Correspondance de Napoléon Ier – Mai 1814

Porto-Ferrajo, 7 mai 1814

Ordres au général comte Drouot, gouverneur général de l’Île d’Elbe

Il faut savoir chez le sous-préfet quel est le gouvernement civil du pays.

Faire arborer dimanche le pavillon de l’île dans toutes les com­munes, et en faire une espèce de fête.

On fera venir demain le commissaire de marine, le capitaine du port, le commandant de la marine française. On désignera les ba­teaux appartenant à l’île, les felouques, etc., on dressera un procès-verbal de leur prise de possession ; à la date de demain, ils seront à mon compte. Le commissaire de marine et le commandant du port, que je confirmerai, feront un projet d’organisation de la marine. S’il n’y a pas de difficultés, on conservera une des deux goélettes, mais je n’y tiens pas. On prendra note des officiers de marine qui voudront rester à mon service; on embarquera sur les deux goélettes ceux qui ne le voudront pas, ainsi que les employés qui doivent retourner en France.

L’arboration du drapeau n’est qu’une première formalité; mais il faudra concerter avec le commissaire de marine et le capitaine du port ce qu’il y a à faire; les nouveaux papiers à donner aux bâti­ments, les imprimer, les expédier.

Le procès-verbal de l’arboration du pavillon doit être annoncé, je pense, par le gouverneur de l’île à Naples, à Rome, à la Toscane, à Gênes, par une circulaire.

On réunira demain au conseil le sous-préfet, le commissaire de marine, le directeur de l’enregistrement, ou celui qui le remplace, le commissaire des guerres, le directeur des contributions et les personnes qui peuvent donner des lumières et me faire connaître l’administration du pays, les douanes, les droits réunis, l’adminis­tration sanitaire et maritime.

On me présentera un projet pour conserver ce qu’il est utile de conserver.

Trouver dans la ville un homme, auquel on puisse avoir confiance, qui sera chargé du magasin des vivres de siège et autres. On pourra lui confier également les effets d’habillement et tout ce qui appartient au gouvernement; de sorte qu’on supprimera une foule de places inutiles dans un petit pays et qui tenaient de la grande organisation de la France.

Faire le décompte de ce qui est dû, afin de faire payer la marine, l’artillerie, la solde de la Garde qui arrive, jusqu’au moment où elle a quitté le service de la France.

Il faudra faire payer par le Gouvernement français l’habillement du bataillon de l’île. À cet effet, il faut convoquer la réunion dudit bataillon pour lundi, pour que je le voie et le passe en revue. Faire des décrets de nomination jusqu’à ce qu’on puisse avoir des par­chemins pour faire des brevets.

Je verrai lundi la situation de ce bataillon, ses masses, etc. Il formera ma principale ressource.

Dimanche, je connaîtrai quels sont les Français qui veulent rester avec moi. Il faut qu’ils prennent des engagements. Il en est dans des grades élevés que je n’accepterai pas. Ces Français formeront le 2e bataillon; la Garde, le 3e.

Il est urgent de prendre un ordre de service tel que la garde natio­nale reste tranquille et rentre chez elle à compter de dimanche.

Voir le sous-inspecteur aux revues. Il faut voir le bataillon français et supprimer plusieurs choses inutiles, surtout pour un bataillon qui ne doit pas sortir de l’île.

L’organisation de la gendarmerie est une chose très-importante. Il faut que les brigadiers et officiers aillent à leur poste.

Le sous-préfet a connaissance d’un magasin de blé appartenant à la grande-duchesse de Toscane. Partie a été vendue, partie existe encore. Les fonds ont été versés entre les mains du payeur. C’est une réclamation à faire et qui appartient à la Couronne. Régler cela; constater ce qui existe et en parler au sous-préfet.

Affaires militaires. — La question est simple. Ma Garde forme un premier chapitre. J’attends l’opinion du grand maréchal pour savoir si je dois faire venir des Polonais. L’opinion du général Dalesme est que je ferai bien de les faire venir; que cela ne me coûtera pas plus cher qu’ailleurs.

Après la Garde arrive ce qui restera du bataillon français et étranger. En former un seul bataillon d’autant de compagnies qu’il y aura de fois 100 hommes, et que je compléterai par la suite à quatre compagnies.

Vient ensuite le bataillon franc de l’île, que je voudrais bien compléter. Le réunir à Porto-Ferrajo ; j’en passerai la revue et le soi­gnerai bien.

Il faut quelques brigades de gendarmes à pied, et un petit corps de marine pour le service de mes petits bâtiments et de mes canots.

Une chose importante, c’est de licencier les canonniers garde-côtes; il parait qu’il en existe trois ou quatre compagnies; cela doit être fort cher, et c’est désormais inutile. Ce n’est que dans le conseil qu’on me présentera ce qui existe, et que je verrai sur-le-champ ce que je puis supprimer.

Je crois qu’on a désarmé les batteries de côte; s’en assurer.

Il faudrait connaître le nombre de tours qui existent dans l’île, compris celles de la Pianosa et de Palmajola, car, les tours étant des fortifications permanentes, il faudrait pourvoir aux moyens de les garder toutes.

NOTES.

1)Ces notes, sans date, sont des premiers jours de l’arrivée de l’Empereur à
l’île d’Elbe.

Me présenter un projet de décret pour nommer M. Lapi directeur des domaines dans l’île, savoir : la forêt de Giove, les deux forêts près Volteraja, la terre de Saint-Martin, et toutes les terres labourables et cultivables qui environnent les salines et autres portions de terre qui m’appartiennent et auxquelles j’ai droit dans l’île, enfin tout ce qui est relatif au domaine de la Pianosa. Le détail de ces domaines sera dans l’instruction.

Le décret aura deux titres : 1° nomination; 2° que toutes les actions qui devront être faites devant les tribunaux contre nous seront faites contre lui, et que tous les actes que nous aurons à faire seront faits par lui.

À Giove, M. Lapi établira le nombre de gardes nécessaire pour maintenir la propriété. Également pour les autres forêts. Proposer tous les moyens de les améliorer et de les exploiter pour les rendre utiles au trésor.

Pour les terres qui environnent les salines, les reconnaître, en prendre possession, reconnaître les travaux, soit pour les mettre en luzerne, soit pour y planter des arbres, soit pour en faire des jardins.

Enfin, les autres biens qui appartiennent à l’Empereur dans l’île, les reconnaître, les faire administrer, chercher toutes les prétentions fondées, et rentrer en possession de ce qui serait vague ou aurait été usurpé.

Lui remettre un état qu’a remis l’intendant.

Pour la Pianosa, le charger de tous les détails d’administration pour cette île, qui, n’ayant aucun propriétaire particulier, appartient tout entière à l’Empereur. Il faut donc s’occuper d’un projet qui conserve les droits du trésor et l’indemnise des avances et frais d’ad­ministration de cette île, favorise la population et la réhabitation du pays.

Quant à Saint-Martin, l’Empereur n’étant pas décidé si l’acqui­sition s’en doit faire au nom de la princesse Pauline ou du prince, il en fera l’achat sur un simple reçu des fonds avancés qui resteront entre les mains du grand maréchal.

Les frais d’acquisition de l’Empereur ne comprendront point de droits d’enregistrement.

M. Lapi présentera à la nomination de l’Empereur le nombre des gardes qui auront soin de la maison, de la cave, des fruits, et qui empêcheront qu’il ne soit rien distrait, soit des fruits, soit des machines, et qui veilleront à ce que les chèvres n’endommagent pas le domaine.

Quant aux autres détails d’administration, c’est à lui à les établir, de manière à bien conserver les intérêts de l’Empereur.

Dans une note à part, lui dire que le bois, les fruits, le vin qu’on fournira à la maison, ce sera en forme d’achat, et cela pour que les formalités ordinaires de la maison soient remplies, comme si c’était un achat réel. Le grand maréchal réglera toutes les semaines et tous les mois, de sorte que cela entre dans les dépenses de la maison comme cela figurera dans les recettes des domaines. Une feuille de salade, une grappe de raisin doit être mentionnée. Le vin ne sera employé pour la maison qu’autant qu’il sera jugé bon pour cela.

Il est créé une place d’ingénieur des ponts et chaussées dans l’île. Cet ingénieur sera chargé de la construction et de la réparation des ponts, des chemins, du dessèchement des marais et spécialement de tous les travaux salins. Il recevra un traitement de 1,800 francs, qui sera porté sur le budget des salines.

M. Allori est nommé garde des citernes de Porto-Ferrajo. Il est spécialement chargé de la surveillance de tous les travaux pour ces citernes, et rendra un compte journalier à l’officier du génie, qui remettra toutes les semaines au gouverneur un état de la situation des citernes, de la quantité d’eau dont elles auront diminué dans la semaine et de ce qui reste. Le gouverneur remettra ce compte à l’Empereur. La première colonne de l’état indiquera ce que chaque citerne peut contenir.

Ordonner que, des deux citernes de l’Étoile, une reste à la dispo­sition du général Cambronne et de la garnison, que l’autre soit fermée et les clefs remises au capitaine Deschamps. Celle-ci étant fermée, l’eau peut facilement venir dans mon jardin, et je la réserve pour mon usage.

Les travaux qui doivent être faits à l’abreuvoir de la Çoncia seront suspendus. Les chevaux iront dorénavant boire à un des deux puits qui sont à la caserne du Ponticello. On défendra positivement qu’on touche aux citernes.

Il sera établi un tonneau près de ces puits avec une petite pompe. Les tonneaux qui doivent laver les rues de Porto-Ferrajo prendront l’eau dans ces mêmes puits, au lieu de prendre de l’eau de mer.

L’intendant donnera l’ordre et prendra des mesures pour que le lin soit placé dans les eaux où il doit l’être, de manière à ne pas empester les eaux courantes qui sont nécessaires aux hommes et aux animaux. Il donnera spécialement des ordres pour les eaux de la Concia, et fera, dans les vingt-quatre heures, ôter les lins. Des patrouilles de garde avancée auront lieu pour veiller à l’exécution de ce règlement.

Témoigner mon mécontentement à l’intendant sur la malpropreté des rues. Le sieur Corsi, chargé de cette entreprise, fait mal le ser­vice ou ne le fait pas du tout. L’intendant se rendra auprès du corps municipal pour nommer un autre entrepreneur, si celui-ci ne fait pas mieux.

Présenter une ordonnance qui remplisse le but suivant :

Chaque propriétaire de maison est tenu, dans l’espace de deux mois, de creuser et d’avoir des latrines, lesquelles seront vidées et transportées dans la nuit du côté des salines, dans un endroit qui sera choisi de manière que cela ne nuise point aux promenades.

Il sera payé un impôt, à la promulgation du présent règlement, par chaque propriétaire de maison, qui sera réglé par semestre et sera appelé impôt de propreté. Le produit en sera ajouté à celui qui est déjà affecté à la propreté des rues. Ne seront exempts de cet impôt que ceux qui auront établi des latrines. Cet impôt sera doublé d’ici à trois mois pour ceux qui n’auraient pas établi leurs latrines.

L’entrepreneur sera tenu d’avoir deux tonneaux sur deux char­rettes, qui seront conduites par des hommes qui parcourront les rues et les nettoieront.

Enfin il faut mettre des amendes et prendre des mesures efficaces pour rendre les rues saines et propres.

Le grand maréchal donnera des ordres pour que demain on peigne toutes les portes et fenêtres de l’appartement d’en haut. Si l’on crai­gnait que cela ne donnât de l’odeur à mon appartement, on les ôterait.

Présenter un projet pour que la rue des cuisines soit très-propre et qu’on n’y voie rien, même momentanément.

Creuser un conduit souterrain qui coulera dans les eaux de la mare de la caserne de Saint-François, de manière qu’il ne coule rien dans la rue.

Il faut paver jusqu’au moulin, cette rue étant la principale avenue de ma maison.

Le mur du jardin de la caserne Saint-François sera démoli. On laissera un mur de deux ou trois pieds pour garde-fou.

La promenade dite Allée du gouverneur sera bien arrangée et plantée cet hiver, et cela sera fait de manière qu’elle débouche dans la rue sur une largeur de 20 à 24 pieds, et que le reste soit muré.

Faire une récapitulation de tous les jardins pour être répartis entre tous les officiers. Le jardin de l’hôpital était autrefois le jardin du gouverneur; on rétablira la grille du côté de l’Allée du gouverneur, et on le rendra à sa destination. Il y a également un jardin dans la même direction qui m’appartient, et dont jouit un employé de l’hôpital.

Faire un rapport sur les travaux à faire pour que les voitures puis­sent, de la rue de Ventini, aller devant le palais.

Faire abattre le mur de la maison de M. Lapi, de manière qu’il ne lui reste que trois pieds de hauteur, ce qui dégagera l’entrée de l’escalier. On pourra même acheter ce morceau de terrain, si on le juge nécessaire.

Un octroi sur le blé est une mesure inusitée et contre les principes, surtout dans un pays où le pain est si cher. L’octroi ne se paye que sur les denrées consommées dans la ville; son titre est : Octroi de consommation. Si on le faisait payer sur tout ce qui entre dans la ville, ce serait un impôt sur toute l’île, qui a besoin du port de Porto-Ferrajo pour 9011 ceoameret. On peut donc payer l’octroi, mais pour la partie seulement consommée dans la ville.

 

Porto-Ferrajo, 10 mai 1814.

ORDRES.

Laisser subsister de la garnison ce qui existe, jusqu’au 15, pour toutes les troupes françaises; pour les troupes à mon service, les soldes seront mises sur le pied ordinaire et comme je verrai à le faire.

Je garde le capitaine en second et les deux gardes qui veulent rester.

Il vaquera une place de garde, qu’en donnera à un homme du pays auquel on aurait été sa place.

On gardera la compagnie d’artillerie jusqu’à ce que l’artillerie de France arrive.

Cadres des 35e et 2e léger, — Cela fera près de 400 hommes. On les tiendra prêts â partir d’ici à demain. On placera sur la goélette autant d’hommes qu’on pourra; on s’entendra avec le colonel Camp* beU ‘ pour les faire partir. On fera le service avec le bataillon français, que je verrai lundi. Ainsi cela peut partir mardi. S’il y a difficulté pour le départ, les caserner à Piombino.

Pour le 35e, voir de quel pays ils sont; voir le général Dalesme. Je ne veux que de bons officiers, parce que ma Garde est une pépi­nière ou j’en trouverai tant que j’en voudrai.

Royal étranger. —J’accepterai tous les soldats et sergents; quant aux officiers, faire une note comme pour les autres.

Gendarmes et Vétérans. — Ils doivent se décider; j’accepterai ceux qui voudront rester. Je garderai les deux adjudants de place qui vou­dront rester.

ORGANISATION MILITAIRE.

Gouverneur, le général Drouot

Commandant de Porto-Ferrajo, le général Cambronne.

Trois adjudants de place pour Porto-Ferrajo.

Le commandant de grade de chef de bataillon pour Porto-Longone.

Le général Drouot et le général Cambronne prendront des aides de camp parmi les officiers du bataillon de la Garde, da manière que cela ne forme pas une dépense.

Trois officiers du génie, dont un capitaine, deux lieutenants; un commandant d’artillerie faisant fonctions de directeur, ayant la comptabilité de l’artillerie ; un officier d’artillerie en résidence à Porto-Longone; deux garde-magasins à Porto-Ferrajo ; un garde-magasin à Porto-Longone ; un garde-magasin du génie.

Combien faut-il de portiers du génie ?

Le garde-magasin du génie, ayant peu de matériel, pourrait avoir la comptabilité de la marine.

L’état-major se composera ainsi : un général de brigade, un chef de bataillon, quatre adjudants, deux officiers d’artillerie, trois officiers du génie, trois garde-magasins d’artillerie, un garde-magasin du génie, un nombre déterminé de portiers du génie, ce qui fera un total de       individus.

Faire connaître ce que cela coûtera.

Gendarmerie. — Un lieutenant, trois brigadiers à pied, une brigade commandée par un maréchal des logis, deux brigades commandées par des brigadiers, tout ce monde à pied, et chaque brigade com­posée de cinq gendarmes ; ce qui fera 19 hommes. S’il reste ce nom­bre, c’est bien ; s’il ne reste pas, je les choisirai dans la Garde ; ce seront des hommes sûrs ; cela diminuera d’autant les soldats de la Garde. Je ne veux pas de gendarmes à cheval.

Une brigade à Porto-Ferrajo, une à Porto-Longone et à Rio, une à Marciana et Campo.

On aura tous les jours par la gendarmerie le rapport de ce qui se passera.

Bataillon franc. — Il y aura un bataillon de l’île d’Elbe ; ce ba­taillon sera commandé par un chef de bataillon, un adjudant-major, tirés de la Garde, qui compteront dans la Garde et dont la dépense ne sera pas portée dans le bataillon.

Ce bataillon sera composé de quatre compagnies, chaque compagnie de trois officiers, un sergent-major, trois sergents, six caporaux, quatre-vingt-sept soldats, un tambour ; total, 404 hommes.

Ces 404 hommes ne seront payés que de la manière suivante : le capitaine 60 francs, le lieutenant 50 francs, le sous-lieutenant 40 francs.

Ce bataillon sera divisé sur les quatre localités de l’île. Il y aura tous les jours des services qui se feront par semaine ou par quinze jours : un officier, un sergent, deux caporaux, vingt soldats. Les tambours seront toujours de service et constamment payés. Je ne payerai donc réellement que 100 hommes.

La compagnie se réunira tous les dimanches aux chefs-lieux pour l’exercice. Les armes seront aux chefs-lieux sous la garde de la partie qui sera de service.

En cas d’alerte dans l’île, le capitaine réunira sa compagnie au poste qu’il doit défendre, un à Porto-Ferrajo, un à Porto-Longone, les deux autres aux points qui seront déterminés.

On déterminera où chaque compagnie fera son service.

Ils feront les fonctions de canonniers pour les tours et les batteries de garde-côtes.

À chaque événement qui aurait lieu dans l’île, l’officier enverrait son rapport au chef de bataillon. Il serait dit qu’ils prêteront main-forte à la gendarmerie.

Faire connaître ce que coûtera ce bataillon.

En cas de descente, une compagnie à Porto-Longone ; les trois autres, à Porto-Ferrajo.

Les hommes de ce bataillon pourront être mariés.

Ceux du 1er bataillon ne pourraient pas l’être.

La garde et les Polonais. — La Garde, 400 hommes. Les Polo­nais, 1 colonel et 80 hommes à cheval.

RÉCAPITULATION.

1er bataillon             404 hommes.

Bataillon de l’île       400

Garde                        400

Polonais                    80

Gendarmerie            19

Vétérans                    20

Canonniers               100

Marins                       100

Total   1,523

Voir ce que cela coûtera.

Bien entendu que les marins des bâtiments, en cas de siège, feront le service de canonniers.

100 hommes de la Garde et 100 hommes du bataillon de l’île fe­ront aussi le service de canonniers.

Les étrangers seront admis dans le 1er bataillon.

Si le budget n’est pas trop haut, on me proposera d’organiser une bonne compagnie d’artillerie composée d’hommes du pays, non ma­riés, et d’étrangers.

CASERNEMENT.

J’aurai, logés à Porto-Ferrajo : 20 hommes de la compagnie franche, 400 du 1er bataillon, 300 de la Garde, 100 canonniers de la Garde; total, 820 hommes.

Il faut tâcher de loger la gendarmerie dans des bâtiments militaires, ce qui éviterait un gros loyer.

Je n’aurai pas plus de 900 hommes ici.

Mon intention serait que la marine, telle que je l’ai organisée, les troupes, le matériel du génie, de l’artillerie de marine, que tout cela me coûtât moins d’un million.

ADMINISTRATION DE LA GUERRE.

Un commissaire, faisant fonctions d’inspecteur aux revues.

Un garde-magasin, qui aura le titre de garde-magasin de l’admi­nistration de la guerre, qui aura soin des effets de campement, des effets d’hôpitaux et des effets d’habillement.

Il n’y aura point d’administration de corps. Il n’y aura qu’une admi­nistration centrale, qui habillera tout le monde. Le corps n’aura que le linge et la chaussure. Ce sera sous la direction du garde-magasin. Il y aura un atelier d’habillement.

Un second garde-magasin, avec le titre de garde-magasin de la Garde, sera chargé des vivres, pain, légumes, eau-de-vie, vin, etc.

HOPITAL.

L’hôpital sera sous la direction de mon médecin, de mon pharma­cien, de mon chirurgien. Il y aura en outre un médecin, un chirurgien et un pharmacien particuliers. Il n’y aura dans l’île qu’un seul hôpital; celui de Porto-Longone sera supprimé. Porto-Longone sera occupé par une garnison qui changera tous les mois et sera détachée de Porto-Ferrajo. Selon ce projet, cette administration ne consiste qu’en trois individus et trois officiers de santé.

Faire une place de secrétaire du gouvernement, qui serait une espèce de chef de bureau pour toute l’administration delà guerre. On verrait le nombre de commis qui seraient nécessaires. Le plus pos­sible, prendre des gens du pays.

Les vivres de terre, de mer, des hôpitaux, seraient réunis. La même manutention fournirait à ma maison, aux troupes de terre, de mer et à l’hôpital.

Les garde-côtes, supprimés.

Il n’y aura plus d’entreprise, de frais de logement. J’achèterai les effets de casernement qu’on voudra vendre. Le général Drouet verra cela.

Quant aux effets d’hôpital, j’en ai suffisamment pour 300 hom­mes. Le surplus pourra être licite, à moins qu’on ne puisse les acheter à bon marché.

M. Peyrusse fera les fonctions de payeur et de receveur pour la guerre et l’intérieur.

Le bataillon qu’on appellera 1er bataillon de chasseurs sera com­posé de quatre compagnies. Chaque compagnie de 100 hommes, officiers compris, ce qui fera un total : officiers, 14; sous-officiers, 24; caporaux et soldats, 364; total, 402.

Ce bataillon sera composé d’habitants de l’ile.

Faire connaître ce qu’il coûterait.

Les hommes seront casernes, habillés, et ne s’absenteront Jamais. On y mettra tous les officiers étrangers que je garderai.

Ce bataillon doit être traité d’une manière particulière.

Chef de bataillon, 2,400 francs ; comme il sera pris dans la Garde, cela fera exception; capitaine, 1,800 francs; lieutenant, 1,200 francs ; sous-lieutenant, 900 francs; soldats, 30 centimes; caporaux et tam­bours à proportion. Ils seront logés.

Chef de bataillon, trois rations ; capitaine, deux; lieutenant, une. La ration sera composée de vingt-quatre onces de pain, deux onces de légumes ou une once de riz; deux fois par semaine, une demi-livre de viande, cinq fois du thon ou poisson.

Cela n’est qu’un projet; le discuter pour comparer la dépense avec la solde actuelle.

J’aimerais mieux donner quatre sous au lieu de cinq et fournir de quoi bien nourrir le soldat.

Il faut que le soldat ait toujours deux sous de poche.

 

Porto-Ferrajo, 12 mai 1814.

Au baron Méneval, secrétaire des commandements de l’impératrice Marie-Louise

Lettre dictée par l’Empereur au général Bertrand, 2)Note du baron Meneval.

Mon cher Méneval, l’Empereur envoie à Parme, pour le service de l’Impératrice, un détachement de 50 chevau-légers polonais et une centaine de chevaux d’attelage ; je leur ai fait donner de l’argent pour leur route jusqu’à Parme. J’écris à M. le maire de Parme pour pourvoir au logement et à la nourriture des chevaux et de la troupe, jus­qu’à ce que l’Impératrice ait pu donner des ordres à ce sujet.

Nous attendons impatiemment de vos nouvelles.

L’Empereur se porte à merveille.

Bertrand.

3)L’Empereur, depuis l’abdication, donnait ainsi de ses nouvelles à l’Impéra­trice par des lettres dictées au baron Fain d’abord, puis au général Bertrand, et que ceux-ci adressaient au baron Meneval. Il ne paraît pas que l’Impératrice Marie-Louise ait pu directement correspondre avec l’Empereur pendant le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe. Voir toutefois ci-après la lettre du 9 août 1814, ainsi que les lettres du 20 août, et du 28 août.

 

Porto-Ferrajo, 22 mai 1814.

Au général comte Drouot, gouverneur de l’Île d’Elbe.

Mon intention est de tenir toute ma Garde réunie à Porto-Ferrajo. Elle ne peut pas fournir plus de 100 hommes de service par jour, sans y comprendre l’artillerie et la cavalerie. Donc elle peut fournir 25 factionnaires; la place en exige 35; reste 10 à fournir par le ba­taillon franc. Ce bataillon devrait donc avoir 40 hommes de service ou 200 hommes casernes à Porto-Ferrajo.

Les Polonais seront considérés comme canonniers à cheval; en conséquence, Drouot présentera une instruction pour la manœuvre. La principale raison qui m’a fait désirer avoir de la cavalerie, c’est pour me porter promptement sur les batteries.

Indépendamment du service, l’infanterie de la Garde fournira une corvée pour l’artillerie. Cette corvée pourra être de 100 hommes. Une partie de cette corvée sera employée à la manœuvre du canon. Il en sera de même du bataillon franc.

Il deviendra nécessaire de fournir une escouade de sapeurs et marins, pour aider le génie dans ses travaux et avoir une connais­sance des mines. Les 100 marins que j’entretiens iront à la ma­nœuvre des affûts de côte et de place, de manière qu’ils puissent servir de canonniers.

Il faudra prendre dans l’île quatre jeunes gens bien nés, pour leur faire faire le service d’aspirants d’artillerie. On leur donnera des instructions de mathématiques et de manœuvres. Ils seront joints à la compagnie d’artillerie et auront la paye de sergent. Il y aura deux aspirants pour le génie.

Drouot présentera un projet d’armement. Mon principe est celui-ci : laisser peu de pièces sur de bons affûts ; en laisser sur des affûts marins, ce qui a l’avantage d’épargner les affûts.

Je pense que l’arsenal devrait être tout entier à la Porte-Neuve. Avoir là les forges et les ateliers de menuisiers. Il serait à la fois arsenal d’artillerie et de marine. On lui donnera tous les souterrains de la Porte-Neuve. On fera un polygone pour le tir des bombes et des obus. On établira une salle d’artifice; on aura soin de former des artificiers.

La batterie de la marine de Marciana a deux pièces qu’il faut y laisser. IL faut aussi deux pièces dans la tour de Marciana, deux dans la tour de Campo, deux à la batterie du cap Saint-André.

ILE DE LA PIANOSA.

Il faut à la Pianosa deux batteries de deux pièces chacune. Je vou­drais y établir deux pièces sur le lieu où le garde place le drapeau. Ce rocher étant escarpé de tous les côtés, il faudrait que le colonel Vin­cent pût y aller, pour faire connaître comment on peut en fermer la gorge. Il semble qu’un fossé et une petite caserne défensive pour dix canonniers rempliront ce but. Je voudrais deux autres pièces sur le rocher qui forme un îlot. Il y a une caverne pour servir de logement; je crois qu’il y a peu de chose à faire. Moyennant ce, 20 hommes et quatre pièces donneraient une sûreté suffisante à la Pianosa. On desti­nera à Porto-Longone quatre pièces en fer, d’un calibre supérieur, pour la Pianosa.

Drouot réunira les officiers du 1er bataillon de chasseurs, pour qu’ils concertent les moyens de se recruter spécialement de Corses. Il ne faudra point y admettre des habitants du pays, à moins que ce ne soient des hommes qui aient servi en France.

MARINE.

Drouot réunira le commissaire de marine, le capitaine du port, le commandant des bâtiments, pour aviser aux moyens de former les

M. Taillade fera les fonctions de commandant de la marine; s’il est nécessaire, on lui donnera un grade de plus, afin qu’il rende compte de tout.

Il sera caserné sur la goélette qui fera fonctions d’amiral, et qui devra être placée au milieu du port ; elle ne laissera entrer ni sortir aucun bâtiment sans le héler.

MM. Taillade, Richoa et le capitaine du port présenteront un projet d’organisation.

Mes ordres seront adressés au commandant.

Aucun bâtiment un peu considérable ne se présentera sans qu’on le reconnaisse, afin qu’on ait le temps de se mettre sous les armes, s’il arrivait de force.

Dans la formation, les bâtiments ne sont pas parfaitement armés; le gouverneur fera suppléer par des hommes fournis par la garnison.

Si la felouque de la douane est bonne, il faut la prendre.

Mon intention est d’avoir toujours un bâtiment à Porto-Longone et à Campo et un à Porto-Ferrajo, indépendamment de la goélette.

Demander aux officiers de marine un projet de bâtiment.

 

Porto-Ferrajo, 25 mai 1814.

Au général comte Drouot, gouverneur de l’Île d’Elbe.

Faire prendre ce soir et dans la journée de demain le service de Porto-Longone et celui de Porto-Ferrajo. Il y a deux choses dans la reprise d’un service : celle en écritures se fait en une heure; la deuxième, concernant la vérification des magasins, regarde les garde-magasins et dure autant de temps que cela est nécessaire. Il n’est pas question de savoir ce qu’il doit y avoir ; il faut donc faire établir entre les deux commissaires ce qu’il y a, et en charger le nouveau garde. Faire la même chose à Porto-Ferrajo, afin que je puisse faire ce que je voudrai des farines et de tout. Faire de même pour l’hôpital.

MARINE.

Faire un décret qui nomme M. Taillade lieutenant de vaisseau et commandant de la marine.

Faire un règlement pour le service de l’île d’Elbe. Il faut complé­ter l’armement de la goélette; autant que possible, elle se tiendra amarrée an milieu de la chaîne. Elle tirera le canon de retraite et prêtera main-forte au capitaine du port. Le bâtiment sera toujours en état de tenir la mer et aura toujours à bord un mois de vivres. Il appareillera pour exercer les équipages toutes les fois que le com­mandant le jugera nécessaire et pour reconnaître les bâtiments qui approchent de l’Ile.

Les deux autres bâtiments seront sous ses ordres; un sera toujours entre la Pianosa, Porte-Longone, Campo, et l’autre sera à Porto-Ferrajo. Le commandant aura des correspondances au fanal, et fera raisonner tous les bâtiments qui arrivent. Il aura soin d’éclairer les avenues du port, de manière que le gouverneur soit prévenu de l’ar­rivée des bâtiments avant qu’ils soient à portée de canon.

Faire prendre les deux bâtiments des mines; ils seront mouillés à côté de l’amiral pour l’éclairer.

Le commandant de la marine devra toujours avoir des comptes de tous les points de l’ile. Indépendamment de cela, le capitaine du port rendra compte tous les jours de ce qui sera aperçu.

Je préfère construire de petits bâtiments à Marciana. S’il y a des bois à l’arsenal, on les fournira. Le commandant de la marine s’informera s’il y a le bois, le fer et les canons. Si cela existe, on en parlera dans le marché. Le marché pour le bâtiment sera fait en règle par le commandant de la marine, le commissaire de marine et le constructeur. Il sera approuvé par moi.

On passera aussi un marché pour que les canots aient tout ce qui leur est nécessaire, coussins, tapis, boussole, et une tente. Ils de­vront avoir des caisses où l’on tiendra de l’eau et du vin pour deux jours. Les canotiers auront la clef de ces caisses.

Toutes les fois que je sortirai, on n’arborera point de pavillon si je sors incognito : personne ne fera attention ; si on sort en céré­monie, on mettra le pavillon.

Il faut que les trois canots soient toujours en état. On fera arranger les voiles pour le canot anglais, qui s’appellera le canot Usher*


 

References   [ + ]

1.Ces notes, sans date, sont des premiers jours de l’arrivée de l’Empereur à
l’île d’Elbe.
2.Note du baron Meneval.
3.L’Empereur, depuis l’abdication, donnait ainsi de ses nouvelles à l’Impéra­trice par des lettres dictées au baron Fain d’abord, puis au général Bertrand, et que ceux-ci adressaient au baron Meneval. Il ne paraît pas que l’Impératrice Marie-Louise ait pu directement correspondre avec l’Empereur pendant le séjour de Napoléon à l’île d’Elbe. Voir toutefois ci-après la lettre du 9 août 1814, ainsi que les lettres du 20 août, et du 28 août.