Correspondance de Napoléon Ier – Novembre 1807

Fontainebleau, 1er novembre 1807

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, il est nécessaire d’expédier un courrier dans la nuit au général Savary pour lui envoyer le traité fait avec le Danemark, pour qu’il le communique à l’empereur. Il serait fâcheux que les Danois nous prévinssent. Vous ferez connaître à Savary les nouvelles que vous avez, et vous lui ajouterez qu’immédiatement après que M. de Tolstoï sera arrivé je lui enverrai un officier. Je vous enverrai ce soir à six heures une lettre pour Savary, que vous ferez partir par votre courrier.

 

Fontainebleau, 1er novembre 1807

A M. Cretet

Monsieur Cretet, vous recevrez dans le jour un décret relatif à la ville d’Ajaccio. Mon intention est que l’exécution en soit suivie avec la plus grande activité, parce qu’aussitôt que les travaux seront avancés je simplifierai l’administration de l’île, qui, dans ce moment coûte trop cher, en concentrant dans la même ville tous les établissements.

Les galériens napolitains et les noirs qui sont en Corse y commettent des brigandages, parce qu’ils n’y sont pas employés. Le roi de Naples a encore 4,000 galériens, que je ne puis permettre de recevoir en France et encore moins en Italie, où ils ont commis déjà beaucoup de désordres. Le lieu véritablement convenable, c’est la Corse. Il faut donc faire des travaux dans cette île pour donner de l’occupation à ces individus. Il faut aussi y envoyer un nombre suffisant d’ingénieurs. Écrivez aux préfets du Liamone et du Golo pour connaître les moyens à prendre, soit pour établir, soit pour encourager la culture du coton dans ces départements. Je désire aussi que vous me fassiez un rapport sur la possibilité de l’introduction de cette culture dans nos contrées méridionales.

 

Fontainebleau, 1er novembre 1807

Au général Savary, en mission à Saint-Pétersbourg

Monsieur le Général Savary, je vous ai expédié un courrier hier; mais au moment même arrive Montesquiou, qui m’apporte votre lettre du 9 octobre avec le rapport qui y était joint. L’empereur désire envoyer de ses cadets dans mes ports : il n’y a point de difficulté à cela; ils seront reçus et traités comme des officiers français; vous pouvez lui en donner l’assurance. Il désire 50,000 fusils de mes manufactures : il n’y a pas non plus de difficulté à cela.; dès que Tolstoï en fera la demande, ils lui seront remis; il y en a un million dans mes arsenaux; ainsi ce n’est pas pour moi un grand sacrifice; d’ailleurs il n’en est pas que je ne fasse pour être agréable à l’empereur. M. de Tolstoï est arrivé à Francfort, il y a quelques jours, et sera ici après-demain. Je lui ferai remettre l’hôtel que j’ai acheté de la princesse Caroline, tout meublé; il m’a coûté un million. Vous savez que c’est l’hôtel le plus élégamment arrangé de Paris. J’en fais présent à l’empereur pour loger ses ministres. Il faudra que les meubles en soient conservés avec soin, afin que cela n’occasionne pas de grandes dépenses lors du renouvellement de ses ambassadeurs. Vous prierez l’empereur d’agréer cette maison comme un hommage de ma part. Si, par échange, il veut faire présent pour mes ambassadeurs d’un hôtel meublé, je ne m’y oppose pas; je vous autorise à le recevoir.

J’attendais Tolstoï pour écrire à l’empereur.

Vous avez reçu Saint-Aignan.

Quant à nos affaires, elles sont de trois espèces 1° faire la guerre à l’Angleterre; 2° obliger l’Autriche et la Suède à se déclarer contre l’Angleterre; 3° arranger les affaires de la Porte. 

1° Déclarer la guerre à l’Angleterre : par les pièces que je vous ai envoyées, vous avez vu que la Russie devait faire une déclaration au 1er décembre, chasser lord Gower et déclarer la guerre à l’Angleterre. Je juge, comme la Russie, que cette déclaration aujourd’hui n’aboutira à rien et que l’affaire de Copenhague a changé la face des choses. Vous vous bornerez à demander que Gower soit chassé et la guerre déclarée.

2° Pour ce qui regarde la Suède : l’île de Seeland est évacuée par les Anglais. Par le traité que je viens de conclure avec le Danemark, cette puissance doit faire cause commune avec la Russie; si la Russie déclare la guerre à la Suède, le Danemark la lui déclarera aussi, et une armée danoise doit l’attaquer en même temps.

3° Quant aux affaires de la Porte : je sens la nécessité de terminer quelque chose, et je suis prêt à m’entendre là-dessus avec la Russie Mais cette affaire est bien intéressante pour moi. Je remets à vous en écrire après avoir vu Tolstoï. J’aurais besoin même d’avoir une entrevue pour cela avec l’empereur, après que la guerre aura été déclarée par la Russie à l’Angleterre.

Faites passer désormais vos courriers par Varsovie et Dresde parce que, s’il arrivait que j’allasse en Italie, je donnerais l’ordre que de Varsovie, on les dirigeât sur Milan. Cependant je suis encore très incertain sur ce voyage. Cela dépendra de beaucoup d’autres circonstances.

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P. S. J’envoie décidément Caulaincourt comme ambassadeur extraordinaire en Russie. Il aura 600,000 francs de traitement, ce qui, joint à ce qu’il a, le mettra dans le cas de faire une figure convenable. Vous pouvez donc compter qu’il sera à la fin de novembre à Saint-Pétersbourg. J’avais d’abord voulu envoyer Laforest, mai j’ai craint qu’il ne fût trop vieux et qu’on crût qu’il n’avait pas assez ma confiance, ce qui m’importe par-dessus tout.

 

Fontainebleau, 2 novembre 1807

INSTRUCTIONS POUR L’ENTRÉE DE LA GARDE A PARIS.

La Garde impériale arrivera le  24 novembre dans les environs de Paris et sera logée à Saint-Denis, Vincennes , Claye , Courbevoie, Rueil, etc., pour être réunie le lendemain, sur la route de Claye, à midi, et faire son entrée à une heure par la porte Saint-Martin.

La Garde sera reçue comme il a été ordonné ; elle entrera ensuite par la porte Saint-Martin, descendra les boulevards jusqu’à la rue de Rivoli, et arrivera, par cette rue, sur les places du Carrousel el des Tuileries, où elle sera rangée en bataille. Si l’Empereur est à Paris, il en passera la revue et recevra ensuite le corps d’officiers dans les grands appartements; sinon, la Garde déposera ses aigles dans le cabinet de Sa Majesté et ira prendre ensuite ses quartiers.

Le 26, le corps municipal de la ville de Paris donnera un banquet, aux Champs-Élysées, aux officiers et soldats de la Garde.

Le 27, le maréchal Bessières donnera à dîner à tous les officiers de la Garde et au corps municipal, dans l’intérieur du quartier Napoléon; les princes et les maréchaux de l’Empire pourront être invités à ce dîner.

Le 30, le maréchal Bessières donnera un grand bal à la Garde et à la ville de Paris. Il prendra les ordres ultérieurs de l’Empereur pour les invitations. Si l’Empereur est à Paris, il ira peut-être.

Il sera fait un plancher dans l’ancienne chapelle, an niveau des grands appartements, pour la salle de bal.

Il sera tiré un feu d’artifice dans l’intérieur du Champ de Mars.

Il ne sera fait à la Garde aucune distribution d’habillements avant son entrée; elle entrera avec ses habits de guerre.

Elle marchera dans l’ordre suivant :

Les chasseurs à cheval, les fusiliers , les chasseurs à pied, les grenadiers à pied, les dragons, les grenadiers à cheval.

La gendarmerie d’élite qui se trouve à Paris pourra envoyer la veille un escadron qui fermera la marche.

Chaque chef de corps marchera à la tête de son régiment.

La réponse à faire au corps municipal, au lieu où il doit recevoir la Garde, sera soumise à l’Empereur.

L’Empereur donnera un ordre du jour général pour la Garde avant son entrée à Paris.

Le maréchal Bessières ira à la rencontre de la Garde et surveillera l’exécution du présent ordre.

 

Fontainebleau, 2 novembre 1807

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Monsieur Decrès, il est convenable que vous donniez des ordres pour qu’un capitaine de vaisseau, quatre capitaines de frégate, six lieutenants de vaisseau , une douzaine d’enseignes, un commissaire de marine intelligent et un ingénieur de construction, se tiennent prêts à partir pour rejoindre le général Junot, afin qu’arrivés à Lisbonne ils puissent prendre possession du port et même des vaisseaux, si on a le bonheur d’en prendre. Il sera donc nécessaire que ces officiers partent secrètement et sans bruit de Bayonne, le 17 novembre, pour être rendus le 20 à Ciudad-Rodrigo, quartier général du général Junot. Vous enverrez à ce général la liste des officiers que vous lui adresserez. Il faut que ces officiers n’aient rien à demander et aient leur solde pour tout novembre et décembre.

 

Fontainebleau, 2 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, l’état que je vous ai envoyé des conscrits que vous devez recevoir en Italie est le résultat de ce qui vous revient sur le conscriptions de 1806, 1807 et 1808. J’ai donné ordre que le détachement du 8le qui est à Corfou rejoignit son dépôt.

Mon intention est que les huit détachements que vous allez envoyer pour compléter les huit régiments qui sont en Dalmatie se réunissent dans une ville de l’État vénitien , et que vous en fassiez passer la revue. Chaque 3e bataillon fournira autant de deux compagnies que vous aurez plus de 900 hommes à envoyer. Vous chargerez un général de brigade du commandement de cette brigade, et lorsque vous serez assuré que son habillement, son armement, si chaussure sont en bon état, vous la ferez partir.

La division Clauzel et cette brigade feront au général Marmont un renfort de 8,000 hommes.

Pour tous les régiments de l’armée de Naples et l’armée de Dalmatie, qui ont deux bataillons au dépôt, il faut distinguer le 3e bataillon, qui doit toujours former un cadre, et se servir du 4e bataillon seulement comme dépôt. Je ne vois pas d’inconvénient que vous fissiez partir les deux escadrons napolitains, le premier monté et le second à pied. Un bataillon du 5e italien me suffit à Corfou, surtout si ce bataillon est à l’effectif de 140 hommes par compagnie.

Je dois vous dire en confidence, et pour vous seul , que, par un traité que j’ai fait avec l’Espagne, le royaume d’Étrurie m’est cédé en toute propriété et souveraineté; il est probable qu’avant peu j’en prendrai possession. Il est donc convenable de faire vendre toutes les marchandises anglaises, et de maintenir la division Miollis assez forte pour qu’elle puisse prendre possession du pays et y faire exécuter les lois qu’il me paraîtra convenable d’y faire promulguer.

Quant au bataillon du 5e italien, vous pouvez le faire venir à Novare. Je vous ai demandé de réunir dans cette ville une division italienne de 5 à 6,000 hommes, que j’ai f intention de faire venir en France du moment qu’elle sera organisée et complète et que la division italienne, qui est à Stralsund, sera en marche pour venir à Milan.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1807

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, je vous envoie une pétition du conseil général du département du Nord. Mon intention est que vous me fassiez un rapport sur l’ingénieur en chef de ce département. S’il est trop âgé, il faut lui donner sa retraite et envoyer à sa place un homme capable de faire le service. Je désire que vous me fassiez faire un relevé de toutes les lettres des conseils généraux de département, avec une analyse qui me fasse connaître si ce sont des félicitations ou des réclamations qu’elles contiennent.

 

Fontainebleau, 3 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, le 2e corps de la Gironde sera partagé en trois divisions.

La 1e division sera commandée par le général Barbou et composée de trois bataillons de la 1e légion de réserve de l’intérieur, de trois bataillons de la 2e légion et du 2e1 régiment suisse; total, sept bataillons faisant 7,000 hommes.

La 2e division sera commandée par le général Vedel, que j’ai nommé général de division, et sera composée de deux bataillons de la 3e légion de réserve, de trois bataillons de la 4e légion et du 3e régiment suisse; ce qui fera sept bataillons ou près de 6,000 hommes.

La 3e division sera commandée par le général Mahler, et sera composée de la 5e légion de réserve, du 2e bataillon du 4e régiment suisse, de deux bataillons de la garde de Paris et du 3e bataillon du 5e léger; ce qui fera sept bataillons.

Le corps sera commandé en chef par le général de division Dupont. Vous vous entendrez avec ce général pour le choix du chef de l’état-major. Vous nommerez un officier pour commander le génie. Le général Boussart commandera la cavalerie.

Le général Dupont sera rendu à Bayonne pour le 15 novembre.

Chaque division aura douze pièces de canon.

Vous vous entendrez avec le ministre Dejean pour nommer un ordonnateur et organiser les administrations, de manière qu’au 1er décembre ce corps puisse commencer à agir, si cela était nécessaire

Le général Ruffin, que j’ai nommé général de division, remplacera le général Dupont dans le commandement de la 1e division du 1er corps de la Grande Armée.

Vous donnerez ordre aux adjudants commandants Thomas, Rewes et Chameaux, et aux capitaines adjoints Bochud, Caignet, Ferret, Gaillard et Fouchard de se rendre à Bayonne pour être employé dans ce corps.

Le général Pannetier sera employé dans le même corps, division du général Barbou.

Les généraux de brigade Godinot et Liger-Belair seront employé dans le même corps, division du général Malher.

Les généraux Cassagne, Laplane et Laval seront employés dans même corps, division du général Vedel.

 

Fontainebleau, 4 novembre 1807

A M. Fouché, ministre de l’intérieur

Je désire que vous fassiez aux journaux une nouvelle circulaire pour leur réitérer de ne point parler du mouvement de mes troupes. Ils ont mis que deux régiments de carabiniers étaient partis de Lunéville : cela ne peut sortir que de la Gazette ou d’un bulletin de Lunéville. Il est fort inutile d’apprendre aux étrangers les mouvements à troupes que je fais chez moi.

 

Fontainebleau , 5 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, faites-moi connaître si l’état que je vous envoie ci-joint est exact. Il en résulterait qu’après le départ des 4,000 hommes que vous envoyez à l’armée de Naples, il vous resterait encore aux dépôts, sans comprendre les grenadiers et les voltigeurs, 6,400 hommes. Il vous serait donc facile de faire partir encore 3,000 hommes, pour porter l’effectif des compagnies de l’armée de Naples 6.400 hommes.

Renvoyez-moi un État pareil de ce que vous ferez partir pour porter ces compagnies audit complément.

Vous verrez dans l’état de l’armée de Dalmatie, qui est joint au premier, que cette armée sera de 16,400 hommes après l’arrivée de la division Clausel, et qu’il n’est plus nécessaire d’y envoyer que 2,450 hommes pour compléter les bataillons a 840 hommes. Comme vous avez dans les dépôts 8,900 hommes, vous avez de quoi atteindre ce complément; faites-moi connaître si cet état est exact. Réunissez ce qui sera nécessaire pour le complément dans une ville de l’État vénitien, et rendez-m’en compte, afin que je vous envoie l’ordre de faire partir ce renfort pour sa destination. Ainsi donc vous réunirez deux colonnes, l’une à Rimini pour renforcer l’armée de Naples, et une dans l’État vénitien pour compléter l’armée de Dalmatie.

 

Fontainebleau , 5 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, des circonstances différentes me portent à donner une autre formation aux deux brigades d’infanterie provisoires de réserve dont j’avais ordonné la réunion à Nancy et à Sedan. Vous trouverez ci-joint le tableau de la formation de ce corps, qui portera le titre de Corps d’observation des côtes de l’Océan, et qui se réunira : la 1e division à Metz, la 2e à Nancy et la 3e à Sedan.

Chacune de ces trois divisions sera composée de deux brigades, chaque brigade de deux régiments provisoires, chaque régiment provisoire de quatre bataillons, chaque bataillon de quatre compagnies des 3e bataillons portés dans le tableau, et qui seront complétées à 150 hommes chacune; total, 48 bataillons. Cela formerait un total de 28,800 hommes.

Les quatre brigades de cavalerie provisoire de la réserve, qui se réunissent à Orléans, Tours, Chartres et Compiègne, seront comprises dans ce corps, ainsi que les trois compagnies d’artillerie légère, et les trente-six pièces de canon qu’elles servent.

J’ai donné l’ordre que le général Mouton, mon aide de camp, se rendit, le 15 novembre, dans les villes où se réunissent ces brigades.

Il passera la revue de ces troupes et vous rendra compte de leur situation.

Il est nécessaire d’organiser, pour le service de ces trois divisions, dix-huit pièces de canon, et d’y destiner trois compagnies d’artillerie à pied et une compagnie pour le parc ; dix-huit autres pièces seront servies par les trois compagnies d’artillerie à cheval dont j’ai ordonné la formation. Ainsi il y aura trois compagnies d’artillerie à cheval, quatre à pied et cinquante-quatre pièces de canon.

Proposez-moi un général d’artillerie pour commander cette artillerie, un directeur du parc et des officiers d’artillerie.

Tout cela formera un corps de plus de 34,000 hommes.

Entendez-vous avec le ministre Dejean pour fournir des caissons à ce corps et aux deux corps de la Gironde.

Je suppose que vous avez pris des mesures pour organiser le service de santé de ces corps.

Réunissez à la Fère les quatre compagnies d’artillerie à pied, les dix-huit pièces d’artillerie et le parc de ce corps. Faites-moi connaître quand les trois compagnies d’artillerie à cheval pourront se mettre en marche, pour que j’indique le lieu où elles devront se réunir.

Recommandez au maréchal Kellermann de faire fournir des capotes aux trois divisions du corps d’observation des côtes de l’Océan.

Proposez-moi trois généraux de division, six généraux de brigade, un général d’artillerie, un du génie, trois adjudants commandants et douze officiers d’état-major, pour composer l’état-major de ce corps. En attendant, donnez l’ordre au général de brigade Brun de se rendre à Metz, pour prendre le commandement de la 1e division ; au général de brigade Lefranc de se rendre à Nancy, pour prendre le commandement de la 2e division, et au général de division Morlot de se rendre à Sedan, pour commander la 3e division.

La 1e division, composée de quatre régiments et de seize petits bataillons, doit pouvoir rester tout entière à Metz. Je désire qu’elle puisse rester toute dans cette ville, parce qu’elle prendra plus d’ensemble. Si elle ne peut pas y rester, vous me proposerez les villes voisines où l’on pourrait détacher une brigade. Même observation pour la 2e division, qui se réunit à Nancy. Quant à la 3e- division, une brigade sera placée à Sedan et l’autre à Mézières.

 

Fontainebleau, 5 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, répondez au général Junot que j’entends qu’il vous fasse connaître les receveurs qui n’auraient pas payé exactement les ordonnances du trésor. Je considère cela comme un acte très -coupable, et mon intention est d’être rigoureux sur cet objet.

Faites-lui connaître qu’à l’avenir, dès que mon armée sera entrée en Portugal, elle doit être nourrie, habillée et soldée sur les contributions qui seront levées dans ce pays; il faut que, dès ce moment-là, je n’aie plus un sou à y envoyer.

Je n’entends pas que, sous le prétexte de manque de vivres, sa marche soit retardée d’un jour : cette raison-là n’est bonne que pour des hommes qui ne veulent rien faire; 20,000 hommes vivent partout, même dans le désert.

 

Fontainebleau, 5 novembre 1807

A M. Fouché, ministre de la police général

Les Anglais commencent à vouloir faire jouer un rôle à Moreau pour nous brouiller avec les États-Unis d’Amérique. Il faut avoir soin que nos journaux ne répètent rien de cela.

 

Fontainebleau, 5 novembre 1807

A M. Fouché, ministre de la police générale

Monsieur Fouché, depuis quinze jours il me revient de votre part des folies; il est temps enfin que vous y mettiez un terme, et que vous cessiez de vous mêler, directement ou indirectement, d’une chose qui ne saurait vous regarder d’aucune manière; telle est ma volonté.

 

Fontainebleau, 5 novembre 1807

A M. de Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur

J’ai signé le décret que vous m’avez proposé pour les dames. Quant à l’aumônerie, je trouve que le projet de M. le grand aumônier est trop cher. Voyez à tâcher de le réduire à 12.000 francs.

 

Fontainebleau, 5 novembre 1807

Au prince Cambacérès, Archichancelier de l’Empire

Je vous envoie deux feuilles, deux bulletins de police sur des affaires de Montpellier. Puisque vous êtes sur les lieux, vérifiez les fait et faites-moi connaître ce que vous savez.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1807

Au vice-amiral Decrès,ministre de la marine

J’ai pris un décret hier pour curer le port d’Ancône. Je suppose que vous avez déjà fait partir l’ingénieur. Je désirerais y établir deux cales, une pour y construire une frégate et une pour un vaisseau, Cette manière de faire est la seule qui puisse nous donner des vaisseaux.

Ancône est le bassin d’une partie des Apennins. Les bois et surtout les courbes y abondent. Il est économique d’en profiter et de les employer là.

Avez-vous des idées claires sur les bouches de Cattaro ? Nos vaisseaux y sont-ils à l’abri de forces supérieures ennemies ?

Avez-vous envoyé un ingénieur constructeur à Corfou ? Ordonnez qu’on mette là en construction d’abord une frégate, et, si cela est possible, un vaisseau de 74. Les ouvriers du pays et les bois de l’Albanie rendront cette entreprise utile.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1807

Au vice-amiral Decrès ministre de la marine

La Pomone et la Pauline sont parties pour Corfou. J’aurais besoin de quatre autres frégates dans l’Adriatique, deux à Ancône et deux à Cattaro, afin de maintenir cette mer libre ou d’obliger l’ennemi à y avoir des forces très-considérables. Mon armée de Dalmatie et de Corfou nécessite la présence de ces frégates. Aujourd’hui une seule frégate bloque toute l’Adriatique.

Faites-moi connaître si l’on ne pourrait pas faire partir de Lorient deux divisions, chacune de deux frégates, et de Bordeaux une autre division de deux frégates, pour se rendre deux à Ancône, deux à Cattaro et deux à Corfou.

Faites-moi connaître le nombre de bâtiments légers qui de Toulon ont été envoyés à Corfou, et faites-moi connaître le jour de leur départ. Présentez-moi les instructions pour les commandants de ces frégates.

Activez l’armement des deux frégates de Toulon ainsi que de la Danaé, et tant la construction des frégates de la Méditerranée que la mise à l’eau des frégates que j’ai en construction à Saint-Malo et autres points. Faites-moi connaître s’il y aurait possibilité d’envoyer un plus grand nombre de frégates dans l’Adriatique.

Ne serait-il pas possible d’envoyer quelques frégates croiser sur les côtes du Brésil ? Elles prendraient une quantité immense de bâtiments portugais.

 

Fontainebleau, 6 novembre 1807

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine

Faites donc partir les deux frégates qui sont au Havre pour Cherbourg, ce qui me rendrait une division de frégates disponible.

Faites mettre à l’eau l’Amphitrite, qui est à Cherbourg; faites terminer le Breslau à Gênes, et faites-y mettre un autre vaisseau sur le chantier.

Faites-moi un rapport sur le port de Savone. Beaucoup de personnes pensent que ce port pourra contenir des vaisseaux de guerre, et que l’on peut même y établir des chantiers de construction. Ce port est le plus commode pour correspondre avec le Pô et le Piémont, puisqu’il est au défaut des Alpes et des Apennins et qu’il n’y a pas de montagnes. Faites envoyer un ingénieur sur les lieux pour me faire un rapport sur ce port, qu’on travaille à dévaser depuis longtemps. Il y a à côté la belle rade de Vado, qui sera d’une grande utilité.

Faites-moi connaître si l’on pourra mettre à l’eau le Rivoli, à Venise, dans le courant de mai et de juin, et y avoir terminé un des vaisseaux qui sont en construction pour le compte du royaume d’Italie. Ces deux vaisseaux nous aideront à nous rendre maîtres de l’Adriatique.

 

Fontainebleau , 6 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, envoyez-moi l’état des bâtiments armés que j’ai, ainsi que la situation de mon armée italienne. Le dernier état de l’armée italienne que j’ai est du 1er juillet; vous voyez que c’est un peu vieux. On doit m’envoyer tous les mois un état pareil à celui que m’a apporté le général Caffarelli.

Si j’ai à Venise deux frégates capables de faire guerre, dirigez-les sur les bouches de Cattaro, d’où elles seront propres à tenir la mer, puisqu’elles peuvent entrer et sortir sans difficulté. Rendez-moi compte de l’état de mes constructions tant françaises qu’italiennes.

 

Fontainebleau , 6 novembre 1807`

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, avez-vous mis vos deux vaisseaux en construction ? Quand seront-ils terminés ? Vous devez sentir plus que personne l’importance d’avoir ces deux vaisseaux, qui vous mettront dans le cas de n’avoir rien à craindre des frégates anglaises; et les Anglais n’ont pas un tel nombre de vaisseaux de guerre qu’ils puissent en avoir partout.

 

Fontainebleau , 6 novembre 1807`

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je reçois votre état de situation du 15 octobre que vous m’envoyez avec votre lettre du 27, Je vois dans cet état que vous avez 772.000 hommes présents sous les armes. Il est inconcevable qu’avec ce nombre de troupes, vous souffriez que les Anglais soient à Scylla et à Reggio. Je vous prie de ne pas perdre un moment à faire cette expédition qui est de la plus grande importance. Une division peut aller hardiment à Reggio et à Scylla, pourvu qu’une division intermédiaire maintienne votre communication entre la division d’expédition et Naples.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1807

A M. Fouché, ministre de la police générale

Je vous ai fait connaître plusieurs fois que je ne voulais point que des prêtres, dits du nom de Jésus, qui ne sont que des Jésuites déguisés, influassent en rien sur l’instruction publique, même dans les séminaires. Mon intention est que vous écriviez aux préfets qu’ils se fassent rendre compte des individus de ces associations qui exerceraient dans leurs départements, et veillent à ce qu’ils soient chassés des collèges.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1807  

Au maréchal Soult, chargé du commandement de la Grande Armée à Elbing

Du moment que les conventions seront signées avec les Prussiens mon intention est que vous évacuiez la rive droite de la Vistule; que vous teniez plusieurs régiments de cavalerie légère dans l’île de Nogat, que vous placiez une de vos divisions à Marienburg, comme tête de pont, en la disséminant à Neuburg, Mewe, cette division pouvant être appuyée par le corps qui est à Danzig ; que vous envoyiez votre cavalerie entre l’Oder et l’Elbe et que vos deux autres divisions et vos parcs soient dirigés sur Stettin. Mon intention est que vous ayez le commandement de tout le pays compris entre la Vistule et l’Oder excepté la Pologne, qui est occupée par le maréchal Davout.

Aussitôt que j’aurai appris que vous êtes en marche sur Stettin , je vous donnerai aussi le commandement de la Poméranie suédoise.

Vous pourrez diriger tout cela de Stettin. Mais, sous aucun prétexte, pour aucun motif, vous ne devez point évacuer la droite de la Vistule sans mon ordre. Dites, promettez ce que vous voudrez, mais n’exécutez pas ce mouvement que je ne vous en aie écrit.

Les Russes n’ont pas évacué la Valachie, ni la Moldavie; les Prussiens ne sont pas d’accord sur les contributions. L’Autriche vient de déclarer la guerre à l’Angleterre. La division Verdière vient de recevoir l’ordre de se rendre à Stettin. Les alliés vont à Bayreuth. Il n’y aura donc définitivement entre l’Elbe et l’Oder que vous et le ler corps. Six divisions d’infanterie ne peuvent pas être gênées dans un si grand espace de terrain et pourront passer l’hiver tranquillement, s’il y a lieu.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1807

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon Frère, je vous ai fait connaître que mon intention était que Céphalonie fût garnie de troupes albanaises, et qu’il n’y eût dans cette île, de mes troupes françaises, qu’un ou deux officiers ; également à Zante.

Deux de mes frégates et une corvette doivent être arrivées à Corfou. Elles sont parties le 7 octobre de Toulon. Quand vous lirez cette lettre, il y aura quarante jours qu’elles seront parties; vous devez donc en avoir des nouvelles. Ces frégates sont propres à favoriser le passage de mes troupes à Corfou.

J’espère que toutes les troupes que le vice-roi a envoyées à Corfou pour compléter le 6e et le 14e sont arrivées.

Mon intention est que, à la réception de cette lettre, vous envoyiez à Corfou un bataillon du 12e régiment italien, que vous compléterez le plus possible. Vous y ferez passer également un bataillon napolitain, que vous compléterez à 140 hommes par compagnie. Vous y ferez passer aussi deux bataillons de la Tour d’Auvergne, que vous compléterez de manière à former ensemble 1,800 hommes. Vous y joindrez 900 hommes d’artillerie française et italienne. Ainsi vous enverrez à Corfou un renfort de 3,600 hommes, qui, joint au 6e de ligne, au 14e léger, au 5e italien, à l’artillerie, fera une division de plus de 8,000 hommes.

Vous ferez passer à Corfou le général de brigade Valentin, pour qu’il y ait toujours dans cette île, indépendamment du gouverneur général, deux généraux de brigade. Vous y ferez passer également l’officier d’état-major Romeuf, qui y sera employé, et plusieurs officiers d’état-major. Vous ferez passer à Corfou un escadron de chasseurs à cheval de 200 hommes, une compagnie du train d’artillerie avec 120 chevaux du train, de manière qu’il y ait toujours à Corfou une division de huit pièces de canon attelées.

Il n’y a dans les îles que 120 canonniers; en vérité, c’est trop peu. Je vous prie de faire exécuter ces ordres bien ponctuellement. Dans l’état de situation que vous m’avez envoyé, je vois qu’il n’y a qu’un adjudant commandant : un seul ne suffit pas.

Je vous prie d’approvisionner le plus tôt possible Corfou de vivres, de grains et de poudre. Il est nécessaire que vous y fassiez passer plusieurs centaines de milliers de cartouches, et qu’il y ait là du blé pour un an.

Non-seulement le général César Berthier doit se tenir maître de l’île, mais il ne doit dans aucun cas se laisser renfermer dans la forteresse. Avec les troupes que je lui envoie, il peut se mettre dans cette situation , puisqu’il aura 8 à 9,000 hommes. Cela tient à des plans généraux que vous ne pouvez pas connaître; n’y portez donc aucun retard. Il faut qu’il y ait à Corfou 400 hommes d’artillerie; envoyez-y également une nouvelle escouade d’ouvriers.

Vous ne répondez pas à toutes mes lettres et vous ne correspondez pas assez avec Corfou. J’ai ordonné que l’on travaillât aux fortifications de Corfou, de Parga et de Sainte-Maure : je n’entends parler de rien.

J’ai ordonné au vice-roi d’y envoyer du biscuit, beaucoup de blé , de la poudre. Nous sommes dans la saison où les croisières ennemies ne peuvent empêcher qu’on y arrive.

Le vice-roi me mande qu’il a fait partir, le 20 octobre, 2,200 tonneaux de farine pour Corfou ; du 15 au 22, 1,500 rations de biscuit; que le 20 octobre il a fait partir de Venise de la poudre et des boulets.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1807

A Alexandre Ier, empereur de Russie

Monsieur mon Frère, M. le comte de Tolstoï m’a remis la lettre de Votre Majesté. Je ne veux pas tarder un moment à lui exprimer tout le plaisir que m’a fait éprouver l’arrivée de son ambassadeur. En voyant une personne que Votre Majesté honore d’une confiance si particulière , je me suis ressouvenu de tout le bonheur que j’avais eu à Tilsit. Nous serons bien heureux quand elle pourra tenir sa promesse et faire son grand voyage. Quant à moi, je ressens un grand plaisir de pouvoir montrer, dans la personne de l’ambassadeur de Votre Majesté, la vérité et la force des sentiments qu’elle m’a inspirés. J’ai ce matin causé fort longtemps avec M. le comte de Tolstoï.

L’escadre de Votre Majesté a passé le 19 octobre devant Cadix et n’est pas entrée dans ce port. Je suppose qu’elle entrera ou à Lisbonne ou à la Corogne, ou dans un de mes ports de l’Océan. J’ai fait sortir plusieurs frégates à sa recherche, et pour engager l’amiral Siniavine à ne pas donner dans la Manche.

J’écris en détail à Savary sur ces différentes affaires.

L’Autriche a pris le parti de déclarer la guerre à l’Angleterre, si l’Angleterre ne remet pas les choses à Copenhague dans l’état où elles étaient. Ainsi, voilà l’Angleterre en guerre avec tout le monde. Il n’y a plus que le roi de Suède, qui entendra probablement raison quand Votre Majesté lui aura parlé un peu sérieusement.

 

Fontainebleau, 7 novembre 1807.

Au général Savary, en mission à Saint-Pétersbourg

Monsieur le Général Savary, Caulaincourt partira dans trois jours; mais je ne veux pas perdre un moment à vous expédier un courrier pour vous faire connaître que M. de Tolstoï m’a remis hier ses lettres de créance, à Fontainebleau. Il a été ensuite présenté à l’Impératrice et aux princes et princesses. Il a dîné, selon l’usage, chez le grand maréchal. Le soir il a assisté au spectacle. Je l’ai fait inscrire du voyage de Fontainebleau et fait loger au palais, où il a couché et où il restera tout le temps que j’y resterai. J’ai porté toute la journée le cordon de l’ordre de Saint-André. La manière dont on l’a traité a déjà excité des réclamations de quelques membres du corps diplomatique. On leur a répondu que ce n’était que la réciprocité du traitement qui était fait à mon envoyé à Saint-Pétersbourg. M. de Tolstoï m’a remis, dans l’audience que je lui ai donnée aujourd’hui, la lettre particulière de l’empereur et la vôtre. J’ai causé plus d’une heure avec lui sur différents objets. Nous sommes convenus qu’il écrirait au prince de Kourakine, et que je lui remettrais un projet de note pour décider la cour de Vienne à déclarer la guerre à l’Angleterre. Je lui ai parlé franchement des affaires de Constantinople relativement à la Russie, en lui faisant comprendre que tout ce qui pouvait resserrer nos liens me convenait ; que le monde était assez grand pour nos deux puissances, qu’il fallait toujours s’entendre et ne donner lieu à aucun sujet de refroidissement ; que je pensais que la Russie réunissait des troupes pour marcher contre la Suède, si cette puissance refusait de faire cause commune avec le continent; que, quant à moi , mes troupes étaient sur les frontières du Portugal et allaient y entrer.

M. de Tolstoï m’a beaucoup parlé de l’évacuation de la Prusse. Je lui ai dit que je la désirais aussi, mais que les Prussiens ne finissaient rien ; que je m’attendais que des arrangements allaient enfin avoir lieu, et que cela ne tarderait pas. J’ai ajouté que d’ailleurs il entrait sans doute dans la politique de la Russie de garder la Valachie et la Moldavie ; que, si tel était le projet de la Russie, il était de compensation que je gardasse quelques provinces de la Prusse ; que, si la Russie avait des idées plus étendues sur l’empire de Turquie, il fallait que M. de Romanzof lui envoyât des instructions plus précises; que, quant à moi, je voulais tout ce qui pourrait resserrer nos liens.

Quant à l’escadre russe, voici les nouvelles les plus récentes que j’en aie : je vous envoie en original la lettre du ministre de la marine. Il parait que cette escadre a positivement passé devant Cadix le 19 octobre. Je regrette que l’amiral ne soit pas entré dans ce port, puisque les Anglais n’étaient pas en force pour l’en empêcher, vu que mon escadre était prête à appareiller pour le secourir.

Du moment que j’aurai d’autres nouvelles, je m’empresserai de les envoyer à Saint-Pétersbourg. M. de Tolstoï ne m’a pas paru, du reste, connaître toutes les intentions de l’empereur. J’espère qu’il aura été content. Il est nécessaire qu’on lui écrive et qu’on lui fasse connaître tout ce que l’on eut. Je suppose qu, si la Suède fait la folie de vouloir résister, la Russie n’aura pas besoin qu’une division française et danoise passe en Norvège pour l’appuyer.

Je suppose que Caulaincourt sera rendu à Saint-Pétersbourg pour le 5 décembre.

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Au moment même arrive un courrier de Vienne. L’empereur d’Autriche a ris le parti de déclarer la guerre à l’Angleterre. A cet effet, un courrier se rend par Calais auprès de M. de Starhemberg pour lui porter l’ordre de déclarer que, si l’Angleterre ne remet pas les choses à Copenhague dans l’état où elles étaient, il quittera Londres sous vingt-quatre heures. Même déclaration a été faite à M. Adair, à Vienne. Il serait honteux pour la Russie, après un événement qui la touche de si près, d’être restée en arrière; mais j’espère que lord Gower est déjà chassé. M. de Champagny vous écrit en détail sur cette affaire.

 

Fontainebleau, 8 novembre 1807

Au général Junot, commandant le corps d’observation de la Gironde

Le Portugal a fait, en date du 21 octobre, une déclaration par laquelle il ferme ses ports aux Anglais. Je vous ai déjà fait connaître que rien ne devait arrêter votre marche d’un jour, et que vous deviez marcher droit sur Lisbonne. Si le prince régent veut rester en paix avec moi, il peut envoyer un plénipotentiaire à Paris; mais vous devez marcher droit à Lisbonne, et, arrivé Lisbonne, mettre garnison sur la flotte et les arsenaux.

Je vous ai envoyé une vingtaine d’officiers de marine qui vous auront joint avant le 20 novembre. Votre mission sera parfaitement belle si vous pouvez vous emparer de la flotte.

Je suppose qu’en conséquence de ma dernière dépêche vous avez accéléré votre marche; elle était beaucoup trop lente, dix jours sont précieux; toutes les troupes anglaises de l’expédition de Copenhague sont rentrées en Angleterre.

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P. S. J’ai nommé le général Dupont commandant du 2e corps de la Gironde; il sera à Bayonne le 16. Ce corps y sera réuni à la fin de novembre et sera fort de 30,000 hommes.

Je vous envoie un bavardage du prince de la Paix sur son plan de campagne. Il faut décider ce qu’il veut, mais gagner le Tage et marcher par la rive droite sur Lisbonne. Il ne faut point détacher vos forces sur la rive gauche. Vos forces doivent rester réunies jusqu’à ce que vous soyez arrivé à Lisbonne. Vous mettrez seulement garnison dans les places fortes qu’on vous cédera. Je désirerais que vous y missiez les corps les plus faibles de votre 3e division.

J’apprends dans le moment que l’Autriche a déclaré la guerre à  l’Angleterre.

 

Fontainebleau, 9 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, faites arrêter toutes les malles venant de Suisse, de Vienne et même de France; faites saisir toutes les lettres allant ou venant d’Angleterre ou écrites par des Anglais qui s’y trouveront, et faites-les brûler après avoir fait prendre l’extrait des plus importantes.

Vous recevrez dans peu de jours la copie d’un traité que j’ai conclu avec la cour de Vienne par lequel elle me cède les pays qui sont sur la rive droite de l’Isonzo jusqu’à Canale; et je cède à l’Autriche Montfalcone et les pays situés sur la rive gauche.

Préparez-vous à ces deux prises de possession.

 

Fontainebleau, 10 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, vous recevrez le décret de ce jour sur l’organisation des Sept Îles.

Il est nécessaire que vous envoyiez à Corfou un auditeur ou un inspecteur aux revues, homme ferme et zélé, qui y demeure pendant un mois. Il rapportera des renseignements sur la constitution du pays, sur les emprunts qui ont été faits et sur les affaires contentieuses, tant en recettes qu’en dépenses, dont le payeur doit se charger. Il assistera aux conférences du gouverneur et du commissaire impérial pour la rédaction du budget, qu’il rapportera avec toutes les pièces et documents nécessaires.

Écrivez au gouverneur que je ne veux pas de dilapidations, et que mon intention est de n’en souffrir aucune; qu’il ait à exécuter exactement le décret et à prendre moins sur lui à l’avenir; qu’il doit écrire souvent, prendre toujours des ordres pour les affaires d’administration, et, quant au passé, s’occuper à se mettre en règle.

 

Fontainebleau, 10 novembre 1807

Au général Menou, gouverneur général des départements au delà des Alpes

Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de la faiblesse que vous mettez dans votre administration, ce qui me porte à écouter d’autres rapports que les vôtres. Un rassemblement a eu lieu à Turin pour attendre le roi de Sardaigne, qui devait, disait-on, y être ramené par les Russes. Des propos tenus par un sieur Toggia avaient occasionné ce rassemblement. Cela a donné nécessairement lieu à des rapports , qui auraient dû être faits par vous. Puisque vous êtes chargé de la police, vous ne devriez pas vous coucher sans avoir écrit chaque jour. Le ministre, instruit par vous, ne serait pas exposé à donner confiance à de faux rapports qui compromettent les meilleurs citoyens. Je ne puis donc attribuer l’événement qui vient d’arriver qu’à la mauvaise direction que vous donnez à votre gouvernement. Vous sentez qu’aucune chose de quelque importance ne doit être ignorée de l’administration. Quant à l’affaire dont il s’agit, j’ai ordonné qu’on fit une enquête pour découvrir le calomniateur, qui sera entièrement privé de ma confiance et puni, s’il y a lieu.

Fontainebleau, 11 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, donnez l’ordre au général Dupont d’accélérer son départ pour Bayonne, de former sa première division des sept premiers bataillons de toutes les troupes qui seront arrivées avant le 20 novembre. Il formera sa seconde division des sept bataillons qui arriveront après, et il suivra, pour la formation de ses divisions, non les ordres que j’ai donnés, mais l’ordre de l’arrivée des bataillons.

Accélérez le départ de l’artillerie.

Donnez également des ordres pour accélérer le départ des régiments qui forment le 2e corps de la Gironde, pour Bayonne. Supprimez les séjours, et, s’il y a de petites étapes, faites-les doubler.

Donnez également l’ordre que les régiments provisoires de cavalerie qui doivent former les quatre brigades de réserve accélèrent leur marche, de manière à arriver le plus tôt possible, en supprimant les séjours et en doublant les petites étapes.

Donnez ordre que les bataillons composant le corps d’observation des côtes de l’Océan accélèrent aussi leur marche, en supprimant les séjours et brûlant les petites étapes.

Donnez l’ordre également aux trois compagnies d’artillerie à cheval de partir sans délai avec leur artillerie. Donnez l’ordre qu’au 20 novembre les places frontières de l’Espagne soient armées. Envoyez-y des compagnies d’artillerie. Au 20 novembre, vous y ferez entrer des approvisionnements pour servir à la garnison pendant quinze ou vingt jours. Ces approvisionnements se feront par réquisition par l’intermédiaire des préfets.

Faites fabriquer 200,000 rations de biscuit à Perpignan et 300,000 à Bayonne. Voyez le ministre de la marine pour que, s’il y a du biscuit tout fait à Bordeaux, on le fasse filer sur Bayonne. Tout cela doit être le plus secret possible, surtout l’armement des places des frontières d’Espagne du côté des Pyrénées orientales. Donnez des instructions secrètes, et faites marcher les corps de manière que les premières opérations ostensibles ne se fassent pas voir dans ce pays avant le 25 novembre.

Quand je parle de places, je veux dire celles de l’extrême frontière, telles que Bellegarde. Je ne connais pas assez cette frontière pour savoir s’il y en a d’autres. Les approvisionnements qu’on verra là, on dira que c’est pour l’armée de la Gironde.

Faites-moi faire un livret qui me présente l’état de situation des 1er et 2e corps de la Gironde et de celui des côtes de l’Océan, et qui me fera connaître quand partiront les compagnies d’artillerie, l’état-major des trois corps, les caissons de l’artillerie, et le jour où chaque chose sera rendue à sa destination. Vous comprendrez dans ce livret le 106e, qui va à Perpignan. Vous comprendrez dans ce livret, sous le titre de Troupes qui n’ont pas encore de destination définitive, les quatre bataillons qui sont dans la 13e division militaire, qui ont ordre de se tenir prêts à marcher avec le régiment irlandais.

Vous accélérerez le départ des régiments napolitains qui entrent en France par le mont Cenis, en toute hâte pour Avignon.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, le corps d’observation des côtes de l’Océan ne sera réuni à Metz, Nancy et Sedan, tout entier, que vers le 25 novembre; cela ne peut point cadrer avec mes projets. Voici donc les mesures que mon intention est que vous preniez sans délai.

Faites préparer à Metz et sur toute la route de Metz à Bordeaux, des voitures en nombre suffisant pour porter mille hommes par convoi; et vous ferez ainsi aller en poste, par un mouvement continu, les troupes qui seront arrivées à Metz le 15 et le 16 novembre.

Le 15 novembre, à cinq heures du matin, les premiers 1 000 hommes formés des deux compagnies du 7e, des deux compagnies du 10e et des deux compagnies du 16e, avec un des chefs de bataillon que vous aurez déjà désigné et qui devra y être rendu, partiront sur ces voitures et continueront leur mouvement sur Bordeaux, de manière à y être rendus, si c’est possible, le 25 ou le 26 novembre.

Six heures après, le second convoi, composé des deux compagnies du 24e, de deux du 44e et des deux du 63e, suivra et prendra les mêmes relais.

Six heures après, le troisième convoi, composé de deux compagnies du 44e, des deux compagnies du l8e et des deux du 57e, suivra ce même mouvement et sera suivi par les deux compagnies du 96e, par celles du 88e et par celles du 100e; de sorte que ces 3,600 hommes se trouvent rendus à Bordeaux avant la fin de novembre.

Un officier d’état-major, que vous expédierez du ministère avec les fonds nécessaires, marchera devant, préparera la route et fera tous les payements.

Une autre route sera tracée de Nancy à Bordeaux, une troisième sera tracée de Sedan; mais de manière que les trois routes ne se rencontrent pas.

De Nancy, de Sedan comme de Metz, le premier convoi partira le 15, en sorte que 10,000 hommes de ce corps soient arrivés à Bordeaux avant la fin de novembre; les secondes compagnies de tous ces régiments, qui n’arriveront que du 20 au 25 novembre, partiront de même pour aller rejoindre les premières et de manière à arriver du 5 au 10 décembre.

Quant aux quatre compagnies du l7e d’infanterie légère, qui arrivent toutes ensemble, à celles du 34e de ligne, à celles du 51e de ligne, à celles du 61e, à celles du 94e, à celles du 95e, à celles du 28e d’infanterie légère, à celles du 25e d’infanterie légère, à celles du 105e de ligne, à celles du 14e de ligne, à celles du 85e, à celles du 3e, à celles du 21e, à celles du 33e, formant quatorze bataillons chacun de 600 hommes, c’est-à-dire de 7 à 8,000 hommes, ils continueront leur route sans s’arrêter jusqu’à Orléans, en marche ordinaire, et ils seront formés à Orléans.

Mon intention est, du reste, qu’il ne soit fait aucun changement à la formation du corps des côtes de l’Océan , du moins autant que les circonstances le permettront ; seulement, ils devront se former à Bordeaux, où ils vont se rendre en poste, et de la manière qu’il vient d’être ordonné ci-dessus, au lieu de se former à Metz, Sedan et à Nancy, comme il avait d’abord été indiqué.

Vous aurez soin d’écrire aux généraux qui sont à Metz, à Sedan et à Nancy, de faire des ordres du jour pour encourager la troupe et sur la nécessité d’accélérer les marches pour aller au secours de l’armée de Portugal contre l’expédition que les Anglais préparent.

Vous donnerez également l’ordre, par courrier extraordinaire, aux quatre brigades de cavalerie de réserve, cuirassiers, dragons, chasseurs et hussards, de se mettre en marche par la route la plus droite sur Bordeaux; là, ces quatre brigades seront formées, au lieu de l’être à Orléans, Tours, etc. Vous ne leur accorderez pas de séjours; vous leur recommanderez d’activer leur marche le plus possible. Le général Grouchy et les autres généraux qui commandent ces brigades se rendront à Bordeaux pour les y former. Trois compagnies d’artillerie à cheval se mettront également en route et se dirigeront chacune de leur côté sur Bordeaux, avec leur matériel en bon état.

Vous exécuterez d’abord mes ordres et ferez toutes les avances de fonds nécessaires; car il faut que les charretiers soient exactement payés et sur le même pied que l’ont été ceux qui ont été employés, l’aimée passée, au transport de ma Garde à Mayence.

S’il y avait des généraux de brigade, parmi ceux nommés, qui ne dussent pas être rendus avant le 1er décembre à Bordeaux, il faudrait en envoyer d’autres.

Je vous ai ordonné d’extraire de chacun des 3e bataillons, des 47e, 86e, 70e et 15e de ligne, un bataillon de six compagnies; envoyez-leur l’ordre de départ et dirigez ces bataillons sur Bordeaux.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1807

Au prince de Neuchâtel, major général de la Grande Armée.

Mon Cousin, vous enverrez demain un nouvel officier d’état-major à l’armée, et vous ferez connaître aux maréchaux les dispositions suivantes.

Le territoire de l’armée sera divisé en six commandements. Le premier commandement comprendra le duché de Varsovie et la province de Küstrin, y compris Küstrin et son territoire. Le maréchal Davout y commandera, et il placera ses troupes de manière à pouvoir y passer tout l’hiver et dans l’ordre suivant: 

1° une division avec un régiment de cavalerie légère à Thorn, à Bromberg et à Posen occupant par des détachements d’infanterie et de cavalerie les frontières du côté de la Prusse et de la Russie; 

2° une division et deux régiments de cavalerie légère à Varsovie et à Kalisz; 

3° une division et les quatre régiments de cavalerie légère du général Pajol à Küstrin et dans la province de Küstrin. La division de dragons qui est attachée au maréchal Davout se rendra en Silésie. Par ce moyen, la Pologne se trouvera soulagée d’une division d’infanterie, d’une division de dragons et d’une division de cavalerie légère. La place de Küstrin ne recevra d’ordres que du maréchal Davout. Il y aura un de ses généraux de division qui aura là son quartier général.

Le deuxième commandement comprendra l’île de Nogat et le pays de la rive gauche de la Vistule jusqu’à l’Oder, non compris le territoire de Danzig et le territoire du duché de Varsovie. La Poméranie suédoise fera partie de ce commandement, ainsi que la place de
Stettin et la province d’Ukermark.

Le maréchal Soult aura ce commandement. Son corps sera placé de la manière suivante : 

1° une division d’infanterie et trois régiments de cavalerie légère dans l’île de Nogat et sur la rive gauche de la Vistule; 

2° deux divisions autour de Stettin et dans l’Ukermark; 

3° une division de dragons entre Stettin et la Vistule;

4° la division Molitor, qui fera désormais partie du 4e corps , dans la Poméranie suédoise; 

5° le régiment du grand-duc de Berg, qui fera également partie du 4e corps, sera cantonné dans la Poméranie.

La ville de Danzig et son territoire formera un commandement particulier. Il y aura là le corps du général Oudinot augmenté du 9e de hussards et des 7e et 21e de chasseurs.

Le troisième commandement comprendra la Silésie. Le maréchal Mortier aura ce commandement. Il y aura le 5e et le 6e corps. Le 5e corps sera dans la haute Silésie et le 6e corps dans la basse Silésie. Il y aura trois divisions de dragons, celle qui était attachée au
3e corps et les deux qui se trouvent déjà en Silésie.

Le quatrième commandement comprendra les pays situés entre l’Oder et l’Elbe. Le maréchal Victor aura ce commandement. Il y aura là le 1er corps et les trois divisions de grosse cavalerie.

Le cinquième commandement comprendra les villes hanséatiques.

Le maréchal prince de Ponte-Corvo aura ce commandement. Il y aura ce qui s’y trouve actuellement.

Le sixième commandement comprendra le Hanovre.

Le parc général d’artillerie se rendra à Erfurt. Le grand quartier général et le quartier général de la réserve de cavalerie seront à Berlin.

La division Verdière sera dissoute; les 9e et 12e légers se rendront à Paris; le 3e et le 72e feront partie du corps du maréchal Soult et remplaceront le 14e et le 55e; le 14e rejoindra son dépôt, en partant vingt-quatre heures après la réception de votre ordre; le 55e rejoindra le camp de Boulogne. L’artillerie de la division Verdière se rendra à Mayence, pour servir dans l’intérieur. Les troupes bavaroises et wurtembergeoises, et les autres troupes alliées, qui se trouvent en Silésie et dans la province de Berlin, se rendront à Bayreuth, pour de là être renvoyées chez elles. Vous me ferez connaître le jour de leur arrivée, et vous me demanderez mes ordres. La brigade de cavalerie légère du général Bruyères sera cantonnée dans la Poméranie suédoise. La division de dragons de Milhaud se rendra en Hanovre; tous les détachements appartenant à ces corps la rejoindront.

Par cet arrangement, mes troupes seront placées de manière à passer l’hiver sans se gêner les unes les autres. Le maréchal Davout restera à Varsovie, le maréchal Soult à Stettin, le maréchal Mortier à Breslau, le maréchal Victor à Berlin et le prince de Ponte-Corvo à Hambourg. Si j’avais oublié quelque corps, ce que je ne crois pas, vous me le ferez connaître avant d’expédier vos ordres. Réitérez l’ordre à M. Daru de réunir les magasins de capotes et effets d’habillement à Magdeburg, où doit être le dépôt général, en ne laissant à Varsovie que ce qui est nécessaire au 3e corps, et à Danzig ce qui est nécessaire à la division Oudinot, et c’est peu de chose.  

 

Fontainebleau, 11 novembre 1807

DÉCISION

La princesse de Lucques soumet à l’Empereur des types et dessins de monnaies pour sa principauté, avec cette légende : Napoleone protegge l’Italia. Ce type n’est pas convenable; ce qu’on veut mettre en place de Dieu protége la France est indécent

DÉCISION

M. Gaudin, ministre des finances, soumet à l’Empereur un rapport sur les mesures prises pour étendre au Rhin et aux canaux de la Belgique les dispositions relatives au blocus de l’Angleterre. Ce rapport n’est pas assez clair. La navigation du Rhin n’est pas la seule. Les canaux de la Belgique sont dans le même cas. Après les canaux de la Belgique, viennent les transports par terre. Peut-on transporter de Hollande par terre des marchandises provenant du cru ou du commerce anglais ? Voilà la question. Quelles sont les mesures à prendre pour empêcher cela ? Toute marchandise anglaise prohibée en France ne peut entrer par le Rhin; soit qu’elle aille sur la rive gauche, soit qu’elle aille sur la rive droite, on doit l’empêcher.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, je vois dans vôtre état de situation du 5 octobre que ma cavalerie n’augmente pas. Le 6e de hussards avait 818 chevaux aux trois premiers escadrons, et 250 au 4e escadron, ce qui fait 1060 chevaux; 760 hommes aux escadrons de guerre, et 196 au 4e escadron; faites-moi connaître, si je devais ordonner le départ de ce régiment, s’il pourrait mettre en campagne 850 hommes bien montés et équipés. Le 8e de chasseurs n’a en tout que 800 chevaux; quand aura-t-il les 200 qui lui manquent ? Combien pourra-t-il mettre d’hommes en campagne ? Le 7e de dragons n’a que 639 chevaux; quand aura-t-il les 300 qui lui manquent ? Le 24e de dragons a 800 chevaux; quand aura-t-il ce qui lui manque ? Combien ces régiments pourraient-ils mettre d’hommes en campagne ? Le 30e a 840 chevaux et 640 hommes, il paraîtrait qu’il manque d’hommes. Pourquoi le 29e de dragons n’a-t-il que 49 chevaux, et le 3e de chasseurs 32 ?

 

Fontainebleau, 11 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, Marescalchi vous communiquera le traité que j’ai fait avec l’Espagne; vous y verrez que la Toscane m’appartient. Mon intention est de la réunir au royaume d’Italie. Je crois avoir à Livourne assez de troupes pour cela; mais il faut préparer, en secret, les mesures nécessaires.

 

Fontainebleau, 11 novembre 1807

A M. de Champagny, ministre des relation extérieures

Monsieur de Champagny, communiquez dans la journée le traité que j’ai fait avec l’Espagne au sieur Marescalchi, pour qu’il l’envoie au vice-roi d’Italie. Communiquez-le également au sieur d’Aubusson, à Florence, pour qu’il en cause avec la reine et lui fasse connaître que ce traité va bientôt recevoir son exécution (Traité de Fontainebleau qui dépouille le roi et la reine d’Étrurie et réunit la Toscane à l’empire français)

 

Fontainebleau, 12 novembre 1807

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon frère, je vois  par vôtre lettre du 3 que vous avez 74,000 hommes, soit Français, soit Napolitains, soit Suisses; et cependant avec ces forces, vous n’êtes pas maître de Reggio et Scylla; cela est par trop honteux. Je vous réitère de prendre Reggio et Scylla. Si vous ne le faites pas, j’enverrai un général pour commander mon armée du royaume de Naples, ou je retirerai mon armée du royaume de Naples. Quant aux polissons que vous avez autour de vous, qui n’entendent rien à la guerre et qui donnent des avis dans le genre de ceux que je vois dans les mémoires qu’on me met sous les yeux, vous devriez m’écouter de préférence. Quand votre général est venu me trouver à Varsovie, je lui ai dit alors : Comment souffrez-vous que les Anglais s’établissent à Reggio et à Scylla ? Vous n’avez à combattre que quelques brigands; et les Anglais communiquent avec eux et occupent les points les plus importants du continent d’Italie. Cela me révolte. Cette occupation, d’ailleurs, tranquillise les Anglais sur la Sicile; ils n’ont rien à craindre, tant qu’ils ont ces deux points, et, dès lors, leurs troupes de Sicile peuvent entreprendre ce qu’elles veulent. Il parait que vous et vos généraux vous vous estimez heureux que les Anglais veulent bien vous laisser tranquilles dans votre capitale. Ils ont 8.000 hommes et vous en avez 74,000.

Depuis quand les Français sont-ils si moutons et si inertes ? Ne répondez à cette lettre qu’en m’apprenant que vous avez fait marcher les troupes et que Reggio et Scylla m’appartiennent; avec l’armée que vous avez, je voudrais, non seulement défendre le royaume de Naples, et prendre Reggio et Scylla, mais encore garder les États du pape, et avoir les trois quarts de mes troupes sur l’Adige. Du reste, vous n’avez des brigands dans le royaume de Naples que parce que vous gouvernez mollement; songez que la première réputation d’un prince est d’être sévère, surtout avec les peuples d’Italie. Il faut aussi en chercher la cause dans le tort qu’on a eu de ne point se captiver les prêtres, en ce que l’on a fait trop tôt des changements, mais, enfin, cela n’autorise pas nos généraux à souffrir qu’en présence d’une armée aussi puissante, les Anglais me bravent. Je ne me donne pas la peine de vous dire comment il faut disposer vos troupes, cela est si évident. Parce que le général Reynier a eu un événement à Meida, il croit qu’on ne peut aller à Reggio qu’avec 100.000 hommes. Il est permis de n’être pas un grand général, mais il n’est pas permis d’être insensible à un tel déshonneur. Je préférerai apprendre la mort de la moitié de mes soldats, plutôt que de souffrir cette ignominie. Pourquoi faut-il que je sois obligé de vous dire si fortement une chose si simple ?

Quand vous enverriez 10.000 hommes à Reggio et à Scylla, et que vous en conserveriez 6.000 à Cassano et à Cosenza, que diable craignez vous de toutes les armées possibles de l’Angleterre ? Quant à Naples, la moitié de vos gardes suffisent pour mettre la police dans cette ville, et pour la défendre contre qui que ce soit.

Je suppose que vous n’avez pas laissé Corfou sans le 14 et que vous avez fait exécuter ponctuellement les ordres que j’ai donnés. Vous avez une singulière manière de faire. Vous tenez vos troupes dans les lieux où elles sont inutiles et vous laissez les points les plus importants sans défense.

Votre femme est venue me voir hier. Je l’ai trouvée si bien portante que j’ai été scandalisé qu’elle ne partit point, et je lui ai dit, car je suis accoutumé de voir les femmes désirer d’être avec leurs maris.

Ne me répondez pas à cette lettre que Reggio et Scylla ne soient à vous.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1807, 4 heures du matin

Au général Clarke, ministre de la guerre

Si les ordres que je vous ai donnés, par ma lettre d’hier, pour faire partir en poste les troupes du corps d’observation des côtes de l’Océan, ne sont pas expédiés, je désire que vous les contremandiez. Vous me ferez un rapport sur ce que cela coûtera et sur les moyens d’exécution. Les circonstances sont moins urgentes aujourd’hui.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1807, 4 heures du matin

Au général Bessières, commandant la cavalerie de la Garde impériale

Mon Cousin, contremandez l’ordre que je vous ai donné hier de faire partir en poste de Châlons les fusiliers de ma Garde, et donnez-leur celui de rentrer à Paris avec le reste de la Garde.

 

Fontainebleau, 12 novembre 1807

Au général Junot, commandant le corps d’observation de la Gironde

Je reçois votre lettre du 3 novembre. Deux dépêches que vous avez reçues de moi par des courriers extraordinaires vous auront fait connaître mon intention relativement à votre marche en Portugal. Elles s’accordent assez avec les projets que vous me faites connaître. Je conçois toujours l’espérance que vous saisirez la flotte. Je vous envoie ci-joint l’état des officiers de marine qui vont vous joindre.

Si on vous laisse arriver, comme je le suppose, voici la conduite que vous devez tenir : occuper les ports, bien placer vos troupes dans des camps, saisir la flotte, faire arborer sur tous les bâtiments le pavillon français, y répartir les officiers de marine que je vous envoie, mettre à bord de chaque vaisseau 200 hommes d’infanterie.

Je donne ordre au ministre de la marine de diriger en toute hâte un bataillon de canonniers de la marine, afin d’en garnir les vaisseaux. Vous ferez sur-le-champ armer les vaisseaux qui seront en état de l’être, vous ferez tenir l’équipage de force à bord, et y ferez mettre des vivres, afin que j’aie là sept à huit vaisseaux de ligne qui puissent se porter partout.

Du moment que vous aurez pris possession de la flotte et des places fortes, vous procéderez au désarmement de l’armée.

Vous ferez connaître au prince régent qu’il doit se rendre en France; vous tâcherez qu’il y consente de bon gré. Vous lui donnerez des officiers dont la commission apparente sera de l’escorter, mais bien réellement pour le garder. Arrivé à Lisbonne, vous m’en ferez prévenir, et on attendra là mes ordres. Vous en ferez de même de tout ce qui a droit au trône, et, sans dureté, sans vexation, vous les ferez partir pour Bayonne. S’il y a des Suisses, vous les incorporerez dans vos régiments suisses, en envoyant les officiers à Paris pour être placés dans mes régiments suisses, s’il y a lieu.

Vous vous déferez des hommes les plus marquants , et qui pourraient vous donner de l’inquiétude, en leur donnant l’ordre de se rendre à Paris. Tous devront attendre à Bayonne de nouveaux ordres.

Vous pouvez même réunir de l’armée portugaise un corps de 5 à 6,000 hommes, officiers et soldats, en les dirigeant par colonnes de 1,000 hommes sur la France, et leur déclarant que je les prends à mon service. Vous les feriez assermenter; vous y mêleriez quelques officiers français, et donneriez d’autres noms à leurs régiments ; et effectivement je les prendrai à mon service. Par ce moyen, vous vous débarrasserez de beaucoup de monde. Vous aurez soin de les diriger par différents chemins.

Les revenus doivent être perçus pour mon compte. Le sieur Herman doit être administrateur général des finances du pays ; je donne ordre au ministre du trésor public de vous envoyer un receveur général, qui sera sous ses ordres.

Je n’ai pas besoin de vous recommander de ne donner lieu à aucune espèce de plaintes : c’est à vous à donner à tout le monde l’exemple du plus grand désintéressement. Veillez avant tout à ce que la solde de l’armée soit pourvue. Ce qui viendra des prises, des bijoux, magasins de marchandises anglaises, moitié sera pour le domaine privé et moitié pour l’armée; et, dans cette moitié, les généraux et les chefs auront lieu d’être satisfaits de la manière dont ils seront traités.

Les marchandises anglaises doivent être saisies ; les individus anglais, arrêtés et envoyés en France; les propriétés anglaises, même foncières, doivent être séquestrées en mon nom, telles que maisons, vignes, terres , etc.

Je vous réitère de bien vous conduire, et comme je le ferais moi-même, et de donner l’exemple de la plus grande pureté ; il vaut mieux avoir une fortune noblement acquise, que vous pourrez avouer et que vous tiendrez de mes mains, qu’une fortune illégitime et honteuse. Il paraît que la gloire militaire que vous recueillez en Portugal ne sera pas grande; il faut donc que vous acquériez celle d’un administrateur probe et irréprochable; il faut donc que vous donniez l’exemple.

Votre chef d’état-major est un homme peu délicat, qui a pris beaucoup d’argent à Fulde; imposez-lui une loi scrupuleuse. Faites connaître que qui que ce soit qui vole, j’en ferai justice.

Vous ferez arborer à Lisbonne le pavillon français, et vous vous tiendrez dans cette situation.

Votre armée doit être exactement payée. Vous devez de plus accorder aux généraux, colonels et commandants, des traitements comme ceux de la Grande Armée, mais pas davantage.

Tous les objets précieux que vous prendrez, vous les ferez mettre dans des caisses et envoyer à la caisse d’amortissement. Ils auront la destination définitive que je vous ai dite par ma lettre.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1807

A Joseph

Votre femme est venue me voir. Je l’ai trouvée si bien portante que j’ai été scandalisé qu’elle ne voulût point partir. Je lui ai dit; car je suis accoutumé à voir les femmes désirer être avec leur mari.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1807

A M. Gaudin, ministre des finances

J’apprends que le directeur des douanes fait entrer des marchandises prohibées et de contrebande, sous le prétexte qu’elles appartiennent à l’Impératrice ; que dernièrement, des marchandises saisies étant à l’encan, l’encan fut suspendu sous le même prétexte. Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de tout ceci. D’abord aucune marchandise prohibée ne peut entrer sans mon ordre ; et c’est me manquer essentiellement que de donner la main à des abus qui touchent de si près à ma Maison. Tout ce qui regarde l’Impératrice et ma famille doit être spécialement l’objet de mon attention. Je sais bien que ce sera quelques graines ou autres misères de cette espèce; mais ni vous ni le directeur des douanes ne deviez en permettre l’introduction sans avoir mon opinion, sous le prétexte que c’est pour l’Impératrice. Je désire que vous me fassiez un petit rapport sur tout cela, et que cela n’ait pas lieu désormais. Quand il y a des lois qui pèsent sur la société, il faut que tout le monde donne l’exemple.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1807

A M. de Tournon, chambellan de l’Empereur

Vous remettrez la lettre ci-jointe au roi d’Espagne. Vous aurez soin d’observer en route, des Pyrénées à Madrid, l’opinion du pays sur ce qui vient de se passer en Espagne; si l’opinion est en faveur du prince des Asturies ou du prince de la Paix.

Vous vous informerez aussi, sans faire semblant de rien, de la situation des places de Pampelune et de Fontarabie; et, si vous vous aperceviez qu’on armât quelques places, vous m’en feriez part par un courrier. Vous observerez à Madrid pour bien voir l’esprit qui
anime cette ville.

Vous remettrez cette lettre au Roi, et vous m’en rapporterez la réponse.

—–

P. S. Vous aurez soin également de prendre des renseignements bien positifs sur l’armée espagnole, sur les points qu’elle occupe aujourd’hui, sur ce qu’elle aurait du côté de Cadix ou ailleurs

 

Fontainebleau, 13 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre que le 22 novembre au plus tard la 1e division du 2e corps de la Gironde parte de Bayonne en une seule colonne et se rende à Vittoria, où elle tiendra garnison pour maintenir la communication avec le général Junot. Elle ne bougera pas de Vittoria sans mon ordre. Elle pourra se cantonner dans les villages voisins. Comme il est possible que les charretiers et chevaux d’artillerie ne soient pas arrivés à cette époque, le général Dupont organisera, par tous les moyens quelconques, voire de réquisition ou autrement, six pièces d’artillerie, et il s’entendra à cet effet avec le préfet et le maire de Bayonne, afin que cette 1e division, qui doit être composée des sept premiers bataillons qui arriveront, ne soit pas sans artillerie.

Le général Barbou commandera cette 1e division. Il enverra des officiers à Bilbao, Burgos et Pampelune, pour connaître l’esprit de ces pays sur les événements qui se passent en Espagne. Le général Dupont en enverra de son côté.

Le général Dupont enverra un officier d’état-major au général Junot pour lui faire connaître le jour où sa 1e division arrivera à Vittoria.

Le général Barbou enverra du côté de Zamora et auprès du capitaine général de la Galice, pour connaître les mouvements des Portugais et des Espagnols de ce côté.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1807

A Charles IV, roi d’Espagne

Monsieur mon Frère, j’ai reçu les lettres de Votre Majesté des 29 octobre et 3 novembre. Je dois à la vérité de lui faire connaître que je n’ai jamais reçu aucune lettre du prince des Asturies, et que directement ni indirectement, je n’ai jamais entendu parler de lui, de sorte qu’il serait vrai de dire que j’ignore s’il existe.

Le traité que Votre Majesté a reçu lui aura fait voir qu’en consentant que mes troupes fussent commandées par elle ou par le prince de la Paix, il ne m’était jamais venu dans l’idée que le prince des Asturies put les commander. Cette circonstance me ferait penser que tous les griefs dont on charge le prince des Asturies ne sont pas exacts. Du reste, l’intérêt des peuples de Votre Majesté et des miens veut que nous poussions vivement la guerre contre le Portugal. Elle peut être sans inquiétude sur un débarquement d’Anglais dans la Galice. L’expédition du Portugal a manqué déjà, il y a quelques années, et, au moment où je croyais que ce grand débouché allait être fermé aux Anglais, Votre Majesté jugea à propos de faire sa paix. J’ai trop de confiance dans sa loyauté et ses principes politiques pour craindre que la même chose arrive aujourd’hui. Quelques discussions de palais, affligeantes sans doute pour le coeur sensible d’un père, ne peuvent avoir aucune influence sur les affaires générales. C’est dans cette croyance que je prie Votre Majesté de croire à l’impatience que j’ai d’apprendre qu’elle persiste dans les mêmes sentiments hostiles contre le Portugal, sentiments dont toutefois, pour mon compte, je ne saurais me départir. Que Votre Majesté ne doute pas du désir que j’ai de voir la paix rétablie dans son palais, et de savoir qu’elle a trouvé quelques consolations dans les inquiétude qui l’assiégent, car personne ne lui est personnellement plus attaché que moi.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1807

A Eugène de Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, je reçois votre lettre du 4. J’y vois avec peine que mes intentions n’ont pas été exécutées en Italie, puisque vous permettez le transit aux marchandises anglaises venant de Suisse sans autres certificats que ceux des autorités du pays. Ce n’est pas ainsi que nous opérons en France; ces marchandises sont toutes confisquées et prohibées partout. Pour les denrées coloniales, il faut un certificat du consul français du lieu d’où elles proviennent, qui constate que ces denrées ne sont pas du cru anglais. Vous n’avez donc autre chose à faire que de défendre le transit, l’importation, par l’Etrurie et la Suisse, de toute toile de coton ou autres marchandises anglaises, et d’ordonner que tout ce qui est aux douanes soit confisqué, mis dans un magasin particulier, pour en être disposé selon les décisions qui seront prises. Faute de ces mesures, je vois que l’Italie a toujours été ouverte aux marchandises anglaises.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1807

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Je reçois votre lettre du 9 novembre. Si vous faites retoucher au code Napoléon, ce ne sera plus le code Napoléon. Je ne vois pas quel temps il vous faut, ni quels changements il y a à faire, ni le tort que cela fera aux fortunes particulières. Vous êtes bien jeune en administration si vous pensez que l’établissement d’un code définitif peut troubler les familles et porter une confusion funeste dans le pays. C’est un conte que l’on vous fait, parce que les Hollandais voient avec jalousie tout ce qui vient de la France. Cependant une nation de 1,800,000 âmes ne peut pas avoir une législation à part. Les Romains donnaient leurs lois à leurs alliés : pourquoi la France ne ferait-elle pas adopter les siennes en Hollande ? Il est nécessaire également que vous adoptiez le système monétaire français ; ce que fait l’Espagne, l’Allemagne, toute l’Italie, pourquoi ne le feriez-vous pas ? Cela resserre les liens des nations d’avoir les mêmes lois civiles et les mêmes monnaies. Quand je dis « les mêmes monnaies , j’entends bien que vos monnaies porteront les armes de Hollande et l’effigie du roi; mais le type, mais l’organisation doivent être les mêmes.

Je reçois avec plaisir la note des bâtiments qui commercent de mes ports avec l’Angleterre. Continuez à me donner les mêmes avis. Faites arrêter ces bâtiments s’ils venaient dans vos ports; je donne ordre qu’ils le soient quand ils se présenteront dans les miens.

Je vous envoie ci-joint une note de quelques contrebandiers hollandais, qu’il convient de faire arrêter et dont la saisie des papiers serait très-importante.

 

Fontainebleau, 13 novembre 1807

A Marie-Louise, Reine-Régente d’Étrurie, à Florence

Madame ma Soeur, ce misérable Hainguerlot continue à communiquer avec vous. Mon intention est que directement ou indirectement vous ne conserviez aucune intelligence avec cet intrigant et au défaut de vous conformer à cet ordre, vous serez d’abord la cause que je le ferai arrêter et enfermer dans un château fort et ensuite vous ferez une chose qui vous ferait perdre mon estime.

1)Pierre Laurent Hainguerlot, 1774-1841, financier.

 

Fontainebleau, 14 novembre 1807

A M. Cretet, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, vous aurez reçu le décret par lequel j’ai autorisé la caisse d’amortissement à prêter huit millions à la ville de Paris. Je suppose que vous vous occupez de prendre des mesures pour que les travaux soient rapidement terminés et augmentent les revenus de la ville. Dans ces travaux, il y en a qui ne rendront pas grand’chose, et qui ne sont que d’embellissement; mais il y en a d’autres, tels que les galeries à établir sur les marchés, les tueries, etc., qui seront d’un grand produit; mais pour cela il faut agir. Les magasins pour lesquels je vous avais accordé des fonds ne sont pas encore commencés.

Je suppose que vous avez retrouvé les fonds qui étaient destinés pour des fontaines, et que vous les avez employés provisoirement pour la machine de Marly. Poussez tout cela vivement. Ce système d’avancer de l’argent à la ville de Paris pour augmenter ses branches de revenus a aussi le but de concourir à son embellissement; mon intention est de l’étendre à d’autres départements.

J’ai beaucoup de canaux à faire : celui de Dijon à Paris, celui du Rhin à la Saône, et celui du Rhin à l’Escaut. Ces trois canaux peuvent être poussés aussi vivement que l’on voudra. Mon intention est, indépendamment des fonds qui sont accordés sur les revenus de l’État, de chercher des fonds extraordinaires pour ces trois canaux. Pour cela, je voudrais vendre le canal de Saint-Quentin, dont le produit serait versé pour accélérer les travaux du canal de l’Escaut; je voudrais vendre le canal d’Orléans, dont le produit servirait à accélérer les travaux du canal de Bourgogne; enfin je vendrais même le canal du Languedoc, pour le produit en être affecté à la construction du canal du Rhin à la Saône. Je suppose que le canal de Saint-Quentin pourrait être vendu huit millions, celui de Loing autant, et celui du Languedoc autant et plus. Ce serait donc une trentaine de millions que je me procurerais sur-le-champ, et que j’emploierais à accélérer les trois grands canaux avec toute la rapidité possible. L’argent, je l’ai. L’État n’y perdra rien ; il y gagnera au contraire immensément, puisque, s’il perd ses revenus des canaux de Loing, de Saint-Quentin et du Midi , il gagnera les produits des canaux de l’Escaut, de Napoléon et de Bourgogne. Et, quand ces travaux seront finis, si les circonstances le permettent, je les vendrai encore pour en faire d’autres.

Ainsi, mon but est de faire les choses en sens inverse de l’Angleterre, ou de ce que l’on propose de faire. En Angleterre on aurait accordé un octroi pour le canal de Saint-Quentin, et le Gouvernement l’aurait alloué à des capitalistes. J’ai, au contraire, commencé par construire le canal de Saint-Quentin. Il m’a coûté, je crois, huit millions; il me rendra 500,000 francs; je ne perdrai donc rien en le vendant à une compagnie ce qu’il m’a coûté; et puis, avec cet argent, je ferai d’autres canaux. Faites-moi , je vous prie, un rapport là-dessus ; car, sans cela, nous mourrons sans avoir vu naviguer ces trois grands canaux. En effet, voilà six ans que le canal de Saint-Quentin est commencé, et il n’est pas encore fini. Or ces canaux sont d’une bien autre importance. On évalue la dépense de celui de Bourgogne à trente millions. Certainement, ce qu’on peut dépenser par an, sur les fonds généraux de l’État, ne va pas à plus d’un million; les départements ne rendent pas plus de 500,000 francs : il faudra donc vingt ans pour finir le canal. Que ne se passera-t-il pas pendant ce temps ? Des guerres et des hommes ineptes arriveront, les canaux resteront sans être achevés. Le canal du Rhin à l’Escaut est aussi d’une grande dépense. Les fonds généraux de l’État ne suffisent pas pour le conduire aussi vite que l’on voudrait, le canal Napoléon est dans le même cas.

Faites-moi connaître combien il serait possible de dépenser par an à chacun de ces canaux. Je suppose que, sans nuire aux autres travaux, n pourrait dépenser à chacun trois on quatre millions par an et qu’ainsi, dans cinq ou six ans, nous pourrions les voir naviguer tous les trois. Vous me ferez connaître combien les impôts établis fournissent de ressources pour ces trois canaux, combien j’ai accordé pour 1808 et les fonds supplémentaires que j’ai accordés en 1806 pour pousser les travaux avec la plus grande activité. Vous me proposerez de vendre les trois canaux déjà faits, et à quel prix il faudra les vendre; je me charge de trouver des acquéreurs. Alors l’argent sera en abondance.

Il faut me dire dans votre rapport combien sont évalués les trois canaux que je veux promptement achever, et comparer cela avec les sommes qu’ont coûté les trois anciens canaux que je veux vendre Vous comprenez ce que je veux dire. Sur votre rapport, mon intention est de passer outre.

Peut-être cela conduira-t-il à ouvrir une caisse de travaux publics où les fonds spéciaux des routes, de la navigation , etc., seraient versés directement. On pourrait aussi accorder à cette administration les fonds provenant de la vente des trois anciens canaux, et d’autres encore, s’il en existe qu’on puisse vendre. Les fonds en seraient versés, selon les conditions de la vente, dans la caisse des travaux publics , et, avec cette institution , nous changerions la face du territoire.

Pour des affaires de cette nature, aucune circonstance n’est plus favorable que celle-ci. Puisque j’ai des fonds destinés à récompenser les généraux et les officiers de la Grande Armée, ces fonds peuvent tout aussi bien leur être donnés en actions sur ces canaux qu’en rentes sur l’État ou en argent. Je serais obligé de leur donner de l’argent, si quelque chose comme cela n’était pas promptement établi, Mais il faudrait que la chose fût tellement bonne que des particuliers- s’y associassent, et que la caisse d’amortissement put prendre ces actions au pair, s’il y en avait plus que je n’en veux donner aux officiers. J’attends votre rapport avec intérêt.

Je suis fâché que le canal de Charlemont ne soit pas déjà fait. Si vous établissez la compagnie, je vous ferai prendre autant d’actions que vous voudrez. Tout est possible en France, dans ce moment, où l’on a plutôt besoin de chercher des placements d’argent que de l’argent.

J’ai fait consister la gloire de mon règne à changer la face du territoire de mon empire. L’exécution de ces grands travaux est aussi nécessaire à l’intérêt de mes peuples qu’à ma propre satisfaction.

J’attache également une grande importance et une grande idée de gloire à détruire la mendicité. Les fonds ne manquent pas; mais il me semble que tout cela marche lentement, et cependant les années se passent. Il ne faut point passer sur cette terre sans y laisser des traces, qui recommandent notre mémoire à la postérité. Je vais faire une absence d’un mois ; faites en sorte qu’au 15 décembre vous soyez prêt sur toutes les questions, que vous les ayez examinées en détail, afin que je puisse, par un décret général, porter le dernier coup à la mendicité. Il faut qu’avant le 15 décembre vous ayez trouvé, sur le quart de réserve et sur les fonds des communes, les fonds nécessaires à l’entretien de soixante ou cent maisons pour l’extirpation de la mendicité. Que les lieux où elles seront placées soient désignés, et le règlement mûri. N’allez pas me demander encore des trois ou quatre mois pour obtenir des renseignements. Vous avez de jeunes auditeurs, des préfets intelligents, des ingénieurs des ponts et chaussées instruits; faites courir tout cela, et ne vous endormez pas dans le travail ordinaire des bureaux.

Il faut également qu’à la même époque tout ce qui est relatif à l’administration des travaux publics soit mûri et prévu, afin que l’on puisse préparer tout, de manière qu’au commencement de la belle saison la France présente le spectacle d’un pays sans mendiants, et où toute la population est en mouvement pour embellir et rendre productif notre immense territoire.

Il faut aussi que vous me prépariez tout ce qui est nécessaire sur les mesures à prendre pour tirer du desséchement des marais du Cotentin et de Rochefort des sommes pour alimenter la caisse des travaux publics, et pour achever les dessèchements ou en opérer d’autres. Les soirées d’hiver sont longues ; remplissez vos portefeuilles, afin que nous puissions , dans les soirées de ces trois mois, discuter les moyens d’arriver à de grands résultats.

 

Fontainebleau, 14 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Le maréchal Brune n’a plus besoin d’aides de camp. Il est convenable que ces officiers rentrent dans la ligne et que l’on donne à chacun une destination.

2)Brune vient d’être disgracié, depuis la prise de l’île de Rügen et de Stralsund, qu’il a dite, dans l’acte de capitulation, “prise par l’armée française”, au lieu de dire “par l’armée de Sa Majesté Impériale et Royale”….

 

Fontainebleau, 15 novembre 1807

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, répondez au ministre d’Amérique que, puisque l’Amérique souffre que ses bâtiments soient visités, elle adopte le principe que le pavillon ne couvre point la marchandise; puisqu’elle reconnaît les absurdes lois du blocus de l’Angleterre, qu’elle consent que ses vaisseaux soient sans cesse arrêtés, se rendent en Angleterre et soient ainsi détournés de leur navigation, pourquoi les Américains ne souffrent-ils pas le blocus de la France ? Certes, la France n’est pas plus bloquée par l’Angleterre que l’Angleterre ne l’est par la France : pourquoi les Américains ne souffrent-ils pas éga1ement la visite des bâtiments français ? Certes, la France reconnaît que ces mesures sont injustes, illégales et attentatoires à la souveraineté des peuples; mais c’est aux peuples à recourir à la force et à se prononcer contre des choses qui les déshonorent et flétrissent leur indépendance.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1807

Au général Clarke, ministre de la guerre

Le général Servan est prévenu d’avoir donné des états de situation de mes troupes en 1806, dans un ouvrage qui a été imprimé, intitulé : Campagnes des Français en Italie depuis Henri IV jusqu’en 1806. Le général Servan était alors inspecteur aux revues; il a donc abusé de ma confiance pour divulguer les choses les plus secrètes de l’État. Vous lui ordonnerez les arrêts, et me ferez connaître ce qu’il allègue pour sa justification; et, lorsqu’il sera prouvé que le général Servan a donné ces renseignements, vous ferez mettre à l’ordre de l’armée que ce général a été mis aux arrêts pour avoir, par une conduite coupable et insensée, divulgué les secrets de l’État.

Vous veillerez. à ce qu’aucun renseignement ne soit publié, sur les frontières militaires de l’empire, que vous ne l’ayez permis, et vous ne la donnerez, votre permission, pour rien de ce qui pourrait donner à l’ennemi des connaissances qui pourraient être nuisibles.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1807

A Jérôme

Mon Frère, vous trouverez ci-joint la Constitution de votre royaume.

Cette Constitution renferme les conditions auxquelles je renonce à tous mes droits de conquête et à mes droits acquis sur votre pays. Vous devez la suivre fidèlement. Le bonheur de vos peuples m’importe, non seulement par l’influence qu’il peut avoir sur votre gloire et la mienne, mais aussi sous le point de vue du système général de l’Europe. N’écoutez point ceux qui vous disent que vos peuples, accoutumés à la servitude, recevront avec ingratitude vos bienfaits. On est plus éclairé dans le royaume de Westphalie qu’on ne voudrait vous le persuader et votre trône ne sera vraiment fondé que sur la confiance et l’amour de la population.

Ce que désirent avec impatience les peuples d’Allemagne, c’est que les individus qui ne sont point nobles et qui ont des talents aient un égal droit à votre considération et aux emplois; c’est que toute espèce de servage et de liens intermédiaires entre le souverain et la dernière classe du peuple soit entièrement abolie.

Les bienfaits du code Napoléon, la publicité des procédures, l’établissement des jurys, seront autant de caractères distincts de votre monarchie. Et s’il faut vous dire ma pensée tout entière, je compte plus sur leurs effets, pour l’extension et l’affermissement de votre monarchie, que sur les résultats des plus grandes victoires.

Il faut que vos peuples jouissent d’une liberté, d’une égalité, d’un bien-être inconnus aux peuples de la Germanie, et que ce gouvernement libéral produise, d’une manière ou d’une autre, les changements les plus salutaires au système de la Confédération et à la puissance de votre monarchie. Cette manière de gouverner sera une barrière plus puissante, pour vous séparer de la Prusse, que l’Elbe, que les places fortes et que la protection de la France.

Quel peuple voudrait retourner sous le gouvernement arbitraire prussien, quand il aura goûté les bienfaits d’une administration sage et libérale ? Les peuples d’Allemagne, ceux de France, d’Italie, d’Espagne désirent l’égalité et veulent des idées libérales.

Voilà bien des années que je mène les affaires de l’Europe, et j’ai eu lieu de me convaincre que le bourdonnement des privilégiés était contraire à l’opinion générale.

Soyez roi constitutionnel. Quand la raison et les lumières de votre siècle ne suffiraient pas, dans votre position la bonne politique vous l’ordonnerait. Vous vous trouverez avoir une force d’opinion et un ascendant naturel sur vos voisins qui sont rois absolus

 

Palais de Fontainebleau, 15 novembre 1807

CONSTITUTION DU ROYAUME DE WESTPHALIE

NAPOLÉON, par la grâce de Dieu et les constitutions, Empereur de Français, Roi d’Italie et Protecteur de la Confédération du Rhin;

Voulant donner une prompte exécution à l’article 19 du traité de paix de Tilsit, et établir pour le royaume de Westphalie des constitutions fondamentales qui garantissent le bonheur des peuples et qui en même temps, assurent au souverain les moyens de concourir, en qualité de membre de la Confédération du Rhin, à la sûreté et à la prospérité communes,

Nous avons statué et statuons ce qui suit

 

TITRE 1.

ARTICLE 1er. Le royaume de Westphalie est composé des États ci-après, savoir : les États de Brunswick-Wolfenbuttel; la partie de l’Alt-Mark située sur la rive gauche de l’Elbe; la partie du pays du Magdeburg située sur la rive gauche de l’Elbe; le territoire de Halle; le pays de Hildesheim et la ville de Goslar; le pays de Halberstadt; le pays de Hohenstein; le territoire de Quedlinburg; le comté de Mansfeld; l’Eischfeld avec Treffurt ; Mülhausen ; Nordhausen ; le comté de Stolberg-Wernigerode; les États de Hesse-Cassel avec Rinteln et le Schauenburg, non compris le territoire de Hanau, Schmalkalden, et le Katzenelnbogen sur le Rhin; le territoire de Corvey; Goettingen et Grubenhagen, avec les enclaves de Hohenstein et d’Elbingerode; l’évêché d’Osnabrück; l’évêché de Paderborn; Minden et Ravensberg, et le comté de Rietberg-Kaunitz.

ART. 2 Nous nous réservons la moitié des domaines allodiaux des princes, pour être employée aux récompenses que nous avons promises aux officiers de nos armées qui nous ont rendu le plus de services dans la présente guerre.

La prise de possession de ces biens sera faite sans délai par nos intendants, et le procès-verbal en sera dressé contradictoirement avec les autorités du pays, avant le ler décembre.

ART. 3. Les contributions extraordinaires de guerre qui ont été mises sur lesdits pays seront payées, ou des sûretés seront données pour leur payement, avant le ler décembre.

ART. 4. Au ler décembre, le roi de Westphalie sera mis en possession, par des commissaires que nous nommerons à cet effet, de la pleine jouissance et souveraineté de son territoire.

 

TITRE II.

ART. 5. Le royaume de Westphalie fait partie de la Confédération du Rhin. Son contingent sera de 25,000 hommes de toutes armes, présents sous les armes, savoir : 20,000 hommes d’infanterie, 3,500 de cavalerie, 1,500 d’artillerie.

Pendant ces premières années, il sera seulement soldé 10,000 hommes d’infanterie, 2,000 de cavalerie et 500 d’artillerie; les 12,500 autres seront fournis par la France et tiendront garnison à Magdeburg. Ces 12,500 hommes seront soldés, nourris et habillés par le roi de Westphalie.

 

TITRE III

ART. 6. Le royaume de Westphalie sera héréditaire dans la descendance directe, naturelle et légitime du prince Jérôme Napoléon, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, et à l’exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance.

A défaut de descendance naturelle et légitime du prince Jérôme Napoléon, le trône de Westphalie sera dévolu à nous et à nos héritiers et descendants naturels et légitimes ou adoptifs ;

A défaut de ceux-ci, aux descendants naturels et légitimes du prince Joseph Napoléon, roi de Naples et de Sicile;

A défaut desdits princes, aux descendants naturels et légitimes du prince Louis Napoléon, roi de Hollande;

Et à défaut de ces derniers , aux descendants naturels et légitimes du prince Joachim, grand-duc de Berg et de Clèves.

ART. 7. Le roi de Westphalie et sa famille sont soumis, pour ce qui les concerne, aux dispositions du pacte de la Famille.

ART. 8. En cas de minorité, le régent du royaume sera par nous ou nos successeurs, en notre qualité de chef de la impériale.

Il sera choisi parmi les princes de la Famille royale.

La minorité du Roi finit à l’âge de dix-huit ans accomplis.

ART. 9. Le Roi et la Famille royale ont pour leur entretien, un trésor particulier, sous le titre de trésor de la couronne,  une somme de cinq millions de francs de rente.

Les revenus des forêts domaniales et une partie des domaines sont affectés à cet effet. En cas que les revenus des domaines soient insuffisants, le surplus sera payé par douzième, de mois en mois, par la caisse du trésor public.

 

TITRE IV.

ART. 10. Le royaume de Westphalie sera régi par des constitutions qui consacrent l’égalité de tous les sujets devant la loi et le libre exercice des cultes.

ART. 11. Les états, soit généraux, soit provinciaux, des pays dont le royaume est composé, toutes corporations politiques de cette espèce, et tous privilèges desdites corporations, villes et provinces, sont supprimés.

ART. 12. Sont pareillement supprimés tous privilèges individuels, en tant qu’ils sont incompatibles avec les dispositions de l’article ci-dessus.

ART. 13. Tout servage, de quelque nature et sous quelque dénomination qu’il puisse être, est supprimé, tous les habitants du royaume de Westphalie devant jouir des mêmes droits.

ART. 14. La noblesse continuera de subsister dans ses divers degrés et avec ses qualifications diverses, mais sans donner ni droit exclusif à aucun emploi et à aucune fonction ou dignité, ni exemption d’aucune charge publique.

ART. 15. Les statuts des abbayes, prieurés et chapitres nobles seront modifiés de telle sorte que tout sujet du royaume puisse y être admis.

ART. 16. Le système d’imposition sera le même pour toutes les parties du royaume. L’imposition foncière ne pourra pas dépasser le cinquième du revenu.

ART. 17. Le système monétaire et le système des poids et mesures maintenant en vigueur en France seront établis dans tout le royaume.

ART. 18. Les monnaies seront frappées aux armes de Westphalie Roi.

 

TITRE V.

ART. 19. Les ministres sont an nombre de quatre, savoir:

Un pour la justice et l’intérieur;

Un pour la guerre;

Un pour les finances, le commerce et le trésor.

Il y aura un ministre secrétaire d’État.

ART. 20. Les ministres seront responsables, chacun pour sa partie, de l’exécution des lois et des ordres du Roi.

 

TITRE VI.

ART. 21. Le conseil d’État sera composé de seize membres au moins, et de vingt-cinq membres au plus, nommés par le Roi et révocables à volonté.

Il sera divisé en trois sections, savoir

 Section de la justice et de l’intérieur

Section de la guerre;

Section du commerce et des finances.

Le conseil d’État fera les fonctions de cour de cassation. Il y aura auprès de lui des avocats pour les affaires qui sont de nature à être portées à la cour de cassation, et pour le contentieux de l’administration.

ART. 22. La loi sur les impositions ou loi des finances, les lois civiles et criminelles, seront discutées et rédigées au conseil d’État.

ART. 23. Les lois qui auront été rédigées au conseil d’État seront données en communication à des commissions nommées par les États. Ces commissions au nombre de trois, savoir : commission des, finances, commission de justice civile, commission de justice criminelle, seront composées de cinq membres des États, nommés et renouvelés chaque session.

ART. 24. Les commissions des Etats pourront discuter, avec les sections respectives du conseil, les projets de lois qui leur auront été communiques.

Les observations desdites commissions seront lues en plein conseil d’État présidé par le Roi, et il sera délibéré, s’il y a lieu, sur les modifications dont les projets de lois pourront être reconnus susceptibles.

ART. 25. La rédaction définitive des projets de lois sera immédiatement portée, par des membres du conseil, aux États , qui délibéreront après avoir entendu les motifs des projets de lois et les rapports de la commission.

ART. 26. Le conseil d’État discutera et rédigera les règlements d’administration publique.

ART. 27. Il connaîtra des conflits de juridiction entre administratifs et les corps judiciaires, du contentieux de l’administration, et de la mise en jugement des agents de l’administration publique.

ART. 28. Le conseil d’État, dans ses attributions, n’a que voix consultative.

 

TITRE VII.

ART. 29. Les États du royaume seront composés de cent membres nommés par les collèges de département, savoir : soixante et dix membres choisis parmi les propriétaires, quinze parmi les négociant, et les fabricants, et quinze parmi les savants et les autres citoyens qui auront bien mérité de l’État.

Les membres des États ne recevront pas de traitement.

ART. 30. Les membres seront renouvelés par tiers, tous les trois ans; les membres sortants pourront être immédiatement réélus 

ART. 31. Le président des États est nommé par le Roi.

ART. 32. Les États s’assemblent sur la convocation ordonnée par le Roi. Ils ne peuvent être convoqués, prorogés, ajournés et dissous que par le Roi.

ART. 33. Les États délibèrent sur les projets de lois qui ont été rédigés par le conseil d’Etat, et qui lui sont présentés par ordre du Roi, soit pour les impositions ou la loi annuelle des finances, soit sur les changements à faire au code civil, au code criminel et au système monétaire.

Les comptes imprimés des ministres leur sont remis chaque année. Les États délibèrent sur les projets de lois au scrutin secret et à la majorité absolue des suffrages.

 

TITRE VIII.

ART. 34. Le territoire sera divisé en départements, les départements en districts, les districts en cantons, et ceux-ci en municipalités.

Le nombre des départements ne pourra être au-dessous de huit, ni au-dessus de douze.

Le nombre des districts ne pourra être au-dessous de trois, ni au-dessus de cinq par département.

 

TITRE IX.

ART. 35. Les départements seront administrés par un préfet.

Il y aura dans chaque préfecture un conseil de préfecture pour les affaires contentieuses, et un conseil général de département.

ART. 36. Les districts seront administrés par un sous-préfet.

Il y aura dans chaque district ou sous-préfecture un conseil municipal.

ART. 37. Chaque municipalité sera administrée par un maire.

Il y aura dans chaque municipalité un conseil municipal.

ART. 38. Les membres des conseils généraux de département, des conseils de district et des conseils municipaux seront renouvelés par moitié tous les deux ans.

 

TITRE X.

ART. 39. Il sera formé dans chaque département un collège de département.

ART. 40. Le nombre des membres des collèges de département sera à raison d’un membre par mille habitants, sans qu’il puisse néanmoins être moindre de deux cents.

ART. 41. Les membres des collèges de département seront nommés par le Roi et seront choisis, savoir :

Les quatre sixièmes, parmi les six cents plus imposés du département;

Un sixième, parmi les plus riches négociants et fabricants,

Et un sixième, parmi les savants, les artistes les plus distingués et les citoyens qui auront le mieux mérité de l’État.

ART. 42. Nul ne peut être nommé membre d’un collège de département s’il n’a vingt et un ans accomplis.

ART, 43. Les fonctions de membre de collège de département sont à vie; nul ne peut en être privé que par un jugement.

ART. 44. Les collèges de département nommeront les membres des États et présenteront au Roi les candidats pour les places de juges de paix et de membres des conseils de  département, des conseils de district et des conseils municipaux.

Les présentations seront en nombre double des nominations à faire.

 

TITRE XI.

ART. 45. Le Code Napoléon formera la loi civile du royaume de Westphalie, à compter du 1er janvier 1808.

ART. 46. La procédure sera publique, et le jugement par jurés aura lieu en matière criminelle. Cette nouvelle jurisprudence criminelle sera mise en activité, au plus tard, au 1er juillet 1808.

ART. 47. Il y aura, par chaque canton, une justice de paix; par chaque district, un tribunal civil de première instance; par chaque département, une cour de justice criminelle, et, pour tout le royaume, une seule cour d’appel.

ART. 18. Les juges de paix resteront en fonctions pendant quatre ans et seront immédiatement rééligibles, s’ils sont présentés comme candidats par les collèges de département.

ART. 49. L’ordre judiciaire est indépendant.

ART. 50. Les juges sont nommés par le Roi; des provisions à vie leur seront délivrées lorsque, après cinq années d’exercice, il sera reconnu qu’ils méritent d’être maintenus dans leur emploi.

ART. 51. La cour d’appel pourra, soit sur la dénonciation dit procureur du Roi, soit sur celle d’un de ses présidents, demander au Roi la destitution d’un juge qu’elle croirait coupable de prévarication dans ses fonctions. Dans ce seul cas, la destitution d’un juge pourra être prononcée par le Roi.

ART. 52. Les jugements des cours et tribunaux seront rendus au nom du Roi.

Seul, il peut faire grâce, remettre ou commuer une peine.

 

TITRE XII.

ART. 53. La conscription sera loi fondamentale du royaume de Westphalie. L’enrôlement à prix d’argent ne saurait avoir lieu.

TITRE XIII.

ART. 54. La Constitution sera complétée par des règlements du Roi, discutés dans son conseil d’Etat.

ART. 55. Les lois et règlements d’admiistration publique seront publiés au Bulletin des lois, et n’ont pas besoin d’autre forme de publication pour devenir obligatoires.

Donné en notre palais de Fontainebleau, le 15, jour du mois de novembre de l’an 1807.

 

Fontainebleau, 15 novembre 1807

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, je pense que vous devez vous rendre à Stuttgart, comme vous y avez été invité par le roi de Wurtemberg. De là vous vous rendrez à Cassel avec toute la pompe dont les espérances de vos peuples les porteront à vous environner. Vous convoquerez les députés des villes, les ministres de toutes les religions, les députés des États actuellement existants, en faisant en sorte qu’il y en ait moitié non nobles et moitié nobles; et, devant cette assemblée ainsi composée, vous recevrez la Constitution et prêterez serment de la maintenir; et immédiatement après vous recevrez le serment de ces députés de vos peuples.

Les quatre membres de la Régence seront chargés de vous faire la remise du pays. Ils formeront un conseil privé, qui restera près de vous tant que vous en aurez besoin.

Ne nommez d’abord que la moitié de vos conseillers d’État ; ce nombre sera suffisant pour commencer le travail. Ayez soin que la majorité soit composée de non nobles, toutefois sans que personne s’aperçoive de cette habituelle surveillance à maintenir en majorité le tiers état dans tous les emplois. J’en excepte quelques places de cour, auxquelles, par suite des mêmes principes, il faut appeler les plus grands noms. Mais que dans vos ministères, dans vos conseils, s’il est possible, dans vos tribunaux et cour d’appel, dans vos administrations, la plus grande partie des personnes que vous emploierez ne soit pas noble. Cette conduite ira au coeur de la Germanie et affligera peut-être l’autre classe; n’y faites point attention. Il suffit de ne porter aucune affectation dans cette conduite, et surtout de ne jamais entamer de discussions ni faire comprendre que vous attachez tant d’importance à relever le tiers état. Le principe avoué est de choisir les talents partout où il y en a. Je vous ai tracé là les principes généraux de votre conduite.

J’ai donné l’ordre au major général de vous remettre le commandement des troupes françaises qui sont dans votre royaume; souvenez-vous que vous êtes Français ; protégez-les et veillez à ce qu’elles n’essuient aucun tort. Peu à peu , et à mesure qu’ils ne seront plus nécessaires, vous renverrez les gouverneurs et les commandants d’armes. Mon opinion est que vous ne vous pressiez pas, et que vous écoutiez avec prudence et circonspection les plaintes des villes qui ne songent qu’à se défaire des embarras qu’occasionne la guerre. Souvenez-vous que l’armée est restée six mois en Bavière et que ce bon peuple a supporté cette charge avec patience.

Avant le mois de janvier, vous devrez avoir divisé votre royaume en départements, y avoir établi des préfets et commencé votre administration.

Ce qui m’importe surtout, c’est que vous de différiez en rien l’établissement du Code Napoléon. La Constitution l’établit irrévocablement au ler janvier. Si vous en retardiez la mise en vigueur, cela deviendrait une question de droit public, car, si des successions venaient à s’ouvrir, vous seriez embarrassé par mille réclamations. On ne manquera pas de vous faire des objections : opposez-y une ferme volonté. Les membres de la Régence qui ne sont pas de l’avis de ce qui a été fait en France pendant la Révolution feront des représentations : répondez-leur que cela ne les regarde pas. Mais aidez-vous de leurs lumières et de leur expérience; vous pourrez en tirer un grand parti.

Écrivez-moi surtout très-souvent. Je ne tarderai pas à être de retour à Paris. Je vous assisterai constamment de mon expérience et de mes conseils. Prémunissez-vous contre les intrigants. N’employez aucun Français sans mon autorisation ; d’abord parce que c’est mon droit, et, ensuite, parce que je connais les individus de mon pays ; et il est des gens tels que….. par exemple, qui sont mal vus par l’opinion publique.

 

Fontainebleau,  15 novembre 1807

A M. de Ségur, Grand Maître des cérémonies

Faites-moi connaître si un duc de R…-S… m’a été présenté et par qui ?

3)Ce duc de R…-S… avait été signalé en 1806 et 1807, à Turin, comme intrigant sans moyens d’existence; il avait été écroué à Sainte-Pélagie

 

Palais impérial de Fontainebleau, 16 novembre 1807

ORDRE GÉNÉRAL DU SERVICE, PENDANT L’ABSENCE DE L’EMPEREUR

Les ministres se réuniront les lundis de chaque semaine chez notre cousin l’architrésorier. Le travail de leurs départements respectifs nous sera transmis par notre ministre secrétaire d’État, et, à cet effet, porté par un auditeur, qui se rendra chez les princes et les ministres pour prendre leurs ordres et partir dans la nuit suivante.

Notre cousin l’architrésorier fera une courte analyse de ce qu’il y aura de plus pressant à expédier dans le travail des ministres, ainsi que des observations sur les événements imprévus.

Le grand juge est autorisé à accorder des sursis qu’il jugera de nature à être portés au conseil privé.

Le directeur général des postes expédiera, tous les jours à huit heures du matin, un courrier qui sera chargé des dépêches des princes et des ministres; ces dépêches seront, à cet effet, remises à l’hôtel des postes avant sept heures.

4)Le 16 novembre 1807 commence le second voyage en Italie, qui durera jusqu’au 1er janvier 1808

 

Fontainebleau, 18 novembre 1807

A Champagny

Qu’est-ce que c’est qu’un nommé Dubouchet 5)Sandillaud du Bouchet était un ancien agent royaliste en Provence, agent de Bourrienne à Hambourg qui vous écrit tant de bêtises ? Rappelez-moi un gaillard comme cela. Ne souffrez pas que vos agents secrets fassent autre chose que l’espionnage. Depuis quand doivent-ils se mêler de politique ?

Ce n’est pas à Dubouchet à savoir si mon armée est bien ou mal placée, et si j’ai à craindre une coalition de l’univers.

Il y a de l’extravagance, à un homme qui est dans un coin du monde, à vouloir mieux savoir ce qui se passe que le gouvernement, et tout cela est nuisible, parce que ces gens-là tiennent publiquement les mêmes propos. D’ailleurs j’ai à Varsovie tant de monde, des militaires, un résident, qu’il est inutile d’y avoir un agent secret.

 

Milan, 23 novembre 1807 

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, il est nécessaire d’expédier un courrier à Saint-Pétersbourg. Écrivez au général Savary qu’aussitôt que le général Caulaincourt aura eu sa première audience et qu’il l’aura mis au fait, il peut revenir à Paris. Je vous enverrai demain matin une lettre que le général Savary donnera au général Caulaincourt, afin que celui-ci la remette après qu’il aura reçu sa première audience. Vous direz au général Savary que les troupes russes qui étaient à Padoue se mettent eu marche demain pour traverser les États autrichiens.

Je suppose que vous avez envoyé la convention faite avec l’Autriche; si vous ne l’avez pas fait, envoyez-la, afin d’éviter les faux bruits que l’on pourrait répandre.

Recommandez au général Caulaincourt de se tenir très-haut vis-à-vis de M. Merveldt, de le traiter plutôt avec hauteur et indifférence, de ne point voir en aucune manière l’ambassadeur d’Angleterre et de n’aller chez aucune personne en place où il pourrait le rencontrer; qu’il ne doit point oublier que sous aucun point de vue M. Merveldt n’est recommandable : comme ambassadeur d’Autriche, il n’a aucun droit vis-à-vis de mon ambassadeur; comme individu , c’est un militaire sans mérite ; comme diplomate, c’est un petit intrigant sans talent; que les grands airs que sa femme se donne sont ridicules, el que, s’il se trouvait dans des sociétés tierces, il le lui fasse sentir en donnant le pas à d’autres pour se venger de ce qu’elle a fait au général Savary; que je désire enfin qu’il le traite avec beaucoup d’indifférence et peu d’égards. C’est la seule manière de se conduire avec cette espèce de gens, qui sont ordinairement bas lorsque l’on est fier envers eux.

 

Milan, 23 novembre 1807

A M. de Montalivet, directeur général des ponts et chaussées

Monsieur Montalivet, je désire que vous me fassiez un rapport, que vous me proposiez un projet de décret et que vous prépariez les moyens nécessaires pour arriver aux résultats suivants :

1° Etablir au mont Cenis une commune composée de trois hameaux, dont un serait placé au couvent, un à la Ramasse, un à la Grande- Croix. L’église du couvent sera la paroisse de cette commune; les moines seraient le curé , et son territoire serait composé d’une partie de celui des communes de Lans-le-Bourg, la Ferrière et Novalèse.

2° Établir des cantonniers le long de la route, c’est-à-dire depuis la moitié de la montée à une bonne lieue de Lans-le-Bourg jusqu’à Saint-Martin. Il y aurait un cantonnier pour chaque 300 toises. Dans la campagne prochaine on leur construirait de petites maisons qui ne coûteront pas plus de 2,000 francs. Ils seraient sous les ordres de trois chefs placés à la Ramasse, au couvent et à la Grande-Croix; ce qui ferait trois escouades de cantonniers qui auraient un traitement fixe. Ils seraient chargés de déblayer les neiges et d’entretenir la route, Ces cantonniers auraient la permission de tenir cabaret avec un privilège.

Comme je dépense au moins 12,000 francs par an pour nettoyer les neiges du mont Cenis, avec la moitié de cette somme je pourrai entretenir le Mont-Cenis; ce moyen sera fort avantageux.

Les habitants de la Ferrière et de Novalèse seront très-propres à occuper ces places, qui deviendront l’objet de leur ambition. Ils dépendront de la commune du Mont-Cenis. Mon intention est que les habitants qui habiteront le Mont-Cenis pendant l’hiver soient exempts de contributions, non-seulement pour les biens qu’ils auraient dans cette commune, mais aussi pour ceux qu’ils auraient dans d’autres.

3° Mon intention est que la poste qui est actuellement près du couvent soit placée plus près de la Ramasse, du côté de Lans-le- Bourg; qu’une seconde soit établie à la Grande-Croix; ce qui fera trois postes pour le passage du mont Cenis. Il faut que ces postes aient les privilèges nécessaires pour qu’elles puissent faire grandement le service.

4° Enfin qu’il soit établi une église au couvent pour servir à toute la commune du Mont-Cenis, et une caserne attenant au couvent, capable de contenir 600 hommes dans des lits, et de la place pour en contenir autant cantonnés sur de la paille. Faites établir également dans l’enceinte du couvent une petite caserne avec des prisons pour deux brigades de gendarmerie et une écurie pour trente chevaux. Mais que tout cela ne soit pas bâti comme cela le serait à Paris, mais de la manière dont les habitants bâtissent dans les montagnes, de manière que cela ne soit pas trop coûteux.

 

Milan, 23 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, il faut s’en tenir, pour les affaires d’Ancône, au décret que j’ai rendu; tout doit rester entre les mains du gouvernement du Pape; mais le général Lemarois, en qualité de gouverneur, doit commander militairement et avoir la police.

Les 400,000 francs nécessaires pour les travaux du port seront pris sur les fonds provenant des provinces, de même que ce qui est nécessaire pour l’entretien des troupes.

 

Milan, 23 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils; je donne l’ordre au grand-duc de Berg de se rendre à Lodi pour passer la revue des escadrons de cuirassiers et de dragons qui s’y trouvent. Donnez les ordres pour que ces escadrons se tiennent prêts à l’arrivée du grand-duc.

 

Milan, 23 novembre 1807

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Monsieur mon Frère, je reçois vos lettres des 7, 9, 11 et 19 novembre. Je suis à Milan depuis deux jours; je serai le 2 décembre à Venise. Berthier doit vous avoir écrit que je vous y verrai avec plaisir, si vos affaires vous permettaient d’y venir. J’attends avec impatience d’apprendre que le 14e d’infanterie légère, le détachement du 6e et l’artillerie sont arrivés à Corfou; que les troupes françaises sont réunies, et que je suis là en mesure de repousser toute agression de la part des Anglais, non-seulement de défendre la place, mais de défendre toute l’île. Vous devez continuer de correspondre avec Ali-Pacha, et lui faire connaître que j’ai appris avec peine qu’il n’a plus les mêmes sentiments pour moi; qu’au lieu d’envoyer des vivres en abondance aux Sept Îles, il se refusait au contraire aux différentes demandes; que cela n’était ni bien, ni sage, ni politique.

 

Milan, 24 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon Fils, le 2e bataillon du 2e régiment de ligne italien complété à 900 hommes, et un bataillon de six compagnies, du 3e bataillon du 4e de ligne, complété à 800 hommes, formeront un régiment provisoire sous les ordres d’un colonel de l’armée italienne, et partiront le 26 pour se rendre à Avignon. Un bataillon de vélites et le 2e bataillon du 5e régiment formeront un deuxième régiment provisoire, qui se mettra en marche pour se rendre à Avignon , par le plus court chemin, de Milan et de Livourne. Les vélites auront avec eux une compagnie d’artillerie de ligne de 140 hommes, et au moins 120 chevaux. Il leur sera fourni deux pièces d’artillerie à Avignon.

Cette brigade, avec le 1er régiment d’infanterie légère napolitain, formera un corps de 5,000 hommes sous les ordres du général de division Lechi.

Il y sera attaché un régiment provisoire de cavalerie composé de deux escadrons napolitains, d’une compagnie de chasseurs royaux , d’une compagnie de dragons de la Reine et d’une compagnie de dragons Napoléon, complétées au moins à 150 chevaux; ce qui formera un régiment de 6 à 700 chevaux. Ce régiment sera commandé par un major italien, et fera partie de la division Lechi. Il se rendra également à Avignon.

 

Milan, 24 novembre 1807

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Mon fils, il faut adjoindre au sieur Paradisi un ingénieur français pour régler les limites de mon royaume d’Italie du côté de l’Isonzo conformément au traité qui a été conclu, et lui recommander, en traçant la limite des montagnes, de garder pour l’Italie tout l’avantage de la position militaire.

 

Milan, 24 novembre 1807

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre portefeuille. Il est convenable que vous preniez des mesures pour que toutes les vexations qu’on fait à M. de Gallo finissent sans délai. Vous pouvez en donner l’assurance à ce ministre et lui faire connaître que j’ai donné des ordres pour cela. Vous pouvez en écrire au grand juge. Mon intention n’est pas qu’aucun tort soit fait aux marchands, mais je ferai moi-même plutôt droit à tout ce qu’il devrait.

Il est nécessaire de faire la notification officielle à toutes les cours de l’avènement du prince Jérôme au trône de Westphalie; vous m’en présenterez le modèle. Vous ferez également connaître aux rois de Naples, de Hollande, de Westphalie, qu’ils sont reconnus par l’empereur d’Autriche

Envoyez un courrier extraordinaire au sieur Beauharnais, pour lui faire connaître que le général Dupont détache de Bayonne une division de 6,000 hommes à Vittoria, pour que cette division soit à portée portée de renforcer le général Junot, si celui-ci en avait besoin. 

Je désire que les lettres de mes consuls, telles que celles du sieur Bessières, et autre consuls dans le Levant qui écrivent longuement soient précédées d’une courte analyse.

——–

P. S. Donnez ordre au 6e bataillon bis du train d’artillerie française de partir de Vérone le 28, pour se rendre à Avignon.

 

Milan, 24 novembre 1807

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je vous envoie des papiers qu’il est bon de conserver dans les cartons des relations extérieures, puisque ils pourraient servir un jour. 6)Il s’agissait de dépêches d’agents prussiens, interceptées.

 

Milan, 25 novembre 1807

A Joseph Napoléon, roi de Naples

Mon frère, le 25 octobre, un bâtiment français a été pris dans le port d’Otrante. Cela n’est pas étonnant; il n’y a qu’une pièce de canon sur la côte pour la défendre.

 

Milan, 25 novembre 1807

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, le major général envoie à M. Otto un courrier pour porter les ordres que la place de Braunau soit remise le 10 décembre. Faites connaître au sieur Otto ce dont il est question dans la note de M. de Metternich.

Le conseiller d’État italien Paradisi a été nommé, et est déjà parti depuis longtemps pour déterminer les limites de l’Isonzo avec les Commissaires autrichiens. Faites part de ces dispositions, par un courrier, au sieur Andréossy. Instruisez-le également que j’ai donné des ordres pour que les troupes russes qui sont à Padoue partent pour retourner chez elles, pour qu’il en parle au prince Kourakine. L’expédition d’un courrier à Vienne est nécessaire dans ces circonstances, parce que cela tranquillisera la cour de Vienne.

Vous me ferez un rapport sur cette lettre de la princesse de Bayreuth.

—–

P. S. Il serait possible que le prince de Neuchâtel n’eût pas expédié son courrier. Vous pourriez en profiter pour l’envoyer jusqu’à Vienne.

 

Milan, 25 novembre 1807

A Joséphine

Je suis ici, mon amie, depuis deux jours. Je suis bien aise de ne pas t’avoir menée, tu aurais horriblement souffert au passage du Mont-Cenis, où une mauvaise tourmente m’a retenu vingt-quatre heures.

J’ai trouvé Eugène bien portant. Je sui fort content de lui. La princesse es malade; j’ai été la voir à Monza; elle a fait une fausse couche; elle va mieux.

Adieu mon amie

 

Venise, 30 novembre 1807

A M. Fouché, ministre de la police générale

Je vous ai déjà fait connaître mon opinion sur la folie des démarches que vous avez faites à Fontainebleau relativement à mes affaires intérieures. Après avoir lu votre bulletin du 19, et bien instruit des propos que vous tenez à Paris, je ne puis que vous réitérer que votre devoir est de suivre mon opinion et non de marcher selon votre caprice. En vous conduisant différemment, vous égarez l’opinion et vous sortez du chemin dans lequel tout honnête homme doit se tenir.

 

Venise, 30 novembre 1807

Au prince de Bénévent, vice-Grand-Électeur   

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai reçu votre lettre. Je suis à Venise depuis hier. Le temps y est extrêmement mauvais. L’entrée a cependant été belle. Ce pays est un phénomène du pouvoir du commerce.

 

Venise, 30 novembre 1807

Je reçois ta lettre du 22 novembre. Je suis à Venise depuis deux jours. Le temps est fort mauvais, ce qui ne m’a pas empêcher de courir les lagunes pour voir les différents forts. Je vois avec plaisir que tu t’amuses à Paris. Le roi de Bavière, avec sa famille, la princesse Élisa, sont ici. Passé le 2 décembre, que je ferai ici, je serai sur mon retour. Je serai fort aise de te voir.

Adieu mon Amie ((Lettres à Joséphine))


 

References   [ + ]

1. Pierre Laurent Hainguerlot, 1774-1841, financier.
2. Brune vient d’être disgracié, depuis la prise de l’île de Rügen et de Stralsund, qu’il a dite, dans l’acte de capitulation, “prise par l’armée française”, au lieu de dire “par l’armée de Sa Majesté Impériale et Royale”….
3. Ce duc de R…-S… avait été signalé en 1806 et 1807, à Turin, comme intrigant sans moyens d’existence; il avait été écroué à Sainte-Pélagie
4. Le 16 novembre 1807 commence le second voyage en Italie, qui durera jusqu’au 1er janvier 1808
5. Sandillaud du Bouchet était un ancien agent royaliste en Provence, agent de Bourrienne à Hambourg
6. Il s’agissait de dépêches d’agents prussiens, interceptées