Correspondance de Napoléon Ier – Mai 1813

Weissenfels, 1er mai 1813, une heure du matin.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Naumburg.

Faites partir à cinq heures du matin les cinq bataillons de la divi­sion Durutte qui sont avec le général Bonet, pour se rendre à Mer­seburg, joindre leur division, sans artillerie. Prévenez le vice-roi, par courrier, de l’heure à laquelle ils arriveront à Merseburg. Les quatorze bouches à feu de la division Durutte resteront à la réserve de votre corps jusqu’à nouvel ordre. Le vice-roi, avec 60,000 hom­mes, est ce matin, 1″ mai, à mi-chemin de Merseburg à Leipzig. Approchez vos divisions le plus possible de Weissenfels, afin de pou­voir soutenir le maréchal Ney, si cela était nécessaire. Je n’ai pas encore de nouvelles du général Marchand, qui devait passer à Stœssen ; je n’en ai pas davantage du gênerai Bertrand ; si vous en avez, donnez-m’en : l’un et l’autre devaient venir par Camburg. J’ai donné ordre au maréchal Mortier de se porter par la rive gauche de la Saale (en passant sur le pont que j’ai fait construire près de Naumburg), avec la division de la Garde, pour se rendre à Weissenfels. Par ce moyen, Naumburg sera tout à fait libre ; vous y pourrez placer votre 3e division. Ce mouvement par la rive gauche rendra aussi la rive droite très-libre pour vos divisions.

Si vous n’avez pas de nouvelles du général Bertrand et du général Marchand, envoyez un officier à Camburg pour en avoir.

 

Weissenfels, 1er mai 1813, deux heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Weissenfels

Mon Cousin, donnez l’ordre au vice-roi de diriger la division Roguet, infanterie et cavalerie, avec une batterie d’artillerie légère sur Weissenfels : elle partira aujourd’hui, à cinq heures du matin, de Merseburg. Les 1ers bataillons du 2e régiment de tirailleurs et du 2e voltigeurs se réuniront à la division Dumoustier, ce qui por­tera cette division à seize bataillons. Les deux bataillons de la vieille Garde qui étaient à la division Dumoustier, avec les deux bataillons de la vieille Garde qui viennent de la division Roguet, les bataillons des vélites de Turin et de Florence, ainsi que les deux bataillons venant de Paris et qui doivent être maintenant à Erfurt et Weimar, formeront dix-huit bataillons qui, sous les ordres du général Roguet, prendront le nom de division de vieille Garde. Elle aura deux généraux de brigade et sera spécialement affectée à mon service, sous les ordres supérieurs du maréchal duc de Dalmatie. Elle aura pour artillerie les huit pièces de la division Dumoustier; cette batterie sera remplacée à la division Dumoustier par la batterie qui est à la réserve de la Garde, composée de pièces de 6. La réserve de la Garde sera composée d’une batterie de 12, qui arrive aujourd’hui, et de deux batteries de 12, qui sont en arrière et qui arrivent.

La cavalerie de la division Roguet, composée spécialement des gardes d’honneur de Florence et de Turin, rejoindra le duc d’Istrie, qui l’attachera aux grenadiers.

La batterie d’artillerie à cheval qui viendra avec la division Roguet, et qui est de la ligne, sera donnée à la cavalerie de la Garde; ce qui, avec les trois batteries de la Garde, lui fera quatre batteries ou vingt-quatre pièces de canon.

Donnez l’ordre au duc de Raguse de faire partir à cinq heures du matin, en droite ligne, pour Merseburg, par la rive gauche de la Saale, les cinq bataillons de la division Durutte. Vous donnerez l’ordre au vice-roi de réunir ces cinq bataillons à leur division; ce qui la portera à 4,000 hommes. Vous donnerez l’ordre au général Reynier de se rendre à Merseburg pour prendre le commandement de cette division, qui appartient au 5e corps, et à laquelle se joindront les Saxons aussitôt que faire se pourra.

Donnez l’ordre au général Kirgener, commandant le génie de l’armée du Main, de se porter par la rive gauche de la Saale, sous l’escorte du maréchal Mortier, avec tout le génie, matériel et personnel de l’armée, sur Weissenfels.

Donnez l’ordre au duc de Raguse de renvoyer au corps du maré­chal Ney tous les sapeurs qui y appartiennent et qui seraient restés pour les ouvrages de Naumburg. Donnez-lui l’ordre de continuer à tenir son quartier général à Naumburg, d’y réunir la 3e division et son parc, de faire filer les 1″ et 2e divisions le plus près possible de Weissenfels.

Le duc de Raguse fera connaître quelle a été la situation, cette nuit, des divisions Compans et Bonet, et leur situation à six heures du matin.

Si le duc de Raguse entendait le canon, il partirait de Naumburg pour se mettre à la tête de ces deux divisions, et enverrait demander des ordres.

Envoyez un officier à Slœssen pour tâcher d’avoir des nouvelles des généraux Marchand et Bertrand, faire connaître au général Mar­chand qu’il accélère sa marche pour joindre son corps d’armée, et au général Bertrand que nous n’avons pas de nouvelles de lui depuis le 29.

 

Weissenfels, 1er mai 1813, hait heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant l’armée de l’Elbe, à Merseburg

Mon Fils, il est huit heures. A neuf heures, nous nous mettons en mouvement sur Lützen. Je suppose qu’à dix heures vous serez avec toute votre armée, la gauche à Mœritzch, et la droite à Schladebach. Si vous entendez le canon sur Lützen, marchez sur la droite de l’ennemi. Réunissez toute votre cavalerie, afin de pouvoir la faire donner ensemble, en la ménageant et en la faisant couvrir par de l’infanterie.

P. S. Faites mettre en bon état Merseburg, et faites garder tous les débouchés de l’Elster, qui dans ce temps-ci ne doit pas être guéable.

 

Lützen, 1er mai 1813, au soir.

Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant de la garde impériale, à Weissenfels

Partez demain, à cinq heures du matin, avec la division du gé­néral Roguet, la division Dumoustier, toute l’artillerie et tout ce qui appartient à la Garde, afin d’arriver de bonne heure à Lützen.

 

Lützen, 1er mai 1813, au soir.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Naumburg

Votre quartier général, comme je vous l’ai mandé, sera ce soir au ravin, sur la route entre Weissenfels et Lützen. Réunissez-y tout votre corps d’armée. Faites partir la division qui est à Naumburg, à cinq heures du matin, pour rejoindre. Placez des troupes à la tête du défilé. Renvoyez les bataillons du général Marchand qui avaient été mis là en position. Faites-vous éclairer sur la route de Pegau. Le quartier général est à Lützen, où s’est faite notre jonction avec le vice-roi, qui occupe Markrannstaedt. L’ennemi s’est retiré sur Pegau et Zwenkau.

 

Lützen, 1er mai 1813, au soir.

Au maréchal Oudinot, duc de Reggio, commandant le 12e corps de la Grande Armée, à Iéna.

Portez-vous sur Naumburg. Faites-moi connaître quand vous y serez.

 

Lützen, 1er mai 1813, au soir.

Au général comte Bertrand, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à  Stoessen.

Partez demain à six heures du matin, pour vous porter sur Starsiedel. Vous communiquerez avec Marmont, qui est au défilé de Weissenfels, sur la route de Weissenfels à Lützen. Si la division ita­lienne est fatiguée et ne peut suivre, vous la laisserez un jour à Naumburg. Si elle vous a rejoint, elle marchera avec vous. Donnez ordre à la division westphalienne de se rendre à Naumburg; faites-moi connaître quand elle y arrivera.

Faites partir demain à quatre heures du matin un officier qui vienne prévenir l’Empereur, an quartier général, de l’heure où vous arriverez et de la route que vous suivrez.

Prenez langue avec le duc de Raguse au passage, ou défilé, sur le chemin de Weissenfels à Lützen, parce que c’est là que j’adresse­rais mes ordres si j’en avais à vous donner.

Donnez ordre que ce qui vous vient d’Iéna, et tout ce qui vous arrive, passe sur la rive gauche de la Saale, d’Iéna à Naumburg; de Naumburg, en repassant la rivière, à Weissenfels, de manière à être sur la rive gauche de la Saale : cela est très-important.

 

Lützen, 1er mai 1813, huit heures du soir.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai porté aujourd’hui mon quartier général à Lützen. L’ennemi voulait nous empêcher de déboucher dans les plaines de Lützen ; il y avait réuni une nombreuse cavalerie. Notre infanterie, soutenue par beaucoup d’artillerie, l’a repoussé pendant l’espace de quatre lieues. L’ennemi, ayant peu d’artillerie, nous a fait peu de mal; nous lui en avons fait beaucoup.

Le premier coup de canon de cette journée nous a causé une perte sensible : le duc d’Istrie a été frappé d’un boulet au travers du corps et est tombé roide mort. Nos morts, dans cette journée, se montent à vingt-cinq. Je vous écris en toute hâte pour que vous en préveniez l’Impératrice, et que vous le fassiez savoir à sa femme, pour éviter qu’elle ne l’apprenne par les journaux. Faites comprendre à l’Impé­ratrice que le duc d’Istrie était fort loin de moi quand il a été tué.

Je me dépêche de vous envoyer cette estafette; je vous en enverrai une autre demain matin avec les détails de cette journée; mais, je vous le répète, nous n’avons eu que 25 hommes tués, et point d’officier de marque, autre que le maréchal, n’a été touché.

On vous a envoyé ce matin une notice sur la situation de l’armée, que Ton a datée du 2 mai; si elle n’était pas imprimée, faites-lu supprimer.

 

Lützen, 2 mai 1813, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Lützen.

Donnez ordre au vice-roi de faire partir aujourd’hui le général Lauriston pour se porter sur Leipzig. Le 11e corps se portera sur Markrannstaedt, d’où il enverra une reconnaissance sur Zwenkau et une reconnaissance sur Leipzig, pour rester en communication avec le général Lauriston et favoriser ses opérations sur Leipzig. La reconnaissance que le 11e corps enverra sur Zwenkau se liera avec la reconnaissance que le prince de la Moskova y enverra. Le quartier général du 11e corps sera à Markrannstaedt.

Donnez ordre au prince de la Moskova de rallier ses cinq divisions et d’envoyer deux fortes reconnaissances, une sur Zwenkau, et Vautre sur Pegau. Prévenez-le que le 11e corps, que commande le duc de Tarente, aura son quartier général à Markrannstaedt et enverra une reconnaissance sur Zwenkau.

Le 5e corps, que commande le général Lauriston et qui est sur la route directe de Leipzig, se portera sur Leipzig.

Le comte Bertrand doit arriver aujourd’hui, à trois heures après midi, près de Kaja.

Le duc de Raguse est au débouché.

 

Lützen, 2 mai 1813, huit heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Lützen.

Mon Cousin, expédiez un officier polonais parla Bohême, pour faire connaître au prince Poniatowski la jonction des deux armées, les combats de Weissenfels et de Lützen et la mort du duc d’Istrie, mort isolée, et qui n’a rien de commun avec les événements, puisque le maréchal a été tué d’un coup de canon, et que dans la journée nous n’avons pas perdu 25 hommes; que l’Empereur a une armée formidable; qu’il doit soutenir le contingent autrichien, si cette armée auxiliaire fait son devoir, comme le prince Schwarzenberg l’a assuré à l’Empereur; que dans aucun cas il ne doit poser les armes, et enfin qu’il doit se jeter dans les autres provinces du Grand-Duché, en partisan, pour faire diversion et attirer à lui beaucoup de monde.

 

Lützen, 2 mai 1813, huit heures du matin

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant l’armée de l’Elbe, à Markrannstaedt

Mon Fils, le major général a dû vous envoyer l’ordre du mouve­ment : vous y verrez que j’ordonne que le 11e corps soit en mesure pour occuper Zwenkau, ou pour protéger l’occupation de Leipzig par le 5e corps.

Vous pouvez vous porter, avec la plus grande partie de voire cava­lerie et avec une division, à mi-chemin de Markrannstaedt à Leipzig, afin de soutenir le général Lauriston, s’il en est besoin, et d’être à temps pour revenir soutenir le duc de Tarente, s’il était nécessaire, sur Zwenkau. Mettez votre cavalerie en mouvement. Faites-moi con­naître à quelle heure vous croyez que le général Lauriston sera à la hauteur de Leipzig ; je m’y porterai moi-même à mi-chemin d’ici à Leipzig, avec la cavalerie.

Le général Reynier, avec la division Durutte, doit se trouver à Merseburg; envoyez-lui l’ordre de vous rejoindre. Je n’ai pas besoin de dire que le général Lauriston doit marcher par division, de front, chaque division formant trois ou quatre carrés, éloignés chacun de 3 à 400 toises, ayant de l’artillerie, les autres divisions formant la deuxième et la troisième ligne, en échelons et placées de la même manière.

 

Lützen, 2 mai 1813, huit heures du matin.

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police général, à Paris.

Comme tous les articles de journaux qui parlent de l’armée sont faits sans tact, je crois qu’il vaut beaucoup mieux qu’ils n’en parlent pas, d’autant plus qu’on sait que ces articles sont faits sous l’in­fluence de la police. C’est une grande erreur que de s’imaginer qu’en France on puisse faire entrer les idées de cette façon ; il vaut mieux laisser aller les choses leur train. Je vois dans le journal du 28 des articles de Mayence et de Westphalie; j’en vois dans d’autres jour­naux : ils sont tous faits dans un bon esprit, mais ils sont mala­droits. Ces articles font du mal à l’opinion, et pas de bien; c’est vérité et simplicité qu’il faut. Un mot, telle chose est vraie ou n’est pas vraie, suffit.

 

Lützen, 2 mai 1813, neuf heures du matin.

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 6e corps de la Grande Armée, à Rippach

Je donne ordre au général Bertrand de s’arrêter aujourd’hui à Tauchau, ayant une division au Gleisberg et une à Stœssen, couvrant ainsi Naumburg et Weissenfels, et menaçant Pegau et Zeitz.

Mon intention est que vous vous portiez sur Pegau. Comme vous avez peu de cavalerie, votre marche doit se faire sur plusieurs lignes, s’emparant des villages et se plaçant, chaque division, en trois ou quatre carrés de trois ou quatre bataillons, éloignés de 3 à 400 toises, chaque carré croisant la mitraille et presque la fusillade ; les autres divisions en seconde ligne et en échelons. Par ce moyen, on n’a rien à craindre de la cavalerie.

Le prince de la Moskova a son quartier général à Kaja ; occupant par son avant-garde Hohenlohe.

Le quartier général est à Lützen, où toute la Garde se trouve. Le vice-roi est à Markrannstaedt ; le général Lauriston sur la route directe de Merseburg à Leipzig, marchant sur Leipzig, où il sera probable­ment dans deux heures. Tous les renseignements sont que l’ennemi, de Leipzig, est remonté sur Zwenkau, qu’il a des corps à Borna et que l’empereur Alexandre serait à Rochlitz. S’il n’y avait personne ou peu de monde à Pegau, vous appuieriez entre Pegau et Zwenkau. Tâchez d’arriver à Pegau avant cinq heures du soir. Envoyez-moi trois fois dans la journée des nouvelles de ce que vous aurez appris, et que mes officiers sachent bien où vous trouver pour vous porter mes ordres.

Si votre 3e division est fatiguée, elle pourra vous suivre de loin, car je pense qu’une division suffit; mais ce qu’il vous faut, c’est toute votre artillerie.

 

Lützen, 2 mai 1813, neuf heures et demie du matin.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Kaja

J’ai donné ordre au duc de Raguse de se porter sur Pegau. Si, eu approchant, il apprend qu’il y ait quelque chose, il prendra position entre Pegau et Zwenkau. Si vous entendez la canonnade de ce côté, tenez-vous prêt à marcher au secours.

Le général Bertrand arrivera ce soir à Tauchau avec une division; une autre division au Gleisberg et une autre à Stœssen, afin d’ob­server Zeitz et de se porter demain sur Pegau et Zwenkau. Tous les rapports qu’on a sont que l’ennemi se réunit à Zwenkau et que Wittgenstein a été nommé commandant en chef. Faites-moi connaître la position de vos cinq divisions. Vous pouvez retirer le général Marchand de la route de Leipzig, toute ma Garde étant là pour l’appuyer dans la direction de Zwenkau. J’attends le rapport de ce que vous pouvez avoir appris ce matin. (On lit sur la minute : « L’Empereur a fait lui-même à cette lettre des chan­gements dont il n’a pas été pris note. »

 

Lützen, 2 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Lützen

Mon Cousin, s’il est vrai que Spandau se soit rendu, aussitôt que le gouverneur sera dans les lignes françaises, vous le ferez arrêter, ainsi que le commandant du génie et le commandant de l’artillerie. Le commandant de l’artillerie et le commandant du génie ne seront pas arrêtés s’ils déclarent à l’officier que vous enverrez qu’ils ont pro­testé contre la capitulation, auquel cas ils auront ordre de se rendre au quartier général. S’ils déclarent avoir consenti à la capitulation, ils seront mis aux arrêts jusqu’à ce que l’enquête soit faite; mais la présomption est contre le conseil de défense, pour avoir rendu cette place si promptement, sauf toutefois justification.

 

Lützen, 2 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Lützen.

Mon Cousin, donnez ordre que la colonne de la Garde impériale commandée par le général Decous continue son mouvement par la gauche de la Saale, pour venir nous rejoindre. Donnez le même ordre au général Milhaud; vous lui ferez connaître qu’il marchera à la suite de la Garde et prendra les ordres du général Walther et du général Saint-Germain. Faites-moi connaître quand la division westphalienne arrivera à Naumburg.

 

Lützen, 2 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Lützen.

Mon Cousin, donnez ordre que le génie, l’artillerie et l’administration des armées de l’Elbe et du Main, ces deux armées n’en faisant plus qu’une seule, se réunissent au quartier général.

 

Lützen, 2 mai 1813.

BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.

Les combats de Weissenfels et de Lützen n’étaient que le prélude d’événements de la plus haute importance. L’empereur Alexandre et le roi de Prusse, qui étaient arrivés à Dresde avec toutes leurs forces dans les derniers jours d’avril, apprenant que l’armée française avait débouché de la Thuringe, adoptèrent le plan de lui livrer bataille dans les plaines de Lützen, et se mirent en marche pour en occuper la position ; mais ils furent prévenus par la rapidité des mouvements de l’armée française. Ils persistèrent cependant dans leurs projets, et résolurent d’attaquer l’armée pour la déposter des positions qu’elle avait prises.

La position de l’armée française au 2 mai, à neuf heures du ma­tin, était la suivante :

La gauche de l’armée s’appuyait à l’Elster; elle était formée par le vice-roi, ayant sous ses ordres les 5e et 11e corps. Le centre était commandé par le prince de la Moskova, au village de Kaja. L’Em­pereur avec la jeune et la vieille Garde était à Lützen.

Le duc de Raguse était au défilé de Posera, et formait la droite avec ses trois divisions. Enfin le général Bertrand, commandant le 4e corps, marchait pour se rendre à ce défilé. L’ennemi débouchait et passait l’Elster aux ponts de Zwenkau, Pegau et Zeitz. Sa Majesté, ayant l’espérance de le prévenir dans son mouvement et pensant qu’il ne pourrait attaquer que le 3, ordonna au général Lauriston, dont le corps formait l’extrémité de la gauche, de se porter sur Leipzig, afin de déconcerter les projets de l’ennemi et de placer l’armée fran­çaise, pour la journée du 3, dans une position toute différente de celle où les ennemis avaient compté la trouver, et où elle était effec­tivement le 2, et de porter ainsi de la confusion et du désordre dans leurs colonnes.

A neuf heures du matin, Sa Majesté, ayant entendu une canon­nade du côté de Leipzig, s’y porta au galop. L’ennemi défendait le petit village de Lindenau et les ponts en avant de Leipzig. Sa Majesté

i Voir la note sur les Bulletins de la Grande Armée, t. XXIII, p. 520.

n’attendait que le moment où ces dernières positions seraient enle­vées pour mettre en mouvement toute son armée dans cette direc­tion, la faire pivoter sur Leipzig, passer sur la droite de l’Elster et prendre l’ennemi à revers ; mais à dix heures l’armée ennemie dé­boucha vers Kaja, sur plusieurs colonnes d’une noire profondeur; l’horizon en était obscurci. L’ennemi présentait des forces qui parais­saient immenses : l’Empereur fit sur-le-champ ses dispositions. Le vice-roi reçut l’ordre de se porter sur la gauche du prince de la Moskova; mais il lui fallait trois heures pour exécuter ce mouvement. Le prince de la Moskova prit les armes, et avec ses cinq divisions soutint le combat, qui au bout d’une demi-heure devint terrible. Sa Majesté se porta elle-même à la tête de la Garde derrière le centre de l’armée, soutenant la droite du prince de la Moskova. Le duc de Raguse, avec ses trois divisions, occupait l’extrême droite. Le général Bertrand eut ordre de déboucher sur les derrières de l’armée enne­mie, au moment où la ligne se trouverait le plus fortement engagée. La fortune se plut à couronner du plus brillant succès toutes ces dispositions. L’ennemi, qui paraissait certain de la réussite de son en­treprise, marchait pour déborder notre droite et le chemin de Weissenfels : le général Compans, général de bataille du premier mérite, à la tête de la première division du duc de Raguse, l’arrêta tout court. Les régiments de marine soutinrent plusieurs charges avec sang-froid, et couvrirent le champ de bataille de l’élite de la cavalerie ennemie. Mais les grands efforts d’infanterie, d’artillerie et de cava­lerie étaient sur le centre. Quatre des cinq divisions du prince de la Moskova étaient déjà engagées. Le village de Kaja fut pris et repris plusieurs fois. Ce village était resté au pouvoir de l’ennemi : le comte de Lobau dirigea le général Ricard pour reprendre le village ; il fut repris.

La bataille embrassait une ligne de deux lieues, couverte de feu, de fumée et de tourbillons de poussière. Le prince de la Moskova, le général Souham, le général Girard, étaient partout, faisaient face à tout. Blessé de plusieurs balles, le général Girard voulut rester sur le champ de bataille. Il déclara vouloir mourir en commandant et dirigeant ses troupes, puisque le moment était arrivé, pour tous les Français qui avaient du cœur, de vaincre ou de périr.

Cependant on commençait à apercevoir dans le lointain la, pous­sière et les premiers feux du corps du général Bertrand. Au même moment le vice-roi entrait en ligne sur la gauche, et le duc de Tarente attaquait la réserve de l’ennemi et abordait au village où l’en­nemi appuyait sa droite. Dans ce moment, l’ennemi redoubla ses efforts sur le centre; le village de Kaja fut emporté de nouveau; notre centre fléchit; quelques bataillons se débandèrent; mais cette valeureuse jeunesse, à la vue de l’Empereur, se rallia en criant : Vive l’Empereur ! Sa Majesté jugea que le moment de crise qui dé­cide du gain ou de la perte des batailles était arrivé : il n’y avait plus un moment à perdre. L’Empereur ordonna au duc de Trévise de se porter avec seize bataillons de la jeune Garde au village de Kaja, de donner tête baissée, de culbuter l’ennemi, de reprendre le village, et de faire main basse sur tout ce qui s’y trouvait. Au même moment, Sa Majesté ordonna à son aide de camp le général Drouot, officier d’artillerie de la plus grande distinction, de réunir une batterie de quatre-vingts pièces et de la placer en avant de la vieille Garde, qui fut disposée en échelons comme quatre redoutes, pour soutenir le centre, toute notre cavalerie rangée en bataille derrière. Les généraux Dulauloy, Drouot et Desvaux partirent au galop avec leurs quatre-vingts bouches à feu placées en un même groupe. Le feu devint épouvantable. L’ennemi fléchit de tous côtés. Le duc de Tré­vise emporta sans coup férir le village de Kaja, culbuta l’ennemi et continua à se porter en avant en battant la charge. Cavalerie, infan­terie, artillerie de l’ennemi, tout se mit en retraite.

Le général Bonet, commandant une division du duc de Raguse, reçut ordre de faire un mouvement par sa gauche sur Kaja, pour ap­puyer les succès du centre. 11 soutint plusieurs charges de cavalerie dans lesquelles l’ennemi éprouva de grandes perles.

Cependant le général comte Bertrand s’avançait et entrait en ligne. C’est en vain que la cavalerie ennemie caracola autour de ses carrés; sa marche n’en fut pas ralentie. Pour le rejoindre plus promptement, l’Empereur ordonna un changement de direction en pivotant sur Kaja. Toute la droite fit un changement de front, la droite en avant.

L’ennemi ne fit plus que fuir; nous le poursuivîmes une lieue et demie. Nous arrivâmes bientôt sur la hauteur que l’empereur Alexandre, le roi de Prusse et la famille de Brandebourg y occupaient pendant la bataille. Un officier prisonnier, qui se trouvait là, nous apprit cette circonstance.

Nous avons fait plusieurs milliers de prisonniers. Le nombre n’a pu en être plus considérable, vu l’infériorité de notre cavalerie et le désir que l’Empereur avait montré de l’épargner.

Au commencement de la bataille, l’Empereur avait dit aux troupes : « C’est une bataille d’Égypte. Une bonne infanterie soutenue par de l’artillerie doit savoir se suffire. »

Le général Gouré, chef d’état-major du prince de la Moskova, a été tué, mort digne d’un si bon soldat ! Notre perte se monte à 10,000 tués ou blessés. Celle de l’ennemi peut être évaluée de 25 à 30,000 hommes. La garde royale de Prusse a été détruite. Les gardes de l’empereur de Russie ont considérablement souffert; les deux divisions de dix régiments de cuirassiers russes ont été écrasées.

Sa Majesté ne saurait trop faire l’éloge de la bonne volonté, du courage et de l’intrépidité de l’armée. Nos jeunes soldats ne considé­raient pas le danger. Us ont dans cette grande circonstance révélé toute la noblesse du sang français.

L’état-major général, dans sa relation, fera connaître les belles actions qui ont illustré cette brillante journée, qui, comme un coup de tonnerre, a pulvérisé les chimériques espérances et tous les cal­culs de destruction et de démembrement de l’Empire. Les trames ténébreuses ourdies par le cabinet de Saint-James pendant tout un hiver se trouvent en un instant dénouées comme le nœud gordien par l’épée d’Alexandre.

Le prince de Hesse-Homburg a été tué. Les prisonniers disent que le jeune prince royal de Prusse a été blessé, que le prince de Mecklenburg-Strelitz a été tué.

L’infanterie de la vieille Garde, dont six bataillons étaient seule­ment arrivés, a soutenu par sa présence l’affaire avec ce sang-froid qui la caractérise. Elle n’a pas tiré un coup de fusil. La moitié de l’armée n’a pas donné, car les quatre divisions du corps du général Lauriston n’ont fait qu’occuper Leipzig ; les trois divisions du duc de Reggio étaient encore à deux journées du champ de bataille. Le comte Bertrand n’a donné qu’avec une de ses divisions, et si légère­ment, qu’elle n’a pas perdu 50 hommes; ses 2e et 3e divisions n’ont pas donné. La 2e division de la jeune Garde, commandée par le général Barrois, était encore à cinq journées ; il en est de même de la moitié de la vieille Garde, commandée par le général Decous, qui n’était encore qu’à Erfurt; des batteries de réserve formant plus de 100 bouches à feu n’avaient pas rejoint, et elles sont encore en marche depuis Mayence jusqu’à Erfurt; le corps du duc de Bellune était aussi à trois jours du champ de bataille; le corps de cavalerie du général Sébastiani, avec les trois divisions du prince d’Eckmühl, était du côté du bas Elbe. L’armée alliée, forte de 150 à 200,000 hom­mes, commandée par les deux -souverains, ayant un grand nombre de princes de la maison de Prusse à sa tête, a donc été défaite et mise en déroute par moins de la moitié de l’armée française.

Les ambulances et le champ de bataille offraient le spectacle le plus touchant : les jeunes soldats, à la vue de l’Empereur, faisaient trêve à leurs douleurs en criant : Vive l’Empereur! « II y a vingt ans, a dit l’Empereur, que je commande les ­­armées françaises; je n’ai pas encore vu autant de bravoure et de dévouement. »

L’Europe serait enfin tranq­­­­uille si les souverains et les ministres qui dirigent leurs cabinets pouvaient avoir été présents sur ce champ de bataille. Ils renonceraient à l’espérance de faire rétrograder l’étoile de la France; ils verraient que les conseillers qui veulent démembrer l’Empire français et humilier l’Empereur préparent la perle de leurs souverains.

De notre camp impérial de Lützen, 3 mai 1813.

PROCLAMATION A L’ARMÉE.

Soldats, je suis content de vous! Vous avez rempli mon attente! Vous avez suppléé à tout par votre bonne volonté et par votre bra­voure. Vous avez, dans la célèbre journée du 2 mai, défait et mis en déroute l’armée russe et prussienne, commandée par l’empereur Alexandre et le roi de Prusse. Vous avez ajouté un nouveau lustre à la gloire de mes aigles; vous avez montré tout ce dont est capable le sang français. La bataille de Lützen sera mise au-dessus des batailles d’Austerlitz, d’Iéna, de Friedland et de la Moskova. Dans la cam­pagne passée, l’ennemi n’a trouvé de refuge contre nos armes qu’en suivant la méthode féroce des barbares ses ancêtres : des armées de Tartares ont incendié ses campagnes, ses villes, la sainte Moscou elle-même. Aujourd’hui, ils arrivaient dans nos contrées, précédés de tout ce que l’Allemagne, la France et l’Italie ont de mauvais sujets et de déserteurs, pour y prêcher la révolte, l’anarchie, la guerre civile, le meurtre; ils se sont faits les apôtres de tous les crimes. C’est un incendie moral qu’ils voulaient allumer entre la Vistule et le Rhin, pour, selon l’usage des gouvernements despotiques, mettre des déserts entre nous et eux. Les insensés ! Ils connaissaient peu l’attachement à leurs souverains, la sagesse, l’esprit d’ordre et le bon sens des Allemands. Ils connaissaient peu la puissance et la bravoure des Français.

Dans une seule journée, vous avez déjoué tous ces complots par­ricides. Nous rejetterons ces Tartares dans leur affreux climat, qu’ils ne doivent pas franchir. Qu’ils restent dans leurs déserts glacés, séjour d’esclavage, de barbarie et de corruption, où l’homme est ra­valé à l’égal de la brute !

Vous avez bien mérité de l’Europe civilisée. Soldats, l’Italie, la France, l’Allemagne vous rendent des actions de grâces !

 

3 mai 1813, du champ de bataille de Lützen.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, votre aide de camp m’a trouvé sur le champ de ba­taille, poursuivant l’ennemi, que mon armée a entièrement défait hier. L’empereur de Russie et le roi de Prusse commandaient en personne : leurs gardes ont été écrasées.

Je ne comprends rien au retard qu’éprouve le payement des 500,000 francs; ils sont compris dans la distribution du mois de mars. Envoyez un courrier au duc de Bassano, qui devrait déjà vous avoir fait payer cette somme.

 

Pegau, 3 mai 1813.

Au prince Lebrun, gouverneur général des départements de la Hollande, à Amsterdam

Je vois dans le Journal d’Amsterdam que vous avez mis un extrait de mes lettres dans les journaux : cela me servira de règle pour ne plus vous écrire. Comment peut-on commettre une pareille inconve­nance!

 

Pegau, 4 mai 1813, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Pegau.

Mon Cousin, ordonnez au vice-roi de partir aujourd’hui à six heures du matin pour se porter sur Borna. Vous lui ferez connaître que je donne ordre au général Lauriston, qui continue à être sous ses ordres, de se porter à Rœtha.

Donnez au général Lauriston l’ordre de se porter sur Rœtha, et, une fois passé, de favoriser le passage du vice-roi à Borna.

Mandez aussi au vice-roi qu’il faut absolument avoir Borna dans la journée, afin de pousser l’ennemi et d’avoir des renseignements sur sa direction.

Donnez ordre au duc de Raguse de partir de meilleure heure qu’il pourra, pour joindre la route de Borna; qu’il fasse connaître sur quel point et à quelle heure il arrivera.

Donnez ordre au général westphalien, s’il est à Naumburg, de se porter sur Zeitz, et s’il est à Weissenfels, de se porter sur Pegau.

 

Pegau, 4 mai 1813, quatre heures du matin.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Lützen.

Le major général vous fera connaître mes intentions pour les mouvements d’aujourd’hui. S’il n’y a pas d’inconvénient, je désire que vous vous rendiez à Leipzig : faites-y la plus belle entrée qu’il sera possible, et employez là votre temps à me donner des renseigne­ments de toute espèce. Passez la revue de votre corps; proposez-moi de nommer aux places vacantes pour bien remettre en état ce qui serait désorganisé, et surtout l’artillerie, qu’il ne faut diminuer d’au­cune pièce. S’il y a des chevaux tués, on peut facilement s’en procu­rer d’autres dans le pays où l’on est : il faut que vous ayez le même nombre de pièces que vous aviez avant la bataille.

Le général Reynier commande le 7e corps, composé de Saxons et de la division Durutte ; il se trouve à Merseburg : je le mets sous vos ordres. Je lui donne ordre de se rendre demain à Leipzig, si toutefois il est certain que la colonne ennemie qui avait marché sur Halle l’ait évacué, ce dont je ne doute pas. La division Durutte est forte de 3,000 hommes. Je désire également que le duc de Bellune, qui est à Bernburg, vous rejoigne.

Mon intention est de porter aujourd’hui mon quartier général à Borna pour suivre vivement l’ennemi. Là je me déciderai peut-être à me porter sur Dresde; mais dans ce cas je vous laisserai sur ma gauche, pour vous porter sur Wittenberg, après avoir débloqué Torgau et mis le général Reynier à la tête de son 7e corps. Je sup­pose qu’il pourra former là une division de 6 à 7,000 Saxons, ce qui lui fera 10,000 hommes. Je voudrais, à Wittenberg, réunir à vous le général Sébastiani, qui a 14,000 hommes, dont 4,000 de cavalerie; ce qui ne laisserait pas de faire à Wittenberg une très-belle armée. Cela me permettrait, suivant les renseignements ultérieurs que je recevrais, ou de m’en tenir à l’Elbe, ou de déboucher par Wittenberg et de me porter immédiatement sur Berlin. Mais je ne puis pas encore fixer mes idées sur cela, parce que je ne connais pas exactement la situation de votre corps; faites-moi-la bien connaître. Vous êtes celui qui avez le plus souffert. Je vous prie de donner ordre aussi qu’on ramasse les fusils sur le champ de bataille.

On m’assure que l’ennemi n’a laissé près de Wittenberg que le général Kleist avec 3 ou 4,000 hommes, une petite colonne qui a marché sur Halle et peu de monde à Dessau. Aussitôt que vous serez arrivé à Leipzig, si vous apprenez que le chemin soit libre de Leipzig à Bernburg, où est le duc de Bellune, donnez-lui ordre de se tenir prêt à vous rejoindre. Je vous prie de m’envoyer de Leipzig des renseignements sur ce qui se passe à Magdeburg, Wittenberg et Torgau. Le général Reynier peut envoyer un officier saxon à Torgau pour y faire connaitre le résultat de la bataille, et qu’il vient prendre le commandement du corps.

 

Pegau, 4 mai 1813, cinq heures du matin.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Lützen.

Mon Cousin, écrivez au général Bertrand que, jusqu’à ce qu’il soit instruit que le duc de Reggio est arrivé à Zeitz, il envoie de fortes reconnaissances dans la direction de Zeitz et d’Altenburg, afin d’avoir des nouvelles de l’ennemi; qu’il envoie aussi des patrouilles du côté de Borna, et que, s’il entendait une vive canonnade sur ce point, il s’y porte et envoie demander des ordres.

 

Pegau, 4 mai 1813, neuf heures du matin.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Lützen.

Je reçois des nouvelles du vice-roi, datées sept heures du matin; il est arrivé à Borna. L’armée prussienne et russe fuit à toutes jambes sur Rochlitz. La perte de l’ennemi a été énorme. Nous avons trouvé ici le corps du prince de Hesse-Homburg ; je le fais enterrer avec tous les honneurs dus à son rang. On soutient que le prince de Prusse a été blessé. Le désespoir est dans l’âme des Prussiens. Je fais marcher sur Dresde. Je vous ai envoyé ce matin mes intentions. Réunissez le duc de Bellune pour débloquer Wittenberg. Envoyez le général Reynier à Torgau pour y rallier les Saxons. Le général Sébastiani ayant près de 4,000 hommes de cavalerie, il sera possible que je me décide à vous faire marcher sur Berlin pour y prévenir l’ennemi ; mais, comme de raison, aussitôt que j’aurai des renseignements plus précis.

 

Pegau, 4 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Pegau.

Mon Cousin, écrivez au général Sébastiani, par un officier d’état-major , qu’il ait à se diriger de manière à opérer le plus tôt possible sa réunion avec le prince de la Moskova ; qu’il tâche de se réunir en route avec toute l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie qu’il trouvera, et qu’il amène tout à l’armée; qu’il prenne sous ses ordres la 1e divi­sion de l’armée, commandée par le général Philippon; que, si le duc de Bellune n’est pas réuni au corps du prince de la Moskova, il s’y réunisse aussi, de manière à arriver avec le plus de forces possible , mais aussi de manière à rejoindre promptement le prince de la Mos­kova; qu’il écrive à Hanovre et à Brunswick pour que toute la cava­lerie possible le rejoigne. Il ne laissera à Magdeburg que le régiment westphalien, le régiment de marche de la citadelle, quatre bataillons de la 1e division, deux du 2e corps; ce qui fera hait bataillons français.

Écrivez au duc de Bellune les ordres que vous donnez au général Sébastiani ; faites-lui connaître qu’il sera sous les ordres du prince de la Moskova, comme plus ancien maréchal que lui; qu’il réu­nisse également tous les détachements d’infanterie, cavalerie et ar­tillerie qui seraient à sa portée, et qu’il marche avec précaution. Écrivez au prince de la Moskova que, indépendamment des divisions qui composent son corps d’armée, mon intention est que le 2e corps, commandé par le duc de Bellune, ayant une division de dix bataillons qui était à Bamberg, soit sous ses ordres et le rejoigne ; que le gé­néral Sébastiani, ayant sous ses ordres la division Puthod, de 10,000 hommes d’infanterie, et 4,000 de cavalerie, soit sous ses ordres et le rejoigne; que la 1″ division de l’armée, faisant partie du 1er corps, qui est de seize bataillons et qui est du côté de Magdeburg, laisse quatre bataillons à Magdeburg et le rejoigne avec douze bataillons. Le prince de la Moskova recevra ainsi une augmentation de douze bataillons de la division Puthod, douze de la division du ler corps, que commande le général Philippon, dix du duc de Bellune, total trente-quatre bataillons avec leurs batteries d’artillerie, plus 4,000 hommes de cavalerie du général Sébastiani ; ce qui, avec la division Durutte, lui fera une augmentation de 30,000 hommes, y compris les Saxons. Il y a deux bataillons du régiment étranger et plusieurs bataillons isolés du général Lauriston qui n’ont pas encore dépassé Leipzig; il peut réunira lui tout ce qui n’aurait pas dépassé Leipzig dans la journée de demain, en en rendant compte. Qu’il envoie des estafettes à ces différents généraux, et qu’il se tienne prêt à manœuvrer pour se porter sur Torgau; qu’il réunisse, en consé­quence, le duc de Bellune et les généraux Sébastiani et Philippon, pour qu’il ne leur arrive rien en route.

Écrivez au commandant de Magdeburg et à tous ces généraux en conséquence, et donnez avis partout de la victoire que nous avons remportée.

 

Pegau, 4 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Pegau.

Mon Cousin, il me semble que je vous avais donné ordre de faire connaître au duc de Reggio que mon intention était qu’il se portât sur Zeitz. Cependant la note que vous m’avez envoyée cette nuit ne dit rien de ce dernier ordre; faites-moi connaître de quelle date il est. J’avais ordonné également que la division wurtembergeoise se rendît sur Pegau en droite ligne pour rejoindre le général Bertrand ; elle a fait un détour : donnez-lui l’ordre, puisqu’elle est à Kaja, de rejoindre sur-le-champ le général Bertrand. J’ai donné ordre au gé­néral Hammerstein de se porter sur Pegau ; dirigez-le sur le duc de Raguse; il fera partie de son corps et marchera avec lui. Comme ce général a un millier d’hommes de cavalerie, il sera utile au duc de Raguse. Le général Milhaud ne doit point passer par Kaja, mais se diriger en droite ligne sur Pegau. Quand est-ce que la colonne com­mandée par le général Decous est arrivée à Naumburg ? Quand en est-elle partie ? Avez-vous spécifié dans votre ordre qu’elle vienne sur Pegau ?

Les quatre compagnies de pontonniers qui sont arrivées le 1er mai à Erfurt ont-elles eu ordre de continuer leur route? Quant au trésor de l’armée, il est bien à Erfurt; laissez-l’y jusqu’à ce que nous ayons pris une position définitive. Le bataillon du 37e léger peut aussi, sans difficulté, rester quelques jours à Erfurt, s’y reposer et se reformer. Donnez ordre à la division Lorge de partir de Hanau pour se rendre à Gotha.

 

Pegau, 4 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Pegau.

Mon Cousin, expédiez l’ordre à la division Milhaud, qui arrive aujourd’hui à Naumburg, de se rendre en droite ligne sur Pegau; même ordre pour la colonne du général Decous. Dites à ces deux généraux de marcher ensemble, afin de se soutenir mutuellement.

Le corps du général Hammerstein fera partie du corps du duc de Raguse; qu’il se dirige donc aujourd’hui sur Borna. Mandez cela au duc de Raguse, pour qu’il apprenne le plus tôt possible que ce corps, ayant 1,000 chevaux, sera mis sous ses ordres.

 

Pegau, 4mai 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 28 et du 29. Vous verrez par les relations envoyées à l’Impératrice quelle est la situation actuelle des affaires. On ne peut pas aller mieux. Rien n’égale surtout la va­leur, la bonne volonté et l’amour que me montrent tous ces jeunes soldats; ils sont pleins d’enthousiasme.

 

Pegau, 4 mai 1813.

A François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, connaissant l’intérêt que Votre Majesté prend à tout ce qui m’arrive d’heureux, je m’em­presse de lui annoncer la victoire qu’il a plu à la Providence d’accorder à mes armes dans les champs de Lützen. Quoique ayant voulu diriger moi-même tous les mouvements de mon armée, et m’étant trouvé quelquefois à portée de la mitraille, je n’ai éprouvé aucune espèce d’accident, et, grâce au ciel, je jouis de la meilleure santé.

J’ai des nouvelles journalières de l’Impératrice, dont je continue d’être extrêmement satisfait. Elle est aujourd’hui mon premier mi­nistre, et elle s’en acquitte à mon grand contentement; je ne veux pas le laisser ignorer à Votre Majesté, sachant combien cela fera plaisir à son cœur paternel.

Que Votre Majesté croie aux sentiments d’estime et de parfaite considération que je lui porte, et surtout au véritable intérêt que je prends à son bonheur.

 

Pegau, 4 mai 1813.

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’ai chargé le roi de Westphalie d’écrire à Votre Majesté pour lui faire connaître l’état de mes affaires ; j’espère qu’il le fait exactement. Votre Majesté aura appris la victoire signalée que la Providence a accordée à mes armes dans les champs de Lützen. Le roi de Prusse et l’empereur de Russie, avec l’armée russe de Wittgenstein, forte de 150,000 à 200,000 hommes, dont 30,000 de cavalerie, sont venus m’attaquer au village de Kaja, le 2, à dix heures du malin. Je les ai complètement battus avec ma seule infanterie ; je les poursuis l’épée dans les reins, et déjà le vice-roi est arrivé à Borna.

La garde du roi de Prusse a été détruite, celle de l’empereur de Russie a beaucoup souffert; les régiments de cuirassiers russes ont été écrasés ; je compte la perte de l’ennemi à 25 ou 30,000 hommes. On dit que plusieurs princes de la maison de Prusse ont été blessés ; je viens de faire enterrer le prince de Hesse-Hombourg.

Et pourtant les trois divisions du duc de Reggio ne m’avaient pas rejoint; des trois divisions du général Bertrand, deux ne m’avaient pas joint et une a à peine tiré quelques balles ; les quatre divisions du général Lauriston n’ont pas participé à l’affaire; la moitié de ma vieille Garde, qui me rejoindra dans trois jours, n’y était pas; les trois di­visions du 1er corps, trois du 2e ne m’avaient pas joint-, le général Sébastiani, avec 14,000 hommes, dont 4,000 de cavalerie, était sur Lüneburg : j’ai donc remporté cette victoire avec le tiers de mon armée contre toutes les armées ennemies. Cela ne m’étonne pas, vu la mauvaise composition de l’infanterie actuelle russe. L’empereur de Russie et le roi de Prusse se dirigent sur Dresde ; je les y pour­suis; ceci nous mènera à la Vistule. Voilà donc tant d’espérances de changement et de bouleversement anéanties!

 

Borna, 5 mai 1813, deux heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Borna.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi qu’il marche beaucoup trop len­tement; qu’il occupe beaucoup trop de place, ce qui embarrasse la marche de l’armée ; qu’il y a beaucoup trop de voitures à son corps, et qu’il n’y a pas d’ordre; que la cavalerie traîne à sa suite, comme à l’ordinaire, une grande quantité d’embarras et d’hommes éclopés; qu’il fasse diriger tout cela sur Leipzig ; qu’il mette aussi de Tordre dans ses voitures; qu’il fasse exécuter les règlements et qu’aucun bagage ne marche avec la 1″ division d’infanterie; qu’il faut, aujour­d’hui 5, que la queue du corps ait dépassé Colditz à midi, et que son quartier général soit entre Colditz et Waldheim, le plus près de Waldheim qu’il pourra; le quartier général de l’armée sera à Colditz à midi ; qu’il est nécessaire aussi de marcher aujourd’hui plus réuni.

Donnez ordre au général Bertrand de se porter sur Rochlitz ; faites-lui connaître que le vice-roi a dépassé Colditz.

Donnez ordre au duc de Raguse de se diriger entre Colditz et Rochlitz, pour y passer la Mulde, si l’ennemi la défend à Colditz, et pouvoir ainsi tourner la position; qu’il fera reconnaître Rochlitz; que le général Bertrand doit arriver sur Rochlitz, mais très-tard; que le vice-roi sera au-delà de Colditz.

Donnez ordre au duc de Reggio de se porter sur Altenburg.

 

Borna, 5 mai 1813, neuf heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Borna.

Mon Cousin, écrivez au prince de la Moskova que j’ai donné ordre au comte Lauriston de se rendre avec son corps à Wurzen, pour nettoyer la route de Wurzen à Dresde, ce qui assurera son flanc droit; que je désire qu’il se dirige le plus tôt possible sur Torgau pour rétablir la communication.

Écrivez au général Thielmann, commandant de Torgau, pour lui faire .connaître que le général Reynier va reprendre le comman­dement du 7e corps.

 

Borna, 5 mai 1813.

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant supérieur des 5e, 25e et 26e divisions militaires, à Mayence.

Je donne ordre au comte Beugnot de fournir 500 chevaux, des lances et tout ce dont il peut disposer dans le Grand-Duché à la brigade du général Dombrowski. Prévenez-en le général Dombrowski pour qu’il se fasse remettre ces fournitures sur-le-champ. Pressez le départ de cette petite division pour l’armée.

 

Borna, 5 mai 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Dans la dernière bataille, j’ai vu avec la plus grande peine qu’un bon tiers des obus n’a pas éclaté. Cette affaire est de la plus grande importance. Cela provient de ce qu’ils étaient chargés depuis longues années : cela ne doit pas être; il n’y a ni mais ni si qui puissent jus­tifier le corps d’artillerie de pareille négligence. J’ai vu beaucoup de ces obus sur le champ de bataille; ils avaient des fusées, mais pas de mèches. Enfin prenez les mesures les plus efficaces pour re­médier à un si grand inconvénient. La responsabilité en pèse tout entière sur le corps d’artillerie ; un directeur d’artillerie qui expédie des munitions qui ne sont pas en état, selon les lois militaires mérite la mort. Il est nécessaire aussi de prendre quelques mesures pour former des artificiers.

 

Borna. 5 mai 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 25 avril. Vous dites que je ne vous ai pas fait connaître mon intention pour les dix-sept majors venant d’Espagne ; je ne puis pas concevoir cela. Quand je vous ai dit que tous les officiers venant d’Espagne devaient se rendre au quartier général de la Grande Armée, il me semble que cela comprenait colonels,  colonels en second, majors, majors en second, chefs de bataillon, etc. En attendant, je me trouve sur le champ de bataille sans officiers. D’ailleurs, la campagne en usera beaucoup ; il faut donc en avoir pour les remplacer, sans faire des avancements trop rapides et qui n’atteignent pas le but. Je ne puis donc que vous répéter ce que je vous ai déjà dit dix fois, c’est que tous les officiers qui vous arrivent d’Espagne doivent être dirigés sur Mayence.

Si vous avez besoin d’officiers et de sous-officiers, l’armée d’Es­pagne est une pépinière inépuisable ; je vous autorise à en faire venir.

 

Colditz, 5 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Colditz.

Mon Cousin, écrivez au général Lauriston, par un homme du pays, à qui vous promettrez vingt napoléons de récompense s’il ap­porte la réponse avant six heures du matin. Faites connaître au général qu’il se porte à grandes marches, et par la grande roule, sur Dresde, de manière à faire sept à huit lieues par jour; que mon quartier général est arrivé ici aujourd’hui ; que tous les corps sont passés par ici, et qu’il ne doit rien y avoir de considérable du côté du prince de la Moskova.

 

Colditz, 6 mai 1813, trois heures et demie du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Colditz.

Mon Cousin, écrivez au duc de Raguse que le vice-roi a défait hier le corps de Miloradovitch, au village de Gersdorf; que son avant-garde était sur les hauteurs de Hartha ; qu’il est nécessaire que sa 1e division commence à entrer dans la ville à quatre heures du matin et se porte en toute diligence sur Waldheim ; qu’une division du général Kleist, qui venait du côté de Wittenberg, est retournée sur Wurzen par Leisnig, qu’elle aura probablement évacué pendant la nuit; qu’il faut qu’il envoie une reconnaissance sur Leisnig, où il est bon que Ton entre pour savoir ce qui s’est passé ; que cela ne doit pas arrêter la marche de son corps d’armée dans la direction du vice-roi.

Écrivez au vice-roi que j’ai vu avec plaisir sa relation d’hier, mais qu’il y a bien peu de prisonniers ; que, dans un pays où la cavalerie ne peut rien, on aurait dû prendre 2 à 3,000 hommes ; qu’il parte à la pointe du jour pour arriver à Nossen dans la journée; que le duc de Raguse le soutient à trois heures de marche; que toute la Garde est en avant de Colditz; qu’il peut donc marcher droit et rapide­ment; que, comme toutes les colonnes de l’ennemi convergent sur Dresde, il est important d’arriver rapidement devant cette ville, puisque tout ce qui n’aurait pas passé serait rejeté sur la Bohême ; que le général Lauriston a reçu ordre de se diriger à grandes marches de Wurzen, par le grand chemin, sur Dresde. Donnez l’ordre au général Bertrand, qui est à Rochlitz, de marcher sur deux colonnes, l’une pour passer la rivière entre Waldheim et Mitveida, l’autre sur Mitveida; faites-lui connaître que le vice-roi est sur Waldheim ; qu’il a défait hier le corps de Miloradovitch ; que le vice-roi a ordre d’aller aujourd’hui à Nossen; qu’il faut donc qu’il s’approche; que le général Lauriston part aujourd’hui de Wurzen pour faire huit lieues par jour sur la grande route de Dresde; qu’il est donc nécessaire d’arriver tous à la fois sur Dresde; qu’il envoie un officier au duc de Reggio pour avoir de ses nouvelles , car il est à prévoir que, s’il y a une colonne ennemie qui ne soit pas encore arrivée à Dresde, l’en­nemi voudra tenir pour gagner vingt-quatre heures.

 

Colditz, 6 mai 1813, trois heures et demie du matin.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Leipzig

J’ai reçu votre lettre de Leipzig en date du 5 mai, avec les ren­seignements qui y sont contenus. Le vice-roi a battu hier à Gersdorf
et poussé sur Hartha le général Miloradovitch, qui avait deux divisions, formant douze régiments, et à peu près 9,000 hommes sous les armes. Ce général était en marche, mais n’avait pu arriver à la bataille; il a été culbuté et a beaucoup perdu. Nous serons aujour­d’hui à Nossen. J’ai fait donner ordre au général Lauriston de marcher en toute hâte sur Dresde; il doit être à Wurzen. Comme mes ordres lui parviennent par des chantas de traverse, et que vous pouvez lut écrire par la grande route, prévenez-le que c’est mon intention qu’il fasse sept à huit lieues par jour, afin d’arriver à la même hauteur que nous à Dresde. Prévenez-le que le général Kleist, avec une division de 5 à 6,000 hommes, était hier au village de Leisnig et se dirigeait sur la route, probablement pour couvrir la route de Wurzen à Dresde. Il serait possible que, si le général Lau­riston manœuvrait bien, il pût enlever cette division.

Vous me parlez d’une division qui est à Halle, je suppose qu’elle aura rétrogradé sur Dessau à la nouvelle de la bataille; s’il en était autrement, vous vous trouveriez sur ses derrières et ne la laisseriez pas rejoindre.

J’ai bien de l’impatience de vous savoir sur Torgau et de voir débloquer Wittenberg, car les choses prennent une tournure telle qu’il serait très-possible que je prisse le parti de me porter de suite sur Berlin.

 

Colditz, 6 mai 1813, neuf heures du matin,

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Colditz.

Mon Cousin, écrivez au général Bertrand que je Le laisse maître de se porter sur Freyberg, afin de déboucher par cette grande route sur Dresde; que le vice-roi sera ce soir à Nossen; peut-être y porte-rai-je mon quartier général ce soir ; peut-être le porterai-je à Etzdorf.

 

Colditz, 6 mai l813.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Leipzig.

Faites expédier tous les jours de Leipzig 20,000 rations de pain par la grande route sur Dresde, car nous allons être entassés chaque jour davantage les uns sur les autres.

 

Colditz. 6 mai 1813.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Hanau.

Les deux compagnies du 6e bataillon d’équipages militaires sont arrivées hier à Borna ; envoyez-les chercher. Envoyez un officier à Naumburg, afin que tout ce qui est destiné à votre corps et à celui du duc de Bellune se dirige sur Leipzig.

Faites faire des hôpitaux à Leipzig pour 0,000 blessés, et faites-y transporter les blessés qui sont à Lut zen. Nous serons probablement demain à Dresde. 11 paraît que le corps prussien de 20 à 25,000 hom­mes se retire sur Meissen.

La le division de l’armée fera partie du corps du duc de Bellune jusqu’à nouvel ordre. Ce maréchal aura deux divisions, la 1e et la 4e, ce qui, avec vos cinq divisions et les deux divisions du général Reynier, fera neuf divisions. Les routes doivent être libres pour arri­ver à Magdeburg. Pressez votre jonction avec le général Sébastian! Ce général a avec lui une division qui appartient au général Lauriston; faites-moi connaître quand elle arrivera, pour que je désigne où elle doit rejoindre son corps. Je suppose que le générai Sébastiani doit avoir 6,000 hommes de cavalerie; c’est une belle armée, avec laquelle je voudrais vous voir déboucher sur Torgau. Pendant ce temps, je pousserai les Russes dans ce pays-ci. Je ne sais si je pour­rai passer à Dresde ; je crains de trouver embarras pour passer, car j’ai des pontonniers et pas de pontons; ils ne seront pas arrivés avant quinze jours. Si je n’ai pas de bateaux et si l’ennemi défend sérieu­sement le passage et expose Dresde aux circonstances de la guerre, je serai obligé de revenir sur Torgau ; mais votre présence à Torgau avec votre corps d’armée doit imposer à l’ennemi et le faire renoncer au projet de défendre l’Elbe.

 

Colditz, 6 mai 1813.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Leipzig.

Faites construire un pont de bateaux, près de Wurzen et un tam­bour en palissades, afin que la communication avec Dresde soit sûre et rapide.

 

Colditz, 6 mai 1813.

A Mme la maréchale Bessières, duchesse d’Istrie, à Paris

Ma Cousine, votre mari est mort au champ d’honneur. La perte que vous faites, et celle de vos enfants, est grande sans doute, mais la mienne Test davantage encore. Le duc d’Istrie est mort de la plus belle mort et sans souffrir. Il laisse une réputation sans tache: c’est le plus bel héritage qu’il ait pu léguer à ses enfants. Ma protec­tion leur est acquise; ils hériteront aussi de l’affection que je portais à leur père. Trouvez dans toutes ces considérations des motifs de consolation pour alléger vos peines, et ne doutez jamais de mes sen­timents pour vous.

 

Waldheim, 7 mai 1813, dix heures du matin.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Schilda.

Le général Sébastiani est parti le 1er mai de Lüneburg, il y a donc aujourd’hui six jours : il doit être près de vous. Il est important que ce général, qui a beaucoup de cavalerie, d’infanterie et d’artillerie, rejoigne le plus tôt possible. Écrivez par des gendarmes saxons, dans différentes directions, pour qu’il rejoigne bientôt. L’arrivée de ces forces du côté de Wittenberg et de Torgau mettra en état de tout entreprendre avec succès sur la rive droite de l’Elbe.

 

Nossen, 7 mai 1813, cinq heures après midi.

Au général comte de Lauriston, commandant le corps 5e corps de la Grande Armée, à Lommatzsch.

Le quartier général est aujourd’hui à Nossen ; le vice-roi arrive ce soir auprès de Wilsdruf, au village de Blankenstein. Les habitants du pays prétendent avoir entendu du canon du côté de Meissen, ce matin, à dix heures; il parait difficile que ce puisse être vous. Je vous expédie un gendarme pour avoir de vos nouvelles. Demain nous marcherons sur Dresde. Il paraît que les Prussiens ont fait leur retraite sur Meissen ; on dit qu’ils ont fait quelques retranchements sur les montagnes en avant; c’est ce que les gens du pays vous auront appris et que vous aurez été à même de vérifier. Faites-moi connaître par le retour du gendarme tous les renseignements que vous avez, votre position et l’heure à laquelle vous arriverez demain devant Meissen.

 

Nossen, 7 mai 1813, cinq heures après midi.

Au général comte Bertrand, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Haynichen

Monsieur le Comte Bertrand, notre avant-garde est à Wilsdruf. Il est convenable que vous partiez demain de meilleure heure possible pour entrer à Dresde. Vous pouvez mettre en avant toute votre cava­lerie , une bonne partie de votre artillerie et une bonne avant-garde pour pousser plus rapidement.

Arrivé à Tarandt, vous ne vous trouverez qu’à une lieue de Wils­druf, et Ton pourra communiquer. Faites-nous connaître à quelle heure vos trois divisions seront arrivées ce soir, et à quelle heure vous pourrez vous mettre en marche demain.

Le général Lauriston arrive ce soir sur Meissen.

 

Nossen, 7 mai 1813.

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer de l’empereur, à Nossen.

Les caissons du nouveau modèle qui ont été faits contiennent vingt quintaux de farine, ce qui, pour quatre chevaux, fait cinq quintaux par cheval; ce n’est pas beaucoup, mais c’est pourtant tolérable. Vingt quintaux de farine font 1,800 rations de pain; ainsi un de ces caissons porte de la farine pour un bataillon pour deux jours; cinq de ces caissons porteraient de la farine pour dix jours; mais, si l’on charge ces caissons de pain, ils ne portent plus que 900 rations : je désirerais donc un modèle de caisson qui ne pesât pas davantage que le caisson actuel et qui put cependant porter vingt quintaux de farine comme actuellement, ou, si on voulait, 1,800 rations de pain et à plus forte raison 1,800 rations de biscuit.

 

Nossen, 7 mai 1813.

Au vice-amiral comte Decrès (nommé duc par décret du 13 avril 1813), ministre de la marine, à Paris

Il faut réorganiser l’inspection maritime des côtes de la 32e division. Envoyez le contre-amiral Lhermitte et ce qui est nécessaire pour réor­ganiser la 32e division et surveiller les côtes. Adoptez un modèle de péniche et de bâtiment pour la défense des bouches de l’Elbe, du Weser et de la Jahde.

 

Nossen, 7 mai 1813.

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, depuis le 2 je poursuis l’année ennemie, qui a brûlé tous les ponts et fait tout ce qu’elle a pu pour retarder ma marche. Les Prussiens se sont retirés sut Meissen, et les Russes sur Dresde. II y a eu différents combats d’arrière-garde à Gersdorf, Waldheim, Hartha et Blankenstein, où l’ennemi a perdu des prison­niers. Tous les villages de la route sont pleins de ses blessés et de ses morts. Je pense être demain à Dresde, ou du moins dans la partie de la ville qui est sur cette rive.

Le prince de la Moskova marche sur Wittenberg pour manœuvrer sur la rive droite.

 

Dresde, 8 mai 1813.

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, grand écuyer de l’empereur, à Paris.

Expédiez sur-le-champ l’aide de camp du prince de Neuchâtel, baron de Montesquiou, pour Prague, avec la lettre ci-jointe pour M. de Serra.

A M. de Serra, ministre de l’empereur, à Dresde.

Monsieur, l’Empereur est arrivé à Dresde, et fait jeter un pont du côté du village de Briesnitz. Demain et après, l’armée passera pour poursuivre l’ennemi.

Vous trouverez ci-jointe une lettre du général Reynier et une du prince de la Moskova, qui vous mettront au fait de la conduite du général Thielmann. Vous voudrez bien vous rendre sur-le-champ chez M. de Senft, et lui demanderez des explications là-dessus. Vous lui ferez connaître que M. de Metternich a déclaré à M. de Narbonne que l’Autriche n’avait pas de traité avec la Saxe; que la cour de Saxe est tombée à Prague comme une bombe. Vous ajouterez que d’ailleurs l’Autriche n’a rien à faire à la Confédération, et qu’attenter aux principes de la Confédération, c’est déclarer la guerre à l’Empe­reur; que l’Empereur a plaint le roi; que l’intérêt et l’amitié que l’Empereur porte au roi l’ont porté jusqu’à présent à la patience, mais que, les circonstances devenant urgentes, vous ne pouvez don­ner que six heures à la cour de Saxe pour satisfaire sur les points suivants :

1° Pour ordonner au général Thielmann de sortir de Torgau avec ses troupes, pour rentrer dans l’organisation du 7e corps sous le commandement du général Reynier;

2° Pour mettre en marche sans délai toute la cavalerie, sans exception, pour se rendre à Dresde ;

3° Pour que le roi déclare, par une lettre à l’Empereur, qu’il est toujours membre de la Confédération ; qu’il connait les engagements que ce lien impose; qu’il veut les remplir, et qu’enfin il n’a avec aucune puissance aucun traité contraire aux principes de la Confédération. Vous ne manquerez pas d’observer que le roi de Saxe a déshonoré, de gaieté de cœur, l’aigle polonaise que ses ancêtres avaient au contraire honorée; qu’enfin il a fait ce qu’il pouvait y avoir de plus contraire à l’honneur et aux intérêts de l’Empereur, en fai­sant un traité avec l’Autriche pour le désarmement des Polonais : chose qu’il n’avait pas droit de faire, puisque ces troupes étaient sous les ordres de l’Empereur.

Si les trois points ci-dessus ne vous étaient pas accordés sans délai, vous voudrez bien faire connaître au roi que je le déclare félon, hors de ma protection, et qu’en conséquence il a cessé de régner. Vous prendrez vos passeports et partirez sans délai pour Dresde.

P. S. Si M. Serra est à Prague, M. de Montesquiou lui remettra cette lettre; s’il n’y est pas, comme M. de Montesquiou n’a pas carac­tère pour remplir tout ce qu’exigerait cette mission, il ouvrira la lettre et la portera tout simplement à M. de Sentit, en demandant sa réponse sur-le-champ, ayant ordre de ne rester que six heures à Prague.

 

Dresde, 8 mai 1813, au soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au général Bertrand de pousser demain une division sur Pirna, de rallier ses deux autres divisions, de placer des piquets sur les différents chemins qui conduisent en Bohême afin de savoir ce qui se passe, et de se bien faire couvrir sur les derrières.

 

Dresde, 9 mai 1813, trois heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, faites connaître au prince de la Moskova que nous sommes entrés à Dresde et en train de construire un pont pour passer sur la rive droite; que j’ai envoyé un membre de la régence à Torgau ; que nous aurons d’ailleurs dans quarante-huit heures réponse du roi ; que, dans tout état de choses, il est important qu’il arrive rapide­ment sur Wittenberg; qu’il réunisse son corps, celui du duc de Bellune et celui du général Sébastiani ; qu’il laisse le général Reynier dans la position où il l’a placé; que je donne ordre au général Lauriston de laisser une division à Meissen et de se porter entre Torgau et Meissen pour pouvoir appuyer le général Reynier.

Faites connaître au général Lauriston notre arrivée ici. Donnez-lui ordre de laisser une de ses divisions à Meissen et de faire sur-le-champ brûler les blockhaus et détruire tous les travaux qu’ont faits les Prussiens, et de se porter avec le reste de son corps entre Meissen et Torgau. Mandez-lui que le général Reynier est, avec la division Durutte, vis-à-vis Torgau; qu’il sera chargé de le soutenir, et pourra ainsi, selon les circonstances, se porter sur Torgau ou sur Meissen ; que le prince de la Moskova se porte sur Wittenberg ; qu’il lie bien ses communications avec lui.

Donnez ordre au vice-roi de faire détruire sur-le-champ, dans la nuit, tous les ouvrages que les Russes ont faits à la tête du pont de Dresde, de faire jeter un pont entre Briesnitz et Dresde, et dfy faire sur-le-champ palissader une tête de pont. Donnez le même ordre au général commandant en chef le génie de l’armée.

 

Dresde, 9 mai 1813, sept heures du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de faire occuper cette nuit par un bataillon la maison que vous avez fait occuper sur la rive droite par une compagnie de voltigeurs. Ce bataillon s’y barricadera et s’y retranchera. Donnez ordre que deux bataillons soient à la tête de pont, et qu’il y ait un général de brigade ; que les trois divisions du 11e corps soient toutes réunies demain à neuf heures du matin, avec leur artillerie sur l1 avant-train, pour pouvoir effectuer le pas­sage ; qu’à cet effet le vice-roi y porte son quartier général à sept heures.

Voici les dispositions du passage : les trois batteries de 12 de la Garde, formant vingt-quatre pièces de canon, seront sur la gauche du village qui flanque la plaine, ainsi que seize pièces d’artillerie à cheval de la Garde, ce qui fera quarante pièces d’artillerie qui flan­queront toute cette ligne; les quarante autres pièces d’artillerie de la Garde seront eu batterie sur les hauteurs de droite et de gauche du pont; toute l’artillerie du 11e corps sera sur l’avant-train et réappro­visionnée, pour passer le pont; chaque brigade passera avec son artillerie. Les divisions se rangeront eu bataille, la gauche à la hau­teur du clocher du village de gauche, la droite au village de droite, et on formera autant de lignes qu’il sera nécessaire pour placer toute la troupe ; une division sera jetée dans le village de droite. On ne fera passer aucune cavalerie. Là, je donnerai des ordres selon les dispositions de l’ennemi. Le but de la journée de demain n’est que de descendre sur la rive droite, de prendre l’autre partie de la ville appelée Neustadt et de prendre position sur les hauteurs. Donnez les ordres en conséquence aux généraux Sorbier et Dulauloy. Une bat­terie d’artillerie à pied de la Garde restera dans la ville pour être placée sur le bastion et au pont. Tout le reste sera en batterie pour protéger le passage, s’il y a lieu, afin que l’artillerie du 11e corps puisse passer.

Donnez ordre au général Rogniat d’envoyer une compagnie de sapeurs et un officier du génie pour bien se retrancher sur l’autre rive. Donnez ordre au général Rogniat de prendre toutes les mesures nécessaires pour réunir les charpentiers et autres ouvriers de la ville, aûn de pouvoir, aussitôt qu’on sera maître de l’autre côté, réparer promptement le pont de la ville.

Donnez ordre au général Bertrand d’appuyer avec sa division sur la ville et de venir se placer entre Pirna et Dresde; au duc de Reggio, de s’avancer à deux lieues de Dresde ; au duc de Raguse, d’être prêt à partir à huit heures du matin, avec son artillerie et en marche de guerre, pour passer le pont et soutenir le vice-roi ; à la jeune Garde, d’être sons les armes; à la vieille Garde, de faire le service de la place. Vous donnerez Tordre que font ce qui appartient an général La lotir- Wau bourg, cuirassiers et cavalerie légère, rejoigne le corps de ce général dans la journée d’aujourd’hui ou demain matin. Donnez ordre que tout le 1e corps de cavalerie que commande le général Latour-Maubourg soit réuni demain à midi dans la plaine devant le pont de radeaux. Je passerai la revue de cette cavalerie; qu’elle ait avec elle son artillerie légère. Donnez les ordres les plus sévères au vice-roi pour qu’aucune voiture, si ce n’est l’artillerie, ne passe demain. A cet effet, toutes les voitures seront parquées dans un lieu qui sera désigné hors de la ville, entre Dresde et le pont. Donnez ordre également que la cavalerie ne mène à sa suite aucun homme démonté, et aucune espèce d’embarras, aucune voiture d’avoine, de fourrage, aucune charrette, sous quelque prétexte que ce soit. Vous préviendrez que tout ce qui se présentera pour passer le pont sera brûlé et les chevaux confisqués pour l’artillerie.

Donnez ordre que les troupes qui devront traverser la ville la tra­versent en belle tenue et d’une manière militaire. Le duc de Trévise, le comte Bertrand et le duc de Raguse, se trouveront à neuf heures sur une hauteur près du pont, ou moi-même je me trouverai.

 

Dresde, 10 mai 1813, quatre heures du matin.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Langen-Reichenbach. .

J’ai jeté hier un pont près le village de Briesnitz. 5 ou 600 hommes d’infanterie qui y étaient passés en bateau ont été attaqués par l’ennemi ; mais ils étaient protégés par soixante pièces de canon qui balayaient la plaine en flanc. Une vive canonnade a eu lieu, jusqu’à trois heures après midi ; l’ennemi a perdu un millier d’hommes et n’a pu rien faire à nos travailleurs, qui ont établi la tête de pont. J’ai fait établir un va-et-vient, pouvant porter 400 nommes. Le pont de radeaux sera prêt à dix heures du matin.

Dans ce moment, le général saxon Gersdorf m’apporte une lettre du roi, avec un ordre pour que la place de Torgau et le général Thielmann soient à ma disposition. Vous êtes le maître de passer par Torgau ou Wittenberg; mais, comme je vous suppose déjà sur Wittenberg, j’envoie l’ordre au général Lauriston d’entrer à Tor­gau, et au général Reynier de prendre le commandement du corps saxon, d’en former une division de 8,000 hommes, qui, avec les 4,000 de la division Durutte, fera un commencement de corps d’ar­mée. La cavalerie saxonne arrive de Prague et sera ici dans trois jours; je crois que le roi arrivera lui-même avant tout. Mon inten­tion est que le général Reynier, avec son corps d’armée, soit sous vos ordres; ces 12,000 hommes, joints au corps du duc de Bellune et au général Sébastiani, pourraient vous mettre en état de faire quelque chose. Le général Lauriston pourrait déboucher par Torgau. Si, au contraire, vous n’étiez pas parti et que vous préfériez déboucher par Torgau le général Lauriston serait aussi sous vos ordres.

 

Dresde, 10 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, la jeune Garde viendra ce soir loger dans les fau­bourgs, chez l’habitant.

Le vice-roi portera son quartier général dans la ville neuve, ou il réunira tout son corps, son artillerie, ses sapeurs et tout ce qui lui appartient, afin de se mettre en marche demain, à la pointe du jour, pour poursuivre l’ennemi.

Le général Bertrand réunira toute sa troupe, cavalerie, infanterie, artillerie, et s’arrangera de manière à traverser la ville demain, de huit à neuf heures du matin, avec ses trois divisions et toute sa ca­valerie en tête, son artillerie placée avec ses brigades et divisions, et dans le plus grand ordre.

Le duc de Raguse traversera demain la ville à midi, son corps en grande tenue, avec ses pièces et dans le meilleur ordre. Il fera passer ses bagages, avec tout ce qui peut n’être pas beau à voir, par le pont de radeaux. Sa cavalerie sera en tête.

Le duc de Reggio se portera demain sur les hauteurs où était la jeune Garde, à qui on défendra de brûler son bivouac, afin qu’il serve au duc de Reggio.

Le quartier général se rend à Dresde. Toute l’artillerie de la Garde et la Garde à pied et à cheval seront placées autour de Dresde.

 

Dresde, 10 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au prince de la Moskova et au général Lauriston que j’ai passé aujourd’hui l’Elbe, que j’ai rétabli le pont de Dresde, et que demain, à midi, toute l’armée, même le duc de Reggio, sera sur la rive droite; qu’il faut que le général Lauriston rappelle le général Maison, pour que tout son corps passe à Torgau; qu’il faut que le prince de la Moskova passe également sur la rive droite; que je lui enverrai des ordres aussitôt que je saurai positi­vement s’il passe à Torgau ou à Wittenberg; que les renseignements sont que tous les Russes se retirent par la Silésie; que, quant aux Prussiens, il n’en est pas revenu plus de 20,000 de la bataille, et qu’en supposant qu’ils reçoivent en route 10,000 hommes de renfort, ils ne peuvent pas être plus de 30,000 hommes.

 

Dresde, 10 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au général Reynier que je désapprouve qu’il ait écrit au roi de Saxe ; que désormais il ait à s’abstenir de toute correspondance avec le roi de Saxe et ses ministres ; qu’il doit s’a­dresser à vous pour tous ces objets, et que, dans le cas où votre état-major serait trop éloigné, il doit du moins s’adresser à mon mi­nistre près la cour de Saxe, mais ne jamais écrire directement ni au roi ni à ses ministres.

 

Dresde, 10 mai 1813.

Au général baron Rogniat, commandant le génie de la grande armée, à Dresde.

Présentez-moi demain un projet de tête de pont pour le pont de Briesnitz, ainsi que pour la construction de trois batteries à la hau­teur du village qui flanque toute la plaine. Chacune de ces batteries, à barbette, pourra contenir huit pièces de canon.

Indépendamment du pont de radeaux, il sera construit un pont de bateaux entre le pont actuel et le village de Briesnitz. Il sera planté quelques pilots, pour que le pont soit à l’abri des brûlots qu’on pourrait y jeter.

Le chemin de Briesnitz à la grande route par laquelle nous sommes arrivés sera bien tracé.

Il me sera présenté un projet de tête de pont qui enveloppe toute la ville neuve, ainsi qu’un projet définitif pour réparer le pont de Dresde d’une manière prompte et solide, à l’abri des débordements et des glaces.

 

Dresde, 10 mai 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris.

Mon Cousin, nous voici arrivés à Dresde : je suis maître des deux rives et des places de l’Elbe. Il est probable que je vais me porter en Silésie.

 

Dresde, 10 mai 1813.

A M. Fouché, duc d’Otrante, à Paris.

Monsieur le Duc d’Otrante, je vous ai fait connaître que mon in­tention était, aussitôt que je serais à même d’entrer dans les États du roi de Prusse, de vous appeler près de moi pour vous mettre à la tête du gouvernement de ce pays. La victoire de Lützen m’ayant mis dans le cas de rejeter l’ennemi au-delà de l’Elbe, et mes troupes s’avançant sur l’Oder, je désire qu’au reçu de la présente vous ne perdiez pas un moment et que vous vous rendiez secrètement à Dresde. Vous pouvez faire choix de deux ou trois personnes de con­fiance, de celles sur l’attachement desquelles je ne puis faire aucun doute. Tâchez d’en prendre qui parlent allemand, mais n’en amenez pas plus de trois. Quant aux autres personnes dont vous aurez besoin, vous m’en présenterez l’état à votre arrivée. Que cela ne fasse aucun bruit à Paris. Il faut que vous soyez censé partir pour votre cam­pagne, et que vous soyez déjà ici qu’on vous croie encore chez vous.

La Régente seule a connaissance de votre départ.

Je suis fort aise d’avoir occasion de recevoir de vous de nouveaux services et de nouvelles preuves de votre attachement.

 

Dresde, 11 mai 1813.

Au vice-amiral duc de Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Duc Decrès, je réponds à votre rapport du 21 avril sur les bataillons d’ouvriers de la marine. Je fais grand cas de ces ba­taillons. Toutes nos manœuvres de force de terre sont pour eux des jeux. C’est avec peine que j’ai vu que le général Haxo a fait battre le bataillon qui est à Magdeburg, et je crois qu’il a perdu une centaine d’hommes.

Mon intention est que vous dirigiez le plus rapidement possible sur Dresde le bataillon qui vient d’Espagne en le portant à son grand complet, et que vous envoyiez 200 ouvriers d’Anvers sur Magdeburg pour compléter le bataillon qui se trouve dans cette place.

Causez avec le général Gassendi et le général Évain pour savoir le genre d’ouvriers qu’il faut envoyer de préférence à ce bataillon pour construire des ponts et réparer des voitures.

 

Dresde, 12 mai 1813, au matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, faites connaître au duc de Tarente que l’armée de l’Elbe est dissoute; qu’il a le commandement du 11e corps; qu’il doit correspondre directement avec vous; que sa cavalerie &en composée de deux escadrons du 4e de chasseurs italiens et de deux, escadrons de Würzburg, ce qui fera à peu près 400 hommes. Vous lui ferez connaître que l’avant-garde du 4e corps est aujourd’hui à Kœnigsbrück; que je désire que son corps continue son mouvement pour se porter sur Bischofswerda, roule de Bautzen.

Faites connaître au vice-roi que 1 armée de l’Elbe ese dissoute; que tout ce qui appartient à l’éiat-juajor de l’Elbe doit rejoindre l’élal-major général.

Faites connaître de même au général Latour-Maufeoarg ^«e l’armée de l’Elbe est dissoute; que le général Bruyère continue™ à éclairer les mouvements du duc de Tarente.

Faites-moi connaître quand le général Fresia passera ici avec sa division; je désire qu’il ne passe pas le pont sans que j’et sois pré­venu, parce que je veux le voir.

 

Dresde, 12 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au prince de la Moskova de faire venir en toute diligence à Torgau le 2e corps, que commande le duc de Bellune, ainsi que le général Sébastiani, et la division du 1er corps, que commande le général Philippon; je ne conçois pas qu’aujour­d’hui, 12, tous ces corps-là n’aient pas rejoint.

 

Dresde, 12 mai 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Dresde

Mon Fils, partez ce soir, et rendez-vous à Munich pour vous porter de là en Italie. Je donne ordre au ministre de la guerre de mettre sous vos ordres les troupes qui sont dans mon royaume d’Italie et dans les provinces illyriennes.

Vous trouverez en Italie les ordres que j’ai donnés pour la forma­tion d’un corps d’observation de l’Adige. Mon intention est de l’aug­menter jusqu’à quatre-vingts on quatre-vingt-dix bataillons, Uni de troupes françaises qu’italiennes, de les faire encore exagérer par l’opinion, afin d’avoir par-là de l’ascendant sur l’Autriche, et que ce soit mot qui la menace, et non elle. Faites ce qui est nécessaire pour faire penser que les troupes vont se rendre par le Tyrol à Dresde.

Vous vous ferez rendre compte, en passant par Augsburg, de l’état du 9e bataillon d’équipages militaires et de l’artillerie des 4e et 12e corps.

J’avais donné ordre d’acheter 1,000 chevaux et 200 voitures qui doivent arriver chargées à Ulm : assurez-vous que ces voitures ont été achetées et qu’elles sont parties bien attelées pour Dresde.

Le général Grenier commandera le corps d’observation de l’Adige, qui est destiné à être composé de quatre divisions; mais, si mes af­faires avec l’Autriche s’obscurcissaient, je formerais trois corps, chacun de deux divisions, qui, à raison de douze à quinze bataillons par division, formeront quatre-vingts à quatre-vingt-dix bataillons.

Vous aurez soin de veiller à l’instruction des conscrits jusqu’au mois de septembre. Du moment qu’ils auront reçu des vestes, cu­lottes et capotes, on peut les considérer comme habillés.

Il est important de visiter les cadres des 4e bataillons, afin de nommer aux places vacantes et de donner la retraite aux officiers qui ne peuvent plus servir.

 

Dresde, 12 mai 1813.

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’apprends avec plaisir que Votre Majesté arrive à Dresde et a couché cette nuit à mi-chemin de Teplitz. J’éprouve une vraie satis­faction de la réinstaller dans sa capitale, et de lui rendre ses États, que la Providence a voulu que je délivrasse de ses ennemis. Votre Majesté ne doit jamais douter de tous les sentiments que je lui porte et qui sont inaltérables.

 

Dresde, 13 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Raguse de porter les deux divisions et son quartier général qui sont à Dresde à mi-chemin de Dresde à Bischofswerda et en prenant la route de Radeberg. Or­donnez-lui de laisser sa cavalerie légère avec un ou deux bataillons dans la direction de Berlin encore la journée d’aujourd’hui, avec ordre d’éclairer tout ce qui est passé de ce côté.

Donnez ordre au général Bertrand de porter son quartier général à Kœuigsbrûck et d’envoyer des avant-gardes dans différentes direc­tions pour connaître les mouvements.

Donnez ordre au duc de Reggio de passer aujourd’hui à midi le pont de Dresde, et de venir prendre position avec ses trois divisions dans la ville neuve et les villages environnants. Son quartier général sera dans la ville neuve.

Il faut qu’à quatre heures après-midi il n’y ait plus personne, de ce côté-ci de Dresde.

 

Dresde, 13 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mou Cousin, faites connaître au prince de la Moskova que je reçois à l’instant des nouvelles du duc de Bellune ; qu’il sera avec le gé­néral Sébastiani et les 1e et 4e divisions de l’armée, c’est-à-dire avec près de 25,000 hommes, aujourd’hui 13, à Kœthen; que je lui donne ordre de déboucher sur Wittenberg le 15 à neuf heures du matin, et de faire une demi-marche dans la direction de Luckau et de Berlin; que la cavalerie du général Sébastiani peut y arriver de meilleure heure, afin de balayer toute la route; qu’il faut détruire le pont de Dessau, si l’ennemi en avait un là; que mon intention est que demain, 14, le prince de la Moskova se porte avec ses cinq di­visions sur Luckau, où son avant-garde peut être le 15 et son quartier général le 16; que le même jour, 16, il donne l’ordre au duc de Bellune d’être rendu entre Wittenberg et Luckau en menaçant Berlin; qu’il place le 7e corps que commande le général Reynier entre Luckau et le duc de Bellune ; qu’il dirige le général Lauriston sur Dobrilugk, où son avant-garde sera le 14 et son quartier général le 15; qu’aujourd’hui, 13, le quartier général du général Bertrand est à Kœnigsbrück; que demain, 14, il sera près de Hoyerswerda; que le duc de Tarente avec le 11e corps est aujourd’hui, 13, à Bischofswerda, et sera probablement le 14 à Bautzen; que d’ici au 15 l’Empereur prendra sa détermination définitive, selon ce qu’aura fait l’ennemi, pour faire occuper Berlin ou pour ordonner tout autre mouvement.

Donnez ordre au prince de la Moskova que la division Puthod, qui appartient au général Lauriston, le rejoigne sur-le-champ, ainsi que le régiment étranger et tout ce qui lui appartient; qu’il appelle à lui la cavalerie du général Sébastiani.

Écrivez au duc de Bellune qu’il recevra les ordres du prince de la Moskova, et que, s’il tardait à les recevoir, le prince partant demain pour se rendre sur Luckau, lui, duc de Bellune, doit être le 15 de bonne heure à Wittenberg et avoir débouché avec tout son corps dans la journée, en plaçant une partie de son avant-garde sur Berlin et une autre sur Luckau.

Écrivez au général Reynier qu’il est sous les ordres du prince de la Moskova.

Écrivez au général Lauriston le mouvement qu’il doit faire.

 

Dresde, 13 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez sur-le-champ an duc de Bellune que j’ai reçu sa lettre par laquelle il me fait connaître qu’il sera le 13 à Kœthen; qu’il est important qu’il arrive le plus tôt possible sur Wittenberg; qu’il appelle à loi le régiment étranger qui est à Halberstadt, que je n’approuve pas qu’on place ce régiment à Magdeburg; qu’il appelle également à lui tous les détachements de troupes qu’il trouvera dans sa direction, n’importe à quel corps ils appartiennent. Il doit prendre les ordres du prince de la Moskova, qui sera le 15 à Luckau. Le duc de Bellune doit, le 15, dépasser Wittenberg, pour se porter dans la direction du prince de la Moskowa.

 

Dresde, 13 mai 1813.

Au général comte Bourcier, commandant les dépôts de cavalerie, à Hanovre.

Vous avez encore bien de la cavalerie en retard : vous devez ce­pendant avoir beaucoup de chevaux et une grande quantité d’effets de harnachement â Wesel et à Magdeburg. Continuez l’opération des remontes. Je vais incessamment être à Berlin, ce qui mettra le prince d’Eckmühl à même de rentrer à Hambourg, de tranquilliser toute la 32e division et de vous rendre les moyens d’accélérer les remontes. Une fois à Berlin, je crois que le point le plus favorable pour réta­blissement du dépôt, vu la facilité qu’on y trouve pour réunir avec rapidité les effets d’habillement et d’équipement, c’est Magdeburg.

 

Dresde, 13 mai 1813.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre du 7 mai. Je sais bien que vous m’avez fait un rapport ; mais je ne peux m’occuper quarante fois de la même chose. Je vous ai donné ordre de faire passer 500,000 francs au roi de Westphalie ; je vous ai donné un crédit : vous deviez faire passer cette somme. Je vous avais ordonné d’envoyer un million à M. Bignon, il y a trois mois; c’était une somme urgente et vous deviez la faire passer également. Vous n’avez point réussi, et pourtant il n’y avait de grandes difficultés ni dans l’un ni dans l’autre cas.

Quant aux 200,000 francs du secrétaire interprète Lelorgne, ce n’était point sur les fonds de réserve, mais sur les fonds secrets de votre ministère qu’il les fallait prendre; vous avez eu tort de les prendre sur les fonds de réserve; il faut donc changer cela sur-le-champ.

Dans des circonstances aussi importantes que celles-ci, mes mi­nistres à Munich, à Würzburg, à Prague, où était M. de Serra, et à Vienne, auraient pu me donner des renseignements ; aucun d’eux ne peut rien faire, parce qu’ils n’ont pas un sou, ni l’autorisation de faire aucune dépense. Le département des relations extérieures ne me sert à rien du tout.

 

Dresde, 13 mai 1813, au soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, les quatre divisions du général Latour-Maubourg seront composées de la manière suivante,

Division Bruyère : les trois régiments français qui sont à présent sous ses ordres et qui comptent 1,200 chevaux, le ler régiment de chasseurs italiens, le régiment de hussards et de chevau-légers saxons ; cela formera trois brigades et 3,600 chevaux.

Division Chastel : comme elle se trouve actuellement formée, ayant déjà 1,800 chevaux.

Division Bordesoulle : composée de six régiments de cuirassiers français, qui ont déjà 1,200 chevaux, et de deux régiments de cui­rassiers saxons de 1,200 chevaux; total, 2,400 chevaux. Cette divi­sion formera également trois brigades.

Enfin, la division Doumerc : composée des trois régiments de cui­rassiers et des trois régiments de dragons qui la composent aujour­d’hui ; plus, du régiment italien Napoléon.

Total du corps du général Latour-Maubourg, 9,000 chevaux; ce qui, avec les 4,000 chevaux de la Garde, formera 13,000 hommes de cavalerie, capables d’obtenir un grand résultat.

L’artillerie à cheval du général Latour-Maubourg se composera de deux batteries françaises qui existent, d’une batterie italienne qui existe, d’une ou deux batteries saxonnes; total, quatre batteries ou vingt-quatre bouches à feu. La batterie italienne sera attachée à la division Doumerc. La batterie saxonne sera attachée à la division Bordesoulle.

Il serait donc convenable que la brigade de cuirassiers saxons eût passé l’Elbe demain, ainsi que la batterie à cheval, et qu’après-de­main la cavalerie légère pût également passer pour rejoindre le gé­néral Latour-Maubourg.

Vous ferez comprendre l’importance pour le pays de gagner quel­ques jours, puisqu’il paraît que les Russes commettent toute espèce de dévastations. Vous ferez connaître que je réunis cette cavalerie sous les ordres du général Latour-Maubourg, ce qui met ensemble 10,000 hommes de cavalerie.

 

Dresde, 13 mai 1813. an soir.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Torgau.

L’état-major général vous a fait connaître mes intentions. Le général Sébastiani doit avoir 4,000 hommes de cavalerie; la 1e et la 4e division du duc de Bellune doivent former au moins 12,000 hom­mes; la division Puthod, qui appartient au général Lauriston, et qui est en ce moment avec le duc de Bellune, est au moins de 7,000 hom­mes : le duc de Bellune a donc environ 25,000 hommes sous ses ordres. Je lui ai fait donner ordre de se diriger sur Wittenberg, où il sera le 15 au matin, et là de prendre vos ordres pour son mouve­ment sur Luckau. Il pourra s’y tenir à portée ou de former votre avant-garde, si je vous ordonne de vous rendre par un à-gauche sur Berlin, ou de vous rejoindre sur Luckau, si cela devient nécessaire. Le général Reynier doit avoir 12,000 hommes; tenez-le de préférence sur votre gauche.

J’ignore votre force ; mais je suppose que vos cinq divisions, voire cavalerie et votre artillerie font environ 40,000 hommes; le général Lauriston, ayant réuni tout son corps, à l’exception de la division Puthod, doit avoir, avec son artillerie, environ 25,000 hommes : vous avez donc dans la main une armée de près de 100,000 hom­mes, dont 6,000 hommes de cavalerie environ. Le major général vous a écrit que je désirais que vous vous portassiez sur Luckau, où vous serez à vingt-deux lieues de Dresde et à vingt et une lieues de Berlin, mais en assurant toujours bien vos communications avec Torgau , et que le général La u ris ton fût demain ou après à Dobrilugk.

Le duc de Tarente est à Bischofswerda, où il a eu une affaire assez vive avec l’ennemi et a fait 1,000 prisonniers; le général Bertrand est à Kœnigsbrück; le duc de Reggio et le duc de Raguse sont en se­conde ligne sur ces deux routes ; la Garde est encore à Dresde.

Je commence à avoir de la cavalerie. J’ai organisé au général Latour-Maubourg, dans ses quatre divisions, environ 12,000 hommes; la cavalerie de la Garde est de 4,000 chevaux et attend de nombreux renforts à chaque instant.

Je ne vois pas encore bien ce qu’ont fait les Prussiens ; il est bien certain que les Russes se retirent sur Breslau; mais les Prussiens se retirent-ils sur Breslau, comme on le prétend, ou se sont-ils jetés sur Berlin, comme cela paraît naturel, pour couvrir leur capitale? C’est ce que les renseignements que j’attends cette nuit du général Bertrand, et ceux que je recevrai probablement de votre côté, m’ap­prendront parfaitement. Vous sentez qu’avec des forces aussi consi­dérables que celles que vous commandez, ce n’est pas le cas de rester en repos. Dégager Glogau, occuper Berlin, pour mettre le prince d’Eckmühl à même de réoccuper Hambourg et de s’avancer avec ses cinq divisions en Poméranie, m’emparer de Breslau, voilà les trois buts importants que je me propose et que je voudrais remplir tous trois dans le mois. Par la position que je vous fais prendre, nous nous trouverons toujours réunis, pouvant nous porter sur la droite ou sur la gauche et avec le plus de masses possible, selon les ren­seignements.

La tête de la cavalerie saxonne est arrivée aujourd’hui. Ce sont 3,000 bons chevaux que je réunis au général Latour-Maubourg et qui nous font un grand bien.

Le roi de Saxe a fait hier une entrée triomphante à Dresde ; il dîne aujourd’hui avec moi.

Profitez des gens du pays pour m’écrire souvent et promettez de fortes récompenses pour ceux qui vous rapporteront promptement réponse.

 

Dresde, 14 mai 1813, trois heures du matin.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Torgau.

Je reçois des nouvelles positives sur le mouvement du général Blücher, du général York, du général Kleist, du roi de Prusse et des cinq ou six princes de sa famille : tous ont passé le 10 et le 11 sur Kœnigsbrück, venant de Grossenhayn et de Dresde, et se rendant sur Bautzen, route de Breslau. Il ne paraît donc pas douteux qu’on dégarnit Berlin et qu’il n’y a pour couvrir cette ville que quelques cava­liers et le corps de Bülow : cela rend d’autant plus nécessaire le mouvement ordonné.

Faites revenir au général Lauriston ce qui lui appartient, a6n qu’il puisse renforcer l’armée, si l’ennemi veut recevoir bataille, comme on dit les Russes et les Prussiens réunis. Leur arrière-garde montre 30,000 hommes et beaucoup d’artillerie; ils couvrent la petite ville de Bautzen j ils brûlent les villages comme dans la dernière cam­pagne.

J’attends avec impatience des nouvelles de votre armée et les ren­seignements que vous aurez, mais ceux que j’ai reçus ici, sur le passage de la plus grande partie de l’armée prussienne par la route de Silésie, sont certains.

 

Dresde, 14 mai 1813, neuf heures du matin.

Au maréchal Macdonald, duc de Tarente, commandant le 11e corps de la Grande Armée, à Bischofswerda

Les nouvelles que je reçois me portent à penser que l’ennemi a cessé les travaux qu’il faisait à Bautzen, que le gros de l’armée est parti, et qu’il a renoncé au projet de faire sur ce point une forte ré­sistance. Vous aurez déjà eu quelques indices sur cela. Il est avanta­geux que vous entriez dans cette ville, afin de nous étendre, si cela peut se faire avec une simple affaire d’avant-garde.

Si vous allée à Bautzen, vous manderez au duc de Raguse de venir s’établir à Bischofswerda.

 

Dresde, 14 mai 1813.

Au maréchal Ney, prince de la Moskova, commandant le 3e corps de la Grande Armée, à Torgau.

Vous ne m’avez pas encore envoyé l’état de votre corps depuis la bataille, de sorte que j’ignore ce que vous avez avec vous. Je désire que vous m’envoyiez, par le retour du présent officier, l’état des pré­sents sous les armes et des détachés, ainsi que l’état de votre cavalerie et de votre artillerie. Vous sentez combien ces renseignements sont indispensables.

D’après plusieurs rapports, il parait que l’ennemi évacue Bautzen pour se porter plus loin. Je suppose qu’aujourd’hui ou demain le duc de Bellune arrivera à Wittenberg, et que vous et le général Lauriston vous êtes en mouvement pour la direction que je vous ai donnée. Je n’attends que de vos nouvelles et de savoir positivement où votre armée arrivera, pour partir moi-même de Dresde.

L’ennemi commet des horreurs, brûle les villages et fait tout ce qu’il a fait en Russie : ce sera une bonne leçon pour les Allemands !

 

Dresde, 14 mai 1813.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, le comte de Narbonne se plaint beau­coup de l’aide de camp du roi de Naples, le prince Cariati, qui est en ce moment à Vienne, où il se conduit très-mal et ne voit que nos ennemis. Envoyez une estafette à mon ministre à Naples pour faire connaître mon extrême mécontentement de toutes les mauvaises intel­ligences que le Roi entretient, demander le rappel du prince Cariati et qu’on fasse en sorte de revenir du mauvais système qu’on parait avoir embrassé, et qui pourrait entraîner la ruine du roi de Naples. Il donnera une note formelle là-dessus.

 

Dresde, 15 mai 1813, dix heures du soir.

Au maréchal Macdonald, duc de Tarente, commandant le 11e corps de la Grande Armée, devant Bautzen.

L’officier d’ordonnance Laplace arrive dans ce moment et me fait connaître que vous avez pris position vis-à-vis Bautzen.

Le général Bertrand avait hier son avant-garde à Klostermarienstern et son quartier général à Camenz ; il doit être aujourd’hui à deux lieues de Bautzen. J’espère que vous aurez communiqué ; il se trouve sur votre gauche.

J’ai donné l’ordre au duc de Reggio de se porter en avant de Bischofswerda ; par ce moyen, les quatre corps seront en ligne.

Le prince de la Moskova et le général Lauriston sont partis depuis deux jours de Torgau pour tourner Bautzen. Si l’ennemi continue à rester en force, prenez une bonne position; assurez-la par quelques flèches, et liez-vous bien avec le général Bertrand. L’arrivée des deux corps, qui font 60,000 hommes, nous mettra dans une grande supériorité. Dans le même temps, 40,000 hommes marchent sur Berlin. Le corps du général Latour-Maubourg, qui va partir, s’orga­nise; il compte dans ce moment 12,000 chevaux.

Je vous envoie un rapport qui paraît fort extraordinaire ; faites-le vérifier.

 

Dresde, 16 mai 1813, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, envoyez la lettre ci-jointe au duc de Trévise. Faites connaître au général Beaumont qu’il est sous les ordres de ce ma­réchal.

Donnez ordre au général Latour-Maubourg de faire partir, pour joindre la division Bruyère, tous les détachements de cavalerie qui lui appartiennent, hormis le régiment de chasseurs italiens qui doit être de l’expédition d’aujourd’hui. Vous lui ferez connaître qu’il ait à se mettre en marche sur-le-champ avec toute la cavalerie appartenant au général Chastel, avec la brigade italienne, avec La cavalerie saxonne, et enfin avec ses cuirassiers et dragons, ce qui fera près de 6,000 chevaux. Il laissera devant Dresde tous les détachements de cavalerie appartenant au général Sébastiani. Il trouvera jointe à cet ordre la position du général Beaumont, qui a 1,500 chevaux et qui sera sous ses ordres, ainsi que les deux bataillons d’infanterie fran­çaise qu’a ce général. Il fera porter le général Beaumont sur Grossenhayn. Le duc de Trévise, sous les ordres de qui il sera, part avec une division de la jeune Garde.

Vous ferez connaître à ce maréchal qu’il aura sous ses ordres le général Latour-Maubourg, qui a près de 6,000 hommes de cavalerie, le général Beaumont, qui en a 1,500, et deux bataillons d’infanterie légère, et enfin la division de la jeune Garde. Il laissera cette division en échelons, une brigade à une lieue d’ici, une brigade à mi-chemin, et une qu’il mènera avec lui, afin de ne pas la fatiguer inutilement. Son expédition a deux buts : 1° d’arriver de bonne, heure à Grossenhayn, de cacher le plus possible à l’ennemi la grande, quantité de cavalerie qu’il a, afin de se mettre à sa suite avec toute cette cavalerie, de lui enlever son artillerie et son infanterie, s’il en a, et de le poursuivre vertement et sans relâche de manière à le disperser; 2° de se mettre en communication avec le général Lauriston, qui est arrivé hier 15 à Dobrilugk, et avec le prince de la Moskova, qui est arrivé hier à Luckau. L’ennemi ayant beaucoup de patrouilles dispersées sur l’Elbe, il prendra des renseignements partout où il peut en avoir, et les fera poursuivre. Comme le général Beaumont a déjà deux bataillons qui sont à mi-chemin, le duc de Trévise peut choisir les quatre ba­taillons les plus lestes de la Garde pour marcher avec lui. Le général Beaumont a quatre pièces de canon, le général Latour-Maubourg a vingt-quatre pièces d’artillerie légère : cela est plus que suffisant. Il faut donc qu’il tienne la jeune Garde en réserve, comme je l’ai dit plus haut, pour ne pas la fatiguer inutilement, et la mettre à même de se porter sur Bautzen. Il établira sa communication avec le géné­ral Lauriston, aussitôt qu’il croira qu’il n’y a point de danger. De Grossenhayn, il dirigera sur Dobrilugk toute la cavalerie qui appar­tient au général Chastel (je crois qu’il y a 7 à 800 hommes ici), en les faisant accompagner autant que cela sera nécessaire. De Grossenhayn il écrira, par des gens du pays et des estafettes du pays, au général Lauriston pour lui faire connaître le mouvement qu’il fait, et pour que celui-ci envoie une division à sa rencontre jusqu’à Elsterwerda. S’il y avait quelque rassemblement de l’ennemi du côté d’Ortrand, le duc de Trévise y marcherait également, afin de purger entièrement ce côté. Le général Beaumont, qui est depuis plusieurs jours dans cette position, a des renseignements sur ce qu’y a l’ennemi ; il faut tâcher de le surprendre, parce qu’il ne s’attend pas à lutter contre une cavalerie supérieure.

 

Dresde, 16 mai 1813, neuf heures du matin. 

Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant la Jeune Garde, à Dresde.

Je vous ai mandé, dans mon ordre de ce matin, de ne pas fatiguer inutilement la jeune Garde, qu’il deviendra important de diriger sur Bautzen. Il me parait difficile qu’il puisse y avoir aujourd’hui, de l’infanterie derrière Grossenhayn, vu le mouvement du général Lauriston qu’ils ne peuvent pas ignorer; il est possible même que la cavalerie s’en soit allée. Dans ce cas, ne fatiguez pas inutilement vos troupes; ne mettez en mouvement que ce qui sera nécessaire pour envoyer au général Lauriston les 8 ou 900 hommes qui appartiennent à la division Chastel, et correspondre avec le général Chastel. Si cette colonne ennemie sa trouvait toujours dans cette position, donnez-lui une bonne leçon, puisque, indépendamment des Cosaques, il y a des hussards prussiens, qui seront moins lestes à s’échapper.

 

Dresde, 16 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Répondez au général Haxo, qui doit être à Hambourg, de faire lever le plan de Tangermünde, parce que, si 4 à 500 hommes et cinq à six pièces de canon pouvaient tenir là, on pourrait l’occuper comme poste. Du reste, la place de Tangermünde n’a rien de com­mun avec mes projets sur l’embouchure du Havel et du canal de Plauen. Une place à l’embouchure du Havel et une autre à l’embou­chure du Plauen sont indispensables; mais je me réserve de les faire construire lorsque je serai maître de la rive droite.

Si à l’embouchure du Havel on rencontre nue position favorable, on peut commencer les travaux sur-le-champ; s’il y a les mêmes inconvénients qu’à Plauen, il ne fout rien faire à présent.

Si le général Haxo croit qu’avec six pièces de canon 4 ou 500 hom­mes puissent avec succès occuper Tangermünde, et que le château puisse tenir quinze ou vingt jours, qu’il ordonne sur-le-champ les travaux. Ce serait comme une vedette de Magdeburg. Mais il faut qu’avec des obusiers et des pièces de campagne on ne puisse pas prendre ce poste, sans quoi ce serait une dépense inutile.

 

Dresde, 16 mai 1813.

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vois avec surprise que les dépenses faites pour le transport des troupes se montent à 829,352 francs. Je vois dans le détail beaucoup de choses inutiles. Cette mesure extraordinaire ne doit être ordonnée que par moi-même, à moins que l’on n’entende les transports par le Rhin, qui sont une économie au lieu d’être une dépense. Mon intention est que ces dépenses soient divisées en deux parties : 1° celles qui regardent la Garde; elles seront portées au ministère de la guerre, chapitre des Marches de la Garde; 2° les autres à l’administration de la guerre, chapitre des Étapes. C’est effec­tivement une économie pour les dépenses d’étapes. Le ministre de l’administration de la guerre doit organiser un service régulier sur le Rhin, puisque ce moyen de transport épargne le temps, l’argent et la fatigue pour les troupes conduites ainsi.

Faites connaître l’extrait de cette lettre au ministre de l’administration de la guerre.

 

Dresde, 17 mai 1813, deux heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, expédiez en courrier au duc de Trévise pour qu’au­jourd’hui 17 l’infanterie de la Garde et la cavalerie Latour-Maubourg rétrogradent et prennent position entre Dresde et Bischofswerda, afin de pouvoir se trouver, le 18, rendues au camp devant Bautzen. Écrivez au général Bertrand que je suis surpris de ce qu’il n’ait pas encore fait dans la matinée du 16 sa jonction avec le duc de Tarente ; qu’il faut donc qu’avec son corps il s’approche de Bautzen, et qu’il prenne la même ligne d’opération que le duc de Tarente par Bischofswerda; qu’il pourra laisser des corps d’observation à Camenz; que ce mouvement est très-urgent, puisque l’ennemi a toute son armée à Bautzen.

Écrivez au duc de Tarente que les renseignements qu’on reçoit de tous côtés ne laissent pas de doute que l’ennemi ne veuille livrer bataille à Bautzen ; que je suppose que le général Bertrand se sera placé sur sa gauche avec son corps; que le duc de Reggio sera aussi en position; que dans la journée du 18, toute la jeune Garde et la cavalerie Latour-Maubourg seront rendues au camp ; que l’Empereur y sera de sa personne, et que le prince de la Moskova sera rendu à la position qu’il doit occuper avec 60 à 70,000 hommes.

 

Dresde, 17 mai 1813.

INSTRUCTIONS POUR LE GÉNÉRAL CAULAINCOURT, DUC DE VICENCE, A DRESDE.

L’essentiel est de se parler. Vous me ferez savoir du quartier général ce qui a été dit. En connaissant les vues de l’empereur Alexandre, on finira par s’entendre. Mon intention au surplus est de lui faire un pont d’or, pour le délivrer des intrigues de Metternich. Si j’ai des sacrifices à faire, j’aime mieux que ce soit au profit de l’empereur Alexandre, qui me fait bonne guerre, et du roi de Prusse, auquel la Russie s’intéresse, qu’au profit de l’Autriche, qui a trahi l’alliance, et qui, sous le titre de médiateur, veut s’arroger le droit de disposer de tout, après avoir fait la part qui lui convient.

D’ailleurs, avant la bataille qui va être livrée, l’empereur de Russie ne doit pas se regarder encore comme fort engagé dans la lutte. Cette considération, que l’affaire de Lützen ne peut pas détruire, doit por­ter ce prince à s’entendre avec moi, parce que cette bataille sera né­cessairement très-meurtrière de part et d’autre; que, si les Russes la perdent, ils quitteront la partie, mais en ennemis vaincus; au lieu qu’en traitant aujourd’hui, et en obtenant de bonnes conditions pour son allié le roi de Prusse, et sans l’intervention de l’Autriche, l’em­pereur Alexandre prouverait à l’Europe que la paix est due à ses efforts, au succès de ses armes; de cette façon, ce prince sortira de la lutte d’une manière honorable, et réparera noblement l’échec de Lützen. Tout l’honneur de cette paix serait donc à l’empereur Alexandre seul, tandis qu’en se servant de la médiation de l’Autriche, cette dernière puissance, quel que fût l’événement de la paix ou de la guerre, aurait l’air d’avoir mis dans la balance la destinée de toute l’Europe.

La Russie ne peut avoir oublié la marche du contingent de l’Autriche dans la campagne précédente, et l’empereur Alexandre doit être flatté de pouvoir faire la paix sans le secours de cette puissance, qui, après avoir été si peu amie dans des circonstances difficiles, n’est entraînée que par un intérêt personnel à quitter les rangs de son alliance récente avec la France. Enfin l’empereur Alexandre doit saisir avec joie cette occasion de se venger avec éclat de la sotte di­version des Autrichiens en Russie.

Ainsi, sans vous arrêter à telle ou telle partie des instructions, vous devez chercher à nouer une négociation directe sur cette base. Une fois qu’on en sera venu à se parler, on finira toujours par tomber d’accord.

 

Dresde, 17 mai 1813.

A François Ier, empereur d’Autriche, au château de Laxenburg

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, ce que Votre Majesté me dit dans sa lettre sur l’intérêt qu’elle me porte m’a touché vive­ment. Je le mérite de sa part par les sentiments si vrais que je lui porte. Si Votre Majesté prend quelque intérêt à mon bonheur, qu’elle soigne mon honneur. Je suis décidé à mourir, s’il le faut, à la tête de ce que la France a d’hommes généreux, plutôt que de devenir la risée des Anglais et de faire triompher mes ennemis. Que Votre Ma­jesté songe à l’avenir; qu’elle ne détruise pas le fruit de trois ans d’amitié et ne renouvelle pas les trames passées qui précipiteraient l’Europe dans des convulsions et des guerres dont l’issue serait in­terminable ; qu’elle ne sacrifie pas à de misérables considérations le bonheur de notre génération, celui de sa vie et le véritable intérêt de ses sujets, pourquoi ne dirais-je pas, d’une partie de sa famille qui lui est si sincèrement attachée. Que Votre Majesté ne doute jamais de tout mon attachement.

 

Dresde, 17 mai 1813.

A François Ier, empereur d’Autriche, au château de Laxenburg.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté. J’ai entretenu le comte de Bubna plusieurs heures. Je lui ai dit tout ce que je pensais avec franchise et vérité. Je désire la paix plus que personne. Je consens à l’ouverture d’une négociation pour une paix générale et à la réunion d’un congrès dans une ville intermédiaire des séjours des diverses cours belligérantes. Aussitôt que je serai instruit que l’Angleterre, la Russie, la Prusse et les alliés ont accepté cette proposition, je m’empresserai d’envoyer un ministre plénipotentiaire au congrès, et j’engagerai mes alliés à faire de même. Je ne fais pas de difficulté d’admettre même au congrès les plénipo­tentiaires des insurgés d’Espagne, pour qu’ils puissent y stipuler leurs intérêts. Si la Russie, la Prusse et les autres puissances belligérantes veulent traiter sans l’Angleterre, j’y consens également. Je serai prêt à envoyer mon ministre plénipotentiaire aussitôt que je serai instruit que cette proposition a été agréée, et j’engagerai mes alliés à en faire autant, dès que je connaîtrai l’époque de la réunion. Si, une fois le congrès ouvert, il est dans l’intention des puissances belligérantes de conclure un armistice, comme cela s’est fait dans plusieurs circon­stances, et comme il en a été question à Paris avec le prince de Schwarzenberg, je suis prêt à y adhérer. Votre Majesté verra dans ce langage, qui est le même que je tiens depuis six mois, mon désir d’épargner le sang humain et de mettre un terme aux malheurs qui affligent tant de peuples.

 

Dresde, 18 mai 1813, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Trévise et au général Latour-Maubourg de se porter aujourd’hui en avant de Bischofswerda.

Aussitôt que sa tête sera arrivée, le due de Reggio se portera en­tièrement en ligne. Vous réitérerez l’ordre au duc de Reggio de faire occuper Neukirch et les positions de la droite, de manière qu’il n’y ait aucun ennemi dans ces bois.

Donnez ordre également au général Latour-Maubourg de faire fouiller toute la droite et vivement poursuivre tous ces Cosaques sur les routes de Neustadt et de Neukirch.

Donnez ordre à toute la vieille Garde avec les réserves des batte­ries de la Garde, de partir de sept à huit heures du matin, pour se rendre à une journée, sur la route de Bautzen,

Donnez ordre à la division Barrois de se tenir également prête à partir à onze heures du matin. Je pense qu’il serait nécessaire de faire distribuer une livre de riz à chaque soldat de la vieille Garde et de la division Barrois; cela ferait une réserve pour quatre jours en cas d’embarras dans les transports.

Réitérez l’ordre au général Bertrand de se mettre en communication avec le général Lauriston et le prince de la Moskova, qui arrivent aujourd’hui à Hoyerswerda.

Je suppose que le petit quartier général est parti. Faites partir tout ce qui est nécessaire pour un jour de bataille. Remettez-moi l’état de la garnison qui reste à Dresde et de toutes les troupes qui pourront arriver demain ou apes-demai.

 

Dresde, 18 mai 1813, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au général Beaumont de rester en ob­servation pour couvrir Dresde à MoriUburg, ayant des postes à Gros-senbayn, à Radeburg et sur la route de Kœnigsbrück, et d’instruire de tous les mouvements le quartier général qui est à Baulzen, et le général Durosnel, qui reste à Dresde; d’envoyer des espions et de bien s’éclairer sur toutes les routes; surtout de ne se laisser sur­prendre aucun poste. Envoyez directement cet ordre sur la route de Grossenbayn, et envoyez-en un duplicata par le duc de Trévise, sous les ordres de qui le générai Beaamont était hier et avant-hier, et qui est à même de savoir où il se trouve.

 

Dresde, 18 mai 1813, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre de faire partir aujourd’hui, avant neuf heures du matin, pour le quartier général > l’équipage de pont, les sapeurs et tout ce qui compose le génie de l’armée, en laissant ce qui est nécessaire pour la confection du pont et des travaux que j’ai or­donnés; qu’ils prennent du pain pour quatre jours.

Donnez ordre que tout le matériel des ponts, du génie, de l’artil­lerie et des équipages militaires, tous les caissons soient parqués, attelés ou non attelés, sur la rive gauche, dans le lieu qui sera indiqué par le général Durosnel, et que rien ne reste sur la rive droite.

Réitérez Tordre que les hôpitaux soient placés sur la rive gauche.

Enfin prévenez l’administration qu’il faut qu’on puisse évacuer la rive droite en six heures, si les circonstances l’exigeaient.

Donnez ordre au commandant du génie de laisser ici ce qui est nécessaire pour continuer les travaux de la tête de pont.

Faites-moi un rapport sur les officiers de la place, sur l’infanterie, la gendarmerie et les dépôts de cavalerie qui seront laissés à Dresde.

 

Dresde, 18 mai 1813, dix heures du matin.

Au maréchal Oudinot, duc de Reggio, commandant le 12e corps de la Grande Armée, à Rothnauslitz.

Je vous ai envoyé l’ordre d’envoyer une colonne d’infanterie et de cavalerie pour chasser l’ennemi de Neustadt et de Neukirch et de toutes les positions de la droite, de manière que votre droite appuie à la Bohême; je suppose que vous l’avez fait. Si vous ne l’avez pas fait, faites-le sans délai. Celte position de l’ennemi sur notre droite est honteuse et contraire à tous les principes de la guerre. Il n’y a de Bautzen et de Bischofswerda à la Bohême que trois à quatre lieues; il faut chasser l’ennemi de là. Occupez-vous-en sans délai, et rendez-moi compte par le retour de l’officier d’ordonnance que je vous expédie.

 

Dresde, 18 mai 1813, au matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, faites connaître au prince de la Moskova, par un officier intelligent et par un écrit en chiffre, que nous sommes à une portée de canon de la petite ville de Bautzen, que l’ennemi occupe comme tête de position et où il a fait des retranchements; que sur la droite sont placés les Prussiens et sur la gauche les Russes; que je désire qu’avec le général Lauriston et toutes ses forces réunies, en marche militaire, il se dirige sur Drehsa; ayant ainsi dépassé la Sprée, il se trouvera avoir tourné la position de l’ennemi ; il prendra là une bonne position ; que je suppose qu’il est dans le cas d’arriver bien entièrement le 19 à Hoyerswerda. Il s’approchera de nous le 19, et le 20 il pourra se porter sur la position; ce qui aura l’effet, ou que l’ennemi évacue pour se retirer plus loin, ou de nous mettre à même de l’attaquer avec avantage.

 

Dresde, 18 mai 1813.

Au général comte Durosnel, gouverneur de Dresde.

Monsieur le Comte Durosnel, le général Fresia restera à Dresde pour commander les dépôts d’infanterie et de cavalerie. Le général Beaumont, avec 1,000 chevaux, sera à Moritzburg, ayant ses postes sur Grossenhayn, Kœnigsbrück, Radeburg, c’est-à-dire sur toutes les avenues de Dresde. Il a ordre de correspondre avec vous et de vous tenir au courant de tous les mouvements de l’ennemi.

Vous ferez camper les quatre bataillons qui sont ici en dedans des palissades, sur la rive droite, de façon qu’ils soient chaque jour, à la pointe du jour, sous les armes. Les hommes des dépôts seront formés en petits bataillons que vous organiserez, et ils seront chargés d’un service .spécial. La police sera faite par la garde bourgeoise. Le service du château sera fait par 800 grenadiers saxons et 100 hommes de cavalerie saxonne. Ces grenadiers saxons seront chargés de la défense des ponts.

J’ai ordonné qu’il y eût ici douze pièces d’artillerie saxonne; on pourra en placer deux sur chaque bastion, à la droite et à la gauche de la ville, deux sur la place qui enfile le pont. Par ce moyen, six pièces peuvent défendre les ponts. On peut en placer six autres sur la rive droite, en en plaçant deux sur chaque bastion de droite et de gauche, et deux pour soutenir les bataillons en les couvrant par des palissades.

Il y aura ici un officier de gendarmerie et 50 gendarmes, y compris les gendarmes d’élite, pour la police des ponts de la ville et de la rive droite; ils seront chargés de maintenir Tordre dans les convois de blessés ou autres qui arriveront. H arrivera aujourd’hui, demain et après-demain , beaucoup d’hommes isolés ; j’ai donné l’ordre d’en faire un état ; cela vous renforcera. Il restera un officier du génie et un officier d’artillerie.

Ayez soin que le service se fasse militairement. L’artillerie par­quera sur la rive gauche jusqu’à l’issue d’une bataille, afin que, si la bataille était perdue, on pût passer sur la rive gauche sans rien perdre. J’ai ordonné qu’on établit des tambours à la tête des ponts. Ayez soin que tout le monde soit sous les armes à la pointe du jour, et soyez de votre personne aux ponts et sur la rive droite tous les jours, au soleil levant.

Entendez-vous avec l’aide de camp du roi, le général Gersdorf, qui est un homme intelligent, pour être au courant de tout ce qui se passe. Faites préparer, aujourd’hui et demain, les palissades de la ville, de manière que tout soit en bon état et bien fermé, que la troupe puisse être à l’abri derrière contre les coups de main des Cosaques. Faites établir des barrières avec palissades sur les chaussées.

 

Dresde, 18 mai 1813.

Au général comte Bertrand, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Gross-Welka

Monsieur le Comte Bertrand, je vous envoie copie d’un renseigne­ment reçu de Kœnigsbrück. N’avez-vous rien laissé pour occuper Kœnigsbrück ou Camenz ? Au reste, le corps du général Lauriston, arrivant aujourd’hui à Hoyerswerda, nettoiera nécessairement le pays. Vous devez prévenir de ceci le général Lauriston, afin qu’il mette une division à moitié chemin, et vous enverrez une brigade sur la route pour établir la communication et l’assurer. Le général Lauriston devra envoyer prévenir le prince de la Moskova que l’Empereur couche ce soir au camp devant Bautzen.

 

Dresde, 18 mai 1813.

Au général comte Bertrand, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Gross-Welka.

Monsieur le Comte Bertrand, le major général doit vous avoir écrit de correspondre avec le général Lauriston et le prince de lu Moskova. Ils doivent arriver ce soir à Gross-Dœbern et à Hoyerswerda. Envoyez une forte reconnaissance en infanterie et en cavalerie dans cette direction, et faites dire par un officier ou par un de vos aides de camp, mais sans écrire, ou bien en le faisant par chiffre, que le prince de la Moskova doit manœuvrer pour tourner la posi­tion de l’ennemi, pour se porter sur Drehsa. Le général Lauriston et le prince de la Moskova se rapprochant de vous, il est indispensable de vous tenir en communication avec eux par votre gauche.

Je pars aujourd’hui pour me rendre au quartier général, à mi-chemin de Dresde à Bautzen. Je me rendrai au camp dans la nuit. Faites-moi passer ce soir vos rapports sur l’ennemi et sur la possibi­lité de manœuvrer par votre gauche.

 

Dresde, 18 mai 1813.

Au maréchal Macdonald, duc de Tarente, commandant le 11e corps de la Grande Armée, devant Bautzen.

Je pars de Dresde avec toute ma Garde, pour me rendre à mi-chemin de Bautzen. Je serai à votre quartier général à la pointe du jour pour reconnaître l’ennemi. Faites préparer un croquis dans lequel sera placé tout ce que vous avez vu, afin de faciliter ma recon­naissance. Le général Lauriston et le prince de la Moskova doivent arriver à Hoyerswerda. Le général Bertrand se sera mis en commu­nication avec vous.

J’ai ordonné au, duc de Reggio de balayer les Cosaques sur la droite.

J’apprends que votre batterie d’artillerie de 12 n’est partie que ce matin de Dresde. Envoyez à sa rencontre pour qu’elle vous arrive demain.

 

Dresde, 18 mai 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan.

Mon Fils, je pars aujourd’hui de Dresde pour me porter sur l’en­nemi, qui a concentré ses forces et qui a été rejoint par le corps de Barclay de Tolly sur la position de Hochkirch, sur la route de Breslau. Il n’a rien laissé pour couvrir Berlin.

Le comte de Bubna est venu à mon quartier général. L’Autriche paraît fort embarrassée de son rôle.

Il est nécessaire que vous formiez avec toute l’activité dont vous êtes capable l’armée qui sera sous vos ordres. Occupez-vous sur-le-champ de l’organisation de vos six régiments. Vous les habillerez d’abord en vestes, pantalons et schakos. Le général Grenier doit être arrivé. Le général Vignolle pourra prendre provisoirement le com­mandement d’une division.

Faites augmenter l’armement et les approvisionnements d’Osoppo, de Palmanova, et de la petite place de Malghera, près de Venise. Faites-le cependant sans trop de dépense. Vous devez lever tous les obstacles et acheter des chevaux d’artillerie. Je ne vous parle pas de l’armée d’Italie, qui vous regarde particulièrement. Il importe que l’Autriche voie le plus tôt possible vos divisions campées et les places armées. Établissez une police active sur les frontières pour savoir tout ce qui se passe. Faites dire dans les gazettes de Turin et de Milan, et partout, que vous aurez bientôt 150,000 hommes. Orga­nisez vos ambulances. Nommez provisoirement à tous les emplois vacants, et envoyez-m’en l’état, pour que je puisse prendre les décrets. Mettez-vous en correspondance avec le prince Borghèse. Organisez 3 à 4,000 hommes de cavalerie italienne, ainsi qu’une quarantaine de bouches à feu d’artillerie italienne. J’ai arrêté l’organisation de votre artillerie française à quatre-vingt-seize bouches à feu ; je la tiercerai si cela est nécessaire.

Écrivez à Corfou, par la voie de terre, pour qu’on envoie à Rome, des 14e léger et 6e de ligne, les officiers, sergents et caporaux néces­saires pour former les 8e bataillons de ces régiments. Donnez-vous enfin tous les mouvements convenables pour avoir, à la fin de juin, une armée en Italie, de manière à faire sentir à l’Autriche qu’elle ne peut nous inquiéter qu’en pouvant vous opposer une armée de 60 à 80,000 hommes, ce qu’elle est hors d’état de faire.

Engagez le roi de Bavière à fortifier dans le Tyrol quelques gorges, quelques chiuse et quelques fortins, afin d’être maître des passages et de contenir les habitants. Ayez l’œil sur les places fortes, tant en France qu’en Italie. S’il y avait le moindre débarquement, soit à Rome, soit en Toscane, c’est à vous à y pourvoir. Vous ne changerez rien à l’organisation des troupes dans les 28e, 29e et 30e divisions militaires, ni dans les provinces illyriennes, mais, comme comman­dant en chef de l’armée d’Italie, vous vous ferez rendre compte de tout et vous surveillerez tout.

 

Dresde, 18 mai 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan.

Mon Fils, le comte Daru vous aura envoyé un décret que j’ai pris pour ériger en duché la terre de Galiera en faveur de votre fille aînée. Faites-en prendre possession. Mon intention est que jusqu’à la date de ce décret les revenus de cette terre soient versés à mon domaine privé, et que depuis sa date ils appartiennent à votre fille. Je désire que, tant qu’elle sera mineure, ces revenus avec les intérêts soient placés sur les cinq pour cent de France. En supposant qu’elle rende 200,000 francs, ce sera 200,000 francs qui seront placés sur la tête de votre fille, ce qui fera une augmentation de revenu de 12 ou 15,000 francs, le tout appartenant à votre fille et devant, comme de raison, en cas qu’elle meure, passer à ses héritiers naturels. Faites prendre possession du palais de Bologne; quoique appartenant à la duchesse, il servira au roi d’Italie dans ses voyages.

Les affaires continuent ici à bien marcher.

Exercez une grande surveillance en Italie. Il n’y a pas d’inconvé­nient à ce que le duc de Lodi fasse connaître confidentiellement à ses -connaissances à Vienne l’armée qu’on réunit en Italie, qu’on arme les places, et la disposition où Ton est de ne pas se laisser faire la loi. Ces confidences arrivant dans le parti le plus mal disposé à la cour de Vienne seront utiles. Le duc de Lodi est assez avant dans nos affaires pour pouvoir faire ces confidences. Je désire lui donner un témoignage de ma satisfaction pour le temps qu’il a correspondu avec moi pendant votre absence; faites-moi connaître ce que je pourrais faire à cet égard.

Il y a trop longtemps que vous êtes en Italie pour que j’aie besoin de vous répéter ce que je vous disais au commencement : placez les troupes le plus loin possible du Pô et des marais ; mettez très-peu de inonde à Venise et surtout très-peu à Mantoue et à Peschiera. Cela est important, surtout pour les jeunes conscrits.

Vous pourrez m’écrire par l’estafette de Paris, et, si cela était urgent, m’envoyer une estafette extraordinaire sur Dresde. Ayez l’œil sur ce que fait l’Autriche. Envoyez des agents et rendez-moi compte de tout.

Faites-moi connaître si vous avez conservé le chiffre pour corres­pondre avec moi; comme je l’ai ici, vous pouvez vous en servir si vous l’avez encore, mais, moi, je ne m’en servirai que quand je saurai que vous l’avez gardé.

 

Dresde, 18 mai 1813.

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, ministre plénipotentiaire, à Dresde

Monsieur le Duc de Vicence, étant résolu à tous les moyens de rétablir la paix, ou générale ou continentale, nous avons proposé la réunion d’un congrès, soit à Prague, soit en tout autre lieu inter­médiaire aux séjours des puissances belligérantes. Nous espérons que ce congrès conduira promptement au rétablissement de la paix, dont tant de peuples éprouvent le besoin. Nous nous sommes en consé­quence déterminé à conclure un armistice ou suspension d’armes avec les armées russe et prussienne, pour le temps que durera le congrès. Voulant prévenir la bataille qui, par la position qu’a prise l’ennemi, paraît imminente, et éviter à l’humanité une effusion de sang inutile, notre intention est que vous vous rendiez aux avant-postes, où vous demanderez à être admis auprès de l’empereur Alexandre, pour lui faire cette proposition et négocier, conclure et signer toute convention militaire ayant pour but de suspendre les hostilités. C’est à cet effet que nous vous écrivons la présente lettre close, pour en faire usage si elle vous est demandée, et en forme de pleins pouvoirs.

 

Hartau, 19 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Hartau.

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio que mon quartier général sera ce soir à Klein-Fœrtschen, devant Bautzen, qu’il donne ordre à la division Lorencez de se mettre en ligne avec la division Pacthod. La division bavaroise se mettra en seconde ligne derrière la division Lorencez; elle aura des postes et fera des patrouilles vers la fron­tière de Bohême.

 

Wurschen, 22 mai 1813, neuf heures du soir.

A François Ier, empereur d’Autriche, au château de Laxenburg.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, j’ai livré bataille le 20 et le 21 à l’armée russe et prussienne, retranchée aux camps de Bautzen et de Hochkirch. La Providence m’a accordé la victoire. Je m’empresse d’informer Votre Majesté que ma santé est fort bonne, comptant sur l’intérêt qu’elle me porte.

 

Gœrlitz, 23 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Goerlitz.

Mon Cousin, faites-moi connaître tout ce qui existe actuellement à Dresde des troupes qu’y a retenues le général Durosnel.

Donnez ordre également que le bataillon bavarois qui est à roi-chemin de Dresde à Gœrlitz rejoigne son corps ; que le bataillon de vélites de la Garde qui est à Bautzen rejoigne la Garde; que la gar­nison de Bautzen soit formée par un régiment westphalien. Il sera fourni à ce régiment deux pièces de canon saxonnes, de celles qui sont à Dresde. Nommez un officier général ou supérieur français pour commander à Bautzen. Par ces dispositions, la garnison de Dresde se trouvera affaiblie de deux bataillons. Le général Durosnel fera placer 100 hommes au point intermédiaire entre Bautzen et Dresde, pour garder la poste.

Le commandant de Bautzen sera sous les ordres du général Durosnel, ainsi que tous les antres commandants des troupes françaises -en Saxe.

Donnez ordre que le bataillon du 37e de ligne et tout ce qui serait à Dresde parte pour Gœrlitz, ne laissant à Dresde que les bataillons westphaliens, les grenadiers saxons et les deux bataillons des flanqueurs de la jeune Garde. Donnez ordre que l’autre bataillon des flanqueurs de la jeune Garde, qui doit être en chemin de Paris à Erfurt, continue sa route pour Dresde ; par ce moyen, la brigade de flanqueurs se trouvera réunie.

Donnez ordre au 3e corps de partir de Weissenberg, où il est, pour aller demain à Gœrlitz. Mon intention est que vous désigniez l’étape d’ici à Bautzen; que vous y nommiez un commandant, que vous y placiez des gendarmes pour garder la poste; que ce comman­dant ait une centaine d’hommes sous ses ordres et qu’on retranche une maison, de manière que cette petite garnison soit à l’abri de tous les événements. Par ce moyen, de Dresde ici, il y aura quatre jour­nées. Nommez un commandant pour Gœrlitz; la garnison sera com­posée de deux bataillons. Vous les ferez d’abord fournir par les Saxons du général Reynier.

Faites-moi connaître ce qui reste dans les places d’Erfurt, de Würzburg et de Torgau. Faites-moi connaître également quand les régi­ments de voltigeurs de la garde, qui s’organisent à Mayence, arrive­ront à Erfurt, et en6n le mouvement d’un grand nombre de bataillons de marche qui doivent être en route pour l’année. Indiquez-moi où se trouvent la division Saint-Germain, le corps du duc de Padoue et les détachements d’Italie.

Donnez ordre qu’il soit établi une manutention et des magasins à Gœrlitz.

 

Gœrlitz, 24 mai 1813.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez au baron de Saint-Aignan pour qu’il fasse connaître aux ducs de Gotha et de Weimar qu’ils aient à reformer leur contingent, et qu’ils arment leurs villes, de manière qu’elles soient à l’abri des partisans ennemis, et qu’elles empêchent les coureurs prussiens de faire aucun mal au pays et à l’armée fran­çaise. Cela doit être commun à tous les autres princes de Saxe, de Reuss, de Schwarzburg, etc. Les villes qui ont plus de 2,000 habi­tants seront responsables des prises qui seraient faites sur l’armée et dans leur enceinte par des détachements d’une force inférieure, à laquelle elles peuvent raisonnablement résister.

 

Gœrlitz, 24 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Goerlitz.

Mon Cousin, faites connaître au prince d’Eckmühl que je désire qu’aussitôt qu’il sera entré à Hambourg il y reste avec une division de Hambourg, et la 3e, qu’il fera venir de Wesel et qu’il réunira à Bremen et Hambourg, et qu’il fasse partir de Hambourg le général Vandamme, avec les 2e et 5e divisions et l’artillerie nécessaire, dans la direction de Mecklenburg et de Berlin, afin de couvrir le flanc gauche du corps qui est sur Berlin.

 

Gœrlitz, 24 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Goerlitz.

Mon Cousin, faites-moi connaître quand le duc de Padoue arrivera à Leipzig, et quand il aura une division bien organisée de 3,000 che­vaux, avec deux batteries d’artillerie à cheval.

Donnez ordre au duc de Reggio de partir avec les trois divisions de son corps d’armée et de manœuvrer sur Berlin. Le général Beaumont, avec les deux bataillons, l’artillerie et les 1,200 chevaux qu’il a sous ses ordres, rejoindra le duc de Reggio et sera sous son com­mandement. Le bataillon que ce maréchal a laissé à moitié chemin de Dresde à Bautzen le rejoindra également. La garnison de Bautzen sera composée, comme je l’ai déjà ordonné, des deux bataillons westphaliens qui sont partis de Dresde. S’ils n’étaient pas arrivés de­main quand le duc de Reggio se mettra en marche, le duc y laissera» jusqu’à leur arrivée, deux de ses bataillons. Le duc de Reggio doit opérer son mouvement en se portant d’abord sur Hoyerswerda, où il pourra être demain; de là, en se portant sur Luckau et Lübben. Vous lui ferez connaître que l’armée va se diriger sur Glogau, et que ses communications auront donc lieu par sa droite; qu’il est probable que nous sommes aujourd’hui à Bunzlau, où le quartier général sera demain. Faites également connaître au duc de Reggio que le duc de Padoue arrivera à Leipzig, où il réunit son corps de cavalerie, qui sera bientôt de 4,000 chevaux. Mandez-lui que je mets à sa disposi­tion : 1° un corps composé de quatre bataillons de la le division et de deux de la 4e; 2° deux bataillons des 125e et 124e régiments qui sont, à Torgau. Ces huit bataillons seront commandés par un des gé­néraux de brigade qui sont à Magdeburg. Il y sera attaché une bat­terie de huit pièces de canon, c’est-à-dire la 2e batterie destinée au 2e corps. Le duc de Reggio donnera des ordres pour que celte divi­sion vienne le joindre lorsqu’il sera sur Berlin ; elle augmentera ses forces de huit bataillons et de huit bouches à feu ; son artillerie doit être en état, puisqu’elle a peu tiré à la bataille. Son principal but est de contenir Bülow et de le rejeter au-delà de l’Oder. Le général Lorencez ayant été blessé, il serait nécessaire de lui envoyer un général de division.

 

Gœrlitz, 24 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Goerlitz.

Mon Cousin, instruisez le prince d’Eckmühl des événements qui viennent de se passer ici. Faites-lui connaître que mon intention est de fortifier Hambourg avec une citadelle ou réduit, où 4,000 hom­mes puissent se défendre longtemps; par ce moyen, ces 4,000 hom­mes défendront les remparts tout le temps convenable et auront toujours pour refuge cette citadelle.

J’ai l’intention d’établir une place à l’embouchure du Havel. Cette place doit remplir le même rôle que Wittenberg : Wittenberg est le point le plus proche de Berlin sur le haut Elbe; cette place du Havel en est le point le plus proche sur le bas Elbe, et elle complétera la défense de l’Elbe. Le gouverneur de Magdeburg fournira le bataillon qui doit y rester, et le commandant de Magdeburg donnera les fonds nécessaires et les officiers du génie. Les travaux seront commencés sans délai, et même sans attendre mon approbation. Je m’en rap­porte à la direction que donnera le gouverneur de Magdeburg. Vous en écrirez directement au gouverneur de Magdeburg, et vous instruirez le prince d’Eckmühl de toutes ces dispositions.

 

Gœrlitz, 24 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Goerlitz.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Valmy de faire partir le gé­néral Dombrowski avec son infanterie, sa cavalerie et son artillerie, en le dirigeant en droite ligne sur Dresde.

 

Gœrlitz, 24 mai 1813.

Au général baron Rogniat, commandant le génie de la Grande Armée, à Dresde.

Les circonstances me portent à attacher une nouvelle importance à la citadelle de Würzburg. Remettez-moi sous les yeux les sommes que j’ai accordées pour cette citadelle sur les fonds de l’armée du Main, et faites-moi connaître celles qui sont nécessaires pour In mettre en état. Ordonnez sur-le-champ les travaux convenables et fournissez les fonds nécessaires.

 

Görlitz, 24 mai 1813.

Au général baron Rogniat, commandant le génie de la Grande Armée, à Dresde.

Réitérez vos ordres pour qu’au 1er juin la tête de pont de Dresde soit entièrement terminée, qu’elle soit bien palissadée et à l’abri d’un coup de main, enfin qu’elle puisse jouer tout son rôle. Les palissades doivent être de gros arbres. Donnez des ordres pour que le pont de Dresde soit réparé de manière à être à l’abri des glaces et des inondations. L’architecte de la ville doit être chargé de ces répa­rations, qui doivent être faites avant le 10 juin, et d’une manière solide, mon intention étant alors de faire reployer les ponts de ba­teaux.

Donnez des ordres pour que le poste déjà établi pour un bataillon entre Dresde et Bautzen puisse être défendu par 100 hommes qui seraient à l’abri de la cavalerie légère ennemie.

Faites faire la reconnaissance de Bautzen, et mettez cette place en état de défense en établissant des tambours aux, portes et en établis­sant tes points que doivent prendre les deux bataillons qui occupe­ront cette ville. On mettra en état le château, de manière que ces deux bataillons puissent s’y retirer comme dans un réduit.

Faites établir entre Bautzen et Gœrlitz, à Weissenberg, au point que vous déterminerez, une maison retranchée et palissadée, où 100 hommes puissent être à l’abri de la cavalerie ennemie.

Faites faire également une reconnaissance de Gœrlitz. Vous ferez établir sur la hauteur de la rive droite une bonne redoute palissadée, avec un blockhaus, arranger les portes et préparer les postes néces­saires pour que deux bataillons y soient à l’abri des attaques de la cavalerie.

Envoyez 100,000 francs à Wittenberg, pour qu’on pousse les travaux avec la plus grande activité; on ne doit pas perdre un moment pour pousser les travaux des fortifications, même en attendant que j’aie adopté un projet définitif. Mon intention est de faire de Witten­berg une place permanente et que je garderai; présentez-moi les projets nécessaires; j’y dépenserai 5 ou 600,000 francs. 11 faut cal­culer les travaux de manière que chaque mois la situation, de la place devienne meilleure, de manière que ce point important de l’Elbe soit entièrement occupé.

Mon intention est également d’établir une place sur l’Elbe, à moitié chemin de Hambourg à Magdeburg, à l’embouchure du Havel. Le commandant du génie de Magdeburg sera chargé de la construction de cette place. D’abord elle ne sera occupée que comme un poste, mais elle sera augmentée successivement, de sorte que j’aurai sur l’Elbe Königstein, la tête de pont de Dresde, Torgau, Wittenberg, Magdeburg, cette place du Havel et Hambourg. Quant à Hambourg, j’attends les plans que j’avais fait rédiger, pour arrêter définitivement le projet. J’ai donné ordre que l’on postât 1,200 hommes à L’embou­chure du Havel. La place doit être établie à l’embouchure du  canal, de manière à faire tête de pont sur la rive droite, et à couvrir le pont qu’il est important d’avoir sur ce point, qui est le plus près de Berlin sur le bas Elbe.

 

Gœrlitz, 24 mai 1813.

BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE.

L’empereur Alexandre et le roi de Prusse attribuaient la perte de la bataille de Lützen à des fautes que leurs généraux avaient com­mises dans la direction des forces combinées, et surtout aux difficultés attachées à un mouvement offensif de 150 à 180,000 hommes. Ils résolurent de prendre la position de Bautzen et de Hochkirch, déjà célèbre dans l’histoire de la guerre de Sept Ans, d’y réunir tous les renforts qu’ils attendaient de la Vistule et d’autres points en ar­rière, d’ajouter à cette position tout ce que l’art pourrait fournir de moyens, et là de courir les chances d’une nouvelle bataille, dont toutes les probabilités leur paraissaient être en leur faveur.

Le duc de Tarente, commandant le 11e corps, était parti de Bischofswerda le 15, et se trouvait le 15 au soir à une portée de canon de Bautzen, où il reconnut toute l’armée ennemie. Il prit position.

Dès ce moment, les corps de l’armée française furent dirigés sur le camp de Bautzen.

L’Empereur partit de Dresde le 18; il coucha à Hartau, et le 19 il arriva, à dix heures du matin, devant Bautzen. Il employa toute la journée à reconnaître les positions de l’ennemi.

On apprit que les corps russes de Barclay de Tolly, de Langeron et de Sass, et le corps prussien de Kleist, avaient rejoint l’armée com­binée, et que sa force pouvait être évaluée de 150 à 160,000 hommes.

Le 19 au soir, la position de l’ennemi était la suivante : sa gauche était appuyée à des montagnes couvertes de bois et perpendiculaires au cours de la Spree, à peu près à une lieue de Bautzen. Bautzen soutenait son centre. Cette ville avait été crénelée, retranchée et cou­verte par des redoutes. La droite de l’ennemi s’appuyait sur des ma­melons fortifiés qui défendaient les débouchés de la Spree, du côté du village de Nimmschütz : tout son front était couvert sur la Spree. Cette position très-forte n’était qu’une première position.

On apercevait distinctement, à 3,000 toises en arrière, de la terre fraîchement remuée, et des travaux qui marquaient leur seconde position. La gauche était encore appuyée aux mêmes montagnes, à 2,000 toises en arrière de celles de la première position et fort en avant du village de Hochkirch. Le centre était appuyé à trois villages retranchés, où Ton avait fait tant de travaux, qu’on pouvait les con­sidérer comme des places fortes. Un terrain marécageux et difficile couvrait les trois quarts du centre. Enfin leur droite s’appuyait, en arrière de la première position, à des villages et à des mamelons également retranchés.

Le front de l’armée ennemie, soit dans la première, soit dans la seconde position, pouvait avoir une lieue et demie.

D’après cette reconnaissance, il était facile de concevoir comment, malgré une bataille perdue comme celle de Lützen, et huit jours de retraite, l’ennemi pouvait encore avoir des espérances dans les chances de la fortune. Selon l’expression d’un officier russe à qui on deman­dait ce qu’ils voulaient faire : « Nous ne voulons, disait-il, ni avancer ni reculer. — Vous êtes maîtres du premier point, répondit un offi­cier français; dans peu de jours, l’événement prouvera si vous êtes maîtres de l’autre. » Le quartier général des deux souverains était au village de Nechern.

Au 19, la position de l’armée française était la suivante :

Sur la droite était le duc de Reggio, s’appuyant aux montagnes sur la rive gauche de la Spree, et séparé de la gauche de l’ennemi par cette vallée. Le duc de Tarente était devant Bautzen, à cheval sur la route de Dresde. Le duc de Raguse était sur la gauche de Bautzen, vis-à-vis le village de Nimmschütz. Le général Bertrand était sur la gauche du duc de Raguse, appuyé à un moulin à vent et à un bois, et faisant mine de déboucher de Jeschütz sur la droite de l’ennemi.

Le prince de la Moskova, le général Lauriston et le général Reynier étaient à Hoyerswerda, sur la route de Berlin, hors de ligne et en arrière de notre gauche.

L’ennemi ayant appris qu’un corps considérable arrivait par Hoyerswerda, se douta que les projets de l’Empereur étaient de tourner la position par la droite, de changer le champ de bataille, de faire tomber tous ces retranchements élevés avec tant de peine, et l’objet de tant d’espérances. N’étant encore instruit que de l’arrivée du général Lauriston, il ne supposait pas que cette colonne fût de plus de 18 à 20,000 hommes. Il détacha donc contre elle, le 19 à quatre heures du matin, le général York, avec 12,000 Prussiens, et le général Barclay de Tolly, avec 18,000 Russes. Les Russes se pla­cèrent au village de Klix, et les Prussiens au village de Weissig.

Cependant le comte Bertrand avait envoyé le général Peyri, avec la division italienne, à Königswartha, pour maintenir notre commu­nication avec les corps détachés. Arrivé à midi, le général Peyri fit de mauvaises dispositions; il ne fit pas fouiller la forêt voisine; il plaça mal ses postes, et à quatre heures il fut assailli par un hourra qui mit du désordre dans quelques bataillons. Il perdit 600 hommes, parmi lesquels se trouve le général de brigade italien Balathier, blessé, deux canons et trois caissons; mais la division ayant pris les armes s’appuya au bois, et fit face à l’ennemi.

Le comte de Valmy étant arrivé avec de la cavalerie se mit à la tête de la division italienne, et reprit le village de Königswartha.

Dans ce même moment, le corps du comte Lauriston, qui marchait en tête du prince de la Moskova pour tourner la position de l’ennemi, parti de Hoyerswerda, arriva sur Weissig. Le combat s’engagea, et le corps d’York aurait été écrasé, sans la circonstance d’un défilé à passer, qui fit que nos troupes ne purent arriver que successivement. Après trois heures de combat, le village de Weissig fut emporté, et le corps d’York, culbuté, fut rejeté de l’autre côté de la Spree.

Le combat de Weissig serait seul un événement important. Un rapport détaillé en fera connaître les circonstances.

Le 19, le comte Lauriston coucha donc sur la position de Weissig, le prince de la Moskova à Maukendorf, et le comte Reynier à une lieue en arrière. La droite de la position de l’ennemi se trouvait évi­demment débordée.

Le 20, à huit heures du matin, l’Empereur se porta sur la hauteur en arrière de Bautzen. Il donna ordre : au duc de Reggio de passer la Spree et d’attaquer les montagnes qui appuyaient la gauche de l’ennemi; au duc de Tarente de jeter un pont sur chevalets sur la Spree, entre Bautzen et les montagnes; au duc de Raguse de jeter un autre pont sur chevalets sur la Spree, dans l’enfoncement que forme cette rivière sur la gauche, à une demi-lieue de Bautzen; au duc de Dalmatie, auquel Sa Majesté avait donné le commandement supérieur du centre, de passer la Spree pour inquiéter la droite de l’ennemi; enfin au prince de la Moskova, sous les ordres duquel étaient le 3e corps, le comte Lauriston et le général Reynier, de se rapprocher sur Klix, de passer la Spree, de tourner la droite de l’en­nemi, et de se porter sur son quartier général de Wurschen, et de là sur Weissenberg.

A midi, la canonnade s’engagea. Le duc de Tarente n’eut pas besoin de jeter son pont sur chevalets : il trouva devant lui un pont de pierre, dont il força le passage. Le duc de Raguse jeta son pont; tout son corps d’armée passa sur l’autre rive de la Spree. Après six heures d’une vive canonnade et plusieurs charges que l’ennemi fit sans succès, le général Compans fit occuper Bautzen; le général Bonet fit occuper le village de Nieder-Kayna, et enleva au pas de charge un plateau qui le rendit maître de tout le centre de la position de l’ennemi; le duc de Reggio s’empara des hauteurs, et à sept heures du soir l’ennemi fut rejeté sur sa seconde position. Le général Bertrand passa un des bras de la Spree; mais l’ennemi conserva les hauteurs qui appuyaient sa droite, et par ce moyen -se maintint entre le corps du prince de la Moskova et notre armée.

L’Empereur entra à huit heures du soir à Bautzen, et fut accueilli par les habitants et par les autorités avec les sentiments que devaient avoir des alliés heureux de se voir délivrés des Stein, des Kotzebue et des Cosaques. Cette journée, qu’on pourrait appeler, si elle était isolée, la bataille de Bautzen, n’était que le prélude de la bataille de Wurschen.   .

Cependant l’ennemi commençait à comprendre la possibilité d’être forcé dans sa position. Ses espérances n’étaient plus les mêmes, et il devait avoir dès ce moment le présage de sa défaite. Déjà toutes ses dispositions étaient changées : le destin de la bataille ne devait plus se décider derrière ses retranchements; ses immenses travaux et 300 redoutes devenaient inutiles; la droite de sa position, qui était opposée au 4e corps, devenait son centre, et il était obligé de jeter sa droite, qui formait une bonne partie de son armée, pour l’opposer au prince de la Moskova, dans un lieu qu’il n’avait pas étudié et qu’il croyait hors de sa position.

Le 21, à cinq heures du matin, l’Empereur se porta sur les hauteurs, à trois quarts de lieue en avant de Bautzen.

Le duc de Reggio soutenait une vive fusillade sur les hauteurs que défendait la gauche de l’ennemi. Les Russes, qui sentaient l’importance de cette position, avaient placé là une forte partie de leur armée, afin que leur gauche ne fût pas tournée. L’Empereur ordonna aux ducs de Reggio et de Tarente d’entretenir ce combat, afin d’em­pêcher la gauche de l’ennemi de se dégarnir et de lui masquer la véritable attaque, dont le résultat ne pouvait pas se faire sentir avant midi ou une heure.

A onze heures, le duc de Raguse marcha à 1,000 toises en avant de sa position, et engagea une épouvantable canonnade devant les redoutes et tous les retranchements ennemis.

La Garde et la réserve de l’armée, infanterie et cavalerie, masquées par un rideau, avaient des débouchés faciles pour se porter en avant par la gauche ou par la droite, selon les vicissitudes que présenterait la journée. L’ennemi fut tenu ainsi incertain sur le véritable point d’attaque.

Pendant ce temps, le prince de la Moskova culbutait l’ennemi au village de Klix, passait la Spree et menait battant tout ce qu’il avait devant lui jusqu’au village de Preititz. A dix heures, il enleva le vil­lage; mais les réserves de l’ennemi s’étant avancées pour couvrir le quartier général, le prince de la Moskova fut ramené et perdit le vil­lage de Preititz. Le duc de Dalmatie commença à déboucher à une heure après midi. L’ennemi, qui avait compris tout le danger dont il était menacé par la direction qu’avait prise la bataille, sentit que le seul moyen de soutenir avec avantage le combat contre le prince de la Moskova était de nous empêcher de déboucher. Il voulut s’op­poser à l’attaque du duc de Dalmatie. Le moment de décider la bataille se trouvait dès lors bien indiqué. L’Empereur, par un mouve­ment à gauche, se porta, en vingt minutes, avec la Garde, tes quatre divisions du général Latour-Maubourg et une grande quantité d’artillerie, sur le flanc de la droite de la position de l’ennemi, qui était devenue le centre de l’armée russe.

La division Morand et la division wurtembergeoise enlevèrent le mamelon dont l’ennemi avait fait son point d’appui.

Le général Desvaux établit une batterie dont il dirigea le feu sur les niasses qui voulaient reprendre la position. Les généraux Dulauloy et Drouot, avec 60 pièces de batteries de réserve, se portèrent en avant. Enfin le duc de Trévise, avec les divisions Dumoustier et Barrois de la jeune Garde, se dirigea sur l’auberge de Klein-Baschütz, coupant le chemin de Wurschen à Bautzen.

L’ennemi fut obligé de dégarnir sa droite pour parer à cette nouvelle attaque. Le prince de la Moskova en profita et marcha en avant. Il prit, le village de Preititz, et s’avança, ayant débordé l’armée en­nemie, sur Wurschen. Il était trois heures après midi, et, lorsque l’armée était dans la plus grande incertitude du succès, et qu’un feu épouvantable se faisait entendre sur une ligne de trois lieues, l’Empe­reur annonça que la bataille était gagnée.

L’ennemi voyant sa droite tournée se mit en retraite, et bientôt sa retraite devint une fuite.

A sept heures du soir, le prince de la Moskova et le général Lauriston arrivèrent à Wurschen. Le duc de Raguse reçut alors l’ordre de faire un mouvement inverse de celui que venait de faire la Garde; il occupa tous les villages retranchés, et toutes les redoutes que l’en­nemi était obligé d’évacuer, s’avança dans la direction d’Hochkirch, et prit ainsi en flanc toute la gauche de l’ennemi, qui se mit alors dans une épouvantable déroute. Le duc de Tarente, de son côté, poussa vivement cette gauche et lui fit beaucoup de mal.

L’Empereur coucha sur la route au milieu de sa Garde, à l’auberge de Klein-Baschütz. Ainsi l’ennemi, forcé dans toutes ses positions, laissa en notre pouvoir le champ de bataille couvert de ses morts et de ses blessés, et plusieurs milliers de prisonniers.

Le 22, à quatre heures du matin, l’armée française se mit en mouvement. L’ennemi avait fui toute la nuit par tous les chemins et par toutes les directions. On ne trouva ses premiers postes qu’au-delà de Weissenberg, et il n’opposa de la résistance que sur les hauteurs en arrière de Reichenbach. L’ennemi n’avait pas encore vu notre cavalerie.

Le général Lefebvre-Desnouettes, à la tête de 1,500 chevaux des lanciers polonais et des lanciers rouges de la Garde, chargea, dans la plaine de Reichenbach, la cavalerie ennemie et la culbuta. L’ennemi, croyant qu’ils étaient seuls, fit avancer une division de cava­lerie, et plusieurs divisions s’engagèrent successivement. Le général Latour-Maubourg, avec ses 14,000 chevaux et les cuirassiers français et saxons, arriva à leur secours, et plusieurs charges de cavalerie eurent lieu. L’ennemi, tout surpris de trouver devant lui 15 à 16,000 hommes de cavalerie, quand il nous en croyait dépourvus, se retira en désordre. Les lanciers rouges de la Garde se composent en grande partie des volontaires de Paris et des environs ; le général Lefebvre-Desnouettes et le général Colbert, leur colonel, en font le plus grand éloge. Dans cette affaire de cavalerie, le général Bruyère, général de cavalerie légère, delà plus haute distinction, a eu la jambe emportée par un boulet.

Le général Reynier se porta avec le corps saxon sur les hauteurs an delà de Reichenbach, et poursuivit l’ennemi jusqu’au village de Holtendorf. La nuit nous prit à une lieue de Gœrlitz. Quoique la journée eût été extrêmement longue, puisque nous nous trouvions à huit lieues du champ de bataille, et que les troupes eussent éprouvé tant de fatigues, l’armée française aurait couché à Gœrlitz; mais l’ennemi avait placé un corps d’arrière-garde sur la hauteur en avant de cette ville, et il aurait fallu une demi-heure de jour de plus pour la tourner par la gauche. L’Empereur ordonna donc qu’on prît position.

Dans les batailles du 20 et du 21, le général wurtembergeois Franquemont et le général Lorencez ont été blessés. Notre perte dans ces journées peut s’évaluer à 11 ou 12,000 hommes tués ou blessés. Le soir de la journée du 22, à sept heures, le grand maréchal duc de Frioul étant sur une petite éminence à causer avec le duc de Trévise et le général Kirgener, tous les trois pied à terre et assez éloignés du feu, un des derniers boulets de l’ennemi rasa de près le duc de Trévise, ouvrit le bas-ventre au grand maréchal et jeta raide mort le général Kirgener. Le duc de Frioul se sentit aussitôt frappé à mort; il expira douze heures après.

Dès que les postes furent placés et que l’armée eut pris ses bivouacs, l’Empereur alla voir le duc de Frioul. Il le trouva avec toute sa connaissance et montrant le plus grand sang-froid. Le duc serra la main de l’Empereur, qu’il porta sur ses lèvres. « Toute ma vie, lui dit-il, a été consacrée à votre service, et je ne la regrette que par l’utilité dont elle pouvait vous être encore. — Duroc, dit l’Empereur, il est une autre vie ! C’est là que vous irez m’attendre, et que nous nous retrouverons un jour. — Oui, Sire; mais ce sera dans trente ans, quand vous aurez triomphé de vos ennemis et réalisé toutes les espérances de notre patrie… J’ai vécu en honnête homme; je ne me reproche rien. Je laisse une fille : Votre Majesté lui servira de père »

L’Empereur, serrant de sa main droite le grand maréchal, reste un quart d’heure la tête appuyée sur sa main gauche dans le plus profond silence. Le grand maréchal rompit le premier ce silence, « Ah ! Sire, allez-vous-en; ce spectacle vous peine ! » L’Empereur, s’appuyant sur le duc de Dalmatie et sur le grand écuyer, quitta le duc de Frioul sans pouvoir lui dire autre chose que ces mots : « Adieu donc, mon ami ! » Sa Majesté rentra dans sa tente, et ne reçut per­sonne pendant toute la nuit.

Le 23, à neuf heures du matin, le général Reynier entra dans Gœrlitz. Des ponts furent jetés sur la Neisse, et l’armée se porta au-delà de cette rivière.

Le 23, au soir, le duc de Bellune était sur Rothenburg; le comte Lauriston avait son quartier général à Hochkirch, le comte Reynier en avant de Trotschendorf sur le chemin de Lauban, et le comte Bertrand en arrière du même village; le duc de Tarente était sur Schönberg; l’Empereur était à Goerlitz.

Un parlementaire envoyé par l’ennemi portait plusieurs lettres où l’on croit qu’il est question de négocier un armistice.

L’armée ennemie s’est retirée, par Bunzlau et Lauban, en Silésie. Toute la Saxe est délivrée de ses ennemis, et dès demain 24 l’armée française sera en Silésie.

L’ennemi a brûlé beaucoup de bagages, fait sauter beaucoup de parcs, disséminé dans les villages une grande quantité de blessés. Ceux qu’il a pu emmener sur des charrettes n’étaient pas pansés; les habitants en portent le nombre à plus de 18,000. Il en est resté plus de 10,000 en notre pouvoir.

La ville de Gœrlitz, qui compte 8 à 10,000 habitants, a reçu les Français comme des libérateurs.

La ville de Dresde et le ministère saxon ont mis la plus grande activité à approvisionner l’armée, qui n’a jamais été dans une plus grande abondance.

Quoiqu’une grande quantité de munitions ait été consommée, les ateliers de Torgau et de Dresde, et les convois qui arrivent par les soins du général Sorbier, tiennent notre artillerie bien approvisionnée.

On a des nouvelles de Glogau, Küstrin et Stettin. Toutes ces places étaient en bon état.

Ce récit de la bataille de Wurschen ne peut être considéré que comme une esquisse. L’état-major général recueillera les rapports, qui feront connaître les officiers, soldats et les corps qui se sont dis­tingués.

Dans le petit combat du 22, à Reichenbach, nous avons acquis la certitude que notre jeune cavalerie est, à nombre égal, supérieure à celle de l’ennemi.

Nous n’avons pu prendre de drapeaux; l’ennemi les retire toujours du champ de bataille. Nous n’avons pris que 19 canons, l’ennemi ayant fait sauter ses parcs et ses caissons. D’ailleurs l’Empereur tient sa cavalerie en réserve, et, jusqu’à ce qu’elle soit assez nombreuse, il la veut ménager.

 

Gœrlitz, 25 mai 1813.

Au général comte Durosnel, gouverneur de Dresde.

Vos lettres au major général me font voir que l’on avait quelques inquiétudes à Dresde. Je suppose qu’elles sont maintenant dissipées. Le duc de Reggio doit être aujourd’hui à Hoyerswerda, marchant sur Berlin. Je marche moi-même sur Bunzlau, où le quartier général sera aujourd’hui, et de là sur Glogau et Francfort; et Berlin se trou­vera ainsi tourné. J’ai donné ordre que le général Beaumont joigne le duc de Reggio. Si cependant, contre mon attente, les inquiétudes continuaient et étaient fondées, vous pourriez garder à Dresde l’in­fanterie, la cavalerie et l’artillerie qui y arrivent. Le général Delaborde ne doit pas tarder à arriver avec les 49 et 5e de voltigeurs et un régi­ment de flanqueurs, ce qui, avec les deux bataillons de flanqueurs qui sont déjà à Dresde, fera huit bataillons. Les 9e, 10e, 11e et 12e les suivront bientôt.

Le duc d’Otrante arrivera bientôt à Dresde, où il attendra mes ordres. Mon ministre peut sans inconvénient le présenter au roi et à la cour.

Ne recevez rien des Saxons, ni comme frais de table, ni pour aucun autre objet. Mettez-vous cependant sur un pied décent, et ayez une table convenable. Je couvrirai les dépenses extraordinaires que vous seriez obligé de faire.

La poste de Bohème continue sans doute à arriver. Entendez-vous avec les ministres pour en retirer les lettres qui pourraient donner des renseignements sur l’armée et sur tout ce que fait l’Autriche. Faites travailler avec la plus grande activité aux ouvrages de la ville neuve, de manière qu’au 1er juin tous les bastions soient armés de pièces de 12 ou de 6. L’artillerie nécessaire sera tirée de Torgau et de Königsberg. Veillez sur les dépôts de cavalerie de Dresde et de Leipzig ; ayez l’œil sur Torgau et Wittenberg. Donnez un peu d’éner­gie au ministre de l’intérieur, pour qu’il arme une garde de police afin d’arrêter les partisans, en leur courant sus au son du tocsin, surtout sur la rive gauche de l’Elbe et sur les points si éloignés que l’armée ennemie ne doit pas y être.

Indépendamment de votre correspondance avec le major général, je désire que vous m’écriviez tous les jours. Les postes doivent être bien assurées; il doit y avoir partout des gendarmes saxons qui arrê­teront les traîneurs. Bautzen et Gœrlitz et les stations intermédiaires sont mises à l’abri d’un coup de main.

Enfin prenez toutes les mesures nécessaires pour avoir 10 à 15,000 quintaux de farine à Dresde, afin de pouvoir, dans tous les cas, subvenir aux besoins de l’armée. Faites achever la manutention de douze fours.

J’ai ordonné qu’on travaillât avec activité à Wittenberg et qu’on envoyât des fonds au commandant du génie. Écrivez-en au général Lapoype. Il faut qu’il y ait au moins 4,000 ouvriers tous les jours. Mon intention est d’occuper cette place d’une manière permanente.

Correspondez avec le commandant d’Erfurt pour connaître ce qui vous vient, et écrivez que tous les détachements marchent en ordre, puisqu’on m’assure que des partisans m’ont pris 30 cuirassiers, qu’ils ont surpris dans un village du côté d’Iéna.

Concertez-vous avec l’aide de camp Gersdorf pour qu’on reforme le contingent saxon et qu’on recomplète la cavalerie et l’artillerie.

 

Gœrlitz, 25 mai 1813.

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde.

J’ai reçu la lettre que Votre Majesté m’a écrite relativement aux batailles des 20 et 21. J’attendais pour lui répondre d’avoir un moment de liberté, et d’avoir délivré ses États des armées russes et prussiennes. Mon armée a occupé hier Lauban, et dans ce moment nous sommes à Bunzlau. Le duc de Reggio sera ce soir à Hoyerswerda, marchant sur Berlin. Il sera nécessaire que Votre Majesté ordonne des mesures pour qu’on réprime les patrouilles de Cosaques et de partisans qui pillent le pays et inquiètent les derrières de l’ar­mée. Il faudrait organiser des brigades de cavalerie et des gardes de police qui pussent prêter main-forte à la gendarmerie, et y placer quelques officiers pour assurer la tranquillité du pays.

Le général Thielmann ayant pris du service à l’étranger sans la permission de Votre Majesté est coupable ; il est criminel, puisque ce service étranger est ennemi, et qu’il a porté chez l’ennemi ses connaissances locales. Je désirerais que Votre Majesté le fît saisir dans ses biens, et, par un grand acte de vigueur, fit connaître à ses sujets son mécontentement et son indignation contre feux de ses ser­viteurs qui prennent du service chez ses ennemis.

Je vais partir pour me rendre à Bunzlau. Quoique le pays ait beaucoup souffert, je pense qu’il est indispensable que Votre Majesté forme de nouveau son armée, afin de protéger ses États et de m’aider dans la guerre.

Le roi de Danemark vient de m’écrire que le comte Bernstorff a échoué dans sa négociation, ce que je savais déjà par les journaux anglais. Les Anglais ont voulu, au préalable, imposer au Danemark l’obligation de renoncer à la Norvège en faveur de la Suède. En con­séquence, l’animosité est plus forte que jamais, et le Danemark rentre dans tous les liens de l’alliance, qui n’avaient été un moment relâchés que d’après mon consentement, donné en considération de la situation critique de ce pays.

 

Bunzlau, 25 mai 1813, au soir

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Dresde

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez au baron Saint-Aignan pour qu’il passe une note dans les termes les plus forts aux différents princes près lesquels il est accrédité, pour leur témoigner mon mé­contentement de ce que quelques partisans qui commettent des bri­gandages sur les derrières de l’armée sont favorisés dans leurs États ; que je les en rends responsables; qu’il faut qu’ils fassent une battue générale pour purger le pays ; que tout ce qui me sera pris me sera remboursé par une contribution que je mettrai sur le pays; qu’enfin, si cela continue, je finirai par voir dans les gouvernements de la mau­vaise, volonté.

 

Bunzlau, 26 mai 1813, six heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Bunzlau.

Le prince de la Moskova se portera avec les 5e et 7e corps sur Haynau et poussera une avant-garde sur Liegnitz et une sur Glogau.

Le général Latour-Maubourg se portera sur la droite, dans la direction de Goldberg. Il sera joint par le duc de Raguse, sous les ordres duquel il sera.

Le duc de Raguse, avec le corps du général Latour-Maubourg, manœuvrera pour couper l’arrière-garde ennemie et tomber sur son flanc droit, communiquera avec le duc de Tarente et le comte Ber­trand, et poussera vivement l’ennemi.

Le 3e corps prendra position à une lieue en avant de Bunzlau et sera là aux ordres du prince de la Moskova.

La division Chastel restera avec le 5e corps.

 

Bunzlau, 26 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Bunzlau.

Mon Cousin, vous enverrez Tordre au duc de Bellune de se porter sur Sprottau, et de tâcher d’y arriver aujourd’hui, et si là il apprend que quelque chose s’est dirigé dans la direction de Berlin, il se diri­gera à sa suite.

Napoléon.

P. S. Il enverra des partis dans les différentes directions pour avoir des nouvelles du corps de Bülow, et savoir si celui-ci s’est rapproché de l’Oder et de Berlin ou a continué son mouvement sur Luckau. Enfin, s’il apprend que le siège de Glogau soit levé, il tachera de communiquer avec cette place ; mais son principal but doit être de se tenir prêt à se porter sur Berlin, pour seconder le duc de Reggio, qui marche sur cette ville, et tomber sur les derrières de Bülow.

 

Bunzlau, 26 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Bunzlau.

Mon Cousin, faites comprendre mes intentions au duc de Raguse.

L’ennemi, ne s’attendant pas à avoir sur ses flancs une aussi grande quantité de cavalerie, pourrait éprouver beaucoup de mal. Le prince de la Moskova se rend aujourd’hui à Haynau. Le général Ber­trand et le duc de Tarente doivent être arrivés aujourd’hui à Goldberg. Si le duc de Raguse pouvait prendre une position intermédiaire pour se rendre sur Liegnitz, on pourrait demain déboucher sur Liegnitz, en trois colonnes; toutefois il doit s’appuyer à celle des deux routes où, d’après les renseignements qu’il recueillera, la plus forte partie de l’armée ennemie aura passé.

Mandez au duc de Bellune que je vois avec peine qu’il ait été un jour sans correspondre ; qu’il pouvait envoyer un homme du pays qui, sous la promesse d’une forte récompense, aurait traversé les postes ennemis, s’il en avait rencontré ; qu’il ait soin de recueillir à Sprottau des renseignements et de m’en faire part à Bunzlau ; car, s’il n’était rien passé sur la route de Berlin et que Bülow se fût rapproché de Berlin et de l’Oder, le duc de Bellune pourrait recevoir l’ordre de se porter demain sur Glogau, afin de débloquer entière­ment cette place.

Vous êtes-vous assuré que le duc de Reggio ait reçu votre ordre ? Je suis surpris que vous n’en ayez reçu aucune nouvelle. Il devrait être aujourd’hui du côté de Luckau. Réitérez-lui vos ordres.

 

Bunzlau, 26 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Bunzlau.

Donnez ordre au duc de Trévise de partir demain à quatre heures du matin pour se rendre sur Liegnitz. Donnez ordre à la vieille Garde et à la Garde à cheval de partir à cinq heures pour se rendre égale­ment sur Liegnitz. Donnez ordre aux troupes du génie de partir à quatre heures du matin pour se rendre à Liegnitz. Il est donc néces­saire que le régiment du 3e corps qui doit prendre le service de Bunzlau soit rendu à quatre heures du matin dans la ville. Le 3e corps partira également de sa position actuelle, pour se rendre à Liegnitz, demain à six heures du matin. Le quartier général partira à quatre heures du matin.

 

Bunzlau, 26 mai 1813.

Au comte Daru, directeur de l’administration de l’armée, à Bunzlau.

Monsieur le Comte Daru, présentez-moi un projet de décret pour former un bataillon d’équipages militaires d’ambulance. Ce bataillon sera composé de douze compagnies ; chaque compagnie sera de 50 voitures et une forge; chaque voiture sera organisée comme les ambulances de la Garde : 1 homme, 2 chevaux et une voiture ; ce qui fera par compagnie 60 hommes, 120 chevaux, compris les haut-le-pied, 50 voitures et une forge; et pour les douze compagnies, 720 hommes, 1,440 chevaux, 600 voitures, 12 forges. Ces voi­tures seront destinées principalement à retirer les blessés du champ de bataille. Il y aura cependant sur chaque voiture un petit coffret contenant du linge à pansement, un peu de charpie, un choix d’in­struments, un peu d’eau-de-vie, enfin l’équivalent de l’ambulance à dos de mulet que j’accorde à un bataillon. Chacune de ces voitures pouvant porter quatre hommes, j’aurai donc de quoi porter 2,400 blessés ; mais, pour ne pas augmenter les cadres et ne pas m’induire dans de nouvelles dépenses, on pourrait convertir un des bataillons qui s’organisent en France, tel par exemple que le 14% qui n’a pas encore ses voitures, en un bataillon de cette espèce. Il faudrait que ce bataillon fût sous les ordres des chirurgiens de l’armée. En accordant une compagnie à chaque corps d’armée, il en resterait encore six; pour le quartier général. Des infirmiers à pied seraient attachés à ce bataillon, de sorte qu’aussitôt qu’un homme se trou­verait blessé à ne pouvoir pas marcher on le mettrait dans une de ces voitures. Faites-moi un projet là-dessus. Il me semble qu’on se trouve bien de ces petites voitures qu’a la Garde, et qu’elles ont rendu de grands services. En accordant 50 de ces voitures à un corps d’ar­mée, on pourrait donc en accorder 12 à chaque division, ce qui ferait l’équivalent des moyens de pansement portés par les 12 che­vaux de peloton ; ce qui, avec cette ambulance des chevaux de pelo­ton, deviendrait tellement considérable qu’on pourrait diminuer les ambulances.

Dans les marches, ces voitures pourraient aussi servir à porter les hommes éclopés et fatigués jusqu’au lieu où l’on forme des dépôts pour les hommes éclopés et fatigués. Faites-moi le devis de ce que cette nouvelle organisation coûtera.

 

Bunzlau, 26 mai 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20. Nous sommes enfin en pleine Silésie; nous poursuivons l’ennemi vivement. On prend à Paris beaucoup trop sérieusement l’alarme sur l’Autriche. Les choses n’en sont pas à ce point ; mais il est tout simple que je sois en mesure partout. Les affaires ici vont bien.

 

Bunzlau, 26 mai 1813.

INSTRUCTIONS POUR LE DUC DE VICENCE, RELATIVEMENT A L’ARMISTICE.

Le duc de Vicence se rendra, à onze heures, au village de Neudorf. Il aura une copie certifiée par lui de la lettre close du 18 mai, et il la remettra aux plénipotentiaires de l’ennemi. Il sera en même temps muni de la copie des pleins pouvoirs donnés par le général Barclay de Tolly.

Le duc de Vicence remarquera que nous ne sommes pas d’accord sur la question principale, qu’ils ne veulent pas de congrès et qu’ils veulent continuer la guerre, dans l’espérance d’entraîner l’Autriche en la chargeant de prononcer une sentence, chose inconvenante et absurde.

Ce n’est pas le cas de faire sentir cette inconvenance et cette absur­dité, et de contester; il faut, avant tout, que le duc de Vicence reinette une copie de la lettre close qui renferme ses pouvoirs, et que les plénipotentiaires de l’ennemi la prennent.

L’armistice doit être motivé par un préambule sur la réunion du congrès, à peu près en ces termes : « Leurs Majestés, etc., voulant entamer des négociations pour parvenir à une paix définitive, ont résolu de réunir à cet effet leurs plénipotentiaires en un congrès, et, en attendant, de faire cesser le plus tôt possible les hostilités entre les armées respectives, etc. »

Les plénipotentiaires doivent être prévenus contre ce préambule. Ils en présenteront probablement un dans le sens de leurs pleins pouvoirs. Le duc de Vicence s’y opposera, en faisant entendre que la paix est un problème indéterminé qui ne peut être décidé par personne, et qui doit être négocié. Il proposera alors un autre préam­bule dans ces termes :

« Leurs Majestés, etc., voulant aviser au moyen de faire cesser la guerre malheureusement allumée entre elles, sont convenues à cet effet d’une suspension d’armes, etc. »

Par cette rédaction, la question du congrès est éludée.

Il est important qu’avant d’entamer la discussion d’aucune condition le préambule soit arrêté, afin que, si l’on rompait sur les con­ditions de l’armistice, on sache si les plénipotentiaires étaient pré­parés sur la question du préambule, ainsi qu’on peut le prévoir d’après les pleins pouvoirs qui leur ont été remis par le général Barclay de Tolly.

Le duc de Vicence pourra dire que l’Autriche a consenti au congrès.

Cette matière épuisée, on en viendra aux conditions de l’armistice.

1° Nous prendrons pour limites la rive gauche de l’Oder, que nous avons déjà, et la ligne de démarcation que nous avions en Silésie pendant la campagne dernière, que nous avons dépassée et sur laquelle nous ne ferons pas difficulté de revenir.

2° Quant à Danzig, Modlin et Zamość, aucune de ces places ne sera assiégée; aucun ouvrage ne sera fait à portée du canon, et les armées ennemies se chargeront de fournir aux garnisons les vivres à raison de leur consommation, et ce, tous les cinq jours.

3° Un courrier pourra partir tous les huit jours pour porter des nouvelles aux garnisons et en rapporter.

4° Quant à la durée de l’armistice, une condition essentielle est qu’elle soit étendue à tout le temps des négociations.

Si les plénipotentiaires ennemis n’y consentent pas, on pourra borner la durée de l’armistice à trois mois, c’est-à-dire jusqu’au 1er septembre.

Enfin, après avoir insisté fortement, on pourra consentir à réduire l’armistice à deux mois, à condition que l’on se préviendra quinze jours d’avance; c’est-à-dire que si, à l’expiration de l’armistice, il n’est pas prorogé, on aura quinze jours avant la reprise des hostilités. Un armistice qui pourrait être rompu au bout de quinze jours serait tout à l’avantage de l’ennemi, à qui quinze jours suffiraient pour remettre son armée en ligne; tandis qu’un armistice qui serait moindre de deux mois et demi ne servirait en rien à l’Empereur, qui n’aurait pas le temps de rétablir sa cavalerie.

Le ministre des relations extérieures, Duc de Bassano.

 

NOTE SUR LA DÉMARCATION DE LA LIGNE D’ARMISTICE.

En juillet 1807, la ligne de neutralité partait de Rawicz, passait près de Leubel, Wersingawa, Seifersdorf ; joignait l’Oder près Pogarell, le quittait près Maltsch; suivait la frontière de Breslau jusque vers Zobten, de là celle de Brieg jusqu’au comté de Glatz, celle de Glatz jusqu’à la frontière de Bohême.

Je renonce à la rive droite de l’Oder, hormis une lieue autour de Glogau, autour de Küstrin, autour de Stettin.

Je renonce, s’il le faut, mais après avoir longtemps disputé, au duché de Schweidnitz ; alors la ligne passerait près de Striegau, Graeben, Kupferberg, et se rattacherait à la frontière de Bohême.

 

Liegnitz, 29 mai 1813, deux heures après midi.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Liegnitz.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Raguse de se porter, avec le 6e corps et la cavalerie du général Latour-Maubourg, de Jauer, en avant d’Eisendorf, route de Neumarkt. Faites-lui connaître que le prince de la Moskova se porte à Neumarkt avec le 5e et le 7e corps, et que le quartier général y sera probablement ce soir avec la Garde; que le 3e corps reste en avant de Liegnitz ; que le duc de Tarente et le 4e corps resteront à Jauer.

Donnez ordre au duc de Tarente et au 4e corps de se porter sur Jauer. Le duc de Tarente poussera une avant-garde sur Striegau, en choisissant une bonne position. Vous lui ferez connaître également la situation de l’armée, et que je marche sur Breslau.

 

Rosnig, 30 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Rosnig.

Mon Cousin, donnez ordre que le pain qu’on nous envoie de Dresde soit désormais biscuité, sans quoi il nous arriverait moisi.

 

Rosnig, 30 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Rosnig.

Mon Cousin, écrivez en Westphalie pour demander que le Roi envoie à Dresde le reste de son contingent.

Donnez ordre que le général Dombrowski, avec son infanterie, sa cavalerie et son artillerie, se dirige sur Dresde en passant par Leipzig, où le général Durosnel l’emploiera, s’il est nécessaire, à soutenir le duc de Padoue; mais, à cela près, cette division n’éprouvera aucun retard dans sa marche sur Dresde. Je n’approuve pas la disposition qu’a prise le duc de Valmy de faire marcher cette colonne détache­ment par détachement. Donnez ordre au général Dombrowski de réunir toutes ses troupes et de marcher en masse; 4 à 5,000 hom­mes peuvent marcher en une seule colonne. Je n’approuve pas que le dépôt de cette division soit placé à Trêves ; il faut le mettre à Düsseldorf, où il sera plus près et mieux.

J’avais donné ordre, et je ne sais qui a pu prendre sur lui d’en disposer autrement, que la route d’Augsburg se dirigeât sur Würzburg, et de Würzburg sur Fulde; réitérez cet ordre de la manière la plus positive; je ne veux avoir qu’une seule route pour l’année. J’autorise toutefois qu’un corps qui serait fort de plus de 3,000 hom­mes puisse venir d’Augsburg sur Bayreuth ; mais cette direction ne serait pas considérée comme route de l’armée, et seulement comme un mouvement d’une colonne particulière. La route de l’armée, pour ce qui vient d’Italie, doit passer par Augsburg, Würzburg et Fulde. Il est nécessaire d’écrire cela non-seulement aux commandants mili­taires et aux gouverneurs, mais aussi à mes différents ministres plé­nipotentiaires, qui se permettent; sur la demande des gouvernements, de changer la roule de l’armée, ce qui est d’un inconvénient majeur. Ce n’est pas à eux de se mêler de savoir si une route est plus courte et plus commode. La direction des routes militaires est une des opérations les plus importantes. Faites une enquête pour savoir qui a changé cette route.

Il serait nécessaire d’avoir à Augsburg un adjudant commandant pour diriger tout ce qui arrive d’Italie. Le vice-roi pourrait l’envoyer d’Italie. Les colonnes de plus de 3,000 hommes qui passeront par Bayreuth marcheront militairement. Leurs commandants seront tenus de s’informer auprès des autorités bavaroises, saxonnes et françaises, de tout ce qui pourrait se passer sur leur droite et sur leur gauche, afin, à la moindre incertitude ou doute, d’appuyer toujours sur la gauche. Enfin il est nécessaire de réitérer les ordres sur la route pour que les escadrons du 19e de chasseurs, les escadrons italiens et les escadrons des 13e et 14e de hussards, qui viennent d’Italie, ne mar­chent pas isolément. Je n’ai aucune confiance dans ces troupes. Qu’ils se groupent à Augsburg et se réunissent en une colonne, vu qu’un escadron de 200 hommes de ces troupes pourrait être maltraité par 100 partisans. Faites faire le relevé sur vos états de mouvements, et faites-moi connaître où l’on pourrait arrêter ces escadrons pour qu’ils se réunissent en une colonne.

Faites connaître au général Durosnel que, nous éloignant de Dresde, il est nécessaire que les convois soient plus forts; qu’il est absurde de compter dans l’escorte les soldats du train et des équipages et les employés ; qu’il ne faut compter que les baïonnettes et les sabres ; que je ne pense pas qu’une escorte doive être moindre d’un millier d’hommes.

Donnez ordre au général Saint-Germain, qui est à Bautzen, de se réunir à la colonne de la Garde, ou à toute autre si celle-là était pas­sée. Le général Durosnel pourra le charger du commandement d’un convoi, mais de manière que cette cavalerie fasse partie d’un convoi où il y aurait au moins 3,000 hommes.

 

Rosnig, 30 mai 1813.

Au général comte Durosnel, gouverneur de Dresde.

Donnez l’assurance aux ministres du roi de Saxe que toutes les munitions de guerre fournies par la Saxe à l’armée seront remplacées de France, soit la poudre, soit les boulets; et ainsi cela ne doit être considéré que comme un prêt.

 

Rosnig, 30 mai 1813, midi.

Au général Caulaincourt, duc de Vicence, ministre plénipotentiaire, à Neudorf.

Monsieur le Duc de Vicence, il me paraît par votre lettre que ces messieurs prétendraient que j’évacuasse toute la haute Silésie, et même mes communications avec Glogau ; il y a tant d’absurdité dans ce dire que ce n’est pas concevable. Cependant je suppose que vous vous êtes mal expliqué ; car tous dites dans votre lettre que « les ar­mées reprendraient leurs positions si la paix ne se faisait point, » ce qui suppose que de leur côté ils auraient reculé aussi.

Vous pouvez donner pour nouvelle aux plénipotentiaires que le général Bülow a été battu le 28, en avant de Hoyerswerda, que la veille un corps de 100 Cosaques et douze officiers avait été surpris, et que cette armée était poursuivie vivement ; que, quant à Hambourg, nous avons dû y entrer le 24; que les Danois font cause commune avec nous, et que 18,000 hommes de leurs troupes se sont réunis au prince d’Eckmühl.

J’en reviens à ce que vous m’écrivez : le principe de toute négociation de suspension d’armes est que chacun reste dans la position où il se trouve ; les lignes de démarcation sont ensuite l’application de ce principe. Au reste, s’ils tiennent à des conditions aussi absurdes que celles que vous expliquez dans votre lettre, il n’y a pas lieu à s’arranger, et il est inutile de continuer davantage les conférences. Dans ce cas, revenez le plus tôt possible ici.

 

Rosnig, 30 mai 1813.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris.

Mon Cousin, je suis fâché que vous n’ayez pas conseillé à l’Impé­ratrice de faire grâce, le 23 au matin, à l’homme condamné à mort. Vous avez été trop magistrat dans cette affaire. Il n’aurait pas fallu que cette grâce vînt du droit de l’individu, mais du propre mouvement de l’Impératrice, à cause du jour. Saisissez la première occasion de lui faire faire un ou deux actes de son propre mouvement; ce qui est sans inconvénient pour la justice, et qui serait d’un bon effet sur l’opinion publique.

 

Rosnig, 30 mai 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il faut écrire au prince d’Essling pour qu’il ne me constitue pas en dépenses inutiles ; que j’ai jugé sa présence nécessaire à Toulon pour donner de l’énergie aux autorités civiles et militaires, pour mettre de l’ensemble entre les troupes de terre et les soldats de la marine qui doivent concourir à la défense de Toulon, et pour couvrir toutes les petites rivalités par une grande autorité, mais que je suis bien loin d’avoir aucune espèce de crainte pour Toulon; qu’il ne faut donc pas me constituer dans des dépenses qui seraient onéreuses dans la situa­tion actuelle des finances de la guerre; que dans un port comme Toulon, si des circonstances impérieuses se présentaient, on trouve­rait dans les magasins de la marine, dans l’approvisionnement de l’escadre et dans tout ce que fournirait la Provence, toutes les res­sources dont on an rai t besoin.

Je désire que vous fassiez mettre dans des journaux de ces pro­vinces des articles qui fassent croire qu’un grand camp se forme à Toulon, et que vous vous serviez du nom du prince d’Essling pour répandre le bruit qu’on organise de ce côté une grande armée prête à se porter soit en Sicile, soit en Italie; c’est encore un des objets pour lesquels le prince d’Essling a été placé là.

Concertez-vous avec le ministre de la marine pour concourir à tout ce qui est nécessaire pour faire croire à la sortie de l’escadre de Tou­lon avec des troupes de débarquement. Il faut que les journaux de France, d’Italie et d’Allemagne répètent des articles variés et frappés dans ce but.

 

Rosnig, 30 mai 1813.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 19. J’ai vu avec peine les banqueroutes qui ont eu lieu à Venise. Je regrette surtout la maison Bignami. S’il n’y avait pas de sa faute et qu’elle fut victime du malheur, vous viendriez à son secours, s’il en est encore temps. Cette maison me paraissait distinguée par l’attachement qu’elle m’a montré.

Mon intention est que vous pourvoyiez à l’organisation de mes troupes en Italie, et que vous activiez autant que possible la marche et la formation de l’artillerie, des administrations et l’arrivée des effets d’équipement et d’habillement. Vous prendrez toutes vos dispo­sitions pour les troupes françaises, en forme d’ordres du jour, et vous en enverrez copie au ministre de la guerre, et au ministre de l’admi­nistration de la guerre lorsque cela le concernera.

Je n’ai rien à ajouter aux instructions que je vous ai données. Faites augmenter progressivement l’armement de Palmanova et son approvisionnement de siège, surtout en objets qui ne dépérissent pas, tels que le riz, la farine, etc. Quant aux bestiaux, on sera à temps de les réunir quand le besoin sera près. Je ne saurais trop vous recommander ma place de Malghera, près de Venise; faites-y travailler avec la plus grande activité, et que le génie et l’artillerie y soient en règle. Avec les équipages et le grand nombre d’officiers de marine qui sont à Venise, et la petite place de Malghera étant en état, Venise doit être considérée comme le boulevard de mes États en Italie. Je suis extrêmement mécontent du général Peyri : envoyez-moi le plus tôt possible le général Fontanelli ou le général Palombini.

 

Rosnig, 30 mai 1813.

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart.

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté, du 24 mai. Je la remercie des renseignements qu’elle me donne sur la situation des affaires à Vienne. Je la prie d’avoir les yeux ouverts, et de m’instruire exactement de tout ce qui viendra à sa connaissance. Votre Majesté a déjà prévu que j’avais envoyé le vice-roi en Italie en partie pouf cet objet. J’ai fait connaître, il y a déjà longtemps, à Votre Majesté qu’il y aurait toujours quelques bataillons français à sa dis­position, à Mayence et à Strasbourg, pour réprimer les troubles qui pourraient naître dans le Vorarlberg. Le cas arrivant, il suffirait que Votre Majesté le fit connaître ou au ministre de la guerre ou au duc de Valmy. Toutefois mes relations avec Vienne paraissent encore loin de cette dernière extrémité.

 

Neumarkt, 31 mai 1813, dix heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Neumarkt.

Mon Cousin, donnez ordre au prince de la Moskova de se porter aujourd’hui sur Breslau avec le 5e corps ; il laissera le 7e corps à Lissa pour garder la communication et pour éloigner moins de forces du centre de l’armée. Je désire que les troupes restent campées aux portes de Breslau, qu’il n’entre dans la ville que ce qui est néces­saire pour y établir la police, qu’on y fasse faire des vivres pour envoyer à l’armée, et qu’on se tienne toujours prêt à se porter où les circonstances l’exigeraient.

P. S. On fera d’abord rétablir les ponts, s’ils étaient brûlés, pour pouvoir manœuvrer sur les deux rives.

 

Neumarkt, 31 mai 1813.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Dresde.

Monsieur le Duc de Bassano, les troupes suédoises étant entrées à Hambourg, il est convenable que vous me proposiez sur-le-champ une déclaration de guerre à la Suède.

Le rapport et les pièces à l’appui seront envoyés au Sénat. M. Otto en fera la lecture.

 

Neumarkt, 31 mai 1813.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La question que vous propose M. le général César Berthier, relativement à la conduite qu’il aura à tenir envers la reine Caroline de Sicile, est probablement oiseuse. Toutefois vous devez lui répondre que, si le cas arrivait, il doit la traiter avec les honneurs dus à son rang et te plus de considération possible ; à double titre, comme grand-mère de l’Impératrice, et surtout comme reine malheureuse, persécutée par les Anglais.

 

Neumarkt, 31 mai 1813, onze heures et demie du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Neumarkt.

Mon Cousin, écrivez sur-le-champ au duc de Raguse que vous avez reçu sa lettre d’aujourd’hui, à quatre heures et demie du soir, où il y a plusieurs phrases chiffrées; que le 3e corps est à Diezdorf et le général Latour-Maubourg à Moys ; que de Diezdorf à Moys il n’y a que 3,300 toises; que vous ne concevez donc pas comment il se trouve en l’air ayant trois divisions et un corps de cavalerie, et à
3,000 toises de l’armée. Dites-loi que, dans ce genre de guerre, il faut éviter de se trop serrer, et que les Russes ayant beaucoup de cavalerie, leur situation est toute différente ; qu’à Diezdorf il y a une route qui va sûr Schweidnitz, d’où il ne se trouve qu’à six petites lieues; qu’il n’aura pas fait attention à la route dont vous lui avez parlé hier, qui de Striegau va à l’Oder. Cette route est large et bonne, et faite depuis peu d’années ; je l’ai fait reconnaître jusqu’au point où elle rejoint l’Oder; elle sert spécialement à conduire des charbons à ce fleuve.

Dites-lui qu’’il n’entre pas dans des détails qui fassent connaître s’il a devant lui de l’infanterie ; que toutes les reconnaissances faites près de son camp n’ont vu que de la cavalerie fort loin; qu’on assure aussi avoir entendu une canonnade aujourd’hui entre le Zobtenberg et Schweidnitz ou Striegau, et qu’il fasse connaître s’il n’en a rien entendu. Recommandez-lui de vous faire savoir demain, à la pointe du jour, ce qu’il a devant lui, et répétez-lui qu’il faut éviter, l’incon­vénient de prendre une position trop serrée, qui empêche les armes de se déployer et donne un grand avantage à la cavalerie ennemie.

Dites-lui que tout ce qui est à Neumarkt et au village de Diezdorf viendrait rapidement à son secours; de tâcher de communiquer avec le duc de Tarente et de vous donner de ses nouvelles ; qu’avec la ca­valerie du général Latour-Maubourg, en la faisant soutenir par quel­ques bataillons et de l’artillerie, il aurait pu pousser très-loin aujour­d’hui ses reconnaissances et savoir positivement ce qu’il a devant lui; il parait qu’il n’en a rien fait, puisqu’il a des inquiétudes là-dessus; que quelques gens affidés disent que l’ennemi est en mouvement de Schweidnitz sur Zobten. Ce serait alors la poussière qu’il aurait vue sur une ligne qui serait à six lieues de lui. Si ce mouvement se véri­fiait, c’est que l’ennemi voudrait se rapprocher de Breslau par sa droite. Dites-lui de pousser demain de fortes reconnaissances et de vous instruire des résultats; que le duc de Tarente a mandé hier, 30, qu’il marcherait le 31 sur Striegau; que cette canonnade entendue pourrait être son mouvement sur Striegau. Dîtes-lui que, si le duc de Tarente était venu à Striegau, il serait utile qu’il se portât en avant, sur la route de Schweidnitz sur la Striegauerwasser, du côté, par exemple, de Neuhof ou de Kostenbluth, en prenant là une bonne position.

Faites-lui connaître que nous devons être entrée aujourd’hui à Breslau.