Correspondance de Napoléon Ier – Juin 1807

Paris, 1er juin 1807

A M. Gaudin

Monsieur Gaudin, vous trouverez ci-joint la copie de lettres patentes qui ont été données en communication au Sénat. Mon intention est que la dotation du duché de Danzig soit prise parmi les domaine qui ont été réservés dans les États de Parme et de Plaisance par mon décret du 30 mars 1806. Il faut en conséquence vous occuper sur-le-champ de mettre en vente pour 2 millions 500,000 francs desdits domaines, dont le produit sera employé à acheter une propriété ayant une belle habitation, produisant 100,000 francs nets et située dans l’ancienne France, sur la Loire, sur la Seine ou sur la Saône. Comme les payements des ventes ne correspondront peut-être point à ceux que vous aurez à faire pour cette acquisition, les fonds seront faits par la caisse d’amortissement, à laquelle on accordera des intérêts convenables et qui se remboursera au fur et à mesure des ventes, Je ne sais pas si nous avons encore dans le Poitou, la Normandie, la Bretagne, la Bourgogne ou la Champagne, des domaines nationaux qu’on puisse employer à cette opération. Vous sentez que cela serait fort avantageux, puisque le trésor public en recevrait promptement le prix. S’il était nécessaire, pour compléter cette dotation en domaines, d’y joindre une portion de forêts, cela ne serait pas une difficulté. L’important est d’avoir une belle maison dans l’étendue des arrondissements que j’ai désignés, ou dans les départements qui environnent Paris et qui me paraissent également convenables. On achèterait ensuite à proximité les propriétés nécessaires pour compléter le revenu que j’ai fixé. S’il n’y a pas dans les domaines nationaux de possessions de cette nature, vous ne manquerez pas d’offres : il y a beaucoup de propriétaires de grandes terres qui cherchent à s’en défaire. Vous vérifierez si, par exemple, MM. de Vintimille ne sont pas dans l’intention de vendre une grande terre qu’ils possèdent aux environs de Caen. Il me conviendrait assez qu’un établissement de cette nature fût formé dans le voisinage de cette ville. On pourrait aussi traiter avec Mme de Sérent pour une terre qu’elle a auprès d’Angers. Prenez aussi des informations sur le château de Richelieu, dont j’ai arrêté la démolition. Aussitôt qu’on saura que vous faites de telles recherches, les propositions ne vous manqueront pas. Ne perdez pas de vue que mon intention est que, indépendamment d’une belle maison, la propriété qui constituera le duché rende 100,000 francs de rente nets.

Ainsi occupez-vous sans délai de chercher d’abord s’il existe dans les domaines nationaux un beau château situé comme je le désire; il devrait être préféré, puisque ce serait l’avantage du trésor public. A défaut d’un château national, cherchez une terre de particulier. Comme tous les duchés d’Italie se réalisent en argent et que les remplacements doivent se faire en France, je puis avoir besoin dans quelques mois d’une vingtaine de terres pour les duchés dont je disposerai. Je désire que vous établissiez un bureau de recherches pour cet objet, afin que, le moment arrivant, vous ayez sous la main un travail tout prêt. Il serait à désirer de placer beaucoup de duchés en Normandie, en Bretagne et en Poitou. Ce sont des pays où les fondations de cette nature peuvent avoir le plus d’utilité.

 

Danzig, 2 juin 1807

A l’Impératrice

Mon amie, j’apprends ton arrivée à la Malmaison. Je n’ai pas de lettres de toi; je suis fâché contre Hortense; elle ne m’écrit pas un mot. Tout ce que tu me dis d’elle me peine. Comment n’as-tu pas pu un peu la distraire ? Tu pleures ! J’espère que tu prendras sur toi afin que je ne te trouve pas toute triste.

Je suis à Danzig depuis deux jours; le temps est fort beau; je me porte bien. Je pense plus à toi que tu ne penses à un absent.

Adieu, mon amie; mille choses aimables. Fais passer cette lettre à Hortense.

 

Danzig, 2 juin 1807

A la reine Hortense

Ma Fille, vous ne m’avez pas écrit un mot, dans votre juste et grande douleur. Vous avez tout oublié, comme si vous n’aviez pas encore des pertes à faire. L’on dit que vous n’aimez plus rien, que vous êtes indifférente à tout; je m’en aperçois à votre silence. Cela n’est pas bien, Hortense ! ce n’est pas ce que vous vous promettiez. Votre fils était tout pour vous. Votre mère et moi ne sommes donc rien ! Si j’avais été à la Malmaison, j’aurais partagé votre peine, mais j’aurais voulu aussi que vous vous rendissiez à vos meilleurs amis.

Adieu, ma fille; soyez gaie : il faut se résigner. Portez-vous bien, pour remplir tous vos devoirs. Ma femme est toute triste de votre état; ne lui faites plus de chagrin.

Votre affectionné père.

 

Danzig, 2 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je suis venu passer deux jours à Danzig, que j’ai employés à voir la ville et à donner différents ordres. Je compte être de retour à Finkenstein ce soir.

 

Danzig, 2 juin 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, j’irai probablement coucher ce soir à Marienburg pour être demain à Finkenstein. Je pense que vous ferez bien d’écrire à Gardanne de ne pas attendre autre chose pour partir pour la Perse. Chargez-le seulement de dépêches pour donner à Sebastiani des nouvelles de l’ambassadeur turc.

 

Danzig, 2 juin 1807

Au grand-duc héréditaire de Bade

Mon Fils, partez pour vous rendre chez vous; pressez vous-même pour renforcer vos troupes en recrues, pour réparer les pertes faites. Envoyez un nouveau régiment de cavalerie et deux nouveaux régiments d’infanterie, afin d’avoir un contingent de troupes proportionné à votre rang.

Vers les premiers jours de juillet, si vous êtes bien portant, vous pourrez revenir à l’armée.

 

Marienburg, 3 juin 1807

A l’Impératrice

J’ai couché aujourd’hui à Marienburg. J’ai quitté hier Danzig. Ma santé est fort bonne. Toutes les lettres qui viennent de Saint-Cloud, disent que tu pleures toujours; ce n’est pas bien : il faut se bien porter et être contente.

Hortense est toujours mal; ce que tu m’en écris fait pitié. Adieu, mon amie; crois à tous les sentiments que je te porte.

 

Marienburg, 3 juin 1807.

A M. de Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 mai. L’importante place de Neisse en Silésie a capitulé. Bientôt le prince Jérôme aura achevé la conquête de toute la Silésie.

 

Marienburg, 3 juin 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 25 mai. Je vois avec plaisir la bonne conduite des habitants de Riaillé. L’impudence de cette bande de brigands est extraordinaire. Il faut en suivre la marche avec beaucoup d’attention, afin de la détruire.

Il faut avoir grand soin que les demoiselles Saumann ne rentrent plus dans la Lozère.

Faites-moi connaître, je vous prie, comment a pris l’évêque, à Montpellier, avec les protestants et avec les catholiques.

 

Marienburg, 3 juin 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 30 mai. L’importante place de Neisse a capitulé. Elle a accepté la même capitulation que Schweidnitz.

 

Finkenstein, 4 juin 1807

A M. de Champagny

Monsieur Champagny, depuis vingt ans il s’est manifesté une maladie appelée croup, qui enlève beaucoup d’enfants dans le nord de l’Europe. Depuis quelques années elle se propage en France. Nous désirons que vous proposiez un prix de 12,000 francs, qui sera donné au médecin auteur du meilleur mémoire sur cette maladie et sur la manière de la traiter.

 

Finkenstein, 4 juin 1807

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre lettre du 25. J’ai 5 vaisseaux à deux ou trois ponts à Toulon; il ne faut donc pas laisser bloquer la ville par 3 vaisseaux. Si les Anglais s’obstinent au blocus, il faut verser les équipages des frégates sur les vaisseaux, et attaquer l’ennemi dans une circonstance favorable.

Je reçois votre lettre du 21 mai. J’ai toujours regardé comme un très-grand malheur que toutes les subsistances de l’Empire se trouvassent dans une même main, et que la mort d’un seul homme dût me donner de l’inquiétude sur la sûreté du service des vivres de terre et de mer, surtout quand cet entrepreneur est un homme aussi indéchiffrable que M. Vanlerberghe, qui, non content d’avoir à régir les affaires d’une aussi immense entreprise, va se jeter dans des opérations de commerce avec l’Espagne, etc. Mon intention bien positive est donc que M. Vanlerberghe ne soit plus chargé du service, et que, puisque son marché expire, vous en passiez un avec un autre individu.

Le projet que vous présentez d’établir une régie pour un an et d’en revenir ensuite à un entrepreneur est le plus mauvais de tous, parce que je perdrais trois millions en recevant les magasins de M. Vanlerberghe, j’en perdrais trois autres en les remettant à une autre compagnie. Voilà ce que l’expérience m’a prouvé. Il faut qu’à M. Vanlerberghe soit substitué un autre entrepreneur, et que les magasins de M. Vanlerberghe soient remis à une autre compagnie.

 

Finkenstein, 4 juin 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, mon intention serait de faire une distribution par régiment, toutes les semaines , de 100 livres de tabac à fumer. Faites-moi connaître où je pourrai prendre ce tabac, et faites-en faire des approvisionnements à Elbing, Marienwerder et Osterode.

 

Finkenstein, 4 juin 1807

DÉCRET

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie,

Voulant récompenser les services qui nous ont été rendus, par un grand nombre d’officiers polonais,

Avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE 1er. – Des domaines royaux pour la valeur de vingt millions de livres tournois seront tenus à notre disposition par la Commission du gouvernement polonais, pour être donnés en récompense et en toute propriété aux individus de l’armée polonaise qui nous ont rendu le plus de services.

ART. 2. – L’état de ces domaines sera dressé dans l’espace de cinq jours et remis par le ministre de l’intérieur du gouvernement polonais à M. Vincent, notre commissaire près ce gouvernement, nous réservant d’en faire d’ultérieures dispositions.

ART. 3. – La Commission du gouvernement polonais et notre commissaire près d’elle sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Finkenstein, 4 juin 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, j’ai reçu vos lettres du 31 mai. J’ai appris avec grand plaisir que vous étiez maître de Neisse. Je désire que vous m’envoyiez un mémoire sur cette place, avec un plan. Mon intention serait non de la démolir, mais de la mettre au contraire en état , et de la conserver. Restent à présent Glatz et Silberberg. Ne pourrait-on pas assiéger ces deux places à la fois ? Je vous envoie le général de division Gardanne. Si vous en êtes content, vous le garderez; si vous ne l’êtes pas, vous le renverrez en France. Il a donné lieu ici à quelques mécontentements. Parlez-lui là-dessus d’une manière claire. Surtout, il faut qu’il ne fasse aucune levée de contributions, ni aucune mauvaise affaire.

 

Finkenstein, 4 juin 1807

Au maréchal Kellermann, commandant en chef de l’armée de réserve du Rhin, à Mayence

Mon Cousin, faites-moi connaître quelle est la situation de votre armée de réserve, le 20e régiment provisoire formé, ainsi que les régiments et bataillons de Magdeburg, Stettin, Hameln, etc. , présents sous les armes, et quels sont les conscrits annoncés de 1807 et de la réserve. Je désire que vous me fassiez là-dessus un travail dont j’ai besoin pour fixer mes idées.

Je ne vous parle pas de l’appel de la conscription de 1808, mon intention étant qu’aucuns ne viennent à l’armée, étant trop jeunes, mais qu’ils restent dans l’intérieur, où ils seront habillés, armés et exercés. Il ne faut pas les confondre avec les autres conscrits. Les enfants de dix-huit ans sont trop jeunes pour faire la guerre si loin. Pressez les gouverneurs auxquels vous avez envoyé de la cavalerie à pied de les monter promptement. Je vois avec plaisir que les 19e et 20e provisoires soient formés. Faites-les partir sans délai pour Berlin.

 

Finkenstein, 4 juin 1807

A M. Fouché

Je reçois vos lettres des 26 et 27. Je vois avec plaisir la surveillance que vous exercez. Apprenez-moi bientôt que cette bande de voleurs est détruite.

Le nommé Ogier, colonel de cavalerie de l’ancien régime, le nommé Simon, ancien greffier de la Table de marbre, Dubouzet, ancien colonel du régiment de Penthièvre-cavalerie, une soi-disant baronne de Lauterbourg, sont des mauvais sujets qui colportent de mauvais bruits dans Paris. Faites les conduire par la gendarmerie à quarante lieues de Paris, où ils seront en surveillance dans quelque petite commune, soit de Bourgogne, soit de Champagne, soit de Lorraine.

 

Finkenstein, 5 juin 1807

A M. Bigot de Preameneu, président de la section de législation au Conseil d’État

Monsieur Bigot de Préameneu, il est à notre connaissance que beaucoup de communes de notre empire ont un revenu qui surpasse leurs besoins. Un grand nombre de villes ayant perdu tous leur biens pendant la révolution, nous avons établi, par cette considération, des octrois municipaux. Cette mesure a été généralisée, et elle a porté non-seulement sur les communes qui avaient éprouvé des pertes, mais aussi sur celles qui, ayant conservé leurs propriétés, ont fait payer leurs dettes à l’État, se sont affranchies du logement et du casernement et de divers autres services que l’usage avait mis à leur charge, et qui se sont ainsi trouvées avoir plus de revenus qu’avant la révolution, en même temps qu’elles étaient déchargées de plusieurs dépenses considérables.

Nous avons toujours considéré les inconvénients de cette inégalité comme une suite naturelle des événements qui se sont passés. Mais, si nous avons conçu l’espérance, justifiée par plusieurs villes, que ces fonds, bien administrés, serviraient à améliorer les établissements qui existent et à en fonder de nouveaux, nous n’avons jamais entendu que ce surcroît de revenus occasionnerait un surcroît de dépenses inutiles. La commune de Dole paraît être du nombre de celles dont les recettes excèdent de beaucoup les dépenses ; mais elle est aussi , par sa situation , l’une des plus susceptibles d’embellissement, de travaux et d’établissements utiles. Le sous-préfet a censuré l’emploi de ses fonds et a dénoncé sa comptabilité. Notre intention est que, conformément au règlement du 11 juin 1806, une commission du Conseil, dont nous vous nommons président, vérifie les faits, fasse venir à Paris, si elle le juge convenable, le sous-préfet et le maire, et porte la plus grande attention à éclairer la comptabilité de la ville de Dole. Les lois qui régissent l’État doivent être exécutées avec rigueur, soit envers les dilapidateurs, soit envers les administrateurs qui emploieraient les deniers confiés à leur administration à se faire des partisans au lieu de les consacrer à des établissements avantageux aux communes. Le sous-préfet a fait son devoir en donnant son opinion à ses supérieurs sur les abus qu’il croyait apercevoir, mais il s’en est écarté en la manifestant par un écrit rendu public. Celui qui a imprimé le premier, qui a invoqué l’opinion publique dans une simple affaire d’administration, et qui a donné à ses démarches le caractère d’une animosité personnelle, a eu un tort très-grave. Il convient que vous vous attachiez à établir si ce tort appartient au sous préfet ou au maire. Il convient aussi que votre rapport soit fait de manière qu’il puisse être imprimé pour servir à prévenir des écarts, dont il y a déjà trop d’exemples, et ces querelles publiques qui ne tendent qu’à aigrir les citoyens les uns contre les autres et qui tournent toujours au détriment de l’administration.

 

Finkenstein, 5 juin 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, donnez ordre à mon ministre en Perse de partir sans délai et de s’y rendre le plus rapidement possible. Envoyez-lui vos dépêches pour Constantinople.

Faites connaître à M. Sebastiani que, pour mes intérêts , il est nécessaire qu’il reste encore à Constantinople.

 

Camp impérial de Finkenstein, 5 juin 1807

DÉCRET

ARTICLE ler. – Les habitants de Marienburg dont les maisons auront été ou seront démolies pour les fortifications de la place seront indemnisés en biens royaux.

ART. 2. – La chambre de Marienwerder nommera des commissaires qui, concurremment avec les experts nommés par le commissaire des guerres de la place, estimeront les maisons démolies et terrains occupés par les fortifications.

ART. 3. – La chambre de Marienwerder présentera à notre intendant général un état des biens royaux situés dans son arrondissement qui pourraient être accordés en indemnité desdites maisons et terrains.

ART. 4. – Le major général et l’intendant général de l’armée sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Finkenstein, 5 juin 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, la chambre de Marienwerder sera divisée en trois sections : une résidera à Marienwerder, une à Danzig et la troisième à Elbing, chacune ayant le contrôle et l’autorité sur l’arrondissement dépendant de ces villes. Il faut faire part de ces dispositions au général Rapp, pour qu’il fasse venir, par le moyen de la chambre qui résidera à Danzig, ce qui est nécessaire pour l’approvisionnement de cette place.

 

Finkenstein, 5 juin 1807

Au général Rapp, gouverneur de Danzig

Il est possible que, le 10, je fasse faire un mouvement à l’armée. Je n ai pas besoin d’appeler votre attention sur votre place. Vous ne devez pas perdre de vue qu’elle peut être investie d’un moment à l’autre. L’ennemi est parfaitement servi en espions. S’il savait que le Hagelsberg n’est pas rétabli et que vous n’êtes pas approvisionné en vivres ni en munitions, il serait possible qu’il fit un mouvement sur vous. Il faut donc que vous alliez deux fois par jour sur les travaux du Higelsberg, afin de voir par vous-même; que l’on rétablisse les remparts , les blockhaus, les chemins couverts, les palissades; que l’on efface nos tranchées, que l’on rentre toute l’artillerie dans la place; que l’on fasse venir 2,000 bœufs de la Poméranie; que l’on ait deux millions de cartouches, cent milliers de poudre et 2,000 fusils; que les forts qui sont sur mer soient garnis de mortiers et de canons pour battre les bâtiments ennemis qui voudraient s’approcher; que des signaux soient établis, afin que vous sachiez ce qui se passe en mer et que vous puissiez correspondre entre la place et le Weichselmünde.

Huit régiments provisoires, formant 6,000 hommes au moins, vont arriver. Il arrivera, indépendamment de cela, beaucoup de monde des dépôts, et des traînards. Il faut donc avoir des fusils pour en donner à ceux qui n’en ont pas.
Le bataillon des marins de la Garde va venir, de manière que vous aurez près de 600 marins. Ils feront le service dans la rade, et, dans le besoin, celui de canonniers.

Il faut faire choisir et armer sans délai, avec les caronades que l’on a prises sur la corvette anglaise, deux grosses péniches pour croiser à l’embouchure de la rivière. Faites venir chez vous les officiers de la marine de la Garde qui ont été à Elbing, pour leur dire de chercher quatre bâtiments en forme de péniche, propres à naviguer sur le Frische-Haff, qui, avec les quatre déjà armés, formeront une flottille de huit bâtiments, qui pourra attaquer les bâtiments ennemis en croisière sur le Haff. Comme le bataillon des marins de la Garde arrive sous très-peu de jours, ils seront en nombre suffisant pour armer ces bâtiments et fournir un bon nombre pour le service de la place.

Il faut se défaire de tous les officiers prussiens et russes qui peuvent se trouver dans la place, car, du moment qu’il y aura un mouvement, toute communication sera coupée. Il est donc très- important que le bâtiment qui reste encore parte sans délai.

Il faut former votre conseil, le réunir tous les jours, le composer du commissaire ordonnateur qui reste dans la place, du commandant d’artillerie et de celui du génie, afin d’aviser à tous les besoins de la place.

Il faut faire défaire les deux ponts et en faire faire un en place en face de la ville, et faire travailler sans délai à la tète de ce pont.

Tout cela est de la plus grande importance.

Il faut réunir tous les malades prussiens et russes dans les environs, soit dans des maisons de campagne, soit dans une grosse abbaye à trois ou quatre lieues de la place.

 

Finkenstein, 5 juin 1807, 2 heures après-midi

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, le maréchal Ney me mande qu’il a été attaqué aujourd’hui à six heures du matin. Est-ce une affaire comme la vôtre ou est-ce une attaque sérieuse ? C’est ce que je saurai dans quelques heures. Je me hâte cependant de vous en prévenir pour que vous vous mettiez en mesure.

J’ai ordonné la réunion de toute ma cavalerie; tout va être en mouvement.

Je suppose que d’ici à ce soir je vous instruirai de ce que vous aurez à faire. Quoiqu’il soit peu probable qu’après avoir laissé prendre Danzig l’ennemi tente une affaire générale, cependant il faut penser que, s’il veut faire quelque chose, son attaque sérieuse sera sur Guttstadt.

 

Finkenstein, 5 juin 1807

Au maréchal Soult, à Sporthenen

Mon Cousin, je reçois au moment même, à deux heures après midi, une lettre du maréchal Ney qui m’écrit, à sept heures du matin, que son avant-garde a été attaquée à six heures à Altkirch; il a dû vous en prévenir. Il paraît qu’hier le maréchal prince de Ponte-Corvo a été aussi attaqué légèrement. Qu’est-ce que tout ceci veut dire ? Tout porte à penser qu’il y a un mouvement chez l’ennemi, quoiqu’il soit absurde de sa part d’engager une affaire générale,
aujourd’hui que Danzig est pris. Je viens toutefois d’ordonner que demain, à midi, toute la cavalerie soit réunie. Je n’ai pas de nouvelles de vous, ce qui me fait supposer que vous n’avez pas été attaqué.

Je serais fort aise que l’ennemi voulût nous éviter d’aller à lui. Mon projet était de me mettre en mouvement le 10. J’ai fait toutes mes dispositions de magasins pour aller à sa rencontre à cette époque.

J’imagine que vous aurez appelé à vous toute votre cavalerie légère. Je vous prie, si le maréchal Ney est obligé d’évacuer Guttstadt, et dans ce cas il se retirera sur Deppen, de porter votre attention sur sa gauche, et de favoriser sa retraite, si tant est qu’il soit contraint à la faire.

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Je vous remercie sur ce que vous me dites relativement à la mort du petit Napoléon.

Je compte beaucoup sur vous et vos braves.

Mettez à l’ordre que Neisse a capitulé; vous sentez l’importance de cette place. Faites-le sentir.

 

Finkenstein, 5 juin 1807, 2 heures après midi

Au maréchal Davout, à Osterode

Mon Cousin, je reçois au moment même une lettre du maréchal Ney qui m’annonce qu’il a été attaqué ce matin à six heures. Est-ce une attaque sérieuse ou n’est-ce qu’une escarmouche ? Il faut toutefois se préparer. Le maréchal Ney, s’il voit qu’il ait affaire à des forces trop considérables, doit se retirer sur Deppen. Vous avez sans doute déjà appelé votre cavalerie légère. Dans le cas de la retraite du maréchal Ney, je désire que vous souteniez son flanc droit et que vous preniez toutes les mesures pour que son mouvement sur Deppen se fasse sans désordre et sans perte. J’ai ordonné la réunion de toute la cavalerie, Je vous enverrai des ordres cette nuit. Envoyez quelqu’un à Guttstadt et instruisez-moi de tout ce que vous savez.

 

Finkenstein, 6 juin 1807, 6 heures du matin

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 28. Les deux armées sont en manœuvres. L’ennemi s’est mis en mouvement. Hier 5, à six heures du matin, on a attaqué la tête de pont de Spanden sur la Passarge, que défendait la brigade du général Frère. Cinq régiments russes, revenus trois fois à l’assaut, ont été constamment repoussés et ont laissé 5 à 600 morts dans les abatis. Le prince de Ponte-Corvo, qui, de derrière, observait la position de l’ennemi, a reçu une balle au col, qui l’a frappé légèrement. Au même moment, l’ennemi à attaqué la tête de pont de Sporthenen, que défendait le général Ferey, du corps du maréchal Soult. L’ennemi est venu deux fois à l’assaut et a laissé 1,500 morts dans les abatis. Plusieurs colonels russes sont restés prisonniers entre nos mains.

Le maréchal Ney a été attaqué au même moment; toutes les fois que l’ennemi a voulu monter à ses positions, il a été repoussé avec une énorme perte; et, conformément à mes dispositions générales; ce maréchal s’est porté sur la Passarge, à Deppen, du moment qu’il a été assuré que l’ennemi avait toutes ses forces en mouvement. Mes réserves sont en marche, et, quand vous lirez ceci, de grands événements auront eu lieu. Je vous instruis de tous ces détails, qui ne seraient pas bons à faire connaître, pour que, s’il arrivait de faux bruits, vous puissiez les repousser. Si cependant ceci perçait et que l’impatience du public fût trop forte, vous pourriez mettre ces détails dans le Journal de l’Empire, sous le titre d’une lettre particulière écrite, de Thorn ou de Danzig, par un officier de l’armée. Mais tant qu’on ne saura rien, il vaut beaucoup mieux que l’on prenne que tout est fini en même temps que l’on saura que cela a été commencé.

Communiquez cette lettre au ministre de la police; toute autre confidence est inutile. Vous pouvez du reste être sans inquiétude. Il paraît que l’ennemi ne sait ce qu’il fait, puisque, après avoir laissé prendre Danzig, il s’enfourne sous des positions retranchées.

 

Finkenstein, 6 juin 1807, 6 heures du matin

A M. Fouché

Je charge M. l’archichancelier de vous communiquer ma lettre de ce jour, parce qu’il est convenable que vous soyez prévenu. Vous vous conformerez au sens de ma lettre, en tenant cela secret, s’il est possible. Voyez souvent l’Impératrice pour empêcher les mauvaises nouvelles d’arriver jusqu’à elle. Huit jours après que vous aurez reçu cette lettre, tout sera fini. Tout me porte à penser que cela ira au mieux. Je vous instruirai ainsi tous les soirs, jusqu’à ce que j’aie le temps d’ordonner la rédaction d’un bulletin, qu’il est d’ailleurs convenable de ne faire que lorsque tout sera fini.

 

Finkenstein, 6 juin 1807

Au général Victor, commandant le siège devant Grudenz

Je vous écris par les relais de la Garde, parce qu’il est possible que l’ordre vous arrive par cette voie plus tôt que par le courrier que vous expédie le major général. Un quart d’heure après la réception du présent ordre, partez dans la plus grande diligence, et arrivez au quartier général aujourd’hui de bonne heure, ayant un commandement important à vous donner. Dirigez vos chevaux et vos bagages, à double marche, sur Finkenstein. Laissez le commandement du siége au général de division Rouyer; recommandez-lui de prendre des mesures extraordinaires pour faire filer sur Marienwerder toutes les barques qui sont entre Thorn et Graudenz.

L’ennemi a attaqué hier les 6e, 4e et ler corps; il a été partout repoussé avec d’énormes pertes. Les nôtres étaient partout retranchés dans des têtes de pont. Le prince de Ponte-Corvo a été touché d’une balle morte au col. Cette blessure est légère, mais les chirurgiens ont pensé qu’elle exigeait du repos.

 

Finkenstein, 6 juin 1807

ORDRE POUR LE GRAND MARÉCHAL

Tous mes gros bagages et objets inutiles se rendront à Danzig et partiront ce soir même.

Mon petit quartier général de guerre se rendra sur-le-champ à Saalfeld.

Le petit service d’avant-garde se rendra sur-le-champ à Mohrungen. On enverra au galop l’ordre à l’escadron de la Garde et à la brigade des chevaux de selle de se porter entre les deux lacs, à Seegerswalde.

Les chevaux de voiture resteront à Saalfeld pour me mener jusqu`à Seegerswalde, où je monterai à cheval; de sorte que ce soir il ne reste plus rien au château de Finkenstein.

Toute ma Garde à cheval, ainsi que l’artillerie qui y est attachée, se mettront sur-le-champ en marche pour se rendre à Saalfeld; l’infanterie se mettra également en marche pour y arriver sans délai.

 

Finkenstein, 6 juin 1807, midi

Au maréchal Ney

Mon Cousin, l’officier par lequel vous avez expédié hier soir vos dépêches au major général vient d’arriver et m’a fait connaître que vous aviez pris position entre Deppen et Queetz, auprès du village d’Ankendorf. Depuis hier, 1° le maréchal Mortier, 2° la réserve d’infanterie, 3° la réserve de cavalerie, sont en mouvement. Il est donc convenable de tenir dans votre position, si cela vous paraît prudent, et, lorsque vous vous retirerez, de marcher le plus lentement possible, d’abord derrière Deppen et ensuite derrière les lacs que je vous ai fait désigner.

Je réunis toutes mes forces. Mon plan d’opération dépend de la position que vous et le maréchal Soult vous aurez lorsque je serai en mesure. Au reste, il faut au moins tout le jour de demain.

Je suis très-satisfait de tout ce que vous me dites de votre corps d’armée, et je ne puis que vous témoigner ma satisfaction sur le sang-froid et l’intrépidité de toutes vos dispositions. Vous ne sauriez écrire trop souvent. Vous sentez qu’il me tarde de me retrouver au milieu des combattants; mais j’y serai sous peu de jours, et il faut espérer que tout cela mettra fin aux circonstances actuelles.

Je regrette bien vivement ce pauvre général Roguet; mais enfin il est mort sur le lit d’honneur.

L’importante place de Neisse a capitulé.

 

Finkenstein, 6 juin 1807

Au général Rapp

Nous sommes en mouvement. Je vous ai fait écrire hier par Bertrand, et précédemment je vous avais écrit moi-même.

Prenez toutes vos précautions pour mettre la place en bon état. Surtout faites filer sur Marienburg les subsistances; 8 ou 10,000 quintaux ne sont pas trop. Envoyez surtout de la farine. Rien n’est important comme cet objet, que je vous recommande.

Je vous ai laissé toutes vos troupes. Envoyez un général à l’île de Nogat pour commander dans cette île, avec de l’infanterie, de la cavalerie et, si vous en avez, une on deux pièces de canon. Quelques centaines d’hommes doivent suffire pour cela; ils doivent s’entendre avec le commandant de Marienburg, afin, en tout événement, de conserver ce pont.

J’ai ordonné à l’artillerie d’armer Marienburg; c’est très-important. M. Talleyrand se rend à Danzig. Vous lui ferez donner une garde et vous aurez soin de le traiter en prince.

Il serait à désirer que le général la Riboisière me rejoignît sans délai, ainsi que les autres officiers de mon état-major qui peuvent être restés à Danzig.

Placez une garde à la tête du pont de Dirschau pour que quelques malveillants ne le brûlent pas. Envoyez-moi souvent de vos nouvelles. Je ne saurais trop vous recommander de correspondre avec le commandant de Marienburg et même avec le gouverneur de Thorn.

Tous les détachements et hommes isolés qui viendraient à passer à Danzig, gardez-les. Ils pourront vous servir à accroître votre garnison.

 

Finkenstein, 6 juin 1807

Au maréchal Berthier

Le colonel Clément se rendra à Marienwerder pour y prendre le commandement de la ville, de la tête de pont, et veiller à la conservation des magasins et du pont .

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Envoyer l’ordre directement à la division polonaise du 8e corps, qui arrive par Marienwerder, de se diriger le plus tôt possible sur Saalfeld.

 

Finkenstein, 6 juin 1807, 5 heures du soir

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, nous sommes en plein mouvement; l’ennemi a commencé les hostilités; tous les cantonnements sont levés, et bientôt des affaires importantes vont avoir lieu. Toutes les affaires d’avant-garde jusqu’à cette heure sont à notre avantage. Écrivez-moi ce qui se passe de votre côté. Je pense qu’il serait plus prudent de faire passer désormais les courriers par la rive gauche de la Vistule. Organisez tous les dépôts et tous les moyens que vous avez, afin que, dans un cas imprévu, vous puissiez défendre Praga et vous faire honneur. Faites toujours passer les subsistances à force.

 

Finkenstein, 6 mai 1807, 6 heures du soir

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez ordre que le 15e provisoire, qui demain arrive à Marienwerder, se rende sans délai à Marienburg, où il tiendra garnison pour la défense de la place.

Expédiez un courrier au gouverneur de Thorn. Il est nécessaire qu’il veille avec attention à ce qu’aucun homme isolé ni aucun détachement ne rejoigne plus l’armée. A moins d’un ordre spécial de vous, tout ce qui arrivera à Thorn doit s’y arrêter et augmenter la garnison de la place. Recommandez à ce gouverneur de vous écrire tous les jours par mes courriers, et qu’il sache que ses lettres seront mises sous mes yeux. Pour plus de sûreté, il serait peut-être convenable de faire passer les courriers par la rive gauche.

Il faut que ce gouverneur fasse filer les subsistances à force sur Marienwerder, et qu’il porte une grande surveillance à mettre sa place en bon état; qu’il active la marche des régiments provisoires et des détachements qui sont sur la route de Posen.

Sa cavalerie doit faire des patrouilles, car il n’est pas impossible que quelques Cosaques se glissent.

Il faut qu’il corresponde avec le commandant du blocus de Graudenz, et qu’il donne les nouvelles au général Lemarois, mon aide de camp, à Varsovie, afin de le mettre au fait de ce qui est important. Il doit correspondre de même avec le gouverneur de Danzig. Je suppose que sa place sera armée de manière à résister à un coup de main.

 

Finkenstein, 6 juin 1807

A l’Impératrice

Je suis bien portant, mon amie. Ta lettre d’hier m’a fait de la peine. Il paraît que tu as toujours du chagrin et que tu n’es pas raisonnable. Le temps est très beau.

Adieu mon amie, je t’aime et désire te savoir gaie et contente

(Lettres à Joséphine)

 

Finkenstein, 6 juin 1807, 8 heures du soir

Au maréchal Davout

Mon Cousin, l’ennemi a été repoussé hier devant le prince de Ponte-Corvo et devant le maréchal Soult. Il a alors pris le parti de se dégarnir devant eux pour se porter avec plus de forces sur le maréchal Ney. Le maréchal Ney est vis-à-vis Deppen. Le prince de Ponte-Corvo et le maréchal Soult occupent encore leurs têtes de pont ordinaires. Dans cette situation de choses, vous comprenez facilement qu’il est bien urgent que vous soyez réuni à Osterode avec toutes vos forces et les deux divisions de dragons, à la rencontre desquelles il faut envoyer, et que vous puissiez appuyer ainsi la droite du maréchal Ney. Que fera l’ennemi ? Continuera-t-il à marcher sur Allenstein, quand nous occupons encore Deppen et Liebstadt ? Tout cela peut donner lieu à des événements fort singuliers. Toute ma cavalerie et mon infanterie de réserve se réunissent à Saalfeld et Mohrungen; moi-même je serai à Saalfeld dans une heure, bien désireux d’avoir de vos nouvelles deux ou trois fois dans la nuit, s’il est possible. Il faut ne rien laisser à Allenstein et faire tout évacuer sur Marienwerder, car c’est par Marienwerder, Marienburg et Danzig qu’est ma ligne d’opération. L’ennemi manœuvre comme si ma ligne était sur Thorn. Vous aurez choisi des positions à Osterode, qui en offre de si avantageuses, pour retenir l’ennemi s’il avance jusque-là. Vous êtes l’extrémité de ma droite; jusqu’à cette heure mon intention est de pivoter sur vous. Je compte sur le courage de votre corps d’armée et sur votre fermeté; mais beaucoup de canons et de bonnes positions, afin, à tout événement, de gagner tout le temps possible.

Je n’entends, par cette lettre, rien contremander à l’ordre que vous avez de soutenir Alt-Ramtem; c’est la tête d’Osterode.

 

Heilsberg, 12 juin 1807

ORDRES POUR LE MAJOR GÉNÉRAL

Écrire au major général que le corps du général Zajonchek se
rende sur-le-champ à Guttstadt.

Écrivez à Guttstadt que l’on fasse partir de suite les deux régiments du maréchal Ney, pour le rejoindre à Eylau.

Faire venir d’Amt-Guttstadt les deux bataillons saxons qui y sont, pour rejoindre leur brigade à Heilsberg.

Écrire sur-le-champ au général Rapp d’envoyer une forte colonne d’infanterie, d’artillerie, de cavalerie, formant au moins 2,500 hommes, qui chassera du Nehrung tous les Prussiens qui s’y trouvent, s’emparera de la pointe en face de Pillau, y établira deux pièces de 18 et deux obusiers prussiens, et y construira sur-le-champ une redoute. Cela aura l’avantage de chasser du Frische-Haff les ennemis. Il renverra à Elbing mon bataillon de la Garde, qui s’embarquera sur
les bateaux armés qui se trouvent à Elbing et ceux préparés à Danzig. Il faut que toutes ces mesures s’exécutent trois heures après la réception.

Il est possible aussi que l’on ait bientôt besoin de l’équipage nécessaire pour assiéger Pillau, et, en attendant que l’on soit maître du Frische-Haff, comme la colonne qui occuperait Pillau pourrait être inquiétée par des bâtiments, il faut établir des postes intermédiaires avec des pièces de campagne battant sur le Frische-Haff. La brigade de Saxons qui est ici y tiendra garnison. On fera construire sur-le-champ six fours. On évacuera tous les blessés sur Marienburg et sur la gauche de la Vistule.

On séparera les Russes des Français, en ayant soin de soigner particulièrement les Français.

Recommander de nouveau au général Songis d’avoir des cartouches et des coups de canon. Il faut qu’il en fasse venir par Marienburg et la route de Braunsberg.

 

Saalfeld, 7 juin 1807

Au grand-duc de Berg

Arrivé à Mohrungen, envoyez quelqu’un à Alt-Ramten pour savoir si la tête du maréchal Davout y est arrivée. Si des Cosaques avaient, parti par là, vous y enverriez alors un parti.

 

Saalfeld, 7 juin 1807, 11 heures du matin

Au maréchal Bernadotte

Mon Cousin, je reçois votre lettre. J’ai appris avec la plus grande peine que vous aviez été blessé. Je désire que vous ne perdiez pas un moment à vous rendre dans Danzig ou dans Marienburg. Il est possible que je fasse un mouvement, et vous savez tous les dangers attachés aux derrières d’une armée. Je vois avec grand plaisir que Mme Bernadotte se trouve dans cette circonstance près de vous. Je désire votre prompt rétablissement et vous revoir à la tête de mon corps d’armée pour le bien de mon service, mais aussi par l’intérêt particulier que je porte à tout ce qui vous regarde.

Je suis encore à deviner ce que l’ennemi a voulu faire; tout cela m’a bien l’air d’un coup d’étourdi. Je réunis aujourd’hui à Mohrungen mes réserves d’infanterie et de cavalerie, et je vais tâcher de trouver l’ennemi et de l’engager dans une bataille générale, afin d’en finir.

J’ai envoyé le général Victor pour commander provisoirement votre corps; à vous parler franchement, j’ai une médiocre confiance dans le général Pacthod; j’en ai beaucoup dans le général Dupont; mais la division qu’il commande est si importante, que ce déplacement aurait trop d’inconvénient. Le général Victor a besoin de faire quelque chose pour se distinguer; d’ailleurs j’espère qu’il conservera ce commandement très-peu de temps.

Dites, je vous prie, mille choses aimables à madame la maréchale; et faites-lui un petit reproche: elle aurait bien pu m’écrire un mot pour me donner des nouvelles de ce qui se passe à Paris ; mais je me réserve de m’en expliquer avec elle la première fois que je la verrai.

Vous trouverez à Danzig le prince de Bénévent. Vous aurez besoin de le rassurer, car il n’a pas mal peur.

 

Alt-Reichau, 8 juin 1807, 4 heures et demie de l’après-midi

Au maréchal Soult

Je reçois votre lettre. J’ai fait, ce matin à huit heures, semblant d’attaquer l’ennemi, afin de l’obliger à se montrer. Il nous a montré une vingtaine de pièces de canon, 10,000 hommes d’infanterie et 7 à 8,000 de cavalerie. J’ai fait faire une douzaine de prisonniers, qui pensent que le reste de l’armée est à Guttstadt.

Je suis à Alt-Reichau, où je suppose que je ne tarderai pas à recevoir de vos nouvelles.

Le maréchal Davout, avec tout son corps, est près de Deppen. Il est probable que je me porterai demain sur Guttstadt. Alors vous devrez vous y porter avec tout votre corps d’armée de votre côté. Au reste, j’attends les renseignements que vous allez m’envoyer. Je vous ferai alors passer mes derniers ordres.

 

Heilsberg, 12 juin 1807

Au grand-duc de Berg

Je reçois votre lettre de deux heures après midi. L’officier qui me l’a apportée n’avait pas connaissance du domestique de Montjoie. Je le rencontrerai sans doute en route. Le maréchal Soult, passant par Landsberg, balaye tous les Prussiens; il faut donc vous éclairer, sur votre droite, par des partis sur Bartenstein, et d’Eylau, par des partis sur Friedland. Ne dispersez pas vos forces, et rappelez le régiment sur votre gauche, afin que vous soyez plus à portée d’envoyer de gros partis sur votre droite.

 

Heilsberg, 12 juin 1807

78e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Des négociations de paix avaient eu lieu pendant tout l’hiver. On avait proposé à la France un congrès général, auquel toutes les puissances belligérantes auraient été admises, la Turquie seule exceptée. L’Empereur avait été justement révolté d’une telle proposition. Après quelques mois de pourparlers, il fut convenu que toutes les puissances belligérantes, sans exception, enverraient des plénipotentiaires au congrès, qui se tiendrait à Copenhague. L’Empereur avait fait connaître que, la Turquie étant admise à faire cause commune dans les négociations avec la France, il n’y avait pas d’inconvénient à ce que l’Angleterre fit cause commune avec la Russie. Les ennemis demandèrent alors sur quelles bases le congrès aurait à négocier. Ils n’en proposaient aucune, et voulaient cependant que l’Empereur en proposât. L’Empereur ne fit point de difficulté de déclarer que, selon lui, la base des négociations devait être égalité et réciprocité entre les deux masses belligérantes, et que les deux masses belligérantes entreraient en commun dans un système de compensation.

La modération, la clarté, la promptitude de cette réponse, ne laissèrent aucun doute aux ennemis de la paix sur les dispositions pacifiques de l’Empereur. Ils en craignaient les effets; et, au moment même où l’on répondait qu’il n’y avait plus d’obstacles à l’ouverture du congrès, l’armée russe sortit de ses cantonnements et vint attaquer l’armée française. Le sang a donc été de nouveau répandu, mais au moins la France en est innocente. Il n’est aucune ouverture pacifique que l’Empereur n’ait écoutée; il n’est aucune proposition à laquelle il ait différé de répondre; il n’est aucun piège tendu par les fauteurs de la guerre que sa volonté n’ait écarté. Ils ont inconsidérément fait courir l’armée russe aux armes quand ils ont vu leurs démarches déjouées; et ces coupables entreprises, que désavouait la justice, été confondues. De nouveaux échecs ont été attirés sur les armes la Russie; de nouveaux trophées ont couronné celles de la France. Rien ne prouve davantage que la passion et des intérêts étrangers à ceux de la Russie et de la Prusse dirigent le cabinet de ces deux puissances, et conduisent leurs braves armées à de nouveaux malheurs en les forçant à de nouveaux combats, que la circonstance où l’armée russe reprend les hostilités ; c’est quinze jours après que Danzig s’est rendu; c’est lorsque ces opérations sont sans objet; c’est lorsqu’il s’agit plus de faire lever le siège de ce boulevard dont l’importance aurait justifié toutes les tentatives, et pour la conservation duquel aucun militaire n’aurait été blâmé d’avoir tenté le sort de trois batailles. Ces considérations sont étrangères aux passions qui ont préparé les événements qui viennent de se passer. Empêcher les négociations de s’ouvrir, éloigner deux princes prêts à se rapprocher et à s’entendre, tel est le but qu’on s’est proposé. Quel sera le résultat d’une telle démarche ? Où est la probabilité du succès ? Toutes ces questions sont indifférentes à ceux qui soufflent la guerre. Que leur importent les malheurs des armées russes et prussiennes ? S’ils peuvent prolonger encore les calamités qui pèsent sur l’Europe, leur but est rempli.

Si l’Empereur n’avait eu en vue d’autre intérêt que celui de sa gloire, s’il n’avait fait d’autres calculs que ceux qui étaient relatifs à l’avantage de ses opérations militaires, il aurait ouvert la campagne immédiatement après la prise de Danzig; et cependant, quoiqu’il n’existât ni trêve ni armistice, il ne s’est occupé que de l’espérance de voir arriver à bien les négociations commencées.

COMBAT DE SPANDEN

Le 5 juin, l’armée russe se mit en mouvement. Ses divisions de droite attaquèrent la tête de pont de Spanden, que le général Frère défendait avec le 27e régiment d’infanterie légère. Douze régiments russes et prussiens firent de vains efforts ; sept fois ils les renouvelèrent, et sept fois ils furent repoussés. Cependant le prince de Ponte-Corvo avait réuni son corps d’armée; mais, avant qu’il pût déboucher, une seule charge du 17e de dragons, faite immédiatement après le septième assaut donné à la tête de pont, avait forcé l’ennemi à abandonner le champ de bataille et à battre en retraite. Ainsi , pendant tout un jour, deux divisions ont attaqué sans succès un régiment, qui, à la vérité, était retranché.

Le prince de Ponte-Corvo, visitant en personne les retranchements, dans l’intervalle des attaques, pour s’assurer de l’état des batteries, à reçu une blessure légère, qui le tiendra pendant une quinzaine de jours éloigné de son commandement. Notre perte dans cette affaire a été peu considérable.

L’ennemi a perdu 1,200 hommes et a eu beaucoup de blessés.

COMBAT DE LOMITTEN

Deux divisions russes du centre attaquaient au même moment la tête de pont de Lomitten. La brigade du général Ferey, du corps du maréchal Soult, défendait cette position. Le 46e, le 57e et le 24e d’infanterie légère repoussèrent l’ennemi pendant toute la journée. Les abatis et les ouvrages restèrent couverts de Russes. Leur général fut tué. La perte de l’ennemi fut de 1,100 hommes tués, 100 prisonniers et un grand nombre de blessés. Nous avons eu 200 hommes tués ou blessés.

Pendant ce temps, le général en chef russe, avec le grand-duc Constantin, la garde impériale russe et trois divisions, attaqua à la fois les positions du maréchal Ney sur Altkirch, Amt-Guttstadt et Wolfsdorf : il fut partout repoussé. Mais, lorsque le maréchal Ney s’aperçut que les forces qui lui étaient opposées étaient de plus de 40,000 hommes, il suivit ses instructions et porta son corps à Ankendorf.

COMBAT DE DEPPEN

Le lendemain 6, l’ennemi attaqua le 6e corps dans sa position de Deppen sur la Passarge. Il y fut culbuté. Les manœuvres du maréchal Ney, l’intrépidité qu’il a montrée et qu’il a communiquée à toutes ses troupes, les talents déployés dans cette circonstance par le général de division Marchand et par les autres officiers généraux, sont dignes des plus grands éloges. L’ennemi, de son propre aveu, a eu, dans cette journée, 2,000 hommes tués et plus de 3,000 blessés. Notre perte a été de 160 hommes tués, 200 blessés et 250 faits prisonniers. Ceux-ci ont été pour la plupart enlevés par les Cosaques, qui, le matin de l’attaque, s’étaient portés sur les derrières de l’armée. Le général Roguet, ayant été blessé, est tombé de cheval et a été fait prisonnier dans une charge. Le général Dutaillis a eu le bras emporté par un boulet.

L’Empereur arriva le 8 à Deppen, au camp du maréchal Ney. Il donna sur-le-champ tous les ordres nécessaires. Le 4e corps se porta sur Wolfsdorf, où, ayant rencontré une division russe de Kamenski qui rejoignait le corps d’armée, il l’attaqua, lui mit hors de combat 4 ou 500 hommes, lui fit 150 prisonniers, et vint prendre position le soir à Altkirch.

JOURNÉE DU 9

Le 9, l’Empereur se porta sur Guttstadt avec les corps des maréchaux Ney, Davout et Lannes, avec sa Garde et la cavalerie de réserve. Une partie de l’arrière-garde ennemie, formant 10,000 hommes de cavalerie et 15,000 hommes d’infanterie, prit position à Glottau et voulut disputer le passage. Le grand-duc de Berg, après des manoeuvres fort habiles, la débusqua successivement de toutes ses positions. Les brigades de cavalerie légère des généraux Pajol, Bruyère et Durosnel, et la division de grosse cavalerie du général Nansouty, triomphèrent de tous les efforts de l’ennemi. Le soir, à huit heures, nous entrâmes de vive force à Guttstadt. Un millier de prisonniers, la prise de toutes les positions en avant de Guttstadt et la déroute de l’infanterie ennemie, furent les suites de cette journée. Les régiments de cavalerie de la garde russe ont surtout été très maltraités.

JOURNÉE DU 10

Le 10, l’armée se dirigea sur Heilsberg. Elle enleva les divers camps de l’ennemi. Un quart de lieue au delà de ces camps, l’arrière-garde se montra en position. Elle avait 15 à 18,000 hommes de cavalerie et plusieurs lignes d’infanterie. Les cuirassiers de la division Espagne, la division de dragons Latour-Maubourg et les brigades de cavalerie légère entreprirent différentes charges et gagnèrent du terrain. A deux heures, le corps du maréchal Soult se trouva formé. Deux divisions marchèrent sur la droite, tandis que la division Legrand marchait sur la gauche pour s’emparer de la pointe d’un bois dont l’occupation était nécessaire afin d’appuyer la gauche de la cavalerie. Toute l’armée russe se trouvait alors à Heilsberg; elle alimenta ses colonnes d’infanterie et de cavalerie, et fit de nombreux efforts pour se maintenir dans ses positions en avant de cette ville. Plusieurs divisions russes furent mises en déroute, et, à neuf heures du soir, on se trouva sous les retranchements ennemis. Les fusiliers de la Garde, commandés par le général Savary, furent mis en mouvement pour soutenir la division Saint-Hilaire, et firent des prodiges. La division Verdier, du corps d’infanterie de réserve du maréchal Lannes, s’engagea, la nuit étant déjà tombée, et déborda l’ennemi afin de lui couper le chemin de Landsberg; elle réussit parfaitement. L’ardeur des troupes était telle, que plusieurs compagnies d’infanterie légère furent insulter les ouvrages retranchés des Russes. Quelques braves trouvèrent la mort dans les fossés des redoutes et au pied des palissades.

L’Empereur passa la journée du 11 sur le champ de bataille. Il y plaça les corps d’armée et les divisions pour donner une bataille qui fût décisive, et telle qu’elle pût mettre fin à la guerre. Toute l’armée russe était réunie. Elle avait à Heilsberg tous ses magasins. Elle occupait une superbe position que la nature avait rendue très-forte, et que l’ennemi avait encore fortifiée par un travail de quatre mois.

A quatre heures après midi, l’Empereur ordonna au maréchal Davout de faire un changement de front par son extrémité de droite, la gauche en avant. Ce mouvement le porta sur la basse Alle, et intercepta complètement le chemin d’Eylau. Chaque corps d’armée avait ses postes assignés; ils étaient tous réunis, hormis le 1er corps, qui continuait à manœuvrer sur la basse Passarge. Ainsi les Russes, qui avaient les premiers recommencé les hostilités, se trouvaient comme bloqués dans leur camp retranché; on venait leur présenter la bataille. dans la position qu’ils avaient eux-mêmes choisie. On crut longtemps qu’ils attaqueraient dans la journée du 11. Au moment où l’armée française faisait ses dispositions, ils se laissaient voir rangés en colonnes, au milieu de leurs retranchements farcis de canons.

Mais, soit que ces retranchements ne leur parussent pas assez formidables à l’aspect des préparatifs qu’ils voyaient faire devant eux, soit que cette impétuosité qu’avait montrée l’armée française dans la journée du 10 leur en imposât, ils commencèrent, à dix heures du soir, à passer sur la rive droite de l’Alle, abandonnant tous les pays de la gauche et laissant à la disposition du vainqueur leurs blessés, leurs magasins et ces retranchements, fruit d’un travail si long et si pénible.

Le 12, à la pointe du jour, tous les corps d’armée s’ébranlèrent et prirent différentes directions.

Les maisons de Heilsberg et celles des villages voisins sont remplies de blessés russes.

Le résultat de ces différentes journées, depuis le 5 jusqu’au 12, a été de priver l’armée russe d’environ 30,000 combattants. Elle a laissé dans nos mains 3 à 4,000 hommes, 7 ou 8 drapeaux et 9 pièces de canon. Au dire des paysans et des prisonniers, plusieurs des généraux russes, les plus marquants, ont été tués ou blessés.

Notre perte monte à 6 ou 700 hommes tués, 2,000 ou 2,200 blessés, et 2 ou 300 prisonniers. Le général de la division d’Espagne a été blessé. Le général Roussel, chef de l’état-major de la Garde, qui se trouvait au milieu des fusiliers, a eu la tête emportée par un boulet de canon. C’était un officier très-distingué.

Le grand-duc de Berg a eu deux chevaux tués sous lui. M. Ségur, un de ses aides de camp, a eu un bras emporté. M. Lameth, aide de camp du maréchal Soult, a été blessé. M. Lagrange, colonel du 7e régiment des chasseurs à cheval, a été atteint par une balle. Dans les rapports détaillés que rédigera l’état-major, on fera connaître les traits de bravoure par lesquels se sont signalés un grand nombre d’officiers et de soldats, et les noms de ceux qui ont été blessés dans la mémorable journée du 10 juin.

On a trouvé dans les magasins de Heilsberg plusieurs milliers de quintaux de farine et beaucoup de denrées de diverses sortes.

L’impuissance de l’armée russe, démontrée par la prise de Danzig, vient de l’être encore par l’évacuation du camp de Heilsberg; elle l’est par sa retraite; elle le sera d’une manière plus éclatante encore, si les Russes attendent l’armée française; mais, dans de si grandes armées, qui exigent vingt-quatre heures pour mettre tous les corps en position, on ne peut avoir que des affaires partielles, lorsque l’une d’elles n’est pas disposée à finir bravement la querelle dans une affaire générale.

Il parait que l’empereur Alexandre avait quitté son armée quelques jours avant la reprise des hostilités; plusieurs personnes prétendent que le parti anglais l’a éloigné pour qu’il ne fût pas témoin des malheurs qu’entraîne la guerre, et des désastres de son armée, prévus par ceux mêmes qui l’ont excité à rentrer en campagne. On a craint qu’un si déplorable spectacle ne lui rappelât les véritables intérêts de son pays, ne le fit revenir aux conseils des hommes sages et désintéressés, et ne le ramenât enfin, par les sentiments les plus propres à toucher un souverain, à repousser la funeste influence que la corruption anglaise exerce autour de lui.

 

Preussich-Eylau, 13 juin 1807

ORDRE

Les gendarmes d’ordonnance iront faire une reconnaissance et pousseront, s’ils ne trouvent point d’obstacle, jusqu’à Legienen. Ils auront, soin de marcher avec précaution et de s’informer, avant tout, s’il y a eu des partis armés sur la route de Bartenstein à Eylau. Ils m’expédieront une ordonnance à Beisleiden. Ils feront fouiller Lehden, ils s’informeront de tous les mouvements de l’ennemi et m’expédieront encore une seconde ordonnance pour m’informer de tout ce qu’ils auront appris sur ce point. Ils m’en enverront une autre de Gross-Koerthen. Ils arrêteront et enverront au quartier général toutes les personnes qui seraient parties ce matin de Bartenstein ou de Schippenbeil, afin qu’elles soient interrogées avec soin.

 

Preussich-Eylau, 13 juin 1807, 11heures du matin

Au grand-duc de Berg

Le maréchal Lannes avec son corps d’armée se porte sur Lampasch; toute sa cavalerie se portera sur Domnau; le maréchal, Davout sur Wittenberg; le maréchal Soult est parti à dix heures pour se porter sur Kreuzburg. Le ler corps est arrivé à Landsberg; les maréchaux Ney et Mortier vont arriver à Eylau, Poussez votre reconnaissance vivement. Si vous voyez moyen d’entrer à Koenigsberg, vous devez de préférence y faire entrer le maréchal Soult, parce que je préfère y entrer par ma gauche. Vous devez, en conséquence, instruire ce maréchal sur sa marche pour se porter dans cette ville. Dans ce cas, le maréchal Davout s’en approchera aussi le plus possible. Si l’armée.. ennemie arrivait aujourd’hui à Domnau, vous pourriez toujours pousser le maréchal Soult sur Koenigsberg, en plaçant le maréchal Davout, pour déborder la tête de l’armée ennemie, entre Domnau et Koenigs berg. Écrivez au maréchal Soult que, si l’ennemi marche effectivement sur Domnau, il devient bien important que le maréchal Soult s’assure de la ville de Brandenbourg, afin que je n’aie rien à craindre pour ma ligne de communication, que je prendrai par ma gauche. Si vous avez besoin de quelques compagnies de voltigeurs, mettez-vous le plus tôt possible en communication avec les maréchaux Davout, Soult et Lannes.

 

Preussich-Eylau, 13 juin 1807, 11 heures et demie du matin

Au maréchal Soult

Mon Cousin , le grand-duc de Berg s’est porté sur la Frisching. Le
maréchal Davout se dirige du même côté. Le maréchal Larmes se dirige sur Domnau. J’attends à Eylau les maréchaux Ney, Mortier et le 1er corps. J’ai donné ordre au grand-duc de Berg de vous prévenir que mon intention est d’occuper Koenigsberg par l’extrémité de ma gauche, qui est formée par votre corps d’armée. Je suppose que le corps prussien qui s’était réuni à Zinten a repassé la Frisching, et que, si vous l’avez rencontré, vous en aurez eu bon compte. Jusqu’à cette heure les mouvements de l’ennemi sont absolument indécis, les indices feraient croire qu’ils veulent se réunir sur Domnau. Le grand-duc de Berg vous instruira de tout ce qu’il apprendra. Si vous le pouvez, poussez votre avant-garde au delà de la Frisching. S’il se vérifiait que l’ennemi se réunit sur Domnau, il deviendrait bien important que vous fissiez occuper Brandenburg, afin que, si ma droite était exposée, ma gauche se trouvât en sûreté.

 

Preussich-Eylau, 13 juin 1807, 3 heures après midi

Au maréchal Lannes

Mon Cousin, la brigade Durosnel est entrée ce matin à Bartenstein. L’ennemi s’est retiré sur Schippenbeil. Le grand-duc de Berg était arrivé à deux heures à Wittenberg. Il me tarde d’apprendre ce qu’il y a de nouveau à Domnau. Si l’ennemi n’y est pas en force, établissez-y toute votre cavalerie, pour que, de là, elle fasse, avec la prudence convenable, des reconnaissances sur Friedland. Le grand-duc de Berg doit avoir des partis à Uderwangen. J’ai donné l’ordre à la brigade Durosnel et à la division Latour-Maubourg, qui sont à Bartenstein, de se porter à Domnau. Je désire même que tout votre corps d’armée prenne position à Domnau, en s’éclairant sur Friedland.

Je décachette ma lettre; le prince de Salm vient d’arriver; il m’instruit que votre cavalerie légère a son avant-garde à Georgenau. Donnez l’ordre qu’ils poussent des postes du côté de Schoenbruch, sur le chemin de Schippenbeil.

Si l’on pouvait s’emparer de Friedland, situé sur la rive gauche de l’Alle, on prendrait beaucoup de magasins à l’ennemi. Portez sans retard votre corps d’armée à Domnau.

 

Preussich-Eylau, 13 juin 1807, 4 heures après midi

Au grand-duc de Berg

La cavalerie légère du maréchal Lannes a passé Domnau et est arrivée à Georgenau, où elle a rencontré quelques postes ennemis, cosaques ou hussards, ce qui suppose que le gros de l’armée ennemie n’était pas encore arrivé à Friedland. Tout porte donc à penser que l’ennemi n’est plus en mesure. Envoyez des partis sur la Pregel pour y rassembler des bateaux, afin d’avoir des moyens de passer cette rivière, si jamais on se défendait à la tête de pont de Koenigsberg.

 

Preussich-Eylau, 13 juin 1807, 9 heures du soir

Au maréchal Lannes

Mon Cousin, mon officier d’ordonnance arrive à l’instant. Il ne me donne pas assez de renseignements pour me faire connaître si c’est l’armée ennemie qui débouche par Friedland, ou seulement un parti. Dans tous les cas, la division Grouchy est en marche, et ce général, de sa personne, se rend sur-le-champ auprès de vous pour commander votre cavalerie. Le maréchal Mortier envoie aussi sa cavalerie pour appuyer la vôtre et se met en mouvement avec son corps d’armée. Selon les nouvelles que je recevrai, je ferai partir, à une heure du matin, le maréchal Ney pour vous soutenir.

Le grand-duc de Berg est aux portes de Koenigsberg; on entend une vive canonnade contre le corps du général l’Estocq; il paraît que le maréchal Soult a atteint, à Kreuzburg, l’arrière-garde de l’Estocq; la fusillade et la canonnade n’ont duré qu’une demi-heure; ce qui fait supposer que cette arrière-garde a été culbutée. Le grand-duc n’attendait que de savoir que Domnau n’était pas occupé par l’ennemi, pour marcher avec l’infanterie sur Koenigsberg.

Le maréchal Davout est sur la Frisching. J’attends à chaque instant de nouveaux détails.

Si, par les renseignements que vous aurez obtenus de vos prisonniers, vous avez été certain que l’ennemi n’était pas en force, je suppose que vous serez entré à Friedland et que vous vous serez rendu maître de ce poste important.

Le 1er corps sera à Domnau, s’il est nécessaire, demain avant dix heures du matin. Ecrivez-moi toutes les deux heures i envoyez-moi l’interrogatoire des prisonniers, et, si vous êtes à Fried- land, envoyez-moi le bailli, avec beaucoup de renseignements.

 

Preussich-Eylau, 13 juin 1807, 10 heures du soir

Au maréchal Soult

Mon Cousin, je vous ai écrit ce matin, à onze heures du matin. On a entendu une canonnade à Kreuzburg; j’imagine que vous avez eu le bonheur d’atteindre l’Estocq. Vous aurez déjà eu des nouvelles du grand-duc de Berg; il était à six heures de l’après-midi au delà de la Frisching, à Gollau; le maréchal Davout est sur la Frisching; le maréchal Lannes est à Friedland ; les maréchaux Ney et Mortier marchent sur Domnau; le ler corps est allé à Eylau.

Faites entrer vos troupes le plus tôt possible dans Kcenigsberg, et emparez-vous de cette ville.

La perte de l’ennemi a été immense dans les dernières affaires. Nous avons trouvé à Friedland douze généraux russes grièvement blessés. Tous les villages et villes sont remplis de blessés. L’ennemi a évacué Bartenstein à cinq heures du matin; il a annoncé sa retraite sur Schippenbeil, et probablement sur la Pregel. Toutes les lettres interceptées de Koenigsberg y montrent une grande désolation, tout le monde en fuite, et aucuns préparatifs de défense établis.

Je suis impatient d’avoir de vos nouvelles. Je m’attends que demain, avant midi, vous serez dans Koenigsberg. Je m’en rapporte d’ailleurs à votre zèle et à votre prudence.

 

Preussich-Eylau, 14 juin 1807, 3 heures et demie du matin

Au grand-duc de Berg

Le maréchal Soult se met en mouvement à quatre heures du matin, pour se porter droit sur Koenigsberg. Il est tout simple que l’ennemi ait mis toutes ses pièces de canon en batterie. Il est fâcheux qu’il n’ait pas été jeté dans la place dès hier; une grande quantité de bagages et bon nombre de pièces et de troupes n’auraient pas pu joindre et seraient venues tomber en notre pouvoir. Toute cette artillerie aura sans doute filé pendant la nuit. S’il en est autrement, elle doit être entre vos mains. Il ne faut pas s’amuser à des attaques de front, mais tourner les positions de l’ennemi et marcher sur Koenigsberg. La division Morand s’est mise en marche hier soir à six heures, et a dû rejoindre le maréchal Davout. Il n’y a pas un moment à perdre pour entrer dans la ville. La Pregel n’est pas large; si l’ennemi a mis un grand nombre de pièces sur les remparts et expose ainsi la ville à être prise d’assaut, il faut, pendant qu’on rassemblera les bateaux et autres moyens de passer, faire sommer la place et exposer les malheurs auxquels on va livrer cette grande cité. Je suppose qu’avant onze heures du matin vous m’aurez appris que mes troupes sont à Koenigsberg. Il faut que des partis de cavalerie se dirigent sur-le-champ sur toutes les routes à la poursuite de l’ennemi. On pourra employer le maréchal Soult tout entier et du maréchal Davout seulement ce qui sera nécessaire. Il faut envoyer aussi de la cavalerie sur toutes les routes en arrière, pour ramasser les traîneurs et s’emparer de tous les magasins, hôpitaux et établissements de l’ennerni, aussi bien que pour assurer ces routes.

Au bivouac en arrière de Posthenen, 14 juin 1807

ORDRES

Le maréchal Ney prendra la droite, depuis Posthenen jusque vers Sortlack, et il appuiera à la position actuelle du général Oudinot. Le maréchal Lannes fera le centre, qui commencera à la gauche du maréchal Ney, depuis Heinrichsdorf, jusqu’à peu près vis-à-vis le village de Posthenen. Les grenadiers d’Oudinot, qui forment actuellement la droite du maréchal Lannes, appuieront insensiblement à gauche, pour attirer sur eux l’attention de l’ennemi. Le maréchal Lannes reploiera ses divisions autant qu’il le pourra, et, par ce ploiement, il aura la facilité de se placer sur deux lignes. La gauche sera formée par le maréchal Mortier, tenant Heinrichsdorf et la route de Koenigsberg, et de là s’étendant en face de l’aile droite des Russes. Le maréchal Mortier n’avancera jamais, le mouvement devant être fait par notre droite, qui pivotera sur la gauche.

La cavalerie du général Espagne et les dragons du général Grouchy, réunis à la cavalerie de l’aile gauche, manœuvreront pour faire le plus de mal possible à l’ennemi, lorsque celui-ci, pressé par l’attaque vigoureuse de notre droite, sentira la nécessité de battre en retraite.

Le général Victor et la Garde impériale à pied et à cheval formeront la réserve et seront placés à Grünhof, Bothkeim et derrière Posthenen.

La division des dragons Lahoussaye sera sous les ordres du général Victor; celle des dragons Latour-Maubourg obéira au maréchal Ney; la division de grosse cavalerie du général Nansouty sera à disposition du maréchal Lannes, et combattra avec la cavalerie du corps d’armée de réserve, au centre.

Je me trouverai à la réserve.

On doit toujours avancer par la droite, et on doit laisser l’initiative du mouvement au maréchal Ney, qui attendra mes ordres pour commencer.

Du moment que la droite se portera sur l’ennemi , tous les canons de la ligne devront doubler leur feu dans la direction utile, pour protéger l’attaque de cette aile.

 

Friedland, 15 juin 1807

ORDRE

M. Labiffe, officier d’ordonnance, se portera, avec le régiment polonais à cheval, de Friedland sur Gerdauen, après s’être assuré que l’ennemi a entièrement évacué Schippenbeil. Il enverra, toutes les heures, à l’Empereur les nouvelles qu’il aura recueillies.

—————-

Il ramassera tous les hommes isolés, tous les blessés, tous les convois qu’il rencontrera, et les dirigera sur Friedland.

Friedland, 15 juin 1807

A l’Impératrice, à Saint-Cloud

Mon amie, je ne t’écris qu’un mot, car je suis bien fatigué; voici bien des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré l’anniversaire de la bataille de Marengo; la bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour mon peuple. Toute l’armée russe mise en déroute; 80 pièces de canon, 30,000 hommes pris ou tués; 25 généraux russes tués, blessés ou pris; la garde russe écrasée : c’est une digne sœur de Marengo, Austerlitz, Iéna. Le bulletin te dira le reste. Ma perte n’est pas considérable; j’ai manoeuvré l’ennemi avec succès.

Sois sans inquiétude et contente.

Adieu, mon amie. Je monte à cheval.

————-

L’on peut donner cette nouvelle comme une notice, si elle est arri-vée avant le bulletin. On peut aussi tirer le canon. Cambacérès fera la notice.

 

Friedland, 15 juin 1807

DÉCISION

L’archichancelier soumet un projet du ministre des cultes, relatif à la statue qui, d’après l’ordre de l’Empereur, doit être élevée à la mémoire du dernier évêque de Vannes (Mayneaud de Pancemont).

Le ministre représente qu’aucune statue d’homme ne peut être placée isolément dans une église, si ce n’est sur une forme de tombeau, et il propose d’ouvrir un concours pour l’exécution du monument, qui ne pourra être terminé qu’en deux ans.

Sa Majesté n’est pas de l’avis du ministre. Les églises sont remplies de statues de saints, de pontifes, d’évêques. Placer celle de l’évêque de Vannes sur un tombeau, ce serait dénaturer l’objet qu’on se propose, imiter ce que peut faire la piété des particuliers et ôter à l’exécution de l’ordre de Sa Majesté son caractère public. Il convient donc de faire faire la statue en habits pontificaux, la mitre en tête et la crosse à la main, et de la placer seule et sur un piédestal. Il est inutile d’ouvrir une espèce de concours, où tout le monde ne serait pas admis. Le ministre choisira le statuaire qu’il jugera le plus en état de bien faire et de faire promptement. On fera graver sur le piédestal, non la lettre de l’Empereur, mais une inscription latine ou en prose ou en vers, qui y soit analogue.

 

Wehlau, 16 juin 1807

Au maréchal Soult

Mon Cousin, votre aide de camp m’apporte votre lettre, par laquelle vous m’instruisez de votre entrée à Koenigsberg. J’ai donné l’ordre à l’intendant général de s’y rendre, et j’ai nommé un gouverneur. Le major général donne l’ordre de destiner une de vos divisions pour le siège de Pillau et à l’observation de la langue de terre de Memel. Il faut, avec les deux autres, vous tenir prêt à partir. Faites désarmer les habitants; le premier moment est toujours le plus favorable pour ces opérations. Je suppose que vous avez mis embargo sur tous les bâtiments et que rien ne sort plus. Faites établir une batterie à Pillau, afin d’empêcher rentrée dans le Haff, et que j’en sois le maître. J’ai donné l’ordre à Danzig que l’on envoie des troupes à la pointe en face de Pillau, et que l’on y établisse une batterie pour croiser ses feux. J’attends avec impatience l’inventaire des munitions de guerre, parce que nous avons grand besoin de cartouches d’infanterie et de canon. Maintenez un grand ordre, afin qu’il n’y ait aucun gaspillage de fournitures.

 

Friedland, 16 juin 1807, 4 heures après midi

A l’Impératrice

Mon amie, je t’ai expédié hier Moustache, avec la nouvelle de la bataille de Friedland. Depuis, j’ai continué à poursuivre l’ennemi. Koenigsberg, qui est une ville de 80,000 âmes, est en mon pouvoir. J’y ai trouvé bien des canons, beaucoup de magasins, et enfin plus de 160,000 fusils venant d’Angleterre.

Adieu, mon amie; ma santé est parfaite, quoique je sois un peu enrhumé par la pluie et par le froid du bivouac. Sois contente et gaie.

 

Friedland, 16 juin 1807

A la reine de Hollande

Ma fille, j’ai reçu votre lettre datée d’Orléans; vos peines me touchent, mais je voudrais vous savoir plus de courage; vivre c’est souffrir, et l’honnête homme combat toujours pour rester maître de lui. Je n’aime pas à vous voir injuste envers le petit Napoléon-Louis, et envers tous vos amis. Votre mère et moi avions l’espoir d’être plus que nous ne sommes dans votre coeur.

J’ai remporté une grande victoire le 14 juin. Je me porte bien, et vous aime beaucoup.

Adieu, ma fille; je vous embrasse de coeur.

 

WehIau, 17 juin 1807, 9 heures du matin

Au grand-duc de Berg

Le grand-duc de Berg enverra une brigade de cavalerie légère, une division de dragons et la division des cuirassiers Saint-Sulpice, pour tâcher de couper l’ennemi sur Labiau, où marche le maréchal Davout.

Le grand-duc de Berg enverra une brigade de cavalerie légère sur la route de Taplacken, Schirrau, Mehlauken, soit pour couper les bagages partis de Koenigsberg qui se retireraient par Labiau, soit pour avoir des nouvelles et éclairer la marche de l’ennemi. Deux autres brigades de cavalerie légère, aux ordres du général Lasalle, se mettront en route le long de la Pregel, sur la rive droite, pour suivre l’ennemi dans sa retraite. La brigade du général Beaumont suivra sur la rive gauche jusqu’à Insterburg. La division des dragons du général Lahoussaye, celle des cuirassiers du général Nansouty, la division des cuirassiers Espagne, appuieront la cavalerie légère.

Le grand-duc de Berg aura derrière lui le général Victor, qui le soutiendra avec son corps d’armée.

 

Wehlau, 17 juin 1807, 10 heures du matin

Au grand-duc de Berg

Il est bien important que la brigade de cavalerie légère, la division de Grouchy et les cuirassiers de Saint-Sulpice, qui doivent se dirigent sur Labiau, ne tardent pas un moment et marchent en toute diligence, afin d’arriver en même temps que le maréchal Davout. Ils tâcheront de couper la route de Labiau à Tilsit, du côté de Laukischken, et de se mettre en communication avec le maréchal Davout, parti de Tapiau. Le général Grouchy doit envoyer des coureurs, qui parcourront rapidement les routes pour savoir ce qui se passe. Ce fait, il prendra les ordres du maréchal Davout, et se portera sur la route de Labiau à Tilsit pour pouvoir pousser l’ennemi tout le long du canal de Friedichs jusqu’à Nemonin. Tout ce canal doit être chargé de barques pleines d’effets, de malades et de magasins. Recommandez au général Grouchy de correspondre souvent.

La brigade qui se rend sur Mehlauken poussera ses coureurs aussi loin qu’elle pourra, sur le chemin de Tilsit. Elle doit tâcher d’arriver dans le jour à l’intersection du chemin de Labiau à Tilsit, du côté de Mehlauken et de Luschninken. Tâchez que vos coureurs arrivent le plus tôt possible à la ville de Saalau. Je désire aussi que les coureurs de la gauche arrivent, s’il est possible, jusqu’au village de Schirrau, parce que, sur ces deux points, on aura des nouvelles positives de l’ennemi.

La Pregel cesse d’être navigable à Insterburg; il doit donc y avoir là beaucoup de choses amassées dans ses magasins, ainsi qu’une grande quantité de blessés et de malades. Ne manquez pas de m’instruire souvent pour que je puisse faire soutenir le général Victor, s’il était nécessaire, par d’autres corps.

 

Wehlau, 17 juin 1807, 11 heures du matin

Au maréchal Davout

Mon Cousin, le général Grouchy, avec sa division de dragons, le cuirassiers Saint-Sulpice et une brigade de hussards, est parti pou se diriger en droite ligne sur Labiau, seconder votre attaque et intercepter la route de Labiau à Tilsit. Je ne doute pas que vous ne trouviez à Labiau beaucoup de magasins. Si vous réussissez à couper l’ennemi, ce sera un grand événement. Poussez des partis sur le Nemonin, afin de vous emparer de tout ce qui se trouve sur le cana de Friedrichs. Je me porte par Taplacken sur Schirrau et Mehlauken où paraît se diriger la force de l’armée ennemie, et en même temps je fais porter des corps sur Insterburg. Tâchez de vous mettre en communication et de me donner de vos nouvelles.

 

Camp impérial de Wehlau, 17 juin 1807

CIRCULAIRE AUX ÉVÊQUES

Monsieur l’Évêque, la victoire éclatante qui vient d’être remportée par nos armes sur le champ de bataille de Friedland, qui a confondu les ennemis de notre peuple et qui a mis en notre pouvoir la ville importante de Koenigsberg et les magasins considérables qu’elle contenait, doit être pour nos sujets un nouveau motif d’actions de grâces envers le Dieu des armées. Cette victoire mémorable a signalé l’anniversaire de la victoire de Marengo, de ce jour où, tout couvert encore de la poussière du champ de bataille, notre première pensée, notre premier soin furent pour le rétablissement de l’ordre et de la paix dans l’Église de France. Notre intention est qu’au reçu de la présente vous vous concertiez avec qui de droit et vous réunissiez nos sujets de votre diocèse dans vos églises métropolitaine et paroissiales, pour y chanter un Te Deuin et adresser au ciel les autres prières que vous jugerez convenable d’ordonner dans de pareilles circonstances.

Wehlau, I7 juin 1807

79e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Les combats de Spanden, de Lomitten, les journées de Guttstadt et de Heilsberg, n’étaient que le prélude de plus grands événements.

Le 19, à quatre heures du matin, l’armée française entra à Heilsberg. Le général Latour-Maubourg avec sa division de dragons, et les brigades de cavalerie légère des généraux Durosnel et Watier, poursuivirent l’ennemi sur la rive droite de l’Alle, dans la direction de Bartenstein, pendant que les corps d’armée se mettaient en marche dans différentes directions pour déborder l’ennemi et lui couper sa retraite sur Koenigsberg, en arrivant avant lui sur ses magasins. La fortune a souri à ce projet.

Le 12, à cinq heures après midi, l’Empereur porta son quartier général à Eylau. Ce n’étaient plus ces champs couverts de glaces et de neige : c’était le plus beau pays de la nature, coupé de beaux bois, de beaux lacs et peuplé de jolis villages.

Le grand-duc de Berg se porta, le 13, sur Koenigsberg, avec sa cavalerie; le maréchal Davout marcha derrière pour le soutenir; le maréchal Soult se porta sur Kreuzburg; le maréchal Lannes, sur Domnau; les maréchaux Ney et Mortier, sur Lampasch.

Cependant le général Latour-Maubourg écrivait qu’il avait poursuivi l’arrière-garde ennemie; que les Russes abandonnaient beaucoup de blessés; qu’ils avaient évacué Bartenstein et continuaient leur retraite sur Schippenbeil par la rive droite de l’Alle. L’Empereur mit sur-le-champ en marche sur Friedland. Il donna ordre au grand-duc de Berg, aux maréchaux Soult et Davout, de manœuvrer sur Koenigsberg; et avec les corps des maréchaux Ney, Lannes, Mortier, avec la Garde impériale et le premier corps commandé par le général Victor, il marcha en personne sur Friedland.

Le 13, le 9e de hussards entra à Friedland; mais il en fut chassé par 3,000 hommes de cavalerie.

Le 14, l’ennemi déboucha sur le pont de Friedland. A trois heures du matin, des coups de canon se firent entendre, “C’est un jour de bonheur, dit l’Empereur, c’est l’anniversaire de Marengo.”

Les maréchaux Lannes et Mortier furent les premiers engagés; ils étaient soutenus par la division de dragons du général Grouchy et par les cuirassiers du général Nansouty. Différents mouvements, différentes actions eurent lieu. L’ennemi fut contenu et ne put pas dépasser le village de Posthenen. Croyant qu’il n’avait devant lui qu’un corps de 15,000 hommes, l’ennemi continua son mouvement pour filer sur Koenigsberg. Dans cette occasion, les dragons et les cuirassiers français et saxons firent les plus belles charges, et prirent quatre pièces de canon à l’ennemi.

A cinq heures du soir, les différents corps d’armée étaient à leur place; à la droite, le maréchal Ney; au centre, le maréchal Lannes, à la gauche, le maréchal Mortier; à la réserve, le corps du général Victor et la Garde.
La cavalerie, sous les ordres du général Grouchy, soutenait la gauche. La division de dragons du général Latour-Maubourg était en réserve derrière la droite ; la division de dragons du général Lahoussaye et les cuirassiers saxons étaient en réserve derrière le centre.

Cependant l’ennemi avait déployé toute son armée. Il appuyait sa gauche à la ville de Friedland, et sa droite se prolongeait à une lieue et demie.

L’Empereur, après avoir reconnu la position, décida d’enlever sur-le-champ la ville de Friedland, en faisant brusquement un changement de front, la droite en avant, et fit commencer l’attaque par l’extrémité de sa droite.

A cinq heures et demie, le maréchal Ney se mit en mouvement; quelques salves d’une batterie de vingt pièces de canon furent  le signal. Au même moment, la division du général Marchand avança, l’arme au bras, sur l’ennemi, prenant sa direction sur le clocher de la ville. La division du général Bisson le soutenait sur la gauche. Du moment où l’ennemi s’aperçut que le maréchal Ney avait quitté le bois, où sa droite était d’abord en position, il le fit déborder par des régiments de cavalerie, précédés d’une nuée de Cosaques. La division de dragons du général Latour-Maubourg se forma sur-le-champ, au galop, sur la droite, et repoussa la charge ennemie. Cependant le général Victor fit placer une batterie de trente pièces de canon en avant de son centre; le général Senarmont, qui la commandait, se porta à plus de quatre cents pas en avant et fit éprouver une horrible perte à l’ennemi. Les différentes démonstrations que les Russes voulurent faire pour opérer une diversion furent inutiles. Le maréchal Ney, avec ce sang-froid et avec cette intrépidité qui lui est particulière, était en avant de ses échelons, dirigeait lui-même les plus petits détails, et donnait l’exemple à un corps d’armée qui toujours s’est fait distinguer, même parmi les corps de la Grande Armée. Plusieurs colonnes d’infanterie ennemie, qui attaquaient la droite du maréchal Ney, furent chargées à la baïonnette et précipitées dans l’Alle. Plusieurs milliers d’hommes y trouvèrent la mort; quelques-uns échappèrent à la nage. La gauche du maréchal Ney arriva sur ces entrefaites au ravin qui entoure la ville de Friedland. L’ennemi, qui y avait embusqué la garde impériale russe à pied et à cheval, déboucha avec intrépidité et fit une charge sur la gauche du maréchal Ney, qui fut un moment ébranlée; mais la division Dupont, qui formait la droite de la réserve, marcha sur la garde impériale, la culbuta et en fit un horrible carnage.

L’ennemi tira de ses réserves et de son centre d’autres corps pour défendre Friedland. Vains efforts ! Friedland fut forcé et ses rues furent jonchées de morts.

Le centre, que commandait le maréchal Lannes, se trouva dans ce moment engagé. L’effort que l’ennemi avait fait sur l’extrémité de la droite de l’armée française ayant échoué, il voulut essayer un semblable effort sur le centre : il y fut reçu comme on devait s’attendre des braves divisions Oudinot et Verdier, et du maréchal qui les commandait.

Des charges d’infanterie et de cavalerie ne purent pas retarder la marche de nos colonnes. Tous les efforts de la bravoure des Russes furent inutiles. Ils ne purent rien entamer, et vinrent trouver la mort sur nos baïonnettes.

Le maréchal Mortier, qui, pendant toute la journée, fit grande preuve de sang-froid et d’intrépidité en maintenant la gauche, marcha alors en avant, et fut soutenu par les fusiliers de la Garde, que commandait le général Savary. Cavalerie, infanterie, artillerie, tout le monde s’est distingué.

La Garde impériale à pied et à cheval et deux divisions de réserve du ler corps n’ont pas été engagées. La victoire n’a pas hésité un seul instant.

Le champ de bataille est un des plus horribles qu’on puisse voir. Ce n’est pas exagérer que de porter le nombre des morts du côté des Russes de 15 à 18,000 hommes. Du côté des Français, la perte ne se monte pas à 500 morts, ni à plus de 3,000 blessés. Nous avons pris quatre-vingts pièces de canon et une grande quantité de caissons. Plusieurs drapeaux sont restés en notre pouvoir. Les Russes ont vingt-cinq généraux tués, pris ou blessés. Leur cavalerie a fait des pertes immenses.

Les carabiniers et les cuirassiers, commandés par le général Nansouty, et les différentes divisions de dragons, se sont fait remarquer. Le général Grouchy, qui commandait la cavalerie de l’aile gauche rendu des services importants.

Le général Drouet, chef de l’état-major du corps d’armée du maréchal Lannes, le général Coehorn, le colonel Reynaud, du 15e de ligne, le colonel Lajonquière, du 60e de ligne, le colonel Lamotte, du 4e de dragons, et le général de brigade Brun, ont été blessés; le général de division Latour-Maubourg l’a été à la main. Le colonel d’artillerie de Forno, et le chef d’escadron Hutin, premier aide de camp du général Oudinot, ont été tués. Les aides de camp l’Empereur, Mouton et Lacoste, ont été légèrement blessés.

La nuit n’a point empêché de poursuivre l’ennemi; on l’a suivi jusqu’à onze heures du soir. Le reste de la nuit les colonnes qui avaient été coupées ont essayé de passer l’Alle à plusieurs gués. Partout, lendemain, et à plusieurs lieues, nous avons trouvé des caissons, d canons et des voitures, perdus dans la rivière.

Cette bataille de Friedland est digne d’être mise à côté de celle de Marengo, d’Austerlitz et d’Iéna. L’ennemi était nombreux, avec une belle et forte cavalerie, et s’est battu avec courage. (voir sur ce site)

Le lendemain 15, pendant que l’ennemi essayait de se rallier et faisait sa retraite sur la rive droite, de l’Alle, l’armée française continuait sur la rive gauche ses manœuvres pour le couper Koenigsberg.

Les têtes de colonnes sont arrivées ensemble à Wehlau, ville située au confluent de l’Alle et de la Pregel.

L’Empereur avait son quartier général au village de Paterswalde.

Le 16, à la pointe du jouir, l’ennemi, ayant coupé tous les ponts, mit à profit cet obstacle pour continuer son mouvement rétrograde sur la Russie.

A huit heures du matin, l’Empereur fit jeter un pont sur la Pregel, et l’armée s’y mit en position.

Presque tous les magasins que l’ennemi avait sur l’Alle ont été par lui jetés à l’eau ou brûlés. Par ce qui nous reste, on peut connaître les pertes immenses qu’il a faites. Partout, dans les villages, les Russes avaient des magasins, et partout, en passant, ils les ont incendiés. Nous avons cependant trouvé à Wehlau plus de 6,000 quintaux de blé.

A la nouvelle de la victoire de Friedland, Koenigsberg a été abandonné. Le maréchal Soult est entré dans cette place, où nous avons trouvé des richesses immenses, plusieurs centaines de milliers de quintaux de blé, plus de 20,000 blessés russes et prussiens, tout ce que l’Angleterre a envoyé de munitions de guerre à la Russie, entre autres 160,000 fusils encore embarqués. Ainsi la Providence a puni ceux qui, au lieu de négocier de bonne foi pour arriver à l’oeuvre salutaire de la paix, s’en sont fait un jeu, prenant pour faiblesse et pour impuissance la tranquillité du vainqueur.

L’armée occupe ici le plus beau pays possible. Les bords de la Pregel sont riches. Dans peu, les magasins et les caves de Danzig et de Koenigsberg vont nous apporter de nouveaux moyens d’abondance et de santé.

Les noms des braves qui se sont distingués, les détails de ce que chaque corps a fait, passent les bornes d’un simple bulletin, et l’état-major s’occupe de réunir tous ces faits.

Le prince de Neufchâtel a, dans la bataille de Friedland, donné des preuves particulières de son zèle et de ses talents. Plusieurs fois il s’est trouvé au fort de la mêlée et y a fait des dispositions utiles.

L’ennemi avait recommencé les hostilités le 5. On peut évaluer la perte qu’il a éprouvée en dix jours, et par suite de ses opérations, à 60,000 hommes pris, blessés, tués ou hors de combat. Il a perdu une partie de son artillerie, presque toutes ses munitions , et tous ses magasins, sur une ligne de plus de quarante lieues. Les armées françaises ont rarement obtenu de si grands succès avec moins de perte.

 

Skaisgirren, 18 juin 18(07

Au grand-duc de Berg

Mon quartier général est ici, à trois quarts de lieue derrière vôtre. Les 3,000 hommes de cavalerie commandés par le général Grouchy sont en marche pour vous rejoindre. La Garde à cheval elle-même est ici. Ainsi, demain matin, il faut se tenir prêt à poursuivre l’ennemi avec toute votre cavalerie, et avoir un grand nombre de canons pour être prêt à le mitrailler du moment qu’on apercevra sa cavalerie. Les corps des maréchaux Davout et Lannes se serrent ici; mon intention étant de marcher sur Tilsit et de livrer bataille à l’ennemi , s’il faisait la fanfaronnade d’avoir l’air de nous attendre.

Envoyez des patrouilles, écrivez au général Victor d’en envoyer dans les bois et sur les chemins pour ramasser les traînards. Tâchez de connaître ce qui se passe, dans la ville. Faites-moi connaître combien vous avez de pièces de canon à la réserve, et combien d’approvisionnement.

 

Skaisgirren, 17 juin 1807

PROJET DE CANTONNEMENT

Le 1er corps, en avant-garde à Tilsit, avec sa cavalerie légère, la division de dragons de Lahoussaye, la division de dragons Grouchy et deux brigades de la cavalerie légère de Lasalle, ce qui ferait 6 à 7,000 hommes de cavalerie, éclairerait toute la gauche du Niemen et dix à douze lieues sur la droite, occupant la rive gauche avec une avant-garde de cavalerie et de l’artillerie, et ayant tout son corps d’armée campé en trois camps, le premier à deux lieues de Tilsit, le second à quatre lieues et le troisième à cinq ou six lieues de Tilsit,  sur la route de Labiau. Ce dernier camp serait couvert par des ouvrages de campagne et abatis pour former un bon champ de bataille. Ce champ de bataille se trouverait à une journée ou une journée demie des différents corps.

Le maréchal Ney aurait la droite et occuperait Insterburg. A sa cavalerie légère on réunirait une brigade de cavalerie légère de la division Lasalle et la division de dragons de Latour-Maubourg, ce qui ferait près de 4,000 chevaux, poussant des postes le plus près possible sur la droite dans la direction du Niemen, de Grodno et d’Olita.

Le 4e corps, à Wehlau.

Le corps du maréchal Davout, à Labiau, qu’il occuperait avec ses trois divisions en avant, de manière que la 1e ne se trouvât qu’à six lieues de la 3e division du général Victor.

Le maréchal Lannes, à Koenigsberg, avec la Garde impériale.

Le maréchal Mortier serait détaché avec les Polonais pour maintenir la communication de la Grande Armée avec le corps du maréchal Masséna.

On aurait à Wehlau deux têtes de pont et un camp retranché; on y arrangerait un champ de bataille. On préparerait également un champ de bataille à Koenigsberg.

Les trois divisions de cuirassiers et la division de dragons du général Milhaud seraient placées le long de la Pregel, où elles pourraient être plus aisément nourries.

Par ces dispositions, l’ennemi ne pourrait passer le Niemen sans que le général d’avant-garde le sût. Tant que ce ne serait pas une opération sérieuse, on pourrait s’y opposer avec la cavalerie, la 1e et la 2e division. Quand il s’apercevrait que l’ennemi veut commencer une nouvelle campagne, il se reploierait sur son 3e camp, où, dans un jour, quatre corps d’armée se trouveraient réunis; ce qui, dans un terrain préparé, donne encore deux jours à la réserve et à tous les cuirassiers pour arriver. Dans ce cas, la gauche de l’armée serait appuyée au Kurische-Haff, la droite à la Pregel ou à la petite rivière de ….. ce qui ferait quatorze lieues, sur lesquelles il y en a six de bois et de marais impraticables. L’armée serait donc toujours maîtresse de se porter sur Wehlau et Labiau.

De belles têtes de pont à Wehlau, à Labiau, sur le canal, ainsi qu’à Insterburg, seraient nécessaires.

Le 3e et le 4e corps vivraient aisément par les canaux, l’Alle, la Pregel et le canal de Deime.

Le 1er et le 6e pourraient vivre des mêmes moyens. Le 1er recevrait les vivres par Labiau et Insterburg. Les convois n’auraient que huit ou dix lieues à faire par terre. Ces deux corps trouveraient aussi des ressources dans tout le pays s’étendant par la droite.

Il faudrait surtout n’avoir à Tilsit aucune espèce d’établissement. Il ne faudrait occuper la ville que comme avant-poste et pour en tirer toutes les ressources qu’elle peut donner.

 

Skaisgirren, 18 juin 1807

Au maréchal Berthier

Donnez l’ordre que des ingénieurs géographes reconnaissent demain les lignes du Timber-canal, les rivières de Parwe, d’Aule, afin de connaître quel est le meilleur de tous ces filets d’eau pour former une ligne d’avant-postes.

Donnez l’ordre qu’on reconnaisse la Pregel, les deux petites riviéres qui se réunissent à Insterburg; qu’il y ait deux ingénieurs géographes prêts pour reconnaître, l’un le bas Niemen depuis Tilsit jusqu’à la mer, l’autre le Niemen jusqu’au point où j’appuierai ma droite.

 

Tilsit, 19 juin 1807

A l’Impératrice

J’ai expédié ce matin Tascher près de toi pour calmer toutes tes inquiétudes. Tout va ici au mieux. La bataille de Friedland a décidé de tout. L’ennemi est confondu, abattu, extrêmement affaibli.

Ma santé est bonne, et mon armée est superbe.

Adieu, mon amie. Sois gaie et contente.

 

Tilsit, sur le Niemen , 19 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, il y a longtemps que je ne vous ai écrit; j’ai cependant reçu toutes vos lettres jusqu’au 8 juin. J’espère que la campagne que je viens de terminer en huit jours de temps fera plaisir à mon peuple. L’armée russe est plus écrasée et battue que ne l’a jamais été l’armée autrichienne. Bennigsen, qui la commande, a montré assez peu de talents. Leurs soldats, en général, sont bons. Leur affaiblissement et leur découragement sont aujourd’hui au dernier degré. Mon armée est superbe et n’a pas souffert.

J’apprends avec plaisir que la conscription va bien.

 

Tilsit, 19 juin 1807

A M. Fouché

J’ai reçu toutes vos lettres jusqu’au 8 juin. Vous aurez vu par les bulletins la belle situation de mes affaires. La jactance des Russes est à bas; ils s’avouent vaincus; ils ont été furieusement maltraités. Mes aigles sont arborées sur le Niemen; l’armée n’a point souffert.

Je vois avec plaisir que la conscription marche bien.

 

Camp impérial de Tilsit, 19 juin 1807

DÉCRET

ARTICLE ler. – Le prince Alexandre Sapieha et les princes Jean, Nicolas et Paul Sapieha, ses cousins, seront remis en possession des biens de la starostie de Preny, situés sur le territoire de la Pologne conquise sur le roi de Prusse, en leur qualité d’héritiers du prince Casimir Sapieha, pour en jouir conformément aux lois et actes de concession.

ART. 2. – Notre major général est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Tilsit, 19 juin 1807

80e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Pendant le temps que les armes françaises se signalaient sur le champ de bataille de Friedland, le grand-duc de Berg, arrivé devant Koenigsberg, prenait en flanc le corps d’armée du général l’Estocq.

Le 13, le maréchal Soult trouva à Kreuzburg l’arrière-garde prussienne. La division des dragons Milhaud exécuta une belle charge, culbuta la cavalerie prussienne et enleva plusieurs pièces de canon.

Le 14, l’ennemi fut obligé de s’enfermer dans la place de Koenigs berg. Vers le milieu de la journée, deux colonnes ennemies coupées se présentèrent pour entrer dans la place; 6 pièces de canon et 3 à 4,000 hommes qui composaient cette troupe furent pris. Tous les faubourgs de Koenigsberg furent enlevés. On y fit un bon nombre de prisonniers. Le général de brigade Buget a eu la main emportée par un boulet.

En résumé, les résultats de toutes ces affaires sont 4 à 5,000 prisonniers et 15 pièces de canon.

Le 15 et le 16, le corps d’armée du maréchal Soult fut contenu devant les retranchements de Koenigsberg; mais la marche du gros de l’armée sur Wehlau obligea l’ennemi à évacuer Koenigsberg, et cette place tomba en notre pouvoir.

Ce qu’on a trouvé à Koenigsberg en subsistances est immense. Deux cents gros bàtiments, venant de Russie, sont encore tout chargés dans le port. Il y a beaucoup plus de vin et d’eau-de-vie qu’on n’était dans le cas de l’espérer.

Une brigade de la division Saint-Hilaire s’est portée devant Pilla pour en former le siège, et le général Rapp a fait partir de Danzig une colonne chargée d’aller, par le Nehrung, établir devant Pilla une batterie qui ferme le Haff. Des bâtiments montés par des marins de la Garde nous rendent maîtres de cette petite mer.

Le 17, l’Empereur porta son quartier général à la métairie de Druscken, près Klein-Schirrau; le 18, il le porta à Skaisgirren; le 19, à deux heures après midi, il entra dans Tilsit.

Le grand-duc de Berg, à la tête de la plus grande partie de la cavalerie légère, des divisions de dragons et de cuirassiers, a mené battant l’ennemi ces trois jours derniers, et lui a fait beaucoup de mal Le 5e régiment de hussards s’est distingué. Les Cosaques ont été culbutés plusieurs fois et ont beaucoup souffert. Dans ces différentes charges, nous avons eu peu de tués et de blessés. Au nombre de ces derniers se trouve le chef d’escadron Piéton, aide de camp du grand-duc de Berg.

Après le passage de la Pregel, vis-à-vis Wehlau, un tambour fut chargé par un Cosaque et se jeta ventre à terre. Le Cosaque prend sa lance pour en percer le tambour; mais celui-ci conserve toute sa présence d’esprit, tire à lui la lance, désarme le Cosaque et le poursuit.

Un fait particulier, qui a excité le rire des soldats, a eu lieu pour la première fois vers Tilsit; on a vu une nuée de Kalmouks se battant à coups de flèches. Nous en sommes fâchés pour ceux qui donnent l’avantage aux armes anciennes sur les modernes, mais rien n’est plus risible que le jeu de ces armes contre nos fusils.

Le maréchal Davout, à la tête du 3e corps, a débouché par Labiau, est tombé sur l’arrière-garde ennemie et lui a fait 2,500 prisonniers.

De son côté, le maréchal Ney est arrivé le 17 à Insterburg, y a pris un millier de blessés, et a enlevé à l’ennemi des magasins assez considérables.

Les bois, les villages sont pleins de Russes isolés, ou blessés ou malades. Les pertes de l’armée russe sont énormes; elle n’a ramené avec elle qu’une soixantaine de pièces de canon. La rapidité des marches empêche de connaître encore toutes les pièces qu’on a prises à la bataille de Friedland; on croit que le nombre passera 120.

A la hauteur de Tilsit, les billets ci-joints ont été remis au grand-duc de Berg, et par suite le prince russe, lieutenant général Labanof, a passé le Niemen et a conféré une heure avec le prince de Neufchâtel.

L’ennemi a brûlé en grande hâte le pont de Tilsit sur le Niemen, et paraît continuer sa retraite sur la Russie. Nous sommes sur les confins de cet empire.

Le Niemen, vis-à-vis Tilsit, est un peu plus large que la Seine. L’on voit de la rive gauche une nuée de Cosaques qui forment l’arrière-garde ennemie sur la rive droite.

Déjà l’on ne commet plus aucune hostilité.

Ce qui restait au roi de Prusse est conquis. Cet infortuné prince n’a plus en son pouvoir que le pays situé entre le Niemen et Memel. La plus grande partie de son armée, ou plutôt de la division de ses troupes, déserte, ne voulant pas aller en Russie.

L’empereur de Russie est resté trois semaines à Tilsit avec le roi de Prusse. A la nouvelle de la bataille de Friedland, l’un et l’autre sont partis en toute hâte.

 

Tilsit, 20 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, dans votre lettre du 28 mai, vous me parlez du code de commerce. Il faut tâcher de finir ce code, afin de le présenter tout entier à la prochaine session du Corps législatif.

Il n’y a point de doute qu’il ne faille donner une bonne pension à M. Forfait.

 

Tilsit, 20 juin 1807

A M. Gaudin

Je reçois votre lettre du 8 juin. Je vois avec peine que le nouveau code de procédure diminue nos rentrées de l’enregistrement.

 

Tilsit, 20 juin 1807

A M. Fouché

Flachat est à Lyon, sous un nom supposé, où, à ce qu’il paraît, il établit une maison de contrebande et dupe de bons citoyens. Donnez des ordres pour qu’il soit arrêté. Ce misérable aura-t-il donc toujours des protecteurs, et sera-t-il toujours au-dessus des lois ? Narguera-t-il  toujours par son impudence l’honneur et la justice ?

Je vois dans le bulletin du 2 juin que le pêcheur de Saint-Valery, qui avait des intelligences avec l’ennemi a été acquitté. Faites-moi un rapport sur cela. De qui était composée cette commission militaire ? Il faut que ces gens-là soient bien bêtes, pour ne rien dire de plus. Retenez le pêcheur en prison; envoyez-le à Fenestrelle, et causez avec M. l’archichancelier, afin que, s’il y avait moyen de le faire juger par une cour de révision, cela soit fait. Il faudrait alors nommer une commission de révision composée de gens de sens.

Faites arrêter le nommé Mounier d’Herbisse, qui est chargé par l’Angleterre de leur procurer des fusils, et tenez-le sous bonne garde. Donnez des ordres à mon ministre à Hambourg de faire arrêter les misérables qui ont été chassés d’Angleterre, et surtout le nommé Danican.

J’ai vu avec plaisir la réunion des journaux le Courier français, le Courrier des spectacles. Si c’est M. Legouvé qui se charge du nouveau journal, il ne peut être rédigé que dans un bon esprit; les traces hideuses des groupes de 1793 n’y paraîtront plus, et en mi temps je verrais avec plaisir qu’il s’élevàt avec courage, sans initiatives ni réaction, pour soutenir et honorer nos gens de lettres et toutes les idées libérales.

Qu’est-ce que ce M. Ch. de Villiers qui a fait un imprimé sur l’affaire de Lubeck, tendant à diffamer la nation ? Faites arrêter et mettre à Bicêtre ce misérable. Ne souffrez pas que des êtres indignes d’être Français, séduits par des guinées, emploient leurs talent à diffamer la nation.

 

Tilsit, 20 juin 1807

A M. Lacuée

Monsieur Lacuée, la bataille de Friedland nous donne un tel avantage, que je désire que la réserve de 1808, si elle n’est pas déjà appelée, ne le soit qu’après un nouveau rapport que vous me ferez; mais, si elle était appelée, il ne faudrait rien contremander.

 

Tilsit, 20 juin 1807

DÉCISION

Le conseiller d’État Lacuée rend compte à l’Empereur de divers excès commis contre des conscrits à leur arrivée aux corps. Ces vexations sont contraires aux lois et à mes intentions. Il faut  en faire un rapport au ministre et sévir. En donnant de l’éclat à la procédure, cela fera finir ces abus .

 

Tilsit, 20 juin 1807

DÉCISION

Le ministre de la marine propose à l’Empereur de décider que le prix de chaque douzième des trois vaisseaux en construction à Venise soit remis au ministère de la guerre de France, en remboursement des avances faites pour les troupes italiennes qui servent à la Grande Armée. Oui; pourvu que cela convienne à Mollien, qu’il faut consulter là-dessus.

 

Tilsit, 20 juin 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, la bataille de Friedland a donné un dénouement à tout ceci. Les Russes s’avouent eux-mêmes vaincus; ils tiennent le même langage qu’après Austerlitz et crient à tue-tête : la paix! Ils m’ont envoyé ici un prince, et Bennigsen a dit hier au maréchal Duroc que l’empereur de Russie voulait faire la paix sous peu de jours.

Dans tous les cas, je désire que vous vous rendiez à Koenigsberg. Je suppose que la route est sûre. Si elle ne l’était pas, vous vous feriez donner une escorte.

Je suis maître de tout le Niemen. Je crois que je ferai ce soir un armistice qui aura pour limites le thalweg du Niemen et pour condition la reddition des places de Graudenz, Kolberg et Pillau. C’est cette dernière clause qui a empêché que l’armistice ne fût signé hier, parce qu’on attend l’autorisation du roi de Prusse.

 

Tilsit , 20 juin 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, les Russes sont chassés au delà du Niemen. La bataille de Friedland a décidé la querelle; l’armée russe a été écrasée.

Je ne sache pas encore que vous soyez entré dans Neisse.

 

Tilsit, 20 juin 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, je n’ai point de nouvelles de ce qui se trouve à bord des bâtiments de commerce, en approvisionnements, en munitions de guerre, etc. Il faut laisser chanter les Danois ; il est évident que tous leurs chargements sont pour le compte des Russes.

Il faut suivre le même système qu’à Danzig. Vous aurez sans doute fait prendre les caisses.

Demandez à la bourgeoisie de Koenigsberg à peu près la même contribution qu’à Danzig.

 

Tilsit, 20 juin 1807

Au général Rapp, gouverneur de Danzig

Je reçois votre lettre du 15. Je suppose que, dans ce moment, vous avez établi une batterie de vingt pièces de canon à l’extrémité de la langue de terre vis-à-vis Pillau, et que vous êtes maître du Nehrung.

Je donne l’ordre à M. le prince de Bénévent de se rendre à Koenigsberg. Je suppose que la route est sûre; si elle ne l’est pas, vous pourvoirez à ce qu’il ait une escorte.

Je suppose que vous continuez à faire filer des vivres et de l’eau- de-vie sur Elbing, afin que ces ressources soient plus à portée de l’armée.

 

Tilsit, 20 juin 1807

Au général Clarke

Je réponds à toutes vos différentes lettres. La bataille de Friedland paraît avoir mis un terme à la guerre; les Russes, chassés au delà du Niemen, demandent un armistice et la paix. Mes affaires ne sauraient mieux aller.

Faites filer toujours tous les détachements et régiments provisoires sur Koenigsberg.

Mes pertes n’ont pas été très-considérables.(Tout est évidemment relatif… Les archives du SHAT donnent 3.011 tués, 20.806 blessés, 2426 prisonniers coté français – 6438 tués, 25666 blessés coté russe. in Pigeard – Dictionnaire de la Grande Armée)

 

Tilsit, 20 juin 1807

Au roi de Naples

Je suis sur le Niemen. La bataille de Friedland, qui s’est donnée le jour anniversaire de Marengo, a décidé la querelle. L’armée russe a été anéantie. Les bulletins vous seront sans doute déjà parvenus. Je pense que vous aurez fait chanter un Te Deum dans votre royaume pour un si heureux événement. Cette bataille est aussi décisive qu’Austerlitz, Marengo et Iéna.

 

Tilsit, 20 juin 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, je reçois votre lettre du 2 juin. Vous avez reçu le bulletin de la bataille de Friedland, qui a décidé, je crois, la querelle actuelle, et qui est aussi brillante que celles de Marengo, d’Austerlitz et d’Iéna.

P.S.Faites chanter un Te Deum

 

Tilsit, 21 juin 1807

ORDRE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL

Le ministre de la guerre enverra aujourd’hui aux généraux Zajonchek et Dombrowski l’ordre de se diriger, avec toutes leurs forces, sur Augustowo, de se mettre en communication avec le général Ney, et avec le maréchal Masséna qui se dirige sur Bialytosk,. d’envoyer des partis sur tous les points afin d’intercepter les magasins, les parcs, les blessés et les hommes isolés de l’ennemi, et d’avoir soin d’envoyer tous les jours un officier pour m’instruire où ils sont, et ce qu’ils ont appris des mouvements de l’ennemi.

En prévenir les maréchaux Ney et Masséna.

 

Tilsit, 21 juin 1807

Au général Rapp

Je reçois votre lettre du 17 juin. Je vois avec plaisir que vos troupes occupent l’extrémité du Nehrang; mais il n’est pas vrai que Pillau soit rendu; Pillau est cerné par le général Saint-Hilaire; il faut donc s’occuper d’établir une batterie à l’extrémité du Nehrung, afin d’empêcher le passage du détroit aux bâtiments ennemis.

Écrivez à Elbing pour qu’on ne gaspille pas les subsistances que vous y envoyez , surtout les vins et eaux-de-vie.

Envoyez des matelots de la Garde à Elbing, afin qu’avec les matelots du pays ils soient chargés du transport des subsistances, par eau sur Koenigsberg.

Il faut aussi préparer l’équipage de siège de Pillau.

Des hommes isolés inquiètent les derrières depuis Elbing jusqu’ Koenigsberg; envoyez-y deux colonnes, chacune de 100 chevaux et de 200 hommes d’infanterie, qui parcourent le pays et fassent bonne justice de ces brigands.

Actuellement vous n’avez pas besoin de laisser une si grande quan tité de troupes dans le Nehrung; 300 hommes d’infanterie, Français, Badois, Polonais, une cinquantaine de chevaux et quelques pièces de canon suffisent.

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Je désire savoir quand la légion du Nord sera habillée. Il faut prendre des mesures pour que ce soit le plus tôt possible.

 

Tilsit, 21 juin 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 14. Je suppose qu’il n’y a plus à Potsdam
d’hommes à cheval et que vous avez fait tout partir. Prenez-y, je vous prie, de nouveaux soins,.

Le 14e de chasseurs et le régiment des dragons Napoléon venant d’Italie ne doivent pas dépasser Berlin.

J’ai donné l’ordre que la brigade bavaroise de 3,000 hommes et une brigade badoise de 1,500 hommes se rendent à Berlin, afin que vous puissiez, dans l’occasion, appuyer le maréchal Brune et protéger Berlin. Vous n’aurez pas manqué d’envoyer les troupes de Nassau pour renforcer le siège de Kolberg. Les troupes du prince Primat vous serviront pour la garnison de Berlin.

 

Tilsit, 21 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 9 juin. Vous aurez su par le
prince Borghèse et par les différents courriers le détail des événements qui se sont passés depuis peu de jours. Nous prenons un moment de repos. Tout va ici parfaitement bien.

 

Tilsit, 21 juin 1807

8le BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

A la journée de Heilsberg, le grand-duc de Berg passa sur la ligne de la 3e division de cuirassiers au moment où le 6e régiment de cuirassiers venait de faire une charge. Le colonel d’Aveney, commandant ce régiment, son sabre dégouttant de sang, lui dit : “Prince, faites la revue de mon régiment, vous verrez qu’il n’est aucun soldat dont le sabre ne soit comme le mien.”

Les colonels Colbert, du 7e de hussards, Dery, du 5e, se sont fait également remarquer par la plus brillante intrépidité. Le colonel Bordesoulle, du 22e de chasseurs, a été blessé. M. Gueheneuc, aide de camp du maréchal Lannes, a été blessé d’une balle au bras.

Les généraux aides de camp de l’Empereur, Reille et Bertrand, ont rendu des services importants. Les officiers d’ordonnance de l’Empereur, Bongars, Montesquiou, Labiffe, ont mérité des éloges pour leur conduite.

Les aides de camp du prince de Neufchâtel, Louis de Périgord, capitaine, et Piré, chef d’escadron, se sont fait remarquer.

Le colonel Curial, commandant les fusiliers de la Garde, a été nommé général de brigade.

Le général de division Dupas, commandant une division sous les ordres du maréchal Mortier, a rendu d’importants services à la bataille de Friedland.

Les fils des sénateurs Pérignon, Clément de Ris et Garran de Coulon, sont morts avec honneur sur le champ de bataille,

Le maréchal Ney, s’étant porté à Gumbinnen, a arrêté quelques parcs d’artillerie ennemie, beaucoup de convois de blessés, et fait un grand nombre de prisonniers.

 

Tilsit, 22 juin 1807

A l’Impératrice, à Saint-Cloud

Mon amie, j’ai reçu ta lettre du 10 juin. Je vois avec peine que tu sois aussi triste. Tu verras par le bulletin que j’ai conclu une suspension d’armes et que l’on négocie la paix. Sois contente et gaie.

Je t’ai expédié Borghèse et, douze heures après, Moustache; ainsi tu dois avoir reçu de bonne heure de mes lettres et des nouvelles de la belle journée  de Friedland.

Je me porte à merveille et désire te savoir heureuse.

 

Tilsit, 22 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 11 juin. Vous verrez dans les bulletins de ce jour qu’un armistice a été conclu et que des négociations de paix sont commencées.

Vous avez chanté le Te Deum le 14 juin, c’est-à-dire au même moment, où je gagnais la bataille de Friedland.

 

Tilsit, 22 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je désire que vous voyiez le ministre de l’intérieur pour qu’on se dépêche de mettre la dernière main à Saint-Denis.

En attendant que Saint-Denis soit prêt, on déposera le corps du petit Napoléon dans une chapelle de l’église Notre-Dame.

 

Tilsit, 22 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je n’ai pas signé le projet de décret contenant des mesures relatives au commerce du Levant, parce que je ne l’ai pas trouvé bien. Comment les commissaires vérificateurs pourront-ils connaître si un drap doit avoir l’estampille impériale ? L’article 3 du décret est trop vague. “Ils accorderont l’estampille à ce qui sera de bonne qualité” : ils seront donc les juges de la qualité, ce qui établira une autorité arbitraire qui fera peu de bien et ne remplira pas l’objet qu’on se propose. Je crois entrevoir dans les imperfections de ce travail le résultat du peu de suite qu’il y a dans les principes du Conseil, et d’une sorte de fluctuation entre ceux qui veulent et ceux qui ne veulent pas de règlements. Une loi a posé, il y a deux ans, les principes de cette matière; mais cette loi n’est pas encore exécutée. Quels sont les objets qu’on envoie au Levant ? Sont-ce des draps de Carcassonne ? Il faut alors que la fabrique de Carcassonne soit organisée, qu’elle fasse son règlement, qu’elle détermine que la marque ou l’estampille de la fabrique ne sera donnée qu’à des draps ayant tant de fils et fabriqués de telle façon. Cette estampille ayant été accordée ou par les prud’hommes de la fabrique ou par la fabrique elle-même, qui est intéressée à ce qu’elle ne le soit qu’à bon droit, il n’y aura pas d’inconvénient, lorsque les draps arriveront à Gènes ou à Marseille, à leur donner pour l’exportation l’estampille impériale. L’article 3 dit que l’estampille sera apposée, dans le lieu de la fabrique, aux draps qui porteront la marque de la fabrique : on a sans doute voulu dire aux draps  qui auront été fabriqués conformément aux règlements de la fabrique. Il fallait donc s’occuper d’abord de faire faire ces règlements. Mais, si ces draps ont la marque de la fabrique, en conséquence de ces règlements qui n’existent pas encore, de quelle utilité sera l’estampille nationale donnée dans tout autre lieu que dans le port d’embarquement ? Et pourquoi créer des bureaux dans toutes les villes où se fabriquent des étoffes pour le Levant ? Tout cela est mal raisonné et légèrement traité. Il paraîtrait donc convenable de se borner à organiser les fabriques d’objets destinés à la consommation du Levant, à les autoriser à faire elles-mêmes leurs règlements de confection, à déclarer que l’embarquement n’aura lieu que dans les ports de Marseille et de Gênes, et à ordonner que l’estampille impériale sera appliquée dans ces ports aux draps qui ayant été fabriqués selon les règlements, auront reçu la marque de la fabrique. On pourrait même ajouter, pour être plus libéral que le décret, que tout fabricant qui aura fabriqué des étoffes pour le Levant pourra se présenter à la fabrique et lui demander sa marque, en prouvant qu’il s’est conformé aux règlements. On évitera de donner un privilège à quelques localités. Les choses étant ainsi établies, on évitera la dépense de ces bureaux inutiles répandus dans tous les lieux de fabrique, et il suffira d’en avoir deux, l’un à Marseille, l’autre à Gênes. En deux mots, il faut commencer par la fabrique de Carcassonne, présenter un projet qui la réorganise comme elle l’était autrefois, et établir à Marseille des bureaux pour l’estampille impériale.

Quant aux deux autres projets, je ne puis les approuver davantage. Dire qu’il est préférable d’employer des machines, c’est dire que le soleil donne plus de lumière qu’une bougie; demander des moyens d’en encourager l’emploi, c’est demander que l’on fasse ce dont on s’occupe depuis plusieurs ‘années; proposer un décret qui ordonne l’établissement de l’estampille, et demander ensuite des règlements pour la fabrication, c’est suivre un mauvais ordre de travail et commencer par la conséquence. Le ministre se sera sans doute occupé de ces règlements, qui doivent précéder toute autre détermination. Je suppose qu’il aura proposé des choses bonnes et de pratique, et qu’elles auront été écartées avec de la métaphysique et des théories. C’est ainsi que l’on entrave les ministres et que l’on dégoûte les bureaux. Je désire que vous teniez un conseil dans lequel vous appellerez le ministre de l’intérieur, le président de la section, les chefs des bureaux des manufactures et les hommes les plus distingués parmi ceux qui s’occupent de cette partie. J’espère que ce conseil me proposera quelque chose de raisonnable.

 

Tilsit, 22 juin 1807

A M. de Champagny

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 10 juin et l’état des prêts faits aux manufactures. Je ne fais aucune espèce de doute que les meubles et marchandises qui sont emmagasinés ne doivent être montrés, et je trouve la précaution de la caisse d’amortissement, qui les tient enfermés, beaucoup trop stricte.

 

Tilsit, 22 juin 1807

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je reçois votre mémoire sur la Perse. J’attends, pour faire cette expédition dans le golfe Persique, que j’aie réponse de mon ambassadeur, le général Gardane, qui est parti avec des officiers du génie et de l’artillerie et qui doit être rendu dans ce moment-ci à Constantinople. Je désire que vous lui envoyiez un ingénieur de la marine qui soit un peu marin, pour lever les plans des côtes et aider le général Gardane dans les reconnaissances qu’il doit faire. Faites-le partir sans délai. Vous pouvez l’adresser à Constantinople, à mon ambassadeur Sebastiani, qui le fera passer à Téhéran. Par ce moyen, nous aurons des renseignements précis, qui fixeront nos idées. Mon intention est d’envoyer, à la fin de septembre, deux frégates neuves à l’île de France; elles auront des instructions pour se rendre dans le golfe Persique, où elles prendront les dépêches de mon ambassadeur.

Écrivez au général Decaen par toutes les voies possibles, pour l’instruire de l’arrivée de mon ambassadeur en Perse, de mon traité d’alliance avec cet empire, et de la nécessité de se mettre en correspondance avec le général Gardane.

 

Tilsit, 22 juin 1807

Au vice-amiral Decrès

Le port de Concarneau, où s’est réfugié le Vétéran, peut, dans des circonstances semblables, nous être très-utile. Mon intention est que vous fassiez faire par les ingénieurs de la marine un projet sur ce qu’il y aurait à faire pour que plusieurs vaisseaux de guerre pussent trouver refuge dans ce port. Cela peut, dans beaucoup de circonstances, nous être d’une grande utilité. Quelques millions employés à cela ne seront pas une dépense mal placée.

 

Tilsit, 22 juin 1807

82e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

En conséquence de la proposition qui a été faite par le commandant de l’armée russe, un armistice a été conclu dans les termes suivants :

ARMISTICE

Sa Majesté l’Empereur des Français, etc., et Sa Majesté l’Empereur de Russie, voulant mettre un terme à la guerre qui divise les deux nations, et conclure, en attendant, un armistice, ont nommé et muni de leurs pleins pouvoirs, savoir : d’une part, le prince de Neufchâtel, major général de la Grande Armée, et, de l’autre, le lieutenant général prince Labanof de Rostow, chevalier des ordres de Sainte-Anne, grand-croix, etc., lesquels sont convenus des dispositions suivantes :

ARTICLE 1er. – Il y aura armistice entre l’armée française et l’armée russe, afin de pouvoir, dans cet intervalle, négocier, conclure et signer une paix qui mette fin à une effusion de sang si contraire à l’humanité.

ART. 2. – Celle des deux parties contractantes qui voudra rompre l’armistice, ce que Dieu ne veuille, sera tenue de prévenir au quartier général de l’autre armée; et ce ne sera qu’après un mois de la date des notifications que les hostilités pourront recommencer.

ART. 3. – L’armée française et l’armée prussienne concluront un armistice séparé; et à cet effet des officiers seront nommés de part et d’autre. Pendant les quatre ou cinq jours nécessaires à la conclusion dudit armistice, l’armée française ne commettra aucune hostilité contre l’armée prussienne.

ART. 4. – Les limites de l’armée française et de l’armée russe, pendant le temps de l’armistice, seront depuis le Kurische-Haff, le thalweg du Niemen, et en remontant la rive gauche de ce fleuve jusqu’à l’embouchure de la Lossasna, et montant cette rivière jusqu’à l’embouchure du Bobra, suivant ce ruisseau par Bojary, Lipsk, Sztabin, Dolistowo, Goniondz et Wizna, jusqu’à l’embouchure du Bobra dans la Narew; et de là remontant la rive gauche de la Narew par Tykoczyn, Suraz, Narew, jusqu’à la frontière de la Prusse et de la Russie. La limite dans le Kurische-Nehrung sera à Nidden.

ART. 5. – Sa Majesté l’Empereur des Français et Sa Majesté l’Empereur de Russie nommeront, dans le plus court délai, des plénipotentiaires munis des pouvoirs nécessaires pour négocier, conclure et signer la paix définitive entre ces deux grandes et puissantes nations.

ART. 6. – Des commissaires seront nommés de part et d’autre, à l’effet de procéder sur-le-champ à l’échange, grade par grade et homme par homme, des prisonniers de guerre.

ART. 7. – L’échange des ratifications du présent armistice sera fait au quartier général de l’armée russe dans quarante-huit heures, et plus tôt, si faire se peut.

Fait à Tilsit, le 21 juin 1807.

Le maréchal, prince de Neufchâtel, Alexandre Berthier.

Le prince Labanof de Rostow.

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L’armée française occupe tout le thalweg du Niemen ; de sorte qu’il ne reste plus au roi de Prusse que la petite ville et le territoire de Memel.

 

Tilsit, 22 juin 1807

DÉCISION

 

Le ministre directeur de l’administration de la guerre propose à l’Empereur d’accorder à Mlle Dujard, nièce du général d’artillerie et soeur du commissaire ordonnateur de ce nom, une somme de 2,000 francs, pour la faire entrer à l’hospice des Ménages. Accordé le secours proposé. Sa Majesté désire en outre qu’un projet de décret lui soit présenté pour une pension de 500 francs.

 

Tilsit, 22 juin 1807

Au vice-amiral Decrès

J’ai vu avec plaisir l’entrée du Charlemagne dans le bassin de Flessingue, ainsi que l’annonce que vous me faites que le Commerce-de-Lyon et l’Anversois vont incessamment y entrer. J’espère donc avoir 8 vaisseaux à Flessingue dans le cours de l’été. Il faut prendre des mesures pour les armer. Les matelots qui sont à Boulogne pourront successivement être employés à cette destination. Cette escadre à Flessingue ne laissera pas que d’inquiéter les Anglais. Je suppose que, sans délai, de nouveaux vaisseaux auront été mis en construction pour remplacer les anciens.

Camp impérial de Tilsit, 22 juin 1807

A LA GRANDE ARMÉE

Soldats, le 5 juin nous avons été attaqués dans nos cantonnements par l’armée russe. L’ennemi s’est mépris sur les causes de notre inactivité. Il s’est aperçu trop tard que notre repos était celui du lion. Il se repent de l’avoir troublé.

Dans les journées de Guttstadt, de Heilsberg, dans celle à jamais mémorable de Friedland, dans dix jours de campagne enfin, nous avons pris 120 pièces de canon, 7 drapeaux, tué, blessé ou pris 60,000 Russes, enlevé à l’armée ennemie tous ses magasins, hôpitaux, ses ambulances, la place de Koenigsberg, les 300 bâtiments qui étaient dans ce port, chargés de toute espèce de munitions, 160,000 fusils que l’Angleterre envoyait pour armer nos ennemis.

Des bords de la Vistule nous sommes arrivés sur ceux du Niemen avec la rapidité de l’aigle. Vous célébrâtes à Austerlitz l’anniversaire du couronnement; vous avez cette année dignement célébré celui de la bataille de Marengo, qui mit fin à la guerre de la seconde coalition.

Français, vous avez été dignes de vous et de moi. Vous rentrerez en France couverts de tous vos lauriers, et après avoir obtenu une paix glorieuse, qui porte avec elle la garantie de sa durée. Il est temps d’en finir et que notre patrie vive en repos à l’abri de la maligne influence de l’Angleterre. Mes bienfaits vous prouveront ma reconnaissance et toute l’étendue de l’amour que je vous porte.

 

Tilsit, 23 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 13 juin. La conspiration de Naples n’est pas grand’chose. Les 4 ou 5,000 Napolitains que la reine Caroline y avait envoyés ont été défaits ou pris; c’est là le principal. Le roi de Naples paraît fort content de son pays.

 

Tilsit, 23 juin 1807

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, je reçois votre lettre du 12 juin. S’il est possible de faire à Anvers des vaisseaux de 80, ce sera une belle opération et dans ce cas je désirerais que vous en missiez plus de cinq, car, je crois que le vrai échantillon de vaisseau est celui de 80. Si j’ai bonne mémoire, les vaisseaux que l’on construit à Anvers sont sur l’échantillon du Pluton. Il y a des objections contre cet échantillon; ne serait-il pas convenable de revenir au modèle ordinaire, s’il y avait assez d’eau dans l’Escaut et à Flessingue pour cela ? Faites donc enfin un règlement sur l’arrimage des vaisseaux et sur leur armement. N’oubliez pas de prescrire qu’il y ait des caronades en quantité et qu’on imite le plus possible l’arrimage anglais. Ne pourriez-vous pas aussi imiter les Anglais en ayant de petits vaisseaux à trois ponts de 96 canons ?

 

Tilsit, 23 juin 1807

Au général Rapp

Je reçois votre lettre du 20 juin. Vous avez eu tort de ne pas faire partir l’artillerie que vous demande le général Songis. Ce n’est pas l’artillerie qui manque pour la défense de Danzig, il y en a trois fois plus qu’il n’en faut.

Je vous ai donné l’ordre de faire partir les régiments provisoires pour Koenigsberg. Faites-moi connaître où en est l’habillement de la légion du Nord. Puisqu’on n’a pas d’officiers ni de sergents, il pourrait être convenable de resserrer les cadres de cette légion et de ne faire que six compagnies par bataillon. Je désire qu’elle soit prête à partir le plus tôt possible.

Mettez-vous en correspondance avec Loison (Commandant les troupes devant Kolberg), afin d’être instruit de tout ce qui se passe de ce côté-là. Le régiment de Nassau doit y être arrivé, et il y a à Berlin et en Poméranie des forces suffisantes pour réprimer toutes les tentatives de l’ennemi.

Le 19e régiment de ligne a 400 hommes à Thorn. Vous pouvez écrire pour qu’ils rejoignent.

 

Tilsit, 23 juin 1807

Au général Clarke

J’ai reçu votre lettre du 10 juin. Le maréchal Brune me mande qu’il a envoyé beaucoup de troupes françaises devant Kolberg. Ainsi j’espère que ce siége se poussera vivement et que cette place sera bientôt prise.

Que sont donc devenues les troupes bavaroises ? Il me tarde fort d’apprendre leur arrivée à Berlin.

 

Tilsit, 23 juin 1807

Au général Clarke

Monsieur le Général Clarke, indépendamment de la première brigade de Bavarois que commande le général Vincenti et qui est fort de 3,000 hommes, une seconde, qui est composée du 8e d’infanterie de ligne et d’un régiment d’infanterie légère, doit être rendue à Bayreuth. Envoyez-lui l’ordre de se rendre à Berlin. Vous en ferez, dans cette place, un corps de réserve de 6,000 Bavarois et de 1,500 Badois. Je suis mécontent de ce que vous avez mis tant de délai à envoyer le régiment de Nassau devant Kolberg, où il est si nécessaire.

 

Tilsit, 23 juin 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, le général Teulié, ayant été grièvement blessé devant Kolberg, il est indispensable d’envoyer un autre général pour commander la division italienne. Je désire que vous envoyiez le généra Pino. Faites partir également 800 nouvelles recrues pour réparer les pertes qu’ont faites les régiments.

Les places de capitaine de la Garde d’honneur ne sont pas des places susceptibles de démission; il faut donc garder ceux que vous avez.

 

Tilsit, 23 juin 1807

83e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

La place de Neisse a capitulé. La garnison, forte de 6,000 hommes d’infanterie et de 300 hommes de cavalerie, a défilé le 16 juin devant le prince Jérôme. On a trouvé dans la place 300 milliers de poudre et 300 bouches à feu.

 

Tilsit, 24 juin 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, vous verrez, par le bulletin de ce jour, que l’armistice avec l’empereur Alexandre a été ratifié. J’attends aujourd’hui le maréchal Kalkreuth pour conclure avec la Prusse un armistice, où j’espère avoir pour condition la reddition des places qui ne sont pas encore en notre pouvoir.

 

Tilsit, 24 juin 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, vous trouverez ci-joint copie de l’armistice qui a été conclu et dont les ratifications ont été échangées hier.

La première chose à faire est d’expédier un courrier à Constantinople, pour en faire part au général Sebastiani et le charger de faire connaître au Grand Seigneur que j’ai conclu cet armistice parce que les Russes disent qu’ils veulent traiter de la paix, que la Porte y sera comprise et ses intérêts ménagés. Il peut l’assurer que je ferai cause commune avec lui; mais que, comme ce peut être un piège des Russes, c’est une nouvelle circonstance pour fortifier ses armées; car si, d’ici à un mois, je m’aperçois qu’on ne veut pas négocier de bonne foi, je passerai le Niémen, et ma jonction sera bientôt faite avec le grand vizir. Il faut aussi écrire en chiffre à l’ambassadeur Sebastiani, qu’il doit comprendre de quelle nécessité il est pour moi d’ouvrir le Corps législatif à Paris, et que cela seul me rend cette suspension d’armes avantageuse, dans l’espoir fondé que les Russes, après les grands échecs qu’ils ont reçus, deviendront raisonnables.

Je suppose que vous avez instruit M. Mériage de mes victoires et de mon arrivée sur le Niemen.

M. de Kalkreuth doit venir dans la journée, et je vais conclure un armistice avec les Prussiens.

L’empereur de Russie s’est approché d’une lieue d’ici , et on m’assure qu’il désire une entrevue. Je m’en soucie médiocrement; cependant je ne m’y refuse pas. Le ton est très-changé aujourd’hui. L’armée et le cabinet montrent une grande soif d’en finir. Leur horizon se peint en noir, et ils prévoient qu’un grand orage est prêt à fondre sur leur empire, si la paix ne le conjure.

J’ai reçu les lettres de la cour d’Autriche. L’ensemble de tout cela me démontre qu’on ne voulait pas négocier, et qu’on voulait tenter le sort de la guerre; que mon grand empressement et mon désir de la paix les ont trompés, et qu’ils m’ont cru dans une situation différente de celle où j’ai été.

 

Tilsit, 24 juin 1807

Au roi de Bavière

Monsieur mon Frère et Cousin, j’ai donné ordre qu’on envoyât, du champ de bataille de Friedland, un de vos officiers pour vous porter la nouvelle de la victoire. Je m’empresse aujourd’hui vous envoyer la copie de l’armistice que je viens de conclure avec l’empereur Alexandre. J’attends, dans la journée, M. le maréchal Kalkreuth, pour en conclure un avec la Prusse. Votre Majesté comprendra que ce ne doit pas être une raison de ralentir nos armements, mais de nous tenir toujours en mesure.

 

Tilsit, 24 juin 1807

Au roi de Wurtemberg

Monsieur mon Frère, j’ai reçu votre lettre du 5 juin. Je vous remercie de ce que vous me dites à l’occasion de la prise de Danzig.

J’ai ordonné qu’on vous envoyât un de vos officiers pour vous porter la nouvelle de la bataille de Friedland, qui, j’espère, va donner une fin à tout ceci.

Le régiment des chevau-légers de Votre Majesté s’est parfaitement comporté à Heilsberg; le colonel a été blessé; nous l’avons retrouvé à Heilsberg. Il me semble qu’il a été très-maltraité par des personnes qui auraient dû le protéger et le secourir.

J’envoie à Votre Majesté l’armistice que je viens de conclure avec l’empereur Alexandre. J’attends, dans la journée, M. le maréchal pour en conclure un avec le roi de Prusse.

 

Tilsit, 24 juin 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, vous trouverez ci-joint copie de l’armistice que je viens de conclure avec l’empereur Alexandre. J’attends, dans la journée, le maréchal Kalkreuth, pour en conclure un avec la Prusse, et, jusqu’à ce que je vous fasse connaître ce que j’ai décidé avec ce maréchal, vous devez continuer toutes vos opérations. Ceci est le résultat de la belle bataille de Friedland, où l’ennemi a perdu 120 pièces de canon et plus de 60,000 hommes.

Mettez une grande activité à faire remonter toute ma cavalerie française, et à me l’envoyer au fur et à mesure qu’elle sera en bon état. On peut seulement la faire marcher à petites journées.

 

Tilsit, 24 juin 1807

Au roi de Saxe

Monsieur mon Frère, j’ai donné ordre qu’on vous envoyât, du champ de bataille de Friedland, un de vos officiers pour vous porter la nouvelle de la victoire. Je m’empresse aujourd’hui de vous envoyer la copie de l’armistice que je viens de conclure avec l’empereur Alexandre. J’attends, dans la journée, M. le maréchal Kalkreuth, pour en conclure un avec la Prusse.

 

Tilsit, 24 juin 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, comment n’y a-t-il pas de boulangers à Koenigsberg, ni d’agents de santé pour organiser les hôpitaux ? Il faut que mes blessés soient placés à Danzig, Marienburg, Marienwerder et Elbing. Faites-en placer 6,000 à Elbing.

Concertez-vous avec le commandant des marins de la Garde pour faire venir, par le Haff, de Marienwerder et de Thorn, tout le biscuit que nous y avons, sans quoi il se pourrira là. Faites aussi venir le biscuit que nous avons à Wehlau; on pourra l’embarquer sur l’Alle, à l’endroit où cette rivière est navigable.

 

Tilsit, 24 juin 1807

Au général Lemarois

Monsieur le Général Lemarois, faites mettre dans les journaux de Varsovie la nouvelle suivante:

“Une révolution a eu lieu à Constantinople. Le sultan Selim et douze des principaux de la Porte ont été égorgés par les janissaires. Le sultan Moustafa a été mis sur le trône. La cause de cette insurrection du peuple vient des progrès des Serviens et du peu d’énergie dont les janissaires se plaignent de la part du gouvernement. Ils accusaient les ministres de s’entendre avec les Serviens et les Russes. Le nouveau sultan a proclamé qu’il ne ferait point la paix avec la Russie que les anciennes frontières ne soient rétablies et la Crimée reconquise.

L’armée du grand vizir a passé le Danube, le 1er juin, à Silistrie.

Michelson s’est retiré en toute hâte , et Bucarest et toute la Valachie a été reconquise. Les affaires des Russes vont au plus mal. L’armée du grand vizir est forte et paraît bien animée.”

Le journaliste peut dire que ces nouvelles sont officielles et certaines.

 

Tilsit, 24 juin 1807

Au prince Eugène

Mon fils, vous trouverez ci-joint copie de l’armistice que je viens de conclure avec l’empereur Alexandre; j’en conclurai un aujourd’hui avec le roi de Prusse; j’attends, pour cet objet, le maréchal Kalkreuth. Vous pouvez mettre cet armistice dans les journaux; envoyez-en copie par courrier extraordinaire au roi de Naples.

(Lettre du prince Eugène)

 

Tilsit, 24 juin 1807

Au général Songis

Je n’ai point de lettre de vous depuis que vous êtes à Koenigsberg Je ne sais pas si vous avez trouvé des boulets et de la poudre. J’en ai un besoin pressant. Si vous n’en avez point, faites-en venir, par le Haff, de Marienwerder et de Danzig.

Vous savez que j’ai besoin de beaucoup d’approvisionnements de canon. Faites venir le parc général de l’armée à Koenigsberg ou près de Koenigsberg.

 

Tilsit, 24 juin 1807

84e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le grand maréchal du palais Duroc s’est rendu le 23 au quartier général des Russes, au delà du Niemen, pour échanger les ratifications de l’armistice, qui a été ratifié par l’empereur Alexandre.

Le 24, le prince Labanof, ayant fait demander une audience à l’Empereur, y a été admis le même jour à deux heures après midi.

Il est resté longtemps dans le cabinet de Sa Majesté.

Le maréchal Kalkreuth est attendu au quartier général, pour signer l’armistice du roi de Prusse.

Le 11 juin à quatre heures du matin, les Russes attaquèrent en force Drenzewo. Le général Claparède soutint le feu de l’ennemi. Le maréchal Masséna se porta sur la ligne, repoussa l’ennemi et déconcerta ses projets. Le 17e régiment d’infanterie légère a soutenu sa réputation. Le général Montbrun s’est fait remarquer. Un détachement du 28e d’infanterie légère et un piquet du 25e de dragons ont mis en fuite les Cosaques. Tout ce que l’ennemi a entrepris contre nos postes dans les journées du 11 et du 12 a tourné à sa confusion.

On voit par l’armistice que la gauche de l’armée française est appuyée sur le Kurische-Haff, à l’embouchure du Niemen; de là, notre ligne se prolonge sur Grodno. La droite, commandée par le maréchal Masséna, s’étend sur les confins de la Russie, entre les sources de la Narew et du Bug.

Le quartier général va se concentrer à Koenigsberg, où l’on fait toujours de nouvelles découvertes en vivres, munitions et autres effets appartenant à l’ennemi.

Une position aussi formidable est le résultat des succès les plus brillants; et, tandis que toute l’armée ennemie est en fuite et presque anéantie, plus de la moitié de l’armée française n’a pas tiré un coup de fusil.

 

Tilsit, 24 juin 1807

85e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Demain, les deux empereurs de France et de Russie doivent avoir une entrevue. On a, à cet effet, élevé au milieu du Niemen un pavillon, où les deux monarques se rendront de chaque rive.

Peu de spectacles seront aussi intéressants. Les deux côtés du fleuve seront bordés par les deux armées, pendant que les chefs conféreront sur les moyens de rétablir l’ordre et de donner le repos à la génération présente.

Le grand maréchal du palais, Duroc, est allé, hier à trois heures après midi, complimenter l’empereur Alexandre.

Le maréchal comte de Kalkreuth a été présenté aujourd’hui à l’Empereur; il est resté une heure dans le cabinet de Sa Majesté.

L’Empereur a passé ce matin la revue du corps du maréchal Lannes. Il a fait différentes promotions, a récompensé les braves et a témoigné sa satisfaction aux cuirassiers saxons.

 

Tilsit, 25 juin 1807

Au général Rapp, à Danzig

Je reçois votre lettre du 22. Vous vous plaignez des embarras qu’on vous envoie. Vous devez savoir que les grandes places fortes, sur les derrières des armées, sont justement faites pour cela. J’ai fait donner, l’ordre d’envoyer les régiments provisoires à Koenigsberg. Les dépôts de cavalerie doivent être placés à Elbing, Les blessés français doivent être envoyés, partie à Elbing, partie à Marienburg, partie à Marienwerder, partie à Danzig; il ne faut pas qu’ils dépassent Danzig, cela affaiblirait trop l’armée. Je vois avec peine que vous ayez envoyé les 600 prisonniers russes par Thorn; c’est allonger beaucoup la route. Ne laissez que 200 hommes d’infanterie dans le Nehrung. Envoyez des colonnes mobiles pour bien assurer la route sur l’Oder.

 

Tilsit, 25 juin 1807

Au général Savary

Dites-moi donc s’il y a ou non des fusils à Koenigsberg. On m’a annoncé qu’il y en avait 160,000, et depuis je n’en entends plus parler. Comme j’ai consigné ce fait partout, je serais très-fâché qu’on m’eût trompé.

 

Tilsit, 25 juin 1807

A l’Impératrice, à Saint-Cloud

Mon amie, je viens de voir l’empereur Alexandre; j’ai été fort content de lui; c’est un fort beau, bon et jeune empereur; il a de l’esprit plus que l’on ne pense communément. Il vient loger en ville à Tilsit, demain.

Adieu, mon amie; je désire fort que tu te portes bien et sois contente. Ma santé est fort bonne.

 

Tilsit, 25 juin 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je viens de voir l’empereur de Russie, au milieu du Niemen, sur un radeau où on avait élevé un beau pavillon. Demain, l’empereur me présente le roi de Prusse et vient loger en ville. J’ai, à cet effet, neutralisé la ville de Tilsit. Je désire fort que vous veniez promptement ici.

Je me dispense de vous en dire davantage, pensant que vous ne tarderez pas à arriver ici.

 

Tilsit, 25 juin 1807

86e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Le 25 juin, à une heure après midi, l’Empereur, accompagné du grand-duc de Berg, du prince de Neufchâtel, du maréchal Bessières, du grand maréchal du palais Duroc et du grand écuyer Caulaincourt, s’est embarqué, sur les bords du Niemen, dans un bateau préparé à cet effet; il s’est rendu au milieu de la rivière, où le général la Riboisière, commandant l’artillerie de la Garde, avait fait placer un large radeau et élever un pavillon. A côté, étaient un autre radeau et un pavillon pour la suite de Leurs Majestés. Au même moment, l’empereur Alexandre est parti de la rive droite, sur un bateau, avec le grand-duc Constantin, le général Bennigsen, le général Ouvarof, le prince Labanof, et son premier aide de camp le comte de Lieven.

Les deux bateaux sont arrivés en même temps. Les deux empereurs se sont embrassés en mettant le pied sur le radeau ; ils sont entrés ensemble dans la salle qui avait été préparée, et y sont restés deux heures. La conférence finie, les personnes de la suite des deux empereurs ont été introduites. L’empereur Alexandre a dit des choses agréables aux militaires qui accompagnaient l’Empereur, qui, de son côté, s’est entretenu longtemps avec le grand-duc Constantin et le général Bennigsen.

La conférence finie, les deux empereurs sont montés chacun dans leur barque. On conjecture que la conférence a eu le résultat le plus satisfaisant.

Immédiatement après, le prince Labanof s’est rendu quartier général français. On est convenu que la moitié de la ville de Tilsit serait neutralisée. On y a marqué le logement de l’empereur de Russie et de sa cour. La garde impériale russe passera le fleuve et sera cantonnée dans la partie de la ville qui lui est destinée.

Le grand nombre de personnes de l’une et l’autre armée, accouru sur l’une et l’autre rive pour être témoins de cette scène, rendaient ce spectacle d’autant plus intéressant que ces spectateurs étaient des braves des extrémités du monde.

 

Tilsit, 26 juin 1807

A M. de Champagny

J’ai reçu votre lettre, dans laquelle vous me rendez compte de la manière dont les Espagnols ont été reçus à Bordeaux. Témoignez-en ma satisfaction au préfet de la Gironde, car c’est m’être très-agréable que de donner des marques de considération et d’intérêt à mes alliés.

 

Tilsit, 26 juin 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 15. Vous aurez vu que vos prières ont été bien exaucées.

 

Tilsit, 26 juin 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, je suis extrêmement mécontent des habits blancs. Mon intention est que mes troupes continuent à être habillées en bleu. Présentez-moi un rapport là-dessus. En attendant, vous donnerez ordre que toutes les distributions soit faites en drap bleu. L’habit bleu est mille fois meilleur.

 

Tilsit, 26 juin 1807

A M. Lacuée

Je reçois votre lettre du 14, où vous m’annoncez que vous allez chanter un Te Deum. Vous ne vous doutiez pas que, pendant ce temps, nous finissions ici. J’ai eu une entrevue, hier, avec l’Empereur de Russie. J’en ai eu une aujourd’hui avec le roi de Prusse. Vous devez savoir ces nouvelles, qui doivent vous faire plaisir plus que personne, car les victoires s’obtiennent par la bonne administration des armées, et vos veilles et vos sueurs sont depuis longtemps consacrées à cet objet important. Je désire que vous voyiez dans ces expressions de nouvelles preuves de mon contentement.

 

Tilsit, 26 juin 1807

Au général Savary, à Koenigsberg

Je vous autorise à accepter les 240,000 francs de traites sur Hambourg que vous offre la ville de Koenigsberg.

Mon intention est que les marins de la Garde soient employés à la navigation du Haff, tant pour les transports que pour m’en rendre entièrement maître. Que le capitaine Daugier choisisse les bâtiments les plus propres à ce service et les arme.

 

Tilsit, 26 juin 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 20 juin. J’ai donné l’ordre qu’on vous ouvrît un crédit de 100,000 francs. Tascher et Montesquiou, qui vous ont vu en passant, vous auront donné des nouvelles des entrevues et des événements qui se sont passés ici. Tout va au mieux.

Vous n’aurez pas manqué de faire connaître au maréchal Brune que, par l’armistice conclu avec la Prusse, toutes les troupes qui sont en Poméranie doivent rester neutres.

 

Tilsit, 25 juin 1807

ARMISTICE ENTRE S. M. L’EMPEREUR DES FRANÇAIS ET S. M. LE ROI DE PRUSSE

Sa Majesté l’empereur des Français et Sa Majesté le roi de Prusse, voulant conclure un armistice, ont nommé et muni de pleins pouvoirs, d’une part, le prince de Neufchâtel, major général, et de l’autre le maréchal comte de Kalkreuth, lesquels sont convenus des dispositions suivantes :

ARTICLE ler. Il y aura armistice, à dater de ce jour, entre l’armée française et l’armée prussienne.

ART. 2. La partie de l’armée prussienne qui est à Stralsund prendra part, dans aucun cas, à aucune espèce d’hostilité.

ART. 3. Les choses resteront dans l’état où elles se trouvent dans les places de Kolberg, Graudenz et Pillau. Aucun nouveau travail pourra être fait de part ni d’autre; aucuns renforts ni munitions de guerre, d’approvisionnements de bouche et de fourrages, ne pour être envoyés dans lesdites places.

ART. 4. Il en sera de même dans les places de Silésie encore au pouvoir de l’armée prussienne.

ART, 5. La partie de l’armée prussienne qui est dans la Poméranie suédoise, ainsi que celle qui est en Silésie, cesseront tout recrutement et se tiendront tranquilles dans les places.

ART. 6. L’échange des ratifications du présent armistice aura lieu aussitôt que faire se pourra.

Fait à Tilsit, le 25 juin 1807

Le prince de Neufchâtel maréchal Alex. Berthier.

Le maréchal Kalkreuth

Approuvé et ratifié, en notre quartier général de Piktupoehnen, le26juin 1807.

FRÉDÉRIC- GUILLAUME.

 

Tilsit, 26 juin 1807

Au prince Eugène

Mon fils, votre aide de camp, qui a vu ce qui se passe ici, pourra vous en rendre compte. J’ai eu hier une entrevue avec l’empereur Alexandre, qui dîne aujourd’hui chez moi. J’ai eu aujourd’hui une entrevue avec le roi de Prusse. Faites part, je vous prie, de ces nouvelles au roi de NapIes.

(Lettres du prince Eugène)

 

Tilsit, 27 juin 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai conclu un armistice avec l’empereur de Russie; votre aide de camp, ayant été témoin de tout ce qui s’est passé, vous en fera part. Vous ferez partir l’officier russe qui accompagne votre aide de camp, sur un brick ou une frégate, pour porter les ordres de l’empereur de Russie à Corfou et à l’amiral russe; l’empereur ordonne à tous ses vaisseaux de cesser toute hostilité contre le pavillon français et le pavillon italien et napolitain. Mon intention est que, si des bâtiments russes entraient dans mes ports d’Italie et vous faisaient demander des rafraîchissements, vous ayez à leur procurer tout ce qu’ils demanderont, soit moyennant payement, soit en en tenant un compte particulier.

 

Tilsit, 27 juin 1807

ARTICLE ADDITIONNEL A L’ARMISTICE AVEC LA PRUSSE

L’article 2 et l’article 4 de l’armistice conclu à Tilsit, le 21 juin 1807, entre le lieutenant général prince Labanof de Rostow, muni des pleins pouvoirs de Sa Majesté l’empereur de Russie, et le prince de Neufchâtel major général, muni des pleins pouvoirs de Sa Majesté l’empereur des Français, sont communs à l’armistice conclu, le 25 juin 1807, entre le maréchal comte de Kalkreuth et le prince de Neufchâtel major général.

Fait à Tilsit, le 27 juin 1807.

Le maréchal KALKHEUTH.

Le prince de Neufchâtel maréchal Alex. Berthier.

Approuvé, en notre quartier général de Piktupoehnen, le 28 juin 1807.

FRÉDÉRIC-GUILLAUME.

 

Tilsit, 30 juin 1807

A M. Fouché

J’ai reçu votre lettre du 19. M. le prince de Bénévent et le prince Kourakine ont des conférences pour la paix. L’empereur de Russie et le roi de Prusse sont logés en ville et dînent tous les jours chez moi. Tout cela me fait espérer une prompte fin de la guerre, ce qui me tient fort à coeur par le bien qui en résultera pour mes peuples.

 

Tilsit, 30 juin 1807

DÉCRET

ARTICLE ler. Le prince Joseph Poniatowski, directeur de la guerre, sera remis en possession de la portion de la starostie de Wielona, située sur la rive gauche du Niemen et confisquée sur lui par le gouvernement prussien, pour en jouir, lui et ses héritiers ou successeurs en toute propriété.

ART. 2. Notre major général ministre de la guerre, la Commission de gouvernement et notre commissaire près d’elle, sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Tilsit, 30 juin 1807

DÉCRET POUR CHACUN DES DONATAIRES DÉSIGNÉS DANS LE TABLEAU CI-APRÈS.

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie,

Voulant reconnaître les services qui nous ont été rendus dans la campagne de Pologne par le ……… nous avons résolu de lui accorder, et lui accordons par les présentes, le domaine de …….. département de …….. pour en jouir, lui, ses héritiers et successeurs, en toute propriété; entendant que ledit domaine ne puisse être vendu ni aliéné par lui, ou ses héritiers ou successeurs, sans notre autorisation et autrement qu’à charge de remplacement en propriétés situées dans le territoire de notre Empire; pour, lesdites propriétés, faire partie du fief qu’il est dans notre intention de lui accorder aussitôt que nous aurons jugé à propos de statuer à cet égard.

La Commission de gouvernement et notre commissaire près d’elle sont chargés de faire mettre en possession dudit domaine de ….. dans les huit jours qui suivront la notification des présentes.

TABLEAU DES DOMAINES DONT L’EMPEREUR A DISPOSÉ EN POLOGNE PAR DÉCRET DU 30 JUIN 1807

NOMS DES DÉPARTEMENTS NOMS DES DOMAINES ESTIMATIONS DES DOMAINES EN CAPITAL NOMS DEES PERSONNES EN FAVEUR DE QUI L’EMPEREUR EN A DISPOSÉ
Posen Nowawies 548,636 M. Grouchy, général de division
Przedeez 1,069,670 M. Victor. général de division
Raciazek 1,395,492 M. Soult, maréchal de l’Empire
Kaliscz Principauté de Sievre 2,674,280 M. Lannes, maréchal de l’Empire
Iwanowice 867,354 M. Mouton, général de brigade.
Klonowo 731,120 M. Marchand, général de division.
Leczno 725,052 Friant, général de division.
Varsovie Lowiez 4,831,238 M. Davout, maréchal de l’Empire.
Korabiewice 354,312 M. Legrand, général de division.
Goszczyn 1,096,970 M. Bertrand, général de division.
Plock Principauté de Sielum 518,000 M. Ney, maréchal de l’Empire
Wielkielenie 671,180 M. Belliard, général de division.
Drobin 846,930 M. Masséna, maréchal de l’Empire
Mlawa  217,190 M. Nansouty, général de division.
Opinogova 972,360 M. Bernadotte, maréchal de l’Empire
Bromberg Rozan 829,688 M. de Saint-Hilaire, général de division.
Bialosliw 866,984 M. Savary, général de division.
Nieszezewice 601,102 M. Walther, général de division.
Kruszwica 1,051,836 M. Bessières, maréchal de l’Empire.
Zelgniewo 349,946 M Songis, premier inspecteur général de l’artillerie
Gniewkowo 437,562 M. Suchet, général de division.
Inowraclaw 945,498 M. Oudinot, général de division.
Bromberg Podstolice 405,742 M. la Riboisière, général de division.
Kamietz . 727,050 M. Mortier, maréchal de l’Empire
Frzcainka-Schelinka. 1,625,484 M. Berthier, prince de Neuchâtel, maréchal de l’Empire
Orlowo 648,248 M. Chasseloup-Laubat, général de division.
Murzyno 573,722 M. Dupont, général de division.
Total 26,582,652