Correspondance de Napoléon Ier – Mai 1811

Rambouillet, 15 mai 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, mandez au baron Bourgoing, à Dresde, et au ministre de Saxe, ici, que je ne trouve aucun incon­vénient qu’on garde Zamosc; qu’il faut qu’on travaille sans cesse à mettre cette place en état, qu’on l’approvisionne pour cinq mois, avec la clause de ne toucher aux approvisionnements que lorsque la place sera investie de tous côtés, et qu’on y mette un bon commandant d’artillerie et un bon commandant du génie.

Mandez à mon résident à Varsovie combien ces bruits du rétablis­sement de la Pologne par les Russes sont ridicules.

Voyez le baron la Bouillerie pour savoir quels sont les payements à faire par la Saxe qui sont en retard, et combien il y a de billets qui écherront l’année courante. Je ne serais pas éloigné de convertir, tout cela en emprunt. Le ministre de Saxe n’a point encore fait de demande pour l’emprunt; aussitôt qu’il l’aura faite, voyez le comte Mollien pour qu’il avance deux millions.

Écrivez à mon ministre en Suisse qu’il est urgent que les régiments suisses soient complétés, et de traiter la question de la répartition des contingents entre les différentes communes.

Assurez-vous auprès du prince Poniatowski si le général Bertrand lui a remis les projets des travaux de Modim. Écrivez à mon résident à Varsovie que je désire beaucoup qu’on travaille à faire les trois forts en terre.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai chargé le ministre de la guerre de voir le prince Poniatowski et de lui communiquer un décret que j’ai pris pour former un 4e bataillon an 5e régiment polonais qui est à Küstrin et aux 10e et 11e régiments qui sont à Danzig, et pour organiser une division polonaise de ces trois régiments d’infanterie et du 9e de cavalerie polonais. J’ai écrit là-dessus au roi de Saxe, et je lui ai demandé de plus qu’il fut ajouté une 19e compagnie pour le dépôt à chacun des onze régiments d’infanterie polonais.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Vos commissaires de police d’Anvers et de Boulogne inquiètent toute la France pour des bêtises. Il faut qu’ils vous adressent tout ce qui vient à leur connaissance, mais non que, sous prétexte d’être bien informés, ils fassent des circulaires aux commandants militaires, pour leur dire, par exemple, que 30,000 hommes vont tomber sur l’Escaut. Ordonnez-leur que, sous aucun prétexte, ils ne communiquent rien à personne. C’est justement ce que veulent les Anglais, faire courir des bruits qui tiennent tout en mouvement.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre,  M. Daru vous envoie un décret sur l’organisation d’une division polonaise des 5e, 10e et 11e régiments d’infanterie et du 9e de cavalerie polonais, et sur l’augmentation d’un 4e bataillon aux 5e, 10e et 11e régiments d’infanterie. Vous trouverez ci-joints des états qui vous feront connaître ce que cela coûtera. Parlez-en au prince Poniatowski pour qu’il donne des ordres pour la formation des 4e bataillons. Vous lui direz que j’en écris au roi de Saxe, dont il prendra les ordres avant de rien exécuter de ce qui concerne le grand-duché de Varsovie.

 

Rambouillet, 15 mai 1811

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, je réponds à votre lettre du 5 mai (bureau des hôpitaux). J’approuve ce que vous jugez nécessaire de faire pour mettre la partie des ambulances qui concerne le corps d’observation de l’Elbe en état d’entrer en campagne; vous pouvez donner les ordres convenables.

Il n’en est pas de même des corps d’observation du Rhin et d’Italie. Je désire que vous réunissiez chaque chose au lieu où elle se trouve, savoir : à Mayence ce qui est à Mayence, à Metz ce qui est à Metz, à Paris ce qui est à Paris, à Strasbourg ce qui est à Strasbourg, à Passau ce qui est à Passau, à Ulm ce qui est à Ulm; et que cela fait, vous preniez mes ordres et ne fassiez aucun mouvement ni dé­placement, qui ne manqueraient point de contrarier mon plan général.

Même observation pour ce qui fait partie du corps d’observation d’Italie : réunir à Vérone ce qui est à Vérone, à Milan ce qui est à Milan, à Alexandrie ce qui est à Alexandrie, à Gènes ce qui est à Gènes, à Laybach ce qui est à Laybach. Ne faites pour ce corps, comme pour celui du Rhin, aucun mouvement sans avoir reçu mon ordre, parce que la direction du corps d’observation d’Italie n’est pas encore claire.

 

Rambouillet, 16 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 15 mai. Vous me répondez, pour vous justifier de ce que quinze gendarmes restent sans armes dans l’île de Walcheren, que vous avez donné l’ordre. Il vaudrait mieux n’avoir pas donné d’ordre et que ces hommes fussent armés. Lorsque vous donnez des ordres, prenez des mesures pour qu’ils soient exécutés et punissez ceux qui commettent une faute aussi grave. Pourquoi renouveler un ordre ? Un ordre doit toujours être exécuté ; quand il ne l’est pas, il y a crime, et le coupable doit être puni. Les rênes d’un ministère de la guerre doivent être tenues d’une main plus ferme que cela.

Le chef de bataillon Balzon n’est pas à Sud-Beveland. Il faut faire une enquête là-dessus et le traduire à une commission militaire si le fait est vrai, ne se fût-il absenté que vingt-quatre heures.

J’approuve la nomination du capitaine Guettrel pour commandant d’armes à Nord-Beveland.

Donnez-moi l’état des services du général de brigade Charnotet, qui est à Flessingue. Il faut dans ce poste un homme capable et sûr.

Présentez-moi un décret pour mettre un adjudant capitaine dans la place de Tholen, un à Schouwen et un dans l’île de Nord-Beveland.

 

Rambouillet, 16 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je crains que vous ne vous occupiez pas assez du 33e régiment d’infanterie légère. On m’assure qu’il y a un grand nombre de femmes à la suite de ce régiment. Faites-moi connaître ce qui en est. Il ne faut garder que le nombre de femmes prescrit par l’ordonnance et renvoyer les autres. Ce régiment a besoin de toute votre attention.

 

Rambouillet, 17 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Hambourg

Mon Cousin, je vois avec plaisir que les régiments de vos trois départements vont bientôt être formés. Il faut les compléter à cinq bataillons, comme nos régiments français, et, s’il est possible, faire marcher à la fin de l’année les quatre bataillons au lieu de trois. Je crois avoir nommé les colonels, majors et chefs de bataillon. Mon intention n’est pas de mettre des conscrits français dans ces régiments, je ne le puis pas ; mais j’ai le projet de les compléter avec la con­scription du pays. Je compte lever au mois de juillet dans vos trois départements la conscription de 1810. Elle doit produire 6 ou 7,000 hommes; ce qui complétera vos régiments de 10 à 11,000 hommes, en ayant soin qu’un tiers des officiers soit des Français tirés de nos anciens régiments, qu’un tiers soit des Français sortant du service d’Autriche et venant du dépôt de Passau, et que le dernier tiers soit des officiers des troupes du pays. Avec cela on doit avoir un très bon régiment. Faites-moi connaître les officiers qui sont nommés et si mes intentions là-dessus sont remplies.

 

Rambouillet, 17 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie la copie de ma lettre au roi de Saxe sur la formation d’une division polonaise à Danzig, sur l’organisation de l’armée du Grand-Duché et l’addition d’une 19e compagnie aux onze régiments d’infanterie composant cette armée.

 

Rambouillet, 17 mai 1811

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté un décret que je viens de prendre pour qu’elle autorise son ministre de la guerre et son ministre des finances à faire les dispositions nécessaires pour son exécution.

Le 5e régiment restera pour le moment à Küstrin ; je prendrai des mesures pour le  réunir à Danzig aux 10e et 11e; en attendant, le 4e bataillon de ce régiment peut être formé à Danzig. La division qui sera formée de ces trois régiments sera la quatrième division de l’ar­mée du Grand-Duché. Il reste dans le Grand-Duché onze autres régiments d’infanterie; je pense qu’il faut en former trois divisions, savoir : une division de quatre régiments, la seconde de quatre régiments et la troisième de trois régiments. On y joindra deux régiments de cavalerie, et l’on fera commander chaque division par un général de division, trois généraux de brigade et un adjudant commandant, un.   

Chaque régiment aura deux pièces de canon servies par sa compagnie d’artillerie.   Indépendamment  de cette  artillerie,  chaque division aura une compagnie d’artillerie à cheval servant deux obusiers, quatre pièces de 6, et une compagnie d’artillerie à pied servant deux obusiers et six pièces de 6 ; total, vingt à vingt-deux bouches à feu par division. Les trois divisions auront une compagnie de sapeurs avec ses outils.  Il restera neuf régiments de cavalerie, qui formeront trois brigades de trois régiments chacune. Il y aura au parc deux divisions d’artillerie de réserve de huit pièces de canon chacune servies par l’artillerie à pied. La deuxième division détachera un de ses régiments pour la garnison de Zamosc. En cas qu’on abandonne la ligne de la Vistule et qu’on garde Modlin, la 2e division fournirait un de ses régiments pour la garnison de Modlin. La garnison de Thorn, en cas que cette place dût être gardée, serait fournie9 selon les circonstan­ces, ou par la 4e division ou par la 2e. En cas qu’on opérât en avant de la Vistule, les dépôts de l’armée polonaise et de l’armée française suffiraient pour fournir les garnisons de Thorn et de Modlin.

Voilà l’organisation que je désire que Votre Majesté donne à son armée. Le prince Poniatowski pourrait avoir le commandement des 1e, 2e et 3e divisions de la réserve de cavalerie. La 4e division, qui se réunit à Danzig, ferait partie immédiate du corps commandé par le prince d’Eckmühl. Voilà les dispositions provisoires; les autres seraient prises selon les circonstances. On pourrait donc supposer que le corps du prince Poniatowski serait composé en ligne de 22,000 hommes d’infanterie et de 10,000 hommes de cavalerie, et de soixante et dix-huit bouches à feu; ce qui avec l’artillerie ferait un corps de 30,000 hommes, qui serait porté à 46,000 hommes par la division à ma solde. Dans ces calculs je ne comprends point le régiment qu’on suppose détaché à Zamosc.

Peut-être Votre Majesté pensera-t-elle qu’il conviendrait de former une 19e compagnie aux onze régiments d’infanterie du Grand-Duché et de la compléter à 200 hommes, afin d’avoir au dépôt des moyens de recruter les régiments. En faisant cela, on aurait onze compagnies de plus, formant plus de 2,000 hommes, qui pourraient servir aux garnisons de Modlin ou de Thorn, lorsque ces places seraient couvertes par l’armée; et l’on aurait les moyens d’alimenter un peu la corps, vu que ces compagnies pourraient être portées à 3 ou 400 hommes, lorsque les circonstances l’exigeraient.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie une note que j’ai dictée sur la défense de Corfou en général et particulièrement sur l’importance de la position du mont Supérieur, où l’on doit établir le fort Desaix. C’est sur cette position que repose tout le système de défense de l’île.

J’approuve la redoute (modèle A) bastionnée, proposée par le comité pour la défense de l’île d’Aix.

NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU.

Rambouillet, 19 mai 1811,

Le comité n’a pas bien senti mon idée. Dans la position actuelle de Corfou, la défense est appuyée à droite au fort Abraham, et à gauche au port de Paléopolis. C’est un développement de plus de 1,200 toi­ses. L’ennemi pourra établir trois attaques; ce sont donc trois points à défendre : la presqu’île de Chrysopolis et le fort San-Salvador, qui forment la gauche, le fort Saint-Roch, qui est le centre, et le fort Abraham, à droite. Par l’occupation du mont Troïlo (Le mont Troïlo, dit aussi le mont  Supérieur), l’ennemi do­mine le fort Abraham et le fort Saint-Roch à 300 toises, et du mont Sainte-Hélène il domine le fort San-Salvador à 350 toises. Quant au camp retranché de la presqu’île de Chrysopolis, les ouvrages sont si faibles qu’on n’en parle pas. Le jour donc où l’ennemi sera établi sur le mont Troïlo et sur le mont Sainte-Hélène et qu’il y aura formé sa ligne de contrevallation, la garnison de Corfou, fut-elle égale au nombre de l’armée assiégeante, sera forcée de rentrer dans ses ouvrages et n’aura plus à opposer que la force d’inertie de ses murailles. Elle finira donc par succomber en très peu de temps, ou se rendra à des forces égales ou à peu près égales aux siennes.

De là l’idée de choisir un point qui mette la ville et les établisse­ments militaires à l’abri d’un bombardement. C’est sur ce seul point que doit se centraliser tout le système de défense, et il doit être déter­miné de manière qu’il soit impossible à l’ennemi de faire aucune attaque sans auparavant s’en être emparé. Le mont Supérieur réunit ces avantages. En portant donc toute la défense sur le mont Supé­rieur, il en résultera que ni le fort Abraham, ni le fort San-Salvador, ni la presqu’île ne peuvent être attaqués. Il faut que l’ennemi s’em­pare du fort Desaix avant de s’approcher. Le fort Desaix avec des ouvrages en terre sera plus fort que les autres, quoique revêtus de maçonnerie; il pourra servir de point d’appui aux lignes de contre-approches, et enfin, ce fort pris, les ouvrages permanents de la place ont encore toute leur force. Cela étant, il ne faut point tracer au mont Supérieur un fort de petites dimensions, comme celui que pré­sente le comité; il faut un tracé en grand, qui offre une grande défense, et que l’on puisse augmenter successivement les ouvrages pendant cinq ans et même pendant dix. La position est belle, il faut y adapter toutes les ressources de l’art : c’est par ce secours qu’on peut obtenir de grands résultats.

Avant d’aller plus loin, on s’arrêtera à l’idée principale, que l’en­nemi ne doit pas cheminer sur Corfou avant d’avoir pris le fort Desaix. On ne discutera pas la marche de l’ennemi sur le fort Abraham, car il lui est impossible de passer sans que les tranchées ne soient plongées et enfilées du mont Supérieur. Il est plus probable qu’il se diri­gera contre les ouvrages qui forment la presqu’île; mais alors on pourra s’avancer par des lignes de contre-approches et forcer l’ennemi à cheminer sous des feux de flanc très meurtriers, ce qui arrêtera nécessairement la marche de ses attaques. Ces lignes de contre-approches doivent se rattacher au fort Desaix et lui donner toute la sphère d’activité possible. Le comité devra les tracer dans les deux hypothèses, soit que l’ennemi cherche à cheminer sur les monts Viglia et Olivetto, soit qu’il se dirige sur la presqu’île. Ce tracé servira d’indication au gouverneur de l’île et aux officiers du génie pour tons les moyens de défense.

Le fort Desaix doit être une double couronne qui sera plongée du mont Supérieur et qui doit être tracée sur les collines en avant, mais de manière à ne pas être dominée. Les fronts seront de la dimension ordinaire des grands tracés, et les profils les mêmes que ceux des places fortes. Il y aura de bons chemins couverts avec places d’armes et réduits casemates, enfin des demi-lunes et des contre-gardes. Le plateau du mont Supérieur doit être à la fois le réduit et le cavalier de cette double couronne. Il faudra y établir deux rangs de batteries, de sorte que l’ennemi soit plongé à 400 toises, à 300, enfin jusqu’au pied de la couronne, et que, s’il parvient à s’en emparer, il en soit chassé par le feu de ces batteries. Il faut aussi occuper le mont Mamalus de manière qu’il concoure à la défense d’une partie de la double couronne.

En supposant que cette année on établisse la couronne avec son chemin couvert et le réduit du mont Supérieur, on pourra l’année prochaine construire les demi-lunes et les contre-gardes; une autre année on pourra commencer à revêtir ce qui sera jugé le plus utile.

Ainsi l’ennemi sera obligé d’attaquer le fort Desaix, et alors on n’aura qu’une seule attaque au lieu de trois à surveiller. On se ser­vira des lignes de contre-approches pour défendre les flancs, dans le cas où l’ennemi, masquant les feux du fort Desaix, voudrait chemi­ner sur le mont Olivetto ou sur la presqu’île.

Le fort Desaix aura sur les forts Abraham et San-Salvador l’avan­tage d’un bon tracé, qui, au lieu d’être dominé par les hauteurs à 2 ou 300 toises, ne sera dominé par rien; qui, au contraire, domi­nera toute la campagne, et enfin aura derrière lui un cavalier, à côté un fort sur la colline Viglia, et le mont Mamalus pour défendre sa gorge. Tant d’avantages pourront encore être augmentés et rendront la place susceptible d’une défense proportionnée aux forces respec­tives des deux armées. Les lignes de contre-approches ne seront donc plus destinées à empêcher l’ennemi de cheminer sur la place, mais bien sur le fort Desaix. Ce dernier avantage, qui seul, le débarque­ment effectué, peut sauver Corfou, est l’effet nécessaire de la bonne position du fort Desaix. Dans les forts situés en avant des forts Abra­ham et San-Salvador on ne pourrait obtenir aucun de ces résultats. Le fort Desaix, au lieu d’affaiblir la garnison, l’économise. Dans l’état actuel, l’occupation des forts Abraham, Saint-Roch, San-Salvador et de la presqu’île exige beaucoup de monde. La garnison peut être attaquée sur tous les points et le serait indubitablement ; l’ennemi arrivera avec tous les moyens nécessaires; il faut donc que la garnison ait aussi tous les moyens de repousser ces différentes attaques; ce sera par l’occupation du fort Desaix. 7 à 800 hommes suffiront pour sa garnison, et l’on pourra camper derrière le fort une grande partie des autres troupes pour se porter où besoin sera.

Corfou a aujourd’hui cinq bataillons français, qui, avec les sa­peurs et les canonniers, font 5,000 hommes; un bataillon italien, 1,000 hommes; le reste des troupes monte à 1,500 hommes. Corfou a donc aujourd’hui près de 8,000 hommes de troupes françaises et italiennes. On ne comprend pas dans ce nombre les 2,000 Albanais ou Sept insulaires. Avec ces forces on peut occuper les monts Viglia et Olivetto, et fortifier l’île de Vido de manière que 500 hommes y soient à l’abri de toute attaque. Corfou recevra d’ailleurs trois autres bataillons; il est abondamment pourvu en artillerie et en munitions; il y a une grande quantité d’outils, et l’on en enverra encore cet automne. Ainsi, à moins que l’ennemi n’ait des forces très considé­rables, on pourra ouvrir les lignes de contre-approches en avant du fort Desaix.

Le système qu’on a établi est fautif; c’est à un seul point qu’il faut faire centraliser toute la défense; ce point existe, c’est le mont Supérieur. Sans doute que, le fort Desaix pris, ce serait le mont Mamalus et le mont Olivetto qui formeraient la deuxième ressource de la garnison et qui pourraient prolonger la défense de la place; il aurait pour troisième ligne de défense les forts Abraham, Saint-Roch et San-Salvador; après ce serait l’enceinte de la place, et enfin la citadelle. Ce sera donc cinq défenses successives qui toutes se resserreront en raison des pertes de la garnison. Il importe beaucoup à l’honneur du commandant et à la gloire des armes françaises de prolonger la défense. On doit tenir jusqu’au dernier moment, sans calculer si l’on sera secouru ou non. Se rendre un jour plus tôt est un crime militaire. Un commandant ne doit voir que sa place, et en prolonger la défense sans chercher aucune raison politique. Ainsi le plus ou le moins de temps que l’ennemi emploiera à assiéger Corfou, le plus ou le moins de pertes qu’il y fera, le plus ou le moins d’hon­neur qu’acquerra la garnison, tout cela tient à la durée de la défense; mais le succès dépend éminemment de la position dominante du fort Desaix.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre qu’il soit placé deux pièces de campagne à la bat­terie d’Agay ou à la batterie de la Baumette, département du Var. Ces deux pièces de canon seront destinées à suivre les mouvements des chaloupes ennemies qui viennent se cacher entre les rochers pour prendre les caboteurs.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous répondrez au général Gilly, com­mandant l’île de Walcheren, que vous désapprouvez qu’il ait mis à la disposition de la marine 900 hommes du régiment de Walcheren pour les travaux de Flessingue; qu’il ait à les reprendre et à les réincorporer dans le régiment; qu’avec ces 900 hommes il se trouve avoir 6,600 hommes, indépendamment de ce qu’il a reçu dans le courant de mai; qu’il doit avant tout garder quatre bataillons, au moins 3,000 hommes, sous les armes pour la défense de l’île, les tenir campés, les visiter et soigner leur instruction, en accordant des primes et des encouragements aux officiers, en annonçant que l’Em­pereur visitera dans le courant de l’été les travaux de Flessingue, et que, s’il trouve que le régiment de Walcheren soit en bon état, il enverra les officiers qui auront eu le plus de part à cette améliora­tion à l’armée d’Allemagne. Vous le préviendrez de l’envoi que vous faites de 150 sous-officiers. Le régiment de Walcheren doit donner 1,800 hommes aux douze cadres des compagnies destinées aux îles de Goeree et de Schouwen, et 1,600 aux cadres de l’armée d’Alle­magne. Il ne doit plus rien donner à la marine. Si donc ces deux détachements étaient fournis, cela ferait 6,600 hommes; il manque­rait au régiment 12 à 1500 hommes pour tout ce qu’il a à fournir. Comme il doit recevoir encore 6,000 hommes, rien n’empêche le général Gilly, jusqu’à ce qu’il en ait reçu un nombre suffisant, de ne donner aux cadres des compagnies des îles de Goeree et Schouwen que 100 hommes au lieu de 150 (aux cadres qui ne seraient pas encore partis). Comme les cadres des compagnies de l’armée d’Alle­magne ne partiront de Walcheren qu’à la fin de juin, il peut se servir d’une partie des officiers pour discipliner et former ces hommes, jusqu’à ce qu’il ait reçu le nombre d’hommes nécessaire pour com­pléter le régiment de Walcheren, fournir les 1,800 hommes aux douze cadres des îles de Goeree et de Schouwen, les 1,600 hommes aux cadres de l’armée d’Allemagne, 400 hommes aux cadres des bataillons de sapeurs, 280 hommes aux cadres des deux compagnies d’artillerie; total, 8,000 hommes; ce qui, avec 1,000 malades, fera 9,000 hommes, et il doit en recevoir 12,000. Écrivez-lui de vous envoyer l’état de recrutement du régiment et sa composition en hommes par départements. Autorisez-le à donner des gratifications aux officiers qui s’occupent le plus de l’instruction et à leur promettre que ceux qui se distingueront passeront dans d’autres régiments.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous prie de me faire connaître votre opinion sur le projet de décret suivant :

1° Tous les ports de la Méditerranée, depuis et compris Nice jusqu’à Terracine, sont du département de notre ministre de la marine.

2° Tous les ports de Corse et de Corfou font partie da départe­ment de la marine.

3° Tous les ports de la mer du Nord, compris Anvers et Flessingue, Hambourg et Lubeck, sont dans le département de la marine.

4° Les capitaines des ports, les travaux relatifs aux réparations, tout ce qui est du ressort de la police, les phares, sont du ressort du département de la marine.

Les raisons qui me porteraient à opiner pour ce décret sont les suivantes. Les capitaines de port sont nommés par le ministre de l’intérieur, sur la proposition des municipalités, qui les choisissent parmi les hommes du pays. L’inconvénient est peu grave que Péris, le capitaine du port de Marseille, soit capitaine marchand; mais, comme il est hors de la surveillance de la marine, il y a dans tout cela des accointances. Pour l’intérêt même des ports de France, je désirerais que la marine eût l’ingérence des ports de commerce; cela regarde et intéresse la marine. En effet, est-il possible d’imaginer qu’à Toulon il y ait un capitaine du port marchand qui ne soit pas sous les ordres de la marine, et que celui de Marseille n’ait rien à faire avec la marine ? S’il s’agit des travaux de réparation, qui ne sent que ces travaux doivent être dirigés par le département de la marine ? Le Havre est dirigé par l’intérieur, ainsi que Dieppe; Anvers même l’était; d’où il s’ensuit qu’on fonde des radiers de marine, que des vaisseaux de guerre qui pourraient y trouver refuge n’en trouvent point.

Dans les ports de commerce, la marine est plus que l’intérieur à même d’y soigner les intérêts de la marine militaire. Que de vais­seaux, que de frégates, qui, en conséquence de la bonne tenue de ces ports, seraient sauvés dans le cours de cent ans, et que de sommes seraient économisées !

Lorsque le ministre de la marine n’a pas dans sa main les individus, les bureaux que concerne cette partie, il ne peut pas y pourvoir. Par exemple, à Ostende, des bâtiments de guerre de haut bord trou­veraient leur salut dans ce port, si l’on y travaillait; et, en y dépen­sant deux ou trois millions, on sauverait des vaisseaux.

Les travaux des ports de l’Escaut ne sont point du ressort de l’intérieur. La marine en a la pensée et peut en concevoir l’utilité; cette pensée lui viendrait si elle avait dans son administration les répara­tions du port d’Ostende. Je dis la même chose des écluses de chasse; celles d’Ostende et du Havre sont du plus grand résultat pour la marine. Il faut donc qu’elles soient dans la main de la marine.

Ces raisons me font penser qu’il faudrait étendre cette mesure à tous les ports de l’intérieur. Au moins il n’y a pas de doute pour les départements réunis. Il vaut mieux avoir à Hambourg un capitaine français qu’un capitaine qui a servi avec les Anglais. J’attends un mémoire raisonné sur cette partie, sur ce qui s’est fait depuis Louis XIV sur cette matière, quel inconvénient il peut y avoir que le ministre de la marine soit chargé de tous les ports, même des anses, et ait la protection de ces côtes, et qu’est-ce que le ministre de l’intérieur a à faire dans tout cela ? Je vous envoie le projet du décret. Vous sentez que je ne connais pas assez ce mécanisme des ports pour n’avoir pas besoin de beaucoup de discussion là-dessus.

 

Rambouillet, 19 mai 1811

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 14 mai. Je demande effec­tivement depuis longtemps si mon décret est exécuté et si vous avez terminé l’organisation administrative, financière et judiciaire des trois départements. Je viens de demander ce travail aux différents ministres. Le mieux serait d’envoyer un auditeur attaché à l’intérieur, un de la justice, un des finances, avec le travail et tous les détails néces­saires, et de les adresser au ministre secrétaire d’État. Faites ces expéditions sans délai, afin que je puisse organiser le pays pour le ler juillet, si cela est possible.

 

Rambouillet, 20 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les colonels proposent souvent des avancements qui ne sont pas mérités et qui tiennent à leur faveur. L’impossibilité où je suis d’avoir pour l’armée d’Allemagne des rapports d’inspecteurs me porte à ordonner que pendant l’année 1811 le prince d’Eckmühl fasse, pour cette armée, les fonctions d’inspecteur ; qu’il envoie le général d’Hastrel, son chef d’état-major, pour inspecter les régiments, vérifier leur comptabilité, arrêter leur effectif et pourvoir aux remplace­ments. Il faut désormais que les états de propositions que vous m’enverrez soient appuyés de notes du prince d’Eckmühl, faisant fonction d’inspecteur.

 

Rambouillet, 20 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez ci-joint le budget de l’artillerie arrêté à 22, 490,000 francs. Il faut que vous y conformiez toutes les autres dépenses. Cette année étant extrêmement chère par l’achat des chevaux et les dépen­ses des parcs, il ne faut pas faire de dépenses inutiles.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie la dernière lettre de Savone. Je pense qu’il est convenable de montrer toutes ces dépêches au cardinal Fesch, qui les communiquera aux évêques, si cela lui parait convenable. Je suppose que vous travaillez à un exposé clair et simple de nos relations avec le Pape, qui ont amené les événements actuels; je suppose aussi que le comité ecclésiastique travaille à toutes ces affaires.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon Ministre de la guerre, je réponds à votre lettre du 20 mai, bureau de l’artillerie. Je ne puis point asseoir mes idées sur l’état que vous m’avez envoyé; je ne le crois point exact. Au lieu de mettre sous mes yeux un état rédigé à Séville, je désire que vous m’en fassiez un rédigé sur les états directs que vous avez dans vos bureaux ou dans ceux du major général, et envoyés par les commandants d’artillerie d’Aragon, de Navarre, Saint-Sébastien, Vitoria, Burgos, Almeida, Ciudad-Rodrigo, Ségovie, Madrid.

Il doit y avoir à Burgos des pièces de gros calibre, je crois de 24, que j’y ai fait mettre moi-même lorsque j’ai été en Espagne. Il y a constamment aussi des pièces de 12 ; car dans l’état que vous m’envoyez je ne vois point la quantité des pièces de calibre qui sont entrées en Espagne avec les corps venant d’Allemagne. Tous ces corps avaient les batteries de 12 et presque tous les ont laissées dans le nord de l’Espagne. Je désire aussi que les états que vous me remettrez spécifient l’artillerie française et l’artillerie espagnole.

Je désire également que vous me donniez un état général de toute l’artillerie française qui est entrée en Espagne, et, en outre, de l’artillerie qui existe maintenant à Bayonne, à Toulouse et à Blaye.

Toutefois je m’aperçois qu’il y a une quantité de pièces et de cais­sons en Espagne fort au delà des besoins que je puis avoir, puisque je vois 600 pièces de canon et 1,100 caissons ou voitures de toute espèce. Mais ce qui doit attirer toute mon attention, c’est le manque absolu d’approvisionnement.

Il faudrait à Burgos deux millions de cartouches, 100,000 kilogrammes de poudre, indépendamment de la poudre nécessaire pour la défense de la place, et 30,000 cartouches à canon, à balles ou à boulet. Alors, du dépôt de Burgos, on pourrait approvisionner facilement l’armée de Portugal et celle du Centre.

Il est à prévoir que toutes les munitions qui sont en Andalousie pourraient être perdues par un mouvement rétrograde de l’armée sur Madrid, et par suite celles de Madrid, par un reploiement sur Somo-Sierra. L’armée venant par là à se concentrer aurait besoin d’appro­visionnements plus considérables dans le nord. Il faut donc que Burgos, Pampelune, et par suite Bayonne, soient en état de les fournir promptement.

Aussitôt que j’aurai les états que je demande, je ferai connaître mes intentions sur les divers placements de l’artillerie. Il ne faudrait point de pièces à Tolède; il y en a trop en Andalousie, beaucoup trop à Madrid.

Faites des recherches pour me présenter un projet tendant à faire rétrograder sur Burgos toute l’artillerie française qui serait en Andalousie, Madrid, les provinces de Salamanque et de Valladolid, excepté l’artillerie qui est attelée et ce qui pourrait devenir nécessaire pour servir de rechange, afin que, dans tous les événements qu’il est de la prudence de prévoir, une grande quantité d’artillerie française ne tombât pas au pouvoir de l’ennemi, et qu’ensuite le dépôt de Burgos pût réparer toutes les pertes.

En Andalousie, comme dans la Manche et la Castille, on peut employer la petite artillerie espagnole pour la défense des postes et des places, et me ménager ainsi à Burgos de grands moyens, en faisant rétrograder sur cette place toute l’artillerie française qui se trouve dans l’Andalousie, la Manche et les Castilles. En donnant ainsi à toute l’artillerie du Midi et du Centre un mouvement rétro­grade sur Burgos, il faudrait faire la même opération en Aragon et ramener toute l’artillerie sur Pampelune. En partant de Saragosse, il ne faut point s’exposer à perdre une seule pièce d’artillerie française, ni même d’artillerie espagnole, et enfin le moins possible d’artillerie de siège qui pourrait ensuite servir à l’ennemi. Toute l’artillerie de ce côté sera donc ramenée à Pampelune, et on ne laissera que ce qui est nécessaire pour servir à la défense du petit fort qu’on a construit près de Saragosse et pour la défense aussi de la citadelle de Lerida.

Il faudrait établir ou du moins augmenter et mettre dans la plus grande activité les arsenaux de Pampelune et de Burgos; on y em­ploiera tout le fer et le bois qu’on pourra se procurer dans le pays, afin de mettre en état le plus promptement possible tout le matériel de l’artillerie.

Bayonne doit avoir pour approvisionnement trois millions de cartouches, 30,000 coups de canon à balles et à boulet, et 250,000 kilo­grammes de poudre. L’arsenal doit être assez en activité pour mettre en état tout le matériel qui s’y trouve.

Je suis prévenu que dans les Landes, et même à Bordeaux, il existe des caissons qui ont été abandonnés dans le passage de l’armée; il faut tous les réunir à Toulon et à Bayonne.

L’armée d’Espagne étant composée de celles du Midi, du Centre, de Portugal, du Nord et d’Aragon, ce qui forme cinq armées, il doit y avoir cinq commandants de l’artillerie indépendants les uns des autres. Mais il est nécessaire d’avoir un directeur général, lequel se tiendra à Burgos; il recevra les états des commandants de l’artillerie des corps d’armée ; il surveillera les approvisionnements et la comptabilité, aura seul le droit d’adresser des demandes à Bayonne, correspondra directement avec vous ; par ce moyen l’anarchie où se trouve maintenant l’artillerie de l’armée d’Espagne cessera. Le com­mandant de l’artillerie de l’armée du Midi agira d’après les ordres de son général en chef, recevra tout de lui et rendra compte au directeur général du matériel de l’état de son artillerie et des fonds qui sont destinés. Mais, lorsqu’il aura besoin d’objets provenant des places de Burgos, Pampelune ou de la France, il ne pourra les obte­nir que par l’intermédiaire du directeur général. Lors même qu’il aura besoin du matériel de l’armée du Centre, ce ne pourra être que par son autorisation, surtout toutes les fois que le commandant de l’armée du Centre refuserait d’acquiescer aux demandes de celui du Midi.

Il devient nécessaire aussi de n’avoir à chaque armée qu’un général d’artillerie et de ne laisser en Espagne que le nombre nécessaire d’offi­ciers supérieurs de cette arme : il y en a aujourd’hui beaucoup trop.

J’attache beaucoup d’importance à l’organisation de l’artillerie de l’armée d’Espagne et surtout à la formation des réserves, de manière à m’ôter toute sollicitude à ce sujet et à répondre aux vues que je pourrais avoir dans le mois d’août prochain.

Je désire donc que, sans perdre de temps, vous me fassiez un rapport, et que vous me proposiez tous les mouvements convenables pour arriver à ce résultat. Ayant ainsi à Burgos, Pampelune, Bayonne près d’un million de kilogrammes de poudre, indépendamment de celle qui serait nécessaire pour la défense de Pampelune et de Burgos, on sera toujours à même d’en fournir pour la défense d’Almeida et Ciudad-Rodrigo, et peut-être même pour les besoins des armées du Centre et du Midi.

Faites un rapport d’instruction que vous me soumettrez sur le commandant en chef d’artillerie de l’armée d’Espagne : je ne l’appelle point général en chef de l’artillerie, parce que, ses attributions étant dans un cas nouveau, il est convenable de prendre un nouveau titre. Il aura le traitement, les bureaux et le nombre d’officiers qui lui seront nécessaires pour le mettre à même de diriger cette grande ma­chine. II est bon même qu’il ait, pour envoyer en mission, quelques jeunes officiers, afin d’obtenir les renseignements qui ne lui paraî­traient pas assez clairs.

Les forges d’Orbaicete seront sous les ordres du directeur général, ainsi que toutes les poudreries qu’on pourrait établir dans les diffé­rentes parties de l’Espagne.

Dans votre lettre vous me proposez d’envoyer 200,000 kilogrammes de poudre à Bayonne. J’approuve cette mesure et vous pouvez l’exécuter de suite.

Vous me dites avoir un grand nombre de projectiles à Burgos et à Valladolid, qui pourraient être envoyés à Madrid et en Andalousie; mais ce ne sera que lorsque j’aurai des états exacts de ces différents dépôts que je pourrai prononcer sur leur destination.

Je n’approuve point le dépôt à Valladolid ; cette place serait trop promptement au pouvoir de l’ennemi en cas d’échec, et on serait à perdre un matériel trop considérable. C’est de Burgos que tout doit partir pour les approvisionnements.

Je ne vois point d’inconvénient à subvenir, par des fonds tirés du trésor public de France, aux frais des forges d’Orbaicete, de la pou­drerie de Pampelune et de la raffinerie de Saragosse. Faites-moi connaître l’évaluation de cette dépense pour l’année 1811.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le major et le chef du 1er bataillon du régiment de Walcheren, l’adjudant-major du 5e bataillon, trois aides-majors, six capitaine, trois lieutenants et cinq sous-lieutenants, un sergent-major, vingt-neuf sergents, vingt fourriers et cent huit caporaux manquaient encore au 15 mai. Pressez l’arrivée du chef de bataillon et des capitaines, faites presser également le départ de Paris des sous-officiers que j’ai désignés. Un régiment comme celui-là a besoin de tous ses officiers et sous-officiers, sans quoi il n’y a rien à espérer.

Le quartier-maître nommé….        n’est pas un homme de bonne réputation; proposez-en sur-le-champ un autre à ma nomination.

Il y a dans le bataillon colonial de Flessingue beaucoup d’hommes à réformer. Faites-en passer la revue et donnez-leur la réforme; ils ne sont bons qu’à encombrer. Faites-moi connaître ce que aurez fait là-dessus.

Donnez des ordres au général Gilly et au général Rousseau pour que les chaloupes canonnières soient toujours en mouvement, qu’elles tiennent perpétuellement la ligne d’embossage et ne soient jamais dans le port, qu’elles fassent des patrouilles autour de l’île. J’apprends que les ennemis viennent sonder jusque sous les batteries de Nolle; cela est honteux.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 20 mai, bureau de l’artillerie, par lequel vous me proposez d’envoyer en Allemagne 300 conscrits pour recru­ter les compagnies du 7e régiment et 250 pour le 5e. Il faudra bien se résoudre à cette mesure s’il n’y a pas moyen de faire autrement, mais elle est contraire au bien du service. Ces conscrits, pendant l’été, se formeront en France, et en mars prochain feront de bons canonniers. N’ayant pas l’habitude militaire et le travail d’école, en allant en Allemagne ils perdront leur temps sur les grandes routes, altére­ront leur santé et peupleront les hôpitaux. Dans l’artillerie il faut des hommes d’un an de service au moins. Le service de l’artillerie est plus indépendant, et les compagnies sont morcelées et détachées. Je préférerais donc faire revenir une partie des compagnies des 7e et 5e en France, s’il n’y a pas moyen de tirer des hommes des dépôts de ces régiments en France pour les recruter. J’ai l’idée que ce moyen existe. Je préfère toute combinaison à celle d’envoyer des conscrits de cette année en Allemagne. Par contre, ordonnez que les conscrits aillent à leurs dépôts, qu’ils s’instruisent, et qu’en août, au plus tard, ils aillent tous au polygone et commencent à tirer des pièces de cam­pagne et de siège, de manière qu’au mois d’octobre ils aient trois mois de polygone.

Comme j’ai réglé le complet de l’artillerie à pied à 120 hommes, vous ordonnerez, pour les compagnies qui sont sur l’Oder et à Danzig, que 20 hommes seront en subsistance et n’appartiendront à aucune compagnie. Pour peu que vous envoyiez quelques canonniers de France, vous recruterez les compagnies d’Allemagne à 100 hommes. Présentez-moi toute combinaison, je le répète, autre que d’envoyer des conscrits en Allemagne. Je préférerais même ne laisser en Alle­magne que des compagnies de 80 à 90 hommes, sauf à les compléter après, selon les circonstances.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, on a été obligé de détruire dans le golfe de Sagone, en Corse, les flûtes la Nourrice et la Girafe. Il n’est pas possible de concevoir comment le préfet maritime de Toulon a poussé la négligence jusqu’à envoyer tant de bâtiments à Sagone, sans demander qu’on y construisit des batteries capables de protéger ces bâtiments ; la grande perte que je viens de faire en est le résultat. Depuis cinq ou six ans que cette navigation a lieu, cela est impardonnable. Donnez ordre qu’un officier de marine se rende en Corse pour désigner les points où des batteries sont nécessaires à dresser dans le golfe de Sagone, et tracer ces batteries, pour que la naviga­tion qui se fait sur ce point pour l’exploitation des forêts soit sûre.

Concertez-vous avec le ministre de la guerre pour que le général commandant en Corse avec l’officier commandant le génie et celui commandant l’artillerie se rendent sur ce point et fassent élever deux ou trois batteries de cinq ou six pièces de 36 ou de 24.

Chargez également un officier de marine de visiter, de concert avec les officiers envoyés par la guerre, le mouillage de Saint-Floreal et d’Ajaccio, et de s’assurer qu’ils sont protégés.

 

Rambouillet, 21 mai 1811

A Élisa Napoléon, grande-duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, je désire avoir des renseignements sur le mont Argentaro. A-t-on commencé les travaux ? Les 5e bataillons du 29e et du 112e y sont-ils rendus ? Les conscrits y sont-ils arrivés de l’île d’Elbe et de Corse ? Envoyez-moi une description détaillée du mont Argentaro; j’ai l’intention d’y faire un établissement pour la protection des côtes de Toscane et de l’État romain. On m’assure que cet endroit est très sain. Les conscrits qui arrivent au 29e et au 112e sont-ils habillés ? Faites-moi connaître tout cela dans le plus grand détail.

 

Rambouillet, 21 mai 1811.

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

La circonstance me parait extrêmement favorable pour l’expédition de Sicile. Si vous réunissez 15,000 hommes à Reggio, vous aurez tous les calmes de l’été pour les faire arriver. Mes forces en Italie sont considérables et ma conscription a recruté les cadres; ainsi on sera à même de parer aux événements. Selon tous les rapports de Londres, les Anglais n’ont pas 4,000 hommes en Sicile. Le pays est mécontent; eux-mêmes l’avouent. Jamais une plus belle occasion ne se présentera. Ils seront, cet automne, repoussés d’Espagne et du Portugal ; alors ils reviendront en force réoccuper la Sicile avec 15 ou 20,000 hommes, et l’expédition deviendra impossible. Arrivé à Naples, je pense que vous devez faire vos préparatifs. Envoyez prendre à l’île d’Elbe et en Corse le 4e bataillon du 22e léger et le nécessaire pour former le 6e bataillon.

 

Caen, 24 mai 1811

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je trouve bien extraordinaire que mon consul à Bucharest ait été assez simple que de se servir d’un courrier autrichien pour envoyer des dépêches importantes. Faites-lui sentir dans une lettre en chiffre l’inconséquence et la folie de cette conduite.

 

Caen, 24 mai 1811

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie cinq états pour vous servir de direction dans un rapport que vous me ferez au 15 juin, pour donner une nouvelle organisation au 1er juillet, aux différents corps d’observation.

Corps d’observation db l’Elbe. — Ce corps restera à quatre divi­sions jusqu’au 1er juillet. A cette époque, il sera formé à cinq divi­sions. Les 4e et 6e bataillons s’y réuniront dans les lieux indiqués, de sorte qu’au commencement d’août l’organisation soit complète, et que ce corps ait acquis toute la consistance qu’on peut en attendre.

Corps d’observation du Rhin. — Au 1er juillet, ce corps prendra le titre de Corps d’observation des cotes de l’Océan. Il sera formé, comme le porte l’état n° 2, par la réunion de tous les conscrits et de tous les bataillons.

Corps d’observation d’Italie. — Ce corps conservera la même dénomination, mais il sera organisé comme il est porté au n° 3.

Corps d’observation de réserve. — Ce corps sera créé conformément au n° 4.

Enfin, dans un cinquième état, vous trouverez les éléments de la situation des forces de l’Empire, en conduisant les quatre corps que je crée hors des frontières.

Je n’ai pas besoin de vous dire que vous ne devez donner aucun ordre, faire aucun mouvement en conséquence de ces états, vous devez vous borner à me faire un rapport général au 15 juin, époque à laquelle vous me demandera en même temps mes ordres.

En attendant, toutes les dispositions nécessaires pour porter au complet le corps d’observation de l’Elbe, tel qu’il a été arrêté, doivent avoir lieu.

 

NOTE

CORPS D’OBSERVATION DE L’ELBE.

Le corps d’observation de l’Elbe doit être composé de cinq divi­sions. Il restera à quatre divisions jusqu’au 1er août et ne sera composé de cinq divisions qu’à cette époque, à laquelle les 6e et 4e ba­taillons auront rejoint.

Je vous ai déjà fait connaître que la composition de ces divisions doit être faite de la manière suivante :

Division Morand. — 13e léger, cinq bataillons; 17e de ligne, cinq; 30e, cinq; total, 15 bataillons.

Division Friant. — 15e léger, cinq bataillons; 33e de ligne, cinq; 48e cinq; total, 15 bataillons.

Division Gudin. — 7e léger, cinq; 12e de ligne, cinq; 21e cinq; total, 15 bataillons.

Division Dessaix. —33e léger, quatre; 85e de ligne, cinq; 108e cinq; total, 14 bataillons.

Division Compans. — 61e, cinq; 111e, cinq; 25e, cinq; 57e, cinq; total, 20 bataillons.

Les 127e, 128e et 129e seraient, à raison de trois bataillons, répartis dans les divisions qui par suite de circonstances quelconques se trouveraient les plus faibles.

Chaque division aurait quatre brigades, et chaque brigade se composerait de cinq bataillons ; quatre généraux de brigade seraient attachés à chaque division ; les cinq divisions formeraient en tout  vingt brigades et quatre-vingt-dix-huit bataillons.

Je ne parlerai pas de l’artillerie, du génie, des transports ni de l’administration: tout cela a déjà été ordonné. Il reste à régler le mode d’exécution.

On procédera de la manière suivante : au 1er juillet, les 4e bataillons, complétés de tous les conscrits destinés aux 6e bataillons, se mettront en marche pour se diriger sur les quatre points suivants : ceux de la 1e division, sur Wesel; ceux de la 2e sur Cologne;  ceux de la 3e, sur Düsseldorf, et ceux de la 4e sur Aix-la-chapelle. Les cadres des 6e bataillons, qui sont actuellement à Wesel et à Munster, se rendront dans ces différentes places, et par ce moyen il y aura à Wesel les 4e et 6e bataillons du 13e léger, les 17e, 30e et 61e de ligne; total, huit bataillons ;  à Cologne, le 6e bataillon du 15e léger, les 4e et 6e bataillons des 33e, 48e et 11e de ligne; total, sept batail­lons; à Düsseldorf, les 4e et 6e bataillons du 7e léger, des 12e et 11e de ligne, et le 6e du 25e de ligne; total, sept bataillons; à Aix-la-Chapelle, les 4e et 6e bataillons des 57e, 85e et 108e ; total, six bataillons.

A Wesel, huit bataillons; à Cologne, sept; à Düsseldorf, sept; à Aix-la-Chapelle, six; total, vingt-huit bataillons.

Un général de brigade, de ceux qui sont destinés pour l’armée d’Allemagne, sera attaché à chacun de ces quatre camps, et chargé de surveiller la formation et l’instruction des bataillons qui doivent les composer. Vous nommerez ces quatre généraux. Ils devront se rendre, aussitôt, chacun dans les dépôts qui fournissent au camp dont il est chargé. Ils feront la revue des 4e bataillons, vérifieront l’état de l’habillement ; ils feront la revue des officiers à réformer et dresseront l’état des places vacantes pour les 4e et 6e bataillons.

Ces généraux correspondront à cet effet avec le générai Compans, que vous chargerez de suivre cette organisation.

Mon intention est qu’aucun mouvement n’ait lieu que par mes ordres. En conséquence, au 15 juin, d’après le compte qui vous aura été rendu par le général Compans, vous me ferez un rapport sur la situation de ces dépôts, et, selon le plus ou moins d’activité de l’arrivée des conscrits, selon les circonstances plus ou moins pressantes, je me déciderai ou à maintenir le mouvement de 3,000 hommes qui doivent être tirés des dépôts de l’armée d’Espagne pour les 6e bataillons de l’armée d’Allemagne, ou à y suppléer de toute autre manière.

Quant aux compagnies que doit fournir le dépôt des conscrits de l’île de Walcheren, elles doivent rester tout le mois de juin dans l’île et n’en partir ensuite qu’en passant par Willemstad, et en traversant la Hollande pour rejoindre leurs régiments du coté de Braunau, de manière que la direction de leur route les éloigne toujours de la France. Je compte d’ailleurs que ce dépôt pourra fournir plus de monde qu’il n’a encore été déterminé; cette augmentation sera réglée ultérieurement.

Les choses étant ainsi préparées, il reste à disposer les mouve­ments pour la cavalerie.

Les dépôts des quatre régiments de cuirassiers et des six de cava­lerie légère qui sont en France ont des hommes, des chevaux et des selles à envoyer en Allemagne. Proposez-moi la réunion de tous les détachements que ces dépôts peuvent fournir dans un point central, sur la route de Hambourg, et chargez un général de brigade, déjà désigné pour servir dans la cavalerie de l’armée d’Allemagne, d’aller parcourir ces dépôts et d’activer la formation de ces détachements.

Un régiment de marche formé au point de réunion pourra partir ensuite sous les ordres de ce général et se rendre en Allemagne pour compléter la cavalerie de l’armée.

 

CORPS D’OBSERVATION DU RHIN.

L’organisation des régiments d’élite existera jusqu’au 1er juillet Les régiments d’élite qui font partie des corps d’observation du Rhin et d’Italie seront alors dissous.

Le corps d’observation du Rhin sera composé de quatre divisions, organisées de la manière suivante :

1e Division. — 1e brigade : quatre bataillons du 24e léger, quatre du 4e de ligne; 2e brigade : quatre bataillons du 19e, quatre du 123e; 3e brigade : deux bataillons de Portugais d’élite, deux du 4e régiment suisse.

2e Division. — 1e brigade : quatre bataillons du 20e léger, quatre du 72e de ligne ; 2e brigade : quatre bataillons du 46e de ligne, quatre du 126e; 3e brigade : deux bataillons portugais, deux du régiment illyrien.

3e Division. — Quatre bataillons du 18e de ligne, quatre du 93e, quatre du 56e, quatre du 124e, deux bataillons espagnols et deux suisses.

4e Division. — Un bataillon de tirailleurs corses, un de tirailleurs du Pô, quatre du 2e de ligne, quatre du 37e, quatre du 125e et quatre bataillons suisses.

Chaque division ayant trois brigades, il y aura en tout douze bri­gades; chaque division étant de vingt bataillons, le total du corps d’observation du Rhin sera de quatre-vingts bataillons.

Chaque régiment aura ses deux pièces d’artillerie, ce qui fera huit pièces par division, hormis que la 4e division n’en aura que six; au total, trente pièces régimentaires. L’artillerie, le génie, les admi­nistrations seront organisés comme le porte l’organisation du corps d’observation du Rhin.

Mode d’exécution. —Au 1er juillet tous les conscrits seront arrivés aux régiments.

La 1e division sera organisée au camp de Boulogne; les quatre bataillons du 24e léger, des 4e, 19e et 123e de ligne s’y rendront. Les 4e bataillons de ces régiments et tous les conscrits des dépôts par­tiront, du ler au 15 juillet, de Metz, Nancy, Douai et Berg-op-Zoom, pour aller compléter les régiments au camp de Boulogne. Aussitôt après leur arrivée le tiercement aura lieu, de sorte que les bataillons soient égaux en hommes anciens et aient la même con­sistance.

La 2e division se réunira au camp de Boulogne et sera organisée de la même manière.

La 3e division sera organisée au camp d’Utrecht, et il y sera pro­cédé de la même manière.

La 4e division sera organisée au camp d’Emden, et l’on procédera de la même manière.

Les Espagnols, les Portugais, les Suisses et les Illyriens se réu­niront, savoir :

Les Suisses qui sont à Avignon partiront pour Paris au 1er juillet, les Suisses qui sont à Rennes, pour Boulogne au 1er juillet, ainsi que les Suisses qui sont à Berg-op-Zoom.

Les Portugais partiront au ler juillet pour leur destination.

Ainsi, à cette époque, le corps d’observation du Rhin aura deux divisions au camp de Boulogne et deux en Hollande. Il changera alors de dénomination et prendra celle de Corps d’observation des côtes de l’Océan.

Les 4e compagnies de voltigeurs et de grenadiers des bataillons d’élite passeront dans les 4e bataillons, qui céderont deux de leurs compagnies aux bataillons d’où ces compagnies d’élite seront tirées, de sorte que tous les bataillons seront égaux, de six compagnies, dont une de grenadiers et une de voltigeurs.

Artillerie. – Au 1er juillet tout se mettra en marche, et l’artille­rie, personnel, matériel et attelages, se formera à Metz et à Mayence.

Les dispositions seront faites de manière qu’il n’y ait pas de mou­vement rétrograde, car ma pensée secrète est que le corps d’obser­vation des côtes de l’Océan puisse devenir un corps de l’armée d’Alle­magne, et, en faisant volte-face sur Mayence ou Wesel, trouver son artillerie à Mayence, à Wesel ou à Maastricht.

Le 2e bataillon des équipages militaires sera destiné au service de ce corps et restera à Commercy.

La 1e division sera commandée par le général Legrand, la 2e divi­sion par le général Vandamme, la 3e division par le général Verdières, et la 4e division par le général Souham.

Cavalerie – La cavalerie sera composée de quatre brigades. Ces quatre brigades seront prêtes à partir au 1er juillet. Quatre généraux de brigade de cavalerie y seront attachés et s’occuperont de les mettre en bon état.

Les quatre brigades seront réunies, savoir : la 2e brigade, en Hollande; la 1e, dans la 16e division militaire; la 3e, sur la Meuse ; la 4e sur le bas Rhin, dans les lieux où les fourrages seront à meil­leur marché.

Tout ceci doit servir de base au ministre pour le rapport qu’il me fera le 15 juin; car aucun ordre pour des mouvements extérieurs ou préparatoires ne doit être donné par le ministre avant qu’il ai reçu mon approbation définitive au 15 juin.

On prendra des officiers du génie et de l’artillerie, en se conformant à ce qui est réglé pour le corps d’observation du Rhin.

Quant aux généraux de brigade, ceux que m’a présentés le ministre ne me sont pas connus. Il faut des hommes de guerre et de choix: bon nombre de ceux qui sont en Hollande peuvent être choisis.

Le ministre me proposera les seize généraux de brigade d’infanterie et de cavalerie nécessaires pour ce corps.

 

CORPS D OBSERVATION D’ITALIE.

Le corps d’observation d’Italie recevra au 1er juillet, conformément au rapport que vous fera le ministre de la guette le 15 juin, l’organisation suivante :

1e Division. —Deux bataillons du 8e léger, deux bataillons croates, quatre du 84e et quatre du 92e; total, 13 bataillons.

2e Division. — Trois bataillons du 9e, trois du 13e, trois du 53e et trois du 106; total, 12 bataillons.

3e Division. — Trois bataillons du 35e, deux bataillons espagnols ; deux bataillons d’élite du 29e ; deux du 112; deux bataillons illyriens; total, 11 bataillons.

Division italienne, 9,000 hommes.

Total de l’infanterie, 36,000 hommes.

L’artillerie, le génie, la cavalerie et les équipages militaires seront organiser comme il a déjà été arrêté.

Ce corps d’observation sera réuni, selon les ordres soumis à mon approbation, à Trente, Bolzano, Brescia, Laybach, Bassano, Vérone et Vicence.

NOTE.

D’ici au 1er juillet, le corps d’observation d’Italie conservera son organisation telle qu’elle a été établie par le denier rapport du ministre, afin que si d’ici au 1er juillet, j’avais besoin de le mettre en mouvement, il pût marcher selon ladite organisation.

 

CORPS D’OBSERVATION DE RÉSERVE

Il sera créé un corps d’observation de réserve. Ce corps d’observation sera composé de la manière suivante :

1e Division, composée de douze bataillons, formant 8,000 hom­mes; deux bataillons du 5e léger, qui sont à Cherbourg ; deux batail­lons d’élite du 3e de ligne, qui se rendent à Rennes; deux bataillons du 105e, qui se rendent à Rennes (cette brigade, qui sera la 1e, se réunira à Rennes) ; trois bataillons du 81e dont un est dans la 7e di­vision militaire et les deux autres à Pampelune; trois bataillons du 60e, dont deux sont à Toulon et le troisième dans la 7e division mili­taire ; lesquels se réuniront à Rennes, en route, à un point d’inter­section, et rejoindront le 81e à Pampelune, où se formera la 2e brigade.

2e Division, composée de douze bataillons, savoir : deux batail­lons du 23e léger, qui se réuniront à Lyon ; deux bataillons d’élite du 52e, qui se réuniront à Toulon; quatre bataillons du 10e de ligne, (qui se réuniront à Lyon; quatre bataillons du 20e de ligne, qui se réuniront à Lyon.

3e Division, composée de seize bataillons, savoir : quatre batail­lons du 10e léger, qui sont en Bretagne; quatre du ler de ligne, quatre du 62e, quatre du 101e.

Le 10e léger se réunira à Rennes, les 1er, 62e et 101e se réuniront à Lyon.

La 4e division sera formée par une division italienne de 6,000 hom­mes, qui se réunira également à Lyon.

Ces quatre divisions porteront ce corps à 32,000 hommes d’infanterie.

Le corps d’observation de réserve est destiné à se réunir à Bayonne et à passer en Espagne. Il se mettra, à cet effet, en mouvement au 1er juillet. L’organisation définitive des divisions se fera à Bayonne. Cependant rien ne devra se mettre en mouvement que le ministre n’ait pris mes derniers ordres; il me les demandera au 1er juin.

1e Division. — Les deux bataillons du 5e léger partiront de Cher­bourg pour Reims. Le 3e bataillon du 81e partira de son dépôt pour Pau. Les deux bataillons du 60e qui sont à Toulon en partiront pour Bayonne; le 3e bataillon partira de son dépôt pour se rencontrer en route avec les deux premiers, faire le tiercement, et il se rendra à Pampelune. Mais pour faire ce mouvement, il faut que Cherbourg et Toulon soient gardés.

2e Division. — Les deux bataillons du 23e léger se rendront, au 1er juillet, à Lyon, où, avec les 10e et 20e de ligne, ils formeront dix ou douze bataillons qui doivent composer la 2e division.

Les deux bataillons du 52e resteront à Toulon jusqu’à ce que le mouvement du reste de la division ait lieu sur Bayonne ou sur un autre point.

3e Division. — Le 1er de ligne, qui a un bataillon à Marseille et trois bataillons qui vont à Lyon, se réunira à Bayonne. Mais les uns et les autres ne partiront qu’à la fois et lorsque la direction sera décidée.

Le 62e qui a deux bataillons à Toulon et deux à Lyon, se réunira avec les quatre bataillons du 1er de ligne.

Le 4e bataillon du 101e, de la Spezia, se dirigera sur Lyon pour rejoindre ses deux premiers bataillons.

Pour remplir ce but, comme on l’a dit plus haut, il faut pourvoir à la garnison de Toulon. A cet effet, le 3e bataillon du 8e léger, qui est à Genève, se dirigera sur Toulon vers le 1er juillet, après avoir reçu tous les conscrits. Le 4e bataillon du 18e, le 4e du 5e, le 4e du 11e, le 4e du 23e et le 3e du 75e de ligne, se dirigeront également sur Toulon au 1er juillet.

Ces six bataillons, qui auront reçu leurs conscrits et seront ainsi complétés, formeront une force suffisante pour la garnison de Tou­lon, de Marseille, de Cette et de toute la côte de la Méditerranée. Le 3e bataillon du 79e, au lieu d’aller à Toulon, ira à Cette; et, comme les conscrits qu’il reçoit sont du département du Var, on prendra une direction qui l’éloigne de ce département, en lui faisant traverser le Vivarais.

Il faut également pourvoir à la garnison de la Spezia. Les 5e ba­taillons des 101e et 67e fourniront suffisamment de monde pour la garnison de la Spezia.

Le 52e fournira suffisamment pour Gênes. Il fournira un bataillon à Savone.

Le 101e, qui aura deux bataillons complets à Savone, offrira une force suffisante pour la surveillance de toute la côte.

Il y aura en outre à Toulon le 5e bataillon du 22e léger, fort de 500 hommes, le 3e bataillon du 32e léger et le dépôt du 16e.

Quant à la garde des côtes de la Belgique, il y aura quatre batail­lons du 3e de ligne qui, recevant 1,200 conscrits, seront forts de 500 hommes chacun, ce qui est à peu près leur complet, en remplacement des 1,600 hommes du régiment d’élite; trois bataillons du 105e, d’égale force; le régiment de Belle-Île; les 4e et 5e bataillons des 47e 86e, 70e, et 15e forts d’à peu près 500 hommes; ce qui fera donc, indépendamment du régiment de Belle-Île, quinze bataillons pour la sûreté de ces côtes.

Il y aura à la suite du corps de réserve six brigades de marche, imposées de la manière suivante :

La 1e brigade sera formée de six bataillons, chacun de six compagnies ; chaque compagnie de 150 hommes, fournis par les vingt-sept régiments français et les trois régiments polonais qui font partie de l’armée du Midi et de l’armée du Centre. Cette brigade se réunira Tours. Il y sera attaché un colonel en second pour la commander, deux majors en second, qui commanderont chacun trois bataillons. Cette brigade sera forte de 5,000 hommes.

La 2e brigade sera composée de six bataillons, formés par une compagnie au moins des dépôts de l’armée de Portugal, et par deux compagnies, s’ils peuvent les fournir. Cette brigade se formera à Bordeaux ; un colonel en second la commandera, et deux majors en second commanderont chacun trois bataillons. Cette brigade formera 4,000 hommes.

La 3e brigade sera composée d’un bataillon de 500 hommes, fournis par chacun des 118e, 119e, 120e et 121e régiments. Cette brigade, commandée par un major en second, se formera à Bayonne. Elle sera forte de 2,000 hommes.

La 4e brigade sera composée de quatre bataillons, fournis par les 14e, 115e, 116e et 117e. Cette brigade, commandée par un major en second, se formera également à Bayonne. Elle sera forte de 2,000 hommes.

La 5e brigade sera formée de deux bataillons tirés des 44e, 51e et 55e, à 500 hommes chacun. Elle sera commandée par un major en second et se formera à Versailles. Elle sera forte de 3,000 hommes.

La 6e brigade sera composée de deux compagnies des 6e et 3e légers, 42e et 7e de ligne, et de quatre compagnies de marche italiennes, fournies par chacun des régiments italiens. Cette brigade, formant deux bataillons ou 1,600 hommes, se réunira à Turin et sera commandée par un major en second.

Ces six brigades formeront ensemble 17,600 hommes.

Au 15 juin, le ministre me proposera d’ordonner les mouvements pour la formation de ces brigades, en me faisant connaître ce que chaque dépôt pourra fournir en officiers, sous-officiers et soldats.

La cavalerie du corps d’observation de réserve sera composée des deux régiments provisoires de dragons qui se forment, des régiments qu’on formera avec les hommes arrivant aux dépôts de Niort et de Saintes, du régiment de marche de chasseurs qui a été formé à Gand, enfin de tout ce qu’on pourra former des dépôts des corps de l’armée d’Espagne, avec les 6,000 chevaux de remonte que j’ai accordés. On en fera l’état.

L’artillerie du corps d’observation de réserve sera formée par le matériel qui existe à Saint-Sébastien, Pampelune, Burgos, Valladolid et à l’armée de Portugal; et, pour le personnel, par tout ce qui existe en Espagne et qu’on pourra se procurer après que les trois corps d’observation de l’Elbe, des côtes de l’Océan et d’Italie seront organisés.

Les attelages seront fournis par les détachements que j’ai destinés à former le dépôt d’Auch par mon décret du … et pour lesquels j’ai accordé des chevaux, et par des détachements de chevaux qui seront pris dans le corps d’observation des côtes de l’Océan, si les corps d’observation des côtes de l’Océan et d’Italie ne devaient pas être mis en activité.

Même chose pour les transports militaires. On se servira de ce que j’ai ordonné de réunir au dépôt de Pau par mon décret du …

 

ETAT DES FORCES QUI SERONT EN FRANCE ET EN ITALIE AU 1er SEPTEMBRE 1811.

Le corps d’observation de l’Elbe, le corps d’observation du Rhin, le corps d’observation d’Italie, le corps d’observation de réserve, la réserve générale de cavalerie, la Garde impériale, seront en partie sur les frontières et en partie au delà des frontières de France et d’Italie.

ROYAUME DE NAPLES.

Il restera dans ce royaume :

Trois bataillons du 22e léger; les 4e et 6e bataillons qui se for­maient aux îles d’Hyères et sont composés de réfractaires (ils seront envoyés par mer à Naples) : cinq bataillons, 4,000 hommes; quatre bataillons suisses, 2,400 hommes; quatre bataillons du régiment la Tour-d’Auvergne, 4,000 hommes; deux bataillons d’Issembourg, 2,000 hommes; artillerie, génie, etc., 600 hommes ; total, 13,000 hommes.

Le roi de Naples a, en y comprenant sa garde, 30,000 de troupes napolitaines, dont 3,000 hommes de cavalerie. Il serait donc possible de retirer une colonne de 6,000 Napolitains ou autres troupes pour pouvoir se coordonner avec Rome et la Toscane, ou mieux encore de continuer l’expédition de la Sicile pour contenir les Anglais.

CORFOU.

Il y aura à Corfou :

Le 3e bataillon du 14e d’infanterie légère, deux bataillons du 6e de ligne, un bataillon italien, deux bataillons du régiment dIsembourg, l’artillerie, le génie, les troupes septinsulaires et albanaises; ce qui formera en tout 11,000 hommes.

Les ordres sont déjà donnés et les dispositions prises pour qu’il soit envoyé à Corfou le 7e bataillon du 14e léger formé en Corse, ainsi que les 6e et 7e bataillons du 6e de ligne, en les tirant des deux régiments de la Méditerranée ; ce qui augmentera les forces qui sont à Corfou de trois bataillons français ou 2,700 hommes, et formera un total de 13,000 hommes.

23e DIVISION MILITAIRE.

La Corse aura cinq bataillons du 1er régiment de la Méditerranée et cinq bataillons du 2e; ce qui fait dix bataillons. Elle en fournira trois à l’île d’Elbe, et même un ou deux en Toscane. A cet effet, après qu’on aura pris nos ordres, il sera formé dans ces dix bataillons seize compagnies de grenadiers et de voltigeurs, qu’on pourra composer des Français et des meilleurs sujets. Ce corps formera ainsi quatre bataillons d’élite ou 2,000 hommes, qui serviront pour toute la Toscane et l’Italie.

30e DIVISION MILITAIRE.

Il y aura dans cette division six bataillons du 14e léger et du 6e de ligne mis au complet par les régiments de la Méditerranée; ce qui fera 4,800 hommes, sans compter les vétérans et la gendarmerie. En cas de besoin, le roi de Naples enverrait sa colonne de 5 à 600 hommes, la Corse détacherait les bataillons d’élite des régiments de la Méditerranée, enfin le royaume d’Italie et la Toscane feraient aussi marcher des troupes sur Rome.

29e DIVISION MILITAIRE.

Il se trouvera dans cette division dix bataillons des 29e et 112e régi­ments, auxquels il manquera les huit compagnies d’élite; la Grande-Duchesse à un bataillon d’élite. L’île d’Elbe sera gardée par trois bataillons de la Méditerranée : on peut donc considérer que cette division aura plus de 10,000 hommes.

Il y aura cinq bataillons du 52e, hormis les compagnies d’élite, trois bataillons du 102e. On formera des cinq bataillons du 67e, du 101e et du 3e léger, une demi-brigade de 1,500 hommes.

Il y aura en outre deux bataillons du 10e de ligne (le 6e et le 7e). Ces bataillons, complétés au moyen de la conscription, feront un total de 8,000 hommes, sans compter les troupes de la marine.

27e DIVISION MILITAIRE.

II n’y aura que quatre 5e bataillons, qui formeront une demi-brigade de 2,000 hommes avec le 6e bataillon du 20e régiment; ce qui sera suffisant, cette division n’ayant point de côtes, et le royaume d’Italie et la 28e division pouvant lui offrir des secours considérables.

Il sera convenable de réunir, sur les 18 ou 20,000 hommes qui se trouveront en Toscane et en Piémont, deux divisions actives de 4 ou 5,000 hommes chacune, prêtes à se porter partout où il serait nécessaire.

ROYAUME D’ITALIE.

Le royaume d’Italie aura sept 4e ou 5e bataillons et sept 5e bataillons, ce qui fait environ 10,000 hommes d’infanterie française. Il y aura en outre plus de 20,000 hommes de troupes italiennes, avec 2,000 chevaux italiens ou français; ce qui formera, avec l’artil­lerie et le génie, un effectif de près de 40,000 hommes, nombre suffisant pour les garnisons de toutes les places et former des colonnes pour faire face soit au débarquement, soit aux troubles de l’intérieur. Il faudra qu’il reste en Italie un millier de chevaux d’artillerie, afin d’avoir toujours attelées huit batteries d’artillerie.

On dressera en détail, aux bureaux de la guerre, les états d’après les données ci-dessus, afin de faire connaître ce qui manque au com­plet de ces forces, et proposer les mesures nécessaires pour arriver au résultat indiqué.

FRANCE. – COTES DE LA MÉDITERRANÉE.

Toulon est le point important des côtes de la Méditerranée. Les six 4e bataillons qui ont été désignés dans les notes sur le corps d’observation de réserve pour se rendre à Toulon y formeront une garnison de 4,800 hommes. Le 5e bataillon du 22e léger, le 5e du 1er de ligne, le 5e du 10e avec les huit 5e bataillons de l’armée le Dalmatie qui sont dans la 27e division militaire, et le 3e du 32e léger (en le considérant comme un 5e bataillon), font douze bataillons qui seront formés en trois demi-brigades, chacune de quatre 5e bataillons ou 2,000 hommes; ce qui, joint aux six 4e bataillons ci-dessus, serait une force de 11 à 12,000 hommes, beaucoup plus que suffisante pour défendre Toulon, Marseille, Nice, Cette, et contenir tout l’intérieur.

COTES DE L’OCÉAN. – 3e DIVISION MILITAIRE.

Les seize 5e bataillons de l’armée d’Allemagne formeront quatre demi-brigades, chacune de quatre bataillons, chaque bataillon de quatre compagnies, commandé par un major en second. Ces quatre demi-brigades formeront une division de 8,000 hommes qui tiendra garnison à Hambourg. Une division de 6,000 hommes de troupes de la Confédération portera cette force, avec 1,000 hommes de cava­lerie, à 15,000 hommes, prêts à marcher en cas d’événements; ce qui fera 25,000 hommes sur ce point, ce qui est suffisant pour contenir le pays, empêcher la contrebande et s’opposer à toute expédi­tion anglaise de 5 ou 6,000 hommes, force selon leur coutume. Si l’on avait à repousser une plus forte expédition, cela entrerait dans le calcul des forces actives.

HOLLANDE

Il sera complété pour la Hollande vingt 4e bataillons dont les corps sont en Espagne et dont les cadres en sont revenus. On formera de ces vingt bataillons deux divisions, chacune de 8,000 hommes, l’une pour la 31e division et l’autre pour la 17e. Ces deux divisions se coordonneront entre elles.

ANVERS.

Il sera formé des 5e bataillons du corps d’observation du Rhin une division de quatre demi-brigades ou 8,000 hommes, qui occu­pera un camp auprès d’Anvers. Il sera formé des 5e bataillons des vingt-sept régiments de l’armée du Midi en Espagne, des dix-huit de l’armée de Portugal, de ceux qui sont en Aragon ou en Catalogne et en deçà des Alpes (ce qui doit faire plus de quatre-vingts régi­ments), vingt demi-brigades. Ces vingt demi-brigades formeront cinq divisions, chacune de quatre demi-brigades ou 8,000 hommes. La 1e sera à Boulogne, la 2e à Cherbourg, la 3e en Bretagne, la 4e à la Rochelle et la 5e à Paris. Il y aura en outre en Bretagne le régi­ment de Belle-Île, les quatre 4e bataillons des quatre régiments qui sont dans cette province. Ainsi, sur quelque point que l’ennemi dé­barque, il y trouvera des forces considérables. Par exemple, s’il débarquait sur l’Escaut, la division d’Anvers, celle de Boulogne, celle de Paris seraient réunies en peu de jours et formeraient sur ce point 32,000 hommes, Walcheren étant en outre gardée par 6,000 hommes du régiment de Walcheren.

GARDE NATIONALE.

Si les préparatifs de l’ennemi dans le courant de l’hiver font penser nécessaires quelques nouvelles mesures de précaution, on formerait une division de garde nationale à Saint-Omer de 12,000 hommes, et une autre de la même force entre Cherbourg et Rouen; ce qui permettrait de diriger au besoin 24,000 hommes de plus sur l’Escaut , ou de disposer de 30,000 hommes pour les porter, au moindre événement, en Bretagne. Indépendamment de ces deux corps de gardes nationales locales fournis par la Belgique, la Normandie, la Flandre et les départements qui avoisinent Paris, on pourrait facilement lever par département une compagnie d’élite ; ce qui ferait cent belles compagnies ou un corps de 15,000 hommes.

A toutes ces forces il faut joindre, à Anvers, à Brest et à Toulon, c’est-à-dire dans les trois grands établissements maritimes, une grande quantité de troupes formées des marins et des ouvriers des arsenaux.

Il convient que le ministre me présente le moyen de compléter tous les 4e bataillons qui rentrent en France, et le projet de leur formation en demi-brigades, composées chacune de quatre bataillons, le bataillon de quatre compagnies, la 5e compagnie restant pour former le dépôt.

 

Caen, 24 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à  Paris

Il est indispensable d’avoir un préfet maritime à Toulon. Faîtes-moi une proposition là-dessus.

 

Caen, 24 mai 1811

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

On se plaint, à Brest, des fournitures qu’on y envoie de Paris. On cite, entre autres, des chapeaux que l’administration achète 4 francs 45 centimes, et qu’on a trouvés plus beaux et mieux faits à Brest et au prix de 3 francs 25 centimes.

 

Caen, 25 mai 1811

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Je suis extrêmement satisfait de la Normandie et de la ville de Caen. Demain je partirai pour Cherbourg. Je pense que je n’irai pas à Grandville, cela m’éloignerait trop. Je compte être toujours de retour à la fin du mois.

J’ai pris un décret pour ajourner le Corps législatif, comme cela a été fait pour le couronnement.

 

Caen, 26 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre. Je nai pas encore vu Lecoulteux; ainsi je ne puis vous rien dire sur les opérations de l’armée de Portugal. Je ne veux pas perdre un moment à vous recommander d’écrire tous les jours au maréchal Marmont et de lui envoyer les Moniteur; il y en a plusieurs qui contiennent des nouvelles d’Espa­gne. Faites connaître au maréchal Marmont qu’il a un entier pouvoir pour réorganiser son armée, en former six ou sept divisions, et pour renvoyer les généraux qui ne lui conviennent pas; qui peut prendre les colonels en second du corps du général Drouet pour leur donner le commandement des régiments vacants, en choisissant des officiers vigoureux; qu’il doit renvoyer les administrations qui lui sont inutiles et concentrer son corps dans sa main ; qu’il doit lever dans la province de Salamanque et par ses derrières tous les mulets qu’il pourra trouver, qu’il y en a beaucoup dans ces provinces ; que le duc d’Istrie a ordre de le seconder de tous ses moyens et de lui donner même tout ce qu’il pourra de ma Garde; que des marchés sont passés pour l’achat de 4,000 mulets de bat et du train d’artillerie à Bayonne, mais que nécessairement il faudra du temps.

Écrivez au duc d’Istrie qu’il donne 500 chevaux on mules de ses attelages, chevaux et harnais, et même du matériel, pour remonter parfaitement l’artillerie du duc de Raguse, car il faut que cette armée ait son artillerie mobile et en bon état; qu’il peut lever des mulets, en attendant qu’il lui arrive des chevaux pour les remplacer; que 4,000 chevaux d’artillerie et des équipages sont en mouvement sur Bayonne; qu’il ne doit pas garder de matériel inutile à Salamanque, mais tout évacuer sur Burgos; qu’il doit pourvoir aux besoins de l’armée de Portugal avec la plus grande activité; que, si les Anglais se portent sur Ciudad-Rodrigo, il réunisse ses forces pour aller au secours du duc de Raguse et livrer enfin une belle bataille. Vous lui représenterez qu’il n’écrit pas assez souvent, qu’au lieu d’écrire tous les jours il n’écrit presque pas et ne fait pas connaître ce qui se passe.

Recommandez au duc de Raguse de bien reformer son armée, de livrer bataille aux Anglais s’ils se portent sur Ciudad-Rodrigo; que, dans ce cas, le duc d’Istrie peut le renforcer d’une division d’artillerie de 10,000 hommes de ma Garde; qu’il doit annoncer son arrivée prochaine et sa marche sur Lisbonne aussitôt que la récolte sera faite.

Voyez le ministre de la guerre et de l’administration de la guerre pour qu’on active les achats que j’ai ordonnés pour la remonte des détachements des bataillons du train et des équipages des dépôts d’Auch, de Pau et de Toulouse.

Je pense qu’il faut envoyer un officier au duc d’Istrie pour lui faire connaître que j’espère qu’il prendra toutes les mesures pour être décidément utile à l’armée de Portugal.

 

Caen, 27 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, rendez-vous auprès du roi d’Espagne, et portez-lui une lettre que vous calquerez sur celle que je vous écris.

Le roi d’Espagne peut partir quand il le jugera à propos; s’il ne veut pas attendre mon retour, il en est le maître.

L’armée du Centre est entièrement sous ses ordres. Le général Belliard ne doit pas prendre le titre de major général, mais de chef d’état-major de l’armée du Centre. Si le Roi n’est pas content de ce général, il peut en proposer un autre qui ait sa confiance. Il est le maître de suspendre, de renvoyer, de traduire à des commission militaires les généraux et officiers de l’armée du Centre, d’administrer les provinces comprises dans l’arrondissement de cette armée il le jugera le plus convenable au bien de mon service.

A l’armée du Nord, j’ai besoin d’un maréchal qui commande les troupes qui sont dans cette province. Le duc d’Istrie ne parait pas convenir au Roi ; je ne serais pas éloigné de le remplacer par le maréchal Jourdan, si cela est agréable au Roi et à ce maréchal. Mais je ne puis rien changer à l’organisation de l’armée du Nord, qui doit rester comme elle est, hormis de la mettre sous les ordres d’un maréchal français qui ait davantage la confiance du Roi.

Dans ce gouvernement, la justice doit se rendre au nom du Roi. Les commandants doivent lui envoyer des rapports journaliers. L’intendant général Dudon doit envoyer au Roi l’état de la perception des contri­butions de leur emploi. Le Roi doit avoir auprès du général en chef de l’armée du Nord un commissaire espagnol, pour veiller à  ce que le quart du revenu des provinces de cette armée soit versé à Madrid, pour le service du Roi et pour secourir l’armée du Centre.

Je consens que, toutes les fois que les provinces auraient les moyens nécessaires pour se garder et se garantir des incursions des guérillas, elles puissent rentrer entièrement dans l’administration espagnole, en ne fournissant que ce qui sera convenu.

Je ne peux que dire la même chose de l’armée du Midi. Le maréchal qui commande cette armée doit envoyer des rapports au Roi et l’instruire de tout ce qui se passe. Les budgets en recette et en dépense des différentes provinces doivent être envoyés au Roi, qui y tiendra un commissaire pour percevoir le quart des revenus,.

La même méthode sera suivie pour l’armée d’Aragon.

Je satisfais ainsi aux désirs que m’a exprimés le Roi, hormis sur le point qui touche au commandement général de mes troupes. Je ne peux pas donner le commandement général de mes armées en Espagne, parce que je ne vois pas d’homme capable de les conduire, et que le commandement doit être simple et un. Dans la note que le Roi m’a présentée, tout est complexe et confus. Il est dans la nature des choses qu’un maréchal qui résiderait à Madrid et dirigerait les opérations voudrait en avoir la gloire avec la responsabilité, et que les commandants des armées du Midi et du Portugal se croiraient moins sous les ordres du Roi que de son chef d’état-major, et par conséquent n’obéiraient pas.

Indépendamment du commandement de l’armée du Centre, le Roi aurait le commandement des troupes qui entreraient dans l’arrondissement de cette armée. Si l’armée du Midi se repliait sur l’armée du Centre, elle serait sous les ordres du Roi; de même pour l’armée de Portugal. Le Roi aurait le commandement de ces deux armées si elles se groupaient dans ce territoire.

Dans celle des armées où le Roi se rendrait, il aurait les honneurs du commandement. Mais mon intention est de ne rien changer au com­mandement militaire, ni à l’armée du Nord, ni à l’armée d’Aragon, ni à l’armée du Midi, ni à l’armée de Portugal, hormis ce qu’il est nécessaire d’établir pour que le Roi ait des rapports de tout ce qui se passe, connaisse tout, et puisse se servir de ces relations, dans une position centrale, pour instruire les autres généraux. Cette communication de renseignements, d’observations, de conseils, peut même avoir lieu par le canal du ministre de la guerre espagnol.

Vous devez ajouter que le Roi doit correspondre directement avec vous; que toutes ses lettres doivent être signées par lui ; que les vôtres lui seront adressées directement ; qu’il doit les ouvrir et communiquer à son chef d’état-major ce qu’il jugera convenable; que tous les comptes rendus et états de situation doivent vous être envoyés; que tout doit être simple et net, les rapports vrais et exacts, et que le Roi doit vous instruire de tout, comme cela est d’usage dans une armée.

Vous ferez connaître au Roi que 500,000 francs par mois lui seront envoyés jusqu’au 1er juillet; mais qu’à compter du ler juillet il recevra un million par mois pendant le reste de l’année.

Enfin vous devez vous concerter avec le Roi pour organiser l’armée du Centre, en retirer les généraux qui lui déplaisent, faire des exemples des généraux qu’il accuse et leur faire rendre les sommes qu’ils ont dilapidées. C’est au Roi que je m’en prendrai si les officiers et son armée ne sont pas contenus dans la discipline convenable; il doit faire des exemples et envoyer des rapports détaillés sur tout, tous les jours.

Vous m’enverrez la copie de votre lettre au Roi et le rapport de ce qu’il vous dira dans cette entrevue et de ce qu’il compte faire. Je désire que vous n’envoyiez aucune lettre là-dessus, soit aux gouverneurs des provinces, soit aux généraux commandant les armées, sans me les avoir communiquées.

Je veux faire tout ce qui peut donner un nouvel éclat à l’entrée du Roi en Espagne, mais rien de ce qui pourrait désorganiser l’armée d’Andalousie ou les autres armées.

 

Cherbourg, 28 mai 1811.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai vu avec peine qu’on ait dépensé 12 à 15,000 francs pour faire un pont-levis et réparer la citadelle de Caen. Il y a aussi dans cette place une cinquantaine de canons qui sont inutiles. Faites-moi un rapport là-dessus.

Il me semble qu’il faudrait démolir cette citadelle et la vendre à la ville; ses promenades y gagneraient; ce serait d’ailleurs une éco­nomie , puisque cela entraîne toujours la guerre dans quelque dépense.

 

Cherbourg, 29 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Suchet que je n’entends pas parler de lui; qu’il paralyse des forces considérables en ne faisant rien, tandis que de grands coups se frappent partout.

 

Cherbourg, 29 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Belliard qu’il y a beaucoup d’ar­tillerie à Tolède et autres places de l’armée du Centre qu’il serait con­venable de réunir sur Madrid. Écrivez la même chose au duc d’Istrie. Toute l’artillerie et les munitions d’artillerie, hormis ce qui est néces­saire à l’armée de Portugal, doivent être centralisées sur Burgos.

 

Cherbourg, 29 mai 1811

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, au 15 juin il partira un 6e convoi de fonds qui sera composé de quatre millions, savoir :

Pour l’armée du Midi, 500,000 francs en traites;

Pour l’armée du Centre, 500,000 francs en numéraire, pour le prêt de juin fait au Roi; 500,000 francs, pour le même, en traite.

Pour l’armée du Nord, 500,000 francs, dont 250,000 francs en traites et 250,000 francs en argent; sur cette somme, 300,000 francs seront envoyés au général Bonnet;

Pour l’armée de Portugal, deux millions, savoir : un million en traites et un million en argent.

Ce convoi partira le 15 juin, sous l’escorte des nouveaux batail­lons qui seront arrivés alors à Bayonne, ces nouveaux bataillons ayant ordre d’entrer en Biscaye sans délai, pour être incorporés. Au 1er juillet, un septième convoi composé de quatre autres millions sera envoyé. Vous m’en présenterez la distribution avant le 15 juin.