Correspondance de Napoléon Ier – Octobre 1810

Fontainebleau, 1er octobre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Par mon décret du 1er novembre 1807, j’avais mis à la disposition du ministre de l’intérieur : 1° un fonds de 100,000 francs pour con­duire les eaux du Canneto dans la ville et la citadelle d’Ajaccio; 2° un fonds de 50,000 francs pour le dessèchement de l’étang des salines d’Ajaccio ; 3° j’avais également ordonné une dépense de 10,000 francs pour organiser l’école secondaire. Faites-moi connaître où en sont ces trois objets.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1810

NOTE.

Aujourd’hui 1er octobre, j’ai écrit au ministre de l’intérieur pour avoir un rapport sur les eaux, sur le dessèchement du marais et sur l’école secondaire d’Ajaccio.

J’ai écrit au ministre des finances pour avoir le rapport relatif aux contributions et à l’école secondaire.

Enfin le ministre de la guerre m’a rendu compte de ce qui concer­nait la caserne et l’hôpital. Fain est chargé de voir ce que sont devenus ces derniers papiers.

Lorsque tous ces renseignements seront sous ma main, je ferai un décret général.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je désire que vous continuiez de prendre des mesures pour me faire arriver tous les ouvrages qui s’impriment à Londres, soit sur la politique, soit sur les affaires du temps. J’en tire des lumières très importantes.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1810

OBSERVATIONS SUR LE BUDGET DU MINISTÈRE DE LA POLICE POUR 1811.

Chapitre premier. — L’augmentation de 240,000 francs de frais de bureau est refusée. 420,000 francs pour les employés, c’est plus que suffisant dans un ministère qui n’a pas de comptabilité.

Chapitre II. — La dépense de 132,000 francs pour les auditeurs me paraît trop forte. Je ne crois pas avoir signé de décret qui autorise une pareille dépense.

Chapitre III. — Je refuse les 185,000 francs pour supplément de traitement et de frais d’employés indiqués au chapitre II.

Chapitre IV. — Il faudrait ramener la police de Turin et de Toscane à ce qui existe pour le reste de la France, en la faisant payer par les villes. Toutefois un commissaire général à Livourne est inutile, puis­qu’il y a un directeur à Florence. De simples commissaires à Livourne, à Orbitello et à Pise suffisent. Un commissaire général de police à Cività-Vecchia est également ridicule, puisqu’il y a un directeur de police à Rome. Il ne doit plus y en avoir aujourd’hui à Breda.

Quant aux commissaires généraux de Morlaix, de Saint-Malo, du Havre, il semble que de simples commissaires suffisent.

Un commissaire général à Rotterdam, un au Texel, un à Emden, un à Hardenberg paraissent inutiles, dès l’instant qu’il y a un direc­teur général en Hollande.

La police s’est organisée d’elle-même de pièces et de morceaux. Elle a insensiblement augmenté son budget ; le voilà à 3 millions de francs ; cela est trop considérable. C’est maintenant une double organisation administrative. J’ai demandé un travail sur l’organisation de la police. Ce travail est très urgent, car je vois le ministère de la police s’augmenter d’un personnel qui forme une dépense excessive. Dans l’organisation primitive, il n’y avait de commissaires généraux que dans les villes où se trouvaient plusieurs maires. Ce double emploi dans l’administration est très dangereux.

Chapitre V.  — Prisons d’Etat. — Le décret sur les prisons d’État ne pourra pas être exécuté complètement en 1811. Il suffira d’orga­niser une ou deux prisons, mais de les organiser bien.

Indépendamment de ces objets généraux, je désire qu’on s’occupe des moyens de faire supporter la plupart de ces dépenses par les communes.

 

Fontainebleau, 1er octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 26 septembre. Le 6e régiment (Le 6e de ligne italien. Voir la lettre du 19 septembre au vice-roi d’Italie) s’est comporté très mal en Catalogne; une partie a déserté. Il n’y a besoin de brigands ni en Italie ni en France, et c’est un mauvais parti que de mettre de mauvais sujets dans les troupes qui composent l’ar­mée. C’est là la méthode des Napolitains et des pays qui n’ont pas d’armée. A l’île d’Elbe ce régiment ne rendrait aucun service. Mon intention est qu’on forme de nouveau le 6e de ligne, et que de tout ce qui est à l’île d’Elbe on forme un seul bataillon sous le titre de bataillon colonial. Ce bataillon sera de quatre compagnies et de six cents hommes ; vous y mettrez les plus mauvais sujets qui sont dans ces bataillons ; mais désormais vous n’y enverrez plus que des con­scrits réfractaires. Le reste du bataillon du 6e de ligne, composé des meilleurs sujets, rentrera en Italie. Vous donnerez à ce régiment un dépôt ; vous le formerez comme les autres régiments ; il se recrutera comme les autres par la conscription, et, par conséquent, ne sera plus composé que de bons sujets. Pour avoir le cadre du nouveau bataillon sans faire de nouvelles dépenses, vous supprimerez le cadre du 5e bataillon du 6e de ligne, sauf à le reformer une autre année s’il est nécessaire. Je désire que tous les régiments de mon armée soient bons et bien composés.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que vous me fassiez un rapport sur l’emploi des commis­saires des guerres dans l’intérieur. Nous avons toujours beaucoup de troupes à l’extérieur; ce qui fait un double emploi de commissaires des guerres. Je crois que ceux de l’intérieur sont inutiles et que leurs fonctions seraient mieux remplies par les préfets et sous-préfets. Il me semble qu’autrefois les ordonnateurs étaient pris parmi les inten­dants des provinces frontières. Je désire que vous me donniez des renseignements à cet égard. Les préfets ont beaucoup plus ma con­fiance sous le point de vue de l’honnêteté. Les appointements, frais de logement, frais de bureaux, etc., que coûtent les commissaires dans des villes où je n’ai pas un soldat, font une dépense considérable et qui est bien inutile. Les préfets et les sous-préfets connaissent mieux les localités et les individus, et en général n’ont pas trop de besogne, surtout les sous-préfets.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès,  ministre de la marine, à Paris

Donnez l’ordre au vice-amiral Dewinter de se rendre à l’embou­chure de l’Ems, qui est dans l’étendue de son commandement. Il y établira une division de chaloupes canonnières et fera dresser des batteries pour les protéger. Il doit chasser les Anglais des petites îles qu’ils y occupent, et prendre les mesures convenables pour arrêter la contrebande qui se fait de nuit sur ce point.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, envoyez par un officier de votre état-major l’ordre au général Suchet de faire diriger, avec les moyens qui sont à sa disposition, trois convois sur Barcelone ; chacun de ces convois sera de 10,000 quintaux, soit de farine, soit de grains, pour l’approvi­sionnement de cette place. Il est nécessaire que le premier convoi arrive dans le courant de novembre, le second en décembre, le troisième en janvier. Vous lui ferez connaître que, aussitôt que le pre­mier convoi sera parti d’Aragon, les ordres seront donnés pour qu’on lui envoie de Bayonne une somme équivalant à la valeur du convoi, pour l’aider à payer la solde de son armée. Vous ferez également connaître au général Suchet que l’armée de Portugal, sous les ordres du prince d’Essling, a commencé, le 16 septembre, sa marche dans l’intérieur du Portugal.

Aussitôt que Tortose sera prise, il faudra s’occuper de son appro­visionnement et faire toutes les dispositions pour le siège de Tarragone, pendant que des partis menaceront Valence. Il est réservé au général Sachet d’avoir la gloire de soumettre cette importante province après la réduction de la Catalogne. Mais surtout il est de la plus grande importance de bien approvisionner Barcelone, afin que la nouvelle garnison que je veux y mettre puisse y vivre et maintenir le pays dans l’obéissance.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, vous m’avez rendu compte hier que vous n’aviez pas encore reçu de renseignements sur tout ce qui est relatif aux côtes depuis la Hollande jusqu’à Hambourg. Il me semble cependant convenable de ne pas perdre un moment pour faire fortifier les points accessibles et établir des batteries pour protéger la flottille. Je désire que vous donniez les ordres les plus précis pour que le service se fasse de manière à empêcher la contrebande. On m’assure qu’elle a encore lieu pendant la nuit, et principalement à l’embouchure de la Jahde.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, gouverneur général des Provinces Illyriennes, à Trieste

Mon Cousin, je suppose que vous avez reçu mon décret du 5 août sur les denrées coloniales. Mon ministre des finances vous expédie des ordres pour que toutes ces denrées qui se trouvent dans les pro­vinces illyriennes soient exercées et acquittent les droits selon ce tarif.

Puisque le prince vice-roi a fait embarquer les 50 matelots illyriens sur la frégate française l’Uranie, il n’y a pas d’inconvénient. Je donne ordre de vous céder un des bricks qui sont à Venise; il doit être payé sur les fonds des provinces illyriennes; vous désignerez des commissaires pour en faire l’évaluation contradictoirement avec les commissaires nommés pour le royaume d’Italie. Vous aurez alors une frégate et un brick. J’autorise le vice-roi à vous donner un second brick, si vous le jugez nécessaire; vous le feriez évaluer et payer comme le premier.

Le ministre de la marine vous enverra deux décrets. Le premier de ces décrets ordonne l’envoi à Toulon de 400 matelots levés dans les provinces illyriennes; ce doit être des matelots d’élite. Vous pour­rez prendre, pour leur engagement et pour assurer à leurs familles quelque chose en leur absence, telles mesures que vous jugerez con­venables; mais vous ne devez envoyer que de bons marins; il faut qu’ils puissent être gabiers. Je ne manque pas de bras, mais d’habiles matelots. Vous pourrez distribuer cette levée entre le littoral, la Dalmatie, Raguse et Cattaro, et ne prendre que les hommes d’élite.

Par le second décret, j’ordonne que tout l’équipage du vaisseau le Rivoli sera composé de matelots illyriens. Les officiers, la garnison et les canonniers étant français, c’est donc une levée de 4 à 500 ma­telots que vous devrez fournir à ce vaisseau. Cet équipage sera payé par le ministre de la marine de France. Je suppose que votre frégate et votre brick sont commandés par des officiers de la marine fran­çaise. Il est nécessaire que vous envoyiez régulièrement les états de situation de votre marine au ministre de ce département.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 27 septembre. Mon décret du 5 août doit être étendu à tout ce qui se trouve dans les entrepôts de Milan, Pavie, Venise, etc., et en général à tous les entrepôts du royaume. Vous prendrez sur-le-champ un décret qui applique le tarif du 5 août à toutes les denrées coloniales, tant celles déposées dans les entrepôts que celles qui sont dans les magasins des négociants. Vous comprendrez facilement la raison de cette mesure. Le peuple payant ce tarif, il faut aussi que les particuliers le payent, sans quoi certains individus auraient tout le bénéfice. Cependant il ne faut pas vexer les citoyens; il suffira d’exercer les magasins qui existent dans les villes de quelque importance. Le droit pourra être acquitté en lettres de change à deux et six mois de date. Ces mesures doivent rendre des sommes considérables. Faites-en tenir un compte séparé sous le titre d’Extraordinaire des douanes. Vous me ferez connaître combien cet extraordinaire aura rapporté, mon intention étant de régler l’emploi de ces fonds par un budget particulier, et de les appli­quer au service de la marine et à l’amélioration des ports du royaume.

Vous aurez reçu le décret qui impose un droit de 30 sous sur les soies, à la sortie du royaume d’Italie; mais, du côté de la France, elles peuvent sortir et venir jusqu’à Lyon sans rien payer. J’ai auto­risé la sortie par les douanes de France des soies de France, qui sont d’une qualité supérieure, moyennant un droit de 30 sous, et de celles d’Italie moyennant un droit de 20 sous. Ainsi les soies d’Italie peuvent venir à Lyon sans rien payer; elles peuvent de Lyon gagner le Rhin, et, en passant ce fleuve, elles ne payent que 20 sous. Les soies du royaume d’Italie importées par Botzen et les frontières d’Autriche payant 30 sous, et le détour par Lyon ne coûtant pas plus de 3 sous, il s’ensuit qu’il y aura 7 sous de bénéfice à les faire passer par Lyon; en sorte que cette ville deviendra le centre du commerce des soies, ce qui sera utile à tout le monde.

J’ai accordé l’importation des différents coutils de Brescia, des laines de Rome, des draps de Bologne, etc., enfin toutes les deman­des des négociants italiens ont été accordées. J’ai chargé une com­mission de faire un tarif qui réglera et augmentera les droits des douanes d’Italie. Vous observerez que les cotons de Naples et du Levant, en transit dans mon royaume d’Italie pour venir en France, ne doivent pas payer le droit du tarif, puisqu’ils doivent l’acquitter lors de leur consommation en France; mais il faut bien s’assurer que ces cotons ne restent pas dans le royaume.

 

Fontainebleau, 2 octobre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Mon Frère, je voudrais faire mettre en construction, dans les ports de votre royaume, un vaisseau de 80 canons et un de 74; faites-moi connaître si cela est possible. Envoyez-moi un plan de la baie de Brindisi, où il sera marqué les endroits où peuvent mouiller les vaisseaux de 74, de 80 et à trois ponts. Faites-moi aussi connaî­tre l’état et l’armement des forts et batteries qui défendent cette rade.

 

Fontainebleau, 3 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai effectivement fait proposer trente mille armes au roi de Saxe pour le duché de Varsovie. Je n’ai pas entendu les lui vendre, mais les lui donner s’il en avait besoin. Il est nécessaire de faire comme si le roi de Saxe les avait achetées, afin que cela n’ait pas l’air d’un projet d’armement et ne présente rien d’extraordinaire. Écrivez dans ce sens au sieur Bourgoing. Aussitôt que j’aurai sa réponse, je désignerai les lieux où l’on pourra prendre ces armes. Il faut que le roi de Saxe se charge de les envoyer cher­cher à Mayence, à Passau ou à Magdeburg, et les fasse transporter jusqu’à Varsovie. Recommandez au sieur Bourgoing que cela se fasse sans exciter d’alarmes. Il est tout simple que la Saxe achète des armes et ne les cherche pas ailleurs qu’en France. Il ne faut pas que cela ait une autre couleur.

 

Fontainebleau, 3 octobre 1810

DÉCISION

Sa Majesté a ordonné que l’on remonte cette année l’opéra d’Armide, et elle a bien voulu accorder à cet effet un secours extraordinaire de 10,000 francs.

Les ouvrages nouveaux que l’on prépare ne permettent pas, d’ici à la fin de l’année, la reprise de cet opéra. On demande que Sa Majesté veuille bien permettre que la somme de 10,000 francs accordée soit réversible sur l’opéra de Sémiramis, qui a été repris par ordre et qui a exigé beaucoup de dépenses, vu le laps de temps considérable écoulé depuis le temps qu’il n’avait pas été donné.

Le grand maréchal du palais, Duc de Frioul.

Refusé. Si l’on ne donne point Armide, je ne donnerai point les 10. 000 francs.

Napoléon.

 

Fontainebleau, 3 octobre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je vous envoie le décret que j’ai pris pour le grand-duché de Berg. J’ai pris un décret semblable pour le Mecklenburg, le Lauenburg et les villes hanséatiques. Je désire que vous preniez les mêmes mesures dans vos Etats, c’est-à-dire que vous assujettis­sez au même tarif les denrées coloniales qui s’y trouvent et celles qui y entreront. Ce sera un grand bien pour vous, puisque cela vous donnera un produit considérable. Ce sera aussi un grand bien sous d’autres rapports, puisque les correspondants des négociants anglais ne pourront pas les payer, et que, les denrées coloniales devenant plus chères, la consommation en diminuera. Elles seront ainsi attaquées et chassées à la fois du continent.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-joint un décret qui permet l’introduction des marchandises coloniales du Holstein par Hambourg. Il est indispensable que ce décret soit tenu secret. Vous l’enverrez par courrier extraordinaire à mon ministre à Copenhague, pour qu’il le fasse connaître à la cour de Danemark, ainsi que le désir que j’ai que le roi ordonne dans le Holstein qu’on profite de la faculté que j’accorde. L’assurance pour la contrebande est égale au tarif, et même va devenir plus forte maintenant que le tarif est exercé dans toute la Confédération. Passé le 1er novembre, l’entrée que j’accorde ne pourra plus avoir lieu ; mais alors il serait nécessaire que le roi de Danemark donnât des ordres pour ne plus laisser les places d’Altona et du Holstein s’encombrer de marchandises colo­niales; et il faut bien partir du principe qu’il est impossible de souf­frir qu’une aussi grande quantité de marchandises coloniales entre dans le Holstein ; que c’est pour ôter tout embarras au roi que j’ai pris ces mesures, et qu’il doit faire connaître qu’il confisquera toutes les marchandises coloniales pour l’introduction desquelles on n’aurait pas profité de mon décret.

Votre courrier, qui partira demain au plus tard, ne sera porteur d’aucun avis de cette mesure et ne s’arrêtera nulle part sur sa route. Vous veillerez à ce qu’il ne soit porteur d’aucune lettre. Vous enver­rez ensuite le décret à mon chargé d’affaires à Hambourg et lui don­nerez toutes les instructions convenables; mais ces instructions, vous les adresserez au ministre des finances, qui les fera parvenir par le même agent qui portera mon décret au directeur des douanes, afin qu’à Hambourg tout le monde connaisse cette mesure à la fois.

 

P. S. Je sens bien que la preuve sera difficile à faire des mar­chandises provenant de prises, mais il faudra au moins prendre des mesures efficaces pour être assuré que les marchandises existent dans le Holstein; car, si cela devait servir de débouché aux marchandises de la Hollande, ce serait un grand malheur pour nous et un grand bonheur pour l’Angleterre. Renouvelez l’ordre à mon chargé d’affaires pour que toutes les mesures convenables soient prises et qu’il n’y ait aucune communication avec la Hollande. Maret vous enverra le décret dans la soirée.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une brochure que j’ai fait traduire de l’anglais, qui confient beaucoup de choses intéres­santes. Lisez-la pour vous et faites-en faire des extraits pour le Moni­teur, en conservant l’esprit dans lequel l’auteur a écrit, et ôtant seulement les sottises, mais laissant sentir le but, qui est faux. Il faut surtout faire imprimer les pièces de la correspondance d’Améri­que; il y en a de fort curieuses.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Sa Majesté n’a point signé le projet de décret qui lui avait été pro­posé au sujet des fonds à accorder au préfet du Rhône pour complé­ter l’ameublement de la préfecture. Elle se propose d’accorder une gratification de 20,000 francs, sans parler d’ameublement. Sa Majesté a différé de statuer sur un autre rapport également relatif à l’ameu­blement d’une préfecture, celle du Tarn.

Elle a ordonné que les deux rapports soient renvoyés au ministre avec les observations suivantes :

Sa Majesté désire qu’on lui propose, sur tout ce qui concerne le logement et l’ameublement des préfectures, le projet d’un règlement général.

Ce règlement organique doit faire connaître d’abord dans quelles maisons doivent loger les préfets. Sa Majesté juge convenable qu’ils ne logent pas dans des maisons à location, et que, pour ceux qui sont dans ce cas, on achète la principale maison de la ville aux dépens de la ville ou du département, selon l’importance de la ville et la nature de ses moyens. Dans les préfectures du Rhône et des Bouches-du-Rhône, par exemple, cette dépense doit être aux frais de la ville. Le titre Ier du règlement concernera donc le logement des préfets. On y joindra : 1° un état des préfectures dont les préfets sont logés, avec l’indication de l’origine de la maison qu’ils occupent ; 2° un état des préfectures dont les préfets sont logés dans des maisons louées. Cet état fera connaître le prix du loyer, la valeur de la maison, les moyens de la payer en la faisant acheter par le département ou par la ville, ou par tous deux concurremment.

On traitera ensuite de ce qui concerne l’entretien des bâtiments. Sa Majesté, dans les notes qu’elle a dictées sur le règlement à faire à l’égard des centimes fixes et variables, a déjà indiqué que cet entre­tien devait être à la charge des communes.

La dernière partie du rapport concernera l’ameublement des pré­fectures. Elle fera connaître les préfectures qui sont meublées en entier, celles qui ne le sont que par parties et celles qui ne le sont pas du tout, et la valeur des meubles qui existent. Elle établira une base fixe pour la valeur du mobilier de chaque préfecture, d’après les convenances relatives à chacune d’elles et d’après les moyens de la ville ou du département. Le compte des dépenses sera rendu à la ville ou au département, ou à tous les deux, selon qu’ils auront supporté la dépense ou qu’ils y auront concouru. On déterminera la somme qui sera chaque année à la charge de la ville pour l’entretien et la conservation du mobilier. On distinguera les meubles qui doi­vent appartenir à la préfecture et ceux qui doivent appartenir aux préfets et être fournis à leurs dépens. Il paraîtrait que les meubles meublants, seuls, doivent être au compte de la ville ou du départe­ment, tels que chaises, fauteuils, canapés, tables, consoles, lustres, girandoles , pendules d’ornement, tapis, etc., enfin tout ce qui tient à la représentation, les antichambres, les salles des huissiers, le corps de garde, etc. Il y aurait aussi un appartement à coucher, dépendant des appartements de représentation, dont l’ameublement serait à la charge du département ou de la ville. Mais la batterie de cuisine, le linge de table et de lit, les petits meubles d’appartements particuliers, doivent être fournis par les préfets et leur appartenir.

Pour que le préfet se procure cette partie du mobilier, ainsi que pour ses frais de déplacement, on lui accorderait trois mois d’avance de son traitement. On arrangerait cette disposition de manière que tout le temps qu’un préfet nommé différerait de se rendre dans sa préfecture fût en diminution sur cette avance. Ainsi, s’il arrivait dans sa préfecture dans les huit jours de sa nomination, il toucherait trois mois entiers de son traitement en arrivant; s’il n’arrivait qu’un mois après, il ne toucherait que deux mois; s’il arrivait deux mois après, il ne toucherait qu’un mois.

Après avoir réglé tout ce qui tient aux préfectures, on traiterait, dans le même décret, de ce qui regarde les maires. Il faudrait commencer par aborder la question des traitements. S’ils doivent en avoir, il faut les leur donner ouvertement et comme appointements.

Le mode qu’on a pris de mettre des fonds à la disposition des maires est extrêmement vicieux. Si les maires doivent avoir des traitements, ils doivent les recevoir de la même manière que les autres adminis­trateurs. Il ne convient pas qu’un maire reçoive 30,000 francs, dont il dispose à son profit, et dise qu’il remplit gratuitement ses fonctions.

On traitera ensuite la question des hôtels de ville. Les maires, les adjoints, les secrétaires peuvent-ils y loger ? Si le maire y loge, l’hôtel de ville est meublé aux frais de la commune et les plus beaux appartements sont pour le service du maire. Si le maire n’y loge pas, l’hôtel de ville conserve sa destination naturelle et est uniquement consacré, comme cela parait devoir être, aux assemblées du conseil municipal, aux audiences du maire et des adjoints, aux bureaux et aux archives, au tribunal de commerce, aux assemblées de pru­d’hommes et à toutes les réunions qui sont nécessaires dans une ville. Cette destination n’entraîne pas à de grandes dépenses, tandis que l’établissement personnel du maire ne peut être que très coûteux. Il serait donc très économique que partout le maire logeât chez lui et représentât chez lui. Dans le cas où une ville veut rendre quelque honneur extraordinaire, avec l’approbation des autorités, soit à un prince, soit à un citoyen distingué à qui elle doit une marque de reconnaissance, le corps municipal lui donne à dîner à l’hôtel de ville. Si le maire loge à l’hôtel de ville, ce n’est point la ville qui reçoit, c’est le maire.

Il n’y a guère que les grandes villes qui peuvent loger leurs maires à l’hôtel de ville. Cela a-t-il plus d’avantages que d’inconvénients ? On est plutôt frappé des inconvénients que des avantages. On se décidera difficilement à changer, au bout de cinq années, un maire établi depuis cinq ans dans l’hôtel de ville avec toute sa famille. C’est un dérangement beaucoup plus considérable dans son existence que si on ne lui ôtait que sa place. Si cependant on lui donne un successeur, on ne pourra exiger que toute une famille quitte dans les vingt-quatre heures. Des semaines et peut-être des mois s’écouleront ; le maire sortant restera maître des archives, des bureaux, des papiers, des employés réunis dans la maison centrale. Il sera encore quelque chose lorsque le gouvernement a voulu qu’il ne soit plus rien ! Lors­qu’un ministre quitte le ministère, il exerce encore longtemps, et quoi qu’on fasse, une grande influence sur les bureaux et sur les affaires. Cet inconvénient est peu de chose près du gouvernement, mais il est très grave dans une ville éloignée de la capitale, où l’on peut vouloir changer un maire dans des circonstances où souvent tout dépend du moment. C’est donc une question vraiment importante que celle de savoir si les maires peuvent loger dans les hôtels de ville.

On entend par loger, avoir dans l’hôtel de ville sa famille, ses domestiques, ses cuisines, enfin un établissement complet. Ce qui n’empêche pas que le maire ait une ou deux pièces dans l’hôtel de ville et même un lit pour des cas où les affaires exigeraient la per­manence.

Sa Majesté désire qu’on joigne au rapport la note des maires qui sont logés dans les hôtels de ville, avec l’indication de l’époque où ils s’y sont établis, de l’autorité qui a permis leur établissement et les dépenses qui ont été faites.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, présentez-moi un projet d’organisation pour l’armée d’Allemagne. J’ai donné aux souverains les pays qui m’appartenaient en Allemagne, hormis les provinces d’Erfurt et de Lauenburg. Je n’ai encore fait aucune disposition pour les villes hanséatiques. Dans ces provinces réservées, personne ne doit donner d’ordres que le prince d’Eckmühl, qui est chargé seul de la police dans ces provinces.

J’ai une garnison à Danzig; j’en ai dans les trois places de l’Oder, et des cordons de troupes sur les côtes, depuis la Hollande jusqu’à la Baltique. Il est nécessaire que tout cela soit sous les ordres du prince d’Eckmühl. J’ai en Allemagne de l’artillerie et des magasins. Il est convenable que les deux ministres de la guerre n’y donnent d’ordre que par le canal du prince d’Eckmühl. Ainsi, depuis les frontières de l’Ost-Frise, le prince d’Eckmühl est chargé de toutes les mesures à prendre pour la répression de la contrebande, et il est chargé de l’exécution de tous les ordres a envoyer en Allemagne.

Mon intention a toujours été : 1° D’y laisser quinze régiments d’in­fanterie, en trois divisions, une division de trois régiments de cava­lerie légère (je n’avais d’abord destiné que deux régiments de cava­lerie, mais, depuis, j’ai fait donner l’ordre à un des régiments qui étaient en Hollande de remonter vers les villes hanséatiques), et une de quatre régiments de cuirassiers ;

2° D’avoir pour l’artillerie, indépendamment des pièces de régi­ment, 15 pièces d’artillerie par division d’infanterie, 12 à la division de cavalerie légère, et 23 au parc de réserve; total, 80 pièces de canon; ce qui, avec les 30 pièces de régiment, fait 110 pièces de canon, avec double approvisionnement et un approvisionnement de parc, indépendamment de l’artillerie des garnisons des quatre places; et aujourd’hui il faut y joindre celle des côtes ;

3° D’avoir un corps du génie composé de 20 officiers, y compris les places, au moins 15,000 outils attelés, six compagnies de sapeurs, une compagnie de mineurs et deux de pontonniers;

4° Enfin une compagnie de 100 gendarmes, commandée par un colonel.

Les régiments doivent être sévèrement inspectés, l’effectif établi tous les trois mois, et tous les trois mois vous devez prendre mes ordres pour tirer des dépôts les hommes nécessaires pour entretenir le présent des quinze régiments à 800 hommes par bataillon.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai reçu votre rapport du 1er octobre sur les 421 bouches à faire fondre à la Haye; sur les 900 pièces que vous ferez évacuer sur Anvers, Maastricht, Wesel; sur les 2,700 pièces en bronze et en fer qui resteront en Hollande. J’approuve ces dispositions; exécutez-les sans délai. Mais je vois que, sur les 2,700, il y en a 1,700 en bronze; c’est trop. Il faut nommer une commission pour déterminer cela et réduire au nombre suffisant. Faites faire un recensement de tous les bois et fers inutiles, et dirigez tout cela sur Anvers.

En général, je vous répète que mon intention est que vos instruc­tions portent sur ces trois bases :

1° En cas que la France éprouve un revers et que la Hollande soit envahie par l’ennemi, lui laisser le moins de matériel possible.

2° En cas de révolte, lui laisser le moins de moyens de défense que possible.

3° Centraliser sur Anvers et sur Lille, en ne laissant que le néces­saire pour défendre les îles et places fortes.

Vous verrez qu’il entre dans mes principes de détruire la fonderie de la Haye.

Après la réunion de la Hollande, mes projets pour Anvers se grandissent beaucoup, et je veux faire d’Anvers une place de première force. Je désire centraliser tous les établissements sur la rive gauche et établir la défense de la rive gauche, en attendant que les fortifications de la rive gauche soient établies; ce qui alors offrira une assez grande étendue.

En général, le génie me présentera des projets pour fortifier l’en­ceinte de la rive gauche et y établir les magasins d’artillerie.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Surpris de voir que les constructions du port de Gênes et surtout celles du vaisseau l’Agamemnon n’avancent pas, j’ai pris des infor­mations sur l’époque où je pourrais espérer que ce vaisseau fût mis à l’eau à Gènes. Il résulte de ces informations que cette époque est indéterminée, parce que l’entrepreneur n’a pas les moyens conve­nables, surtout depuis une banqueroute qu’il a essuyée. On m’assure que l’administration n’a pas à sa disposition les fonds suffisants, puisqu’il lui faudrait 670,000 francs seulement pour les construc­tions et 300,000 francs pour les approvisionnements, et que, par le budget, il ne lui est assigné que 700,000 francs. Faites-moi un rap­port pour résilier le marché actuel, en traitant bien l’entrepreneur et en achetant ses bois. Il n’y a aucune espérance que cet entrepreneur puisse aller; et il est d’autant plus malheureux que le vaisseau l’Agamemnon éprouve des retards, qu’il y a à Gênes des bois courbes et que la disette de ce bois est ordinairement ce qui embarrasse. Il faut ordonner qu’avant tout on mette tous les soins à porter cette année le vaisseau aux douze 24e, comme je l’ai prescrit.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, j’ai pris un décret pour mettre cinq à six vaisseaux de haut bord en construction sur les chantiers de la Hollande. Mon décret n’a pas encore été exécuté, et on ne m’en dit pas la raison. Si on ne peut pas construire en Hollande des vaisseaux de notre modèle, restera à savoir s’il convient d’en faire construire sur le modèle hollandais. Cette décision, il faut l’ajourner après la tournée que vous aurez faite en Hollande. Toutefois je désirerais avoir un rapport qui me fit connaître ce qu’on fait aujourd’hui sur les chantiers hollandais, afin de faire achever promptement les vaisseaux et de ne pas laisser continuer les frégates et les bricks. Je conçois qu’un vaisseau de 80 canons, ne tirant que 18 pieds d’eau, puisse être utile; il n’en est pas de même des frégates; faites-en donc cesser la construction. Pour celles qui existent, on pourrait les considérer comme des transports. Ces frégates hollandaises pourraient-elles équivaloir à des flûtes de 800 tonneaux ? Ne conviendrait-il pas de mettre sur les chantiers des frégates de 24 et de 18 canons ? Il semble qu’elles seraient d’un grand avantage pour l’escadre du Texel, comme pour celle d’Anvers et pour tout autre service. Faites-moi connaître ce qui convient là-dessus.

 

Fontainebleau. 4 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le lieutenant-colonel Deponthon, mon secrétaire de cabinet, se rend près de vous et vous remettra les plans de l’embouchure de la Jahde, de l’Elbe et du Weser, ainsi que tous les renseignements qu’il a recueillis sur les lieux, tant sur ces débouchés importants que sur la situation des côtes.

J’ai ordonné que l’île de Neuwerk fût occupée et que des batteries de gros calibre y fussent établies ; que trois batteries, chacune de 8 à 10 canons de gros calibre, fussent établies à Cuxhaven pour proté­ger, non seulement ma flottille, mais même des vaisseaux de guerre.

Après avoir pris tous les renseignements, vous me ferez d’abord bien connaître si je suis fondé dans l’opinion que des frégates et des vaisseaux de guerre puissent mouiller et trouver protection devant Cuxhaven.

Mon intention est d’être d’abord parfaitement maître de l’embou­chure de la Jahde, du Weser et de l’Elbe. Le capitaine Bedel-Du-tertre, qui a le 4e commandement, est chargé de ces trois embou­chures. Je pense qu’il a trop peu de bâtiments pour surveiller trois points aussi importants. Il lui faudrait au moins trente-six bâtiments (je ne sais combien il en a), et il faudrait qu’il eût sous ses ordres un bon officier qu’il pût détacher dans la Jahde et dans le Weser ; pour lui, il se tiendrait dans l’Elbe.

On construit sur les rives du Weser et de la Jahde des batteries pour protéger la flottille. Faites-moi connaître le nombre de canon­nières, de bricks et de petits bâtiments légers dont on pourrait com­poser cette station, et où on pourrait les prendre.

Je trouve également que l’Ems est trop éloigné du Zuiderzee et qu’il n’a réellement rien de commun avec ce commandement. Je désire donc qu’un capitaine de vaisseau, avec le nombre de canon­nières et autres petits bâtiments nécessaires, prenne station dans l’Ems et y forme un commandement à part; de sorte que la côte, depuis l’Escaut jusqu’à l’Elbe, au lieu d’être divisée en quatre com­mandements, le sera désormais en six : 1er commandement sous l’amiral Missiéssy ; 2e sous le contre-amiral qui est à Hellevoetsluis; 3e sous l’amiral Dewinter dans le Zuiderzee; 4e sous un capitaine de vaisseau dans l’Ems; 5e la station dans la Jahde et le Weser; 6e la station dans l’Elbe.

En supposant que la station dans l’Elbe soit composée de 24 cha­loupes canonnières françaises et hollandaises et d’une douzaine de péniches, de celles que j’ai à Anvers, armées d’un obusier et propres à une descente, cela porterait plus de 3,000 hommes, et il n’est pas probable que pour une attaque sur Helgoland il en faille plus de 1,200, puisqu’on n’en porte la garnison qu’à 3 ou 400 hommes. Ces péniches me paraissent d’autant plus importantes que, tirant moins d’eau, elles pourront mieux fouiller tout l’Elbe.

Quant à l’expédition, je désire qu’une division de trois frégates puisse arriver sur Helgoland en doublant la côte d’Angleterre. Elle serait plus forte que la croisière anglaise, et au moment même les chaloupes canonnières partiraient de Cuxhaven.

S’il était possible même de faire sortir deux bons vaisseaux d’An­vers ou une division de tout autre port, le mal qu’on ferait à l’ennemi dans cette expédition vaudrait la peine d’exposer une division de deux vaisseaux de guerre. Dans le rapport sur cette expédition, vous me ferez connaître les ports du Danemark et de Suède où cette divi­sion pourrait relâcher; il faudrait aussi prévoir le cas où elle serait obligée de relâcher dans l’Ems, pour lui indiquer le mouillage qu’elle pourrait prendre sous la protection des batteries.

Enfin mon intention est de placer un grand nombre de canon­nières et de bâtiments légers à l’embouchure de la Jahde, du Weser et de l’Elbe, pour interdire toute communication au commerce, ôter jusqu’à l’espoir aux contrebandiers de Helgoland et faire tort même à leur crédit par la menace d’attaquer. Déjà rien que le bruit que cet entrepôt était exposé a fait la plus grande sensation à Londres.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois vos deux états numéro 23, portant les noms des bâti­ments entrés et sortis avec licence pendant août et septembre.

Je vois que le Hazard, capitaine Aubey, est sorti de Caen. C’est un bâtiment de 30 tonneaux : vous le portez comme prussien ; idem le Prince-Frédéric, sorti d’Ostende; la Louise, de Morlaix; la Paix, d’Anvers; le Petit-Henry,  sorti de Honfleur, et la Frau-Martha, sortie de Caen; l’Indien, sorti de Granville, porté comme papenbourgeois. Voilà donc sept bâtiments étrangers sortis avec mes licences. Si j’envoie au ministre des finances et au directeur des douanes cette observation, ils me répondront ce qu’ils m’ont déjà répondu, que ces bâtiments ne sont pas prussiens, mais français. Faites une enquête spéciale pour savoir si ces bâtiments sont réellement prussiens. Envoyez des instructions à vos agents et soumettez-moi le résultat, afin que je réprime ces écarts des douanes, si contraires à mes intentions.

Je vous prie également de faire mettre, pour chaque bâtiment qui sort de mes ports, les numéro et série de la licence avec laquelle il est sorti.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, j’approuve le projet de formation de l’armée du centre, commandée par le roi d’Espagne, le général Belliard étant chef d’état-major et en même temps gouverneur de Madrid, et le général Dessole commandant la division française. Je trouve que vous
ne laissez pas assez de cavalerie à ce corps; vous en ôtez les quatre régiments de la division Lahoussaye et les deux régiments de la brigade Marisy. Je crois qu’il suffit d’ôter les deux régiments de la brigade Digeon, faisant partie de la division Lahoussaye, et qui sont au delà de la Sierra Morena, et qu’il faut les remplacer par les deux régiments de la brigade Marisy, que vous mettrez sous les ordres du général Lahoussaye. Par ce moyen le Roi aura une division de cavalerie de quatre régiments français. Ainsi il y aura à cette armée
4,000 hommes de cavalerie, y comprenant la garde royale; ce nombre de chevaux est nécessaire. Je vous renvoie votre projet pour que vous me le remettiez ainsi rectifié. Il faut, de plus, y joindre la division des arrondissements des provinces de Ségovie, d’Avila, de Soria, de Guadalajara, d’une partie de l’Estremadure et des petites provinces du côté de l’Aragon. Joignez-y aussi Cuenca. Il faudra spécifier dans le projet de formation que les escadrons de marche formés des détachements des régiments de la division Lahoussaye qui font partie de l’armée du centre se rendront à Madrid, ce qui portera à 2,400 hommes cette division : le Roi a 600 hommes de sa garde; avec les 1,900 hommes de cavalerie légère, il aura enfin 5,000 hommes de cavalerie.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, la désorganisation de votre corps vient de votre faute. Rien ne doit s’exécuter, sous peine de responsabilité, sans votre ordre. Voyez le ministre de la guerre, et concertez-vous avec lui pour me proposer un projet complet d’organisation de votre armée, comme était organisé le 3e corps. Vous avez le commandement, non seulement du 3e corps, mais de toutes les troupes françaises qui sont en Allemagne.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, je donne ordre que votre quartier général soit porté de Hanovre à Hambourg ; que deux compagnies d’artillerie à pied, du 9e régiment, qui sont en Hollande, et une des deux compagnie d’artillerie qui sont à Magdeburg, se rendent à Cuxhaven et à Ham­bourg; que trois compagnies du 5e bataillon de sapeurs, y compris celle qui était à Hambourg, mais qui depuis avait eu ordre de se diriger sur le Zuiderzee, plus la 6e compagnie du 3e bataillon de sapeurs, soient dirigées sur Hambourg. Je donne également l’ordre que 15,000 outils attelés vous soient envoyés. Ainsi vous aurez trois compagnies d’artillerie, quatre compagnies de sapeurs et des outils.

J’ai déjà ordonné que le 8e de hussards vous soit envoyé ; je viens de renouveler cet ordre, et j’ordonne que le 16ede chasseurs vous soit également envoyé; ainsi la cavalerie légère du 3ecorps sera composée de quatre régiments. Tous ces contre-ordres ne seraient pas donnés si vous aviez maintenu l’ordre dans votre armée et si vous ne l’aviez pas laissé désorganiser par les bureaux. Il est absurde qu’un corps soit laissé ainsi en Allemagne sans aucun moyen de faire la guerre ; il valait autant laisser prendre les fusils de vos soldats.

Faites-moi un rapport général sur la composition de votre armée. Mon intention est qu’elle soit composée de quinze régiments d’infan­terie, de huit régiments de cavalerie, dont quatre de cavalerie légère, de 15,000 outils attelés, de 80 pièces d’artillerie avec double approvisionnement, de 60 caissons d’infanterie attelés, des ouvriers, pontonniers,  et de tout ce qui est nécessaire pour compléter cet       attirail.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, vous enverrez par un officier d’état-major l’ordre au général Morand d’occuper l’île de Neuwerk, avec deux cents hommes et huit pièces de campagne, de l’approvisionner pour un mois, d’y construire une bonne redoute, et d’y établir trois batteries de 18 ou de 24 pour battre la plage. Il faudra aussi établir à Cuxhaven un système de défense qui puisse protéger une flottille ou d’autres bâtiments qui seraient en station à l’embouchure de l’Elbe. Il sera donc nécessaire d’élever deux ou trois batteries contenant une vingtaine de pièces de canon de gros calibre et quelques mortiers. Toutes ces pièces devront défendre le même mouillage et assurer protection à la flottille. En occupant la petite île de Neuwerk, on devra faire les dispositions nécessaires pour que, quarante-huit heures après, on puisse y amener notre artillerie et les munitions. Il faut y mettre un commandant vigilant qui ne se laisse pas surprendre. Par le retour de votre officier d’état-major, je saurai le jour où la petite île sera occupée et les bat­teries établies. Vous me ferez connaître aussi si la flottille, composée de douze canonnières françaises et de douze hollandaises, est enfin arrivée.  Cette flottille est sous les ordres du capitaine de vaisseau Bedel-Dutertre. Vous trouverez ci-jointes les dernières dépêches du général Morand au ministre de la guerre ; vous y prendrez connais­sance de remplacement des troupes.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous avais demandé de faire régler les matricules de vos poids et mesures sur les poids et mesures de France. La monnaie est déjà mise sur le système français. Il faut en faire de même pour les poids et mesures. Faites-moi connaître quel système on suit aujourd’hui.

 

Fontainebleau, 4 octobre 1810

A Élisa Napoléon, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, j’ai ordonné la construction, à Livourne, d’une frégate appelée la Vestale. Voyez s’il serait possible de conclure un marché par entreprise pour avoir promptement cette frégate. Ne serait-il pas possible de faire également des marchés pour la construction des bricks l’Inconstant et le Zéphyr ?

Napoléon

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites connaître au général Rapp que j’approuve fort qu’il ait mis en état les fortifications de sa place; que j’ai ordonné que les 3e bataillons polonais y fussent envoyés pour renforcer sa garnison ; qu’il doit tenir sa place bien armée, palissadée et en très bon état ; que je désire avoir un rapport sur les for­tifications et les travaux les plus urgents à faire; qu’il fasse réparer les blockhaus. Cette place est d’une grande importance, et l’on ne doit rien négliger pour la tenir en bon état.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

NOTES SUR L’ORGANISATION DES ARMÉES.

PREMIÈRE PARTIE.

Infanterie. Monsieur le Duc de Feltre, j’ai 132 régiments d’infanterie de ligne formant 528 bataillons de guerre, plus 132 cinquièmes bataillons ou bataillons de dépôt; en y ajoutant les 4 régiments suisses, cela ferait 136 régiments et formerait 34 divisions compo­sées chacune de 4 régiments; chaque régiment fort de 4 bataillons, ce serait 16 bataillons ou 12,800 hommes par division, et un total de 34 divisions d’infanterie et de 435,200 hommes.

Cavalerie. J’ai 36 régiments de cavalerie légère, qui font 18 bri­gades, fortes chacune de 1,800 hommes, au total 32,400 hommes. J’ai 16 régiments de cuirassiers, qui forment 4 divisions, fortes cha­cune de 3,600 hommes, au total 14,400 hommes. J’ai 30 régiments de dragons, formant 8 divisions, fortes chacune de 3,500 hommes, au total 28,000 hommes. Total de la cavalerie, 74,800 hommes.

En supposant toutes ces troupes en mouvement à la fois, il faut calculer l’artillerie, le génie, le train et les transports militaires nécessaires tant au personnel qu’au matériel.

Artillerie. Les 12 divisions de cuirassiers et dragons ont besoin chacune de 2 compagnies d’artillerie légère; ce qui fera 24 compa­gnies d’artillerie à cheval et 144 pièces de canon. En supposant les 34 divisions d’infanterie formées en 11 corps d’armée, chaque corps aurait besoin au moins d’une compagnie d’artillerie légère pour son avant-garde; et, chaque compagnie servant 6 pièces, cela ferait pour les 11 corps d’armée 66 pièces de canon.

Les 34 divisions d’infanterie auraient besoin chacune de 2 compa­gnies d’artillerie à pied servant 12 pièces, total 68 compagnies d’ar­tillerie à pied et 408 pièces de canon.

En continuant de supposer que ces 34 divisions forment 11 corps d’armée, il faudrait pour chaque corps 3 compagnies d’artillerie à pied servant 18 pièces de canon; ce qui ferait au total 33 compa­gnies et 198 pièces de canon, tant pour les corps d’armée que pour les réserves et les parcs.

II faudrait, de plus, 40 compagnies pour les places et pour l’équi­page de siège; enfin les 136 régiments, à 2 pièces par régiment, formeraient 272 pièces. Cela doit faire pour l’artillerie un total d’en­viron 1,300 pièces de canon, et, à 5 voitures par pièce, 6,500 voitures. Il faut calculer sur 5 chevaux par voiture, ce qui fait 35,000 chevaux. Sur ce nombre il y en a 5,000 pour les régiments; reste pour le train 30,000 chevaux, qui nécessitent 15,000 hommes pour les servir.

Pontonniers. En portant une compagnie de pontonniers par chaque corps d’armée, ce serait trop peu; cependant, à toute rigueur, cela serait suffisant; ce qui ferait donc 11 compagnies de pontonniers.

Sapeurs. Il faut 34 compagnies de sapeurs, plus 3 compagnies pour chaque corps d’armée, ce qui ferait 33 autres compagnies, et au total 67 compagnies de sapeurs.

Bataillons d’équipages militaires. Il faudra 11 bataillons d’équipages militaires; chaque bataillon servant 150 caissons, cela ferait 1,650 caissons.

Sans doute le cas où toutes ces troupes seraient à la fois en mou­vement se présentera rarement, mais enfin les troupes qui restent sur la défensive finissent par avoir besoin de tout leur attirail. Ces obser­vations ne sont que générales. Je désire cependant que vous me fassiez un travail que je vais vous indiquer dans la deuxième partie de cette lettre.

 

DEUXIÈME PARTIE.

Considérez toutes les troupes qui sont en Espagne comme devant y rester longtemps, hormis les cadres d’un certain nombre de bataillons qu’on resserrera progressivement, et supposez que je veux former deux autres armées, une en Allemagne et une en Italie, l’une et l’autre comprenant 300 bataillons, sans compter les 132 cinquièmes bataillons.

Armée d’Allemagne.

Infanterie. Mon armée d’Allemagne serait composée de 12 divi­sions, chaque division de 4 régiments, chaque régiment de 4 batail­lons ; ce qui ferait donc pour cette armée 48 régiments et 192 ba­taillons, ou 150,000 hommes.

Cavalerie. Plus 15 régiments de grosse cavalerie, complétés chacun à 1,000 hommes, au total 15,000 cuirassiers et 16 régiments de cavalerie légère, faisant 16,000 hommes, ensemble environ 30,000 hommes de cavalerie.

Artillerie. L’artillerie devrait être composée suivant les principes établis ci-dessus, c’est-à-dire qu’il devrait y avoir 8 compagnies d’ar­tillerie à cheval, servant 48 pièces, pour les cuirassiers; 3 compa­gnies d’artillerie à cheval, à raison d’une pour chaque corps d’armée; total, 11 compagnies d’artillerie légère, qu’on pourrait porter à 12.

Deux compagnies d’artillerie à pied pour chaque division d’infan­terie, ce qui ferait 24, plus 24 compagnies d’artillerie à pied pour le parc et la réserve ; total, 48 compagnies.

Ainsi le personnel de l’artillerie emploierait 48 compagnies d’artil­lerie à pied et 12 d’artillerie à cheval ; au total, 60 compagnies.

Le matériel consistera en 72 pièces d’artillerie à cheval, 144 pièces, à raison de 12 par division, 72 pièces du parc et de la réserve et 96 pièces de bataillon, à raison de 2 par régiment ; total, 384 pièces de canon.

Train. Les voitures attelées à raison de 5 chevaux par voiture : 5 bataillons du train pourront suffire à tout cela, avec 6 à 7,000 chevaux.

Sapeurs. Il faudra 12 compagnies de sapeurs pour les 12 divisions et 3 pour le parc des 3 corps d’armée; total, 15 compagnies.

Pontonniers. 8 compagnies de pontonniers seraient nécessaires.

Équipages militaires. Il faudrait une compagnie d’équipages mili­taires par division, ce qui ferait 12 compagnies, plus 2 compagnies pour la cavalerie et 10 pour le parc général ; total, 24 compagnies à 4 bataillons d’équipages militaires.

Ceci formerait une armée de 200,000 hommes; en y ajoutant 44,000 Polonais, 30,000 Saxons, 28,000 Westphaliens, Hessois et troupes de Berg, cela ferait une armée de 300,000 hommes, dont 60,000 hommes de cavalerie.

Voici actuellement le détail de la composition supposée de cette armée :

1er corps : le 7e d’infanterie légère formerait quatre bataillons; le 13e, quatre; le 15e quatre (le 4e bataillon de ce régiment, étant en Espagne, serait remplacé par le 3e bataillon du 6e léger ) ; le 33e d’in­fanterie légère, quatre; le 12e de ligne, quatre; le 17e quatre; le 21e quatre; le 25e trois (le 4e bataillon en Espagne); le 30e quatre; le 33e quatre; le 48e quatre; le 57e quatre; le 61e quatre; le 85e quatre; le 108e quatre; le 111e quatre; total, 16 régiments formant 63 bataillons.

Ces 63 bataillons composeraient 4 divisions; chaque division serait formée d’un régiment d’infanterie légère et de 3 régiments de ligne. Ce premier corps serait celui qui est actuellement en Allemagne, sont les ordres du prince d’Eckmühl.

Un autre corps serait composé de la manière suivante, savoir : le 1er régiment d’infanterie légère formant quatre bataillons; le 23e quatre ; le 24e quatre ; le 26e quatre ; le 3e de ligne, quatre ; le 4e, quatre; le 18e quatre; le 72e quatre; le 123e, quatre; le 12e, quatre; le 125e, quatre; le 126e quatre; le 135e quatre; le 2e trois; le 19e trois; le 37e trois; le 46e trois; total, 17 régiments ou 64 bataillons formant 4 divisions, chacune de 16 bataillons.

Le 3e corps d’armée serait composé de 3 bataillons du 56e, de 3 bataillons du 93e et de 58 bataillons dont on ferait venir les cadres d’Espagne, en prenant ceux des bataillons les plus faibles (il faut bien calculer qu’il ne reviendrait que les cadres ) ; total, 64 bataillons. Il faudrait également faire revenir un bataillon pour remplacer au 1er corps le 4e bataillon du 25e.

Ces trois corps, portés ainsi à 64 bataillons chacun, formeraient donc 192 bataillons, ou 150,000 hommes d’infanterie.

Je n’ai rien à ajouter quant à la cavalerie; seulement il faudrait faire revenir les cadres de quelques escadrons, afin d’avoir les 16 ré­giments de cavalerie légère.

Remettez-moi la situation de tous ces corps, au 1er octobre, avec l’indication de ce qui manque pour les compléter.

D’après les calculs approximatifs que j’ai faits, mais qu’on pourra relever avec plus d’exactitude dans vos bureaux, il m’a paru que, pour réaliser cette armée de 200,000 hommes, il me faudrait pour les 30 bataillons d’infanterie légère et les 100 bataillons de ligne un recrutement de 18,000 hommes; que les 58 bataillons dont les cadres reviendraient d’Espagne auraient besoin de 40,000 hommes; cela ferait donc pour l’infanterie 58,000 hommes ; que les cuirassiers auraient besoin de 4,000 hommes ; que les 17 régiments de cavalerie légère auraient besoin de 4,000 hommes. J’ai en France huit com­pagnies du 1er régiment d’artillerie, cinq du 3e, seize du 5e, huit du 6e, dix-sept du 7e, dix-huit du 8e et vingt du 9e; total, 92 compa­gnies, sans y comprendre celles du 2e et du 4e régiment, qui sont destinées à l’armée d’Italie. J’ai donc plus de compagnies d’artillerie qu’il ne m’en faudrait; mais pour les porter à 140 hommes il pour­rait me manquer 4,000 hommes. J’ai seize compagnies d’artillerie à cheval, sans compter les douze qui sont en Italie; il pourrait man­quer à leur complet 1,500 hommes. J’ai sept bataillons du train en France ou en Allemagne, en y comprenant ceux que j’ai en Hollande, mais sans y comprendre ceux que j’ai en Italie. J’ai les pontonniers nécessaires. J’ai treize compagnies de sapeurs ; ce qui évidemment ne serait pas suffisant; il faudrait faire revenir des cadres d’Espagne au fur et à mesure que cela serait possible. Total, 71,500 hommes.

En résumé, pour compléter cette armée à 200,000 hommes, je trouve qu’il faudrait près de 80,000 hommes.

 

ARMÉE  D’ITALIE.

Cette armée se composerait de 10 divisions, dont 7 françaises et 3         italiennes, et composées, savoir:

1e division française, 8e d’infanterie légère ayant quatre batail­lons; 5e de ligne, quatre; 11e, quatre; 23e quatre : 16 bataillons;

2e division française, 18e d’infanterie légère ayant quatre batail­lons; 60e de ligne, quatre; 79e, quatre; 81e, quatre : 16 bataillons;

3e division française, 22e léger ayant quatre bataillons; 6e de ligne, deux; 20e quatre; 72e, quatre : 14 bataillons;

4e division française, 14e léger ayant deux bataillons; 1er de ligne, quatre; 10e, quatre; 101e, quatre: 14 bataillons;

5e division française, 9e de ligne ayant quatre bataillons ; 29e, qua­tre; 53e quatre; 100e, quatre : 16 bataillons;

6e division française, 35e de ligne ayant quatre bataillons; 52e, quatre; 92e, quatre; 112e, trois : 15 bataillons;

7e division française, 13e de ligne ayant quatre bataillons; 84e, quatre; 102e, quatre; trois bataillons suisses à Naples : 15 batail­lons; total, 27 régiments formant 106 bataillons et 80,000 hommes d’infanterie.

La cavalerie se composerait de 8 régiments de cavalerie légère, qui sont en Italie, et de 5 régiments de dragons; total, 13 régiments de cavalerie et 1,200 hommes.

L’artillerie se composerait de 6 compagnies d’artillerie légère, de 14 compagnies d’artillerie à pied pour les 7 divisions d’infanterie et de 10 compagnies pour le parc; total, 30 compagnies d’artillerie.

Le matériel de l’artillerie serait organisé sur le même principe. Les 4 bataillons du train, complétés à  1,000 hommes, seraient suffisants. Il faudrait 2 bataillons d’équipages militaires de 180 voitures chacun; je crois qu’il n’y en a qu’un.

L’armée italienne se composerait de 3 divisions d’infanterie, de 16 bataillons chacune, ce qui ferait 48 bataillons; de 6 régiments de cavalerie; de l’artillerie, des sapeurs et des transports nécessaires. Cela porterait mon armée d’Italie à 140,000 hommes, et, en y ajou­tant les Bavarois, les Wurtembergeois et les Badois, cela ferait 200,000 hommes.

Il faut faire également les états des corps destinés à l’armée d’Italie, et me faire connaître ce qui manque pour les compléter en officiers et soldats. Des calculs approximatifs que j’ai faits, il résul­terait que 15,000 hommes seraient suffisants pour compléter les bataillons de guerre de l’armée d’Italie, et 5,000 hommes pour compléter la cavalerie, les équipages militaires et le train; ce qui ferait 20,000 hommes pour mon armée d’Italie et 80,000 hommes pour mon armée d’Allemagne; total, 100,000 hommes.

Il me resterait à compléter les 5e bataillons à raison de 440 hommes ; il faudrait pour cela 58,000 hommes ; j’aurais alors 135 batail­lons de 500 hommes.

Je compte donc sur 300 bataillons, et vous devez faire votre tra­vail sur ce pied, parce que, s’il est possible de rappeler d’Espagne 60 cadres de bataillons, c’est tout ce qu’on peut faire.

 

TROISIÈME PARTIE.

1° Réitérez les ordres dans vos bureaux et ailleurs pour que tout ce qui concerne l’armée d’Allemagne passe par le prince d’Eckmühl. J’écris à ce prince que je rends les généraux et les chefs d’admi­nistration responsables du moindre mouvement qu’ils feraient faire sans ses ordres.

2° Le prince d’Eckmühl redemande le colonel d’artillerie Jouffroy, pour être directeur de son parc; il faut le lui envoyer.

3° II demande aussi deux compagnies d’artillerie légère ; vous avez dû lui envoyer les deux compagnies hollandaises.

4° Vous voulez faire revenir 2 bataillons du train; il faut les laisser en Allemagne; ils y seront mieux nourris et mieux entre­tenus. Si vous n’avez pas donné contre-ordre au retour de ces 2 ba­taillons, il faut le donner sur-le-champ ; ils serviront aux évacuations de l’artillerie.

5° II faut donner à l’armée d’Allemagne un bon général d’artil­lerie : le général Pernety est toujours malade. Il faut donner aussi à cette armée un bon général du génie; prenez-le parmi les ingénieurs hollandais.

6° Provisoirement les divisions seront fortes de 5 régiments. Quand j’enverrai le 33e d’infanterie légère et les 4e bataillons qui manquent, je formerai 4 divisions, fortes chacune de 4 régiments.

7° Il est nécessaire qu’il y ait trois généraux de brigade à chaque division.

8° La cavalerie s’affaiblirait trop; je vous ai ordonné d’y envoyer le 8e de hussards et le 16e de chasseurs ; ce qui fera, avec les 2 régi­ments qui s’y trouvent, 2 brigades de cavalerie légère. Il faut y en­voyer deux généraux de brigade. Il faut aussi pour la grosse cavalerie un général de division.

9° Vous avez dû expédier des ordres pour que 4 compagnies de sapeurs et 15,000 outils attelés fussent envoyés à Hambourg. Il serait aussi convenable d’y envoyer 2 compagnies de canonniers et 2 batail­lons d’équipages militaires.

En résumé, je désire que le travail que je viens d’esquisser me soit présenté.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

NOTE SUR LES PLACES DE POLOGNE.

Sierock, la tête de pont de Praga, sont des ouvrages à entretenir; ce sont des ouvrages de campagne. Mais il faut employer son argent à concentrer ses magasins à Modlin; c’est la vraie place du grand-duché. On doit y placer l’arsenal, les magasins de munitions, de vivres et d’habillement, les dépôts, de sorte que, Varsovie pris, cette place reste et rend maître des deux rives de la Vistule et de la Narew. Il est difficile d’avoir une place plus heureusement située et plus propre à remplir le but qu’on se propose. Il existe déjà quatre fronts massés et révolus. Il est indispensable d’établir le terre-plein derrière le parapet, afin qu’on puisse mettre partout des batteries. Les barbettes qu’on a mises aux saillants ne sont pas suffisantes pour une place comme Modlin. Les chemins couverts et glacis sont de première nécessité pour avoir des places d’armes et couvrir la place. On doit laisser subsister le tracé actuel.

Le principal avantage de Modlin est d’avoir trois ponts. Indépen­damment de l’île Suédoise, il faut une tête de pont sur la rive gauche de la Narew ; il en faut une autre sur la rive gauche de la Vistule ; mais il faut coordonner ces ouvrages de manière à ce qu’ils se sou­tiennent entre eux.

Le pont de la Vistule a 300 toises de long; il est donc de première nécessité d’occuper un point qui serait à 250 toises du bastion 6; de sorte que ce point de la rive droite, à 700 toises du pont, étant occupé, l’ennemi ne pourrait y établir des batteries et jeter le pont à terre.

Il est également nécessaire que le point à 600 toises de la Narew, près du village de Modlin, soit occupé. Ce point serait également à 350 ou 400 toises du bastion 2.

Moyennant ces deux forts, l’ennemi qui arriverait par la rive droite de la Vistule ou delà Narew ne pourrait pas insulter les ponts.

Le pont de la Vistule peut aussi être insulté sur la rive droite de la Vistule. Il serait donc important d’occuper à 600 toises des points pour empêcher l’ennemi de s’y établir.

Cela fait donc cinq forts ou fortes redoutes qu’il est essentiel d’éta­blir ; ces forts ne se trouveront éloignés que de 500 toises de la place.

Ainsi il faut me faire un tracé qui établisse un fort A à 700 toises du fort de la Vistule, un fort B vis-à-vis, seulement à 300 ou 400 toises, parce que la rive empêche de voir le pont, un fort C à 600 toises du pont de la Narew, un fort D à 600 toises du fort de la Vistule, et un fort E à 400 ou 500 toises au point où l’on cesse de voir le pont, et un fort F.

Il y aurait 600 toises du fort F au fort D. Tracer derrière ces deux forts un double front qui serve de tête de pont du côté du vil­lage de Nowydwor. On peut faire là deux ou trois fronts fermés à la gorge; dans ce terrain marécageux et bas, ils peuvent être soutenus par un fossé plein d’eau et par une inondation, et les forts F et D les flanqueraient d’ailleurs.

Enfin il faut tracer une tête de pont sur la rive gauche de la Vistule; on pourrait faire à peu près le même tracé que Praga, c’est-à-dire 3 ou 400 toises, soutenu à droite et à gauche par les deux forts E et B.

La rive droite de la Vistule doit dominer la rive gauche de beau­coup; la force de la place doit donc être sur la rive droite.

Un système de cinq ou six demi-lunes, formant ouvrage avancé, serait indispensable pour donner un nouveau degré de force à la place. Il semble que les maçonneries devraient commencer par les demi-lunes, parce qu’alors l’enceinte actuelle resterait toujours.

On croit également que l’arsenal, les grands magasins devraient tous exister sur la rive droite.

Comme il sera possible de dépenser un million par an, il faut que le génie me fasse un projet pour l’emploi du premier million, mais de manière que chaque année on obtienne un nouveau degré de force.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

DÉCISION.

Le général Clarke demande une indemnité de frais de table pour les officiers généraux et les officiers supérieurs de l’armée d’Espagne. Donnez ordre que ces frais ne soient perçus qu’après que la solde du  soldat  sera  payée. La  solde passe avant tout.

 

Fontainebleau , 6 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Comme il n’y a point de temps à perdre, je m’arrête au parti de faire embarquer sur une frégate les objets d’artillerie dont le ministre de la guerre vous a envoyé la note, et de faire armer la flûte la Thémis de manière qu’elle soit plus forte qu’un brick, de la remplir de poudre autant qu’elle en pourra porter, et de faire partir ces fré­gates pour Corfou. Donnez ordre que ces frégates soient armées convenablement. Nous sommes en octobre, il me semble qu’il n’y a pas de temps à perdre. Au lieu de dix affûts, si ces deux frégates en pou­vaient porter trente ou quarante, faites-le-moi connaître. Vous pou­vez ordonner dès à présent leur chargement en boulets et en bombes, conformément à la note du ministre de la guerre. Quant aux autres objets à embarquer, vous serez à temps d’embarquer ces objets dans la huitaine. Je ne veux rien négliger pour ravitailler Corfou, que les Anglais pourraient attaquer si les affaires d’Espagne ne leur laissaient plus d’espérance.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, gouverneur général des provinces illyriennes, à Trieste

Par le rapport du ministre des finances et sa correspondance avec MM. Dauchy et Belleville, il résulte que mes intentions étaient con­nues relativement aux bâtiments ottomans, et que c’est sur votre propre opinion que vous vous êtes permis de les relâcher. A l’avenir, conformez-vous avec plus d’exactitude aux ordres qui vous sont trans­mis; car, plus l’autorité est éloignée, plus on doit strictement obéir.

Les papiers de ces bâtiments ne sont pas arrivés, de sorte que j’ai prononcé sur ceux de Gènes, de Livourne, d’Ancône, Venise, et je n’ai pas encore prononcé sur ceux de Trieste.

La lettre du 5 juin de Dauchy au ministre des finances devait rassurer parfaitement ce ministre sur la conduite qu’il aurait tenue.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 30 septembre. Je vois par cette lettre que le Rivoli ne pourra sortir qu’au mois de mars. Je désirerais que l’on pût mettre à l’eau en février le Mont-Saint-Bernard et le Regeneratore, et qu’on forçât de moyens pour avoir l’artillerie et tout ce qui est nécessaire pour armer ces trois bâtiments, de sorte qu’ils puissent sortir le même jour à la fin de mars ou avril, sous la protection des cinq frégates, et être armés en quatre ou cinq jours, de manière à avoir à cette époque trois vaisseaux, soit à Pola, soit à Ancône. Il me semble qu’il n’y a aucune difficulté pour mettre les trois frégates à l’eau, ni pour l’artillerie, ni pour les équipages, puisqu’au besoin on désarmerait quelques-uns des bâtiments actuels. Répondez-moi sur ce point, qui est très important. Je ne vois pas que vous ayez encore fait mettre sur les chantiers les trois vaisseaux dont j’ai ordonné la construction. Il n’y a plus aucune frégate sur ce chantier; je pense qu’il faudrait en mettre une. Je désirerais que les frégates la Bellone et la Caroline pussent être armées de caronades de 36, au lieu de pièces de 12. Pourquoi avez-vous fait des frégates si petites ? Est-ce qu’elles peuvent entrer tout armées à Venise ? Répondez-moi sur ces questions.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le ministre de la guerre vous envoie l’ordre de faire compléter le bataillon du 2e léger italien, qui est à Corfou, en hommes et en officiers, jusqu’à concurrence de 840 hommes présents sous les armes. Il vous envoie également l’ordre de compléter à 140 hom­mes présents les compagnies d’artillerie et de sapeurs que vous avez dans cette île. Faites partir ces renforts d’Otrante avec de bons outils et tout ce qui sera nécessaire à Corfou, afin qu’ils s’embarquent à la première circonstance favorable. Si les Anglais étaient un jour maîtres de Corfou, l’Adriatique serait perdue pour toujours;  il faut donc employer l’hiver à approvisionner  cette île.  Faites-moi connaître comment vous pourriez y faire passer soixante milliers de poudre el quelques objets d’artillerie. Je désire que vous preniez des mesures pour y envoyer d’Ancône dix mille quintaux métriques de blé et deux mille quintaux de riz. Je pense que cela doit être hasardé en plusieurs convois. Faites numéroter les bâtiments et compter ce que chacun portera, afin de savoir ce qui arrivera à Corfou. Comme j’ai donné des ordres au ministre de l’administration de la guerre, il vous écrira pour cela.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, faites occuper par une division de 5 à 6,000 Italiens, cavalerie, artillerie, infanterie, et par un bon détachement de douane et de gendarmerie tous les cantons suisses italiens.

Vous ferez sur-le-champ mettre le séquestre sur les marchandises coloniales et en général sur toutes celles défendues en Italie, qui sont là pour être introduites en contrebande. Faites faire cette opé­ration simultanément ; d’après ce que j’apprends, elle doit rendre plu­sieurs millions. Placez ensuite des cantonnements dans ces pays et une ligne extraordinaire de douanes aux débouchés des montagnes.

Faites connaître, par le chargé d’affaires italien en Suisse, que cette mesure est nécessitée par la contrebande qui se fait dans ces cantons, et que cette occupation durera jusqu’à la paix avec l’Angleterre; que c’est un des moyens hostiles contre l’Angleterre que j’emploie dans le Mecklenburg et dans les ports de l’Allemagne ; que cela n’attentera pas à la véritable neutralité de la Suisse, mais que le placement des douanes au débouché des montagnes est devenu indispensable. Vous ferez arrêter tous les mauvais sujets bannis du royaume d’Italie et les Anglais qui se trouvent dans ce pays. Prescrivez des mesures pour que cette opération se fasse à la fois et avec intelligence. Il devient indispensable d’occuper ces cantons, et rétablissement d’une ligne de douanes aux sommités des gorges sert la première opération. Je n’entre pas dans les détails de l’exécution. Il faut que les généraux que vous enverrez ne fassent pas de proclamation et ne fassent point de sottises. Vous leur prescrirez de confisquer toutes les marchandises anglaises. Les marchandises coloniales seront soumises aux droits.

Je ne veux point m’adresser directement à la Suisse. Il n’y a pas de mal que ce soit une querelle de vous à la Suisse; après on aura recours à moi, ce qui amortira le coup; mais il faut que cela paraisse venir de vous. Vous écrirez dans ce sens aux deux chargés d’affaires d’Italie et de France, et vous direz que la nécessité a forcé le Gouver­nement à cette mesure. Du reste, vous laisserez à ces cantons leur constitution, leur manière de faire, et vous ne leur imposerez aucune nouvelle contribution. Les troupes seront nourries par vous. Vous ne mettrez point de Français dans ces colonnes.

On m’assure qu’à la douane, du coté du Valais, il y a une grande quantité de marchandises anglaises. Faites faire la même opération clans le haut Valais.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Le ministre de la guerre de France vous écrira pour vous demander d’envoyer à Corfou un bataillon de 700 hommes de vos troupes, que vous composerez en entier de Napolitains, sans y mettre de mauvais sujets, et une compagnie de pionniers de 150 à 200 hommes, avec leurs outils, également tous Napolitains. Cela me parait très important.

J’envoie de Rome un bataillon de 800 Français pour s’embarquer à Otrante pour Corfou. Prescrivez des mesures pour que ce bataillon s’embarque avec sûreté. Il ne faut rien négliger pour que ce point important soit à l’abri de tout événement. Envoyez tout ce qui reste à Naples du bataillon d’Isembourg, et qu’il y ait à sa tête un bon chef de bataillon.

Le comte de Cessac vous écrit pour faire passer à Corfou 10,000 quintaux métriques de blé et 1,000 quintaux de riz. Tenez note des bâtiments qui partiront et de leur chargement, et ayez une correspon­dance avec le général Donzelot pour être sûr de ce que cela devient.

Vous sentez l’importance pour votre propre royaume de mettre Corfou à l’abri de tout événement. J’y fais faire des travaux si consi­dérables et j’en renforce tellement la garnison qu’elle sera imprenable autrement que par le blocus. Je prends des mesures pour y avoir 400 jours de vivres.

 

Fontainebleau, 6 octobre 1810

A Frédéric Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté, du 13 septembre, avec les états de situation qui étaient joints. J’y réponds article par article. Je pense qu’il est nécessaire que Votre Majesté ait 10,000 fusils en magasin, pour en armer au besoin sa population. Je tiens à sa disposition 30,000 fusils, 2,000 carabines, 2,000 paires de pistolets et 1,300 sabres. Il me parait que son artillerie est suffisante, autant que j’en puis juger par les états imparfaits que j’ai sous les yeux. J’attendrai ceux que vous m’annoncez. Je désirerais que chacun de ces 17 régiments d’infanterie polonais eût la même orga­nisation en artillerie régimentaire, en caissons de transport, que les régiments français. Chaque régiment d’infanterie devant, par cette organisation, avoir deux pièces de 3 ou de 4, ce serait 34 pièces de ce calibre qui seraient nécessaires ; je les ferai remettre à Votre Majesté. Il est important que son ministre de la guerre, en envoyant quelqu’un pour prendre ces armes et cette artillerie, prescrive beaucoup de circonspection et du secret. Votre Majesté devra pourvoir au transport depuis Mayence et Strasbourg.

J’ai vu avec intérêt les plans des trois places de Sierock, Praga et Modlin. Sierock a aujourd’hui moins d’importance qu’il n’en avait. En faisant fortifier ce point, j’ai eu égard à sa position sur la fron­tière d’Autriche ; l’ennemi était obligé de venir y passer la Narew, entre Sierock et Modlin, sous peine de violer la neutralité autrichienne. Cependant Sierock peut être important comme ouvrage de campagne et comme tête de pont; mais la véritable place est Modlin. Modlin doit être au grand-duché ce que Torgau est à la Saxe. Là doivent être les magasins, l’arsenal, les dépôts, afin que, l’ennemi venant à prendre Varsovie, rien ne tombe dans ses mains. J’enverrai à Votre Majesté des projets sur les fortifications que je pense qu’on doit faire à Modlin. Elle peut, dès a présent, donner ordre que l’argent qu’on dépense à Sierock et à Praga soit employé à Modlin. Le creusement des fossés et un terre-plein à établir autour de la ligne magistrale sont des tra­vaux auxquels on peut employer les ouvriers qui sont à Sierock.

J’ai vu avec intérêt dans l’état de situation des troupes de Votre Majesté qu’elle a 17 régiments d’infanterie et surtout 16 de cavalerie. Je vois parmi les régiments de cavalerie un régiment de cuirassiers : un régiment de chasseurs conviendrait mieux; les cuirassiers doivent coûter fort cher en Pologne; les lanciers sont l’arme préférable. En cas de guerre, ils nous délivreraient de cette nuée de Cosaques qui nous inondait dans la dernière guerre.

Je vois avec peine que la solde est arriérée de plusieurs mois. Le droit sur les marchandises coloniales doit produire une ressource considérable à Varsovie et en Saxe. Il y en a beaucoup à Leipzig; si cela ne suffit pas, l’emprunt que Votre Majesté veut faire, et que j’ai autorisé, pourra payer son armée et la mettre en parfait état. Je ne vois pas dans les états qu’elle m’a envoyés la quantité de caissons de transport des vivres existant à Varsovie; il serait bien avantageux qu’elle pût en avoir 2 ou 300. Je suis bien avec l’Autriche et avec la Russie, mais cette dernière puissance porte une haine si forte au grand-duché qu’il faut se tenir en mesure. Cependant il est essentiel d’avoir une place qui mette le matériel de guerre du grand-duché de Varsovie à l’abri de tout événement. Toutes les pièces de gros calibre doivent être placées à Modlin ; à Sierock et à Praga, il ne doit y avoir que des pièces de 12. Il serait fâcheux que la grosse artillerie et les magasins tombassent dans les mains des Russes, s’ils arrivaient avant les secours ; il est donc nécessaire de mettre cela à l’abri dans une place. J’ai envoyé un gouverneur français à Danzig, et j’ai fait renforcer la garnison de cette place importante, qui est le palladium du grand-duché. Je désirerais que Votre Majesté voulût m’envoyer les états de situation de son armée saxonne dans la même forme que ceux du grand-duché de Varsovie, et qu’elle fit travailler à Torgau.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre travail sur le budget de votre département; vous y trouverez jointes des observa­tions que j’ai dictées. Je désire que vous me représentiez ce travail complété par le budget de 1811, et que vous y fassiez ajouter les noms de tous les individus qui sont actuellement en fonction.

OBSERVATIONS SUR LE BUDGET DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

Je désire qu’à l’état où se trouvent les budgets de 1809 et de 1810 on ajoute une colonne pour y mettre le budget de 1811.

En 1811, je veux donner 300,000 francs à la légation de Vienne.

Je ne sais pourquoi on porte pour 1810 les ambassadeurs à Constantinople et à Téhéran; je n’y ai pas eu d’ambassade cette année.

Je désire, en 1811, donner 80.000 francs à la légation de Stock­holm et à celle de Munich.

Les secrétaires de légation pourraient être effacés de la mission de Francfort et de celle de Würzburg.

Le ministre à Lucques doit être tout à fait supprimé.

Il faut porter à l’ambassade de Vienne et à celle de Saint-Péters­bourg deux secrétaires seulement, et y ajouter, pour chacune, trois auditeurs d’ambassade, qui seront des jeunes gens de vingt ans, fai­sant de la dépense, ayant au moins 25,000 francs de pension de leur famille, et auxquels j’accorderai 2,000 francs de traitement. Cela donnera du brillant à ces ambassades et cela fera des jeunes gens qui se formeront.

Je ne vois pas pourquoi il y a à Francfort un chargé d’affaires quand j’y ai un ministre; il faut supprimer l’un ou l’autre.

Je désirerais diminuer beaucoup les consuls ; il faudrait supprimer les vice-consuls et chanceliers qui sont auprès des consuls, transfor­mer beaucoup de consulats en vice-consulats, et, dans beaucoup de places occupées par des vice-consuls, mettre des élèves qui devraient avoir une pension de 3,000 francs de chez eux, et auxquels je don­nerais 2,000 francs de traitement, ce qui leur ferait 5,000 francs.

En général, je voudrais ne donner aux vice-consuls que 4,000 frares, et aux consuls jamais plus de 8,000 francs.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, témoignez mon mécontentement à M. Bignon de ce qu’il n’a pas encore fait mettre à exécution le tarif dans le grand-duché de Bade; le duché confine avec la Suisse et est véritablement frontière. Ecrivez-lui de demander que, sous vingt-quatre heures, le tarif soit définitivement établi, surtout du côté de la frontière de Suisse, et que les marchandises coloniales qui sortent de Suisse payent le droit. Ce sera une forte ressource pour le gouvernement de Bade. Il demandera également que le transit des denrées coloniales soit défendu, et enfin que toutes celles qui existent dans le pays payent un droit pareil à celui du tarif.

Écrivez la même chose à Stuttgart; qu’on établisse le tarif surtout du côté de la Suisse. Ce sera un objet de revenu assez considérable pour le Roi.

Enfin écrivez aussi en Bavière qu’on insiste pour que le tarif soit mis à exécution, surtout sur les frontières de Suisse, d’Autriche et de Bohême.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous ai déjà écrit sur la Suisse. De nouveaux renseignements m’arrivent, et il en résulte que la Suisse est encombrée. Il est nécessaire d’expédier un courrier extraordinaire à mon chargé d’affaires, avec une note dans laquelle vous ferez con­naître que les choses ne peuvent pas continuer de marcher comme elles vont. Vous ferez demander : 1° que le séquestre soit mis provi­soirement et sans délai sur toutes les marchandises anglaises et colo­niales; 2° que, les marchandises anglaises étant prohibées, toutes celles qui seraient trouvées sous le séquestre soient confisquées, 3° que toutes les marchandises coloniales saisies soient soumises au même tarif qu’en France. Vous ne manquerez pas, dans les argu­ments, de faire connaître que toutes les marchandises anglaises qui se trouvent en Suisse y sont au compte de négociants anglais; que ces derniers mois toutes les routes d’Allemagne ont été pour leur transport en Suisse; enfin que, la Suisse devant marcher dans le sens de la Confédération, il faut qu’elle cesse d’être un foyer de contrebande. De la note de M. Bacher, du 20 septembre, il est nécessaire d’extraire un article pour les journaux, dans lequel vous ferez connaître les noms de tous les négociants suisses qui font le commerce prohibé.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-jointes deux lettres adressées au roi de Saxe sous cachet volant. Vous les cachetterez et les enverrez par un courrier saxon en retour, afin que l’apparition d’un courrier français à Vienne ne fasse pas d’effet.

Vous donnerez à mon ministre à Dresde les instructions suivantes : 1° vous lui ferez l’analyse de ma lettre sur les créances prussiennes; après cela vous lui direz que, si le Roi y trouve son avantage, je ne m’oppose à rien ; que je n’ai pas d’idée de la proposition de la Prusse; 2° que je désire qu’on garde le plus grand secret sur les armes que je donne, qu’il faudrait même que la Saxe eût l’air d’avoir acheté les armes; 3° qu’on peut exercer en Saxe les marchandises coloniales.

Le roi n’a pas à craindre que ses fabriques chôment par suite de la cherté des cotons, puisque la hausse sera générale et aura lieu partout. Le roi pourra tirer de grandes ressources de ces mesures, et, si cela ne suffit pas, je favoriserai son emprunt. Je suppose que, moyennant 6 pour 100 et le remboursement dans l’espace de vingt ans, soit en loteries, soit autrement, cet emprunt se remplira facilement à Paris.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

« Commencement d’un travail sur la question maritime et sur ses rapports avec les affaires d’Espagne et de Hollande. » 1)Note de la minute.

Je désire un rapport qui me fasse connaître l’état de la législation maritime à la paix d’Amiens et au moment de la guerre de Prusse, afin de bien constater qu’à la paix d’Amiens l’Angleterre ne s’était pas arrogé le droit de bloquer des côtes, et que c’est une prétention plus récente.

Vous direz ensuite que lord Lauderdale était à Paris lorsque la Prusse, poussée par les intrigues de l’Angleterre, ne laissa plus de doute sur son projet de nous faire la guerre : cette lutte était regardée par tous les gens sensés comme une grande imprudence, et lord Lau­derdale lui-même ne dissimula pas son opinion à cet égard. Il était assez éclairé pour prévoir la chute de la Prusse, la domination de la France depuis les villes hanséatiques jusqu’à la Belgique et la perte du Hanovre sans retour. Ces conséquences le frappèrent; la Garde impériale n’était pas encore partie, et il demanda, dans le cas où l’Angleterre ferait la paix aux conditions dont on était à peu près d’accord, si l’Empereur contremanderait le départ de sa Garde et lui-même ne partirait pas. On lui répondit que oui. Lord Lauderdale envoya un courrier à sa cour. La réponse a été imprimée dans les pièces du temps; il faudrait rechercher les pièces qui constatent ces faits.

Arrivé à Berlin, l’Empereur sentit le pouvoir qui lui avait été donne par la victoire d’Iéna; c’était le pouvoir de répondre à un blo­cus de mer par un blocus de terre. La Jahde, le Weser, l’Elbe, la Trave et l’Oder, toutes les côtes jusqu’à la Vistule, étaient au pou­voir de la France. L’Empereur pouvait fermer tous les débouchés du Nord et les faire garder par les douanes. Vous aurez soin de joindre le décret de Berlin.

Les Américains et les neutres demandèrent des explications : on leur fit connaître que, plaignant leur fausse position, on ne ferait exécuter les mesures que par les douanes et les troupes de terre, mais qu’elles ne le seraient ni par les croisières ni par les bâtiments armés en course.

Depuis, le gouvernement anglais rendit ses arrêts du conseil; les mettre; mettre également toutes les pièces que vous trouverez dans la brochure manuscrite que je vous ai envoyée; il y a une confé­rence de M. Pinkeney avec M. Canning sur l’exécution de ces ordres du conseil.

Vous direz qu’ayant eu connaissance des ordres du cabinet britan­nique j’ai pris mon décret de Milan, mesure qui a fait rétrograder la législation anglaise et qui a sauvé le monde de l’épouvantable tyrannie que s’était arrogée ce gouvernement.

Cependant, la lutte ainsi engagée, il fallait la soutenir. Il n’y avait pas à espérer sérieusement que le Portugal fermât ses ports aux Anglais; il fut question d’y marcher et d’en chasser les Anglais. Depuis, les divisions intestines de la famille royale en Espagne, la chute de Charles IV et l’influence que prit le parti anglais, firent voir que l’Espagne allait ouvrir ses portes aux Anglais. De là les affaires d’Espagne.

L’Angleterre souffrait des mesures de Milan ; mais les peuples d’Espagne, encouragés par la honteuse affaire de Baylen, prirent flamme, et cet incendie donna lieu à des événements de leur nature très importants. Alors l’Angleterre trouva un débouché considérable en Espagne.

D’un autre côté, la France, occupée par l’Espagne et par l’Au­triche, fut obligée d’affaiblir sa ligne des villes hanséatiques; et enfin la Hollande, ne marchant pas dans le système, offrit au commerce anglais le plus vaste débouché.

Successivement, Votre Majesté mit fin à tout. Les armées espa­gnoles furent culbutées sur la fin de 1808, Madrid repris, et dès lors, les affaires d’Espagne furent décidées   (Travail suspendu; Sa Majesté a écrit au ministre pour avoir des matériaux.) 2)Note de la minute.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me faire remettre une copie de toutes les pièces officielles, avec une notice historique sur toutes les négociations qui ont eu lieu avec le cabinet de Londres depuis ma lettre au roi d’Angleterre, de l’an VIII ; ce qui comprendra toutes les négociations d’Amiens, toutes les négociations de lord Lauderdale, et enfin cette espèce de négociation qui a été ouverte en dernier lieu par la Hollande. La plupart de ces copies doivent se trou­ver toutes faites, ayant déjà été plusieurs fois sur le point de publier toutes ces pièces. Vous me ferez connaître celles qui ont déjà été publiées. J’ai besoin de ces matériaux pour traiter convenablement la question de l’Espagne et celle de la réunion de la Hollande.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me remettre sous les yeux un mémoire et les pièces justificatives à l’appui sur la grande question maritime. Vous la traiterez d’abord à l’époque de 1756, ensuite à celle de 1780, après à l’époque de 1802 ou 1803, qui donna lieu à l’affaire de Copenhague. Ce sont trois époques aux­quelles je tiens, et d’où vous récapitulerez les prétentions des Anglais au moment de la paix d’Amiens. La quatrième partie de votre mémoire comprendra leurs nouvelles prétentions depuis la paix ‘d’Amiens, le droit qu’ils se sont arrogé de bloquer toutes les côtes et ce qui a donné lieu à mon décret de Berlin. Vous sentez que, pour faire voir que les Anglais ont commencé, il est bien nécessaire d’établir que la nouvelle question qu’ils ont élevée n’est pas celle de 1756, ni celle de 1780, ni celle de 1802, quoique chacune de ces questions fut déjà très suffisante pour motiver le décret de Berlin, mais bien la question de donner au droit de blocus une interprétation à laquelle jusque-là ils n’avaient pas prétendu ; que, par cette extension du droit de blocus, ils ont rendu nuls tous les droits des neutres et tous les traités qu’ils avaient faits avec les différentes puissances. De là le décret de Berlin. Vous joindrez ce décret, les arrêts du conseil britannique, les deux ou trois actes des Etats-Unis à ce sujet, et enfin le décret de Milan. Vous ferez com­prendre dans ce travail ce qu’il faudra que l’Angleterre rapporte, si de mon côté je rapporte mon décret de Berlin. Vous joindrez également toutes les pièces officielles relatives à cette question, que vous pourrez tirer de la brochure manuscrite que je vous ai envoyée et dans laquelle il est question des conférences du ministre d’Amérique avec M. Canning sur cette matière.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de C adore, je vous renvoie les pièces relatives à la négociation entamée avec l’Angleterre par la Hollande; ces pièces me paraissent très bonnes à imprimer; mais je n’y vois pas deux lettres où Labouchère rend compte de tout ce qu’il a fait et dit et de son opinion. II serait nécessaire d’avoir ces lettres pour les faire imprimer.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR AU SUJET DU RAPPORT SUR LES PONTS DE BEZONS, CHOISY ET VALVINS, ET SUR LA ROUTE DE PARIS A PONTOISE PAR BEZONS.

Sa Majesté ne peut pas signer le projet de décret. Il est inutile pour les ponts de Bezons et de Choisy, dont le ministre peut accélé­rer les travaux et dont les fonds seront pris sur ceux de 1811.

II faut sans doute un décret pour la route de Paris à Pontoise et pour les ponts de Maisons et de Valvins, mais il n’y a aucune raison de se presser à cet égard ; il suffit d’ordonner les projets et les devis, afin de pouvoir les présenter avec le projet de décret ou au travail des ponts et chaussées de novembre, ou dans les mois de décembre et de janvier. Alors on examinera les avantages et les inconvénients, on comparera l’utilité à la dépense et on prononcera en connaissance de cause. Sa Majesté n’a de volonté que ce qui est bien. Lorsqu’une idée lui vient sur un objet qui se présente sous des rapports d’utilité, ce n’est point encore un acte de sa volonté ; elle ne fait pas un décret, mais une lettre. Elle a écrit au ministre sur les objets dont il s’agit; c’est au ministre à faire faire les devis et les rapports; ensuite on décidera.

Quant au projet de vendre par actions les péages des ponts de Bezons et de Choisy, les choses ne peuvent point aller comme le ministre le propose. Sa Majesté a indiqué des chiffres pour faire con­naître sa pensée et pour servir de première direction à l’examen auquel cette pensée devait donner lieu. Si la chose avait été arrêtée dans son esprit, elle aurait fait un projet de décret. Avant de vendre la per­ception des péages, de régler le mode de la vente par actions et d’affecter le prix de la vente à d’autres travaux, il faut que ce péage soit réglé par un décret délibéré en Conseil d’État et par suite d’informa­tions complètes qui puissent conduire à une détermination réfléchie sur le péage. Il faut ensuite déterminer, par un décret, la création des actions et tout ce qui les concerne.

 

Fontainebleau, 7 octobre 1810

A Frédéric Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Je réponds à la lettre de Votre Majesté, du 15 septembre, relative aux créances prussiennes. Je ne conçois pas trop quel besoin Votre Majesté pourrait avoir de la Prusse pour faire payer des débiteurs qui sont ses sujets, d’autant plus que ces créances sont hypothéquées sur des biens-fonds. Je pense qu’elle n’a aucun besoin des pièces qu’a le roi de Prusse, puisqu’elles ont été annulées par les traités et surtout par celui d’Erfurt. Il me paraîtrait donc que, sur l’avis de son Conseil d’État de Varsovie, elle devrait rendre un décret qui déclare nulles ces pièces, et ordonne aux débiteurs, sous peine d’être exercés dans leurs hypothèques, de verser ce qu’ils doivent dans le trésor du grand-duché. Le cabinet prussien est étrange; il regarde toujours ce qu’il a signé comme non avenu. Pour moi, cette question se présente simplement dans mon esprit. Je ne vois pas la nécessité de faire pro­fiter le roi de Prusse et de lui donner une juridiction à Varsovie, si cela relève le crédit de la Prusse. On a vu dans l’avant-dernière guerre d’Autriche qu’on ne pouvait compter sur ce cabinet; depuis 1740, sa conduite a toujours été la même, mauvaise foi et restrictions men­tales. Ce que Votre Majesté fera pour la Prusse, elle le fera contre soi. Cependant je ne m’oppose à rien, et j’ai là-dessus des idées trop légères pour avoir une opinion prononcée. Je ne citerai qu’un exem­ple. Lorsque j’ai acquis les États de Hesse-Cassel, je me suis emparé aussi des créances du souverain. Cependant les créanciers ont payé et payent, sans que j’aie les titres que le dernier prince a gardés. Mais, s’il était vrai que les individus qui auraient payé s’exposassent à être recherchés, s’il arrivait que la Prusse recouvrât le pays, cette circonstance serait heureuse, puisqu’elle serait un nouveau motif de la part de ses sujets de craindre le retour de la Prusse.

 

Fontainebleau, 8 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les renseignements que le duc le Vicence vous envoie sur l’armée russe vous donneront le moyen de former la case russe. Vos correspondances de Varsovie, de Bucarest et autres points limitrophes de la Russie vous mettront à même de rectifier cette case. Je crois que de cette manière je pourrai être bien informé de la force de l’armée russe et de ses mouvements. Vous devez écrire aussi à M. Alquier, à Stockholm, pour qu’il vous four­nisse des renseignements sur les divisions et régiments de l’armée russe qui est en Finlande.

 

Fontainebleau, 8 octobre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE, DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION.

La Magona est un établissement qui appartient au Domaine; il n’est porté que pour un revenu de 200,000 francs. L’île d’Elbe appartient à la Légion d’honneur et ne rend que 300,000 francs. Ces deux établissements, qui pourront être réunis entre les mains et la Légion d’honneur, ne rendront ensemble que 500,000 francs.

Il est certain que, si tout ce que peut produire l’île d’Elbe était consommé, elle rendrait un million : Sa Majesté perd donc 500,000 fr., pour la seule raison que Toulon ne consomme pas les fers de l’île d’Elbe.

La Magona est-elle susceptible d’augmentation ? Si cette usine ne peut pas augmenter ses produits, à cause de l’insuffisance de l’affi­nage dont elle dispose, rien n’empêcherait d’établir en Corse et vis-à-vis de l’île d’Elbe de hauts fourneaux auxquels on donnerait le nom de Magona. Le bois est commun en Corse ; on lui donnerait de la valeur par cette opération, et ce serait un premier bénéfice pour l’État. Le minerai que peut fournir l’île d’Elbe au delà des besoins de la Toscane trouverait un emploi dans les hauts fourneaux de Corse, et ce serait encore un très grand avantage dans le produit des mines de l’île d’Elbe. Si on voulait renoncer à ce bénéfice, on le retrouve­rait en donnant le fer à moitié prix à notre marine, qui ferait de l’économie et qui joindrait à ce bénéfice l’avantage d’avoir du fer de la meilleure qualité possible. Il y a là une grande combinaison à faire.

Si Toulon avait besoin de trois millions de fer par an, et qu’on y fabriquât des ancres et des canons, ou qu’on les fit fabriquer ail­leurs avec du fer de l’île d’Elbe, et s’il est vrai que ce fer est égal en qualité au meilleur fer de l’Europe et supérieur à celui du Dauphiné et du Berri, on aurait encore l’avantage de soulager la France, où le fer est très cher, ce qui nuit beaucoup à l’agriculture.

Le ministre de la marine fera fondre à Toulon dix pièces de 24 avec de la fonte de l’île d’Elbe. Si cette opération ne peut pas se faire à Toulon, il faut chercher l’endroit le plus favorable. Si ces pièces avaient, comme tout l’annonce, une qualité très supérieure, il pourrait en résulter des avantages précieux pour la marine et pour d’autres services.

 

Fontainebleau, 9 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois vos lettres du 3. J’ai signé un décret relatif à différentes dispositions de douanes pour mon royaume d’Italie. En­voyez-moi l’état des marchandises venant d’Allemagne, existant aux entrepôts réels, selon la lettre que je vous ai écrite.

J’ordonne qu’on envoie à l’académie de Brera et à la bibliothèque du cabinet des monnaies et médailles d’Italie une collection complète de toutes les gravures que j’ai dans mes bibliothèques, et dans laquelle se trouve l’Iconographie de Visconti.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il me parait nécessaire d’envoyer un courrier en Russie. Ce courrier portera au duc de Vicence les pièces de la négociation de Morlaix, pour qu’il les remette au ministère russe. Vous chargerez le duc de licence de déclarer que je n’ai aucune alliance, ni offensive ni défensive, avec l’Autriche; que je n’ai aucune négociation avec la Perse, et que je suis ferme dans l’alliance avec la Russie et décidé à marcher dans la même direction.

Quand vous aurez occasion de parler au prince Kourakine, faites-lui la même insinuation et expliquez-vous avec lui de la même manière. Dites-lui que je n’ai pu lui donner, comme je l’aurais désiré, des preuves de ces sentiments, parce qu’il a toujours été malade; que, si j’ai invité le prince de Schwarzenberg à la chasse à diffé­rentes reprises, c’était par suite des circonstances du mariage d’abord, et puis parce qu’étant militaire cela l’amuse beaucoup; que je n’ai invité aucun étranger au voyage de Fontainebleau. Donnez également ces détails au duc de Vicence. Mandez aussi au duc de Vicence que je vois avec plaisir qu’on ne parle pas de la convention (Convention du 4 janvier 1810); qu’il ne faut pas qu’il en reparle, et qu’il doit la laisser tomber en désué­tude; que les affaires de Suède et de Pologne ne signifient rien; que je ne nie cependant pas que la Suède et la Pologne ne soient des moyens contre la Russie en cas de guerre, mais que cette guerre n’arrivera jamais par mon fait.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de  la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 16e de ligne arrive à Avignon le 25 oc­tobre. Mon intention est que le 3e bataillon de ce régiment fasse par­tie de la division. Les deux premiers bataillons forment 1,700 hommes présents sous les armes. Vous donnerez ordre que le détachement de ce régiment qui vient de Toulon s’y réunisse ; ce qui fera 2,000 hom­mes, c’est-à-dire trois beaux bataillons. Vous donnerez le même ordre pour le détachement du 67e qui fait partie du 3e bataillon du régiment de marche de l’armée de Catalogne ; ce détachement se réunira au 67e, qui par ce moyen gardera aussi ses trois bataillons. Le 3e léger gar­dera également ses trois bataillons et recevra le détachement qui fait partie du 3e bataillon du régiment de marche de l’armée de Catalogne. Prenez des mesures pour que ces trois détachements du 3e léger, du 67e et du 16e de ligne, qui font partie du régiment de marche de l’armée de Catalogne, se réunissent à Avignon ou à Nîmes à leurs bataillons; de sorte que la division qui se réunit à Avignon sera composée de trois bataillons du 16e de ligne, de trois bataillons du 67e, de trois bataillons du 3e d’infanterie légère et de deux bataillons du 102e.

Nommez un général de brigade, de ceux qui sont à Perpignan, pour prendre le commandement de cette division, qui sera sous les ordres directs du général Baraguey d’Hilliers. Aussitôt que les 67e, 6e et 3e léger seront arrivés en Catalogne, ils seront rejoints par leurs 4e bataillons. Donnez ordre que les bataillons du 3e léger embarquent sur la Saône à Châlon ; ce sera une dépense de plus, mais on gagnera huit jours; et, moyennant leur embarquement sur la Saône et le Rhône, ces bataillons pourront arriver à Perpignan en même temps que le régiment de marche de Catalogne. Ainsi toutes ces troupes, formant une masse de 15,000 hommes, pourront entrer à la fois sur Gerona. Il serait bon qu’il y eût à Perpignan quelques paires de souliers à leur donner à leur passage. Il faudrait aussi qu’on leur préparât quelques pièces de canon des dépôts du train et de l’artillerie de l’armée de Catalogne. On doit pouvoir organiser une petite division d’artillerie pour cette division. Quant au régiment de marche de l’armée de Catalogne, je n’ai pas besoin de vous dire qu’aussitôt qu’il sera arrivé en Catalogne il doit être dissous, et que chaque détachement doit rejoindre son régiment.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je pense que désormais il ne faut plus imprimer le livret; cela a beaucoup d’inconvénients. Ce n’est que depuis peu d’années que cela est en usage. Les étrangers, moyennant ce livret qu’ils ont, connaissent parfaitement notre situation militaire. Il manque, je crois, 23 ou 24 régiments; il s’agirait de les remplir comme existant, d’y mettre les noms de chefs de bataillon, les premiers trouvés, et de les supposer existant dans différentes villes de l’intérieur. On pourrait aussi augmenter de quelques numéros la cavalerie. Il me semble que cela n’a aucun inconvénient. Seulement il s’ensuivrait que les commissaires des guerres qui auraient les livrets ne trouveraient jamais d’hommes de ces numéros. S’il est indispensable d’imprimer ce livret, il faut y faire ces modifications.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous témoignerez mon mécontentement au gouverneur de Corfou de ne pas mettre assez d’énergie dans sa conduite avec Ali-Pacha. Si, lorsque l’Orphée a été pris, il avait fait sortir une frégate pour le reprendre, il aurait soutenu l’honneur de mon pavillon, au lieu qu’une conduite contraire enhardit ce brigand, qui se garderait bien d’entrer en guerre avec moi. Recommandez donc plus de vigueur et d’énergie au général Donzelot.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre rapport sur la conscription maritime, pour que vous y fassiez les modifications suivantes. La conscription en France doit fournir 120,000 hommes à l’armée, c’est-à-dire un homme sur trois. Sur ces 120,000 hommes, j’en compte 18 à 20,000 pour l’Italie française; il en reste donc 100,000 pour le reste. L’arrondissement maritime est le dixième de la population; pour être égale à celle de terre, elle doit donc être de 10,000 hommes; en prenant quatre classes, elle sera de 40,000. De ces 40,000 hom­mes, on pourrait en appeler 10,000 qui se mettraient en marche au ler décembre, et 10,000 au 1er mars; les autres 20,000 hommes seraient appelés par le ministre de la marine au fur et à mesure qu’il en aurait besoin.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je désire que vous partiez pour la Hollande. Voilà la saison la plus favorable. Vous m’écrirez de Flessingue pour me faire connaître la situation des batteries de l’île de Cadzand, de mon escadre de l’Escaut, des travaux de Flessingue. Les ravages qu’ont faits les Anglais sont-ils réparés ? Vous m’écrirez de Hellevoetsluis et d’Amsterdam. Je pense qu’il est convenable que vous alliez voir l’embouchure de l’Ems. Vous pourrez revenir par Anvers. J’attendrai votre retour pour arrêter définitivement le système à adopter pour les modifications à faire dans l’inscription maritime, les constructions, pour la formation du budget de 1811 et pour les formes à suivre dans l’administration. Avant de partir, envoyez-moi un décret pour confier la signature au vice-amiral Ganteaume pendant votre absence.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au comte Defermon, intendant du domaine extraordinaire de la couronne, à Paris

Monsieur le Comte Defermon, vous recevrez le décret que j’ai pris pour les mines d’Idria. Voyez sur-le-champ le grand chancelier de la Légion d’honneur, et faites des marchés à des prix raisonnables pour la quantité de mercure dont j’ai ordonné l’achat. En attendant, vous prendrez 300,000 francs sur ce que j’ai à Venise, et vous enverrez cette somme au trésorier des mines d’Idria, pour mettre toutes les dépenses au courant. Vous donnerez aussi des ordres pour que tout le mercure que vous aurez acheté soit emmagasiné à Trieste. Les mines m’appartiennent, ainsi que tous les produits qui s’y sont trouvés à l’époque de l’entrée de mes troupes en juillet 1809, et jusqu’au jour de la cession que j’en ai faite à l’ordre des Trois Toisons d’or, le gouvernement des provinces illyriennes a fait des avances à l’administration des mines, et en a reçu le remboursement en mercure. Vous achèterez aussi ce mercure : on dit qu’alors vous en aurez acheté pour deux millions. J’en ordonnerai ensuite la vente, selon qu’il me conviendra d’en mettre en circulation et d’en maintenir ou augmenter le prix. Employez le sieur Séguier, mon consul à Trieste, pour prendre connaissance de tout ce qui regarde les mines d’Idria, et chargez-le de suivre les intérêts de mon domaine extraordinaire. Je lui fais donner des ordres pour qu’il se rende sans délai à Idria. Si ces mines doivent rester longtemps dans mes mains, il sera con­venable que vous fassiez emmagasiner à Venise plutôt qu’à Trieste les denrées que vous avez achetées. Faites-moi un rapport sur ce que coûteraient les frais de transport et le loyer des magasins à Venise. Le comte Daru doit avoir dans sa correspondance des notes sur les quantités de mercure et de produits mercuriels qui se sont trouvés dans les magasins des mines d’Idria, lors de l’entrée de mes troupes. Demandez-lui des renseignements très-précis, qu’il doit pouvoir vous donner là-dessus.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, remettez-moi sous les yeux le décret que j’ai pris pour accorder à la ville d’Iéna une indemnité pour la répa­ration de ses maisons. Faites-moi connaître pourquoi cette indemnité n’a pas été payée.

 

Fontainebleau, 10 octobre 1810

Au général comte de Lauriston, aide de camp de l’empereur, à Paris

INSTRUCTIONS

Le comte Lauriston partira le 16 de ce mois. Il se rendra d’abord à Lyon. Il prendra connaissance des travaux de l’île Perrache, des travaux du Palais impérial, des crédits affectés à ces travaux, du motifs pour lesquels ces crédits n’ont pas été consommés, de la situation des ponts que j’ai ordonnés, de la place Bellecour, des dépenses qu’on a faites à l’hôtel de ville, du muséum et des autres éta­blissements publics. Il s’informera secrètement de la manière dont le maire est logé, des dépenses faites pour son établissement à l’hôtel de ville. Il observera l’esprit public, et il me rendra compte de tout ce qui peut m’intéresser dans cette grande ville.

De là il se rendra à Turin. Il m’écrira en grand détail sur la route de la Maurienne et sur celle du mont Cenis. Arrivé à Turin, où il restera trois jours, il s’informera de tout ce qui est relatif au Piémont, de l’esprit du pays, de ses relations avec son ancien souverain, de la manière d’être actuelle; il prendra surtout des informations sur les subsistances, sur le produit des récoltes de cette année, sur le prix du pain qu’on dit être à 7 sous la livre, sur les causes de cette cherté et sur ce qu’il faudrait faire pour donner du travail au peuple pendant l’hiver. Il me parlera de la fonderie.

De Turin à Milan, il verra les travaux que j’ai fait faire aux ponts. Il me donnera des renseignements détaillés sur cet objet, sur ce qui concerne les denrées coloniales et sur les progrès des fabriques et de l’industrie.

De Milan, il se dirigera sur Idria, principal but de son voyage. Il m’écrira, en passant, sur Mantoue, Porto Legnago, Malghera et Palmanova.

Il trouvera à Idria le sieur Daubenton, que le grand chancelier de la Légion d’honneur y a envoyé comme administrateur, et le sieur Séguier, mon consul à Trieste, qui y sera depuis le 15 octobre, et qui se sera mis d’avance au courant de tout, pour lui donner les in­formations nécessaires. Il fera appeler de Laybach et de Trieste les hommes qui connaissent le mieux ce qui concerne les mines d’Idria. Il fera ensuite un projet de règlement, renverra les individus inutiles, réformera les abus et projettera l’organisation la plus utile de ces éta­blissements. Lorsqu’il aura arrêté son travail, il ira à Laybach et le communiquera au gouverneur général et à l’intendant des finances. Il l’adressera ensuite au grand chancelier de la Légion d’honneur, qui me le présentera. Tout l’arriéré doit se trouver payé à son arrivée. Il trouvera ci-joint le décret que j’ai rendu à cet effet. Il est convenable qu’avant de partir il s’assure que tout est payé, afin qu’il n’ait pas de réclamations désagréables à entendre. Avant de quitter Idria, il réglera aussi le compte de rétablissement, c’est-à-dire la situation et l’état des denrées existant en magasin au moment où mes troupes sont entrées à Idria, ce que les mines ont rendu depuis cette époque jusqu’à ce jour, ce qu’elles devaient rendre et ce qui a été dépensé.

D’Idria, le comte Lauriston se rendra à Trieste. Il y fera ses observations sur l’organisation des douanes, qu’il doit connaître en détail, sur la conduite des administrateurs, sur les tarifs, les marchandises coloniales, le transit avec l’Autriche, etc. Il s’instruira, avant de partir, de nos principes sur les douanes, sur le commerce anglais, les neutres et les Ottomans.

Il verra la Save jusqu’à la Turquie.

A Karlstadt, il prendra des informations sur tout ce qui concerne les régiments croates, sur leur ancienne organisation, sur les change­ments qui ont été faits par le gouverneur général et l’organisation actuelle, sur ce que coûtent ces régiments. Enfin il recueillera toutes les connaissances qu’il pourra rassembler sur cet objet.

Il ira à Fiume; de là il reviendra à Trieste.

Il se rendra ensuite à Villach, en restant toujours dans les pro­vinces illyriennes. De là il ira à Osoppo et choisira la position où il serait convenable de bâtir un petit fort pour se rendre maître de la chaussée qui débouche sur Villach.

De là il se rendra à Venise, où il passera quelques jours pour connaître l’esprit public et prendre des informations sur le commerce la situation des travaux pour la construction des vaisseaux et pour les conduire à la mer. Il verra l’arsenal de la marine en détail.

Il reviendra par Mantoue et Alexandrie, qu’il inspectera en détail. Il visitera Gênes, le chemin de la Corniche, Savone, etc. Il inspec­tera les routes que je fais faire. Il s’arrêtera à Nice, au golfe de Fréjus, où j’ai fait élever des batteries ; aux îles d’Hyères, où il exami­nera ce qu’on a fait pour leur défense ; à Toulon et à Marseille, où il restera le temps nécessaire pour se mettre en état de me faire des rapports détaillés sur l’escadre, l’arsenal et sur tous les objets m’intéressant. Il visitera le canal que je fais faire aux bouches du Rhône. Il verra ensuite le pont d’Avignon et il reviendra à Paris.

Il ira partout incognito, sans fracas et de manière à bien voir. Il n’y mettra cependant aucune affectation.

Dans les provinces illyriennes, le comte Lauriston se rend comme chargé des intérêts de l’ordre des Trois Toisons d’or, et partout ailleurs comme chargé de rendre compte des travaux de l’armement des côtes.

 

Fontainebleau, 11 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous renvoie un état que je n’entends pas. Faites-le refaire en kilogrammes et selon les mesures françaises, comme je vous l’ai déjà demandé. Je ne connais pas ce que c’est qu’un quintal, etc. Adoptez donc une forme fixe.

 

Fontainebleau, 12 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La carte des étapes de France ne suffit plus à mes besoins de tous les jours. Faites-moi faire une carte d’étapes qui comprenne l’Es­pagne et le Portugal, l’Italie et le royaume de Naples, les provinces illyriennes, la Hollande et l’Allemagne jusqu’à l’Inn et jusqu’à la Vistule. J’ai besoin à chaque instant d’une carte semblable. Vous établirez les étapes comme elles étaient réglées dans les différentes campagnes.

 

Fontainebleau, 12 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Un vaisseau tirant 19 pieds 6 pouces d’eau peut sortir du Texel. Mon intention est que vous proposiez à dix des meilleurs ingénieurs, en commençant par Sané, la question suivante :

Présenter un plan pour un vaisseau de la force d’un vaisseau de 74, tirant 19 pieds 6 pouces d’eau tout chargé, et ayant la meilleure marche possible.

Si l’on peut se flatter d’arriver à faire un vaisseau qui ait la même vitesse que nos 74, on sacrifiera toutes les autres considérations à celle-là.

1° II suffira que ce vaisseau puisse porter trois mois de vivres au lieu de six, et trois mois d’eau au lieu de quatre mois et demi ;

2° Si même cela est nécessaire, on consentira à changer le calibre actuel contre le calibre anglais ;

3° Si cela est nécessaire encore, on consent à n’armer le vaisseau que de canons de bronze, c’est-à-dire pesant beaucoup moins.

Vous me mettrez sous les yeux le mémoire de ces ingénieurs.

 

Fontainebleau, 12 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, la lettre de M. de Moustier 3)Chargé de négocier avec l’Angleterre un cartel d’échange pour les prison­niers français est fort embrouillée et j’ai peine à la comprendre. Il faut lui faire connaître qu’il n’est pas assez clair et qu’il doit expliquer mieux d’où vient la rupture; que, si la rupture a pour cause les frais du transport des prisonniers, le gouvernement français est prêt à céder sur cette par­tie. M. de Moustier pourra donc remettre au commissaire anglais une réponse conçue à peu près en ces termes :

« Monsieur, je réponds à votre lettre du 8 octobre. Vous y dites que l’on a ajouté l’obstacle inattendu de charger le gouvernement britannique de l’arrangement de la dépense et des difficultés du transport des prisonniers espagnols sur les côtes de France, etc. Cette assertion n’est pas exacte, et je suis chargé de vous dire aujourd’hui ce que je vous ai toujours dit, qu’une affaire d’argent n’arrêtera jamais la France, et qu’elle ne restera pas en arrière sur cette question, qui se décidera comme le décidera le gouvernement britannique. Mon langage a été constamment le même : mon gouvernement adhérera à tout ce que voudra le gouvernement anglais, pourvu qu’en conséquence des principes admis en 1780 l’échange soit en masse, et que tous les Français revoient leur patrie dans le même moment que les Anglais reverront la leur. Mais cela seulement est le sine qua non de la négociation, et l’a été dès le premier jour; tout le reste peut entrer en négociation et s’arranger. C’est pour la quatrième fois, Monsieur, que je vous répète ceci. »

Vous donnerez effectivement pour instruction à M. de Moustier que, pour conclure, il peut admettre que le transport des prison­niers, soit des Anglais à Douvres, soit des Espagnols partout ailleurs, aura lieu aux frais de la France, en même temps que les prisonniers français seront transportés à Calais aux frais de l’Angleterre.

Après cette note, si M. de Mackensie tient encore aux Hanovriens, M. de Moustier pourra aller jusqu’à proposer de descendre du nom­bre de 8,000 à celui de 6,000. Et si, après cette nouvelle conces­sion , M. de Mackensie continue toujours à demander ses passe­ports, M. de Moustier attendra encore cinq jours, et après lui dira verbalement qu’il n’a pas besoin de passeports, qu’il est maître de s’en aller, et que, la première fois qu’il a été question de sa demande de passeports, on en a été fort choqué à Paris, et qu’on a répondu que, puisqu’il était venu sans passeports, il pouvait s’en aller de même.

Mon intention est qu’entre la concession des frais de transport et celle sur le nombre des Hanovriens on laisse s’écouler cinq à six jours d’intervalle, et qu’entre cette explication et celle verbale sur les passeports on laisse encore s’écouler cinq à six autres jours. Qu’on ne prenne aucune mauvaise humeur contre le commissaire anglais ni qu’on ne le cajole point, mais qu’on reste en froid.

 

Fontainebleau, 12 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Caffarelli que la 1e brigade de sa division, dite division de réserve, arrive dès le 1er novembre, que la 2e et la 3e arrivent successivement du  1er au 10; que, comme le général Drouet ne saurait avoir trop de troupes, mon intention est qu’il fasse passer à Valladolid les deux premières demi-brigades qui sont aujourd’hui sous ses ordres. Il gardera les deux dernières, qui arrivent vers la moitié d’octobre, pour maintenir le pays jusqu’à ce que sa division soit arrivée ; mais il les fera partir aussi pour Valla­dolid dès que sa première brigade l’aura rejoint. Mandez-lui que je le laisse maître d’accélérer ou retarder de quelques jours le départ de ces corps, selon les circonstances et ce qui se sera passé en Portugal ; que les trois brigades de la division qu’il commande, avec la brigade de cavalerie du général Wattier, font une force de 10,000 hommes. Vous lui ferez connaître que j’attends beaucoup de fermeté de sa part pour faire cesser les dilapidations et qu’il y en a eu beaucoup.

Vous le chargerez de faire une enquête sur la conduite du général Avril à Bilbao et sur celle du général Barthélémy à Santander. Vous lui demanderez même de me faire connaître son opinion sur le géné­ral Thouvenot. Il doit prendre sur-le-champ toutes les mesures con­venables pour faire cesser toute espèce d’abus.

Vous lui ferez connaître confidentiellement que mon intention est de réunir la Biscaye à la France, et qu’il ne faut pas en parler, mais qu’il doit se conduire en conséquence. Faites la même confidence au général Reille sur la Navarre. Recommandez à ces deux généraux de faire arrêter les commandants de place qui dilapideraient, et de faire une enquête sur le passé pour connaître les abus qui ont eu lieu et faire rentrer les fonds qui auraient été perçus au profit des particuliers.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet d’instruc­tions du sieur de Nerciat. Je désirerais que cet agent se contentât de visiter la Syrie et l’Egypte; il portera son attention sur les différentes places de Saint-Jean-d’Acre, de Jaffa, de Rosette, d’Alexandrie et de la citadelle du Caire, et il étudiera bien la situation politique des différentes parties de la Syrie et de l’Egypte. Pour avoir des renseignements profitables, il a là de quoi s’occuper un an.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, demandez à mes consuls en Syrie et en Egypte des mémoires sur la situation des choses dans ces pays au 1er janvier 1811. Ils traiteront la question sous le rapport politi­que, militaire et financier. Au 1er juillet prochain ils rafraîchiront ces renseignements, au 1er janvier 1812 de même, afin que je trouve toutes les notions dont j’aurai besoin dans ces mémoires, qu’on tiendra en ordre et qu’on reliera aux Relations extérieures.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai accordé le retour en Angleterre de M. Palmer. Répondez à M. Canning que, lorsque j’ai été instruit de la recommandation qu’il vous a adressée en faveur de cet individu, j’ai ordonné qu’on y eût égard et qu’on fît ce qui était agréable à ce ministre.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il faut ordonner au duc de Vicence d’insister fortement pour la confiscation de tous les bâtiments porteurs de marchandises coloniales. Sous quelque prétexte qu’ils se couvrent, quelque chose qu’ils fassent, ce sont des Anglais. Si l’empereur renou­velle ses ordres et y met un peu de vigueur, il en aura pour plus de 40 millions et produira une forte secousse en Angleterre. Déjà le commerce, qui, il y a six mois, voulait la guerre, demande à grands cris la paix.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre du général Rapp. Je désire que vous confériez avec M. Kourakine; que vous lui fassiez connaître que beaucoup de bâtiments chargés pour le compte de l’Angleterre se sont dirigés sur les ports de la Russie, et que, si l’empereur les confisque, il fera une chose très utile à la cause du continent et très nuisible à l’Angleterre. Je souhaite même que M. Kourakine envoie un courrier à cet effet. Parlez-lui de la triste situation où se trouve l’Angleterre, et faites-lui voir qu’elle sera forcée de demander la paix si la Russie ne lui ouvre ses ports.

Vous enverrez aussi un courrier pour cet objet au duc de Vicence, et vous me mettrez demain sous les yeux la lettre que vous aurez rédigée. Vous lui ferez connaître qu’il lui sera envoyé incessamment un second courrier pour tout ce qui est relatif aux affaires de Morlaix.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, témoignez mon mécontentement au roi de Naples sur son ordre du jour où il fait connaître que l’expédition sur la Sicile est ajournée. Il dit que mon but est rempli. Écrivez-lui qu’il a tort de parler ainsi de mes projets sans mon autorisation ; que mon but était de faire une expédition contre la Sicile; comme la Sicile n’a pas été conquise, le but n’a pas été atteint; que je trouve fort extraordinaire qu’il ait ainsi parlé de moi d’une manière inexacte; que cela peut avoir l’inconvénient de faire supposer que je n’ai pas toujours pour but de réussir; que, toutefois, il ne devait pas parler de moi sans y être autorisé ; que je le prie d’agir désormais avec plus de circonspection ; que je suis surpris que, contrariant mes ordres , il ait dissous son rassemblement de Reggio, lorsque mon intention était de tenir sur ce point l’armée anglaise en échec tout l’hiver; que maintenant, d’après cet ordre du jour, les Anglais vont se porter sur Corfou , en Espagne, et augmenter leurs forces à Cadix, tandis que l’armée que j’ai dans le royaume de Naples ne va plus servir à rien; que le Roi pouvait bien retourner à Naples, mais en disant qu’il allait revenir et en laissant toutes ses forces sur l’offensive à Reggio; que je ne conçois pas que, sans mon ordre, il ait ainsi renoncé à l’expédition; que j’entends que le général Grenier, avec toutes mes troupes et les moyens de passage suffisants, reste à Reggio pour continuer de menacer la Sicile.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J’ai 12 bataillons d’équipages militaires formant 4,500 hommes, 7,600 chevaux et 1,700 voitures. Le 1er provisoire sera définitivement constitué et prendra le numéro 13. Mon intention est que de ces 13 bataillons il y en ait 2 à l’armée de Portugal, 5 à l’armée d’Espagne, 1 en Italie et 5 en France, avec leurs caissons, leurs chevaux et les hommes, et prêts à entrer en campagne à raison de 4 compagnies par bataillon. Les bataillons qui sont en Espagne resteront organisés à 3 compagnies; ceux destinés à l’armée d’Allemagne seront organisés à 4 compagnies. J’aurai donc pour l’armée d’Allemagne 700 voitures; ce qui est le moins qu’on puisse y avoir.

Je vois que le 9e bataillon attaché en Italie est à Plaisance; il n’a que 122 voitures au lieu de 144. Le 12e est à Strasbourg; il faut faire revenir le cadre de la compagnie qui est en Espagne. Le 2e est en Catalogne; il faut le faire revenir à Toulouse.

L’armée d’Espagne se divisant aujourd’hui en armées de Portugal, d’Andalousie, d’Aragon et de Catalogue, ces quatre armées ont seules besoin d’équipages militaires. Peut-être pour l’armée du centre à Madrid les Espagnols pourront y pourvoir. Pour Valladolid, Burgos, la Navarre, ces pays-là n’en ont pas besoin. Faites-moi un rapport sur ces propositions.

Vous pouvez toujours donner des ordres pour que la 4e compagnie du 12e bataillon soit reformée et pour faire revenir le 2e bataillon à Carcassonne ou à Toulouse. Considérez ces deux bataillons comme destinés à l’armée d’Allemagne.

Faites revenir le personnel du 7e bataillon. Il restera encore le personnel de deux bataillons à faire revenir d’Espagne.

Quant au 9e bataillon, il est nécessaire en Italie. Vous compléterez avec les dépôts de Commercy et de Pau le 2e, le 7e et le 12e bataillon.

Aucun de ces moyens n’est pressé. Il me suffit que les bataillons existent dans l’intérieur de la France en bon état. Le ministre de la guerre a du vous écrire. Cela tient au système de préparer une armée de 200,000 hommes pour l’Allemagne.

Il semble que le personnel du 6e bataillon, qui paraît n’avoir que très peu de voitures, pourrait également revenir en France.

Au reste, comme je n’ai point de situation des équipages mili­taires, je ne puis pas donner d’ordres précis, car je ne regarde pas comme situation l’état que vous m’envoyez tous les mois. Tous les bataillons paraissent y être au complet, et les lieux où se trouve cha­cun ne sont pas indiqués. Faites-moi faire un état détaillé, si vous avez les matériaux.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

Au comte Defermon, intendant du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le Comte Defermon, je viens de lire votre rapport sur les mines d’Idria. D’abord je remarque entre le gouvernement des provinces illyriennes et mon domaine extraordinaire une affaire contentieuse qu’il faut finir. Les mines d’Idria doivent appartenir tout entières au domaine extraordinaire depuis la conquête jusqu’à la cession qui en a été faite, et aux Trois Toisons depuis l’époque de cette cession. Le gouvernement des provinces illyriennes n’a rien à y voir. Mon intention est donc que les 1,583 quintaux de mercure reçus par l’intendant des provinces illyriennes soient remis à la disposition du domaine extraordinaire, et qu’en retour vous remboursiez audit intendant la valeur des avances que le gouvernement des provinces, illyriennes a faites au service des mines. Comme ces provinces ont besoin d’argent, il faut leur en envoyer, sans perte de temps, aussitôt que le décret sera signé, et préparer d’avance vos ordonnances. Je suppose que vous avez encore beaucoup d’argent à Venise; en atten­dant, écrivez à l’intendant des provinces illyriennes que mon intention est qu’il ne mette pas de mercure en vente et que mon domaine extra­ordinaire soit possesseur du tout.

Quant aux achats de mercure à faire, non seulement je ne veux pas qu’on achète le mercure au delà de ce qu’il vaut à Paris, à Lon­dres, à Amsterdam, déduction faite des frais de transport, mais je désire même qu’on l’achète un peu au-dessous de ce prix, parce que je serai peut-être un an et plus sans m’en servir. Il serait absurde de faire cette acquisition suivant le tarif autrichien, qui est évalué en raison de la dépréciation du papier-monnaie. Je n’entends pas que mon domaine extraordinaire perde rien ; mais, au contraire, je désire qu’il fasse une bonne affaire ; il en fera une bonne, parce qu’il peut garder longtemps, et ce sera en même temps un bon service à rendre à la mine. Ainsi vous allez avoir 1,583 quintaux de mercure qui sont dans les magasins de Laybach et 1,232 quintaux qui sont dans les magasins de la mine à Trieste, total, 2,815 quintaux de mercure; plus 358 quin­taux de cinabre, 391 quintaux de vermillon, 60 quintaux de sublimé et  1 quintal de précipité rouge; ce qui, au prix de 134 florins, ferait pour le mercure 970,000 francs et pour les autres produits 160,000 francs; total,  1,130,000 francs qu’il faudra débourser. Sur ce payement de 1,130,000 francs,  vous aurez  à imputer, 1° 300,000 francs que vous avez avancés pour mettre le service des mines au courant ; je suppose que cette avance était réalisable sur-le-champ et que vous l’avez prise sur l’argent que le domaine extraor­dinaire a à Venise, car je tiens à ce que vous envoyiez des espèces et que les mines soient promptement tirées d’embarras; 2° la dette de la mine envers le gouvernement des provinces illyriennes. 3° Pour le surplus, vous en ferez recette, aux droits du domaine extraordinaire et de l’ordre des Trois Toisons d’or, dans la proportion qui revient à chacun; il reste à bien établir leur compte. Faites-moi connaître le jour où les Trois Toisons ont été propriétaires, ce qui revient au domaine extraordinaire pour le temps où il a été en possession, depuis le jour de l’entrée de mes troupes dans le pays, y compris ce qu’on a trouvé en magasin à cette époque, jusqu’au jour où les mines ont été cédées aux Trois Toisons d’or. Il me semble que l’ar­mée a occupé le pays dans le courant de mai  1809;  l’entrée en jouissance des Trois Toisons date du 1er janvier 1810; par conséquent, le domaine extraordinaire a été propriétaire pendant tout le second semestre de 1809, et l’ordre des Trois Toisons n’a droit que sur les produits de l’année courante. Mais, comme il est possible que pen­dant la guerre on n’ait pas travaillé, ce déficit, s’il existe, sera com­pensé par ce qui a été trouvé dans les magasins au moment de l’occu­pation du pays. C’est là-dessus que je désire avoir un rapport clair. Le projet de décret que vous m’avez présenté était susceptible, comme vous le voyez, de plusieurs modifications; j’en ai dicté une nouvelle rédaction, que je vous envoie pour que vous me la représentiez avec tout le travail.

Je ne me soucie pas d’avoir plusieurs millions de ces produits en dépôt à Trieste, où je ne trouve pas la même sûreté qu’à Venise; je préfère donc Venise pour rétablissement des magasins. Faites-moi connaître combien coûtera le transport de Trieste à Venise et le temps qu’il faudrait pour l’effectuer.

Quant à ce que vous dites que les mines ne rendront pas la somme de 500,000 francs pour laquelle elles entrent dans la dotation des Trois Toisons d’or, il faut réformer l’administration de ces mines. J’en­voie le comte Lauriston avec tout pouvoir pour y arrêter une nou­velle organisation, de concert avec MM. Daubenton et Séguier. A cet effet, je vous prie de voir le général Lauriston avant son départ et de le mettre au fait de cette opération. D’ailleurs, j’ai donné la mine aux Trois Toisons d’or; elle rendra ce qu’elle rendra.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Ancône

Mon Fils, je vous ai répondu par le télégraphe sur l’expédition projetée de Lissa. Je suppose que vous avez, réunies à Ancône, les frégates la Favorite, la Couronne, l’Uranie, la Bellone et la Caro­line, et les bricks le Mercure, l’Iéna, la Princesse-Auguste et la Charlotte, ce qui fait neuf bâtiments. Nul doute que ces neuf bâtiments doivent pouvoir attaquer non pas seulement trois, mais même quatre frégates anglaises; mais pour cela il faut qu’ils soient bien montés. Je pense que vous devez composer votre expédition de 60 hommes d’élite d’infanterie par frégate, ce qui fait 300 hommes pour les cinq frégates, de 25 hommes par brick, ce qui fait 400 hom­mes, qui, joints à 400 hommes de garnison, mettraient dans les mains du commandant de cette expédition 800 hommes à débarquer. Comme le capitaine Dubourdieu est entreprenant et ambitieux, il ne faut pas l’éperonner, il faut lui laisser la bride sur le cou. Je sup­pose qu’il a déjà fait des sorties avec ses frégates. Ne serait-il pas convenable qu’évitant les croisières anglaises il se rendit à Raguse et s’essayât d’abord à des croisières sur des points où les Anglais ne sont pas forts ? Mais on ne peut mieux faire que de donner carte blanche au capitaine, qui, connaissant ses équipages et le degré de confiance qu’il doit avoir en eux, a la conscience de ce qu’il peut.

 

Fontainebleau, 13 octobre 1810

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 28 septembre. Je ne fais pas de difficulté de renoncer aux contributions que doivent les pro­vinces à la droite de l’Inn, et j’ai donné ordre qu’elles vous fussent remises. Je suis bien aise de trouver cette occasion de faire une chose agréable à Votre Majesté.

 

Fontainebleau, 14 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je croyais l’officier du génie Boutin parti pour l’Egypte et la Syrie. Les détails ne me regardent pas. Qu’il se rende soit à Otrante, soit à Ancône, qu’il masque sa mission comme il l’entendra, mais qu’il la fasse. Qu’il passe tout l’hiver et une partie de l’été prochain eu Egypte et en Syrie, de manière à pou­voir ensuite rendre compte de la situation militaire et politique de ces pays. Recommandez-lui de voir la citadelle du Caire, celle d’Alexandrie, Damiette et Saint-Jean-d’Acre. Alep, Damas, Alexandrette sont compris dans sa mission. Levez tous les obstacles et ne m’en parlez plus.

 

Fontainebleau, 16 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve que vous mettiez à la disposition du roi de Saxe cin­quante pièces de canon en fer de différents calibres, avec leurs affûts, que vous retirerez de Stettin, pour armer les places du duché de Varsovie. Le roi de Saxe sera chargé des transports.

 

Fontainebleau, 16 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites-moi connaître combien de régi­ments les provinces illyriennes fournissaient à l’Autriche. Il me paraît convenable de disposer de tous les soldats qui se trouvent dans ces pays, pour en former des régiments à mon service, et de leur donner des officiers et sous-officiers des provinces de Carniole, de Goritz et de Laybach.

Il faudrait également tirer parti de l’Istrie et de la Dalmatie. Comme le royaume d’Italie a déjà un régiment dalmate, on pourrait le compléter aussi haut qu’il doit l’être, et former un nouveau corps du reste. On pourrait organiser trois régiments, dont l’un compren­drait les hommes des provinces de la Carniole et de Villach; un autre serait formé d’hommes de l’Istrie et du comté de Goritz ; le troisième serait fourni par la Croatie civile; on emploierait les hommes de la Croatie à recruter le régiment italien.

L’état-major d’un de ces régiments pourrait être placé à Gênes, un autre à Florence, et l’autre dans le Piémont; ils seraient là assez près et assez loin, et l’on ôterait à l’Autriche beaucoup de soldats. Faites-moi un rapport sur cet objet.

La population des provinces illyriennes étant de 1,500,000 âmes, elles doivent fournir 18,000 hommes. Il faut en ôter la Dalmatie, dont le recrutement est réservé au régiment dalmate, qui est à la solde du royaume d’Italie, sauf à prendre par la suite ce régiment à la solde de la France. Il faut en ôter la Croatie militaire. Il restera encore un million d’habitants qui doivent fournir un effectif de 12,000 hommes, avec lesquels on pourrait former trois ou quatre régiments. Il faudrait conserver la conscription, telle qu’elle était sous la maison d’Autriche, puisque ces peuples y sont accoutumés.

 

Palais de Fontainebleau, 16 octobre 1810

DÉCRET

Article Ier. — Il est accordé une pension viagère de 30,000 francs à Mme Hyacinthe Dominique de Bourbon, religieuse dans le couvent de Saint-Dominique, à Rome. Cette pension sera inscrite au trésor public, avec jouissance à compter du 22 juin 1810.

Art. 2. — Au moyen de la disposition ci-dessus, la Consulte cessera de faire payer à cette princesse la pension provisoire de 600 francs par mois accordée par notre décision du 8 avril 1810.

Art. 3. — Nos ministres des finances et du trésor public sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret, qui ne sera pas imprimé.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre qui me tombe dans les mains. Écrivez au sieur Otto pour le prémunir contre les faux bruits qu’elle contient. Faites parler dans le Moniteur des présents que j’ai fait faire à M. de Metternich à son départ de Paris, lesquels consistent, je crois, en pièces de tapisserie des Gobelins, etc.

Remettez-moi le plus tôt possible le premier projet de bulletins à envoyer à mes ministres à l’étranger pour leur faire connaître la vérité sur les fausses nouvelles qu’on répand des affaires d’Espagne et du prétendu mariage du prince espagnol Ferdinand avec une princesse d’Autriche.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mes ministres à Naples et en Westphalie pour leur faire connaître que je désirerais que ces cours ne prissent pas les mêmes titres militaires que la France. Je vois, par exemple, à Naples un colonel-général de la garde napoli­taine. En France, les colonels-généraux de la Garde sont des maré­chaux qui ont remporté plusieurs victoires et qui se sont fait un nom. Il y a quelque chose de choquant à voir le titre de colonel-général donné à un M. Lavauguyon, qui était capitaine en France il y a deux ans, ou à des officiers en Westphalie qui n’ont rien fait. C’est spécialement sur le titre de colonel-général que porte mon observation. Les rois de Naples et de Westphalie peuvent donner à leurs officiers les titres de généraux de la garde, de colonels de la garde, de capitaines de la garde, et autres titres qui ont été de tout temps en usage en Europe, mais non des titres de distinction créés en France et particuliers à l’armée française. Faites également connaître à mes ministres à Naples et en Westphalie qu’il ne doit pas être fait de maréchaux dans ces armées. Cette dernière observation est pour leur instruction, puisque ces souverains n’en ont pas nommé.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Adressez une circulaire à mes ministres dans les États de la Confé­dération du Rhin et en Suisse, où les denrées coloniales ont été séquestrées, pour leur recommander de faire la recherche de celles qui appartiennent à des négociants français, et de les diriger ensuite, sous plomb et avec acquit-à-caution, sur les entrepôts de Kehl, de Cassel et de Wesel.

Il ne faut pas comprendre dans ces dispositions les marchandises qui sont à Francfort, à Hambourg ou dans le Holstein, mais seule­ment celles qui ont été séquestrées dans les États de la Confédéra­tion. Parmi celles-ci se trouvent les marchandises dont l’admission a été autorisée par mon décret du 12 de ce mois. Ces marchandises entreront dans les entrepôts de la rive gauche; mais les autres atten­dront dans les entrepôts de la rive droite les ordres que je donnerai sur le rapport qui me sera fait par mon directeur général des douanes en conseil de commerce.

Au moyen de ces mesures, il n’y aura plus dans les États de la Confédération de marchandises coloniales appartenant à des Français; elles seront toutes dans les entrepôts de mes douanes jusqu’à ce que j’aie statué sur ce qui sera jugé convenable.

Comme je veux être favorable à la Suisse, j’admettrai en principe que toutes les denrées coloniales qui se trouvent en Suisse, séquestrées et appartenant à des étrangers, sont susceptibles d’entrer en France ou dans mon royaume d’Italie. Vous vous entendrez, à cet effet, avec mon directeur général des douanes; vous me présenterez l’état des quantités et des espèces de marchandises, des lieux où elles se trouvent, de l’endroit où il conviendra de les réunir, et vous ferez la distinction de celles qu’il serait convenable de faire entrer dans mon royaume d’Italie, au lieu de les admettre en France.

Vous pouvez assurer au landamman que le transit du coton du Levant sera autorisé pour la Suisse.

Enfin je désire que vous écriviez à mes ministres dans les Etats de la Confédération de vous faire connaître les quantités de denrées coloniales séquestrées, et n’appartenant point à des Français, qui resteront dans ces États, afin qu’on puisse prendre des mesures pour les y mettre en circulation et qu’elles s’y consomment.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous recevrez de la secrétairerie d’État un décret qui met un million à votre disposition pour les travaux des fortifications de l’Escaut. Mon intention est que le défaut d’argent ne retarde en rien des ouvrages aussi importants. Il faut que le fort Montebello, la batterie de Nolle, le fort Saint-Hilaire, les deux maga­sins à poudre et enfin tout ce qu’il sera possible de faire à Flessingue, soit terminé, et que la même activité soit donnée aux travaux de l’île de Cadzand et à ceux du fort Lillo. Quant à Anvers, je vous ai déjà fait connaître que mon projet est d’en faire une place de première force et un dépôt général pour tous les moyens d’artillerie de la Hol­lande. Anvers devient tous les jours plus important, et la réunion de la Hollande ajoute encore à l’intérêt que cette place a par elle-même. Il faut que les projets qui me seront remis pour les travaux de 1811 soient faits en conséquence. Mon intention est d’employer au moins quatre millions, l’année prochaine, aux seules fortifications des places de l’Escaut. Il faut qu’on continue les travaux tout l’hiver, autant que cela sera possible. Ordonnez qu’au Fort Impérial de l’île de Cadzand on presse, autant que possible, la construction des maga­sins à poudre et tous les travaux qui doivent assurer la défense de cette place si importante.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, lorsqu’il se trouve des moines parmi les prisonniers espagnols, il faut leur faire quitter l’habit de moines, à leur passage à la frontière, les faire habiller avec des capotes et les confondre avec les autres prisonniers.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Il faut ordonner qu’on donne gratis des passeports aux ouvriers de la partie montueuse de la Dora qui ont coutume, comme les Au­vergnats, d’émigrer en Italie pour travailler à la terre.

 

Fontainebleau, 17 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le bruit d’un prétendu mariage du prince Ferdinand avec une princesse d’Autriche s’accrédite beaucoup. Il est important que vous écriviez à tous les commandants des corps d’armée en Espagne pour les prévenir que ce bruit est un enfant de l’oisiveté de Paris et un bavardage qui occupe les Parisiens; qu’ils doivent rejeter avec indignation la seule idée d’un pas rétrograde; qu’il n’a jamais été question de rien de pareil.

 

Fontainebleau, 18 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il parait que toutes les opinions sont d’avoir un point intermédiaire entre Mayence et Wesel. La population de Cologne empêche qu’on n’occupe cette place. Alors quel est le point qu’on doit choisir ? Si l’ennemi dirige sa ligne d’opérations sur Coblentz, il se trouve arrêté par Luxembourg et avoir l’armée de Mayence sur son flanc gauche.

D’ailleurs on ne suppose pas que l’ennemi puisse chercher à pénétrer dans les provinces de l’intérieur de la France, mais seulement arriver à Bruxelles. Une ligne d’opérations qui partirait de Coblentz serait double en étendue de celle qui partirait de Düsseldorf. Si l’on suppose que l’ennemi prend Cassel, sa ligne d’opérations le conduit sur Bonn ou sur Cologne. L’ennemi partant de Bonn peut cheminer sur Liège, passer la Meuse et pénétrer dans la Belgique. Par ce moyen, il évite Juliers et Maastricht; mais ces deux places seront des points d’appui pour une armée qui menacera son flanc droit. Si Bonn est occupé et qu’alors l’ennemi se dirige sur Cologne, alors il est menacé sur son flanc droit par Juliers et Maastricht, et sur son flanc gauche par Bonn; le Rhin se trouve lui être intercepté. Cette opération parait tellement hasardeuse, qu’il serait difficile de concevoir qu’un homme de sens pût la tenter. Il faut nécessairement prendre Bonn avant de marcher sur Liège, et, pour faire une opération raisonnable, il fau­drait s’emparer de Juliers et de Maëstricht.

Dans le projet du point intermédiaire à déterminer entre Wesel et Mayence, il ne faut pas songer à la ville de Cologne, vu son étendue et sa population. La question se réduit donc à savoir si les fortifica­tions doivent être à Bonn ou à l’embouchure de la Sieg. Il faut voir ces deux positions et les examiner avec soin sous leurs différents rapports. Que vaut l’enceinte actuelle de Bonn ? Est-il possible d’occu­per Bonn sans avoir des ouvrages sur les hauteurs de Poppelsdorf ? A quelle distance les remparts en sont-ils dominés ? Bonn ne sert à rien sans une tête de pont. Est-il possible d’avoir une tête de pont sans occuper le Finkenberg ? A quelle distance serait-elle dominée par cette hauteur ou par toute autre ? La partie de la place qui serait sur la rive gauche peut-elle être protégée par une inondation ? Il semble que le ruisseau de Rheindorf est assez considérable pour qu’on puisse en tirer parti. Il est évident que, si la place est sur la rive droite, il sera facile d’étendre une inondation autour de ses ouvrages. Quelle est l’importance de la petite rivière de la Sieg ? Enfin la com­paraison des deux projets.

Si l’on établissait deux ouvrages sur la rive droite, quel doit être le plus fort, celui à l’embouchure de la Sieg ou la tête de pont ? Les ouvrages sur la rive droite ne peuvent pas être de peu de valeur, à cause des hauteurs qu’il faut occuper, sans quoi Bonn perdrait son rôle offensif et serait à découvert. Il faut calculer la dépense des forts, savoir si on peut profiter des eaux de la Sieg pour obtenir une inondation, et déterminer l’espace de terrain qu’elle peut embrasser. On présume qu’il serait possible d’avoir un grand camp retranché sur la rive droite. Savoir s’il peut être protégé par les forts et couvert par l’inondation.

Ne pourrait-on pas avoir un fort à l’embouchure du ruisseau de Rheindorf, qui servirait en quelque sorte de réduit à ce camp retran­ché ? Ce fort pourrait être en terre, avec fossés pleins d’eau; et, au moyen du ruisseau, on pourrait peut-être l’entourer d’une inondation. Il faut voir les avantages que l’on peut retirer de cette localité et les balancer avec les inconvénients.

Ces différentes questions ont besoin d’être étudiées. Il faudrait sur­tout avoir les plans du terrain à 1,200 toises sur les deux rives, et y marquer les cotes de nivellement.

 

Fontainebleau, 18 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites demain un article pour mettre dans le Moniteur la prise de l’île de Bourbon et les mesures qui ont été faites à l’île de France pour recevoir l’ennemi 4)Moniteur du 20 octobre.

 

Fontainebleau, 18 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vois que le général Kellermann montre la plus grande insouciance, et que, loin de placer ses forces de manière à appuyer l’armée de Portugal, il tient ses troupes disséminées. Il me semble que j’ai compris la province d’Avila dans l’arrondissement de l’armée du centre. Écrivez de nouveau au général Drouet que j’atta­che la plus grande importance à avoir des nouvelles de l’armée de Portugal ; que le principe d’occuper tous les points est impossible à exécuter; qu’il faut se contenter d’occuper les points où sont les dépôts et les hôpitaux, et avoir ses troupes dans la main pour les porter où cela est nécessaire, et surtout sur les derrières de l’armée du Portugal.

 

Fontainebleau, 18 octobre 1810

Au général Mouton, comte de Lobau, aide de camp de l’Empereur, à Paris

Je vous renvoie le travail sur les régiments croates. Invitez à dînerles officiers de la députation croate. Prenez des renseignements pour connaître ces régiments de manière à pouvoir répondre à toutes mes questions.

Combien de bataillons faudrait-il pour compléter les 3e et 4e bataillons ? Sont-ils habillés en temps de paix ? Quand on veut les com­pléter, comment prend-on l’habillement ? En temps de paix, combien coûtent-ils, indépendamment du territoire ? Combien faut-il débour­ser de la caisse du pays pour les régiments ? Seraient-ils contrariés si je voulais maintenir un bataillon de 6 compagnies, c’est-à-dire 500 ou 600 hommes pour être employés dans l’intérieur, ou à Naples, ou même en France ? Combien cela coûterait-il ? Comment se rem­placent les soldats et les officiers ? Comment sont divisées les terres ? Comment, quand un officier meurt, le nouvel officier prend-il les terres de l’officier mort ? Comment cela s’arrange-t-il avec la famille du mort ?

 

Fontainebleau, 19 octobre 1810

M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire que vous écriviez une note au ministre de Prusse et que vous lui demandiez d’envoyer sur-le-champ un courrier à sa cour. Vous lui ferez connaître que, par le traité de Tilsit, le roi de Prusse s’est engagé à proscrire dans ses États le commerce anglais ; que je n’ai évacué les côtes qu’à cette condition; que la Russie doit faire la même chose; que je suis per­suadé qu’elle le fera, mais que la question n’est pas celle-là; que le mal que font ces mesures à l’Angleterre est immense, si ces mesures sont prises sérieusement ; que la Prusse ne peut être consolidée que par la paix, et que la paix ne peut s’obtenir que par l’exécution rigou­reuse de notre système ; que je demande que le transit ne soit permis dans les États prussiens pour aucune marchandise anglaise ou colo­niale, aux trois barrières de la Vistule, de l’Oder et de l’Elbe; que toutes doivent être soumises aux droits; que, s’il en est autrement, j’entre en Prusse; que je n’ai pas d’autre moyen de faire la guerre à l’Angleterre; que celui-là est efficace, et que rien ne pourrait m’arrêter; que toute marchandise anglaise et coloniale doit être arrêtée sur la triple ligne, et qu’aucune ne doit passer sur les côtes.

Vous enverrez la même déclaration, par un courrier extraordi­naire, à mon chargé d’affaires, et vous lui prescrirez que, s’il n’ob­tient pas ce qu’il demande, il quitte Berlin. Vous lui ferez connaître que tous les bâtiments qui étaient dans la Baltique et qui n’ont pu entrer dans le Mecklenburg ont débarqué plus loin; qu’il faut que la Prusse les empêche de pénétrer dans ses États ; que, si le chargement des six cents bâtiments venant à entrer en Prusse n’est pas confisqué, j’enverrai les confisquer; que, s’ils sont en Russie et entrent en Prusse, j’y mettrai également opposition et les ferai saisir par mes troupes.

 

Fontainebleau, 19 octobre 1810

NOTE DICTÉE AU DUC DE BASSANO, MINISTRE SECRÉTAIRE D’ÉTAT

Ce projet ne dit rien. Les motifs d’une telle mesure, le but qu’on se propose, les besoins auxquels on veut satisfaire, ne ressortent point de sa rédaction.

Que veut-on ? Un refuge pour les anciens moines ? Mais il n’y a plus de moines en France; ils se sont amalgamés avec la société; c’est une chose finie. Veut-on rétablir des moines ? Les Musulmans, les Anglais, les États protestants n’ont pas de moines et n’en sentent pas le besoin.

Veut-on des maisons comme celle de la Trappe, où l’on ne rece­vrait pas de moines, mais des hommes qui, dégoûtés du monde, veulent finir leurs jours dans la vie contemplative ? Cette idée serait simple et le but évident. Mais ne voit-on pas à Paris un moine de la Trappe qui se mêle à toutes les coteries et qui fait de son état de moine un objet d’intrigues et de spéculations ? Les moines de la Thébaïde sont les seuls qui aient mené une vie véritablement contempla­tive. Les moines de l’Europe, au contraire, menaient une vie tellement active, qu’ils dominaient les nations chez lesquelles ils avaient été établis, et que, partout où ils n’ont pas cessé d’exister, ils les domi­nent encore.

On reconnaît cependant qu’il peut être de quelque utilité de réta­blir le couvent de la Trappe, mais on ne croit pas qu’il soit besoin d’en avoir d’autres. Le couvent de Sénart, par exemple, ne doit pas être rétabli. C’est un lieu assez singulièrement choisi pour vivre dans l’oubli du monde, qu’une maison située à quatre ou cinq lieues de la capitale. Sa Majesté n’est point allée à Sénart, mais elle est persua­dée que, si la chasse l’y conduisait, elle serait aussi désagréablement frappée qu’elle l’a été au Calvaire.

S’il faut faire un essai dans cette matière, on peut le faire à la Trappe. Les bulles existent et il n’y a point de difficultés. En formant cet établissement de manière qu’il puisse recevoir 200 personnes, il sera au maximum de ce que peuvent exiger les 40 millions d’hommes qui composent la population de l’Empire. Si l’expérience trompe ce calcul, on fera une seconde maison.

En résumé, les seuls besoins réels de la France, sous le rapport des maisons de retraite, sont ceux-ci :

1° Donner à des moines vieillis dans la vie commune le moyen de vivre en commun. Mais beaucoup de moines se sont établis en commun sans que le gouvernement le sache, et pour ceux de l’Italie française, on leur a conservé quatre maisons, en les supprimant.

2° Avoir des maisons de retraite de l’espèce de celle de Sainte-Périne, de Chaillot, où puissent vivre des vieillards qui ont conservé de très faibles ressources et qui n’ont plus de famille. Mais cela n’a rien de commun avec les couvents ; on n’a pas encore vu un homme de cinquante ans prendre la fantaisie de se faire moine. Si des vieil­lards ont de la fortune, ils se font servir chez eux et n’ont pas besoin d’un couvent pour vivre retirés du monde; s’ils n’en ont pas, et si on leur offre une retraite où le peu de ressources qui leur reste suffit cependant pour qu’ils vieillissent à l’abri du besoin, ils y chercherait une vie douce et n’y chercheront pas la vie contemplative. L’établis­sement d’une maison comme Sainte-Périne, bien établie, bien admi­nistrée, bien dotée, serait une fort belle chose ; il en existe de sem­blables dans toute l’Europe. Ce serait un hospice des vieillards.

3° Offrir un refuge dans la vie contemplative aux hommes qui veulent fuir la société, soit parce qu’elle leur est importune, soit parce qu’elle leur rappelle des fautes ou des pertes dont on ne se console point. La Trappe est l’établissement le plus favorable pour cet objet; le nom, le lieu, les souvenirs qui s’y rattachent, disent clairement ce qu’on veut faire.

Le premier article du projet de décret serait donc celui-ci : La maison de la Trappe est rétablie.

 

Fontainebleau, 19 octobre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

On m’assure que les ouvriers de Rotterdam et d’Amsterdam n’ont point de travail. Faites-moi connaître quelle espèce d’ouvriers c’est, et quels travaux on pourrait leur donner.

 

Fontainebleau, 20 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur la remise du pays de Hanovre. Présentez-moi un projet de note à re­mettre au ministre de Westphalie portant que, tant par les raisons qui sont contenues dans votre rapport que parce que la solde de mes troupes n’est pas payée, je déclare non avenu le traité, si avantageux pour la Westphalie, par lequel je lui donnais le Hanovre. Vous en­verrez la même explication à mon ministre à Cassel. Vous ajouterez que le roi pourra continuer d’administrer le pays de Hanovre, mais que je ne me tiens pas pour engagé.

 

Fontainebleau, 20 octobre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore , je réponds à votre lettre du 11 octo­bre, que je vous renvoie. Vous avez vu dans ma lettre au roi de Saxe ce que j’ai répondu à ce prince. Causez avec le ministre de Saxe. Faites-lui connaître que cette négociation avec la Prusse est déplora­ble. D’abord, comment mettre en relation les sujets du grand-duché avec la Prusse ? C’est ouvrir une source interminable de discussions et de chicanes qui peut avoir de fâcheux effets. 2° Comment espérer que la Prusse, qui est si obérée, puisse payer ? 3° Qu’a-t-on besoin de la Prusse pour se faire payer de ses sujets ? Mais, dit-on, depuis deux ans ou n’a touché que deux millions. C’est qu’il n’y a aucune législation. Que le roi de Saxe fasse une loi qui porte que, la Prusse ayant cédé sans réserve le duché de Varsovie à la Saxe par le traité de Tilsit, et déclaré, par le même traité et spécialement par celui d’Erfurt, les créances qu’elle avait sur le duché acquises à la France, et la France les ayant cédées à la Saxe pour qu’elle en fût payée, il ordonne à tous individus débiteurs de se faire inscrire pour payer, en fixant des modes et des termes raisonnables de payement; qu’il leur défende de payer à la Prusse sous peine de payer deux fois, et prenne des inscriptions sur les biens de ceux qui doivent. Par ce moyen la Saxe sera payée sans qu’elle ait besoin de la Prusse, et d’une manière naturelle. Si la Prusse alors proteste par des actes, c’est une question à porter au jugement du Protecteur. Il faut pren­dre la question de très-haut. Écrivez dans ce sens au ministre de Saxe et au sieur Bourgoing ; et, après cela, vous laisserez la Saxe maîtresse de faire ce qu’elle veut.

 

Fontainebleau, 20 octobre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, on se plaint à Bayonne du manque de sous, d’abord parce que le cuivre est très-cher, et parce qu’on en envoie une grande quantité en Espagne, surtout du côté de la Na­varre. Donnez ordre que des départements de l’Adour et de la Garonne on envoie à Bayonne deux ou trois millions de sous.

 

Fontainebleau, 22 octobre 1810

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, gouverneur général des Provinces illyriennes, à Laybach

La marine se plaint que les batteries qui défendent la belle rade de Raguse ne sont pas armées. On désirerait que l’île Dazza eût un bon fort qui la mît à l’abri d’un coup de main, afin que, si des vaisseaux de guerre arrivaient dans cette rade, l’ennemi ne pût point forcer ce point important et brûler nos vaisseaux. Je ne puis trop vous recom­mander de tenir armées les hauteurs de Raguse, et l’artillerie de cette place en bon état.

 

Fontainebleau, 23 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Faites-moi un rapport sur le capitaine du Janus, brick impérial qui est à Gênes. Ce capitaine ne couche pas à bord ; ce qui a donné lieu à l’équipage de déserter. On l’a mis aux arrêts, mais cette peine n’est pas suffisante. Les autres officiers de ce brick couchent égale­ment en ville. En général, les officiers des bricks en station dans mes ports couchent en ville. Faites un ordre du jour, et renouvelez les lois contre un pareil abus.

 

Fontainebleau, 23 octobre 1810

NOTE DICTÉE AU COMTE DARU, INTENDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DE L’EMPEREUR, A PARIS

Le domaine privé de l’Empereur consiste dans le trésor qui est aux Tuileries ; dans ce qui reste en caisse à la liste civile d’Italie, soit en créances, soit en caisse; dans le portefeuille de réserve qui m’appar­tient entièrement, entre les mains de M. Estève; dans 15,000 francs de rente sur le grand-livre.

M. Daru peut ignorer encore quelque temps ce qui est relatif au portefeuille de réserve et au trésor, parce que, cet hiver, je lui remettrai cela moi-même. L’autre copie est entre les mains de M. Es­tève. Je lui remettrai également la clef de mon trésor; il m’en fera souvenir cet hiver.

Pour l’Italie, c’est une autre affaire; je désire que M. Daru s’in­struise de tout cela.

Prendre les comptes depuis la formation de la liste civile d’Italie. J’ai acheté une maison Caprara et une autre. J’ai prêté 300,000 fr. à Aldini.

En écrivant à l’intendant de la liste civile d’Italie, M. Daru lui fera comprendre que les économies depuis le commencement sont au do­maine privé. Ainsi que le mobilier, le budget de caisse fixé… (lacunes dans le texte)

Je suis bien aise que, sous ce prétexte, M. Daru suive l’adminis­tration de mon domaine d’Italie, afin que tout ce qui s’économise m’appartienne.

J’ai ordonné qu’on efface sur le budget de M. Estève deux millions que me devait Naples. J’ai les … (lacunes dans le texte)

Ainsi, comme intendant de mon domaine privé, passer le contrat de M. Aldini devant mon notaire. J’ai fait payer 300,000 francs.

Comme M. Daru va être possesseur de tout ce que j’ai au trésor d’Italie, il me proposera de faire là-dessus le payement de 500,000 fr.

Il n’y aura plus que les biens.

Je ne suppose pas qu’Aldini veuille des inscriptions sur le Monte Napoleone.

 

Fontainebleau, 23 octobre 1810

A Alexandre Ier, Empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, Votre Majesté Impériale m’a envoyé de si beaux chevaux que je ne veux pas tarder à lui en faire mes remerciements.

Les Anglais souffrent beaucoup de la réunion de la Hollande et de l’occupation que j’ai fait faire des ports du Mecklenburg et de la Prusse. Il y a toutes les semaines des banqueroutes à Londres qui portent la confusion dans la Cité. Les manufactures sont sans travail ; les magasins sont engorgés. Je viens de faire saisir à Francfort et en Suisse d’immenses quantités de marchandises anglaises et coloniales. Six cents bâtiments marchands anglais qui erraient dans la Baltique ont été refusés dans le Mecklenburg, en Prusse, et se sont dirigés vers les États de Votre Majesté. Si elle les admet, la guerre dure en­core; si elle les séquestre et confisque leur chargement, soit qu’ils soient encore dans ses ports, soit que même les marchandises soient débarquées, le contrecoup qui frappera l’Angleterre sera terrible; toutes ces marchandises sont pour le compte des Anglais. Il dépend de Votre Majesté d’avoir la paix ou de faire durer la guerre. La paix est et doit être son désir. Votre Majesté est certaine que nous y arri­vons si elle confisque ces six cents bâtiments ou leur chargement. Quelques papiers qu’ils aient, sous quelques noms qu’ils se masquent, français, allemands, espagnols, danois, russes, suédois, Votre Majesté peut être sûre que ce sont des Anglais.

Le comte Czernitchef, qui retourne près de Votre Majesté, s’est fort bien conduit ici.

Il ne me reste qu’à prier Votre Majesté de compter toujours sur mes sentiments inaltérables, qui sont à l’abri du temps et de tout événement.

 

Fontainebleau, 24 octobre 1810

NOTE DICTÉE AU MINISTRE DES FINANCES.

Il y a quelque chose à faire sur les monnaies. Il y a des alarmes en Piémont, dans la Belgique et dans la Hollande. On prétend qu’on y éprouvera une perte de 40 pour 100, et cela influe sur le prix des grains. Il faut proposer des mesures pour rassurer à cet égard. Il n’y aurait peut-être pas d’inconvénient à faire entrevoir que les mesures qu’on a prises ont eu pour principal objet de faire disparaître des signes qui rappelaient l’ancienne dynastie ; ce qui rassurerait sur les pièces qui ne sont pas dans ce cas..

Quant aux écus de 6 francs, il faut les faire disparaître.

Sa Majesté désire qu’on lui propose un projet de décret pour ordonner que la Monnaie de Paris et plusieurs autres Monnaies changent les pièces de 6 francs contre des pièces de 5 francs. Quelle perte cela occasionnerait-il ?

 

Fontainebleau, 24 octobre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je donne ordre que le million que le trésor public a avancé au prince de Ponte-Corvo vous soit remboursé par le Domaine extraordinaire, afin de terminer cette affaire.

Je désirerais que dans la balance du trésor, que vous me présen­terez au 1er janvier, vous portiez comme reçus les 2 millions qui sont dus pour 1800, les 1,900,000 francs dus pour 1807, et les 1,100,000 francs de réserve sur ces deux exercices, le tout formant 5 millions, provenant de l’extraordinaire des douanes, en affectant pour cela une des recettes faites. Je désirerais également que, pour le 1er janvier, l’affaire des 14 millions que doit verser le Domaine pour les 14 millions de domaines fut terminée, afin que cela fût porté comme reçu pour 1808. Pour 1809, je désirerais que les 25 millions provenant de l’extraordinaire des douanes fussent portés comme reçus, en y affectant les 25 millions qui seront rentrés. Je ne com­prends pas trop comment, à l’état n° 17 de la balance du trésor au 20 octobre, après avoir porté comme reçu le produit de l’extraordi­naire des douanes, vous ôtez 16 millions comme restant à Amster­dam. Je désirerais que, au 1er janvier, les 6 millions provenant du département des Bouches-du-Rhin fussent reçus à Paris ; je ne vois rien de reçu de ce département dans votre livret d’octobre.

Il me parait que je n’ai affecté sur l’extraordinaire des douanes que 76 millions, savoir : 5 millions pour 1806 et 1807, 12 millions pour 1808, 25 millions pour 1809 et 34 millions pour 1810; total, 76 millions. Or, comme tout porte à penser que j’aurai 100 millions, je crois qu’il sera convenable d’employer cet excédant de 24 à 30 rail­lions à couvrir les non-valeurs qui existent au trésor, et qui ne seront, à ce qu’il me parait, recouvrées que par l’Espagne. On porterait cela comme sommes à recouvrer pour avances faites à l’Espagne ; car les avances faites à l’Espagne ont été mises en dépense, et il n’y a eu aucune recette pour les couvrir; ces 24 ou 30 millions en serviraient.

 

Fontainebleau, 24 octobre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les deux frégates la Favorite et la Couronne, qui sont à Ancône, sont matées avec des mâts du pays, même des mâts de hune. Écrivez aux capitaines qui les commandent de vous envoyer leurs observations sur la bonté et la force de ces mats. Il faudrait, après, connaître la comparaison de ces mâts avec ceux de Corse. On croit que ceux de Corse sont aussi bons ou meilleurs que ceux de l’Istrie.

Le vice-roi me mande que l’Uranie a perdu ses qualités. Il faut donner l’ordre de la faire rester à Venise, et qu’on fasse connaître s’il convient de la radouber ou de l’abandonner. Une frégate qui ne marche plus n’est plus bonne à rien.

 

Fontainebleau, 24octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je ne puis voir qu’avec indignation, dans l’état des bataillons du train des équipages militaires, que le sieur Miot, attaché au roi d’Espagne, a un caisson du 1er bataillon des équipages mili­taires. Donnez des ordres positifs pour qu’il remette ce caisson au bataillon, et condamnez-le à payer une amende pour le loyer de ce caisson, pour les réparations et pour l’entretien des chevaux. Faites également rendre celui qui est à la suite des grenadiers de la garde royale, qui peuvent bien se procurer des caissons. Je vois également qu’au 7e bataillon deux généraux ont des caissons, ainsi que le sieur Percy, chirurgien en chef de l’armée. Donnez des ordres pour que ces caissons rentrent au bataillon.

 

Fontainebleau, 25 octobre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, répondez à la lettre ci-jointe du duc de Dalmatie, que j’ai été surpris de son contenu ; que je lui ai ordonné positive­ment de laisser subsister l’administration espagnole et d’avoir pour le Roi les mêmes égards qu’avant que je l’eusse chargé des opérations militaires, de la police du pays, et de veiller à ce que les ressources du pays soient appliquées aux besoins de l’armée ; que c’est une très grande faute de s’éloigner de ce principe et de travailler ainsi à indisposer le pays ; que j’ai déjà vu , il y a quinze jours, une de ses lettres qui m’avait étonné; que, en le nommant commandant en chef de mon armée, je n’ai entendu rien changer à l’administration civile du royaume d’Espagne; qu’il peut remettre le vif-argent et autres pro­duits des mines aux agents du Roi, en s’assurant qu’ils en feront un bon usage. Ecrivez dans ce sens au Roi.

 

Fontainebleau, 25 octobre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Faites connaître aux préfets que mon intention est que personne ne loge aux différents hôtels de ville, ni les maires, ni les officiers muni­cipaux, ni les préfets; que les hôtels de ville doivent être destinés à la tenue des bureaux, de la salle du conseil et pour tous les besoins publics, mais il ne doit y avoir aucun logement particulier.

 

Fontainebleau, 25 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Ancône

Mon Fils, il parait qu’à Rieti, ville des Légations, il y a beaucoup de graines de pastel ; on désire en avoir une grande quantité, parce qu’on a trouvé le moyen d’extraire du pastel une fécule qui est de l’indigo. Répandez dans le pays la brochure ci-jointe ; encouragez cette manipulation, et faites-moi connaître combien on pourrait se procurer de ces graines.

 

Fontainebleau, 25 octobre 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Toutes les troupes que les Anglais avaient destinées à la Sicile viennent d’être envoyées en Portugal, aussitôt qu’on a connu l’ordre du jour que vous venez de faire paraître. Si vous vouliez revenir à Naples, qui vous obligeait de déclarer que vous mettiez fin à l’expé­dition ? Je vous avais fait connaître que mon intention était que mes troupes restassent en position de menacer la Sicile jusqu’au 1er janvier; mais vous agissez sans aucune espèce de prudence.

 

Fontainebleau, 26 octobre 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Rendez-moi compte des malades que j’ai à Cadzand et à Flessingue et à bord de l’escadre, afin que je puisse faire une comparaison et voir si elle donnera pour résultat qu’il convient d’arrêter que désor­mais, du 15 août au 15 novembre, les garnisons de Cadzand et de Flessingue seront mises à bord des vaisseaux ou à bord de grosses flûtes ou de tous autres bâtiments tenant la mer. Il paraît que l’es­cadre n’a point de malades. 2,000 hommes peuvent suffire à Fles­singue; ce serait donc 200 hommes par vaisseau. Si, au lieu de vaisseaux, on avait de grosses prames, on pourrait y loger ces hommes. Conférez avec la marine sur le nombre des bâtiments qu’on pourrait avoir pour cet objet.

Il y a au bataillon colonial à Flessingue 60 hommes nus. Donnez ordre qu’on leur envoie sur-le-champ des habits.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 21, relatif à l’école militaire de la Flèche. Il est ridicule, et je n’entends pas que les élèves me coûtent plus de 6 à 700 francs ; c’est à vous à faite les réformes nécessaires. Il ne doit y avoir que le nombre de professeurs et de quartiers-maîtres nécessaire. 1,100 francs pour une école comme celle de la Flèche est une pension exorbitante ; c’est un signe que l’école est mal adminis­trée ou du moins que la dépense est hors de proportion avec réta­blissement. Voilà comme on ne peut rien confier aux officiers mili­taires. Il n’y a pas de lycée qui me coûte plus de 600 francs. Prenez donc des mesures pour que cela soit réglé ainsi.

Quant aux Croates, le nombre de 200 est considérable. Demandez des renseignements afin que les 100 qui appartiennent aux gens les moins aisés je puisse les mettre à Châlons. Ils ne coûteront que 400 francs et ils apprendront des métiers ; ce qui est une chose fort utile en Croatie. Ainsi les fils de colonels, lieutenants-colonels, capitaines, jusqu’à concurrence de moins de 100, peuvent être élevés à Saint-Cyr ou à la Flèche ; les fils des lieutenants et sous-lieutenants, en nombre nécessaire pour compléter 100, seront mis à la Flèche; les 100 appartenant aux moins riches, on les enverra à Châlons. Si les 200 appartiennent à des gens considérables, et tels qu’ils ne puissent pas apprendre des métiers, vous m’en rendrez compte.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mon Cousin, demandez aux ministres d’Espagne à Paris des notes précises sur les abus qu’ils reprochent au général Kellermann. Mandez à ce général que je vois avec surprise qu’il se soit attribué des sommes qui ne lui étaient pas dues ; qu’il a pris 16,000 francs par mois, traitement qu’on ne fait pas même à un maréchal comman­dant une armée; et qu’il est probable que le trésor public ne regar­dera pas cette somme comme légalement reçue.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous envoie une note sur l’arrondissement de Pont-1’Évêque, département du Calvados. Témoignez mon mécontentement au préfet du mauvais état de cette partie de son département. Donnez-lui l’ordre de parcourir le département et de mettre ordre à ces abus. Faites-moi connaître quel est le sous-préfet de cet arrondissement.

 

Fontainebleau, 27 octobre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Ancône

Mon Fils, le 2e bataillon du 2e régiment d’infanterie de ligne italien est prisonnier de guerre. Il faut le reformer et ne porter ce qui est prisonnier de guerre que pour mémoire, et à la suite. Il est néces­saire que vous ayez dans le royaume deux escadrons du régiment Napoléon, et deux escadrons du régiment des chasseurs royaux. Par ce moyen vous auriez en Italie deux escadrons des chasseurs royaux, quatre escadrons du régiment du Prince-Royal, quatre escadrons du régiment de la Reine, deux escadrons des dragons Napoléon; lesquels, complétés à 200 chevaux, doivent faire 2,400 chevaux. Je vois avec peine que vos régiments de cavalerie ont fort peu de che­vaux. Il est indispensable de porter les régiments à 900 hommes et à 800 chevaux, et ceux qui n’auront que deux escadrons dans le royaume à 450 hommes et 400 chevaux. Vous savez combien il est difficile de faire arriver des chevaux en Italie. Ces régiments de cava­lerie ainsi complétés, avec les deux régiments de chasseurs dont j’ai ordonné la formation, et qu’il faudra porter à 800 chevaux chacun, feront 4,000 chevaux pour le royaume d’Italie : il ne peut pas y avoir moins. Ainsi je compte que, moyennant les conscrits que vous allez lever, vous aurez, au mois de mai, en état d’entrer en cam­pagne, trente bataillons d’infanterie légère et de ligne existant en Italie, sans y comprendre ceux qui sont en Espagne et à Corfou. Ces trente bataillons pourraient former trois belles divisions, chacune de 8,000 hommes. Je compte que vous aurez en outre dix 5e batail­lons formant 5,000 hommes, pour la garnison de Palma, de Venise, d’Ancône, etc., et pour renforcer l’armée; 2° que vous aurez douze escadrons de chasseurs et de dragons des anciens régiments, formant 2,400 chevaux, et un régiment des deux nouvellement formés, fort de 800 hommes; 3° que chaque régiment de ligne italien aura sa compagnie de canonniers et ses caissons, conformément à ce que j’ai établi en Allemagne; 4° que vous aurez le matériel nécessaire pour atteler soixante et douze pièces de canon avec le personnel; ce qui, avec les vingt pièces de régiment, à raison de deux par régiment, ferait quatre-vingt-douze pièces de canon, 5° que vous aurez vos sapeurs, vos pontonniers, votre bataillon du train des équipages militaires, de sorte qu’en deux mois de temps vous ayez acheté les chevaux nécessaires pour remonter l’artillerie et le train, et les mettre en état d’entrer en campagne. Alors les troupes italiennes formeraient un très beau corps d’armée, de près de 30,000 hommes sous les armes, sans compter les bataillons de garnison. En formant deux corps français de même force et de même nature, l’armée d’Italie se trouverait portée à 90,000 hommes, dont 72,000 d’infanterie, 10,000 de cavalerie et 8,000 d’artillerie, sapeurs, pontonniers, etc.

Je vous avais écrit pour des camps, vous ne m’avez pas encore répondu; cependant voilà la saison qui se passe.

Je trouve que 12,000 hommes que vous levez pour la conscrip­tion sont trop peu. La conscription doit être calculée à raison de 3,000 hommes par million d’habitants. Je l’ai en conséquence portée à 15,000 hommes pour cette année, afin de la porter l’année pro­chaine à 18,000 hommes.

Faites-moi un rapport sur votre cavalerie et soignez-la; elle me parait bien bas.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’ai lu avec attention vos notes sur les traites émises par le caissier général du trésor public pour le service des colonies, et je vois qu’il y aura à économiser sur ce service envi­ron 2,500,000 francs. Il est nécessaire de lier cette affaire, ainsi que celle du million d’argent resté en Amérique, avec le crédit des colonies pour les exercices 1808, 1809 et 1810. Faites-moi connaître combien il a été accordé de crédits aux colonies, combien il y en a de payés, en quelle monnaie ont été faits les différents paye­ments, ce que ces payements ont fait rentrer au trésor, et enfin ce qui reste à payer. Faites venir, s’il est nécessaire, le chef du bureau des fonds du ministère de la marine, afin qu’il vous donne des éclair­cissements sur tout le service des fonds des colonies depuis 1808 jusques et y compris 1809 et 1810.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Les administrateurs du théâtre Saint-Martin font courir le bruit faux que j’ai été à leur théâtre, et en conséquence ils ont décoré une loge pour moi. Faites-la ôter. Je trouve également mauvais qu’on y donne des pièces qui font allusion à ma personne. Cela est inconve­nant et indécent.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au comte Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Il m’est revenu que l’assemblée des actionnaires du canal du Loing n’était pas contente du directeur. Mon intention est que vous fassiez connaître, lorsque la circonstance s’en présentera, que cette place est absolument à la nomination de l’assemblée, et que, toutes les fois qu’elle croira ses affaires mieux gérées ou plus économiquement par tout autre administrateur, elle est fort la maîtresse d’en changer.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Fontainebleau

Mon Cousin, je désire que vous fassiez reconnaître une route de Wesel à Hambourg, qui sera la route de votre armée pour commu­niquer avec la France, de sorte que le reste de l’Allemagne ne soit plus inquiété, ne s’aperçoive d’aucun de vos mouvements, et que tout se fasse par cette route.

 

Fontainebleau, 28 octobre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 octobre, par laquelle j’ap­prends que le logement du directeur des douanes coûte 6,000 francs à la ville d’Amsterdam ; vous ajoutez que je puis juger par là ce que les logements de l’état-major doivent lui coûter. Je ne puis que vous témoigner mon extrême mécontentement à cet égard. Je ne vous ai pas revêtu d’une autorité extraordinaire pour tolérer, ainsi que vous l’avez fait jusqu’à ce jour, de pareils abus. Veuillez donner des ordres précis pour que, sous quelque prétexte que ce soit, le logement des généraux, officiers et employés français ne coûte rien à la ville d’Amsterdam. S’il me vient des plaintes, je ne pourrai m’en prendre qu’à vous. Il est convenable que l’agence des douanes rembourse à la ville les frais de son logement. En un mot, la ville d’Amsterdam ne doit pas plus payer les logements que la ville de Paris.

 

Fontainebleau, 31 octobre 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Votre travail sur les journaux français que vous m’avez mis sous les yeux n’est pas complet et ne me permet de rien statuer. Vous ne me faites pas connaître, 1° à qui appartiennent les 12 douzièmes du Journal de l’Empire, à qui appartiennent les différentes parts du Publiciste et de la Gazette de France, du Journal de Paris et autres journaux; 2° le bilan de chaque journal pour 1806, 1807, 1808, 1809 et 1810, en recette et en dépense, et le partage des profits. Ces renseignements me sont nécessaires pour connaître la valeur de chaque journal. Aussitôt que j’aurai ce travail et des notes qui me fassent connaître les individus, je prendrai une mesure générale qui puisse consolider la propriété, la mettre dans des mains sûres, et enfin donner à l’administration politique du journal une influence qui la garantisse.

Quant au Mercure, je ne veux pas dépenser 48,000 francs pour ce journal. Ce serait la même chose que de prendre 1,000 abonne­ments. Faites-moi connaître à qui il appartient, qui l’administre et comment il est administré, car l’administration pour les frais d’im­pression, du papier et autres détails, est un objet très considérable. Alors seulement il sera possible d’encourager ce journal, non en payant des sommes fixes, mais en prenant des abonnements. Aussitôt que j’aurai ces renseignements, je donnerai des ordres pour le Mercure, auquel il est facile de donner beaucoup d’utilité et de vogue, et dont on peut tirer un grand profit, en ce que, ne s’imprimant qu’une fois la semaine, il peut donner un résumé des nouvelles de la semaine, un extrait des journaux anglais qui arrivent dans la semaine, les faux bruits de la semaine et leur réfutation; ce qui nécessairement lui donnerait beaucoup de vogue. Mais le défaut de ce journal me paraît être de ne pas avoir de plan. Le premier plan du Mercure doit être de tenir lieu dans les provinces éloignées de tous les autres journaux. Il faut donc qu’il donne un raccourci des nouvelles poli­tiques, d’administration et de guerre. Or cela n’existe pas, et un individu qui dans la province n’aurait que le Mercure ne saurait rien de ce qui se passe et de ce qui est à la connaissance de tout le monde. Deux ou trois chapitres importants, et à ajouter au Mercure, seraient : 1° un résumé des nouvelles politiques, militaires, admi­nistratives, contenues dans le Moniteur de la semaine; 2° un choix des différentes nouvelles connues par le Journal de l’Empire et la Gazette de France. II faudrait que ces chapitres fussent rédigés de manière à faire connaître les événements et les nouvelles de la semaine. En y joignant un détail des faux bruits que les Anglais sèment sur le continent, avec leur réfutation et une sorte d’esprit des journaux anglais, on formerait un troisième chapitre très piquant. Un quatrième chapitre de politique, tel qu’il existe. Du moment que dans les provinces on serait assuré que le Mercure peut tenir lieu de tous les autres journaux et qu’on peut s’instruire avec le Mercure de tout ce qui se passe, on gagnerait un grand nombre d’abonnés.

Aujourd’hui que les journaux font des feuilletons et remplissent la moitié de leur feuille d’articles parlant de littérature, un journal qui ne parait qu’une fois la semaine ne peut entrer en concurrence, à moins qu’il ne profite de son avantage de présenter les nouvelles avec plus d’ensemble, de maturité et de sang-froid, de manière qu’elles arrivent à la fois, et la première chose du Mercure est un bon prospectus.

II faudrait qu’il y eût l’analyse du Moniteur, du Journal de l’Em­pire et peut-être de la Gazette de France, jour par jour, de sorte que ce fût la même chose pour la notice et les actes importants que si l’on avait lu ces journaux. Ainsi, par exemple, le Journal de l’Empire ne contient qu’une seule feuille, puisque le reste est l’analyse des œuvres de Massillon. Une partie de cette feuille est remplie par le feuilleton. En resserrant le style et en ôtant ce qui est inutile, on peut resserrer ce journal dans une seule feuille du Mercure. En agis­sant ainsi, tous ceux qui auraient le Mercure auraient le Journal et l’Empire en raccourci.


 

References   [ + ]

1. Note de la minute.
2. Note de la minute
3. Chargé de négocier avec l’Angleterre un cartel d’échange pour les prison­niers français
4. Moniteur du 20 octobre