Correspondance de Napoléon Ier – Mai 1812

 

 

 

Saint-Cloud, 1er mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai lu avec attention la seconde partie de votre rapport du 26 de ce mois sur la formation des dix batail­lons de marche à tirer des dépôts employés à la Grande Armée. Vous aviez oublié le 29e léger, le 10e léger, le 36e de ligne, le 44e le 55e et le 51e.

Les dépôts des régiments, ayant déjà fourni des cadres aux qua­tre demi-brigades de marche, n’ont plus qu’une compagnie au dépôt, et cependant la conduite des conscrits jusqu’à la Grande Armée exi­gerait pour l’aller et le retour près de six mois, pendant lesquels ces dépôts se trouveraient dégarnis. J’ai donc décrété que les cadres des 2e et 3e bataillons de Belle-Île, qui sont d’infanterie légère, vien­draient à Mayence recevoir tous les hommes d’infanterie légère que vous proposerez d’envoyer sur cette place ; et que les cadres du 2e ba­taillon de Walcheren, du 4e bataillon de la Méditerranée, du 3e et du 4e bataillon de l’Ile de Ré, recevraient les hommes de l’infanterie de ligne; que le 2e bataillon de Walcheren les recevrait à Wesel, le 4e de la Méditerranée, à Strasbourg, et les deux de l’ile de Ré, à Mayence. Enfin, dans le tableau joint à mon décret, j’ai désigné les différents régiments qui verseront dans chacun de ces six cadres; ce sont ceux que vous désignez dans votre travail pour former les huit premiers bataillons de marche.

Les trois compagnies du 8e léger et les trois du 18e continueront à former un bataillon de marche. Quant aux conscrits tirés des régiments qui sont en Italie, c’est un bataillon que j’ai ajouté à l’état de ce que le cadre du 1er bataillon du 1er régiment de la Méditerranée doit recevoir.

Le 6e bataillon du 37e de ligne était destiné à recevoir des con­scrits réfractaires ; je lui ai donné d’abord les 200 hommes du 37e et ensuite les différents restants de conscrits qui n’étaient pas en nom­bre suffisant pour former une compagnie.

Il restera encore les 5e bataillons des 123e, 124e, 125e, 126e, 127e, 128e et 129e et de beaucoup d’autres qui ont été oubliés, tels que le 150e, le 3e, etc. ; vous en ferez l’objet d’un travail particulier. Par suite de ces dispositions, le 3e bataillon de Belle-Île et le 3e et le 4e de l’île de Ré ne recevront plus d’Espagnols.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général Berthier de faire partir de Corse 300 hommes français ou des départements du Piémont, en ayant soin de ne prendre ni Romains ni Toscans, et de les faire passer par Trieste, d’où ils seront envoyés sur le 4e bataillon du 8e léger, dans lequel ils seront incorporés.

 

Saint-Cloud, 2 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre que la division prussienne que com­mande le général Grawert prenne le n° 27. Donnez également des numéros aux brigades de cavalerie prussienne.

 

Saint-Cloud, 3 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de former une division qui portera le nom de 4e division de la réserve, et qui sera composée :

1° Des 2e, 3e et 4e bataillons du régiment de Belle-Île (le 4e ba­taillon de Belle-Île fait déjà partie de la 12e division et se trouve en marche pour Berlin, mais on en opérera la réunion lorsque les deux autres s’avanceront);

2° Des 2e, 3e et 4e bataillons du régiment de l’île de Ré (les cadres des 3e et 4e bataillons sont déjà rendus et doivent être complétés avec des conscrits de 1812, d’après mon dernier décret; donnez ordre que le second bataillon, fort de 900 hommes, parte de l’île de Ré pour se diriger sur Mayence ; laissez le général maître de faire ce qu’il jugera convenable pour que ce bataillon soit bien habillé et bien équipé avant son départ, et pour en ôter les hommes dont on serait moins sûr) ;

3° Des 2e, 3e et 4e bataillons du régiment de Walcheren (le second bataillon sera recruté par des conscrits de 1812, conformément à mon décret; le 3e est recruté par des prisonniers espagnols, et le 4e se compose de conscrits réfractaires qui font déjà partie de la 12e division) ;

4° Du 1er et du 2e bataillon du 1er de la Méditerranée (le 1er est resté à Vérone pour recevoir des conscrits; le 2e a conti­nué sa route fort de 1,200 hommes) ;

5e Enfin, des cinq bataillons du 2e régiment de la Méditerranée.

Les cinq colonels seront présents pour commander eux-mêmes leurs bataillons de guerre.

Cette division sera donc composée de seize bataillons. À cet effet, vous ferez connaître au général Rampon que mon intention n’est pas qu’il emploie, pour les cadres de son organisation des gardes natio­nales, ceux des 1er, 2e, 3e et 5e bataillons du 2e régiment de la Médi­terranée. Il doit former de nouveaux cadres, comme partout ailleurs, et diriger les quatre bataillons du 2e régiment de la Méditerranée sur Mayence. Il sera donc convenable que, sur les conscrits qui restent, on pourvoie aux moyens de recruter ces quatre bataillons.

Comme tous ces régiments n’ont pas de numéros, une fois qu’ils seront rendus à l’armée, je ferai incorporer tous les hommes dans leurs régiments, ou, selon les circonstances, je donnerai des numé­ros à ces nouveaux régiments.

En attendant, la 4e division de la réserve aura cinq colonels et seize beaux bataillons qui doivent se réunir à Strasbourg, Mayence et Wesel.

 

Saint-Cloud. 4 mai 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, envoyez dans la matinée de demain à mon secrétaire archiviste, pour mettre dans mon portefeuille, des copies des derniers traités et conventions relatifs aux affaires actuelles, notamment les traités avec l’Autriche, avec la Prusse, avec le Danemark, etc.; joignez-y la convention d’Erfurt et le dernier traité avec la Suède.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre que la légion de la Vistule que com­mande le général Claparède suive sa marche de Dresde sur Glogau. Donnez ordre au général Girard de se rendre à Sedan, pour prendre le commandement des 4e, 7e et 9e régiments polonais qui arrivent d’Espagne. Il verra si tout est prêt aux dépôts pour refaire leur habillement. Les dépôts partiront de Sedan avec les régiments. Faites-moi connaître s’il y a des nouvelles du 1er régiment de chevau-légers polonais. Donnez ordre que tous les détachements du 1er de chevau-légers polonais, en quelque lieu qu’ils soient, continuent leur route pour se réunir à Posen.

 

Saint-Cloud, 4 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez en Espagne, au Roi, que c’est au ministre de la guerre que doit être adressée la correspondance d’Espagne, vu que vous partez pour le Nord.

Remettez dans la journée de mardi toutes les affaires des armées d’Espagne au ministre de la guerre, lequel aura un bureau spécial pour suivre celte correspondance, de sorte que, dans la nuit de mardi à mercredi, vous puissiez être prêt n partir.

P. S. N’oubliez pas de lui remettre tous les chiffres; il serait pourtant bon d’en garder une copie, en cas que quelque lettre du Roi nous arrivât à l’armée.

 

Saint-Cloud, 5 mai 1812

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, par mon décret du 5 avril, j’ai fait une distribution de fonds pour la Grande Armée. L’intendant général n’en a employé qu’une partie, et les fonds accordés pour ce mois doivent être susceptibles d’une économie considérable. Il m’a paru que c’était compliquer inutilement les écritures que d’avoir autant de crédits différents que de mois. J’ai pris le parti de faire, chaque mois, une distribution qui comprenne les mois précédents; ainsi j’en fais une pour les mois d’avril et mai; la prochaine comprendra avril, mai et juin; de sorte que celle de décembre comprendra la totalité des fonds qui auront été accordés pour tout l’exercice. En consé­quence, chaque décret rapportera les distributions antérieures. Ainsi vous devez donner pour les deux ministères de la guerre et de l’admi­nistration 22 millions et tant pour les deux mois. Vous précompterez ce que vous avez envoyé pour avril, et vous n’aurez à fournir que la différence.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, je vois par la lettre du prince d’Eckmühl du 23 avril qu’il est dans l’erreur; il dit dans cette lettre que nous ne demandons pas à occuper Pillau, parce que, par le traité, les Prussiens doivent l’occuper. Cela est faux. Pourquoi le prince a-t-il ainsi préjugé que par le traité nous ne devions pas occuper Pillau ? Vous donnerez donc l’ordre au prince d’Eckmühl que, aussitôt que les troupes seront en mouvement, il ait à faire occuper Pillau par un commandant et par des détachements de son corps. Le roi de Prusse a dû donner des ordres pour cela. Le prince a également eu tort de laisser retirer les pièces d’artillerie que les Prussiens avaient placées au Nehrung; puisqu’elles y étaient, il fallait les garder. Les pièces qui étaient à Memel en offraient en quantité suffisante pour les ouvrages de Lochstœdt. Je vois que, moyennant les ouvrages des Prussiens, cette pointe du Nehrung est en sûreté ; il faut la fortifier encore, car cette pointe est très-importante. Il faut placer à l’extrémité une forte bat­terie battant la mer. Faites connaître au prince d’Eckmühl que, sans insulter les Prussiens, mais d’une manière naturelle, il faudra aussitôt que possible prendre possession de la citadelle de Pillau. Il y aurait peut-être de l’inconvénient à faire cette opération tant que le corps prussien couvrira Königsberg, mais il faudrait la faire quand nous serons sur la Pregel, de manière que cela ne fût pas offensant pour nos alliés.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, l’équipage de siège étant parti de Magdeburg, donnez des ordres très-précis au général la Riboisière pour qu’il fasse faire les constructions nécessaires et mette en état l’armement de la place de Magdeburg. Mon intention est que cette place soit parfaitement armée, qu’il y ait une grande quantité d’affûts, et que tous les affûts qui y restent soient réparés.

 

Saint-Cloud, 7 mai 1812.

NOTE POUR M. BARBIER, BIBLIOTHÉCAIRE DE L’EMPEREUR, À PARIS.

L’Empereur demande un ouvrage qui a dû être remis à la biblio­thèque de Paris, l’hiver dernier, ou qui peut-être serait resté dans le cabinet de l’Empereur aux Tuileries. C’est un ouvrage du colonel anglais Wilson sur l’armée russe, traduit de l’anglais par le bureau de M. Mounier, et relié, manuscrit, en papier rouge avec dos de maro­quin rouge. Je prie M. Barbier d’avoir la complaisance d’en faire la recherche et de me l’envoyer par l’estafette de ce soir.

Il doit y avoir parmi les traductions manuscrites faites au bureau de M. Mounier quelques autres ouvrages sur la Russie [1]entre autres un ouvrage de M. de Plotho sur l’organisation de l’armée russe qui pourraient nous être utiles dans le voyage.

Un Montaigne petit format serait peut-être bon à mettre dans la petite bibliothèque.

Le Secrétaire du portefeuille, Meneval.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les états des divisions militaires qui me sont remis aux 1er et 15 de chaque mois, en conformité des instructions données dans la dernière campagne, sont négligés dans leur rédaction. Recommandez aux généraux des divisions, 1° de faire connaître non-seulement les numéros des bataillons, mais encore les numéros de chaque compagnie; 2° de faire connaître en observation le nombre d’hommes que la loi accorde en ouvriers et aux dépôts, et pourquoi ce nombre est dépassé.

Je vois dans la 2e division militaire que les quatre régiments de la Vistule ont 1,000 hommes disponibles : faites-les partir, et même ceux du 4e; arrivés à Posen, j’en tirerai parti. Je trouve dans l’état de cette division que le 5e bataillon du 12e de ligne a 292 hommes : je ne sais pas si ce bataillon a fourni les compagnies qu’il devait fournir aux demi-brigades de marche ; si le numéro des compagnies y était indiqué, j’en aurais la certitude. Pourquoi, au 1er mai, le 4e bataillon du 14e n’était-il pas parti pour Sedan ? Il devait partir le 30 avril. Il en est de même du 4e bataillon du 88e. Je vois que le 12e de chasseurs avait 150 chevaux, le 11e 130, le 8e de chevau-légers 280, le 7e 150, et le 5e de hussards 50. Pourquoi tout cela ne part-il pas ?

Je vois dans la 3e division que le 69e a 500 hommes, le 76e 550, le 96e 230, le 9e d’infanterie légère 600, le 10e de cuirassiers 150 chevaux, etc. Pourquoi cela ne part-il pas ?

Dans la 5e division militaire, je vois au 1er mai que le 3e de ligne avait 1.800 hommes et le 105e 1,600. Est-ce que les 3e bataillons de ces régiments n’étaient pas encore partis ? Le 18e de ligne avait 600 hommes, le 39e 650, le 57e 260. Ces régiments avaient-ils fourni ce qu’ils avaient à fournir aux bataillons de marche ? Je vois que le détachement du 113e de ligne était encore à Strasbourg. Quand est-ce donc qu’arrivent les cadres du 46e et du 93e ? Je vois aussi des détachements suisses prêts à partir; pourquoi ne les met-on pas en route ?

Dans la 7e division militaire, le 4e de chasseurs a 140 chevaux prêts à partir, le 60e a 700 hommes, etc.

Dans la 24e division militaire, je vois au 1er mai que le 48e avait 650 hommes et le 108e 600 ; avaient-ils fourni les deux compagnies qu’ils doivent fournir aux bataillons de marche ?

Donnez une instruction pour que ces états soient faits exactement au 15 et qu’ils m’arrivent le plus promptement possible.

 

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites une circulaire à tous les géné­raux commandant les divisions militaires pour qu’au 1er mai ils passent une revue extraordinaire de leur division, et fassent partir pour sa destination tout ce qu’ils trouveront de disponible en hommes et chevaux, artillerie et chariots. À cet effet, vous enverrez à chacun d’eux l’état de ce que chaque corps doit fournir aux bataillons de marche, aux demi-brigades provisoires, etc., au dépôt de Hanovre, au parc, etc. Ils vous feront connaître ce qui restera ensuite et ce qui manque pour que cela puisse partir à la fin de mai. Mon intention est que vous fassiez partir le plus possible d’hommes et de chevaux. J’ai trois buts : 1° rapprocher les secours de l’armée; 2° profiter du moment où les chaleurs sont moins considérables pour faire faire de longues marches ; 3° débarrasser la France, et par là économiser les blés et les subsistances dans les mois de juin, juillet et août, et diminuer les dépenses de l’administration de la guerre, en évitant la consommation des fourrages, les cohortes de gardes nationales pou­vant suffire à tout.

Vous chargerez votre bureau du mouvement d’aller au-devant de mes vues en me proposant de mettre en marche tous les hommes e les chevaux qui restent en France.

Il faut néanmoins ne pas toucher à l’Italie, qui forme un système à part, ni aux 10e et 11e divisions militaires, qui gardent les Pyré­nées; et il faudra destiner à Bayonne, pour former une forte réserve, tout ce qui appartient aux 15e, 66e, 70e, 26e, 82e, 86e et 47e régi­ments. Tout le reste, après avoir complété ce que j’ai déjà demandé, sera formé en bataillons de marche qui se dirigeront de Strasbourg sur Berlin. Vous m’en proposerez la formation. Dans quinze jours vous aurez ma réponse, et, en attendant, vous préparerez tout pour leur départ. Indépendamment de l’intérêt de l’armée, celui des subsis­tances m’en donne un grand à faire sortir de France plusieurs mil­liers d’hommes et de chevaux quelques mois plus tôt.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les quatre-vingt-huit cohortes auront quatre-vingt-huit compagnies d’artillerie; j’ai ordonné que ces com­pagnies soient envoyées aux différentes écoles pour se former. Cela donnera de grands moyens pour le service de l’intérieur et la défense des côtes. Puisque rien de ce qui appartient aux cohortes ne doit sortir de France, il sera nécessaire d’employer ces compagnies à la garde des places frontières de l’Escaut, de la Hollande, des côtes de Bretagne, des îles d’Hyères et de Ré. Cela rendra disponible une grande quantité d’artillerie, que j’appellerai à l’armée.

Il sera nécessaire de mettre en mouvement, des dépôts des régi­ments d’artillerie, dès le commencement de juin, une vingtaine de recrues par compagnie, et de former de tous ces hommes un ou deux bataillons de marche, de sorte qu’on soit assuré d’avoir des rempla­cements pour toutes les pertes causées par les maladies ou la guerre.

Quatre compagnies d’artillerie ont été demandées pour les der­rières de la Grande Armée, afin de garder les lignes de communica­tion. Mon intention est qu’il en soit placé une à Spandau, une dans la Poméranie suédoise, une à Marienburg et une à Pillau. Je crois que j’ai ordonné de diriger deux de ces quatre compagnies sur Wesel et deux sur Hambourg; les deux qui sont à Wesel seront dirigées sur Spandau et Pillau, et les deux autres qui sont à Hambourg sur la Poméranie suédoise et Marienburg. Il faudra faire remplacer ces compagnies par deux nouvelles compagnies pour la 32e division mili­taire et deux nouvelles compagnies pour la place de Wesel.

Indépendamment de ces quatre compagnies, il y en a une pour Erfurt, que vous avez déjà désignée, ce qui fera cinq compagnies pour les places fortes de l’armée; il y en aura cinq autres au-delà de la Vistule. Ainsi, sous le titre de l’artillerie sur les derrières de l’armée, il y aura dix compagnies, indépendamment de celles qui sont sous le titre des places de l’Oder, de l’Elbe et de Danzig.

Mon intention est que vous dirigiez, aussitôt que faire se pourra, une partie des compagnies qui sont à l’Ile d’Elbe, aux Iles d’Hyères et à Toulon, pour les envoyer en Italie, où j’ai besoin de plus de compagnies d’artillerie ; mais cela n’aura lieu que lorsqu’elles pour­ront être remplacées par les six compagnies des six cohortes qui tiendront garnison à Toulon.

Les dix compagnies des dix cohortes destinées aux Pyrénées pour­ront fournir à la défense de Cette et au service de Perpignan et de Bayonne ; ce qui vous donnera encore de l’artillerie de ligne disponible.

La brigade de cohortes destinée à garder la Rochelle pourra four­nir les six compagnies à l’ile d’Aix, à l’île d’Oléron et à l’île de Ré (ce qui rendra aussi plusieurs compagnies disponibles), ainsi que les compagnies des cohortes de Bretagne qui garderont Brest, Belle-Île, etc. Faites-moi sur cet objet un rapport qui me fasse connaitre le numéro et la force des compagnies d’artillerie qui deviendront dis­ponibles et ce qui existe aux dépôts des différents régiments.

Il serait bon de pouvoir disposer, dans le courant de l’été, de quelques compagnies pour remplacer à Modlin, à Zamosc et à Thorn, l’artillerie polonaise, qu’on me dit peu instruite.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812

Au général Lebrun, duc de Plaisance, aide de camp de l’empereur, à Paris

Monsieur le Duc de Plaisance, vous partirez dans la journée de demain. Rendez-vous à Aix-la-Chapelle, à Cologne et à Düsseldorf. Vous verrez la situation de la 1e division de la réserve, son habille­ment, l’instruction des hommes, le nombre d’officiers qui manque à chaque régiment. Faites-moi connaître si cette division a ordre de se mettre en marche sur Magdeburg. Voyez aussi les troupes du grand-duché de Berg. Faites-moi connaître quand les deux bataillons com­plets peuvent se mettre en marche, ainsi que ce qui doit partir pour compléter les autres corps.

Vous irez de là à Wesel. Voyez-y la situation des 4e et 5e batail­lons ; le nombre et l’espèce d’hommes ; la désertion qu’il y aurait eue. Voyez aussi les conscrits réfractaires. Faites-moi connaître quand les 6e bataillons du 37e et du 56e, portés à 840 hommes chacun, pour­ront partir pour Spandau. Prenez des renseignements sur la déser­tion qu’auraient eue le 29e et le 4e bataillon du 10e léger. Visitez les remparts de Wesel, afin de voir si l’on arme la place; voyez aussi les travaux du génie et tout ce qui peut m’intéresser. Faites-moi un rapport sur chacune de ces places.

De Wesel, vous vous rendrez à Cassel; restez-y deux jours. Vous y verrez la Reine, mon ministre. Vous vous procurerez l’état exact des 5e bataillons et des dépôts de cavalerie, avec leur emplacement, des fusils et de l’artillerie. Vous vous informerez de ce qu’il y aurait à craindre de l’esprit des habitants, et vous me ferez connaître ce ‘qu’il faudrait de troupes françaises pour les contenir au besoin ; vous prendrez aussi des renseignements sur la situation de la gendarmerie, et, dans le cas contraire, vous me ferez connaître les secours qu’on pourrait tirer du pays, en supposant une descente des Anglais.

Allez de Cassel à Leipzig et à Brunswick. Vous resterez un jour dans chacune de ces villes pour y faire les mêmes observations. Allez partout dans les hôpitaux ; voyez combien il s’y trouve de Français malades, et s’ils y sont bien traités, et donnez-leur des consolations. Rendez-vous ensuite à Magdeburg, et faites-moi un rapport détaillé sur cette place, les travaux du génie, son armement, la vente des marchandises coloniales, et la quantité de riz et eau-de-vie et autres objets de l’année qui s’y trouvent.

De Magdeburg, vous irez à Spandau. Passez-y un jour pour voir la citadelle et tout ce qui peut être intéressant.

Vous resterez deux jours à Berlin. Voyez-y la situation des troupes.

Arrangez-vous de manière à arriver, si cela est possible, vers le 20 à Posen. C’est dans cette ville que vous m’adresserez tous vos rapports, que vous aurez soin de numéroter.

 

Palais de Saint-Cloud, 8 mai 1812.

ALLOCUTION DE L’EMPEREUR A LA DÉPUTATION DU DÉPARTEMENT DES APPENNINS.

J’ai toujours reconnu dans le peuple de Gênes beaucoup d’attache­ment pour la France. Je suis bien aise de ce que vous me dites. La première fois que je passerai les Alpes, j’irai dans votre départe­ment et au beau golfe de la Spezia. Les chemins et les travaux que j’ai fait entreprendre sur ce point important seront alors terminés.

 

Saint-Cloud, 8 mai 1812.

À M. Melzi, duc de Lodi, chancelier du royaume d’Italie, à Milan [2]dépêche télégraphique

Faites-moi connaître s’il y a quelque chose de nouveau en Italie et si tout marche convenablement. Écrivez-moi tous les jours, à Paris, deux mots, que vous adresserez à M. l’archichancelier et qui me fassent connaître la situation de l’Italie. On me les fera parvenir par l’estafette; car je compte partir demain pour Dresde.

 

Mayence, 11 mai 1812.

À Frédéric, roi de Wurtemberg, à Ludwigsburg

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté à mon passage à Mayence. Je la remercie des vœux qu’elle fait pour l’heu­reuse issue des événements qui paraissent se préparer. J’espère qu’ils pourront me fournir de nouvelles occasions de lui donner des preuves de l’estime que je lui porte et de l’intérêt que je prends à l’agrandisse­ment de sa Maison.

 

Dresde, 17 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Une division napolitaine est en marche pour Vérone; donnez ordre qu’elle se forme et se repose dans cette ville. Vous me ferez con­naître quand elle y arrivera, pour que je lui donne des ordres ulté­rieurs, mon intention n’étant pas qu’elle en parte sans mon ordre.

Avant de quitter Paris, j’ai donné ordre au roi de Naples de ren­voyer dans le royaume un régiment de cavalerie et un régiment d’infanterie, afin de moins affaiblir les forces de l’intérieur. La Reine pourra s’en servir pour garnir davantage la Pouille.

Mandez au général Grenier qu’il demeure sous les ordres de la Reine pour défendre Naples, mais que, tant que ce royaume ne sera pas menacé, il doit rester réuni pour marcher au secours de Rome, d’Ancône ou de la Toscane, si l’un ou l’autre de ces points était atta­qué. Je ferai d’ailleurs connaître de Posen mes dispositions ultérieures.

Il serait convenable d’organiser deux batteries d’artillerie au corps du général Grenier.

 

Dresde, 11 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, mandez au duc de Bellune de faire diriger tous les bataillons de marche, savoir, ceux destinés pour les 3e et 4e corps, par le plus court chemin, sur Thorn, ceux du 2e corps sur Marienwerder et ceux du 1er sur Marienburg.

Mettez-moi sous les yeux l’état de situation de tous les dépôts de Magdeburg, Spandau, Stettin, Küstrin, Glogau, etc., pour que je donne ordre d’en faire partir tout ce qui sera disponible.

Donnez ordre également au général Bourcier de faire filer tous les hommes de cavalerie montés et en état, pour rejoindre leurs corps respectifs.

 

Dresde, 17 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, remettez-moi l’état de tous les malades qu’ont actuel­lement les 6e et 7e corps, les Wurtembergeois et autres troupes de la Confédération. Écrivez aux différents gouverneurs pour qu’ils fassent partir des bataillons de marche destinés à remplacer les malades et à recompléter ces régiments.

 

Dresde, 11 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie, à Varsovie, qu’il a eu tort de jeter des ponts sur la Vistule; que c’est une opération mili­taire que jeter des ponts sur un fleuve aussi considérable que la Vistule ; que je l’aurais prescrite si je l’avais jugée convenable ; que, si ce n’est pas encore fait, il ne faut pas le faire ; que les bacs et quelques bateaux de réserve sont suffisants; que des ponts occuperaient un grand nombre de bateaux nécessaires à la navigation et aux approvisionne­ments de l’année; s’ils sont jetés, qu’il les laisse. Écrivez-lui qu’il n’a pas encore envoyé ses observations sur Modlin ; qu’il se rende à Pultusk, de sa personne, pour y voir le pays; j’avais fait établir une manutention à Pultusk, je désire qu’il fasse connaître si elle existe encore, et combien il y a de fours ; qu’il doit voir aussi en quel état sont les ouvrages qui avaient été commencés à Sierock; que je désire qu’il me fasse connaître s’il y a des ponts à Ostrolenka et à Pultusk, et dans quel état se trouvent les ouvrages de campagne que j’ai laissés à ces têtes de pont, enfin dans quel état se trouvent le pont de Mod­lin , le pont et les fortifications de Praga, et combien il y a de fours à Zamosc; qu’il serait nécessaire de commencer à faire filer quelques farines sur Pultusk.

Mandez que toutes les troupes du 3e corps qui seraient à Posen et à Gnesen en partent sans délai pour se diriger sur Thorn.

Écrivez au duc d’Elchingen de faire filer des farines sur Strasbourg et sur Osterode, et de s’assurer de l’état de la manutention d’Osterode.

Mandez au prince d’Eckmühl que, si les moyens de mouture sont rares à Elbing, il commence à faire filer 20,000 quintaux de farine de Danzig sur Elbing; que je mande au duc d’Elchingen d’en envoyer 10,000, de celle qui est à Thorn, sur Osterode. Mandez la même chose à l’intendant général.

 

Dresde, 18 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois le travail qui était joint à votre lettre du 11 mai. Voici quelles sont mes intentions définitives, donnez des ordres pour leur prompte exécution.

La 1e division de la réserve, commandée par le général Lagrange, qui se réunit à Coblentz, Düsseldorf et Aix-la-Chapelle, sera com­posée de la 1e demi-brigade de marche forte de trois bataillons, des 2e, 3e et 4e demi-brigades de marche fortes également de trois batail­lons, et des 6e bataillons des 19e, 37e, 56e 93e, 46e, qui sont à Wesel et à Strasbourg; total, dix-sept bataillons. Vous donnerez l’ordre que ces dix-sept bataillons se portent sur Magdeburg. Vous me ferez connaître leur ordre de marche et le jour où chacun de ces bataillons arrivera à sa destination, afin que je donne les ordres ulté­rieurs. Ces dix-sept bataillons, formant près de 14,000 hommes, seront destinés à tenir provisoirement garnison à Magdeburg, Spandau et Berlin; ce qui me permettra de disposer du 9e corps. Je n’ai donc rien à changer à la formation proposée dans votre état n° 1, qui me parait bien entendu.

La 2e division de la réserve, commandée par le général Heudelet, se réunira sans délai à Munster et Osnabrück. Elle sera composée de la 6e demi-brigade, qui sera portée à quatre bataillons; de la 7e, qui est de quatre bataillons ; de la 8e et de la 9e, qui ont quatre bataillons; enfin de la 17e qui ne sera également que de quatre bataillons. Cette division sera donc organisée conformément à votre état n° 2, hormis que le 5e bataillon de la 17e demi-brigade, com­posée de deux compagnies du 5e bataillon du 28e, de deux du 5e ba­taillon du 43e et de deux du 6e bataillon du 65e au lieu de faire partie de la 17e demi-brigade, formera le 4e bataillon de la 6e demi-brigade. Je désire encore un autre changement, c’est que le 3e batail­lon de la 17e demi-brigade ne soit composé que des six compagnies du 4e bataillon du 25e léger. On y versera à cet effet tout ce qui serait disponible dans le 9e léger. Ces cinq demi-brigades formeront vingt bataillons. Deux généraux de brigade y seront attachés. Vous me ferez connaître le jour où chaque bataillon arrivera à Osnabrück et à Munster, afin que j’en puisse disposer. Le quartier général du général Heudelet sera à Munster.

La 3e division, aux ordres du général Merle, sera composée de la 10e demi-brigade forte de quatre bataillons, de la 11e forte de trois bataillons, de la 12e forte de quatre, et de la 13e forte de trois. Je vous ai fait connaître que j’approuvais la formation que vous me pro­posez par vos états n° 1 et 2, à quelques exceptions près dans ce dernier. J’approuve également votre état n° 3, hormis que je ne veux pas que 113 hommes du 8e de ligne soient incorporés dans le 50e; et si les 5e bataillons des 36e, 51e et 55e ne pouvaient pas fournir les cadres complets de deux compagnies, puisque déjà ces 5e batail­lons ont fourni deux compagnies aux demi-brigades de marche, vous pourriez, avant leur départ de Boulogne, vous servir d’un cadre du 2e régiment de la Méditerranée pour y comprendre ces conscrits. À cet effet, ce cadre se rendrait à Boulogne.

La 4e division sera composée de trois bataillons de Belle-Île, de trois de l’ile de Ré, de trois du régiment de Walcheren, de deux du ler régiment de la Méditerranée, et de trois du 2e régiment de la Méditerranée; ce qui fait quatorze bataillons. J’approuve l’état n° 7.

Vous aurez soin que les hommes du 8e et du 18e léger s’embarquent à Strasbourg pour Wesel. Le 37e de ligne ne peut avoir rien à fournir au 4e bataillon du 2e régiment de la Méditerranée, puisqu’il doit avoir à fournir à son 6e bataillon, indépendamment des demi-brigades de marche. J’approuve également le complément que vous voulez donner au 1er bataillon du 2e régiment de la Méditerranée, mais je ne puis approuver que vous placiez dans le 2e bataillon du 2e régiment de la Méditerranée des hommes du 28e léger, avec de l’infan­terie de ligne : il faut absolument séparer l’infanterie de ligne de l’infanterie légère. Mon intention est que cette 4e division se réunisse à Spandau et à Berlin. Le 4e bataillon de Belle-Île, le 2e de l’île de Ré, le 4e de Walcheren, le 2e de la Méditerranée; tous quatre com­posés d’anciens conscrits réfractaires, ont ordre de se réunir à Span­dau et Berlin, où ils attendront le passage de leur division. Le 2e et le 3e bataillon de Belle-Île doivent se former à Mayence et à Wesel le plus tôt possible. Le 3e et le 4e de l’île de Ré qui se forment à Mayence, le 2e de Walcheren qui se forme à Wesel, le 3e de Wal­cheren qui doit se former à Strasbourg, où il sera composé d’Espa­gnols, le 1er du 1er régiment de la Méditerranée qui se forme à Vé­rone, le 1er du 2e de la Méditerranée qui se formera à Mayence, le 2e du même régiment qui se formera également à Mayence, enfin le 4e bataillon du même régiment qui se formera à Strasbourg, tous ces bataillons, au fur et à mesure de leur formation, se met­tront en marche, passeront le Rhin à Wesel, Mayence ou Strasbourg , et seront dirigés sur Spandau et Berlin. Le général Durutte commandera cette division; et, comme il commande en ce moment à Berlin, sa division se formera ainsi sous ses yeux. Cette réserve se composera donc de quatre divisions : 1e division, le général Lagrange, dix-sept bataillons, à Berlin et à Magdeburg; 2e division, le général Heudelet, vingt bataillons, à Munster et Osnabrück ; 3e division, le général Merle, quatorze batail­lons , d’abord à Utrecht, Boulogne et Chambéry, pour ensuite être dirigés sur Munster et Osnabrück, conformément à l’ordre que je donnerai; 4e division, le général Durutte, quatorze bataillons, à Berlin ; total, soixante-cinq bataillons, dont trente et un à Berlin et trente-quatre à Munster et Osnabrück.

Il est évident que la 1e division recevra la première l’ordre de se rendre sur la Vistule pour être incorporée dans les régiments respec­tifs ; ce qui rendra des cadres, qui retourneront en France pour la conscription de 1813. La 4e division recevra également ordre de se rendre sur la Vistule, où chaque détachement qui aura été incorporé dans les cadres des régiments de réfractaires pourra rejoindre son régiment ou rester réuni dans ces cadres, selon les circonstances. Les 2e et 3e divisions resteront sur les derrières, dans la 32e division, entre l’Oder et l’Elbe. Elles appartiennent aux régiments de l’armée d’Espagne; elles formeront là une réserve qui pourra se porter par­tout où l’on en aura besoin.

Il est nécessaire que les six bataillons qui sont à Wesel et à Stras­bourg, et que j’ai joints à la 1e division, partent de Wesel et de Strasbourg, aussitôt qu’ils seront complétés, pour se rendre en droite ligne sur Berlin.

Vous n’avez plus un moment à perdre pour la formation de ces quatre divisions de réserve. Faites-en part au major général et aux généraux de division qui doivent les commander, et expédiez tous les ordres.

Il faut joindre à ces forces la brigade d’Erfurt, composée d’un bataillon du 3e, d’un du 105e, de deux du 29e et du régiment de marche de Paris; ce qui fera, je crois, six bataillons, ou 4 à 5,000 hommes. Donnez ordre aux deux bataillons du 29e de ligne qui arri­vent de Toulon à Lyon de se diriger avec leur compagnie d’artillerie sur Erfurt; et donnez ordre que le régiment de marche de la ville de Paris, organisé d’après mon ordre du 8 mai, se dirige également sur Erfurt. Cela fera sur ce point une réserve qui, sous les ordres d’un général de brigade, pourra se porter partout où il sera nécessaire.

Votre état n° 4 contient les 1e, 2e et 3e demi-brigades provisoires, ce qui fait 12 bataillons, ou la 1e brigade de réserve de l’armée d’Es­pagne; et les 4e et 5e demi-brigades provisoires, formant les neuf ba­taillons de la 2e brigade de l’armée d’Espagne. Je n’approuve pas que le 2e léger fournisse 200 hommes au 4e léger. Le 9e léger ne doit rien fournir à personne, vu qu’il faut former de nouveau le bataillon qu’il a perdu à Badajoz. Il en est de même du 103e et du 100e, tous ces régiments ayant perdu à Badajoz des bataillons qu’il faut reformer.

Le 34e de ligne a deux bataillons à former ; il ne peut donc rien fournir au 14e. Il faudra alors que le bataillon du 69e (le 4e de la 2e demi-brigade provisoire) attende pour partir qu’on puisse le com­pléter par quelque moyen extraordinaire.

La 1e demi-brigade doit déjà être organisée à Versailles; la 2e doit être en mouvement sur Cherbourg; la 3e doit être en mouvement pour se former à Saint-Lô et à Valognes ; la 4e doit être organisée à Pontivy, et la 5e à la Rochelle. Je n’approuve pas non plus que le 47e, le 70e et le 79e fournissent des conscrits au 26e de ligne et au 82e, parce que ces 5e bataillons, qui sont en Bretagne, auront besoin d’avoir toujours du monde pour faire le service de la cote. Ainsi le bataillon du 26e ne sera que de 300 hommes, celui du 83e que de 300 hommes. Ces deux bataillons, comme celui du 69e, seront com­plétés plus tard.

Je passe à votre état n° 5. Je ne vois aucun avantage à ôter des conscrits du 10e de ligne pour les mettre dans le 67e. Ceci s’applique également aux conscrits du 20e et du 102e. Il me semble que ces 5e bataillons, restant en Italie, doivent offrir des ressources pour les garnisons et les colonnes mobiles. Le 4e bataillon du 67e sera donc complété ultérieurement, ainsi que le 3e bataillon du 7e de ligne et le 4e du 101e. Le 42e peut d’autant moins fournir à ce der­nier qu’il faut reformer le cadre du bataillon que ce régiment a perdu en Espagne. Ainsi je désire que la 14e demi-brigade soit formée de la manière suivante : 1er bataillon, le 6e bataillon du 10e de ligne; 2e bataillon , le 6e bataillon du 20e de ligne ; 3e bataillon, le 3e ba­taillon du 67e; 4e bataillon, deux compagnies du 5e bataillon du 10e de ligne, deux compagnies du 5e bataillon du 20e de ligne, deux compagnies du 4e bataillon du 67e.

La 15e demi-brigade sera formée ainsi qu’il suit : 1er bataillon, le 4e bataillon du 1er d’infanterie légère; 2e bataillon, le 4e bataillon du 3e léger; 3e bataillon, deux compagnies du 3e bataillon du 7e, deux compagnies du 5e bataillon du 102e, deux compagnies du 5e batail­lon du 101e.

Ainsi la brigade d’Alexandrie se composera de trois demi-brigades ou sept bataillons. Quant au 42e, on reformera le cadre qui a été détruit.

Je n’approuve pas davantage que le 23e de ligne et le 60e versent leurs conscrits dans le 62e et le 16e de ligne, puisque d’un moment à l’autre le bataillon du 60e et celui du 23e, qui sont en Espagne, peu­vent revenir au dépôt, et qu’en attendant ces conscrits, conservés à leur 5e bataillon, feront parfaitement le service sur la cote.

Indépendamment de ce, les 4e bataillons qui resteront à compléter le seront par un appel, qui sera fait d’ici à un mois, des hommes de bonne volonté des cohortes, qui consentiront à passer dans la ligne. Mon intention est d’en prendre 150 par cohorte; ce qui fera 12,000 hommes qui serviront à compléter tous ces cadres.

Je désire que tout cela soit en mouvement, et que vous me fassiez connaître les époques d’arrivée de chaque brigade et de chaque bataillon, afin que je sache quand je pourrai disposer de chaque divi­sion , ainsi que de la brigade d’Erfurt.

 

Dresde, 20 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune qu’il faut continuer à traiter les Suédois en amis; qu’en conséquence les troupes et les marins suédois peuvent rester où ils sont ; mais que, si avant que les choses soient décidées il y avait danger que la Poméranie fût attaquée, ces hommes devraient être désarmés et envoyés dans l’intérieur.

Prévenez le duc de Bellune de l’arrivée de la division du général Lagrange, composée de dix-sept bataillons, qui se met en marche pour Magdeburg. Donnez-lui connaissance des ordres que j’ai don­nés pour la réunion d’une brigade à Erfurt et pour l’armement de la citadelle.

Donnez ordre à la division Delaborde (1e de la Garde) de partir de Stettin et de se diriger sur Danzig. Elle pourra marcher en deux colonnes par les deux routes. Instruisez le prince d’Eckmühl de ce mouvement. Faites-lui connaître que je suppose que, indépendam­ment des 1,300 hommes qui resteront à Danzig, il doit y avoir 1,600 hommes de la marine et des dépôts de son armée, et que la division qui y arrive formera avec tout cela une garnison suffisante ; qu’enfin c’est à lui à prendre des mesures pour que cette place impor­tante ne soit jamais dégarnie, en y laissant un régiment français; que je désire que les troupes alliées servent avec les Français pour en prendre l’allure et l’esprit; que, dans le courant de juin, il y aura à Danzig une division de marche composée de bataillons français, ayant à cœur que ce point important soit occupé par mes propres troupes.

 

Dresde, 30 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au général la Riboisière de faire four­nir 3,000 fusils pour armer les 3e bataillons de la légion de la Vistule qui sont arrivés à Posen. Il prendra ces fusils parmi les meilleurs à Küstrin, et recommandez-lui de faire en sorte que ces trois régi­ments soient bien armés.

Donnez-lui à connaître que 3,000 autres fusils deviennent néces­saires pour armer les 4e, 7e et 9e régiments polonais qui arrivent d’Espagne et qui seront dans le courant de juin à Posen, ces régi­ments ayant besoin chacun d’un millier d’hommes pour être portés au complet.

Voyez ici le ministre de Saxe pour que 3,000 autres conscrits soient rassemblés à Posen pour recruter ces trois régiments, et écri­vez à l’intendant général pour que des mesures soient prises pour babil­ler ces 3,000 hommes.

Par ce moyen, la légion de la Vistule sera composée de trois régiments, chacun de trois bataillons; ce qui fera neuf bataillons. Les trois régiments polonais arrivant d’Espagne seront également composés de trois bataillons chacun, lesquels seront au grand com­plet de 160 hommes par compagnie, qui est l’effectif des régiments polonais. Ces six régiments fourniront donc 18,000 hommes.

Je vois par votre lettre du 18 mai que les 3,000 hommes destinés à la légion de la Vistule sont prêts à Posen. Ne perdez pas un mo­ment pour que les 3,000 hommes nécessaires aux trois régiments qui reviennent d’Andalousie soient également réunis à Posen.

Donnez ordre que ces trois régiments que commande le général Girard, qui arrivent du 21 mai au 2 juin à Sedan, se rendent à Mayence, d’où ils continueront leur route sur Fulde, Erfurt et Posen, en marchant de manière à arriver le plus promptement possible, mais sans trop se fatiguer.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, il est convenable que vous envoyiez un de vos aides de camp à Lemberg, en le faisant passer par Varsovie. Vous deman­derez à M. de Metternich s’il a quelque chose à mander au prince de Schwarzenberg. L’envoi de cet aide de camp aura pour objet d’annoncer mon arrivée et de faire connaître que mon quartier général va être porté à Posen. Envoyez quelqu’un qui puisse parler et qui se rende agréable. Cet officier sera charge de porter au prince de Schwarzenberg un chiffre, pour que les choses secrètes soient transmises en chiffre, vu qu’il est à craindre que les Cosaques ne saisissent quelque officier d’ordonnance. Il rapportera l’état de situation de l’armée autrichienne, ce qu’il y a de nouveau et la force des troupes qui se trouvent en Podolie et en Volhynie, opposées au corps autrichien. Votre aide de camp séjournera quatre ou cinq jours au quar­tier général du prince Schwarzenberg. Il reviendra de là par Zamość, s’il n’y a pas d’inconvénient ; il visitera cette place, les fortifications, les magasins, etc., verra la garnison, prendra des renseignements sur la force des ennemis dans les environs de Zamość et jusqu’aux marais de Pinsk. Après quoi il reviendra par Varsovie vous rejoindre à Posen.

Vous chargerez le prince de Schwarzenberg d’envoyer, cinq jours après le départ de votre aide de camp, un autre officier pour porter la situation des cinq jours et faire connaître ce qu’il y a de nouveau sur la ligne et les différents mouvements des Russes.

 

Dresde. 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au 2e régiment de chasseurs à pied de la Garde, au 2e et au 3e régiment de grenadiers à pied, de partir de Glogau le 21 et le 22 pour se rendre à Posen. Donnez ordre au 1er régiment de chasseurs à pied qui est arrivé le 12 mai à Glogau, ainsi qu’au 1er régiment de grenadiers à pied, d’en partir le 23 et le 24 pour Posen. Donnez ordre à toute l’artillerie qui est arrivée avant le 15 mai à Glogau, aux sapeurs et au train du génie, d’en partir le 24 et le 25 pour Posen. Donnez ordre à toute la cavalerie arrivée avant le 15 mai à Glogau d’en partir également pour Posen les 23, 24, 25. Remettez-moi en conséquence un état de la partie de la Garde, infanterie, cavalerie et artillerie, qui restera à Glogau, et de la partie qui en partira en conséquence du présent ordre.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, faites connaître au duc d’Elchingen que, la saison des opérations allant commencer, il est nécessaire qu’il pousse la tête de son infanterie sur Osterode et que sa cavalerie s’approche égale­ment de cette place, car il est probable que vers le 1er juin il recevra ordre de porter son quartier général à Osterode. Donnez-lui l’ordre de faire organiser la manutention d’Osterode et d’y faire filer des farines.           ‘

Écrivez au vice-roi qu’il est nécessaire qu’il fasse réorganiser la manutention à Willenberg, qu’il porte la tête de sa cavalerie et même une avant-garde d’infanterie sur ce point; qu’il est probable que, lorsque je saurai quand le 4e corps arrive, dans les premiers jours de juin, il recevra ordre de porter son quartier général à Willenberg.

Mandez au roi de Westphalie qu’il est nécessaire que la cavalerie polonaise se rapproche de la Narew, afin de laisser de la latitude au vice-roi qui a 80,000 hommes à nourrir sur Plock, et qu’il a toute la droite pour se nourrir. Mandez-lui de faire rétablir la manu­tention de Pultusk, d’y faire conduire des farines de Varsovie, de faire rétablir également les fours d’Ostrolenka et d’y former un maga­sin, de farine.

Mandez au prince d’Eckmühl qu’il est nécessaire que la division Bruyère ne gêne point les communications du vice-roi et que sa cava­lerie se retire sur la gauche; que nous voilà au mois de juin, temps où l’herbe doit être bonne. Donnez ordre au général d’artillerie de faire partir de Danzig pour Elbing un équipage de pont attelé. Pré­venez de cet ordre le prince d’Eckmühl, pour qu’il inspecte cet équi­page de pont et s’assure qu’en vingt-quatre heures on puisse jeter un ou deux ponts, s’il le faut, sur la Narew. Demandez quand le second équipage de pont pourra être attelé et se mettre en mouvement.

Vous instruirez le prince d’Eckmühl des ordres que vous donnez sur toute la ligne.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre que tous les chirurgiens, toutes les administrations des 1e, 2e et 3e corps, qui se trouveraient dans la 32e division militaire, dans le royaume de Westphalie, en Prusse et sur la rive gauche de l’Oder, partent sans délai pour rejoindre leurs corps respectifs sur la Vistule. Les commissaires ordonnateurs sont responsables de l’exécution du présent ordre. Chargez-les d’envoyer les états de ce qui reste. Cet ordre est commun au Mecklenburg et à la Saxe. Désirant que tout le matériel et les administrations de l’ar­mée se trouvent sur la rive droite de la Vistule, les hôpitaux qui restent dans la 32e division militaire et sur la rive gauche de l’Oder, ainsi que les administrations, doivent être servis par des employés du pays. Écrivez cela aux commandants des différents corps, pour qu’ils fassent rentrer ce qui serait sur leurs derrières appartenant à leurs corps. Faites connaître au prince d’Eckmühl qu’il a eu tort de laisser son personnel sur les derrières, qu’il doit tout réunir à son quartier général, mais que l’ordre que je donne remédie à cela.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, envoyez l’ordre au duc de Bellune de faire relever à Spandau les bataillons de marche qui s’y trouvent par un bataillon de Würzburg et par un bataillon français de la division du général Partouneaux. Il donnera à ce régiment une demi-batterie d’artillerie prise sur celle attachée à la division Partouneaux; de sorte que le général Merle se trouve avoir 15,000 hommes et une demi-batterie pour s’assurer de la position importante de Spandau.

Le duc de Bellune fera venir les différents bataillons de marche à Berlin ; il en passera lui-même la revue, et dirigera tout ce qui appar­tient au 1er, au 2e et au 3e corps sur Marienwerder, d’où chaque déta­chement rejoindra son régiment. Tout ce qui appartient au 4e corps sera dirigé sur Plock.

Faites connaître au duc de Bellune qu’il est nécessaire qu’une partie des deux bataillons que je mets à Spandau entre dans la citadelle pour y faire le service, et qu’on procède à l’armement. Il faut qu’un com­missaire des guerres et un officier de santé soient envoyés dans cette place. Faites donner des ordres en conséquence. Tout cela doit se faire sans parler. Si l’on demande la raison de cet armement, on doit répondre que l’importance de cette place exige qu’elle soit mise à l’abri de tout événement et d’une descente des Anglais.

Recommandez au général Merle de donner à dîner aux officiers prussiens et d’être fort honnête avec eux.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’empereur, à Varsovie

Monsieur le capitaine d’Hautpoul, vous devez être de retour à Varsovie depuis le 20 ; vous m’aurez adressé votre rapport sur Zamość. Je vous envoie une instruction sur une nouvelle mission. Vous vous adresserez au prince Poniatowski pour avoir des lettres de recommandation. Vous lui demanderez des officiers polonais pour vous accompagner dans votre reconnaissance, et vous expédierez ces officiers des différents points avec vos rapports. Il sera convenable que, pour ne point donner d’ombrage, vous passiez pour un officier de l’état-major du prince Poniatowski et que vous preniez en consé­quence l’uniforme polonais.

INSTRUCTION.

Le capitaine d’Hautpoul se rendra de Varsovie à Terespol, et verra d’aussi près que possible la place de Brzesc; si elle est forte, com­ment elle est armée, et quelle résistance elle peut faire. Il notera bien l’itinéraire de Varsovie à Brzesc. Il prendra des informations sur la force des Russes de ce côté, sur ce qu’ils ont dans la direction de Slonime, sur la droite du marais de Pinsk, vers la Lithuanie et vers la gauche.

Il reviendra sur la frontière reconnaître le Bug jusqu’à Nur. Il tiendra note de la largeur de la rivière, de la situation des rives, de la nature du chemin, etc. Il s’informera à Nur de ce que les Russes ont à Briansk et à Bielsk.

Le capitaine d’Hautpoul enverra ses rapports par un officier à Varsovie, d’où ils seront expédiés sur Posen.

De Nur, il ira à Tykocin, longeant la frontière de Pologne. Il verra ce que les Russes ont à Bialystok et sur cette frontière, et recon­naîtra la communication des routes avec Varsovie. Il enverra un nou­vel exprès de Tykocin pour porter ses rapports à Varsovie. Il s’appro­chera le plus près que possible de Grodno pour reconnaître cette place et ce qui s’y fait. Il observera avec soin les différentes commu­nications avec Lyk, avec Augustowo, et dans les différents sens. Il enverra de là un nouvel exprès à Varsovie. Il continuera ensuite sa reconnaissance de la frontière jusqu’à Olitta, et il fera différentes excursions qui puissent lui donner la connaissance du terrain entre Olitta, la Narew et la Vistule. Après quoi il reviendra à Posen.

NOTE

1° II existe entre Grodno, Augustowo, Suwalki, Seyny et le Niémen, une forêt très-vaste et marécageuse, qui paraît d’un accès très-difficile : il serait nécessaire d’avoir de bons renseignements sur la nature de cette forêt et des chemins bons ou mauvais qui la tra­versent et facilitent les communications sur Grodno.

2° Il faudrait aussi prendre à Olitta des renseignements sur une autre forêt très-étendue qui couvre une grande portion de pays sur la rive gauche du Niémen depuis Johannisburg jusque vers Maryampol et Preny; il paraît qu’elle oblige à faire des détours pour arriver sur Kovno. Les routes de Johannisburg, de Wilkowyski, de Maryampol, toutes sur Kovno, sont-elles praticables ?

3° En supposant un corps d’armée à Tilsit et un autre corps à Bialystok ou Grodno, comment pourraient-ils communiquer ensemble par des mouvements de flanc ? Quelles seraient les routes à suivre pour se rendre de Tilsit et Insterburg à Olitta, à Meretch, à Grodno, à Bialystok ?

Il faudrait avoir des détails sur la nature de ces routes, des bois et marais à traverser, la population approximative des villes, les res­sources locales, les distances, etc.

 

Dresde, 21 mai 1812.

Au prince Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin

Mon Cousin, je suis à Dresde depuis deux jours avec l’Impératrice, avec l’empereur et l’impératrice d’Autriche. Je compte y rester encore quelques jours. Toute mon armée est sur la Vistule. Il n’y a encore rien de nouveau. Les hostilités ne sont pas commencées.

Venant d’apprendre que des vaisseaux anglais sont devant Savone, je pense qu’il est nécessaire de mettre le Pape en sûreté. En consé­quence, vous chargerez le préfet et le commandant de la gendarmerie de faire partir le Pape avec ses gens dans deux bonnes voitures. Le Pape aura son médecin dans sa voiture. Les précautions seront prises de manière qu’il traverse Turin de nuit, qu’il ne s’arrête qu’au mont Cenis, qu’il traverse Chambéry et Lyon de nuit, et qu’il soit ainsi
conduit à Fontainebleau, où les ordres sont donnés pour le recevoir.

Je m’en rapporte à votre prudence et à celle du commandant de la gendarmerie. Ayez soin que la voiture du Pape soit bonne et que toutes les précautions convenables soient prises. Il ne faut pas que le Pape voyage en habits pontificaux, mais seulement en habits ecclé­siastiques, et de manière que nulle part sur la route, excepté au mont Cenis, il ne puisse être reconnu. À moins d’événement, cette mesure n’est pas tellement urgente que vous ne puissiez envoyer chercher le préfet de Montenotte pour concerter d’avance avec lui ce départ.

Vous transmettrez la lettre ci-jointe au duc de Lodi. Je lui écris pour qu’il vous envoie à Turin l’archevêque d’Édesse. Lorsque cet archevêque sera arrivé à Turin, vous lui ferez connaître de ma part que vous avez une mission à lui confier, et aussitôt que vous appren­drez que le Pape sera à une poste au-delà de Turin, vous l’enverrez le rejoindre. Il se placera dans la voiture du Pape et l’accompagnera pendant le reste de la route. Vous ferez connaître à ce prélat que la situation des affaires en Europe et la présence des Anglais devant Savone rendaient le séjour du Pape dangereux dans cette ville ; qu’il faut qu’il soit placé dans le centre de l’Empire; qu’il sera reçu à Fon­tainebleau par les évêques de la députation ; qu’il y occupera le loge­ment qu’il a déjà habité; qu’il y verra les cardinaux qui sont en France, etc.

Vous correspondrez pour l’exécution de ces mesures avec le ministre de la police. Je désire que le plus grand secret soit gardé.

 

Dresde, 22 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, je vois que votre état du quartier général n’est que du 10; cependant c’est aujourd’hui le 22. Écrivez à Posen pour que dans les vingt-quatre heures on vous envoie un nouvel état. Je désire savoir si le major Clicquot, des équipages, est arrivé, ainsi que l’imprimerie. Il est fort urgent que je reçoive ces états pour que je puisse faire mes dispositions. Pourquoi l’état du 1er corps n’est-il qu’au 5 mai ? Je devrais avoir celui du 15. Dans cette situation du 5 mai, je vois qu’il y a bien des hommes détachés. Donnez l’ordre au prince d’Eckmühl de faire venir tout son monde et de ne pas s’em­barrasser des derrières. Le nombre de ses détachés se monte jusqu’à 4,000. Il est bien urgent que le prince d’Eckmühl envoie des ordres particuliers pour rappeler ce qu’il a en arrière, et que tout son corps soit sur la rive droite de la Vistule. Je vois dans l’état de situation de la division Bruyère, an 10 mai, que le 6e régiment des lanciers polonais était encore à Ostrolenka et environs, et que le 8e était encore aux environs de Pultusk. Il est nécessaire que ces régiments se reploient sur la rive gauche de l’Alle.

En général, les états que vous me mettez sous les yeux ont près d’un mois de date; il est ridicule qu’ils soient si arriérés, c’est comme si je n’avais rien. Vous ne prenez pas les mesures nécessaires pour les avoir exactement ; c’est votre faute.

 

Dresde, 22 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, le duc de Bassano a du vous faire connaître que j’ai avancé un million sur l’emprunt de Saxe pour le service de l’armée polonaise; que ce million doit être payé en deux termes ; qu’il est donc nécessaire que le payeur général de l’armée envoie 500,00.0 francs à Varsovie pour les besoins de l’armée, et que les 500,000 autres francs seront payés plus tard. Donnez en conséquence des ordres pour que 500,000 francs soient envoyés à Varsovie vingt-quatre heures après fa réception du présent ordre.

 

Dresde, 22 mai 1812.

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE.

Depuis le 1er janvier 1812, il ne sera plus rien accordé au prince d’Eckmühl au-delà du traitement de maréchal commandant un corps d’armée, avec l’extraordinaire par mois.

 

Dresde, 23 mai 1812

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie un rapport sur Kolberg. Prenez-en une copie que vous enverrez à M. de Saint-Marsan, et faites repasser ensuite cette pièce au major général. Il paraît par ce rapport que la Prusse a encore beaucoup de magasins à Kolberg, dont elle pourrait se dégarnir pour aider à la subsistance de l’armée.

 

Dresde, 23 mai 1812.

A Madame la comtesse de Montesquiou, gouvernante des Enfants de France, à Paris

Madame la Comtesse de Montesquiou, j’ai reçu toutes vos lettres jusqu’au 16 mai. J’apprends avec plaisir la bonne santé du Roi. J’ai confiance en fait de médecine dans mon premier médecin Corvisart.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites connaître à la Grande-Duchesse que l’ennemi a l’intention d’attaquer l’île d’Elbe, et qu’elle envoie le prince Félix inspecter la garnison de cette ile, ses moyens de défense, ses magasins, etc.

Le 7e bataillon du 6e de ligne, celui du 14e léger, le 3e bataillon de la Méditerranée, le bataillon colonial italien, forment quatre ba­taillons valant 3,000 hommes; ce qui, avec les deux compagnies d’artillerie, les deux compagnies garde-côtes et le bataillon de l’île d’Elbe, forme une garnison de 4,000 hommes. Il faut un bon com­mandant d’armes à Porto-Ferrajo, un chef de bataillon d’artillerie, un officier supérieur du génie et un bon général pour commander l’île. Je suppose que les magasins sont à l’abri de la bombe, et que la place est approvisionnée de tout ce qui est nécessaire.

Faites-moi connaître la situation du 112e régiment, il doit avoir à présent cinq bataillons et plus de 4,000 hommes sous les armes; ces hommes sont-ils habillés, équipés, armés et en état de marcher ?

Donnez pour instruction à la Grande-Duchesse que, si l’ennemi attaquait soit Rome, soit Ancône, soit Venise, soit Naples, soit Gênes, le bataillon étranger qui est à Livourne, le 112e régiment et les cohortes de gardes nationales de la Toscane, formant un corps de 6,000 hommes, doivent, sous les ordres d’un général de brigade, avec six pièces de canon attelées sur-le-champ par des moyens extra­ordinaires du pays, se mettre en mouvement sur le point menacé.

Instruisez de cette disposition le général Miollis, le général Vignolle commandant en Italie, le prince Borghèse commandant en Piémont.

Le général Miollis a trois bataillons du 6e de ligne, trois bataillons du 14e léger, le 2e bataillon de militaires étrangers et la cohorte des gardes nationales de Rome, en tout huit bataillons, qui formeraient une division de 8,000 hommes. Le général Miollis organiserait sur-le-champ douze pièces de canon, qu’il ferait servir par l’artillerie de ligne qu’il a à Rome, et cette colonne se porterait ou sur Rome , ou sur Livourne, ou sur Naples, ou sur Ancône, ou sur Venise, si ces points étaient attaqués. Il est nécessaire que les bataillons du 6e de ligne et du 14e léger soient portés au grand complet. Instruisez de cela la Grande-Duchesse, le maréchal Pérignon, le général comman­dant en Italie et le prince Borghèse.

Le prince Borghèse aura la 14e demi-brigade provisoire forte de quatre bataillons, la 15e forte de quatre bataillons, la 4e cohorte de gardes nationales formant quatre bataillons, les quatre bataillons du 52e; ce qui ferait seize bataillons ou deux divisions, chacune de 6,000 hommes, à chacune desquelles on attacherait huit pièces de canon attelées par les moyens du pays. Ces divisions se porteraient, selon les circonstances, ou sur Rome, ou sur Venise, ou sur Ancône, sur Gênes, sur Nice, ou même sur Toulon. Il est donc nécessaire que la Grande-Duchesse, le général Miollis, le maréchal Pérignon, le général commandant en Italie, soient prévenus de ces dispositions.

Le général commandant en Italie se trouve avoir, par les disposi­tions que j’ai prises, trois divisions formant 18,000 hommes, savoir, une sur l’Adige, une du côté d’Ancône et une du côté de Milan, les­quelles se porteraient aussi sur les provinces illyriennes avec infan­terie, cavalerie et artillerie.

Ainsi donc il y a en Italie les forces du général Grenier, fort de 8,000 hommes d’infanterie, de 500 chevaux napolitains, de quatorze pièces d’artillerie napolitaines et de dix pièces de régiment ; la divi­sion de Rome, forte de 9,000 hommes et de douze pièces de canon; la division de Toscane, forte de 6,000 hommes et de six pièces de canon; les trois divisions du royaume d’Italie, fortes de 18,000 hom­mes et de 1,500 chevaux; les deux divisions du Piémont, fortes de 12,000 hommes, 1,200 chevaux et de douze pièces de canon.

Ces corps formeront donc une force de 50,000 hommes d’infan­terie et de 3,000 chevaux et de quatre-vingt-quatre pièces de canon, indépendamment de l’armée napolitaine, forte de 40,000 hommes d’infanterie, de 4,000 chevaux et de soixante et dix pièces de canon.

Vous voyez donc qu’on pourrait se porter avec près de 100,000 hom­mes sur un point qui serait menacé, sans compter ce qu’on pourrait tirer de Genève et de la 7e division militaire. Il est nécessaire que vous me remettiez une travail en règle là-dessus, après vous être concerté avec le général Miollis, le général Vignolle, la Grande-Duchesse, le prince Borghèse, le maréchal Pérignon et le général Bertrand.

Le général Bertrand, en cas d’attaque sur Venise, pourrait four­nir une colonne de 2 ou 3,000 hommes, qui appuierait sur la Piave. Il faudrait que le roi de Bavière fut prévenu par le général Vignole; il ne manquerait pas d’envoyer 3 ou 4,000 hommes par Trente.

Si, par contre, le Tyrol s’insurgeait, le général Bertrand ferait passer à Lienz 2 ou 3,000 hommes, le général Vignole enverrait 8 à 9,000 hommes sur Trente, les Bavarois feraient passer une douzaine de mille hommes par Salzburg; ce qui ferait près de 24,000 hommes, qui seraient promptement réunis dans le Tyrol.

Ce qui me parait manquer en Italie, ce sont des compagnies d’artil­lerie françaises; il en manque à Palmanova, à Mantoue, à Venise; il faut aviser aux moyens d’en envoyer.

Le 4e bataillon du 8e léger est à Zara ; ce bataillon a 200 malades, de sorte qu’il n’a que 550 hommes présents. Faites partir de Genève une compagnie de 150 hommes pour le compléter.

J’ai approuvé que vous fassiez passer en Illyrie le 3e bataillon du 23e de ligne, ce qui formera quatre bataillons français ou 3,000 hom­mes dans les provinces illyriennes ; le 4e léger italien y a trois ba­taillons; ce qui fait sept. Il y aura donc dans les provinces illyriennes, indépendamment des Croates, sept bataillons de ligne.

Mandez au général Miollis de faire filer, à fur et mesure, tout ce qu’il pourra sur le 4e léger italien, afin que ce régiment ait une force de 2,400 hommes.

Il y a en Illyrie deux compagnies d’artillerie italiennes qui ne sont qu’à 100 hommes; mandez au général Vignolle de les compléter à 120 hommes. Les deux compagnies d’artillerie françaises sont au complet de 120 hommes.

Je ne serais pas éloigné de faire passer à Trieste le 4e bataillon du 3e léger, qui est à Parme, aussitôt que les cohortes de gardes natio­nales de la 28e division militaire seront formées.

Le 5e bataillon du 10e de ligne, qui est à Plaisance, doit recevoir des hommes et être bientôt d’une véritable utilité.

Je crois que le général Bertrand doit toujours tenir dans le Tyrol, du côté de Lienz, un millier d’hommes français et croates.

Il y a encore dans les 27e et 28e divisions militaires le 4e batail­lon du 7e, qui s’organise et dont il faut presser l’organisation ; le 4e bataillon du 42e; le 3e bataillon du 47e, qui est arrivé d’Espagne; le 4e bataillon du 101e; enfin le régiment suisse. Il me semble que le 4e bataillon du 7e pourrait être joint à la 15e demi-brigade provi­soire, et le 3e bataillon du 67e à la 14e. Le 4e bataillon du 42e, le 4e du 101e et le régiment suisse pourraient former une nouvelle bri­gade, à laquelle il ne faudrait pour la compléter que des hommes.

Faites-moi un rapport sur les différentes parties de cette dépêche, que je dicte de mémoire, et présentez-moi un projet d’organisation.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au maréchal Pérignon, qui commande à Naples, qu’il est presque certain qu’il sera attaqué avant la fin de l’été ; qu’il est donc nécessaire qu’on s’occupe avec activité à remonter la cavalerie, à organiser des batteries d’artillerie légère et à pied, à recruter les cadres et à en former de nouveaux; que je pense qu’il est indispensable qu’il y ait dans le royaume de Naples 50,000 hommes et 4,000 chevaux et soixante à soixante et dix pièces de canon ; que le corps du général Grenier est compris dans cet effectif; que, pour avoir soixante et dix à quatre-vingts pièces de canon attelées, il faut plus de 300 voitures, ce qui exige 1,500 à 2,000 chevaux du train; qu’il est nécessaire qu’il y ait deux batteries de réserve de pièces de 12 et d’obusiers; que ce ne sera que la grande activité que la Reine mettra dans ses armements et l’aspect de l’état de défense respectable où sera mis le royaume qui imposeront à l’ennemi ; que je désirerais que 500 chevaux napolitains et deux bat­teries, l’une à cheval de six pièces et l’autre à pied de huit pièces, formant quatorze pièces de canon, fussent jointes au corps du géné­ral Grenier ; que mon intention est que le général Grenier se tienne dans ses cantonnements actuels et dans des endroits sains, prêt à se porter, selon les événements, sur Rome, sur Ancône ou sur Flo­rence. Écrivez la même chose au général Grenier.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 1er bataillon du 52e a 233 hommes à la Spezia ; faites rejoindre ces hommes, qui sont désormais inutiles à la Spezia. Le 1er bataillon de ce régiment est fort de 600 hommes, le 2e bataillon de 500 hommes, le 3e de 500 hommes, le 4e de 500 hommes : je désire que les cinq bataillons du 52e soient réunis à Gênes. Faites-moi connaître si ce régiment pourrait fournir trois bataillons de six compagnies fortes chacune de 150 hommes, ce qui ferait un régiment de 2,700 hommes, et ce qui resterait aux 4e et 5e bataillons. Je désirerais ne retirer ce régiment de Gènes que lorsque l’organisation des 82e, 83e, 84e et 85e cohortes du Piémont et de Gènes serait à peu près avancée.

Je désire être instruit de ce qui se passe à Naples, afin de faire passer des ordres à la division napolitaine avant qu’elle ait passé Vérone, si je vois qu’on pourvoit à réparer les pertes par un nouveau recrutement et qu’il n’y ait rien à craindre. Au reste, le travail que je vous demande, par mes lettres de ce jour, sur les bataillons qui sont disponibles en Italie, me mettra à même de juger si je dois faire venir la division napolitaine, qui sera toujours utile sur les derrières de la Grande Armée. Le 4e bataillon du 52e est, je crois, composé d’anciens soldats de la conscription de 1811 ; je ne serais pas éloigné de le joindre aux trois premiers. Je crois vous avoir mandé d’écrire à la Grande-Duchesse de réunir le 112e dans des endroits sains; faute de ce soin, les régiments se perdent. Mon intention est que passé le 1er juin il n’y ait aucune troupe native d’en deçà des Alpes dans les mauvaises parties de la Toscane, de l’État de Rome, de Naples, dans les environs du Pô, à Mantoue, à Palmanova. Les Na­politains, les bataillons étrangers, doivent faire le service dans ces pays. Réitérez l’ordre que les troupes françaises soient placées sur les hauteurs et dans des positions saines. Cette disposition est de la plus haute importance. Tenez la main à son exécution, et chargez quelqu’un de vos bureaux de compulser les états de situation et de s’assurer que mes ordres sont exécutés.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, expédiez sur-le-champ un officier au vice-roi pour lui faire connaître que les dispositions contenues dans sa lettre du 10 mai sont mauvaises. Pultusk, Ostrolenka, Rozan et même Przasnysz doivent être occupés par le 5e corps, qui se nourrit par Varsovie. Il doit appuyer la gauche du 4e corps à la Drewenz, et la droite tout au plus à Wyszogrod. Il aurait alors pour se nourrir la manutention de Thorn, celle de Plock et celle de Wyszogrod. Il doit avoir reçu Tordre de se placer en colonnes sur le chemin de Plock à Willenberg; il peut se placer sur trois colonnes, s’il le juge conve­nable; une de Lipno à Rypin et Lautenburg, une de Plock à Soldau, et la troisième de Wyszogrod à Plonsk et Mlaua. Mais tout le pays depuis la ligne de Wyszogrod, Plonsk et Mlaua à la Narew doit être à la disposition du 5e corps. La Wkra peut être la ligne de démar­cation. Faites bien remarquer au vice-roi qu’il doit tenir ses masses près de la Vistule, puisque Wyszogrod, Plock et Thorn sont des endroits abondamment approvisionnés et où il y a une grande quan­tité de vivres.

Écrivez dans le même sens au duc d’Elchingen et au roi de Westphalie.

 

Dresde, 23 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au général Rapp que vous avez mis sous mes yeux sa lettre du 9 mai; que j’y ai vu des bâtiments de trois espèces; que ceux de la première espèce ne vont que de Königsberg ou d’Elbing jusqu’à Pillau et de là dans la Baltique ( il paraît que ces bâti­ments sont nombreux, mais le général Rapp ne fait pas connaître ce qui en existe à Königsberg) ; que ceux de la deuxième espèce sont au nombre de cinquante-quatre ; que ce sont des bâtiments qui font la navigation du Frische-Haff, mais qu’ils ne peuvent pas arriver jusqu’à Danzig; qu’enfin les bâtiments de la troisième espèce sont ceux qui peuvent aller de Königsberg à Danzig; que leur nombre n’est que de quarante-deux, qui peuvent aller sans décharger de Danzig à Königsberg, et que ces quarante-deux bâtiments ne peuvent porter ensemble que 30,000 quintaux. Le général Rapp ne fait pas con­naître quel est le tonnage des cinquante-quatre bâtiments de deuxième espèce, ni combien ce nombre de bâtiments pourrait transporter; mais en général ce doit être peu de chose, et, quand même ces bâti­ments porteraient 60 milliers, cela serait bien peu satisfaisant. Il est vrai que le nombre des bâtiments de première espèce n’est pas déterminé; s’il y en a beaucoup, il faudrait en arrher le plus grand nombre possible; et, comme il doit y avoir dans la Vistule des bâti­ments en suffisance pour aller de Danzig à Elbing, le service ainsi partagé pourrait toujours se faire. Toutes les fois qu’on aurait des bateaux de la troisième espèce qui peuvent aller de Danzig à Kœnigs-berg, on les préférerait. Quand on n’en aurait pas, on chargerait d’abord sur des bateaux de la Vistule, qui transporteraient jusqu’à Elbing, et là le chargement passerait sur des bateaux de deuxième et même de première espèce. Enfin il faut avoir des bateaux en quan­tité suffisante pour transporter 2 à 300 milliers de Danzig à Königsberg, soit en rompant charge à Elbing, soit sans rompre charge. Mon intention est donc que le général Rapp réunisse en conseil les deux contre-amiraux, des ingénieurs et les principaux bateliers du pays, et qu’il prenne leur avis sur les différentes questions suivantes :

Combien y a-t-il de bâtiments propres à aller de Danzig à Königsberg ? Combien portent-ils ? Pourrait-on en augmenter le nombre ? Y a-t-il à Danzig des bâtiments qu’avec une légère réparation on pourrait rendre propres à ce service, de manière qu’on pût effectuer le transport de Danzig à Königsberg sans rompre charge à Elbing ? Combien y a-t-il de bateaux pour faire la navigation de Danzig à Elbing ? Combien peuvent-ils porter ? Combien de jours leur faut-il pour l’aller et le retour ? Combien y a-t-il de bateaux qui puissent aller d’Elbing à Königsberg ? Et combien de jours leur faut-il pour ce trajet ? Convient-il de réparer les allèges qui sont à Danzig et de les envoyer vides à Elbing, pour augmenter les moyens de transport d’Elbing à Königsberg ? Ou y en a-t-il déjà suffisamment ?

Il faudrait aussi me procurer des renseignements sur cette autre question : Quels sont les bâtiments qui pourraient aller de Königsberg dans le Niémen et remonter ce fleuve ? Quelles doivent être leurs dimensions ? Ont-ils des écluses à franchir ? Je suppose qu’il y aura suffisamment de ces bateaux.

Il est de la plus grande importance que les bateaux ne manquent pas et que cette navigation se fasse sous la direction des officiers de marine. Le contre-amiral Dumanoir sera chargé de tous les détails du service depuis Danzig jusqu’à Königsberg. Le contre-amiral Baste sera placé à Königsberg et sera chargé du même service dans le Frische-Haff et dans tous les canaux de communication de Königsberg au Niémen. Il est nécessaire que ces deux contre-amiraux con­certent l’organisation de leur service et vous en rendent compte. Il faut qu’ils aient partout des officiers de marine, et que des marins placés sur tous les bâtiments nous mettent à l’abri de la mauvaise volonté des bateliers du pays. Vous enverrez copie de ma lettre à l’intendant général. Vous l’enverrez aussi au prince d’Eckmühl, qui, étant sur les lieux, pourra prendre des renseignements de son côté.

Trois ingénieurs des ponts et chaussées arrivent de Russie. J’ai donné ordre qu’on les retint; on les attachera à ce service.

Il est nécessaire que vous ayez au quartier général un officier de marine pour suivre la correspondance et les détails de ce service.

 

Dresde, 24 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, vous ferez connaître au général Heudelet que mon intention est qu’il tienne son quartier général à Munster et qu’il soit en correspondance avec le commandant de la 32e division militaire, avec celui du Mecklenburg, avec le gouverneur de Magdeburg, avec le général commandant la 31e division, avec le commandant de la 17e division et avec le ministre de la guerre du royaume de Westphalie; il sera du reste sous les ordres du duc de Bellune, qui est à Berlin et qui commande toutes mes troupes entre le Rhin et la Vistule. Le général Heudelet a sous ses ordres la 2e division de la réserve, composée de la 6e demi-brigade, forte de 4 bataillons; de la 7e demi-brigade, forte de 4 bataillons; de la 8e demi-brigade, forte de 4 bataillons; de la 9e demi-brigade, forte de 4 bataillons ; de la 17e demi-brigade, forte de 4 bataillons, total, 20 bataillons. Il a en outre sous ses ordres la brigade qui se réunit à Erfurt et qui est composée de 6 bataillons; ce qui fait un total de 26 bataillons. Mon intention est qu’il envoie sans délai la 7e demi-brigade pour tenir garnison à Hambourg; la 6e pour tenir garnison dans le Mecklen­burg; la 8e pour tenir garnison à Brème; la 9e pour tenir garnison à Munster, et la 17e à Osnabrück; que ces troupes ne doivent faire le service des côtes qu’en cas d’événements extraordinaires; qu’elles doivent être tenues réunies dans les villes, pour faciliter leur formation et leur instruction; que le général Heudelet doit parcourir leurs différentes garnisons pour les faire manœuvrer; que les deux batail­lons du prince Primat, restant dans la 32e division militaire, seront suffisants pour le service de la côte et ce qu’on appelle le service de la division; qu’enfin cette division de vingt bataillons de la réserve ne doit être là que pour se former, s’organiser et se mettre à même d’entrer en ligne.

Le régiment de la Confédération n° 6, qui est à Hambourg, se rendra dans la 31e division militaire, où il relèvera les trois batail­lons du 125e, qui viendront rejoindre la 12e division à Berlin. Le régiment n° 4 partira sur-le-champ de Hambourg pour la Pomeranie suédoise. Moyennant l’arrivée de la 6e demi-brigade dans le Mecklen­burg, le régiment des gardes de Hesse-Darmstadt rejoindra le quar­tier général à Marienburg, pour être attaché au quartier général et en faire le service. Enfin les autres troupes de Hesse qui sont dans le Mecklenburg rejoindront leurs corps dans la Pomeranie suédoise, et le général Daendels réunira toute la brigade de Berg à Stettin, en retirant même ce que ce corps a en garnison à Küstrin.

Vous ferez connaître au général Heudelet que, si une descente avait lieu en Hollande à Delfzyl, à Hambourg, ou dans la Poméranie suédoise, il aurait à s’y porter sur-le-champ avec ses vingt-six bataillons; que, si une insurrection quelconque avait lieu en Westphalie ou sur tout autre point, il faudrait y faire marcher la réserve d’Erfurt, ainsi que les forces qu’il aurait à Munster; que mon inten­tion est d’envoyer la 17e demi-brigade tenir garnison à Magdeburg, mais que j’attends, avant de donner cet ordre, qu’on m’ait rendu compte de la formation de cette demi-brigade et de l’arrivée des ba­taillons des 126e, 127e, 128e et 129e, qui doivent être en ce moment en retard. Il faut informer le général Heudelet que 10,000 Danois doivent en cas de descente coopérer avec lui ; que huit 4e escadrons de dragons doivent se mettre en marche pour le Hanovre; qu’ils ne seront d’abord composés que de 800 hommes, mais que successive­ment ils seront portés à 2,000 chevaux; que cette cavalerie doit faire partie de sa division. La 32e division doit avoir deux batteries de canon. Il est nécessaire que deux autres batteries soient attachées à la division Heudelet. J’en ai écrit au ministre de la guerre et j’en réitère l’ordre.

Ainsi le général Heudelet aura dans la main vingt-six bataillons, formant 18,000 hommes, 2,000 hommes de cavalerie et trente pièces de canon. Deux généraux de brigade et un adjudant comman­dant lui seront nécessaires. En supposant donc que, dans le courant de juillet, les Suédois, les Anglais ou même les Russes tentassent quelque chose, il serait en mesure de leur résister.

Donnez l’ordre au général Michaud, commandant à Magdeburg, qu’aussitôt que la tête de la division Lagrange sera arrivée à Magde­burg il fasse partir le régiment westphalien qui est à Magdeburg pour se rendre à Glogau.

Prévenez la reine de Westphalie de la formation de la réserve d’Erfurt et de l’organisation de la division Heudelet.

Prévenez le général Heudelet qu’il doit s’assurer par lui-même que la citadelle d’Erfurt est armée, approvisionnée et en état de se défendre.

Vous ferez part de toutes ces dispositions au maréchal duc de Bellune, la division Heudelet étant sous ses ordres.

Moyennant l’arrivée du régiment de la Confédération n° 4 et des troupes de Hesse-Darmstadt dans la Poméranie suédoise, toute la brigade de Berg, composée aujourd’hui de cinq bataillons et qui bientôt sera augmentée de deux autres, doit se réunir à Stettin, afin de pouvoir se mettre en mouvement sur la Vistule, ou y être aussitôt que la 1e division de la réserve, aux ordres du général Lagrange, sera arrivée à Magdeburg. Vous ferez comprendre au duc de Bellune que je désire que le 9e corps puisse dans le courant de juin se porter sur la Vistule. Il se trouvera remplacé par les 1e, 2e, 3e et 4e divi­sions de la réserve. Prévenez de tous ces ordres le ministre de la guerre, afin surtout qu’il organise promptement deux batteries d’artil­lerie pour la division Heudelet.

 

Dresde, 24 mai 1812.

Au général Durosnel, aide de camp de l’empereur, à Dresde

Monsieur le Comte Durosnel, vous trouverez ci-joint copie d’un mémoire du général Rapp sur les moyens de transport par eau de Danzig à Königsberg. Je vous remets aussi copie de la réponse que je charge le major général de faire au général Rapp. Rendez-vous à Danzig; vous y verrez les principaux bateliers, les ingénieurs de marine et les deux contre-amiraux, et vous me rapporterez un mémoire, bien détaillé, sur toutes les questions posées dans ma lettre au major général. Voyez par vous-même si mes ordres relatifs à l’embarquement des équipages de siège, à l’embarquement des équipages de pont et du génie et à l’embarquement des vivres ont été exécutés, si tout a filé, et si tout sera rendu à Elbing an 1er juin. Voyez également si le premier équipage de pont, bien attelé, a été sur Elbing, et quelles sont les ressources des 2e et 3e équipages de pont en matériel, personnel et attelages; enfin voyez tout ce qui peut intéresser mon service à Danzig, soit pour l’équipage de siège, soit pour l’équipage de réserve, soit pour les approvisionnements du génie et l’artillerie. Voyez tout en détail et rapportez-moi des renseigne­ments sur tout. Vous passerez à Elbing pour vous assurer que tous les objets qui auraient été dirigés sur Elbing y sont arrivés, et que, si on a dû les débarquer, ils sont déjà rembarqués sur d’autres bâti­ments propres à la navigation du Frische-Haff. Vous attendrez de nouveaux ordres à Danzig.

 

Dresde, 26 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je réponds à votre lettre du 18, par laquelle vous me rendez compte de l’embrigadement des cohortes de gardes nationales ; mais vous ne me faites pas connaître les généraux de brigade que vous avez chargés du commandement de chaque bri­gade, ce qui est très-important, puisqu’il faut que chaque brigade ait un chef qui préside à son organisation , qui corresponde avec vous pour les places vacantes, et qui veille à son instruction. Ayez soin que la brigade composée des 55e, 56e, 57e, 58e, et des 18e et 19e cohortes, qui doivent se réunir à Utrecht, soit répartie entre Utrecht, Arnheim et Nimègue; qu’elle soit placée dans des endroits sains; qu’elle ne fasse point de service sur les côtes sous quelque prétexte que ce soit, à moins d’un débarquement d’ennemis; sans quoi ces six cohortes, composées d’hommes nés au cœur de la France, se réduiront à rien.

Les cohortes composées de Belges, faisant partie de la 3e brigade, doivent faire le service des côtes et des endroits malsains, comme étant acclimatées. Il ne faut pas placer dans ces parties la cohorte composée d’anciens Français ; elle doit être placée à Bruges et même à Gand. Il faut placer à Ostende, qui est un pays malsain, la cohorte belge. Si les établissements ne peuvent pas contenir les cohortes qui ne seront pas placées dans l’Ile de Cadzand, on peut en mettre deux à Gand. Le commandant de la brigade résidera à Bruges, où il sera à portée de faire mouvoir les différentes cohortes, selon les événe­ments. On pourrait même se dispenser d’envoyer des cohortes à Cadzand avant le mois de novembre, et laisser la cohorte de l’Escaut, qui ne serait supprimée qu’en novembre.

La brigade de cinq cohortes qui s’organise à Lille, qui doit tenir garnison à Malines, doit s’étendre à Bruxelles et n’occuper que des endroits sains. Je n’aime pas à voir de cohorte à Breda; Bruxelles, au contraire, est sain. II suffit que le général qui commande ces cinq cohortes réside à Malines et ait l’autorisation de les réunir au moindre mouvement; elles auront plus de latitude et profiteront des établissements existants. Les environs de Bruxelles, de Malines, de Louvain, d’Anvers, le beau village de Saint-Nicolas, peuvent très-bien contenir la brigade de Lille et celle de Besançon.

Je désire que vous me remettiez un tableau de la formation des brigades, des généraux désignés pour les brigades, et de l’emplace­ment qu’occupe chacune.

Attachez-vous à l’esprit de l’ordre que j’ai dicté, et écartez-vous de la lettre. Un jour ou deux de distance ne sont rien quand il s’agit de la santé des troupes; des pays sains avant tout. À quoi servent des hommes malades, dont on ne peut rien faire quand l’ennemi se présente ?

Je vous recommande surtout les cohortes de l’ancienne France, que je dirige sur Anvers et sur Utrecht. Entrez dans les plus petits détails, et occupez-vous sérieusement de les placer dans des pays extrêmement sains.

 

Dresde, 26 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, mandez au prince d’Eckmühl qu’il est ridicule de penser à construire une estacade du côté de Pillau et à y disposer de gros bâtiments chargés de pierres; qu’aujourd’hui que je suis à l’armée on ne doit point faire de pareilles choses sans mon ordre, qu’il suffit d’avoir de bonnes batteries aux deux pointes, et que les Anglais ne s’y frotteront point; qu’il fasse placer trois mortiers de chaque côté, indépendamment des pièces de 24; qu’il n’y a peut-être pas d’incon­vénient à prendre quelque gros bâtiment à Königsberg et à l’installer comme ponton; et encore la distance du Nehrung à Pillau n’étant que de 3,000 toises, cela parait inutile; qu’il ne faut point tenter des choses qui nous rendent ridicules.

 

Dresde. 26 mai 1812.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Elbing.

Mon Cousin, le major général vous a fait connaître mes inten­tions pour le mouvement de votre corps d’armée. Tout est subor­donné à l’arrivée de l’équipage de pont, car tout mon plan de cam­pagne est fondé sur l’existence de cet équipage de pont bien attelé et aussi mobile qu’une pièce de canon. J’ai donné ordre qu’il fût arrivé le 1er à Elbing; j’espère qu’il le sera au moins le 3. Je suppose que l’équipage de siège sera aussi arrivé à Elbing et embarqué sur des bâtiments propres à la navigation du Frische-Haff. Il faut que les poudres et tout s’y trouvent, mais cela est moins pressé que l’équi­page de pont; si donc cet équipage avait besoin de quelques centaines de chevaux et qu’on ne pût se les procurer dans l’île de Nogat, je préférerais que quelques voitures de votre second approvisionnement restassent sans attelage. Je ne saurais trop vous recommander de prendre les mesures les plus efficaces pour que vous conserviez le moins de bagages possible, et pour que tous les habits, souliers et selles que les corps auraient avec eux soient envoyés à Marienburg et à Danzig, afin que tous les caissons puissent être employés et char­gés de farines, pain, riz, légumes et eaux-de-vie, hormis ce qui est nécessaire pour les ambulances. Le résultat de tous mes mouvements réunira 400,000 hommes sur un seul point; il n’y aura rien alors à espérer du pays, et il faudra tout avoir avec soi. Les bagages laissés en arrière pourront rejoindre après la première expédition.

Lapasse de Pillau n’a que 600 toises de largeur; des batteries établies des deux côtés croiseront leurs boulets à 300 toises, et, en y ajoutant quelques mortiers et obusiers, pas une chaloupe ne pourra passer. Les idées d’estacade sont ridicules; il serait plus convenable de faire construire à Pillau trois ou quatre bâtiments formant chaloupes canonnières et pouvant prêter le flanc à une frégate et aller en mer. Je verrai cela quand je serai à Danzig. J’arriverai le 29 à Posen, le 31 à Thorn, le 2 à Marienburg et le 3 à Danzig. Ne dites rien de tout cela; ce n’est que pour vous seul. Aussitôt que j’aurai vu Danzig et que je serai assuré des choses importantes, je compte entrer en campagne, et l’armée se mettra partout en mouvement. Vous avez mal à propos alarmé la Prusse pour Pillau. C’est tout simple. Il faut aupa­ravant détacher le corps prussien. Je compte former un 10e corps des Prussiens et de la 7e division, et en donner le commandement au duc de Tarente.

Il me sera difficile de voir les corps en détail, autrement que sur le champ de bataille et dans les moments perdus. Préparez toutefois les états de remplacement, en y joignant les états de service de chaque officier, afin que je puisse finir le travail dans un moment. La manière dont je voyais les corps est trop fatigante et demande trop de temps. Je pourrai les voir ainsi dans les moments perdus.

J’ai ici l’empereur d’Autriche, l’impératrice, le roi de Prusse, le prince royal, beaucoup de princes et beaucoup de monde.

Le 1er corps d’armée autrichien, que commande le prince de Schwarzenberg, est réuni à Lemberg et va se mettre en marche. Il est fort de 35,000 hommes. Je suppose que tous vos constructeurs de fours sont à l’avant-garde. Ceux du duc de Reggio ont ordre d’établir une manutention à Guttstadt; ceux du duc d’Elchingen à Osterode; ceux du vice-roi à Willenberg, et ceux du 5e corps à Pultusk et Ostrolenka. Resserrez votre cavalerie légère sur votre gauche, puisque celle du 2e corps occupe Guttstadt.

 

Dresde, 26 mai 1812

A Eugène, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 5e corps de la Grande Armée, à Plock

Mon Fils, le major général vous aura fait connaître le mouvement que vous devez faire exécuter à votre corps d’armée, qui doit se for­mer sur trois colonnes. Vous devez avoir, le 6, votre quartier général à Soldau, vous n’y resterez pas longtemps, mon intention étant
d’ouvrir incessamment la campagne. Je serai le 30 à Posen. Je désire connaître, par un de vos officiers que vous m’y enverrez, la situation de votre corps d’armée. Le général Poniatowski occupera Modlin et sera à votre droite -à Sierock et Pultusk ; le duc d’Elchingen, à votre gauche, aura son quartier général à Osterode, occupera Allenstein et Hohenstein et se liera avec votre cavalerie légère. Il est possible que du 7 au 8 je vous donne l’ordre de marcher sur Rastenburg, Lœtzen, etc. Faites connaître par les ingénieurs géographes les routes dans la direction d’Ortelsburg, Sensburg, Lœtzen, Rhein, Arys et même de Johannisburg. Poussez le plus de vivres que vous pourrez sur Willenberg. Placez sur votre gauche les Français, c’est-à-dire le 4e corps, les Bavarois à droite. Informez-vous si vous pouvez trouver quelques ressources vers Rastenburg. Il faut que vous ayez avec vous pour vingt jours de vivres, et que vos convois se rendent rapidement dans la direction de Plock, Wyszogrod, Ltpno et même Thorn. Je ne vous parle point de la cavalerie; elle pourra subsister. Dans ce mo­ment on trouve de nouveaux fourrages. Vous garderez le secret sur ce mouvement ultérieur. Faites croire, au contraire, que vous allez marcher sur Varsovie. Mon quartier général sera au 1er juin à Thorn et immédiatement après à Osterode.

Je suppose que vous avez fait moudre le blé avec la plus grande activité, et que de 10,000 quintaux vous avez porté à 20,000 quin­taux vos approvisionnements de farine. Toute l’armée finira par être réunie sur un même champ ; chaque corps se serrant coude à coude aura bientôt épuisé les ressources du pays : il ne restera que l’herbe. Ayez donc des bœufs, de l’eau-de-vie, des légumes secs, du riz, etc. ; ne portez aucun effet d’habillement ni de harnachement; embarquez tout cela à Plock et mettez-y un bon officier pour conduire le tout. Diminuez la charge de vos fourgons, on en aura besoin pour le transport du biscuit; d’ailleurs, il faut s’attendre à être harcelé par les Cosaques. Envoyez d’avance à Willenberg, faites-y construire une belle manutention de sept à huit fours. Une fois le mouvement com­mencé, votre route de communication sera par Thorn, tant pour le 6e que pour le 4e corps. Je ferai lever le pont de Plock, aussitôt qu’il sera jugé inutile. Prenez des moyens efficaces pour réunir à Willenberg tout ce que vous pourrez de farine, blé, bestiaux, etc. Ayez toujours en avant une compagnie de constructeurs de fours, de boulangers, sapeurs, etc., pour établir vos manutentions avant votre arrivée à Rastenburg et autres endroits où vous devez prendre position.

Votre bataillon de transport en bœufs est-il arrivé, ainsi que le corps du général Guyon ? Les troupes sont-elles incorporées ? Il faut renvoyer en Italie les cadres des 5e bataillons.

 

Dresde, 26 mai 1812.

A Jérôme, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Varsovie

Mon Frère, le major général vous a fait connaître mes intentions pour le mouvement à opérer, du 5 au 6 juin, par les 5e, 7e et 8e corps. L’intendant général aura donné des ordres pour le rétablissement des manutentions de Pultusk, d’Ostrolenka et de Przasnysz, et pour faire filer des farines sur Pultusk, Makow, Przasnysz, Ostrolenka et Praga.

Le commandant du génie aura donné des ordres pour jeter un pont à Pultusk, pour relever la télé de pont, l’armer et rétablir les batteries qui, de la rive droite, défendent la gauche, pour rétablir les têtes de pont et les redoutes qui avaient été établies à l’intersection de la Narew et du Bug.

Il faut que vous établissiez sur le Bug un pont pour communiquer facilement dans la presqu’île. Ce pont doit être le plus près possible de Praga, dans un point cependant où les communications avec Pultusk ne soient pas gênées par les marais et soient faciles.

Il est indispensable que votre mouvement se fasse de manière que les postes avancés de cavalerie ne soient pas dérangés, et que ce qui est devant l’ennemi reste dans ses positions, car la guerre n’est pas déclarée de manière à empêcher la communication sur les frontières ennemies. Le Grand-Duché doit avoir des douanes qui aient ordre de ne rien laisser passer du Grand-Duché en Russie, en recevant tout ce qui arriverait.

Tenez un officier d’état-major vis-à-vis Brzesc aux débouchés. Il faut que les ponts sur la Narew et le Bug soient tels que les corps puissent facilement communiquer entre eux. Je vous recommande la tête de pont de Pultusk et de Sierock sur la Narew et le Bug, parce qu’il serait possible que, dans un second mouvement, je laissasse l’ennemi maître du pays depuis les glacis de Praga, me contentant de conserver Praga, Modlin, la rive gauche de la Vistule et la rive droite de la Narew, depuis Modlin jusqu’à Sierock; et de là, selon les circonstances, j’abandonnerais aussi la presqu’île et me tiendrais à la rive droite de la Narew jusqu’à Rozan et Ostrolenka; ou bien je garde­rais le Bug depuis Sierock jusqu’à Brok. Il est donc convenable que le pont que vous ferez établir dans la presqu’île soit le plus près pos­sible de Sierock. Quant au pont de Sierock, comme il est suppléé par celui de Modlin, on pourrait se contenter du pont sur le Bug et du pont de Pultusk sur la Narew, et supprimer le pont de Sierock (si cela devenait nécessaire et qu’il fut sans aucune valeur) situé à Nieporent, c’est-à-dire placé sur les deux rives réunies.

Il sera convenable qu’après avoir fait vos dispositions vous alliez voir Sierock, Pultusk, Ostrolenka, les bords de l’Omulew, et que vous veniez jusqu’à Brok. Faites reconnaître la petite rivière de la Liwiec, qui pourrait servir d’avant-poste en cas que les avant-postes se trouvassent trop près du Bug.

Faites commander à Lublin 100,000 rations de pain biscuité, et répandez le bruit de votre arrivée de ce côté avec 100,000 hommes. Il faut faire toutes les démonstrations pour faire croire que vous allez vous réunir aux Autrichiens avec 100,000 hommes; mais le vrai est que votre mouvement sera inverse, ce que je ne vous confie que pour vous seul, et ce que je désire que vous teniez très-secret, sans le communiquer même à votre chef d’état-major.

Le 4e corps de cavalerie, qui doit porter son quartier général à une ou deux marches de Praga, pourra pousser des postes de cava­lerie légère jusque sur le Bug pour observer les mouvements de l’ennemi. Il est nécessaire que la grosse cavalerie ne dépasse pas la Liwiec. Ce corps sera toujours à même de manœuvrer selon mes projets généraux et de s’approcher du Bug et de la Narew, si je le juge convenable. Placez le quartier général du général Latour-Maubourg du côté de Stanislawow, où il pourra surveiller le chemin de Brzesc.

Faites-moi connaître le nombre de pontons que vous avez à vos trois corps. Ayez avec vous vingt jours de vivres en biscuit et pain biscuité, farines, sans toucher aux magasins généraux.

U est possible que le 6 juin je commence des mouvements de guerre, sans cependant être en guerre, vu que j’ai six ou huit jours de marche sur le territoire de Prusse ou du Grand-Duché.

Le pain que vous ferez faire à Lublin, pour votre prétendu mou­vement sur ce point, pourra servir au corps autrichien, que je ferai serrer probablement sur ma droite. Manœuvrez et placez vos postes de cavalerie légère comme si vous alliez en Volhynie. Envoyez des espions de ce côté, et faites préparer votre logement à Lublin.

Personne ne doit être dans votre confidence, pas même votre chef d’état-major.

 

Dresde, 27 mai 1812

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A DRESDE.

Monsieur le Duc de Bassano causera de cette note avec le chance­lier [3]M. de Hardenberg, chancelier de Prusse. Il lui fera comprendre que, comme politique, je me fie à la Prusse, et qu’il serait absurde de ne pas s’y fier; mais que, comme militaire, je ne puis laisser les places de Pillau et de Spandau dans d’autres mains que les miennes, et qu’il faut que je sois maître d’en changer la garnison tous les jours et toutes les fois que je le jugerai convenable; que mon premier sentiment avait été de demander la remise de ces places par le traité, mais que c’eût été une clause déshonorante pour la Prusse ; que les deux places sont d’ailleurs peu de chose, et que je trouve que le biais que j’ai pris est le plus con­venable; qu’il y a une chose simple à faire pour Pillau , c’est que le roi augmente son armée des 2,000 hommes de la garnison de cette place; qu’alors cette place se trouvant sans garnison, lorsqu’on mar­chera en avant, j’y mettrai celle qui conviendra; que ces 2,000 hom­mes feront plaisir au général Grawert et à toute l’armée prussienne, qui préférera être un peu plus forte qu’un peu plus faible, et que cet arrangement lèvera toute difficulté; que, quant à la place de Kolberg, il est nécessaire que le général qui y commande, indépendam­ment de fa garnison nécessaire à la défense de cette place qui doit rester dans son enceinte, ait à son ordre des colonnes mobiles avec de l’artillerie pour éclairer le pays et s’opposer à un débarquement, en ne cédant que devant des forces majeures et se retirant alors dans la place de Kolberg.

 

Dresde, 27 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il y a dans le royaume d’Italie plus de 30,000 hommes d’infanterie et de 2,000 chevaux.

La première division active que commande le général Fresia, dont le quartier général est à Trévise, est composée de deux brigades, savoir : la brigade du général Schill, formée de quatre bataillons du 13e de ligne, forts de 3,000 hommes et de deux pièces de canon, placée à Udine; et la brigade du général Zucchi, formée de quatre bataillons du 5e de ligne italien, d’un bataillon du 1er de ligne et d’un bataillon du 7e de ligne italien, ce qui fait six bataillons ou 4,000 hommes, placée à Padoue. Cette division, avec la 3e compagnie d’ar­tillerie italienne, 160 chevaux du train attelant six pièces de canon, et le 4e régiment de chasseurs italiens, fort de 600 chevaux, présente une force de 8,000 hommes. Prévenez de l’existence de cette division le général Bertrand, afin que, si Trieste était menacée, cette division puisse se porter à son secours. Donnez ordre en même temps qu’un escadron du 4e de chasseurs italiens soit placé plus à portée de Trieste.

Moyennant ces dispositions, Trieste et l’Illyrie n’ont rien à craindre. Il est important que le général Bertrand et les généraux qui comman­dent cette division s’entendent bien ensemble, pour ne pas attendre des ordres de Milan.

La 2e division active que commande le général Barbou est compo­sée d’une brigade, formée d’un bataillon du 4e régiment italien, d’un bataillon du 6e, d’un escadron du 1er de chasseurs italien et d’un escadron des dragons . Le 4e bataillon du 6e italien est à Sinigaglia. Laissez le général Barbou maître de l’y laisser, ou même de le mettre à Mantoue, s’il le juge nécessaire.

La 2e brigade de la 2e division active est composée de deux batail­lons du 112e que la Grande-Duchesse envoie à Bologne, d’où ils seront prêts à se porter sur Ancône ou sur tel autre point de l’Italie qui serait menacé.

Cette division doit être en mesure de se porter sur Rome, sur Venise, sur Ancône ou sur Gênes, selon les circonstances.

Indépendamment de ces forces, les places ont leur garnison; Palmanova à 1,500 hommes; Venise, 4,200; Legnago, 700; Mantoue, 3,000 hommes, etc.

Trieste me paraît beaucoup trop dégarnie, puisque deux bataillons français et les trois bataillons italiens sont en Dalmatie et à Raguse. Il serait bon d’avoir à Trieste un bataillon français. Avant que le 23e de ligne y soit arrivé , ce qui peut tarder, donnez ordre au général Schill d’y envoyer un bataillon français du 13e de ligne; ce qui, joint à l’escadron du 4e de chasseurs, qui sera placé sur l’Isonzo, et aux Croates, mettra cette place à l’abri de toute insulte. Faites éga­lement passer à Trieste deux compagnies d’artillerie française du 3e régiment, fortes chacune de 120 hommes, afin d’assurer ce point important.

 

Dresde, 27 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, envoyez à Bayonne, pour augmenter la réserve du général Lhuillier, le 3e et le 105e qui ont eu ordre de se rendre à Nantes.

Aussitôt que la 5e demi-brigade provisoire, composée des 6e ba­taillons des 26e, 66e et 82e et du 3e bataillon du 121e fort de plus de 200 hommes sera organisée, vous dirigerez cette demi-brigade sur Bayonne, où elle augmentera la réserve, puisqu’il y a dans la 12e division les cohortes qui se réunissent à la Rochelle, qui suffisent pour la garde des îles et des côtes.

Donnez ordre au général Dumuy qu’aussitôt que les cohortes seront habillées il les emploie à la défense des îles et du littoral de la Pro­vence, de sorte qu’on n’ait rien à craindre des tentatives de l’ennemi.

Donnez également ordre au général Miollis qu’aussitôt que sa cohorte sera formée il s’en serve pour garnir les points les plus im­portants des côtes.

 

Dresde, 27 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, j’ai ordonné au général d’artillerie de réunir à Elbing, bien attelés, deux équipages de pont, et de les faire conduire dans les premiers jours à peu près à la hauteur de Tilsit, ainsi que tout ce qui est nécessaire en cordages, ancres, etc., pour la construction d’un troisième pont avec les bateaux et les bois du pays ; l’existence de trois ponts est donc assurée. Le génie doit aussi avoir trois ponts sur pilotis, les cordages et les fers pour deux, les bois tout entiers pour un, avec les sonnettes et autres ustensiles pour pouvoir les construire rapidement. Mon intention est que vous donniez ordre au génie que ces équipages soient embarqués sans délai et se rendent à Elbing, d’où ils pourront suivre les mouvements de l’armée. Il est important que dans les premiers jours de juin tout cela soit réuni et en route. Écrivez au commandant du génie de s’entendre avec le gouverneur de Danzig pour l’embarquement et le départ du tout. Par ce moyen, j’aurai pour le Niémen trois ponts de bateaux et de plus trois ponts de pilotis.

Donnez l’ordre au roi de Westphalie, au vice-roi, au duc d’Elchingen, au duc de Reggio et au prince d’Eckmühl de vous envoyer sans délai l’état de tous les bateaux, nacelles, agrès, etc., qui sont à la suite de leurs corps d’armée. Il est nécessaire aussi que les Polonais attellent ce qu’ils ont de ces équipages. Demandez au commandant du génie l’état des bateaux, cordages, sonnettes, etc., qui se trou­vent avec les compagnies du train du génie, afin que j’aie l’ensemble de mes moyens sur cet objet.

 

Dresde, 27 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, donnez ordre au gouverneur de Danzig de réunir les vice-amiraux, les meilleurs capitaines et pilotes pratiques, afin de connaître au juste le tirant d’eau de la passe de Pillau et du Frische-Haff, et le cours ordinaire de la navigation de ce golfe et des canaux de Danzig et de Königsberg. Je désire qu’on me présente un projet pour construire sur un des points du Frische-Haff des bâtiments de guerre capables de défendre le Frische-Haff, la passe de Pillau et même de prendre la mer à Pillau.

 

Dresde, 27 mai 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde

Mon Cousin, envoyez un officier à Küstrin pour y attendre l’arrivée du général Roguet, et lui porter l’ordre d’arriver sur la Vistule par le plus court chemin et le plus tôt possible. Vous ferez connaître à ce général que le quartier général va se rendre à Osterode ; que sa division, en passant la Vistule, doit se diriger sur Guttstadt, et qu’il prenne plusieurs directions, afin que sa division arrive toute à la fois; qu’il consulte les forces de ses troupes pour ne point les fatiguer, et considère en même temps que, dans les premiers jours de juin l’armée devant entrer en grandes opérations militaires sur la Pregel, il serait agréable que sa division pût arriver de bonne heure. L’officier que vous enverrez vous rapportera la réponse du général Roguet, son itinéraire jour par jour et étape par étape, afin que l’on sache tou­jours où se trouve cette division.

Votre officier prendra aussi des renseignements sur l’équipage de siège qui se rend de Magdeburg à Küstrin, sur la quantité de munitions qui arrive de Magdeburg à Küstrin, et sur ce qui serait déjà passé.

 

Dresde, 28 mai 1812.

INSTRUCTIONS POUR L’ARCHEVÊQUE DE MALINES, AMBASSADEUR DE L’EMPEREUR PRES LE DUC DE VARSOVIE.

[4]Ces instructions, signées par le duc de Bassano, ministre des relations extérieures, ont été dictées par l’Empereur

Le roi de Saxe, par son décret du 26 de ce mois, a créé une sorte de gouvernement spécial du duché de Varsovie, et lui a conféré des pouvoirs extraordinaires pour tout ce qui tient à l’administration.

C’est auprès du duc de Varsovie, et spécialement auprès du gou­vernement qu’il a investi de son autorité, que M. l’archevêque de Malines aura à exercer ses fonctions avec le caractère d’ambassadeur de l’Empereur.

Ce gouvernement réside dans un conseil des ministres.

Le conseil des ministres a été créé par l’article 8 de la constitution; il a un président nommé par le roi hors des membres du ministère. Les affaires sont discutées dans ce conseil, pour être présentées à l’approbation du roi. Telle est son existence constitutionnelle, et telles sont ses attributions d’après la constitution.

Son existence et ses attributions ont été étendues par le décret du roi qui lui confère, dans les cas d’urgence que peuvent présenter les circonstances actuelles, toute la plénitude du pouvoir attribué par le statut constitutionnel au roi lui-même.

L’exercice de cette autorité doit être déterminé selon les circon­stances actuelles et selon les circonstances à venir.

Dans les circonstances actuelles, le conseil doit statuer sur tout ce qui concerne l’administration, et déférer aux demandes qui lui seront faites pour l’intérêt soit de l’entretien, soit de la conservation des armées alliées.

Quant à l’entretien des armées alliées, la première tâche qu’il doit s’efforcer de remplir avec activité, c’est de former des magasins et d’employer tous les moyens du pays pour faire concourir les ressour­ces qu’il présente à la subsistance des troupes et au bon état de tous les services.

Quant à la conservation des armées, il doit prendre toutes les mesures de haute police dont il serait requis à cet effet. Il doit aussi porter une attention et un zèle particuliers à tout ce qui concerne la bonne organisation, le recrutement, le complètement, l’armement, l’équipement et l’entretien de tous les corps et de tons les services de l’armée du duché.

L’ambassadeur de l’Empereur auprès de ce gouvernement a donc un premier devoir et un devoir immédiat à remplir, c’est de procu­rer l’exécution de tout ce qui importe à l’entretien et à la conserva­tion des armées alliées. Il doit à cet effet entrer dans tous les détails de l’administration du duché, dont il convient qu’aucun ne lui soit étranger. Il doit appuyer toutes les demandes qui seront faites par les autorités militaires françaises et en procurer la plus prompte exécu­tion. Il doit correspondre à ce sujet avec le major général de l’année et avec les généraux commandant en chef les corps qui la composent.

Les circonstances à venir, pendant lesquelles le conseil des mi­nistres aura à exercer son autorité, sont celles qui vont procurer à la Pologne son rétablissement comme nation et la réunion des membres de ce corps politique qui avaient été séparés par la violence.

Le conseil des ministres donnera la première impulsion, en con­voquant la diète par une proclamation ; il en a le pouvoir, puisque le roi lui a délégué tous les siens.

La diète convoquée, la confédération de la Pologne partira de son sein et selon le mode d’exécution qui sera indiqué ci-après. Le con­seil des ministres n’aura pas une partie nécessairement active dans l’insurrection; il doit la favoriser de toute son influence, de tous ses moyens; il doit surtout se consacrer particulièrement à l’administra­tion et remplir la tâche importante et difficile de maintenir l’ordre au milieu de l’insurrection même, de régulariser les levées, les arme­ments, la perception et l’emploi des ressources des pays confédérés. L’ambassadeur exercera sur cette partie des fonctions du conseil des ministres la même surveillance et la même direction supérieure dont l’exercice lui est confié dans la situation présente des choses.

Les développements dans lesquels on vient d’entrer ne compren­nent pas encore la partie de ses fonctions pour laquelle l’Empereur compte le plus sur son activité, sa sagacité et ses lumières. C’est pour tout ce qui tient au rétablissement et à la confédération de la Pologne qu’il aura à en faire usage, pour répondre aux vues de l’Empereur.

Son premier soin doit être de consulter les Polonais qui connais­sent le mieux la Pologne, son histoire, son caractère national, les hommes puissants et les dispositions des provinces actuellement occu­pées par la Russie. Après les avoir entendus et les avoir appréciés, il se composera une sorte de comité qu’il présidera et qu’il consultera sur les mesures les plus convenables et sur la marche à adopter pour donner une grande impulsion à la nation. Il se formera ainsi une opinion qui lui sera propre, et il pourra juger ce qui doit être con­servé ou modifié dans le plan qui va être tracé.

Le décret par lequel le roi a donné des pouvoirs extraordinaires au conseil des ministres serait d’abord publié. Il commencerait déjà à fixer l’attention des Polonais sur leur avenir. Le conseil des ministres convoquerait ensuite la diète, ainsi qu’il a été dit ci-dessus, par une proclamation rédigée de manière à exciter au plus haut degré l’atten­tion et la curiosité publiques. Il conviendrait, si cela était possible, que son ouverture eût lieu du 10 au 15.

Lorsque la diète serait convoquée, elle pourrait recevoir une péti­tion de Irait ou dix des personnages les plus considérables de la Pologne par leur nom et leur existence dans les provinces russes, tels que le prince Adam Czartoryski, l’ainé des Radziwill, le prince Jablonowski, etc., etc. Cette pétition devrait être écrite dans un style propre à faire déjà une vive impression.

Des motions seraient faites dans la diète pour demander que dans les circonstances actuelles de la patrie un comité, nommé dans le sein de la diète, fût chargé de proposer les moyens dont elles exigent l’emploi. Ce comité devrait être composé des hommes les plus dis­tingués et les plus influents ; il ferait un long rapport sur les mal­heurs de la Pologne, sur l’espoir de la renaissance de la patrie, etc. ; il proposerait de proclamer l’existence du royaume de Pologne et du corps de la nation polonaise, que la force seule a pu détruire. Il établirait que partout où des Polonais sont réunis ils ont, comme leurs pères, le droit de se confédérer pour le salut de la patrie. Il proposerait un décret pour déclarer la Pologne rétablie et pour con­stituer la diète en confédération de Pologne.

Les diétines du duché de Varsovie seraient sur-le-champ convo­quées pour adhérer à la confédération. Tous les sujets mixtes, tous les sujets des provinces russes seraient admis à se confédérer. Les diétines des provinces qui seraient encore occupées par les Russes, ne pouvant se réunir publiquement, pourraient adhérer secrètement et envoyer leur adhésion à Varsovie.

Le rapport du comité de la diète devrait être européen et polonais, mais en s’attachant à développer les basses intrigues, les violences qui ont causé la ruine de la patrie polonaise ; on ménagerait avec soin la Prusse et l’Autriche, qui, loin d’être opposantes, accèdent d’avance aux événements qui se préparent. Le rapport serait en entier dirigé contre la Russie.

Un des premiers actes de la confédération serait le rappel des Polonais, officiers ou soldats, qui sont au service des Russes.

Au moment où la diète se confédérerait, elle nommerait on maré­chal et un conseil de la confédération. Ce maréchal et ce conseil, dont le choix est extrêmement important, feraient quelques jours après leur proclamation.

La diète pourrait nommer aussi divers comités de confédération dans les différents palatinats. Ces comités feraient également des proclamations.

Les proclamations, les discours des membres de la diète, les décla­rations ou manifestes de chaque confédéré, etc., seraient imprimés, publiés et répandus avec profusion.

Ces diverses mesures et les autres dispositions que la connaissance plus parfaite du pays mettra dans le cas de proposer doivent être prises de manière à frapper fortement l’opinion. Il ne suffit pas d’une proclamation; il faut des actes multipliés. H faut tout à la fois des proclamations, des rapports à la diète, des motions des députés, et, s’il est possible, autant de discours, de déclarations et manifestes particuliers qu’il y aura d’adhésions individuelles à la confédération. Il faut enfin qu’on ait à publier chaque jour des pièces de tous les caractères, de tous les styles, tendant au même but, mais s’adres­sant aux divers sentiments et aux divers esprits. C’est ainsi qu’on parviendra à mettre la nation tout entière dans une sorte d’ivresse.

Les comités des divers palatinats enverront des agents partout pour colporter toutes les pièces imprimées et les faire pénétrer dans toutes les parties de la Pologne. Les Russes ne peuvent occuper l’im­mensité du pays. Il faut créer des intelligences sur leurs derrières, établir des foyers d’insurrection partout où ils ne seront pas en force, enfin les placer dans une situation semblable à celle où s’est trouvée l’armée française en Espagne et l’armée républicaine dans le temps de la Vendée et de la chouannerie. Ce mouvement doit être facile­ment imprimé, et doit devenir général aussitôt qu’il sera appuyé par un événement militaire de quelque importance. Il faut qu’alors toute la Pologne se trouve remuée et qu’elle entre tout entière en insur­rection. Les seuls ménagements à garder sont relatifs aux provinces encore autrichiennes. On doit éviter d’indisposer un allié qui va au-devant de ces opérations.

Comme ambassadeur, M. l’archevêque de Malines ne doit prendre aucune part ostensible à ces mouvements; mais il doit tout voir, tout savoir, tout diriger, tout animer.

Lorsque la confédération sera formée, elle enverra une députation à l’Empereur pour lui présenter l’acte de confédération et lui deman­der sa protection. L’Empereur répondra aux députés en louant les sentiments qui animent les Polonais. Il leur dira que ce n’est qu’à leur zèle, qu’à leurs efforts, à leur patriotisme, qu’ils peuvent devoir la renaissance de la patrie. Cette mesure, que l’Empereur se propose de garder, indique assez à son ambassadeur l’attitude qu’il doit avoir et la conduite qu’il doit tenir.

Ces développements suffisent pour lui faire connaître les trois objets que l’Empereur a en vue en lui confiant la mission dont il est revêtu.

Premier objet. Avoir à Varsovie une ambassade française qui, par son rang, son existence, sa maison, domine toutes les autorités, soit françaises, soit polonaises, civiles ou militaires. Un officier géné­ral, de quelque grade qu’il eût été, aurait dominé difficilement les généraux de son grade, les ministres et les grands du pays. Un ambassadeur y parviendra avec d’autant moins de peine que son caractère politique, son rang dans la hiérarchie ecclésiastique et son caractère personnel imposeront davantage. Sa maison doit être un centre où toutes les classes, tous les intérêts viendront aboutir. Il donnera à toutes les réclamations, à toutes les révélations et même à tous les conseils un organe naturel et convenable.

Deuxième objet. L’ambassadeur doit exercer non-seulement une grande influence, mais une autorité réelle sur l’administration. Il assiste aux séances du conseil. Son rang ne sera point contesté, puis­que son caractère l’autorise à ne céder le pas qu’aux têtes couron­nées et aux princes du sang. Ainsi placé, son influence s’exercera naturellement avec autorité et sans blesser aucun amour-propre. Rien ne s’opposera à ce qu’il s’immisce dans tous les détails : d’abord parce qu’on verra dans toutes ses démarches l’autorité de l’Empereur, et que toute résistance serait inutile; ensuite parce qu’il n’inquiétera l’ambition de personne. Il doit profiter de sa position, ainsi qu’on l’a déjà établi, pour que le duché soit aussi utile qu’il peut l’être à l’armée, et pour qu’il concoure, par toutes les ressources qu’il peut offrir, à cette guerre dont les suites seront si heureuses pour la Polo­gne. Le duché réclamait depuis longtemps une autorité centrale; elle existe pour le pays par le pouvoir en quelque sorte royal dont le conseil des ministres est revêtu; elle existe surtout par la présence de l’ambassadeur, qui réunira pour ainsi dire dans sa main les ministres, les généraux, les commandants, les ordonnateurs, etc.

Le troisième objet renferme tout ce qui tient à l’insurrection et à la confédération de la Pologne.

Il est un autre point sur lequel il convient d’entrer dans quelques détails. Le baron Bignon, résident de l’Empereur, avait établi un ser­vice pour se procurer des renseignements sur la composition, l’état de situation, remplacement et les mouvements des troupes. A l’aide de ces renseignements et des diverses correspondances ministérielles, on est parvenu à former l’état dont une copie est ci-jointe. M. l’am­bassadeur doit continuer ce travail et le regarder comme un des soins les plus importants qui lui sont confiés. Il en chargera spéciale­ment son premier secrétaire. M. Bignon lui fera connaître ses procédés et ses moyens. L’ambassadeur y donnera un développement plus grand encore. Les fonds nécessaires seront mis à sa disposition. I1 doit avoir une douzaine d’agents polonais sur les divers points des frontières, sur les routes, dans les pays voisins des provinces russes, et même, s’il est possible, dans le pays ennemi. Varsovie sera le point fixe et central où tout aboutira, et il s’établira de ce point une correspondance rapide avec le bureau qui suit ces opérations sous ma direction, au quartier général. Les habitants du pays, mis en mou­vement avec habileté, interrogés avec discernement, doivent fournir à l’ambassadeur une récolte utile et abondante.

Il se mettra aussi en rapport avec les préfets et sous-préfets de la frontière, avec les autorités autrichiennes à Lemberg, avec les am­bassadeurs de France à Vienne et à Constantinople, avec les consuls de l’Empereur à Jassy et à Bucharest. Il les invitera à correspondre avec lui et à lui communiquer tout ce qui peut faire connaître les projets et les mouvements de l’ennemi sur les divers pays où peuvent s’é­tendre ses opérations.

M. le baron Bignon aura l’ordre de rester à Varsovie tout aussi longtemps que l’ambassadeur aura besoin de recevoir de lui les ren­seignements locaux dont il a une parfaite connaissance. M. l’am­bassadeur aura à choisir un interprète polonais et un interprète russe. M. Bignon pourra le diriger dans ce choix, qui est d’une grande importance.

Les quatre auditeurs attachés à son ambassade sont versés dans plusieurs parties de l’administration; ils seront pour l’ambassadeur des espèces de chefs de bureau pour les divers services. (MM. Victor de Broglie, Aubernon, Amédée de Brevannes et Brunet de Panat, auditeurs au Conseil d’État, avaient été nommés, par décret du 28 mai 1812, auditeurs d’ambassade attachés à l’ambassade de Varsovie.)

L’ambassadeur, à son arrivée à Varsovie, fera connaître au con­seil des ministres le caractère dont il est revêtu. Il fera procéder à son installation. Il entrera immédiatement en fonctions, mais il ne laissera rien imprimer avant d’avoir reçu de nouveaux ordres.

Il emploiera les dix premiers jours du mois de juin à monter sa maison, et il attendra jusqu’au 15 pour recevoir les autorités, la noblesse (mot illisible) avec les cérémonies d’usage.

 

Dresde, 28 mai 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie la correspondance d’Espagne.

Écrivez au général Lhuillier d’avoir l’œil sur Saint-Sébastien et d’avoir toujours 3,000 hommes dans la main pour les diriger sur cette place, si elle avait besoin d’être secourue.

Il est nécessaire d’avoir beaucoup de monde à Bayonne; activez la marche du 3e et du 105e et de la 5e demi-brigade provisoire sur Bayonne. Tenez là deux généraux de brigade, afin que le général Lhuillier puisse toujours disposer de beaucoup de forces, pour être en mesure d’agir selon les circonstances. Réunissez un millier d’hommes de cavalerie, tirés des dépôts de l’armée d’Espagne, et dirigez-les, formés en régiment de marche, sur Bayonne. Prenez dans les dépôts du Midi de quoi former et atteler une batterie de six pièces de canon.

Prescrivez au général Lhuillier de tenir ses troupes dans la vallée de Bastan, à Bayonne, à Saint-Jean de Luz et à Irun, en les nour­rissant bien, les baraquanl, les formant et en les exerçant.

 

Dresde, 28 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, faites connaître au général d’artillerie que je viens de donner au ministre de la guerre l’ordre de porter au nombre de vingt les compagnies d’artillerie destinées à faire le service sur les derrières de la Grande Armée. Treize existent à Magdeburg, dans les places de l’Oder, à Danzig, à Spandau, à Pillau, à Marienburg, à Erfurt; sept compagnies sont donc à envoyer, lesquelles seront destinées, savoir : une nouvelle pour Spandau, une nouvelle pour Pillau, à placer à la pointe du Nehrung pour battre la passe du côté de Danzig, une pour Thorn, enfin quatre pour suivre l’armée et occuper les ouvrages qui seront faits jusqu’à la Pregel, où se trouvera l’armée.

J’ai ordonné au ministre de la guerre de recruter les compagnies d’artillerie employées à l’armée, à 120 hommes les compagnies à pied, et à 100 hommes les compagnies à cheval. Recommandez au général d’artillerie de ne laisser aucune compagnie du 9e régiment d’artillerie seule. Celle qui est à Spandau peut rester, parce qu’il va y être joint une autre compagnie française. Celle qui est à Marienburg peut y rester à cause du peu d’importance de cette place. Si elle acquérait de l’importance, on enverrait la compagnie du 9e à Danzig et on la remplacerait à Marienburg par une compagnie qu’on tirerait de Danzig.

 

Dresde, 28 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez à l’intendant général que toute la réserve des hôpitaux, sans en rien distraire, doit être dirigée sur Danzig. C’est là que tous les moyens en hôpitaux et en habillement doivent être réunis.

 

Dresde, 28 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, mon intention est que la 7e division soit organisée de la manière suivante, savoir : 4 bataillons du 5e régiment polonais, 4 bataillons du 10e, 4 bataillons du 11e, 2 bataillons de Saxons et 2 bataillons bavarois; total, 16 bataillons formant trois brigades.

Les trois bataillons westphaliens, les deux bataillons de Wurtem­berg, tiendront garnison à Danzig, à la pointe de Nehrung, à Marien­burg et à Pillau. En conséquence, le prince d’Eckmühl donnera ordre au 2e bataillon saxon de Rechten de rejoindre le 1er bataillon, et au 1er bataillon wurtembergeois de le remplacer à Danzig. Il placera un bataillon westphalien à Pillau, à la pointe de Nehrung, un à Königsberg et le troisième à Marienburg.

 

Dresde, 28 mai 1813.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl que, comme j’arrive, il faut qu’il ne fasse rien pour Pillau qu’y envoyer un petit nombre d’hommes, cela a l’air de vouloir s’emparer de la place; qu’il a mal compris mon ordre, qu’il ne devait occuper Pillau que lorsque le corps prussien n’y serait plus, qu’alors tous les ordres pour cela seraient donnés; qu’au lieu de cela, il a fait un tapage inutile, ce qui a humilié les Prussiens et fait un mauvais effet. Répétez-lui qu’à pré­sent que je suis à l’armée il ne fasse rien là-dessus.

 

Dresde, 28 mai 1812.

NOTE POUR LE PRINCE MAJOR GÉNÉRAL, À DRESDE.

Le major général écrira au commandant de l’artillerie que j’ai ordonné que l’équipage de siège descendît sur ses bateaux jusqu’à Elbing, pour suivre sur le Frische-Haff le mouvement de l’armée; mais cet équipage ne doit partir d’Elbing que lorsqu’il recevra un ordre spécial.

Il doit également y avoir, rendu à Elbing et embarqué, un attirail de cordages, d’ancres et de tout ce qui est nécessaire pour construire un pont avec des bateaux du pays.

On embarquera tous ces matériaux s’il n’est pas possible de les atteler. Il doit y avoir, embarqués sur le Frische-Haff, deux équi­pages de pont sur pilotis ; il est nécessaire qu’avant le 6 ils soient à Elbing sur des bateaux prêts à mettre à la voile.

20,000 quintaux de farine, 2,000 quintaux de riz et 500,000 rations de biscuit doivent être prêts à mettre à la voile d’Elbing le 6 au plus tard. Enfin l’équipage de siège du génie doit également être prêt à partir avec l’équipage d’artillerie.

Écrire au général Rapp qu’il est nécessaire qu’il veille à ce que tous les ordres suivants soient ponctuellement exécutés.

Artillerie. — L’artillerie doit avoir mis en marche deux équipages de pont avec bateaux et un équipage attelé, qui doit être rendu à Elbing dans les premiers jours de juin; des cordages, des ancres, des fers pour un équipage de pont à faire avec des bateaux du pays, lequel doit être attelé, s’il est possible, et, s’il n’est pas possible, il faut l’embarquer à Elbing sur le Frische-Haff.

Génie. — Le génie doit avoir de quoi construire deux ponts sur pilotis, avec sonnettes et tout ce qui est nécessaire ; cela doit être embarqué.

Subsistances. —20,000 quintaux de farine, 500,000 rations de biscuit, 2,000 quintaux de riz, doivent être embarqués à Elbing. Tout cela formera le premier convoi. Ce premier convoi doit être prêt à partir d’Elbing dans les premiers jours de juin. Le contre-amiral Baste sera chargé de l’organiser et de l’escorter.

Deuxième convoi. —Équipage de siège de Danzig, équipage de siège du génie. Cet équipage de siège doit être, au plus tard le 6 juin, embarqué sur le Frische-Haff à Elbing et prêt à partir.

Enfin 20,000 quintaux de farine, 2,000 quintaux de riz et 500,000 rations de biscuit.

Le deuxième convoi sera également sous les ordres du général Baste et ne partira que sur un ordre exprès ; mais il faut que le pre­mier puisse mettre à la voile le 6, et le deuxième, au plus tard, le 8 ou 9, et cela d’Elbing. Le major général écrira dans ce sens au prince d’Eckmühl, aux généraux de l’artillerie et du génie, à l’in­tendant général, au général Rapp et au contre-amiral Baste, qui doit organiser des péniches pour escorter ces convois.

Le major général fera connaître au général de l’artillerie qu’il serait nécessaire d’ajouter à ces convois une certaine quantité de cartouches d’infanterie et de coups de canon, surtout 4e 12 et d’obusier, vu qu’il est probable que ces pièces seront employées dans le premier moment pour le passage des rivières. Mais il est nécessaire qu’il me fasse un rapport là-dessus pour que j’approuve les mouvements d’artillerie sur Königsberg. Il serait naturel de préférer Pillau, vu que c’est une place forte.

 

Posen, 31 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen.

Mon Cousin, je vous renvoie une lettre de l’intendant général à laquelle je ne comprends rien. Je suppose qu’il n’a pas voulu dire que les ambulances des divisions seraient débarquées : cela serait si fou que je ne puis croire qu’il ait donné un pareil ordre. Les quatre caissons d’ambulance nécessaires par division ne peuvent être embarqués ; mais le reste, comme amas de linge, amas de matelas, effets d’équipages militaires, qu’on m’a dit à Paris devoir occuper 150 caissons, doit être embarqué sur la Vistule et envoyé à Danzig pour laisser les caissons disponibles pour le transport du pain. Ne perdez pas un moment pour rectifier ces ordres, et prévenez-en les maréchaux ; car ce serait un grand malheur si Ton avait désorganisé les ambulances.

 

Posen, 31 mai 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Posen.

Mon Cousin, je vois avec surprise que le général Delaborde, au lieu de partir le 24, n’est parti que le 28. Mandez-lui de brûler le séjour de Slolpe et de diriger la marche de son infanterie de manière à arriver le 8 juin à Dirschau ; de brûler également le séjour de Konitz pour sa cavalerie, et de la faire marcher de manière à arriver le 7 ou, au plus tard, le 8 à Dirschau.


 

References

1entre autres un ouvrage de M. de Plotho sur l’organisation de l’armée russe
2dépêche télégraphique
3M. de Hardenberg, chancelier de Prusse
4Ces instructions, signées par le duc de Bassano, ministre des relations extérieures, ont été dictées par l’Empereur