Correspondance de Napoléon Ier – Juillet-Août-Septembre 1812

Vilna, 1er juillet 1812

À Alexandre Ier, empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté. La guerre qui divisait nos États se termina par le traité de Tilsit. J’avais été à la conférence du Niémen avec la résolution de ne pas faire la paix que je n’eusse obtenu tous les avantages que les circonstances me promettaient. J’avais en conséquence refusé d’y voir le roi de Prusse. Votre Majesté me dit : Je serai votre second contre l’Angle­terre. Ce mot de Votre Majesté changea tout; le traité de Tilsit en fut le corollaire. Depuis, Votre Majesté désira que des modifications fussent faites à ce traité : elle voulut garder la Moldavie et la Valachie, et porter ses limites sur le Danube. Elle eut recours aux négociations. Cette importante modification au traité de Tilsit, si avanta­geuse à Votre Majesté, fut le résultat de la convention d’Erfurt. Il paraît que, vers le milieu de 1810, Votre Majesté désira de nou­velles modifications au traité de Tilsit. Elle avait deux moyens d’y arriver, la négociation ou la guerre. La négociation lui avait réussi à Erfurt: pourquoi, cette fois, prit-elle un moyen différent ? Elle fit des armements considérables, déclina la voie des négociations, et parut ne vouloir obtenir de modifications au traité de Tilsit que par la protection de ses nombreuses armées. Les relations établies entre les deux puissances, après tant d’événements et de sang répandu, se trouvèrent rompues ; la guerre devint imminente. J’eus aussi recours aux armes, mais six mois après que Votre Majesté eut pris ce parti. Je n’ai pas levé un bataillon, je n’ai pas tiré un million de mon trésor pour l’extraordinaire de la guerre, que je ne l’aie fait connaître à Votre Majesté et à ses ambassadeurs. Je n’ai pas laissé échapper une occasion de m’expliquer. Votre Majesté a fait devant toute l’Europe une protestation que les puissances ont l’habitude de ne faire qu’au moment de se battre et lorsqu’elles n’espèrent plus rien des négociations : je n’y ai pas répondu. Votre Majesté, la première, a réuni ses armées et menacé mes frontières. Votre Majesté, la première, est partie pour son quartier général. Votre Majesté, après avoir constam­ment refusé pendant dix-huit mois de s’expliquer, m’a fait enfin remet­tre par son ministre une sommation d’évacuer la Prusse comme con­dition préalable de toute explication. Peu de jours après, ce ministre a fait la demande de ses passeports et a répété trois fois cette de­mande. Dès ce moment, j’étais en guerre avec Votre Majesté. Je voulus garder cependant l’espérance que le prince Kourakine avait mal entendu ses instructions, et qu’il n’était pas autorisé à cette som­mation sine qua non de n’entendre à rien que la Prusse ne fut éva­cuée, ce qui évidemment était me placer entre la guerre et le déshon­neur : langage inconvenant de la part de la Russie, que ni les événements passés ni les forces respectives des deux États ne devaient autoriser à me tenir, et qui était opposé au caractère de Votre Majesté, à l’estime personnelle qu’elle m’a quelquefois montrée, et enfin au souvenir qu’elle ne peut pas avoir perdu que, dans les cir­constances les plus critiques, je l’ai assez honorée, elle et sa nation, pour ne lui rien proposer qui pût être le moindrement contraire à la délicatesse et à l’honneur. Je chargeai donc le comte Lauriston de se rendre auprès de Votre Majesté et de son ministre des relations exté­rieures, de s’expliquer sur toutes ces circonstances, et de voir s’il n’y aurait pas moyen de concilier l’ouverture d’une négociation, en con­sidérant comme non avenue la sommation arrogante et déplacée du prince Kourakine. Peu de jours après, j’appris que la cour de Berlin avait été instruite de cette démarche du prince Kourakine, et qu’elle-même était fort surprise d’un langage aussi extraordinaire. Je ne tardai pas d’apprendre qu’à Pétersbourg aussi cette démarche était connue, et que les gens sensés désapprouvaient ; enfin les journaux anglais m’apprirent que les Anglais la connaissaient. Le prince Kou­rakine n’avait donc fait que suivre littéralement ses instructions. Tou­tefois je voulus encore conserver de l’espoir, et j’attendais la réponse du comte Lauriston , lorsque je reçus à Gumbinnen le secrétaire de légation Prévost, qui m’apprit que, contre le droit des gens, contre les devoirs des souverains en pareilles circonstances, sans égard pour ce que Votre Majesté devait à moi et à elle-même, non-seulement elle avait refusé de voir le comte Lauriston, mais même, chose sans exemple, que l’oubli avait été porté au point que le ministre aussi avait refusé de l’entendre et de conférer avec lui, quoiqu’il eût fait connaître l’importance de ses communications et la lettre de ses ordres. Je compris alors que le sort en était jeté, que cette Providence invisible, dont je reconnais les droits et l’empire, avait décidé de cette affaire, comme de tant d’antres. Je marchai sur le Niémen avec le sentiment intime d’avoir tout fait pour épargner à l’humanité ces nouveaux malheurs, et pour tout concilier avec mon honneur, celui de mes peuples et la sainteté des traités.

Voilà, Sire, l’exposé de ma conduite. Votre Majesté pourra dire beaucoup de choses, mais elle se dira à elle-même qu’elle a pendant dix-huit mois refusé de s’expliquer d’aucune manière; qu’elle a, depuis, déclaré qu’elle n’entendrait à rien qu’au préalable je n’eusse évacué le territoire de mes alliés ; que par là elle a voulu ôter à la Prusse l’indépendance qu’elle paraissait vouloir lui garantir, en même temps qu’elle me montrait du doigt les Fourches Caudines. Je plains la méchanceté de ceux qui ont pu donner de tels concerts à Votre Majesté. Quoi qu’il en soit, jamais la Russie n’a pu tenir ce langage avec la France ; c’est tout au plus celui que l’impératrice Catherine pouvait tenir au dernier des rois de Pologne.

La guerre est donc déclarée entre nous. Dieu même ne peut pas faire que ce qui a été n’ait pas été. Mais mon oreille sera toujours ouverte à des négociations de paix ; et, quand Votre Majesté voudra sérieuse­ment s’arracher à l’influence des hommes ennemis de sa famille, de sa gloire et de celle de son empire, elle trouvera toujours en moi les mêmes sentiments et la vraie amitié. Un jour viendra où Votre Ma­jesté s’avouera que si, dès la fin de 1810, elle n’avait pas changé, que si, voulant des modifications au traité de Tilsit, elle avait eu recours à des négociations loyales, ce qui n’est pas changer, elle aurait eu un des plus beaux règnes de la Russie. À la suite de désas­tres éclatants et réitérés, elle avait par sa sagesse et sa politique guéri toutes les plaies de l’État, réuni à son empire d’immenses provinces, la Finlande et les bouches du Danube. Mais aussi j’y aurais beaucoup gagné : les affaires d’Espagne auraient été terminées en 1811, et probablement la paix avec l’Angleterre serait conclue en ce moment. Votre Majesté a manqué de persévérance, de confiance, et, qu’elle me permette de le lui dire, de sincérité ; elle a gâté tout son avenir. Avant de passer le Niémen, j’aurais envoyé un aide de camp à Votre Majesté, suivant l’usage que j’ai suivi dans les campagnes précé­dentes, si les personnes qui dirigent la guerre auprès d’elle et qui me paraissent, malgré les leçons de l’expérience, si désireuses de la faire, n’avaient témoigné beaucoup de mécontentement de la mission du comte de Narbonne, et si je n’avais dû considérer comme le résultat de leur influence la non-admission de mon ambassadeur. Il m’a paru alors indigne de moi de pouvoir laisser soupçonner que, sous prétexte de procédé, en envoyant quelqu’un auprès de Votre Majesté, je pusse avoir tout autre but. Si Votre Majesté veut finir la guerre, elle m’y trouvera disposé. Si Votre Majesté est décidée à la continuer et qu’elle veuille établir un cartel sur les bases les plus libérales telles que de considérer les hommes aux hôpitaux comme non prisonniers , afin que de part et d’autre on n’ait pas à se presser de faire des évacuations, ce qui entraîne la perte de bien du monde; telles que le renvoi, tous les quinze jours, des prisonniers faits de part et d’autre, en tenant un rôle d’échange, grade par grade, et toutes autres stipula­tions que l’usage de la guerre entre les peuples civilisés a pu admettre : Votre Majesté me trouvera prêt à tout. Si même Votre Majesté veut laisser établir quelques communications directes, malgré les hosti­lités, le principe ainsi que les formalités en seraient aussi réglés dans ce cartel.

Il me reste à terminer en priant Votre Majesté de croire que, tout en me plaignant de la direction qu’elle a donnée à sa poli­tique, qui influe si douloureusement sur notre vie et sur nos nations, les sentiments particuliers que je lui porte n’en sont pas moins à l’abri des événements, et que, si la fortune devait encore favoriser mes armes, elle me trouvera, comme à Tilsit et à Erfurt, plein d’amitié et d’estime pour ses belles et grandes qualités, et désireux de le lui prouver.

Napoléon

 

Vilna, 1er juillet 1812, deux heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, il n’y a point de doute aujourd’hui que Bagration a filé de Brzesc sur Grodno, et de Grodno longé Vilna, à six lieues de distance, pour se porter sur Sventsiany. J’ai organisé trois fortes colonnes pour le poursuivre. Toutes les trois seront sous vos ordres quand vous pourrez communiquer. La colonne de droite est comman­dée par le général Grouchy et composée de la brigade Bordesoulle, de la division d’infanterie Dessaix et de la brigade de cavalerie légère Castex. La seconde colonne se trouve sous vos ordres. Vous avez la brigade Pajol, la division Compans, la division de cuirassiers de Valence et les lanciers de la Garde. La troisième colonne débouchera par Mikhalichki; elle est composée de la division Morand, de deux brigades de la division Bruyère et de la division Saint-Germain. Le général Nansouty commande cette colonne. J’ai placé en réserve le duc de Trévise à la rencontre de tous les chemins, avec une division d’infanterie et de cavalerie, prêt à se porter partout. C’est à vous de diriger ces trois colonnes aussitôt que vous pourrez communiquer; et c’est aux commandants de ces colonnes à se diriger eux – mêmes de manière à faire Le plus de mal possible à l’ennemi, quand vous ne pour­rez communiquer avec eux. Il est probable que le général Nansouty débordera ou tombera sur le flanc de l’avant-garde, vous sur le centre, et le général Grouchy sur l’arrière-garde. Si l’ennemi était sage, et s’il a de l’ensemble dans son commandement, il se dirigerait sur Minsk, pour prendre de là la route de Disna. Les trois colonnes doi­vent agir d’une manière efficace.

 

Vilna, 1er juillet 1812, trois heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, je vous envoie le rapport du général Bordesoulle. Je me suis décidé à diriger la division Dessaix sur Edlina pour appuyer le général Bordesoulle. Il paraît que les Cosaques ont déjà passé à Pavlovo et Tourgheli. Je pense qu’il serait convenable que vous vous fassiez appuyer par la division Morand.

 

Vilna, 1er juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, je vous envoie une copie d’une lettre du général Morand. Je lui donne Tordre de prendre position, avec sa division et les 100 chevau-légers de la Garde qu’il a avec lui, au pont de Mikhalichki, de s’emparer des magasins et de tenir une position mili­taire. Je l’ai instruit que le général Nansouty et deux brigades de la division Bruyère se rendaient au même poste pour le diriger. Tout est en mouvement pour former les trois colonnes. Je vous enverrai la division de dragons du général Grouchy, qui j’ai placée à l’embranchement des routes, aussitôt que j’aurai reçu les premières nouvelles. Si je n’en ai pas à midi, je la dirigerai sur vous, afin de vous mettre à même de marcher sur Melodetchna.

J’ai vu avec regret que vous soyez parti pour Ochmiana; il fallait attendre la brigade Colbert. Si vous marchez ainsi légèrement, vous tomberez dans les mains des Cosaques et même de la cavalerie régulière ennemie, vu que les colonnes sont éparses, ayant perdu tout à fait la tramontane.

 

Vilna, 1er juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, je reçois la lettre du gouverneur de Königsberg du 23 juin. Répondez-lui que je l’autorise à raser sur-le-champ toutes les lignes et redoutes du camp de Lochstœdt qui se trouvent à deux lieues de Pillau. Quant aux ouvrages de la pointe du Nehrung, je lui ferai connaître mes intentions. Écrivez-lui qu’il est inutile de renfor­cer la garnison de Pillau; qu’il sera temps, lorsque ce point sera tenace, d’y envoyer des troupes.

 

Vilna, 1er juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Envoyez à la rencontre du vice-roi un officier bien monté et très-actif. Faites connaître au vice-roi que Bagration débouche sur Vilna, ayant l’air de se diriger sur la Dvina, qu’une de ses divisions est à Boly-Soletchniki, une autre vis-à-vis Ochmiana; qu’il est important qu’il approche sans délai sa cavalerie légère et tout ce qu’il pourra de son infanterie, pour arriver le plus tôt possible, afin de pouvoir agir suivant les circonstances.

 

Vilna, 2 juillet 1842

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, chargez un officier d’état-major de suivre la construction des fours. Depuis cinq jours que nous sommes à Vilna, ils de­vraient déjà être construits, et cependant ils ne sont pas encore com­mencés. La cause en est au défaut de chevaux pour transporter les briques. Cependant l’ordonnateur Joinville a des chevaux du service du petit quartier général; le 10e bataillon des équipages est arrivé, et enfin il y a une grande quantité de chevaux de trait attachée au quartier général et aux officiers d’état-major, à commencer même par ceux de ma Maison. Il était donc convenable que, pour une opéra­tion aussi importante que la construction des fours, on commandât des chevaux de corvée. Mais l’état-major est organisé de manière qu’on n’y prévoit rien.

 

Vilna, 2 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez des ordres pour que, dans la journée, des officiers d’état-major et des gendarmes soient préposés, avec des hommes de corvée pris soit parmi la troupe, soit parmi les paysans, pour faire enterrer tous les chevaux, cadavres, immondices prove­nant des boucheries, tant dans la ville de Vilna que dans une circon­férence de deux lieues de rayon. Assignez à chacun son arrondisse­ment. Ils ne désempareront point que ce travail ne soit terminé.

 

Vilna, 2 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, réexpédiez cet aide de camp du vice-roi et faites connaître au vice-roi  que, n’ayant pas de nouvelles, mais prévenu du mouvement général, il est ridicule qu’il soit resté sans bouger à Piloni ; que, puisqu’il avait connaissance des Cosaques du côté de Stoklichek, il pouvait envoyer sa cavalerie légère en avant pour éclairer le pays le pays, avoir des nouvelles et s’approcher de Vilna; que la nou­velle que lui a donnée le général Roguet, que 30 à 40,000 Russes sont sur la gauche, n’a pas le sens commun ; que le général Roguet prétend qu’il lui a dit, sur sa droite,; qu’alors ce sont les hussards qui ont été vus du côté de Stoklichek; que toutes ces lenteurs con­trarient fort l’Empereur; qu’il en résulte que les plus belles occasions se passent sans en profiter, et que toutes les fatigues du 4e corps deviennent par là en pure perte.

Écrivez au général Roguet que je vois avec surprise qu’il est encore à Jijmory, qu’il faut qu’il ait perdu la tête pour ne pas avoir continué sa route sur Vilna; que, si son artillerie avait éprouvé des retards, il pouvait y laisser une garde de 100 à 150 hommes; qu’il a donné au vice-roi la nouvelle que 30 à 40,000 Russes étaient sur sa gau­che ; que cette nouvelle absurde a influé sur les opérations du vice-roi. Demandez-lui pourquoi il s’est avisé de donner cette nouvelle, et donnez-lui ordre de rejoindre sans délai.

Mandez au vice-roi que je lui ai fait connaître le 28 qu’il devait se diriger sur la droite ; qu’il pousse de forts partis de cavalerie sur Olitta pour avoir des nouvelles de tout ce qui se passe; qu’il s’ap­proche de Vilna avec le 4e corps, et qu’il ait sur sa droite, c’est-à-dire entre le Niémen et Vilna, le 6e corps, qui poussera des partis sur Meretch et Olkeniki, de sorte que sa jonction se fasse avec le roi de Westphalie.

 

Vilna, 2 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Tarente de porter le plus tôt qu’il pourra son quartier général à Poneveje. Il y concentrera toute la 7e division, la plus grande partie de la cavalerie prussienne et au moins la moitié de l’infanterie, toute l’artillerie de campagne.

De Poneveje il se mettra en correspondance avec le duc de Reggio, qui est à Vilkomir, et avec le quartier général par Vilkomir et par Kovno. Il fera occuper Chavli par des postes, s’il le juge convenable. Les Prussiens restés sur la gauche, il les réunira à Memel et fera travailler aux fortifications de cette place. Écrivez-lui de nouveau d’envoyer des détachements prussiens pour faire arriver nos vivres.

Envoyez votre dépêche au duc de Tarente, par duplicata, par le duc de Reggio par Vilkomir et par Kovno. Ce maréchal doit être actuellement à Rossieny.

P. S. Il sera nécessaire qu’il prenne des mesures pour réunir 2,000 voitures de Memel à Mitau et 2,000 de Tilsit à Chavli, pour le transport de l’équipage de siège de Memel à Riga et de Tilsit à Riga.

 

Vilna, 2 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, chargez un officier général de votre état-major de s’occuper uniquement de l’organisation des routes de communication de Wilkowyszki à Kovno et de Kovno à Vilna. De Wilkowyszki à Kovno il faut deux commandants et deux petites garnisons de 25 hommes avec un ou deux gendarmes ; ils protégeront la poste, feront la police et feront parvenir régulièrement les nouvelles de ce qui se passe; ils feront rétablir par les habitants les routes dégradées, remplir les fondrières, réparer et entretenir les ponts. De Kovno à Vilna, il faut établir quatre commandants et quatre garnisons de 25 hommes, à Roumchichki, à Jijmory, à Yevé, à Rykonty; ce sera donc une compagnie et 5 ou 6 gendarmes. Il faut joindre à chaque poste 3 ou 4 hommes de cavalerie. Les commandants feront con­naître régulièrement ce qui se passera, feront raccommoder les routes et les ponts, enterrer les chevaux et cadavres, qui dans la saison où nous sommes peuvent occasionner des maladies. Il est nécessaire aussi d’avoir à la suite de l’état-major deux ou trois chefs de batail­lon ou majors qui feront les fonctions d’inspecteurs des routes ; l’un sera chargé de la route de Wilkowyszki à Kovno, et l’autre de Kovno à Vilna ; ils feront la tournée de leur arrondissement deux fois par semaine, et veilleront à l’entretien des routes, à leur police, aux réparations des ponts, etc., pendant tout le temps que le quartier général restera à Vilna. Quand le quartier général ira en avant, l’in­specteur le plus en arrière se portera sur la nouvelle direction en avant. Les stations doivent être d’abord placées à demi-journée d’étape, sur les quarante ou cinquante lieues en arrière de Vilna; on les réduira ensuite aux journées d’étape lorsque le pays sera organisé. Il est important de nommer sur-le-champ ces inspecteurs et d’organiser les routes de Wilkowyszki à Vilna et de faire réparer sur-le-champ les ponts et routes.

 

Vilna, 2 juillet 1812, six heures du soir

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au général Lahoussaye de partir avec sa division aujourd’hui pour faire une journée, et de se diriger sur Roudniki. Il enverra des patrouilles sur la route d’Olkeniki, sur celle d’Olitta et sur Eïchichki, route da Grodno. Il prendra tous les renseignements, et vous rendra compte directement de ce qui se passe. Il rendra compte aussi au général Grouchy, avec lequel il se liera et qui se trouve à Boly-Soletchniki.

Écrivez au général Grouchy, qui est à Boly-Soletchniki, de vous faire connaître de quel régiment et de quelle division sont les prison­niers, qu’il fait, et où ils ont été depuis quinze jours.

 

Vilna, 2 juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, je vous envoie une lettre du général Nansouty. Vous verrez qu’effectivement le corps ennemi d’Ochmiana prend la route dont je vous ai envoyé la note. Le général Nansouty est arrivé à Mikhalichki hier au soir; il sera donc à même de tomber sur les flancs de cette colonne. Il paraît que ce corps est le 6e que com­mande le général Doktourof, composé de deux divisions d’infanterie et d’une division de cavalerie, ce qui fait de 15 à 16,000 hommes. Je ne vois pas encore là de nouvelles de Bagration.

Napoléon.

 

Vilna, 2 juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, je vous envoie la feuille de route de l’aile droite du 6e corps ennemi, que l’on a trouvée dans les papiers que vous m’avez envoyés. Cela m’a paru assez important pour vous être transmis. Le général Grouchy me mande que le corps que vous aviez devant vous à Boly-Soletchniki a fini par rétrograder, sans qu’on pusse savoir dans quelle direction ; qu’il se met en route pour suivre vivement la piste de l’ennemi.

 

Vilna, 3 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, donnez ordre au général Chasseloup de faire prendre trente ou quarante bateaux sur la Viliya, d’y faire mettre des marins de la Garde dès qu’ils seront arrivés, et quelques matelots du pays ; de les faire regréer et de les envoyer cinq par cinq à Kovno pour s’y charger ; mandez-lui qu’il est nécessaire que les cinq premiers bateaux partent demain. Qu’il charge le général Kirgener de ces détails; qu’il lui donne les fonds dont il aura besoin, et que l’intendant rembour­sera. Chargez le général Chasseloup de faire commencer dès demain à travailler au pont de la Viliya; qu’il donne la conduite de ces tra­vaux à l’architecte de la ville ; qu’il lui avance même les fonds qui peuvent être nécessaires, sauf à la ville à en faire plus tard le rem­boursement; qu’enfin il charge le général Kirgener de la surveillance de cette construction, qu’il faut faire très-promptement.

 

Vilna, 3 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, il restait ce matin à la manutention 4,000 rations de pain appartenant à la jeune Garde, qui doivent lui être données, 12,000 réservées pour l’armée d’Italie, qui lui seront délivrées aussitôt qu’elle enverra ses voitures, et 27,000 disponibles. Sur ces 27,000, on en donnera 8,000 à l’armée d’Italie, ce qui portera à 20,060 la quantité qui lut est destinée. Il en restera 19,000, dont 4,000 seront employées pour la consommation du quartier général, du général de l’artillerie, et 15,000 seront délivrées à la Garde comme premier escompte sur quatre jours de pain qu’elle doit avoir d’avance. L’ordonnateur de la Garde fera un rapport pour faire connaître le nombre de rations que la vieille et la jeune Garde consom­ment, et ce qu’il faut pour assurer les distributions des 4, 5, 6 et 7, ainsi que les moyens d’arriver à ce résultat. Il faudra plusieurs jours pour compléter l’avance de quatre jours de pain, puisqu’on a à pour­voir au service journalier. Mon but est d’arriver au point que la Garde ait toujours ses quatre jours de vivres. Il faudrait organiser dès à présent la manutention, de manière à avoir 50,000 râlions par vingt-quatre heures, savoir : 30,000 à la manutention de Saint-Raphaël, 12,000 à celle de Saint-Casimir et 8 ou 10,000 dans les fours bourgeois et des Juifs.

J’ai ordonné d’établir trois nouvelles manutentions de douze fours ; les douze premiers seront unis sous peu de jours. On pourra alors les mettre à la disposition de la Garde et ne plus rien faire dans les fours bourgeois, qu’on laisserait à la disposition des habitants. Cette nouvelle manutention de douze fours porterait les moyens de fabrica­tion à 60,000 rations par jour, et, quand les deux autres seront terminés, on pourra en fabriquer jusqu’à 100,000. Alors tout ce qu’on pourra confectionner en sus de la consommation devra être en pain biscuité. Les 100,000 rations à faire par jour exigent 1,200 quintaux de farine. Les moulins doivent en donner 1,000. On prendra les farines appartenant aux corps qui arrivent ici, et on donnera aux corps l’équivalent en pain, car on ne peut pas se dissi­muler que la farine ne nourrit pas le soldat. La Garde doit avoir beaucoup de convois de farines à arriver; elles seront déchargées ici, de manière que, lorsque la Garde partira, elle puisse partir avec quatre rations sur le dos et toutes ses voitures chargées de pain biscuité.

Réitérez l’ordre pour que toutes les voitures de l’armée qui sont ici vides aillent se charger de farine à Kovno. Il doit y en être arrivé 3,000 quintaux le 1er juillet.

Donnez l’ordre au commandant de Kovno de faire embarquer les farines sur la Viliya à mesure qu’elles arriveront, et écrivez à l’inten­dant général de prendre des mesures afin d’assurer la ‘navigation de la Viliya.

 

Vilna, 3 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples qu’il parait que l’ennemi ne veut pas tenir sérieusement à Sventsiany; je ne vois pas de difficulté à ce qu’il pousse sur ce point ; qu’aussitôt qu’il y sera arrivé je désire qu’il y fasse construire des fours.

 

Vilna, 3 juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint le rapport du commissaire aux fourrages polonais; il n’est pas conforme à vos renseignements. Vous trouverez ci-jointe aussi la lettre du général Nansouty; elle parait confirmer les rapports du commissaire. Vous verrez qu’il est arrivé à Mikhalichki. Vous trouverez également copie de la lettre du général Grouchy ; il marche sur Dzevenichki : ainsi vous voilà liés ensemble. La Garde est réunie à Vilna. Le corps du vice-roi est arrivé. Ainsi vous ne devez avoir aucune crainte de découvrir Vilna. Vous pouvez attirer à vous les généraux Grouchy et Dessaix. Dans la posi­tion actuelle, le général Nansouty seul peut faire encore quelque mal à Doktourof. Les rapports du général Grouchy sont vagues; on ne voit pas très-bien à quel corps ennemi il a affaire; il est nécessaire que vous éclairassiez tout cela. Voici des renseignements positifs. Le 30, le roi de Westphalie est entré à Grodno, il y a trouvé Platof avec tout le corps des Cosaques, qui, comme de raison, se sont sauvés. Le 30, Bagration était à Mosty et menaçait d’attaquer; mais il est plus vraisemblable qu’il se sera retiré. Dans ce cas, il peut être aujourd’hui 3 à Lida; il pourrait être à Volojine le 5 ou le 6. Vous pourriez donc vous réunir avec le général Grouchy sur Volojine. Le roi de Westphalie doit suivre Bagration ; il doit se diriger sur Minsk. Je n’ai point de nouvelles que nous soyons entrés à Sventsiany. Le maréchal Ney est à Maliaty; le duc de Reggio à Avanta. Le général Grouchy aura probablement des nouvelles sur la direction de l’en­nemi; faites là-dessus ce qu’il convient. Si les renseignements du roi de Westphalie sont vrais, vous vous trouverez prévenu sur les mou­vements de l’ennemi. Tâchez donc d’être réuni avec le général Grouchy et d’avoir sous la main le plus d’infanterie et de cavalerie possible. Quand je saurai ce que vous voulez faire, je me déciderai à vous envoyer la division Claparède.

Si on peut faire quelques fours à Ochmiana et y organiser des subsistances, cela pourrait être utile.

 

Vilna, 4 juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Vichnef

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 3 à deux heures après midi. J’envoie la division Claparède, composée des trois régiments de la Vistule, à Ochmiana. Elle part ce matin; elle sera là à votre dispo­sition. J’ai jugé que ce renfort vous était nécessaire dans ces circon­stances. La tête du vice-roi arrive enfin à Vilna; la division de dragons Lahoussaye est à Roudniki ; comme elle est sous les ordres du général Grouchy, il peut la faire appuyer à lui.

Je crois vous avoir mandé que le roi de Westphalie était entré le 30 à Grodno, et que Bagration était à Mosty, occupé à passer le Niémen.

 

Vilna, 4 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, le maréchal duc de Castiglione prendra le commandement du 11e corps de la Grande Armée. Ce corps sera composé de la manière suivante : de la 2e division de réserve, commandée par le général Heudelet, qui prendra le numéro de 1e division du 11e corps; de la 3e division de la réserve, qui sera la 2e du 11e corps; de la 4e division de la réserve, qui sera la 3e du 11e corps, et de la divi­sion napolitaine. Vous me présenterez l’organisation en détail et défi­nitive de ces divisions, et vous me proposerez de leur donner des numéros à la suite des autres divisions de l’armée.

Le duc de Castiglione aura sous ses ordres les garnisons de la Poméranie suédoise, de Berlin et des trois places de l’Oder. Il gardera les cinq 6e bataillons des 46e, 37e, 56e, 19e, et 93e jusqu’à nouvel ordre. Il est nécessaire que le duc de Castiglione soit rendu avant le 25 juillet à Berlin. Vous donnerez ordre au duc de Bellune qu’aussi­tôt que le duc de Castiglione sera arrivé il lui remette le commande­ment ; il lui remettra ses instructions, tous les renseignements qui peuvent être utiles, et partira pour porter son quartier général à Marienburg. À cet effet, la division du général Partouneaux se mettra en marche, aussitôt après la réception du présent ordre, pour se diriger sur Marienburg. Elle marchera sur deux colonnes. La divi­sion du général Lagrange, qui est la 1e de la réserve, se portera sur Königsberg, en marchant sur deux colonnes, par Küstrin et par Schwedt. La division du général Girard partira immédiatement après la division Partouneaux et se rendra à Marienburg. La division Daendels est déjà rendue à Danzig. Ainsi les quatre divisions du corps du duc de Bellune seront réunies à Marienburg, à Danzig et à Königsberg, pouvant se porter partout où les circonstances l’exigeraient. Il est nécessaire que ces troupes soient rendues sur la Vistule à la fin de juillet.

Vous ordonnerez au duc de Bellune de faire venir sans délai la 13e demi-brigade provisoire, qui est à Erfurt, et tout ce qui appar­tient aux 3e et 4e divisions de la réserve, pour les placer selon les ordres que j’ai donnés, et de garder les cinq 6e bataillons jusqu’à nouvel ordre. Tout cela assurera les garnisons de Stettin, de Küstrin, de Glogau, de La Poméranie suédoise, et fermera un corps de réserve à Berlin. Ayez soin cependant que ce qui appartient à la 4e division de la réserve ne parte de Mayence, Wesel et Strasbourg que bien habillé, bien équipé et complété au moins, à 800 hommes par bataillon.

Le duc de Bellune recevra, avant son arrivée à Marienburg, des instructions sur ce qu’il a à faire; mais il aura pour instruction géné­rale de courir au secours de Stettin, Danzig et Königsberg, selon les circonstances qui se présenteront.

Donnez ordre au général Rapp et au général Latour de former des bataillons de marche des hommes disponibles du 2e corps au dépôt de Marienburg, du 1er corps au dépôt de Danzig et des 3e et 4e corps au dépôt de Thorn, et de les diriger sur Königsberg. Ils auront soin de n’envoyer que des hommes valides et qui soient bien habillés et bien équipés.

 

Vilna. 4 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, il est nécessaire que vous donniez des ordres pour qu’aucun homme isolé ne parte de Rovno. Recommandez qu’ils y soient réunis et qu’ils ne viennent qu’en force, bien organisés et ayant avec eux quatre jours de pain, puisqu’ils ne doivent pas trouver de-vivres de Kovno à Vilna. Je vois avec un grand plaisir qu’enfin la tête des convois est prête à arriver par le Niémen, et que dans ce moment 7 à 8,000 quintaux de farine doivent se trouver à Kovno. Envoyez ordre de diriger par eau sur Vilna tout ce qu’il sera possible, en employant les bateaux qu’on pourra se procurer.

 

Vilna, 4 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au duc d’Elchingen que la situation de son corps d’armée me parait fort alarmante sous le point de vue de l’ar­tillerie. Il est nécessaire qu’il ne fasse pas un pas de plus que son artillerie ne l’ait rejoint. Sans artillerie son corps serait très-com­promis. Il faut donc qu’il rallie ses troupes, qu’il fasse construire des fours, qu’il rassemble des moyens de subsistance et qu’il organise la police. Dites-lui d’envoyer des détachements de cavalerie, com­mandés par des officiers d’état-major, pour faire rejoindre les traîneurs ; il y en a beaucoup qui commettent des crimes, et qui finiraient par se faire prendre par les Cosaques. Je désire qu’il me fasse connaître l’état de situation de son corps sous le rapport de l’artillerie, du génie, du nombre d’hommes, des subsistances, etc.

Vous écrirez la même chose au duc de Reggio, en lui demandant le même état de la situation de son corps.

Écrivez aussi au roi de Naples que mon intention est que l’infan­terie se repose à Sventsiany ; qu’il y fasse construire des fours ; qu’il organise le service des subsistances et une bonne police. La cavalerie a également besoin de repos. Vous lui ferez connaître que j’ai ordonné la même chose aux ducs d’Elchingen et de Reggio.

Vous manderez au duc de Tarente que je lui ai donné ordre depuis longtemps de se porter sur Poneveje ou sur Chavli; le principal but est de tenir l’ennemi en respect pour qu’il ne vienne point inquiéter le Niémen, et d’avoir l’air de menacer Mitau.

 

Vilna, 4 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, une seule route ne peut suffire pour une armée comme celle-ci ; d’ailleurs, je désire laisser reposer la route de Wilkowyszki à Kovno, afin de donner le temps de la réorganiser et de la réparer. Présentez-moi un projet pour établir une route par Königsberg, Labiau, Tilsit, en suivant la rive gauche du Niémen. Par ce moyen, il sera facile de donner exactement de l’avoine aux chevaux et du pain aux troupes. Faites-moi connaître les lieux d’étapes où l’on pourra former des magasins. La route de Wilkowyszki étant ainsi soulagée, donnez ordre qu’il soit formé des magasins à Wilkowyszki, et que cette route soit réparée et mise en bon état.

Mon intention est d’avoir une deuxième route de Vilna à Preny ou à Olitta, et de là à Rastenburg et à Wilkowyszki; faites reconnaître cette route par Olitta, et présentez-moi un projet d’organisation; faites reconnaître les routes de Preny et de Balwierzyszki, mon intention étant de jeter deux ponts permanents à Olitta et à Preny, dans le point le plus près de Vilna à la rivière, de faire là une tête de pont et d’y avoir un grand magasin. Envoyez le général Guilleminot avec un ingénieur géographe et un officier supérieur du génie pour recon­naître ces routes, le point le plus près du Niémen, l’emplacement où il faut jeter les ponts, et les ouvrages de fortification qu’il faudrait y faire.

Enfin la route de Vilna sur Grodno et de là sur Varsovie est natu­rellement la troisième route. Donnez ordre au général du génie de faire reconnaître Grodno, mon intention étant d’avoir là deux ponts et d’y établir une tête de pont, si ce point est susceptible de fortifi­cation. Ordonnez au général Chasseloup d’y envoyer un officier du génie. Actuellement que l’armée est passée, il faut organiser à Jijmory et à Yevé deux magasins, avoir à chacun de ces deux endroits une manutention d’au moins trois fours. En attendant que ces établisse­ments soient faits, on prendra quatre jours de vivres à Kovno pour venir à Vilna, et quatre jours de vivres à Vilna pour aller à Kovno. Il est indispensable d’avoir au plus tôt ces deux manutentions à Jijmory et à Yevé, et un approvisionnement suffisant pour distribuer 6,000 rations par jour.

 

Vilna, 4 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, expédiez avant minuit un officier d’état-major pour se rendre auprès du roi de Westphalie et lui faire connaître les intendants et administrateurs que j’ai nommés. Chargez cet officier de prendre des renseignements sur le corps de Bagration, sur les mou­vements des Russes, sur la position du roi de Westphalie, et de reve­nir sans délai nous en instruire.

 

Vilna, 4 juillet 1812

Au général comte de La Riboisière, commandant de l’artillerie de la Grande Armée, à Vilna

Monsieur le Général Comte la Riboisière, donnez ordre que les 30,000 fusils destinés à armer l’insurrection soient dirigés par Bromberg et la Vistule sur Vilna. Faites venir également les 6,000 fusils qui se trouvent à Pillau, avec les sabres et pistolets qui s’y trouvent.

 

Vilna, 4 juillet 1812

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Novoï-Troki

Mon Fils, faites pousser des patrouilles de votre cavalerie légère aussi loin que vous pourrez. Les coureurs peuvent aller jusqu’à Meretch et Orany; il n’y a plus d’ennemis là. Qu’elles requièrent les habitants de rétablir le pont et de ramasser les traînards russes. Nous sommes en communication directe avec le roi de Westphalie à Grodno.

Envoyez-moi par le retour de mon officier d’ordonnance la posi­tion de vos divisions ce soir. Venez me voir à Vilna.

En général, vous n’écrivez pas assez, et vous ne faites pas ce qui est nécessaire, lorsque vous êtes isolé, pour vous lier avec le quartier général et avoir prompte ment des nouvelles et des ordres.

 

Vilna, 5 juillet 1812, six heures du matin

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Volojine

Mon Cousin, j’ai donné l’ordre au général Lahoussaye de se porter sur Boly-Soletchniki pour appuyer la droite de Grouchy, et à toute la cavalerie légère du vice-roi de se rendre également de Troki sur Boly-Soletchniki pour couvrir votre droite. On m’écrit de Grodno qu’on croit que Bagration est parti de Slonime le 1er. Le général Nansouty, était hier à Kobylnik. Doktourof venait de passer. Le roi de Naples était à Sventsiany. La cavalerie du roi de Westphalie s’était mise en grand mouvement sur Lida.

P. S. Je vous ai mandé que la division Claparède était partie hier au soir pour Ochmiana pour vous soutenir.

 

Vilna, 5 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, écrivez au roi de Westphalie que je ne reçois qu’aujourd’hui sa dépêche du 3 juillet, tandis que j’ai reçu hier ses lettres du 4. Vous lui ferez connaître que je suis extrêmement mécontent qu’il n’ait pas mis toutes ses troupes légères sous les ordres du prince Poniatowski aux trousses de Bagration, pour harceler son corps et arrêter sa marche; qu’arrivé le 30 à Grodno il devait attaquer sur-le-champ l’ennemi et le poursuivre vivement. Vous lui direz qu’il est impossible de manœuvrer plus mal qu’il ne l’a fait; que le général Reynier et même le 8e corps étaient inutiles à cela ; qu’il fallait faire marcher le prince Poniatowski avec tout ce qu’il avait de disponible pour suivre l’ennemi ; que, pour s’être éloigné de toutes les règles et de ses instructions, il fait que Bagration aura tout le temps de faire sa retraite, et il la fait à son aise ; que si Bagration est parti le 30 de Volkovisk, il peut arriver le 7 à Minsk, et qu’importe alors que le Roi y suit de sa personne le 10, puisque Bagration aura gagné quatre jours de marche sur lui. Dites-lui que, le prince Poniatowski n’eût-il eu qu’une seule division, il fallait l’envoyer ; mais que tout porte à penser qu’il pouvait envoyer tout ce corps en avant; il n’aurait pu être compromis, puisque Bagration n’a pas le temps de combattre ou de manœuvrer, et qu’il ne cherche guère qu’à gagner du terrain, sachant bien qu’il est coupé par les manœuvres que je fais faire ; que le prince d’Eckmühl est, aujourd’hui 5, avec une partie de son corps en avant de Volojine, mais ne sera pas assez fort pour arrêter Bagra­tion , puisque celui-ci n’est gêné par rien. Mandez donc au Roi qu’il donne ordre sur-le-champ au prince Poniatowski de partir, avec sa cavalerie et tout ce qu’il aura de disponible, pour se mettre aux trousses de Bagration. Vous lui direz que tout le fruit de mes ma­nœuvres et la plus belle occasion qui se soit présentée à la guerre ont échappé par ce singulier oubli des premières notions de la guerre.

 

Vilna, 5 juillet 1812, sept heures du soir

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Volojine

Mon Cousin, je vous envoie copie d’une lettre que je reçois du roi de Westphalie.

Napoléon.

LETTRE DU ROI DE WESTPHALIE AU MAJOR GÉNÉRAL.

Mon Cousin, je reçois seulement à l’instant vos lettres des 29 et 30. Ce sont les premières nouvelles que j’aie depuis Kovno.

Le prince Bagration n’est nullement à Ochmiana. Ce sont seulement deux divi­sions d’infanterie qu’il avait détachées le 27 pour se porter sur Vilna, où elles devaient renforcer le corps qui s’y trouvait.

J’ai la certitude que le prince Bagration n’est parti de Volkovisk avec cinq divisions d’infanterie et deux de cavalerie que le 30, se dirigeant à marche forcée sur Slonime et Minsk.

L’hetman Platof, qui a évacué Grodno devant ma cavalerie légère, se portait sur Vilna lorsqu’il apprit à Lida que l’Empereur était dans cette première ville. Il s’est alors dirigé sur Slonime par Biélitsy, en cherchant à se joindre au prince Bagration.

Je donne ordre au général Reynier de se porter sur Slonime et de là sur Nesvije.

J’ai engagé le prince Schwarzenberg, comme il n’a plus d’ennemis devant lui, à marcher sur Bialystok.

Je serai de ma personne avec mes trois autres corps d’armée à Novogroudok le 9 ou le 10.

Nous perdons énormément de chevaux, nous manquons de moyens de trans­port; mais comme nous supportons tous les mêmes privations, nous ne pouvons pas nous en plaindre.

Jérôme Napoléon

Au quartier général, à Grodno, minuit, le 3 juillet 1812.

 

Vilna, 6 juillet 1812, onze heures du matin

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Volojine

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 5 après midi. Il est probable que vous rencontrerez la tête du corps de Bagration à Minsk. Je désire que vous ayez avec vous la division Claparède et la division Grouchy. Toute la cavalerie légère du vice-roi est ce soir à Boly-Soletchniki. Le général Lahoussaye est parti hier pour Soubotniki pour vous rejoindre; faites-le venir à vous. La cavalerie légère du vice-roi sera sur votre droite pour l’appuyer, et celle des Bavarois est sur Soletchniki. Le vice-roi se porte sur Soletchniki et Ochmiana; ainsi il sera en position de vous soutenir. J’ai envoyé ordre sur ordre au roi de Westphalie de poursuivre Bagration l’épée dans les reins. Il parait constant que Bagration n’est parti que le 30 de Volkovisk. Je ne pense pas que son avant-garde puisse arriver avant le 8 à Minsk, et que son corps y soit réuni avant le 10 ou le 11. Avec la division Claparède, la division Compans et la division Dessaix, vous aurez plus d’infanterie que lui, et la division Valence, vos deux brigades légères, la brigade Colbert, la division Lahoussaye et la division Grouchy vous donneront beaucoup plus de cavalerie. Enfin il n’est pas probable qu’il veuille vous marcher sur le corps, puisqu’il sera poursuivi en queue; et, s’il le veut, j’espère que le vice-roi sera en mesure de vous soutenir. La division Morand était hier à Postai y avec le général Nansouty. Il faut la laisser là, parce qu’elle y est dans le système du roi de Naples, qui est auprès de Vidzy, et qu’elle pourrait se porter sur Gloubokoïé, s’il y avait quelque chose à faire. Il est probable que Bagration prendra une autre route que celle de Minsk quand il saura que vous y êtes. J’espère recevoir dans peu d’heures des courriers de Grodno, qui m’apporteront des nou­velles et des renseignements précis sur sa marche. Je ne perdrai pas de temps à vous en faire communication.

Ayez bien soin que vos postes de cavalerie soient placés sur toute la ligne, afin que les communications soient rapides. Je donne ordre à tout votre quartier général de se mettre en route pour vous rejoin­dre à Minsk.

On dit qu’à Minsk il y a beaucoup de chevaux ; si vous pouviez nous en procurer 2 ou 3,000, ce serait fort utile.

 

Vilna, 6 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre que tout ce qui appartient au quartier général du prince d’Eckmühl, administration, boulangers, construc­teurs de fours, génie, artillerie, etc., parte avant midi pour rejoin­dre sur Minsk, en passant par Ochmiana. Vous lui recommanderez de marcher avec ordre et de s’informer de ce qui se passe, parce que la route pourrait être croisée par des colonnes ennemies qui, de ce côté, chercheraient à gagner la Dvina.

Écrivez au général Nansouty, qui est à Postavy, de se lier avec le roi de Naples, dont les avant-postes étaient hier à Davghelichki, afin de marcher de concert sur Vidzy ; que, si cependant le roi de Naples était entré à Vidzy sans lui, il serait bon qu’il restât à huit lieues sur la droite de Vidzy, afin d’être à même de se porter sur Gloubokoïé et de pouvoir, aussitôt qu’il sera certain que le Roi n’a pas besoin de lui, intercepter la route de Disna.

 

Vilna, 6 juillet 1812.

NOTE POUR LE PRINCE MAJOR GÉNÉRAL.

1° Ne laisser partir aucun homme isolé que je ne l’aie vu et que je n’en aie donné l’ordre.

2° Donner dans la nuit quatre jours de pain (à la demi-ration) à tout ce qui part du 1″ corps.

3° Sur les 7,000 rations qui restent, donner à l’armée d’Italie les 1,700 rations qui lui manquent.

4° Donner à l’armée d’Italie les 20,000 rations qu’a la Garde. La Garde sera servie avec ce qu’on fera dans la nuit et dans la matinée de demain.

5° Donner à l’armée d’Italie les 80 quintaux de riz qu’on a ici.

6° II faut rappeler de Berlin l’ordonnateur Lambert et de Thorn l’ordonnateur Sartelon.

 

Vilna, 6 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples que le général Morand et le général Nansouty étaient hier à Postavy, où ils doivent rester en po­sition ; que le duc d’Elchingen a reçu ordre de se porter à Taouroghiny et d’être à sa disposition, et qu’il peut y avoir intérêt à occuper Vidzy. Faites-lui connaître que le prince d’Eckmühl doit arriver aujourd’hui à Minsk, et qu’il marche à la rencontre de Bagration, qui est parti le 30 de Volkovisk, et que je suppose poursuivi vivement par le prince Poniatowski, que le vice-roi se rend à Ochmiana et Maly-Soletchniki, et que de là il ira à Vileïka. Dites-lui que je ne veux point me porter sur Dinabourg; mais que, voulant opérer par mon extrême droite, nous sommes loin d’être en mesure; il faut pouvoir se régler sur les événements arrivés à Bagration. Si l’on peut avoir une affaire avec lui, l’entamer, le jeter dans les marais de Pinsk, ou l’obliger à se retirer sur Mohilef, on pourra arriver avant lui sur Vitebsk. Dites-lui que je ne veux point que son corps se porte devant Dinabourg; mais que je le laisse le maître de se porter sur Vidzy, pourvu qu’il marche avec prudence et sagesse. Mandez au Roi que le duc de Tarente s’est porté sur Poneveje, Chavli et Telchi, et qu’il va recevoir l’ordre de marcher sur Mitau. Faites-lui connaître que mon intention est de manœuvrer pour tourner l’ennemi par ma droite, parce que, sur sa droite le passage de la Dvina n’est plus rien, la rivière étant guéable; qu’en marchant sur Smolensk on menace Moscou, et qu’en se portant sur Polotsk on force l’ennemi à évacuer tout le pays jusqu’à quatre ou cinq marches de Saint-Pétersbourg. Cette évacuation serait d’un effet avantageux sur le moral des Russes, qui seraient obligés de laisser une garnison de 15,000 hommes dans Dinabourg et une garnison de pareille force dans Riga, et, au lieu d’une petite guerre d’affaires d’arrière-garde et de chicanes, cela don­nera lieu à de grands mouvements de flanc. Pendant que le roi de Westphalie et le vice-roi manœuvreront sur la droite et que le duc de Tarente menacerait la gauche, le 1er et le 2e corps avec les corps de cavalerie serreraient l’ennemi. Dites au Roi qu’aussitôt arrivé à Vidzy il doit faire construire des fours, organiser les subsistances et mettre un terme au pillage de la cavalerie légère. Il doit s’assurer que son artillerie est avec lui. Le général Wittgenstein s’étant retiré sur Riga, il ne peut donc avoir devant lui que le corps de Baggovoute, formant deux divisions; celui de Toutchkof et celui de Chouvalov, formant quatre divisions; la garde et les deux divisions de Doktourof, ce qui peut faire environ 80,000 hommes en infanterie, cavalerie et artillerie. En débordant toujours l’ennemi par sa gauche, le Roi l’obligera à évacuer Vidzy. Le Roi a le 2e et le 3e corps, qui forment environ 70,000 hommes, trois divisions du 1er corps, en y comprenant la division Morand et les corps de cavalerie des généraux Nansouty et Montbrun ; cela doit faire en tout 100 à 110,000 hommes. Mais mon intention n’est point qu’on engage une aussi grande affaire sans ma présence. Le duc d’Elchingen a été rejoint par son artillerie et est en mesure; mais il vaut mieux marcher un jour plus tard et ne risquer que des affaires de cavalerie. Dites-lui que mon intention n’est pas encore de manœuvrer sur la Dvina, et que la cavalerie et les transports de l’armée ont besoin d’un peu de repos.

 

Vilna, 6 juillet 1812

ORDRE.

Sa Majesté ordonne que, en cas de réunion des 5e, 7e et 8e corps d’armée et du 4e corps de réserve de cavalerie avec le corps com­mandé par le prince d’Eckmühl, le commandement soit déféré au prince d’Eckmühl comme le plus ancien général. L’Empereur ordonne à Sa Majesté le roi de Westphalie de reconnaître le prince d’Eckmühl comme commandant supérieur tant que les corps d’armée seront réunis. Il est ordonné au général de division Marchand, chef d’état-major, et au général Latour-Maubourg, au prince Poniatowski, au général Reynier et au général Tharreau, de se conformer aux dispo­sitions ci-dessus. Il est également ordonné à tous les généraux de division et de brigade et à tous officiers et soldats des 5e, 7e et 8e corps d’armée et 4e de réserve de cavalerie, d’obéir et se conformer aux ordres qui leur seront donnés par le prince d’Eckmühl.

Par ordre de l’Empereur, Alexandre, prince de Neuchâtel, major général.

 

Vilna, 7 juillet 1812, six heures du matin

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites connaître, par une lettre en chiffre, au roi de Westphalie la position du prince d’Eckmühl, hier 6 ; vous la tirerez des reconnaissances ci-jointes. Réitérez-lui l’ordre d’activer sa marche. Dites-lui que les renseignements qu’il donne sur Bagration sont si imparfaits qu’ils nous embarrassent; que, s’il suit la marche qu’il a prise, il nous la fasse connaître.

 

Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, la Garde doit partir; son mouvement commence le 9 et se continue le 10 et le 11. Il est nécessaire que l’équipage de pont, les troupes du génie, de l’artillerie, et tout ce qui part, emportent pour six jours de vivres à demi-ration et aient leur viande assurée, à trois quarts de livre ou une livre par homme. Il est donc nécessaire que dans la journée du 10 on puisse avoir 90,000 rations de pain à distribuer à la Garde, à porter sur le dos, ce qui assurera ses sub­sistances pour six jours; et 300 quintaux de riz, pour distribuer une livre de riz à chaque homme, ce qui assurera les vivres de la Garde pour dix jours ; que le 11 et le 12 deux convois de pain, de 30,000 ra­tions chacun, partent de Vilna pour suivre le mouvement de la Garde, ce qui lui assurera du pain pour quatre autres jours; enfin que le 9, le 10, le 13, il parte dix convois de pain chargés sur les voitures du quartier général, sur des voitures auxiliaires, sur celles qui rempla­ceront les voitures des 9e, 10e et 2e bataillons, sur celles du 14e ba­taillon , et sur les voitures qui pourraient arriver encore, de manière que dans les journées du 9, du 10 et du 11 il y ait de partis 4,000 quin­taux de farine à la suite de la Garde, ce qui fera 360,000 rations de pain ou 10 jours de vivres assurés pour la Garde et le quartier général; ce qui, joint aux dix jours qu’aura emmenés la Garde, fera vingt jours de pain. Si l’armée ne marche pas, d’autres convois arriveront; si elle marche, elle trouvera des ressources dans les villes. Mais je ne puis avoir de tranquillité que la Garde et le quartier général n’aient vingt jours de vivres assurés, puisque la Garde marche la dernière et doit donner l’exemple de la discipline. Dans ce compte ne doivent pas être compris le biscuit, l’eau-de-vie, etc., contenus dans les quarante caissons du quartier général, qui sont une ressource extra­ordinaire. Comme il y a du biscuit arrivé, faites voir s’il est en bon état et faites-en remplir les caissons du quartier général, ce qui est plus avantageux dans un cas imprévu.

 

Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé d’organiser un équipage de pont de trente-deux bateaux, avec deux compagnies de pon­tonniers et une compagnie de marins; il les mettra sous les ordres d’un officier supérieur. Cet équipage partira demain sous le comman­dement du général Kirgener, qui mènera avec lui une compagnie de marins de la Garde, la compagnie de sapeurs de la Garde, celle du grand-duché de Berg, les trois compagnies de sapeurs attachées à la Garde, deux compagnies do bataillon des ouvriers du Danube, une des compagnies du train du génie avec ses voitures, deux compagnies de mineurs et deux de sapeurs du parc général du génie. Cet équipage prendra en partant du pain pour quatre jours, et se dirigera sur Vidzy, aux ordres du roi de Naples. Comme l’équipage de pont retarderait la marche de ces troupes, vous donnerez ordre qu’on laisse les pontonniers et une compagnie de sapeurs pour l’escorter. Le général Kirgener prendra les devants avec le reste de sa troupe pour pouvoir faire raccommoder tous les ponts sur la route; il laissera de petits détachements à tous les points qui ont été rétablis provisoire­ment, a6n d’achever de les établir d’une manière durable. Il rendra compte de tous ses travaux au major général et au roi de Naples. Faites-moi faire un rapport sur tout ce qui existe d’équipages de pont, ainsi que du matériel du parc da génie.

 

Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, il est nécessaire qu’un équipage de pont de trente voitures parte au plus tard le 9 pour se rendre à Sventsiany, qu’un autre parle le 10, un autre le 11 et un autre le 12 ; il est également nécessaire que tout ce que le général Éblé a laissé à Kovno en parte le plus tôt possible. J’ai ordonné à l’intendant général de fournir 10,000 quintaux d’avoine au général Éblé, afin qu’il puisse nourrir ses chevaux en route. Il paraît convenable, de plus, de lui accorder 200 paires de bœufs; en attelant une paire à chaque voiture, cela soulagera ses chevaux. La Garde laisse beaucoup trop de ses pièces ; puisque nous avons les hommes, et qu’il y a manque de chevaux, il faut employer les bœufs, qui sont très-bons pour les parcs de réserve. Moyennant 400 paires de bœufs, l’artillerie pourra atteler deux cents voitures, ce qui me donnera trente pièces de canon de plus. Le général d’artillerie doit recommander le même moyen au 3e, au 1er et au 2e corps : à défaut de chevaux, de se servir de bœufs, lesquels, n’ayant pas besoin d’avoine, arriveront infailliblement, quoique plus tard, mais toujours à temps pour le remplacement des divisions.

 

Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au prince de Schwarzenberg de se porter sur Slonime, et de Slonime sur Nesvije; au général Reynier de se tenir toujours en mesure de couvrir Varsovie ; au duc de Reggio d’emmener avec lui son équipage de pont, puisqu’il en aura besoin pour jeter un pont sur la Dvina ; ses quatorze bateaux seront suffi­sants en employant des chevalets ; au roi de Naples de faire construire une manutention à Vidzy.

 

Vilna, 7 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez l’ordre au commandant de la place, à l’intendant général et à l’ordonnateur ou commissaire des guerres du 1er corps, qui se trouveraient ici, que tous les convois destinés au 1er corps qui arriveraient à Vilna soient dirigés, non sur le quartier général du prince d’Eckmühl, mais sur la division Friant, c’est-à-dire sur Sventsiany ou Vidzy. Donnez ordre que demain moitié des constructeurs de fours du quartier général se rendent à Vidzy, où ils construiront douze fours. N’annoncez pas leur arrivée au roi de Naples et pressez-le, au contraire, de faire construire lui-même des fours. Donnez l’ordre que les quarante voitures du petit quartier général soient prêtes à partir après-demain, chargées d’autant de riz, de farine et de biscuit qu’elles en pourront porter. Tout ce qui appar­tient au petit quartier général en chirurgiens et ambulances sera aussi prêt à partir après-demain pour se rendre à Sventsiany. Envoyez un commandant à Sventsiany et deux compagnies des troupes qui sont attachées au quartier général, pour y tenir garnison. Envoyez-y éga­lement un détachement de gendarmerie, un détachement des guides et on piquet de la cavalerie attachée au quartier général. Donnez ordre que demain on construise un pont de radeaux à Niementchine. Donnez ordre à l’intendant de se procurer 10,000 boisseaux d’avoine, qui seront donnes au général Éblé pour l’équipage de pont. Donnez l’ordre que toutes les voitures du nouveau modèle des 10e, 9e et 2e bataillons d’équipages militaires soient remisées à l’arsenal, et qu’en place on se serve de toutes les voitures du pays qu’on pourra atteler. Il est nécessaire que l’intendant me remette demain un rap­port à cet égard, et que tout cela puisse partir chargé moitié après-demain 9 et l’autre moitié le 10, sans éprouver plus de retard.

 

Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au général Hogendorp qu’il a très-bien fait de garder le régiment westphalien; qu’il aurait eu grand tort de le laisser partir ; que mon intention est qu’il garde tous les hommes isolés et les forme en bataillons de marche; qu’il garde également tous les régiments de marche de cavalerie, en leur donnant du seigle et de l’avoine, qu’il me fasse passer l’état de toutes ces troupes, et je désignerai le lieu sur lequel elles devront être dirigées. En prescri­vant cet ordre, j’ai deux buts : le premier est de lui donner beaucoup de moyens pour repousser une agression qui aurait lieu sur Königsberg et Memel; le deuxième, de bien faire reposer la cava­lerie de manière qu’elle arrive en bon état. Ces corps de cavalerie, venant de France et de Hanovre, ont besoin de quinze jours de repos et d’être bien nourris; je lui recommande donc que l’avoine ne man­que pas et que cette cavalerie soit tenue ainsi en réserve.

 

Vilna, 7 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, il sera établi un pont permanent à Grodno et un autre à Olitta.

Les dépôts sur le Niémen seront placés, savoir : ceux des 2e et 3e corps à Kovno; celui du 1er corps à Vilna; celui du 4e corps à Vilna; celui du 6e corps à Olitta; ceux des 5e et 8e corps à Grodno.

Tous les hommes isolés sortant des hôpitaux, tous les hommes venant des dépôts des corps qui sont sur l’Oder ou sur la Vistule, seront dirigés sur les dépôts de leurs corps en Lithuanie; ils y seront organisés, armés, etc., et y resteront jusqu’à ce qu’ils soient en état de rejoindre leurs régiments. Les bagages et autres effets que les corps voudraient faire approcher d’eux seront également dirigés des dépôts de l’Oder et de la Vistule sur les dépôts de Lithuanie ci-dessus désignés. Le dépôt de la Garde impériale sera à Vilna. Ainsi donc les généraux commandant les corps d’armée, les colonels et chefs de corps pourront faire venir des dépôts de Thorn, Danzig, Marienburg, Varsovie, Glogau et Stettin tout ce qui est en état de servir, ainsi que le matériel des bagages, etc., sur les dépôts de Lithuanie. Il sera établi un dépôt de cavalerie à Kovno, ainsi qu’un dépôt d’équi­pages militaires et d’équipages du train d’artillerie. Il en sera établi un autre à Meretch. Des mesures seront prises pour avoir à Meretch et à Kovno de l’avoine pour nourrir tous les chevaux. Il y aura des magasins à Kovno et à Olitta. Les magasins de Modlin, de Pultusk et de Varsovie seront transportés à Grodno. Les magasins d’Olitta et de Meretch seront tirés de Thorn et de Wehlau. Il sera construit six fours à Meretch et autant à Olitta. Il faut établir une route militaire de Vilna à Olitta, et une autre de Vilna à Meretch, et enfin une de Vilna à Grodno, et les prolonger de ces différents points sur la Vistule. Tout Je matériel des hôpitaux qui est à Danzig et Königsberg sera dirigé sur Kovno et Vilna ; une partie de celui qui est à Varsovie sera dirigée sur Grodno.

 

Vilna, 7 juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ochmiana

Mon Cousin, tout votre quartier général va vous rejoindre. Il se rend à Ochmiana. Si vous arrivez à Minsk, il n’y a pas d’inconvé­nient à l’y faire venir; sans quoi il sera plus convenable de l’arrêter à Ochmiana. Je vous ai mandé hier que le vice-roi marchait sur Ochmiana, où il sera le 9. Le prince Poniatowski se dirigeait avec toute son infanterie sur Novogroudok.

 

Vilna, 7 juillet 1812, après-midi.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Novoï-Troki

Mon Fils, le prince d’Eckmühl était hier à Rakof, Ivenetz, Kamen, Perchai, Roum. Le général Grouchy avait des postes jusqu’à Zaskevitchi et Vichnef. Le prince Poniatowski avait, le 6, du monde à Biélitsy. Le roi de Westphalie appuyait tout son corps sur Biélitsy. Le général Reynier et le prince Schwarzenberg appuyaient sur Slonime. On croyait Bagration à Novogroudok, traqué de tous côtés. Rendez-vous le plus promptement possible de votre personne à Boly-Soletchniki, afin de faire agir votre cavalerie légère selon les circon­stances. Des courriers du roi de Westphalie nous arrivent par Lida sans obstacles. Ce soir, le roi de Westphalie est à Biélitsy. Appuyez des partis de cavalerie sur Lida, pour communiquer avec le roi de Westphalie, et de Boly-Soletchniki vous serez à même de diriger votre infanterie selon les circonstances, pour voler au secours de ceux qui en auront besoin et faire tout le mal possible à Bagration.

 

Vilna, 8 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, la garnison de Königsberg mérite de fixer toute mon attention. Il y a dans ce moment à Königsberg deux bataillons d’in­fanterie saxonne, deux du 8e régiment de Westphalie, deux 3″ ba­taillons de la légion de la Vistule; total, six bataillons et une divi­sion de 4,000 hommes. Le régiment des chevau-légers du prince Jean, arrivant le 8 à Thorn , peut être considéré aussi comme déjà arrivé à Königsberg. Les deux bataillons saxons partis de Glogau, le 2 juillet, arrivant avant le 20 juillet, peuvent être aussi considérés comme arri­vés à Königsberg. Il y aurait donc à Königsberg une division composée d’une brigade saxonne de quatre bataillons ayant leur artillerie, et d’une brigade composée de deux bataillons polonais et de deux westphaliens; ce qui fera huit bataillons. Le général de brigade Corsin, qui commande à Pillau, pourrait en cas d’événement être mis à la tête d’une de ces brigades. Le régiment de chevau-légers saxon réuni aux différents régiments de marche de cavalerie qui ont ordre de se reposer à Königsberg, ce qui y maintiendra toujours 12 à 1500 chevaux, formerait une assez belle brigade de cavalerie. Il est néces­saire d’avoir à Königsberg un général de brigade de cavalerie fran­çais pour la commander, et il faudrait un autre général de brigade pour l’infanterie. Je désire que le général Loison reçoive l’ordre de se rendre à Königsberg pour y prendre les fonctions de gouverneur, et que le général Hogendorp se rende à Vilna, où il prendra le gouvernement de toute la Lithuanie. Le général Hogendorp trans­mettra ses instructions an général Loison. J’ai besoin d’avoir à Königsberg un général accoutumé à la guerre pour pouvoir repousser les agressions qui seraient tentées soit contre Pillau, soit contre Memel. Donnez l’ordre qu’une division active soit formée à Königsberg de la manière suivante : 1e brigade, quatre bataillons saxons, ayant 4 pièces de canon ; 2e brigade, deux bataillons de la Vistule, deux bataillons westphaliens, ayant 2 pièces de canon; 3e brigade, le régiment de chevau-légers saxons, 1,500 chevaux des régiments de marche français.

Le général Loison sera prêt à se porter avec cette division, qui sera d’environ 6,000 hommes, partout où besoin sera.

Il suffira pour la garnison de Danzig de deux bataillons de la Con­fédération, de deux bataillons du 7e wurtembergeois, de quatre bataillons de Bade et d’un régiment de cavalerie de Bade. Je désire donc que vous donniez ordre à la brigade de Berg, infanterie, cava­lerie, artillerie, de se rendre à Königsberg, sous les ordres du général Damas ; par ce moyen, il y aura à Königsberg, indépendam­ment de la division de Königsberg, cette brigade de la division de Berg; ce qui fera une augmentation de six bataillons, d’un régiment de cavalerie et de quatorze pièces de canon. Ce mouvement doit s’opérer le plus promptement possible. Le général Loison aura donc à Königsberg, en infanterie, cavalerie et artillerie, 12 à 15,000 hommes, avec lesquels il doit garder Königsberg et Pillau, avoir les yeux sur Memel et se porter sur Danzig, si cette dernière place avait besoin de secours. La 8e compagnie du 8e régiment d’artillerie à pied était destinée à tenir garnison à Marienburg, où elle a dû arriver le 5 juillet; mais, comme Marienburg devient très en arrière, mon intention est que cette artillerie soit dirigée sur Kovno, où elle tien­dra garnison. Une simple escouade de l’artillerie de la garnison de Danzig suffira pour Marienburg. Il est nécessaire que vous écriviez à M. de Saint-Marsan, qui en parlera au ministre de la guerre de Prusse, pour que, si l’ennemi effectuait une descente sur Danzig, la garnison de Kolberg pût fournir une brigade de 2 à 3,000 hommes, et la garnison de Graudenz un détachement de 15 à 1800 hommes, qui se porteraient au secours; et que, si la descente était dirigée contre Königsberg, la garnison de Kolberg put joindre 15 à 1800 hommes aux troupes de Danzig qui se porteraient au secours de Königsberg.

Remettez-moi, dans un seul tableau, l’ensemble de toutes lee troupes qui sont sur les derrières entre le Niémen et l’Oder, savoir : 1° les garnisons de Königsberg, Pillau, pointe du Nehrung, Marienburg, Thorn, etc. ; 2° tout le 9e corps; et faites-moi connaître l’époque où ces différentes troupes seront arrivées. Dans le même relevé, vous ajouterez ce qui forme le 11e corps, et les garnisons entre l’Oder et le Rhin, sous le commandement du duc de Castiglione, ce qui com­plétera l’ensemble de tout ce que j’ai sur mes derrières à la gauche du Niémen.

 

Vilna, 8 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, je vous ai fait connaître cette nuit mes intentions sur la défense de Königsberg. Il doit y avoir deux brigades d’infanterie et une brigade de cavalerie légère, sous les ordres de deux généraux français. Le général Corsin peut être un de ces généraux. J’ai or­donné que la brigade de Berg, artillerie, cavalerie, infanterie, partit sans délai de Danzig et se rendit à Königsberg. Le général Damas, en qui j’ai confiance, pourra être placé avec cette brigade à Labiau, en position de se diriger sur Tilsit, sur Memel et sur Königsberg. Les quatorze pièces d’artillerie qu’il a, dont une batterie à cheval, le régiment de 1,000 lanciers, rendent l’arrivée de cette brigade très-importante à Labiau.

Faites connaître au gouverneur de Königsberg l’importance de cette disposition, la correspondance qu’il doit tenir avec le comman­dant de Memel pour être en mesure de se porter au secours de cette place, surtout du pont de Tilsit, et de couvrir le Niémen en cas que l’éloignement du duc de Tarente, qui marche sur Mitau et Chavli, donne envie à quelques Cosaques ou troupes légères de venir insulter le Niémen ; la perte du moindre convoi sur cette rivière me serait extrêmement désagréable.

Donnez ordre au gouverneur de Königsberg d’accélérer la marche du régiment de cavalerie saxon, que ce régiment ne prenne point de séjour depuis Thorn, afin d’arriver promptement à Königsberg.

Remettez-moi l’état des bataillons et escadrons de marche qui arriveront à Königsberg, et qui doivent y trouver l’ordre de séjour­ner là jusqu’à de nouveaux ordres.

Je crois vous avoir mandé que je général Loison aurait le com­mandement de Königsberg, et que je chargeais le général Hogendorp du commandement de Vilna et de la Lithuanie. Donnez-lui l’ordre de se rendre à Vilna, de parcourir Memel, Tilsit, Kovno, pour in­specter les différentes parties de son nouveau gouvernement, donner les ordres et faire les dispositions convenables.

 

Vilna, 8 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Le major général fera connaître au général Bourcier que, sous quelque prétexte que ce soit, je ne veux pas de chevaux qui n’au­raient pas cinq ans accomplis; que j’aime mieux ne rien recevoir; que quant à la taille je le laisse maître de faire ce qu’on pourra ; mais que je n’entends pas de modification pour l’âge.

 

Vilna, 8 juillet 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je ne pense pas qu’il soit très-néces­saire d’augmenter le recrutement de la cavalerie; car on perd tant de chevaux dans ce pays-ci, qu’on aura bien de la peine, avec toutes les ressources de la France et de l’Allemagne, à maintenir monté l’effectif actuel des régiments.

Un régiment de voltigeurs et un de tirailleurs de la Garde doivent être arrivés à Paris. Il faut 3,000 hommes pour les compléter. Faites demander dans toutes les cohortes de gardes nationales des hommes de bonne volonté pour entrer dans la Garde. Je suppose que beaucoup se présenteront. Faites-les venir sur Paris, et complétez rapidement ces deux régiments ; vous les mettrez en marche pour Berlin aussitôt qu’ils seront complets, habillés et en état de partir. Envoyez-moi toutes les semaines l’état de situation des dépôts de la Garde impériale, ainsi que des différents corps de caporaux et de sergents que j’ai formés à Fontainebleau.

 

Vilna, 8 juillet 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il y a dans la 27e division militaire les cadres des 3e et 4e bataillons du 7e de ligne et du 4e bataillon du 42e. Il y a dans la 28e division les cadres du 4e bataillon du 67e du 101e et d’un bataillon suisse. Je désirerais compléter ces six batail­lons, afin de pouvoir rendre disponibles la 14e demi-brigade provi­soire, que j’enverrais à Udine remplacer le 13e régiment, et la 15e demi-brigade provisoire, que j’enverrais en Toscane remplacer le 112e; cela me rendrait deux beaux régiments que je ferais venir à Vé­rone et de là à la Grande Armée. Cela aurait d’autant moins d’incon­vénients que les 82e, 83e, 84e et 85e cohortes doivent à la fin d’août être habillées, exercées et avoir une couleur. Faites-moi connaître quel moyen on pourrait employer pour avoir les hommes nécessaires au recrutement de ces six bataillons; car j’ai grande envie de faire venir à l’armée des troupes ayant un esprit entier et bien organisé, comme le 13e et le 112e. Je désirerais que ces deux régiments pus­sent être réunis en août à Vérone, pour arriver sur Berlin dans le courant de septembre. J’attendrai le rapport que vous me ferez là-dessus.

 

Vilna, 8 juillet 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je désire que vous me fassiez un rap­port sur les cohortes et autres corps d’observation qui sont dans les Pyrénées, ainsi que sur le corps d’observation de Rayonne. Je sup­pose que vous avez dirigé sur Bayonne les deux demi-brigades qui étaient à Cherbourg. Prenez des mesures pour compléter la demi-brigade qui a été formée à la Rochelle, et qui doit être également à Bayonne. Enfin faites-moi connaître quand la demi-brigade qui est à Pontivy, composée des bataillons des 86e, 70e, 15e, 47e, pourra partir pour Bayonne. Il faut pour cela que les cohortes soient habillées et déjà en bon état, pour garder la Bretagne. Je désirerais que cette demi-brigade pût être rendue, au plus tard, à Bayonne vers le 15 septembre, ainsi que celle de Cherbourg. Septembre est le mo­ment où il faut être en force à Bayonne; c’est l’époque de l’ouverture de la campagne d’automne, et il est convenable d’avoir alors une réserve qui puisse remédier à toutes les bévues de l’armée du Nord.

 

Vilna, 8 juillet 1812

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il y a à Mantoue, à Peschiera et Legnano, qui sont des pays malsains, beaucoup de jeunes conscrits des 9e, 35e, 84e et 92e régiments. Ce sont autant d’hommes perdus. Donnez ordre au général Vignolle de placer à Vérone ce qui est resté de troupes françaises à Mantoue, Legnano et Peschiera, c’est-à-dire un bataillon du 84e, un du 92e, un du 35e et un du 9e; ce qui fera quatre bataillons ou 2,400 hommes. Nommez un des majors qui sont en Italie pour commander ces quatre bataillons; cela for­mera une demi-brigade provisoire qui, étant dans un très-bon air à Vérone, pourra rendre de grands services. Elle sera à même de se porter de là sur Venise, Udine et partout où le service l’exigera. Les Italiens et les gardes nationaux suffiront pour la garde des places. Ceci est important, ne le perdez pas de vue. Les jeunes conscrits qui resteraient dans ces places seraient des hommes perdus t au lieu que les Italiens sont acclimatés. Le 5e bataillon du 13e de ligne fran­çais est à Palmanova; donnez ordre qu’il se rende à Udine. Palmanova est très-malsain : les troupes italiennes y suffiront; d’ailleurs, ce bataillon pourra toujours, en cas d’événement, se jeter dans Palmanova. Donnez le même ordre pour le 106e, qui est à Venise : qu’il se rende à Udine, ce qui formera dans cette ville une 2e demi-bri­gade provisoire. Un major en prendra le commandement. Ces deux bataillons seront toujours u même de se jeter de là dans Palmanova ou dans Venise, selon les circonstances et en attendant ils seront en bon air. Venise aura suffisamment de troupes, puisqu’il restera 4,000 hommes de garnison indépendamment de ce que vous retire­rez; mais par là vous sauverez bien des hommes.

 

Vilna, 8 juillet 1812. Onze heures du soir

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Minsk

Mon Cousin, le roi de Westphalie m’écrit que ses avant-postes sont à Korelitchi entre Novogroudok et Mir. Je vous envoie un extrait de la dépêche du Roi et du rapport qui y est joint, pour que vous preniez connaissance des renseignements qui s’y trouvent sur lu retraite de Bagration.

P.S. Nos avant-postes sont sur la Dvina. Le quartier général du roi de Naples est à Vidzy.

 

Vilna, 8 juillet 1812, minuit

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Boly-Soletchniki

Mon Fils, il paraît que Bagration se retire sur Mir et que tout se dirige sur ce point. Le prince d’Eckmühl s’est dirigé sur Minsk. Appuyez donc sur votre gauche; il me tarde de vous savoir à Ochmiana.

 

Vilna, 8 juillet 1812, minuit

À Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant les 5e, 7e et 8e corps de la Grande Armée, à Biélitsy

Mon Frère, je reçois votre lettre du 7 à neuf heures du soir. Le général Latour-Maubourg doit avoir avec lui non-seulement sa cava­lerie légère, mais aussi toute sa cavalerie et son artillerie légère. C’est ainsi que marchent les généraux Montbrun, Nansouty, Grouchy et le roi de Naples. Il faut même y entremêler, quand cela est possi­ble, quelques compagnies de voltigeurs. Si le général Latour-Mau­bourg avait eu à Novogroudok, avec sa cavalerie légère, ses cuiras­siers et son artillerie légère, il aurait pu faire du mal à l’ennemi. Poursuivez l’ennemi l’épée dans les reins. Le prince d’Eckmühl doit être à Minsk.

 

Vilna, 9 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, répondez au prince Poniatowski que vous avez mis sa lettre sous les yeux de l’Empereur; que Sa Majesté a été très-mécontente de voir qu’il parle de solde, de pain, lorsqu’il s’agit de poursuivre l’ennemi; que Sa Majesté en a été d’autant plus surprise qu’il est seul de son côté, avec peu de monde, et que, lorsque les gardes de l’Empereur, qui sont venues à marches forcées de Paris, au lieu d’avoir demi-ration, manquent de pain, n’ont que de la viande et ne murmurent point, l’Empereur n’a pu voir qu’avec peine que les Polonais soient assez mauvais soldats et aient assez mauvais esprit pour relever de pareilles privations; que Sa Majesté espère qu’elle n’entendra plus parler de cela.

 

Vilna, 9 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, la route de l’armée passe sur les États du roi de Saxe, sur ceux du roi de Prusse, sur les départements de Posen et de Bromberg, et enfin sur le département de Lomza. Les gouverneurs de Posen, d’Elbing et de Königsberg assurent toutes ces routes. Il n’existe qu’une lacune : c’est le département de Lomza, c’est-à-dire la route depuis Gumbinnen jusqu’à Kovno et depuis Rastenburg jusqu’à Goldap, et de Goldap jusqu’à Olitta, Meretch et Grodno. Ce département se divise en plusieurs districts, savoir : Kalwarya, Maryampol, Lomza, etc. M’en faire le détail et mettre autant de commandants militaires polonais qu’il y a de districts, avec l’indication de la por­tion de route que chacun doit surveiller. Indépendamment de la garde nationale, il faut leur donner une compagnie qui sera tirée du dépôt de Modlin. On nommera un commandant français, qui sera au moins du grade de colonel, pour commander tous ces départe­ments et recevoir les rapports des commandants de district et pouvoir se porter, selon les circonstances, sur les différents points où sa présence serait nécessaire. Ce commandant supérieur existe déjà : c’est le général Vedel. Faites connaître les différentes routes qui traversent ces départements : celle de Grodno à Varsovie, celle de Meretch à Varsovie, celle de Kovno à Varsovie, celle de Gumbinnen à Kovno, celle de Gumbinnen à Olitta, etc. Tracer ces routes sur la carte; déterminer les lieux où doivent être les magasins, les postes et les différents points à surveiller.

 

Vilna, 9 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, je viens de parcourir les états de situation des places. Le commandant de Kovno n’envoie pas des états assez clairs : il porte dans son état du 6 juillet un régiment de marche, officiers compris, 654 hommes. On ne sait pas ce que cela veut dire. Ce régiment de marche doit avoir un numéro. D’ailleurs, je ne vois pas qu’il envoie des états tous les jours; du 3 on passe au 7; où sont les états du 4, du 5 et du 6 ? D’après l’état de Wilkowyszki du 3 juillet, une com­pagnie du 14e bataillon d’équipages, venant de Thorn, a passé à Wilkowyszki; c’est probablement la 3e. Donnez ordre au comman­dant de Wilkowyszki de renvoyer à Vilna le plus promptement pos­sible tous les ouvriers constructeurs et boulangers, de quelque corps qu’ils soient, qui y seraient restés. L’état de situation de Gumbinnen n’est pas complet, et il est du 29 juin. Il faut écrire au commandant d’être plus exact. L’état d’Insterburg n’est qu’une situation de maga­sins. À Thorn, les états sont mal faits; ainsi je vois dans l’état du 18 au 19 juin : train d’équipages, 149 hommes, 235 chevaux, sans indication de bataillon ni de compagnie.

À Thorn, dans l’état du 22 juin, il est question de 137 hommes et de 141 chevaux du 15e bataillon des équipages militaires. Il n’est pas dit à quelles voitures sont attelés les différents chevaux qui passent. Une compagnie du 16e bataillon d’équipages français, venant de Varsovie, a passé le 20; il parait même qu’il en est passé deux détachements.

Je vois à Osterode dans l’état du 23 juin : 2e compagnie du 7e ba­taillon d’équipages militaires, 145 chevaux; 4e compagnie, 139; 3e compagnie du 16e bataillon, 200; 2e compagnie du 6e batail­lon, 10.

Je vois dans l’état du 22 : 5e compagnie du 14e bataillon d’équi­pages, 259 chevaux; 4e compagnie du même, 236; 3e compagnie du 7e bataillon, 116.

Je vois dans l’état du 19 : train d’équipages du 16e bataillon,

234 chevaux; 1e compagnie du 6e bataillon, 165; 2e compagnie du même bataillon, 173.

Je vois dans l’état du 26 : 3e compagnie du 6e bataillon d’équi­pages, 235 chevaux. Dans l’état du 24 : 4e compagnie du 16e ba­taillon d’équipages, 195 chevaux.

Ces états de situation d’Osterode paraissent mieux faits, mais sont très-anciens.

Je ne trouve pas les états de Königsberg ni de Heilsberg.

Je désire que vous me remettiez tous les jours les nouveaux états qui vous arrivent des places ; c’est une correspondance fort impor­tante. Elle me paraît suivie avec moins d’exactitude cette année que dans les campagnes précédentes. Il faudrait imprimer un modèle de ces états et y joindre une bonne instruction sur la manière de les remplir; mais il faudrait en même temps que quelqu’un à l’état-major général fût chargé de les réunir et de redresser les commandants de place toutes les fois que leurs états seraient mal faits. Je désire que vous fassiez faire le relevé sur les états qui sont ici de tous les con~ vois et détachements des équipages militaires qui sont en route entre la Vistule et le Niémen. Si ces états étaient bien faits et bien tenus, on pourrait savoir à point nommé tout ce que nous avons sur les routes en deçà de la Vistule.

 

Vilna, 9 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au duc de Tarente que, comme nous avons perdu beaucoup de chevaux (l’artillerie par le défaut d’avoine, j’ai envoyé le prince Giedroye en Samogitie pour y acheter 2,000 chevaux, et qu’il doit le favoriser autant qu’il lui sera possible.

 

Vilna, 9 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, regardez comme non avenue la dernière lettre (Cette lettre n’a pas été retrouvée) que je vous ai écrite pour le duc de Tarente, et substituez-y la lettre suivante.

Le duc de Reggio a reçu ordre de se diriger sur Soloki ; le duc d’Elchingen sur Kozatchizna. Le roi de Naples est à Vidzy. L’ennemi parait se concentrer à Dinabourg. Le prince d’Eckmühl est arrivé à Minsk. L’hetman Platof, avec ses Cosaques, et le corps de Bagration qui voulaient se porter sur cette ville en ont été coupés. Ils se diri­gent sur Bobrouisk. Le roi de Westphalie les poursuit, et était hier à Mir. Le vice-roi se dirige sur le haut de la Dvina. La Garde et le quartier général doivent partir d’ici dans peu de jours. L’Empereur est dans l’intention de marcher sur Moscou et Saint-Pétersbourg, et par là obliger l’armée qui est à Dinabourg de remonter et affranchir toute la Courlande et la Livonie. La garnison de Riga, commandée par le général Essen, dont le corps d’armée a été disloqué, est com­posée de trente 3e bataillons, chacun de 2 à 300 hommes, tous recrues de cette année et qui ne méritent aucune considération. Il est probable qu’aussitôt que la place sera menacée il s’y portera une division de Dinabourg; car, d’après les renseignements que nous avons, la composition actuelle de la garnison n’est pas propre à la défendre. L’Empereur ne peut point vous donner d’ordres positifs, mais seulement des instructions générales, parce que l’éloignement est déjà considérable et qu’il va le devenir encore davantage. Portez-vous sur Jacobstadt et Friedrichstadt et menacez d’y passer la Dvina. Ce mouvement aura l’avantage d’obliger l’armée russe qui est à Dina­bourg à faire un détachement sur la rive droite pour couvrir ces deux points de passage. Vous m’enverrez tous les renseignements que vous pourrez avoir sur la rivière. Vous dissiperez le rassemblement de Baousk, et vous enverrez, si vous le jugez convenable, une colonne pour occuper Mitau. Dès que vous aurez appris que l’ennemi a évacué Dinabourg, en laissant ou en ne laissant pas de garnison dans la place, et que dès lors les mouvements s’éloignent de la Dvina, vous passerez cette rivière à un des deux points de Jacobstadt ou de Frie­drichstadt, ou à tout autre point que vous trouverez plus convenable, et vous procéderez au blocus de Riga sur l’une et l’autre rive. Sa Ma­jesté ordonne que l’équipage de siège que commande le général d’Arancey, et qui est à Königsberg, soit à vos ordres; il est organisé en tout ce qui est nécessaire pour le siège de Riga ; le personnel et le matériel, tout s’y trouve. Aussitôt que vous jugerez que l’armée ennemie est éloignée, vous ordonnerez le départ de cet équipage pour le faire venir sur Tilsit, et vous procéderez à la réunion de vos troupes, de manière qu’en douze ou quinze jours de temps cet équi­page puisse arriver devant Riga, pour que vous puissiez commencer le siège et prendre la ville. Le général d’Arancey reçoit l’ordre d’envoyer un officier auprès de vous pour prendre vos ordres. Vous aurez soin de ménager la Courlande. Vous laisserez exister les États. Établissez-y un gouverneur général. Il est difficile et inutile de prévoir la position que prendra l’armée qui vous protégera; tout porte à espé­rer que l’armée de Dinabourg et Bagration ne peuvent plus se réunir jusqu’à ce que la Dvina soit passée. L’armée qui est à Dinabourg se trouve placée entre vous et le duc de Reggio ; mais aussitôt que la Dvina sera passée, vous communiquerez immédiatement, et ainsi vous pourrez avoir promptement des nouvelles de ce qui se passe. L’Empereur vous laisse le maître de faire pour Memel ce qui vous paraîtra convenable; il faut que vous ayez des colonnes qui occupent Polanghen et Libau et surveillent la côte.

En résumé, le premier but de votre corps est de protéger le Niémen, afin que la navigation n’en puisse être inquiétée d’aucune manière; son deuxième but est de contenir la garnison de Riga; le troisième, de menacer de passer la Dvina entre Riga et Dinabourg pour inquiéter l’ennemi; le quatrième, d’occuper la Courlande et de conserver le pays intact, puisqu’il s’y trouve tant de ressources pour l’armée; enfin, aussitôt que le moment en sera venu, de passer la Dvina, de bloquer Riga, de faire venir l’équipage de siège et de com­mencer le siège de cette place, qu’il est important d’avoir pour assu­rer nos quartiers d’hiver et nous donner un point d’appui sur cette grande rivière.

Je vous envoie un chiffre, afin que vous puissiez correspondre souvent, et même par les gens du pays, sans danger.

Il est probable que l’Empereur passera la Dvina du 18 au 22. Réglez-vous là-dessus. Tout ce qui appartient à la Samogitie, faisant partie du gouvernement de Vilna, va se trouver gouverné par le gou­vernement ; et pour la Courlande, je donne ordre à l’intendant général de vous envoyer deux auditeurs, dont vous pourrez vous servir pour surveiller les différents intérêts de l’Empereur.

 

Vilna, 9 juillet 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Boly-Soletchniki

Mon Fils, je reçois votre lettre du 8 à dix heures du soir. La posi­tion de votre cavalerie légère me parait bonne; mais je crois déjà le prince d’Eckmühl à Minsk. La cavalerie légère du roi de Westphalie est à Novogroudok. L’ennemi était sur Mir, il paraît qu’il fait sa retraite sur Bobrouisk. Cela étant, mon projet est que vous arriviez sur Polotsk ou Vitebsk le plus tôt possible, et d’occuper toute la Livonie par une seule marche, en menaçant également Saint-Péters­bourg et Moscou. Vous avez dû faire faire des fours à Vileïka; s’ils ne sont pas commencés, je préfère que vous les fassiez faire à Dokchitsy, qui est l’embranchement des routes de Dinabourg, Disna, Polotsk et Vitebsk. Dirigez-y donc votre corps d’armée, et même le général Saint-Cyr, dans ce sens d’arriver le plus tôt possible à Dokchitsy, et d’où je vous dirigerai, selon les circonstances, sur Polotsk ou Vitebsk. Le pays de Dokchitsy et surtout celui de Gloubokoïé sont très-beaux; trente châteaux existent aux environs. Les Russes avaient un gros magasin à Dounilovitchi. En envoyant des constructeurs de fours, un commissaire des guerres intelligent, des marins, sous la protection de la cavalerie légère et de quelques compagnies de volti­geurs , vous trouverez de grands moyens, si vous envoyez surtout le général Charpentier et des Polonais qui fassent bien comprendre l’importance d’observer une sévère discipline pour que le soldat ait des vivres, de la farine, de l’eau-de-vie, etc. Le village de Loujki est très-beau; il y a quelques couvents dans tout ce pays. Portez vos ouvriers, vos sapeurs, vos marins, vos outils en tête, afin que cela arrive avec votre cavalerie légère, et qu’ils puissent profiter des deux jours d’avance qu’ils auront sur votre corps d’armée pour préparer tout ce qui sera nécessaire, radeaux, chevalets, etc. La Dvina n’est pas profonde, et des chevalets suffiront pour faire les ponts. Je ne sais pas où est le général Saint-Cyr; je vous laisse le maître de le diriger de manière qu’il arrive promptement à Dokchitsy. Il y a plu­sieurs chemins ; faites-lui prendre le plus commode, et qu’il ne perde pas de temps.

 

Vilna, 9 juillet 1812.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Minsk

Mon Cousin, je vous suppose aujourd’hui à Minsk. Le roi de Westphalie sera, je pense, bientôt à Mir, et le prince de Schwarzenberg à Nesvije. Je suppose que Bagration et l’hetman Platof se dirigent sur Bobrouisk. Je ne crois pas qu’ils pensent à passer le Dniepr; ils tacheront de gagner des marches et d’arriver à Orcha et Vitebsk avant nous. Je pense donc qu’avec les divisions Compans et Dessaix, la division Claparède, vos deux brigades de cavalerie légère, la brigade Colbert, puisque vous l’avez, la division Valence, les deux divisions de Grouchy et votre quartier général, c’est-à-dire vos sapeurs, pontonniers, etc., vous devez vous diriger sur Borisof et Orcha. Le roi de Westphalie continuera à poursuivre l’épée dans les reins le corps de Bagration, et, s’il est nécessaire, une de ses divisions pourra même passer par Minsk, afin de se tenir en communication avec vous. Le vice-roi se portera sur Dokchitsy, d’où il se dirigera sur Polotsk et Vitebsk; moi-même je me porterai sur Dokchitsy et Vilebsk, ou devant Dinabourg, selon les circonstances. Il est probable que je me porterai avec ma Garde, le 4e et le 6e corps, d’abord sur Dokchitsy, ensuite sur Vitebsk, menaçant ainsi Saint-Pétersbourg et Moscou, vous ayant sur ma droite, et vous, ayant à votre droite le roi de Westphalie et Schwarzenberg. Le roi de Naples resterait alors devant Dinabourg; mais, en supposant que le résultat de ces manœuvres soit de jeter Bagration au-delà du Dniepr, et l’ennemi voyant que je dirige 100,000 hommes sur Smolensk, et autant à mi-chemin de Saint-Pétersbourg, il sera obligé lui-même d’opérer sa retraite pour couvrir Saint-Pétersbourg. Le roi de Naples, qui pourra passer à Drouya, avec le 2e et le 3e corps et vos trois divisions, le suivra constamment. Voilà le plan général des opérations. Vos forces se trouvent, par les circonstances, divisées; mais, aussitôt que la Dvina aura été passée, il sera facile de vous faire rejoindre par les trois divisions. Pendant toutes ces opérations, le duc de Tarente cernera Riga et fera le siège de cette place. Il m’est bien important de savoir le nombre de divisions que Bagration a avec lui, afin de pouvoir déterminer celles qu’il a en arrière. Nous comptions depuis longtemps que la 21e division était en Volhynie; mais il paraît, d’après les ren­seignements les plus récents, que cette division était en marche et n’a pas pu passer. C’est une division de nouvelle formation, composée d’enfants et en assez mauvais état.

 

Vilna, 10 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Il a été nommé un gouverneur à Vilna. Ce gouverneur aura sous ses ordres le régiment d’Illyrie, qui tiendra garnison à Kovno, le 129e, qui est en garnison à Vilna, le bataillon de Hesse-Darmstadt, celui de Mecklenburg-Schwerin, qui sont à Kovno et qui tiendront garnison à Vilna, une compagnie de chevau-légers saxons de 80 hom­mes, et enfin un détachement de gendarmerie; de plus, les trois bataillons de marche du 3e corps, commandes par le major Barrai, qui sont en marche de Kovno sur Vilna ; ce qui fait une force de plus de 6,000 hommes.

Il y aura à Kovno une compagnie d’artillerie pour le service de3 pièces qui ont été abandonnées là, et que cette compagnie pourra servir en cas d’événement pour éloigner les partis ennemis. Il y aura deux compagnies d’artillerie à Vilna. Quatre pièces de canon seront placées à Kovno sur la rive gauche de la Viliya, battant la tête de pont de ta Viliya; quatre sur les hauteurs qui battent la tête de pont du Niémen à Vilna, et six pièces de 12 et deux obusiers à l’arsenal pour battre la tête de pont. Aussitôt que tes redoutes seront con­struites, on mettra deux pièces de canon dans chacune.

Artillerie. Il y aura un colonel d’artillerie charge du service dans le gouvernement de Vilna. Il veillera à faire ramasser les caissons, les fusils et les munitions sur les derrières. Il aura la surveillance de l’arsenal de Kovno, où sera placé un sous-directeur, et celle de l’ar­senal et atelier de Vilna.

Génie. Le général Chambarlhiac fera les fonctions de directeur du génie du cercle de Vilna. Il y aura un sous-directeur à Kovno. Une compagnie de sapeurs sera laissée à Kovno pour les travaux que j’ai ordonnés. Il sera laissé deux compagnies à Vilna pour le même objet.

Administration. Il y aura un ordonnateur pour le gouvernement de Vilna. Il y aura un commissaire des guerres à Kovno. Il y aura des garde-magasins à Kovno et à Vilna et des employés des vivres qui seront chargés du service dans l’étendue du gouvernement dans les lieux d’étape, de la composition des magasins, de l’organisation des hôpitaux, etc.

Le gouvernement de Vilna sera considéré comme une division militaire et traité de même.

Les services de l’artillerie, du génie, des administrations, de police, se centraliseront, de sorte que le commandant militaire, le commandant du génie, le commandant de l’artillerie, l’ordonnateur, l’inspecteur du service des vivres, des hôpitaux, forment un tout qui pourvoira à tous les services.

Un officier français, avec un détachement de gendarmerie, résidera à Vilna et sera sous les ordres du gouverneur. On réunira le plus de gendarmerie que l’on pourra, française et de celle instituée par le pays. Cet officier se portera avec la force convenable sur tous les points où sa présence sera utile, toujours par les ordres du gouverneur.

Police des districts. Il y a onze districts dans le gouvernement de Vilna. J’y ai nommé onze sous-préfets, onze commandants. Il y aura onze commandants militaires; ces onze commandants seront pris dans la garnison ; on en détachera à cet effet six compagnies. On me mettra sous les yeux une carte et la distribution de ces six compa­gnies. Il y aura un capitaine commandant dans un district avec la moitié de la compagnie; un lieutenant sera placé dans l’autre district avec l’autre moitié ou le tiers de la compagnie.

Les fonctions de ces commandants seront de faire arrêter par les forces qu’ils auront dans la main et celles que leur offriront les habi­tants tous les traînards, de conférer avec les nobles et les proprié­taires pour faire rentrer les habitants, protéger la moisson et établir la meilleure police partout, de faire enterrer les cadavres des chevaux et autres sur les routes principales, de faire réparer les ponts, enfin d’organiser les magasins nécessaires pour le passage des troupes, de mettre des plantons aux postes pour assurer les communications de l’armée, la marche des courriers. Ces commandants correspondront avec le gouverneur, lui enverront des états de situation et feront tout ce qui est relatif à la bonne police du gouvernement.

Dans l’instruction qui me sera présentée, on fera connaître la por­tion de route sur laquelle s’étendra le commandement de chaque officier. Ces officiers seront français; cependant, à leur défaut, on pourra prendre des officiers des troupes de la Confédération.

Le gouverneur de Vilna aura toujours trois colonnes mobiles, chacune composée de 100 hommes d’infanterie, de quelques habi­tants du pays qui seront commandés par des officiers d’état-major ou de la garnison-, choisis parmi les plus intelligents et les plus fermes. Le gouverneur les enverra sur les lieux de passage de Farinée, des grands convois, enfin où besoin sera pour le maintien de Tordre et de la sûreté publique.

La même mesure sera prise pour le gouvernement de Minsk, qui a dix districts. Le prince d’Eckmühl pourvoira à ce qu’il y ait une garnison de 2,000 hommes alliés.

Même mesure sera prise pour le gouvernement de Bialystok, qui a neuf districts, et pour Grodno, qui a quatre districts.

Le roi de Westphalie laissera à Grodno un bataillon polonais.

Le général Reynier laissera un bataillon saxon dans le gouverne­ment de Bialystok.

La valeur d’un escadron de cavalerie, des officiers du génie, de l’artillerie, des administrateurs, etc., seront laissés dans les gouver­nements, selon les ordres donnés ci-dessus.

Pour l’artillerie et le génie, les gouvernements de Bialystok et de Grodno seront considérés comme un seul gouvernement.

L’état-major me présentera dans la journée une carte sur laquelle seront tracées les divisions des différents gouvernements ou comman­dements; l’organisation des deux districts, où il doit y avoir dans l’un un capitaine et dans l’autre un lieutenant; la portion des routes que chaque officier aura à surveiller; l’emplacement des postes, etc.

Quatre commissions prévôtales seront établies dans chaque gou­vernement avec le droit de condamner à mort.

 

Vilna, 10 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna

Mon Cousin, faites connaître au général Saint-Cyr qu’il faut qu’il se mette en marche le plus tôt possible pour se porter, avec son infanterie, sa cavalerie et son artillerie, sur Dounilovitchi, en pas­sant par Vilna, Lovarichki et Mikhalichki. Instruisez le vice-roi de cet ordre que vous donnez au général Saint-Cyr, qui doit vous faire connaître le jour de son arrivée à Vilna. De Vilna à Gloubokoïé il n’y a que six jours de marche.

 

Vilna, 10 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vila.

Mon Cousin, faites connaître au vice-roi que vous avez mis sous mes yeux sa lettre du 9 juillet à trois heures après midi ; que je suis surpris qu’il n’ait pas su alors que l’ennemi était tout à fait en re­traite et le prince d’Eckmühl à Minsk; qu’il est nécessaire qu’il se mette en marche pour gagner la Dvina, en se dirigeant par Dokchitsy et Gloubokoïé, et qu’il envoie en avant, en toute diligence, ses con­structeurs , ses troupes du génie et ses marins ; qu’il n’y a plus actuel­lement autre chose à faire que de gagner la Dvina avant que Bagration y soit arrivé; que tout porte a penser que Bagration s’est dirigé sur Bobrouisk.

 

Vilna, 10 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites partir une brigade de gendarmerie pour se rendre à Voronovo. Ils arrêteront les pillards du 33e, qui commettent des dégâts horribles dans ce pays. Ils prennent cette route sous prétexte de trouver le 1er corps, qui est à Minsk. Tous ceux qui auront commis des délits seront arrêtés; les autres seront escortés jusqu’à Minsk.

Écrivez au vice-roi, qui est à Soubotniki, de laisser une patrouille et quelques officiers pour empêcher aucun homme du prince d’Eckmühl de passer Soletchniki ; que, sous prétexte d’aller chercher le ler corps qui est à Minsk, ces hommes se portent sur Lida, pour y piller cette vallée, qui est superbe; qu’il faudrait qu’il plaçât des , piquets sur les différentes routes de Vilna à Lida, et qu’on ne laissât passer aucun homme, soit d’infanterie, soit de cavalerie, du prince d’Eckmühl. Recommandez au vice-roi de créer une commission mili­taire et de ramasser tous ces Irai ne ors.

Il est également très-nécessaire qu’il place des postes au débouché des routes, afin que ce qui appartient aux divisions Dessaix, Grouchy et Compans, au lieu de se diriger sur Soletchniki, se dirige sur Ochmiana pour se rendre à Minsk.

Mandez au prince d’Eckmühl d’organiser ta route de Minsk à Ochmiana. Je suppose que vous lui avez envoyé l’organisation du gouvernement de Minsk, comme je vous ai ordonné hier l’organisa­tion du gouvernement de Vilna.

 

Vilna, 10 juillet 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Minsk.

Mon Cousin, le roi de Westphalie était hier à Novogroudok; je crois qu’il sera aujourd’hui 10 à Mir. Je vous envoie une note que m’a remise un agent. Il paraît que l’ennemi a une tête de pont à Borisof. Il sera donc nécessaire que vous manœuvriez pour la tourner. Vous ne sauriez être maitre trop tôt de Borisof. Il serait possible que Bagration se portât derrière la Berezina. Le mouvement du vice-roi sur Dokchitsy tournera cette position.

 

Vilna, 11 juillet 1812, huit heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Minsk.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 9. J’attache beaucoup d’im­portance et j’éprouverai de la satisfaction à vous savoir maitre de Borisof. Vous verrez sur les lieux s’il serait convenable de détruire la tête de pont, ou de laisser cet ouvrage et de le compléter par un autre de l’autre côté. J’espère que vous trouverez des ressources et des magasins à Borisof. Je pense que vous avez bien les yeux sur Bagration. Je préfère que vous vous dirigiez sur Kokhanovo. Vous pouvez y être en cinq à six jours, et vous serez là à portée de vous diriger sur Mohilef, Vitebsk ou Orcha. Aussitôt que je vous saurai à Borisof, mon intention est de porter mon quartier général à Gloubokoïé. J’ai donné ordre au vice-roi de se porter à Dokchitsy. Je compte que le roi de Westphalie est aujourd’hui à Nesvije. Faites-moi connaître si vous croyez qu’il y ait une route de Nesvije à Igoumen; car j’aimerais assez diriger le roi de Westphalie droit sur Mohilef, en faisant venir le prince Schwarzenberg à Nesvije. Il me paraît assez évident que Bagration doit chercher d’abord à remonter la rive gauche de la Berezina; que, lorsqu’il saura que vous êtes maitre de Borisof et que ce n’est plus possible, il cherchera à remon­ter la rive droite du Dniepr, et qu’enfin, quand il verra que ce n’est pas davantage possible, il passera probablement le Dniepr pour tâcher d’arriver avant nous à Smolensk.

 

Vilna, 11 juillet 1812

Au maréchal Mortier, duc de Trévise, commandant la Jeune Garde, à Vilna.

Mon Cousin, vous devez avoir des vivres jusqu’au 18. Ayez donc soin que votre troupe marche en bon ordre et qu’il n’y ait aucun pil­lage. Faites partir la division Delaborde deux heures avant la division Roguet. Envoyez le général Lefebvre, mon officier d’ordonnance Chris tin, un commissaire des guerres et des constructeurs de fours en avant. Le général Lefebvre aura soin de se faire éclairer au loin. Faites prendre les devants à deux compagnies de sapeurs, et faites réparer la route. Mon officier d’ordonnance en a le croquis tracé par les ingénieurs; il y a un passage dans la forêt qui est mauvais, faites-le réparer et mettre en état. Il faut qu’à l’arrivée des constructeurs on commence à travailler aux fours; restez-y vous-même jour et nuit, et levez tous les obstacles. Vous devez avoir sous votre escorte un convoi de soixante et quinze voitures du 6e bataillon d’équipages militaires portant un millier de quintaux de farine. On dit le pays très-bon ; tâchez donc de vous procurer des ressources ; si vous main­tenez une ferme discipline, tout porte à penser que vous en aurez beaucoup et que vous trouverez des magasins de farine et d’avoine. Toute ma Garde va se rendre là, et moi-même j’y aurai mon quar­tier général. Écrivez-moi tous les jours pour me rendre compte du lieu où vous êtes, de la nature du pays que vous parcourez et des nouvelles que vous apprendrez.

Le général Nansouty a passé avant vous sur cette route; le général Lefebvre se liera avec lui. Sur votre droite le prince d’Eckmühl, qui est à Minsk, se dirige sur la Berezina.

Faites demain, à votre coucher, l’appel de la division Delaborde, de la division Roguet, du nombre de voitures d’équipages et d’artil­lerie, et de tout ce que vous avez à votre suite en munitions d’artil­lerie, bagages et objets du quartier général.

 

Vilna, 11 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, répondez au roi de Westphalie que vous recevez avec étonnement sa lettre du 9 juillet à dix heures après midi ; que l’ordre du 30 est positif; qu’on s’y exprime en ces termes : « « Vous devez vous diriger sur Minsk. Le général Reynier, sans cependant perdre de vue de couvrir Varsovie, se dirigera sur Nesvije. » Ceci veut dire que le premier but du général Reynier doit être de couvrir Varsovie ; que le second, si l’ennemi retirait toutes ses troupes de la Volhynie et qu’il n’y eût plus rien à craindre pour le Grand-Duché, serait de se diriger sur Nesvije. Mais, comme tous les faits tendent à prouver que l’ennemi a laissé deux divisions dans la Volhynie, il est conve­nable que le général Reynier ne perde pas de vue son principal but, qui est de couvrir Varsovie. Arrêtez donc son mouvement à Slonime. Le prince Schwarzenberg passera devant lui pour se porter d’abord sur Nesvije, et ensuite sur la Dvina. Que le général Reynier envoie des partis sur Pinsk, et se place en échelons de manière à tomber sur les flancs de tout ce qui voudrait déboucher sur Varsovie. Dans cette position, il rétrogradera sur Varsovie si ce pays est menacé ; mais, tant que l’ennemi le saura sur les débouchés de Pinsk ayant des corps prêts à tomber sur ses flancs, et que d’ailleurs il aura à craindre notre entrée en Volhynie, il sera hors de mesure de se porter sur le territoire de Varsovie, et, s’il le faisait, ce ne serait pas impunément. Le général Reynier doit aussi renvoyer à Praga le régiment qui était destiné pour la garnison de cette place et qui en a été mal à propos ôté. La position du général Reynier sur les derrières est donc utile. Sa Majesté n’est pas surprise que vous ne compreniez pas que des instructions données à cent lieues de distance ont des buts opposés que les événements doivent éclaircir; mais ce dont elle se plaint, c’est qu’au lieu d’étudier ces instructions vous n’en teniez aucun compte. Pour couvrir le duché de Varsovie il n’est pas du tout néces­saire d’être sur le Bug, et, si cela était, le premier but du général Reynier étant de couvrir le duché , il aurait dû laisser des troupes sur le Bug, apprenant que l’ennemi avait laissé deux divisions en Volhy­nie. Mais comme vous n’étiez pas informé de ce que Bagration avait laissé en Volhynie, que vous ignoriez combien de divisions il avait avec lui, que vous ne vous êtes pas même mis à sa poursuite, et qu’il a pu faire sa retraite aussi tranquillement que s’il n’avait eu personne der­rière lui ; tout cela étant à rebours des usages de la guerre, il n’est pas extraordinaire que tout soit de même. Le général Reynier, selon ce que l’ennemi aura laissé en Volhynie, est donc le maître, soit de retourner à Brzesc, soit de rester à Slonime, en envoyant des partis sur Pinsk. Mais le principal est, jusqu’à ce que l’ennemi ait retiré ses troupes de la Volhynie, qu’il laisse un corps d’observation à portée de couvrir Varsovie et de tomber sur tout ce qui, de la Volhynie, menacerait le duché et les derrières de l’armée. Donnez ordre au général Reynier d’écrire directement an major général et d’envoyer les renseignements qu’il a. Sa Majesté juge convenable que ce soit le général Reynier qui reste en observation pour garder le Grand-Duché, et non le prince Schwarzenberg ; bien des raisons la déterminent sur cet objet. Le Roi doit faire connaître au prince Schwarzenberg que mon désir est qu’il se dirige, si Varsovie n’est pas imminemment (sic) menacée, sur Nesvije.

 

Vilna, 11 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez l’ordre au due de Trévise de partir demain à six heures du matin avec la division Delaborde, ayant huit pièces de canon, 600 chevaux de cavalerie légère de la Garde, chasseurs à cheval, lanciers polonais et hollandais, commandés par le général Lefebvre-Desnouettes. Il aura aussi avec lui tous les constructeurs de fours de la Garde, le parc du génie, composé d’une compagnie du train du génie, d’une compagnie de marins de la Garde, de plusieurs compagnies de mineurs et sapeurs, telles que le général Chasseloup en donnera le compte, et enfin d’une compagnie des ouvriers du Danube avec ses officiers. Il fera en sorte que tout cela se mette en route à trois heures du matin. Une heure après, il fera partir la divi­sion Roguet pour suivre son mouvement. Il se portera, par Lovarichki, Mikhalichki et Kobylnik, sur Gloubokoïé. Il aura soin que tout son monde ait des vivres à raison d’une demi ration de pain, d’une once et demie ou deux onces de riz, et d’une livre de viande, pour le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17 et le 18. Le général Lefebvre-Desnouettes gagnera deux jours avec sa cavalerie, un com­missaire des guerres, les constructeurs de fours, une compagnie de sapeurs et un officier de génie, afin de construire douze fours à Gloubokoïé. Le commissaire des guerres fera sur-le-champ des réquisitions dans tous les environs, afin de réunir de la farine, du blé, des fourrages et de la viande, et d’assurer la subsistance des troupes. Une brigade de mon service léger suivra le duc de Trévise et sera sous ses ordres, avec un détachement de ma Maison, pour établir mon quartier général à Gloubokoïé. Le général Roguet aura égale­ment avec lui huit pièces d’artillerie. Vous donnerez Tordre au duc de Danzig de faire partir demain pour Sventsiany la brigade de chas­seurs à pied commandée par le général Curial, avec la batterie de huit pièces que j’ai attachée à cette brigade. Elle aura avec elle des vivres pour le 12, le 13, le 14, le 15, le 16, le 17 et le 18. La brigade de grenadiers à pied se tiendra prête à partir également pour Sventsiany, le 13 à une heure du matin, ayant aussi des vivres pour les 13, 14, 15, 16, 17, 18 et 19. La cavalerie de la Garde com­mencera son mouvement demain, 12, pour se porter sur Sventsiany ; elle le continuera le 13. Un major de la Garde, avec 3 ou 400 che­vaux, marchera avec le duc de Danzig. Le général Sorbier aura ordre de me remettre l’état de ses convois, en me faisant connaître les lieux où ils doivent arriver chaque soir; les têtes de ces convois ne passeront point Sventsiany. Le général Éblé me remettra l’état de l’équipage de pont, en me faisant également connaître le lieu où il arrive chaque jour; il ne dépassera pas non plus Sventsiany. Le général Kirgener aura ordre de me remettre l’état du parc, et ne dé­passera pas non plus Sventsiany. On dressera un tableau en règle de tout ce mouvement, et il me sera remis. Vous donnerez des ordres pour établir, le plus promptement possible, la route de Sventsiany à Gloubokoïé, en mettant à chaque marche un détachement d’in­fanterie et un petit détachement de cavalerie, et en y assurant les postes. Le grand écuyer fera placer l’estafette sur la route de Vilna à Sventsiany, et sur celle de Sventsiany à Gloubokoïé; cependant ce   mouvement  ne sera démasqué au-delà de Sventsiany que le 14, de sorte que les relais n’arrivent à Postavy que le 15 et à Gloubokoïé que le 16. Il me sera rendu compte, jour par jour, de la marche de ces colonnes sur les deux routes de Gloubokoïé, par Sventsiany et Mikhalichki. Le petit quartier général, avec les con­vois qui sont à la suite, arrivera à Sventsiany le 13, et se reposera le 14, de manière à pouvoir être le 17 ou le 16 à Gloubokoïé, s’il en reçoit l’ordre. Il sera nommé sur-le-champ un officier d’état-major pour se rendre avec le général Lefebvre-Desnouettes à Gloubokoïé, dont il prendra le commandement. Il sera envoyé une escouade de gendarmerie pour maintenir l’ordre sur les derrières du corps du duc de Trévise. On mettra à l’ordre de ce corps qu’on doit marcher en ordre et ne point piller, et que les traîneurs seront arrêtés et fusillés.

 

Vilna, 11 juillet 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Smorgoni.

Mon Fils, je n’ai pas de vos nouvelles depuis le 9. Je vous ai écrit, je vous ai fait écrire par le major général, et je vous répète une troisième fois qu’il faut vous porter en toute diligence sur Dokchitsy, avec votre infanterie, votre cavalerie et votre artillerie, et faire construire là des fours. Il n’y avait encore hier au soir qu’une de vos divisions à Ochmiana; celle-là sera le plus à portée d’arriver à Dokchitsy, et votre cavalerie légère pourra la gagner. Je vous ai mandé que vos sapeurs, vos pontonniers, vos constructeurs de fours, devaient être envoyés en toute diligence en avant. Le général Colbert a trouvé à Vileïka 2,000 quintaux de farine, 30 à 40,000 rations de biscuit et une assez grande quantité d’avoine; cela nous sera d’un merveilleux secours. Le prince d’Eckmühl vous en aura prévenu, et vous en aurez sans doute envoyé prendre possession. J’ai donné ordre au général Saint-Cyr de passer, s’il le fallait, par Vilna, pour se diriger sur Dokchitsy par Lovarichki, Mikhalichki, Kobylnik. Il me tarde de recevoir de vos nouvelles et d’avoir quelques données sur le temps où vous pourrez être arrivé. Le prince d’Eckmühl doit être actuellement maître de Borisof. Il se dirigera sur Orcha. Il est probable que je porterai mon quartier général à Gloubokoïé, et que je rallierai là toute ma Garde. J’ai éprouvé une grande joie pour vous de cette quantité de vivres trouvés à Vileïka.

 

Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites connaître au commandant du génie qu’il est nécessaire qu’il prenne des mesures pour organiser les travaux de Kovno et de Vilna. L’ancien pont de Vilna doit être terminé avant le 20, et le nouveau pont de pilotis doit être terminé avant le 18. Aussi­tôt que ces deux ponts seront terminés, on lèvera les trois ponts de radeaux, puisqu’ils deviendront inutiles. Le pont de radeaux qu’a fait jeter le général Éblé étant très-bien fait, on le reploiera ici, afin de pouvoir le jeter sur tout autre point de la Viliya. Les grands ba­teaux employés aux ponts de radeaux seront envoyés à Kovno pour servir au transport des vivres sur Vilna. Je laisse exprès une compa­gnie du Danube et deux compagnies de sapeurs à Vilna pour cet objet. Les travaux du camp retranché ne doivent pu être ralentis. Les trois redoutes seront continuées, savoir: une sur la montagne, celle du centre et celle de la droite. Une demi-compagnie de sapeurs sera attachée à chacune de ces redoutes ; les hommes coucheront et baraqueront sur le lieu même. Le commandant de la place fera fournir 300 ouvriers tirés de la garnison, lesquels seront placés à raison de 100 à chaque redoute. Il sera fourni, outre cela, 300 travailleurs à chaque redoute, pris parmi les habitants du pays, de manière qu’il y ait 12 à 1300 hommes constamment employés aux travaux du camp retranché. Il sera nécessaire pour cela de laisser 2,000 outils; il faut aussi que les soldats et les paysans soient payés,

II sera fait vis-à-vis de l’ancien pont un tambour en palissades, qui se liera au couvent et qui enfermera la tête de pont, avec les dispositions nécessaires pour y placer deux pièces de 3, de sorte que 100 à 200 hommes soient là à l’abri d’une surprise. Les pièces de ré­giment seront placées au couvent. Il sera fait au nouveau pont un tambour en palissades ayant le même objet. Aussitôt que les trois redoutes du camp retranché seront à demi achevées, on entreprendra les trois autres. Il est nécessaire qu’avant le 20 on entreprenne la tête de pont. On fera venir de Kovno une portion de l’équipage de pont sur pilotis, afin d’activer les travaux de l’un et de l’autre des ponts et qu’ils soient à l’abri des glaces. On relèvera la chaussée aux deux ponts et des deux ponts aux redoutes, de manière que lors des pluies les chemins n’en soient pas gâtés.

La compagnie du Danube, après avoir terminé les deux ponts, sera employée à construire des blockhaus sur la redoute de la hau­teur, sur celle du centre et sur celle de la droite, qui sont les trois principales. Ces blockhaus doivent être très-épais et contenir une cinquantaine d’hommes. Aussitôt que les redoutes seront achevées, l’artillerie conduira dans chacune d’elles deux pièces de canon. Il y aura de la place pour quinze ou vingt pièces, lesquelles seront pla­cées par le corps qui sera chargé de défendre le camp retranche.

Il y aura sur la hauteur de l’arsenal sept ou huit pièces de canon en batterie, et une demi-escouade de cinq ou six canonniers qui seront chargés de faire le rapport au commandant de la place de ce qu’ils apercevront dans la plaine. La garnison fournira 100 hommes aux deux poste et 25 hommes à chaque redoute, aussitôt qu’elles seront terminées.

Expédiez cet ordre au commandant de l’artillerie en même temps qu’au commandant du génie et au commandant de Vilna.

 

Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites connaître au général du génie que je laisse une compagnie d’ouvriers de la marine et une compagnie de sapeurs à Kovno; que la principale opération doit être de rétablir les ponts de pilotis sur le Niémen et sur la Viliya, d’établir le fort projeté sur la hauteur et la tête de pont de la Viliya, d’établir une redoute sur la hauteur de la rive gauche du Niémen pour défendre le pont, et de placer dans chacun de ces deux ouvrages deux pièces de canon. Le commandant de la place fera fournir 600 soldats pour être employés à ces travaux, et 1,200 paysans, de sorte qu’il y ait constamment environ 2,000 travailleurs. Il est donc nécessaire qu’il y ait une grande quantité d’outils et que les travaux soient poussés de manière qu’en août ils soient terminés, et que l’on travaille à la construction d’un blockhaus pour 100 hommes. Expédiez cet ordre au général de l’artillerie et au commandant de Kovno.

 

Vilna, 12 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez l’ordre au commandant de Vilna de ne faire faire aucune corvée aux trois bataillons de marche du 3e corps qui vont tenir garnison ici, et de s’en servir pour le service de la place. Il fera placer un de ces bataillons dans le couvent sur la rive droite de la Viliya où était la Garde. Mon intention est que la garnison soit placée dans les casernes et les couvents. Il doit y avoir des locaux préparés pour loger 10,000 hommes. Tous les hommes malingres qui arriveront seront mis aux dépôts de leur corps, et tous les hommes isolés seront réunis dans un couvent. Il est très-convenable de ne rien laisser venir à la suite de l’armée, parce que la route n’est pas organisée, et que ces hommes feraient des marches et contre­marches inutiles et qu’on ne pourrait empêcher le pillage. Tons les hommes isolés seront donc arrêtés à Vilna ; on m’en remettra l’état pour que je puisse donner les ordres pour leur départ. On leur don­nera ici la ration complète en pain et viande, la demi-ration ne pou­vant ni nourrir ni contenter le soldat. Il faut qu’on ait soin de les faire baigner, et que même après deux jours de repos on les fasse exercer et approprier. Au moment du départ de ces hommes de Vilna, on donnera 50 cartouches à chacun.

 

Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, faites connaître au général Chasseloup que le général Campredon sera chargé du siège de Riga; que l’équipage de siège doit par conséquent se trouver sous ses ordres; que ce général devra suivre les instructions du duc de Tarente pour l’arrivée de l’équi­page à Tilsit et pour la formation des relais nécessaires pour le trans­port. Donnez ordre à l’équipage de siège de Danzig et à celui de l’artillerie et du génie qui est à Königsberg de partir de ces places pour Tilsit, et aux généraux d’Arancey et Campredon de prendre des mesures pour former des relais de voitures. Cet équipage restera embarqué à Tilsit jusqu’à ce que le duc de Tarente en ordonne le débarquement; ce qui ne devra avoir lieu qu’après que j’aurai passé la Dvina. Prévenez de cela le duc de Tarente, et faites-lui connaître qu’il est nécessaire d’établir des relais de cinq lieues en cinq lieues. Ces relais devront être au moins de 150 à 200 voitures, pour réunir en quinze jours les moyens de commencer le siège et pouvoir ensuite l’alimenter.

 

Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au prince Schwarzenberg que notre avant-garde est sur la Dvina; que le prince d’Eckmühl, de Minsk, marche sur Borisof et Orcha; que le vice-roi marche dans la direction de Vitebsk; que le roi de Westphalie est à Nesvije; que l’Empereur va porter son quartier général à Gloubokoïé; que, si rien ne menace Varsovie d’une manière urgente, j’ordonne qu’il se porte sur Nesvije ; qu’arrivé là il agira selon les circonstances, soit en envoyant des partis sur Pinsk, soit en en envoyant sur Bobrouisk ; qu’il vous en­verra au reste un officier pour prendre une direction ; que du 20 au 25 je passerai la Dvina.

Vous lui ferez connaître que nous avons pris des magasins à Minsk et dans d’autres endroits ; que l’ennemi paraît réuni dans son camp retranché de Drissa; que Bagration a voulu se diriger sur Vilna, puis sur Minsk, et qu’il paraît actuellement se diriger sur Bobrouisk, mais que nous serons à Orcha et à Mohilef avant lui.

 

Vilna, 13 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au général Rapp et au général Daendels pour donner l’ordre à celui-ci de partir de Danzig avec toute la brigade de Bade, cavalerie, infanterie et artillerie, aussitôt que la tête de la divi­sion Lagrange sera proche de Danzig. Le général Daendels se dirigera par la route la plus courte sur Labiau, où il trouvera la brigade de Berg, et réunira ainsi toute sa division, forte de douze bataillons et de deux régiments de cavalerie avec une trentaine de pièces de canon. Donnez ordre au général de division Lagrange de se diriger sur Danzig, où sa division restera en garnison jusqu’à nouvel ordre. Les bataillons de Berg et de Bade qui sont à la pointe du Nehrung et à Marienburg seront remplacés par d’autres bataillons de la garnison de Danzig, de sorte que la division Daendels, forte de 8,000 hom­mes, infanterie et cavalerie, sera réunie à Labiau. Faites connaître au général Rapp qu’il peut presser le départ du général Daendels, dès qu’il pense qu’il n’y a pas d’apparence de danger, et que la tête de la division Lagrange sera à deux marches de Danzig. Recomman­dez au général Rapp d’avoir soin de nos jeunes conscrits de la divi­sion Lagrange, de faire faire le service par les quatre bataillons étrangers, et de faire camper ces jeunes gens en les faisant baraquer sur les hauteurs, afin qu’ils puissent s’exercer et être dans un meilleur air. Recommandez-lui surtout de ne point en placer à Weichselmünde et du côté du mauvais air. Vous ferez connaître celte disposition ta duc de Bellune, qui aura ainsi une division à Labiau et deux à Marienburg.

P. S. Il faudra en conséquence donner l’ordre au général Lagrange de se diriger sur Danzig, au lieu de Königsberg.

 

Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez ordre au général d’artillerie de faire venir 5,000 fusils à Kovno et autant à Vilna, avec des mousquetons et des sabres en proportion, pour pouvoir armer de l’infanterie française. Donnez ordre également au général d’artillerie de faire venir à Vilna les 30,900 fusils du roi de Saxe qui sont à Bromberg, les 5,000 mousquetons et les 8,000 sabres qui sont à Danzig, et les 6,000 fu­sils existant à Pillau ; ce qui fera 36,900 fusils, 5,000 mousque­tons et 8,000 sabres pour l’armement de l’insurrection. Donnez-lui ordre de faire venir sur Bromberg les 34,000 fusils de Magdeburg, les 34,000 de Wesel et les 15,000 de Küstrin, et de me faire con­naître quand ces 83,000 fusils arriveront à Bromberg, pour que je leur donne une direction.

 

Vilna, 12 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de faire partir demain l’équipage de pont, composé de dix bateaux qui sont disponibles à Vilna, et de placer avec ces bateaux tout son personnel, hormis une compagnie de pontonniers, qui partira avec l’équipage de Pillau, quand il sera arrivé, et une autre compagnie qu’il pourra laisser pour garder le reste de son matériel. Faites-lui connaître que j’ai besoin de plusieurs équipages de pont; qu’il faut donc que tout vienne insensiblement, soit avec des chevaux, soit avec des bœufs; mais qu’il est nécessaire que dès demain tout le personnel parte, parce qu’à défaut de portons j’emploierai des radeaux et des chevalets.

 

Vilna, 12 juillet 1812

ORDRE.

1° II sera construit un pont de radeaux à Olitta, un semblable à Grodno, et un troisième à Meretch.

2° Le général Éblé, commandant les équipages de pont, chargera un officier de pontonniers de se rendre successivement dans ces trois endroits, en commençant par Olitta, pour diriger les travaux du pont, que les administrations locales feront faire par les ouvriers du pays.

3° Le major général est chargé de l’exécution du présent ordre.

 

Vilna, 13 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Paris.

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Kirgener avec tout son parc du génie et l’équipage de pont, et au général Sorbier avec son parc d’artillerie, de se diriger de Sventsiany sur Postavy et Gloubokoïé. Organisez la route de Sventsiany à Gloubokoïé, en envoyant des détachements du quartier général à chaque station. Envoyez aussi sur cette route deux escouades de gendarmerie et trois de la gendar­merie d’élite pour faire la police et maintenir le bon emploi des res­sources du pays.

P, S. Écrivez au duc de Trévise de laisser aller l’artillerie à sa guise, quand elle devrait arriver un ou deux jours plus tard; cela est préférable à lui voir perdre des chevaux.

 

Vilna, 14 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, donnez ordre au général Saint-Cyr de faire partir demain, à la pointe du jour, ses quatre régiments de cavalerie légère avec une batterie d’artillerie légère bien attelée, sous les ordres du général de brigade qui les commande. Ces régiments se rendront, en marchant aussi vite qu’ils pourront, par Mikhalichki sur Gloubokoïé, où ils appuieront le général Lefebvre, qui s’y trouve avec 1,000 che­vaux de la Garde. Le général de brigade enverra un aide de camp pour instruire le général Lefebvre de son arrivée. Us pousseront dans tous les sens, et pourront prendre beaucoup de choses à l’ennemi, qui évacue ses magasins avec la plus grande activité.

Faites connaître au duc de Trévise l’ordre que je donne au général Saint-Cyr, et instruisez-le que le général Saint-Cyr vient derrière lui. Qu’il donne ordre au général Lefebvre, aussitôt que ces 2,000 hom­mes de cavalerie seront arrivés, de pousser sur Loujki, en mettant en avant les Bavarois et gardant ma Garde en réserve, mettant seu­lement à la tête des chevau-légers polonais ; de pousser sur les routes de Disna, de Polotsk et de Vitebsk, pour recueillir des renseigne­ments et réunir tous les magasins, et de faire de fréquents rap­ports sur ce qui se passe. Vous manderez au général Saint-Cyr que, si l’artillerie légère faisait éprouver des retards dans la marche, il fasse laisser 50 chevaux pour l’escorter, et que le reste de la cava­lerie continue avec la plus grande diligence, parce qu’il y a de très-bons coups à faire, et que la prise des magasins de l’ennemi nous sera précieuse dans la circonstance où nous nous trouvons pour les vivres. Vous chargerez le duc de Trévise de vous faire connaître quand tout cela arrivera à Gloubokoïé.

Vous ferez connaître au général Lefebvre que le général Nansouty a ordre d’éclairer avec son corps les débouchés de Disna.

 

Vilna, 14 juillet 1812, huit heures du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Vileïka

Mon Fils, le prince d’Eckmühl est arrivé à Borisof. Le roi de Westphalie est à Nesvije. On a pris des magasins de vivres et de munitions de guerre à Borisof. Le général Colbert mande qu’il a saisi des magasins à Dokchitsy; le général Lefebvre-Desnouettes, avec 1,000 chevaux de la Garde, se rend à Gloubokoïé; je crois que demain il sera bien près d’y arriver. Je le fais appuyer par toute la cavalerie légère bavaroise, qui défile aujourd’hui de Vilna et couche à Lovarichki. Je lui donne ordre de prendre les devants. On croit qu’il aura beaucoup de magasins à prendre sur la route de Polotsk, Disna, etc. Faites reconnaître les routes de Vitebsk et Orcha, et com­mandez des vivres dans les deux directions.

Je suppose que l’état-major vous a envoyé des gazettes de Vilna à répandre parmi les habitants.

Le 17, j’aurai mon quartier général à Sventsiany, et je serai le 17 dans la nuit ou le 18 à Gloubokoïé.

Vilna, 14 juillet 1812, huit heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Borisov

Mon Cousin, je reçois vos trois lettres; la dernière est du 13, à trois heures après midi. Je vois avec plaisir que vous avez occupé Borisof. J’ai reçu une lettre du roi de Westphalie du 13. Il n’était pas encore à Nesvije. Son quartier général était à Mir. L’ennemi paraît être dans son camp retranché de Drissa. Je ne compte pas passer la Dvina avant le 20 ou le 22.

Sachez donc me dire le nom des divisions d’infanterie que Bagration a avec lui.

 

Vilna, 14 juillet 1812.

RÉPONSE DE L’EMPEREUR AUX DÉPUTÉS DE LA CONFÉDÉRATION DE POLOGNE.

Députés de la Confédération de Pologne, j’ai entendu avec intérêt ce que vous venez de me dire.

Polonais, je penserais et j’agirais comme vous ; j’aurais voté comme vous dans l’assemblée de Varsovie : l’amour de la patrie est la pre­mière vertu de l’homme civilisé.

Dans ma position, j’ai bien des intérêts à concilier et bien des devoirs à remplir. Si j’eusse régné lors du premier, du second ou du troisième partage de la Pologne, j’aurais armé tout mon peuple pour vous soutenir.

Aussitôt que la victoire m’a permis de restituer vos anciennes lois à votre capitale et à une partie de vos provinces, je l’ai fait avec empressement, sans toutefois prolonger une guerre qui eût fait couler encore le sang de mes sujets.

J’aime votre nation ; depuis seize ans j’ai vu vos soldats à mes côtés, sur les champs d’Italie comme sur cens d’Espagne.

J’applaudis à tout ce que vous avez fait ; j’autorise les efforts que vous voulez faire; tout ce qui dépendra de moi pour seconder vos résolutions, je le ferai.

Si vos efforts sont unanimes, vous pouvez concevoir l’espoir de réduire vos ennemis à reconnaître vos droits. Mais, dans ces con­trées si éloignées et si étendues, c’est surtout sur l’unanimité des efforts de la population qui les couvre que vous devez fonder vos espérances de succès.

Je vous ai tenu le même langage lors de ma première apparition en Pologne. Je dois ajouter ici que j’ai garanti à l’empereur d’Au­triche l’intégrité de ses États, et que je ne saurais autoriser aucune manœuvre ou aucun mouvement qui tendrait à le troubler dans la paisible possession de ce qui lui reste des provinces polonaises.

Que la Lithuanie, la Samogitie, Vitebsk, Polotsk, Mohilef, la Volhynie, l’Ukraine, la Podolie, soient animés du même esprit que j’ai vu dans la Grande Pologne et la Providence couronnera par le succès la sainteté de votre cause; elle récompensera ce dévouement à votre patrie, qui vous a rendus si intéressants et vous a acquis tant de droits à mon estime et à ma protection, sur laquelle vous devez compter dans les circonstances.

Extrait du Moniteur du 28 Juillet 1812.

 

Vilna, 15 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, expédiez un officier au duc de Reggio. Vous lui ferez connaître que je n’approuve pas le mouvement qu’il a fait sur Yezoros (aujourd’hui Novo-Alexandrowky) ; qu’en effet, si l’ennemi est en force à Dinabourg, c’est s’exposer à être attaqué par toute cette armée, à être enveloppé par des forces très-supérieures et à essuyer de grosses pertes; que, si l’ennemi n’est pas à Dinabourg, c’est contrarier mes opérations; que Soloki, étant à deux journées de marche de Dinabourg, est déjà assez près de cette place; qu’il est suffisant d’avoir de la cavalerie et quelques voltigeurs à Yezoros ; que mon intention est de manœuvrer sur le haut de la Dvina; que j’aurai le 17 mon quartier général à Sventsiany et le 18 à Gloubokoïé; qu’il doit recevoir les ordres du roi de Naples, ainsi que le duc d’Elchingen; que je suppose qu’il sera déjà à Dryswiaty et le due d’Elchingen sur Braslaf ; que mon intention est que le 3e et le 2e corps, ainsi que les trois divisions du 1er corps qui sont sous les ordres du Roi, puissent occuper une position qui tienne en res­pect le camp retranché de Drissa, en maintenant nos communica­tions avec Disna ; que je passerai du 20 au 25 entre Disna et Polotsk; que le prince d’Eckmühl s’est emparé de la place de Borisof; qu’il y a trouvé seize pièces de siège; qu’il a enlevé à l’ennemi, à Kholoui, un parc de deux cents voitures dont dix-huit pièces de canon et soixante milliers de poudre; qu’il a fait prisonniers 200 canonniers, 3 à 400 charretiers, et que 600 chevaux de trait sont tombés en son pouvoir ; que le roi de Westphalie est à Nesvije et marche sur Sloutsk ; qu’il a eu avec l’ennemi des affaires d’arrière-garde très-vives, où commandait le général Latour-Maubourg; que le général cosaque Gregorief y a été tué, et que Bagration se retire sur Bobrouisk; que le vice-roi, le 4e corps et le 6e arrivent à Dokchitsy, que toute la Garde marche sur Gloubokoïé ; que l’Empereur ne veut attaquer l’ennemi ni dans son camp retranché de Dinabourg, ni dans son camp retranché de Drissa; qu’il tournera ses positions, les rendra toutes inutiles et l’attaquera en marchant; que, comme Sa Majesté sera éloignée, il est nécessaire qu’il reçoive les ordres du roi de Naples et les exécute ponctuellement.

 

Vilna, 16 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, vous pouvez expédier votre lettre au roi de West­phalie. Écrivez au Roi qu’il est nécessaire de laisser du monde à Nesvije afin de surveiller ce que fait l’ennemi du côté de Pinsk, jusqu’à ce que le prince Schwarzenberg  y soit arrivé avec son corps. Pressez le prince Schwarzenberg d’arriver dans cette position.

 

Vilna, 16 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vilna.

Mon Cousin, écrivez au duc de Tarente que vous recevez sa lettre du 14, que son premier convoi de trois cents voitures est déjà arrivé, et qu’on a fait retourner les voitures avec le plus grand soin, afin qu’il puisse continuer ses envois. Vous lui ferez connaître que le prince d’Eckmühl est entré à Borisof, qu’il y a pris seize pièces de canon et soixante milliers de poudre, et qu’il marche sur Igoumen pour tomber sur le flanc de Bagration qui file sur Bobrouisk; que le 5e corps a dépassé Nesvije, poursuivant l’arrière-garde de Bagration ; que le général Reynier avec le 7e corps est à Kletsk; que le prince Schwarzenberg se dirige sur Nesvije; que le 18 mon quartier général sera à Gloubokoïé; que je compte passer la Dvina du 20 au 25.

Vous lui manderez que je n’ai rien à ajouter aux instructions qu’il a reçues ; que ce n’est pas à Dinabourg que l’armée ennemie s’est réunie, mais à Drissa, où elle a une tête de pont de 3 lieues de tour; que toutes les forces ennemies se portent sur le haut de la Dvina ; que tous les renseignements assurent qu’il n’y a de votre côté que la garnison de Riga.

Vous lui ferez connaître que je désire qu’il ait une division à une marche de Dinabourg, afin de tenir en respect la garnison de cette ville et de lui faire craindre d’être coupée si elle se jetait un peu dans le pays; que le duc de Reggio, qui avait poussé des reconnaissances sur Dinabourg, s’est porté à trois marches sur la droite; qu’il est donc convenable qu’il contienne cette garnison; que l’Empereur compte passer la Dvina entre Disna et Vitebsk, ce qui obligera l’ennemi h faire l’une des deux opérations suivantes : ou à évacuer son camp retranché de Drissa pour couvrir Pétersbourg, ou à déboucher de Drissa pour tomber sur le corps d’armée qui est devant lui; que dans ce dernier cas il y aurait une bataille; qu’il est donc convenable qu’il prenne position, avec une forte division de 8 ou 9,000 hommes, devant Dinabourg, pour tenir en respect la garnison, et que par ce moyen il sera instruit plus tôt de l’issue des événements; que, s’il y a une bataille et que l’ennemi la perde, ou s’il évacue son camp re­tranché sans bataille et se porte sur Pétersbourg, le duc de Ta rente pourra passer la Dvina au point le plus favorable entre Riga et Dina­bourg; que, si les localités le permettent, peut-être serait-il conve­nable de passer ce fleuve à une marche de Dinabourg, afin d’être plus promptement en communication avec nous et de recevoir des ordres, soit pour cerner Riga, soit pour en entreprendre le siège, soit pour se diviser et se porter en partie sur Dinabourg et en partie sur Riga en corps d’observation, selon les nouvelles que l’on aura de la force de l’ennemi et des événements qui se seront passés; que, s’il y avait une bataille et que nous la perdissions, sa position près de Dinabourg serait également avantageuse, puisqu’elle empêcherait la garnison de Dinabourg de rien faire, et pourrait protéger notre flanc gauche; qu’il y a de Dinabourg à Jacobstadt trois marches, et de Dinabourg à Friedrichstadt cinq marches; qu’ainsi, en tenant une forte avant-garde à une journée de Dinabourg, ayant des postes sur la rivière, en ayant du côté de Friedrichstadt contre Riga, il se trou­verait occuper toute la rive gauche depuis Dinabourg jusqu’à quelques lieues de Riga, et qu’il ferait construire les radeaux nécessaires pour passer la Dvina à une journée de Dinabourg ; que dans cette position il remplirait donc le but de couvrir le Niémen, de protéger le pays, de contenir les garnisons de Dinabourg et de Riga et de menacer du passage; que pendant tout cet intervalle il serait très à portée de communiquer avec nous, et pourrait jeter son pont, du 24 au 25, entre Jacobstadt et Dinabourg, aussitôt qu’il connaîtrait l’issue des événements; que l’Empereur pense que, de sa personne, il devrait se tenir près de Dinabourg, comme plus à portée d’avoir des nou­velles et de prendre le parti que les circonstances exigeront ; que, si cette lettre le trouvait déjà en marche pour Jacobstadt ou Friedrich­stadt , cela ne le dérangerait en rien, puisque votre lettre ne s’éloigne pas de sa première instruction ; que toutefois ceci ne peut être con­sidéré que comme instruction générale pour le but qu’il a à remplir, vu l’éloignement où nous nous trouvons.

 

Vilna, 16 juillet 1812.

Au maréchal Oudinot, duc de Reggio, commandant le 2e corps de la Grande Armée, à Drysviaty (Cette lettre a été écrite par le major général sous la dictée de l’Empereur).

L’Empereur, Monsieur le Duc, a vu avec étonnement et a été fâché que, sans ordre, vous vous soyez porté sur Dinabourg. Si vous sup­posiez que l’armée russe y était, vous exposiez sans raison votre corps d’armée. Si vous aviez des données que l’armée russe n’y fût pas, votre marche est encore blâmable : vous exposiez votre droite, qui pouvait être attaquée par les troupes de l’armée russe qui sont dans le camp de Drissa. L’Empereur vous avait donné l’ordre d’aller à Soloki. Sa Majesté, vous croyant dans cette position, pouvait vous envoyer des ordres, et, au lieu de vous y trouver, vous en étiez à deux marches. Vous avez donc fait un faux mouvement sans but. L’Empereur savait bien qu’il y avait une place forte à Dinabourg, à laquelle les Russes travaillent depuis quatre à cinq ans. Je vous ai fait connaître, Monsieur le Duc, que vous étiez aux ordres du roi de Naples. L’Empereur suppose que vous avez pris les positions ordon­nées. Vous avez beaucoup contrarié l’Empereur par votre mouvement sur Dinabourg. Sa Majesté me charge de vous dire qu’elle espère que cela n’arrivera plus.

 

Vilna, 16 juillet 1812, six heures du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kostenevitchi.

Mon Fils, je vous écris jusqu’ici par votre route ordinaire; je vous écris aujourd’hui par Gloubokoïé. Je serai demain à cinq heures du matin à Sventsiany. Il parait que l’ennemi fait des mouvements. Portez-vous sur Gloubokoïé. Je vous ai écrit hier d’envoyer un offi­cier au roi de Naples, qui est à Belmont près Braslaf. Correspondez avec moi par les piquets de la Garde qui sont depuis Sventsiany jusqu’à Gloubokoïé.

 

Vilna, 16 juillet 1812, dix heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Igoumen.

Mon Cousin, je n’ai pas de vos nouvelles depuis le 13. Je serai demain à six heures du matin à Sventsiany, et, selon les circonstan­ces, je me porterai aux avant-postes du roi de Naples qui sont sur Braslaf, ou sur Gloubokoïé. Le vice-roi est à Dokchitsy ; il se porte sur Gloubokoïé. Je n’ai pas besoin de vous recommander d’être pru­dent et de correspondre par Dokchitsy avec le vice-roi et avec moi. Faites en sorte que Bagration ne vous déborde pas, et ne vous enfour­nez pas mal à propos dans les marais de Bobrowisk. Le prince Schwarzenberg a ordre de se porter sur Nesvije. N’allez pas même trop vite sur Orcha, jusqu’à ce que vous sachiez des nouvelles de ce qui se sera passé de nos côtés, où les affaires vont prendre une couleur d’ici à peu de jours.

 

Vilna, 16 juillet 1812.

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Loujki.

Mon Cousin, je pars à l’instant même. Je serai à cinq heures du matin à Sventsiany; faites que j’y trouve de vos nouvelles avant neuf heures. Les lettres par la correspondance de la Garde doivent aller très-vite. Envoyez un officier au roi de Naples, à Belmont, et mettez quelques relais pour communiquer avec lui. Cette lettre vous joindra à Loujki. Si cela est, séjournez-y demain. Faites-en faire autant au général Kirgener, au petit quartier général et au général Sorbier, jusqu’à ce que je puisse donner des ordres de Sventsiany. Le général Curial peut également s’arrêter. Les Bavarois doivent vous joindre demain dans la position où vous êtes. Envoyez la lettre ci-jointe au vice-roi. Faites toujours construire les fours à Gloubokoïé.

Vous comprendrez facilement ce que vous avez à faire, lorsque vous saurez que le 15, au matin, l’ennemi a attaqué la cavalerie de la division Sébastiani, et que le roi de Naples prend position à Ikazni avec les 2e, 3e corps et partie du 1er et toute sa cavalerie. II vous aura sans doute écrit directement. Mon intention est de me diriger sur lui de tous les points, si l’attaque de l’ennemi se confirme. Faites-moi connaître la route que vous, le duc de Trévise, le général Curial, les Bavarois, le général Sorbier et le général Kirgener pouvez prendre de la position respective où vous serez demain à midi, pour vous diriger droit sur le roi de Naples. Dites au vice-roi qu’il doit corres­pondre avec moi par les piquets de la Garde. Je suppose que vous avez des nouvelles du général Lefebvre-Desnouettes, qui est parti en avant. Dirigez-le sur la gauche, afin de concentrer toutes nos forces si l’ennemi attaque. Si demain, arrivé à Sventsiany, je trouve que c’est une fausse alerte, je contracterai mon mouvement sur Gloubokoïé; mais un jour de repos ne peut avoir de l’inconvénient; cela donnera le temps aux Bavarois d’arriver. Vous préviendrez le général Saint-Cyr de se presser un peu d’arriver à votre hauteur.

 

Sventsiany, 17 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je suis arrivé à Sventsiany à dix heures du matin. J’en pars cette nuit pour Gloubokoïé. Les ponts que l’ennemi avait jetés et les petits mouvements qui s’en étaient suivis n’ont pas eu de suite.

Dites à l’ordonnateur qui est resté qu’on expédie tous les convois sur Gloubokoïé par la route de Mikhalichki, qui est beaucoup plus courte.

Envoyez quelques agents du pays en poste pour savoir ce qui se passe du côté de Nesvije, de Pinsk, de Bobrouisk.

Écrivez tous les jours une petite lettre à l’archichancelier et au ministre de la police, afin qu’il n’y ait aucune inquiétude à Paris. La ligne des courriers de l’estafette vient de Vilna à Gloubokoïé par Sventsiany ; ainsi je compte que vous me renverrez mon officier d’or­donnance, que vous m’écrirez par toutes les estafettes ce qui se passe de nouveau dans la place et des nouvelles de Varsovie.

 

Gloubokoïé, 18 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je suis arrivé à Gloubokoïé. Le général Grouchy a pris à Staroï-Lepel 1 colonel, 10 officiers, 200 mineurs et des magasins assez considérables. Il y a à Borisof une quantité immense de sel ; il serait convenable d’en approvisionner la popula­tion. Conférez de cela avec le gouvernement. Le pays de Vilna à Sventsiany est horrible ; mais de Sventsiany à Gloubokoïé il est su­perbe; il n’y a pas de forêts et les récoltes sont magnifiques. Le général Colbert, qui est déjà à Tolotchine, dit qu’il lui a paru que l’esprit était changé et que ce n’étaient plus des Polonais; faites-moi connaître ce qu’on dit de cela à Vilna. Il faut que dans les directions d’Orcha et de Mohilef on envoie des commissaires polonais avec des proclamations. On n’a envoyé dans le pays aucun imprimé. Je désire que vous fassiez imprimer, au nombre de 6,000 exemplaires, la pro­clamation aux Polonais pour les faire déserter, et au même nombre les principales pièces que les journaux de Vilna ont publiées sur la Confédération. Les premiers 250 exemplaires, vous les enverrez à l’état-major général;  les seconds 250 au prince d’Eckmühl, par Minsk; les troisièmes 250 au prince Poniatowski; les 250 suivants au duc de Tarente ; les 250 suivants au duc de Reggio ; enfin autant au duc d’Elchingen, au roi de Naples et au vice-roi, ce qui fait les deux premiers milliers. Les deux seconds milliers seront distribués de la même manière que les deux premiers. Il faut aussi que l’admi­nistration polonaise en envoie dans toutes les directions.

La Confédération générale du royaume de Pologne au Polonais retenus au service civil ou militaire de la Russie.

Compatriotes !

La patrie s’est relevée ! Et avec elle, au même instant, tous les devoirs qui vous lient à elle; ces devoirs que vous avez contractés en naissant reprennent leur vigueur. En existe-t-il de plus anciens et de plus sacrés ? Jetez les yeux sur les fastes du monde, sur les exemples immortels de vos aïeux, sur les faits récents de vos frères; portez surtout vos regards au fond de vos cœurs, et, s’ils sont encore polonais. Ils vous diront que, s’il n’y a pas de gloire égale à celle de vivre et de mourir pour la patrie, il n’y a pas de crime ni d’opprobre sem­blable à celui de servir contre elle, de se joindre à ceux qui l’ont déchirée et qui l’ont inondée de votre sang.

Polonais ! Sentez-vous le plus douloureux de tous les coups, cet opprobre qu’on veut jeter sur votre race ? Regardez à quel coin sont frappées ces marques qu’on vous fait porter ! De quel sang sont teints ces drapeaux qui flottent sur vos têtes ! Les barbares seuls pourraient concevoir cette idée atroce que vous seriez capa­bles d’envisager comme un bienfait l’affreux privilège de servir ceux dont vous étiez les vainqueurs et les maîtres, la permission de répandre pour eux les restes d’un sang qu’ils n’ont pu entièrement épuiser et dans lequel ils ne se sont déjà que trop baignés.

Tant que la patrie n’existait pas, ils pouvaient être tolérés, ces liens formés par la nécessité, par la violence ou par le soin d’éviter l’œil vigilant du despote. Il n’est sûrement pas de Polonais assez dégénéré pour les porter volontaire­ment; ils ne furent jamais assez forts pour qu’il ne fût pas permis de les rom­pre; aujourd’hui, ils sont déjà brisés, ils n’existent plus.

La patrie reprend ses droits et va les exercer dans toute leur étendue; il n’y a plus à délibérer ni à choisir : il faut lui obéir ou être sourd à sa voix, et désormais elle n’aura plus à compter que des enfante fidèles ou des traîtres.

O patrie adorée des Polonais ! Non, tu n’éprouveras pas ce comble d’igno­minie que tes fils te soient parjures, qu’ils t’abandonnent et qu’égarés par le langage sacrilège des oppresseurs ils puissent appeler leurs services un lien d’honneur ! Eh ! Y en aurait-il à plonger un fer parricide dans le sein de sa mère ?

La bravoure n’est honorable que lorsque la cause à laquelle elle est consacrée est celle de l’honneur, et la fidélité n’est une vertu que lorsqu’elle protège ces devoirs sacrés que la nature et la patrie ont gravés dans nos cœurs en carac­tères ineffaçables.

Livrez-vous donc à cette indignation, à cette horreur que doit vous inspirer tout ce qui vient de ceux qui ont juré votre ruine. Ne tardez pas à vous pro­noncer et vous ferez trembler vos tyrans. Descendants de tant d’illustres pa­triotes, quittez ces marques qui vous avilissent, jetez ce fer parricide, et, animés d’une juste vengeance, joignez-vous à nous et tournez-le contre vos oppresseurs pour les punir de tant de violences et d’outrages. On n’est jamais mieux paré aux yeux de la patrie que quand on se présente couvert du sang de ses ennemis. Venez, suivez les traces de ces compatriotes vertueux qui, avant dix-huit ans, dès qu’ils ont entendu le cri de la patrie, n’ont pas balancé de briser leurs fers et sont accourus à son secours, en se faisant jour, en foulant les cadavres de ces mêmes esclaves qui prétendent pouvoir vous retenir aujourd’hui.

Quelle plus belle carrière pourrait-on vous offrir que celle où vous vous trou­verez réunis à des frères qui, après avoir fait retentir par toute la terre le nom polonais, croient tous leurs travaux récompensés, puisqu’il leur est permis de vous offrir une patrie, de vous inviter à combattre pour elle ! C’est ici le vrai champ de l’honneur et du devoir; c’est ici que de véritables Polonais veulent répandre leur sang pour une véritable Pologne, ici sous les yeux du plus grand des héros, du protecteur le plus généreux, ici à côté de la première armée du premier peuple du monde, ici enfin au milieu de toutes les nations civilisées qui ont marché pour se garantir une fois contre les irruptions des barbares.

Venez donc, la patrie vous appelle ! Vos frères vous tendent les bras ; nos cœurs, nos temples et nos sanctuaires sont ouverts pour vous. Venez! que le plus grand des souverains, que l’Europe entière puissent applaudir à ce dévoue­ment, à ce zèle patriotique qui n’admet ni bornes, ni ménagements, ni réserve; que cette patrie si fière de rattachement de ses enfants, qui vous sourit main­tenant avec tendresse, ne voie pas s’obscurcir l’aurore de sa vie nouvelle, ne soit pas forcée de se montrer sévère et inexorable envers ceux qui, égarés par le plus criminel aveuglement, auraient l’impudence de la renier.

Fait à la séance du conseil général de la Confédération générale à Varsovie, en vertu des articles VI et VII de l’acte de ladite Confédération, le 7 juillet 1812.

Le maréchal de la Diète et de la Confédération générale de Pologne, Adam Czartoryski.

Le secrétaire de la Confédération générale, Capitan Kozmian.

 

Gloubokoïé, 18 juillet 1812, cinq heures du soir

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je suis arrivé aujourd’hui à Gloubokoïé, où se réunit toute la Garde. Le général Grouchy me mande qu’il a pris des maga­sins à Staroï-Lepel : il y a pris 750 sacs de farine et 327 tonneaux de biscuit. J’approuve la direction d’une partie de votre cavalerie sur la Berezina. Je pense que je ne dois pas tarder à recevoir des nou­velles de votre arrivée à Dokchitsy. Votre premier soin aura été sans doute de mettre des postes de communication sur la route de Gloubokoïé.

Le 14, le 15 et le 16, il est arrivé à Vilna une grande quantité de convois, faisant la valeur de 2,000 quintaux de farine environ, pour votre armée. Envoyer au-devant de ces convois pour qu’ils ne s’égarent pas.

Le 6e corps devrait arriver aujourd’hui à Gloubokoïé; pourtant nous n’en avons pas de nouvelles. Comme ce sont des Bavarois, qui marchent lentement, peut-être au lieu de cinq jours mettront-ils un jour de plus.

J’attends à chaque instant des nouvelles du roi de Naples. Je n’en ai pas depuis le 16 au soir.

Tout me porte à penser, sans cependant en être sûr, que l’ennemi se porte sur Polotsk pour ne pas se laisser couper de Saint-Péters­bourg. Toutefois il n’y a pas de mal à placer une partie de votre cava­lerie légère de ce côté-ci. Quant au reste de votre cavalerie et à vos trois divisions, ils passeront la journée à se reposer, et je vous ferai passer des ordres demain avant six heures du matin. Si vous n’en receviez pas, vous placeriez vos trois divisions quelques lieues en avant sur le chemin de Gloubokoïé.

 

Gloubokoïé, 18 juillet 1812, neuf heures du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 18 à midi. Je ne conçois pas comment elle ne m’est arrivée qu’à sept heures. Nous ne sommes pas éloignés cependant de plus de deux heures. Je vous ai écrit à cinq heures. Je n’ai pas encore de nouvelles du roi de Naples; mais de nouveaux renseignements me portent à penser que l’ennemi file sur Vitebsk par la rive droite. J’approuve que vous dirigiez votre cava­lerie sur les routes de Vitebsk et de Polotsk ; poussez-la jusqu’à Kamen et jusqu’au pont de Botcheïkovo sur la rivière d’Oulla ; poussez celle de gauche jusqu’à Ouchatch. Mais qu’ils aillent prudemment. Le général Lefebvre-Desnouettes, avec la cavalerie de la Garde, occupe Loujki. Votre cavalerie légère vous fera faire des vivres et vous rapportera des nouvelles. Réunissez demain toute votre infanterie à Dokchitsy; placez une division sur la route de Polotsk et l’autre sur celle de Vitebsk : selon que je vous ferai marcher sur l’une ou l’autre route, celle de cette route fera l’avant-garde. Tout porte à penser que je vous ferai marcher par la route de Vitebsk. Il est bien impor­tant que vos marins, vos sapeurs, vos pontonniers soient en tête. Il sera très-possible que je vous charge de passer la rivière à Biéchenkovitchi : il y a là un rentrant favorable. Mettez sur la route des postes de correspondance, afin que nous puissions communiquer rapidement en deux heures.

 

Gloubokoïé, 19 juillet 1812, trois heures du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je reçois des nouvelles du roi de Naples. Il paraît déci­dément que les Russes ont abandonné leur camp retranché de Drissa, et qu’ils se retirent en toute diligence sur Polotsk, en évacuant leurs bagages par la route de Saint-Pétersbourg. Cela étant, il serait con­venable que vous vous portassiez sur Kamen. Tous les corps de la gauche se portent sur Disna : le corps du général Nansouty doit y être aujourd’hui; il se dirige sur Polotsk, de sorte que votre flanc gauche se trouvera bien assuré. Aussitôt que vous serez certain que le général Nansouty a intercepté la route de Polotsk, il faut réunir votre cavalerie légère sur Kamen. Mettez-y quelques pièces d’artil­lerie légère et des voltigeurs, afin d’avoir là une bonne avant-garde. Le général Grouchy est à Bobr; faites-lui part de votre mouvement. Par ce mouvement vous flanquerez sa gauche.

P. S. Commencez le mouvement de votre infanterie sur Kamen ; si vous avez deux routes, prenez la plus courte. Je vous écrirai encore dans trois heures d’ici.

 

Gloubokoïé, 19 juillet 1812, six heures et demie du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je vous ai écrit à trois heures du matin. Je viens de recevoir des nouvelles fraîches de Drissa. L’ennemi a abandonné son camp retranché, laissant ses ouvrages, fruit de neuf mois de travail. II remonte, à ce qu’il parait, en toute hâte la rivière par la rive droite ; il est donc indispensable que vous marchiez avec la division la plus en état pour appuyer votre avant-garde. Je suppose que votre cavalerie légère aura ce soir des postes à Kamen et sera réunie demain.

Soyez demain de votre personne à Pychno. Les deux autres divisions d’infanterie peuvent suivre à une demi-marche l’une de l’autre. Arri­vez le plus tôt possible avec votre première division à Kamen, afin de pouvoir pousser des postes sur Biéchenkovitchi. La cavalerie du comte Nansouty, qui remonte la rivière sur la rive gauche, vous rejoindra à peu près en même temps. Votre mouvement est impor­tant, afin de couvrir la droite du général Grouchy. La cavalerie légère bavaroise est attendue ici ce matin ; je la dirigerai de suite sur Ouchatch. Je vous ferai connaître sa marche, pour que vous lui envoyiez des ordres. Ces quatre brigades réunies avec la Garde vous feront près de 5,000 hommes de cavalerie. Les Bavarois doivent avoir avec eux une batterie d’artillerie légère; si vous joignez à cela une ou deux batteries d’artillerie légère et 1,200 hommes d’infanterie des meil­leurs marcheurs, cela vous fera une avant-garde fort respectable, qui pourra très-bien se trouver détachée à sept ou huit heures en avant de voire corps d’armée.

Je n’ai point de nouvelles du corps bavarois ; mais il me semble que la journée de demain ne peut pas se passer sans qu’ils arrivent. Ils seront toujours à temps pour vous arriver en réserve.

P. S. Ayez soin de bien placer des postes de correspondance, aux­quels vous donnerez ordre d’avoir des chevaux, afin que votre cor­respondance soit bien rapide, et que vous puissiez me transmettre vos rapports à raison de deux lieues par heure; s’ils ne trouvaient pas de chevaux, ils fourniraient leurs propres chevaux.

 

Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, l’ennemi a évacué son camp retran­ché de Drissa et brûlé tous ses ponts et une immense quantité de magasins, sacrifiant des travaux et des approvisionnements qui étaient l’objet de ses soins depuis plusieurs mois. Il paraît que ce sont les mouvements sur Vitebsk et sur le Dniepr qui l’ont décidé à cette éva­cuation. Je désire que vous envoyiez un courrier au duc de Tarente, qui est en Samogitie, pour lui faire connaître officiellement cette nouvelle et le presser de se porter sur la Dvina, entre Dinabourg et Jacobstadt, conformément à ses instructions, afin de jeter un pont sur cette rivière. Vous vous servirez pour courrier d’un homme du pays, qui dans aucun cas ne serait compromis. Envoyez également un courrier du pays au prince d’Eckmühl pour lui annoncer ces nouvelles, en y ajoutant que le vice-roi marche sur Kamen, mais que les Russes ont commencé leur mouvement de retraite de Drissa le 16; qu’ainsi il faut qu’il marche bien éclairé sur sa gauche. Vous dirigerez ce courrier par Minsk, Igoumen et Berezina. Envoyez aussi ces nouvelles au roi de Westphalie et au prince Poniatowski, afin de presser leur mouvement.

 

Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez ordre au général Nansouty, qui doit être à Disna, d’envoyer la division Bruyère vis-à-vis Polotsk t et de se mettre en mouvement pour la soutenir. Qu’il donne ordre à la division Morand de se rendre en toute diligence à Disna. Recommandez-lui de mettre des postes de cavalerie depuis vis-à-vis Polotsk jusqu’à Disna, afin de correspondre rapidement avec nous.

 

Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, je désire que vous m’envoyiez le croquis de la route que vous avez suivie depuis Vilna , en me faisant connaître quelle est la meilleure à suivre, la force des villages, la nature du pays, les rivières et les ponts par ou il faut les passer. Cela m’est extrêmement nécessaire.

 

Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, vous avez demandé au prince de Neuchâtel ce que vous devez faire de vos malades et malingres. 4e pense que vous devez choisir sur la route un couvent, les y centraliser tous, en y laissant on médecin et quelques employés. Si dans l’endroit où vous êtes il y a an couvent, placez-les-y; il est préférable de choisir cet endroit comme chef-lieu de district. Vous ferez connaître au major général, au gouverneur de la province où se trouvera cet hôpital, et à l’inten­dant ce que vont avez fait.

 

Gloubokoïé, 19 juillet 1812, au soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Dokchitsy.

Mon Fils, un officier qui arrive de chez le roi de Naples continue sa route pour vous rejoindre. La cavalerie légère bavaroise est arri­vée aujourd’hui ici; elle part demain pour Ouchatch : elle flanquera ainsi votre gauche ; je la ferai appuyer par le duc d’Istrie, par la Garde à cheval et par la Garde à pied. Cependant je ne suis pas encore entièrement décidé sur le mouvement de la Garde; j’attends une nouvelle dépêche du roi de Naples.

Envoyez-moi les détails sur la route que vous faites, sur les dis­tances, sur la beauté et la nature du pays ; car nous avons des cartes bien mauvaises.

 

Gloubokoïé, 19 juillet 1812.

Au comte Collin de Sussy, ministre des manufactures et du commerce, à Paris

Monsieur le Comte de Sussy, je reçois votre lettre du 16 juillet. Je vois avec plaisir que les temps difficiles sont passés ; c’est une cruelle expérience que nous avons faite là ; je le dois en partie aux faux renseignements qui m’ont été donnés par le ministère de l’inté­rieur. Si j’avais écouté ses bureaux, j’aurais encore tardé à défendre l’exportation des blés, et nous n’aurions plus été maîtres de la crise. Il est donc bien intéressant que vous preniez des mesures pour être exactement instruit des ressources, afin de savoir quand on doit per­mettre ou défendre l’exportation. Ceci est pour l’avenir; car, pour les deux années qui vont suivre, les récoltes fussent-elles d’une abon­dance inouïe, nous en aurions besoin pour refaire nos magasins.

Un second objet qui doit mériter votre sollicitude, c’est l’intégrité de la réserve : cela encore a été mal mené par les bureaux du minis­tère de l’intérieur. La plus crasse ignorance a présidé à toutes ces affaires, de sorte que je suis arrivé dans la crise sans avoir mes ma­gasins remplis. Il est temps de mettre de l’ordre, et que la réserve soit portée à 500,000 quintaux sans qu’il y manque rien. Il faudra de la prudence et du temps pour compléter cette réserve.

Mon intention est aussi d’employer une vingtaine de millions à avoir des magasins à Orléans, à Cambrai et près de toutes les grandes villes de France. Ces 20 millions, à 10 francs le quintal, feraient 2 millions de quintaux. En faisant ces achats avec prudence et dans les bonnes années, on doit avoir le quintal à 10 ou 12 francs, et je serai alors à l’abri de toute inquiétude.

Deux ans avant cette terrible année, j’avais ordonné cette mesure ; mais le ministre de l’intérieur n’en avait rien fait, et enfin, lorsqu’on commençait à la mettre à exécution, la mauvaise année est arrivée.

Il entre dans vos attributions et il est convenable que la guerre soit aussi approvisionnée toujours pour une année, en ayant soin de faire cet approvisionnement dans les bonnes années.

Enfin, j’ai ordonné depuis bien des années la construction d’un magasin d’abondance du côté de l’Arsenal, et je ne sais par quelle fatalité cette construction avance si lentement. Ce ne sont pas les fonds qui manquent ; car les fonds faits pour une année ont toujours servi pour deux. Je désire que vous voyiez le ministre de l’intérieur, pour qu’on presse les travaux et qu’on sache me dire s’il ne serait pas possible de les terminer d’ici à un an. L’Arc de Triomphe, le pont d’Iéna, le Temple de la Gloire, les abattoirs, peuvent être retar­dés de deux ou trois années sans inconvénient, au lieu qu’il est de la plus grande importance que ce magasin d’abondance soit terminé.

J’ai ordonné à l’intendant général de la Couronne de faire con­struire à Saint-Maur des moulins et des magasins pour le compte du domaine extraordinaire; il ne faudrait pas que ces constructions fussent encore dans le pays des chimères; l’argent sera donné en abondance. Voyez le duc de Cadore et Costaz; faites qu’on travaille fort cette année, et que les mesures soient prises pour avoir de grands résultats dans la campagne prochaine.

Il ne faut pas se dissimuler qu’il manque aux environs de Paris des locaux pour la grande quantité d’approvisionnements qu’il con­vient de réunir.

Il serait peut-être aussi nécessaire de faire faire des recherches pour connaître les lieux où nous pouvons trouver des magasins tout faits. Mon principe est que chaque grande commune doit avoir des magasins capables de la nourrir trois mois, mais que ces magasins ne doivent être formés que dans les temps d’abondance.

Indépendamment de ce, je veux avoir plusieurs grands magasins sur les principales artères, qui offrent l’avantage de faire acheter les blés quand ils sont à bon marché et d’en relever les prix pour soutenir l’agriculture, ou de les faire vendre pour en faire baisser les prix quand ils sont trop chers.

J’ai dicté là-dessus beaucoup de notes, même du temps de M. Cretet. Cela doit se trouver dans les procès-verbaux des conseils d’administration; faites-vous remettre tout cela sous les yeux.

Quant à l’organisation générale, c’est une très-grande affaire. Peut-être serait-il convenable de conserver le directoire actuel, mais comme centre d’administration, et un conseil des subsistances, afin de pouvoir toujours réunir des personnes qui aient la tradition et les principes.

Mais ce qui, je crois, a été mauvais, ce sont les achats directs qu’a faits l’administration. Je ne vois pas ce qui a obligé l’administra­tion à faire des achats directs, et pourquoi elle n’a pas passé des mar­chés pour en charger le commerce. Il est bien évident que des agents qui peuvent acheter à tout prix feront hausser les marchés, et qu’il s’introduira de grandes dilapidations dans ces achats. Mais pourquoi, par exemple, le directoire ne passerait-il pas des marchés dont il n’aurait qu’à surveiller l’exécution et à faire faire les payements ? C’est à peu près ce que vous avez fait pour la Normandie. Au reste, cette matière est si compliquée, qu’il n’est pas indifférent d’avoir là un homme désintéressé, sévère et de probité, qui puisse constam­ment s’en occuper.

J’ai un directeur des douanes ; il n’est jamais venu dans sa tête de faire faire par une régie le transport des marchandises saisies; mais c’est en passant des marchés qu’il assure ce service : or, si le directeur des vivres en agissait ainsi, peut-être réunirait-on les avan­tages de deux systèmes. Cela mérite discussion et considération.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je ne conçois pas trop pourquoi on n’a pas placé dans la commission du Gouvernement M. Tyzenhaus ; on dit que ce riche propriétaire est très-ennemi des Russes et très-entendu. Faites des recherches là-dessus. Je vous envoie deux ukases interceptés; vous y verrez qu’on lève 5 hommes sur 100 dans les gouvernements de Vitebsk, Mohilef, Livonie, etc. Il serait très-important que les levées polonaises se fissent sans délai. On m’avait promis cinq régiments d’infanterie de trois bataillons et trois régi­ments de cavalerie; ai-je nommé les colonels ? Et a-t-on fait choix de grands propriétaires, capables de faire de grands sacrifices pour cette levée, ou n’a-t-on pris que des gens sans crédit ? Je crois qu’il faudrait nommer des propriétaires d’une grande influence, comme celui que je viens de vous indiquer. Il faudra réunir les recrues à Minsk, Kovno et Vilna, et faire le plus promptement possible l’orga­nisation des régiments. Les fusils ne tarderont pas à arriver. Il est bien important qu’à mesure que l’armée s’avance on puisse réunir sur ses derrières un corps d’une quinzaine de mille hommes, qui garantisse le pays et tous les points qu’on voudra contre les invasions des Cosaques. Occupez-vous de cela sérieusement et donnez vos instructions au sieur Bignon; c’est un objet principal. On m’avait fait espérer des bataillons de garde-chasse, qu’on devait former dans les marais de Minsk, sur le Borysthène et sur la Dvina ; il me serait très-avantageux d’avoir de ces bataillons, qui éclaireraient le pays.

Voici les nouvelles militaires : Nous sommes entrés à Orcha, où nous avons trouvé des magasins immenses. Nous avons passé le Borysthène, et l’on courait après un convoi de cent trente pièces de canon qui rétrogradait sur Smolensk. Nous devons être actuelle­ment à Mohilef. Bagration n’a pas pu gagner Bobrouisk ; il a été forcé de passer plus bas. Le camp retranché de Drissa a été évacué. Toutes ces nouvelles peuvent être dites sommairement; envoyez-les par des courriers du pays au duc de Tarente, au général Reynier et au prince Schwarzenberg, à Nesvije et à Varsovie.

Il est convenable que la commission de gouvernement fasse une adresse aux provinces de Mohilef, de Vitebsk et de Polotsk, et envoie un député dans chacune de ces provinces ; surtout qu’on envoie beau­coup d’imprimés de la diète de Varsovie et de tout ce qui a été fait. Ces gens-ci sont lents et paraissent n’avoir pas d’argent; suppléez à tout cela. Réglez le traitement du sieur Bignon, qui sera payé sur les fonds de votre département ; ce sera le même que celui qu’il avait à Varsovie ; il faut qu’il tienne une maison convenable. Donnez le plus de mouvement qu’il sera possible à tout cela.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, donnez ordre as grand quartier général de partir de Vilna le 22 et le 23, sous l’escorte de trois bataillons de marche de la Jeune Garde, des trois bataillons de marche du 3e corps, des batail­lons de marche formés des hommes appartenant à quelque corps que ce soit, bien armés et bien équipés, et enfin des régiments de marche qui seraient à Vilna. On y joindra dix-huit ou vingt-quatre pièces de canon de la Garde, servies par la réserve du général Pellegrin, et on profitera de cette occasion pour, faire partir tous les convois qu’il y aurait à Vilna chargés de farine, de pain et de biscuit. Ce convoi bien en règle viendra en sept jours à Gloubokoïé, en passant par Lovarichki et Mikhalichki. Il sera distribué en partant de Vilna huit jours de pain à tout le monde. Les boulangers de la Garde, les con­structeurs de fours qui seraient restés, partiront avec la Garde, ainsi que la compagnie des ouvriers du Danube et ce qui resterait de l’équi­page de pont. Vous donnerez l’ordre qu’il soit construit à Mikhalichki deux fours et à Dounilovitchi deux fours, afin qu’on puisse donner régulièrement le pain en passant. Faites établir des commandants d’armes, des postes avec des chevaux, et de petites garnisons dans tous les gites. Jusqu’à ce que les fours soient construits, on donnera du pain à Vilna pour huit jours. On prendra des mesures pour que la viande soit distribuée à Vilna pour deux jours, et dans tous les lieux d’étape de deux jours l’un. Vous aurez soin de tracer la meilleure route, la mieux réparée, et de charger un inspecteur des routes de veiller à sa réparation et à son entretien.

Désormais tous les hommes qui appartiennent aux 2e, 3e et 4e corps et à la Garde se dirigeront également sur Gloubokoïé. Tous les con­vois suivront cette direction. Vous donnerez ordre qu’il soit choisi sur la route deux couvents ou grands locaux pour les ambulances, qu’il soit préparé à Gloubokoïé des locaux pour 1,200 malades, et qu’il soit établi an petit dépôt pour 1 million de cartouches et 10,000 coups de canon, 1,000 fusils, et que le général d’artillerie envoie ces objets ici, à mon dépôt central.

Il y aura à Gloubokoïé un officier général comme commandant plusieurs districts, avec use garnison de 500 hommes. Indépendam­ment des fours qui sont construits, faites-en construire douze autres dans le jardin du couvent que j’habite. Donnes ordre qu’il soit laissé ici un commissaire des guerres et des chefs d’administration; qu’il soit choisi un local pour former un magasin de subsistances, près du couvent.

Donnez ordre qu’il soit requis dans l’arrondissement du district 10,000 quintaux de farine à fournir à raison de 1,000 quintaux par jour, 25,000 pintes d’eau-de-vie, autant de bière, 100,000 bois­seaux d’avoine et du fourrage, à compte des contributions, afin qu’il y ait ici un magasin central où, en cas d’événement, je puisse trou­ver quelques ressources pour l’armée. Si cela est nécessaire, on éten­dra les réquisitions à quelques districts voisins. On placera ces maga­sins près du couvent. Les douze fours à construire le seront par un détachement de constructeurs de fours qui arrive de Vilna. Il est indispensable que ces douze nouveaux fours soient construits d’ici à dix jours.

Indépendamment du pain nécessaire pour le passage des troupes, on laissera ici des boulangers et on prendra des femmes du pays pour les aider, afin que les fours puissent faire 30 à 36,000 rations de pain. On fera du pain biscuité. Il est nécessaire d’avoir dans sept ou huit jours 100,000 rations de pain biscuité.

Il sera établi près de Gloubokoïé, dans un endroit où l’on puisse avoir facilement de l’avoine et des fourrages, un dépôt de cavalerie, mais qui ne soit pas à plus de 8 ou 9 lieues d’ici. Vous nommerez un officier supérieur de cavalerie pour commander ce dépôt. Tous les chevaux éclopés des corps des généraux Montbrun et Nansouty, de la cavalerie des 2e et 3e corps et de la Garde, seront dirigés sur ce dépôt.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl que je ne puis pas être satisfait de la conduite qu’il a tenue envers le roi de Westphalie; que je ne lui avais donné le commandement que dans le cas où, 1a réu­nion ayant eu lieu et les deux armées étant sur le champ de bataille, un commandant eût été nécessaire; qu’au lieu de cela il a fait con­naître cet ordre avant que la réunion fût opérée, et lorsque à peine il communiquait par quelques postes; qu’après avoir fait cela, et après avoir appris que le roi de Westphalie s’était retiré, il devait conserver la direction et envoyer des ordres au prince Poniatowski ; que je ne sais plus aujourd’hui comment va ma droite; que je lui avais donné une preuve de la plus grande confiance que j’aie en lui, et qu’il me semble qu’il ne s’en est pas tiré convenablement; que, puisqu’il avait pris le commandement, il devait le garder, mais qu’il eût mieux fait de ne pas le prendre, puisqu’il n’était pas réuni au Roi ; qu’à présent que je suis très-éloigné j’ignore ce qui se passe sur ma droite, que mes affaires en souffrent; tandis que, s’il avait écrit au prince Poniatowski que, le Roi ayant quitté le commandement, il lui donnait une direction, mes affaires n’auraient pas souffert.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Mon Cousin, il est indispensable d’envoyer un officier de confiance sur la droite; il se rendra d’abord à Minsk, et de là auprès du prince Poniatowski. Si le roi de Westphalie est revenu, il lui portera des instructions; si le Roi a continué sa pointe, il portera des ordres au prince Poniatowski pour commander la droite et des instructions. Le général Marchand continuera à être chef d’état-major de la droite. Les instructions du prince Poniatowski et du Roi seront de tenir le général Reynier à Nesvije, afin qu’il puisse appuyer sur Pinsk et marcher au secours du Grand-Duché, jusqu’au moment où les opé­rations seront tellement avancées que les troupes russes auront repassé le Borysthène. Le général Reynier formera à Nesvije un corps d’observation. Le prince Poniatowski, avec les 5e et 8e corps et le 4e corps de cavalerie, doit se lier avec le prince d’Eckmühl par sa gauche et cependant harceler Bagration et le suivre. Dans l’éloignement où il se trouve, il doit agir selon les circonstances et avoir pour but d’empêcher Bagration de faire du mal et de tomber sur le prince d’Eckmühl.

Vous enverrez un officier au prince Schwarzenberg, qui doit être aujourd’hui à Nesvije, pour qu’il appuie, en cas d’événement, le prince Poniatowski, et pour que, s’il n’y a là aucun danger, il se porte sur Minsk; pour qu’il fasse connaître quand il y arrivera, afin que je lui envoie des ordres, et pour qu’il forme des colonnes mo­biles pour arrêter les traîneurs et les maraudeurs, de quelque nation qu’ils soient. Vous lui ferez connaître que l’ennemi a évacué son camp retranché de Drissa, où il avait fait de grands travaux et formé des magasins qu’il a détruits; que nous sommes à Drissa, à Orcha, à Mohilef, et qu’on marche sur Vitebsk.

 

Gloubokoïé, 20 juillet 1812, trois heures après midi.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Kokhanovo

Mon Cousin, je vois par votre lettre du 18, à six heures du soir, que vous êtes aujourd’hui à Kokhanovo. Le vice-roi est à Pychno; il sera demain à Kamen. Le général Nansouty continuera sa route sur la rive gauche jusqu’à Biéchenkovitchi, et ainsi vous gardera toute la gauche. Tout porte à penser que le prince Bagration arrivera sous Mohilef. Vous aurez sans doute donné ordre au prince Poniatowski de venir sur Igoumen avec le 4e corps de cavalerie et le 5e et le 8e d’infanterie, afin de vous flanquer et de pouvoir vous réunir à Mohilef pour attaquer avec avantage Bagration. Les trois divisions de votre corps d’armée sont aujourd’hui à Disna et filent sur Biéchenkovitchi ; mais le vice-roi y arrivera beaucoup plus tôt. J’ai fait appuyer le vice-roi par la Garde. Il sera donc nécessaire, aussitôt que vous serez en communication avec le vice-roi et que votre gauche sera flanquée, que vous soyez en force sur Mohilef, afin de rester maitre de cette ville importante et de pouvoir y recevoir Bagration. Il parait que l’empereur Alexandre est à Polotsk; ils ont évacué leur camp retranché de Drissa; leurs mouvements parais­sent bien incertains. Si Doktourof a marché effectivement au secours d’Orcha, il n’aura pas pu arriver avant le 20 ou le 21, et vous êtes en mesure de le recevoir et de le bien battre. Il est bien malheureux que dans de pareilles positions, par de fausses mesures, le commandement de ma droite se trouve désorganisé. J’ai fait donner ordre au prince Schwarzenberg de se rendre à Minsk. Le général Reynier doit rester en colonne d’observation à Nesvije. Il faut que le 5e et le 8e corps d’infanterie et le 4e corps de cavalerie soient sur votre droite. Je vais incessamment porter mon quartier général à Kamen. Cepen­dant continuez à m’adresser vos lettres à Gloubokoïé, et, si elles contenaient des choses importantes, vous les adresseriez en double par le canal du vice-roi.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé

Ordre au général Éblé de faire passer deux compagnies de pon­tonniers et deux compagnies de marins sur Biéchenkovitchi, avec un officier de pontonniers, le plus entendu possible. Dites-lui que nous avons passé la Dvina à Disna et jeté trois ponts de radeaux. Nous avons également passé le Borysthène à Orcha, où nous avons établi également des ponts de radeaux. Il n’en faut pas moins faire conduire nos bateaux; on peut en avoir besoin pour faire un passage de vive force ; mais il faut qu’il fasse passer ses compagnies en toute diligence.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, écrivez au général Grouchy que j’ai reçu sa lettre; qu’il ne mande pas la quantité de farine qui a été trouvée à Orcha ; que nous sommes dans le plus grand besoin ; que toute l’armée se réunit sur Kamen, et qu’il est nécessaire qu’il donne l’ordre à Borisof de nous expédier du pain et des farines sur Staroï-Lepel. Si les transports par eau sont trop lents, il faudra les expédier par terre; mais nous avons besoin de magasins et de moyens de subsistance. Mandez-lui aussi que, si de Kokhanovo ou de Bobr il peut diriger des vivres sur Tchachniki, il les dirige; car il y aura dans peu 150,000 hommes à Biéchenkovitchi.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812, une heure après midi.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Sorbier de partir de suite avec quatre batteries d’artillerie à cheval pour arriver le plus lot pos­sible à Ouchatch. Il les fera suivre le plus tôt possible par les batte­ries à pied. Donnez ordre au général Curial de partir de suite avec les chasseurs à pied pour se rendre à Ouchatch. Il est nécessaire qu’il prenne pour six jours de pain; il mènera avec lui son artillerie. Don­nez ordre au petit quartier général de partir aujourd’hui pour se rendre à Ouchatch, afin d’y être demain au soir. Il est nécessaire que les caissons du quartier général soient chargés de pain et de farine, que les ambulances et tout ce qui peut être utile un jour de bataille s’y trouvent.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812, une heure après midi.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, cette lettre vous trouvera à Kamen. L’armée ennemie file sur Vitebsk ou sur Biéchenkovitchi. Vous devez donc vous trouver en présence. Le corps de Nansouty doit être aujourd’hui arrivé à Polotsk; il a avec lui la division Morand. Les coureurs de la division Bruyère doivent être près d’Oulla; les divisions Gudin et Friant sui­vent le mouvement de la division Morand et du corps de Nansouty. Le duc d’Istrie est aujourd’hui, comme je vous l’ai mandé, à Ouchatch avec 4,000 hommes de cavalerie. Le duc de Trévise doit y être également avec deux divisions de la Garde. Pressez la réunion de tout votre corps sur Kamen. Instruisez le général Grouchy de votre arrivée et de celle probable de l’ennemi sur Biéchenkovitchi, afin qu’il appuie sur Sienno. Je ne doute pas que vous n’ayez été instruit à Kamen de l’arrivée de l’ennemi ; prenez donc garde qu’il n’y ait pas d’échauffourées; que vos deux brigades de cavalerie légère marchent réunies ; qu’elles ne se fassent pas rosser par les Cosaques et ne tombent pas dans des embuscades. L’ennemi viendra-t-il à Biéchenkovitchi, ou se dirigera-t-il de suite sur Vitebsk ? C’est ce qu’il est impossible de savoir. Il paraît que le mouvement sur Orcha et sur Mohilef et les entreprises de Bagration l’ont porté à ce mouve­ment sur la-gauche. IL avait fait à Drissa un camp retranché im­mense, que l’on démolit en ce moment. Informez-vous bien s’il n’a pas fait quelques travaux du côté de Biéchenkovitchi et de Vitebsk ; jusqu’à cette heure on m’assure que non. Marchez bien militairement; mettez-vous en correspondance avec votre droite et votre gauche, et surtout qu’il n’y ait pas d’échauffourée de cavalerie. Vos 3 ou 4,000 hommes de cavalerie peuvent marcher réunis, ayant six pièces d’artillerie légère et quelques bataillons de voltigeurs. Mandez le mouvement au général Grouchy, qui de son côté saura quelque chose, afin qu’il se lie à vous. Le général Grouchy le mandera aussi au prince d’Eckmühl.

P. S. Je serai probablement demain à Ouchatch.

 

Gloubokoïé. 21 juillet 1812, quatre heures après midi.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, les chasseurs à pied de ma Garde partiront demain à une heure du matin. Ils prendront des vivres pour six jours, savoir : les 22, 23, 24, 25, 26 et 27, à raison d’une demi-ration par jour et d’une livre de viande. Les grenadiers partiront le 23, à une heure du matin; ils prendront également pour six jours de vivres sur le même pied, savoir : pour les 23, 24, 25, 26, 27 et 28. Le petit quartier général partira ce soir; ses caissons seront chargés de riz, de biscuit, de l’ambulance, d’eau-de-vie et de quelques quintaux de farine, en laissant toutefois assez de farine ici pour le service de toute la journée de demain. Il sera envoyé une patrouille d’un officier de gendarmerie et de cinq gendarmes bien montés sur la route de Vilna aussi loin que Lovarichki, afin de faire arriver à double journée tous les convois qu’elle rencontrera. Deux agents des transports seront envoyés, l’un sur la route de Sventsiany, et l’autre sur celle de Vilna par Mikhalichki. Ils seront porteurs, l’un et l’autre, de l’état de fous les convois qui doivent arriver, avec le jour de leur départ, et ils donneront ordre à tous ceux qu’ils rencontreront de presser leur marche de manière qu’ils fassent au moins six lieues par jour. Tout officier des équipages militaires qui aura mis plus de dix jours pour se rendre de Vilna à Gloubokoïé par Sventsiany et plus de huit ou neuf jours par Mikhalichki sera puni et noté comme ayant traîné en route et mal exécuté sa mission. Le petit quartier général s’arrangera de manière à être arrivé à Ouchatch le 22 au soir pour le personnel, et pour les voitures au plus tard le 23. Tous les constructeurs de fours partiront avec le petit quartier général.

Donnez ordre au chef de bataillon du génie Nempde, qui com­mande le parc et qui est parti ce matin pour Ouchatch, de prendre les devants avec une compagnie de sapeurs et les constructeurs de fours pour être demain à Ouchatch, et construire sur-le-champ six fours au couvent d’Ouchatch, en choisissant l’endroit où ils seront laits le plus promptement. Il faut tâcher de les faire faire en vingt-quatre heures. Vous donnerez ordre au général Kirgener d’arriver demain à Ouchatch pour présider à la construction des fours.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, envoyez ordre à Borisof qu’on expédie par eau et par terre 6,000 quintaux de farine et tant de pain qu’on pourra sur Staroï-Lepel. Toute l’armée allant se trouver réunie sur le point de Biéchenkovitchi, faites construire six fours à Staroï-Lepel.

L’empereur Alexandre était le 18 à Vitebsk. Il parait qu’il a porté depuis son quartier général à Nevel. Il est important de s’emparer de Biéchenkovitchi le plus tôt possible. Le général Bruyère s’y por­tera avec sa cavalerie légère et son artillerie légère. Le corps du général Nansouty le soutiendra, et la division d’infanterie du général Morand soutiendra le général Nansouty. Communiquez avec lui et portez-vous-y de votre côté. Le duc d’Istrie vous enverra tous les chevau-légers bavarois. Par ce moyen, vous aurez dans la main 6,000 hommes de cavalerie. Faites arriver vos marins, vos sapeurs et pontonniers pour construire sur-le-champ à Biéchenkovitchi des ponts, des radeaux et une belle tête de pont. Vos 6,000 hommes de cavalerie et les 6,000 de Nansouty feraient 12,000 hommes. Je serai demain, au soir, à Ouchatch; peut-être même irai-je jusqu’à Kamen. Cela suppose que l’ennemi n’a pas le projet de prendre l’of­fensive par Biéchenkovitchi, comme je suis fondé à le penser.

 

Gloubokoïé, 21 juillet 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il est nécessaire que des six cohortes de gardes nationales qui sont dans la 8e division militaire vous en chargiez une de la garde des Iles d’Hyères, en ayant soin de changer cette cohorte tous les mois, lorsque les circonstances le permettent.

À cette occasion je dois vous rappeler que j’avais l’intention de racheter toutes les parties des îles d’Hyères et de faire quelque chose pour peupler ces Iles.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre du 21. J’ai tout lieu de penser que le prince d’Eckmühl sera entré à Mohilef le 20. Cependant je n’ai encore de nouvelles que de ses avant-postes, qui n’étaient qu’à deux ou trois lieues de cette ville. Il paraît que l’em­pereur était le 19 à Vitebsk.

Je pars à l’instant et porte mon quartier général à Kamen.

Le roi de Naples s’est porté sur Polotsk et inonde toute la rive droite de la Dvina de sa cavalerie. Réexpédiez un second courrier, et promettez une récompense s’il va très-vite pour annoncer ces nou­velles au duc de Tarente. On me dit que l’ennemi n’a laissé que trois bataillons à Dinabourg; si cela est vrai, je désire que le duc de Tarente en investisse la forteresse, et que, s’il y en a davantage, il l’observe; qu’il faut qu’il fasse un pont afin d’éloigner tout ce que l’ennemi aurait laissé sur la rive droite. Annoncez aussi au duc de Tarente que l’équipage de siège est arrivé à Tilsit; que je suppose qu’il l’aura fait débarquer et qu’il l’aura mis en mouvement pour pouvoir commencer le siège de Riga; que la 1e brigade de la division Daendels doit être arrivée à Labiau ; que, s’il en avait besoin, il pour­rait l’approcher de Tilsit ; que tout le 9e corps, commandé par le duc de Bellune, sera du 8 au 9 août à Tilsit; que ce corps est composé de trois divisions, formant plus de 30,000 hommes ; que, dans le cas où il en aurait besoin, il peut envoyer à sa rencontre pour presser sa marche, si les circonstances le rendaient nécessaire.

Voici la position qu’occupe le général Reynier : sa droite est à Brzesc et Kobrine, et sa gauche à Pinsk; il tient son centre à Droghitchine. Vous voyez qu’il est à portée d’entrer en Volhynie et de protéger le Grand-Duché. Je l’ai laissé maître d’entrer en Volhynie s’il le jugeait convenable. Si l’on pouvait fournir de Varsovie quel­ques milliers d’hommes et beaucoup de volontaires pour insurger la Volhynie aussitôt que les 9e et 15e divisions russes l’auront évacuée, ce serait une bien bonne opération. Écrivez au général Reynier pour l’instruire de ce qui se passe ici, et que de son côté il se mette en communication par courriers avec vous. Faites comprendre au gou­vernement polonais qu’il est nécessaire d’organiser promptement des forces, parce que tout serait bon contre la canaille qu’a réunie Tormasof. Trois bataillons des régiments de la Vistule sont partis le 17 de Königsberg et vont arriver à Vilna. Dites au commandant Jomini qu’il peut écrire pour accélérer leur route, s’il trouve que la garnison de Vilna ne soit pas assez forte, mais que je suppose qu’il aura assez de monde en retenant les isolés. Voyez donc sérieuse­ment le gouvernement, pour qu’on réunisse chaque jour 5 à 600 quin­taux de farine, et que tout ce qui part ait abondamment de pain. Voyez aussi le commandant Jomini et le commissaire des guerres pour qu’on ne retienne aucun convoi, qu’on les expédie tous et qu’on fasse connaître aux commandants que celui de tout convoi qui sera plus de huit jours en route pour aller de Vilna à Gloubokoïé sera, arrêté et puni. Le prince Schwarzenberg doit être à Nesvije. Je lui ai donné ordre de se rendre sur Minsk.

Il paraît que la grande armée russe a évacué en toute hâte ses positions de la Dvina et s’est mise en marche forcée, de peur que je ne lui coupe le chemin de Moscou.

La garnison de Zamość étant trop forte, puisqu’il y a un régiment entier et qu’on n’a plus aucune crainte d’un siège, il serait conve­nable d’y envoyer 1,000 hommes des dépôts pour remplacer ce régi­ment, dont on ferait une colonne mobile avec trois ou quatre pièces de canon. Cette colonne, à laquelle on joindrait une centaine de chevaux, protégerait le pays et serait fort utile au général Reynier. Écrivez pour cela au général Reynier et au ministre de la guerre à Varsovie. On a des fusils à Zamość et à Varsovie, et on pourrait en employer 4 à 5,000 à armer les gardes nationales des frontières, afin de défendre le pays et de repousser les Cosaques.

Envoyez au général Reynier tous les renseignements que vous avez sur le corps de Tormasof, auquel je ne crois pas plus de 9,000 hommes, et encore ce ne doit être que tout recrues.

Je suppose que je n’ai pas besoin de vous dire d’envoyer une ou deux fois par semaine des courriers à Constantinople, pour porter les bulletins et toutes les nouvelles possibles; si j’étais obligé d’entrer dans de pareils détails avec vous, vous seconderiez bien mal mes intentions. Il faut donc que les Turcs se pressent d’entrer dans la Moldavie et la Valachie, et menacent la Crimée par le mouvement de leur flotte.

Indépendamment des courriers devienne, en voyez-en par Leopold et la Transylvanie ; ce doit être beaucoup plus court. De simples courriers ne font pas le même effet que des officiers : envoyez donc des officiers polonais.

Faites envoyer par la Confédération de Varsovie une ambassade de trois membres en Turquie ; qu’elle parte sans délai pour faire part de la Confédération et demander la garantie de la Turquie. Vous sentez combien cette démarche est importante; je l’ai toujours eue dans ma tête, et je ne sais comment j’ai oublié jusqu’à présent de vous donner des ordres. Faites en sorte que cette députation, avec une lettre de la Confédération pour le Grand Seigneur, parte avant huit jours et arrive à tire-d’aile à Constantinople.

P. S. Le prince d’Eckmühl est entré le 20 à cinq heures du soir à Mohilef. Il y a trouvé des magasins; l’entrée de la place a été défendue par 2,000 hommes, qui ont été culbutés et écharpés. On en a pris la moitié, dont 20 officiers. Il parait que la 26e division, qui ferait la tête de Bagration, marchait sur Mohilef.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, j’autorise qu’on prenne dans la légion de la Vistule et dans l’armée du Grand-Duché des officiers et sous-officiers destinés à la formation des nouveaux régiments. Répondez au général Jomini qu’il est absurde de dire qu’on n’a pas de pain quand on a 500 quintaux de farine par jour; qu’au lieu de se plaindre il faut se lever à quatre heures du matin, aller soi-même aux moulins, à la manutention, et faire faire 30,000 rations de pain par jour; mais que s’il dort et que s’il pleure il n’aura rien; qu’il doit bien savoir que l’Empereur, qui avait beaucoup d’occupations, n’allait pas moins tous les jours visiter lui-même les manutentions; que je ne vois pas pourquoi il critique le gouvernement lithuanien pour avoir mis tous les prisonniers dans un seul régiment; que cela dénote un esprit de critique qui ne peut que nuire à la marche des affaires, tandis que dans sa position il doit encourager ce gouvernement et l’aider. Com­muniquez au général la Riboisière les articles de la lettre du baron Farine, où il verra que l’artillerie ne va au-devant de rien et n’aide pas à ses affaires. Écrivez au baron Farine de faire fournir par les autorités prussiennes leur contingent dans les remontes, de prendre des mesures pour qu’il ne reste aucun contingent en arrière ; que nous avons un si grand besoin de chevaux de toute espèce, qu’il ne faut négliger aucune ressource et les mettre toutes à profit avec activité. Écrivez au général Jomini de faire prendre tous les fusils qui sont aux hôpitaux, et que par ce moyen il en trouvera qui sont inutiles.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, répondez au général Reynier que je l’autorise à ne point envoyer ce régiment à Praga, et que je le trouve bien placé dans le lieu où il l’a placé. Faites-lui connaître que le duc de Bellune avec le 9e corps, fort de 30,000 hommes presque tous Français, sera le 1er août à Marienburg, et que, si les circonstances étaient urgentes et que le duché de Varsovie fût réellement menacé, pendant que lui, général Reynier, défendrait le camp retranché de Praga et Modlin, il écrirait au duc de Bellune pour lui faire connaître l’ur­gence des circonstances, ce qui le mettrait à même de venir à son secours.

Vous ajouterez que les circonstances de la guerre sont telles que déjà nous menaçons Moscou et Saint-Pétersbourg, et qu’ainsi il n’est pas probable que l’ennemi songe à des opérations offensives avec des troupes passables; mais qu’on a supposé que 10 ou 12,000 hommes de troupes des 3e bataillons, qui ne sont bonnes à rien en ligne, pourraient être envoyées, avec un ou deux régiments de cavalerie, pour inquiéter le duché. Jamais l’ennemi ne sera assez insensé pour détacher 15 ou 20,000 hommes de bonnes troupes sur Varsovie, dans le temps que Pétersbourg el Moscou sont menacés de si près ; que d’ailleurs il est possible que dans peu de temps je porte la guerre en Volhynie, et qu’alors il ferait partie de ce corps.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez ordre au doc de Bellune de continuer son mouvement et d’avoir son quartier général du 2 mi 8 août à Tilsit ; il y réunira les divisions Daendels, Partouneaux et la division Girard, et ses deux brigades de cavalerie légère. Il fera venir de Posen tous les hommes appartenant à cette dernière division, afin de les incor­porer et d’avoir trois bataillons par régiment.

Recommandez au duc de Bellune de prendre des mesures positives pour que sa cavalerie soit abondamment pourvue de fourrages et d’avoine, ainsi que son train d’artillerie.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

1)L’original est daté du 28 par erreur; les ordres ont été expédiés le 22

Mon Cousin, la 31e division d’infanterie, formant la 3e division de la réserve, devait être commandée par le général Seras ; ce général se trouvant hors d’état d’en prendre le commandement, il est néces­saire de le remplacer. Ce commandement sera donné au général de division Lagrange (celui qui a un bras de moins), qui commande actuellement dans le Mecklenburg. Le général Heudelet le fera rem­placer dans ce commandement par un de ses généraux de brigade. Vous donnerez ordre que cette 31e division, actuellement la division Lagrange, se dirige de Berlin sur Stettin, et que la 32e division, que commande le général Durutte, se place entre Stettin, Rostock et Berlin, pour arriver à fournir ce qui est nécessaire pour la garni­son de Spandau, cependant de manière à ne pas être éloignée de Berlin de plus de trois journées de marche. Par ce moyen, le duc de Castiglione aura sous ses ordres trois divisions, les 30e, 31e et 32e à portée de la côte; en sorte que, si l’ennemi débarquait, soit dans la Poméranie suédoise, soit dans le Mecklenburg, soit dans les envi­rons de Hambourg, soit enfin à Kolberg, il serait à même de se porter partout où il serait nécessaire. Écrivez également au duc de Castiglione de faire venir le régiment provisoire de dragons entre le Mecklenburg et la Poméranie suédoise. Vous donnerez aussi l’ordre à ce maréchal de faire partir la brigade d’Erfurt pour se rendre dans la Poméranie suédoise. Il fera laisser 200 hommes pour garder la citadelle d’Erfurt, indépendamment des canonniers. Le général de brigade qui est à Erfurt continuera à y rester, et la brigade d’Erfurt sera reformée et composée des 3e bataillons du 3e et du 105e régiment, qui de Strasbourg ont ordre de se rendre à Erfurt, des ler et 2e bataillons du 29e qui viennent des Pyrénées, et enfin de deux autres bataillons. La brigade actuelle d’Erfurt fera partie d’une nou­velle division qui s’appellera la 34e et qui sera commandée par le général Morand (celui qui commande actuellement la Poméranie sué­doise). Cette division sera composée comme il suit : 1e brigade : 4e bataillon du 3e, 4e bataillon du 105e, deux bataillons du 29e deux bataillons du 113e; 2e brigade : un régiment westphalien, un régiment de Hesse-Darmstadt, un régiment de la division princière. Par ce moyen, le duc de Castiglione aura dans ses mains quatre divi­sions qui formeront le 11e corps. Faites-lui connaître que, si une descente était opérée, il a encore sous ses ordres 10,000 Danois, et qu’en outre de cela le roi de Saxe lui fournirait un régiment d’in­fanterie et son beau régiment de cuirassiers, avec douze pièces de canon. Mandez au duc de Castiglione qu’il y a à Rostock la 6e demi-brigade provisoire; la 1e demi-brigade provisoire est partie de Paris pour se rendre dans le Mecklenburg. Il y a à Hambourg la 7e demi-brigade provisoire ; la 8e est à Bremen ; qu’il donne l’ordre qu’elle se rende à Hambourg pour joindre la 7e; la 9e, qui est à Munster, se rendra à Bremen. Ainsi il y aura deux demi-brigades ou six bataillons à Hambourg, six bataillons dans le Mecklenburg et enfin trois ba­taillons de la 9e à Bremen; ce qui fait 15 bataillons à portée des côtes. Donnez ordre au 1er bataillon de la 17e brigade, composée du 5e bataillon du 8e et du 18e d’infanterie légère, de se rendre à Danzig pour joindre la division Lagrange, c’est-à-dire la division de marche, ces détachements devant être incorporés. Le duc de Castiglione aura donc la division Heudelet forte de 18 bataillons, la division Morand forte de 12 bataillons, la division du général Lagrange (qui a un bras de moins), et la division Durutte, qui font encore 28 autres bataillons; ce qui fait en tout 58 bataillons. Donnez ordre que le 22e régiment d’infanterie légère, qui arrive à Dresde, se rende à Thorn, où il tiendra garnison jusqu’à nouvel ordre.

P. S. Prévenez que j’ordonne que le 15 août six cohortes de gardes nationales, arrivant de Franche-Comté et de Bourgogne, se rendent à Hambourg.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, donnez l’ordre aux cinq 6e bataillons des 19e, 93e, 56e, 37e et 46e de se rendre à Danzig. J’ai donné l’ordre au régiment du prince Primat, composé de deux bataillons, et au régiment de la Confédération qui était à Groeningen, de se rendre également à Danzig ; cette garnison se trouve donc renforcée de neuf bataillons. Il y a actuellement à Danzig le régiment n° 5 de la division princière et le régiment wurtembergeois; ce qui fait quatre bataillons. Il y aura donc treize bataillons à Danzig; ce qui est plus que suffisant pour la défense de cette place : car la garnison de cette ville n’a pas besoin de plus de 8,000 hommes, dont 6,000 hommes d’infanterie, et 2,000 nommes d’artillerie, du génie et de troupes diverses. J’ai donné l’ordre à la division Lagrange de se porter à Danzig avec qua­tre demi-brigades de marche; elle y arrive le 1er août. Mon intention est que vous lui donniez ordre de faire filer sans délai deux demi-brigades sur Königsberg, où elles tiendront garnison. Une des deux autres demi-brigades de la division Lagrange, qui restent à Danzig, quittera cette place aussitôt que deux des neuf bataillons qui sont dirigés sur Danzig y seront arrivés. L’autre demi-brigade quittera Danzig aussitôt que deux des autres bataillons seront également arrivés. Il m’importe d’avoir le plus tôt possible toute l’ancienne divi­sion Lagrange réunie à Königsberg. Le commandement de cette divi­sion sera donné à un général de brigade. Par ce moyen, la garnison de Danzig sera pourvue de treize bataillons ; celle de Königsberg sera également pourvue, puisque, indépendamment des six batail­lons qui s’y trouvent actuellement, il y aura aussi l’ancienne division Lagrange, qui sera désormais appelée la division de marche; ce qui fera près de 15,000 hommes. Tout le corps du maréchal duc de Bellune deviendra donc disponible. Il se réunira le plus tôt possible à Tilsit. Vous communiquerez toutes ces dispositions au duc de Bellune, pour qu’il active les mouvements et qu’il se trouve le plus tôt possible disponible. Sa cavalerie sera augmentée du régiment de cava­lerie saxon qui est à Königsberg. Il en formera deux brigades, aux­quelles vous donnerez des numéros à la suite des brigades actuelles. Sa première brigade, aux ordres du général Delaitre, se composera des lanciers de Berg et des chevau-légers de Hesse-Darmstadt. L’autre brigade sera commandée par le général Fournier, et sera composée du régiment saxon et du régiment de marche de cavalerie. Ainsi le duc de Bellune aura deux brigades de cavalerie, comme tous, les autres corps de l’armée. Il écrira à Bade et à Darmstadt pour qu’on lui envoie des recrues et qu’on augmente la force de ses deux régi­ments. Vous manderez au duc de Bellune de vous faire connaître quand il croit que son quartier général pourra être à Tilsit, et quand il aura dans la main au moins deux divisions avec sa cavalerie pour se porter en avant.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, écrivez au général Reynier que je trouve convenable au but qu’il doit remplir la position qu’il occupe; que je le destine à entrer en Volhynie; qu’il est même le maitre d’entrer en Volhynie quand il le jugera convenable; que les 9e et 15e divisions ennemies, que commande le général Kamensky, ont seules une consistance, et il est probable que l’ennemi cherche à les faire venir pour renforcer Bagration et couvrir Moscou ; que le corps de Tormasof ne peut lui imposer en rien; que ce n’est qu’un ramassis des 3e bataillons, recrues qui sont sans aucune consistance et tout au plus bonnes pour contenir le pays; que le général Reynier, ayant le pays pour lui et faisant venir des commissaires de Varsovie, peut entrer dans le pays cl l’insurger aussitôt qu’il sera certain que les 9e et 15e divi­sions n’y sont plus; que les prétendues forces arrivant de Crimée sont des chimères ; que le Grand Seigneur a refusé de ratifier la paix, et qu’au contraire les Russes sont obligés d’envoyer de nouvelles forces en Moldavie et en Valachie; que je ne lui prescris rien; que son principal but est de couvrir le Grand-Duché; qu’une bonne ma­nière de couvrir le Grand-Duché, c’est d’entrer en Volhynie, de faire partout des confédérations et d’insurger le pays; que tout cela est remis à sa prudence; qu’il peut en écrire au général Dutaillis et au ministre de la guerre polonais à Varsovie, pour qu’on lui envoie 2 à 3,000 hommes des dépôts, ainsi que tous les citoyens marquants du pays qui voudront venir concourir à l’insurrection. Donnez-lui avis que nous sommes à Mohilef, que nous avons passé le Borysthène; que nous sommes maîtres du camp retranché de Drissa; que nous marchons sur Vitebsk et peut-être sur Smolensk.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Gloubokoïé.

Mon Cousin, faites connaître au général la Riboisière que je ne comprends pas trop à quoi servent les relais qu’il a établis de .Kovno à Vilna; que si c’est pour effectuer les transports de fusils, si néces­saires tant pour l’armée que pour l’insurrection des Polonais, j’en conçois l’utilité ; mais que si c’est pour transporter des cartouches et des coups de canon, il y a une si grande quantité de ces munitions dans les caissons non attelés à Vilna, que je ne conçois pas la néces­sité de ces relais. On me dit qu’il y a à Vilna 600 caissons, 40,000 coups de canon et une grande quantité de cartouches d’infanterie. Si ce transport de Kovno à Vilna pouvait se faire par les moyens du pays, j’approuverais qu’on le continuât; mais il paraît que l’artillerie emploie à cela des chevaux et des bœufs qui pourraient bien mieux nous conduire des caissons sur Gloubokoïé. Nous allons avoir une bataille qui fera une énorme consommation de poudre et de muni­tions : comment ferons-nous pour les remplacer ? Faudra-t-il envoyer les caissons vides à Vilna ? Alors il faudra un mois ou six semaines pour qu’ils rejoignent.

Réitérez-lui donc l’ordre d’employer tous les chevaux et bœufs du train à approcher de l’armée la plus grande quantité de caissons d’infanterie et à canon qu’il sera possible. On m’assure que le général la Riboisière emploie même les chevaux des équipages aux convois de Kovno à Vilna. Si cela est, je ne connais rien de plus absurde et de plus contraire aux intérêts de l’armée et à mes intentions. Les 600 caissons qui sont à Vilna pourraient venir attelés par 1,200 paires de bœufs. C’est là la grande affaire dont il faut s’occuper désormais.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812, cinq heures du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mohilef.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 20 à sept heures du soir. Je serai cette nuit à Kamen; toute l’armée marche sur Vitebsk. Je ne pense pas que vous ayez rien à craindre aujourd’hui de l’armée de l’empereur Alexandre. Je ne pense pas non plus que le général Grouchy puisse être dans le cas d’évacuer On-ha. Je crois que vous êtes suffisamment fort pour tenir télé à Bagration, en choisissant une bonne position qui couvre la ville. Pressez l’arrivée du prince Poniatowski et du général Latour-Maubourg. Il ne faut pas croire tous les faux bruits. Tormasof est en Volhynie, et n’a que 8,000 hommes de 3e bataillons. La 9e et la 15e division n’ont pas rejoint Bagration et sont encore en Volhynie, ce qui fait qu’il n’a que trois divisions. Il est tout au plus possible que la 27e division, qui allait en Volhynie et qui a été coupée, l’ait joint; ce qui lui donnerait quatre divisions, ou 20 ou 24,000 hommes, avec 6,000 Cosaques et 4,000 hommes de cavalerie. Vous avez plus que cela, et je ne pense pas que vous deviez le craindre, quand même le prince Poniatowski ne vous aurait pas rejoint. Je suppose que les deux armées russes chercheront à se réunir à Smolensk.

 

Gloubokoïé, 22 juillet 1812, sept heures et demie du soir.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Kamen.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 21 à six heures du soir; elle a mis, comme vous voyez, vingt-quatre heures à arriver. Je suppose que vous aurez envoyé votre avant-garde sur Biéchenkovitchi, comme je vous l’ai mandé le 21 ; que vous vous y serez réuni avec la divi­sion Bruyère et avec le corps Nansouty, et que de là vous aurez poussé des postes sur Vitebsk, sur Sienno, pour communiquer avec le général Grouchy. Appuyez le plus qu’il sera possible sur Biéchenkovitchi, afin d’empêcher les Russes de se porter sur Orcha. Le général Grouchy, instruit de votre arrivée, gardera Orcha, où il y a de grands magasins qu’il serait malheureux de perdre. On dit qu’à Biéchenkovitchi il y a aussi des magasins considérables. Si on peut les conserver ce sera un grand bonheur; on les aura sauvés si votre cavalerie s’y est portée rapidement. Je vous ai mandé que vous n’aviez pas besoin d’aller à Ouchatch, où se trouvait le duc d’Istrie. J’espère donc que vous avez vos quatre brigades de cavalerie légère, ce qui, avec la cavalerie de votre garde italienne, ne doit pas faire moins de 6,000 hommes. Réunis à Nansouty, cela fera un beau corps pour battre la campagne et vous donner des nouvelles de Vitebsk. J’espère que vous aurez jeté un pont à Biéchenkovitchi. Je pars à huit heures du soir pour Ouchatch. Avez-vous fait des fours à Kamen et à Ouchatch ?

 

Ouchatch, 23 juillet 1812.

Au maréchal Oudinot, duc de Reggio, commandant le 2e corps de la Grande Armée, à Polotsk.

Le roi de Naples vous a fait connaître les intentions de l’Empereur. Sa Majesté sera demain à Biéchenkovitchi avec toute l’armée, et marchera sur Vitebsk.

Le prince d’Eckmühl est à Mohilef.

L’ennemi paraît avoir laissé Wittgenstein pour couvrir Saint-Pétersbourg. Les uns le disent placé entre Drissa et Dinabourg, les autres disent qu’il a déjà remonté pour couvrir la route de Saint-Pétersbourg. Vous êtes opposé à ce corps d’armée. Tout votre but est d’avoir des ponts et de bonnes têtes de pont sur la Dvina, de marcher sur Wittgenstein et de le tenir éloigné de la rivière, de cor­respondre avec le duc de Tarente, qui doit faire observer Dinabourg et jeter un pont entre Dinabourg et Jacobstadt, enfin de communi­quer avec nous par votre droite et de flanquer la gauche de la Grande Armée, afin que dans tous les événements vous puissiez nous sou­tenir , si cela devenait nécessaire. Si les circonstances permettent que vous placiez votre quartier général à Polotsk, et que ce soit votre point de départ, ce sera très-avantageux : il semble que, de Polotsk, de fortes avant-gardes sur Sebeje devraient obliger Wittgenstein à évacuer Drissa et Drouya.

Jusqu’à ce que vous ayez des nouvelles que le duc de Tarente soit à Dinabourg, tenez une colonne d’observation, d’infanterie et cava­lerie, pour observer la garnison de Dinabourg et empêcher de faire des incursions trop longues, c’est-à-dire pour retenir cette colonne sur la rive gauche. Placez des partis de cavalerie sur la rive gauche, entre Polotsk et Oulla.

 

Ouchatch, 23 juillet 1812, cinq heures après midi.

A Joachim Murat, roi des Deux-Siciles, commandant les réserves de cavalerie de la Grande Armée, à Disna.

L’Empereur part au moment même pour Kamen, où il sera cette nuit. L’Empereur a reçu toutes vos lettres jusqu’à celle du…..; il est content de toutes les dispositions que vous avez faites.

Pressez le duc d’Elchingen de venir par la rive gauche, afin que l’Empereur ait demain à Biéchenkovitchi, où il se rendra, les trois divisions Morand, Friant et Gudin, les trois du duc d’Elchingen et les trois du vice-roi qui sont déjà rendues, toute la Garde, tout le corps de Nansouty et les deux divisions de cuirassiers de Montbrun.

Quant à la division Sébastiani, il n’y a pas de mal qu’elle voltige, sans se compromettre, sur la rive droite, jusqu’à ce que le dut; de Reggio soit parfaitement, en mesure.

Mandez au duc de Reggio qu’aussitôt qu’il le pourra il porte son quartier général à Polotsk, et ce, en poussant une forte avant-garde sur la route de Saint-Pétersbourg ; qu’il est probable que Wittgenstein accélérera sa marche pour couvrir cette capitale.

 

Kamen, 24 juillet 1812, neuf heures du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi

Mon Fils, je vous envoie mon officier d’ordonnance d’Hautpoul. Il est bien nécessaire que vous placiez des postes de correspondance depuis Biéchenkovitchi jusqu’à Kamen, afin qu’on puisse communi­quer promptement. Je n’ai pas de vos nouvelles depuis votre lettre, d’hier, trois heures de l’après-midi. Je ne sais pas si la rivière est passée et si vous avez construit des ponts.

Faites construire sans délai six fours.

Le major général vous écrit pour que vous envoyiez toute votre cavalerie et le général Nansouty fort en avant. Mettez de votre cava­lerie légère sous les ordres du général Bruyère. Aussitôt que le roi de Naples arrivera, il se portera lui-même en avant, afin de serrer Vitebsk et d’être maître de toute la plaine. Nous avons intérêt à mar­cher rapidement, afin de nous emparer de cette ville importante, pour pouvoir faire reposer un peu l’armée, mais le passage sur la rivière à Biéchenkovitchi est le préalable de tout : cela seul accélérera les mouvements de l’ennemi. Faites travailler avec la plus grande activité à la tête de pont. Pour ne pas mettre de confusion, vous ferez l’avant-garde, et vous marcherez d’abord sur Vitebsk avec votre corps d’armée. Faites choisir des chemins; il serait avantageux de marcher sur trois colonnes, ou du moins sur deux; mais il faut que ce soit par de bonnes routes. Je suppose que vous avez déjà commu­niqué avec le général Grouchy.

P. S. La division Pino, qui est ici, parait bien fatiguée ; elle ne peut aller aujourd’hui qu’à Botcheïkovo; tout cela aura le temps d’arriver; le principal, c’est d’avoir en avant une division d’infanterie pour soutenir la cavalerie. Si l’ennemi veut livrer bataille, il nous faudrait (….) alors faites donc partir une bonne division d’infanterie en forme d’avant-garde.

 

Kamen, 24 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je suis aujourd’hui à Kamen. Le vice-roi est à Biéchenkovitchi. L’ennemi paraît être à Vitebsk, nous y marchons. Le prince Bagration paraît être entre Mohilef et Bobrouisk. Le prince Poniatowski marche bien doucement.

 

Biéchenkovitchi, 25 juillet 1812

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, le prince d’Eckmühl a eu une ba­taille le 23 à Mohilef; j’en ignore le détail, Bagration a voulu lui passer sur le corps, il a été repoussé. Un billet écrit le 23, à six heures du soir, sur le champ de bataille, portait que l’ennemi était en déroute. Nous avons eu aujourd’hui une affaire d’avant-garde où l’ennemi a perdu huit pièces de canon et 7 à 800 hommes. Toute l’armée russe est à Vitebsk. Je vous instruis de cela pour votre gou­verne; il est inutile d’en rien écrire nulle part. Noos sommes à la veille de grands événements; il est préférable qu’ils ne soient pas annoncés et qu’on apprenne en même temps les résultats. Vous savez que le général Reynier est en mesuré pour couvrir le Grand-Duché.

 

Biéchenkovitchi, 25 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi.

Mon Cousin, instruisez le général Guyon qu’il serait convenable qu’il se tint du côté de Sienno, pour former une colonne d’observa­tion sur la droite de l’armée ; que nous nous portons sur Vitebsk ; qu’il faudrait qu’il se portât également à la hauteur de l’armée, sur Oboltsy, en communiquant toujours avec notre droite. Écrivez éga­lement cela au général Grouchy, et que, si les affaires du prince d’Eckmühl étaient terminées le 23 au soir, il serait bien important qu’il format une colonne de cavalerie sur notre droite, de sorte que, lorsque nous serons devant Vitebsk, il se trouvât entre Orcha et nous, communiquant avec notre droite; que nous avons eu aujourd’hui une affaire d’avant-garde à Ostrovno, dans laquelle nous avons pris huit pièces de canon, 200 hommes de cavalerie et environ 600 hom­mes d’infanterie ; que les renseignements qu’on reçoit des prisonniers sont que l’ennemi nous attend à Vitebsk.

 

Biéchenkovitchi, 26 juillet 1812, quatre heures du matin.

À Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée.

Mon Fils, j’ai écrit au roi de Naples de s’avancer près de Vitebsk avec sagesse et précaution, et sans engager d’autre affaire qu’une grosse affaire d’avant-garde. Il peut attaquer un corps de 10 à 12,000 hommes, mais non engager une affaire générale qu’elle ne soit bien préparée. Ou l’ennemi veut se battre, ou il ne veut pas se battre. Si l’ennemi veut se battre, c’est très-heureux pour nous. Il pourrait en être empêché par la non-réunion d’un ou deux de ses corps ; il n’y a donc pas d’inconvénient de lui laisser faire sa réunion, puisque autrement ce pourrait être pour lui un prétexte pour ne pas se battre. Je suppose que la division italienne est en marche pour vous rejoindre. Réunissez tout votre corps et soutenez le roi de Naples. S’il devait y avoir une bataille, il ne me paraît pas qu’elle pût avoir lieu avant le 28 ; mais il serait bon d’être le plus tôt possible en posi­tion. Le prince Poniatowski arrive aujourd’hui, avec son corps, à la hauteur du prince d’Eckmühl ; ce maréchal se trouve actuellement en force.

 

Biéchenkovitchi, 26 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai reçu vos lettres du 24. Je pars à l’instant pour me porter devant Vitebsk. Si l’ennemi tient, nous livrerons bataille après-demain. On dit l’empereur Alexandre à Smolensk. Le prince Poniatowski et les Westphaliens rejoignent. Les affaires ne sauraient mieux aller. La cavalerie légère a pris hier douze pièces de canon et fait 800 prisonniers. Les hussards de la garde russe ont perdu 300 hommes. C’est le général Ostermann qui commande le corps d’armée qui était devant nous, qui est composé de deux divisions. Le général Ostermann a succédé à Chouvalov. Donnez ces nouvelles au prince de Schwarzenberg et au général Reynier. Je suis fondé à penser que les divisions régulières cherche­ront à gagner Moscou. Le pays est beau, la récolte superbe, et nous trouvons partout de quoi vivre. Instruisez le maréchal Macdonald de ces nouvelles. J’attends avec impatience d’apprendre qu’il a passé la Dvina, qu’il a cerné Dinabourg et qu’il a fuit avancer l’équipage de siège contre Riga. Je compte être bientôt à Vitebsk. Le prince d’Eckmühl a non-seulement repoussé l’attaque de Bagration, mais il n’a engagé que dix de ses bataillons. Il n’a en tués ou blessés qu’une centaine d’hommes. Les Russes ont eu un millier d’hommes tués, blessés ou faits prisonniers.

 

Biéchenkovitchi, 26 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi.

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Defrance de partir avec sa division ce matin pour se rendre à L’avant-garde, sous les ordres du roi de Naples. Il enverra un aide de camp au Roi pour lui annoncer sa marche.

Donnez ordre au duc d’Elchingen de marcher aujourd’hui dans la direction de Vitebsk; de laisser à Biéchenkovitchi, pour garder la rive droite et la rive gauche et travailler à la tête de pont, sa 25e divi­sion, qui par ce moyen aura le temps de se rallier.

Écrivez au duc de Reggio pour l’instruire qu’il est indispensable qu’il manœuvre sur la rive droite pour contenir Wittgenstein et déga­ger toute la Dvina; que, s’il peut faire son opération en partant de Polotsk, ce sera préférable; mais qu’il peut lui seul décider ce qu’il peut faire ; qu’il a donc carte blanche ; mais qu’il doit prendre tous les moyens pour correspondre promptement avec nous.

 

Biéchenkovitchi, 26 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Biéchenkovitchi.

Mon Cousin, expédiez de Thermes, l’aide de camp du duc de Reggio. Vous ferez connaître au duc que nous marchons sur Vitebsk et que le prince d’Eckmühl a battu Bagration à Mohilef. Dites-lui qu’il faut qu’il balaye la rive droite et qu’il pousse Wittgenstein l’épée dans les reins ; qu’il doit toujours laisser dans Polotsk une petite garnison dans le cas qu’il se jetât sur la gauche ; qu’après être arrivé à Vitebsk je dirigerai un corps sur Memel, qui se mettra en communication avec lui. Il est à présumer que si, de Polotsk, le duc faisait un mouvement sur Sebeje, il obligerait Wittgenstein à s’élever pour couvrir la route de Pétersbourg ; comme Wittgenstein n’a que 10,000 hommes d’infanterie, il peut marcher haut la main sur lui.

 

Vitebsk, 29 juillet 1812.

A la reine Hortense, à Paris

Ma Fille, j’ai vu avec peine, par votre lettre du 11, que Napoléon était malade, et j’ai appris avec plaisir, par celle du 14, qu’il était hors de danger. J’avais compté sur cette prompte guérison, sachant combien une mère est disposée à s’alarmer.

 

Vitebsk, 29 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre du 26 juillet. Aucun agent diplomatique étranger ne doit rester à Vilna. Vous devez donc faire comprendre à M. de Waltersdorf qu’il doit se rendre à Königsberg ou à Varsovie.

Je ne puis qu’approuver toutes les observations que vous faites sur l’ambassade de Varsovie.

Vous ne me donnez aucune nouvelle de Samogitie; je n’en ai aucune du duc de Tarente; tâchez d’en avoir, soit par le maréchal, soit par les autorités locales, et, s’il y a quelque chose de nouveau, faites que j’en sois promptement informé.

Pressez la formation des magasins, les moutures et les arrivages de Kovno à Vilna, ainsi que l’approvisionnement des routes de Vilna sur Minsk et sur Vitebsk. Pressez-les aussi pour qu’ils forment leurs régiments.

Je vous envoie une demande qui m’est présentée relativement à une garde d’honneur. Il faudrait s’assurer de cinquante à soixante personnes avant de former sérieusement cette demande, pour ne pas être ridicule.

Je vous renvoie les dépêches ci-jointes; je ne comprends encore rien aux affaires de Turquie.

 

Vitebsk, 29 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, nous sommes entrés hier à Vitebsk. L’ennemi bat en retraite de tous les côtés. Je me suis porté jusqu’à Souraje pour le poursuivre ; mais, comme il s’est divisé pour suivre différents chemins, il n’est pas possible de l’atteindre. L’opinion générale est qu’il se porte sur Smolensk pour couvrir cette ville. Ces dernières affaires ont coûté beaucoup de monde à l’ennemi. On porte sa perte à 7 ou 8,000 hommes. Plusieurs de ses généraux ont été tués ou mortellement blessés. Nous occupons Mohilef, Orcha et tout le pays entre la Dvina et le Dniepr, ayant des têtes de pont sur l’une et l’autre de ces rivières. Cette position a toujours été considérée comme la principale position de la Russie. J’ai demandé des levées de chevaux ; cela est bien important pour atteler le parc que j’ai laissé à Vilna. Voyez ce qu’il est possible de faire là-dessus, soit par les réquisitions, soit par les achats. Les réquisitions que j’ai ordonnées rentrent-elles ? J’en ai demandé dans le Grand- Duché et en Prusse ; cela rendra-t-il quelque chose? Veillez à ce qu’on achève de con­struire promptement le pout brûlé.

 

Vitebsk, 29 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au général Sébastiani que le général Grouchy est arrivé hier à Babinovitchi ; qu’ainsi son flanc droit se trouve par­faitement assuré. Écrivez au général Grouchy que je reçois à l’instant sa lettre du 28, à quatre heures après midi; qu’il est nécessaire qu’il place trois postes de correspondance entre Babinovitchi et Vitebsk, qu’il fasse garder les postes et qu’enfin il prenne toutes les mesures nécessaires pour qu’on puisse communiquer rapidement ; que le duc d’Abrantès, qui est allé prendre le commandement du 8e corps, lui aura donné à son passage des nouvelles de ce qui s’est passé de ce côté-ci ; qu’il paraît que l’ennemi s’est retiré, partie sur Souraje et partie sur Smolensk; qu’il est probable que Bagration se portera sur Smolensk pour faire sa jonction; qu’il serait nécessaire que nous eussions un pont avec une tête de pont à Orcha; que notre quartier impérial est à Vitebsk; que le général Sébastiani marche sur la route de Roudnia (qu’ainsi ils se seront mis en communication); que le roi de Naples se porte avec sa cavalerie entre la Kasplia et le Borysthène; que le vice-roi est à Souraje; le duc d’Elchingen à Liozno, le duc de Reggio à Polotsk, et les Bavarois à Biéchenkovitchi ; qu’il transmette ces renseignements au prince d’Eckmühl ; que la correspondance doit actuellement devenir très-rapide entre Mohilef et Vitebsk; qu’il faut organiser les postes de manière que le trajet puisse se faire en quinze ou dix-huit heures ; que nous attendons des nou­velles du prince d’Eckmühl qui fassent connaître l’état de situation de ses troupes, de celles du prince Poniatowski, du 8e corps, du 4e corps de cavalerie et des troupes du général Grouchy.

P. S. On reçoit à l’instant des lettres du prince d’Eckmühl du 28 juillet, à neuf heures du matin, qui annoncent que l’ennemi a paru à Chklov, et qu’il y marche.

 

Vitebsk, 29 juillet 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl pour lui faire connaître que le roi de Naples, qui a aujourd’hui son quartier général à Yanovitchi, se porte en avant pour occuper tout le pays entre la Kasplia et le Dniepr; que le général Sébastiani a son quartier général à Roudnia; que le duc d’Elchingen marche sur Liozno, que le vice-roi est à Souraje; que nous n’avons pas de ses nouvelles depuis plusieurs jours; que la principale intention de l’Empereur, si l’ennemi ne l’oblige pas à des dispositions contraires, est de donner sept à huit jours de repos à l’armée, afin d’organiser les magasins; qu’il paraitrait que la position qu’il devait occuper serait Orcha, en faisant garder Mohilef par un des corps qui sont sous ses ordres; que, par cette disposition, il n’y aurait d’Orcha au quartier impérial que quatre marches, et du Dniepr à la Kasplia, c’est-à-dire de la ligne de la Berezina, que trois marches; qu’il serait nécessaire qu’il eût un bon pont avec une bonne tête de pont à Orcha sur le Dniepr; que l’armée aurait donc ainsi tous les avantages possibles, puisqu’elle aurait un pont sur la Dvina et un sur le Dniepr, et qu’elle serait très-concen­trée; que l’ennemi a perdu 7 à 8,000 hommes dans les combats de ces trois jours-ci, et qu’il bat en retraite avec une grande précipita­tion par tous les chemins. Envoyez cette lettre au prince d’Eckmühl par un de vos’ officiers, qui soit sûr d’arriver.

Écrivez au général Grouchy pour l’informer de ces nouvelles, et qu’on n’a pas des siennes depuis le 26, ce qui parait fort extra­ordinaire.

 

Vitebsk, 29 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, faites connaître au duc d’Elchingen qu’après avoir poursuivi l’ennemi jusqu’à Yanovitchi, je suis revenu à Vitebsk ; que je désire qu’il prenne position à Liozno, mais qu’il y marche à très-petites journées, afin que sa troupe ait le temps de se rallier et que toute son artillerie puisse le rejoindre; que le général Sébastiani le couvrira ; que le roi de Naples est à Yanovitchi ; qu’il va se porter entre la Kasplia et le Dniepr; que le vice-roi est à Souraje, occupant les deux rives de la Dvina; que je désire qu’il fasse construire entre Roudnia et Vitebsk deux manutentions de six fours chacune, et qu’il réunisse de tous côtés, par voie légale de réquisition, en s’adressant aux autorités du district du gouvernement de Mohilef, où se trouvent Liozno et Roudnia, de quoi nourrir son corps d’armée régulièrement et avoir une réserve de biscuit et de pain biscuité pour vingt jours; que la situation de la cavalerie, de l’infanterie et de l’artillerie est telle, que je suis résolu, si l’ennemi ne me force pas à prendre de disposition contraire, à rester sept à huit jours dans des quartiers de rafraîchissement pour reposer l’armée; qu’il fasse donc placer ses trois divisions dans de bonnes localités, toutes prises dans le gouver­nement de Mohilef; qu’il fasse faire à ses troupes de bonnes baraques où elles puissent être à l’abri de la ploie, et qu’on commence les distributions et les approvisionnements réguliers.

Écrivez au général Sébastiani que j’ai reçu son rapport; qu’il va être renforcé des deux brigades de cavalerie légère du duc d’Elchingen, auquel il doit rendre compte de tout ce qu’il y aura de nouveau ; que le duc d’Elchingen pousse sur Roudnia ; que le roi de Naples, qui a aujourd’hui son quartier général à Yanovitchi, va occuper tout le pays entre la Kasplia et le Dniepr; que je désire qu’il place des postes de correspondance de manière à me donner deux fois par jour des nouvelles ; que du reste il doit maintenir une sévère discipline et ne pas trop fatiguer sa troupe; qu’indépendamment des comptes directs qu’il enverra ici il doit rendre compte au roi de Naples.

 

Vitebsk, 30 juillet 1812, cinq heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio pour lui recommander de nouveau la destruction du camp retranché de Drissa; qu’il serait bien malheureux si, par des circonstances, quelconques, un corps ennemi revenait à Drissa, qu’il pût encore profiter de ses ouvrages; que le rasement de ce camp retranché est donc de la plus grande urgence; qu’il est important qu’il se mette en communication avec le duc de Tarente, qui doit avoir passé sur la rive droite près de Dinabourg.

 

Vitebsk, 30 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez à Minsk au général Bonikowsky pour qu’il vous fasse connaître quelles sont les divisions que Bagration a renvoyées sur les derrières et celles qu’il a, et pour qu’il indique bien leur numéro.

Renvoyez au vice-roi les reçus des deux officiers italiens, en lui faisant comprendre que cette marche est mauvaise et désorganise tout.

Écrivez au prince Schwarzenberg pour qu’il accélère son mouve­ment sur Minsk. Faites-lui connaître que le prince Poniatowski est à Mohilef, que le prince d’Eckmühl est à Orcha, que le quartier général est à Vitebsk, le roi de Naples à Roudnia, le vice-roi à Souraje, le duc d’Elchingen à Liozno, le duc de Reggio en marche sur Nevel; que la réunion de Bagration avec la grande armée se fera sur Smolensk; qu’on aurait pu l’empêcher, puisqu’elle ne pourra avoir lieu que dans cinq ou six jours, mais que la chaleur est si forte et l’armée si fatiguée, que l’Empereur a jugé devoir lui donner quelques jours de repos.

Donnez l’ordre au prince Schwarzenberg de faire occuper Minsk par 12 ou 1500 hommes d’infanterie, 4e cavalerie et d’artillerie, Lapitchi et le pont de Svislotch pour observer Bobrouisk. Mandez-lui que je désirerais qu’il fit connaître le nombre des divisions d’in­fanterie de Bagration; en a-t-il quatre ou six ? Que nous sommes incertains là-dessus, ainsi que sur le nombre des divisions de cavalerie.

 

Vitebsk, 30 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au général Grouchy que j’ai reçu sa lettre ; que j’espère qu’il n’aura pas évacué Babinovitchi, puisqu’il aura reçu mes lettres d’hier, où je lui faisais connaître que le général Sébastiani marchait sur Roudnia, et lui recommandais de couvrir le pays de la rive droite du Borysthène. Mandez-lui que le roi de Naples couche ce soir à Kolychki, et qu’il sera probablement demain à Roudnia ; que le duc d’Elchingen est à Liozno. Dites que j’envoie la division Gudin à Pavlovitchi ; qu’elle part à minuit et qu’elle y sera de bonne heure et fournira des bataillons d’infanterie légère pour bien assurer la position de Babinovitchi. Il est également convenable qu’il fasse occuper Lioubavitchi.

 

Vitebsk, 30 juillet 1812, huit heures du soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, expédiez le Polonais que le prince d’Eckmühl a envoyé ici. Faites-lui connaître que l’ennemi se retire sur deux co­lonnes, l’une, composée de deux corps et de la garde impériale, par Liozno et Roudnia; l’autre, par Vanovitchi et Porietche; que le général Sébastiani sera aujourd’hui à Roudnia; que le duc d’Elchingen est à Liozno; que le général Nansouty doit être ce soir à Po­rietche; que le vice-roi est à Souraje; que le roi de Naples couche aujourd’hui à Kolychki et se rend à Roudnia ; que le général Grouchy a abandonné Babinovitchi, mais que je lui ai ordonné de s’y rendre demain, et que je le fais appuyer par la division Gudin. Mander-lui que mon intention est de donner sept à huit jours de repos à l’armée, qui est très-fatiguée ; que j’ai préféré cet avantage à celui d’arriver à Smolensk avant Bagration. Faites-lui connaître que le prince de Schwarzenberg arrivera à Minsk du 1er au 2 août; que je désire avoir une tête de pont à Orcha, et qu’il ait une avant-garde entre Orcha et Tovkvatchi, désirant conserver la rive de la petite Berezina. Il faudra établir un pont sur le Dniepr avec une télé de pont ; par ce moyen, cette avant-garde aura une ligne d’opération sur Orcha par la rive droite et même sur Lioubavitchi et Vitebsk, et tiendra en respect la route de Smo­lensk sur la rive gauche du Dniepr. Faites-lui connaître que le général Grouchy reste sous ses ordres; qu’il peut lui donner l’ordre de se porter à Lioubavitchi, ou même le placer pour former cette avant-garde; que je désire que des magasins soient formés à Babinovitchi ; afin qu’on puisse vivre sans désoler le pays. Dites-lui qu’il est néces­saire qu’il fasse venir le 4e corps de cavalerie, que commande le général Latour-Maubourg, le plus promptement possible sur Orcha; qu’il aura le commandement du 5e corps et du 8e, ainsi que celui du 4e de cavalerie. Recommandez-lui d’éviter toutes les échauffourées de cavalerie en garnissant tous les postes du Dniepr, de Mohilef à Orcha, avec des détachements d’infanterie qui soutiennent la cava­lerie. Faites-lui connaître que le prince Poniatowski doit établir des ponts et une tête de pont à Mohilef, pour faire des incursions à 12 ou 15 lieues dans le pays afin de remplir ses magasins; qu’il faut que la communication d’Orcha à Vitebsk soit très rapide, en faisant rétablir tous les relais de poste, de manière qu’on puisse communi­quer en quatorze ou quinze heures; également pour la route de Mohilef. Dites-lui que je désire connaître positivement le nombre des divisions qu’a Bagration; est-ce quatre ou six ? Vous enverrez un du­plicata de cette lettre au général Grouchy, qui le fera passer au prince d’Eckmühl, et envoyez-lui le primata par le Polonais qui est arrivé d’Orcha.

 

Vitebsk, 31 juillet 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, je vois avec peine que les 3,000 ma­lades qui sont à Vilna sont dans le dénuement et manquent même de paille, et que les magasins sont sans aucune espèce d’approvision­nement. Voyez à prendre des mesures pour améliorer cet état de choses.

Vous aurez reçu une lettre du prince Schwarzenberg du 29, qui vous aura appris que le général Reynier a rencontré L’ennemi le 26, du côté de Kobrine : c’est ce mouvement qui a dégagé le duché. Il reste à connaître la force et la nature des troupes que les Russes ont contre lui. Il serait nécessaire que la garnison de Zamość, qui est d’un beau régiment, auquel on joindrait 2 à 300 chevaux et six pièces de canon , entrât en Volhynie et rôdât en colonne mobile sur la fron­tière. Écrivez en conséquence.

Vous ferez connaître à l’archevêque de Matines que je ne suis pas satisfait de ce qu’il a écrit au prince Schwarzenberg sur les opérations militaires; qu’il y avait un moyen plus simple et qui était naturel, celui d’en référer au commandant militaire, le général Dutaillis, qui est autorisé à de pareilles mesures ; mais qu’il est contre la dignité d’un ambassadeur de demander des secours de celle manière; que la lettre du général Dutaillis aurait eu plus de poids, et que celle que ce général aurait écrite au commandant de Lemberg aurait eu égale­ment plus d’influence et n’aurait pas eu d’inconvénient; qu’il ne con­naît pas assez les bornes de sa place.

Je vous envoie deux extraits de journaux russes. Faites-les mettre dans les journaux de Paris.

 

Vitebsk, 31 juillet 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

L’état-major de l’aile droite est dissous. (Ces dispositions étaient motivées par le départ du roi de Westphalie, qui, à la suite de discussions très-vives avec le prince d’Eckmühl, s’était démis du commandement de l’aile droite de la Grande Armée, composée des 5e, 7e et 8e corps d’infanterie et du 4e corps de cavalerie.)

Le général comte Marchand, chef de l’état-major de l’aile droite, prendra le commandement de la 25a division d’infanterie jusqu’à la guérison du prince royal de Wurtemberg.

Les 5e et 8e corps d’armée prendront jusqu’à nouvel ordre les ordres du maréchal prince d’Eckmühl.

Le 4e corps de cavalerie fera partie de la grande réserve de cava­lerie, mais sera, selon les circonstances, sous les ordres des maré­chaux commandant les différents corps d’armée.

 

Vitebsk, 31 juillet 1812, onze heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Orcha.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 30 à trois heures après midi ; il est dix heures : ainsi l’officier a mis dix-huit heures en route. Le mouvement que vous faites est entièrement dans mes intentions. La continuation de ce mouvement jusqu’à l’embouchure de la Berezina dans le Dniepr est encore dans mon système. J’approuve que sur la route de Liady à Lioubavitchi vous fassiez construire un pont sur le Dniepr avec une bonne tête de pont, afin que vous puissiez manœu­vrer sur l’une et l’autre rive. Le générai Montbrun est à Roudnia avec tout son corps de cavalerie. Le roi de Naples doit y avoir son quartier général. Le duc d’Elchingen est à Liozno. J’ai donné ordre au général Grouchy, qui avait évacué Babinovitchi, d’y reprendre sa position, de recevoir vos ordres et de couvrir la rive droite du Dniepr. Envoyez-lui ordre qu’il vienne vous rejoindre, afin que vous soyez en force sur la Berezina. J’ai envoyé le général Gudin à Pavlovitchi, et je l’ai autorisé à fournir des troupes légères pour éclairer la cavalerie du général Grouchy. Lorsque ce dernier vous aura rejoint, renvoyez ces détachements d’infanterie à leur division, afin que tout reste entier.

Les divisions Morand et Friant sont près de Vitebsk ; elles sont en bon état, mais ce repos ne peut que leur être utile.

Le vice-roi est à Souraje. Le général Nansouty marche sur Porietche; je suppose qu’il y sera arrivé hier. Cependant l’ennemi paraissait y être encore en force. J’ai envoyé le duc d’Abrantès pour commander le 8e corps. La garde, que le roi de Westphalie avait retirée, doit être en route pour rejoindre ce corps. Je désire donner quelques jours de repos à l’armée. Réitérez les ordres pour que Latour-Maubourg vous rejoigne. Vous avez sous votre commande­ment le corps du général Grouchy, celui du général Latour-Maubourg, celui du prince Poniatowski, le 8e corps et ce que vous avez du vôtre. Le prince Poniatowski a une mauvaise correspondance; il se lamente toujours, au lieu de parler positivement. Un état de situation bien fait parle tout seul et se fait pas de tort au général ; qu’il envoie on bon état de situation. Voilà qu’il séjourne à Mohilef ; je suppose qu’il se sera informé, et qu’il se sera fart fournir par des réquisitions ce qui peut lui manquer.

Envoyez-moi l’état de situation du corps de Grouchy, du 8e corps, du 5e corps, du corps de Latour-Maubourg et des divisions que vous avez avec vous. Je suppose que le 33e régiment d’infanterie légère doit se réorganiser, il serait assez important de faire qu’il vous re­joigne. Un jour d’affaire cela se battra et occupera son poste dans un bois, en tirailleurs. Ralliez vos corps, faites en sorte que vous ayez toutes vos compagnies de grenadiers et de voltigeurs, et envoyez-moi la situation de tout, a6n que je puisse décider le parti à prendre, qui ne peut être-que le résultat d’une connaissance parfaite des choses. Gardez votre parc d’artillerie que j’avais rappelé, parce que je croyais à une grande bataille à Vitebsk. Surtout taches d’avoir des distribu­tions régulières. Il faut que votre correspondance s’établisse par Babinovitchi, pour qu’elle soit rapide. La division Gudin protège la poste de Pavlovitchi; mettez de l’infanterie aux postes de Babinovitchi et d’Oriékhi, afin que les postes de celle route soient tout à fait à l’abri des Cosaques.

Envoyez-moi donc des états de situation ; envoyez-les-moi partiel­lement, sans attendre que tous vous soient parvenus. Faites-moi connaître aussi le numéro des divisions que vous croyez à Bagration; il n’a pas la 23e, qui était ici. A-t-il trois, quatre ou six divi­sions ? On prétend que le général Latour-Maubourg a eu un succès assez considérable sur l’arrière-garde ennemie.

Vitebsk, 1er août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez donc dans le Grand-Duché pour qu’on organise les gardes nationales partout, et qu’on distribue des armes sur les frontières afin de s’y mettre à l’abri des Cosaques ; qu’on forme aussi quelques bataillons de garde-chasse pour augmen­ter la colonne mobile tirée de la garnison de Zaniosc et garantir ainsi la frontière. Faites avancer l’organisation des 10,000 hommes des régiments de Lithuanie. Je serais déjà sous Smolensk si je n’avais voulu donner quelques jours de repos à l’armée, afin de rallier ce qui est resté en arrière et de reposer la cavalerie.

Le major général vient enfin de recevoir des lettres du duc de Tarente du 22, du 24 et du 26. J’ai envoyé des auditeurs dans la Courlande; mettez-vous en correspondance avec eux. Il n’y aurait pas d’inconvénient à ce que vous envoyassiez de Memel des vice-consuls à Libau et à Millau.

Le prince royal de Wurtemberg est tombé malade au château de Belmont.

Vous voyez que toutes nos affaires vont bien. Tâchez de nous donner des .informations positives sur le nombre des divisions qui sont en Volhynie.

 

Vitebsk, 1er août 1812

Au comte Laplace, chancelier du sénat et membre de l’Institut, à Paris

Monsieur le Comte Laplace, je reçois avec plaisir votre traité du calcul des probabilités. Il est un temps où je l’aurais lu avec intérêt; aujourd’hui je dois me borner à vous témoigner la satisfaction que j’éprouve toutes les fois que je vous vois donner de nouveaux ouvrages qui perfectionnent et étendent cette première des sciences. Ils contribuent à l’illustration de la nation. L’avancement et la per­fection des mathématiques sont intimement liés à la prospérité de l’État.

 

Vitebsk, 1er août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples que le pont de Porietche doit être observé par sa cavalerie légère; que la division Broussier sera placée entre Yanovitchi et Porietche, dans une bonne position, de manière à soutenir par quelques compagnies de voltigeurs la cavalerie de la réserve qui sera à Porietche. Mandez ces dispositions au vice-roi, qui par ce moyen aura disponibles les Bavarois, qu’il pourra employer à renforcer les reconnaissances sur la rive droite; je désire qu’il pousse ces reconnaissances le plus loin possible pour requérir des subsistances et avoir des nouvelles de ce que fait l’ennemi.

 

Vitebsk., 1er août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, il est nécessaire d’organiser les districts de Velije, de Souraje, de Gorodok et de Nevel, et de tirer des vivres de ces quatre districts.

Le général Saint-Cyr tirera des vivres du district de Polotsk, et le duc de Reggio des districts de Drissa, de Sebeje, de Lioutsyne, de Riéjitsa et de Dinabourg. Toutes les ressources du district de Lepel seront conservées pour former un magasin central à Lepel, et orga­niser les étapes de Biéchenkovitchi

 

Vitebsk, 1er août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Tarente par duplicata ; une copie de votre lettre lui sera portée par un officier de votre état-major, que vous lui expédierez directement; l’autre copie sera adressée au duc de Reggio, qui la lui fera passer. Vous manderez au duc de Tarente
que vous avez mis sous mes yeux ses lettres du 22, du 24 et du 26 ; que j’ai vu avec plaisir l’opération des Prussiens ; que je leur accorde dix décorations de la Légion pour les officiers qui se sont le plus distingués; que je désire qu’il me présente ceux qui méritent cette récompense. Donnez-lui des nouvelles de ce qui s’est passé ici et de la situation où se trouve l’armée. Dites-lui qu’il peut prendre pour chef d’état-major le général Ricard ou le général Bachelu, et pour officiers d’état-major des officiers polonais de la division Grandjean; que le payeur de la division Grandjean servira pour son état-major; que l’équipage de siège est à Tilsit avec tout son matériel et son per­sonnel ; qu’il y a également un équipage de siège du génie, qui a aussi son personnel et son matériel ; que le général Campredon doit diriger le siège de Riga; que le général Chasseloup complète ses officiers du génie au nombre de 20 ; que sur la Dvina les meilleurs équipages sont des ponts de radeaux; que nous n’en avons pas em­ployé d’autres dans tous les passages que nous avons faits.

Écrivez au général Chasseloup pour qu’il complète au nombre de 20 les officiers du génie pour le siège de Riga et pour qu’il y envoie les compagnies de sapeurs nécessaires pour cette opération.

 

Vitebsk, 1er août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio pour lui faire connaître que la brigade de cavalerie légère du général Guyon, qui a passé sur la rive droite de la Dvina, ici à Vitebsk, a poussé jusqu’auprès de Nevel et n’y a rien trouvé; que le vice-roi de son côté a poussé des partis sur Velije et Ousviale et n’a également rien rencontré; que Wittgenstein doit donc être à Sebeje ou avoir appuyé sur Riga; que nous n’avons pas de ses nouvelles (du duc de Reggio) depuis le 2.7, et que nous sommes fort impatients d’en avoir; que le duc de Tarente a investi Riga sur la rive gauche ; qu’il était occupé le 26 à réunir des moyens pour jeter un pont ; que l’ennemi avait détruit la tête de pont et brûlé le pont; que de ce côté-ci l’ennemi s’est retiré à Smolensk ; que le roi de Naples est à Roudnia, le vice-roi à Souraje, le prince d’Eckmühl en avant d’Orcha, à demi chemin de Smolensk, le prince Poniatowski à Mohilef et les Bavarois à Biéclienkovitchi.

Vous enverrez cette dépêche au duc de Reggio par duplicata; l’une, par la rive droite, sera transmise par les soins du général Guyon, l’autre, par la rive gauche jusqu’à Polotsk, sera portée par un offi­cier de votre état-major.

 

Vitebsk, 1er août 1812, cinq heures après midi

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 31 juillet. Vous ne dites pas le numéro des régiments et des corps auxquels appartenaient les quatre bataillons qui ont été culbutés par votre cavalerie.

Le général Nansouty est à Troubilova et le général Bruyère sur Porietche ; ainsi vous êtes couvert de ce côté. Le corps du duc d’Elchingen est à Liozno et s’étend jusqu’à Roudnia. Vous pouvez porter la division Broussier sur le chemin de Porietche, entre Yanovitchi et Porietche; elle devra fournir quelques compagnies d’infanterie légère pour appuyer la cavalerie qui est à Porietche et éviter les échauffourées.

On a poussé des coureurs jusque près de Nevel sans trouver l’en­nemi. Vous devez plutôt éclairer Velije et Ousviate que les occuper. Je vois avec plaisir que la farine que vous avez prise vous offrira de bonnes ressources. Envoyez des partis à 15 ou 20 lieues, si l’ennemi vous le permet, surtout sur la rive droite, et faites requérir des blés, de la farine, des bœufs. Approvisionnez-vous vous-même par ce moyen.

Il est bien extraordinaire que les officiers qui commandent les détachements aient été assez bêtes pour piller les dépêches du cour­rier, qu’il était si important d’avoir. Faites faire une enquête là-dessus.

 

Vitebsk, 2 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai reçu vos différentes lettres. J’ai lu avec intérêt les renseignements que vos voyageurs vous ont donnés sur la Courlande. Envoyez de nouveau des hommes intelligents peur avoir de plus amples renseignements encore.

 

Vitebsk, 2 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, l’estafette arrive et m’apporte des nouvelles de l’échec arrivé aux trois bataillons que le général Reynier avait laissés si ridiculement en l’air.

Écrivez au prince Schwarzenberg que je vous ai fait connaître que je mettais le 7e corps sous ses ordres; que mon intention est qu’avec les deux corps réunis, qui doivent faire 40,000 hommes, il marche sur Tormasof et Kamenski, pour leur livrer bataille; qu’il entre même en Volhynie, s’il le faut, et qu’il ait soin de faire en sorte que, dans aucun cas, ni l’un ni l’autre ne puissent venir sur moi.

Faites connaître au prince Schwarzenberg que les Prussiens ont battu à Ekaou le général Essen et lui ont fait 300 prisonniers, et qu’ils ont investi Riga.

Il n’y a du reste ici rien de nouveau. L’ennemi s’est retiré en toute hâte sur Smolensk. Nos postes ont été jusqu’à Nevel; nos avant-postes sont aux trois quarts du chemin de Smolensk.

C’est toujours pour moi un problème de savoir si Bagration a quatre ou six divisions.

Reployez vos agents du côté de la gauche; envoyez-en même à Mittau et sur Riga, et surtout qu’ils aillent rapidement.

P. S. Envoyez aussi des agents dans le district de Vidzy, jusqu’à Drissa et Disna, pour savoir s’il y a des traînards, si la tranquillité est rétablie, et si l’on a des inquiétudes des Cosaques du côté de la rive droite.

 

Vitebsk, 2 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, envoyez un officier au prince Schwarzenberg pour lui faire connaître que je mets le 7e corps sous ses ordres, qu’il rallie ce corps et marche à Tormasof et Kamenski et leur livre ba­taille, et qu’il les doit suivre partout, jusqu’à ce qu’il en soit venu à bout.

Faites connaître au général Reynier que j’ai donné au prince Schwarzenberg le commandement supérieur sur les deux corps réunis.

 

Vitebsk, 2 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmühl pour lui faire connaître que par ma lettre du 30 juillet je lui ai mandé qu’il était nécessaire qu’il eût un pont et une tête de pont sur le Borysthène ; que rempla­cement naturel de ce pont me paraissait être sur la route de Lioubavitchi à Liady ; qu’il fallait avoir un pont et une tête de pont à Orcha; qu’il en fallait autant à Mohilef; qu’il fallait que le 8e corps à Orcha et le 5e à Mohilef exerçassent un grand mouvement sur la rive gauche, tant pour se procurer des vivres que pour ne pas laisser l’ennemi s’en approcher; que le général Gudin est à Pavlovitchi; qu’il a fourni deux bataillons au général Grouchy et placé un batail­lon à Babinovitchi ; que je ne serai pas éloigné de diriger cette divi­sion sur lui aussitôt que je connaîtrai définitivement la position qu’il a prise.

 

Vitebsk, 3 août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, il est convenable que vous expédiiez aujourd’hui, avant six heures du matin, un officier polonais intelligent et de con­fiance au prince Schwarzenberg, avec le duplicata de la lettre que vous lui avez écrite par votre aide de camp Flahault. Vous lui ferez connaître que, conformément à l’intention que m’avait manifestée l’empereur d’Autriche, je voulais appeler son corps d’armée sous mes ordres immédiats; que je pensais que le corps du général Reynier pourrait être suffisant pour contenir les troupes de la Volhynie, projetant d’envoyer un corps considérable de Polonais par Mozyr dans la Volhynie aussitôt que le corps du prince Schwarzenberg serait entré en ligne; mais qu’aujourd’hui, l’ennemi ayant si fortement pris l’ini­tiative et le corps du général Reynier s’étant laissé entamer, mon intention est qu’il marche en toute diligence pour repousser l’ennemi et l’empêcher de ravager cette partie du territoire; que, comme c’est particulièrement de cavalerie que manque le général Reynier, sa cavalerie peut prendre les devants ; que je désire qu’il laisse un mil­lier de chevaux, deux batteries d’artillerie et une brigade, au total 4,000 hommes, à Nesvije, afin de former une réserve, commandée par un général de brigade, qui puisse servir selon les circonstances ; que je le laisse même maître de porter cette réserve à 7 ou 8,000 hommes, s’il croyait pouvoir le faire sans inconvénient.

Mandez-lui que Tormasof a une division à Mozyr et probablement deux divisions avec lui ; que ces deux divisions ne doivent être com­posées que de 3e bataillons, comme celles de Courlande, qui ont été culbutées si facilement par les Prussiens ; que 200 chevaux ita­liens du vice-roi ont rencontré aussi quatre de ces bataillons et les ont culbutés d’une charge; que, dans l’organisation générale de l’armée russe, nous savions que Tormasof devait avoir la 27e divi­sion., qui était une nouvelle division et qui formait sa véritable force; mais je crois que cette 27e division n’a pas pu le joindre, et qu’il est probable alors qu’il aura gardé la 9e ou la 15e division; qu’il est nécessaire qu’il prenne tous les moyens pour bien connaître les divi­sions que l’ennemi a en Volhynie; que nous croyons que Bagration a passé le Borysthène avec six divisions; que, cela étant, il en resterait tout au plus une en Volhynie, indépendamment des 3e bataillons de Tormasof; que je désire donc qu’il marche avec rapidité, attaque et culbute l’ennemi, Kamenski et Tormasof, et porte la guerre dans la Volhynie; que d’ailleurs les événements qui se passeront et les ren­seignements précis qu’il aura sur le nombre de divisions régulières que l’ennemi a en Volhynie me mettront à même de lui faire con­naître mes intentions .ultérieures.

P. S. Que le général de brigade qu’il laissera à Nesvije ait ordre de correspondre avec le quartier général, et avec le général comman­dant à Minsk, .pour instruire de tout ce qu’il y aurait de nouveau.

 

Vitebsk, 3 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, mandez au général Saint-Cyr qu’il se mette en mouvement demain 4 pour se diriger sur Polotsk. Cette ville étant assez considérable, il y trouvera plus de moyens de se réorganiser. Il sera sous les ordres du duc de Reggio, pour pousser l’ennemi et l’obliger à quitter ces parages. Ainsi, sous le double point de vue des opérations militaires, et des cantonnements de subsistances, il sera mieux placé là.

Recommandez au duc de Reggio de bien faire évacuer tous les prisonniers sur Vilna, en ayant soin de les faire bien escorter et d’avoir l’état des officiers, sous-officiers et soldats prisonniers par régiment et par division. Cet état surtout est très-nécessaire. Envoyez l’adjudant commandant Falkonski pour interroger ces prisonniers. Il s’attachera spécialement à savoir de quel division et de quel corps sont ces prisonniers, s’il y en a beaucoup parmi eux des 3e batail­lons ; enfin s’il y en a des régiments que commande le prince Repnine. Y en a-t-il de la 5e division ?

Réexpédiez cette lettre au duc de Reggio par l’adjudant commandant Falkowski; on expédiera plus tard l’aide de camp du duc de Reggio. Faites connaître au duc de Reggio que le corps du général Saint-Cyr se rend à Polotsk pour le renforcer afin de pousser vivement le général Wittgenstein et de l’obliger à évacuer toute la rive droite de la Drissa.

 

Vitebsk, 3 août 1812, six heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 2 à onze heures du soir. Vos troupes me paraissent bien placées; mais ayez soin que vos têtes de ponts soient bien faites, qu’elles soient palissandées et qu’elles soient des ouvrages qui puissent être utiles. Il faut que, voulant ne manœuvrer que sur une rive, on puisse rester maitre du pont et que l’ennemi ne puisse le détruire quoique maître de l’autre rive.

Cette incertitude sur Bagration me contrarie beaucoup, puisque, par là, je ne sais point les forces qui se trouvent en Volhynie ; si Bagration n’a que quatre divisions, il est clair qu’il y a trois divisions, indépendamment des divisions formées des 3re bataillons. Il est nécessaire que le général Latour-Maubourg se place sur la droite de Mohilef, tenant en observation Robrouiak et pouvant même savoir à temps ce qui se passe à Mozyr. Une division du prince Poniatowski doit être placée plusieurs journées plus bas que Mohilef, afin d’être bien éclairé sur tout ce qui se fait dans le midi. Le général Kamenski a attaqué Kobrine et y a enlevé, après quelques heures de combat, trois bataillons saxons que le général Reynier y avait laissés. J’ai donné ordre au prince Schwarzenberg, qui était déjà arrivé à Nesvije, de se diriger en toute diligence sur la Volhynie et d’attaquer Tormasof et Kamenski, mais on m’assure qu’il y a à Mozyr une division sur laquelle il est convenable de se tenir éveillé.

Le duc de Reggio a eu, le 30, le 31 et le 1er août, des affaires assez chaudes avec le prince Wittgenstein, entre Polotsk et Sebeje. Le résultat a été la prise de 14 canons, 3 caissons, 3,000 prison­niers et un grand nombre de tués. Il n’évalue notre perte qu’à 600 blessés, mais j’ai lieu de la croire double. Les Prussiens ont eu, le 19, à Ekaou, une affaire avec le corps qui est à Riga; ils l’ont battu, lui ont fait 300 prisonniers et ont cerné la tête de pont.

Ne pouvant plus compter sur le prince Schwarzenberg à Minsk, il est nécessaire, ainsi que je l’ai dit plus haut, que le prince Poniatowski ait une de ses divisions avec de la cavalerie qui se rapproche de l’ennemi et ait l’air de menacer Bobrouisk et Mozyr. .

Faites-moi connaître comment vous vivez et quelle est la situation de vos troupes. A-t-on construit des fours à Mohilef ? Avez-vous évacué tous vos blessés de l’affaire de Mohilef sur Borisof et Minsk, afin de ne rien avoir en première ligne ?

 

Vitebsk, 4 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois vos lettres du       Je vous ai déjà fait connaître que mon intention était que le prince Schwar­zenberg allât au secours du général Reynier. Le duc de Reggio a eu, le 30, le 31 et le 1er août, des combats avec Wittgenstein et le prince Repnine; il leur a pris 14 pièces de canon, tué 2 à 3,000 hommes et fait 3,000 prisonniers. Mandez cela au prince Schwar­zenberg à Varsovie, et au duc de Tarente. L’ennemi paraît s’être entièrement retiré sur Smolensk; il fera dans peu de jours sa jonc­tion avec Bagration; mais il paraît, d’après les lettres du général Reynier, qu’il a laissé deux divisions derrière lui. Ainsi, en ajoutant à l’absence de ces divisions les échecs qu’il a reçus, il n’amènera pas un grand renfort. Le prince Schwarzenberg a pris le bon parti ; réuni aux Saxons, j’espère qu’il portera rapidement la guerre en Volhynie.

J’ai jugé convenable de m’arrêter pour donner un peu de repos à l’armée et organiser les magasins. Employez-vous efficacement pour qu’on organise ceux de Vilna et de la route. Veillez à ce que le gou­verneur fasse décharger les bâtiments et emmagasiner leur charge­ment, afin qu’ils puissent retourner à Kovno.

Écrivez au duc de Tarente que je n’ai pas de ses nouvelles depuis le 26, que j’attends avec impatience qu’il ait passé la Dvina, puis­qu’il fera diversion en faveur du duc de Reggio.

 

4 août 1812 – Quartier impérial de Vitebsk.

ORDRE.

1° Grains. — Dix mille quintaux de seigle et de grains seront pris dans les pays de la rive droite de la Dvina, et ils seront emmagasinés à Vitebsk.

Le duc d’Istrie commandera à cet effet des détachements de la cavalerie de la Garde, et l’intendant général fera fournir trois con­vois des voitures du quartier général, chacun de 70 voitures; le 1er convoi partira aujourd’hui, le 2e convoi partira demain, et le 3e convoi partira après-demain 6.

Indépendamment de cela, les voitures appartenant à la Garde et à la suite de la Garde soit à pied, soit à cheval, seront employées au transport desdits grains. On emploiera également les voitures qu’on trouvera dans le pays.

Si cela est nécessaire, les voitures chargées de farine qui sont au quartier général seront déchargées, et les farines mises en magasin pour être rechargées au moment du départ.

Un commissaire des guerres et un employé de l’administra lion prendront les ordres du duc d’Istrie pour cette opération.

2° Farines. —Toutes les farines existant à Vitebsk seront requises pour les besoins de l’armée.

3° Moulins. — Le général Chasseloup commandera un officier avec le nombre d’ouvriers nécessaire pour raccommoder tous les mou­lins, afin qu’ils soient en état de servir le plus tôt possible.

Tous les moulins à bras existant dans la ville, dans les faubourgs et aux environs seront recensés et requis. Des détachements de la Garde seront commandés pour travailler aux moutures.

Les dispositions seront faites de manière que tous ces moyens de mouture réunis puissent procurer aux magasins de Vitebsk au moins 600 quintaux de farine par jour.

4° Foin. —Il sera construit trente-deux fours, de manière à pouvoir confectionner par jour 100,000 rations de pain.

5° Hôpitaux. — Les boutiques, qui restent fermées par l’absente des propriétaires seront inventoriées et saisies ; tout ce qui s’y trouverait d’utile aux hôpitaux ou à l’armée sera livré aux différentes administrations. Il sera fait une descente dans les caves des couvents des Jésuites et autres ; les vins y existant seront affectés au service des hôpitaux.

L’intendant général prendra des mesures pour procurer du café aux hôpitaux, afin de suppléer autant que possible au vin.

6° Le major général donnera tous les ordres nécessaires et tiendra la main à l’exécution du présent ordre.

 

Vitebsk, 5 août l8l2.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna.

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez au prince Schwarzenberg que j’approuve le mouvement qu’il a fait sur la Volhynie. Instruisez-le que le duc de Tarente est entré à Dinabourg et s’y est emparé de huit pièces de canon ; qu’ainsi, après avoir travaillé trois ans à cette place, l’ennemi l’a abandonnée; qu’on me rend compte que la divi­sion qui se trouvait à Mozyr a passé le Borysthène, pour se diriger sur l’armée; que toute l’armée russe est concentrée à Smolensk, hormis le corps d’armée de Wittgenstein, qui est entre Polotsk et Saint-Pétersbourg; que le général Latour-Maubourg s’est porté à Saint-Pobolof, entre Bobrouisk et le Borysthène, ayant des postes vis-à-vis Mozyr et Bobronisk.

Faites passer 10,000 francs au contre-amiral Baste. Il doit y avoir un payeur à Vilna. Employez ce moyen ou tout autre qui vous paraî­tra le plus expédient. Faites passer la lettre ci-jointe au colonel Deponthon à Tilsit. (Cette lettre n’a pas été retrouvée, mais on sait qu’elle contenait l’ordre au colonel Deponthon de se rendre auprès du duc de Tarente, pour être employé au siège de Riga.

 

Vitebsk, 5 août 1812, six heures du soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 5 août. Vous ne me faites point connaître si l’exaltation des paysans au-delà de Velije est dans l’an­cienne Pologne ou dans l’ancienne Russie. Vérifiez le fait. Si cette révolte des paysans avait lieu dans l’ancienne Russie, cela pourrait être considéré comme une chose très-avantageuse et dont nous tire­rions un bon parti. Porietche est déjà dans l’ancienne Russie. Donnez-moi des renseignements là-dessus, et faites-moi connaître quelle espèce de décret et de proclamation on pourrait faire pour exciter la révolte des paysans dans la Russie et se les rallier.

 

Vitebsk, 5 août 1812.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je reçois votre lettre datée de Doubrovna le 4 août à huit heures du soir. Le duc de Tarente est entré à Dinabourg; après avoir travaillé pendant trois ans à cette place, l’ennemi a jugé à propos de l’évacuer. Il a pu s’y emparer de huit pièces de canon. J’attends avec impatience le résultat de vos appels. Je suppose qu’un jour d’affaire vous serez content du général Dessaix, qui est un bon soldat. Envoyez-moi le croquis des positions où vous êtes, avec vos ponts sur le Dniepr et les ouvrages que vous faites construire. L’en­nemi étant tout entier réuni à Smolensk, il faut être -très-attentif, parce qu’après quelques jours de repos il pourrait tenter quelque opé­ration. Il doit être facile par Mohilef d’envoyer des agents et des espions; ne les épargnez pas, afin de bien savoir ce qui se passe.

 

Vitebsk, 5 août 1812

Au capitaine d’Hautpoul, officier d’ordonnance de l’empereur, à Vitebsk.

L’officier d’ordonnance d’Hautpoul se rendra à Ostrovno et de là à Biéchenkovitchi.  Il verra à Ostrovno si le village est réhabité et s’il y a un commandant de place pour le réorganiser. Il verra à Biéchenkovitchi si les ponts sont faits et si on a substitué un pont de radeaux au pont de chevalets, qui ne résisterait pas aux premières crues de la rivière; il verra si on a travaillé à la tête de pont. Il verra l’hôpital, la manutention, les magasins, et enfin si le pays commence à se réorganiser. Il me rendra compte des troupes qui s’y trouvent, ainsi que des convois et des troupes qu’il rencontrera, soit cavalerie, soit artillerie, soit infanterie, soit équipages militaires. Il verra à Biéchenkovitchi le 4e régiment des chasseurs de la Garde et le bataillon de Hesse-Darmstadt, auxquels j’ai ordonné de rester là en position jusqu’à nouvel ordre; il doit y avoir aussi plusieurs pièces d’artillerie. Il faudra avoir soin que tout cela soit en position, et qu’on travaille à la tête de pont, afin de la terminer. Il s’informera si on a des nou­velles des Cosaques, et, s’il est nécessaire, il restera un jour à Biéchenkovitchi, afin de tout voir et de faire sa dépêche ; il m’écrira de cet endroit, en ayant soin de remettre sa lettre à la première esta­fette qui passera.

De Biéchenkovitchi, il continuera sa route sur Polotsk, d’où, il m’expédiera sa seconde dépêche. Il verra les fortifications de la ville, l’hôpital, la manutention. Il me fera connaître combien de prisonniers a faits le duc de Reggio à ces différentes affaires qui viennent d’avoir lieu, combien de blessés, tout ce qu’il pourra apprendre sur ces affaires et sur la situation du corps du duc de Reggio. Le duc de Tarente ayant pris Dinabourg, l’officier d’ordonnance d’Hautpoul s’in­formera si la communication entre les deux corps s’est opérée. Il prendra toutes les informations qui pourront me faire connaître la nature des forces opposées au duc de Reggio. Il restera avec ce ma­réchal, auquel il remettra la lettre ci-jointe, jusqu’à ce que celui-ci ait attaqué l’ennemi, éclairci la rive droite et opéré sa communica­tion avec Dinabourg.

 

Vitebsk, 6 août 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai mandé que je désirais qu’une brigade de six cohortes de garde nationale, en prenant des cohortes composées d’anciens Français, se rendît à Bremen. Cette mesure me paraît plus urgente que jamais. Vous porterez un soin particulier à cette organisation. Vous ferez avancer, pour remplacer cette brigade à Utrecht et dans la 24e division militaire, la brigade qui est au Havre, afin que, si Hambourg était attaqué, cette brigade pût se porter aussi au secours de la 32e division militaire; le cas arrivant, vous enver­riez un général de division commander ces deux brigades.

Donnez ordre au général Heudelet de porter son quartier général à Hambourg et de réunir entre Hambourg et le Mecklenburg toute sa division. Deux demi-brigades pourront être dans le Mecklenburg et trois à Hambourg et Lubeck. La brigade d’Erfurt doit s’être rendue dans la Poméranie suédoise pour faire partie de la division Morand. Pressez autant qu’il vous sera possible la formation de la division de dragons et de l’artillerie de la division Heudelet. Par ce moyen, il y aurait à Hambourg cinq demi-brigades provisoires et six cohortes de garde nationale, indépendamment des six autres cohortes, qui, de la Hollande, seraient prêtes à s’y porter. La division Morand aurait douze bataillons dans la Poméranie, et le duc de Castiglione aurait dans sa main deux divisions prêtes à se porter sur le point menacé.

Un débarquement ne peut avoir lieu que du côté de Lubeck, dans le Mecklenburg ou dans la Poméranie suédoise. Il ne paraîtrait pas naturel qu’on fît un débarquement qui compromettrait les Prussiens. Il est donc convenable que le général Heudelet reconnaisse lui-même Lubeck et le Mecklenburg, ait sa division dans sa main et s’entende avec le général Morand pour pouvoir promptement se secourir.

Vous ne m’avez pas mandé si le duc de Castiglione était parti de Paris. Ayez soin de lui envoyer un général d’artillerie.

Envoyez deux nouvelles compagnies d’artillerie de ligne dans la 32e division militaire pour servir selon les besoins.

Tenez la main à ce que les officiers des cohortes, ceux des corps et les officiers d’artillerie soient à leur poste.

 

Vitebsk, 6 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Dur de Bassano, je désire que vous demandiez à la Prusse qu’en cas qu’il y eût une descente en Poméranie, ou dans le Mecklenburg, ou à Hambourg, elle fasse partir de Potsdam, ou de tout antre endroit, une brigade de 1,000 chevaux et douze pièces d’artillerie légère qui seront aux ordres du duc de Castiglione.

 

Vitebsk, 6 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous fassiez donner l’ordre à Kovno, par le gouverneur général, que toutes les voitures d’équipages militaires qui y passeront se chargent, avant tout, de riz, jusqu’à ce qu’on ait épuisé tout ce qu’il y a de riz dans les magasins de Kovno, et, à défaut de riz, de biscuit. Si ces voitures sont chargées de farines, elles laisseront leurs farines à Kovno. Voyez aussi le gouverneur général pour que des mesures soient prises pour foire emmagasiner à Kovno, dans les églises et les couvents, fout ce qui est arrivé par le Niémen, et que les bateaux soient envoyés. Il faut qu’on prenne à Kovno tous les couvents, qu’ils aient été destinés pour des hôpitaux, pour la Garde ou pour qui que ce soit ; le prin­cipal est que sans délai tout y soit mis à couvert. Faites écrire à Kovno pour qu’on expédie des vivres sur Vilna, Grodno, Bialystok et même sur Varsovie. Ce qui est bien important, c’est que tous les bateaux qui sont è Kovno soient renvoyés et redeviennent dispo­nibles pour rapporter l’avoine et tout ce qu’on pourra tirer de Danzig et de Königsberg. Remuez donc cette commission de gouvernement, qui vraiment ne fait rien ; il est ridicule qu’il n’y ait qu’une aussi petite quantité de blé dans leurs magasins.

Les prisonniers que le duc de Reggio a faits à Polotsk sont dirigés sur Vilna. Je désire que vous les fassiez interroger avec soin, pour savoir de quel régiment, de quelle division et de quel corps ils sont. Je vous envoie une lettre que vous écrit le consul de Riga. Il est nécessaire que ce consul rejoigne sur-le-champ le duc de Tarente. Envoyez son mémoire au duc de Tarente.

P. S. Le gouverneur général qui commande tous les gouverne­ments de la Lithuanie, le général Hogendorp, donnera main-forte à la commission de gouvernement et fera désormais exécuter ses diffé­rentes dispositions à Grodno, à Bialystok et ailleurs.

 

Vitebsk, 6 août 1812, cinq heures après midi

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje

Mon Fils, je suppose que vous n’avez pas de malades à Souraje ; que vous n’avez du moins que des malades que vous puissiez promptement évacuer, puisqu’il est important que vous soyez toujours en mesure d’évacuer avec rapidité tout le pays, sans y rien laisser. Faites-moi connaître quand vous pourrez avoir du pain pour huit ou dix jours, quand tous vos attelages seront suffisamment reposés et quand on pourra marcher sur Smolensk. Mon intention est de mar­cher à l’ennemi, probablement, par la rive gauche du Borysthène, d’enlever Smolensk, et de livrer bataille à l’armée russe, si elle veut tenir dans la position où elle est.

Avez-vous vos batteries de réserve ? J’ai vu hier votre parc de réserve à la position que vous occupiez près de Vitebsk : il attend à chaque instant une grande quantité de voitures. Faites-moi connaître si vous espérez recevoir encore quelques renforts et rallier beaucoup de vos troupes.

 

Vitebsk, 6 août 1812

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, j’ai donné ordre à la division Gudin de se rendre à Babinovitchi. Laissez-la dans cet endroit, parce qu’elle y trouvera plus de facilités pour les subsistances; elle sera là à vos ordres. Je désire savoir quand deux ponts solides seront établis à Orcha, s’il y a des ponts à Doubrovna, enfin s’il y en a entre la Berezina et Rossasna.

Faites-moi connaître votre opinion sur cette question : est-il plus utile de marcher sur Smolensk par la rive droite que par la rive gauche ? Quelle est la nature du pays ? Y a-t-il des ressources pour nourrir la cavalerie, et des subsistances pour l’infanterie ? Si je me résous à marcher par la rive gauche, il faudra que la cavalerie du roi de Naples, le vice-roi, le 3e corps, viennent passer le Borysthène entre Rossasna et la Berezina. Il faudrait pour cela avoir des ponts solides et nombreux. Pendant ce temps, vous vous porteriez sur Krasnoï avec le corps du général Grouchy, le 8e et le 5e corps. Quelle est la marche que devrait faire le 5e corps ? Vous auriez alors sous vos ordres les divisions Compans, Gudin, Dessaix et Claparède, ce qui doit faire plus de 30,000 hommes d’infanterie. Le 8e corps doit être de 10,000 hommes, et le 5e corps de 20,000 hommes; vous auriez donc 60,000 hommes d’infanterie. La cavalerie du prince Poniatowski, celle du général Grouchy, la vôtre, la division Valence et le corps du général Latour-Maubourg devraient faire plus de 12,000 hommes de cavalerie. Votre seule armée serait donc de plus de 80,000 hommes. Le corps du duc d’Elchingen, le corps du vice-roi, la cavalerie du roi de Naples, la Garde et les divisions Morand et Friant devraient faire plus de 100,000 hommes. Faites-moi con­naître si vos troupes pourront se procurer pour huit ou dix jours de vivres, s’il y aurait suffisamment de ponts et de ponts solides pour faire passer la cavalerie, afin que le passage ne fasse point le défilé sur aucun point du Borysthène. J’attends l’appel de vos différents corps.

 

Vitebsk, 7 août 1812.

A M. Barbier, bibliothécaire de l’empereur, à Paris

L’Empereur désirerait avoir quelques livres amusants. S’il y avait quelques bons romans nouveaux, ou plus anciens qu’il ne connût pas, ou des mémoires d’une lecture agréable, vous feriez bien de nous les envoyer, car nous avons des moments de loisir qu’il n’est pas aisé de remplir ici.

Par ordre de l’Empereur, le secrétaire du portefeuille.

 

Vitebsk, 7 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, faites-moi connaître où en est la formation des troupes de la Lithuanie. Les armes sont arrivées à Kovno. Je désirerais connaître quand ces régiments seront suffisam­ment formés pour faire les garnisons de Vilna, de Kovno, de Minsk et de Grodno, afin que je puisse retirer toutes les troupes que j’ai dans ces différentes places. Les cinq régiments dont la formation a été ordonnée sont-ils pour toute la Lithuanie, ou seulement pour le gouvernement de Vilna ?

 

Vitebsk, 7 août 1812

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, dites au gouverneur général Hogendorp qu’il est nécessaire qu’il m’écrive tous les jours par l’estafette sur ce qui se passe dans son gouvernement, indépendamment des comptes qu’il rend à l’état-major. Dites-lui que, comme Drissa est dans son gouvernement, il serait bon qu’il y envoyât un bataillon avec des sapeurs pour démolir le camp retranché des Russes. Il fau­drait que ce bataillon emportai avec lui quatre ou cinq cents outils; en séjournant huit ou dix jours à Drissa, il finirait ce travail. J’attache de l’importance à ce que ce camp retranché soit entièrement détruit.

Lorsque le duc de Bellune sera arrivé à Tilsit, mandez-lui qu’il vous fasse connaître l’époque où les différents bataillons y arriveront.

 

Vitebsk, 7 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous voyiez si on a renfermé dans une église ou à l’arsenal les deux à trois cents chariots d’ancien modèle qui ont été laissés à Vilna exposés à l’air. Si cela n’avait pas encore été fait, le gouverneur devrait le faire.

 

Vitebsk, 7 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, répondez au duc de Reggio que l’état de situation qu’il a remis du corps de Wittgenstein contient un double emploi ; que les quatre régiments de chasseurs à pied que commande le général Koulnief sont des régiments de la 5e et de la 14e division, c’est-à-
dire les 23e, 24e, 25e et 26e; que, depuis cette campagne, les Russes ont pris l’usage de mêler l’infanterie légère avec la cavalerie pour former leurs avant-gardes, et par conséquent ces régiments ne font pas nombre; que les corps du général Sazonof, commandant la 14e division (Navaginsky, Tenginsky, Toulskoï et Esthlandskoï, jus­tement les régiments de la 14e division), sont encore un double emploi; que le corps de Wittgenstein se réduirait à trois divisions, c’est-à-dire dix-huit régiments ou 15,000 hommes, supposant, ce qui est possible, que la 7e division y soit; mais les deux régiments d’infanterie légère de la 7e division n’y sont pas, que cela ne ferait donc que 14,000 hommes; qu’il est possible que le prince Repnine ait six bataillons de réserve composés de compagnies des 3e batail­lons, que nous n’avons pas de renseignements là-dessus; qu’à peu près ce nombre des 3e bataillons était à Dinabourg; qu’il est possible qu’on ait retiré les grenadiers de ces 3e bataillons, que cela ne ferait au plus qu’une force de 17 à 18,000 hommes d’infanterie.

Vous ajouterez au duc de Reggio que dans aucune campagne nous n’avons suivi avec plus d’attention les corps russes, et que nous sommes parfaitement au fait de leur organisation ; que tout porte à penser qu’il n’a pas plus de 20,000 hommes devant lui. Toutefois quel inconvénient y avait-il à ce qu’il restât dans sa position de Biélaya et vît l’ennemi se déployer en deçà du défilé ? Il aurait pu alors le compter. Depuis, quelle difficulté y avait-il à rester à Polotsk, couvert par quelques lunettes qu’il pouvait faire dans une nuit ? Dans une bonne position, il ne pouvait pas craindre un corps qui lui eût été même supérieur d’un tiers ; enfin, après qu’il aurait vu l’ennemi et qu’il se serait assuré de sa très-grande supériorité, n’était-il pas toujours à même de faire sa retraite et de repasser ses ponts ? Mais cette manière de faire très-légère compromet les opérations générales, puisqu’elle peut porter l’Empereur à faire de faux mouvements; et si nous n’étions pas très-supérieurs en forces à l’ennemi, le mouvement rétrograde du 2e corps sur Polotsk serait une véritable faute. Après la belle victoire qu’il avait obtenue, il est étonnant que ce soit l’en­nemi qui soit resté maître du champ de bataille. Il a reculé, l’ennemi a avancé; l’ennemi a su que deux divisions avaient passé la Dvina, il a avancé encore plus. La guerre est une affaire d’opinion, et l’art était de se conserver l’opinion qu’il avait pour lui, après le grand avantage qu’il avait remporté.

Ayez soin de faire observer au duc de Reggio que le prince Repnine n’est que général-major et ne peut commander qu’une brigade.

 

Vitebsk, 7 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Reggio que les prisonniers qui ont dit qu’ils avaient entendu le canon sur notre gauche avaient raison ; que le duc de Tarente, qui était à Dinabourg, aura suivi l’ennemi, ce qui aura donné lieu à cette canonnade ; que l’aide de camp Philipof, se trouvant déjà en route pour Vilna, ne peut plus être échangé, puisqu’il se trouve sur les derrières de nos armées et a vu nos mou­vements; que la réponse qu’il a faite relativement au prisonnier Vadbousky est convenable ; qu’on n’a pas le droit d’envoyer des parlementaires lorsqu’on se bat.

Mandez-lui qu’il faut conserver l’artillerie régimentaire comme elle est formée, qu’on ne saurait avoir trop de pièces de canon, et que je désapprouve tout ce qu’il a fait pour envoyer des pièces sur les derrières. Recommandez-lui de soigner cette artillerie, au lieu de la laisser se désorganiser; que j’espère qu’avec sa belle division de cuirassiers il donnera une belle poussée à Wittgenstein, et qu’aussitôt que celui-ci aura été rompu il le mènera loin.

 

Vitebsk, 8 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre que tout ce qui appartient à la Garde et qui se trouve à Biéchenkovitchi en parte à deux heures après minuit, pour être rendu ici après-demain de bonne heure.

 

Vitebsk, 9 août 1812, deux heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je vous prie de m’envoyer l’itinéraire d’une route de Babinovitchi à Rossasna, ou tout autre point plus direct pour se rendre de Vitebsk à Smolensk, de sorte que de Vitebsk on puisse se rendre sur le Dniepr en trois jours et arriver le sixième devant Smolensk. Je vous prie de même de me faire connaître les routes qui pourraient communiquer de Liozno et de Roudnia à Smolensk. Je désire connaître la nature de ce pays. Je vous prie de me tracer la route que pourrait tenir le prince Poniatowski pour arriver en trois ou quatre jours à la hauteur de Krasnoï; la grande route le conduirait en trois jours à Mstislavl, et en quatre ou cinq à Sviériakovo, sur la route de Smolensk à Roslavl ; cette marche serait avantageuse et nous permettrait d’arriver sur deux colonnes pour éviter une position assez forte que l’ennemi a en avant de Smolensk ; ce chemin la tour­nerait. Resterait à connaître les communications intermédiaires de Liady à Smolensk et entre Liady et Sviériakovo, toujours sur Smo­lensk. J’attends, pour fixer le moment où je passerai le Dniepr, de connaître celui où vos ponts seront terminés et où vous aurez des fours à Doubrovna.

 

Vitebsk, 9 août 1812, deux heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant les 4e et 6e corps de la Grande Armée, à Souraje.

Mon Fils, il est possible que de Souraje vous puissiez vous porter sur le Dniepr, en passant par Kolychki et Rossasna, afin de manœu­vrer avec l’armée sur la rive gauche du fleuve; dans ce cas, faites secrètement reconnaître la route, sa nature et le nombre de jours nécessaire pour la marche. Je n’ai pas besoin de vous dire que, dans cette hypothèse, on ne peut laisser de garnison à Souraje; il faut tout évacuer sur Vitebsk.

 

Vitebsk, 9 août 1812, cinq heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps (le 6e corps était placé, depuis le 7 août, sous le commandement du général Gouvion Saiot-Cyr) de la Grande Armée, à Souraje.

Mon Fils, l’ennemi s’est porté hier en grande force vis-à-vis Inkovo, ce qui m’a décidé de réunir l’armée à Liozno, où se trouve le duc d’Elchingen. Les divisions Friant, Morand et Gudin se mettent en marche ce matin. Mettez-vous en marche de votre côté et réunissez-vous près de Liozno. Envoyez un aide de camp au duc d’Elchingen pour savoir ce qui se passe, et dirigez-vous en très-petites ou en grandes journées, selon ce qui se sera passé aujourd’hui. Si c’est un mouvement offensif de l’ennemi, arrivez le plus vite que vous pour­rez ; si, au contraire, ce n’est qu’une reconnaissance de cavalerie, faites toujours votre mouvement, mais faites-le doucement, mon intention étant de continuer alors ces mouvements pour marcher sur Smolensk. Laissez une arrière-garde d’infanterie et de cavalerie le plus longtemps possible-à Souraje; tâchez de ne laisser personne sur la rive droite. Une arrière-garde d’infanterie et de cavalerie paraît devoir être nécessaire à Souraje encore pendant plusieurs jours. Faites-moi connaître toutes vos dispositions. Je n’ai pas besoin de vous répéter d’envoyer auprès du roi de Naples et du duc d’Elchingen pour savoir ce qui se passe, afin de bien régler vos mouvements.

 

Vitebsk, 9 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, une fois que le mouvement sur Smolensk sera décidé, il sera nécessaire que la communication de Smolensk avec Vilna se fasse par Minsk, puisque cette nouvelle direction n’aura que 116 lieues et que celle de Smolensk avec Vilna par Vitebsk et Gloubokoïé en aurait 136. Le pays est d’ailleurs meilleur, il n’a pas été entamé, et l’on aura d’ailleurs pour point de repère Borisof et Minsk, qui sont deux grandes villes. Il est donc nécessaire d’écrire au gouverneur de Minsk de prendre d’avance ses mesures pour bien organiser cette route et pour que le passage des troupes et des prisonniers puisse se faire sans attirer de désordres dans le pays. Cette nouvelle route offrira aussi l’avantage d’une direction de Minsk sur Varsovie sans passer Vilna : de Smolensk à Varsovie, il n’y aura que 225 lieues.

 

Vitebsk, 9 août 1812.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je désire que vous me donniez des renseignements sur une route qui longerait la rive gauche du Dniepr à trois ou quatre lieues de distance, et passerait par Savvya, Romanovo, Gorodok, Palkino, Montchina, etc. Cette route, si elle existe, tournerait tous les petits torrents qui versent leurs eaux à la rive gauche du Dniepr.

 

Vitebsk, 9 août 1812

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois vos lettres du 6 août. J’es­père qu’à l’heure qu’il est le dac de Reggio aura sa communication ouverte avec le duc de Tarente. Le général Wittgenstein a été blessé au combat de la Drissa; le général Koulnief a été tué ; c’était un offi­cier de cavalerie qui est regretté des Russes. Les fatigues ont mis un peu de retard dans la marche du duc de Reggio ; il est à peu de marches de (manque). L’ennemi a fait une forte attaque sur la division Sébastiani, à huit lieues de Smolensk. Il y a eu beaucoup de coups de  sabre donnés sans trop de résultat. L’ennemi avait 10,000 hommes de cavalerie contre cette seule division. Je compte marcher sur Smo­lensk pour voir si l’ennemi veut nous attendre, ce qui paraît assez probable, puisque sa réunion avec Bagration est faite et qu’il n’a plus grand’chose à attendre. Faites interroger les prisonniers qu’a faits le duc de Reggio, à mesure qu’ils arriveront, afin de bien connaître les troupes qu’avait Wittgenstein. Pressez autant qu’il vous sera possible pour les subsistances et pour que les étapes des derrières soient abon­damment pourvues; c’est la seule manière de maintenir l’ordre et la tranquillité sur les derrières.

Une fois que nous serons à Smolensk, il serait possible que la route passât par Orcha et Minsk. De Smolensk à Vilna par Minsk il n’y a que 116 lieues, et de Smolensk à Vilna par Gloubokoïé il y en a 136. Il faut donc que la route de Vilna à Minsk soit parfaitement organisée pour les étapes, ainsi que celle de Minsk à Orcha.

P. S. Je vous renvoie des lettres de service que j’ai ouvertes.

 

Vitebsk, 9 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à Danzig et à Königsberg pour que l’on fasse partir tous les dépôts d’habillement, soit de la Garde, soit des différents corps de l’armée, car déjà le besoin d’effets d’habillement et de souliers commence à se faire sentir; que tout cela soit embarqué, transporté sur le Niémen et débarqué à Kovno. Écrivez à l’amiral Baste qu’il fasse son affaire de ce mouvement, et qu’il rende compte de tout ce qui arrivera. Je désire que vous écriviez aussi au général Loison, à Königsberg, pour lui recommander que, conformément aux ordres que j’ai donnés, tout l’équipage de siège de Magdeburg, qui était destiné pour le siège de Dinabourg, rentre à Danzig. La moitié qui était à Elbing est déjà rentrée ; l’autre moitié, qui est à Königsberg, doit y rentrer sur-le-champ. La prompte rentrée de cet équipage aura deux résultats : 1° compléter l’armement de Danzig ; 2° empêcher qu’en cas de descente l’ennemi puisse s’em­parer de cet équipage, et rendre les bateaux disponibles pour faire venir des dépôts d’habillement ce qui sera nécessaire. Mandez à l’amiral Baste de presser la rentrée de cet équipage sous le canon de Danzig.

Un autre objet important dont je désire que vous vous occupiez, c’est de voir si l’on pourrait passer un marché, soit avec des juifs du pays, soit avec des gens de Königsberg, pour le transport, de Kovno à Vitebsk et à Smolensk, des objets d’habillement et de subsistance qui se trouveront à Kovno. Le marché serait fait en argent comptant, à tant par quintal. Vous vous concerterez avec l’ordonnateur et les gens du pays pour savoir quel prix il serait raisonnable d’accorder, en ne perdant pas de vue qu’il faudrait établir deux prix, l’un d’ici au traînage, l’autre pour le moment du traînage. C’est la meilleure manière de pourvoir à ce que les effets d’habillement, le biscuit, le riz, etc., qui sont à Kovno, nous arrivent. Il faudrait qu’ils s’enga­geassent à mettre tous les jours en mouvement tant de quintaux, et, en cas que les objets dussent rester en route, le prix serait réglé selon la distance. Vous remarquerez que ces voituriers pourraient rapporter du sel de Vitebsk, d’Orcha et de Borisof. Nous en avons une immense quantité, pour près de 20 millions, et on m’assure que le pays de Königsberg, la Courlande et la Samogitie tiraient leur sel d’ici. Voyez à combiner une opération là-dessus. Il faudrait faire également un marché pour le transport sur Minsk, par Grodno, des farines, riz, effets d’habillement, etc., que nous avons à Varsovie, en éta­blissant également deux prix, l’un pour le moment du traînage et l’autre avant le traînage. L’armée ayant passé, le pays doit se réta­blir, et avec de l’argent on doit trouver tout cela.

 

Vitebsk, 10 août 1812, une heure du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Yanovitchi

Mon Fils, j’ai reçu votre lettre dans laquelle vous me faites con­naître que vous serez à huit heures du soir à Yanovitchi. J’ai reçu des lettres des avant-postes de hier 9, à quatre heures après midi. Il parait que l’ennemi s’est retiré et que c’était une affaire de cavalerie, provoquée probablement par les imprudences du général Sébastiani, qui ne sait pas se garder dans des cantonnements de repos et va s’en­foncer dans des plaines où il croit que l’ennemi n’est pas en force. Ainsi donc vous êtes maître de votre mouvement de la journée. Faites ce que vous jugez le plus convenable pour le bien de vos troupes. Le temps est si mauvais, et il pleut tant, que je suis bien fâché de voir mes troupes en mouvement par un pareil temps.

Votre mouvement a été d’ailleurs brusque. Ralliez bien tous vos détachements, rappelez tout votre monde, et employez la journée à vous réunir, ou marchez à votre volonté : vous ne devez être dirigé que par l’intérêt de vos troupes.

Je ne fais pas partir la Garde aujourd’hui à cause du mauvais temps, mais elle partira demain.

Ayez soin de mettre à l’embranchement des routes un officier d’état-major, avec un piquet, pour empêcher vos soldats de continuer à se rendre à Souraje; prenez la même précaution au pont, sur la route qui va à Velije ; car en vérité ils sont sans considération, et, quand ils voient un pont, ils y passent, de sorte que nous perdons ainsi en détail beaucoup de monde.

 

Vitebsk, 10 août 1812, deux heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, le mouvement d’hier a été provoqué, à ce qu’il paraît, par le général Sébastiani, puisqu’on m’écrit des avant-postes, à quatre heures après midi, que l’ennemi s’est retiré. Le vice-roi a porté son quartier général à Yanovitchi et commencé son mouve­ment. Je voudrais avoir des renseignements sur les routes de Lioubavitcbi À Rossasna et de Babinovitchi à Rossasna. J’aurais fait partir ce matin toute ma Garde, mais il pleut tant, que je retarde son mou­vement d’un jour pour laisser passer le mauvais temps. Je retiens également la division Friant, qui, étant bien baraquée, est à l’abri de la pluie, mais tout le monde est prêt à partir. Je suis encore indécis de savoir si de ma personne je prendrai la route de Liozno ou celle de Babinovitchi. Je me déciderai par les nouvelles ultérieures que je recevrai de l’ennemi et par les renseignements que vous m’en­verrez sur les localités. Il est nécessaire que le général Latour-Maubourg se rapproche, afin que je fasse venir sa cavalerie et même la division d’infanterie à la bataille, puisque, si l’ennemi tient à Smolensk, comme je suis fondé à le penser, ce sera une affaire décisive, et nous ne saurions y être trop de monde. Je suppose que, d’après mon ordre d’hier, vous aurez appuyé Latour-Maubourg sur Mohilef, et qu’ainsi tout cela pourrait se faire. Il faut à Rossasna, où l’armée doit passer, quatre ponts. Faites préparer tous les moyens, sans pourtant jeter ces ponts, mais de sorte que vos sapeurs et vos pontonniers aient d’avance tout ce qui est nécessaire, et puissent jeter ces ponts aussitôt que la tête de la gauche paraîtra, sans démasquer plus tôt le mouvement.

 

Vitebsk, 10 août 1812, au matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, j’avais donné l’ordre hier aux divisions Gudin, Morand et Friant de se porter, l’une sur Babinovitchi, l’autre sur Poloviki et l’autre sur Liozno, de crainte que l’ennemi ne prît l’initiative. L’en­nemi paraissant s’être retiré, j’ai donné ordre que ces divisions pris­sent position entre Liozno et Rossasna, de manière qu’elles puissent les premières se réunir à vous. Le mauvais temps m’a décidé à retenir ici la division Friant. Je crois que je serai le 13 ou le 14 à Rossasna, avec ma Garde et toute l’armée. C’est donc dans la nuit du 13 au 14 qu’il faut que nos quatre ponts soient jetés, afin que le Dniepr ne puisse pas nous arrêter. Vous avez beaucoup de moyens en sapeurs et en matériel du génie; portez tout cela en avant sur Rossasna. Il est probable que je marcherai sur Smolensk avec 200,000 hommes. Puisque vous êtes dans le pays, étudiez un peu les chemins pour savoir si l’on ne pourrait pas marcher sur trois colonnes, une sur le grand chemin, une sur le pendant des eaux de ces petits torrents qui versent dans le Dniepr, et la troisième sur la droite, mais sans être éloignées de plus de 2 à 3 lieues l’une de l’autre. Je vous recom­mande surtout d’avoir beaucoup de fours.

 

Vitebsk, 10 août 1812, au matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, vous ne m’avez pas encore envoyé l’appel du 8e corps, du 5e corps, ni du 4e corps de cavalerie; envoyez-moi ces appels le plus tôt possible. Vous ne m’avez pas fait connaître si vous avez des fours à Orcha, à Mohilef, à Rossasna et à Doubrovna. Je vous prie de me répondre le plus tôt possible. Il serait bien important d’avoir des fours à Orcha, Doubrovna et Rossasna, dans cette dernière ville surtout; s’il n’y en avait pas, faites-en construire douze. J’ai requis, il y a quinze jours, 6,000 quintaux de farine à Borisof : 2,000 sont arrivés ici; j’ordonne que les autres 4,000 soient dirigés sur Orcha. J’en fais requérir 10,000 à Minsk, 4,000 à Sienno, et j’envoie des agents pour organiser ces convois et les diriger sur Orcha. Tous les convois de l’armée vont changer de route à Kamen et se diriger éga­lement sur Orcha. Est-ce qu’on ne peut pas requérir dans le gouver­nement de Mohilef ? Il devrait pourtant offrir la ressource de quelques milliers de quintaux. Il me semble que depuis le 20 vous n’avez pas suffisamment approvisionné votre point central d’Orcha ou de Kokhanovo. Faites-moi un projet de route d’étape de Kamen à Orcha. Aussitôt que mon mouvement sera démasqué sur Smolensk, Orcha deviendra le point central de l’armée, et il est probable que je pren­drai alors ma direction par Borisof, Minsk et Vilna.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, j’ai donné ordre qu’un tambour embrassant plusieurs maisons crénelées et palissadées couvrit la tête du pont de pilotis, et pût mettre 200 hommes à l’abri de toute insulte. Le gouvernement y fera porter une pièce de canon pour enfiler la grande rue du fau­bourg. On placera à l’hôpital et à côté de la manutention des pièces de canon pour battre la plaine.

Indépendamment du pont de pilotis, il y a, en descendant tout près, un pont de radeaux qui se trouvera couvert par ce tambour.

Donnez ordre aux pontonniers qui sont restés ici de faire lever, dans la journée de demain, un des deux ponts de radeaux que l’ar­tillerie a construits plus bas. Ce pont sera transporté contre le pont de pilotis, mais en haut, et fera pendant à celui qui est sur la droite, de sorte que le pont de pilotis et les deux ponts de radeaux soient couverts tous trois par le même tambour et défendus par la même garde. Cela devra être fait dans la journée de demain. Après-demain, après que ce travail sera terminé, on lèvera le quatrième pont et on en transportera les pièces près des deux autres ponts de radeaux, pour servir à les agrandir à mesure que la rivière augmentera.

Vous donnerez ordre au général Chasseloup de faire également établir un tambour au petit pont placé sur le ravin, lequel sera adossé à l’église neuve, qui sera crénelée et mise en état de défense, de sorte que 100 hommes avec une pièce de canon puissent être là dans un bon poste.

Je désire qu’un autre tambour soit établi sur la route de Souraje, en avant de la porte, et qu’une soixantaine d’hommes puissent s’y trouver à l’abri de toute insulte de la cavalerie légère.

Il doit rester un officier du génie et un officier d’artillerie comman­dant, attachés au général Charpentier. L’officier de pontonniers sera chargé de la garde et de l’entretien des deux ponts sur pilotis.

Aussitôt que les huit fours commencés et complétant le nombre des fours à vingt-quatre seront achevés, les constructeurs partiront et suivront le quartier général. L’officier du génie fera, avec les sapeurs et quelques ouvriers du pays, construire les huit autres fours et achever la manutention; vingt-quatre étant déjà faits, les huit autres ne sont plus si pressés, et je lui donne huit jours pour le construire.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc d’Elchingen pour lui faire connaître que le vice-roi a commencé son mouvement; que les divisions Morand, Gudin, Friant ont dû se mettre également en marche; que, mon intention étant de les porter sur le Dniepr aussitôt que je serai certain que l’ennemi ne veut pas prendre l’offensive, je désire qu’il place ces trois divisions dans les lieux où il jugera qu’elles pourront vivre plus facilement, entre lui et le Dniepr; qu’il serait possible que j’eusse mon quartier général le 14 à Rossasna, où il y aura quatre ponts, que j’y passasse le Dniepr et qu’avec près de 200,000 hom­mes je me portasse sur Smolensk; qu’il est convenable que, si dans la journée du 10 il est prouvé que l’ennemi n’a aucun projet offensif, il dirige diagonalement en arrière sa batterie de réserve et son gros parc, entre lui et le Dniepr, afin que rien ne le retarde.

Mandez-lui que je désire qu’il me fasse connaître l’état des pertes qu’a faites son corps dans la journée d’hier; qu’il faudrait remplacer la compagnie du 24e en en formant une autre, que cette perte est bien désagréable; que le duc de Reggio poursuit Wittgenstein, que dans son combat du 1er août il lui a tué et pris beaucoup de monde ; que cette armée ennemie paraissait être dans la consternation, que le général en chef Wittgenstein a été blessé et le général Koulnief tué.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Chasseloup de partir demain, à deux heures du matin, avec tous les sapeurs, mineurs, ouvriers du Danube, caissons et matériel du génie, pour se rendre à Bahinovitchi. Le général Kirgener et les sapeurs de la Garde parti­ront par la même occasion, ainsi que les deux compagnies de marins de la Garde. Ils auront tous du pain et de la viande assurés pour huit jours. Deux compagnies de sapeurs, dont une de la Garde, et une compagnie d’ouvriers du Danube, suivies des caissons les mieux attelés, marcheront à grandes journées, afin d’être rendues dans la journée du 13 à Rossasna.

Donnez ordre au général Éblé de marcher à grandes journées avec deux compagnies de pontonniers, afin d’être arrivé le 13 de bonne heure à Rossasna, et de s’y employer sur-le-champ à jeter dans cet endroit quatre ponts. Faites-moi connaître quand l’équipage de pont et le matériel du génie arriveront à Babinovitchi, afin que je n’ou­blie point de leur donner des ordres. Donnez ordre au petit quartier général de partir demain, à la pointe du jour, pour être rendu le 12 à Babinovitchi.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au roi de Naples qu’il est nécessaire que le corps du général Nansouty parte demain pour passer derrière Roudnia, être le 12 à Lioubavitchi et passer le Dniepr le 13 au soir. Il sera nécessaire que les deux divisions de cuirassiers du général Montbrun suivent, le 12, le mouvement du général Nansouty, afin que, le 13 au soir, elles puissent passer le Dniepr. La division Sébastiani servira de rideau pour couvrir ce mouvement. Écrivez au vice-roi qu’il dirige son mouvement de manière que le 13 il puisse passer le Dniepr du côté de Rossasna. Donnez ordre au duc de Danzig de partir demain, à la pointe du jour, avec la division de la vieille Garde, pour se rendre à Babinovitchi en deux jours. Vous ferez con­naître au prince d’Eckmühl que les divisions Friant, Morand et Gudin ont ordre d’être arrivées le 13 sur le Dniepr; que le général Éblé, avec l’équipage de pont et le matériel du génie, y arrive également par Babinovitchi; que le corps du général Nansouty y arrive par Lioubavitchi ainsi que le vice-roi et le 3e corps; qu’il est donc con­venable qu’il porte son quartier général à Rossasna, où il réunirait ses cinq divisions avec la division Claparède, le corps du général Grouchy et sa cavalerie légère couvrant les deux rives. Il est néces­saire que, le 13 au soir, il y ait à Rossasna quatre ponts, et deux sur la route de Lioubavitchi à Liady. A la même époque, le 13, le prince Poniatowski et le duc d’Abrantès doivent être à Romanovo, le général Latour-Maubourg occupant Mohilef, Mstislavl et Romanovo, et prêt à venir nous joindre si cela était nécessaire. Il est probable que le 12 je serai de ma personne à Rossasna.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Guyon de venir porter demain son quartier général dans le faubourg de Vitebsk, sur la rive droite. Il se rendra de sa personne au quartier général. Vous lui ferez connaître qu’il doit continuer l’opération des grains et des farines qu’a commencée la Garde, afin d’approvisionner les magasins de Vitebsk. Il doit placer un de ses régiments sur cette rive, afin d’avoir des postes en avant de la ville et d’éclairer tous les environs, soit du côté de Souraje, soit du côté de Roudnia, l’armée se portant tout entière sur la rive gauche du Borysthène, dans la direction de Smolensk. Il sera sous les ordres du général Charpentier, gouverneur de la province, et lui rendra compte. Il veillera à ce que tous les ponts faits par les maraudeurs, d’ici à Souraje, soient détruits. Il enverra des reconnaissances sur toutes les routes à la pointe du jour, ainsi que des agents du pays, afin de bien éclairer les environs de la ville. Il instruira le général Charpentier de tout ce qui pourrait inté­resser la sûreté de cette place de dépôt. Faites connaître au général Charpentier que je laisse cette brigade sous ses ordres afin d’éclairer la province. Le général Guyon aura de plus sous son commandement les 200 lanciers qui appartiennent à la division Valence, et qu’il gardera jusqu’à ce qu’il puisse communiquer avec cette division.

Faites connaître au général Charpentier la situation du duc de Reggio et celle de Biéchenkovitchi, afin qu’il se mette en communi­cation avec ces différents points. Il est nécessaire de donner ici une consigne sévère pour qu’aucun soldat du 4e corps, ni du 3e ni de la cavalerie, ne dépasse Vitebsk, sous prétexte de rejoindre son corps ; tous ces hommes doivent être retenus ici et réunis en bataillons et en escadrons de marche, pour être dirigés ensuite par Babinovitchi sur Doubrovna. Des escouades de gendarmerie seront laissées à Vitebsk. Il sera placé des postes au pont, sur le défilé où l’ennemi était en position, afin de ne laisser passer aucun détachement qui voudrait entrer ici et de les prévenir que tous leurs corps sont sur la droite. L’exécution de cette mesure peut sauver beaucoup d’hommes ; sans quoi tous les traîneurs iront dans la plaine se faire prendre par les cavaliers ennemis. Je désire laisser ici 3,000 hommes de garnison. Une compagnie de sapeurs et une d’ouvriers du Danube resteront pour les différents travaux. J’ai destiné les trois bataillons de la Vistule à former la garnison de cette place; faites-moi connaître quand ils arrivent. Il y a un régiment de marche de trois bataillons qui a été formé à Mayence, qui est resté longtemps à Thorn, à Königsberg et à Vilna, qui est parti de cette ville; faites-moi connaître quand il arrive ici. Je laisse encore le régiment de flanqueurs de la Garde, qui est de 1,000 hommes. Ces forces réunies feront près de 4,000 hommes. Je suppose qu’il y a ici un commandant d’armes et deux adjudants de place. Un bataillon de Hesse-Darmstadt et différents détachements de la Garde arriveront successivement demain et après-demain; faites-moi connaître leur force et le jour de leur arrivée; je les laisserai ici, en attendant que les bataillons de la Vistule soient arrivés.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre aux généraux Friant, Gudin et Morand de se diriger à petites journées, de manière à être arrivés le 13 entre Lioubavitchi et Rossasna, sur le Dniepr, d’où ils enverront des offi­ciers auprès du prince d’Eckmühl, qui est à Doubrovna, et de qui ils recevront des ordres. Ils préviendront également de leur mouve­ment le duc d’Elchingen, afin que, s’il arrivait quelque événement imprévu, il puisse savoir où les trouver.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, je désire que vous donniez l’ordre que les 1,000 quintaux de farine chargés sur les voitures du 6e bataillon d’équi­pages militaires partent pour Babinovitchi, à cinq heures du matin; ils y arriveront en deux ou, au plus, trois jours. Donnez l’ordre que le petit quartier général, tel que je l’ai réglé, soit prêt à partir aujourd’hui à deux heures après midi. Remettez-m’en l’état du per­sonnel et du matériel à midi. Les boulangers et constructeurs reste­ront aujourd’hui pour continuer les fours et faire du pain. Ils ne partiront que demain.

Donnez l’ordre au général Chasseloup de tenir prêts à partir demain tout le personnel et le matériel du génie, hormis une compagnie de sapeurs et une d’ouvriers du Danube, qui resteront pour les ponts, les fours et les moulins de Vitebsk. Cependant tout le personnel con­tinuera à travailler aujourd’hui. Remettez-moi à midi l’état de ce qui partira.

Donnez l’ordre au général Éblé de partir aujourd’hui pour Babinovitchi avec trente-deux pontons et les outils et agrès nécessaires. Il laissera ici une compagnie pour garder le reste de l’équipage de pont. Il fera marcher la moitié du 4e bataillon d’équipages de la marine militaire et deux compagnies de pontonniers avec les pontons, et gagnera les devants avec le reste de son monde, muni d’outils et agrès nécessaires pour construire des ponts de radeaux. Il me fera connaître le moment de son arrivée à Babinovitchi, ainsi que l’ar­rivée des pontons.

Donnez l’ordre au général Sorbier de se mettre en route aujour­d’hui pour Babinovitchi avec les trois batteries de réserve de la Garde.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au général Loison pour lui faire connaître qu’il est nécessaire d’envoyer du corps prussien qui se trouve dans la province de Königsberg une brigade de 2,000 hommes, avec une batterie d’artillerie, à Memel. Cela ne compterait pas sur le contin­gent, et tiendrait garnison à Memel. Il préviendrait de ce mouvement le duc de Tarente et le général Grawert, qui, par ce moyen, seraient plus forts devant Riga.

Faites connaître au général Loison que je vois avec peine les bâti­ments qu’on a mis dans la passe de Pillau ; qu’il les fasse retirer ; que les seules batteries sont suffisantes et que les bâtiments sont inu­tiles; qu’au contraire ils tenteront les Anglais d’envoyer nuitamment des embarcations pour les enlever; que c’est donc une disposition mauvaise et une dépense inutile.

 

Vitebsk, 10 août 1812, après midi

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, la division Gudin est à Babinovitchi; la division Morand est à trois lieues en arrière de Liozno; la division Friant est à Falkovitchi. J’ai donné l’ordre que, dans la journée de demain 11 et celle d’après-demain 12, ces trois divisions s’approchent insensi­blement du Borysthène, de manière à pouvoir être le 13 à Rossasna. Elles se trouveront ainsi naturellement sous vos ordres. Placez-les dans de bonnes positions entre Rossasna et Liozno.

Les nouvelles que je reçois sont que l’ennemi s’est entièrement retiré; on a poussé à plusieurs lieues en avant et on ne l’a point trouvé.

 

Vitebsk, 10 août 1812. cinq heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je vois par votre lettre du 9 que la route de Doubrovna est la meilleure; mais il me semble que de Babinovitchi à Doubrovna il y a une lieue de plus que de Babinovitchi à Rossasna , et qu’il y a, en outre, trois lieues de Doubrovna à Rossasna. Je perdrais donc quatre heures ou presque une marche. Je préfère, en con­séquence, avoir les ponts à Rossasna. Je voudrais aussi en avoir à
l’intersection de la route de Lioubavitchi à Liady du côté de Khomino. Le 13, toute l’armée va être sur Rossasna. Je dirige le duc d’Elchingen par Lioubavitchi sur l’intersection de la route vis-à-vis Liady, point où il jettera un pont; il gagnera ainsi Liady et formera l’avant-garde. Le vice-roi se dirige sur Rossasna par Liozno; il y sera le 13. Je vous ai fait connaître que vos trois divisions se dirigent
également sur Rossasna. La Garde se dirige sur Rossasna. Il est possible que je charge le duc d’Elchingen de faire l’avant-garde, avec le roi de Naples  commandant le corps de Grouchy, le corps de Nansouty, le corps de Montbrun, la cavalerie légère du duc d’Elchingen et, s’il est nécessaire, la vôtre, celle du vice-roi et celle de la Garde. Vous marcherez après le duc d’Elchingen avec vos six divisions. Le vice-roi marchera après vous, et en6n la Garde. Faites en sorte que
le prince Poniatowski puisse être le 13 à portée, soit à Romanovo, soit à Baïévo.  Vous réunirez derrière le corps du prince Ponia­towski tous les Westphaliens.

Je n’ai pas pu avoir l’état du corps du prince Poniatowski ; mais je suppose que cavalerie, infanterie et artillerie, et réuni au duc d’Abrantès, cela doit bien faire 30,000 hommes. Le général Latour-Maubourg occupera Mohilef et sera à portée de venir me rejoindre, s’il est nécessaire. Il reprendra ensuite sa position à Bobrouisk, où d’ailleurs il peut laisser quelques colonnes mobiles ; mais il est bon que son infanterie et le gros de sa cavalerie soient avec lui, a6n qu’il puisse rejoindre le prince Poniatowski pour livrer bataille. Je vois avec plaisir que demain au soir nous aurons des fours à Doubrovna. Il serait utile d’en avoir aussi à Rossasna. Vous ne me faites pas con­naître si vous en avez à Orcha, où il est également nécessaire d’en avoir. Portez-vous à Rossasna dans la journée du 12, et réunissez-y tout ce que vous avez. Aussitôt que les 1e, 2e et 3e divisions vous auront rejoint, rendez-leur leurs sapeurs; elles ont beaucoup souf­fert de ne pas en avoir.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Vanovitchi.

Mon Fils, je reçois votre lettre du 10. J’approuve que votre corps se réunisse demain à Velechkovitchi, de manière à être le 13 à Ros­sasna, où je serai de ma personne. Faites-vous précéder de vos pon­tonniers, marins, sapeurs, afin que, lorsque vous serez arrivé à Lioubavilelii, si cela était convenable, au lieu de passer à Rossasna, vous puissiez passer sur la route de Lioubavitchi à Liady, où vous jetteriez un pont. Il est nécessaire que votre arrière-garde, qui est à Souraje, y reste jusqu’au 14, c’est-à-dire jusqu’au moment où le mouvement offensif sera fortement prononcé. Elle pourra vous rejoindre par la route que vous aurez prise, et, en cas d’événement, se jeter sur Vitebsk.

 

Vitebsk, 10 août 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je crois vous avoir mandé d’envoyer six cohortes d’anciens Français à Bremen. Je crois encore vous avoir mandé d’envoyer, en cas de descente à Bremen, une deuxième bri­gade de cohortes, celle qui est à Utrecht, et de faire partir en même temps pour Wesel la brigade qui est à Paris. Ces dix-huit cohortes, destinées à défendre la 32e division, seraient alors à la disposition du duc de Castiglione.

Je crois vous avoir dit d’envoyer deux autres compagnies d’artil­lerie de ligne dans la 32e division militaire, outre celles du 9e et indépendamment des compagnies d’artillerie des cohortes. Je pense au­jourd’hui qu’il est convenable que vous fassiez partir deux autres compagnies d’artillerie de ligne pour la Pomeranie suédoise. Si elles y sont de trop, elles serviront pour Stettin. Envoyez-en une de plus à Magdeburg et une de plus à Spandau. Ce sera donc six compagnies d’ar­tillerie de ligne dont vous affaiblirez l’intérieur. Dans le projet que vous m’envoyez et auquel je répondrai incessamment, vous me pro­posez d’en tirer vingt ; ainsi il n’y aura pas d’inconvénient.

Je vous recommande de porter une attention particulière au 11e corps. Envoyez-y un bon chef d’état-major, les généraux du génie et d’artillerie qui sont nécessaires, et un bon ordonnateur. En­voyez-y deux compagnies de sapeurs et une de pontonniers. Chacune des trois premières divisions du duc de Castiglione doit avoir deux batteries de seize pièces d’artillerie attelées. La 4e division, qui est celle du général Morand (Joseph), a l’artillerie hessoise; ainsi l’ar­tillerie du 11e corps se composerait donc de quarante-huit pièces françaises et huit hessoises.

Si la descente avait lieu en Pomeranie, le duc de Castiglione pour­rait tirer des munitions de Stettin, de Spandau et de Magdeburg.

Si la descente avait lieu dans la 32e division militaire ou dans le Mecklenburg, Stettin et Magdeburg seraient encore à portée de ces différents points; mais il est nécessaire que le maréchal ait auprès de lui un commandant du génie, et que vous fassiez pour chacun une instruction qui leur fasse connaître les ressources d’artillerie et du génie qui sont dans ces places. Je ne sais pas si Coeverden et Delfzyl, en cas que la guerre ait lieu à Hambourg, ne pourraient pas fournir quelques ressources.

Il faut que le général Heudelet ait un officier du génie et deux d’artillerie. Je suppose que le général Morand les a déjà. Enfin, en cas de descente, vous devez donner ordre au général commandant la 32e division et aux préfets de cette division de fournir par réqui­sition les chevaux nécessaires pour atteler seize autres pièces et porter l’artillerie de la division Heudelet à trente-deux pièces.

Mandez au général Morand d’organiser des attelages pour seize pièces de canon; il fera les réquisitions nécessaires dans le pays. On pourrait également organiser dans le Hanovre et dans le Mecklenburg des attelages de réquisition pour les deux autres divisions. Enfin occupez-vous de ce corps d’armée. Ce n’est pas que je croie que les Russes, dans le moment actuel où nos avant-postes ne sont qu’à 80 lieues de Moscou, et où nous allons assiéger Riga, puissent faire diversion de ce côté, mais il convient d’y être en mesure.

J’ai renvoyé l’équipage de Magdeburg pour l’armement de Danzig, qui n’était pas assez fort. Cet équipage nous était devenu inutile depuis l’occupation de Dinabourg.

 

Vitebsk, 10 août 1812

Au comte Mollien, ministre du trésor, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’ai reçu la balance du trésor pour les premiers six mois de l’année. Je n’ai pas pu la lire avec toute l’attention que j’aurais voulu y donner. Les droits réunis et l’enre­gistrement doivent rendre ce qu’ils ont promis; les douanes seules sont douteuses. Parlez-en au ministre du commerce, afin d’arrêter nos idées là-dessus. Quant aux 40 millions de l’extraordinaire, ils seront couverts soit par 40 millions de biens des États romains, soit par 40 millions que produira le pays. Car, comme le trésor fait des budgets pour l’armée, les recettes que fera l’armée entreront au trésor. Ayez soin que ces dernières soient imputées sur l’extraordinaire.

J’ai frappé 2 millions de roubles de contribution sur la Courlande ; on a trouvé dans les caisses environ un million de roubles; il est vrai que ce n’est que du papier, mais cela fait toujours 3 millions de francs.

J’ai des magasins de sel considérables à Borisof ; j’en ai ici pour 15 à 20 millions. On m’assure qu’au moment du traînage, la Courlande viendra les prendre. Il serait bon que le ministre de la marine profitât de cette circonstance pour se procurer des mâts; je n’ai pas le temps d’en écrire au ministre de la marine ; voyez-le pour cela.

Ces mâts formeraient toujours une ressource, vu qu’ils pourraient être payés par le budget de la marine. Écrivez au payeur ici pour que les recettes du pays soient tenues en compte particulier et pour qu’il vous en instruise. Vous aurez soin de lui communiquer les dépenses que vous ferez par le budget, en ayant égard à la dépré­ciation des valeurs.

 

Vitebsk, 11 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, écrivez à mon ministre à Berlin pour demander qu’en cas de descente sur un point quelconque des cotes le roi de Prusse fournisse un millier de chevaux et douze pièces d’artillerie, soit de Kolberg, soit de Graudenz. Écrivez à mon mi­nistre à Dresde pour que dans le même cas la Saxe fournisse deux bataillons d’infanterie, un régiment de cuirassiers et douze pièces de canon. Écrivez à Stuttgart pour qu’on fournisse deux bataillons d’in­fanterie, un régiment de cavalerie et douze pièces de canon. Écrivez à Munich pour qu’on fournisse quatre bataillons, un régiment de cavalerie et douze pièces de canon ; à Bade pour qu’on fournisse un bataillon d’infanterie, 500 chevaux et six pièces de canon. Deman­dez que ces différentes troupes soient tenues prêtes à marcher à la première demande qu’en ferait le duc de Castiglione. Vous chargerez mes ministres de vous faire connaître si l’on peut compter là-dessus et si l’on peut même espérer davantage.

Écrivez au comte Saint-Marsan qu’il serait convenable que la cour de Prusse écrivît à Stockholm que la moindre entreprise qui serait faite contre le continent, soit en Prusse, soit dans la Poméranie, soit dans la 32e division militaire, tendant à troubler la tranquillité de l’Allemagne, provoquerait la marche de 30,000 Prussiens de la Silésie et des autres parties du royaume. Cette démarche faite par le roi à Stockholm, et notifiée au ministre suédois à Berlin, pourrait être utile. On ne redoute pas ce que peuvent faire les Suédois avec les Anglais et les Russes, mais une notification de ce genre, soutenue d’un ton fier et ferme, pourrait éloigner toute idée d’inquiéter l’Alle­magne.

 

Vitebsk, 11 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, le 6e bataillon d’équipages militaires est parti hier avec 1,000 quintaux de farine : il doit arriver ce soir à Babinovitchi. Donnez ordre à ce convoi de continuer sa route pour Doubrovna, où je désire qu’il soit arrivé demain 12, ou au plus tard après-demain 13. Instruisez le prince d’Eckmühl de ce mouvement, et faites-lui connaître que les farines appartiennent à la Garde.

Donnez ordre au général Éblé de diriger les pontons sur Dou­brovna , parce que ce chemin est le meilleur ; mais que lui, avec son équipage léger, se porte sur Rossasna ; que je désire qu’il soit de bonne heure, le 13, à Rossasna, afin que dans la nuit il m’établisse là quatre ponts de radeaux. Instruisez le prince d’Eckmühl de l’arri­vée du général Éblé à Rossasna et de celle des pontons par Doubrovna.

Donnez ordre au général Chasseloup de se diriger sur Rossasna avec son équipage du génie, et d’y être le 13, afin de travailler promptement avec le général Éblé à y établir quatre ponts pour le passage de l’armée.

Instruisez encore le prince d’Eckmühl de l’arrivée du général Chasseloup, en lui faisant connaître que l’équipage du génie a une cinquantaine de voitures et 7 à 800 hommes ; que c’est à lui à pro­téger tout cela et à les diriger différemment, s’il y avait le moindre danger.

 

Vitebsk, 11 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre au commandant de la 32e division militaire de faire partir sur-le-champ le sieur Bourrienne de Ham­bourg et de la 32° division militaire, et de le renvoyer en France sous peine d’être arrêté vingt-quatre heures après la signification du présent ordre.

 

Vitebsk, 11 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, il résulte d’un état que m’a remis hier l’intendant général que la 3e et la 5e compagnie du 14e bataillon des équipages militaires devaient arriver le 9 à Vitebsk avec 165 voitures, por­tant 900 quintaux de farine; que les 3e et 5e compagnies du 7e batail­lon devaient arriver le 10 avec 25 voitures portant 112 quintaux; que la 6e compagnie du 20e bataillon devait arriver le 10 avec 24 voitures et 257 quintaux de farine; que la 2e compagnie du 6e ba­taillon, ayant 61 voitures et 365 quintaux, devait arriver le 10; qu’ainsi donc, entre le 9 et le 10, il devait arriver 295 voitures portant 1,634 quintaux de farine. Faites-moi connaître s’il y a des nouvelles de ces voitures, et quand elles arriveront; faites dépouil­ler les situations du commandant de place pour savoir où elles se trouvent

La 1e compagnie du 6e bataillon, forte de 22 voitures portant 76 quintaux de farine, 28 de riz et 7,000 rations de pain biscuité, a dû arriver le 8; la 1e compagnie du 7e bataillon, forte de 18 voi­tures portant 135 quintaux, a dû arriver le 8; la 6e compagnie du 14e bataillon, ayant 90 voitures et 220 quintaux de farine, a dû arriver le 8 ; la 5e compagnie du 16e bataillon, ayant 03 voitures et 178 quintaux de farine, a dû arriver le 9; ainsi donc, le 8 et le 9, il devait arriver 193 voitures portant 6 à 700 quintaux.

Enfin, au 12, qui est aujourd’hui, il devrait être arrivé 900 voi­tures portant 440 quintaux de farine, 220 quintaux de seigle, 28 quintaux de riz; ce qui, joint aux 243 voitures qui sont ici, aux 80 du quartier général et aux 60 voitures du 6e bataillon qui sont parties, ce qui fuit 383 voitures, ferait 1,283 voitures présentes à l’armée; ce qui ne laisserait pas d’être une ressource considérable.

 

Vitebsk, 12 août 1812, trois heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Liozno.

Mon Fils, le roi de Naples est aujourd’hui à Lioubavitchi. Il fait occuper tous les bords de la petite Berezina. La division Bruyère occupe Roudnia. Votre mouvement se fera derrière le rideau. Il est bien nécessaire que vous envoyiez des officiers avec de petites pa­trouilles sur la route de Yanovitchi à Vitebsk, et que votre arrière-garde, qui est à Souraje, en envoie également sur la route de Vitebsk, pour faire replier sur Vitebsk tous les traîneurs isolés, en leur disant même que l’ennemi arrive, pour leur faire peur : c’est indispensable pour sauver bien des gens qui iraient se faire prendre. Un autre moyen, c’est de marcher doucement et de bien tenir tout votre monde réuni. Il faut même laisser une arrière-garde à Liozno, si le duc d’Elchingen n’en a pas laissé une, pour rallier derrière vous les traîneurs. Je laisse le général Guyon à Vitebsk pour battre la plaine. Je lui ai donné ordre de se mettre en communication avec le comman­dant de votre arrière-garde à Souraje. Recommandez bien à ce com­mandant d’ôter le pont sur la Dvina.

Je ne serai que le 13, à midi, à Babinovitchi. S’il y avait quelque chose de très-important, envoyez-le-moi en double à Babinovitchi et, pour le cas où quelque circonstance aurait retardé mon départ, à Vitebsk.

 

Vitebsk, 12 août 1812, trois heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, le roi de Naples sera aujourd’hui 12, à midi, à Lioubavitchi. Vos trois divisions, le duc d’Elchingen et le vice-roi, tout est en mouvement sur le Dniepr. La Garde sera aujourd’hui à Babi­novitchi. Je suppose que vous avez mis en mouvement le 8e et le 5e corps. Le général Éblé doit être demain à Rossasna avec tous les moyens pour jeter des ponts. L’équipage de pont, qui n’arrivera probablement que le 14, se rendra à Doubrovna; c’est aussi sur Doubrovna que j’ai dirigé différentes voitures chargées de farine. Le major général doit vous avoir instruit de tout cela. Peut-être partirai-je ce soir 12 pour me rendre à Babinovitchi; peut-être ne partirai-je que demain 13. Dans tous les cas, je désire trouver à Babinovitchi un de vos officiers qui connaisse tous les chemins et puisse me donner des renseignements sur les lieux où vous êtes et sur la position de toutes les troupes.

 

Vitebsk, 12 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, envoyez un officier au duc de Reggio pour lui faire connaître que nous n’avons pas reçu de ses lettres depuis celle du 8 à neuf heures du matin ; que des rapports me feraient penser que des troupes du corps de Wittgenstein sont en mouvement pour gagner Nevel et Velije ; que j’aurai mon quartier général à Doubrovna, sur le Borysthène, le 20, et que l’armée, sur la rive droite du Borysthène, marchera sur Smolensk ; qu’il n’y a à Vitebsk qu’une garnison de 3,000 hommes; qu’il est donc nécessaire qu’il couvre toujours cette place contre les agressions du corps de Wittgenstein, et surtout qu’il nous donne des nouvelles tous les jours; que cette manière de rester trois ou quatre jours sans écrire est tout à fait contraire au bien du service; qu’il a dû correspondre avec le duc de Tarente, qui est à Dinabourg et y a réuni toute sa 7e division.

Napoléon.

 

Vitebsk, 12 août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig de partir demain à la pointe du jour de Babinovitchi pour se rendre, par Sitna, sur le Dniepr, vis-à-vis Rossasna, conformément au croquis ci-joint. Il y trouvera le général Grouchy et le prince d’Eckmühl. Le duc de Trévise suivra ce même mouvement, ainsi que le petit quartier général, le parc du génie et l’équipage de pont.

 

Vitebsk, 12 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, écrivez au duc de Castiglione que vous ne comprenez pas comment il dit qu’il n’a pas un seul homme de cavalerie, puis­qu’il a un beau régiment saxon de 700 hommes qui lui sera fourni aussitôt qu’il en aura besoin, mais qui sert en ce moment à la garde du roi de Saxe ; qu’il a an régiment de dragons à Hanovre, déjà fort de 800 hommes et qui le sera bientôt de 1,600; que quant à des expéditions d’armée de 60,000 hommes, cela est absurde; que les Anglais et les Russes ont autre chose à penser qu’à faire des des­centes; que la Suède, si elle veut tenter quelque chose, attaquera la Norvège; que dans tous les cas cette puissance ne peut exposer plus de 15,000 hommes; qu’il est toutefois nécessaire qu’il aille inspecter la côte, qu’il passe la revue des troupes et reconnaisse par lui-même les localités.

 

Vitebsk, 12 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, j’ai demandé à Borisof 6,000 quintaux de farine : 2,000 sont arrivés ; il faut faire diriger les 4,000 autres sur Orcha. Si ce convoi était déjà en route, il faudrait ordonner que de l’endroit où il serait rencontré bu le dirigeât sur Orcha ou Babinovitchi. J’ai également fait réunir des moyens de vivre à Lepel; il faut les diriger sur Orcha. Enfin le district de Sienno est en bon état; envoyez-y un officier d’état-major avec des agents de l’intendance pour requérir 4,000 quintaux de farine et les diriger sur Orcha.

Quant à la route de l’armée, faites étudier une route qui de Kamen vienne sur Orcha. Par ce moyen, tous les détachements qui sont en ce moment en route pour venir à Vitebsk me rejoindront bien plus promptement. Je pense que de Kamen à Sienno et de Sienno à Orcha il y a un bon chemin et un bon pays. Tracez cette route et faites-la organiser. Orcha doit être considéré comme devenant le point d’ap­pui de l’armée aussitôt que j’aurai passé le Dniepr et que je serai en marche sur Smolensk. Écrivez à Minsk, au gouverneur, que j’ai besoin de 10,000 quintaux de farine, qu’il les requière et les dirige sans délai sur Orcha. Demandez aussi 50,000 pintes d’eau-de-vie.

 

Vitebsk. 12 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, je viens de voir un ordre que le major des équi­pages vient de donner à deux compagnies, de se rendre au quartier général du 3e corps. Cet ordre est absurde, puisque le quartier général d’un corps change à chaque instant; il laissait l’officier dans l’incertitude sur ce qu’il avait à faire; aussi celui-ci allait-il prendre la direction qu’il ne fallait pas. Le major des équipages ne doit don­ner aucun ordre de départ, mais il doit aller à l’état-major général pour demander l’ordre, et, quand l’état-major n’y est pas, il doit s’adresser au commandant de la place, sans quoi le plus grand dés­ordre existerait. Si, au lieu de donner cet ordre ridicule, le major était venu à l’état-major général, il en aurait reçu un ordre de départ pour Babinovitchi et Doubrovna. Tous les ordres de mouvement doi­vent venir de l’état-major général ou du commandant de la place; sans quoi, tous les mouvements ne pouvant être communiqués à tous les chefs de service, il en résulterait beaucoup de confusion. Donnez des ordres et prenez des mesures pour que cela n’arrive plus.

 

Vitebsk, 12 août 1812

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Vitebsk.

Mon Cousin, donnez ordre que 243 voitures des équipages mili­taires appartenant à différents bataillons, et qui se trouvent ici à vide et disponibles, partent à deux heures. Elles se dirigeront par Babi­novitchi sur Doubrovna. Un commissaire des guerres et des agents des transports seront placés à la tête de ce convoi; un détachement de gendarmerie et quelques troupes en feront partie. Ils ramasseront tout ce qu’ils pourront trouver sur la route en farine, blé, seigle et avoine. Vous recommanderez que ces voitures ne perdent pas de temps en route; elles nous seront nécessaires, tant pour tirer parti de ce qui se trouvera dans les localités que pour les ambulances et le transport des blessés.

 

Vitebsk, 12 août 1812, cinq heures du soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Doubrovna.

Mon Cousin, je serai à la pointe du jour à Babinovitchi, où j’es­père trouver un de vos officiers, qui me fera connaître le chemin que je dois prendre et le lieu où sont les troupes. Vous pouvez faire avancer vos troupes sur la grande route jusque vis-à-vis Rossasna, c’est-à-dire jusqu’à Koziany sur la petite rivière de Rossasna. Comme il paraît que l’ennemi voudra défendre la petite rivière de Mereya, frontière de l’ancienne Russie, il sera bon que le prince Poniatowski et le duc d’Abrantès soient placés de manière à ne rien compromettre. Envoyez un officier au roi de Naples, qui doit être aujourd’hui à midi à Lioubavitchi. Vous lui ferez connaître que je serai demain à Rossasna, et que, s’il a des nouvelles du vice-roi et du duc d’Elchingen, il vous en donne. Tout porte à penser qu’il y aura une grande bataille à Smolensk, il nous faut donc des hôpitaux. Il en faut à Orcha, Doubrovna, Mohilef, Kokhanovo, Bobr, Borisof et Minsk. Faites choisir l’emplacement de ceux de Doubrovna et d’Orcha. Informez-vous s’il y a entre Doubrovna et Smolensk quelque couvent ou quel­que grand château. Le grande quartier général part demain à cinq heures du matin pour Doubrovna ; il y sera en trois jours, c’est-à-dire le 15. Ayez soin que vos sapeurs et constructeurs de fours partent, aussitôt que l’avant-garde aura passé, pour Liady, afin d’y construire sur-le-champ des fours. Je suppose que vous avez fait venir à Dou­brovna votre parc général, ainsi que ceux du prince Poniatowski et du 8e corps, afin qu’ils puissent s’approcher à cinq ou six lieues en arrière, et réparer toutes les pertes en munitions que l’on fera pen­dant la bataille.

 

Vitebsk, 12 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, faites-moi connaître quand je pourrai retirer de Kovno, de Minsk, de Grodno et de Vilna les différentes troupes que j’y ai, et les remplacer par les nouvelles troupes lithua­niennes , pour la police et la garde des dépôts.

 

Bivouac de Boyarintsova, entre Krasnoï et Siniski, 15 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je suis à Krasnoï; je marche sur Smolensk. Il est possible qu’il y ait demain ou après une grande bataille. Une affaire d’avant-garde a eu lieu hier : la 27e division russe a été écrasée ; huit pièces de canon, dont six de 12 et deux obusiers, ont été prises; 1,200 à 1,500 prisonniers ont été faits. Les opinions des prisonniers sont partagées. Les uns prétendent que l’armée ennemie est tout entière sur Smolensk; d’autres qu’il n’y en a qu’une partie. Donnez ces nouvelles à Paris. Donnez-les aussi au duc de Bellune, au gouverneur de Königsberg et au duc de Castiglione. Communiquez-les également au général Reynier et à Varsovie. Vous aurez écrit au gouverneur de Minsk de bien organiser les postes jusqu’à Orcha, puisque c’est par cette route que passe aujourd’hui notre correspondance.

 

Smolensk, 18 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je rentre à l’instant; la chaleur est excessive et il y a beaucoup de poussière, ce qui nous fatigue un peu. Nous avons eu ici toute l’armée ennemie; elle avait ordre de donner ici bataille, et ne l’a pas osé. Nous avons pris Smolensk de vive force. C’est une très-grande ville, ayant une muraille et des fortifications respectables. Nous avons tué à l’ennemi 3 à 4,000 hommes, blessé le triple, et trouvé ici beaucoup de pièces de canon; plusieurs de ses généraux de division ont été tués, à ce qu’on dit ici. L’armée russe marche fort mécontente et très-découragée dans la direction de Moscou. Schwarzenberg et Reynier réunis ont battu les Russes.

2)Note de l’original. — Sa Majesté s’étant jetée sur son lit immédiatement après avoir dicté cette lettre, et l’estafette étant partie sans retard, cette lettre est envoyée à M. le duc de Bassano sans être signée.

 

Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au général de division Claparède de prendre position dans la tête de pont de la ville au-delà du Dniepr. Faites-lui connaitre qu’il cesse de faire partie du corps du prince d’Eckmühl avec sa division et qu’il retourne sous les ordres du duc de Trévise.

Donnez ordre au vice-roi de placer ses troupes sur les hauteurs de Smolensk, à peu près dans la position qu’occupait le duc d’Elchingen, afin de pouvoir déboucher sur la rive droite sur les deux ponts du duc d’Elchingen, aussitôt que la cavalerie aura débouché. Qu’il laisse la division italienne et la cavalerie légère bavaroise où elles sont, jusqu’à ce que mes derrières soient nettoyés des coureurs ennemis. Les garnisons qui étaient à Rossasna et à Khomino renfor­ceront la garnison de Krasnoï.

Donnez ordre au prince Poniatowski de réunir son corps d’armée dans une position sur la droite de la ville, de rallier ses corps, de faire faire des appels, de bien reconnaître sa situation, les places vacantes par mort, et défaire des propositions pour les remplace­ments, de faire éclairer notre droite jusqu’à dix lieues, le long de la rive gauche du Dniepr.

 

Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez la lettre suivante au duc de Reggio : « J’ai reçu vos lettres du 14. L’Empereur a vu avec peine que vous ne sui­viez pas Wittgenstein , auquel vous êtes opposé, et que vous laissiez ce général maitre de se porter sur le duc de Tarente ou de passer la Dvina pour faire une incursion sur nos derrières. Vous avez les notions les plus exagérées sur les forces du général Wittgenstein, qui n’a que deux ou au plus trois divisions de troupes de ligne, six 3e bataillons sous les ordres du prince Repnin, et quelques milices qui ne valent pas la peine d’être comptées. Il ne faut point que vous vous en lais­siez imposer par des pièges aussi grossiers. Les Russes publient par­tout et sur les derrières la victoire éclatante qu’ils ont remportée sur vous, puisque sans raison vous les avez laissés coucher sur le champ de bataille. La réputation des armes à la guerre est tout et équivaut aux forces réelles. Sa Majesté vous ordonne de chercher Wittgenstein et de l’attaquer partout où vous le trouverez, ayant soin de le ma­nœuvrer s’il a une forte position ; s’il n’a point de position, il ne peut vous résister.

Le duc de Tarente, qui a ordre de se porter tout entier sur Riga, pour faire le siège de cette place, se trouve arrêté, par l’effet de vos manœuvres, sur Dinabourg. IL ne faut point que vous ajoutiez foi aux bruits répandus par l’ennemi que Repnin commande une division de la garde. Le prince Repnin n’est que général de brigade; il a jadis fait partie de la garde, mais depuis Austerlitz il en a été retiré. Vous n’avez de la garde qu’un escadron de Cosaques et un escadron de dragons. Le principe des Russes dans cette guerre est de disséminer les bataillons de garnison dans les différentes armées, afin de rendre plus difficile la connaissance de leurs mouvements et de leurs forces. C’est ainsi que Tormasof a eu en Volhynie la réputa­tion d’avoir 60 à 80,000 hommes. Le prince Schwarzenberg a mar­ché à lui avec 25,000 Autrichiens; ce fantôme s’est dissipé. Tormasof s’est trouvé n’avoir que deux divisions d’infanterie et deux de cava­lerie formant 4,000 hommes; elles ont été dispersées, battues et ont perdu 3,000 hommes; on les a poursuivies pendant l’espace de vingt lieues ; on les poursuivait encore en Volhynie au départ de l’of­ficier porteur des dépêches. Devant nous, les Russes disent avoir 300,000 hommes. Les habitants, officiers, généraux, tout le monde le dit. Le fait est que, si l’on ôte les milices armées de piques et quel­que 3e bataillons qui ne comptent pas, ils n’ont que le tiers de ces forces. »

 

Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre que le pont sur pilotis de Smolensk soit rétabli, et que le génie commence à y travailler dès aujourd’hui.

 

Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, mandez au duc de Reggio qu’au combat de Krasnoï le roi de Naples et le duc d’Elchingen ont fait 1,500 prisonniers, pris huit pièces de canon et quatorze caissons attelés, et tué beau­coup de monde à l’ennemi; en outre, que nous avons poursuivi l’ennemi sur Smolensk, qui a une chemise en briques de dix pieds d’épaisseur et un chemin couvert ; que la moitié de l’armée ennemie était dans la ville et sur les glacis, et l’autre moitié sur la rive droite; que l’ennemi a été attaqué et battu ; qu’il a laissé 4,000 hommes sur le champ de bataille; qu’il a eu plusieurs généraux tués et 10 ou 12,000 blessés; qu’il a laissé une centaine de pièces de canon, dont plusieurs de siège, et qu’il a repassé le fleuve en grande hâte; que nous le poursuivons sur la route de Moscou.

 

Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre que les ponts de Khomino et de Rossasna soient levés; que les hôpitaux et ambulances qui seraient dans ces deux endroits soient évacués, et que les détachements qui s’y trouvent soient employés aux garnisons d’Orcha, de Doubrovna et de Krasnoï. Il y a des fours à Orcha et à Doubrovna ; donnez ordre que l’on en construise six à Krasnoï. La route de l’armée sera par Minsk : organisez-la définitivement.

 

Smolensk, 19 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Donnez l’ordre au prince d’Eckmühl de réunir tout son corps d’armée dans une position au-delà du couvent, sur la hauteur, en faisant prendre la tête au général Friant, d’y réunir également sa brigade de cavalerie légère.

Vous lui ferez connaître que la division Claparède n’est plus sous ses ordres et rejoint le corps du duc de Trévise.

 

Smolensk, 20 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, je vous prie de m’envoyer l’état des garnisons d’Orcha, de Doubrovna, de Liady, de Krasnoï et de Korytnia, afin que je voie si cette route est suffisamment assurée contre les incursions des Cosaques et s’il y a des précautions à prendre. Répondez-moi de suite.

 

Smolensk, 20 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez des ordres pour qu’aucun convoi ni troupe n’entre en ville. Le service pour l’armée se fera autour de la place ; faites reconnaître les chemins et les ponts à cet effet. Les convois de blessés et les voitures où seraient les généraux qui ont quartier au quartier général pourront seuls entrer en ville. Donnez des ordres pour que les voitures d’artillerie et d’équipages militaires soient par­quées hors de la ville.

Écrivez à l’intendant général que le service des ambulances se fait mal ; qu’il est étonnant que depuis hier, où il y a eu des engagements d’avant-garde, les chirurgiens du quartier général, quelques ambu­lances et des voitures vides du quartier général ou autres n’aient pas été envoyés à l’avant-garde pour ramasser les blessés; que l’ad­ministration n’a aucune direction.

Donnez des ordres pour que la ville soit partagée en quartiers, qu’il soit formé des patrouilles d’infanterie et de gendarmerie d’une trentaine d’hommes, autant qu’il y aura de quartiers. Ces patrouilles seront destinées à fouiller les maisons pour arrêter les soldats russes malades qui s’y trouveraient ou enterrer ceux qui seraient morts. Tous les prisonniers seront renfermés dans des églises ou des cou­vents, sous bonne garde; et vous donnerez ordre que, sous quelque prétexte que ce soit, aucun ne soit relâché pour faire des corvées.

On se plaint qu’ils échappent.

 

Smolensk, 20 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au général Chasseloup du peu d’activité qu’il met dans son service. Les débouchés de la ville n’ont pas été soignés par le génie, d’où il résulte des encom­brements. Aucun officier du génie n’a suivi l’avant-garde, soit pour réparer les ponts, soit pour en construire sur chaque ruisseau et par là favoriser les communications d’avant-garde et les mouvements, soit en avant, soit en retraite. Prescrivez-lui de prendre des mesures pour que je n’aie plus de pareils reproches à faire au corps du génie et à lui personnellement.

 

Smolensk, 20 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez au général Grouchy qu’il envoie au prince d’Eckmühl ses deux brigades, lorsqu’il sera en communication avec lui (ce maréchal faisant l’avant-garde) ; qu’il envoie de fortes recon­naissances pour s’assurer que les routes de Roudnia et de Yanovitchi sont libres et tâcher de communiquer avec Vitebsk par des agents; qu’il prenne enfin des informations pour faire l’historique de tout ce qui s’est passé sur Roudnia, depuis notre départ ; qu’il marche avec la plus grande partie de ses forces sur Doukhovchtchina; que, comme nous sommes ce soir sur Tsourikovo, il peut arriver dans la journée de demain jusqu’à la rivière.

 

Smolensk, 20 août 1812, orne heures do soir.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de faire partir, à trois heures du matin, le général Pino avec sa division; il se rendra à grandes marches à Inkovo pour se mettre en correspondance avec Vitebsk et agir suivant les circonstances. Donnez ordre au général Pajol de se rendre à Inkovo pour se réunir avec la division Pino, afin que ces deux divisions réunies, formant à peu près 8,000 hommes, infan­terie et cavalerie, puissent se porter sur Vitebsk ou tout autre point menacé. Donnez ordre au général Pino de correspondre fréquem­ment avec vous, et au général Pajol de correspondre avec le gou­verneur de Vitebsk et avec le général Guyon, qui commande la cava­lerie légère, afin de ne pas manquer le moment de secourir Vitebsk et de le dégager des Cosaques qui l’environnent. Le général Pajol sera sous les ordres du général Pino. Faites connaître ces disposi­tions au général Grouchy, afin qu’il se lie avec les mouvements qui auront lieu. Enfin faites connaître au général Pino qu’il doit envoyer de forts partis pour purger mes derrières et donner une vigoureuse chasse aux Cosaques qui s’y étaient glissés.

 

Smolensk, 20 août 1812.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, au camp de Smolensk.

Mon Fils, je vous envoie un rapport du commandant de Krasnoï. Vous n’avez donc pas donné des ordres à la cavalerie, comme je vous l’avais dit, pour protéger mes derrières et les couvrir des Cosaques ?

 

Smolensk, 21 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez au général Latour-Maubourg qu’il donne ordre à la division Dombrowski, infanterie et artillerie, de rétrogra­der pour prendre la position la plus convenable pour garder Mohilef et Minsk, tenir en respect la garnison de Bobrouisk et le corps qui est à Mozyr. Comme ce dernier général n’a pas de cavalerie, le général Latour-Maubourg lui donnera une brigade de cavalerie légère forte au moins de 1,200 chevaux, ce qui devra compléter la division Dombrowski à plus de 6,000 hommes, cavalerie, artillerie et infan­terie. Cette division fera revenir le bataillon qu’elle a à Grodno et se mettra en mesure. Le général Dombrowski aura soin d’envoyer des rapports aux gouverneurs de Mohilef et de Minsk, au gouverneur général de la Lithuanie à Vilna, et de vous rendre compte de ce que fait le corps de Mozyr, de la garnison de Bobrouisk et de ce qui se passe dans le pays.

Le général Latour-Maubourg, avec l’autre brigade de cavalerie légère, celle de cuirassiers et son artillerie, se portera entre Smolensk et Roslavl et fera occuper Roslavl par des reconnaissances pour soumettre le pays. Il fera partir de Mstislavl et de Roslavl, et autres points, des convois de farine, de bœufs, de blé, d’eau-de-vie pour l’armée. Il établira des postes de correspondance du point où il sera sur Minsk, afin qu’on puisse toujours lui envoyer des ordres.

 

Smolensk, 21 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin , donnez l’ordre au général Chasseloup de faire partir sur-le-champ le général Kirgener avec trois compagnies de sapeurs et une compagnie du Danube, pour suivre la route de l’armée, raccommoder tous les ponts que l’ennemi a endommagés, et même en construire de doubles pour faciliter les communications de l’ar­mée, enfin pour faire tout ce qui est nécessaire pour améliorer le chemin.

P. S. Il se partagera au moins en six ateliers.

 

Smolensk, 22 août 1812, trois heures et demie du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au prince Poniatowski de laisser ici, pour être attaché à la garnison de Smolensk, un de ses régiments de cavalerie, et de partir avec son corps pour être rendu aujourd’hui à Bielkino, ou près de là. De là il se portera entre Yelnia et Dorogobouje, en se tenant toujours à deux ou trois lieues sur la droite du roi de Naples, qui était hier soir à Sloboda-Pnevo sur le Dniepr. Il se liera avec le roi de Naples par des patrouilles, afin de suivre son mouvement et de pouvoir prendre part aux combats d’arrière-garde qui peuvent avoir lieu. Il couvrira la droite de partis de cavalerie.

P. S. Il écrira plusieurs fois par jour pour donner des nouvelles de l’ennemi, nouvelles qu’il sera plus à même de savoir que le Roi, puisque l’ennemi brûle les villages devant lui, et que le prince, se trouvant sur la droite, pourra trouver des villages et des habitants qui lui donneront des renseignements.

 

Smolensk, 22 août 1812, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mou Cousin, répondez au général Grouchy que j’approuve le mou­vement qu’il veut faire; que, une fois en correspondance avec le roi de Naples, il suivra ses ordres; qu’il continue cependant à nous envoyer des renseignements; qu’il est plus à portée de savoir ce que fait l’ennemi que le roi de Naples, puisqu’il se trouve dans une ligne que l’ennemi ne défend pas; qu’il faut donc qu’il interroge les pay­sans et qu’il en tire le plus de renseignements possible ; que le roi de Naples était hier sur le Dniepr, à Sloboda-Pnevo.

 

Smolensk, 22 août 1812, quatre heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Pnevo.

Mon Cousin, vous ne m’écrivez pas ; je désire que vous m’écriviez tous les jours; que vous m’envoyiez un détail du pays, l’emplace­ment de vos troupes et tous les renseignements qui peuvent m’intéresser. Je recommande au roi de Naples de ne pas trop fatiguer les troupes par cette extrême chaleur, de n’engager que des affaires d’ar­rière-garde, et de prendre position aussitôt qu’on aura lieu de penser que l’ennemi a pris la sienne pour recevoir bataille. Vous m’aviez aussi annoncé la carte du pays, que vous avez et qui me serait bien nécessaire.

 

Smolensk, 22 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Elchingen de partir demain de sa position pour prendre celle de Sloboda-Pnevo, sur le Dniepr, et y faire bien rétablir les ponts. Il sera là à portée de soutenir le roi de Naples et le prince d’Eckmühl, s’il en est besoin.

Donnez ordre an vice- roi de partir à deux heures du matin pour se porter sur la route de Doukhovchtchina, qu’a suivie le général Grouchy. Il laissera ici un aide de camp pour prendre des instruc­tions que je ferai demain matin. Il aura soin de laisser des postes de correspondance, afin que la communication soit très-rapide. Il en­verra demain un officier au général Grouchy afin d’avoir des nouvelles, ce général devant déjà avoir communiqué avec le roi de Naples.

 

Smolensk, 22 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, envoyez un officier au général Pino, qui est à Inkovo, pour lui donner ordre de communiquer avec Vitebsk; il s’y porterait avec tout son corps, s’il était nécessaire pour en avoir des nouvelles; mais, s’il pense qu’on puisse se passer de son infanterie, vu qu’il y a déjà à Vitebsk 8 à 10,000 hommes d’infanterie, il y enverra la cavalerie du général Pajol, si cela est nécessaire pour balayer les environs de cette ville, devant laquelle des Cosaques se sont présentés; ou bien il se contentera, si cela est suffisant, d’y envoyer la brigade du général  Guyon, qui paraît avoir bien mal rempli la tâche que je lui avais donnée d’éclairer Vitebsk et de pro­téger les communications de cette ville avec l’armée. Ce général semble avoir peu d’activité.

Il est nécessaire aussi d’être bien instruit de l’infanterie que l’en­nemi aurait à Souraje. Des postes de cavalerie seront laissés d’Inkovo à Smolensk, afin que la correspondance de ce côté puisse être rapide. Le général Pino enverra un de ses aides de camp à Vitebsk pour en rapporter promptement le rapport de tout ce qui s’est passé sur les deux rives.

 

Smolensk, 23 août 1812.

A Madame la comtesse de Montesquiou, gouvernante des enfants de France, à Paris.

Madame la Comtesse de Montesquiou, j’ai reçu le portrait du Roi, je l’ai trouvé fort ressemblant. Il me fournit une occasion, que je saisis avec plaisir, de vous témoigner toute ma satisfaction des soins que vous prenez de lui.

Smolensk, 23 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je n’ai point reçu de lettre de vous par l’estafette arrivée aujourd’hui.

Je donne ordre au duc de Bellune de venir promptement sur Kovno.

Je vais retirer le régiment illyrien et le 129e, qui sont à Vilna, pour les envoyer à Minsk ; je suppose que les troupes du gouverne­ment de Vilna sont suffisantes pour la garnison de cette ville.

Il me semble que Bignon marche mal ; il fait des diatribes contre le gouverneur, au lieu de l’appuyer. Le pays ne fait rien. Depuis que Hogendorp est à Vilna, les choses ont pris une meilleure tour­nure; mais c’est encore bien loin de ce que cela devrait être; le gou­vernement dort.

 

Smolensk, 23 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Bellune de marcher sur quatre colonnes pour arriver rapidement sur Kovno.

 

Smolensk, 23 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Elchingen de porter son corps d’armée jusqu’à la poste de Mikhaîlovka, si le roi de Naples est à Dorogobouje. Instruisez-le que le vice-roi a ordre de se diriger sur le village de Prost, à moitié chemin de Doukhovchtchina à Dorogo­bouje; que le prince Poniatowski est parti hier et se dirige par Bietkino pour aller se placer entre Yelnia et Dorogobouje ; enfin, que les Westphaliens ont ordre de se rendre à Sloboda-Pnevo.

Donnez ordre aux Westphaliens de partir demain pour se rendre à Sloboda-Pnevo, sur le Dniepr, et d’y faire achever les ponts, de manière qu’il y en ait au moins quatre bons. Vous leur recomman­derez de se mettre en communication avec le général Grouchy, qui est arrivé à Doukhovchtchina, et avec le vice-roi, qui a ordre de se Tendre au village de Prost.

 

Smolensk, 23 août 1812, six heures du soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Pomogaïlova.

Mon Fils, le général Grouchy est arrivé à Doukhovchtchina. Je suppose qu’aujourd’hui votre tête sera à Pomogaïlova. Je ne vois pas de nécessité que vous alliez jusqu’à Doukhovchtchina; et, si les routes étaient bonnes et praticables, je désire que vous vous dirigiez sur le village de Prost, c’est-à-dire à mi-chemin de Doukhovchtchina à Dorogobouje.

Le roi de Naples était ce matin à la poste de Mikhaïlovka; je sup­pose qu’il sera ce soir à Dorogobouje avec le prince d’Eckmühl. Le duc d’Elchingen est à Sloboda-Pnevo ; il se rend demain à Mikhaïlovka. Les Westphaliens se rendent à Sloboda-Pnevo.

Le général Pino est arrivé à Inkovo. Il me semble qu’il a mal compris ses instructions, puisqu’il parait qu’il se porte sur Vitebsk; mais Vitebsk est dégagé de tout, et il n’avait ordre de s’y rendre qu’autant que cela serait nécessaire. Il est donc important que lui et le général Pajol, une fois qu’ils seront bien rassurés sur Vitebsk, reviennent vous joindre. Vous les ferez d’abord venir sur un point de la route de Smolensk à Porietche, d’où ensuite on les dirigera selon les circonstances.

 

Smolensk, 23 août 1812, au soir.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Dorogobouje.

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 22 à minuit. Je suppose que ; vous serez aujourd’hui à Dorogobouje. Réunissez tout votre corps entre la poste de Mikhaïlovka et Dorogobouje. Je donne ordre au vice-roi de se rendre sur votre gauche à Prost ; au prince Poniatowski de se placer à droite sur la route entre Dorogobouje et Yelnia ; au duc d’Elchingen de se porter sur Mikhaïlovka, et aux Westphaliens de remplacer le duc d’Elchingen à Sloboda-Pnevo. Ainsi, dans vingt-quatre heures, toute l’armée peut se réunir. J’attends de vos nouvelles ce soir pour mettre en marche la Garde, afin que, si l’ennemi veut nous attendre, nous puissions lui livrer bataille.

 

Smolensk, 24 août 1812, neuf heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Prost.

Mon Fils, vous aurez reçu l’ordre que je vous ai donné de vous diriger sur Prost. Le roi de Naples me mande que l’armée est en présence et que l’ennemi a toute son armée en bataille à Dorogobouje; il vous en aura sans doute instruit. Il est donc nécessaire que vous rejoigniez promptement l’armée. Je partirai cette nuit. L’avant-garde du roi de Naples est entre Ousviate et Dorogobouje, et son quartier général est en avant d’Ousviate.

Les nouvelles de Vitebsk sont que l’ennemi a disparu, non-seule­ment du côté de Vitebsk, mais encore de Souraje, pour se retirer sur Velije. Écrivez au général Pino, comme de mon côté je lui ai écrit, de se mettre en marche promptement pour vous rejoindre, et de se trouver à la bataille. Le général Pino n’a pas bien compris ses instructions : sans aller à Vitebsk, il pouvait d’Inkovo avoir, par des patrouilles de cavalerie et par des agents, des renseignements sur ce qui se passait à Vitebsk. Tâchez de n’avoir point de traînards et de réunir tous vos moyens. Si vous passez par la rive droite du Dniepr, j’ai écrit au roi de Naples de faire jeter un pont en arrière d’Ousviate; mais on assure que la rivière de ce côté est bien peu de chose.

 

Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Claparède de partir à midi avec sa division, pour faire une marche pour se rendre à Ponova dans la direction de Dorogobouje ; indépendamment des huit pièces de régiment qu’a celte division, on fera marcher avec elle toutes les pièces de la division Delaborde, à l’exception des huit pièces de régi­ment de la jeune Garde qui doivent toujours être attachées à la divi­sion Delaborde.

Vous donnerez également ordre au général Sorbier de partir aujour­d’hui avec toute la réserve de l’artillerie de la Garde pour se diriger sur Dorogobouje. Il est nécessaire qu’il marche le plus vite qu’il pourra. Vous donnerez ordre au duc de Trévise de porter aujour­d’hui son quartier général à Ponova, avec la division Claparède, qui partira aujourd’hui à midi, la réserve de l’artillerie de la Garde, l’ar­tillerie de la division Delaborde, comme il a été dit ci-dessus, et la division Roguet, laquelle partira à quatre heures après midi.

Donnez ordre au duc de Danzig d’être prêt à partir dans la nuit, de faire en conséquence passer ce soir à sept heures, lorsque tout le corps du duc de Trévise aura passé, tous ses caissons et toute son artillerie au-delà de l’eau t afin que, s’il est nécessaire, il puisse partir demain à deux heures du matin el faire une grande marche.

 

Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre que les chirurgiens de la Garde et des différents corps partent demain pour rejoindre leurs corps d’armée, vu que l’armée est en présence.

Donnez ordre que le petit quartier général parte à six heures du soir.

Donnez ordre que, dans la journée d’aujourd’hui et celle de de­main, les six cents voitures du quartier général qui sont ici partent chargées de vivres ou à vide; elles se chargeront en route.

 

Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig de partir à deux heures du matin avec la vieille Garde pour faire une bonne marche, sans cependant trop fatiguer son monde. Il continuera successive­ment à marcher jusqu’à ce qu’il ait joint l’Empereur.

Donnez ordre au général Delaborde de rester avec sa division et huit pièces de canon pour garder la place de Smolensk ; il remplira provisoirement les fonctions de gouverneur général. Indépendam­ment de sa division formant 4,000 hommes, il aura sous ses ordres une compagnie du bataillon du Danube et deux compagnies de sapeurs, un régiment polonais qui est ici et que vous lui nommerez. Vous lui ferez connaître le commandant de la place. Le commandant de l’ar­tillerie laissera un officier d’artillerie, et le commandant du génie un officier du génie. Le général Delaborde aura soin de prendre toutes les précautions pour lu garde de Smolensk ; il fera fermer la brèche avec du bois. Il aura sous ses ordres un commandant d’armes et quatre adjudants. Il tiendra les Cosaques éloignés de la route de communication. Il correspondra avec les commandants de la ligne d’ici à Orcha. Il fera approvisionner la place par des réquisitions dans les campagnes. Il se servira de quelques membres de la municipalité restés, pour engager les habitants à revenir; il fera faire quelques pro­clamations aux habitants des campagnes, et tâchera de rassurer tout le monde.

Le régiment de marche de la Garde et celui du 3e corps qui sont à Vitebsk auront ordre de venir à Smolensk ; d’autres troupes doivent également y arriver, de sorte que dans sept à huit jours la division de la jeune Garde pourra partir d’ici. Le général Delaborde partira en laissant le commandement dans d’autres mains que l’Empereur désignera, et en laissant une garnison de 4,000 hommes. Il sera laissé une escouade de gendarmerie pour la police des ponts.

Le général Delaborde aura soin d’écrire tous les jours par l’esta­fette de l’Empereur qui passera, et une autre fois par la correspon­dance. Il retiendra les hommes isolés et les petits détachements qui passeraient, et en formera des bataillons de marche; il les placera dans des églises ou couvents, jusqu’à ce qu’il reçoive l’ordre de les faire rejoindre. Il surveillera également la manutention. Il comman­dera des hommes de corvée pour le service des hôpitaux et des bles­sés. Il se mettra en correspondance avec les gouverneurs de Mohilef, de Vitebsk et de Minsk, afin de s’instruire réciproquement de ce qu’il y aurait de nouveau. Il aura soin de marquer la place que chaque individu doit occuper en cas d’alerte; enfin il travaillera autant que’ possible à la réorganisation de la ville.

P. S. L’aide de camp Caulaincourt restera la journée de demain ici pour mettre le général Delaborde au fait.

 

Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint un bon sur l’intendant pour fournir au prince Schwarzenberg une seconde avance de 500,000 fr.

Faites connaître au prince ma satisfaction de la victoire qu’il a rem­portée; que demain je marche sur l’ennemi, qui a l’air de prendre position à vingt lieues d’ici, sur la route de Moscou ; que je désire qu’il fasse en sorte que Tormasof et les troupes que l’ennemi peut avoir en Volhynie ne viennent pas se porter sur moi ; que je lui recom­mande de les occuper.

Écrivez au général Reynier dans le même sens.

Vous ferez connaître au prince Schwarzenberg que j’ai demandé à l’empereur d’Autriche que tous les avancements se fassent dans son corps et qu’il lui fût accordé des récompenses; que je me réserve de mon côté d’en accorder sur le rapport qu’il m’en fera ; que j’attends ses propositions.

Écrivez au duc de Tarente pour lui faire connaître ce qui s’est passé, et que je me mets en marche.

Écrivez aussi au général Saint-Cyr; faites-lui savoir que j’attends ses propositions pour donner des récompenses à son corps d’armée; qu’il résulte des bulletins russes que Wittgenstein n’a que deux divi­sions, formées de bataillons de réserve qui ne sont composés que de recrues.

 

Smolensk, 24 août 1819.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez au prince Poniatowski pour lui faire con­naître que l’armée était en présence sur la rivière de l’Ouja, et que je pars cette nuit pour me rendre à Ousviate; que je suppose qu’il aura communiqué avec le roi de Naples, et qu’il sera déjà en mesure de tourner la position de l’ennemi ou de prendre sa position de bataille.

 

Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Éblé de lever les ponts et de partir en avant avec son personnel, pour gagner une marche, en laissant ce qui sera nécessaire pour les ponts.

Donnez ordre au général Chasseloup de laisser à Smolensk une compagnie du bataillon du Danube pour rétablir le pont sur pilotis, et deux compagnies de sapeurs, et de faire partir tout le reste avec le petit quartier général pour Sloboda-Pnevo. Vous lui donnerez ordre d’y être rendu de sa personne le plus promptement possible, et, si les localités le permettent, de faire construire sur ce point une redoute à la tête du pont qui puisse protéger le passage rétrograde de l’armée au défilé des ponts, si le cas arrive. Recommandez-lui de faire établir partout des doubles ponts sur les ruisseaux et les défilés, afin que les mouvements rétrogrades de l’armée, s’ils avaient lieu, se fassent avec toute facilité.

 

Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, envoyez un officier au général Latour-Maubourg pour lui porter le duplicata des ordres que vous lui avez déjà donnés pour lui et pour la division Dombrowski. Mandez au général Latour-Maubourg de presser sa marche pour arriver entre Yelnia et Dorogobouje, et pouvoir prendre part à la bataille qui pourra avoir lieu sous peu de jours.

Réitérez l’ordre au général Dombrowski de prendre des mesures pour protéger le pays de Minsk et assurer la grande route de Borisof et de Mohilef.

Donnez ordre au régiment illyrien qui est à Kovno et au 129e, qui est à Vilna, de se rendre sans délai l’un et l’autre à Minsk.

 

Smolensk, 24 août 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Smolensk.

Mon Cousin, écrivez au général Pino que vous avez reçu sa lettre ; que, puisqu’il n’y a rien de nouveau à Vitebsk, il rejoigne, avec la division Pajol et la brigade de cavalerie légère du général Guyon, le 4e corps, parce que nous sommes en présence devant Dorogobouje, et qu’il vous fasse connaître quand il arrivera, la cavalerie pouvant toujours prendre les devants.

 

Smolensk, 24 août 1812.

Au général comte Hogendorp, gouverneur général de la Lithuanie, à Vilna.

Monsieur le Comte Hogendorp, je vous ai nommé président de la commission provisoire du gouvernement de la Lithuanie. Par un autre ordre du jour, je vous ai chargé de la nomination aux emplois des neuf régiments qu’on lève en Lithuanie et de toutes les mesures à prendre pour accélérer la formation de ces régiments. Je vous envoie différentes notes du duc de Bassano, relatives à cette levée. Voyez ce ministre et pourvoyez à ce qu’il propose.

 

Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, l’anarchie et le peu de décision qui existent dans la commission du gouvernement de Vilna m’ont fait penser qu’il était indispensable d’en donner la présidence au général gouverneur général de la Lithuanie. Je défends au général Hogendorp de recevoir aucun traitement extraordinaire du pays ni aucuns frais de table, et je lui écris de manière à le faire changer de conduite. S’il ne le faisait pas, je verrais à le remplacer. Il n’a pour lui auprès de moi que deux faits : c’est que depuis son arrivée à Vilna le service s’y est bien amélioré, et que, d’un autre côté, le gouvernement ne fait rien. Voyez-le et parlez-lui dans ce sens.

 

Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je lis votre lettre du 9 août; j’ai pourvu à tout ce qu’elle contient. J’ai chargé le gouverneur général, par un ordre du jour, de nommer aux emplois dans les régiments (Les neuf régiments créés dans le duché de Lithuanie) et d’accélérer leur formation. J’ai mis 500,000 francs à la disposi­tion de la commission du gouvernement pour l’habillement des troupes, et seulement comme prêt. Les armes doivent être arrivées à Kovno ; il paraît donc qu’aucun obstacle ne doit plus se présenter. J’ai autorisé le 129e régiment et le régiment illyrien à se recruter de Polonais. Les cadres de ces corps existant, cette opération sera plus simple.

Je ne sais pas où en est le 3e régiment de lanciers de la Garde : faites-moi un rapport là-dessus; il paraît que cette organisation va très-doucement. J’avais également autorisé Krasinski à porter à 2,000 hommes son régiment, en prenant toute la jeune noblesse qui voudrait se présenter ; mais ce beau régiment, où l’on est si bien payé, n’est encore que de 3 à 400 hommes. Je ne vois rien se faire ! D’un autre côté, l’armée du prince Poniatowski n’a que 12 à 15,000 hommes; tous ses corps se fondent et aucuns renforts ne sont en­voyés. En dernière analyse, on est de bien peu de secours. Parlez-en avec les membres de la commission de Vilna; mettez-les d’accord avec le gouverneur et avec M. Bignon. Je ne veux aucune discussion ni d’étiquette ni de contrariété.

 

Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai nommé le général Hogendorp président de la commission provisoire du gouvernement de la Litua­nie; par ce moyen, toutes les difficultés survenues cesseront. Je suis peu satisfait de M. Bignon, qui, au milieu des besoins et em­barras où je me trouve, fait des épigrammes et des quolibets. Il est un fait, c’est que depuis l’arrivée du général Hogendorp le service s’est amélioré. Le devoir de M. Bignon était donc de le seconder avec force et non de le contrarier.

Je vous prie de témoigner de ma part à la commission du gouver­nement de Vilna mon mécontentement de son peu d’activité ; elle ne fait rien. Celles de Minsk, de Mohilef, etc., ont fait bien davantage. Le résultat de tout cela serait de dégoûter de la cause. Ils n’ont pas un seul homme, un seul bataillon à donner, soit pour garder les marais de Pinsk, soit pour arrêter les Cosaques. Bien plus, je suis obligé de laisser à Vilna et à Minsk des garnisons comme dans des villes ennemies. On ne m’a fourni aucune espèce de ressource, mes hôpitaux sont mal, mes magasins sont dépourvus de tout. Le gou­vernement ne m’aide en rien et ne fait rien que des babioles. L’au­torité civile et l’autorité militaire doivent marcher ensemble.

Enjoignez à M. Bignon d’être en quelque sorte le secrétaire du gouvernement général et de l’aider de tous ses moyens; que c’est le seul moyen que je connaisse pour lui de me rendre des services.

J’ai besoin de former enfin mes magasins pour nourrir mon armée pendant toute une année; il faudrait 1,200,000 quintaux de farine et le reste en proportion, qu’il s’agit de répartir entre les gouverne­ments de Vilna, de Minsk, de Grodno, de Bialystok, de Mohilef et de Vitebsk. Je vous prie de voir comment cette répartition pourrait se faire et de suggérer les moyens d’organiser les différents services. Pendant le temps de la récolte et tout le reste de la belle saison, l’armée peut se nourrir en fourrageant, au grand détriment de la dis­cipline et aussi du pays; mais, pendant la mauvaise saison et l’hiver,, cela est impossible. J’avais ordonné que des marchés fussent passés pour le transport des magasins de Kovno et des effets d’habillement : je ne sache pas qu’on ait encore rien fait ; du moins je n’en ai plus entendu parler. C’est cependant une opération bien importante.

Il doit y avoir un payeur à Vilna; je suis étonné qu’il ne soit pas garni des fonds nécessaires.

 

Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, par votre lettre du 9 août vous m’avez proposé l’établissement d’inspecteurs supérieurs pour l’orga­nisation des régiments, et différentes nominations. Mon intention est que le gouverneur général, que je viens d’établir président de la com­mission provisoire du gouvernement, ait toute l’autorité nécessaire pour cela, sauf à faire breveter dans la suite les individus par moi. Mon éloignement et mes occupations ne me permettant pas de répon­dre à toutes les demandes avec l’exactitude nécessaire, j’ai donc confiance entière dans le gouverneur général et dans M. Bignon pour cet objet.

 

Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je pars cette nuit pour me porter sur Dorogobouje, où il parait que les armées sont en présence, l’en­nemi ayant fait halte. On assure qu’il y a une position dont ils veu­lent profiter pour livrer bataille et couvrir Moscou.   –

 

Smolensk, 24 août 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai donné ordre au duc de Bellune de se porter sur Kovno en quatre colonnes , par la rive droite et par la rive gauche, afin d’arriver promptement. Vous pouvez lui trans­mettre cet ordre directement, en cas que l’officier du major général perde du temps pour arriver.

Le général Loison a, je ne sais pourquoi, marché avec 10,000 hommes de Königsberg sur Rastenburg et Grodno. J’ai blâmé sa con­duite. Je lui ai ordonné de renvoyer à Königsberg les jeunes conscrits de la division Lagrange qui n’ont pas besoin d’être fatigués, et qui sont destinés à réparer les pertes que font les cadres. Je lui ai fait donner l’ordre de diriger sur Minsk le 7e et le 8e régiment de marche de cavalerie , et le 8e régiment westphalien , et deux bataillons saxons des régiments de Low et de Rechten, sur Minsk. Écrivez au général Loison par l’estafette pour lui faire connaître cette disposition. Écri­vez en même temps par des agents polonais qui iront à la rencontre de ces régiments, pour qu’au cas qu’ils se trouvent du côté de Loraza ils se rendent directement à Minsk.

Écrivez au duc de Tarente que l’avant-garde est à soixante lieues de Moscou; que l’armée ennemie est en position et qu’il paraît qu’elle veut donner bataille.

J’ai donné ordre au régiment illyrien et au 129e de se rendre à Minsk; ce  mouvement est nécessaire. Les troupes du pays peuvent suppléer à la garnison de Vilna. Le duc de Bellune, d’ailleurs, qui arrive en position à Kovno, peut remédier à tout événement; au lieu qu’à Minsk, soit la garnison de Bobrouisk, soit un corps venant de Volhynie, peut inquiéter les communications. Faites connaître au
gouverneur de Minsk qu’il aura un régiment illyrien, deux bataillons du 129e avec leurs canons, deux bataillons du 33e léger, deux batail­lons westphaliens et deux bataillons saxons avec leur artillerie ; que la division Dombrowski avec deux régiments de cavalerie et vingt-quatre pièces de canon a eu ordre de rétrograder sur Minsk, pour tenir en respect la garnison de Bobrouisk. Faites connaître au gouvernement de la Lithuanie qu’il serait nécessaire de tenir deux bataillons de chasseurs du côté des marais de Pinsk, ou même deux bataillons de gardes nationales, qui mettent le pays à l’abri des incursions des Cosaques. Les fusils doivent être arrivés à Minsk; qu’on en envoie partout où on peut armer des troupes. Il est ridicule que des villes comme Vilna, Minsk, Mohilef, ne puissent pas se défendre contre un escadron de Cosaques, et puissent être mises à contribution par ces misérables.

P. S. Faites passer cette lettre à Vienne par un courrier.

 

Smolensk, 24 août 1812.

A François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, en exprimant à Votre Majesté Impériale ma satisfaction de la conduite du corps que com­mande le prince de Schwarzenberg, qui n’aura pas manqué de mettre sous ses yeux le rapport de l’avantage qu’il a dernièrement remporté, je prie Votre Majesté de faire une chose qui me serait extrêmement agréable, en accordant de faire remplir les places vacantes dans ce corps par des officiers qui en font partie. Ayant mis sous les ordres du prince de Schwarzenberg le corps que commande le général Reynier, et les circonstances de la campagne pouvant me mettre à même de lui confier d’autres corps, je prie Votre Majesté de lui accorder le grade de feld-maréchal.

Je saisis cette occasion pour remercier Votre Majesté de tout ce qu’elle a fait pour l’Impératrice pendant son séjour en Bohême. Elle est en ce moment à Saint-Cloud, où tout le monde l’a trouvée bien portante et fort engraissée.

Je pars cette nuit pour me rendre à mon avant-garde, qui est à vingt lieues sur le chemin de Moscou.

Je prie Votre Majesté de ne pas douter de mon inaltérable attache­ment , ni du désir que j’ai de lui être agréable dans toutes les cir­constances et de lui donner des preuves de l’estime et de la haute considération avec lesquelles je suis, de Votre Majesté Impériale, le bon Frère et Gendre.

Napoléon.

 

Smolensk, 24 août 1812.

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart.

Monsieur mon Frère, j’ai reçu les deux lettres de Voire Majesté, le 23 juillet. Le prince royal, qui doit être maintenant auprès de Votre Majesté, lui aura donné les détails de l’affaire désagréable dont elle me parle. Je regrette que la santé du prince l’ait ainsi éloigné de l’armée, et m’ait privé d’une occasion de lui prouver qu’il n’a rien perdu des sentiments que je lui porte.

Je fais donner des ordres au duc de Tarente, qui est dans la Courlande, pour que la terre de Vurzau soit traitée avec les ménagements auxquels a droit Mme la duchesse Henriette, belle-sœur de Votre Majesté.

Napoléon.

 

Dorogobouje, 26 août 1812, deux heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, commandant le 4e corps de la Grande Armée, à Zasur.

Mon Fils, je reçois votre lettre par laquelle vous m’informez que vous serez de bonne heure à Dorogobouje. Restez sur la rive droite du Dniepr. Passez le Dniepr entre Blagové et Chorki (la position de ces deux points correspond, sur la carte de l’état-major russe, à celle de Molodilova et de Blagoiechtchenskoïé), et dirigez-vous sur Viazma, en vous tenant toujours à une ou deux lieues sur la gauche de la route. Vous aurez devant vous le général Grouchy, qui se liera au roi de Naples. Éclairez bien votre gauche. Je ne sup­pose pas que vous puissiez aller aujourd’hui plus loin qu’au-delà du Dniepr, mais le général Grouchy ira jusqu’à la hauteur de Slavkovo, qui est le point qu’occupera le soir le roi de Naples. Le prince Poniatowski forme la droite et marche sur la gauche de la Vosma.

J’aurai probablement aujourd’hui toute la journée mon quartier général à Dorogobouje.

Écrivez au général Pino et au général Pajol pour qu’ils viennent. Il est probable que l’armée ennemie nous attendra à Viazma ; il faut y arriver nombreux et en ordre. Faites battre la route de Dorogobouje à Velije. Je suppose qu’il ne sera rien passé sur cette route et que tout sera reployé sur Viazma.

 

Dorogobouje, 26 août 1812, deux heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée.

Mon Cousin, formez une avant-garde d’infanterie qui marche avec la cavalerie une heure avant votre corps d’armée, et prenant toujours position à une lieue en avant de vous. Cette avant-garde doit elle-même être précédée par deux bataillons de voltigeurs. Le reste de votre corps, placez-le toujours en bataille une heure en arrière. Allez aujourd’hui jusque près de Slavkovo.

Le vice-roi marche à votre gauche et le prince Poniatowski sur votre droite, de sorte que ces trois corps bivouaqueront en bataille, formant une seule ligne, séparés chacun par une lieue ou deux d’in­tervalle et occupant de la gauche à la droite trois à quatre lieues.

Le duc d’Elchingen, la Garde et le duc d’Abrantès formeront la seconde ligne.

Il faut marcher à petites journées et avec ordre. Si la plaine est comme on le suppose, et que la cavalerie puisse passer de droite et de gauche, la marche peut être dirigée de manière qu’elle ne soit pas fatigante pour l’infanterie. Il la faut venir de bonne heure. Toutes les probabilités sont que l’ennemi nous attendra à Viazma; il faut donc y arriver en ordre. Faites bien réparer tous les ponts et faites-en faire de doubles. Il faut mettre trois jours pour arriver près de Viazma.

— AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE,  A DOROGOBOUJE.

Dorogobouje. 26 aoAl 1812.

Mon Cousin, vous ordonnerez l’arrestation du sieur          qui, au lieu de faire filer des effets des hôpitaux, a, sous prétexte d’en­voyer du vin à l’Empereur, fourni dix caissons à un marchand de vin. Vous remarquerez que , indépendamment de la violation du ser­vice des hôpitaux, il y a aussi violation du respect dû à l’Empereur, dans la prostitution qui a été faite du nom de sa Maison. Le sieur… savait bien que ce n’était pas vrai, ou du moins ne s’est fait repré­senter aucune lettre du grand maréchal qui pût certifier une pareille assertion. Vous ferez demander aussi au sieur            ce que c’est que deux caissons que le commandant de la jeune Garde a escortés à Vilna ; c’est probablement encore du vin; de sorte que cet officier a sacrifié ses devoirs à des spéculations de commerce. Tous les effets que le sieur   a ainsi fait transporter abusivement sur ces dix caissons et sur les deux autres seront versés aux ambulances pour le service des hôpitaux.

Vous me rendrez compte de l’interrogatoire du sieur. .. ., pour qu’il soit pris à son égard les mesures qu’exige la gravité du délit.

Napoléon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDR ARMER,  A DOROGOBOUJE.

Dorogobouje, 26 août 1812.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’EIchingen de porter ce soir son quartier général et de réunir tout son corps d’armée sur la grande route, au delà de la Vosma, en arrière du village de Boldinesky.

Donnez ordre au duc d’Abrantès de porter ce soir son quartier général à Dorogobouje et de placer son corps d’armée en avant de la ville.

Napoléon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DR LA GRANDE ARMÉE, A DOROGOBOUJE.

Dorogobouje, 26 août 1812.

Mon Cousin, écrivez au duc de Bellune de se rendre de sa personne à Vilna, afin d’y voir le duc de Bassano et d’y prendre connaissance des affaires et de l’état des choses; que je serai après-demain à Viazma, c’est-à-dire à cinq marches de Moscou, qu’il y aura pro­bablement une bataille qui nous conduira à Moscou ; qu’il est possible que dans cet état de choses les communications viennent à être inter­ceptées; qu’il faut donc que quelqu’un prenne alors le commande­ment et agisse selon les circonstances; que j’ai ordonné qu’on dirigeât sur Minsk le 129e régiment, le régiment illyrien, le régiment west-phalien qui était à Kœnigsbcrg et les deux régiments saxons; que j’ai en outre placé entre Minsk et Mohilef la division Dombrowski, forte de 12 bataillons et d’une brigade de cavalerie légère; que je crois qu’il est important que son corps s’approche de Vilna et qu’il le dirige selon les circonstances, afin d’être à’méme de soutenir Smolensk, Vitebsk, Mohilef et Minsk; que la division Dombrowski doit être suffi­sante poor maintenir la communication de Minsk par Orcba jusqu’à Smolensk, puisqu’elle n’a à contenir que la division russe du général Hertel qui est à Mozyr, forte de 6 à 8,000 hommes, la plupart recrues, et contre laquelle d’ailleurs le général Schwarzenberg peut opérer; que les nouveaux renforts que j’envoie à Minsk pourront aussi subvenir à tous les inconvénients, et que, dans tous les cas, le mouvement du duc de Bellune sur Minsk et Orcha, et de là sur Smoleusk, me parait propre à maintenir tous les derrières; que j’ai 4,000 hommes de garnison à Vitebsk et autant à Smolensk; que le duc de Bellune, prenant ainsi position entre le Dniepr et la Dvina, sera en communication facile avec moi, pourra promplement rece­voir mes ordres et se trouvera en mesure de proléger les communica­tions de Minsk et de Vitebsk ainsi que celles de Smolensk sur Moscou; que je suppose que le général Gouvion Saint-Cyr a suffisamment des 2e et Ge corps pour tenir en échec le général IVitlgenslein et n’en avoir rien à craindre; que le duc de Tarente peut se porter sur Kiga pour investir la place ; enGn que j’ordonne aux quatre brigades de marche formant 9,000 hommes, qui faisaient partie de la division Lagrange, de se diriger sur Kovno; qu’ainsi ce ne serait que dans le cas où le général Gouvion Saint Cyr serait battu par le général VVitt-genstein et obligé de repasser la Dvina que le duc de Belltine devrait marcher à son secours d’abord ; que, ce cas excepté, il doit suivre sa direction sur Smolensk.

Napoléon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRANDE ARMÉE, A DOROGOBOUJE.

Dorogobouje, 26 août 1812.

Mon Cousin, je ne sais trop quels ordres donner au duc de Reggio. C’est lui seul qui doit voir l’état de sa blessure 3)Oudinot a été blessé à la bataille de Polotsk. Une blessure parmi les 34 dont il sera victime durant sa carrière… . Si elle devait le meltre pour longtemps hors d’état de servir, je ne verrais pas d’ob­jection à ce qu’il retournât en France; enfin, ce que je désire avant tout, c’est qu’il se rétablisse promptement.

Napoléon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM

MAJOR GÉNÉRAL DEB LA GRANDE ARMÉE, A DOROGOBOUJE.

Dorogobouje, 26 août 1812.

Mon Cousin, donnez l’ordre au prince Poniatowski de se diriger aujourd’hui 26 sur Viazma, jusqu’à la hauteur en arrière de la première poste, en suivant la rive gauche de la Vosma et en envoyant des partis de cavalerie de manière à éclairer toute la droite. Le roi de Nuples sera aujourd’hui à une lieue en avant de Slavkovo. Le prince d’Eckmûhl sera à Slavkovo; il aura soin de communiquer fréquemment, aûn de pouvoir agir suivant les circonstances, si Ton avait besoin de lui.

Donnez ordre au vice-roi de se diriger sur Viazma eo passant le Dniepr entre Blagové et Chorki ‘, et de se tenir toujours à une ou deux lieues de la route, sur la gauche. H aura devant lui le général Grouchy, auquel vous donnerez le même ordre. EnGo vous lui don­nerez ordre d’éclairer bien la gauche et de correspondre avec le roi de Naplcs et le prince d’Eckmûhl, qui iront aujourd’hui jusqu’à Slavkovo. Vous manderez de plus au vice-roi d’accélérer l’arrivée du général Pino et de la division Pajol ; donnez le même ordre au général Grouchy.

Napoléon.

 

A M. MARET, DUC DE BASSAN0,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A VILNA.

Dorogobouje, 26 août 1812.

Monsieur le Duc de Bassano, l’ennemi, après avoir construit des fortifications, élevé des batteries et des redoutes et avoir annoncé l’intention de tenir ici, a, comme à l’ordinaire, manqué de résolu­tion. Nous sommes entrés dans cette ville, qui est assez considérable, puisqu’il y a huit ou dix clochers. Le pays est bon et l’on assure qu’il se soutient très-beau jusqu’à Moscou. La chaleur que nous éprouvons est excessive. Le temps continue à être très-beau. On dit que l’en­nemi est résolu à nous attendre à Viazma.’Nous y serons dans peu .de jours, et nous serons alors à mi-chemin de Smolensk à Moscou , et, je crois, à quarante lieues de Moscou. Si l’ennemi est battu là, rien ne pourra garantir cette grande capitale, j’y serai alors le 5 septembre.

Je vois avec plaisir le duc de Bellune arriver à Kovno ; il sera là en mesure de se porter partout où il sera nécessaire pour maintenir ses communications avec moi , si elles venaient à être interrompues par la présence de quelque force que ce soit. –

Vous ne manquerez pas de réitérer l’ordre que le 8e régiment westphalien, les deux bataillons saxons qui étaient sous les ordres du général Loison , ainsi que le régiment illyrien et le 129e régiment, se rendent à Minsk. Écrivez au gouverneur de Minsk de se servir de ces troupes pour assurer sa communication avec l’armée, et, réuni à la division Dombrouski, pouvoir se porter partout où cela serait néces­saire, au secours de Smolensk ou sur tout autre point. Il ne fau­drait pas attendre mes ordres si la communication veuait à être interrompue.

Donnez de mes nouvelles au général Saint-Cyr à Pololsk, au duc de Tarente et au prince Schwarzenberg.

Je désirerais que le bataillon de la division Dombrowski, qui est à Grodno, se rendît à Minsk pour rejoindre cette division.

Mandez au duc de Bellune de faire faire, pour chaque soldat, un sac capable de contenir dix livres, et de faire prendre à chacun dix livres de riz.

Napoléon.

 

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Dorogobouje, 26 août 1812.

Monsieur le Comte Decrès, nous sommes maîtres de tous les pays et débouchés qui fournissent des mâts. J’espère que vous avez envoyé des maîtres et des ouvriers pour les reconnaître et faire des abatis, que j’aurai soin de me conserver dans les conditions de paix.

Napoéon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMEE, A SLAVKOVO.

Slavkovo, 27 août 1812.

Mon Cousin, écrivez au prince d’Eckmùhl que’je viens de donner ordre à la division Compans de prendre les armes, pour profiter de la fraîcheur et se porter avec la cavalerie légère, s’il n’y a pas d’obstacle, à six lieues en avant. Le prince d’Eckmûhl suivra ce mouvement avec tout son corps d’armée, en faisant prendre les armes successivement, de manière qu’il n’y ait pas d’encombrement et que la troupe ait le moins de fatigue possible. Il mettra en marche tous ses bagages et tous ses derrières, afin que le duc d’Elchingcn et la Garde puissent arriver ici aujourd’hui sans obstacle. Écrivez aussi au prince Poniatowski par le général Bordesoulle d’accélérer son mou­vement, afin de se trouver à la hauteur de l’avnnt-garde.

Donnez ordre au duc d’Elchingen de se porter ici ; il fera occuper par sa cavalerie légère l’embranchement des deux routes à une lieue en avant du quartier général. 11 placera une division en avant du quartier général pour nous couvrir. 11 est bon que la lre division arrive de meilleure heure possible.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DR LA GRANDE ARMÉE, A SLAVKOVO.

Slavkovo, 27 août 1812.

Mon Cousin, demain 28, le 3e bataillon du 1er régiment de la Vistule et le 3e du 2e régiment idem arrivent à Smolensk, ce qui fera un renfort de 1,400 hommes pour la garnison de cette place. Les deux bataillons du 33e d’infanterie légère doivent y être arrivés, ce qui fera un nouveau renfort de 1,200 hommes ; enfin un régiment de marche du 3e corps doit être arrivé de Vitebsk, ce qui fera encore un renfort de 1,200 hommes. Le 3″ bataillon du 3e régiment de la Vistule se dirigera également sur Smolensk, ce qui, joint aux hommes isolés, soit à ceux sortis des hôpitaux assez rétablis pour faire le service de la place, soit à ceux qui arrivent des derrières, doit porter la garnison de Smolensk à un état raisonnable. Mon inten­tion est donc que le général Baragucy d’Hilliers reste à Smolensk comme gouverneur général de la province, et, en attendant son arrivée, je désire que le général Delà borde laisse un général de bri­gade de la Garde pour commander, et qu’aussitôt qu’il y aura 3,000 hommes à Smolensk le général Delaborde en parte avec sa division pour venir rejoindre l’armée. Je désire que vous me remet­tiez un état de tous les détachements de cavalerie et d’infanterie qui arriveront à Smolensk d’ici au 5 septembre, afin que j’aie sous les yeux l’accroissement successif qu’éprouvera cette garnison. La seule chose qui manquera, ce sera de l’artillerie. 11 est indispensable qu’il y ait six pièces. Donnez ordre au général Delaborde de laisser quatre de ses huit pièces, attelées, avec leurs munitions et leurs canonniers, jusqu’à ce que le général d’artillerie ait pu se procurer les six pièces^ de canon pour Smolensk. Faites-moi connaître s’il doit arriver de l’artillerie dans cette place d’ici au G septembre.

Donnez ordre au général commandant l’artillerie de faire venir dix-huit pièces de canon, de celles prises à l’ennemi qui sont à Orcha, et de les organiser pour la défense de Smolensk. Donnez-lui ordre également de placer à Smolensk deux compagnies d’artillerie ;

il peut prendre la compagnie prussienne que j’avais fait venir de Kœnigsberg. Donnez-lui ordre de faire venir à l’année la compagnie d’artillerie qui est à Thorn et celle qui est à Marienburg, la compa­gnie de pontonniers qui était sur la Vistule, toutes les compagnies de l’équipage de Magdcburg; donnez-lui ordre également de tirer une compagnie de Danzig, une de Pillau et une de Spandau , et de dirigée tout tela sur Smolensk. Enfin donnez-lui ordre d’employer la com­pagnie d’ouvriers du Danube à organiser quelques affûts bâtards, aGn d’utiliser quelques pièces de gros calibre ou mortiers qui se trou­vent à Smolensk.

Napoléon.

 

AU MARÉCHAL AUGEREAU, DUC DE CASTIGLIONE,

COMMANDANT LE 11e CORPS DE LA GRANDE ARMÉE, A BERLIN.

Suvkovo, 27 août 1812.

Mon Cousin, j’ai calculé sur l’arrivée de tous les renforts qui doi­vent rejoindre mon armée pour en former des réserves successives sur mes derrières. Il est donc convenable que tout ce qui n’est pas destiné, par des dispositions arrêtées par moi, à faire partie de votre corps d’armée, continue sa route pour me rejoindre. Vous ne devez retenir aucun hussard, aucun chasseur, aucun train d’artillerie; faites tout filer. Je me trouverais très-contrarié si, dans l’éloignement où je suis, tous les renforts qui me viennent étaient arrêtés et détournés de la destination que je leur ai donnée.

Napoléon.

 

AU GÉNÉRAL COMTE DEROY, à Polotsk.

Slavkovo, 27 août 1812.

Monsieur le Général de division Comte Deroy, je vous fais cette lettre pour vous témoigner toute ma satisfaction de la belle conduite que vous avez tenue au combat de Polotsk et le regret que j’ai de vous savoir blessé. Je veux moi-même vous apprendre que je vous ai nommé Comte de l’Empire et vous ai accordé une dotation de 30,000 francs, transmisstble à vos enfants; et, voulant vous rassu­rer sur le sort de votre famille, je vous fais passer un brevet de 6,000 francs de pension pour la comtesse Deroy. 4) Il était mort, le 18 août, des suites des blessure qu’il avait reçues au combat de Polotsk. A la date du 27 août, Napoléon ne connaissait pas encore la mort de ce général.

Napoléon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

Des hauteurs de Viazma. 29 août 1812.

Mon Cousin, écrivez au gouverneur de Smolensk qu’il organise nos communications. A cet effet, on retranchera la maison de poste de Goredikino avec de fortes palissades, de manière à la mettre à l’abri de toute attaque de Cosaques et de paysans. Il y placera un commandant avec 100 hommes d’infanterie, un piquet de 15 hommes de cavalerie, des chevaux de poste ef les chevaux de l’estafette. Il aura soin que cette redoute soit toujours approvisionnée pour huit jours en pain et viande. Un pareil établissement sera placé au point de Sloboda-Pnevo, de manière à défendre en même temps les ponts. Un pareil sera fait à Mikhaïlovka. Cela exigera donc l’emploi de trois compagnies ou de 300 hommes d’infanterie et de 45 hommes de cavalerie. Les ordres seront donnés pour que les estafettes soient escortées par de l’infanterie et de la cavalerie, quand on aura à craindre quelque chose; les commandants arrêteront même l’estafette dans les cas où elle pourrait être compromise, et lui feront attendre le passage de fortes troupes. Aussitôt qu’il sera possible, et que de l’ar­tillerie sera arrivée à Smolensk, on placera une pièce de canon dans chacune de ces redoutes ou blockhaus. La garnison de Smolensk fournira à ces différents postes.

Il sera placé à Dorogobouje un bataillon de 600 Westphaliens avec un escadron de 120 chevaux. Le commandant fera retrancher la cita­delle en faisant réunir par des palissades les quatre maisons et l’église. Le commandant de la place, le commissaire des guerres, l’estafette et les chevaux de poste seront placés là. Le général Chasseloup y enverra un officier du génie et une escouade de sapeurs pour diriger les travaux de manière que les 600 hommes n’aient rien à craindre de tous les paysans et Cosaques du monde.

Donnez ordre au duc d’Abrantès de choisir, à peu près à la hauteur de Slavkovo, le point le plus favorable pour y retrancher une maison et un poste avec de bonnes palissades el des fossés, de manière que 100 hommes d’infanterie et 15 de cavalerie s’y trouvent à l’abri de toute attaque, ainsi que l’estafette, le poste de correspondance et les magasins qu’on pourra réunir sur ce point. On fera le même établis­sement aux autres maisons de poste jusqu’à Viazma. Le bataillon de Dorogobouje fournira le poste de Slavkovo. Le bataillon qui sera à Viazma fournira le poste de Semlevo.

Réitérez les ordres au commandant de Smolensk de ne laisser partir des détachements de cavalerie et d’infanterie, ainsi que des convois de vivres et artillerie, que lorsqu’il y aura 5 à 600 hommes d’infanterie et de cavalerie bien organisés et allant de poste en poste. Faites-lui connaître que son commandement s’étend jusqu’aux limites du gouvernement de Smolensk, et que c’est à lui à veiller à ce que les redoutes ou blockhaus soient mis en état; il n’y a pas un moment à perdre pour cela. Recommandez au général Chasseloup d’envoyer un officier du génie qui parcourra toute la ligne et sera chargé de faire retrancher ces redoutes. Dans un pays où il y a tant de bois, il doit être bien facile de mettre promptement 100 hommes d’infanterie et quelques hommes de cavalerie à l’abri des Cosaques.

Napoléon.

P. S. Instruisez de ces dispositions le grand écuyer et le duc d’Abrantes.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE.

A deux lieues en arrière de Viazma. 29 août 1812.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de se porter sur la route de Tver, à deux lieues en avant de Viazma, d’envoyer de forts partis dans cette direction, d’en envoyer aussi dans la direction de Bieloï.

Donnez ordre au prince d’Eckmûhl de se porter sur la grande route de Moscou, à deux lieues en avant de Viazma.

Donnez ordre au prince Poniatouski de se mettre à cheval sur la route de Viazma à Kalouga et d’envoyer de forts partis de cavalerie dans cette direction pour éclairer le pays et savoir ce que fait l’en­nemi. Le prince Poniatowski continuera de flanquer la droite de la Grande Armée, qui prend la route de Moscou.

Donnez ordre au roi de Naples de prendre position à deux lieues en avant de Viazma, en poussant en avant la cavalerie légère des généraux Bruyère et Chastcl, et aussi loin que l’ennemi voudra lui permettre d’aller. Instruisez-le de la position que doivent prendre le vice-roi et le prince Poniatowski.

Donnez ordre au duc d’Elchingen de venir dans la position où nous sommes aujourd’hui.

Donnez ordre à la Garde impériale à pied et à cheval de venir à Viazma.

Aussitôt qu’on sera en mesure d’entrer à Viazma, envoyez-y de la gendarmerie» le général Caulaincourt, l’ordonnateur du quartier général et le petit quartier général. Il sera fait défense de faire du pain dans les fours de la ville, de crainte d’y mettre le feu, et on y établira la meilleure police possible.

Vous donnerez ordre au duc d’Abrantes de rester dans la position où il se trouve, et le chargerez spécialement de mettre l’ordre sur nos derrières et dans la petite ville de Dorogobouje, et d’assurer nos communications avec Smolensk, en renforçant, s’il est néces­saire, le poste qui est au pont. Il laissera, jusqu’à nouvel ordre, l’arrière-garde de cavalerie que je lui ai ordonné de placer à Doro­gobouje, et il fera de fortes patrouilles de cavalerie dans toutes les directions pour faire filer et faire rejoindre tous les traineurs. Tous ces ordres, je les donne en supposant que l’enuemi ne tienne pas à Viazma et ne dérange en rien ces dispositions.

Napoléon.

 

A M. MARET, DUC DE BASSANO,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES,  A VILNA.

Viazma, 29 août 1812.

Monsieur le Duc de Bassano, nous sommes à Viazma. L’ennemi continue sa retraite sur Moscou. J’attends encore de nouveaux renseignements  pour connaître  la marche  des 16e  et 2:2° divisions russes qui viennent de Moldavie. J’ai écrit à l’empereur d’Autriche pour le prier de renforcer de 3,000 hommes de cavalerie le corps du prince Schuarzcnberg, et d’envoyer 6,000 hommes pour réparer ses pertes. Faites passer la lettre. Les divisions du prince Schwarzenberg, incomplètes comme elles le sont, ne peuvent pas faire plus de 8 à 10,000 hommes. Accompagnez cette lettre d’une lettre à M. de Metternich.

Réitérez les ordres à Danzig et à Königsberg pour que tous les dépôts, matériel et personnel, tout ce qui est en état de se battre, filent sur Kovno pour se diriger d’abord sur Vilna et par suite sur Smolensk.

J’ai donné ordre au major général de placer le général Jomini ailleurs.

Parlez fortement au général Hogendorp pour qu’il modère sa fougue et ne donne lieu à aucune plainte. Faites accélérer la forma­tion des troupes lithuaniennes.

Réitérez les ordres au gouverneur de Danzig de faire partir les quatre demi-brigades de marche provenant de la division Lagrange, pour se rendre à Kœnigsberg, et au gouverneur de Kœnigsberg de les faire partir pour Kovno. Il est temps de profiter du reste de la bonne saison pour leur faire rejoindre les corps où elles doivent être incorporées.

Écrivez au duc de Tarente pour qu’il chasse de Memel le consul de Russie.

Napoléon.

 

A FRANÇOIS Ier, EMPEREUR D’AUTRICHE,

A VIENNE.

Viawna, 29 août 1812.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, Votre Majesté Impé­riale m’ayant promis à Dresde de tenir complet le corps du prince Schwarzenberg, et même de l’augmenter s’il était nécessaire, je prie Votre Majesté de renforcer ce corps de 3,000 hommes de cavalerie et de 6,000 hommes d’infanterie, pour réparer la différence de l’ef­fectif au présent qui y existe, et le mettre à même de se faire honneur et de tenir tête aux renforts que l’ennemi peut envoyer à Tormasof.

Napoléon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A VIAZMA.

Viazma, 30 août 1812. onze heures du soir.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de faire demain une journée ordinaire, mais de manière pourtant à se trouver à huit ou neuf lieues de Viazma, et à pouvoir, après-demain, arriver à Ghjatsk.

Il est convenable qu’en cas d’événement le vice-roi puisse tourner la droite de l’ennemi, et le prince Poniatowski sa gauche, et que les trois avant-gardes soient tellement à portée qu’elles puissent donner ensemble ; ce qui nécessairement épargnera du sang et mettra l’en­nemi hors d’état de résister. Donnez ordre au vice-roi de suivre l’ennemi sur la gauche et de manière à pouvoir tourner la droite de l’ennemi, de se trouvera la hauteur du roi de Nàples, qui est aujour­d’hui au village de KIokova et qui va demain faire une petite macche qui le conduira à huit ou neuf lieues de Vitfzma. Prévenez le vice-roi qu’il est nécessaire qu’avec toute sa cavalerie et une bonne avant-garde d’infanterie et d’artillerie il puisse tourner la droite de l’ennemi et prendre part aux coups de canon s’il y en a; que c’est le seul moyen d’épargner du sang et d’accélérer la retraite de l’ennemi. Donnez le même ordre au prince Poniatowski pour la droite : il doit tourner la gauche de l’ennemi.

Le prince d’Eckmuhl suivra, de manière à se trouver une lieue en arrière du roi de Naples, et le duc d’Elchingen à deux lieues en arrière du prince d’Eckmuhl. Le duc de Trévise partira à dix heures du matin pour se rendre à Federoskoïé, derrière le duc d’Elchingen. Le duc d’Àbranles se rendra à Viazma, passera les ponts sur la droite de la ville et prendra position à une lieue en avant.

Napoléon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉE, A VIAZMA.

Viazma, 30 août 1812, minuit.

Mon Cousin, donnez ordre au général Eblé de partir à cinq heures du matin pour rejoindre l’avant-garde. 11 fera réparer tous les ponts sur les derrières. 11 marchera avec tout son personnel et le matériel qui consiste en outils et autres agrcs#de cette espèce, mais il n’em­mènera pas avec lui les bateaux. Vous ferez comprendre à ce général que, comme nous sommes presque en présence de l’ennemi, et qu’il est probable que dans trois ou quatre marches il y aura une bataille générale, le succès peut dépendre de la rapidité avec laquelle seront établis les débouchés et les ponts sur les torrents et les ravins; qu’il est donc indispensable qu’il y soit lui-même, pour que, aussitôt qu’il sera possible, il puisse travailler à l’établissement de ces débouchés. Pour une armée comme celle-ci il en faut toujours au moins six. 11 doit donc à cet effet se concerter avec le génie, et n’attendre aucun nouvel ordre pour prdonner lui-même l’établissement des ponts sur les ravins et petites rivières.

Donnez ordre au général Chasseloup de partir également à cinq heures du matin, d’emmener avec lui tout son personnel et matériel, hormis une compagnie qui peut être nécessaire pour réparer les ponts qui sont ici et achever la manutention et les fours. Faites-lui comprendre Tordre que vous donnez au général Eblé, la nécessité qu’il se trouve à Tavant-garde et qu’il se concerte avec le général Eblé; qu’il centralise tous les moyens de tous les corps, ceux du génie et du général Eblé, pour que tous les ponts et mauvais passages sur la route soient réparcs, pour qu’il y ait sur les ruisseaux ou ravins par où débouche Tavant-garde au moins six ponts et six grands débou­chés, aGn que l’armée puisse promptemenl arriver sur ses positions ou s’en retirer si le cas arrivait. Faites-lui également comprendre que nous sommes en présence de l’ennemi ; qu’il est probable qu’une grande bataille aura lieu avant quatre ou cinq marches, et que l’in­telligence de ces six débouchés et la promptitude de leur confection peut beaucoup influer sur le succès; qu’il faut avoir soin que les six ponts aient six débouchés différents , car si plusieurs avaient le môme débouché ils se trouveraient annulés. En se concertant avec le général Eblé, les moyens généraux des parcs joints aux moyens des corps d’armée, il y a de quoi faire très-rapidement le service. Faites-lui connaître aussi qu’il est possible que sur le champ de bataille je fasse retrancher une ou deux positions dans une nuit, qu’il faut donc y avoir non-seulement des ingénieurs et des sapeurs, mais qu’un assez bon nombre d’outils soient prêts à la minute. Qu’il parle donc à cinq heures du matin pour arriver, et qu’il envoie un officier du génie à l’avant-garde près le roi de Naples.pour connailre ses mouvements et la nature du terrain.

Faites-moi connaître où se trouve le petit quartier général, en quoi il consiste et quand il pourra partir.

  1. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE LA GRANDE ARMÉB, A VIAZMA.

VUtma, 31 août 1813.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig et au duc de Trévise de fqire prendre de l’cau-de-vie pour dix jours à la Garde. Donnez ordre à l’ordonnateur Joitiville, du petit quartier général, de faire charger d’eau-de-vie les caissons qu’il aurait vides, pour servir un jour de bataille.

Donnez ordre au duc d’Jstrie de partir avec toute la cavalerie de la

Garde et de faire aujourd’hui six lieues, de manière à arriver dans

– la journée de demain à la petite ville de Gbjatsk/ Donnez ordre au

Iduc de Danzig de partir à midi avec la vieille Garde et de faire

  • .aujourd’hui cinq ou six petites lieues’pour arriver demain à Ghjatsk.

 

Donnez ordre au général Sorbier de partir avec toute la réserve de la Garde. EnGn donnez ordre au petit quartier général de partir avant midi.

Napoléon.

  1. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRANDE ARMÉE, A  VBL1TCHBVO.

Velitchevo, 1″ septembre 1812, une heure du malin.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi que jusqu’à cette heure je vois que son corps d’armée est toujours en arrière ; il est urgent cepen­dant qu’il soit toujours en avant sur la gauche, de manière à pouvoir tourner Tennemi qui est sur le grand chemin devant l’avant-garde du roi de Naples^par la raison que, la position du grand chemin étant déterminée, l’ennemi peut s’y fortiBer par des redoutes ou prendre de bonnes positions, tandis que, la position de la gauche et celle de la droite n’étant pas déterminées, il ne peut opposer aucune redoute de ces côtés. Le vice-roi doit donc partir de bonne heure et ne pas passer par la ville de Gbjatsk, mais à deux lieues plus haut.

Napoléon.

  1. — AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DB LA GRANDE ARMÉE, A VBLHCHBVO.

VelilchefO, 1″ septembre 1812, une heure du matin.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de mettre son avant-garde en marche à cinq heures du matin, alin d’arriver de bonne heure sur Ghjalsk et de pouvoir l’occuper si l’ennemi le dispute. Il est nécessaire que le vice-roi le tourne par la gauche, en même temps que le prince Poniatowski le tournera par la droite. Une division de cuirassiers partira à six heures du matin, et les trois autres divisions pourront partir à sept ou huit heures. Donnez des ordres en consé­quence au vice-roi, au prince Poniatowski, au prince d’Eckmühl et au duc d’Elchingen.

Napoléon.

Velitchevo, 1er septembre 1812, une heure du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Velitchevo.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi que jusqu’à cette heure je vois que son corps d’armée est toujours en arrière ; il est urgent cepen­dant qu’il soit toujours en avant sur la gauche, de manière à pouvoir tourner l’ennemi qui est sur le grand chemin devant l’avant-garde du roi de Naples par la raison que, la position du grand chemin étant déterminée, l’ennemi peut s’y fortifier par des redoutes ou prendre de bonnes positions, tandis que, la position de la gauche et celle de la droite n’étant pas déterminées, il ne peut opposer aucune redoute de ces côtés. Le vice-roi doit donc partir de bonne heure et ne pas passer par la ville de Ghjatsk, mais à deux lieues plus haut.

 

Velitchevo, 1er septembre 1812, 2 heures du matin.

Mon Amie. J’apprends avec plaisir que ta santé n’a pas souffert de la fatigue du 15 et que le petit roi n’a plus de fièvre. Cela a dû t’inquiéter quoique tu aies été instruite que ce n’était rien. Si tu étais 2 ou 3 jours sans recevoir d’estafette, cela ne devrait pas t’étonner parce que nous sommes loin et que je m’éloigne encore. Ma santé est bonne. Mes affaires vont bien. Le temps est un peu rafraichi ; il a un peu plu. Nous sommes en automne et non plus dans la canicule. Adieu, mon amie, embrasse pour moi le petit roi sur les deux joues, et ne doute jamais de ton fidèle,

Nap.

 

Velitchevo, 1er septembre 1812, une heure du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Velitchevo.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de mettre son avant-garde en marche à cinq heures du matin, afin d’arriver de bonne heure sur Ghjatsk et de pouvoir l’occuper si l’ennemi le dispute. Il est nécessaire que le vice-roi le tourne par la gauche, en même temps que le prince Poniatowski le tournera par la droite. Une division de cuirassiers partira à six heures du matin, et les trois autres divisions pourront partir à sept ou huit heures. Donnez des ordres en consé­quence au vice-roi, au prince Poniatowski, au prince d’Eckmühl et au duc d’Elchingen.

 

Velitchevo, 1er septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Velitchevo.

Je désire que la division de ma Garde rejoigne le plus promptement possible, en laissant un général de brigade à Smolensk, et en emmenant avec elle sous son escorte le quartier général, le trésor et les convois d’artillerie qui pourraient se trouver. Les 3e bataillons de la Vistule doivent être arrivés ; ainsi il doit y avoir actuellement bien près de 3,000 hommes. Le major général recommandera de faire faire des patrouilles sur la route de Smolensk à Moscou par le régi­ment de cavalerie qui est à Smolensk, afin de maintenir les commu­nications libres et escorter les estafettes. Il sera convenable que ma Garde à pied fasse de bonnes journées, et que le général Delaborde m’instruise tous les jours, par le passage de l’estafette, du lieu où il est. Cela est nécessaire pour régler en conséquence les mouvements. Le major général écrira aussi au gouverneur de Smolensk de donner à Vitebsk des nouvelles de l’armée et de nous donner des nouvelles de Vitebsk.

 

Velitchevo, 1er septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai ordonné l’avance de 500,000 fr. pour le gouvernement de Vilna. Le gouvernement de Mohilef parait bien intentionné. Ce gouvernement pourrait aussi lever quelques régi­ments, et peut-être aussi celui de Vitebsk. Si toutefois la difficulté des cadres empoche d’en créer dans ces deux gouvernements, on pourrait toujours appeler les conscrits, puisqu’ils sont Polonais et parlent polonais. Concertez-vous à cet effet avec la commission du gouvernement. J’ai demandé depuis longtemps deux bataillons d’in­fanterie légère, garde-chasse. Si j’étais secondé, la garnison de Bobrouisk ne devrait pas m’inquiéter; cette place devrait être cernée par les troupes du pays. Songez bien que le seul secours que j’aie reçu de la Lithuanie se borne à douze gardes d’honneur. Je suis obligé de mettre garnison à Kovno et à Vilna. Il n’en était pas de même du Grand-Duché : il y avait à peine deux mois que j’y étais, qu’il avait fourni des troupes pour cerner Danzig, et beaucoup étaient en ligne. Le prince Poniatowski et la légion de la Vistule ont peu de cadres; c’est donc le plus difficile, mais les conscrits peuvent être levés. Jusqu’à cette heure, rien n’a été fait. Ayez donc une conférence là-dessus avec les membres du gouvernement. Le moins que je pusse espérer était que Bobrouisk aurait été cernée par les troupes du pays, et qu’elles auraient été en nombre suffisant pour faire la police, pour garnir Drouya et les points faibles de la Dvina, pour escorter les con­vois, etc. Il est probable que dans peu de jours j’aurai une bataille; si l’ennemi la perd, il perdra Moscou. Mes communications de Vilna à Smolensk ne sont pas difficiles, mais de Smolensk ici elles peuvent le devenir. Il faut donc des troupes, des gardes nationales ; il n’est pas nécessaire qu’elles soient bonnes, puisqu’elles ne sont opposées qu’à des paysans.

J’ai ordonné à la division Dombrowski de cerner Bobrouisk et de tâcher de s’en emparer. Écrivez dans ce sens au gouverneur de Minsk. En cas que le prince Schwarzenberg ait besoin de renfort, la division Dombrowski pourra lui servir, ainsi que les troupes du Grand-Duché. L’empereur d’Autriche fournira 3,000 hommes de cavalerie et 6,000 d’infanterie. Je désirerais beaucoup que le duc de Bellune pût me servir de réserve ici. Voyez le gouvernement pour que les recrues disséminées dans le pays se réunissent à Minsk. Il ne doit plus rien y avoir à craindre. Il faut que le duc de Bellune orga­nise bien son corps et assure bien ses subsistances.

 

Velitchevo, 1er septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, mandez au général Loison que j’ai ordonné que cinq bataillons, des douze qui sont à Danzig, se ren­dissent à Königsberg, et que douze bataillons, qui sont dans la Poméranie suédoise, se rendissent à Danzig, mon intention étant de leur faire continuer leur route sur l’armée. Réitérez au général Loison Tordre de faire partir toutes les troupes que j’ai désignées pour Kovno et Minsk.

 

Ghjatsk, 1er septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc d’Abrantès de faire demain sa journée pour s’approcher de la ville, sans trop fatiguer sa troupe; qu’il fasse six lieues. Les 400 chevaux qu’il a laissés en arrière-garde doivent se rendre à Viazma. En attendant qu’ils y arrivent, il laissera 100 chevaux à la disposition du général Baraguey d’Hilliers.

Écrivez au général Baraguey d’Hilliers pour qu’il continue l’orga­nisation de la route jusqu’à Ghjatsk, limite de son gouvernement, et qu’il y ait à toutes les postes une redoute dans laquelle 100 hom­mes et les chevaux de l’estafette soient renfermés. Mandez-lui de vous écrire tous les jours par l’estafette, et de vous donner des nouvelles du général Pino et de la division Pajol.

 

Camp impérial de Ghjatsk, 1er septembre 1812.

ORDRE DU JOUR.

Sa Majesté l’Empereur et Roi a ordonné ce qui suit :

1° Tous les carrosses, fourgons ou voitures de bagages et de sub­sistances passeront après l’artillerie et les voitures d’ambulance.

2° Tout carrosse, fourgon ou voiture particulière qui sera trouvé gênant la marche de l’artillerie et des ambulances sera brûlé.

3° Les voitures d’artillerie et les fourgons d’ambulance pourront seuls suivre l’avant-garde.

Les voitures de bagages, les grandes et petites charrettes ne pour­ront suivre l’avant-garde qu’à une distance de deux lieues. Toute voiture qui sera rencontrée plus près de l’avant-garde que deux lieues sera brûlée.

4° A la fin de la journée, les voitures ne pourront rejoindre l’avant-garde que quand elle aura pris position, et après que la canonnade ou la fusillade ne se feront plus entendre. Toute voiture qui serait trouvée à une distance moindre de deux lieues de l’avant-garde, avant qu’elle ait pris position, et pendant le temps que la canonnade ou la fusillade se feraient entendre, sera brûlée.

5e Le matin, au départ de l’avant-garde, les fourgons et voitures autres que celles de l’artillerie ou des ambulances seront parqués hors du chemin. Ceux qui seraient trouvés sur la route obstruant la marche de l’artillerie ou le mouvement des colonnes seront brûlés.

6e Les dispositions précédentes sont communes à toutes les divi­sions d’infanterie et de cavalerie de l’armée qui ne font point partie de l’avant-garde.

7° Sa Majesté ordonne aux chefs d’état-major des divisions et corps d’infanterie et de cavalerie et aux directeurs des parcs de l’artillerie de faire marcher les voitures de bagages après celles de l’artillerie et des ambulances, séparées et sous la conduite d’un vague­mestre de division.

8° Sa Majesté ordonne au général comte Belliard, chef de l’état-major de l’avant-garde, et aux chefs d’état-major des corps et divi­sions d’infanterie et de cavalerie de l’avant-garde, de prendre les mesures les plus efficaces pour l’exécution des présentes dispositions, et pour désigner l’emplacement où devront rester les voitures de l’avant-garde avant les défilés, tandis qu’elle combattra. Ces voitures ne devront passer les défilés que sur les ordres du chef de l’état-major de l’avant-garde, lequel ne pourra pas prendre sur lui de faire avancer aucune de ces voitures à plus de deux lieues de l’avant-garde.

9° Le présent ordre sera lu demain, à midi, à tous les corps; et Sa Majesté fait connaître que le 3 septembre elle fera brûler elle-même et en sa présence les voitures qu’elle trouvera en contravention au présent ordre.

 

Ghjatsk, 2 septembre 1812, trois heures du matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 1er corps de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, j’ai été mal satisfait hier de la manière dont marche votre corps. Toutes vos compagnies de sapeurs, au lieu de raccom­moder les ponts et les débouchés, n’ont rien fait, à, l’exception de celles de la division Compans. Aucune direction n’avait été donnée aux troupes et aux bagages pour passer, le défilé, de manière que tous se trouvaient les uns sur les autres. Enfin, au lieu d’être à une lieue de l’avant-garde, vous étiez sur elle. Tous les bagages, carrosses, etc., étaient en avant de votre corps, en avant même de l’avant-garde, de sorte que vos voitures étaient dans la ville que la cavalerie légère n’avait pas encore débouchée. Prenez des mesures pour remédier à un aussi mauvais ordre, qui peut essentiellement compromettre toute l’armée.

 

Ghjatsk, 2 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, je ne vois pas depuis deux jours le rapport de la position du prince d’Eckmühl. J’ignore où se trouve son corps. Faites-moi connaître d’où cela vient. Il est de son devoir d’en rendre compte au moins tous les jours.

 

Ghjatsk, 2 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples, au prince d’Eckmühl, au vice-roi, au prince Poniatowski, au duc d’Elchingen, de prendre aujourd’hui repos, de rallier les troupes, de faire faire à trois heures après midi un appel, et de me faire connaître positivement le nombre d’hommes qui seront présents à la bataille ; de faire faire l’inspection des armes, des cartouches, de l’artillerie et des ambulances; de faire connaître aux soldats que nous approchons du moment d’une bataille générale et qu’il faut s’y préparer. Il est nécessaire qu’avant dix heures du soir j’aie des états qui me fassent connaître le nombre d’hommes d’infanterie et de cavalerie, le nombre de pièces d’artil­lerie, leur calibre, le nombre de coups à tirer, le nombre de cartouches par soldat, le nombre de cartouches dans les caissons, le nombre de caissons d’ambulance appartenant soit aux régiments, soit aux divisions, soit aux corps d’armée, le nombre de chirurgiens, le nombre de pansements qu’on pourra faire. Ces états me feront connaître également les hommes détachés qui ne seraient pas pré­sents à la bataille si elle avait lieu demain, mais qu’on pourrait faire rejoindre si elle avait lieu dans deux ou trois jours, en indiquant le lieu où ils se trouvent et les moyens à prendre à cet effet. Ces états doivent être faits avec la plus grande attention, puisque de leur résul­tat doit dépendre ma résolution. Ils doivent comprendre d’abord tous les hommes présents à l’appel et ensuite tous ceux qui se trouveraient présents à la bataille. Vous ajouterez aussi qu’on me fasse connaître le nombre de chevaux qui seraient déferrés, et le temps qu’il faudrait pour referrer la cavalerie et la mettre en état pour la bataille. Le roi de Naples pourra, s’il le juge convenable, rectifier sa position, en avançant sa cavalerie légère et sa petite avant-garde de quelques vers les. Le prince Poniatowski et le vice-roi rectifieront également leur position.

 

Ghjatsk, 2 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Trévise de se rendre ici et de passer la rivière pour prendre position dans les faubourgs, sur la droite.

 

Ghjatsk, 2 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, l’état-major général ne m’est d’aucun service; ni le grand prévôt de la gendarmerie, ni le vaguemestre, ni les officiers d’état-major, aucun ne sert comme il le devrait. Vous avez reçu mon ordre du jour pour les bagages. Faites en sorte que les premiers bagages que je ferai brûler ne soient pas ceux de l’état-major général. Si vous n’avez pas de vaguemestre, nommez-en un; que tous les bagages marchent sous sa direction. Il est impossible de voir un plus mauvais ordre que celui qui règne.

 

Ghjatsk, 2 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Baraguey d’Hilliers de faire partir de Smolensk, sous les ordres du général Lanusse, le régiment de marche de la Garde auquel sera joint le bataillon de marche de la Garde qui doit être arrivé le 30 août, les quatre pièces de canon de la Garde que le général Delaborde doit avoir laissées à Smolensk, le régiment de marche du 3e corps venant de Vitebsk; ce qui fera 3,500 hommes d’infanterie; et enfin la cavalerie suivante : 470 che­vaux du régiment de marche de cavalerie, qui doit être arrivé le 29 août; 360 chevaux du 6e régiment de marche de cavalerie, qui doivent être arrivés le 30 août ; 500 chevaux du 5e régiment de marche de cavalerie, qui doivent être arrivés le 2 septembre, et 125 chevaux de l’escadron de marche qui doit être également arrivé le 2 septembre; ce qui fait 1,455 chevaux. La colonne du général Lanusse sera donc de près de 5,000 hommes, infanterie et cavalerie. Le trésor, s’il n’est pas parti, et tous les convois qui seraient encore à Smolensk partiront sous cette escorte.

Le 10 septembre, le général Baraguey d’Hilliers fera partir de Smolensk, sous les ordres d’un officier supérieur qu’il désignera, une deuxième colonne composée de deux bataillons du 33e léger avec leurs deux pièces de canon, formant 1,200 hommes, et du bataillon de Hesse-Darmstadt, formant 700 hommes, au total de 1,900 hommes d’infanterie; et en outre de 700 hommes de cava­lerie, composés de l’escadron de marche d’Elbing et de l’escadron de marche de Vilna; ce qui portera cette seconde colonne à 2,600 hom­mes, infanterie et cavalerie. Ces deux colonnes se dirigeront sur Ghjatsk.

Le général Barbanègre prendra le commandement de Smolensk, qui aura pour garnison trois bataillons de la Vistule forts ensemble de 2,100 hommes, un bataillon de marche de la Vistule fort de 1,000 hommes, un régiment de chevau-légers polonais fort de 400 hommes, une compagnie d’artillerie et dix-huit pièces d’artillerie que fournira le général d’artillerie; ce qui fera 3 à 4,000 hommes, indépendamment des bataillons d’hommes isolés qu’on formera. Les 3e bataillons des 1er et 2e régiments de la Vistule, formant 1,500 hom­mes, doivent être arrivés le 30 août; le 3e bataillon du 3e régiment de la Vistule arrive le 9 septembre; le bataillon de marche de la Vistule arrive également le 9 septembre ; enfin le bataillon des hommes isolés doit déjà être de plus de 1,000 hommes. Il est nécessaire, à cet effet, qu’aucun homme isolé, qu’aucun détachement, aucune compagnie de marche, aucun homme sortant des hôpitaux, ne quit­tent Smolensk; ils doivent y être réunis en bataillon de marche.

Un régiment de marche de 3,000 hommes d’infanterie et un autre de 500 hommes de cavalerie sont à Minsk et doivent arriver à Smolensk. Quand ils y seront arrivés, ils resteront pour y tenir garnison ; les trois bataillons de la Vistule se rendront alors à Dorogobouje et à Viazma, et les bataillons westphaliens avec la cavalerie westphalienne arriveront à Ghjatsk.

Avec ces trois corps de garnison à Smolensk, à Viazma et à Ghjatsk, le général Baraguey d’Hilliers pourra maintenir la liberté de la route et les communications de Smolensk avec l’armée.

De nouvelles troupes doivent arriver successivement à Smolensk, telles que le 129e régiment, le régiment illyrien, etc. ; mais, d’ici à ce qu’elles arrivent, j’aurai le temps de donner des ordres. Enfin le duc de Bellune, qui est actuellement à Vilna, se met en marche avec son corps d’armée pour Minsk. Si les communications avec l’armée venaient à être interrompues, le général Baraguey d’Hilliers devrait correspondre avec ce maréchal, qui est prévenu de ce qu’il doit faire dans toutes les circonstances. Il correspondrait aussi avec le général Dombrowski, qui est avec une division du côté de Mohilef. Il adresserait ses dépêches au gouverneur de Mohilef et au gouverneur de Minsk.

Donnez l’ordre au bataillon westphalien et aux deux pièces de canon qui sont à Orcha de se rendre à Viazma et Ghjatsk, pour y rejoindre les autres bataillons westphaliens. Le gouverneur de Mohilef remplacera ce bataillon à Orcha. Donnez l’ordre à Vitebsk qu’un bataillon de marche bien armé et bien organisé se rende à Smolensk, où il tiendra garnison jusqu’à nouvel ordre. Enfin donnez l’ordre à la compagnie de sapeurs et à celle du Danube qui se trouvent à Vitebsk de se rendre à Smolensk.

 

Ghjatsk, 2 septembre 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai reçu le rapport du duc de Raguse sur la bataille du 22 (bataille des Arapiles ou de Salamanque). Il est impossible de rien lire de plus insigni­fiant ; il y a plus de fatras et plus de rouages que dans une horloge, et pas un mot qui fasse connaître l’état réel des choses.

Voici ma manière de voir sur cette affaire, et la conduite que vous devez tenir.

Vous attendrez que le duc de Raguse soit arrivé, qu’il soit remis de sa blessure et à peu près entièrement rétabli. Vous lui demande­rez alors de répondre catégoriquement à ces questions :

Pourquoi a-t-il livré bataille sans les ordres de son général en chef ?

Placé par les dispositions générales de l’armée à Salamanque, il était tout simple qu’il se défendit s’il était attaqué; mais, puisqu’il avait évacué Salamanque de plusieurs marches, pourquoi n’en a-t-il pas instruit son général eu chef ?

Pourquoi n’a-t- il pas pris ses ordres sur le parti qu’il devait suivre, subordonné au système général de mes armées en Espagne ?

Il y a là un cas d’insubordination qui est la cause de tous les mal­heurs de cette affaire. Et quand-même il n’eût pas été dans l’obliga­tion de se mettre en communication avec son général en chef pour exé­cuter les ordres qu’il en recevrait, comment a-t-il pu sortir de sa défensive sur le Douro, lorsque, sans un grand effort d’imagination, il était facile de concevoir qu’il pouvait être secouru par l’arrivée de la division de dragons, d’une trentaine de pièces de canon et de plus de 15,000 hommes de troupes françaises que le Roi avait dans la main ?

Et comment pouvait-il sortir de la défensive pour prendre l’offen­sive, sans attendre la réunion et le secours d’un corps de 15,000 à 17,000 hommes ?

Le Roi avait ordonné à l’armée du Nord d’envoyer sa cavalerie à son secours; elle était en marche : le duc de Raguse ne pouvait l’ignorer, puisque cette cavalerie est arrivée le soir de la bataille.

De Salamanque à Burgos il y a bien des marches : pourquoi n’a-t-il pas retardé de deux jours pour avoir le secours de cette cava­lerie qui lui était si importante ?

Il faudrait avoir une explication sur les raisons qui ont porté le duc de Raguse à ne pas attendre les ordres de son général en chef pour livrer bataille, à livrer bataille sans attendre les renforts que le Roi, comme commandant supérieur de mes armées en Espagne, pouvait retirer de l’armée du Centre, de l’armée de Valence, et de l’Anda­lousie. Le seul fonds de l’armée du Centre fournissait 15,000 hommes et 2,500 chevaux, lesquels pouvaient être rendus dans le même temps que le duc de Raguse faisait battre l’armée française; et, en pre­nant dans ces deux armées, le Roi pouvait lui amener 40,000 hommes.

Enfin, le duc de Raguse sachant que 1,500 chevaux étaient partis de Burgos pour le rejoindre, comment ne les a-t-il pas attendus ?

En faisant coïncider ces deux circonstances, d’avoir pris l’offensive sans les ordres de son général en chef et de n’avoir pas retardé la bataille de deux jours pour recevoir 15,000 hommes d’infanterie que lui menait le Roi et 1,500 chevaux de l’armée du Nord, on est fondé à penser que le duc de Raguse a craint que le Roi ne participât au succès, et qu’il a sacrifié à la vanité la gloire de la patrie et l’avan­tage de mon service.

Donnez ordre aux généraux de division d’envoyer des états de leurs pertes. Il est intolérable qu’on rende des comptes faux et qu’on me dissimule la vérité.

Donnez ordre au général Clausel, qui commande l’armée, d’en­voyer la situation avant et après la bataille.

Demandez également aux chefs de corps leurs situations exactes.

Vous ferez connaître au duc de Raguse, en temps opportun, combien je suis indigné de la conduite inexplicable qu’il a tenue, en n’attendant pas deux jours que les secours de l’armée du Centre et de l’armée du Nord le rejoignissent.

J’attends avec impatience l’arrivée du général aide de camp, pour avoir des renseignements précis. Ce qu’il a écrit ne signifie pas grand-chose.

 

Ghjatsk, 2 septembre 1812.

Mon amie, je reçois ta lettre du 17 août où je vois que la chaleur a commencé à Paris, cela doit durer jusqu’au 15 septembre. Ma santé est bonne. Nous sommes ici en automne. Les nouvelles que tu me donnes, que le petit roi est tout à fait rétabli, m’a fait plaisir. Embrasses-le deux fois pour moi. Adieu, mon amie, je pense à toi et j’éprouverai bien du plaisir à te revoir et à te donner un tendre baiser. Tout à toi.

Nap.

 

Ghjatsk, 2 septembre au soir.

Ma bonne amie. Je reçois ta lettre du 18 août. Je vois avec plaisir que tu te portes bien et que tu es contente du petit roi. Je suis bien aise que les dessins de Denon sur mes campagnes t’amusent. Tu trouves que j’ai couru bien du danger. Voilà 19 ans que je fais la guerre et j’ai donné bien des batailles et fait bien des sièges en Europe, en Asie, en Afrique. Je vais me dépêcher de finir celle-ci pour te revoir bientôt et te prouver tous les sentiments que tu m’inspires. Adieu mon amie. Tout à toi.

Nap.

 

Ghjatsk, 3 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, écrivez aux généraux commandant les corps d’armée, que nous perdons tous les jours beaucoup de monde par le défaut d’ordre qui existe dans la manière d’aller aux subsistances; qu’il est urgent qu’ils concertent avec les différents chefs de corps les mesures à prendre pour mettre un terme à un état de choses qui menace l’armée de sa destruction ; que le nombre de prisonniers que l’ennemi fait se monte chaque jour à plusieurs centaines; qu’il faut, sous les peines les plus sévères, défendre aux soldats de s’écarter, et envoyer aux vivres comme l’ordonnance prescrit de le faire pour les fourrages : par corps d’armée quand l’armée est réunie, et par division quand elle est séparée; qu’un officier général ou supérieur doit commander le fourrage pour les vivres, et qu’une force suffisante doit protéger l’opération contre les paysans et les Cosaques; que le plus possible, quand on rencontrera des habitants, on requerra ce qu’ils auront à fournir, sans faire plus de mal au pays ; enfin que cet objet est si important, que j’attends du zèle des généraux et chefs de corps pour mon service de prendre toutes les mesures capables de mettre un terme au désordre dont il s’agit. Vous écrirez au roi de Naples, qui commande la cavalerie, qu’il est indispensable que la cavalerie couvre entièrement les fourrageurs, et mette ainsi les détachements qui iront aux vivres à l’abri des Cosaques et de la cavalerie ennemie. Vous recommanderez an prince d’Eckmühl de ne pas s’approcher à plus de deux lieues de l’avant-garde. Vous lui ferez sentir que cela est impor­tant pour que les fourrageurs n’aillent pas aux vivres trop près de l’ennemi. Enfin vous ferez connaître au duc d’Elchingen qu’il perd tous les jours plus de monde que si on donnait bataille ; qu’il est donc nécessaire que le service des fourrageurs soit mieux réglé et qu’on ne s’éloigne pas tant.

 

Ghjatsk, 3 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, témoignez mon mécontentement au général Dutaillis, commandant à Varsovie, de ce qu’il a laissé passer un courrier russe dans le duché. La signature d’un agent diplomatique, celle même du ministre des relations extérieures, du ministre de la police ou du ministre de la guerre de France, ne pouvaient autoriser le général Dutaillis à laisser passer un courrier russe. Il devait le retenir jusqu’à ce qu’il en eût rendu compte au major général. Je ne puis conce­voir qu’il puisse ouvrir ainsi les frontières à mes ennemis; c’est un véritable crime. Donnez des ordres précis sur les derrières pour qu’on ne laisse passer aucun porteur de passeports du duc de Bassano ni du ministre de la police, si un ordre spécial de vous n’y est joint. Les porteurs de ces passeports doivent être retenus et leurs dépêches envoyées au quartier général. Je suis surpris que, depuis le temps que je fais la guerre, je sois toujours obligé de répéter de pareils ordres, si naturellement indiqués par les usages de la guerre et si intimement liés à la sûreté de l’armée.

 

Ghjatsk, 3 septembre 1812.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, le IIe corps, que commande le duc de Castiglione, manque d’administrateurs. Donnez des ordres pour qu’il en soit envoyé. Depuis vingt ans que je commande les armées françaises, je n’ai jamais vu l’administration militaire plus nulle ; il n’y a personne : ce qui a été envoyé ici est sans aptitude et sans connaissance. L’inexpérience des chirurgiens fait plus de mal à l’armée que les batteries ennemies. Les quatre ordonnateurs qui accompagnent l’intendant général n’ont aucune expérience. Le comité de santé est bien coupable d’avoir envoyé des chirurgiens si ignorants. Faites partir des administrateurs pour tous les corps d’armée. Nous avons besoin d’employés des hôpitaux et de 150 chirurgiens. Quant à l’institution des compagnies d’armuriers, elle a été, comme toutes les opérations de l’administration de la guerre, entièrement manquée. Dès qu’on leur a donné des fusils et des uniformes mili­taires, ils n’ont plus voulu servir les hôpitaux. Il fallait leur donner un chapeau rond, un frac, un bâton blanc et tout au plus un sabre. Envoyez de l’intérieur des administrations et des compagnies d’infirmiers, s’il en existe encore, mais organisées comme je l’ai dit ci-dessus.

Quant à la proposition de la Bavière, nous ne manquons ni de biscuit, ni de viande salée; si nous en manquions, la fourniture à Linz ne serait d’aucun résultat, le transport étant impossible.

 

Ghjatsk, 3 septembre 1812

Mon Amie. Je reçois ta lettre du 19. Je pars cette nuit pour avancer dans la direction de Moscou. Nous sommes ici à l’automne ; il fait le temps qu’il fait lors du voyage de Fontainebleau. Les greniers sont pleins, la terre couverte de légumes, aussi le soldat va bien, ce qui est un grand point. Mes affaires vont bien. Ma santé est bonne ; j’apprends que la tienne est parfaite. Embrasse le petit roi sur les 2 joues. Adio, mio ben.

Nap.

 

Ghjatsk, 4 septembre 1812.

À M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai intercepté un courrier de Tormasof qui était porteur de lettres datées du camp de Kovel, le 25 août. Il résulte de ces lettres que les quatre divisions du corps de Tormasof ne font que 12,000 hommes; qu’il n’avait au combat du 12 août que 16,000 hommes tout compris, et qu’il attend deux divisions de Moldavie qui, vu les pertes faites, ne sont que de 7,000 hommes. Il n’y a pas là de quoi effrayer le prince de Schwarzenberg. Mandez-lui que j’ai écrit à l’Empereur pour qu’on lui envoie un renfort de 3,000 hommes de cavalerie et de 6,000 hommes d’infanterie.

Il résulte des mêmes lettres que le général Kamensky, malade, a quitté l’armée, et que le commandement de son corps a été donné au général Markof; que, le 10 août, Tormasof a fait prisonniers 3 officiers, 13 sous-officiers et 200 soldats; enfin qu’il se retire sur Loutsk.

 

Ghjatsk, 4 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Ghjatsk.

Mon Cousin, donnez ordre que toutes les voitures chargées ou vides qui sont ici partent pour suivre le petit quartier général. Donnez ordre à la vieille Garde de partir à midi et de faire aujourd’hui une journée de quatre ou cinq lieues.

An camp, deux lieue» en arrière de Mojaïsk, 6 septembre 1812 (Veille de la bataille de la Moskova).

ORDRE POUR LA BATAILLE.

A la pointe du jour, les deux nouvelles batteries construites pen­dant la nuit au plateau du prince d’Eckmühl commenceront leur feu contre les deux batteries ennemies opposées.

Au même moment, le général Pernety, commandant l’artillerie du 1er corps, avec les trente bouches à feu qui seront à la division Compans et tous les officiers des divisions Dessaix et Friant, qui se por­teront en avant, commencera le feu et écrasera d’obus la batterie ennemie, qui, par ce moyen, aura contre elle vingt-quatre pièces de la Garde, trente de la division Compans et huit des divisions Friant et Dessaix; total, soixante-deux bouches à feu.

Le général Foucher, commandant l’artillerie du 3e corps, se portera avec tous les obusiers du 3e et du 8e corps, qui sont au nombre de seize, autour de la batterie qui bat la redoute de gauche, ce qui fera quarante bouches à feu contre cette batterie.

Le général Sorbier sera prêt, au premier commandement, à se détacher avec tous les obusiers de la Garde, pour se porter sur l’une ou l’autre redoute.

Pendant cette canonnade le prince Poniatowski se portera du vil­lage vers la forêt et tournera la position de l’ennemi. Le général Compans longera la forêt pour enlever la première redoute.

Le combat ainsi engagé, les ordres seront donnés selon les dispo­sitions de l’ennemi.

La canonnade de la gauche commencera au même moment qu’on entendra la canonnade de la droite. Une forte fusillade de tirailleurs sera engagée par la division Morand et par les divisions du vice-roi, aussitôt qu’ils verront l’attaque de droite commencée. Le vice-roi s’emparera du village (Borodino), débouchera par ses trois ponts sur la hauteur, dans le temps que les généraux Morand et Gérard débouche­ront, sous les ordres du vice-roi, pour s’emparer de la redoute de l’ennemi et former la ligne de l’armée.

Le tout se fera avec ordre et méthode et en ayant soin de tenir toujours une grande quantité de réserves.

 

Borodino, 6 septembre 1812.

Ma bonne amie. Je suis très fatigué. Bausset m’a remis le portrait du roi. C’est un chef d’œuvre. Je te remercie bien de ton attention. Cela est beau comme toi. Je t’écrirai demain plus en détail. Je suis fatigué. Adio, moi bene.

Nap.

 

Au camp impérial, sur les hauteurs de Borodino, 7 septembre 1812, deux heures du matin.

PROCLAMATION.

Soldats, voilà la bataille que vous avez tant désirée ! Désormais la victoire dépend de vous : elle nous est nécessaire. Elle nous donnera l’abondance, de bons quartiers d’hiver et un prompt retour dans la patrie ! Conduisez-vous comme à Austerlitz, à Friedland, à Vitebsk, à Smolensk, et que la postérité la plus reculée cite avec orgueil votre conduite dans cette journée ; que l’on dise de vous : il était à cette grande bataille sous les murs de Moscou !

 

Borodino, 8 septembre 1812

Ma bonne amie. Je t‘écris sur le champ de bataille de Borodino. J’ai battu hier les Russes, toute leur armée forte de 120.000 hommes y était. La bataille a été chaude : à 2 heures après midi la victoire était à nous. Je leur ai fait plusieurs milliers de prisonniers et pris 60 pièces de canon. Leur perte se peut évaluer à 30.000 hommes. J’ai eu bien des tués et des blessés- Caulaincourt, le gouverneur des pages, a été tué, je lui avait donné le commandement d’une division. Je n’ai de ma personne pas été du tout exposé. Ma santé est bonne, le temps un peu frais. Nansouty a été blessé légèrement. Adieu, ma bonne amie. Tout à toi. Ton

Nap.

 

Mojaïsk, 9 septembre 1812.

À François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, je m’empresse d’an­noncer à Votre Majesté Impériale l’heureuse issue de la bataille de la Moskova, qui a eu lieu le 7 septembre, au village de Borodino.

Sachant l’intérêt personnel que Votre Majesté veut bien me porter, j’ai cru devoir lui annoncer moi-même ce mémorable événement et le bon état de ma santé. J’évalue la perte de l’ennemi à 40 ou 50,000 hommes; il avait de 120 à 130,000 hommes en bataille. J’ai perdu de 8 à 10,000 tués ou blessés. J’ai pris 60 pièces de canon et fait un grand nombre de prisonniers. Mon avant-garde est à six lieues en avant.                                                                                ‘

Je prie de nouveau Votre Majesté de renforcer le prince de Schwarzenberg, afin qu’il soutienne l’honneur des armes autrichiennes, comme il l’a déjà fait.

Je prie surtout Votre Majesté, de me conserver ses bonnes grâces et ses mêmes sentiments, qu’elle me doit pour ceux que je lui porte.

Napoléon.

 

Mojaïsk, 9 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, donnez ordre que les 3e et 4e bataillons du 33e léger se rendent à Smolensk. Donnez ordre que les voltigeurs de la Garde se rendent de Vitebsk à Smolensk. Donnez ordre que deux bataillons de marche bien armés, chacun de 1,000 hommes, se rendent de Vitebsk à Smolensk et de là à l’armée. Donnez ordre que les 3e batail­lons des 4e, 7e et 9e régiments polonais se rendent à Smolensk. Donnez ordre que les quatre demi-brigades de marche qui faisaient partie de la division Lagrange se rendent à Smolensk. Donnez ordre que les 6e bataillons des 19e, 46e 37e et 56e se rendent de Danzig à Smolensk. Donnez ordre que le régiment westphalien qui est parti de Königsberg et les deux de Saxons se rendent à Smolensk. Donnez ordre que le régiment illyrien et le 129e se rendent à Smolensk. Le régiment illyrien laissera le cadre d’un bataillon à Minsk, et le 129e un dépôt, pour recevoir les recrues polonaises. Donnez ordre que tous les bataillons et escadrons de marche, détachements d’artillerie, caissons d’ambulance, munitions de guerre, se dirigent sur Smo­lensk. Donnez ordre que tous les hommes disponibles des dépôts de Glogau, Küstrin, Stettin, Danzig, Varsovie, Thorn, Königsberg, et des dépôts de cavalerie de la Prusse, de Meretch, de Kovno, de Lepel, etc., montés, soient dirigés sur Smolensk.

 

Mojaïsk, 9 septembre 1812. 5)Cette lettre est tout entière de la main de l’Empereur.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Faites faire la reconnaissance de la ville; tracer une route qui tourne le défilé.

Faites construire deux ponts sur la Moskova.

Écrivez au prince Eugène qu’il peut se rendre à Rouza et faire courir des partis sur Zvenigorod, réunir beaucoup de bestiaux et de vivres, et des nouvelles ;

Au prince d’Eckmühl, de faire occuper Borisov et ramasser des vivres et des nouvelles ;

Au duc d’Elchingen, de venir demain avec son corps à Mojaïsk, et laisser le duc d’Abrantès pour garder le champ de bataille.

 

Mojaïsk, 9 septembre 1812

Mon Amie. J’ai reçu ta lettre du 24. Le petit roi, après ce que tu me dis, est bien méchant. J’ai reçu son portrait la veille de la bataille de la Moskova. Je l’ai fait voir, toute l’armée l’a trouvé admirable, c’est un chef-d’œuvre. Je suis fort enrhumé d’avoir pris de la pluie à deux heures du matin pour visiter nos postes, mais j’espère en être quitte demain. Du reste ma santé est fort bonne. Tu peux donner, si tu le veux, les entrées au prince de Bénévent et à Rémusat,  il n’y a pas d’inconvénient. Tu les peux aussi donner à l’évêque de Nantes, s’il est à Paris. Adieu mon amie. Tout à toi

Nap

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812

Ma bonne amie. Je reçois ta lettre du 25. Je suis fâché de te voir triste ; j’espère que tu m’apprendras demain que tu es mieux. Ton père n’a pas reçu de tes lettres. Écris-lui par un courrier. Il paraît que les postes d’Allemagne vont mal. Lavalette, à qui tu adresses ta lettre, la lui expédiera. Ma santé est bonne. Je suis cependant un peu enrhumé, mais cela va finir. Il fait ici très froid.

Nap.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, l’on suppose que Wittgenstein a quitté la Drissa pour se porter entre Pétersbourg et Moscou. Si cela se vérifie, écrivez au maréchal Saint-Cyr de le poursuivre et d’ar­river en même temps que lui pour couvrir mon flanc. Dans ce cas, écrivez aussi au duc de Tarente qu’il a carte blanche pour faire le siège de Riga ou faire ce qu’il croira le plus utile à mon service.

Écrivez au prince de Schwarzenberg que l’ennemi a tout fait pour nous empêcher d’arriver à Moscou; qu’il fera tout pour nous en chasser ; que je suis certain que tout ce qui était à Mozyr et à Kiev se dirige sur Moscou; qu’il faut qu’il suive vivement le mouvement de l’ennemi et ne se laisse pas tromper; que, si l’ennemi qui est vis-à-vis de lui tombe sur moi, il doit le suivre et tomber sur lui. Cela est bien entendu. Expliquez-vous bien là-dessus. Désormais l’ennemi, frappé au cœur, ne s’occupe plus que du cœur et ne songe plus aux extrémités.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le duc de Bassano, je vous ai écrit pour vous recom­mander d’approvisionner le corps de Saint-Cyr par Kovno, Vilna, Gloubokoïé et Vidzy. Je vous ai écrit pour que tous les convois d’ha­billement soient dirigés sur Smolensk. Je vous ai écrit pour que toute l’artillerie, les caissons chargés qui sont à Vilna et à Kovno, soient dirigés sur l’armée par tous les moyens possibles. Je vous ai écrit pour que les dépôts de cavalerie de Kovno, de Meretch, de Lepel, de Gloubokoïé, fassent partir pour Smolensk tous les hommes montés disponibles. Je vous ai écrit pour que l’on dirige de Vilna, de Kovno, etc., tous ceux qui sortent des hôpitaux de Lithuanie, bien armés et bien organisés, sur Smolensk. Je vous ai écrit pour que les neuf régiments de Lithuanie et les bataillons de chasseurs soient for­més; si je les avais, ils me serviraient contre les paysans de Russie. Rendez-moi compte de tout cela et entrez dans tous les détails.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, ordonnée que l’on passe la revue des dépôts de cava­lerie de Lepel, de Gloubokoïé, de Minsk, de Borisof, de Meretch, de Kovno, et que l’on en fasse partir le plus d’hommes montés que l’on pourra. On prendra le cheval d’un côté, la selle de l’autre; les hommes seront pris en bon état. Ainsi l’on pressurera les dépôts, et l’on en fera partir, sans avoir égard aux régiments, tout ce qu’ils peuvent fournir. Les chevaux qui pourraient avoir besoin encore d’un mois de repos, on les laissera aux dépôts avec leur harnachement, et avec des hommes armés et en état, de sorte que dans un mois tout puisse partir. Les chevaux hors de service et non susceptibles de se rétablir, on les abattra. Le reste des hommes sera dirigé sur Varsovie avec les harnais, pour y être remontés et remis en état de partir par les soins du général Dutaillis, qui passera à cet effet des marchés, et qui correspondra avec les commandants des dépôts d’Elbing, de Glogau et de Berlin, afin d’en faire venir des hommes ou d’en tirer des chevaux selon les besoins.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, écrivez au général de l’artillerie qu’il se fasse rien brûler; que tout ce qu’il ne peut pas emporter doit être placé à deux lieues en arrière du champ de bataille, dans le couvent où je laisse l’hôpital. Le général d’artillerie réunira là l’artillerie prise à l’ennemi, celle démontée, y établira un atelier de réparations, y laissera une compagnie d’artillerie avec les moyens de tirer parti de quatre à six bouches à feu pour défendre la place. Il y aura là un commandant et une garnison de 1,000 hommes. On peut aussi réunir là les dépôts de cavalerie de l’armée et les chevaux fatigués ou blessés. Donnez les ordres en conséquence.

Napoléon.

P. S. Il y aura un officier du génie pour créneler et faire bien retrancher ce poste.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, donnez ordre au général Dombrowski de rejoindre l’armée avec sa division, s’il ne voit aucun danger pour Minsk de la part de la garnison de Bobrouisk et du corps de Hertel, que l’on assure s’être porté sur la Grande Armée; qu’il amène avec lui le plus de munitions d’artillerie qu’il pourra.

Napoléon.

P. S. Écrivez au gouverneur de Minsk qu’il faut qu’il emploie les gardes nationales et les bataillons de garde-chasse pour protéger la province.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, par l’état que m’a remis le général d’artillerie, je vois que, les quatre convois arrivés, il manquera pour remplacer les munitions consommées : trente caissons de 12, quatre-vingts de 6, vingt-quatre de 6 pouces 4 lignes et cinquante-deux de 5 pouces 6 lignes, total cent quatre-vingt-six caissons. Il faut ordonner que ces munitions, formant cent quatre-vingt-six caissons, soient les premières chargées pour ici. Je ne dois éprouver aucune diminution de pièces de canon; les pièces démontées doivent déjà être remises en état; celles qui auront les lumières évasées, on y mettra un grain à Moscou; il ne faut renvoyer que les pièces crevées.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, nous avons bien besoin de fusils français ; il nous en faut à Vilna, à Minsk, à Smolensk et à l’abbaye qui est près du champ de bataille, pour armer les traineurs et, bien entendu, les blessés qui ont perdu les leurs. Il faudra 20,000 fusils dont 8.000 en quatre endroits; faites-moi connaître ce que nous avons, arrivé et en route.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, faites connaître au maréchal Saint-Cyr les mesures que j’ai prises pour assurer ses subsistances; de son côté, il doit envoyer à Kovno prendre du riz, de l’eau-de-vie et du biscuit par toutes les voitures qu’il a. Dites-lui que le corps de Wittgenstein n’est pas de 20,000 hommes tout compris; qu’il est bien supérieur en forces, et que, s’il se concertait avec le duc de Tarente, il pourrait l’attaquer et le culbuter en le tournant.

 

Mojaïsk, 10 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi de se rendre avec son corps et le 3e corps de cavalerie à Zvenigorod, de jeter de suite deux ponts sur la route de Koubinskoïé, pour être en communication avec le roi de Naples qui s’y rend, de faire battre tout le pays de droite et de gauche, d’envoyer des nouvelles et de m’envoyer des guides, etc.

Donnez ordre au prince d’Eckmühl d’appuyer le roi de Naples, qui se rend à Koubinskoïé. Donnez ordre au duc d’Elchingen de se porter aujourd’hui à trois heures en avant de la ville. Faites revenir la bri­gade de cavalerie que le roi de Naples a laissée sur le champ de bataille, le duc d’Abrantès étant suffisant.

 

De notre quartier impérial de Mojaïsk, 10 septembre 1812.

CIRCULAIRE AUX ÉVÊQUES DE L’EMPIRE.

Monsieur l’Évêque de , le passage du Niémen, de la Dvina, du Borysthène, les combats de Mohilef, de la Drissa, de Polotsk, d’Ostrovno, de Smolensk, enfin la bataille de la Moskova, sont autant de motifs pour adresser des actions de grâces au Dieu des armées. Notre intention est donc qu’à la réception de la présente vous vous concertiez avec qui de droit.

Réunissez mon peuple dans les églises pour chanter des prières, conformément à l’usage et aux règles de l’Église en pareille circon­stance.

 

Mojaïsk, 11 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon cousin, écrivez au duc de Bellune que le 8e régiment westphalien, le régiment saxon de Low, celui de Rechten, le 3e régiment de marche d’infanterie formé à Königsberg, les 3e bataillons des 4e, 7e et 9e régiments polonais, les 8e, 9e, 10e et 11e régiments de marche de cavalerie, doivent tous être dirigés sur Smolensk ; que l’ennemi attaqué au cœur, ne s’amuse plus aux extrémités; qu’il fait tout pour nous empêcher d’entrer à Moscou et montre la résolution de tout faire pour nous en chasser le plus tôt qu’il lui sera possible. C’est donc de Smolensk à Moscou qu’il faut se porter, les nombreuses troupes qui arrivent derrière et celles du grand-duché de Lithuanie étant suffisantes pour garder les derrières. IL est nécessaire également que le duc de Bellune se tienne prêt avec tout son corps d’armée réuni pour se porter de Smolensk sur Moscou, afin de renforcer l’armée à mesure que l’ennemi renforcera la sienne. Vitebsk n’a besoin de rien; si peu de troupes qu’il y ait, l’ennemi le laissera tranquille; je n’y tiendrai même personne aussitôt que mon hôpital sera évacué. Il faut donc que le duc de Bellune dirige tout, bataillons, escadrons, artillerie, hommes isolés, sur Smolensk, pour de là pouvoir venir sur Moscou.

 

Mojaïsk, 11 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, vous m’assurez qu’il y a à Kovno 9,000 fusils fran­çais, et à Vilna 2,000, ce qui fait 11,000. Vous les répartirez de la manière suivante : 3,000 à Mojaïsk, 4,000 à Smolensk, 2,000 à Vilna, 2,000 à Minsk, total 11.000.

Les 40,000 fusils étrangers seront tenus à la disposition du gouverneur général de la Lithuanie. Il n’en faut pas à Smolensk.

 

Mojaïsk, 11 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, donnez l’ordre au régiment de Mecklenburg, qui est à Vilna et à Minsk, de se rendre à Smolensk. Donnez ordre au régi­ment de Hesse, qui est à Vilna, de se rendre à Smolensk. Donnez ordre que les vélites de la garde, de Turin, qui arrivent le 19 septembre à Berlin, se rendent à Varsovie. Donner le même ordre pour les gardes d’honneur et les vélites de la Toscane. Réitérez l’ordre que les 1e, 2e, 3e et 4e demi-brigades de marche se rendent à Smolensk. Donnez l’ordre que deux compagnies d’artillerie de l’équipage de siège de Magdeburg se rendent à Smolensk. Donner l’ordre qu’il ne reste à Pillau qu’une compagnie d’artillerie; que l’autre se rende à Smolensk. Donner le même ordre pour la Poméranie suédoise, pour Spandau, pour Thorn, ce qui fera six nouvelles compagnies d’artil­lerie à Smolensk. Donnez ordre que le 7e régiment wurtembergeois qui est à Danzig, se rende à Smolensk. Donnez ordre que le batail­lon de marche étranger qui est à Thorn se rende à Smolensk. Donnez l’ordre que le bataillon du 22e léger qui est à Thorn se rende à Smolensk. Donnez ordre que le 1er bataillon de la Méditerranée, qui est à Glogau, se rende à Varsovie. J’ai donné ordre que les douze bataillons qui font partie de la division Morand, en Poméranie, se rendis­sent à Danzig. Donnez ordre qu’aussitôt que sa tête sera arrivée l’on fasse partir les régiments n° 4 et 5 de la Confédération et celui du prince Primat pour Smolensk, et les Napolitains pour Kovno; il suffit qu’il reste toujours à Danzig 8 bataillons et 2 à Königsberg. Une brigade de six cohortes de gardes nationales, formant 4,000 hommes, était arrivée à Bremen, donnez l’ordre qu’elle se rende à Hambourg, et que la division Heudelet se rende dans la Poméranie suédoise avec quatre de ses demi-brigades, et laissant les deux autres dans le Mecklenburg.

Donnez l’ordre que la 32e division, sous les ordres d’un général de brigade et composée des régiments de Belle-Île, de Ré, de Walcheren et de la Méditerranée, se rende à Varsovie. Il ne restera plus au duc de Castiglione que les 30e et 31e divisions, ce qui, avec des brigades de gardes nationales, est suffisant dans la saison actuelle.

Donnez l’ordre au 4e régiment westphalien, qui de Stralsund se rend à Danzig, de se rendre à Smolensk. Donnez le même ordre au régiment de Hesse-Darmstadt, qui arrive de Stralsund à Danzig. Donnez l’ordre aux trois bataillons de Würzburg qui sont à Berlin de se rendre à Varsovie.

 

Mojaïsk, 11 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, je vous ai envoyé divers ordres pour que toute mon infanterie et cavalerie fussent réunies à Smolensk. Je crois n’avoir rien oublié. Mon intention est qu’il ne reste, du Rhin à Smolensk, que la division Heudelet, la division Lagrange (le manchot), la bri­gade de dragons et 12 cohortes de gardes nationales;

A Danzig, 8 bataillons, savoir : un du 3e de ligne, un du 105e, deux du 29e, deux du 113e deux du régiment n° 6 de la Confédération ;

A Pillau et à Königsberg, 2 bataillons de marche.

Si j’avais oublié quelque chose et laissé en arrière quelques déta­chements ou bataillons, remettez-m ‘en la note sous les yeux. Les neuf régiments du grand-duché de Lithuanie doivent seuls tenir gar­nison en Pologne.

 

Mojaisk, 11 septembre 1812

Ma bonne amie. Je reçois ta lettre du 26. Tu as trouvé Trianon très riant ; c’est sa belle saison. Cela m’a fait penser au beau séjour que nous y avons fait l’an passé. Ici, la chaleur a cessé, il fait froid. Ma santé est bonne, cependant un peu de rhume qui tire à sa fin. Mes affaires vont bien, embrasses le petit roi deux fois pour moi. Écris à ton père par un courrier, l’on me dit qu’il est inquiet de ne pas recevoir de tes nouvelles. Adio, miou ben. Tout à toi

Nap.

 

Mojaïsk, 12 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi :

« L’Empereur n’approuve pas que vous n’ayez pas occupé hier la ville de Zvenigorod. Le roi de Naples était à Karymskoïe, ayant toute l’armée devant lui et étant en mesure. Avancez sur la route de Moscou aussi loin que vous pourrez; il est probable que l’armée sera aujourd’hui à Maly-Viazemka ; avancez jusqu’à l’endroit où la route repasse la Moskova, pour toujours tourner la gauche de l’ennemi. L’Empereur sera ce soir à l’avant-garde. »

 

Mojaïsk, 12 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi que l’on dit que l’ennemi a 18 bat­teries à vingt-cinq verstes de Moscou, c’est-à-dire près de Perkhouchkino ; qu’il est nécessaire qu’il tourne tout cela par la position de Ousovo. Dites-lui aussi que l’ennemi a des retranchements sur la montagne des Moineaux, mais que la route que le 4e corps suivra ne débouche pas sur cette montagne et la tourne.

 

Mojaïsk, 12 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Mojaïsk.

Mon Cousin, tout ce que les 3e, 4e et 1er corps ont laissé sur le champ de bataille pour le garder rejoindra les corps respectifs. Le duc d’Abrantès portera son quartier général à Mojaïsk; il tiendra un bataillon et 100 chevaux aux ambulances près du champ de bataille; un bataillon, 100 chevaux et deux pièces de canon au monastère, à deux lieues en arrière; un bataillon, deux pièces de canon et 50 chevaux à Koubinskoïé sur la route de Moscou, et le reste ici. Il visitera le monastère, les ambulances du champ de bataille, et il fera ce qu’il pourra pour améliorer le sort des soldats blessés. Il fournira une escorte pour les pièces et caissons que l’artillerie renvoie sur les derrières. Il fera achever les six fours, et aura soin d’approvisionner la ville par des patrouilles d’au moins 150 hommes qu’il enverra pour chercher du blé, des farines et du fourrage.

Le petit quartier général partira à midi pour faire un jour de marche. Le grand quartier général partira demain avec l’escorte de 150 chevaux, de six pièces de canon et de 1,200 hommes fournis par le duc d’Abrantès.

 

Borisovka. 13 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Borisovka.

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Naples de partir demain, à huit ou neuf heures. Le vice-roi est ce soir à Bouzava; il se dirige demain de bonne heure sur Tatarova, où le chemin passe la rivière. Il faut que le Roi se mette en communication avec lui. Le prince Poniatowski est arrivé à Charapovo; il a dû continuer sa route et se mettre en communication avec lui; il reçoit l’ordre de continuer demain sa route. Mandez au prince Poniatowski où est le roi de Naples et où sera le quartier général.

 

Borisovka, 13 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Borisovka.

Mon Cousin, écrivez au vice-roi que le roi de Naples est ce soir à Odintsovo, à trois lieues de Moscou ; que l’Empereur sera demain de bonne heure à l’avant-garde; que le 4e corps tout réuni, en rap­pelant tout ce qu’il aurait derrière et surtout toute son artillerie, doit se rendre de bonne heure à Tatarova, où l’on rencontre la Moskova, et se tenir en communication avec le roi de Naples ; que le Roi se rendra vis-à-vis Fili; qu’on dit que l’ennemi a retranché la montagne des Moineaux et une autre montagne; que le vice-roi aura des nou­velles , et fera de suite travailler à trois ponts sur le chemin, afin que, si l’Empereur le juge convenable, il reçoive l’ordre d’entrer à Moscou.

 

Tarchi, 13 septembre 1812.

Mon amie. J’ai reçu ta lettre du 29 août. La saison doit actuellement être bonne à Paris, ici, après avoir fait froid, le temps s’est radouci. Mon rhume tire vers sa fin. Je te prie d’embrasser le petit roi de ma part. Je suis à six lieues de Moscou. Adio, miou ben. Tout à toi.

Nap.

 

Moscou, 14 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, il est nécessaire que vous écriviez au général Saint-Germain que le parc d’artillerie de campagne des Russes est dans le quartier au-delà de Zemlianoï-Gorod ou Ville-de-Terre, à côté d’un petit lac, près la route de Pétersbourg; qu’il est nécessaire d’y envoyer un fort parti. Il ne doit rien laisser entrer en ville et avoir continuellement des détachements occupés à ramasser les Russes, qui se trouvent en grande quantité de tous côtés.

 

Moscou, 15 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, commandez vingt patrouilles de dragons, chacune de 30 hommes commandée par un officier, et partagées en quatre pour occuper les quatre parties de la ville, ramasser tous les Russes qui s’y trouvent et les conduire au prince d’Eckmühl dans le village, hors la ville. Commandez également dix patrouilles de grenadiers à cheval, qui feront le même service dans le Kremlin et resteront là pour y mettre de l’ordre, ramasser tous les prisonniers, etc. Tout le reste des grenadiers à cheval et les chasseurs viendront également sur le Kremlin, pour qu’on puisse s’en servir dans la journée.

 

Moscou, 15 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Danzig de se rendre avec la vieille Garde au Kremlin, où il sera exclusivement chargé de la police de ce quartier.

Le général Durosnel fera les fonctions de gouverneur de la ville.

Le roi de Naples fera occuper par le prince Poniatowski et par sa cavalerie depuis la route de Kolomna jusqu’à la route de Troïtskoï.

Le vice-roi portera son quartier général à la barrière de Saint-Pétersbourg et fera occuper la route depuis Troïtskoï inclusivement jusqu’à la route qu’il a prise.

Le prince d’Eckmühl fera occuper toutes les routes depuis celle qu’a prise le vice-roi jusqu’à celle du prince Poniatowski.

Le vice-roi et le roi de Naples avanceront de forts postes sur la route de Saint-Pétersbourg et sur la route qu’a prise l’ennemi, afin d’avoir des nouvelles et de ramasser les traineurs.

 

Moscou, 16 septembre 1812.

Mon amie. Je reçois ta lettre du 31, où je vois que tu avais reçu les lettre de Smolensk. Je t’ai écris déjà de Moscou, où je suis arrivé le 14 septembre. La ville est aussi grande que Paris. Il y a 1600 clochers et plus mille beaux palais, la ville est garnie de tout. La noblesse en est partie, on a obligé aussi les marchands à partir, le peuple est resté. Ma santé est bonne, mon rhume est fini. L’ennemi se retire, à ce qu’il paraît, sur Kazan. La belle conquête est le résultat de la bataille de la Moskova. Tout à toi.

Nap.

 

Moscou, 18 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, vous m’écrivez en chiffre, et je n’ai point de chiffre, ce qui me met fort en peine, parce que je ne sais pas si ce que vous m’écrivez est pressant.

J’approuve fort que l’on demande à la Prusse 3,000 hommes à tirer soit de Kolberg et de Graudenz, soit de Silésie, pour la garnison de Memel.

J’ai nommé le comte Tyzenhaus que vous m’avez proposé pour remplacer le prince Sa pie ha.

Nous suivons l’ennemi, qui se retire au-delà du Volga. Nous avons trouvé une immense quantité de choses à Moscou, qui était une ville extrêmement belle. De deux cents ans la Russie ne se relèvera pas de la perte qu’elle fait. Ce n’est pas exagérer que de l’évaluer à un milliard.

 

Moscou, 18 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, tous les Français qui étaient domiciliés à Moscou, hommes, femmes et enfants, et qui se trouvent sans asile, seront placés dans une maison près du Kremlin. Trois syndics seront nommés pour être leurs chefs et en dresser le contrôle; il leur sera donné des rations. Il sera donné des emplois à ceux qui en seront susceptibles, et un traitement en subsistance à tous les autres.

 

Moscou, 18 septembre 1812.

Au général comte de La Riboisière, commandant de l’artillerie de la Grande Armée, à Moscou.

Monsieur le Général la Riboisière, je désire que les deux compa­gnies des marins de la Garde aient chacune six pièces de 12 et deux obusiers. Vous prendrez les pièces à l’arsenal de Moscou; les cais­sons existent également dans l’arsenal de Moscou. Les chevaux et les soldats du train seront pris parmi ceux des caissons que vous vouliez renvoyer. Par ce moyen, la réserve de la Garde se trouvera aug­mentée de seize pièces de canon. Il est également nécessaire d’aug­menter la réserve du prince d’Eckmühl de huit bouches à feu, dont six pièces de 12 et deux obusiers. Si cela était nécessaire, vous les feriez servir par les deux compagnies prussiennes qui sont à la suite de la vieille Garde. Le prince d’Eckmühl ayant un corps de cinq divisions, seize pièces de réserve ne sont pas suffisantes. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître quand toute la réserve de la Garde se trouvera aussi considérable qu’au moment où elle est partie de Paris, et quand tout ce qui a été démonté à Vilna sera parti. Il y a 200 petits caissons à l’arsenal de Moscou, je désire qu’ils soient employés ; on s’en servira avec plus de rapidité dans les mauvais che­mins et on pourra les atteler avec des cognats. Faites-moi un rapport général sur mon artillerie et sur les moyens de réparer toutes les pertes. Mon intention n’est pas de perdre une seule pièce, mais de conserver le complet de mon organisation, qui déjà n’est pas trop fort. Enfin voyez s’il serait possible d’établir à Moscou des moulins pour faire de la poudre.

 

Moscou, 18 septembre 1812

Mon amie.

Je t’ai déjà écris de Moscou. Je n’avais pas d’idée de cette ville. Elle avait 500 palais aussi beaux que l’Élysée Napoléon, meublés à la française avec un luxe incroyable, plusieurs palais impériaux, des casernes, des hôpitaux magnifiques. Tout a disparu, le feu depuis 4 jours la consume. Comme toutes les petites maisons des bourgeois sont en bois, cela prend comme des allumettes. C’est le gouverneur et les Russes qui, de rage d’être vaincus, ont mis le feu à cette belle ville. 200.000 bons habitants sont au désespoir et dans la rue et dans la misère. Il reste cependant assez pour l’armée, et l’armée a trouvé bien des richesses de toute espèce, car dans ce désordre tout est au pillage. Cette perte est immense pour la Russie, son commerce en sentira une grande secousse. Ces misérables avaient poussé la précaution jusqu’à enlever ou détruire les pompes. Mon rhume est fini, ma santé est bonne. Adieu, mon amie. Tout à toi.

Nap.

 

Moscou, 18 septembre 1812, 8 heures du soir.

Ma bonne Louise.

J’ai reçu ta lettre du 27, avant les nouvelles de Smolensk. Tu auras actuellement reçu celles de Moscou. J’ai été aujourd’hui visiter les quartiers. La ville est belle. La Russie, en la brûlant, a fait une perte immense, il ne reste que le tiers des maisons. Le soldat a trouvé bien des provisions et des marchandises, il a des vivres, de l’eau de vie de France en quantité. Ma santé est bonne. Tu ne dois pas te donner la peine d’écrire par les auditeurs, puisqu’ils n’arrivent que dix jours après l’estafette. C’est une sujétion inutile et inconvenante. Tu écriras seulement quand tu auras quelque chose à dire. Ce que tu me dis de ce pauvre Lucet m’afflige. C’était un bon homme, je plains bien sa femme. Adieu, moi ben.

Nap.

 

Moscou, 19 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre que tous les officiers et sous-officiers russes, prisonniers de guerre, qui seraient à Danzig, Marienburg, Thorn ou Modlin, soient sans délai dirigés sur France; les soldats seuls resteront dans les places de la Vistule. Vous ferez connaître au général Lagrange que je n’approuve pas votre décision du 4 août, par laquelle vous avez autorisé les déserteurs russes à entrer dans les dépôts des régiments polonais qui sont à Danzig; mon intention est que ces déserteurs, s’ils sont arrivés comme déserteurs et non comme prisonniers, soient dirigés sur France ; on ne doit en souffrir aucun dans la garnison de Danzig. Quant aux Polonais, ils pourront être placés dans les régiments du Grand-Duché et envoyés à Modlin.

 

Moscou, 19 septembre 1821.

ORDRE.

L’Empereur veut que le gouverneur général de Moscou 6)il s’agit du maréchal Mortier four­nisse à M*** 7)le nom manque les moyens de temps et la protection nécessaires pour se rendre avec sa famille et ses paysans à sa terre près Voskresensk.

 

Moscou, 20 septembre 1812.

A Alexandre 1er, Empereur de Russie.

Monsieur mon Frère, ayant été instruit que le frère du ministre de Votre Majesté Impériale à Cassel était à Moscou, je l’ai fait venir et je l’ai entretenu quelque temps. Je lui ai recommandé de se rendre auprès de Votre Majesté et de lui faire connaître mes sentiments. La belle et superbe ville de Moscou n’existe plus. Rostopchine l’a fait brûler. Quatre cents incendiaires ont été arrêtés sur le fait ; tous ont déclaré qu’ils mettaient le feu par les ordres de ce gouverneur et du directeur de la police : ils ont été fusillés. Le feu parait avoir enfin cessé. Les trois quarts des maisons sont brûlées, un quart reste. Cette conduite est atroce et sans but. A-t-elle pour objet de priver de quelques ressources ? Mais ces ressources étaient dans des caves que le feu n’a pu atteindre. D’ailleurs, comment détruire une ville des plus belles du monde et l’ouvrage des siècles pour atteindre un si faible but ? C’est la conduite que l’on a tenue depuis Smolensk, ce qui a mis 600,000 familles à la mendicité. Les pompes de la ville de Moscou avaient été brisées ou emportées, une partie des armes de l’arsenal données à des malfaiteurs qui ont obligé à tirer quelques coups de canon sur le Kremlin pour les chasser. L’humanité, les intérêts de Votre Majesté et de cette grande ville voulaient qu’elle me fût confiée en dépôt, puisque l’armée russe la découvrait : on devait y laisser des administrations, des magistrats et des gardes civils. C’est ainsi que l’on a fait à Vienne, deux fois, à Berlin, à Madrid. C’est ainsi que nous-mêmes avons agi à Milan, lors de l’entrée de Souvarof. Les incendies autorisent le pillage, auquel le soldat se livre pour disputer des débris aux flammes. Si je supposais que de; pareilles choses fussent faites par les ordres de Votre Majesté, je ne lui écrirais pas cette lettre ; mais je tiens pour impossible qu’avec ses principes, son cœur, la justesse de ses idées, elle ait autorisé de pareils excès, indignes d’un grand souverain et d’une grande nation. Dans le temps que l’on emportait les pompes de Moscou, on laissait cent cinquante pièces de canon de campagne, 60,000 fusils neufs, 1,606,000 cartouches d’infanterie, plus de 400 milliers de poudre, 300 milliers de salpêtre, autant de soufre, etc.

J’ai fait la guerre à Votre Majesté sans animosité : un billet d’elle, avant ou après la dernière bataille, eût arrêté ma marche, et j’eusse voulu être à même de lui sacrifier l’avantage d’entrer à Moscou. Si Votre Majesté me conserve encore quelque reste de ses anciens senti­ments, elle prendra en bonne pari cette lettre. Toutefois elle ne peut que me savoir gré de lui avoir rendu compte de ce qui se passe dans Moscou.

 

Moscou, 20 septembre 1812

Mon Amie.

J’ai reçu ta lettre du 3 septembre. Il pleut beaucoup aujourd’hui, l’on assure que la saison des pluies va commencer. Heureusement que nous sommes arrivés. L’armée est ici très bien cantonné et caserné. Ma santé est bonne. Je te prie d’être gaie et de te bien porter. Mes affaires vont bien. Adieu mon amie. Tout à toi.

Nap.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, j’ai reçu votre lettre du 14 sep­tembre, par laquelle vous me faites connaître que 930 voitures d’artillerie sont parties depuis le 22 juillet jusqu’au 13 septembre, indépendamment des 90 caissons que la Garde impériale aurait fait partir, ce qui ferait près de 1,000 voitures.

Je désirerais avoir l’état de départ, par jour et par voiture, afin de connaître la nature des voitures et des attelages. Promenez-vous à l’arsenal de Vilna et voyez combien il y a encore de pièces de canon et de caissons remplis qui ne sont pas partis. Lors de mon départ de Vilna, il .y avait, je crois, soixante à quatre-vingts pièces et plus de deux cents caissons. Faites-moi également connaitre si les quatre compagnies d’artillerie légère de la ligne et les quatre d’artillerie à pied, qui avaient été laissées à Vilna, formant la réserve de la Garde, sont parties. Du reste, nous avons trouvé ici 2 millions de cartouches, 300 milliers de poudre, 300 milliers de salpêtre et de soufre, ce qui nous met à même de faire de la poudre, et une grande quantité de pièces et de boulets; de sorte que nous avons trouvé ici le triple de ce que nous avons dépensé à la bataille. Cette circonstance est extrêmement heureuse. Ces objets ne nous donnent plus d’inquié­tude. Nous avons en munitions de quoi livrer quatre batailles comme la dernière, mais j’en profite pour augmenter mon artillerie et utiliser les pièces prises à l’ennemi. Il est toujours agréable de se procurer dans le pays même une augmentation d’une centaine de pièces de canon.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, écrivez au duc d’Abrantès qu’il convient d’organiser son corps d’armée en une seule division, et de m’en présenter l’or­ganisation ; que je donne des ordres pour que tous ses bataillons et détachements restés en arrière, tant infanterie que cavalerie et artil­lerie, le rejoignent ; qu’il vous rende compte si cet ordre s’exécute ponctuellement, et qu’il écrive au général Baraguey d’Hilliers et aux différents commandants pour leur recommander l’exécution de cette mesure ; recommandez-lui de bien organiser son artillerie ; que deux nouveaux régiments westphaliens sont partis pour le rejoindre, ce qui lui mettra dans la main une belle division; qu’il ait soin aussi que son artillerie soit approvisionnée et en bon état, puisque aussitôt que son corps sera réuni il recevra l’ordre de rejoindre l’armée. Faites venir le général wurtembergeois qui commande le corps, pour savoir définitivement à quoi est réduite cette division.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre an général Lahoussaye, commandant le 3e corps de cavalerie, de se porter avec ce 3e corps à Podolsk, sur la route de Toula. La brigade de cavalerie du prince d’Eckmühl appuiera le 3e corps de cavalerie ; le roi de Naples fera appuyer ce 3e corps par le prince Poniatowski, qui se portera également à Podolsk. L’avant-garde se portera sur Bronnitsy, sur la route de Kolomna, si l’ennemi a laissé du monde sur cette route; car, s’il s’était porté tout entier sur la route de Toula, il serait nécessaire que l’avant-garde manœuvrât en conséquence.

Vous donnerez ordre au duc d’Istrie d’envoyer aujourd’hui le générai Colbert avec les deux régiments de lanciers de la Garde pour appuyer le général Girardin en se portant sur la route de Podolsk. Ce maréchal prendra aussi sous ses ordres le 3e corps de cavalerie. Le prince d’Eckmühl mettra à la disposition du duc d’Istrie la 4e divi­sion commandée par le général Friederichs. Ces troupes formeront un corps d’observation qui recueillera des renseignements sur la marche de l’ennemi et couvrira la route de Podolsk jusqu’à ce que le prince Poniatowski et l’avant-garde se soient replacés sur les traces de l’ennemi.

Vous ferez connaître au prince d’Eckmühl qu’il doit occuper avec son corps d’armée le faubourg de Kalouga, et vous lui désignerez un tiers de la ville du côté de Kalouga et de Toula; il ne doit rien occuper hors de la limite que vous lui tracerez ; il doit également n’envoyer fourrager que dans le pays compris entre les routes de Toula et de Kalouga. Vous manderez au duc d’Elchingen que l’en­nemi n’est pas encore assez éloigné pour que je puisse lui permettre de se rendre jusqu’à Bogorodsk, mais que je donne ordre que sa cavalerie légère y soit envoyée et que je ne vois pas d’inconvénients à ce qu’il dirige un fort parti, tant d’infanterie que de cavalerie et d’artillerie, sur Bogorodsk, en occupant encore avec son corps d’armée le quart de la ville du côté de Bogorodsk, et entre autres les casernes qui sont derrière l’hôpital.

Écrivez au vice-roi pour lui assigner le quart de la ville du côté des routes de Saint-Pétersbourg et de Dmitrof ; vous l’autoriserez à envoyer à six lieues sur la route de Pétersbourg une avant-garde d’infanterie et de cavalerie, pour prendre position jusqu’à ce que l’éloignement de l’ennemi soit assez considérable pour que je juge convenable de lui faire occuper les districts de Kline et de Dmitrof. Enfin présentez-moi un projet de répartition de tout le gouvernement de Moscou entre les différents corps d’armée, en donnant un, deux ou trois districts à chacun, selon sa force. Les maréchaux organise­ront ces districts en y tenant quelques troupes et en tireront des moyens de subsistance.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre qu’aussitôt que les troupes de Hesse-Darmstadt, de quelque bataillon que ce soit, seront arrivées à Smolensk, elles continuent leur route pour Moscou. Donnez ordre à Vilna, à Smolensk, à Vitebsk, à Minsk, à Mohilef et sur toute la ligne, de faire partir tous les hommes isolés appartenant aux corps qui sont à Moscou, de les armer si on a des armes, et si on n’en a pas de les envoyer sans armes, vu que nous avons trouvé 60,000 fu­sils à Moscou. Donnez ordre au général Baraguey d’Hilliers de faire rétrograder sur Moscou tous les hommes légèrement blessés et qui peuvent marcher, vu qu’ils seront mieux ici et qu’on pourra les y armer et les utiliser.

Donnez ordre au régiment illyrien de partir de Smolensk pour se rendre à Moscou, où il rejoindra sa division au 3e corps ; donnez le même ordre au 129e régiment. Donnez ordre que, aussitôt que le régiment de marche du 3e corps sera arrivé, il me soit rendu compte de quels bataillons sont les cadres, afin que je décide s’ils doivent être incorporés. Donnez ordre que le régiment de la Vistule qui est à Smolensk se dirige sans délai sur Moscou. Donnez ordre que tous les bataillons westphaliens qui ont été laissés en route depuis Smolensk rejoignent leur corps à Mojaïsk, ainsi que tous les détachements, tant infanterie que cavalerie et artillerie ; ils seront remplacés sur la ligne de communication par les trois batail­lons de la Vistule. Donnez ordre que le 8e régiment westphalien con­tinue sa route sur Mojaïsk pour y rejoindre son corps. Donnez ordre que tous les régiments de marche de cavalerie, à mesure qu’ils arrivent à Smolensk, continuent leur route pour Moscou. Aussitôt que les deux bataillons du 33e seront arrivés, ils rejoindront la 4e division du 1er corps.

Donnez ordre dans toute l’armée que tous les détachements de Wurtembergeois qui se trouvent dans les différentes places soient dirigés sur Moscou. Donnez ordre que les 1er, 2e et 3e régiments de marche d’infanterie, après avoir séjourné un ou deux jours à Smo­lensk, continuent leur route sur l’armée, ainsi que tous les bataillons et régiments de marche. La garnison de Smolensk sera formée des 3e bataillons des 4e, 7e et 9e régiments polonais, et jusqu’à nouvel ordre du régiment saxon de Low et du régiment saxon de Rechten. Faites-moi connaître la composition du bataillon de marche étranger qui arrive à Minsk le 30 septembre, pour que je sache s’il appar­tient aux troupes qui sont à Moscou ou au corps du général Saint-Cyr. Donnez ordre que le régiment des flanqueurs de la Garde se repose deux jours, à Smolensk, après quoi il partira pour Moscou. Recommandez au gouverneur de la Lithuanie que, sous quelque prétexte que ce soit, il ne retienne aucun homme isolé, mais qu’il les forme en bataillons armés le plus possible et les dirige sur Smolensk; de là on les dirigera sur Moscou.

 

Moscou, 21 septembre 1812.

Ma bonne amie

Je reçois ta lettre du 4 septembre. Je t’ai écrit tous les jours, je suis surpris que tu restes quelquefois un jour sans de mes nouvelles. Ce que tu me dis du petit roi me plait fort. Je considère quelquefois le portrait de Gérard, que je trouve très beau. Je suppose que tu as écrit à ton père. Ma santé est fort bonne. Tu ne me dis jamais rien de la duchesse, se porte elle bien ? Tu ne dois jamais prêter l’oreille aux bavardages de Paris. Moscou était une très belle ville, mais il n’en reste pas le quart des maisons. Adieu, moi ben. Tout à toi.

Nap.

 

Moscou, 23 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Doc de Bassano, le gouverneur de Minsk annonce le passage d’un officier autrichien qui porte la nouvelle d’une victoire gagnée sur Tormasof. Tous les fusils autres que les fusils français, destinés aux alliés et aux Polonais qui sont à Kovno et à Vilna, peu­vent leur être distribués. Le gouverneur me mande qu’il a ce qu’il faut pour former les neuf régiments lithuaniens, mais dans ces neuf régiments Mohilef et Vitebsk ne sont pas compris ; il serait impor­tant de lever des soldats dans ces deux gouvernements ; on les ferait venir à Minsk, et on pourrait les incorporer dans les régiments exis­tants ; car il paraît que les cadres, en officiers et sous-officiers, sont difficiles à former. Aussitôt que le 3e régiment de lanciers de la Garde sera en état de partir, mais pour cela il faut qu’il soit en très-bon état, il peut être dirigé sur Smolensk. Écrivez au gouverneur de Minsk que le général Dombrowski est là pour faire face à tout ce que Hertel pourrait faire.

Je viens de lever en France une conscription de 140,000 hommes, et en Italie une de 30,000. Il n’y a que le duché de Varsovie qui ne fait rien. Il faut qu’on lève autant d’hommes qu’il sera possible, pour recruter les régiments, qui en ont grand besoin. Pressez cette levée, pour qu’elle ait lieu promptement. Il faut qu’on envoie également des chevaux pour remonter la cavalerie et les attelages d’artil­lerie des corps polonais. Écrivez à cet effet à l’ambassadeur, au ministre de la guerre du Grand-Duché et en Saxe. Écrivez en même temps en Saxe pour que des conscrits à pied et à cheval et des attelages d’artillerie soient envoyés pour recruter les corps saxons. Écrivez pour le même objet dans toutes les coure de la Confédération du Rhin. Les circonstances de la bataille de la Moskova et de l’entrée à Moscou ne doivent pas affaiblir le zèle ni endormir les alliés. En leur faisant connaître les grandes levées que je fais partout, vous leur ferez sentir l’importance de compléter leurs corps.

 

Moscou, 23 septembre 1812.

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de la Grande Armée.

Monsieur le Général Comte la Riboisière, il faut tenir à la dispo­sition du gouverneur de la Lithuanie les fusils dits d’insurrection pour l’armement des régiments du duché.

 

Moscou, 23 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, écrivez sur-le-champ, à Smolensk, au général Baraguey d’Hilliers et au duc d’Abrantès pour leur faire connaître que la cavalerie, l’infanterie et l’artillerie qui composent chaque convoi doi­vent marcher ensemble, bivouaquer en bataillon carré autour du convoi, et ne se séparer sous quelque prétexte que ce soit ; que le commandant du convoi doit bivouaquer au milieu ; que tout comman­dant qui manquerait à ces dispositions serait puni comme négligent et coupable de la perte du convoi. Réitérez les ordres à Smolensk pour qu’aucun convoi ne parte s’il n’est commandé par un officier supérieur et escorté par 1,500 hommes, infanterie et cavalerie (ne comprenant pas dans ce nombre les soldats du train, soit de l’artil­lerie, soit du génie, soit des équipages militaires) ; que je vois avec peine qu’on ait fait partir des convois qui n’avaient pas assez de forces pour les escorter. Faites, en conséquence de ce que je viens de prescrire, un ordre du jour sur la manière dont les convois doivent bivouaquer, envoyez-le aux commandants des 5e et 6e convois. Indé­pendamment de cet ordre du jour, mettez-moi sous les yeux les termes des ordonnances sur les convois et leurs escortes; il me semble qu’elles sont très-précises sur la manière dont les convois doivent se garder; dans ce cas, il faudrait réimprimer ces disposi­tions pour les faire afficher chez tous les commandants de place, depuis Kovno jusqu’ici.

 

Moscou, 23 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, écrivez au duc de Trévise que, loin de faire revenir la division Claparède, il est nécessaire que tous les détachements qu’elle aurait encore à Moscou en partent pour l’avant-garde.

 

Moscou, 23 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Écrire au gouverneur de Minsk que le général Dombrowski doit repousser Hertel s’il avance. Écrire au général Dombrowski et au duc de Bellune que le général Dombrowski ne doit avancer qu’autant que le général Hertel se porterait sur Moscou et évacuerait sa position.

 

Moscou, 23 septembre 1812

Mon amie. J’ai reçu ta lettre du 7 septembre, c’est-à-dire du jour de la bataille de la Moskova, ainsi tu sais actuellement ce grand évènement. Tout ici va bien, les chaleurs sont tempérées, le temps est beau, nous avons fusillé tant d’incendiaires qu’ils ont cessé. Il reste le quart de la ville, les ¾ sont brûlés. Ma santé est fort bonne. Adieu, mon amie, portes toi bien, soit gaies, embrasses quatre fois mon fils pour moi, tout le détail que tu m’en donnes me fait plaisir et me donne bien envie de le voir. Tout à toi.

Nap.

 

Moscou, 24 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre du 18. Con­certez avec la commission du gouvernement ce qu’il convient de faire dans les gouvernements de Mohilef et de Vitebsk; il faut y lever des troupes. Peut-être serait-il convenable de réunir ces deux gouverne­ments à la Lithuanie. Faites faire le travail et adressez-le aux gou­verneurs de Mohilef et de Vitebsk, qui s’empresseront de requérir les hommes et de faire ce qui sera convenable.

Un bataillon de marche étranger venant de Thorn a eu ordre (cet ordre est de la main de l’Empereur) de se rendre à Minsk; c’est par erreur. Ce bataillon est composé de 8 ou 900 Suisses et de 250 Illyriens. Il est nécessaire de le retenir à Vilna, où il se reposera ; après quoi on assurera ses subsistances et on dirigera les 900 Suisses sur Vidzy, d’où ils seront envoyés au maréchal Saint-Cyr. Les 250 Illyriens seront dirigés sur Smolensk.

Tenez la main à ce que tous les bataillons de marche qui appar­tiennent au 2e corps et aux Bavarois soient dirigés sur Polotsk. Il a été donné ordre de diriger sur Minsk les quatre demi-brigades de marche qui formaient la division Lagrange et qui viennent de Königsberg. Ces demi-brigades ont des détachements appartenant au 2e corps, qui est sous les ordres du maréchal Saint-Cyr. Il est néces­saire qu’on retienne ces détachements à Vilna, et qu’on en forme une demi-brigade de marche qu’on dirigera droit sur Polotsk. Le gouver­neur général doit faire cette observation surtout, et avoir soin de ne diriger ni sur Minsk ni sur Smolensk ce qui appartiendrait au 2e corps.

 

Moscou, 24 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, le ministre de la guerre a fait partir, le 8, de Paris, quarante moulins portatifs, pesant chacun 18 livres et pouvant moudre 30 ou 40 livres de farine par heure. Faites-moi connaître quand ces moulins passeront à Vilna, et ayez soin de pré­venir partout pour qu’ils arrivent promptement à Moscou. Ce ministre m’annonce qu’il fait partir 200 autres moulins le 15 septembre et 200 autres le 20. Sur le dernier envoi, vous pourriez retenir un de ces moulins pour modèle, pour en faire confectionner quelques-uns à Vilna. Cela est très-important. Je compte donner un de ces moulins à chaque compagnie de l’armée.

 

Moscou, 24 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, accusez au général Saint-Sulpice la réception de sa lettre; faites-lui connaître que j’attache une grande importance (et que je m’en rapporte à lui pour cela) à maintenir libre la route de Mojaïsk à Moscou; qu’il doit se cantonner dans le lieu où il est, qui est un point central, et se mettre en communication avec le duc d’Abrantès, qui est à Mojaïsk; que je lui recommande, lorsque les estafettes passent, d’envoyer des patrouilles pour les protéger; que le colonel Letort va retourner sous ses ordres, et que je le laisse maître de le tenir en échelons dans le lieu qu’il jugera le plus con­venable; que l’occupation de Disna éloignera probablement l’ennemi. Recommandez-lui surtout de pourvoir à ce qu’il y ait des patrouilles pour protéger les arrières. Il serait nécessaire qu’il tâchât de savoir s’il existe encore des Cosaques détachés, pour les poursuivre. Je sup­pose qu’il aura envoyé 2 ou 300 hommes au lieu où le détachement appartenant au général Lanusse a été enlevé il y a quelques jours ; s’il ne l’a pas fait, qu’il le fasse. Le colonel Letort partira ce soir ou demain matin ; cela fera toujours une patrouille sur la route.

 

Moscou, 24 septembre 1812

Ma bonne Louise. Je reçois ta lettre du 8 septembre où je vois qu’il fait bien mauvais à Paris. J’ai accordé ce que tu désires pour tes femmes rouges. Ma santé est fort bonne. Le temps se met un peu au froid mais cependant un froid de printemps. Je te prie de te bien porter, d’être gaie, de bien embrasser le petit roi pour moi. Comment ce petit nigaud n’a pas reconnu sa nourrice ? C’est un petit vilain. Adieu, mon amie. Tout à toi.

Nap.

 

Moscou, 25 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, il est nécessaire de régler le service de la place de Moscou. Il y a cinquante barrières : en y mettant 10 hommes par barrière, cela ferait 500 hommes. La place se divise en vingt quar­tiers; je crois que sur ce nombre quelques-uns sont totalement dé­truits. IL faut au moins un poste de 20 hommes par quartier; il y a bien quelques quartiers où 10 bommes pourront suffire, mais il y en a d’autres où il en faudra 40 ; cela ferait 400 hommes ; il faudrait en outre mettre environ 500 hommes en réserve sur divers points ; je suis donc fondé à penser qu’avec 1,500 hommes de service on aurait suffisamment. Faites-moi la distribution de ce service entre la jeune Garde, la division Roguet, le vice-roi, le duc d’Elchingen et le prince d’Eckmühl. La vieille Garde, qui ne fera d’autre service que celui du Kremlin, ne sera pas comprise dans cette distribution. Remettez-moi un travail qui n’emploie pas au-delà de 1,200 hommes et qui me fasse connaître ce que chaque corps devra fournir. Par ce moyen, la jeune Garde se reposera et le service de la place se trou­vera fait.

 

Moscou, 25 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, j’ai déjà répondu à la demande que fait le payeur que les dépenses faites dans les gouvernements de Moscou et de Smolensk doivent être soldées en roubles en papier; donnez ordre à ce payeur de commencer à payer la solde en cette monnaie. Les frais de bureau 4e état-major et toutes les dépenses quelconques dans ces deux gouvernements doivent être payés de même en roubles. Le payeur pourra continuer à donner des billets du trésor à ceux qui voudront envoyer leur argent en France.

 

Moscou, 25 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, le dépôt de cavalerie est très-mal à Mojaïsk, où il y a déjà beaucoup de blessés; je pense qu’il serait convenable de trans­porter ce dépôt à Rouza, où le vice-roi a une garnison; il faudrait également y établir un hôpital pour y mettre une portion des blessés qui sont à Mojaïsk. Tous les hommes de cavalerie qui sont ici hors de service pourront être aussi dirigés sur Rouza, mais on aura soin de leur donner des fusils-carabines et des cartouches pour qu’ils soient dans le cas de résister aux paysans et aux Cosaques. Tous les hommes du dépôt de Mojaïsk seront également armés de fusils et recevront des cartouches; les hommes de la cavalerie légère auront leurs mousquetons. Par ce moyen, il y aura à Rouza une force de 2 à 3,000 hommes, qu’il faudra organiser en bataillons de 4 compagnies, de sorte que le service puisse se faire en règle et que cette force à pied soit utilisée. Il faudrait un général de brigade intelligent et qui ait servi dans la cavalerie, pour le charger de cette organisation et de mettre de l’ordre dans ce dépôt.

 

Moscou, 25 septembre 1812.

Ma chère Louise.

J’ai reçu ta lettre du 9 et j’ai vu avec plaisir que ta santé était fort bonne, que ton fils était aimable et te donnait bien des sujets de satisfaction. Ma santé est bonne. Tout à toi.

Nap.

 

Moscou, 26 septembre 1812, cinq heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre au vice-roi d’envoyer une de ses trois divisions d’infanterie avec son artillerie complète pour prendre posi­tion à quatre lieues de Moscou, sur la route de Smolensk, au lieu où se trouveront le général Guyot et sa brigade de cavalerie légère. Il faut que cette division soit là de bonne heure, et à cet effet la faire partir à la petite pointe du jour.

 

Moscou, 26 septembre 1812

Mon amie.

J’ai reçu ta lettre du 12 septembre, où tu présumes que je suis à Moscou. Tu ne te trompes pas. Tout le monde me dit du bien du petit roi. Je désire bien le voir, embrasses-le pour moi et ne doutes pas que je partage tous tes sentiments et que je suis tout à toi. Adio, miou ben.

Ma santé est fort bonne.

Nap.

 

Moscou, 28 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois vos lettres du 22 septembre. Je n’y vois point de nouvelles de Varsovie, peu de Vienne et aucune de Constantinople. Je ne vois, non plus, rien d’Amérique; il est cependant pressant de faire quelque chose de ce côté.

 

Moscou, 28 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez ordre au général Saint-Sulpice de renvoyer à Moscou toute l’infanterie qu’il a avec lui. La division Bourcier qui est là suffit.

 

Moscou, 28 septembre 1812.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je pense que l’homme le plus propre à commander l’armée de Portugal est le général de division Reille. S’il n’est depuis survenu aucun événement, je pense que vous ferez bien de lui donner le commandement de l’armée.

 

Moscou. 29 septembre 1812.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Moscou.

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc d’Istrie de se porter avec son corps d’observation derrière le roi de Naples, comme il le désire, et de s’occuper sans délai à faire détruire le camp retranché de l’ennemi. Recommandez que cette démolition soit faite de manière qu’il n’en reste point de traces.

Mandez au roi de Naples l’ordre que vous donnez au duc d’Istrie; faites-lui connaître qu’il vaut mieux continuer à menacer l’ennemi de le tourner par son flanc droit que par son flanc gauche ; que s’il était entré dans mes projets de faire un mouvement, et que l’armée se fût trouvée où se trouve le Roi, l’ennemi était perdu; qu’il faut donc le menacer de tourner son flanc droit, cependant avec la pru­dence et la précaution nécessaires.

Donnez ordre au général Chasseloup d’envoyer une compagnie de sapeurs au camp retranché de l’ennemi pour aider à la démolition. Comme c’est une position que l’ennemi a dû croire bonne, faites-la lever par les ingénieurs géographes, afin que s’il la prenait une seconde fois nous la connussions.

 

Moscou, 29 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je reçois votre lettre du 23. Tenez-moi bien au fait de l’exécution de mes ordres pour les mouvements de troupes que j’ai ordonnés à Berlin et à Danzig.

J’ai le plus grand besoin de 14,000 chevaux de remonte. J’ai ordonné au général Bourcier de se rendre à Vilna. J’ai mis à sa dispo­sition 4 millions en argent, en lui laissant carte blanche pour tout diriger. Les achats doivent être faits en Hanovre, à Berlin, à Elbing, à Varsovie et dans la Lithuanie, si cela est possible. J’ai ordonné qu’on envoyât par courrier extraordinaire au général Bourcier l’ordre de se rendre d’abord à Berlin et de là à Vilna; mais, avant qu’il arrive, tâchez de lui préparer de la besogne. Dans la province de Mohilef, il y a des juifs immensément riches : faites appeler les prin­cipaux et voyez s’ils ne peuvent pas traiter pour 3 à 4,000 chevaux, livrables à Vilna ou à Mohilef et payables argent comptant.

Le colonel du 3e régiment des lanciers de la Garde s’est procuré, à ce qu’il paraît, 1,200 chevaux; écrivez-lui d’en faire mettre en marche 500, aussitôt qu’il les aura disponibles, et de compléter sur-le-champ son régiment à 1,200 hommes, chevaux et harnais. Je crois qu’il a reçu de l’argent et qu’il ne doit y avoir aucune objection.

Le général Hogendorp m’écrit que les Tartares sont impatients de venir se ranger sous mes drapeaux; il faut pour tout cela aller de l’avant. On peut hardiment créer un régiment, si l’on a 1,000 hommes et 1,000 chevaux. En général, tout moyen d’avoir des hommes de cavalerie est extrêmement précieux; rien ne doit être épargné. Faites aussi presser le grand-duché de Lituanie et celui de Varsovie pour qu’on fournisse des hommes et des chevaux au régiment des chevau-légers polonais de ma Garde, commandé par Krasinski. Je voudrais porter ce régiment à 1,500 hommes, et cependant il est toujours faible. Que fait donc cette petite noblesse ? Je vous ai écrit hier pour que vous cherchiez à remuer le gouvernement du duché de Varsovie et à lui faire faire quelque chose pour remonter sa cavalerie et recruter son armée. Je vous ai recommandé aussi d’écrire à tous les alliés pour qu’on envoie des recrues et des chevaux de remonte. Les régiments prussiens qui sont ici sont réduits à rien. Qui est-ce qui empêche en Prusse de les compléter ? Il en est de même des régiments saxons. Faites faire des instances là-dessus, et chargez mes ministres d’avoir des conférences et de s’en occuper constamment.

Je n’ai pas besoin de vous dire de presser la formation des neuf régiments. Le pays doit voir que de la formation de ces régiments dépend sa tranquillité. S’ils avaient plus de zèle, ils auraient actuel­lement du coté de Drissa 3 à 4,000 hommes qui empêcheraient les Cosaques de faire des excursions; ils en auraient autant du côté de Bobrouisk et autant du côté de Minsk, ce qui aurait tranquillisé tout le grand-duché de Lithuanie.

 

Moscou, 30 septembre 1812.

A M. Maret, duc de Bassano, ministre des relations extérieures, à Vilna

Monsieur le Duc de Bassano, je vous envoie le traité entre la Russie et la Porte, qu’on a trouvé ici dans les journaux de Moscou. Il parait que vous ne l’avez pas encore reçu de Constantinople, car vous ne me l’avez pas envoyé.

 

Moscou, 30 septembre 1812.

A M. Barbier, bibliothécaire de l’Empereur, à Paris.

Monsieur, Sa Majesté trouve que vous ne lui envoyez pas assez exactement les bons ouvrages qui paraissent. Elle désire que vous lui envoyiez plus souvent les livres et ouvrages nouveaux, en profitant pour cela soit de l’estafette de la malle, soit du départ des auditeurs, qui a lieu tous les jours, ou des occasions que vous pourriez avoir.

Le Grand-Maréchal du Palais, Duc de Frioul


 

 

References   [ + ]

1. L’original est daté du 28 par erreur; les ordres ont été expédiés le 22
2. Note de l’original. — Sa Majesté s’étant jetée sur son lit immédiatement après avoir dicté cette lettre, et l’estafette étant partie sans retard, cette lettre est envoyée à M. le duc de Bassano sans être signée.
3. Oudinot a été blessé à la bataille de Polotsk. Une blessure parmi les 34 dont il sera victime durant sa carrière…
4. Il était mort, le 18 août, des suites des blessure qu’il avait reçues au combat de Polotsk. A la date du 27 août, Napoléon ne connaissait pas encore la mort de ce général.
5. Cette lettre est tout entière de la main de l’Empereur.
6. il s’agit du maréchal Mortier
7. le nom manque