Correspondance de Napoléon Ier – Mai 1809

Braunau, 1er mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je ne puis voir qu’avec peine que les journaux impriment les proclamations françaises d’après les traductions allemandes, de manière qu’ils font qu’on ne parle pas français. Quand on ne les leur fait pas mettre, ils devraient bien attendre et ne pas me faire parler comme un traducteur. En pareil cas, les journaux doivent ne pas mettre mon nom, et de la traduction faire une analyse, en la mettant eux-mêmes en bon français, s’ils ne veulent pas attendre la proclamation originale.

 

Braunau, 1er mai 1809, dix heures du matin

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Le général Vandamme aura son quartier général à Altheim, y réunira son infanterie légère et tout ce qu’il pourra des Wurtembergeois, dans le jour ou dans la nuit.

 

Braunau, 1er mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Donnez l’ordre qu’il soit formé à Braunau un dépôt de cavalerie et un d’infanterie, et que tous les hommes fatigués des deux armes y soient laissés. Mettez à la suite des dépôts de cavalerie un officier de cavalerie. Les petits dépôts formés entre le Danube et l’Isar seront laissés à Landshut, et ceux formés entre l’Isar et l’Inn seront laissés à Braunau.

 

Braunau, 1er mai 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Le point de dépôt principal de l’armée est Passau. C’est là où, en cas de retraite, mon intention est de passer l’Inn, et c’est autour de Passau que j’ai le projet de constamment manœuvrer en cas d’un mouvement rétrograde de l’armée. Braunau, Schärding, Burghaus en sont pour moi des points indifférents. Mon intention est de laisser constamment à Passau au moins 10,000 hommes de garnison; Passau doit donc être le centre de toutes mes munitions de guerre, magasins de réserve et de tous mes hôpitaux.

Communiquez la copie de cette dépêche au général d’artillerie, au général du génie et à l’intendant de l’armée, pour que chacun s’y conforme dans les détails de son service.

GÉNIE.

Passau a un fort sur la rive gauche du Danube, à l’abri d’un coup de main; il faut qu’il soit constamment approvisionné pour 1,000 hommes pendant quatre mois.

Passau est un isthme de 400 toises, ayant ancienne enceinte, fossé et contrescarpe. Il est nécessaire que cette enceinte soit armée, le fossé nettoyé et une demi-lune établie devant la porte, qui flanque toute l’enceinte. Par ce moyen, cette place sera à l’abri d’un coup de main, même avec une petite garnison. Mais cette enceinte est dominée par une hauteur sur laquelle il sera établi un fort revêtu en bois comme l’est celui de Praga; mais, en attendant, il aura toute la force d’un ouvrage de campagne. Enfin, lorsque ces premiers ouvrages seront avancés, on fera sur la rive gauche du Danube un ouvrage qui augmentera la solidité et la force de ce fort. On prendra tous les moyens pour remplir les trois buts suivants:

1° Se rendre maître absolu du cours de l’Inn et de celui du Danube, de manière que rien ne puisse passer sans être coulé bas;

2° Être maître du pont du Danube et pouvoir manœuvrer sur les deux rives sans que l’ennemi puisse l’empêcher;

3° Être maître du pont de l’Inn de manière à pouvoir manœuvrer sur les deux rives sans que l’ennemi puisse l’empêcher.

Comme il n’y a point de temps à perdre en discussion, vous ferez connaître au général du génie que je lui donne plein pouvoir pour commencer les travaux, en remplissant ces différents buts.

Comme je suis dans l’intention de laisser une garnison à Passau, il y aura suffisamment d’hommes pour sa défense. La place sera inattaquable, parce que l’ennemi devra ouvrir la tranchée contre l’ouvrage en terre, situé favorablement, avant d’approcher l’enceinte de la place. On déblayera le pourtour de la ville sur le côté qui fait face à l’Inn et sur celui qui fait face au Danube, et l’on cherchera à placer des pièces sur l’enceinte et là où cela pourra être favorable à la défense de la place.

On établira sur la rive droite de l’Inn un camp retranché et un réduit, de manière que le pont soit situé à l’abri de toute attaque et que 1,000 hommes puissent le défendre contre 10,000, et de manière aussi que 12 ou 15,000 hommes puissent y trouver un refuge et s’y battre avec avantage.

Ordonnez au général du génie qu’il y ait deux compagnies de sapeurs. Le général Chambarlhiac sera chargé en chef de conduire ces travaux. Il faut qu’il ait suffisamment d’officiers du génie pour travailler à tous les ouvrages à la fois. Qu’il donne au général Chambarlhiac l’argent nécessaire pour les travaux. Comme je laisse là 10,000 hommes de garnison, ils pourront fournir 5,000 travailleurs par jour, indépendamment de 4, ou 5,000 paysans.

On reconnaîtra bien les routes qui arrivent à Passau et particulièrement celle de la rive droite du Danube qui le descend sans passer à Schärding et qui remonte du côté de Straubing, de manière que, si l’ennemi était maître de l’Inn, on pût se retirer sans lui prêter le flanc.

ARTILLERIE

Le travail de l’artillerie pour Passau doit être considéré sous deux points de vue, comme devant contribuer à la défense de la place et comme dépôt de l’armée.

Comme contribuant à la défense de la place: on fera venir toute l’artillerie prise à l’ennemi sur le champ de bataille de Ratisbonne, les douze pièces du pont de Rain, dont j’ai ordonné que six fussent à Schärding; enfin on fera venir des pièces de 21 et des obusiers soit d’Augsbourg, Würzburg et du haut Palatinat; mais il faut que l’artillerie soit en grande quantité. L’isthme ayant 400 toises, le pourtour autour de la rivière et les ouvrages, tout cela doit demander l’emploi au moins de cent pièces de canon. On y placera un colonel d’artillerie, deux officiers en résidence, deux compagnies d’artillerie, une escouade d’ouvriers, un artificier et, en outre, trois compagnies d’artillerie bavaroise.

Comme dépôt de l’armée: c’est là où doivent être les armes de rechange, les ateliers d’armuriers, les cartouches de canon et d’infanterie qui doivent être en première ligne. On fera venir d’Ulm et d’Augsbourg les munitions qui s’y trouvent, sauf à remplacer à Augsbourg les munitions qui doivent être en deuxième ligne. On observera que tout le pays entre Vienne et Passau peut être franchi en peu de jours; que Passau n’est qu’à 80 lieues de Vienne, que l’on peut faire en dix jours. Il n’y aura plus aucun transport d’artillerie ni sur Burghausen, Braunau ou Schärding; tout doit être à Passau et à Augsbourg.

INTENDANT GÉNÉRAL

Ce service se considère également sous deux points de vue:

Pour la défense de Passau, il faut des magasins, en biscuit, farine et eau-de-vie, pour 10,000 hommes pendant quarante jours, des hôpitaux pour 3,000 malades et enfin tous les dépôts de l’armée.

On maintiendra toujours comme magasin de réserve un million de rations de biscuit, deux millions de rations de farine, de l’eau-de­-vie en proportion, 200,000 rations d’avoine, de manière à avoir pour toute l’armée pendant trente jours, et que 150,000 hommes puissent manœuvrer autour pendant quinze jours. Un événement peut me forcer à évacuer Vienne; mon intention est de manœuvrer autour de Passau.

Le dépôt général de la cavalerie sera établi le long de l’ Inn et du Danube; Passau sera le quartier général; c’est là où seront les selles, brides, pour remonter la cavalerie.

Vous ferez comprendre aux trois chefs d’administration combien le point que je leur donne est favorable pour le transport et les arrivages; au commandant du génie combien ce point lui est favorable, puisqu’il a à sa disposition les bois de l’Inn et du Danube.

Mon intention est que, sur les 810 marins du bataillon qui est en marche, 210 restent à Passau pour activer les travaux, et que l’on fasse dans le pays des réquisitions d’ouvriers, enfin que l’on n’épargne rien pour activer ces travaux.

MARINE.

A la position de Passau est aussi attachée la navigation du Danube.

Le bataillon de marins qui est à la hauteur d’Augsbourg se dirigera sur Passau; vous ordonnerez au général du génie sous les ordres de qui il sera, de faire faire, en s’entendant avec les ingénieurs de la marine et le capitaine Baste, six barques bastinguées et armées, pour être maître du Danube. On achètera pour mon compte des barques pour le double objet de transporter des troupes et de construire des ponts sur le Danube et sur l’Inn. On aura soin d’enrôler des pilotes, que l’on conservera en les payant bien.

 

Braunau, 1er mai 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armé d’Allemagne, à Straubing

Mon Cousin, l’empereur était hier à Sternberg. Le prince Louis était derrière l’Enns avec les débris de son corps. Le général Hiller est près de Steyer. Demain je serai à Linz et sur la Traun; arrivez le plus tôt possible à Passau. Il paraît qu’ils ont brûlé le pont de Linz. Ils comptent sur le pont de Mauthausen pour communiquer avec le prince Charles. Il est probable que nous leur enlèverons ce pont avant qu’ils aient pu se joindre; le prince Charles ne pourra se réunir alors qu’à Krems ou sous Vienne. La division Dupas se dirige par Donauvœrth et Ingolstadt sur Ratisbonne et sur Passau; envoyez·-lui l’ordre, ainsi qu’à la division Rouyer, de se porter sur Passau, vu que 8 ou 10,000 hommes me sont nécessaires à Passau pour garder mes derrières. Si le général Dupas n’était pas arrivé, je serais obligé d’y laisser une de vos divisions, cc qui serait fort malheureux. Activez votre marche le plus que vous pourrez pour vous porter d’abord à Passau et ensuite sur Linz tandis que nous marcherons en avant. Le général Dupas avec un corps de 10,000 hommes sera suffisant pour garder Passau. Vous trouverez à Passau le général Bertrand . J’ai ordonné qu’on travaillât aux ouvrages de cette place avec la plus grande activité; qu’on établît sur l’Inn des ouvrages tels que 40,000 hommes ne puissent pas forcer la division Dupas; qu’on rétablît également l’enceinte qui forme la presqu’île; qu’on fît une demi-lune flanquée et un ouvrage sur la hauteur; qu’on réunît sur-le-champ à Passau des vivres pour 10,000 hommes pendant un mois. Quant à l’artillerie, le général Dupas a ses onze pièces attelées. J’ordonne que les six pièces qui étaient à Straubing avec la compagnie bavaroise se dirigent sur Passau; faites-y passer les pièces autrichiennes qui ont été prises à l’ennemi sur les différents champs de bataille, pour servir à l’armement de cette place. Il est convenable de ne rien laisser à Ratisbonne; faites venir la division wurtembergeoise et autres corps qui s’y trouveraient, à Passau. Cependant, jusqu’à ce que le prince de Ponte-Corvo soit arrivé, il est prudent de laisser sur le Danube un ou deux régiments de cavalerie légère, pour empêcher les incursions de l’ennemi du côté de la Bohême.

A Passau, il y a un bourgeois qui a pris au collet un capitaine de sapeurs et a failli le faire prendre prisonnier; faites arrêter cet individu et faites-le juger par une commission militaire.

Accélérez votre marche. J’ai intercepté beaucoup de courriers; l’alarme est à Vienne et on travaille à l’évacuer.

 

Braunau, 1er mai 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Caldiero.

Mon Fils, mon quartier général sera ce soir à Ried. Je ne doute pas que l’ennemi ne se soit retiré devant vous; il faut le poursuivre vivement, en venant me joindre le plus tôt possible par la Carinthie. La jonction avec mon armée pourra se faire au delà de Bruck. Il est probable que je serai à Vienne du 10 au 15 mai. Aussitôt que vous serez à Villach, vous enverrez des partis sur Spital pour se joindre au corps que j’ai à Salzburg.

 

Braunau, 1er mai 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 28 avril. Les princes de Hohenlohe, de Stadion, etc., doivent être jugés plus d’après le code politique que d’après le code civil. Ce sont des princes qui ont cessé de l’être; leurs droits et leurs prétentions font ombrage à la souveraineté. Dans tous les temps, leurs biens auraient été confisqués. L’acte de la Confédération les a traités favorablement; mais il leur a imposé des obligations. La première était l’obéissance à leur souverain.

Je pense donc que Votre Majesté, sans entrer dans des formes civiles, doit déposséder les Hohenlohe, etc., s’ils se sont mal comportés, séquestrer leurs personnes et confisquer leurs propriétés, en leur accordant une pension pour les mettre à l’abri de l’indigence. On ne doit aucun ménagement à des hommes qui n’ont usé de l’existence que leur donnait leur fortune, que pour exciter des désordres. Le seul moyen de leur ôter leur influence est de leur ôter leurs propriétés. Votre Majesté aura bientôt communication d’un décret qui a pour objet, comme mesure de haute politique, de séquestrer les princes et les comtes qui ne se sont pas conformés à l’acte de la Confédération. En France, les Français qui portent les armes contre moi ne sont que du ressort de la justice criminelle; mais mon opinion est qu’il est plus dans la nature des choses que tout ce qui était prince ou immédiat soit jugé par le droit politique.

 

Wels, 3 mai 1809

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Kremsmünster

Je voulais attendre des nouvelles pour vous expédier votre aide de camp; comme elles tardent, je vous le renvoie.

Portez-vous aujourd’hui sur Steyr; envoyez un régiment de cavalerie légère sur Kronsdorf par Neuhofen.

Le duc d’Istrie et le général Oudinot arrivent aujourd’hui à Enns, et probablement le duc de Rivoli.

Je resterai aujourd’hui à Wels. Donnez-moi des renseignements sur l’état du chemin, dans cette saison, de Steyr à Amstetten; on le dit bien mauvais.

Le duc d’Auerstaedt est aujourd’hui à Passau avec son corps; il sera après-demain à Linz.

P. S. Toute l’instruction générale aujourd’hui est de faire le plus de mal possible au corps qui se retire à Linz.

 

Enns, 4 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, mon ministre de la guerre, j’avais ordonné que trois régiments provisoires de dragons se rendissent à Hanau. Je viens d’ordonner que deux de ces régiments se dirigent sur Augsbourg; un seul restera à Hanau. J’ai désigné le 6e, si ce régiment fait partie des trois qui ont marché de ce côté.

Ayez soin que le régiment provisoire qui est à Hanau soit formé le plus tôt possible, et qu’à cet effet les hommes destinés pour ce régiment se dirigent sur Mayence, au lieu d’aller à Strasbourg.

J’ai passé la Traun, comme vous le verrez dans le bulletin; je jette un pont sur l’Enns, que je passerai demain. M’éloignant ainsi, j’ai ordonné que, indépendamment du corps d’observation du Weser qui se réunit à Hanau, il se forme à Augsbourg une division de réserve composée de cinq régiments provisoires de dragons, du régiment de Berg, d’un régiment de Wurtemberg et de plusieurs corps tirés de la Bavière.

Correspondez avec le général Beaumont, afin que, s’il y avait quelques mouvements du côté du Tyrol, mes frontières en soient instruites de bonne heure.

Le but de cette réserve est de protéger les terres de la confédération des partisans et de toute espèce de mouvements.

Activez le plus que vous pourrez la formation des régiments provisoires.

Je vous ai déjà écrit pour la formation à Augsbourg du 65e régiment. Il y a déjà les officiers et 200 hommes ;il y arrivera encore 400 hommes sortant des hôpitaux. Dirigez sur Augsbourg ce qu’il y a au dépôt et les conscrits destinés pour ce régiment. Concertez-vous avec le général Dejean pour diriger sur Augsbourg tout ce qui est nécessaire pour ce régiment.
Je ne reçois aucun compte d’Italie. Envoyez des officiers pour savoir ce qui s’y passe et connaître les pertes que l’on a faites, soit dans les batailles, soit dans le Tyrol, afin que le général Dejean les porte en compte et que l’on donne aux régiments de cavalerie dont les dépôts sont en Piémont de quoi les réparer.

Le 14e régiment de chasseurs à cheval a beaucoup perdu dans une charge à Ratisbonne; ayez soin de lui faire donner ce qui lui manque.

Les deux excellents bataillons de tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô ont beaucoup perdu au combat d’hier; ayez soin que le général Lacuée leur donne tous les Corses et 300 hommes de plus des conscrits du Piémont. Ces bataillons ont un excellent esprit.

Ayez soin que tous les hommes qui partent de Strasbourg soient formés en bataillons de marche de 600 hommes, avec numéro. Dirigez-les d’abord sur Augsbourg, et ensuite sur Passau, qui devient le centre des mouvements, administrations et magasins de l’armée.

Les régiments de cuirassiers qui ont leurs dépôts en Piémont sont faibles; j’ai ordonné que tout ce qui est en Espagne soit effacé; ne perdez pas un moment pour les compléter, afin que dès que ma jonction sera faite avec l’armée d’Italie, ces détachements puissent venir me joindre.

Il faut calculer que mes régiments de carabiniers et de cuirassiers ont perdu, l’un dans l’autre, chacun 100 chevaux; il faut donc qu’on leur donne des hommes et des chevaux; mais surtout recommandez qu’on prenne des chevaux vieux, car des jeunes chevaux ne servent à rien.

 

Enns, 4 mai 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Enns

Donnez ordre au général Vandamme de partir sur-le-champ pour prendre position à Linz avec sa division. Il fera rétablir le pont et former une tête de pont. Il organisera les magasins et prendra le commandement de toute la province. Si son infanterie ne pouvait pas y être aujourd’hui, qu’au moins il y soit avec sa cavalerie, et qu’il prenne des mesures pour qu’aucun prisonnier ne se sauve.

 

Enns, 4 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Enns

Donnez l’ordre à M. Daru de nommer un intendant pour la province  de la haute Autriche et un commissaire ordonnateur pour le service de l’armée.

Donnez l’ordre au duc d’Auerstaedt, aussitôt qu’il sera à Linz, de faire réparer le pont et de faire travailler à une tête de pont.

Le général Vandamme placera des troupes de cavalerie, infanterie et artillerie sur la rive gauche, aussitôt que le pont sera avancé; il organisera la province. Vous lui ferez connaître que pendant tout le temps que le duc d’Auerstaedt sera à Linz il aura le commandement supérieur de la province, et que lui-même sera sous les ordres du duc d’Auerstaedt.

 

Enns, 4 mai 1809.

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Steyer

Mon Cousin, le général Claparède avec sa division a passé hier, à midi, le pont d’EbeIsberg, a pris de vive force la ville. Toute l’armée autrichienne, forte de 30 ou 40,000 hommes, était rangée en bataille dans la plus belle position. L’ennemi ayant tiré des obus sur la ville y a mis le feu, qui a pris avec une telle rapidité qu’on n’a pu, pendant trois heures, communiquer avec le général Claparède, qui a tenu contre cette multitude. Le général Legrand est arrivé, qui a décidé la retraite de l’ennemi avec deux régiments. On a fait 4,000 prisonniers et pris quatre pièces de canon et un drapeau. Mais notre perte est forte; on ne peut l’évaluer à moins de 400 tués et 8 à  900 blessés. Je suis arrivé avec les divisions Nansouty et Molitor, et l’affaire était déjà finie. Aussitôt que j’ai su qu’ils avaient la sottise d’attaquer de vive force cette position renommée, et la seule redoutable sur la Traun qu’il fallu enlever, je me suis douté de quelque échauffourée.

L’ennemi a passé en désordre toute la nuit. Nous sommes entrés à la pointe du jour à Enns. :Il y a laissé tous ses magasins et a brûlé le pont, qu’on va remplacer par un pont de radeaux, qu’on espère finir dans la journée.

Les divisions Oudinot et Molitor sont ici avec le corps du duc de Rivoli. Aussitôt que j’aurai reçu vos lettres de Steyr et que je saurai si vous avez pu rétablir le pont, je vous ferai connaître les mouvements de demain.

 

Enns, 4 mai 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à San-Pietro.

Mon Fils, j’ai passé la Traun et l’Enns. J’ai eu hier un combat à Ebelsberg, où j’ai fait 6,000 prisonniers. Je n’ai point de vos nouvelles depuis le 23, c’est-à-dire depuis onze jours. Je ne sais rien, si ce n’est par les gazettes autrichiennes. Vous me dites qu’une colonne s’est laissé couper dans le Tyrol, mais vous ne me dites pas quelle était sa force, ni de quels corps d’infanterie et de cavalerie elle était composée. Si vous n’envoyez pas au ministre de la guerre un état de vos pertes, comment peut-il les connaître ? Quant à moi, mes manœuvres sont en l’air 1 parce que je ne sais ni où vous êtes, ni ce que vous avez fait, ni ce que vous avez perdu. Le monde ne pourra pas croire que je ne sache pas encore ce que vous avez fait depuis le 1l avril. Je vous l’ai écrit, depuis, tant de fois, que je suppose que vous m’enverrez relation et état de situation. Je suppose, quand vous lirez cette lettre, que je serai à Vienne. Je devrais savoir par vous-même l’état de l’armée ennemie qui est contre vous, et qui va tomber sur mon flanc droit. Comme je suis trop loin pour protéger les Alpes et les départements de la 27° division, ayez soin d’envoyer l’état de vos pertes au ministre de la guerre. Le pire de tout est de ne pas connaître la vérité. Comment est-il possible au Gouvernement de réparer les pertes s’il ne les connaît pas ?

 

Enns, 4 mai 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’ai passé hier la Traun. Il y a eu un combat à Ebelsberg, où j’ai fait 6,000 prisonniers. On travaille aujourd’hui à rétablir le pont sur l’Enns. M’éloignant ainsi de mes derrières, j’ai formé un corps d’observation à Hanau et une division de réserve à Augsbourg. Elle sera commandée par le général sénateur Beaumont, composée de cinq régiments provisoires de dragons, forte de près de 3,000 hommes. Je désire que le régiment que Votre Majesté veut me donner pour garantir la Souabe soit joint à cette division. Le général Beaumont a particulièrement pour instruction de correspondre avec mes ministres à Munich, Stuttgart et Carlsruhe, de veiller à la sûreté des trois cours, de surveiller ce qui viendrait du Tyrol et de se porter partout où il y aurait des insurrections.

 

Enns, 5 mai 1809, huit heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Baierbach

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 3 mai. Je suppose que vous arrivez aujourd’hui à LInz. Vous y trouverez les instructions du major général pour l’organisation de la province. Faites abattre partout les armes de la Maison d’Autriche. Laissez la garde bourgeoise, si elle est peu nombreuse. Ordonnez un désarmement général. Faites mettre le séquestre sur les caisses et magasins. Nommez une commission pour administrer la province. Faites réparer le pont de Linz. Le général Vandamme avec les Wurtembergeois doit se trouver à Linz; le pont une fois réparé, il faut travailler à une tête de pont où les Wurtembergeois puissent tenir contre une force égale ou double. Le pont fini, faites une incursion pour avoir des nouvelles de ce qui se fait en Bohême. Ralliez votre corps à Linz, où je suppose qu’il sera rallié demain; approvisionnez-vous de vivres et donnez-lui un peu de repos. Prenez des mesures pour vous réparer de toutes les consommations faites; écrivez-moi un mot là-dessus.

Correspondez tous les jours avec le général Dupas. Laissez-lui le 12e  régiment de chasseurs. Faites rentrer tous les escadrons de marche, afin de les incorporer dans les corps respectifs. Ordonnez aux généraux Dupas et Rouyer de ne pas garder une seule ordonnance des escadrons de marche; rien n’est plus nuisible au service. Envoyez-moi l’état de situation de la division Dupas. Recommandez-lui d’activer les mesures pour faire arriver des cartouches d’infanterie et à canon, et de faire travailler jour et nuit aux fortifications qu’a tracées le général Bertrand, afin que dans huit ou dix jours sa division puisse se défendre contre des forces quadruples. Prescrivez-lui d’avoir des détachements d’infanterie et des piquets de cavalerie sur Deckendorf et de veiller sur ce que fait l’ennemi de ce côté. Tant qu’il n’est pas menacé d’être attaqué, il peut avoir trois colonnes de 4 ou 500 hommes avec des pelotons de cavalerie et deux ou trois pièces d’artillerie légère, longeant le Danube et protégeant cette partie contre les partisans ennemis; bien entendu que la division française restera toujours réunie. Il doit se mettre en correspondance avec les baillis bavarois pour avoir des nouvelles de ce qui se passe.

On entend ce matin du canon; je suppose que c’est vous qui passez le long du Danube. Recommandez qu’on ne prenne pas cette route et qu’on passe par Efferding, en faisant un détour par Strasam, Dirnau, etc. Le duc de Montebello passe à Steyr. Ici, à Enns, le pont est entièrement brûlé. Je fais jeter un pont de bateaux qui sera fini à midi. L’ennemi a disparu de ce côté; même à Mauthausen et sur la rive gauche du Danube on ne voit plus rien. J’attends avee impatience mes 2,000 marins qui sont partis le 28 de Strasbourg, pour avoir quelques bateaux armés sur le Danube.

Il résulte des correspondances interceptées que l’on a intérêt de cacher beaucoup de choses à Linz.

 

Enns, 5 mai 1809

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Steyr

Il est sept heures; les bateaux sont encore à une lieue du pont; on me rend compte qu’ils seront placés avant midi; ainsi, probablement, le pont sera terminé ce soir. Calculez là-dessus et ne vous avancez pas. De ce côté-ci, nous ne voyons pas d’ennemi sur la rive gauche du Danube, ni sur la rive droite de l’Enns. Je suppose que c’est votre mouvement qui les a fait disparaître sur la rive droite de l’Enns. Si le pont est fini à huit heures, la cavalerie ira près de Strengberg.

 

Enns, 5 mai 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Cassel

Monsieur mon Frère, on vous a envoyé de Mayence mon régiment d’infanterie du grand-duc de Berg. Actuellement vous devez avoir des Hollandais et des Français, qui, dans ces circonstances, sont plus sûrs. Je désire donc que, dès que ce régiment ne vous sera plus nécessaire, vous le dirigiez sur Augsbourg, où j’en ai besoin. J’ai également pensé qu’à Hanau le 6e régiment provisoire de dragons, fort de 600 hommes et qui le sera de 1,000, suffisait; j’en ai tiré deux compagnies provisoires. Si vous préfériez garder le régiment du grand-duché de Berg et envoyer en place un de vos régiments d’in­fanterie, je ne vois point de difficulté à ce changement, qui peut avoir de l’utilité

Il y a eu hier un combat à Ebelsberg, où j’ai fait 6,000 prisonniers. Il est probable que sous peu de jours je serai à Vienne.

Indépendamment du corps d’observation du Weser que j’ai réuni à Hanau, j’ai formé une division de réserve que commande le général sénateur Beaumont et qui est réunie à Augsbourg.

 

Enns, 5 mai 1809, neuf heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Baierbach

Mon Cousin, je suppose que vous êtes arrivé à Linz.

Le général Vandamme a 3 ou 4,000 hommes sur la rive gauche.

Il me semble que ces hommes sont bien exposés si le pont n’est pas promptement rétabli; n’omettez donc rien pour qu’il le soit le plus promptement possible.

J’ai ordonné qu’on travaillât à une tête de pont ; mettez-y la plus grande activité.

La journée d’aujourd’hui reposera un peu votre corps, mais j’ai bien besoin d’avoir des renseignements sur ce que fait le prince Charles. Le duc de Montebello a passé hier Steyer; ce matin, le corps d’Oudinot et une division du duc de Rivoli ont passé l’Enns ici; tout cela va se réunir à Amstetten. Le mouvement qu’ont fait l’archiduc Louis et le général Hiller sur Linz, dans la journée du 3, fait penser qu’ils espéraient se joindre là avec l’archiduc Charles. Un général-major qui a été fait prisonnier par le général Vandamme, et qui commandait la landwehr de Bohême, m’a dit ce matin qu’il était sous les ordres du général Klenau, mais qu’il avait reçu l’ordre de l’état-major de passer sous ceux du général Hiller. Tout cela fait supposer que le prince Charles espérait d’abord se réunir à Linz. Selon les renseignements que vous m’avez envoyés, il m’a paru que le prince Charles ne pouvait pas être sur Linz avant le 6 ou le 7. Je suppose qu’il aura pris aujourd’hui la direction de Krems ou de Vienne.

 

Enns, 5 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police général, à Paris

Qu’est-ce qu’un nommé La Chalumelle, avocat, qu’on me désigne comme un malveillant, et qui tient de très mauvais propos au palais de justice ?

 

Enns, 6 mai 1809, dix heures du soir

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Steyr

Le duc d’Istrie a passé à quatre heures du matin le pont d’Enns, se dirigeant sur Amstetten. Le général Oudinot, les divisions Molitor et Boudet l’ont passé. La division Claparède va suivre.

Le duc d’Auerstaedt est à Linz avec tout son corps d’armée; le général Vandamme a passé le Danube à Linz et envoie des partis sur Budweis pour avoir des nouvelles de l’ennemi.

 

Enns, 6 mai 1809, midi

A L’Impératrice Joséphine, à Strasbourg

Mon amie, j’ai reçu ta lettre. La balle qui m’a touché ne m’a pas blessé; elle a à peine rasé le tendon d’Achille. Ma santé est fort bonne; tu as tort de t’inquiéter. Mes affaires ici vont fort bien. Tout à toi.

P. S.  Dis bien des choses à Hortense et au duc de Berg

 

Enns, 6 mai 1809

 

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, je vous envoie un courrier de Pétersbourg que j’ai reçu ici. Expédiez à M. de Caulaincourt un courrier pour lui faire part de nos succès. Écrivez-lui en chiffre qu’il doit ne rien signer sur l’état futur de la Maison d’Autriche et ne plus s’en entretenir, mais écouter et m’instruire, regardant les circonstances comme changées.

P. S. Je vous envoie des lettres du sieur Bourgoing et un long mémoire, que je n’ai pas lu, sur un individu. Prenez les mesures que vous jugerez convenables.

 

Enns, 6 mai 1809, dix heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Baierbach

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 6 mai,  à une heure après midi. Les ducs de Montebello et d’Istrie ont passé l’Ybbs et l’Erlaf. On a fait 500 prisonniers; l’armée ennemie se sauve dans le plus grand désordre. Nous serons demain à Melk. Faites aller vos 300,000 rations de pain en trois convois de 100,000 rations chacun. Mettez des hommes intelligents à la tête de chaque convoi. Ordonnez-leur de ne jamais aborder sur la rive gauche, mais toujours sur la rive droite. Que le premier convoi vienne aborder au village d’Ybbs, près l’embouchure de la rivière de ce nom, d’où on lui donnera l’ordre de continuer sur Melk, selon les circonstances. Le deuxième convoi peut aborder plus loin et se faire avertir par le premier s’il peut avancer. Indépendamment de l’avantage d’avoir du pain, nous aurons celui de pouvoir faire un pont à Krems avec ces bateaux, ce qui est d’une grande importance.

J’avais fait préparer, dans la campagne dernière, une tête de pont à Linz. Cette tête de pont doit être une espèce de camp retranché, où 10,000 hommes puissent se défendre contre une force triple ou quadruple, avec un réduit. Faites-y travailler avec la plus grande activité; c’est extrêmement important. Être dominé n’est rien; le principal est de donner le temps à des troupes d’arriver et de déboucher par là, ou à ceux qui défendent le pont, de se retirer et de le brûler.

 

Enns, 6 mai 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Castelfranco.

Mon Fils, c’est aujourd’hui le 6 mai, et je n’ai pas de nouvelles de vous. Mon avant-garde est à Amstetten; nous serons dans peu de jours à Vienne, et j’ignore tout de mon armée d’Italie. Les Autrichiens disent dans leur rapport qu’ils vous ont pris trois aigles, seize pièces de canon et 6.000 prisonniers. Vos lettres ne me disent rien; j’ignore si ces relations sont vraies ou fausses. J’ai besoin aussi d’avoir des renseignements sur l’armée qui vous est opposée. Vous devriez m’écrire trois fois par jour, et vous ne m’écrivez pas une seule fois en huit jours. Par un courrier que je vous ai expédié avant-hier, je vous ai mandé qu’en passant la Traun j’avais fait 7,000 prisonniers. J’espère qu’à l’heure qu’il est vous m’avez envoyé tous les renseignements que je demande et qu’il me tarde fort d’avoir.

 

Enns, 6 mai 1809

A Catherine, reine de Westphalie, à Cassel

Madame ma Sœur, j’ai reçu vos deux lettres des 29 et 30 avril. Je vois avec plaisir que vous êtes arrivée à Strasbourg. Ce qu’on a dit de ma blessure est controuvé; une balle m’a frappé, mais ne m’a pas blessé. Le Roi m’a écrit que tout allait mieux. Je réunis d’ailleurs 60.000 hommes à Hanau pour obvier à tout.

 

Enns, 7 mai 1809, dix heures du matin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz.

Mon Cousin, je pars à l’instant pour porter mon quartier général à Melk, où je suppose qu’est arrivé le duc de Montebello. Le duc de Rivoli est à Amstetten, où sera aujourd’hui ma Garde. Le grand quartier général est à Strengberg. Envoyez aujourd’hui une division occuper Enns. Je vous ai mandé de faire filer vos convois sur Ybbs, Wallsee et Melk. Dans chacun de ces endroits il y aura un commandant français, de l’infanterie, de la cavalerie et de l’artillerie. J’ai nommé le général Puthod pour commander la province de Linz. Traitez bien le général Vandamme et ne vous disputez pas. L’empereur d’Autriche doit avoir dit, il y a peu de jours, à Amstetten, à la députation de Linz, qu’il était certain que le général Hiller tiendrait trois jours; ce qui me fait supposer qu’aujourd’hui 7, ou demain 8, le prince Charles doit arriver sur Linz. S’il se présente en force, je n’ai pas besoin de vous dire que vous devez brûler le pont, et vous m’en rendrez compte; mais je suppose qu’il se dirige sur Krems, où j’espère que vous arriverez avant lui. J’espère avoir assez de bateaux pour jeter là un pont j et peut-être me déciderai-je alors à manœuvrer sur les deux rives. J’attends de vos nouvelles avec impatience. Tenez-vous prêt à partir à tout moment pour venir en deux jours à Melk. Peut-être serait-ce une bonne précaution de placer votre seconde division entre Ebelsberg et Linz, de manière que, recevant l’ordre de partir dans la nuit, vos trois divisions puissent se mettre en marche à la fois. J’espère recevoir avant minuit de vos nouvelles.

 

Enns, 7 mai 1809, dix heures du matin.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armee d’Allemagne, à Amstetten

Envoyez un officier intelligent pour commander la place de Wallsee, avec un piquet de 60 chevaux, une compagnie de 80 à 100 hommes et une pièce de canon des troupes alliées. Vous lui recommanderez de surveiller la rive droite du Danube, surtout d’être aux aguets sur la rive droite, pour que pas un seul bâtiment ne puisse passer, s’il n’est pour l’armée. 3 à 400,000  rations de pain et de biscuit partent de Linz et de Passau; je leur donne l’ordre de mouiller à Wallsee et d’y prendre langue pour continuer leur route.

Vous ferez le même détachement pour Ybbs, où les bateaux prendront également langue. Les deux commandants correspondront entre eux et avec celui qui sera place à Melk. Les patrouilles sur la rive droite du Danube se croiseront avec les différents postes et vous instruiront de tout ce qu’elles apprendraient de nouveau sur la rive opposée. Elles ne laisseront passer aucun bateau de commerce, s’il n’est destiné pour l’armée. Elles réuniront tous les bateaux qu’elles pourront rassembler pour pouvoir jeter un pont sous Vienne au moment où on le demanderait.

Envoyez un rapport, tous les jours, sur ce qui se passera de Linz à Melk et sur les mouvements du Danube. Ordonnez aux commandants de faire faire du pain et de vous l’envoyer.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809, deux heures du matin.

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la cavalerie de l’armée d’Allemagne devant Mautern.

Mon Cousin, quelques coups de canon de la batterie des cuirassiers auraient pu décider hier l’ennemi à évacuer Mautern. Le général Saint-Hilaire part pour s’y rendre, à trois heures du matin. Il faut obliger l’ennemi à brûler son pont, et s’emparer de Mautern. Si l’ennemi avait brûlé le pont et évacué, il sera bien d’arrêter la marche de la division Saint-Hilaire, afin de ne pas fatiguer la troupe. Un bataillon ou deux suffiront pour occuper Mautern. Envoyez la brigade Jacquinot à Traismauer; elle veillera sur la rive du Danube jusqu’à Tulln, fera faire du pain dans tous ces endroits et se dirigera aussitôt sur Saint-Pölten. Elle ramassera les bateaux qu’elle pourra trouver et se mettra en communication avec le général Colbert, qui est ce soir à Sieghartskirchen.

 

Saint-Pölten, 9 mai, quatre heures du matin

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Rivoli de porter son quartier général à Saint-Pölten et de placer ses divisions en échelons, celle qui est en tête aux portes de Saint-Pölten, et celle qui est en queue à Melk. Recommandez qu’on continue de surveiller les points d’Ybbs et de Melk, où aboutissent les routes de Bohème, et chargez le général de division qui commandera ces postes d’avertir de ce qui se passerait de l’autre côté du Danube. Chargez-le de recevoir les rapports du poste de Wallsee et de le renforcer, si cela était nécessaire, et mettez à cet effet sous ses ordres un régiment de cavalerie wurtembergeois,.

Donnez ordre au duc de Montebello de placer les divisions Claparède et Demont en colonnes sur la route de Vienne, entre Saint-Pölten et Diendorf, afin de faire place, entre Saint-Pölten et Melk, au corps du duc de Rivoli

Donnez ordre au général Nansouty de faire monter sa division à cheval aujourd’hui à huit heures du matin, d’arriver jusqu’aux portes de la ville et de venir prendre des ordres.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809, quatre heures du matin.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten.

Mon Cousin, faites connaître au duc d’Auerstaedt que, conformément à mes derniers ordres, deux de ses divisions doivent être en ce moment en marche de Linz sur Melk; qu’il est trop éloigné pour que je puisse lui donner des ordres jour par jour, qu’il serait convenable qu’une de ses divisions arrivât à Melk aussitôt que possible et que l’autre également en approchât; qu’il est maître, avec sa 3e division, de se porter sur Enns ou de rester encore à Linz, selon les nouvelles qu’il aura; que l’important est de nous faire filer beaucoup de pain; que j’ai placé à Wallsee et à Ybbs des commandants; qu’il est nécessaire que le général Vandamme corresponde avec ces commandants pour être instruit de ce qui se passerait de nouveau; qu’il sera convenable qu’il fasse filer de sa cavalerie légère dans cette direction, pour surveiller la rive droite du Danube; qu’il envoie un parti de cavalerie et d’infanterie wurtembergeoise avec un officier français sur Steyr, pour savoir s’il n’y a rien de nouveau de ce côté; qu’il place un bataillon wurtembergeois avec un officier intelligent à Enns, et ait toujours des postes au confluent de l’Enns et du Danube, afin de surveiller Mauthausen et la route de Bohême  qui aboutit à ce point; qu’il instruise, en cas de mouvements sur la rive gauche, les commandants de Linz, de Wallsee, d’Ybbs, de Melk, le quartier général et toute la ligne. Vous ferez connaître au duc d’Auerstaedt la situation de tous les corps de l’armée.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809, quatre heures du malin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz.

Mon Cousin, le major général vous a envoyé l’ordre de mouvement de l’armée. Celle du prince Louis et du général Hiller a évacué Saint-Pölten. Les trois quarts de cette armée ont passé le pont de Krems, l’autre quart s’est dirigé sur Vienne. La proclamation insérée dans les journaux de Vienne du 6 porte à penser qu’ils veulent défendre la ville avec la landwehr et les habitants. L’empereur a passé à Krems. Tout porte à penser que le prince Charles a pensé pouvoir se réunir à Linz aux autres corps et que, ayant perdu cet espoir, il a cru se réunir à Krems ou à Vienne. Tout cela est probable, mais n’est pas certain. Le général Oudinot est ce matin à Sieghartskirchen; le général Saint-Hilaire avec le maréchal Bessières, à l’abbaye de Göttweg, vis-à-vis Mautern, pour chercher à s’en emparer et à brûler le pont qui va à Krems. Le duc de Rivoli, qui a couché à Melk,  y laisse une division, et les autres se rendent ici. Je suppose que vos deux divisions sont en marche et que le prince de Ponte­-Corvo se trouve entre Passau et Ratisbonne. Vous ne m’avez point donné de nouvelles du général Dupas; envoyez quelqu’un pour savoir comment vont ses travaux. Il est convenable qu’il donne signe de vie.

Si de Budweis, où il paraît que le prince Charles était il y a quelques jours, il voulait manœuvrer sur nos derrières, il pourrait déboucher par les ponts de Mauthausen ou de Linz. Le général Vandamme, qui sera chargé de surveiller ce point, devra avoir le commandement d’Enns, et surveiller la route de Mauthausen et celle qui arrive à Linz. Il faut aussi qu’il y ait un parti à Steyr pour surveiller les routes qui y aboutissent. Je pense que votre présence est encore nécessaire à Linz. Profitez- en pour bien placer vos postes vis-à-vis Mauthausen et Linz et à Steyr, et le bien faire entendre au général Vandamme. ll doit avoir une communication avec le prince de Ponte-Corvo. Vos deux divisions qui sont en marche ne doivent pas trop se presser, mais mettre tout le temps nécessaire. Le second débouché par où l’ennemi peut marcher sur nous est Krems et Melk, qui peuvent être considérés comme un seul; mais l’un et l’autre sont si près de Vienne que c’est presque dans le centre des opérations. Une des choses qui peuvent nous embarrasser, c’est le pain. Envoyez-nous par eau et faites débarquer sur Ybbs et Melk tout le pain que vous pourrez. De Melk on l’enverra chercher par terre, car il ne faut pas songer à le faire passer devant Krems. Envoyez-nous par terre des convois de pain, farine et biscuit. Procurez-vous des voitures dans les environs de Linz, et au pis aller envoyez-nous votre bataillon d’équipages chargé de biscuit ou de pain. Tâchez de savoir positivement où se trouve le prince de Ponte-Corvo; il me tarde qu’il se rapproche de nous. Envoyez-nous la plus grande partie de votre cavalerie légère. Recommandez bien à vos convois de débarquer à Mayerhofen, premier village avant Melk, et d’en prévenir sur-le-champ le commandant de Melk, pour qu’il me le fasse savoir.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Le général Savary prendra 150 hommes du régiment de Wurtemberg qui est ici et une compagnie de sapeurs, et se rendra sans délai à Mautern pour surveiller les mouvements de l’ennemi et de toute ]a rive. Il me fera connaître plusieurs fois dans la journée ce qu’il y a de nouveau. Puisqu’il nous est impossible de profiter de ce pont, dont la défense est si favorable à l’ennemi, il le fera brûler.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809.

Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, il est nécessaire que vous fassiez placer au village de Mayerhofen, en avant de Melk, un parti de cavalerie avec un officier intelligent, pour faire débarquer les convois de pain et les faire venir par terre à Saint-Pölten; il serait même convenable d’y mettre un commissaire des guerres. Il faut choisir un officier d’état-major actif et intelligent, qui rendrait compte de tout ce qu’il apprendrait du Danube, des barques qui arriveraient, etc. Il aurait soin de faire filer le pain, et de cacher les barques dans les îles du Danube, afin que, lorsqu’on en aurait une quantité suffisante, on puisse, le plus a l’improviste possible, faire un pont du côté de Melk, si on le jugeait nécessaire.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, écrivez au duc de Rivoli que je lui ai donné ordre de mettre un commandant à Ybbs et un à Wallsee, avec une compagnie d’infanterie, un piquet de 60 chevaux et une pièce de canon; qu’il n’a pas fait connaître si cette disposition avait été exécutée; qu’il charge un officier de son état-major, avec une centaine de chevaux, de se placer entre ces deux postes et d’avoir l’œil sur la rive du Danube, afin de reconnaître l’ennemi et l’empêcher de jeter des partis sur la droite de ce fleuve; qu’il est nécessaire que ces commandants fassent des rapports journaliers; qu’il faut mettre  à cet effet des Français pour commander ces postes; que j’ai mis un commandant Melk; qu’il y laisse un dépôt d’une centaine d’hommes, les plus fatigués, qui, en même temps, se reposeront; que des bateaux chargés de pain doivent arriver; comme ils ne pourront pas passer à Krems, ils débarqueront au village de Mayerhofen, en avant de Melk.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809.

Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Istrie de se rendre avec les cuirassiers Espagne et la brigade .Jacquinot sur Dienrdorf; de là, selon les nouvelles qu’il recevra du général Colbert, il se dirigera sur Sieghartskirchen.

P- S. Recommandez au maréchal Bessières de laisser à Mautern la valeur d’un escadron de cavalerie, indépendamment du bataillon de voltigeurs, et deux pièces d’artillerie de la division Espagne, et de reconnaître si l’ennemi a beaucoup de bâtiments et s’il a laissé des forces. Dans ce cas, il faut brûler les ponts. Si, au contraire, l’ennemi avait tout à fait abandonné l’autre rive, il faudrait se contenter d’enlever deux travées de notre côté, de manière que l’ennemi, en se l’accommodant de son côté, ne pût passer le pont.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, écrivez au général Beaumont, commandant le corps de réserve d’Augsbourg, que je suppose qu’il est arrivé à Augsbourg, où il a sous ses ordres 3,000 chevaux et 6 à 7,000 hommes d’infanterie que le général Moulin y a retenus; que j’ai ordonné au duc de Danzig d’entrer à Innsbruck; que je suppose que cela en imposera aux Tyroliens; mais qu’enfin, si l’on continuait à avoir des inquiétudes dans la plaine, il va bientôt avoir des moyens d’y mettre ordre; que le prince de Ponte-Corvo doit être arrivé à Passau avec son corps; qu’aussitôt que les inquiétudes seront dissipées et tous les détachements réunis, il les fasse filer sur l’armée par colonne de 4 à 5,000 hommes, mêlée d’infanterie et de cavalerie, qui porterait le titre de colonne de avec le nom de l’officier qui la commanderait. Par ce moyen, les événements inattendus qui pourraient survenir sur la route, seraient au-dessous de la force de cette colonne. Mandez-lui que vous espérez qu’il correspondra fréquemment avec vous.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, écrivez au duc de Danzig que j’espère que dans la journée d’hier il aura marché sur Kufstein et culbuté tous ces Tyroliens; que cela est de la plus grande nécessité; que jusqu’à cette heure il n’a fait que de petits piquets qui n’ont point réussi et qui n’ont fait que compromettre les choses; qu’il doit se mettre en correspondance avec Munich et Augsbourg, et que, s’il apprenait qu’il se fait des incursions en Bavière, il marche sur Innsbruck, en laissant non-seulement une forte garnison à Salzbourg, mais même un corps d’observation pour tenir en respect ce qui serait à Rastadt; que son opération est de bloquer Kufstein, et d’en imposer aux Tyroliens; que voilà quatre ou cinq jours qu’il est là et que ce but n’est pas encore rempli.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, écrivez au général Moulin que j’approuve le parti qu’il a pris de retenir à Augsbourg tout ce qui arriverait pour l’armée, jusqu’à ce que les incursions des Tyroliens aient été arrêtées. Il doit y avoir déjà aujourd’hui près de 6,000 hommes. Le général de division Beaumont avec ses dragons ne doit pas tarder à y arriver. Je ne doute pas non plus que la cavalerie de la Garde, si elle est arrivée, n’ait mis en déroute ces Tyroliens j si elle ne l’avait point fait, le général Beaumont le fera. Aussitôt que les troupes désignées pour l’armée pourront rejoindre, c’est-à-dire qu’on sera sans alarmes sur les incursions des Tyroliens, il les dirigera par masse de 4 à 5.000 hommes. Les accidents sont à craindre; il est donc bon de présenter toujours une masse imposante. Il est convenable qu’il fasse connaître au prince de Ponte-Corvo, qui se trouve soit à Ratisbonne, soit entre cette ville et Passau, la situation de ses environs; car, s’il était sur le point ou même en danger d’être cerné, le prince de Ponte-Corvo pourrait le dégager. Dites-lui que j’ai ordonné au duc de Danzig de se porter sur Innsbruck pour dissiper les rassemblements des Tyroliens. Écrivez également au roi de Bavière que j’ai donné au duc de Danzig l’ordre de se porter sur Innsbruck; qu’à tout événement on aurait bientôt à Augsbourg 10 à 12,000 hommes de troupes; que même dans ce moment on peut y rassembler 7 ou 8,000 hommes; que le général Beaumont doit y arriver avec 3,000 hommes de cavalerie; qu’enfin en cas de nécessité le prince de Ponte-Corvo se porterait à Augsbourg. Faites-lui connaître la situation des choses ici.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809, six heures après midi

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz.

Mon Cousin, l’ennemi a coupé le pont de Krems. Demain à midi je serai devant Vienne. Les habitants sont armés et paraissent vouloir se défendre. Nous verrons si ce sera une seconde scène de Madrid. Je réunis sous Vienne les corps des ducs de Montebello et de Rivoli. Je désire que vous réunissiez le vôtre à Saint-Pölten, ayant de la cavalerie légère et un régiment d’infanterie à Mautern. Laissez aussi un régiment d’infanterie, un détachement de cavalerie et du canon à Melk, pour protéger notre communication. S’il n’y a rien de nouveau à Linz, je désire que vous soyez demain de votre personne à Saint-Pölten, où les divisions Friant et Gudin seront réunies. Quant à la division Morand, vous avez carte blanche. Si rien n’exige sa présence à Linz, mettez-la en marche pour arriver en trois jours sur Saint-Pölten. Ayez soin de disposer des Wurtembergeois comme je vous l’ai fait connaître. J’ai mandé au prince de Ponte-Corvo, qui était le 6 à Retz, de se rapprocher de Linz.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

Au général Colbert, commandant la cavalerie légère du 2e corps, à Freundorf

Le général Oudinot part à la pointe du jour avec l’infanterie pour se porter au débouché du bois. Envoyez des parties sur Tulln; tâchez de saisir des barques. Le général Jacquinot se portera aujourd’hui à Traismauer; communiquez avec lui. Commandez du pain partout, et dirigez-le sur Saint-Pölten, où l’armée se réunit.

Donnez-moi des nouvelles de Vienne; à Sieghartskirchen on doit en avoir d’hier. Quels travaux, quelles batteries a-t-on faits ? Quelles portes de la ville veut-on défendre ? Quelles proclamations a-t-on faites ? Vous ne m’avez rien dit de tout cela. Envoyez-moi aussi ce que vous trouverez aux postes aux lettres.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 3 mai. Il y aura demain un mois que les Autrichiens ont déclaré la guerre, et demain je serai devant Vienne. On dit que les milices et les levées en masse s’y sont réunies et veulent s’y défendre.

 

Saint-Pölten, 9 mai 1809

A l’Impératrice Joséphine, à Strasbourg

Mon Amie, je t’écris de Saint-Pölten. Demain je serai devant Vienne ; ce sera juste un mois après le même jour où les Autrichiens ont passé l’Inn, et violé la paix.

Ma santé est bonne ; le temps est superbe, et le soldat fort gai ; il y a ici du vin.

Porte-toi bien.

Tout à toi.

 

Saint-Pölten, 10 mai 1809

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Je reçois votre lettre du ler mai que m’apporte le généra] d’Anthouard. Elle ne m’en dit pas davantage que les autres. Heureusement que d’Anthouard m’a donné quelques détails. Il n’en est pas moins vrai que j’ai besoin d’avoir un rapport officiel de ce qui s’est passé. Vous croyez me rendre des comptes et vos lettres ne me disent rien.

Mon avant-garde arrive aujourd’hui devant Vienne. On dit que les habitants veulent se défendre. Je pars pour m’y rendre. Je vous expédierai de là d’Anthouard. Suivez vivement l’ennemi partout où il se retire. S’il se retire partie sur Klagenfurt, partie sur Laybach, suivez-le sur Klagenfurt en plus grande force. Il est nécessaire de faire notre réunion le plus tôt possible, afin que, s’il cherche à tomber sur mon flanc droit, vous soyez là pour le contenir.

Je suppose que le général Marmont aura de son côté fait quelque mouvement; vous ne m’en donnez aucune nouvelle; cependant on m’assure que vous en avez du 30 avril. Expédiez-moi deux courr­iers par jour, et écrivez-moi des lettres détaillées de tout ce qui se fait et se passe, afin que tous les jours je sache le lieu où sont tous vos régiments.

Il paraît que le 35e de ligne a été isolé et cerné par l’ennemi. Il est de principe à la guerre qu’une avant-garde doit être composée de 10 à 12,000 hommes. Faites-moi connaître si le général Sahuc a bivouaqué avec sa troupe, ou s’il était dans les maisons, et com­ment il a été surpris. S’il n’était pas bivouaqué et s’il était dans les maisons, faites-le arrêter et conduire à Paris.

Les Autrichiens auront empesté mes États d’Italie de leur papier.

Il ne faut pas le recevoir dans les caisses de l’État; car ce n’est que du chiffon.

On dit que l’évêque d’Udine s’est mal comporté. Si cela est faites-le fusiller; il est temps de faire un  exemple de ces mauvais prêtres, et tout est permis au premier moment de votre rentrée. Que cela soit fait dans les vingt-quatre heures après la réception de cette lettre. C’est une rigueur qui est utile. S’il y a quelque autre individu qui se soit mal comporté, faites-le arrêter.

Si la ville de Trieste vient à être en votre pouvoir, imposez-lui une contribution de 50 millions, et faites arrêter quarante des principaux habitants pour sûreté de payement. Faites également séquestrer tous les navires, jusqu’à ce que la contribution soit entièrement acquittée.

Toutes les fois que vous serez en présence de l’ennemi, bivouaquez avec vos troupes. Il y a longtemps que j’ai cet usage, et je m’en suis bien trouvé. Cela donne l’exemple à tout le monde.

Je suppose que vous êtes aujourd’hui à Udine. Quelque direction que prenne l’ennemi, talonnez-le, afin qu’il n’ose se mettre entre vous et ma droite.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809, midi

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à  Schönbrunn

Ordre à Masséna d’arrêter sa dernière division à Sieghartskirchen, son avant-dernière à Puckersdorf, et de faire arriver les deux premières  sur Vienne.

L’Empereur ordonne, Monsieur le Duc, que vous mettiez votre 1e et votre 2e division en position à Simmering, l’une à droite, l’autre à gauche de la route. Vous ferez occuper les deux faubourgs en arrière de vous, pour y maintenir l’ordre et la police. Envoyez à l’avance votre chef d’état-major auprès du général Andréossy, pour se concerter avec lui sur la manière d’occuper ces deux faubourgs. Ce sont les deux faubourgs qui sont le plus près de la rive droite du Danube, route de Vienne à Presbourg.

Le prince de Neuchâtel, major général

1)A ce moment important de la campagne de 1809, il y a plusieurs ordres directs de Napoléon 1er qui n’ont pas été retrouvés. On a cru devoir publier des lettres du major général qui en tiennent lieu. Ces lettres sont d’ailleurs écrites par ordre de l’Empereur, et les minutes en ont été conservées dans l’ancienne secrétairerie d’Etat, parmi les papiers du cabinet impérial.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809.

Au général comte Nansouty, commandant la 1e division des cuirassiers légère du 4e corps

Ordre à la division Nansouty de rester dans sa position.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809.

Au général Marulaz, commandant  la 2e brigade de cavalerie légère du 4e corps

L’intention de l’Empereur, Général, est que vous vous portiez avec votre brigade au village de Simmering, route de Vienne à Presbourg, pour y relever le général Colbert, auquel vous remettrez l’ordre ci­ joint de se concentrer sur la route de Neustadt, pour y soutenir, en cas de besoin, le régiment qui s’y est rendu depuis hier.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Allemagne, à Penzing

Avis des deux ordres ci-dessus au duc d’Istrie.

L’intention de l’Empereur est que la brigade Jacquinot éclaire sur le chemin de Nussdorf et Schönbrunn, et se lie avec le géneral Piré, qui doit être le long du Danube jusqu’à Mautern.

 

Schönbrunn, 11 mai 1809, onze heures et demie du soir.

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Général, est de jeter un pont sur le Danube demain ou après-demain; il faut donc prévenir les pontonniers et prendre toutes les mesures possibles pour avoir des bateaux, des cordages et des ancres. L’Empereur voudrait jeter ce pont entre Presbourg et Vienne. On pense qu’à Fischament, à huit lieues au-dessous de Vienne, le Danube se trouve réuni dans un seul lit, et que dans cet endroit il n’y a point d’île. Il faudrait donc envoyer un officier reconnaître cette position ou toute autre qui pourrait être propice. L’officier que vous désignerez se rendra auprès du duc de Rivoli, qui a son quartier général à Simmering, sur la route de Presbourg. Il lui demandera un fort parti en cavalerie pour l’escorter dans sa reconnaissance, dont l’objet est de choisir l’endroit le plus propice pour jeter un pont au-dessous de Vienne.

Le prince de Neuchâtel, major général

P. S. Je donne le même ordre au général Bertrand; tâchez que votre officier se réunisse à celui qu’il enverra.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, nous sommes entrés dans Vienne. Le frère de la duchesse de Montebello vous donnera des détails. L’ordre du jour vous fera connaître l’état des choses; vous pouvez le faire imprimer et lire dans tous les théâtres.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Munich

Monsieur de Champagny, nous sommes maîtres de Vienne, puisque vous êtes à Munich, rendez-vous ici, mais faites-le de manière qu’il ne soit question d’aucune idée de paix.

Vous trouverez ci-joint mon ordre du jour. Envoyez-le par courrier extraordinaire à Leipzig, à Berlin, à Varsovie, à Saint-Pétersbourg, à Stuttgart, à Cassel.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à San-Daniele

Mon Fils, je reçois votre lettre de Vicence du 3 mai. Je sais que vous avez pris l’intendant de l’armée ennemie et les papiers qu’il avait avec lui; envoyez-moi la copie de ce qu’ils contiennent d’important.

Nous sommes maîtres de Vienne, des faubourgs depuis le 10, et de la ville aujourd’hui, après un bombardement. Votre aide de camp, qui s’est trouvé ici, vous donnera des détails. Je vous envoie mon ordre du jour, que vous pourrez faire imprimer et envoyer partout. Je suppose que l’ennemi est aujourd’hui chassé de toute l’Italie, et que vous l’aurez poursuivi dans toutes les directions. Il paraît que ce qu’il y a d’ennemis ici se rallie dans la Moravie.

P. S.  Envoyez l’ordre du jour à Naples, à Rome, en Toscane, en Piémont.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

Vous trouverez ci-joint l’ordre du jour. L’ennemi a tenu vingt­ quatre heures dans la ville, ce qui m’a obligé de la bombarder. On a pénétré dans le Prater en passant un bras du Danube, et il s’est rendu. Il se rallie, à ce qu’il paraît, du côté de Brünn.

Les Anglais ne peuvent rien tenter contre vous; toutes leurs expéditions sont à Lisbonne; d’ailleurs vous avez plus de forces qu’il ne vous en faut; c’est plutôt vous qui êtes dans le cas de menacer la Sicile.

Je suis décidé pour les affaires de Rome; tenez vos troupes prêtes; dans peu de jours j’enverrai mes ordres définitifs.

Mon armée n’a jamais été si belle et si nombreuse; les cuirassiers n’ont jamais mieux fait; ils sont à 1,000 chevaux par régiment. Sous Ratisbonne, ils ont chargé et défait des corps de 10,000 hommes de cavalerie autrichienne avec une singulière intrépidité. La cavalerie ennemie est dans la terreur et n’ose se montrer nulle part.

 

Schönbrunn, 12 mai 1809

A l’Impératrice Joséphine, à Strasbourg

Je t’expédie le frère de la duchesse de Montebello pour t’apprendre que je suis maître de Vienne, et que tout ici va parfaitement. Ma santé est fort bonne.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Munich

Monsieur de Champagny, il faut donner l’ordre que M. de Metternich vienne ici sous l’escorte de la gendarmerie, pour être échangé contre la légation française, qui a été arrêtée et conduite à Pest, en Hongrie.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je n’approuve pas la proposition d’appeler dans les dépôts des sous-officiers retirés. Cette mesure donnerait l’alarme; nous n’en sommes pas aux expédients. Mais je vous autorise à tirer des demi-brigades de vétérans ceux qui ont été instructeurs, et à les détacher dans les dépôts qui se trouvent dans les divisions militaires où sont placées les demi-brigades de vétérans. Ils ne seront que détachés, et continueront à être payés à leurs demi-brigades. Cela pourra être utile et sera sans inconvénient.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je ne puis que vous témoigner mon extrême mécontentement de l’absolu dénuement où vous me laissez de reconnaissances et de cartes sur Nickolsburg, sur Austerlitz, sur les environs de Vienne, sur la Hongrie. Je ne trouve dans mon bureau topographique aucun des renseignements que j’ai fait prendre moi-même. Mes reconnaissances sur l’Inn, vous ne me les avez envoyées que lorsque je n’en avais plus besoin. Par un principe ridicule, on ne veut m’envoyer que des copies, et, comme on copie très-lentement, rien ne m’arrive à temps, et je suis privé de matériaux importants. Cette manière de faire le service est mauvaise. Si l’on me fait cela, à moi, que fait-on aux généraux ? A quoi sert le dépôt de la guerre, s’il ne fournit pas aux généraux des reconnaissances qui puissent leur servir dans leurs opérations ? Donnez ordre que dans les vingt-quatre heures on m’envoie les originaux (je ne veux point de copies) des cartes, plans, reconnaissances et mémoires sur la Moravie, sur la Bohême, sur la Hongrie, sur l’Autriche. Sans doute qu’il eût été préférable d’avoir des copies, mais il fallait qu’elles fussent faites avant la déclaration de guerre.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Rivoli d’employer ses sapeurs, ses pontonniers et ses officiers du génie et la division Molitor à jeter un pont dans le lieu déjà reconnu, à quelques lieues de Vienne, sur la route de Presbourg. On m’assure qu’il y a déjà cinquante bateaux j ce nombre doit être suffisant.

Donnez l’ordre à la division Molitor de prendre position et de protéger cet établissement.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au général Songis, commandant de l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général Songis, envoyez une compagnie de pontonniers à Nussdorf pour rétablir le pont où il était dans la dernière campagne. Le général Bertrand y enverra une compagnie de sapeurs. Je désire que l’on établisse un second pont, ainsi que je l’ai déjà ordonné, entre Vienne et Presbourg.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, le mouvement du général Vandamme sur Krems n’a pas le sens commun. Puisqu’il était à Freystadt, il devait rester à Freystadt et continuer à éclairer la route de Budweis. Si malheureusement un parti ennemi se présentait, cette colonne serait coupée.

Cette manière de faire la guerre est insensée. Recommandez au général Vandamme de se renfermer dans ses instructions, qui sont de garder Linz et d’éclairer toute cette partie. S’il peut pousser jusqu’à Budweis, ce ne peut qu’être utile.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809, midi.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Passau.

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 10. J’approuve le parti que vous avez pris de laisser au roi de Saxe les compagnies et l’artillerie­ qui sont sur les derrières.
Je vous ai instruit hier de mon entrée à Vienne; il a fallu bombarder la ville et y mettre le feu avec trente obusiers.

Vous aurez aujourd’hui le séjour que vous avez demandé et même demain. Je sens que vos troupes doivent avoir besoin de repos.

 

Schönbrunn, 13 mai 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Cassel

Mon Frère, votre aide de camp vous fera connaître les événements qui se sont passés ici. La division hollandaise que vous avez fait venir et vos troupes vous mettront à même de repousser les attaques des Prussiens. Le roi de Prusse ne participe probablement pas à ces mouvements, mais il est si faible qu’il est entraîné malgré lui par la faction autrichienne. Le roi de Saxe a 2,000 hommes de ses troupes venant de Pologne, qu’il a gardés. Enfin, insensiblement, le duc de Valmy finira par avoir une bonne division à Hanau. Il n’y a rien à craindre des Anglais, qui ont envoyé toutes leurs forces en Portugal. Il me semble que de Magdeburg vous serez dans le cas de bien couvrir votre pays et de pouvoir vous porter sur tous les points qui seraient menacés.

Vienne, 13 mai 1809

SEPTIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Le 10, à neuf heures du matin, l’Empereur a paru aux portes de Vienne avec le corps du maréchal duc de Montebello; c’était à la même heure, le même jour et un mois juste après que l’armée autrichienne avait passé l’Inn et que l’empereur François II s’était rendu coupable d’un parjure, signal de sa ruine.

Le 5 mai, l’archiduc Maximilien, frère de l’impératrice, jeune prince âgé de vingt-six ans, présomptueux, sans expérience, d’un caractère ardent, avait pris le commandement de Vienne et fait les proclamations ci-jointes.

Le bruit était général dans le pays que tous les retranchements qui environnent la capitale étaient armés, qu’on avait construit des redoutes, qu’on travaillait à des camps retranchés et que la ville était résolue à se défendre. L’Empereur avait peine à croire qu’une capitale si généreusement traitée par l’armée française en 1805 et que des habitants dont le bon esprit et la sagesse sont reconnus eussent été fanatisés au point de se déterminer à une aussi forte entreprise. Il éprouva donc une douce satisfaction lorsque, en approchant des im­menses faubourgs de Vienne, il vit une population nombreuse, des femmes, des enfants, des vieillards, se précipiter au-devant de l’armée française et accueillir nos soldats comme des amis.

Le général Conroux traversa les faubourgs et le général Tharreau se rendit sur l’esplanade qui les sépare de la cité. Au moment où il débouchait, il fut reçu par une fusillade et par des coups de canon, -et légèrement blessé.

Sur 300,000 habitants qui composent la population de la ville de Vienne, la cité proprement dite, qui a une enceinte avec des bastions et une contrescarpe, contient à peine 80,000 habitants et l, 300 maisons. Les huit quartiers de la ville qui ont conservé le nom de faubourgs, et qui sont séparés de la ville par une vaste esplanade et couverts du côté de la campagne par des retranchements, renferment plus de 5,000 maisons et sont habités par plus de 220,000 âmes qui tirent leurs subsistances de la cité, où sont les marchés et les magasins

L’archiduc Maximilien avait fait ouvrir des registres pour recueillir les noms des habitants qui voudraient se défendre: trente individus seulement se firent inscrire; tous les autres refusèrent avec indignation. Déjoué dans ses espérances par le bon sens des Viennois, il fit venir dix bataillons de landwehr et dix bataillons de troupes de ligne, composant une force de 15 à 16.000 hommes, et se renferma dans la place.

Le duc de Montebello lui envoya un aide de camp porteur d’une sommation; mais des bouchers et quelques centaines de gens sans aveu, qui étaient les satellites de l’archiduc Maximilien, s’élancèrent sur le parlementaire, el l’un d’eux le blessa. L’archiduc ordonna que le misérable qui avait commis une action aussi infâme fût promené en triomphe dans toute la ville, monté sur le cheval de l’officiel’ fran­çais et environné par la landwehr.

Après cette violation inouïe du droit des gens, on vit l’affreux spectacle d’une partie d’une ville qui tirait contre l’autre, et d’une cité dont les armes étaient dirigées contre ses propres concitoyens.

Le général Andréossy, nommé gouverneur de la ville, organisa dans chaque faubourg des municipalités, un comité central des subsistances et une garde nationale composée des négociants, des fabricants et de tous les bons citoyens, armés pour contenir les prolétaires et les mauvais sujets.

Le général gouverneur fit venir à Schönbrunn une députation des huit faubourgs. L’Empereur la chargea de se rendre dans la cité pour porter la lettre ci-jointe, écrite par le prince de Neuchâtel, major général, à l’archiduc Maximilien. Il recommanda aux députés de représenter à l’archiduc que, s’il continuait à faire tirer sur les faubourgs et si un seul des habitants y perdait la vie par ses armes, cet acte de frénésie, cet attentat envers les peuples, briserait à jamais les liens qui attachent les sujets à leur souverain.

La députation entra dans la cité le 11, à dix heures du matin, et l’on ne s’aperçut de son arrivée que par le redoublement du feu des remparts. Quinze habitants des faubourgs ont péri, et deux Français seulement ont été tués.

La patience de l’Empereur se lassa. Il se posta avec le duc de Rivoli sur le bras du Danube qui sépare la promenade du Prater des faubourgs, et ordonna que deux compagnies de voltigeurs occupas­sent un petit pavillon sur la rive gauche pour protéger la construction d’un pont. Le bataillon de grenadiers qui défendait le passage fut chassé par ces voltigeurs et par la mitraille de quinze pièces d’artillerie. A huit heures du soir, ce pavillon était occupé, et les matériaux du pont réunis. Le capitaine Pourtalès, aide de camp du prince de Neuchâtel, et le sieur Susaldi, aide de camp du général Boudet, s’étaient jetés les premiers à la nage pour aller chercher les bateaux qui étaient sur la rive opposée

A neuf heures du soir, une batterie de vingt obusiers, construite par les généraux Bertrand et Navelet à cent toises de la place, com­mença le bombardement; 1,800 obus furent lancés en moins de quatre heures, et bientôt toute la ville parut en flammes. Il faut avoir vu Vienne, ses maisons à  huit, à neuf étages, ses rues resserrées, cette population si nombreuse dans une aussi étroite enceinte, pour se faire une idée du désordre, de la rumeur et des désastres que devait occasionner une telle opération.

L’archiduc Maximilien avait fait marcher, à une heure du matin, deux bataillons en colonne serrée, pour tâcher de reprendre le pavillon qui protégeait la construction du pont. Les deux compagnies de voltigeurs qui occupaient ce pavillon, qu’elles avaient crénelé, reçurent l’ennemi à bout portant; leur feu et celui des quinze pièces d’ar­tillerie qui étaient sur la rive droite couchèrent par terre une partie de la colonne; le reste se sauva dans le plus grand désordre.

L’archiduc perdit la tête au milieu du bombardement, et au moment surtout où il apprit que nous avions passé un bras du Danube et que nous marchions pour lui couper la retraite. Aussi faible, aussi pusillanime qu’il avait été arrogant et inconsidéré, il s’enfuit le premier et repassa les ponts. Le respectable général O’Reilly n’apprit que par la fuite de l’archiduc qu’il se trouvait investi du commandement.

Le 12, à la pointe du jour, ce général fit prévenir les avant­ postes qu’on allait cesser le feu et qu’une députation allait être en­voyée à l’Empereur

Cette députation fut présentée à Sa Majesté dans le parc de Schönbrunn. Elle était composée de MM. le comte de Dietriechstein, maréchal provisoire des États, le prélat de Klosterneuburg, le prélat des Écossais, le comte de Pergen, le comte Veterani, le baron de Bartenstein, M. de Mayenberg, le baron de Hasen, référendaire de la basse Autriche, tous membres des Etats; l’archevêque de Vienne; le baron de Lederen, capitaine de la ville; M. Wohlleben, bourgmestre; M. Mähr, vice-bourgmestre; MM. Egger, Prick et Heyss, conseillers du magistrat.

Sa Majesté assura les députés de sa protection; elle exprima la peine que lui avait fait éprouver la conduite inhumaine de leur gouvernement, qui n’avait pas craint de livrer sa capitale à tous les malheurs de la guerre, qui, portant lui-même atteinte à ses droits, au lieu d’être le roi et le père de ses sujets, s’en était montré l’ennemi et en avait été le tyran. Sa Majesté fit connaître que Vienne serait traitée avec les mêmes ménagements et les mêmes égards dont on avait usé en 1805. La députation répondit à cette assurance par les témoignages de la plus vive reconnaissance.

A neuf heures du matin, le duc de Rivoli avec les divisions Saint­-Cyr et Boudet s’est emparé de la Leopoldstadt.

Pendant ce temps le lieutenant général O’Reilly envoyait le lieutenant général de Vaux et M. Belloute, colonel, pour traiter de la capitulation de la place. La capitulation ci-jointe a été signée dans la soirée, et le 13, à six heures du matin, les grenadiers du corps d’Oudinot ont pris possession de la ville.

 

Quartier impérial de Schönbrunn,  13 mai 1809.

PROCLAMATION A L’ARMÉE

Soldats ! Un mois après que l’ennemi passa l’Inn, au même jour, à la même heure, nous sommes entrés dans Vienne. Ses landwehrs, ses levées en masse, ses remparts créés par la rage impuissante des princes de la Maison de Lorraine, n’ont point soutenu vos regards. Les princes de cette Maison ont abandonné leur capitale, non comme des soldats d’honneur qui cèdent aux circonstances et aux revers de la guerre, mais comme des parjures que poursuivent leurs propres remords. En fuyant de Vienne, leurs adieux à ses habitants ont été le meurtre et l’incendie: comme Médée, ils ont de leurs propres mains égorgé leurs enfants.

Soldats ! Le peuple de Vienne, selon l’expression de la députation de ses faubourgs, délaissé, abandonné, veuf, sera l’objet de vos égards. Je prends les bons habitants sous ma spéciale protection. Quant aux hommes turbulents et méchants, j’en ferai une justice exemplaire.

Soldats ! Soyons bons pour les pauvres paysans et pour ce bon peuple qui a tant de droits à notre estime. Ne conservons aucun orgueil de nos succès; voyons-y une preuve de cette justice divine qui punit l’ingrat et le parjure.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Istrie d’envoyer le général Montbrun avec la brigade Jacquinot et la brigade Piré à  Bruck, à  neuf lieues de Vienne, pour couper la route de Presbourg en Italie et couvrir tout le pays entre le lac de Neusiedl et le Danube, ce qui fait un espace de six lieues. Ces brigades auront sur leur gauche la brigade Marulaz, qui longe le Danube, laquelle pourra rester en seconde ligne pour se porter au secours des deux premières; de sorte que le duc de Rivoli pourra partir avec cette brigade sans découvrir l’m’mée d’aucun côté. Il est nécessaire que celte position soit prise demain. La brigade Colbert, qui est à  Neustadt, recevra l’ordre de couvrir depuis le lae jusqu’à  Neustadt et de se lier avec les partis du aimeraI Montbrun. En cas d’événement extraordinaire, le général Montbrun donnera des ordres à  ces quatre brigades. l,a division Nan­ souty sera cantonnée à  Laxenburg, et la division Espagne à  Himberg. Le général Montbrun correspondra avec ces deux généraux, dont il eouvrira les cantonnements, et par lesquels il pourra être soutenu à  tout événement. Par ee moyen, nous serons couverts de tous côtés. Ileeommandez au général Colbert de pousser des partis jusqu’au pied de la montagne qui va à  Leoben. Aussitôt que le général Bruyère sera arrivé, il sera placé au même lieu, à  Bruck, sous les ordres du gé­ néral Montbrun. Il doit venir par Altenmarkt. La brigade badoise, eommandée par le général Lauriston, se mettra en marche par Med­ ling, pour venir à  sa rencontre sur Altenmarkt et dissiper les attrou­ pements de paysans.

 

Quartier impérial de Schönbrunn, 14 mai 1809.

ORDRE DU JOUR.

L’Empereur voit avec peine les désordres qui se commettent en arrière de l’armée; ils deviennent tels, qu’ils doivent fixer toute son attention. De mauvais sujets cherchent à  déshonorer l’armée, et, au lieu de se trouver à  leurs drapeaux et devant l’ennemi, ils restent en arrière, où ils commettent toute espèce d’excès, et même des crimes.
Sa Majesté ordonne aux généraux-gouverneurs, commandant les provinces, de former sur-le-champ des colonnes mobiles, composées chacune d’un adjudant commandant ou colonel, d’un chef d’escadron, d’un capitaine d’infanterie, d’un officier de gendarmerie faisant fonc­ions de rapporteur, d’un magistrat du pays.

Ces officiers formeront autant de commissions militaires qu’il y a de colonnes mobiles.

La première de ces commissions étendra sa juridiction sur le cercle de Vienne; la deuxième, sur le cercle de Saint-Pölten; la troisième, sur le cercle de Steyr; la quatrième, sur le cercle de Linz; la cin­quième, sur le cercle d’Untermanhartsberg.

A la suite de ces commissions et sous les ordres de l’adjudant commandant, il Y aura trois brigades de gendarmerie, de 60 hommes à  cheval et 90 hommes d’infanterie. Chaque détachement de cavalerie sera commandé par un chef d’escadron et chaque détachement d’infanterie le sera par un capitaine. Chaque détachement a~ra le nombre d’officiers prescrit par les règlements militaires en raison de sa force.

Tout traîneur qui, sous prétexte de fatigue, se sera détaché de son corps pour marauder, sera arrêté, jugé par une commission militaire et exécuté sur l’heure.
L’adjudant commandant de chaque colonne mobile rendra compte tous les jours au major général du lieu où il se trouvera et des opérations de la commission.
Ces colonnes, qui seront fortes de plus de 150 hommes, se diviseront en autant de petites patrouilles que l’adjudant commandant jugera convenable, afin de se porter partout où besoin sera.

Auprès de chaque commission il y aura un magistrat de cercle.

Chaque commission se rendra sur tous les points où elle jugera sa présence nécessaire, dans l’arrondissement du cercle.

Le présent ordre du jour sera affiché dans toutes les villes et villages sur la route de Strasbourg à  Vienne, et lu aux différents régiments et détachements qui passeront. Il en sera remis un exemplaire à  chaque commandant de troupes de passage.

 

Camp impérial de Schönbrunn 14 mai 1809.

ORDRE.

1° La milice dite landwehr est dissoute.

2° Une amnistie générale est accordée à  tous ceux de ladite milice qui se retireront dans leurs foyers dans le délai de quinze jours, au plus tard, après l’entrée de nos troupes dans les pays auxquels ils appartiennent.

3° Faute par les officiers de rentrer dans ledit délai, leurs maisons seront brûlées, leurs meubles et leurs propriétés confisqués.

4° Les villages qui ont fourni des hommes à  la milice dite landwehr sont tenus de les rappeler et de livrer les armes qui leur ont été remises.

5° Les commandants des diverses provinces sont chargés de prendre les mesures pour l’exécution du présent ordre.

 

Quartier général de Schönbrunn, 14 mai 1809.

ORDRE POUR LES SUBSISTANCES DANS LES ETATS DE LA CONFEDERATION OCCUPES PAR LES ARMEES FRANCAISES

L’Empereur, voulant déterminer d’une manière précise les fournitures dues aux troupes, afin que les bourgmestres et autres agents des pays, préposés à  cet effet, puissent y pourvoir d’une manière régulière et uniforme;

Voulant, en outre, faire connaître aux militaires ce qu’ils ont droit de demander, et aux habitants ce qu’ils ont à  fournir, afin d’éviter des refus ou des demandes exagérées, d’où naissent souvent des plaintes et des mécontentements réciproques,

Ordonne:

ARTICLE 1er. – Les troupes seront nourries dans leurs logements, d’après l’ancien usage établi en Allemagne; l’officier à  la table de son hôte, ainsi qu’il a été ordonné dans les campagnes précédentes.

Les sous-officiers et soldats recevront, indépendamment de leurs rations de pain (de sept hectogrammes et demi ou vingt-quatre onces) :

Au déjeuner, la soupe et l’eau-de-vie (un seizième de pinte) ;

Au dîner, la soupe, dix onces de viande, légumes et un demi-pot de bière ou vin;

Au souper, des légumes et le demi-pot de bière ou vin.

Ainsi la ration du soldat se composera de vingt-quatre onces de pain de munition, quatre onces de pain de soupe, seize onces de viande, deux onces de riz ou quatre onces de légumes secs, un seizième de pinte d’eau-de-vie, une pinte de bière ou une bouteille de vin, selon le pays.

ART. 2. – MM. les officiers généraux surveilleront l’observation du régime prescrit ci-dessus, et puniront les contrevenants au présent ordre, lorsque les autorités locales dénonceront les abus.

ART. 3. – Les habitants fourniront aux troupes françaises des vivres et boissons de bonne qualité, afin de prévenir les contestations qui résulteraient de l’inobservation des règles prescrites pour la fixation de la nourriture de l’armée.

ART. 4. – MM. les officiers et les corps de toutes armes, ainsi que les administrateurs militaires, continueront à  recevoir le nombre de rations de fourrage fixé par le tarif arrêté le 15 prairial an XII par le ministre directeur de l’administration de la guerre.

La ration de fourrage sera composée ainsi qu’il est ordonné par l’arrêté du Gouvernement du 19 germinal an x.

Ces deux arrêtés relatifs aux fourrages seront rapportés à  la suite du présent ordre.

ART. 5. – Conformément à  la décision du 6 avril 1809, MM. les officiers généraux, adjudants commandants, aides de camp, officiers d’état-major, colonels et chefs d’escadron de cavalerie, recevront, dans les quartiers ou cantonnements fixes, et quand il y aura des magasins formés, les rations de fourrage pour le nombre de chevaux qu’ils auront et dont l’existence sera constatée par les revues de MM. les inspecteurs aux revues, pourvu toutefois que ce nombre de chevaux n’excède pas la moitié en sus de celui déterminé par la loi.

Ainsi celui à  qui il est attribué huit rations de fourrage et qui justifiera par revue avoir douze chevaux pourra recevoir douze rations, et celui qui a droit à  trois rations et qui justifiera, aussi par une revue, avoir cinq chevaux recevra un pareil nombre de rations, parce qu’il ne serait pas possible de nourrir le cinquième cheval avec une demi­ ration.

ART. 6. – Les chevaux de réquisition sont exclusivement affectés au transport des subsistances, munitions de guerre, effets d’habillement, équipages des corps, effets d’hôpitaux, à  l’évacuation de malades et convalescents.

ART. 7. – Il n’est dû ni voiture ni chevaux pour le service personnel des militaires, fonctionnaires militaires, officiers de santé et employés d’administration, auxquels il est accordé des rations de fourrage pour chevaux de selle et de fourgon. A l’égard des officiers, et autres, envoyés en mission ou porteurs d’ordres d’urgence, le Gouvernement leur allouant des frais de poste, ils ne peuvent plus prétendre à  aucune fourniture de chevaux de réquisition.

ART. 8. – Les commissaires des guerres qui auraient ordonné des fournitures au delà  des proportions indiquées, ou qui auraient fait fournir des moyens de transport dans les cas non prévus par le présent ordre, et ceux qui les auraient fait continuer, en demeure­ront personnellement responsables.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809.

DÉCISION

M. de Stichaner, commissaire général du roi de Bavière au cercle du bas Danube, expose à l’Empereur que l’ordre de détruire le faubourg Saint-Nicolas à Passau entraîne la démolition des bâtiments des salines royales. M. de Stichaner supplie l’Empereur d’épargner ces bâtiments, dont la destruction serait une perte sensible pour le Gouvernement et pour les habitants de la ville.Renvoyé au major général pour répondre que la sûreté de la place va avant tout. Passau doit être fortifié, non pour le moment, mais pour toujours, la Bavière ne pouvant avoir une place mieux située. Je suis mécontent des habitants; ce sont ceux de la Bavière les moins opposés aux Autrichiens. Ils n’auraient pas montré la vigueur nécessaire pour repousser les mauvais citoyens.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

A Barbier 2)Antoine Alexandre Barbier – 1765-1825. Bibliothécaire de Napoléon depuis 1807

L’Empereur a trouvé sa bibliothèque mal organisée.

Il y a beaucoup de livres inutiles. De ce nombre sont les ouvrages suivants, que Sa Majesté a fait ôter de la bibliothèque: les Oeuvres de Parny, 5 volumes in-12; les Oeuvres de Bertin, 2 volumes in-12, petit format; le Théâtre des Auteurs du deuxième Ordre, 8 volumes in-12; les Discours sur Tacite et Salluste, 4 volumes in-12; les Vies des célèbres marins, 12 volumes in-12, petit format ; les Lettres de Dupaty sur l’Italie, 3 volumes in-12 ; Les trois règnes de la nature, de Delille, 2 volumes in-12; l’histoire de Jovien, 2 volumes in- 12 ; les Lettres de Madame de Sévigné, 11 volumes in-12 ; les Bucoliques, 1 volume in-12 ; les Morceaux choisis de Buffon, 1 volume in-12; les Mémoires de La Rochefoucauld, 1 volume in-12 ; les Souvenirs de Madame de Caylus, 1 volume in-12, petit format; la Bible de Cologne, 1 volume in-12; l’Iliade, 2 volumes in-12; le Tasse, 2 volumes in-12 ; le Camoëns, 3 volumes in-12 ; l’Enéide, 4 volumes in-12;  le Milton, 3 volumes in-12.

Les six derniers ouvrages sont à échanger contre une Bible de Sacy, in-12; une Iliade, petit in-12; un Tasse, petit in-12, italien et français; un Camoëns, petit in-12; une Enéide, en prose, petit in-12; un Milton, en prose, petit in-12.

L’Empereur veut qu’aucun des ouvrages de poésie et de littérature ne soit in-12. Ce format doit être réservé seulement pour l’histoire et pour les chroniques.

La collection des romans grecs est d’un trop grand format. La Bible de Cologne est d’un caractère illisible.

L’Enéide et le Milton sont en vers; Sa Majesté en désire des traductions en prose.

Onze volumes de Mme de Sévigné occupent trop de place; il faudrait trouver un choix de ses lettres en petit format.

Tous les autres livres sont rejetés comme inutiles.

Voici les livres que Sa Majesté désire que M. Barbier envoie pour les remplacer : un Tacite en français, in-12; un Gibbon, in-12 ; un Diodore de Sicile, in-12 ; le poème de La Pitié, petit in-12 ; un Gil Blas, petit in-12.

Les Mémoires de Retz sont d’un très-vilain papier et d’une mauvaise impression; il faudrait les changer contre quelque chose de mieux.

En résumé, il faut renvoyer les ouvrages suivants:

un Tacite en français; 2.- un Gibbon; 3.- un Diodore de Sicile ; 4.- les Mémoires de Retz; 5.- un choix de Lettres de Madame de Sévigné; 6.- une Bible de Sacy; ces six ouvrages in-12; 7.- une Iliade; 8.- une Enéide en prose; 9.- un Tasse, italien et français; 10.- un Camoëns; 11.- un Milton, en prose; 12.- un choix des romans grecs; 13.- un Gil Blas; 14.- le poème de La Pitié.

Tout cela (à partir du 7.-) dans le plus petit format possible.

Par ordre de l’Empereur, Méneval.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Vous recevrez le décret par lequel j’ai ordonné le séquestre et la confiscation, dans les États de la Confédération du Rhin, des biens des ci-devant princes et comtes de l’Empire qui ne se sont pas con­formes aux dispositions des articles 7 et 31 de l’acte de la Confédération, et spécialement de ceux qui sont restés au service d’Autriche. Je comprends dans cette mesure les Stadion, les Metternich, les Liechtenstein, les Sinzendorf, les Fürstenberg, etc.; ainsi elle doit produire des sommes considérables.

Il faut que tous mes ministres soient chargés de faire la recherche des individus et des propriétés auxquels cette mesure s’applique; qu’ils s’entendent avec les commissaires que les princes de la Con­fédération doivent nommer, et qu’ils veillent à mes intérêts, et sur­tout qu’ils correspondent exactement avec vous sur cet objet. Chargez quelqu’un dans vos bureaux de suivre spécialement cette affaire.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police général, à Paris

Je reçois votre lettre du 7 mai. La nouvelle de la Prusse jusqu’à cette heure paraît controversée. Schill est un brigand ; au moins les apparences sont qu’il n’est pas approuvé.

 

Schönbrunn, 14 mai 1809

A Elisa Napoléon, Grnde-Duchesse de Tosacane, à Florence

Je vois dans une de vos lettres que vous envoyez des rapports au ministre d’État Regnaud, pour m’être remis. Je ne sais ce que veux dire cette marche. Regnaud ne travaille pas avec moi. Vous ne devez vous adresser qu’aux ministres qui me présenteront vos rapports dans leur travail et non aux conseillers d’État qui n’ont rien à y faire.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je ne sais ce que les 11e et 12e chasseurs font à Passau; donnez-leur l’ordre de rejoindre sans délai à Vienne.

Je ne sais pourquoi on a laissé à  Wels une compagnie de voltigeurs et une de fusiliers du 105e; donnez ordre qu’elles rentrent. Donnez ordre au général Saint-Hilaire de faire reformer les compagnies de voltigeurs du 72e et du 105e et les compagnies du 105e qui ont été perdues, de faire nommer à toutes les places vacantes d’officiers et de sous-officiers; tous ceux qui sont prisonniers seront portés à la suite. En réponse à son rapport, vous 1ui ferez connaître que je suis mécontent des dispositions qui ont été prises. D’abord, on n’a pas envoyé un chef élevé en grade pour diriger l’opération; secondement, une réserve de 100 hommes avec dix mille cartouches aurait dû être placée dans la maison et n’en jamais sortir; avec cette réserve, on n’aurait eu rien à craindre. Tout cela a été fort mal dirigé.

Ecrivez au duc de Valmy de ne pas détourner les différents détachements de chasseurs et de hussards de la route qu’a tracée le ministre de la guerre d’après mes ordres; qu’il ne doit composer le corps de Hanau que des troupes que j’y ai destinées; que du reste il conservera le commandement de ce corps de réserve, mais qu’il ne dérange en rien la marche de l’armée ; qu’il y a dans le Nord plus de troupes qu’il n’en faut; que tout ce qu’on dit des Prussiens est controuvé; que le principal est de faire beaucoup de tapage, et de faire croire qu’il y a un corps de 60,000 hommes; qu’il peut revenir à Strasbourg en laissant le général Rivaud, et après s’être assuré que toutes les mesures pour l’organisation du corps sont prises et s’exécutent; que l’inspecteur aux revues, l’ordonnateur et le payeur de la 26e division militaire rempliront les fonctions d’inspecteur aux revues, d’ordonnateur et de payeur du corps de Hanau, et le général Royer celles de chef d’état-major.

Donnez ordre que le général Grandjean remplace le général Tharreau dans le commandement de sa division.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809, huit heures du matin

Au général comte Lauriston, commandant les troupes détachées du 4e corps, en route sur Altenmarkt (brigade de Bade et brigade de Hesse-Darmstadt)
Monsieur le Général Lauriston, vous trouverez ci-joint une lettre du général Bruyère. Il parait par cette lettre qu’il n’y a rien à  Altenmarkt. Envoyez un détachement pour désarmer le pays et le réduire à l’obéissance. N’étant plus obligé de vous porter en force sur Altenmarkt, le général Bruyère pourra profiter des services du duc d’Auerstaedt. Donnez-lui ordre de renvoyer par Altenmarkt sur Vienne la plus grande partie de sa cavalerie, qui est inutile dans ces montagnes, en gardant simplement 200 à 300 chevaux pour poursuivre l’ennemi. Portez-vous partout où vous saurez qu’il y aurait un corps ou rassemblement de landwehr, surtout dans la direction de Neustadt à Leoben. Mais aussitôt que Altenmarkt, la vallée de la Schwem seront purgés d’ennemis, que vous aurez désarmé Baden et les environs, rendez-vous à Neustadt, où vous pourrez recevoir mes ordres.

P. S. Vous trouverez ci-joint une lettre du général Colbert.

Comme vous deviez avoir trois régiments badois, il me semble que vous pourrez faire face à la fois aux deux expéditions. Envoyez un de vos trois régiments avec le détachement de cavalerie qu’a envoyé le général Colbert pour dissiper les rassemblements en avant d’Altenmarkt, dont parle le général Bruyère, et portez-vous avec vos deux autres régiments, pour soumettre le pays, sur les sommités des montagnes entre Leoben et Neustadt.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809, dix heures du matin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 14. Le général Lauriston, avec 6,000 Badois, marche sur Altenmarkt et se met en communication avec le général Bruyère, auquel il donnera ordre de renvoyer sa brigade à Vienne, en gardant seulement 200 chevaux pour son expédition de Maria-Zell, mais comme il est moins propre que tout autre à cette expédition, qui est une affaire d’infanterie, chargez-en 1a brigade de Bade et celle de Hesse-Darmstadt.

Chargez-vous de la faire faire. Envoyez quatre ou cinq bataillons avec deux pièces de canon, 200 chevaux et un officier intelligent, capable de dissiper tout ce qui se trouve à  Maria-Zell.

J’ai lu avec bien de la peine le rapport du major ….. Cet homme est un fou auquel il ne faut pas donner le commandement d’une expédition en chef. Ses expéditions n’ont pas le sens commun. C’est en jouant ainsi la vie des hommes qu’on perd la confiance des soldats. Je ne veux point de poste à  Mauthausen; je n’en veux nulle part qu’à  Linz et à  droite et à  gauche des routes, pour’ former un système. Les autres postes doivent être sur la rive droite, vis-à-vis ceux-là.

L’opinion de ce pays-ci est que le prince Charles cherche à  donner une bataille; il faut donc tenir vos troupes reposées pour pouvoir vous porter partout où il serait nécessaire. Ayez toujours trois ou quatre jours de pain; ne harcelez pas vos troupes par des fatigues inutiles.

Le prince de Ponte-Corvo s’est mis en marche, le 14, de Passau pour Linz; il y arrive donc ce soir. J’ai joint à  son commandement la division Dupas, ce qui lui forme un corps assez considérable, et je lui donne l’ordre de faire une forte reconnaissance en Bohême.

Onze heures du matin.

P. S. Je suppose que le régiment français que vous aviez à  Linz et celui que vous aviez à  Enns sont tout réunis, et que votre corps d’armée se trouve tout entier dans votre main, entre Melk et Saint-­Pölten. Si l’ennemi tentait de passer le Danube à Krems, il faudrait en prévenir aussitôt le général Demont, qui est avec sa division à Klosterneuburg.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809. Onze heures du matin.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz

Mon Cousin, je vois par votre dernière lettre de Passau qu’aujourd’hui 15, vous arrivez à Linz, et que votre corps d’armée y sera entièrement réuni demain, 16. Je vois que vous avez 3,000 hommes de cavalerie, 17,000 hommes d’infanterie et quarante-huit pièces de canon; ce qui fait un corps de 22,000 hommes. Le général Vandamme a à  Linz, ou en avant de cette ville, 1,000 hommes de cavalerie et 8,000 hommes d’infanterie avec une vingtaine de pièces de canon. Ainsi, réuni avec ce corps, vous auriez plus de 30,000 hommes. Le major général vous enverra ce soir des ordres de mouvement pour entrer en Bohême. Visitez les ouvrages de la tête de pont de Linz et veillez à  ce qu’ils soient dans le meilleur état possible.

Complétez votre approvisionnement de cartouches et de munitions de guerre. Je compte que dans la journée du 17 mon pont sera jeté sur le Danube, et que je pourrai passer sur la rive gauche. Votre mouvement va donc se coordonner avec celui des autres corps de l’armée.

Je suppose que vous avez laissé à Passau le général de division Rouyer avec une division de 6,000 hommes; cela est très-important. Passau est un centre d’opération, un dépôt de magasins et de parcs, et pour rien au monde je ne veux le perdre.

Aussitôt que nous serons réunis, j’augmenterai la division Dupas d’un ou deux régiments.

 

Schönbrunn, 15 mai 1809, onze heures du matin.

Au général comte Andréossy, gouverneur de Vienne

L’intention de Sa Majesté, Monsieur le Général Andréossy, est que la garde nationale de Vienne soit portée au nombre de 6,000 hommes, y compris un escadron de 200 hommes à cheval. On disposera pour le service de cette garde de 1,500 fusils et 1,500 piques. Il y aura moitié fusils et moitié piques pour armer les hommes de garde. Les armes seront mises en dépôt, où les hommes commandés de service les prendront.

L’Empereur ordonne que l’on procède sur-le-champ à former un corps de gendarmerie, tel qu’il a été formé en 1805 par l’ordre en date du ….. Quant aux fusils de chasse, les propriétaires sont tenus d’en faire la déclaration. Vous ferez un rapport pour en faire connaître la quantité, et Sa Majesté décidera.

A l’égard des armes de guerre commandées par le gouvernement autrichien, leur fabrication sera continuée d’après les ordres du commandant de l’artillerie française, non-seulement pour nous procurer des armes, mais encore pour faire travailler les ouvriers. Bien entendu que tous les marchés sont subrogés au commandant de l’artillerie.
L’ancienne régence sera sur-le-champ remise en place. L’intendant général nommera près d’elle un commissaire français.

Il sera formé sans délai une commission des États, qui sera en gouvernement et en permanence, pour pourvoir à tous les besoins de l’armée ainsi qu’à ceux du pays.
L’intendant général nommera près la commission des Etats un commissaire français. Vous ferez faire à cette commission une proclamation dont l’objet sera de faire rentrer dans leurs foyers les landwehr, et de faire connaître les intentions de l’Empereur et la protection qu’il accorde au peuple. Vous verrez l’archevêque, et vous lui ferez faire un mandement pour le même objet, et vous ferez répandre ces actes avec profusion.

Sa Majesté désire que vous formiez un comité de police composé de trois membres, un de l’ancienne police, un français et un autre qu’on nommera. Faites rétablir les anciens journaux, dans la même forme et avec les mêmes titres, en supprimant les armes et ce qui est personnel à la Maison d’Autriche. La première chose à  mettre dans les journaux ce sont les bulletins, proclamations, ordres du jour, moins les phrases de circonstance qui pourraient humilier la nation, mais en ayant soin d’y laisser démasquer la conduite des princes de la Maison d’Autriche.

Le prince de Neuchâtel, major général. 3)Pour ces importantes dispositions, on n’a pas trouvé l’ordre direct de l’Empereur.

 

Quartier impérial de Schönbrunn, 15 mai 1809.

PROCLAMATION AUX HONGROIS.

Hongrois ! L’Empereur d’Autriche, infidèle à ses traités, méconnaissant la générosité dont j’avais usé envers lui après trois guerres consécutives, et notamment celle de 1800, a attaqué mes armées. J’ai repoussé cette injuste agression. Le Dieu qui donne la victoire et qui punit l’ingrat et le parjure a été favorable à mes armes : je suis entré dans la capitale de l’Autriche et je me trouve sur vos frontières. C’est l’empereur d’Autriche, et non le roi de Hongrie, qui m’a déclaré la guerre; par vos constitutions, il n’aurait pu le faire sans votre consentement. Votre système constamment défensif et les mesures prises par votre dernière diète ont fait assez connaître que votre voeu était pour le maintien de la paix.

Hongrois ! Le moment est venu de recouvrer votre indépendance.

Je vous offre la paix, l’intégrité de votre territoire, de votre liberté et de vos constitutions, soit telles qu’elles ont existé, soit modifiées par vous-mêmes, si vous jugez que l’esprit du temps et les intérêts de vos concitoyens l’exigent. Je ne veux rien de vous, je ne désire que vous voir nation libre et indépendante. Votre union avec l’Autriche a fait votre malheur. Votre sang a coulé pour elle dans des régions éloignées, et vos intérêts les plus chers ont été constamment sacrifiés à  ceux de ses états héréditaires. Vous formiez la plus belle partie de son empire, et vous n’étiez qu’une province toujours asservie à des passions qui vous étaient étrangères. Vous avez des moeurs nationales, une langue nationale; vous vous vantez d’une illustre et ancienne origine : reprenez donc votre existence comme nation. Ayez un roi de votre choix, qui ne règne que par vous, qui réside au milieu de vous, qui ne soit environné que de vos citoyens et de vos soldats. Hongrois ! Voilà  ce que vous demande l’Europe entière qui vous regarde; voilà  ce que je vous demande avec elle. Une paix éternelle, des relations de commerce, une indépendance assurée, tel est le prix qui vous attend, si vous voulez être dignes de vos ancêtres et de vous-mêmes.

Vous ne repousserez pas ces offres libérales et généreuses, et vous ne voudrez pas prodiguer votre sang pour des princes faibles, toujours asservis à des ministres corrompus et vendus à l’Angleterre, à cet ennemi du continent, qui a fondé ses prospérités sur le monopole et sur nos divisions.

Réunissez-vous en diète nationale dans les champs de Rakos, à la manière de vos aïeux, et faites-moi connaître vos résolutions.

NAPOLÉON.

 

Schönbrunn, 16 mai 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne

L’Empereur, Monsieur le duc de Rivoli, apprend que le Danube n’est pas gardé, et la position qu’occupe l’ennemi exige la plus grande surveillance. Il faut au moins un bataillon de service au pont brûlé sur la rive droite; il faut éclairer toute la rive avec des postes d’infanterie et de cavalerie; enfin il faut la plus grande surveillance, pour avoir connaissance de tout ce que fait l’ennemi et l’empêcher de rien entreprendre.

L’Empereur, Monsieur le Duc, désire que vous m’envoyiez par mon aide de camp des nouvelles de ce qui se passe. On dit que l’ennemi a des postes dans l’île en face de Leopoldstadt. Envoyez-moi également ce soir l’emplacement de tout votre corps d’armée.

 

Schönbrunn, 16 mai 1809, deux heures après midi.

Au général Vandamme, commandant les troupes wurtembergeoises (8e corps), à Linz

Du moment que les premières troupes du prince de Ponte-Corvo seront arrivées, Général, l’Empereur ordonne que vous partiez avec 6,000 hommes d’infanterie, un régiment de cavalerie et six pièces de canon, pour vous porter sur Steyr et dissiper les rassemblements qui se forment de ce côté. Vous êtes déjà  instruit de ces rassemblements par l’avant-garde que vous avez de ce côté et qui vous envoie ses rapports.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809.

NOTE POUR LE COMTE DE CHAMPAGNY, MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A VIENNE.

L’intention de l’Empereur est de faire communiquer au Sénat, du 5 au 10 juin, avec un rapport du ministre des relations extérieures, les deux décrets ci-joints pris par Sa Majesté au sujet des Etats du Pape.

Sa Majesté désire que ce rapport développe les motifs établis dans les considérants; qu’il prouve que lorsque Charlemagne fit les papes souverains temporels, il voulut qu’ils restassent vassaux de l’Empire; qu’aujourd’hui, loin de se croire vassaux de l’Empire, ils ne veulent même pas en faire partie; que Charlemagne, dans sa générosité envers les papes, eut pour but le bien de la chrétienté, et qu’aujourd’hui ils prétendent s’allier avec les Protestants et les ennemis de la chrétienté; que le moindre inconvénient qui résulte de semblables dispositions est de voir le chef de la religion catholique en négociation avec les Protestants, lorsque, d’après les lois de l’Eglise, il devrait s’éloigner d’eux et les excommunier (il y a sur cet objet une prière qui se récite à Rome).

Les armées françaises sont à Naples et dans la haute Italie; elles se trouvent coupées par les États du Pape. La première pensée de Sa Majesté fut de laisser au Pape sa puissance temporelle, ainsi que l’avait fait Charlemagne, en lui demandant de contracter, comme souverain, une alliance offensive et défensive avec le royaume de Naples et celui d’Italie, pour l’intérêt de la presqu’île. Le Pape refusa. Il aurait alors fallu se résoudre à voir les Anglais se placer entre les armées françaises de Naples et d’Italie, couper leurs communications, établir à Rome le centre de leurs complots, et cette ville devenir le refuge des brigands suscités ou vomis par les ennemis de Sa Majesté dans le territoire de Naples. De là  vint la nécessité de l’occupation militaire de Rome.

Cette mesure indispensable excita des réclamations sans fin et des hostilités permanentes, contre le prince le plus puissant de la chrétienté, par le chef de la religion. Ce n’était pas comme chef de la religion que le Pape s’élevait contre les mesures de prudence adoptées par une nation catholique, c’était comme souverain; et on ne tarda pas à voir le pouvoir spirituel, influencé par les ennemis de l’Église romaine, soutenir l’autorité temporelle. Il en résulta une source d’inquiétudes et des germes de dissensions dans l’intérieur même des vastes états de Sa Majesté.

Pour couper court à ces discussions, si contraires au bien de la religion, si contraires au bien de l’Empire, Sa Majesté n’a qu’un seul moyen, c’est de révoquer la donation de Charlemagne et de réduire les papes à ce qu’ils doivent être, en mettant le pouvoir spirituel à l’abri des passions auxquelles l’autorité temporelle est sujette. Jésus-Christ, né du sang de David, ne voulut point être roi. Pendant des siècles les fondateurs de notre religion n’ont point été rois. Il n’est aucun docteur, aucun historien de bonne foi qui ne convienne que la puissance temporelle des papes a été funeste à  la religion. Si des dissensions ont si longtemps agité l’intérieur de la France, la cause en était, non dans le pouvoir spirituel, mais dans le pouvoir temporel de Rome. Si de grandes nations se sont séparées de l’Église, la cause en était encore dans l’abus du pouvoir de Rome. Lorsqu’un Jules donnait ses armées pour couper la retraite à Charles VIII, ce n’était pas pour l’intérêt des papes comme pontifes, mais pour l’intérêt des papes comme souverains. De cette confusion de l’un et l’autre pouvoir, de cet appui qu’ils se prêtaient réciproquement pour favoriser leurs usurpations mutuelles, naquit la nécessité où se trouvèrent nos ancêtres d’établir les libertés de l’Eglise gallicane, et naît aujourd’hui celle de séparer ces deux pouvoirs.

Dans le dernier siècle, le moyen, souvent employé, de mettre les papes à la raison, fut de s’emparer d’Avignon. On voyait sans cesse à Rome les intérêts de l’Église, ces intérêts qui devraient être immuables et indépendants de toute considération terrestre, négligés par des considérations d’intérêt temporel. Le pape, comme chef de la chrétienté, doit avoir dans tout le monde chrétien une égale influence, et cependant cette influence doit varier au gré des circonstances et de la politique des États. Aucun intérêt personnel ne devrait gêner les affaires spirituelles. Et comment ne les gênerait-il pas, lorsque le pape souverain et le pape pontife peuvent avoir des intérêts contraires ? “Mon empire n’est pas de ce monde ” a dit Jésus-Christ, et par cette doctrine il condamnait à jamais tout mélange des intérêts de la religion et des affections mondaines.

L’intérêt de la religion et celui des peuples de France, d’Allemagne, d’Italie, ordonnent également à Sa Majesté de mettre un terme à cette ridicule puissance temporelle, faible reste des exagérations des Grégoire, etc., qui prétendaient régner sur les rois, donner des couronnes et avoir la direction des affaires de la terre comme de celles du ciel. Que, dans l’absence des conciles, les papes aient la direction des choses de l’Église, en tant qu’elles ne touchèrent pas aux libertés de l’Eglise gallicane, à  la bonne heure; mais ils ne doivent se mêler ni des armées ni de la police des Etats. S’ils sont les successeurs de Jésus-Christ, ils ne peuvent exercer d’autre empire que celui qu’ils tiennent de lui, et son empire n’était pas de ce monde.

Si Sa Majesté ne fait pas ce que seule elle pourrait faire, elle laissera à  l’Europe des semences de discussions et de discordes. La postérité, en la louant d’avoir rétabli le culte et relevé les autels, la blâmera d’avoir laissé l’Empire, c’est-à-dire la plus grande majorité de la chrétienté, exposé à l’influence de ce mélange bizarre, contraire à la religion et à la tranquillité de l’Empire. Cet obstacle ne peut être surmonté qu’en séparant l’autorité temporelle de l’autorité spirituelle, et en déclarant que les États du Pape font partie de l’Empire français.

DÉCRET.

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, etc.

Considérant que lorsque Charlemagne, empereur des Français et notre auguste prédécesseur, fit donation de plusieurs comtés aux évêques de Rome, il ne les leur donna qu’à  titre de fiefs et pour le bien de ses États, et que par cette donation Rome ne cessa pas de faire partie de son empire;

Que, depuis, ce mélange d’un pouvoir spirituel avec une autorité temporelle a été, comme il l’est encore, une source de discussions, et a porté trop souvent les pontifes à  employer l’influence de l’un pour soutenir les prétentions de l’autre; qu’ainsi les intérêts spirituels et les affaires du ciel, qui sont immuables, se sont trouvés mêlés aux affaires terrestres, qui par leur nature changent selon les circonstances et la politique des temps;

Que tout ce que nous avons proposé pour concilier la sûreté de nos armées, la tranquillité et le bien-être de nos peuples, la dignité et l’intégrité de notre Empire avec les prétentions temporelles des papes, n’a pu se réaliser,

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit:

ARTICLE 1er. – Les États du Pape sont réunis à  l’Empire français.

ART. 2. – La ville de Rome, si célèbre par les grands souvenirs dont elle est remplie, et premier siége de la chrétienté, est déclarée ville impériale et libre.
Le gouvernement et l’administration de ladite ville seront organisés par un statut spécial.

ART. 3. – Les restes des monuments élevés par les Romains seront entretenus et conservés aux frais de notre trésor.

ART. 4. – La dette publique est constituée dette impériale.

ART. 5. – Les terres et domaines du Pape seront augmentés jusqu’à  concurrence d’un revenu net, annuel, de deux millions.

ART. 6. – Les terres et domaines du Pape ainsi que ses palais seront exempts de toute imposition, juridiction et visite, et ils jouiront d’immunités particulières.

ART. 7. – Le ler juin de la présente année, une consulte extraordinaire prendra, en notre nom, possession des États du Pape, et fera les dispositions nécessaires pour que le régime constitutionnel soit organisé et puisse être mis en vigueur le 1er janvier 1810.

Donné, en notre camp impérial de Vienne, le 17 mai 1809.

 

Camp impérial de Vienne, 17 mai 1809.

DÉCRET.

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie, protecteur de la Confédération du Rhin, etc., nous avons décrété et décrétons ce qui suit:

ARTICLE Ier. – La consulte extraordinaire créée par notre décret de ce jour pour les États romains sera organisée et composée de la manière suivante, savoir :

Le général de division Miollis, gouverneur général, président; le sieur Saliceti, ministre du roi de Naples; les sieurs De Gerando, Janet et Del Pozzo, maîtres des requêtes en notre Conseil d’État, et Balbe, auditeur en notre Conseil d’État, secrétaire.

ART. 2. – La consulte extraordinaire est chargée de prendre possession des États du Pape en notre nom, et de faire les opérations préparatoires pour l’administration du pays, de manière que le passage de l’ordre actuel au régime constitutionnel eu lieu sans froissement, et qn’il soit pourvu à tous les intérêts.

ART. 3. – Des mesures seront présentées dans le plus bref délai possible pour l’exécution des articles 3, 4, 5 et 6 de notre décret de ce jour.

ART. 4. – La consulte extraordinaire correspondra avec notre ministre des finances.

ART. 5. – Notre ministre des finances est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809.

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris.

Vous recevrez deux décrets pour la prise de possession, l’organisation et l’administration des Etats du Pape. Ces décrets doivent être tenus secrets à Paris.
Faites partir sur-le-champ pour Rome les membres de la consulte extraordinaire. Donnez-leur pour instructions d’éviter ce qui a blessé en Toscane, et de se conduire de manière que le passage de l’ancien ordre de choses au nouveau ait lieu sans secousse et avec régularité. Que l’on pourvoie à tous les intérêts et qu’il n’y ait point de froissement. La consulte commencera par la division du territoire en départements. Il ne paraît pas qu’il doive y en avoir plus de trois ou quatre. La consulte nommera provisoirement les préfets, les conseillers de procédure, les membres des conseils généraux, les commandants des départements et la gendarmerie, qui sera organisée par le général Radet. Quatre compagnies de gendarmerie, qui auront été formées à  Plaisance et dont le ministre de la guerre vous fera connaître l’emplacement et la situation, se rendront sur-le-champ à Rome pour composer les cadres. On formera autant de compagnies qu’il y aura de départements. Quant à  la ville de Rome, la consulte nommera un sénat de soixante membres, dont trente choisis parmi les princes et les familles de premier ordre et trente parmi les autres habitants les plus distingués. Ce sénat formera le corps municipal; il sera chargé de la police, etc. Vous recommanderez qu’on use envers le Pape de ménagements et d’égards. On lui laissera ses meubles, ses tableaux, ses bijoux, les palais qu’il voudra conserver et les biens qu’il choisira. Mais du reste on ne tolérera aucune opposition. Mon intention est de ne retirer, pour le trésor, aucun produit de la ville de Rome. Elle jouira de toutes les impositions qui se percevront sur ses habitants. J’y aurai un palais, qui fera partie de ma liste civile et qui doit être convenablement doté. Quant aux contributions des départements, mon intention n’est pas qu’on suive le système français; on n’y fera aucun changement pour cette année; mais on pourra proposer, pour les années suivantes, les modifications qui sont d’accord avec les habitudes du pays. Aujourd’hui la contribution foncière rapporte peu; et le maconato, ou droit de mouture, est le produit principal. Quoique cette imposition soit contraire aux principes que nous avons en France, on la laissera subsister. On n’augmentera pas la contribution foncière. Mon intention est que les peuples éprouvent plutôt diminution qu’augmentation. Le Code civil sera mis en activité, soit au 1er juillet, soit au 1er août, selon que la consulte le jugera praticable. Les tribunaux seront organisés sans retard. Il y aura à  Rome une cour d’appel. La marine de Cività-Vecchia et d’Ostie sera organisée sur un rapport que fera le ministre de la marine. Lorsque cette affaire sera finie, c’est-à-dire dans le courant de juin, vous vous entendrez avec le ministre de la guerre sur l’organisation de l’artillerie, du génie et de tout ce qui concerne le militaire.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809, huit heures du matin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 16. J’ai donné ordre au général Vandamme de se porter sur Steyr, pour de là marcher sur Maria-Zell. Le général Lauriston s’est porté sur Altenmarkt et a dissipé tous les rassemblements. Le général Bruyère revient sur Vienne par Baden. Le général Lauriston a ordre de marcher entre Leoben et Neustadt. Je désire que le général Vandamme dissipe les rassemblements de Maria-Zell. Envoyez-lui des proclamations pour que cela porte le calme dans le pays.
P. S. Dirigez une de vos divisions à  une demi-marche de Saint-Pölten à Vienne, pour qu’elle puisse y être en une journée.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Nussdorf.

Ordonnez qu’on continue à  faire à Nussdorf des démonstrations de passage, pour tenir en haleine l’ennemi.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809

DÉCISION

Le ministre de la guerre prie Sa Majesté de vouloir bien régler le traitement qui doit être payé à S. A. I. le prince Felix, en sa qualité de général de division commandant les troupes du grand-duché de Toscane. Aucun autre que son grade.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809

A Eugène Napoléon, vice -roi d’Italie, à Tarvis

Mon Fil, vous trouverez ci-joint des pièces qui ont été publiées ici. Faîtes-les imprimer en français et en italien et répandre dans la presqu’île. On n’a ici aucune nouvelle du général Marmont. Le duc de Danzig a battu, le 13, le général Chasteler entre Kufstein et Innsbruck, et est enté le 15 à Innsbruck.  Votre aide de camp, d’Anthouard, vous aura fait connaître les évènements qui se sont passés à la prise de Vienne. J’ai donné ordre au duc de Danzig de marcher sur Leoben par Salzburg : le général Lauriston, parti de Vienne, est arrivé sur les hauteurs qui séparent Leoben de Vienne; du moment que vous serez arrivé à Klagenfurt, la jonction pourra se faire promptement. Envoyez-moi donc un officier ou un courrier tous les jours; vous pouvez m’envoyer des officiers des corps.  Envoyez-moi des détails, des états de situation de mon armée, et faîtes-moi connaître les lieux où se trouvent tous les corps. L’archiduc Ferdinand, commandant l’armée autrichienne de Galicie, s’était d’abord emparé de Varsovie, par capitulation; mais, depuis, ayant battu en retraite, les Polonais ont tout repris; le 29 ils lui ont enlevé  un pont sur la Vistule et fait 2.000 prisonniers. L’ennemi est donc battu de tous côtés. Les immenses matériaux qu’il faut pour faire un pont sur le Danube sont rassemblés. J’espère passer le 18 ou le 19e dissiper les armées qui se sont réunies entre le Danube et la Moravie.

P.S. Faîtes passer en Hongrie les exemplaires de ma proclamation aux Hongrois.

 

Schönbrunn, 17 mai 1809.

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples.

J’ai ordonné que les troupes des Etats du Pape fassent partie de mon armée de Naples; vous en aurez le commandement, l’armée d’Italie étant occupée ailleurs. Vous trouverez ci-joint les décrets que j’ai pris sur Rome. Lorsque Miollis et Saliceti y seront, vous prendrez vos mesures afin d’y avoir des forces suffisantes pour ne craindre aucun mouvement ni rumeur. Je pense que tout doit rester secret jusqu’au 1er juin. J’ai chargé le ministre des finances de donner à la consulte des instructions, dont je vous envoie copie pour plus de célérité. Elle correspondra avec lui pour tout ce qui tient au gouvernement et à l’administration, et avec vous pour les affaires militaires et pour la tranquillité du pays.

 

Schönbrunn, 18 mai 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 17, qui m’annonce que le général Duppelin est arrivé à Maria-Zell. Envoyez-lui les imprimés ci-joints pour qu’il les répande en Styrie. Écrivez-lui de charger les bourgmestres et les moines de Maria-Zell de maintenir la tranquillité, en les prévenant que, si les rassemblements recommencent, on brûlera la ville.

P. S. Qu’il tâche d’avoir des nouvelles de ce qui se passe à  Graz. Il est nécessaire que, lorsque vous réunirez votre corps, ces bataillons rejoignent. Les matériaux pour le pont commencent à  être réunis. Nous commencerons l’opération ce soir; elle durera probablement deux jours. S’il n’y a rien de nouveau, dirigez le général Friant sur Vienne et le général Gudin à  mi-chemin. Le général Friant peut partir à une heure du matin et être rendu à neuf ou dix heures à Vienne.

NOTE POUR LE GÉNÉRAL ARMSTRONG, MINISTRE DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE A PARIS.

4)Cette note, dictée à  Schönbrunn le 18 mai 1809, devait porter la signature du ministre des relations extérieures: elle fut envoyée à  M. de Champagny, qui se trouvait alors à  Vienne.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, a mis sons les yeux de S. M. l’Empereur et Roi les différentes lettres de Son Excellence le ministre des États-Unis d’Amériquc, il a reçu ordre d’y faire la réponse suivante :

Les mers appartiennent à  toutes les nations. Tout bâtiment naviguant sous le pavillon d’une nation quelconque, reconnu et avoué par elle, doit être au milieu des mers comme s’il était dans ses propres ports. Le pavillon arboré au mât d’un vaisseau marchand doit être respecté comme s’il était au haut d’un clocher dans un village.

En cas de guerre entre deux puissances maritimes, les neutres ne doivent suivre la législation ni de l’une ni de l’autre. Tout bâtiment doit être garanti par son pavillon, et toute puissance qui le viole se met en état de guerre avec la puissance à laquelle il appartient. Insulter un vaisseau marchand qui porte le pavillon d’une puissance, c’est faire une incursion dans un village ou dans une colonie appartenant à cette puissance, Sa Majesté déclare qu’elle considère les bâtiments de toutes les nations comme des colonies flottantes appartenant aux dites nations. Par une suite de cc principe, la souveraineté et l’indépendance d’une nation est une propriété de ses voisins. Si un citoyen français était insulté dans un port ou dans une colonie américaine, le gouvernement des Etats-Unis ne nierait pas qu’il en est responsable; de même, le gouvernement des États-Unis doit être responsable de la violation d’une propriété française à bord d’un bâtiment ou colonie flottante américaine; ou, ce gouvernement ne pouvant point garantir l’intégrité de ses droits et l’indépendance de son pavillon, Sa Majesté ne peut considérer les bâtiments américains violés par des visites, par des contributions ou autres actes arbitraires, que comme n’appartenant plus aux Etats-Unis et dénationalisés,

Mais, toutes les fois que le gouvernement des États-Unis d’Amérique ordonnera que ses bâtiments marchands soient armés pour repousser l’injuste agression de l’Angleterre, pour soutenir son droit et sa souveraineté contre le refus que fait cette puissance de reconnaître ce grand principe que le pavillon couvre la marchandise, et contre son injuste prétention de soumettre à  sa législation les pavillons neutres, Sa Majesté est prête à  les reconnaître et à les traiter comme neutres.

 

Schönbrunn, 18 mai 1809

NOTE POUR LA RÉUNION DU LOUVRE ET DES TUILERIES.

Faire la réunion par une galerie semblable à  celle du bord de l’eau, en adoptant l’idée d’avoir tout l’espace entre les deux palais vide, comme il a été proposé par le Bernin: ce projet sera le plus simple et le moins dispendieux. Il n’y aura à regretter que l’arc de triomphe, qu’il faudra nécessairement abattre, à  moins qu’on ne trouve moyen de placer des monuments entre lui et le Louvre, de manière à  cacher la fausse direction. Il faudrait chercher à  conserver ce beau monument. Il sera facile de partager par des grilles l’espace entre les deux palais, que l’on trouve trop grand. On pourra en faire une partie en jardin.

La nouvelle galerie devra être d’une architecture uniforme. On ne s’arrêtera pas à  chercher à  la rendre absolument semblable à  celle en face, qui est de différents ordres. Le grand espace dérobera non­seulement cette différence d’architecture, mais aussi les différentes directions des galeries et les différentes ouvertures des angles de la place. On admire bien la place Saint-Marc à Venise, qui est tout irrégulière dans ses dimensions et dans son architecture. Je reproche au nouveau projet de M. Fontaine de ne pas cacher entièrement les défauts de la réunion, d’être inexécutable et excessivement cher comme galerie avec terrasse ,enfin de ne pas donner de grands jardins d’hiver suffisants pour la population de Paris, comme l’Empereur le demande.

Les autres projets surchargent l’espace de bâtiments inutiles et qui coûteront très-cher, sans remplir le principal objet de la demande de Sa Majesté, qui est d’avoir un beau et grand jardin d’hiver.

La cour habite habituellement peu Paris. Les Tuileries et le Louvre arrangés suffiront pour le logement du souverain de la France et des souverains étrangers qui viendront le visiter.

Il est préférable que les grands fonctionnaires habitent des hôtels à eux appartenant ou écartés du palais. Les appartements que l’on fera dans la nouvelle galerie seront mal distribués, incommodes, d’un entretien dispendieux pour le souverain. Il arrivera par la suite du temps ce qui est toujours arrivé: ces appartements, donnés à  la place, finiront par devenir en jouissance aux officiers en faveur ou à leurs familles; chacun y fera des distributions et changements à sa fantaisie et pour sa plus grande commodité, et par là on ruinera les bâtiments comme on avait fait dans le Louvre et la galerie; on compromettra même la sûreté de tout le palais.

Je pense qu’il vaudrait mieux placer la bibliothèque dans les étages supérieurs de la nouvelle galerie. Le rez-de-chaussée servirait pour les écuries du palais et les remises. Des constructions se trouveraient en face pour les archives. On pourrait aussi avoir une orangerie au rez-de-chaussée, en place des galeries ouvertes actuellement, que l’on fermerait en hiver pour les transformer en orangerie. On conserverait pour le trésorier et le secrétaire d’Etat, qui ont besoin d’être logés près du palais, les logements commencés déjà  dans la nouvelle galerie.

Le projet, en conservant l’espace vide, a l’avantage de coûter moins cher, d’être plus tôt et plus certainement terminé. Il sera bâti ailleurs, pour remplacer les bâtiments que l’on ne fera pas dans son enceinte. Il économisera les frais de construction d’une bibliothèque, qu’il faut bien placer ailleurs qu’elle est à  présent.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809

Au général Clarke, duc d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous avez beaucoup trop alarmé Paris sur les affaires de Prusse; si même il était vrai qu’elle nous eût attaqués, c’est bien peu de chose que la Prusse, et je ne manquerais pas de moyens de la soumettre, à  plus forte raison lorsque ces bruits sont controuvés.

Vous n’avez pas mis assez de prudence dans cette affaire; il est d’un mauvais effet qu’une puissance s’imagine que je suis au dépourvu. Il y a un tas de mesures qui ne signifient rien et qui font sensation.

La surveillance du ministre de la police sur le ministre de Prusse ne vaut rien. Le ministre de la police est parti de là  pour faire mille bavardages qui sont déplacés.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vois dans votre lettre du 13 qu’on a des alarmes à Paris. On ferait mieux de dormir, d’aller à l’Opéra, à des fêtes, au bois de Boulogne, etc. Le général Blücher n’a point remué. La Prusse ne pense guère à me faire la guerre; les Russes marchent contre les Autrichiens. Le maréchal Davout est à Vienne et le prince de Ponte­-Corvo à Linz. Il y a peu d’esprit à Paris; mais aussi il ne faut pas que le gouvernement prenne des mesures qui alarment. Vous n’avez pas besoin de parler à Fouché ni à Cambacérès de la plaisante guerre de la Prusse, ni de laisser voir des choses que l’art consiste à cacher. C’est montrer la corde que de faire marcher de misé­rables compagnies de conscrits en poste (Cette mesure aurait été prise sur la nouvelle d’une invasion de Schill en Westphalie).

Si le ministre de la police pense qu’il soit nécessaire d’envoyer des troupes à Beaupreau, vous pouvez tirer un bataillon de 500 hommes du corps que commande le général Dufour, en les prenant à Rochefort, à la Rochelle ou à l’île d’Aix. Il faut faire une punition exemplaire de la commune qui a laissé assassiner un gendarme.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, la conduite du sieur Victor Hugues à  Cayenne, aussi bien que celle du capitaine général de la Martinique, mérite une enquête. Donnez ordre à  l’un et à  l’autre de s’éloigner de trente lieues de Paris, dans une ville que vous désignerez. Demandez des notes au capitaine général de la Martinique sur le peu de défense qu’a opposé le fort Bourbon. Comment a-t-il pu se rendre si promptement ? Pourquoi la garnison n’a-t-elle pas été libre et non prisonnière ? Enfin pourquoi n’a-t-il pas fait excepter de la capitulation le préfet colonial, qui est un employé civil ? Quant au sieur Victor Hugues, il m’importe d’avoir des indications sur sa fortune, pour savoir si ce n’est pas pour la sauver qu’il a abandonné mon île de Cayenne sans défense. J’ai besoin d’avoir des enquêtes et des rapports détaillés sur ces colonies.

Puisque vous n’avez pas pu débarquer tous vos approvisionnements à  Barcelone, faites-les débarquer à  Rosas.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon Cousin, donnez l’ordre le plus formel au duc de Valmy de ne rien détourner pour le corps de Hanau de ce qui est destiné pour l’armée, ni troupes, ni artillerie, ni équipages militaires, S’il n’exécute pas rigoureusement cet ordre, je serai obligé de lui ôter le commandement de ce corps.

Mon Cousin, donnez ordre au général Pajol de se porter avec un régiment de cavalerie d’abord sur Tulln, où il se mettra en communication avec un autre régiment de cavalerie que vous enverrez, sous les ordres d’un officier intelligent, à  Sieghartskirchen; avec cette brigade de cavalerie il se portera au secours du général Vandamme, qui aujourd’hui s’est porté entre Mauthausen et Altenburg pour attaquer l’ennemi qui menaçait de passer. Prévenez le général Vandamme du nom de ces deux régiments, de la direction qu’ils prennent et de l’heure à  laquelle ils arriveront, par un officier qui pourra rapporter des nouvelles de ce qui se passerait ce soir et cette nuit. Chargez le général Pajol et l’officier supérieur que vous enverrez à  Sieghartskirchen de correspondre fréquemment avec vous et de laisser à  cet effet quelques postes sur la route. Tenez-vous prêt, avec les divisions Friant, Morand et Gudin, à  partir à  deux heures de la nuit pour vous porter partout où il sera nécessaire, en faisant faire cependant le moins de mouvements possible ce soir à  ces divisions. Il me paraît que la division Friant seule aura besoin de sortir de la ville, afin d’être relevée par la division Claparède. La division Friant peut se réunir tout entière entre Schönbrunn et Vienne, en bataille, ayant son artillerie et prête à  partir. Si vos parcs et quelques autres choses appartenant à votre corps d’armée se trouvent sur la route de Saint-Pölten, faites-les marcher sur Vienne,

Il est nécessaire, du reste, de faire le moins de mouvements possible jusqu’à ce qu’on voie ce que veut faire l’ennemi. Il ne serait pas impossible que je ne fasse pas bouger votre corps de la journée de demain. Je donne ordre que les deux brigades de la division Claparède occupent Vienne, et qu’une division occupe Nussdorf jusqu’à  Klosterneuburg. Ayez bien soin que tous les postes du général Morand soient relevés dans la nuit.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, trois heures du soir.

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la réserve de cavalerie de l’armée d’Allemagne.

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que la division Espagne soit rendue ici demain à cinq heures du matin, avec son artillerie et prête à  passer le Danube; que la division Saint-Sulpice soit également rendue à  un quart de lieue d’Ebersdorf à six heures du matin, et enfin la division Nansouty à huit heures.

Je vous préviens que l’Empereur donne au général Lasalle une division composée des brigades Piré et Bruyère. L’intention de Sa Majesté est que ces deux brigades soient rendues demain, à cinq heures du matin, à Ebersdorf, pour passer le pont.

Je vous prie également de donner l’ordre au général Colbert de partir de sa personne, avec deux de ses régiments, pour être le plus tôt qu’il pourra devant Ebersdorf, pour y passer le Danube.

Vous ordonnerez au général Colbert de laisser 500 chevaux au général Lauriston; il faut que le général Colbert prévienne le général Lauriston de son mouvement. Je vous préviens que je donne l’ordre au général Marulaz de reployer ses postes et de se rendre devant Ebersdorf avec sa brigade, pour y passer le pont.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, trois heures et demie du soir.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

L’Empereur, Monsieur le Duc de Rivoli, ordonne que le général Marulaz reploie tous ses postes, et que demain, à cinq heures du matin ,il soit rendu avec sa brigade à  Ebersdorf pour passer le pont.

Le général Montbrun, qui est à Bruck, couvrira la route de Presbourg; vous direz au général Marulaz de faire prévenir le général Montbrun.

L’Empereur ordonne également que tout votre corps d’armée soit prêt à  passer le pont demain de bonne heure.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, quatre heures du soir.

Au maréchal Lannes, duc de Montebello, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Nussdorf

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que votre corps d’armée soit prêt à passer le Danube demain à neuf heures du matin.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, quatre heures du soir.

Au général comte Gudin, commandant la 3e division du 3e corps, à Sieghartskirchen.

Il est ordonné au général Gudin de partir demain à trois heures du matin de Sieghartskirchen, pour être rendu à  neuf heures du matin à Nussdorf, entre Klosterneuburg et Vienne, sur la rive droite du Danube; il surveillera toute la rive de ce fleuve jusqu’à Vienne. Je préviens de cet ordre M. le duc d’Auerstaedt.

 

Ebersdorf, 19 mai 1809,huit heures du soir.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz.

L’intention de l’Empereur, Prince, est que vous entriez en Bohême et que vous manoeuvriez soit sur Budweis, soit sur Zwettel, selon les circonstances et les mouvements de l’ennemi.

L’Empereur espère que le pont qu’il fait jeter au-dessous de Vienne sera prêt demain avant midi, et que dans la journée toute son armée sera sur la rive gauche.

Votre premier but, Prince, doit toujours être de couvrir Linz; le second, d’éloigner l’ennemi du Danube, de Krems jusqu’à Vienne.

Le général Vandamme a l’ordre de mettre son quartier général à Enns, de laisser 2,000 hommes à la tête de pont de Linz et d’occuper Steyr. Ainsi cela laisse votre corps disponible .

 

Ebersdorf, 19 mai 1809, huit heures du soir.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Saint-Pölten.

L’intention de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que vous fassiez retirer tout ce que vous avez du côté de Maria-Zell, en y laissant seulement une forte patrouille d’observation. S’il n’y a rien de nouveau, l’intention de l’Empereur est que vous partiez de Saint-Pölten , de manière à être rendu demain à  midi à Vienne. Avant le jour, vous ferez partir vos pontonniers, vos sapeurs et vos outils, pour se rendre à  Nussdorf, où vous donnerez l’ordre qu’on jette un pont. Vous savez que Nussdorf est entre Klosterneuburg et Vienne. J’ai envoyé directement l’ordre au général Gudin de partir demain, à quatre heures du matin, de Sieghartskirchen, pour se rendre à  Nussdorf et surveiller toute la rive droite du Danube jusqu’à Vienne.

Vous ordonnerez qu’on ramasse toutes les barques aussitôt que la rive gauche sera libre; ce qui doit être dans la journée de demain, puisque les ponts que l’Empereur fait faire à Ebersdorf, à  deux lieues au-dessous de Vienne, seront faits avant midi, et que notre cavalerie inondera la plaine.

Vos pontonniers seront très-nécessaires pour établir des trailles à l’emplacement des ponts brûlés de Vienne, pour pouvoir communiquer par la route la plus directe sur Brünn; car noire pont, comme je vous l’ai dit, est à  deux grandes lieues au-dessous de Vienne.

L’intention de l’Empereur est que vous fassiez filer votre cavalerie par Mautern et Tulln, ce qui éclairera la rive droite du Danube; hormis cependant un régiment qu’il sera nécessaire de laisser du côté de Krems.

Quant à  la division Morand, vous la placerez de manière à  remplir le double but de couvrir, depuis Melk jusqu’à Vienne, la rive droite, de garder Saint-Pölten et de pouvoir se réunir sur Vienne aussitôt que l’ennemi aura abandonné la rive gauche.

Je donne l’ordre au prince de Ponte-Corvo d’entrer en Bohême en manoeuvrant sur Budweis ou Zwettel, suivant les circonstances et les mouvements de l’ennemi.

Quant au général Vandamme, il doit se placer de sa personne à Enns et laisser 2,000 hommes à la tête de pont de Linz. Il occupera Steyer pour contenir l’Alt-Mark et Enns; il observera les débouchés de Mauthausen; il fera occuper Wallsee et Ybbs, et il renverra à Vienne les troupes qui se trouvent dans ces derniers points, et enfin se tiendra prêt à se porter, avec toute la masse de ses forces, sur Steyer, suivant les événements. Dans le dernier cas, il laisserait 2,000 hommes à la tête de pont de Linz, de manière à ce que le prince de Ponte-Corvo fût disponible.

 

Vienne, 19 mai 1809.

NEUVIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Pendant que l’armée prenait quelque repos dans Vienne, que ses corps se ralliaient, que l’Empereur passait des revues pour accorder des récompenses aux braves qui s’étaient distingués et pour nommer aux emplois vacants, on préparait tout ce qui était nécessaire pour l’importante opération du passage du Danube.

Le prince Charles, après la bataille d’Eckmühl, jeté sur l’autre rive du Danube, n’eut d’autre refuge que les montagnes de la Bohême. En suivant les débris de l’armée du prince Charles dans l’intérieur de la Bohême, l’Empereur lui aurait enlevé son artillerie et ses bagages; mais cet avantage ne valait pas l’inconvénient de promener son armée, pendant quinze jours, dans des pays pauvres, montagneux et dévastés.

L’Empereur n’adopta aucun plan qui pût retardé d’un jour son entrée à Vienne, se doutant bien que, dans l’état d’irritation qu’on avait excité, on songerait à défendre cette ville, qui a une excellente enceinte bastionnée, et à opposer quelque obstacle. D’un autre côté, son armée d’Italie attirait son attention, et l’idée que les Autrichiens occupaient ses belles provinces du Frioul et de la Piave ne lui laissait point de repos.

Le maréchal duc d’Auerstaedt resta en position en avant de Ratisbonne pendant le temps que mit le prince Charles à déboucher en Bohême, et immédiatement après il se dirigea par Passau et Linz sur la rive gauche du Danube, gagnant quatre marches sur ce prince. Le corps du prince de Ponte-Corvo fut dirigé dans le même système. D’abord il fit un mouvement sur Egra, ce qui obligea le prince Charles à  y détacher le corps du général Bellegarde; mais par une contre­marche il se porta brusquement sur Linz, où il arriva avant le général Bellegarde, qui, ayant appris cette contre-marche, se dirigea aussi sur le Danube.

Ces manoeuvres habiles, faites jour par jour selon les circonstances, ont dégagé l’Italie, livré sans défense les barrières de l’Inn, de la Salza, de la Traun et tous les magasins ennemis, soumis Vienne, désorganisé les milices et la landwehr, terminé la défaite des corps de l’archiduc Louis et du général Hiller et achevé de perdre la réputation du général ennemi. Celui-ci, voyant la marche de l’Empereur, devait penser à se porter sur Linz, passer le pont et s’y réunir aux corps de l’archiduc Louis et du général Hiller; mais l’armée française y était réunie plusieurs jours avant qu’il pût y arriver. Il aurait pu espérer de faire sa jonction à  Krems; vains calculs ! il était encore en retard de quatre jours, et le général Hiller, en repassant le Danube, fut obligé de brûler le beau pont de Krems. Il espérait enfin se réunir devant Vienne; il était encore en retard de plusieurs jours.

L’Empereur a fait jeter un pont sur le Danube, vis-à-vis le village d’Ebersdorf, à deux lieues au-dessous de Vienne. Le fleuve, divisé en cet endroit en plusieurs bras, a quatre cents toises de largeur. L’opération a commencé hier 18, à quatre heures après midi. La division Molitor a été jetée sur la rive gauche, et a culbuté les faibles détachements qui voulaient lui disputer le terrain et couvrir le dernier bras du fleuve.

Les généraux Bertrand et Pernety ont fait travailler aux deux ponts, l’un de plus de deux cent quarante, l’autre de plus de cent trente toises, communiquant entre eux par une île. On espère que les travaux seront finis demain.

Tous les renseignements qu’on a recueillis portent à  penser que l’empereur d’Autriche est à  Znaym.

Il n’y a encore aucune levée en Hongrie. Sans armes, sans selles, sans argent, et fort peu attachée à la Maison d’Autriche, cette nation paraît avoir refusé toute espèce de secours.

Le général Lauriston, aide de camp de Sa Majesté, à la tête de la brigade d’infanterie badoise et de la brigade de cavalerie légère du général Colbert, s’est porté à Neustadt sur Bruck et sur le Semmering-Berg, haute montagne qui sépare les eaux qui coulent dans la mer Noire et dans la Méditerranée. Dans ce passage difficile, il a fait quelques centaines de prisonniers.

Le général Duppelin a marché sur Maria-Zell, où il a désarmé un millier de landwehr et fait quelques centaines de prisonniers.

Le maréchal duc de Danzig s’est porté sur Innsbruck; il a rencontré, le 14, à  Wörgl, le général Chasteler avec ses Tyroliens; il l’a culbuté et lui a pris 700 hommes et onze pièces d’artillerie.

Kufstein a été débloqué le 12. Le chambellan de Sa Majesté, Germain, qui s’était renfermé dans cette place, s’est bien montré.

Voici quelle est aujourd’hui la position de l’armée. Les corps des maréchaux ducs de Rivoli et de Montebello et le corps des grenadiers du général Oudinot sont à Vienne, ainsi que la Garde impériale. Le corps du maréchal duc d’Auerstaedt est réparti entre Saint-Pölten et Vienne. Le maréchal prince de Ponte-Corvo est à Linz avec les Saxons et les Wurtembergeois; il a une réserve à Passau. Le maréchal duc de Danzig est avec les Bavarois à  Salzburg et à Innsbruck.

Le colonel comte de Czernitchef, aide de camp de l’empereur de Russie, qui avait été expédié pour Paris, est arrivé au moment où l’armée entrait à Vienne. Depuis ce moment, il fait le service et suit Sa Majesté. Il a apporté des nouvelles de l’armée russe, qui n’aura pu sortir de ses cantonnements que vers le 10 ou 12 mai.

 

Ebersdorf, 20 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je réponds à votre lettre du 12. Il faut envoyer les 941 hommes destinés aux 15e et 10e légers et au 57e régiment en Portugal, comme je l’ai ordonné.

Encore une fois, la Prusse ne bougera pas; si elle bouge, je suis là pour la punir. Des événements extraordinaires ne peuvent plus avoir lieu. Je suis d’ailleurs en mesure de pourvoir à tout. La seule chose que vous puissiez faire sans mon ordre, c’est de faire des dispositions, en cas d’événements imprévus, pour Wesel, Mayence ou Strasbourg; pour le reste de l’Allemagne, n’y pensez pas.

J’approuve les mesures que vous avez prises pour porter au grand complet les sept régiments polonais, les régiments de la Tour d’Auvergne et d’Isembourg, et les régiments irlandais.

Je désire que les prisonniers autrichiens ne me coûtent rien et qu’ils soient répartis entre les paysans.

Faites un travail sur les mineurs, sapeurs et pontonniers, et faites partir des dépôts tout ce que vous pourrez pour les compléter.

 

Ebersdorf, 20 mai 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois vos lettres du 13. Je vois que la 3e demi-brigade provisoire n’est qu’à 1,200 hommes et la 4e à 600 hommes. Cependant tous les corps qui doivent fournir à ces demi-brigades ont beaucoup de monde; faites donc accélérer la formation de ces demi-brigades.

Vous avez eu tort de diriger les détachements de dragons des dépôts de Versailles sur Hanau, puisqu’il n’y a point de régiments provisoires de dragons à Hanau. Continuez à les diriger sur Strasbourg, où se forment ces régiments.

Je suppose qu’en cas d’événements du côté de l’Escaut vous avez pris des mesures pour y diriger le général Rampon avec ses 6.000 gardes nationaux; que le général Sainte-Suzanne, avec ce qu’il a de disponible au camp de Boulogne, peut se réunir à  Gand avec les demi-brigades de Gand, de Maestricht et de Saint-Omer; enfin que vous prenez des mesures à Paris pour les deux demi-brigades qui s’y forment. Tout cela a besoin d’être activé.

Les deux demi-brigades qui se forment à  Paris doivent être fortes de 5,000 hommes; il est nécessaire qu’elles soient prêtes et à la main, pour les porter sur tous les points de la côte qui seraient menacés.

 

Ebersdorf, 20 mai 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire

Je vois avec pitié le peu de consistance de l’opinion de Paris, les craintes perpétuelles et les effets de la badauderie et de la malveil­lance. J’en suis fâché pour le peuple de Paris, et pour vous qui y êtes. Il faut avoir peu d’esprit pour croire à ces inepties et donner tête baissée dans la croyance que la Prusse nous déclare la guerre. Il est vrai aussi que le ministre de la guerre a fait ce qu’il a pu pour alarmer le public, et qu’on a donné ainsi source à des bruits qui n’ont pas le sens commun.

 

Ebersdorf, 20 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police général, à Paris

Vos bulletins de police ne sont que des bulletins d’Angleterre et des relations extérieures; il n’y est point question de ce qui se passe dans l’intérieur de la France. J’apprends par le ministre de la guerre un événement qui s’est passé dans le département de la Loire-Inférieure, l’assassinat d’un gendarme à Chaudron par une bande de brigands qui, après avoir promené ce militaire pendant six heures, l’ont percé de neuf coups de fusil. Je vous envoie le rapport du ministre. Si le fait est vrai, lancez un mandat d’arrêt contre le maire et les dix principaux habitants, et faites-les venir à Paris. Concertez-vous avec le ministre de la guerre pour qu’un bataillon soit envoyé à Beaupréau, si cette, mesure est jugée nécessaire; on le prendra parmi les troupes qui sont à Roche fort.

Je vous invite à laisser la politique de côté et à me donner fréquemment des nouvelles de ce qui regarde l’intérieur des départe­ments. Le fait que je viens de citer, je devais l’apprendre par vous avant de l’apprendre par aucun ministre. J’attache de l’importance à ces faits et non à des balourdises sur la Russie et la Prusse, à l’égard desquelles on ne peut rien savoir.

 

Au bivouac sur le Danube, 21 mai 1809, neuf heures du soir.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

Le pont s’étant rompu, on a perdu du temps. L’ennemi a attaqué avec toutes ses forces, et nous n’avions que 20,000 hommes de passés. L’affaire a été chaude. Le champ de bataille nous est resté.

Il faut nous envoyer ici tout votre parc, le plus de munitions possible. Envoyez ici le plus de troupes que vous pourrez, en gardant celles qui sont nécessaires pour garder Vienne. Envoyez-nous aussi des vivres.

Faites venir, en échelons, de Saint-Pölten, ce qu’il faudra pour garder Vienne.

 

Rive gauche du Danube, à  la tête de pont, 22 mai 1809, midi et demi.

5)Il n’a pas été retrouvé d’autre pièce relative aux opérations de la journée du 22 mai).)

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

L’interruption du pont nous a empêchés de nous approvisionner; à  dix heures nous n’avions plus de munitions. L’ennemi s’en est aperçu et a marché sur nous. Deux cents bouches à feu, auxquelles depuis dix heures nous ne pouvions répondre, nous ont fait beaucoup de mal.

Dans cette situation de choses, raccommoder les ponts, nous envoyer des munitions et des vivres, faire surveiller Vienne, est extrêmement important. Écrivez au prince de Ponte-Corvo pour qu’il ne s’engage pas dans la Bohême, et au général Lauriston pour qu’il soit prêt à se rapprocher de nous. Voyez M. Daru pour qu’il nous envoie des effets d’ambulance et des vivres de toute espèce.

Aussitôt que le pont sera prêt, ou dans la nuit, venez vous aboucher avec l’Empereur.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809, après minuit.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, dans l’île Lobau.

L’Empereur arrive au premier pont sur le petit bras. Le pont de chevalets est rompu. On donne des ordres pour le réparer; mais il est nécessaire que vous y envoyiez des sapeurs pour faire deux ponts de chevalets au lieu d’un. Mais ce qui sera plus long, c’est le premier pont sur le grand bras, qui est à  moitié défait et qui ne peut être reconstruit au plus tôt que vers la fin de la journée de demain. Il est donc nécessaire que vous teniez fortement la tête du premier pont, que vous passerez demain matin, c’est-à-dire de placer de l’artillerie et de retirer les pontons pour faire croire à  l’ennemi, d’après votre disposition, que nous nous réservons les moyens de rejeter le pont pour passer; ce qui tiendra l’ennemi en respect. Mais le fait est qu’il faudra, aussitôt que les pontons seront retirés, les faire charger sur les haquets, avec les cordages, ancres, poutrelles, madriers, etc., pour les envoyer de suite au pont du grand bras, pour lequel il manque quatorze ou quinze bateaux. Vous enverrez les compagnies de pontonniers qui sont avec vous, pour aider à faire le pont. Vous sentez combien tout ceci demande d’activité, etc.

L’Empereur passe de l’autre côté pour activer tous les moyens, et surtout pour vous faire passer des vivres. L’important est donc de vous tenir fortement et avec beaucoup de canons dans la première île, et d’envoyer vos pontons pour le pont rompu.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809, une heure du matin.

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

Il est de la plus grande importance, Monsieur l’Intendant général, qu’aussitôt la réception de cette lettre vous nous fassiez charger sur des bateaux 100,000 rations de pain ou de biscuit, si vous pouvez les fournir, et autant de rations d’eau-de-vie; que vous leur fassiez descendre le Danube pour se rendre à la grande île, où est notre pont de bateaux, c’est-à-dire au deuxième bras à gauche. Une grande partie de l’armée se trouvera cette nuit dans cette île et y aura besoin de vivres. Envoyez un employé qui descendra avec les bateaux, et, arrivé à  la tête du pont, il fera prévenir le duc de Rivoli, qui se trouvera dans la grande île vis-à-vis Ebersdorf, afin qu’il ordonne la distribution de ces vivres, dont il a le plus grand besoin.

Dans la situation des choses, rien n’est plus pressant que l’arrivée de ces vivres.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809

DIXIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Vis-à-vis Ebersdorf, le Danube est divisé en trois bras séparés par deux îles. De la rive droite à la première île, il y a deux cent quarante toises; cette île a à peu près mille toises de tour. De cette île à la grande île, où est le principal courant, le canal est de cent vingt toises. La grande île, appelée In-der-Lobau, a sept mille toises de tour, et le canal qui la sépare du continent a soixante et dix toises. Les premiers villages que l’on rencontre ensuite sont Aspern, Essling et Enzersdorf. Le passage d’une rivière comme le Danube, devant un ennemi connaissant parfaitement les localités et ayant les habitants pour lui, est une des plus grandes opérations de guerre qu’il soit possible de concevoir.

Le pont de la rive droite à  la première île et celui de la première île à celle d’ln-der-Lobau ont été faits dans la journée du 19, et, dès le 18, la division Molitor avait été jetée par des bateaux à rames dans la grande île.

Le 20, l’Empereur passa dans cette île et fit établir un pont sur le dernier bras, entre Aspern et Essling. Ce bras n’ayant que soixante-dix toises, le pont n’exigea que quinze pontons et fut jeté en trois heures par le colonel d’artillerie Aubry.

Le colonel Sainte-Croix, aide de camp du maréchal duc de Rivoli, passa le premier dans un bateau sur la rive gauche.

La division de cavalerie légère du général Lasalle et les divisions Molitor et Boudet passèrent dans la nuit.

Le 21, l’Empereur, accompagné du prince de Neuchâtel et des maréchaux ducs de Rivoli et de Montebello, reconnut la position de la rive gauche et établit son champ de bataille, la droite au village d’Essling et la gauche à celui d’Aspern, qui furent sur-le-champ occupés.

Le 21, à quatre heures après midi, l’armée ennemie se montra et parut avoir le dessein de culbuter notre avant-garde et de la jeter dans le fleuve : vain projet ! Le maréchal duc de Rivoli fut le premier attaqué, à Aspern, par le corps du général Bellegarde. Il manoeuvra avec les divisions Molitor et Legrand, et, pendant toute la soirée, fit tourner à la confusion de l’ennemi toutes les attaques qui furent entreprises. Le duc de Montebello défendit le village d’Essling, que le maréchal duc d’Istrie, avec la cavalerie légère et la division de cuirassiers Espagne, couvrit la plaine et protégea Enzersdorf. L’affaire fut vive; l’ennemi déploya deux cents pièces de canon et à peu près 90,000 hommes, composés des débris de tous les corps de l’armée autrichienne.

La division de cuirassiers Espagne fit plusieurs belles charges, enfonça deux carrés et s’empara de quatorze pièces de canon. Un boulet tua le général Espagne, combattant glorieusement à  la tête des troupes, officier brave, distingué et recommandable sous tous les points de vue. Le général de brigade Fouler fut tué dans une charge (Fouler, que l’on croyait mort, avait été blessé et fait prisonnier).

Le général Nansouty, avec la seule brigade commandée par le général Saint-Germain, arriva sur le champ de bataille vers la fin du jour. Celte brigade se distingua par plusieurs belles charges. A huit heures du soir le combat cessa, et nous restâmes entièrement maîtres du champ de bataille.

Pendant la nuit, le corps du général Oudinot, la division Saint­Hilaire, deux brigades de cavalerie légère et le train d’artillerie passèrent les trois ponts.

Le 22, à quatre heures du matin, le duc de Rivoli fut le premier engagé. L’ennemi fit successivement plusieurs attaques pour reprendre le village. Enfin, ennuyé de rester sur la défensive, le duc de Rivoli, attaqua à son tour et culbuta l’ennemi. Le général de division Legrand s’est fait remarquer par ce sang-froid et cette intrépidité qui le distinguent.

Le général de division Boudet, placé au village d’Essling, était chargé de défendre ce poste important.

Voyant que l’ennemi occupait un grand espace de la droite à  la gauche, on conçut le projet de le percer par le centre. Le duc de Montebello se mit à la tête de l’attaque, ayant le général Oudinot à la gauche, la division Saint-Hilaire au centre et la division Boudet à la droite. Le centre de l’armée ennemie ne soutint pas les regards de nos troupes. Dans un moment tout fut culbuté. Le duc d’Istrie fit faire plusieurs belles charges qui toutes eurent du succès. Trois colonnes d’infanterie ennemie furent chargées par les cuirassiers et sabrées. C’en était fait de l’armée autrichienne, lorsqu’à sept heures du matin un aide de camp vint annoncer à l’Empereur que, la crue subite du Danube ayant mis à flot un grand nombre de gros arbres et de radeaux coupés et jetés sur les rives dans les événements qui ont eu lieu lors de la prise de Vienne, les ponts qui communiquaient de la rive droite à la petite île et de celle-ci à  l’île d’ln-der-Lobau venaient d’être rompus. Cette crue périodique, qui n’a ordinairement lieu qu’à  la mi-juin par la fonte des neiges, a été accélérée par la chaleur prématurée qui se fait sentir depuis quelques jours. Tous les parcs de réserve qui défilaient se trouvèrent retenus sur la rive droite par la rupture des ponts, ainsi qu’une partie de notre grosse cavalerie et le corps entier du maréchal duc d’Auerstaedt. Ce terrible contre-temps décida l’Empereur à  arrêter le mouvement en avant. Il ordonna au duc de Montebello de garder le champ de bataille qui avait été reconnu et de prendre position, la gauche appuyée à un rideau qui couvrait le duc de Rivoli et la droite à Essling. Les cartouches à canon et d’infanterie que portait notre parc de réserve ne pouvaient plus passer.

L’ennemi était dans la plus épouvantable déroute, lorsqu’il apprit que nos ponts étaient rompus. Le ralentissement de notre feu et le mouvement concentré que faisait notre armée ne lui laissaient aucun doute sur cet événement imprévu. Tous ses canons et ses équipages d’artillerie qui étaient en retraite se représentèrent sur la ligne, et, depuis neuf heures du matin jusqu’à sept heures du soir, il fit des efforts inouïs, secondés par le feu de deux cents pièces de canon, pour culbuter l’armée française. Ses efforts tournèrent à sa honte; il attaqua trois fois les villages d’Essling et d’Aspern, et trois fois il les remplit de ses morts. Les fusiliers de la Garde, commandés par le général Mouton, se couvrirent de gloire et culbutèrent la réserve, composée de tous les grenadiers de l’armée autrichienne, les seules troupes fraîches qui restassent à  l’ennemi. Le général Gros fit passer au fil de l’épée 700 Hongrois, qui s’étaient déjà  logés dans le cimetière du village d’Essling. Les tirailleurs, sous les ordres du général Curial, firent leurs premières armes dans cette journée et montrèrent de la vigueur. Le général Dorsenne, colonel-commandant la vieille Garde, la plaça en troisième ligne, formant un mur d’airain seul capable d’arrêter tous les efforts de l’armée autrichienne. L’ennemi tira quarante mille coups de canon, tandis que, privés de nos parcs de réserve, nous étions dans la nécessité de ménager nos munitions pour quelques circonstances imprévues.

Le soir, l’ennemi reprit les anciennes positions qu’il avait quittées pour l’attaque, et nous restâmes maîtres du champ de bataille. Sa perte est immense. Les militaires dont le coup d’oeil est le plus exercé ont évalué à plus de 12,000 les morts qu’il a laissés sur le champ de bataille. Selon le rapport des prisonniers, il a eu 23 généraux et officiers supérieurs tués ou blessés. Le feld-maréchal­-lieutenant Weber, 1,500 hommes et quatre drapeaux sont restés en notre pouvoir.

La perte de notre côté a été considérable : nous avons eu 1,100 tués et 3.000 blessés. Le duc de Montebello a eu la cuisse emportée par un boulet, le 22, sur les six heures du soir. L’amputation a été faite, et sa vie est hors de danger. Au premier moment on le crut mort; transporté sur un brancard auprès de l’Empereur, ses adieux furent touchants. Au milieu des sollicitudes de cette journée, l’Empereur se livra à la tendre amitié qu’il porte depuis tant d’années à ce brave compagnon d’armes. Quelques larmes coulèrent de ses yeux, et, se tournant vers ceux qui l’environnaient : “Il fallait, dit-il, que dans cette journée mon coeur fût frappé par un coup aussi sensible, pour que je pusse m’abandonner à d’autres soins qu’à ceux de mon armée “. Le duc de Montebello avait perdu connaissance; la présence de l’Empereur le fit revenir; il se jeta à son cou en lui disant : “Dans une heure vous aurez perdu celui qui meurt avec la gloire et la conviction d’avoir été et d’être votre meilleur ami.”

Le général de division Saint-Hilaire a été blessé; c’est un des généraux les plus distingués de la France.

Le général Durosnel, aide de camp de l’Empereur, a été enlevé par un boulet, en portant un ordre.

Le soldat a montré un sang-froid et une intrépidité qui n’appartiennent qu’à des Français.

Les eaux du Danube croissant toujours, les ponts n’ont pu être rétablis pendant la nuit. L’Empereur a fait repasser, le 23, à l’armée, le petit bras de la rive gauche, et a fait prendre position dans l’île d’In-der-Lobau, en gardant les têtes de pont.

On travaille à  rétablir les ponts. On n’entreprendra rien qu’ils ne soient à l’abri des accidents des eaux et même de tout ce que l’on pourrait tenter contre eux. L’élévation du fleuve et la rapidité du courant obligent à des travaux considérables et de grandes précautions.

Lorsque, le 23 au matin, on fit connaître à l’armée que l’Empereur avait ordonné qu’elle repassât dans la grande île, l’étonnement de ces braves fut extrême. Vainqueurs dans les deux journées, ils croyaient que le reste de l’armée allait les rejoindre; et, quand on leur dit que les grandes eaux, ayant rompu les ponts et augmentait sans cesse, rendaient le renouvellement des munitions et des vivres impossible, et que tout mouvement en avant serait insensé, on eut de la peine à les persuader.

C’est un malheur très-grand et tout à fait imprévu que des ponts formés des plus grands bateaux du Danube, amarrés par de doubles ancres et par des cinquenelles, aient été enlevés; mais c’est un grand bonheur que l’Empereur ne l’ait pas appris deux heures plus tard: l’armée poursuivant l’ennemi aurait épuisé ses munitions et se serait trouvée sans moyen de les renouveler.

Le 23, on a fait passer une grande quantité de vivres au camp d’In-der-Lobau.

La bataille d’Essling, dont il sera fait une relation plus détaillée qui fera connaître les braves qui se sont distingués, sera aux yeux de la postérité un nouveau monument de la gloire et de l’inébranlable fermeté de l’armée française.

Les maréchaux ducs de Montebello et de Rivoli ont montré dans cette journée toute la force de leur caractère militaire.

L’Empereur a donné le commandement du 2e corps au comte Oudinot, général éprouvé dans cent combats, où il a montré autant d’intrépidité que de savoir.

6)Moniteur du 31 mai 1809

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, quatre heures du matin.

Au général comte de Lauriston, commandant les troupes détachées du 1er corps, à Stuppach.

Monsieur le Général Lauriston, je reçois votre lettre du 23. Le général de brigade Colbert va venir vous joindre avec le reste de sa cavalerie. Votre corps d’observation est utile pour avoir des nouvelles de la marche de l’armée d’Italie; mais aujourd’hui que le pays est calmé, il me semble que des partis de cavalerie sont suffisants. Le vice-roi me mande que, le 14 ou le 15, une partie de l’armée ennemie, battant en retraite et fuyant devant lui, devait se trouver près de Villach. Si de là  elle avait suivi la route de Bruck, vous devriez commencer à  en avoir des nouvelles. Si au contraire elle a suivi la route de Cilli et Marburg, afin d’avoir son flanc droit appuyé à la Hongrie, il serait toujours important d’en avoir des nouvelles. Je me serais défait dans la journée du 22 de l’armée du prince Charles; mais, à six heures du matin, lorsque l’affaire s’engageait, mes ponts ont été rompus, et j’ai manqué d’artillerie et de munitions; ce qui m’a arrêté toute la journée en panne et m’a forcé de me contenter de garder le champ de bataille.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, onze heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, au camp Ebersdorf.

L’Empereur, Monsieur le Maréchal ,trouve qu’il est nécessaire de répartir les pièces de 12 que vous aviez données au général Demont dans les divisions de votre corps d’armée. Il y a de l’inconvénient à réunir toutes ces pièces en une seule division. On sera toujours à même de les réunir sur un seul point ,dans un jour de bataille, si on le trouve utile.

Je donne l’ordre au général Songis de vous faire remettre de suite trente pièces de canon autrichiennes de 3 ou de 5 avec trente caissons. Je vous préviens que le général Songis ne pourra mettre à votre disposition ni canonniers ni attelages de chevaux; il faut donc que vous vous procuriez par le moyen des corps des canonniers et des attelages. Vous attacherez deux de ces pièces à chaque régiment. Il ne faut pas, Monsieur le Duc, envoyer des caissons sur Passau; s’il y en a de partis, faites courir après pour les faire revenir. Si les approvisionnements vous manquent, changez des calibres français contre des calibres autrichiens. Cette mesure, qui peut se faire sur les lieux, est préférable à toute autre, car il ne faut rien envoyer à Passau; c’est trop loin.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, cinq heures du soir.

Au général Vandamme, commandant les troupes wurtembergeoises (8e corps), à Enns.

L’Empereur, Monsieur le Général Vandamme, ordonne que vous vous mettiez en marche avec toutes vos troupes réunies pour porter votre quartier général à  Saint-Pölten. Vous vous ferez successivement suivre par les troupes que vous avez à  Steyr, Linz et partout ailleurs en arrière de Melk. Il est très-important que vous arriviez le plus tôt possible, afin que toutes les troupes du duc d’Auerstaedt qui sont à  Saint-Pölten et environs puissent se rendre à Vienne. Vous ferez occuper la position de Melk et de Mautern avec une partie de votre corps pour contenir celui de l’ennemi qui est à  Krems; vous aurez aussi un corps d’observation qui éclairera le Danube depuis Mautern jusqu’à Vienne, sur la rive droite; celui de Melk éclairera jusqu’à  Mautern : ainsi tout sera gardé.

Vous tiendrez un parti entre Maria-Zell et Lilienfeld; tout a été soumis dans cette partie, où il ne faut plus qu’observer. Vous retirerez tous les postes que vous avez à  Linz, Enns, Steyer, etc., qui seront occupés par les troupes du prince de Ponte-Corvo.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, cinq heures du soir.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Auhof

Nous avons eu, le 21 et le 22, Prince, une bataille assez sérieuse sur la rive gauche du Danube, aux villages d’Essling et d’Aspern. L’ennemi était dans la plus parfaite déroute à huit heures du matin, quand nos deux ponts sur les deux grands bras du Danube ont été emportés par la crue des eaux, ce qui a obligé l’Empereur à rester en position, une partie de notre cavalerie, les parcs de nos divisions et le corps du duc d’Auerstaedt étant restés sur la rive droite. Notre perte se monte à  4,000 blessés environ; l’ennemi a perdu beaucoup plus de monde. Nous avons fait 1,500 prisonniers, dont un feld­maréchal, pris quatre drapeaux, plusieurs pièces de canon. Le prince Charles avait réuni toutes ses forces; le corps de Bellegarde et celui de Kollowrath s’y trouvaient; il ne peut donc y avoir en Bohème que la division autrichienne de Jellachich.

Sur le compte que j’ai rendu à Sa Majesté, elle vous laisse les officiers d’artillerie français qui sont avec vous.

Je vous ai fait écrire par le duc d’Auerstaedt que vous ne deviez pas entrer trop avant en Bohême, jusqu’à ce que nos ponts soient rétablis et que l’Empereur ait pris lui-même le parti de déboucher de nouveau sur la rive gauche.

Le duc de Danzig a pris Innsbruck. Ainsi les insurrections de ce côté sont finies, et il n’y a plus d’inquiétudes à  avoir. L’Empereur ordonne au général Vandamme de se porter à Melk et de mettre son quartier général à Saint-Pölten. Ce général a l’ordre de marcher avec tout son corps.

La tête de pont de Linz doit donc être gardée par vous, Prince, ainsi que les points d’Enns et de Steyr. Les points d’Ybbs et de Wallsee doivent être également surveillés par vos troupes. L’intention de l’Empereur est que vous fassiez faire autour de vous de fortes incursions, même sur la rive gauche; que vous ne souffriez pas d’ennemis à  deux ou trois marches de vous. Poussez donc le plus promptement possible le général Vandamme sur Melk avec toutes ses forces réunies, afin que l’Empereur puisse attirer à lui et disposer de toutes les troupes du duc d’Auerstaedt, et même, s’il y avait lieu , de toutes les troupes du général Vandamme. Il n’est pas impossible, Prince, que l’Empereur vous fasse remplacer par le duc de Danzig à Linz et vous appelle sur Vienne. Comme l’île de Lobau forme notre tête de pont sur la rive gauche du Danube, aussitôt que l’Empereur pourra être assuré que ses ponts sont solides, il pourra se décider à une bataille générale. Si vous pouviez organiser six pièces de 3 ou de 5, dont trois au 19e régiment et trois au 5e d’infanterie légère, cela vous ferait dix-huit pièces françaises, ce qui serait bien important, car l’ennemi a une grande quantité d’artillerie.

 

Ebersdorf, 21 mai 1809, neuf heures du soir.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf.

Mon Cousin, donnez ordre que la division Montbrun soit placée à Bruck, que la brigade Colbert se porte à Neustadt, et la division Lasalle à Hainburg; qu’à  trois heures du matin le 7e de hussards rejoigne la division Montbrun; ce régiment est à  Neudorf et fait partie du corps du duc d’Auerstaedt. Donnez ordre que la division Nansouty soit placée à Fischament et Schwechat; que la 2e division de cuirassiers soit placée entre Laxenburg et Neustadt, et la 3e division de cuirassiers entre Laxenburg et Bruck. Recommandez au duc d’Istrie de donner ces ordres de manière qu’il n’y ait aucune interruption, que la frontière soit toujours couverte, qu’on sache ce qui se passe du côté de Presbourg, et qu’on éclaire cette rive, pour savoir si l’ennemi ne travaille pas à quelque pont ou passage dans cette direction. Écrivez au duc d’Auerstaedt de prendre des mesures pour annoncer son quartier général à Neustadt et du côté de Bruck avec 40 à 50,000 hommes; qu’il fasse faire cette annonce par la brigade Colbert.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809

A Louis-Charles-Ausguste, prince royal de Bavière, commandant la 1e division du 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Salzburg.

Je reçois votre lettre Je vous remercie de ce que vous me dites. Je n’ai point de nouvelles du duc de Danzig depuis le 16.  Je vous prie de me faire connaître la situation des ennemis du côté de Rastadt et d’Innsbruck, et d’envoyer des postes de cavalerie pour contenir le pays jusqu’au delà de Lambach. Je ne sais pas si le duc de Danzig est entré à Innsbruck.

Le 22, j’avais passé le Danube et j’étais sur le point de détruire ce qui restait de forces au prince Charles: une crue du Danube a rompu mes ponts; ce qui a empêché le passage d’une partie de l’armée et de mes parcs. J’ai donc dû me borner à garder ma position et à réparer les ponts. L’ennemi s’en étant aperçu, il s’est engagé une assez vive canonnade, où la perte a été considérable de part et d’autre. Une perte qui m’a été surtout sensible est celle du duc de Montebello; vous savez l’amitié que je porte à ce maréchal ; cependant il est hors de danger. J’ai été bien aise de vous prévenir de tout ceci, pour que de mauvais bruits que répandrait l’ennemi ne vous fassent point concevoir d’inquiétude. Je suis encore occupé aujourd’hui à rétablir mes ponts; ce qui est une grande affaire, car cette rivière est fort large et fort difficile.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 19. Vous avez vu par le bulletin ce qui s’est passé ici. La crue du Danube m’a privé de mes deux ponts pendant plusieurs jours. Je suis parvenu enfin  à les rétablir ce matin. Le duc de Montebello en sera quitte pour une jambe de bois. Durosnel a été enlevé par un coup de canon, portant un ordre. Vienne est toujours fort tranquille.

Je suppose qu’on aura enfin mis dans les journaux de Paris la déclaration de guerre de la Russie à l’Autriche.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Je suis d’autant plus fondé à penser que les ponts de radeaux réussiront parfaitement ici, que je me rappelle que, dans les campagnes de 1740, le comte de Saxe, depuis maréchal, fit construire deux ponts de radeaux à Linz.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Je vous ai adressé hier des ordres, Monsieur le Général Songis, pour mettre à la disposition de M. le maréchal duc d’Auerstaedt trente pièces de canon de 3 ou de 5, autrichiennes, avec trente caissons, pour être attachées aux régiments de son corps d’armée, à raison de deux par régiment.

L’Empereur ordonne aussi qu’il soit attaché deux pièces d’artillerie de 3 ou de 5, autrichiennes, à chaque demi-brigade du corps du général Oudinot. En conséquence, l’intention de l’Empereur est que vous fassiez remettre, dans la journée de demain, à la disposition de M. le général  Oudinot, vingt-quatre pièces de 3 ou de 5 et vingt-quatre caissons, chargés chacun de 150 à  200 coups, Le général Oudinot se procurera dans son corps les canonniers pour servir ces pièces ainsi que les attelages, et dans toutes les circonstances ces pièces défileront avec l’aigle de la demi-brigade.

Sa Majesté ordonne pareillement que vous fassiez remettre à la disposition du duc de Rivoli vingt-quatre pièces de canon de 3 ou de 5, autrichiennes, et vingt-quatre caissons chargés comme les précédents, pour être attachés aux douze régiments français de son corps d’armée, à raison de deux par régiment.

C’est donc, par conséquent, pour le corps du duc d’Auerstaedt, 30 pièces; pour celui du général Oudinot, 24; pour celui du duc de Rivoli, 24; total, 78 pièces. Faites fournir sans délai ces 78 pièces. 57 ont été prises ici; les autres doivent exister sur le nombre pris à Vienne, à Krems ou ailleurs.

Rendez-moi le plus tôt possible, Général, un compte détaillé sur l’exécution de ces dispositions, afin que je puisse le mettre sous les yeux de l’Empereur.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809, trois heures après midi.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne.

Mon Cousin, donnez ordre que la division Demont repasse le pont après l’artillerie. Elle rentrera au corps du duc d’Auerstaedt. Elle rendra au 2e corps toute l’artillerie qu’elle lui a empruntée, et reprendra celle qu’elle avait au 3e corps, matériel et personnel.

P. S. Le corps du général Oudinot repassera après la division Demont; il ne restera dans l’île que le corps du duc de Rivoli.

 

Ebersdorf, 26 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon intention est que l’artillerie de l’armée soit distribuée de la manière suivante. Vous ferez en conséquence les changements nécessaires aux différents corps. Les raisons qui me portent à ces changements n’ont pas besoin d’être développées.

2e CORPS: quatre pièces de 12; trente de 6; quatorze obusiers de 6 pouces; total, quarante-huit pièces.

3e CORPS : sept pièces de 12; vingt-sept de 8; dix-huit de 4,; huit obusiers de 6 pouces; total, soixante.´

4e CORPS : huit pièces de 12; quarante-cinq de 6; treize obusiers de 5 pouces 4 lignes; total, soixante-six.

RÉSERVE DE CAVALERIE : dix pièces de 8; dix de 4; six obusiers de 5 pouces 4 lignes; total, vingt-six.

Total général, deux cents bouches à feu.

Successivement, les améliorations susceptibles pourront être faites en ôtant les pièces de 4 aux bataillons et en leur donnant des pièces de 6 en place. Il est assez indifférent à un bataillon d’avoir des pièces de 4 ou des pièces de 8, ou des pièces de 6.

Par ce moyen, on pourra ôter de l’artillerie de position les pièces de 4, et on les remplacera par des pièces de 8; ce qui fera une grande amélioration.

Quand il sera possible d’ôter les obusiers de six pouces pour les remplacer par des obusiers de 5 pouces 4 lignes, nous n’aurons que des pièces de 12, de 6, des obusiers de 5 pouces 4 lignes et des pièces de 8, à un seul corps; c’est le résultat auquel il faut lâcher d’arriver. Envoyez-moi actuellement l’état de l’artillerie auxiliaire, car je suppose que dans ces deux cents pièces de canon n’est pas comprise l’artillerie des étrangers. Quelle est la situation de celle-ci ?

 

Ebersdorf, 26 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Il y a près du pont sept à huit pontons qui ne servent pas au pont.

Je désire que vous les chargiez sur des haquets et que vous les fassiez conduire dans l’île pour servir à faire un autre pont.

Faites-moi connaître à quelle heure cela sera prêt, parce que, si l’ennemi a évacué la rive gauche, comme tout le porte à penser, mon intention est d’y faire passer un corps pour fouiller la plaine.

Envoyez des haquets à Klosterneuburg charger les pontons qui s’y trouvent.

Il sera bon de remplacer les pontons au grand pont par des bateaux, afin que l’on puisse jeter sur le dernier bras deux ponts comme celui qui y était; il avait quatorze pontons.

Il y a aussi sur ce bras plusieurs moulins dont les bateaux pourraient servir

 

Ebersdorf, 26 mai 1809, huit heures du matin

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Salzburg

L’Empereur, Monsieur le Duc, reçoit votre lettre du 22 mai, par laquelle vous lui annoncez que vous vous portez sur Leoben, que vous êtes parti le 23 et que vous marchez, suivant les circonstances par Salzburg ou par Rastadt. Vous devez donc être aujourd’hui ou  Salzburg ou à Rastadt, et sur Leoben vers le 30 de ce mois. Il est possible, Monsieur le Duc, que l’armée d’Italie envoie des reconnaissances par Spital sur Rastadt, et sur Leoben par Klagenfurt. Si cela arrivait, il est nécessaire que vous fassiez connaître au général commandant l’armée d’Italie qu’il faut qu’il se dirige sur Leoben. Si vous êtes à  Salzburg, ou si d’autres circonstances ont dérangé votre marche, vous devez avoir pour but de vous rapprocher de Vienne par le chemin le plus court, afin de pouvoir prendre part aux évènements et à la bataille qui se prépare d’ici à sept ou huit jours. Si vous êtes sur Leoben, il faut le même jour envoyer une avant-garde sur le Semmering, qui est le pendant des eaux et la montagne qui  sépare la Styrie de l’Autriche. Dans ce moment, le général Lauriston y est avec une petite colonne.

Si la route d’Italie par Innsbruck et le Tyrol est rétablie, faite connaître au général commandant l’armée d’Italie qu’il doit se diriger sur Vienne, et en même temps vous  lui ferez part de vos mouvements.

 

Ebersdorf, 26 mai 1809, trois heures du soir.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le le 4e corps de l’armée d’Allemagne, dans l’île Lobau.

Un officier de pontonniers a rendu compte, Monsieur le Duc, que l’ennemi travaillait à notre ancienne tête de pont, annonçant le projet d’en faire une demi-lune. L’Empereur  est impatient d’avoir des nouvelles. Si cela est, il faut commencer le feu et ne pas souffrir qu’un homme s’établisse de ce côté-là.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809

A l’impératrice Joséphine, à Strasbourg

Je t’expédie un page pour t’apprendre qu’Eugène m’a rejoint avec toute son armée, qu’il a rempli parfaitement le but que je lui avais demandé, qu’il a presque entièrement détruit l’armé ennemie qui était devant lui.

Je t’envoie ma proclamation à l’armée d’Italie, qui te fera comprendre tout cela.

Je me porte fort bien. Tout à toi.

P. S. Tu peux faire imprimer cette proclamation à Strasbourg, et la faire traduire en français et en allemand, pour qu’on la répande dans toute l’Allemagne. Remets au page qui va à Paris une copie de la proclamation.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, je vous écris par le page que j’expédie à l’Impératrice, pour vous annoncer l’arrivée du vice-roi et de mon armée d’Italie. La division Jellachich, qui se retirait du Tyrol, est tombée tout entière dans ses mains à Saint-Michel près Leoben. Cette armée a eu des avantages tels qu’elle avait fait près de 25.000 prisonniers à l’ennemi, avant d’avoir passé la Drave; l’archiduc Jean est rentré en Hongrie avec les débris de son armée qui ne montent pas à 12.000 hommes, et j’estime à 60.000 hommes les renforts  qui m’arrivent avec l’armée d’Italie. Mon armée de Dalmatie est arrivée à Laybach.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809, midi.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, votre aide de camp Bataille arrive. La proclamation ci­ jointe, que vous ferez imprimer et distribuer à l’armée, vous fera connaître ma satisfaction. Réunissez toutes vos troupes à Bruck et occupez le Semmering. Dites à Lauriston de faire retourner toutes ses troupes sur Neustadt. Comme je suppose que j’aurai de vos nouvelles dans la journée et que vous m’enverrez des états de situation, je vous enverrai des ordres. J’espère que Macdonald est arrivé à Graz; organisez provisoirement les provinces de Carniole et de Carinthie comme elles l’ont été dans mes premières campagnes, en y nommant un commissaire de gouvernement pris dans les États. Envoyez à la rencontre du duc de Danzig, qui arrive avec les Bavarois, de Salzburg sur Leoben; faites-lui connaître votre arrivée. Mon intention est que, de la position où il se trouvera, il se dirige par le plus court chemin sur Vienne. J’ai un grand désir de vous voir. Je suis toujours à me battre avec le Danube, qui m’a encore enlevé mes ponts ce matin; aussitôt que je les aurai consolidés, je détruirai le prince Charles, qui est de l’autre côté du fleuve. Faites-moi connaître la situation de votre artillerie et de vos approvisionnements. Nommez des commandants pour chacune des provinces de Carniole et de Carinthie.

Vous trouverez ci-joint différentes pièces que vous ferez réimprimer et répandre partout. Je vous embrasse.

 

Camp impérial d’Ebersdorf, 21 mai 1809.

PROCLAMATION

Soldats de l’armée d’Italie, vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqué. Le Semmering a été témoin de votre jonction avec la Grande Armée. Soyez les bienvenus. Je suis content de vous !

Surpris par un ennemi perfide avant que vos colonnes fussent réunies, vous avez dû rétrograder jusqu’à l’Adige. Mais, lorsque vous reçûtes l’ordre de marcher en avant, vous étiez sur les champs mémorables d’Arcole, et là vous jurâtes sur les mânes de nos héros de triompher. Vous avez tenu parole à la bataille de la Piave, aux combats de San-Daniele, de Tarvis, de Goritz; vous avez pris d’assaut les forts de Malborghetto, de Prediel, et fait capituler la division ennemie retranchée dans Prewald et Laybach. Vous n’aviez pas encore passé la Drave, et déjà 27.000 prisonniers, soixante pièces de bataille, dix drapeaux avaient signalé votre valeur. Depuis, la Drave, la Save, la Mur n’ont pu retarder votre marche. Là colonne autrichienne de Jellachich, qui la première entra dans Munich, qui donna le signal des massacres dans le Tyrol, environnée à  Saint-Michel, est tombée dans vos baïonnettes. Vous avez fait une prompte justice de ces débris dérobés à la colère de la Grande Armée.

Soldats, cette armée autrichienne d’Italie, qui, un moment, souilla par sa présence mes provinces, qui avait la prétention de briser ma couronne de Fer, dispersée, battue, anéantie, grâce à vous, sera un exemple de la vérité de cette devise: Dio me la diede, guai a chi la tocca !

 

Ebersdorf, 27 mai 1809, neuf heures du soir

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, un aide de camp de Lauriston m’apporte votre lettre du 26 à onze heures du soir. Reposez-vous et procurez-vous du pain. Je vous prie de m’envoyer l’état de situation de toute votre artillerie et les lieux où elle est. Si vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que vous vous rendrez près de moi, venez; ce sera le plus court moyen de me mettre au fait de tout. Je pense que, si le prince Jean est parti de Graz, il n’y a pas d’inconvénient. Vous aurez vu, par la proclamation que je vous ai envoyée, combien je suis content de vous et  de mon armée. Le Tyrol et le Vorarlberg sont pacifiés.  Le duc de Danzig est arrivé à Innsbruck le 20. Il doit être en marche sur Leoben et Rastadt. .Je pense vous avoir écrit ce matin de lui mander de se diriger sur Vienne par le plus court chemin. Je suppose que vous aurez fait prendre les lettres à Bruck et à Graz

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, dix-heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, je vous renvoie votre aide de camp.. Je désirerais avoir l’état de situation de votre corps d’armée.

Je suppose que la division Durutte est composée de deux bataillons du 22e, de quatre bataillons du 23e, et de quatre bataillons du 62e.  Je suppose que ces dix bataillons forment au moins 6,000 hommes présents sous les armes. Je suppose que la division Seras est composée d’un bataillon du 35e, de trois bataillons du 53e, de quatre bataillons du 106e et de deux bataillons du 79e; je la suppose également de 6,000 hommes. Je ne sais ce que c’est que la 3e division; je suppose que c’est une division italienne qui est avec le 112e, ct qu’elle est également de 6,000 hommes. Je suppose que la division Pacthod vous a rejoint avec la division Grouchy. La division Pacthod doit être composée de deux bataillons du 8e léger, de quatre bataillons du 52e, de quatre bataillons du 102e et de quatre bataillons du 11e de ligne, que je suppose former 6,000 hommes. Sans comprendre le corps détaché du général Macdonald, vous devriez avoir aujourd’hui à Bruck 24,000 hommes d’infanterie, 4,000 hommes de cavalerie et 2,000 hommes de la garde; ce qui ferait 80,000 hommes et soixante pièces de canon. Le général Macdonald, que je suppose sur le point d’arriver à Graz, vous renforcera de 15,000 hommes. Ainsi votre arrivée me renforce de 45,000 hommes, non compris le corps du général Marmont. Rectifiez mes idées là-dessus, et occupez-vous de l’artillerie et des munitions; cela est extrêmement important. Faites avancer vos pontonniers, vos sapeurs à l’avant-garde. Faites venir d’Italie tout le personnel d’artillerie que vous pourrez; vous en avez besoin, et l’Italie est le pays où j’en ai le plus. Faites avancer le bataillon du 93e, celui du 67e, et toute la cavalerie et l’infanterie appartenant aux divisions Molitor et Boudet, de l’ancienne colonne qui a essuyé un échec dans le Tyrol.

Faites-les diriger à grandes marches pour compléter ces divisions. Il doit y avoir aussi un bataillon du 36e et un du 37e. Les corps doivent avoir leur artillerie complète. Donnez-leur des pièces de 8, autrichiennes. Les régiments se procureront des harnais, des charretiers et des chevaux.

Au delà du Danube, où je me suis battu pendant deux jours, l’ennemi m’a présenté près de quatre cents pièces de canon. J’aurais anéanti l’armée du prince Charles sans le Danube, qui a rompu mes ponts; ce qui m’a décidé à ne pas m’aventurer, et m’a privé de mes parcs et d’une partie de l’armée. Vous trouverez le bulletin qui vous mettra au fait de tout cela.

Voici la position de ma cavalerie légère aujourd’hui. Le général Lasalle est sur Hainburg, ayant des postes sous Presbourg; le général Montbrun est à OEdenburg, poussant des postes du côté de Graz. Je suis occupé à établir sur le Danube mes ponts, qui ont été enlevés une seconde fois, et à les consolider avec des chaînes et des pilotis.

La grande affaire dans ce moment-ci est que Macdonald arrive à Graz; que votre artillerie, vos parcs, vos traînards soient arrivés; que vous soyez bien organisé. J’avais jadis fait mettre Klagenfurt à l’abri d’un coup de main; faites refaire les mêmes ouvrages. Si l’enceinte a été conservée, ce sera toujours un dépôt de vivres et de munitions que l’ennemi ne pourra pas enlever.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Je sais qu’il y a des individus de Padoue qui se sont mal comportés. Rendez-m’en compte pour que j’en fasse un exemple éclatant. Je sais que le maire d’Udine a eu la lâcheté d’ôter sa décoration, tandis que l’évêque et d’autres ne l’ont pas fait, et qu’ainsi ce n’était pas obligation. J’attends votre rapport là-dessus.

Quant à Padoue, s’il y a quelque grande famille qui se soit mal comportée, je veux la détruire de fond en comble, de manière qu’elle serve d’exemple dans les annales de Padoue.

Faites exécuter avec plus de rigueur que jamais le décret contre ceux qui ont pris les armes contre nous, et faites mettre le séquestre sur leurs biens, qui doivent être confisqués et vendus.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, midi.

Au général comte Lauriston, commandant les troupes détachées du 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Neustadt

Portez-vous sur OEdenburg, à six lieues de Neustadt, et envoyez de forts reconnaissances sur Raab et Körmönd, places situées sur la Raab et qui sont le chemin de Graz en Hongrie, afin d’être tou­jours éclairé sur les mouvements que pourrait faire le prince Jean.

Je crois que vous deveztrouver à OEdenburg le général Montbrun; toutefois vous pouvez y aller avec la brigade Colbert, laissant une partie de votre infanterie en échelons.

Je vous envoie des proclamations que vous répandrez en Hongrie, ainsi que des imprimés sur l’arrivée de l’armée d’Italie,

Le général Marulaz doit se trouver du côté de Bruck et le général Lasalle à Hainburg.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, huit heures du soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, Tascher me porte des drapeaux et votre lettre du 27.

J’ai donné ordre à Lauriston de se porter avec une brigade de cavalerie et deux régiments d’infanterie badois, qui forment son petit corps d’observation, sur OEdenburg, d’où il poussera des partis sur les flancs du prince Jean, qui probablement se rend à Raab. Attirez à vous tout le général Baraguey d’Hilliers, tout le général Grouchy. Retirez aussi tout ce qui est inutile sur vos derrières. Ordonnez  qu’on fortifie Klagenfurt, qu’on mette de l’eau dans les fossés et qu’on y forme un grand magasin; j’y avais déjà fait ces dispositions il y a seize ans. Faites venir le plus d’artillerie possible; il faut en faire venir. non-seulement attelée, amis encore par réquisition, sur Klagenfurt. Je compte que votre armée, en en ôtant tout au plus un ou

deux bataillons italiens, que vous laisserez à Klagenfurt, sera sur Bruck demain et après , et que le corps de Macdonald sera à Graz. Il me tarde que Marmont soit arrivé à Laybach et qu’il envoie sur Graz les détachements que Macdonald aurait laissés à Laybach. La situation des choses dans le Midi me décidera sur le parti que je prendrai pour l’armée de Dalmatie. J’attends l’état de situation de tous vos corps, avec les lieux où ils se trouvent et des détails sur votre artillerie. La division que vous avez envoyée dans la direction de Neustadt peut continuer sa route pour occuper le Semmering, et partir sur Neunkirchen et se mettre en correspondance avec Lauriston pour se lier.

Envoyez la lettre ci-jointe à Borghèse par votre premier courrier.

Je lui mande d’envoyer sur Osoppo tout ce qu’il a de disponible appartenant aux sept régiments des divisions Molitor et Boudet, aux quatre régiments de cuirassiers et aux cinq régiments de cavalerie légère. Je vous envoie cette lettre sous cachet volant, pour que vous en fassiez autant dans tout le royaume, et que vous fassiez fournir, soit par l’armée italienne, soit par l’armée française, tout ce qu’elles ont de disponible pour renforcer les cadres. Je suppose que vous aurez formé sur la Livenza ou sur le Tagliamento un dépôt de cavalerie, et que vous avez laissé quelqu’un à la tête pour vous alimenter. Ayez à Osoppo un homme marquant pour mettre à la tête de vos dépôts: c’est là qu’il faut tout diriger. Donnez ordre qu’on n’en laisse partir aucun homme isolé, mais qu’on fasse des bataillons de marche de 5 à 600 hommes d’infanterie et cavalerie.

J’ai donné ordre que les États du Pape feraient partie de l’armée de Naples, el j’ai chargé le Roi d’en prendre possession. Les États du Pape feront partie de la France, ayant pris un décret pour détruire le gouvernement temporel du Pape.

Écrivez au roi de Naples pour l’instruire de notre jonction; envoyez-lui la lettre ci-jointe. Vous trouverez aussi une lettre pour la grande-duchesse, dans laquelle je lui donne l’ordre de faire partir pour Osoppo tout ce qu’il y aura à Florence de disponible des 23e léger, 62e, 13e et 112e de ligne. Je suppose que vous avez pourvu à ce qu’il soit laissé de petites garnisons à Palmanova et à Osoppo. Si Miollis est retourné à Rome et que Lemarois n’y soit plus nécessaire, il faut le diriger sur Osoppo, où il aura le commandement du Frioul; il surveillera les dépôts, tiendra la main à ce que tout en parte en bon état, et servira d’intermédiaire entre vous et le royaume d’Italie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 20 mai, que m’apporte votre aide de camp. J’ai des nouvelles de Berlin, du 22, c’est-à-dire postérieures de quatre jours à celles que vous me donnez, et elles ne font mention de rien de ce que vous m’écrivez. Vous vous alarmez trop facilement. Il est connu de tout le monde que le duc d’Oels forme un corps pour l’Angleterre; mais ce corps est en Bohême et n’est pas de plus de l,500 hommes. Le général Blücher est à son poste et n’a pas envie de remuer. La Prusse ne demande pas mieux que de conserver sa neutralité. Les Russes ont dénoncé les hostilités contre l’Autriche et sont entrés en Galicie.

Je ne sais ce que c’est qu’un général d’Albignac, auquel vous donnez le commandement d’une troupe. Vous avez une division hollandaise qui est forte de plus de 6,000 hommes, c’est plus qu’il ne vous faut. On ne reçoit ici aucune situation ni état d’emplacement de vos troupes, et l’on ignore où elles sont. Le corps de Hanau n’est pas sous vos ordres, et le duc de Valmy ne peut en détacher un seul homme sans mon ordre. Vous avez assez de monde pour maintenir, la tranquillité chez vous. Si de grandes expéditions d’Anglais avaient lieu, vos forces ne seraient pas sans doute suffisantes; ce serait à moi à y pourvoir et à combiner le corps de Hanau avec votre corps d’armée. Le régiment du grand-duché de Berg ne vous est bon à rien; si de grandes secousses arrivaient, il vous manquerai; faîtes-lui continuer sa route pour l’armée. Le Tyrol et le Vorarlberg sont parfaitement soumis. Les grands succès obtenus par l’armée d’Italie et sa jonction, qui a eu lieu à peu de lieues de Vienne, ont achevé de soumettre la Styrie, la Carniole, la Carinthie, la haute et la basse Autriche. La crue du Danube m’empêche de pouvoir consolider mes ponts et d’entrer dans la Bohême et dans la Moravie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Elisa, grande-duchesse de Toscane, à Florence.

Ma Soeur, faîtes partir pour Osoppo tout ce qu’il y aurait de disponible dans le duché, appartenant aux 23e léger, 13e, 112e et 62e de ligne et au 9e chasseurs. Cette lettre vous parviendra par le canal de l’armée d’Italie. Ma jonction avec cette armée a été faite heureusement, il y a deux jours. Les affaires vont ici fort bien, et ma santé est fort bonne.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je vous ai écrit de Schönbrunn, le 17, pour vous faire connaître que mon intention était que les États du Pape fussent sous vos ordres et pour vous charger d’en prendre possession pour la France. Ne craignez point de débarquement. Les Anglais sont occupés en Portugal et en Espagne. Ayez une grosse division sur Rome, et soyez prêt à vous y porter.

Faites partir pour Osoppo tout ce qui reste dans votre royaume, appartenant aux régiments qui ont quitté l’armée de Naples. Donnez l’ordre au 14e léger, au 6e de ligne, qui sont à Rome, d’en partir en toute diligence pour Padoue. Tâchez également d’envoyer un bataillon à Ancône, qui mette à même de disposer des deux bataillons du 22e léger qui y sont. Si vous pouvez disposer d’un on deux régiments napolitains, faites-les partir pour l’Allemagne, où ils se formeront. Ils iront d’abord à Padoue et de là à Osoppo.

Je pense que, dans cette circonstance, il serait convenable de vous tenir à Rome, du moins quelque temps, pour être plus près de la haute Italie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809.

TREIZIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Dans la nuit du 26 au 27, nos ponts sur le Danube ont été enlevés par les eaux et par des moulins qu’on a détachés. On n’avait pas encore eu le temps d’achever les pilotis et de placer la grande chaîne de fer. Aujourd’hui, l’un des ponts est rétabli. On espère que l’autre le sera demain.

L’Empereur a passé la journée d’hier sur la rive gauche pour visiter les fortifications que l’on élève dans l’île Lobau, et pour voir plusieurs régiments du corps du duc de Rivoli, en position dans cette espèce de tête de pont.

Le 27, à midi, le capitaine Bataille, aide de camp du prince vice-roi, a apporté l’agréable nouvelle de l’arrivée de l’armée d’Italie à Bruck. Le général Lauriston avait été envoyé au-devant d’elle, et la jonction a eu lieu sur le Semmering-Berg. Un chasseur du 9e, qui était en coureur en avant d’une reconnaissance de l’armée d’Italie, rencontra un chasseur d’un peloton du 20e, envoyé par le général Lauriston. Après s’être observés pendant quelque temps, ils reconnurent qu’ils étaient Français et s’embrassèrent. Le chasseur du 20e marcha sur Bruck, pour se rendre auprès du vice-roi, et celui du 9e se dirigea vers le général Lauriston pour l’informer de l’approche de l’armée d’Italie. Il y avait plus de douze jours que les deux armées n’avaient pas de nouvelles l’une de l’autre. Le 26, au soir, le général Lauriston était à Bruck, au quartier général du vice-roi.

Le vice-roi a monté dans toute la campagne un sang-froid et un coup d’oeil qui présagent un grand capitaine.

Dans la relation des faits qui ont illustré l’armée d’Italie pendant ces vingt derniers jours, Sa Majesté a remarqué avec plaisir la destruction du corps de Jellachich. C’est ce général qui fit aux Tyroliens cette insolente proclamation qui alluma leur fureur et aiguisa leurs poignards. Poursuivi par le duc de Danzig, menacé d’être pris en flanc par la brigade du général Duppelin, que le duc d’Auerstaedt avait fait déboucher par Maria-Zell, il est venu tomber comme dans un piége en avant de l’armée d’Italie.

L’archiduc Jean, qui, il y a si peu de temps, et dans l’excès de sa présomption, se dégradait par sa lettre au duc de Raguse, a évacué Graz hier 27, ramenant à peine 20 ou 25,000 hommes de cette belle armée qui était entrée en Italie. L’arrogance, l’insulte, les provocations à la révolte, toutes ses actions, portant le caractère de la rage, ont tourné à sa honte.

Les peuples de l’Italie se sont conduits comme auraient pu le faire les peuples de l’Alsace, de la Normandie ou du Dauphiné. Dans la retraite de mes soldats, ils les accompagnaient de leurs voeux et de leurs larmes. Ils reconduisaient par des chemins détournés et jusqu’à cinq marches de l’armée les hommes égarés. Lorsque quelques prisonniers ou quelques blessés français ou italiens, ramenés par l’ennemi, traversaient les villes et les villages, les habitants leur portaient des secours. Ils cherchaient pendant la nuit les moyens de les travestir et de les faire sauver.

Les proclamations et les discours de l’archiduc Jean n’inspiraient que le mépris et le dédain, et l’on aurait peine à se peindre la joie des peuples de la Piave, du Tagliamento et du Frioul, lorsqu’ils virent l’armée de l’ennemi fuyant en désordre, et l’armée du souverain et de la patrie revenant triomphante.

Lorsqu’on a visité les papiers de l’intendant de l’armée autrichienne, qui était à la fois le chef du gouvernement et de la police et qui a été pris à Padoue avec quatre voitures, on y a découvert la preuve de l’amour des peuples d’Italie pour l’Empereur. Tout le monde avait refusé des places; personne ne voulait servir l’Autriche; et, parmi sept millions d’hommes qui composent la population du royaume, l’ennemi n’a trouvé que trois misérables qui n’aient pas repoussé la séduction.

Les régiments d’Italie, qui s’étaient distingués en Pologne et qui avaient rivalisé d’intrépidité dans la campagne de Catalogne avec les plus vieilles bandes françaises, se sont couverts de gloire dans toutes les affaires. Les peuples d’Italie marchent à grands pas vers le dernier terme d’un heureux changement. Celte belle partie du continent, où s’attachent tant de grands et d’illustres souvenirs, que la cour de Rome, que cette nuée de moines, que ses divisions avaient perdue, reparaît avec honneur sur la scène de l’Europe.

Tous les détails qui arrivent de l’armée autrichienne constatent que dans les journées du 21 et du 22 sa perte a été énorme. L’élite de l’armée a perdu selon les aimables de Vienne, les manœuvres du général Danube ont sauvé l’armée autrichienne.

Le Tyrol et le Vorarlberg sont parfaitement soumis. La Carniole, la Styrie, la Carinthie, le pays de Salzburg, la haute et la basse Autriche, sont pacifiés et désarmés.

Trieste, cette ville où les Français et les Italiens ont subi tant d’outrages, a été occupée. Les marchandises coloniales anglaises ont été confisquées. Une circonstance de la prise de Trieste a été très­ agréable à l’Empereur: c’est la délivrance de l’escadre russe. Elle avait eu ordre d’appareiller pour Ancône; mais, retenue par les vents contraires, elle était restée au pouvoir des Autrichiens.

La jonction de l’armée de Dalmatie est prochaine. Le duc de Raguse s’est mis en marche aussitôt qu’il a appris que l’armée d’Italie était sur l’Isonzo. On espère qu’il arrivera à Laybach avant le 5 juin.

Le brigand Schill, qui se donnait, et avec raison, le titre de général au service de l’Angleterre, après avoir prostitué le nom du roi de Prusse comme les satellites de l’Angleterre prostituent celui de Ferdinand à Séville, a été poursuivi et jeté dans une île de l’Elbe. Le roi de Westphalie, indépendamment de 15,000 hommes de ses troupes, avait une division hollandaise et une division française; et le duc de Valmy a déjà réuni à Hanau deux divisions du corps d’observation, commandées par les généraux Rivaud et Despeaux, et composées des brigades Lameth, Clément, Taupin et Vaufreland.

La pacification de la Souabe rend disponible le corps d’observation du général Beaumont, qui est réuni à Augsbourg et où se trouvent plus de 3,000 dragons.

La rage des princes de la Maison de Lorraine contre la ville de Vienne peut se peindre par un seul trait. La capitale est nourrie par quarante moulins établis sur la rive gauche du fleuve: ils les ont fait enlever et détruire.

((Moniteur du 4 juin 1809.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites partir pour Strasbourg, des différents dépôts de cavalerie légère dont les régiments sont en Espagne, ainsi que des dépôts dont les régiments sont en Allemagne, tout ce qu’ils ont de disponible, formé en compagnies de marche. Tous les détachements dont les régiments sont à l’armée d’Allemagne rejoindront leurs régiments. Pour ceux dont les régiments sont en Espagne, sur l’avis que vous me donnerez de leur départ de Strasbourg, je prendrai des décrets pour les incorporer dans les régiments qui sont ici; de sorte que les dépôts des régiments de cavalerie légère qui sont en Espagne concourront à porter au complet les régiments de cavalerie légère qui sont ici, comme les dépôts de dragons concourent à la formation des six régiments provisoires de dragons.

Quant à la grosse cavalerie, le régiment que commande le chef d’escadron Turenne arrive et va être incorporé. J’en ai demandé un autre de 600 hommes. Donnez ordre que tout ce qui est disponible dans les dépôts se rende à Strasbourg pour former d’autres détachements.

J’ai un millier de cuirassiers à pied. Beaucoup de jeunes soldats ont jeté leurs cuirasses ; faîtes-en envoyer deux mille, en les dirigeant sur Passau. Nos cuirasses sont excellentes; elles ont à la fois l’avantage de la légèreté et le degré de résistance nécessaire.

Tous les chevaux d’artillerie que j’ai demandés doivent être envoyés à l’armée. Il y a en Espagne beaucoup de personnel de l’artillerie et du train; je vous autorise à en retirer ce que vous jugerez convenable.

Tous les jours je me convaincs du grand mal qu’on a fait à nos armées en ôtant les pièces de régiment. Je désire donc que, dans l’organisation, chaque régiment ail deux pièces de 3; mais, pendant tout le temps que nous n’aurons que des pièces et des boulets de 4, on leur donnera des pièces de 4. Les canonniers, chevaux, hommes du train, seront fournis par les régiments. Ici, je fais donner aux régiments toutes les pièces autrichiennes de 3 prises à l’ennemi.

Les marches el les batailles détruisent plus que l’on ne prend à l’ennemi et qu’on ne peut se fournir dans le pays. Envoyez à l’armée de forts détachements des différents dépôts d’artillerie et du train. J’ai donné l’ordre au prince Borghèse, et réitérez-le-lui, de faire partir quatre compagnies du 4e régiment d’artillerie et tous les sapeurs d’Alexandrie, hormis une compagnie, pour Klagenfurt, et de là sur Vienne.

Faites-moi connaître, par le retour de l’estafette, ce que les dix dépôts de hussards et les vingt-six dépôts de chasseurs feront partir pour Strasbourg.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J’ai 1,000 cuirassiers à pied. Les marches et les batailles détruisent un très-grand nombre de chevaux; j’ai ordonné de passer des marchés ici et à Passau pour en acheter. Mais tous les moyens que nous pouvons avoir ici et ceux que vous avez ne sont pas de trop pour tenir une cavalerie an complet. Augmentez donc de 100 chevaux les commandes de remontes et de selles des quatorze régiments de grosse cavalerie; c’est-à-dire, indépendamment de ce que vous avez commandé, passez des marchés pour 1,400 chevaux et 1,400 harnachements.

Voyez le ministre de la guerre et faites partir des dépôts de grosse cavalerie tout le disponible, et, s’il y avait plus de chevaux que d’hommes, envoyez deux chevaux par homme. En passant à Passau et à Schönbrunn, ce second cheval trouvera un cavalier.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Dejean, un tas d’aventuriers arrivent avec des passeports de l’intérieur et se font donner des vivres pour eux et leurs chevaux. Je ne puis concevoir cet abus qui est très onéreux au trésor. Il y en a qui viennent avec trois ou quatre chevaux. Réprimez cet abus.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon Cousin, donnez ordre, 1° que le village qui forme la tête de pont de Linz soit rasé; 2° que, sur l’emplacement de ce village , on établisse un réduit à la tête de pont; 3° que le général du génie Chambarlhiac soit chargé de la direction de ces ouvrages comme à Passau; 4° qu’un chef de bataillon du génie y soit rendu demain, et que deux officiers du génie français soient mis sous ses ordres; enfin que cette position soit inexpugnable, et que 8,000 hommes puissent s’y défendre contre 80,000. Donnez ordre que les 200 hommes des 13e et 24e de chasseurs qui étaient restés en observation du côté de Maria-Zell retournent à leurs régiments.

 

Ebersdorf, 29 mai 1809

Au général comte Bertrand, commandant le géni de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Monsieur le Général Bertrand, les pontons que j’avais ont été abîmés par le Danube. Il faut employer une partie des ouvriers de la marine, à Vienne ou à Klosterneuburg, à construire soixante pontons, à peu près comme ceux que nous avions. Nous devons avoir une quarantaine de haquets, il restera donc à s’en procurer vingt. Ces pontons serviront indépendamment des ponts du Danube. Il sera impossible de passer le dernier bras, à moins de quatre ponts débouchant devant l’ennemi. L’un sera formé par les bateaux que le capitaine Baste a ramassés, et qui iront par eau; le second, par ces petits bateaux qui sont au bord du Danube et qu’il faut calfater; le troisième, par seize pontons qu’il faut que les ouvriers de la marine aient faits dans trois ou quatre jours; le quatrième pourrait être fait en radeaux ou en bateaux, venant du côté de l’eau. Le directeur des ponts de Vienne assure qu’il y a plus de cent cinquante bâtiments sous l’eau; il faut employer une partie des marins à les retirer et à les mettre en état. Je désirerais avoir quelques bateaux armes d’obusiers ou de pièces de 3, et un projet de batterie, qui serait remorquée par ces bateaux, de quatre pièces de 12, avec un épaulement qui mît à l’abri du feu de l’ennemi.

 

Ebersdorf, 30 mai 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon Cousin, faites prendre dans les jardins de Vienne une de ces échelles qui servent à tailler les arbres, qui forment un système avec un plateau au-dessus, et faites-la porter dans l’île. Cette échelle, étant portative et n’ayant besoin d’être appuyée à rien, pourra se placer à l’abri du feu de l’ennemi. Un officier pourra s’y tenir en observation avec une lunette et rendra compte plusieurs fois par jour de ce qu’il verra de nouveau.

 

Quartier impérial d’Ebersdorf, 30 mai 1809, onze heures du soir.

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

L’Empereur, Monsieur Daru, désire avoir demain à son lever un état de tous les magasins de l’armée, notamment de ceux de Vienne, soit en pain, biscuit, vin et farine. Faites-moi connaître également les ressources en viande, c’est-à-dire bœufs, vaches ou moutons, ce qui existe en ce moment et ce qu’on peut espérer des mesures prises ou à prendre, et quelles sont ces mesures. Faites-moi connaître comment l’on pourrait donner à l’armée pour huit jours de pain, biscuit ou farine; ce qui sera indispensable pour les opérations qui vont avoir lieu relativement au passage du Danube. Enfin l’Empereur désire, indépendamment de ces états que vous m’enverrez dans la nuit, que vous veniez vous-même, à neuf heures, demain, lui rendre compte de la situation des choses.

P. S. Faites-moi connaître si vous avez donné des ordres pour faire construire les fours que Sa Majesté veut avoir dans la grande île

 

Ebersdorf, 31 mai 1809

A l’Impératrice Joséphine, à Strasbourg

Je reçois ta lettre du 26. Je t’ai écrit que tu pouvais aller à Plombières. Je ne me soucie pas que tu ailles à Baden; il ne faut pas sortir de France. J’ai ordonné aux deux princes de rentrer en France.

La perte du duc de Montebello, qui est mort ce matin, m’a fort affligé. Ainsi tout finit. !

Adieu, mon amie. Si tu peux contribuer à consoler la pauvre maréchale, fais-le. Tout à toi.

NAPOLÉON

 

Ebersdorf, 31 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 24 mai. La lettre du général Kellermann que les Anglais publient comme interceptée est évidemment fausse. Le Tyrol et le Vorarlberg sont soumis. Portez la plus grande attention sur les menées de cette poignée de brigands de l’Ouest.

Le Danube grossit toujours. J’occupe toujours la rive gauche, où je fais construire des ouvrages inexpugnables, comme têtes de pont. Mais je ne suis pas assez sûr de ces ponts pour y fonder de grandes opérations et culbuter l’armée du prince Charles. Je fais piloter un pont du Danube; un grand nombre de sonnettes y travaillent; ce sont de grands et immenses travaux. Ma jonction est faite avec l’armée d’Italie, qui a eu de grands succès en route.

P. S. Le duc de Montebello est mort ce matin 31, à six heures; faites-le dire à son beau-père. Que la duchesse reste à Paris. Je suis bien peiné !

 

Ebersdorf, 31 mai l809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, le duc de Montebello est mort ce matin. Je vous prie de faire appeler M. Gueheneuc et de le lui dire. J’écris à Munich et à Strasbourg pour que, si la duchesse était en route, on l’empêche d’aller plus avant. Faites donner des lettres patentes à son fils aîné.

Le duc de Montebello a péri moins de ses blessures que d’une fièvre pernicieuse qui s’est jointe à la maladie. Il été assisté, dans ses derniers moments, par le docteur Franck.

P. S. Vous trouverez ci-joint une lettre que vous ferez remettre à M. Gueheneuc, qui la donnera à la duchesse quand il sera temps.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809.

A la maréchale Lannes, duchesse de Montebello, à Paris

Ma Cousine, le maréchal est mort ce matin des blessures qu’il a reçues sur le champ d’honneur. Ma peine égale la vôtre. Je perds le général le plus distingué de mes armées, mon compagnon d’armes depuis seize ans, celui que je considérais comme mon meilleur ami. Sa famille et ses enfants auront toujours des droits particuliers à ma protection. C’est pour vous en donner l’assurance que j’ai voulu vous écrire cette lettre, car je sens que rien ne peut alléger la juste douleur que vous éprouverez.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

L’Empereur, Monsieur le Duc d’Auerstaedt, m’ordonne de vous faire connaître que son intention est que vous fassiez partir aujourd’hui, à une heure après midi, une de vos divisions d’infanterie, munie de son artillerie. Cette division se dirigera sur Presbourg, et prendra ce soir son bivouac de manière à arriver demain matin de bonne heure sur cette ville, pour y enlever la tête de pont que l’ennemi a commencée sur la rive droite.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809, six heures du soir

Au général Vandamme, commandant les troupes détachées du 3e corps, à Mautern

Il est six heures du soir, Général, et nous recevons votre lettre de ce matin à sept heures, par laquelle vous annoncez que l’ennemi tente un passage entre Krems et Hollenburg et que vous marchez à lui. L’Empereur attend avec impatience les détails de ce qui se sera passé cette après-midi. Le général Pajol, avec un régiment de cavalerie, se porte de Klosterneuburg pour vous rejoindre, longeant la rive droite du Danube. Vous aurez sans doute prévenu le prince de Ponte-Corvo et le duc de Danzig; le premier est à Linz, le second doit être à Steyr ou à Lambach. L’ennemi ne peut pas effectuer un passage considérable sans avoir un pont, et vous devez facilement rompre son pont en détachant tous les moulins et les gros bateaux et en les lançant au cours du fleuve. Ce moyen, qui a réussi contre nous sur notre pont d’Ebersdorf, doit avoir le même résultat contre le pont que l’ennemi aurait jeté. Le corps du duc d’Auerstaedt se rassemble, et, selon les nouvelles que nous ne tarderons pas à avoir de vous, il se mettra en mouvement cette nuit. Si vous n’étiez pas parvenu à jeter aujourd’hui l’ennemi dans le fleuve, et que ses démonstrations soient sérieuses, tout ce qui est en ligne de Melk sc replierait derrière l’Enns et couvrirait le prince de Ponte-Corvo et le duc de Danzig. Tout ce qui serait à Saint-Pölten se replierait du côté de Sieghartskirchen et Vienne.

L’armée d’Italie, comme vous le savez, est arrivée à Neustadt.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809, huit heures du soir.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, au camp de Linz

Le général Vandamme, Prince, vous aura instruit que l’ennemi a, ce matin 31, jeté 1,200 hommes sur la rive droite du Danube. Ce général réunissait ses troupes à sept heures du matin pour marcher à l’ennemi; ce qui aura été pour vous, Prince, une nouvelle raison pour activer votre marche.

Si vous avez été remplacé par le duc de Danzig à Linz, ce maréchal peut vous appuyer par une de ses divisions et par une grande partie de son artillerie, qui peut prendre une position intermédiaire entre Linz et vous. Si l’ennemi, au lieu d’une simple incursion sur la rive droite, veut entreprendre une sérieuse occupation, vous pourrez vous réunir avec le général Vandamme et le duc de Danzig, être placé de manière à contenir l’ennemi, en prenant position à Melk et en le menaçant par son flanc droit. Dans un cas aussi important, Prince, une division bavaroise serait plus que suffisante pour défendre la tête de pont de Linz, puisque enfin, si elle était attaquée sérieusement, ce qui ne paraît pas probable, elle aurait toujours la ressource de passer le Danube et de brûler le pont; bien entendu que pareille opération ne pourrait être justifiée que par la plus impérieuse nécessité. Nul doute, Prince, que, si l’ennemi veut établir un pont à Krems, il ne fasse cette opération avec la plus grande partie du corps de Kollowrath, qui est devant vous, car nous avons toujours ici en présence l’armée ennemie;nous sommes sur la rive gauche du Danube, et par conséquent il ne peut pas se dégarnir devant nous.

Si au contraire, Prince, le duc de Danzig n’a pas reçu l’ordre que je lui ai envoyé de se porter sur Linz, il doit avoir aujourd’hui dépassé Steyr et Amstetten : alors vous appuieriez ce maréchal avec une portion de vos troupes, en ne laissant dans la tête de pont de Linz que ce qui peut être nécessaire pour sa défense. Je vous envoie la copie de la lettre que j’écris au duc de Danzig, auquel j’adresse une copie de celle-ci.

 

Ebersdorf, 31 mai 1809, huit heures du soir.

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne

Vous trouverez ci-joint, Monsieur le Duc, la copie de la lettre que j’écris au prince de Ponte-Corvo, parce qu’elle vous est commune. Si vous avez passé Steyr, Monsieur le Duc, el que vous soyez sur Amstetten, continuez votre route avec votre corps d’armée et rendez-vous sur Melk. Écrivez an prince de Ponte-Corvo pour qu’il vous soutienne, et tâchez d’opérer votre jonction avec le général Vandamme. Si l’ennemi a jeté un pont, le moyen de le détruire est de lancer au courant du fleuve les moulins, les radeaux et les gros bateaux.

Vous savez que la tête de l’armée d’Italie arrive ce soir à Neustadt.


 

References   [ + ]

1.A ce moment important de la campagne de 1809, il y a plusieurs ordres directs de Napoléon 1er qui n’ont pas été retrouvés. On a cru devoir publier des lettres du major général qui en tiennent lieu. Ces lettres sont d’ailleurs écrites par ordre de l’Empereur, et les minutes en ont été conservées dans l’ancienne secrétairerie d’Etat, parmi les papiers du cabinet impérial.
2.Antoine Alexandre Barbier – 1765-1825. Bibliothécaire de Napoléon depuis 1807
3.Pour ces importantes dispositions, on n’a pas trouvé l’ordre direct de l’Empereur.
4.Cette note, dictée à  Schönbrunn le 18 mai 1809, devait porter la signature du ministre des relations extérieures: elle fut envoyée à  M. de Champagny, qui se trouvait alors à  Vienne.
5.Il n’a pas été retrouvé d’autre pièce relative aux opérations de la journée du 22 mai).)

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

L’interruption du pont nous a empêchés de nous approvisionner; à  dix heures nous n’avions plus de munitions. L’ennemi s’en est aperçu et a marché sur nous. Deux cents bouches à feu, auxquelles depuis dix heures nous ne pouvions répondre, nous ont fait beaucoup de mal.

Dans cette situation de choses, raccommoder les ponts, nous envoyer des munitions et des vivres, faire surveiller Vienne, est extrêmement important. Écrivez au prince de Ponte-Corvo pour qu’il ne s’engage pas dans la Bohême, et au général Lauriston pour qu’il soit prêt à se rapprocher de nous. Voyez M. Daru pour qu’il nous envoie des effets d’ambulance et des vivres de toute espèce.

Aussitôt que le pont sera prêt, ou dans la nuit, venez vous aboucher avec l’Empereur.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809, après minuit.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, dans l’île Lobau.

L’Empereur arrive au premier pont sur le petit bras. Le pont de chevalets est rompu. On donne des ordres pour le réparer; mais il est nécessaire que vous y envoyiez des sapeurs pour faire deux ponts de chevalets au lieu d’un. Mais ce qui sera plus long, c’est le premier pont sur le grand bras, qui est à  moitié défait et qui ne peut être reconstruit au plus tôt que vers la fin de la journée de demain. Il est donc nécessaire que vous teniez fortement la tête du premier pont, que vous passerez demain matin, c’est-à-dire de placer de l’artillerie et de retirer les pontons pour faire croire à  l’ennemi, d’après votre disposition, que nous nous réservons les moyens de rejeter le pont pour passer; ce qui tiendra l’ennemi en respect. Mais le fait est qu’il faudra, aussitôt que les pontons seront retirés, les faire charger sur les haquets, avec les cordages, ancres, poutrelles, madriers, etc., pour les envoyer de suite au pont du grand bras, pour lequel il manque quatorze ou quinze bateaux. Vous enverrez les compagnies de pontonniers qui sont avec vous, pour aider à faire le pont. Vous sentez combien tout ceci demande d’activité, etc.

L’Empereur passe de l’autre côté pour activer tous les moyens, et surtout pour vous faire passer des vivres. L’important est donc de vous tenir fortement et avec beaucoup de canons dans la première île, et d’envoyer vos pontons pour le pont rompu.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809, une heure du matin.

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

Il est de la plus grande importance, Monsieur l’Intendant général, qu’aussitôt la réception de cette lettre vous nous fassiez charger sur des bateaux 100,000 rations de pain ou de biscuit, si vous pouvez les fournir, et autant de rations d’eau-de-vie; que vous leur fassiez descendre le Danube pour se rendre à la grande île, où est notre pont de bateaux, c’est-à-dire au deuxième bras à gauche. Une grande partie de l’armée se trouvera cette nuit dans cette île et y aura besoin de vivres. Envoyez un employé qui descendra avec les bateaux, et, arrivé à  la tête du pont, il fera prévenir le duc de Rivoli, qui se trouvera dans la grande île vis-à-vis Ebersdorf, afin qu’il ordonne la distribution de ces vivres, dont il a le plus grand besoin.

Dans la situation des choses, rien n’est plus pressant que l’arrivée de ces vivres.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809

DIXIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Vis-à-vis Ebersdorf, le Danube est divisé en trois bras séparés par deux îles. De la rive droite à la première île, il y a deux cent quarante toises; cette île a à peu près mille toises de tour. De cette île à la grande île, où est le principal courant, le canal est de cent vingt toises. La grande île, appelée In-der-Lobau, a sept mille toises de tour, et le canal qui la sépare du continent a soixante et dix toises. Les premiers villages que l’on rencontre ensuite sont Aspern, Essling et Enzersdorf. Le passage d’une rivière comme le Danube, devant un ennemi connaissant parfaitement les localités et ayant les habitants pour lui, est une des plus grandes opérations de guerre qu’il soit possible de concevoir.

Le pont de la rive droite à  la première île et celui de la première île à celle d’ln-der-Lobau ont été faits dans la journée du 19, et, dès le 18, la division Molitor avait été jetée par des bateaux à rames dans la grande île.

Le 20, l’Empereur passa dans cette île et fit établir un pont sur le dernier bras, entre Aspern et Essling. Ce bras n’ayant que soixante-dix toises, le pont n’exigea que quinze pontons et fut jeté en trois heures par le colonel d’artillerie Aubry.

Le colonel Sainte-Croix, aide de camp du maréchal duc de Rivoli, passa le premier dans un bateau sur la rive gauche.

La division de cavalerie légère du général Lasalle et les divisions Molitor et Boudet passèrent dans la nuit.

Le 21, l’Empereur, accompagné du prince de Neuchâtel et des maréchaux ducs de Rivoli et de Montebello, reconnut la position de la rive gauche et établit son champ de bataille, la droite au village d’Essling et la gauche à celui d’Aspern, qui furent sur-le-champ occupés.

Le 21, à quatre heures après midi, l’armée ennemie se montra et parut avoir le dessein de culbuter notre avant-garde et de la jeter dans le fleuve : vain projet ! Le maréchal duc de Rivoli fut le premier attaqué, à Aspern, par le corps du général Bellegarde. Il manoeuvra avec les divisions Molitor et Legrand, et, pendant toute la soirée, fit tourner à la confusion de l’ennemi toutes les attaques qui furent entreprises. Le duc de Montebello défendit le village d’Essling, que le maréchal duc d’Istrie, avec la cavalerie légère et la division de cuirassiers Espagne, couvrit la plaine et protégea Enzersdorf. L’affaire fut vive; l’ennemi déploya deux cents pièces de canon et à peu près 90,000 hommes, composés des débris de tous les corps de l’armée autrichienne.

La division de cuirassiers Espagne fit plusieurs belles charges, enfonça deux carrés et s’empara de quatorze pièces de canon. Un boulet tua le général Espagne, combattant glorieusement à  la tête des troupes, officier brave, distingué et recommandable sous tous les points de vue. Le général de brigade Fouler fut tué dans une charge (Fouler, que l’on croyait mort, avait été blessé et fait prisonnier).

Le général Nansouty, avec la seule brigade commandée par le général Saint-Germain, arriva sur le champ de bataille vers la fin du jour. Celte brigade se distingua par plusieurs belles charges. A huit heures du soir le combat cessa, et nous restâmes entièrement maîtres du champ de bataille.

Pendant la nuit, le corps du général Oudinot, la division Saint­Hilaire, deux brigades de cavalerie légère et le train d’artillerie passèrent les trois ponts.

Le 22, à quatre heures du matin, le duc de Rivoli fut le premier engagé. L’ennemi fit successivement plusieurs attaques pour reprendre le village. Enfin, ennuyé de rester sur la défensive, le duc de Rivoli, attaqua à son tour et culbuta l’ennemi. Le général de division Legrand s’est fait remarquer par ce sang-froid et cette intrépidité qui le distinguent.

Le général de division Boudet, placé au village d’Essling, était chargé de défendre ce poste important.

Voyant que l’ennemi occupait un grand espace de la droite à  la gauche, on conçut le projet de le percer par le centre. Le duc de Montebello se mit à la tête de l’attaque, ayant le général Oudinot à la gauche, la division Saint-Hilaire au centre et la division Boudet à la droite. Le centre de l’armée ennemie ne soutint pas les regards de nos troupes. Dans un moment tout fut culbuté. Le duc d’Istrie fit faire plusieurs belles charges qui toutes eurent du succès. Trois colonnes d’infanterie ennemie furent chargées par les cuirassiers et sabrées. C’en était fait de l’armée autrichienne, lorsqu’à sept heures du matin un aide de camp vint annoncer à l’Empereur que, la crue subite du Danube ayant mis à flot un grand nombre de gros arbres et de radeaux coupés et jetés sur les rives dans les événements qui ont eu lieu lors de la prise de Vienne, les ponts qui communiquaient de la rive droite à la petite île et de celle-ci à  l’île d’ln-der-Lobau venaient d’être rompus. Cette crue périodique, qui n’a ordinairement lieu qu’à  la mi-juin par la fonte des neiges, a été accélérée par la chaleur prématurée qui se fait sentir depuis quelques jours. Tous les parcs de réserve qui défilaient se trouvèrent retenus sur la rive droite par la rupture des ponts, ainsi qu’une partie de notre grosse cavalerie et le corps entier du maréchal duc d’Auerstaedt. Ce terrible contre-temps décida l’Empereur à  arrêter le mouvement en avant. Il ordonna au duc de Montebello de garder le champ de bataille qui avait été reconnu et de prendre position, la gauche appuyée à un rideau qui couvrait le duc de Rivoli et la droite à Essling. Les cartouches à canon et d’infanterie que portait notre parc de réserve ne pouvaient plus passer.

L’ennemi était dans la plus épouvantable déroute, lorsqu’il apprit que nos ponts étaient rompus. Le ralentissement de notre feu et le mouvement concentré que faisait notre armée ne lui laissaient aucun doute sur cet événement imprévu. Tous ses canons et ses équipages d’artillerie qui étaient en retraite se représentèrent sur la ligne, et, depuis neuf heures du matin jusqu’à sept heures du soir, il fit des efforts inouïs, secondés par le feu de deux cents pièces de canon, pour culbuter l’armée française. Ses efforts tournèrent à sa honte; il attaqua trois fois les villages d’Essling et d’Aspern, et trois fois il les remplit de ses morts. Les fusiliers de la Garde, commandés par le général Mouton, se couvrirent de gloire et culbutèrent la réserve, composée de tous les grenadiers de l’armée autrichienne, les seules troupes fraîches qui restassent à  l’ennemi. Le général Gros fit passer au fil de l’épée 700 Hongrois, qui s’étaient déjà  logés dans le cimetière du village d’Essling. Les tirailleurs, sous les ordres du général Curial, firent leurs premières armes dans cette journée et montrèrent de la vigueur. Le général Dorsenne, colonel-commandant la vieille Garde, la plaça en troisième ligne, formant un mur d’airain seul capable d’arrêter tous les efforts de l’armée autrichienne. L’ennemi tira quarante mille coups de canon, tandis que, privés de nos parcs de réserve, nous étions dans la nécessité de ménager nos munitions pour quelques circonstances imprévues.

Le soir, l’ennemi reprit les anciennes positions qu’il avait quittées pour l’attaque, et nous restâmes maîtres du champ de bataille. Sa perte est immense. Les militaires dont le coup d’oeil est le plus exercé ont évalué à plus de 12,000 les morts qu’il a laissés sur le champ de bataille. Selon le rapport des prisonniers, il a eu 23 généraux et officiers supérieurs tués ou blessés. Le feld-maréchal­-lieutenant Weber, 1,500 hommes et quatre drapeaux sont restés en notre pouvoir.

La perte de notre côté a été considérable : nous avons eu 1,100 tués et 3.000 blessés. Le duc de Montebello a eu la cuisse emportée par un boulet, le 22, sur les six heures du soir. L’amputation a été faite, et sa vie est hors de danger. Au premier moment on le crut mort; transporté sur un brancard auprès de l’Empereur, ses adieux furent touchants. Au milieu des sollicitudes de cette journée, l’Empereur se livra à la tendre amitié qu’il porte depuis tant d’années à ce brave compagnon d’armes. Quelques larmes coulèrent de ses yeux, et, se tournant vers ceux qui l’environnaient : “Il fallait, dit-il, que dans cette journée mon coeur fût frappé par un coup aussi sensible, pour que je pusse m’abandonner à d’autres soins qu’à ceux de mon armée “. Le duc de Montebello avait perdu connaissance; la présence de l’Empereur le fit revenir; il se jeta à son cou en lui disant : “Dans une heure vous aurez perdu celui qui meurt avec la gloire et la conviction d’avoir été et d’être votre meilleur ami.”

Le général de division Saint-Hilaire a été blessé; c’est un des généraux les plus distingués de la France.

Le général Durosnel, aide de camp de l’Empereur, a été enlevé par un boulet, en portant un ordre.

Le soldat a montré un sang-froid et une intrépidité qui n’appartiennent qu’à des Français.

Les eaux du Danube croissant toujours, les ponts n’ont pu être rétablis pendant la nuit. L’Empereur a fait repasser, le 23, à l’armée, le petit bras de la rive gauche, et a fait prendre position dans l’île d’In-der-Lobau, en gardant les têtes de pont.

On travaille à  rétablir les ponts. On n’entreprendra rien qu’ils ne soient à l’abri des accidents des eaux et même de tout ce que l’on pourrait tenter contre eux. L’élévation du fleuve et la rapidité du courant obligent à des travaux considérables et de grandes précautions.

Lorsque, le 23 au matin, on fit connaître à l’armée que l’Empereur avait ordonné qu’elle repassât dans la grande île, l’étonnement de ces braves fut extrême. Vainqueurs dans les deux journées, ils croyaient que le reste de l’armée allait les rejoindre; et, quand on leur dit que les grandes eaux, ayant rompu les ponts et augmentait sans cesse, rendaient le renouvellement des munitions et des vivres impossible, et que tout mouvement en avant serait insensé, on eut de la peine à les persuader.

C’est un malheur très-grand et tout à fait imprévu que des ponts formés des plus grands bateaux du Danube, amarrés par de doubles ancres et par des cinquenelles, aient été enlevés; mais c’est un grand bonheur que l’Empereur ne l’ait pas appris deux heures plus tard: l’armée poursuivant l’ennemi aurait épuisé ses munitions et se serait trouvée sans moyen de les renouveler.

Le 23, on a fait passer une grande quantité de vivres au camp d’In-der-Lobau.

La bataille d’Essling, dont il sera fait une relation plus détaillée qui fera connaître les braves qui se sont distingués, sera aux yeux de la postérité un nouveau monument de la gloire et de l’inébranlable fermeté de l’armée française.

Les maréchaux ducs de Montebello et de Rivoli ont montré dans cette journée toute la force de leur caractère militaire.

L’Empereur a donné le commandement du 2e corps au comte Oudinot, général éprouvé dans cent combats, où il a montré autant d’intrépidité que de savoir.

((Moniteur du 31 mai 1809

6.Moniteur du 31 mai 1809

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, quatre heures du matin.

Au général comte de Lauriston, commandant les troupes détachées du 1er corps, à Stuppach.

Monsieur le Général Lauriston, je reçois votre lettre du 23. Le général de brigade Colbert va venir vous joindre avec le reste de sa cavalerie. Votre corps d’observation est utile pour avoir des nouvelles de la marche de l’armée d’Italie; mais aujourd’hui que le pays est calmé, il me semble que des partis de cavalerie sont suffisants. Le vice-roi me mande que, le 14 ou le 15, une partie de l’armée ennemie, battant en retraite et fuyant devant lui, devait se trouver près de Villach. Si de là  elle avait suivi la route de Bruck, vous devriez commencer à  en avoir des nouvelles. Si au contraire elle a suivi la route de Cilli et Marburg, afin d’avoir son flanc droit appuyé à la Hongrie, il serait toujours important d’en avoir des nouvelles. Je me serais défait dans la journée du 22 de l’armée du prince Charles; mais, à six heures du matin, lorsque l’affaire s’engageait, mes ponts ont été rompus, et j’ai manqué d’artillerie et de munitions; ce qui m’a arrêté toute la journée en panne et m’a forcé de me contenter de garder le champ de bataille.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, onze heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, au camp Ebersdorf.

L’Empereur, Monsieur le Maréchal ,trouve qu’il est nécessaire de répartir les pièces de 12 que vous aviez données au général Demont dans les divisions de votre corps d’armée. Il y a de l’inconvénient à réunir toutes ces pièces en une seule division. On sera toujours à même de les réunir sur un seul point ,dans un jour de bataille, si on le trouve utile.

Je donne l’ordre au général Songis de vous faire remettre de suite trente pièces de canon autrichiennes de 3 ou de 5 avec trente caissons. Je vous préviens que le général Songis ne pourra mettre à votre disposition ni canonniers ni attelages de chevaux; il faut donc que vous vous procuriez par le moyen des corps des canonniers et des attelages. Vous attacherez deux de ces pièces à chaque régiment. Il ne faut pas, Monsieur le Duc, envoyer des caissons sur Passau; s’il y en a de partis, faites courir après pour les faire revenir. Si les approvisionnements vous manquent, changez des calibres français contre des calibres autrichiens. Cette mesure, qui peut se faire sur les lieux, est préférable à toute autre, car il ne faut rien envoyer à Passau; c’est trop loin.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, cinq heures du soir.

Au général Vandamme, commandant les troupes wurtembergeoises (8e corps), à Enns.

L’Empereur, Monsieur le Général Vandamme, ordonne que vous vous mettiez en marche avec toutes vos troupes réunies pour porter votre quartier général à  Saint-Pölten. Vous vous ferez successivement suivre par les troupes que vous avez à  Steyr, Linz et partout ailleurs en arrière de Melk. Il est très-important que vous arriviez le plus tôt possible, afin que toutes les troupes du duc d’Auerstaedt qui sont à  Saint-Pölten et environs puissent se rendre à Vienne. Vous ferez occuper la position de Melk et de Mautern avec une partie de votre corps pour contenir celui de l’ennemi qui est à  Krems; vous aurez aussi un corps d’observation qui éclairera le Danube depuis Mautern jusqu’à Vienne, sur la rive droite; celui de Melk éclairera jusqu’à  Mautern : ainsi tout sera gardé.

Vous tiendrez un parti entre Maria-Zell et Lilienfeld; tout a été soumis dans cette partie, où il ne faut plus qu’observer. Vous retirerez tous les postes que vous avez à  Linz, Enns, Steyer, etc., qui seront occupés par les troupes du prince de Ponte-Corvo.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809, cinq heures du soir.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne, à Auhof

Nous avons eu, le 21 et le 22, Prince, une bataille assez sérieuse sur la rive gauche du Danube, aux villages d’Essling et d’Aspern. L’ennemi était dans la plus parfaite déroute à huit heures du matin, quand nos deux ponts sur les deux grands bras du Danube ont été emportés par la crue des eaux, ce qui a obligé l’Empereur à rester en position, une partie de notre cavalerie, les parcs de nos divisions et le corps du duc d’Auerstaedt étant restés sur la rive droite. Notre perte se monte à  4,000 blessés environ; l’ennemi a perdu beaucoup plus de monde. Nous avons fait 1,500 prisonniers, dont un feld­maréchal, pris quatre drapeaux, plusieurs pièces de canon. Le prince Charles avait réuni toutes ses forces; le corps de Bellegarde et celui de Kollowrath s’y trouvaient; il ne peut donc y avoir en Bohème que la division autrichienne de Jellachich.

Sur le compte que j’ai rendu à Sa Majesté, elle vous laisse les officiers d’artillerie français qui sont avec vous.

Je vous ai fait écrire par le duc d’Auerstaedt que vous ne deviez pas entrer trop avant en Bohême, jusqu’à ce que nos ponts soient rétablis et que l’Empereur ait pris lui-même le parti de déboucher de nouveau sur la rive gauche.

Le duc de Danzig a pris Innsbruck. Ainsi les insurrections de ce côté sont finies, et il n’y a plus d’inquiétudes à  avoir. L’Empereur ordonne au général Vandamme de se porter à Melk et de mettre son quartier général à Saint-Pölten. Ce général a l’ordre de marcher avec tout son corps.

La tête de pont de Linz doit donc être gardée par vous, Prince, ainsi que les points d’Enns et de Steyr. Les points d’Ybbs et de Wallsee doivent être également surveillés par vos troupes. L’intention de l’Empereur est que vous fassiez faire autour de vous de fortes incursions, même sur la rive gauche; que vous ne souffriez pas d’ennemis à  deux ou trois marches de vous. Poussez donc le plus promptement possible le général Vandamme sur Melk avec toutes ses forces réunies, afin que l’Empereur puisse attirer à lui et disposer de toutes les troupes du duc d’Auerstaedt, et même, s’il y avait lieu , de toutes les troupes du général Vandamme. Il n’est pas impossible, Prince, que l’Empereur vous fasse remplacer par le duc de Danzig à Linz et vous appelle sur Vienne. Comme l’île de Lobau forme notre tête de pont sur la rive gauche du Danube, aussitôt que l’Empereur pourra être assuré que ses ponts sont solides, il pourra se décider à une bataille générale. Si vous pouviez organiser six pièces de 3 ou de 5, dont trois au 19e régiment et trois au 5e d’infanterie légère, cela vous ferait dix-huit pièces françaises, ce qui serait bien important, car l’ennemi a une grande quantité d’artillerie.

 

Ebersdorf, 21 mai 1809, neuf heures du soir.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf.

Mon Cousin, donnez ordre que la division Montbrun soit placée à Bruck, que la brigade Colbert se porte à Neustadt, et la division Lasalle à Hainburg; qu’à  trois heures du matin le 7e de hussards rejoigne la division Montbrun; ce régiment est à  Neudorf et fait partie du corps du duc d’Auerstaedt. Donnez ordre que la division Nansouty soit placée à Fischament et Schwechat; que la 2e division de cuirassiers soit placée entre Laxenburg et Neustadt, et la 3e division de cuirassiers entre Laxenburg et Bruck. Recommandez au duc d’Istrie de donner ces ordres de manière qu’il n’y ait aucune interruption, que la frontière soit toujours couverte, qu’on sache ce qui se passe du côté de Presbourg, et qu’on éclaire cette rive, pour savoir si l’ennemi ne travaille pas à quelque pont ou passage dans cette direction. Écrivez au duc d’Auerstaedt de prendre des mesures pour annoncer son quartier général à Neustadt et du côté de Bruck avec 40 à 50,000 hommes; qu’il fasse faire cette annonce par la brigade Colbert.

 

Ebersdorf, 24 mai 1809

A Louis-Charles-Ausguste, prince royal de Bavière, commandant la 1e division du 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Salzburg.

Je reçois votre lettre Je vous remercie de ce que vous me dites. Je n’ai point de nouvelles du duc de Danzig depuis le 16.  Je vous prie de me faire connaître la situation des ennemis du côté de Rastadt et d’Innsbruck, et d’envoyer des postes de cavalerie pour contenir le pays jusqu’au delà de Lambach. Je ne sais pas si le duc de Danzig est entré à Innsbruck.

Le 22, j’avais passé le Danube et j’étais sur le point de détruire ce qui restait de forces au prince Charles: une crue du Danube a rompu mes ponts; ce qui a empêché le passage d’une partie de l’armée et de mes parcs. J’ai donc dû me borner à garder ma position et à réparer les ponts. L’ennemi s’en étant aperçu, il s’est engagé une assez vive canonnade, où la perte a été considérable de part et d’autre. Une perte qui m’a été surtout sensible est celle du duc de Montebello; vous savez l’amitié que je porte à ce maréchal ; cependant il est hors de danger. J’ai été bien aise de vous prévenir de tout ceci, pour que de mauvais bruits que répandrait l’ennemi ne vous fassent point concevoir d’inquiétude. Je suis encore occupé aujourd’hui à rétablir mes ponts; ce qui est une grande affaire, car cette rivière est fort large et fort difficile.

 

Ebersdorf, 23 mai 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 19. Vous avez vu par le bulletin ce qui s’est passé ici. La crue du Danube m’a privé de mes deux ponts pendant plusieurs jours. Je suis parvenu enfin  à les rétablir ce matin. Le duc de Montebello en sera quitte pour une jambe de bois. Durosnel a été enlevé par un coup de canon, portant un ordre. Vienne est toujours fort tranquille.

Je suppose qu’on aura enfin mis dans les journaux de Paris la déclaration de guerre de la Russie à l’Autriche.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Je suis d’autant plus fondé à penser que les ponts de radeaux réussiront parfaitement ici, que je me rappelle que, dans les campagnes de 1740, le comte de Saxe, depuis maréchal, fit construire deux ponts de radeaux à Linz.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Je vous ai adressé hier des ordres, Monsieur le Général Songis, pour mettre à la disposition de M. le maréchal duc d’Auerstaedt trente pièces de canon de 3 ou de 5, autrichiennes, avec trente caissons, pour être attachées aux régiments de son corps d’armée, à raison de deux par régiment.

L’Empereur ordonne aussi qu’il soit attaché deux pièces d’artillerie de 3 ou de 5, autrichiennes, à chaque demi-brigade du corps du général Oudinot. En conséquence, l’intention de l’Empereur est que vous fassiez remettre, dans la journée de demain, à la disposition de M. le général  Oudinot, vingt-quatre pièces de 3 ou de 5 et vingt-quatre caissons, chargés chacun de 150 à  200 coups, Le général Oudinot se procurera dans son corps les canonniers pour servir ces pièces ainsi que les attelages, et dans toutes les circonstances ces pièces défileront avec l’aigle de la demi-brigade.

Sa Majesté ordonne pareillement que vous fassiez remettre à la disposition du duc de Rivoli vingt-quatre pièces de canon de 3 ou de 5, autrichiennes, et vingt-quatre caissons chargés comme les précédents, pour être attachés aux douze régiments français de son corps d’armée, à raison de deux par régiment.

C’est donc, par conséquent, pour le corps du duc d’Auerstaedt, 30 pièces; pour celui du général Oudinot, 24; pour celui du duc de Rivoli, 24; total, 78 pièces. Faites fournir sans délai ces 78 pièces. 57 ont été prises ici; les autres doivent exister sur le nombre pris à Vienne, à Krems ou ailleurs.

Rendez-moi le plus tôt possible, Général, un compte détaillé sur l’exécution de ces dispositions, afin que je puisse le mettre sous les yeux de l’Empereur.

 

Ebersdorf, 25 mai 1809, trois heures après midi.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne.

Mon Cousin, donnez ordre que la division Demont repasse le pont après l’artillerie. Elle rentrera au corps du duc d’Auerstaedt. Elle rendra au 2e corps toute l’artillerie qu’elle lui a empruntée, et reprendra celle qu’elle avait au 3e corps, matériel et personnel.

P. S. Le corps du général Oudinot repassera après la division Demont; il ne restera dans l’île que le corps du duc de Rivoli.

 

Ebersdorf, 26 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Mon intention est que l’artillerie de l’armée soit distribuée de la manière suivante. Vous ferez en conséquence les changements nécessaires aux différents corps. Les raisons qui me portent à ces changements n’ont pas besoin d’être développées.

2e CORPS: quatre pièces de 12; trente de 6; quatorze obusiers de 6 pouces; total, quarante-huit pièces.

3e CORPS : sept pièces de 12; vingt-sept de 8; dix-huit de 4,; huit obusiers de 6 pouces; total, soixante.´

4e CORPS : huit pièces de 12; quarante-cinq de 6; treize obusiers de 5 pouces 4 lignes; total, soixante-six.

RÉSERVE DE CAVALERIE : dix pièces de 8; dix de 4; six obusiers de 5 pouces 4 lignes; total, vingt-six.

Total général, deux cents bouches à feu.

Successivement, les améliorations susceptibles pourront être faites en ôtant les pièces de 4 aux bataillons et en leur donnant des pièces de 6 en place. Il est assez indifférent à un bataillon d’avoir des pièces de 4 ou des pièces de 8, ou des pièces de 6.

Par ce moyen, on pourra ôter de l’artillerie de position les pièces de 4, et on les remplacera par des pièces de 8; ce qui fera une grande amélioration.

Quand il sera possible d’ôter les obusiers de six pouces pour les remplacer par des obusiers de 5 pouces 4 lignes, nous n’aurons que des pièces de 12, de 6, des obusiers de 5 pouces 4 lignes et des pièces de 8, à un seul corps; c’est le résultat auquel il faut lâcher d’arriver. Envoyez-moi actuellement l’état de l’artillerie auxiliaire, car je suppose que dans ces deux cents pièces de canon n’est pas comprise l’artillerie des étrangers. Quelle est la situation de celle-ci ?

 

Ebersdorf, 26 mai 1809

Au général Songis, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Ebersdorf

Il y a près du pont sept à huit pontons qui ne servent pas au pont.

Je désire que vous les chargiez sur des haquets et que vous les fassiez conduire dans l’île pour servir à faire un autre pont.

Faites-moi connaître à quelle heure cela sera prêt, parce que, si l’ennemi a évacué la rive gauche, comme tout le porte à penser, mon intention est d’y faire passer un corps pour fouiller la plaine.

Envoyez des haquets à Klosterneuburg charger les pontons qui s’y trouvent.

Il sera bon de remplacer les pontons au grand pont par des bateaux, afin que l’on puisse jeter sur le dernier bras deux ponts comme celui qui y était; il avait quatorze pontons.

Il y a aussi sur ce bras plusieurs moulins dont les bateaux pourraient servir

 

Ebersdorf, 26 mai 1809, huit heures du matin

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Salzburg

L’Empereur, Monsieur le Duc, reçoit votre lettre du 22 mai, par laquelle vous lui annoncez que vous vous portez sur Leoben, que vous êtes parti le 23 et que vous marchez, suivant les circonstances par Salzburg ou par Rastadt. Vous devez donc être aujourd’hui ou  Salzburg ou à Rastadt, et sur Leoben vers le 30 de ce mois. Il est possible, Monsieur le Duc, que l’armée d’Italie envoie des reconnaissances par Spital sur Rastadt, et sur Leoben par Klagenfurt. Si cela arrivait, il est nécessaire que vous fassiez connaître au général commandant l’armée d’Italie qu’il faut qu’il se dirige sur Leoben. Si vous êtes à  Salzburg, ou si d’autres circonstances ont dérangé votre marche, vous devez avoir pour but de vous rapprocher de Vienne par le chemin le plus court, afin de pouvoir prendre part aux évènements et à la bataille qui se prépare d’ici à sept ou huit jours. Si vous êtes sur Leoben, il faut le même jour envoyer une avant-garde sur le Semmering, qui est le pendant des eaux et la montagne qui  sépare la Styrie de l’Autriche. Dans ce moment, le général Lauriston y est avec une petite colonne.

Si la route d’Italie par Innsbruck et le Tyrol est rétablie, faite connaître au général commandant l’armée d’Italie qu’il doit se diriger sur Vienne, et en même temps vous  lui ferez part de vos mouvements.

 

Ebersdorf, 26 mai 1809, trois heures du soir.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le le 4e corps de l’armée d’Allemagne, dans l’île Lobau.

Un officier de pontonniers a rendu compte, Monsieur le Duc, que l’ennemi travaillait à notre ancienne tête de pont, annonçant le projet d’en faire une demi-lune. L’Empereur  est impatient d’avoir des nouvelles. Si cela est, il faut commencer le feu et ne pas souffrir qu’un homme s’établisse de ce côté-là.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809

A l’impératrice Joséphine, à Strasbourg

Je t’expédie un page pour t’apprendre qu’Eugène m’a rejoint avec toute son armée, qu’il a rempli parfaitement le but que je lui avais demandé, qu’il a presque entièrement détruit l’armé ennemie qui était devant lui.

Je t’envoie ma proclamation à l’armée d’Italie, qui te fera comprendre tout cela.

Je me porte fort bien. Tout à toi.

P. S. Tu peux faire imprimer cette proclamation à Strasbourg, et la faire traduire en français et en allemand, pour qu’on la répande dans toute l’Allemagne. Remets au page qui va à Paris une copie de la proclamation.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant le 9e corps de l’armée d’Allemagne

Mon Cousin, je vous écris par le page que j’expédie à l’Impératrice, pour vous annoncer l’arrivée du vice-roi et de mon armée d’Italie. La division Jellachich, qui se retirait du Tyrol, est tombée tout entière dans ses mains à Saint-Michel près Leoben. Cette armée a eu des avantages tels qu’elle avait fait près de 25.000 prisonniers à l’ennemi, avant d’avoir passé la Drave; l’archiduc Jean est rentré en Hongrie avec les débris de son armée qui ne montent pas à 12.000 hommes, et j’estime à 60.000 hommes les renforts  qui m’arrivent avec l’armée d’Italie. Mon armée de Dalmatie est arrivée à Laybach.

 

Ebersdorf, 27 mai 1809, midi.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, votre aide de camp Bataille arrive. La proclamation ci­ jointe, que vous ferez imprimer et distribuer à l’armée, vous fera connaître ma satisfaction. Réunissez toutes vos troupes à Bruck et occupez le Semmering. Dites à Lauriston de faire retourner toutes ses troupes sur Neustadt. Comme je suppose que j’aurai de vos nouvelles dans la journée et que vous m’enverrez des états de situation, je vous enverrai des ordres. J’espère que Macdonald est arrivé à Graz; organisez provisoirement les provinces de Carniole et de Carinthie comme elles l’ont été dans mes premières campagnes, en y nommant un commissaire de gouvernement pris dans les États. Envoyez à la rencontre du duc de Danzig, qui arrive avec les Bavarois, de Salzburg sur Leoben; faites-lui connaître votre arrivée. Mon intention est que, de la position où il se trouvera, il se dirige par le plus court chemin sur Vienne. J’ai un grand désir de vous voir. Je suis toujours à me battre avec le Danube, qui m’a encore enlevé mes ponts ce matin; aussitôt que je les aurai consolidés, je détruirai le prince Charles, qui est de l’autre côté du fleuve. Faites-moi connaître la situation de votre artillerie et de vos approvisionnements. Nommez des commandants pour chacune des provinces de Carniole et de Carinthie.

Vous trouverez ci-joint différentes pièces que vous ferez réimprimer et répandre partout. Je vous embrasse.

 

Camp impérial d’Ebersdorf, 21 mai 1809.

PROCLAMATION

Soldats de l’armée d’Italie, vous avez glorieusement atteint le but que je vous avais marqué. Le Semmering a été témoin de votre jonction avec la Grande Armée. Soyez les bienvenus. Je suis content de vous !

Surpris par un ennemi perfide avant que vos colonnes fussent réunies, vous avez dû rétrograder jusqu’à l’Adige. Mais, lorsque vous reçûtes l’ordre de marcher en avant, vous étiez sur les champs mémorables d’Arcole, et là vous jurâtes sur les mânes de nos héros de triompher. Vous avez tenu parole à la bataille de la Piave, aux combats de San-Daniele, de Tarvis, de Goritz; vous avez pris d’assaut les forts de Malborghetto, de Prediel, et fait capituler la division ennemie retranchée dans Prewald et Laybach. Vous n’aviez pas encore passé la Drave, et déjà 27.000 prisonniers, soixante pièces de bataille, dix drapeaux avaient signalé votre valeur. Depuis, la Drave, la Save, la Mur n’ont pu retarder votre marche. Là colonne autrichienne de Jellachich, qui la première entra dans Munich, qui donna le signal des massacres dans le Tyrol, environnée à  Saint-Michel, est tombée dans vos baïonnettes. Vous avez fait une prompte justice de ces débris dérobés à la colère de la Grande Armée.

Soldats, cette armée autrichienne d’Italie, qui, un moment, souilla par sa présence mes provinces, qui avait la prétention de briser ma couronne de Fer, dispersée, battue, anéantie, grâce à vous, sera un exemple de la vérité de cette devise: Dio me la diede, guai a chi la tocca !

 

Ebersdorf, 27 mai 1809, neuf heures du soir

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, un aide de camp de Lauriston m’apporte votre lettre du 26 à onze heures du soir. Reposez-vous et procurez-vous du pain. Je vous prie de m’envoyer l’état de situation de toute votre artillerie et les lieux où elle est. Si vous ne voyez pas d’inconvénient à ce que vous vous rendrez près de moi, venez; ce sera le plus court moyen de me mettre au fait de tout. Je pense que, si le prince Jean est parti de Graz, il n’y a pas d’inconvénient. Vous aurez vu, par la proclamation que je vous ai envoyée, combien je suis content de vous et  de mon armée. Le Tyrol et le Vorarlberg sont pacifiés.  Le duc de Danzig est arrivé à Innsbruck le 20. Il doit être en marche sur Leoben et Rastadt. .Je pense vous avoir écrit ce matin de lui mander de se diriger sur Vienne par le plus court chemin. Je suppose que vous aurez fait prendre les lettres à Bruck et à Graz

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, dix-heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, je vous renvoie votre aide de camp.. Je désirerais avoir l’état de situation de votre corps d’armée.

Je suppose que la division Durutte est composée de deux bataillons du 22e, de quatre bataillons du 23e, et de quatre bataillons du 62e.  Je suppose que ces dix bataillons forment au moins 6,000 hommes présents sous les armes. Je suppose que la division Seras est composée d’un bataillon du 35e, de trois bataillons du 53e, de quatre bataillons du 106e et de deux bataillons du 79e; je la suppose également de 6,000 hommes. Je ne sais ce que c’est que la 3e division; je suppose que c’est une division italienne qui est avec le 112e, ct qu’elle est également de 6,000 hommes. Je suppose que la division Pacthod vous a rejoint avec la division Grouchy. La division Pacthod doit être composée de deux bataillons du 8e léger, de quatre bataillons du 52e, de quatre bataillons du 102e et de quatre bataillons du 11e de ligne, que je suppose former 6,000 hommes. Sans comprendre le corps détaché du général Macdonald, vous devriez avoir aujourd’hui à Bruck 24,000 hommes d’infanterie, 4,000 hommes de cavalerie et 2,000 hommes de la garde; ce qui ferait 80,000 hommes et soixante pièces de canon. Le général Macdonald, que je suppose sur le point d’arriver à Graz, vous renforcera de 15,000 hommes. Ainsi votre arrivée me renforce de 45,000 hommes, non compris le corps du général Marmont. Rectifiez mes idées là-dessus, et occupez-vous de l’artillerie et des munitions; cela est extrêmement important. Faites avancer vos pontonniers, vos sapeurs à l’avant-garde. Faites venir d’Italie tout le personnel d’artillerie que vous pourrez; vous en avez besoin, et l’Italie est le pays où j’en ai le plus. Faites avancer le bataillon du 93e, celui du 67e, et toute la cavalerie et l’infanterie appartenant aux divisions Molitor et Boudet, de l’ancienne colonne qui a essuyé un échec dans le Tyrol.

Faites-les diriger à grandes marches pour compléter ces divisions. Il doit y avoir aussi un bataillon du 36e et un du 37e. Les corps doivent avoir leur artillerie complète. Donnez-leur des pièces de 8, autrichiennes. Les régiments se procureront des harnais, des charretiers et des chevaux.

Au delà du Danube, où je me suis battu pendant deux jours, l’ennemi m’a présenté près de quatre cents pièces de canon. J’aurais anéanti l’armée du prince Charles sans le Danube, qui a rompu mes ponts; ce qui m’a décidé à ne pas m’aventurer, et m’a privé de mes parcs et d’une partie de l’armée. Vous trouverez le bulletin qui vous mettra au fait de tout cela.

Voici la position de ma cavalerie légère aujourd’hui. Le général Lasalle est sur Hainburg, ayant des postes sous Presbourg; le général Montbrun est à OEdenburg, poussant des postes du côté de Graz. Je suis occupé à établir sur le Danube mes ponts, qui ont été enlevés une seconde fois, et à les consolider avec des chaînes et des pilotis.

La grande affaire dans ce moment-ci est que Macdonald arrive à Graz; que votre artillerie, vos parcs, vos traînards soient arrivés; que vous soyez bien organisé. J’avais jadis fait mettre Klagenfurt à l’abri d’un coup de main; faites refaire les mêmes ouvrages. Si l’enceinte a été conservée, ce sera toujours un dépôt de vivres et de munitions que l’ennemi ne pourra pas enlever.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie

Je sais qu’il y a des individus de Padoue qui se sont mal comportés. Rendez-m’en compte pour que j’en fasse un exemple éclatant. Je sais que le maire d’Udine a eu la lâcheté d’ôter sa décoration, tandis que l’évêque et d’autres ne l’ont pas fait, et qu’ainsi ce n’était pas obligation. J’attends votre rapport là-dessus.

Quant à Padoue, s’il y a quelque grande famille qui se soit mal comportée, je veux la détruire de fond en comble, de manière qu’elle serve d’exemple dans les annales de Padoue.

Faites exécuter avec plus de rigueur que jamais le décret contre ceux qui ont pris les armes contre nous, et faites mettre le séquestre sur leurs biens, qui doivent être confisqués et vendus.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, midi.

Au général comte Lauriston, commandant les troupes détachées du 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Neustadt

Portez-vous sur OEdenburg, à six lieues de Neustadt, et envoyez de forts reconnaissances sur Raab et Körmönd, places situées sur la Raab et qui sont le chemin de Graz en Hongrie, afin d’être tou­jours éclairé sur les mouvements que pourrait faire le prince Jean.

Je crois que vous deveztrouver à OEdenburg le général Montbrun; toutefois vous pouvez y aller avec la brigade Colbert, laissant une partie de votre infanterie en échelons.

Je vous envoie des proclamations que vous répandrez en Hongrie, ainsi que des imprimés sur l’arrivée de l’armée d’Italie,

Le général Marulaz doit se trouver du côté de Bruck et le général Lasalle à Hainburg.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809, huit heures du soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, Tascher me porte des drapeaux et votre lettre du 27.

J’ai donné ordre à Lauriston de se porter avec une brigade de cavalerie et deux régiments d’infanterie badois, qui forment son petit corps d’observation, sur OEdenburg, d’où il poussera des partis sur les flancs du prince Jean, qui probablement se rend à Raab. Attirez à vous tout le général Baraguey d’Hilliers, tout le général Grouchy. Retirez aussi tout ce qui est inutile sur vos derrières. Ordonnez  qu’on fortifie Klagenfurt, qu’on mette de l’eau dans les fossés et qu’on y forme un grand magasin; j’y avais déjà fait ces dispositions il y a seize ans. Faites venir le plus d’artillerie possible; il faut en faire venir. non-seulement attelée, amis encore par réquisition, sur Klagenfurt. Je compte que votre armée, en en ôtant tout au plus un ou

deux bataillons italiens, que vous laisserez à Klagenfurt, sera sur Bruck demain et après , et que le corps de Macdonald sera à Graz. Il me tarde que Marmont soit arrivé à Laybach et qu’il envoie sur Graz les détachements que Macdonald aurait laissés à Laybach. La situation des choses dans le Midi me décidera sur le parti que je prendrai pour l’armée de Dalmatie. J’attends l’état de situation de tous vos corps, avec les lieux où ils se trouvent et des détails sur votre artillerie. La division que vous avez envoyée dans la direction de Neustadt peut continuer sa route pour occuper le Semmering, et partir sur Neunkirchen et se mettre en correspondance avec Lauriston pour se lier.

Envoyez la lettre ci-jointe à Borghèse par votre premier courrier.

Je lui mande d’envoyer sur Osoppo tout ce qu’il a de disponible appartenant aux sept régiments des divisions Molitor et Boudet, aux quatre régiments de cuirassiers et aux cinq régiments de cavalerie légère. Je vous envoie cette lettre sous cachet volant, pour que vous en fassiez autant dans tout le royaume, et que vous fassiez fournir, soit par l’armée italienne, soit par l’armée française, tout ce qu’elles ont de disponible pour renforcer les cadres. Je suppose que vous aurez formé sur la Livenza ou sur le Tagliamento un dépôt de cavalerie, et que vous avez laissé quelqu’un à la tête pour vous alimenter. Ayez à Osoppo un homme marquant pour mettre à la tête de vos dépôts: c’est là qu’il faut tout diriger. Donnez ordre qu’on n’en laisse partir aucun homme isolé, mais qu’on fasse des bataillons de marche de 5 à 600 hommes d’infanterie et cavalerie.

J’ai donné ordre que les États du Pape feraient partie de l’armée de Naples, el j’ai chargé le Roi d’en prendre possession. Les États du Pape feront partie de la France, ayant pris un décret pour détruire le gouvernement temporel du Pape.

Écrivez au roi de Naples pour l’instruire de notre jonction; envoyez-lui la lettre ci-jointe. Vous trouverez aussi une lettre pour la grande-duchesse, dans laquelle je lui donne l’ordre de faire partir pour Osoppo tout ce qu’il y aura à Florence de disponible des 23e léger, 62e, 13e et 112e de ligne. Je suppose que vous avez pourvu à ce qu’il soit laissé de petites garnisons à Palmanova et à Osoppo. Si Miollis est retourné à Rome et que Lemarois n’y soit plus nécessaire, il faut le diriger sur Osoppo, où il aura le commandement du Frioul; il surveillera les dépôts, tiendra la main à ce que tout en parte en bon état, et servira d’intermédiaire entre vous et le royaume d’Italie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 20 mai, que m’apporte votre aide de camp. J’ai des nouvelles de Berlin, du 22, c’est-à-dire postérieures de quatre jours à celles que vous me donnez, et elles ne font mention de rien de ce que vous m’écrivez. Vous vous alarmez trop facilement. Il est connu de tout le monde que le duc d’Oels forme un corps pour l’Angleterre; mais ce corps est en Bohême et n’est pas de plus de l,500 hommes. Le général Blücher est à son poste et n’a pas envie de remuer. La Prusse ne demande pas mieux que de conserver sa neutralité. Les Russes ont dénoncé les hostilités contre l’Autriche et sont entrés en Galicie.

Je ne sais ce que c’est qu’un général d’Albignac, auquel vous donnez le commandement d’une troupe. Vous avez une division hollandaise qui est forte de plus de 6,000 hommes, c’est plus qu’il ne vous faut. On ne reçoit ici aucune situation ni état d’emplacement de vos troupes, et l’on ignore où elles sont. Le corps de Hanau n’est pas sous vos ordres, et le duc de Valmy ne peut en détacher un seul homme sans mon ordre. Vous avez assez de monde pour maintenir, la tranquillité chez vous. Si de grandes expéditions d’Anglais avaient lieu, vos forces ne seraient pas sans doute suffisantes; ce serait à moi à y pourvoir et à combiner le corps de Hanau avec votre corps d’armée. Le régiment du grand-duché de Berg ne vous est bon à rien; si de grandes secousses arrivaient, il vous manquerai; faîtes-lui continuer sa route pour l’armée. Le Tyrol et le Vorarlberg sont parfaitement soumis. Les grands succès obtenus par l’armée d’Italie et sa jonction, qui a eu lieu à peu de lieues de Vienne, ont achevé de soumettre la Styrie, la Carniole, la Carinthie, la haute et la basse Autriche. La crue du Danube m’empêche de pouvoir consolider mes ponts et d’entrer dans la Bohême et dans la Moravie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Elisa, grande-duchesse de Toscane, à Florence.

Ma Soeur, faîtes partir pour Osoppo tout ce qu’il y aurait de disponible dans le duché, appartenant aux 23e léger, 13e, 112e et 62e de ligne et au 9e chasseurs. Cette lettre vous parviendra par le canal de l’armée d’Italie. Ma jonction avec cette armée a été faite heureusement, il y a deux jours. Les affaires vont ici fort bien, et ma santé est fort bonne.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je vous ai écrit de Schönbrunn, le 17, pour vous faire connaître que mon intention était que les États du Pape fussent sous vos ordres et pour vous charger d’en prendre possession pour la France. Ne craignez point de débarquement. Les Anglais sont occupés en Portugal et en Espagne. Ayez une grosse division sur Rome, et soyez prêt à vous y porter.

Faites partir pour Osoppo tout ce qui reste dans votre royaume, appartenant aux régiments qui ont quitté l’armée de Naples. Donnez l’ordre au 14e léger, au 6e de ligne, qui sont à Rome, d’en partir en toute diligence pour Padoue. Tâchez également d’envoyer un bataillon à Ancône, qui mette à même de disposer des deux bataillons du 22e léger qui y sont. Si vous pouvez disposer d’un on deux régiments napolitains, faites-les partir pour l’Allemagne, où ils se formeront. Ils iront d’abord à Padoue et de là à Osoppo.

Je pense que, dans cette circonstance, il serait convenable de vous tenir à Rome, du moins quelque temps, pour être plus près de la haute Italie.

 

Ebersdorf, 28 mai 1809.

TREIZIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Dans la nuit du 26 au 27, nos ponts sur le Danube ont été enlevés par les eaux et par des moulins qu’on a détachés. On n’avait pas encore eu le temps d’achever les pilotis et de placer la grande chaîne de fer. Aujourd’hui, l’un des ponts est rétabli. On espère que l’autre le sera demain.

L’Empereur a passé la journée d’hier sur la rive gauche pour visiter les fortifications que l’on élève dans l’île Lobau, et pour voir plusieurs régiments du corps du duc de Rivoli, en position dans cette espèce de tête de pont.

Le 27, à midi, le capitaine Bataille, aide de camp du prince vice-roi, a apporté l’agréable nouvelle de l’arrivée de l’armée d’Italie à Bruck. Le général Lauriston avait été envoyé au-devant d’elle, et la jonction a eu lieu sur le Semmering-Berg. Un chasseur du 9e, qui était en coureur en avant d’une reconnaissance de l’armée d’Italie, rencontra un chasseur d’un peloton du 20e, envoyé par le général Lauriston. Après s’être observés pendant quelque temps, ils reconnurent qu’ils étaient Français et s’embrassèrent. Le chasseur du 20e marcha sur Bruck, pour se rendre auprès du vice-roi, et celui du 9e se dirigea vers le général Lauriston pour l’informer de l’approche de l’armée d’Italie. Il y avait plus de douze jours que les deux armées n’avaient pas de nouvelles l’une de l’autre. Le 26, au soir, le général Lauriston était à Bruck, au quartier général du vice-roi.

Le vice-roi a monté dans toute la campagne un sang-froid et un coup d’oeil qui présagent un grand capitaine.

Dans la relation des faits qui ont illustré l’armée d’Italie pendant ces vingt derniers jours, Sa Majesté a remarqué avec plaisir la destruction du corps de Jellachich. C’est ce général qui fit aux Tyroliens cette insolente proclamation qui alluma leur fureur et aiguisa leurs poignards. Poursuivi par le duc de Danzig, menacé d’être pris en flanc par la brigade du général Duppelin, que le duc d’Auerstaedt avait fait déboucher par Maria-Zell, il est venu tomber comme dans un piége en avant de l’armée d’Italie.

L’archiduc Jean, qui, il y a si peu de temps, et dans l’excès de sa présomption, se dégradait par sa lettre au duc de Raguse, a évacué Graz hier 27, ramenant à peine 20 ou 25,000 hommes de cette belle armée qui était entrée en Italie. L’arrogance, l’insulte, les provocations à la révolte, toutes ses actions, portant le caractère de la rage, ont tourné à sa honte.

Les peuples de l’Italie se sont conduits comme auraient pu le faire les peuples de l’Alsace, de la Normandie ou du Dauphiné. Dans la retraite de mes soldats, ils les accompagnaient de leurs voeux et de leurs larmes. Ils reconduisaient par des chemins détournés et jusqu’à cinq marches de l’armée les hommes égarés. Lorsque quelques prisonniers ou quelques blessés français ou italiens, ramenés par l’ennemi, traversaient les villes et les villages, les habitants leur portaient des secours. Ils cherchaient pendant la nuit les moyens de les travestir et de les faire sauver.

Les proclamations et les discours de l’archiduc Jean n’inspiraient que le mépris et le dédain, et l’on aurait peine à se peindre la joie des peuples de la Piave, du Tagliamento et du Frioul, lorsqu’ils virent l’armée de l’ennemi fuyant en désordre, et l’armée du souverain et de la patrie revenant triomphante.

Lorsqu’on a visité les papiers de l’intendant de l’armée autrichienne, qui était à la fois le chef du gouvernement et de la police et qui a été pris à Padoue avec quatre voitures, on y a découvert la preuve de l’amour des peuples d’Italie pour l’Empereur. Tout le monde avait refusé des places; personne ne voulait servir l’Autriche; et, parmi sept millions d’hommes qui composent la population du royaume, l’ennemi n’a trouvé que trois misérables qui n’aient pas repoussé la séduction.

Les régiments d’Italie, qui s’étaient distingués en Pologne et qui avaient rivalisé d’intrépidité dans la campagne de Catalogne avec les plus vieilles bandes françaises, se sont couverts de gloire dans toutes les affaires. Les peuples d’Italie marchent à grands pas vers le dernier terme d’un heureux changement. Celte belle partie du continent, où s’attachent tant de grands et d’illustres souvenirs, que la cour de Rome, que cette nuée de moines, que ses divisions avaient perdue, reparaît avec honneur sur la scène de l’Europe.

Tous les détails qui arrivent de l’armée autrichienne constatent que dans les journées du 21 et du 22 sa perte a été énorme. L’élite de l’armée a perdu selon les aimables de Vienne, les manœuvres du général Danube ont sauvé l’armée autrichienne.

Le Tyrol et le Vorarlberg sont parfaitement soumis. La Carniole, la Styrie, la Carinthie, le pays de Salzburg, la haute et la basse Autriche, sont pacifiés et désarmés.

Trieste, cette ville où les Français et les Italiens ont subi tant d’outrages, a été occupée. Les marchandises coloniales anglaises ont été confisquées. Une circonstance de la prise de Trieste a été très­ agréable à l’Empereur: c’est la délivrance de l’escadre russe. Elle avait eu ordre d’appareiller pour Ancône; mais, retenue par les vents contraires, elle était restée au pouvoir des Autrichiens.

La jonction de l’armée de Dalmatie est prochaine. Le duc de Raguse s’est mis en marche aussitôt qu’il a appris que l’armée d’Italie était sur l’Isonzo. On espère qu’il arrivera à Laybach avant le 5 juin.

Le brigand Schill, qui se donnait, et avec raison, le titre de général au service de l’Angleterre, après avoir prostitué le nom du roi de Prusse comme les satellites de l’Angleterre prostituent celui de Ferdinand à Séville, a été poursuivi et jeté dans une île de l’Elbe. Le roi de Westphalie, indépendamment de 15,000 hommes de ses troupes, avait une division hollandaise et une division française; et le duc de Valmy a déjà réuni à Hanau deux divisions du corps d’observation, commandées par les généraux Rivaud et Despeaux, et composées des brigades Lameth, Clément, Taupin et Vaufreland.

La pacification de la Souabe rend disponible le corps d’observation du général Beaumont, qui est réuni à Augsbourg et où se trouvent plus de 3,000 dragons.

La rage des princes de la Maison de Lorraine contre la ville de Vienne peut se peindre par un seul trait. La capitale est nourrie par quarante moulins établis sur la rive gauche du fleuve: ils les ont fait enlever et détruire.

((Moniteur du 4 juin 1809.