Correspondance de Napoléon Ier – Novembre 1809

Fontainebleau, 1er novembre 1809.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vois dans votre correspondance que mes ministres à Stuttgart et à Cassel ont l’imprévoyance d’employer des estafettes, et que le sieur Reinhard assure gravement que ses cachets sont intacts. J’ai déjà défendu à mes ministres à l’étranger de se servir d’estafettes; réitérez-leur cet ordre, et tenez la main à ce qu’il soit observé. Les dépêches qui passent par les mains des Allemands sont violées, et mes secrets sont compromis. Faites bien connaître à mes ministres que, s’ils envoient des dépêches importantes par d’autres mains que par celles des Français, ils seront responsables de ce qui arriverait.

 

Fontainebleau, 2 novembre 1809.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’expédition de l’île de Walcheren me paraît si peu importante, que mon intention n’est pas de la faire moi-même; j’en charge le duc d’Istrie. Le roi de Hollande doit avoir dans le Sud-Beveland 16,000 Hollandais, ce qui fera 12,000 hommes présents. Il pourra y faire venir sa garde hollandaise, à marches forcées, au moment de l’expédition. Outre cela, le duc d’Istrie a 10 ou 12,000 hommes, indépendamment des gardes nationales qui serviront à défendre les communications. Il faut donc que, du 15 au 20 novembre, il ait 20,000 hommes présents sous les armes dans l’île de Walcheren, qu’il ait pris Middelburg, investi Flessingue, et qu’il ait des moyens pour une tête de pont. D’ici à ce temps, il placera ses troupes comme il l’entendra; mais vous lui ferez observer que, le pays étant malsain, il ne faut placer mes troupes qu’au dernier moment. Il tiendra conseil avec mes amiraux, avec l’amiral Ver Huell, le contre-amiral Lhermitte, commandant ma flottille, et avec les généraux qu’il emploiera dans cette expédition. Il me fera connaître avant le 10 novembre le plan qui aura été adopté. Vous trouverez ci-joint le plan qu’il m’a envoyé, que je ne comprends pas bien. Le chef de bataillon Decaux pourra rester jusqu’à ce que le plan soit adopté, afin qu’il puisse donner des explications. On m’assure que vous avez des plans meilleurs que les miens de l’île de Walcheren; le maréchal Marmont doit vous en avoir donné; envoyez-les-moi.

 

Fontainebleau, 2 novembre 1809.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au 8e corps, c’est-à-dire aux 1er, 5e et 6e régiments provisoires de dragons, au régiment de cavalerie du grand-duché de Berg, formant ensemble plus de 4,000 hommes, aux huit bataillons de la division Rivaud, au régiment d’infanterie du grand-duché de Berg et au 22e de ligne, formant quatorze bataillons d’infanterie, de se rendre à Paris avec les transports, génie, personnel et attelages d’artillerie. Vous recommanderez au duc d’Abrantès de laisser à Mayence ou à Metz le matériel de son artillerie ; ce corps, devant aller en Espagne, trouvera à Bayonne et même en Espagne suffisamment de matériel.

Donnez ordre au général Lagrange, qui est dans le Vorarlberg, de se rendre à Huningue avec le bataillon du 46e, les trois bataillons du 65e et un régiment provisoire de dragons. Il attendra là de nouveaux ordres; il ne quittera cependant le Vorarlberg qu’autant que sa présence ne serait plus nécessaire à la tranquillité du pays.

Donnez l’ordre aux deux régiments provisoires de dragons qui doivent être arrivés à Strasbourg de continuer leur mouvement sur Orléans. J’ai donné l’ordre, en passant à Strasbourg, au régiment de marche de Strasbourg, composé de 1,000 hommes, de se rendre à Metz; donnez ordre qu’il se rende de là à Saint-Denis, de manière que ces bataillons, en partant de Paris, soient tous à 840 hommes. Il y a deux de ces bataillons qui ne sont que de quatre compagnies; ce sont ceux des 14e et 34e. Tirez des dépôts de ces régiments les cadres des deux compagnies qui manquent, et faites venir de l’armée du Nord, des demi-brigades provisoires, les hommes que ces deux régiments ont là. Il faut qu’en partant de Paris ces deux bataillons aient 1,000 hommes présents sous les armes; ce qui fera un effectif de près de 1,200 hommes.

Donnez ordre au 1er régiment provisoire de chasseurs, qui a eu ordre de se diriger sur Strasbourg, de continuer sa marche sur Orléans. En cas que ce régiment se trouvât entre Augsbourg et Strasbourg vous enverrez la copie de cet ordre au major général.

Le régiment du grand-duché de Berg n’a qu’un millier d’hommes présents; si l’on pouvait avoir 7 à 800 Allemands, de ceux destinés soit au régiment d’Isembourg, soit au régiment de la Tour d’Auvergne, on pourrait les incorporer dans le régiment de Berg, à son passage à Orléans.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1809.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre rapport du 31 octobre sur l’artillerie. Je remarque que je vous ai donné deux millions d’extraordinaire, par mon décret du 15 septembre, sur le budget de 1809. Ces deux millions sont le prix de deux mille voitures que je vous ai demandées; ils ne doivent pas être employés à d’autres dépenses. Vous n’avez encore rien donné là-dessus; ainsi ces deux millions ne pourront pas être dépensés dans l’année 1809. Votre crédit pour 1809 était de trois millions; on vous en accordera un pareil pour 1810. Avec ces trois millions, vous devriez avoir fait trois mille voitures. En admettant qu’il eût fallu 1,500,000 francs pour les services, il resterait toujours des fonds pour la confection des quinze cents voitures de cette année. Indépendamment des deux millions d’extraordinaire que j’ai accordés par mon décret du 15 septembre, demander six millions pour les dépenses de l’artillerie, c’est une chose impossible. Je vous renvoie votre travail pour que votre budget de 1810 soit réglé sur ces données. Présentez-moi un décret pour employer les deux millions que j’ai accordes par mon décret du 13 septembre à la construction de seize cents voitures, comme vous le proposez, pour, avec le surplus de ce fonds, faire construire trois ou quatre cents voitures de côte ou de siége, ce qui sera une commande extraordinaire. Rendez-moi ensuite un compte de l’emploi des fonds et budgets de 1809 et 1810, du nombre de voitures que vous avez, de celles que vous devez faire sur 1810 pour faire le complément. Si, sur le budget de 1809, vous avez fait faire quinze cents voitures, si, sur les deux millions d’extraordinaire que j’ai accordés, on en a fait deux mille, si, sur le budget de 1810, on en a fait quinze cents, ce sera cinq mille voitures; ce qui est au-dessus de tous les besoins imaginables.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites connaître au prince Kourakine que j’accorderai les ingénieurs des ponts-et-chaussées qu’il demandera et que je suis charmé de faire quelque chose qui soit agréable à la Russie. Ayez soin dans vos conversations d’être très mielleux et très doucereux.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1809

Au général comte Rapp, gouverneur de Danzig

Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de l’espèce de circulaire que vous avez faite sur l’affaire de Schönbrunn (tentative d’assassinat de Napoléon). Vous ne vous êtes pas contenté de l’écrire à Paris, vous l’avez écrite à Francfort. .Je ne reconnais pas là votre prudence accoutumée.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1809.

Aux évêques de France

Monsieur l’évêque de  …., la paix est heureusement conclue entre nous et l’empereur d’Autriche. Notre intention est que, aussitôt la présente reçue, vous vous concertiez avec qui de droit pour réunir nos peuples dans les églises, le 2 décembre prochain, y chanter un Te Deum, et adresser à Dieu des actions de grâces de ce qu’il nous a donné la force et les inspirations nécessaires pour terminer, en peu de mois, une guerre qui pouvait durer plusieurs années, et qui, dès les premiers moments, avait porté le ravage chez nos alliés et semblait même menacer nos propres pays.

Si nous avons été souvent touchés des maux qui sur cette loyale et bonne nation autrichienne, c’est pour nous un nouveau motif de bénir la Providence qui nous a permis de tenir éloignée de nos États la guerre, le premier, le plus grand des fléaux.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1809.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Je vous renvoie votre portefeuille. Je pense qu’il est convenable un courrier en Russie, pour accuser la réception du dernier courrier et donner des explications sur le voyage du roi de Saxe comme étant une simple affaire de courtoisie. Il faut également parler de la mission de M. de Krusemark comme ayant pour objet de porter plainte et de demander satisfaction pour les individus arrêtés comme officiers de Schill.

Je vous envoie la lettre  du roi de Prusse. Vous verrez qu’il est impossible de répondre à une pareille lettre, qui est un véritable mémoire. Je vous envoie cependant copie de ma réponse. Vous l’enverrez à M. de Saint Marsan, avec la copie de la lettre du roi, pour qu’elles lui servent de règle. Vous direz à M. de Krusemark qu’il peut partir. J’ai chargé le duc de Frioul de lui remettre le présent d’usage.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1809

A Frédéric-Guillaume, roi de Prusse, à Königsberg

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre (voir ci-dessous) de Votre Majesté, du 18 octobre, que m’a remise le colonel baron de Krusemark, son aide de camp. Je la remercie sincèrement de la part qu’elle veut prendre à la paix que je viens de conclure avec l’empereur d’Autriche. J’ai fait connaître à l’aide de camp de Votre Majesté les motifs de plainte que j’avais de la conduite de plusieurs corps de troupes prussiennes et mes autres griefs, résultats de l’état de désorganisation où se trouve sa monarchie, et je lui ai exprimé les vœux sincères que je fais pour la voir bientôt se réorganiser; car ce n’est qu’alors, Monsieur mon Frère, que Votre Majesté parviendra à rétablir son crédit politique et guerrier. Du reste, cet officier n’ayant aucun pouvoir ni commission spéciale, je n’ai pu autoriser mes ministres à entrer en affaire avec lui. Mais, après lui avoir exprimé mes sujets de plainte, j’ai chargé ce colonel de réitérer à Votre Majesté les assurances de mon amitié, de mon estime et de ma résolution constante d’être utile à la Prusse et de persévérer dans le système d’alliance réglé par le dernier traité.

Je prie Votre Majesté de ne pas douter de mes sentiments d’estime et de haute considération, et de n’ajouter aucune foi à ceux qui voudraient lui donner de l’inquiétude sur mes dispositions.

LETTRE DU ROI DE PRUSSE A L’EMPEREUR NAPOLÉON.

Monsieur mon Frère, je viens d’être informé que la paix a été conclue entre Votre Majesté Impériale et Royale et Sa Majesté l’empereur d’Autriche. Mon premier mouvement, en apprenant cet heureux événement, est d’en offrir mes vives et sincères félicitations à Votre Majesté Impériale. Je suis jaloux de lui témoigner toute la part que j’y prends , et, en satisfaisant ainsi à un devoir qui m’est si cher, je ne crois pas moins que, dans ce moment de gloire, j’ose invoquer avec plus d’espoir encore sa magnanimité en faveur de mes malheureux Etats. En effet, Sire, pendant deux années et dans les circonstances les plus difficiles, j’ai tout fait pour prouver à Votre Majesté Impériale et Royale ma ferme volonté de mériter sa confiance et de conformer ma conduite à son système politique, résistant aux sollicitations étrangères et étouffant les plaintes et les mouvements qui tendaient à m’en écarter. Si j’ai recherché les occasions de complaire à Votre Majesté Impériale, si je n’ai pas hésité de saisir encore pour cet effet celle que m’a offerte la délimitation de Magdeburg, en soumettant à sa décision s’il faut accorder le rayon que le général Michaud exige pour cette place, et si je me suis borné à ne demander, en retour de ce sacrifice, que quelques lieues de terrain de plus autour de Graudenz, je crois avoir rempli l’attente de Votre Majesté Impériale et Royale et avoir fait preuve d’une constance de principes et de sentiments qui, d’après ce qu’elle me déclara en se séparant de moi à Tilsit, devrait aujourd’hui me donner des droits à son amitié et à sa généreuse participation aux intérêts de la Prusse.

Jusqu’ici les grands objets qui ont absorbé l’attention de Votre Majesté Impériale et Royale ont pu l’empêcher de donner suite aux représentations que j’ai été dans le cas de lui faire directement ou de lui faire adresser, soit par le comte de Saint Marsan, soit par le baron de Brockhausen; mais je ne saurais me persuader que le tableau qui lui a été tracé de la situation de mes sujets, dont la misère va au comble, n’ait fait aucune impression sur sa grande âme. Je ne saurais croire que, connaissant l’état vraiment déplorable de mes provinces, la stagnation du commerce autrefois si florissant, l’épuisement de toutes les ressources, l’anéantissement du crédit public et les obstacles insurmontables qu’ont rencontrés les négociations d’emprunt ouvertes en Hollande et ailleurs, elle veuille insister avec rigueur sans l’accomplissement entier de mes engagements pécuniaires aux termes des conventions de Paris et de Berlin, conventions dont l’exécution a été reconnue impossible dès l’époque de leur signature. Je n’ai certainement pas mieux demandé que d’y satisfaire; Votre Majesté Impériale en a vu la preuve dans l’exactitude de mes premiers payements; elle a du apprendre que je n’ai pas balancé à me résigner à la vente de mes bijoux et de ma vaisselle d’or et d’argent ; que je suis allé jusqu’à requérir celle de mes sujets, et qu’il ne m’en a pas coûté même de me résoudre à la vente de mes domaines. Mais elle ne peut pas ignorer non plus que toutes ces mesures n’ont produit que de faibles ressources, et que surtout la vente de mes domaines, vu le manque absolu de numéraire, n’a eu aucun succès; ce qui m’a fait souvent regretter, Sire, de n’avoir pas accepté dans le temps la proposition, que me fit votre intendant général, de lui céder une partie de ces biens à titre de payement. Et ce tableau vrai et fidèle de mes embarras et de mes efforts prouvera à Votre Majesté Impériale et Royale, après que dans ces derniers temps elle a bien voulu me donner des preuves d’indulgence et de bonté, auxquelles j’ai été infiniment sensible, parce qu’elles ont relevé mes espérances, qu’il est physiquement impossible que, comme je le désire, je fasse honneur à mes engagements, à moins qu’il ne lui plaise de m’accorder du temps et quelques soulagements.

C’est cette ·seule faveur, Sire, que je me permets de solliciter comme méritée par la constance de mon système et de mes principes, en priant Votre Majesté Impériale d’établir, soit à Paris, soit à Berlin, entre son ministère et le mien, une négociation tendant à régler cet objet et tous ceux qui, par l’entremise du Comte de Saint Marsan, ont été portés à sa décision; et c’est par cette faveur qui ne doit mener qu’à des délibérations et des résultats préférablement avantageux aux caisses françaises, parce qu’ils détermineront la possibilité de l’acquittement direct ou indirect de mes engagements, que Votre Majesté Impériale s’attachera la Prusse par les liens de la plus sincère reconnaissance. Oui, Sire, c’est au prix de ces déterminations rassurant le public sur vos dispositions favorables à mon égard que, à l’aide de la sévérité de mon économie et de l’exactitude de mon administration des finances, vous parviendrez à rétablir mon crédit au point de pouvoir reprendre des opérations tendantes (sic) à me procurer le plus vite possible les moyens d’acquitter ma dette, soit par quelque emprunt négocié en Hollande ou ailleurs, soit par des mesures prises pour des échanges, ventes ou cessions de domaines.

Je charge de cette lettre le baron de Krusemark, mon colonel et aide de camp, que Votre Majesté Impériale et Royale connaît d’ancienne date, et qui alors eut le bonheur de ne pas lui déplaire. Il a ma confiance, Sire, el je vous prie d’ajouter pleine créance à ce qu’il dira à Votre Majesté quand il l’assurera des sentiments de dévouement et de haute considération avec lesquels j’ai l’honneur d’être, Monsieur mon Frère, de Votre Majesté Impériale .et Royale le bon frère et ami,

FRÉDÉRIC-GULLAUME.

Königsberg, 18 octobre 1809.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Qu’est-ce que c’est qu’un nommé Bruguières, du Gard, qui est actuellement à Fontainebleau et qui s’amuse à adresser des bulletins au prince Kourakine ?

 

Fontainebleau, 7 novembre 1809

Au comte Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Je ne puis que vous savoir mauvais gré de m’avoir laissé ignorer l’état de vos affaires, d’autant plus que j’avais toujours senti que la place que vous occupez devait exiger de fortes dépenses. L’idée que le grand chancelier ne doit pas avoir de traitement n’est pas sensée, puisqu’il est obligé à une grande représentation. Un moyen naturel et juste d’indemnité, c’est que, sur les fonds de la Légion d’honneur, conformément au décret que j’ai pris, vous touchiez un traitement de 40,000 francs depuis le jour de votre nomination. Quant aux motifs que vous alléguez pour votre santé, je ne puis y adhérer ni consentir à ce que vous quittiez votre place; il faut mourir sous le harnais.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, je crois nécessaire que vous ordonniez au général Saint-Cyr de garder les arrêts dans sa campagne, jusqu’à ce qu’il ait fait connaître les motifs qui l’ont obligé à quitter l’armée sans l’ordre du ministre. Une raison de maladie n’est pas une raison admissible pour les généraux comme pour les soldats, il résulterait de là qu’avec un certificat de chirurgien, on serait autorisé à abandonner l’armée.

J’attends le rapport qu’il vous fera pour prendre un parti.

Vous lui demanderez également un rapport qui fasse connaître pourquoi il a laissé ravitailler la place de Girone.

 

Fontainebleau, 8 novembre 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois vos différentes lettres du 28 octobre. J’approuve ce que vous me proposez dans une de ces lettres, relativement aux congés des ducs de Monteleone et de Mondragone et l’envoi à Paris du marquis de Campochiaro.

 

Fontainebleau, 9 novembre 1809

A Madame de Perron [1]Paule Argentero de Bergegio, mariée à Charles-Joseph-Louis de Perron de Saint-Martin, comte de l’Empire.

J’ai reçu votre lettre du 28 octobre. Je prends part à la peine que vous fait éprouver la mort prématurée de votre gendre [2]Vincent de Margnolas, conseiller d’État – 1781-1809 dont je regrette les bons services et les bonnes qualités.

J’ai donné ordre que celui de vos fils qui sert dans le Garde fût employé dans les conscrits de ma garde. Je serai fort aise de vous donner dans tous les temps des preuves de l’intérêt que je porte à vous et à votre famille.

 

Fontainebleau, 10 novembre 1809

Au général comte Hulin, commandant la 1e division militaire, à Paris

Monsieur le Général Hulin, il faut porter le plus grand soin à renvoyer le moins de prisonniers autrichiens possible, c’est-à-dire à retenir ceux qui voudraient servir dans les régiments polonais ou allemands au service de France ou qui voudraient rester en France.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1809

A M. Melzi, duc de Lodi, Grand Chancelier du royaume d’Italie, à Milan

Je reçois votre lettre. Je vous remercie de ce que vous me dites relativement à la paix, Je suppose que la suppression de la rivalité de Trieste sera agréable et avantageuse au commerce de Venise, et je suis bien aise que ces nouvelles circonstances me mettent plus à même de terminer le système de mon royaume d’Italie.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je vous renvoie Tascher. On ne reçoit plus de nouvelles de ce qui se fait en Espagne, cependant, avec une armée si nombreuse et avec des ennemis si peu redoutables devant soi, comment est-il possible qu’on n’avance pas plus les affaires ?

 

Fontainebleau, 12 novembre 1809, cinq heures du soir

NOTE POUR M. MARET, DUC DE BASSANO, MINISTRE SECRÉTAIRE D’ETAT, A FONTAINEBLEAU.

L’Empereur désire que M. Maret rédige un projet de sénatus-consulte pour réunir la ville et le territoire de Wesel à la France, et les faire partie intégrante de l’Empire français, et un autre projet de sénatus-consulte pour réunir Flessingue.

Sa Majesté désire que M. Maret lui apporte ces deux sénatus-consultes à six heures, avec ceux qu’elle lui a dictés relativement au Portugal, et un projet de décret pour que toutes ces pièces soient communiquées au Sénat lundi. Un conseil privé sera convoqué demain, vendredi, pour délibérer sur ces sénatus-consultes.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos portefeuilles. Il est urgent d’avoir un ministre capable à Carlsruhe. Il faut donc que le sieur Bignon y retourne sans délai ou que vous me proposiez un nouveau ministre.

Quant à M. de Metternich, tout ce qu’il demande sera fait. Le secrétaire de légation peut se rendre à Fontainebleau sans difficulté.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il faut me faire un rapport sérieux sur la campagne du général Gouvion Saint-Cyr en Catalogne:

1° Sur les raisons qui l’ont porté à évacuer cette province lorsque Saragosse était prise et sa jonction faite avec le maréchal Mortier, conduite qui a déconcerté les opérations en Espagne tandis que, en soutenant le colonel Briche, il eut pu porter la guerre sur le royaume de Valence, au lieu de revenir sur nos frontières;

2° Sur ce qu’il s’est laissé constamment attaquer par les Espagnols et ne les a jamais attaqués, et sur ce que, après les avoir toujours battus par la valeur des troupes, il n’a jamais profité de la victoire;

3° Sur ce qu’il a, par cet esprit d’égoïsme qui lui est particulier, compromis le siége de Girone; sur ce qu’il n’a jamais secouru suffisamment  l’armée assiégeante, l’a au contraire attirée à lui et a laissé ravitailler la ville;

4° Sur ce qu’il a quitté l’armée sans permission, sous le vain prétexte de maladie: il devait, dans ce cas, rester dans une des places de l’arrondissement de l’armée et ne point partir sans l’ordre du ministre.

Vous lui ferez connaître que je l’ai suspendu, que j’ai ordonné qu’il gardât les arrêts dans sa campagne, et que vous allez me faire un rapport sur sa conduite. Vous notifierez aux inspecteurs aux revues qu’il est suspendu de ses fonctions comme ayant quitté l’armée, et qu’il ne lui est dû aucun frais de poste ni traitement quelconque, à quelque titre que ce soit. Il est nécessaire que vous fassiez faire par le Moniteur une relation où les échecs qu’a reçus le général Saint-Cyr à Girone soient connus et la bonne conduite du duc de Castiglione détaillée, tout cela cependant légèrement.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, vous me ferez un rapport sur le projet, présenté par l’ingénieur de marine Masquelez, d’un vaisseau qui puisse être employé à un débarquement, et offrir en même temps une batterie flottante.

 

Fontainebleau, 14 novembre 1809

A M. Fouché, comte d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Il faut légèrement fixer votre attention sur les réparations qu’on fait aux portes Saint-Denis et Saint-Martin. Il me semble qu’avant de rétablir ces inscriptions, il faut en demander l’autorisation. On dit qu’on doit remettre en évidence d’autres inscriptions. Faites-moi connaître ce qu’elles porteraient.

 

Paris, 15 novembre 1809

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur l’Intendant Général, mon intention est que le conseil de ma Maison s’assemble vendredi prochain, sous la présidence du grand maréchal du palais. Le conseil continuera ses séances jusqu’à ce que l’on ait arrêté les comptes de l’année 1808 et années antérieures, le compte présumé des dépenses de 1809 et le projet de budget pour l’année 1810.

M’étant aperçu qu’il s’était introduit des abus dans plusieurs parties de mon service, le conseil s’occupera de faire les règlements nécessaires pour les supprimer. Mon intention est que tout usage ou prétention dérivant ou établi sur ce qui se faisait à la cour de Versailles soit déclaré comme non avenu, et que tout soit fixé par des règlements qui me seront présentés par le conseil.

J’entends qu’il ne soit donné ni fourni à aucun des officiers de ma Maison, quels qu’ils soient, des voitures ou des chevaux de mes écuries pour leur propre usage, à moins que ce ne soit pour mon service (le grand écuyer et les officiers de l’écurie doivent se servir de leurs propres chevaux), ni que le grand veneur ou autres officiers des chasses se servent des voitures ou des chevaux de la vénerie pour leur usage. Le règlement doit prévoir quel est le nombre de voitures  nécessaires pour la vénerie, mais seulement celles propres au service, entendant ne fournir aux officiers des chasses que les chevaux de selle nécessaire pour les chasses, préférant, s’il y a lieu, donner un accroissement en argent à ceux pour lesquels nous le trouverons convenable. Les règlements sur l’écurie doivent établir quelles sont les parties du matériel de l’écurie qui doivent être sous les ordres du grand maréchal pour le service et le transport de la bouche, et sous ceux du grand chambellan pour le service et le transport de mon cabinet et de ma garde-robe, mais seulement pour mon service propre. Par contre, mon intention est d’avoir un plus grand nombre de voitures pour l’éclat dans les cérémonies ou marches, que pour transporter et mouvoir un plus grand nombre de personnes de mon service. Il sera réglé également de quelle manière et quelles sont les personnes qui doivent m’accompagner dans toutes les circonstances, soit en ville, soit dans les voyages ou aux chasses.

Des réformes et une nouvelle organisation sont nécessaires dans le service du grand chambellan. Il faut avoir deux huissiers à chaque porte, qui n’en bougent pas et qui n’aient pas besoin de courir de l’une à l’autre pour faire leur service. Hormis les valets de chambre, qui sont pour mon service personnel, comme les femmes de chambre pour celui de l’Impératrice, on pourrait n’avoir qu’une seule espèce de domestiques divisés en trois classes, tous portant la livrée et avec des modifications.

 

Paris, 16 novembre 1809.

NOTE POUR LE COMTE DE MONTALIVET, MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, A PARIS

Les bureaux du ministère de l’intérieur, pour ce qui concerne le commerce, ne font jamais rien pour le commerce. Si, à la tête cette importante partie, on avait un homme habile et actif comme le Conseiller d’État qui est à la tête des douanes, il procurerait de grands avantages au commerce; il irait au-devant des circonstances; il 2éxciterait les sages opérations; il éclairerait le Gouvernement .

L’Empereur, pendant cinq mois, a été maître de Vienne et d’une partie de la monarchie autrichienne. S’il y avait eu à la tête du commerce en France un homme éclairé et zélé, cet homme aurait su et n’aurait pas manqué de dire que les draps, les vins et autres marchandises de France qui sont très recherchées en Autriche, y sont rares, parce qu’elles y payent des droits de douane si considérables qu’ils équivalent à une prohibition. Il aurait demandé que les denrées françaises fussent affranchies de tous droits pendant l’occupation, et il aurait fait prévenir les négociants qui auraient voulu profiter de cette faveur et se livrer à cette sorte de spéculation. Rien de cela n’a été fait. Les négociants de Charleville et de Sedan ont eu d’eux-mêmes la pensée d’envoyer des draps à Vienne; leurs expéditions sont arrivées, mais ils ont été repoussés par le Français, administrateur des douanes, qui, ne songeant qu’à l’intérêt de la perception dont il était chargé, a exigé le payement des droits d’après les tarifs autrichiens.

Ce fait particulier n’était pas connu de Sa Majesté, mais elle savait que les négociants de Vienne ne pouvaient comprendre comment le Gouvernement français ne profitait pas de ses succès pour ouvrir à son commerce toutes les portes du pays conquis aussitôt après la conquête. Quoiqu’un temps précieux fût déjà écoulé, l’Empereur écrivit aussitôt au ministre de l’intérieur par intérim. Les bureaux firent une réponse qui prouve leur peu de lumières et qu’il convient que le ministre actuel se fasse représenter.

 

Palais des Tuileries, 16 novembre 1809

ALLOCUTION AUX DÉPUTPÉS DES ÉTATS ROMAINS

Messieurs les Députes des départements de Rome, mon esprit est plein des souvenirs de vos ancêtres. La première fois que je passerai les Alpes, je veux demeurer quelque temps dans votre ville.

Les empereurs français, mes prédécesseurs, vous avaient détachés du territoire de l’empire et vous avaient donnés comme fiefs à vos évêques. Mais le bien de mes peuples n’admet plus aucun morcellement. La France et l’Italie tout entière doivent être dans le même système. D’ailleurs, vous avez besoin d’une main puissante. J’éprouve une singulière satisfaction à être votre bienfaiteur. Mais je n’entends pas qu’il soit porté aucun changement à la religion de nos pères : fils aîné de l’Église, je ne veux point sortir de son sein. Jésus-Christ n’a point jugé nécessaire d’établir pour saint Pierre une souveraineté temporelle. Votre siége, le premier de la chrétienté, continuera à l’être. Votre évêque est le chef spirituel de l’Église comme j’en suis l’Empereur. Je rends à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César.

 

Palais des Tuileries, 16 novembre 1809.

ALLOCUTION AUX DÉPUTÉS TOSCANS.

Messieurs les Députés des départements de la Toscane, j’agrée vos sentiments. Vos peuples me sont chers à bien des titres. Désormais réunis dans une grande famille, ils trouveront en moi l’amour d’un père.

 

Palais des Tuileries, 16 novembre 1809

ALLOCUTION AU SÉNAT

Sénateurs, je vous remercie des sentiments que vous venez de m’exprimer. Celles de mes journées que je passe loin de la France, sont des journées perdues pour mon bonheur. Il n’est pour mon cœur aucune satisfaction loin de ma grande famille. Je le sens profondément, et, je veux le dire, mon peuple a eu et aura des princes plus heureux, plus habiles, plus puissants, mais il n’a jamais eu et n’aura jamais de souverain qui porte plus haut dans son cœur l’amour de France.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre du 31 octobre, bureau de l’artillerie.

Je ne vois pas quelle est la nécessité que j’aie du bronze à Turin, puisque je crois avoir suffisamment d’artillerie en Italie, et que mon intention n’est pas d’exposer une quantité d’artillerie plus forte qu’il n’est nécessaire au delà des Alpes. Il ne doit pas y exister une pièce de canon de plus que ne le comporte la défense du pays, et je dois toujours avoir à Grenoble et à Auxonne, et dans l’intérieur, de quoi armer la frontière des Alpes.

J’approuve que vous dirigiez sur Metz et sur Maëstricht tous les objets d’artillerie venant de Magdeburg et des campagnes de Prusse et d’Autriche, et que vous ne laissiez dans les places de première ligne que ce qui est nécessaire pour leur défense. Je vois qu’il n’y a que onze cents pièces de canon dans les six places du Rhin, qui sont Huningue, Neuf-Brisach,  Strasbourg, Landau, Mayence et Wesel.

Je ne vois pas qu’il y ait là rien de trop. Deux cent soixante pièces dans une place comme Strasbourg, deux cent soixante pièces dans une place comme Mayence, ne sont pas de trop. Cent quatre-vingts pièces ne sont pas de trop à Wesel. Mon intention est donc qu’il ne soit rien retiré de ces onze cents pièces.

L’armement de l’Escaut doit se faire, dans l’ordre naturel, par les places de Flandre. On peut retirer de Boulogne tout ce qui est artillerie de cuivre, et il y en a beaucoup, parce que, pressé par les circonstances, on n’a rien épargné dans le temps pour armer le port et les côtes. La terre a donné alors à la marine une quantité considérable de cuivre qui peut aujourd’hui être retiré pour l’armement de l’Escaut.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Je réponds à votre lettre du… novembre, bureau de l’artillerie.

J’y vois, que je n’ai que huit mille affûts de siége, de place ou de côte, et que dix mille voitures de campagne, ce qui ne me ferait qu’un capital de dix-huit millions, si cela était neuf. C’est bien peu de chose, et j’en conçois plus vivement le désir d’augmenter mon matériel.

Je vois, par un article de votre rapport, qu’on a consommé depuis quatre ans de guerre pour cent millions de matériel, et qu’on en a remplacé pour quarante millions. Cela suppose donc que le capital a diminué de soixante millions. Si cela est vrai, il est urgent de fixer l’attention sur cet état de choses et de ne pas se laisser appauvrir.

Aucune nation dans le monde n’a autant de places fortes que la France; notre immense matériel est disséminé dans toutes ces places.

Je considère Lille, Metz et Givet comme trois grands dépôts des frontières du Rhin el du nord, formant une immense réserve en artillerie, munitions et affûts. De ces trois réservoirs on tirerait tout ce dont on aurait besoin, et on le porterait partout où cela serait nécessaire.

Après ces trois points, celui de la Fère, comme offrant des armes à Paris, est extrêmement important.

Si la position de notre matériel n’est pas bien déterminée, il pourrait y avoir telle campagne malheureuse qui nous privât de nos arsenaux, de nos armes et de nos moyens de défense. Il y aurait dans toutes les places suffisamment d’affûts, de canons et de munitions de toute espèce pour la première défense, si les trois points centraux étaient bien approvisionnés pour envoyer au secours de la place qui serait menacée.

Quant à la frontière d’Italie, tous mes États au delà des Alpes doivent toujours être considérés comme États à part, et je dois toujours avoir Grenoble et à Auxonne de quoi armer mes places de Franche-Comté et des Alpes et approvisionner les armées qui défendent cette ligne. Le premier principe du règlement à me proposer est qu’on ne doit rien avoir au delà des Alpes que le strict nécessaire pour mes places d’Italie.

Le budget de  l’année ne peut pas être augmenté au delà de ce qu’il a été constamment, un million par mois. Mais je ne fais pas , difficulté de créer un fonds de quinze à vingt millions, en vendant tous les cuivres inutiles, en versant le produit de cette vente dans une caisse à part et en formant ainsi un fonds pour l’extraordinaire de l’artillerie. Il parait qu’avec trois millions par an mes arsenaux auraient toute l’activité convenable. Avec douze millions je ferais donc douze mille voitures qui, pendant quatre ans, emploieraient tous mes arsenaux. Ces douze mille voitures jointes aux dix-huit mille que je que j’ai feraient trente mille voitures, bonnes ou mauvaises. Je les placerais clans mes grands dépôts, qu’il s’agit d’établir à chaque frontière. Vous sentez que je ne consentirais à la vente d’un matériel qui m’est inutile qu’après avoir pris bien des précautions; mais enfin, il faut bien se rendre à l’évidence des faits des faits et convenir qu’il est absurde de garder vingt à trente millions de choses inutiles, quand on manque de quinze à vingt millions de choses utiles.

Le budget de l’artillerie ne doit jamais passer douze millions; la nature des choses ne comporte pas davantage. Faites-moi connaître ce que je peux réaliser de mon matériel qui m’est inutile et l’emploi qu’il faudrait en faire.

Vous me remettrez aussi le détail du budget de douze millions, qui sera constamment le budget ordinaire de l’artillerie; l’entretien de tout le matériel, la quantité de poudres, de boulets et de fusils dont mon matériel sera augmenté tons les ans, y seront compris. Nous pourvoirons à l’extraordinaire, soit des constructions de voitures, soit des fabrications de fusils, par la partie de notre matériel que vous aliénerez.

Il est vrai de dire que j’ai hâte de donner à mes arsenaux toute l’activité dont ils sont susceptibles et de remplir mes magasins, que vos derniers états m’ont montrés plus vides que je ne croyais.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Monsieur le Général Clarke, vous donnerez ordre au général Loison d’être rendu le 28 novembre à Bayonne; il partira le 29, avec la première brigade de sa division, et se rendra à Vitoria; il y réunira successivement la seconde brigade et toute sa cavalerie. Il prendra le commandement supérieur des trois provinces de la Biscaye.

Il devra correspondre directement avec le roi d’Espagne, mais surtout avec rous. Je compte que le 4 décembre il occupera les trois provinces de la Biscaye. Vous en préviendrez directement les commandants des provinces et celui de Saint-Sébastien, et vous leur recommanderez d’obéir au général Loison en tout et pour tout.

Tous les hommes isolés qui se trouvent dans ces provinces, tous les détachements qui forment les bataillons de garnison de Saint Sébastien, de Bilbao et de Vitoria, enfin tous les hommes et toutes les troupes qui, sous quelque prétexte que ce soit, seraient restés dans les Biscaye, le général Loison les fera partir sur-le-champ pour l’intérieur de l’Espagne et les dirigera sur leurs régiments respectifs.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’ai lu avec attention la lettre du duc d’Istrie du 17 novembre; vous lui ferez connaître que les gardes nationales ayant été levées pour un service temporaire et pour repousser une descente faite sur les côtes, je ne puis les retenir que si elles le consentent. Il faut donc qu’elles m’expriment le vœu par une adresse, ou qu’elles donnent leur consentement tacite pour être employées, soit dans les tirailleurs ou conscrits de ma Garde, soit dans des corps de la ligne. Il en serait de même pour les compagnies départementales. Enfin j’irai plus loin, et je ne me refuserai point à former deux légions, chacune de 6,000 hommes, des gardes nationales qui sont au nord, pourvu qu’elles s’engagent à un service définitif. Demandez au duc d’Istrie des renseignements là-dessus.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, écrivez au Transport-Office dans les termes suivants :

« Le général de brigade Brenier (Brenier de Monmorand, prisonnier en Angleterre), de retour en France, a rendu des dispositions qu’annonce le Gouvernement anglais, de faciliter les échanges de prisonniers. Ce qui jusqu’à cette heure a empêché l’établissement d’aucun cartel, ainsi que l’envoi de commissaires respectifs dans l’une ou l’autre capitale, a été la difficulté de s’entendre sur plusieurs points importants: 1° sur les otages; 2° sur l’armée de Hanovre ; 3° sur l’armée de Saint-Domingue. Tous ces articles peuvent former l’objet d’une négociation entre des commissaires respectifs, qui pourraient se réunir dans la rade de Morlaix et convenir des bases d’échange. Le Gouvernement français désire un échange en masse fait dé part et d’autre, et dans lequel il ne ferait pas de difficulté de comprendre les alliés de l’Angleterre. Toutefois les prisonniers pourraient être rançonnés, et celle des deux nations qui en aurait davantage chez l’autre pourrait payer un équivalent pour chaque homme. Les bureaux de la marine sont prêts à envoyer à Morlaix un commissaire pour négocier sur cet objet, et, cette négociation terminée, à accepter un commissaire anglais à Paris, tout comme le les Anglais accepteraient un commissaire français à Londres. »

Vous concevez que cette lettre des bureaux de la marine au Transport-Office doit être rédigée en termes fort conciliants.

 

Paris, 20 novembre 1809

Au prince Émile de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Cousin, j’apprends avec plaisir votre retour auprès de vos parents. Ils ont dû être satisfaits de vous revoir arec l’expérience que vous ont donnée les grands événements auxquels vous avez assisté.

 

Paris, 20 novembre 1809

DÉCISION

J’ai l’honneur de rendre compte à l’empereur que M. le comte de Montesquiou, grand chambellan de Sa Majesté, m’a informé que S.M. le roi de Saxe a l’intention d’aller demain mardi 21 visiter l’hôtel impérial des Invalides.

Comte d’Hunebourg.

L’y faire recevoir comme un souverain allié. On sera prêt à tirer, mais on ne tirera pas le canon. N.

Paris, 21 novembre 1809.

 

 

Paris, 21 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Envoyez ces dépêches [3]il s’agit des relations du combat de Tamames, extraites des journaux anglais des 11 et 13 novembre 1809 au roi d’Espagne et faites-lui connaître que, si le maréchal Ney n’avait pas été rappelé de Salamanque, mon armée n’eût pas essuyé un pareil affront; que le général Marchand est incapable de commander en chef et que, quand j’emploie des maréchaux, c’est que j’en sens le besoin ; que l’évacuation de Plasencia a nécessairement affaibli la droite et qu’il n’y a aucune direction ni suite dans la conduite de mes armées d’Espagne.

 

Paris, 21 novembre 1809

A Louis-Charles-Auguste, prince royal de Bavière, à Munich

J’ai reçu la lettre de Votre Altesse. Je vous remercie des sentiments que vous m’exprimez. Vous connaissez l’estime que je vous porte. J’ai vu avec la conduite de votre division. Vous et la Bavière pouvez  constamment compter sur mon amitié et sur toute mon affection.

 

Paris, 21 novembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Mon intention est que le sieur Montron, perpétuel agioteur, prenne sa résidence dans une ville quelconque, à 40 lieues de Paris, et ne revienne plus dans la capitale.

 

Paris, 22 novembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie les lettres que j’ai reçues du duc d’Auerstaedt et du général Andréossy. Accusez-leur-en la réception et répondez-leur. Je reçois vos deux lettres des 20 et 21. Le Tyrol est soumis. Ainsi le duc d’Auerstaedt ne doit pas disséminer mes troupes de ce côté, où il y a suffisamment de troupes bavaroises. Donnez ordre au général Lagrange, aussitôt qu’il pourra évacuer le Vorarlberg, de se diriger sur Huningue avec son infanterie, cavalerie et artillerie.

Je vous autorise à faire passer la route de mes troupes par Braunau.

Je vous renvoie le travail du général Bertrand; donnez des ordres conformément à ce travail. Je vous renvoie votre correspondance relative aux affaires du Tyrol. Faites faire une relation raisonnable de ces événements pour le Moniteur.

 

Paris, 22 novembre 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 15 novembre. Je vois avec plaisir que vous soyez arrivé à Milan. Vous avez fait un ouvrage sur votre campagne d’Italie; je vous prie de me l’envoyer. J’ai trouvé ici mes affaires de finances bien dérangées. L’expédition des Anglais me coûte 50 millions. Les nouvelles levées et les immenses armements que je fais pour l’Espagne continuent de me ruiner. Vous comprenez donc que je ne puis alléger en rien le fardeau de mon royaume d’Italie. Je vous envoie ma décision mise en marge de votre rapport sur les provinces illyriennes.

 

Paris, 22 novembre 1809

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

La caisse de la police fait des recettes qui me paraissent importantes sur le prix de la fabrication des passeports. Ne serait-il pas possible de faire entrer cela au trésor public, comme les autres recettes ?

 

Paris, 23 novembre 1809

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Dans un pays où tous les cultes sont tolérés, les cures ne doivent pas être admis à donner des certificats de moralité, aux membres de l’Université. On m’assure que, selon l’ancien usage, ces certificats sont exigés par le grand maître. Le grand maître doit employer ses agents pour être instruit, et non des agents étrangers à son administration.

 

Paris, 23 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, tenez un conseil de ma Garde pour régler ses finances et la mettre en état de faire la campagne d’Espagne.

Mon intention est de marcher en Espagne avec quatre régiments de conscrits ayant, en partant de Paris, au moins 6,000 hommes présents sans compter les hommes aux hôpitaux; avec quatre régiments de tirailleurs de la même force; avec deux régiments de fusiliers forts de 3,000 hommes; avec deux régiments de vieille Garde forts de 3,000 hommes; avec 5,000 hommes de cavalerie et soixante pièces de campagne; le tout formant près de 25,000 hommes.

Il faut que ma Garde ait ses chirurgiens, ses administrations, ses caissons, ses forges de campagne, enfin tout ce qui est convenable. Mon intention est qu’elle soit prête à partir vers le 15 janvier prochain.

 

Paris, 23 novembre 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le brigandage continue en Italie. Je suppose que vous prenez des mesures efficaces pour le faire disparaître.

 

Paris, 23 novembre 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Je reçois votre lettre par laquelle vous me faites connaître que vous désirez me voir. Vous êtes le maître de vous rendre à Paris.

 

Paris, 23 novembre 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Rome

Je reçois votre lettre du 16 novembre. Je suis aussi surpris qu’indigné que les cardinaux ne soient pas venus vous voir. Donnez ordre qu’ils quittent Rome et se rendent à Paris vingt-quatre heures après qu’ils en auront reçu l’ordre. Ils sont doublement inexcusables de ne s’être pas présentés à votre arrivée à Rome pour vous offrir leurs hommages, comme roi et comme gouvernant en mon nom.

Vous direz que mon intention est d’établir à Rome une cour qui sera plus brillante et dépensera plus d’argent que celle du Pape.

Je crois vous avoir écrit que vous étiez le maître de venir à Paris avec la reine, aussitôt que vous le voudriez et que les affaires vous le feraient juger prudent.

 

Paris, 23 novembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Le prêtre Drago sera bien à Bicêtre. Sans cela, il faudrait le faire condamner par un tribunal comme séditieux, ce qui aurait plus d’inconvénients que d’avantages (Le sieur Drago, prêtre à Gênes, s’étant rendu à Savone pour voir le pape, au moment où Sa Sainteté donnait publiquement sa bénédiction au peuple, s’est écrié: « Qu’on donne la mort à ceux qui causent les tribulations du Saint Père ! » Tous les assistants ont témoigné leur surprise ou leur indignation. Ce prêtre a été arrêté à l’instant et conduit à Gênes. Le commissaire général de police l’a fait déposer à l’hospice des fous. – Bulletin de police du 21 septembre 1809).

 

Paris, 23 novembre 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre d’État, à Paris

Je reçois votre lettre du 11 novembre. Je tiendrai votre fils sur les fonds de baptême, car je ne veux négliger aucune circonstance de vous donner des preuves de mon estime et du cas que je fais de vos services.

 

Paris, 25 novembre 1809

Au duc de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez en Hollande qu’il est faux que j’aie jamais permis à aucun bâtiment américain, chargé de coton, en France. Tous mes ports sont fermés aux bâtiments américains (bâtiments anglais portant pavillon américain).

 

Paris, 28 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, donnez ordre au duc d’Abrantès de passer la revue des dépôts de la 1e division militaire qui doivent fournir des régiments à son corps d’année. Il passera cette revue dans le plus grand détail, fera connaître les places vacantes dans les cadres des bataillons qui doivent former sa division, et s’assurera que chacun de ces bataillons a ses cadres complets de dix compagnies de 140 hommes chacune, officiers et sous-officiers. J’ai remarqué avant-hier que beaucoup de places de chef de bataillon étaient vacantes, ainsi que des places de lieutenant et de sous-lieutenant. Il faut que la retraite soit donnée à tous ceux qui sont hors d’état de faire campagne, afin que, vers le 20 décembre, les quatre bataillons des 32e, 121e et 122e, qui doivent faire partie de la division Lagrange, et les quatre bataillons des 2e, 4e, 12e et 15e légers qui forment la 3e brigade de la même division, formant avec la 1e brigade 8 ou 9,000  hommes, soient prêts à partir pour joindre cette 1e brigade qui part  de Huningue. Il est donc nécessaire que ces huit bataillons aient présents, au 20 décembre, leurs officiers, sous-officiers et tambours.

 

Paris, 28 novembre 1809

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, à dater du 1er décembre, le 8e corps de l’armée d’Allemagne prendra le nom de 8e corps de l’armée d’Espagne.

Ce corps continuera à être commandé par le duc d’Abrantès; il aura pour chef d’état-major le général Boyer, pour ordonnateur le sieur Malus, pour commandant de l’artillerie le général Mossel; il y sera attaché un officier supérieur du génie.

Il sera composé de trois divisions.

La 1e division sera commandée par le général Rivaud et formée de trois brigades: la 1e commandée par le général Menard, ayant quatre bataillons; la 2e, par le généra1 Taupin, ayant quatre bataillons; la 3e, par le général Godard, ayant quatre bataillons; en tout douze bataillons, formant 9 à 10,000 hommes d’infanterie.

La 2e division sera commandée par le général Lagrange; la 1e brigade sera composée de trois bataillons du 65e et d’un bataillon du 46e, et commandée par un général de brigade qui sera pris à l’armée d’Allemagne; la 2e brigade sera composée de quatre bataillons des 32e, 58e, 121e et 122e, qui sont à Paris, et commandée par un général pris à l’armée d’Allemagne; la 3e brigade sera composée de quatre bataillons des 2e, 4e, 12e et 15e légers. Celte division aura donc, comme la le, douze bataillons, formant 9 à 10,000 hommes d’infanterie.

La 3e division sera composée de quatre régiments de marche et de douze bataillons auxiliaires, dont nous avons ordonné la réunion par nos derniers ordres, et sera commandée par le général de division Clauzel, qui veillera spécialement à sa formation.

Ce qui portera l’infanterie du 8e corps à plus de 30,000 hommes.

La cavalerie sera composée de douze régiments provisoires de dragons, formés en cinq brigades et présentant 12,000 chevaux. Ces cinq brigades seront commandées par autant de généraux de brigade et seront sous les ordres d’un seul général de division.

L’artillerie sera composée de trente-six pièces de canon.

Je désire connaître quand tout cela pourra se mettre en mouvement, pour que le corps soit rendu et réuni à Bayonne au 1er janvier.

Je suppose que vous avez donné tous les ordres nécessaires pour que les détachements qui sont aux dépôts, ou à la 22e demi-brigade provisoire, ou au régiment de Strasbourg, se rendent à Périgueux pour former le 1er régiment de marche, et que vous avez nommé le colonel en second pour le commander; pour que ce qui doit former le 2e régiment de marche se réunisse à Angoulême; pour que ce qui doit former le 3e se réunisse à Limoges; pour que ce qui doit former le 4e se réunisse à Poitiers.

Je suppose que vous avez également donné des ordres pour que les douze bataillons auxiliaires se réunissent à Versailles, en chargeant le général Mouton de les former ; et qu’ainsi tous les détachements sont en route pour cet objet.

Je suppose que vous avez donné les ordres pour la formation des vingt escadrons de gendarmerie.

Vous aurez donné les ordres pour que la brigade de Montmarie, de la division Reynier, se forme et se réunisse à Bordeaux; pour que la brigade Valentin se réunisse à Bayonne, et la brigade Lamartinière également à Bayonne.

Il est instant que le général Reynier soit rendu à son corps pour en accélérer la formation, afin que je puisse connaître quand cette division pourra entrer en Espagne.

Je suppose que la division Loison sera rendue le 4 décembre à Vittoria.

Je désirerais savoir si, le 10, le général Reynier ne pourrait pas entrer en Espagne avec les brigades Valentin et Lamartinière, pour occuper les trois Biscayes, afin de faire partir, le 10, la division Loison de Vittoria pour se porter plus loin.

 

Paris, 28 novembre 1809

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je viens d’ordonner qu’au 1er décembre vous n’aurez plus à vous mêler de l’armée d’Allemagne et que vous serez chargé de la correspondance de l’armée d’Espagne. À dater de cette époque, vous prendrez les fonctions de major général de l’armée d’Espagne.

Prenez vos mesures pour organiser votre état-major et vos bureaux. Mettez en marche vos équipages et ceux de vos aides de camp. Vous me rendrez compte de la formation du corps de réserve de l’armée d’Espagne, composé des divisions Loison et Reynier et du 8e corps, des dispositions que j’ai ordonnées pour envoyer 100,000 hommes de renfort en Espagne, et de tout ce qui est relatif au détail de l’artillerie.

Il manque à beaucoup de ces corps des généraux et ce qui constitue l’état-major. Faites-vous rendre compte de tout cela.

Je pense que dès demain vous devez faire partir pour Madrid un de vos aides de camp, avec un ordre du ministre de la guerre, pour informer sur toute la ligne des présentes dispositions et vous faire envoyer par l’estafette les rapports de la Navarre, de l’Aragon, des trois Biscayes, de Burgos, de Valladolid et de Bayonne, afin que je puisse promptement reprendre la direction des affaires d’Espagne.

 

Paris, 28 novembre 1809

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements français au-delà des Alpes, à Turin

Le nommé Hainguerlot est en Toscane, du côté de Pise, et voyage sous un nom inconnu. Il revient, je crois, à Paris. Faites -le veiller. Quand il repassera par votre gouvernement, faites-le arrêter et conduire à Compiano et vous m’enverrez ses papiers.

 

Paris, 29 novembre 1809

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je lis votre rapport du 22 novembre ; je n’y comprends rien. Je vous défends expressément, sous votre responsabilité, de laisser naviguer aucune espèce de bâtiments en contravention aux règles ordinaires, hormis ceux qui seraient munis d’une licence ou passeport signé de moi, conforme aux passeports que j’ai donnés à la police. Tout bâtiment qui ne serait pas muni de ce passeport doit être confisqué.

Faites restituer sur-le-champ au corsaire le petit bâtiment sous pavillon hollandais qui a été confisqué à Boulogne et que le préfet maritime n’avait pas le droit de rendre au commissaire de police.

Ceci me déplaît beaucoup. C’est votre faute, parce que j’ai prévu tous les cas par mon décret du 14 février et que j’ai donné pour cela des passeports à la police. J’exige donc qu’aujourd’hui, avant minuit, vous donniez, par un courrier extraordinaire, des ordres conformes à la présente lettre, et que vous fassiez connaître aux préfets maritimes et autres officiers de marine dans mes ports que, s’ils se permettaient la moindre dérogation à mes ordres sur l’intervention d’un agent de police, ils seraient destitués.

 

Paris, 29 novembre 1809

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Il me revient de tous côtés qu’il se commet des abus énormes sur les côtes par les agents de police, qui s’érigent en régulateurs de la navigation. Mon intention formelle est que la police ne se mêle en rien de la police des côtes. Je vous ai accordé deux bâtiments, munis de leurs licences ; tout autre doit être confisqué. Je donne des ordres à la marine pour que cette anarchie et ces pitoyables abus cessent.

References

1 Paule Argentero de Bergegio, mariée à Charles-Joseph-Louis de Perron de Saint-Martin, comte de l’Empire.
2 Vincent de Margnolas, conseiller d’État – 1781-1809
3 il s’agit des relations du combat de Tamames, extraites des journaux anglais des 11 et 13 novembre 1809