvelles qu’on répand des affaires d’Espagne et du prétendu mariage du prince espagnol Ferdinand avec une princesse d’Autriche.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mes ministres à Naples et en Westphalie pour leur faire connaître que je désirerais que ces cours ne prissent pas les mêmes titres militaires que la France. Je vois, par exemple, à Naples un colonel-général de la garde napoli­taine. En France, les colonels-généraux de la Garde sont des maré­chaux qui ont remporté plusieurs victoires et qui se sont fait un nom. Il y a quelque chose de choquant à voir le titre de colonel-général donné à un M. Lavauguyon, qui était capitaine en France il y a deux ans, ou à des officiers en Westphalie qui n’ont rien fait. C’est spécialement sur le titre de colonel-général que porte mon observation. Les rois de Naples et de Westphalie peuvent donner à leurs officiers les titres de généraux de la garde, de colonels de la garde, de capitaines de la garde, et autres titres qui ont été de tout temps en usage en Europe, mais non des titres de distinction créés en France et particuliers à l’armée française. Faites également connaître à mes ministres à Naples et en Westphalie qu’il ne doit pas être fait de maréchaux dans ces armées. Cette dernière observation est pour leur instruction, puisque ces souverains n’en ont pas nommé.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Adressez une circulaire à mes ministres dans les États de la Confé­dération du Rhin et en Suisse, où les denrées coloniales ont été séquestrées, pour leur recommander de faire la recherche de celles qui appartiennent à des négociants français, et de les diriger ensuite, sous plomb et avec acquit-à-caution, sur les entrepôts de Kehl, de Cassel et de Wesel.

Il ne faut pas comprendre dans ces dispositions les marchandises qui sont à Francfort, à Hambourg ou dans le Holstein, mais seule­ment celles qui ont été séquestrées dans les États de la Confédéra­tion. Parmi celles-ci se trouvent les marchandises dont l’admission a été autorisée par mon décret du 12 de ce mois. Ces marchandises entreront dans les entrepôts de la rive gauche; mais les autres atten­dront dans les entrepôts de la rive droite les ordres que je donnerai sur le rapport qui me sera fait par mon directeur général des douanes en conseil de commerce.

Au moyen de ces mesures, il n’y aura plus dans les États de la Confédération de marchandises coloniales appartenant à des Français; elles seront toutes dans les entrepôts de mes douanes jusqu’à ce que j’aie statué sur ce qui sera jugé convenable.

Comme je veux être favorable à la Suisse, j’admettrai en principe que toutes les denrées coloniales qui se trouvent en Suisse, séquestrées et appartenant à des étrangers, sont susceptibles d’entrer en France ou dans mon royaume d’Italie. Vous vous entendrez, à cet effet, avec mon directeur général des douanes; vous me présenterez l’état des quantités et des espèces de marchandises, des lieux où elles se trouvent, de l’endroit où il conviendra de les réunir, et vous ferez la distinction de celles qu’il serait convenable de faire entrer dans mon royaume d’Italie, au lieu de les admettre en France.

Vous pouvez assurer au landamman que le transit du coton du Levant sera autorisé pour la Suisse.

Enfin je désire que vous écriviez à mes ministres dans les Etats de la Confédération de vous faire connaître les quantités de denrées coloniales séquestrées, et n’appartenant point à des Français, qui resteront dans ces États, afin qu’on puisse prendre des mesures pour les y mettre en circulation et qu’elles s’y consomment.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous recevrez de la secrétairerie d’État un décret qui met un million à votre disposition pour les travaux des fortifications de l’Escaut. Mon intention est que le défaut d’argent ne retarde en rien des ouvrages aussi importants. Il faut que le fort Montebello, la batterie de Nolle, le fort Saint-Hilaire, les deux maga­sins à poudre et enfin tout ce qu’il sera possible de faire à Flessingue, soit terminé, et que la même activité soit donnée aux travaux de l’île de Cadzand et à ceux du fort Lillo. Quant à Anvers, je vous ai déjà fait connaître que mon projet est d’en faire une place de première force et un dépôt général pour tous les moyens d’artillerie de la Hol­lande. Anvers devient tous les jours plus important, et la réunion de la Hollande ajoute encore à l’intérêt que cette place a par elle-même. Il faut que les projets qui me seront remis pour les travaux de 1811 soient faits en conséquence. Mon intention est d’employer au moins quatre millions, l’année prochaine, aux seules fortifications des places de l’Escaut. Il faut qu’on continue les travaux tout l’hiver, autant que cela sera possible. Ordonnez qu’au Fort Impérial de l’île de Cadzand on presse, autant que possible, la construction des maga­sins à poudre et tous les travaux qui doivent assurer la défense de cette place si importante.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, lorsqu’il se trouve des moines parmi les prisonniers espagnols, il faut leur faire quitter l’habit de moines, à leur passage à la frontière, les faire habiller avec des capotes et les confondre avec les autres prisonniers.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Il faut ordonner qu’on donne gratis des passeports aux ouvriers de la partie montueuse de la Dora qui ont coutume, comme les Au­vergnats, d’émigrer en Italie pour travailler à la terre.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le bruit d’un prétendu mariage du prince Ferdinand avec une princesse d’Autriche s’accrédite beaucoup. Il est important que vous écriviez à tous les commandants des corps d’armée en Espagne pour les prévenir que ce bruit est un enfant de l’oisiveté de Paris et un bavardage qui occupe les Parisiens; qu’ils doivent rejeter avec indignation la seule idée d’un pas rétrograde; qu’il n’a jamais été question de rien de pareil.

 

Fontainebleau, 18 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il parait que toutes les opinions sont d’avoir un point intermédiaire entre Mayence et Wesel. La population de Cologne empêche qu’on n’occupe cette place. Alors quel est le point qu’on doit choisir ? Si l’ennemi dirige sa ligne d’opérations sur Coblentz, il se trouve arrêté par Luxembourg et avoir l’armée de Mayence sur son flanc gauche.

D’ailleurs on ne suppose pas que l’ennemi puisse chercher à pénétrer dans les provinces de l’intérieur de la France, mais seulement arriver à Bruxelles. Une ligne d’opérations qui partirait de Coblentz serait double en étendue de celle qui partirait de Düsseldorf. Si l’on suppose que l’ennemi prend Cassel, sa ligne d’opérations le conduit sur Bonn ou sur Cologne. L’ennemi partant de Bonn peut cheminer sur Liège, passer la Meuse et pénétrer dans la Belgique. Par ce moyen, il évite Juliers et Maastricht; mais ces deux places seront des points d’appui pour une armée qui menacera son flanc droit. Si Bonn est occupé et qu’alors l’ennemi se dirige sur Cologne, alors il est menacé sur son flanc droit par Juliers et Maastricht, et sur son flanc gauche par Bonn; le Rhin se trouve lui être intercepté. Cette opération parait tellement hasardeuse, qu’il serait difficile de concevoir qu’un homme de sens pût la tenter. Il faut nécessairement prendre Bonn avant de marcher sur Liège, et, pour faire une opération raisonnable, il fau­drait s’emparer de Juliers et de Maëstricht.

Dans le projet du point intermédiaire à déterminer entre Wesel et Mayence, il ne faut pas songer à la ville de Cologne, vu son étendue et sa population. La question se réduit donc à savoir si les fortifica­tions doivent être à Bonn ou à l’embouchure de la Sieg. Il faut voir ces deux positions et les examiner avec soin sous leurs différents rapports. Que vaut l’enceinte actuelle de Bonn ? Est-il possible d’occu­per Bonn sans avoir des ouvrages sur les hauteurs de Poppelsdorf ? A quelle distance les remparts en sont-ils dominés ? Bonn ne sert à rien sans une tête de pont. Est-il possible d’avoir une tête de pont sans occuper le Finkenberg ? A quelle distance serait-elle dominée par cette hauteur ou par toute autre ? La partie de la place qui serait sur la rive gauche peut-elle être protégée par une inondation ? Il semble que le ruisseau de Rheindorf est assez considérable pour qu’on puisse en tirer parti. Il est évident que, si la place est sur la rive droite, il sera facile d’étendre une inondation autour de ses ouvrages. Quelle est l’importance de la petite rivière de la Sieg ? Enfin la com­paraison des deux projets.

Si l’on établissait deux ouvrages sur la rive droite, quel doit être le plus fort, celui à l’embouchure de la Sieg ou la tête de pont ? Les ouvrages sur la rive droite ne peuvent pas être de peu de valeur, à cause des hauteurs qu’il faut occuper, sans quoi Bonn perdrait son rôle offensif et serait à découvert. Il faut calculer la dépense des forts, savoir si on peut profiter des eaux de la Sieg pour obtenir une inondation, et déterminer l’espace de terrain qu’elle peut embrasser. On présume qu’il serait possible d’avoir un grand camp retranché sur la rive droite. Savoir s’il peut être protégé par les forts et couvert par l’inondation.

Ne pourrait-on pas avoir un fort à l’embouchure du ruisseau de Rheindorf, qui servirait en quelque sorte de réduit à ce camp retran­ché ? Ce fort pourrait être en terre, avec fossés pleins d’eau; et, au moyen du ruisseau, on pourrait peut-être l’entourer d’une inondation. Il faut voir les avantages que l’on peut retirer de cette localité et les balancer avec les inconvénients.

Ces différentes questions ont besoin d’être étudiées. Il faudrait sur­tout avoir les plans du terrain à 1,200 toises sur les deux rives, et y marquer les cotes de nivellement.

 

Fontainebleau, 18 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites demain un article pour mettre dans le Moniteur la prise de l’île de Bourbon et les mesures qui ont été faites à l’île de France pour recevoir l’ennemi (Moniteur du 20 octobre).

 

Fontainebleau, 18 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vois que le général Kellermann montre la plus grande insouciance, et que, loin de placer ses forces de manière à appuyer l’armée de Portugal, il tient ses troupes disséminées. Il me semble que j’ai compris la province d’Avila dans l’arrondissement de l’armée du centre. Écrivez de nouveau au général Drouet que j’atta­che la plus grande importance à avoir des nouvelles de l’armée de Portugal ; que le principe d’occuper tous les points est impossible à exécuter; qu’il faut se contenter d’occuper les points où sont les dépôts et les hôpitaux, et avoir ses troupes dans la main pour les porter où cela est nécessaire, et surtout sur les derrières de l’armée du Portugal.

 

Fontainebleau, 18 octobre 1810

Au général Mouton, comte de Lobau, aide de camp de l’Empereur, à Paris

Je vous renvoie le travail sur les régiments croates. Invitez à dînerles officiers de la députation croate. Prenez des renseignements pour connaître ces régiments de manière à pouvoir répondre à toutes mes questions.

Combien de bataillons faudrait-il pour compléter les 3e et 4e bataillons ? Sont-ils habillés en temps de paix ? Quand on veut les com­pléter, comment prend-on l’habillement ? En temps de paix, combien coûtent-ils, indépendamment du territoire ? Combien faut-il débour­ser de la caisse du pays pour les régiments ? Seraient-ils contrariés si je voulais maintenir un bataillon de 6 compagnies, c’est-à-dire 500 ou 600 hommes pour être employés dans l’intérieur, ou à Naples, ou même en France ? Combien cela coûterait-il ? Comment se rem­placent les soldats et les officiers ? Comment sont divisées les terres ? Comment, quand un officier meurt, le nouvel officier prend-il les terres de l’officier mort ? Comment cela s’arrange-t-il avec la famille du mort ?

 

Fontainebleau, 19 octobre 1810

M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire que vous écriviez une note au ministre de Prusse et que vous lui demandiez d’envoyer sur-le-champ un courrier à sa cour. Vous lui ferez connaître que, par le traité de Tilsit, le roi de Prusse s’est engagé à proscrire dans ses États le commerce anglais ; que je n’ai évacué les côtes qu’à cette condition; que la Russie doit faire la même chose; que je suis per­suadé qu’elle le fera, mais que la question n’est pas celle-là; que le mal que font ces mesures à l’Angleterre est immense, si ces mesures sont prises sérieusement ; que la Prusse ne peut être consolidée que par la paix, et que la paix ne peut s’obtenir que par l’exécution rigou­reuse de notre système ; que je demande que le transit ne soit permis dans les États prussiens pour aucune marchandise anglaise ou colo­niale, aux trois barrières de la Vistule, de l’Oder et de l’Elbe; que toutes doivent être soumises aux droits; que, s’il en est autrement, j’entre en Prusse; que je n’ai pas d’autre moyen de faire la guerre à l’Angleterre; que celui-là est efficace, et que rien ne pourrait m’arrêter; que toute marchandise anglaise et coloniale doit être arrêtée sur la triple ligne, et qu’aucune ne doit passer sur les côtes.

Vous enverrez la même déclaration, par un courrier extraordi­naire, à mon chargé d’affaires, et vous lui prescrirez que, s’il n’ob­tient pas ce qu’il demande, il quitte Berlin. Vous lui ferez connaître que tous les bâtiments qui étaient dans la Baltique et qui n’ont pu entrer dans le Mecklenburg ont débarqué plus loin; qu’il faut que la Prusse les empêche de pénétrer dans ses États ; que, si le chargement des six cents bâtiments venant à entrer en Prusse n’est pas confisqué, j’enverrai les confisquer; que, s’ils sont en Russie et entrent en Prusse, j’y mettrai également opposition et les ferai saisir par mes troupes.

 

Fontainebleau, 19 octobre 1810

NOTE DICTÉE AU DUC DE BASSANO, MINISTRE SECRÉTAIRE D’ÉTAT

Ce projet ne dit rien. Les motifs d’une telle mesure, le but qu’on se propose, les besoins auxquels on veut satisfaire, ne ressortent point de sa rédaction.

Que veut-on ? Un refuge pour les anciens moines ? Mais il n’y a plus de moines en France; ils se sont amalgamés avec la société; c’est une chose finie. Veut-on rétablir des moines ? Les Musulmans, les Anglais, les États protestants n’ont pas de moines et n’en sentent pas le besoin.

Veut-on des maisons comme celle de la Trappe, où l’on ne rece­vrait pas de moines, mais des hommes qui, dégoûtés du monde, veulent finir leurs jours dans la vie contemplative ? Cette idée serait simple et le but évident. Mais ne voit-on pas à Paris un moine de la Trappe qui se mêle à toutes les coteries et qui fait de son état de moine un objet d’intrigues et de spéculations ? Les moines de la Thébaïde sont les seuls qui aient mené une vie véritablement contempla­tive. Les moines de l’Europe, au contraire, menaient une vie tellement active, qu’ils dominaient les nations chez lesquelles ils avaient été établis, et que, partout où ils n’ont pas cessé d’exister, ils les domi­nent encore.

On reconnaît cependant qu’il peut être de quelque utilité de réta­blir le couvent de la Trappe, mais on ne croit pas qu’il soit besoin d’en avoir d’autres. Le couvent de Sénart, par exemple, ne doit pas être rétabli. C’est un lieu assez singulièrement choisi pour vivre dans l’oubli du monde, qu’une maison située à quatre ou cinq lieues de la capitale. Sa Majesté n’est point allée à Sénart, mais elle est persua­dée que, si la chasse l’y conduisait, elle serait aussi désagréablement frappée qu’elle l’a été au Calvaire.

S’il faut faire un essai dans cette matière, on peut le faire à la Trappe. Les bulles existent et il n’y a point de difficultés. En formant cet établissement de manière qu’il puisse recevoir 200 personnes, il sera au maximum de ce que peuvent exiger les 40 millions d’hommes qui composent la population de l’Empire. Si l’expérience trompe ce calcul, on fera une seconde maison.

En résumé, les seuls besoins réels de la France, sous le rapport des maisons de retraite, sont ceux-ci :

1° Donner à des moines vieillis dans la vie commune le moyen de vivre en commun. Mais beaucoup de moines se sont établis en commun sans que le gouvernement le sache, et pour ceux de l’Italie française, on leur a conservé quatre maisons, en les supprimant.

2° Avoir des maisons de retraite de l’espèce de celle de Sainte-Périne, de Chaillot, où puissent vivre des vieillards qui ont conservé de très faibles ressources et qui n’ont plus de famille. Mais cela n’a rien de commun avec les couvents ; on n’a pas encore vu un homme de cinquante ans prendre la fantaisie de se faire moine. Si des vieil­lards ont de la fortune, ils se font servir chez eux et n’ont pas besoin d’un couvent pour vivre retirés du monde; s’ils n’en ont pas, et si on leur offre une retraite où le peu de ressources qui leur reste suffit cependant pour qu’ils vieillissent à l’abri du besoin, ils y chercherait une vie douce et n’y chercheront pas la vie contemplative. L’établis­sement d’une maison comme Sainte-Périne, bien établie, bien admi­nistrée, bien dotée, serait une fort belle chose ; il en existe de sem­blables dans toute l’Europe. Ce serait un hospice des vieillards.

3° Offrir un refuge dans la vie contemplative aux hommes qui veulent fuir la société, soit parce qu’elle leur est importune, soit parce qu’elle leur rappelle des fautes ou des pertes dont on ne se console point. La Trappe est l’établissement le plus favorable pour cet objet; le nom, le lieu, les souvenirs qui s’y rattachent, disent clairement ce qu’on veut faire.

Le premier article du projet de décret serait donc celui-ci : La maison de la Trappe est rétablie.

 

Fontainebleau, 19 octobre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

On m’assure que les ouvriers de Rotterdam et d’Amsterdam n’ont point de travail. Faites-moi connaître quelle espèce d’ouvriers c’est, et quels travaux on pourrait leur donner.

 

Fontainebleau, 20 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur la remise du pays de Hanovre. Présentez-moi un projet de note à re­mettre au ministre de Westphalie portant que, tant par les raisons qui sont contenues dans votre rapport que parce que la solde de mes troupes n’est pas payée, je déclare non avenu le traité, si avantageux pour la Westphalie, par lequel je lui donnais le Hanovre. Vous en­verrez la même explication à mon ministre à Cassel. Vous ajouterez que le roi pourra continuer d’administrer le pays de Hanovre, mais que je ne me tiens pas pour engagé.

 

Fontainebleau, 20 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore , je réponds à votre lettre du 11 octo­bre, que je vous renvoie. Vous avez vu dans ma lettre au roi de Saxe ce que j’ai répondu à ce prince. Causez avec le ministre de Saxe. Faites-lui connaître que cette négociation avec la Prusse est déplora­ble. D’abord, comment mettre en relation les sujets du grand-duché avec la Prusse ? C’est ouvrir une source interminable de discussions et de chicanes qui peut avoir de fâcheux effets. 2° Comment espérer que la Prusse, qui est si obérée, puisse payer ? 3° Qu’a-t-on besoin de la Prusse pour se faire payer de ses sujets ? Mais, dit-on, depuis deux ans ou n’a touché que deux millions. C’est qu’il n’y a aucune législation. Que le roi de Saxe fasse une loi qui porte que, la Prusse ayant cédé sans réserve le duché de Varsovie à la Saxe par le traité de Tilsit, et déclaré, par le même traité et spécialement par celui d’Erfurt, les créances qu’elle avait sur le duché acquises à la France, et la France les ayant cédées à la Saxe pour qu’elle en fût payée, il ordonne à tous individus débiteurs de se faire inscrire pour payer, en fixant des modes et des termes raisonnables de payement; qu’il leur défende de payer à la Prusse sous peine de payer deux fois, et prenne des inscriptions sur les biens de ceux qui doivent. Par ce moyen la Saxe sera payée sans qu’elle ait besoin de la Prusse, et d’une manière naturelle. Si la Prusse alors proteste par des actes, c’est une question à porter au jugement du Protecteur. Il faut pren­dre la question de très-haut. Écrivez dans ce sens au ministre de Saxe et au sieur Bourgoing ; et, après cela, vous laisserez la Saxe maîtresse de faire ce qu’elle veut.

 

Fontainebleau, 20 octobre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, on se plaint à Bayonne du manque de sous, d’abord parce que le cuivre est très-cher, et parce qu’on en envoie une grande quantité en Espagne, surtout du côté de la Na­varre. Donnez ordre que des départements de l’Adour et de la Garonne on envoie à Bayonne deux ou trois millions de sous.

 

Fontainebleau, 22 octobre 1810

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, gouverneur général des Provinces illyriennes, à Laybach

La marine se plaint que les batteries qui défendent la belle rade de Raguse ne sont pas armées. On désirerait que l’île Dazza eût un bon fort qui la mît à l’abri d’un coup de main, afin que, si des vaisseaux de guerre arrivaient dans cette rade, l’ennemi ne pût point forcer ce point important et brûler nos vaisseaux. Je ne puis trop vous recom­mander de tenir armées les hauteurs de Raguse, et l’artillerie de cette place en bon état.

 

Fontainebleau, 23 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites-moi un rapport sur le capitaine du Janus, brick impérial qui est à Gênes. Ce capitaine ne couche pas à bord ; ce qui a donné lieu à l’équipage de déserter. On l’a mis aux arrêts, mais cette peine n’est pas suffisante. Les autres officiers de ce brick couchent égale­ment en ville. En général, les officiers des bricks en station dans mes ports couchent en ville. Faites un ordre du jour, et renouvelez les lois contre un pareil abus.

 

Fontainebleau, 23 octobre 1810

NOTE DICTÉE AU COMTE DARU, INTENDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DE L’EMPEREUR, A PARIS

Le domaine privé de l’Empereur consiste dans le trésor qui est aux Tuileries ; dans ce qui reste en caisse à la liste civile d’Italie, soit en créances, soit en caisse; dans le portefeuille de réserve qui m’appar­tient entièrement, entre les mains de M. Estève; dans 15,000 francs de rente sur le grand-livre.

M. Daru peut ignorer encore quelque temps ce qui est relatif au portefeuille de réserve et au trésor, parce que, cet hiver, je lui remettrai cela moi-même. L’autre copie est entre les mains de M. Es­tève. Je lui remettrai également la clef de mon trésor; il m’en fera souvenir cet hiver.

Pour l’Italie, c’est une autre affaire; je désire que M. Daru s’in­struise de tout cela.

Prendre les comptes depuis la formation de la liste civile d’Italie. J’ai acheté une maison Caprara et une autre. J’ai prêté 300,000 fr. à Aldini.

En écrivant à l’intendant de la liste civile d’Italie, M. Daru lui fera comprendre que les économies depuis le commencement sont au do­maine privé. Ainsi que le mobilier, le budget de caisse fixé… (lacunes dans le texte)

Je suis bien aise que, sous ce prétexte, M. Daru suive l’adminis­tration de mon domaine d’Italie, afin que tout ce qui s’économise m’appartienne.

J’ai ordonné qu’on efface sur le budget de M. Estève deux millions que me devait Naples. J’ai les … (lacunes dans le texte)

Ainsi, comme intendant de mon domaine privé, passer le contrat de M. Aldini devant mon notaire. J’ai fait payer 300,000 francs.

Comme M. Daru va être possesseur de tout ce que j’ai au trésor d’Italie, il me proposera de faire là-dessus le payement de 500,000 fr.

Il n’y aura plus que les biens.

Je ne suppose pas qu’Aldini veuille des inscriptions sur le Monte Napoleone.

 

Fontainebleau, 23 octobre 1810

A Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, Votre Majesté Impériale m’a envoyé de si beaux chevaux que je ne veux pas tarder à lui en faire mes remerciements.

Les Anglais souffrent beaucoup de la réunion de la Hollande et de l’occupation que j’ai fait faire des ports du Mecklenburg et de la Prusse. Il y a toutes les semaines des banqueroutes à Londres qui portent la confusion dans la Cité. Les manufactures sont sans travail ; les magasins sont engorgés. Je viens de faire saisir à Francfort et en Suisse d’immenses quantités de marchandises anglaises et coloniales. Six cents bâtiments marchands anglais qui erraient dans la Baltique ont été refusés dans le Mecklenburg, en Prusse, et se sont dirigés vers les États de Votre Majesté. Si elle les admet, la guerre dure en­core; si elle les séquestre et confisque leur chargement, soit qu’ils soient encore dans ses ports, soit que même les marchandises soient débarquées, le contrecoup qui frappera l’Angleterre sera terrible; toutes ces marchandises sont pour le compte des Anglais. Il dépend de Votre Majesté d’avoir la paix ou de faire durer la guerre. La paix est et doit être son désir. Votre Majesté est certaine que nous y arri­vons si elle confisque ces six cents bâtiments ou leur chargement. Quelques papiers qu’ils aient, sous quelques noms qu’ils se masquent, français, allemands, espagnols, danois, russes, suédois, Votre Majesté peut être sûre que ce sont des Anglais.

Le comte Czernitchef, qui retourne près de Votre Majesté, s’est fort bien conduit ici.

Il ne me reste qu’à prier Votre Majesté de compter toujours sur mes sentiments inaltérables, qui sont à l’abri du temps et de tout événement.

 

Fontainebleau, 24 octobre 1810

NOTE DICTÉE AU MINISTRE DES FINANCES.

Il y a quelque chose à faire sur les monnaies. Il y a des alarmes en Piémont, dans la Belgique et dans la Hollande. On prétend qu’on y éprouvera une perte de 40 pour 100, et cela influe sur le prix des grains. Il faut proposer des mesures pour rassurer à cet égard. Il n’y aurait peut-être pas d’inconvénient à faire entrevoir que les mesures qu’on a prises ont eu pour principal objet de faire disparaître des signes qui rappelaient l’ancienne dynastie ; ce qui rassurerait sur les pièces qui ne sont pas dans ce cas..

Quant aux écus de 6 francs, il faut les faire disparaître.

Sa Majesté désire qu’on lui propose un projet de décret pour ordonner que la Monnaie de Paris et plusieurs autres Monnaies changent les pièces de 6 francs contre des pièces de 5 francs. Quelle perte cela occasionnerait-il ?

 

Fontainebleau, 24 octobre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je donne ordre que le million que le trésor public a avancé au prince de Ponte-Corvo vous soit remboursé par le Domaine extraordinaire, afin de terminer cette affaire.

Je désirerais que dans la balance du trésor, que vous me présen­terez au 1er janvier, vous portiez comme reçus les 2 millions qui sont dus pour 1800, les 1,900,000 francs dus pour 1807, et les 1,100,000 francs de réserve sur ces deux exercices, le tout formant 5 millions, provenant de l’extraordinaire des douanes, en affectant pour cela une des recettes faites. Je désirerais également que, pour le 1er janvier, l’affaire des 14 millions que doit verser le Domaine pour les 14 millions de domaines fut terminée, afin que cela fût porté comme reçu pour 1808. Pour 1809, je désirerais que les 25 millions provenant de l’extraordinaire des douanes fussent portés comme reçus, en y affectant les 25 millions qui seront rentrés. Je ne com­prends pas trop comment, à l’état n° 17 de la balance du trésor au 20 octobre, après avoir porté comme reçu le produit de l’extraordi­naire des douanes, vous ôtez 16 millions comme restant à Amster­dam. Je désirerais que, au 1er janvier, les 6 millions provenant du département des Bouches-du-Rhin fussent reçus à Paris ; je ne vois rien de reçu de ce département dans votre livret d’octobre.

Il me parait que je n’ai affecté sur l’extraordinaire des douanes que 76 millions, savoir : 5 millions pour 1806 et 1807, 12 millions pour 1808, 25 millions pour 1809 et 34 millions pour 1810; total, 76 millions. Or, comme tout porte à penser que j’aurai 100 millions, je crois qu’il sera convenable d’employer cet excédant de 24 à 30 rail­lions à couvrir les non-valeurs qui existent au trésor, et qui ne seront, à ce qu’il me parait, recouvrées que par l’Espagne. On porterait cela comme sommes à recouvrer pour avances faites à l’Espagne ; car les avances faites à l’Espagne ont été mises en dépense, et il n’y a eu aucune recette pour les couvrir; ces 24 ou 30 millions en serviraient.

 

Fontainebleau, 24 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les deux frégates la Favorite et la Couronne, qui sont à Ancône, sont matées avec des mâts du pays, même des mâts de hune. Écrivez aux capitaines qui les commandent de vous envoyer leurs observations sur la bonté et la force de ces mats. Il faudrait, après, connaître la comparaison de ces mâts avec ceux de Corse. On croit que ceux de Corse sont aussi bons ou meilleurs que ceux de l’Istrie.

Le vice-roi me mande que l’Uranie a perdu ses qualités. Il faut donner l’ordre de la faire rester à Venise, et qu’on fasse connaître s’il convient de la radouber ou de l’abandonner. Une frégate qui ne marche plus n’est plus bonne à rien.

 

Fontainebleau, 24octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je ne puis voir qu’avec indignation, dans l’état des bataillons du train des équipages militaires, que le sieur Miot, attaché au roi d’Espagne, a un caisson du 1er bataillon des équipages mili­taires. Donnez des ordres positifs pour qu’il remette ce caisson au bataillon, et condamnez-le à payer une amende pour le loyer de ce caisson, pour les réparations et pour l’entretien des chevaux. Faites également rendre celui qui est à la suite des grenadiers de la garde royale, qui peuvent bien se procurer des caissons. Je vois également qu’au 7e bataillon deux généraux ont des caissons, ainsi que le sieur Percy, chirurgien en chef de l’armée. Donnez des ordres pour que ces caissons rentrent au bataillon.

 

Fontainebleau, 25 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, répondez à la lettre ci-jointe du duc de Dalmatie, que j’ai été surpris de son contenu ; que je lui ai ordonné positive­ment de laisser subsister l’administration espagnole et d’avoir pour le Roi les mêmes égards qu’avant que je l’eusse chargé des opérations militaires, de la police du pays, et de veiller à ce que les ressources du pays soient appliquées aux besoins de l’armée ; que c’est une très grande faute de s’éloigner de ce principe et de travailler ainsi à indisposer le pays ; que j’ai déjà vu , il y a quinze jours, une de ses lettres qui m’avait étonné; que, en le nommant commandant en chef de mon armée, je n’ai entendu rien changer à l’administration civile du royaume d’Espagne; qu’il peut remettre le vif-argent et autres pro­duits des mines aux agents du Roi, en s’assurant qu’ils en feront un bon usage. Ecrivez dans ce sens au Roi.

 

Fontainebleau, 25 octobre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Faites connaître aux préfets que mon intention est que personne ne loge aux différents hôtels de ville, ni les maires, ni les officiers muni­cipaux, ni les préfets; que les hôtels de ville doivent être destinés à la tenue des bureaux, de la salle du conseil et pour tous les besoins publics, mais il ne doit y avoir aucun logement particulier.

 

Fontainebleau, 25 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Ancône

Mon Fils, il parait qu’à Rieti, ville des Légations, il y a beaucoup de graines de pastel ; on désire en avoir une grande quantité, parce qu’on a trouvé le moyen d’extraire du pastel une fécule qui est de l’indigo. Répandez dans le pays la brochure ci-jointe ; encouragez cette manipulation, et faites-moi connaître combien on pourrait se procurer de ces graines.

 

Fontainebleau, 25 octobre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Toutes les troupes que les Anglais avaient destinées à la Sicile viennent d’être envoyées en Portugal, aussitôt qu’on a connu l’ordre du jour que vous venez de faire paraître. Si vous vouliez revenir à Naples, qui vous obligeait de déclarer que vous mettiez fin à l’expé­dition ? Je vous avais fait connaître que mon intention était que mes troupes restassent en position de menacer la Sicile jusqu’au 1er janvier; mais vous agissez sans aucune espèce de prudence.

 

Fontainebleau, 26 octobre 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Rendez-moi compte des malades que j’ai à Cadzand et à Flessingue et à bord de l’escadre, afin que je puisse faire une comparaison et voir si elle donnera pour résultat qu’il convient d’arrêter que désor­mais, du 15 août au 15 novembre, les garnisons de Cadzand et de Flessingue seront mises à bord des vaisseaux ou à bord de grosses flûtes ou de tous autres bâtiments tenant la mer. Il paraît que l’es­cadre n’a point de malades. 2,000 hommes peuvent suffire à Fles­singue; ce serait donc 200 hommes par vaisseau. Si, au lieu de vaisseaux, on avait de grosses prames, on pourrait y loger ces hommes. Conférez avec la marine sur le nombre des bâtiments qu’on pourrait avoir pour cet objet.

Il y a au bataillon colonial à Flessingue 60 hommes nus. Donnez ordre qu’on leur envoie sur-le-champ des habits.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 21, relatif à l’école militaire de la Flèche. Il est ridicule, et je n’entends pas que les élèves me coûtent plus de 6 à 700 francs ; c’est à vous à faite les réformes nécessaires. Il ne doit y avoir que le nombre de professeurs et de quartiers-maîtres nécessaire. 1,100 francs pour une école comme celle de la Flèche est une pension exorbitante ; c’est un signe que l’école est mal adminis­trée ou du moins que la dépense est hors de proportion avec réta­blissement. Voilà comme on ne peut rien confier aux officiers mili­taires. Il n’y a pas de lycée qui me coûte plus de 600 francs. Prenez donc des mesures pour que cela soit réglé ainsi.

Quant aux Croates, le nombre de 200 est considérable. Demandez des renseignements afin que les 100 qui appartiennent aux gens les moins aisés je puisse les mettre à Châlons. Ils ne coûteront que 400 francs et ils apprendront des métiers ; ce qui est une chose fort utile en Croatie. Ainsi les fils de colonels, lieutenants-colonels, capitaines, jusqu’à concurrence de moins de 100, peuvent être élevés à Saint-Cyr ou à la Flèche ; les fils des lieutenants et sous-lieutenants, en nombre nécessaire pour compléter 100, seront mis à la Flèche; les 100 appartenant aux moins riches, on les enverra à Châlons. Si les 200 appartiennent à des gens considérables, et tels qu’ils ne puissent pas apprendre des métiers, vous m’en rendrez compte.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mon Cousin, demandez aux ministres d’Espagne à Paris des notes précises sur les abus qu’ils reprochent au général Kellermann. Mandez à ce général que je vois avec surprise qu’il se soit attribué des sommes qui ne lui étaient pas dues ; qu’il a pris 16,000 francs par mois, traitement qu’on ne fait pas même à un maréchal comman­dant une armée; et qu’il est probable que le trésor public ne regar­dera pas cette somme comme légalement reçue.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous envoie une note sur l’arrondissement de Pont-1’Évêque, département du Calvados. Témoignez mon mécontentement au préfet du mauvais état de cette partie de son département. Donnez-lui l’ordre de parcourir le département et de mettre ordre à ces abus. Faites-moi connaître quel est le sous-préfet de cet arrondissement.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Ancône

Mon Fils, le 2e bataillon du 2e régiment d’infanterie de ligne italien est prisonnier de guerre. Il faut le reformer et ne porter ce qui est prisonnier de guerre que pour mémoire, et à la suite. Il est néces­saire que vous ayez dans le royaume deux escadrons du régiment Napoléon, et deux escadrons du régiment des chasseurs royaux. Par ce moyen vous auriez en Italie deux escadrons des chasseurs royaux, quatre escadrons du régiment du Prince-Royal, quatre escadrons du régiment de la Reine, deux escadrons des dragons Napoléon; lesquels, complétés à 200 chevaux, doivent faire 2,400 chevaux. Je vois avec peine que vos régiments de cavalerie ont fort peu de che­vaux. Il est indispensable de porter les régiments à 900 hommes et à 800 chevaux, et ceux qui n’auront que deux escadrons dans le royaume à 450 hommes et 400 chevaux. Vous savez combien il est difficile de faire arriver des chevaux en Italie. Ces régiments de cava­lerie ainsi complétés, avec les deux régiments de chasseurs dont j’ai ordonné la formation, et qu’il faudra porter à 800 chevaux chacun, feront 4,000 chevaux pour le royaume d’Italie : il ne peut pas y avoir moins. Ainsi je compte que, moyennant les conscrits que vous allez lever, vous aurez, au mois de mai, en état d’entrer en cam­pagne, trente bataillons d’infanterie légère et de ligne existant en Italie, sans y comprendre ceux qui sont en Espagne et à Corfou. Ces trente bataillons pourraient former trois belles divisions, chacune de 8,000 hommes. Je compte que vous aurez en outre dix 5e batail­lons formant 5,000 hommes, pour la garnison de Palma, de Venise, d’Ancône, etc., et pour renforcer l’armée; 2° que vous aurez douze escadrons de chasseurs et de dragons des anciens régiments, formant 2,400 chevaux, et un régiment des deux nouvellement formés, fort de 800 hommes; 3° que chaque régiment de ligne italien aura sa compagnie de canonniers et ses caissons, conformément à ce que j’ai établi en Allemagne; 4° que vous aurez le matériel nécessaire pour atteler soixante et douze pièces de canon avec le personnel; ce qui, avec les vingt pièces de régiment, à raison de deux par régiment, ferait quatre-vingt-douze pièces de canon, 5° que vous aurez vos sapeurs, vos pontonniers, votre bataillon du train des équipages militaires, de sorte qu’en deux mois de temps vous ayez acheté les chevaux nécessaires pour remonter l’artillerie et le train, et les mettre en état d’entrer en campagne. Alors les troupes italiennes formeraient un très beau corps d’armée, de près de 30,000 hommes sous les armes, sans compter les bataillons de garnison. En formant deux corps français de même force et de même nature, l’armée d’Italie se trouverait portée à 90,000 hommes, dont 72,000 d’infanterie, 10,000 de cavalerie et 8,000 d’artillerie, sapeurs, pontonniers, etc.

Je vous avais écrit pour des camps, vous ne m’avez pas encore répondu; cependant voilà la saison qui se passe.

Je trouve que 12,000 hommes que vous levez pour la conscrip­tion sont trop peu. La conscription doit être calculée à raison de 3,000 hommes par million d’habitants. Je l’ai en conséquence portée à 15,000 hommes pour cette année, afin de la porter l’année pro­chaine à 18,000 hommes.

Faites-moi un rapport sur votre cavalerie et soignez-la; elle me parait bien bas.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’ai lu avec attention vos notes sur les traites émises par le caissier général du trésor public pour le service des colonies, et je vois qu’il y aura à économiser sur ce service envi­ron 2,500,000 francs. Il est nécessaire de lier cette affaire, ainsi que celle du million d’argent resté en Amérique, avec le crédit des colonies pour les exercices 1808, 1809 et 1810. Faites-moi connaître combien il a été accordé de crédits aux colonies, combien il y en a de payés, en quelle monnaie ont été faits les différents paye­ments, ce que ces payements ont fait rentrer au trésor, et enfin ce qui reste à payer. Faites venir, s’il est nécessaire, le chef du bureau des fonds du ministère de la marine, afin qu’il vous donne des éclair­cissements sur tout le service des fonds des colonies depuis 1808 jusques et y compris 1809 et 1810.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Les administrateurs du théâtre Saint-Martin font courir le bruit faux que j’ai été à leur théâtre, et en conséquence ils ont décoré une loge pour moi. Faites-la ôter. Je trouve également mauvais qu’on y donne des pièces qui font allusion à ma personne. Cela est inconve­nant et indécent.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au comte Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Il m’est revenu que l’assemblée des actionnaires du canal du Loing n’était pas contente du directeur. Mon intention est que vous fassiez connaître, lorsque la circonstance s’en présentera, que cette place est absolument à la nomination de l’assemblée, et que, toutes les fois qu’elle croira ses affaires mieux gérées ou plus économiquement par tout autre administrateur, elle est fort la maîtresse d’en changer.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, je désire que vous fassiez reconnaître une route de Wesel à Hambourg, qui sera la route de votre armée pour commu­niquer avec la France, de sorte que le reste de l’Allemagne ne soit plus inquiété, ne s’aperçoive d’aucun de vos mouvements, et que tout se fasse par cette route.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 octobre, par laquelle j’ap­prends que le logement du directeur des douanes coûte 6,000 francs à la ville d’Amsterdam ; vous ajoutez que je puis juger par là ce que les logements de l’état-major doivent lui coûter. Je ne puis que vous témoigner mon extrême mécontentement à cet égard. Je ne vous ai pas revêtu d’une autorité extraordinaire pour tolérer, ainsi que vous l’avez fait jusqu’à ce jour, de pareils abus. Veuillez donner des ordres précis pour que, sous quelque prétexte que ce soit, le logement des généraux, officiers et employés français ne coûte rien à la ville d’Amsterdam. S’il me vient des plaintes, je ne pourrai m’en prendre qu’à vous. Il est convenable que l’agence des douanes rembourse à la ville les frais de son logement. En un mot, la ville d’Amsterdam ne doit pas plus payer les logements que la ville de Paris.

 

Fontainebleau, 31 octobre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Votre travail sur les journaux français que vous m’avez mis sous les yeux n’est pas complet et ne me permet de rien statuer. Vous ne me faites pas connaître, 1° à qui appartiennent les 12 douzièmes du Journal de l’Empire, à qui appartiennent les différentes parts du Publiciste et de la Gazette de France, du Journal de Paris et autres journaux; 2° le bilan de chaque journal pour 1806, 1807, 1808, 1809 et 1810, en recette et en dépense, et le partage des profits. Ces renseignements me sont nécessaires pour connaître la valeur de chaque journal. Aussitôt que j’aurai ce travail et des notes qui me fassent connaître les individus, je prendrai une mesure générale qui puisse consolider la propriété, la mettre dans des mains sûres, et enfin donner à l’administration politique du journal une influence qui la garantisse.

Quant au Mercure, je ne veux pas dépenser 48,000 francs pour ce journal. Ce serait la même chose que de prendre 1,000 abonne­ments. Faites-moi connaître à qui il appartient, qui l’administre et comment il est administré, car l’administration pour les frais d’im­pression, du papier et autres détails, est un objet très considérable. Alors seulement il sera possible d’encourager ce journal, non en payant des sommes fixes, mais en prenant des abonnements. Aussitôt que j’aurai ces renseignements, je donnerai des ordres pour le Mercure, auquel il est facile de donner beaucoup d’utilité et de vogue, et dont on peut tirer un grand profit, en ce que, ne s’imprimant qu’une fois la semaine, il peut donner un résumé des nouvelles de la semaine, un extrait des journaux anglais qui arrivent dans la semaine, les faux bruits de la semaine et leur réfutation; ce qui nécessairement lui donnerait beaucoup de vogue. Mais le défaut de ce journal me paraît être de ne pas avoir de plan. Le premier plan du Mercure doit être de tenir lieu dans les provinces éloignées de tous les autres journaux. Il faut donc qu’il donne un raccourci des nouvelles poli­tiques, d’administration et de guerre. Or cela n’existe pas, et un individu qui dans la province n’aurait que le Mercure ne saurait rien de ce qui se passe et de ce qui est à la connaissance de tout le monde. Deux ou trois chapitres importants, et à ajouter au Mercure, seraient : 1° un résumé des nouvelles politiques, militaires, admi­nistratives, contenues dans le Moniteur de la semaine; 2° un choix des différentes nouvelles connues par le Journal de l’Empire et la Gazette de France. II faudrait que ces chapitres fussent rédigés de manière à faire connaître les événements et les nouvelles de la semaine. En y joignant un détail des faux bruits que les Anglais sèment sur le continent, avec leur réfutation et une sorte d’esprit des journaux anglais, on formerait un troisième chapitre très piquant. Un quatrième chapitre de politique, tel qu’il existe. Du moment que dans les provinces on serait assuré que le Mercure peut tenir lieu de tous les autres journaux et qu’on peut s’instruire avec le Mercure de tout ce qui se passe, on gagnerait un grand nombre d’abonnés.

Aujourd’hui que les journaux font des feuilletons et remplissent la moitié de leur feuille d’articles parlant de littérature, un journal qui ne parait qu’une fois la semaine ne peut entrer en concurrence, à moins qu’il ne profite de son avantage de présenter les nouvelles avec plus d’ensemble, de maturité et de sang-froid, de manière qu’elles arrivent à la fois, et la première chose du Mercure est un bon prospectus.

II faudrait qu’il y eût l’analyse du Moniteur, du Journal de l’Em­pire et peut-être de la Gazette de France, jour par jour, de sorte que ce fût la même chose pour la notice et les actes importants que si l’on avait lu ces journaux. Ainsi, par exemple, le Journal de l’Empire ne contient qu’une seule feuille, puisque le reste est l’analyse des œuvres de Massillon. Une partie de cette feuille est remplie par le feuilleton. En resserrant le style et en ôtant ce qui est inutile, on peut resserrer ce journal dans une seule feuille du Mercure. En agis­sant ainsi, tous ceux qui auraient le Mercure auraient le Journal et l’Empire en raccourci.

Fontainebleau, 1er novembre 1810

A vice amiral comte Decrès, ministre de la marine à Paris

Vous ne m’avez pas encore fait signer les ordres pour le départ des différentes expéditions destinées à l’île de France et à Batavia. Cependant nous voilà au mois de novembre; il n’y a donc pas un moment à perdre.

Ile de France. — J’ai ordonné : 1° qu’il partit de Rochefort une expédition composée d’un vaisseau et de deux frégates portant 1,000 hommes, 2,400 fusils et autres munitions de guerre néces­saires à l’île de France; 2° qu’il partit de Brest trois frégates portant 1,500 hommes et 2,400 fusils.

Ces deux expéditions doivent porter à l’île de France un renfort de 1,700 hommes. Faites-moi connaître quels sont les officiers qui les commandent, et quand elles mettront à la voile.

Je désire, d’après les nouvelles que j’ai reçues de l’île de France, qu’il soit fait les modifications suivantes à mes premiers ordres.

On ne mettra sur les deux expéditions destinées à l’île de France, au lieu de 1,700 hommes, que le nombre d’hommes nécessaires pour aller à Batavia, c’est-à-dire seulement 1,400 hommes, de sorte que, lorsque les deux expéditions apprendraient que l’île de France est prise, elles continueraient leur route pour se diriger sur Batavia.

Vous rédigerez en conséquence les instructions, et vous recom­manderez aux commandants de manœuvrer, avant d’aborder à l’Ile de France, de manière à ne pas donner dans les croisières enne­mies et à avoir des nouvelles de la situation de la colonie avant de débarquer.

Tout porte à penser que l’île de France tiendra encore. Si elle tient, on débarquera les secours; mais les vaisseaux, après avoir opéré leur débarquement, pourraient se rendre à Batavia, où ils s’approvisionneront pour faire des croisières et contribuer à la défense de cette grande colonie.

Le capitaine général Decaen enverrait par ces bâtiments les secours qu’il croirait être nécessaires à Batavia.

Batavia. — J’ai ordonné pour Batavia l’envoi d’une frégate de Rochefort portant 200 hommes, 1,500 fusils et diverses munitions. Présentez-moi les instructions à signer, et faites-moi connaître ce qu’on pourrait embarquer d’utile à la colonie. Si, au lieu de 1,500 fu­sils, il y avait de la place pour 3,000, je hasarderais ce nombre. Je suppose que vous avez reçu de Hollande l’état de ce qui manque à Batavia, et que vous en ferez la répartition sur chaque bâtiment. La Sapho de Bordeaux, doit porter 50 hommes et 1,500 fusils. Pré­sentez-moi ces instructions à signer. Deux frégates doivent partir de Saint-Malo, portant 400 hommes et 3,000 fusils. Deux frégates doi­vent partir de Nantes, portant 400 hommes et 3,000 fusils. C’est donc quatre expéditions destinées pour Batavia, portant 1,100 hommes et 9,000 fusils.

J’ai ordonné qu’il y eût des officiers de marine hollandais sur les bâtiments qui vont à Batavia.

Je désire que vous prépariez plusieurs autres expéditions pour Batavia : 1° la corvette la Diane, que j’ai à Cherbourg; 2° la corvette la Tactique; 3° une des corvettes que j’ai à Bayonne ; 4° la Diligente, qui est à Lorient.

Ces quatre corvettes peuvent porter chacune 50 officiers, 2,000 fusils et autres pièces de rechange.

Je désire faire partir de Bayonne six bâtiments américains, qui porteront chacun 20 hommes, 1,000 fusils, des fers et objets de cette nature nécessaires à Batavia.

Ce serait donc pour Batavia quatre expéditions anciennement commandées, et dix nouvelles, ordonnées par la présente lettre ; ce qui ferait quatorze expéditions et un envoi de plus de 22,000 fusils.

Ayez soin de faire mettre à bord des paquets de journaux, des lettres pour le capitaine général, et que les bâtiments de Batavia partent à distance de dix jours l’un de l’autre.

Il parait que la poudre de Batavia est mauvaise. Il convient donc de faire charger quelques barils de poudre sur chaque bâtiment que vous expédierez. Je vous prie de me faire un rapport détaillé, et de prendre des mesures pour accélérer le départ de ces expéditions si importantes, puisqu’elles peuvent sauver l’île de France; mais à coup sûr elles assureront la possession de Batavia.

Vous n’oublierez pas de mettre sur chaque bâtiment une quantité de pierres à feu.

 

Fontainebleau, 1er novembre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Deux bâtiments viennent d’arriver à Bordeaux, venant de Java. Ils ont apporté beaucoup de dépêches que je fais traduire. Ils sont partis au mois de juin. On dit leur cargaison très riche. Il paraît qu’ils sont chargés partie au compte des particuliers, partie du gouvernement.

J’expédie beaucoup de bâtiments de France pour Batavia; mais, si vous trouvez chez vous à faire deux ou trois expéditions avant l’hiver, portant 2 ou 3,000 fusils, des vins, de la poudre, des draps, au compte de l’État ou des particuliers, faites-les sans perdre un moment. Il faut prendre, s’il est possible, des bâtiments américains qui marchent bien. J’approuve ces expéditions, et vous n’avez pas besoin d’un nouvel ordre de moi. Vous mettrez sur chaque bâtiment 20 ou 30 hommes, sous-officiers et soldats, s’ils peuvent les porter, en prenant dans les troupes hollandaises les hommes qui voudront aller à Batavia.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous ai écrit relativement à la fixa­tion des limites avec le royaume d’Italie. Un autre objet, également important, est une meilleure division du Tyrol. Le partage du Tyrol a été mal fait; la limite ne va pas jusqu’au thalweg des montagnes. Cela a beaucoup d’inconvénients, d’abord parce que le royaume d’Italie, beaucoup plus riche que la Bavière, pourrait faire quelques ouvrages importants sur les montagnes, qui brideraient le pays; 2° parce que le commerce naturel de ces peuples est avec les Italiens. Ce serait, je crois, une perte de 100,000 âmes pour la Bavière; mais ces 100,000 âmes lui rendent bien peu de chose; au lieu qu’en donnant Erfurt à la Bavière elle y gagnerait en ce qu’elle donnerait cette province au prince de Hohenzollern, dont les États passeraient au roi de Wurtemberg, lequel ferait, en compensation, d’autres ces­sions à la Bavière. Cet arrangement me parait convenable. Tâtez M. de Cetto là-dessus. La Bavière y perdrait quelque chose en population, mais elle y gagnerait en ce qu’elle acquerrait une bonne population allemande, au lieu d’une population qui ne lui rend rien.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me faire un rapport sur la démarcation des frontières du royaume d’Italie et de la France. Déjà plusieurs fois on s’est occupé de cet objet important. J’ai nommé une commission, mais elle a pris les choses de trop haut. Elle ne proposait rien moins que de réunir à la France une partie du Modénais, pour avoir une route qui vint joindre celle de Modène à Pistoja; ce qui réunirait les villes de Reggio et de Modène. Je ne puis ratifier de pareilles idées. Je désire que vous me présentiez un rapport qui me fasse connaître ce que le royaume d’Italie a d’enclaves dans le département des Apennins et dans les départements de la Toscane, et le mode le plus simple de poser les limites de la Toscane avec la Romagne et des Apennins avec Reggio et Modène.

Présentez-moi en même temps le tracé des frontières du royaume d’Italie et des provinces illyriennes, en prenant le thalweg de l’Isonzo pour limite, en joignant Tarvis et donnant au royaume d’Italie le pendant des eaux des Alpes juliennes. Faites tracer cela sur une carte, et faites-moi connaître ce que la France ou le royaume d’Italie y gagneront. Vous y joindrez les projets de décrets nécessaires pour terminer cette question importante et régler la prise de possession au 1er décembre, pour être exécutée au 1er janvier.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces relatives au Valais. Je les ai lues avec attention, et je sens l’importance et la nécessité de réunir ce petit pays à la France. La route du Simplon me coûte 15 millions; je ne peux pas sacrifier l’intérêt de l’Italie et de la France pour cette chétive population. Je désire que la commis­sion fasse son rapport dans ce sens ; qu’elle récapitule toutes les rai­sons qui commandent ce parti, et qu’elle y conclue. Dans le rapport que vous me ferez vous ne manquerez pas de dire que, lors de l’acte de médiation de la Suisse, j’avais bien senti la difficulté de concilier l’indépendance du Valais avec la rapidité des communications de la France avec l’Italie, mais que j’espérais que cette république inter­médiaire parviendrait à se soutenir, et que, froissée entre l’Italie, la France et la Suisse, elle ne peut subsister plus longtemps dans cet état. Chargez le sénateur Rœderer de faire un projet d’organisation de ce pays à la française. Je consens à en faire un département, qui fera partie de la 7e division militaire. Un seul député au Corps légis­latif parait suffisant. Enfin le sénateur Rœderer réunira les notions nécessaires pour faire une organisation complète : division de cantons, tribunaux, dispositions relatives au Code Napoléon, etc., afin que, sans délai, je puisse prendre les décrets convenables.

Vous écrirez à mon chargé d’affaires, si la diète n’est pas réunie, de l’ajourner au 15. Vous lui ferez connaître seulement que je suis décidé à réunir le Valais ; que le général César Berthier se rend à Sion; que 5,000 hommes se mettent en marche sur trois colonnes, l’une de Genève, qui se rend à Martigny, l’autre de Domo d’Ossola, qui se rend à Brigg, et la troisième d’Aoste, qui se rend à Sion; que ces trois colonnes seront rendues à leur destination le 10 et le 11. En­voyez-lui un courrier extraordinaire. Sa réponse fera connaître si ces mesures sont suffisantes. Vous lui écrirez en chiffre. Vous lui recom­manderez le plus grand secret, et lui ferez connaître que cela est pour lui seul et pour sa gouverne.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mon intention est de réunir le Valais à la France et de charger de cette opération le général César Berthier. En lui écrivant par l’esta­fette d’aujourd’hui, il recevra la lettre le 7 ; vous aurez soin de recom­mander au gouverneur général à Turin de la faire passer par courrier extraordinaire. Le général Berthier pourra être le 10 ou le 11 à Sion. Vous ordonnerez directement au gouverneur général à Turin de faire partir, le 6, les deux bataillons du 23e léger, qui sont à Aoste, avec six jours de vivres, et de les diriger sur Sion, où ils arriveront en même temps que le général Berthier.

Vous ordonnerez au vice-roi de faire partir les deux bataillons ita­liens que depuis quelque temps j’ai fait réunir à Domo d’Ossola. Vous aurez soin de faire suivre cette colonne de quatre pièces de canon. Elle se rendra à Brigg.

Vous donnerez vos ordres au général Fiteau de partir de Genève avec les 1,100 Portugais, quelques centaines de Français et deux pièces de canon, pour se rendre à Martigny. Il sera sous les ordres du général Berthier. La colonne italienne qui passe le Simplon aura 100 chevaux. La colonne du général Fiteau aura également 100 che­vaux. Le général Berthier aura ainsi à sa disposition trois colonnes : une qui se rendra à Brigg, composée de deux bataillons italiens, de quatre pièces de canon et de 100 chevaux; une autre composée de deux bataillons du 23e léger, qui marchera avec lui sur Sion; il appellera sur-le-champ à lui les 100 hommes de cavalerie qui parti­ront de Genève ; enfin la colonne du général Fiteau, qui se rendra à Martigny avec un millier d’hommes et deux pièces de canon. Le général Berthier aura donc plus de 4,000 hommes sous ses ordres.

Vous donnerez des ordres au gouverneur général à Turin, au général Fiteau et au vice-roi pour que les hommes aient 40 cartouches chacun; que la solde soit faite jusqu’au 1er janvier. A cet effet, la 27e division militaire, la 7e, le vice-roi, verseront les fonds néces­saires au départ de Genève, de Domo d’Ossola et d’Aoste, jusqu’au ler janvier.

Vous ferez donner les vivres de campagne aux troupes, pour qu’elles soient bien nourries et n’aient aucun prétexte pour faire du désordre. Vous désignerez un commissaire des guerres pour se rendre à Sion. Enfin vous recommanderez au vice-roi d’avoir avec ses qua­tre pièces de canon trois caissons, et au général Fiteau d’emmener de Genève trois caissons d’infanterie. Vous aurez soin que les vivres soient assurés à la troupe pour six jours.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, je reçois la lettre du général Drouet du 22 octobre. Les dispositions qu’il fait pour rouvrir les communications avec le Portugal ne me paraissent pas suffisantes. Réitérez-lui l’instruction d’aller à Almeida, et de réunir des forces considérables pour pouvoir être utile au prince d’Essling et communiquer avec lui. Il faudrait qu’il donnât au général Gardane, ou à tout autre général, une force de 6,000 hommes avec six pièces de canon pour rouvrir la commu­nication, et qu’un autre corps de même force se trouvât à Almeida pour correspondre avec ce général. Il est très important qu’on puisse correspondre avec l’armée de Portugal, pour que, pendant tout le temps que les Anglais ne seront pas rembarqués, on puisse pourvoir à assurer ses derrières.

Envoyez au général Drouet le Moniteur d’aujourd’hui, qui contient les nouvelles du Portugal venues par la voie des journaux anglais.

Aussitôt que les Anglais seront rembarqués, le général Drouet portera son quartier général à Ciudad-Rodrigo. Mon intention n’est pas que le 9e corps s’engage dans le Portugal, à moins que les Anglais ne tiennent encore, et même, dans ce cas, le 9e corps ne doit jamais se laisser couper d’Almeida, mais il doit manœuvrer entre Almeida et Coïmbre. Faites comprendre au général Drouet qu’il me tarde fort d’avoir des nouvelles de l’armée de Portugal; que cela est important sous tous les points de vue, et qu’il faut que les commu­nications soient rétablies de manière à avoir des nouvelles, sinon tous les jours, au moins tous les huit jours.

Demandez au général Drouet l’état de toutes les troupes laissées sur les derrières, de la division Seras, de ce qu’a laissé le prince d’Essling, cavalerie, artillerie, infanterie, enfin de tout ce qui est dans le 6e gouvernement. Il pourrait tirer ce qu’il a à Avila, en fai­sant occuper cette place par des détachements faisant partie de l’armée du centre. Il y a beaucoup d’hommes isolés qui pourraient servir à cet objet.

Faites-moi un rapport sur les pays dont se compose l’arrondissement du 6e gouvernement; Léon et le pays compris entre Ciudad Rodrigo et Salamanque n’en font-ils pas partie ?

 

Fontainebleau, 4 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il faudrait écrire en Saxe, en Westphalie et dans toute la Confédération, pour que l’introduction de toutes marchandises provenant de fabrique anglaise fût prohibée, et que des mesures sévères fussent prises pour qu’à l’issue des foires de Leipzig, Francfort et autres, les marchandises fussent toutes saisies, de quelque côté qu’elles vinssent. Il faut communiquer au ministre de l’intérieur les plaintes que porte la Saxe sur le transit des toiles, pour qu’il en soit fait un rapport. Je ne vois pas par les lettres de M. Bourgoing, des 16 et 17 octobre, que la Saxe ait encore établi le tarif sur les marchandises existantes, et qu’en conséquence l’im­mense quantité de marchandises coloniales qui se trouve à Leipzig ait été exercée. Ce doit être l’objet d’un courrier extraordinaire, si ce n’est déjà fait. Cela fera entrer 20 millions dans le trésor de la Saxe; ces 20 millions retomberont sur l’Angleterre, et cette mesure doit avoir l’immense résultat de donner au Roi des fonds, de faire un grand tort aux Anglais, et enfin de se trouver en harmonie avec tout ce que je fais faire à Francfort, à Hambourg et en Suisse.

Quant aux 30,000 fusils, vous ferez connaître que j’en ai très peu à Magdeburg, et que je ne puis les fournir qu’en partie de l’ar­senal de Mayence et en partie de l’arsenal de Strasbourg.

Le tarif qui a été admis pour la Saxe l’a-t-il été pour le duché de Varsovie ? Cela est d’autant plus important que la Russie inonde le grand-duché de marchandises coloniales. Écrivez à M. de Narbonne qu’il n’a pas besoin de faire de mystère à M. de Montgelas; qu’il suffit qu’il ne s’en rapporte pas entièrement aux agents bavarois et qu’il envoie aussi des agents pour avoir des renseignements clairs. Faites mettre dans les journaux le décret bavarois sur le tarif. Il me parait que le décret de la Bavière du 21 octobre ne parle pas des marchandises existantes.

La carte dont parle M. de Narbonne m’est nécessaire, mais j’en ferai donner une copie à la Bavière.

Répondez au chargé d’affaires de Bade que je ne sais pas quelles troupes se trouvent encore dans le grand-duché ; que je croyais qu’il n’y avait plus personne ; mandez-lui d’en envoyer un relevé.

Répondez à mon ministre à Copenhague que, au lieu du mois d’avril, il demande que les deux équipages soient rendus au mois de mars à Anvers.

Il me semble que la convention faite par M. Defermon avec la Bavière peut être signée.

 

Fontainebleau, 4 novembre 1810

A M. De Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, présentez-moi un projet de réponse à faire à M. Kourakine, fort polie, fort douce, mais qui contienne du moins les vérités qu’il est bon que la Russie connaisse. Vous y direz que sa note a été mise sous mes yeux ; que l’assurance qu’il y donne que l’empereur de Russie est résolu de nuire de tous ses efforts au commerce des Anglais m’a causé la plus vive satisfaction; que la paix ou la continuation de la guerre sont entre les mains de la Russie; que, si elle veut sérieusement empêcher le commerce des denrées coloniales, l’Angleterre fera la paix avant un an ; mais qu’il faut parler franchement et que jusqu’à présent elle a suivi des principes opposés; qu’il n’y a qu’une preuve à en donner : c’est que les marchandises coloniales qui ont paru à la dernière foire de Leipzig y ont été apportées par 700 chariots venant de Russie, c’est qu’aujourd’hui tout le commerce des denrées coloniales se fait par la Russie, c’est enfin que les douze cents bâtiments que les Anglais ont escortés par vingt vaisseaux de guerre et qu’ils avaient masqués sous pavillons sué­dois, portugais, espagnol, américain, ont en partie débarqué leurs marchandises en Russie; que, si la Russie veut la paix avec l’Angle­terre, elle en a les moyens : qu’elle fasse confisquer tous les bâtiments introduits par les Anglais et qu’elle se réunisse à la France pour exi­ger que la Suède confisque l’immense quantité de marchandises que les Anglais ont débarquées à Gœteborg sous toute espèce de pavil­lons; quant au principe qu’on met en avant, qu’en voulant faire la guerre aux Anglais on ne veut pas la faire aux neutres, que ce prin­cipe serait le résultat d’une erreur ; que les Anglais ne veulent et ne souffrent aucun neutre; qu’ils ne laissent naviguer les Américains qu’autant qu’ils se chargent de leurs marchandises et qu’ils naviguent pour le compte anglais ; que tous les certificats des consuls français et tous autres papiers dont ils sont munis sont des papiers faux; qu’enfin il n’y a aujourd’hui aucun neutre, parce que les Anglais n’en veulent pas, et que tout bâtiment qui n’est pas chargé pour leur compte, ils ne le laissent pas passer ; qu’il n’y a pas un seul bâtiment venu dans les ports de Russie avec de soi-disant papiers d’Amérique qui ne soit venu réellement d’Angleterre ; que ces vérités sont trop sensibles pour qu’on les ignore ; que la paix ou la guerre est entre les mains de la Russie; que la Russie y est aussi intéressée que la France ; que la paix aura lieu si l’on veut fermer le continent aux Anglais ; qu’elle n’aura pas lieu si l’on veut que tous les bâtiments qui arrivent avec des papiers des consuls de France ou autres soient des bâtiments pour tout autre compte que celui de l’Angleterre; que, tant que les marchandises anglaises et coloniales viendront par la Russie en Prusse et en Allemagne, et qu’on sera obligé de les arrêter aux frontières, il sera bien évident que la Russie ne fait pas ce qui est convenable pour faire tort à l’Angleterre.

 

Fontainebleau, 4 novembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Faites remettre à Madame un passeport pour le roi Louis, par lequel il pourra se rendre en quelque lieu qui lui convienne du midi de la France ou de l’Italie, et y demeurer.

 

Fontainebleau, 4 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre d’Ancône du 27 octobre. Je suis fâché que le capitaine Dubourdieu n’ait pas emmené les quatorze corsaires. L’excuse de n’avoir pas assez de monde n’est pas raison­nable. Il ne pouvait pas attendre grand secours de deux bricks, et en mettant sur chaque corsaire 20 soldats, 5 à 6 matelots du pays, même des prisonniers, avec quelques matelots italiens, il aurait pu emporter tout cela. Il est fâcheux aussi que les 200 Anglais n’aient pas été faits prisonniers. Il eût été préférable de laisser là 600 hom­mes de débarquement, et que les deux frégates s’en fussent revenues.

Ces 600 hommes auraient pris en peu de temps les Anglais ; on leur aurait laissé quelques pièces de canon avec lesquelles ils auraient armé le port et ils auraient pu s’établir dans l’île. La prise des 200 matelots aurait été une perte sensible pour les Anglais. Je ne vois pas bien dans la relation combien le capitaine Dubourdieu est resté au port Saint-Georges ; je vois qu’il y a mouillé le 22, mais je ne vois pas quand il en est parti. Toutefois cette expédition aura fait du bien à mes équipages et du mal à l’ennemi ; c’est le coup d’essai de la marine italienne.

On ne travaille pas avec assez d’activité aux constructions. Il fau­drait avoir au mois de mars trois vaisseaux de guerre dans l’Adria­tique; mais peut-être serait-il convenable d’occuper l’Ile de Lissa, surtout si le port Saint-Georges peut contenir des vaisseaux de guerre. Nous sommes aujourd’hui en temps de paix ; nous pouvons facilement tenir un millier d’hommes dans cette île. On pourrait même y établir un fort ; cela rendrait plus difficile l’établissement des Anglais dans l’Adriatique.

 

Fontainebleau, 4 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, faites partir de Venise deux bricks ; je les laisse à votre choix : ou l’Éridan, ou la Charlotte, ou le Mameluk, ou le Lépanie. Prenez deux de ces quatre bricks, complétez bien leur équipage, approvisionnez bien leur artillerie, donnez-leur des rechanges, et qu’ils se rendent à Corfou. Vous les ferez partir approvisionnés pour six mois de vivres, s’ils peuvent porter cette quantité. Vous ferez em­barquer à leur bord les hommes qu’on envoie à Corfou et une partie des pièces d’artillerie portées dans l’état. Vous les lesterez en fers et en boulets qui vous sont également indiqués dans ledit état.

Vous préviendrez le commandant de ces bricks qu’il sera sous les ordres du gouverneur général, et sous le commandement du com­mandant des frégates françaises ; qu’il fait partie de la garnison et qu’il doit se dévouer en tout à la défense de Corfou.

Joignez à ces deux bricks trois petits bâtiments, soit felouques ou demi-galères, qui pourraient être utiles à la défense de File, et, à ce sujet, faites consulter des marins de Venise qui connaissent les côtes.

 

Fontainebleu, 4 novembre 1810

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant les Provinces illyriennes, à Laybach

Mon intention est qu’au reçu de la présente vous fassiez partir, de la manière la plus convenable, pour Corfou, six des huit canonnières qui composent la division de ma marine italienne en station sur les côtes d’Illyrie. Vous les approvisionnerez d’autant de vivres qu’elles pourront en porter, soit vivres confectionnés, soit farine et blés. Vous les chargerez de boulets et affûts d’artillerie que vous trouverez dans les ports et qui vous seront indiqués dans l’état que je charge le vice-roi de vous envoyer. Vous ajouterez à ces six canonnières deux trabacoli et une felouque. Comme je ne doute pas que Corfou ne soit attaqué incessamment, mon intention est que cet ordre n’éprouve aucune espèce de délai. Vous remplacerez ces canonnières pour le service des côtes par des canonnières de Trieste ou, s’il est nécessaire, par des canonnières qu’on armera à Venise.

 

Fontainebleau, 4 novembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je vois avec plaisir que vous ayez envoyé quelques canonniers à Otrante pour faciliter les mouvements d’Otrante à Corfou. Je désire bien que vous ayez à Otrante douze ou quinze courrières ou parancelles pour accélérer les transports. La chose la plus importante pour l’Italie et pour Naples, c’est la conservation de Corfou. Si jamais les Anglais s’en emparaient, cette position vous serait aussi funeste que celle de la Sicile. Je vous ai écrit, le 6 octobre, pour que vous envoyiez à Corfou 10,000 quintaux métriques de blé et 1,000 de riz. Il est indispensable que vous ne perdiez pas un moment. Envoyez-y aussi une bonne provision de bois et de fers propres à construire et réparer des affûts. Tâchez d’y envoyer 25 milliers de poudre, 500,000 cartouches et les effets d’artillerie dont la note est ci-jointe.

 

Fontainebleau, 4 novembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je vous prie de faire partir pour Corfou une division de douze chaloupes canonnières ; ce qui, joint aux douze chaloupes canon­nières italiennes que je vais y avoir, me fera vingt-quatre chaloupes canonnières. Je désire aussi que vous y envoyiez six bâtiments légers, tels que trabacoli, felouques, chebecs, etc., afin de réunir à Corfou dix-huit bâtiments de la marine napolitaine, autant de la marine italienne, plus deux bricks et les deux frégates de la marine française. Tous ces bâtiments seront sous les ordres du commandant des fré­gates françaises, qui lui-même sera sous les ordres du gouverneur; ils feront partie de la garnison de Corfou et seront spécialement destinés à la défense de l’île.

 

Fontainebleau, 5 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites-moi connaître quand le bataillon expéditionnaire de Hollande arrivera à Nantes et à Saint-Malo, quand le bataillon expéditionnaire français qui doit se réunir à Rochefort et à Brest sera en état de partir, enfin quand les fusils et tout ce qui doit être embarqué sur ces différentes expéditions seront prêts. L’expédi­tion de Nantes, ainsi que celle de Saint-Malo, et la Sapho, qui doit partir de Bordeaux, sont destinées pour Batavia. Dans cette colonie, on manque d’hommes qui connaissent bien la manutention de la poudre, et de directeur d’artillerie. Voyez quel chef de bataillon de distinction on pourrait y envoyer; il serait fait colonel à son arrivée et commanderait l’artillerie. Désignez aussi trois employés entendant parfaitement la manutention de la poudre et du salpêtre, et mettez-les à la disposition du ministre de la marine, à Nantes et à Saint-Malo, pour qu’il les fasse partir. Parmi le grand nombre d’officiers réformés, il faudrait en choisir 4 à 500 dans la vigueur de l’âge, et leur proposer de partir avec ces expéditions. A leur arrivée, ils auraient le brevet du grade supérieur à leur grade actuel. Des ser­gents qui voudraient y passer seraient faits officiers. J’ai pris un décret là-dessus.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le gouverneur général de Batavia demande un million de fer plat, carré ou en barres, 20 millions de fer en feuilles pour serrures, du fer-blanc, de l’acier, des pierres à feu, 1,000 pièces de toile de Brest de différentes qualités pour les voiles, 3,000 livres de fil à voile, des cordages de toutes grosseurs, 600 tonneaux de goudron, du cuivre pour doubler les vaisseaux, du cuivre pour chaudières, du papier pour les bureaux, de l’encre, des plumes, des pierres à aiguiser, des verrous, des enclumes, 20,000 aunes de drap bleu, noir et vert; un millier de chapeaux, 20,000 aunes de galons, des épaulettes de fils d’or et d’argent, des instruments de mer, des lunettes, almanachs, vins, eaux-de-vie, vinaigre, huile d’olive, quelques meubles pour maisons. Il assure que les bâtiments d’Europe qui porteraient ces objets feraient de bonnes affaires. Les retours se feraient en denrées coloniales, qui seraient affranchies de tout droit.

Faites connaître cela aux chambres de commerce de Nantes, de La Rochelle, de Bordeaux, de Bayonne, etc. J’autorise l’intendant de mon domaine extraordinaire à prendre intérêt dans trente expéditions aventurières qui partiraient, savoir : cinq de Nantes, cinq de Saint-Malo, deux de la Rochelle, trois de Morlaix ou de Brest, dix de Bordeaux et cinq de Bayonne.

Il serait convenable que ces expéditions s’assurassent entre elles, savoir : celles de Bordeaux entre elles, celles de Bayonne entre elles, celles de Nantes et de la Rochelle entre elles, celles de la Bretagne entre elles. J’y prendrai le même intérêt que dans les précédentes expéditions. Indépendamment des objets mentionnés ci-dessus, chaque bâtiment pourrait porter quelques caisses de fusils et de pistolets. Chaque bâtiment porterait aussi 15 officiers ou employés civils. Les armateurs seraient amplement payés par la libre exportation des denrées coloniales.

Vous donnerez connaissance de ces dispositions aux chambres do commerce de Rotterdam et d’Amsterdam, pour que, si elles veulent s’intéresser dans ces expéditions, elles s’adressent dans les différents ports où elles se font ; que je verrais également avec plaisir que plusieurs expéditions se fissent à Amsterdam et à Rotterdam ; que vous envoyez la note des objets dont la colonie a besoin ; mais que vous supposez que les glaces empêcheront ces expéditions, qui d’ailleurs courent plus de risques en partant de ces ports que des ports du midi de la France.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1810

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il faut renouveler les ordres à mon ambassadeur et à mon consul général en Russie, ainsi qu’à mes consuls à Memel et Elbing, pour qu’on profite de toutes les circonstances pour faire filer les 1,000 mâts que j’ai en Russie jusqu’à Danzig. Cette place de Danzig est à moi ; il y a gouverneur et garnison français.

Donnez l’autorisation à mon consul général de conclure des marchés pour acheter 2,000 grands mâts et un millier de mâts d’assortiment ; ce qui, avec les 1,000 mâts qui partent, ferait 4,000 mâts. Mais mettez-y les conditions suivantes : 1° Je laisse maître de donner au plus un cinquième d’avance avec bonne caution. 2° Le reste des payements se fera à mesure des versements à Danzig et à Lubeck ; et, comme Danzig et Lubeck m’appartiennent, quand je ferai les payements, les mâts seront déjà rendus chez moi.

Portez au budget de 1811 un crédit de 3 millions pour approvi­sionnements du nord, dont 2,500,000 Francs pour achat de mâts rendus à Danzig et à Lubeck, et 500,000 Francs pour frais de trans­port sur France. Si cela n’est pas suffisant, on l’augmentera par la suite. Donnez des ordres et profitez du moment où le change est très bas pour avoir ces mâts à bon marché. Mon intention est de ne faire de fortes dépenses que lorsque les mâts seront arrivés à Danzig et à Lubeck, c’est-à-dire chez moi.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1810

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous renvoie toutes les dépêches hollandaises qui m’ont été apportées de Batavia. Il en résulte que le général Daendels demande un grand nombre d’officiers et de sous-officiers. Indépendamment de ceux que j’y envoie, j’ai chargé le ministre de la guerre d’y destiner 1,000 capitaines, lieutenants, sous-lieutenants et sergents.

Le général Daendels demande aussi des employés civils. Faites-moi connaître de quelles classes on pourrait lui en envoyer. On embar­querait une cinquantaine de ces employés sur les différents bâtiments.

Il demande 20,000 fusils : j’y ai pourvu; des fers en barre, 600 tonneaux de goudron, du papier pour les bureaux, 15,000 aunes de drap, 500 chapeaux, 20,000 aunes de galon, des épaulettes et de l’huile, du vinaigre, du vin et de l’eau-de-vie. Faites-moi un projet d’envoi de ce que vous pouvez fournir, et écrivez au ministre de l’intérieur pour qu’il invite le commerce à envoyer ces objets.

Il parait que les chargements des deux bâtiments sont en grande partie pour le compte du gouvernement. Ordonnez que la vente en soit faite publiquement et annoncée d’avance, de manière à en tirer tout le parti possible. Ces marchandises ont été adressées à des négo­ciants de Bordeaux, qui, moyennant le fait de la réunion, n’auront pas à s’en mêler.

Faites-moi connaître ce que c’est que ces bâtiments, et donnez ordre qu’ils soient vendus, et que les fonds en provenant soient versés dans la caisse des Invalides de la marine pour Batavia, et employés à fournir le nécessaire à cette colonie. Écrivez dans ce sens au gouverneur.

Vous verrez dans la correspondance du gouverneur général qu’il écrit aux négociants de Bordeaux d’acheter cinq bâtiments, bons voi­liers, et d’expédier les objets qu’il demande. Les négociants n’auront point à se mêler de ces achats, puisque vous vous occuperez de cet objet.

Vous verrez par la correspondance que plusieurs agents du gouvernement ont pris service pour les Anglais. Il est indispensable que vous les fassiez juger par une commission militaire et condamner comme contumax.

Vous verrez dans la lettre du général Daendels qu’il demande 800,000 francs, que je suppose être de la monnaie de cuivre. Si notre monnaie de cuivre n’est pas bonne, il faut en envoyer pour un million ; il faudrait alors en faire mettre sur chaque bâtiment qui va dans ce pays.

Je vous envoie le lieutenant-colonel Muntinghe, qui était porteur des dépêches de Batavia. Gardez-le auprès de vous pour avoir de lui tous les renseignements qui vous seront nécessaires.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez la lettre ci-jointe à mon ambas­sadeur en Espagne et expédiez-la en duplicata par les estafettes d’aujourd’hui et d’après-demain.

A  M. LE COMTE  DE  LAFOREST,

AMBASSADEUR DE FRANCE, A MADRID.

Paris, 1 novembre 1810,

Monsieur, l’Empereur, à Bayonne, a réuni la nation espagnole et lui a présenté un de ses frères pour roi. La nation espagnole, par l’organe de ses députés, lui a prêté serment d’obéissance. Croyant ainsi avoir rallié la majorité de la nation, Sa Majesté a traité avec le roi d’Espagne.

Depuis, la nation espagnole tout entière a couru aux armes. Le roi, chassé de sa capitale et de toutes les Espagnes, a eu toutes les Espagnes contre lui; il n’a été que le général des armées françaises. Sur ces entrefaites, Sa Majesté est entrée de vive force dans Madrid.

Depuis cette époque, bien des batailles ont eu lieu. L’Andalousie et Séville même ont été conquises par l’armée française; mais pour cela aucun Espagnol ne s’est rallié autour de son Roi; aucunes forces espagnoles n’ont lutté contre l’insurrection, et 400,000 Français, seuls, sans elles, ont dû conquérir toutes les provinces, toutes les places fortes; toutes les villes, tous les villages : l’Espagne appartient à l’Empereur par droit de conquête.

Le roi d’Espagne serait peu de chose s’il n’était le frère de l’Empe­reur et le général de ses armées. Il serait si peu de chose, qu’il n’y aurait pas une bourgade de 4,000 âmes qui ne fut plus forte que tous les partisans qu’il peut avoir en Espagne. Sa garde même est toute française. Pas un officier espagnol de nom n’a versé son sang pour le Roi.

Sa Majesté n’a donc plus à se décider dans les affaires d’Espagne par les traités de Bayonne. Ces traités n’ont pas été ratifiés par la nation espagnole ; Sa Majesté les regarde comme non avenus. Elle l’a, je crois, assez manifesté lorsque, en entrant à Madrid, elle a fait connaître que, si le pays ne se soumettait pas, elle prendrait pour elle-même la couronne d’Espagne.

Cependant, Sa Majesté ayant lu dans les journaux anglais les actes des insurgés réunis dans l’île de Léon sous le nom de Cortès, a voulu de nouveau donner une preuve du désir qu’elle a de chercher à tout concilier et à rendre plus facile la situation de son frère. Dans cette vue, elle m’a chargé d’envoyer M. le marquis d’Almenara à Madrid, avec l’insinuation d’engager le Roi et le cabinet de Madrid à s’enten­dre avec le conseil des insurgés et à lui proposer la convention de Bayonne comme base de la constitution d’Espagne. Sa Majesté reconnaîtra encore ce traité, si les insurgés le reconnaissent de bonne grâce et se montrent désireux d’épargner le sang qui doit être encore répandu.

C’est dans ce sens que vous devez vous expliquer avec les minis­tres et même avec le Roi. Et soit qu’on prenne le parti de faire des insinuations secrètes au conseil des insurgés, soit que l’on appuie ces insinuations d’une déclaration publique, faite dans une réunion du conseil de la nation, vous aiderez ces démarches et approuverez tout, sans rien écrire. Vous déclarerez que le traité de Bayonne est regardé depuis longtemps comme non avenu, mais que Sa Majesté serait disposée à le renouveler, s’il était adopté par le conseil des insurgés, sans continuer plus longtemps une lutte qui n’est favorable qu’aux Anglais. Vous ne ferez cette déclaration verbale que dans le cas où une première démarche serait faite, et où il deviendrait néces­saire que vous l’appuyassiez par votre intervention. Je n’ai pas besoin de vous dire que ces insinuations sont dans la supposition que l’armée française est entrée à Lisbonne et que les Anglais se sont rembar­qués. Les dernières nouvelles que nous avons de l’armée de Portugal sont du 16; elles nous sont connues par les journaux anglais, qui mettaient les deux armées en présence, le 15 octobre, à cinq lieues de Lisbonne.

Je dois vous faire connaître les véritables intentions de l’Empe­reur, afin que vous sachiez bien quel parti vous avez à prendre dans les circonstances imprévues. Sa Majesté est sincère; et, si réellement la prise de Lisbonne et la démarche du cabinet de Madrid pouvaient décider les insurgés, parmi lesquels il y a beaucoup d’hommes rai­sonnables, à entrer en arrangement, Sa Majesté, hors une rectifica­tion de frontières qui lui donnerait quelques positions indispensables, consentirait à l’intégrité de l’Espagne, puisque cela rendrait disponi­ble la meilleure partie de ses troupes et finirait une guerre qui peux couler encore beaucoup de sang.

Mais, si cette tentative n’a point de succès, comme il y a lieu de le penser, Sa Majesté veut, par cette démarche, 1° constater et faire avouer par les Espagnols mêmes que la  convention  de  Bayonne n’existe plus; 2° rendre le tort des insurgés plus réel et mieux con­stater la folie de l’Angleterre, qui aura à s’en repentir, et la faute que feront les ministres, responsables de s’être refusés à l’intégrité des Espagnes; 3° enfin faire convenir Madrid et le cabinet espagnol que l’insurrection a été la cause réelle de la perte de l’Espagne, et non les affaires de Bayonne.

Connaissant ainsi les intentions de l’Empereur, vous pourrez parler avec assurance.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je suppose que vous avez fait connaître aux négociants que l’intro­duction des cotons du Levant, qui avait lieu par l’Illyrie et l’Italie, doit se faire désormais par mer et par la Save; le transit sera libre et aura lieu sans aucuns frais.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve que les brigades à pied de gendarmerie soient réduites à 6 hommes, et que les 300 brigades des dix départements de l’ouest soient réduites à 150 brigades. Ainsi le nombre des brigades à sup­primer, au lieu d’être de 114, sera de 150. Le déficit de plus de 2,000 hommes qui existe dans les brigades à pied sera pris dans les régiments de la ligne. J’ai 131 régiments; il faut prendre 20 hommes par régiment; ce qui fera 2,620 hommes. Vous trouverez un décret pour cet objet et pour le recrutement de la gendarmerie à cheval, qui se fera dans les régiments de cavalerie.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous recevrez un décret pour la for­mation d’un régiment hollandais. Vous ne manquerez pas d’observer que chaque million d’hommes en France fournit 15 à 20,000 hom­mes sous les armes. Cependant, pour la Hollande, je n’en prends que 7,000, parce que je ne demande que 1,400 Hollandais et 5,600 étrangers; c’est donc moitié moins que ne fournit la France. En calculant ce que je demande de la conscription sur 120,000 hom­mes, cela fait 3,000 hommes par million d’habitants. La Hollande, qui a deux millions d’habitants, devrait fournir 6,000 hommes par an. Je n’en prends que 3,000 pour la terre et pour la marine. Je pense que 6,000 hommes sont nécessaires pour compléter le taux actuel; on prendra 1,500 hommes sur les années 1808, 1809 et 1810; ce qui fera 4,500 hommes, qui, avec les 3,000 de la con­scription de 1811, porteront les cinq régiments hollandais au delà du complet. Il faut régler le recrutement des régiments hollandais sur ce principe. Il est convenable de diviser les sept départements de la Hollande entre des officiers et sous-officiers de recrutement. Il me semble qu’il serait convenable de placer les 5e bataillons dans les départements qui doivent recruter les régiments; cela rendrait le recrutement plus facile. En conservant ces cinq régiments hollandais pour la Hollande, on obtiendra les avantages attachés à l’organisa­tion allemande, par laquelle chaque régiment, ayant son dépôt dans la province où il se recrute et où il revient en garnison en temps de paix, peut être sans inconvénients envoyé en congé, et être réuni promptement. Cette organisation, qui ne peut avoir lieu pour la tota­lité de la France, est bonne à conserver en Hollande, au moins pen­dant les premières années.

Il sera convenable de placer, au 1er janvier prochain, un des 5e bataillons du dépôt à Berg-op-Zoom ; faites-moi connaître les lieux où il faudrait placer les autres dépôts.

Mon intention est que les officiers d’artillerie et du génie en rési­dence en Hollande soient Français, et que vous donniez aux officiers hollandais en résidence de l’emploi dans les autres parties de la France.

Je désire aussi qu’une partie des généraux commandant les départements et les commandants d’armes soient Français, et que vous placiez ailleurs les généraux des départements et les commandants de place actuels hollandais.

L’instruction générale doit être qu’en janvier 1811 la moitié des commandants de place et des généraux soient Français, et qu’en 1812 ils le soient tous, à quelques exceptions près. Il y a beaucoup de généraux hollandais que vous pouvez placer dans les armées et dans les départements au delà des Alpes.

Mettez surtout en Hollande de bons directeurs d’artillerie et du génie. Je suppose que vous vous occupez de la formation de la gendarmerie.

 

Fontainebleau, 8 novembre 1810

Au prince de Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Je réponds à votre lettre du 18 sur le collège héraldique de Hol­lande. D’abord, aucun doute que ce collège ne soit aboli; 2° garder les pièces; les faire traduire, en représentant ce qu’il a fait, pour que je ratifie ce qui est raisonnable et annule ce qui ne l’est pas; et ce que je conserverai sera remplacé par de nouveaux titres et fera partie de ceux que j’ai conférés à des sujets de l’Empire.

 

Fontainebleau, 8 novembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il parait que le département de la Stura va mal. La sous-préfec­ture d’Alba est vacante; celle de Savigliano est confiée à un homme trop âgé. La gendarmerie de la préfecture est mal commandée. Le préfet et le secrétaire général sont mal ensemble. La gendarmerie et le ministère public sont mal ensemble. Tout cela nuit à mon service dans ce département. Faites-moi un rapport sur les moyens d’y remédier.

En général, il y a beaucoup de sous-préfectures à renouveler. Elles sont, en général, occupées par des hommes vieux, sans zèle et en place depuis dix ans. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Paris, 8 novembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc, Sa Majesté, avant d’adopter le projet de décret que je lui ai présenté pour la réunion des deux départements de la Corse en un seul, demande qu’il lui soit donné quelques nouveaux renseignements sur cet objet.

Sa Majesté, étant dans l’intention de supprimer les impositions, ou du moins une partie d’entre elles, dont la perception, peu d’accord avec les habitudes du pays, tourmente les habitants, et qui d’ailleurs rapportent à peine leurs frais, désire que, dans le nouveau rapport qu’elle me demande, je fasse sentir l’avantage de cette suppression, de manière à la présenter comme une compensation du désagrément que fera éprouver au pays l’organisation en un seul département.

Je prie Votre Excellence de vouloir bien me mettre à même de satisfaire sur ce point aux intentions de Sa Majesté, en me fournis­sant les motifs qui peuvent le plus faire ressortir le bienfait d’une suppression ou d’une diminution des impôts les plus incommodes pour le pays.

Par ordre de l’Empereur, le ministre de l’intérieur,

Montalivet.

 

Fontainebleau, 8 novembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, les renseignements que vous me don­nez et ceux que j’ai d’autre part me confirment que des maisons ayant en magasin une grande quantité de denrées coloniales sont cependant dans le cas de manquer. Comme j’ai de grands moyens dans la main, ne serait-il pas possible de faire escompter des lettres de change sur marchandises, que la Banque ne voudrait pas escompter, et d’exiger que les marchandises fussent données en garantie ? Ainsi, par exemple, une maison a pour deux millions de sucre, de café, d’indigo rendus en France; elle ne peut escompter ses lettres de change à la Banque, qui a des raisons pour ne pas les accepter. Qui est-ce qui empêche­rait qu’il y eût un bureau qui escomptât ces lettres de change jusqu’à concurrence d’un million, en se saisissant des marchandises pour garantie ? Prenez des renseignements auprès des négociants et voyez de quelle manière on pourrait réaliser cette idée. Il me semble que ce serait une machine qui pourrait servir dans tout événement. L’emploi d’une trentaine de millions pour un objet aussi important ne pourrait qu’être fort utile, et je ne vois pas l’inconvénient qu’il aurait. Comme l’escompte ne serait qu’en argent, il serait tout simple qu’au lieu de 4 pour 100, il fut à 6 pour 100; ce serait de l’argent prêté à 0 pour 100 qui soulagerait la place, et dont on n’aurait aucune inquiétude, puisqu’on aurait toujours sous la main la valeur des let­tres de change. Si cela était nécessaire, on pourrait restreindre cette mesure au commerce de Paris. Une des conditions de cet établissement serait que, la maison venant au bout de deux ou trois ans à être hors d’état de rembourser, on vendrait les marchandises pour y suppléer, et elle payerait les frais. Ce serait un escompte comme celui de la Banque, hormis qu’il serait toujours à 6 pour 100 et en argent, qu’on aurait une commission quand il faudrait vendre les marchandises, et qu’on aurait des sûretés que ne pourrait avoir la Banque. Cet établissement tiendrait un peu de la Banque et un peu du Mont-de-Piété. II me semble que ce serait une manière sûre de placer son argent à 6 pour 100 sans risque.

 

Fontainebleau, 8 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je crois que vous avez donné ordre à la brigade portugaise qui part de Genève pour Martigny de passer à Villeneuve. Il ne faut pas qu’elle passe sur le territoire suisse, mais qu’elle passe par la Meillerie et Saint-Maurice. Mon intention est que, si cette brigade avait passé par Villeneuve, vous envoyiez un courrier extraordinaire pour contremander le passage des troupes par Villeneuve, mon intention étant qu’on respecte le territoire suisse.

 

Fontainebleau, 8 novembre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois vos lettres du 31 octobre. Je pense qu’il est convenable que vous appeliez les chefs de votre garde capitaines des gardes; c’est l’usage établi en Europe. Quant à votre état militaire, je n’ai rien à dire si vous exécutez les traités et si vous payez la solde de mes troupes ; mais il me revient de partout qu’elles ne sont point payées et qu’elles sont dans la plus fâcheuse position. Au reste, je vous en ai tant dit et écrit là-dessus que vous en savez autant que moi. Je ne puis que vous répéter que les engagements que vous avez pris avec moi doivent être remplis, et qu’ils ne le sont pas.

 

Fontainebleau, 9 novembre 1810

Au général comte de Lauriston, aide de camp de l’Empereur, en mission en Italie

Monsieur le Général Lauriston, j’ai reçu vos lettres de Turin.

Le ministre des finances m’instruit que le duc de Raguse a fait un emprunt de 1,200,000 francs dans son gouvernement ; qu’il a permis, sans y être autorisé, l’introduction de bois de teinture et autres den­rées coloniales, pour avoir du sel. Voilà quinze mois que je suis maître du pays, et je n’ai encore de budget ni en recette ni en dé­pense. Vous pouvez dire au duc de Raguse que, si cet état de choses dure, je me verrai obligé de charger les employés civils de l’admi­nistration du pays, et que, si je ne vois pas plus clair dans mes affaires, je ferai tout rentrer au trésor public et que tout le service se fera par ordonnances des ministres ; ce qui rendra à peu près nulles ses fonctions actuelles. Je ne sais pas comment, dans un si petit pays, après quinze mois, il n’a pu encore arrêter ses idées sur ses ressources et savoir ce qu’il rend et quelles impositions on doit mettre ; il y avait d’ailleurs un budget du temps de l’Autriche. Toul cela annonce le peu d’habitude d’administrer et beaucoup de mau­vaises choses.

 

Fontainebleau, 9 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 4 sur l’occupation des bailliages suisses-italiens. Il est impossible de voir une dépêche moins satis­faisante. J’ignore le nombre de troupes qu’a le général Fontanelli, de quoi elles se composent, les positions qu’elles occupent, et si l’on a trouvé des marchandises anglaises. Votre lettre aurait pu contenir plus de détails et me faire mieux connaître la situation des choses. Il est nécessaire que les troupes italiennes se comportent bien dans le canton de Bellinzona, et qu’elles ne s’approchent pas trop des petits cantons ; qu’elles soient nourries et payées de Milan ; qu’on laisse les cantons exercer leurs pouvoirs, et qu’on ne fasse autre chose que d’arrêter el de saisir les marchandises anglaises.

Je suppose que vous avez pris des mesures pour pouvoir, de Como, renforcer cette petite division, si elle en avait besoin, et cela sans ostentation, car il ne faut jamais s’exposer à un échec. Rendez-moi un compte détaillé de tout cela.

 

Fontainebleau, 10 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Tenez à la disposition du roi de Saxe les 18,000 fusils de 22 que vous avez à Maëstricht, les 12,000 de 18 et de 20 à Mayence.

Vous ferez transporter les 18,000 fusils de Maëstricht à Mayence à vos frais. Autant qu’il sera possible, vous prendrez les fusils hanovriens; vous mettrez les 1,600 mousquetons et les 1,000 paires de pistolets de Mayence, provenant de Hanovre, et les 1,500 mousque­tons qui sont à Maëstricht, ce qui fera 3,000 mousquetons et 1,000 paires de pistolets, et 34,000 armes en tout.

Le roi de Saxe sera censé les avoir achetées ; il nommera un agent pour venir les prendre et les transporter à Varsovie. Parlez-en au ministre de Saxe, pour qu’aussitôt que cet agent sera arrivé il s’adresse à vous et que vous preniez les mesures les plus secrètes avec lui pour ce transport.

Je crois vous avoir mandé de donner une soixantaine de pièces en fer, de celles que j’ai à Stettin, au duché de Varsovie.

 

Fontainebleau, 10 novembre 1810

Au baron de La Bouillerie, trésorier général du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le Baron la Bouillerie, faites passer 20,000 francs de gratification au général Lefebvre-Desnouettes, l’un des colonels de ma Garde, qui est prisonnier en Angleterre.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1810

NOTE POUR LE PRINCE ARCHICHANCELIER

Sa Majesté désire que Son Altesse Sérénissime traite la question suivante :

Y aurait-il de l’inconvénient à ce que les ministres d’Etat, qui sont les vétérans de l’administration et dont le titre est à vie, fussent conseillers honoraires des cours impériales et eussent le droit d’y siéger sur un banc désigné à cet effet ? Il est telle question criminelle et même civile d’une grande importance où la présence de MM. Treilhard, Defermon, Regnaud, qui porteraient la parole, serait d’une singulière influence.

On ne pense pas à placer des conseillers d’honneur à la cour de cassation, parce que cette institution aurait moins d’importance, puisque cette cour ne prononce que sur les formes et, quand il s’agit de statuer sur des points de législation, a recours au Conseil d’État pour l’interprétation de la loi.

La principale importance de la présence des conseillers d’honneur se fait sentir dans les cours criminelles. Il resterait à savoir si les conseillers d’honneur pourraient siéger dans d’autres cours impériales que celles de Paris. On voit beaucoup d’avantages à l’institution dont il s’agit et peu d’inconvénients. Sa Majesté désire un rapport sur cet objet.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est indispensable d’envoyer un courrier à Berne pour porter à mon ministre mon décret sur la réu­nion du Valais. Il en donnera connaissance lorsque le général César Berthier sera entré à Sion avec les troupes françaises et aura pris possession du pays. Il dira que cette mesure constate l’indépendance de la Suisse, et que les rapports entre l’Italie et la Suisse se trouvent déterminés. Vous ferez connaître que le vice-roi vient de rendre compte de l’entrée des troupes italiennes dans les cantons du Tessin, et que dans peu de jours vous lui expédierez un courrier pour lui donner des directions sur cette affaire; qu’on ne doit en concevoir aucune inquiétude ; que nous attendons toujours les inventaires des marchandises anglaises.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous envoie des pièces sur le Valais. Vous recevrez le décret que j’ai pris pour réunir ce petit pays à la France. J’ai nommé le général César Berthier commissaire général pour prendre possession du pays. Présentez-moi un décret pour organiser ce département, soit pour l’administration, soit pour l’ordre judiciaire, soit pour les finances, de sorte qu’au 1er janvier 1811 il puisse marcher comme la France. Il y a ici une députation du Valais que vous pouvez voir pour cet effet.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je viens de lire avec attention le rapport de votre ministre des finances. Je vois que votre déficit provient de ce que vous avez la simplicité de tenir sur pied 40,000 Napolitains, qui ne peuvent pas vous servir. Si au lieu de 40,000 hommes vous n’en aviez que 15 ou 20,000, vous seriez riche. Vous agissez trop légèrement. Vous levez sans raison de nouveaux corps, et moi, dont le budget de la guerre monte à 3 ou 400 millions, j’y regarde à deux fois à donner un uniforme à un nouveau corps. Qui vous empêche de donner des congés de semestre et de réduire votre armée ? On a peine à conce­voir qui a pu vous porter à avoir une armée napolitaine aussi consi­dérable. Vous sentez que, convaincu comme je le suis que, si je retirais mes troupes, il faudrait les renvoyer bientôt à grandes marches, parce que les Anglais ne manqueraient pas d’en profiter pour venir vous attaquer, ce qui me ferait en Europe une dépense considérable et un échec, je me trouve embarrassé de la mauvaise direction que vous avez donnée à vos affaires. Ce n’est pas quand vous avec un déficit que vous devez me consulter, c’est avant de lever des corps napolitains inutiles. Toutefois j’attends des détails sur votre budget et sur vos troupes.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1810

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru , je vous envoie un rapport du ministre de l’intérieur. Concertez-vous avec ce ministre pour l’objet de ce rapport, et occupez-vous de faire dresser un programme. Vous ferez venir à Paris les principaux manufacturiers de Tours, et vous leur ferez des commandes en étoffes de leurs fabriques. C’est une chose très importante que de relever les manufactures de Tours. Faites également des commandes à Jouy, chez Oberkampf. Lorsque le pro­gramme sera arrêté, vous me présenterez un projet de décret pour n’employer à l’avenir dans l’ameublement de mes palais aucune cotonnade, percale ou étoffe de coton, et pour ne se servir que d’étoffes dont la matière première soit la soie, la laine et le fil.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois vos lettres du 31 octobre. Si vous ne leviez pas de nou­velles troupes sans m’en prévenir, et si, comme les princes de la Confédération, vous me communiquiez l’état de vos forces, je vous aurais fait connaître que vous ne deviez point mettre 40,000 Napo­litains sur pied. Avec cela vous n’êtes pas à l’abri d’un bombardement de 12,000 Anglais. Quand des levées sont faites à la hâte, elles sont plus coûteuses et moins bonnes ; vous épuisez ainsi vos finances sans raison : 15,000 Napolitains étaient suffisants. Envoyez-moi l’état de situation en détail de l’armée napolitaine.

Je vous ai envoyé des licences ordinaires pour commercer avec la France, les provinces illyriennes et le royaume d’Italie. Je vais me faire rendre compte de la demande que vous faites de faire venir vos blés d’Amérique.

Vous voulez que je retire une partie de mon armée ; mais votre royaume est-il assuré avec les troupes napolitaines, car il faut que vous résistiez aux Anglais ?

Vous me répétez toujours la demande de faire rentrer à Naples les troupes que vous avez en Espagne. Vos troupes en Espagne sont peu de chose.  Elles sont engagées en Catalogne ; je ne puis les faire revenir actuellement. Croyez que j’attache peu de prix à vos troupes, qui sont formées à la hâte, mal habillées et mal composées.

Un royaume comme Naples, ayant 4 ou 5 millions de population, doit avoir, s’il est bien administré, 80 millions de francs ; Milan en 1130; mais tout cela est mal administré.

Le duc de Monteleone ayant ses biens en Sicile et en Amérique, il est tout simple et juste que les créanciers attendent et qu’on vienne au secours de ce citoyen.

Je vous ai dit et répété que vous n’aviez pas besoin de tenir des ministres en Russie ni en Autriche, qui vous dépenseront de l’argent sans raison. Quant à moi, je vais vous en envoyer un.

 

Fontainebleau, 14 novembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au duc de Dalmatie du peu d’énergie qu’il met dans ses opérations ; de ce que le 5e corps, au lieu de suivre la Romana, qui a fait, a ce qu’il paraît, un déta­chement sur Lisbonne, et par là de menacer la rive gauche du Tage vis-à-vis Lisbonne, pour empêcher les Anglais d’avoir toutes leurs forces sur la rive droite, s’est replié honteusement sur Séville; de ce que des bruits misérables tiennent en échec l’armée française, et que 10,000 malheureux Espagnols, sans courage et sans consistance, défendent seuls l’île de Léon.

Mandez-lui qu’il n’y a jamais eu plus de trois régiments anglais à Cadix et qu’ils sont partis pour Lisbonne ; qu’ainsi toute l’île de Léon et la place ne sont défendues que par une garnison espagnole ; que je suis d’autant plus surpris de la rentrée du 5e corps à Séville que j’avais donné l’ordre de talonner la Romana et de l’empêcher de se porter sur Lisbonne; que rien n’avance devant Cadix ; qu’on ne tente rien contre l’île de Léon, qui ne peut être que mal défendue, puisqu’elle ne l’est que par des Espagnols. Je vois avec beaucoup de peine qu’il n’y a de ce côté aucune vigueur dans les opérations militaires.

 

Fontainebleau, 14 novembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je pense qu’il faut fortifier les batteries du fort de mer à Brindisi, en les augmentant de six pièces de 36 sur affûts de cote et de six autres mortiers; y avoir toujours un commandant, une compagnie de canonniers, une garnison et des vivres pour quelques jours. Je désire également que vous fassiez établir deux batteries : une à 600 toises du fort de mer et une autre à 1,000 toises, à la pointe du côté du Finme-grande. Ces deux batteries croiseront leurs feux avec le fort de mer; elles doivent être construites chacune pour huit pièces de canon et quatre mortiers. Il suffira d’y mettre trois pièces de 36 et deux mortiers à chacune. En cas d’événement, les vaisseaux débarqueraient sur chaque quelques pièces qu’on mettra dans les places réservées. Je pense aussi qu’il faudra fermer ces batteries à la gorge, et mettre la ville en état de défense, en réparant le mur, en armant le fort de terre et en construisant quelques ouvrages en terre qui couvrent l’enceinte.

Vous m’écrivez que vous n’avez pas de place pour construire à Naples et à Castellamare. Ne pourrait-on pas construire une calle à Brindisi ou à Tarente ? On aurait l’avantage à Brindisi de tirer tous les bois des côtes d’Albanie et d’être à portée d’un port qui serait très bon.

 

Fontainebleau, 14 novembre 1810

A François II, empereur d’Autriche, à Vienne

J’expédie un de mes écuyers pour porter à Votre Majesté Impériale la nouvelle de la grossesse de l’Impératrice sa fille ; elle est avancée de près de cinq mois. L’Impératrice se porte très bien et n’éprouve aucune des incommodités attachées à son état. Connaissant tout l’in­térêt que Votre Majesté nous porte, nous savons que cet événement lui sera agréable. Il est impossible d’être plus parfaite que la femme que je lui dois. Aussi je prie Votre Majesté d’être persuadée qu’elle et moi lui sommes également attachés.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

On a besoin à Milan de toiles de coton blanches et écran, ainsi que de coton filé jusqu’au n° 100. Comme l’entrée du coton ne peut plus avoir lieu en Italie, ni par la Suisse ni par l’Allemagne, quel­ques manufactures manquent de matières premières. Il faut faire dire à quelques fileurs de Paris d’envoyer de la toile blanche à Milan et des cotons filés jusqu’au n° 100. Je crois que la sortie de la toile blanche est permise pour l’Italie; si elle ne l’était pas, j’accorderais une permission spéciale. J’attache de l’importance à cette mesure pour que les manufactures d’Italie ne chôment pas et qu’elles ne soient pas forcées de recourir à la Suisse.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le cabotage des blés ne se fait qu’en conséquence de permis que vous expédiez de votre ministère. Je désire avoir des renseignements sur ceux que vous avez accordés. Cette matière est très importante. La situation des approvisionnements de la Toscane exige que vous ne signiez plus de permis d’exporter par le port de Livourne ; il en est de même pour Gènes. Ces deux pays ont peu de blé. L’exportation des grains peut également être abusive par Marseille ; elle peut l’être aussi par les départements du Rhin et de la Belgique pour la Hol­lande. Tout cela demande beaucoup d’attention. Les subsistances sont un article bien délicat dans ce moment. Il faudrait connaître ce que coûteraient des subsistances achetées dans les départements du Rhin et qu’on ferait venir par le canal de Saint-Quentin sur Paris. Il faudrait également voir s’il ne serait pas convenable de faire des envois   de Hambourg, où il y a beaucoup de blé, en Hollande; les Anglais ne pourraient pas les empêcher. Et enfin la partie de blé qui sort de la Rochelle, il faudrait la faire venir à Nantes, d’où il serait utile de la diriger sur Paris. Rien n’empêcherait ces bâtiments de se servir de leurs licences anglaises pour s’aider dans ce commerce.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre rapport. Je ne veux point créer trois régiments des provinces illyriennes ; ce serait trop.

Les bataillons autrichiens sont de huit compagnies ; ainsi quatre bataillons formeraient trente-deux compagnies ; ce serait donc la même chose qu’un régiment français au grand complet. Vous recevrez un décret par lequel je forme un régiment ayant la même organisation que les régiments français. Ainsi, pour les provinces de Villach, de Goritz, de Trieste, et pour la Croatie civile, je ne demande qu’un régiment de cinq bataillons. Je crois devoir le réunir à Alexandrie. Prenez sur-le-champ toutes les mesures pour son organisation. Veillez bien à ce que, parmi les officiers qui seront proposés, il n’y en ait aucun qui n’appartienne à une famille du pays ayant de la considé­ration et des revenus, afin que ce régiment ne soit pas composé d’aventuriers, comme ceux d’Isembourg et de la Tour d’Auvergne, et qu’il nous attache une partie du pays.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois que des péniches anglaises inquiètent toujours, sur les côtes de la Rochelle, le cabotage français. Je ne vois pas pourquoi, au lieu de laisser nos matelots oisifs, on ne les fait pas monter sur des bâti­ments pour nettoyer la rade. Il y a dans cela une négligence et une ineptie inconcevables.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je réponds à votre lettre du 11 novembre. Vous deman­dez qu’on laisse entrer dans le royaume les toiles de coton blanches; elles ne pourraient venir que d’Angleterre, de Suisse, d’Allemagne ou de France. D’Angleterre, cela est impossible; de Suisse ou d’Al­lemagne, cela ne convient pas et cela aurait trop d’inconvénients. Les manufactures de mon royaume d’Italie doivent donc s’adresser en France. Il ne peut y avoir aucune modification à cet égard, et cela produira de bons résultats. On aura recours aux matières de bourre de soie et de lin, qu’on emploiera avec les matières de coton, et, vu le haut prix des toiles de coton peintes à cause du droit sur les matières premières, la concurrence des matières de bourre et soie et de fil pourra se soutenir. Les ateliers existants ne doivent donc pas fermer; mais vos manufactures peuvent écrire en France pour faire venir des toiles blanches et des cotons filés. Je ne conçois pas pourquoi 2,000 individus de Vicence travaillant en soie manqueraient de travail. Voilà les manufactures qu’il faut vraiment encourager en Italie. Ce que vous me dites, que les cotons sont filés en France au n° 200 et que pour les toiles en usage en Italie on n’a besoin que des cotons grossiers qui ne s’élèvent pas au n° 100, provient de faux renseignements. En France, on file en grande quantité les bas numéros, et même on file plus de gros que de fins. En Angleterre, comme en France, on file les cotons de tous numéros ; ainsi cela ne garantit rien. Il faut tirer vos cotons de France et ne pas penser à les tirer d’ailleurs.

 

Paris, 16 novembre 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, mon intention est que les archevêques et évêques que j’ai nommés aux différents sièges de mon Empire et qui m’ont prêté serment prennent le titre de leur siège dans tous leurs actes, titre pour lequel ils m’ont prêté serment. Je n’en­tends point qu’ils y mettent aucune modification. Je ne m’oppose point à ce qu’ils se pourvoient auprès de qui de droit, mais j’entends qu’ils n’aient point la faiblesse d’adhérer aux prétentions des chapitres et qu’ils prennent d’autres titres, comme je l’ai dit ci-dessus.

 

Paris, 17 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une lettre que je reçois du ministre de la marine. Envoyez sur-le-champ un courrier au général Grandjean. Faites-lui connaître que j’ai été surpris qu’il ne se soit pas rendu lui-même à la Hougue pour former des batteries, et qu’il n’ait pas envoyé un bataillon pour protéger ce point important; qu’il ait sur-le-champ à s’y rendre ; qu’il y fasse conduire des pièces d’artillerie et des mortiers ; qu’il y transporte son quartier général, et y reste jusqu’à ce que les frégates aient appareillé. Je présume que les officiers d’artillerie et du génie s’y seront rendus et qu’on aura envoyé un renfort pour protéger les frégates. Si on ne l’a pas fait, témoignez-en mon méconten­tement. Faites-moi connaître la force des forts, ce qu’ils ont en hommes et en munitions, et envoyez-moi les mémoires que vous avez sur ce point. Quelle protection ces forts peuvent-ils donner aux frégates ?

Autorisez l’officier d’artillerie à faire les dépenses nécessaires pour réparations et constructions de batteries. II faut s’attendre qu’aussitôt qu’on saura en Angleterre le mouillage de ces frégates on enverra de nouvelles forces pour les attaquer.

Prescrivez aux directeurs du génie et de l’artillerie de rester tout le temps nécessaire sur ce point important de la côte.

 

Paris, 18 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les nouvelles que je reçois du Valais étant satisfaisantes, mandez au général Berthier que je désire qu’il fasse rentrer à Genève le général Fiteau et toute la colonne qui est venue de Genève, ce qui soulagera le pays ; que, aussitôt que le serment d’obéissance aura été prêté dans le Valais, il fasse rentrer les troupes italiennes en Italie; et ne garde auprès de lui que le 23e d’infanterie légère ; que je le laisse maître d’exécuter ces ordres selon les circonstances.

 

Paris, 18 novembre 1810

A M. Deponthon, colonel du génie, secrétaire du cabinet de l’Empereur

Dans la visite que vous ferez de la rade de la Hougue, observez bien ce qu’il faudrait faire pour qu’une escadre fût à l’abri d’une force supérieure. Des forts à établir sur le rocher Manquet et sur le rocher Gavendal seraient-ils coûteux ? Relevez la sonde et la position de ces deux rochers.

 

Paris, 18 novembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre avec le mémoire qui y était joint, sur les chantiers de Naples. Je vois qu’on pourrait construire une sur le chantier de Naples, un vaisseau, une frégate et une corvette à Castellamare; ce qui fait un vaisseau, deux frégates et une corvette. On pourrait donc avoir ce nombre de bâtiments en 1811. Mais j’ai peine à croire qu’à Castellamare, au lieu d’une frégate, on ne puisse pas faire un vaisseau, et avoir ainsi deux vaisseaux.

Je crois difficilement qu’à l’endroit où est la caserne de Naples, où l’on peut mettre une frégate, on ne puisse pas mettre un vaisseau. Les ingénieurs français demandent trop de place pour construire un vaisseau. S’ils avaient vu les chantiers de Hollande, ils en demande­raient moitié moins. D’ailleurs on peut diriger la cale en angle, de manière que le vaisseau finisse par être lancé à peu près sur la même pièce d’eau.

En construisant pour votre compte un vaisseau, une frégate et une corvette à la fois et par an, ce sera toujours une dépense de 4 à 5 millions; ce qui, avec la dépense de la marine armée, fera 6 mil­lions. Vous n’êtes guère dans le cas de dépenser davantage. Cela étant, je vous propose de mettre pour mon compte un vaisseau de 74 ou de 80 et une frégate. L’artillerie et les mâts seraient envoyés en nature de Toulon. La coque et le reste du bâtiment seraient faits par la marine napolitaine, qui fournirait tout, et je payerais ce que je paye à la marine italienne, argent comptant et chaque fois. Cela aurait l’avantage de faire entrer dans votre royaume à peu près 3 à 4 millions d’argent ; on pourrait ainsi espérer avoir, à la fin de 1811, dans les ports de Naples, un vaisseau napolitain et un vaisseau fran­çais, lesquels, avec celui que vous avez, feraient trois vaisseaux et une frégate. Ce serait déjà un commencement de marine. Si vos finances vous permettent de construire vous-même les deux vaisseaux et la frégate, nous arrivons au même résultat, et vous n’aurez pas besoin de mon secours.

 

Paris, 18 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, le prince de Schwarzenberg m’a remis une lettre de l’empereur d’Autriche. L’empereur me dit dans cette lettre que M. de Schwarzenberg me parlera de divers objets qui inté­ressent ses finances ; il n’entre pas dans d’autres détails. Le prince de Schwarzenberg m’a dit que ce que désirait l’empereur était : 1° obte­nir des atermoiements pour les 12 millions qu’il doit; 2° que le commerce autrichien continuât à jouir des mêmes avantages dans les provinces illyriennes. Je lui ai répondu qu’il fallait qu’il traitât avec vous et vous fit une note qui expliquât ses désirs. Ces explications sont importantes; demandez-les-lui.

 

Paris, 19 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je désire que vous donniez l’ordre d’évacuer sans rien dire ce que mes troupes italiennes ont occupé des cantons des Grisons.

 

Paris, 20 novembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint l’extrait des derniers journaux. Vous sentirez l’importance d’expédier un officier d’état-major au général Drouet, pour lui faire connaître qu’au 1er novembre il n’y avait pas encore eu de bataille; que la gauche de l’armée française était à Villafranca, et la droite à Torres-Vedras, et que l’armée anglaise est en position à quatre lieues de Lisbonne; que 10,000 hommes de milices occupent Coimbra et interceptent la route; que la cava­lerie n’est presque d’aucun usage; qu’il est donc important qu’il ne fasse point de petits paquets , et qu’il rouvre, avec un gros corps, les communications avec le prince d’Essling; que je compte, du reste, sur sa prudence pour ne pas se laisser couper d’Almeida.

Il paraîtrait, par les journaux anglais, que la garnison de Coimbra se serait laissé surprendre, du 10 au 15 octobre, et aurait laissé prendre 1,500 malades ou blessés qui s’y trouvaient.

Réitérez les ordres aux généraux Caffarelli, Dorsenne et Reille pour l’exécution des mouvements que j’ai ordonnés précédemment, c’est-à-dire que la Garde se réunisse à Burgos, et que tout ce qui appartient au corps du général Drouet lui soit envoyé. Recommandez au général Kellermann de ne pas retenir la division Conroux et de la laisser filer sur Salamanque.

Faites-moi connaître le jour où les fusiliers de ma Garde arrivent à Bayonne ; mon intention est qu’ils aient un jour de séjour à Bayonne.

Les détachements qui se trouvent au camp de Marrac joindront leurs compagnies.

Ecrivez au duc de Dalmatie pour lui faire connaître ce que disent les Anglais de l’armée de Portugal, et lui faire comprendre l’impor­tance de faire une diversion en faveur de cette armée.

 

Paris, 21 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, envoyez des officiers et prenez des mesures pour que le duc de Tarente ne fasse pas ce qu’il a déjà fait, c’est-à-dire ne dégarnisse pas toutes nos frontières et ne les livre pas sans défense au brigandage. Mettez de suite sous les ordres du général Baraguey d’Hilliers les seize bataillons composés du 3e régiment d’infanterie légère, du 16e de ligne, du 67e, du 102e, etc., afin que les scènes qui ont eu lieu il y a un mois ne se renouvellent plus.

 

Paris, 21 novembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous envoie le budget des provinces illyriennes. Il faut l’envoyer au général Andréossy pour voir les réductions qui pourraient être faites. Les dépenses me paraissent exorbitantes. A quoi bon payer les pensionnaires de la Maison d’Autriche, qui ne nous regardent pas ? Comment, d’ailleurs, les payer sans liquidation ? Pourquoi payer des pensions au clergé, déjà si bien doté ? Enfin quels sont les moyens de combler le déficit de 6 millions de francs qui reste ? Prévenez le duc de Raguse qu’il ne doit pas attendre un sou de France. Je l’ai prévenu de cela de bonne heure. Cependant je vois qu’il fait de grandes dépenses ; il y en a beaucoup d’inutiles dans le budget.

 

Paris, 21 novembre 1810

Au capitaine de vaisseau Montfort, commandant une division de frégates dans la Méditerranée

Monsieur le Capitaine de nos vaisseaux Montfort, notre intention est que nos frégates la Pauline et la Thémis, cette dernière armée en flûte, ayant chacune cinq mois de vivres et trois mois d’eau au moins, appareillent du port de Toulon sous votre commandement.

Vous ferez embarquer sur chaque bâtiment un chargement de différentes munitions, suivant l’ordre que vous envoie notre ministre de la marine. Vous êtes responsable de l’embarquement desdites munitions.

En partant de Toulon, vous vous rendrez à Porto-Ferrajo, où l’officier général commandant a ordre de mettre à votre disposition 500 hommes d’infanterie, complètement armés et habillés, que vous répartirez sur les deux bâtiments sous vos ordres.

Vous ne séjournerez pas plus de douze heures à Porto-Ferrajo pour embarquer lesdites troupes.

Les troupes embarquées, vous vous dirigerez sur l’Ile de Corfou, comme il est indiqué par les instructions nautiques que nous avons ordonné à notre ministre de la marine de vous adresser en vous auto­risant toutefois à en modifier l’exécution, comme des circonstances non prévues vous paraîtraient l’exiger, pour l’avantage de notre service.

Arrivé â Corfou, vous remettrez à la disposition de notre gouver­neur général dans cette île les troupes embarquées à Porto-Ferrajo, ainsi que toutes les bouches à feu, armes, munitions et autres objets que chacun de nos bâtiments a reçus en chargement pour cette île.

Notre intention est que vous preniez le commandement de la rade de Corfou, de tous les bâtiments de notre marine française et ita­lienne, et de la marine napolitaine, conformément à l’état que vous en remettra notre ministre de la marine.

Nous entendons que vous, et tous les bâtiments sous votre com­mandement, soyez sous les ordres de notre gouverneur, votre devoir étant de concourir de tous vos efforts, et tant au matériel qu’au personnel, à la défense et à l’approvisionnement de la place et de l’île, et devant vous considérer à cet égard comme faisant partie de la garnison.

Nous comptons que vous justifierez par votre zèle et votre activité la confiance que nous plaçons en vous.

 

Paris, 22 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai pris les décrets qui concernent Batavia. Je les ai envoyés à l’expédition pour mettre sur parchemin la commission du gouverneur général. Je vous ai mandé que vous n’avez qu’à le mener (le général Janssens) demain au lever pour prêter serment.

Faites faire les lettres pour les souverains dont vous m’avez envoyé la liste.

J’approuve ce que le général Janssens veut emmener, hors le sieur Briatte et le chirurgien-major hollandais. Je préfère qu’il emmène un chirurgien-major français. Je crois qu’il est plus convenable que la proclamation soit faite par le gouverneur lui-même. Il pourra y mettre la couleur de la circonstance.

 

Paris, 22 novembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

Le chargement des objets d’artillerie pour les deux frégates desti­nées à Corfou sera fait par l’artillerie de manière que, si l’une d’elles venait à être perdue, la moitié de chacune des espèces d’objets par­vienne à la colonie par l’autre. Il sera bon que le directeur de l’artil­lerie se concerte avec le préfet maritime pour faire le projet d’armement, qui sera envoyé ensuite à Paris.

 

Paris, 23 novembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Le Journal de l’Empire dit, dans sa feuille d’aujourd’hui, que je faisais faire à Vienne la statue de l’empereur d’Autriche, sans doute pour la mettre sur quelque place de Paris. Dites bien au sieur Etienne que, la première fois qu’il laissera passer de pareilles absurdités, je lui ôterai la direction du journal; il est tout simple que, puisqu’il est censeur de ce journal, il en surveille la rédaction. Cela est d’autant plus mauvais que le contredire ferait un effet désagréable. Ce n’est pas par Vienne, ou autre correspondance étrangère, qu’on doit apprendre ce que je fais.

Les Allemands sont si connus pour leur niaiserie, que je suis étonné qu’Etienne, qui a de l’esprit, s’y laisse prendre. Que ne répète-t-il, d’après les journaux allemands, que je portais sur ma bouche la pan­toufle de la princesse Louise, que je ne connaissais même pas ? Ce sont des choses qui se recommandent par leur extrême bêtise. Il doit effacer de son journal tout ce qui viendrait sur moi des correspon­dances étrangères. Faites-lui-en une loi bien précise et absolue. Ce sont les journaux de Paris qui doivent dire à l’Europe ce que je fus, et non les gazettes de Vienne.

On m’a fait faire des présents à la reine de Prusse, à l’empereur d’Autriche, et toujours à faux. J’espère qu’après la lettre que je vous écris, je n’aurai plus occasion de témoigner mon mécontentement.

 

Paris, 23 novembre 1810

Au général Duroc, duc de Frioul, grand-maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, sur les fonds que vous avez dans les mains, vous remettrez, chaque mois, 250 francs à Mme Simon, femme du général Simon blessé aux dernières affaires de Portugal et prisonnier en Angleterre. Faites-lui payer ce secours mensuel depuis le 1er septembre dernier.

 

Paris, 24 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, l’exposé du sieur Béthisy est faux. Il est fort égal qu’il demeure où il veut. Mais il ne peut échapper à la sentence de mort qu’en profitant de l’amnistie et en rentrant en France avant l’époque de rigueur.

Mandez au comte Otto que tous les officiers nés Français, jusqu’au grade de capitaine, et les sous-officiers et soldats, pourront rentrer en France avec le grade qu’ils avaient en Autriche; qu’il est autorisé à faire contracter un engagement à ceux qui voudront et seront en état de servir, et à les diriger sur Passau, où le ministre de la guerre envoie des officiers pour en former un bataillon; que, quant aux offi­ciers au-dessus du grade de capitaine, je prendrai en considération leur âge, leurs services, leur habileté et leur moralité; qu’il y a même des généraux lorrains, encore verts, auxquels je ne ferai pas difficulté d’accorder le grade de général de brigade; qu’ayant oublié le passé, mon but est de faire rentrer en France tout ce qui est français.

La cour d’Autriche devra fournir à tous ces individus des étapes jusqu’à Passau. Arrivés à Passau, je m’en charge. Vous ferez con­naître au comte Otto qu’il peut tirer sur vous les fonds qui lui seront nécessaires pour donner aux différents individus l’argent dont ils auraient besoin.

Prévenez ma mission à Munich du retour de tous ces Français.

 

Paris, 24 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, la cour de Vienne licencie les officiers et soldats français qui sont à son service; dans un seul régiment il y en a plus de 400. Mon intention est que vous formiez sur-le-champ à Passau, un dépôt qui sera commandé par 1 major, 4 capitaines, 1 quartier-maître et 1 commissaire des guerres. Tous les Français licenciés du service d’Autriche se rendront à ce dépôt. Ayez soin d’envoyer pour commander ce dépôt des hommes très intelligents, et faites-les partir en poste. Ils seront chargés de recevoir à Passau, des mains des commissaires autrichiens, tous les officiers, sous-officiers et soldats français des provinces en deçà et au delà des Alpes. Ils prendront leurs noms, leurs signalements, établiront leurs services en Autriche, et de quelle manière ils sont sortis de France. Après quoi ils leur feront signer leur serment et les déclareront amnistiés.

Ils les sépareront en deux classes, composées, l’une, de ceux qui ont la volonté et les moyens de servir; l’autre, de ceux qui ne sont plus propres au service et qui ne veulent plus servir. On formera de ces derniers des convois de 100 hommes, et on les dirigera sur Stras­bourg, d’où il me sera rendu compte des hommes qui les composent, et je donnerai des ordres pour assurer leur subsistance et les classer. Ceux qui voudront servir et qui seront dans le cas de servir, sous-officiers et soldats, seront confirmés et seront formés en compagnies provisoires de 100 hommes. Les grades de capitaine, lieutenant et sous-lieutenant auront provisoirement été confirmés par mon ambas­sadeur à Vienne. Ces compagnies seront ainsi organisées : 1 capi­taine, 1 lieutenant et 1 sous-lieutenant, 1 sergent-major, 4 sergents, 1         caporal-fourrier, 8 caporaux et 100 soldats; elles prendront les numéros 1e, 2e, 3e et 4e compagnie, et seront dirigées sur Strasbourg. Les états vous en seront envoyés avec les matricules. Vous aurez le temps de prendre mes ordres avant l’arrivée de ces compagnies à Strasbourg, et je déciderai ce qui devra en être fait.

Il est nécessaire d’avoir à Strasbourg un bon officier général, avec le nombre d’employés nécessaires, pour vérifier les matricules, inspecter les officiers, donner des notes et me mettre à même de pro­noncer sur tous les officiers et même les soldats. Je compte qu’il y a au moins 10,000 soldats français au service d’Autriche. Si on les envoie tous, ce sera un recrutement considérable pour mes régiments. Mon intention, en les faisant venir à Strasbourg, est de les incor­porer dans des régiments stationnés en France, afin qu’ils y passent au moins un an avant d’être envoyés avec ces régiments à l’étranger.

Il sera nécessaire que vous régliez les fonds que devra avoir le quartier-maître que vous enverrez à Passau pour qu’il subvienne aux dépenses nécessaires pour la marche de Passau à Strasbourg. Il sera nécessaire que vous ayez aussi à Passau quelques milliers de paires de souliers. Faites une instruction détaillée là-dessus au comte Otto, et faites-lui connaître le chef du dépôt pour qu’il corresponde avec lui.

Je pense qu’un pareil dépôt pourrait être formé à Villach pour les Vénitiens, Milanais et sujets du royaume d’Italie au service d’Autri­che; écrivez-en au vice-roi.

Quant aux Français des provinces italiennes, je désire qu’ils vien­nent à Strasbourg. Écrivez donc au comte Otto pour que tous les Français cisalpins ou transalpins viennent par Passau à Strasbourg, et pour que tous les Vénitiens et Milanais seuls aillent à Villach. Faites-lui part de ces différentes mesures.

 

Paris, 24 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il me semble qu’il ne serait pas rai­sonnable de faire passer aux colonies des hommes ayant plus de quarante ans. Je n’ai besoin ni de général, ni de colonel, ni de chef de bataillon, et même très peu de capitaines, puisqu’il faudrait leur donner un grade supérieur. Par conséquent, je pense qu’il n’y a pas lieu à revenir sur le décret du 14, et que la circulaire que vous devez écrire aux commandants des divisions militaires doit être fondée sur le décret. Voici ce que vous pourrez leur mander :

« Je vous envoie le décret relatif à la revue que vous devez passer des officiers réformés qui se trouvent dans votre division. Les posses­sions hollandaises exigent un grand nombre d’officiers pour comman­der les troupes du pays, qui sont considérables ; Sa Majesté désire donc y envoyer des lieutenants et sous-lieutenants réformés, âgés de moins de quarante ans, capables de servir, et qui voudraient être employés dans cette expédition. A leur arrivée à leur destination, il leur sera accordé le grade supérieur à celui qu’ils ont en ce moment. Sa Majesté destine également quelques places à des capitaines; mais, comme ils devront avoir rang de chef de bataillon, il est bien nécessaire que vous ne présentiez que des hommes capables. Je désire donc que vous passiez le plus tôt possible votre revue, et que, en me faisant connaître le nombre des officiers que je pourrais présenter à Sa Majesté pour être employés dans cette expédition, vous me don­niez des notes sur chacun d’eux. Comme les dispositions de plusieurs de ces officiers peuvent être à votre connaissance même avant la revue, vous pouvez m’envoyer d’avance les renseignements que vous auriez déjà. »

Le dépôt de ces officiers doit être à Angers.

 

Paris, 24 novembre 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous envoie un rapport sur la situation des régiments de l’armée d’Italie, avec les états qui y sont joints. D’autre côté, on me porte des plaintes de la mauvaise administration des corps et de l’arriéré qui leur est dû. Tout cela ne laisse pas que de m’inquiéter, puisque cela me donne de l’incertitude sur la situation de mes finances et sur celles de l’armée. Je désire avoir un état de ce qui est dû à chaque corps, exercice par exercice, et par masse, et savoir pourquoi on ne leur paye pas ce qui leur est dû. Je connais peu de dépenses plus importantes que celle-là.

Je désire avoir un rapport qui me mette à même de liquider ce que je dois aux corps, et que je cesse de leur entendre dire que tout est en mauvais état parce que le ministre leur doit.

 

Paris, 24 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Envoyez un courrier à Toulon pour faire finir ces ridicules estacades qui sont la risée de tout le monde. Si une escadre n’est pas en sûreté dans la rade, qu’on la fasse rentrer dans le port. On me con­somme à cela beaucoup de bois et l’on fait des dépenses inutiles. Je suis surpris que cela puisse avoir lieu sans votre ordre. Il est tout à fait contraire aux premières notions de comptabilité que de pareilles dépenses se fassent sans votre ordre et sans qu’une question si impor­tante m’ait été soumise. Il n’y a aucun danger pour mon escadre dans la grande rade de Toulon ; s’il y en avait, il n’y a qu’à la mettre dans la petite rade. Tout cela est bien affligeant.

Il me paraîtrait important de remplacer à Toulon le général Allemand.

 

Paris, 24 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie un plan de la rade de la Hougue, avec une lettre du colonel Deponlbon. Vous me renverrez le plan après que vous aurez fait relater la position des frégates sur les cartes du Dépôt. Il paraît qu’à plus de 1,000 toises des batteries les Anglais ont craint d’aborder ces frégates avec deux vaisseaux de guerre.

Je crois que les deux frégates doivent partir ensemble si cela se peut, l’Élisa armée en flûte. On lui laissera l’armement nécessaire pour qu’elle soit plus forte qu’un brick. Qu’elles aillent à Cherbourg ou à Brest ou au Havre, elles seront également bien dans ces ports.

Faites faire des reconnaissances sur les îles Saint-Marcouf, afin de bien reconnaître s’il y aurait de l’avantage à réunir les deux îles par une jetée, comme on en avait eu le projet. Vous me direz un mot là-dessus.

Voyez aussi à faire faire par Cachin le projet d’un fort sur l’extré­mité du banc du Dec. Il faudrait d’abord y faire une île en échouant un certain nombre de bâtiments. Si cela était possible, cela serait d’un grand intérêt, puisque, entre la Hougue, Tatihou et le fort, une escadre assez considérable pourrait être absolument à l’abri des efforts de l’ennemi.

 

Paris, 24 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je ne puis prendre le décret qui prohibe la sortie des grains du royaume d’Italie pour France. La circulation dans les pays qui me sont soumis m’intéresse également. Il est seulement fâcheux qu’on n’ait pas empêché la sortie des subsistances à l’étranger. En attendant, voici ce que je crois qu’on pourrait ordonner : on pourrait ordonner que les magasins de blé qui sont très considérables ren­trassent dans l’intérieur pour la consommation du royaume. Laissez la circulation libre entre la France et l’Italie.

 

Palais des Tuileries, 25 novembre 1810

A M. Philibert, lieutenant de vaisseau, commandant la Sapho

Monsieur Philibert, lieutenant de nos vaisseaux, ayant résolu d’en­voyer dans nos établissements à l’est de l’île de France notre cor­vette la Sapho, dont le commandement vous est confié, nous vous avons fait connaître par notre ministre de la marine comment nous entendions que fut disposé l’armement de cette corvette, l’organisa­tion de son équipage, la quantité de troupes passagères qu’elle doit recevoir à bord, de manière que ces troupes et l’équipage s’élèvent au nombre de 174 hommes et que la corvette soit approvisionnée de 150 à 155 jours de vivres et d’eau pour ce nombre d’hommes.

Nous vous avons fait connaître aussi la quantité de métaux, fusils, pierres à fusil que nous avons ordonné d’être embarqués sur notre susdite corvette.

Aujourd’hui nous vous faisons savoir que notre intention est que vous vous rendiez sur notre île de Java, dans les mers orientales, où , arrivé, vous remettrez à la disposition de notre gouverneur général dans cette colonie les troupes passagères qui sont à votre bord, au nombre de 50 hommes, les fusils, métaux et autres objets que vous avez pris en chargement. Vous prendrez ses ordres pour votre réar­mement et votre destination ultérieure.

Vous prendrez ou détruirez tous les bâtiments ennemis que vous pourrez atteindre dans votre traversée, sans vous écarter de votre route, en observant que la proportion de votre eau et de vos vivres avec la longueur de cette traversée vous impose l’obligation de vous porter aussi directement que possible sur notre île de Java, comme aussi d’augmenter votre approvisionnement de campagne de celui de toutes les prises que vous pourrez faire ou de toutes autres ressources qui vous seront offertes.

Vous éviterez toute relâche qui ne sera pas indispensable.

Notre ministre de la marine est chargé de vous transmettre des instructions de détail relatives à votre mission.

Nous comptons que vous ne négligerez rien pour la bien remplir, ainsi que celles qui vous seront ultérieurement confiées par le gou­verneur général de nos établissements dans les mers d’Asie.

Nous nous reposons à cet égard sur votre courage et votre zèle pour noire service.

 

Paris. 26 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez de la manière la plus forte au roi de Naples pour qu’il continue d’approvisionner Corfou; faites-lui connaître que je le rends responsable si Corfou manque de la moindre chose; que Corfou im­porte à son royaume encore plus qu’à la France; que je n’entends pas que, là où j’ai 30,000 hommes de mes troupes, 10,000 soient exposés à mourir de faim, et que mes armes à Corfou soient désho­norées. Écrivez-en à mon chargé d’affaires, au ministre de la guerre et au ministre des relations extérieures. Parlez-en au ministre de Naples ici, et prenez la chose avec une telle vivacité que cela ne souffre pas d’obstacle. Persuadez-les bien que j’entends que Corfou soit approvisionné.

 

Paris, 26 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Témoignez mon mécontentement par duplicata au général Donzelot de ce que les travaux de fortification n’avancent point et que le moyen que j’avais ordonné n’est pas mis à exécution. Renouvelez l’ordre que chaque corps soit chargé de construire une redoute ou fort sur les hauteurs en avant de Corfou, comme je l’avais ordonné. Il n’y a besoin pour cela que de bras et d’outils. Les bataillons fournissent les bras; les outils ne peuvent manquer. Les frégates de la marine peuvent fournir 250 ouvriers chacune pour travailler au Lido et aux batteries sur les bords de la mer. Ayant approvisionné Corfou pour un an, il faut une résistance plus forte que celle que permettent de faire les fortifications permanentes, et par là empêcher l’ennemi d’approcher plus près que la portée de la bombe, et faire véritablement une résistance très prolongée.

 

Paris, 26 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie les instructions pour les frégates de Nantes. Il me semble qu’elles ne sont pas complètes, puisque vous ne parlez pas de ce qu’elles doivent devenir à Batavia. Vous n’ajoutez pas qu’elles feront à la disposition du gouverneur pour faire des croisières, faire le plus de mal à l’ennemi et apporter toute espèce de secours à la colonie.

 

Paris, 26 novembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, dans l’état de situation de la marine de France, vous ne portez pas le brick le Saint-Philippe, un demi-chebec appelé le Joubert, deux felouques, trois chaloupes canon­nières, une barque armée et cinq barques courrières, en tout treize bâtiments qui sont à Corfou. Faites-moi connaître ce que c’est que ces barques courrières. Il parait qu’il en faudrait un grand nombre à Corfou.

 

Paris, 26 novembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, DICTÉE EN CONSEIL DU COMMERCE

La question serait celle-ci : acheter dans les départements du Rhin, où il parait que les blés sont abondants, 500,000 quintaux de blé, poids de marc. Les transporter partie aux affluents du Rhin, partie aux affluents du Midi, en se servant ou de la Saône ou du Doubs. Calculer à combien ces blés reviendraient à leurs différentes destina­tions. Les estimations faites supposent que le prix d’achat serait de 4 millions ou 4 millions 500,000 francs, et celui du transport de 2 millions ou 2 millions 500,000 francs; ce qui ferait 6 à 7 millions. Mais il faut savoir : 1° si ces calculs sont vrais; 2° si les départements du Rhin peuvent supporter de pareils achats ; 3° s’il Y a d’autres départements où le blé est abondant, et quels seraient les avantages qu’on trouverait à opérer dans celle supposition.

On pourrait traiter une seconde question : serait-il possible de faire de semblables achats, pour la même quantité de 500,000 quin­taux, dans les départements de l’Ouest, pour transporter ces blés partie aux affluents du Midi, partie aux affluents de Paris ? Quelles routes faudrait-il prendre et quelle serait la dépense tant des achats que des transports?

Si ces deux projets se réalisaient simultanément, on aurait à portée de Paris et du Midi un million de quintaux de grains de réserve avec une dépense de 12 millions. Cette opération serait sans inconvé­nient, puisque la direction des vivres de la guerre dépense au delà de cette somme. Elle aurait l’avantage de mettre entre les mains du gouvernement, avec la réserve de Paris, 1,500,000 quintaux, qui four­niraient le moyen de parer à l’événement d’une mauvaise récolte à venir. On pourrait lier cette opération avec le projet des magasins de réserve à former dans les différentes grandes villes.

Il faut examiner aussi un troisième projet qui consisterait à ache­ter sur l’Elbe un million de quintaux qu’on ferait venir à Amsterdam. Dans ce système, on prohiberait la sortie de l’Elbe et on ne laisserait sortir de la Vistule que pour Lubeck.

 

Paris, 27 novembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Mon intention est que les Français aient le droit de faire le com­merce à Francfort, et que des maisons de commerce françaises puis­sent s’y établir. Écrivez-en au ministre des relations extérieures, qui prendra mes ordres. Faites-moi connaître s’il y a d’autres villes de cette espèce qui aient des droits de bourgeoisie particulière, afin que les Français puissent y participer.

 

Paris, 27 novembre 1810

A M. Monge, comte de Peluse, membre de l’Institut, à Paris

Je vous prie de lire avec attention les pièces ci-jointes, de faire les recherches convenables et de me mettre une note qui me fasse con­naître les mesures à prendre pour continuer à employer la mine de l’île d’Elbe dans la magona de la Toscane, augmenter l’extraction de l’île d’Elbe pour en marier le surplus avec les bois de Corse, y faire du fer et même des canons.

Quelle espérance peut-on avoir que ces canons soient plus légers que les canons du Dauphiné ? Seront-ils meilleurs ? Reviendront-ils à meilleur marché ?

Quels sont les points de Corse où l’on pourrait faire ces établisse­ments ? La mine d’Elbe appartenant à la Légion d’honneur, quelles sont les concessions qu’il faudrait lui faire en bois et en terrains pro­pices à des établissements, ainsi que pour la magona de Toscane ?

Causez avec le comte Chaptal, qui vous désignera les individus qui ont donné des renseignements là-dessus. Voyez aussi les minis­tres de l’intérieur et de la marine, qui ont des documents relatifs à cela. Faîtes-moi un travail sur ces questions.

 

Paris, 28 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je fais porter samedi au Sénat un sénatus-consulte pour la levée de 40,000 marins. Je désire que cette même séance vous lisiez le rapport sur les négociations rela­tives à l’échange des prisonniers. Envoyez-moi donc votre travail, pour que vous puissiez après cela le faire imprimer, car il n’y aura pas d’inconvénient à ce qu’il paraisse dès le lendemain dans le Moniteur.

 

Paris, 28 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je pense qu’il faudrait former une division à Puycerda. La brigade du général Gareau, qui est forte de 2,000 hommes, en ferait partie. L’autre brigade pourrait être com­posée des quatre bataillons du 18′ léger et des 5% 11% 23* et 81(de ligne, formant 2,400 hommes. Vous y attacheriez un escadron de 150 chevaux, qui serait fourni par le général Baraguey d’Hilliers, et une division de quatre pièces de canon prises dans l’artillerie de l’armée de Catalogne.

Cette division, forte d’environ 4,500 hommes, serait suffisait pour patrouiller aux environs de Puycerda et assurer la frontière. Elle serait sous les ordres du général Baraguey d’Hilliers pour con­courir à tous les mouvements nécessaires pour soumettre le pays.

 

Paris, 28 novembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Le bulletin de la Gazette de France est aujourd’hui plein de détails ridicules sur l’Impératrice. Tancez vivement l’auteur de cet article. Il parle d’un serin, d’un petit chien, imaginés par la nigauderie alle­mande, mais qui sont déplacés en France. Les rédacteurs de nos journaux sont bien bêtes.

 

Paris, 28 novembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie des extraits des journaux anglais.

Envoyez-en une note au duc de Dalmatie, et témoignez-lui mon mécontentement de ce que les divisions espagnoles soient arrivées à Lisbonne et qu’il ne fasse rien.

 

Paris, 28 novembre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Faites brûler sur-le-champ toutes les marchandises provenant de fabrique anglaise qui sont en Hollande, dans les entrepôts, ma­gasins, etc.

 

Paris, 29 novembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces de la négo­ciation de Morlaix. J’ai retranché des passages; j’en ai marqué d’autres qui m’ont paru bien faibles. Je trouve, en général, que le principe de la conduite des Anglais n’y est pas développé, qu’il n’a pas même été bien saisi. Ce principe était d’adopter la base d’un échange général, parce que c’était le seul moyen de retirer tous leurs prisonniers de France. Ils ne voulaient pas l’exécuter, puisqu’ils ne voulaient échanger qu’un nombre de Français contre un même nom­bre d’Anglais, laissant ainsi en suspens et en prison les deux tiers des Français, ainsi que leurs alliés. Voyez à faire ces changements et à faire imprimer le rapport avec les pièces. Je pense qu’il est plus convenable d’imprimer les notes seules sans la lettre du sieur de Moustier.

 

Paris, 29 novembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous ai mandé que je ne voulais point signer de décret qui eût pour but de gêner la circulation entre le royaume d’Italie et le Piémont, que je regarde comme circulation intérieure. Cependant je vois avec peine, par tous les rapports que je reçois, qu’elle éprouve des entraves. Mon intention est que, sous quelque prétexte que ce soit, vous ne dérangiez rien aux douanes sans mon ordre.

 

Paris, 30 novembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Le Valais formera un département sous le nom de département du Simplon. Ce département sera divisé en trois sous-préfectures et douze cantons.

Il y aura un seul tribunal, qui sera composé de cinq membres et qui siégera à Sion.

Le traitement des sous-préfets sera de 1,500 francs, celui des juges de paix de 400 francs.

Il y aura un colonel commandant le département, un commissaire des guerres, une compagnie de gendarmerie à pied et une compagnie de réserve de dernière classe.

Quant aux impositions, on pourrait établir l’imposition directe, l’en­registrement, le timbre, les douanes, l’imposition du sel et la poste. On pourrait ne point établir les droits réunis dans ce département.

Il faudrait arranger les finances de manière à ce qu’elles suffisent pour couvrir les dépenses de l’administration et pour donner quelque chose aux routes. Du reste, on ne tirerait point d’argent de ce pays. Le directeur des contributions pourrait être aussi directeur de l’enre­gistrement et diriger les autres impositions qui seraient établies. Ce moyen d’économie parait très praticable, et il y en a beaucoup d’au­tres à adopter dans cette organisation.

Le ministre de l’intérieur chargera une commission des députés da Valais de préparer une organisation définitive de la justice, de l’intérieur et des finances, de manière qu’on puisse organiser définitive­ment toutes les parties et les mettre en activité en 1811.

 

Paris, 30 novembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre au duc de Reggio de faire construire des batteries sur les points les plus favorables pour donner protection à la flottille qui est dans la Jahde. II est probable que, dans les mouvements qui vont avoir lieu entre la France et la Hollande, les flottilles auront besoin de se réfugier dans la Jahde et d’y être protégées par la terre.

Paris, 1er décembre 1810.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Doc de Cadore, j’ai reçu le recueil des pièces relatives aux négociations avec l’Angleterre depuis la paix de Tilsit. Envoyez-moi les pièces qui prouvent qu’on avait proposé à l’Angleterre de ne pas faire la guerre de Prusse si elle voulait admettre le traité fait avec lord Lauderdale; je ne croyais pas qu’elles eussent été imprimées. Je pense qu’il faut supprimer l’analyse, qui n’est pas dans l’esprit du mémoire et qui ne dit rien. Il faut mettre les noms des deux empe­reurs au bas de la lettre d’Erfurt. Dans les pièces de la négociation de Hollande, la lettre du Roi est importante à mettre. Il faut aussi mettre la lettre des ministres hollandais à lord Wellesley, et ne mettre qu’à la fin la lettre du sieur Labouchère.

 

Paris, 2 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous pouvez remettre la note ci-jointe au prince Kourakine.

NOTE DU DUC DE CADORE AU PRINCE KOURAKINE.

Paris, 2 décembre 1810.

Monsieur l’Ambassadeur, j’ai mis sous les yeux de Sa Majesté l’Empereur et Roi la note que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’adresser le 29 octobre dernier. Sa Majesté a été très sensible aux assurances que cette note renferme.

Depuis la réunion de la Hollande, depuis que les embouchures de l’Ems, du Weser, de l’Elbe et les ports du Mecklenburg sont occupés, depuis que la Prusse, franchement décidée à nuire au commerce anglais, a adopté toutes les mesures nécessaires pour atteindre ce but, l’Angleterre a donné des signes de détresse; les banqueroutes s’y sont multipliées; son change a perdu 25 pour 100; ses effets publics ont baissé; il ne lui a plus été possible de dissimuler les alarmes de ses manufactures et de ses comptoirs.

De si heureux commencements présagent des résultats plus heu­reux encore; mais les brillantes espérances qu’ils donnent s’évanoui­raient si l’ouvrage commencé avec tant de succès ne se complétait pas. Si S. M. l’Empereur de Russie, ne veut fermer ses portes qu’au pavillon anglais, il n’atteindra pas le but qu’il a en vue, celui d’exclure le commerce et les marchandises anglaises. Les pavillons espa­gnols, portugais, américains et suédois, le pavillon français même, servent de masque aux Anglais. Tous les bâtiments sont anglais, lorsqu’ils sont chargés pour le commerce anglais et de marchandises anglaises.

Toutes les marchandises des deux Indes appartiennent aux Anglais. Les Américains seuls ont du coton; mais les Anglais ne leur permet­tent pas de l’emporter. Des deux mille bâtiments qui, cette année, sont entrés dans la Baltique, pas un n’était neutre; tous étaient envoyés par les Anglais; tous avaient été chargés à Londres, et chargés pour le compte des Anglais. Ils étaient, à la vérité, masqués sous les pavillons américain, espagnol ou suédois ; ils avaient des papiers et des expéditions de tous les pays et jusqu’à de faux certifi­cats des consuls français, certificats dont la fabrique est à Londres. Si l’on s’en tenait à l’apparence, on penserait qu’ils étaient venus d’Amérique, mais aucun ne venait que de l’Angleterre.

S’il était vrai que les Anglais laissassent arriver et naviguer dans la Baltique les bâtiments américains chargés de productions des États-Unis, ceux-ci ne se plaindraient pas de l’Angleterre;  la discussion qui existe entre les deux pays n’aurait pas lieu ; les ordres du conseil du mois de novembre ne recevraient point leur exécution ; personne n’aurait plus à se récrier contre l’injustice de l’Angleterre.

C’est donc pour le compte de celle-ci que tant de bâtiments sont entrés dans la Baltique. Les uns ont débarqué leurs cargaisons à Göteborg, d’où, transportées par terre dans les divers ports de Suède, elles se sont écoulées en Russie. Les autres ont cru pénétrer dans les ports de la Prusse et ont été confisqués sur-le-champ. Le désastre des Anglais sera complet si ceux qui se sont réfugiés dans les ports de la Russie sont déclarés confisqués, sans pouvoir en imposer par la simulation du pavillon et par de faux papiers, et si les marchan­dises anglaises  qu’ils auraient  débarquées  sont  aussi confisquées comme venant de l’ennemi.

 

Paris, 2 décembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Reille que je donne l’ordre qu’on lui envoie six chefs de bataillon, dix capitaines, quinze lieutenants et quinze sous-lieutenants. Faites-lui connaître que j’i vu avec peine ce qui est arrivé à un convoi de poudre; que ces événements ne devraient pas avoir lieu, parce que les convois ne devraient marcher que deux fois la semaine, une fois même s’il le fallait, et devraient toujours être composés des hommes qui rejoignent leurs corps, des courriers, et avec un supplément de troupes qui portât toujours la force des escortes à 500 hommes; que je désire que l’on suive rigou­reusement cette règle, afin que je n’entende plus dire qu’un convoi a été intercepté. Écrivez la même chose au général Caffarelli; qu’il règle ses convois à deux par semaine, tant de Tolosa à Navarre que d’Irun à Burgos et de Vitoria à Bilbao, de sorte qu’ils puissent tou­jours être tellement escortés qu’ils n’aient rien à craindre. Les pou­dres, le trésor, les hommes isolés sortant des hôpitaux, tout atten­drait que les convois partissent. De cette manière, on n’entendra plus parler des événements qui arrivent si souvent. Écrivez la même chose au général Buquet et aux généraux Dorsenne et Kellermann.

Paris, 3 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre de la reine d’Étrurie. Cette princesse est mal à Nice; elle serait au contraire très bien à Rome. Faites-moi connaître le traitement dont elle jouit, et prenez des renseignements sur la maison qu’on pourrait lui donner à Rome. On la ferait passer de Nice à Gênes par mer; de Gênes, elle irait gagner Tortone, Plaisance, Ancône et Rome. Il serait bon qu’elle ne passât pas en Toscane. Je lui donnerai à Rome un hôtel; et, comme elle jouit de 4 à 500,000 francs de revenu, la dépense qu’elle en ferait à Rome serait utile à cette ville.

 

Paris, 3 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me faire un rapport sur la Prusse. Remettez-moi sous les yeux les articles des traités de Tilsit et d’Erfurt. La Prusse n’est-elle pas obligée de déclarer la guerre à l’Angleterre ? Toutefois, il n’y a pas à hésiter; la Suède ayant déclaré la guerre à l’Angleterre, il faut que la Prusse la déclare aussi, et par un manifeste dont les griefs seront fondés sur les outra­ges faits aux neutres, et spécialement sur les arrêts du conseil qui bouleversent toute idée de justice, etc. Faites-moi un petit rapport là-dessus. 11 n’est pas indifférent que le manifeste de la Prusse soit dirigé surtout contre les arrêts du conseil, parce que cela fera sensa­tion en Angleterre.

 

Paris, 3 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, aussitôt que le ministre de Suède vous aura annoncé officiellement que la Suède a déclaré la guerre à l’An­gleterre, il n’y aura pas d’inconvénient à jeter en avant quelques mots tendant à établir, si la Suède le désire, un traité d’alliance entre les deux nations. Vous sonderez ce ministre pour savoir si la Suède ne pourrait pas me fournir, comme le Danemark, quatre équi­pages de vaisseaux de ligne, depuis le capitaine jusqu’au dernier matelot; ce qui ferait à peu près 2,000 marins. Je les placerais sur mon escadre de Brest. Les frais du voyage seraient à ma charge. Si la Suède mettait de l’intérêt à avoir à mon service un régiment, comme elle l’avait jadis, j’y consentirais volontiers. Faites des recher­ches sur la capitulation de ce régiment, comment se nommaient les officiers et tous les autres détails.

 

Paris, 4 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au ministre de la guerre qu’on laisse la garnison de Danzig continuer à vivre comme elle veut. Demandez à ce ministre pourquoi on a donné contre-ordre et fait retourner les convois sur Ulm. Je ne conçois rien à cela. Vous ferez connaître à mes ministres à Munich, à Stuttgart, à Karlsruhe et à Darmstadt que j’ai donné ordre au ministre de la guerre de retirer toutes les troupes que je pourrais avoir dans les États de ces princes, et que mon intention est qu’il ne reste aucun Français dans les Étals de la Confédération; qu’ils doivent, au 15 janvier, m’instruire si mes ordres sont exécutés.

 

Paris, 4 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il me paraîtrait convenable que le corps de l’artillerie fît un service pour le général d’artillerie Sénarmont, et qu’à cette cérémonie quel­qu’un fut chargé de faire son oraison funèbre, afin qu’on pût en mettre une notice dans le Moniteur.

 

Paris, 4 décembre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, mon intention est qu’il ne reste aucunes troupes françaises ni en Bavière, ni dans le Wurtemberg, ni dans les Etats de Bade, ni dans ceux de Hesse-Darmstadt. Donnez des ordres en con­séquence. On se plaint que l’artillerie qui était sortie d’Ulm y est rentrée.

 

Paris, 5 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au duc de Vicence que les Russes font beaucoup de travaux sur la Dwina et même sur le Dniester, qu’il est nécessaire qu’il se tienne éveillé là-dessus et qu’il vous en rende compte; qu’on ne peut pas se dissimuler que ces ou­vrages, étant des ouvrages de campagne, montrent de mauvaises dis­positions dans les Russes. Après avoir fait la paix, avec la Porte, voudraient-ils la faire avec l’Angleterre et violer ainsi le traité de Tilsit ? Faites entrevoir au duc de Vicence que ce serait incontinent la cause de la guerre.

 

Paris, 5 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, remettez-moi, au 15 décembre, un livret de la situation des troupes de la Confédération du Rhin, en y comprenant le duché de Varsovie, un autre de l’armée russe et un autre de l’armée autrichienne. Vous aurez soin que les livrets que vous me remettrez au 1er janvier soient plus complets que ceux du 15 décembre, et ainsi de suite.

 

Paris. 5 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le roi de Saxe a envoyé deux officiers d’artillerie à Mayence pour prendre les fusils. Donnez ordre au directeur de l’arsenal de les leur remettre.

 

Paris, 5 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Ecrivez au roi de Naples pour que, tous les mois, il envoie la situation de sa garde et de son armée napolitaine ; qu’il est le seul des princes alliés dont je n’ai pas l’état de situation de l’armée.

 

Paris, 6 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez en chiffre à mes consuls en Egypte de vous transmettre les renseignements et plans les plus détaillés sur les fortifications du Caire, d’Alexandrie, de Damiette, d’El-A’rych. Écrivez à mes consuls en Syrie de vous envoyer des détails sur les fortifications de Gaza, de Jaffa et d’Acre. Recomman­dez-leur que ces mémoires soient envoyés par des occasions sûres et écrits en chiffre.

 

Paris, 6 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à tous mes consuls dans la Bal­tique qu’ils doivent laisser passer le blé en Suède et laisser venir les marchandises de Suède dans nos ports. Vous pouvez écrire à Danzig que, la Suède ayant déclaré la guerre à l’Angleterre, il est permis d’exporter de ce port des blés en Suède, en réduisant le droit de sortie au dixième de ce qu’ils payeraient s’ils allaient en Angleterre; qu’il faut que les négociants s’engagent à justifier, dans l’espace de deux mois, que le blé est allé en Suède, à peine d’une amende égale à la valeur du chargement.

Vous ferez connaître cette décision au ministre de Suède à Paris et au sieur Alquier, afin que des mesures soient prises en Suède pour être sûr que le blé va en Suède et non en Angleterre.

 

Paris, 6 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie le projet de la pièce pour jeter des bombes et des obus de 8 pouces. Il parait que le boulet pèserait 83 livres. Comme mon principal but est de me servir de ces pièces sur les côtes et dans les places maritimes contre des vaisseaux, je désirerais que la cham­bre pût contenir au moins 20 livres de poudre; que la pièce fût le plus longue possible, mais que cependant elle ne pesât pas plus de 7 à 8 milliers.

Si cette pièce réussissait, il serait important d’en avoir quelques-unes aux bouches de l’Escaut et aux passes de Brest et de Toulon. On pourrait aussi s’en servir à l’embouchure de l’Escaut et dans quelques ports, sur de grosses prames. Cette pièce serait, je crois, la plus grosse pièce connue.

 

Paris, 6 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie la lettre du maire d’Agde. Voilà dix bâtiments qui, à ce qu’il parait, sont partis. Pourquoi n’en fait-on pas partir d’autres ? Faites mettre une grande activité dans ces convois. Écrivez au maire pour lui témoigner ma satisfaction et lui recommander de vous écrire souvent et de favoriser toutes les expéditions sur Barcelone.

 

Paris, 7 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous me dites que le régiment de la Méditerranée est en mauvais état, mais vous ne m’en indiquez pas le motif. Est-ce qu’à ce régi­ment il n’y a pas de major, pas de colonel ? Est-ce qu’il n’y a pas d’inspecteur aux revues en Corse ? Donnez ordre au général Morand d’en passer la revue et à l’inspecteur aux revues d’en vérifier la comp­tabilité. Entendez-vous avec le ministre de l’administration de la guerre pour que ce régiment soit tenu comme les autres régiments de ligne.

 

Paris, 7 décembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous envoie un rapport du comte Daru avec un projet de décret et une lettre de Costabili. Je désire que vous me proposiez un projet de décret sur cette affaire. Voici ce que je veux : 1° Toutes les acquisitions faites avec les fonds de la liste civile d’Italie et tout l’argent qui se trouve en caisse après le service payé doivent appartenir à mon domaine privé. 2° Je désire connaître ce que j’ai acheté avec les fonds de la Couronne, ce que j’ai prêté et ce qui restait disponible dans la caisse de la liste civile au 1er janvier 1810. Ce reliquat doit être versé dans la caisse de mon domaine privé. Il faut aussi me faire connaître ce qui restera disponible par aperçu au 1er janvier 1811. 3° Il sera nécessaire de régler la valeur du mobilier qui doit rester dans mes palais d’Italie, afin que le surplus de ce qui aura été réglé puisse, à la mort du roi, rentrer au domaine privé. Eu France, le mobilier de la Couronne a été porté à 30 millions, y compris l’argenterie. Pour le royaume d’Italie, s’il y a des objets précieux qui appartiennent à l’État, comme tableaux, statues, il faudrait en faire un inventaire particulier.

Pour tirer Aldini d’affaire, je désire acheter tout son bien, pour faire entrer dans mon domaine privé. Je crois que le comte Daru lui a donné une lettre de change de 500,000 francs sur le trésor de la Couronne à Milan. Si le comte Aldini est pressé de toucher cette somme pour arranger ses affaires, vous pouvez la lui faire payer.

 

Paris, 9 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport, tel qu’il me parait devoir être imprimé. Mettez des renvois qui répondent aux pièces qui doivent l’accompagner, et faites-le imprimer avec ces pièces.

Il est essentiel surtout de bien mettre le détail des négociations avec lord Lauderdale, de bien mettre ce qui est relatif aux traités de Tilsit, Erfurt; on peut même laisser ce qui est relatif à la négociation de d’Autriche ; enfin mettre celle de la Hollande.

RAPPORT A S. M. L’EMPEREUR ET ROI.

Sire, Votre Majesté a élevé la France au plus haut point de grandeur.

Les victoires obtenues sur cinq coalitions successives, fomentées toutes par l’Angleterre, ont amené ces résultats; et l’on peut dire que la gloire, la puissance du grand Empire, nous les devons à l’Angleterre.

Dans toutes les occasions, Votre Majesté a offert la paix ; et, sans chercher si elle serait plus avantageuse que la guerre, vous n’envi­sagiez, Sire, que le bonheur de la génération présente, et vous vous montriez toujours prêt à lui sacrifier les chances les plus heureuses de l’avenir.

C’est ainsi que les paix de Campo-Formio, de Lunéville et d’Amiens, et postérieurement celles de Presburg, de Tilsit et de Vienne, ont été conclues; c’est ainsi que, cinq fois, Votre Majesté a fait, à la paix, sacrifice de la plus grande partie de ses conquêtes. Plus jalouse d’illustrer son règne par la félicité publique que d’étendre la domina­tion de son Empire, Votre Majesté mettait des limites à sa propre grandeur, tandis que l’Angleterre, rallumant sans cesse le flambeau de la guerre, semblait conspirer contre ses alliés et contre elle-même pour reformer cet Empire, le plus grand qui ait existé depuis vingt siècles.

A la paix de 1783, la puissance de la France était forte du Pacte de famille, qui liait étroitement à sa politique l’Espagne et Naples.

A l’époque de la paix d’Amiens, les forces respectives des trois puissances s’étaient accrues de 12 millions d’habitants de la Pologne. Les Maisons de France et d’Espagne étaient essentiellement ennemies, et les peuples de ces Etats se trouvaient plus que jamais éloignés par leurs mœurs. Une des grandes puissances continentales avait moins perdu de force par la réunion de la Belgique à la France qu’elle n’en avait acquis par la possession de Venise, et les sécularisations du Corps germanique avaient encore ajouté à la puissance de nos rivaux.

Ainsi la France, après le traité d’Amiens, avait une force relative moindre qu’à la paix de 1783, et bien inférieure à celle à laquelle les victoires obtenues pendant les guerres des deux premières coalitions lui donnaient le droit de prétendre.

Cependant, à peine ce traité fut-il conclu que la jalousie de l’Angleterre se montra vivement excitée. Elle s’alarma de la richesse et de la prospérité intérieure, toujours croissantes, de la France, et elle espéra qu’une troisième coalition arracherait à votre couronne la Belgique, les provinces du Rhin et l’Italie. La paix d’Amiens fut violée. Une troisième coalition se forma : trois mois après elle fut dissoute par le traité de Presburg.

L’Angleterre vit toutes ses espérances trompées : Venise, la Dalmatie, l’Istrie, toutes les côtes de l’Adriatique et celles du royaume de Naples passèrent sous la domination française. Le Corps germa­nique, établi sur des principes contraires à ceux qui ont fondé l’Empire français, s’écroula, et le système de la Confédération du Rhin fit des alliés intimes et nécessaires des mêmes peuples qui, dans les deux premières coalitions, avaient marché contre la France, et les unit indissolublement à elle par des intérêts communs.

La paix d’Amiens devint alors en Angleterre l’objet des regrets de tous les hommes d’État. Les nouvelles acquisitions de la France, que désormais on n’espérait pas de lui ravir, rendaient plus sensible la faute qu’on avait commise, et en démontraient toute l’étendue.

Un homme éclairé, qui, pendant le court intervalle de la paix d’Amiens, était venu à Paris et avait appris à connaître la France et Votre Majesté, parvint à la tête des affaires en Angleterre. Cet homme de génie comprit la situation des deux pays. Il vit qu’il n’était plus au pouvoir d’aucune puissance de faire rétrograder la France, et que la vraie politique consistait à l’arrêter. Il sentit que, par les succès obtenus contre la troisième coalition, la question avait été déplacée, et qu’il ne fallait plus penser à disputer à la France des possessions qu’elle venait d’acquérir par la victoire, mais qu’on devait, par une prompte paix, prévenir de nouveaux agrandissements que la continuation de la guerre rendrait inévitables. Ce ministre ne se dissimu­lait aucun des avantages que la France avait recueillis de la fausse politique de l’Angleterre, mais il avait sous les yeux ceux qu’elle pouvait en recueillir encore. Il croyait que l’Angleterre gagnerait beaucoup si aucune des puissances du continent ne perdait plus. Il mettait sa politique à désarmer la France, à faire reconnaître la Confédération du nord de l’Allemagne, en opposition à la Confédération du Rhin ; il sentait que la Prusse ne pouvait être sauvée que par la paix, et que du sort de cette puissance dépendaient le système de la Saxe, de la Hesse, du Hanovre, et le sort des embouchures de l’Ems, de la Jahde, du Weser, de l’Elbe, de l’Oder et de la Vistule, débou­chés nécessaires au commerce anglais. En homme supérieur, Fox ne se livra point à des regrets inutiles sur la rupture du traité d’Amiens et sur des pertes désormais irréparables; il voulut en prévenir de plus grandes, et il envoya lord Lauderdale à Paris.

Les négociations s’entamèrent, et tout en faisait présager l’heureuse issue lorsque Fox mourut.

Elles ne firent plus que languir; les ministres n’étaient pas assez éclairés ni assez de sang-froid pour sentir la nécessité de la paix. Cependant la Prusse, poussée par cet esprit que l’Angleterre soufflait toute l’Europe, mit ses troupes en marche. La Garde impériale eut ordre de partir. Lord Lauderdale prévit les conséquences des nouveaux événements qui se préparaient. Il fut question de signer le traité, d’y comprendre la Prusse et de reconnaître la Confédération du nord de l’Allemagne ; Votre Majesté, par cet esprit de modération dont elle a donné de si fréquents exemples à l’Europe, y consentit. Le départ de la Garde impériale fut différé de quelques jours; mais lord Lauderdale hésita ; il crut devoir envoyer un courrier à sa cour, et ce courrier lui rapporta l’ordre de son rappel. Peu de jours après, la Prusse n’existait plus comme puissance prépondérante.

La postérité marquera cette époque comme une des plus décisives de l’histoire de l’Angleterre et de celle de la France.

Le traité de Tilsit termina la quatrième coalition.

Deux grands souverains, naguère ennemis, se réunirent pour offrir la paix à l’Angleterre; mais cette puissance, qui malgré tous ses pressentiments, n’avait pu se déterminer à souscrire à des conditions qui laissaient la France dans une position plus avantageuse que celle où elle s’était trouvée après le traité d’Amiens, ne voulut point ouvrir des négociations dont le résultat inévitable assurait à la France une position bien plus avantageuse encore. Nous avons refusé, disait-on en Angleterre, un traité qui maintenait dans l’indépendance de la France le nord de l’Allemagne, la Prusse, la Saxe, la H esse, le Ha­novre, et qui garantissait tous les débouchés de notre commerce; comment pourrions-nous consentir aujourd’hui à signer avec l’empe­reur des Français, lorsqu’il vient d’étendre la Confédération du Rhin jusqu’au nord de l’Allemagne et de fonder sur les bords de l’Elbe un trône français, une paix qui, par la force des choses et quelles que fussent les stipulations admises, laisserait sous son influence le Hanovre et tous les débouchés du Nord, ces principales artères de notre commerce ?

Les hommes qui envisageaient de sang-froid la situation de l’An­gleterre répondaient : Deux coalitions, dont chacune devait durer dix ans, ont été vaincues en peu de mois; les nouveaux avantages acquis par la France sont la suite de ces événements, et l’Angleterre ne peut plus s’y opposer Sans doute il n’aurait pas fallu violer le traité d’Amiens. Il eût fallu, depuis, adhérer à la politique de Fox. Profitons du moins aujourd’hui des leçons de l’expérience et évitons une troisième faute; au lieu de jeter les regards en arrière, portons-les vers l’avenir. La péninsule est encore entière et dirigée par des gouvernements secrètement ennemis de la France. Jusqu’à ce jour la faiblesse des ministres espagnols et les sentiments personnels du vieux monarque ont retenu l’Espagne dans le système de la France.

Un nouveau règne développera les germes de la haine entre les deux nations. Le Pacte de famille a été anéanti, et c’est un des avantages que la révolution a procurés à l’Angleterre. La Hollande, quoique gouvernée par un prince français, jouit de son indépendance. Son in­térêt est de demeurer l’intermédiaire de notre commerce avec le con­tinent, et de le favoriser pour participer à nos profits. N’avons-nous pas à craindre, si la guerre continue, que la France n’établisse son influence sur la péninsule et ses douanes en Hollande ?

Tel était le langage des hommes qui savaient pénétrer dans les secrets de l’avenir. Ils virent avec douleur refuser la paix proposée par la Russie. Ils ne doutèrent pas que le continent tout entier ne fût bientôt enlevé à l’Angleterre, et qu’un ordre de choses qu’il était si important de prévenir ne s’établit en Espagne et en Hollande.

Sur ces entrefaites, l’Angleterre exigea de la Maison de Bragance qu’elle quittât la péninsule et se réfugiât au Brésil. Les partisans du Ministère anglais semèrent la division parmi les princes de la Maison d’Espagne. La dynastie qui régnait fut éloignée pour toujours, et, en conséquence des dispositions faites à Bayonne, un nouveau souverain, ayant avec la France une puissance et une origine communes, fut appelé au gouvernement de l’Espagne.

L’entrevue d’Erfurt donna lieu à de nouvelles propositions de paix ; mais elles furent aussi repoussées. Le même esprit qui avait fait rompre les négociations de lord Lauderdale dirigeait les affaires en Angleterre.

La cinquième coalition éclata. Ces nouveaux événements tournè­rent encore à l’avantage de la France. Les seuls ports par lesquels l’Angleterre conservait une communication avouée avec le continent pissèrent, avec les provinces illyriennes, au pouvoir de Votre Majesté par le traité de Vienne, et les alliés de l’Empire virent s’accroître bar puissance.

Les arrêts rendus par le conseil britannique avaient bouleversé les lois du commerce du monde. L’Angleterre, dont l’existence tout entière est attachée au commerce, jetait ainsi le désordre parmi le commerce des nations; elle en avait déchiré tous les privilèges. Les décrets de Berlin et de Milan repoussèrent ces nouveautés mons­trueuses. La Hollande se trouva dans une position difficile ; son gou­vernement n’avait pas une action assez énergique, ses douanes offraient trop peu de sécurité pour que ce centre du commerce du continent demeurât plus longtemps isolé de la Franco. Votre Majesté, pour l’intérêt de ses peuples et pour assurer l’exécution du système qu’elle opposait aux actes tyranniques de l’Angleterre, se vit forcée de changer le sort de la Hollande. Cependant Votre Majesté, constante dans son système et dans son désir de la paix, fit entendre à l’Angleterre qu’elle ne pouvait sauver l’indépendance de la Hollande qu’en rap­portant ses arrêts du conseil ou en adoptant des vues pacifiques. Les ministres d’une nation commerçante traitèrent avec légèreté une ou­verture d’un si grand intérêt pour son commerce : ils répondirent que l’Angleterre ne pouvait rien au sort de la Hollande. Dans les illusions de leur orgueil, ils méconnurent les motifs de cette démarche ; ils feignirent d’y voir l’aveu de l’efficacité de leurs arrêts du conseil, et la Hollande fut réunie. Puisqu’ils l’ont voulu, Sire, je crois utile aujourd’hui et je propose à Votre Majesté de consolider cette réunion par les formes constitutionnelles d’un sénatus-consulte.

La réunion des villes hanséatiques, du Lauenburg et de toutes les côtes depuis l’Elbe jusqu’à l’Ems, est commandée par les circonstances. Ce territoire est déjà sous la domination de Votre Majesté.

Les immenses magasins de Helgoland menaceraient toujours de s’écouler sur le continent, si un seul point restait ouvert au commerce anglais sur les côtes de la mer du Nord, et si les embouchures de la Jahde, du Weser et de l’Elbe ne lui étaient pas fermées pour jamais.

Les arrêts du conseil britannique ont entièrement détruit les privilèges de la navigation des neutres, et Votre Majesté ne peut plus approvisionner ses arsenaux et avoir une route sûre pour son com­merce avec le Nord qu’au moyen de la navigation intérieure. La répa­ration et l’agrandissement du canal déjà existant entre Hambourg et Lubeck, et la construction d’un nouveau canal qui joindra l’Elbe au Weser et le Weser à l’Ems, et qui n’exigera que quatre à cinq ans de travaux et une dépense de 15 à 20 millions, dans un pays où la nature n’offre pas d’obstacles, ouvriront aux négociants français une voie économique, facile et à l’abri de tout danger. Votre Empire pourra commercer en tout temps avec la Baltique, envoyer dans le Nord les produits de son sol et de ses manufactures, et en tirer les productions nécessaires à la marine de Votre Majesté.

Les pavillons de Hambourg, de Brème et de Lubeck, qui errent aujourd’hui sur les mers, dénationalisés par les arrêts du conseil bri­tannique, partageront le sort du pavillon français et concourront avec lui, pour l’intérêt de la cause commune, au rétablissement de la liberté des mers.

La paix arrivera enfin, car tôt ou tard les grands intérêts des peu­ples, de la justice et de l’humanité l’emportent sur les passions et sur la haine; mais l’expérience de soixante années nous a appris que la paix avec l’Angleterre ne peut jamais donner au commerce qu’une sécurité trompeuse. En 1756, en février 1793, en 1801, à l’égard de l’Espagne, comme en mai 1803, à l’époque de la violation du traité d’Amiens, l’Angleterre commença les hostilités avant d’avoir déclaré la guerre. Des bâtiments qui naviguaient sur la foi de la paix furent surpris ; le commerce fut dépouillé ; des citoyens paisibles per­dirent leur liberté, et les ports de l’Angleterre se remplirent de ces honteux trophées. Si de tels exemples devaient se renouveler un jour, les voyageurs, les négociants anglais, leurs propriétés et leurs per­sonnes, saisis dans nos ports, depuis la mer Baltique jusqu’au golfe Adriatique, répondraient de ces attentats; et si le gouvernement an­glais, pour faire oublier au peuple de Londres l’injustice de la guerre, lui donnait encore le spectacle de ces prises, faites au mépris du droit des nations, il aurait aussi à lui montrer les pertes qui en seraient la conséquence.

Sire, aussi longtemps que l’Angleterre persistera dans ses arrêts du conseil, Votre Majesté persistera dans ses décrets, elle opposera au blocus des côtes le blocus continental, et au pillage sur les mers les confiscations des marchandises anglaises sur le continent.

Il est de mon devoir de le dire à Votre Majesté, elle ne peut espé­rer désormais de ramener ses ennemis à des idées plus modérées que par sa persévérance dans ce système. Il en doit résulter un tel état de malaise pour l’Angleterre, qu’elle sera forcée de reconnaître enfin qu’on ne peut violer les droits des neutres sur les mers et en récla­mer la protection sur le continent, que l’unique source de ses maux est dans ses arrêts du conseil, et que cet agrandissement de la France, qui longtemps excitera son dépit et sa jalousie, elle le doit aux pas­sions aveugles de ceux qui, violant le traité d’Amiens, rompant la négociation de Paris, rejetant les propositions de Tilsit et d’Erfurt, dédaignant les ouvertures faites avant la réunion de la Hollande, ont porté les derniers coups à son commerce et à sa puissance, et conduit votre Empire à l’accomplissement de ses hautes destinées.

Champagny, duc de Cadore. Paris, 8 décembre 1810.

 

Paris, 9 décembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

Sa Majesté a ordonné de renvoyer au ministre de l’intérieur le rapport sur les prix décennaux. Elle désire que le ministre lui fasse connaître pour quelles raisons l’Institut n’a pas fait mention :

1° A l’occasion du onzième ou du douzième grand prix, du Génie du christianisme, par M. de Chateaubriand, ouvrage dont on a beau­coup parlé et qui est à la septième ou huitième édition;

2° A l’occasion du quinzième grand prix, des ouvrages du sculp­teur Canova, qui, étant devenu Français, paraissait pouvoir être admis au concours ;

3° A l’occasion du dix-septième grand prix, du canal de Saint-Quentin, de la route du mont Cenis ou de celle du Simplon, qui paraissent pouvoir être considérés comme ouvrages d’architecture.

 

Paris, 9 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’armée d’Illyrie ne sera plus composée à l’avenir que de six batail­lons, savoir : de deux bataillons du 8e léger, du 18e et du 23e de ligne; de deux escadrons du 19e de chasseurs; de quatre compagnies du 2e régiment d’artillerie français complétées par tout ce qu’il y a de disponible dans la 5e, dont le cadre seul rentrera ; d’une escouade d’ouvriers ; de vingt chevaux du train pouvant atteler 3 pièces et leurs caissons ; de deux compagnies d’artillerie italiennes complétées par ce qu’il y a de disponible dans la 3e; d’une seule compagnie de sapeurs français ; tout cela faisant moins de 6,000 hommes.

En conséquence, vous donnerez ordre aux 11e, 79e et 60e de se rendre dans le Frioul italien, où, jusqu’à nouvel ordre, ils feront partie de l’armée d’Italie.

Vous donnerez ordre aux deux escadrons du 25e de chasseurs de rejoindre leurs deux autres escadrons ; à une autre compagnie du 2e d’artillerie à pied, à la compagnie du 2e d’artillerie à cheval et au 11e bataillon du train d’artillerie, de rejoindre leurs corps; à une des trois compagnies d’artillerie italiennes de rejoindre son régiment en Italie; à la 3e compagnie de sapeurs français de se rendre à Palmanova ; à la compagnie du train du génie de se rendre à Alexandrie, et aux sapeurs italiens de se rendre à Palmanova.

Cet ordre n’admet aucune modification, ayant besoin de mes troupes ailleurs, et d’ailleurs mon intention n’étant pas de tenir en Illyrie plus de troupes que ces provinces n’en peuvent nourrir. Le gouverneur général pourra tenir plusieurs bataillons croates en Dalmatie pour les garnisons de ce pays et renforcer la garde des côtes.

Vous réduirez en conséquence l’état-major général, ainsi que les états-majors du génie et de l’artillerie. Il n’y aura pour chef d’état-major qu’un adjudant commandant; il n’y aura qu’un colonel com­mandant l’artillerie, un autre colonel commandant le génie, et vous ferez rentrer tout ce qui serait jugé inutile.

Deux généraux de brigade me paraissent suffisants, l’un en Dalmatie et l’autre à Laybach ou Trieste. En conséquence, vous ferez rentrer les autres généraux de division et de brigade.

Vous me rendrez compte quand les 11e, 79e et 60e seront arrivés dans le Frioul.

Donnez ordre aux deux bataillons du 59e de ligne et du 81e, qui sont dans le Frioul, de se rendre à Toulon. Faites-les passer par Gênes, afin de leur éviter le passage des Alpes.

Donnez ordre que la brigade Pastol, qui est à Rome, soit dissoute, et que les 53e et 106e qui la composent rentrent à leurs régiments en Italie ainsi que la cavalerie.

Donnez ordre aux quatre bataillons du 10e de ligne et au 20e de ligne de se rendre de Naples à Rome.

Donnez ordre également de renvoyer les deux escadrons du 9e de chasseurs à Rome.

 

Palais des Tuileries, 10 décembre 1810

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, j’ordonne à mon ministre des relations extérieures de vous faire connaître les différentes circonstances qui nécessitent la réunion de la Hollande à l’Empire.

Les arrêts publiés par le conseil britannique en 1806 et 1807 ont déchiré le droit public de l’Europe. Un nouvel ordre de choses régit l’univers. De nouvelles garanties m’étant devenues nécessaires, la réunion des embouchures de l’Escaut, de la Meuse, du Rhin, de l’Ems, du Weser et de l’Elbe à l’Empire, l’établissement d’une navi­gation intérieure avec la Baltique, m’ont paru être les premières et les plus importantes.

J’ai fait dresser le plan d’un canal qui sera exécuté avant cinq ans et qui joindra la Baltique avec la Seine.

Des indemnités seront données aux princes qui pourront se trouver froissés par cette grande mesure, que commande la nécessité et qui appuie sur la Baltique la droite des frontières de mon Empire.

Avant de prendre ces déterminations, j’ai fait pressentir l’Angle­terre ; elle a su que le seul moyen de maintenir l’indépendance de la Hollande était de rapporter ses arrêts du conseil de 1806 à 1807, ou de revenir enfin à des sentiments pacifiques. Mais celte puissance a été sourde à la voix de ses intérêts comme au cri de l’Europe.

J’espérais pouvoir établir un cartel d’échange des prisonniers entre la France et 1*Angleterre, et par suite profiter du séjour des deux commissaires à Paris et à Londres pour arriver à un rapprochement entre les deux nations. Mes espérances ont été déçues. Je n’ai reconnu dans la manière de négocier du gouvernement anglais qu’astuce et mauvaise foi.

La réunion du Valais est une conséquence prévue des immenses travaux que je fais faire depuis dix ans dans cette partie des Alpes. Lors de mon acte de médiation, je séparai le Valais de la Confédé­ration helvétique, prévoyant dès lors une mesure si utile à la France et à Italie.

Tant que la guerre durera avec l’Angleterre, le peuple français ne doit pas poser les armes.

Mes finances sont dans l’état le plus prospère. Je puis fournir à toutes les dépenses que nécessite cet immense Empire, sans demander à mes peuples de nouveaux sacrifices.

Napoléon.

 

Paris, 12 décembre 1810

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

J’accorde volontiers au baron Bernadotte, frère du prince royal de Suède, les 11,764 francs de rente sur le grand-livre que j’ai accordés à ce prince. Ces 11,764 francs de rente formeront la dota­tion de sa baronnie. Faites rédiger des lettres patentes en conséquence.

Je vous prie également de communiquer la lettre du prince au con­seil du sceau, afin de rendre une décision pour reprendre la princi­pauté de Ponte-Corvo et tous les autres biens. Comme je veux traiter le prince favorablement, il me semble que le plus simple sera de lui faire une pension.

Tous les biens de Westphalie et du Hanovre doivent être censés attachés à la principauté de Ponte-Corvo ; il faut en extraire les 11,764 francs de rente sur le grand-livre.

 

Paris, 12 décembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je désirerais avoir la note de tous les Belges qui ont fait leur décla­ration qu’ils ont profité du traité de Campo-Formio et qu’ils veulent rester Autrichiens. Où est cette déclaration ?

 

Paris, 12 décembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Il parait que le commissaire de police de Gènes répand l’alarme partout sur de prétendus complots et révoltes qui se trameraient en Italie. Ce commissaire, n’ayant envoyé aucune pièce, prouve qu’il n’a voulu autre chose que se rendre intéressant. Cela est fâcheux, parce que ses rapports ont porté le prince Borghèse à faire des mou­vements de troupes; ce qui fait presque autant de mal que si la chose était réelle. Demandez-lui les preuves de ce qu’il a avancé et sur quoi sont fondées des suppositions qui tendent à calomnier une partie de l’Empire.

 

Paris, 12 décembre 1810

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin.

Mon Cousin, le commissaire de police de Gênes a tort de répandre légèrement des bruits qui calomnient une partie de l’Empire, et je vois avec peine les mouvements que vous avez faits sur de simples indices. Il est nécessaire, avant de prendre des mesures de cette espèce, de savoir sur quel fondement reposent les assertions de ce commissaire et ce qui l’a porté à donner ainsi l’alarme.

 

Paris, 13 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me mettre sous les yeux la lettre  que le prince de Bénévent a écrite à mes ministres pour leur faire connaître une audience très vive que je donnai à lord Withworth, chez l’Impératrice, en ventôse an XI.

 

Paris, 13 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites mettre dans le Moniteur les pièces officielles apportées par le dernier courrier venu d’Amérique, relatives à nos dernières relations avec ce gouvernement, telles que la proclamation du président des Etats-Unis, la circulaire du dépar­tement du trésor et les différentes lettres qu’a envoyées le ministre Turreau sur M. Pinckney.

Mettez-moi sous les yeux le projet d’une dépêche au sieur Sérurier, s’il est encore à Bayonne. Vous la lui enverrez, par duplicata, par la frégate américaine, afin que, en cas qu’il n’arrivât pas, cette lettre servît pour Turreau. Vous témoignerez dans cette lettre la satis­faction que j’ai éprouvée à la lecture des dernières lettres d’Amérique. Vous donnerez l’assurance que, si le gouvernement américain est décidé à maintenir l’indépendance de son pavillon, il trouvera toute sorte de secours et de privilèges dans ce pays. Votre lettre sera, comme de raison, en chiffre. Vous y ferez connaître que je ne m’op­pose en rien à ce que les Florides deviennent possession américaine; que je désire, en général, tout ce qui peut favoriser l’indépendance de l’Amérique espagnole. Vous ferez la même communication au chargé d’affaires d’Amérique, qui écrira en chiffre à son gouverne­ment que je suis favorable à la cause de l’indépendance des Amériques; que nous n’avons eu qu’à nous louer de l’indépendance des États-Unis, et que, ne fondant pas notre commerce sur des prétentions exclusives, je verrai avec plaisir l’indépendance d’une grande nation, pourvu qu’elle ne soit pas sous l’influence de l’Angleterre.

Ayez une conférence avec ce chargé d’affaires pour bien connaître ce que veut le gouvernement américain. Vous lui direz que j’ai sou­mis à des formalités les bâtiments venant d’Amérique; que ces for­malités consistent en une lettre en chiffre jointe aux licences qui constate que le bâtiment vient d’Amérique et y a été chargé; mais que je ne peux pas admettre des bâtiments américains venant de Lon­dres, puisque cela bouleverserait mon système; qu’il n’y a aucun moyen de le connaître, et qu’il y a des armateurs qui, par esprit mercantile, font échouer les mesures du gouvernement américain; qu’enfin j’ai fait un pas ; que j’attendrai au 2 février pour voir ce que fera l’Amérique, et que d’ici à ce temps je me comporterai selon les circonstances, mais de manière à ne faire aucun tort aux bâtiments qui viendraient réellement d’Amérique; que la question est difficile; mais qu’il doit donner l’assurance positive à son gouvernement de mon désir de le favoriser en tout; qu’il sait d’ailleurs que plusieurs bâtiments venus d’Amérique depuis que les dernières mesures sont connues, ont obtenu la permission de décharger en France; qu’enfin nous ne pouvons considérer comme américains les bâtiments qui sont dans les convois qui couvrent la Baltique, qui ont de doubles expéditions, etc. Il serait avantageux que vous pussiez engager ce chargé d’affaires à vous répondre par une note et à convenir qu’il désavoue les bâtiments américains qui naviguent dans la Baltique. Cela serait envoyé en Russie et servirait. En général, mettez toutes les formes possibles pour convaincre ce charge d’affaires, qui, je suppose, parle français, des dispositions particulièrement favorables où je suis envers les Américains; que l’embarras est de reconnaître les véritables Américains de ceux qui servent les Anglais, et que je considère le pas fait par le gouvernement américain comme un pre­mier pas fait pour arriver à un bon résultat.

 

Paris, 13 décembre 1810

Au comte Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le gouverneur général à Turin m’écrit que l’approbation des tra­vaux que j’avais arrêtés pour le Piémont pendant l’hiver n’est pas encore arrivée.

 

Paris, 13 décembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’ai reçu votre rapport et votre projet de décret sur la comptabilité des canaux, etc. J’ai effacé de l’état des crédits ouverts sur la caisse d’amortissement les approvisionnements de blé pour Paris, et j’ai ajouté au décret un titre pour ordonner que le trésor public fera recette de tout ce qui doit être définitivement dépensé à la caisse d’amortissement comme fonds spécial, et la caisse des canaux fera recette de ce qui est dépensé pour travaux publics. Mon but en cela est de simplifier la caisse d’amortissement et de la décharger de toute comptabilité. Pour la caisse de l’extraordinaire, il y a un trésorier qui a sa comptabilité, et dès lors cela n’est suscep­tible d’aucune modification. Ainsi, dorénavant, il n’y aura plus de lacune; toute dépense devra se faire ou par le trésor public ou par la caisse des canaux. Quant aux emprunts faits à la caisse d’amor­tissement, comme elle doit être remboursée, ce n’est pas une dépense définitive.

 

Paris, 13 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, l’administration en Hollande finit en 1811. Prenez toutes les mesures qui vous concernent, pour que le service n’éprouve aucune interruption et pour qu’il n’y ait pas de lacune entre l’administration hollandaise et l’administration qui la remplace.

 

Paris, 13 décembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mettez-moi sous les yeux un projet de lettre au Transport-Officer pour réclamer avec force le renvoi en France des Français prison­niers en Angleterre qui se trouvaient chez les insurgés lors de la con­vention de Cintra. Représentez-moi en même temps cette convention. Il me semble que voilà une infraction bien manifeste de l’Angleterre au droit des gens.

 

Paris, 14 décembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je reçois votre rapport sur les départements où les formes consti­tutionnelles ne sont pas établies. Faites ce qui est convenable pour que les départements du Taro, des Apennins, de l’Arno, de la Méditerranée, de l’Ombrone, de Rome, du Trasimène, des bouches de l’Escaut, du Rhin, et l’arrondissement de Breda aient des juges de paix constitutionnels; que leurs députés puissent être nommés au Corps législatif, ainsi que les dix départements formés par le sénatus-consulte. Formez les collèges électoraux de tous les départements qui n’en ont pas.

 

Paris, 14 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il serait convenable d’avoir à Danzig un équipage de pont de quatre-vingts bateaux avec leurs baquets. Comme il y a à Danzig beaucoup de bois et qu’on y construit des bâtiments, cet équipage peut être fait très promptement. Je ne veux cependant pas qu’on le fasse aujourd’hui, parce que cela donnerait l’alarme; mais je voudrais qu’on emmagasinât les bois nécessaires et ceux qu’on peut se procu­rer le plus difficilement, et savoir combien de temps il faudrait pré­venir d’avance pour avoir cet équipage de pont.

 

Paris, 14 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois, dans votre rapport du 12 sur les jeunes Croates, qu’on a mis seize fils de sous-officiers à la Flèche, ainsi que le fils d’un maître de poste et celui d’un garde forestier. Mon intention est qu’ils soient envoyés à Châlons; ce qui augmentera de dix-huit le nombre des jeunes gens qu’on mettra à Châlons.

 

Paris, 14 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les sept cent quarante et une voitures qui sont en Allemagne sont plus que suffisantes.

En cas de guerre, mon intention est de n’avoir pour équiper toutes ces voitures que deux bataillons du train qui seraient alors portés au grand complet. Les 8e et 9e bataillons destinés à cette arme, qui sont incomplets, seraient complétés alors pour atteler cinq cents autres voitures.

 

Paris, 15 décembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’ai lu avec grand intérêt votre rap­port du 12 décembre sur la vérification des receveurs des communes. Mon intention est que vous augmentiez de six, si cela est nécessaire, le nombre des vérificateurs, et que vous fassiez vérifier les receveurs des grandes communes, telles que Lyon, Gênes, Bordeaux, etc., de sorte que, successivement et dans l’espace de deux ans, tous les receveurs des communes soient vérifiés.

 

Paris, 15 décembre 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État

Monsieur le Duc de Bassano, faites extraire un article pour le Moniteur du rapport ci-joint du ministre du trésor public. Cet article sera suivi du décret de destitution des receveurs de Mayence, d’Obernai et Bernardswiller et de Saverne, et d’une note annonçant le ren­voi des autres pièces au Conseil d’État pour vérifier les abus qui existeraient dans cette partie importante de la comptabilité.

Vous renverrez toutes les pièces à la section des finances du Con­seil d’État, à laquelle sera adjoint le conseiller d’État Quinette, pour présenter des mesures, pour vérifier les receveurs des différentes communes et liquider, entre autres, ces six vérifications l’une après l’autre. On me présentera autant de décrets qu’il y aura de vérifica­tions, soit pour les approuver, soit pour les rejeter. Chacun de ces décrets sera ensuite mis dans le Moniteur, afin d’opérer une secousse chez tous les receveurs.

 

Paris, 15 décembre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Il est nécessaire de faire venir à Paris le capitaine de vaisseau qui était à Hambourg, pour qu’il puisse vous donner des renseignements sur ces mers, vous aider à l’organisation des côtes depuis la Hol­lande jusqu’à Hambourg. Je désire être bien maître de l’Elbe et tenir, s’il le faut, une frégate comme il y en avait jadis. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Paris, 16 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La situation des officiers français qui seraient aides de camp du prince royal de Suède serait forcée et point naturelle. Je désire donc qu’à l’expiration du congé de quatre mois que j’ai accordé à ces offi­ciers vous les rappeliez en France et les placiez dans des régiments.

 

Paris, 16 décembre 1810

A Marie-Louise, impératrice d’Autriche, à Vienne

Madame ma Sœur, Votre Majesté Impériale a été assez bonne pour se priver pour moi d’un portrait qui lui était bien cher. Elle y a mis une condition que je m’empresse de remplir. Je désire que Votre Ma­jesté soit contente de la ressemblance, et qu’elle me permette de saisir cette circonstance pour lui réitérer l’assurance des sentiments d’estime et de parfaite considération avec lesquels je suis, de Votre Majesté Impériale, le bon Frère.

 

Paris, 17 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur les pertes de la Westphalie. Ce rapport est fait à contresens de ce qu’il doit être; aussi ne conclut-il à aucun résultat. Vous raisonnez comme si le Hanovre appartenait au roi de Westphalie. Le Hanovre n’appar­tient pas au Roi. Ce prince n’ayant pas exécuté le traité qu’il a fait avec moi, j’ai considéré ce traité comme non avenu ; je me regarde donc comme encore en possession du Hanovre. L’ancienne population du royaume de Westphalie était de 1,900,000 âmes. Je prends de ces anciens États une population de 200,000 âmes; un revenu de tant, une somme d’impôts de tant. Proposez-moi de lui donner en échange la partie du Hanovre que je ne prends pas, qui comprend une population de tant, un revenu de tant, des impôts pour tant, des revenus domaniaux pour tant ; et là-dessus présentez-moi un projet de décret. Voilà la seule manière de faire ces calculs, et non, comme vous le faites, en supposant que le Hanovre appartient au Roi.

 

Paris, 17 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Feltre, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il faut envoyer l’ouvrage sur la conduite de la France et de l’Angleterre à l’égard des neutres à Saint-Pétersbourg et à mes ministres à l’étranger, non comme donnant une sanction officielle à tout le dire de l’auteur, mais parce qu’ils pourront y puiser des renseignements utiles sur cette grande question.

 

Paris, 11 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je désire que vous me présentiez un projet pour dissoudre, à dater du ler janvier 1811 , le corps d’obser­vation de Hollande;

Pour donner du service dans l’armée d’Allemagne, en France ou en Italie, à tous les généraux et colonels hollandais, sans exception ;

Pour confier le commandement de la 17e division militaire au général Molitor, et celui de la 31e au général Durutte ;

Pour placer au commandement de chacun des sept départements un général de brigade français, bon et sur lequel on puisse compter;

Pour mettre dans chaque division un ordonnateur ;

Pour mettre dans les places des commandants d’armes français et des officiers du génie et de l’artillerie ;

Et pour répartir les troupes françaises et hollandaises entre les différents départements des divisions.

Il faut auprès des généraux commandant les divisions un adjoint commandant et quelques adjoints à l’état-major.

Envoyez-moi l’état nominatif des généraux et officiers supérieurs que vous emploierez. Il faut choisir des hommes d’une probité sûre, et qui aient l’activité nécessaire pour prendre connaissance du pays et mettre tout en règle.

Veillez à ce qu’il y ait les ordonnateurs, inspecteurs et sous-inspecteurs aux revues nécessaires ; l’administration se trouvera fort simplifiée.

Quant aux généraux hollandais, il faut qu’au 1er janvier ils aient tous reçu une destination.

Vous pouvez, pour le 1er janvier, organiser les commandements de départements et des places ; vous organiserez le détail successivement.

Je désire que les généraux et colonels du génie et de l’artillerie hollandais aient une destination dans l’intérieur. Il sera bon de laisser à la disposition des généraux commandant les divisions quelques adjoints hollandais, du grade de capitaine, qui, parlant la langue et connaissant le pays, seront utiles.

Vous chargerez le général Dumonceau, comme inspecteur, de passer l’inspection des régiments hollandais, et d’autres fonctions administratives relatives à sa charge, dont il viendra vous rendre compte à Paris.

Je vous recommande de veiller, dans l’organisation, à l’île de Goeree. Il est convenable que cette île ait un général de brigade ou un colonel pour commandant, et les troupes de ligne, d’artillerie et du génie nécessaires, à peu près comme pour l’île de Walcheren.

Après Goeree, vient le point important du Texel. Le général qui commandera le département du Zuiderzee doit se tenir au Texel et commander là son département.

Le général de brigade qui commandera le département des Bouches-de-la-Meuse pourra se tenir à Rotterdam ; il veillera à la sûreté d’Hellevoetsluis.

Il me semble que la Hollande ne peut être attaquée que par l’île de Walcheren et celle de Beveland ; j’y ai pourvu, puisque le général Gilly commande ces îles. L’île de Goeree, les embouchures de la Meuse, le Texel, sont les autres points attaquables. Les généraux qui commanderont dans la Frise et dans l’Ost-Frise défendront le reste.

Il faudra que vous correspondiez avec les généraux pour vous assurer que les batteries sont tenues en état et que les points les plus importants sont défendus. Ces mesures simplifieront l’administration, et elles rendront disponible le duc de Reggio, qui demande à rentrer en France.

Les généraux commandant les divisions seront autorisés, sans déplacer les troupes des postes que vous leur assignerez, à réunir les forces qui deviendraient nécessaires pour la garde du Texel et des points importants.

 

Paris, 17 décembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous renvoie deux lettres sur la flottille qui est dans la Jahde.

En organisant la marine sur les côtes de Hollande, il faut organiser la marine de l’Elbe, de la Jahde et du Weser, afin que j’aie dans ces trois rivières des bricks, des chaloupes et bateaux canonnière, et des péniches pour surveiller les côtes et tenir l’ennemi en haleine ; que j’aie des administrations pour solder et entretenir les matelots et pour faire faire les réparations, etc. L’idée du prince d’Eckmühl de remplacer la canonnière perdue par un beau brick, qu’on se procu­rerait à Hambourg, est une très bonne idée; mais il faut prendre un bon bâtiment, plus fort que nos bricks ou corvettes ordinaires, qui soit bon marcheur et puisse servir utilement.

 

Paris, 17 décembre 1810

Au comte de Lavalette, directeur général des Postes, à Paris

Voyez madame de Genlis. Dites-lui que j’ai lu avec intérêt ses notes sur les écoles primaires des femmes ; que je désirerais qu’elle fît un plan général pour l’éducation des filles du peuple, depuis l’âge de sept à huit ans jusqu’aux premières écoles ; qu’elle fit bien con­naître quelle est l’éducation des femmes à Paris, afin qu’on sache bien ce qui se fait, et après, en deux sections, ce que l’on pourrait faire. Je désire surtout savoir ce que coûte au peuple son éducation, avoir des renseignements sur les écoles primaires et autres de cette espèce.

 

Paris, 18 décembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je suis toujours dans l’étonnement que le tarif du 5 août n’ait rien rendu au royaume d’Italie ; qu’il n’y ait rien dans les entre­pôts, chez les négociants, ni qu’il ne soit entré aucune denrée colo­niale en Italie depuis le mois d’août jusqu’aujourd’hui. J’avais compté que le produit de ces droits vaudrait un secours de dix millions au royaume d’Italie.

J’ai été fort indigné de voir le certificat du ministre de Hambourg que vous m’avez envoyé hier. J’ai ordonné une enquête sévère sur le sieur Bourrienne à cette occasion. Vous devez regarder tous certificats comme non avenus, celui-là comme tous ceux qui vous seront pré­sentés. Vous m’avez envoyé également un certificat pour des draps d’un fabricant du département de la Roér. Le fabricant existe, mais il est hors d’état de faire aucun envoi. Ce certificat a été vendu à quelque Suisse pour peu de chose. Ne laissez rien entrer de la Suisse et de l’Allemagne, du moins en draps, denrées coloniales, marchan­dises de coton, etc. Vous ne devez laisser entrer par le cabotage d’Ancône ou d’autres ports aucune marchandise venant de Naples ni du Levant.

Aussitôt que les comptes des finances seront en règle, envoyez ici le ministre des finances, afin que j’arrête le budget de 1811.

P. S. J’ai dit dans ma lettre que j’avais été indigné du certificat du ministre de Hambourg, mais j’ai oublié de dire que ce certificat ne justifiait pas l’introduction en Italie des marchandises qu’il cou­vrait. La preuve en est qu’avec ces certificats on n’a pu franchir au­cune douane en France. C’est qu’il y a beaucoup à reprendre et à faire dans les douanes d’Italie.

 

Paris, 19 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport de ce jour. J’accorde à la Saxe trente-quatre pièces de 3 autrichiennes avec affûts et trente-quatre caissons. Faites-les donner sans délai.

 

Paris, 19 décembre 1810

NOTE SUR LE MÉMOIRE DES DÉPUTÉS DU COMMERCE DE LYON.

Trois moyens sont proposés dans le mémoire.

Le premier consiste dans les secours que peut donner le gouverne­ment. Sa Majesté a ordonné au garde-meuble de faire des commandes pour employer, pendant les mois de janvier, février et mars, les mé­tiers d’étoffes façonnées qui ne sont plus en activité. Elle désire que les députés fassent connaître à quelle somme doivent se monter ces commandes, et qu’ils voient M. le comte Daru pour s’entendre avec lui sur cet objet et combiner les commandes dans la proportion des besoins des palais de Sa Majesté. L’intendant général avancera suc­cessivement l’argent qui sera nécessaire, pourvu qu’il y ait sûreté pour les avances. C’est donc un arrangement à faire, sous la haute surveillance du ministre de l’intérieur, entre l’intendant général de la Couronne et les députés du commerce de Lyon.

Pour mettre aussi en activité les métiers qui fabriquent des étoffes unies, Sa Majesté est disposée à faire des commandes d’objets étran­gers aux besoins de ses palais. Il faut d’abord que les députés de Lyon fassent connaître à combien devraient s’élever ces commandes, dans chacun des mois de janvier, février et mars, pour atteindre le but qu’on se propose. La fabrique de Lyon remettrait des étoffes fabri­quées pour le montant de ces commandes. Ou les commandes do Nord et de l’Amérique se rétabliraient, et alors on rendrait les mar­chandises aux fabricants, ou elles ne se rétabliraient point, et les marchandises resteraient en magasin à la disposition du gouvernement, qui les ferait vendre selon les circonstances. Cette opération consisterait donc en avances faites par le gouvernement sur nantissement de marchandises fabriquées. Il sera nécessaire que le ministre de l’intérieur propose les mesures à prescrire pour les époques des avances, le mode de la remise des marchandises, leur emmagasinement, etc.

Le deuxième objet du mémoire est relatif au rétablissement du change de la Russie. Cet objet est mal présenté. Il n’est dans la puis­sance de personne de relever le change de la Russie. La perte qu’elle  éprouve ne résulte pas de l’interruption de son commerce, mais des  dépenses énormes occasionnées par les guerres onéreuses entreprises  depuis Paul Ier. Il est très probable que même la paix avec l’Angle­terre le ferait baisser plutôt que relever. On peut cependant suivre avec la marine une opération utile à la fabrique de Lyon. Le ministre achèterait des marchandises du Nord pour trois millions, et l’on mettrait pour condition à ces achats que les payements se feraient en  étoffes de Lyon. Cette idée a besoin d’être développée par la députation  du commerce de cette ville.

Quant au troisième objet du rapport, qui concerne le commerce avec les Américains, on peut mettre pour condition aux permis amé­ricains que chaque bâtiment exportera des étoffes de Lyon pour la moitié de la valeur de sa cargaison d’importation. Cette condition peut être étendue aux permis ottomans et aux licences simples.

En même temps qu’on discutera ces vues, il convient d’examiner ce qu’on pourrait faire pour les fabriques de Lyon par les règlements de cour. On peut dire que pendant l’hiver, et toutes les fois qu’on sera en grand costume, l’habit de velours sera obligé, et que les jours de cour, autres que ceux de grande cérémonie, tout le monde, excepté les officiers de service, paraîtra à la cour sans costume, mais vêtu en étoffes de Lyon. On pourrait étendre ce règlement à la cour du gouverneur général de Turin, de la grande-duchesse de Toscane, du vice-roi d’Italie et du roi de Naples.

Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur se mette en mesure de lui présenter un état de situation détaillé de toutes les fabriques de France.

 

Paris, 21 décembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

L’hiver se passe, et vous ne me faites pas connaître si l’on peut faire l’expédition de Cherbourg sur l’île de France. Il parait évident que celle de Rochefort ne partira pas.

Vous ne me faites pas connaître si les trincadoures et la corvette qui est à Bayonne sont en partance et de quoi elles sont chargées.

Aussitôt que vous apprendrez l’arrivée de la frégate l’Élisa dans un de mes ports, faites-en l’objet d’un article pour le Moniteur. Faites aussi connaître dans le Moniteur la corvette anglaise qui s’est perdue.

 

Paris, 22 décembre 1810

Au baron Alquier, ministre de France, à Stockholm

Monsieur, Sa Majesté me charge de vous faire connaître sa manière d’envisager quelques questions qui pourraient vous être faites, mais que vous n’êtes point obligé de provoquer.

Elle avait accordé un congé de quatre mois aux officiers français aides de camp du prince royal pour l’accompagner en Suède. Ce congé sera bientôt expiré. Ces officiers devront retourner en France. En restant en Suède, ils se trouveraient dans une fausse position. Des officiers français ne peuvent être aux ordres d’un gouvernement étranger. Vous n’avez point à faire usage de ces notions ; elles sont surtout pour votre instruction particulière.

Le prince royal a remis au domaine extraordinaire les fiefs qu’il tenait de la générosité de l’Empereur. Son Altesse en avait jugé la conservation incompatible avec la constitution à laquelle il venait de promettre d’être fidèle. Le conseil du sceau a accepté cette restitu­tion, mais l’Empereur, empressé de faire ce qui pouvait être agréable au prince, a, d’après sa demande, conféré à son frère le titre de baron avec les 12,000 francs de rente sur le trésor public qui dépen­daient de la principauté de Ponte-Corvo.

Le prince royal écrit souvent à l’Empereur, qui ne lui a pas répondu. Il est convenable que vous sachiez, seulement pour user de cette information selon les circonstances, que cela vient de ce que l’Empe­reur, ayant pour maxime de ne pas faire chez les autres ce qu’il ne fait jamais chez lui, n’entretient de correspondance avec aucun prince royal. L’Empereur n’aime point à s’écarter légèrement de ce qui lui parait devoir être l’ordre naturel des choses.

Quand le prince sera devenu roi, l’Empereur recevra ses lettres avec plaisir et y répondra dans les occasions déterminées par l’usage; mais le vœu de Sa Majesté est que toutes les affaires se traitent tou­jours par le canal ordinaire des ministres. L’Empereur en use ainsi même avec ses frères qui sont sur le trône. Il ne veut pas qu’aucun d’eux puisse répondre à une réclamation ou à une demande qui lui serait portée par le ministre de France cette formule, qu’ils pour­raient être tentés d’employer : Je traiterai directement cette affaire avec l’Empereur, ou l’Empereur m’a écrit sur cet objet, etc. Sa Majesté veut, Monsieur, que de pareilles allégations ne règlent pas votre conduite.

D’ailleurs Sa Majesté désire que vous vous rendiez agréable au roi et au prince, et vous engage à insister fortement sur la confiscation des marchandises anglaises et sur la prohibition de tout commerce de denrées anglaises ou venant d’Angleterre. Vous ferez sentir que, les Anglais donnant la plus grande publicité à leurs relations commerciales, la Suède ne peut en entretenir avec eux sans qu’elles soient promptement connues. Elle ne peut donc espérer de se déro­ber, à moins que ce ne soit ouvertement, à l’exécution des engage­ments qu’elle a contractés.

Montrez le ridicule de son insignifiante déclaration de guerre et l’inconvenance de la circulaire presque offensante pour l’Empereur qui en accompagnait la communication. L’Empereur a dit en riant que c’était à lui, et non aux Anglais, que la Suède déclarait la guerre.

Cette conduite n’est point honorable pour le gouvernement suédois. Il se déconsidère lui-même aux yeux de sa nation et rend sa position bien plus difficile en soulevant l’opinion contre la guerre qu’il s’est engagé à soutenir. Mieux valait une résistance franche et ouverte aux volontés de l’Empereur.

Champagny, duc de Cadore.

 

Palais des Tuileries, 22 décembre 1810

A M. Roquebert, capitaine de frégate, à Brest

Monsieur Roquebert, capitaine de frégate, nous vous faisons con­naître par la présente que nous révoquons l’ordre que nous vous avons donné par celle du 3 de ce mois, de conduire la division sous votre commandement sur notre île de Java, dans les mers orientales, et nous vous notifions que notre intention est que vous conduisiez cette division dans les ports de notre Ile de France, où vous mettrez à la disposition de notre capitaine général de cette colonie les troupes passagères qui sont à votre bord, ainsi que les métaux, armes et munitions que vous avez pris en chargement.

Arrivé à l’Ile de France, vous aurez à recevoir les ordres de notre dit capitaine général sur les opérations des bâtiments que vous com­mandez et sur leur destination ultérieure.

Nous chargeons notre ministre de la marine de vous faire connaître les derniers renseignements arrivés de l’île de France sur l’état des croisières ennemies et sur l’atterrage des ports de cette colonie.

Nous vous prescrivons de n’y entrer qu’avec circonspection et après avoir communiqué préalablement avec la terre pour connaître l’état des choses. Si, par quelque raison que ce soit, vous ne pouviez entrer à l’île de France, notre intention est que vous vous dirigiez sur notre île de Java, où vous débarquerez vos troupes et vos munitions, et vous vous mettrez avec vos frégates à la disposition du gouverneur.

Nous vous référons à ce que nous vous avons prescrit dans nos instructions du 3 de ce mois, sur les cas de séparation des bâtiments sous vos ordres, sur ce que vous devez faire à l’égard de ceux dont vous vous emparerez pour augmenter autant que possible votre appro­visionnement en eau et en vivres, sur le soin que vous devez avoir d’éviter toute relâche qui ne serait pas nécessaire, et enfin sur ce que nous attendons de votre zèle, de vos talents et de votre courage pour bien remplir la mission que nous avons jugé à propos de vous confier.

 

Paris, 22 décembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois la carte que vous m’avez envoyée sur le détroit de Mes­sine. Si elle est exacte, je suis fort surpris que vous n’ayez pas fait la descente, si vous aviez les moyens de passer 15,000 hommes. Il n’y a aucune espèce de doute que vous deviez passer et vous emparer de la Sicile, au lieu de faire un débarquement inutile et de faire prendre les deux bataillons corses, forts de plus de 950 hommes.

 

Paris, 23 décembre 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, depuis quelques jours le préfet de Savone écrit que le Pape est disposé à s’arranger et à faire le pape où on voudra. C’est la première fois que j’entends ce langage. Si cet exposé est exact et que le Pape soit sincère, comme je ne désire pas autre chose que d’entrer en arrangement, vous pouvez écrire au sieur Chabrol que j’ai appris par le prince Borghèse et par le ministre de la police que, dans une conférence qu’il a eue avec le Pape, le Pape avait dit qu’il ferait le pape où l’on voudrait; qu’il ne voulait qu’exercer le pouvoir spirituel, sans gêner le pouvoir tempo­rel; en un mot, qu’il désirait en venir à un accommodement; que, cela étant, il doit lui dire que, s’il désire un accommodement sur les affaires spirituelles, je le désire autant que lui, mais que je ne veux faire aucune concession temporelle; que, si telle était sa pensée, il faudrait qu’il écrivit une lettre à l’Empereur pour lui faire connaî­tre les maux de l’Église et lui exprimer le vœu, en mettant de côté toute prétention et tout intérêt autre que celui de la religion, d’entrer en arrangement pour concilier tous les intérêts. Cette lettre devrait être écrite sans fiel, mais avec la charité de l’Évangile, ne faire aucune allusion et ne respirer que le pur désir du bien. Vous ajouterez qu’il n’est aucun doute que l’Empereur ne réponde à cette lettre d’une manière très favorable; mais qu’il faut que le préfet explique bien qu’il ne doit être question du temporel en aucune manière; que les statuts de la France sont formels et irrévocables là-dessus, et qu’il ne peut être question que des intérêts spirituels.

 

Paris, 23 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 22, par laquelle vous me rendez compte qu’en exécution de l’article 7 du traité entre moi et le roi de Westphalie vous avez donné des ordres pour qu’on remît au roi de Westphalie l’armement de la place de Magdeburg. Vous avez eu tort de donner cet ordre sans me l’avoir soumis. Donnez contre-ordre; mon intention est de garder Magdeburg avec l’artillerie, les magasins et ce qui existe, et de n’en pas mettre en possession la Westphalie. Vous ferez connaître cette décision au prince d’Eckmühl : il n’y aura pas de contre-ordre, vu que le prince d’Eckmühl n’aura point donné l’ordre d’évacuation. En un mot, je ne veux point me défaire de la place de Magdeburg.

 

Paris, 23 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie le projet de décret pour l’organisation des compa­gnies de gendarmerie dans la Hollande. Ce ne sont pas sept compagnies, mais deux légions de gendarmerie qu’il me faut en Hollande. Présentez-moi un projet de décret ainsi rédigé. Il n’y a pas de raison de sortir pour la Hollande de l’organisation ordinaire de la gen­darmerie.

 

Paris, 23 décembre 1810

NOTE POUR LES MINISTRES DES CULTES ET DE LA GUERRE.

Les demandes d’exemption de conscription faites en faveur de clercs étudiants deviennent très nombreuses. Il convient que le mi­nistre de la guerre et le directeur général des revues voient le ministre des cultes et réunissent toutes les demandes. On fera faire ensuite, par un inspecteur aux revues, des vérifications qui auront pour objet de s’assurer si les jeunes gens pour lesquels les exemptions sont demandées appartiennent à de grands et non à de petits séminaires, et s’ils ont une vocation réelle pour l’état ecclésiastique. On aura soin de ne prévenir l’évêque qu’au moment même où la vérification aura lieu. Cette mesure paraît surtout indispensable lorsqu’on voit que le nombre des demandes faites pour l’évêché de Bayonne, par exemple, dont le grand séminaire est peu considérable, s’élève à 92.

 

Paris, 23 décembre 1810

DÉCISION.

Le ministre de la guerre présente à l’Empereur un rapport pour la répartition des troupes françaises et hollandaises entre les différents départements qui doivent composer, au 1er janvier 18111, les 17e et 31e divisions militaires. J’approuve les différentes dispositions contenues dans ce rapport. Il faut recommander aux généraux de réunir quelques compagnies de voltigeurs français et hollandais, soutenues de quelques détachements de ca­valerie, et d’en faire des colonnes pour surveiller les côtes, prêter main-forte aux douanes et empê­cher les communications avec l’Angleterre, qui sont encore très fréquentes

 

Paris, 23 décembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le ministre de la police m’envoie des lettres que la marée a ap­portées près de la Rochelle. Il paraît qu’elles étaient à bord d’un bâtiment venant de Batavia à Bordeaux, sans doute le troisième de ceux que le général Daendels a expédiés, qui a été pris près la Ro­chelle. Ce bâtiment a jeté à l’eau ses dépêches, et la mer les a appor­tées à terre. Il est nécessaire que vous instruisiez le général Daendels de la prise de ce bâtiment et de l’arrivée de ses dépêches par ce sin­gulier hasard, et que vous activiez le départ de la trincadoure et de la corvette de Bayonne et des autres expéditions pour cette intéressante colonie.

 

Paris, 23 décembre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Paris

Je reçois votre lettre du … décembre. Je ne crois pas que vous deviez donner des titres et reconstituer votre noblesse. Cette recon­stitution ne serait que ridicule. Y a-t-il un seul Napolitain qui se soit distingué à votre service, qui ait gagné une bataille ? Y en a-t-il qui aient acquis de l’illustration en Europe ? Non. Dès ce moment, vous ne pouvez avoir d’autre noblesse que celle que vous avez. Monteleone sera duc et jouira de quelque considération en Europe comme des­cendant des Cortez; d’autres familles, comme ayant un rang dans l’histoire de Naples; d’ailleurs les nobles de votre royaume ont con­tinué à s’appeler ducs, princes, comtes; vous devez donc laisser les choses comme elles sont.

J’ai dû reconstituer en France la noblesse, parce qu’il s’était élevé beaucoup d’hommes qui se sont illustrés dans toutes les carrières, civiles et militaires, soit au milieu des dissensions et factions, soit au milieu des camps. Ce que j’ai fait en France, et ce que l’Europe a approuvé, ce serait à Naples une singerie mal appliquée; laissez dor­mir cela. Quelque chose que vous fassiez, il n’est pas en votre pou­voir, avant que de grands événements illustrent votre pays, de faire oublier le passé et de faire dater les choses de l’époque actuelle.

 

Paris, 24 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il n’y a aucun inconvénient à la ratification de l’acte de renonciation à ses droits sur la monarchie autri­chienne qu’a souscrit l’Impératrice avant de partir de Vienne.

 

Paris, 24 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous ai envoyé la lettre du landammann et celle du petit canton. Mettez-moi sous les yeux un projet de réponse à l’un et à l’autre, où vous direz que je n’ai l’intention de toucher en rien à l’acte de médiation, ni à la situation politique des cantons du Tessin, mais que les Suisses doivent reconnaître que les bailliages italiens sortent du sein de l’Italie et entrent dans l’intérieur du royaume d’Italie; que les conscrits réfractaires, les agents d’in­trigues et de contrebande se réfugient dans ces cantons pour de là inonder l’Italie, et qu’ils établissent réellement un système hostile contre elle; que sans doute il serait à souhaiter, pour le bien de la Confédération, que ses limites fussent naturelles, et qu’elle ne fut pas exposée à être compromise par la faiblesse et la fausse position de quelques cantons ; qu’il n’est point dans ma pensée de rien changer à l’acte de médiation, mais qu’il est convenable de prendre des me­sures qui concilient l’indépendance des cantons du Tessin avec la sûreté et la police du royaume d’Italie, et qu’un traité particulier qui imposerait des stipulations à ces cantons paraîtrait devoir remplir ce but; que, si ces clauses étaient sérieusement et exactement observées par les cantons du Tessin, et qu’ils ne donnassent aucune inquiétude à l’Italie, ils pourraient conserver leur état actuel; mais que, si les magistrats de ces cantons étaient assez peu éclairés pour tolérer des abus qu’ils devraient réformer, il finirait par arriver que le bien de l’Italie, c’est-à-dire de dix-huit millions d’hommes, obligeât ces petits cantons à se placer sur leurs barrières naturelles.

Vous me présenterez un projet de lettre dans le même sens, que mon ministre écrira aux cantons italiens. Vous donnerez pour instruc­tion à mon ministre, qui aura connaissance de vos deux lettres, de laisser faire aux Suisses ce qu’ils veulent.

Vous écrirez au vice-roi pour avoir un projet de traité sur les pré­cautions de douanes et de police qu’il faudrait prendre et sur tout ce qu’il faudrait prévoir là-dessus. Il serait convenable que ce traité se fît à Milan, où les cantons enverraient des commissaires.

Quant au commerce, j’ai permis le transit des colons du Levant par la Suisse; je crois avoir décidé que les marchandises étrangères séquestrées pourraient venir dans mes entrepôts. J’ai donc fait tout ce qu’il m’était possible de faire.

Comme j’ai l’habitude de répondre au landammann, présentez-moi un projet de lettre très court dans laquelle je m’en rapporterai à vous.

 

Paris, 24 décembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai lu avec attention votre rapport sur les princes de Salm-Salm et de Salm-Kirburg. Les princes de la Confédération n’ont pas de droits en France. Tout ce que je puis faire pour ceux qui viennent à être dépossédés, c’est de constituer en leur faveur un majorât de 200,000 francs et de leur donner dans mon palais les mêmes prérogatives qu’ont les ducs français. Quant aux princes de Salm, vous estimez que je leur dois l’équivalent d’un revenu de 240,000 francs; mais il faut en ôter les charges, surtout le contingent ; il doit rester peu de chose. Il est nécessaire que vous me proposiez quelqu’un pour faire un traité avec eux. Le conseiller d’État Dalberg pourrait être chargé de cette besogne.

 

Paris, 24 décembre 1810

Au baron de La Bouillerie, trésorier du domaine extraordinaire, à Paris

J’ai lu avec attention le compte que vous m’avez remis de la caisse de l’extraordinaire. Ce compte me parait fort bien établi comme compte de caisse; mais je désirerais que vous l’établissiez un peu comme compte d’administration, c’est-à-dire que vous distinguassiez les capitaux des revenus, au moins pour 1809 et 1810. Ainsi il serait établi sur une colonne ce que les fonds ont dû rendre en 1809, ce qu’ils ont rendu réellement, et dès lors ce qui reste à recouvrer.

Vous mettrez dans le produit le revenu des domaines dont je n’avais pas disposé. Vous mettrez à côté le fonds de dépenses, qui se con­stituerait des frais de service, des pertes du change, des négocia­tions, et enfin des dispositions que j’aurais faites sur les revenus. Je crois avoir fait payer plusieurs millions par le ministre des finances et avoir fait des affectations spéciales sur les revenus. Le même état serait fait pour 1810; de sorte qu’il me ferait connaître la situation des recettes comme revenus et celle des dépenses, soit dépenses de services et dépenses du domaine extraordinaire, soit celles provenant des affectations que j’aurais faites par décrets. Enfin un autre compte établirait le revenu de 1811, où vous me feriez connaître les capi­taux placés, les domaines vacants, et enfin le budget de recette comme revenus. Vous porterez à compte les dépenses de l’intendant, les vôtres, les frais de service, les affectations que j’aurais faites, d’où résulterait ce qui me reste. Le portefeuille de réserve y serait compris sous une seule dénomination. Ainsi, par approximation, le revenu de 1811 se compose, 1° de 84 millions placés au trésor public; 2° de l’intérêt de 70 millions de la Prusse; 3° de l’intérêt des bons des différentes puissances; 4° des intérêts des actions de la Banque, etc. C’est en distinguant pour 1809 et 1810 les revenus des fonds que je désire que vous établissiez mes revenus en 1811. Je désire avoir une note qui me fasse connaître ce que doit le domaine extraordinaire, soit à la caisse des canaux, pour les travaux du temple de la Victoire, du Louvre, de Versailles, soit pour d’autres dépenses qui auraient été affectées et qui seraient à votre con­naissance.

 

Paris, 24 décembre 1810

NOTE SUR LES CONSEILS D’ADMINISTRATION DU GÉNIE.

Je tiendrai le conseil tous les jeudis. On pourrait commencer de jeudi en huit.

On me présentera les états de dépenses du génie en 1806, 1807, 1808, 1809 et 1810. On me fera connaître les fonds que j’ai accor­dés pour les places, le casernement et le service de campagne, ce qui a été payé, ce qui reste à solder, et s’il y a des crédits, afin d’être certain que tout l’arriéré est payé, puisque cela doit influer sur la bonne administration des années suivantes, et que toute la comptabilité est en règle. On me fera connaître dans le même conseil l’état actuel de situation du service du génie et de son train, et on me présentera un projet de décret pour organiser d’une manière définitive le service et le train du génie en campagne. On me fera un rapport général sur les places de Hollande, qui me fasse connaître celles que l’on doit conserver, améliorer, et celles qu’il faut détruire; enfin on fixera le sort des places qui nous séparent de la Hollande, telles que Breda, Bois-le-Duc et autres. On marquera, sur une carte générale, les places qui existent, et on remettra des notes sur leur situation.

Une place sans abris à l’épreuve de la bombe, à moins qu’elle ne soit d’une grande étendue, est bien faible. Aussi toutes les places de la Hollande ont-elles été prises par quelques bombes ou obus.

Quand on aura bien décidé les places qu’il faut conserver pour appuyer la ligne du Rhin à la mer, pour assurer l’Escaut et Anvers et les divers ports de la Hollande, on pourra renvoyer à une autre séance tout ce qui sera relatif aux détails des projets.

Après cela on pourra s’occuper de l’Escaut, Lillo, Bath, des bat­teries des rades de l’Escaut, Flessingue et l’île de Walcheren, les autres forts et batteries de la rive gauche de l’Escaut jusqu’à l’Écluse; tout cela dans la même séance. On aura les plans de tous ces objets, les travaux faits de l’année, les projets et le budget de l’année pro­chaine, enfin tout en règle comme l’année dernière.

Après cela on s’occupera d’Ostende, Dunkerque, Calais et Bou­logne, le Havre, Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort, etc.

On présentera ensuite les projets de Wesel, Juliers, Mayence, etc.

Après cela, les ouvrages de Toulon, des îles d’Hyères et des places au delà des monts.

 

Paris, 24 décembre 1810

NOTE SUR ANVERS.

Voici ce que je voudrais pour Anvers :

La réunion de la Hollande donne à Anvers une nouvelle impor­tance, et je veux avoir à Anvers tous mes magasins d’artillerie, pou­dres, arsenal, etc.

Cette place étant la seule que j’aurais entre la France et la Hol­lande, je suis décidé à commencer cette année la place de la rive gauche de l’Escaut. Il faut faire le tracé sur un grand plan, puisque tout porte à croire que ce terrain sera chèrement vendu.

La grande difficulté est de l’autre côté de la rivière. Mon intention est d’y faire une autre place et des quais qui la fassent correspondre avec la partie opposée d’Anvers et son enceinte.

On n’élèvera les terre-pleins que dans les bastions, et les courtines resteront ouvertes comme quais. La place d’Anvers venant à être prise, on ferait les parapets des courtines; la place se trouverait parfaitement fermée du côté de la rivière, et on n’aurait rien à crain­dre du côté d’Anvers. Il faut donc tracer la place de manière à laisser sur les quais l’emplacement des terre-pleins, d’une rue et des maisons, de sorte que le quai sera très large sur les courtines. On ne construirait point de maisons dans les bastions.

Les courtines devront être très longues, parce qu’elles ne seront abordables que par eau et qu’il n’est pas question de cheminements.

On pourrait avoir là trois beaux quais, de 100 à 150 toises chacun, dont le terrain serait très précieux et que je vendrais au commerce.

Les bastions auront des poternes et des portions de quai autour, afin de former les quais de l’artillerie et de l’administration militaire, et qu’on puisse ne rien prendre sur les autres quais.

On tracera là une fonderie, un arsenal et un magasin d’artillerie, une manutention des vivres de terre et des magasins.

II faudra construire tout cela sur des canaux et des bassins intérieurs.

Par ce moyen, Anvers jouira des avantages d’une grande place située sur les deux rives de l’Escaut et des agréments d’une place isolée sur chaque rive.

 

Paris, 24 décembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il est nécessaire de vous occuper de faire armer la côte de Grado, afin que les communications de Venise avec Trieste ne puissent pas être gênées, l’été prochain, par les Anglais.

 

Paris, 25 décembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le Moniteur de demain contiendra des nouvelles de Lisbonne du 2 décembre. Faites-en part au général Foy, s’il est encore ici, et, s’il était déjà parti, écrivez-lui par l’estafette de ce soir, sous le couvert du commandant de Bayonne. Vous lui ferez connaître que, le 25 novembre, lord Wellington a fait un mouve­ment pour menacer la droite de l’armée française; ce qui a décidé le prince d’Essling à rappeler toutes les troupes qu’il avait sur la gauche du Zezere, en gardant seulement une tête de pont; mais que tout s’était passé en escarmouches, dans lesquelles il parait que les An­glais ont été repoussés; que le prince d’Essling occupe toujours la forte position de Santarem ; qu’il a même dirigé un détachement de 6,000 hommes sur Leiria, dont il s’est emparé; que lord Welling­ton s’est, à ce qu’il paraît, décidé à reprendre sa position de Torres-Vedras; que les Anglais croyaient que Drouet avait déjà rejoint; qu’il devient donc important plus que jamais de culbuter Silveira et de balayer tous les derrières de l’armée de Portugal, aussitôt que la saison des eaux sera passée et que le temps sera devenu meilleur.

 

Paris, 26 décembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Je vous prie de me faire un rapport confidentiel, ce soir, sur cet établissement de prêts. (Projet d’une caisse destinée à prêter sur dépôt de marchandises.)

Faites-moi également, dans la journée, un petit rapport sur le prêt qui m’est proposé en faveur de la maison Richard-Lenoir.

((Richard-Lenoir, nom de commerce de la manufacture de coton fondée par Richard (d’Épinay-sur-Odon, Calvados) et Lenoir-Dufresne (d’Alençon).)

 

Paris, 26 décembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, faites partir, ce soir, une estafette pour Rayonne, et écrivez au général Foy pour lui faire connaître que nous avons des nouvelles de Londres du 22; qu’il en résulte qu’au 3 décembre le prince d’Essling occupait toujours Santarem ; qu’il y avait eu quel­ques affaires d’avant-garde où les Anglais avaient été repoussés, et que lord Wellington avait repris sa position de Lisbonne; que Silveira se vantait d’un succès à Pinhel sur l’avant-garde du général Gardane; qu’il paraîtrait, par les détails que donne Silveira, qu’il a peu de monde, et que, si le général Gardane avait continué à marcher à lui, des magasins assez considérables de blé et de biscuit auraient été exposés.

Envoyez au général Foy trois exemplaires du Moniteur d’aujour­d’hui, qui contient les nouvelles reçues hier de Londres, et prévenez-le que demain on lui enverra le Moniteur du jour, où seront des articles relatifs à ces détails et aussi ce qui concerne la régence à Londres ; ce qui ne laisse pas d’avoir quelque influence sur les affaires de l’armée.

 

Paris, 27 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre lettre du 26. Mon intention est que tout soit payé en Hollande comme en France, et qu’il n’y ait aucune diffé­rence. J’ai beaucoup bonifié le sort du soldat; j’ai augmenté la solde d’un sou ; j’ai accordé un sou pour la soupe, et deux sous, je crois, de masse d’ordinaire, ce qui fait quatre sous, de sorte que le soldat a 9 sous, outre le pain; cela est donc suffisant. La seule chose à la­quelle il serait possible que je consentisse serait d’augmenter d’un tiers la masse d’ordinaire. Quant aux officiers, il ne me paraît pas nécessaire de rien augmenter.

Comme il n’y a pas de temps à perdre, donnez ordre que les trou­pes, soit françaises, soit hollandaises, soient, à dater du 1er janvier, traitées sur le pied français. Vous ferez faire un état comparatif de ce que reçoit aujourd’hui le soldat avec le traitement qu’il recevait en l’an IX. La comparaison fera voir que tout accroissement serait inutile : on le réclamerait aussi pour Hambourg, pour Rome, et ce serait à n’en plus finir, d’autant plus qu’il sera convenable en Hol­lande, vu la mauvaise eau, de donner aux troupes, en été, de l’eau-de-vie; ce qui sera encore un surcroît de dépense.

 

Palais des Tuileries, 29 décembre 1810

PRÉAMBULE DU DÉCRET ÉTABLISSANT LA RÉGIE DES TABACS.

Les finances ont été l’objet constant de nos méditations. Les finances d’un grand empire doivent offrir les moyens de faire face aux circonstances extraordinaires, même aux vicissitudes des guerres les plus acharnées, sans avoir recours à de nouvelles impositions, puisqu’elles rendent peu pendant les premières années qu’elles sont établies.

Les nations les plus éclairées sur ces matières avaient pensé que le seul moyen qui pût remplir cet objet était un système d’emprunt bien calculé. Ce moyen est à la fois immoral et funeste; il impose à l’avance les générations futures; il sacrifie au moment présent ce que les hommes ont de plus cher, le bien-être de leurs enfants; il mine insensiblement l’édifice public et condamne une génération aux ma­lédictions de celles qui la suivent.

Nous avons adopté d’autres principes. Nous avons reconnu qu’il fallait un grand nombre d’impositions qui pèseraient peu sur nos peuples en temps ordinaires parce que le tarif en serait peu élevé, et seraient susceptibles de pourvoir à tous les besoins du trésor dans des temps extraordinaires par la simple élévation du tarif.

Nous avons considérablement diminué les impositions foncière et personnelle.

Nous avons établi les droits réunis et l’imposition sur le sel, en évitant les vexations et les injustices dont la France a eu tant à se plaindre sous le régime des aides et des gabelles.

Les tabacs, qui, de toutes les matières, sont la plus susceptible d’imposition, n’avaient pas échappé à nos regards. L’expérience nous a démontré tous les inconvénients des mesures qui ont été prises jusqu’à ce jour. Les fabricants étant peu nombreux, il était à prévoir que l’on serait obligé d’en réduire encore le nombre. Le prix du tabac fabriqué était aussi élevé qu’à l’époque de la ferme générale. La plus faible partie des produits entrait au trésor; le reste se partageait entre les fabricants. A tant d’abus se joignait celui que les agriculteurs se trouvaient à leur merci.

Après de mûres discussions, nous avons jugé que toutes les con­sidérations, même les intérêts de l’agriculture, veulent que la fabri­cation du tabac ait lieu par une régie, au profit du trésor; que la culture sera suffisamment garantie et protégée lorsque nous impose­rons à la régie l’obligation de ne fabriquer ses tabacs qu’avec les produits de la culture du sol français; que, la consommation restant ainsi la même, l’agriculteur ne pourra recevoir aucun dommage de rétablissement de la régie; et qu’enfin, sans augmenter les charges de nos peuples, nous acquerrons une branche de revenus que l’on évalue à près de 80 millions ; ce qui nous permettra d’apporter une diminution de pareille somme au tarif des contributions personnelle et foncière, et ce qui assurera au trésor de notre Empire un revenu toujours en proportion avec les circonstances et avec les besoins.

Nos besoins ne sont que de 660 millions en temps de paix ; ils sont de 900 millions en temps de guerre maritime, et ils seraient de 1,100 millions dans des circonstances critiques et extraordinaires où nos peuples auraient à soutenir l’intégrité de l’Empire et l’honneur de notre couronne. Pour arriver à ce but, nous n’avons besoin ni d’em­prunts, ni d’aucune aliénation, ni de l’établissement de nouvelles impositions ; la simple augmentation ou diminution du tarif des con­tributions suffira pour produire ces grands résultats.

(Suivent les articles du décret.)

 

Paris, 30 décembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre des relations extérieures, à Paris

Je vous envoie un projet de décret que je désire que vous teniez secret. Vous comprendrez la grande importance que j’y attache. Je n’ai pas besoin, pour remplir ce décret, d’augmenter les régiments de ma Garde; chaque régiment de fusiliers est de 2,000 hommes, il y a 400 hommes de plus qu’il ne faut. Je crée une compagnie dans chaque bataillon, qui par là, au lieu d’être de quatre compagnies, sera de cinq; ce sera 400 hommes par régiment; l’effectif des fusiliers peut les fournir.

Le premier régiment de tirailleurs a 1,900 hommes, le second est à 1,800, les deux régiments de conscrits-chasseurs sont chacun de 1,800. Les tirailleurs ne sont que de 1,600 hommes et auront besoin de renfort.

Il faut ordonner sur-le-champ au major général de charger posi­tivement le général Dorsenne de former ces compagnies et de les faire partir pour Paris. Faites-moi connaître qui on peut nommer directeur de l’instruction de ces jeunes gens.

Avec cette organisation je peux lever 40,000 à 50,000 hommes, et avoir en trois mois une armée de 50,000 hommes de vieilles troupes.

 

Paris, 30 décembre 1810

Au comte Regnaud de Saint-Jean d’Angely, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur Regnaud, je vous prie de rédiger un projet pour exempter du payement des impositions pendant vingt ans les personnes qui construiraient des maisons rue de Rivoli, pour les indemniser du surcroît de dépenses résultant de l’obligation de se soumettre à un plan d’arcades extérieures, et, par là, de concourir à l’embellissement de la ville. Cependant, pour qu’on se hâte de bâtir, il faut déclarer que cette immunité ne sera accordée qu’à ceux qui auraient com­mencé à bâtir avant telle ou telle époque, et achevé avant telle autre.

 

Paris, 30 décembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je réponds à votre lettre du 18 décembre, relative à la formation du corps d’armée de mon royaume d’Italie. Je trouve qu’il est bien faible en artillerie, n’ayant que soixante-deux pièces de canon pour 30,000 hommes : ce ne serait que deux pièces pour 1,000 hommes, ce qui est évidemment peu. Il est nécessaire d’avoir le nombre de pièces que j’ai indiqué. Il faut me faire un rapport pour préparer le matériel et les munitions.

Vous n’avez point non plus suffisamment de personnel. Il faut retirer de d’Istrie, du royaume de Naples, de l’Espagne ce que vous y auriez, et me proposer, si cela est nécessaire, la formation de quelques nouvelles compagnies. Je crois que l’organisation actuelle confond dans le régiment d’artillerie les soldats du train, les ponton­niers et les ouvriers. Il faut séparer ces armes et avoir un bataillon du train, un régiment d’artillerie à pied, plusieurs compagnies d’ou­vriers et plusieurs compagnies de pontonniers. Il est nécessaire que les sapeurs aient leurs caissons et leurs outils. Il faut donc préparer ce personnel. Quant aux chevaux, rien ne presse ; vous serez toujours prévenu deux ou trois mois d’avance. Jusqu’à présent tout me porte à penser que je n’aurai pas besoin de ce corps au mois de mai. Dans cette situation, que pensez-vous que mon armée italienne pourrait m’offrir au mois de mai 1812 ? Les dragons de la garde sont bien peu nombreux ; il faudrait les doubler et avoir au moins un bon régiment de 700 hommes. Faites-moi connaître s’ils coûtent beau­coup plus que le reste de la cavalerie. Je vois que la garde royale n’a que six pièces de canon ; cela est intolérable. Il faut qu’elle ait une réserve d’au moins dix-huit pièces, dont une division à cheval et deux à pied. Je désire donc que vous me fassiez un rapport sur la situation de l’armée d’Italie et sur la possibilité d’augmenter les cadres pour 1812. Faites-moi un petit aperçu de la dépense pour 1810 et pour 1811.

 

Paris, 31 décembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, j’ai parcouru le projet de distri­bution de 30 millions à employer en vingt ans pour le perfectionne­ment de la navigation de la Seine et des canaux y affluant. Bien des accidents peuvent naître en vingt ans. En commençant tout, on court le risque de ne rien finir et de ne jouir de rien. Il faut que dans l’espace de trois ou quatre ans on ait déjà obtenu des résultats. Je désire donc un nouveau projet de répartition tel que la dépense de tous les 5 mil­lions employés présentement me représente finalement un avantage pour Paris.

 

Paris, 31 décembre 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je vous envoie un rapport qui m’est transmis par le gouverneur général à Turin. Vous recevrez un décret par lequel je supprime cinq canonicats du chapitre d’Asti, dont je réunis les biens au Domaine. Vous écrirez par l’estafette de ce soir à l’évêque Dejean pour qu’il désigne au gouverneur général les cinq canonicats à conserver. Vous écrirez au gouverneur général de faire réunir au Domaine les cinq canonicats supprimés. Ces cinq canonicats seront ceux occupés par les cinq chanoines qui se sont le plus mal comportés. Vous écrirez à l’archevêque de Turin de témoi­gner au chapitre mon mécontentement, et de déclarer que, s’il ne change pas de conduite, je supprimerai l’évêché d’Asti et réunirai ses biens au Domaine, et que j’attends une réparation éclatante de cet acte de rébellion. Si cela est nécessaire, l’archevêque de Turin se transportera à Asti. Vous écrirez au préfet de Montenotte pour lui faire connaître ces actes, en lui faisant remarquer que voilà où mènent les germes de rébellion que suscite le Pape ; que je suis résolu à réunir au Domaine les biens des évêchés où ces germes éclateraient, et qu’ainsi le Pape sera cause que les évêques du Piémont et de l’Italie perdront leurs domaines.

 

Paris, 31 décembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le ministre de la guerre vous fera connaître l’ordre par lequel je viens de former un bataillon de fusiliers-sergents, com­posé de quatre compagnies ou 800 hommes, choisis parmi les meil­leurs sujets de mes régiments de fusiliers, et deux bataillons d’égale force de voltigeurs-caporaux et de tirailleurs-caporaux, choisis parmi les meilleurs sujets de mes tirailleurs et conscrits. Mon intention est de placer ces trois bataillons à Fontainebleau et de leur donner une instruction particulière. Par cette organisation, mon but est d’avoir sous la main 800 sergents pouvant servir à la composition de deux cent dix compagnies, et 1,600 caporaux pour un pareil nombre de compagnies ; ce qui me formerait les cadres de trente ou quarante bataillons. Le corps des fusiliers étant de quatre bataillons et de 4,000 hommes, ce sera un homme sur cinq qu’il devra fournir. Les corps de tirailleurs et de conscrits étant de seize bataillons, ce sera un homme sur huit qu’ils devront fournir. Voyez le prince d’Eckmühl, concertez-vous avec lui pour faire le travail sur le papier, pour que les hommes absents par congé ou maladie, reconnus pour bons sujets, soient compris dans cette formation, et écrivez au général Dorsenne sur le nombre d’hommes que chacun des bataillons qui sont en Es­pagne doit fournir. Vous lui prescrirez de réunir les hommes qui doivent former les trois bataillons à Burgos et de les mettre eu route pour Fontainebleau. Le prince d’Eckmühl fera faire à Fontainebleau les dispositions nécessaires pour les recevoir. Vous sentez l’importance que j’attache à avoir ces hommes réunis à Fontainebleau.