Correspondance de Napoléon Ier – Mars 1809

 Paris, 1er mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous renvoie votre portefeuille. Faites une note à M. de Metternich, fort simple, dans laquelle vous lui transcrirez les passages des dépêches de mon ministre à Constantinople et de mon consul en Bosnie, relatifs à la conduite des agents autrichiens. Faites mettre aussi dans les journaux un article qui fasse connaître légèrement la conduite que tiennent ces deux agents contre la France.

Présentez-moi un projet de note en réponse à celle de M. Ver Huell, pour lui faire connaître que non-seulement il m’est impossible de renvoyer les troupes que le roi de Hollande a dans le nord, mais qu’il est nécessaire que ce prince mette promptement le reste de son armée en situation de défendre le pays contre les agressions de l’Angleterre.

 

Paris, 1er mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint un rapport sur des fabrications d’armes que l’on fait à Coburg pour le compte de l’Autriche. Vous donnerez ordre au sieur Bacher de se rendre sur-le-champ à Coburg, de témoigner mon extrême mécontentement de la conduite que tient cette Maison, et de déclarer qu’elle ait à rappeler sans délai ceux de ses membres qui sont au service d’Autriche; à défaut de quoi, je la citerai devant le Protecteur, pour rendre compte de sa conduite. Le sieur Bacher se mettra en route au reçu de cette lettre et fera diligence.

 

Paris 1er mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’ai à l’île d’Aix une escadre de douze vaisseaux de guerre et de six frégates. Il est donc indispensable d’avoir à l’île d’Aix assez de troupes pour la mettre à l’abri de toute attaque.

Donnez l’ordre au général commandant la 12e division de se rendre avec tout son état-major, à la Rochelle, où le siége de la division militaire sera fixé désormais.

Donnez ordre que le général de brigade commandant à l’île d’Aix n’en découche jamais.

Réunissez à l’île d’Aix, à Rochefort et à Oléron tout ce qu’il y a de disponible des 66e, 86e et 26e. Mon intention est qu’il y ait 1,800 hommes à l’île d’Aix, et à la Rochelle autant, pouvant se diriger sur l’île d’Aix, si elle était attaquée. Un général de brigade se tiendra constamment dans l’île d’Aix. Le général commandant la division sera prêt à se porter partout, de la Rochelle.

Donnez ordre à un officier général d’artillerie d’aller inspecter les batteries des îles d’Aix et d’Oléron et de s’assurer qu’elles sont suffisamment approvisionnées. Renouvelez l’ordre que l’approvisionnement de siège soit rétabli à l’île d’Aix.

 

Paris, 1er mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Vous donnerez ordre au général du génie Chambarlhiac de se rendre à Augsbourg; il commandera le génie du corps du général Oudinot. Après qu’il aura fait toutes ses dispositions pour organiser son arme à ce corps, il se rendra à Munich et à Passau. Il sera accompagné des capitaines du génie Mallet et Maillard et des gardes du génie Macaire et Poittier, qui ont dirigé les travaux de Praga. Vous lui ferez connaître que, arrivé à Passau, mon intention est qu’il reconnaisse la place, pour remplir le croquis ci-joint. Ce croquis est fait indépendamment du terrain, pour expliquer mon idée. Le réduit a été fermé à la gorge, loin de la rivière, parce qu’on se souvient que le faubourg est bas et que le coteau de la rivière est extrêmement rapide.

Voici l’instruction générale que vous lui donnerez:

1° Faire établir, sous la protection de la citadelle actuelle, sur les bords de la rivière, un local où 5 à 600,000 rations de biscuits, quelques milliers de quintaux de farine, quelques millions de cartouches, se trouvent en sûreté si l’ennemi prenait Passau;

2° Faire armer la citadelle de pièces de 24 et de 16 dans les parties basses qui battent la rivière (on m’assure qu’il n’y a que des pièces de 3);

3° Faire entrer dans la citadelle quelques autres pièces de 24;

4° Faire une reconnaissance de toute la ville, qui est environnée de murs;

5° Mettre des petites pièces dans les différentes tours, pour défendre les quais;

6° Faire un projet pour la défense de l’isthme, qui a je crois, un fossé plein d’eau et une contrescarpe, mais qui est dominé par une hauteur dont il faut projeter l’occupation; il paraît que Passau est couvert par le Danube et l’Inn, deux rivières importantes;

7° Tracer un ouvrage selon le croquis et les instructions ci-joints, de manière qu’il y ait une tête de pont pour résister à une attaque de vive force et empêcher le passage de l’Inn.

Vous ordonnerez à deux ingénieurs géographes de lever le pays aux environs de la place, de reconnaître les routes de Passau à Ratisbonne, en Bohême et à Linz, sur la rive gauche; la rive droite est suffisamment connue.

Vous écrirez au sieur Otto une lettre dont le général Chambarlhiac sera porteur. Vous le chargerez, après qu’il aura fini son travail sur Passau, de voir Burghausen, et de s’assurer s’il ne serait pas possible d’établir 3 à 4,000 hommes à l’abri de toute attaque.

 

Paris, 1er mars 1809

NOTE SUR PASSAU.

Passau est un poste important, surtout pour l’offensive. En marchant en Autriche, rien ne peut être plus avantageux que de suivre le Danube. Dès ce moment’ l’armée ne peut manquer de munition, ni de vivres, et alors elle peut manoeuvrer comme elle veut.

Dans ce plan de campagne, Passau est appelé à jouer un grand rôle. Centre de l’armée, il doit contenir tous les magasins et en être l’entrepôt. Tout doit arriver par le Danube. Il faut donc avoir des magasins sur le bord de ce fleuve; il faut les avoir sur la rive gauche, c’est-à-dire du côté de la citadelle. Il est donc nécessaire de faire l’inventaire de ces magasins et de connaître la quantité de poudre et de biscuit qu’on peut y déposer. Il y a là des bâtiments qui paraissent considérables. Il faut que tout cela soit entreposé dans la citadelle, ou en bas dans les bâtiments qui seront protégés par elle. Ainsi ce premier besoin sera rempli.

La position de la citadelle de Passau rend maître du pont du Danube et aussi de celui de l’Inn, que la citadelle domine entièrement; mais on n’est pas maître du passage de l’Inn.

D’un autre côté, l’espace défendu par la citadelle est bien petit pour pouvoir être défendu par une armée; la ville tout entière ne serait point de trop. Cette ville parait d’une facile défense. Il faudrait un plan qui fit connaître la situation des murs et des quais sur une plus grande échelle. Il y a une muraille, et un fossé que sans doute on peut remplir d’eau, et qui dès lors est à l’abri d’un coup de main.

La hauteur qui est de ce côté n’est qu’à 200 toises et paraît devoir être facilement occupée. Moyennant cette occupation, la place se trouverait à l’abri d’un coup de main, Les troupes, les magasins, et 3 à 4,000 hommes qui se trouvent toujours sur les derrières d’une grande armée seraient à l’abri des attaques d’une division ennemie qui porterait sur les derrières de l’armée.

La citadelle actuelle exerce son action sur toute la rive gauche du Danube; mais la rive droite de l’Inn domine entièrement la rive gauche et la ville. Il est donc indispensable , par ces considérations et par des considérations plus importantes encore, d’être maître de ce passage de l’Inn, d’établir in un ouvrage sur la rive droite de l’Inn. Cet ouvrage, devant avoir plusieurs buts, doit pouvoir être défendu avec 400 hommes, et cependant doit avoir un développement assez grand pour servir de retraite à une armée. Dans cette situation, un système de fortification analogue au croquis qu’on joint ici paraît propre à remplir ce double but. Un réduit de quatre ou cinq cents toises, vêtu en bois de pin, et trois bastions détachés, se flanquant entre eux sur les hauteurs, construits comme des ouvrages de campagne réunis par un chemin couvert, semblent atteindre le but qu’on se propose.

Il y a, entre la tête de pont de Praga et celle de Passau, cette différence qu’à Praga on pouvait s’appuyer à la Vistule, le terrain étant à niveau, et qu’ici il faut occuper la hauteur, en se réunissant au fleuve par de simples lignes.

Ainsi donc on désire trois choses : 1 ° une reconnaissance exacte du pourtour de Passau; 2° Un tracé des ouvrages qu’on vient d’indiquer sur la rive droite de l’Inn; 3° un tracé de la gorge de la ville du côté de l’isthme, avec un projet pour occuper la hauteur.

La citadelle serait à l’abri d’un coup de main avec 4 ou 500 hommes; les ouvrages sur la droite de l’Inn seraient défendus avec 5 ou 600 hommes. On aurait 1,800 hommes pour surveiller la place et occuper la hauteur du côté de l’isthme. Ainsi, avec 3,000 hommes, on obligerait l’ennemi à un grand siége, et on aurait pour la guerre d’Autriche le plus grand avantage qu’on puisse avoir : un pont sur l’Inn et un pont sur le Danube. Il faut que ces ouvrages soient poussés de manière qu’à la fin de mai ils soient exécutés. On fera le plan des environs de la place à douze cents toises. Ainsi le premier dépôt de l’armée serait Ulm, Passau ensuite, el l’intermédiaire serait Ratisbonne ou Ingolstadt.

 

Paris, 1er mars 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 23 février. Rien n’est imminent entre l’Autriche et nous. La saison n’est pas assez avancée pour faire camper les troupes; je crains les maladies. Cependant j’approuve tout ce qui tend à approvisionner les magasins, à organiser les équipages d’artillerie, à armer les places et à faire avancer les corps qui sont le plus loin. Je suppose que vous avez un chiffre avec le général Marmont; cependant vous ne me le dites pas positivement; je désire savoir si vous lui en avez envoyé un. Ne lui écrivez plus désormais qu’en chiffre. D’ailleurs, de petits bateaux peuvent lui être expédiés facilement de Venise. Chargez-le de faire reconnaître les frontières de la Croatie et la position qu’il faudrait prendre pour tenir en échec le plus grand nombre de forces possible, et si peut-être le travail de quelques fortifications sur la ligne des frontières ne serait pas utile; car faîtes-lui bien comprendre qu’il faut qu’il serve à contenir une force autrichienne un tiers plus forte que lui, et que, s’il restait inactif sur Zara, il serait nul pour l’armée d’Italie.

 

Paris, 1er mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vois avec plaisir que la frégate la Caroline et les deux bricks le Lépante et le Mameluk sont entrés à Ancône. J’ai ordonné à toute la division que j’ai à Corfou de se rendre à Ancône; elle est composée de deux frégates et de plusieurs bricks. Nous aurons alors des moyens de communication avec la Dalmatie. J’ai fait remplacer les deux frégates de Corfou par deux frégates neuves. Je verrai avec plaisir que la frégate la Corona se rende également à Ancône.

 

Paris, 1er mars 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le mois de mars est encore trop froid pour réunir la division italienne à Montecchiaro; préparez tout pour cela, mais réunissez-la un peu plus tard. Il me semble que je vous ai fait venir deux bons généraux de brigade d’infanterie de l’armée de Naples. Je sens que vous avez besoin de deux généraux de brigades de cavalerie; je vous destine le général de brigade Broc, qui a été grand maréchal du roi de Hollande. Il faut penser à un bon général pour commander à Palmanova et à un bon colonel pour commander à Osoppo, à de bons gouverneurs pour Venise, Mantoue. Faites-moi connaître quand on commencera l’armement de Malghera. Faites-moi connaître la situation de Palmanova et quel est l’approvisionnement de siége et de guerre qui a été fixé pour cette place, ainsi que l’approvisionnement actuel, et quand il sera complet.

 

Paris, 1er mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, vous trouverez ci-joint l’extrait d’une lettre de mon consul en Bosnie. Faites vérifier ce qu’il peut y avoir de réel dans cette dépêche et instruisez-m’en : « Je cherche encore des renseignements positifs sur la marche des troupes autrichiennes de la Slavonie, et sur les bruits de guerre qui se sont répandus ici. Des marchands venus de Brood prétendent avoir vu passer trois régiments de cavalerie aux environs de la ville, et se dirigeant vers la Croatie. Des Turcs assurent que ces troupes se rassemblent avec beaucoup d’artillerie à Dubitza, où l’on a formé une espèce de camp retranché ; les Autrichiens ont déjà 12,000 hommes devant Isachich, Bihatsch et Ostrovitza, frontières ottomanes, très-rapprochées de la Dalmatie.

 En attendant, les intrigues du consul d’Autriche semblent plus actives que jamais. Il a des correspondants à Zara, Sebénico, Spàlatro, Raguse et Cattaro. Je vais envoyer encore le messager infidèle qu’il a corrompu ; il sera adressé aux premières autorités de Dalmatie avec des dépêches peu importantes ; mais par un autre j’invite les fonctionnaires à faire observer mon messager pour savoir à qui il remet des lettres.

 

Paris, 2 mars 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Témoignez mon mécontentement au chef de division chargé de cette partie de ce qu’on a poussé la négligence au point de ne pas se faire adresser les journaux officiels des différentes cours de l’Europe. Il est honteux qu’on n’ait point aux relations extérieures les journaux de Vienne, de Saint-Pétersbourg, etc. Ce n’est pas la faute des ambassadeurs, mais de ceux chargés de correspondre avec eux. En général, les bureaux des relations extérieures ont besoin d’être remués.

Je désire que vous me présentiez un travail sur le budget des relations extérieures, qui va toujours en augmentant, et que vous me fassiez faire un état comparatif, chapitre par chapitre, des budgets des années IX, X, XI, XII, XIII, XIV, 1806, 1807 et 1808, avec les demandes que vous faites pour 1809. Les dépenses seront divisées en deux colonnes : la première, pour les sommes décrétées au commencement de l’année, et l’autre, des sommes dépensées; la seconde colonne sera intitulée Dépenses réelles. Les dépenses des relations extérieures augmentent, et cependant nous n’avons ni légation de Londres, ni légation de Lisbonne, de Rome, de Suède, etc.

 

Paris, 2 mars 1809

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

On m’assure qu’à Gènes, en 1808, il y a eu huit cents naissances qui n’ont pas été portées sur l’état civil. Probablement il y en aura davantage en Toscane, et u plus grand nombre dans les montagnes. N’y aurait-il pas quelques mesures à prendre pour obliger les parents à faire inscrire leurs enfants sur les registres de l’État civil ?

 

Paris, 2 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai reçu votre rapport du ler mars sur les officiers à employer au corps d’observation de l’armée du Rhin. Nous ne connaissons pas de sous-chef d’état-major; cela complique l’administration et est même dangereux. Le général d’Hastrel se rendra au corps d’Oudinot, d’où il sera retiré selon les circonstances.

L’adjudant commandant Fourn a-t-il servi dans la cavalerie ?

 

Paris, 2 mars 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, écrivez au général Mathieu-Dumas, qui se trouve à Grenoble, de passer en revue les régiments portugais et de vous faire connaître dans quel esprit ils sont, le cas qu’on peut en faire, et si on peut les employer dans une guerre en Allemagne.

 

Paris, 2 mars 1809.

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois votre lettre du 21 février. Je vois avec plaisir que Votre Majesté est contente des troupes du général Oudinot. Dans le courant de mars, j’aurai un corps d’armée de vingt régiments d’infanterie et de cinq régiments de cavalerie, en Alsace. Le maréchal duc de Rivoli en prendra le commandement et aura son quartier général à Strasbourg. Si les circonstances me portent en Allemagne, je serai fort aise de passer quelques jours dans votre belle maison de Ludwigsburg. Votre Majesté ne doute point du plaisir que j’aurai de la revoir et de présenter mes hommages à la Reine.

 

Paris, 2 mars 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Présentez cette pièce à M. Regnaud et dîtes-lui que pareilles recommandations pour des Juifs ne peuvent lui faire que du tort.

 

Paris, 2 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous ai mandé de faire armer Palmanova, mais il ne faut point pour cela faire d fausses dépenses. Cet armement doit consister à palissader les chemins couverts, ils l’étaient, je crois, déjà, et à armer les bastions et cavaliers de la place où l’on ne travaille pas. On armera les lunettes si cela peut se faire sans augmentation de dépenses ; on ne les armera pas s’il doit en résulter de nouveaux travaux, vu qu’après même une déclaration de guerre, on serait à temps de le faire. Cet armement se ferait sous la protection des cavaliers et batteries de rempart. Expliquez bien mon idée, et veillez à ce qu’elle soit suivie ; car e génie va me faire pour deux ou trois cent mille francs de dépenses et retarder d’un an les travaux de Palmanova et d’Osopo.

 

Paris, 3 mars 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faîtes connaître au sieur Bignon la réponse que j’ai faite, que je comprenais point le traité qui appelle les comtes de Hochberg à la succession de Bade; que, du jour où je l’aurai reconnu, je ne pourrais m’empêche de traiter les jeunes comtes comme princes de sang de Bade, et la définition de cette qualité est celle du droit du trône. Écrivez au sieur Bignon de n’être pas contraire à cette affaire, d’avoir beaucoup d’honnêtetés et d’égards pour les jeunes comtes, de cultiver leurs bonnes dispositions, de s’expliquer peu sur ces affaires, de dire à la comtesse que je ne suis point en opposition avec elle. Mais c’est une affaire à propos de laquelle il faut marcher avec circonspection, ménager le margrave et se tenir dans une mesure prudente. Recommandez au sieur Bignon d’envoyer fréquemment une chronique de cette cour sur le grand-duc, sur le prince héréditaire, sur la princesse, sur la comtesse, sur les comtes; faire connaître leurs noms, leur âge, leurs dispositions; également pour les filles, s’il y en a. Recommandez, en général, cela à tous mes ministres.

Le sieur Bignon doit éviter toute discussion avec le ministre de Russie et être bien avec lui.

 

Paris, 3 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vous envoie le projet de formation d’une réserve de régiments provisoires, sur lequel je désire que vous me fassiez un rapport. Faites-moi connaître si je n’ai rien oublié et s’il y a des changements qu’il soit convenable de faire pour épargner les marches aux troupes. Enfin présentez-moi des états qui m’apprennent si les 5e bataillons pourront fournir ces quatre, trois ou deux compagnies pour concourir à ladite formation. Les 10,000 hommes de réserve que forme ma Garde sont destinés à compléter les 5e bataillons et à les mettre à même de fournir les hommes nécessaires. Il faut donc qu’une colonne des états que vous ferez dresser indique le nombre d’hommes qui leur manquera, après avoir épuisé tout leur monde; cette colonne sera la colonne de distribution des 10,000 hommes de la Garde. Il ne vous échappera pas que, par ce moyen, j’aurai 6,000 hommes à La Rochelle, 3,000 en Bretagne, 9,000 à Paris, 5,000 au camp de Boulogne, 2,500 pour la défense de l’Escaut, 2,500 pour garder Wesel, 5,000 à Strasbourg, 2,500 à Metz et 10.000 Français en Italie; total ; 45,500 hommes.

 

Paris, 3 mars 1809

A M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Faites moi connaître pourquoi l’archevêque d’Aix a ordonné une neuvaine parce que la reine Louise était malade, et pourquoi l’on fait prier les peuples pour des individus, sans la permission du gouvernement.

 

Paris, 3 mars 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Erfurt

Mon Cousin, expédiez un officier au général Oudinot pour savoir si les têtes de pont du Lech, que j’avais fait faire dans la dernière guerre, on été conservées, et combien de jours il faudrait pour les rétablir.

 

Paris, 3 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le 15 mars, vous ferez tracer la tête de pont du Tagliamento, et on y travaillera de suite. Je désire avoir sur ce pont un fort à étoiles de trois à quatre cents toises de développement, ayant de bons fossés pleins d’eau, faisant réduit, et quatre redoutes formant trois fronts de bastion ou un demi-hexagone de neuf cents à mille toises de développement. Ces redoutes seront fermées à la gorge; on mettra de l’eau dans les fossés, si cela est possible, pour qu’elles puissent se défendre isolément, et elles seront flanquées de manière à pouvoir se défendre entre elles. On liera, par la suite, ces redoutes par des fossés, des palissades et des chemins couverts, ce qui formera la tête de pont; le réduit en assurera le passage. Vous me ferez connaître ce qu’est devenue l’ancienne tête de pont de la Piave, et s’il y a des ouvrages de campagne à faire sur les rivières en avant de Palmanova.

 

Paris, 3 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 25 février, où vous me rappelez que j’ai trois camps en Italie: celui de Montecchiaro, celui d’Udine et celui de San-Daniele. Je connais le camp de Montecchiaro, mais je ne connais pas les deux autres; envoyez-m’en le tracé, et faîtes-moi connaître combien de bataillons ils peuvent contenir et de quelle manière ils sont disposés.

 

Paris, 3 mars 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, Cesarotti a laissé une histoire des Papes; faites-vous rendre compte de cet ouvrage, et, s’il tend à faire connaître le mal que les Papes ont fait à la religion et à la chrétienté, faites-le imprimer sans délai.

 

Paris, 3 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois dans votre bulletin du 27 février que trois Piémontais très bornés parcourent le Piémont, se disant commissaires autrichiens. Pourquoi ne les arrête-t-on pas ? On dit que ceux qui ont reçu des bienfaits de moi ont demandé le consentement du Roi de Sardaigne. Quelles preuves en a-t-on ? On dit que le sieur Botton, juge de la cour de cassation, a tenu ce propos « que depuis qu’il est venu à Paris, il méprise les Français » Qui prouve ce propos-là et quel degré d’attention dois-je donner à ces assertions ?

 

Paris, 3 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au maréchal Bessières pour savoir si le bataillon de Westphalie est habillé comme je l’avais ordonné. Si cela n’est pas fait, c’est très important à faire.

Donnez-lui l’ordre de faire partir pour Madrid les 158 hommes du 32e et les 90 du 58e qui sont à Duenas.  Ces détachements formant 248 hommes rejoindront leur régiment. Dans l’état de la place de Bayonne du 12 au 13 février je ne vois point de troupes. On dirait qu’il n’y a personne. Pourquoi n’ai-je l’état de situation de la place d’Aranda que du 15 février, celui de Pampelune que du 10 ? Prenez des mesures pour que j’aie plus promptement les états de situation,

 

Paris, 4 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures

Monsieur de Champagny, je pense qu’il faut envoyer un courrier à Saint-Pétersbourg.

Vous y enverrez la conversation que vous avez eue avec M. de Metternich, et la note que vous devez lui remettre. Vous ferez connaître que je fais réunir toutes les troupes de la Confédération, qu’il est indispensable de sortir de cet état de choses; qu’il paraît que l’Autriche fait marcher ses troupes; que je compte sur la promesse de l’Empereur de marché de son côté; qu’enfin la paix avec l’Autriche n’est faisable que lorsque le continent sera pacifié.

 

RAPPORT DE M. LE COMTE DE CHAMPAGNY A SA MAJESTÉ L’EMPEREUR

Paris, 2 mars 1809.

Sire,

J’ai l’honneur de mettre sous les yeux de Votre Majesté le précis de mon entretien de ce jour avec M. l’ambassadeur de la cour de Vienne.

L’Ambassadeur d’Autriche.  Monsieur le Comte, je viens vous annoncer l’arrivée du comte de Mier; il a mis neuf jours à se rendre de Vienne à Paris. Il trouvé la route encombrée de neige et de troupes. Je suis autorisé à vous prévenir que le courrier prochain m’apportera la réponse de ma Cour à différentes notes que vous m’avez adressées au sujet de cet officier italien insulté à Trieste et de l’acte de violence exercé contre un homme d’Udine. Sa Majesté l’Empereur mon maître a ordonné à cet égard des recherches dont on n’avait pas encore reçu à Vienne le résultat.

Le MINISTRE.  J’espère alors, Monsieur l’Ambassadeur, que votre courrier aura à m’annoncer la répression de ces attentats, dont j’ai regretté d’avoie si souvent de justes plaintes à vous porter.

L’Ambassadeur- J’ai aussi reçu l’ordre de ma Cour de prévenir Votre Excel1ence que, ainsi que je l’avais prévu, le retour de l’Empereur Napoléon, l’ordre donné aux princes de la Confédération du Rhin et enfin quelques articles insérés dans les journaux français et allemands, ont donné à ma Cour de justes inquiétudes, et qu’elle a cru devoir faire sortir ses troupes du pied de paix où elles ont été jusqu’à présent; mais que l’Empereur, mon maître, toujours animé des mêmes sentiments, ne prend de telles mesures que parce qu’il s’y voit forcé, et qu’il conserve toujours à l’égard de la France les dispositions les plus pacifiques.

LE MINISTRE. – Est-ce que vous voulez nous faire la guerre, Monsieur l’ Ambassadeur ?

L’Ambassadeur. Si nous avions voulu vous faire la guerre, nous n’aurions pas attendu ce moment : avant le mois de janvier, nos troupes auraient été sur le Rhin.

Le MINISTRE. Cela n’eut pas été si facile, Monsieur de Metternich. Les moyens que avons à vous opposer en ce moment existaient au mois de janvier.

L’Ambassadeur. Mais l’Empereur était en Espagne …..

LE MINISTRE.  Oui, mais en 1805, vous étiez à Ulm qu’il était encore à Boulogne, et il n’est pas arrivé trop tard. Soyez vrai, si vous faîtes marcher des troupes, c’est que la faction anglaise a pris le dessus à Vienne. On affecte des alarmes pour séduire et entraîner l’Empereur; ceux qui sont au fait et qui dirigent ce qui sr passe chez vous n’en ont pas ; d’ailleurs, ils ne peuvent pu avoir. Comment seriez-vous alarmés dans ce moment, lorsque vous ne l’étiez pas au mois d’août dernier ? Alors l’Empereur n’était pas en Espagne; alors il couvrait toute l’Allemagne de ses troupes; il occupait sur vos derrières la Silésie et le duché de Varsovie; les troupes de la Confédération du Rhin étaient  campées, et cependant vous restiez tranquilles: vous vouliez attendre les évènements. Actuellement vous feignez des inquiétudes, vous vous alarmez du retour de l’Empereur, comme s’il avait dû rester toujours en Espagne; vous vous plaignez d’un avis donné aux princes de la Confédération, comme si ces avis, qu’a rendus nécessaires la continuation de vos armements, étaient autre chose que l’avis de se tenir prêts; et vous m’annoncez que vous faites marcher vos troupes ! Pas un homme n’a bougé de la part de la Confédération ni de la France. Si vous n’avez pas fait la guerre à l’Empereur, vous lui avez ôté la sécurité de la paix; vous avez précipité son retour; vous l’avez empêché de poursuivre les Anglais en personne et de leur fermer le chemin de la mer, vous avez arrêté des expéditions projetées contre l’Angleterre; des troupes qui se rendaient à Toulon et à Boulogne ont suspendu leur marche à Lyon et à Metz. Par les menaces que vous avez faites, vous avez servi l’Angleterre. Parlerais-je de cette fermentation dont on agite les États autrichiens ? De cette opinion qu’on a dirigée contre la France ? Des insultes faîtes à Trieste à des officiers français et italiens ? De l’assassinat de nos courriers si longtemps impuni ? Des articles de la gazette de Presbourg ? Des fausses nouvelles répandues sur l’Espagne ? De l’accueil  fait à Trieste aux officiers de la frégate espagnole  envoyée par les insurgés ? Du libelle de M. de Cevallos, répandus à Vienne avec profusion ?

L’AMBASSADEUR : Monsieur, cette brochure m’est venue de Munich.

Le MINISTRE, Ne pouvait-elle pas y être venue de Vienne ? Au reste, le livre s’est vendu à Vienne ; il s’est vendu avec la permission de la police. J’en ai vu l’annonce publique, et je sais qu’on annonce ainsi que les livres dont elle permet la vente.  Je continue…. Partout vos agents se sont montrés les ennemis de la France. Je cous mettrai sous les yeux des extraits de correspondance qui vous feront connaître la conduite de votre internonce à Constantinople et celle de votre consul en Bosnie.

L’AMBASSADEUR  Mais n’avons-nous pas à nous plaindre aussi  de M. de Latour-Maubourg, qui a, pour ainsi dire, déclaré la guerre entre la France et l’Autriche, en rompant toute communication entre les Français et leurs alliés et les Autrichiens ?

Le MINISTRE. Que devait donc faire M. de Latour-Maubourg ? Assister au triomphe des Anglais ? Vraiment, cela eût été trop complaisant.

Voilà donc les griefs que nous pourrions alléguer contre vous; et cependant  vous savez si notre conduite a été pacifique. A-t-on fait à votre cour une demande qui pût blesser le plus faible de ses intérêts ? Vous a-t-on dit un mot dont vous puissiez vous plaindre ? Vous avez répandu le bruit qu’on vous demandait Trieste, Fiume, la Croatie …..

L’AMBASSADEUR. C’est dans la Gazette d’Allemagne qu’on a imprimé cela.

LE MINISTRE. Mais par ordre de votre cabinet et par des lettres venues de Vienne et de Presbourg; mais c’est en Autriche aussi qu’ on l’a imprimé. Et il vous était si facile de désabuser votre peuple; avez-vous dit un mot pour cela ?

L’AMBASSADEUR. Mais ici me parle-t-on davantage ? Si l’Empereur avait réellement des inquiétudes sur ce qu’on a appelé nos armements, pourquoi, au lieu de se taire avec moi et d’appeler les troupes de la Confédération, ne m’a-t-il pas parlé ? On se serait expliqué et probablement entendu.

LE MINISTRE. A quoi cela aurait-il servi ? A quoi ont servi des démarches semblables faites il y a cinq mois ? L’Empereur ne vous parle plus, Monsieur, parce qu’alors il vous a parlé en vain, parce que vous avez perdu auprès de lui, par des promesses trompeuses, le crédit qu’on accorde au titre d’ambassadeur.  Rappelez-vous qu’alors vous promîtes qu’il ne serait plus donné suite à vos mesures militaires; que les exercices de la milice discontinueraient avec la belle saison, que la reconnaissance du roi Joseph ne souffrirait aucune difficulté, et, sur tous ces points, vous vous disiez autorisé par votre Cour. D’ailleurs, je répondrai en un seul mot : l’Empereur a pu être réservé avec un ambassadeur que sa Cour avait, pour ainsi dire, désavoué, et qu’il a aussi considéré comme auteur de démarches hasardées que les faits ont démenties; mais il n’a pas fait appeler un seul homme de la Confédération. De l’avis de se tenir prêt à celui de marcher que vous avez donné, il y a loin. Les troupes qui étaient sur la Saône et la Meurthe y sont encore, et n’ont pas bougé.

L’AMBASSADEUR.  Mais une partie de ces promesses a été effectuée; on n’a rien ajouté à l’organisation militaire.

LE MINISTRE. On a tout fait pour inquiéter.

L’AMBASSADEUR.  Je ne crois pas que les exercices aient été continués pendant l’hiver.

LE MINISTRE. A Trieste, pendant l’hiver, les milices ont été exercées dans le vieux théâtre.

L’AMBASSADEUR. Enfin, si le roi Joseph n’a pas été reconnu, il faut l’attribuer à la conférence d’Erfurt. Certes, si l’Empereur avait voulu admettre à cette conférence l’Empereur mon maître, ou seulement s’il m’avait été permis d’y aller, ainsi que je l’avais proposé, la reconnaissance aurait été prononcée. Elle ne l’a pas été, parce que cette conférence a donné des soupçons, parce que la Russie est intervenue, parce que son langage, fort peu amical, a offensé, parce que cette réunion de deux grandes puissances, dont on ignorait les vues et les résolutions, a fait juger que cette affaire de la reconnaissance se trouvait liée à d’autres arrangements dont on a cru devoir exiger la connaissance.

LE MINISTRE. Votre promesse était absolue ; elle a été faite dans un temps où la conférence d’Erfurt était prévue ; elle était faite en retour d’une promesse du Gouvernement français d’évacuer la Silésie, promesse qu’il a effectuée. Au surplus, ce résultat de la conférence d’Erfurt vous a été connu. Vous savez bien qu’elle n’était pas dirigée contre vous. Pourquoi donc n’avez-vous pas fait cette reconnaissance.

L’AMBASSADEUR. – Mais le général Andréossy a rejeté la reconnaissance conditionnelle que nous avions offerte. D’ailleurs, si nous n’avons pas fait la reconnaissance, nous avons parlé de conserver des relations amicales avec le roi Joseph, comme roi d’Espagne.

LE MINISTRE. Monsieur l’Ambassadeur, je crains que vous ne vous trompiez; ces termes ne sont point dans la réponse de votre cour !. Est-ce en faisant impri­mer avec affectation les libelles des insurgés, est-ce en quittant Madrid et en suivant les insurgés que votre chargé d’affaires à Madrid a prouvé qu’il avait ordre d’être l’ami du roi .Joseph ? Au surplus, que prétendaient la France et la Russie en vous demandant cette reconnaissance ? Faciliter la paix avec l’Angleterre, ne laisser à cette puissance aucune chance de troubler le continent, et, par là, la porter à la paix dont tout le monde a besoin. Vous êtes venus à la traverse, vous avez pris le langage et embrassé la défense de l’Angleterre. Vous avez dit au public que vous armiez. Vos gazettes, qui sont d’une si grande circonspection, ont été pires que les plus mauvais libelles de Londres. La paix avec l’Angleterre n’a pas eu lieu. L’Angleterre triomphe à Constantinople de vous voir courir à la guerre. Qu’en espérez-vous ?

L’AMBASSADEUR.  Actuellement que nos troupes vont sortir de l’état de paix où elles étaient, on verra la différence entre cet état et celui où elles vont se placer.

LE MINISTRE. On verra les résultats de neuf mois de préparatifs. Croyez­-nous de bonne foi qu’ils puissent faire peur et en imposer à personne ? Au surplus, je vous le répète, l’Empereur, qui ne vous demande rien que de le faire jouir de la sécurité de la paix, ne veut pas la guerre; il la fera si vous l’y contraignez. Il ne vous  en a pas donné le plus léger prétexte. Je lui rendrai compte de la communication que vous de me faire. Je ne sais où vos mesures entraîneront; mais, si la guerre a lieu, c’est parce que vous l’aurez voulue.

L’AMBASSADEUR (en s’en allant). Je ne parle jamais de moi; mais vous savez comme je suis traité dans les cercles de la Cour. On m’a dit que l’Empereur se plaignait du traitement fait à son ambassadeur à Vienne. Je proteste que le général Andréossy a, jusqu’à ce dernier moment, été parfaitement traité par l’Empereur mon maître.

LE MINISTRE. Vous savez, Monsieur l’Ambassadeur, qu’il n’y a pas de rang établi à la Cour. L’Empereur ne se plaint pas de M. de Metternich ; mais il ne peut plus  accorder la même confiance à l’ambassadeur qui a été, pour ainsi dire, démenti par sa propre Cour. Votre Cour, en n’exécutant pas vos promesses, a seule blessé la dignité de votre caractère.

 

Paris, 4 mars 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, mon intention est de changer la direction des divisions Boudet et Molitor, et de les diriger sur-le-champ, par le plus court chemin, sur Ulm. Je vous indiquerai demain la route qu’elle devront suivre.

Je désire, en conséquence, que les divisions Saint-Cyr et Legrand partent sans délai de Metz et arrivent le plus tôt possible à Strasbourg. Je suppose que cs deux divisions pourront partir après-demain, 6, de Metz, et pourront ainsi être arrivées à Strasbourg le 12 ou le 13.

Donnez ordre au général Montbrun d’être rendu à Strasbourg le 12 mars.

Donnez ordre au général Gudin d’être rendu au quartier général de Würzburg à la même époque.

Faîtes connaître au maréchal duc de Rivoli que je désire que son quartier général soit établi à Strasbourg dès le 12 mars, au lieu de l’être le I5.

Donnez ordre au général Songis d’être rendu le 15 de ce mois à Strasbourg, pour prendre le commandement en chef de l’artillerie des troupes que j’ai en Allemagne.

 

Paris, 4 mars 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Gouvion-Saint-Cyr, qu’une division allemande de 6,000 hommes est dirigée sur l’armée, pour faire le siège de Gérone, de concert avec une autre division de 10.000 hommes, qui est aux ordres du général reille. Envoyez votre lettre au général Reille, pour qu’il la fasse transcrire en chiffre et l’envoie par un exprès au général saint-Cyr.

 

Paris, 4 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 22 février. Vous avez eu tort d’envoyer du renfort à Saragosse; il y avait autant de troupes qu’il en fallait; il était plus nécessaire d’y envoyer des mineurs et des sapeurs. Les généraux demandent toujours; c’est dans la nature des choses. Il n’y en a aucun sur lequel on puisse compter pour cela. Il est tout simple que celui qui n’est chargé que d’une besogne ne pense qu’à cela ; plus il a de monde et plus il a de sûreté pour ce qu’il a à faire. C’est une grande faute qu’on fait lorsqu’on prend en considération   leur demande, si elle n’est pas de nature à être accueillie.

 

Paris, 4 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 28 février. Les rapports que vous m’envoyez sur Vienne ne peuvent me servir, puisqu’ils sont sans date et que je ne puis les comparer à ceux que j’ai déjà.

Il est possible que les troupes qui sont de vos côtés (sic) partent; il faut alors une garnison pour occuper Magdeburg.

 

Paris. 4 mars 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Erfurt

Mon Cousin, les troupes de Saxe et de Pologne étant sous vos ordres, vous devez, par le courrier expédié aujourd’hui pour porter aux troupes de votre corps d’armée l’ordre de se réunir à Bamberg, prescrire que toutes les troupes saxonnes se réunissent en deux camps autour de Dresde, de manière qu’il y ait, pour la défense de cette capitale et du territoire, 23,000 hommes d’infanterie et 3,300 chevaux, avec l’artillerie nécessaire. Envoyez des ordres en même temps pour que toutes les troupes polonaises se réunissent en trois divisions sous Varsovie. Il est nécessaire que les troupes saxonnes et polonaises soient ainsi placées pour le 20 mars. Les troupes qui sont en garnison dans les places de l’Oder doivent y rester. Praga, Sierock et Modlin seront occupées par la droite des troupes, de sorte que si les Autrichiens se dégarnissent en Galicie, ce corps, composé de 15.000 hommes, infanterie et cavalerie, puisse se diriger sur Cracovie. Le sieur Bacher cous donnera l’organisation de la 3e division, des corps réunis de Nassau, formant deux régiments, mais dont l’un est en Espagne ; d’un régiment de Würzburg, qui en a un autre en Espagne ; du régiment des maisons ducale de Saxe ; du régiment de Lippe et d’Anhalt et du régiment de Schwazburg, Reuss et Waldeck. Il est nécessaire que vous preniez des mesures pour les y diriger. Vous causerez de cela, en passant à Francfort, avec le sieur Bacher, qui est au fait de ces affaires.

 

Paris, 4 mars 1809

A M. Otto, ministre plénipotentiaire de France, à Munich

J’envoie un officier d’ordonnance porter la réquisition de réunir l’armée bavaroise; je me suis décidé à cette mesure, parce qu’il pa­raît que les Autrichiens font sérieusement des mouvements. Cependant je ne les crois pas assez insensés pour commencer les opérations ayant l’armée russe sur les flancs. Recommandez au roi de faire armer et approvisionner Forchheim, Bamberg, Passau et Kufstein. Le duc de Rivoli sera le 12 à Strasbourg. La division Molitor et la division Boudet, que je voulais d’abord réunir à Strasbourg, reçoi­vent l’ordre de se détourner à Belfort, de passer par Huningue et, de là, de se diriger sur Ulm, où elles arriveront le 20; probablement qu’à cette époque le duc de Rivoli aura son quartier général à Ulm.

Les Wurtembergeois se réunissent à Neresheim, les Hessois à Mergentheim, les Saxons devant Dresde, et les Polonais entre Varsovie et Cracovie. Le duc d’Auerstaedt aura réuni à la même époque tout son corps d’armée à Bamberg. Ainsi les Autrichiens verront que nous sommes prêts. Je ne me presse pas d’arriver, parce que je ne pense pas que l’Autriche attaque, et, si je me prête à ces armements, ce n’est que pour éviter à la Confédération la honte de trembler.

L’armée d’Italie se concentre également. 6,000 hommes d’infanterie et 2,000 hommes de cavalerie, qui appartiennent aux régiments de l’armée du duc de Rivoli, vont traverser le Tyrol pour se rendre à Ulm.

Je suppose que le roi de Bavière aura établi des magasins à Ulm et à Augsbourg. Je désire qu’il en établisse aussi à Nördlingen, et qu’il fasse faire un million de rations de biscuit. Voyez Montgelas pour que cette fabrication ait lieu sans délai; je payerai.  Il faudrait que cet approvisionnement fût préparé sur les points suivants: 200,000 rations à Ulm; 200,000 à Ingolstadt; 200,000 à Passau; 200,000 à Munich et 200,000 à Augsbourg. Veillez à ce qu’on y travaille de suite.

Si des évènements extraordinaires arrivaient, je serais comme un éclair à Munich. Dans ce cas, voyez le Roi pour qu’il fasse tenir secrètement à ma disposition 5 ou 6 chevaux de main de ses écuries. Mais, encore une fois, je ne crois pas cela nécessaire, et les Autri­chiens ne tarderont pas à savoir qu’il y a plus de troupes en Allema­gne et en Italie qu’ils ne peuvent se l’imaginer.

 

Paris, 4 mars 1809

A Monsieur de Talhouet, Officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Monsieur de Talhouet, vous partirez sur-le-champ pour Karlsruhe; vous y porterez une lettre au grand-duc de Bade. De là vous irez à Stuttgart, où vous remettrez une lettre au roi de Wurtemberg. Vous continuerez votre route sur Munich, où vous remettrez au roi de Bavière la lettre ci-jointe.

En passant à Augsbourg, vous verrez le général Oudinot. Vous le préviendrez que j’établis une estafette de Mayence à Augsbourg, et que je désire qu’il écrive tous les jours par cette estafette au major général, qui est le prince de Neuchâtel, et qu’il corresponde fréquemment aussi avec le duc d’Auerstaedt.

Vous irez voir le prince de Neuchâtel, qui a des lettres pour l’Alle­magne; mais, si à neuf heures elles n’étaient pas prêtes, vous ne les attendrez pas.

Vous descendrez chez mes ministres, dans les différentes cours où vous irez, et vous attendrez des réponses. Si on vous parle de guerre, vous aurez le ton rassurant et direz que de nombreuses troupes­ marchent de tous côtés sur les frontières.

 

Paris, 4 mars 1809

A Charles, prince primat de la Confédération, évêque de Ratisbonne, à Francfort

Mon Frère, les nouvelles que je reçois de Vienne me font juger convenable de réunir sans délai les troupes de la Confédération. Il est donc nécessaire que le régiment de Nassau, celui des Maisons ducales de Saxe, celui de Würzburg, celui de Lippe et d’Anhalt, et celui de Schwarzburg, Reuss et Waldeck, se mettent en marche pour se réunir le 20 mars à Würzburg, où le maréchal duc d’Auerstaedt, sous les ordres duquel doivent se trouver ces régiments, aura son quartier général.

 

Paris, 4 mars 1809

A Charles-Frédéric, Grand-Duc de Bade, à Karlsruhe

Mon Frère, les nouvelles que je reçois de Vienne me font juger convenable de réunir sans délai les troupes de la Confédération. Il est donc nécessaire que Votre Altesse Royale donne des ordres pour que ses troupes, infanterie, cavalerie et artillerie, soient réunies à Rastadt et à Pforzheim du 15 au 20 mars, savoir : trois régiments d’infanterie de ligne complets, un bataillon d’infanterie légère, un régiment de cavalerie et douze pièces d’artillerie. Le 15 mars le maréchal duc de Rivoli sera rendu à Strasbourg, où il portera le quartier général du corps d’observation du Rhin, dont les troupes de Votre Altesse font partie.

 

Paris, 4 mars 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, les nouvelles que je reçois de Vienne me font juger convenable de réunir sans délai les troupes de la Confédération. Il est donc nécessaire que Votre Majesté donne des ordres pour que ses troupes, infanterie, cavalerie et artillerie, soient réunies du 15 au 20 mars, et cantonnées entre Aalen, Neresheim et Heidenheim. Dans peu de jours, le ministre de Votre Majesté recevra une note de mon ministre des relations extérieures, qui lui fera connaître l’état des choses et la convaincra de l’injustice et de la folie de l’Autriche.

 

Paris, 4 mars 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Monsieur mon Frère, les circonstances me font juger convenable de réunir les contingents de la Confédération. Le 15 mars le quartier général du maréchal duc de Rivoli, commandant le corps d’observation du Rhin, sera à Strasbourg, prêt à passer le Rhin si les circonstances le rendent nécessaire. Le maréchal duc d’Auerstaedt aura son quartier général le 20 mars à Würzburg, et tout son corps d’armée sera réuni de Bamberg à Bayreuth. Tous les contingents de la Confédération ont ordre de se réunir.

 

Paris, 4 mars 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, les nouvelles que je reçois de Vienne me font juger convenable de réunir sans délai les troupes de la Confédération du Rhin, Il est donc nécessaire que Votre Altesse Royale donne des ordres pour que ses troupes soient réunies à Mergentheim le 20 mars, savoir : quatre bataillons d’infanterie de ligne, deux bataillons d’infanterie légère, trois escadrons de chevau-légers et une artillerie de six pièces de canon. Le 12 mars le maréchal duc de Rivoli sera rendu à Strasbourg, où il portera le quartier général du corps d’observation du Rhin, dont les troupes de Votre Altesse font partie; je la prie de lui en faire envoyer l’état de situation.

 

Paris, 4 mars 1809

DÉCISION

Je viens d’être informé que le général Jacopin, l’un des deux généraux de brigade que Sa Majesté m’a ordonné d’envoyer au corps du général Oudinot, se trouve par sa mauvaise santé hors d’état de pouvoir servir en ce moment à l’armée.

J’ai l’honneur de proposer à Sa Majesté pour le remplacer l’un des deux généraux de brigade Dalesme et Sarrazin que j’avais présentés en concurrence avec cet officier général et le général Lesuire qui est parti pour sa nouvelle destination.

Le général Sarrazin est

incapable. Je ne connais

pas l’autre général. Il faut

de bons généraux au corps

du général Oudinot

 

Paris, 5 mars 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, envoyez-moi, dans la journée, une relation de la sortie de l’escadre de Brest et du combat des frégates, afin que je la fasse mettre demain dans le Moniteur.

 

Paris, 5 mars 1809

A Eugène napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le 1er régiment de ligne italien a quatre bataillons en Italie, le 2e en a deux, le 3° en a quatre; ces trois régiments feront dix bataillons, qui, avec l’infanterie légère, pourront former une division active. Il faut presser le retour des 1er et 3e bataillons du 8c de ligne, qui sont à Tarente. Le 4e de ligne a 1,400 hommes en Italie. Vous verrez, par le décret que je viens de prendre et que vous enverra Aldini, que je donne ordre qu’il soit formé en Italie un nouveau 3c bataillon, en remplacement de celui qui est en Espagne avec les deux premiers, parce que j’évalue que les pertes que ce régiment aura faites en Espagne mettront dans le cas d’incorporer ce 3c bataillon dans les deux premiers. Par ce moyen, ce régiment aura en ligne, en Italie, le nouveau 3e bataillon et le 4c.

J’ordonne que le 5c de ligne, qui a quatre bataillons en Espagne, soit réduit à trois; il sera formé un nouveau 4e  bataillon en Italie. J’ai donné ordre que le 3c bataillon du 6e de ligne soit incorporé dans les deux premiers et que le cadre rentre en Italie. Prenez des mesures pour que ce régiment ait en Italie les 3c et 4c bataillons au grand complet et prêts à entrer en campagne. Faîtes rentrer à Livourne les deux bataillons qui sont à l’île d’Elbe. Le 7c régiment n’a que trois bataillons; j’ordonne que le 4e et le 5c soient formés. J’ordonne que les trois premiers bataillons du 1er régiment d’infanterie légère, qui sont en Espagne, soient réduits à deux; un nouveau 3e bataillon sera formé en Italie. J’ordonne la même mesure pour les trois bataillons du 2c d’infanterie légère. Cela fera donc onze bataillons, tant d’infanterie légère que d’infanterie de ligne, à mettre en campagne. Il faudra reformer sept nouveaux bataillons; alors l’armée d’Italie, composée de dix régiments, se trouvera avoir cin­quante bataillons, savoir : douze en Espagne, deux aux Sept-Îles, un en Dalmatie et trente-cinq en Italie, dont vingt-cinq bataillons de guerre et dix de dépôt. Faites organiser sans délai ces bataillons. Il est de la plus grande importance que mes divisions soient complétées, car les dispositions de l’Autriche deviennent de plus en plus hostiles. Complétez les deux escadrons de chasseurs du Prince royal, ce qui, avec les cadres des dragons de la Reine, formera six escadrons. Il faut donner ordre que le 4e escadron des dragons Napoléon soit incorporé dans les trois premiers, qui sont en Espagne, et que le cadre revienne en Italie; cela vous fera sept escadrons pour l’armée, ce qui devrait former 1,400 chevaux.

Faites effacer des contrôles, pour être portés à la suite, les hommes qui seraient prisonniers de guerre. Je vois qu’il manque au complet encore 9.400 hommes; il faut me proposer des mesures pour les compléter sans délai.

 

Paris, 6 mars 1809.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ai reçu votre lettre sur les allé­gations du contre-amiral Willaumez. Je désirerais avoir la copie de la lettre que vous a écrite le préfet maritime de Brest, et dans la­quelle il assure que des signaux ont été faits. Pourquoi n’a-t-il pas envoyé un courrier ? Du 21 à la pointe du jour au 22 à cinq heures du soir, cela fait trente-six heures; et il n’y a de Brest à Lorient que trente-cinq lieues, route qu’un courrier aurait pu faire en douze heures. Pourquoi n’a-t-il pas établi des signaux par batteries de canon, puisqu’il est prouvé que la transmission des signaux par les télégraphes n’est pas sûre ? Si tout ceci avait été bien mené, comme le comportait le bien de mon service, on aurait été prévenu à Lorient le 21, avant la fin de la journée à Rochefort. Je ne vois pas non plus ce qui a empêché le contre-amiral d’appareiller de l’île d’Aix, ni ce qui a pu l’autoriser à passer la nuit dans une rade où la sûreté de son escadre était exposée. Quant au capitaine Bergeret, je ne vois pas ce qui peut l’excuser de n’avoir pas appareillé; il devait appareiller avec un vaisseau, s’il n’avait qu’un vaisseau disponible. Je crois vous avoir mandé d’appeler le contre-amiral Willaumez et le  capitaine Bergeret, pour rendre compte de leur conduite.

Vous avez dû expédier un courrier au contre-amiral Allemand, pour qu’il aille prendre le commandement de mon escadre de l’île d’Aix. Faites-moi un rapport sur la situation actuelle de celte esca­dre; je désire savoir si je puis encore m’en servir pour envoyer des secours à mes colonies, qui en ont grand besoin. Cette expédition serait d’autant plus utile que j’ai des troupes à l’île d’Aix, el qu’il serait possible d’embarquer sur l’escadre environ 2,000 hommes; ce qui mettrait la Martinique à l’abri de tout  évènement.

Je suppose que vous avez fait passer les équipages des Sables sur les frégates que j’ai à  Nantes; ainsi, à l’heure qu’il est, les frégates la Clorinde et la Renommée doivent être prêtes à partir. Donnez ordre qu’on profite de ce moment  où il n’y a pas de croisière devant Lorient pour y faire passer le Vétéran. Vous aurez sans doute donné l’ordre que le vaisseau l’Eylau soit armé avec l’équipage de nos frégates; ainsi je suppose que j’aurai prêtes à partir de Nantes deux frégates, la Clorinde et la Renommée et de Lorient l’Eylau et le Vétéran et la corvette la Diligente. Mon intention n’est donc pas d’envoyer aucun homme de mon escadre de Boulogne à Nantes, ni au Havre. Je désire ne retirer de Boulogne que ce qui est nécessaire pour armer mon escadre de Flessingue et la porter à dix vaisseaux. Présentez-moi un projet de décret là-dessus. La perte du Jean-Bart doit donner des marins disponibles pour armer le Triomphant. Donnez des ordres et prenez des mesures pour que le Triomphant soit mis en rade avant le 15 avril, et que l’équipage du Jean-Bart lui soit destiné. Envoyez­ moi un état de la situation de ma marine au 1er mars. Les frégates la Clorinde et la Renommée se rendront à Cayenne et ensuite croise­ront. Les troupes d’embarquement à Bayonne, à Bordeaux, à la Rochelle, à Lorient et au Havre ne manquent point. Présentez-moi à signer les ordres pour la partance de ces bâtiments.

Activez les armements à Bayonne, afin que, cet été, je puisse envoyer des mouches et des bricks dans mes colonies. Faites faire des paquets de gazettes contenant les nouvelles des événements d’Espagne et les proclamations du Roi. Écrivez même à M. Laforest, à Madrid, pour qu’il demande aux ministres du Roi les paquets qu’ils auraient à faire passer aux colonies. Beaucoup de lettres qui arrivent en Espagne disent que ces colonies sont encore très-incertaines, et que les gens de bon sens y prévoient l’issue qu’auront les événements d’Espagne.

Réitérez à mon escadre de Flessingue l’ordre de se tenir prête à partir. Mandez à l’amiral qu’il visite lui-même les batteries de la côte, pour s’assurer qu’elles sont en bon état.

 

Paris, 6 mars 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi un projet de lettres patentes sur parchemin, avec le grand sceau de l’État, qui donne le commandement de Palmanova au général Walther .

Après la formule et le préambule d’usage, qu’il lui soit ordonné expressément de ne s’éloigner de l’intérieur de la place que d’une portée de fusil, et tout au plus d’une portée de fusil; qu’il est spécialement chargé de conserver le complet de l’organisation, de la surintendance, des approvisionnements d’artillerie et des magasins; qu’il ne doit, sous aucun prétexte, rendre la place. Investi et assiégé, être sourd à tout ce que l’ennemi pourra dire: que les Français repassent les Alpes, que Paris est pris, etc., etc. En général, peu de communications avec l’ennemi.

Enfin il perdra notre estime, encourra la rigueur des lois qui condamnent à mort lui et tout l’état-major s’il livre la place, même quand les deux lunettes seraient prises, le corps de la place ouvert. Que si l’ennemi avait fait sauter la contrescarpe, il doit alors retrancher le bastion et s’exposer aux hasards d’un assaut. Que la vie d’un Français n’est rien en comparaison de son honneur et qu’il ne doit pas avancer la reddition d’une heure, sous prétexte d’une rédaction honorable.

Rédigez ces lettres patentes avec soin; elles serviront de lettres patentes pour les autres places.

 

Paris, 6 mars 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

12,000 prisonniers arrivent de Saragosse. Il en meurt 3 à 400 par jour; ainsi on peut calculer qu’il n’en entrera pas en France plus de 6,000. Mon intention est que les officiers soient séparés et envoyés du côté du nord. Quant aux soldats, vous en ferez diriger 4,000 sur Niort, où on les emploiera au desséchement des marais de cette côte. Ils seront répartis de la manière suivante: 1,000 à Niort, 1,000 à Saintes, 1,000 à la Rochelle, et 1,000 à Rochefort.

Ces prisonniers seront sous les ordres du général Dufour, qui les fera garder par la brigade qu’il réunit en ce moment. Le cinquième mille sera envoyé en Dauphiné, où il sera employé aux travaux de desséchement ordonnés dans cette contrée. Enfin le sixième mille sera dirigé sur le Cotentin, où il travaillera au desséchement des marais. Vous recommanderez un régime sévère, et que des mesures soient prises pour faire travailler ces individus de gré ou de force. Ce sont pour la plupart des fanatiques qui n’exigent aucun ménagement. Commencez par donner dans la journée vos ordres au duc de Valmy et au général Dufour, et après concertez-vous avec le ministre de l’intérieur.

 

Paris, 6 mars 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, prévenez le maréchal duc d’Auerstaedt que j’ai donné ordre à M. Otto de demander au roi de Bavière qu’il soit fabriqué un million de rations de biscuit, savoir : 200,000 à Ulm, 200,000 à Ingolstadt, 200,000 à Passau, 200,000 à Augsbourg et 200,000 à Munich. Chargez le maréchal de tenir la main à l’exécution de cette disposition. Donnez ordre au duc d’Auerstaedt de faire diriger sur le point le plus près du Danube, soit sur Ratisbonne, sur Ingolstadt, soit sur Neuburg ou Donauwoerth, la plus grande partie des souliers et biscuit qui sont dans les magasins de l’armée d’Allemagne. Il y a des souliers à Magdeburg, à Hanovre: il faut les faire venir; il faut faire venir ce qu’il y a dans les magasins de Stettin, de Glogau et de Küstrin. Il y a aussi des souliers à Mayence; il faudrait les diriger sur Ulm. Les magasins de Magdeburg contiennent 5,000 habits d’infanterie et d’artillerie, 1,200 vestes, 1,600 capotes, 10,000 chemises, etc. Faites diriger tout cela sur Ulm et Donauwoerth. Il y a 400,000 rations de biscuit à Magdeburg, 200.000 à Forsheim, 160.000 à Kronach, 130.000 à Bamberg, 220.000 à Würzburg, total, 1.110.000 rations ; je ne parle pas de ce qui est à Dantzig, Stettin, Gloggau, Küstrin. Il serait bon de diriger une grande partie de ces magasins sur Donauwoerth. Mon intention est que le premier magasin de l’armée du Rhin soit formé à Donauwoerth. Il y aura sur ce point un magasin d’habillement, un magasin de subsistances et un magasin de cartouches. De là, ces effets pourront être dirigés sur le Danube, selon les ordres que je donnerai.

 

Paris, 6 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 25. Pourquoi le maréchal Ney n’enlève-t-il pas les Asturies ? A quoi sert-il qu’il borde la côte ? Si les neiges ne rendent pas le pays impraticable, il devrait déjà l’avoir soumis.

 

Paris, 6 mars 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Mon Frère, je m’empresse de vous annoncer que j’ai jugé convenable de nommer le prince Napoléon-Louis, votre fils, grand-duc de Berg.

 

Paris, 6 mars 1809

A M. de Lespinay, officier d’ordonnance de l’Empereur, à Paris

Monsieur Lespinay, vous vous rendrez en toute diligence à Metz. Vous vous informerez si la division de quatre ·régiments westphaliens est arrivée dans cette place. Vous verrez dans quel état elle est et quelle tournure ont les hommes. De là, vous irez à Mayence. Vous m’enverrez de cette ville l’état de situation des troupes qui s’y trouvent, celui du régiment de marche de l’armée du Rhin, en me faisant connaître leur tenue et s’il ne leur manque rien. Vous me ferez, de Mayence comme de Metz, un rapport par écrit. Vous continuerez votre route sur Dresde, et si le Roi n’y est pas, vous irez jusqu’en Pologne, à Varsovie, où vous resterez deux ou trois jours, et vous me rapporterez la réponse à la lettre ci-jointe que vous remettrez au roi de Saxe. Arrivé à Erfurt, vous remettrez la lettre au roi de West­phalie à l’officier qui commande dans celle place, pour qu’il l’envoie à  Cassel par un exprès. Vous me ferez connaître de Dresde, par un rapport, ce que fait l’armée saxonne et dans quel état elle est.

 

Paris, 6 mars 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’envoie à  Voire Majesté, mais pour elle seule, la conversation qui vient d’avoir lieu entre M. de Champagny et M. de Metternich, qui lui fera connaître l’état des choses. Celle déclaration a été suivie d’effets; car, depuis, il m’est revenu tous les jours de Trieste, de Munich, de Dresde, de Vienne et de différents points de l’Autriche, que tout est sur pied. Je me suis donc décidé à faire un appel aux troupes de la Confédération. J’ai dû faire lever mes cantonnements de la Saône, du Rhône et de la Meurthe, et faire passer le Rhin à des troupes que j’avais destinées aux camps de Boulogne et de Toulon, et que les mouvements hostiles de l’Autriche m’avaient fait arrêter au milieu de la France. J’ai ordonné au prince de Ponte-Corvo de se rendre à Dresde, pour prendre le commandement d’un corps d’armée dont le contingent de Votre Majesté fait partie. Ainsi, au 20 mars, quand Votre Majesté recevra cette lettre, j’aurai des armées à Ulm, à Bamberg, à Augsbourg et sur tous les points de la Confédération, pour en protéger le territoire. L’empereur de Russie est aussi étonné que moi de l’esprit de vertige qui s’est emparé des Autrichiens. Ses troupes doivent s’être approchées des frontières de la Hongrie.

Votre Majesté donnera sans doute le commandement des troupes polonaises au prince Poniatowski; en attendant que les affaires se décident, il faut qu’elles menacent la Galicie; ce qui obligera les Autrichiens à y tenir des forces considérables. Les postes de cavalerie polonaise doivent s’avancer le plus possible vis-à-vis Cracovie,  sans quitter cependant le territoire du duché. Je ne vois pas d’inconvénient à ce que Votre Majesté en retire tous les Saxons qui s’y trouvent pour les réunir à Dresde, en laissant à Danzig ce qui s’y trouve, et les garnisons des places de l’Oder. Encore Votre Majesté pourrait-elle retirer de Danzig son beau régiment de cuirassiers, et, par ce moyen, tâcher de compléter une trentaine de mille hommes, à Dresde, des troupes de Votre Majesté, qui mettent son pays à l’abri de toute incursion.

Ces préparatifs vont tous nous ruiner. L’Autriche est en train de se ruiner depuis longtemps. Tout ceci amènera-t-il la guerre ? C’est ce qui est encore douteux. Quant à moi, je n’ai point envie d’attaquer, car je n’ai pas l’habitude de me battre sans raison. J’attendrai que le mystère de la conduite de l’Autriche soit expliqué, el qu’on voie l’issue que tout ceci doit avoir.

 

Paris, 6 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 1er mars. Les armes de la division Morio vous seront renvoyées de Metz; je la ferai armer avec des armes françaises. J’ai donné ordre au prince de Ponte-Corvo de porter son quartier-général à Hanovre. Les Saxons prennent position devant Dresde. Le duc d’Auerstaedt réunit tout son corps d’armée à Bamberg. Le maréchal duc de Rivoli sera le 20 mars à Ulm, avec un corps venant de France. Les Bavarois campent, en trois divisions, à Munich, à Straubing et à Landshut; les Wurtembergeois, à Nereisheim; les troupes de Hesse-Darmstadt, à Mergentheim; les Badois, à Pforzheim. Les régiments de Nassau, des Maisons ducales de Saxe et des autres petits princes se dirigent sur Würzburg, où le duc d’Auerstaedt aura, le 20 mars, son quartier général. Je laisserai reposer, pendant quelques jours, votre division à Metz, et, quand on m’aura rendu compte de sa situation, je verrai quel parti j’aurai à prendre.

Renforcez vos troupes le plus possible, pour pouvoir d’abord maintenir l’ordre chez vous, réprimer une insurrection qui éclaterait dans le Hanovre, et même, si vous aviez un corps respectable, vous porter où les circonstances l’exigeraient. Si vous pouvez former un corps de 10,000 hommes et de 1,500 chevaux avec douze pièces d’artillerie, vous pourrez faire parler de vous d’autant plus glorieusement que vous agirez avec vos propres troupes. Mais il ne faut point lever trop de corps, car je ne sais pas jusqu’à quel point on peut se fier aux soldats que vous avez.

La Russie fait marcher ses armées sur les confins de l’Autriche. La Prusse, du moins la Cour, paraît vouloir se bien comporter.

Envoyez-moi, tous les cinq jours, un état de situation de vos troupes fait dans la forme de celui-ci. Ayez soin d’y faire mettre le nombre de compagnies et de bataillons par régiment.

 

Paris, 6 mars 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 2 mars; elle s’est croisée avec celle par laquelle je lui mandais que le maréchal duc de Rivoli serait le 20 mars à Ulm avec un corps d’armée assez considérable, dont une partie passera le Rhin à Huningue, du 12 au 15, et l’autre partie à Strasbourg, à la même époque. Votre Majesté a dû recevoir l’avis de la réunion de ces troupes. L’empereur Alexandre a témoigné à M. de Schwarzemberg son étonnement des mouvements de l’Autriche; et ce prince m’annonce avoir fait marcher des troupes sur les confins de la Hongrie. Je crois avoir déjà mandé à Votre Majesté que le duc d’Auerstaedt aura, le 20 mars, son quartier général à Würzburg. J’envoie le duc de Danzig pour prendre le commandement des troupes bavaroises qui sont campées à Munich, à Landshut et à Straubing. Les troupes de Hesse-Darmstadt seront réunies à Mergentheim, et les troupes de Bade à Pforzheim, à la même époque.

P. S. Le prince de Ponte-Corvo se porte pour couvrir Dresde, où le roi de Saxe fait réunir 30,000 hommes.

 

Paris, 6 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 25 février à six heures du soir. Toute 1’Autriche est en mouvement. J’ai requis toutes les troupes de la confédération. Les divisions Saint-Cyr, Legrand, Molitor et Boudet, se portent sur Ulm, sous les ordres du maréchal duc de Rivoli. Le Corps d’Oudinot est à Augsbourg; la division de cuirassiers Espagne est avec ce corps. Le duc d’Auerstaedt reste avec son corps d’armée sur les frontières de la Bavière. Il paraît que les Autrichiens ont perdu la tête. Les Russes et moi sommes réunis. L’armée russe campe sur les frontières de l’Autriche. Ayez soin de répandre et de faire mettre dans les journaux des nouvelles qui fassent connaître que les Russes et nous, sommes ensemble. Il n’est pas convenable qu’aucun officier français passe sur le territoire autrichien pour se rendre en Dalmatie. Si le général Vignolle est à Milan, gardez-le, c’est un bon officier qui connaît l’Italie, et qui sera plus utile qu’en Dalmatie.

 

Paris, 6 mars 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

J’ai reçu votre lettre du 3 février. J’ai vu avec plaisir les détails que vous me donnez sur la présentation de M. de Schwartzenberg. Cette fameuse lettre à l’empereur d’Autriche dont on se plaint, M. de Romanzoff l’a entre les mains. Si vous ne la connaissez pas encore, vous pouvez lui en demander la communication. Quant aux propos que j’ai tenus à M. de Vincent, ils sont dans le même sens que ceux que j’ai tenus à M. de Metternich devant tout le corps diplomatique. L’Autriche aurait-elle cherché ses principes de conduite dans la fable du Loup et l’Agneau ? Il serait curieux qu’elle m’apprit que je suis l’agneau, et qu’elle eût envie d’être le loup. Le sieur de Champagny vous a expédié un courrier qui vous porte sa conversation avec M. de Metternich. Vous aurez soin de montrer cette pièce à l’empereur. Je vous envoie une lettre de Dresde, qui vous fera connaître jusqu’à quel point on est alarmé à la cour de Saxe; il en est de même à celle de Bavière.

Après la déclaration de M. de Metternich, j’ai dû faire marcher mes troupes, qui étaient en route pour le camp de Boulogne, pour Brest et pour Toulon, mais que les mouvements insensés de l’Autriche m’avaient obligé de faire arrêter sur la Saône et la Meurthe. Depuis cette déclaration, tout est en mouvement sur tous les points de la France. Le 20 mars, le duc de Rivoli sera à Ulm avec 20 régi­ments d’infanterie, 10 régiments de cavalerie, el 60 pièces de canon. Le général Oudinot, avec un corps double de celui qu’il avait dans les campagnes précédentes, c’est-à-dire 18,000 hommes d’infanterie, 8,000 de cavalerie et 40 pièces de canon, est à Augs­bourg. Le duc d’Auerstaedt, avec 4 divisions d’infanterie formées de 20 régiments, une division composée de tous les régiments de cuirassiers, et 15 régiments de cavalerie légère, est à Bamberg, Bayreuth et Würzburg. Les troupes bavaroises forment 3 divisions qui campent à Munich, Straubing et Landshut : cette armée est de 40,000 hommes, et sera commandée par le duc de Dantzig. Les Wurtembergeois sont rassemblés à Neresheim; les troupes de Hesse-Darmstadt à Mergentheim; celles de Bade, au nombre de 6,000 hommes, sont à Pforzheim. L’armée saxonne, forte de 30,000 hommes, se réunit à Dresde. Le prince de Ponte-Corvo s’y porte avec des troupes de Saxe. Le roi de Westphalie commandera une réserve prête à se porter partout où cela sera nécessaire. Le prince Poniatowski commande les Polonais, qui appuient leur gauche à Varsovie et étendent leur droite jusque devant Cracovie. Dans peu de jours, je fais partir de Paris 1,500 chevaux de ma garde, ainsi que 3,000 hommes d’infanterie. Tout le reste est en route. La tête a déjà passé Bordeaux. Mon armée de Dalmatie cam­pera sur les confins de la Croatie, ayant son quartier général à Zara, où elle a un camp retranché et des vivres pour une année. L’armée d’Italie, composée de 6 divisions d’infanterie française et de 2 divi­sions d’infanterie italienne, sera réunie à la fin de mars dans le Frioul. Elle approche de 100,000 combattants. Les Autrichiens s’apercevront que nous n’avons pas tous été tués sur le fameux champ de bataille de Roncevaux.

 Tout ce qui arrive de Vienne n’est que folie. Je compte que l’empereur Alexandre tiendra sa promesse et fera marcher ses armées. Alors, si l’Autriche veut en tâter, j’ai fort en idée que nous pourrons nous réunir à Vienne. Le sieur de Champagny vous expé­diera demain un courrier, par lequel vous recevrez la note qui va être remise à M. de Metternich; elle vous fera connaître l’état de la question. Les Anglais ont publié les pièces de la négociation et la lettre d’Erfurt. Tout cela est tronqué et falsifié: ce qui m’oblige à faire une communication au Sénat, afin de rétablir le texte de toutes ces pièces. Ayez le ton haut et ferme envers M. de Schwart­zenberg. L’état actuel des choses ne peut durer. Je veux la paix avec l’Autriche, mais une paix solide, et telle que j’ai droit de l’exiger, après avoir sauve trois fois l’indépendance de cette puissance.

J’ai fait sortir ma flotte de Brest. J’avais pour but de faire débloquer Lorient, afin d’en faire sortir 5 vaisseaux: que j’envoie dans les colonies. Cette première opération a réussi. Secondement, la flotte devait se rendre à Rochefort, pour se joindre à l’escadre de l’île d’Aix et s’emparer de 4 vaisseaux anglais qui avaient eu la sottise de venir mouiller dans la rade du Pertuis-Breton. Mon imbécile de contre-amiral s’est amusé à chasser 4 vaisseaux ennemis qu’il a rencontrés sur sa route, ce qui a donné aux 4 autres vais­seaux qui étaient à l’ancre le temps d’être avertis et de gagner le large. On ne les a manqués que de quelques heures, et leur prise eût été infaillible sans cette perte de temps; mais la jonction a eu lieu à l’île d’Aix, et j’y ai 16 vaisseaux de ligne et 5 frégates. Si le camp de Boulogne avait été formé, si j’avais eu 30,000 hommes à Brest et 30,000 à Toulon, je donnais de la besogne aux Anglais : c’est ce que j’espérais de mon alliance avec la Russie.

Vous avez vu dans le Moniteur deux lettres du gazetier de Vienne au rédacteur de la Gazette de Hambourg. Ces lettres paraissent peu importantes au premier abord; mais, pour les hommes qui veulent réfléchir, c’est une manière de correspondre avec l’Angleterre et d’entretenir les espérances des ennemis de la France en étalant les forces de la maison d’Autriche. On y parle des dispositions peu favorables de la Russie, parce qu’on sait qu’il ne serait pas possible d’en imposer à cet égard, et qu’en avouant sans détour son alliance avec la France, on veut persuader que l’Autriche est en état de soutenir la lutte contre ces deux empires.

L’Autriche doit désarmer tout à fait et se contenter de nos garanties réciproques, ainsi que M. de Romanoff l’avait proposé. Quant aux provinces de cette monarchie vaincue, je n’en veux rien pour moi: nous en ferons ce que nous jugerons convenable. On pourrait séparer les trois couronnes de l’empire d’Autriche, ce qui serait également avantageux à la France et à la Russie, puisque cette opération affaiblirait en même temps la Hongrie, qui menace la Pologne, le royaume de Bohême, qui jalousera longtemps les pays de la Confédération, et l’Autriche, qui regrette sa domination sur l’Italie.

Quant à la crainte qu’on pourrait inspirer de moi à la Russie, ne sommes-nous pas séparés par la Prusse, à qui j’ai rendu intactes des places que je pouvais démanteler, et ne sommes-nous pas aussi séparés par les États de l’Autriche ?

Lorsque ces derniers États auront été ainsi divisés, nous pourrons diminuer le nombre de nos troupes, substituer à ces levées géné­rales qui tendent à armer jusqu’aux femmes, un petit nombre de troupes régulières et changer ainsi le système des grandes armées qu’a introduit le feu roi de Prusse. Les casernes deviendront des dépôts de mendicité, et les conscrits resteront au labourage. La Prusse en est déjà là : il faut en faire autant de l’Autriche. Quant à l’exécution, je me charge de tout, soit que l’empereur Alexandre veuille venir me joindre à Dresde à la tête de 40,000 hommes, soit qu’il marche directement sur Vienne avec 60 ou 80,000 hommes. Dans toutes les hypothèses, je me charge de faire les trois quarts du chemin.

Si les choses en venaient au point que vous eussiez besoin de signer quelque chose de relatif à la séparation des trois États, vous pouvez vous y regarder comme suffisamment autorisé. Si l’on veut même, après la conquête, garantir l’intégrité de la monarchie, j’y souscrirai également, pourvu qu’elle soit entièrement désarmée. J’ai été de bonne foi à Vienne. Je pouvais démembrer l’Autriche. J’ai cru aux promesses de l’empereur et à l’efficacité de la leçon qu’il avait reçue. J’ai pensé qu’il me laisserait me livrer entière­ment à la guerre maritime. L’expérience, depuis trois ans, m’a prouvé que je me suis trompé, que la raison et la politique ne peuvent rien contre la passion et l’amour-propre humilié. Il serait possible que la Pologne autrichienne pût devenir un objet d’inquié­tude à Saint-Pétersbourg; mais elle n’est un obstacle à rien. On pourrait la partager entre la Russie et la Saxe, ou bien en former un État indépendant.

L’empereur Alexandre doit être convaincu par la déclaration du roi d’Angleterre que, tant qu’il aura l’espoir de brouiller le conti­nent, il n’y aura point de paix maritime, et que, si l’Autriche ne consent pas à désarmer et qu’on perde du temps, c’est autant de temps de gagné pour l’Angleterre et de perdu pour l’Europe. Cepen­dant un, deux ou trois mois me sont égaux; mes troupes resteront campées en Allemagne jusqu’à ce que mon concert avec la Russie soit bien établi. Nous sommes encore dans le mois de mars : on peut parlementer jusqu’au mois d’août; mais, à cette époque, il faut que l’Autriche ait pris son parti ou qu’on l’y force. L’honneur de nos couronnes l’exige, et l’intérêt du monde nous en fait la loi.

 

Paris, 7 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, la légion portugaise est composée de cinq régiments; ce qui devrait donner dix compagnies de grenadiers et dix de voltigeurs; mais ces régiments sont si faibles, que la plupart n’ont pas même l’effectif de  560 hommes qu’il faudrait, par régiment, pour les compagnies de grenadiers et voltigeurs.

Je désirerais tirer de ces régiments trois bataillons d’élite, qui auraient l’organisation suivante :

1er bataillon : deux compagnies de grenadiers, tirées du 1er régiment, à 120 hommes par compagnie, 240 hommes ; deux compagnies de voltigeurs, tirées du même régiment, 240 hommes ; total 480 hommes.

2e bataillon : une compagnie de grenadiers du 2e régiment, 120 hommes ; une compagnie de grenadiers du 5e régiment, 120 hommes ; deux compagnies de voltigeurs du 2e régiment, 240 hommes ; total : 480 hommes.

3e bataillon : une compagnie de grenadiers du 4e régiment, 120 hommes; une compagnie de grenadiers du 3e régiment, 120 hommes; et deux compagnies de voltigeurs du 4e, 240 hommes; total, 480 hommes;

Ce qui ferait une demi-brigade d’élite d’à peu près 1.500 hommes, qui prendrait le n° 13. Elle serait commandée par le meilleur général de brigade portugais, par un colonel, trois chefs de bataillon; chaque bataillon ayant un adjudant-major et un adjudant sous-officier, et chaque compagnie commandée par quatre officiers.

Vous chargerez le général Muller, s’il est de ce côté, ou le général qui commande la division, de faire sur-le-champ l’organisation de cette demi-brigade et de la diriger sur Besançon.

Aussitôt que les trois bataillons seront formés, on mettra à l’ordre que, ayant eu lieu d’être satisfait de la conduite de la légion portugaise, à son passage à Bayonne et pendant son séjour en France, j’ai voulu en donner une preuve en appelant quelques-uns de ses bataillons à faire partie du corps des grenadiers; que je compte sur leur fidélité et sur leur bravoure; que, si quelque soldat voulait rester, il en est fort le maître, parce que je ne veux que des hommes de bonne volonté.

Présentez-moi un projet de décret pour cette formation, et consultez le général Mathieu Dumas, qui vient de faire l’inspection de ces régiments. Donnez des ordres pour que l’on active l’habillement, et que ces hommes partent bien habillés, bien armés et bien équipés.

J’ai deux vues en faisant ceci: d’abord de rendre utiles ces 1,500 hommes, ensuite de dégarnir les provinces méridionales d’un rassemblement trop considérable d’étrangers.

Présentez-moi aussi les moyens d’employer les généraux de brigade portugais, qui pourraient être plus utiles ailleurs qu’en restant là oisifs. Vous ne laisserez que les officiers supérieurs strictement nécessaires pour commander les légions. Enfin donnez ordre aux autres bataillons portugais de se recruter, pour que je puisse les appeler  aussi à l’artillerie, lorsqu’ils seront complets. Autorisez-les, à cet effet, à recevoir des Espagnols, des Portugais, des Suédois, des Prussiens, tous déserteurs quelconques. Proposez-moi d’envoyer un cadre à Strasbourg, où il sera plus à portée de recevoir les déserteurs et d’arriver promptement à son complet.

 

Paris 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, j’ai au delà du Rhin dix-sept régiments de cavalerie légère; mon intention est de prendre tous les moyens pour porter chacun de ces régiments à une force d’environ 900 ou 1,000 hommes. Pour cela, il y a deux moyens : d’abord, envoyer aux dépôts de ces dix-sept régiments l’ordre de diriger sans délai tout ce qu’ils ont de disponible sur Strasbourg, où les détachements seront organisés en escadrons de marche pour rejoindre les escadrons de guerre; le deuxième moyen, c’est de prendre dans les dépôts des régiments de chasseurs et de hussards qui sont en Espagne tout ce qui est disponible, pour renforcer les régiments des armées d’ Allemagne et les y incorporer.

Pour le premier moyen, il suffit d’un simple ordre, que vous expédierez aux dépôts des 5e, 7e, 8e et 9e de hussards, et à ceux des 1er, 2e, 3e,  7e, 11e, 12e, 13e, 16e , 20e de chasseurs, d’envoyer à Strasbourg tout ce qu’ils ont de disponible. Faites-moi connaître combien ces treize régiments pourront envoyer à Strasbourg.

Vous recommanderez au général chargé d’organiser les escadrons de marche d’avoir bien soin de se conformer, pour cette formation, à celle des brigades de cavalerie légère de l’armée du Rhin. En conséquence, il réunira les différents détachements, et escadrons de marche, de la manière suivante, savoir: 1er escadron de marche, composé des détachements des 1er, 2e et 12e de chasseurs,; 2e escadron, des détachements des 5e, 7e de hussards et 11e de chasseurs; 3e escadron, des détachements des 8e de hussards et 16e de chasseurs, 4e escadron, des détachements du 13e de chasseurs;  5e escadron, des détachements des 9e de hussards, 7e et 20e de chasseurs. On dressera procès-verbal de cette opération, et vous m’en rendrez compte à temps, pour que je puisse ordonner le mouvement de ces escadrons au delà du Rhin.

Quant au deuxième moyen, qui est de tirer des dépôts de cavalerie légère de l’armée d’Espagne, j’y ai pourvu par le décret qui vous sera adressé.

Je sais que le 10e, le 22e, et le 26e de chasseurs ne sont pas compris dans cette mesure ; mais ces trois régiments exigent un rapport particulier, vus qu’ils peuvent me fournir un ou deux escadrons, et que je serai toujours à temps de les faire agir sans incorporation.

Quant aux cinq régiments qui ont leurs dépôts en Piémont, j’ai ordonné que ces dépôts dirigeassent sans délai des détachements sur Plaisance. Donnez ordre que de Plaisance ces détachements continuent leur route sur Vérone. Le 15e de chasseurs, ayant ses esca­drons de guerre en Espagne, incorporera dans le 14e les 100 hommes qu’il a disponibles à son dépôt.

Lorsque toutes ces opérations seront terminées, je désire que vous me fassiez connaître quel sera l’effectif de mes dix-sept régiments de cavalerie légère en Allemagne.

Je désirerais avoir en Allemagne 14,000 chasseurs ou hussards, 13,000 cuirassiers et 3,000 dragons; total, 30,000 hommes de cavalerie. J’attends votre rapport sur les dragons, pour la formation des quatre ou cinq régiments provisoires de dragons.

Chargez le général sénateur Beaumont de se rendre à Strasbourg, pour y être spécialement chargé de la formation de cette division.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai formé seize cohortes de 10,000 conscrits de ma Garde. Présentez-moi la nomination de quatre élèves de l’école militaire de Saint-Cyr pour remplir les places de sous-lieutenant dans chacune de ces cohortes; ce qui fera l’emploi de 64 élèves. Ces jeunes gens seront sons les ordres des officiers de ma Garde, les aideront à former les conscrits el rempliront le rôle d’adjudant. Ils pourront servir aussi à marcher avec les détachements pour les régiments où ils auront une destination définitive; ce qui, avec les 104 élèves nécessaires pour les 5e bataillons, fera 168 élèves que l’école devra fournir cette année. Présentez-moi 168 jeunes gens pour remplacer ceux-là à Saint-Cyr.

Faites-moi connaître ce que l’école de la Flèche et les lycées pourraient fournir.  J’ai quarante lycées; si chacun peut fournir 10 élèves âgés de dix- huit ans, ce serait 400 caporaux fourriers que j’enverrais, 200 dans les différents régiments, et 200 dans les corps de l’armée du Rhin. Il faut voir si l’École polytechnique ne pourrait pas fournir une cinquantaine d’officiers. Faites demander aussi si l’école de Compiègne ne pourrait pas fournir une cinquantaine de jeunes gens âgés de plus de dix-sept ans, pour incorporer dans les compa­gnies d’ouvriers d’artillerie.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai été voir hier l’école militaire de Saint-Cyr; je l’ai trouvée moins bien qu’à Fontainebleau. Il m’a paru qu’on s’était relâché beaucoup sur la tenue et l’instruction. J’en ai témoigné mon mécontentement au commandant et au vice-connétable, qui aurait dû y faire de fréquentes visites pour s’assurer que l’intégrité des règlements était maintenue.

Il m’a paru mauvais: 1° qu’on n’ait point mis l’infirmerie dans le nouveau bâtiment, au lieu de la placer an milieu des corps de logis; 2° qu’il n’y eut que 18 élèves qui travaillassent à l’équitation. Cependant il y a 18 chevaux qui peuvent servir à exercer 72 élèves. Vous savez le besoin qu’a la cavalerie d’officiers intelligents et connaissant le cheval. Il me semble que tenir un manége pour 18 élèves, c’est ne pas remplir mon but et perdre un temps utile. 3° Je n’ai pu qu’être très-mécontent de voir que les règlements n’étaient point exécutés; que les chambrées étaient détruites, des servants introduits; que les élèves ne vont plus à la cuisine prendre leur ordinaire, et n’apprennent plus à connaître le détail de la vie du soldat, ce qui rend ridicule de les faire manger à la gamelle. 4° Les travaux en terre sont négligés ; aucun élève ne manie la hache ni la pioche; aucun ne sait faire un gabion ou un saucisson. 5° L’artifice est encore plus négligé. La plupart des élèves m’ont dit qu’il fallait une livre de poudre pour faire dix cartouches; on ne leur a donné aucune idée sur la confection des artifices; ils ne connaissent ni la poudre, ni aucune des manières de l’employer. 6° Les détails de l’artillerie sont aussi négligés; les pièces sont sans prolonges. Les élèves n’ont aucune idée des manœuvres de force. Aucun n’a jamais prononcé le mot de but-en-blanc. Beaucoup m’ont dit qu’un fusil portait à dix-huit cents mètres. Aucun n’a idée du poids et de la charge d’un canon. Ils ne savent pas,  comme officiers d’artillerie, ce qu’il importe à un officier d’infanterie de savoir. Ce qu’ils ne sauront qu’avec le temps, on pourrait le leur apprendre en quinze jours avec l’intelligence naturelle à leur âge. Je les ai trouvés plus avancés sur l’administration militaire; mais peu savent ce que c’est que du biscuit, une ration d’eau­ de vie, etc. Quant à des gabions, à des palissades, saucissons, jamais ils n’en ont fait, ni vu faire; aucun n’a manié un outil de pionnier. Je n’ai pas reconnu l’école de Fontainebleau. J’irai visiter cette école tous les mois. Il faut qu’on revienne, en tout et pour tout, à ce qui se faisait à Fontainebleau et ne s’en éloigner en rien. A-t-on pu oublier mes intentions au point de faire entrer en ligne des hommes qui n’ont fait d’exercice qu’en blanc, qui n’ont jamais fait l’exercice à feu, tiré à la cible ? Tandis que j’entendais qu’un élève sortant de l’école militaire tirât comme un chasseur baléare. Il faut que chaque élève use dix cartouches à balle par jour en tirant an but, et apprenne à manier son fusil. En effet, ils ont moins d’expérience et sont plus jeunes que le dernier soldat de la compagnie qu’ils sont appelés à commander. On m’a donné pour raison qu’on n’avait pas de magasin à poudre; mais un seul caisson suffit, et la poudre ne gâte rien, ni ne fait mal à rien. Que, sous quinze jours, il y ait à Saint-Cyr un caisson chargé de vingt mille cartouches à poudre et de dix mille à balle. Les élèves feront les cartouches, les étoupilles, les lances à feu, etc. Qu’une cible soit établie sous quarante-huit heures, et que les 150 élèves qui me sont nécessaires pour entrer dans la ligne tirent dix cartouches à balle par jour. Donnez l’ordre qu’on leur fasse faire des pieux, des palissades, qu’on trace sans retard un ouvrage de for­tification et qu’on les y fasse travailler.

L’artillerie est entièrement négligée à cette école. L’officier qui y est m’a paru peu apte; d’ailleurs il est seul. J’avais établi à Fontainebleau deux maréchaux des logis. Il faudrait un officier d’examen qui portât plus de zèle dans l’instruction des jeunes gens, et auquel vous prescrirez d’employer plusieurs heures par jour à faire répéter aux élèves les détails de l’artillerie et la théorie des armes.

L’officier du génie n’est point logé, parce que, dit-on, il n’y a pas de logement; c’est une mauvaise raison; qu’il soit établi dans le bâtiment de l’École dès lundi prochain, et qu’il fasse travailler ces jeunes gens aux détails d’exécution de son arme. Les ouvrages de campagne doivent être tracés par l’officier du génie; un officier d’infanterie doit lui servir d’aide et diriger les élèves dans les travaux à faire.

Les élèves sont plus instruits sur la première partie de l’administration militaire, mais peu connaissent l’administration d’une armée en campagne; que cette seconde partie soit imprimée sans délai et montrée aux premières classes, et que le commissaire des guerres chargé de cette partie de l’instruction ne découche point.

Il faut que les élèves arrivant à leur corps en sachent plus que les vieux officiers d’infanterie; qu’ils connaissent un peu de mathématiques, un peu de fortification, moins de littérature; pourvu qu’ils sachent écrire, cela leur importe moins que de savoir, à leur entrée au corps, ce qu’ils ne sauront qu’en cinq ou six ans d’expérience, si on ne leur montre point au collège.

Je n’ai pas vu de grue, de chèvres, etc. Donnez des ordres pour que le système actuel soit promptement changé, qu’on en revienne à la stricte exécution des règlements, et pour que je n’aie que des louanges à donner à un établissement qui, sous tant de titres , a des droits à mon approbation, à ma première visite, que je ferai à la fin de mars.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le général Clarke, il y a quelques bandes de voleurs qui s’organisent dans les départements de Maine-et-Loire el de la Sarthe. Donnez l’ordre qu’un chef d’escadron du 26e de chasseurs, et, s’il n’y a pas de chef d’escadron, un capitaine, parte de Saumur avec un escadron de 200 chasseurs, composé d’hommes de choix, et dans lequel il entre beaucoup d’officiers et de sous-officiers, afin de pouvoir former de cet escadron huit pelotons composés de 25 hommes chacun et commandés par un officier. Cet escadron se rendra à Angers, où il sera sous les ordres du colonel de la gendarmerie, et se mettra à la poursuite des brigands.

Mandez au préfet et au commandant de la division cet ordre, que vous enverrez, par un de vos aides de camp, qui ira sur les lieux. Écrivez que j’attends de la bravoure et de l’activité de cette troupe que ces brigands seront bientôt arrêtés.

Je donne ordre au colonel Henry, de la gendarmerie d’élite, de partir demain, à la pointe du jour, avec 80 gendarmes d’élite, pour se rendre en toute diligence au Mans, où il sera rendu en six jours.

Vous donnerez l’ordre, à Tours, au régiment provisoire de dragons qui s’y trouve, de faire partir un chef d’escadron ou un capitaine, avec un escadron de 250 dragons partagés ainsi qu’il suit : un officier et 50 hommes d du 3e, un officier et 50 hommes du 10e ; un officier et 50 hommes du 8; un officier et 50 hommes du 14; un officier et 50 hommes du 25; lesquels se rendront au Mans, où ils seront sous les ordres du colonel Henry.

Vus donnerez ordre au colonel Henry d’être rendu au Mans demain dans la nuit. Il prendra ces 250 dragons qui, avec ses 80 gendarmes d’élite, lui feront 330 hommes, et, de concert avec les 200 chasseurs qui partent de Saumur, il se mettra à la poursuite des brigands de ce département. Vous donnerez au colonel Henry l’ordre de se porter partout où les brigands se réfugieraient, et de ne pas revenir qu’il ne les ait entièrement extirpés; il verra, avant de partir, le ministre de la police, que je charge de lui donner l2,000 francs pour les dépenses extraordinaires et secrètes de cette expédition.

Vous chargerez le colonel Henry d’une lettre par laquelle vous le constituerez commandant d’une colonne mobile pour poursuivre les brigands partout où ils se  réfugieraient.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne puis approuver la mesure que propose le général Morgan de capituler avec les brigands. Un fonctionnaire public ne doit point faire de pacte avec des brigands. Veut-on par cette faiblesse ressusciter la Vendée ? Ordonnez à ce général de rendre compte de sa con­duite et de ne se mêler à l’avenir que de faire exécuter les lois.

 

Paris, 8 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Il y a des mouvements dans la Mayenne et la Sarthe; il ne faut point jouer avec. J’ai ordonné au ministre de la guerre de faire partir de Tours 250 dragons. J’ordonne qu’on fasse partir demain de Paris 80 gendarmes, qui seront réunis au Mans en six jours, et de Saumur 200 hommes du 26e de chasseurs; ce qui, joint à la gendarmerie du département et de la compagnie départementale, fera une force de 600 hommes. Le colonel de la gendarmerie d’élite Henry sera rendu au Mans demain, dans la nuit. Il viendra prendre vos instructions avant de partir. Vous lui remettrez 12,000 francs pour dépenses secrètes, dont il emploiera la moitié en frais d’espionnage el dépenses secrètes, et l’autre moitié à faire des avances à la troupe, pour qu’elle ne fasse point essuyer de vexations aux habitants et qu’elle soit bien.

Vous lui remettrez des lettres pour les préfets de la Sarthe, de la Mayenne, de Maine-et-Loire, et pour les colonels de gendarmerie. Vans leur ferez connaître que le colonel Henry est constitué commandant de forces mobiles, et qu’ils aient à le seconder dans la recherche et la poursuite des brigands sur le territoire de ces départements, de la division militaire et de toute la légion de gendarmerie. Le colonel Henry ne doit pas revenir que tous les rassemblements ne soient dispersés.

 

Paris, 8 mars 1809

Au général  Savary, duc de Rovigo, commandant la gendarmerie d’élite, à Paris

Monsieur le Général Savary, il a paru dans le département de la Sarthe trois ou quatre bandes de brigands de dix à douze hommes chacune. Mon intention est que 80 gendarmes d’élite partent demain, à la pointe du jour, et arrivent en six jours au Mans. Ils seront commandés par quatre officiers des plus intelligents. Je donne ordre également que 250 hommes des dragons qui sont à Tours se rendent an Mans (ils y seront dans trois jours), et que 200 hommes du 26e de chasseurs se rendent à Angers. Tontes ces forces, auxquelles se réunira la gendarmerie du pays et, s’il est nécessaire, la garde départementale, formeront plus de 600 hommes.

Donnez ordre au colonel Henry de se rendre demain, avant neuf heures, chez le ministre de la police, qui lui remettra 12,000 francs, dont 6,000 seront pour dépenses secrètes, et 6,000 pour avances à faire aux troupes, afin qu’il n’y ait aucun prétexte pour vexer le pays. Le ministre lui remettra en outre des lettres qui feront connaître aux autorités que je l’ai nommé commandant des colonnes mobiles; enfin il lui remettra une note instructive sur les événements qui se sont passés dans ces deux départements. Vous recommanderez au colonel Henry de s’entendre avec les préfets de la Sarthe et de Maine-et-Loire et avec les commandants de gendarmerie. Il fera donner des cartouches à ses troupes; il les divisera en douze colonnes, chacune de 50 hommes, composée de gendarmes d’élite, de gendarmes du département, de dragons et de chasseurs. Il prendra ainsi ses mesures pour arrêter tous ces brigands; il les poursuivra partout où ils se retireraient, et ne devra point retenir qu’ils ne soient tous pris. Il aura soin de maintenir la plus sévère discipline. Je n’approuve aucune espèce de pardon que s’est permis le préfet de la Sarthe : il n’y a pas de pardon pour les criminels; ils doivent être arrêtés, traduits devant les tribunaux de Paris.

Il est nécessaire que le colonel Henry soit de sa personne, demain dans la nuit, au Mans, pour prendre tous les renseignements sur les lieux et faire toutes les dispositions convenables avant l’arrivée de sa troupe. Il partira après avoir pris les ordres des ministres de la guerre et de la police.

 

Paris, 8 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je suppose que vous avez écrit en chiffre au général Marmont, par terre et par mer, pour lui apprendre mes préparatifs en Allemagne, et lui faire connaître qu’au 20 mars mes armées seront en présence. Je n’ai point l’intention d’attaquer. Je suppose qu’à la même époque les divisions Seras, Broussier, Grenier, Lamarque et Barbou seront en ligne, c’est-à-dire sur la rive gauche de l’Adige. Aussitôt que les probabilités d’hostilités deviendraient plus imminentes, il faudra que Miollis s’approche avec sa division. J’ordonnerai dans ce cas au roi de Naples d’envoyer occuper Rome. Faites connaître au général Marmont qu’il doit choisir et tracer son camp retranché sur les frontières de la Croatie, afin de tenir en échec une force égale à la sienne, ou de ne pas compromettre le pays s’il l’abandonnait.

 

Paris, 8 mars 1809

A Joachin Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Toutes les troupes autrichiennes sont campées sur les frontières de la Bohême et de la Bavière et couronnent les Alpes Juliennes et l’Isonzo. Vous avez dû recevoir l’ordre du ministre de la guerre de disposer vos troupes de manière à avoir une division disponible pour marcher sur Rome. J’attends que ces dispositions soient faites, pour faire entrer dans la haute Italie les troupes du général Miollis.

 

Paris, 9 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, faites connaître à M. de Dreyer que j’ai ordonné qu’il fût remis au roi de Danemark cent milliers de poudre, indépendamment des cent milliers qui lui ont déjà été livrés. Je viens de donner un nouvel ordre pour mettre à la disposition de ce prince trois cents pièces de canon en fer, qui se trouvent dans la Poméranie suédoise, avec affûts, et la moitié des fers coulés de la Poméranie pour approvisionnement.

 

Paris, 9 mars 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, mon intention est que le projet du sieur Legrand pour Saint-Denis, qui a été approuvé, soit exécuté et qu’il n’y soit rien changé. Ainsi, au lieu de 500,000 francs, il ne faudra plus que 300,000 francs. Vous avez un crédit de 130,000 francs pour cet objet. Lorsque ce crédit sera épuisé, on pourvoira aux autres 130,000 francs.

Je désire que vous me fassiez le détail des travaux qui doivent coûter les 500,000 francs qu’on demande, pouvoir s’il n’y a pas des économies à faire. Ce qu’on propose me paraît une folie: on propose de faire un rang de chapelles parallèles. J’ai été à Saint­ Denis, je n’y ai vu que deux choses à faire, le carrelage el le revêtement en marbre de deux colonnes. Voyez si vous pouvez, avec le crédit que vous avez, faire faire ce carrelage et revêtir de marbre les colonnes. Faîtes faire la statue de Charlemagne en marbre. Mon intention est que le Chapitre puisse officier le 1er août prochain.

Il restera à voir ce qu’on doit faire des bâtiments. La nature des choses demande un établissement religieux; on peut y établir, ou les Sœurs de la charité, ou l’école normale, ou le séminaire métropolitain de Paris, ou tout autre établissement de ce genre. Faites-moi un rapport là-dessus. Faites-moi aussi un rapport sur Sainte­ Geneviève; il ne faut point qu’on m’entraîne dans de folles dépenses.

 

Paris, 9 mars 1809

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Vous écrirez aux procureurs criminels de Mayenne, Sarthe et Maine-et-Loire que des crimes ont été commis ce mois sur divers points de ces départements, concernant des individus affiliés, des chefs de bandes organisées. Les magistrats paraissent pactiser avec ces brigands et accorder l’impunité à leurs crimes. Ni préfets ni généraux n’ont le droit de faire grâce et de faire taire le respect des lois. Poursuivre les individus réunis en bandes  et criminels de crimes quelconques  compromettant la société et l’État.

 

Paris, 9 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre rapport du 8. Je vois que l’artillerie, les bataillons du train, qui sont en Allemagne, manquent de soldats. Ne serait-il pas possible de tirer de ceux d’Espagne, qui sont trop considérables, des hommes pour les incorporer dans les premières compagnies ? .Je l’ai fait pour les régiments de chasseurs et de hussards. Cela porterait au complet les bataillons du train en Allemagne.

Le général Lemoine est nommé commandant d’armes de Wesel.

 

Paris, 9 mars 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je désire avoir un des bataillons de la flottille à l’armée du Rhin. Voici quel serait mon but; faites­ moi connaître s’il serait rempli. 1,200 marins seraient fort utiles cette année pour le passage des rivières et pour la navigation du Danube. Mes marins de la Garde m’ont rendu de grands services dans les dernières campagnes, mais ils faisaient un service qui était indigne d’eux. Les marins qui composent les bataillons de la flottille savent- ils tous nager ? Sont-ils tous capables de mener un bateau dans une rade ou dans une rivière ? Savent-ils l’exercice d’infanterie ? S’ils ont cette instruction, ils me seront fort utiles. Il faudrait envoyer avec eux quelques officiers d’artillerie de marine et une centaine d’ouvriers avec leurs outils. Ce serait d’une grande ressource pour le passage el la navigation des rivières.

 

Paris, 9 mars 1809

Au vice amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois qu’il n’y a plus de vaisseaux en construction. Je vois que les ateliers diminuent beaucoup. Si les trois bâtiments qui sont à la mer éprouvaient un accident, ils ne seraient pas réparés cette année. Il doit y avoir à Anvers neuf vaisseaux; il n’y en a que sept. Quand le Conquérant et le Superbe seront-ils commencés ? Combien à l’eau cette année ? Le Tilsit et le Friedland pourront-ils être finis celle année et porter Flessingue à douze vaisseaux ? A Brest, il n’y a plus rien sur le chantier; serait-il possible de finir le Nestor ? A Lorient, il n’y a plus que trois vaisseaux sur le chantier ; il n’y en a jamais eu moins. A Rochefort, il n’y en a que trois, Je suppose que le Triomphant pourra remplacer le Jean-Bart, et que vous mettrez à l’eau l’Iéna pour remplacer un des vaisseaux de l’escadre qui aurait des accidents et maintenir Rochefort à onze vaisseaux. Il faudrait commencer à élever un autre bâtiment sur le chantier à Toulon. Je ne vois pas pourquoi l’Annibal n’est pas réparé, de manière à avoir quatorze vaisseaux français et deux russes. Je vois sur le chantier l’Ulm; sa mise à l’eau portera l’escadre de Toulon à quinze vaisseaux. Il faut se dépêcher de mettre à Toulon deux vaisseaux sur le chantier.

Faîtes-moi un rapport qui me fasse connaître où en est le port de la Spezia. Pourquoi n’y a-t-on pas mis un bâtiment en construction ? Je vois deux frégates et un brick; est-ce à Gènes ou à la Spezia qu’ils sont en construction ? .Ie ne le vois pas bien par l’état de situation.

 

Paris, 9 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que la partie de ma Garde qui est restée à Valladolid, c’est-à-dire l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie, se dirige sur Vitoria, où elle recevra de nouveaux ordres, de sorte qu’il n’y ait plus personne de ma Garde au delà de Vitoria. Donnez le même ordre pour mes chevaux et le service de mes écuries qui seraient encore à Valladolid.

 

Paris 9 mars 1809

Au vice-amiral Ganteaume, commandant l’escadre de la Méditerranée, à Toulon

Monsieur le Vice-Amiral Ganteaume, je reçois votre lettre du ler mars, j’ai appris avec plaisir la prise de la frégate anglaise la Proserpine. En faisant sortir fréquemment des escadres légères, vous obtiendrez beaucoup de succès de cette espèce, vous prendrez même des vaisseaux; mais, pour cela, il faut bien organiser vos signaux jusqu’à la Spezia et Livourne, et, lorsque vous serez instruit de la station de quelques bâtiments anglais, les faire envelopper par des forces supérieures. Quel que soit le résultat de ces expéditions, j’en approuverai toujours la conception, quand même je devrais y perdre quelques bâtiments. C’est l’inaction dans laquelle on s’est constamment renfermé qui a inspiré aux Anglais cet excès d’audace de bloquer nos côtes avec des bricks, el de ne pas même se donner la peine de tenir des vaisseaux contre les escadres renfermées dans mes rades.

 

Paris, 9 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, le commandant du Mont Cenis ne donne pas de paille aux détachements qui passent.

Il me revient que, dans la 27e et dans la 28e division militaire, les commandants et les municipalités envoient les détachements beaucoup trop loin, et à cinq ou six lieues dans les terres; ce qui fatigue et excède le soldat. Recommandez aux commandants de veiller à ce que les détachements ne soient point fatigués.

 

Rambouillet, 11 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, faites partir le régiment de marche de cuirassiers, qui est à Brescia, pour Augsbourg, où chaque détachement rejoindra con corps; qu’il franchisse le Tyrol aussi promptement que possible, en faisant de bonnes journées et sans séjours. Faîtes-lui donner en partant la solde jusqu’au ler avril. Je ne sais où en est la Chiusa vénitienne, près de Pontebba. Si on peut la mettre à l’abri d’un coup de main en six semaines ou deux mois, vous pouvez y faire travailler. Faites bien reconnaître la position entre Tarvis et Osoppo, pour empêcher les Autrichiens de passer par là. Je suppose que les hauteurs d’Osoppo sont en état de défense; pressez tous les petits ouvrages d’Osoppo. Je suppose que vous aurez placé un poste sur les confins, du côté de Tarvis, avec un officier intelligent pour explorer ce qui se passe en interrogeant tous les passants et empêchant tontes les com­munications.

Faites-moi connaître comment les régiments qui sont en Italie se procurent des souliers. Ceux qui ont leurs dépôts en Italie ne sont pas en peine, mais comment feront ceux dont les dépôts sont en France ? Les souliers sont-ils bons en Italie ? Y sont-ils chers ?

 

Rambouillet, 11 mars 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Je reçois votre lettre du 26   février. Pourvoyez à la défense de la Hollande et organisez au moins 20,000 hommes présents sous les armes, sans compter ce que vous avez en Allemagne et en Espagne, afin de mettre votre pays à l’abri de toute incursion, car la guerre est imminente. Toutes mes troupes sont employées, et vous serez sûrement attaqué au mois de juin ou de septembre.

 

Rambouillet, 11 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne

J’ai lu un article de la Gazette de Madrid qui rend compte de la prise de Saragosse. On y fait l’éloge des brigands qui ont défendu cette ville, sans doute pour encourager ceux de Valence et de Séville. Voilà en vérité une singulière politique ! Certainement il n’y a pas un Français qui n’ait le plus grand mépris pour ceux qui ont défendu Saragosse. Ceux qui se permettent de pareils écarts sont plus dangereux pour nous que les insurgés. Je crois bien qu’O’Farill ne l’a pas fait dans une mauvaise intention; mais j’ai déjà eu occasion de remarquer de pareilles inconvenances dans une proclamation où il parla de Sagonte, de Numance, etc.

 

Rambouillet, 12 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il y a à l’armée du Rhin vingt et un régiments d’infanterie; treize ont les grenadiers et voltigeurs de leur 4e bataillon avec les bataillons de guerre et viennent de recevoir l’ordre d’envoyer les 1e et 2e compagnies de fusiliers, pour porter ces  4e bataillons à quatre compagnies.

Le 7e d’infanterie légère doit recevoir le même ordre. C’est par erreur que, dans mes lettres précédentes, on a mis le 5e régiment d’infanterie légère. Les grenadiers etr voltigeurs de ce régiment sont au 4e bataillon. ; faîtes-les partir, sans délai, avec ce qu’il y a de disponible des compagnies de fusiliers, de sorte que ce régiment ait quatre compagnies  de son 4e bataillon avec ses bataillons de guerre.

Le 17e de ligne et le 21e ont déjà leur 4e bataillon à l’armée du Rhin.

Quatre régiments, savoir : le 13e régiment d’infanterie légère, le 25e, le 48e et le 108e, ont leur 4e bataillon aux camps de Boulogne et d’Anvers. Ces 4e bataillons ne pourront partir pour l’Allemagne que lorsqu’on aura pourvu, par l’organisation des réserves, à la défense des camps. Le 15e régiment d’infanterie légère a son 4e bataillon en Espagne. Ainsi l’armée du Rhin devrait avoir 84 bataillons; mais un bataillon est en Espagne et quatre sont retenus momentanément dans les camps de Boulogne et d’Anvers; total, cinq bataillons à déduire. Il devrait rester à l’armée du Rhin 79 bataillons. Mais il y a encore une autre déduction à faire sur ce nombre. Quatorze régiments ne pourront envoyer les 5e et 6e compagnies de leur 4e bataillon que lorsqu’elles auront été complétées par la conscription de 1810; ce qui fait vingt et une compagnies de moins, ou la valeur de près de quatre bataillons à déduire. Ainsi l’armée du Rhin aura donc, au 1er avril, 75 bataillons, qui, à 840 hommes chacun, doivent donner une force de 63,000 hommes.

Lorsque l’armée du Rhin aura reçu les quatre bataillons de Boulogne, 3,360 hommes, sa force se trouvera portée à  66,360 hommes, Enfin, lorsqu’elle aura reçu les vingt et une compagnies que les 4e bataillons ont de moins en ce moment, 2,940 hommes, la force totale de l’armée sera définitivement de 69,000 hommes.

Le corps d’Oudinot doit être composé de douze demi-brigades, chacune forte de trois bataillons, ce qui devrait faire trente-six bataillons; mais il y en a quatre, savoir : le bataillon du 28e, celui du 46e, celui du 50e et celui du 75e, qui ne pourront passer le Rhin que lorsqu’il aura été pourvu à la défense des côtes. Resteraient donc trente-deux bataillons. Mais ces trente-deux bataillons n’ont encore chacun que quatre compagnies, hormis les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô, qui en ont chacun neuf; il manque donc deux compagnies à chacun des trente autres bataillons, ce qui fait soixante compagnies de moins, ou la valeur de dix bataillons à déduire.

Ainsi l’armée d’Oudinot aura donc, au 1er avril, vingt-deux bataillons, qui, au complet de 840 hommes, doivent présenter une force de 18,480 hommes. A quoi il faut ajouter une treizième demi­ brigade, formée de trois bataillons portugais et forte de 1,500 hom­mes environ; ce qui portera la force du corps du général Oudinot, au 1er avril, à 19,980 hommes. Lorsque ce corps aura reçu les quatre bataillons de Boulogne, il devra former un total de 23,340 hommes. Enfin, lorsqu’il aura reçu les 5e et 6e compagnies que les 4e bataillons complètent en ce moment (soixante compagnies à 140 hommes, 8,400 hommes), le corps du général Oudinot devra définitivement être fort de 31, 740 hommes.

Le corps d’observation du Rhin est de douze régiments, ce qui devrait faire 48 bataillons ; mais sept bataillons sont en Espagne, un au camp de Boulogne et quatre sont au corps du général Oudinot; total, douze bataillons à déduire. Le corps d’observation du Rhin, au lieu de 48 bataillons, ne peut être composé, au 1er avril, que de 36, ce qui doit faire une force de 30,240 hommes, et, lorsque le bataillon que ce corps d’armée a sur les côtes aura pu le rejoindre, sa force totale sera alors de 37 bataillons et de 31,080 hommes.

Le corps des villes hanséatiques a deux régiments, ce qui devrait faire huit bataillons; mais le 5e d’infanterie légère a deux bataillons en Espagne et le 19e de ligne en a un au camp de Boulogne, ce qui fait trois bataillons à déduire; restent donc cinq bataillons, qui, au 1cr avril, doivent présenter une force de 4,200 hommes, et, lorsque le bataillon que ce corps a au camp de Boulogne aura pu rejoindre en Allemagne, la force du corps des villes hanséatiques se trouvera être de 5,040 hommes.

Ainsi on peut résumer des trois manières suivantes l’aperçu de la situation de mes armées en Allemagne :

1°Au 1er avril.2° Après le retour des

bataillons de Boulogne.

3° Après l’arrivée

des 5e et 6e compagnies des 4e bataillons

CORPS
 Bataillons.Hommes.Bataillons.Hommes.Bataillons.Hommes.
Armée du Rhin7363.0007966,3608369,000
Corps des villes hanséatiques54.20065,04065,040
Corps d’Oudinot2519.9802923,3403931,740
Corps d’observation du Rhin3630,2403731,0803731.080
141117,420151125,820165136,860

 

 

Rambouillet, 12 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve l’organisation de l’artillerie du corps d’observation du Rhin, avec cette modification, qu’au lieu de 32 caissons d’infanterie, il faut en mettre 44, pour avoir 1,500,000 rations attelées, et calculer sur 25,000 baïonnettes. Il faut, pour chaque division, une compagnie d’artillerie à pied et quatre à cheval ; ce qui fait quatre compagnies à pied et quatre à cheval. Il n’y a que trois compagnies d’artillerie à pied et une à cheval ; c’est donc trois compagnies à cheval et une à pied à envoyer.  En ajoutant deux compagnies au parc, cela ferait trois compagnies d’artillerie à pied et trois à cheval à envoyer, ou six compagnies.

Il y a cinq compagnies à pied qui arrivent de Valence; il y en aura donc deux de reste, qui seraient à la disposition du général Songis pour le parc général. Il vient de Valence deux compagnies à cheval;  ce sera donc une autre à fournir. Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

 

Rambouillet, 12 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai donné l’ordre, et vous le réitérerez, pour que les cadres des 3e et 4e escadrons des vingt-quatre régiments de dragons qui sont en Espagne se rendissent en France. Vous donnerez ordre au dépôt d’Auch que tous les officiers et sous-officiers des 3e et 4e escadrons des mêmes régiments de dragons se dirigent sur-le-champ sur Versailles.

J’ai donné l’ordre, et vous le réitérerez, que les hommes sans chevaux des régiments qui sont en Espagne se dirigent sur Bayonne. Donnez ordre à Bayonne qu’ils soient dirigés sur leurs dépôts.

J’ai donné des ordres, et vous les réitérerez, pour que tous les hommes montés ou non montés du dépôt de Niort, ou qui y arrive­ront, se dirigeassent sur leurs dépôts, hormis les hommes montés en état d’entrer en campagne, qui se dirigeront sur Strasbourg.

J’aurai, par ce moyen, en France quarante-huit escadrons de dragons. Ces quarante-huit escadrons, à 200 hommes chaque, feront 9,600 hommes. Je composerai alors douze régiments provisoires de quatre escadrons des 3e et 4e escadrons de chaque régiment.

Faites-moi un état à plusieurs colonnes, indiquant 1° le nombre de chevaux existant en France, y compris les dépôts d’Auch, de Niort, et le régiment provisoire de Tours; 2° le nombre de dragons annoncés comme partis d’Espagne et sans chevaux; 3° le nombre de conscrits à recevoir de 1810. Je suppose que toutes ces parties réu­nies ne doivent pas former moins de 10,000 hommes. Vous me ferez faire un second état, indiquant le nombre de chevaux existant aux dépôts, en comprenant les dépôts de Niort, d’Auch, et le régiment provisoire de Tours, le nombre de chevaux dont les marchés ont été passés, enfin ceux pour l’achat desquels le ministre Dejean a pour six millions dans son budget de 1809. Je suppose que tout cela ne doit pas aller loin de 9 à 10,000 chevaux. Faites-moi faire le même travail sur les selles.

Je verrai alors ce qu’il faudra faire pour compléter mes quarante­ huit escadrons ou mes douze régiments provisoires. Mais mon intention est d’utiliser ceux que j’ai aujourd’hui, puisque je ne puis maîtriser les circonstances et qu’il serait ridicule que je laissasse oisifs  4 ou 5,000 chevaux de dragons que j’ai, lorsqu’ils peuvent être de quelque poids dans la balance.

Donnez donc l’ordre, demain matin: aux hommes montés en état de faire la guerre, appartenant aux 3e et 4e escadrons qui sont au dépôt d’Auch, officiers, sous-officiers et soldats, de se diriger sur Strasbourg; à tous les hommes montés en état de faire la guerre du dépôt de Niort, de se diriger sur Strasbourg; à tout le régiment provisoire de Tours, de se diriger sur Strasbourg. Deux cents hommes ont été mis sous les ordres du colonel Henry; donnez-lui l’ordre de les renvoyer sur Strasbourg dès qu’il n’en aura plus besoin. En­voyez en même temps des ordres aux dépôts des régiments de dragons qui sont en France de faire partir, vingt-quatre heures après la réception de votre ordre, tous les hommes disponibles montés, pour Strasbourg. Prenez vos mesures pour que les plus éloignés effectuent leur départ avant le 15 mars. Donnez également l’ordre à ces dépôts de faire partir, du 20 mars au 1er avril, pour Strasbourg, tous les hommes qu’ils auront disponibles, et toutes les fois qu’ils en auront dix en état de partir, en faisant comprendre aux commandants des dépôts quel est mon but. J’aurai ainsi à Strasbourg, le ….. les cadres de vingt-quatre compagnies de dragons.

Par des états que j’ai, plus récents que les vôtres, les dépôts de France peuvent fournir, au lieu de 900 hommes, 1,500 hommes; 200, an moins, partiront d’Auch, 1,000 de Tours, 200 de Niort. J’aurai donc 3,000 dragons rendus à Strasbourg dans les premiers jours d’avril.

Chargez le sénateur, général de division Beaumont, de se rendre à Strasbourg avant le 20 mars, afin de passer la revue et d’organiser quatre régiments provisoires. Vous désignerez quatre majors pour commander les quatre régiments provisoires.

Le 1er régiment provisoire se compose de six compagnies des 4e escadrons des 1er, 3e, 4e, 5e, 9e et 15e de dragons ; le 1er de dragons peut faire partir, après-demain, 120 hommes de Versailles ; il peut en faire partir 13 de Niort ; ce qui portera le cadre de cette compagnie à 130 hommes. Le 3e peut faire partir 110 hommes de Versailles et 16 de Niort ; ce qui, comme vous voyez, fera un bel escadron de 250 hommes. Le 4e régiment peut faire partir sur-le-champ 30 hommes de son dépôt ; il recevra 110 hommes du régiment provisoire de Tours et 20 hommes de Niort ; ce qui portera cette compagnie à 160 hommes. Le 5e peut faire partir 88 hommes de Versailles; le dépôt de Niort fournira 65 hommes; ce qui portera cette compagnie à 148 hommes. Le 9e recevra de son dépôt 90 hom­mes et 40 hommes de Niort. Le 15e recevra de son dépôt 78 hommes et 80 hommes du dépôt de Niort; ce qui fera qu’au 1er avril ce 1er régiment provisoire sera composé de 800 hommes prêts à entrer en campagne, indépendamment de ce que le dépôt d’Auch pourra envoyer directement.

Le 2c régiment pourra fournir 140 hommes de son dépôt ; il rece­vra 78 hommes du régiment provisoire de Tours, ce qui fera plus de 200 hommes; ainsi de suite pour les autres régiments. Il en est plusieurs, tels que le 25c, qui, ayant 120 hommes an régiment provisoire de Tours, 100 hommes à recevoir de son dépôt, pouvant en recevoir encore une vingtaine du dépôt d’Auch, auraient 250 hommes. Dans ce cas, vous devez recommander qu’au lieu de faire partir le cadre d’une compagnie on fasse partir tout le 4c escadron.

Mettez-moi sous les yeux un projet qui organise ces quatre régiments provisoires conformément au présent ordre. Vous aurez le temps, en expédiant les ordres demain matin, d’arrêter l’organisation et la formation de ces régiments avant l’arrivée des détachements à Strasbourg.

Mandez aux chefs des dépôts que les officiers qui sont au dépôt de Niort ou au régiment provisoire de Tours doivent se joindre à Stras­bourg avec les régiments; qu’ainsi ils doivent calculer en conséquence. Toutes les fois que les détachements réunis d’un même régiment feraient moins de 150 hommes, le cadre seul d’une com­pagnie sera suffisant; s’ils passent 200 hommes, le cadre du 4e esca­dron entier partira, de manière à former deux compagnies.

Dans la destination que j’ai donnée aux détachements des différents régiments qui concourent à la formation d’un même régiment pro­visoire, j’ai eu égard à l’emplacement des dépôts.

Si les circonstances ne deviennent pas pressantes, je laisserai à ces quatre régiments provisoires le temps de s’organiser à Strasbourg et d’y recevoir des renforts. Vous sentez qu’il me sera facile de former huit régiments de ces quatre, aussitôt que chaque régiment pourra envoyer son escadron complet, puisqu’alors j’aurai vingt-quatre escadrons que j’organiserai à trois escadrons par régiment. Du moment que j’aurai les quarante-huit escadrons, je ferai douze régiments provisoires que je porterai à quatre escadrons, mais en réunissant toujours les escadrons d’un même régiment dans le même régiment provisoire. C’est dans cet esprit que je n’ai point adopté la proposi­tion que vous m’avez faite de laisser subsister le régiment provisoire de Tours. Il s’ensuivrait que le 25e, par exemple, qui a à son dépôt plus de 100 hommes, aurait au régiment provisoire de Tours 100 autres hommes. Ce serait du désordre el de la confusion, et il n’y aurait rien à attendre de ce régiment. J’ai en Espagne trop de régiments de dragons, je n’en rappelle aucun; je me contente de rappeler les cadres et les hommes qui n’ont pas de chevaux. Avant la fin de l’année, les quarante-huit escadrons qui s’y trouvent n’en formeront pas probablement vingt-quatre.

 

Rambouillet, 13 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je désire que dimanche on me pré­sente, à la parade, une compagnie de chacun des 5e bataillons des 32e et 58e de ligne, 2e, 4e, 12e et 15e d’infanterie légère, complétée à 140 hommes; ce qui ferait un beau bataillon provisoire de six compagnies. Il faut que tous les hommes soient bien équipés et bien habillés, On me présentera également 300 hommes du 3e bataillon du 122e, en bon état.

Faites-moi connaître le nombre de conscrits de 1810 arrivés aux corps, et le nombre de ceux qui sont habillés.

Les conscrits de la Garde de 1810 me présenteront, à la parade de dimanche, tout ce qu’ils auront d’habillé et en formeront autant de compagnies qu’il y aura de fois 200 hommes. Quant aux conscrits  des quatre années antérieures à 1810, on me les présentera dans l’uniforme des corps auxquels ils sont destinés.

On me présentera également, à la parade de dimanche, les chasseurs du grand-duché de Berg, s’ils sont en état de paraître.

Vous donnerez ordre au général Durosnel de passer la revue de 1,300 chevaux des dépôts qui sont à Versailles, et vous m’en rendrez un compte particulier . On pourrait faire partir pour l’armée un millier de ces 1,300 chevaux.

Vous donnerez ordre au général Mouton de passe une revue particulière des 3,000 hommes des dépôts d’infanterie qui sont à Paris, de réformer tout ce qui est à réformer, et de vous faire connaître ce que le reste pourra fournir de disponible.

 

Rambouillet, 13 mars 1809, minuit.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre travail du 12 mars sur la formation d’un corps de réserve, composé des 5e bataillons de l’armée. Je vous le renvoie pour que vous y fassiez faire quelques changements que je vais vous indiquer.

Lorsque j’ai passé la revue du 86e en Espagne, j’ai ordonné que les quatorze compagnies revenant de Portugal fussent formées en douze compagnies et composassent les deux premiers bataillons; ce qui, avec le 4c bataillon, qui était de l’ancienne armée d’Espagne, fait trois bataillons au delà des Pyrénées. Le 8c bataillon, qui doit être réorganisé, et le 5e se trouvent donc en Bretagne. Donnez ordre que tout ce qui appartient à ce régiment et se trouve en ce moment à Bordeaux et à Saintes, arrivant du Portugal, rentre dans la 18e division militaire, et que le 3c bataillon soit reformé sans délai. Ce 3e bataillon complété à 800 hommes, et le 5e bataillon fort de 800 hommes, feront partie du 1er régiment, qui se réunira à Pontivy.

J’ai donné l’ordre que le 8e bataillon du 70c, qui était à Saragosse, envoyât tous ses hommes disponibles à Madrid, et que le cadre retournât en Bretagne. Il faut réitérer cet ordre et prendre des mesures pour que le 8e bataillon soit également formé à 840 hommes; ce qui, avec le 5c bataillon du 70c, formé à 800 hommes, réunira 1,640 hommes.

Vous formerez alors de la manière suivante la brigade destinée à la défense de Pontivy: 1er régiment, composé du 3e bataillon du 70e, 840 hommes; du 5e bataillon du 70e, 800 hommes; du 5e bataillon du 70e, 800 hommes; total, 2,440 hommes; 2e régiment, composé du 3e bataillon du 86e, 840 hommes; du 5e bataillon du 86e, 840 hommes; du 5e bataillon du 15e de ligne, 800 hommes; total, 2,440 hommes. Total de la brigade qui se réunira à Pontivy, 4,880 hommes, près de 5,000 hommes .

Je n’ai aucune observation à faire sur le 2e régiment, qui désormais sera le  3e, ni sur le suivant.

Au 4e régiment, je vois que le 12e de ligne est porté comme devant faire partir pour l’armée du Rhin 560 hommes, c’est-à-dire les quatre compagnies de fusiliers du 4e bataillon; mais il serait nécessaire aussi de porter en compte le nombre d’hommes nécessaire pour compléter les grenadiers et voltigeurs de ce même 4e bataillon; or vous n’avez rien porté pour cette destination. En général, on a bien complété les grenadiers et voltigeurs du corps d’Oudinot, mais on n’a pas complété les grenadiers et voltigeurs des 4e bataillons de l’armée du Rhin. Il est vrai qu’ils doivent être complétés dans les 3e bataillons de guerre; mais alors c’est autant d’hommes à envoyer de plus aux bataillons de guerre.

Il faut faire ces changements sur votre état, qui, d’ailleurs, me paraît bien conçu.

Quant au 10e régiment, qui a été oublié, il faut en former un nouveau régiment qu’on réunira à Metz.

Il y a déjà à Metz le 12e régiment, qui devient le 13e, par suite des changements faits pour la formation de la brigade de Pontivy. Le nouveau régiment sera alors le 14e; ces deux régiments formeront une brigade. Il me semble que ce 14e régiment pourra être composé de la manière suivante: 1er bataillon, deux compagnies du 25e léger, deux compagnies du 6e léger, deux compagnies du 24e léger; 2e bataillon, deux compagnies du 26e léger, deux du 16e léger, deux du 32e léger; 3e bataillon, deux compagnies du 96e de ligne, deux du 22e de ligne, deux du 54e, deux du 15e de ligne. Il manque deux compagnies pour le 2e bataillon; on prendra les deux compagnies du 32e léger qui sont à Toulon.

Ainsi une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réunira à Pontivy; une brigade composée de trois régiments et forte de 9,000 hommes se réunira à Paris; une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réunira à Boulogne; une brigade composée de deux régiments et forte de 5,000 hommes se réunira à Gand et à Wesel; un régiment de 2,500 hommes se réunira à Madrid; une brigade forte de 5,000 hommes se réunira à Strasbourg; une brigade forte de 5,000 hommes se réunira à Metz; enfin deux brigades formant cinq régiments seront en Italie.

Quant à la formation de cette réserve, rien ne presse. Il me paraît qu’il est d’abord nécessaire d’achever de compléter les bataillons de guerre qui sont en Allemagne et les 4e bataillons qui doivent les rejoindre. Pour terminer cette opération importante, j’ai besoin que vous me remettiez les états suivants : !° un état de l’armée du Rhin, qui me fasse connaître la situation de l’effectif de tous les corps ; cette situation comprendra l’effectif des bataillons de guerre au 1er février, et l’augmentation résultant des envois de détachements partis jusqu’au 15 mars, et que l’on supposera arrivés au même nombre qu’ils sont partis ; une colonne fera connaître ce qui manque encore pour porter ces bataillons au grand complet; 2° un état de situation détaillé des 4e bataillons de l’armée du Rhin; cet état indiquera l’emplacement, le cadre, la situation de chaque compagnie et le nombre d’hommes, en comptant comme reçus ceux dont vous aurez appris le départ, et faisant connaître ce qui manque au complet.

Tous les 4e bataillons de l’armée du Rhin doivent avoir leurs grenadiers et voltigeurs et deux compagnies de fusiliers déjà partis; mais je crois que ces compagnies partent très-incomplètes, et qu’il y manque beaucoup de monde. Une colonne fera connaître les dispositions que j’ai prises pour distribuer en leur faveur une portion des conscrits de la Garde. Une autre colonne fera connaître ce qu’il faut prendre encore pour compléter les grenadiers et voltigeurs et les deux premières compagnies de fusiliers. Cela fait, il faudra pourvoir à compléter les 3e et 4e compagnies de fusiliers.

Les deux états que je viens de vous demander pour l’armée du Rhin, je vous les demande aussi pour le corps d’Oudinot et pour le corps d’observation. Enfin vous me présenterez dans une récapitula­tion : 1° le total de mes armées en Allemagne au 1er avril, en supposant reçu ce qui est parti pour les renforcer; 2° ce que devrait être leur situation au complet; 3° ce qui manque. Par là je connaîtrai ce qui me reste encore à envoyer pour porter mes armées d’Allemagne au complet, et ce n’est qu’après que ces armées et les 4e bataillons qui doivent les rejoindre seront complétés, qu’on pourra travailler à la formation du corps de réserve.

Les régiments du corps de réserve qu’il importe le plus de former promptement sont les deux de Saint-Omer et celui de Gand; mais il manque 3,300 hommes pour les compléter. Il est donc convenable que vous me proposiez de faire venir les cadres de ces différents régiments à Paris, pour y prendre 3,000 conscrits de la Garde et les conduire à Saint-Omer et à Gand, où ils compléteront les régiments; mais, pour cela, il faudrait que les cadres des bataillons fussent déjà formés. Vous me ferez donc connaître ceux des régiments qui, dès aujourd’hui, ont le cadre du 5e bataillon et ceux qui ne l’ont pas.

Par ce moyen, ces trois régiments se trouveront organisés; ce qui me mettra à même de disposer des dix 4e bataillons qui sont actuellement au camp de Boulogne, composés de conscrits des quatre années, et que je destine aussi à rejoindre les bataillons de guerre en Allemagne. Proposez-moi cette mesure, qui est des plus urgentes. Il me tarde aussi d’apprendre que les officiers de l’École militaire et les sous-officiers des vélites sont partis.

Je désire que vous m’apportiez mercredi l’état ci-joint, avec les changements et avec le travail que je viens de vous demander.

 

Paris, 13 mars 1809

ORDRE POUR LES TRAVAUX DES FORTIFICATIONS A EXÉCUTER EN 1809.

Kehl, 300,000 francs. – Finir entièrement l’escarpe des deux fronts d’attaque, de manière qu’on puisse les armer à la fin du mois d’août, 150,000 francs; faire l’escarpe de la lunette H, de manière qu’elle puisse être armée au mois d’août, si cela est nécessaire, 120,000 francs; épis, 30,000 francs; total, 300,000 francs. Le pont sera fait l’année prochaine, et, si Kehl était menacé, on ferait le barrage en bois provisoirement.

KASTEL, 620,000 francs. – Pour achever l’escarpe et contres­carpe des trois lunettes, 250,000 francs; achever les escarpes des deux fronts commencés, 200,000 francs; de manière qu’au mois d’août on puisse armer les trois lunettes et les deux fronts. Pour faire les terrassements et l’escarpe de la lunette n° 12, 150,000 francs; de manière que les quatre lunettes soient finies et puissent être armées au mois d’août. Pour achever de masser le front de gauche, de manière qu’il puisse être armé, 20,000 francs; total, 620,000 francs. Le réduit sera fait une autre année.

Quant à Mombach, le tracé qui m’est présenté ne me plaît pas. Revêtir tout ce fort, me paraît fort inutile et me paraît d’une grand dépense. Approcher de 2550 toises le bastion n° 2 de la hauteur, c’est le soumettre immédiatement au commandement de ladite hauteur. Je crois qu’il n’y a d’utile que de revêtir le bastion n° 4 et de donner à ce bastion un tracé tel que les faces n’en soient pas enfilées de la hauteur. A la manière dont il est tracé, il y a une face qui est tout à fait enfilée. Je désire donc qu’on ne fasse rien à cet ouvrage, jusqu’à ce qu’on m’ait présenté un autre tracé qui soit économique.

Les bastions 1, 2, 3, peuvent être en terre. Je n’ai désiré un réduit en maçonnerie que pour garder cet ouvrage avec moins de monde, et le mettre à l’abri d’une attaque de vive force, contre une colonne qui passerait sous le fort Meusnier et qui descendrait perpendiculairement sur le Rhin ; or du moment qu’il y a un réduit de maçonnerie qui met à l’abri de cette insulte, l’ennemi n’attaquera plus par Mombach, qui était précédemment un des points les plus faibles de la place. On sait assez les inconvénients qu’il y a à cheminer dans un marais.

La position de la France étant aujourd’hui plutôt offensive que défensive, je préfère donc que tous les moyens soient portés cette année sur Kastel, qu’il est important de finir. Les ouvrages 39, 38, 37 sont tout à fait à créer. Il faut donc affecter tous les fonds aux travaux de Kastel, suivant la répartition de 620,000 francs que j’ai faite.

WESEL, 500,000 francs. – Pour finir l’escarpe des trois fronts d’attaque de la citadelle Napoléon, 350,000 francs; pour continuer les bâtiments à l’épreuve de la bombe dans la citadelle de la place, 100,000 francs; pour divers travaux d’amélioration dans la place, 40,000 francs; fascinages, plantations, etc. dans la citadelle Bonaparte, 10,000 francs; total, 500,000 francs.

La citadelle Bonaparte semble la partie la plus forte de la place de Wesel, et les choses ont été arrangées pour que la citadelle de Wesel, la citadelle Bonaparte et la citadelle Napoléon forment une place très-forte. Ainsi l’ennemi ne s’amusera pas à prendre la ville, puisque, après l’avoir prise, il n’aura rien du tout. Il attaquera donc la citadelle de la place ou la citadelle Napoléon. S’il attaque la citadelle Napoléon, il faut que la citadelle Bonaparte soit tellement élevée que les ouvrages A, C battent l’ennemi dans la citadelle Napo­léon. Dans ce cas, on reste toujours maître de la place de Wesel, de la citadelle et de l’île de Büderich. C’est donc en réalité dans la citadelle Bonaparte que devraient être faits les magasins à poudre qu’on propose de construire; c’est là que devraient être les magasins de vivres et de bouche. L’étendue du camp retranché est de près de 600 toises; la courtine de la pièce A à la pièce B est de 150 toises , les courtines de la pièce B à la pièce C et de la pièce C à la pièce A sont chacune d’environ 150 toises et cela fait donc 300 toises de bâtiments qu’on peut construire à l’abri de la bombe; ce qui doit être un espace suffisant pour renfermer tous les magasins de la place, magasins d’artillerie, de vivres, manutentions, magasins d’habillement. Je désire donc que le magasin à poudre qu’on propose de construire soit placé dans la citadelle Bonaparte. La citadelle Napoléon sera longtemps la partie la plus faible de la place; les magasins doivent donc être dans l’île, puisque cette citadelle est conservée dans tous les cas, qu’elle est prise la dernière, et peut résister fort long­ temps lorsque tout le reste est pris.

JULIERS, 200,000 francs. – Pour achever le front 13, 10, 14, 100,000 francs, de manière que ce front soit terminé et que la place soit terminé et que la place soit fermée ; pour finir la lunette E, 15,000 francs; pour finir les trois lunettes A, B, C, 15,000 francs; pour fonder l’escarpe des trois lunettes A, B, C, 70,000 francs; total, 200,000 francs.

VENLOO, 50,000 francs. – Pour continuer les escarpes du fort Saint-Michel, 50,000 francs.

ANVERS, 110,000 francs. – Pour achever l’escarpe, les terrassements et chemins couverts de la lunette E, 40,000 francs; pour achever la lunette H et commencer le second souterrain, 10,000 francs; pour achever la lunette F et construire un souterrain, 30,000 francs; pour achever la lunette 1, 30,000 francs; total, 110,000 francs.

Il faut diriger les travaux de manière que les trois ouvrages de la rive gauche et de la lunette y soient entièrement finis avant juillet, époque à laquelle commencent les opérations de l’ennemi sur l’Escaut ; et, si les fonds pour la lunette 1 n’étaient pas suffisants, on en attribuerait sur les fonds de réserve de cette année.

FLESSINGUE, 300,000 francs. – Pour finir sur-le-champ et avant le mois de juillet les lunettes A et B, de manière qu’elles puissent être armées à la fin de juillet, tant pour battre le fleuve que pour défendre les approches de la place, 300,000 francs. Il faut me faire un rapport particulier sur Flessingue, me faire connaître combien on y a dépenser depuis mon passage, jusqu’où s’étend l’inondation, et me remettre à cet effet un grand plan.

ILE DE CADZAND, 500,000 francs. – Pour terminer l’ouvrage en terre cette année, s’il est possible, j’accorde 500,000 francs. Il faut tracer cet ouvrage autour de la batterie A, suivant les règles de l’art et le terrain, m’en adresser le projet, et le plus tôt possible commencer les travaux.

OSTENDE, 50,000 francs. Pavé et fascinage de la digue, 30,000 francs ; autres travaux, 20,000 francs ; total, 50,000 francs.

BOULOGNE, 300,000 francs – Pour le fort du moulin à huile, 100,000 francs ; pour le fort du renard, 150,000 francs ; Mont-Lambert, 40,000 francs ; fond de réparations, 10,000 francs ; total, 300,000 francs.

ILE SAINT-MARCOUF, 50,000 francs – Pour fermer les voûtes, 45,000 francs ; réparation, blockhaus, etc., etc. 5,000 francs ; total, 50,000 francs.

QUIBERON ; 50,000 francs – pour achever la caserne, 50,000 francs.

BELLE-ÎLE, 100,000 francs. Pour achever les mouvements de terre de cinq lunettes et de leurs chemins couverts, 60,000 francs; et pour construire un réduit dans une des lunettes et en fonder un second ,1,0,000 francs.

ÎLE D’AIX, 150,000 francs. Pour achever le réduit de la gorge, creuser son fossé et améliorer le front de terre, 60,000 francs; pour construire deux lunettes, 80,000 francs; pour les baraques à construire, 10,000 francs; total, 150,000 francs.

ALEXANDRIE, 3,600,000 francs. – Article ler. Demi-couronne de Saorgio, 390,000 francs. – Art. 2. Demi-couronne de Montenotte, 210,000 francs. – Art. 3. Couronne de Dega, 535,000 francs. ­- Art. 4. Demi-couronne de Marengo et pour les quais, déversoirs, écluses, 680,000 francs.- Art. 5. Demi-couronne de Mondovi, 285,000 francs. – Art. 6. Demi-couronne de Lodi, 290,000 francs. – Art. 7. Demi-lune CD, 58,000 francs. – Art. 8. Mur du quai du Tanaro, 305,000 francs. -Art. 9. Polygone d’artillerie, 25,000 francs. -Art. 10 Entretien, 2,000 francs. – Art. 11. Citadelle du Tanaro, 246,000 francs. – Art. 12. Fonder l’ouvrage de l’île du Tanaro, 145,000 francs. – Art. 13. Entretien, 4,000 francs. – Art. 14. bâtiments, etc. 425,000 francs. – Total, 3,600,000 francs.

GÊNES, 40,000 francs. – Pour achever les forts Richelieu et Quezzi, 30,000 francs; réparer les deux môles et le mur d’enceinte du côté de la mer, 10,000 francs.

LA SPEZIA. – Il faut m’en présenter les projets dans l’année.

CORFOU, 100,000 francs. – Pour la place, les batteries et les îles dépendantes, 100,000 francs.

VINCENNES; 70,000 francs. – Pour rétablir l’arche du pont du parc, 15,000 francs; un chemin de ronde, 20,000 francs; achever les deux tours, 30,000 francs; réparations, 5,000francs; total, 70,000 francs.

NAPOLÉON-VILLE, 50,000 francs. – Pour construire la caserne, 50,000 francs.

LANS-LE-BOURG, 60,000 francs. – Pour élever les maçonneries el couvrir la caserne, 60,000 francs.

CHAMBÉRY, 200,000 francs. – Pour les casernes et le pavillon, 200,000 francs.

AJACCIO. – Je désire pour l’hôpital d’Ajaccio un projet qui ne coûte pas plus de 100,000 francs.

TRAVAUX ORDINAIRES ; Fortifications. – 10 Communications mari­times, 120,000 francs; 2° réparations de vieilles places, 1,600,000 francs; 30 fonds imprévus, 164,000 francs; 4°· Écoles et dépôts, 110,000 francs; total, 2,000,000 francs.

Bâtiments. – 1 ° Loyers de casernes, 145,000 francs; 2° traite­ments de portiers, concierges, 75,000 francs; 3° établissements de paratonnerres, 30,000 francs; 4 ° réparation de vieilles casernes dans les places de guerre, 1,750,000 francs; total, 2,000,000 francs.

RÉCAPlTULATION. – Travaux extraordinaires, 7,450,000 francs; travaux ordinaires, 4,000,000 francs; total général, 11,450,000 francs.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je pense qu’il est convenable d’envoyer aux sieurs Otto à Munich, Durand à Stuttgart, Bourgoing à Dresde, et à mes ministres à Carlsruhe et à Darmstadt, une copie de votre note à M. de Metternich el de votre conférence avec l’ambassadeur (voir plus haut).  L’une et l’autre de ces pièces sont bonnes à montrer.

 

NOTE DU COMTE DE CHAMPAGNY AU COMTE DE METTERNICH

Paris, 10 mars 1809.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a rendu compte à S. M. l’Em­pereur, son maître, de la communication qui lui a été faite par S. Ex. M. le comte de Metternich du retour de M. le comte de Mier, et de la résolution qu’avait prise le cabinet de Vienne de mettre ses armées sur le pied de guerre.

L’Empereur Napoléon a été peiné de cette résolution. Les armements de l’Autriche, la conduite peu amicale de ses légations à Constantinople et en Bosnie, des écrits répandus avec profusion dans toute la monarchie contre la France, faisant craindre à Sa Majesté que la faction anglaise ne prît du crédit à Vienne, l’avaient décidée à arrêter sur la Meurthe et la Saône la marche de ses divisions qui se portaient sur Boulogne, Brest et Toulon.  Sa Majesté avait en même temps engagé les princes de la Confédération à se tenir prêts à tout événement, pour pouvoir, au besoin, réunir leurs troupes et être en état, s’il le fallait, de repousser toute agression. Mais, après la déclaration de M. de Metternich, Sa Majesté a donné l’ordre que ses troupes se portassent de l’intérieur de la France au delà du Rhin, pour veiller à la sécurité de ses alliés et confédérés, et que les troupes de ceux-ci fussent mises, sans délai, sur le pied de guerre.

Ainsi des armées seront opposées à des armées. L’initiative de l’inquiétude, des menaces et des armements, sera provenue de l’Autriche. C’est à elle à faire connaître quand cet état devra cesser. Comme aucun différend n’existe entre les eux cours, et que, depuis le traité qui a été suivi de l’évacuation de Braunau par l’armée française, il n’y a aucun sujet de litige entre les deux puissances, Sa Majesté ignore entièrement à qui on en veut et ce qu’on prétend. Mais de son côté elle désire voir l’Europe jouir du calme et de la sécurité de la paix, et ses peuples recueillir le fruit des économies qui en sont le résultat. Le soussigné est chargé d’exprimer ce vœu à Monsieur l’ambassadeur. Il prie Son Excellence, etc.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, j’avais demandé les gazettes de Vienne, de Presbourg et de Cracovie depuis le mois d’octobre de l’année dernière ; je ne les ai pas encore reçues.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Faire faire au dépôt de la guerre une carte des étapes d’Allemagne, telles que je les avais marquées dans mes guerres en Allemagne, depuis le Rhin jusqu’à Austerlitz et la Vistule. Je désire que cette carte ne soit pas plus grande qu’une carte d’étapes de France, et que j’y voie bien le nombre de journées.

 

Rambouillet, 14 mars 1809.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je désirerais avoir à l’armée du Rhin 2,000 hommes de marine. D’abord un équipage de la flottille, qui serait armé de fusils et porterait, au lieu de briquets, des outils. La première compagnie, par exemple, aurait des haches, la seconde des pioches, la troisième des pics-boyaux, la quatrième des pelles. Ces outils seraient portés en bandoulière en place de briquets. Je voudrais ensuite avoir un bataillon de conscrits ouvriers de la marine, de quatre compagnies, qui seraient commandées par des officiers d’artillerie de la marine qui eussent servi, s’il est possible, dans les ouvriers. Chaque compagnie serait de 140 hommes. Le bataillon serait commandé par un chef de bataillon d’artillerie de la marine qui ait servi dans les ouvriers. Ces ouvriers porteront également des outils en bandoulière en guise de briquets et seront armés de fusils. Ces compagnies d’ouvriers seront du même ordre que celles qui sont dans l’artillerie. Ces deux corps seront attachés au génie de l’armée. Ils seront utiles pour le passage des grandes rivières et pour conduire de petites embarcations armées ou des bateaux pour la navigation. Il faudrait qu’il y eût dans ces compagnies d’ouvriers quelques calfats, contremaîtres, charpentiers, et par compagnie un officier-ingénieur de marine ayant l’habitude de construire des vaisseaux, des bateaux, ou de les réparer.

Occupez-vous de cela sans délai, et présentez-moi un projet mercredi.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, je remarque que, dans le projet remis par le général Songis, il porte seize pièces en excédant de ce qu’il demande. Mais il ne faut pas les réformer; il est nécessaire qu’il y ait quelques pièces à chacun des parcs des trois armées. Je voudrais bien qu’il fut pos­sible, sans faire trop de dérangement, de n’avoir qu’une seule espèce d’obusiers à l’armée.

Les 200 hommes d’artillerie qui sont à Danzig peuvent être réduits à 100. Les 100 hommes d’artillerie qui sont à Stralsund y sont inutiles. Les 200 hommes qui sont à Magdeburg peuvent être réduits, également à 100. Les 3,400 canonniers à pied que demande le général Songis ne me paraissent pas suffisants. Il y aura Passau et d’autres places à garnir. Il faut porter à 4,500 les canonniers à pied. 1,000 hommes d’artillerie à cheval ne sont pas non plus suffisants; il faut les porter à 1,500 hommes, ce qui ferait 6,000 hommes artillerie. Les 600 pontonniers ne me paraissent pas suffisants; il faudrait au moins huit compagnies à 120 hommes chacune.

Il faut également me présenter un projet pour l’organisation de l’arme du génie, répartie entre les trois corps suivants : armée du Rhin, corps du général Oudinot, corps d’observation du Rhin. Il faut à chacun un officier du génie, au moins huit officiers, au moins deux compagnies de sapeurs, une compagnie de mineurs au moins par corps, et trente mille outils pour toute l’armée, à raison de dix mille outils par corps. Je nomme le général du génie Bertrand, mon aide de camp, pour commander le génie de mes armées d’Allemagne. Concertez-vous avec lui pour l’organisation de son arme et des propositions à me faire.

J’ai demandé au ministre de la marine un des quatre équipages de la flottille de Boulogne formant 1,200 marins, pour servir au passage et à la navigation des rivières. Entendez-vous avec ce ministre pour pourvoir à l’armement et à l’habillement de cet équipage, et proposez­ moi sans délai sa mise en activité. Il faut qu’il soit commandé par un officier de marine intelligent. On pourrait y nommer le capitaine Baste, qui a déjà fait la guerre de terre et qui paraît s’y être distingué.

 

Rambouillet t, 14 mars 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur général des revues et de la conscription militaire, à Paris

La conscription en Toscane va mal; la cause en est bien simple, c’est qu’il n’y a pas d’officiers pour ramener les conscrits. On a confié cette mission à des vétérans qui se sont comportés comme partout, c’est-à-dire avec négligence. Je pense donc nécessaire que vous char­giez un détachement d’officiers et de sous-officiers du 113e d’être répartis dans la Toscane comme pour les autres départements.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

À Davout

Mon cousin, je désire avoir un itinéraire des routes qui, de la Bohême, aboutissent sur le Danube depuis Passau jusqu’à Ulm, surtout de celles de la traversée des montagnes. Envoyez-moi également une note sur la situation actuelle des fortifications de Prague.

 

A Rambouillet, 14 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 8. Je pense qu’il est indispen­sable d’envoyer deux régiments de cavalerie au général Seras, le 6e de hussards et le 8e de chasseurs; il les placera sur l’Isonzo et le Tagliamento, en ayant soin de les mettre dans des lieux sains, et de leur faire faire le service d’avant-postes pour savoir ce que font les Autrichiens.

Passé le 20 mars, je vous laisse maître de faire occuper les camps d’Udine, de San-Daniele et de Montecchiaro, et d’approcher davantage mes troupes; mais ce que je vous recommande, c’est de faire ces mouvements doucement et sans précipitation, et surtout de ménager la santé de mes troupes. Il n’y a pas grand’chose à craindre des Autrichiens, les maladies sont plus redoutables. Si les pluies de la saison rendaient les camps peu sains, vous ferez cantonner mes troupes dans les villages; je vous recommande d’en avoir grand soin.

Écrivez au général Marmont par mer, et instruisez-le des mouve­ments des Autrichiens; réitérez-lui l’ordre de prendre des positions sur les frontières, de manière à les menacer au moindre événement. Il peut même commencer à faire travailler à quelques redoutes pour former un camp retranché et à assurer sa communication avec Zara. Faites-lui bien comprendre que, la guerre déclarée, il doit envahir tout le pays et marcher à la rencontre des Autrichiens, s’ils n’ont pas devant lui un corps plus considérable que le sien.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Monsieur mon Frère, je reçois le lettre de Votre Majesté du 4 mars. Votre Majesté aura reçu, depuis, la mienne, qui lui aura fait connaître les positions que je désirais que prissent ses troupes. Je dois lui parler franchement. Si la guerre a lieu, ses troupes doivent agir sérieusement. Le prince royal, quelque privilégié qu’il puisse être de la nature, n’a jamais appris ni fait la guerre, il ne peut la savoir.  Ce serait donc me priver de l’utilité que j’attends de vos 40,000 hommes que de ne pas mettre à leur tête un homme sûr et ferme. J’ai nommé pour les commander le duc de Danzig, qui est un vieux soldat. Les troupes bavaroises sont aujourd’hui trop nombreuses et les circonstances sont trop graves pour que je dissimule la pensée à Votre Majesté. Quand le Prince Royal aura fait six ou sept campagnes dans tous les grades, il pourra les commander. Du reste, on peut se tirer facilement de là; le Prince Royal pourra venir avec moi. J’ai ordonné qu’une estafette fût établie de Paris à Munich, afin d’être instruit le plus promptement possible. J’ai fait connaître à Votre Majesté mes dernières dispositions : Bamberg, Würzburg et Bayreuth sont les points de réunion de mes troupes. Du 20 au 30 mars, mes armées seront concentrées; toutes les troupes de la Confédération seront également réunies et prêtes à recevoir les Autrichiens, s’ils se présentent. Le maréchal duc de Rivoli sera rendu pour cette époque à Ulm. Les nouvelles de Russie sont toujours les mêmes. L’empereur de Russie est indigné de la conduite de l’Autriche et fait marcher des troupes. Le colonel Gorgoli, aide de camp de ce prince, qui arrive à l’instant, m’apporte de nouvelles assurances de ces dispositions.

 

Rambouillet, 14 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Palafox, sa mère et sa femme doivent être arrivés ou arriver (sic) à Bayonne. Palafox sera conduit comme un criminel à Vincennes, et il sera mis au secret, de manière qu’on ne sache pas qui il est. Sa mère et sa femme seront envoyées au château de Ham pour rester comme otages pour une quantité de Français qui sont aux mains des insurgés.

Vous ferez transporter le prince de Castelfranco de Fénestrelle à Naples, où il sera mis au château de Gaëte et à la disposition du roi de Naples.

Faites arrêter le vicaire de Noyon qui s’est permis, dans un ser­mon, des expressions inconvenantes sur la conscription. Vous le ferez venir à Paris et interroger par un des conseillers d’État. Vous me rendrez compte de l’interrogatoire.

 

Rambouillet, 15 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, la réponse du duc d’Oldenbourg m’étonne. Il faut écrire à son ministre une lettre dans laquelle on fasse sentir légèrement que, lorsqu’on a pris des engagements, on doit les remplir, et qu’il y a peu de loyauté dans cette conduite.

Parlez au ministre de Mecklenburg pour qu’il envoie un courrier, afin que les troupes de Strelitz se rendent sur-le-champ à Stralsund

Il ne faut point ratifier les traités faits avec les princes de Lippe, mais les approuver. Vous en enverrez une copie au ministre de la guerre; faites-en faire aussi une copie pour mon cabinet.

 

Rambouillet, 15 mars 1809.

 Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, il paraît que les Autrichiens veulent opposer à l’armée d’Italie deux corps: l’un de 30 à 40,000 hommes, qu’ils réunissent à Klagenfurt ou à Villach; l’autre de 20 à 30,000 hommes, qu’ils réunissent à Laybach. Il serait nécessaire d’avoir un officier d’état­ major intelligent, parlant allemand, établi à l’extrémité de la frontière du côté de Pontebba, qui reçut les déserteurs, les encourageât et vous en envoyât tes interrogatoires sur la force de l’ennemi de ce côté; un aux débouchés de Cividale par Caporetto, et un sur la grande route de Palmanova à Trieste. La comparaison de ces trois rapports réunis vous fera bientôt connaître ce qu’il y a d’ennemis de ce côté et le projet qu’ils pourraient nourrir.

Vous sentez que, s’il arrivait que le corps de Klagenfurt eût l’in­tention de se porter sur Lienz dans le Tyrol, il serait important que, moyennant le mouvement que vous feriez sur Klagenfurt, il fût retenu et obligé de vous faire tête.

 

Rambouillet, 15 mars 1809

Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, l’ouvrage que j’ai ordonné sur la tête de pont du Tagliamento doit être construit de manière que l’on puisse, successivement, sans en déranger le tracé, et profitant de ce qu’on a fait le premier jour, finir par avoir une place importante. Le Tagliamento n’a pas d’eau les trois quarts de l’année; cependant très-souvent il déborde. Mon but est que, lorsqu’il déborde, cet ouvrage serve de tête de pont et puisse favoriser le passage de l’armée. Mais, indépendamment de cet avantage, je veux aussi obtenir celui de pouvoir laisser là des magasins de cartouches, de biscuit et des hôpitaux, à l’abri d’un coup de main; eu sorte que, l’armée étant en avant, un parti ennemi de plusieurs milliers d’hommes, qui, avec de l’artillerie de campagne, viendrait à se porter sur le Tagliamento et à le passer, ne pût pas forcer cet ouvrage placé à la tête du pont, et fût du moins arrêté assez de temps pour que l’armée puisse revenir. Je désire également que, dans le cas où l’on prendrait position sur la rive droite du Ta­gliamento, pour observer le siège de Palmanova, cette tête de pont puisse, ainsi qu’Osoppo, servir de point d’appui à l’armée. Toutes ces propriétés ne pourront probablement pas s’obtenir dès cette campagne ; mais il est nécessaire de les avoir en vue, pour ne pas construire des ouvrages qu’il faille ensuite défaire.

 

Rambouillet, 15 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois le projet d’approvisionnement des places de Palmanova et d’Osoppo. Je pense qu’il faut mettre à Osoppo trois autres pièces de 24, enfin d’autant plus que les boulets y existent. Je remarque qu’à Osoppo il n’y a plus d’obus de 24. Il n’y a pas suffisamment d’outils de pionniers, ni à Palmanova ni à Osoppo. Il n’y en a à Palmanova qu’un millier, tandis qu’il en faudrait 1,200 pour l’artillerie au moins, 6 mille pour le génie et 4 mille pour être distribués à l’armée qui aura toujours besoin d’en prendre, quoi qu’on fasse. Il faudra donc encore 10 mille outils à Palmanova, il en faudra 2 milles à Osoppo. Cet objet est très-important, car, sans outils, on ne peut remuer la terre : ne perdez pas de temps à y en envoyer. Je vois à Palmanova 600 milliers de poudre de 16 onces ou de 1 kilogramme. Cette quantité me parait très-considérable. Je vois que l’approvisionnement de Palmanova est de 3,000 hommes pendant six mois; cet approvisionnement me parait assez satisfaisant. Je désirerais qu’il y eût de la farine, du froment ou du biscuit pour un an. L’approvisionnement d’Osopo pour quatre mois me parait également suffisant, mais il faut y mettre de la farine ou du biscuit pour un an. Ordonnez ces augmentations; indépendamment de cela, ayez, entre

Palmanova, Osopo et la tête de pont de Tagliamento, 1 million de rations de biscuit, et 2 millions de rations de farine. Je suppose que vous vous êtes assuré qu’il y a à Palmanova des moyens de moudre le blé. S’il n’y en a pas, il faut donner ordre que le blé soit converti en farine.

 

Paris, 15 mars 1809

 A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

 Mon Fils, je reçois votre lettre du 9. Faîtes-moi connaître si la place de Venise, c’est-à-dire Brandolo et la Malghera peuvent être armées. Il faut préparer cet armement. Faîtes travailler en toute hâte, pour que Brandolo et Malghera puissent être armées.

 

Rambouillet, 15 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Je reçois votre lettre du 7. Je n’ai pu la lire qu’avec étonnement.

Personne en France ne parle de vous. J’ignore ce qu’a pu vous faire écrire Madame. Vous croyez que je suis mécontent de votre luxe, et en cela vous ne vous trompez pas. Mais, puisque vous me parlez de votre luxe et que vous me mettez à même de vous dire là­ dessus ma façon de penser, je ne vous cache pas que je le trouve impolitique et ruineux pour vos États.

Je ne vous connais pas de dettes envers moi à moins que ce ne soit celle de la caisse d’amortissement. Je croyais que vous l’aviez payée; car elle vous l’a fait à terme. Il faut être scrupuleux, et il vaut mieux tenir ses engagements que de faire des présents. Un nommé Morio est venu ici; je ne l’ai pas vu. Il vous a fait du tort par ses propos indiscrets … (plusieurs lignes illisibles)

Ne faites point de folles dépenses. Vous dites que vous implorez mon indulgence; je ne puis juger que par vos actions. Réformez donc vos dépenses de manière à avoir sur votre liste civile de grosses économies. Le roi de Prusse, dans sa plus grande prospérité, n’a jamais mangé plus de 3 millions. Vienne a encore un état de maison qui ne va pas à la moitié du vôtre. De fausses idées de grandeur, une générosité peu réfléchie vous ont fait donner une baronnie à Morio (une ligne illisible) … Si cela est, je puis penser que vous êtes peu désireux de me plaire, et que, faisant peu de cas de mes conseils, je ne dois plus vous en donner.

Je vous ai demandé de me faire connaître l’état exact de vos troupes, afin de faire mes calculs en conséquence.

Je suis fâché d’apprendre que votre santé est mauvaise. Couchez­ vous de nonne heure, et ayez un peu de régime.

 

 Rambouillet, 16 mars 1809

Au comte Maret, ministre secrétaire d’État, à paris

Je suppose que vous donnez quelquefois à dîner aux officiers du grand-duché de Berg qui sont à Versailles, et que vous vous ferez présenter le colonel à son arrivée. Donnez ordre que le 8e régiment d’infanterie soit prêt à entrer en campagne au 15 avril, avec douze pièces attelées et les 8e et 4e escadrons du régiment de cavalerie, qui sont forts de 500 hommes. Il faudra donc que ler et  2e escadron ne partent point de Düsseldorf sans ordre. Les 3e et 4e partiront de Versailles, de sorte que je pourrai avoir à l’armée du Rhin 1,600 hommes d’infanterie, 1,000 chevaux et douze pièces du grand·duché de Berg. Ces douze pièces seront servies par la compagnie du train. On les composera de deux divisions, chacune de quatre pièces de 6 et deux obusiers, total huit pièces de 6 et quatre obusiers.

Il faudra donc que la compagnie du train ait des chevaux suffisants pour les attelages suivants, savoir : 40 voitures d’artillerie à 5 chevaux, compris le haut le pied, total 110 hommes et 200 chevaux. Faites-en la demande au ministre de la guerre. L’artillerie sera prête à Mayence et la prendra à son passage. Prenez des mesures pour l’exécution de ceci. Recommandez que le régiment ait un caisson d’ambulance.

 

Paris, 16 mars 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, je désire que vous fassiez achever sans délai la ligne télégraphique d’ici à Milan, et que dans quinze jours on puisse communiquer avec cette capitale.

 

Paris, 16 mars 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Donnez des ordres sans délai pour qu’il soit mis en construction à Livourne une frégate et un brick. Mon principal but est de donner de l’occupation aux ouvriers du pays, qui sont très-malheureux.

Donnez ordre également qu’il y ait toujours en rade, ou dans le port de Livourne, une frégate ou une grosse corvette comme la Victorieuse, deux bricks et quatre petits bâtiments comme la Flèche ou le Cerf, on autres bâtiments de même espèce; ce qui fera sept bâtiments, Donnez ordre sans délai que cette division se réunisse à Livourne; qu’un commandant du grade au moins de capitaine de frégate la prenne sous ses ordres et soit chargé de la garde et de la police du port, corresponde avec l’île d’Elbe et l’île de Corse, et surveille la côte autant que faire se pourra; il interceptera et saisira les bâtiments qui correspondent avec les Anglais. Les équipages de cette division formeront d’ailleurs un nombre d’hommes qui pourra être utile au maintien de la police à Livourne.

 

Paris, 16 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le 23e léger, qui était en Toscane, a dû y arriver fort de 600 hommes; il doit avoir reçu 300 hommes; 300 hommes par­tant vers la fin de mars du Piémont pour le joindre; ce qui portera ces deux bataillons à 1,200 hommes. Le 22e léger, qui est à Ancône, a dû recevoir 800 hommes; 200 hommes vont partir pour le rejoindre; ces deux bataillons seront donc au complet de 1,600 hommes. Ainsi, au premier événement, ils pourront entrer en ligne. Le 52e va recevoir 300 hommes qui partent de Gênes, le 102e recevra 200 hommes; le 29e de ligne, 100 hommes. Mon intention est donc que la division Miollis vienne à être composée: de quatre bataillons du 62e, 3,000 hommes; de quatre bataillons du 23e léger, 3,000 hommes; de deux bataillons du 22e léger, 1,500 hommes; du 4e bataillon du 101e, 700 hommes; du bataillon du 11e léger, 1,100 hommes, et du bataillon du 6e de ligne, l,200 hommes; ce qui formerait une division de 10 à 11,000 hommes de très bonnes troupes; et le château Saint-Ange serait occupé par le bataillon de la Tour d’Auvergne ou d’Isembourg, par le régiment napolitain, en attendant l’arrivée des autres troupes de Naples. Vous avez mal compris mon intention en réduisant les régiments italiens dont les 3e bataillons sont en Espagne. Je n’ai pas entendu que l’on dut attendre l’arrivée des cadres des 3e bataillons pour former ces bataillons, mais que vous les formeriez dès aujourd’hui, en prenant des sous-lieutenants dans les collèges, des officiers plus avancés, dans votre garde et dans les vélites qui ont fait campagne, quelques-uns même, dans les troupes françaises. Mais il faut, sans délai, exécuter mon ordre, et vous occuper de porter l’armée au grand complet, considérant les cadres des bataillons qui sont en Espagne comme s’ils n’existaient plus. Ainsi je compte qu’au mois de mai, au lieu de la division Severoli, vous me présenterez deux divisions italiennes, chacune de dix ou douze bataillons, et formant au moins l8,000 hommes sous les armes, c’est-à-dire 9,000 hommes chacune, et ayant chacune ses sapeurs, ses outils attelés et ses douze pièces de canon. Levez la conscription, et ne perdez pas un moment pour remplir toutes les places vacantes. Revoyez avec attention les dépôts, et faites partir tout ce qu’il y a de disponible pour les bataillons de guerre.

Je compte qu’au ler avril la division Seras aura 10,000 hommes, y compris ses douze pièces d’artillerie, et un escadron de 200 chevaux; que la division Broussier aura la même force; qu’elles seront, l’une au camp d’Udine, l’autre au camp d’Osoppo, ayant des avant­ postes, celle du général Broussier, sur la Pontebana, celle du général Seras, sur les confins, du côté de Caporetto. Vous mettrez sous les ordres du général Seras une brigade de cavalerie légère de deux régiments, qui couvrira le cours de l’Isonzo, du côté de la Chiusa vénitienne. L’escadron de dragons de la division Broussier, qui sera alors à 200 chevaux, sera suffisant. Vous mettrez dans Palmanova, pour garnison, 1,200 hommes de troupes italiennes, les compagnies d’artillerie el le nombre de sapeurs français qui seront nécessaires, en recommandant la plus grande surveillance. Je suppose que le service de la place de Palmanova se fait avec vigilance, et que les portes ne s’ouvrent pas la nuit. La division Grenier sera le 1er avril à Conegliano, Pordenone et Sacile, ayant ses douze pièces de canon, et s’étendant dans les pays sains, de la gauche, pour y vivre plus commodément. .Je suppose qu’alors tous les détachements auront rejoint, et que cette division m’offrira au moins 9,000 hom­mes. La division Barbou, qui sera de 10,000 hommes et de vingt­ quatre pièces de canon, occupera Trévise et tous les villages le long de la Piave, en remontant du côté de Feltre et de Bassano. La divi­sion Lamarque, hormis le 112e, qui est encore nécessaire en Toscane, et qui sera complétée à 6,000 hommes, douze pièces de canon, sera placée à Vérone et le long de l’Adige. Les Italiens, qui seront à la division italienne composée de 12,000 hommes, seront à Vicence, Padoue, etc. Vous aurez donc sur la gauche de l’Adige 60,000 hommes d’infanterie, 10,000 hommes de cavalerie, 708 pièces d’artil­lerie attelées, formant un fonds d’armée de plus de 80,000 hommes. Vous manderez, dans une lettre chiffrée et par un officier intelligent, ces dispositions au général Marmont. Vous lui ferez connaître que le duc de Danzig commande 49,000 Bavarois réunis entre Munich et Passau; que le prince Poniatowski commande 30,000 Polonais qui sont campés sur la Vistule, menaçant Cracovie; que le prince de Ponte-Corvo commande l’armée saxonne devant Dresde; que le duc d’Auerstaedt est à Bayreuth avec un corps de 80,000 Français; que le duc de Rivoli est à Ulm et à Donauwoerth avec un corps de 60,000 hommes; que le général Oudinot a un corps d’élite de 40,000 hommes à Augsbourg et sur le Lech; que les Russes marchent sur l’Autriche, qui parait avoir fait des armements considérables, qui, fière des grands rassemblements qu’elle a armés, semble courir à sa perte; que je compte sur son activité, sans lui rien prescrire de positif, pour battre ce qu’il a devant lui et ne pas se laisser masquer par une poignée de (mots manquants) et, comme il est probable que les armées resteront en présence pendant tout le mois d’avril, je compte que l’armée d’Italie sera renforcée alors de 6,000 Italiens et de la division Miollis; ce qui portera l’armée sous vos ordres à 90,000 hommes.

J’ai ordonné que le briquet fût supprimé dans la compagnie de grenadiers et de voltigeurs et qu’on y substituât des outils; que les sapeurs et canonniers portassent au baudrier, en guise de sabre, la 1e escouade de chaque compagnie, des haches; la 2e, des pics­-boyaux; la 3e, des pioches, et la 4e, des pelles. Mon intention est d’étendre cette mesure à toute l’armée et de supprimer ainsi une arme aussi inutile que le briquet.

 

Paris, 16 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, par la lettre que je vous ai écrite ce matin, je vous ai fait connaître que je pensais qu’il fallait, dans les premiers jours d’avril, faire prendre position aux divisions Seras et Broussier, avec deux régiments de cavalerie légère, dans le Frioul ; à la division Grenier, à Conegliano, Sacile et Pordenone ; à la division Barbou, à Trévise, en s’étendant jusqu’à Bassano ; aux divisions italiennes, à Padoue et à Vicence. Et au corps de la division Lamarque à Vérone, hormis le 112e, qui est encore nécessaire en Toscane. Vous rapprocherez également la cavalerie ; cependant il ne faudrait pas trop tôt faire renchérir les fourrages. Mon intention est bien de ne faire aucun mouvement pendant avril, el tout me porte à penser que les Autrichiens, de leur côté, réfléchiront au précipice où ils vont s’engouffrer; la Russie marche contre eux. Toutefois il faut se tenir prêt et parler haut. Il ne serait pas hors des choses bien possibles (mais ceci est pour vous seul) que, dans le courant d’avril, je ne partisse comme un trait pour aller passer huit jours dans le Frioul voir toutes ces troupes qui doivent être belles, et m’en revenir ensuite à Paris.

Vous pourrez déroger à la lettre de cet ordre en laissant, si vous le jugez convenable, une partie des divisions italiennes à Montecchiaro.

Je crois vous avoir ordonné, il y a quelques années, d’aller faire une reconnaissance jusqu’à la Chiusa vénitienne, et d’y bien voir les routes qui débouchent de là par la gauche sur le Tyrol, et par la droite sur la vallée de l’Isonzo. Si vous n’avez pas encore fait cette reconnaissance, il serait peut-être convenable de la faire. Je vous ai ordonné des fortifications de campagne sur le Tagliamento. Peut-être faudrait-il faire aussi quelques petits ouvrages sur les hauteurs du côté de la Carinthie; par exemple, si la Chiusa vénitienne pouvait, en très-peu de temps et à peu de frais, être mise à l’abri d’un coup de main, ce serait une chose utile à faire.

Il faut penser à l’administration; la méthode de se nourrir par des marchés devient impraticable lorsque beaucoup de troupes se con­centrent. Il faut alors avoir recours à des réquisitions dans le pays, et faire venir en même temps des pays voisins une grande quantité de subsistances, à un prix fait et par des réquisitions légalement imposées; c’est le meilleur moyen. Padoue, Venise, Bassano et Vérone sont des pays riches; les transports devront se faire facilement du Pô et de l’Adige jusqu’à Palmanova. Dans ces circonstances, il faut aider au trésor en faisant des réquisitions à un prix modéré. C’est ainsi qu’on en use dans tous les pays du monde. Moi-même, j’ai été obligé d’employer ce moyen en Alsace quand toute mon armée y était rassemblée; je requérais alors une certaine quantité d’approvisionnements par préfecture, et je fixais le payement à un prix raisonnable.

Je désire que vous pensiez aussi à organiser l’espionnage; il doit se faire à la fois par la Valteline, par Venise et Trieste, et par la Carinthie. Mettez quelqu’un à la tête de cette partie; ayez un homme intelligent et adroit qui suive constamment tous les rapports, et qui accompagne partout et se procure partout des espions.

 

Paris, 16 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 7 mars. Je ne conçois pas comment la solde est arriérée. J’ai cependant beaucoup d’argent à Bayonne; comment le payeur général ne le fait-il pas passer ? Il faut que ce payeur soit un imbécile.

Je donne des ordres. Tout est à la guerre. La Russie est avec moi contre l’Angleterre, l’Espagne (soi-disant), l’Autriche et la Turquie.

 

Paris, 16 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au roi de Naples de faire partir de Naples le général de brigade Valentin avec les demi bataillons du 23e léger, forts de 1,500 hommes; les trois bataillons du 62e de ligne, forts de 2,200 hommes; six pièces d’artillerie servies par une compagnie d’artillerie française, et attelées, s’il n’y a pas assez d’attelages français, par des attelages napolitains; et un bataillon entier du régiment de la Tour d’Auvergne ou d’Isembourg, fort de 800 hommes; total de la brigade française, 4,600 hommes, en recommandant que les compagnies de grenadiers et voltigeurs et les chefs de bataillon se trouvent à tous ces régiments. Un des deux régiments d’infanterie napolitains et deux escadrons de cavalerie napolitains, formant 300 hommes à cheval, partiront avec cette brigade sous les ordres d’un adjudant commandant et en feront partie. Un officier supérieur et un capitaine d’artillerie, deux officiers du génie et deux commissaires des guerres y seront attachés. Cette brigade, forte de 6 à 7,000 hommes, devra être rendue à Rome cinq jours après la réception du présent ordre, c’est-à-dire dans les premiers jours d’avril.

 

La Malmaison, 16 mars 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

J’ai reçu votre lettre du 28 février avec les pièces qui y étaient jointes. Plusieurs courriers de M. de Champagny ont dû vous porter le résumé de la conversation de ce ministre avec M. de Metter­nich et la copie de la note qu’il lui a passée quelques jours après.

Voici la situation des choses dans ce moment. L’Autriche a reçu de l’argent par Trieste; cet argent ne peut venir que d’Angle­terre. L’Autriche fomente la Turquie; elle a couvert de ses troupes la Bohême, l’Inn, la Carinthie, la Carniole. Il est impossible que l’empereur ne soit pas instruit par Vienne de toutes les folies qu’on fait en Autriche. M. de Champagny vous envoie la copie en allemand de la proclamation du prince Charles, qui équivaut à une déclaration de guerre. Cependant le langage de M. de Metternich est toujours paisible, et il n’a encore fait aucune déclaration. Des agents subalternes ayant sondé le cabinet de Vienne, pour savoir s’il y aurait quelque chose à craindre pour la maison régnante de Saxe, la guerre venant à être déclarée, au lieu de répondre qu’il n’y avait pas de signe de guerre, on s’est empressé d’assurer que le roi de Saxe et sa famille n’avaient rien à redouter, et qu’ils seraient respectés. Vous voyez que, depuis le 28 février, les choses ont beaucoup empiré.

M. de Romanzoff doit être arrivé depuis longtemps à Saint­-Pétersbourg. Il y aura apporté une opinion conforme à la mienne. Je ne pense pas à attaquer; mais, dans la circonstance actuelle, je crois qu’il est important de prendre des mesures pour que les troupes russes fassent un mouvement et que le chargé d’affaires russe à Vienne soit rappelé, si les Autrichiens dépassent leurs fron­tières. Il faut que cet ordre soit connu de M. de Schwartzenberg, et qu’il soit notifié à Vienne. Le ministère autrichien est persuadé que la Russie ne fera rien et qu’elle restera neutre dans cette guerre, quand même elle la déclarerait. Vous sentez combien cela serait contraire à l’honneur de la Russie et funeste à la cause commune.

Voici ma position militaire. L’armée saxonne est réunie autour de Dresde, et le prince de Ponte-Corvo doit y être rendu pour en prendre le commandement; le duc d’Auerstaedt a son quartier général à Würzburg, et son corps d’armée occupe Bayreuth, Nuremberg, Bamberg; le corps d’Oudinot est sur le Lech; le duc de Rivoli a son corps cantonné autour d’Ulm. Les Wurtembergeois sont à Neresheim ; les Bavarois sont à Munich, Straubing et Landshut; le général du génie Chambarlhac est à Passau, où il fait une tête de pont pour assurer le passage de l’Inn; on travaille à fortifier les places de Kufstein, Kronach, Forchheim ; les Polonais doivent se réunir sous Varsovie et le long de la Pilica; les dépôts se rem­ plissent de tous côtés.

Aucune communication officielle n’est faite ici, et il n’y à encore rien de raisonnable d’imprimé, parce qu’on se tait jusqu’au dernier moment. L’opinion du sieur Dodun, mon chargé d’affaires à Vienne, et de la plupart des personnes qui sont dans cette ville, est que l’Autriche sera entraînée outre mesure, et qu’il n’est plus en son pouvoir de s’arrêter, et que, si la guerre peut être évitée, ce n’est que par l’aspect formidable des forces de la Russie, qui ôte à ces gens-là jusques à l’idée de la possibilité d’une chance en leur faveur. Un général autrichien s’est embarqué à Trieste pour aller à Londres concerter les opérations.

Dans cette situation de choses, il faut prévoir deux cas : 1° Si l’Autriche attaque,il n’y a pas de note à faire; le chargé d’affaires russe doit quitter Vienne et les troupes russes entrer sur-le-champ en Galicie et menacer d’attaquer la Hongrie, pour contenir ce côté-là. S’il fallait juger par sa raison, tout porte à penser que l’Autriche n’attaquera pas légèrement, voyant le nombre de troupes françaises qui inondent l’Allemagne et qu’elle ne croyait pas voir revenir si promptement. Cependant, ce cas, il faut le prévoir, et envoyer des instructions aux agents respectifs à Vienne. L’idée que la légation russe partira sur-le-champ peut être une raison de retenir l’humeur guerrière de la faction qui domine. Le second cas, c’est que les choses restent dans la situation actuelle pendant les mois d’avril et mai, et qu’on puisse, pendant cet intervalle, négocier. Dans ce cas, la note que propose de remettre l’empereur de Russie me paraît bonne.

 

Paris, 16 mars 1809

NOTE POUR M. DE CHAMPAGNY
Ministre des relations extérieures

L’Empereur désire que M. de Champagny lui fasse con­naître de quelle date est la publication de la brochure de Collin intitulée: « Chants patriotiques pour les défenseurs de l’Autriche ».

 

Paris, 17 mars 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur Dejean, il ne faut garder aucun prisonnier espagnol à Bayonne, ni à Bordeaux. Donnez ordre que tous ceux qui s’y trouvent se rendent à Saintes et à Angoulême. Prenez des mesures pour qu’aucun prisonnier espagnol ne passe par Bordeaux.

 

Paris, 17 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre par l’estafette de ce soir au duc de Valmy de faire évacuer sans délai tous les prison­niers espagnols qui se trouvaient à Bayonne, Bordeaux, Pau sur Angoulême et Saintes. Surtout que 24 heures après la réception de votre ordre, il n’y en ait pas un seul à Bordeaux. Ils empestent la ville sans raison.

 

Paris, 17 mars 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les marins de ma Garde, dans la dernière campagne, ont fait le service que doit faire le 1er corps. Je désire un rapport sur les officiers des marins de ma Garde, et sur les lieux où se trouvent les différents détachements; ils ont l’habitude de ce service; il faut en mettre le plus qu’il sera possible dans le bataillon de la flottille, et réduire le bataillon de matelots de la Garde à 140 hommes. Pour le service de ma Garde une compagnie est suffisante.

Il est un autre point où la marine est nécessaire, c’est à Venise. Si cette place venait à être assiégée, il me faudrait un contre-amiral et un certain nombre d’officiers, canonniers, ingénieurs et contremaîtres, pour les employer à la défense de cette place importante. Vous connaissez Venise; vous savez que sa défense consiste principalement dans le mouvement de chaloupes canonnières, radeaux et autres petits bâtiments armés : sans doute que la marine italienne servirait très-bien dans cette circonstance; cependant, comme il y aura beaucoup de troupes françaises, je ne puis lui abandonner une partie si importante de la défense.

Il me faudrait à peu près le cadre d’un équipage de la flottille, en officiers et sous-officiers, quelques compagnies de canonniers de la flottille, dont on compléterait le cadre par des patrons et matelots du pays. Faites-moi un rapport sur cette idée.

Supposez-vous chargé de la défense de Venise. Dans mes dernières campagnes d’Italie, j’ai eu toujours un officier français et 100 marins sur le lac de Garda, qui est bien moins important que Venise, et ils m’ont été assez utiles.

 

Paris, 17 mars 1809

A Alexandre, pince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, écrivez au maréchal Jourdan et au duc de Valmy et aux différents officiers généraux qu’ils doivent correspondre désormais avec le ministre de la guerre, puisque vous êtes nommé major-général des armées d’Allemagne. Réitérez l’ordre que tout ce qui est à Santander et à Bilbao, appartenant au ler et au 2e régiment provisoire de Bayonne, rejoigne ses corps respectifs.

 

Paris, 17 mars 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant l’armée du Rhin, à Erfurt

Mon, je reçois votre lettre du 12; je donne ordre au ministre du trésor public d’assurer les fonds, non-seulement pour le remplacement des valeurs qui ont été protestées, mais encore, d’avance, pour le service de mars, d’avril et de mai. Cette exactitude est nécessaire afin que, si quelque valeur était protestée ou s’il survenait quelque embarras, on eût toujours le temps de remplacer. Je suppose que vous pourvoyez à la solde du corps d’Oudinot; il est très-important que ce service ne manque pas d’un jour. Le corps du duc de Rivoli s’appelle Corps d’observation de l’armée du Rhin ; il sera réuni le 20 à Ulm. Le ministre du trésor pourvoira directement à la solde de ce corps; l’armée du Rhin n’a rien à voir là. Faites armer et approvisionner les forts de Kronach, Forchheim et de Bamberg. Je suppose que votre quartier général sera déjà rendu à Würzburg. Faites approvisionner cette citadelle. Le duc de Danzig doit être arrivé le 20 à Munich. Le 105e de ligne et le 8e de hussards  arrivent, à ce qu’il me semble, vers les premiers jours d’avril. Suivez la direction de ces troupes, afin que, s’il survenait quelques changements, vous puissiez les détourner de leur route, et qu’il ne puisse pas leur arriver de malheurs. Envoyez, par un courrier extraordinaire, ordre au 72e de changer de route à Wittenberg, où il arrivera le 23, et de se diriger sur Würzburg. Tout ce qui vient derrière, sapeurs, canonniers, escadrons du 7e, qui suivent cette route, changeront également de direction à Wittenberg, et, au lieu d’aller sur Magdeburg, viendront sur Würzburg. Donnez ordre à tout ce qui appartient à la division Saint-Hilaire, cavalerie, infanterie, sapeurs et artillerie, qui le 18 seront à Magdeburg, de se mettre en marche pour Würzburg. Le 10e d’infanterie légère, le 3e de ligne, le 72e, le 57e et le 105e, le 8e de hussards, le 16e et le 12e de chasseurs, le matériel d’artillerie, auront tous leur mouvement sur Würzburg. Vous ne leur donnerez pas de séjours, et vous ferez faire à toutes ces troupes des marches raisonnables, afin d’activer­ leur réunion. Je préfère que cette réunion se fasse plutôt sur Würzburg que sur Bamberg, parce que la route est plus à droite et plus éloignée des frontières. Je désire donc que vous ayez une division à Bayreuth, une à Nuremberg, une à Bamberg; que la cavalerie légère de votre ancien corps d’armée garde les débouchés de la Bohême; que la division Saint-Hilaire se réunisse d’abord à Würzburg, d’où on pourra l’envoyer entre Nuremberg el Ratisbonne, ainsi la cavalerie du général Montbrun et la grosse cavalerie de Nansouty; tout cela sur la droite, de sorte que, s’il ne survient pas de changements, la gauche de votre armée soit sur Bayreuth et la droite le Danube. En cas d’évènement, c’est sur la droite qu’il faut se porter pour se joindre aux Bavarois, aux Wurtembergeois, au corps général Oudinot et à celui du duc de Rivoli. Faites-moi connaître quand la division Saint-Hilaire sera arrivée. Le parc général sera réuni à Würzburg. Ne tenez à Bayreuth que peu de malades. A tout évènement, les places de Forchheim, de Bamberg el de Würzburg peuvent contenir les embarras de l’armée. Je désire que vous fassiez établir un hôpital à Forchheim et que le général qui est à Bayreuth y envoie sans affectation ses malades. Je désire également un hôpital à Bamberg. Écrivez au général Saint-Hilaire qu’il abrége la marche de ses troupes; qu’il n’est plus question de se porter sur Magdeburg, mais bien de se diriger tous sur les positions que je vous ai indiquées. Donnez ordre que tout ce qu’il y a des transports militaires en Hanovre soit dirigé sur Würzburg. Envoyez savoir quand la division Dupas arrivera à Hanovre. J’ai donné ordre au prince de Ponte-Corvo de se rendre à Dresde. Vous donnerez ordre aux grenadiers et voltigeurs du 22e de se rendre à Magdeburg. Vous ordonnerez également à tous les détachements du 22e, faisant partie des quatre bataillons de marche, ou des bataillons de marche des 40e bataillons, de se rendre aussi à Magdeburg, de sorte qu’il y ait dans cette place un bataillon de 500 à 600 Français. Écrivez au roi de Westphalie pour que, de son côté, il mette dans cette garnison ses troupes les plus sûres. Le 19e d’infanterie de ligne a 700 hommes qui arrivent le 22 mars à Mayence. J’ai donné ordre que cette troupe fût dirigée sur Würzburg. A son arrivée, placez-la en garnison dans la citadelle, où elle restera jusqu’à ce que je donne des ordres pour qu’elle rejoigne son corps.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous savez qu’on manque toujours de souliers à la guerre. Il est convenable que vous preniez des mesures pour avoir vingt-cinq mille paires de souliers à Palmanova, vingt-cinq milles paires à Mantoue, vingt-cinq mille paires à Venise, et vingt-cinq milles paires à Milan. Vous ferez faire l’avance de ces cent mille paires de souliers par le ministre de la guerre d’Italie, et vous prendrez toutes les mesures pour qu’elles soient de très-bonne qualité; car il vaut autant ne rien avoir que d’avoir de mauvais souliers, et vous aurez soin que ces souliers soient placés aux dépôts et ne soient distribués que sur votre ordre et dans les revues que vous passerez. Dans les distributions que vous en ferez, les corps devront toujours les payer. Lorsque vous passerez la revue des corps, si les hommes n’ont qu’une paire de souliers dans le sac et une aux pieds,  vous leur en ferez donner une troisième paire, dont vous ordonnerez la retenue sur la masse de linge et chaussure. Moi-même, si je vais en Italie, j’accorderai aux corps une paire de souliers en gratification, et je la ferai payer par le trésor de France. Ainsi le trésor italien ne supportera aucune charge pour cet objet. Indépendamment de cela, écrivez aux dépôts qui sont dans la 27e et la 28e division militaire et dans les 7e et 8e, pour qu’ils aient à envoyer à leurs corps, en Italie, une certaine quantité de souliers, pour entretenir la chaussure.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, dans le premier état de situation que vous m’enverrez, faîtes mettre à la division Barbou le nom des majors qui commandent les régiments. Il manque là un général de brigade. Cette division doit avoir vingt-quatre pièces de canon, six par brigade; vous en savez la raison, c’est pour que, si elle se réunissait à l’armée de Dalmatie, elle pût lui en fournir. La le brigade, composée des 8e et 18e légers, doit avoir plus de 3,200 hommes sous les armes; il faut avoir soin que les régiments aient leur major, commandant deux bataillons. La 2e brigade ne sera que de 2,700 hommes. La 3e, composée des 23e et 60e, doit être de 3,000 hommes; la 4e, de 3,000 hommes; ce qui fera, pour la division, 12,000 hommes. Indépendamment de tout ce qui était parti, beaucoup d’hommes partent dans le courant de mars. La division Miollis, composée de quinze bataillons, sera de plus de 10,000 hommes. Ainsi, vers le 1er mai, vous aurez plus de 60,000 hommes français sur la gauche de l’Adige, deux divisions italiennes, fortes de 20,000 hommes, 13,000 hommes de l’armée de Dalmatie; en tout, 93,000 hommes d’infanterie. Alors il faudra partager la division italienne. Faites-moi connaître à qui l’on pourra confier la 2e division. 2,000 hommes de la Garde, que l’on pourra mettre en ligne, porteront l’infanterie de l’armée d’Italie à 95,000 hommes. La cavalerie sera composée de cinq régiments de cavalerie légère, formant 4,500 hommes, de cinq régiments de dragons, formant 500 hommes, total, 9,000 hommes; ce qui, avec 1,000 hommes de cavalerie italienne, 200 hommes du 24e de dragons et 600 chevaux de la Garde, fera 11,000 chevaux. Les régiments français, au lieu de 9,000 hommes, devraient m’offrir 10,000 hommes. Il me semble que les hommes ne manquent pas. Pressez de tous vos moyens la remonte et l’équipement.

En comptant 6,000 hommes d’artillerie, de sapeurs français et italiens, j’aurai donc 112,000 hommes sur cette frontière. Indépendamment de cela, j’ai ordonné qu’on formât cinq régiments de réserve : un, composé de deux compagnies des 5e bataillons de neuf régiments qui ont leurs dépôts en Italie, formant dix-huit compagnies, de 2,500 hommes; le 2e, composé des compagnies des neuf régiments italiens; ce qui formerait une brigade de 5,000 hommes, qui sera prête vers la fin d’avril. Ces régiments seront composés de conscrits de 1810. Ils pourront très-bien se former au camp de Montecchiaro. Cette brigade aurait pour principal but de pouvoir être portée sur Venise et sur les places, pendant que l’armée irait en avant. Trois autres régiments provisoires seront composés des 5e bataillons des régiments de l’armée de Dalmatie et de Naples; ils formeront, sur la fin d’avril, à Alexandrie, une réserve qui sera destinée, à se porter sur la Piave pendant que l’armée marcherait en avant.

Il faut s’occuper sérieusement de l’armement de Venise, en faisant d’abord armer les forts en bois que les Autrichiens avaient faits, en demandant aux constructeurs le genre de bâtiment qui convient à la défense de la ville. J’attends votre réponse pour envoyer à Venise le contre-amiral français avec quelques officiers de marine, pour être maître de la police et organiser la défense de la place, qui doit consister principalement en canonniers, en radeaux armés et autres bâtiments de cette espèce. Il faut surtout penser à l’armement de Brandolo et de Malghera. Voyez dans quelle situation se trouvent les barques de Peschiera, afin d’en avoir une qui navigue dans le lac, et s’il n’y en a pas, en faire passer de Venise, pour être maître de ce lac; ce qui importe essentiellement si l’on était acculé sur l’Adige.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’avais destiné sur les fonds du jeu des sommes assez considérables pour l’embellissement de Milan et de Venise. Je désire faire des changements au budget de cette année, ayant mis de fortes sommes à votre disposition pour les frais d’espionnage.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai ordonné que le général de brigade Valentin partit de Naples pour se rendre à Rome avec les 2 bataillons du 23e léger, forts de 1,500 hommes; les 3 bataillons du 62e de ligne, forts de2,200 hommes; un bataillon d’Isambourg ou de la Tour d’Auvergne, fort de 800 hommes; 6 pièce d’artillerie, servies par une compagnie d’artillerie française; un régiment napolitain de 1,500 à 1,800 hommes; un escadron napolitain de 300 chevaux; ce qui fera une brigade de prés de 7,000 hommes. Cette brigade devra être rendue à Rome le 1er avril et sera sous les ordres du général Miollis. Vous ordonnerez au 4e bataillon du 62e, qui doit être à Rome, de se réunir aux trois premiers bataillons; ce qui fera un beau régiment de 4 bataillons et au complet de près de 3,000 hommes.

 

Paris, 17 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, je reçois vos notes sur les différents généraux qui commandent mon armée d’Italie. Je désire que vous envoyiez le général de brigade Pouchin à Ancône, où il sera sous les ordres du général Lemarois jusqu’a ce que je dispose de celui-ci, soit que je le rappelle en France, soit que je le rappelle à Rome, comme vous l’y destinez; mais il est nécessaire que le général Pouchin reste quelque temps à Ancône pour avoir les moyens de connaître le pays. Il faut, à Venise deus généraux de brigade. Chargez le général Jalras, qui est à Rome, du commandement du château Saint-Ange. Le général Page n’est pas dans le cas de commander une brigade de dragons; il faut le  charger des dépôts de cavalerie. Il est bon d’avoir ainsi quelques vieux généraux qui sont très-bons pour ces commandements. Lorsque l’armée aura passé le Tagliamento, je suppose que vous placerez vos dépôts sur la Piave. J’ai donné au général Scalfort sa retraite, puisqu’il l’a demandé. Si le général Herbin la demande aussi, faîtes-m’en le rapport, et je la lui enverrai. Laissez le général Baraguay-d’Hilliers à Venise, car Pascalis est un homme bon à avoir aux dépôts pour correspondre sur les derrières d’une armée. Vous avez du recevoir différents décrets pour organiser le service à la place de Palmanova et nommer un commandant en second des officiers d’artillerie et du génie, etc. Il faut s’occuper de Venise; la prudence veut qu’on prévoie les choses de loin et qu’on ne laisse aucun embarras pour les derniers moments. Il me semble que vous pouvez donner le commandement de l’artillerie de cette place au général Boucher, qui, étant peu propre à un service actif, sera mieux placé là. Il faut à Venise un général de division-gouverneur (le général Baraguay-d’Hilliers pourra rester si je n’envoie personne); deux généraux de brigade, un chargé spécialement de la défense du littoral du côté de la mer, un autre de Brandolo, et un troisième chargé de tout le littoral du côté de la mer; un adjudant-commandant chef d’état-major; un officier supérieur directeur d’artillerie, avec le nombre d’officiers d’artillerie nécessaire, italiens ou français, pour le service de cette immense artillerie, et un chef de bataillon chargé du matériel; un officier supérieur du génie et un directeur du parc; de manière que ces officiers et les gardes-magasins soient établis et ne changent plus, et qu’ils aient plusieurs mois pour préparer l’organisation du siège. Je vous ai donné deux généraux de brigade de plus, le colonel Roussel, du 106e, que j’ai nommé général de brigade, et le général Valentin, qui arrive de Rome. J’ai fait donner l’ordre au général de brigade Pouget, qui commande à Parme, de se rendre à Milan. C’est un ancien général qui doit avoir le désir d’être général de division, et que vous pourrez employer à la division Barbou. Donnez l’ordre au général e brigade Pouget, qui commande à Parme, de se rendre `Milan. C’est un ancien général qui doit avoir le désir d’être général de division, et que vous pourrez employer à la division Barbou. Donnez l’ordre au général Quétard de rendre à Parme pour les remplacer.

 

Paris, 17 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, toutes mes troupes doivent évacuer Magdeburg, hormis quelques dépôts et le 4e bataillon du 22e. Envoyez là de vos troupes; les plus sûres, afin que vous soyez tranquille sur la possession de ce poste important. J’attends un état de situation de vos troupes, afin de vous indiquer la manière de les placer pour contenir les pays entre l’ l’Elbe et le Rhin.

 

Paris, 17 mars 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale en date du 16 février. Vous connaissez mes sentiments pour vous, et ils vous sont garants du prix que j’attache aux témoignages d’intérêt que vous me donnez à l’occasion du succès de mes armes en Espagne. J’accepte avec plaisir l’offre que vous me faites de mettre sur pied la totalité de votre contingent en Allemagne, et je vous invite à donner des ordres pour qu’il soit réuni à Mergentheim, avant la fin mars, au nombre de 4,000 hommes présents sous les armes. J’aime à vous rappeler, dans cette circonstances, l’expression des sentiments d’estime et d’affection que je vous ai voués.

 

Paris, 17 mars 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Mon Frère, j’ai destiné le corps d’armée de Votre Majesté à former une réserve particulière. J’ai nommé pour le commander le général Vandamme, que vos troupes ont déjà connu en Silésie dans la dernière guerre. Il sera le seul Français, et il recevra directement les ordres du major général. Je suppose qu’il ne sera pas désagréable au général auquel Votre Majesté a destiné le commandement de ses troupes de servir sous les ordres de cet officier, qui est un très-ancien général et un homme d’expérience. Les troupes de Votre Majesté ne pourraient pas rendre tons les services qu’elles sont appelées à rendre, si elles n’étaient: pas sous les ordres d’un général français, devant se trouver souvent dans le cas d’agir de concert avec les divisions françaises ; et, pour leur avantage même, soit pour les quartiers, soit pour la nourriture, soit pour les autres détails de cette espèce, il est convenable qu’elles aient un chef français.

P. S. Je reçois, au moment même, la lettre de Votre Majesté du 13. J’ai peine à croire que l’Autriche se décide à attaquer. Le cas échéant, je ne pense pas qu’elle puisse être prête avant la fin du mois d’avril. Quelques troupes se remuent facilement, mais le mouvement de 15 à 20,000 chevaux, d’artillerie, de transport, etc., ne peut pas se faire dans un jour. Au 1er avril, j’aurai 80,000 Français réunis à Würzburg, Bamberg et Bayreuth, 60,000 entre Ulm et Augsbourg; les contingents de la Confédération, qui seront réunis au 20 mars, recevront sur-le-champ l’ordre de marcher; ce qui fera une armée de 200,000 hommes qui se réunit sur un seul point, indépendamment du corps du prince de Ponte-Corvo et de l’armée saxonne qui campe autour de Dresde, et du corps polonais qui menace Cracovie, indépendamment enfin de mes armées d’Italie et de Dalmatie, fortes de 120,000 hommes présents sous les armes, et composées de troupes qui ne se sont pas battues depuis 1805 et qui, même alors, ont eu peu l’occasion de se battre, qui campent sur les frontières de la Carinthie et sur l’Isonzo.

L’Autriche aura donc affaire à 400,000 hommes. Que Votre Majesté ajoute à cela 60,000 Russes campés sur les frontières de la Galicie, et que l’empereur Alexandre, par sa lettre du 1er mars, me renouvelle l’assurance qu’à la première attaque de l’Autriche il partira pour venir à ma rencontre à la tête de ses troupes. Il l’a dit aux Autrichiens; il l’a déclaré à M. de Schwarzemberg. Cependant, pour mettre Votre Majesté au fait de tout ce qui se passe, je lui envoie, mais pour elle seule, la lettre que j’ai écrite d’Erfurt à l’empereur d’Autriche. Elle doit avoir sous les yeux le récit de la conférence qui a eu lieu entre mon ministre des relations extérieures et M. de Metternich et la note que le premier a adressée à cet ambassadeur. Mon histoire avec la Maison d’Autriche est celle du Loup et de l’Agneau, et Votre Majesté trouvera qu’il serait par trop plaisant qu’on voulût, dans tout ceci, nous faire jouer le rôle de l’Agneau. Après cela, on ne peut plus faire usage de sa raison; il faut s’attendre à toutes les folies et à toutes les extravagances imaginables. Je pense que l’erreur de la Maison d’Autriche vient de ce qu’ils se sont imaginé que, pour lutter contre eux, j’avais besoin de faire revenir mes armées d’Espagne, me regardant sans doute comme assez imprévoyant pour livrer l’existence de mes alliés à leur bonne foi. Indépendamment de ces ressources, j’ai 80,000 hommes de la dernière levée qui, à la fin d’avril, pourront entrer en campagne, et je n’attends que de voir les choses se décider pour faire publier les pièces de cette affaire, convaincre mes peuples de tout mon bon droit, et en profiter pour appeler 150,000 hommes des conscriptions des années arriérées. Je prie Votre Majesté de m’instruire, directement et par courrier, de tout ce qu’elle apprendrait.

 

Paris, 18 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, pressez le sieur Bacher pour que le régiment de Nassau et la compagnie d’artillerie et de sapeurs que doit fournir cette Maison, la compagnie de sapeurs que doit fournir le grand-duc de WÜrzburg, le régiment n° 4 des Maisons ducales de Saxe, les compagnies d’artillerie et de sapeurs qu’elles doivent fournir, le régiment n° 5 des Maisons de Lippe et d’Anhalt, et le régiment n° 6 des Maisons de Schwarzburg, Reuss et Waldeck, se réunissent le plus tôt possible à Würzburg, où le général de division Rouyer, qui parle allemand, se rend pour en prendre le commandement. Engagez le grand-duc de Hesse-Darmstadt à presser le départ et la parfaite organisation de son contingent.

 

Paris, 18 mars 1809

Au comte Maret, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur Maret, j’avais demandé un avis au Conseil d’Éat sur la vente des canaux. ; écrivez à M. Treilhard qu’il fasse passer cette affaire à la séance de mardi prochain.

Dans mon voyage du retour de Bayonne, j’ai passé par Blois et Tours.  J’avais projeté plusieurs choses à faire dans ces villes; vous ne m’avez jamais remis cela sous les yeux.

Faites insérer successivement dans le Moniteur tous les décrets que je prends pour l’établissement de dépôts de mendicité.

 

Paris, 18 mars 1809

Au comte de Montalivet, conseiller d’état, directeur général des Ponts et Chaussées, à Paris

La route de la Spezia à Parme est très-importante, puisque c’est la seule pour communiquer avec la Toscane sans quitter le territoire français. Les projets devaient m’être remis avant le 1er octobre 1808. Vous n’en avez encore rien fait. Rendez-moi compte de l’exécution de mon décret du 5 juillet 1808, et faîtes-moi connaître quand cette route sera commencée et terminée.

 

Paris, 18 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général, à Paris

Mon Cousin, vous connaissez l’organisation de l’armée bavaroise, l’armée saxonne, de l’armée westphalienne, de l’armée polonaise, du corps de Wurtemberg et des divisions de Bade et de Hesse-Darmstadt. Voici l’organisation de la 3e division du corps d’armée des Princes réunis. Le sieur Fain, qui a fait pour moi un état de l’armée de la Confédération, vous en fera une copie; faites-la lui demander. Vous la rectifierez, et, d’ici à quelques jours, vous me remettrez ce livret, corrigé et mis en ordre. Écrivez, en attendant, au duc d’Auerstaedt que le corps des Princes réunis se rassemble à Würzburg, et que j’ai nommé le général de division Rouyer pour les commander. Ce corps sera composé : d’une brigade de Nassau, formée du régiment n° 1 , qui est en Espagne; du régiment n° 2, qui sera de deux bataillons de six compagnies chacun, et de 1,680 hommes; du régiment n° 3 de Würzburg, qui est en Espagne; du régiment n° 4 des Maisons ducales de Saxe, de trois bataillons chacun de six compagnies, chaque compagnie de 140 hommes, total 2,520 hommes; du régiment n° 5 des Maisons de Lippe el d’Anhalt, de 1,680 hommes; d’un régiment n° 6 des Maisons de Schwarzburg, Reuss et Waldeck, formant deux bataillons de 1,500 hommes. Cette division aura donc de 7 à 8,000 hommes d’infanterie. Je vais y envoyer deux généraux de brigade français, parlant allemand. Mais, en attendant, le général Rouyer doit la former. A cette division seront jointes deux compagnies d’artillerie, l’une de Nassau et l’autre des Maisons ducales, trois compagnies de sapeurs, l’une de Nassau, de 140 hommes, une de Würzburg, de 130 hommes, et l’autre des Maisons ducales, de 150 hommes; ce qui portera cette division à 9,000 hommes. Donnez des ordres au duc d’Auerstaedt pour qu’il presse l’arrivée et l’organisation de tous ces corps.

 

Paris, 18 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Marin

Mon Fils, je vous envoie un croquis qui vous fera connaître comment je pense que devrait être arrangée la tête de pont du Tagliamento. Les quatre redoutes seront faîtes après. Il faut s’occuper actuellement de la tête de pont proprement dite, et y faire travailler avec la plus grande activité. II est nécessaire d’avoir dans les fossés de cette espèce de pentagone un bon filet d’eau; c’est l’important. Avec quelques palissades on mettra cet ouvrage à l’abri d’un coup de main. Aussitôt que cet ouvrage sera avancé, faites construire quatre baraques en bois pour les vivres, l’artillerie, et pour loger la troupe.

Un ouvrage comme celui-ci doit être terminé en un mois, et 400 hommes doivent y être à l’abri de toute attaque, en admettant la possibilité de dériver du Tagliamento un bon filet d’eau.

On fera immédiatement après la lunette de la rive droite du Tagliamento, et on fera successivement les quatre lunettes de camp retranché. Il ne vous échappera pas que, dans un pareil camp retranché, soixante bataillons peuvent se trouver à l’aise et y sont inattaquables. Pendant le temps qu’on emploiera à tracer le réduit, on aura le temps de lever le pays. Il n’y a pas de doute que les ouvrages les plus importants sont ceux qui sont à l’aval et à l’amont de la rivière, puisqu’ils défendent le pont.

 

Paris, 18 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je pense convenable qu’au 1er avril vous portiez votre quartier général à Strà. La Princesse et votre Maison pourront s’y trouver avec vous. Faites-y envoyer les meubles et tout ce qui est nécessaire pour rendre cette habitation commode. Vous serez à même, à Strà, de veiller à l’armement de Venise, aux travaux de Malghera, et de passer la revue des corps qui sont aux camps d’Udine, d’Osoppo, à Trévise et même dans le Frioul. Prenez des mesures pour que l’estafette de Milan aille à Strà avec la plus grande rapidité. Ordonnez des travaux pour mettre dans le meilleur état la route de Mantoue à Legnago, de Legnago à Padoue et de Padoue à Trévise; ce sera désormais la route de l’armée, qui, lorsque ces chemins seront réparés, ne passera plus par Brescia ni Vérone. J’ai ordonné que le télégraphe fût disposé pour communiquer au 1er avril de Paris à Milan. Je ne sais point s’il y a des stations à établir sur le territoire du royaume d’Italie; s’il y en a à faire, faîtes-y travailler; faîtes-les même continuer jusqu’à Mantoue; on verra ensuite à les prolonger jusqu’à Venise. Vous devez annoncer votre séjour à Strà comme un voyage d’agrément à une de vos maisons de plaisance. Il faudra cependant, si rien ne presse, installer avant le sénat.

 

Paris, 18 mars 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, donnez ordre que toutes les batteries en bois que les Autrichiens avaient faites, et qui sont nécessaires pour la défense des différents canaux de Venise, et les batteries établies dans les différentes îles qui concourent à la défense des canaux, soient armés. Cet armement doit se faire progressivement, en commençant du côté de Mestre et de la Piave, mais de manière à être terminé au 30 avril. Si le réduit de Malghera peut être armé, ordonnez qu’il le soit. Une tête de pont sur la Piave me paraît nécessaire. Je désire également que, lorsque le général Chasseloup sera arrivé, il trace l’ouvrage d’Arcole et les redoutes qui coupent les chaussées, de sorte que, lorsque l’armée aura passé l’Adige, on ait le temps de continuer les travaux et de se maintenir dans ce poste important. La tête de pont du Tagliamento doit d’abord être bien tracée; je la ferai revêtir avec le temps. Une petite place là est nécessaire pour observer Palmanova.

 

Paris, 18 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai ordonné que l’autel qui existait aux Invalides fût restauré convenablement. Faites-moi un rapport sur l’exécution de cet ordre.

 

Paris, 19 mars 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur Cretet, faîtes finir promptement l’affaire du canal du Midi.

Le 16 juin, j’avais ordonné qu’une somme de 80,000 francs serait accordée pour la restauration de Notre-Dame de Reims; faites-moi connaître si cette dépense a été faite.

J’ai pris, le 3 août dernier, un décret pour une route de Maldeghem à Breskens; cette route a-t-elle été faite ?

Le décret du 3 août, relatif à l’île de Noirmoutier, a-t-il été exécuté ?

J’ai à vous faire la même question pour le décret du 8 août, qui ordonne divers travaux dans la Vendée.

Paris, 19 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Il sera réuni à Plaisance, pour se porter partout où cela sera nécessaire, quatre compagnies de gendarmerie à cheval et une à pied, sous les ordres immédiats du général de gendarmerie Radet.

La 1e compagnie à cheval sera composée de cinq brigades fournies par la 23e légion de gendarmerie et de cinq brigades fournies par la 24e légion ; chaque brigade de six hommes; ce qui fera 60 hommes pour la compagnie. La 23e légion fournira un sous-lieutenant, qui commandera les cinq brigades de cette légion; la 21e légion fournira un sous-lieutenant, qui commandera la compagnie. Cette compagnie se rendra à Nice, d’où elle sera sans délai dirigée sur Plaisance.

La 2e compagnie sera formée de cinq brigades de la 22e région et de cinq brigades de la 12e; une de ces deux légions fournira un lieutenant et l’autre un sous-lieutenant. Cette compagnie se rendra par le Mont-Cenis à Plaisance.

La 3° compagnie sera composée de cinq brigades de la 21e légion et de cinq brigades de la 20e, lesquelles se réuniront à Genève, d’où elles se rendront à Plaisance par le mont Cenis.

La 4e compagnie sera composée de cinq brigades de la 27e légion et de cinq brigades de la 28e, qui se rendront également sans délai à Plaisance.

Ainsi ces quatre compagnies de gendarmerie à cheval feront une force de 240 hommes, commandés par quatre sous-lieutenants et par quatre lieutenants.

La 5° compagnie sera composée d’hommes à pied et de quinze brigades commandées par un lieutenant et un sous-lieutenant, et fournies par la 26e légion de gendarmerie. Cette compagnie s’embarquera Bastia aussitôt votre ordre reçu et débarquera à Livourne.

Ainsi le général Radet aura sous ses ordres une colonne de 240  gendarmes à cheval et de 100 à pied, qui se portera partout où il sera nécessaire pour rétablir l’ordre. Cette colonne, ainsi organisée, portera le titre de Colonne mobile de gendarmerie. Vingt-quatre heures près la réception de votre ordre, les colonels de légion feront partir les brigades qu’ils doivent fournir, et aussitôt que celles de la 27e et de la 28e division militaire seront arrivées à Plaisance, elles seront dirigées sur la Toscane. Ces brigades seront seulement détachées de leurs corps et n’y seront pas remplacées. Vous nommerez un chef l’escadron pour commander cette colonne. Il sera sous les ordres du général Radet, qui pourra le diriger sur les points de la Toscane où la présence d’une force armée serait nécessaire pour rétablir l’ordre d’arrêter les brigands.

 

Paris, 19 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Min fils, faîtes-moi connaître ce qu’on a fait, en Italie, de cette grande quantité de sbires qui nous incommodait tant il y a quelques années, afin que cela serve de règle pour la Toscane

 

La Malmaison, 20 mars 1809

Au général Bertrand, aide de camp de l’Empereur, à PaRIS

Monsieur le Général Bertrand, je vous envoie une lettre du général Chambarlhiac et différentes pièces sur les têtes de pont du Lech. Suivez la correspondance relative à Passau, et donnez les ordres nécessaires pour que les têtes de pont du Lech soient fraisées, palissadées et qu’on fasse passer de l’eau dans les fossés; qu’elles soient également armées de l’artillerie nécessaire, en y mettant, non de l’artillerie de campagne, mais des pièces de position qui seront servies par des Bavarois. Ayez un plan d’Augsburg, et prenez toutes les mesures pour qu’on fortifie cette place, afin que dans tout évènement elle soit à l’abri d’un coup de main. Présentez-moi un projet sur cette place. Donnez également des ordres pour que la place d’Ingolstadt soit mise à l’abri d’un coup de main et qu’elle serve de tête de pont, pour pouvoir manœuvrer sur les deux rives du Danube. Suivez la correspondance relative à l’armement de Kronach, de Würzburg et autres places entre Forchheim et le Danube, et remettez-moi l’état de ces places. Prenez des renseignements sur toutes les forteresses que la Maison d’Autriche et en Bohème et dans le pays de Salzburg. J’avais réuni dans mes campagnes d’Italie beaucoup de renseignements sur la situation de Klagenfurt et sur cette partie. Les Autrichiens y avaient fait et y ont fait depuis des fortifications de campagne. Vous devez trouver beaucoup de ces documents dans mon bureau topographique. Mettez-moi cela sur la carte avec des mémoires.

 

La Malmaison, 20 mars 1809

A M. Barbier, bibliothécaire de l’Empereur.

L’Empereur demande si sa bibliothèque de voyage est prête. Je recommande à M . Barbier de la choisir avec attention et d’y mettre d’excellents livres; car Sa Majesté tient à avoir quelque chose de très-distingué et par le choix des livres et par la beauté des éditions; et par l’élégance des reliures. Si les Épiques ne s’y trouvaient pas, il faut ne pas perdre un moment à les mettre.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je pense qu’il est bon que vous laissiez prendre lecture aux ministres des princes de la Confédération qui sont à Paris et aux ministres de Hollande, d’Espagne et de Naples, de ma lette à l’empereur d’Autriche, de votre conversation avec M. de Metternich et de votre note à cet ambassadeur, afin de bien constater que je n’ai pas voulu attaquer l’Autriche, et que je lui ai, au contraire, offert une garantie; que c’est l’Autriche qui s’est laissé gagner par l’Angleterre et qui commet une agression. Vous laisserez lire et relire ces pièces à ces différents ministres, assez pour que ce soit un sujet de dépêches chez eux, et que cela fixe leur langage, tant ici qu’ailleurs. Il est également convenable que la folie et l’injustice de l’Autriche soient le texte perpétuel de vos conversations.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, il faut expédier un courrier à Saint-Pétersbourg. Vous accuserez à M. de Romanzof la réception de son courrier, en lui faisant connaître que vous prenez mes ordres pour y répondre. Vous écrirez à M. de Caulaincourt pour me faire connaître le véritable état des choses. Vous lui enverrez la proclamation du prince Charles, qui est une espèce de déclaration de guerre, et vous y joindrez les quatre dernières dépêches que vous avez reçues de Munich et de Vienne, pour lui faire voir à quel point on est entraîné à Vienne. Vous ferez connaître à M. de Caulaincourt que le chargé d’affaires de Russie à Vienne doit recevoir l’ordre de quitter la capitale, si jamais les troupes autrichiennes sortent de leur territoire; que je trouve bien le projet de note que J’Empereur veut faire présenter au cabinet de Vienne; que dans quelques jours vous lui enverrez le projet de note que je pense qu’on doit remettre de part et d’autre; qu’il ne faut pas se dissimuler que la folie de la cour de Vienne est telle que cette note a besoin d’être appuyée par des forces menaçantes qui la fassent revenir à la raison; que je reste constant dans ma manière de voir; que si à Erfurt on avait menacé, l’Autriche aurait désarmé, et que ce serait une question finie; que, lorsque les troupes russes s’avanceront sur le bas Danube, que la Galicie sera menacée par la présence d’une armée russe, si l’on commence à donner une direction à l’opinion de ces troupes, il pourra se faire une réaction dans les sentiments de ceux qui ont pris le dessus à Vienne. Vous manderez donc, en résumé, à M. de Caulaincourt que vous lui expédiez ce courrier, 10 pour lui donner des nouvelles de ce qui se passe; 2° pour accuser réception de la lettre que vous avez reçue de M. de Romanzof; 30 pour lui faire comprendre qu’il est de toute nécessité que le chargé d’affaires de Russie à Vienne sache positivement qu’il doit quitter Vienne si l’Autriche fait un pas au delà de son territoire; et cette démarche doit être faite de manière que non-seulement la cour sache cela, mais encore le public, et il est même plus nécessaire que le public en soit imbu que la cour, qui est entraînée. Ce courrier pourra partir demain avant minuit. Apportez­ moi demain avant midi vos dépêches. Parlez un peu de tout cela au prince Kourakine, afin qu’il se trouve moins étranger à la question et qu’il puisse en écrire quelque chose.

Rédigez-moi aussi un projet de note qui pourrait être présenté en mon nom, calqué sur celui de l’empereur de Russie, et que je ferai partir par un courrier, à la fin de la semaine. Vous me le présenterez mercredi ou jeudi. La note pourrait être envoyée à Saint-Pétersbourg toute signée de vous; de sorte que M. de Caulaincourt la ferait partir en ligne droite pour Vienne.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre an général sénateur Demont de se rendre à Würzburg pour être employé au corps du duc d’Auerstaedt. Faites connaître au duc d’Auerstaedt que je désire qu’il mette sous les ordres de ce général une réserve qui serait composée des 4e bataillons du 30e, du 61e, du 65e, du 33e, du 111e, du 12e et du 85e de ligne; ce qui fait sept bataillons. Ces sept bataillons ne sont encore qu’à 500 hommes ; ils ne forment donc qu’une force de 3,500 hommes; mais ils vont bientôt recevoir une compagnie qui leur produira une augmentation de 1,100 hommes. Les 4e bataillons des 48e, 108e, 25e de ligne et 13e léger ne doivent pas tarder à partir de Boulogne; ce qui portera le nombre des 4e bataillons à onze; on pourrait y joindre ceux des 7e léger, 17e et 21e de ligne; ce qui ferait quatorze bataillons. Cette réserve paraît nécessaire; les divisions restant com­posées de cinq régiments, et chaque régiment ayant un complet de 2,500 hommes, les divisions seraient de plus de 12,000 hommes; si l’on y laissait les 4e bataillons, elles seraient de 14 à 15,000 hommes; ce qui est beaucoup trop fort pour une division. La formation des 4e bataillons n’est pas encore terminée ; il sera bon de les avoir sous la main et en dépôt pour être réunis. Il y a aussi un avantage à cette mesure, c’est qu’un régiment qui a trois bataillons en ligne et un bataillon à la division de réserve, qui peut ne pas se trouver compromis le même jour, peut trouver dans ce bataillon des ressources pour réparer ses pertes. Je désire donc que le corps du duc d’Auerstaedt soit composé de la manière suivante: des divisions Morand, Gudin, Friant et d’une quatrième division formée de 4e bataillons de chacune des trois premières divisions. Chacune de ces trois premières divisions doit avoir trois généraux de brigade, un pour l’infanterie légère, et les deux autres commandant deux régiments de ligne ou six bataillons. La division du général Demont devra avoir trois généraux de brigade : un, commandant les 4e bataillons de la 1e division; un, commandant les 4e bataillons de la 2e division, et un, commandant les 4e bataillons de la 3e division. Deux ou trois bataillons de la même division seront réunis sous le commandement d’un major. Les 4e bataillons des 13e léger, 17e et 30e de ligne seront réunis sous un major de l’un de ces trois régiments. Les 4e bataillons des 61e et 65e seront commandés par un major de l’un de ces deux régiments. Par cette formation, tous les avantages se trouvent réunis; et le duc d’Auerstaedt aura quatre généraux de division, douze généraux de brigade, quatre adjudants commandants, et soixante pièces de canon, à raison de quinze pièces par division, indépendamment de l’artillerie attachée à la cavalerie, et des généraux et adjudants commandants attachés à son état-major.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 16 mars; vous devez inculquer de toutes les manières, soit pour des articles de journaux, soit autrement, l’idée que les Russes marchent sur l’Autriche. Vous pouvez citer les préparatifs de défense que les Autrichiens font du côté de la Hongrie et le mouvement des troupes russes sur le Danube. Comme la chose est réelle, peut-être serait-il mieux de laisser les Autrichiens faire courir les bruits qu’ils veulent; ils tomberaient d’autant plus haut lorsqu’on connaîtrait les dispositions de la Russie; mais cela aurait l’inconvénient d’influer défavorablement sur l’esprit public.

Je vois avec plaisir ce que vous me dites de Malghera. Le général Chasseloup est parti hier de Paris. J’attends de connaître le parti qu’il prendra sur Brandolo.

Il faut sans doute armer Mantoue, mais tout doucement. Faites­ moi connaître quelle est l’organisation de la place de Venise. Il est nécessaire d’y avoir un gouverneur , un général de brigade comman­dant d’armes, deux généraux de brigade commandant, l’un Brandolo, l’autre Malghera, deux ou trois colonels pour commander les forts ou batteries des principales passes, autant de capitaines et de lieutenants en qualité d’adjoints, qu’il y a de forts ou de batteries, un général de brigade commandant l’artillerie, un directeur du parc, un officier en résidence à Brandolo et un à Malghera ,plusieurs officiers en résidence le long du littoral, un certain nombre d’officiers d’artillerie pour l’arsenal, et à peu près la même organisation pour le génie. Indépendamment de ces officiers, il serait envoyé, au moment où la place serait investie, un général de division, plusieurs généraux de brigade et adjudants commandants et des officiers d’artillerie et du génie; mais les commandants de Brandolo et de Malghera, et les officiers qui doivent commander les petites batteries ou forts, doivent être désignés et envoyés sur-le-champ.

 

Malmaison, 21 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre du 11 mars. Tout ce qui arrive en Galice est la faute du duc d’Elchingen, qui a établi son quartier général à la Corogne au lieu de le placer dans une position plus centrale, à Lugo par exemple, ou même plus près de la frontière. La Corogne et le Ferrol n’auraient dû être occupés que par des têtes de colonne.

Je suppose que, dès que le maréchal duc de Bellune aura commencé son mouvement, vous l’aurez fait appuyer par tout ce que vous avez de disponible. Vous avez à Madrid la division Sebastiani, la division Dessolle, les Polonais. Il faut avoir soin que le duc de Bellune ait ses trois  divisions et celle du général Leval tout entières. Ce maréchal ­ aura besoin en Andalousie de beaucoup de cavalerie; elle lui sera d’autant plus nécessaire que l’ennemi en aura peu à lui opposer, et que, si les Anglais y ont quelque infanterie, ils ne peuvent y avoir de cavalerie.

Toutes mes troupes sont en Allemagne : le duc d’Auerstaedt est à Würzburg avec l’armée du Rhin; le prince de Ponte-Corvo est à Dresde; le maréchal duc de Rivoli est à Ulm avec l’armée d’observation du Rhin; le général Oudinot est avec son corps sur le Lech; les Bavarois occupent l’Inn; mon armée d’Italie est réunie sur le Tagliamento. Une fureur guerrière inconcevable s’est emparée de l’Autriche; ils ont touché les subsides de l’Angleterre, et, au milieu de ces préparatifs de guerre, les communications des deux cabinets continuent sur un pied pacifique, et l’on nous croirait les meilleurs amis du monde. La Russie prend fait et cause pour moi. Mais la cour de Vienne se trouve hors de ses mesures, et, comme celle d’Aranjuez, elle est entraînée par une faction plus puissante qu’elle-même; elle a cela de commun avec les autres. Mes équipages sont partis, et cependant je n’ai pas encore le projet déterminé de partir. Il a fallu que je remonte mes équipages d’artillerie, mes transports militaires, une partie de ma cavalerie, pour combler le déficit que les affaires l’Espagne m’ont causé. Tout cela me jette dans des dépenses énor­mes. Menez un peu vivement vos affaires, car les chaleurs vont bientôt commencer. Les fortifications de Madrid doivent bientôt être en état : ainsi, au pis aller, 2,000 hommes doivent bientôt n’avoir rien à craindre à Madrid.

 

La Malmaison, 21 mars 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Mon Frère, je reçois votre lettre du 6 mars. La guerre parait imminente. Ce que vous avez de mieux à faire est de réunir le plus de troupes possible, afin de pouvoir défendre votre pays et d’être de quelque utilité à la cause commune. C’est la première fois que vous me demandez mon avis. Si vous me l’eussiez demandé plus tôt, je ne vous aurais point conseillé de licencier vos troupes; je vous aurais répété que rien n’était fini en Europe, et que, tandis que vous désar­miez, je levais de nouvelles conscriptions et renforçais mes armées de 150,000 hommes. Vous sentirez facilement l’imprudence des mesures que vous avez prises et les résultats dangereux qu’elles peu­vent avoir pour votre pays et pour tout le monde. L’Autriche a reçu, depuis trois mois, des subsides de l’Angleterre; elle croit pouvoir m’attaquer lorsque mes troupes sont en Espagne. Je ne lui demande rien; elle n’articule aucun grief et veut revenir sur la honte de la campagne de 1805. Elle court à sa ruine. Cependant tenez vos troupes en état.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne puis approuver que le budget de l’artillerie monte à 24 millions; c’est impossible. Il ne s’agit pas de demander de l’argent, il faut se proportionner à l’état des choses. Je ne puis qu’ajouter aux 14 millions accordés un million d’extraordinaire. Dirigez en conséquence les commandes et autres dépenses.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô sont mal habillés. Faites-moi connaître d’où cela provient. Chargez un inspecteur aux revues de visiter leurs dépôts et de s’informer pourquoi ces corps sont si mal administrés.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je croyais que l’administration de la masse de linge et chaussure appartenait aux compagnies; c’était comme cela jadis. Comment veut-on qu’un dépôt qui est en Flandre fournisse des souliers à l’armée d’Espagne; qu’un dépôt qui est à Marseille fournisse à Chambéry, ext. ? Faîtes-moi un rapport sur tout cela et proposez-moi une décision, s’il y a lieu.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, vous m’avez remis hier de nouveaux états de l’armée. J’ai cru, en conséquence, y trouver des renseignements récents ; je les trouve au contraire plein d’inexactitudes. Vous devez avoir les états des troupes polonaises, saxonnes, bavaroises et wurtembergeoises ; si vous ne les avez pas, faîtes-les demander à mon bureau, et mettez-les en détail. Vous devez avoir le détail de ce que j’ai envoyé au corps d’Oudinot pour compléter ce qui lui manque, les 13e et 14e bataillons de marche, le 3e bataillon de conscrits de la Garde, destinés au corps Oudinot, le 1er bataillon de marche des conscrits du corps d’observation du Rhin, la formation des six régiments provisoires de dragons, etc. Tout cela est plein d’erreurs. Faites refaire ces états avec la plus grande exactitude et avec les nouvelles additions.

Vous devez aussi connaître les mouvements de l’armée du Rhin sur Würzburg.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

Au général Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Paris

Monsieur le Général Bertrand le bureau du génie à la guerre est composé d’hommes si médiocres que je ne comprends pas ce rapport. Voyez le bureau de la guerre, et faîtes-moi demain soir un rapport. Voici ce qu’il me faut: des outils pour les places et des outils pour la campagne. Les outils pour la campagne doivent être portés dans quarante-huit caissons attelés de six chevaux, ce qui fait 30,000 outils ; près de 300 chevaux et 180 à 200 hommes sont donc nécessaires. Comme j’ai ordonné que les compagnies de pionniers eussent un certain nombre de caissons, il faut voir si les compagnies qui sont à l’armée peuvent fournir ces quarante-huit caissons, afin de ne rien faire d’extraordinaire hors de l’organisation que j’ai arrêtée il y a quelques mois. Il faut ensuite des outils pour les places et sur les derrières. Il est de principe, et vous devez tenir la main à son exécution, que les outils de campagne ne peuvent dans aucun cas être employés pour les places; ce sont des ressources dont je veux pouvoir me servir la veille d’une bataille, ou dans les huit jours qui précèdent des événements importants. J’ai besoin d’outils sur les derrières, de 6,000 à Passau et de 6,000 à Augsbourg. Ceux-là n’ont pas besoin d’être attelés, et, à mesure qu’on marcherait, on ferait avancer ces outils, soit sur le Danube, soit ailleurs, par des voitures de réquisition. Assurez-vous donc que le colonel Blein, votre chef d’état-major, se rend à Strasbourg avec les officiers du génie qu’ou pourra se procurer en France. Établissez votre correspondance avec les généraux Tousard, Chambarlhiac, Andréossy et Lazowski, el préparez des mesures pour que, sans délai et sans compter sur les ressources de l’Espagne, vous ayez quarante-huit caissons attelés de six chevaux, 200 hommes du train et 30,000 outils, indépendamment de 12,000 outils pour Augsbourg et Passau. Il faut que demain mon décret soit pris et le service organisé. Je dois avoir à l’armée d’Allemagne (en blanc dans l’original)  … compagnies de mineurs et quinze compagnies de sapeurs. Je crois avoir donné des ordres pour que toutes les compagnies de sapeurs qui étaient à Danzig, Stralsund et dans toutes les places de l’Oder, se repliassent sur Bamberg. Voyez cela chez le major-général et chez le ministre de la guerre, afin que ces ordres soient donnés sur-le-champ, s’ils ne l’avaient pas été. Ces quinze compagnies doivent être toutes disponibles pour l’armée active.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous ai mandé que je pensais que vous feriez bien de porter votre demeure à Strà, vers les premiers jours d’avril. D’abord, il faut installer le sénat; cette cérémonie faite, vous pourrez faire une tournée à Palmanova, Osoppo, pour bien observer les frontières, et après revenir à Milan; ce sera un voyage d’une quinzaine de jours, devant voir les troupes en détail. En partant vers le 6 ou 7 avril, vous seriez de retour à la fin du mois. Les circonstances décideront ce qu’il conviendra que vous fassiez. Voici comme je pense que vous devez arranger votre voyage. D’abord, vous irez à Brescia et à Montechiarro pour voir les troupes, si vous y en avez; de là vous irez à Mantoue, pour voir l’état de défense de cette place, la situation de tous les magasins d’artillerie, et ce qu’on peut tirer de la défense de Saint-Georges. Il est d’urgente nécessité de travailler à ce poste. De Mantoue vous continuerez sur Legnago ; de Legnago vous irez au pont d’Arcole, à cheval, par la rive gauche de l’Adige, en suivant la rivière´. Vous reviendrez par la petite rivière de l’Alpone jusqu’au confluent : de là, vous parcourrez les différents débouchés jusqu’à Villanova, et vous verrez comment, moyennant ces débouchés, on se trouve derrière la position de Caldiero et l’on empêche l’ennemi de passer outre et de s’enfoncer sur Vérone. Vous continuerez votre route  par la rive droite de l’Adige jusqu’à Brandolo, afin que vous connaissiez parfaitement ce local et ce qu’il y a à faire pour rendre le pays praticable entre la Brenta et l’Adige, et pour s’assurer des communications par la droite de l’Adige.  Entrant ainsi à Venise par Brandolo,  vous vous trouverez l’avoir vu parfaitement. De là vous pourrez vous diriger sur Trévise, Palmanova, Gradisca; de là, reconnaître toute la rive droite de l’Isonzo, depuis Gradisca jusqu’à la mer.

Je connais de belles positions entre Gradisca et Palmanova, qu’on peut occuper. Vous remonterez l’Isonzo jusqu’à Goritz et la frontière italienne; vous verrez de nouveau la limite depuis Caporetto et sui­vrez l’extrême frontière, des défilés de Caporetto aux défilés de la Pontebana. Il faut faire cette tournée avec de bonnes escortes et des ingénieurs géographes qui fassent des croquis, afin de bien vous mettre le local dans la tête. Vous déciderez là si l’on peut occuper la Chiusa vénitienne, et les ouvrages à faire entre Osoppo et Tarvis. Je vous recommande de faire une pointe dans la vallée de Tolmezzo , afin d’avoir une idée nette et précise de ce débouché dans le Cadorin.

Faites-vous voir à Cadore, et informez-vous si, en cas de guerre, il ne serait pas possible de former quelques bataillons de ces paysans pour éclairer les montagnes et maintenir la sûreté de leurs frontières. Faites faire des reconnaissances de détail du Tagliamento, de la Livenza et de la Piave, et reconnaître comment Conegliano, Portenone et Sacile se lient avec Feltre, et par quelle espèce de routes. De Bassano, vous pourrez aller à Trente incognito, pour bien connaître cette gorge. De Trente, vous irez reconnaître les lignes de Tarvis que je fis occuper autrefois, et la position de Segonzano. Après quoi vous viendrez reconnaître la vallée de Trente sur Vérone, par la Chiusa de l’Adige, en observant l’influence des hauteurs de Rivoli sur la rive gauche, les positions de Montebaldo el de la Corona, et les défilés de Mori qui débouchent au grand chemin sur Brescia. Il n’y a rien de tel que d’avoir vu soi-même, et cette partie est importante à connaître pour la défense du pays. Je n’ai pas besoin de vous dire pourquoi je vous fais aller incognito à Trente. Faîtes-vous accompagner par de bonnes escortes. Il y a d’ailleurs là des troupes bavaroises. Vous pouvez au reste n’y pas coucher, et même vous dispenser d’y aller si les circonstances ne sont pas urgentes. Vous passerez le mois d’avril à faire cette reconnaissance et à bien vous mettre le système du terrain dans la tête. Faites-vous montrer le lieu où je fis passer l’Isonzo à la division Sérurier pour tourner les hauteurs de Gradisca. J’approuve fort l’intention où vous êtes de ne pas manger le pays vénitien avec votre cavalerie et d’en laisser une partie sur les derrières; vous serez toujours à temps de la faire venir. Quant à moi, je reste stationnaire tout le mois d’avril, et je ne pense pas que les Autrichiens veuillent attaquer, surtout après la marche des troupes russes sur la Hongrie et la Galicie .

Je suppose que pendant votre voyage vous m’enverrez tous les soirs un long rapport sur tout ce que vous aurez vu et ordonné.

Il est très important d’être maître des lacs de Mantoue. II faut y avoir le nombre de bateaux nécessaire; si vous ne les y avez pas, faites-les venir de Venise. Faites presser les travaux des magasins à poudre, des casernes et des blindages à Palmanova.

P.S. Pendant votre tournée, la Princesse restera à Monza ou à Milan.

 

Malmaison, 22 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, les 4,000 hommes du camp de Plaisance doivent être partis de Brescia. Faites-les passer par Lodrau et par Trente, cette route est plus courte que celle de Vérone. Faites leur faire de bonnes marches, afin qu’ils arrivent le plus tôt possible à Innsbruck. Mettez à la tête de ces 4,000 hommes un officier d’état-major intelligent, qui marche avec précaution. Il y a de la  cavalerie et de l’infanterie; joignez à cette colonne deux pièces de canon de 4. Puisque l’on dit qu’il y a du mouvement dans le Tyrol, cette colonne pourrait être employée utilement par les autorités bavaroises. Pendant son passage, si cela était nécessaire. Cette colonne, qui doit être composée de 4,000 hommes d’infanterie et de 600 chevaux, pourra être partagée en deux et marcher à une journée d’intervalle. Le général qui la commandera marchera avec la première partie. Il suffira que les deus pièces de canon aient chacune un caisson, et que les troupes aient deux cuissons de cartouches avec elles. Vous recommanderez que d’Innsbruck on vous envoie votre artillerie, si toutefois cette colonne n’en a plus besoin.

 

La Malmaison, 22 mars 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre du 13 mars, par laquelle vous m’instruisez que vous organisez des troupes. Ayez le plus grand discernement à n’armer que des gens sûrs. Il n’y a point de difficulté de vous envoyer les dépôts de Mantoue. II est impossible de vous envoyer les régiments qui sont en Espagne, sur les confins du royaume de Valence, avec le général Saint-Cyr, et où l’on reste un mois sans communiquer.

 

Paris, 22 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale à Paris

Palafox est arrivé le 17 mars à Bayonne. Vous aurez donné des ordres pour qu’il soit mis à Vincennes, au secret, et qu’il n’en soit plus question.

 

Paris, 22 mars 1809

Au comte Maret, ministre secrétaire d’État, à Paris

Qu’est-ce que c’est que M. T….. nommé à la sous-préfecture de Bressuire, département des Deux-Sèvres ? On m’assure que c’est un ancien percepteur de Bruxelles dont un procès-verbal a constaté un déficit de 50.000 francs. Cependant, ce ne peut être que vous qui me l’avez fait nommer.

 

La Malmaison, 23 mars 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, j’ai reçu la lettre que Votre Altesse a écrite le 11 mars au duc de Rivoli. Je vous ai mandé que j’acceptais avec grand plaisir votre contingent porté à 4,700 hommes d’infanterie et à 560 chevaux. Je vous remercie du zèle que vous montrez pour la cause commune, et ne doutez pas que je ne vus en tienne compte lorsque les circonstances se présenteront. Il sera nécessaire actuellement de penser à se préoccuper des recrues, pour remplacer les malades, les déserteurs, et suppléer aux diminutions auxquelles les évènements donneront lieu.

 

La Malmaison, 23 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie un ordre que je viens de signer. Envoyez au maréchal duc d’Auerstaedt, au général Oudinot et au duc de Rivoli, les dispositions qui les concernent. Faites-leur connaître qu’ils vont recevoir de l’argent pour le service du génie; qu’ils ne perdent pas de temps pour faire les réquisitions qui leur sont ordonnées; qu’ils passent les marchés et qu’ils prennent toutes leurs dis­positions en conséquence.

Écrivez au duc de Rivoli qu’il doit demander au grand-duc de Hesse que son contingent soit de 4,736 hommes et de 564 chevaux, comme il le propose. Six pièces de canon seront suffisantes; mais il faut avoir soin que chaque pièce ait un approvisionnement et demi, et qu’il y ait un approvisionnement d’infanterie à raison au moins de 100 coups par homme. Vous écrirez aussi à mon ministre à Darmstadt pour lui faire ces observations.

Écrivez an général qui commande la 26e division militaire et à celui qui commande la 5e qu’ils aient à vous envoyer tous les jours la situation des places, surtout celles de Mayence et de Strasbourg. En général, tous les commandants d’armes sur le Rhin doivent vous envoyer leurs états de situation.

Donnez ordre au général Songis de diriger sur Ulm 6,000 fusils, 1,000 sabres de cuirassiers, 1,000 de cavalerie légère, 2,000 paires de pistolets, 6,000 baïonnettes et autres pièces de rechange, un million de cartouches d’infanterie, 20,000 épinglettes, quelques milliers de tire-bourre, 12,000 outils de pionniers, 5,000 cartouches à balles et à boulet. Le général Songis doit établir en résidence à Ulm un officier et un garde-magasin, qui prendront un emplacement près de la rivière.

 

Paris, 23 mars l809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, un officier français a été arrête à Braunau, et 15 dépêches dont il était porteur lui ont été enlevées de vive force par les Autrichiens, quoique scellées des armes de France. Écrivez au duc d’Auerstaedt, au duc de Rivoli et au général Oudinot, de tâcher de faire arrêter quelques courriers autrichiens. Vous leur recommanderez de  faire ces expéditions très-secrètement, d’accélérer la marche des troupes sans les fatiguer, de suivre ponctuellement mes instructions, de faire armer Würzburg et les autres forteresses bavaroises et d’être prêts à se porter sur le Danube. 800 cuirassiers doivent être arrivés à Donauwoerth, ainsi qu’un certain nombre de détachements d’artillerie et de sapeurs destinés à renforcer les compagnies quand ils les rencontreront. Que le duc d’Auerstaedt se tienne prêt à appuyer à droite, mais qu’on n’attaque pas sans mon ordre.

 

Paris, 23 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, le 28 février, il y a eu une bataille sur les confins du royaume de Valence, et le général Gouvion Saint-Cyr a complètement battu l’ennemi. Les Italiens se sont couverts de gloire. On le plus grand éloge de Pino.

 

Paris, 23 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Tous les courriers venant d’Autriche ou partant de Paris pour Vienne, de M. de Metternich ou de sa cour, seront saisis. L’arresta­tion se fera à mi-chemin d’ici Strasbourg. Les dépêches vous seront apportées, et procès-verbal·sera dressé par l’agent que vous enverrez à cet effet. Le procès-verbal sera conçu en ces termes : ” Vu la violation du droit des gens exercée sur un officier français porteur de dépêches·du ministre de France, auquel lesdites dépêches ont été enlevées de vive force et malgré ses protestations et les armes de France qui se trouvaient sur le paquet, à Braunau, toutes les dépêches venant du gouvernement autrichien et de ses agents seront saisies et resteront en dépôt jusqu’à ce que les dépêches ci-dessus soient remises. ” Ces expéditions se feront sans éclat, de manière à les tenir cachées le plus longtemps possible et à en saisir un plus grand nombre.

 

Paris, 24 mars 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures. A Paris

Monsieur de Champagny, je vous prie de travailler incessamment à la rédaction du manifeste contre l’Autriche, et de faire un choix des pièces qui devront accompagner votre rapport pour la communication au Sénat.

 

Paris, 24 mars 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, les affaires deviennent sérieuses en Autriche.

Donnez des ordres pour qu’il y ait à Strasbourg quatre millions en or et en argent sous le plus court délai possible, Deux millions seront affectés aux dépenses des différents services de la guerre; les deux autres seront à ma disposition, Dans les deux premiers millions seront compris les cinq cent mille francs que j’ai mis à la disposition du major général par mon décret de ce jour. Si vous avez des traites sur Augsbourg, et que vous puissiez y réaliser de l’argent, je désire­rais avoir un million dans cette place.

 

Paris, 24 mars 1809

NOTE POUR M. REGNAUD, DE SAINT-JEAN D’ANGELY, PRESIDENT DE LA SECTION DE L INTERIEUR DU CONSEIL D’ÉTAT.

Il convient de prononcer sans délai sur la question des petits séminaires. Le rapport du ministre des cultes sera envoyé au Conseil d’État, section de l’intérieur. La section examinera si l’on ne pourrait pas adopter comme bases du règlement les vues et les dispositions suivantes:

Indépendamment des séminaires métropolitains, il y aura un séminaire par diocèse.

Ces séminaires seront des écoles spéciales de théologie. On ne pourra y admettre que des élèves ayant, dans la faculté des lettres, les grades qui garantissent que les personnes qui en sont pourvues savent parfaitement le latin.

On pourra admettre dans les séminaires des jeunes gens qui n’auront pas été élevés dans l’Université, pourvu qu’ils aient obtenu les grades de l’Université. Cette disposition aurait pour objet de faciliter l’admission des neveux des curés.

Tout évêque ou homme charitable qui voudra fonder des bourses dans les lycées ou dans les écoles secondaires, pour des jeunes gens destinés à l’état ecclésiastique, en sera le maître. On pourra même, par une sorte de contrat avec les parents, régler une espèce de remboursement, dans le cas où l’élève renoncerait à l’état ecclésiastique. Ce genre de convention est assez commun pour les jeunes gens qui entrent en apprentissage.

L’Université peut facilement établir son autorité sur les petits séminaires actuellement existants, en les constituant écoles secondaires. Il semble qu’on ne devrait pas trouver tant de difficultés dans une question qui présente un moyen de solution si simple. En effet, si les prêtres ne veulent des petits séminaires que pour que les jeunes gens qui se destinent à l’Église apprennent les humanités et pour qu’ils soient élevés dans les principes religieux avec un peu plus de sévérité, ce but est parfaitement rempli en constituant écoles secondaires les petits séminaires, à l’existence desquels le principe de l’Université ne s’oppose pas. Mais, si l’on considère l’Université comme incompatible avec des idées de religion, et que ce soit en conséquence qu’on veuille l’indépendance des petits séminaires, c’est déceler des vues qu’on doit bien se garder de favoriser.

En constituant les petits séminaires écoles secondaires, on ne change rien à leur existence réelle, et ceux qui veulent qu’elles existent doivent être satisfaits; on satisfait également ceux qui croient l’existence indépendante des petits séminaires contraire aux principes de l’organisation de l’Université.

Le règlement doit être rédigé de manière à ne pas donner l’ide d’une précaution prise contre le clergé. Il faut au contraire lui donner une couleur de protection, et rendre très-apparente l’intention où l’on est réellement de faire ce qui convient pour assurer au culte le nombre suffisant de ministres des autels.

 

Paris, 24 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, toute l’infanterie de ma Garde qui arrive d’Espagne se rendra à Paris en poste. Elle consiste en trois convois: 1° 1,000 hommes de chasseurs et de grenadiers, qui doivent être demain à Poitiers; 2° deux régiments de fusiliers et le reste des grenadiers et chasseurs, formant 5,000 hommes, qui doivent être actuellement à Bayonne; 3° trois bataillons d’arrière-garde de chasseurs, grenadiers et fusiliers, formant 1,200 hommes, qui seront dans peu de jours à Bayonne.

Voyez le général Walther pour qu’il envoie un officier de ma Garde pour faire exécuter cet ordre, faire faire aux troupes triple étape par jour, et accélérer leur marche de manière qu’elles soient à Paris le plus tôt possible.

Donnez ordre à la cavalerie, à l’artillerie et aux différents détachements de la Garde, d’activer leur marche de Bordeaux sur Paris, sans trop fatiguer les chevaux; je m’en rapporte sur cela aux chefs de corps.

Donnez ordre aux chirurgiens de ma Garde de venir à Paris en poste.

 

Paris, 24 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, un officier français, porteur de dépêches de mon chargé d’affaires à Vienne, a été arrêté par les Autrichiens à Braunau, quoique ces dépêches fussent cachetées et scellées des armes de France. J’ai ordonné en conséquence que les dépêches venant, soit du gouvernement autrichien, soit de ses agents, soient saisies et mises en dépôt, jusqu’à ce que les dépêches enlevées à l’officier fran­çais soient remises. Tâchez de faire arrêter des courriers autrichiens, et faites-vous apporter leurs dépêches. Ne laissez plus passer de Français sur le territoire autrichien pour aller en Dalmatie. Écrivez en chiffre au général Marmont d’accélérer ses dispositions conformément aux instructions que je lui ai données.

 

Paris, 24 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Pourquoi le Journal des Débats donne-t-il des proclamations du prince Charles qui ne sont pas dans le Moniteur ? Il faut que ce M. Étienne soit un grand imbécile. Où a-t~il pris ces observations qu’il a faites, qui n’ont pas le sens commun, et qui peuvent déplaire à la Russie ?

 

Paris, 24 mars, 1809

Au général Caulaincourt, ambassadeur à Saint-Pétersbourg

Un courrier de M. de Champagny vous mira porté la nouvelle de l’attentat commis par l’Autriche. Vous aurez vu également la proclamation du prince Charles. Les mouvements à Trieste et partout sont les mêmes. On appelle à grands cris la guerre. Les événements marchent plus vite qu’on ne le croit à Saint-Pétersbourg. Vous ne me dites pas où sont les troupes russes. Si la Russie ne marche pas, j’aurai seul l’Autriche sous les bras et même les Bosniaques. Je l’ai dit suffisamment à M. de Romanzoff. Les Anglais ont compté sur l’Autriche et la Turquie et sur l’emploi de mes troupes en Espagne et de celles de l’empereur de Russie en Finlande et en Turquie pour nous braver. C’est le moment de faire voir le contraire.

Je considère le sieur Dodun comme prisonnier à Vienne; je n’ai appris qu’hier à quatre heures après midi l’arrestation de son courrier à Braunau. J’ai fait dire sur-le-champ à M. de Metternich que je n’avais pas (mot illisible). Il me serait impossible de le voir. J’ai ordonné des représailles contre les courriers autrichiens, et que leurs dépêches fussent arrêtées jusqu’à ce que les miennes soient rendues. Je n’avais pas cru à un attentat si imprévu, et je n’avais fait partir ni ma garde ni mes bagages. Mais ce matin je me suis hâté de faire partir la cavalerie et l’artillerie de ma garde et mes équipages de guerre. Il n’y a cependant rien de changé à la posi­tion de mes troupes.

Je ne veux point attaquer que je n’aie des nouvelles de vous ; mais tout me porte à penser que l’Autriche attaquera. Faudra-t-il que le résultat de notre alliance soit que j’aie seul toute l’Autriche à combattre, et de plus quelques milliers de Bosniaques ? L’empereur voudra-t-il que le résultat de son alliance soit de n’être d’aucun poids et d’aucune utilité pour la cause commune ? Quant aux moyens, il me semble que l’empereur a des troupes inutiles sur les confins de la Transylvanie, à Pétersbourg et du côté de la Galicie. Tout plan est bon, pourvu qu’il occupe une partie des forces autrichiennes. Je vous ai écrit il y a quelques jours là-dessus. L’empereur veut-il m’envoyer un corps auxiliaire ? Je me charge de le nourrir. Qu’il lui fasse passer la Vistule entre Varsovie et Thorn, et qu’il l’approche de Dresde. Veut-il entrer en Galicie ou en Transylvanie ? Qu’il fasse marcher les troupes qu’il a de ce côté. Pourquoi ne gênerait-il pas les communications avec l’Autriche, et ne soumettrait-il pas ce pays à l’état de malaise où nous sommes, l’Autriche et moi ? Cette disposition de la Russie pourrait l’effrayer.

La note de l’empereur me paraît bonne. S’il l’a fait remettre à M. de Schwartzenherg, vous pourrez en remettre une pareille. Que l’Autriche désarme, et je suis content; mais elle paraît décidée. La proclamation du prince Charles du 9 mars est postérieure de huit jours à la réception de M. de Schwartzenherg. Les nouvelles que j’ai d’Angleterre sont positives : on est à Londres dans la joie. Des agents autrichiens ont déjà insurgé quelques communes du Tyrol. Le ministre de la Porte à Paris a reçu ordre de correspondre avec la légation autrichienne et d’écrire par son canal. Les propos du public en Autriche doivent être connus à Saint-Pétersbourg comme ils le sont ici. Si quelque chose, je le répète, peut encore prévenir la guerre, ce dont je commence à douter, car les Autrichiens ont perdu la tête, c’est : 1° que la Russie se mette en demi-état d’hostilité avec eux, c’est-à-dire marche sur les frontières de Transylvanie el de Galicie  et si elle veut mettre un corps à ma solde, qu’elle l’envoie dans le duché de Varsovie : dans ce cas vous ne le feriez pas passer par Varsovie ; 2° que quelques articles soient mis dans les journaux de Pétersbourg sur les proclamations du prince Charles et sur les articles de la Gazette de Pétersbourg relatifs à la Turquie; 3° que les Autrichiens commencent à être gênés et maltraités dans les États russes. Cela se répandra dans la monarchie et fera voir qu’on ne veut point de la guerre. Si quelque chose peut-être est capable d’empêcher un éclat, ce sont ces mesures.

Le langage des chargés d’affaires respectifs doit être qu’ils ont l’ordre de quitter Vienne, si l’Autriche commet la moindre hostilité; mais peut-être ces mesures sont-elles trop tardives. Vous pensez bien que je n’ai peur de rien. Cependant, après avoir perdu l’alliance de la Turquie, après m’être attiré cette guerre avec l’Autriche pour la conférence d’Erfurt, après que mon étroite alliance avec la Russie a détaché du parti de la France le prince Charles, ennemi déclaré des Russes, j’ai droit de m’attendre que, pour le bien de cette alliance et pour le repos du monde, la Russie agisse vertement.

Mes armées d’Italie seront toutes campées au 1er avril, et, à la même époque, mes armées d’Allemagne seront en mesure. Je vous laisse les plus grands pouvoirs. Si l’empereur veut m’envoyer quatre bonnes divisions formant 45 à 60,000 hommes, qu’il les mette en marche, et qu’il fasse connaître en même temps que, l’Autriche con­tinuant de menacer, il m’envoie ce secours. Cela glacera d’effroi l’Autriche et l’Angleterre. On verra que l’alliance est réelle et non simulée. Si l’empereur lui-même veut agir avec ses armées, il en a les moyens. En passant par la Galicie, il sera bientôt à Olmutz. Là, son armée vivra bien, se ravitaillera, et menacera de près l’Autriche en faisant une puissante diversion qui l’obligera à porter 60,000 hommes de ce côté. Par la Transylvanie, il peut menacer la Hongrie et tenir en échec l’insurrection hongroise. Si nous sommes sérieusement unis, nous ferons ce que nous voudrons. Vous êtes autorisé à signer toute espèce de traité ou convention qu’on voudra proposer. Si la Galicie est conquise, l’empereur peut en garder la moitié, et l’autre moitié peut être donnée au duché de Varsovie. Enfin je ne veux point d’agrandissement; je ne veux que la paix maritime, et l’Autriche armée est un obstacle à cette paix.

En résumé, tout est en apparence de guerre entre l’Autriche et moi, et cette apparence est publique ; la même apparence doit exister entre la Russie et l’Autriche. Mes armées sont prêtes à marcher; les armées russes doivent être également prêtes à marcher. La voix de M. de Romanzoff à Vienne ne produirait rien. On y dit avec le plus grand sang-froid que les Russes sont occupés en Turquie, en Finlande et en Suède, et que mes armées sont occupées en Espagne et à Corfou. C’est sur ces chimères qu’ils bâtissent des succès, égarement qui fait hausser les épaules aux hommes qui raisonnent. De notre côté aussi il faut nous remuer. Je ne puis rien vous dire de plus; vous comprenez aussi bien que moi la position des choses. Dites à M. de Romanzoff que vous êtes autorisé à signer une note et à la remettre de concert. Je partage le sentiment de l’empereur et suis de l’avis de la note qu’il veut faire présenter; mais rien n’est efficace, s’il ne prend une attitude haute et sérieuse. L’irritation par suite de l’arrestation du courrier est générale ici et ne peut s’exprimer.

 

Paris, 24 mars, 1809

A Alexandre Ier, Empereur de Russie

Je remercie Votre Majesté Impériale de l’envoi qu’elle m’a fait de son aide de camp le colonel Gorgoly. J’ai été fort aise de voir cet officier.

Tout change avec rapidité. L’Angleterre a réuni à sa cause l’Autriche et la Turquie. Elle ne garde aucune mesure ni dans son langage ni dans ses dispositions. Les dépêches de mon chargé d’affaires ont été prises de vive force sur un officier français à Braunau, ce  qui est l’indice ou le signal d’une déclaration de guerre. J’ai fait partir ce matin un officier de ma garde et mes équipages de guerre, Je n’ai cependant point le projet d’attaquer que je ne connaisse les dispositions de Votre Majesté ; je ne sais pas si je ne le serai point. Il n’y a pas un moment à perdre pour que Votre Majesté fasse camper ses troupes sur les frontières de nos ennemis com­muns. Les Bosniaques menacent d’attaquer mon armée de Dalmatie. L’Autriche triomphe dans toute la Turquie. J’ai compté sur l’alliance de Votre Majesté ; mais il faut agir, et je me confie en elle. J’ai fait écrire ce détail à Caulaincourt. Tout est bien, pourvu que l’Autriche désarme et ne donne plus d’inquiétude.

 

Paris, 24 mars 1809, 1 heure du matin

NOTE POUR M. DE CHAMPAGNY
Ministre des relations extérieures, à Paris

L’Empereur envoie à M. de Champagny une lettre qu’il est inutile de garder. C’est l’original de la dernière lettre du gazetier de Vienne à celui de Hambourg. Sa Majesté désire que M. de Champagny s’occupe de la réunion des pièces nécessaires pour la rédaction du manifeste. Il faut que les articles des gazettes de Vienne, Presbourg, etc., depuis la conférence d’Erfurt et la proclamation de l’archiduc relative à la levée de septembre puissent y entrer.

 

Paris, 25 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre. Il ne faut pas songer à distraire aucun de mes régiments d’infanterie. Le duc d’Auerstaedt vous aura mandé que je n’en laisse aucun à Magdeburg, hormis un bataillon et une compagnie d’artillerie. Ayez une colonne qui soit prête à se porter en Hanovre et partout où sa présence serait nécessaire pour rétablir l’ordre.

Je voudrais avoir un état de situation détaillé des troupes qui vous restent; vous ne me l’avez pas encore envoyé. Par les états généraux que j’ai, il paraîtrait que vous avez 2,000 chevaux, 2,000 hommes d’infanterie de votre garde et 5,000 hommes d’infanterie de ligne; ce qui ferait une division de 9 à 10,000 hommes. Il faudrait y joindre trois batteries de canon, et avec cela vous pourriez vous porter sur Hambourg, Hanovre, et partout où il serait nécessaire.

 

Paris, 25 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 20. Je vous ai envoyé le général Vial, qui est très-capable de commander à Venise. Gênez la communication de l’Autriche de toutes ls manières, surtout avec Trieste, et qu’aucun de mes bâtiments n’aille dans ce port, afin de n’être pas pris au moment de la guerre.

 

Paris, 26 mars 1809

Au maréchal Jourdan, major-général de l’armée d’Espagne, à Madrid

1)Cette lettre, écrite par le ministre de la guerre, a été revue par l’Empereur et corrigée de sa main. On lit en tête de la minute la note suivante : “Renvoyé au ministre de la guerre pour expédier cette dépêche avec les changements.”

Monsieur le Maréchal, je réponds aux diverses lettres que le prince de Neuchâtel a reçues de Votre Excellence, qu’il m’a remises et dont j’ai fait part à S. M. l’Empereur.

La Romana, après avoir été battu par le maréchal duc de Dal­ matie, paraît, avec les débris de son corps, s’être porté sur les confins de la Galice et Zamora. La division Lapisse aurait dû marcher pour le culbuter. La Romana n’a, il est vrai, que 5,000 hommes; mais, si on lui laisse du temps, il aura bientôt recruté de nouvelles forces, qui inquiéteront le nord. Par suite de cet incident, les communications du duc d’Elchingen sont interrompues. Ce maréchal a porté trop de troupes sur la côte; il est peu probable que les instructions du major général lui soient parvenues.

Maintenant, avant tout et par-dessus tout, il faut rouvrir les com­munications avec le maréchal duc d’Elchingen, et s’attacher à main­tenir la tranquillité du nord.

L’Empereur n’a donné aucune destination aux troupes qui ont pris Saragosse.

Le plan de marche sur Séville par Mérida ne doit être exécuté qu’au préalable le maréchal duc de Bellune ne rouvre les communications avec le duc de Dalmatie, et tel doit être l’objet de la première instruction qu’il recevra; car il est essentiel de ne point s’avancer légèrement à l’extrémité de la Péninsule ou vers Gibraltar, en courant le risque de s’affaiblir sur tous les points. Il est convenable que l’expédition se fasse avec prudence et dans toutes les règles de l’état militaire; ce qui exige nécessairement le rétablissement préalable de la communication avec le maréchal duc de Dalmatie.

Dans aucun cas le 5e corps ne doit passer le Douro ni se porter dans le midi; c’est une réserve pour le nord et pour assurer tout événement. Il sera très-bien placé à Valladolid.

Je vous le répète, Monsieur le Maréchal, le premier besoin de l’armée est de détruire les restes du corps de la Romana, de l’empêcher de soulever le nord et d’y être le maître. Peut-être le maréchal duc d’Elchingen a-t-il déjà commencé ou même achevé cette opération.

Dans aucun cas le 5e corps ne marchera ni sur le midi ni sur Madrid.

L’importance du rétablissement des communications avec le duc de Dalmatie et le duc d’Elchingen est telle, que, dans le cas où il serait nécessaire d’y envoyer des troupes, même de Madrid, il faudrait se déterminer à le faire.

Le général Kellermann a sous ses ordres une cavalerie qui est d’une grande utilité dans les plaines de Castille. Il n’a pas assez d’infanterie, après le départ de la division Lapisse, pour marcher sur les Asturies ou opérer dans les montagnes de la Galice.

Je vous envoie, Monsieur le Maréchal, les dépêches qu’on a reçues du général Saint-Cyr. Ce général a battu, à la fin de février, Reding, qui a été blessé. Il paraît que l’insurrection est forte en Catalogne. La nouvelle de la prise de Saragosse, dissimulée par les chefs des insurgés, n’a pu encore y produire l’effet qu’on en doit attendre. Le 12, le général Saint-Cyr était à Valls, près de Tarragone. Barcelone s’approvisionnait.

Le général Reille va cerner Girone. La prise de cette place et celle de Jaca sont bien importantes.

Il paraît que les Anglais ont voulu occuper Cadix avec quatre régiments, et, d’après les nouvelles de Cadix même, sous la date du 15 février, venues de Londres, les Espagnols s’y étaient opposés.

Je prie Votre Excellence de faire part de la présente à S. M. Ca­tholique, en y joignant l’hommage de mon profond respect.

Le ministre de la guerre, comte d’Hunebourg.

P. S. Les dépêches du général Saint-Cyr, étant envoyées par mer, ont été détruites, parce que son aide de camp a été sur le point d’être pris. On les remplace, ci-joint, par le compte rendu par cet aide de camp. Je l’ai parafé.

J’apprends à l’instant que les 116e et 117e régiments ont été rappelés de Bayonne par S. Exc. le duc de Montebello, pour se porter sur Jaca. Je prendrai les ordres de l’Empereur à ce sujet. Je n’ai pas cru devoir différer d’envoyer la présente à Votre Excellence.

 

Paris, 26 mars 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

Je reçois votre lettre. Le départ de la colonne du général Valentin ne doit pas vous empêcher de garder la Calabre. Les Anglais ont bien d’autres choses à faire que d’aller en Sicile. Ils jettent l’alarme par­tout, mais ils ne sont pas à craindre.

 

Paris, 26 mars 1809

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt

Mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Altesse Royale, du 11 mars. Je verrai avec plaisir son fils auprès de moi. Que Son Altesse Royale fasse préparer ses équipages, et qu’elle lui donne un bon officier pour le guider. Il peut se tenir prêt à partir, et je lui ferai désigner le lieu où il devra se rendre.

 

Paris, 26 mars 1809

A Maximilien-Joseph, roi de Bavière, à Munich

Monsieur mon Frère, je reçois votre lettre. Je ne vois pas d’inconvénient que Votre Majesté donne le commandement d’une de ses trois divisions au Prince royal.

L’arrestation de l’officier français à Braunau ne laisse plus de doute sur les dispositions de l’Autriche. J’ai fait partir, après cela, mes chevaux et ma Garde. Le duc de Rivoli est arrivé à Ulm. Le général Oudinot sera bientôt complété à 30,000 hommes. Une colonne de 5 à 6000 hommes se dirige d’Italie, par Innsbruck, sur Augsbourg pour y rejoindre le corps d’armée du duc de Rivoli. Il est bon que le gou­verneur de Votre Majesté dans le Tyrol en soit instruit, afin que, s’il y avait un coup de main à faire pour les faire déloger, on profitât du passage de cette colonne.

 

Paris, 26 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, si le 25e léger, qui à ordre de se rendre en Toscane, est de l,600 hommes présents sous les armes, par l’incorporation des  différents conscrits qu’il a reçu, vous pouvez donner ordre au 112e de vous rejoindre, en se dirigeant d’abord par Bologne. Si le 23e n’a pas le nombre d’hommes, vous pourrez donner l’ordre à un bataillon de La Tour-d’Auvergne, qui doit être arrivé à Rome avec la colonne du général Valentin, au 1er avril, de se rendre en Toscane, et, moyennant ce, le 112e pourra se rendre à Bologne. Vous pourrez annoncer en Toscane que 6,000 hommes y arrivent de Rome, cette annonce sera toujours utile.

 

Paris, 27 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au général Oudinot de placer toute sa cavalerie et son infanterie sur la rive droite du Lech, et de n’occuper de la rive gauche que la ville d’Augsbourg, afin de laisser de la place au corps du duc de Rivoli; et d’ailleurs, à tout événement, il vaut mieux pour les fourrages ménager la rive droite que la rive gauche.

 

Paris, 27 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Je ne sais ce que vous voulez me dire des correspondances du sieur Fréville; vous me supposez beaucoup trop occupé des détails. Je me suis réservé les biens des douze familles proscrites, et je ne prétends pas à autre chose.

J’ai lu aujourd’hui cinq numéros d’un courrier espagnol rédigé en français; je ne sais pas à quoi peut servir cette gazette. Si c’est pour agir sur l’armée, n’aurait-il pas été convenable que j’en connaisse le rédacteur et qu’il eût ma confiance ? Si c’est pour influer sur la France et sur l’Europe, il serait bien naturel qu’on me laissât ce soin, au moins pour ce qui regarde la France. On se permet dans ce journal des discussions littéraires sur Paris, et l’on s’y établit à l’égard de la France le Don Quichotte des Espagnols. Que cela s’écrive en espagnol et pour les Espagnols, ce n’est que ridicule; mais cela est très inconvenant en français. La France, engagée en Espagne dans une guerre si cruelle, doit espérer au moins l’avantage de régénérer ce pays et de le rendre à des idées plus libérales. On ne peut donc considérer que comme des malveillants ceux qui, dans ce moment, osent publier en français que l’Espagne était bien administrée sous Charles IV, et font l’éloge pompeux d’un Jovellanos que l’Europe ne connaît pas et qui est notre ennemi si acharné qu’il ne pardonne à personne. II faut supprimer cette gazette, ou la faire rédiger en espagnol. J’ai ordonné qu’on en arrêtât partout les exemplaires.

Le ministre de la guerre vous écrit sur les opérations militaires, qui me paraissent bien faibles. Il est urgent de rétablir, à quelque prix que ce soit, les communications entre le duc d’Elchingen et le duc de Dalmatie. Il me semble que voilà un mois qu’on n’a pas reçu de lettre du duc d’Elchingen, et qu’on laisse La Romana s’établir entre la Galice et les Castilles. Si cela continue, les affaires d’Espagne empireraient  d’une manière effrayante. Il faut beaucoup de soin et d’activité dans la conduite de ces opérations militaires.

Le prince de Neuchâtel part. On lui assure de tous côtés que les Autrichiens attaquent les Bavarois depuis deux jours.

 

Paris, 27 mars 1809

A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, la guerre paraît imminente. J’ai fait partir mes équipages. Un de mes courriers a été arrêté à Braunau, par la police autrichienne. Je désire avoir le général Lasalle. Les généraux de cavalerie, en Espagne, ont besoin de peu d’habitudes. Remplacez ce général comme vous voudrez et envoyez-le moi sans délai.

 

Paris 27 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Il paraît à Madrid un Courrier d’Espagne rédigé en français par des intrigants, et qui peut être du plus mauvais effet. Écrivez au maréchal Jourdan pour qu’il n’y ait aucun journal français en Espagne, et qu’on ait à supprimer celui-là. Mon intention est de ne souffrir, partout où sont mes troupes; aucun journal français, à, moins qu’il ne soit publié par mes ordres. D’ailleurs les Français ne reçoivent-ils pas les gazettes de France ? Quant aux Espagnols, on doit leur parler dans leur langue. Il faut que votre lettre à ce sujet soit un ordre positif.

 

Paris, 27 mars 1809

Au comte Fouché. Ministre de la police générale, à Paris

La reine Marie-Louise 2)reine d’Étrurie doit partir de Compiègne le 4 avril pour aller en Italie. Mon intention est qu’on la laisse aller jusqu’à Lyon et que, arrivée dans cette ville, elle change de direction et prenne la route de Nice. Il faudrait faire trouver un ou deux bâtiments prêts pour l’embarquer avec ses voitures et la conduire par eau jusqu’à Avignon, d’où elle se rendra, par terre, à Nice. Il ne faut pas qu’elle séjourne à Lyon, et les voitures de bagages qu’elle aurait fait partir en avant seront dirigées de Lyon pour se rendre à Nice par terre. La reine recevra à Lyon une lettre du grand maréchal de mon palais, qui lui fera connaître que je désire qu’elle se rende dans le Midi, et qu’elle pourra habiter celle des villes de la rivière de Gênes qu’elle préférera, depuis Nice jusqu’à Savone. Elle peut s’établir ou à Menton ou à San-Remo; elle peut même rester quelques mois à Nice; mais il faut la détourner de l’idée d’y fixer son séjour définitif. Vous donnerez des ordres dans ces villes pour qu’elle y soit bien traitée. La reine doit renvoyer tous les Toscans qui sont avec elle. Il serait bon de lui attacher un ancien officier, d’une quarantaine d’années, du grade de chef de bataillon ou de capitaine. Cet officier resterait près de sa personne; il se chargerait de ses affaires et de lui faire toucher sa pension.

 

Paris, 27 mars 1809

Au comte Fouché. Ministre de la police générale, à Paris

Je désire que vous écriviez à M. d’Arberg, à Valençay, pour qu’il en fasse partir tous les Espagnols attachés à la suite des princes, pour retourner en Espagne, parce que le gouvernement espagnol est dans l’intention de confisquer leurs biens s’ils ne reviennent pas. Il faut qu’ils exécutent l’ordre quarante-huit heures après l’avoir reçu. M. d’Arberg pourra en excepter les parents du cha­noine Escoïquiz et une dizaine de domestiques attachés au prince. Il faut même lui donner là-dessus une certaine latitude. Il dirigera ces Espagnols sur Auch, où ils recevront de nouveaux ordres de vous.

P. S. – On pourrait laisser le chanoine Escoïquiz avec le prince, et envoyer San-Carlos en surveillance à Liège ou à Bruxelles. Mais, avant, il faut que l’opération de se défaire de ces Espagnols soit faite.

 

Paris, 27 mars 1809

Monsieur le vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, je désire que vous fassiez partir ce soir un courrier pour l’amiral Ganteaume. Mes vaisseaux sont approvisionnés pour six mois de biscuit. L’a­miral Ganteaume sera maître, selon les cir­constances, d’embarquer 100,000 rations par vaisseau, au moins, si l’on était trop pressé. S’il en embarque 100,000 par vaisseau, il dé­barquera donc 400,000 rations de biscuit. Je me contente de 12,000 quintaux de blé ou de farine, ce qui fait 1,200,000 rations de pain, ou du pain pour 30,000 hommes pendant cin­quante jours. Si l’on a du riz, qu’il peut en mettre quelques milliers de quintaux. Quant à la poudre, je me contenterai de 100 milliers de poudre, poids de marc; 1 million de cartouches suffiront. Vous donnerez ordre à l’amiral Ganteaume de choisir ces 4 ou 5 vaisseaux et 2 frégates. On y embarquera : 10 30,000 quintaux pour le maximum, et 10,000 quintaux pour le minimum de farine, pour tout ce qu’on pourra se procurer, et de blé pour le reste; 2° 200 milliers de livres de 16 onces au maximum, et 100 milliers au minimum de poudre, 2 millions de cartouches au maximum et 1 million au minimum; mais surtout, il faut faire très promptement. Je laisse à l’amiral Ganteaume la faculté de mettre 1 millier de quintaux de riz, au lieu de 1 millier de quintaux de farine ou de blé. Il complétera ses vivres à trois mois, rations complètes de mer pour les équipages, aller et revenir; et en outre, il aura par vaisseau 80 ou 100,000 rations de biscuit sans autres vivres; et même, en cas d’embarras, il suppléera à ce biscuit par de la farine ou du blé. C’est 1 million 4 ou 500,000 rations de pain, biscuit, farine, blé ou riz que je désire faire entrer à Barcelone pour le minimum. Vous ordonnerez que le reste des bâtiments de l’ancienne expédition, et il y en a plusieurs restés à Roses et dans les ports de France, soient chargés entre eux de 10,000 quintaux de blé, afin qu’au moment où l’escadre anglaise serait chassée, ces petits bâtiments puissent entrer. Il en entrera ce qu’il pourra. Il faut avoir soin d’envoyer à l’amiral Ganteaume trois mois de Moniteur et de toute espèce de gazettes. Il sera bon qu’il y ait avec, l’escadre deux petits bâtiments qui puissent revenir à Roses et autres ports après l’expédition, pour balayer les cor­saires et protéger le départ des petits bâtiments. Il faudra même qu’un de ces bâtiments arri­vant sur les côtes de France, prévint tous ceux qui voudraient partir. La Catalogne manque de vivres; ce secours est très important, et fera que l’armée, à quinze ou vingt lieues aux environs, pourra attendre la récolte. Vous savez que le riz pèse moins que le blé. Les gens de vos bureaux doivent connaître ces détails. Je crois, si je ne me trompe, que lorsqu’on manque de pain, le soldat se contente de 5 onces de riz. S’il y a du riz à Toulon, ce sera une économie de moitié pour le transport. Il y a à Barcelone de très grands moyens de débarquement; et comme ce secours intéresse non seulement l’armée, mais aussi les habitants, on s’empressera d’aider le débarquement. Il faut avoir soin que la répartition soit faite entre les 4 ou 5 vaisseaux de l’escadre, deux frégates et deux petits bâtiments armés, ainsi que sur les bâtiments de commerce bons voiliers, susceptibles d’entrer à Barcelone.

Expédiez ce soir les ordres en conséquence à l’amiral Ganteaume. Il les recevra avant le 1er avril. Il faut que le 5 avril, tout soit parti.

Vous fournirez lei3 vivres. Vous pouvez puiser, si cela est nécessaire, dans les magasins de la guerre. La poudre et les cartouches de la guerre sont à votre disposition; qu’à l’arrivée de vos ordres on embarque. Le 29, vous expédierez un courrier qui sera porteur d’une lettre signée de moi, de journaux, instructions, etc. Le fort de Roses est à nous, et, en cas d’événements, on y trouverait protection.

Est-ce que des bâtiments comme la Glorieuse et le Mohawk n’entreraient pas à Barcelone ? Si la Nourrice et la Baleine ne peuvent pas y entrer, des flûtes comme la Durance et la Lamproie y entreraient-elles ?

Sur ce, etc.

 

Paris, 27 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 22 à une heure du matin.  J’approuve toutes les dispositions que vous avez faites. Je vous ai fait connaître que je comptais que les choses resteraient dans le même état pendant tout le mois d’avril. Quoique les Autrichiens menacent beaucoup, ils n’ont cependant pas attaqué, et je reste constant dans mon opinion qu’ils ne le peuvent plus avant le milieu de mai. Vous n’aurez pas manqué d’écrire par tous les courriers au général  Marmont par terre et par mer. J’ai signé le décret qui nomme général de division Fontanelli, et général de brigade le colonel Bartholetti. J’ai nommé le major Jouanis du 81e colonel du 53e; faîtes-le-lui dire et qu’il rejoigne sur-le-champ.

P. S. Je n’ai pas encore reçu l’état de situation de l’armée d’Italie au 15 mars.

 

Paris, 28 mars 1809

A M. Cretet, comte de Champmol, ministre de l’intérieur

Monsieur Cretet, en général, ce que j’ai ordonné à mon passage dans la Vendée ne s’exécute point. J’y ai nommé un préfet; pourquoi n’est-il pas à son poste ? Qu’il s’y rende sans délai.

 

Paris, 28 mars 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

(Cette lettre a été écrite par le comte Mollien lui-même sous la dictée de l’Empereur)

Monsieur Mollien, je vous ai demandé 2 millions sur Strasbourg; j’en ai mis 500,000 francs à la disposition du major général; vous tiendrez 500 autres mille francs à la disposition de l’intendant général; vous y joindrez un autre million; ce qui forme trois millions, un à la disposition du major général, deux à la disposition de l’intendant général, qui ordonnancera tout, savoir : les dépenses du ministère de la guerre sur le million à la disposition du major général, et les dépenses de l’administration de la guerre sur les deux autres millions.

Il est indispensable que vous mettiez aujourd’hui un million à la disposition de l’intendant général, savoir: 200,000 francs en or et 800,000 en traites à vue sur Augsbourg, Ulm ou Stuttgart; vous ferez partir un payeur.

Les mesures que vous avez prises ne sont pas suffisantes; il faut, sur les deux millions qui restent à verser à Strasbourg, que vous en fassiez verser un le 1er du mois, et que le troisième million y soit le 10 avril. C’est par Strasbourg que tout doit passer; Mayence et Francfort sont trop loin. De l’argent sur Strasbourg et des lettres de change sur Augsbourg, Ulm et Stuttgart. Rendez-moi ce soir un compte dont le résultat soit que le commissaire des guerres partira ce soir avec un million; qu’il y ait à Strasbourg un million le 1er avril, et un troisième million le 10; et prenez des mesures pour que la solde passe par Strasbourg. L’argent ne peut donc pas manquer; j’ai, in­dépendamment de ces moyens, un million de la liste civile que M. Daru fait revenir en poste; on s’en servira, sauf à le faire rem­bourser à la liste civile.

 

Paris, 28 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, écrivez au général Kellermann, qui commande à Valladolid, que je vois avec peine que les hôpitaux de la Biscaye et de la Vieille-Castille manquent du nécessaire; que c’est à lui à leur fournir des matelas, couvertures, draps et autres objets dont ils ont besoin, en tenant la main à ce que les réquisitions qu’il fera au pays soient exécutées.

Donnez le même ordre aux commandants de Pampelune, Saint­ Sébastien, Burgos, Vitoria, Bilbao, Santander, et stimulez là-dessus leur zèle.

 

Paris, 28 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée Allemagne, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc de Rivoli de faire rejoindre par les troupes de Hesse-Darmstadt et de Bade leurs divisions respectives, et d’ordonner aux généraux des divisions de les faire manœuvrer tous les jours.

Faites connaître au duc de Rivoli que le général Oudinot a ordre de porter ses cantonnements sur la rive droite du Lech, à deux lieues autour d’Augsbourg; qu’il ne faut pas mettre de cavalerie près de la rive gauche du Lech, pour ménager le pays en cas que l’on fût obligé de tenir la ligne du Lech.

Ordonnez au duc de Rivoli d’avoir toujours dans ses cantonnements quatre jours de pain et quatre de biscuit, afin de pouvoir partir avec huit jours de biscuit. Donnez le même ordre au général Oudinot.

 

Paris, 28 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée Allemagne, à Paris

Mon Cousin, il y aura à l’armée d’Allemagne huit compagnies de pontonniers. Mon intention est que, de ces huit compagnies, il y en ait une attachée à chaque corps d’armée, une attachée à la Garde, indépendamment de celle de la Garde, une attachée à la cavalerie et trois attachées au parc général. Je vous ai fait connaître que la réserve du génie de l’armée d’Allemagne devait être composée d’un bataillon de marins de 1,200 hommes, d’un bataillon d’ouvriers de la marine de 800 hommes, total 2,000 marins sachant manier le fusil et manœuvrer, de 900 hommes des compagnies de sapeurs, de trois compagnies de mineurs, de quatre compagnies de pionniers formant 600 hommes, et de trois compagnies de pontonniers. On y joindra deux compagnies d’artillerie et six pièces de canon. Ainsi le personnel de la réserve du génie, qui sera commandée par un officier supérieur du génie ou de marine, sera de plus de 4,000 fusils, de 280 canonniers servant six pièces de canon et ayant 12,000 outils attelés; indépendamment de ces 12,000 outils, 6,000 seront attachés aux compagnies de sapeurs, mineurs, pontonniers et pionniers, et enfin des caissons portant à peu près 20,000 outils seront attachés aux deux bataillons de marins et d’ouvriers.

 

Paris, 28 mars 1809

ORDRES.

Écrire ce soir à l’ordonnateur de la 5e division et au préfet qu’ils prennent les mesures nécessaires pour faire partir, sous vingt-quatre heures, pour Stuttgart, une compagnie de constructeurs, dans laquelle il y ait 30 ou 40 hommes dont 3 ou 4 habiles à construire des fours. 150 boulangers, 50 au préfet de Strasbourg, 50 au préfet de Mayence, 50 à Colmar. Les préfets les engageront pour six mois. Ceux de Strasbourg se mettront en marche, par division de 25, sur Stuttgart.

Écrire à l’ordonnateur, à Ulm, que je suppose qu’il y a au moins dix mille quintaux de farine réunis à Ulm; qu’il se concerte avec les­ Bavarois pour les réunir sans délai; que, s’il n’a pas de boulangers, il en forme toujours quelques brigades : les circonstances sont urgentes; qu’il se procure des bateaux pour transporter les vivres d’Ulm sur Donauwoerth.

Écrire, à Augsbourg, au commissaire des guerres d’Oudinot d’augmenter les magasins et de faire 100,000 rations de biscuit et 100,000 rations de pain biscuité.

Expédier sur-le-champ un commissaire des guerres avec des lettres de crédit du trésor public pour 200,000 francs. Réunir un million de rations en blé ou farine, mais le plus possible de farine .

J’ai fait construire jadis des fours à Donauwoerth. Requérir les Bavarois et faire construire les fours à Donauwoerth. Il faut que, vingt-quatre heures après l’arrivée du commissaire des guerres, il y ait 100,000 rations de farine dans les magasins.

Voir les moyens de bateaux qu’on pourrait trouver à Donauwoerth pour transporter sur le Danube.

J’ai ordonné un million de rations de biscuit aux autorités bavaroises; j’en ai demandé 200,000 à Passau, 200,000 à Munich, 200,000 à Ulm, 200,000 à Augsbourg, 200,000 à Ingolstadt. Dire au commissaire des guerres que je les suppose confectionnées. En activer la confection si elles ne le sont pas, et avoir des moyens pour les faire filer par le Danube sur Donauwoerth.

Le commissaire des guerres qui ira à Donauwoerth enverra à Ingolstadt.

Les deux cent mille rations de Passau seront mises sous la protection du fort, si cela est nécessaire. Celles de Munich, en cas d’événement, se dirigeront sur Donauwoerth et sur Augsbourg.

Activer toutes ces fabrications.

Outre le commissaire des guerres envoyé à Donauwoerth, envoyer l’ordonnateur Joinville. L’intendant général lui fera connaître le secret de l’armée.

Si les Autrichiens attaquent avant le 10 avril, l’armée doit se concentrer derrière le Lech : la droite occupant Augsbourg, et la gauche la droite du Danube sur Ingolstadt, Donauwoerth.

Donauwoerth doit être le point le plus central de l’armée.

Ainsi donc recommander, si le cas arrivait, que le biscuit d’Ingolstadt et Munich soit dirigé derrière le Lech.

Établir des hôpitaux à Ulm, à Augsbourg, qui sera toujours gardé, et à Donauwoerth.

Le commissaire des guerres pourra porter les 200,000 francs en or dans sa voiture. Il portera des lettres de crédit sur Augsbourg, si le ministre en a.

Il doit y avoir, à Donauwoerth, le général Monthion au bureau d’état-major. Le major général écrira au maréchal Davout pour lui faire connaître l’existence de l’ordonnateur Joinville à l’armée, et qu’il corresponde avec lui. Le cas d’un mouvement rétrograde arrivant, le commissaire des guerres Joinville devra se concerter avec le gouvernement bavarois pour frapper des réquisitions sur Nordlingen, Donauwoerth, Ulm, en arrière du Lech et sur toute la rive droite du Danube; se procurer, en payant, des bateaux sur le Danube; 200,000 francs seront mis à sa disposition le 25 mai. J’aurai 1,000 marins.

Sans attendre les constructeurs, il fera construire par les Bavarois à Ulm et à Donauwoerth.

Demander à Augsbourg 20,000 quintaux de farine.

Il fera des marchés à Ulm pour une trentaine de bateaux montés du nombre d’hommes nécessaire; autant à Donauwoerth et autant dans l’intervalle. Il les louera à tant par mois à dater du plus tôt possible.

Le principal est d’avoir à Donauwoerth des fours et des boulangers. Le duc d’Auerstaedt m’a mandé que 700,000 rations de biscuit étaient dirigées sur Donauwoerth; mais Dieu sait quand il arrivera !

J’ai aussi ordonné à Ulm un magasin de souliers et un magasin d’artillerie.

L’intendant général partira demain. Arrivé à Strasbourg, il dirigera sur Ulm tous les souliers, tous les moyens d’hôpitaux et tous souliers qui appartiendraient aux corps.

Il favorisera les transports d’artillerie.

Il s’entendra avec les gouvernements de Bade et de Stuttgart pour établir des relais de Strasbourg à Ulm, afin de porter rapidement les vivres que, une fois ces relais établis, on ferait passer de Strasbourg.

Il ordonnera, à Strasbourg, la confection de 200,000 rations de biscuit. Il prendra des mesures pour qu’il y ait à Strasbourg un approvisionnement de farine.

Je vois que, l’année passée, on avait de Strasbourg à Ulm neuf relais; on sera à temps d’en mettre ensuite d’Ulm à Augsbourg ; 30 hommes par relais. Ce serait peu de chose; il faudrait en donner la moitié à l’artillerie.

L’intendant général fera les marchés et payera.

Si les mêmes voitures pouvaient aller de Strasbourg à Pforzheim, en ayant quatre relais de chevaux, et tirées par convois de trente et de Pforzheim à Ulm, on y gagnerait beaucoup de temps, parce que les mêmes voitures pourraient aller en six jours de Strasbourg à Ulm.

On avait…. (mots manquants dans la minute) pour l’État de Bade. Jusqu’à ce que ce soit organisé, on pourra requérir trois cents voitures en Alsace.

Si l’ennemi ne fait aucun mouvement, les troupes doivent continuer à vivre, sauf à liquider avec les Bavarois.

Les Bavarois doivent former les magasins d’Augsbourg. Ceux d’Ulm et de Donauwoerth à mes frais.

Quant aux souliers, on fera un marché de 100,000 paires à Strasbourg. Il faut les livrer par jour, à raison de tant, à 1,000 paires par jour, si cela est possible.

M. Daru prendra des renseignements pour savoir la route qu’ont prise les 40,000 paires de souliers qui se rendent à Augsbourg. Il est autorisé à les arrêter à Donauwoerth.

M. Daru est autorisé à commander 50,000 paires de souliers à Ulm et autant à Augsbourg, 100,000 paires à Strasbourg; cela ferait 200,000.

Je suppose que M. Daru trouvera au moins 50,000 paires souliers à Strasbourg.

S’il y en a 40,000 paires en route pour Augsbourg, qu’il fera arrêter sur le Danube, cela ferait environ 300,000. J’ordonne au ministre de faire envoyer à Strasbourg tous les souliers appartenant aux corps.

Le million que je demande à Strasbourg, pour le 1er avril, sera à la disposition du major général pour l’artillerie et le génie.

Comme renseignement pour la suite: former un atelier de confectionnement (sic) à Augsbourg el à Ulm.

 

Paris, 28 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je suppose que vous avez pris des mesures et donné des ordres pour que, les Autrichiens venant à commencer les hostilités, il ne tombe rien en leur pouvoir en Istrie. Comme il n’y a aucun point à l’abri d’un coup de main, il serait à propos d’en retirer ce qui existe, en ne laissant que des gardes nationales et ce qui est indis­pensable pour leur défense.

 

Paris, 28 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous avez trop de compagnies d’artilleries à cheval en Italie. J’en manque en Allemagne. Faîtes partir avec la colonne qui traverse le Tyrol une compagnie d’artillerie légère. Je vois qu’il y a encore dans la 27e division militaire 200 sapeurs du 1er bataillon, 200 sapeurs du 3e, 60 pontonniers, et 97 hommes et chevaux du 6e bataillon du train d’artillerie, ce qui fait donc 600 hommes qui pourraient vous être utiles. Écrivez pour avoir des détails, et faîtes-moi connaître ce que l’on pourrait vous envoyer. Il y a aussi 400 canonniers du 4e régiment à pied

 

Paris, 28 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, donnez l’ordre au 112e qui est à Florence de se rendre à Bologne, d’où vous le dirigerez sans délai sur sa division. Il partira douze heures après votre ordre reçu. Vous ferez connaître au général  Menou que le 23e léger doit être arrivé à Sienne fort de 600 hommes, qu’il a reçu deux convois de 800 conscrits, ce qui l’a porté à 3,400 hommes, que d’ailleurs le 9e chasseurs arrive à Florence, qu’un bataillon de 600 Corses doit y être arrivé de Bastia, et que 200  gendarmes à cheval formant 4 compagnies, et 100 gendarmes à pied, se rendent en Toscane. Donnez ordre au général de brigade Valentin de partir de Rome avec les 4 bataillons du 62e et les 2 bataillons du 25e léger, et de se rendre à Florence, où il y aura ainsi 8 bataillons. Donnez ordre au 22e léger qui est à Ancône de se tenir prêt à partir. Réunissez à Ancône, indépendamment des dépôts italiens qui s’y trouvent, un bataillon provisoire italien fort de 840 hommes ; avec les équipages de mes vaisseaux cette force sera suffisante pour Ancône. Il restera à Rome 2 bataillons napolitains, 1 bataillon d’Isembourg, 3 beaux bataillons français, l’un du 14e, léger, fort de 1,200 hommes, l’un du 6e de ligne, fort de 700 hommes, et l’autre du 101e, fort de 600 hommes, et 300 Napolitains à cheval, ce qui fera à peu près 3,000 hommes. Il me tarde de voir les 8 bataillons que commande le général Valentin, formant le fonds de 1a division Miollis, arriver sur 1’Adige. Donnez ordre qu’ils partent sans différer. Le ministre de la guerre donne ordre à 400 hommes disponibles du 37e, qui sont à Alexandrie, de se rendre à Milan. Vous ferez repartir ces 400 hommes, moitié dans le 1er de ligne, ce qui portera ces régiments à 3,000 hommes. Cette incorporation devra se par procès-verbal, que vous enverrez au ministre de la guerre. Je n’ai point reçu votre situation du 15 mars. J’attends l’état du 1er avril. Je suppose que vous avez les généraux de brigade nécessaires. Je viens d’ordonner au général de brigade Daumas, qui est en Toscane, de se rendre à l’armée d’Italie. Ce général n’a que quarante-six ans, il peut encore servir. Tout ce qui serait disponible des quatre années appartenant aux régiments français qui sont en Italie, ou dans les 27e, 28e, 7e et 8e divisions militaires, doit rejoindre les bataillons de guerre. Les régiments provisoires ne doivent être formés que par la conscription de 1810.

 

Paris, 28 mars 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 23 mars. La guerre paraît à peu près inévitable. Je fais réunir à Mayence, à Wesel et à Strasbourg des régiments de réserve, qui seront formés dans le courant de mai. Je pourrai vous envoyer un ou deux de ces régiments pour contenir le nord de l’Allemagne. Mon intention est de vous donner le commandement des Hollandais qui sont à Hambourg, des troupes qui sont à Magdeburg, et de vous charger de maintenir l’ordre dans tout le Hanovre. Avec votre corps de troupes et ce qui successivement vous rejoindra, vous pourrez vous porter partout où votre présence sera nécessaire. Organisez vos troupes le plus tôt possible, car je vais moi-même retirer la division Dupas du Hanovre. 600 hommes du 22e de ligne se rendent à Magdeburg, de sorte que j’aurai bientôt dans cette place un millier de Français. Faites un exemple sévère du premier qui bougera; établissez une commission militaire, et punissez la contrée qui se rendrait coupable.

 

Paris, 28 mars 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale

Faites faire une analyse de l’affaire du duc d’York, que personne ne comprend, et faites-la mettre dans le Journal de l’Empire en la dirigeant contre le duc d’York et en faisant ressortir aussi le peu d’égards que le Parlement a eu pour la famille.

 

Paris, 29 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous trouverez ci-joint un décret qui ordonne la formation de deux régiments de conscrits de ma Garde. Vous verrez qu’il est nécessaire de désigner trente-deux élèves de l’école militaire pour remplir les places de sous-lieutenants. Je désire que ces jeunes gens soient tous fils, frères ou neveux de membres de la Légion d’honneur.

Quant à la formation de ces régiments, vous donnerez l’ordre que la moitié soit prise dans les conscrits de la Garde, 400 hommes pour chaque bataillon et 1,600 pour les deux régiments. Ces 1,600 hommes seront choisis sur les 6,000 conscrits existants ou qui restent encore à recevoir. L’autre moitié sera prise sur les appels que je compte faire de 20,000 conscrits de la réserve de 1810.

Quant à la nomination des sous-officiers, donnez l’ordre au duc d’Istrie de désigner sur-le-champ 16 fusiliers pour sergents-majors, 16 fusiliers pour caporaux-fourriers, 64 pour sergents et 128 pour caporaux. Les sergents-majors, sergents et caporaux-fourriers devront être de la formation et savoir lire et écrire. Il suffira pour les autres de s’être trouvés seulement à la bataille de Friedland.

Quant aux élèves de l’école militaire de Saint-Cyr, sur les 32, le maréchal duc d’Istrie en désignera 16 de ceux attachés aux cohortes de la Garde, en prenant des jeunes gens dont les pères, frères ou oncles soient membres de la Légion d’honneur. Les 16 autres seront choisis parmi les élèves actuellement à l’École militaire. Les anciens, quoiqu’ils aient le titre de sous-lieutenants, feront les fonctions de lieutenants; les nouveaux, qui ne doivent sortir de l’École militaire que dans le courant de mai, feront les fonctions de sous-lieutenants.

 

Paris, 29 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, envoyez un courrier au duc d’Auerstaedt pour savoir si le général de division Rouyer est arrivé à Würzburg. Vous lui ferez connaître que le régiment de Nassau n° 1 est en Espagne; que le régiment n° 2 sera à Wiesbaden et en mesure de marcher le 12 avril; que le régiment de Würzburg est en Espagne; que le régiment n° 4 des Maisons ducales de Saxe doit être arrivé à Karlstadt près Würz­burg le 21 mars; que le régiment n° 5 de Lippe et d’Anhalt doit être arrivé le 25 mars; que le régiment n° 6 de Schwarzburg, Reuss et Waldeck doit être également arrivé le 25 mars. Ainsi des quatre régiments qui doivent composer la division, un sera prêt à Wiesbaden le 12 avril, les trois autres, formant 5,500 hommes, doivent déjà être à Würzburg. Le général Rouyer doit s’occuper d’exercer et de mettre en état cette division. Si ces trois régiments n’étaient pas arrivés, qu’il envoie à leur rencontre pour savoir pourquoi ils ne viennent pas. Il me tarde beaucoup d’avoir l’état de situation de cette division.

 

Palais impérial de l’Élysée, 29 mars 1809

Au vice-amiral Ganteaume, commandant l’escadre de la Méditerranée, à Toulon

Monsieur le Vice-Amiral Ganteaume, nous avons résolu de faire partir une division de 5 vaisseaux, 2 frégates et deux petits bricks de notre rade de Toulon, avec le nombre de bâtiments de transport nécessaires et appropriés pour porter sur les côtes de Catalogne et faire entrer dans Barcelone 30,000 quintaux de blé, farine et riz, 300 milliers de poudre et un million de cartouches. Mais, comme nous voulons que cette expédition parte sans délai, si cette grande quantité de denrées et de munitions doit retarder le départ de la divi­sion, vous la ferez partir du moment qu’elle pourra embarquer 12 milliers de quintaux de blé, farine et riz, en comptant 9 onces de riz pour une livre de 16 onces, 150 milliers de poudre et 500,000 cartouches. Tous ces objets seront portés sur des bâtiments d’un tirant d’eau tel qu’ils puissent entrer dans Barcelone sans diffi­culté. Indépendamment de cela, vous porterez à bord de chaque vaisseau le plus de poudre, de farine et de blé que vous pourrez.

Si la division de notre escadre a des temps calmes et favorables au débarquement, elle fera non-seulement entrer le convoi, mais elle profitera de l’arrivée de tous les alléges et petits bâtiments du port de Barcelone pour débarquer tout ce qu’elle aurait à bord. Si le temps était contraire et la communication avec la terre difficile, la division se contenterait de faire entrer le convoi, et, cette opération terminée, elle fera son retour en faisant à l’ennemi tout le mal possible.

Nous vous laissons maître de désigner les vaisseaux et le contre­ amiral qui doit les commander.

Vous aurez soin d’envoyer les dernières nouvelles que vous auriez à Toulon, au moment du départ de la division.

 

Paris, 29 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 24, relative au général Baraguey d’Hilliers. Il n’est pas possible que vous puissiez commander sept divisions sans lieutenants généraux. L’armée d’Italie sera une et ne sera pas divisée en corps d’armée; il vous faut deux lieutenants géné­raux; sans quoi, s’il se trouve deux généraux de division ensemble, ils ne s’entendront pas, et il est impossible que vous soyez partout. D’ailleurs une seule division de 9,000 hommes se trouve trop faible étant isolée, car ces 9,000 hommes seront bientôt réduits à 6,000. Je pense donc qu’il est nécessaire que deux généraux de division soient lieutenants généraux et commandent chacun deux divisions; 18,000 hommes peuvent aller partout. Par exemple, en supposant que vous placiez sur les frontières de l’Isonzo, vis-à-vis Goritz, une division française de 9,000 hommes et une division italienne de 8,000 hommes, avec une brigade de cavalerie légère, cela ferait 18 à 19,000 hommes qui ont besoin d’un commandant. Si vous avez un pareil corps du côté de la Pontebana, il faudrait nécessairement à ce corps un commandant. Il vous resterait trois divisions françaises avec les divisions de cavalerie. Je conçois très-bien que ces trois divi­sions pourraient faire la campagne sans commandant particulier et être commandées directement par vous.

Il n’est pas dans mon intention de mettre Miollis à Venise; il a une trop belle division, et j’espère qu’elle sera en ligne avant le commencement des hostilités. En ayant deux lieutenants généraux, vous pouvez donner à l’un deux divisions, à l’autre trois, et en garder trois avec vous, sauf à les affaiblir selon les circonstances. Faites-moi connaître qui vous pourriez nommer vos lieutenants généraux.

 

Paris, 29 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 24. Vous ne m’y parlez pas encore des mouvements du camp de Plaisance sur Brescia, et de Brescia sur Ausgbourg. Envoyez-m’en l’itinéraire, et faîtes-lui faire des marches raisonnables.

 

Paris, 30 mars 1809

DÉCISION

M. Cretet, ministre de l’intérieur, demande un supplément de crédit pour le service des ponts et chaussées.Les circonstances actuelles me portent à refuser tout supplément de crédit. Si d’ici au mois de juin elles changeaient, le ministre me remettrait ceci sous les yeux.

 

Paris, 30 mars 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, faites toucher 100,000 francs à la reine Marie­ Louise (infante d’Espagne, ex reine d’Étrurie) pour les frais de son voyage à Parme.

 

Paris, 30 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites donner l’ordre au général Morio de partir, au reçu de votre ordre, avec sa division pour Châlon. Donnez ordre qu’à Châlon il soit préparé des moyens de transport sur la Saône, pour conduire ces troupes jusqu’à Lyon, et de Lyon jusqu’à Avignon, par le Rhône. Elles ne s’arrêteront point à Lyon et resteront embarquées, allant jour et nuit. D’Avignon, elles se diri­geront sur Perpignan. Ainsi elles mettront pour aller de Metz à Châlon douze jours, et de Châlon à Avignon, cinq jours. Elles peuvent être rendues avant le 20 avril à Perpignan. Vous enverrez vos ordres en détail par l’estafette de ce soir. Surtout écrivez à Châlon et à Lyon pour que tous les moyens de transport soient prêts.

 

Paris, 30 mars 1809

INSTRUCTIONS POUR LE MAJOR GÉNÉRAL.

Les Autrichiens n’ont point déclaré la guerre. Croire qu’ils attaqueront sans rappeler leur ambassadeur ne paraît pas probable. C’est ce qu’ils firent cependant en 1805. Mais l’empereur, comme empereur d’Allemagne, avait un prétexte plausible, celui de prétendre avoir le droit d’entrer en Bavière et de pouvoir encore négocier à Ulm, jusqu’à l’arrivée des Russes. D’ailleurs, alors, l’armée fran­çaise était encore à Boulogne, et l’espoir de pouvoir s’emparer de l’armée bavaroise et de déterminer la cour de Stuttgart a pu motiver la marche qu’a tenue à cette époque le gouvernement autrichien. Aujourd’hui pourquoi attaqueraient-ils sans déclaration de guerre ? Les troupes françaises sont prêtes; les Autrichiens savent bien qu’ils ne prendront ni l’armée saxonne ni l’armée bavaroise, qui sont prêtes et réunies, et d’ailleurs ils s’exposeraient à s’attirer la guerre avec la Russie. Cependant la guerre est, sans doute, imminente avec l’Au triche, qui ne peut nourrir longtemps une si grande quantité de troupes réunies. Tout indique pourtant que vers le 15 avril leur armée sera prête à entrer en campagne. Il est donc convenable que nous le soyons aussi à cette époque, et, à la direction près, nous le sommes aussi.

Au 15 avril, 1,500 chevaux de la Garde, seize pièces d’artillerie, 6,000 hommes d’infanterie, mes chevaux et ma Garde seront à Strasbourg.

Le 1er avril, le duc d’Auerstaedt sera réuni avec ses vingt régiments d’infanterie entre Nuremberg, Bamberg et Bayreuth, et la division Saint-Hilaire entre Nuremberg et Ratisbonne.

L’armée bavaroise a une division à Straubing, une à Landshut et une à Munich.

An 1er avril, le général Oudinot aura 18,000 hommes sous les armes entre Augsbourg et Donauwoerth.

Le maréchal duc de Rivoli se trouve réuni à Ulm avec plus de 25,000 Français.

Le contingent de Bade est réuni à Pforzheim à celui de Hesse-Darmstadt à Mergentheim; mais le duc de Rivoli est autorisé à faire venir ces contingents sur Ulm, aussitôt qu’il croirait les hostilités imminentes. Ainsi donc, du 1er au 15 avril, j’aurai trois corps d’armée qu’il faudra réunir sur le Danube, soit sur Ratisbonne, soit sur Ingolstadt, soit sur Donauwoerth.

Alors le corps du duc d’Auerstaedt composé de quinze régiments d’infanterie et de sept régiments de cavalerie, le corps du duc de Rivoli composé de douze régiments d’infanterie et de quatre régiments de cavalerie, le corps composé de la division Saint-Hilaire et du corps du général Oudinot, qui aura douze demi-brigades, six régiments d’infanterie et sept régiments de cavalerie, enfin la réserve de cavalerie composée de sept régiments de cavalerie légère, de six régiments de grosse cavalerie, présentent une force totale de plus de 130,000 Français et de 10,000 alliés; en tout, 140,000 hommes.

Il faut donc,

10 qu’Augsbourg soit à l’abri d’un coup de main, et que, au lieu de ralentir les travaux des fortifications, on redouble d’activité pour les rétablir; que cette place renferme les 200,000 rations de biscuit demandées; qu’il y ait des fours pour cuire 60,000 rations et des magasins de toute espèce.

20 Toutes les têtes de pont sur le Lech doivent être palissadées et armées avec de l’artillerie plus forte que celle de campagne.

Enfin Donauwoerth doit contenir beaucoup de magasins; car, si les Autrichiens attaquent, cette ville sera vraisemblablement le quartier général de l’armée.

Il faut ajouter à ces dispositions celle importante de faire bien armer et approvisionner la citadelle de Passau, de manière qu’elle puisse tenir deux ou trois mois.

On doit travailler à Ingolstadt de manière à avoir de bonnes tètes de pont sur le Danube, afin qu’on puisse déboucher quand on le voudra sur la rive gauche.

J’ai donné l’ordre à l’intendant général de faire partir aujourd’hui un commissaire des guerres avec 200,000 francs en or et 800,000 en lettres de change, pour réunir à mes frais un million de rations, qu’on ne touchera qu’en cas de réunion de l’armée. Il faut que les Bavarois aient à Augsbourg et à Ulm deux millions de rations. L’or­donnateur Joinville a dû partir avec l’ordre de louer à Donauwoerth et à Ulm un certain nombre de bateaux avec équipages, pour un mois, pour pouvoir transporter sur le Danube tout ce dont on aura besoin.

Enfin j’ai donné l’ordre au commandant du génie et à l’intendant général d’être rendus à Strasbourg le 1er avril et d’établir des relais de 60 voitures chacun entre Strasbourg et Ulm, afin de transporter sur Ulm tout ce dont l’armée aura besoin, et, entre autres objets, les 3 à 4 millions de cartouches, les 6,000 fusils, etc., que l’artillerie doit avoir à Ulm, les 12,000 outils que le génie doit y avoir, enfin les objets d’hôpitaux et les souliers que l’on trouverait à Strasbourg. J’ai ordonné à l’intendant général de faire confectionner à Strasbourg 100,000 paires de souliers, 50,000 à Ulm, 50,000 à Augsbourg. Prenez des mesures pour qu’ils soient bons et pour éviter les friponneries.

Tous les effets que les régiments voudront envoyer à leurs corps seront dirigés sur Ulm, et de là, par le Danube, sur Ratisbonne et Passau, suivant les mouvements de l’armée.

Enfin j’ai ordonné à mon ministre du trésor public de tenir trois millions à Strasbourg, dont un à votre disposition et deux à la disposition de l’intendant général. Vous pourvoirez aux dépenses qui sont du ressort du ministre de la guerre sur ordonnance de l’intendant général, à votre volonté. L’intendant général pourvoira à toutes les dépenses qui seront du ressort du ministre directeur de l’administration de la guerre.

Le major général partira pour être rendu à Strasbourg avec son état-major le…. de manière à pouvoir être, suivant les circonstances, le… soit à Donauwoerth, soit à Augsbourg; il verra à Metz la division westphalienne en détail.

S’il n’y a rien de nouveau, il séjournera à Strasbourg pour y activer l’organisation soit de l’artillerie, soit du génie, administration, etc.

Il expédiera un officier au duc d’Auerstaedt pou r le prévenir qu’il sera le . . . à Strasbourg. Il ordonnera au général Bertrand, com­mandant le génie, et à M. Daru, intendant général, d’y être rendus à la même époque, pour y organiser le service. Le général Songis s’y trouve déjà.

Le général Bertrand se rendra de Strasbourg à Augsbourg et Ingolstadt.

Comme il est probable que les Autrichiens ne feront aucun mouvement, le major général pourra aller à Ulm, où est le corps du maréchal duc de Rivoli, et à Augsbourg, où est le corps du général Oudinot; il y passera la revue des troupes, afin de me faire connaître les emplois vacants et de m’envoyer les promotions présentées. Il pourra également voir l’armée bavaroise et le corps de Wurtemberg. Au surplus, si rien ne presse, il ne quittera point Strasbourg sans attendre mes ordres, parce que, de là, il sera plus à même d’expé­dier le mouvement général de l’armée, que je lui adresserai; mais je vais lui faire connaître mes projets, afin qu’il puisse les faire exécuter sans attendre mes ordres, si les circonstances étaient pressantes.

Mon but est de porter mon quartier général à Ratisbonne et d’y centraliser toute mon armée.

Le quartier général de Donauwoerth et la ligne du Lech est (sic) une position à occuper dans le cas où l’ennemi me préviendrait; mais si les Autrichiens ne bougent pas, je désire que le général Oudinot et le général Saint-Hilaire se réunissent à Ratisbonne. D’Augsbourg à cette ville, il y a cinq marches ordinaires et quatre marches de guerre; eu faisant partir le général Oudinot d’Augsbourg le 5 avril, il serait le 10 à Ratisbonne, et, en supposant le général Saint-Hilaire rendu à Nuremberg le 5 avril, il serait le 8 ou le 9 à Ratisbonne, où je pourrai avoir, vers le 10 avril, 30,000 hommes d’infanterie et sept régiments de cavalerie.

Le duc d’Istrie y arriverait le même jour et réunirait toute sa réserve de cavalerie.

Le duc d’Auerstaedt porterait son quartier général à Nuremberg; il n’occuperait Bayreuth et les débouchés sur Egra que par l’extrémité de sa gauche. Son quartier général ne serait donc qu’à vingt­ quatre lieues de Ratisbonne, c’est-à-dire à trois marches.

Les trois divisions de l’armée bavaroise se trouveraient également autour de Ratisbonne à un, deux, trois jours de marche au plus.

Le duc de Rivoli porterait son quartier général à Augsbourg, et ne serait qu’à quatre ou cinq marches de Ratisbonne.

Ainsi le quartier général se trouverait à Ratisbonne, au milieu de 200,000 hommes, à cheval sur une grande rivière, gardant la rive droite du Danube depuis Ratisbonne jusqu’à Passau, et on serait alors dans une position à l’abri de toute inquiétude des mouvements de l’ennemi, avec l’avantage du Danube qui apporterait promptement à l’armée tout ce qui lui serait nécessaire.

Qu’est-ce que l’ennemi, qui est prêt, pourrait entreprendre, aujourd’hui contre l’armée ? Ce serait de se porter de Pilsen sur Ratisbonne par Waldmunchen  et Cham. De Pilsen à Ratisbonne, il y a cinq marches. Ce cas·arrivant, la division bavaroise qui est à Straubing se reploierait sur Ingolstadt, la division bavaroise qui est à Landshut ferait le même mouvement; le corps du duc d’Auerstaedt se por­terait sur Ingolstadt et Donauwoerth; et alors ce serait le cas de mettre le quartier général à Donauwoerth.

Une fois l’armée ainsi cantonnée autour de Ratisbonne, que fera l’ennemi ? Se portera-t-il sur Cham ?  On sera à même de réunir toutes ses forces contre lui, pour l’arrêter sur les positions qu’on aura reconnues sur la Regen.

Se portera-t-il sur Nuremberg ? Il se trouvera coupé de la Bohême.

Se portera-t-il sur Bamberg? Il sera également coupé.

Enfin prendra-t-il le parti de marcher sur Dresde ? Alors on entrera en Bohème et on le poursuivra en Allemagne.

Agira-t-il sur le Tyrol, en même temps qu’il débouchera par la Bohême ? Il arrivera sans doute à Innsbruck; mais les dix ou douze régiments qu’il aurait à Innsbruck ne se trouveraient pas en bataille sur les débouchés de la Bohême, et ces troupes qui seraient à Innsbruck apprendraient la défaite de leur armée en Bohème par notre arrivée sur Salzburg.

Enfin si l’ennemi paraît vouloir prendre les extrémités de la gauche et de la droite pour agir, il faut accepter le centre, ayant pour retraite le Lech et tenant comme garnison Augsbourg, pour être sûr d’avoir toujours cette ville à sa disposition.

Ainsi donc le service du génie se réduit à fortifier les têtes de pont sur le Lech, à fortifier Passau, Augsbourg, Ingolstadt.

Le service des vivres a pour objet la réunion de grands magasins à Augsbourg et à Donauwoerth, où il faut des fours pour cuire 30 à 40,000 rations. Les magasins d’Augsbourg seront faits par la Bavière. Ceux de Donauwoerth seront à mes dépens, afin de pouvoir les transporter où je voudrai marcher, soit par l’une ou l’autre rive. L’intendant général doit pourvoir à avoir de quoi confectionner à Donauwoerth deux millions de rations de pain. Il prendra donc les mesures pour avoir ce qui sera nécessaire; il en fera connaître la dépense .

J’ai demandé aux Bavarois un million de rations de biscuit.

Quant à tout le biscuit qui vient de la gauche, il pourra être dirigé sur Ratisbonne, quand nous y serons; mais, dans l’incertitude que nous ne puissions pas arriver à Ratisbonne avant l’ennemi, tout sera dirigé sur Donauwoerth, point que nous sommes aujourd’hui en état de défendre.

A l’égard des ingénieurs géographes, ils doivent faire la reconnais­sance des positions autour de Ratisbonne, des ponts sur le Danube, et le major général écrira au général de Wrede pour avoir des renseignements sur ces ponts et sur les positions. Par exemple, pourrait-il défendre le pont de Straubing dans le cas où l’ennemi arriverait par la rive gauche ?

L’intendant général doit s’assurer de tous les moyens possibles de transport sur le Danube. Il doit avoir une compagnie de constructeurs de fours et une compagnie de boulangers.

Aujourd’hui le duc d’Auerstaedt commande toute la première ligne : commandement illusoire, puisqu’il ne pourrait pas prévoir à temps ce qui arriverait sur l’Inn. Ainsi le major général ferait les organisations générales suivant les circonstances, telles que de mettre le général Oudinot sous les ordres du duc de Rivoli. Les vingt régiments d’infanterie qui sont sur la gauche du Danube resteraient sous les ordres du duc d’Auerstaedt.

Le général Oudinot, le corps du duc de Rivoli et tout ce qui serait sur la rive droite du Danube seraient aux ordres du duc de Rivoli. Mais, en résultat, mon intention est que, aussitôt que la division du général Saint-Hilaire et le général Oudinot pourront se réunir sur Ratisbonne, les deux corps réunis n’en forment plus qu’un, qui sera appelé 2e corps de la Grande Année, commandé par ….. Le corps du duc d’Auerstaedt s’appellera 3e corps de la Grande Armée; le corps du duc de Rivoli s’appellera le 4e corps de la Grande Armée ; enfin le corps du duc de Danzig s’appellera corps bavarois de la Grande Armée.

Quant au corps de cavalerie du duc d’Istrie, il sera composé de deux divisions de grosse cavalerie, chacune de trois régiments, de deux: divisions de cavalerie légère, chacune de quatre régiments, dont sept régiments français et un Wurtembergeois. Ainsi, le duc d’Istrie aura huit régiments de cavalerie légère formant 7,000 hommes, si régiments de grosse cavalerie formant 5,000 hommes; total 12,000 hommes. S’il est nécessaire, on pourra retirer un régiment de cavalerie légère bavarois.

J’ai pris des mesures pour que tous les régiments de cavalerie légère soient portés à 1,000 hommes, en faisant marcher tout ce qu’il y a de disponible aux dépôts en France des régiments qui son à l’armée d’Espagne.

Quant aux dragons de la division Beaumont, ils formeront six régiments provisoires dont la tête est déjà arrivée à Strasbourg et qui pourront partir de cette ville vers le 15 avril, forts d’environ 5,000 hommes.

J’ai aussi ordonné qu’il soit formé, des dépôts des régiments de hussards qui sont en Espagne, des compagnies chacune de 80 à 150 hommes, que je compte destiner à chacun des maréchaux pour leur garde et ordonnances. Chaque maréchal veillera à l’administration et à l’entretien de cette compagnie.

J’ai attaché au service du major général un régiment provisoire de chasseurs fort de 1,000 hommes, qui se forme à Versailles, composé de deux escadrons du 26e régiment de chasseurs, d’un escadron du 10e et d’un escadron du 22e; un bataillon de Neuchâtel, qui se rend à Paris, un bataillon suisse, une compagnie de 100 gendarmes, la compagnie des guides. Avec ces troupes, le major général fournira des postes sur les derrières de l’armée, pour assurer les communications et escorter les estafettes.

Le grand écuyer doit avoir avec lui des postillons des postes de France et 80 chevaux, pour faire toujours les soixante dernières lieues sur les derrières de l’armée.

Ainsi donc l’armée française en Allemagne sera composée de trois corps.

Le 2e corps, sous le commandement du duc de Montebello, s’il arrive à temps, ou sous celui du prince de Ponte-Corvo, sera composé des deux divisions du général Oudinot, formant douze demi-brigades commandées par le général Oudinot et six généraux de brigade; de la division Saint-Hilaire, composée de six régiments ayant sous ses ordres trois généraux de brigade; de trois régiment de cavalerie légère commandés par un général de brigade; de la division Espagne, composée de quatre régiments, commandés par un général, ayant sous ses ordres deux généraux de brigade.

Chaque division et chaque brigade de cavalerie légère auront chacune un adjudant commandant.

Chacune des divisions du corps du général Oudinot aura dix-huit pièces de canon; la division Saint-Hilaire en aura quinze; la division Espagne six; ce qui formera trente-neuf pièces en batterie.

Le 3e corps, aux ordres du duc d’Auerstaedt, sera composé de quinze régiments d’infanterie divisés en quatre divisions, chaque division commandée par un général de division ayant sous ses ordres trois généraux de brigade; la cavalerie légère, composée de …. régiments, commandée par un général de brigade; la division Saint­ Sulpice, composée de ….. régiments, commandée par deux généraux de brigade; chaque division d’infanterie ayant au moins quinze pièces de canon, et la division Saint-Sulpice six; total, soixante-six pièces en batterie; chaque division et la brigade de cavalerie légère ayant un adjudant commandant et deux adjoints.

Le 4e corps de la Grande Armée, commandé par le duc de Rivoli, sera composé de quatre divisions d’infanterie de ….. régiments; chaque division commandée par un général de division ayant à ses ordres deux généraux de brigade; une division de cavalerie légère, composée de quatre régiments français et de deux alliés, commandée par un général de division et deux généraux de brigade. A chaque division seront attachés un adjudant commandant et deux adjoints; chaque division d’infanterie ayant douze pièces d’artillerie française; ce qui, avec vingt-huit pièces d’artillerie des alliés, fera soixante et seize pièces.

Quant à la division des troupes des petits princes commandée par le général Rouyer, forte de 6 à 8,000 hommes, elle sera commandée par ce général et par deux généraux de brigade sachant parler allemand. Cette division restera provisoirement attachée au 3e corps, mais pourra être appelée au quartier général pour fournir des garnisons aux places et pour l’escorte des prisonniers.

La réserve de cavalerie commandée par le duc d’Istrie aura deux divisions de cavalerie légère, commandées par deux généraux de division et quatre généraux de brigade; deux divisions de grosse cavalerie, chacune de trois régiments, commandées par deux généraux de division et quatre généraux de brigade; la réserve de dragons, formant six régiments, commandée par un général de division et trois généraux de brigade. Chacune des divisions de grosse cavalerie de la réserve aura six pièces de canon; la division de dragons en aura six; total, dix-huit pièces pour la réserve.

Les troupes de Wurtemberg ne sont attachées à aucun corps d’armée. Je désire les tenir à la main. Suivant les circonstances, je pourrai les joindre au duc de Danzig ou à l’un des trois corps d’armée, si les opérations dont je les chargerais les rendaient utiles. Si le général Vandamme ne commande pas les troupes de Wurtemberg, on donnerait ce commandement au général Demont, qui parle allemand, et le général Vandamme remplacerait le général Demont.

Les troupes de Mecklenburg sont destinées à tenir position dans Poméranie suédoise.

Quant à la Saxe, en cas d’hostilités, on engagerait le Roi à se retirer soit à Erfurt ou à Leipzig. Si la ville de Dresde était à l’abri d’un coup de main, on y laisserait 3,000 hommes de garnison, et le reste de l’armée saxonne marcherait pour gagner le Danube.

Les troupes polonaises doivent garder Varsovie et inquiéter Cracovie. En cas d’hostilités, on préviendrait le prince Poniatowski commandant le duché de Varsovie, qu’il doit organiser les gardes nationales pour garder les places de Praga, Modlin, et, avec ces troupes, tâcher d’insurger la Galicie.

Le major général travaillera avec le général Bertrand pour tout ce qui regarde le génie, les sapeurs, et avec l’intendant général pour tout ce qui tient aux équipages militaires, ayant soin de consulter ce qui existe pour ne pas faire de faux mouvements.

GÉNIE.

Chacun des trois corps d’armée aura une compagnie de pontonniers, deux compagnies de sapeurs et 6,000 outils.

Le parc du génie aura un bataillon d’ouvriers de la marine de 800 hommes, un corps de marins de 1,200 hommes; le ministre de la marine leur fera fournir neuf chirurgiens; neuf compagnies de sapeurs, 900 hommes, deux chirurgiens; trois compagnies de mineurs, 300 hommes, un chirurgien; trois compagnies de pontonniers, 300 hommes, un chirurgien; quatre compagnies de pionniers, 600 hommes, un chirurgien ; deux compagnies d’artillerie et six pièces de canon. Les sapeurs et les mineurs formeront deux bataillons. Les pionniers formeront un bataillon. Les pontonniers formeront un bataillon. Ces quatre bataillons seront sous le commandement d’un major du génie.

Les 800 ouvriers de la marine et les 1,200 marins formeront trois bataillons commandés par le colonel Baste, capitaine de vais­seau; ce qui formera sept bataillons, dont quatre de l’armée de terre et trois de la marine.

Ce corps du parc du génie formera une réserve qui sera comman­dée par le général Hastrel, pour les marches et la police militaire. On y attachera un commissaire des guerres, un adjoint et quatre caissons d’ambulance. Cela formerait un corps de réserve qui serait utile un jour d’affaire. Le général Hastrel veillera à ce que ce corps marche toujours dans le plus grand ordre, soit pourvu de vivres et de munitions et bien armé.

Dès aujourd’hui les sapeurs de Würzburg, des quatre régiments des Maisons de Saxe, de Nassau, formeront un bataillon de 3 à 400 hommes, qui suivra la réserve du parc du génie; le major gé­néral fera expédier tous les ordres pour l’organisation de cette réserve.

Les magasins d’artillerie, du génie et des vivres, doivent d’abord être dirigés sur Ulm, où ils seront embarqués sur le Danube pour suivre les mouvements de l’armée.

J’ai donné l’ordre de diriger de Strasbourg sur Ulm 6,000 fusils, 6,000 baïonnettes, 6,000 pièces de rechange, 2,000 sabres des trois armes, 2,000 paires de pistolets, 20,000 épinglettes et 1,000 tire­ bourre.

L’intendant général préviendra les corps que les effets d’habille ment ou autres effets doivent être dirigés sur Ulm, où on les embarquera sur les bateaux conduits par les marins.

Quant aux bataillons des équipages militaires, le 2e bataillon et le 5e sont déjà à l’armée du Rhin; le 12e se forme à Commercy; 200 caissons des dépôts des bataillons qui sont à l’armée d’Espagne sont dirigés sur Joigny, où ils formeront deux bataillons destinés à la réserve. Ce sera donc cinq bataillons d’équipages militaires à l’armée formant 700 caissons; ce qui parait convenable.

Quant aux hôpitaux, ils doivent être concentrés à Amberg, Ingolstadt et Passau, en cas qu’on marchât en avant; ces trois points devant être approvisionnés et mis à l’abri d’un coup de main.

J’aurai, de ma Garde, à l’armée du Rhin : quatre régiments à cheval, quarante-huit pièces de canon, une compagnie de marins, une compagnie de pontonniers, deux régiments de tirailleurs, deux régiments de fusiliers, un régiment de chasseurs à pied, un régiment de grenadiers à pied.

ÉTAT DE LA COMPOSITION DES DIVISIONS ET BRIGADES DES DIFFERENTS CORPS DE LA GRANDE ARMÉE

(en préparation)

Corps d’arméeDivisionsGénérauxBrigadesGénérauxRégiments
A l’état-major général1er régiment provisoire de chasseurs (des 10e, 22e  et 26e régiments)
Bataillon de Neuchâtel
1 bataillon suisse
1 compagnie de 100 gendarmes
IIe corps d’armée

Le maréchal duc de Montebello

ou

Le prince de Ponte-Corvo

1e

 

Claparède1eConroux1e demi-brigade d’infanterie légère
3e demi-brigade d’infanterie légère
2eAlbert1e demi-brigade d’infanterie légère
2e demi-brigade d’infanterie légère
3eSchramm4e demi-brigade d’infanterie légère
Jarry4e demi-brigade d’infanterie légère
2eTharreau1eCoehorn2e demi-brigade d’infanterie légère
4e demi-brigade d’infanterie légère
2eLesuire5e demi-brigade d’infanterie légère
6e demi-brigade d’infanterie légère
3eFicatier7e demi-brigade d’infanterie légère
8e demi-brigade d’infanterie légère
3eSaint-Hilaire1ePouzet10 léger
2eDuppelin3e demi-brigade d’infanterie légère
57e ligne
3eDestabenrath72e ligne
105e ligne
22e ligne (resté dans les places)
Cavalerie légèreColbert7e chasseurs
20e chasseurs
Division de cuirassiersEspagne1eReynaud4e cuirassiers
6e cuirassiers
2eFouler7e cuirassiers
8e cuirassiers
1eMorand1eBarbanègre13e léger
2eLacour17e ligne
30e ligne
3eL’Huillier61e ligne
65e ligne  
2eFriant1eGirard, dit Vieux13e léger
2eGrandeau33e ligne
48e ligne
3eGauthier108e ligne
111e ligne
3eGudin1ePetit7e léger
2eDe Lorencez12e ligne
21e ligne
3eGilly25e ligne
85e ligne
IIIe corps d’armée

Le maréchal duc d’Auerstaedt

 

4eDemont1e4e bataillon du 17e de ligne
4e bataillon du 30e de ligne
4e bataillon du 61e de ligne
4e bataillon du 65e de ligne
2e4e bataillon du 33e de ligne
4e bataillon du 111e de ligne
3e4e bataillon du 7e de ligne
4e bataillon du 12e de ligne
4e bataillon du 21e de ligne
4e bataillon du 85e de ligne
Cavalerie légèreJacquinot1er chasseur
2e chasseurs
12e chasseurs
Division de cuirassiersSaint-Sulpice1eClément1er cuirassiers
5e cuirassiers
2eGuiton10e cuirassiers
11e cuirassiers
Division allemandeRouyer1eN° 2 Nassau
N° 5 Lippe et Anhalt
2eN° 6 Schwazburg, Reuss et Waldeck
N° 4 Cinq Maisons ducales
IVe corps d’armée

 

Le maréchal duc de Rivoli

1eLegrand1eLedru26e léger
18e ligne
2eKisterBrigade de Bade (1er ligne – 2e ligne – 3e ligne – Bataillon de chasseurs à pied)
2eCarra-Saint-Cyr1eCesson24e léger
2eDalesme4e ligne
46e ligne
3eSchinerBrigade de Hesse (3e bataillon des gardes – 3e bataillon du corps)
3eMolitor1eLeguay37e ligne
2e ligne
2eViviez16e ligne
67e ligne
4eBoudet1eFririon3e léger
2eValory56e ligne
93e
Division de cavalerie légère1e19e chasseurs
23e chasseurs
2e3e chasseurs
14e chasseurs
3eDragons de Bade
Chevau-légers Hesse-Darmstadt
Réserve de cavalerie

La maréchal duc d’Istrie

1e division de cavalerie légèreMontbrun1ePajol5e hussards
11e chasseurs
2eDe Piré8e hussards
16e chasseurs
2e division de cavalerie1eBruyère24e chasseurs
13e chasseurs
2e7e hussards
1er rég. cav. légère Wurtemberg
Division de dragonsBeaumont1e1er rég. Prov. dragons
2e idem (se forme à Strasbourg)
2e3e idem (se forme à Strasbourg)
4e idem (se forme à Strasbourg)
3e5e idem (se forme à Strasbourg)
6e idem (se forme à Strasbourg)
Division de grosse cavalerie1eDefrance1er carabiniers
2e carabiniers
2eDoumerc2e cuirassiers
Division de cuirassiers1eSaint-Germain9e cuirassiers
1eDavenay3e cuirassiers
12e cuirassiers
Corps bavarois de la Grande Armée

 

Le maréchal duc de Dantzig

1eDeroy1eRechberg1er ligne
2e ligne
1er bataillon léger
2eRaglowich4e ligne
8e ligne
3e bataillon léger
CavalerieZandt1er dragons
1er chevau-légers
2eWrede1eMinucci3e ligne
13e ligne
6e bataillon léger
2eBeckers6e ligne
7e ligne
4e bataillon léger
CavaleriePraysing2e chevau-légers
3e chevau-légers
3eSieben1eVincenti9e ligne
10e ligne
5e bataillon léger
2eSchlossberg5e ligne
14e ligne
7ebataillon léger
CavalerieSeydwitz2e dragons
4e chevau-légers

 

Paris, 30 mars 1809

Au général comte Hulin, commandant la 1e division militaire, à Paris

Monsieur le Général Hulin, mon intention est qu’il soit sursis à l’exécution du jugement prononcé contre Bailly-Lucas fils, afin que je puisse avoir un rapport sur la conduite de ce jeune homme, que l’on m’assure avoir de la candeur et un sincère repentir.

 

Paris, 30 mars 1809

A Élisa, Grande-Duchesse de Toscane, à Livourne

Ma Sœur, j’accepte le monument que la ville de Livourne veut ériger; mais je désire qu’il ne soit exécuté qu’à la paix, et lorsque son commerce sera revenu et prospérera.

Il ne faut pas réagir, et ne voir ni amis ni ennemis de la France; ce serait réveiller des haines et des partis où il n’en faut point.

J’ai nommé directeur de la police à Florence le sieur Dubois, qui a été membre du tribunal de cassation et qui a rempli longtemps les fonctions de commissaire général de police à Lyon. On est content ici du conseiller d’État Giusti. Quant au marquis Corsi, je ne sais duquel vous voulez parler. Il faut être en garde contre les insinuations des Toscans.

Les lois sur les contributions sont générales en France; personne n’a le droit de les suspendre; vous n’avez à vous mêler en rien des finances.

J’ai nommé à Florence le préfet qui était à Bordeaux.

Il est nécessaire que vous vous rendiez le plus tôt possible à Florence.

 

Paris, 31 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, donnez ordre au duc de Valmy d’avoir une colonne sur les confins de l’Aragon, du côté de Pau, pour maintenir la communication avec Jaca. Vous lui ferez connaître que j’ordonne que l’adjudant commandant Lomet réunisse sa colonne mobile dans ce fort, qu’il soit approvisionné, qu’il  y soit mis une compagnie d’artillerie de ligne et deux officiers du génie, et qu’il soit en état de maintenir la communication ouverte entre Saragosse et la France.

Vous donnerez ordre au général commandant en Aragon de placer à Jaca un millier d’hommes, sous le commandement de l’adjudant-commandant Lomet, pour contenir la vallée, avec une compagnie d’artillerie, deux officiers du génie, un officier supérieur d’artillerie et un commissaire des guerres; d’approvisionner la place pour six mois, et de pourvoir non-seulement au maintien de la tranquillité dans la vallée, mais à ce que la communication soit directe et libre entre Pau et Sarragosse. Recommandez au commandant de l’Aragon d’établir par là une correspondance qui serait beaucoup plus brève.

 

Paris, 31 mars 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je réponds à votre lettre du 3 sur la formation des demi-brigades de réserve.

La 1e et la 2e qui se réunissent à Pontivy doivent l’être au 1er mai. Il faut attacher à l’une et à l’autre, indépendamment des colonels en second, les quatre majors des quatre régiments.

J’approuve que l’on commence à former les 3e et 4e demi-brigades, à Paris, au 3 avril; mais il faut que les majors aillent eux­-mêmes aux dépôts s’assurer que les compagnies que doivent fournir les 32e, 58e, 121e et 122e, sont armées, habillées et suffisamment munies de tout. Ces brigades seront alors réunies dans deux casernes, savoir : 1a 3e à Saint-Denis et la 4e à Paris. Si ces régiments ne pouvaient présenter au 3 avril que 200 hommes, on en formerait deux compagnies de 100 hommes chacune, et sauf à compléter successivement chacune de ces demi-brigades à 1,200 hommes. Les 4e compagnies doivent être fournies au 15 avril, ou au plus tard au 20. Il faut que les deux demi-brigades aient à cette époque 1,200 hommes. Jusqu’à ce que les 3e et 4e compagnies soient fournies, les 1er et 2e bataillons n’en feront qu’un, non plus que les 3e et 4e bataillons. Ainsi on pourra me présenter, le 5 avril, les 3e et 4e demi-brigades formées en deux bataillons et fortes de 1,200 hommes.

La 5e demi-brigade se réunit à Sedan. Il faut, avant de la former, que les quatre régiments qui concourent à sa formation fassent partir ce qu’ils doivent avoir au corps du général Oudinot. Aussitôt que les cadres des 5e bataillons seront arrivés, la Garde leur remettra 1,200 conscrits, qui me seront présentés. Aussitôt que les 12e, 14e, 14e et 88e pourront fournir une 3e compagnie, ils la dirigeront sur cette demi-brigade. Il est nécessaire qu’avant  le 20 avril ils aient expédié leurs quatre compagnies; avant de les envoyer à Sedan, on me présentera ces compagnies.

Les ordres sont donnés pour les 6e, 7e et 8e demi-brigades.

Pour la 9e demi-brigade, vous chargerez le général Mathieu­ Dumas de donner lui-même les ordres pour sa formation. Aussitôt que les 8e, 21e, 94e, 95e, 39e et 85e auront fourni ce qui leur a été demandé pour compléter leurs bataillons à l’armée du Rhin, ces régiments formeront cette 9e demi-brigade en réunissant à Wesel deux compagnies chacun, et, aussitôt qu’ils le pourront, ils fourniront la 3e. Le colonel en second qui s’y rendra aura l’autorisation d’aller lui-même dans les dépôts, et il ne fera partir les hommes que bien habillés, bien armés, ayant leurs livrets en règle, etc. Même ordre pour les 10e, 11e, 12e et 13e demi-brigades.

Vous pouvez charger le vice-roi de former la 14e, puisque ces dépôts se trouvent dans son commandement.

Vous chargerez le général de division Muller de former les 15e, 16e et 17e demi-brigades, de passer la revue des dépôts qui doivent leur fournir des compagnies, et, aussitôt qu’il trouvera qu’ils peuvent fournir 280 hommes bien équipés et bien armés, il les fera partir pour Alexandrie. Les colonels en second, aussitôt qu’ils seront nommés, se rendront aux dépôts pour passer la revue de ces hommes et s’assurer qu’ils sont dans un parfait état.

Indépendamment de la correspondance que vous tiendrez avec les généraux Dumas et Muller, chargez les colonels en second de vous rendre compte directement de la revue qu’ils passeront de la situation des dépôts. Ainsi, une fois nommés, les colonels en second doivent visiter les dépôts qui concourent à la formation des demi-brigades.

Il faut pourvoir à la nomination des chefs de bataillon et adjudants-majors. Les 1er et 2e bataillons de la 1e et de la 2e demi-brigade seront sous les ordres du major du 70e. Les 3e et 4e bataillons des mêmes demi-brigades seront sous les ordres du major du 47e. Cette méthode sera suivie pour les 3e, 4e et 5e demi-brigades, c’est-à-dire que vous choisirez parmi les quatre corps qui composent chacune de ces demi-brigades deux majors, qui commanderont deux bataillons

Ainsi chaque demi-brigade sera commandée par un colonel en second et deux majors.

La 6e demi-brigade et la 7e, qui ne sont composées que de trois bataillons, n’auront qu’un major, qui aidera le colonel en second. La 8e demi-brigade aura deux majors. Ainsi de suite pour toutes les autres. Il ne manquera donc plus que les adjudants-majors; un adjudant-major par bataillon me parait nécessaire. Vous y attacherez les officiers à la suite du corps.

Vous devrez réitérer l’ordre dans les 7e, 8e, 27e et 28e divisions militaires que tout ce qui appartient à la conscription des quatre années soit dirigé sur les bataillons de guerre qui sont en Italie. Il vous restera à désigner ce que chaque dépôt doit envoyer pour les porter au grand complet, avant de former les demi-brigades de réserve.

 

Paris, 31 mars 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous envoie un projet qui m’est présenté par le sieur Daru. Je ne veux pas qu’il y ait de caissons pour le pain, pour la cavalerie, pour l’artillerie, ni pour le génie. Au lieu de deux pour l’infanterie, mon intention est qu’il n’y en ait qu’un, et il ne faut établir cela que pour l’armée d’Allemagne et celle d’Italie. Présentez-moi là-dessus un projet, et faites-moi connaître à quoi se montera la dépense.

 

Paris, 31 mars 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur général des revues et de la conscription militaire, à Paris

Je désire appeler 30,000 hommes de la conscription de 1810, en prenant de préférence dans les bons départements. Je suis obligé de retarder la publicité du sénatus-consulte, qui ne peut avoir lieu qu’en publiant toutes les pièces. La levée des 30,000 hommes ne serait, pour la généralité des départements, qu’un quart de la con­scription de l’année. Les préfets pourraient la faire sans que le public s’en aperçût, puisqu’il n’y a lieu ni à réunion ni à tirage,

Je désire que le tiers de cette levée soit dirigé sur Paris. Le reste servira à porter au grand complet les régiments qui sont au Rhin, en Italie, à Naples, en Dalmatie, de sorte que non-seulement chaque régiment ait 840 hommes à ses bataillons de guerre, mais que le 5e bataillon soit complet; qu’il y ait encore tout ce qu’il faudrait pour combler le déficit des hommes inhabiles à la guerre qui se trouvent au régiment, et qu’il y ait aussi 200 hommes en sus. Ainsi, aussitôt que la campagne serait avancée, on pourrait faire partir les régiments provisoires comme bataillons de marche pour les incorporer, et cependant les dépôts seraient tels qu’on pourrait remplacer les régiments provisoires.

On prendra, comme de raison, sur les 30,000 hommes, deux hommes par département ordinaire, et quatre hommes par chaque grand département pour les fusiliers, de manière à avoir 300 fusiliers. Ce corps, aujourd’hui à l’effectif de 3,400 hommes, va perdre 200 hommes que je fais passer comme sous-officiers dans la ligne. Il y a d’ailleurs des malades, qu’on ne peut compter. Il faut recom­mander aux préfets de choisir des hommes qui aient reçu un peu d’éducation, qui sachent lire et écrire, et qui soient forts et robustes.

Il faut destiner un certain nombre d’hommes pour l’artillerie.

Il ne faudra, pour les dragons et la cavalerie, que ce qui est néces­saire pour l’objet que je me propose, attendu qu’on aura plus diffi­cilement des chevaux que des hommes.

Mon intention pour les régiments d’Italie est le complet ordonné, et pour les corps en Espagne qu’ils aient 500 hommes à leurs 3e et 4e bataillons en France, les cadres compris. On pourrait aussi comprendre dans la répartition ce qu’il faut aux deux régiments de Paris, qu’il est nécessaire de mettre au complet pour la police.

 

Paris, 31 mars 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois la lettre que le duc de Rivoli vous a écrite le 25 mars. Je vois avec peine que la division Saint-Cyr n’a aucune cartouche; cependant cette division a passé par Strasbourg. Témoi­gnez mon mécontentement, d’abord au général Saint-Cyr : ce n’est pas ainsi qu’on fait la guerre; quand on quitte une place pour aller à l’armée, on doit se munir de cartouches. Le général Songis a tort également de n’y avoir pas pourvu. Il parait que le corps du duc de Rivoli, fort d’à peu près 30,000 hommes, est parti de France sans cartouches. Pour en donner 50 à chaque homme, il en faut 1,500,000; indépendamment de ce nombre, il en faudrait 1,500,000 en dépôt à Ulm; c’est donc 3 millions de cartouches qu’il faut réitérer au général Son gis de faire partir de Strasbourg, soit sur des voitures du pays, soit par tout autre moyen. Rien au monde n’est plus pressé. Faites connaître au duc de Rivoli que je n’approuve pas qu’il ait renvoyé à Strasbourg les douze caissons attelés de la division Saint-Cyr; que, si son corps venait à faire un mouvement, il serait privé de ces caissons; que vous donnez ordre qu’ils en prennent au premier convoi qu’ils rencontreront en route, et qu’ils retournent; qu’il ne doit pas renvoyer le parc de la division Molitor; qu’il ne doit pas non plus prendre de cartouches au parc général; qu’il y en a à Würzburg et dans toutes les places de Ba­vière; qu’indépendamment de cela le général Songis en envoie 3 millions à Strasbourg. Cette opération du duc de Rivoli est mau­vaise; c’est ainsi qu’au moment d’aller en bataille on n’a rien. Recom­mandez au général Songis que tous les détachements qui passent à Strasbourg emportent 50 cartouches par homme. Écrivez au duc de Rivoli d’avoir soin que ses troupes aient 50 cartouches par homme dans les caissons, indépendamment des 50 que chaque homme doit avoir dans le sac. Donnez le même ordre aux généraux qui comman­dent les Badois, les Hessois et les Wurtembergeois. Écrivez la même chose au duc d’Auerstaedt; que ses troupes aient, indépendamment des caissons remplis, 50 cartouches par homme, dans le sac; qu’on lui envoie de Mayence un million de cartouches. Recommandez-leur de ne pas renvoyer leurs caissons, si ce n’est à une ou deux jour­nées, vu qu’on doit toujours être sur le qui-vive et prêt à marcher.

 

Paris, 31 mars 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Si le roi de Wurtemberg persiste à ne pas vouloir du général Vandamme, mon intention est de lui donner le commandement de la division Morand; on pourrait donner au général Compans la division Demont, et au général Demont les Wurtembergeois.

Je ne vois pas d’inconvénient que Hervo soit chef d’état-major du duc d’Auerstaedt.

 

Paris, 31 mars 1809

Au chef de bataillon Constantin, officier d’ordonnance de l’Empereur

Vous vous rendrez à Innsbruck; de là vous irez jusqu’aux avant­ postes bavarois et avant-postes près des Autrichiens, sur les débou­chés qui, de Salzburg, arrivent sur Innsbruck. Vous m’enverrez l’itinéraire, le nombre des villages et villes qui se trouvent sur cette route, les forces qu’ils ont là vis-à-vis. Vous m’enverrez un mémoire dès votre arrivée à Innsbruck; adressez vos lettres à M. Otto, qui me les fera parvenir où je serai et par le canal du gouvernement bavarois.

Une colonne de 3,000 hommes a dû partir de Vérone pour Innsbruck et de là sur Augsbourg; si quelque chose devait contrarier sa marche, vous en instruiriez le commandant. Vous m’écrirez d’Innsbruck, et prendrez des renseignements sur les forces et les mou­vements de l’ennemi.

 

Paris, 31 mars 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, envoyez un officier intelligent à Brixen, qui de là ira aux avant-postes à Lienz, et le plus près possible de Spital; il vous écrira tous les jours, et même, quand cela sera nécessaire, vous enverra un courrier. Il se trouvera là très-près de Villach et à même de connaître les mouvements de l’ennemi et de vous instruire si les Autrichiens se dégarnissaient de ce côté pour se porter ailleurs. Vous lui recommanderez de vous envoyer un tracé de la route, avec des notes sur la nature des chemins, sur la population et les ressources en blé de la vallée de Trente, jusqu’aux frontières bavaroises, ainsi que sur l’esprit qui anime les habitants. Cet officier correspondra avec le chef de bataillon Constantin, que j’envoie à Innsbruck.

 

Paris, 31 mars 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté. Je vois avec peine ce qu’elle me dit du général Vandamme. La grande affaire, dans la circonstance où nous sommes, est de triompher. Les troupes de Votre Majesté connaissent et estiment la bravoure du général Vandamme, et ont eu des succès sous sa direction. Je ne me dissimule pas les défauts qu’il peut avoir, mais, dans le grand métier de la guerre, il faut supporter bien des choses. Je donnerai aux troupes de Votre Majesté un autre commandant, si elle le désire, mais elles auront perdu à mes yeux la moitié de leur valeur.

 

Paris, 31 mars 1809

A Marie-Louise de Bourbon, infante d’Espagne, à Nice

Ma Sœur, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté, qui m’a été apportée par son chambellan, le comte Guicciardini. J’ai donné les ordres nécessaires, et je désire que Votre Majesté soit agréablement dans le pays qu’elle va habiter. Aussitôt que les circonstances le permettront, je m’empresserai de statuer définitivement sur ce qui intéresse Votre Majesté et ses enfants.


 

References   [ + ]

1.Cette lettre, écrite par le ministre de la guerre, a été revue par l’Empereur et corrigée de sa main. On lit en tête de la minute la note suivante : “Renvoyé au ministre de la guerre pour expédier cette dépêche avec les changements.”
2.reine d’Étrurie