Correspondance de Napoléon Ier – Juin 1810

Saint-Cloud, 2 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, je vous envoie plusieurs pièces relatives aux dernières ouvertures indirectes faites à l’Angleterre. La première a eu lieu par l’intermédiaire des ministres hollandais. Les dernières ont été faites par l’insinuation du sieur Julien Ouvrard. Je désire que vous envoyiez le conseiller d’État d’Hauterive auprès du sieur Ouvrard, pour l’interroger sur ces dernières pièces, sans lui laisser soupçonner qu’on a ces pièces, lui demander des copies de tout ce qu’il a envoyé, savoir par qui il a été autorisé et ce qui s’est passé. Vous tiendrez toutes ces pièces secrètes.

 

Pièces jointes à la lettre:

1° Rapport du sieur Labouchère, daté de Londres le 12 février, sur la mission qu’il a reçue des ministres hollandais, accompagné d’une note du marquis de Wellesley, au sieur Labouchère;

2° Deux lettres, non signées, du 24 avril et du 24 avril 1810 à neuf heures du matin;

3° Une lettre du sieur Labouchère, d’Amsterdam, le 8 mai, accompagnée d’une copie de lettre du même au marquis de Wellesley;

4° Une lettre, non signée, du 8 mai 1810 à neuf heures du matin, accompagnée de deux notes.

 

Saint-Cloud, 3 juin 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, à Paris

Monsieur le Duc d’Otrante, j’ai reçu votre lettre du 2 juin. Je connais tous les services que vous m’avez rendus, et je crois à votre attachement à ma personne et à votre zèle pour mon service; cependant il m’est impossible, sans me manquer à moi-même, de vous laisser le portefeuille. La place de ministre de la police exige une entière et absolue confiance, et cette confiance ne peut plus exister, puisque déjà, dans des circonstances importantes, vous avez compromis ma tranquillité et celle de l’état; ce que n’excuse pas à mes yeux même la légitimité des motifs.

Une négociation a été ouverte avec l’Angleterre; des conférences ont eu lieu avec lord Wellesley. Ce ministre a su que c’était de votre part qu’on parlait; il a dû croire que c’était de la mienne: de là un bouleversement total dans toutes mes relations politiques, et, si je le souffrais, une tache pour mon caractère, que je ne puis ni ne veux souffrir.

La singulière manière que vous avez de considérer les devoirs du ministre de la police ne cadre pas avec le bien de l’État. Quoique je ne me défie pas de votre attachement et de votre fidélité, je suis cependant obligé à une surveillance perpétuelle qui me fatigue et à laquelle je ne puis pas être tenu. Cette surveillance est nécessitée par nombre de choses que vous faites de votre chef, sans savoir si elles cadrent avec ma volonté et avec mes projets et si elles ne contrarient pas ma politique générale.

J’ai voulu vous faire connaître moi-même ce qui me portait à vous ôter le portefeuille de la police. Je ne puis pas espérer que vous changiez de manière de faire, puisque, depuis plusieurs années, des exemples éclatants et des témoignages réitérés de mon mécontentement ne vous ont pas changé, et que, satisfait de la pureté de vos intentions, vous n’avez pas voulu comprendre qu’on pouvait faire beaucoup de mal en ayant l’intention de faire beaucoup de bien, Du reste, ma confiance dans vos talents et votre fidélité est entière, et je désire trouver des occasions de vous le prouver et de les utiliser pour mon service.

 

Saint-Cloud. 3 juin 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, à Paris

Les services que vous nous avez rendus dans les différentes circonstances nous portent à vous confier le gouvernement de Rome, jusqu’à ce que nous ayons pourvu à l’exécution de l’article 8 de l’acte des constitutions du 17 février dernier. Nous avons déterminé par un décret spécial les pouvoirs extraordinaires dont les circonstances particulières où se trouvent ces départements exigent que vous soyez investi. Nous attendons que vous continuerez, dans ce nouveau poste, à nous donner des preuves de votre zèle pour notre service et de votre attachement à notre personne.

 

Saint·Cloud, 4 juin 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Le Conseil d’État me charge d’une dépense annuelle de plus de 300,000 francs pour des pensions aux employés de la liquidation générale, supprimée au 1err juillet prochain. Je n’ai pas signé ce projet de décret, auquel j’en ai substitué un autre que vous allez recevoir. Vous vous occuperez sans relâche de son exécution. Quoique j’espère que tous ou presque tous ces employés seront placés au 1er juillet, j’ai accordé le tiers de leur traitement à ceux qui ne le seront pas. Je désire que vous fassiez en sorte que ce ne soit qu’un très-petit nombre.

 

Saint-Cloud, 5 juin 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous voyiez dans la journée le duc d’Otrante et que vous lui demandiez toutes les pièces relatives à la négociation avec l’Angleterre, soit écrites en encre sympathique, soit écrites en clair. Vous lui parlerez après cela de la nécessité d’évacuer l’hôtel de la police, ce qui n’est d’aucun embarras pour lui, puisqu’il a sa maison. Il faut qu’il l’évacue dans la semaine, de sorte que le nouveau ministre puisse y être installé dimanche et s’occuper des affaires de mon ministère. Vous aurez soin de couler à fond la première affaire avant de passer à la seconde. Vous insinuerez dans la conversation que les affaires marchent vivement à Rome, que tout y est en activité, que je crains que le zèle du général Miollis et de la Consulte ne se ralentisse en apprenant le décret (décret nommant Fouché gouverneur de Rome), et que je désire qu’il puisse partir avant le 15 du mois pour Rome, pour diriger lui-même ces affaires importantes dans ce moment.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Sa Majesté désire que le ministre des finances lui fasse connaître si les dispositions de finances, arrêtées au commencement de cette année, sont exécutées en Piémont; si on a mis à la disposition de la liste civile ce qui lui revient; si les biens nationaux ont été vendus, combien il en reste; si l’on a fait des rescriptions, combien il en faudra, combien il en restera. Sa Majesté désire avoir le même travail pour la Toscane et savoir ce qui reste disponible, 1° des domaines, 2° des trente millions de rescriptions sur lesquelles il doit y avoir un excédent, puisque la somme entière n’a pas été nécessaire. Sa Majesté invite le ministre à lui faire connaître, mercredi prochain, quelle serait l’étendue de ces ressources, qu’elle se propose d’appliquer à l’exercice que le ministre, d’accord avec le ministre du trésor, indiquerait comme ayant le plus de besoin. On pourrait réaliser ces ressources en les cédant à la caisse du domaine de l’extraordinaire.

Sa Majesté juge en même temps convenable que le ministre des finances lui fasse connaître la quantité de biens qui restent à des corporations de mainmorte dans la Toscane et peut-être dans le Piémont. On pourra comprendre dans ces renseignements, mais dans un état à part, les biens que possèdent les évêchés et les chapitres.

Si on réduisait les évêchés à quatre ou cinq au plus en Toscane, à trois dans l’ancienne Ligurie et à six dans le Piémont, la suppression des évêchés inutiles offrirait encore une masse de moyens disponibles.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je vous envoie la note des fonds qui doivent se trouver dans la caisse de la police. Cela doit se monter à deux millions. J’aurais besoin des fonds de 1808 et 1809 pour une dépense importante.

J’en disposerai aussitôt que j’aurai le compte de Fouché de 1809.

Envoyez-moi l’état par aperçu de ce qui reste en caisse.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1810

NOTE POUR LES MINISTRES DES FINANCES ET DU TRÉSOR.

Les ministres des finances et du trésor s’entendront pour remettre, avant le 1er juillet, les comptes de 1809, arrêtés au 1er janvier 1810, et comprenant toutes les régies et tous les exercices, ce qui remettra sous les yeux de Sa Majesté la situation générale des affaires.

Ces comptes seront lus au Conseil d’État et imprimés, comme si le Corps législatif était assemblé. L’année prochaine, si le Corps législatif se réunit au mois de novembre, on lui présentera le compte de 1809 avec celui de 1810.

 

Saint-Cloud, 6 juin 1810

NOTES DICTÉES EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

1° Il convient de faire exécuter sans délai le dernier article de la disposition du 27 janvier dernier sur les finances, en comprenant, dans les recettes du trésor public sur l’exercice 1810, les ressources que lui attribue ce dernier article et qui doivent prévenir d’excédants disponibles de la caisse d’amortissement, d’intérêts sur la caisse d’amortissement d’Italie, etc.

Le trésor doit, sans délai, solder cette partie de son compte avec la caisse d’amortissement, avec le trésor d’Italie.

2° Il doit aussi recouvrer tout ce que le trésor extraordinaire doit lui verser, finir ses comptes avec le domaine extraordinaire, de manière que, dans la balance du trésor, par comparaison d’exercice qui sera établie au 1er juillet, tous ces objets soient définitivement réglés.

3° Il faut enfin régler aussi ce qui reste à inscrire sur le grand-livre pour toute la partie de la dette qui en est susceptible. L’article 41 de la disposition de finances crée 4 millions de nouvelles inscriptions. Ce crédit sera-t-il suffisant pour solder tout ce qui doit l’être de cette manière ?

4° Il faut revoir s’il n’y a pas quelque réduction à faire sur la portion de la dette du Piémont qui doit être inscrite au grand-livre;

5° S’il n’y a pas de réduction à espérer sur celle de la Toscane, laquelle a été payée en 32 millions de rescriptions sur domaines nationaux; s’entendre sur cet objet avec le ministre des finances ;

6° Demander à ce ministre l’évaluation approximative qu’il a faite des recettes du budget de 1810, pour que cette évaluation puisse entrer dans les écritures du trésor public.

Au nombre des recettes appliquées à cet exercice doivent se trouver toutes les valeurs affectées par l’article 42 de la disposition de finances; de plus, les restants à recouvrer sur les exercices expirés, et dont les budgets de recettes sont complets, enfin les contributions ordinaires selon la proportion dans laquelle chacune d’elles doit être comprise.

7° Les produits de la Toscane sont confondus maintenant avec les contributions ordinaires, mais il faut présenter un état particulier des produits des États romains et d’Illyrie.

Si les seules contributions ordinaires doivent porter le budget de 1810 à 710 millions, le budget trouve un supplément naturel dans les 8,400,000 francs que fournit l’article 42 de la disposition de finances.

Il faut y ajouter ce qui restera disponible sur les 15 millions de rescriptions du Piémont, sur les 32 millions de la Toscane. Ce disponible peut encore être évalué à 12 millions au moins. Il ne resterait donc plus que 10 millions de ressources extraordinaires à trouver, pour porter le budget des recettes à 740 millions. A l’égard des recettes extraordinaires, on en trouvera la matière, et en proportion bien supérieure, dans l’excédant libre des domaines d’Italie. Sa Majesté répète que le ministre des finances, en arrêtant le compte des administrations et des produits qu’on doit en attendre, arrêtera en même temps celui de la caisse d’amortissement, celui des sommes restant à payer définitivement pour solder les dettes réglées par la liquidation, la dette de la Toscane et la dette du Piémont.

Ces objets étant éclaircis dans le courant de juin, il sera facile d’arrêter le budget de 1810, d’arrêter tous les comptes du trésor, de faire imprimer le compte des finances de 1809, et d’établir, dans le commencement de juillet, la balance de tous les exercices, pour que Sa Majesté puisse pourvoir à toutes les dispositions qu’exigeront ses finances.

8° Il existe dans le passif du trésor des traites sur les colonies pour 5 millions. Parmi ces traites, il en est qui ne seront certainement jamais réclamées. Il convient d’en connaître approximativement la somme.

9° Sa Majesté remarque également qu’il existe, sur l’exercice an XIII et exercices antérieurs, 4,900,000 francs de bons de la caisse d’amortissement. Elle demande si la totalité de ces bons sera nécessaire au service, et si une partie au moins ne pourra pas être employée à d’autres exercices.

10° Elle fait observer que, d’après l’état 14 de la balance du trésor au ler avril 1808, il y a dans les recouvrements un excédant de 10 millions. Si le restant à recouvrer de 41 millions se réalise en entier, cet excédant de 10 millions doit alors se trouver libre pour un autre exercice, ou porter à 750 millions la totalité des ressources de 1808.

11° La même observation s’applique aux 732,000 francs qui se trouvent aussi en excédant sur l’exercice 1809.

Si 740 millions suffisent pour solder 1808 et 1809, les 10 millions de 1808 et les 730,000 francs de 1809 pourront fournir une nouvelle ressource pour 1810.

A l’égard de 1810, les suppléments résultant de l’article 42 des dispositions sur les finances, ainsi que les reprises à faire sur les valeurs destinées à solder la dette publique de la Toscane et du Piémont, devant produire plus de 20 millions, les améliorations dans les produits des contributions ordinaires, qui , dans les exercices précédents, ont donné 710 millions, doivent porter ce revenu ordinaire à 720 millions; ce qui compléterait 740 millions pour le budget de 1810. C’est là ce que le ministre des finances doit examiner et établir avec grand soin, en formant le budget définitif des recettes de 1810.

L’opinion de l’Empereur est qu’il reste encore à la caisse d’amortissement 9 millions de domaines sur le Piémont, dont le ministre des finances doit reprendre la disponibilité, cette caisse étant couverte de leur valeur. Ces 9 millions de domaines formeront encore un supplément de ressources extraordinaires.

A l’égard des rescriptions libres sur le Piémont et sur la Toscane, Sa Majesté se proposerait de les faire reprendre par son domaine extraordinaire, qui en donnerait la valeur au trésor public, et Sa Majesté en disposerait ensuite en donnant, à titre de récompense, l’investiture des domaines représentés par ces rescriptions. Les premiers aperçus de Sa Majesté la ramènent toujours à trouver ainsi 20 millions de ressources extraordinaires, indépendamment de 9 millions de domaines qui peuvent être repris à la caisse d’amortissement.

Sa Majesté pense encore que, toute disposition équitablement faite sur les domaines des États romains, qui doivent s’élever à près de 250 millions, tant pour le payement de la dette publique de ces États que pour les autres emplois nécessaires, il restera une ressource nouvelle d’une cinquantaine de millions en domaines romains qu’on pourrait céder à la caisse d’amortissement en échange de ses bons. L’intention de Sa Majesté serait que tous les domaines romains qui resteront disponibles puissent être aliénés de la manière qui sera la plus profitable au trésor; et un autre intérêt que celui du trésor doit encore porter à cette mesure.

12° Indépendamment des mesures déjà prises par le ministre des finances pour connaître les recettes et les dépenses des États romains, ainsi que les domaines disponibles, il est nécessaire que le trésor envoie à Rome un de ses préposés supérieurs, pour que toutes les parties de la comptabilité puissent d’avance s’y coordonner avec le système général.

13° Le ministre du trésor fera mention, dans le prochain livret, des produits des deux nouveaux départements des Bouches-de-l’Escaut et du Rhin; il demandera des renseignements à cet égard au ministre de l’intérieur. Il consultera les décrets que Sa Majesté a rendus pour l’organisation de ces deux départements. Il doit y avoir dans ces départements 8 à 9 millions de recettes disponibles dans le courant de cette année; une partie est destinée à des travaux dans le pays, mais il devra rester une somme de 4 ou 5 millions disponible pour les autres dépenses générales de l’Empire. L’année prochaine, ces départements feront partie de l’intérieur de l’Empire et y porteront un accroissement de revenu d’une dizaine de millions, sur lesquels le prélèvement des dépenses locales laissera encore un excédant de secours pour les autres dépenses du budget.

L’année prochaine, les États romains feront aussi partie de la France et y apporteront leur contingent. Le budget de l’année prochaine pourra vraisemblablement produire dans la nouvelle consistance de l’Empire 760 millions. Faire le projet de ce budget.

Charger un agent du trésor de concourir sur les lieux, avec les agents actuels du ministre des finances, à éclaircir toutes les questions relatives aux recettes, aux dépenses et à la comptabilité dans les États romains, afin que tout soit connu et préparé lorsqu’il sera question d’exécution et d’appliquer à ce pays notre système général.

Définitivement, il faut que, le 15 de ce mois, le budget de 1810, en recette et en dépense, soit présenté; que les questions que présente cette note soient successivement discutées, et que les résultats qui y sont relatifs soient présentés dans quatre conseils qui auront lieu depuis le 15 juin jusqu’au 15 juillet, de manière qu’à cette époque Sa Majesté ait pu régler tout ce qui est relatif à 1810 et préparer tout ce qui est relatif à 1811.

Son intention est que la balance du trésor, arrêtée au 1er juillet 1810, présente l’exécution complète de toutes les mesures prescrites par les dernières dispositions de finances, tant avec le domaine extraordinaire qu’avec la caisse d’amortissement, le trésor d’Italie, etc.

 

Saint-Cloud, 8 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 7 juin, par laquelle je vois que la division Friant a ordre de se rendre à Ulm et de se cantonner dans cette place et sur la rive gauche du Danube, dans le pays que cède la Bavière au Wurtemberg, sans occuper aucun point de la Bavière; que la brigade Pajol se rend à Strasbourg, les Portugais, les tirailleurs corses et les tirailleurs du Pô, à Mayence, ainsi que les caissons et approvisionnements d’artillerie qui ne sont pas attelés.

Je vous écris aujourd’hui pour que vous donniez ordre à la division Morand de se rendre dans les villes hanséatiques, et à la division qui est dans les villes hanséatiques de se rendre à Emden, où elle sera à la disposition du duc de Reggio. Par ce moyen, il ne restera plus en Allemagne que trois divisions ou quinze régiments d’infanterie, savoir: une division en Westphalie, une dans les villes hanséatiques, celle qui est dans le Wurtemberg, et les six régiments de cavalerie de la division Bruyères qui sont dans la Westphalie.

Vous donnerez ordre au prince d’Eckmühl de faire partir de suite pour Emden le 23e régiment de chasseurs et deux des régiments d’infanterie de la division des villes hanséatiques; un régiment suffit pour réprimer la contrebande dans ces provinces; il le fera appuyer par un régiment de cuirassiers le plus près de Hambourg.

Dès que la division Morand sera arrivée, le général Molitor se rendra à Emden avec le reste de sa division.

Vous ferez connaître ce mouvement au maréchal Oudinot, qui annoncera la marche de ces régiments comme ayant pour but de rentrer en France, et, s’il le juge convenable, il pourra les réunir à Utrecht.

Le quartier général de toute l’armée d’Allemagne se rendra à Francfort. Le parc général se rendra à Mannheim. On fera rentrer sur Strasbourg et Mayence tout ce qui sera inutile.

Je projette un nouveau mouvement sur lequel je désire que vous me remettiez un rapport; c’est de faire rentrer la division Friant en France et de ne laisser en Allemagne que la division Gudin et les six régiments de cavalerie de la division Bruyères, qui resteront en Westphalie et aux dépens de la Westphalie, et la division Morand qui sera dans les villes hanséatiques; de laisser à la division Gudin 15 pièces de canon, à la division Morand 15 pièces de canon, et à la division Bruyères 12 pièces: total, 42. Faites-moi connaître en détail le personnel de l’artillerie, du génie, du train, que vous laisserez avec ces corps.

Il y a actuellement en Hollande trois régiments d’infanterie et trois régiments de cavalerie. Il y entre par le nord trois régiments d’infanterie et un de cavalerie. Le duc de Reggio aura à sa disposition le 93e et le 56e d’infanterie et le 1er régiment de chasseurs, qu’il pourra appeler à Utrecht. C’est donc huit régiments d’infanterie et quatre de cavalerie dont il peut disposer dès à présent.

 

Saint-Cloud, 8 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous me rendez compte que le 8e régiment de hussards a l,165 hommes, et vous me demandez des fonds pour monter 193 hommes qui sont à pied; le 8e de hussards n’est déjà que trop fort.

Présentez-moi un travail pour retirer des régiments de cavalerie tous les hommes non montés et les envoyer dans des régiments d’infanterie ; je crois qu’on peut en tirer 4 à 5,000 hommes en prenant les recrues qui ne sont pas encore exercées à monter à cheval; ils serviraient à recruter les différents corps d’infanterie qui sont en Espagne. J’ai trop de cavalerie, je ne veux pas l’augmenter; et, dans un régiment de cavalerie, un homme à pied ne sert de rien.

Remettez-moi l’état de situation des régiments de cavalerie, en hommes et en chevaux. Il est urgent d’en tirer des hommes pour recruter l’infanterie. Mon intention est que tous les régiments de cavalerie qui sont en France et en Italie, sans comprendre ceux qui sont en Hollande, en Allemagne, en Illyrie, à Naples, en Espagne, ne soient entretenus qu’à 500 chevaux et à 600 hommes; et, comme tous les régiments ont 7 ou 800 chevaux, de prendre le surplus des hommes et des chevaux des régiments qui sont en France, pour recruter l’armée d’Espagne. Par ce moyen, je retirerai des dépôts de cavalerie les hommes à pied, pour recruter l’infanterie de l’armée d’Espagne, et les hommes à cheval excédant le nombre de 500 chevaux et de 600 hommes, pour recruter la cavalerie de la même armée.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore , faites connaître à mon chargé d’affaires en Hollande qu’il ne doit rendre compte à personne de ce qui se passe en Hollande, et que ce serait un faute capitale s’il se permettait la moindre correspondance. Faites-lui connaître en même temps qu’il peut se rendre chez le Roi ou chez le ministre toutes les fois qu’il y est demandé pour affaires, mais qu’il doit s’absenter de toute audience diplomatique, prétextant une indisposition et s’abstenant effectivement de sortir de toute la journée.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous écrirez par la poste à mon commissaire à Morlaix, en réponse à sa lettre du 1er juin, qu’il doit faire connaître, vaguement, à M. Mackenzie : 1° qu’on désire la paix; 2° que, l’échange des prisonniers une fois réglé, si le gouvernement anglais adopte l’envoi d’un commissaire français à Londres et d’un commissaire anglais à Paris pour surveiller les conditions de l’échange et qu’il se montre disposé à traiter, ces commissaires pourraient être chargés des premiers pourparlers pour voir s’il est possible de s’entendre.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Faites appeler le maire de Strasbourg, dites-lui que je veux savoir la vérité tout entière. Il se fait à Strasbourg des recettes et des dépenses qui ne sont pas dans le budget et qui n’entrent pas dans la caisse de la mairie. Faites-lui comprendre qu’il faut qu’il parle sérieusement, qu’on sait plus de choses qu’il ne croit, et que ma patience est à bout de tous les abus qu’on me prouve exister à Strasbourg.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

L’écluse du Pont-de-l’Arche me paraît fort importante. Il est fâcheux qu’elle n’ait pas pu être finie plus promptement. Il paraît que plusieurs écluses pareilles à celle de Pont-de-l’Arche sont nécessaires à la navigation. Il faut que les ponts et chaussées proposent d’affecter, sur l’emploi des trente millions, les sommes nécessaires pour cet objet.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE.

Je ne veux plus avoir de colonels en second ni majors à la suite.

Il faut détruire ces emplois créés dans le moment de la grande guerre, et qui augmentent beaucoup nos dépenses.

 

Saint-Cloud,  9 juin 1810

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai lu avec intérêt les nouvelles de l’Ile de France. Mon intention est que vous expédiiez quatre mouches de Bayonne avec des journaux, des paquets et des nouvelles, et les munitions de guerre et autres secours que peuvent porter ces petits bâtiments. Une de ces mouches partira en juin, une en juillet, une en août, une en septembre. Ces expéditions sont très importantes.

Je vois que la garnison de l’île de France n’est que de 1,500 hommes ; il est important de préparer une expédition qui yen porterait 1,500 autres; ce qui, avec les habitants et les équipages des frégates, ferait 5 à 6,000 hommes et nécessiterait une immense expédition de la part des Anglais. L’envoi de ces 1,500 hommes me parait très-important sur des flûtes et des frégates, d’autant plus que frégates seront fort utiles, arrivées là. On proposerait, à l’arrivée de ces expéditions, de faire prendre la colonie anglaise de Jackson, qui est au sud de l’île de France, et où l’on trouverait des ressources considérables.

 

Saint·Cloud, 9 juin 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, j’ai reçu le compte que vous m’avez rendu sur les cardinaux. Vous ne devez point les presser davantage. Vous les ferez venir chez vous et vous leur ferez connaître que, sur le refus qu’ils ont fait de prêter serment et de donner leur démission, j’ai pris le parti de supprimer leurs évêchés; que je ne leur saurai aucun mauvais gré de leur conduite, mais qu’ils sont cause que leurs évêchés seront supprimés et réunis à d’autres. Je suppose que vous me porterez, au conseil de mercredi, le projet de décret qui réunit les diocèses de ceux qui n’ont pas prêté serment et laisse subsister les autres.

Quant au cardinal Maury, si son évêché se trouvait supprimé pour ne point faire de différence, je lui donnerai l’archevêché de Florence, qui est, je crois, d’un revenu supérieur à celui de Montefiascone.

 

Saint-Cloud, 9 juin 1810

Au comte Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Faites-moi connaître le nom et la qualité des pères des deux ou trois cents demoiselles qui sont élevées à Écouen aux frais de la Légion . Vous mettrez des notes sur la fortune de chacun. Ceux qui, soit par les traitements de leurs places, soit par des pensions ou dotations, soit par leurs biens propres, jouissent de 12,000 francs de rente, payeront pension entière pour leurs filles; ceux qui n’auront pas plus de 6,000 francs de rente payeront demi-pension. Proposez-moi un projet de décret dans ce sens.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, faites une nouvelle note au ministre de Suède pour lui communiquer les détails contenus dans la lettre du sieur Désaugiers, du 21 mai, sur ce qui se passe en Suède; et faites-lui connaître que vous envoyez l’ordre au sieur Désaugiers de quitter sur-le-champ Stockholm, si l’on n’exécute pas à la rigueur le traité contre l’Angleterre. Vous ferez connaître cette résolution à mon ministre à Copenhague, pour sa gouverne. Vous parlerez également au ministre de Suède de la démarche singulière qu’a faite le ministre de Suède à Copenhague, et vous lui ferez comprendre que la Suède ne cherche qu’à me tromper.

Vous témoignerez mon mécontentement à mon ministre en Danemark de ce qu’il a répondu au baron d’Oxenstiern que je n’exigeais pas qu’ils déclarassent la guerre à l’Angleterre: au contraire, c’est ce qu’ils doivent faire. Parlez à M. de Dreyer de toutes ces affaires, et dites-lui que j’approuve la conduite du Danemark d’arrêter les bâtiments de la Suède.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

II n’a été fait aucune revue pour l’armement des côtes de Toscane, et aucune mesure, aucune, pour protéger ces cotes. Au port d’Ercole il y a une dizaine de pièces en fonte par terre et sans affûts. Il serait convenable de relever ces pièces de fonte, et d’y suppléer par des pièces de fer qu’on prendrait à Livourne et Ferrare, sur affûts, propres à protéger le cabotage.

Faites-moi faire un rapport sur le port d’Ercole, le fort Sainte-Catherine, l’étoile Saint-Philippe et la Rocca.

On me rend compte qu’à Porto-Ferrajo un affût est vermoulu, et que la place serait assurément obligée de se rendre après quelques jours de feu.

Ordre que le bataillon étranger qui est à Porto-Ferrajo aille en Corse et soit remplacé par un bataillon de conscrits réfractaires de la Méditerranée, vu que ce bataillon étranger inspire moins de confiance qu’un régiment de la Méditerranée.

Faites-moi un rapport sur la situation des ouvrages ordonnés dans l’île d’Elbe, sur ce qui est fait et sur ce qui reste à faire.

 

Saint-Cloud, 10 juin 1810

NOTE POUR LA PLACE DE PALMANOVA.

Sa Majesté désire qu’on lui fasse connaître la position de Palmanova au 1er janvier 1811.

Il faut d’abord des magasins pour 600 milliers de poudre. Il y aura dans la caserne défensive du bastion n° 9 deux fours capables de faire 6,000 rations par jour. On fera connaître la quantité de magasins qu’elle peut contenir. Il faut avoir, cette année, sans quoi on n’a point de place, de quoi contenir, à l’abri de la bombe, les magasins de vivres, farines, biscuit, légumes, riz, les magasins de liquides et un hôpital de 400 lits. On dit qu’il y a un blindage qui peut contenir cet hôpital et qui peut durer encore dix ans. Il faut écrire sur la porte Hôpital et sur la caserne défensive Manutention de siége de manière qu’il n’y ait aucun doute sur la destination de ces établissements et qu’au moment du besoin personne ne soit embarrassé. Il faut un établissement d’artillerie à l’épreuve de la bombe, pouvant contenir deux forges et une grande salle pour réparer les affûts, où les ouvriers puissent travailler en sûreté. Le général Chasseloup propose pour cela un vieux magasin à poudre; il faut le mettre à l’abri de la bombe. Il faut, à l’abri de la bombe, une salle d’artifice; elle doit contenir deux ou trois milliers de poudre; et une salle pour qu’une trentaine d’hommes puissent travailler pour faire des cartouches et les artifices, et où l’on puisse avoir tout autour de quoi remplir les bombes et les obus.

Il y a dans les neuf bastions dix-huit souterrains pouvant contenir chacun 30 hommes; en tout, 540 hommes. Mais, comme l’artillerie prendrait probablement un de ces souterrains dans chaque bastion, il n’y aurait effectivement que 270 hommes de logés à l’abri de la bombe. On ne peut considérer ces souterrains que comme de petits corps de garde. Il paraît que les casernes défensives ont 40 toises de long sur 24 pieds de large intérieurement; ce qui serait suffisant à la rigueur pour loger 800 hommes dans les deux étages. En supposant que la caserne de la manutention soit donnée en entier pour la manutention, les magasins, et pour loger les boulangers, les divers employés des administrations, les dépôts des corps; en supposant que l’artillerie s’empare d’un souterrain par bastion, que le blindage serve d’hôpital, qu’on rétablisse le vieux magasin à poudre pour arsenal de guerre, il restera toujours à loger la garnison, l’état-major, le commandant, l’officier du génie, d’artillerie, et la salle du conseil général. On pense qu’il faudrait faire le projet d’un bâtiment voûté, au milieu de la place, avec un seul rez-de-chaussée, et propre à loger le commandant, l’officier du génie, d’artillerie, et leurs trois bureaux. Il faudrait ensuite se procurer des logements pour la garnison, dont on ne peut loger que 300 hommes dans les bâtiments existants. Il faudrait compléter la caserne défensive qui doit servir de manutention, en lui adossant un bâtiment qui serait nécessairement à meilleur marché, de manière que tous les magasins puissent tenir là. On pourrait alors faire quatre casernes défensives à trois étages, qui contiendraient chacune 800 hommes; ce qui ferait en tout 3 à 4,000 hommes. Avec des logements à l’abri de la bombe pour 2,400 hommes, l’état-major, les officiers d’artillerie et du génie, les boulangers, les employés d’administration, on aurait plus qu’il ne faudrait, parce que les 2,400 hommes logés, joints aux 800 hommes de service, feraient une garnison de 3,200 hommes. Avec trois casernes défensives on remplirait ce but. Il faudrait donc les fonder cette année pour pouvoir les finir l’année prochaine. Les casemates sont l’objet le plus important, parce que la place est déjà suffisamment forte, avec les travaux arrêtés cette année, et auxquels on ne change rien.

Sa Majesté désire dépenser pour cette année un million. Ainsi, outre les travaux précédents ordonnés, il faudrait, avec le surplus des fonds, fonder trois casernes défensives et employer 200,000 francs aux fortifications. On demande ce qu’on doit faire de ces 200,000 francs.

Le budget de l’année prochaine sera de 1,500,000 francs; on achèvera alors les fortification et les casernes, de manière qu’à la fin de 1811 la place soit en état, et qu’avec ces 2,500,000 francs tout soit fini, en distinguant bien les fortifications et les abris voûtés à l’épreuve.

 

Saint·Cloud, 11 juin 1810

Au comte de Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Je vous renvoie le modèle de la décoration des Trois Toisons d’or.

Faites faire un nouveau modèle où l’aigle et la couronne n’aient ensemble que la moitié de la hauteur des toisons, de sorte que les trois toisons dominent.

 

Saint-Cloud, 12 juin 1810

Au roi Charles-Emmanuel de Savoie, à Rome

Monsieur mon Frère et Cousin, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 23 mai. Je la vois avec plaisir établie à Rome. Là et dans tout autre pays soumis à ma domination, elle trouvera toujours tout ce qui lui sera agréable. Je donne des ordres pour qu’il soit remédié aux inconvénients qui peuvent résulter, soit d’une interruption de communication avec sa famille, soit de circonstances particulières où elle pourrait se trouver. Je suis fort aise de pouvoir lui donner des preuves de l’estime et de la considération que je lui porte.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

Monsieur le Duc Cadore écrira à tous les ministres de Sa Majesté en pays étranger pour leur faire connaître les principes relatifs aux Français qui ont servi contre la France depuis 1804. Il leur rappellera, 1° la loi fondamentale, qui est l’article du Code; 2° le décret de l’année dernière; 3° l’amnistie. Il fera bien connaître que tous officiers, dans le cas dont il s’agit, qui viendraient en France avec des passeports des ambassadeurs ou ministres, pourraient être poursuivis par les procureurs généraux, arrêtés et condamnés, à moins qu’ils ne se trouvassent dans le cas de l’amnistie et qu’ils ne se fussent conformés aux règles qu’elle prescrit.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES CULTES.

Sa Majesté approuve que la Consulte, avant de faire prêter serment aux curés, attende l’arrivée des troupes, la suppression des couvents et celle des évêchés dont les évêques n’auront pas prêté le serment, et qu’elle fasse préalablement l’opération à l’égard des chapitres des villes et des campagnes. Il est fort probable que, lorsque les curés verront que la rébellion des ecclésiastiques d’un ordre supérieur a obligé de les éloigner de leur pays et a entraîné la confiscation et la vente des biens, ils ne voudront pas exposer eux et leurs communes à de semblables événements. Si l’on commençait, comme on le propose, par une nouvelle circonscription des cures dans tous les diocèses et par la suppression des paroisses, cette manière d’arriver au but ne produirait pas les mêmes effets. Il faut donc adopter l’inverse de la proposition, commencer, non par organiser et par réduire, mais par demander le serment aux curés de Rome et montrer, à l’égard de ceux qui ne le prêteraient pas, que la suppression est une conséquence de la rébellion. Il y a quatre-vingts paroisses à Rome, vingt paroisses doivent suffire. Ou l’on connaît mal les prêtres d’Italie et de Rome, ou l’on ne doit pas douter qu’on ne trouve au moins vingt prêtres, soit curés, soit simples ecclésiastiques, qui prêtent le serment.

Il convient de bien établir par les conversations, par les explications de toute nature, et même par des articles dans les journaux de Rome, que les mesures que l’on prendra seront uniquement le résultat de la rébellion, et que son effet certain sera l’envoi des prêtres en France, la suppression des bénéfices, et la vente des biens au moyen des rescriptions qui seront employées au payement de la dette publique.

Un mois est de peu d’importance pour de si graves opérations, mais il faut s’arranger de manière qu’au mois de septembre tout ce qui concerne le clergé soit terminé dans les États romains, que les mauvais prêtres soient envoyés en France et le sort des autres amélioré. On n’aurait pas tenté ces changements il y a neuf mois; il faut profiter du moment où l’on a la paix partout et où rien ne peut embarrasser pour finir toutes ces affaires.

 

Saint-Cloud, 13 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES CULTES.

On pourrait conserver les évêchés de Pérouse, de Spolète, de Tivoli, d’Anagni, dont les évêques ont prêté le serment, et celui de Rome, dont le Pape sera l’évêque.

On réunirait tous les autres évêchés à ceux-ci.

On déclarerait que tous les évêques qui ont prêté le serment conserveront leurs évêchés jusqu’à leur décès.

Ces dispositions seraient dans le sens du projet de décret présenté par le ministre. Mais il paraîtrait préférable de suivre, quant à présent, une autre marche, de partir du principe qui sert de règle dans toute cette affaire, pour faire voir au Pape qu’on a tort de vouloir s’opposer au souverain temporel lorsqu’il sait ce qu’il doit faire.

On dirait qu’on ne peut conserver trente-deux évêchés pour une population de 800,000 âmes, tandis qu’en France il n’y a souvent qu’un évêque pour un million d’âmes ; que, les évêques de. . . . . .  ayant refusé de prêter serment, leurs évêchés sont supprimés et réunis aux diocèses des treize évêques qui ont prêté serment.

On aurait soin, en faisant les réunions, de se rapprocher le plus possible de la circonscription qui ne suppose, pour l’avenir, que les cinq évêchés indiqués ci-dessus.

Ainsi on passerait de trente-deux évêchés à treize, pour arriver, avec le temps, aux cinq évêchés qu’on se propose de constituer définitivement. Cette mesure aurait l’avantage de laisser l’espérance aux villes dont les évêques ont prêté serment et de donner raison à ceux qui se sont portés à cet acte d’obéissance. On sentirait ce que leur conduite a d’avantageux pour le Pape, parce qu’on verrait vendre les biens des autres évêchés pour payer la dette publique.

Quant aux chapitres, les membres qui auraient prêté le serment seraient réunis aux chapitres conservés, et les chapitres dont tous les membres auraient refusé le serment seraient supprimés.

On n’aurait pas l’air de se déterminer, soit par caprice, soit même par un système d’organisation, mais de prendre un parti nécessité par la rébellion de quelques évêques: les prêtres savent fort bien que, dans tous les pays qui passent sous une nouvelle domination, on ne résiste jamais à prêter serment à l’autorité. La rébellion des dix-neuf évêques serait un nouveau grief de l’église contre le Pape.

Ce système conduirait, par l’application des mêmes principes, à confisquer, non-seulement en Toscane et en Piémont, mais encore en Italie, les biens des évêchés pour lesquels le Pape ne voudrait pas donner d’institution; ce qui montrerait encore, dans l’obstination du Pape, la cause d’un mal qui serait irréparable pour l’Église. Les dispositions à adopter pour Rome, si elles sont immédiatement suivies du séquestre des biens et des palais des évêques qui auront refusé le serment, et si toute cette affaire est traitée d’une manière sérieuse, ne peuvent manquer d’avoir une influence très-sensible.

Sa Majesté désire que le ministre lui présente demain le projet de décret.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1810.

NOTE POUR L’ARCHICHANCELIER DE L’EMPIRE

Il convient, par des mesures sages et indirectes, de faire participer toute la France aux avantages de l’institution des titres héréditaires.

S’il n’en est pas ainsi, cette institution ne sera jamais nationale; elle ne fera point oublier ceux qui, autrefois, jouissaient des prérogatives de la noblesse. Un des moyens les plus propres à raffermir cette institution serait d’y associer les anciens nobles, avec des réserves et des modifications que la prudence commande.

Je ne veux d’autres ducs que ceux que j’ai créés ou que je pourrai créer encore, et dont la dotation aura été accordée par moi. Si je fais quelques exceptions à l’égard de l’ancienne noblesse, ces exceptions seront très-restreintes et ne s’appliqueront qu’à des noms historiques qu’il est utile de ·conserver.

Je ne vois point d’inconvénient d’accorder des titres de comte et de baron.

Quant à ceux des anciens nobles que j’entends associer à la nouvelle institution, il faut, avant tout, qu’ils aient conservé de la fortune.

Pour éviter toute méprise, et afin de bien connaître ce qui reste de l’ancienne caste nobiliaire, on pourrait les diviser en trois classes. La première comprendrait ceux qui sont employés. La seconde, ceux qui, n’ayant point de fortune et portant des noms distingués, mériteraient d’être retirés de l’oubli et de la misère. La troisième classe comprendrait ceux qu’il faut écarter définitivement, tels que les émigrés auxquels on n’a point voulu accorder l’amnistie, et ceux qui sont restés attachés aux princes de l’ancienne dynastie.

La première classe donnerait lieu à une subdivision.

On prendrait ceux des anciens nobles qui sont attachés à la cour ou aux maisons des princes et princesses, tels que les chambellans et écuyers, qui pour la plupart ont de la fortune ou un nom. On conférerait à ceux-là un titre qui deviendrait héréditaire, en instituant un majorat.

Dans la seconde classe on placerait ceux qui sont dans les autorités, soit administratives, soit judiciaires. Sous cette dénomination d’autorités, on ne pourrait aller que depuis les sénateurs jusqu’aux maires, et, dans ce grand nombre de fonctionnaires ayant pour la plupart de la fortune et de l’influence, il deviendrait facile de choisir quatre ou cinq cents individus, qui, se trouvant admis dans la nouvelle situation, contribueraient à l’affermir et à la propager.

On pourrait aussi faire un choix, soit dans les collèges électoraux, soit dans les conseils généraux de départements. Les membres des collèges électoraux ont une sorte d’expectative qui leur est accordée par l’article 10 du premier statut; mais on pourrait les faire jouir de suite de la distinction dont ils n’ont que l’espérance. Cette faveur appliquée encore à quatre ou cinq cents personnes, il résulterait de l’ensemble environ mille familles qui prendraient de nouveaux engagements envers l’État.

Pour bien faire le double choix dont on vient de parler, il faudrait se procurer, de la part des préfets, des listes raisonnées non seulement de ceux qui composent les collèges électoraux et les conseils généraux, mais encore des états contenant l’indication des anciennes familles nobles, en distinguant ceux de leurs membres qui seraient susceptibles de recevoir la distinction dont il s’agit, et en évitant d’y comprendre ceux qui ont émigré et ceux qui jouissent d’une mauvaise réputation.

Quant à la collation du titre, il serait convenable de ne pas donner à un individu le même titre qu’il avait dans l’ancien régime; on aurait la même attention pour les armoiries et les livrées.

Le plan dont on vient d’indiquer les éléments s’appliquerait, mais avec plus d’étendue, au Piémont, à la Toscane et à Rome. Dans ces pays, il y a peu de personnes qui aient rendu des services; mais il y existe des gens qui portent des noms distingués, qu’il faut associer à la nouvelle institution, afin de détruire des souvenirs.

Le rapport doit énoncer l’objet, celui de perfectionner l’institution.

Le rapporteur doit dire que, les vues qu’il contient lui ayant été suggérées par Sa Majesté, ce sont les propres idées de Sa Majesté qu’il reproduit devant elle. Il faut, en second lieu, analyser le système général du rétablissement des titres; on le trouve développé dans les préambules des statuts, sénatus-consulte et règlements, ainsi que dans les rapports qui ont préparé ces actes. Donner des appuis à la dynastie présente, faire oublier l’ancienne noblesse : voilà le but que l’on a voulu atteindre.

Les vues indiquées dans la note doivent être reproduites avec plus d’ordre et plus d’étendue.

Quand on arrivera aux moyens d’exécution, il faut proposer de faire écrire confidentiellement par le procureur général aux préfets, et, à l’égard des pays nouvellement réunis, il faut se procurer des renseignements par la voie des gouverneurs généraux; à ceux-là, l’archichancelier peut écrire.

La rédaction doit être faite de manière que l’Empereur puisse mettre sa décision à la marge, soit qu’elle soit approbative, négative ou modifiante.

 

Saint·Cloud, 14 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, donnez communication au ministre d’État Defermon de l’article du traité avec la Bavière relatif aux 400,000 francs de rente réservés sur Ratisbonne, et faites-lui connaître les époques auxquelles il doit toucher. Écrivez à mon ministre de presser la nomination de l’agent chargé des payements, et adressez-le au comte Defermon.

Je vous laisse le maître de résoudre comme vous l’entendrez la difficulté relative aux meubles du pays de Bayreuth.

J’approuve que vous négociiez avec la Suisse pour la cession du terrain nécessaire à la construction de la tête de pont de Huningue.

 

Saint-Cloud, 14 juin] 810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai lu avec attention votre rapport sur le démêlé de mon consul avec le dey d’Alger. Mon agent me paraît bien coupable; il ne devait point compromettre mes intérêts pour de pareilles bagatelles. Témoignez-lui-en mon mécontentement. Voyez le sieur Thainville pour arranger cette affaire. Je ne veux point me brouiller avec le dey pour de pareilles bêtises.

J’approuve fort ce que vous proposez dans votre rapport sur la manière d’établir des communications, par terre, d’Illyrie à Constantinople. Suivez cette affaire avec activité, et proposez-moi toutes les mesures nécessaires pour arriver à ce but.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’attache beaucoup d’importance à avoir un pont sur pilotis à Huningue. Je crois avoir fait les fonds pour cela. Faites-moi connaître où en sont les travaux et quand ce pont sera terminé.

 

Saint-Cloud, 14 juin 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaète, vous ferez passer la lettre ci-jointe 1)lettre au roi Charles-Emmanuel, plus haut au roi Charles-Emmanuel, à Rome. Vous écrirez à son chargé d’affaires pour lui faire connaître que j’ai ordonné qu’une somme de 100,000 francs par an, à partir du 1er janvier 1810, serait à la disposition du Roi, pour subvenir à ses besoins; qu’en conséquence vous envoyez 50,000 francs pour les six premiers mois de cette année, échéant au 30 juin, et que vous le priez de vous en envoyer le reçu. Vous lui prescrirez la manière dont les payements devront se faire tous les six mois. Vous donnerez ordre que les 50,000 francs pour le premier semestre de l’année partent avec ma lettre.

 

Saint-Cloud, 15 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Faites-moi un rapport sur l’Arc de triomphe, sur les fonds qui y sont destinés cette année. Faites-en pousser vivement les travaux; je veux le terminer. Si cela est nécessaire, je vous donnerai un supplément de crédit de 5 à 600,000 francs.

 

Saint-Cloud, 15 juin 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous envoie une note de M. le conseiller d’État Maret. Venez au conseil de lundi armé de tous les renseignements que vous avez sur cette question. J’ai fait prescrire à ce conseiller d’État de s’y trouver avec toutes les pièces qu’il a dans les mains.

Ce conseiller d’État croit qu’à la fin de l’année il n’y aura plus de blé de 1808, ni de 1809. D’après ce qu’il dit de la cherté du seigle, j’en ai défendu l’exportation; j’ai doublé le droit d’exportation du blé.

Ces deux décrets seront exécutés cette nuit. Apportez au conseil de lundi tout ce que le bien du service vous suggérera pour modifier cet état de choses et y remédier. Apportez également le tableau des exportations qui ont eu lieu depuis août.

Cette question est la plus importante de toutes, et il est impossible que je remette plus tard que lundi à asseoir définitivement mes idées là-dessus.

Vérifiez bien et tenez la main à ce que ma réserve de Paris soit entière. Vous avez des inspecteurs, qu’ils vérifient. L’existence de cet approvisionnement est confiée à votre zèle pour mon service.

Voilà huit ans que je sacrifie près d’un million par an pour former cet approvisionnement. Il serait malheureux que cet argent et ces soins fussent perdus au moment où l’on doit en recueillir les fruits. Je ne dormirai tranquille sur cette importante question, que bien assuré que vous faites votre affaire particulière de vérifier que l’approvisionnement de Paris existe. Il n’est aucune mesure de gouvernement plus susceptible d’influer sur le bonheur du peuple et sur la tranquillité de l’administration que la certitude de l’existence de cet approvisionnement.

Il n’est pas hors de vos attributions de vous faire remettre un état des approvisionnements de guerre.

Veillez à ce que les Invalides et les hôpitaux aient leur approvisionnement, et qu’on ne soit pas pris à l’improviste.

S’il était vrai qu’on eût exporté en Angleterre, comme on veut me le persuader, 40 millions depuis août, cette exportation serait de nature à effrayer.

J’ai mis un double droit sur l’exportation des blés. Vous me rendrez compte lundi s’il est possible de l’augmenter davantage, et je désirerais aussi pouvoir, sur les deux millions et demi que je retirerai des droits de douane, augmenter encore mon approvisionnement.

 

Saint-Cloud, 16 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Cadore, renvoyez au ministre de Suède la lettre du comte d’Essen, avec cette réponse péremptoire, que je n’ai point rendu la Poméranie suédoise pour que ses ports devinssent l’entrepôt des marchandises anglaises; que c’est une mauvaise plaisanterie de prétendre que les marchandises dont le port de Stralsund est plein sont des marchandises d’Amérique; qu’il faut se prononcer clairement que la question se divise en deux parties, l’une relative à la Suède, l’autre à la Poméranie suédoise; que la Suède ne peut attendre aucune protection de moi, et que même je ne puis rester en paix arec elle, si elle n’exécute tout le traité fait avec moi et ne rompt tout lien avec l’Angleterre; la question de la Poméranie suédoise est simple; je demande de nouveau que le comte d’Essen fasse mettre le séquestre sur toutes les marchandises apportées par des bâtiments américains ou neutres; et que, à défaut de cela, une division de troupes françaises qui est en marche sur le Nord va entrer en Poméranie et occuper les ports de cette province; qu’il est un autre moyen de réparer la sottise que j’ai faite en restituant la Poméranie à la Suède, c’est de la remettre entre mes mains pour la garder jusqu’à la paix générale.

Remettez-moi sous les yeux la note que vous avez faite. Il faut l’envoyer par un courrier extraordinaire à Stockholm, et prescrire à mon chargé d’affaires de quitter la Suède et d’annoncer que je vais réoccuper la Poméranie suédoise. Ou le comte d’Essen est d’une grande ignorance, ou il nous croit de grandes dupes. Faites connaître au ministre de Suède à Paris que vous ne doutez nullement que, si l’on tarde à faire droit à ma demande, une division française ne reçoive l’ordre de se tenir prête à entrer en Poméranie, et que ses passeports lui seront remis pour qu’il quitte la France. Vous écrirez à mon consul à Stralsund pour l’instruire de l’état de la question et lui prescrire d’exiger le séquestre de toutes les marchandises américaines, en répondant à toutes les objections qu’il n’y a ni américain ni neutre lorsqu’on est chargé de marchandises coloniales. Il doit dire dans la conversation et répandre dans le pays que les troupes françaises vont rentrer en Poméranie, si l’on ne met le séquestre sur ces marchandises.

 

Saint-Cloud, 16 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je n’ai pas besoin de vous écrire sur les affaires de Westphalie. Vous connaissez mes intentions; donnez des instructions en conséquence. L’idée de soumettre les donataires, mes sujets et attachés à mon service, à une contribution personnelle est si absurde, que vous n’avez pas besoin d’instructions à cet égard.

 

Saint-Cloud, 16 juin 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris.

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie votre travail pour que vous rédigiez le projet de décret de suppression des évêchés. Le diocèse dont le cardinal Antonelli est titulaire doit être supprimé; celui du nonce du Pape à Vienne doit l’être également; quant à l’autre, il faut attendre les renseignements. Le considérant du décret doit être dans cette forme:  » Considérant que la population des deux départements de Rome et du Trasimène est de 800,000 âmes, ce qui est le terme moyen de la population d’un de nos diocèses de France, et que cependant il existe trente-cinq diocèses dans les deux départements; que le résultat de la multiplicité des diocèses est que le pays se trouve obéré et a une grande partie de son revenu attribué à l’entretien de prélats superflus et inutiles; considérant que dix-neuf évêques de ces diocèses se sont mis d’ailleurs hors de notre protection, en refusant de prêter le serment qui nous est dû; nous avons décrété, etc.  » L’article 1° portera la suppression de ces dix-neuf évêchés et leur réunion à ceux conservés. L’article 2 portera la suppression et réunion des autres. Un article portera que ceux des évêques conservés qui auront moins de 20,000 francs de revenu recevront un supplément de notre trésor. Vous aurez soin de mettre un article qui dise que les biens des couvents, chapitres, abbayes, etc., supprimés, sont réunis au domaine; que l’enregistrement en prendra possession sans délai et en touchera les revenus à partir du ler juillet 1811.

 

Saint-Cloud, 17 juin 1810.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi un rapport sur les conscrits réfractaires. Nous les dirigeons sur des endroits peu sûrs. Ne serait-il pas plus convenable de les diriger sur la Corse et de former là 6 ou 7,000 hommes, que l’on pourrait employer à la conquête de la Sardaigne ? Il suffirait de nommer un bon officier et de bons colonels pour les commander.

 

Saint-Cloud, l7 juin 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Donnez-moi une note d’ouvrages anglais récemment publiés sur les affaires politiques et militaires. A-t-on tout ce qu’on a imprimé sur le parlement et les pièces officielles d’Espagne ? Ayez les imprimés du parlement de l’année sur les différentes questions: Wellesley, Espagne, Amérique, le budget. Faites venir tout cela en volumes que vous me remettrez.

 

Saint-Cloud, 17 juin 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, au château de Ferrières, près Paris

Je vous prie de m’envoyer la note que vous a communiquée le sieur Fagan, que vous avez envoyé à Londres pour sonder lord Wellesley, et qui vous a rapporté une réponse de ce lord, que je n’ai jamais connue.

 

Saint-Cloud, 18 juin 1810.

A M. Fouché, duc d’Otrante, au château de Ferrières, près Paris.

Je vous ai écrit hier pour vous demander la pièce que M. Fagan a rapportée de lord Wellesley. Je vous récris aujourd’hui pour vous faire connaître que mon intention est que vous me remettiez, avec cette pièce, toutes les pièces, sans exception, relatives à Ouvrard, à Labouchère, à Fagan et aux renseignements qu’il vous a apportés sur les individus qui tenaient la correspondance de Londres à Paris relative à cette affaire. Faites attention que j’ai droit, et qu’il est important pour moi et pour vous que toutes les pièces sur ces affaires et autres de cette espèce me soient remises sans réserve; en un mot, que vous me remettiez le portefeuille de votre ministère. Je vous envoie mon secrétaire du cabinet Mounier, qui attendra et me rapportera toutes ces pièces.

 

Paris, 19 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Le service des ponts et chaussées devient si étendu et si important, qu’il est impossible de le bien faire en se livrant à tous les détails, en ne portant pas une attention plus spéciale sur les principaux travaux et en ne centralisant pas quelques parties qui resteraient toujours sous la direction, l’influence et l’administration du directeur général.

On pourrait proposer les mesures ci-après:

Réunir dans un bureau spécial tout ce qui concerne les routes, ponts, digues, desséchements de marais des départements d’Italie.

A la tête de ce bureau serait un maître des requêtes avec trois auditeurs italiens, dont deux seraient toujours en Italie el un à Paris. Le maître des requêtes ferait de fréquents voyages; il serait à désirer qu’il pût être Italien.

Réunir de même sous un maître des requêtes et deux ou trois auditeurs les polders, les digues, rivières, chemins et autres travaux de la Belgique et des départements ci-devant hollandais.

Dans la distribution des auditeurs attachés aux ponts et chaussées, affecter particulièrement à des auditeurs désignés tout le contentieux des marais du Cotentin, de Rochefort, de la Somme, de Dunkerque, etc. Ces auditeurs suivraient tout ce qui serait relatif à ces marais, aux contributions imposées, à leur répartition, à leur produit, à leur emploi, etc.

Ces dispositions exigeraient un plus grand nombre d’auditeurs aux ponts et chaussées et rien ne s’opposerait à ce que ce nombre fût augmenté.

Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur fasse un projet de règlement pour le service des auditeurs et des maîtres des requêtes attachés aux ponts et chaussées.

 

Saint-Cloud, 19 juin 1810

Au comte Collin de Sussy, directeur général de l’administration des douanes, à Paris

Il se fait de nouveau des expéditions de grains des ports de Hollande, surtout de Rotterdam, en corrompant les douaniers et par l’intermédiaire de gens sans aveu qui se rendent caution que ces expéditions ne sont pas destinées pour l’Angleterre. Envoyez sur-le-champ des instructions pour remédier à ces abus.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1810

A Alexandre Ier, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, le prince Kourakine m’a remis la lettre que Votre Majesté a bien voulu m’écrire pour me féliciter sur mon mariage. Ce ministre d’État m’a également exprimé, au nom de Votre Majesté, les vœux qu’elle forme pour mon bonheur et pour celui l’Impératrice, ma bien-aimée épouse et compagne. Ses sentiments m’ont vivement touché, et l’intérêt marqué qu’elle veut bien prendre à ma satisfaction ne peut que l’augmenter encore.

Je partage bien sincèrement le désir de Votre Majesté pour forcer l’Angleterre à la paix. L’union intime du continent et particulièrement l’assurance qu’elle me donne de concourir de tous ses moyens à un but aussi désirable me font espérer que nos efforts réunis seront couronnés d’un heureux succès.

Je saisis avec bien de l’empressement cette occasion pour renouveler à Votre Majesté les assurances de la sincère estime et de l’amitié inaltérable avec lesquelles je suis, Monsieur mon Frère, de Votre Majesté Impériale le bon Frère.

NAPOLÉON.

 

Saint-Cloud, 20 juin 1810

A Louis X, Grand-Duc de Hesse-Darmstadt, à Darmstadt.

Mon Frère, j’ai reçu avec beaucoup de satisfaction la lettre que vous m’avez écrite pour me féliciter sur mon mariage. Le prince Chrétien, votre frère, que vous avez chargé de me la remettre, s’est acquis de nouveaux droits à mon estime par la manière dont il a rempli la mission que vous lui avez confiée. Je ne doute pas qu’il ne s’empresse, à son retour, de vous faire connaître les sentiments que je l’ai chargé de vous exprimer en mon nom. Ils sont conformes au sincère attachement et à l’affection que je conserve pour vous et sur lesquels vous pouvez toujours compter.

 

Saint-Cloud, 21 juin 1810

NOTE SUR LA DÉFENSE DE CORFOU.

La garnison de Corfou est forte aujourd’hui de 5,000 hommes de terre et de 1,000 marins formant l’équipage des chaloupes et bricks en station à Corfou; ce qui fait 6,000 hommes. En cas de siége, surtout, il faudrait lever un corps d’habitants, qu’on ferait servir comme ouvriers, aides canonniers, et pour d’autres ouvrages.

Ces 6,000 hommes ne peuvent être attaqués avec quelque succès que par 18,000 hommes; expédition tellement considérable, qu’elle est hors des forces des Anglais, puisque, en Belgique, ils n’ont eu que 12,000 hommes, qu’ils n’ont en Sicile que 6,000 hommes, et qu’en Portugal même, où ils portent tant d’intérêt, ils n’en ont que 24,000.

On peut donc prévoir le cas où les Anglais pourraient attaquer Corfou arec 9, 10 ou 11,000 hommes dont il n’y aurait tout au plus que 8,000 Anglais, et les 3,000 autres composés de déserteurs de toutes les nations. En supposant qu’ils pussent débarquer, et qu’on ne pût les chasser de l’île, on serait obligé de se renfermer dans la place, et on se trouverait exposé au bombardement et à toutes les suites fatigantes qu’il entraîne. On conçoit que, dans ce cas, si l’on avait un camp retranché sous la place, il pourrait y avoir telle chance où les 5 ou 6,000 Français pourraient battre les ennemis, et, par le résultat d’une victoire, les obliger à se rembarquer, tandis que, si on se renfermait dans la place, on ne ferait plus une guerre active et l’on n’aurait plus aucune chance de succès.

Enfin, quand même les Anglais auraient 18,000 hommes, on sent qu’on ne pourrait faire une défense brillante, et la prolonger pendant le temps nécessaire pour les dégoûter ou jusqu’à ce qu’on pût avoir des secours, qu’en faisant une guerre de siége offensive.

Une guerre de siége purement passive ne peut avoir d’autre résultat que de prolonger la défense un mois de plus ou un mois de moins.

Corfou ayant déjà trois lignes d’enceinte, il faut trois siéges.  Ainsi on peut prévoir que le commandant pourra résister quatre mois ; mais, enfin, au bout de ces quatre mois, il sera perdu. Le résultat, au contraire, qu’on peut espérer d’une guerre de siège active ou offensive, est incalculable.

Je pense donc qu’il est nécessaire que, dans les positions les plus avancées, à 4 ou 500 toises de la lunette Saint-Roch, dans des points qui sont probablement donnés par le terrain, on établisse cinq à six redoutes, qui, appuyées à la mer de droite et de gauche, seraient placées sur une étendue de 1,000 à 1,100 toises. Ces cinq ou six redoutes seraient donc éloignées entre elles d’environ 150 toises, vu la largeur des redoutes qu’on suppose être de 40 toises de côté intérieur. On aurait soin que les côtés qui sont attaquables par l’ennemi aient le profil de siège, c’est-à-dire des parapets de 3 toises et des remparts de 4 toises de largeur, avec un relief de dix pieds au moins sur la campagne. En les construisant, on y placerait des magasins à poudre, blindés et couverts en terre. Les cotés de la place pourraient avoir un bon profil de campagne.

La construction de ces six redoutes doit être d’une petite dépense. On pourrait charger un bataillon de ces ouvrages. En un mois de temps ces ouvrages seront massés et en état de défense, et l’on pourra toujours continuer à les perfectionner.

Le tracé sera fait de manière que les ouvrages se flanquent entre eux le plus possible. Par la suite, on pourra couvrir ces cinq ou six ouvrages par un chemin couvert, qui n’empêcherait point de déboucher par-dessus les glacis pour aller à l’ennemi. Il serait inutile de le palissader, si ce n’est dans les angles saillants qui seraient en avant des redoutes, parce que le chemin couvert ferait partie de la fortification des redoutes et donnerait un second rang de feux; mais, dans l’intervalle des redoutes, le chemin couvert ne serait point palissadé, de manière qu’il n’y eût aucun obstacle pour aller en bataille à l’ennemi et revenir de même. Ce chemin couvert ne doit être entrepris que lorsque les redoutes auront toute leur perfection.

Je suppose ces redoutes faites, ce qui peut être avant le mois de septembre; on peut les armer de huit à dix pièces de canon de fer ou canons de toute espèce. L’armée française étant rangée en bataille derrière ces redoutes, l’ennemi ne pourrait point les attaquer de vive force; et, s’il faisait cette sottise, ce serait le cas de déboucher de derrière les redoutes, et, dans ce cas, 5,000 hommes peuvent en battre 15,000. L’ennemi ne tentera point une opération si folle. L’ennemi sera donc obligé d’ouvrir la tranchée; je suppose qu’il l’ouvrira à 500 toises; il sera obligé, pour se couvrir, de faire des ouvrages de 1,800 toises de développement, parce qu’il voudra appuyer sa droite et sa gauche à la mer pour ne pas craindre d’être tourné. Il cheminera sur une ou deux redoutes, mais il sera toujours obligé d’essuyer les feux des trois redoutes; celles sur lesquelles il cheminera seront alors remplies d’artillerie; et alors aussi la garnison commencera une guerre active, en faisant des lignes de contre-attaque, en cheminant contre les cheminements de l’ennemi. Il est probable que les redoutes peuvent être placées de manière à avoir un grand commandement; quels avantages n’auront point, sous la protection des forts placés en arrière et qui les dominent, ces cheminements qui marcheront à l’ennemi ! C’est alors que des batteries établies dans ces lignes de contre-approche rendront ces siéges actifs. C’est là qu’un commandant et de bons officiers pourront déployer toutes les ressources de la guerre. Le siége ainsi conduit, le temps nécessaire pour réduire ces lignes, est incalculable. Deux et trois mois peuvent se passer dans ces opérations; mais, en supposant que l’habileté ou la supériorité de l’ennemi soit tellement considérable, que ces redoutes ne puissent tenir que quinze ou vingt jours, c’est un prolongement de défense qui ne peut être donné par aucun ouvrage isolé, d’autant plus que, pendant ce temps-là, l’ennemi sera éloigné de 1,200 toises de la place, que la ville sera tout à fait couverte, ainsi que la presqu’île de San-Pantaleone.

On travaillera perpétuellement à ces redoutes, de sorte que, si la place n’était assiégée qu’au mois de mai prochain, ces redoutes seraient des forts très-considérables.

On sent facilement qu’une guerre active ne peut être établie entre les forts Abraham et Saint-Sauveur, parce que l’ennemi, une fois maître de la presqu’île de San-Pantaleone, a un grand développement et de grands avantages pour attaquer la ville et prendre en flanc les cheminements et la défense de l’assiégé.

Ce qu’on propose a donc l’avantage de rendre maître de la presqu’île de San-Pantaleone et d’obliger l’ennemi à de grands développements. S’il était possible d’appuyer la gauche de manière qu’on fût maître de la pêcherie de Callikiapoulo, ce serait un grand avantage.

Je ne puis pas penser que ces ouvrages doivent coûter plus d’une trentaine de mille francs en gratifications pour les troupes, qui doivent travailler pour se couvrir pour leur propre défense, par honneur et avec la plus grande activité. Il faut charger chaque bataillon de la garnison d’une de ces redoutes; elles porteront le nom de redoutes Impériales, un numéro et le nom du bataillon qui aura été chargé de la construction. Si la garnison de Sainte-Maure, au lieu de rester pendant deux ans les bras croisés, eût remué de la terre, il n’y a pas de doute que les Anglais n’eussent pas réussi, et peut-être n’eussent-ils rien tenté. C’était l’usage des Romains, et c’est celui de l’Empereur. Sa Majesté est surprise qu’un aussi bon officier que le gouverneur n’ait encore entrepris aucun système d’ouvrages en terre, qui eût ajouté une grande force à la place. La marine doit fournir des travailleurs, la ville doit aussi en fournir gratis, ou à très-bon marché. Aussitôt qu’on aura suffisamment établi cette première ligne, il faudra en établir une deuxième; ce sera une ligne qui partira du fort Saint-Sauveur, aura devant elle l’étang des salines, s’appuiera à la mer et empêchera l’ennemi de s’établir dans la presqu’île de San-Pantaleone. On ajoutera au système des lignes deux forts: un entre le fort Saint-Sauveur et les salines, l’autre entre les salines et la mer, qui pourront être réunis par une ligne en arrière, si on le juge nécessaire.

On comprend que cette redoute sera protégée par le fort Saint-Sauveur et qu’elle ne pourra être attaquée que par un côté, et peut-être pourrait-elle avoir, au moyen des salines, une petite inondation en avant, ou un fossé plein d’eau.

Enfin, comme on sent que c’est spécialement entre les salines et la mer que l’ennemi voudra percer, on construira trois redoutes à 100 toises l’une de l’autre, de manière que l’ennemi ait à les prendre successivement ; et, lorsqu’on verra qu’il sera près de s’emparer de la première, on coupera l’isthme en arrière, pour laisser entrer l’eau de la mer et multiplier les obstacles sur les cheminements de l’ennemi; on rendra ainsi les abords de ces redoutes fort difficiles.

C’est la presqu’île de San-Pantaleone qu’il faut défendre, si, rebuté par ces obstacles, l’ennemi chemine sur le fort Abraham (il paraît que c’est la partie la plus forte de la place), et on aura rempli son but. Puisque cette presqu’île est si importante à conserver, il faut établir plusieurs redoutes partout où l’ennemi pourrait débarquer, et y avoir des batteries de côtes.

En débouchant par les salines, on se trouvera avoir des positions sur le flanc de l’ennemi; rien n’empêchera d’ailleurs que, lorsque ces deux ouvrages seront faits, on n’occupe encore le mont Olivetto par de forts ouvrages en terre.

Une place comme Corfou, avec la garnison qui doit y être, ne peut se défendre qu’en remuant de la terre et en obligeant l’ennemi à dix siéges avant qu’il soit arrivé sur la première enceinte de la place. Si on laisse l’ennemi arriver à 20 toises de la place, ou si l’on ne prétend disputer le terrain que par des affaires de postes ou de tirailleurs, ce qui est impossible vu la supériorité de l’ennemi, on n’entend point les moyens de vaincre.

Corfou est inattaquable de trois côtés : la ligne occupée par la fortification n’a que 600 toises, de sorte qu’une garnison de 4 à 5,000 hommes courrait risque, si elle ne faisait rien, de laisser prendre les forts et la ville, et de rentrer ensuite dans la citadelle avec une garnison trop considérable pour pouvoir y être contenue; et on aurait la douleur de voir capituler, après trois mois de siége , une garnison de 3,000 hommes, devant une armée qui n’aurait plus sous les armes que 5 à 6,000 hommes. Une place comme Corfou, dont la garnison ne peut sortir que prisonnière ou victorieuse, ne doit se rendre que faute de vivres, ou bien les officiers qui la commandent ne connaissent pas toutes les ressources de la guerre.

 

Saint-Cloud, 22 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE.

Sa Majesté désire que les membres de la section lui présentent, au prochain conseil, la distribution, port par port, de la somme de cent dix-huit millions, à laquelle s’élève, selon le ministre, la dépense de la marine en 1809. On comprendra dans la dépense tant ce qui a été payé dans les ports que ce qui a été payé à Paris, en rapportant à chaque port ce qui lui appartient, de sorte qu’on voie à l’article de chaque port, par exemple du port du Havre, tout ce que le port du Havre a dépensé dans l’année pour chacun des articles du budget. L’état particulier du port du Havre, comme celui de tous les autres ports, aura autant de colonnes qu’il y a de chapitres dans le budget.

Le ministre de la marine apportera au conseil, qui aura lieu de vendredi en huit, un projet provisoire de budget pour la dépense de chacun des ports en 1810. Ce budget déterminera, pour chaque port, la dépense en commis, en bureaux, administration, ouvriers, matériel, etc., et fera connaître les travaux que chacun de ces ports doit faire dans l’année. Ces projets de budget seront établis pour 1810, comme si l’année n’était pas commencée. On les appliquera ensuite à l’exercice 1811. Les 100 millions qui seront affectés à la marine pour cet exercice se trouveront distribués dès le commencement de l’année, de sorte que chaque port arrêtera nécessairement ses dépenses au moment où il aura épuisé son budget, sauf alors, et selon les circonstances, à faire des fonds extraordinaires, s’il y a lieu.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur la proposition du pacha de Berat. Je ne désire point prendre possession du fort d’Avlona ; ce serait me mettre en guerre avec la Porte. Il suffit que ce pacha s’engage à tenir ses forts bien armés et en état défense contre les forces anglaises ou autres. A cet effet, le gouverneur de Corfou offrira les secours d’ingénieurs et toute l’aide nécessaire pour les mettre en état, mais secrètement pour ne pas compromettre l’indépendance du pacha, et il aura un agent auprès de lui ; il lui fournira en cachette les armes, la poudre et les munitions dont il aurait besoin, et même un léger subside; enfin il favorisera ce pacha et la confédération de Chamoury par tous les moyens qui sont en son pouvoir. Traitez bien l’agent qu’il a à Paris, donnez-lui des secours, s’il en a besoin, et renvoyez-le avec cette réponse. Il verra, en passant à Corfou, le général Donzelot pour l’exécution de ces mesures. Vous écrirez au sieur Latour-Maubourg de protéger ce pacha à la Porte et d’appuyer toutes ses démarches pour lui faire restituer le Berat. En résumé, je désire soutenir ce pacha et accroître par des moyens secrets sa force et sa prépondérance; je ferai même quelques sacrifices pour cela, mais je ne souhaite rien de plus.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je reçois vos différentes lettres. Il n’y a pas d’inconvénient à retarder d’un mois la prestation de serment des curés (de l’état pontifical); mais il faut partir du principe que je veux le serment sans restriction et sans modification.

 

Saint-Cloud , 23 juin 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous envoie un arrêté de la Consulte qui supprime les dîme dater de 1811. Il sera donc nécessaire de comprendre cela dans les modifications qu’essuiera le projet.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES.

En exécution de mon décret du 3 février 1810 qui a réuni au domaine de l’État les biens de l’apanage de Carignan en Piémont, l’enregistrement a dû se mettre en possession desdits biens. Faites-les comprendre parmi ceux qui doivent être vendus cette année en Piémont, en exceptant le château de Racconigi et les dépendances, dont il est possible que je dispose.

J’ai institué deux majorats en faveur de la maison Carignan, l’un de comte, avec un revenu de 100,000 francs de rente sur le grand-livre, pour Albert-Charles de Carignan; l’autre de baron, avec un revenu de 50,000 francs de rente également sur le grand-livre, pour Joseph de Savoie. Faites inscrire ces majorats au grand-livre.

Celle inscription aura lieu sans qu’on puisse dire qu’on crée de nouvelles rentes, puisque cette disposition éteint 230,000 francs de rente sur la dette publique du Piémont et donne de plus pour 3,300,000 francs de domaines à vendre en Piémont.

Cette constitution de majorats est dans un cas particulier, puisqu’elle donne lieu à la réversibilité au domaine de l’État, attendu qu’elle résulte de la suppression d’un apanage dont les biens appartiennent à l’État.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Voyez le duc de Frias, et faites-lui mes plaintes des dispositions faites par le Roi relativement à la Catalogne. Dites-lui que l’inconvénient de pareilles mesures est de croiser les opérations et de maintenir le pays dans un état d’insurrection. Il est inconvenant et même dangereux de faire des règlements pour un pays où il n’a pas de troupes et où il ne commande pas.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810,

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il faut que vous envoyiez un officier au duc de Reggio pour lui donner l’ordre de former un camp à Utrecht, et de se tenir prêt, avec le 1er régiment de chasseurs, deux autres régiments de cavalerie, les 56e, 93e, le 24e léger et un autre régiment d’infanterie et douze pièces de canon, à marcher sur Amsterdam, qu’il est urgent de faire occuper. Je saurai, par le retour de l’officier que vous enverrez, quand il pourra être prêt, et je lui enverrai des ordres sur la conduite qu’il doit tenir.

 

Saint-Cloud, 23 juin 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, j’ai lu avec attention votre rapport du 20. J’approuve les motifs qui vous ont fait proposer de doter l’hôtel des Invalides. Il est évident que, tant que ses recouvrements se feront sur les fonds de l’État, dans les moments de guerre qui sont des moyens de désordre, on pourra souvent négliger d’acquitter cette dette si importante. Il me semble que le meilleur moyen serait d’adopter le système de la marine. Ainsi on pourrait faire sur les traitements de réforme une retenue de 3 pour 100 par mois qui serait versée dans la caisse des Invalides. Les saisies de denrées coloniales, les séquestres sur les villes, les contributions imposées sur pays ennemi supporteraient également une retenue de 3 pour 100, qui serait versée dans la caisse des Invalides. La solde des agents militaires que paye le ministère de la guerre et le vice-connétable, supérieure à 2,000 francs, pourrait supporter la même retenue de 3 pour 100, qui serait versée dans la caisse des Invalides. Il me semble que tout cela pourrait produire un revenu de 7 à 8 millions, et, comme les dépenses des Invalides ne s’élèvent qu’à 4 millions, ce serait 4 à 5 millions qu’on pourrait placer sur le grand-livre, qui, en peu d’années, augmenteraient considérablement le revenu de cet établissement. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, portez au conseil de demain lundi la lettre du sieur Otto, du 8 juin, avec les échantillons de coton qui y sont joints.

2)Un sieur Angelo, médecin à Vienne proposait de faire du coton avec des chardons et autres plantes indigènes

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, le ministre de la guerre vous communiquera l’ordre que je donne au duc de Reggio de marcher sur Amsterdam, Vous enverrez à ce ministre, qui les fera remettre par le duc de Reggio, des instructions en conséquence au sieur Sérurier.

Le sieur Sérurier insinuera qu’il n’y a qu’un moyen de se tirer d’embarras, c’est que mes troupes soient reçues en triomphe à Amsterdam, que la ville donne un grand repas aux soldats, et que le Roi et la cour donnent l’exemple des prévenances et des égards envers la France; que c’est le seul moyen d’effacer l’outrage que l’on a fait à mes aigles à Haarlem, en leur refusant le passage et en menaçant de tirer sur elles. Après que l’expédition du duc de Reggio sera consommée, le sieur Sérurier demandera que tous les canons soient envoyés sur les cotes, et qu’on cesse de s’occuper des lignes.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon consul à Stralsund pour lui donner des lumières. Faites-lui bien comprendre que tous les certificats de mes consuls, qui accompagnent les marchandises coloniales arrivant sur bâtiments américains ou autres, sont des certificats faux. Vous lui ferez connaître qu’il a eu tort de permettre la levée du séquestre des cotons, soi-disant français, qui sont à Stralsund.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu’il est convenable que le sieur Alquier parte demain pour se rendre à Stockholm. Vous lui donnerez pour instruction d’appuyer chaudement, mais sans me compromettre, le prince de Danemark, et d’avoir soin de ne faire aucune déclaration publique qui puisse m’entremêler dans ces affaires.

Écrivez également au sieur Didelot ce que veulent faire les Suédois, et ajoutez que cela me paraît fort convenable aux intérêts du Danemark.

Faites mettre dans les journaux une notice, comme nouvelles de Stockholm, de ce qui s’est passé relativement aux légations anglaises.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous donnerez les instructions suivantes au duc de Reggio. Aussitôt qu’il aura réuni assez de troupes à Utrecht pour marcher sur Amsterdam, il écrira à mon chargé d’affaires que les troupes françaises ont été insultées; qu’on leur a fermé les portes de Haarlem, qu’il demande réparation de cette offense; que les aigles françaises peuvent aller dans tous les pays alliés et amis ; que, depuis quinze ans, constamment les troupes françaises ont été dans toutes les parties de la Hollande; que le traité ne fait exception d’aucun point; que c’est donc un outrage gratuit que la Hollande a fait aux troupes françaises; que l’Empereur y a été très-sensible et a ordonné que de nouvelles forces entrassent en Hollande; que ses instructions ne lui prescrivaient pas d’entrer à Amsterdam, vu qu’il n’avait rien à y faire mais que le défi qui a été porté aux troupes françaises en leur fermant les portes, et les intrigues anglaises tendant à armer les Hollandais contre les Français, ont provoqué l’ordre qu’il a reçu de se présenter devant Amsterdam; que c’est aux Hollandais à voir s’ils veulent nous traiter en alliés et amis ou en ennemis, et s’ils veulent se livrer au conseils perfides qui s’agitent autour du Roi pour perdre la Hollande. Le duc de Reggio s’arrangera pour être devant Amsterdam deux jours après l’envoi de cette lettre.

Vous aurez soin que votre courrier soit porteur d’une lettre du duc le Cadore au sieur Sérurier pour le prévenir du présent ordre, que vous communiquerez à ce ministre. Vous ajouterez au duc de Reggio qu’il n’y a qu’un moyen pour prévenir tout embarras, c’est que la ville d’Amsterdam reçoive en triomphe mes troupes et leur donne une fête qui fasse disparaître toute acrimonie; car, dans aucun pays, je ne souffrirai qu’on ait l’air de repousser et d’insulter les troupes françaises.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’approuve que les trois compagnies du 6e d’artillerie qui sont sur l’Escaut se rendent à Rennes, à leur dépôt, et puissent être employées la défense de la Bretagne; que les trois compagnies du 8e soient envoyées à leur dépôt et employées à renforcer les garnisons, si le soin s’en faisait sentir, sur les côtes de Normandie et de Picardie.

Ainsi, des seize compagnies, il n’en restera que dix, savoir: trois du 1er, trois du 3e et quatre du 5e. Vous les répartirez ainsi: deux dans l’île de Walcheren; deux dans l’île de Cadzand; deux à Bruges; quatre à Anvers; avec l’ordre, à la moindre apparence d’expédition, aux quatre d’Anvers et à celles de Bruges, de se diriger dans l’île de Cadzand.

Je suppose que le personnel d’artillerie des îles de Sud-Beveland et Schouwen est déjà formé; sans quoi on distribuerait une compagnie dans ces îles.

 

Saint-Cloud, 24 juin 1810

A Charles XIII, roi de Suède, à Stockholm.

Monsieur mon Frère et Cousin, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté  du 2 juin.. Je prends une part sincère à tous ses chagrins 3)mort de Frédéric-Christian, duc de Holstein-Augustenburg, prince héréditaire de Suede et je suis peiné des embarras que cette nouvelle circonstance lui donne. J’ai eu quelque satisfaction de voir par sa lettre que la Providence lui avait ménagé des ressources. Je ne puis que la remercier de la communication qu’elle me confie et du cas qu’elle veut faire de mon opinion. Le projet de resserrer les liens de la Suède avec le Danemark parait avoir des avantages spéciaux pour son pays. Il ne me reste qu’à réitérer à Votre Majesté l’assurance que tout ce qui peut contribuer à la prospérité de la Suède et à votre bonheur en particulier m’inspirera toujours un singulier intérêt.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 25 juin 1810

NOTES POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, DICTÉES EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DU COMMERCE.

Les Américains ont levé l’embargo sur leurs bâtiments; ainsi tous les bâtiments américains peuvent partir d’Amérique pour venir en France; mais ceux qui y viendraient seraient séquestrés, parce que tous auraient violé le blocus, parce que tous ou auraient été visités par des bâtiments anglais ou auraient touché en Angleterre. Il est donc probable qu’aucun bâtiment américain ne viendra dans nos ports sans s’être assuré de ce que veut faire la France à leur égard.

On peut faire deux choses: ou déclarer qu’on rapporte les décrets de Berlin et de Milan, et rétablir le commerce comme il était auparavant; ou annoncer qu’on rapportera ces décrets au 1er septembre, si alors les Anglais ont rapporté les arrêts du conseil. Ou les Anglais rapporteront leurs arrêts du conseil, et alors il y aura à examiner si l’état qui s’ensuivra nous sera avantageux. Cet état n’aura aucune influence sur la législation des douanes, qui réglera toujours à volonté les droits et les prohibitions. Les Américains pourront apporter du sucre et du café dans nos ports; les corsaires ne les arrêteront pas , parce que le pavillon couvre la marchandise; mais, quand ils viendront dans un port de France ou dans un pays sous l’influence de la France, ils trouveront la législation des douanes par laquelle on pourra dire qu’on ne veut pas du sucre et du café apportés par les Américains, parce que ce sont des marchandises anglaises, qu’on ne veut point de tabac, etc., qu’on ne veut point de telle ou telle marchandise qu’on peut, comme on le voudra, mettre au rang des marchandises prohibées.

Alors il est évident qu’on ne s’engagerait à rien; mais on aurait l’avantage de laisser entrer les marchandises dont on aurait besoin; ainsi on pourrait avoir du sucre du Brésil, des cotons de Géorgie, des bois de merrain, des huiles de poisson. On pourrait même recevoir sans inconvénient les sucres, les cafés, les cotons de la Martinique, de la Guadeloupe et de Saint-Domingue, les épiceries de Cayenne et toutes les productions de l’île de France; mais il faudrait trouver des moyens de s’assurer que ces denrées ont réellement cette origine. Ce système ne serait praticable que si l’on pouvait être certain de ne pas recevoir des sucres, des cafés et des cotons anglais.

On a le temps de méditer encore sur ce projet. Mais il faut examiner, en attendant, s’il ne conviendrait pas de donner des licences, sous le nom de permis, pour une vingtaine de bâtiments et pour l’introduction des cotons de Géorgie. Cette mesure serait organisée de manière que les expéditions ne pussent se faire que dans un seul port d’Amérique qui serait désigné, qu’avec des certificats d’origine délivrés par un seul consul français qui serait également désigné; que les bâtiments ne pourraient entrer que dans un ou deux ports de France désignés; qu’indépendamment des certificats d’origine il y aurait une lettre chiffrée écrite au ministre des relations extérieures par le consul qui les aurait délivrés; qu’enfin les bâtiments seraient tenus de prendre en retour des vins, des eaux-de-vie, des soieries et autres marchandises françaises pour la valeur de la cargaison.

Le permis serait envoyé en Amérique; le consul désigné remplirait le nom des bâtiments et des capitaines, et il tiendrait un registre des bâtiments expédiés sous les numéros des permis, etc.

Ces diverses dispositions pourraient être renfermées dans un projet de décret que le ministre de l’intérieur est chargé de présenter à Sa Majesté aussitôt qu’il l’aura médité et qu’il en aura arrêté la rédaction.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces relatives au Valais. Je désire que vous ayez une conférence avec le sieur Touzard, secrétaire général de cette république, qui est à Paris. Vous vous ferez remettre par lui un mémoire sur ces questions : 1° Est-il de l’intérêt du Valais que le Valais soit réuni à la France ? Quelle espèce d’opposition y rencontrerait-on ? 2° Si on ne réunit pas le Valais à la France, quels sont les moyens d’améliorer la constitution, de manière à détruire toute influence des prêtres et du parti contraire à la France ? Vous proposerez les mêmes questions à mon chargé d’affaires. Vous me remettrez, 1° la constitution ancienne du Valais, 2° la constitution de 1802, 3° celle actuelle, avec les projets remis par mon chargé d’affaires et par le sieur Touzard ; 4° la liste des personnes à appeler ici pour opérer ces changements. Vous joindrez à ces pièces une carte du Valais, avec la division par dizaine et la population par dizaine. Enfin vous me remettrez avec tout cela un rapport contenant votre opinion sur la réunion du Valais, ou sur le parti qu’il faudrait adopter, si je maintiens son indépendance, pour détruire l’influence des prêtres et des ennemis de la France.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie un projet de convention à faire avec le roi de Westphalie pour différents arrangements de finances. Je pense que les stipulations faites par moi doivent passer par le ministre des relations extérieures, et que ce serait un grand inconvénient d’accorder à tout autre le droit de conférer avec des étrangers. Remettez-moi, 1° un projet de convention tel que je le demande, 2° un pouvoir au comte Defermon et des instructions pour conclure cette convention, de manière que, dans les difficultés de la négociation, le comte Defermon vous rende compte, et que ce soit vous qui preniez mes ordres pour cet objet.

Actuellement, voici l’esprit dans lequel j’entends rédiger cette convention et les instructions à donner à M. Defermon. Le projet actuel ne me convient pas. L’article 1er est inutile. Je trouve de l’inconvenance à mettre en doute que la possession du donataire ait besoin de la sanction du roi de Westphalie; c’est un objet terminé qui n’a pas besoin de stipulation. L’article 2 est dans le même cas. Cela ne regarde pas le roi de Westphalie. L’article 3 ne stipule rien; c’est une affaire de calcul, cela ne peut pas être un article de convention. Je n’approuve pas l’article 4. Les domaines que j’ai en Hanovre et en Westphalie se montent à 11,494,690 francs, sur lesquels j’ai donné 11,143,942 francs; il ne reste donc plus à ma disposition que 350,748 francs, savoir: 188,000 francs en Westphalie et 162,748 francs en Hanovre. N’en ayant point disposé, je suis maître de les donner au roi de Westphalie, et je les lui donne. Ainsi on doit dire: « Les 188,000 francs dont S. M. l’Empereur et Roi n’a pas disposé en Westphalie et les 162,748 francs dont il n’a pas disposé en Hanovre, formant la somme de 350,748 francs, seront cédés au roi de Westphalie. Les revenus seront perçus par le domaine extraordinaire jusqu’au 1er juillet 1810, et, à partir de cette époque, les revenus appartiendront au Roi.

 » En échange, le Roi versera, au moment de la ratification de la présente convention, 70 bons de 100,000 francs, représentant, au denier vingt, la somme de 7 millions, capital des 350,000 francs de revenu concédés. Ces bons, à dater du 1er juillet 1810, porteront intérêt de 5 pour 100 payable par semestre et seront remboursables dans les trois années qui suivront la sortie de toutes les troupes françaises du royaume de Westphalie, à raison de 30 bons par an. L’intérêt sera payé à Paris, aux porteurs des bons, chez un banquier délégué à cet effet par le Roi. Il sera fait sur lesdits intérêts, au profit du roi de Westphalie, la retenue du dixième, laquelle sera supportée par chaque donataire porteur de bons. »

Une autre partie de biens dont je n’ai pas encore disposé est celle qui appartient aux numéros de la 4e classe, qui ne sont pas distribués. La cession de ces biens doit être stipulée dans les mêmes termes que ci-dessus, à la charge par le Roi de remettre 100 bons de 80,000 francs, représentant, au denier vingt, la somme de 8 millions, capital de 4.00,000 francs de revenu à concéder sur les numéros vacants; mais la clause ci-après doit être ajoutée:

 » Avant de remettre lesdits biens au roi de Westphalie, les directeurs de l’enregistrement prendront les titres d’hypothèque et feront les réserves et déclarations nécessaires pour que lesdits biens ne puissent être vendus, qu’après que les bons auront été remboursés en totalité. Jusqu’alors la dette de ces bons aura une hypothèque spéciale sur les biens. « 

Voilà les deux articles pour ce qui me regarde; le premier traite des biens qui appartiennent encore au domaine extraordinaire: je consens à céder ces biens sans hypothèque pour 70 bons; l’autre traite des biens qui sont déjà affectés à des dotations dont les numéros sont encore vacants. Ces numéros, au lieu d’être dotés avec des domaines, le seront avec des bons; et, lorsque je les emploierai en distributions, les donataires sauront que ce n’est pas moi qui leur garantis la valeur des bons, mais que cette garantie leur est assurée par une hypothèque spéciale sur des terres en Westphalie, qui ne peuvent être vendues qu’après que les bons auront été remboursés. Après cela, vient l’article 7, relatif à un bien particulier du prince d’Orange. Ce bien, je l’ai donné à la Légion d’honneur; mais je consens à stipuler que, moyennant un bon d’un million portant intérêt à 5 pour 100, à dater du 1er juillet 1810, et moyennant hypothèque sur ledit bien jusqu’au remboursement des bons, ce bien soit cédé par la Légion d’honneur au roi de Westphalie.

Dans cette première partie, je me trouverai avoir ainsi disposé de ce qui m’appartient; la seconde partie doit être relative à ce qui ne m’appartient plus.

Pour les donataires auxquels j’ai déjà assigné leur numéro, mais qui n’ont pas leur investiture, on peut stipuler que le domaine extraordinaire leur proposera de participer aux conditions de cession exprimées ci-dessus, et que, s’ils les adoptent, le Roi leur fera donner à chacun un bon de 80,000 francs, représentant leur dotation de 4,000 francs de revenu, lequel bon portera, ainsi qu’il a été dit, intérêt à 5 pour 100, et aura hypothèque spéciale sur les biens qui étaient précédemment affectés à la dotation de leur numéro.

Quant aux donataires déjà en possession de leur lot, et dont la dotation n’excéderait pas 4, 000 francs de revenu, on stipulera également qu’ils pourront céder au Roi les biens dont ils jouissent moyennant les conditions ci-dessus; et que l’Empereur, intervenant par suite du droit que donne la réversibilité desdits biens au domaine extraordinaire, consent à l’échange.

Ainsi vous voyez que le traité doit avoir deux parties principales: que la première, ayant pour objet les biens qui sont à ma disposition, doit contenir les articles relatifs aux biens restant disponibles, aux lots affectés aux numéros vacants, et autres biens du prince d’Orange; enfin que la seconde partie, ayant pour objet les biens dont j’ai déjà disposé, doit régler les intérêts des deux classes suivantes de donataires, savoir: ceux qui ont le numéro de leur dotation, mais qui n’ont pas encore leur investiture, et ceux qui, ayant des dotations de 4,000 francs de revenu et au-dessous, dont ils jouissent actuellement, consentiraient à céder leur lot au Roi.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi un rapport sur le régiment de gardes nationales de la Garde. Faites-moi connaître, 1° si l’on a réduit ce régiment à deux bataillons; 2° si les officiers du cadre du 3e bataillon ont été envoyés en Espagne; 3° si j’ai fait un appel de 1,000 hommes dans les compagnies de réserve départementales pour compléter ce régiment; 4° si j’ai nommé les officiers des deux bataillons que je garde; 5° quand ce régiment pourra entrer en campagne.

 

Saint-Cloud, 26 juin 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général, à Paris

Je reçois votre lettre du 25 juin, par laquelle vous me faites connaître que vous avez fait paraître le premier volume composé des relations de six batailles des premières campagnes d’Italie. Le deuxième volume pourrait être composé des relations de la bataille du Tagliamento, du combat de Neumarkt, des batailles des Pyramides, du mont Thabor, d’Aboukir et de Marengo.

Vous composeriez le troisième volume des relations des batailles d’Ulm, d’Austerlitz, d’Iéna, d’Eylau et de Friedland.

Le quatrième volume contiendrait les batailles d’Eckmühl, d’Essling et de Wagram.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon ministre à Madrid qu’il doit rester dans les mêmes principes.

Faites répondre de vive voix au chargé d’affaires de Hollande que j’ai fait marcher des troupes parce qu’on a insulté ma légation à Amsterdam, parce qu’on a tué de mes officiers à Rotterdam, et qu’à Haarlem on a refusé de laisser passer mes patrouilles; que c’est insulter à mes troupes; qu’on a poussé la folie jusqu’à calculer sur leur petit nombre pour chercher à les empêcher de marcher partout où les besoins du grand empire pouvaient l’exiger; que cette augmentation de forces m’est nuisible à moi-même ainsi qu’à mes troupes, parce que le pays est malsain; que les malheurs de la Hollande viendront de n’avoir pas connu sa position et de s’être mise dans le cas d’être menée par la force.

Faites donner des passeports à cette femme anglaise qui veut venir chercher son mari sur le continent.

 

Saint-Cloud, 27 juin 1810.

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, parmi les chanoines qui on refusé de prêter serment et qui ont été envoyés à Plaisance, il en est plusieurs qui ne sont pas nés dans les départements romains. Faites-en faire le dépouillement, et ordonnez que les étrangers soient renvoyés chez eux. Il doit y en avoir de Naples, de la Sicile, de la Sardaigne, de la Corse, de la Toscane, des pays vénitiens et du royaume d’Italie, de Gênes, du Piémont. Ceux qui appartiennent au royaume d’Italie seront renvoyés dans leurs communes, les Génois et Toscans chez eux; vous en enverrez l’état au ministre de la police.

Les Napolitains et les Siciliens seront envoyés à Naples, et les autres dans leurs pays respectifs. Par ce moyen, le rassemblement de ces chanoines à Plaisance sera considérablement diminué.

 

Saint-Cloud, 28 juin 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

Le ministre des relations extérieures est invité à faire connaître si son prédécesseur lui a remis les lettres qu’il a reçues de Sa Majesté. 4)Les archives des affaires étrangères ne possèdent aucune des lettres adressées par l’Empereur à Talleyrand) (ndlr : Talleyrand vendit une partie de sa correspondance avec Napoléon à Metternich, qui s’empressa de faire faire des copies d’un certain nombre d’autres, avant de les renvoyer à Talleyrand !)

 

Saint-Cloud, 28 juin 1810.

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Il faudrait réunir un conseil pour prendre un parti sur la machine de Marly. On fait un projet dont l’exécution coûtera de 4 à 5 millions et ne sera pas terminée en quatre ou cinq ans. On peut faire cela d’une manière plus économique et en moins de temps. Il est nécessaire de prendre là-dessus l’avis des gens de l’art. Vous me présenterez le résultat de ce conseil.

 

Saint-Cloud, 28 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je pense qu’il n’est pas très-important d’assimiler l’organisation des compagnies du train à la composition des batteries; il y a le double approvisionnement, il y a le parc, et, si l’on veut qu’une compagnie serve 36 voitures, il n’y a pas de mal qu’on ait 230 chevaux, savoir: 180 chevaux pour les 36 voitures, et les autres 50 chevaux pour le parc; et, comme, lorsqu’on perd des chevaux, c’est le parc qui doit fournir aux divisions, on peut n’avoir à la batterie qu’une seule compagnie du train.

 

Saint-Cloud, 30 juin 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous prie de réitérer vos ordres à Toulon pour qu’aucun capitaine ne couche à terre, que chacun reste à son poste comme en présence de l’ennemi, et ne s’éloigne point de son bord et de la rade pour aller à des bastides ou ailleurs. Il m’est revenu que des officiers employaient des matériaux de bord et des ouvriers de bord à faire construire soit des bateaux pontés, soit des corsaires, soit des bastides. On me dit qu’il y a des officiers qui louent des bateaux de pêche à des particuliers.

Faites connaître au préfet maritime que je ne veux souffrir aucun de ces abus. Le préfet maritime, étant rentré dans ses droits, doit correspondre avec vous.

 

Saint-Cloud, 30 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre au duc de Reggio de faire faire la reconnaissance de toutes les îles de Hollande, depuis Schouwen jusqu’à Emden. Recommandez-lui de faire mettre sur la carte toutes les batteries qui existent pour la défense des côtes, avec l’indication du nombre de pièces qui composent l’armement de chaque batterie.

 

Saint-Cloud, 30 juin 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Le chef de bataillon Boutin a déjà été envoyé du côté de Tunis et d’Alger, et a, je vois, fait des rapports sur la situation de ces places. Je désire que vous l’expédiiez encore une fois, soit pour Tunis, soit pour Alexandrie. Concertez avec lui le prétexte à donner à son voyage et qu’il puisse en rapporter la vraie situation d’Alexandrie, du Caire, de Damiette, de Salehyeh, d’El A’Rych, de Gaza, de Jaffa, de Saint -Jean-d’Acre. Il pourrait effectuer son retour par Tripoli et Smyrne. En passant, il prendrait des renseignements sur tous ces points. Il pourrait se faire donner par le général Bertrand des notes de tous les points fortifiés de notre temps, pour vérifier dans quel état ils son aujourd’hui. Il prendrait note des forces qui gardent le pays, et enfin il remettrait tous les renseignements militaires et civils.


 

References   [ + ]

1. lettre au roi Charles-Emmanuel, plus haut
2. Un sieur Angelo, médecin à Vienne proposait de faire du coton avec des chardons et autres plantes indigènes
3. mort de Frédéric-Christian, duc de Holstein-Augustenburg, prince héréditaire de Suede
4. Les archives des affaires étrangères ne possèdent aucune des lettres adressées par l’Empereur à Talleyrand) (ndlr : Talleyrand vendit une partie de sa correspondance avec Napoléon à Metternich, qui s’empressa de faire faire des copies d’un certain nombre d’autres, avant de les renvoyer à Talleyrand !)