Correspondance de Napoléon Ier – Octobre – Novembre – Décembre 1809

Schönbrunn, 1er octobre 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Schönbrunn

Monsieur de Champagny, j’avais demandé cinq cercles de l’ancienne Galicie: Bochnia, 171,459 habitants; Myslenice, 247.455 ; Zolkiew, 197,430; Lemberg, 131,831; Zloczow, 191,531; total, 939 706 habitants; indépendamment de la nouvelle Galicie en entier, 1,286,000 habitants, et du cercle de Zamosc, 188,000; total, 1 474,000 habitants.

Ce dernier article étant consenti, la difficulté roule sur les cinq cercles dont la population est de 940,000 habitants.

J’ai dans ma conférence d’hier, cédé la moitié; il reste donc 470,000 âmes. Je désire qu’on les prenne ainsi, savoir: le cercle de Zolkiew, 197000 habitants ; le cercle de Zloczow, 191,000; un arrondissement autour de Wieliczka, 82,000; total, 470,000 habitants. Vous remarquerez que le cercle de Cracovie passe déjà sur la rive droite de la Vistule et entoure Podgorze. C’est cette enclave, que je veux augmenter de 82,000 âmes, mais de manière que Wieliczka et sa saline y soient compris; je ne me départirai pas de cela.

Vous trouverez ci-joint, sur une petite carte, tout ce qui doit appartenir au duché de Varsovie, couvert d’une teinte. Sa population, par ce moyen, sera de 1,556,000 habitants , savoir : la nouvelle Galicie en entier, 1,286,000 habitants; le cercle de Zamosc , 188,000, l’arrondissement de Wieliczka, 82,000; total, 1,556,000 habitants.

Pour la Russie: le cercle de Zolkiew, 197,000 habitants; le cercle de Zloczow, 191,000; total, 388, 000 habitants.

Voici maintenant mon raisonnement sur la Galicie, présenté sous un second rapport. La population entière de la Galicie est de 4,800,000 habitants ; la moitié, de 2,400,000; voilà ce que les Autrichiens doivent.

Ils offraient, dans la Galicie, le cercle de Zamosc et la nouvelle Galicie; nouvelle Galicie, 1,286,000 habitants; cercle de Zamosc 188,000; ce qui fait en tout 1 474 000 ; la différence est donc de 926,000 habitants.

J’ai renoncé hier à la moitié de cette différence pour aplanir les difficultés de la négociation et laisser à l’Autriche le chemin qui conduit de Moravie en Galicie. Cette moitié est de 463,000 âmes.

Les Autrichiens n’auront donc cédé que 1,937,000 âmes ; ils en auront gagné 468,000.

Voilà tout ce que je puis faire pour accélérer les négociations Il est clair que je me relâche de mon ultimatum de quelques cents milliers d’habitants.

Quant aux frontières de Bavière je me suis désisté hier du territoire de Gmünd, compris entre la Traun et le lac Kammer. La limite depuis Schwannstadt remontera la rive droite de la rivière Ager et du lac Kammer jusqu’aux frontières de Salzburg. Je ne réclame point d’équivalent sur la rive gauche du Danube.

Quant aux articles de renvoi des citoyens français, je n’ai pas voulu me relâcher, j’ai sentir l’importance de cette mesure comme conservatrice.

Quant à l’article de la réduction des troupes, j’ai consenti à ce qu’elle n’ait lieu que jusqu’à la paix avec l’Angleterre.

 

Schönbrunn, 1er octobre 1809

Au général Clarke

Monsieur le général Clarke, notre militaire est peu instruit;

Il faut s’occuper de deux ouvrages, l’un pour l’école de Metz, l’autre pour celle de Saint-Cyr.

L’ouvrage pour l’école de Metz doit contenir les ordonnances sur les places, les jugements qu’ont encourus tous les commandants qui ont rendu légèrement la place dont la défense leur était confiée, enfin toutes les ordonnances de Louis XIV et de nos jours qui défendent de rendre une place avant qu’il y ait brèche et que le passage d’un fossé soit praticable. Dans cet ouvrage, qui comporte plusieurs volumes, il faut faire entrer une dissertation sur la défense des places, qui fasse voir :

1.- Comment de vrais militaires, prenant le commandement de places presque démantelées, les ont en peu de temps mises en état de soutenir un long siège.

Il faut entrer, à cet égard, dans de grands détails et citer une quinzaine d’exemples, tels que celui du duc de Guise à Metz et celui du chevalier Bayard à Mézières.

2.- Comment ces braves commandants, prévoyant l’attaque de l’ennemi, ont sur-le-champ rectifié la brèche, retranché le bastion; comment, d’ailleurs, le moindre petit ouvrage et une bonne défense des derniers travaux ont considérablement retardé le cheminement des assiégeants.

On peut citer le dernier siège de Danzig, où un simple blockhaus nous a fait passer quinze jours pour le couronnement du chemin couvert et le passage du fossé. Il faut, à cette occasion, se récrier contre cette manie qu’ont les officiers du génie de croire qu’une place ne peut se défendre que tant de jours; faire sentir combien cela est absurde et citer des exemples connus de sièges où, au lieu du nombre de jours qu’on avait calculé devoir mettre à faire cheminer les parallèles, on a été forcé d’y employer un temps bien plus considérable, soit par des sorties de la place, soit par des feux croisés, soit par toute autre espèce de retards que la défense de la place a fait naître; faire voir, lorsqu’il existe une brèche, toutes les ressources qui restent encore si la contrescarpe n’a pas sauté, si tous les feux ne sont pas éteints, et comment l’assaut même de la brèche peut manquer si l’on s’est retranché derrière.

Je ne trace là qu’un aperçu des idées qui doivent entrer dans cet ouvrage; c’est un travail complet à faire, et je crois que  Carnot, ou tout autre de cette classe, serait très propre à s’en charger. (Carnot fut effectivement chargé de ce travail, qui lui fut payé 10 000 francs

Le but doit être de faire sentir de quelle importance est la défense des places, et d’exciter l’enthousiasme de mes jeunes militaires par un grand nombre d’exemples; faire connaître combien, dans tous les cas, les délais qu’on a mis en avant comme règles du cheminement ont constamment éprouvé des retards dans l’application. Enfin, dans cet ouvrage, on doit faire entrer un grand nombre de faits héroïques, par lesquels se sont immortalisés les commandants qui ont défendu longtemps les places les plus médiocres, et rappeler en même temps les sentences qui, chez toutes les nations, ont flétri ceux qui n’ont pas rempli leur devoir.

L’auteur seul peut concevoir les divisions de cet ouvrage, dont je ne donne l’idée qu’en bloc. Il doit traiter non-seulement ce qui regarde l’officier du génie, mais aussi le commandant et le gouverneur d’une place; il doit apprendre le peu de cas qu’il faut faire des faux bruits que l’ennemi peut répandre, et poser en principe qu’un commandant de place assiégée ne doit faire aucune espèce de raisonnement étranger à ce dont il est chargé; qu’il doit se regarder comme isolé de tout; qu’il doit enfin n’avoir d’autre idée que de défendre sa place, avec tort ou raison, jusqu’à la dernière minute, conformément à ce que prescrivent les ordonnances de Louis XIV et l’exemple des braves gens.

J’attache une grande importance à cet ouvrage, et celui qui le fera bien méritera beaucoup de moi. Il faut que ce soit à la fois un ouvrage de science et d’histoire; que les récits soient même quelquefois amusants; qu’il y ait de l’intérêt, des détails, et que, s’il le faut, des plans y soient joints.

Cependant il ne faut pas sortir des bornes d’un ouvrage propre à être mis dans les mains des jeunes gens.

Quant à l’ouvrage pour l’Ecole militaire, je désire qu’on y traite de l’administration en campagne, des règles du campement, pour que chacun sache comment se trace un camp, enfin des devoirs d’un colonel ou d’un commandant de colonne d’infanterie.  Il faut surtout appuyer sur les devoirs de l’officier qui commande une colonne détachée; bien exprimer l’idée qu’il ne doit jamais désespérer; que, fût-il cerné, il ne doit pas capituler; qu’en pleine campagne il n’y a pour de braves gens qu’une seule manière de se rendre, c’est, comme François Ier et le roi Jean, au milieu de la mêlée et sous les coups de crosse; que capituler, c’est chercher à sauver tout hors l’honneur; mais que, lorsqu’on fait comme François Ier, on peut du moins dire comme lui: Tout est perdu fors l’honneur ! Il faut citer là des exemples, tels que celui du maréchal Mortier à Krems, et un grand nombre d’autres qui remplissent nos annales, pour prouver que des colonnes armées ont trouvé moyen de se faire passage en cherchant toutes leurs ressources dans leur courage; que quiconque préfère la mort à l’ignominie se sauve et vit avec honneur, et qu’au contraire celui qui préfère la vie meurt en se couvrant de honte. On peut ainsi prendre dans les histoires modernes tous les traits faits pour exciter l’admiration ou le mépris. Au nombre des actions honteuses, il faut mettre les affaires de Blenheim et de Höchstädt, et celle du corps de grenadiers français qui, dans la guerre de Sept-Ans, a capitulé. On peut même citer l’affaire du général Dupont, qui, tandis que des colonnes de secours s’avançaient, se tint pour battu dans une première attaque, préféra, pour sauver des bagages, obtenir une prétendue capitulation qui ne fut point exécutée, et entraîna ainsi les autres divisions dans sa perte.

Il y a un grand nombre de traits historiques pour et contre, qu’il faudra choisir et citer, de manière à inspirer toujours l’admiration pour les uns et le mépris pour les autres.

Beaucoup d’autres ouvrages seraient nécessaires pour les écoles et il faudrait peut-être nommer une commission de militaires instruits, que vous chargeriez de faire le prospectus de ces différents ouvrages.

 

Schönbrunn, 2 octobre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Schönbrunn

Monsieur de Champagny, témoignez mon mécontentement au sieur Bourrienne de ce qu’il ne vous rend pas compte des démarches du roi  de Westphalie à Hambourg. On assure que le cabinet de Cassel veut obliger les villes hanséatiques à lui faire un prêt. Si cela est, il doit s’y opposer de toutes ses forces, sans cependant empêcher un emprunt qui serait volontaire de la part des citoyens.

 

Schönbrunn, 2 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au roi d’Espagne que les Anglais, dans leurs relations, disent avoir pris du canon, qu’ils détaillent le nombre des pièces, que toutes les lettres de l’armée le certifient, et qu’enfin le général Sénarmont dans son rapport, accuse qu’il y a six pièces de canon prises. Écrivez au général Sénarmont et au directeur du parc de donner l’état de l’artillerie perdue à la bataille de Talavera; que la moindre omission serait criminelle; que ce n’est pas pour imprimer, mais pour, savoir la vérité.

Témoignez au général Suchet ma satisfaction sur sa manière de marcher, et faites-lui connaître que je m’en rapporte à lui pour assurer la possession du fort important de Jaca, et qu’il y mette la garnison qu’il jugera convenable. Informez-le que j’ai nommé colonel, comme il le demande, le chef de bataillon Lapeyrolière du 117e.

 

Schönbrunn, 2 octobre 1809

Au comte Fouché, chargé par intérim du portefeuille de l’intérieur, à Paris

Je reçois votre lettre du 25 septembre. Je suppose que vous avez détruit le régiment des chevau-légers. S’ils veulent faire la guerre,  c’est bien; sans cela, il est inutile qu’ils occupent de bons chevaux et dépensent l’argent de leurs parents. Les gardes nationales de Paris, en 1789, n’avaient pas d’hommes à cheval. Cela finira la querelle des colonels. A ce sujet, j’ai lieu d’être mécontent que vous ayez arrêté l’effet de mon décret. Personne n’a ce droit en France. Lorsque vous avez reçu mon décret, vous deviez l’exécuter comme vous avez fait pour le maréchal Sérurier. En général, j’ai toujours le même reproche à vous faire : vous ne mettez pas assez de légalité dans votre conduite. Vous devez ne pas faire ce qui vous paraître plus convenable, mais accorder tout avec la règle.

On me rend compte qu’un nommé Julian porte les épaulettes de colonel; faites-les-lui retirer, si vous ne voulez pas que je les lui fasse honteusement arracher. J’ai écrit au ministre de la guerre pour lui faire connaître mon intention. Que personne ne porte d’épaulettes d’officier sans avoir un brevet de moi. J’en excepte les officiers des gardes nationales des cinq divisions des côtes, qui pourront porter les épaulettes, jusqu’à celles de capitaine, lorsque le ministre les aura prévenus qu’il a mis leur nom sous mes yeux. Mais je désire que cela se fasse sans blesser personne, car ceux qui se sont mis en avant ont voulu être utiles; il ne faut point les dégoûter.

Je m’étonne qu’à la course du Champ-de-Mars il n’y ait eu que quatre chevaux. Il devait y en avoir autant que de départements. Cette institution est encore dans l’enfance.

 

Schönbrunn, 2 octobre 1809

A Joachim, roi des Deux-Siciles, à Naples.

L’idée de m’envoyer des brigands pour recruter les régiments napolitains qui sont à mon service ne vaut rien. Vous savez que la plus grande partie de ceux que vous m’avez envoyés ont déserté. Il y a trop de brigands en Espagne. Il ne faut donc pas songer à ce que vous me proposez.

Je donne ordre au ministre de la guerre de vous envoyer tous les officiers napolitains qui sont dans les troupes françaises ou italiennes.

 

Schönbrunn, 3 octobre 1809.

NOTE SUR DES INSCRIPTIONS PROPOSÉES POUR L’ARC DE TRIOMPHE.

L’Institut propose de donner à l’Empereur le titre d’Auguste et de Germanicus. Auguste n’a eu que la bataille d’Actium. Germanicus a pu intéresser les Romains par ses malheurs, mais il n’a illustré sa vie que par des souvenirs très-médiocres.

On ne voit rien dans le souvenir des empereurs romains que l’on puisse envier. Un des plus grands soins de l’Institut et des hommes de lettres doit être de s’attacher à mettre une grande différence entre eux et les faits de notre histoire. Quel horrible souvenir pour les générations que celui de Tibère, Caligula, Néron, Domitien et de tous ces princes qui régnèrent sans lois légitimes, sans transmission d’hérédité, et, par des raisons inutiles à définir, commirent tant de crimes et firent peser tant de maux sur Rome !

Le seul homme, et il n’était pas empereur, qui s’illustra par caractère et par tant d’illustres actions, c’est César. S’il était un titre que l’Empereur pût désirer, ce serait celui de César. Mais tant de petits princes ont tellement déshonoré ce titre (si cela était possible), que cela ne se rapproche plus de la mémoire du grand César, mais de celle de ce tas de princes allemands aussi faibles qu’ignorants et dont aucun n’a laissé de souvenirs parmi les hommes.

Le titre de l’Empereur est celui d’Empereur des Français. Il ne veut donc aucune assimilation, ni le titre d’Auguste, ni celui de Germanicus, ni même celui de César.

Quant à la langue dans laquelle les inscriptions doivent être rédigées, c’est la langue française. Les Romains se servirent quelquefois de la langue grecque dans leurs inscriptions, mais c’était un reste de l’influence des Grecs sur les arts et les sciences à Rome. La langue française est la plus cultivée de toutes les langues modernes; elle est plus définie, plus répandue que les langues mortes. On ne veut donc point d’autres langues pour les inscriptions que la langue française.

 

Schönbrunn, 3 octobre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Schönbrunn

Monsieur de Champagny, il faut approfondir ce que c’est que des effets qui courent sur la place sous le titre de billets de Carniole et de billets de Trieste, si c’est au compte des provinces ou de la Maison d’Autriche, afin qu’on ne nous mette pas des dettes sur le corps.

 

Schönbrunn, 3 octobre 1809

Au comte de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur Bigot Préameneu, je désire que vous fassiez faire deux ouvrages soignés et qui passeront sous vos yeux: l’un sur la grande discussion qui eut lieu à l’occasion du concordat de Léon X, sous François ler et sous le ministère du chancelier Duprat. Il faut qu’il n’y ait que des citations dans cet ouvrage, en rapportant les phrases originales des historiens, les requêtes de l’Université, les discours des gens du roi, les remontrances du Parlement et tout ce qui a été dit il cette importante époque contre la cour de Rome et pour l’indépendance de l’église gallicane. Je désire qu’un recueil de toutes ces pièces soit fait en un volume, qui aura le titre d’Histoire du Concordat de Léon X. Chargez de ce travail un homme versé dans ces matières et qui se tienne dans la limite; qu’en général il mette peu du sien; qu’il fasse un récit intéressant des faits, mais qu’il cite tout ce qui est émané de l’Université, de la Sorbonne, du Parlement, à cette célèbre époque. Le second ouvrage aura pour titre : Histoire des guerres que les Papes ont faites à la puissance qui avait de la prépondérance en Italie, et spécialement à la France. L’idée primordiale de cet ouvrage doit être que les Papes ont constamment fait la guerre à toute puissance qui acquérait de la prépondérance en Italie; qu’alors ils employaient les armes spirituelles pour soutenir le temporel; de là des désordres incalculables dans l’Église; que les Papes n’ont jamais été engagés dans des guerres que dans des vues temporelles et pour avoir les moyens de donner des souverainetés à leurs neveux. Cet ouvrage doit être fait par un homme qui reste constamment dans les principes de la religion, mais se tienne rigoureusement sur la limite qui distingue le temporel du spirituel.

 

Schönbrunn, 3 octobre 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur Bigot Préameneu, en lisant l’ensemble du mandement de l’évêque de Saint-Brieuc, je pense comme vous. La phrase qu’on m’avait mise sous les yeux m’avait paru douteuse; cela prouve le danger d’isoler des passages. Il me semble que l’ensemble du mandement est bon, j’ai lu avec intérêt l’extrait que vous m’avez remis sur les mandements des évêques. Je désire que vous me fassiez relier tous ces mandements en un seul volume et que vous me le remettiez.

Faites mettre dans les journaux ecclésiastiques un extrait des mandements des principaux évêques sur ma lettre, à peu près comme celui que vous m’avez remis, en en retranchant les mandements mauvais ou douteux, et en développant mieux ce qui caractérise, dans les bons mandements, l’attachement au Gouvernement et les lumières de leurs auteurs sur la limite des deux pouvoirs.

 

Schönbrunn, 3 octobre 1809.

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur Bigot Préameneu, quelles sont les trois meilleures têtes du clergé de France comme théologiens gallicans ?

 

Schönbrunn, 3 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre des Cultes, à Paris

Écrivez au roi d’Espagne qu’il est nécessaire de faire construire et d’occuper une forte tête de pont sur la rive gauche du Tage et de faire travailler à plusieurs ponts, afin de pouvoir manœuvrer facilement sur les deux rives.

Faites connaître au Roi que mes troupes en Espagne manquent de tout, parce que mes généraux n’ont aucun pouvoir dans les provinces, et que, les autorités espagnoles étant faibles, les agents de la junte en profitent pour lui faire passer l’argent ; qu’il faut donc que les commandants des provinces aient l’administration du pays; que, dans la saison actuelle, qui est la bonne pour l’Espagne, il ne doit pas souffrir que l’ennemi approche de plusieurs marches du Tage, en tombant sur le premier qui se présente; que c’est d’ailleurs le moyen d’avoir des subsistances et d’ôter à l’ennemi des ressources en recrues, et en vivres; qu’il est contre toutes les règles de la guerre que, quand on occupe une position comme Plasencia, on laisse l’ennemi en position de couper les différents corps; qu’il ne faut donc pas souffrir que l’ennemi approche de plusieurs marches d’Almaraz; que la position qu’occupe l’armée est timide, mauvaise, et ne peut donner lieu qu’à des malheurs; qu’en ayant, au contraire, des ponts sur le Tage, avec de bonnes têtes de pont pour assurer sa retraite, et en battant sans cesse la plaine sans en laisser approcher l’ennemi, on saura ce qu’il fait, on empêchera sa réunion et on se ménagera les moyens d’être réuni à temps; que la position actuelle est absurde et contraire à tous les principes: pourquoi, du moment que 7 à 8,000 hommes sont venus bivouaquer devant Belvis de Monroy, ne les a-t-on pas attaqués et battus ?

Écrivez aux généraux Kellermann et Thiebault et au général commandant en Aragon de ne pas se laisser trahir par les Espagnols et de prendre des mesures pour garnir les magasins, se procurer des vivres, des moyens de charroi et tout ce qui est nécessaire à la troupe.

 

Schönbrunn, 3 octobre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, le régiment des chevau-légers polonais se trouvant dans des cantonnements infectés d’une fièvre contagieuse, mon intention est qu’il monte à cheval à midi et parte pour Saint-Pölten, où il sera cantonné dans la ville et environs. Ce régiment emmènera avec lui son dépôt et ses convalescents.

 

Schönbrunn, 5 octobre 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, Maret vous aura envoyé le budget du quatrième trimestre de l’année. Il est probable que, dans le courant de novembre, toute la Garde sera rentrée en France, et que probablement une partie de l’armée y sera également de retour. Il est donc nécessaire que vous preniez des précautions pour que la solde ne soit pas payée deux fois, à l’armée et en France. Cette campagne ne m’a pas rendu autant que la précédente. Cependant, par les articles secrets des traités, je recevrai 100 millions sur la contribution; mais je ne crois pas que, y compris les magasins que je vendrai, j’aie reçu, jusqu’à cette heure, plus de 50 millions. Cette campagne ne m’aura donc rendu que 150 millions.

 

Schönbrunn, 5 octobre 1809

A Elisa Napoléon, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, je reçois votre lettre du 28 septembre. Vous me dites que soixante cures sont vacantes dans le pays d’Arezzo; je ne vois pas pourquoi ces cures sont restées vacantes. Je désire que vous ayez soin qu’on y nomme promptement des bons sujets et qui me soient attachés, Vous me dites aussi que le superbe domaine de la liste civile dans le val de Chiana n’a pas de directeur: voyez l’intendant de ma liste civile et faites nommer un directeur capable; cela ne dépasse pas vos attributions. Quant aux curés, c’est à l’évêque à les nommer, et je désire qu’il s’en occupe sans retard. Vous me dites que les chemins sont en mauvais état; il faut vous occuper de les faire rétablir; j’ai accordé des fonds suffisants pour les travaux de cette année; levez tous les obstacles.

 

Schönbrunn, 6 octobre 1809, trois heures du matin

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Schönbrunn

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre. Je vais aujourd’hui jusqu’aux frontières de la Styrie, pour voir le pays et le débouché des montagnes. Vous pouvez dire que j’ai été voir les troupes de l’armée d’Italie au delà de Neustadt.

Ayez aujourd’hui une conférence peu parleuse, dans laquelle vous direz au prince de Liechtenstein qu’il connaît mon ultimatum et que la paix est à ces conditions. S’il ne répond pas d’une manière satisfaisante, vous remettrez la note ci-jointe, que vous tiendrez toute faite. Vous ne manquerez pas d’ajouter que le prince de Liechtenstein me marque peu d’égards; que, depuis quatre ou cinq jours que je le presse de finir, il tend à dénaturer la négociation; que je pensais toujours que la moitié des mines pouvait le satisfaire; que la question de l’Inn ne pouvait être renouvelée, ni aucune modification admise, sans faire rétrograder la négociation au delà de ce qu’elle était; que c’est enfin se moquer de vous et de moi. Parlez clair; dites-lui qu’il réfléchisse sur la note, et que ce soir, à mon retour, je désire en connaître le résultat; que, voulant faire une campagne avant l’hiver, je ne puis attendre plus longtemps. Si cela est bien fait, je dois trouver la paix faite à mon arrivée; et cela sera bien fait, si c’est dit solennellement et d’un ton positif. Au fond, la négociation devient ridicule. Vous ne manquerez pas de faire connaître que cet ultimatum a été donné ce matin avant mon départ.

NOTE.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, est chargé de faire connaître au prince de Liechtenstein que le sine qua non des négociations est dans les conditions qu’il lui a fait connaître hier; que, depuis trois mois, les négociations traînent sans arriver à aucun résultat; que S. M. l’Empereur, dans son ultimatum qu’il avait donné dans sa lettre à l’empereur d’Autriche, avait demandé 1,600, 000 âmes sur la frontière de l’Inn et sur celle de l’Italie, et que cependant, par son sine qua non, il se contente entre 1,400,000 et 1,500,000 âmes; qu’il avait demandé en Galicie 2,500,000 habitants; qu’il se contente cependant de 1,900,000 ; qu’admettre d’autres conditions serait contraire à son honneur et aux promesses qu’il avait faîtes en annonçant à l’empereur d’Autriche, dans sa lettre, que les conditions qu’elle renfermait étaient son ultimatum; que, d’ailleurs, Sa Majesté est résolue à ne pas se désister de son sine qua non ; que c’est donc au prince de Liechtenstein à prendre son parti sur cette déclaration.

 

Schönbrunn, 6 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vois dans les journaux une lettre du général Sénarmont à la cour de Carlsruhe, dans laquelle il lui rend compte de la bravoure qu’ont montrée les troupes de Bade, etc.

Je trouve ces rapports extrêmement déplacés. Faites une circulaire aux généraux qui ont des troupes alliées sous leurs ordres pour leur interdire toute correspondance avec les cours étrangères ,et faites-leur connaître que j’ai témoigné mon mécontentement au général Sénarmont pour avoir écrit cette lettre.

Un autre général a écrit au roi de Hollande. Tour cela est ridicule.

 

Schönbrunn, 7 octobre 1809.

NOTE POUR LES MINISTRES DE L’INTÉRIEUR ET DE LA JUSTICE

De ce que la Spezia est devenue port militaire, on en conclut qu’il est inutile de former à Bouc un port militaire et de construction de vaisseaux de guerre. La Spezia et le port de Bouc n’ont rien de commun, et l’on pourrait même dire que c’est parce que la Spezia est devenue port de guerre, qu’il faut former à Bouc des établissements pour la construction de trois ou quatre vaisseaux de ligne. On ne ferait plus de construction à Toulon, qui deviendrait exclusivement port d’armement et de radoub. Bouc a une qualité essentielle pour être port de construction, puisqu’il se trouve à l’embouchure d’un fleuve qui communique, par les moyens de navigation, tant exécutés qu’en exécution, avec l’Océan et toutes les grandes rivières de France.

 

Schönbrunn, 7 octobre 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Dans le dernier état de situation, au ler août, il y avait à Bayonne 9,000 habits de ligne et 1,500 légers. Cela sera suffisant pour habiller les 7,000 hommes que j’ai ordonné d’y diriger. Je vois qu’il y avait 20,000 chemises, 80,000 paires de souliers et tout ce qui est nécessaire.

 

Schönbrunn, 7 octobre 1809.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, mettez à l’ordre l’enquête faite sur l’adjudant commandant Mériage et les réponses de cet officier, en faisant connaître que, en conséquence de ces pièces, Sa Majesté le déclare exempt de tout blâme.  Je vous ai recommandé de faire imprimer l’ordre du jour dans le Moniteur. Faîtes-y mettre également le résultat de la présente enquête.

 

ORDRE DU JOUR

Quartier impérial de Schönbrunn, 1er octobre 1809.

Le nommé Guéniard, secrétaire de l’adjudant commandant Mériage, commandant de la place de Vienne, ayant été convaincu d’après le jugement d’une commission militaire, d’avoir eu des intelligences avec l’ennemi et d’en avoir reçu de l’argent, a été condamné à la peine de mort et exécuté aujourd’hui.

L’Empereur ordonne que l’adjudant commandant Mériage, commandant de la Ville de Vienne, soit remplacé dans ce commandement, et qu’il soit nommé une commission d’enquête, composée de quatre officiers généraux, pour informer :

1° Si M. Mériage connaissait le sieur Guéniard quand il l’a pris pour secrétaire;

2° Quelles mesures a prises l’adjudant commandant Mériage pour s’assurer des mœurs, de l’honnêteté et de la moralité de cet homme avant de lui conférer une place aussi importante et dans laquelle il était à même de connaître les détails de l’armée ;

3° M. Mériage s’était-il procuré des renseignements sur la conduite antérieure du sieur Guéniard auprès des personnes auxquelles cet individu était attaché ?

Etait-il porteur de papiers et de titres qui garantissaient sa conduite passée ?

4° Comment M. Mériage a-t-il pu ignorer que le sieur Guéniard était mal famé depuis longtemps ?

Sa Majesté fait connaître à MM. les officiers des états-majors, commandants d’armes et à MM. les chefs d’administration, qu’ils doivent répondre des personnes auxquelles ils accordent leur confiance. Leur premier devoir est de ne s’attacher que des hommes bien famés et connus par leur conduite antérieure, et de repousser loin d’eux ces individus tarés dans l’opinion publique et immoraux, qui, par leur esprit d’intrigue, ont plus de facilité à se mettre en avant, à tromper ceux qui les emploient et à trahir les secrets des cabinets où ils sont entrés.

Le prince de Neuchâtel, major général, ALEXANDRE.

 

Schönbrunn, 7 octobre 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre, du 30 septembre. Je vois avec plaisir qu’il y a en France plus de voitures neuves que je ne pensais; qu’il y en a 600 à Strasbourg,  parmi lesquelles 120 haquets à bateaux; les bateaux y sont-ils ? Qu’entre Strasbourg et Mayence, Auxonne, Metz et la Fère j’ai 900 voitures neuves; c’est la moitié de ce que je demande.

Ce qui existe à Grenoble doit être tenu en réserve pour l’Italie, en cas de malheur et qu’il fallût reformer une armée sur les Alpes. Je vois 300 voitures marquées en encre rouge; je présume qu’elles sont à réparer. Au total, cet état est plus satisfaisant que je ne le croyais, et ma croyance est simple: vous m’aviez écrit que vous n’aviez pas de voitures. Vous avez justifié le directeur d’artillerie de Mayence d’avoir donné de mauvaise artillerie au corps de Hanau, en disant qu’il n’y avait pas d’artillerie; cependant il y avait là 120 voitures.

Il faut avoir un grand nombre de forges de campagne, non seulement pour l’artillerie, mais pour que je puisse au besoin en prendre pour la cavalerie. Cela étant, faites vos commandes et organisez vos arsenaux de manière qu’on y travaille sans relâche. Présentez-moi un nouveau projet. Je désire que vous regardiez comme à compte sur les 2,200 voitures que j’ai demandées celles qui sont à Strasbourg, Metz, la Fère, Auxonne et Mayence. Il faut également compter celles que vous faites confectionner et qui entrent dans les budgets des années 1809 et 1810, parce que j’estime que ce ne sera qu’en 1811 que vous pourrez avoir 3,000 voitures que je demande, au lieu de 2,200. Il est probable que celles que vous avez formeront un nombre de 1,000 à 1,200, et, comme je veux conserver les mêmes fonds que j’ai accordés par le budget de cette année, on pourra employer le surplus d’affûts de place et de côte.

Résumé. Je désire que mes arsenaux soient organisés de manière qu’au 1er janvier 1811 j’aie dans mes arsenaux du Rhin 2,500 voitures de campagne neuves , indépendamment de 3 ou 400 voitures que la Grande Armée y déposera. Ce nombre de 2,500 voitures se compose: 1° des voitures neuves existant aujourd’hui, 2° de celles à faire par le budget de 1809, 3° de celles à faire par le budget de 1810, 4° du supplément à faire en conséquence du budget extraordinaire de cette année, c’est-à-dire sur les fonds accordés par mon dernier décret. Présentez-moi, à mon retour à Paris, un travail là-dessus.

Un second travail que je désire que vous me fassiez faire est celui-ci : me faire connaître, 1° le nombre d’affûts de côte, de siége et de place existant dans mes arsenaux, 2° les commandes que vous avez faites en conséquence du budget de 1809, 3° les commandes que vous avez faites sur le budget de 1810, 4° enfin l’extraordinaire, pour consommer les fonds que j’ai mis cette année pour les voitures d’artillerie.

Je vous prie de considérer quatre choses: l° que j’ai pour principe, non seulement d’avoir une grande quantité d’affûts et de canons à la Fère, comme place centrale et près de Paris; 2° que je veux faire de Metz, comme place forte et éloignée des frontières, le grand dépôt de mon matériel; 3° qu’il faut que Turin puisse fournir à l’armement d’Alexandrie; 4° qu’il faut que le Nord puisse fournir au grand armement d’Anvers et de l’Escaut, car je désire que les batteries du fort Lillo et autres forts soient sur affûts de place et de côte, ainsi que celles d’Anvers. Jusqu’à cette heure il n’y a que des batteries sur affûts marins; il faut changer cet état de choses.

Faites travailler avec la plus grande activité possible dans les arsenaux. L’Empire est vaste, et les besoins sont considérables.

 

Schönbrunn, 7 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre à Bayonne qu’on forme un régiment de marche tiré des dépôts des 34e, 114e , 115e, 116e, 117e, 118e, 119e et 120e. Ce régiment restera réuni à Bayonne jusqu’à ce qu’il soit bien habillé, bien discipliné et fort de 3 à 4,000 hommes. Le 1er novembre, le général Hédouville en passera la revue et me fera connaître sa situation. Vous passerez à Paris la revue des deux bataillons de la Vistule et des 200 lanciers. Vous dirigerez de Sedan tout ce qu’il y aurait de disponible sur ces deux corps, en leur faisant donner ce qui leur est nécessaire pour les porter à 1,500 hommes d’infanterie et 300 chevaux. Vous me ferez connaître, au 20 octobre, la situation de ces corps pou que j’indique leur destination, Vous dirigerez sur Orléans le bataillon irlandais et les autres troupes que vous destineriez pour l’Espagne.

Réunissez à Paris tout ce que les dépôts de dragons pourront fournir après avoir complété les six régiments provisoires à 6,000 hommes, et tâchez de porter ce nombre d’hommes à 3,000. Vous pourrez former de ces 3,000 hommes deux ou trois régiments de marche. Ces régiments de marche attendront à Tours, et autres lieux où le fourrage est abondant, l’arrivée des régiments provisoires, pour se joindre à eux. Par là, j’aurai neuf régiments provisoires de dragons, composés des 3e et 4e escadrons et formant 9,000 chevaux.

Mon intention est de réunir, pour le commencement de décembre, 80,000 hommes d’infanterie et 15 à 16,000 chevaux, pour entrer en Espagne avec ces renforts. Je suppose que l’ennemi aura évacué l’île de Walcheren. Voici comment je suppose que je pourrai former ce corps de 100,000 hommes.

Infanterie : 9,000 hommes, composés des 26e, 66e, 82e, d’un bataillon hanovrien et d’un bataillon de la légion du Midi; 6,000 hommes des 47e, 15e, 86e et 76e; 3,000 hommes du 22e de ligne; 8,000 hommes des neuf bataillons du corps du duc d’Abrantès et du régiment de Berg; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Strasbourg; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Maëstricht; 14,000 hommes des six demi-brigades provisoires de l’armée du Nord; 3,000 hommes du régiment de marche qui se forme à Bayonne; 19,000 hommes provenant de tout ce qui se trouve disponible aux dépôts de tous les régiments , en France, qui seront dirigés sur Bayonne et incorporés dans les régiments d’Espagne; 10,000 hommes de la Garde; total : 80,000 hommes d’infanterie et 4 000 hommes de troupes alliées.

Cavalerie. 9,000 dragons des neuf régiments provisoires; 2,000 hommes provenant des dépôts de chasseurs et hussards qui ont leurs régiments en Espagne; 1,000 hommes du régiment provisoire; 600 hommes du régiment de chasseurs du grand-duché de Berg; 3,400 hommes de tous les dépôts de chasseurs et hussards qui sont en France, à incorporer dans les régiments de l’armée d’Espagne, y compris 1,000 hommes tirés des dépôts de cuirassiers pour le 13e de cuirassiers; total, 16,000 hommes de cavalerie.

Ce qui, avec les 80,000 hommes d’infanterie française et les 4,000 alliés, fera 100,000 hommes, que mon intention est d’avoir réunis, entre Bayonne et Orléans, dans le mois de décembre, pour entrer en Espagne.

Je désire que vous fassiez faire ce travail dans vos bureaux, afin de rectifier ces calculs, et que vous me présentiez la formation d’une réserve de 100,000 hommes, en n’y comprenant aucun homme de l’armée d’Allemagne si ce n’est le corps du duc d’Abrantès.

 

Schönbrunn, 7 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai à l’armée une grande quantité de chevaux d’artillerie, une partie se rendra à Laybach, où sera le quartier général de d’Italie; une partie restera dans le nord de l’Allemagne avec le duc d Auerstaedt. Mon intention est d’en envoyer 2 000 à l’armée d’Espagne. Je suppose qu’il en rentrera en France au moins 8 ou 9,000. Je désire que ces 8 ou 9, 000 chevaux soient répartis dans l’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté et la 26e division militaire, chez les paysans. Présentez-moi un projet là-dessus. Je désire qu’à peine arrivés, ces chevaux soient distribués, afin qu’ils ne coûtent rien. Quant aux harnais, on les placera à Metz, Strasbourg, Mayence. Je ferai la même chose pour ma Garde. J’enverrai en Espagne un millier de ces chevaux, et j’en placerai un millier autour de la Fère.

 

Schönbrunn,  7 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Mon intention est de faire construire un pont sur pilotis à Huningue. Concertez vous avec le ministre de l’intérieur pour cela. Faîtes faire le projet d’un fort en avant de Huningue, afin que je sois maître du pont. Toutes mes troupes venant par la Franche-Comté sont obligées de passer par le pont de Bâle, si je n’ai point un pont à Huningue. Faîtes-vous faire un rapport là-dessus par le génie. Cela sera d’autant plus à propos que Huningue est, je crois, une place d’une certaine force.

 

Schönbrunn,  7 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai fait connaître que la paix serait bientôt signée. Les plénipotentiaires sont d’accord, et on rédige le traité. Je crois devoir vous renouveler cet avis, pour que vous contremandiez les mesures que j’ai ordonnées, mais pour que vous arrêtiez, dans quelque lieu qu’elles se trouvent, les troupes en marche pour l’Allemagne et pour que vous m’en rendiez compte.

 

Schönbrunn,  7 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Il y a à Magdeburg une grande quantité d’artillerie qui m’appartient, qu’il faut faire venir en France. Il y a dans les places frontières de France de l’artillerie de siége, qui ne devrait pas y être: à Wesel, Mayence, Strasbourg, par exemple. Ces places peuvent être investies un jour, il n’y faut donc laisser que l’artillerie nécessaire pour leur défense. L’excédant doit être évacué sur les places de seconde ligne, et spécialement sur Metz, qui doit être considéré comme le grand arsenal et le grand dépôt.

Faites partir pour Wesel toute l’artillerie de ces places qui peut être appropriée pour la défense d’Anvers. Je suppose que deux cents pièces de canon, depuis le calibre de 3, jusqu’à celui de 12, sont nécessaires pour Anvers. Je pense également qu’il faut mettre le directeur d’artillerie à Anvers.

Je suppose que dans le Hanovre il n’y a plus d’artillerie, et que celle de Hameln a été dirigée sur le Rhin.

 

Schönbrunn, 8 octobre 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’expédie à Votre Majesté mon officier d’ordonnance Marbeuf  pour lui donner des nouvelles de la situation des négociations. Tout porte à croire que demain nous serons d’accord aux termes suivants: la nouvelle Galicie avec la moitié des mines de Wie1iczka et le cercle de Zamosc, formant une population de 1,500,000 habitants, seront réunis au duché de Varsovie; toutes les enclaves que la Maison d’Autriche a en Saxe, consistant en cinq ou six villages, seront réunies au royaume de Saxe. Je désire que cela reste encore secret. Par cette réunion, le duché de Varsovie se trouvera avoir quatre millions de population; Cracovie, avec un arrondissement sur la rive droite de la Vistule, en fera partie.

J’expédierai un courrier extraordinaire à Votre Majesté sitôt que cela sera signé. Je compte me rendre moi-même immédiatement à Paris, et je ne pense pas avoir le temps ni d’aller à Dresde ni de me rencontrer sur la route avec Votre Majesté.

En considérant la situation des choses pour de nouvelles vicissitudes, les fortifications de Dresde me paraissent devoir jouer peu de rôle dans nos mains, et il est à craindre que, si les Autrichiens s’en emparaient, ils ne les rétablissent, parce qu’ils ne tiendront pas à considération de conserver ou de brûler les faubourgs. Je crois donc qu’il est convenable de faire sauter les remparts et de mettre par là cette belle et grande ville à l’abri de tout événement militaire. Mais Votre Majesté doit avoir une place forte où ses dépôts, ses canons, ses chancelleries et tous les objets importants puissent être renfermés.

Cette place me paraît devoir être Wittenberg. Je voudrais là une grande place qui nous rendît maîtres du pont et qui se coordonnât avec Magdeburg. Ce serait le boulevard de la monarchie de Votre Majesté. Même dans l’état où je l’avais mise, cette place était à l’abri d’un coup de main. Je prie Votre Majesté de me faire connaître son opinion.

Les fortifications de Praga nous ont rendu, cette année, de grands services. Peut-être serait-il convenable d’entourer Varsovie par six ou sept forts d’un même échantillon qui seraient liés par des lignes.

La population étant d’un esprit qui la met à même de se défendre, ces lignes pourraient être d’un grand intérêt.

Je prie Votre Majesté de garder toutes ces nouvelles pour elle seule.

Elle connaît la situation de l’Europe; elle doit être convaincue de l’importance de mettre son infanterie, sa cavalerie, son artillerie sur un bon pied, afin que, dans tout événement, elle puisse avoir un corps de 30, 000 Saxons, qui, avec son armée de Varsovie, la mettrait en position de n’avoir jamais rien à craindre de la Prusse.

 

Schönbrunn, 8 octobre 1809

Au maréchal Moncey, duc de Conegliano, inspecteur général de la gendarmerie, à Lille

J’ai appris avec intérêt la conduite distinguée que le sous-lieutenant de gendarmerie Foison, le maréchal des logis Legras et le gendarme Poulain, ont tenue dans l’affaire du brigand Daché. Je désire que vous fassiez connaître à toute ma gendarmerie les preuves éclatantes que je viens de leur donner de ma satisfaction et l’intention où je suis d’honorer et de récompenser les officiers, sous-officiers et soldats de ma gendarmerie qui se distinguent par des actes de courage et de dévouement, ou qui montrent une spéciale activité dans la poursuite de ces restes impurs des guerres civiles que l’Angleterre solde et vomit sur nos côtes, et pour réprimer les ennemis de l’ordre et des lois. Je suis bien aise que ma gendarmerie trouve dans cette circonstance une preuve de la satisfaction que j’ai de ses services.

 

Schönbrunn, 8 octobre 1809

ORDRE POUR M. LABOURDONNAYE, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR À SCHÖNBRUNN

L’officier d’ordonnance Labourdonnaye portera la lettre ci-jointe au duc d’Istrie. Il restera huit ou dix jours à Anvers, ira voir la situation des troupes dans le Sud-Beveland et parcourra la ligne des avant-postes anglais, et viendra me rendre compte de la situation des choses, où je serai.

 

Schönbrunn, 8 octobre 1809

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant l’armée du Nord, à Anvers

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 29 septembre. Je suis bien aise de vous savoir à la tête de mon armée du Nord. Quoique je n’aie point lieu d’être mécontent du prince de Ponte-Corvo, je n’ai cependant pas jugé devoir laisser un homme d’une opinion si chancelante à la tête de forces si considérables. Il faut faire parfaitement armer Anvers, ainsi que tous les ouvrages avancés, et il faut que l’artillerie de terre fasse venir suffisamment de pièces de bronze et d’affûts de place pour que cet armement soit en règle et conforme aux principes de l’artillerie. Je suppose que tous les ouvrages avancés sont couverts par des fossés pleins d’eau, que j’ai ordonnés il y a plusieurs années; je suppose également qu’ils sont bien armés. Une partie des fortifications d’Anvers doit être soutenue par des inondations; une autre partie a besoin d’être couverte par des forts et des camps retranchés. Le génie doit avoir des notes que j’ai dictées et envoyées au ministre de la guerre; faites-vous-en donner une copie. Parcourez les remparts d’Anvers et envoyez-moi un détail, front par front, bastion par bastion, de toutes les fortifications de la place et des ouvrages avancés, avec une carte qui me fasse connaître la position comme si j’y étais. Faites ce travail vous-même. Faites-moi faire un projet de camp retranché pour lier les inondations, à peu près comme les ouvrages que j’ai fait faire à Spitz ou les réduits de l’île Napoléon, afin que 20,000 hommes de gardes nationales soient là inattaquables par 20 ou 30,000hommes de bonnes troupes. Il me semble que le fort Lillo et Anvers sont liés par une inondation. Il sera nécessaire d’établir des redoutes sur les différentes digues, pour que l’ennemi ne puisse pas se porter sur le chemin d’Anvers à Lillo. J’ai donné des ordres pour construire à Anvers un bassin capable de recevoir trente vaisseaux de guerre. Je désire que la plupart des pièces de côte placées le long de l’Escaut soient sur affûts de côte. Faites-moi connaître la force de chaque batterie, le calibre et la qualité des pièces, l’état des affûts, espèce des mortiers, afin que je voie si cela est suffisant.

Les Hollandais sont sous vos ordres ; allez donc visiter l’île de Sud-Beveland, et ordonnez qu’on tire de Berg-op-Zoom et des autres places l’artillerie nécessaire pour établir des redoutes et des batteries devant l’île de Walcheren. J’attendrai avec impatience le résultat de cette visite. Faites-moi connaître le détail des bâtiments de la flottille française que vous avez. Envoyez à Boulogne pour faire partir et presser l’arrivée de ceux qui sont déjà partis. Joignez-y l’état de la flottille hollandaise. Le moment approche où il faut enlever l’île de Walcheren. Les maladies, doivent avoir anéanti l’armée anglaise. Il est nécessaire que vous écriviez tous les jours au ministre de la guerre, qui me mettra vos lettres sous les yeux; entrez dans les plus grands détails. Il est également nécessaire que vous me présentiez un projet d’attaque pour l’île de Walcheren.

Tout porte à penser que la paix sera signée sous peu de jours.

 

Schönbrunn, 8 octobre 1809

Au cardinal Fesch

J’ai reçu votre lettre du 3o septembre. Je ne mets jamais en comparaison l’intérêt des affaires spirituelles avec celui des affaires temporelles. Si les missions étrangères jugent profitable de se mettre sous la protection de l’Angleterre, je le verrai avec plaisir, puisque cette nation est plus en état que moi de protéger leur sainte entreprise.

Qu’elles mettent donc de côté toute considération de patrie et ne voient que la patrie du ciel.

Quant aux missions de l’intérieur, on m’a rendu compte qu’elles faisaient du mal. Mon clergé séculier est d’ailleurs trop bien composé pour que j’aie besoin de ces énergumènes dont je ne connais pas les principes. Les intérêts de mes peuples sont ma plus chère occupation. Ils m’ont fait prendre la résolution de proscrire ces missions ambulantes dans mes provinces, d’autant plus que mes Etats, étendus par le secours de la Providence divine, renferment des églises qui varient beaucoup dans leurs opinions sur leurs relations avec l’autorité spirituelle, et qu’une partie de ces missionnaires, élevés à Rome dans des principes anti-gallicans, ne lisent leurs devoirs que dans les leçons d’orgueil et les maximes d’usurpation de la cour de Rome.

Ma volonté est irrévocable ; c’est à mon clergé de s’y conformer.

Je ne partage pas la crainte que vous me faites entrevoir, parce qu’il est du devoir de mon clergé de m’obéir et que le Saint- Esprit cesserait d’être avec lui le jour où il tenterait de s’écarter de l’obéissance qu’il me doit.

 

Schönbrunn, 8 octobre 1809

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris (il a été nommé à ce poste le 1er octobre)

Monsieur de Montalivet, les travaux de Lyon n’avancent pas. On m’assure qu’il y a un million dans la caisse municipale. Les travaux du quai de Bourg-Neuf, du pont de Serin, de la terrasse de Saint-Clair, ne vont pas. Donnez des ordres pour y remédier.

 

Schönbrunn, 8 octobre 1809.

Au comte Maret, ministre Secrétaire d’État, à Paris

Envoyez la lettre ci-jointe (il s’agit de la lettre de l’aide de camp du prince Borghèse, adressée au prince, contenant le rapport de la mission qui lui avait été donnée d’aller complimenter le pape et de s’informer de ses besoins) au préfet Chabrol (Chabrol de Volvie, préfet du département de Montenotte), et faites-lui connaître que je la lui envoie à cause des mots de ce rapport que je transcris ici: ” que le Pape m’aurait écrit en secret deux fois qu’il ne dérangerait en rien mes projets ,sur Rome. ” Je ne sais si l’aide de camp aura bien entendu ou non. Je désire que Chabrol s’en assure; car je n’ai reçu aucune lettre du Pape et je ne puis croire que le Pape m’ait écrit cela, puisqu’à Rome il s’était renfermé sous une triple barrière et qu’il ne cessait de lancer des excommunications. Je désire que Chabrol lui insinue qu’il a perdu ses Etats pour toujours, et que, d’ailleurs, nous ne voulons pas mêler le spirituel au temporel.

 

Schönbrunn, 8 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Donnez l’ordre qu’il soit placé à Tarare quatre brigades de gendarmerie à pied, c’est-à-dire vingt-quatre hommes, afin que je n’entende plus parler de malles arrêtées ni de diligences volées. Vous mettrez deux brigades au bas de la montagne, une de chaque côté, et deux sur le col pour ne pas augmenter la dépense, vous tirerez ces quatre brigades des départements de l’Ouest, qui seront affaiblis d’autant.

 

Schönbrunn, 9 octobre 1809

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général la Riboisière, mon intention est de réunir à Passau toutes les pièces d’artillerie autrichiennes qui sont à Vienne, à Brünn et à Linz; d’y réunir également tous les boulets, la poudre, les affûts, objets de rechange et matériel d’artillerie de toute espèce.

Vous organiserez à Passau un magasin, et vous mettrez à la tête un garde-magasin français, qui aura la comptabilité de tous ces objets.

Lorsque tout sera arrivé à Passau, je le ferai évacuer sur la France ou je le laisserai pour la défense de la place, mon intention étant d’avoir aux deux points de Passau et de Salzburg deux places fortes.

Après la signature de la paix, on aura un mois pour évacuer Vienne, un autre mois pour Melk et un mois pour évacuer Linz. Toute l’artillerie de Raab, de Graz, sera dirigée sur Laybach pour servir à l’armement de la place que j’ai l’intention d’établir sur la Save. Tout ce qui se trouve à Klagenfurt doit être évacué sur Villach, qui nous reste.

 

Schönbrunn, 9 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

De quel droit. le général Dumas a-t-il écrit de ma part en Pologne d’évacuer le Dniester, surtout l’ennemi n’ayant pas évacué la Dalmatie ?, Trahit-on ma confiance, ou sacrifie-t-on mes intérêts pour une vaine urbanité ? Je suis fâché qu’on ait écrit ainsi aux Polonais. Faites-moi un rapport dans la journée.

 

Schönbrunn, 9 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie qu’il fasse rétablir sur-le-champ la batterie de Cuxhaven et y tienne ses troupes, au lieu de les tenir dans le Hanovre, où elles ne font que manger le pays.

 

Schönbrunn, 9 octobre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur d’Hauterive qu’il doit faire connaître à l’ambassadeur de Suède tout l’intérêt que je prends à ce pays; que je serai incessamment à Paris, mais qu’en attendant je l’autorise à entendre ce que les Suédois auraient à vous dire, et à vous le transmettre par l’estafette. Le sieur d’Hauterive doit déplorer les événements passés et la superbe position que la folie du dernier Roi a fait perdre à la Suède, et exprimer le vif intérêt que je prends à ce pays.

 

Schönbrunn, 10 octobre 1809

A Alexandre 1er, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, le duc de Vicence m’instruit que Votre Majesté Impériale a conclu la paix avec la Suède et qu’elle a obtenu les avantages qu’elle désirait. Votre Majesté veut-elle me permettre de lui en faire mon compliment ?

Les négociations d’Altenburg ont été conduites à Vienne; le prince jean de Liechtenstein les suit avec M. de Champagny, et j’espère pouvoir instruire bientôt Votre Majesté de la conclusion de la paix avec l’Autriche. Elle y verra que, conformément à ses désirs, la plus grande partie de la Galicie ne change point de maître, et que j’ai ménagé ses intérêts comme elle eût pu le faire elle-même, en conciliant le tout avec ce que l’honneur exige de moi. La prospérité et le bien-être du duché de Varsovie exigent qu’il soit dans les bonnes grâces de Votre Majesté, et les sujets de Votre Majesté peuvent tenir pour certain que, dans aucun cas, dans aucune hypothèse, ils ne doivent espérer aucune protection de moi.

J’ai donné à l’Autriche la paix la plus avantageuse qu’elle pût espérer. Elle ne cède que Salzburg et peu de chose du côté de 1’Inn; elle ne cède rien en Bohême; elle ne cède du côté de l’Italie que ce qui m’est indispensable pour ma communication avec la Dalmatie. La monarchie autrichienne reste donc entière. C’est un second essai que j’ai voulu faire; j’ai usé envers elle d’une modération qu’elle n’était pas en droit d’attendre. .J’espère avoir fait en cela une chose agréable à Votre Majesté.

J’envoie à Votre Majesté les derniers journaux anglais; elle y verra que les ministres se battent, qu’il y a une révolution dans le ministère et une parfaite anarchie. La folie et 1’inconséquence de ce cabinet n’ont pas de nom. Il vient de faire périr 25 à 30,000 hommes dans le plus horrible pays du monde; autant eût-il valu les jeter dans la mer, tant sont pestilentiels les marais de l’île de Walcheren. En Espagne, ils ont perdu un monde très considérable. Le général Wellesley a eu l’extrême imprudence de s’engager dans le cœur de l’Espagne avec 30,000 hommes, ayant sur ses flancs trois corps d’armée formant quatre-vingt-dix bataillons et quarante à cinquante escadrons, tandis qu’il avait en face l’armée commandée par le Roi, qui était d’égale force. On a peine à se figurer une pareille présomption. Reste à savoir actuellement quel ministère va remplacer l’ancien.

Les États-Unis sont au plus mal avec l’Angleterre et paraissent vouloir se rapprocher sincèrement et sérieusement de notre système.

 

Schönbrunn, 10 octobre 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Le projet (relatif à la dotation de la Couronne, au domaine privé de l’Empereur et aux apanages) ne me paraît pas complet en ce qu’il n’établit pas d’une manière claire l’exception des règles du Code civil dans laquelle se trouvent les biens du domaine privé. L’Empereur peut en disposer entre-vifs; il peut donner tout à l’un de ses héritiers et rien à l’autre, il peut faire entre eux un partage inégal, et tous ces dispositions doivent avoir une force indépendante du Code, puisque le domaine privé est excepté des dispositions du Code.

Ce qui est meuble ne parait pas assez défini. Les meubles peuvent être distingués en meubles meublants, diamants ou pierres précieuses, et argent.

Les meubles meublants doivent être distingués en meubles existant dans les palais de la liste civile et en meubles existant dans les palais, du domaine privé.

Les meubles existant dans les palais de la liste civile appartiennent de fait à la liste civile et n’entrent point dans la succession du domaine privé. Mais il serait possible que l’Empereur habitant un palais de son domaine privé, il s’y trouvât des meubles pour des sommes considérables soit en meubles meublants, en argenterie, en linge, en voitures, équipages et chevaux. Ceux de ces meubles qui, étant une fois entrés dans les palais de la liste civile, auraient été transportés dans les palais du domaine privé, devraient toujours être considérés comme appartenant à la liste civile; le déplacement n’aurait pas changé le caractère de cette propriété. Mais cette distinction serait insuffisante. On conçoit que l’Empereur, après un long règne, se trouverait avoir dans les palais de son domaine privé une grande partie des meubles nécessaires à la représentation du trône, et que, si ses héritiers avaient le droit de s’en emparer, son successeur serait entraîné dans des dépenses énormes que la liste civile ne pourrait pas supporter. Cependant la plus grande partie de ces meubles aurait été achetée avec les fonds de la liste civile. Il serait donc juste de distinguer parmi ces meubles ceux qui proviennent de la liste civile et qui doivent lui revenir. Cette distinction peut se faire en établissant, 1°, comme il a été dit ci-dessus, que tous les meubles qui sont sortis des palais de la liste civile lui appartiennent; 2° que tous ceux qui ont été achetés des fonds de la liste civile, savoir, les meubles meublants, l’argenterie, le linge, les tableaux, statues et autres objets d’art (sur le budget du grand maréchal ou de l’intendant général), les équipages, les chevaux (sur le budget du grand écuyer), les ornements d’église (sur le budget du grand aumônier), appartiendraient tous à la liste civile. On dirait en même temps que tous les meubles, de quelque nature qu’ils fussent, qui auraient été achetés des deniers du prince et au moyen de fonds autres que ceux des budgets des divers services, appartiendraient au domaine privé, et dès lors entreraient dans la succession.

Les pierres précieuses ou diamants appartiennent au domaine privé de l’Empereur ou de l’Impératrice lorsqu’ils n’ont point fait partie du trésor de la Couronne. Cependant on pourrait aussi considérer comme devant revenir au trésor de la Couronne, à l’ouverture de la succession, tout diamant ou pierre précieuse dont la valeur individuelle excéderait 300,000 francs. L’argent appartient au domaine privé; mais il faut dire d’une manière précise, l° que l’Empereur peut déclarer que telle somme de son trésor fait partie du trésor de la Couronne; 2° que les souverains étrangers qui se trouveraient parmi les héritiers de l’Empereur ne peuvent hériter de l’argent; et il serait en effet fort ridicule que, s’il y avait quelques millions dans les coffres de l’Empereur les souverains étrangers vinssent s’en emparer.

Il paraîtrait même convenable d’établir en principe général qu’aucun souverain étranger ne peut hériter du domaine privé de l’Empereur. Non-seulement un souverain étranger pourrait faire sortir de France de l’argent, mais aussi des tableaux, des objets d’art; et d’ailleurs on évitera ainsi des contestations qui, entre souverains, peuvent devenir dangereuses.

Ce serait aussi une disposition qui paraîtrait convenable que celle qui établirait que l’empereur régnant peut, dans tous les cas, se réserver soit l’argent, soit les meubles qui auraient été achetés des deniers privés du prince et placés dans les palais de la liste civile, en en donnant toutefois l’équivalent. .

On ne parle que des pays conquis; il faut aussi parler des pays réunis, et dire que toutes les réserves qui ont été faites par l’Empereur, ou toutes les dispositions qu’il a prises avant la réunion, sont valables. Il faut même rédiger l’article d’une manière plus vaste, et, au lieu de pays conquis, dire pays étrangers. En effet, l’Empereur ne peut acquérir en France que par achat, puisque le droit d’aubaine et les confiscations appartiennent à l’État; mais il peut acquérir en pays étranger par des traités. Ainsi, en cédant, le grand-duché de Varsovie, Sa Majesté s’est réservé 20 millions de domaines, qu’elle a distribués à l’armée. En cédant les États vénitiens au royaume d’Italie, elle s’est réservée douze duchés, dont elle a disposé. Cet article doit donc être étendu pour comprendre tous les cas.

Ne donner aux filles et aux petites filles de l’Empereur aucune part dans le domaine privé, si ce n’est au mobilier seulement, n’est pas une chose juste. Il est possible qu’il n’y ait pas de mobilier, il est possible aussi qu’il y ait beaucoup d’argent. L’argent, étant meuble, appartiendrait à une fille ou petite-fille, ce qui pourrait être fort dangereux. Il pourrait être plus convenable de ne pas faire de distinction entre les biens du domaine privé et le mobilier, mais de fixer le maximum du droit des filles à la succession dans le cas où elles n’auraient pas été dotées. Il pourrait être de deux millions, comme l’apanage d’un prince, et même élevé à quatre millions, sans inconvénient, si l’étendue du domaine privé le permettait. L’argent et les meubles entreraient alors dans leur part de la succession.

Il faut établir, en cas de contestation sur la succession d’un empereur, par qui ces contestations seront jugées. On conçoit que, si l’autorité de l’empereur influe sur le jugement, il peut arriver qu’un arrière-cousin soit héritier du trône, qu’une fille ou petite-fille soit héritière de l’empereur défunt, et que l’empereur régnant, appartenant à une autre famille, ait intérêt à l’exclure de la succession. Le premier statut de la Famille impériale a institué un conseil de famille qui prononce sur les plaintes portées contre les princes et sur les actions personnelles intentées par eux ou contre eux. Il renvoie les actions réelles et mixtes devant les tribunaux ordinaires. Il ne distingue pas les actions des princes les uns contre les autres, et, en renvoyant devant les tribunaux ordinaires les actions réelles et mixtes, il s’ensuivrait que toutes les discussions relatives à la succession de l’empereur iraient par-devant les tribunaux ordinaires. Il y a là une lacune évidente. Il faut établir quel sera le tribunal compétent, et, si ce tribunal est un tribunal d’exception, il faut examiner jusqu’à quel point il conviendra que l’empereur n’ait point d’influence sur ses jugements.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 10 octobre 1809

ORDRE.

1° La division Grandjean sera cantonnée demain dans les faubourgs de Vienne. La division Dupas sera cantonnée, depuis Wolkersdorf, entre le Danube et la March.

2° Les camps étant levés, le corps du maréchal Oudinot fournira tous les jours un régiment entier de garde à Spitz.

 

Schönbrunn, 10 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Envoyez l’ordre au Il11e corps de se rendre à Spitz. Il partira le 12 et arrivera le 14. A son arrivée, il sera cantonné dans la ville de Vienne. Faîtes connaître au duc de Rivoli que la province de Krems est à sa disposition; que le 11e corps en part le 12 ; qu’ainsi le 13 il peut prendre le commandement de la province et y répandre ses troupes et, et qu’il ne doit pas perdre un moment pour commencer l’évacuation de ses malades et blessés sur Linz.

Donnez ordre au régiment wurtembergeois qui est à Krems faisant partie, de rester aux avant-postes. Le 11e corps ne mènera que le 25e de chasseurs.

 

Schönbrunn, 10 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, envoyez un officier à Saragosse me rapporter l’état de l’artillerie de cette place et de celle de Pampelune, matériel et personnel.

Mandez par cet officier au général Suchet que Blake et les autres corps ennemis sont occupés en Catalogne ; qu’il est donc nécessaire qu’il en profite pour faire des incursions contre le royaume de Valence, menacer Tarragone et autres places pour faire diversion et inquiéter l’ennemi.

 

Schönbrunn, 10 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Le 11 juin 1806, le ministre de la guerre m’a remis des tables de tout ce que coûte l’armée française. Il y a quatre ans de cela ; beaucoup de choses ont varié depuis. Je désire donc que vous me fassiez refaire ces tableaux.

Il faut qu’ils me fassent connaître ce que coûte sur pied de guerre, 1° un régiment de carabiniers, un régiment de cuirassiers, un régiment de dragons, de hussards et de chasseurs, formé à cinq escadrons et au complet; 2° un régiment d’infanterie de ligne à cinq bataillons et complète à 140 hommes par compagnie; 3° un régiment d’infanterie légère, un régiment d’artillerie, un bataillon du train et un bataillon d’équipages militaires, etc. Je désire un second état qui me fasse connaître ce que coûteraient ces mêmes corps sur pied de paix, en les supposant réduits de la manière suivante: l’infanterie à 100 hommes par compagnie, officiers, sous-officiers compris et le 5e bataillon supprimé, de manière qu’un régiment ne soit que de vingt-quatre compagnies; toute la cavalerie réduite à quatre escadrons par régiment, le 5e escadron ou la compagnie de dépôt supprimé; chaque régiment de grosse cavalerie garderait 600 chevaux et 800 hommes; les dragons et la cavalerie légère garderaient 500 chevaux et 700 hommes; l’artillerie réduite à 100 hommes par compagnie; tous les bataillons du train ayant leurs chevaux chez les paysans; tous les bataillons bis étant incorporés, dans les bataillons primitifs; les bataillons des équipages militaires incorporés de manière à n’en former que six et attachés aux différentes manutentions principales; aucun cheval d’artillerie n’étant nourri par l’État, à l’exception de ceux qui seraient employés aux transports en place des transports militaires. La Garde conserverait quatre régiments de conscrits, quatre régiments de tirailleurs, deux de fusiliers et deux de vieille Garde; total, douze régiments ou vingt-quatre bataillons. Les fusiliers et la vieille Garde conserveraient le même nombre qu’aujourd’hui; tous les autres bataillons seraient réduits à 100 hommes par compagnie; les grenadiers à cheval seraient réduits à 800 chevaux; les dragons et chasseurs, idem les chevau-légers polonais, à 600; tous les chevaux du train seraient placés chez les cultivateurs.

 

Schönbrunn, 10 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Témoignez mon mécontentement au général Hédouville de ce qu’il a laisse partir un trésor important de Bayonne avec une escorte de 60 hommes. Faites-lui connaître que je le rends responsable désormais s’il laisse partir de l’argent de Bayonne à moins d’une escorte de 1,000 hommes d’infanterie et de 200 de cavalerie, avec un officier supérieur intelligent.

 

Schönbrunn, 10 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que vous écriviez au roi d’Espagne pour lui faire comprendre que rien n:est plus contraire aux règles militaires que de faire connaître les forces de son armée, soit dans des ordres du jour et proclamations, soit dans les gazettes; que, lorsqu’on est induit à parler de ses forces, on doit les exagérer et les présenter comme redoutables en en doublant ou triplant le nombre, et que, lorsqu’on parle de l’ennemi, on doit diminuer sa force de la moitié ou du tiers; que dans la guerre tout est moral; que le Roi s’est éloigné de ce principe lorsqu’il a dit qu’il n’avait que 40,000 hommes et lorsqu’il a publié que les insurgés en avaient 120,000; que c’est porter le découragement dans les troupes françaises que de leur présenter comme immense le nombre des ennemis, et donner à l’ennemi une faible opinion des Français en les présentant comme peu nombreux; que c’est proclamer dans toute l’Espagne, sa faiblesse; en un mot, donner de la force morale à ses ennemis et se l’ôter à soi-même; qu’il est dans l’esprit de l’homme de croire qu’à la longue le petit nombre doit être battu par le plus grand. Les militaires les plus exercés ont peine, un jour de bataille, à évaluer le nombre d’hommes dont est composée l’armée ennemie, et, en général, l’instinct naturel porte à juger l’ennemi que l’on voit plus nombreux qu’il ne l’est réellement. Mais, lorsque l’on a l’imprudence de laisser circuler des idées, d’autoriser soi-même des calculs exagérés sur la force de l’ennemi, cela a l’inconvénient que chaque colonel de cavalerie qui va en reconnaissance voit une armée, et chaque capitaine de voltigeurs, des bataillons.

Je vois donc avec peine la mauvaise direction que l’on donne à l’esprit de mon armée d’Espagne, en répétant que nous étions 40,000 contre 120,000. On n’a obtenu qu’un seul but par ces déclarations, c’est de diminuer notre crédit en Europe, en faisant croire que notre crédit ne tenait à rien, et on a affaibli notre ressort moral en augmentant celui de l’ennemi. Encore une fois, à la guerre, le moral et l’opinion sont plus de la moitié de la réalité. L’art des grands capitaines a toujours été de publier et faire apparaître à l’ennemi leurs troupes comme très-nombreuses, et à leur propre armée l’ennemi comme très-inférieur. C’est la première fois qu’on voit un chef déprimer ses moyens au-dessous de la vérité en exaltant ceux de l’ennemi.

Le soldat ne juge point ; mais les militaires de sens, dont l’opinion est estimable et qui jugent avec connaissance des choses, il faut peu d’attention aux ordres du jour et aux proclamations et savent apprécier les événements.

J’entends que de pareilles inadvertances n’arrivent plus désormais, et que, sous aucun prétexte, on ne fasse un ordre du jour ni proclamation qui tendrait à faire connaître le nombre de mes armées, j’entends même qu’on prenne des mesures directes et indirectes pour donner la plus haute opinion de leur force. J’ai en Espagne le double et le triple en consistance, valeur et nombre, des troupes françaises que je puis avoir en aucune partie du monde. Quand j’ai vaincu à Eckmühl l’armée autrichienne, j’étais un contre cinq, et cependant mes soldats croyaient être au moins égaux aux ennemis et encore aujourd’hui, malgré le long temps qui s’est écoulé depuis que nous sommes en Allemagne, l’ennemi ne connaît pas notre véritable force.

Nous nous étudions à nous faire plus nombreux tous les jours. Loin d’avouer que je n’avais à Wagram que 100,000 hommes, je m’attache à persuader que j’avais 220,000 hommes. Constamment dans mes campagnes en Italie, où j’avais une poignée de monde, j’ai  exagéré ma force. Cela a servi mes projets et n’a pas diminué ma gloire. Mes généraux et les militaires instruits savaient bien, après les événements, reconnaître tout le mérite des opérations, même celui d’avoir exagéré le nombre de mes troupes. Avec de vaines considérations, de petites vanités et de petites passions, on ne fait jamais rien de grand.

J’espère donc que des fautes si énormes et si préjudiciables à mes armes et à mes intérêts ne se renouvelleront plus dans mes armées.

 

Schönbrunn, 11 octobre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur la Rochefoucauld (ambassadeur en Hollande) de demander que la division hollandaise qui, est dans l’île de Sud-Beveland, soit portée à 16 000 hommes au lieu de 3,000 hommes, au lieu  de 16 000 hommes, sa force actuelle, et que, indépendamment de ces ^6.000 hommes, la Hollande fournisse deux cents chaloupes canonnières, bateaux canonniers et de péniches, pour aider à la reprise de l’île de Walcheren. Ces forces seront réunies à l’armée du duc d’Istrie.

 

Schönbrunn, 12 octobre 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Un jeune homme de dix-sept ans, fils d’un ministre luthérien d’Erfurt, a cherché, à la parade d’aujourd’hui, à s’approcher de moi (Frederic Staps, 1792-1809. Fils de pasteur luthérien d’Erfurt. Il sera fusillé le 16 octobre 1809). Il a été arrêté par les officiers; et, comme on a remarqué du trouble dans ce petit homme, cela a excité des soupçons; on l’a fouillé et on lui a trouvé un poignard.

Je l’ai fait venir, et ce petit misérable, qui m’a paru assez instruit, m’a dit qu’il voulait m’assassiner pour délivrer l’Autriche de la présence des Français. je n’ai démêlé en lui ni fanatisme religieux ni fanatisme politique. Il ne m’a pas paru bien savoir ce que c’était que Brutus. La fièvre d’exaltation où il était a empêché d’en savoir davantage.

On l’interrogera lorsqu’il sera refroidi et à jeun. Il serait possible que ce ne fût rien. Il sera traduit devant une commission militaire.

J’ai voulu vous informer de cet événement, afin qu’on ne le fasse pas plus considérable qu’il ne parait l’être. J’espère qu’il ne pénétrera pas; s’il en était question, il faudrait faire passer cet individu pour fou.

Gardez cela pour vous secrètement, si l’on n’en parle pas. Cela n’a fait à la parade aucun esclandre; moi-même je ne m’en suis pas aperçu.

P. S. je vous répète de nouveau et vous comprenez bien qu’il faut qu’il ne soit aucune question de ce fait.

 

Schönbrunn, 13 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

M on Cousin, écrivez au roi de Westphalie de tenir suffisamment de troupes dans Magdebourg pour défendre cette place.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809.

A l’impératrice Joséphine, à la Malmaison

Mon amie, je t’écris pour t’apprendre que la paix a été signée  il y a deux heures, entre Champagny et le prince de Liechtenstein.

Adieu, mon amie.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 14 octobre 1809

DÉCRET FORMANT UN EQUIPAGE DE SIEGE POUR L’ARMEE D’Espagne

TITRE Ier,  MATÉRIEL.

ARTlCLE PREMIER, – Il y aura pour l’armée d’Espagne un équipage de siège composé de quatre–vingt-quinze bouches à feu, dont trente de 24, trente de 12, quinze obusiers, quatre mortiers de 12 pouces, huit mortiers de 8 pouces, huit mortiers de 6 pouces.

Art. 2, – L’équipage de chaque pièce sera formé de la manière suivante: pièce de 24 ; la pièce formera une première voiture, son affût une seconde; huit charrettes porteront les boulets à raison de quatre-vingts par voiture, ce qui fera six cents boulets; deux charrettes porteront la poudre. Il y aura donc douze voitures par pièce de 24; il yen aura la moitié par pièce de 12, et ainsi de suite. Toutes ces charrettes seront fournies par l’artillerie et viendront du Nord.

Art. 3. – Il y aura un équipage de mine avec l’approvisionnement de poudre nécessaire pour un siége pareil à celui de Saragosse.

Art. 4. – Notre ministre de la guerre nous présentera un rapport qui nous fera connaître les lieux d’où sont tirés les différents objets nécessaires pour l’organisation de cet équipage de siége. L’équipage fixé pour l’armée d’Espagne, et qui se trouve déjà à Burgos et à Madrid, fera partie de cette formation: l’autre partie sera prise à Saragosse, Pampelune et Saint-Sébastien. Le supplément sera pris à Bayonne.

Neuf cent mille quintaux de poudre au moins (poids de 16 onces) seront destinés à l’équipage de siége.

Art. 5. – Notre ministre de la guerre nous présentera un projet d’organisation pour le matériel du génie. Les objets existant en Espagne y seront compris; le surplus sera tiré, tout attelé, de l’armée d’Allemagne.

 

TITRE II. – PERSONNEL

Art. 6.  Il y aura un général d’artillerie commandant l’équipage de siége, un colonel d’artillerie directeur, du parc, un chef de bataillon d’artillerie chef d’état-major; un général du génie, un colonel du génie directeur du parc, un chef de bataillon du génie chef de l’état major, et quarante officiers du génie; dix compagnies d’artillerie à pied, deux compagnies d’ouvriers, quatre compagnies de mineurs, six compagnies de pionniers et quarante mille outils de pionniers.

Art. 7. – Tout ce qui est disponible dans le personnel de l’artillerie et du génie, qui est en Espagne, indépendamment de ce qui est employé au service de campagne, sera attaché au service de l’équipage de siége.

 

TITRE III. – ATTELAGES.

Art. 8. – Il y aura 4,000 chevaux d’artillerie uniquement destinés au service de l’équipage de siége de l’armée d’Espagne, savoir:

2,000 mulets seront achetés en France, 1,000 en conséquence de l’ordre que nous en avons donné dans le mois dernier et 1,000 en conséquence du présent ordre. Ces achats seront faits dans les mois d’octobre, de novembre et de décembre. Les 2,000 mulets seront servis par 600 hommes à pied venant des bataillons du train qui sont à l’armée d’Espagne, et par 600 hommes à pied des différents dépôts et bataillons du train qui sont en France. Ces 1,200 hommes formeront quatre bataillons de marche du train. 1,200 chevaux seront pris parmi ceux du train qui étaient à l’armée du Nord, et formeront deux bataillons de marche du train. Enfin 1,000 chevaux seront dirigés de l’armée d’Allemagne sur Strasbourg.

Art. 9. – Le ministre de la guerre donnera des numéros à ces six bataillons de marche du train; les détachements dont ils seront formés conserveront leur numéro primitif, pour que l’incorporation puisse s’en faire facilement.

 

TITRE IV. – DISPOSITIONS DIVERSES.

Art. 10. – Afin d’éviter les frais de transport militaire, les 2,000 mulets dont il est question dans l’article 8 seront, à mesure de leur formation, dirigés sur Rochefort, la Rochelle et même sur Nantes et Orléans, si cela est nécessaire, pour prendre les effets d’artillerie destinés au dit équipage de siége, et spécialement les poudres.

Les 1,200 chevaux de l’armée du Nord attelleront quatre ou six cents charrettes qui doivent exister dans nos arsenaux du Nord, et se chargeront également des poudres et autres objets nécessaires pour l’équipage de siége. .

Les 1,000 chevaux de Strasbourg attelleront également des charrettes d’artillerie dans les places qui seront désignées par le ministre de la guerre.

Art. 11. – Notre ministre de la guerre est charge de l’exécution du présent décret.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Mon officier d’ordonnance Marbeuf aura remis à Votre Majesté la lettre que je lui ai écrite il y a peu de jours. Celle-ci a pour objet de l’instruire que la paix a été signée ce matin à neuf heures, et qu’elle est en tout conforme à ce que j’en ai écrit à Votre Majesté.

Je compte partir de cette capitale après-demain pour me rendre à Paris.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich (Des lettres dans les mêmes termes ont été adressées an roi de Wurtemberg, au prince Primat, au grand-duc de Hesse-Darmstadt, au grand-duc de Bade, an prince Borghèse, à la grande-duchesse de Toscane.)

Monsieur mon Frère, je m’empresse d’annoncer à Votre Majesté que la paix a été signée aujourd’hui, à neuf heures du matin , entre M. de Champagny et M. de Liechtenstein. Je ne tarderai pas de passer à Munich. Le comte de Champagny expédie une copie des articles à votre ministre des relations extérieures.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

A Joachim Murat, roi des Deux-Siciles, à Naples

Les draps de France payent un droit. Rendre un décret pour exempter de ce droit les marchandises françaises et surtout les draps.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809, midi

La paix a été signée à neuf heures. Faites tirer cent coups de canon aux Invalides, et ordonnez qu’une salve égale soit tirée sur mes côtes. Expédiez-en sur-le-champ la nouvelle en Espagne, en Hollande et à Naples.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

Au prince Borghèse, gouverneur des départements au-delà des Alpes, à Turin

Mon Cousin, je désire que vous vous rendiez à Alexandrie et que vous y restiez plusieurs jours. Vous visiterez en détail la place et les magasins, et vous me ferez connaître: 1° la situation des ouvrages, pièce par pièce, avec des plans à l’appui; 2° la situation des magasins, combien il y a de canons, d’affûts, de munitions et de tout objet d’armement, afin que je sache si cette place, à laquelle j’attache tant d’importance, a l’armement et les fortifications nécessaires pour offrir une longue résistance

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Italie, à Vienne

Mon Cousin, vous trouverez ci-jointes: 1 ° une instruction pour le vice-roi; 2° une instruction générale pour vous; 3° une instruction pour le commandant de l’artillerie; 4° une instruction pour le commandant du génie; 5° une instruction pour l’intendant général.

Vous verrez dans l’instruction du vice-roi que, lorsqu’il sera arrivé à Villach et en mesure d’agir, vous ferez connaître au général Drouet qu’il est sous ses ordres et qu’il doit agir de concert avec lui. La communication s’établira de Villach à Salzburg par Spital. Je crois n’avoir oublié aucun corps et avoir tout prévu.

Si le duc de Rivoli désire aller à Paris, vous pourrez l’y autoriser, mais seulement lorsque vous quitterez l’armée et que tous les différents seront levés, que la première époque d’évacuation aura eu lieu et que les lettres de change seront remises au payeur. Alors le corps du duc de Rivoli sera commandé par le général Legrand. Lorsque le duc de Rivoli sera parti, le corps du maréchal Oudinot et le 4e corps seront sous les ordres du duc d’Auerstaedt. Ces opérations régleront l’ordre de votre départ, puisqu’il y aura un commandant unique pour l’armée.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

INSTRUCTION POUR LE VICE-ROI D’ITALIE, A VIENNE.

Je vous charge spécialement, 1° de la soumission du Tyrol; 2° de la prise de possession et de l’organisation des nouveaux pays, que mon intention est de désigner désormais sous le nom de provinces d’ Illyrie.  Vous resterez à Vienne jusqu’à l’échange des ratifications.

Vous passerez en revue le 11e corps, qui passe sous vos ordres, et vous lui ferez fournir, des magasins de Vienne, tout ce dont il aurait besoin.

Vous ferez évacuer les malades et blessés de l’armée d’Italie et du 11e corps sur Graz et sur Leoben.

 

EXPÉDITION DU TYROL.

Le général Rusca a eu ordre de réunir 6,000 hommes de la division italienne à Villach. Les deux divisions du maréchal Macdonald peuvent se rendre à Graz en peu de jours ; elles partiront après l’échange des ratifications; ce qui fera un corps de 20,000 hommes.

En portant votre quartier général à Villach, vous vous trouverez en communication facile avec Salzburg et avec les trois divisions bavaroises que commande le général Drouet, qui marcheront sur Innsbruck.

Vous manœuvrerez pour arriver à Brixen en même temps que le général Vial arrivera à Bolzano, et vous rétablirez vos communications avec l’Italie ; au même moment, le général Drouet arrivera à Innsbruck avec les trois divisions bavaroises, qui,  à cet effet, recevront l’ordre du major général de prendre vos ordres immédiatement après l’échange des ratifications.

Vous désarmerez le pays, le soumettrez, signalerez les principaux fauteurs, entendrez les réclamations des habitants et prendrez des mesures pour les contenter. Après leur avoir signifié la paix et l’article qui est en leur faveur, s’ils continuent d’opposer la force, vous désarmerez par la force leurs rassemblements. Vous leur enverrez des commissaires pour écouter leurs doléances, mais des doléances désarmées.

Vous serez à même, du 25 octobre au 1er novembre, de partir de Villach avec 18 ou20, 000 hommes. Le général Vial aura 6,000 hommes à Trieste, et les Bavarois 20,000 à Salzburg. Vous pourrez donc réunir dans ce pays 40 ou 50,000 hommes. Les magasins de Villach et d’Italie vous nourriront.

Vous donnerez au maréchal Macdonald la surveillance de la ligne de la Raab et des frontières de Styrie, et vous le chargerez de régler l’évacuation.

Vous appellerez à vous le général Baraguey d’Hilliers, qui est bon pour l’organisation, et vous le laisserez dans le pays lorsque vous devrez vous porter ailleurs.

Vous mènerez avec vous ma garde italienne, qui partira le 16 pour Neustadt, dans le même temps que le 11e corps se rendra à Graz pour remplacer les divisions Seras et Broussier.

 

PRISE DE POSSESSION DES NOUVEAUX PAYS.

Une fois le Tyrol pacifié et les communications rétablies entre Trieste et Innsbruck, il faudra prendre possession de la Carniole et de la Save.

J’ai donné ordre au conseiller d’État Dauchy de se rendre à Laybach pour y être chargé de l’administration des finances. Mon intention est qu’il soit établi des douanes sur la frontière autrichienne.

Vous ne dérangerez en rien les douanes italiennes. Avant ce temps, le maréchal Marmont pourra être arrivé. Il prendra le gouvernement général du pays. Les finances et l’administration seront sous vos ordres, non comme vice-roi d’Italie, mais comme général en chef de mon armée, me réservant de statuer plus tard sur la destination que j’assignerai à ces provinces.

Lorsque, aux termes de la convention militaire, mes troupes auront évacué les terres autrichiennes, le maréchal Marmont et le 11e corps seront chargés de prendre possession des provinces d’Illyrie et de soumettre la Dalmatie. Mais il sera important d’envoyer 6,000 hommes pour tranquilliser l’Istrie et empêcher ce que les Anglais pourraient tenter de ce côté.

Vous placerez une partie de l’armée d’Italie à Villach dans la Carniole, et le reste dans le Frioul, selon les ordres que je vous enverrai dans ce temps.

Je donne ordre aux 14e et 19e de chasseurs, qui ont leurs dépôts en Italie, de rejoindre votre armée. Vous aurez cinq régiments de dragons, qui sont ceux que vous avez aujourd’hui, quatre régiments de chasseurs, les 6e, 9e, 8e et 25e, et le 6e de hussards; de plus, le 14e et le 19e de chasseurs; ce qui vous fera douze régiments de cavalerie. Si, comme tout porte à le penser, le Tyrol se soumet, vous pourrez rester à Villach, en faisant agir le général Baraguey d’Hilliers. Par là, vous vous trouverez à même de diriger toutes les opérations, et même de donner des soins à mon royaume d’Italie.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

INSTRUCTION POUR LE PRINCE DE WAGRAM

Mon Cousin, par le traité de paix qui vient d’être signé il est dit qu’il se fera une convention militaire pour l’évacuation. Mon intention est de partir demain et de vous laisser le commandement de l’armée. Je le conserverai néanmoins et attendrai à Passau ou à Munich l’échange des ratifications. Il y a six jours pour l’échange. Vous vous servirez des pavillons 1)c’est-à-dire du télégraphe pour m’informer de l’échange des ratifications à Munich ou à Passau. En conséquence, dès ce moment aucun pavillon ne sera arboré, et, le 17, les ratifications étant échangées, vous ferez arborer le pavillon blanc, et, en cas de discussion, le pavillon rouge, lequel restera constamment arboré. Je vous ferai connaître que je l’ai reconnu en faisant arborer, de mon côté, le pavillon blanc.

J’ai donné des ordres pour la Garde. Avant de quitter Munich, vous aurez des ordres subséquents. Le 11e corps recevra l’ordre de se rendre le 17 à Vienne pour y remplacer la Garde, qui devra avoir entièrement évacué pour cette époque. Le 11e corps restera à Vienne jusqu’à ce que les ratifications aient été échangées, et, le 19, il partira pour Graz. Ce corps sera sous les ordres du vice-roi, ainsi que toute l’armée d’Italie. Le 1er novembre, le duc de Rivoli aura évacué la Moravie et se sera concentré, avec tout son corps d’armée sur Krems. Le duc d’Auerstaedt aura évacué également la Moravie à la même époque et concentrera son corps d’armée sur Vienne. A la même époque, le général Oudinot aura évacué de même Vienne et se concentrera sur Saint-Pölten et Melk. Le duc d’Auerstaedt destiné à faire l’arrière-garde, aura ses trois divisions d’infanterie, les six régiments de cavalerie légère commandés par le général Montbrun et les trois divisions de cuirassiers. Le corps du général Oudinot et celui du duc de Rivoli resteront comme ils sont, hormis le régiment wurtembergeois, qui rejoindra son corps, et les 14e et 19e régiments de chasseurs, qui, quelques jours après l’échange des ratifications traverseront Vienne pour se rendre à Neustadt et être là aux ordres du vice-roi. Le duc de Rivoli recevra, en place de ces deux régiments la division du général Quesnel. Quelque temps après l’échange des ratifications, cette division quittera ses positions et se rendra à Krems en traversant Vienne, et par la rive gauche du Danube. Ainsi immédiatement après l’échange des ratifications, les Wurtembergeois recevront l’ordre de se rendre à Linz, où ils seront le 1er novembre. Les Saxons seront mi, sous les ordres du duc d’Auerstaedt. Le vice-roi chargera le maréchal Macdonald du commandement de la Hongrie, hormis Presbourg. Il sera commissaire, chargé de tous les détails de l’évacuation de la Hongrie, hormis Presbourg, et de la Styrie. Les camps seront levés et les troupes qui sont à Bruck se retireront sans délai du côté d’OEdenburg. Le maréchal Macdonald pourra porter son quartier général entre Graz et OEdenburg, afin d’être à portée de Raab, de la Hongrie et de la Styrie. Les armées communiqueront par leur extrême droite.

Règle générale : mon intention est que l’armée se retire méthodiquement, de manière qu’elle ne soit pas un seul instant exposée aux caprices de la mauvaise foi. Le corps le plus près de France sera ma Garde et le 8e corps. On ne fera pas de détachements sans mon ordre précis. On vivra sur le territoire ennemi jusqu’aux derniers instants indiqués au traité. Ainsi, depuis le 1er novembre, première époque de l’évacuation marquée dans le traité, le duc d’Auerstaedt occupera Vienne par 40,000 hommes d’infanterie, avec les Saxons la division Montbrun, les cuirassiers et la cavalerie saxonne; ce qui fera, avec les détachements d’artillerie, une armée de près de 60,000hornmes. Le général Oudinot, à deux marches de Vienne sur Saint-Pölten, avec tout son corps, comme il est composé aujourd’hui ; le duc de Rivoli, avec 40,000 hommes, se concentrera à Krems; les Bavarois à Salzburg ou sur le Tyrol; les Wurtembergeois à Linz pour garder les communications. L’armée d’Italie et le 11e corps occuperont toujours la Ville de Raab et se concentreront entre OEdenburg et Graz. Un corps manœuvrera dans le Tyrol. A la seconde époque, ou celle de l’évacuation de Vienne, du 15 au 18 novembre, le duc d’Auerstaedt sera à Saint-Pölten, l’armée d’Italie sera en Styrie, les Wurtembergeois à Passau, le duc de Rivoli à Krems.

Enfin, à la troisième époque, c’est-à-dire au 15 décembre le duc d’Auerstaedt sera à Linz, l’armée d’Italie en Styrie, et alors, selon les circonstances, j’aurai fait connaître mes intentions sur la destination des autres corps.

Mon intention est que les ouvrages de Spitz soient entièrement démolis. On commencera la démolition le ler novembre, et on y emploiera des soldats et des paysans. Quinze jours suffisent à ce travail.

On fera sauter, le 15 octobre, sans attendre les ratifications, les remparts de la ville de Vienne. On fera sauter la citadelle de Brünn quatre jours après les ratifications échangées; on fera sauter les places de Raab el de Graz vingt-quatre heures avant de les quitter.

Vous donnerez l’ordre au régiment de Nassau de partir pour Passau le lendemain des ratifications.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

INSTRUCTION POUR LE GÉNÉRAL DE LA RIBOISIÈRE, COMMANDANT L’ARTILLERIE DE L’ARMÉE D’ITALIE, A VIENNE

Monsieur le Général, la paix a été signée ce matin. Mon intention est que demain, ou au plus lard après-demain avant midi, les fortifications de Vienne sautent. Si vous pouvez même faire sauter de suite un bastion, vous le ferez; on ne saurait exécuter trop tôt cette mesure. 2)En fait, un seul bastion sera dynamité. La destruction totale des remparts sera effectuée sous François-Joseph

La Garde reçoit des ordres pour partir. Les trente pièces d’artillerie de la réserve ne feront pas partie de l’artillerie de la Garde; elles rentreront à votre parc.

Voici les termes d’évacuation: la Moravie sera évacuée en quinze jours, Vienne et la Hongrie dans un mois; la haute Autriche et la Styrie dans deux mois et demi. Par les conditions de la paix, tout le cercle de Villach, la Carniole (Région qui correspond à une ancienne province de l’empire austro-hongrois (Cisleithanie), et qui aujourd’hui correspond à peu près avec les deux tiers occidentaux de la Slovénie. Elle confine au Nord à l’Autriche (Carinthie et Styrie), au Sud à la Croatie, à l’Est à l’Italie. Le principal cours d’eau était la Save qui arrose le Nord de la province, tandis que son affluent la Ljubiana en parcourt le centre), et, depuis les confins de la Carniole, le thalweg de la Save, depuis la Carniole jusqu’en Bosnie, m’est cédé. Toute l’artillerie qui est à Graz et à Raab, je la destine à être déposée dans la Carniole, pour armer un camp retranché que je veux établir sur la Save; ce qui fera plus de cent bouches à feu avec ce qui est à Laybach. Toute l’artillerie qui est à Klagenfurt sera évacuée sur Villach, où je veux établir une tête de pont sur la Drave, et d’où, d’ailleurs, elle pourra être dirigée sur Osoppo. Il vient beaucoup’ de convois d’Italie; contremandez-les et chargez le général d’artillerie de l’armée d’Italie de les faire diriger sur les dépôts d’Italie.

Toute l’artillerie qui est à Vienne, à Brünn, à Linz, doit être évacuée sur Passau; mon intention n’est pas de la céder à la Bavière, mais de la tenir à Passau pour l’armement de la place, sous la garde d’un garde-magasin français; de sorte que je puisse la faire venir en France, les circonstances changeant. Le temps d’évacuation comptera à dater du 17; c’est donc le 17 novembre qu’il faudra avoir évacué Vienne, et le 3 novembre qu’il faudra avoir évacué Brünn. Les fers coulés ne manquent pas à l’Autriche; elle a une si grande quantité de forges qu’elle ne peut manquer de réparer promptement cette perte. Mon intention est que vous calculiez mes intérêts indépendamment de toute  idée politique, et que vous vendiez aux agents autrichiens les bombes et boulets, s’ils ne sont pas nécessaires pour l’armement de Passau; mais il ne faut pas prendre en considération l’idée d’enlever les fers coulés à l’ennemi.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

INSTRUCTION POUR LE GÉNÉRAL DE LA RIBOISIÈRE, COMMANDANT L’ARTILLERIE DE L’ARMÉE D’ITALIE, A VIENNE

Monsieur le Général, l’armée va se diviser en deux parties, celle qui évacuera sur l’Italie et celle qui évacuera sur le Rhin. Vous sentez que la distance entre elles sera énorme. Il faut donc penser à réunir les mêmes corps d’artillerie qui se trouvent faire partie de l’une et de l’autre. Les troupes qui évacuent sur l’Italie sont celles connues sous le titre d’armée d’Italie et de 11e corps. Ayez donc soin que les troupes d’artillerie pour l’Italie soient composées des 2e et 4e régiments d’artillerie à pied et 1er et 4e régiments d’artillerie à cheval, des mêmes bataillons du train, des mêmes compagnies d’ouvriers et le 2° bataillon de pontonniers. Tout ce que vous aurez dans les autres corps appartenant à ces régiments, bataillons et compagnies, doit être dirigé sur l’Italie. Ayez soin que les quatre bataillons du train soient composés de deux bataillons principaux et de leurs bataillons bis, afin que l’encadrement puisse se faire sans déplacement de troupes; ayez soin que ces bataillons soient au grand complet en hommes et en chevaux, même plus de chevaux que moins. Ainsi donc l’artillerie de l’armée est divisée en deux, partie sur l’Italie et partie sur le Rhin. Sur le Rhin, elle sera divisée en trois parties: une partie en Allemagne, sous les ordres du duc d’Auerstaedt; une partie rentrera en France; une partie ira en Espagne. Mon intention est qu’il n’aille en Espagne ni matériel ni personnel, mais seulement des attelages avec le personnel des attelages. J’ai, besoin, pour l’Espagne, de 2,500 chevaux. Je désire qu’aussitôt que l’évacuation aura commencé, vous dirigiez 2,500 chevaux sur Strasbourg, servant aux évacuations ; ils laisseront leur matériel dans l’arsenal de Strasbourg et s’en iront haut le pied ou avec des munitions qui seront désignées par le ministre, pour se rendre à Bayonne. Les chevaux qui resteront en France seront sur le champ disséminés chez les paysans ; mais, comme il faut trois mois avant que l’évacuation ne soit terminée, j’aurais le temps de vous donner des ordres.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

INSTRUCTION POUR LE GÉNÉRAL BERTRAND, COMMANDANT LE GENIE DE L’ARMEE D’ALLEMAGNE, A VIENNE

1° On emploiera les journées du 15, du 16 et du 17 à faire sauter les fortifications de Vienne. On fera d’abord sauter toutes les galeries, ensuite les souterrains et galerie de mines, de manière que les fronts qui n’ont pas été attaqués ne puissent être rétablis sans des dépenses considérables.

2° On fera sauter la forteresse de Brünn quatre jours après l’échange des ratifications et d’après l’ordre que le commandant du génie prendra du major général.

3° On fera sauter Raab, la forteresse de Graz et les remparts de Klagenfurt cinq jours avant de les évacuer. J’attache une singulière importance à la démolition des ouvrages de Klagenfurt; il ne doit pas rester trace de l’enceinte ;

4° On commencera le 1er novembre, et par l’ordre qu’en donnera le duc d’Auerstaedt, à démolir le Spitz ;

5° Le général Bertrand visitera lui-même et, pendant les trois mois que durera l’évacuation, emploiera tous les moyens possibles pour améliorer les ouvrages de Passau et de Salzbourg.

6° Aussitôt que nous serons en possession de la Carniole, il ira reconnaître les rives de la Drave, de la Save et de la Laybach, et me rapportera à Paris un projet de place ou de camp retranché pour la Carniole.

7° Le matériel et le personnel du génie doivent se diviser en deux. La plus petite partie suivra l’armée d’Italie et le 11e corps. On aura soin de composer les bataillons d’artillerie, de sapeurs, etc., des mêmes compagnies. La plus grande partie suivra l’armée du Rhin.

On me remettra un état clair de cette division, afin que je puisse évacuer une partie du personnel et matériel du génie de l’armée du Rhin sur l’Espagne, outils, attelages, etc., et spécialement bataillon de marine et ouvriers de marine.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

INSTRUCTION POUR LE COMTE DARU, INTENDANT GENERAL DE L’ARMEE D’ALLEMAGNE, A VIENNE

Avant de quitter Vienne, on doit remettre 80 millions en argent. Pour le surplus de la contribution, il ne faut recevoir que de bonnes lettres de change.

Les domaines m’appartiennent jusqu’au 1er novembre.

Il faut vendre les magasins de sel, de tabac, de bois, etc., et en tirer le meilleur parti. Il faut distribuer les effets d’habillement à l’armée afin de n’avoir rien à évacuer des magasins, si ce n’est les 100,000 paires de souliers, qu’on tiendra en réserve à Passau.

Dans les quinze jours qu’on a pour évacuer la Moravie, il faut transporter les malades à Vienne. Dans le mois qu’on a pour évacuer Vienne, on évacuera les malades sur Melk et Saint-Florian. Il faut laisser les hôpitaux bien organisés et bien pourvus, en y affectant tous nos magasins.

 

Schönbrunn, 14 octobre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, comme je vous l’ai mandé, la paix a été signée aujourd’hui.

J’ai ordonné à deux régiments provisoires que j’ai à Stuttgart de se rendre à Strasbourg. Mon intention est que de là ils continuent leur route sur Versailles. Ils pourront cependant séjourner quelques jours à Strasbourg pour s’y reposer. Trois autres régiments de marche partent de Bayreuth. Un autre régiment, qui est à Donauwörth, ne tardera pas à partir pour se rendre en droite ligne à Bayonne. Retenez jusqu’à nouvel ordre à Versailles les deux régiments provisoires de dragons qui s’y trouvent, et augmentez-les de tout ce que les dépôts peuvent fournir. Ces régiments provisoires seront ainsi portés à près de 9,000 hommes.

Tout ce que les dépôts de cavalerie des régiments de la Grande Armée, qui sont dans le Nord ou sur le Rhin, pourraient fournir, dirigez-le sur Versailles, où on le réunira à ce qu’on pourra tirer des dix dépôts de hussards ou de chasseurs qui sont dans cette ville, pour en former trois ou quatre régiments de marche; cela fera encore 3 ou 4,000 hommes de cavalerie, ce qui portera le renfort de cavalerie destiné pour l’armée d’Espagne à 12 ou 15,000 hommes.

Mais, pour ne pas réunir une aussi grande quantité de cavalerie à Versailles, vous pouvez ordonner que tous les détachements de chasseurs et de hussards, même ceux qui sont à Versailles, se réunissent à Tours, et vous chargerez un officier supérieur de se rendre dans cette ville pour y organiser ces quatre régiments de marche.

J’ai ordonné au duc d’Abrantès de se rendre à Mayence avec le 22e de ligne et les huit 4es bataillons qui sont sous ses ordres. Je destine ces douze bataillons, qui, cette année, ne se sont pas battus, à aller en Espagne. Le duc d’Abrantès mènera avec lui son artillerie.

Il pourra laisser le matériel à Mayence et ne mener avec lui que les attelages, puisqu’il pourra prendre en Espagne ou à Bayonne l’artillerie de campagne qui lui sera nécessaire.

Je donne ordre au général Loison de se rendre à Paris, d’où vous l’enverrez à Bordeaux prendre le commandement d’une division que vous ferez former de la manière suivante: onze bataillons, dont trois du 26e, trois du 66e, trois du 82e, un hanovrien, un de la légion du Midi. Ces onze bataillons doivent former 8 à 9,000 hommes.

Vous donnerez ordre qu’on forme à Nantes une autre division qui sera composée de huit bataillons, dont deux du 13e de ligne, deux du 47e, deux du 70e, et deux du 86e.

Vous donnerez ordre qu’on réunisse à Orléans deux bataillons polonais de la légion de la Vistule et un bataillon irlandais, total trois bataillons; ce qui, avec un détachement de lanciers et tout ce que l’on pourra encore tirer des dépôts, fera un objet de 8,000 hommes.

Vous donnerez ordre au général Desbureaux, à Strasbourg, de diriger sur Orléans le régiment de marche qu’il organise, aussitôt que ce corps présentera une force de plus de 1,500 hommes. Enfin vous chargerez votre bureau du mouvement de me préparer un projet pour réunir depuis Tours jusqu’à Bayonne des bataillons de marche composés de tous les hommes disponibles que les dépôts pourront fournir, en ayant soin de distinguer ceux qui appartiennent à des régiments de l’armée d’Espagne, qu’ils doivent aller recruter, de ceux qui ne sont pas dans ce cas. Il me semble qu’il doit être facile de rassembler ici 40,000 hommes; je vous ai déjà écrit là-dessus.

 

Schönbrunn, 15 octobre 1809

A Caroline Napoléon, reine des Deux-Siciles, à Naples.

J’ai conclu la paix et je vais partir cette nuit pour Paris. Si vous n’étiez pas si loin et la saison si avancée, j’aurais engagé Murat à venir passer deux mois à Paris. Mais vous ne pouvez pas y être avant décembre, qui est une bonne saison, surtout pour une Napolitaine.

Il faut donc remettre à une autre année ce voyage de Fontainebleau.

Croyez à mon désir constant de vous donner des preuves de mon amitié.

 

Schönbrunn, 15 octobre 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

La paix a été signée hier par MM .de Champagny et Liechtenstein, et je pars cette nuit pour Paris, où je serai rendu quand vous recevrez cette lettre. Par ce traité, Trieste, Fiume, le littoral de la côte, la Carniole, Villach, l’Esclavonie et le pays sur la droite de la Save, depuis la Carniole jusqu’à la Bosnie, me sont cédés; Cracovie, la nouvelle Galicie, le cercle de Zamosc, sont réunis au duché de Varsovie; j’acquiers Salzburg, l’Innviertel et une ligne prise entre l’Inn et la Traun ; je céderai probablement cela à la Bavière.

Ainsi désormais toute l’Adriatique, depuis Cattaro jusqu’à Tarente, est dans le même système. La possession de Trieste sera d’un bon résu1tat pour ce qui regarde la Sicile, qui désormais n’aura plus aucun contact direct avec l’Autriche. Je m’empresse de vous donner ces nouvelles.

Vous m’avez envoyé un beau sabre; je vous en remercie.

 

Schönbrunn, 15 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il serait bien important de faire rédiger un code de procédure criminel1e militaire, qui fut fait avec assez de latitude pour qu’on put regarder comme non avenus et qu’il pût remplacer les lois, actes, rassemblés en un volume Guide des juges militaires. Je vois une loi qui condamne à mort tout individu qui reçoit un déserteur ou trompette après le coucher du soleil, et en général cela est plein des lois de circonstances de la Convention.

 

Schönbrunn, 15 octobre 1809

A François, empereur d’Autriche, à Dotis (aujourd’hui Tata, en Hongrie)

Monsieur Mon frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté Impériale du 25 septembre. J’ai vu avec plaisir le feld-maréchal prince de Liechtenstein. Sa mission a eu le succès que Votre Majesté désirait, et la pax a été signée hier entre nous. Votre Majesté ne pouvait pas avoir près de moi un ministre qui me fût plus agréable et qui fût plus propre à arranger ses affaires. Voici donc la quatrième guerre entre Votre Majesté et moi terminée. Je vais bientôt quitter Vienne; je la quitte avec l’espoir que tous nos différents sont réglés, que la paix sera éternelle entre nous et que la guerre ne saurait plus renaÎtre. Que Votre Majesté confie le soin de ses affaires à des ministres qui connaissent bien la position respective des deux États. Ils seront alors convaincus que l’amitié de la France et la paix peuvent seules faire son bonheur, celui de sa famille et de ses peuples. La guerre et la haine que le Cabinet de Votre Majesté a nourries jusqu’ici contre la France ont fait le malheur de Votre Majesté; la paix et l’amitié de la France feront bientôt renaître toutes ses propriétés.

 

Schönbrunn, 16 octobre 1809.

Au prince Poniatowski, commandant l’armée polonaise, à Cracovie

Le prince de Neuchâtel vous fera connaître le traité de paix et les conditions de la convention militaire pour son exécution. Je charge votre aide de camp de vous remettre un sabre comme un témoignage de ma satisfaction de votre conduite dans la présente guerre.

 

Schönbrunn, 16 octobre 1809

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Comme les provinces d’Illyrie, c’est-à-dire Trieste, Fiume, etc., doivent former des provinces à part jusqu’à nouvel ordre, il est nécessaire que vous y envoyiez un directeur des douanes intelligent, pour établir le service à Trieste.

 

Schönbrunn, 16 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je suis indigné d’apprendre que le général Gouvion Saint-Cyr ait abandonné ses troupes. S’il avait quitté l’armée sans votre autorisation et sans avoir remis le commandement à un maréchal, vous donnerez ordre qu’il soit arrêté. Épargnez-lui ce désagrément si vous le pouvez, et faites-lui connaître combien cette conduite est extraordinaire. (Le général Gouvion Saint-Cyr avait cru pouvoir quitter le 7e corps avant l’arrivée du maréchal Augereau, désigné depuis trois mois pour le remplacer dans ce commandement).

 

Schönbrunn, 16 octobre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Vienne

Je pense qu’il est nécessaire d’expédier au roi de Saxe la partie du traité qui le regarde. Vous ferez connaître au sieur Bourgoing que j’aurais eu beaucoup de choses à arranger avec le roi, et que, si ce prince manifestait directement ou indirectement le désir de venir à Paris, soit qu’il y vînt seul, soit qu’il fût accompagné par la reine et sa fille, je les y recevrai avec plaisir; que cela a été prévu et qu’il sera bien reçu en France. Dans ce cas, il sera nécessaire que le sieur Bourgoing avertisse un peu à l’avance à la frontière, afin que des ordres soient donnés pour la réception du roi. Mais je ne désire pas que le sieur Bourgoing le presse de faire ce voyage, qui pourrait déranger ce monarque, qui en a tant fait cette année.

 

Passau, 19 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, il est huit heures du matin. J’ai attendu exprès l’arrivée de l’estafette qui est partie le 17 à minuit. Vous m’écrivez qu’il n’y a rien de nouveau. Je vais continuer et me rendre à Munich, où j’attendrai de vos nouvelles. Les pavillons vont mal, parce que les directeurs font faire des signaux pour s’exercer. Écrivez sur toute la ligne qu’on ne fasse aucun signal que de transmettre celui qui serait fait à Vienne. Je désire que, toutes les fois qu’il y aurait quelque chose de nouveau, vous fassiez partir une estafette sans attendre minuit.

Vous me dites dans une de vos lettres que le prince de Ponte-Corvo demande le général Girard. Répondez au prince de Ponte-Corvo que cela nuirait à cet officier, parce que j’ai pour principe de n’accorder d’avancement aux officiers qui servent dans les états-majors qu’autant qu’ils servent dans la ligné dans deux grades, et mon intention est que le général Girard serve plusieurs années dans la ligné avant de passer dans les états-majors.

J’ai vu avec plaisir qu’il y avait trois bastions de Vienne de sautés.

J’espère qu’on fera sauter aussi les courtines et les demi-lunes. Il faut continuer à faire sauter successivement les deux autres bastions, afin qu’il n’y ait aucune possibilité de rétablir ces fortifications. Je vous ai mandé hier que ma Garde à pied devait rester à Saint Pölten, et que vous ne lui donneriez l’ordre de partir qu’après l’échange des ratifications, en faisant partir les grenadiers un jour après les chasseurs et les faisant aller par Linz. Vous ferez passer les grenadiers à cheval, les dragons et l’artillerie par Steyer et par Wels.

Il sera nécessaire, lorsqu’on évacuera, de faire passer quelques troupes par Baden, pour épargner la forêt de Vienne. Vous ferez passer les Wurtembergeois, non à Linz, mais dans le cercle de Linz, sur la rive gauche du Danube; mais ils devront rester à une ou deux marches de Krems, jusqu’au moment de l’échange des ratifications. Si l’échange n’avait pas lieu par raison principale, et que vous puissiez conjecturer que la guerre aurait lieu, vous pourrez faire revenir les Wurtembergeois et ma Garde à Vienne. Par ce moyen, j’y trouverais réunis ma garde, les Wurtembergeois, le corps du maréchal Oudinot et le 11e corps. Quant aux chevau-légers polonais et à mes chasseurs à cheval, je leur donnerai moi-même des ordres. Si les ratifications éprouvaient un retard principal, vous feriez travailler à Spitz; vous feriez rétablir la redoute qu’on a dégradée; vous feriez finir le blockhaus et la tête de pont du côté de Leopoldau, puisque nous ne pouvons plus compter sur Vienne. On mettrait toute l’artillerie de Vienne en batterie à Spitz et dans la tête de pont de Leopoldau; on ferait transporter le biscuit et les munitions de guerre dans l’île Tabor et dans les ouvrages de Spitz, et j’aurais également cela dans ma place de réserve. Cette place de réserve serait défendue, sur la droite, par la tête de pont de Leopoldau, vis-à-vis la maison qu’a occupée le maréchal Oudinot, et, si cette tête de pont était prise, par la première île Tabor, et, du côté de la rive gauche, par les beaux ouvrages de Spitz. Il faut donc qu’on travaille avec activité à ces ouvrages, si les ratifications ne sont pas échangées.

 

Nymphenburg, 20 octobre 1809, deux heures après midi

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, je suis arrivé à Nymphenburg, près Munich, ce matin à neuf heures. J’attends votre estafette de ce soir pour continuer ma route ou rester encore demain ici. Les signaux n’ont rien signalé.

 

Munich, 21 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, je vous envoie quatre notes que j’ai dictées sur les ouvrages de Passau. Transmettez-les au général Bertrand, qui enverra des ordres, avec des développements, au général Chambarlhac. J’ai été en général content de ces ouvrages.

PREMIÈRE NOTE.

Ce qui a fixé l’attention sur Passau, ce sont les deux ponts du Danube et de l’Inn. Sa première propriété doit donc être d’assurer ces deux ponts.

PONT SUR L’INN. – Pour être maître du pont sur l’Inn, il faut avoir un ouvrage en amont, du côté de la rive gauche, et à six cents toises à peu près entre le fort Maximilien et la redoute de Thann. Il faut avoir également une redoute à même distance sur la rive droite.

On doit s’arranger de manière que les deux redoutes, qui ne sont éloignées que de cent toises, se défendent entre elles et se coordonnent avec les forts Maximilien et de Thann. En aval, du côté de la rive gauche, c’est le Danube; on en parlera lorsqu’il sera question du pont du Danube. Du côté de la rive droite, il faut avoir un ouvrage aussi près que possible de l’Inn, sans qu’il soit cependant dominé, c’est-à-dire qu’il faut qu’il soit soumis aux redoutes d’Abensberg et d’Eckmühl. Il pourra se coordonner avec la redoute placée sur le Danube.

PONT SUR LE DANUBE. – Le pont du Danube ne peut rester où il est, puisque, pour défendre ce pont, il faudrait occuper la maison du Hackelberg; mais on doit le placer à quatre cents toises en descendant de l’endroit où il est aujourd’hui, c’est-à-dire à deux cents toises de la batterie ronde. En amont, il suffira d’occuper par une redoute une position près la maison d’Eggendobel. En aval, il faudra occuper la position qui a été déjà désignée pour le pont de l’Inn. Par ce moyen, il sera impossible à l’ennemi d’établir aucun mortier qu’à huit cents toises des ponts, et l’on pourra dès lors les considérer comme suffisamment défendus.

 

DEUXIEME NOTE.

La plus importante propriété de Passau est sa propriété offensive, puisque tout ce que l’on a à Passau peut être considéré comme étant à Vienne, pouvant s’y rendre en quatre jours par le Danube.

La position offensive de Passau est nécessairement attachée aux ouvrages de la rive droite de l’Inn. Ces ouvrages consistent dans le fort Napoléon et dans les redoutes de Wagram, de Thann, d’Eckmühl et d’Abensberg.

De la redoute de Thann à la redoute d’Abensberg, il y a sept cents toises. Il est nécessaire d’établir une couronne fermée que l’on appellera couronne de Znaym, de sorte qu’il n’y ait que deux cents toises du fort aux bastions de la couronne, ce qui, avec les redoutes, dont on a parlé dans la première note, à établir en amont et en aval de la rivière, formera six redoutes et une couronne embrassant un développement de quinze à seize cents toises. Les deux redoutes en amont et en aval sont secondaires et doivent être de simples ouvrages de campagne; elles ne peuvent être forcées, puisqu’elles sont soumises aux redoutes de la hauteur; elles seront suffisamment fortes lorsqu’elles seront il l’abri d’un coup de main. L’une et l’autre ont l’avantage d’appuyer les flancs des réduits. Le premier intérêt est que les redoutes de Wagram et de Thann ne fassent qu’un, c’est-à-dire soient liées par une caponnière, de manière que le canon puisse rapidement se porter de l’une à l’autre; celles d’Eckmühl et d’Abensberg devront avoir la même propriété. Par ce moyen, ces quatre redoutes n’en formeront pour ainsi dire que deux. Tous les moyens pourront se combiner pour la défense commune, les garnisons être une, se relever pour le service de nuit, et les magasins être communs à deux.

On sent l’immense avantage de ce système. Ainsi, du fort Napoléon il y aura un chemin qui ira droit à la redoute de Wagram, et un autre qui ira droit à la porte Séverin; du fort Napoléon il y aura un autre chemin qui ira droit à la redoute d’Eckmühl. Par ce moyen, la communication sera prompte. Un chemin général couvrira toutes les redoutes.

La grande route prendra un embranchement par la vallée de Muthertal et par la vallée de Lindenthal. On aura ainsi trois grandes communications pour arriver au pont de l’Inn.

Chaque redoute aura un blockhaus; chaque blockhaus servant de réduit pourra contenir à la rigueur cent hommes, comme caserne.

Les parois de chaque blockhaus auront quatre pieds d’épaisseur. Il y aura outre cela dans chaque redoute deux petits blindages, un pour l’artillerie et un pour les vivres, placés de droite et de gauche en dos d’âne, formés par des arbres appuyés l’un contre l’autre. Il y aura un petit plancher pour mettre le tout à l’abri de l’humidité. Il y aura dans chaque redoute de gros gabions ayant six pieds de diamètre, remplis de terre et disposés de manière à ne pas prendre de place sur la ligne des parapets, qui pourront servir à se mettre à l’abri des bombes el des obus.

Le fort Napoléon est contre le réduit du camp retranché. Il est composé de trois fronts, chaque front n’ayant que cent toises et ayant deux cents toises de gorge. Il serait utile d’y établir trois beaux cavaliers pouvant contenir trois batteries de six pièces chacune; ce qui augmenterait considérablement les moyens de défense. Les quatre redoutes de Thann, d’Essling, de Znaym et d’Abensberg prises, le fort Napoléon et les redoutes de Wagram et d’Eckmühl sont encore susceptibles d’une grande résistance. Il n’y a que six cents toises de la redoute de Wagram à celle d’Eckmühl ; il faudrait donc, à soixante ou quatre-vingts toises des saillants des deux bastions, deux lunettes qui feraient système avec la place, le fort Napoléon et les redoutes de Wagram et d’Eckmühl. Il faudrait également qu’un chemin couvert liât les redoutes d’Eckmühl, de Wagram avec les deux nouvelles lunettes. Trois blindages pour l’artillerie et les vivres, un blockhaus en forme de réduit, et quelques magasins qu’on se procurerait dans Innstadt (partie de Passau, qui se trouve entre la vieille ville et l’Inn), seront suffisants pour le fort Napoléon. Supposant que le fort Napoléon soit pris, il reste l’enceinte d’Innstadt, qui peut, pendant trois jours, essuyer le feu des hauteurs, donner le temps de couper le pont et de déblayer ce qu’il y aurait; il fau même penser que l’enceinte d’Innstadt est assez importante pour que les troupes puissent revenir dedans et chasser l’ennemi des forts qu’ils auraient occupés.

Deux choses sont à faire à Innstadt 1° nettoyer les fossés et établir un pont levis avec barrière et tambour ; 2° raser les toits des portes, de manière à en former des plates-formes, garder trois tours, et blinder pour que les canonniers se trouvent à l’abri de la fusillade des hauteurs.

 

TROISIÈME NOTE.

PLACE DE PASSAU PROPREMENT DITE. Passau n’est attaquable que du coté du Spitzberg. Le fort Maximilien a besoin d’un blockhaus et de deux ou trois blindages; il a besoin que les crémaillères ferment elles-mêmes à la gorge. Le fort Maximilien est à 400 toises de l’enceinte de la ville; il y a donc 1,000 toises de l’extrémité du fort à la batterie circulaire. L’enceinte a moins de 300 toises; on doit pouvoir en tirer un grand parti. Il y a une belle contrescarpe, un fossé profond, un rempart en terre-plein. Il faut établir (au tracé près, qui est irrémédiable) ce terre-plein comme dans les ouvrages modernes, profiter des trois tours pour avoir trois beaux cavaliers, avoir un beau chemin couvert avec glacis, couvrant trois demi-lunes, une à la porte du milieu et les deux autres sur le Danube et sur l’Inn. Elles doivent être à 120 toises l’une de l’autre et se coordonner entre elles. Le fort Maximilien enlevé, cette enceinte sera encore très-redoutable. Il faudra prendre une des trois demi-lunes, faire sauter la contrescarpe et faire brèche à l’escarpe. La muraille est ancienne et bonne, fondée en rochers; c’est une des plus belles ressources de la place de Passau.

Sur le quai de l’Inn comme sur celui du Danube, il y a plusieurs fours qu’il faut raser; déblayer les décombres, et abattre ce qui est inutile.

 

QUATRIEME NOTE.

RIVE GAUCHE DU DANUBE. – Le fort Eugène et le fort Alexandre ont besoin chacun d’un blockhaus et de deux blindages. Moyennant la redoute faite à Eggendobel, à 150 toises en avant des crémaillères, cette rive gauche se trouvera assez forte.

Du fort Eugène à la citadelle, il y a 400 toises. Pour rendre impossible à l’ennemi de se loger entre, il faudrait établir entre la citadelle et le fort un ouvrage qui se rattache à la citadelle et couvre le front d’attaque, de manière qu’on ne puisse arriver à la citadelle qu’après que cet ouvrage aurait été pris. La citadelle n’a que 100 toises de front; cet ouvrage en couronne, lié à la citadelle, pourrait former un des plus beaux fronts de défense de la citadelle, et la couvrirait parfaitement; alors cet ouvrage à corne, qui ferait partie de l’enceinte de la citadelle, la rapprocherait tellement du fort Eugène et du fort Alexandre, qu’il en serait comme l’ouvrage avancé; il n’y aurait plus que 100 à 200 toises d’intervalle; il serait impossible à l’ennemi de s’intercaler entre.

Le fort Rivoli n’est nécessaire à la place qu’autant qu’il protége la redoute qui sera placée pour empêcher l’effet des batteries que l’ennemi pourrait établir sur la rive gauche du Danube pour rompre le pont. Mais il est indispensable de maintenir la communication entre le fort Rivoli et la citadelle. Pour cela, une caponnière bien placée, avec une bonne redoute intermédiaire, parait indispensable. Cette redoute paraîtrait devoir être construite du côté de la maison Fravengel, qui n’est qu’à 200 toises des batteries le plus près du fort.

Après ces travaux terminés, il restera encore à établir des magasins dans la place. L’hôpital Saint-Nicolas, le Niederhaus, l’ancien château du Prince et autres maisons situées dans la ville paraissent nécessaires à occuper, à blinder et arranger de manière qu’on sache où placer un million de cartouches, soit en barils, soit confectionnées, un millier de voilures, un million de biscuit et trente mille quintaux de farine.

 

Munich, 21 octobre 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur général de la conscription et des revues, à Paris

Je reçois l’état de répartition de 36,000 conscrits. Je désire que, sur les 8,000 que vous envoyez à Paris, il ne vienne rien des départements de la Doire ni de Marengo; que les 1,500 hommes que vous envoyez dans la 12e division militaire, les 2,000 de la 13e division, les 3,000 hommes de la 11e division, viennent du Piémont, et que dès lors, sur les 11,208 que vous portez pour les dépôts, il n’y en ait point du Piémont. Vous pouvez également prendre en Piémont tout ce qui est pour la 8e division militaire. Mon but en prescrivant cela est celui-ci: ces 36,000 conscrits doivent aller en Espagne; je les aurais appelés à Bayonne, si je n’avais été persuadé qu’ils seront mieux habillés aux dépôts. D’un autre côté, je n’étais pas sûr de la paix, et j’étais bien aise que mes cadres d’Allemagne reçussent des renforts. Aujourd’hui que tout va en Espagne, je désire que toute la conscription du Piémont aille dans les 12e, 11e et 13e divisions militaires (c’est à peu près sur leur chemin), et qu’on fasse marcher les conscrits de manière que, arrivés aux dépôts, ils ne se détournent pas de la route directe de plus de cinq où six marches que s’ils avaient été directement de chez eux à Bayonne.

 

Munich, 21 octobre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

J’ai reçu vos lettres; je réponds à celle du 15. Vous êtes comme Quichotte; vous vous battez contre des moulins à vent. Je n’ai entendu dire partout que du bien de vous. Les reproches que je vous ai faits tenaient de mes observations, parce que j’aime que toutes les opérations de mes ministres soient légales, et du désir que j’avais que vous eussiez mis plus d’ordre dans tout ce que vous avez fait; mais cela est loin d’effacer le mérite de ce que vous avez fait  pour mon service. Vous savez que, lorsque j’ai lieu d’être mécontent, je sais le témoigner ; mais vous avez l’habitude de vous exagérer toujours ce que je vous dis.

 

Munich,  21 octobre 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, j’ai nommé le conseiller d’État Dauchy (Luc-Jacques-Édouard Dauchy, 1757 – 1817, conseiller d’État) intendant général de mes finances dans les provinces d’Illyrie. Les provinces d’Illyrie comprennent le pays entre la Save et l’Isonzo jusqu’à la Bosnie. Mon intention est d’avoir à Laybach un caissier, comme celui que j’ai à Turin. Choisissez pour remplir cette place un des caissiers qui sont à l’armée. Les revenus de toute espèce que produira l’Illyrie, c’est-à-dire le cercle de Villach, la Carniole, Trieste, Fiume et tout le littoral, la Croatie, le comté de Goritz, doivent entrer au trésor public. Il faut donc que tous les produits soient versés dans une caisse et soient affectés aux dépenses de l’armée que j’entretiendrai dans ce pays. Ces dépenses entreront dans le budget de l’État, comme les recettes entreront au trésor. Vous donnerez ces instructions au sieur Dauchy, aux receveur et caissier que vous aurez là.

Le 11e corps sera le seul stationné dans ces provinces. Il sera traité comme il l’était en Dalmatie, hormis que j’ai lieu de penser que les revenus du pays seront équivalents aux dépenses de ce corps. Envoyez un inspecteur du trésor prendre connaissance du pays.

 

Munich, 21 octobre 1809

Je vois que vous avez acheté 600 mulets à Niort pour le 11e bataillon des équipages militaires et 600 chevaux à Commercy. Je pense qu’il serait convenable de résilier le marché de Commercy et d’acheter 650 autres mulets à Niort et de faire venir à Niort le matériel du 11e bataillon de Commercy. Quand je vous ai écrit de former ce 11e bataillon à Commercy, j’ignorais si je le ferais servir en Espagne ou en Allemagne. Et aujourd’hui que la paix est signée, je désire que le 11e bataillon soit attelé de mulets comme le 10e. Par ce moyen, dans le courant de novembre, j’aurai ces deux bataillons prêts à partir de Bordeaux et de Bayonne. Le principal est que le personnel arrive promptement. Le 1er bataillon provisoire des équipages militaires qui était à Vienne, ayant 180 voitures, est parti avec 180,000 paires de souliers, qui se dirigeront sur Bayonne. Ces bataillons provisoires joindront le bataillon définitif en Espagne aussitôt que cela sera possible. Faites connaître dans les états les différents éléments qui composent ces bataillons provisoires.

 

Munich, 21 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu les observations du duc d’Istrie sur l’île de Walcheren.

Faites-lui connaître que je veux reprendre l’île de Walcheren et Flessingue; que tout ce qu’il dit sur l’impossibilité de reprendre Flessingue est controuvé; que j’ai voulu en laisser les Anglais maîtres jusqu’aux gelées, persuadé qu’ils y perdraient un monde immense, mais que mon intention est de les attaquer en novembre et en décembre ; qu’il fasse donc ses dispositions en conséquence; que ses observations sur Flessingue sont erronées et que rien ne se passera comme il le pense, parce que d’abord les Anglais ne peuvent tenir dans l’Escaut à cause des vents et des glaces; qu’ainsi Flessingue sera isolé et qu’on aura le temps d’en prendre la garnison prisonnière; que l’idée que, une fois les Français à Flessingue, les Anglais voulussent les attaquer par mer, est sans fondement; que ce n’est qu’avec une nombreuse armée et des moyens maritimes immenses, des bombardes, etc., qu’une pareille opération peut être tentée; qu’ils n’auraient pas pris Flessingue, s’ils avaient eu affaire à un brave homme. Les observations que fait le maréchal sur la grande difficulté de l’artillerie de terre sont contraire à la vérité; l’artillerie est peu de chose par mer, sa supériorité est immense par terre; la différence est d’un à sept, c’est-à-dire  que dix mortiers par terre font autant d’effet que soixante-dix par mer. Si l’artillerie par terre a eu peu d’effet, c’est qu’il n’y avait pas de mortiers et que les moyens des ennemis étaient du côté de la mer ; qu’il se sont peu approchés de la place, et que le canon contre la place ne pouvait rien faire, vu qu’il fallait qu’ils s’approchassent pour faire une brèche. Faites-lui connaître que la première opération à faire pour reprendre Flessingue est de placer des batteries considérables sur le Sloe pour chasser les petits bâtiments anglais et se rendre maître du passage ; que des chaloupes canonnières françaises et hollandaises doivent venir sur le Sloe, pour embarquer les troupes sur les bords de l’île du Sud-Beveland  et les débarquer dans l’île de Walcheren ; que je suis mécontent que le maréchal n’ait pas visité les bords du Sud-Beveland; qu’il fasse établir deux cents canons et mortiers pour battre les débouchés du Sloe et empêcher les bâtiments d’y entrer et de sortir ; que les commandants du génie et de l’artillerie français, de concert avec les officiers hollandais, doivent prendre des mesures pour l’établissement et l’armement de ces batteries.

En général, je vous dirai, pour vous, que l’avis qu’ouvre le maréchal me donne une faible opinion de son talent. C’est un excellent officier de cavalerie, parce qu’il a l’usage de cette arme et qu’il l’entend bien ; mais il n’a pas les premières notions de l’art de la guerre.

Faîtes-lui entendre que, lorsque l’opération sera mûre, il trouvera une main plus forte que la sienne l’exécuter : que j’y serai; qu’en attendant il visite avec attention le Sud-Beveland et fasse placer force batteries. Répétez-lui bien que je crois facile de reprendre l’île de Walcheren, et surtout que je veux la reprendre; que les inondations ne nous en empêcheront pas plus que les Anglais; qu’il fallait armer le fort de Bath sans doute, mais que quarante pièces de canon suffisaient, et qu’on met ses moyens dans la défensive lorsqu’il faut l’offensive.

Quoique je sois à Munich, j’ai voulu vous écrire cette lettre pour que vous ne perdiez pas une heure pour réitérer l’ordre qu’on place contre l’île de Walcheren deux ou trois cents pièces de canon en batterie et qu’on jette des bombes sur tout ce qui est à portée.

 

Nymphenburg, 21 octobre 1809

A l’impératrice Joséphine, à La Malmaison

Je suis ici depuis hier, bien portant. Je ne partirai pas encore demain. Je m’arrêterai un jour à Stuttgart. Tu seras prévenue vingt-quatre heures d’avance de mon arrivée à Fontainebleau. Je me fais une fête de te revoir, et j’attends ce moment avec impatience. Je t’embrasse. Tout à toi.

 

Munich, 22 octobre 1809

Au prince Cambacérès, archi-chancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je serai le 26 ou 27 à Fontainebleau. Aussitôt que vous saurez que j’y suis arrivé, venez et engagez les ministres à y venir arec leurs portefeuilles. Les grands dignitaires peuvent également y venir.

Je désirc que vous parliez au ministre des finances pour que Lavallette fasse mettre une grande quantité de chevaux sur la route de Fontainebleau. Je suis fort désireux de vous voir. J’ai attendu à Munich que les ratifications fussent échangées. Champagny m’apprend qu’elles l’ont été le 19, à onze heures du soir. Je ne perdrai donc plus que quelques douzaines d’heures à Stuttgart et dans les résidences qui sont sur ma route.

 

Munich, 22 octobre 1809, six heures du matin

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, une lettre de Champagny du 19, à onze heures du soir,  m’instruit de l’échange des ratifications. Je pars, et je serai à Fontainebleau le 27. Vous aurez fait partir ma Garde le 20, pour continuer sa route. Mon intention est qu’elle séjourne un on deux jours à Linz, à Steyer, à Wels; après quoi vous la ferez continuer sa route sur Passau et sur Braunau. Si, lorsqu’elle sera arrivée dans ces deux villes, vous n’aviez pas reçu mes ordres, vous la ferez filer dans la direction de Strasbourg. Cependant vous êtes toujours le maître de l’arrêter, si les circonstances changeaient. Faites connaître aux généraux Walther, Lepic, Saint-Sulpice, Guyot, Dorsenne, Curial, et à un des deux généraux de brigade majors des chasseurs et des grenadiers à pied, qu’ils sont autorisés à se rendre en toute diligence à Paris. La Garde sera commandée, savoir: les grenadiers à cheval, par major Chastel; les chasseurs et les dragons, par un major ; les autres régiments de grenadiers à pied et les chasseurs à pied par un des majors généraux de brigade.

Le 1er bataillon provisoire des équipages militaires, chargé de 180,000 paires de souliers, a eu ordre de partir de Vienne pour Linz; il séjournera là le nombre de jours nécessaire pour se réparer, et il continuera sa route sur Strasbourg. Je suppose que le régiment de Nassau part de Vienne pour Passau.

 

Fontainebleau, 26 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, j’arrive à Fontainebleau aujourd’hui à dix heures du matin. Je n’ai encore vu personne. Je n’ai point de nouvelles de vous depuis votre lettre du 20, par laquelle vous m’annonciez l’échange des ratifications. Le temps est ici superbe.

 

Fontainebleau, 26 octobre 1809

DÉCISIONS

Sire, en exécution des ordres que Votre Majesté a daigné me donner par sa lettre du 21 septembre dernier, relativement aux missions à l’intérieur, j’ai écrit aux archevêques et aux évêques de l’Empire, le 19 du même mois, et, de son côté, le ministre de la police générale a écrit aux préfets et commissaires généraux de police.

Tous les évêques ont protesté de leur empressement à se conformer aux intentions de Votre Majesté. Ils ont seulement présenté quelques doutes sur l’exécution. Il parait aussi que plusieurs préfets et maires ont mal entendu les instructions qui leur ont été données. Il est même arrivé qu’un conseiller de préfecture du département de la Creuse, en l’absence du préfet, a pensé que l’évêque de Limoges, qui avait commencé avec un de ses chanoines des instructions dans une de ses paroisses, devait les cesser pour ne pas contrevenir aux ordres de Votre Majesté. Les préfets du Calvados et de Gènes, et le maire de Quimper, ont également cru que les évêques ne pouvaient pas faire prêcher un ecclésiastique dans leur diocèse hors de la paroisse dans laquelle il est établi.

Il m’a semblé que les ordres contenus dans la lettre de Votre Majesté du 19 septembre, pris dans toute leur étendue, embrassent trois objets :

1° Les prêtres errants qui font état d’aller prêcher d’un diocèse dans l’autre;

2° Les membres de congrégations ayant le titre de missionnaires;

3° Les missions qui sont des rassemblements des habitants et des prêtres de plusieurs paroisses. Si telles sont, comme je le présume, les intentions de Votre Majesté, je pourrais donner aux questions qui se sont élevées les réponses suivantes :

1e question, un évêque peut-il employer un prêtre étranger à son diocèse pour y prêcher ?

Réponse du ministre. Il me semble que chaque diocèse doit se suffire à lui-même, et, si l’on admettait qu’un évêque peut autoriser des prêtres étrangers, la prohibition des prêtres errants deviendrait impossible à exécuter.

2e question. Un évêque peut-il employer pour prêcher ou pour donner des instructions pastorales dans une  paroisse de son diocèse, un ou deux prêtres d’une autre paroisse ?

Réponse du ministre. Cela ne lui est pas défendu; cela est même nécessaire lorsque,  dans une paroisse, la place de pasteur se trouve vacante, par mort, maladie, défaut de sujets ou autrement, ou dans le cas de désordres extraordinaires dans un canton, pourvu qu’aucune dévotion ou cérémonie particulière  n’ait lieu les autres jours que les dimanches ou fêtes conservées.

3e question. Un évêque peut-il employer pour la prédication un ecclésiastique de son diocèse, qui, s’étant plus particulièrement adonné à ce ministère, n’a point d’emploi fixe, tel que celui de chanoine, curé, desservant ou vicaire ?

Réponse du ministre. On pense qu’il peut employer cet ecclésiastique, par la double raison qu’il peut être en état de prêcher avant d’avoir obtenu un emploi fixe, et qu’il y aurait de l’inconvénient à priver de jeunes prédicateurs d’une occasion d’exercer leur talent, pourvu toutefois que ce soit sous les yeux de l’évêque, ou qu’il en ait prévenu le ministre des cultes, en déclarant qu’il s’en rend responsable.

Oui, avec l’approbation du,ministre des cultes.

 

 

Oui, sans permission

 

 

 

 

 

Oui, 1° s’il a été reçu docteur ou gradué en théologie dans nos écoles; 2° s’il a prêté le serment de professer les quatre propositions ; 3° s’il n’a pas été missionnaire, s’il n’est pas sorti de France; enfin s’il ne tient à aucune coterie, église particulière, et s’il n’a de relations qu’avec son évêque, ou curé, ou chapitre.

 

Je donnerai ces réponses par une nouvelle circulaire, si elles reçoivent l’approbation de Votre Majesté.

Je suis avec un profond respect, etc.

 

Fontainebleau, 26 octobre 1809

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Dans les faubourgs Saint-Denis et Saint-Martin il y a trois fontaines qui manquent d’eau. Les gens de ces faubourgs pensent que c’est par la négligence des personnes chargées de l’entretien de ces fontaines. Faîtes-moi un rapport là-dessus.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1809

NOTE SUR LA VENTE DE L’OUVRAGE DE LA COMMISSION D’EGYPTE

Sa Majesté n’est pas dans l’intention de faire verser au trésor le produit de cet ouvrage. Elle veut qu’il soit employé, soit pour l’encouragement des arts, soit à l’avantage de l’Institut, de la Bibliothèque impériale et du Jardin des Plantes.

Le ministre de l’intérieur proposera la distribution pour encouragement et l’emploi des fonds à 5 pour 100 au profit de ceux des coopérateurs de l’ouvrage qui ont parcouru l’Égypte. Il sera fait une retenue de 5 pour 100 qui sera affectée à l’achèvement de l’ouvrage.

Un comité sera formé pour l’examen de l’emploi des fonds; il sera composé de commissaires choisis parmi les membres de l’Institut et parmi les administrateurs de la Bibliothèque et du Jardin des Plantes.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Monsieur le Duc, j’ai l’honneur de rappeler à Votre Excellence le désir manifesté par Sa Majesté, afin que vous fassiez connaître aux préfets, par une circulaire d’une demi-page, ce qui vient de se passer au sujet des congréganistes, l’intention où est Sa Majesté qu’aucune  société ne se réunisse dans les églises, qui ne doivent être consacrées qu’à la prière et où les prêtres seuls peuvent exercer des fonctions, et la nécessité de dissoudre ces sociétés et d’en saisir les papiers.

Sa Majesté juge convenable que vous communiquiez ensuite cette circulaire au ministre des cultes, qui, de son côté, fera connaître aux évêques que Sa Majesté ne peut tolérer des abus aussi contraires aux véritables intérêts de la religion.

Par ordre de l’Empereur, Le ministre secrétaire d’État, duc de Bassano

 

Fontainebleau, 27 octobre 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur le Comte. Sa Majesté désire que vous engagiez M. l’évêque de Nantes à se rendre à Paris, que vous y mandiez M Fontanes, chef d’ordre des Barnabites, qui a la réputation d’un théologien habile et qui a été envoyé à Arcis-sur-Aube; il est aussi dans l’intention de Sa Majesté que vous fassiez venir à Paris M. le cardinal Mattei.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1809.

Au comte Aldini, ministre secrétaire d’État du royaume d’Italie, en résidence à Paris

Je vous prie de me faire un mémoire historique tendant à prouver la question suivante: ” Les Papes ont toujours été les ennemis de la puissance qui prédominait en Italie. Quand les Allemands triomphaient, ils appelaient les Français; quand la victoire avait rendu les Français les maîtres, ils se liguaient avec les Allemands et les chassaient. ”

 

Fontainebleau, 28 octobre 1809.

Au prince Cambacérès, archi-chancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie des notes sur lesquelles je désire que vous méditiez et que vous me présentiez des idées claires. Apportez-moi demain tout ce qui est relatif au sénatus-consulte pour les biens de la Couronne, car j’ai hâte de finir cette affaire.

NOTES.

Rédiger un projet de sénatus-consulte sur les résultats suivants:

1° Indépendamment des candidats présentés par le Corps législatif pour la présidence de ce corps, les grands dignitaires sont aptes à présider le Corps législatif, et l’Empereur peut leur déférer la présidence pour un an.

Il serait impossible, dans l’ordre actuel de nos idées, de nommer, par exemple, le sieur Tupinier. Si le Corps législatif ne présente pas des hommes plus considérables pour cette place, il y aura de l’avantage à nommer, pour le présider, un grand dignitaire. Il y aura aussi de l’avantage pour le Corps législatif, qui se trouve par là plus rapproché de l’Empereur.

2° Aucun corps ne peut se dire représentant de la nation. Toutes les autorités la représentent également.

3° Toutes les fois qu’il n’y aurait aucun changement à faire aux codes civil et criminel, au système des impositions, Sa Majesté peut ajourner à une autre année la session du Corps législatif, et, dans ce dernier cas, avant la fin de l’année, une commission de cinquante membres est appelée pour recevoir le compte général des finances, le faire imprimer et publier, présenter des observations à l’Empereur s’il y a lieu, et délibérer s’il y a ou non enquête particulière à faire sur le dernier compte, rédiger dans ce cas une très humble pétition à l’Empereur pour demander la convocation du Corps Législatif. L’Empereur devra entendre la lecture de cette pétition.

Si les règlements faits dans l’année apportaient dans le système des finances des changements tels que la convocation du Corps législatif devint nécessaire, la commission pourrait dénoncer au Sénat les mesures des ministres ou du Conseil d’État comme inconstitutionnelles.

4° Quant aux formes, il paraîtrait convenable que dans le sénatus-consulte on proposât de changer quelque chose aux formes. Il semble que les idées monarchiques s’arrangent mal de ces doubles signatures. L’Empereur signe d’abord le projet de loi discuté au Conseil, l’envoie ensuite au Corps législatif, et, après cela, il le proclame. Il serait mieux que la proposition se fît au nom du Conseil d’État, spécialement autorisé par Sa Majesté, ou autre formule analogue, laquelle comporterait l’obligation d’avoir soumis le projet à l’Empereur et d’avoir obtenu son approbation antérieure. Alors, si le Corps législatif rejette ou modifie, cela porte sur un décret du Conseil d’État; l’Empereur est au milieu. De cette manière les formes paraissent mieux gardées.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez l’ordre au colonel Henry de se rendre en poste dans le département de la Sarre. Vous y dirigerez soixante gendarmes d’élite, en prenant la tête de ceux qui arrivent d’Allemagne et qui doivent avoir dépassé Nancy. Il vous fera un rapport tous les jours et vous fera connaître à fond le caractère de cette insurrection et les vrais motifs des troubles qui ont eu lieu. Cette expédition terminée, il se rendra dans l’Ourthe pour anéantir les deux bandes qui se sont formées là.

Même lettre au ministre de la police, avec cette addition :

Vous lui 3)au colonel Henry remettrez 6,000 francs pour dépenses secrètes dans cette mission.

 

Fontainebleau,  28 octobre 1809

Au comte d’Hauterive, chargé par intérim du portefeuille des relations extérieures, à Paris

Monsieur d’Hauterive, faites-moi un rapport sur la conduite qu’a tenue la Prusse pendant la guerre actuelle, dans la formation de ses camps, dans l’affaire de Schill, et de ses officiers, dans ce qui est relatif au prince d’Orange, et autres griefs de cette nature, afin que ces matériaux servent à régler ma conduite et les démarches à faire.

 

Fontainebleau,  28 octobre 1809

Au comte d’Hauterive, chargé par intérim du portefeuille des relations extérieures, à Paris

Monsieur d’Hauterive, apportez-moi la constitution de Hollande, apportez-moi aussi le dernier décret du roi de Hollande sur la noblesse. Faites-moi connaître si ce décret n’a pas blessé  les principes fondamentaux de la constitution.

 

Fontainebleau,  28 octobre 1809

Au comte d’Hauterive, chargé par intérim du portefeuille des relations extérieures, à Paris

Monsieur d’Hauterive, je désire que vous fassiez réunir dans les archives des relations extérieures et que vous puissiez me remettre le plus tôt possible les pièces touchant mes discussions avec la cour de Rome. Vous y joindrez ma correspondance particulière avec le Pape sur le même objet, et vous demandez au ministre des cultes les bulles et brefs relatifs à cette affaire. Vous me ferez l’analyse de ces pièces, afin que j’y mette des notes pour la direction à donner qui doit être lu au Sénat et accompagner le sénatus-consulte qui déclare les Etats ecclésiastiques réunis à la France et partie intégrante de l’Empire.

 

Fontainebleau,  28 octobre 1809

Au comte d’Hauterive, chargé par intérim du portefeuille des relations extérieures, à Paris

Monsieur d’Hauterive, je vous renvoie le portefeuille des relations extérieures. Apportez-moi lundi un projet de lettre pour  M. de Dreyer (ministre plénipotentiaire du Danemark à Paris) et un pour M. de Didelot Ministre plénipotentiaire français à Copenhague). Vous ferez connaître à M. de Dreyer que j’ai vu avec peine qu’Altona était devenue colonie anglaise; que les denrées coloniales y étaient apportées par des vaisseaux prétendus américains et qu’on en formait un entrepôt à Hambourg pour être de là répandue dans l’Allemagne; que j’ai vu dans cette tolérance de la contrebande une violation du traité d’alliance avec la France; que la guerre sera perpétuelle, si les puissances du continent négligent ce moyen efficace de nuire à l’Angleterre. Quant à la Suède, vous ajouterez que j’ai fait connaître à cette puissance que je n’admettrais aucun arrangement qu’au préalable elle ne souscrivît aux mesures de blocus adoptées par les puissances continentales. Vous enverrez au sieur Didelot copie de la lettre à M. de Dreyer, et vous lui prescrirez de faire des instances pour que les marchandises anglaises soient mises sous le séquestre. Vous rapporterez dans les deux lettres les détails contenus dans la lettre de mon ministre à Hambourg.

Vous me présenterez également des projets de lettre à MM. de Brockausen (ministre de Prusse à Paris) et Saint-Marsan (Ministre de France à Berlin), pour leur rappeler que depuis la guerre la Prusse n’a rien payé, et pour savoir quand elle remplira ses engagements.

 

Fontainebleau, 30 octobre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, si, comme je le pense, tout se passe convenablement en Autriche, dirigez toute ma Garde sur Strasbourg, et faites-moi connaître quand elle y arrivera. Donnez ordre au régiment provisoire de dragons qui est dans le Vorarlberg et au bataillon du 46e de se rendre à Huningue. Le 55e suivra la même direction, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, c’est-à-dire lorsque nous serons maîtres d’Innsbruck et que le Tyrol sera soumis; ce qui, je suppose, doit déjà avoir lieu à l’heure qu’il est.

 

Fontainebleau, 30 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez l’ordre au duc de Raguse de partir le 4 novembre, pour être rendu le 12 à Vicence et pouvoir de là se rendre à Laybach, où se trouve réuni le 11e corps, avant le 16 ou le 17 du mois.

Donnez ordre au général Reynier, qui commande les Saxons à Presbourg, de se rendre, aussitôt que les Saxons auront quitté le territoire de l’Autriche, en toute diligence à Paris, pour y être employé à une armée.

 

Fontainebleau, 30 octobre l809

Général Clarke, je vous ai fait connaître l’intention où j’étais que la division Loison, qui sera forte de 12,000 hommes tant en infanterie qu’en cavalerie, pût entrer en Espagne le plus tôt possible, et avant le 1er décembre.

Je vous ai fait connaître l’intention où j’étais que la division Reynier, qui sera forte de 15,000 hommes d’infanterie et de 4,000 hommes de cavalerie, pût être réunie à Bayonne vers la fin de décembre.

Enfin, je vous ai fait connaître que mon intention était que le 8e corps fut dirigé sur Paris et Huningue, et pût y être arrivé avant le 30 novembre.

Les divisions Loison et Reynier seront successivement incorporées dans les cadres qui sont en Espagne, puisque les corps dont elles sont composées appartiennent déjà à l’armée d’Espagne.

Mais je dois aussi vous faire connaître mes intentions sur l’organisation du 8e corps, que je désire pouvoir faire entrer en Espagne dans les derniers jours de janvier. Ce corps sera commandé par le duc d’Abrantès. La 11e division sera composée des quatre bataillons du 22e de ligne et des huit bataillons actuellement existants à la division Rivaud ; total, douze bataillons. Tous ces bataillons seront mis au grand complet de 840 hommes par l’incorporation soit de ce qu’ils ont ou auront de disponible à leur départ d’ici au 1er décembre, soit de ce qu’ils auraient dans les six demi-brigades provisoires qui sont au Nord. Par exemple, le 19e a 360 hommes dans la 6e demi-brigade, le 25e y a 300 hommes, le 28e y a 400 hommes, le 36e, 200 hommes, etc. Je suppose que d’ici au 1er décembre je pourrai avoir disponible une partie de ces demi-brigades provisoires; mon intention est de retirer tout ce qui sera possible. Cette 1re division sera donc composée de 10,000 hommes, présents sous les armes et formant deux brigades.

La 2e division, commandée par le général Lagrange, sera composée de trois bataillons du 65e, d’un bataillon du 46e et de huit bataillons des huit régiments qui sont à Paris; ce qui fera en tout douze bataillons ou 10,000 hommes.

Les 3e et 4e divisions seront formées de tout ce que les dépôts de France pourront fournir au 1er décembre. C’est peu que d’évaluer à 10,000 hommes la force à laquelle chacune de ces divisions pourra ainsi être portée ; ce qui réunira sous les ordres du duc d’Abrantès un corps de 40,000 hommes environ. Pour pouvoir l’organiser convenablement, je désire que le chef de vos bureaux qui a fait le travail que vous m’avez remis, pour la formation d’une réserve de 100,000 hommes destinés pour l’Espagne, vienne à Fontainebleau. Il fera connaître au sieur Monnier, secrétaire du cabinet, qu’il est arrivé; il apportera les états qu’il peut avoir et fera cette organisation sous mes yeux. Entre autres matériaux et renseignements dont il devra se munir, il aura soin d’apporter un état de situation de toutes les demi-brigades provisoires et régiments de marche qui existent, un état de tout ce qui est disponible dans les différents dépôts en France, un état de la situation où se trouvent tous les ler, tous les 2e, tous les 3e, tous les 4e bataillons et les 1e, 2e, 3e et 4e compagnies des 5e bataillons. En travaillant une couple d’heures avec moi, cet employé comprendra de quelle manière je veux faire ce travail.

Quant à la cavalerie, je ferai également faire cette formation par votre employé. Mon intention est que la cavalerie de ce corps d’armée soit composée de tous les 3e et 4e escadrons des vingt-quatre régiments de dragons, et je crois pouvoir réunir ainsi vers le 1er  décembre un total de 10,000 chevaux.

Cela portera donc le corps du duc d’Abrantès à 50,000 hommes.

La division de Loison doit être de 12,000 hommes; celle de Reynier sera de près de 20,000 hommes; cela formera donc une armée de 85,000 hommes à envoyer en Espagne.

Après le 8e corps, il restera à former une 3e division de réserve d’une vingtaine de mille hommes, tant cavalerie qu’infanterie. Cette division pourrait entrer en Espagne à la fin de mars; ce qui compléterait  les 100,000 hommes que l’on peut, à ce qu’il me paraît, facilement réunir.

 

Fontainebleau, 30 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai écrit trois lettres, une sur l’organisation de la division Loison, une sur l’organisation de la division Reynier, la troisième sur l’organisation du 8e corps commandé par le duc d’Abrantès, et enfin pour la formation d’un 4e corps ou 3e division de réserve.

J’ai supposé que la division Loison pourrait être de 12,000 hommes, que la division Reynier pourrait être de 20,000, que le 8e corps serait de 50,000 à 60,000, enfin que la 3e division de réserve pourrait être de 20,000.

Au milieu de toutes les occupations qui m’assiégent, je n’ai pu faire de travail que très à la hâte. Il est instant cependant que vous donniez des ordres conformément à mes différentes lettres. Mais si, fixant votre attention sur ce sujet, vous pensiez qu’on pût rendre ces corps plus nombreux, je désire que vous me le proposiez.

Les besoins en Espagne sont successifs; il faut d’abord un corps qui soutienne les derrières. Etant en novembre, il serait impossible de réunir tous nos moyens avant le commencement de janvier, et surtout la poudre et l’artillerie; et, dans cette presqu’île coupée de hautes montagnes, les froids et les neiges de janvier ne permettraient de rien faire.

Ainsi donc, les envois de troupes me semblent devoir être divisés de la manière suivante :

1° La division Loison, forte de 12,000 hommes; j’espère qu’elle pourra entrer en Biscaye avant le ler décembre;

2° La division Reynier; j’espère qu’elle pourra y entrer dans les premiers jours de janvier;

3° Le corps du duc d’Abrantès; j’espère qu’il pourra entrer en Espagne dans les premiers jours de février;

4° La division de réserve, qui pourra entrer vers le commencement de mars.

Je désire que le chef de vos bureaux travaille dans ce sens, et que, lorsqu’il aura terminé ainsi son travail, il me l’apporte lui-même pour que je puisse ensuite discuter avec lui la formation des divisions et les autres détails secondaires. Mais ce qui m’importe aujourd’hui, c’est de ne pas perdre un moment pour faire marcher la division Loison.

 

Fontainebleau, 30 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La légion portugaise se compose de trois gros détachements, d’une demi-brigade qui est au corps d’Oudinot, d’un bataillon qui est à Hanovre, et d’un bataillon parti de Strasbourg et que j’ai dirigé sur Ratisbonne. Donnez ces renseignements au duc d’Auerstaedt pour qu’il réunisse tous les Portugais en un seul corps, et qu’il le tienne éloigné des côtes. Cela fera 2,000 à 2,500 hommes. Je suppose qu’il n’y a aucun Allemand dans ce corps.

 

Fontainebleau, 30 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il me paraît difficile que vous preniez le titre de duc d’Hunebourg; mais je ne vois aucun inconvénient que vous gardiez le titre de comte d’Hunebourg en y joignant celui de duc de Feltre.

 

Fontainebleau, 31 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

On peut dissoudre le corps de réserve du duc de Conegliano.

Donnez l’ordre à ce maréchal de se rendre à Paris pour diriger la gendarmerie, vous mettrez les gardes nationales qui sont sous ses ordres sous ceux d’un général de division, sous le duc d’Istrie. Ce sera un état-major de moins et plus de simplicité.

 

Fontainebleau, 31 octobre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez ci-joint l’état de la flottille hollandaise. Vous verrez que la Hollande ne me fournit rien. Elle n’a que soixante et dix bateaux canonniers dans l’Escaut oriental et pas une chaloupe; et, dans les autres canaux de la Meuse, vous voyez qu’elle n’a que cinq chaloupes canonnières. Soixante et dix bateaux canonniers ou rien, c’est à peu près la même chose. S’il y avait eu l’ombre d’une Hollande, il devrait y avoir cent chaloupes canonnières. Écrivez au Roi, par un officier, pour savoir sur quoi compter et pour le presser d’augmenter sa flottille.

Vous trouverez, par cet officier, au sieur la Rochefoucauld, pour qu’il fasse les plus fortes instances pour faire venir dans l’Escaut oriental le nombre de chaloupes canonnières nécessaire pour l’expédition. Vous lui sentir que jamais la Hollande n’a été si nulle, que la république m’avait fourni à Boulogne, pour une expédition étrangère, hors du pays, cinquante chaloupes canonnières et cent cinquante bateaux canonniers, et ces cinquante chaloupes canonnières étaient de superbes bâtiments; ici je n’en vois pas. Vous écrirez au roi de Hollande, par cet officier, pour que les troupes de Hollande se mettent en mouvement, pour avoir 16,000  hommes pour coopérer avec mes troupes à la reprise de l’île de Walcheren.

 

Fontainebleau, 31 octobre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, répondez au sieur Kourakine que j’accorderai toutes les autorisations nécessaires pour l’emprunt que l’empereur de Russie veut faire à Paris; que mon intention, dans cette affaire comme dans toute autre, est de remplir les désirs de l’empereur. Quant au sieur Cassini, vous aurez avec le prince Kourakine une explication à son sujet. Vous lui ferez connaître que, soit le sieur Cassini, soit tout autre, né mon sujet, qui serait dans le même cas, n’est justiciable que de mes ministres; que nous n’admettons pas le principe de la naturalisation; que nous nous sommes brouillés pour cela avec M. de Markof; que je ne puis reconnaître à la Russie le droit de protéger un sujet français; que, tant qu’on n’aura pas trouvé le secret de la transfusion du sang, un Français est Français, et que ce caractère est indélébile; qu’il serait étrange que la Russie voulut soustraire à ma juridiction un sujet dont je suis mécontent ; que je ne protège aucun Russe en Russie, et que la Russie ne doit protéger aucun Français en France. Parlez là-dessus à M. de Kourakine, sans faire aucune note, et écrivez dans le même sens à M. de Caulaincourt.

Écrivez au général Clarke que je ne conçois rien aux principes du ministère de la guerre; que, si des sujets russes se sont engagés volontairement dans mes troupes, on doit les y laisser, et que, dans notre législation, ce serait un crime de les rendre à leur maître; qu’il doit témoigner mon mécontentement au duc de Valmy de ce que, pour être agréable à la Russie, il a élevé cette difficulté. Il faut laisser échapper ces hommes et fermer les yeux, et tout est dit.

Fontainebleau, 1er novembre 1809.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vois dans votre correspondance que, mes ministres à Stuttgart et à Cassel ont l’imprévoyance d’employer des estafettes, et que le sieur Reinhard assure gravement que ses cachets sont intacts. J’ai déjà défendu à mes ministres à l’étranger de se servir d’estafettes; réitérez-leur cet ordre, et tenez la main à ce qu’il soit observé. Les dépêches qui passent par les mains des Allemands sont violées, et mes secrets sont compromis. Faites bien connaître à mes ministres que, s’ils envoient des dépêches importantes par d’autres mains que par celles des Français, ils seront responsables de ce qui arriverait.

 

Fontainebleau, 2 novembre 1809.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’expédition de l’île de Walcheren me paraît si peu importante, que mon intention n’est pas de la faire moi-même; j’en charge le duc d’Istrie. Le roi de Hollande doit avoir dans le Sud-Beveland 16,000 Hollandais, ce qui fera 12,000 hommes présents. Il pourra y faire venir sa garde hollandaise, à marches forcées, au moment de l’expédition. Outre cela, le duc d’Istrie a 10 ou 12,000 hommes, indépendamment des gardes nationales qui serviront à défendre les communications. Il faut donc que, du 15 au 20 novembre, il ait 20,000 hommes présents sous les armes dans l’île de Walcheren, qu’il ait pris Middelburg, investi Flessingue, et qu’il ait des moyens pour une tête de pont. D’ici à ce temps, il placera ses troupes comme il l’entendra; mais vous lui ferez observer que, le pays étant malsain, il ne faut placer mes troupes qu’au dernier moment. Il tiendra conseil avec mes amiraux, avec l’amiral Ver Huell, le contre-amiral Lhermitte, commandant ma flottille, et avec les généraux qu’il emploiera dans cette expédition. Il me fera connaître avant le 10 novembre le plan qui aura été adopté. Vous trouverez ci-joint le plan qu’il m’a envoyé, que je ne comprends pas bien. Le chef de bataillon Decaux pourra rester jusqu’à ce que le plan soit adopté, afin qu’il puisse donner des explications. On m’assure que vous avez des plans meilleurs que les miens de l’île de Walcheren; le maréchal Marmont doit vous en avoir donné; envoyez-les-moi.

 

Fontainebleau, 2 novembre 1809.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au 8e corps, c’est-à-dire aux 1er, 5e et 6e régiments provisoires de dragons, au régiment de cavalerie du grand-duché de Berg, formant ensemble plus de 4,000 hommes, aux huit bataillons de la division Rivaud, au régiment d’infanterie du grand-duché de Berg et au 22e de ligne, formant quatorze bataillons d’infanterie, de se rendre à Paris avec les transports, génie, personnel et attelages d’artillerie. Vous recommanderez au duc d’Abrantès de laisser à Mayence ou à Metz le matériel de son artillerie ; ce corps, devant aller en Espagne, trouvera à Bayonne et même en Espagne suffisamment de matériel.

Donnez ordre au général Lagrange, qui est dans le Vorarlberg, de se rendre à Huningue avec le bataillon du 46e, les trois bataillons du 65e et un régiment provisoire de dragons. Il attendra là de nouveaux ordres; il ne quittera cependant le Vorarlberg qu’autant que sa présence ne serait plus nécessaire à la tranquillité du pays.

Donnez l’ordre aux deux régiments provisoires de dragons qui doivent être arrivés à Strasbourg de continuer leur mouvement sur Orléans. J’ai donné l’ordre, en passant à Strasbourg, au régiment de marche de Strasbourg, composé de 1,000 hommes, de se rendre à Metz; donnez ordre qu’il se rende de là à Saint-Denis, de manière que ces bataillons, en partant de Paris, soient tous à 840 hommes. Il y a deux de ces bataillons qui ne sont que de quatre compagnies; ce sont ceux des 14e et 34e. Tirez des dépôts de ces régiments les cadres des deux compagnies qui manquent, et faites venir de l’armée du Nord, des demi-brigades provisoires, les hommes que ces deux régiments ont là. Il faut qu’en partant de Paris ces deux bataillons aient 1,000 hommes présents sous les armes; ce qui fera un effectif de près de 1,200 hommes.

Donnez ordre au 1er régiment provisoire de chasseurs, qui a eu ordre de se diriger sur Strasbourg, de continuer sa marche sur Orléans. En cas que ce régiment se trouvât entre Augsbourg et Strasbourg vous enverrez la copie de cet ordre au major général.

Le régiment du grand-duché de Berg n’a qu’un millier d’hommes présents; si l’on pouvait avoir 7 à 800 Allemands, de ceux destinés soit au régiment d’Isembourg, soit au régiment de la Tour d’Auvergne, on pourrait les incorporer dans le régiment de Berg, à son passage à Orléans.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1809.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre rapport du 31 octobre sur l’artillerie. Je remarque que je vous ai donné deux millions d’extraordinaire, par mon décret du 15 septembre, sur le budget de 1809. Ces deux millions sont le prix de deux mille voitures que je vous ai demandées; ils ne doivent pas être employés à d’autres dépenses. Vous n’avez encore rien donné là-dessus; ainsi ces deux millions ne pourront pas être dépensés dans l’année 1809. Votre crédit pour 1809 était de trois millions; on vous en accordera un pareil pour 1810. Avec ces trois millions, vous devriez avoir fait trois mille voitures. En admettant qu’il eût fallu 1,500,000 francs pour les services, il resterait toujours des fonds pour la confection des quinze cents voitures de cette année. Indépendamment des deux millions d’extraordinaire que j’ai accordés par mon décret du 15 septembre, demander six millions pour les dépenses de l’artillerie, c’est une chose impossible. Je vous renvoie votre travail pour que votre budget de 1810 soit réglé sur ces données. Présentez-moi un décret pour employer les deux millions que j’ai accordes par mon décret du 13 septembre à la construction de seize cents voitures, comme vous le proposez, pour, avec le surplus de ce fonds, faire construire trois ou quatre cents voitures de côte ou de siége, ce qui sera une commande extraordinaire. Rendez-moi ensuite un compte de l’emploi des fonds et budgets de 1809 et 1810, du nombre de voitures que vous avez, de celles que vous devez faire sur 1810 pour faire le complément. Si, sur le budget de 1809, vous avez fait faire quinze cents voitures, si, sur les deux millions d’extraordinaire que j’ai accordés, on en a fait deux mille, si, sur le budget de 1810, on en a fait quinze cents, ce sera cinq mille voitures; ce qui est au-dessus de tous les besoins imaginables.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites connaître au prince Kourakine que j’accorderai les ingénieurs des ponts-et-chaussées qu’il demandera et que je suis charmé de faire quelque chose qui soit agréable à la Russie. Ayez soin dans vos conversations d’être très mielleux et très doucereux.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1809

Au général comte Rapp, gouverneur de Danzig

Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de l’espèce de circulaire que vous avez faite sur l’affaire de Schönbrunn (tentative d’assassinat de Napoléon). Vous ne vous êtes pas contenté de l’écrire à Paris, vous l’avez écrite à Francfort. .Je ne reconnais pas là votre prudence accoutumée.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1809.

Aux évêques de France

Monsieur l’évêque de  …., la paix est heureusement conclue entre nous et l’empereur d’Autriche. Notre intention est que, aussitôt la présente reçue, vous vous concertiez avec qui de droit pour réunir nos peuples dans les églises, le 2 décembre prochain, y chanter un Te Deum, et adresser à Dieu des actions de grâces de ce qu’il nous a donné la force et les inspirations nécessaires pour terminer, en peu de mois, une guerre qui pouvait durer plusieurs années, et qui, dès les premiers moments, avait porté le ravage chez nos alliés et semblait même menacer nos propres pays.

Si nous avons été souvent touchés des maux qui sur cette loyale et bonne nation autrichienne, c’est pour nous un nouveau motif de bénir la Providence qui nous a permis de tenir éloignée de nos États la guerre, le premier, le plus grand des fléaux.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1809.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Je vous renvoie votre portefeuille. Je pense qu’il est convenable un courrier en Russie, pour accuser la réception du dernier courrier et donner des explications sur le voyage du roi de Saxe comme étant une simple affaire de courtoisie. Il faut également parler de la mission de M. de Krusemark comme ayant pour objet de porter plainte et de demander satisfaction pour les individus arrêtés comme officiers de Schill.

Je vous envoie la lettre  du roi de Prusse. Vous verrez qu’il est impossible de répondre à une pareille lettre, qui est un véritable mémoire. Je vous envoie cependant copie de ma réponse. Vous l’enverrez à M. de Saint Marsan, avec la copie de la lettre du roi, pour qu’elles lui servent de règle. Vous direz à M. de Krusemark qu’il peut partir. J’ai chargé le duc de Frioul de lui remettre le présent d’usage.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1809

A Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, à Königsberg

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre (voir ci-dessous) de Votre Majesté, du 18 octobre, que m’a remise le colonel baron de Krusemark, son aide de camp. Je la remercie sincèrement de la part qu’elle veut prendre à la paix que je viens de conclure avec l’empereur d’Autriche. J’ai fait connaître à l’aide de camp de Votre Majesté les motifs de plainte que j’avais de la conduite de plusieurs corps de troupes prussiennes et mes autres griefs, résultats de l’état de désorganisation où se trouve sa monarchie, et je lui ai exprimé les vœux sincères que je fais pour la voir bientôt se réorganiser; car ce n’est qu’alors, Monsieur mon Frère, que Votre Majesté parviendra à rétablir son crédit politique et guerrier. Du reste, cet officier n’ayant aucun pouvoir ni commission spéciale, je n’ai pu autoriser mes ministres à entrer en affaire avec lui. Mais, après lui avoir exprimé mes sujets de plainte, j’ai chargé ce colonel de réitérer à Votre Majesté les assurances de mon amitié, de mon estime et de ma résolution constante d’être utile à la Prusse et de persévérer dans le système d’alliance réglé par le dernier traité.

Je prie Votre Majesté de ne pas douter de mes sentiments d’estime et de haute considération, et de n’ajouter aucune foi à ceux qui voudraient lui donner de l’inquiétude sur mes dispositions.

LETTRE DU ROI DE PRUSSE A L’EMPEREUR NAPOLÉON.

Monsieur mon Frère, je viens d’être informé que la paix a été conclue entre Votre Majesté Impériale et Royale et Sa Majesté l’empereur d’Autriche. Mon premier mouvement, en apprenant cet heureux événement, est d’en offrir mes vives et sincères félicitations à Votre Majesté Impériale. Je suis jaloux de lui témoigner toute la part que j’y prends , et, en satisfaisant ainsi à un devoir qui m’est si cher, je ne crois pas moins que, dans ce moment de gloire, j’ose invoquer avec plus d’espoir encore sa magnanimité en faveur de mes malheureux Etats. En effet, Sire, pendant deux années et dans les circonstances les plus difficiles, j’ai tout fait pour prouver à Votre Majesté Impériale et Royale ma ferme volonté de mériter sa confiance et de conformer ma conduite à son système politique, résistant aux sollicitations étrangères et étouffant les plaintes et les mouvements qui tendaient à m’en écarter. Si j’ai recherché les occasions de complaire à Votre Majesté Impériale, si je n’ai pas hésité de saisir encore pour cet effet celle que m’a offerte la délimitation de Magdeburg, en soumettant à sa décision s’il faut accorder le rayon que le général Michaud exige pour cette place, et si je me suis borné à ne demander, en retour de ce sacrifice, que quelques lieues de terrain de plus autour de Graudenz, je crois avoir rempli l’attente de Votre Majesté Impériale et Royale et avoir fait preuve d’une constance de principes et de sentiments qui, d’après ce qu’elle me déclara en se séparant de moi à Tilsit, devrait aujourd’hui me donner des droits à son amitié et à sa généreuse participation aux intérêts de la Prusse.

Jusqu’ici les grands objets qui ont absorbé l’attention de Votre Majesté Impériale et Royale ont pu l’empêcher de donner suite aux représentations que j’ai été dans le cas de lui faire directement ou de lui faire adresser, soit par le comte de Saint Marsan, soit par le baron de Brockhausen; mais je ne saurais me persuader que le tableau qui lui a été tracé de la situation de mes sujets, dont la misère va au comble, n’ait fait aucune impression sur sa grande âme. Je ne saurais croire que, connaissant l’état vraiment déplorable de mes provinces, la stagnation du commerce autrefois si florissant, l’épuisement de toutes les ressources, l’anéantissement du crédit public et les obstacles insurmontables qu’ont rencontrés les négociations d’emprunt ouvertes en Hollande et ailleurs, elle veuille insister avec rigueur sans l’accomplissement entier de mes engagements pécuniaires aux termes des conventions de Paris et de Berlin, conventions dont l’exécution a été reconnue impossible dès l’époque de leur signature. Je n’ai certainement pas mieux demandé que d’y satisfaire; Votre Majesté Impériale en a vu la preuve dans l’exactitude de mes premiers payements; elle a du apprendre que je n’ai pas balancé à me résigner à la vente de mes bijoux et de ma vaisselle d’or et d’argent ; que je suis allé jusqu’à requérir celle de mes sujets, et qu’il ne m’en a pas coûté même de me résoudre à la vente de mes domaines. Mais elle ne peut pas ignorer non plus que toutes ces mesures n’ont produit que de faibles ressources, et que surtout la vente de mes domaines, vu le manque absolu de numéraire, n’a eu aucun succès; ce qui m’a fait souvent regretter, Sire, de n’avoir pas accepté dans le temps la proposition, que me fit votre intendant général, de lui céder une partie de ces biens à titre de payement. Et ce tableau vrai et fidèle de mes embarras et de mes efforts prouvera à Votre Majesté Impériale et Royale, après que dans ces derniers temps elle a bien voulu me donner des preuves d’indulgence et de bonté, auxquelles j’ai été infiniment sensible, parce qu’elles ont relevé mes espérances, qu’il est physiquement impossible que, comme je le désire, je fasse honneur à mes engagements, à moins qu’il ne lui plaise de m’accorder du temps et quelques soulagements.

C’est cette ·seule faveur, Sire, que je me permets de solliciter comme méritée par la constance de mon système et de mes principes, en priant Votre Majesté Impériale d’établir, soit à Paris, soit à Berlin, entre son ministère et le mien, une négociation tendant à régler cet objet et tous ceux qui, par l’entremise du Comte de Saint Marsan, ont été portés à sa décision; et c’est par cette faveur qui ne doit mener qu’à des délibérations et des résultats préférablement avantageux aux caisses françaises, parce qu’ils détermineront la possibilité de l’acquittement direct ou indirect de mes engagements, que Votre Majesté Impériale s’attachera la Prusse par les liens de la plus sincère reconnaissance. Oui, Sire, c’est au prix de ces déterminations rassurant le public sur vos dispositions favorables à mon égard que, à l’aide de la sévérité de mon économie et de l’exactitude de mon administration des finances, vous parviendrez à rétablir mon crédit au point de pouvoir reprendre des opérations tendantes (sic) à me procurer le plus vite possible les moyens d’acquitter ma dette, soit par quelque emprunt négocié en Hollande ou ailleurs, soit par des mesures prises pour des échanges, ventes ou cessions de domaines.

Je charge de cette lettre le baron de Krusemark, mon colonel et aide de camp, que Votre Majesté Impériale et Royale connaît d’ancienne date, et qui alors eut le bonheur de ne pas lui déplaire. Il a ma confiance, Sire, el je vous prie d’ajouter pleine créance à ce qu’il dira à Votre Majesté quand il l’assurera des sentiments de dévouement et de haute considération avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur mon Frère, de Votre Majesté Impériale .et Royale le bon frère et ami,

FRÉDÉRIC-GULLAUME.

Königsberg, 18 octobre 1809.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Qu’est-ce que c’est qu’un nommé Bruguières, du Gard, qui est actuellement à Fontainebleau et qui s’amuse à adresser des bulletins au prince Kourakine ?

 

Fontainebleau, 7 novembre 1809

Au comte Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Je ne puis que vous savoir mauvais gré de m’avoir laissé ignorer l’état de vos affaires, d’autant plus que j’avais toujours senti que la place que vous occupez devait exiger de fortes dépenses. L’idée que le grand chancelier ne doit pas avoir de traitement n’est pas sensée, puisqu’il est obligé à une grande représentation. Un moyen naturel et juste d’indemnité, c’est que, sur les fonds de la Légion d’honneur, conformément au décret que j’ai pris, vous touchiez un traitement de 40,000 francs depuis le jour de votre nomination. Quant aux motifs que vous alléguez pour votre santé, je ne puis y adhérer ni consentir à ce que vous quittiez votre place; il faut mourir sous le harnais.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, je crois nécessaire que vous ordonniez au général Saint-Cyr de garder les arrêts dans sa campagne, jusqu’à ce qu’il ait fait connaître les motifs qui l’ont obligé à quitter l’armée sans l’ordre du ministre. Une raison de maladie n’est pas une raison admissible pour les généraux comme pour les soldats, il résulterait de là qu’avec un certificat de chirurgien, on serait autorisé à abandonner l’armée.

J’attends le rapport qu’il vous fera pour prendre un parti.

Vous lui demanderez également un rapport qui fasse connaître pourquoi il a laissé ravitailler la place de Girone.

 

Fontainebleau, 8 novembre 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois vos différentes lettres du 28 octobre. J’approuve ce que vous me proposez dans une de ces lettres, relativement aux congés des ducs de Monteleone et de Mondragone et l’envoi à Paris du marquis de Campochiaro.

 

Fontainebleau, 9 novembre 1809

A Madame de Perron 4)Paule Argentero de Bergegio, mariée à Charles-Joseph-Louis de Perron de Saint-Martin, comte de l’Empire.

J’ai reçu votre lettre du 28 octobre. Je prends part à la peine que vous fait éprouver la mort prématurée de votre gendre 5)Vincent de Margnolas, conseiller d’État – 1781-1809 dont je regrette les bons services et les bonnes qualités.

J’ai donné ordre que celui de vos fils qui sert dans le Garde fût employé dans les conscrits de ma garde. Je serai fort aise de vous donner dans tous les temps des preuves de l’intérêt que je porte à vous et à votre famille.

 

Fontainebleau, 10 novembre 1809

Au général comte Hulin, commandant la 1e division militaire, à Paris

Monsieur le Général Hulin, il faut porter le plus grand soin à renvoyer le moins de prisonniers autrichiens possible, c’est-à-dire à retenir ceux qui voudraient servir dans les régiments polonais ou allemands au service de France ou qui voudraient rester en France.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1809

A M. Melzi, duc de Lodi, Grand Chancelier du royaume d’Italie, à Milan

Je reçois votre lettre. Je vous remercie de ce que vous me dites relativement à la paix, Je suppose que la suppression de la rivalité de Trieste sera agréable et avantageuse au commerce de Venise, et je suis bien aise que ces nouvelles circonstances me mettent plus à même de terminer le système de mon royaume d’Italie.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je vous renvoie Tascher. On ne reçoit plus de nouvelles de ce qui se fait en Espagne, cependant, avec une armée si nombreuse et avec des ennemis si peu redoutables devant soi, comment est-il possible qu’on n’avance pas plus les affaires ?

 

Fontainebleau, 12 novembre 1809, cinq heures du soir

NOTE POUR M. MARET, DUC DE BASSANO, MINISTRE SECRÉTAIRE D’ETAT, A FONTAINEBLEAU.

L’Empereur désire que M. Maret rédige un projet de sénatus-consulte pour réunir la ville et le territoire de Wesel à la France, et les faire partie intégrante de l’Empire français, et un autre projet de sénatus-consulte pour réunir Flessingue.

Sa Majesté désire que M. Maret lui apporte ces deux sénatus-consultes à six heures, avec ceux qu’elle lui a dictés relativement au Portugal, et un projet de décret pour que toutes ces pièces soient communiquées au Sénat lundi. Un conseil privé sera convoqué demain, vendredi, pour délibérer sur ces sénatus-consultes.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos portefeuilles. Il est urgent d’avoir un ministre capable à Carlsruhe. Il faut donc que le sieur Bignon y retourne sans délai ou que vous me proposiez un nouveau ministre.

Quant à M. de Metternich, tout ce qu’il demande sera fait. Le secrétaire de légation peut se rendre à Fontainebleau sans difficulté.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il faut me faire un rapport sérieux sur la campagne du général Gouvion Saint-Cyr en Catalogne:

1° Sur les raisons qui l’ont porté à évacuer cette province lorsque Saragosse était prise et sa jonction faite avec le maréchal Mortier, conduite qui a déconcerté les opérations en Espagne tandis que, en soutenant le colonel Briche, il eut pu porter la guerre sur le royaume de Valence, au lieu de revenir sur nos frontières;

2° Sur ce qu’il s’est laissé constamment attaquer par les Espagnols et ne les a jamais attaqués, et sur ce que, après les avoir toujours battus par la valeur des troupes, il n’a jamais profité de la victoire;

3° Sur ce qu’il a, par cet esprit d’égoïsme qui lui est particulier, compromis le siége de Girone; sur ce qu’il n’a jamais secouru suffisamment  l’armée assiégeante, l’a au contraire attirée à lui et a laissé ravitailler la ville;

4° Sur ce qu’il a quitté l’armée sans permission, sous le vain prétexte de maladie: il devait, dans ce cas, rester dans une des places de l’arrondissement de l’armée et ne point partir sans l’ordre du ministre.

Vous lui ferez connaître que je l’ai suspendu, que j’ai ordonné qu’il gardât les arrêts dans sa campagne, et que vous allez me faire un rapport sur sa conduite. Vous notifierez aux inspecteurs aux revues qu’il est suspendu de ses fonctions comme ayant quitté l’armée, et qu’il ne lui est dû aucun frais de poste ni traitement quelconque, à quelque titre que ce soit. Il est nécessaire que vous fassiez faire par le Moniteur une relation où les échecs qu’a reçus le général Saint-Cyr à Girone soient connus et la bonne conduite du duc de Castiglione détaillée, tout cela cependant légèrement.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, vous me ferez un rapport sur le projet, présenté par l’ingénieur de marine Masquelez, d’un vaisseau qui puisse être employé à un débarquement, et offrir en même temps une batterie flottante.

 

Fontainebleau, 14 novembre 1809

A M. Fouché, comte d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Il faut légèrement fixer votre attention sur les réparations qu’on fait aux portes Saint-Denis et Saint-Martin. Il me semble qu’avant de rétablir ces inscriptions, il faut en demander l’autorisation. On dit qu’on doit remettre en évidence d’autres inscriptions. Faites-moi connaître ce qu’elles porteraient.

 

Paris, 15 novembre 1809

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur l’Intendant Général, mon intention est que le conseil de ma Maison s’assemble vendredi prochain, sous la présidence du grand maréchal du palais. Le conseil continuera ses séances jusqu’à ce que l’on ait arrêté les comptes de l’année 1808 et années antérieures, le compte présumé des dépenses de 1809 et le projet de budget pour l’année 1810.

M’étant aperçu qu’il s’était introduit des abus dans plusieurs parties de mon service, le conseil s’occupera de faire les règlements nécessaires pour les supprimer. Mon intention est que tout usage ou prétention dérivant ou établi sur ce qui se faisait à la cour de Versailles soit déclaré comme non avenu, et que tout soit fixé par des règlements qui me seront présentés par le conseil.

J’entends qu’il ne soit donné ni fourni à aucun des officiers de ma Maison, quels qu’ils soient, des voitures ou des chevaux de mes écuries pour leur propre usage, à moins que ce ne soit pour mon service (le grand écuyer et les officiers de l’écurie doivent se servir de leurs propres chevaux), ni que le grand veneur ou autres officiers des chasses se servent des voitures ou des chevaux de la vénerie pour leur usage. Le règlement doit prévoir quel est le nombre de voitures  nécessaires pour la vénerie, mais seulement celles propres au service, entendant ne fournir aux officiers des chasses que les chevaux de selle nécessaire pour les chasses, préférant, s’il y a lieu, donner un accroissement en argent à ceux pour lesquels nous le trouverons convenable. Les règlements sur l’écurie doivent établir quelles sont les parties du matériel de l’écurie qui doivent être sous les ordres du grand maréchal pour le service et le transport de la bouche, et sous ceux du grand chambellan pour le service et le transport de mon cabinet et de ma garde-robe, mais seulement pour mon service propre. Par contre, mon intention est d’avoir un plus grand nombre de voitures pour l’éclat dans les cérémonies ou marches, que pour transporter et mouvoir un plus grand nombre de personnes de mon service. Il sera réglé également de quelle manière et quelles sont les personnes qui doivent m’accompagner dans toutes les circonstances, soit en ville, soit dans les voyages ou aux chasses.

Des réformes et une nouvelle organisation sont nécessaires dans le service du grand chambellan. Il faut avoir deux huissiers à chaque porte, qui n’en bougent pas et qui n’aient pas besoin de courir de l’une à l’autre pour faire leur service. Hormis les valets de chambre, qui sont pour mon service personnel, comme les femmes de chambre pour celui de l’Impératrice, on pourrait n’avoir qu’une seule espèce de domestiques divisés en trois classes, tous portant la livrée et avec des modifications.

 

Paris, 16 novembre 1809.

NOTE POUR LE COMTE DE MONTALIVET, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, A PARIS

Les bureaux du ministère de l’intérieur, pour ce qui concerne le commerce, ne font jamais rien pour le commerce. Si, à la tête cette importante partie, on avait un homme habile et actif comme le Conseiller d’État qui est à la tête des douanes, il procurerait de grands avantages au commerce; il irait au-devant des circonstances; il 2éxciterait les sages opérations; il éclairerait le Gouvernement .

L’Empereur, pendant cinq mois, a été maître de Vienne et d’une partie de la monarchie autrichienne. S’il y avait eu à la tête du commerce en France un homme éclairé et zélé, cet homme aurait su et n’aurait pas manqué de dire que les draps, les vins et autres marchandises de France qui sont très recherchées en Autriche, y sont rares, parce qu’elles y payent des droits de douane si considérables qu’ils équivalent à une prohibition. Il aurait demandé que les denrées françaises fussent affranchies de tous droits pendant l’occupation, et il aurait fait prévenir les négociants qui auraient voulu profiter de cette faveur et se livrer à cette sorte de spéculation. Rien de cela n’a été fait. Les négociants de Charleville et de Sedan ont eu d’eux-mêmes la pensée d’envoyer des draps à Vienne; leurs expéditions sont arrivées, mais ils ont été repoussés par le Français, administrateur des douanes, qui, ne songeant qu’à l’intérêt de la perception dont il était chargé, a exigé le payement des droits d’après les tarifs autrichiens.

Ce fait particulier n’était pas connu de Sa Majesté, mais elle savait que les négociants de Vienne ne pouvaient comprendre comment le Gouvernement français ne profitait pas de ses succès pour ouvrir à son commerce toutes les portes du pays conquis aussitôt après la conquête. Quoiqu’un temps précieux fût déjà écoulé, l’Empereur écrivit aussitôt au ministre de l’intérieur par intérim. Les bureaux firent une réponse qui prouve leur peu de lumières et qu’il convient que le ministre actuel se fasse représenter.

 

Palais des Tuileries, 16 novembre 1809

ALLOCUTION AUX DÉPUTPÉS DES ÉTATS ROMAINS

Messieurs les Députes des départements de Rome, mon esprit est plein des souvenirs de vos ancêtres. La première fois que je passerai les Alpes, je veux demeurer quelque temps dans votre ville.

Les empereurs français, mes prédécesseurs, vous avaient détachés du territoire de l’empire et vous avaient donnés comme fiefs à vos évêques. Mais le bien de mes peuples n’admet plus aucun morcellement. La France et l’Italie tout entière doivent être dans le même système. D’ailleurs, vous avez besoin d’une main puissante. J’éprouve une singulière satisfaction à être votre bienfaiteur. Mais je n’entends pas qu’il soit porté aucun changement à la religion de nos pères : fils aîné de l’Église, je ne veux point sortir de son sein. Jésus-Christ n’a point jugé nécessaire d’établir pour saint Pierre une souveraineté temporelle. Votre siége, le premier de la chrétienté, continuera à l’être. Votre évêque est le chef spirituel de l’Église comme j’en suis l’Empereur. Je rends à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César.

 

Palais des Tuileries, 16 novembre 1809.

ALLOCUTION AUX DÉPUTÉS TOSCANS.

Messieurs les Députés des départements de la Toscane, j’agrée vos sentiments. Vos peuples me sont chers à bien des titres. Désormais réunis dans une grande famille, ils trouveront en moi l’amour d’un père.

 

Palais des Tuileries, 16 novembre 1809

ALLOCUTION AU SÉNAT

Sénateurs, je vous remercie des sentiments que vous venez de m’exprimer. Celles de mes journées que je passe loin de la France, sont des journées perdues pour mon bonheur. Il n’est pour mon cœur aucune satisfaction loin de ma grande famille. Je le sens profondément, et, je veux le dire, mon peuple a eu et aura des princes plus heureux, plus habiles, plus puissants, mais il n’a jamais eu et n’aura jamais de souverain qui porte plus haut dans son cœur l’amour de France.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre du 31 octobre, bureau de l’artillerie.

Je ne vois pas quelle est la nécessité que j’aie du bronze à Turin, puisque je crois avoir suffisamment d’artillerie en Italie, et que mon intention n’est pas d’exposer une quantité d’artillerie plus forte qu’il n’est nécessaire au delà des Alpes. Il ne doit pas y exister une pièce de canon de plus que ne le comporte la défense du pays, et je dois toujours avoir à Grenoble et à Auxonne, et dans l’intérieur, de quoi armer la frontière des Alpes.

J’approuve que vous dirigiez sur Metz et sur Maëstricht tous les objets d’artillerie venant de Magdeburg et des campagnes de Prusse et d’Autriche, et que vous ne laissiez dans les places de première ligne que ce qui est nécessaire pour leur défense. Je vois qu’il n’y a que onze cents pièces de canon dans les six places du Rhin, qui sont Huningue, Neuf-Brisach,  Strasbourg, Landau, Mayence et Wesel.

Je ne vois pas qu’il y ait là rien de trop. Deux cent soixante pièces dans une place comme Strasbourg, deux cent soixante pièces dans une place comme Mayence, ne sont pas de trop. Cent quatre-vingts pièces ne sont pas de trop à Wesel. Mon intention est donc qu’il ne soit rien retiré de ces onze cents pièces.

L’armement de l’Escaut doit se faire, dans l’ordre naturel, par les places de Flandre. On peut retirer de Boulogne tout ce qui est artillerie de cuivre, et il y en a beaucoup, parce que, pressé par les circonstances, on n’a rien épargné dans le temps pour armer le port et les côtes. La terre a donné alors à la marine une quantité considérable de cuivre qui peut aujourd’hui être retiré pour l’armement de l’Escaut.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Je réponds à votre lettre du… novembre, bureau de l’artillerie.

J’y vois, que je n’ai que huit mille affûts de siége, de place ou de côte, et que dix mille voitures de campagne, ce qui ne me ferait qu’un capital de dix-huit millions, si cela était neuf. C’est bien peu de chose, et j’en conçois plus vivement le désir d’augmenter mon matériel.

Je vois, par un article de votre rapport, qu’on a consommé depuis quatre ans de guerre pour cent millions de matériel, et qu’on en a remplacé pour quarante millions. Cela suppose donc que le capital a diminué de soixante millions. Si cela est vrai, il est urgent de fixer l’attention sur cet état de choses et de ne pas se laisser appauvrir.

Aucune nation dans le monde n’a autant de places fortes que la France; notre immense matériel est disséminé dans toutes ces places.

Je considère Lille, Metz et Givet comme trois grands dépôts des frontières du Rhin el du nord, formant une immense réserve en artillerie, munitions et affûts. De ces trois réservoirs on tirerait tout ce dont on aurait besoin, et on le porterait partout où cela serait nécessaire.

Après ces trois points, celui de la Fère, comme offrant des armes à Paris, est extrêmement important.

Si la position de notre matériel n’est pas bien déterminée, il pourrait y avoir telle campagne malheureuse qui nous privât de nos arsenaux, de nos armes et de nos moyens de défense. Il y aurait dans toutes les places suffisamment d’affûts, de canons et de munitions de toute espèce pour la première défense, si les trois points centraux étaient bien approvisionnés pour envoyer au secours de la place qui serait menacée.

Quant à la frontière d’Italie, tous mes États au delà des Alpes doivent toujours être considérés comme États à part, et je dois toujours avoir Grenoble et à Auxonne de quoi armer mes places de Franche-Comté et des Alpes et approvisionner les armées qui défendent cette ligne. Le premier principe du règlement à me proposer est qu’on ne doit rien avoir au delà des Alpes que le strict nécessaire pour mes places d’Italie.

Le budget de  l’année ne peut pas être augmenté au delà de ce qu’il a été constamment, un million par mois. Mais je ne fais pas , difficulté de créer un fonds de quinze à vingt millions, en vendant tous les cuivres inutiles, en versant le produit de cette vente dans une caisse à part et en formant ainsi un fonds pour l’extraordinaire de l’artillerie. Il parait qu’avec trois millions par an mes arsenaux auraient toute l’activité convenable. Avec douze millions je ferais donc douze mille voitures qui, pendant quatre ans, emploieraient tous mes arsenaux. Ces douze mille voitures jointes aux dix-huit mille que je que j’ai feraient trente mille voitures, bonnes ou mauvaises. Je les placerais clans mes grands dépôts, qu’il s’agit d’établir à chaque frontière. Vous sentez que je ne consentirais à la vente d’un matériel qui m’est inutile qu’après avoir pris bien des précautions; mais enfin, il faut bien se rendre à l’évidence des faits des faits et convenir qu’il est absurde de garder vingt à trente millions de choses inutiles, quand on manque de quinze à vingt millions de choses utiles.

Le budget de l’artillerie ne doit jamais passer douze millions; la nature des choses ne comporte pas davantage. Faites-moi connaître ce que je peux réaliser de mon matériel qui m’est inutile et l’emploi qu’il faudrait en faire.

Vous me remettrez aussi le détail du budget de douze millions, qui sera constamment le budget ordinaire de l’artillerie; l’entretien de tout le matériel, la quantité de poudres, de boulets et de fusils dont mon matériel sera augmenté tons les ans, y seront compris. Nous pourvoirons à l’extraordinaire, soit des constructions de voitures, soit des fabrications de fusils, par la partie de notre matériel que vous aliénerez.

Il est vrai de dire que j’ai hâte de donner à mes arsenaux toute l’activité dont ils sont susceptibles et de remplir mes magasins, que vos derniers états m’ont montrés plus vides que je ne croyais.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Monsieur le Général Clarke, vous donnerez ordre au général Loison d’être rendu le 28 novembre à Bayonne; il partira le 29, avec la première brigade de sa division, et se rendra à Vitoria; il y réunira successivement la seconde brigade et toute sa cavalerie. Il prendra le commandement supérieur des trois provinces de la Biscaye.

Il devra correspondre directement avec le roi d’Espagne, mais surtout avec rous. Je compte que le 4 décembre il occupera les trois provinces de la Biscaye. Vous en préviendrez directement les commandants des provinces et celui de Saint-Sébastien, et vous leur recommanderez d’obéir au général Loison en tout et pour tout.

Tous les hommes isolés qui se trouvent dans ces provinces, tous les détachements qui forment les bataillons de garnison de Saint Sébastien, de Bilbao et de Vitoria, enfin tous les hommes et toutes les troupes qui, sous quelque prétexte que ce soit, seraient restés dans les Biscaye, le général Loison les fera partir sur-le-champ pour l’intérieur de l’Espagne et les dirigera sur leurs régiments respectifs.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’ai lu avec attention la lettre du duc d’Istrie du 17 novembre; vous lui ferez connaître que les gardes nationales ayant été levées pour un service temporaire et pour repousser une descente faite sur les côtes, je ne puis les retenir que si elles le consentent. Il faut donc qu’elles m’expriment le vœu par une adresse, ou qu’elles donnent leur consentement tacite pour être employées, soit dans les tirailleurs ou conscrits de ma Garde, soit dans des corps de la ligne. Il en serait de même pour les compagnies départementales. Enfin j’irai plus loin, et je ne me refuserai point à former deux légions, chacune de 6,000 hommes, des gardes nationales qui sont au nord, pourvu qu’elles s’engagent à un service définitif. Demandez au duc d’Istrie des renseignements là-dessus.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, écrivez au Transport-Office dans les termes suivants :

« Le général de brigade Brenier (Brenier de Monmorand, prisonnier en Angleterre), de retour en France, a rendu des dispositions qu’annonce le Gouvernement anglais, de faciliter les échanges de prisonniers. Ce qui jusqu’à cette heure a empêché l’établissement d’aucun cartel, ainsi que l’envoi de commissaires respectifs dans l’une ou l’autre capitale, a été la difficulté de s’entendre sur plusieurs points importants: 1° sur les otages; 2° sur l’armée de Hanovre ; 3° sur l’armée de Saint-Domingue. Tous ces articles peuvent former l’objet d’une négociation entre des commissaires respectifs, qui pourraient se réunir dans la rade de Morlaix et convenir des bases d’échange. Le Gouvernement français désire un échange en masse fait dé part et d’autre, et dans lequel il ne ferait pas de difficulté de comprendre les alliés de l’Angleterre. Toutefois les prisonniers pourraient être rançonnés, et celle des deux nations qui en aurait davantage chez l’autre pourrait payer un équivalent pour chaque homme. Les bureaux de la marine sont prêts à envoyer à Morlaix un commissaire pour négocier sur cet objet, et, cette négociation terminée, à accepter un commissaire anglais à Paris, tout comme le les Anglais accepteraient un commissaire français à Londres. »

Vous concevez que cette lettre des bureaux de la marine au Transport-Office doit être rédigée en termes fort conciliants.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au prince Émile de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Cousin, j’apprends avec plaisir votre retour auprès de vos parents. Ils ont dû être satisfaits de vous revoir arec l’expérience que vous ont donnée les grands événements auxquels vous avez assisté.

 

Paris, 20 novembre 1809

DÉCISION

J’ai l’honneur de rendre compte à l’empereur que M. le comte de Montesquiou, grand chambellan de Sa Majesté, m’a informé que S.M. le roi de Saxe a l’intention d’aller demain mardi 21 visiter l’hôtel impérial des Invalides.

Comte d’Hunebourg.

L’y faire recevoir comme un souverain allié. On sera prêt à tirer, mais on ne tirera pas le canon. N.

Paris, 21 novembre 1809.

 

 

Paris, 21 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Envoyez ces dépêches 6)il s’agit des relations du combat de Tamames, extraites des journaux anglais des 11 et 13 novembre 1809 au roi d’Espagne et faites-lui connaître que, si le maréchal Ney n’avait pas été rappelé de Salamanque, mon armée n’eût pas essuyé un pareil affront; que le général Marchand est incapable de commander en chef et que, quand j’emploie des maréchaux, c’est que j’en sens le besoin ; que l’évacuation de Plasencia a nécessairement affaibli la droite et qu’il n’y a aucune direction ni suite dans la conduite de mes armées d’Espagne.

 

Paris, 21 novembre 1809

A Louis-Charles-Auguste, prince royal de Bavière, à Munich

J’ai reçu la lettre de Votre Altesse. Je vous remercie des sentiments que vous m’exprimez. Vous connaissez l’estime que je vous porte. J’ai vu avec la conduite de votre division. Vous et la Bavière pouvez  constamment compter sur mon amitié et sur toute mon affection.

 

Paris, 21 novembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Mon intention est que le sieur Montron, perpétuel agioteur, prenne sa résidence dans une ville quelconque, à 40 lieues de Paris, et ne revienne plus dans la capitale.

 

Paris, 22 novembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie les lettres que j’ai reçues du duc d’Auerstaedt et du général Andréossy. Accusez-leur-en la réception et répondez-leur. Je reçois vos deux lettres des 20 et 21. Le Tyrol est soumis. Ainsi le duc d’Auerstaedt ne doit pas disséminer mes troupes de ce côté, où il y a suffisamment de troupes bavaroises. Donnez ordre au général Lagrange, aussitôt qu’il pourra évacuer le Vorarlberg, de se diriger sur Huningue avec son infanterie, cavalerie et artillerie.

Je vous autorise à faire passer la route de mes troupes par Braunau.

Je vous renvoie le travail du général Bertrand; donnez des ordres conformément à ce travail. Je vous renvoie votre correspondance relative aux affaires du Tyrol. Faites faire une relation raisonnable de ces événements pour le Moniteur.

 

Paris, 22 novembre 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 15 novembre. Je vois avec plaisir que vous soyez arrivé à Milan. Vous avez fait un ouvrage sur votre campagne d’Italie; je vous prie de me l’envoyer. J’ai trouvé ici mes affaires de finances bien dérangées. L’expédition des Anglais me coûte 50 millions. Les nouvelles levées et les immenses armements que je fais pour l’Espagne continuent de me ruiner. Vous comprenez donc que je ne puis alléger en rien le fardeau de mon royaume d’Italie. Je vous envoie ma décision mise en marge de votre rapport sur les provinces illyriennes.

 

Paris, 22 novembre 1809

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

La caisse de la police fait des recettes qui me paraissent importantes sur le prix de la fabrication des passeports. Ne serait-il pas possible de faire entrer cela au trésor public, comme les autres recettes ?

 

Paris, 23 novembre 1809

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Dans un pays où tous les cultes sont tolérés, les cures ne doivent pas être admis à donner des certificats de moralité, aux membres de l’Université. On m’assure que, selon l’ancien usage, ces certificats sont exigés par le grand maître. Le grand maître doit employer ses agents pour être instruit, et non des agents étrangers à son administration.

 

Paris, 23 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, tenez un conseil de ma Garde pour régler ses finances et la mettre en état de faire la campagne d’Espagne.

Mon intention est de marcher en Espagne avec quatre régiments de conscrits ayant, en partant de Paris, au moins 6,000 hommes présents sans compter les hommes aux hôpitaux; avec quatre régiments de tirailleurs de la même force; avec deux régiments de fusiliers forts de 3,000 hommes; avec deux régiments de vieille Garde forts de 3,000 hommes; avec 5,000 hommes de cavalerie et soixante pièces de campagne; le tout formant près de 25,000 hommes.

Il faut que ma Garde ait ses chirurgiens, ses administrations, ses caissons, ses forges de campagne, enfin tout ce qui est convenable. Mon intention est qu’elle soit prête à partir vers le 15 janvier prochain.

 

Paris, 23 novembre 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le brigandage continue en Italie. Je suppose que vous prenez des mesures efficaces pour le faire disparaître.

 

Paris, 23 novembre 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Je reçois votre lettre par laquelle vous me faites connaître que vous désirez me voir. Vous êtes le maître de vous rendre à Paris.

 

Paris, 23 novembre 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Rome

Je reçois votre lettre du 16 novembre. Je suis aussi surpris qu’indigné que les cardinaux ne soient pas venus vous voir. Donnez ordre qu’ils quittent Rome et se rendent à Paris vingt-quatre heures après qu’ils en auront reçu l’ordre. Ils sont doublement inexcusables de ne s’être pas présentés à votre arrivée à Rome pour vous offrir leurs hommages, comme roi et comme gouvernant en mon nom.

Vous direz que mon intention est d’établir à Rome une cour qui sera plus brillante et dépensera plus d’argent que celle du Pape.

Je crois vous avoir écrit que vous étiez le maître de venir à Paris avec la reine, aussitôt que vous le voudriez et que les affaires vous le feraient juger prudent.

 

Paris, 23 novembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Le prêtre Drago sera bien à Bicêtre. Sans cela, il faudrait le faire condamner par un tribunal comme séditieux, ce qui aurait plus d’inconvénients que d’avantages (Le sieur Drago, prêtre à Gênes, s’étant rendu à Savone pour voir le pape, au moment où Sa Sainteté donnait publiquement sa bénédiction au peuple, s’est écrié: « Qu’on donne la mort à ceux qui causent les tribulations du Saint Père ! » Tous les assistants ont témoigné leur surprise ou leur indignation. Ce prêtre a été arrêté à l’instant et conduit à Gênes. Le commissaire général de police l’a fait déposer à l’hospice des fous. – Bulletin de police du 21 septembre 1809).

 

Paris, 23 novembre 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre d’État, à Paris

Je reçois votre lettre du 11 novembre. Je tiendrai votre fils sur les fonds de baptême, car je ne veux négliger aucune circonstance de vous donner des preuves de mon estime et du cas que je fais de vos services.

 

Paris, 25 novembre 1809

Au duc de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez en Hollande qu’il est faux que j’aie jamais permis à aucun bâtiment américain, chargé de coton, en France. Tous mes ports sont fermés aux bâtiments américains (bâtiments anglais portant pavillon américain).

 

Paris, 28 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, donnez ordre au duc d’Abrantès de passer la revue des dépôts de la 1e division militaire qui doivent fournir des régiments à son corps d’année. Il passera cette revue dans le plus grand détail, fera connaître les places vacantes dans les cadres des bataillons qui doivent former sa division, et s’assurera que chacun de ces bataillons a ses cadres complets de dix compagnies de 140 hommes chacune, officiers et sous-officiers. J’ai remarqué avant-hier que beaucoup de places de chef de bataillon étaient vacantes, ainsi que des places de lieutenant et de sous-lieutenant. Il faut que la retraite soit donnée à tous ceux qui sont hors d’état de faire campagne, afin que, vers le 20 décembre, les quatre bataillons des 32e, 121e et 122e, qui doivent faire partie de la division Lagrange, et les quatre bataillons des 2e, 4e, 12e et 15e légers qui forment la 3e brigade de la même division, formant avec la 1e brigade 8 ou 9,000  hommes, soient prêts à partir pour joindre cette 1e brigade qui part  de Huningue. Il est donc nécessaire que ces huit bataillons aient présents, au 20 décembre, leurs officiers, sous-officiers et tambours.

 

Paris, 28 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, à dater du 1er décembre, le 8e corps de l’armée d’Allemagne prendra le nom de 8e corps de l’armée d’Espagne.

Ce corps continuera à être commandé par le duc d’Abrantès; il aura pour chef d’état-major le général Boyer, pour ordonnateur le sieur Malus, pour commandant de l’artillerie le général Mossel; il y sera attaché un officier supérieur du génie.

Il sera composé de trois divisions.

La 1e division sera commandée par le général Rivaud et formée de trois brigades: la 1e commandée par le général Menard, ayant quatre bataillons; la 2e, par le généra1 Taupin, ayant quatre bataillons; la 3e, par le général Godard, ayant quatre bataillons; en tout douze bataillons, formant 9 à 10,000 hommes d’infanterie.

La 2e division sera commandée par le général Lagrange; la 1e brigade sera composée de trois bataillons du 65e et d’un bataillon du 46e, et commandée par un général de brigade qui sera pris à l’armée d’Allemagne; la 2e brigade sera composée de quatre bataillons des 32e, 58e, 121e et 122e, qui sont à Paris, et commandée par un général pris à l’armée d’Allemagne; la 3e brigade sera composée de quatre bataillons des 2e, 4e, 12e et 15e légers. Celte division aura donc, comme la le, douze bataillons, formant 9 à 10,000 hommes d’infanterie.

La 3e division sera composée de quatre régiments de marche et de douze bataillons auxiliaires, dont nous avons ordonné la réunion par nos derniers ordres, et sera commandée par le général de division Clauzel, qui veillera spécialement à sa formation.

Ce qui portera l’infanterie du 8e corps à plus de 30,000 hommes.

La cavalerie sera composée de douze régiments provisoires de dragons, formés en cinq brigades et présentant 12,000 chevaux. Ces cinq brigades seront commandées par autant de généraux de brigade et seront sous les ordres d’un seul général de division.

L’artillerie sera composée de trente-six pièces de canon.

Je désire connaître quand tout cela pourra se mettre en mouvement, pour que le corps soit rendu et réuni à Bayonne au 1er janvier.

Je suppose que vous avez donné tous les ordres nécessaires pour que les détachements qui sont aux dépôts, ou à la 22e demi-brigade provisoire, ou au régiment de Strasbourg, se rendent à Périgueux pour former le 1er régiment de marche, et que vous avez nommé le colonel en second pour le commander; pour que ce qui doit former le 2e régiment de marche se réunisse à Angoulême; pour que ce qui doit former le 3e se réunisse à Limoges; pour que ce qui doit former le 4e se réunisse à Poitiers.

Je suppose que vous avez également donné des ordres pour que les douze bataillons auxiliaires se réunissent à Versailles, en chargeant le général Mouton de les former ; et qu’ainsi tous les détachements sont en route pour cet objet.

Je suppose que vous avez donné les ordres pour la formation des vingt escadrons de gendarmerie.

Vous aurez donné les ordres pour que la brigade de Montmarie, de la division Reynier, se forme et se réunisse à Bordeaux; pour que la brigade Valentin se réunisse à Bayonne, et la brigade Lamartinière également à Bayonne.

Il est instant que le général Reynier soit rendu à son corps pour en accélérer la formation, afin que je puisse connaître quand cette division pourra entrer en Espagne.

Je suppose que la division Loison sera rendue le 4 décembre à Vittoria.

Je désirerais savoir si, le 10, le général Reynier ne pourrait pas entrer en Espagne avec les brigades Valentin et Lamartinière, pour occuper les trois Biscayes, afin de faire partir, le 10, la division Loison de Vittoria pour se porter plus loin.

 

Paris, 28 novembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je viens d’ordonner qu’au 1er décembre vous n’aurez plus à vous mêler de l’armée d’Allemagne et que vous serez chargé de la correspondance de l’armée d’Espagne. À dater de cette époque, vous prendrez les fonctions de major général de l’armée d’Espagne.

Prenez vos mesures pour organiser votre état-major et vos bureaux. Mettez en marche vos équipages et ceux de vos aides de camp. Vous me rendrez compte de la formation du corps de réserve de l’armée d’Espagne, composé des divisions Loison et Reynier et du 8e corps, des dispositions que j’ai ordonnées pour envoyer 100,000 hommes de renfort en Espagne, et de tout ce qui est relatif au détail de l’artillerie.

Il manque à beaucoup de ces corps des généraux et ce qui constitue l’état-major. Faites-vous rendre compte de tout cela.

Je pense que dès demain vous devez faire partir pour Madrid un de vos aides de camp, avec un ordre du ministre de la guerre, pour informer sur toute la ligne des présentes dispositions et vous faire envoyer par l’estafette les rapports de la Navarre, de l’Aragon, des trois Biscayes, de Burgos, de Valladolid et de Bayonne, afin que je puisse promptement reprendre la direction des affaires d’Espagne.

 

Paris, 28 novembre 1809

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements français au-delà des Alpes, à Turin

Le nommé Hainguerlot est en Toscane, du côté de Pise, et voyage sous un nom inconnu. Il revient, je crois, à Paris. Faites -le veiller. Quand il repassera par votre gouvernement, faites-le arrêter et conduire à Compiano et vous m’enverrez ses papiers.

 

Paris, 29 novembre 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je lis votre rapport du 22 novembre ; je n’y comprends rien. Je vous défends expressément, sous votre responsabilité, de laisser naviguer aucune espèce de bâtiments en contravention aux règles ordinaires, hormis ceux qui seraient munis d’une licence ou passeport signé de moi, conforme aux passeports que j’ai donnés à la police. Tout bâtiment qui ne serait pas muni de ce passeport doit être confisqué.

Faites restituer sur-le-champ au corsaire le petit bâtiment sous pavillon hollandais qui a été confisqué à Boulogne et que le préfet maritime n’avait pas le droit de rendre au commissaire de police.

Ceci me déplaît beaucoup. C’est votre faute, parce que j’ai prévu tous les cas par mon décret du 14 février et que j’ai donné pour cela des passeports à la police. J’exige donc qu’aujourd’hui, avant minuit, vous donniez, par un courrier extraordinaire, des ordres conformes à la présente lettre, et que vous fassiez connaître aux préfets maritimes et autres officiers de marine dans mes ports que, s’ils se permettaient la moindre dérogation à mes ordres sur l’intervention d’un agent de police, ils seraient destitués.

 

Paris, 29 novembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Il me revient de tous côtés qu’il se commet des abus énormes sur les côtes par les agents de police, qui s’érigent en régulateurs de la navigation. Mon intention formelle est que la police ne se mêle en rien de la police des côtes. Je vous ai accordé deux bâtiments, munis de leurs licences ; tout autre doit être confisqué. Je donne des ordres à la marine pour que cette anarchie et ces pitoyables abus cessent.

Palais des Tuileries, 3 décembre 1809.

DISCOURS A L’OUVERTURE DE LA SESSION DU CORPS LÉGISLATIF.

Messieurs les Députés des départements au Corps législatif, depuis votre dernière session j’ai soumis l’Aragon et la Castille et chassé de Madrid le gouvernement fallacieux formé par l’Angleterre. Je marchais sur Cadix et Lisbonne lorsque j’ai dû revenir sur mes pas et planter mes aigles sur les remparts de Vienne. Trois mois ont vu naître et terminer cette quatrième guerre punique. Accoutumé au dévouement et au courage de mes armées, je ne puis cependant, dans cette circonstance, ne pas reconnaître les preuves particulières d’amour que m’ont données mes soldats d’Allemagne.

Le génie de la France a conduit l’armée anglaise: elle a terminé ses destins dans les marais pestilentiels de Walcheren. Dans cette importante circonstance, je suis resté éloigné de quatre cents lieues, certain de la nouvelle gloire qu’allaient acquérir mes peuples et du grand caractère qu’ils allaient déployer. Mes espérances n’ont pas été trompées. Je dois des remerciements particuliers aux citoyens des départements du Pas-de-Calais et du Nord. Français ! Tout ce qui voudra s’opposer à vous sera vaincu et soumis; votre grandeur s’accroîtra de toute la haine de vos ennemis. Vous avez devant vous de longues années de gloire et de prospérité à parcourir. Vous avez la force et l’énergie de l’Hercule des anciens !

J’ai réuni la Toscane à l’Empire. Ces peuples en sont dignes par la douceur de leur caractère, par l’attachement que nous ont toujours montré leurs ancêtres et par les services qu’ils ont rendus à la civilisation européenne.

L’histoire m’a indiqué la conduite que je devais tenir envers Rome. Les papes, devenus souverains d’une partie de l’Italie, se sont constamment montrés les ennemis de toute puissance prépondérante dans la Péninsule; ils ont employé leur influence spirituelle pour lui nuire.

Il m’a donc été démontré que l’influence spirituelle exercée dans mes États par un souverain étranger était contraire à l’indépendance de la France, à la dignité et à la sûreté de mon trône. Cependant, comme je reconnais la nécessité de l’influence spirituelle des descendants du premier des pasteurs, je n’ai pu concilier ces grands intérêts qu’en annulant la donation des empereurs français, mes prédécesseurs, et en réunissant les États romains à la France.

Par le traité de Vienne, tous les rois et souverains mes alliés qui m’ont donné tant de témoignages de la constance de leur amitié, ont acquis et acquerront un nouvel accroissement de territoire. Les provinces illyriennes portent sur la Save les frontières de mon grand empire. Contigu avec l’empire de Constantinople, je me trouverai en situation naturelle de surveiller les premiers intérêts de mon commerce dans la Méditerranée, l’Adriatique et le Levant ! Je protégerai la Porte, si la Porte s’arrache à la funeste influence de l’Angleterre; je saurai la punir, si elle se laisse dominer par des conseils astucieux et perfides.

J’ai voulu donner une nouvelle preuve de mon estime à la nation suisse, en joignant à mes titres celui de son médiateur, et mettre un terme á toutes les inquiétudes que l’on cherche à répandre parmi cette brave nation.

La Hollande placée entre l’Angleterre et la France en est également froissée. Cependant elle est le débouché des principales artères de mon empire. Des changements deviendront nécessaires; la sûreté de mes frontières et l’intérêt bien entendu des deux pays l’exigent impérieusement.

La Suède a perdu, par son alliance avec l’Angleterre, après une guerre désastreuse, la plus belle et la plus importante de ses provinces. Heureuse cette nation si le prince sage qui la gouverne aujourd’hui eût pu monter sur le trône quelques années plus tôt! Cet exemple prouve de nouveau aux rois que l’alliance de l’Angleterre est le présage le plus certain de leur ruine.

Mon allié et ami, l’empereur de Russie, a réuni à son vaste empire la Finlande, la Moldavie, la Valachie et un district de la Galicie. Je ne suis jaloux de rien de ce qui peut arriver de bien à cet empire. Mes sentiments pour son illustre souverain sont d’accord avec ma politique.

Lorsque je me montrerai au-delà des Pyrénées, le Léopard épouvanté cherchera l’Océan pour éviter la honte, la défaite et la mort. Le triomphe de mes armes sera le triomphe du génie du bien sur celui du mal, de la modération, de l’ordre, de la morale sur la guerre civile, l’anarchie et les passions malfaisantes. Mon amitié et ma protection rendront, je l’espère, la tranquillité et le bonheur aux peuples des Espagnes.

Messieurs les députés des départements an Corps législatif, j’ai chargé mon ministre de l’intérieur de vous faire connaître l’histoire de la législation, de l’administration et des finances dans l’année qui vient de s’écouler. Vous y verrez que toutes les pensées que j’ai conçues pour l’amélioration de mes peuples se sont suivies avec la plus grande activité; que dans Paris, comme dans les parties les plus éloignées de mon empire, la guerre n’a apporté aucun retard dans les travaux. Les membres de mon Conseil d’État vous présenteront différents projets de lois, et spécialement la loi sur les finances; vous y verrez leur état prospère. Je ne demande à mes peuples aucun nouveau sacrifice, quoique les circonstances m’aient obligé à doubler mon état militaire.

 

Paris, 4 décembre 1809

Note pour le ministre de la guerre

Le ministre de la guerre, pour prévenir l’encombrement dans le dépôt des conscrits réfractaires établi à Blaye, a dirigé 200 de ces conscrits, par petits détachements, sur La Rochelle, 100 hommes sur Lorient, 100 hommes sur Saint-Malo, 200 hommes sur Brest……

 

2 décembre 1809.

Toutes ces mesures sont mauvaises. Il aurait mieux valu renvoyer les conscrits réfractaires chez eux, ç’aurait été des gens contents et qui ne seraient pas devenus des brigands. Puisqu’on les gardait, il fallait les embrigader et les envoyer en Espagne. En les dirigeant sur l’intérieur, tout cela désertera et augmentera le brigandage, comme il est déjà arrivé.

 

Paris, 5 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, la Garde impériale doit recevoir l’ordre de se tenir prête à entrer en campagne pour la campagne d’Espagne. Vous donnerez les ordres nécessaires pour réunir le 13 décembre, à Chartres et environs, la 1e division de la Garde, qui provisoirement sera commandée par le général de brigade Roguet, et sera composée d’un escadron de chevau-légers polonais, d’un escadron de chasseurs et de la compagnie de mameluks, d’un escadron de dragons et d’un escadron de grenadiers; le tout formant 600 chevaux. On prendra de préférence les hommes qui sont à Paris et qui n’ont pas fait la campagne d’Allemagne; et le général Walther désignera un major de la Garde pour commander ce régiment de cavalerie. L’infanterie de cette division sera composée du 2e régiment de conscrits et du 2e régiment de tirailleurs-chasseurs, formant la 1e brigade, du 2e régiment de conscrits et du 2e régiment de tirailleurs-grenadiers, formant la 2e brigade. Chacun de ces régiments sera fort de l, 600 hommes au moment du départ. Il y aura deux pièces de 3 ou de 4 attachées à chaque régiment, avec les caissons d’infanterie nécessaires. Ces huit pièces seront servies par une des trois compagnies d’artillerie de la Garde qui se réunissent à la Fère.

On joindra également à cette division des caissons pour le transport du pain, des ambulances, un commissaire des guerres, un détachement de l’administration de la Garde, des boulangers et tout ce qui est nécessaire pour faire campagne. Au 15 décembre le général Dorsenne passera la revue de cette 1e division, et, sur le compte qu’il m’en rendra le 17, je donnerai des ordres pour sa destination ultérieure. La revue aura lieu sur la place de Chartres.

La 2e division sera composée du ler régiment de conscrits et du 1er régiment de tirailleurs-chasseurs, du 1er régiment de conscrits et du 1er régiment de tirailleurs-grenadiers (chaque régiment ayant 1,600 hommes présents sous les armes), d’un régiment de cavalerie formé d’un escadron de chevau-légers polonais, d’un escadron de chasseurs, d’un escadron de grenadiers et d’un escadron de dragons fort de 600 hommes, en ayant soin de prendre les hommes les moins fatigués. Chaque régiment d’infanterie aura deux pièces d’artillerie; ce qui fera huit pièces, qui seront servies par une des compagnies d’artillerie qui se forment à la Fère, des caissons, administrations, etc.

Cette division sera commandée par le général Dumoustier, de la Garde.

Je passerai la revue de cette division le 15, au Carrousel. Elle devra être dans le cas de partir le 16 décembre.

La 3e division sera composée de deux régiments de fusiliers et de deux régiments de la vieille Garde, composés chacun de l,600 hommes présents sous les armes, et aura trois pièces de canon.

Toute la cavalerie de la Garde, avec soixante pièces d’artillerie, quatre mille outils attelés et six pontons à la suite de la compagnie de pontonniers et des marins, sera prête à partir le 1er janvier. J’en passerai la revue à midi, le 1er janvier, au Carrousel.

Ainsi ma Garde sera composée, à son départ pour l’Espagne, de 19,000 hommes d’infanterie, de 4,000 hommes de cavalerie et de quatre-vingt-quatre pièces de canon, avec tous les caissons, administrations, et tout ce qui est nécessaire. Ce corps sera commandé par le duc d’Istrie, sous mes ordres immédiats. Donnez sur-le-champ tous les ordres afin que les généraux de ma Garde fassent toutes les dispositions nécessaires, et vous remettent l’état des caissons, du personnel et matériel, de l’administration, des boulangers, etc. Il est nécessaire que la Garde ait les caissons nécessaires pour porter du pain au moins pour quatre jours.

 

Paris, 5 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre que le quartier général du 8e corps et la division Rivaud, composée des huit bataillons des brigades Ménard et Taupin et de la brigade formée du 22e de ligne, faisant douze bataillons, se rendent à Orléans. Je verrai le 22e à son passage à Paris. Le 15, le duc d’Abrantès se rendra à Orléans et passera la revue de cette division. Faites-moi connaître où sont les 10e et 11e bataillons des équipages militaires qui doivent être attachés au 8e corps.

Faites-moi connaître s’il sera possible de faire partir le 15 les huit bataillons qui sont à Paris des 32e, 58e, 121e et 122e, qui forment la 1e brigade de la division Lagrange, et des 2e, 4e, 12e et 15e légers, qui forment la 2e brigade; ces deux brigades, avec celle formée du 65e et d’un bataillon du 46e, composant la division du général Lagrange. Toutefois nommez les deux généraux de brigade qui doivent commander ces huit bataillons, et donnez-leur l’autorité dans les dépôts qui doivent les fournir; je les verrai, le 15, dans la situation où ils se trouvent.

Je crois avoir disposé du général Clauzel; sinon on pourrait lui donner le commandement de la division que quitte le général Rivaud.

 

Paris, 5 décembre 1809

 

A M. Régnier, duc de Massa, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Le procureur de la cour spéciale de Trêves, au lieu de punir les révoltés, demande grâce pour eux. Faites-moi un rapport sur ce magistrat.

 

Paris, 5 décembre 1809

 

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Donnez ordre que l’association des jeunes gens de Lyon dont vous parlez dans votre rapport du 17 soit dissoute.

 

Paris, 6 décembre 1809

A Monsieur de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie différentes notes que je reçois de Vienne. Vous ferez connaître à l’ambassadeur d’Autriche que, la police de Vienne encourageant de pareils outrages, mon intention n’est pas d’envoyer à Vienne un ambassadeur, mais d’y tenir un simple chargé d’affaires, et que je n’y enverrai d’ambassadeur que lorsque je serai certain que ces horreurs ne se renouvelleront pas et seront réprimées de bonne foi; que c’est une triste gloire que d’insulter une nation qui s’est si bien conduite envers la ville de Vienne; que je demande réparation pour le Français qui a été maltraité an théâtre. Vous pourrez communiquer l’original de ces pièces à M. de Schwarzenberg.

 

Paris, 9 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu’il est nécessaire d’expédier un courrier en Russie pour porter mon discours au Corps législatif. Vous ferez connaître les véritables nouvelles de la défaite des Russes au duc de Vicence, et vous lui ferez comprendre que c’est à cause de ces défaites que j’ai cru nécessaire de parler de la réunion de la Valachie et de la Moldavie à l’empire russe; qu’ainsi l’empereur doit voir que je ne biaise pas, et que je fais même plus que je ne promets. Je désire aussi que le duc de Vicence, dans les discussions qui ont lieu, fasse sentir que la Russie aurait pu mieux agir dans cette dernière guerre; que ses troupes n’ont pas tiré le sabre une fois dans la campagne; que les Autrichiens avaient la conviction qu’elles ne feraient rien, et qu’elles n’avaient pas encore passé leurs frontières quand j’étais à Vienne; que cette conduite sans couleur, je ne l’imiterai pas, et que, quand il s’agira d’une coopération de ma part, ce sera avec 2 ou 300,000 hommes que je marcherai. Le duc de Vicence doit dire à M. de Romanzof cette propre phrase: « Vous sentez qu’il n’y a rien dans la conduite passée que l’Empereur n’ait saisi; dans les affaires d’Autriche, vous avez été sans couleur. Comment l’Empereur a-t-il agi ? Il vous a donné une province qui paye plus que les frais que vous avez faits pour la guerre, et il déclare tout haut que vous avez réuni la Finlande à la Moldavie et la Valachie à votre empire.

 

Paris, 9 décembre 1809

A Monsieur de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vois dans une dépêche du sieur Bignon que l’ancien roi de Suède doit venir dans les États de Bade.

Vous écrirez à ce ministre que je n’ai consenti au passage de ce prince par les États de Bade que pour qu’il se rende en Suisse, et qu’il doit influer pour que son séjour à Bade soit le plus court possible et pour qu’il en parte au plus tôt pour aller en Suisse. Répondez au sieur Turreau (Turreau de Linière, général de division, ministre plénipotentiaire de France à Washington) que je l’autorise à donner tous les fonds dont Mlle Paterson (L’ex épouse de Jérôme) aurait besoin pour sa subsistance, me réservant de régler son sort incessamment; que, du reste, je ne porte aucun autre intérêt en cela que celui que m’a inspiré cette jeune personne; mais que, si elle se conduisait assez mal pour épouser un Anglais, là cesserait cet intérêt, et je considérerais qu’elle a renoncé aux sentiments qu’elle avait exprimés dans sa lettre, et qui seuls m’avaient intéressé à sa situation.

Faites-moi une réponse pour le prince de Schwerin.

Il n’y a pas de difficulté d’accorder au canton de Zurich les boulets qu’il demande.

 

Paris, 9 décembre 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, indépendamment du corps d’ouvriers et marins que commande le colonel Baste, j’ai besoin d’un équipage pareil à réunir le plus promptement possible à Bordeaux.

Je destine ce nouveau corps à servir à la suite de mon armée de réserve d’Espagne. Veillez à la formation de ces bataillons, qui m’ont rendu tant de services en Allemagne, et qui doivent m’en rendre encore plus en Espagne, vu la grande quantité de côtes de ce royaume.

 

Paris, 9 décembre 1809.

Au général comte de Lauriston, aide de camp de l’Empereur, à Paris

Je désire que vous preniez connaissance de tout ce qui est relatif au matériel, au personnel et aux attelages de l’artillerie de l’armée d’Espagne, afin que vous puissiez me mettre au fait de tout ce qui regarde cette arme. Le service en est en ce moment assez compliqué; il se divise naturellement en deux parties; ce qui existe en Espagne et ce qui va y être envoyé.

Ayez des états bien dressés de toute l’artillerie de campagne, avec ses munitions, attelée, à la suite des différents corps; de l’artillerie de campagne, non attelée, existant dans les différents dépôts (même observation pour le personnel); de la quantité d’artillerie de siège existant dans les différentes places ou dépôts; enfin de tout le personnel et des chevaux qui seraient en route de l’intérieur pour l’Espagne, avec l’indication du jour où chaque détachement arrivera à Bayonne. Cette partie sera la plus facile. La seconde exige plus de soin et d’étude, et je désire que vous vous en occupiez beaucoup, pour pouvoir me remettre des états clairs et n’être pas trompé dans mes calculs. Cela se divise en équipage de campagne et équipage de siège, et chaque équipage se subdivise en matériel, personnel et attelages. L’équipage de campagne est relatif au 8e corps. Je crois que je n’ai pas désigné d’équipage d’artillerie, ni pour la division Loison, ni pour la division Reynier; cependant quelques pièces leur seront aussi nécessaires.

L’équipage de campagne du 8e corps, quel en est le commandant ? Quel en est le personnel ? Où est le matériel, et quand pourra-t-il entrer en Espagne ? Procurez-vous les mêmes renseignements sur l’artillerie de la Garde.

Quant à l’équipage de siége, j’ai demandé 4,000 chevaux et beaucoup de voitures. Quand le matériel et le personnel seront-ils arrivés à Bayonne ?

Faites-moi des tableaux bien clairs et bien exacts, car le temps est ici le grand élément. Prenez une connaissance parfaite de l’artillerie de l’armée d’Espagne, et soumettez-moi tous les ordres à donner pour que cette arme soit en mesure de remplir mon attente.

Paris, 9 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au général Loison de faire partir les 1,500 hommes de la légion de la Vistule qui doivent déjà être arrivés à Vitoria, pour se rendre à Saragosse , où ils seront incorporés dans leurs régiments respectifs.

Quant aux 600 Irlandais qui doivent également être arrivés à Vitoria, faites-moi un rapport qui m’apprenne où se trouve l’autre régiment irlandais, afin de les réunir.

 

Paris, 9 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Vous répondrez au général Suchet pour lui témoigner ma satisfaction sur la bonne situation de son corps, lui faire sentir la nécessité d’avoir un million de rations de biscuit à Saragosse pour se porter sur Valence quand j’entrerai en Espagne, et de préparer des moyens pour le siège de cette ville. Lui demander un plan là-dessus. Lui faire connaître également que le 13e de cuirassiers va être porté à 1,500 hommes, ainsi que le 4e de hussards; qu’avant le 20 décembre le 2e régiment de cavalerie de l’armée d’Espagne sera à Saragosse et aura renforcé sa cavalerie; que 1,500 hommes des régiments de la Vistule sont à Vitoria et se rendent à Saragosse pour augmenter les trois régiments de la Vistule, et qu’en janvier des détachements arriveront à ce corps pour le porter à 30,000 hommes sous les armes.

 

Paris, 9 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le ministre de la guerre donne ordre à la division Rouyer de se rendre à Mannheim, aux Badois de se rendre à Bade, et aux troupes de Hesse-Darmstadt de se rendre à Darmstadt. Il est nécessaire que vous voyiez mon ministre des relations extérieures pour prendre connaissance des démarches que j’ai fait faire près les petites cours d’Allemagne pour avoir à ma disposition de nouvelles troupes de la Confédération, qui formeront une division pour l’Espagne. Écrivez au général Rouyer qu’il vous fasse connaître les troupes qui seraient de bonne volonté pour cette destination. Écrivez à mes ministres à Bade, à Darmstadt, à Nassau, etc., pour savoir ce que pensent à cet égard ces souverains. Je désire qu’ils fassent partir tout ce qui est nécessaire pour compléter les cadres qu’ils ont en Espagne.

Faites-moi un rapport qui me fasse connaître les secours que je peux espérer par cette voie.

 

Paris, 9 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Vous ne me parlez pas du tout du mouvement de la division Loison; vous ne me remettez aucun état; vous ne me faites pas connaître les progrès de la formation des différents corps que j’ai ordonné pour l’Espagne; vous ne m’envoyez aucun état d’artillerie; enfin, vous ne vous mêlez pas de cette armée, qui cependant ne peul pas marcher toute seule.

 

Paris, 9 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous ferez parvenir par un officier les ordres suivants au prince d’Eckmühl et au vice-roi d’Italie.

Vous ordonnerez au prince d’Eckmühl d’exécuter ponctuellement les articles du traité, et d’avoir évacué, le 20 décembre à midi, la basse Autriche, en supposant, 1° que l’article 2 du traité ail été exécuté à la lettre, et que des poteaux aient été placés dans l’arrondissement de Cracovie, ainsi que sur les frontières de la Haute Autriche; 2° que toutes les contributions aient été payées; 3° que les prisonniers aient été restitués.

Alors toute mon armée sera placée, l’armée française d’Italie dans la Styrie, et l’armée française d’Allemagne dans la Haute Autriche.

Les Bavarois continueront à pacifier le Tyrol. Enfin, au 5 janvier, terme de rigueur pour toute l’évacuation, toutes les troupes resteront placées dans le pays de Salzburg et sur la limite.

Quant aux troupes alliées, vous ferez connaître au prince d’Eckmühl que, comme tout parait bien marcher, il est autorisé à renvoyer les Saxons sur Dresde par le plus court chemin, les Wurtembergeois sur Stuttgart, la division Rouyer sur Mannheim, les troupes de Hesse-Darmstadt sur Darmstadt, les Badois sur Carlsruhe, et les Portugais sur Ratisbonne, pour y être formés en un seul corps. Les Portugais cesseront de faire partie du 2e corps et passeront au 3e; le prince d’Eckmühl les placera dans la division où il le jugera à propos. Par ce moyen, il aura soulagé son armée de toutes les troupes auxiliaires; ce qui ne laissera pas d’être une diminution considérable pour les subsistances.

Vous ferez connaître au prince d’Eckmühl que les corps restent organisés comme ils le sont, avec cette différence que la division Morand, qui a perdu le 65e, reprendra en place le 57e. Ainsi le 3e corps se trouvera composé de quinze régiments, et le 2″ corps en perdra un. Vous lui donnerez l’autorisation de diriger, lorsqu’il le jugera convenable, le 2e corps sur Augsbourg et Ulm, et tout le 4e corps sur Bamberg, Bayreuth et Würzburg, ne gardant ainsi, jusqu’au dernier moment de l’évacuation, que les quinze régiments du 3e corps, les trois divisions de cuirassiers et les six régiments de cavalerie légère de la division Montbrun, au delà de l’Inn. Si, comme tout me porte à le penser, il n’y a aucun inconvénient à exécuter ces dispositions, le prince d’Eckmühl vous fera connaître quand les corps arriveront dans leur nouveaux cantonnements, et vous en enverra le détail en règle, la situation, l’état de l’artillerie, du génie, des équipages militaires, etc.

Vous recommanderez à ce maréchal de ménager la Bavière autant que possible.

Vous lui donnerez l’ordre de faire partir sur-le-champ pour Strasbourg les marins et les ouvriers de la marine.

 

Paris,  9 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vois qu’il y a encore sept divisions de gardes nationales sans compter celles de Boulogne : ne pourrait-on pas les réduire, et supprimer les divisions Lamarque, Soulès et Vaubois, ce qui ne ferait plus que quatre divisions, rendrait des généraux disponibles et serait déjà une première économie ?

Présentez-moi un projet pour faire de toutes les gardes nationales qui sont au nord une légion de gardes nationales volontaires de la Garde, qui serait formée à sept bataillons et composée de tous les hommes de bonne volonté, lesquels marcheraient avec la Garde.

 

Paris, 9 décembre 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, envoyez ordre au sieur Fournier, évêque de Montpellier, de se rendre à Paris pour y rendre compte de sa conduite. Il paraît qu’il montre de mauvaises dispositions, notamment dans son dernier mandement.

 

Palais des Tuileries, 10 décembre 1809

ALLOCUTION A LA DÉPUTATION DU CORPS LÉGISLATIF.

J’agrée les sentiments que vous m’exprimez. Je connais l’attachement de votre Corps à ma personne. La France a besoin d’une monarchie modérée, mais forte. L’époque actuelle doit être distinguée non seulement par la gloire des armes françaises, mais aussi par la prospérité de son commerce, par la sagesse des lois, par l’éclat des arts, des sciences et des lettres. Pour conduire la France dans la situation où elle se trouve, j’ai surmonté bien des obstacles. Moi et ma famille, nous saurons toujours sacrifier nos plus chères affections aux intérêts et au bien-être de cette grande nation. Avec l’aide de Dieu et le constant amour de mes peuples, je surmonterai tout ce qui pourrait s’opposer à mes grands desseins. Je désire vivre trente ans encore, afin de pouvoir trente ans servir mes sujets, consolider ce grand Empire et voir toutes les prospérités que j’ai conçues embellir cette chère France.

 

Paris, 13 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au sieur Bignon que je désire qu’il protége les Palatins, et qu’il fasse connaître au gouvernement du grand-duc de Bade que je vois avec peine que les 6 ou 700,000 Catholiques qui sont dans le pays ne sont pas aussi bien traités qu’ils doivent l’être, et que les Palatins sont exclus de toutes les places; que dans toutes les occasions il doit soutenir leurs intérêts.

Il faut expédier un courrier à Berlin pour prescrire au comte de Saint-Marsan de faire les démarches les plus sérieuses, 1° pour se refuser à toutes les demandes faites pour le duché de Varsovie; 2° pour presser la rentrée des contributions. Il fera sentir que mes troupes vont passer le Rhin; que je serai obligé de les faire marcher du côté de Magdebourg; que cela me coûtera de très-fortes dépenses; qu’il faut marcher de bonne foi et remplir religieusement ses obligations. Vous écrirez la même chose à M. de Brockhausen; vous lui ferez sentir que ses dernières propositions sont inadmissibles et ridicules; que, quand on a de l’argent pour faire des camps et lever des 10 ou 12,000 chevaux, on doit en avoir pour payer ses dettes.

Écrivez au sieur la Rochefoucauld pour connaître l’effet qu’a produit en Hollande mon discours, et quelle sorte d’opposition on trouverait à la réunion.

Faites faire des copies des lettres que j’ai écrites en Perse, et faites-les remettre à l’ambassadeur, qui les fera passer par une nouvelle occasion.

Je vois dans une lettre du sieur la Rochefoucauld qu’il vous accuse réception de deux lettres du 27 novembre, la première relative à l’autorisation que je voulais accorder aux bâtiments américains d’entrer en Hollande avec des chargements de colon; que veut dire cette phrase ?

 

Paris, 13 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie les dernières dépêches reçues d’Espagne; accusez-en la réception au Roi et au général Suchet. Faites connaître au Roi que les drapeaux pris par mes troupes aux batailles de Medellin, d’Ocana, etc., doivent être envoyés en France pour m’être présentés et servir à orner les monuments français. Vous écrirez la même chose au duc de Dalmatie. Écrivez également qu’on envoie en France les prisonniers, en retenant les Allemands, Suisses et Français, pour les placer dans les régiments, mais qu’il ne faut employer aucun Espagnol qui, tous, se font un jeu de trahir.

Donnez ordre aux Irlandais qui font partie de la division Loison de se rendre à Burgos pour se réunir à leurs régiments.

 

Paris, 13 décembre 1809

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

En faisant donation du château de Villers au comte de Lobau, j’ai entendu lui donner les meubles, mais mon intention n’a pas été d’y comprendre ceux qui peuvent avoir été tirés de mes palais pour l’établissement du prince Kourakine et qui doivent y être réintégrés ni les orangers qu’on a pris à Neuilly et qui doivent être rendus à la princesse Pauline. Vous ferez aussi rendre à la princesse Pauline les orangers et les tableaux que contre mon intention on a aussi pris à Neuilly.

 

Paris, 14 décembre 1809

Au prince de Nauchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vois par votre lettre du 13 décembre que la 2e brigade de la division Reynier, que commande le général Valentin, et la 3e brigade, que commande le général Lamartinière, qui s’organisent à Bayonne, peuvent être prêtes dans les premiers jours de janvier.

Donnez ordre que le 1er régiment provisoire de chasseurs parte le 18 de Saintes pour continuer sa route, et faites-moi connaître le jour où il arrivera à Bayonne. On le fera entrer sur-le-champ en Espagne. Le 5e régiment de marche de cavalerie, qui arrive le 11·à Tours, en partira le 16 et continuera sa route sur Bayonne, afin de pouvoir également entrer le plus tôt possible en Espagne.

J’approuve que les 3e, 4e et 5e régiments de marche de l’armée d’Espagne filent, à mesure qu’ils seront formés, sur l’Espagne.

Il faudrait mettre le détachement du 4e de hussards, qui est dans le 3e régiment de cavalerie, dans le 2e, puisque le 2e régiment est destiné à aller en Aragon, où est le 4e de hussards.

 

Paris, 14 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, il y a ici des magasins contenant 12 ou 15 mille habits de fourniture faits par la ville de Paris. Faites les visiter par le sieur Lambert, intendant général de l’armée d’Espagne, et si ces fournitures sont bonnes voyez le ministre Dejean pour qu’il les fasse emballer et partir pour Bayonne.

 

Palais des Tuileries, 14 décembre 1809

OBSERVATIONS DE L’EMPEREUR SUR LE CONSEIL D’ADMINISTRATION DE L’INTÉRIEUR

Sa Majesté remarque que la nomenclature du budget n’est pas dans le même ordre déterminé par le décret arrêté en conseil d’administration du 25 octobre 1808 pour le budget de 1809. Elle désire que l’on s’y conforme, sauf à placer à la suite des objets de la nomenclature actuelle les nouveaux travaux qui seraient proposés pour 1810.

Sa Majesté est dans l’intention de signer pour 1810 un décret uniforme. Le budget de 1809 est composé de quatre chapitres; on pourra ajouter à celui de 1810 les chapitres nécessaires, et établir dans le même décret la distribution des fonds spéciaux estimés selon leur produit de 1809, et tels que le droit sur la navigation, les centimes imposés, le droit de tonnage, etc. On n’oubliera pas dans ces chapitres le produit des fonds extraordinaires du Piémont, et l’on dira que la somme de 2,465,000 francs, à laquelle ces fonds s’élèvent aujourd’hui et qui est composée de diverses valeurs, sera réalisée, soit en mettant les obligations et autres effets à la disposition de la caisse d’amortissement, pour en tirer le meilleur parti possible et en faire compte aux ponts et chaussées, soit en transformant les monti en 5 pour 100, qui seront vendus à la caisse d’amortissement.

La somme qui se trouvera disponible après ces arrangements, déduction faite de ce qui a été dépensé en 1808 et en 1809, sera portée au budget de 1810 et affectée de préférence, afin de faire quelque chose qui frappe les esprits en Piémont, à la construction du pont de Turin, qui serait suivie avec la plus grande activité. Tout ce que le conseil de liquidation de Turin, qui a été prorogé par Sa Majesté, parviendra à faire rentrer, depuis l’époque de l’état de choses consigné dans le dernier rapport du ministre des finances, sera également affecté aux ponts et chaussées pour en être disposé par le budget de 1811.

Sa Majesté remarque que le ministre de l’intérieur ne rend pas compte de ce qui a été fait pour l’exécution de l’article 4 du titre III du décret du 29 octobre 1809. Elle pense que l’oubli qui a eu lieu à cet égard provient du chef de la division, qui aurait dû rappeler l’objet de cet article, et elle juge convenable que le ministre lui en témoigne son mécontentement.

Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur lui fasse connaître, par des rapports particuliers, toutes les mesures qu’il y a à prendre pour l’exécution des différents articles du décret du 29 octobre 1809, et lui remettre un rapport particulier sur les fonds affectés aux canaux par l’article 2 du titre III de ce décret.

M. le comte Frochot présentera un rapport sur l’exécution, article par article, de l’article 5, titre IV, du même décret. Il fera connaître les modifications qu’il croira nécessaires dans la distribution des travaux, et les fonds dont il aura besoin sur l’emprunt de huit millions pour 1810. Le ministre des finances fera connaître au ministre de l’intérieur la somme qui peut lui être accordée sur les fonds du trésor pour les travaux des ponts et chaussées en 1810. Le fonds spécial du Piémont et les autres fonds spéciaux ne seront pas compris dans cette somme.

Le ministre des finances apportera en même temps tout ce qui est relatif au fonds de réserve des communes, bois communaux, etc., et au fonds de non-valeurs, pour voir si ces objets peuvent offrir quelques ressources.

M. le comte Roederer apportera aussi des états présentant toutes les dispositions faites en 1808 et en 1809, sur les fonds appartenant aux communes ou à d’autres propriétaires. Il y comprendra le produit du droit d’exportation des grains et tous autres produits de cette nature, et fera mention détaillée des divers fonds dont le versement devait être fait à la caisse d’amortissement, et qu’il paraît qu’elle n’a pas recouvrés. Il y a aussi à cette caisse plusieurs fonds qui n’appartiennent pas à la caisse de l’extraordinaire et qui n’ont pas de maître, tels que ceux qui proviennent de la part du Gouvernement dans les bâtiments expédiés en aventuriers, ceux qui proviennent des différentes prises sur lesquelles il n’a pas été statué, etc. Un rapport est nécessaire sur ces différents fonds.

Les différents rapports et comptes rendus seront présentés dans le conseil d’administration que Sa Majesté tiendra jeudi prochain.

Le ministre de l’intérieur est invité à apporter aussi à cette séance tout ce qui est relatif aux dépôts de mendicité, le compte des dispositions faites et la demande du fonds à faire.

 

Paris, 15 décembre 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, nous avons ordonné la convocation d’un conseil privé qui aura lieu aujourd’hui, à dix heures du soir, dans notre palais des Tuileries.

Nous jugeons convenable de ne pas nous trouver à ce conseil, et nous avons signé la présente lettre pour vous faire connaître que notre intention est que vous le présidiez en notre absence, et que vous lui présentiez le projet de sénatus-consulte ci-après:

Le Sénat réuni, etc.

Vu l’article dressé le 15 du présent mois par l’archichancelier de l’Empire, dont la teneur suit,

A décrété et décrète :

ARTICLE PREMIER. Le mariage contracté entre l’Empereur Napoléon et l’Impératrice Joséphine est dissous.

ART. 2. – L’Impératrice Joséphine, ayant été couronnée, conservera les titre et rang d’Impératrice-Reine.

ART. 3. – Son douaire est fixé à une rente annuelle de deux millions de francs sur le trésor de l’État.

ART. 4. – Toutes les dispositions qui pourront être faites par l’Empereur en faveur de l’Impératrice Joséphine sur les fonds de la liste civile seront obligatoires pour ses successeurs.

Après le conseil privé, vous vous retirerez par devers nous pour nous présenter la rédaction qui aura été arrêtée, et à l’égard de laquelle seront remplies les formalités d’usage.

 

Paris, 15 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites faire des recherches dans vos bureaux, et faites-moi un rapport qui me fasse connaître s’il serait possible de tirer 25 à 30,000 hommes de mes dépôts d’infanterie et de cavalerie, pour former une réserve destinée à garder les derrières de l’armée d’Espagne lorsque les corps des généraux Loison, Reynier, le 8e corps, les régiments de marche, les douze bataillons auxiliaires et les vingt escadrons de gendarmerie auront rejoint, et que ces corps seront tout à fait formés.

Les corps qui restent en Allemagne sont suffisamment forts. Mon intention est de disposer de ce qu’il y aurait dans tous les cadres de France pour le diriger sur l’Espagne; et, quand ces détachements arriveraient successivement à Bayonne en février, mars, avril, mai, ce serait toujours suffisant pour alimenter l’armée, tranquilliser les derrières et assurer enfin la conquête de cet immense pays.

 

Paris, 15 décembre l809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, parlez au ministre d’Autriche de la mauvaise direction que l’on donne aux affaires à Vienne. Dites-lui que Roger Dumas et la coterie du comte Rasumovsky y sont déjà arrivés, et que, si l’on ne prend pas des mesures pour empêcher leur influence, il arrivera de grands malheurs.

 

Paris, 15 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces relatives aux affaires de Rome. Votre rapport ne me paraît pas mal fait. Il pourrait être supposé fait pour le moment où j’ai décidé que les États de Rome seraient déclarés réunis à la France. Mais il faut en faire un second pour motiver le sénatus-consulte, dans des termes conformes aux notes que j’ai dictées au conseiller d’État d’Hauterive, avec les pièces justificatives à l’appui. Remettez-moi promptement tout cela, avec les pièces, afin qu’on puisse sans délai le porter au Sénat.

Il me semble qu’il n’y a pas d’inconvénient à imprimer le travail du sieur André, puisque c’est l’ouvrage d’un particulier; je le lirai lorsqu’il sera imprimé. Mais il ne me paraît pas remplir mon but :

1° De prouver que la cour de Rome a toujours employé les armes spirituelles pour maintenir et agrandir son état temporel, et a sacrifié ainsi le principal à l’accessoire; 2° de prouver que la cour de Rome a toujours été l’ennemie de la puissance prépondérante en Italie, et qu’elle a constamment employé les armes spirituelles pour nuire à cette puissance; 3° que la puissance spirituelle des papes a donc été constamment employée, non pour l’intérêt de la religion, mais pour consolider leur puissance temporelle; que leur puissance temporelle a toujours été employée pour la destruction de l’Italie et de la puissance qui y était prépondérante; que, la France étant dominante aujourd’hui, il s’ensuit que la cour de Rome sera constamment son ennemie; 4° consultation : qu’il y a deux partis à prendre; le premier, d’établir un patriarche et de se séparer de la cour de Rome comme a fait l’Angleterre, (discuter les avantages et les inconvénients de ce parti); le deuxième, de détruite le pouvoir temporel des papes des papes en réunissant les États romains à l’empire français (établir l’obligation, dans cette circonstance, de cette mesure légitimée par la conduite de la cour de Rome).

 

Paris, 15 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, montrez cette lettre au prince Kourakine, et faites-lui connaître que j’ai vu avec peine que mes lettre à l’empereur se trouvent dans les journaux anglais, ce qu’on n’est pas dans l’usage de faire, même en temps de guerre.

 

Paris, 15 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le général Loison doit, depuis le 4, être à Vitoria; je suis surpris qu’aujourd’hui 15 vous n’en ayez pas de nouvelles. Il a dû faire occuper Saint-Sébastien, Bilbao par ses troupes, et grossir l’armée d’Espagne des bataillons d’hommes isolés et de marche de Vitoria et de Saint-Sébastien, hormis du bataillon de gardes nationales qui doit rester dans la Biscaye.

Écrivez au duc de Dalmatie que j’ai hâte de voir se réunir tous les corps; qu’il donne l’ordre que tout ce qui appartient aux 32e, 15e, 66e, 26e et 82e se rende dans le nord à Benavente et à Valladolid, pour être réuni au corps du général Loison; que tout ce qui appartient aux 51e, 43e, 55e, 58e, 47e de ligne et 12e léger rejoigne les régiments respectifs à Madrid; que le 2e corps ne sera formé que des deux divisions des généraux Merle et Heudelet, composées, comme elles le sont aujourd’hui, des 2e, 4e, 17e et 31e légers, et des 15e, 36e, 47e, 70e et 86e. Vous lui ferez connaître que dans le corps du général Loison il y a 6,000 hommes appartenant à ce corps, et qu’il y a un égal nombre d’hommes en marche de France pour porter ces neuf régiments au complet. Vous lui réitérerez l’ordre de ne pas toucher au corps du général Loison, dont je me réserve la disposition. Il y a à Madrid beaucoup d’hommes isolés et détachés, tels que le 10e bataillon de marche et plusieurs détachements appartenant aux divers corps, qu’il faut lui donner l’ordre de faire rejoindre. Vous lui ferez connaître que je vais donner l’ordre au corps du général Loison d’occuper Burgos; ce qui rendra disponible le 118e, dont je veux renforcer la division Bonet.

En résumé, vous lui donnerez l’ordre que tout ce qui appartient aux 15e, 32e, 26e, 66e, 82e, 122e, 120e, 119e et 118e, à la légion du Midi, aux régiments de Westphalie, de Prusse, et à la garde de Paris, reste dans le nord, pour maintenir en paix la Castille, contenir les insurgés de Portugal et l’armée ennemie de Galice ; que tout ce qui appartient au 6e corps reste du côté de Salamanque ; que tout ce qui appartient aux régiments des 5e, 1er et 4e corps les rejoigne et s’y réunisse, afin qu’ils se tiennent prêts à recevoir des renforts à mon arrivée et à finir enfin la conquête de l’Espagne.

Il y a également un bataillon du 2e léger qu’il faut réunir, ainsi que beaucoup de détachements appartenant à des régiments de cavalerie.

 

Trianon, 16 décembre 1809

Au prince Ferdinand, à Valençay

Je reçois la lettre de Votre Altesse Royale du 11. Je me suis fait rendre compte des réclamations qu’elle contient, et j’ai ordonné qu’on y fît droit sans délai, car je me suis convaincu qu’elles sont fondées. Votre Altesse doit être sans inquiétude et compter que ce que je lui ai promis sera ponctuellement exécuté.

 

Trianon, 16 décembre 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 8, par laquelle elle m’annonce sa prochaine arrivée à Paris avec la Reine. Votre Majesté ne doute pas, j’espère, du plaisir que m’a fait cette lettre. J’en aurai beaucoup à lui renouveler l’assurance des sentiments qu’elle m’inspire. Je désire beaucoup que le séjour de Paris puisse être agréable à la Reine. J’envoie mon grand chambellan à la rencontre de Votre Majesté.

 

Trianon, 17 décembre 1809, huit heures du soir (date présumée)

Mon amie, je t’ai trouvée aujourd’hui plus faible que tu ne devais être. Tu as montré du courage; il faut que tu en trouves pour te soutenir; il faut ne pas te laisser aller à une funeste mélancolie; il faut te trouver contente et surtout soigner ta santé, qui m’est si précieuse. Si tu m’es attachée et si tu m’aimes, tu dois te comporter avec force et te placer heureuse. Tu ne peux pas mettre en doute ma constante et tendre amitié, et tu connaîtrais bien mal tous les sentiments que je le porte, si tu supposais que je puisse être heureux si tu n’es pas heureuse, et content si tu ne le tranquillises. Adieu, mon amie; dors bien; songe que je le veux.

 

Trianon, 17 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Trianon

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Loison de faire partir la brigade du général Gratien pour Burgos, où elle tiendra garnison pour maintenir la tranquillité dans la Castille. Il joindra à cette brigade le premier régiment de marche de cavalerie de l’armée d’Espagne; ce qui mettra à la disposition du général Gratien 5 à 6,000 hommes, qui seront suffisants pour la police de la Castille et pour maintenir les communications avec Aranda, Burgos et Santander.

Vous donnerez l’ordre que le 118e soit tout entier réuni et envoyé pour renforcer la division Bonet, aussitôt que le général Loison sera arrivé. Vous donnerez le même ordre au 122e, et, lorsque le général Bonet sera ainsi renforcé de huit bataillons et soutenu par la brigade Gratien, qui reste à Burgos, vous lui enverrez l’ordre d’attaquer l’ennemi et de le poursuivre vivement.

Vous ordonnerez que tout ce qui se trouverait à Burgos et dans l’arrondissement, appartenant aux divers corps d’armée, se dirige sur ces corps pour les renforcer.

Le général Loison pourra, s’il le juge convenable, porter son quartier général à Burgos, afin de veiller par lui-même à la tranquillité de la Castille.

Vous donnerez l’ordre au général Reynier de partir le 1er janvier avec ce qu’il aura de disponible de la 2e et de la 3e brigade et les régiments de marche de cavalerie qui doivent faire partie de sa division. Il placera ce qu’il aura de disponible de la 2e brigade à Tolosa et Saint-Sébastien; il portera son quartier général à Vitoria, avec ce qu’il aura de la 3e brigade. Là, il se chargera de la police des trois Biscayes et de rétablir la tranquillité sur les confins de la Navarre et de la Castille., jusqu’à ce que les 2e et 3e brigades soient formées et que la 1re brigade lui soit arrivée.

Aussitôt que le général Reynier sera arrivé à Vitoria, la brigade Simon se rendra à Valladolid, et là tout ce qui appartient aux 66e, 26e et 82e, à la légion du Midi et aux Hanovriens, y sera réuni. Le général Loison portera alors son quartier général à Valladolid, et,  comme il ne pourra y être arrivé avant le 15 janvier, je lui ferai connaître d’ici à ce temps la composition de son corps et ce qu’il aura à faire.

Faites bien connaître au général Reynier qu’en le faisant entrer en Espagne un peu plus tôt, mon but est de dégorger Bayonne, qui est trop encombré, d’utiliser ses troupes dans les Biscayes et de rendre par là le corps du général Loison disponible.

Vous pouvez faire connaître au général Loison que, lorsqu’il sera arrivé à Valladolid, je composerai son corps de la division Bonet et d’une autre division dont fera partie la brigade Simon, qui, par la réunion  d’autres bataillons, se trouvera portée á 8,000 hommes. Mais le général Reynier et le général Hédouville doivent recevoir rapidement les ordres de compléter à Saint-Sébastien, Tolosa et Vitoria, les brigades de la division Reynier, mon intention étant que le général Reynier ne quitte pas la Biscaye que son corps ne soit complètement formé selon l’organisation que j’ai arrêtée.

Envoyez l’ordre au général Suchet, en Aragon, de former des colonnes mobiles pour rétablir la tranquillité dans la Navarre, de considérer ce pays comme sous ses ordres et d’y rétablir par conséquent l’ordre et l’administration.

 

Trianon, 17 décembre 1809.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Allemagne, à Trianon

Mon Cousin, donnez l’ordre à la 1e division de la Garde impériale, qui est à Chartres, commandée par le général de brigade Roguet, et composée conformément à l’état ci-joint, de partir de Chartres, du 19 au 21 de ce mois, sur trois colonnes, et de se rendre à Bordeaux. La cavalerie formant l’avant-garde partira le 19. Les deux régiments du corps des chasseurs partiront le 20 avec leurs quatre pièces d’artillerie, et les deux régiments du corps des grenadiers le 21; les administrations partiront avec les chasseurs. Vous me ferez connaître le jour où cette division arrivera à Bordeaux, et vous vous concerterez avec le ministre de la guerre pour ce mouvement. Vous remarquerez que les quatre régiments d’infanterie n’ont de présents que 5,500 hommes, tandis qu’ils devraient en avoir 6,400. Vous donnerez l’ordre que tout ce qui reste aux dépôts, ou galeux ou autres, soit formé en un régiment de marche d’un millier d’hommes, et parte au 1er janvier pour compléter les corps.

Vous donnerez l’ordre que le régiment de cavalerie qui avait été attaché à la 2e division avec ses huit pièces d’artillerie parte le 20 de Paris pour se rendre à Poitiers, où il recevra de nouveaux ordres.

Vous donnerez ordre que 50 gendarmes d’élite partent demain pour marcher avec la 1e division de la Garde, que commande le général Roguet, et que 50 autres partent avec la 2e division.

 

Trianon, 17 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Trianon

Mon Cousin, donnez l’ordre à la division Rivaud, du 8e corps, composée des brigades Ménard, Taupin et Godard, de partir pour se rendre à Bordeaux. Ayez soin qu’elles marchent à petites journées, qu’elles aient un séjour tous les trois jours et qu’elles marchent de manière à se fatiguer le moins possible. Faites-moi connaître quand l’artillerie de cette division sera arrivée.

 

Trianon, 17 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Trianon

Mon Cousin, donnez l’ordre que la brigade composée d’un bataillon du 32e, d’un du 58e, d’un du 121e et d’un du 122e, qui doivent former au moins 3,000 hommes, parte le 20 de ce mois pour se rendre à Bordeaux. Cette brigade est la 2e de la division Lagrange. Faites-moi connaître quand la 1re brigade arrivera à Bayonne.

Donnez ordre que la 3e brigade de cette division, composée d’un bataillon du 2e léger, d’un du 4e, d’un du 12e et d’un du 15e légers, parte le 22. Cette 2e et cette 3e brigade suivront la route de Versailles, où elles séjourneront; vous en passerez la revue à Versailles et vous vous assurerez qu’elles sont munies de tout ce qu’il faut pour faire la guerre, et qu’elles ont le nombre d’officiers nécessaire pour les discipliner et les contenir en route. Tracez-leur un itinéraire tel qu’elles se reposent un jour sur trois, et même qu’elles aient un double séjour dans les grandes villes.

Vous me remettrez un tableau du mouvement du 8e corps, de la division du·général Rivaud, que j’ai, je crois, remplacé par le général Dufour, et des trois brigades de la division Lagrange, avec l’état de leur artillerie.

Le régiment d’infanterie du grand-duché de Berg qui est aux environs d’ici peut venir à Paris, s’il est nécessaire, pour y faire le service.

Vous le ferez passer en revue à Paris, et vous me ferez connaître la situation où il se trouve.

 

Trianon, 17 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Trianon

Mon Cousin, je réponds à votre lettre du 16. Je m’en tiendrai, quant à Nassau, au traité que j’ai fait avec cette Maison. Ainsi le régiment de Nassau qui fait partie de la division Rouyer recevra ordre de continuer sa route sur Paris. Je consens à ce qu’il soit fait une convention particulière avec les petits princes. Entendez-vous pour cela avec le duc de Cadore. Je consens à accorder les invalides à ces troupes qui, de fait, sont à mon service. Je consens également à ce que ces troupes forment dans tous les cas le contingent des princes.

 

Trianon, 17 décembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Je vous envoie une lettre du roi d’Espagne. Je vous prie d’envoyer chercher le sieur Laborie, et de voir ce que cet intrigant écrit et s’il veut cesser de se mêler de ce qui ne le regarde pas. S’il y a lieu, vous ferez mettre le scellé sur ses papiers.

 

Trianon, 17 décembre 1809

A Joseph Napoléon

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté le Moniteur qui lui fera connaître le parti que j’ai cru devoir prendre 7)Il s’agit de son mariage avec Marie-Louise. J’ai reçu sa lettre du 4 décembre par l’aide de camp qu’elle m’a expédié.

De Votre Majesté, le bien affectionné frère.

P. S. Je ne sais ce que vous entendez par des bruits répandus. Si des sots répandent des bruits qui compromettent la tranquillité publique, faîtes-les arrêter.

 

Trianon, 17 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous verrez dans la Gazette de France un article sur un pardon donné aux landwehrs. Cet article est vrai. Il parait que l’on voudrait conserver les landwehrs, ce qui est contraire au traité.

Demandez une explication là-dessus.

 

Trianon, 18 décembre 1809

Au président du Sénat du royaume d’Italie, à Milan

Monsieur le Président du Sénat, faites agréer au Sénat mes remerciements sur sa dernière adresse. Les provinces illyriennes forment une frontière qui assure davantage mon royaume. Ma constante politique est d’organiser mon empire de manière que la guerre soit à jamais éloignée de nos provinces de France et d’Italie. Et les peuples de mon royaume, qui a été depuis plusieurs siècles le théâtre de la guerre, connaissent, plus que tous autres, tous les maux que la guerre produit.

 

Trianon, 18 décembre 1809

Aux ministres de la guerre et de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous ai déjà fait connaître, par ma lettre d’aujourd’hui, que mon intention est de contremander toutes les remontes, afin de diminuer d’autant les dépenses. Je vous ai recommandé de faire diriger sur Niort tous les chevaux qui seraient déjà en route pour l’Italie; il faut les faire arrêter aux lieux où ils se trouvent aujourd’hui, et adresser vos ordres spécialement à Paris, Lyon et Chambéry et sur les principaux points de la route; car je n’ai plus besoin de chevaux en Italie, et un millier de chevaux de plus du côté de l’Espagne me sera très utile.

Je vous écris aujourd’hui la présente pour vous demander un rapport général sur la cavalerie. Ma dépense est énorme, et il faut aujourd’hui songer sérieusement à une réforme. Mon armée, dans l’état actuel, mangerait trois fois le revenu de la France. Je désire donc connaître d’abord la situation en hommes, en chevaux, en selles, de tous mes régiments de cavalerie au ler décembre, ensuite les réformes qu’il est urgent de faire dans les hommes et dans les chevaux pour réduire les dépenses à un taux convenable.

Je trouverai dans cette mesure un autre avantage, ce sera celui de retirer des dépôts de cavalerie beaucoup de conscrits qui, désormais, y seraient inutiles, et de pouvoir les remettre à la disposition du ministre de la guerre pour en former les nouveaux bataillons du train d’artillerie destinés à l’armée d’Espagne.

Je vous ai fait connaître que tous vos budgets devaient être faits sur l’hypothèse de l’état de paix du côté de l’Allemagne et de l’état de guerre du côté de l’Espagne.

Les hommes, les chevaux et les harnais de ma cavalerie se divisent en deux parties: celle qui est à l’armée et celle qui est dans les dépôts.

Quatorze de mes régiments de cuirassiers, un grand nombre de mes régiments de chasseurs et de hussards sont en Allemagne; quel que soit le pied de paix que j’arrêterai aussitôt que vous m’aurez remis votre rapport, la réduction s’opérera promptement dans les escadrons de guerre par la réforme de chevaux hors de service et des hommes démontés ou invalides; mais c’est surtout dans mes dépôts qu’il est urgent de porter la reforme, afin que je n’aie en France aucun cheval inutile et que, l’année prochaine, je puisse faire de grandes économies sur les fourrages. Ainsi j’entends que les dépôts de tous ceux de mes régiments qui restent à l’armée d’Allemagne n’aient pas plus de 50 chevaux, l’un portant l’autre; en supposant trente dépôts, cela ne ferait pas 1,500 chevaux à nourrir en France pour mes régiments de l’armée d’Allemagne. Quant aux hommes, les dépôts devront en avoir tout au plus le double.

Après la cavalerie de l’Allemagne vient celle de l’Italie. J’ai des régiments de cavalerie dans mon armée d’Illyrie; j’en ai dans mon armée d’Italie. Mon intention est, en général, de tenir tous mes dépôts de cavalerie dans les Alpes plus nombreux et les escadrons que j’ai en Italie sur un plus haut pied, vu les difficultés de leur remonte. Je n’entends pas payer les fourrages plus cher en Piémont et en Italie que dans les autres pays. Les fourrages, en Italie, sont abondants; ce ne peut être que par abus qu’on en porte le prix si haut. Mon intention est d’autoriser les préfets à les faire fournir au taux de dix-huit sous, au plus d’un franc, et par réquisition, s’il est nécessaire.

Je serais porté à placer en Normandie les quatre dépôts de cuirassiers que j’ai en Piémont; ils seraient là plus près pour leur remonte, et j’ai d’ailleurs toujours besoin de ressources et de cavalerie sur la côte.

J’ai en Espagne vingt-cinq régiments de dragons. Je n’entends pas qu’ils aient, en France, plus de 25 à 50 chevaux à leur dépôt. Même observation pour les douze régiments de hussards et de chasseurs qui sont en Espagne; et, comme en Espagne la nourriture des chevaux n’est pas à mes frais, il faut en général me proposer d’y envoyer tous les chevaux qui sont disponibles dans les dépôts. Là ils seront utiles, ne me coûteront rien, et il en résultera de grandes économies pour mes finances. J’ai quatre-vingts régiments de cavalerie; c’est quatre-vingts dépôts qui, à raison de 40 chevaux l’un portant l’autre, ne feront pas plus de 3 à 4,000 chevaux à nourrir; ce qui réduira la masse de fourrage de 15 millions à moins de 4 millions pour 1810. Et c’est une grande et importante économie.

Je crois avoir augmenté d’une 9e compagnie tous mes régiments de dragons et de cavalerie légère. Il me semble qu’il serait convenable de réformer pour l’année prochaine ces 9e compagnies, car les régiments de cavalerie que j’ai en Allemagne seront suffisamment forts à quatre escadrons, puisqu’ils y sont dans l’état de paix. Les régiments qui sont en Espagne sont si nombreux, qu’ils seront suffisamment forts à trois escadrons.

Je pense qu’il serait également nécessaire de réformer le 5e escadron de cuirassiers; ce qui nous replacerait tout à fait sur le pied de paix.

Cette lettre est commune aux ministres de la guerre et de l’administration de la guerre. Entendez-vous donc tous deux sur ce qu’elle contient, et présentez-moi un rapport sur les augmentations que l’état de guerre a nécessitées, un état de situation générale de ma cavalerie sous le triple rapport des hommes, des chevaux et des harnais, et enfin un projet de décret qui remplisse les vues que je viens de vous indiquer.

 

Trianon, 18 décembre 1809

Aux ministres de la guerre et de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous ai déjà fait connaître, par ma lettre de ce jour, les réformes que j’espère opérer pour l’année prochaine sur la masse des remontes, sur celle des fourrages et sur le personnel, en supprimant tous les cadres que l’état de guerre a fait créer en augmentation de l’état ordinaire. Je me propose de faire une autre importante économie, c’est sur la conscription; à moins d’événements extraordinaires, je ne compte pas en lever. Il est un grand nombre d’autres économies sur lesquelles j’appelle votre attention, et qu’il est urgent de prendre en haute considération, vu l’impuissance où mes finances se trouvent de subvenir à tant de dépenses.

Faites-moi un rapport sur toutes les économies possibles dans l’état de sécurité où la paix de Vienne nous place avec l’Allemagne, et dans l’état de guerre où nous restons avec l’Espagne. Une éminente économie doit être faite sur les employés d’administration. Je crois que rien que leur solde pour l’armée d’Allemagne s’élève à près de six millions. Mon intention est de ne laisser l’année prochaine en Allemagne que le 3e corps du duc d’Auerstaedt, les quatorze régiments du duc de Rivoli, les quatorze régiments de cuirassiers et six régiments de cavalerie légère, et même, dans le courant de l’année prochaine, je me déciderai sans doute à faire rentrer les quatorze régiments du duc de Rivoli ou le 4e corps. Il faut donc diminuer autant que possible les employés ; il faut supprimer tout ce qui tient à l’état de guerre, tout ce qui est provisoire, les adjoints aux commissaires des guerres, les commandants de place, les états majors, etc., et enfin réduire tout à l’état ordinaire.

Toute l’armée d’Italie doit être mise sur le pied de paix.

L’armée d’Illyrie doit être mise sur un demi-pied de paix, en portant l’économie sur toutes les branches d’administration.

Le train d’artillerie sera un des articles d’économie le plus important; peut-être sera-t-il possible de l’employer à faire l’évacuation de l’artillerie que nous avons à Magdeburg et dans les autres places en Allemagne: cela économiserait d’autres dépenses et me le tiendrait toujours disponible.

Les équipages militaires peuvent aussi être employés à l’évacuation des malades et à d’autres services qui seraient de véritables objets d’économie. Il faut vous occuper de me suggérer tous les moyens d’économie qui tiennent à la nouvelle position politique où je me trouve. Il faut surtout me proposer des inspecteurs pour inspecter tous les dépôts d’infanterie, en renvoyer tous les hommes susceptibles de réforme qui les embarrassent, et remettre le tout sur un pied convenable.

Les états-majors seront aussi un objet important. Il est une infinité de généraux qui ont été mis en activité par suite des circonstances; tout doit reprendre l’organisation de paix. Il faut enfin obtenir la plus grande économie, car je ne pense pas qu’il me soit possible de donner pour 1810 plus de 190 millions au ministère de la guerre et plus de 130 millions à l’administration de la guerre; ce qui fera 320 millions pour les deux ministères de la guerre, indépendamment de ce qui sera nourri en Espagne, à Naples, en Illyrie, dans le pays de Hanovre et dans les garnisons de l’Oder.

 

Trianon, 19 décembre 1809, 6 heures du soir

A l’Impératrice Joséphine, à Malmaison

La reine de Naples, que j’ai vue à la chasse, au Bois de Boulogne, où j’ai forcé le cerf, m’a dit qu’elle t’avait laissée hier, à une heure après-midi, bien portante.

Je te prie de me dire ce que tu as fait aujourd’hui.

Moi, je me porte fort bien. Hier, quand je t’ai vue, j’étais malade. Je pense que tu auras pu te promener.

Adieu, mon amie.

Napoléon

 

Trianon, 19 décembre 1809, 7 heures du soir

A l’Impératrice Joséphine, à Malmaison

Je reçois ta lettre, mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours; cela n’est pas bien. J’espère que tu auras pu te promener aujourd’hui. Je t’ai envoyé de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que tu es raisonnable et que ton courage prend le dessus.

Demain, toute la journée, j’ai les ministres.

Adieu, mon amie, je suis triste aussi aujourd’hui; j’ai besoin de te savoir satisfaite el d’apprendre que tu prends de l’aplomb. Dors bien.

 

Trianon, 19 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous répondrez au prince Kourakine de vive voix, que je sais que l’intention de l’empereur Alexandre est de ne pas avoir de ministre près la cour de Sardaigne.

 

Trianon, 19 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi un rapport sur la manière de terminer mes différends avec le roi de Westphalie, et voyez son ministre pour cet objet.

Voici les bases de cet arrangement: 1 ° Je n’aurais pas de difficulté à remettre Magdeburg au Roi; l’artillerie et toutes les munitions qui sont dans la place seraient évaluées, et la valeur m’en serait payée par le Roi. 2° Tout ce que le Roi me doit pour les contributions serait consolidé; l’intérêt m’en serait payé à cinq pour cent, et le remboursement se ferait en dix ans, comme il l’a proposé; le produit de la vente des objets d’artillerie provenant de Magdeburg serait joint à cette dette. 3° Les biens donnés à mes généraux, que le Roi aurait pris, seront restitués par lui en d’autres biens ou consolidés sur son trésor. 4° Je céderai au Roi tout le Hanovre. Ce pays fera partie de la Confédération, et le Roi en touchera les revenus à dater du 1er janvier. Mais, pendant tout le temps que durera la guerre avec l’Angleterre, je veux n’avoir rien à perdre. Le Roi entretient 12,500 hommes, ce qu’il est obligé de faire par un traité; il en entretiendra 12,000 autres pour le Hanovre; ce qui fera 20 à 25,000 hommes.

Le contingent du Roi sera augmenté et porté à 36,000 hommes.

 

Trianon, 19 décembre 1809

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Convoquez le conseil des ministres pour demain à onze heures du matin. Prévenez les ministres des finances et du trésor public d’apporter ce qui est relatif au budget et au compte des finances, que j’arrêterai après le conseil des ministres.

Portez-moi aussi demain: 1° tout ce qui est relatif aux jugements du conseil des prises, aux marchandises en séquestre dans les ports, qui se gâtent ; si vous n’avez pas tous les renseignements, demandez-les au ministre des finances; 2° tout ce qui est relatif aux listes et au grand décret de M. Cambacérès; 3° tout ce qui est relatif aux quarante chambellans que j’ai à nommer; 4° demander à l’archichancelier, à l’architrésorier ou au ministre des finances, de m’apporter ce qui a été décidé, dans les conseils tenus chez eux, pour la vente du domaine à Rouen et pour celle des biens des religieuses et moines.

Vous avez d’autres objets sur lesquels je vous ai demandé des rapports; recherchez tout cela et portez-le-moi, voulant mettre en règle tout ce qui traîne.

Demandez au sieur la Bouillerie un rapport général sur la caisse de l’extraordinaire, et qu’il m’apporte cela jeudi à midi pour travailler et donner mes ordres.

Renvoyez-moi les états relatifs aux biens donnés en Allemagne et à qui je les ai donnés. J’ai besoin que cet état reste dans mon secrétariat, parce que j’ai souvent besoin de le consulter. Donnez une petite instruction à votre frère sur la manière dont il doit me rendre ses comptes vendredi, afin que je sache à quoi m’en tenir sur cette administration.

 

Trianon, 19 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Trianon

Mon Cousin, je suis instruit que des bâtiments américains sont arrivés à Saint-Sébastien. Donnez l’ordre au général Loison de faire mettre le scellé sur les bâtiments américains qui seraient arrivés ou qui arriveraient à Saint-Sébastien, à Bilbao et à Santander, et de confisquer les cargaisons. Tout cela doit être considéré comme de bonne prise.

 

Trianon, 19 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, Girone a capitulé. Il est probable que déjà le roi d’Espagne en est instruit. Faites cependant connaître cette nouvelle au général Loison, au duc de Dalmatie et sur toute la ligne.

 

Trianon, 19 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites connaître au duc de Castiglione ma satisfaction sur la prise de Girone, et le regret que j’ai que mes troupes n’aient pas été depuis longtemps commandées par lui. Donnez-moi des renseignements sur la santé de ce maréchal, et s’il est en état de faire un service actif. Mandez-lui par un officier, qui vous rapportera la situation de l’armée et des renseignements sur tout ce qui peut m’intéresser dans le pays, qu’il se porte sur Barcelone pour débloquer la ville, la ravitailler et influer dans les affaires générales.

Il est bien important de prendre le fort de Hostalrich, afin d’avoir sa communication entre la France et Barcelone bien assurée.

 

Trianon, 19 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je donne ordre que la carte d’Allemagne qui a été faite au Dépôt de la guerre y soit renvoyée. Elle est si mauvaise que je n!en fais aucun cas; je lui préfère la première carte prise chez un libraire. Ce mélange de parties bonnes et mauvaises est malheureux, pire que si toutes les parties étaient mauvaises, car cela n’est propre qu’à compromettre dans des opérations importantes; je ne connais rien de plus dangereux. En fait de cartes, il n’en faut que de bonnes, ou bien il faudrait une couleur sur les parties douteuses ou mauvaises, qui indiquât qu’il ne faut pas s’y fier. Je ne suis pas davantage content de celle que vous me présentez pour les quatre départements du Rhin. Je la veux sur l’échelle de celle de Cassini, et je me moque des divisions décimales. J’ai demandé une adjonction à la carte de Cassini, et vous me proposez une carte d’un huitième plus petite. Le Dépôt de la guerre est mal mené; on m’y dépense beaucoup; on travaille aussi beaucoup et on ne me satisfait pas. J’ai décidé, il y a déjà longtemps, que je ne voulais pas qu’on me fit le cadastre des quatre départements, mais qu’on me fît seulement une carte comme celle de Cassini.

 

Trianon, 19 décembre 1809.

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale

Nos journaux copient tout ce qu’impriment les journaux de Vienne; le fait est qu’ils disent tout l’opposé de ce qui est. Avec un simple commis on fait chanter dans l’Europe tout ce qu’on veut. Prévenez les journalistes de ne pas donner dans ce piége.

 

Trianon, 19 décembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Donnez ordre que le nommé Kolb, libraire à Spire, directeur et imprimeur d’un journal allemand, soit arrêté sur-le-champ, que le scellé soit mis sur ses presses et que son journal soit supprimé. Vous ferez venir ce sieur Koll dans les prisons de Paris.

 

Trianon, 19 décembre 1809

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Faites venir demain au conseil celui de vos secrétaires qui a été à Rome et qui a fait le travail sur les finances des États romains, et qu’il apporte des renseignements, 1° sur les douanes; je vois qu’il n’en est point question au budget; 2° sur les domaines nationaux, car je vois qu’il n’en est pas question au budget, de sorte que je ne sais sur quoi compter; 3° sur un projet de budget général de la ville de Rome et des États romains; 4° le projet qu’avait fait la Consulte et qui augmentait les revenus de Rome. Je me suis refusé à l’adopter parce que nous étions en temps de guerre. Je n’aurais pas de difficulté aujourd’hui à mettre ces finances sur un meilleur pied, afin d’en finir tout d’un coup.

Me mettre sous les yeux ce qui est relatif à la partie de la dette que doit nous payer l’Italie. Envoyez chercher demain le sieur Prina, ministre des finances du royaume d’Italie; entendez-vous avec lui et présentez-moi un projet de convention.

 

Trianon, 19 décembre 1809

Au maréchal Augereau, duc de Castiglione, à Fornells

Je reçois votre lettre du 11 décembre, avec la capitulation de Girone, que me remet votre aide de camp. J’ai double satisfaction de celte nouvelle, à cause de l’importance de la place et parce que c’est vous qui l’avez prise. Il est fâcheux que vous n’ayez pas commandé dès l’origine, mes affaires auraient été mieux menées. Tâchez de vous bien porter et d’achever la conquête de la Catalogne. Ne doutez jamais, surtout, de mon estime. J’ai accordé à votre aide de camp ce que vous avez demandé pour lui. Portez-vous le plus tôt que vous pourrez sur Barcelone pour débloquer cette ville. Tout ce qui de Valence et des autres provinces s’est porté sur Barcelone a été obligé de rétrograder.

 

Trianon, 19 décembre 18ß09

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Trianon.

Mon Cousin, faites connaître au duc de Dalmatie que j’apprends avec indignation qu’une partie des prisonniers faits à la bataille d’Ocana avaient été relâchés, et même qu’on avait remis les armes à la main à plusieurs ; que quand je vois une pareille conduite, je me demande : est-ce trahison ou imbécillité ? N’y a-t-il donc que le sang français qui doit couler sans regret et sans vengeance en Espagne ?

 

Trianon, 20 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Trianon

Mon Cousin, écrivez au général Suchet qu’il ne fait pas assez d’attention aux brigands qui sont dans la Navarre; que je vois avec peine qu’il leur ait laissé prendre Tudela; que, quoiqu’ils n’aient occupé que momentanément celle ville, c’est un grand mal, et qu’un point comme celui-là devrait être à l’abri de toute attaque.

 

Trianon, 20 décembre 1809.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’approuve que le général Raynaud soit employé dans la division Clauzel. Le général Fabre n’est pas en état de servir.

Je ne connais point le général Vachot, mais il paraît que cet officier n’a pas servi depuis 1803; il n’est pas accoutumé à la grande guerre ; j’en ai de meilleurs.

 

Trianon, 21 décembre 1809

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

La réponse au mémoire a déjà été faite de Vienne.

Un bâtiment américain, partant de la Louisiane et venant en France, y sera bien reçu, aucun acte du gouvernement ne défendant l’admission des bâtiments américains dans les ports français.

Des décrets de Berlin et de Milan ont déclaré dénationalisé tout bâtiment qui aurait touché en Angleterre, ou qui aurait été visité en mer par les Anglais. Immédiatement après, les Américains ont mis chez eux un embargo général. Ils ont ensuite levé l’embargo et l’ont remplacé par un empêchement.

Sous ce nouvel ordre de choses, ils permettaient aux bâtiments américains d’aller en Hollande, en Espagne et dans le royaume de Naples, et ils défendaient toute expédition dans les ports de France et d’Angleterre. Sa Majesté a usé de son droit d’influence sur ses voisins, parce qu’elle ne voulait pas qu’ils fussent traités autrement que la France, et elle a fait séquestrer les bâtiments destinés pour leurs ports.

On a déclaré que, s’ils voulaient nous traiter comme nos voisins, leur commerce n’éprouverait aucune difficulté de notre part. Tout bâtiment américain venant d’Amérique, n’ayant point été visité en mer et n’ayant pas touché en Angleterre, sera bien reçu dans les ports de France.

 

Trianon, 21 décembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne

Mon Cousin, passez le plus tôt possible la revue des écoles de Saint-Cyr et de Saint-Germain.

Ayez soin de bien vérifier que tout s’y fait selon les règlements, et que ces écoles ne sont pas des écoles de théorie, mais de pratique; que les cours de l’administration et de l’artillerie sont faits et imprimés, et que les élèves savent tout ce que savent un sergent d’artillerie et un garde-magasin.

Vous me ferez connaître si le projet adopté pour les bâtisses de Saint-Germain est le plus convenable; vérifiez cela sur les lieux. Voyez pourquoi il n’y a que soixante individus et pas de chevaux.

Proposez-moi de mettre cette école dans la plus grande activité. La pension est de 2,400 francs. L’administration de l’école doit avec cela pourvoir à tout; mais elle peut avoir besoin d’avances. Je ne verrais pas d’inconvénient à lui faire faire une avance, moyennant que, sur la pension de chaque pensionnaire, on fît une retenue pour rembourser les avances faites. Il faut cependant que vos calculs reposent sur ce principe: 400 élèves dont 300 payants, et 100 élèves du gouvernement qui ne doivent rien coûter. Ainsi les 2,400 francs seraient réduits à 1,800 francs, puisqu’un quart des élèves ne payerait pas.

Mais c’est encore trop. En mettant 800 francs pour l’élève et les professeurs, 400 francs pour le cheval, il resterait encore 600 francs à retenir, jusqu’à ce que les 100,000 écus pour les frais de l’établissement, les 100,000 écus pour achat de chevaux, ameublement, et les 100,000 écus pour bâtiments soient remboursés. Ce serait donc à peu près un million à retenir avec les 600 francs. Une retenue de 200,000 francs par an rembourserait ce million en cinq ans.

Vérifiez si les formes de comptabilité sont rigoureusement suivies; car ce n’est pas pour les dépenses qu’on a exigé 2,400 francs, mais parce qu’on n’a voulu avoir que des jeunes gens très riches. Il faut que le gouverneur compte de clerc à maître avec le ministre, et qu’il tienne compte du surplus.

Vous me présenterez sur cela un rapport que j’enverrai au ministre, pour qu’il me propose un projet de décret.

 

Trianon, 21 décembre 1809

A l’Impératrice, à Malmaison

Je voulais venir te voir aujourd’hui, mon amie ; mais je suis très occupé et un peu indisposé. Je vais cependant aller au conseil.

Je te prie de me dire comment tu te portes.

Ce temps est bien humide et pas du tout sain.

Napoléon

 

 

Trianon, 21 décembre 1809, au soir

A l’Impératrice, à Malmaison

Hortense, que j’ai vue cet après-midi, m’a donné, mon amie, de tes nouvelles. J’espère que tu auras été voir aujourd’hui tes plantes, la journée ayant été belle.

Je ne suis sorti qu’un instant, à trois heures, pour tuer quelques lièvres.

Adieu, mon amie ; dors bien.

Napoléon

 

 

Trianon, 22 décembre 1809, 8 heures

A l’Impératrice Joséphine, à Malmaison

Je voulais venir te voir aujourd’hui, mais je ne le puis ; ce sera, j’espère, pour demain. Il y a bien longtemps que tu ne m’as donné de tes nouvelles.

J’ai appris avec plaisir que tu t’étais promenée dans ton jardin, pendant ces froids.

Adieu, mon amie, portes-toi bien et ne doutes jamais de mes sentiments.

Napoléon

 

 

Trianon, 22 décembre 1809 (date présumée)

A l’Impératrice Joséphine, à Malmaison

Je serais venu te voir aujourd’hui si je n’avais dû aller voir le roi de Bavière, qui vient d’arriver à Paris. Je serai chez lui ce soir à huit heures, el de retour à dix. J’espère te voir demain, et te trouver gaie et d’aplomb. Adieu, mon amie.

 

Trianon, 22 décembre 1809

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, l’intendance de la liste civile se compose non seulement des biens de la Couronne, mais encore des prétentions de la Couronne et de l’administration des duchés, comtés, baronnies et autres donations faites avec clause de réversibilité à la Couronne.

Il est donc nécessaire que les copies de toutes les donations faites par les empereurs et réversibles à la Couronne existent dans un bureau particulier de la liste civile, et que vous me fassiez connaître de quoi elles se composent jusqu’à présent, ainsi que les extinctions qui ont eu lieu et dont le produit doit être versé dans la caisse de la Couronne, jusqu’à ce que cela soit rendu. Faites-moi un rapport sur la constitution du duché de Guastalla et sur celle des trois principautés, des duchés et du duché ou comté que j’ai institué pour la fille du prince de Lucques. Établissez en conséquence dans votre intendance un bureau ad hoc, et faites les démarches nécessaires pour faire verser dans la caisse de la Couronne le produit des extinctions qui ont eu lieu.

Pour procéder à cela avec plus d’ordre, je crois devoir vous faire connaître mes idées; elles serviront de hase à la rédaction du sénatus-consulte.

La Couronne a trois espèces de domaines : 1° les domaines de la Couronne, qui se composent de ce qui appartient à la Couronne et de ce qui est réversible; 2° les domaines extraordinaires; le sieur la Bouillerie en est en quelque sorte l’intendant; ces domaines se composent de ce que l’Empereur a en pays conquis, dont il n’a pas disposé, des contributions et prétentions de cette espèce ; 3° le troisième objet se compose du domaine prive de l’Empereur, c’est-à-dire de ce qui appartient à l’Empereur à titre privé. Comme je n’ai pas d’intendant pour cette partie, parce qu’elle est trop peu considérable, c’est vous qui en remplissez les fonctions; c’est un objet à part. Le palais de l’Elysée et une terre en Poitou, c’est à peu près tout ce qui forme le domaine privé de l’Empereur.

J’ai fait donner beaucoup d’argent pendant la dernière campagne d’Allemagne, sur les fonds de la cinquième coalition, pour les blessés, et pour le budget des dépenses extraordinaires de mes écuries. J’ai aussi à réclamer des avances, à peu près pour les mêmes objets, sur les fonds des précédentes coalitions. Voyez le duc de Frioul et MM. Estève et Nansouty, et présentez-moi un projet pour faire restituer ces sommes à la liste civile et mettre tout cela parfaitement en règle.

 

Trianon, 22 décembre 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Paris

Mon Fils, je vous envoie une note sur ce qui vous concerne; faîtes-moi connaître votre opinion.

 

« Avant de donner une principauté au prince Eugène, il faut que son sort soit fixé en Italie et qu’il y jouisse d’un apanage d’un million de rente, qu’on pourrait composer de cette manière: 500,000 francs en domaines avec la propriété de la villa Bonaparte, avec les dépendances et l’ameublement existant; 500,000 francs en terres, en choisissant de bonnes campagnes et de bonnes fermes. Le prince Eugène posséderait cet apanage sa vie durant; le douaire de la princesse sa femme y serait aussi; le tout selon les lois qui régissent les apanages des princes français. Comme il faut prévoir le cas extraordinaire et inattendu où l’Italie manquerait à la France, on propose de constituer en France, en faveur du vice-roi, une principauté comme celle de Wagram, qui serait appelée principauté de Raab, et d’y assigner pour maison celle du vice-roi à Paris. Il ne sera pas difficile de trouver avec le temps une belle terre.

À cette principauté seraient attachés 10 millions de capital formant 500,000 francs de rente; ces 10 millions se composeraient de 2 millions en Saxe et 2 millions sur le territoire de Danzig, de 2 millions. . . (non précisé sur la minute). Les 300,000 francs que ces 6 millions rendraient chaque année seraient employés en achats de terres en France. Il y serait joint 2 millions sur le canal du Midi et 2 millions sur l’emprunt de la ville de Paris, produisant 200,000 francs de rente; ce qui compléterait les 500,000 francs.

Le vice-roi jouirait donc dès à présent de 1,500,000 francs de rente; mais, comme il n’en a pas besoin, on les emploierait, ou en rentes sur le grand-livre de France, ou en achats de terres qui seraient jointes au domaine privé du vice-roi, destiné à fournir la dot de ses filles. En six ans, ces 1,500,000 francs seraient portés à 9 millions, et, avec les intérêts des intérêts, à plus de 10 millions; ce qui ferait 2 millions de rente.

Pour la sanction de ces dispositions, il faut: 1° un décret royal et une communication au Sénat du royaume d’Italie; 2° une lettre patente et un message au Sénat de France.

Comme tout porte à penser que le vice-roi gardera encore vingt ans la vice-royauté d’Italie, il placera en France 30 millions, et, avec les intérêts des intérêts, 40 millions; ce qui lui ferait de 3 à 4 millions de rente. »

 

Trianon, 22 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au sieur Talleyrand de poursuivre avec la plus grande activité les chefs des partisans des Autrichiens dans les Grisons, et de demander leur exil. Donnez ordre au sieur Talleyrand de prendre possession de la seigneurie qui m’appartient dans les Grisons et d’y mettre provisoirement un bailli qui soit contraire à l’Autriche. Faites mettre dans le Moniteur les pièces relatives à l’emprunt de la Russie, comme le demande le prince Kourakine.

 

Trianon, 24 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est temps de terminer les affaires d’Allemagne. Je vous écris la présente pour vous autoriser à entrer en négociation avec les ministres des différents princes de la Confédération sur les bases que je vais développer ci-dessous.

Je vous ai déjà fait connaître mes intentions pour le royaume de Westphalie; le sort du Hanovre se trouvera par là fixé. Si quelques parties du Hanovre convenaient aux villes hanséatiques ou à quelques autres États, vous pourriez me proposer de les leur accorder et de les extraire de la Westphalie.

Mon intention est de donner Hanau et Fulde au prince Primat.

Ces deux pays sont chargés de 1,650,000 francs de dotations. Une partie des domaines est déjà prise et affectée à ce service. Vous prendrez à cet égard des informations auprès du ministre des finances.

Cette partie n’est susceptible d’aucun changement. Quant au reste, et spécialement ce qui est dû  pour la dotation des principautés de Wagram et d’Eckmühl (ce qui fait environ 1,100,000 francs de revenu), le prince Primat pourra donner en échange, premièrement l’octroi du Rhin; je vois dans votre rapport que vous l’évaluez à 750,000 francs; cet octroi devra être cédé libre au prince de Wagram, et les domaines de Fulde et de Hanau devront pourvoir au surplus nécessaire. Le prince Primat doit abandonner Ratisbonne, qui, réellement, ne peut plus appartenir à la Bavière. Quant au successeur du prince Primat, lorsque son État sera une fois constitué, il est dit dans l’acte de la Confédération que je dois le nommer; mais je ne veux point, pour l’avenir, nommer un prêtre; c’est contre nos principes: les prêtres ne doivent point être souverains.

Proposez-moi la cession des enclaves de Fulde et de Hanau (qui conviendraient à la Maison de Nassau ou au grand-duc de Hesse-Darmstadt.

Je donne sans difficulté Erfurt au roi de Saxe, moyennant que les dotations que j’y ai faites soient confirmées, et que le Roi paye l’équivalent en revenu, pour les biens qui ne sont pas encore donnés à des particuliers.

Je donnerai également le comté de Katzenelnbogen à la Maison de Nassau, en me réservant les biens patrimoniaux, ou l’équivalent en capitaux payables en bons portant intérêt et remboursables successivement selon les facultés du prince.

Je donnerai à la Bavière le pays de Salzburg et tous les pays cédés par l’Autriche sur la rive droite de l’Inn, ainsi que la principauté de Bayreuth, sous la condition que je me réserverai des domaines dans le pays de Salzburg pour un capital de 10 millions, et dans la principauté de Bayreuth pour 20 millions; en tout pour un capital de 30 millions, qui pourront être également payables en bons, comme il avait été établi. Je donne, de plus, Ratisbonne à la Bavière, en renouvelant les stipulations fixées pour la famille du prince Primat par le traité d’Erfurt. Le Tyrol allemand peut bien difficilement aller avec la Bavière; mais, si la Bavière croit pouvoir le soumettre, je ne m’y oppose pas. En tout cas, cependant, il faut que la Bavière me cède le Tyrol italien avec une communication de Villach à Brixen et à Trente. Ainsi la Bavière acquerrait 7 à 800,000 âmes. II faudra fixer ce qu’elle doit céder au royaume de Wurtemberg; 200 à 250,000 âmes me paraissent convenables. Le royaume de Wurtemberg devra alors céder lui-même au grand-duché de Bade 50,000 âmes.

Par ce moyen, je me trouverai avoir disposé de toutes mes possessions en Allemagne; et, mes affaires finies avec la Prusse, je pourrai en retirer toutes mes troupes.

Il faudra régler une augmentation de tous les contingents, et porter celui de la Bavière à 40,000 hommes, celui du Wurtemberg à 15,000, et celui de Bade à 10,000.

Vous aurez soin de bien expliquer, dans le traité avec le prince Primat, qu’il n’est pas nécessaire que son successeur soit un prêtre.

Faites-moi un plan de négociations, d’après lequel vous commencerez par demander davantage pour vous relâcher ensuite, sans dépasser cependant les termes contenus dans cette lettre, qui sont le minimum de ce à quoi je puis consentir. Vous verrez s’il est convenable de faire payer quelque chose au Wurtemberg et à Bade pour ce qui leur sera donné.

Quant aux villes hanséatiques, ce qu’on me propose me paraît assez raisonnable. Le principe est que je puisse y faire exécuter exactement mes ordres contre les Anglais, en cas de guerre maritime. Faites dresser un traité avec les députés de ces villes, dans le sens de ce qu’a présenté Reinhard. Je vous renvoie le portefeuille qui contient ce travail sur les villes hanséatiques.

 

Trianon, 25 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous recevrez demain le décret d’organisation des provinces d’Illyrie, avec un autre décret sur les mêmes provinces. Envoyez le décret d’organisation au duc de Raguse par un officier intelligent, qui restera dans le pays tout le temps nécessaire pour parcourir la Croatie et rapporter des renseignements sur la marche du gouvernement et l’esprit des peuples.

 

Trianon, 25 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai fait vérifier le tracé des nouvelles frontières de la Confédération du Rhin dans la haute Autriche. Le village de Strass dont il est question dans le traité n’est point celui qui se trouve entre Efferding et Linz, ni celui qui est le plus voisin de Passau; c’est celui qui, sur la petite carte de Smith, est indiqué par erreur Szal, car, sur la grande carte de la Haute Autriche, il est réellement écrit Strass.

Ainsi donc la frontière doit commencer au Danube, au-dessous de ce village de Strass, au confluent de la petite rivière, la remonter jusqu’à Santa-Agatha, descendre par une ligne sur la rivière Aschah, remonter cette rivière jusqu’au village de Dittersdorf, prendre à gauche l’affluent qui vient de Wœdling, arriver à Grieskirchen, suivre la rivière et son affluent jusque près de Meggenhofen, passer à Hœrt, et de là arriver à Schwannstadt par la ligne la plus courte qu’indique le chemin de traverse. Il est donc clair qu’il n’est point question du Jeding qui se trouve le plus près de Lambach.

Je vous envoie une carte de Smith sur laquelle la nouvelle frontière avait été tracée par mon ordre à Schönbrunn même, pendant la discussion du traité de paix; les difficultés survenues relativement au territoire des villages doivent cesser de même, puisque c’est presque toujours le cours des rivières ou une route qui détermine la frontière.

 

Trianon, 25 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, donnez ordre au sieur Bacher et à tous mes agents en Allemagne de faire arrêter l’individu dont il est question dans sa dépêche du 17. Mandez au roi de Hollande, que voilà une nouvelle insulte que se sont permis ses officiers et que si sous vingt-quatre heures justice n’est pas faite de l’officier hollandais qui a insulté mon pavillon à bord du corsaire le Tilsit, mon ministre a ordre de quitter La Haye.

 

Paris, 25 décembre 1809

Au Landamman de la Suisse, à Berne

Monsieur le Landamman, les témoignages d’affection que vous m’offrez, au nom des Suisses, me seront toujours chers. J’ai réussi dans la guerre d’Autriche à couvrir au loin leurs frontières et je mets au rang de mes premiers succès la sécurité dont ils ont joui. Il leur faut, pou le bonheur de leur pays  comme pour leur gloire, une neutralité qui n’éteigne pas cet esprit militaire qu’ils ont hérité de leurs ancêtres. J’aime à protéger la paix de leurs cantons comme j’aime à compter leurs soldats dans mes armées et ma bienveillance envers eux s’accroîtra toujours avec les services que j’en recevrai.

 

Trianon, 26 décembre 1809

A l’Impératrice, à Malmaison

Je me suis couché hier après que tu as été partie, mon amie. Je vais à Paris.

Je désire te savoir gaie. Je viendrai te voir dans la semaine. J’ai reçu tes lettres, que je vais lire en voiture.

Napoléon

 

 

Paris, 27 décembre 1809, midi

A l’Impératrice Joséphine

Eugène m’a dit que tu avais été toute triste hier; cela n’est pas bien, mon amie, c’est contraire à ce que tu m’avais promis.

J’ai été fort ennuyé de revoir les Tuileries; ce grand palais m’a paru vide, et je m’y suis trouvé isolé.

Adieu, mon amie; porte-toi bien.

NAPOLÉON.

 

 

Paris, 27 décembre 1809, six heures du soir

A l’Impératrice Joséphine

Mon Amie, je ne vois pas d’inconvénient que tu reçoive le roi de Wurtemberg quand tu voudras. Le roi et la reine de Bavière doivent aller te voir demain après-midi.

Je désire fort aller à Malmaison ; mais il faut que tu sois forte et tranquille : le page de ce matin m’a dit qu’il t’a vue pleurer.

Je vais dîner tout seul.

Adieu, mon Amie ; ne doutes jamais de mes sentiments pour toi ; tu serais injuste et mauvaise.

Napoléon

 

 

Paris, 27 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au général Marmont qu’il doit prendre des mesures pour mettre les troupes qui sont dans la Croatie sur le pied de paix, faire payer à chacun ce qui lui revient, et faire cesser les fourniture arbitraires qui pèsent sur les habitants.

 

Paris, 27 décembre 1809.

Monsieur le Duc de Feltre, je suis instruit qu’un nommé Alvarez qui commandait à Girone a déjà prêté serment au roi Joseph. Faites vérifier ce fait et, s’il est vrai, faites arrêter cet Alvarez et traduisez-le devant une commission militaire.

 

Paris, 27 décembre 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Paris

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 27. Ce que Votre Majesté doit, soit au trésor, soit à la Légion d’honneur, soit à la Couronne, doit être payé rigoureusement. L’Allemagne étant pacifiée, Votre Majesté doit restreindre ses dépenses en diminuant son recrutement, car la force des États consiste à avoir des troupes bonnes et fidèles plutôt que beaucoup de troupes.

 

Paris, 28 décembre 1809.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vois par l’état que vous m’avez remis que la première division de la Garde sera à Bordeaux du 6 au 15 janvier, et qu’à la même époque le 8e corps sera réuni également à Bordeaux. Il est donc nécessaire que vous me présentiez un projet pour que tous les corps qui composent le 8e corps prennent deux jours de séjour à Bordeaux et continuent leur marche sur Bayonne. Si même plusieurs de ces corps pouvaient ne pas passer par Bordeaux, ce serait utile pour cette ville.

Par ce moyen, du 20 au 30 janvier, les divisions Dufour et Lagrange pourraient entrer en Espagne.

Aussitôt que les 1er, 2e, 3e et 4e régiments de marche d’infanterie seront arrivés à Périgueux, Angoulême, Limoges et Châteauroux, envoyez un de vos aides de camp, colonel, pour en passer la revue.

Il pourra être arrivé le 6 ou le 7 janvier à Châteauroux, le 10 à Limoges, le 14 ou le 15 à Angoulême, le 16 ou le 17 à Périgueux.

Faites-moi connaître la situation des bataillons auxiliaires qui doivent se former à Versailles du 29 au 31 décembre.

Donnez ordre au général la Riboisière d’envoyer à Poitiers des officiers pour surveiller la remise des 2,000 mulets et le passage des différents détachements du train.

Donnez ordre au duc d’Abrantès de faire en sorte que son chef d’état-major soit rendu à Bordeaux le 15, et à Bayonne le 20, et qu’il se tienne prêt à y être lui-même du 20 au 30.

 

 

Paris, 28 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie les dépêches du duc d’Auerstaedt. Il paraît qu’il n’y a plus de difficulté pour la Haute Autriche. Il ne peut pas en avoir pour Salzburg, puisqu’il peut laisser les enclaves en suspens; c’est aux diplomates à s’arranger. Je donnerai des ordres au duc de Cadore. Il est convenable, en général, de ne point faire de fausses difficultés. L’affaire de Cracovie est une affaire contentieuse, qui se décidera. Du moment que les poteaux sont mis, il faut évacuer. Le duc d’Auerstaedt a mal fait de faire revenir des troupes de Ratisbonne en Autriche; c’est les fatiguer inutilement. Il valait mieux faire aller tous les Portugais sur Ratisbonne.

 

Paris, 29 décembre 1809

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, j’ai lu avec attention votre rapport d 24 décembre. Je désire que vous vous entendiez avec la section d l’intérieur, pour qu’on arrange le sénatus-consulte conformément aux intérêts de la liste civile. Mon intention n’est pas de déroger au décret de 1791, mais au contraire de laisser la liste civile aussi entière que l’a placée ce décret. Or en 1791 la liste civile avait tout le grand parc et le petit parc de Versailles et beaucoup de fermes et d’enclos qui depuis ont été vendus; remettez-moi l’état de tous ces objets. Je crois, autant que je puis m’en souvenir, que cela va à 30 millions. J’ai déjà racheté une partie de ces biens, et ces rachats s’élèvent à près de 5 millions; l’autre partie est à racheter. Ce que j’ai acheté, il est juste que la nation me le rembourse. Ainsi il faut établir, dans un rapport détaillé, la différence de la liste civile constituée par le décret de 1791 à celle dont je jouis, déclarer la nation débitrice de cette différence, et prendre en payement des forêts, celles que vous proposez ou toutes autres. Je désirerais de préférence le bois de Vincennes, le bois de Boulogne, la forêt de Bondy. Ce sont des forêts où je peux aller chasser, et elles seront plus dans ma main appartenant à la liste civile.

Causez de cela avec le prince de Neuchâtel, et voyez s’il n’y a pas quelques autres forêts près Paris qui offrent la même raison de convenance pour mes chasses. J’ai intérêt de compléter ma forêt de Rambouillet. Je désirerais que tout ce qui peut appartenir à la nation, dans la forêt de Rambouillet, soit pris à mon compte, de manière qu’il n’y eût là que des propriétés de la Couronne et quelques propriétés de particuliers, mais que désormais la nation n’y fût plus pour rien. Je désirerais également prendre à mon compte ce qui appartiendrait à la nation dans les bois de Versailles, de Meudon, de Buttard et autres environnants; de sorte que, dans un rayon de quatre à cinq lieues de Versailles, tous les bois dont j’ai déjà la plus grande partie ne forment plus qu’une seule propriété appartenant à la Couronne. Cela une fois pris, si cela ne suffisait pas pour composer l’équivalent qu’il s’agit d’établir, je préférerais la forêt de Soigne, dans la Belgique, parce qu’elle peut former dépendance du palais de Laeken. Il faut que le mémoire justificatif soit très bien fait, pour qu’on puisse le mettre à la suite du sénatus-consulte. Moyennant ces cessions, il sera dit qu’en aucun temps la liste civile ne sera admise à fonder, sur le décret de 1791, des demandes de compensation pour ce qu’elle a perdu depuis ce décret.

Vous me présenterez aussi un projet pour réunir à mon domaine privé tout ce que j’ai déjà racheté des anciennes dépendances de la liste civile; et, pour ce qui me regarde, j’apporte si peu d’esprit de propriété dans tout ceci, que je ne ferai ensuite aucune difficulté de réunir à la Couronne cette portion de mon domaine privé. Le résultat de cela sera donc d’augmenter le domaine de la Couronne de 7 à 8 millions. Mais vous sentez que, pour la simplicité de l’administration et pour l’agrément, il est important de n’avoir pas à Versailles, à Rambouillet, à Meudon, deux administrations. Je ne serais pas étonné que, dans les forêts de Fontainebleau, de Saint-Germain et de Marly, la nation ne possédât aussi quelque chose, soit comme bien de moines, soit à tous autres titres. Les officiers des forêts doivent savoir cela, et les portions qu’ils vous indiqueront, vous devez les comprendre dans votre travail. Cela une fois fait, je désire que vous me dressiez un état de mon domaine privé, et que, dans cet état, vous distinguiez les biens qu’il est convenable de réunir au domaine de la Couronne, et ceux qui peuvent rester au domaine privé. Je regarde comme faisant partie de mon domaine privé le château de Laeken, la terre que j’ai en Poitou, la maison de l’Élysée, etc.

Remettez-moi un état de mon domaine extraordinaire. J’y comprends le domaine de Guastalla, ce que j’ai donné à la princesse de Lucques à Parme et les autres concessions de même nature. N’allez pas vous jeter ici dans ce qui n’est pas fait, car votre mémoire a cela de fautif.

Je n’ai pas dit que les domaines de Galicie dussent m’appartenir, etc. Il est donc convenable de ne parler que de ce que j’ai porté dans mon domaine extraordinaire, sans s’occuper des choses sur lesquelles je n’ai pas encore statué.

Il est un autre objet dont vous devez parler à la section de l’intérieur, c’est la liste civile du Piémont et celle de la Toscane; il faudra confondre celle de Parme et de Gênes sous le titre de Liste civile des départements au delà des Alpes. Vous y mentionnerez le palais de Turin et ses dépendances, la campagne de Stupinigi, la campagne de Colorno à Parme et un palais à Gènes. La liste civile du Piémont est de 500,000 francs, celle de Parme est de 600,000 francs; ces deux articles réunis font désormais un total de 1,100,000 francs. Je crois que je paye là-dessus 200,000 francs de contributions; mais, comme par le sénatus-consulte les biens de la liste civile seront exempts de contributions, je compte donc avoir ces 200,000 francs disponibles, ce qui mettra à même de supprimer les 150,000 francs que j’avais destinés pour la dotation du palais qu’il est important d’avoir à Gênes. La liste civile de Toscane est de 2 millions bruts: je pense que la contribution est de 200,000 francs; je gagnerai encore de ce côté plus que je ne perds. Les listes civiles de Florence et de Turin me sont données à des conditions que l’on pourrait rappeler dans le nouveau sénatus-consulte, savoir: d’entretenir un palais et les dépendances nécessaires pour le grand dignitaire qui est établi dans l’un et l’autre  gouvernement; de donner à ce grand dignitaire le traitement convenable, etc. Mon intention est de n’avoir là rien pour moi, et il me suffit qu’il ne m’en coûte rien. Je pense qu’on peut assigner un fonds fixe d’un million pour le traitement de la grande-duchesse en Toscane, et de 500,000 francs pour le gouverneur général des départements au delà des Alpes, et régler que, outre cela, l’entretien du mobilier et des bâtiments restera à mes frais. De cette façon, le fonds destiné à ces deux cours serait à peu près employé.

Quant au Palais-Royal, au Petit Luxembourg, à quelques maisons de campagne qui existent encore autour de Florence, et qu’il est inutile de réunir à la liste civile, je pense qu’il est convenable de déclarer, par un titre particulier du sénatus-consulte, que ces biens appartiendront au domaine ou à la liste civile et pourront servir à être donnés en apanages.

Comme je désire que ce sénatus-consulte passe le plus tôt possible , je vous recommande de vous en occuper dans la semaine. Remettez-moi promptement les états et le mémoire que je viens de vous demander, et prévenez le comte Regnaud que je désire que ce sénatus-consulte puisse être présenté mardi ou mercredi.

 

Paris, 30 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec le roi de Westphalie. Ce traité est obscur et ne dit rien. D’abord je ne puis pas lui donner la possession le 1er janvier 1810, puisqu’il n’est pas possible qu’il soit mis en jouissance à cette époque; il faut prendre le 1er avril. L’article des domaines n’est pas clair; il faut spécifier la somme des revenus. L’article 4 n’est pas plus clair; il faut nommer les personnes que le Roi a dépossédées et qu’il n’avait pas le droit de déposséder. L’article 7 est obscur; il faut dire que l’artillerie que je céderai sera estimée, mais non toute l’artillerie de cette place, qui est immense; il faut aussi assigner l’époque où je remettrai Magdeburg; comme l’estimation ne pourra pas être terminée avant un an, il faut mettre l’époque du 1er janvier 1811. L’article 8 doit désigner la somme des annuités, et dire qu’elles seront versées dans la caisse de l’extraordinaire avant le 1er février. L’article 11 ne veut rien dire; il faut spécifier si ces 6,000 hommes sont infanterie ou cavalerie. En général, ce traité est fait sans prévoyance et sans aucun soin. Il le faut mieux rédiger.

 

 

Paris, 30 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre projet sur la Bavière. Il faut avoir pour cela une correspondance avec le ministre.

Le fait est que j’ai besoin du Tyrol italien, que je crois que le Tyrol allemand sera toujours mal gouverné, qu’il ne sera jamais soumis et nous donnera des inquiétudes graves. Il faut donc établir une constitution et un gouvernement pour le Tyrol, et savoir comment la Bavière prétend soumettre ce pays. Quant à la portion italienne, elle influe sur la tranquillité de l’Italie, et je dois savoir jusqu’où je puis compter sur son affection. J’ai besoin de tout le Tyrol, italien, c’est-à-dire du versant des eaux.

 

 

Paris, 30 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, le sieur La Bouillerie étant administrateur de la caisse d’extraordinaire, il est nécessaire que vous lui donniez fréquemment des audiences et que vous lui prêtiez main forte pour tout ce qu’il aura à faire pour mes intérêts. Remettez-lui les différentes propositions faites par la Prusse pour le paiement de ses contributions, causez avec lui pour tout ce qui est relatif aux dettes de la Saxe, de la ville de Danzig et du royaume de Westphalie et ouvrez des négociations pour ces trois objets. Faites remettre au sieur La Bouillerie tout ce qui concerne les créances de Hesse-Cassel. Accréditez-le auprès de vos chefs de division pour qu’il connaisse parfaitement ces affaires contentieuses et puisse décider les démarches à faire.

 

Paris, 30 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre portefeuille. Faites connaître verbalement an prince Kourakine que je ne puis rien faire pour le duc de Saxe-Cobourg, parce qu’il a souffert que son frère prît du service chez les Autrichiens.

Je suppose que vous avez écrit au roi de Hollande relativement à l’insulte faite à l’un de ses officiers.

 

 

Paris, 30 décembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Autorisez le général Marmont à renvoyer la cavalerie que le pays ne pourrait pas nourrir. Recommandez la plus grande économie pour la mise des troupes sur le pied de paix.

 

 

Paris, 30 décembre 1809, 1 heure de l’après-midi

A l’Impératrice, à Malmaison

Mon amie, j’ai vu hier Eugène qui m’a dis que tu recevrai les rois.

J’ai été au concert jusqu’à huit heures ; je n’ai dîné, tout seul, qu’à cette heure là.

Je désire bien te voir. Si je ne viens pas aujourd’hui je viendrai après la messe.

Adieu, Mon Amie ; j’espère te trouver sage et bien portante. Ce temps là doit bien te peser.

Napoléon

 

 

 

Paris, 31 décembre 1809, dix heures du matin

A l’Impératrice Joséphine, à Malmaison

J’ai aujourd’hui grande parade, mon amie; je verrai tôt la vieille Garde et plus de soixante trains d’artillerie.

Le roi de Westphalie s’en va chez lui : ce qui pourra donner une maison vacante à Paris. Je suis triste de ne pas te voir. Si la parade finit avant trois heures, je viendrai; sans cela, à demain.

Adieu, mon Amie

 

 

Paris, 31 décembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la lettre du Vicence. Il me semble qu’il aurait pu répondre d’une manière qui satisfît davantage. Vous pouvez envoyer vos dépêches par le colonel Gorgoli, en les faisant de manière qu’elles puissent être lues par M. de Romanzof. Vous répondrez au duc de Vicence que je suis peiné que, depuis le temps que je donne des instructions pour faire ce que l’on veut, on soit encore inquiet. Vous écrirez à M. de Romanzof que l’on n’a cessé de donner les assurances et les sécurités qu’on a pu désirer, mais que je ne puis répondre des articles des gazettes et des bruits répandus par les agents anglais, sur lesquels on doit être en garde.

 

 

Paris, 31 décembre 1809

A Alexandre Ier, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, je reçois une seconde note du chancelier Romanzof; elle me peine. Pourquoi revenir sur des affaires que ma lettre de Vienne a terminées ? J’ai déclaré à la face de l’Europe mes sentiments, non seulement sur le duché de Varsovie, mais même sur la Valachie et la Moldavie. Après tout cela, je ne sais plus ce que l’on veut; je ne puis détruire des chimères et combattre des nuages. Je laisse Votre Majesté juge qui est le plus dans le langage de l’alliance et de l’amitié, d’elle ou de moi. Commencer à se défier, c’est avoir déjà oublié Erfurt et Tilsit. Votre Majesté sera-t-elle assez bonne pour approuver cet épanchement ?

Caulaincourt marque que Votre Majesté est à Moscou; elle est infatigable.

J’ai été un peu en retraite et vraiment affligé de ce que les intérêts de ma monarchie m’ont obligé à faire. Votre Majesté connaît tout mon attachement pour l’Impératrice.

Votre Majesté veut-elle me permettre de m’en rapporter au duc de Vicence pour tout ce que j’ai à lui dire sur ma politique et ma vraie amitié ? Il ne lui exprimera jamais comme je le désire tous les sentiments que je lui porte.

NAPOLÉON.


 

References   [ + ]

1. c’est-à-dire du télégraphe
2. En fait, un seul bastion sera dynamité. La destruction totale des remparts sera effectuée sous François-Joseph
3. au colonel Henry
4. Paule Argentero de Bergegio, mariée à Charles-Joseph-Louis de Perron de Saint-Martin, comte de l’Empire.
5. Vincent de Margnolas, conseiller d’État – 1781-1809
6. il s’agit des relations du combat de Tamames, extraites des journaux anglais des 11 et 13 novembre 1809
7. Il s’agit de son mariage avec Marie-Louise