Correspondance de Napoléon Ier – Mai 1810

Anvers, 3 mai 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

J’ai reçu votre lettre du 29 avril sur l’emprunt de la Prusse. Je vous prie de faire des recherches et de m’envoyer tous les quinze jours, un bulletin qui me tienne instruit de la marche de cette affaire ; car je voudrais fort être payé de ce que me doit la Prusse, pour retirer mes troupes d’Allemagne et les faire venir à Boulogne.

 

Anvers, 3 mai 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Je vous prie de m’envoyer les sondes de l’Escaut oriental et surtout des passes à la mer; j’en ai besoin le plus tôt possible.

J’ai fait lancer des vaisseaux hier. Déjà mon escadre se porte à l’embouchure de l’Escaut; ma flotte de Toulon, forte de 18 vaisseaux, dont 5 à trois ponts, est en appareillage; un convoi considérable et 3 vaisseaux de 80 sont à Cherbourg pour menacer les îles de Jersey; je fais armer ma flottille de Boulogne; enfin je mets tout en mouvement pour tenir en échec les Anglais.

Il me tarde de savoir quand vous mettrez vos 9 vaisseaux en rade.

Si vous avez des généraux et des officiers de marine de quelque valeur, qui ne soient pas employés à votre service, je pourrais peut-être leur donner de l’emploi.

Je vous envoie cette lettre par un officier d’ordonnance. Si votre escadre est en rade, je vous prie de l’autoriser à aller la voir pour m’en rendre compte. Si elle n’est pas en rade, faites-moi connaître quand elle y sera.

 

Anvers, 4 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne vois point de difficulté à ce que le prince de Saxe-Cobourg fasse remettre le corps du prince Louis de Prusse à ceux qui le demandent à Berlin.

Il est nécessaire de presser pour que le roi Gustave IV aille en Suisse. Je pense qu’il y aurait de l’inconvénient à le laisser demeurer si près de Carlsruhe.

.Je ne vois pas de difficulté à ce que vous signiez les trois traités avec les grands-ducs de Bade, de Hesse-Darmstadt et de Würzburg; mais cela n’avance à rien, puisque ce sont des traités les uns sur les autres. Il serait beaucoup mieux de spécifier les choses. Terminez donc d’une manière ou d’autre ces affaires d’Allemagne.

Il devient très important d’avoir des explications sur les affaires de Suède avec le ministre suédois qui est à Paris.

Il faut demander que le député du canton d’Appenzel qui a été compromis ne vienne pas à la Diète.

Entendez-vous avec le ministre de la police pour présenter un projet de décret tel que le désire l’Autriche. Il faudrait qu’il fut conçu de manière que ceux qui sont en Angleterre fussent exceptés.

Répondez au ministre de Wurtemberg que toutes les autorisations nécessaires lui seront données, et entendez-vous également avec la police pour que les déserteurs wurtembergeois retournent à Stuttgart.

Je ne vois pas de difficultés que vous donniez l’autorisation au sieur La Rochefoucauld de se rendre à Paris en congé. Il laissera son secrétaire de légation comme chargé d’affaires. Vous écrirez au secrétaire qui restera comme chargé d’affaires à La Haye de faire connaître que je ne désire avoir à Paris qu’un chargé d’affaires de Hollande.

Cette modification ne sera faite que quand le sieur la Rochefoucauld sera parti.

Vous ferez faire la même notification à Naples. Mon intention est de n’y avoir également qu’un chargé d’affaires et pas d’ambassadeur.

Je vous envoie une copie de la lettre de M. du Moutier au ministre de la marine et celle qu’il vous écrit. Cette dernière est dans un des portefeuilles.

J’ai lu avec attention les deux lettres de mon chargé d’affaires en Suède. Causez longuement avec le ministre suédois à Paris des affaires de ce pays, afin de bien comprendre le système de la Suède.

Discutez le traité, et faites-lui entendre que je n’admets jamais qu’on ne tienne pas les traités qu’on fait avec moi.

Faites passer cette lettre au roi de Saxe.

 

Anvers, 4 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Présentez-moi un projet pour accorder des congés à la moitié des officiers et au tiers des sous-officiers et soldats de la division de cuirassiers que commandait le général d’Hautpoul, qui est mise sur le pied de paix, ainsi qu’à la division du duc de Padoue et à la division des carabiniers et cuirassiers du général Bruyère, lorsqu’elles seront arrivées dans leurs cantonnements. Cette grosse cavalerie ne pouvant servir que dans la grande guerre, je ne puis l’employer dans la guerre d’Espagne, ni dans d’autres guerres de cette nature. Je ferai donc une économie notable en donnant des congés pour six mois aux soldats, et je ne verrais pas de difficulté d’accorder des congés aux officiers pour onze mois. Vous pouvez étendre la même mesure à chacun des régiments qui sont à l’armée d’Italie ou en Piémont. Comme je suis porté à croire que je n’emploierai point ces cadres en Espagne, quoi qu’il arrive, et que de longtemps ils ne seront remis sur le pied de guerre en Italie, je pourrai leur accorder des congés.

 

Anvers, 4 mai 1810

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 18 avril. Je ne puis qu’être satisfait de tout ce qu’elle trouve utile pour la princesse Amélie 1)Il y avait un projet de mariage entre la princesse Amélie de Bade et l’Archiduc Charles d’Autriche.

Dans la situation actuelle des choses, je ne pourrais en concevoir aucun ombrage politique.

 

Anvers, 5 mai 1810

NOTE.

Le ministre de l’intérieur présentera un projet de décret pour ordonner l’ouverture du canal de Mons à Charleroi. Ce canal coûtera 6 millions de francs: 3 millions seront fournis par l’imposition sur le département de 150,000 francs pendant vingt ans; 3 millions seront versés par la caisse des canaux. Ce canal appartiendra en conséquence à la caisse des canaux, qui, lorsqu’il sera terminé, le vendra pour rentrer dans ses fonds. La caisse des canaux fera, cette année une avance de 100,000 francs. Les fonds de l’année prochaine seront fixés au budget pour 1811. Le ministre de l’intérieur, avant le travail du budget, fera un rapport sur l’exécution et présentera les fonds.

A cette occasion Sa Majesté fait observer qu’il est urgent d’avoir un caissier des canaux des fonds de différentes natures. L’objet devient compliqué et exige une attention spéciale. Le caissier des canaux serait sous les ordres du caissier général des ponts et chaussées.

 

Anvers, 5 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vois dans votre rapport du 2 que vous pensez que la banque a trop d’actions et pas assez de comptables. Je pense comme vous; mais la raison en est que la Banque ne remplit pas son titre et reste banque de Paris au lieu d’être banque de Franc. Je suis intimement persuadé que 200 millions de billets qu’elle mettrait en émission ne suffiraient pas, si elle voulait remplir le but de son institution avec plus d’étendue et d’utilité pour les provinces de France. Pourquoi n’escompte-t-elle pas à Valenciennes, à Cambrai, à Saint-Quentin, à Lille (Par exemple, à Saint-Quentin, elle a un correspondant qui lui envoie le papier qu’il trouve, tous les trois mois, pour l’escompter à 4 pour 100; mais il prend 1/2 pour 100 de commission pour trois mois, ce qui fait 6 pour 100. A Valenciennes, la Banque n’a pas de correspondant. A Anvers, elle en a un qui, depuis six mois, ne fait rien. Il est connu que c’est un juif, lequel faisait bien escompter à la Banque à 4 pour 100, mais qui prenait le plus de commission qu’il pouvait. La Banque répond à cela que, lorsqu’elle reçoit de bons papiers ayant pour troisième signature celle de son correspondant, elle escompte. Il est facile de voir combien cette raison est insignifiante. Ayez avec le gouverneur et le sous-gouvemeur de la Banque une conférence pour porter à 200 millions la masse des actions et pour faire mettre en émission les 15 millions qu’elle a en portefeuille. Mes volontés ne sont pas exécutées quand la Banque a 15 millions d’actions en réserve, au lieu de les mettre en circulation. Je désire établir l’escompte des billets à Rome et à Lyon, et avoir quatre autres succursales de cette espèce. Ces six succursales, l’une portant l’autre, peuvent soutenir 5 millions de papier; cela fait 30 millions. Je désire que, dans les villes de France où il y a une chambre de commerce et autres qui seraient désignées, ce qui peut aller au nombre de trente ou quarante, la Banque ait, non un correspondant, mais un commissaire; que ce commissaire soit autorisé à prendre du papier à 4 pour 100, n’ayant d’autre commission qu’un dixième pour trois mois, selon l’usage adopté dans les villes des départements, et ne pouvant augmenter l’intérêt, de plus de 1/2 pour 100 par an. On aurait alors de l’argent à volonté à 4 et 1/2 pour 100 par an. En prenant ces mesures, la Banque aurait bientôt 200 millions d’actions, et elle remplirait son titre et son but. En Piémont, l’intérêt est immensément cher; il y a des manufactures, des maisons de commerce, et le Piémont seul peut soutenir 20 millions de papier.

Occupez-vous de cela, et présentez-moi un projet de décret ou une délibération de la Banque dans ce sens. Il faut, l° que, dans toute l’étendue de l’Empire, on trouve de l’argent contre de bonnes valeurs à 4 pour 100 et à 1/2 pour 100 de commission par an; 2° que toutes les actions de la Banque soient mises entre les mains des particuliers, et que la Banque ne puisse, sous quelque prétexte que ce soit, en retenir aucune, afin d’éviter le jeu d’agiotage auquel participent souvent les premiers membres de la Banque, qui sont les régents. S’il y a dans toute l’étendue de mon Empire des provinces où, avec de bon papier, on ne puisse se procurer de l’argent à 4 pour 100 et 1/2 pour 100 de commission par an, je m’en prendrai à la Banque, qui manquera au but de son institution, qui ne réalisera pas mes espérances, et qui perdra ses droits à la faveur que je lui avais accordée en la faisant jouir d’un si grand privilège.

 

Anvers, 5 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vois dans la note que vous avez remise au prince de Neuchâtel, sur la solde des 8e, 2e et 6e corps de l’armée d’Espagne, que vous avez payé ce qui était dû au 8e corps, et que vous donnez ordre que la solde des 2e et 6e corps soit alignée.

Je pense que vous vous serez fait rendre compte des fonds que les 2e et 6e corps se sont procurés dans le pays. Il faut que, dans votre correspondance avec les payeurs de ces corps, vous leur fassiez comprendre que vous espérez qu’on fera face à la solde jusqu’au 1er août, et qu’ils auront trouvé deux mois de ressources dans le pays; que, donnant deux millions par mois pour la solde de l’armée d’Espagne et étant obligé de pourvoir presque en entier à celle de l’armée de Catalogne, ils doivent pourvoir, des revenus et des contributions du pays, au payement de la moitié de l’entretien de leurs corps.

Faites-moi un rapport sur la situation de la solde de l’armée d’Espagne pour 1810, en distinguant ce qui est fourni par le trésor public de ce qui provient des contributions du pays, et faites-moi connaître ce qu’il faudrait à chaque corps, en partant du principe que, puisque je ne paye que deux millions, la moitié des dépenses doit être à mes frais, et l’autre moitié aux frais du roi d’Espagne, hormis l’armée de Catalogne, à laquelle il faut envoyer de l’argent tenir cette armée le plus possible au courant.

 

Anvers, 5 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie un travail sur les vétérans. Je n’y aurais pas répondu, parce que l’avis du Conseil d’Etat ne me convient pas. Présentez-moi un projet de décret appuyé d’un état des demi-brigades actuelles de vétérans avec leur force et la liste des officiers de tout grade. Mon intention est de réduire chaque demi-brigade à un bataillon, et, par là, l’état-major sera supprimé. Ainsi, au lieu de dix demi-brigades qui existent actuellement, il n’y aura plus que dix bataillons. Les demi-brigades sont de dix ou douze compagnies; les bataillons seront de six compagnies; ainsi, au lieu de cent quatre compagnies, je n’en aurai plus que soixante. Tout cela doit faire une économie importante.

Voici de quelle manière seront placés ces dix bataillons ; point à Versailles; deux à Paris; un réparti entre la Toscane, la Spezia et Rome; un dans les places de Brabant, savoir : Berg-op-Zoom, Breda, Bois-le-Duc; un dans les lieux que vous jugerez le plus nécessaire.

Je crois qu’il n’en faut point aux prisons d’État; la gendarmerie à pied doit faire ce service. On peut en mettre dans les îles, comme dans celle de Ré, et dans les villes où il n’y a pas de dépôt d’infanterie, et qu’il est cependant important de garder. Ces cinq premiers bataillons seraient appelés Bataillons des vétérans nationaux militaires.

Il restera cinq bataillons qui seront appelés Bataillons des arsenaux de la marine. On en mettra un à Anvers, un à Brest, un à Lorient, un à Rochefort, un à Toulon. Ces cinq bataillons seront composés de six compagnies et 840 hommes. Ils seront toujours à la disposition de la marine pour la garde de ses arsenaux et de son immense matériel. Ces cinq bataillons ne seront plus soldés ni payés par la guerre, et appartiendront de toutes les manières à la marine.

Je pense qu’il est nécessaire de garder les deux bataillons de Paris.

Je pense également qu’il peut y avoir de l’avantage à ce qu’il n’y ait qu’un même bataillon dans les États de Rome et de Toscane, ainsi que dans le Brabant.

Si du 5e bataillon on pouvait avoir six compagnies isolées, je n’y verrais pas d’inconvénient.

Les invalides romains et piémontais doivent être dirigés sur les bataillons des arsenaux.

Voilà la mesure qui me paraît la plus raisonnable pour les vétérans.

Former un bataillon de vétérans et six compagnies de 120 hommes chacune, formant 840 hommes à l’effectif, et pouvant certainement fournir plus de 600 hommes présents, c’est-à-dire 120 hommes de service par jour. Ce bataillon serait appelé bataillon des vétérans de la marine, et employé à l’arsenal d’Anvers. Il ne recevrait aucun ordre des généraux commandants à Anvers et serait sous les ordres du préfet maritime. Un pareil pour Brest: s’il y avait besoin à Brest de plus de 120 hommes de service par jour, on mettrait deux bataillons à Brest; cependant on est fondé à penser qu’un bataillon suffit; un pareil à Lorient; un à Rochefort; un à Toulon; ce qui ferait cinq bataillons de vétérans de la marine, ou près de 3,000 hommes propres à ce service, qui y seraient uniquement affectés et qui dépendraient entièrement de la marine. On pourrait former un ou deux autres bataillons et les répartir dans les petits ports. J’attendrai un rapport du ministre de la marine sur cet objet.

 

Anvers, 5 mai 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Vous devez démentir le rappel du général Moreau et faire sentir que ce général, dont les liaisons avec les Bourbons sont connues, est pour jamais exclu de la France.

Vous trouverez ci-jointe une lettre de Barcelone, adressée au ministre des relations extérieures. Envoyez des hommes intelligents de ce côté et tâchez de savoir ce que veut dire tout ce tripotage.

 

Bois-le-Duc, 7 mai 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, donnez ordre que, conformément à nos lois, il ne soit plus consacré aucun prêtre dans les deux départements de Rome et du Trasimène sans ma permission; prescrivez aux préfets, sous-préfets et maires, de tenir la main à l’exécution de cet ordre.

Donnez ordre que tous les prêtres séculiers, religieux ou religieuses étrangers à la ville de Rome, retournent dans la commune où ils sont nés.

Donnez ordre à la Consulte de faire prêter serment à tous les évêques, d’envoyer en France ceux qui s’y refuseraient et de faire mettre le séquestre sur leurs biens. Je suppose que l’ordre a déjà été donné à tous les religieux qui ne sont pas nés dans les départements de Rome et du Trasimène de se rendre aux lieux de leur naissance.

Il faut que ces mesures précèdent de quinze jours le décret qui supprime toutes les corporations religieuses, qui vous sera expédié par le Secrétaire d’État. Mandez à la Consulte que, des siéges existants, plusieurs sont vacants par les démissions données à Paris par les cardinaux titulaires, d’autres par mort, que probablement un grand nombre va vaquer par le refus que feront les titulaires de prêter serment; que je n’attache pas d’importance à·ce qu’ils prêtent tous serment; qu’on fasse en sorte qu’il n’y en ait que trois seulement qui le prêtent, ne voulant conserver dans les deux départements que trois évêchés, ou au plus quatre. Prévenez la Consulte que vous me proposez le décret de suppression; qu’ils ne tarderont pas à le recevoir; qu’ils fassent donc promptement les dispositions nécessaires pour être en force et être maîtres partout; que je vais frapper un coup de foudre; que je donne des ordres au prince Felix commandant la 29e division militaire, et au vice-roi, pour qu’ils tiennent des forces à leur disposition, prêtes à se porter partout où la Consulte le requerra.

Vous ajouterez à la Consulte que, après avoir fait prêter serment aux évêques et fait enlever les récalcitrants, elle le fera prêter aux chanoines, et, en cas de refus, usera envers eux de la même rigueur.

 

Bois-le-Duc, 7 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre à la 17e compagnie du 6e régiment d’artillerie à pied, qui est à Brest, de se rendre à Belle-Isle. Donnez l’ordre au 4e régiment suisse de former deux compagnies, chacune de 120 hommes présents, et de les envoyer à Belle-Isle. Donnez ordre au 86e de former deux compagnies, complétées à 240 hommes présents, et de les envoyer également à Belle-Isle.

Donnez ordre au dépôt du 47e de compléter ce qu’il a à Belle-Isle à deux compagnies, chacune de 120 hommes présents; ce qui fera 240 hommes du 47e, 240 hommes du 86e et 240 hommes du 4e régiment suisse, ou six compagnies formant un bataillon d’environ 800 hommes, qui portera le nom de Bataillon provisoire de Belle-Isle, avec un colonel en second pour le commander, 200 hommes d’artillerie et 800 hommes de la marine.

Donnez ordre que le 4e bataillon colonial soit complété à 600 hommes. A cet effet, dirigez sur Belle-Isle soit des conscrits amnistiés, soit d’autres hommes à votre disposition pour cet objet, de sorte qu’il y ait à Belle-Isle, avec la garde nationale sédentaire, 3,000 hommes.

Prévenez le général Quentin de ces dispositions, et recommandez-lui de tenir sa place en état, armée, approvisionnée, et d’être prêt à tout événement.

Envoyez un général d’artillerie et un général du génie à Belle-Isle pour faire l’inspection de la place, avec l’autorisation de tirer de la direction tout ce qui est nécessaire pour son armement et approvisionnement. Entendez-vous avec le ministre directeur de l’administration de la guerre pour qu’il y ait les vivres nécessaires.

Il est indispensable qu’il y ait à Belle-Isle deux officiers d’artillerie, indépendamment de ceux des compagnies, et trois officiers du génie.

Envoyez-y également deux ou trois mille fusils, pour pouvoir en armer les habitants en cas d’événement. Ces ordres sont urgents à donner.

Donnez ordre que la garnison de l’île d’Aix soit renforcée de la manière suivante. Le dépôt du 82e, qui a un officier et 72 hommes à l’île d’ Aix, enverra ce qui est nécessaire pour former deux compagnies de 120 hommes chacune. Le 26e, qui est à Napoléon, y enverra également deux compagnies de 120 hommes chacune. La légion hanovrienne, qui a un officier et 71 hommes, complétera deux compagnies à 240 hommes. Le 66e, qui est à Bordeaux, enverra deux compagnies de 210 hommes. Ces huit compagnies formeront un bataillon provisoire, sous le titre de Bataillon de l’île d’Aix qui sera commandé par un colonel en second.

Le dépôt du 6e régiment d’artillerie, qui est à Rennes, enverra au détachement qui est à l’île d’Aix 40 recrues.

Faites partir de Paris le régiment de Berg pour se rendre à la Rochelle, avec l’instruction au général commandant la division qu’à la moindre apparence d’hostilités il le fasse entrer à l’Île d’Aix. Ce régiment tardera aisni à aller en Espagne jusqu’il ce qu’il ait été remplacé sur cette île par d’autres troupes. Chargez un général du génie de se rendre à l’île d’Aix, de veiller à ce que cette île soit promptement mise dans le meilleur état, et de pourvoir à sa défense et à son approvisionnement. Envoyez-y également un général d’artillerie, qui passera la revue des batteries et les fera mettre en état.

Vous préviendrez le général qui commande la division qu’à la moindre menace des Anglais la marine doit renforcer de 800 hommes, soit canonniers, soit équipages, la garnison de l’île d’Aix; qu’il doit faire préparer aux dépôts du 13e cuirassiers et des chasseurs hanovriens, qui sont à Niort, , deux escouades, chacune de 30 à 40 chevaux, et qu’il doit placer, pour parcourir la côte, une colonne mobile depuis La Rochelle jusqu’à Rochefort; qu’il ne doit cependant faire cela qu’au dernier moment, parce que bientôt je vais y envoyer de la cavalerie de ligne.

Service de la côte de la Rochelle à Lorient. Aussitôt que la brigade Colbert sera arrivée à Nantes, vous ordonnerez qu’un de ses régiments soit mis à la disposition du général commandant la 12e division militaire pour faire des patrouilles sur la côte, depuis l’embouchure de la Loire jusqu’à l’embouchure de la Charente. L’état-major de ce régiment sera établi à La Rochelle. Un autre régiment fera des patrouilles depuis la Loire jusqu’à Lorient; l’état-major sera à Pontivy.

Le général Colbert, avec son 3e régiment, restera à Nantes ou dans un village où les fourrages soient abondants. Il recevra les rapports de ses postes, se portera où il sera nécessaire et vous rendra des comptes journaliers.

Inspection des côtes. Chargez cinq généraux d’artillerie de faire les inspections suivantes sur les côtes: 1° depuis l’Escaut jusqu’à Granville; 2° depuis la Seine jusqu’à Nantes; 3° depuis Nantes jusqu’à Bayonne; 4° depuis la frontière d’Espagne jusqu’à Nice; 5° depuis Nice jusqu’à Cività-Vecchia.

Mettez quelques fonds à leur disposition. Ils se feront accompagner par les directeurs, passeront la revue des canonniers garde-côtes, les feront exercer, inspecteront les batteries, vérifieront l’état des poudres, de l’approvisionnement, vous enverront des rapports détaillés et pourvoiront à ce que les côtes soient en état de défense sur tous les points pendant cet été.

Service de la côte de l’Escaut à  la Somme. Vous donnerez ordre à la brigade de cavalerie légère qui est à Saint-Omer de fournir des postes le long de la côte, savoir: un régiment qui résidera à Saint-Omer, et fera des patrouilles sur la côte depuis l’embouchure de l’Escaut à Blankenberghe, Ostende, etc., jusqu’à l’embouchure de la Somme; l’autre régiment fera des patrouilles depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à Cherbourg. Faites redonner à ces régiments l’instruction qui avait été faite en 1805, c’est-à-dire que les colonels et chefs d’escadron inspectent les batteries de côte, s’assurent que les garde-côtes sont à leurs postes, et les exercent quelquefois, fassent même apprendre à leurs chasseurs et hussards un peu de manœuvre, afin qu’en cas d’évènement ils puissent se porter aux batteries menacées, et les fassent agir avec la plus grande activité.

 

Bois-le-Duc, 7 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je remarque qu’il y a peu de troupes dans la 30e division militaire. Comme mon intention est de supprimer les couvents, d’obliger les prêtres à prêter serment et de finir ces ridicules scènes de Rome, j’ai besoin d’y avoir les forces convenables.

Donnez ordre au vice-roi de compléter à 600 hommes présents, chacun, les deux premiers bataillons du 106e qui est à Bologne, et les deux premiers bataillons du 53e qui est à Imola (ce qui fera quatre bataillons, 2,400 hommes), de joindre à cette colonne trois escadrons du 29e de dragons, complétés à 600 chevaux (ce qui la portera à 3,000 hommes), de mettre cette brigade sous les ordres du général Pacthod, d’y joindre six pièces de canon, de tenir ces troupes en forme de colonne d’observation à Perugia, pour être à la disposition du général Miollis, qui la fera venir à Rome et partout où elle serait nécessaire; et, dans le cas où elle serait inutile, elle resterait à Perugia. Donnez ordre au vice-roi de réunir à Ancône 3,000 hommes d’infanterie et 600 chevaux de troupes italiennes, pour se porter où il sera nécessaire; le général commandant cette colonne prendra les ordres du général Miollis.

Donnez ordre au prince Félix de mettre sous les ordres de l’adjudant commandant Mariotti une colonne mobile composée du 1er bataillon du 112e, complété à 600 hommes présents, et du 3e bataillon du 29e complété à 600 hommes présents, ce qui fera 1,200 hommes.

Cette 3e colonne d’observation se réunira à Arezzo, pour marcher sur Rome au premier ordre du général Miollis.

Indépendamment des troupes qu’il a, le général Miollis aura sous ses ordres une colonne de 3,000 hommes à Perugia, une colonne de 3.600 italiens à Ancône, et une de 1.200 hommes à Arezzo; ce qui lui fera plus de 10, 000 hommes, dont il disposera pour faire exécuter mes décrets sur les prêtres.

Vous ferez connaître au général Miollis qu’il faut qu’il montre de la vigueur; que le ministre des cultes lui transmet un ordre pour ce qui regarde les prêtres et les moines, et que je veux organiser, sous ce rapport, les deux départements de Rome et du Trasimène à l’instar du reste de l’Empire.

 

Bois-le-Duc, 7 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Monsieur le Duc de Feltre, envoyez un officier au maréchal Macdonald pour lui faire part du succès que vient d’obtenir le général Suchet. Écrivez-lui que l’opération de Barcelone a manqué parce que le duc de Castiglione est resté dans la ville, au lieu de marcher avec les troupes pour être à même d’agir selon les circonstances. Vous lui donnerez l’ordre de former un corps de 18,000 hommes, et de laisser le reste de son armée pour garder Figuières, Girone et Rosas, et de se porter, avec ces 18,000 hommes, entre Barcelone et Lerida, en se mettant en communication avec Lerida et empêchant les insurgés de bloquer Barcelone. Il trouvera des vivres dans ces vallées, et, en maintenant ses communications libres, il trouvera entre Lerida, Barcelone et Tarragone, des ressources, autant que la saison peut le permettre, et même de quoi envoyer des convois à Barcelone. En cas d’événement, sa réunion doit être avec l’armée d’Aragon ; et dans ce cas, comme maréchal, il aura le commandement des deux armées.

Vous lui enverrez ces ordres comme instruction générale, et vous lui ferez connaître que, du reste, je m’en rapporte à lui pour toutes les mesures convenables à prendre pour empêcher Barcelone d’être bloqué. Enfin, vous recommanderez au maréchal Macdonald que, si des évènements  sur lesquels je ne compte pas obligeaient d’évacuer Barcelone, on fit sauter les fortifications de cette place, en se réservant de garder seulement les deux forts de Monjuich et l’autre.

Vous lui enjoindrez immédiatement, après avoir pris Lerida, de faire le siége de Tarragone.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, présentez une note claire au ministre de Prusse sur l’affaire du prince Hatzfeld, dans laquelle vous appuierez sur le scandale de cette procédure et ferez sentir combien elle me blesse, et que j’y reconnais l’influence de la cabale qui a causé tous les maux de ce pays. Vous parlerez du traité de Tilsit, de la bonne conduite tenue par M. de Hatzfeld dans toutes les affaires, et déclarerez que je le prends spécialement sous ma protection et que je ne souffrirai pas qu’il lui soit fait aucun tort. Vous prescrirez la même démarche à M. de Saint-Marsan, et vous lui donnerez pour instruction de dire partout de répéter dans la conversation que les ennemis de M. de Halzfeld sont les miens; que ceux qui l’attaquent m’attaquent; que la conduite qu’on tient envers lui est une indignité, et qu’il faudrait y mettre au moins un peu de politique.

Vous parlerez dans le même sens au maréchal Kalckreuth. Faites en même temps connaître au comte Beugnot, mon commissaire dans le grand-duché de Berg, l’intérêt que je prends au prince de Hatzfeld.

Je n’ai reçu que la lettre n° 1 du sieur du Moutier, que je vous ai envoyée; la lettre n° 2 ne m’est pas parvenue.

Le prince de Hatzfeld, qui fut gracié par Napoléon en 1806, habitait Berlin et entretenait avec les agents français chargés de la rentrée des contributions de guerre des relations amicales, dont il se servait pour obtenir des adoucissements en faveur de ses compatriotes. Ces relations, si profitables qu’elles fussent à la Prusse, éveillèrent les soupçons du Roi, qui fit mettre en jugement le prince de Hatzfeld. L’intervention de l’Empereur arrêta le procès.

 

Berg-op-Zoom. 9 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre mémoire sur le Valais; il ne me satisfait pas. Comme j’ai autorisé mon chargé d’affaires à se rendre à Paris, demandez-lui des renseignements sur les noms des individus influents opposés à la France, sur la situation des esprits dans le Haut et le Bas Valais pendant la dernière guerre, et sur le parti que le pays aurait pris si nous avions été battus.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, faites-moi connaître la quantité de bons de la caisse d’amortissement de nouvelle fabrique qui se trouvent aujourd’hui en circulation. Je voudrais la porter à une vingtaine de millions. Vous aurez soin de les laisser aller jusqu’à 7 pour 100; s’ils passent ce taux, vous autoriserez la caisse d’amortissement et le trésorier de la caisse du domaine extraordinaire à les retirer; mais mon intention est d’en saturer la place: c’est un escompte de 1/2 pour 100 par mois et de 1 pour 100 de commission, ce que je ne trouve pas trop déraisonnable. La caisse d’amortissement et la caisse de l’extraordinaire sont dans une situation à n’avoir pas besoin de cela, mais je veux accoutumer la place à connaître les bons et à en supporter, s’il le fallait, une trentaine de millions.

Je vous ai écrit sur les moyens de donner plus d’extension à la Banque de France; cela est très sérieux. Il faut que, dans toute l’étendue de mon Empire on trouve de l’argent sur de bon papier à un intérêt de 4 pour 100 et pour une commission de 1/10. C’est alors seulement que nos manufactures seront portées au degré de prospérité qu’elles doivent atteindre.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, vous recevrez un décret par lequel j’ordonne qu’au 15 juin tous les ordres religieux soient détruits dans les départements de Rome et du Trasimène.

Je suppose que vous avez déjà donné des ordres pour que 1° tous les ecclésiastiques, soit de France, soit d’Italie, soit de Naples, soit d’Allemagne, d’Angleterre, d’Irlande, de Danemark, de Hollande, etc., fussent renvoyés dans leur pays; 2° tous les individus qui ne sont pas dans les ordres sacrés cessent de porter l’habit ecclésiastique, et ceux qui sont dans les ordres sacrés ne portent l’habit ecclésiastique que dans les séminaires.

J’ai ordonné que trois colonnes se rendent, l’une de Bologne à Perugia, l’autre de 2)laissé en blanc dans l’original. . . . . à Ancône, et l’autre de Florence à Arezzo.

Ces 7 ou 8,000 hommes seront à la disposition du général Miollis, qui les portera rapidement partout où la tranquillité publique serait troublée.

Je suppose que tous les prêtres auront, à l’heure qu’il est, prêté serment ou auront été dirigés sur la route de France, sans hésitation; que tous les évêques, curés, vicaires, chanoines, auront prêté serment ou seront sur la route de France; que les biens des chanoines, chapitres, évêques, qui n’auraient pas prêté serment, ont été saisis par l’enregistrement. Quant aux évêques, il faut qu’on saisisse non seulement leurs biens ecclésiastiques, mais aussi leurs biens patrimoniaux.

Rédigez un décret conçu à peu près dans les termes suivants, que je signerai aussitôt que le nombre des évêques qui n’auront pas prêté serment sera connu: « Considérant que dans l’Empire il y a des évêchés qui ont un million d’habitants, tandis que dans les deux départements de Rome et du Trasimène, qui n’ont que 700,000 habitants, il y a trente évêchés; que cette disproportion énorme et cette multiplicité d’évêchés sont contraires aux lois de l’Empire et incompatibles avec l’ordre et la hiérarchie ecclésiastique; que le plus grand nombre de ces évêchés sont vacants par démission, mort ou rébellion, nous avons décrété et décrétons les articles suivants: Titre 1er. Des évêchés. Tel et tel évêché est supprimé et réuni, et tel et tel chapitre est supprimé. Il n’en sera conservé qu’un seul par cathédrale, composé de tant de membres; de même pour les séminaires, etc. – Titre 2. Des paroisses. Il ne restera que tant de paroisses à Rome; telles et telles sont conservées.  » Il me semble que vingt paroisses sont suffisantes.

Vous ferez également la circonscription des vingt principales villes, de manière que, dans les villes peuplées de moins de 5,000 âmes, il n’y ait qu’un curé, et que dans les villes de plus de 5,000 âmes il y ait un curé à raison de 4 à 5,000 âmes. Faites ce décret le plus tôt possible, afin que je le signe à mon arrivée à Paris, et qu’il puisse être à Rome avant le 15 juin, pour que les coups se succèdent sans interruption.

Si d’autres dispositions sont nécessaires sur cette matière, proposez-les moi, afin que, juin passé, les départements de Rome se trouvent organisés comme le reste de la France pour les affaires ecclésiastiques.

 

PROJET DE DÉCRET.

Considérant qu’un des avantages de notre Empire sur tous ceux qui ont existé avant lui est l’uniformité des lois sur la législation, l’administration, les finances, et voulant ramener à cette uniformité les parties de notre dit Empire qui n’y sont pas encore soumises, Nous avons décrété, etc. :

ARTICLE PREMIER. Tous les couvents de religieux et de religieuses sont supprimés dans le département du Taro, même les mendiants.

Les pensions seront fixées conformément à ce qui a été fait dans le reste de l’Empire.

ART. 2 – II en sera fait de même dans les départements de Gênes, de Montenotte et des Apennins.

ART. 3 – Il sera conservé un seul couvent à Plaisance, un à Parme, un à Gènes et un à Savone, en ayant soin de choisir le plus convenablement situé et le plus beau, pour servir aux besoins publics.

ART. 4. – Les religieux supprimés par le présent décret se rendront dans la paroisse où ils sont nés, pour assister le curé dans les fonctions ecclésiastiques; de sorte que, après l’exécution de ce décret, il n’y aura plus de religieux, de quelque ordre que ce soit, dans les départements au delà des Alpes, excepté les deux qui restent en Piémont, les quatre conservés par le présent décret, et les quatre conservés dans les départements de Rome et du Trasimène; cette exception étant un effet de l’intention où nous sommes d’instituer quelques autres couvents dans notre Empire pour les besoins publics.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Réexpédiez un autre officier à Corfou pour faire connaître les mesures que le vice-roi, à Ancône, et le roi de Naples prennent pour approvisionner Corfou. Je suppose que vous avez un chiffre avec le général Donzelot, pour communiquer. Si vous n’en avez pas, envoyez-lui-en un. Faites-lui connaître qu’il a toute ma confiance; que je suis certain qu’il ne rendra jamais la place qu’après avoir épuisé tous ses moyens de défense, fait prendre les ouvrages avancés, pratiquer la brèche; qu’il saura même alors rendre nuls les efforts de l’ennemi, en s’enfermant dans les retranchements; mais que les Anglais sont tellement occupés en Espagne, en Portugal, en Angleterre, en Irlande, à Jersey, qu’ils ne pourront pas, avec les misérables troupes qu’ils ont, tenter une expédition de cette importance, puisqu’il leur faudrait pour cela 12,000 Anglais de bonnes troupes; que les frégates sont sous ses ordres; qu’il doit les faire agir pour la défense de la place; que les mesures qu’il prend pour Sainte-Maure sont convenables; que le général Camus doit se défendre longtemps, puisque ce sera retarder d’autant les autres expéditions que pourraient tenter les Anglais; que je vois que le général Donzelot a plus de 8,000 hommes de troupes, savoir : 7,000 hommes d’infanterie, 50 de cavalerie, 400 d’artillerie, 150 de sapeurs, et, de plus, 1,000 marins italiens et français, total, 8,600 hommes ; que ces 8,600 hommes, présents sous les armes, à Corfou, ne peuvent être assiégés que par 12,000 Anglais et 6,000 hommes d’auxiliaires, c’est-à-dire par 18,000 hommes; qu’ainsi je suis en sûreté pour Corfou; que j’y vois des vivres pour un an; que ces vivres doivent s’augmenter tous les jours, et qu’enfin j’ai une escadre de dix-huit vaisseaux à Toulon, qui tenteraient quelque chose pour le secourir, s’il était forcé dans ses ouvrages avancés et rejeté dans l’enceinte de ses murailles par une autre expédition, avant l’espace de quinze mois, car je pense qu’il a des vivres pour quinze mois; que je suis même certain que, avec la contenance qu’il fait et les forces qu’il a, l’ennemi, rebuté par les maladies, les désertions, etc., renoncera à sa folle entreprise ; qu’ainsi je crois qu’il est loin de porter si haut ses prétentions. Mandez au général Donzelot qu’il utilise les équipages des chaloupes canonnières et corvettes pour la défense de terre et des îles; enfin qu’il se serve de tous ses moyens pour la défense du pays.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre

Je vois avec plaisir que vous avez fait tout ce qu’il fallait pour que mon armée de Catalogne ne manquât de rien.

Je ne sais si les vivres ont manqué à mon armée; mais ce que je sais fort bien, c’est que, si le maréchal eût été au milieu de ses troupes et non à vingt lieues derrière, il eût jeté dans la mer les misérables troupes qui lui ont enlevé des détachements et lui ont fait faire une retraite peu honorable pour une armée.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris

Monsieur le comte Daru, prenez des mesures pour que Trianon soit prêt à me recevoir au 1er juin, tant pour ce qui est relatif aux murs de clôture qu’à l’achèvement de la galerie, désirant y aller à cette époque.

Assurez-vous si, à Fontainebleau, les dispositions nécessaires ont été faites pour que la galerie de Diane et le palais soient entièrement prêts pour le voyage de septembre.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au comte de La Valette, ministre général des Postes, à Paris

Je reçois votre lettre par laquelle vous m’instruisez qu’on a ouvert à Rome mes dépêches. Il est indispensable que vous fassiez un rapport au ministre des finances, et que les employés des postes soupçonnés d’un pareil délit soient sur-le-champ mandés à Paris. Cela doit vous servir de règle; et, si vous n’avez point organisé les postes à Rome, les organiser sans délai, en envoyant des agents sûrs et établissant auprès du directeur un petit cabinet, qui puisse éclairer l’autorité locale sur les intrigues et trames dont cette ville pourrait être le théâtre.

Il faut aussi penser à organiser sans délai les postes du Brabant, des nouveaux départements réunis à la France.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Berg-op-Zoom

Mon Cousin, faites connaître au roi d’Espagne et au duc de Dalmatie que, si les armées de la Romana et des autres généraux insurgés se recrutent, la cause en est double : 1° la formation d’une armée espagnole qui fait craindre aux paysans d’être incorporés dans ces nouveaux régiments, crainte qui les empêche de retourner chez eux; 2° la mauvaise conduite qu’on a tenue relativement aux prisonniers faits à Orcana et ailleurs.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Je compte que vous aurez neuf ou dix vaisseaux en rade dans le mois de juin; cependant j’apprends qu’il n’y a encore aucun mouvement en Hollande. Songez à l’importance dont il est pour la cause commune de tenir vos engagements.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Berg-op-Zoom

Mon Fils, comme il est de notoriété publique que les Anglais font payer 25 pour 100 aux bâtiments ottomans pour leur permettre de naviguer, j’ai fait mettre le séquestre sur tous les bâtiments de cette nation dans mes ports de France. Ordonnez la même chose en Italie, en leur faisant connaître la raison de cette mesure.

 

Berg-op-Zoom, 9 mai 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Berg-op-Zoom

Mon Fils, je me décide à créer une banque d’escompte à Milan, à l’instar de la Banque de France, sous le litre de Banque italienne.

Écrivez à Aldini qu’il se concerte avec Mollien, et qu’il me présente un projet de décret, rédigé sur les bases de celui qui institue la Banque de France.

 

Middelburg, 11 mai. 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, mon intention est que le général Miollis n’accorde à aucun ecclésiastique étranger la permission de rester à Rome, et que toutes les mesures soient prises pour organiser les deux départements à l’instar du reste de la France.

Je suis persuadé qu’il n’y a point besoin de troupes à Rome; cependant j’y ai envoyé l2.000 hommes en trois colonnes; j’en enverrai 100,000 si cela est nécessaire. Il faut qu’au 1er juillet tout soit, dans les départements romains, sur le même pied qu’à Paris.

Je ne suis pas éloigné de m’emparer des biens ecclésiastiques séculiers pour doter les prêtres comme ils le sont en France, et même mieux. Ecrivez à Rome pour avoir un rapport sur la contenance de ces biens ecclésiastiques séculiers. Comme la dîme doit être supprimée, ainsi qu’elle l’a été en France et en Piémont, ce sera une diminution considérable dans les revenus; il faudra faire connaître ce qui restera.

 

Middelburg, 9 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, l’île de Schouwen est importante; je vous ai demandé un général de brigade pour y commander sous les ordres du général Gilly. Il est urgent de mettre la place de Zierikzee à l’abri d’un coup de main et de l’armer de douze canons en fer, de sorte que, l’ennemi tentant une expédition de 3 à $,000 hommes, la garnison puisse se retirer dans la place comme dans un réduit, qui sera approvisionné pour un mois, et s’y maintenir.

Donnez ordre que cette place soit en état de défense et approvisionnée avant le 15 juin. Mon intention n’est pas de mettre dans l’île de Schouwen plus de vingt pièces de gros calibre en fer, indépendamment des pièces de gros et petit calibre qu’on mettra  à Zierkzee. Donnez les ordres nécessaires au général Dulauloy. Il faut que ces pièces, grandes et petites, soient en fer.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La 24° division militaire étant très considérable, et les îles de la Zélande étant importantes, je désire que, provisoirement, les îles de Walcheren, Nord et Sud-Beveland et Schouwen soient mises en état de siége. Le décret vous en sera envoyé par le ministre secrétaire d’État. Le général Gilly en aura le commandement général; il correspondra avec vous et avec le général Chambarlhac à Bruxelles; il aura, pour garder ces îles, 1° quatre bataillons de la 18e demi-brigade provisoire, 2° un bataillon du  régiment prussien, 3° un bataillon colonial; total, six bataillons. Un de ces bataillons sera envoyé dans l’île de Schouwen pour renforcer les batteries. Il y aura dans cette île un général de brigade que vous déléguerez sans délai pour commander l’infanterie, le génie et l’artillerie, sous les ordres du général Gilly.

Un bataillon tiendra garnison à Flessingue; ce sera toujours le même; les quatre autres bataillons seront campés dans quatre positions différentes, que désignera le général Gilly, sur les dunes depuis Westkapelle jusqu’à Terveere. Ces camps seront solidement construits, à l’instar de ceux qui existaient avant l’expédition des Anglais. Vous mettrez 50,000 francs à la disposition de l’officier du génie qui commande à Flessingue pour les faire établir. Par ce moyen, les côtes de l’île seront gardées.

Le général Gilly sera spécialement chargé d’organiser promptement les canonniers garde-côtes. Indépendamment de ces troupes, il aura la gendarmerie, les canonniers de ligne et les troupes du génie, qui seront sous ses ordres. Il suffira qu’il tienne dans les îles de Sud et Nord-Beveland des patrouilles de quelques compagnies.

Indépendamment de ces forces, il aura sous ses ordres 48 chaloupes canonnières, commandées par un contre-amiral, qui seront destinées à maintenir la communication de l’île de Walcheren à l’île de Cadzand et de l’île de Walcheren à l’île de Schouwen. Les 480 hommes nécessaires pour la garnison de ces chaloupes canonnières seront fournis par la 18e demi-brigade provisoire. En cas d’événements imprévus et inattendus, le général Chambarlhac, qui a sous ses ordres trois régiments de ligne et les autres troupes qui sont dans sa division, enverrait sur-le-champ à son secours.

Vous donnerez pour instruction au général Gilly qu’après avoir défendu les Îles il doit se rejeter sur Flessingue, place qu’il doit défendre jusqu’à la dernière extrémité.

Quant aux chaloupes canonnières, vous lui ferez connaître qu’il doit les employer le moins qu’il pourra, pour laisser à l’amiral Missiéssy la faculté d’en disposer pour son service; mais, en cas d’événement, elles seront entièrement sous ses ordres, et il les fera entrer dans Flessingue pour s’en servir à la défense de la place.

Il sera nécessaire que le général qui commande Anvers étende son commandement jusqu’au fort de Barth. S’il arrive que l’île de Walcheren soit attaquée et que le général soit investi dans Flessingue, il doit faire avancer ses forces sur Bath, embrasser le Sud-Beveland, renforcer les batteries, protéger l’escadre et se mettre en communication avec l’île de Walcheren.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les directeurs du génie de l’artillerie des places du Brabant ne sont pas encore arrivés, et tout y est encore en confusion. Il en est de même des commandants d’armes. Les généraux de la division Puthod sont disponibles; vous pourriez en envoyer pour commander à Berg-op-Zoom, à l’île de Schouwen, etc. Cette organisation est importante.

On m’a cité des officiers qu’on a fait venir de Naples; c’est les ruiner. L’Empire est trop vaste pour de telles mesures prises sans considération des distances. Il faut ordonner à votre bureau de ne vous proposer que des changements successifs : ainsi, par exemple, de faire venir des officiers de Naples pour le Piémont; du Piémont pour le Midi; du Midi pour le Nord. Ces longs voyages faits en plusieurs années sont insensibles, au lieu que des voyages de Naples à l’extrémité de l’empire ruinent les officiers, rendent tout incertain.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Un contre-amiral et quarante-huit chaloupes canonnières formeront la division chargée de la défense de l’Escaut oriental et occidental.

J’ai chargé le général Gilly-jeune du commandement de toute la Zélande. Le contre-amiral sera sous ses ordres, autant que cela sera nécessaire. Le général Gilly fournira 480 hommes de garnison, à raison de 10 hommes par chaloupe canonnière. Les 48 chaloupes doivent étudier les passes, maintenir la communication entre les îles de Walcheren, Sud-Beveland et Schouwen. Une division de 12 chaloupes doit se trouver toujours entre les îles et Helvoet-Sluys et prendre connaissance de ce qui se passe dans le (en blanc dans la minute). En cas d’événement extraordinaire, les 48 chaloupes doivent s’embosser, défendre la place de Flessingue et suivre en tout son sort.

Vous établirez à Flessingue une administration telle que les chaloupes puissent y être réparées, faire leurs vivres et soutenir l’embossage.

Le vice-amiral Missiéssy commandera toujours les chaloupes canonnières tant qu’il se trouvera à la hauteur de Flessingue. Il fera les manoeuvres nécessaires et obligera les Anglais à avoir une croisière égale à la sienne. Il fera enfin ce qui sera nécessaire pour se tenir toujours dans une position facile.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général, à Middelburg

Mon Cousin, donnez ordre, en mon nom, au général Dulauloy de détruire les batteries qui existent de Terveere à Rammekens, et de les faire replacer entre Rammekens et Flessingue, où elles seront plus utiles.

Vous lui donnerez également l’ordre de ma part de faire désarmer (mais sans détruire les plates-formes et ôtant seulement les canons) les batteries qui sont le long de la côte de Sud-Beveland vis-à-vis le Sloe, et qui avaient été faites pour protéger le passage et attaquer l’île de Walcheren. Les pièces de ces batteries seront placées de manière à protéger l’escadre à l’embouchure de l’Escaut. Je ne comprends pas dans ces batteries celles qui croisent leur feu avec celles de Rammekens, ni celles qui croisent avec Terveere; toutes les autres, à l’exception de celles-là, sont inutiles.

Donnez également: l’ordre au général Dulauloy de faire armer la place de Zierikzee de douze pièces de canon en fer; donnez ordre au commandant du génie de Flessingue d’envoyer un officier du génie pour mettre cette place en état de défense. Il mettra à la disposition de cet officier 10,000 francs pour faire réparer les pont-levis, planter des palissades, curer les fossés, relever les remparts, faire des tambours et tout ce qui est nécessaire pour que 4 à 500 hommes de garnison et les canonniers des batteries de l’île de Schouwen, ce qui fera une force de 800 hommes, puissent se réfugier dans la place et s’y défendre.

 

Middelburg, 11 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Middelburg

Mon Cousin, faites connaître au général Gilly que je l’ai nommé commandant des îles de Walcheren, de Nord et Sud-Beveland et de Schouwen; que j’ai mis ces îles en état de siège, et qu’il recevra du ministre de la guerre le décret qui ordonne cette disposition,  et des instructions.

Vous lui ferez connaître qu’il a, pour garder ces îles, quatre bataillons de la 18e demie brigade provisoire, un bataillon prussien et un bataillon colonial ; qu’un général de brigade commandera sous ses ordres dans l’île de Schouwen; qu’il aura à ses ordres 48 chaloupes canonnières commandées par un contre-amiral; qu’il sera chargé d’organiser les canonniers garde-côtes avec le général commandant l’artillerie; qu’il aura des compagnies de vétérans et de canonniers vétérans, et, en outre, plusieurs compagnies d’artillerie de ligne; ce qui formera une subdivision faisant partie de la 24e division militaire; qu’il correspondra avec le ministre de la guerre et, en cas d’événement, avec l’amiral Missiéssy, et même avec le commandant de l’île de Cadzand et avec le général commandant la 24e division militaire; qu’il suffira qu’il tienne dans l’île de Schouwen un bataillon de 4 à 500 hommes, indépendamment des compagnies d’artillerie; que, dans les îles du Nord et Sud·Beveland, il sera suffisant de tenir quelques compagnies; qu’au 15 juin, il ne devra tenir à Flessingue que 3 à 400 hommes ; qu’il établira ses quatre bataillons dans l’île de Walcheren dans quatre camps placés sur différents points depuis Westkapelle jusqu’à Terveere, soit sur les dunes, soit au bas des dunes, ayant soin d’observer les positions les plus saines, et que l’officier du génie qui est à Flessingue recevra des fonds pour faire ces camps; que, en cas d’événement, il doit se retirer dans Flessingue, y renfermer avec lui les 48 chaloupes canonnières et s’y défendre jusqu’à la dernière extrémité; qu’il aura communication des plans que j’arrêterai avant mon départ pour les fortifications des îles; que vous lui transmettrez les dispositions relatives à l’artillerie; qu’il faut que Zierikzee soit mis en état de défense pour résister jusqu’à ce qu’on ait ouvert la tranchée et fait brèche, enfin soutenir un siège en règle; que son commandement sur les chaloupes canonnières serait absolu, du moment que l’escadre remonterait à Anvers et abandonnerait l’embouchure de l’Escaut; que, jusque-là, il laisse à l’amiral Missiéssy la disposition de ces chaloupes; que cependant il instruise le ministre de la guerre, lorsqu’il sera nécessaire, qu’il dispose de ces bâtiments, pour que la communication, de l’île de Walcheren avec l’île de Cadzand et l’île de Schouwen soit maintenue; la 18e demi-brigade provisoire fournira les 10 hommes de garnison pour chaque chaloupe canonnière, total, 480 hommes; que le fort de Bath sera sous le commandement du commandant d’Anvers, qui ferait passer des troupes au premier événement, et se mettrait en communication avec les îles de Walcheren et de Schouwen, tandis que l’amiral commandant la division se porterait sur l’île de Cadzand. Vous enverrez au général Gilly copie des ordres que vous donnerez au général Dulauloy et des autres ordres relatifs à ces îles.

 

Middelburg, 12 mai 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Middelburg

Monsieur le Duc de Bassano, donnez l’instruction suivante au sieur la Rochefoucauld. Vous aurez soin d’en envoyer copie au duc de Cadore, pour qu’il en prenne note. Le comte de la Lochefoucauld retournera en Hollande. Il remettra au ministère hollandais une note ayant pour but de demander que les vingt et un bâtiments américains et leur cargaison me soient remis en exécution du traité. Il portera des plaintes sur le non-armement des vaisseaux. Il demandera que tout commerce interlope en Hollande soit interdit; que la dette zélandaise soit payée comme dette nationale, et que les intérêts de cette dette qui n’ont pas été payés le soient comme ils l’ont été en Hollande. Huit jours après son retour, il fera connaître qu’il va en congé à Paris, et présentera son secrétaire de légation comme chargé d’affaires.

Il fera connaître également à mes consuls que toutes les prises doivent être jugées à Paris, même celles faites dans les rades.

 

Middelburg, 12 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Middelburg

Mon Cousin, faites connaître au maréchal Oudinot, par la voie de l’officier d’ordonnance que j’expédie au roi de Hollande, qu’il ne doit rendre aucun compte de mes troupes au Roi ni au ministère hollandais; que les corsaires doivent lui faire des rapports de tout ce qui vient à leur connaissance ; que les marchandises anglaises doivent être poursuivies et saisies partout, même dans les rades; que je ne veux souffrir aucun commerce de la Hollande avec l’Angleterre. Le maréchal Oudinot doit, dans toutes les occasions, s’en expliquer dans ce sens, et répéter dans la conversation que, si la Hollande n’arme pas au plus tôt les neuf vaisseaux qu’elle doit fournir par le traité, elle rendra le traité nul. Enfin recommandez-lui d’écrire au ministre de la guerre tous les jours sur tout ce qui parviendra à sa connaissance. Dites-lui que toute prise qui serait faite par mes corsaires ou mes douanes ne doit être relâché que par mon ordre, et que la décision doit être soumise à mon jugement ; que l’expérience a prouvé qu’on ne peut rien faire par de bons procédés avec le gouvernement hollandais, et que ce n’est qu’avec des menaces qu’on peut le faire marcher.

 

Middelburg, 12 mai 1810

A  Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Votre courrier m’apporte les sondes de l’Escaut oriental, mais ce n’est pas ce que je demandais. Ce que vous m’envoyez, je l’ai, puisque que mes chaloupes canonnières l’ont sondé. Ce dont j’ai besoin, ce sont les sondes à la mer à plusieurs lieues, pour connaître les deux passes, dont l’une suit l’île de Walcheren et s’approche de l’Escaut occidental, et l’autre rase l’île de Schouwen et se rapproche de la passe de la Meuse. Envoyez-moi par mon officier d’ordonnance toutes les cartes et renseignements que vous avez là-dessus. Cela est important pour des travaux de ports et de bassins que je veux faire. Vous devez témoigner mon extrême mécontentement au sieur Labouchère (Banquier hollandais, intermédiaire employé par le roi Louis pour faire au cabinet anglais des ouvertures pacifiques. Cette démarche avait été entreprise sans caractère officiel, mais non à l’insu de L’Empereur), de ce qu’il a pris sur lui de se conduire, dans une affaire de cette importance, par les instigations d’un homme sans aveu et d’un intrigant tel qu’Ouvrard ; que la première fois qu’il a été entremêlé dans ces affaires, c’est après avoir causé avec un de vos ministres; qu’il est étonnant qu’aujourd’hui il se soit concerté avec un intrigant.

Je voudrais bien lever les prohibitions qui existent sur le commerce de Hollande avec la France, mais il faut que vous exécutiez le traité que vous avez fait avec moi; que les vingt et un bâtiments américains me soient remis avec les marchandises qu’ils portaient, et que vous vous mettiez en mouvement pour me fournir neuf vaisseaux en juillet. Songez que je compte sur ces neuf vaisseaux et que cet article du traité est de rigueur.

 

Anvers, 13 mai 1810

NOTES SUR LES FORTS DE LILLO ET DE LIEFKRENSHOEK

Ces notes n’ont pas été expédiées; elles ont servi pour la rédaction des décrets que Sa Majesté a pris à Anvers relativement aux places de l’Escaut. 3)Note de la minute

Les forts de Lillo et de Liefkenshoek m’ont paru très-beaux. Je ne les croyais que des ouvrages de campagne, ce qui m’a empêché, cette année, d’y affecter aucun fonds. Je désire qu’on y commence les travaux le plus tôt possible et que les ouvrages suivants y soient mis en construction.

FORT LILLO.

Bâtiments. – Il faut y construire : 1° un magasin à poudre pour recevoir 100 milliers de poudre; 2° Une manutention de deux fours, et leur cargaison à l’abri de la bombe, avec un magasin de farine, de biscuit et de vins, capable de nourrir un millier d’hommes pendant trois ou quatre mois; 3° un hangar pour le service de l’artillerie, à l’abri de la bombe; on y établirait deux forges et une salle d’artifice; 4° un hôpital pour 100 lits, également à l’abri de la bombe.

Ouvrages de la place. – Nettoyer les fossés et achever entièrement les chemins couverts et les glacis; relever les reliefs de manière à dominer parfaitement les digues; établir sur les digues un ouvrage en maçonnerie à 60 toises en avant; établir également sur les digues une galerie de mines avec dix à douze fourneaux, afin que, dans le cas où la tranchée serait ouverte sur cet ouvrage, on puisse faire sauter toutes les digues; s’assurer de l’écluse qui produit l’inondation et la couvrir par un ouvrage; rétablir les demi-lunes qui s’y trouvent, faire des poternes et ponts dormants pour qu’elles communiquent avec le corps de la place; il y a un plateau de l’ancien Lillo, qui est hors de l’inondation: faire connaître comment on pourrait l’occuper; enfin établir aux places d’armes des réduits en maçonnerie qui puissent défendre. les chemins couverts et les glacis et mettre la place à l’abri d’un coup de main, dans les temps où les fossés seraient gelés. Ces ouvrages me paraissent nécessaires.

Armement. L’armement de Lillo doit être fait avec soin; il paraîtrait devoir être composé de douze pièces de 36 en fer, pour former deux batteries battant l’Escaut; de douze pièces de 24, formant deux autres batteries battant également l’Escaut; total, 24 pièces (ces vingt-quatre pièces sur affûts de côte, pouvant tirer toutes à la fois sur les vaisseaux qui se présenteraient sur un point quelconque pour remonter le fleuve) ; de quatre mortiers de 12 pouces à la Gomer; de quatre mortiers de 8 pouces à la Gomer; de douze petits mortiers (de ceux qui sont dans les places hollandaises) ; total, 20 mortiers.

Les mortiers de 8 pouces, ainsi que les petits mortiers, paraissent devoir être bons à Lillo, puisque la distance à laquelle ils doivent tirer n’est que de 500 à 600 toises. D’ailleurs, le service des petits mortiers est plus juste et plus prompt.

Enfin, il faudrait, pour armer le fort du côté de terre, douze pièces de 12, douze pièces de 8, de 6 ou de 4 en bronze et sur affûts de place, et quatre obusiers; ce qui porterait l’armement de la place à 24 grosses pièces en fer et 24 en bronze de moindre calibre.

Les grosses pièces de 36 et de 24 ne seraient approvisionnées qu’à 200 coups, celles de 12 et de 6 à 800, les mortiers de 12 pouces à 250, ceux de 8 pouces à 500, et ceux de 6 pouces à 800,.

FORT DE LIEFKENSHOEK

Les travaux à faire au fort de Liefkenshoek paraissent devoir consister, savoir:

Bâtiments. – En un magasin à poudre de 50 milliers, une salle d’artifice, un hangar, une manutention de deux fours, et un magasin nécessaire pour contenir l’approvisionnement de 500 hommes pendant quatre mois.

Ouvrages – Quant aux ouvrages, ceux dont il faut s’occuper sont : le nettoiement des fossés; la réparation des chemins couverts et des demi-lunes; l’établissement de poternes et de ponts dormants pour communiquer avec la place ; la restauration des écluses et la construction des ouvrages qui y sont nécessaires pour s’assurer des inondations; enfin deux ouvrages sur les digues, avec des galeries de mines, pour pouvoir faire sauter les digues en cas d’événement.

Armement. – L’armement de Liefkenshoek me parait devoir être le même que celui de Lillo. Quant aux mortiers et aux pièces en fer destinées à battre l’Escaut, du côté de la campagne, au lieu de douze pièces de 12, huit de 6 seraient suffisantes.

Les choses ainsi combinées, ces deux forts auraient 48 bouches à feu de gros calibre et 32 mortiers de différents calibres; ce qui ferait 80 bouches à feu battant la rade.

Il faudrait, de plus, que les chemins couverts fussent disposés de manière qu’on pût augmenter chacune de ces batteries de douze pièces de 36, qu’on placerait au moment où les circonstances en feraient une obligation. Je désire avoir un devis de ces deux forts, et que tous ces ouvrages puissent être faits en quatre années. Pour cette année on peut accorder facilement 100,000 francs pour chaque fort. Me proposer la distribution de ce fonds.

FORT DE BATH.

Quant au fort de Bath, il paraît également que douze pièces de 36 et douze pièces de 24, quatre mortiers de 12 pouces, quatre mortiers de 8 pouces et huit de 6, seraient suffisants du coté de la mer; que douze pièces de 12, douze de 6 et quatre obusiers, ces vingt-huit pièces en bronze, seraient suffisants du coté de la terre; mais que cet armement doit être régularisé, et que les pièces devraient être sur des affûts de place et de côte; que des ouvrages devraient être construits pour être maître des digues; qu’une chaussée et des ponts devraient être établis pour assurer la communication de Bath avec la terre ferme et Anvers; que des ouvrages devraient couvrir cette communication; mais ce système, étant plus vaste, demande des reconnaissances particulières.

 

Middelburg. 13 mai 1810

Au général Mouton, comte de Lobau, aide de camp de l’Empereur, à Paris

Mon ministre de la guerre vous donnera des ordres pour que vous alliez passer la revue de la division Dupas, qui est à Tours, et de la division Tharreau, qui est à Nantes.

Vous verrez en passant mes fusiliers à Angers.

Indépendamment des rapports que vous ferez au ministre de la guerre, et qu’il faut vous accoutumer à faire avec la plus grande rigueur et dans la forme et avec les détails d’usage, rendez-moi un compte sommaire, tel que vous l’inspirera le premier coup d’œil, sur la tenue des hommes, leur armement, habillement, les souliers, l’administration, l’artillerie, le personnel, le matériel, les attelages, les caissons, sur les généraux qui commandent, et si ces divisions sont état de faire la guerre.

Vous ferez cela pour mes fusiliers, que vous verrez en détail. Vous réunirez au moins une fois la division, et vous lui ferez faire les grandes manœuvres.

 

Laeken 15 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Il faut donner ordre que tout bâtiment suédois qui arrive sur un point quelconque de nos côtes chargé de marchandises coloniales soit saisi.

 

Laeken, 15 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je reçois votre lettre du 8. Ce que vous devez dire au gouverneur de la Banque de France, c’est qu’ils doivent écrire en lettres d’or, dans le lieu de leurs assemblées, ces mots:

 » Quel est le but de la Banque de France ? D’escompter les crédits de toutes les maisons de commerce de France à 4 pour 100 par an. »

Si 90 millions d’actions ne suffisaient pas, je les doublerais, et je ne serais pas en peine de trouver des preneurs. Loin de cela, la Banque a 15 millions d’actions en portefeuille; donc elle ne remplit pas son titre.

 

Laeken, 15 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 12 et celle du duc de Raguse ; répondez-lui que je vois avec peine qu’il fasse battre  mes troupes contre les Turcs; que le sang français coule pour de pareilles babioles; que les Croates sont suffisants; qu’il laisse donc mes troupes tranquilles; que, tant que des Croates se battent, c’est une chose à laquelle on est accoutumé; qu’il peut mettre quelques officiers français et des compagnies d’artillerie, mais point de mon infanterie.

 

Laeken, 15 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai besoin d’envoyer de Toulon à Corfou 60,000 livres de poudre, 34 milliers de plomb, quatre mortiers de 12 pouces, 2,000 bombes de 12 pouces et 6,000 fusils. Faites-moi connaître comment cette expédition pourrait avoir lieu.

 

Laeken, 15 mai 1810

A Caroline Napoléon, reine des Deux-Siciles, à Naples

Ma Sœur, j’ai reçu votre lettre du 3. Je donnerai au Roi des officiers et sous-officiers tant qu’il voudra; mais je ne veux pas qu’il les prenne sans ma permission et qu’il désorganise mes corps, en disant qu’il ne le fait pas. Il faut être de bonne foi et marcher droit. Je ne saurais souffrir que l’on fasse rien contre mon service.

 

. . .. Mai 1810

4)Ce discours est donné ici d’après le texte rapporté par Thibaudeau, dans le Consulat et l’Empire, – Empire, tome V, pages 564 et suivantes: Cette allocution, dit Thibaudeau (page 228) , est un document que le clergé belge a recueilli et n’a jamais oublié.

DISCOURS DE L’EMPEREUR AU CLERGÉ DU DÉPARTEMENT DE LA DYLE.

5)L’Empereur s’est trouvé au château de Laeken à la fin d’avril et au milieu de mai 1810; on présume que ce discours a été prononcé le 16 mai, lors du second passage de l’Empereur à Bruxelles.

J’aurai tous les égards pour le Pape; je le reconnaîtrai comme chef de l’église, comme successeur de saint Pierre, comme vicaire de Jésus-Christ, en tout ce qui concerne la foi et la doctrine; mais il ne doit pas s’immiscer dans mon temporel: ces deux puissances sont indépendantes.

Je veux la religion de saint Louis, qui a eu aussi des discussions avec le Pape. Je veux la religion de saint Bernard, de Bossuet, de l’Église gallicane; je la protégerai de toutes mes forces; mais je ne veux pas la religion ni les opinions des Grégoire VII, des Boniface, des Jules, qui ont voulu assujettir les royaumes et les rois à leur domination, qui ont excommunié les empereurs pour bouleverser la tranquillité des peuples. Quoi qu’on dise, je crois qu’ils brûlent aux enfers, pour toutes les discordes qu’ils ont excitées par leurs prétentions extravagantes. Les papes ont fait trop de sottises pour les croire infaillibles. Qui est-ce qui a fait le schisme d’Angleterre ? De la moitié de l’Allemagne ? N’est-ce pas les prétentions des papes, les opinions de Rome ? Je ne souffrirai pas ces prétentions; le siècle où nous vivons ne les souffrira plus. Autant nos armées ont rendu la France glorieuse, autant les peuples qui nous suivront attacheraient d’ignominie à ma mémoire et me rendraient responsable des conséquences.

Je ne suis pas de cette religion de Grégoire VII, qui n’est pas celle de Jésus-Christ; je me ferais plutôt protestant que de l’adopter; mais j’ai pris un autre plan. Jésus-Christ, qui a reconnu le roi temporel, quoiqu’il dépendit de lui d’ériger son trône à Jérusalem et de dominer sur toue la terre, ne l’a pas voulu; il s’est humilié jusqu’à l’heure de la rédemption; il n’a pas voulu que ses apôtres et ses successeurs eussent d’autres prétentions que celle de l’humanité et de la paix; il a dit: « Rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu. J’ai fait  mon concordat avec le Pape, je m’y tiendrai. J’ai consulté mes évêques, et je veux suivre leurs avis. S’il le faut, je ferai convoquer un concile de mes évêques et même de toute la chrétienté pour décider mes droits. Le Pape est un bonhomme, un homme doux, mais ignorant; je l’ai connu évêque d’Imola; un homme saint, un anachorète, doux comme un agneau; ce n’est pas lui qui agit, mais il suit de mauvais conseils.

Je lui aurais laissé ses États, s’il avait eu assez de politique pour les gouverner. Mais il n’a pas voulu fermer la porte aux Anglais, qui pouvaient inquiéter mes soldats à Naples. Je lui ai ôté ses États, et voilà tout mon différend avec lui. On m’a dit que vous ne vouliez pas prier pour moi; qu’on m’avait excommunié: n’est-ce pas moi qui ai relevé vos autels, qui vous ai rendus à la religion, qui vous ai fait porter les costumes que vous portez maintenant ? Pourquoi des ingrats ? Mais c’est l’ignorance de plusieurs de vous autres qui en est la cause, et l’ignorance des prêtres est le plus grand fléau du monde.

Je veux protéger les bons, mais je poursuivrai les méchants.

Monsieur l’Archevêque, Messieurs les Vicaires Généraux, surveillez bien vos ecclésiastiques, inculquez bien ces principes à vos élèves dans les séminaires; et vous, Messieurs, écrivez-les profondément dans votre mémoire et faites-en part à vos correspondants. Ils ne pourront se plaindre de la persécution s’ils s’obstinent; ils ne seront pas des martyrs, car c’est la cause qui fait les martyrs et non la mort. Si je suis mon bon droit, et que le Pape en suive un mauvais, c’est lui qui en est responsable. C’est un homme, il peut manquer.

Voilà mes principes, ils sont fixés; je n’en départirai pas. Ce ne sont pas des mystères, mais des traits que je connais, et que chacun peut connaître en lisant l’histoire ecclésiastique. Si je vous parlais du mystère de la Trinité ou de l’Eucharistie, je ne serais pas recevable. Je laisse tout cela aux évêques et au Pape, successeurs des Apôtres. Je n’ai aucune envie de m’en mêler. J’ai été à Vienne: on y professe les mêmes principes; j’y ai parlé aux plus grands théologiens: leurs principes sont conformes aux miens. Il en est de même dans une partie de la Hollande, et je crois que ce système n’a été adopté que par opposition aux sectes calvinistes qui s’y montraient prépondérantes.

Votre archevêque, que j’ai nommé, a obtenu des bulles du Pape; mais, ces bulles manquant quant à la forme, je ne peux pas les admettre ainsi. Il y a donc vacance de sa place. Que le chapitre métropolitain régisse son église par les vicaires généraux. .Je ne pas que les évêques administrent sans leur institution du Pape; mais le chapitre peut faire usage de son ministère, et tout est en ordre.

La cour de Vienne est dans les mêmes principes; Joseph II voulait la même chose; il voulait plus: il touchait en quelque sorte à la discipline de l’Église; il s’attribuait les biens des églises supprimées.

Maintenant on supprime des églises pour acquitter la dette de l’État.

On a fait la même chose en France, mais c’était pendant la révolution; cela a cessé depuis le Concordat. En Italie, j’ai laissé les biens des églises, et je veux qu’elles en jouissent. La religion n’est pas une franc-maçonnerie. Jésus-Christ a dit: « Prêchez sur les toits ! »  Quiconque connaît l’histoire ecclésiastique saura en quoi consistent nos différends avec le Pape. Le Pape n’est pas le Grand Lama; le régime de l’Église n’est pas arbitraire; elle a des règles et des canons que le Pape doit suivre. Si le Pape veut être le Grand Lama, dans ce cas je ne suis pas de sa religion.

 

Laeken, 16 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, après avoir pris connaissance des dépêches de Stockholm, je désire que vous envoyiez sur-le-champ à Stralsund un consul ou vice-consul ; que vous demandiez par écrit que le séquestre soit mis sur toutes les marchandises coloniales qui existent dans la Poméranie, déclarant qu’à défaut de cela le traité fait avec la Suède se trouvera annulé. Donnez ordre que mon ministre en Suède, Alquier, ne parte pas, et envoyez un courrier à Stockholm pour porter l’ordre à mon charge d’affaires de présenter une note, en déclarant que, si, sous cinq jours, il n’a pas obtenu satisfaction, il repassera en France, et que le traité sera par là annulé.

Par cette note le sieur Désaugiers (chargé d’affaire à Stockholm) demandera: 1 ° que le ministre ou consul anglais voit l’envoyé de Suède, et que le ministre suédois à Londres soit rappelé; 2° que les marchandises coloniales sur bâtiments suédois ou autres qui aborderaient en Poméranie soient séquestrées; ;3° que Fauche-Borel et tous autres agents de la même clique soient arrêtés et me soient livrés; 4° que tous les Suédois qui portent la croix de Saint-Louis soient tenus de la quitter, ainsi que toute autre décoration appartenant à l’ancienne France; que mon intention est de faire la guerre à la Suède plutôt que de souffrir d’être ainsi outragé chez elle. Vous chargerez le consul que vous enverrez à Stralsund de requérir le séquestre de toutes les marchandises anglaises qui se trouvent en Poméranie, et de déclarer qu’à défaut d’obtempérer à cette réquisition j’y ferai entrer 10,000 hommes pour en prendre possession.

Après avoir expédié votre courrier à Stockholm, vous passerez une note au ministre suédois à Paris, dans le même sens, pour lui faire connaître que je ne suis pas accoutumé à faire des traités qui ne s’exécutent pas; que la Suède a été sincère ou de mauvaise foi avec moi; que j’ai été de bonne foi et que j’en suis mal récompensé; que j’ai rendu la Poméranie pour faire une chose agréable au roi, et non pour la voir devenir l’entrepôt et le débouché du commerce anglais. Vous l’inviterez à envoyer un courrier extraordinaire à sa cour pour lui donner communication de cette note. Vous insisterez pour que les articles du traité soient exécutés à la rigueur. Vous lui ferez connaître que j’ai retardé le départ de mon ministre  de Paris ; que mon chargé d’affaires à Stockholm recevra ordre de demander ses passeports, si, au reçu du courrier, je n’ai pas satisfaction, et que je regarderai le traité comme nul et rompu. Cela est urgent. Écrivez à mes consuls dans les ports de Mecklenburg de faire les mêmes instances, et prévenez mes ministres en Russie et à Copenhague.

 

Laeken, 16 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous écrirez au sieur Auguste Talleyrand à Berne, à mon ministre à Carlsruhe et au ministre de la police, que je désire que l’ancien roi de Suède n’entre pas en France et qu’il reste à Bâle. Faites insinuer à ce prince qu’il ne doit pas mettre le pied en France, vu que cela ne peut pas se faire sans ma permission.

Répondez au ministre du grand-duc de Hesse que j’approuve les récompenses que veut donner son maître.

Le sieur Hédouville a dépassé ses instructions. Je lui ai ordonné de désavouer la première lettre et non la seconde. Il a montré peu de dextérité. En général, les agents des relations extérieures n’ont pas assez de retenue. Le sieur Hédouville devait faire ce que vous lui prescriviez, et rien au-delà. Je ne vois pas pourquoi le sieur Bourgoing n’a pas suivi le roi de Saxe dans son voyage. Si ce prince l’agrée, je désire que mon ministre le rejoigne à Varsovie.

Finissez donc toutes ces affaires d’Allemagne. Il me semble que j’ai donné au duc de Weimar et au duc de Saxe-Gotha différentes petites seigneuries. Quand tout cela sera-t-il enfin terminé ?

Les cours de Munich et de Dresde ne feront aucune difficulté d’aider mes ministres. Il n’y a que la cour de Stuttgart qui pourra élever des difficultés. Quant à cette cour, la solution est simple: c’est d’y tenir un chargé d’affaites au lieu d’un ministre jusqu’à ce que cette question soit décidée, et, comme le sieur Durand s’y déplait beaucoup, on pourrait le rappeler à Paris et tenir à Stuttgart un chargé d’affaires capable. Celui qui tenait la correspondance pendant que le sieur Durand était à Paris n’est pas assez capable. Avec un bon chargé d’affaires à Stuttgart, le sieur Durand pourrait rester à Paris avec ses appointements jusqu’à ce que je le place ailleurs.

Il faut donner ordre qu’on exerce à Varel et à Oldenburg la même rigueur que dans les autres points de l’Ost-Frise. Écrivez dans ce sens au ministre des finances pour les douanes.

 

Laeken, 16 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, envoyez un courrier au duc de Vicence pour lui faire connaître que ce qu’on dit des relations entre la France et l’Angleterre est faux. Instruisez-le des mouvements de mes troupes, que je fais rentrer de tous côtés en France. Faites-lui connaître que tout ce qu’on dit des nouvelles d’Espagne est faux ; que nous n’avons avec l’Autriche aucune autres relations que celles qui tiennent au mariage et les égards et les bonnes dispositions réciproques qui en sont le résultat ; que nous n’avons rien contre la Porte. Vous lui ferez connaître au juste ce que sont ces affaires d’Illyrie. Écrivez-lui que je ne sais ce qu’il veut dire par ces articles de la Gazette de Hambourg; qu’il faut que l’empereur soit bien mal instruit pour ne pas savoir que toutes ces gazettes, qui répandent mille faux bruits, sont l’écho des spéculateurs, et que ces correspondances sont soufflées par l’Angleterre.

 

Laeken, 16 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Due de Cadore, par le courrier que vous enverrez en Russie, vous pourrez écrire à Berlin pour faire connaître à mon ministre que je le laisse maître d’approuver la rentrée de M. de Hardenberg au ministère, si les circonstances du pays sont telles qu’elle soit utile à mes intérêts. Son discours doit être clair. Il ne doit promettre que ce que je peux tenir. Il doit dire à M, de Hardenberg:

« On a pris des engagements avec l’Empereur; il veut qu’on, les tienne. On pouvait, dans la guerre d’Autriche, se prévaloir d’une conduite ferme et loyale, et, en échange, se libérer d’un énorme fardeau. Qui Qui peut en effet mettre en doute que, quand l’Autriche nous a déclaré la guerre, si le ministre de Prusse à Vienne eût quitté cette capitale en disant que son maître avait des engagements secrets avec l’Empereur, si la Prusse eût mis sur pied 15,000 hommes pour faire cause commune avec la Saxe et la Bavière, si le Roi, pour montrer sa confiance, fût revenu à Berlin, qui peut douter que cette conduite franche et loyale de la Prusse, non à l’époque de la bataille de Ratisbonne, mais avant, n’eût inspiré à l’Empereur des sentiments de bienveillance, n’eût effacé le souvenir du passé, mis la Prusse à même de se libérer de sa dette, et n’eût rétabli son crédit dans les affaires du ·monde ? Qu’a fait, au lieu de cela, la Prusse ? Elle a armé, formé des camps, montré de mauvaises dispositions. Elle a eu les yeux sur la Russie ; elle a tout fait pour fomenter des troubles en Allemagne; sa conduite a été hostile, et une partie de ses troupes a même porté les armes contre la France. On a pousse la dérision jusqu’à dire que ces camps étaient pour fournir à l’Empereur les 16,000 hommes que la Prusse devait joindre à son armée. De là le mépris qu’a témoigné l’Empereur pour la conduite vacillante de la Prusse. Et certes l’Empereur a montré de la générosité en laissant après cela exister la Prusse et en ne l’attaquant point dans la circonstance actuelle. L’Empereur ne pourrait se justifier ni à ses yeux ni aux yeux de personne, s’il se relâchait de ses prétentions. On fait beaucoup d’éclat des 11 diamants et de la vaisselle qu’on a vendus: quels misérables moyens, que ceux-là, quand on a des camps inutiles, qu’on lève des chevaux et qu’on fait sans objet des dépenses militaires qui absorbent les revenus du pays ! Quand la Prusse voudra rétablir son crédit, être une puissance, avoir de la considération et jouir de quelque félicité, on s’en apercevra à sa contenance, à la loyauté de sa conduite; sa réorganisation intérieure, sa considération extérieure, son crédit, tout y gagnera; mais pour cela il ne faut pas qu’elle nage entre deux eaux, mais qu’elle marche d’un pas ferme et droit.

Il faut que les contributions qu’elle doit soient payées; et les moyens existent, puisqu’on emploie tant d’argent à une armée qui est inutile. »

 

Laeken, 16 mai 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je n’ai pas de difficulté à accorder des pensions à ceux des moines, en ce moment à Rome, qui sont sujets de mon Empire, ainsi qu’à ceux qui sont sujets de mon royaume d’Italie.

Le roi de Naples doit également accorder la pension à ceux qui sont Napolitains. Écrivez dans ce sens à la Consulte.

 

Palais impérial à Laeken, 16 mai 1810

A Alexandre 1er, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, Caulaincourt me fait connaître tout ce que Votre Majesté Impériale a bien voulu lui dire d’aimable à l’occasion de mon mariage. J’y ai reconnu les sentiments qu’elle veut bien me porter. Je la prie d’en agréer mes remerciements. Mes sentiments pour elle sont invariables, comme les principes politiques qui dirigent les relations de mon Empire. Jamais Votre Majesté n’aura à se plaindre de la France. Les déclarations que j’ai faites en décembre dernier font tout le secret de ma politique; je vous les réitérerai toutes les fois que l’occasion s’en présentera. Je prie Votre Majesté de ne jamais douter de mon amitié et de la haute estime que je lui porte.

 

Gand, 17 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne comprends rien aux plaintes du roi de Bavière. Parlez de cela au prince d’Eckmühl. J’ai ordonné depuis longtemps qu’on évacuât le Tyrol et Salzburg, et que le Tyrol fût remis à la Bavière. J’ignore pourquoi cela n’est pas encore fait.

 

Gand, 17 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des relations extérieures, à Paris

Je reçois votre lettre du 14. C’est à partir du 1er janvier 1811 que toutes les contributions doivent être perçues dans les départements romains comme dans le reste de la France. Le droit de mouture est odieux à Rome; il ne faut pas songer à le conserver. Comme dans le moment de paix actuel tout est facile, et que j’ai à ma disposition tous les moyens d’exécution, il faut en profiter pour finir cette affaire de Rome. Préparez donc tout pour qu’au 1er janvier prochain on prescrive dans les deux départements de Rome les mêmes contributions qu’en France.

 

Gand, 17 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaète, je reçois l’état des biens appartenant aux mainmortes dans les départements romains. Je vois que ces biens se montent à 250 millions. Sur cette somme il y a 44 millions pour les évêchés, chapitres et canonicats. Je ne pense pas qu’il faille en conserver plus de la moitié. Les cures, paroisses et fabriques, montant à 18 millions, doivent être conservées.

Il paraît donc qu’il doit y avoir disponibles 148 millions, dont, sur les évêchés, chapitres, etc., 22 millions; sur les couvents, 62 millions; sur les commanderies, 5 millions; sur les bénéfices et chapellenies, 18 millions; sur les confréries et congrégations, 13 millions; sur les abbayes, 9 millions; sur les domaines de l’État, 19 millions; total, 148 millions.

Mais on conserverait en mainmorte plus de 101 millions, dont, sur les évêchés et chapitres, 22 millions; sur les cures, paroisses et fabriques, 18 millions; sur les écoles pies, etc., 9.600.000 francs; sur les hospices, 28 millions; sur les communes, 18 millions; sur les établissements divers, 1 millions; total général, 249 millions, sauf les fractions.

Ainsi, sur les 250 millions, la somme de 100 à 101 millions resterait en mainmorte, elle reste, montant à 148 ou 149 millions, serait disponible et aliéné le plus tôt possible.

Envoyez au ministre du trésor copie du rapport du maître des requêtes  et de l’état qui y était joint. Concertez-vous avec lui pour préparer tout ce qui est nécessaire pour faire à Rome la même opération qui a été faite en Piémont; car je n’entends pas, pour 1811, payer l’intérêt de la dette.

 

Gand, 17 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le général de division Drouet doit avoir reçu l’ordre de rentrer en France, et le Tyrol doit avoir été remis à la Bavière, hormis la partie qui reste au royaume d’Italie.

Mes troupes doivent avoir également évacué le Salzburg.

La brigade de cavalerie légère du général Pajol doit avoir reçu l’ordre de revenir sur Strasbourg; si elle n’avait pas reçu cet ordre, donnez-le-lui.

Un régiment de la brigade du général Jacquinot doit être en marche sur Mayence.

Donnez ordre aux Portugais et aux bataillons corses et du Pô de se rendre à Mayence.

Donnez ordre aux caissons et aux approvisionnements d’artillerie qui ne sont pas attelés de rentrer à Mayence; et faites commencer, dès à présent, l’évacuation de l’Allemagne.

Ainsi, il n’y aura en Allemagne, au 1er juin, que les trois divisions d’infanterie du 3e corps, formant quinze régiments, et la division Bruyères, composée de quatre régiments de cuirassiers et de deux régiments de cavalerie légère de la brigade Jacquinot.

Faites-moi un rapport et soumettez à mon approbation un projet tendant à mettre en mouvement, au 15 juin, les divisions Morand et Friant, les grands parcs de l’artillerie et du génie, les intendants, les inspecteurs aux revues, commissaires des guerres, garde-magasins, employés, commandants d’armes et l’état-major général, de sorte qu’il ne reste plus en Allemagne que la division du général Gudin, composée de ses cinq régiments d’infanterie et des six régiments de la division Bruyères (cavalerie), avec vingt-quatre pièces de canon pour l’infanterie et douze pièces pour la cavalerie, plus le corps qui est dans les villes hanséatiques. Tout le reste rentrerait en France, pour former l’armée des côtes que commanderait le prince d’Eckmühl.

Les administrations et les postes seraient supprimées en Allemagne, et la gendarmerie rejoindrait ses légions, hormis un capitaine et 25 gendarmes qui resteraient avec le général Gudin.

Le budget de l’armée d’Allemagne pour les six derniers mois de 1810 serait annulé, car les troupes qui resteraient en Allemagne seraient nourries et entretenues, savoir: La division des villes hanséatiques par ces villes, et les divisions Gudin et Bruyères par le royaume de Westphalie. Je n’aurai donc pas un sou à dépenser ni à envoyer en Allemagne.

Parlez au prince d’Eckmühl pour qu’il fasse évacuer les trains inutiles, afin qu’au reçu de mes ordres il n’y ait aucun embarras et que mes troupes puissent alors évacuer l’Allemagne.

 

Bruges, 19 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au duc de Vicence qu’il doit dire dans la conversation que ce qu’on a prétendu de l’union d’une princesse de France avec le prince royal de Suède est controuvé. Mettez-le à même d’instruire l’empereur des correspondances indirectes qui ont lieu entre la France et l’Angleterre.

 

Bruges, 19 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, préparez un rapport pour qu’au conseil du génie, de décembre ou de janvier prochain, je puisse décider si les places de Hulst, du Sas-de-Gand et de l’Écluse, doivent être rétablies et de quelle manière. Il faut faire connaître dans ce rapport, 1° l’évaluation des ouvrages actuellement existants, 2° ce qu’il faudrait pour mettre en état de défense ces trois places. Je préférerais avoir des places à Breskens et à Terneuse, puisque deux fortes places dans ces deux endroits, contribuant à me rendre maître de l’Escaut, seraient d’un bien plus grand effet pour la défense d’Anvers.

Mais, si ce qui existe à Hulst, au Sas-de-Gand et à l’Écluse, compose déjà les cinq sixièmes de la place, de manière qu’il ne faille plus y dépenser qu’un sixième de leur valeur pour les rétablir entièrement, je ne mets pas en doute qu’il ne faille les rétablir pour servir de seconde ligne, pour soutenir les places de Breskens et Terneuse et s’opposer à une expédition qui, débarquant à Nieuport ou Ostende, marcherait sur la gauche de l’Escaut.

Pour me décider sur ces trois places importantes, j’attendrai le rapport qui me sera fait en décembre. Il faut que les plans soient levés bien exactement, les cotes de nivellement bien tracées, de manière qu’il n’y ait rien de douteux ni de problématique, comme cela arrive souvent.

Quant à Yzendyke, il faut réparer sans délai cette place; j’y ai affecté cette année 100,000 francs. Ils seront employés comme il est dit dans le décret. Il faut me présenter un rapport sur les travaux à faire pour sa défense.

 

Bruges, 19 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, préparez-moi un état de situation de mes troupes au 15 mai, ayant pour but de faire connaître la destination non-seulement de chaque bataillon, mais encore de chaque compagnie, numéro par numéro. Cet état doit être unique et fait une seule fois, pour que je sache bien où sont les compagnies des différents bataillons qui, aujourd’hui, se trouvent formés.

 

Bruges, 19 mai 1810

NOTE POUR M. MARET, DUC DE BASSANO

M. le duc de Bassano se rendra demain à Flessingue pour recueillir les demandes des habitants exprimées dans le mémoire ci-joint, en s’arrangeant pour être de retour à Middelburg de midi à une heure pour me remettre son rapport et faire ce travail.

Ce rapport aura pour objet: 1° l’évaluation des pertes essuyées pendant le siége, provenant de maisons détruites dans la ville, en distinguant les pertes comme églises, maisons communes, établissements publics de la marine, de la terre et des corporations, des pertes supportées par les particuliers, en distinguant ceux-ci entre habitants de la ville et habitants hors de la ville; enfin distinguant ces derniers entre citoyens et étrangers ; mettre la somme totale par approximation; 2° l’évaluation des pertes en meubles, en réquisitions fournies à l’armée française et à l’armée anglaise; 3° la situation des hôpitaux du pays; 4° le budget qui a été fait pour cette année; 5° les revenus qu’ils payent à la France, ou toute espèce de contributions; 6° l’évaluation de la perte en bâtiments de commerce, faite à part; 7° le nombre des veuves et des orphelins de ceux qui ont été tués; 8° le nombre des mutilés.

 

Bruges, 19 mai 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre du 5 mai. Je vois avec plaisir que votre marine s’est battue avec courage. Mais songez que vous êtes roi de Naples depuis deux ans et que vous devriez avoir un vaisseau et une frégate depuis un an. Si cela était, vous ne verriez pas votre capitale bloquée par un vaisseau rasé anglais. Vos marins ont beaucoup de bravoure et de dévouement; si vous entendez bien l’intérêt de vos peuples, avant la fin de l’année vous aurez un vaisseau de 80. Vous avez des chantiers et des bois; il ne faut qu’avoir de l’activité et faire les sacrifices nécessaires. Vous direz que vous n’avez pas d’argent; puisque vous êtes bloqué par un vaisseau, cela fait plus de tort à vos peuples d’être privés de tout commerce que si vous mettiez des contributions additionnelles avec la condition de les employer à la marine; il n’y a point de Napolitain qui ne payât volontiers 10 pour 100 de plus d’imposition ; et avec cela vous auriez une escadre qui obligerait les Anglais à en tenir une d’égale force contre vous. Ils en tiennent déjà contre Venise, où j’aurai bientôt cinq vaisseaux de guerre; ils en tiennent dans la Baltique contre la Suède, contre la Hollande, contre Rochefort, Toulon, Lorient, Cherbourg et contre Flessingue, où j’ai dans ce moment quinze vaisseaux de guerre.

Il est donc à calculer que, si la guerre continue, en 1812 il y aura dans mes ports et dans ceux de mes alliés cent vaisseaux de guerre contre lesquels les Anglais seront forcés de disséminer un égal nombre.

P’. S. Prenez donc des mesures pour avoir un vaisseau de 74 ou de 80 cette année, et cinq à la fin de 1812; avec ces cinq vaisseaux et deux frégates, les Anglais ne viendront jamais vous bloquer.

 

Bruges, 20 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai vu avec attention le fort impérial de l’île de Cadzand. J’ai été fort content de l’officier du génie qui s’y trouve.

J’ai vu à Vzendyke un chef de bataillon du génie qu’il faut réformer. Il est difficile d’être plus borné que cet officier; il n’a pu me dire le nombre des bastions de sa place. J’ai vu avec peine qu’il portait l’aigle de la Légion d’honneur ; à moins qu’il ne l’ait gagnée par un trait de grande bravoure.

J’ai été très-satisfait du fort impérial, quant à ce qui regarde le génie. Il est nécessaire que les merlons en soient relevés sans délai, et que les affûts de côte qui manquent soient envoyés; une batterie de cette importance doit être abondamment munie d’affûts de côte.

Donnez ordre que les plates-formes de mortiers à plaque soient pilotées, pour qu’elles soient plus en état de résister; sans quoi, après qu’on a tiré quelques coups de canon elles se dégradent.

Donnez également l’ordre que chaque mortier à plaque ait une plate-forme vide à gauche et une à droite, de sorte que, quand la plate-forme sur laquelle est placé le mortier se dégrade pendant le feu, on puisse traîner le mortier sur l’une ou l’autre. Donnez le même ordre pour les mortiers de 12 pouces à la Gomer. Il y a une batterie de douze mortiers qui se touchent; il faut les séparer en deux batteries; je suppose qu’il y a de la place. Il y a six mortiers à plaque, ce sera dix-huit plates-formes ; ce qui fait trente plates-formes à établir. Si la place manquait, ce que je ne pense pas, il faudrait placer les plates-formes vides à douze ou quinze pieds derrière ; je crois cependant la place de trente plates-formes existe.

Il faut que, indépendamment de deux cents bombes par mortier, une batterie ait un grand approvisionnement de roche à feu. Je me suis aperçu que les bombes n’étaient pas chargées de cet artifice. Je ne puis qu’être mécontent qu’une batterie si importante n’ait que la moitié de ses pièces sur affûts de côte. Faites cesser sans délai une telle négligence.

Chaque pièce doit avoir deux cents coups à tirer; il n’yen a que cent ; chaque mortier à plaque doit avoir cent bombes avec roche à feu et fusées. Enfin les pièces doivent être arrangées pour tirer sous un angle plus grand.

Indépendamment de cela, il m’a paru que la batterie impériale n’était pas suffisamment armée du coté de terre. Cependant elle est bien palissadée, a une élévation et un parapet; je pense qu’il faut avoir six pièces de 12, six pièces de 4 et six obusiers. Ces pièces de campagne doivent être placées sur l’épaulement, le long de la batterie.

Donnez ordre qu’on établisse en avant de la batterie, sur la laisse basse mer, une ou deux places d’armes armées de deux pièces de 4 et de deux obusiers pour battre la plage. L’avantage de ces places d’armes sera de flanquer le pied de la batterie et de repousser les canots et petites embarcations qui voudraient s’en approcher. Elles pourraient être faites en bon bois.

Comme cette batterie ne doit pas éprouver de changement de quelques années, il faut la consolider, la bien réparer et la mettre état.

Je crois qu’à droite et à gauche de cette batterie il faudrait contre deux blockhaus en brique, à l’abri de la bombe, capables de contenir 100 hommes. Je crois que ces sortes d’ouvrages ne coûtent que 30,000 francs en faisant, comme on a coutume de faire, les blindages en bois.

J’ai été satisfait de l’activité des travaux. Les 400,000 francs que j’ai accordés seront dépensés au 15 août, à ce que m’a assuré l’officier du génie, et le fort sera tout à fait fermé. Mon intention est d’y affecter le supplément de budget que j’ai accordé pour achever de mettre ce fort en bonne situation. Au lieu de construire un petit magasin à poudre dans le n° 5, il faut le construire dans le bastion n° 2. Ainsi il faut dépenser dans le bastion n° 2 les 38,000 francs que j’ai accordés par le budget de celte année.

Indépendamment des vingt-quatre pièces en fer qui existent à la batterie impériale, il est nécessaire d’y établir une batterie de six pièces de 16 à boulets rouges. Le fourneau à réverbère est mal placé. C’est une habitude qu’on il dans les places. Il faut ordonner que l’espace compris entre le fourneau et la batterie soit couvert par une traverse qui mette le fourneau et les artificiers qui chauffent les boulets à l’abri du feu de l’ennemi.

Donnez des ordres pour que, au ler juillet, la batterie impériale contienne six mortiers à plaque avec dix-huit plates-formes, six mortiers à la Gomer avec six affûts de rechange et douze plates-formes bien consolidées et établies; six pièces de 16 en bronze, à boulets rouges; douze pièces de 24 en fer sur affûts de côte; douze pièces de 36 sur affûts de côte. Chaque mortier et pièce de 24 et de 16 aura deux cents coups à tirer.

Les pièces de 36 auront, en outre, cent obus chargés de roche à feu à tirer; les pièces de 16, également cent balles d’artifice. Il y aura donc trente pièces de canon et douze mortiers, en tout quarante-deux bouches à feu tirant sur la mer.

Il y aura, du côté de l’épaulement, six pièces de 12, six obusiers prussiens et six pièces de 24, faisant dix-huit pièces de campagne, qu’on emploiera soit à armer les batteries, soit qu’on transportera où cela sera nécessaire.

Au 1er septembre, les bastions n° 2 et n° 3 seront armés de trois pièces de 16 sur affûts de place, en bronze.

Au 1er octobre, les bastions n° 1 et n° 4 devront être terminés; ils seront armés de trois pièces de 16 chacun.

Les flancs des bastions seront armés de douze obusiers ou pièces d’un calibre supérieur à 4.

Toute cette artillerie sera tirée des places hollandaises.

Vous me présenterez un projet pour établir dans le bastion n° 5 un grand cavalier. Il formera des souterrains pour contenir 300 hommes de garnison, une manutention de deux fours, des magasins pour nourrir 1,000 hommes pendant quatre mois.

Vous me présenterez également un projet pour établir dans les bastions n° 1 et n° 4 des cavaliers couvrant des souterrains pour contenir 100 hommes, des magasins de vivres, des magasins pour l’artillerie, dans l’un un hôpital de cent lits, dans l’autre deux forges pour réparer et mettre en état les affûts. Le tout à l’abri de la bombe.

Le but de ces trois cavaliers est d’avoir une grande domination sur les digues. Le fort les domine de vingt pieds; les trois cavaliers les domineront de 20 pieds. Les batteries hautes de ces cavaliers pourront tirer sur les vaisseaux venant pour détruire la batterie impériale.

Elles tireront de droite et de gauche pour réunir une grande masse de feux sur les digues.

Il sera proposé de tracer, à 200 ou 300 toises de la batterie actuelle, deux forts ou pâtés, dans l’eau, dominant la digue et obligeant l’ennemi à ouvrir la tranchée contre ces forts avant d’arriver à la place; car ce n’est que sur les digues qu’il peut ouvrir la tranchée, puisque l’inondation parait assurée.

Enfin on projettera aux saillants de la place d’armes des réduits maçonnés pour mettre la place à l’abri d’un coup de main dans les gelées.

Il me parait indispensable de construire au fort Napoléon un magasin à poudre pour le service de l’artillerie. J’ai accordé 30,000 francs pour cet objet.

Il faut ordonner que la dune où était établie la batterie soit rasée, et qu’une petite lunette soit construite sur l’écluse et à la fin de la digue où entre l’eau de la mer.

Vous trouverez un projet de décret pour mettre à la disposition du génie les écluses et canaux qui peuvent inonder le fort impérial, afin que, une descente venant à avoir lieu dans l’île, on pût lever l’écluse et inonder le polder. Faites-vous faire un rapport par l’ex-officier du génie, et faites vérifier quels sont les inconvénients ou les avantages de cette mesure. Je désire que vous soumettiez ce  décret à ma signature, avec les observations du génie, avant le 1er juin.

 

Bruges, 20 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je me propose d’aller au Havre. Faites-moi connaître si la frégate la Gloire pourra être lancée pendant que j’y serai. Faites-moi aussi connaître si les frégates l’Oder et la Perle, qui doivent être achevées à Dunkerque, peuvent être lancées devant moi. Faites-moi connaître aussi quand l’Iphigénie sera lancée à Cherbourg, quand la Clorinde et la Renommée seront en rade à Brest, quand le Nestor sera mis à l’eau à Brest, le Pregel à Saint-Malo, l’Iéna à Rochefort, le Wagram et le Sceptre à Toulon.

 

Ostende, 20 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi connaître qui a donné à M. de Narbonne l’instruction d’insinuer au roi de Bavière d’envoyer ici le baron de Hœrding. Il est en effet singulier que ce prince m’envoie féliciter lorsqu’il m’a félicité lui-même.

 

Ostende, 20 mai 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’adopte les conclusions de votre rapport sur le grand canal du Nord. Faites arrêter les dépenses faites entre la Meuse et l’Escaut, et faites verser les ateliers entre la Meuse et le Rhin. Je ne diminuerai rien à la quotité de l’argent, et les mêmes ouvriers seront employés.

Faites observer à Molé que je n’ai point changé d’avis sur le canal, et que, la partie entre Meuse et Rhin finie, je persiste à terminer celle entre la Meuse et l’Escaut en cinq années.

Vous me ferez connaître ce qu’il y a à faire pour le canal du Nord. J’ai pu vouloir y dépenser du trésor public une dizaine de millions, quand ce canal m’était nécessaire pour joindre le Rhin à l’Escaut; aujourd’hui son importance n’est plus la même. Je désirerais que ce canal fût fait en petite navigation, ou que, si cela même est jugé de quelque utilité, il soit fait comme canal d’irrigation. Alors il n’y aura pas besoin d’écluses, et le prix sera bien différent. Quelque parti qu’on propose, il faut indemniser la caisse des canaux en prenant une partie des terrains, soit des communes, soit des particuliers. Mais, de quelque manière qu’on fasse, ce canal cessant d’être une des principales artères de l’Empire, il n’est plus que d’un intérêt secondaire. Dans cette année la navigation s’établira par le Rhin  et la Meuse, et l’on sera plus à même de sentir les avantages et les inconvénients du canal du Nord.

 

Ostende, 21 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai trouvé à Ostende un colonel du génie extrêmement ignorant. Aucun officier qui connût rien à la place, aucun nivellement, aucun plan ; le génie des Turcs va mieux.

Les projets proposés pour l’écluse de Slyckens sont de la dernière absurdité. Il est très important, 1° d’envoyer ici un officier du génie intelligent; 2° de faire lever les environs de la place à 1,200 toises autour, et d’avoir des nivellements pour l’inondation ; car tout est ici ignoré, de sorte qu’on ne peut rien déterminer.

Vous recevrez un décret par lequel je porte à 400,000 francs les fonds qui seront dépensés en 1810 à la place d’Ostende. Il sera fait un fort fermé à Slyckens. Le fort Saint-Philippe était bon lorsqu’il couvrait l’écluse. Je désire que vous me présentiez un projet de deux forts, l’un sur les dunes du côte de Dunkerque, de 300 à 500 toises de la place; l’autre sur la dune, à 800 toises du fort de Slyckens et à 500 ou 600 toises du bout de la jetée.  Indépendamment de ces forts, un fort sur la digue à 300 toises des dunes et à 250 toises de l’écluse de chasse, couvert par 300 toises d’inondation, serait d’une grande utilité.

La place d’Ostende est de la plus haute importance; il faut s’occuper sérieusement de la mettre en parfait état; c’est la clef de la Belgique. Envoyez-y promptement un officier intelligent. Il n’est pas question à Ostende de craindre un bombardement. Le port ne peut pas contenir de flotte ni d’escadre assez importante. C’est la place qu’il faut défendre, parce que, si l’ennemi en était maître, il pourrait cheminer dans la Belgique ou sur Anvers. C’est ce qui me porte à désirer avant tout deux forts sur les dunes, à droite et à gauche, à 400 ou 500 toises des remparts de la place. Présentez moi les projets, ainsi que ceux du troisième fort, du fort de l’écluse de Slyckens; enfin un plan complet de défense de la place. Je crois que trois ou quatre millions seront très bien employé dans cette place.

Ostende a assez d’artillerie de bronze, mais pas assez d’artillerie de fer. Je désire, 1° que vous y fassiez envoyer douze pièces de 36 en fer, lesquelles seront placées sur les demi-lunes et digues, en place de pièces de 16, etc., qui s’y trouvent, et six mortiers de 12 pouces à la Gomer; 2° que vous ordonniez qu’on fasse double plate-forme pour les mortiers à plaque, et trois plates-formes pour deux mortiers à la Gomer.

 

Lille, 23 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites connaître au ministre du roi des Deux-Siciles mon mécontentement du traité qu’il a fait avec un Américain. Je sais qu’on a introduit des marchandises dans les ports de Naples. Passez une note pour demander que ce marché soit résilié et les marchandises séquestrées. Écrivez à mon chargé d’affaires et à mon consul à Naples de passer la même note. Vous ferez comprendre à M. de Gallo qu’il est important qu’on fasse bien attention à ce que je dis: aucun traité ne doit être fait sans mon approbation. Mon intention est de n’avoir à Naples qu’un chargé d’affaires. Dans plusieurs circonstances, on a manqué d’égards pour le caractère de mon ambassadeur; je veux cesser d’y en entretenir un. Le secrétaire de légation qui remplit les fonctions de chargé d’affaires sera accrédité désormais en cette qualité.

 

Lille, 23 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vois par votre lettre du 20 que vous avez parlé net au ministre de Suède. Parlez-lui plus net encore.

Faites-lui connaître que mon intention est qu’il n’entre aucune marchandise anglaise en Poméranie; que je commence à comprendre que j’ai fait une faute en rendant cette province à la Suède, et que mes troupes ont ordre de se tenir prêtes à entrer en Poméranie, si le traité n’est pas exécuté. Écrivez à mon chargé d’affaires à Stockholm que je demande que le séquestre soit mis sur toutes les marchandises coloniales qui sont en Poméranie.

 

Lille, 23 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai reçu votre lettre du 21 mai, avec la dépêche du ministre autrichien (M. de Lebzeltern, envoyé à Savone par la cour de Vienne pour régler des affaires ecclésiastiques de l’Autriche, avait en même temps mission de préparer un rapprochement entre le pape Pie VII et l’empereur Napoléon) qui a été à Savone. Je ne puis que vous témoigner mon mécontentement de ce que vous n’avez pas prévu cet embarras. Puisque vous étiez dans le secret de cette opération, vous deviez écrire à Savone, pour que ce ministre fût accrédité, que sa mission était avouée par moi. C’est une faute que vous avez commise.

Je vois par votre lettre du 18 que le sieur Alquier n’était pas parti; il faut donc qu’il ne parte pas.

 

Lille, 23 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Envoyez un officier de votre état-major au roi de Naples pour bien lui recommander de ne tenter l’expédition de Sicile qu’à coup sûr.

L’expédition n’est pas possible s’il n’a les moyens de transporter au moins 15,000 hommes à la fois. Envoyez un officier intelligent qui verra la situation du pays, visitera les forts de Naples et de Gaète, et reviendra vous instruire de tout.

 

Lille, 23 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, faites faire, pour le Moniteur, un article qui fasse connaître la prise de Hostalrich; les succès obtenus au déblocus de cette place et la prise des petites îles Las Medas. Parlez, non du duc de Castiglione qui n’y était pas, mais des généraux et officiers qui y étaient. Présentez-moi des projets de décrets pour récompenser ceux qui se sont distingués dans ces différentes affaires.

 

Lille, 23 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au maréchal Pérignon et au roi de Naples qu’il est important que Gaète soit approvisionnée en munitions de guerre et de bouche et armée de tous ses canons, pour être en état de soutenir plusieurs mois de siège ; que cela est indispensable au moment où les troupes se réunissent en Calabre. Vous trouverez ci-jointe la lettre que j’écris au roi de Naples à ce sujet (cette lettre n’a pas été retrouvée). Mais vous la mettrez sous le couvert du maréchal Pérignon, qui la remettra.

 

Lille, 23 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Lille

Mon Cousin, écrivez au général Suchet que j’approuve fort tous les échanges qu’il pourra faire de Français contre des Espagnols; que je lui donne carte blanche là-dessus, pourvu qu’il ne se laisse pas attraper et que l’échange ait lieu en même temps.

 

Boulogne, 25 mai 1810

OBSERVATIONS SUR LES FORTS DE BOULOGNE

Première observation. – Les ouvrages en terre, à Boulogne, faits il y a quatre ans, ne sont que des ouvrages isolés. Quoique pouvant s’aider entre eux, ils n’ont pas la consistance nécessaire pour former un bon ensemble de défense. Cela est tellement vrai, qu’il y a peu de généraux qui en comprennent le système et puissent y adapter les principes du commandement des troupes et de celui des différentes armes.

Deuxième observation. – Pour remédier à l’inconvénient ci-dessus, il faut que ce grand nombre d’ouvrages détachés soient liés entre eux et forment quatre forts. Ce sera alors quatre commandants et quatre matériels d’artillerie et du génie que le commandant supérieur de Boulogne saura qu’il doit avoir sous ses ordres.

Premier fort, la Tour d’Ordre. – II comprendrait les quatre ouvrages détachés qui y sont aujourd’hui, lesquels, formant une espèce de couronne, seraient réunis par des courtines. Les palissades qui ferment la gorge de chaque ouvrage seraient employées à fermer la gorge de la couronne. En arrière, on construirait un réduit en maçonnerie contenant une caserne pour 300 hommes. Ce réduit aurait trois côtés, dirigés chacun sur la gorge d’un des trois bastions de la couronne, de sorte que 150 hommes, enfermés dans le réduit, rendraient impossible la prise de la couronne. Les quatre ouvrages n’en faisant plus qu’un, ils auraient dans le réduit leur ambulance et leurs magasins. Cela offrirait la résistance d’un fort. En supposant que, dans cette circonstance, il y ait un camp de 2,000 hommes, ce camp pourrait se porter du côté opposé, en laissant seulement 200 hommes, sans que l’ennemi s’en aperçût et sans courir aucun danger.

Les quatre ouvrages qui sont entre le chemin de Calais et celui de Saint-Omer devront se rattacher au même système et former le second fort.

Les trois ouvrages du camp de Bertinghen formeront le troisième fort.

Les quatre ouvrages du camp d’Outreau formeront le quatrième fort.

Partout même ensemble de réduits, de matériel d’artillerie et du génie, de magasins; même sûreté et même facilité de mouvement. Ces quatre forts auront le même avantage.

Troisième observation. – Cela fait, il est évident qu’avec quatre bataillons et cinq compagnies d’artillerie il sera impossible à l’ennemi de pénétrer dans Boulogne, de venir brûler les bâtiments qui sont dans le port et détruire les différents établissements militaires, à moins que l’on admette la possibilité de passer entre deux de ces forts.

Pour obvier à cet inconvénient, il est facile d’établir, en arrière des ouvrages, des lignes qui s’appuieraient à la place et aux inondations de la Liane et qui en seraient protégées; alors il serait impossible à l’ennemi de passer entre les ouvrages, même nuitamment.

Quatrième observation.- Ces quatre forts se trouvent protégés par ceux déjà construits pour défendre la rade et empêcher le bombardement. Le premier fort aurait devant lui le fort de Terlincthun; le deuxième, le fort du Moulin à Huile; le troisième, le fort Saint-Lamhert; le quatrième, les forts du Renard, du Petit-Moulin et du Mont-de-Couple.

Les choses ainsi organisées, il serait impossible à l’ennemi de s’avancer sans avoir pris un ou deux de ces forts. Ces six forts exigeront trois bataillons de garnison. On n’a jamais supposé qu’à Boulogne il dût y avoir moins de 12 à 15,000 hommes de bonnes ou mauvaises troupes.

Lorsque ces six forts seront achevés, on verra s’il convient d’en faire encore un pour compléter le système de défense.

Le but principal de ces notes est de donner l’idée d’un projet qui simplifie la défense de Boulogne, et borne cette défense à celle des quatre couronnes qui ferment hermétiquement une place aussi difficile à traiter que Boulogne.

Autres observations. – Le fort de Terlincthun est trop loin du fort la Crèche. L’ennemi peut passer entre eux et venir établir sur la hauteur une batterie qui, en vingt-quatre heures, fera taire le fort la Crèche, le mettra en quelque sorte à la disposition de la flottille ennemie, et, par conséquent, facilitera beaucoup le débarquement.

Il faudrait donc un ouvrage défendant la hauteur et dominant le fort la Croche.

Le fort de Terlincthun est mal tracé. On a imaginé d’y avoir un réduit en maçonnerie; mais ce réduit, en mettant l’ouvrage à l’abri d’un coup de main, ne lui donne pas la consistance qu’il devrait avoir. On a manqué cela: d’abord on a fait un carré, ce qui n’était pas convenable; un fort carré d’égale force sur tous les fronts est mauvais. Indépendamment de l’inconvénient attaché au carré, on a encore fait la faute de ne lui donner que 110 toises de côté. Il n’y a aucun talent dans tous ces tracés; il faudrait tout raser. Ce qui me parait le plus praticable serait de creuser les fossés du double de ce qu’ils sont aujourd’hui, les élargir et employer les terres à faire des places d’armes, au moins sur les fronts d’attaque.

Le réduit de Terlincthun a deux côtés en maçonnerie qui sont tombés; on va les rétablir cette année; il est fâcheux que de pareils accidents arrivent dans des travaux aussi importants. Il doit y avoir dans le corps du génie des officiers connaissant assez bien les détails des constructions pour que de pareils accidents n’arrivent pas.

Le réduit du fort de Terlincthun et celui du fort du Moulin ont l’inconvénient de n’avoir pas de terre-plein de rempart; on a tracé ces ouvrages comme si c’étaient des ouvrages de campagne. Tous deux doivent avoir un rempart assez large pour y placer du canon.

Les réduits de ces deux forts, il faut les disposer de manière qu’il y ait 4 toises de terre-plein sur tout leur développement; le côté intérieur étant de 20 toises, il restera 12 toises intérieurement. Mon intention est qu’on établisse un mur pour soutenir les terres du talus intérieur, et que l’on construise une caserne qui ne tire ses jours que d’en haut. On pourrait s’enfoncer de trois pieds. Il faut qu’elle ne dépasse pas la hauteur du terre-plein, afin que, si l’on veut établir des traverses, on puisse le faire sans que la caserne gêne en aucune manière. Cette dépense, qui ne doit pas être considérable, donnera de quoi loger 200 hommes et rendra vraiment ces réduits utiles.

Les parapets des réduits ne sont pas assez hauts; il faut les exhausser de manière que les pièces sur affûts de place ou de côte rasent la plongée; ce qui met parfaitement le canonnier à couvert, lui donne de la confiance et défend les pièces.

Le fort du Moulin devant être fini cette année, je désire que le ministre charge un officier d’en revoir le tracé. Je voudrais qu’on en fît une couronne ou tout autre ouvrage qui présentât plus de moyens de défense que le carré.

Le fort Saint-Lambert n’a que 75 toises de côté. Je désire que le ministre témoigne mon mécontentement au comité des fortifications pour avoir souffert une dépense de 40,000 francs employée à la construction d’une caserne qui sera brûlée au premier coup de canon.

Si l’on eût employé cette somme pour une caserne défensive et voûtée, à l’épreuve de la bombe, cela aurait augmenté de beaucoup la défense de l’ouvrage.

Les casernes qui ne sont pas à l’épreuve ne pourront être admissibles que dans les grandes places. Dans les petites et dans les forts, elles doivent être à l’abri de la bombe. Si l’on construit dans les forts d’Alexandrie, de Kehl, de Rastel et de Wesel, des casernes qui ne soient pas à l’abri de la bombe, j’en rends responsable le comité des fortifications. Je désire que le ministre fasse connaître mes intentions au comité, et qu’il soit adressé, à ce sujet, une circulaire à tous les directeurs. Quelle figure ferait la citadelle de Lille, une fois la place prise ? Au bout de trente-six heures, on ne pourrait plus y tenir. Des casernes qui ne sont pas à l’épreuve, dans de petits forts ou dans une citadelle, ont de très-grands inconvénients.

Au fort du Renard, il n’y a que le réduit; l’ouvrage entier n’est pas fait. Envoyez un officier pour le tracer. Ce fort est si éloigné que, si l’on traçait là un hexagone ou un pentagone ce serait très bien.

Le fort du Petit-Moulin est bien peu de chose. Il faut élever le parapet du réduit.

L’ouvrage en terre du Mont-de-Couple est détestable. Il serait cependant nécessaire de construire sur ce point, un des plus importants de la place, un meilleur ouvrage.

Il faut achever les deux forts de l’Heurt et de la Crèche.

Artillerie. – L’armement des forts de Boulogne m’a paru mal entendu. Il ne faut pas dans ces forts de pièces d’un calibre au-dessus de 12. Il serait à propos d’avoir beaucoup de mortiers de 6 pouces; ils peuvent être fort utiles.

 

Dieppe, 21 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Dieppe

Mon Cousin, écrivez au roi d’Espagne que je vois avec peine cet immense armement des Espagnols, qui n’est propre qu’à augmenter la résistance et à faire couler le sang des soldats français ; que, lorsqu’on a été si souvent trompé, il est difficile de comprendre la raison de cet entêtement dans un faux système.

Écrivez au prince d’Essling qu’il résulte de l’état de situation de l’année anglaise, extrait des journaux anglais, que cette armée est de 23,000 hommes, Anglais et Allemands, et de 22,000 Portugais; qu’il doit donc avoir plus de troupes qu’il ne faut, si les Anglais veulent empêcher le siége de Ciudad-Rodrigo, pour les battre; qu’il doit s’y porter avec les 6e et 8e corps; qu’il doit laisser 2,000 dragons du 8e corps au général Kellermann , et 3 à 4,000 hommes de l’infanterie de ce corps, qui, joints aux bataillons auxiliaires et aux Suisses, formeront au général Kellermann un corps d’une dizaine de mille hommes, infanterie, cavalerie et artillerie, suffisant pour maintenir les communications; que lui, prince d’Essling, avec le reste des 6e et 8e corps, faisant plus de 50,000 hommes, doit prendre Ciudad-Rodrigo et battre les Anglais, s’ils s’avançaient.

Vous donnerez ordre au général Reynier de s’approcher avec le 2e corps d’Alcantara pour manœuvrer, avec le prince d’Essling sous les ordres duquel il se trouve, sur la droite du Tage.

Écrivez au roi d’Espagne que, comme les Anglais sont les seuls à craindre, il doit mettre le général Reynier avec le 2° corps sous les ordres du prince d’Essling, pour manœuvrer sur Alcantara et manœuvrer sur la droite du Tage; que les 1er, 4e et 5e corps et la division Dessolle sont plus que suffisants pour l’Andalousie; que, moyennant cela, le prince d’Essling sera plus à portée d’empêcher la levée du siège de Ciudad-Rodrigo, de prendre cette place et de remplir mes intentions.

Vous écrirez également au roi d’Espagne qu’il ne doit donner aucun ordre à l’armée d’Aragon, et qu’il doit combiner sagement les opérations pour en finir une bonne fois.

 

Dieppe, 27 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, expédiez un officier d’état-major au général Suchet avec l’ordre de démolir Lerida, en employant les magasins de poudre qu’il a trouvés dans cette place pour faire sauter les fortifications de manière qu’elles ne puissent être rétablies. On gardera seulement une citadelle ou fort capable de dominer la ville, et où 500 ou 600 hommes puissent tenir pendant longtemps. On fera armer cette citadelle et on y fera mettre des approvisionnements pour six mois. J’attendrai le rapport qui me sera fait pour approuver la conservation de cette citadelle ou fort. Tout le reste des attirails sera évacué sur France par le chemin le plus court.

Je suppose que le général Suchet a entrepris le siège de Mequinenza et que j’apprendrai bientôt la prise de cette place. Après cela, il se portera devant Tortosa, s’emparera de cette place et écrira au maréchal Macdonald, qui se portera en même temps sur Tarragone.

Vous donnerez ordre au général Suchet de mettre une contribution de plusieurs millions sur la ville de Lerida, afin d’être à même de parfaitement solder son corps. Lerida peut payer 12 millions de réaux de contributions de guerre.

 

Le Havre, 29 mai 1810

DÉCRET

ARTICLE PREMIER. – Il y aura des receveurs qui seront nommés par notre ministre du trésor public dans chacun des six gouvernements d’Espagne, lesquels seront seuls chargés de toutes les recettes provenant des contributions, soit ordinaires, soit extraordinaires.

ART. 2. – Dans les autres parties de l’Espagne, les contributions ordinaires et extraordinaires destinées à l’armée seront versées dans les caisses des payeurs des corps d’armée.

ART. 3. – Les six receveurs établis dans les six gouvernements et les payeurs faisant fonctions de receveurs dans les autres parties de l’Espagne correspondront avec le receveur général des contributions de l’Espagne, qui résidera à Bayonne.

ART. 4. – Il est expressément ordonné à tous nos généraux, intendants et officiers civils et militaires de nos armées, de faire verser les contributions dans les seules caisses des receveurs pour les six gouvernements, et des payeurs pour les autres parties de l’Espagne.

ART. 5. – Les receveurs nommés par une autorité autre que celle de notre ministre du trésor public cesseront leurs fonctions au moment de la notification de notre présent décret, et se rendront en toute diligence à Paris, avec les pièces de leur comptabilité en recette et en dépense, auprès de notre ministre du trésor public.

ART. 6. – Notre major général et nos ministres du trésor public et de la guerre sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Le Havre, 29 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

On assure que vous avez donné à l’ambassade d’Autriche un présent, représentant l’arc de Triomphe des Tuileries, où il y a écrit Bataille d’Ulm. Ce serait une grande maladresse.

 

Le Havre, 29 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Vous trouverez ci-joints deux rapports sur le commerce qui se faisait par le moyen des smogglers. Je désire que vous examiniez cette question, que j’ai l’intention de décider dans un conseil que je tiendrai à Paris à mon arrivée. Le comte Collin, ayant été directeur à Dunkerque, doit avoir une opinion sur cet objet. Mon intention est de ne considérer pour rien la police. Mon but est de favoriser les exportations des denrées de France et l’importation du numéraire étranger. On mettrait en même temps un gros droit, qui serait assez productif. Vous voyez que, dans les deux rapports, on est également d’avis qu’on peut mettre un droit de 2 francs par ancre à Flessingue, et, s’il en était de même à Ostende et à Dunkerque, cela ne laisserait pas que de faire un objet. Je serais, au reste, fort disposé à n’admettre les smogglers qu’à Dunkerque, à moins que l’habitude n’exige de les admettre aussi à Flessingue. Alors, comme je veux favoriser Dunkerque, le droit serait moindre d’un tiers dans ce port que dans l’autre. Le produit de ce droit serait employé à améliorer le port et à d’autres objets d’utilité public.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Prenez les mesures convenables pour que l’écluse de chasse de Dunkerque puisse jouer avant la fin de 1811 ; celle d’Ostende et celle du Havre, avant le mois de novembre prochain.

 

Le Havre, 29 mai 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre de l’intérieur, à Paris

La culture du tabac diminue dans les départements du nord. Les chambres de commerce prétendent que cela vient de ce qu’on n’accorde que 12 pour 100 de déchet, tandis que, selon elles, il faudrait en accorder 18. Faites-moi un rapport sur ce sujet.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Parisd

Monsieur le Comte Mollien, j’ai lu avec le plus grand intérêt votre mémoire sur la Banque. C’est la première chose bien claire, bien faite et sans abstraction, que j’aie lue sur cette matière. J’avais eu l’idée de le faire imprimer, mais je désire savoir, avant, si cela n’a pas d’inconvénient. Faites remettre ce mémoire à la Banque, comme venant de moi, afin de leur laisser la liberté de l’attaquer en votre présence. Vous lui ferez sentir la nécessité de sortir de cette absurde marche, et de placer son capital à 5 pour 100, c’est-à-dire à 6 1/4, en ne gardant qu’une réserve d’une vingtaine de millions en argent, et se trouvant par là dans le cas d’émettre toutes ses actions, d’avoir des comptoirs d’escompte à Lyon, à Marseille, à Lille et dans les autres villes, afin de donner à son établissement l’élan qu’il doit avoir. La Banque pourra faire l’observation que, si elle ne garde que vingt millions d’argent, le public venant à demander le remboursement d’une masse de billets, ces vingt millions seront absorbés. Mais alors vous direz que je m’engage, pour le bien de la. Banque, qui est le bien de mon Empire, à reprendre vingt millions au taux où elle a placé aujourd’hui. Moyennant ce contrat que vous passerez, et qui sera ratifié par moi, la Banque sera hors d’inquiétude sur ses cent huit millions de capitaux; elle pourra en émettre quatre-vingts à 5 pour 100 et par là porter les 5 pour 100 à près de 90, qui est, dans la situation de mes affaires et de l’Europe, au moins le prix qu’ils devraient avoir. Quant aux dépenses, il est clair que la Banque gagnera, puisque huit millions de papier à 4 pour 100 forment l’intérêt de deux millions à 16 pour 100. Ainsi, par exemple, les deux millions qu’elle aura placés pour servir de réserve dans les banques de Rouen et de Lyon lui rendront 16 pour 100. Elle ne paye que 6 pour 100; il reste donc pour la masse des actionnaires un profit de 10 pour 100. Pénétrez le gouverneur de la Banque de la vérité de ces observations. La France ne demande qu’à être éclairée; il y a partout un élan d’énergie et une grande estime de la Banque.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, mon intention est qu’on établisse sans délai à Lille une succursale de la Banque de France. Voyez le gouverneur de la Banque pour que cela s’arrange sur-le-champ. Il n’y a aucune objection à cet établissement dans une place aussi considérable, qui n’a de l’argent qu’à 6 pour 100, lorsqu’au moyen de la succursale elle l’aurait à 4, et dont le commerce est tel, que Paris a toujours de l’argent à remettre ici. Il faut s’arranger de manière que d’abord on n’escompte qu’en argent. Six mois ne se passeront pas qu’on n’escomptera qu’en billets. La place est susceptible d’en supporter plusieurs millions.

Gand est dans le même cas, quoique l’argent y soit moins cher.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, faites connaître au roi d’Espagne que je ne puis lui envoyer le régiment de Joseph-Napoléon, et que ce régiment est animé3 d’un si mauvais esprit, que les officiers ont demandé son éloignement des frontières d’Espagne ; qu’il peut juger par là combien sont impolitiques et inconsidérées les levées qu’on fait en Espagne; qu’aussi je ne les approuve pas.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je suppose qu’on a déjà commencé la démolition de Girone. Envoyez-y des mineurs. Quant à Hostalrich, il ne faut démolir que ce qui tient à la ville; et pour la citadelle, j’attendrai le rapport du maréchal Macdonald pour savoir s’il la faut démolir ou conserver.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Vous ne m’avez pas encore remis le rapport sur l’expédition des îles Jersey. La frégate qui vient d’être mise à l’eau à Cherbourg ainsi que la frégate qui est à Saint-Malo pourraient y concourir, ce qui ferait deux vaisseaux, deux frégates et deux corvettes. La flûte la Revanche, qui est à Saint-Malo, ainsi que les quatre canonnières et les dix péniches, la flûte la Ville-d’Amiens, qui est à Cherbourg qu’il faudrait réarmer, ainsi que les différents transports qui sont à Cherbourg et au Havre, pourraient être employés à cette expédition. Les flûtes la Ville-d’Orléans et la Ville-de-Liége, qui sont au Havre, ainsi que le brick le Railleur, qui va être lancé, pourraient faire partie de cette expédition. Donnez ordre que ces bâtiments soient, le plus tôt possible, réunis et armés dans la rade de Cherbourg. Il faut avoir des bâtiments capables de porter 10,000 hommes.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Les chantiers du Havre, ne pouvant contenir que des vaisseaux de 74, ne remplissent pas mon but, car ce sont des vaisseaux de 80 et de 120 qu’il me faut. Si, après l’espérance qu’on m’a donnée, Cherbourg peut être terminé l’année prochaine, il sera possible d’abandonner les établissements du Havre pour les porter à Cherbourg; d’un autre côté, on assure ici que le transport à Cherbourg est facile; cela étant, je désire que vous ordonniez qu’il soit construit à Cherbourg six vaisseaux de ligne, deux à trois ponts et quatre de 80; que les transports du Havre à Cherbourg soient organisés de manière qu’on y transporte par an plusieurs centaines de milliers de pieds cubes de bois. A cet effet, faites venir de Boulogne cent des meilleurs transports de la flottille; vous les ferez monter par un bataillon de marine; le reste sera fourni par des levées et des jeunes gens qu’on amarinera. Ces cent bâtiments seront divisés en dix sections de dix chacune.

Par ce moyen, le transport des bois qui sont au Havre se débitera rapidement sur Cherbourg. Les matelots qui sont au Havre, et qui ne se forment pas, seront bien meilleurs au mois de novembre, lorsqu’ils auront navigué tout l’été; et, en donnant de l’activité à cette navigation, ce sera un moyen de former plus vite quelques marins.

Lorsque les deux frégates pourront sortir du Havre, on les réarmera.

 

Le Havre, 20 mai 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai organisé les bataillons de vétérans ; mais ces bataillons doivent seulement être employés à la garde des arsenaux, et jamais on ne doit les embarquer. La garnison des vaisseaux est une autre question.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre

Mon Cousin, donnez ordre au général Reille, mon aide de camp, de se rendre à Pampelune, où il prendra le gouvernement de toute la Navarre avec le titre de gouverneur; vous lui donnerez les mêmes instructions qu’au général Dufour.

Vous donnerez ordre au général Dufour de se rendre sans délai à Séville, où le duc de Dalmatie l’emploiera dans une division active.

Vous ferez connaître au général Reille qu’indépendamment des troupes qu’il y a dans la Navarre d’autres troupes s’y rendront encore ; que même le général Dorsenne pourra lui fournir quelques bataillons de ma Garde, comptant sur sa prudence pour les employer convenablement et sans compromettre l’honneur du corps.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre

Mon Cousin, mandez au prince d’Essling que, selon les nouvelles que nous avons d’Angleterre, l’armée du général Wellington n’est forte que de 24.000 homme, Anglais et Allemands, et que les Portugais n’ont que 25.000 homme ; mais que je ne veux pas entrer  dans ce moment à Lisbonne, parce que je ne pourrais pas faire vivre la ville, dont l’immense population tire ses subsistances par mer; qu’il faut employer l’été à prendre Ciudad-Rodrigo et après cela Almeida ; qu’il ne faut pas aller par expédition, mais méthodiquement; que le général anglais, ayant moins de 3,000 hommes de cavalerie, peut bien recevoir bataille dans un pays où la cavalerie est inutile, mais ne viendra jamais la livrer dans un pays de plaine.

Les trois divisions d’infanterie du 6e corps font seules 24,000 hommes. Deux divisions du 8e corps seront composées de la manière suivante: la division Clauzel, telle qu’elle existe; on y ajoutera le bataillon du 46e qui est à la division Lagrange, ce qui portera la division Clauzel à 8,500 hommes, toute la division actuelle du général Solignac, plus le 65e, ce qui portera cette division à 9,000 ; total du 8e corps, 17,500 hommes. Ces cinq divisions formeront donc plus de 40,000 hommes.

Les bataillons des 2e, 4e et 12e légers, des 32e et 58e de ligne, sous les ordres des généraux de brigade Corsin et Jeanin, feront partie de la division du général Seras, qui aura ainsi sous ses ordres: ces cinq bataillons, 3,000 hommes; les quatre bataillons auxiliaires, 3,000 hommes; le 113e et le 4e bataillon de la Vistule, 3,000 hommes; total, 9,000 hommes.

Le général Seras aura sous ses ordres les généraux de brigade Brenier, Corsin et Jeanin.

La cavalerie sera disposée de la manière suivante: le 3e de hussards et le 15e de chasseurs qui doivent former 2,000 hommes resteront attachés au maréchal duc d’Elchingen. Les 15e, 25e, 3e, 6e, 10e et 11e de dragons, formant six régiments et près de 5,000 hommes de cavalerie, composeront la réserve de cavalerie, que commandera le général Montbrun. Cela seul formera donc 7,000 hommes de cavalerie. La première brigade de dragons, formant 1.500 hommes et composée des 1e, 2e et 3e régiments provisoires, restera attachée au duc d’Abrantès. La 2e, composée des 6e et 7e provisoires, sera attachée au général Kellermann, et la 3e, composée des 8e, 9e et 10e, sera attachée au général Séras.

Ainsi le prince d’Essling aura 10,000 hommes d’infanterie et 9 à 10,000 hommes de cavalerie, indépendamment des troupes d’artillerie, des sapeurs, etc., ce qui lui fera une armée de 50,000 hommes, avec lesquels il assiégera d’abord Ciudad-Rodrigo et après Almeida, et se préparera ainsi à marcher méthodiquement en Portugal, où je ne veux entrer qu’en septembre, après les chaleurs et surtout après les récoltes.

La division La Houssaye restera à l’armée du Midi.

Le général Reynier se portera du côté d’Alcantara, avec deux divisions d’infanterie formant 14.000 hommes, le 1er de hussards, le 22e de chasseurs, les chasseurs hanovriens et le 8e de dragons, formant environ 2,000 hommes de cavalerie; ce qui composera un corps de l6 à 17,000 hommes. Le général Reynier sera ainsi placé sur la gauche de Ciudad-Rodrigo, occupant Alcantara, menaçant le Portugal de ce côté, et conservant les communications avec Madrid.

Le prince d’Essling le maintiendra dans cette position sans le laisser entamer.

Par ce moyen, le prince d’Essling aura sous ses ordres sept divisions d’infanterie, fortes de 51.000 hommes, et 11.000 hommes de cavalerie; ce qui lui fera une armée de 65  à 70,000 hommes.

Il aura sur sa droite le général Seras, qui, avec 9.000 hommes d’infanterie et 1.500 chevaux, manœuvrera entre Astorga, le royaume de Léon et Zamora, de manière à maintenir ses communications avec le général Bonet, à menacer le Portugal du côté de Bragance, et à couvrir la plaine de Valladolid. Le général Seras sera ainsi sous les ordres du général Kellermann, lequel aura 1,200 hommes de cavalerie avec les Suisses et les différents dépôts, pour maintenir la tranquillité dans la plaine. Par ce moyen le général Kellermann réunira dans ses mains 12 à 13,000 hommes. D’ailleurs, avant que le prince d’Essling entre en Portugal, une réserve de 20,000 hommes sera arrivée à Valladolid.

Donnez donc tous les ordres en conséquence au prince d’Essling et aux généraux Kellermann et Seras ; donnez-en avis au général Bonet, et enfin faîtes connaître toutes ces dispositions au duc de Dalmatie.

 

Le Havre, 29 mai 1810.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre

Mon Cousin, répondez au général Dorsenne qu’il a le commandement absolu de la province de Burgos, tant pour le militaire que pour la police et les finances ; que toute espèce de troupes, artillerie, génie, troupes françaises, troupes espagnoles, de quelque nation que ce soit, sont sous ses ordres. Déterminez bien la limite du commandement du général Dorsenne. Faites-lui connaître que mon intention est qu’il tienne toujours des troupes en mouvement pour réprimer les brigands; qu’il doit même faire marcher des colonnes sur les confins de la Navarre, dans les gorges de Santander, et partout où il sera nécessaire ; qu’il ait à organiser à cet effet sept à huit colonnes mobiles, qu’il composera de chevau-légers polonais et de jeunes gens; mais recommandez-lui de tenir mes vieux soldats en masse, afin de n’en perdre aucun par accident. Les 400 chevau-légers polonais, les 800 lanciers du grand-duc de Berg, lui donnent 1,200 hommes de cavalerie, qu’il peut former en six colonnes, en y mettant une ou deux compagnies d’infanterie, selon les circonstances.

Ces détachements peuvent se porter partout pour poursuivre impitoyablement les brigands et en purger les confins de la Navarre et la province de Santander. En outre, il peut toujours avoir, réunis sous la main, 2 à 3,000 hommes tant d’infanterie que de cavalerie, pour se porter partout où il serait nécessaire.

Mandez au général Dorsenne que, indépendamment de ses troupes, d’autres doivent arriver; qu’il faut donc tirer de Soria, d’Aranda et des autres points de la province, les approvisionnements nécessaires pour avoir toujours 500,000 rations de biscuit et plusieurs millions de rations de vivres dans les environs de Burgos.

Écrivez au prince d’Essling pour lui faire connaître les limites du commandement du général Dorsenne, qui a un commandement particulier, parce que, d’un moment à l’autre, il peut recevoir des ordres de moi, mais qui doit envoyer des colonnes partout, et qui ne se refusera en rien à ce qui pourra entretenir et assurer les communications.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre

Mon Cousin, faites mettre dans le Moniteur, en grand détail, toutes les affaires de Lerida. Envoyez un plan des attaques au bureau de la guerre pour qu’on fasse graver le plan du siège et de la prise de Lerida, ainsi que celui du siège de Girone.

Témoignez ma grande satisfaction au général Suchet, et faites-lui connaître que j’ai accordé tous les avancements qu’il a demandés pour son armée.

Réitérez-lui l’ordre de frapper une contribution de plusieurs millions sur Lerida, afin de se procurer les moyens de nourrir, solder et habiller son armée dans le pays. Vous lui ferez comprendre que la guerre d’Espagne exige un tel accroissement de forces, qu’il ne m’est plus possible d’y envoyer de l’argent; que la guerre doit nourrir la guerre.

Donnez-lui l’ordre de ne laisser aucun officier espagnol en Espagne et de les envoyer tous en France. J’aurais blâmé toute la capitulation, s’il avait approuvé cet article.

Écrivez-lui qu’il ne doit souffrir sur le château de Lerida d’autre pavillon que le pavillon français, Vous lui réitèrerez l’ordre de faire sauter les fortifications de cette place.

Récrivez-lui que je suppose qu’il est maître de Mequinenza; qu’il doit prendre toutes les mesures pour s’emparer de Tortose; que le maréchal Macdonald se portera en même temps sur Tarragone; qu’il réunisse l’artillerie et tous les moyens nécessaires pour marcher sur Valence et forcer l’enceinte de cette ville; mais il faut pour cela que Tortose et Tarragone soient pris.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, au Havre.

Mon Cousin, écrivez une circulaire aux différents maréchaux commandant en Espagne et et aux différents gouverneurs pour leur faire connaître mon mécontentement de ce que, par leurs ordres, des fonds sont sortis des mains de payeurs nommés par le ministre du trésor ; que cette marche est illégale et incompatible avec les règles de l’administration.

P. S. Ils n’ont pas droit de nommer des receveurs, et ceux qui reçoivent les contributions doivent être des hommes du trésor.

 

Le Havre, 29 mai 1810

Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le comte Defermon, j’ai reçu votre lettre du 26. Le projet de convention que vous proposez ne me convient pas, et je ne puis le ratifier parce qu’il s’éloigne de vos instructions. Je ne stipulerai jamais pour des ordres que j’ai donnés. D’ailleurs, je ne veux rien avoir à faire avec le roi de Westphalie : il ne doit pas verser à la caisse de l’extraordinaire, mais dans les mains des particuliers.

Relisez bien vos instructions et attachez-vous à les suivre rigoureusement. Il faut avoir pour principe, quand on négocie, de ne pas s’écarter des instructions qu’on a.

Je reçois un grand nombre de demandes de militaires mutilés à Wagram, qui paraissent  avoir droit aux récompenses que leur accordent mes décrets, et qui ne sont pas encore inscrits et ne peuvent jouir de ce qui leur revient. En attendant, ces malheureux meurent sans avoir ce que je leur ai promis. Voyez à faire droit à ces réclamations.

 

Rouen, 31 mai 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, puisque la Bavière a cédé Ulm, il est indispensable que le Wurtemberg donne à Bade le Nellenburg. Parlez dans ce sens aux ministres de Bade et de Wurtemberg. J’ai approuvé les pleins pouvoirs pour la remise des territoires cédés par la Bavière au grand-duché de Würzburg, ainsi que les instructions et les pleins pouvoirs et instructions pour la remise de la droite de l’Inn à la Bavière. Je n’ai pas signé ceux relatifs à la remise des territoires cédés au Wurtemberg, mon intention étant de ne mettre le Wurtemberg en possession de ces territoires que lorsqu’il aura cédé à Bade le Nellenburg. Je viens même de donner l’ordre que tout ce que la Bavière me cède pour le Wurtemberg soit occupé par mes troupes, et qu’elles y vivent jusqu’à ce que le Wurtemberg ait fait la cession du Nellenburg. Vous ajouterez cela aux instructions du général Compans, qui commande l’armée.

 

Rouen, 31 mai 1810

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je trouve dans un journal un règlement sur les pensions de l’Université, qui est une véritable loi, et où le grand maître a dépassé ses attributions, puisque son arrêté tend à charger le trésor public de frais immenses et faits arbitrairement. Comment les membres de l’Université professant en 1791 ont-ils droit à des pensions ? Et comment l’Université, qui n’existait pas alors, peut-elle se mêler de cela ? Procurez-vous ce règlement, et rassemblez les ministres d’État pour voir ce qu’il y a à faire, car il me semble que l’Université va bien loin. Chargez les ministres d’État de rédiger un projet de décret pour prévenir à l’avenir de pareils abus.

 

Rouen, 31 mai 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Rouen

Mon Cousin, donnez ordre que la brigade de la Garde que commande le général Dumoustier, composée de la 1ere brigade de conscrits de la Garde, forte de 3,000 hommes, qui arrive le 13 juin à Vitoria, et de la 1ere brigade de tirailleurs de la Garde, forte également de 3,000 hommes, qui y arrive le 7 ou le 8 juin, s’arrête dans cette ville, où elle sera aux ordres du général Dorsenne pour servir à maintenir la tranquillité dans la Biscaye. Elle partira de là pour se combiner avec les opérations que fera le général Dorsenne pour poursuivre les brigands.

6)Cette lettre non datée est présumée de la fin mai,

A l’impératrice Joséphine, au château de Navarre

Mon amie, je reçois ta lettre. Eugène te donne des nouvelles de mon voyage et de l’Impératrice. J’approuve fort que tu ailles aux eaux. J’espère qu’elles te feront du bien. Je désire bien te voir. Si tu es à la Malmaison à la fin du mois, je viendrai te voir. Je compte être à Saint-Cloud le 30 du mois. Ma santé est fort bonne; il me manque de te savoir contente et bien portante. Fais-moi connaître le nom que tu voudrais porter en route.

Ne doute jamais de toute la vérité de mes sentiments pour toi; ils dureront autant que moi; tu serais fort injuste si tu en doutais.


 

References   [ + ]

1. Il y avait un projet de mariage entre la princesse Amélie de Bade et l’Archiduc Charles d’Autriche
2. laissé en blanc dans l’original
3. Note de la minute
4. Ce discours est donné ici d’après le texte rapporté par Thibaudeau, dans le Consulat et l’Empire, – Empire, tome V, pages 564 et suivantes: Cette allocution, dit Thibaudeau (page 228) , est un document que le clergé belge a recueilli et n’a jamais oublié.
5. L’Empereur s’est trouvé au château de Laeken à la fin d’avril et au milieu de mai 1810; on présume que ce discours a été prononcé le 16 mai, lors du second passage de l’Empereur à Bruxelles.
6. Cette lettre non datée est présumée de la fin mai