Correspondance de Napoléon Ier – Juillet-Août-Septembre 1810

Paris, 1er juillet 1810.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire envoyer cette année 1,500 hommes à l’île de France. H faudrait préparer pour cela trois expéditions.

L’une à Brest, qui serait composée de l’Ulysse armé en flûte, et de trois frégates, auxquelles on pourrait joindre la frégate la Revanche armée en flûte. Ces cinq bâtiments doivent pouvoir porter 1,500 hom­mes. L’Ulysse et la Revanche resteraient à Tile de France.

La seconde à Rochefort, qui pourrait être composée des deux plus mauvais vaisseaux armés en flûte et de trois frégates armées en guerre. Ces cinq bâtiments doivent pouvoir porter près de 1,500 hommes.

On pourrait préparer une troisième expédition à Cherbourg, qu’on formerait des quatre flûtes qui sont au Havre et de celle qui est à Cherbourg. Ces cinq bâtiments doivent pouvoir porter au delà de 1,500 hommes.

l’ne fois qu’une de ces expéditions serait partie, on contreman-derait les deux autres ou on leur donnerait une autre direction.

Il serait envoyé, en outre, en croisière deux frégates de Nantes*

Faites-moi un rapport sur tout cela.

 

A M. GAUDIN, DUC DE GAETE

MINISTRE DES FINANCES, A PARIS.

Saint-Cloud. 1er juillet 1810.

Vous recevrez de la secrétairerie d’État un décret qui annule celui qui nommait le duc d’Otrante au gouvernement de Rome. Faites connaître au général Miollis que mon intention est de le laisser dans l’emploi qu’il occupe si bien et que je compte à cet effet sur son zèle.

 

Rambouillet, 3 juillet 1810.

Il faut me faire un mémoire sur le fort de Trieste.

Si l’armée française va en avant comme dans les trois campagnes précédentes, elle ne peut laisser que peu de monde à Trieste. Dans l’an VI on n’y put laisser que 300 hommes, qui, pendant que l’armée française était aux portes de Vienne, devaient se maintenir contre les insurrections et les troupes venant de Fiume. Je ne sais même si mes troupes ne furent pas obligées d’évacuer.

En 1805, je ne fis occuper Trieste que par très-peu de monde.

Dans la dernière campagne, les 900 hommes qui s’y trouvèrent furent menacés par un rassemblement assez considérable, et, sans le fort de Tries!e et l’artillerie des vaisseaux russes, ces 900 hom­mes auraient été exposés à être chassés et se seraient réfugiés sur Palmanova.

Dans cette supposition donc il est bien utile d’avoir un fort à Trieste, qui fasse que 1,200 ou 1,500 hommes puissent se main­tenir dans la place, maîtres de la ville et de la rade, n’ayant rien à craindre des insurrections ni des débarquements que peuvent faire trois ou quatre vaisseaux, et pouvant conserver l’immense matériel et tout ce qui peut se trouver dans un si grand port.

La deuxième hypothèse est celle où l’armée autrichienne aurait franchi la Save, passé l’Isonzo, marché sur Palmanova et repoussé l’armée française au delà du Tagliamento. Dans cette hypothèse, il peut arriver que l’armée française n’ait reculé que pour réunir ses troupes et revenir dans l’espace d’un ou deux mois. L’ennemi n’aurait point eu le temps de faire venir de l’artillerie pour prendre ce fort : alors 1,000 hommes qui y seraient renfermés tiendraient en échec plusieurs milliers d’hommes de l’ennemi.

En second lieu, ce fort renfermera tout le matériel de Trieste et servira de retraite à toute la province d’IUyrie ; alors partie de l’armée d’Hlyrie évacuera sur Trieste, partie évacuera sur la Dalmatie; ce qui formerait le dépôt bien prononcé des deux parties. Mais on sent que, dans ces deux partis et particulièrement dans le dernier, il faudrait que le fort fût susceptible de quelque défense, d’abri pour soutenir un bombardement et pouvoir résister à quinze ou vingt jours de tranchée ouverte. Pour cela il faudrait que la position du fort futur ne fût pas dominée. S’il est possible de lui donner la fa­culté d’intercepter la route de Laybach à Trieste et celle de Trieste à Fiume, ce sera un autre avantage. Il faudrait me faire un rapport là-dessus.

 

AU PRINCE CAMBACÉRÈS,

ARCHICHANCELIER DE l’EMPIRE , A PARIS.

Saint-Cloud, 3 juillet 1810.

Mon Cousin, je vous renvoie l’affaire du mariage du comte Tascher avec la princesse de la Leyen. Je désire que cela soit fini sans délai. Je n’ai jamais entendu lui donner, 1° qu’un supplément de 00,000 fraucs qui, avec les 40,000 francs qu’il a, porteront sa dotation à 100,000 francs; 2* que le titre de comte; 3° que 100,000 francs de rente sur les 400,000 que je me suis réservés en Bavière pour doter la famille du prince Primat. Ces 100,000 francs forment la dota­tion d’un comté qui sera possédé par l’enfant mâle qui naîtra du mariage du comte Tascher avec la princesse de la Leyen, et sauf réversibilité à moi; 4* 100,000 autres francs forment la dotation d’un comté qui sera érigé pour le fils du prince de la Leyen ; 5* enOn 200,000 francs doteront le duché érigé en faveur du duc de Dalberg. Mon intention est de régler la transmission de ces 400,000 francs de rente de la manière suivante : les 200,000 francs de rente possédés par le duc de Dalberg, le cas arrivant où il viendrait à mourir sans en­fant , passeraient à l’enfant mâle aîné provenant du mariage du comte de Tascber avec la prirfeesse de la Leyen, et vice versa pour le duc de Dalberg, le comte Tascber venant à mourir sans enfant. Pré-«fenlez-moi des projets dans ce sens. Je les signerai, et ce mariage se trouvera terminé.

Napoléon.

 

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRES,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Saint-Cloud, 3 juillet 1810.

Mon intention est de faire mettre cette année cinq vaisseaux sur les chantiers de Venise; ce qui, joint aux trois qui y sont déjà, fera huit vaisseaux au compte de la France. Comme ceci sera en sus de votre budget de cette année, faites-moi connaître ce que coûteront ces cinq vaisseaux tout équipés, et ce que vous devrez fournir.

Tous les renseignements que Ton me donne sur le vaisseau russe qui est à Trieste confirment que le bois est très-bon et que ce vais­seau peut être réparé avec 4 à 500,000 francs. Je désire que vous donniez des ordres positifs pour qu’il soit armé sans délai dans le port même de Trieste.

 

AU MARÉCHAL MARMONT, DUC DE RAGUSE,

GOUVERNEUR DES PROVINCES ILLYRIENNES, A LAYBACH.

Saint-Cloud, 3 juillet 1810.

Mon Cousin, trois vaisseaux russes m’ont été remis à Trieste; il y en a un qui est très-bon. Mon intention est que vous fassiez entrer le vaisseau dans le petit port, s’il n’y est déjà, et que vous le fassiez mettre sur quille et réparer. Surtout qu’on ne perde pas un moment, afin d’avoir, avant le mois de novembre, un bon vaisseau de 80 dans ce port. Vous ferez armer également une frégate, et par ce moyen vous pourrez ne plus être bloqué par de simples frégates. Vous pourrez retirer des deux autres vaisseaux ce qui sera bon pour armer celui qui reste; et enGn ce que vous ne pourrez pas employer, vous le laisserez au royaume d’Italie.

Mon intention serait de fortifier Pola : faites-moi un rapport là-dessus. En attendant, faites-y établir des batteries, afin que, si une division française se présentait sur ce point, elle pût y être en sûreté. Répondez-moi en détail et instruisez-moi du jour et du temps où ces batteries seront en état.

Faites-moi aussi un rapport sur les fortifications de Trieste et sur ce qu’il y aurait à faire pour mettre oc port à l’abri d’un coup de main. Je suppose que vous avez fait détruire les fortifications de campagne que les Autrichiens avaient élevées dans les provinces illyriennes.

Napoléon.

 

Au ministre de la guerre, à Paris

Paris, 3 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Feltre, le régiment des gardes nationales de la Garde sera, en tout, composé comme un régiment de la ligne.

Son administration fera partie de l’administration des chasseurs.

Les chefs de bataillon et les majors faisant fonctions de colonel seront tirés de la ligne et pris parmi les officiers de choix, ainsi que les adjudants-majors et les adjudants sous-officiers.

Les autres officiers resteront comme ils sont. Il n’y aura ni offi­ciers , ni sous-officiers de la Garde.

Chaque bataillon sera de six compagnies. Chaque compagnie devra être à l’effectif de 160 hommes; ce qui fera par bataillon 960 hom­mes, et, pour le total, 1,920 à 2,000 hommes.

Je crois que ce régiment compte maintenant à peu près 1,000 hommes.

Vous trouverez ci-joint un décret portant appel de 1,000 hommes des compagnies de réserve de cinquante-sept départements autour de Paris. Faites venir ces hommes sans délai; ayez soin que tout soit préparé pour leur habillement et leur équipement, et quo ce régi­ment puisse être prêt à entrer en campagne passé le 15 août.

Faites-moi connaître ce que les compagnies de réserve des autres départements pourraient une fournir.

Napoléon.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE , A PARIS.

Saint-Cloud, 3 juillet 1810.

Je vois que les Portugais sont bien nombreux dans la 7e division militaire. Faites-moi connaître combien ils ont recruté depuis le commencement et de quelles nations sont les recrues qu’ils ont faites.

Donnez ordre que le détachement de 44 hommes du 122e, qui est à la disposition de la marine à Toulon, rentre au dépôt à Versailles.

 

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Saint-Cloud, 4 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon ministre à Berlin et parlez au ministre de Prusse à Paris pour porter plainte et demander pourquoi on laisse entrer à Memel et à Stettin les marchandises sous pavillon américain qu’on a refusé de recevoir à Stralsund.

Napoléon.

 

AU GÉNÉRAL SAVARY, DUC DE ROVJGO,

MINISTRE   DE  LA   POLICE  GÉNÉRALE,   A   PARIS.

Saint-Cloud, 5 juillet 1810.

Envoyez-moi les journaux anglais à l’heure même où ils vous arri­vent, sans en retenir.

 

NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D ADMINISTRATION DES FINANCES.

Saint-Cloud, 5 juillet 1810.

Les dispositions proposées paraissent convenables. Il sera néces­saire de porter le budget de 1810 à 760 millions ; ce qui se fera, en donnant à cet exercice 30 millions de supplément de crédit sur les recettes extraordinaires des douanes. Ces recettes sont estimées par aperçu comme il suit :

1° Vente des cargaisons américaines antérieurement saisies à
Anvers               10,000,000 fr.

2° Vente des cargaisons  américaines remises
par la Hollande             12,000,000

3° Vente des cargaisons des bâtiments améri­
cains saisis dans les ports d’Espagne              8,000,000

4° Produit des saisies faites par la ligne des
douanes dans le Nord               4,000,000

5° Produit des saisies faites par les lignes des
douanes en Hollande                2,000,000

6° Produit du droit de l’exportation des grains.       1,000,000

7° Produit du droit sur le commerce interlope.      2,000,000

8° Produit des recettes des deux départements
hollandais réunis, pour 1810               6,000,000

Tolal   45,000,000 fr.

Le ministre demandera à M. Collin, d’après les renseignements qui doivent se trouver dans les bureaux des douanes, des notes sur l’estimation de ces divers produits. Si cette recette était réellement de 45 millions, en portant le budget de 1810 à 760 millions, il res­terait encore 15 millions qu’on pourrait ajouter aux 745 millions de recette de 1809, et porter ainsi cet exercice à 760 millions; ce qui élèverait le fonds de réserve à 20 millions. Alors le budget serait tout à fait formé. Ces arrangements pourraient réagir sur 1808, qu’on porterait aussi à 760 millions, savoir : 745 millions, montant de la recette, et 15 millions en domaines. Les budgets de 1808, 1809 et 1810 se trouveraient donc, pour chaque exercice, de 760 millions. Ces nouveaux arrangements nécessiteraient des modifications dans les dispositions présentées par le ministre. On prendrait d’abord le décret dont voici l’objet.

Seront versées dans la caisse des douanes, pour le compte du trésor public, et affectées à l’exercice de 1810, les sommes provenant,

I° De la vente des marchandises saisies par la ligne des douanes françaises dans les villes banséatiques en 1808, 1809 et 1810, qui n’auraient pas encore été versées dans la caisse de l’extraordinaire ;

2° De la vente, ordonnée par notre décret du   des marchan­dises américaines séquestrées à Anvers depuis plusieurs années, et dont le produit devait être versé à la caisse d’amortissement;

3° Des cargaisons américaines saisies en Hollande, remises à la France en exécution du traité de  qui doivent être vendues à Anvers et dont les produits devaient être versés à la caisse d’amor­tissement ;

4° De la vente des marchandises qui seront saisies par la ligne des douanes en Hollande;

5° Des 50 pour 100 à acquitter sur les marchandises anglaises qui se sont trouvées dans les pays hollandais nouvellement réunis à la France, après qu’ils auront fourni aux crédits affectés sur ce pro­duit par dos décrets;

Votre ministre du trésor fera recette de la partie desdites sommes affectée auxdits crédits par nos décrets, jusqu’à concurrence des­dits crédits, et aux titres des dépenses pour lesquelles lesdits crédits auront été ouverts ;

6° De la vente des bâtiments américains, ottomans ou neutres qui seront saisis dans les ports de la Méditerranée ou de l’Océan.

Art       Le droit établi par notre décret du           sur le com­merce interlope, sera également versé à la caisse des douanes pour le compte du trésor public.
Abt     Il en sera de même à dater du 1er du présent mois de juillet, du droit à l’exportation des grains perçu , jusqu’à cette époque, par la caisse d’amortissement.

Le 30 du présent mots, notre ministre des finances bous rendra compte de la situation de ces produits au 1er juillet et de la situa­tion des crédits, afin que nous puissions régler la distribution de l’excédant.

On pourrait ensuite faire un décret particulier pour 1809, et dire:

Art     Les recettes des deux départements de l’Escaut et des Bouches-du-Rhin, pour 1810, seront affectées à l’exercice 1809.

Les recettes de ces départements seront versées brutes au trésor. Le budget des dépenses locales sera dressé, ainsi que l’état des fonds affectés sur ces produits pour Anvers, pour les ponts et chaus­sées, etc., lesquels objets seront distraits des recettes brutes et ajoutés comme fonds spéciaux.

Art      Les produits des cargaisons américaines saisies dans les ports d’Espagne, et dont la vente doit avoir lieu à Bayonne, seront affectés à l’exercice 1809.

On suppose que ces sommes réunies feront 15 millions et porte­ront le budget de 1809 au point où il doit parvenir, c’est-à-dire de 755 à 760 millions.

Il faudrait ajouter au tableau des budgets de 1808, 1809 et 1810 les suppléments de crédits qui leur sont accordés.

Le ministre verra s’il ne conviendrait pas de faire un seul décret, et, sans affecter, par un décret particulier, des produits spéciaux à l’exercice 1809, de lui affecter 15 millions sur le montant total delà recette extraordinaire.

Le ministre apportera au prochain conseil, avec les états des bud­gets de 1808, 1809 et 1810, et des renseignements sur l’estimation des produits extraordinaires, les états de distribution des ministres sur les fonds qui leur sont accordés.

Quant aux exercices 1806 et 1807, la répartition sera conformée ce qui est dit dans le projet de distribution.

Pour 1808, la répartition sera de 1,500,000 francs pour la guerre, de 6,700,000 francs pour l’administration de la guerre, de 600,000 francs pour le trésor, de 1,400,000 francs pour la marine.

Il est nécessaire de s’assurer, quant à la marine, si la dépense de la solde et des ouvriers de la marine sera acquittée.

Le ministre présentera, pour 1809, la répartition des 20 millions de supplément, savoir : liste civile, 85,000 francs ; justice, 315,000; trésor, 250,000; guerre, 3,000,000; administration de la guerre, 12,000,000; marine, 4,000,000; frais de négociation, 500,000 francs. On présentera la distribution de ces sommes entre les diffé­rents chapitres du budget de chaque ministère.

Ainsi le but du travail à représenter au prochain conseil est réta­blissement du budget en recette de 1808, 1809 et 1810, à 760 mil­lions; et la répartition entre les différents exercices, les différents ministères et les différents chapitres des budgets des ministères, des suppléments accordés pour les dépenses de ces exercices.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LAGUERRE,  A   PARIS.

Rambouillet, 8 juillet 1810.

Je réunis décidément la Hollande. II est convenable qu’un officier du génie discret et intelligent, comme celui que vous aviez envoyé à Anvers, se rende auprès du duc de Reggio et corresponde avec vous pour les renseignements sur le personnel du génie, de l’artil­lerie, la situation des places fortes et l’organisation du matériel. Il faudrait que ce fut un homme discret, qui ne fut pas si important et qui, lorsqu’on aurait besoin de renseignements, sut les chercher et se les procurer.

 

Rambouillet, 8 juillet 1810.

Il faudrait avoir le plan de Cherbourg jusqu’à 600 toises du fort de Querqueville et jusqu’à 600 toises du fort de l’Ile Pelée, de ma­nière que le terrain se trouve bien embrassé. On a plusieurs buts à remplir à Cherbourg.

1° Mettre les établissements maritimes à l’abri d’un coup de main et dans le cas de soutenir un siège de quinze jours de tranchée ouverte.

2° Éloigner le bombardement de ces établissements de manière que l’ennemi, dès le moment de son débarquement, ne pût se placer qu’à 12 ou 1500 toises des établissements maritimes.

3° Empêcher l’ennemi de pouvoir établir aucune batterie dans l’intérieur de la rade. Or, la rade, qui commence au fort de Querqueville et unit au fort de l’île Pelée, a 3,000 toises à vol d’oiseau. Ilserait donc convenable que, dans aucun point de ces 3,000toises, l’ennemi ne pût envoyer ni bombes ni boulets, et, si le projet est difficile pour les deux passes, il faut au moins s’appuyer à une passe et maintenir toujours la passe libre. La passe naturelle parait être du côté de Querqueville.

Que l’ennemi ne puisse se placer entre le fort de Querqoeville et la place sur un espace de 12 à 1500 toises, alors on sera toujours maîlre de s’appuyer à gauche, d’entrer et de sortir par la passe de gauche. Par la suite on tâchera d’avoir la même propriété pour la passe de droite.

Une expédition à Cherbourg ne peut avoir pour but que de brûler les établissements maritimes de l’escadre qui serait dans la rade. Il doit y avoir cette semaine un conseil sur Cherbourg, où se trouvera M. Cachin et où l’emplacement des établissements sera déterminé. Pour mettre à l’abri d’un coup de main les établissements maritimes, il faut que l’emplacement des bastions et des bâtiments soit positive­ment désigné ; ce qui aura lieu dans les conférences qu’on va tenir.

Pour tenir l’ennemi à 1,500 toises des établissements maritimes, il parait qu’il faut occuper une circonférence de 5,000 toises. In cercle de 5,000 toises ne peut être occupé que par sept ou huit forts. En supposant que ces forts fussent des pentagones ou des quadrila­tères en terre, avec un réduit en maçonnerie, ils occuperaient par leur enceinte, ou au moyen de demi-lunes ou flèches avancées, une largeur de 2 ou 300 toises ; en espaçant ces forts de 400 toises, il eu faudrait huit. Le réduit en maçonnerie devrait contenir un magasina poudre, des puits, une manutention, un magasin de vivres, des logements à l’épreuve. Il faudrait faire un modèle en relief d’un de ces forts, comme M. Fontaine en fait faire pour les monuments de Paris.

Ces forts pourraient être défendus par 300 hommes, ce qui ferait 2,400 hommes nécessaires ; et ils pourraient contenir chacun * à 800 hommes. Ces forts pourraient être faits, l’un portant l’autre, pour 1 million : 7 millions pour les forts et 3 millions pour l’enceinte seraient une dépense au plus de 10 millions, qui, à 3 millions par an, serait faite en quatre ans.

S’il était possible, au lieu de sept forts, de n’en faire que sis, en agrandissant quelques forts par des demi-lunes, en faisant quelque inondation soutenue par des redoutes, cela diminuerait non-seule­ment les dépenses, mais la garnison.

Ainsi 2,000 hommes dans les forts, 4,000 dans la ville, en tout 6,000 hommes, même de mauvaises troupes, mettraient Cherbourg à l’abri d’une armée de 25,000 hommes; et si, découvrant que l’en­nemi ouvre la tranchée contre un fort, on pousse des lignes de con­tre-approche des deux forts voisins, et qu’on borde d’artillerie l’inter­valle qui les sépare, la résistance augmenterait beaucoup, et le temps que ce fort pourrait résister serait indéterminé. Il est hors de doute que c’est sur ces bases qu’il faudrait faire le projet. Mais il y a des points intérieurs qu’il faut occuper pour maintenir les communications, et quelques autres plus éloignés qu’il faut occuper à cause de leur commandement.

Mais je crois très-important de ne pas perdre de vue qu’il faut éloigner les attaques de l’ennemi de 1600 toises au moins des ma­gasins; ce qui porterait les forts à 1500 toises et les batteries ennemies à 16 ou 1700 toises. Il sera donc impossible que l’ennemi bombarde sans prendre un de ces forts.

On a dit que les forts devaient être des pentagones ou des quadri­latères -, ainsi ils auront une épaisseur de 2 ou 300 toises ; les fortiG-cations de la place gagneront aussi du terrain ; ainsi la gorge des forts ne sera vraiment éloignée que d’environ 1,000 toises; ce qui serait trop distant sans doute pour recevoir une protection de la place, mais ce qui empêchera l’ennemi de s’établir entre les forts et la place, ou du moins rendra son attaque très-périlleuse.

 

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Rambouillet, 8 juillet 1810.

Je vous renvoie les pièces que j’ai prises au conseil sur l’adminis­tration des vivres. Je les ai lues avec attention. Voici les observations qu’elles m’ont donné lieu de faire.

J’ai 22,000 hommes sur les vaisseaux et 5,000 sur les frégates, c’est-à-dire 27,000 hommes sur ma véritable marine, et j’en ai 13,000 sur de petits bâtiments. C’est sur ces 13,000 hommes que je crois pouvoir faire une réduction de 6,000 hommes ; ce qui n’est pas une économie de peu d’importance, puisque sur 14 millions je gagnerais 2 millions.

 

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Rambouillet, 8 juillet 1810

Je viens de signer l’acte de réunion de la Hollande à la France. Il est indispensable que vous envoyiez quelqu’un pour reconnaître an vrai l’état de la marine hollandaise, et que vous me propostez sa réorganisation, mon intention étant que tous les officiers civils et militaires soient employés à mon service.

Donnez ordre par un courrier extraordinaire, à Anvers, que quatre-vingt-seize chaloupes canonnières soient armées. Quaraole-huit seront destinées à faire le service dans les îles de la Zélande jusqu’à Hcllevoetsluis. Ces quarante-huit chaloupes seront sous les ordres du contre-amiral Lhermitte; quarante-huit autres, sous les ordres d’un contre-amiral que vous désignerez, entreront dans îe Zuiderzée, afin de couvrir tous les débouchés du Texel avec mes propres chaloupes canonnières.

Aussitôt que je connaîtrai la situation de la flottille hollandaise, â chacune de mes divisions j’en joindrai une hollandaise.

Faites-moi un rapport sur fes amiraux, contre-amiraux et capi­taines , sur leurs services, sur l’eur degré de mérite, mon intention étant d’employer sur-le-champ ces officiers dans mes escadres.

 

AU PRINCE LEBBUN,

ARCHITRESORIER  DE   L’EMPIRE,  A   PARIS.

Rambouillet, 8 juillet 1810.

Mon Cousin, fai besoin de vos services en Hollande. Faites pré­parer vos équipages de voyage, et rendez-vous le plus tôt possible à Rambouillet pour y prendre vos instructions. Il est indispensable que vous partiez de Paris demain soir pour vous rendre à Amsterdam.

 

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE   DES  RELATIONS  EXTÉRIEURES,   A   PARIS.

Rambouillet, 8 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie ci-joint l’extrait d’un rapport de la police . Je vous prie d’avoir l’oreille tendue sur ces

J’apprends aujourd’hui qu’il transpire dans le commerce de Paris quelques bruits, afin de m*en rendre compte. Il est affreux que je puisse me trouver compromis pour des choses aussi absurdes.

Napoléon.

 

AU COMTE ALDINI,

MINISTRE SBCRÉTAIRE d’ETAT DU ROYAUME D’ITALIE , A PARIS.

Rambouillet, 8 juillet 1810.

Je vous envoie un projet de décret qui m’est proposé par le vice-roi ; je désire que vous me le portiez à votre prochain travail. Vous me ferez connaître les lieux où ces individus ont fait la guerre, mon intention étant de ne donner qu’à ceux qui ont fait la guerre et de traiter avec une singulière distinction ceux qui sont à l’armée de Catalogne.

ll’aiiooter les généraux, colonels et chefs de bataillon.

nouvelles des États-Unis sur le fait et les circonstances de la négociation d’Ouvrard et Labouchère avec le marquis Wellesley.

Suivant ces nouvelles, des lettres du 6 mai, écrites par M. Pinckeney au secrétaire d’État Smith, et d’autres lettres du même jour de divers négociants de Londres à leurs correspondants d’Amérique, ont transmit les détail suivants :

Que lord Wellesley avait reçu des propositions du gouvernement français au sujet des États-Unis, tendantes à envoyer une armée française en Amérique sur des vaisseaux anglais, pour remettre en colonies cet État et le partager, le Sud aux Français et le Nord aux Anglais. Que M. Wellesley s’était récrié sur l’atro­cité de ces propositions et en aurait fait part à M. Pinckeney. Celui-ci l’aurait répandu dans plusieurs maisons principales, et le tout aurait été transmis le 6 mai en Amérique.

Les nouvelles d’Amérique ajoutent que cela a fait une telle sensation, que le Congrès aurait demande au secrétaire d’État communication des dépêches de M. Pinckeney.

Voilà ce qu’on répandait hier ici comme reçu d’Amérique; je fais prendre des informations pour constater Ia source et la réalité de ces nouvelles.

Je rappelle seulement à ce sujet que le colonel Burr, qui a vu ici plusieurs fois le duc d’Otrante, pourrait être celui qui a donné à M. le duc dOtrante l’idée de sacrifier ainsi l’Amérique, idée saisie par Ouvrard et introduite dans sa négociation.

Si ma conjecture se trouvait fondée, l’on aurait dans la personne même du colonel Burr un moyen de donner satisfaction au gouvernement américain, et de prouver que le gouvernement français est étranger à toute cette affaire.

 

Paris, 7 juillet 1810.

INSTRUCTIONS POUR LE PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L’EMPEREUR DE HOLLANDE, A PARIS.

Rambouillet, 9 juillet 1810.

Le prince architrésorier arrivera le 11 de ce mois à Bruxelles, le 12 à Nimègue ou à Utrecht, le 13 à Amsterdam. Le ministre de la guerre donnera des ordres au duc de Reggio pour qu’il trouve partout des escortes et qu’il soit reçu avec pompe.

Dès les premiers moments de son arrivée, l’architrésorier fera prêter serment aux membres du gouvernement/ aux troupes déterre et de mer, et à tous les fonctionnaires publics. Il se fera remettre le budget arrêté par Je roi, et il me l’enverra, en faisant partir pour Paris des hommes instruits dans les affaires du pays, notamment le ministre des finances.

L’architrésorier me fera connaître ce qui a été reçu et dépensé ao 1″ juillet, et ce qui reste à recevoir et à dépenser pour les six derniers mois de l’année.

Il ne fera aucun changement à la marine et à l’armée.

Mon intention est qu’on dépense cette année au moins 18 millions à la marine, qu’on travaille dans tous les chantiers, qu’on forme des équipages, et qu’à la fin de Tannée les vaisseaux, que je crois au nombre de quinze ou seize de premier rang, indépendamment des frégates, soient armés. Je désire conserver l’administration de la marine, qui est plus économique que la nôtre.

Mon intention est de gouverner moi-même le pays. Mon lieutenanl général sera là pour tout voir, prendre des renseignements, m’instruire de tout, recevoir directement mes ordres pour les faire exécuter.

Il faut prendre sur-le-champ des mesures pour que les déclarations des marchandises et denrées coloniales aient lieu, et désigner les employés des douanes françaises et les bureaux où se feront les décla­rations. Tout l’argent qui se trouve dans les caisses des douanes hol­landaises et tout ce qui proviendra des marchandises doit être versé dans la caisse des douanes françaises.

Les fonctions de l’architrésorier se divisent en deux parties distinctes :

1° Le gouvernement actuel de 1810 : payer les troupes de terre et de mer, pourvoir aux besoins de la marine, accélérer les construc­tions , lever les équipages, payer la dette au tiers, enfin faire face à toutes les dépenses ;

2° Préparer l’organisation pour 1811 : il sera temps d’y penser en août ou septembre, mais il faut s’occuper du budget. Il faut donner du ressort à l’administration pendant l’année actuelle.

Quant au jeune prince, il est probable qu’avant l’arrivée de l’architrésorier il ne sera plus en Hollande. S’il y était encore, on ne devrait le laisser partir que sur un ordre de moi et avec les officiers que j’enverrai pour le chercher.

Mon intention est que l’architrésorier reçoive 100,000 francs par mois, à dater de ce jour, pour ses dépenses, et qu’en conséquence il ne se fasse rien donner par le pays et qu’il pourvoie à ses frais de voyage, d’établissement, de bureaux et à une représentation convenable.

Il convient qu’il ait avec lui deux ou trois officiers militaires, un secrétaire des commandements et plusieurs personnes d’un certain rang.

J’ai ordonné au ministre de la guerre d’envoyer auprès de lui un colonel du génie intelligent pour recueillir les dépôts et les cartes de la marine et de la guerre et les envoyer à Paris. Il faut aussi recueillir les dépôts et les papiers des relations extérieures, avoir soin qu’on n’en détourne rien et envoyer le tout à Paris. Il y a sur les colonies hollandaises des mémoires qu’il est très-important d’avoir.

 

AU PRÉSIDENT

DE LA COMMISSION DB GOUVERNEMENT, A AMSTERDAM.

Rambouillet, 9 juillet 1810.

Monsieur le Président de la Commission de gouvernement, j’ai reçu la lettre que le conseil m’a écrite. J’ai vu avec peine ce qui s’est passé. Je ne puis donner mon assentiment à ce que le grand-duc de Berg, mon neveu et pupille, soit roi de Hollande. Le rapport  de mon ministre des relations extérieures et le décret que j’ai cru devoir rendre vous feront connaître toute ma pensée et mes définitives résolutions.

Je désire que vous les communiquiez sur-le-champ au Corps législatif, afin qu’il nomme la députalion qui doit se rendre à Paris, et que je sois éclairé sur tout ce qu’il sera possible de faire pour l’intérêt du pays. Faites aussi connaître par une proclamation aux habitants de la Hollande que les circonstances de l’Europe, leur situation géographique et les prétentions de nos ennemis communs, tout m’a fait un devoir de mettre un terme aux gouvernements provisoires qui, depuis seize ans, ont tourmenté cette partie de l’Empire. Les habitants de la Hollande seront l’objet de ma sollicitude. Je me réjouirai de leur prospérité comme de celle de ma bonne ville de Paris. Le vaste champ que j’ouvre à leur industrie, depuis Amsterdam jusqu’à Rome, leur permet d’attendre le temps «arqué par les des­tinées pour rouvrir au commerce de mes sujets les contrées qu’sat illustrées vos ancêtres et qui ont vu porter si iiaut l’honneur des noms baitaves et hollandais.

Je désire que la dépotation soit composée d’hommes choisis et pris parmi ceux qui se distinguent par leurs lumières et leur intégrité.

Napoléon.

 

AU PRINCE LEBRUN,

Lieutenant-général de l’Empereur en Hollande

Rambouillet, 10 juillet 1810.

Je viens d’expédier le comte Lauriston, mon aide de camp, à Amsterdam, pour ramener à Paris le grand-duc de Berg.

Arrivé à Amsterdam, il est possible que vous soyez mécontent de quelques ministres; celui de la police notamment me paraît fort mauvais : vous avez l’autorité nécessaire pour les déplacer et en nommer de meilleurs à leur place. J’ai cru devoir vous donner ce supplément d’instructions, qui est important.

Le premier besoin que vous éprouverez en arrivant à Amsterdam eî>t d’avoir un bon ministre de la police. Avec le secours des Français qui sont dans le pays, il vous sera facile de trouver un homme atta­ché à notre cause, dont vous pourrez faire on commissaire général de police, en remerciant le ministre de la police actuel et faisant prendre tous ses papiers.

Un autre ministre, qui est parfaitement inutile, c’est celui des relations extérieures. Faites faire une circulaire pour rappeler tous les agents à l’extérieur, et faites prendre possession de tous les papiers de ce département.

Je donne ordre au conseiller d’État d’Hauterive de se rendre t Amsterdam, où il arrivera vingt-quatre heures après vous. Vous loi donnerez toutes les facilités et secours pour saisir les papiers impor­tants et les envoyer à Paris. Toutes les cartes du pays, des passes, sondes, cartes marines, des places et forces militaires, des colonies et pays appartenant à la Hollande, doivent être envoyées à la marine à Paris.

J’ai ordonné au ministre de la marine d’envoyer à Amsterdam le maître des requêtes Las Cases, qui est très-propre à ce dépouillement. Il restera auprès de vous pour recueillir tous les renseignements et les transmettre à Paris.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

Major-général de l’armée d’Espagne, à Rambouillet.

Rambouillet, 10 juillet 1810.

Mon Cousin, donnez ordre au général Suchet de faire mettre le fort de Mequinenza en état de défense. Ce fort est important à con­server à cause de sa situation centrale.

Napoléon.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE PELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE , A PARIS.

La prise de Mequinenza facilite beaucoup celle de Tortose, puisque l’Èbre fournit naturellement le moyen de transporter l’équipage de siège; mais il est indispensable que le duc de Tarente fasse le siège de Tarragone pendant que le général Suchet fera celui de Tortose.

Envoyez un officier près le duc de Tarente pour savoir ce qu’il fait. Voici la saison où la cavalerie peut vivre partout. Je désire connaître positivement la situation des choses à cette armée. Elle doit entrer en communication avec l’armée d’Aragon. Le duc de Tarente pourra laisser plus de troupes sur ses derrières pour assurer ses communi­cations avec la France, puisque, par le mouvement de l’armée d’Aragon sur Tortose, il lui faudra beaucoup moins de troupes.

Rambouillet. 10 juillet 1810.

P. S. Le temps de la récolte est arrivé ; si le duc de Tarente reste inactif, l’ennemi la coupera et se renfermera dans ses places fortes. C’est le moment d’approvisionner Barcelone pour un an, en fauchD’après U minute. Archive* de l’Empire.

1)La minute de cette lettre porte pour date : Saint-Cloud, 30 juin 1810; mais dit n’a été expédiée que le 10 juillet, ainsi qu’on le voit an post-scriptum.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE IVAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A RAMBOUILLET.

Rambouillet, 10 juillet 1810.

Mon Cousin, donnez l’ordre que la 2e division d’arrière-garde de l’armée d’Espagne continue son mouvement sur la Navarre, hormis le 1er régiment provisoire, qui restera à Tolosa et servira à garder toute la province de Saint-Sébastien. Cette disposition permettra aux postes de ma Garde de se resserrer sur Vitoria et Bilbao. Le 1er régi­ment provisoire restera dans la province de Saint-Sébastien jusqu’à ce que de nouvelles troupes arrivent pour le remplacer.

Recommandez au général Reille de renvoyer à leurs corps les troupes étrangères qu’il aura; avec ses 6,000 hommes, la gendar­merie et les deux escadrons du 9e de hussards, il doit rétablir l’ordre dans la Navarre.

Napoléon.

 

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A RAMBOUILLET.

Rambouillet, 10 juillet 1810.

Mon Cousin, écrivez au général Dorsenne de tenir en mouvement six ou sept colonnes composées chacune de 200 hommes de cavale­rie et de 6 à 700 hommes d’infanterie, de les faire combiner ensemble de manière que deux ou trois puissent toujours se réunir, et de faire battre le pays par ces colonnes. Demandez-lui pourquoi il n’a pas exécuté cet ordre, et recommandez-lui de profiter de la récolte pour réunir de nombreux magasins à Burgos.

Napoléon.

 

AU MARÉCHAL OUDINOT, DUC DE REGGIO,

COMMANDANT   LE  CORPS  D*OBSERVATION DE   LA   HOLLANDE,  A   AMSTERDAM.

Rambouillet, 10 juillet 1810.

Mon Cousin, j’envoie à Amsterdam mon aide de camp, le comte Lauriston, auquel vous remettrez le grand-duc de Berg. Il le conduira ici près de moi. Vous ferez accompagner ce jeune prince par les officiers de sa Maison.

M. l’architrésorier part ce soir de Paris.

Le ministre des relations extérieures a envoyé hier, par un courrierextraordinaire, à mon chargé d’affaires les actes qui vous feront con­naître les mesures que j’ai prises.

Faites reconnaître la situation des lignes que l’on avait élevées autour d’Amsterdam. Faites constater le nombre de journées et les sommes qu’on a employées à ces travaux depuis que les Anglais se sont rembarqués, avec tous les indices qui donnent des lumières sur l’emploi qu’on en voulait faire.

Aussitôt que M. l’architrésorier sera arrivé, vous lui communiquerez tous les renseignements que vous avez.

Passez la revue des troupes hollandaises ; chassez les mauvais sujets, s’il y en a. Donnez-leur l’assurance que leurs régiments auront des numéros dans notre ligne. Donnez-leur des aigles.

Napoléon.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE , A PARIS.

Rambouillet, 10 juillet 1810.

J’envoie le comte Lauriston pour prendre le Prince royal et l’ame­ner à Paris. Vous donnerez ordre au duc de Reggio de le remettre à cet officier et de le faire escorter jusque sur le territoire de France. Le comte Lauriston sera muni de tout ce qui est nécessaire au prince.

Donnez ordre qu’on suspende toute espèce de vente des domaines et qu’on déclare que toute vente qui serait faite serait nulle, jusqu’à l’arrivée de M. l’architrésorier.

Recommandez bien au duc de Reggio, s’il a des nouvelles du Roi, de vous en instruire.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Rambouillet, 10 juillet 1810.

Je désire que vous preniez secrètement des informations sur la situation des armes dans le duché de Varsovie. Vous pouvez em­ployer le sieur Serra 2)Résident de France prés le roi de Saxe, à Varsovie., en lui recommandant toute la circonspection possible. Car mon intention est d’avoir toujours dans ce pays une grande quantité d’armes, afin qu’en cas de besoin la population puisse s’en armer. Sachez aussi si les armes que je leur ai envoyées sont arrivées et quel parti ils en ont tiré.

 

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÉS,

MINISTRE DE  LA MARINE,  A PARIS.

Rambouillet, 10 juillet 1810.

Vous trouverez après-demain dans le Moniteur différentes pièces relatives aux affaires de Hollande. Il est nécessaire que vous fassiez partir plusieurs mouches pour les porter à l’Île de France, d’où elles seront expédiées à Java. Indépendamment du Moniteur, vous écrirez au général Decaen pour qu’il prévienne le général Daendels de ce qui se passe.

Il sera bon de demander des lettres au ministre de la marine de Hollande pour les expédier à l’île de France par ces bâtiments.

 

A EUGÈNE NAPOLÉON, vice-roi d’italie.

Rambouillet, 10 juillet 1810.

Mon Fils, ayez bien soin de déplacer celles de mes troupes qui seraient dans des pays malsains et de les faire remonter du côté des montagnes ; en Italie cela produit une différence immense dans la santé des troupes.

Napoléon.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE  DE  LA  GUERRE,   A   PARIS.

Rambouillet, 11 juillet 1810.

Je vois dans l’état au 1er juin des provinces illyriennes qu’il y a deux bataillons illyriens à cette armée. Faites connaître au duc de Raguse qu’ils doivent être dissous et incorporés dans les régiments croates.

Je crois également nécessaire que vous donniez ordre,

1° Que le 3erégiment léger italien, qui a 600 hommes dans Nllfrie, les rappelle en Italie ;

2° Que le cadre de la 20e compagnie du 2e d’artillerie retourne à son dépôt ; que les hommes disponibles en soient versés dans les autres compagnies, cinq compagnies d’artillerie étant suffisantes pour Ies provinces illyriennes ; les compagnies seront au delà de 100 hom­mes. Ordonnez également que les détachements du V bù du train rejoignent leur bataillon.

Il y a la 10e compagnie d’ouvriers forte 4e 110 hommes ; faites-Ia rentrer à Palmanova ou à l’arsenal de liaotone pour travailler, en ne laissant qu’une escouade à l’équipage de campagne.

Faites rentrer la 1e compagnie du 6e d’artillerie italien, ainsi que le train d’artillerie italien. Il y a 69 sapeurs qui ne font rien, puisqu’il n’y a point d’ouvrages de campagne à faire en lllyrie ; il faut les employer au fort de Trieste. Ordonnez au duc de Raguse et à l’offi­cier du génie de faire un projet pour améliorer ce château et pour faire de bonnes batteries sur la côte d’Istrie et à Pola pour défendre la côte.

Demandez un projet de fortification pour le port de Pola.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, à Paris.

Rambouillet, 11 juillet 1810.

Je vous renvoie plusieurs de vos rapports relatifs à l’armement des côtes. J’y vois qu’il y a 906 batteries composées de 3,648 bombes à feu, la plupart employées au service du cabotage, et employant 13,000 canonniers et coûtant 7 millions. Rien de cela ne me parait extraordinaire. Votre rapport est fondé sur une supposition qui n’est pas exacte : c’est de croire que le cabotage de port à port a cessé ; il est, au contraire, plus actif que jamais.

Vous dites que c’est à tort que la marine se plaint souvent des bat­teries de cotes; mais elle a raison, 1° parce que le personnel des garde-cotes ne vaut pas ce qu’il devrait valoir; 2° parce que les canots de côtes sont pourris et n’offrent pas suffisamment de solidité.

Partez du principe que, dans l’état d’infériorité de notre marine, on ne saurait avoir trop de batteries de côtes. Le cabotage est fort et prendrait plus d’accroissement si les batteries étaient mieux servies et composées d’un meilleur matériel. J’ai ordonné à la marine de vous fournir 1,000 affûts de côtes. Il résulte d’un de vos rapports que, depuis l’an XII, il n’a été fabriqué que 938 affûts de côtes; ce qui ne fait pas 200 par année. Je vois, par les états qui y sont joints, qu’il existe aujourd’hui 2,800 affûts de côtes et marins. Moyennant les 1,000 affûts de la marine, les 938 construits depuis l’an XII, les 100 pour lesquels les fonds sont faits par le budget de cette année, total plus de 2,000 affûts neufs que vous devez mettre en batterie le plus tôt possible, vous devez être à même de mettre les batteries de côtes dans le meilleur état.

Je désire savoir ce que coûte une compagnie et si l’on ne pour­rait pas employer des troupes mieux organisées et plus sûres à ce service.

Remettez-moi un projet pour nommer six commissions composées chacune d’un officier d’artillerie, d’un officier du génie et d’un officier de marine. Une de ces commissions serait chargée de rinspection des côtes depuis la frontière de Hollande au delà d’Emden jusqu’à l’Es­caut; la deuxième, de l’Escaut à la Seine; la troisième, de la Seine à Brest ; la quatrième, de Brest à Bayonne ; la cinquième, de Cette à Nice; la sixième, de Nice jusqu’à Terracine. Ces commissions seraient chargées de parcourir les côtes, de vous faire un rapport tous les huit jours sur les travaux, de faire connaître la situation des batteries, les travaux qu’il faudrait y faire et les nouvelles batte­ries qu’il serait nécessaire d’établir. Elles resteront sur les lieux pour recevoir vos ordres et donner des réponses. Vous diviserez le travail de chaque commission en plusieurs stations. Ainsi, par exemple, la commission qui serait chargée de l’inspection de la rive gauche de l’Escaut visiterait l’Ile de Cadzand et irait à Ostende, lèverait un croquis des batteries, en reconnaîtrai t la situation, prendrait note de celles à réparer, et se concerterait avec l’inspecteur du génie et de l’artillerie d’Ostende. Après voir fini se3 opérations à Ostende, la commission irait à Dunkerque et correspondrait avec vous ; de là la commission irait à Boulogne, etc. Par ce moyen, le travail ne s’en­tasserait pas. Rédigeant sur les lieux, les commissaires rédigeront mieux ; ils répondraient aux objections, et on parviendrait à avoir un système de batteries de côtes bien organisées et sur de bons affûts.

Il faudra avoir soin qu’en passant la revue de chaque batterie la commission fasse bien connaître le but de cette batterie.

Les commissions d’inspection auront soin d’observer le degré d’im­portance de chaque batterie qui exigerait des affûts neufs t ou des affûts de côtes, ou des affûts marins ; ce qui permettrait de les laisser à la disposition des communes.

 

A M. REGNIER, DUC DE MASSA,

GRAND-JUGE, MINISTRE DE LA JUSTICE, A PARIS.

Rambouillet, 11 juillet 1810.

La cour criminelle de Foix a acquitté les assassins qui ont tué le maire de Mercenac, département de l’Ariége. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE,  A   PARIS.

Rambouillet, 12 juillet 1810.

Je reçois votre rapport du 11. Vous dites que trois officiers d’ar­tillerie ne sont pas nécessaires dans une compagnie. Je suis si peu de votre opinion, que je pense que, dans une guerre dont le théâtre est si éloigné, il en faudrait quatre ou cinq. Il est facile de compren­dre qu’avec la supposition de blessures, de maladies, deux officiers ne peuvent donner la garantie que la compagnie ne restera pas sans officiers. Indépendamment des six que je viens de nommer, pré­sentez-m’en vingt-quatre autres pris dans les compagnies de l’armée d’Espagne, trente pris dans les compagnies qui sont en France ; pré­sentez-m’en sur-le-champ vingt autres choisis parmi les sergents qui sont en France, et dix tirés de ma Garde, ce qui fera quatre-vingt-dix au mois de septembre. Faites faire un examen pour en choisir qua­rante dans l’école de Chàlons. Vous aurez ainsi cent trente officiers, dont le surplus servira à remplacer les morts d’ici à ce temps-là.

Je trouve exact le calcul que vous faites que le manque au complet des canonniers n’est pas de plus de 1,200. J’approuve l’envoi d’un bataillon de marche de 500 hommes d’artillerie pris, savoir : 150 à Strasbourg, 110 à Metz, 50 à Mayence, 20 à Toulouse, 100 à Rennes, et 100 à Boulogne, en ayant soin de ne prendre aucun cadre. Ce bataillon de marche se formera à Bayonne, d’où il sera dirigé sur Burgos. Faites un projet de distribution de ces hommes dans leurs compagnies, et une instruction pour que, quand ils passe­ront à portée de leurs corps, chacun rejoigne sa compagnie.

Je ne veux envoyer aucune nouvelle compagnie en Espagne ; faites connaître cela au général Senarmont.

Vous aurez soin de ne prendre les 500 canonniers que vous envoyez en Espagne que parmi les jeunes gens reçus depuis la bataille de Wagram et n’ayant pas fait la guerre, voulant conserver les autres en France, où mon intention n’est pas de m’affaiblir.

J’approuve que vous fassiez revenir des compagnies d’artillerie pour prendre à Bayonne 1,200 chevaux. Vous pouvez destiner à cette remonte les 800 chevaux de l’artillerie réginientaire. Le surplus sera tiré des compagnies d’artillerie et du train qui sont en France et en Italie, ou enfin de ma Garde. Mais, en envoyant ces 1,200 chevaux en Espagne, je ne veux faire aucun achat de chevaux.

 

AU COMTE DE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTÉRIEUR,  A PARIS.

Rambouillet, 12 juillet 1810.

J’ai ordonné que les actions pour les canaux du Midi et du Loinjj soient versées à la caisse d’amortissement, qui payera 4 pour 100 à la caisse des canaux. Il faut établir cette caisse sans délai, pour avoir les moyens d’alimenter les travaux des ponts et chaussées et de n’éprouver aucun retard par raison de manque de fonds.

Il faut vous occuper de la construction des canaux de l’île à e €ad-zand et de Sud-Beveland. Entendez-vous là-dessus avec le ministre de la marine.

 

  1. — AU COMTE BIGOT DE PHÉAMENEU,

MINISTRE DES  CULTES,   A  PAOTS.

Rambouillet. 12 juillet 1810.

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, renouvelez aux préfets vos instructions sur la société de charité maternelle. Recommandez-leur de vous envoyer la liste des personnes qui se font inscrire, pour h mettre sous mes yeux. Ne leur laissez point négliger cette affaire.

Napoléon.

D’après l’original comm. par M«« la baronne de Nougarède de Fayet

  1. — DÉCISION.

Rambouillet, 12 jailUt 18J0.

jasàïzSJ:.

à l’Empereur les moyens de rapatrier nn* P°»r «*«H 1 •«rw*

les Français faits prisonniers à Bailen sans faire sortir l’escadre tts’ei-

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON ►’. — J810. 463
fu les Espagnol* et qui «ont dan» file p^r à un événement majeur, de
Cabrer><       foire sortir trois frégates bonnes

marcheuses q*i pourraient gagner la Corse on fafre tonte autre navi­gation , se diriger sur cette Ile ‘, et en retirer les prisonniers. Ces fré­gates auraient 100 hommes cha­cune de bonnes- troupes; ce*qui, avec la garnison, ferait une» force de 60O hommes à mettra à terre. On pourrai* joindre à> ces. frégates une flûte de 800 tonneaux, qui, p*«r une si petite Navigation, pour* nait porter I* surplus- de» prison­niers. Je ne suppose pas qu’ils soiené plu* de 2,000. Cela pour­rait éébavquer sur un point quel­conque de la Corse.

Napoléon.

b après l’original. Archives de la marine.

  1. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTHE,

tfiNISTRB DR LA GCK1TBB , A PARIS*.

Rambouillet. 12 juillet I81O.

Monsieur le Duc de Feltre, vous me faites connaître par votre rapport du 11 que l’incomplet de la gendarmerie à pied de l’inté­rieur se monte à 1,300 hommes. Avant de penser à remplir cet in* complet, il me paraît nécessaire de réformer la gendarmerie des départements de l’ouest. Cette gendarmerie a été formée dans des circonstances extraordinaires, après la guerre civile; la gendarmerie 1 était donc extrêmement nombreuse; mon intention est de la dimi­nuer. On n’a éprouvé jusqu’ici aucun inconvénient de l’affaiblisse­ment où elle est; rien ne s’oppose donc à ce qu’elle soit replacée sur le même pied que dans les autres départements, et il serait possible qu’après cette opération L’incomplet de 1,200 hommes n’existât plus.

Quant aux 160 hommes nécessaires pour l’Ulyrie, il faut tes choisir dans les régiments de cette armée.

1 Cabrer*.

 

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464        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

il faut également prendre dans les régiments qui sont sur les lieux les hommes nécessaires pour la légion de Rome et pour les compa­gnies des Bouches-de-l’Escaut.

Pour la légion de la Catalogne et pour les escadrons qui sont formés à Versailles, on ne peut pas prendre sur les 2,400 hommes de cavalerie qui sont démontés, puisque ce ne sont que des jeunes gens. On peut prendre, pour la gendarmerie de Catalogne, dans les dépôts qui sont en Italie, et pour les escadrons formés à Versailles, dans tous les dépôts; car, si l’on prend parmi les jeunes gens, on aura une pauvre gendarmerie.

Quant aux 1,200 hommes nécessaires pour la cavalerie, il faut les prendre dans les quatorze régiments de carabiniers et de cui­rassiers, à raison de 30 hommes par régiment, et le surplus dans les régiments de hussards, chasseurs et dragons, à raison de tant par régiment.

Mais, pour l’infanterie comme pour la cavalerie, il faut ne prendre que des hommes qui aient les qualités requises par les règlements sur la gendarmerie et faire un bon recrutement.

Napoléon.

D’après la copie. Dépôt de I* guerre.

  1. — AU COMTE DE MONTAL1VET,

MINISTRE DE L’iNTBRIKUR, A PARIS.

Rambouillet. 13 juillet 1810-

Vous trouverez le décret par lequel je fonde les maisons d’orpbe-lines. Il faut vous entendre avec le grand chancelier de la Légion et le ministre des cultes pour l’exécution. Faites venir d’abord la supé­rieure de la congrégation des orphelines de Paris. Avant d’établir les six maisons, il faut en former d’abord trois que je désire placer date des forêts : Tune, à Saint-Germain dans l’ancien couvent des Loges, que je crois propre à cet établissement et qu’on aurait facilement; la deuxième, dans la forêt de Fontainebleau, sur les bords de la rivière, et la troisième, dans celle de Rambouillet. Vous trouverez d’anciens couvents qui me paraissent propres à cela. Vous devez charger quelqu’un de faire secrètement la recherche de ces maisons, et, lorsqu’elles seront désignées, de les acquérir à bon marché, sans faire hausser les prétentions. Les trois autres maisons peuvent être établies dans les départements ; il ne manque pas de maisons dont on ne sait que faire. Jetez les yeux sur les chefs-lieux des cohortes de la Légion d’honneur et autres maisons de cette espèce.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON fer. — |g|0.        465

11 faut établir d’abord les deux ou trois premières. Je vous prie de vous occuper de cela sans délai.

D’après la miaule. Archives de l’Empire.

  1. — A LA REINE HORTFASE, a flou bières.

Rambouillet. 13 juillet 1810.

Ma Fille, je reçois votre courrier du 11. Je vois que les lettres de Hollande vous sont enfin arrivées. On n’a point de nouvelles du Roi; on ne sait pas où il s’est retiré et Ton ne conçoit rien à cette lubie. M. l’architrésorier doit être arrivé a Amsterdam, et le décret de réunion doit y être connu. Je vous envoie les lettres que je pense que vous devez écrire au président du Corps législatif et au président du Conseil de gouvernement1. Vous ne leur donnerez dans ces lettres aucun titre.

Napoléon.

D’après l’original coron», par S. II. l’empereur Napoléon III.

  1. — AD COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC , A PARIS.

Rambouillet. 13 juillet 1810.

Monsieur le comte Mollien, j’ai lu avec attention le mémoire de la Banque9. Il résulte du bordereau portant le n° 2 que le conseil de

1 Lettres à écrire par la reine Hortense :

AU   PRÉSIDENT  DU  CORPS  LEGISLATIF  DB  H01.LA.VDK.

ifonsieor le Président Van der Heim, j’ai reçu votre lettre dn 3 avec les différentes pièces politiques qui y étaient jointes. Étrangère à ers matières, je n’ai pu qu’expédier sur-le-champ un courrier à l’Empereur, chef de la famille impériale et spécial tuteur de mon fils comme grand-duc de Bcrg, pour con­naître ce que mon fils et moi avons à faire.

AU  PftBSIDBRT  DU COXSRIL  DB  COUVBRNBUKXT   DB   HOLLA.VDB.

Monsieur Javlande Poil, j’ai reçu votre lettre que m’a remise M. de Spaau avec une lettre du Roi. Je me suis empressée de soumettre le tout à l’Empereur, comme chef de la famille impériale. Je ne puis rien faire sans ses ordres. Étant plus spécialement tuteur de mon fils comme grand-duc de Bcrg, c’est une nou­velle obligation pour moi de ne rien préjuger de ce qu’il croira utile au bien du pays, à mes enfants et à moi.

9          NOTB  SUR  LA  BANQUE.

Le capital de la Banque de France a été fiié par la loi de 1806 à 90,000 actions. La valeur de chaque action a été fixée à 1,000 francs, pins le T^o- du fonds de réserve.

Le fonds de réserve qui existait en 1806 f à l’époque du doublement des
».         30

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km      cohui;sro\i)A\CK de napoléon i r. — taio.

la Banque évalue 13,137 actions à 15,864,180 francs, ce qui ne fait guère que 1,235 francs l’action; et, plus bas, je voiaquil éva­lue 90,000 actions,  y compris fa réserve, à 109 millions, ce qui

actions, a été réparti sur chacune des 45 millions d’actions primitives; il en N résulté une plus-value de 200 francs par action primitive.

Il en est résulté aussi que chacun de ceux qui ont souscrit pour les 45 mil­lions d’actions nouvelles a paye chaque nouvelle action 1,200 francs.

Par l’effet des réserves successives qui ont eu lieu depuis ce doublement, la valeur intrinsèque de chaque action s’est encore accrue. Au 15 juin denier, les 90,000 actions représentaient un capital, ou plutôt étaient créancières sur le capital de la Banque d’une somme de 109,555,202 francs 1 centime; ce qui portait la valeur réelle de chaque action à 1,217 francs 50 centimes. Par l’effet du dernier dividende, qui a ajouté pour chaque action une somme de 3 franrs 7 centimes à la réserve, la valeur réelle et intrinsèque de chaque action eM maintenant de J^.220 francs 57 centimes. Les 13,137 actions que possède U Banque sont des actions qu’elle avait déjà émises et qu’elle a rachetées sur la place en 1808 et au commencement de 1809. Elle les a rachetées au cours de 1,208, leur valeur intrinsèque était alors d’environ 1,212. Comme elle les a acquises au prix du marché public, elle aurait nécessairement la prétention de ne les revendre également qu’au prix du marché et de gagner la différence qui. dans Tétai actuel, serait de 1,208 à 1,255.

Mais il est à remarquer que, quoique la Banque paraisse, par ses compte». répartir le dividende de 6 pour 100 sur 90,000 actions, estimées chacune en capital 1,200 francs, cette répartition n’a effectivement lieu que sur 76,$63 actions, puisque c’est à elle-même qu’elle paye le dividende des 13,137 aclion> dont elle est propriétaire; or, si elle avait vendu ses 13,137 actions et si cïït était obligée de faire eiTectivement la dépense du dividende qui devrait leur rtrf attribué, il est douteux qu’elle pût longtemps, et sans quelque ressource extraor­dinaire, continuer d’attribuer à ces 90,000 actions 6 pour 100 de dividende, c’est-à-dire 72 francs pour chaque action estimée 1,200 francs seulement (.tu lieu de 1,220, valeur intrinsèque actuelle de l’action).

Si le domaine extraordinaire achetait ers 13,137 actions et les achetait au taux auquel la Banque voudrait les vendre, 1,255, il est certain que ce placent ne procurerait pas au domaine 6 pour 100, puisque déjà la Banque ne donne 6 pour 100 que sur 1,200 francs, et il* est douteux que la Banque pût continuer de donner ces G pour 100 sur 1,200 francs, puisque aujourd’hui pour conti­nuer ce dividende aux 76,863 actions qui circulent et former une petite résene de 3 francs 7 centimes, elle n’attribue dans ses comptes que 60 francs, au lien de 72 francs, aux 13,137 actions qu’elle possède.

Il est inutile de dire que la vente de ces 13,137 actions, qui accroîtrait <o effet les charges de la Banque, puisqu’elle aurait plus de copartageaots sur le dividende, n’ajouterait rien ni à sa volonté ni à ses moyens pour étendre tf< escomptes.

Maintenant, elle ne demande pas miemj qoe d’étendre ses escomptes et de former des comptoirs partout où elle poum trouver de la matière escomptai»!” Si les comptoirs ne se sont pas formés plus tôt, c’est surtout parce que les décrets des 16 et 18 janvier 1808 ont mis toutes les difficultés dans les prélimi­naires, parce qu’ils ont déclaré que les escomptes seraient commencés avec dt-

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        407

ne dôme pas le même prix pour L’action» Tout cela établit que la Banque n’estime son action que de 1,220 à 1,230 francs. La pre­mière chose à faire serait que les 13,000 actions de la Banque fus­sent daas k commerce : eue étale, en les gardant, un des articles du règlement. 11 paraît que sur 109 millions, qui est le capital de la Banque, eUe ea a 15 en portefeuille. Il lui en reste donc 94 qui doi­vent êtoe en émission ; sur ces 94, elle en emploie 40, et il lui en reste Si en caisse. Je vois par la même noie que le dividende obligé de 6 pour 100 est de 60 francs, et que les deux tiers du surplus du

espèces et à 5 pour 100 r au lieu d’annoncer, dès le principe, que la Banque conformément à son privilège, escompterait avec ses billet*, mais à 4 pour 100.

II faut plus de connaissances que n’en ont eu en cette matière des commer­çant!, d’ailleurs éclairés, pour s’expliquer comment des billets de banque, qui n’escomptent qo« de véritables lettres de change, deviennent une monnaie tout musï nécessaire et, coaaéquaamient, tout aussi boone qae les espèces; il faut connaître les règles de l’escompte, le mécanisme de la circulation, l’emploi de la monnaie, la place étroite que la monnaie tieot dans la richesse, et l’on peut être on fort bon banquier sans s’être occupé de ces recherches.

Les commerçants des départements ont fait de très-bonne foi de très-mau­vaises objections contre les comptoirs escomptant avec des billets. La Banque de France a été d’autant plus embarrassée de combattre ces objections, que ses règlements ne lai permettent d’offrir les billets que lorsque le commerce local en a fait la demande.

Mais la question va changer de face, et ce sera le résultat des conférences qui sont ouvertes au ministère des finances.

Lorsque la Banque de France, dans son état n° 2, dit qu’elle a dans son por­tefeuille 107 millions d’effet» de commerce, elle indique que la proportion annuelle de ses escomptes à Paris est d’environ 430 millions : cette proportion ne paraît pas accuser la Banque de parcimonie dans ses escomptes.

Elle ne doit escompter que des lettres de change & trois mois de terme au plu»; elle ne peut admettre à ses escomptes que des lettres de change représen­tées par de» marchandises, qui devront être immédiatement consommées et qui seront conséquemment soldées par le revenu des consommateurs. Si tel est le caractère des lettres de chaoge escomptées par la Banque, 107 millions de lettres de change, poof trois mots, supposeraient à la ville de Paris uu revenu de pius de 400 millions, et, certes, ce revenu n’est pas si élevé. Il est vrai que, dftni) les approvisionnements <iue représentent les lettres de change escomptées par la Banque, et qoi se soldent à Paris, se trouvent ceux de tout le territoire qui environne la capitale, et c’est cet accessoire qui fournit à Paris une matière escomptable de 107 millions par trimestre. La première banque de Paris (la caisse d’escompte), aux époques antérieures à la Révolution, n’avait jamais porté si loin ses escomptes ni l’émission de ses billets.

Quant à la ville de Rouen, la matière escomptable qui lui est propre peut être facilement évaluée. En supposant qu’elle peut être de 30 millions par année, cette quantité n’exigerait que 7 millions de billets circulants et d’effets escomptés pour trois mois, et le comptoir aura bien employé ses soius si, en escomptant avec régularité, il atssmt cette proportion.

30.

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468        CORRESPONDANCE DE NAPOLEON I”. — 1810.

bénéûce sont de 16 francs, ce qui fait 76 francs 84 centimes. Cela donnerait une valeur de 1,666 francs à Faction de la Banque. Je crois que le dernier dividende n’a été que de 72 francs, il est vrai, avec l’acquit d’une réserve; 72 francs ne donneraient que la valeur de 1,200 francs à l’action, plus la réserve.

Faites-moi connaître si la Banque peut vendre ces 13,000 actions; et, si elle en était embarrassée, si Ton ne pourrait pas les faire ache­ter par la caisse de l’extraordinaire. Quel prix réel croyez-vous qu’a l’action de la Banque aujourd’hui? Et, voulant placer quelque argent de la caisse de l’extraordinaire, combien le domaine extraordinaire pourrait-il les acheter?

Je vois par la note n° 3 que la Banque ne peut pas pourvoir à l’établissement des comptoirs d’escompte. Je vois également que la Banque ne compte que sur un escompte de 104 millions; c’est bien peu de chose ; il me semble que Rouen seul escompte 30 millions. Rap­portez-moi tout cela au prochain conseil avec quelques raisonnements.

Napoléon.

D’après l’originar comro. par U» la eomteue Mollieo.

16G43. — Al! VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,.

MIX1STRE DE LA MAR1NK, A PARIS.

Rambouillet, 13 juillet 1810.

L’amiral Ganteaume s’est occupé du recrutement de la marine. L’idée de dépenser 60 millions pour construire 300 bricks est inexé­cutable; elle ne me serait d’aucune utilité.

Voici le parti que je désire prendre : organiser pour le Nord, l’Es­caut et la Hollande cinq bataillons de flottille. Je croîs qu’il en existe déjà deux ; ce serait trois à former. Chacun de ces bataillons serait de 1,060 hommes; ils serviraient à monter chacun 3 bricks, 12 cha­loupes canonnières, 4 péniches et 6 transports ; ce qui ferait une flottille de 15 bricks, 60 chaloupes canonnières, de 20 péniches et de 30 transports, total, 125 bâtiments. Les transports feraient le service de la Hollande à Flessingue.

Ces bâtiments naviguant dans le Zuiderzée, sur la Meuse et l’Es­caut, les équipages pourraient s’amariner en peu de temps ; étant sous la surveillance d’un capitaine de vaisseau et du conseil d’administra­tion du bataillon, ils seraient habillés et tenus aussi bien que possible.

Cinq bataillons seraient organisés pour Boulogne. 11 y a, je crois, aujourd’hui un bataillon ; ce serait donc quatre à former. Ils seraient également forts de 1,060 hommes chacun. Chaque bataillon mon-

 

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CORRESPONDANCE DE XAPOLÉOX I«. — 1810.        MÎ9

lerait 18 chaloupes canonnières, 4 péniches et 6 transports; ce qui ferait 90 chaloupes canonnières, 30 péniches et 30 transports, total 140 bâtiments,, qui feraient le service de surveiller la côte de Dun-kerque au Havre. On aurait soin de tenir toujours à l’embouchure de la Seine, du Havre à Honfleur, à Saint-Valéry, à Dieppe, à Fécamp, quelques chaloupes canonnières pour protéger la pèche. Rien n’empêcherait de mettre avec les chaloupes canonnières les lou-gres, les cutters et autres petits bâtiments qui eiistent aujourd’hui.

Par cette organisation, dix bataillons de flottille seraient formés en Hollande et dans le Nord.

Le onzième bataillon serait à Cherbourg. Il servirait 12 chaloupes canonnières, lougres ou cutters, et 50 transports. Les transports serviraient à porter les bois du Havre à Cherbourg. Les autres bâti­ments feraient le service du Havre a Suint-Malo*

Le douzième bataillon serait à Saint-Malo ; il serait composé de 3 bricks, 15 chaloupes canonnières et 9 péniches, qui feraient le service de Saint-Malo à.Lorienf.

H y en aurait un treizième à Lorient et un quatorzième à Roche-fort, qui feraient le service jusqu’à Bayonne.

Ainsi j’aurais sur l’Océan quatorze bataillons formant 14,000 hom­mes, servant environ 25 bricks, 200 chaloupes canonnières, lou­gres et cutters, 70 péniches et plus de 100 transports.

Cela s’opérerait sans faire aucunes nouvelles constructions. On aurait le fonds de ces quatorze bataillons en prenant les vieux mate­lots qui sont aujourd’hui dans les ports, à bord des petits bâtiments, et il y en a un bon nombre. Il y a, je crois, près de cent bâtiments, indépendamment des bataillons de la flottille.

Quatre bataillons paraîtraient suffisants pour la Méditerranée. Il y en aurait deux à Toulon : l’un uniquement employé au service des dix grosses flûtes faisant la navigation de Livourne, de Gènes et de la Corse, pour transporter les bois nécessaires à la marine; le deuxième bataillon serait composé de petits bâtiments pour la protection des côtes.

Comme il y a à Toulon une cinquantaine de petits bâtiments, indé­pendamment des dix flûtes, lesquels emploient aujourd’hui 2,400 ma­rins, on pourrait prendre les meilleurs marins pour renforcer les équipages de la flotte. Les bâtiments qui feraient le service de la Corse et de Gènes seraient montés par des marins des deux bataillons.

Le quatrième bataillon de la Méditerranée serait à Gènes et ferait le service de Gènes à Ostie. Il y a là dix-huit bâtiments qui emploient 1,600 matelots.

 

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470       CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1S10.

Ainsi les quatre bataillons de la Méditerranée, n’étant composés que de 1,000 hommes chacun, n’emploieraient que 4,000 marins, tandis qu’il y en a 4,000 qui servent les pedts bâtiments emplois à la protection de cette côte.

Ce serait donc dix-huit bataillons composés de 18,000 marins, qui seraient employés à la protection des côtes. Aujourd’hui il y en a 14,000 employés à ce service ; il ne s’agirait que de les classer selon la nouvelle formation. On pourrait, sur ces matelots, en prendre (î,000 pour la formation des équipages des vaisseaux; il en resterail donc 8.000; et, en supposant qu’il ea fallût 18,000, ce serait 10,000 qu’il faudrait pour les porter au complet

Alors la marine n’aurait que des baUHIoas : 20 pour les gros vaisseaux et 18 pour la flottille et les côtes. Toutes les fois qu’on aurait à armer un vaisseau ou A réparer des pertes, on prendrait les matelots les plus amarinés et les plus habiles des flottilles.

Les quatre régiments d’artillerie de la mariae se composent de 14,000 hommes, dont 400 ofBciers et le reste sous-offlriers et soldats, sur lesquels il y en a 2,600 présents, 8,000 détachés, 2,600 prison­niers de guerre ; il y a donc encore environ 12,000 hommes existanU. J’attendrai pour prendre un parti que vous m’ayez envoyé nne situa­tion en règle de ces troupes. Il me semble que ces hommes peuvent entrer dans la formation des nouveaux bataillons. Les quatre régi­ments d’artillerie de la markie peuvent être rédoits à qoatre simples bataillons qui serviraient au service des quatre grands parcs, puis­qu’on paraît préférer des canonniers matelots poar le service èa vaisseaux. L’avantage de ce système sera d’épargner la dépense d’un grand nombre d’officiers et sous-officiers..

Récapitulation. — 11 faot former 18 bataillons de flottille. H en existe 4, c’est donc 14 qu’il faut former. Il fiaot former 20 nouveau bataillons pour les vaisseaux, à 500 hommes chacun; c’est 10,000 hommes qu’il faut; c’est donc 28,000 tamna qu’il faut pour les 38 bataillons1….; ce qui, joint aux matelots qui sont sur nos vaisseaux et frégates, ferait un corps de 66,000 matelots, q» monteraient 400 bâtiments de flottille destinés à garder les côtes et 50 vaisseaux de ligne et 30 frégate*.

Je vous prie de vous occuper de cet objet et de me présenter on projet général pour le recrutement de la marine.

D’aprè» (a minute. Archives de l’Empire.

» Ici planeurs lignes etocéei de U main de l’Empereur et remplacée» p« d» chiffre* et quelque! mots illisible*.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.         V71 16644. — AU COMTE DEFERMON,

INTENDANT GÉNÉRAL DU DOMAINB EXTRAORDINAIRE, A PARIS.

Rambouillet, 14 juillet 1810.

Il y a eu une insurrection au canal du Nord, parce qu’on a ren­voyé les ouvriers sans les payer. M. Mole fait connaître que c’est la faute du domaine extraordinaire, qui n’a pas voulu fournir l’argent.

Le résultat de cela est que, indépendamment du scandale et du désordre qui en résultent, les travaux souffrent considérablement, parce que tout est entravé par défaut de fonds.

H est nécessaire que vous vous occupiez sérieusement de mon domaine extraordinaire. Jusqu’ici vous n’avez rien fait ; les affaires en souffrent, les particuliers en souffrent. Gela n’est conforme ni à votre réputation ni au bien de mon service.

/>. S. Je reçois au même moment un procès-verbal du conseil du sceau qui répond (à ce que je lui avais écrit, que c’était dé sa faute si les actions n’étaient pas remises aux propriétaires) que vous avez mis six mois à faire une chose de simple formalité ; que d’ailleurs son intervention n!est pas nécessaire pour délivrer les actions, mais pour leur payement.

D’aprè» la niante   Archive* de l’Empire.

  1. — Ali VICE-AMIRAL COMTE DEGRÉS,

M1SISTRE  Dit  LA  MARINB,   A  PARIS.

Bcmboviitet, U juillet 1810.

Monsieur le Vice-Amiral Dccrès, il est nécessaire de connaître si des vaisseaux de guerre, en sortant d’HellevoetsIuis, peuvent remon­ter jusque vers Willemstad pour entrer dans le Volkrak, descendre ensuite la Meuse, traverser le canal qui sépare l’Ile de Schouwen de celle de Tholen, et arriver dans l’Escaut oriental, soit dans la rade vit-à-vis Goes, soit dans celle vis-à-vis Terveere. Il faudrait faire relever et sonder ces différents canaux.

Daprèt U Minute   Archives de l’Empire.

  1. — AU COMTE DARD,

nrflNDMrT OÉfltRAL DR LA MAISON DE L’EMPEREUR , A PARIS.

Rtabonillet, 14 juillet 1*10.

Monsieur le Comte Dsru, il est nécessaire que vous établissiez qoel a dé être le budget en recettes des forêts et domaines pour 1806,

 

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472        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

1807, 1808» 1809 et 1810. Vous ferez connaître dans une colonne ce qu’a coûté l’entretien des forêts pendant chacune de ces années. Dans un chapitre séparé, vous mentionnerez les plantations qui ont été faites, d’où vous établirez la recette brute pour les forêts et ce qui a été versé au trésor pour le revenu net. Vous sentez que cette opération est nécessaire pour avoir une base fiie dans le compte que vous établirez. Faites le même travail pour les recettes provenant de ventes d’effets de produits des manufactures portés en compte et autres recettes quelconques ressortissant de votre administration.

Quand ce travail sera terminé, vous le soumettrez à mon appro­bation, et je verrai ce qui a été perçu jusqu’en 1810 et ce qui est à percevoir. Je suppose que les recettes brutes des bois et domaines doivent être, pour 1810, de 4,500,000 francs, et les recettes nettes de 4 millions; les domaines devraient donc déjà rapporter 200,000 francs.

En général, je désirerais porter mon budget ordinaire en recettes à 30 millions. Je pense que je ne devrais pas en être actuellement éloigné, et, comme j’ai à acheter à Rambouillet, Compiègne, Fon­tainebleau , quelques milliers d’arpents de terre qui pourront produire 2 ou 300,000 francs de rente, cela complétera mes revenus à 30 millions. 11 faudrait, après cela, faire un budget des dépenses ordinaires qui ne passât pas 1G millions, en donnant 210,000 francs pour le service du grand aumônier, 3 millions pour le service du grand maréchal, 3 millious pour celui du grand écuyer, 2,500,000 francs pour celui du grand chambellan, 420,000 pour celui du grand veneur, 140,000 pour celui du grand maître des cérémonies, ti00,000 pour ceux de l’intendant et du trésorier, 4 millions pour l’extraordinaire de tous les services, 2 raillions d’extraordinaire pour achat de nouveaux meubles, jardins, grandes réparations et autres grandes dépenses du service de l’intendant général, etc., ce qui por­terait les dépenses ordinaires du budget à 16 millions; 2 millions pour les dépenses de la grande cassette consistant en traitements, gratifications, présents ; cela* porterait à 18 millions les dépenses.

Il faudrait pour cela établir l’ordinaire sur un pied fixe et bien réglé, afin qu’il n’y ait plus rien à voir à aucun service. Des réduc­tions ne peuvent s’opérer que graduellement. C’est en entrant tous les jours dans les détails qu’on acquiert des lumières sur beaucoup de choses qui mettent à même de corriger les abus. Mes principaux palais étant bâtis et réparés, hormis celui de Versailles, qui doit l’être sur des fonds extraordinaires, il est possible qu’avec 2 million* de l’extraordinaire, du mobilier, bâtisses, etc., on fasse face aux

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        473

dépenses imprévues. Quand le grand maréchal ou le grand écuyer auraient besoin de quelque chose pour des circonstances extraordi­naires, on bâtirait moins et Ton achèterait moins de meubles.

Quant à la dette du Piémont, de la Toscane, de Rome, je n’en retire rien, il y a équilibre. Ainsi ces choses ne conduisent à aucun résultat.

Il faut préparer les éléments pour faire le budget de recettes de 1810. Car vous faites à l’égard du trésorier ce que le ministre des Gnances fait à l’égard de celui du trésor public. Quand le budget se règle, il préside à sa formation, et avant qu’il ait lieu il présume ce que les revenus doivent rendre. 11 doit nécessairement y avoir eu quelque confusion dans le budget, parce qu’il n’a jamais été fait par l’intendant.

Napoléon*.

D’après la copie comn. par M. le comte Daru.

  1. — AU COMTE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, A PARIS.

Ranbouillet, 14 juillet 1810.

Faites-moi un rapport sur le Temple de la Victoire. Quelle est la caisse qui a fourni les premiers fonds et où en sont les travaux ?

Faites-moi connaître également les fonds que j’ai faits cette année pour l’Arc de triomphe, ce qui a été dépensé et ce qui reste à dépen­ser, ce qu’on pourrait dépenser cette année si j’accordais les fonds nécessaires, désirant qu’on travaille à unir ce monument avec la plus grande activité, puisque ces travaux encombrent une des principales avenues de Paris.

J’ai accordé des fonds pour les eaux minérales. Ne perdez pas de vue ces travaux.

Faites-moi connaître ce qu’on a fait et ce qu’on pourrait faire cette année aux différentes tueries de Paris.

Faites-moi un rapport sur la résolution prise dans le conseil des ponts et chaussées de ne pas finir le canal du Nord, et sur l’emploi à faire des fonds qui y étaient destinés, à un autre canal.

D’après la mi noie. Archives de l’Empire.

  1. — A 11. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DBS RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Rambouillet, 14 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le portefeuille du

 

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474       CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON i”. — 1810.

jour. Parlez à M. Dreyer du trafic des Danois avec l’île de Hclgoland, et écrivec-en à M. Didelot. Faites-leur sentir combien cela est con­traire aux promesses des Danois et à ce que j’étais en droit d’attendre d’eux.

Napolbon.

D’après l’original. Archives des affaire» étrangères.

  1. — AU COMTE MOLLIEN,

WXISTRB DU TRÉSOR PUBMC, A PARIS.

RaabmiUet, 14 jaillet 1810.

Monsieur le Comte Molkien, j’ai pris depuis longtemps un décret pour que la caisse des Invalides de la marine fét sous vos ordres et vous rendit des comptes. Vous ne m’en parlez jamais. Faites-moi uo rapport sur l’administration de cette caisse depuis dix ans.

D’après l’original comm. par il”» la comtesse Mollien.

  1. — AU PRINCE DE NKUCHATEL ET DE IVAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DU L’ARMÉE d’rSPAGNK,  A RAMBOUILLET.

Rrartuaillit. U jnittel 1*10.

Mon Cousin, écrives au général Replier que je n’entends pas dire qu’il lève des contributions dans les pays où il se trouve pour secourir et solder son corps d’armée ; que la guerre nourrit la guerre. Écrives la même chose au général Dorsenne. Dites-lui que je n’ai pas encore vu «ne lettre de lui où il parle administration, des contributions qu’il lève et de ses ressources pow se nourrir. Renvoyés la lettre ci-jointe au Roi pour lui faire connaître qu’il est nécessaire qu’il pourvoie aax besoins de l’armée.

Napoi.bon.

D’aprè» l’original. Dépôt de la guerre.

  1. — AU GÉNÉRAL COMTE SUCHET %,

COMMANDANT LB 3′ CORPS DB I.’ARWBK d’kSFAGICB, A MOKA Dit BBRO.

Rambouillet, 14 juillet 1810.

L’Empereur, Monsieur le Général Comte Suchet, me charge de vous faire connaître que son intention est que, aussitôt que voos

1 Sur la minute de cette lettre, corrigée en plusteors endroits par rBnpareor, on lit, en marge, cette annotation entièrement de «a main :

  • i° Envoyer cela par un homme sûr qui se fasse escorter par 600 hommes t pour porter la lettre; 1° en envoyer copie au ministre de la guerre pour qu’il » écrire è tfocdwiald. i

 

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COBBESPONDANCB DE NAPOLÉON I”. — 1810.        475

aurez pris Tortosc, vous mettiez cette place au pouvoir du duc de Tarente et que vous concentriez votre corps d’armée en Aragon, a6n de pouvoir seconder l’expédition que Sa Majesté sera dans le cas d’ordonner en Portugal ; expédition qu’elle a le projet de faire après la prise des places de Tortose et de Tarragone. Vous recevrez alors les décrets de Sa Majesté pour partager votre armée en deux corps. Vous marcheriez avec le premier, composé d’environ 15,000 hom­mes , sur Valladoltd, manœuvrant pour appuyer les opérations, jus­qu’à ce que les Anglais soient battus et jetés à la mer. Pendant ce temps vous laisseriez un autre corps de 12,000 hommes pour main­tenir rAragon, et, aussitôt que les Anglais seraient chassés du Por­tugal , vous rentreriez avec vos 15,000 hommes en Aragon, et, avec votre corps d’armée réuni, vous vous porteriez sur Valence, en même temps que l’armée de Catalogne ferait marcher une division par Tortose et que le duc de Dalmatie coopérerait h votre expédition en faisant marcher de son côté un corps de 15 à 20,000 hommes.

Pendant votre mouvement sur Valladolid les chevaux de votre équipage de siège se referaient, et l’équipage se réparerait et se mettrait en éttt de se porter sur Valence.

Enfin il faut prendre Tortose, «’occuper immédiatement après à ét?e réunis et prêts à exécuter les ordres de l’Empereur. Cepen­dant vous devez aussi prendre conseil des événements. Vous ne devez pas quitter, après la prise de Tortose, te pays sans l’ordre de l’Empereur ‘.

Par ordre de l’Empereur, Le Panes m Nbocbatwi rt de Wagjmm.  rorigfatl. Wpét d« U gutrre.

. — AU COMTE DE MONTAL1VOT,

MIHIftTM Dl L’nrTÂRIBtJR, â PAR».

Rambouillet. 15 juillet 1810.

On m’assure que le grand maître de l’Université nomme l’abbé de Calonne, connu pour être un prêtre fanatique, principal du collège de Qoimper dans le Finistère. Faites-moi «n rapport et propofet-moi un projet pour annder cette nomination. Dites au grand maître que c’est avec les préfeU qu’il doit correspondre et non avec les évêques, et ne pas faire de l’instruction publique une affaire de coterie et de religion. Pourquoi a-t-on oté 4e cette place un professeur il pour f mettre on fanatique ?

D’^tfe U ■«*•. jfcthiw» de Ubapfet.

‘ Ce fermer pangraphe est de la mtâa de l’flmpereor.

 

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476        CORRESPONDANCE DE ‘NAPOLÉON I”. — 1810. 16653. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE , A PARIS.

Rambouillet. 15 juillet 1810.

Je désire que vous me présentiez, au conseil de septembre pro­chain , un plan détaillé et coté, avec des profils en différentes direc­tions , de la presqu’île de l’Éguillette à Toulon, de manière que Ton puisse bien juger des commandements des trois hauteurs de Caire, de Balaguier et de Grasse, et du système à adopter pour défendre ce point important.

11 faudrait également me présenter la situation des forts Malbous-quet et Saint-Antoine, avec des plans cotés et des profils des hau­teurs de ce côté.

D’après U minute. Archive! de l’Empire.

  1. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE L4 GUERRE , A PARIS.

Rambouillet. 15 juillet 1810.

Je suis instruit qu’on enrôle pour la légion irlandaise des prison­niers anglais. Mon intention est qu’on les renvoie tous prisonniers. Je ne veux aucun soldat anglais; je préfère qu’ils soient prisonniers, qu’ils me répondent de mes prisonniers en Angleterre, et d’ailleurs la plupart désertent.

  1. S. Je vous prie de prendre des mesures efficaces pour faire cesser le recrutement des Espagnols dans les régiments napolitains et portugais, et celui des Allemands et Irlandais dans les régiments polonais et allemands. Il est inutile d’augmenter le nombre de mes soldats, surtout de soldats qui désertent tous en Espagne.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

  1. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Rambouillet, 15 juillet 1810.

La réunion de la Hollande donne un nouvel intérêt à la place de Terveere, les escadres de la Meuse et de l’Escaut oriental pouvant se réunir sous la protection de cette place. Elle a encore une autre pro­priété, celle de protéger le passage du Sloe. Un plan détaillé de cette place et des environs à 6 ou 700 toises, un plan de nivellement,

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        477

enfin un projet fait par un bon ingénieur sont nécessaires. Il faut bien connaitre le parti qu’on peut tirer des inondations pour la défense.

Il faut porter à plusieurs centaines de toises sur la digue une forle batterie pour protéger la rade, qui jouerait pour Terveere à peu près le même rôle que la batterie de Nolle à Flessingue, et qui, outre l’avantage d’assurer la rade, aurait celui d’ajouter à la force de la place de ce côté.

Les fossés sont, je crois, pleins d’eau. Il faudrait donner un bon profil à toute la fortification et rectiGer un peu son tracé, non en dé­truisant rien , mais en combinant quelque ouvrage avancé. 11 y a dans le voisinage de la place quelques terrains élevés ; si l’on peut inonder entre les hauteurs, elle aura un degré de force raisonnable ; si Ton ne peut avoir des inondations, il faut connaitre les hauteurs, leurs distances, les points à occuper.

Après ces objets viennent les magasins à poudre, les souterrains pour la manutention, les magasins et la garnison. Je désire qu’on me présente, dans le courant du mois d’octobre, un projet appuyé de bons plans pour cette place.

La possession de la Hollande fait de nouveau sentir l’importance de l’île de Walcheren ; il faut que la France la saisisse avec des mains de fer. Il est hors de doute que les trois points de Flessingue, Ter­veere et Rammekens sont nécessaires à occuper, comme l’a observé le général Cbasselonp.

Dans le compte qui me sera rendu de la situation des travaux au 1″ juillet, on me fera connaitre le nombre des travailleurs qui sont employés à Flessingue, la situation des fonds et ce qu’il faudrait faire pour activer les travaux.

Il faudrait présenter de bonne heure des projets en règle pour augmenter la fortification de cette place. 11 est nécessaire d’en pré­senter aussi pour Rammekens. L’inondation là est facile. Le fort doit être considéré comme un réduit, dont il faut démolir les maisons qui obstruent l’intérieur et qui le rendraient inhabitable dès que l’en­nemi aurait jeté quelques obus. Il faut tracer un fort en terre, dont le fort actuel sera le réduit.

11 ne restera plus qu’à savoir de quelle manière on pourra lier Flessingue avec Rammekens et Terveere par des inondations.

Napoléon.

D’après U copie. DëpAt de U guerre.

 

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478        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I». — 1810. 16656. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE   DE   LA   GUERRE,   A   PARIS.

Bambouillel. 15 juillet 1810

Je vous envoie une noie que j’ai dictée sur Porto-Ferrajo. Présen­tez-moi un projet sur les bases fixées par celte note. J’accorde les 60,000 francs demandés pour les approvisionnements.

Je vous envoie également une note que j’ai dictée sur les travaux de Rochefort.

Napoléon.      •

D’aprèi la copie. Dt’pôt de la guerre.

NOTE SUR PORTO-FERRAJO.

Porto-Ferrajo est un poste très-important. Les travaux qaon a faits ont amélioré sa position ; mais il est temps d’avoir uo système plus raisonnable, auquel on travaillera successivement powr lai don­ner le degré de force convenable. Sa position est très-forte, puisque partout il y a trois rangs de feux. Le pins urgent est de se mettre à l’abri de la bombe. Pour cela il faut avoir :

1° Des magasins à poudre à l’épreuve : il parait qu’il y en a déni contenant 200 milliers, ce qui est suffisant;

2° Une salle d’artifice pour l’artillerie et une salle pour réparer le affûts, avec deux forges;

3° Des fours, une manutention et des vivres poar une garnison de 2,000 hommes pendant six mois : on dit qu’il y a un magasin voûté qui renferme les vivres; il faudrait le mettre à l’épreuve;

4° Un hôpital ;

5° Quelques corps de garde à l’épreuve, particulièrement dans les ouvrages avancés qui seront les premiers exposés aux foui de l’ennemi.

11 faudrait faire des projets pour ces différent* objets.

H faudrait des corps de garde À 1’épreove dans le fart aaglafi, qu’on appellera dorénavant le fort Saint-HUûire, dans les lusettesde Saint-Cloud, du Point-du-Jour, de SaiitMtocb, et dans les trois ou­vrages O,M, K; cela ne serait pas une dépense très-considérable, et ceux qui veillent de plus près à la défense de la place seraient à l’abri.

Le fort Saint-Roch est près de la place. 11 parait que la hauteur sur laquelle on a placé le fort Saint-Hilaire est importante; c’est là où doit s’opérer une grande partie de la défense de la place. Il est à moins de 300 toises de la place, à moins de 150 de la lunette Saiul-Roch et à 250 toises de la lunette Saint-Cloud. Ce fort ne peut cire

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON Ier. — 1810.        479

susceptible d’une grande défense. Il faut avoir un système plus con­sidérable. Ce qui existe ne peut être considéré que comme le réduit d’une couronne A, B, C. Alors l’ennemi sera obligé à un grand siège, assei loin de la place pour laisser du repos à la garnison, et cepen­dant assez près pour que les feux de la place et les redoutes de Saint-Clrad et de Saint-Roch puissent concourir à la défense et la rendre formidable.

La lunette Saint-Cloud, éloignée de 150 toises de la lunette Saint-Roch , défendra cette redoute, et, lorsqu’elle sera prise, la lunette de Saint-Cloud rendra difficile l’attaque des fronts de la place; mats cette redoute sera prise par des bombes, s’il n’y a pas de magasins et d’abris pour la garnison.

Le fort Sainl-Hilaire a 20 toises sur son long côté; on peut donc l’armer de six pièces de canon ; il faut donc boucher les embrasures et envoyer six affûts de place pour des pièces de 12 qu’on suppose être dans la place, ou du moins du calibre le plus approchant des pièces qui s’y trouvent. H faudrait aussi placer dans ce fort six petits mortiers de 6 pouces avec deux obusiers.

Le fort Saint-Hilairc est bien petit; il n’a que 20 toises sur 10. La première chose a faire est, comme on Ta dit, un corps de garde routé pour 80 ou 100 hommes. C’est là le plus grand degré de force qu’on puisse lui donner, puisque ces 100 hommes s’y tiendront à l’abri de tout événement, pendant qu’une soixantaine d’hommes servi­ront les sept ou huit pièces de canon du fort.

150 hommes sont tout ce que peut contenir ce fort. On profitera de chaque nuit pour en renouveler la garnison et réparer les affûts. Cet ouvrage est sans chemin couvert, et l’on sent si bien la faiblesse de cet ouvrage, qu’on veut occuper l’Annunziata, qu’on regarde comme le point d’où l’ennemi cheminera sur le fort. Mais on voit sur la droite un mamelon éloigné de 100 toises et appuyé à la mer, sur lequel l’ennemi cheminera également pendant que le fort sera accablé de bombes et d’obus. Cette seconde position doit être aussi fort im­portante. Le point de l’Annunziata a l’inconvénient d’être trop éloigné de la place et de masquer les feux des redoutes Saint-Cloud et Saint-Roch.

Samt-Cloud est à 200 toises de l’Annunziata, Saint-Roch à 220, le fort Saint-Hilaire à 180. Voilà donc trois fortes batteries qui peu­vent battre sur ce point et l’écraser de leurs feux. On pense donc qu’on doit regarder le forl Saint-Hilaire comme le réduit d’une cou­ronne qu’il faut fortifier et dont les saillants seraient placés en A, IJ, C; AB ayant 150 toises, et BC, 100 toises; AD, 100 toises, et

 

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frSO       CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

CD, 100 toises; les trois bastions A, B, C t se défendraient entra eux et seraient protégés de très-près par te fort Saint-Hilairc; les gorges en seraient éloignées, savoir : celle du bastion A, de60 toises; celle du bastion B, de 40 toises ; celle du bastion C, de 80 toises.

On proBtera des localités pour joindre les trois bastions par un chemin couvert ou de ronde, tel que ces trois bastions ne feraient qu’un système entre eux et avec le fort Saint-Hilaire, et que l’artil­lerie et la garnison puissent se porter de l’un à l’autre.

Ces trois bastions, qui seront très-petits à cause des localités, par­tageraient les feux de l’ennemi. En cas d’événement, le grand fort ABC, qui aurait 4 ou 500 toises de développement, pourrait con­tenir autant d’hommes qu’on voudrait; ce serait une véritable res­source pour la place.

Le bastion A pris, l’ennemi n’aurait rien, puisqu’il faudrait che­miner sur les forts B et C ; et, le fort C pris, l’ennemi serait encore battu par le fort B à 100 toises, par le fort Saint-Hilaire à 80 toises, par la redoute Saint-Roch à 200, par la place à 300 toises.

Ainsi, au lieu d’occuper le fort de l’Annunziata, on propose d’occu­per un point à mi-chemin, environ à 100 toises du fort Saint-Hilaire , à 30 toises des marais salants, point qui ferait système avec les bastions B.C.

On pourrait ensuite, si cela était jugé convenable, pratiquer dans le vallon, entre les bastions A, B, C, un fossé ou tout autre obstacle qui favoriserait le chemin couvert ou de ronde établi le long do co­teau pour faire communiquer ces trois forts.

On sent que l’assiégeant, au lieu d’avoir affaire à des forts isolés, attaquera un front en règle, qui, presque partout, sera protégé par les forts intermédiaires.

XOTE SUR ROCHEFORT.

11 est important de mettre Rochefort dans un état de défense res­pectable. Pour cela, il faut d’abord défendre File Madame et la pointe de Fou ras, faire connaître leur situation actuelle et ce qu’il faudrait faire pour qu’une armée de 20,000 hommes, ayant débarque i droite et à gauche et tourné cette position, ces deux batteries pussent résister avec une faible garnison et défendre l’entrée de la rivière, si l’ennemi jugeait devoir les prendre avant de s’avancer. Il faut, après cela, empêcher les brûlots d’arriver, faire connaître la situation du fort Lupin et de la redoute de Vergeroux.

Il est clair que, si l’ennemi est sur la rive droite, il ne pourra pas prendre le fort Lupin et profiter de la rivière. De même, si l’ennemi

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I«. — 1810.        481

est sur la rive gauche, les batteries de la pointe de Fouras et la redoute de Vergeroux, si ces forts sont de quelque importance, l’em-pecheront de proGter de la rivière.

Avant de penser à empêcher le bombardement de Rochefort, il faut penser à mettre l’enceinte à l’abri d’un coup de main. Est-elle revêtue en maçonnerie? Pourquoi le tracé est-il si défectueux? Y a-t-il con­trescarpe au fossé, chemin couvert et glacis? Peut-on en établir?

Sur la rive gauche il y a des marais qui ont été desséches ; n’est-il pas nécessaire de couvrir ce côté par une double couronne?

Car d’abord l’ennemi ne tentera jamais une opération avec la cer­titude de ne pouvoir s’approcher de la place qu’à 4 ou 500 toises pour bombarder. S’il n’a pas l’espoir de brûler réellement les vais­seaux et de démolir l’arsenal, jamais il ne hasardera une expédition qui lui coûterait quatre fois le dommage qu’il peut faire. Après avoir tiré un millier de bombes, on peut avoir maltraité quelques vais­seaux, mais c’est un léger mal.

On suppose et on demande s’il y a des magasins à poudre à l’épreuve, suffisants pour mettre les approvisionnements de terre et de mer à l’abri de la bombe.

11 faut d’abord faire connaître les ouvrages à établir sur les rives droite et gauche pour mettre la ville à l’abri d’un coup de main ; cela fait, il faut aussi penser à éloigner l’ennemi le plus possible.

Un fort dans la position de la redoute de Vergeroux a le double avantage de barrer la rivière et d’appuyer la gauche des ouvrages, dont il paraît que la droite doit être sur la hauteur des Chartres.

Un fort, dans le genre de ceux de Boulogne, à Vergeroux, aux Chartres, et un intermédiaire formeraient ligne. La droite appuierait à la rivière ainsi que la gauche. Tout l’espace renfermé entre la redoute Vergeroux et la rivière formerait un camp retranché de 6 à 7,000 toises de tour, et qui se trouverait défendu par trois seuls ouvrages ou forts.

Si, au lieu de la hauteur des Chartres, on peut occuper un point snr la rivière, à 2 ou 300 toises, il faut le faire. Si la hauteur des Chartres est commandée, ce qu’on ne peut voir dans les plans, puis­qu’il n’y a pas de cotes, il faudrait s’appuyer à la hauteur de la Coudre et de là à la rivière, s’il était possible.

Il est probable que, de la hauteur des Chartres ou de toute autre hauteur des environs plus près de la ligne, il doit être possible de protéger des inondations qui fassent que le camp retranché soit suffi­samment établi avec les trois forts qu’on a proposés.

Sur la rive gauche on peut concevoir une ligne de 1,000 toises,
xx.       31

 

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482   CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

qui s’appuierait de droite et de gauche à la rivière, et formerait un deuxième camp retranché.

J’ai fait dessécher les marais ; il est donc facile de les rétablir. En occupant par trois ou quatre forts la ligne de 1,000 toises qui sert de segment au coude de la rivière, on doit être maître des eaux cl pouvoir inonder.

Y a-t-il, sur la crête des hauteurs, des points nécessaires à occu­per? Autant que je m’en souvienne, il n’y en a guère. On suppose qu’on peut établir des inondations qui couvriraient la droite; alors, avec trois simples forts et des marais qu’on inonderait, on aurait suffisamment pourvu à la défense de Rochefort.

Ainsi on croit donc que le ministre doit faire faire des projet» pour nie Madame, pour la pointe de Fouras, pour les inondations de la rive gauche en la soutenant par quelques redoutes, pour les trois forts de la rive droite. Tout cela ne peut être d’une forte dé­pense. Il faudra également voir ce qu’il convient de faire à l’enceinte, aux chemins couverts.

Au premier coup d’œil, les inondations et les sinuosités de la rivière me paraissent tellement aider aux inondations, qu’on peut rai­sonnablement espérer d’arriver à un résultat.

Napoléon.

D’après U copie. DépAt de la guerre.

  1. — AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE   DE   LA   MARINE,   A   PARIS.

Rambouillet. 15 juillet 1810.

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, vous recevrei un décret par lequel je mets cinq vaisseaux et trois frégates en construction dans les ports de Rotterdam et Amsterdam. J’ordonne en même temps l’annemeDt de l’escadre de treize vaisseaux. En prenant ces mesures huit jours plus tôt qu’il ne faudrait, puisque je devrais attendre le rapport que vous devez me faire sur la marine hollandaise, j’ai voulu donner une im­pulsion favorable à l’opinion des HoUandais en leur faisant voir que de nombreux vaisseaux vont animer leurs chantiers et leurs rades. Envoyez-y les meilleurs modèles possibles. Si l’on peut construire là de bons vaisseaux de 74, pourquoi ne les ferait-on pas? J’attends votre rapport là-dessus. Vous pouvec envoyer sur-le-champ 4tf modèles de frégate, en prenant deux de nos bonnes frégates de 1&

Napoléon.

D’aprii l’origftaal oomm. par M™ U duchesse Decré».

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLEON !•. — 1810.        483 16658. — AU GÉNÉRAL SAVARY, DUC DE ROVIGO,

MINISTRE   DB   LA   POLICE  GENERALE,   A   PARIS.

Rambouillet, 15 juillet 1810.

J’ai reçu les comptes du ministère de la police pour lëO9 et les cinq premiers mois de 1810. Je désire que vous m’envoyiez mardi à Saint-Cloud toutes les pièces relatives à ces comptes. Vous les adres­serez au baron Meneval, à mon cabinet. J’ai besoin de vérifier toutes ces pièces.

Vous me ferez connaître également ce que le trésorier peut allé­guer pour se justifier d’avoir fait les payements suivants, que je trouve dans le compte des journaux.

1* 24,000 francs sur 1809 et 8,000 sur 1810 payés à des hommes de lettres travaillant à l’histoire de France et à l’histoire d’Espagne; total, 32,000 francs.

2* Avances au Mercure : 41,730 francs sur 1809, et 26,719 sur 1810; total, 68,449 francs.

3* Indemnités pour travaux littéraires ei gratifications à divers gens de lettres : 23,150 francs pour 1809; 1,592 fr. pour 1810; total, 24,742 francs.

4* Traitement du sieur Hennet, inspecteur de la librairie : 3,333 francs sur 1809; 1,333 sur 1810; total, 4,666 francs.

Toutes ces dépenses, qui se montent à 129,857 francs, n’ont pas été antorisées par moi, et je ne sais comment on s’est permis de les faire. Le payeur ne devait payer que dans la latitude du budget. Prenez, je vous prie, pour principe de ne faire aucune dépense sans mon autorisation et de ne jamais dépasser le budget. Je n’entends rien donner au Mercure, et des gratifications ne doivent pas être données à des hommes de lettres sans mon autorisation.

Cette conduite du duc d’Otrante est bien extraordinaire et vient encore ajouter aux autres sujets de mécontentement qu’il m’a donnés. Dans un état bien réglé, rien de semblable ne pouvait avoir lieu sans mon ordre, et ce n’était pas à lui à distribuer ainsi des gratifications pour se faire des créatures.

Vous demanderez également au caissier pourquoi il n’a pas porté plus tôt en recette les 101,000 francs saisis sur l’agence anglaise vers la fin de l’an XII, qui ne paraissent qu’aujourd’hui dans les comptes, et pourquoi il a employé cette somme en dépens» de mobilier que je n’avais pas autorisées.

Je ne saurais approuver que l’article 1″ du chapitre III, intitulé Dépenses de l’inspecteur général et des «tgemts secrets, ait dépassé de

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484        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON 1″. — 1810.

28,000 francs la somme de 170,000 francs fixée par le budget; le caissier ne devait pas payer au delà de la somme prescrite.

Pourquoi a-t-il payé 12,000 francs au sieur       ?

J’attends votre rapport pour savoir l’opinion que je me dois faire du caissier. Apportez-moi ces renseignements mardi. 11 faut aussi que vous me fassiez connaître s’il y a des dépenses qu’il est conve­nable de faire et qui ne se trouvent pas dans le budget, car toutes les dépenses que le duc d’Otranle a faites hors du budget, sans mon autorisation, ne seront pas admises.

Ne pouvant me donner les comptes des passe-ports et des ports d’armes pour 1810, apportez-moi du moins ceux de 1809, et, si quelques pièces vous manquent encore, suppléez par des bordereaux. Pressez davantage les préfets, qui me paraissent mettre trop de len­teur dans l’envoi des pièces.

D’après I* minute. Arckiwes de l’Empire.

  1. —AL1 BARON DE LA BOUILLER1E,

TRÉSORIER GÉNÉRAL DU DOMAINE EXTRAORDINAIRE, A PARIS.

Rambouillet, 15 juillet 1810.

Dans le nouvel état que vous devez porter la semaine prochaine, faites-moi un budget pour 1810 et 1811.

La recette, selon votre dernier état, se monte à 371 millions; mais vous n’y portez les laines d’Espagne que pour 1,267,000 francs, au lieu de 9 millions ; vous n’y portez point les marchandises de Trieste qui ont été vendues à Venise, qui sont de 6 millions. Ainsi on peut calculer la recette à 386 millions.

Il faut me proposer les placements de manière à former en 1810 10 millions de rente, soit en achetant les bons de la caisse d’amor­tissement qui se présenteraient à plus de 5 et demi, soit en achetant des actions de la Banque à un taux raisonnable, soit en achetant des actions des salines T soit enfin, si cela était nécessaire, en achetant un complément de 5 pour 100.

Le budget de 1810, en dépense, doit être fait de la manière sui­vante f savoir :

1° 24 millions pour les canaux du Loing et du Midi. Je ne porte pas ce que vous avez payé là-dessus, parce que les comptes que vous avez donnés sont portés en recelte.

2* 30 millions pour le trésor. Je porte 30 millions au lieu de tô. parce que vous devez faire recette de 45 millions portant intérêt et

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        485

qui sont de l’argent comptant, tandis que les 30 millions sont en échange de 750,000 francs de rente sur le Mont-Xapoléon et de 750,000 francs sur le grand-livre.

Ces deux sommes sont déjà distribuées.

3* 6 millions pour les diamants de la Couronne.

4* 10 millions pour les biens Vanlerberghe, parce que vous les avez portés en recette et qu’ils sont k peu près donnés.

La dépense de 1810 sera donc de 70 millions.

Intérêts de 1810. Je suppose les recettes à 10 millions.

Dépense:

1° Pour compléter le fonds de 12 millions de Versailles et achat de domaines, 6 millions ;

2* Pour le temple de la Victoire, 1 million;

3* Pour gratiGcations à l’armée, aux officiers généraux, repas de corps et dépenses de celte nature, 2 millions;

4° Pour dépenses de l’intendant général, du receveur général, frais de négociation et dépenses extraordinaires, 1 million. Total, 10 millions.

Vous aurez soin de porter dans le produit de 1810 ce qui doit vous revenir des revenus des biens Vanlerberghe, du moment où ils écher­ront, pour argent prêté à quelque titre que ce soit, etc. Alors l’avoir, en 1811, ne sera plus que de 316 millions, dont il faut déduire, pour fonds à verser au trésor en échange de domaines nationaux et aotres valeurs pour aider au service, 16 millions.

En 1811 la recette sera portée à 12 millions et employée de la manière suivante :

Crédit de Versailles et achat de domaines, 6 millions; temple de la Victoire, 1 million; gratifications à Tannée, 1 million; dépenses extraordinaires de tonte nature, à millions.

Ainsi, au compte de 1811, j’aurai 300 millions placés de ma­nière à rendre plus de 12 millions de revenu.

Faites-moi connaître si ces calculs sont exacts. Je ne puis y voir d’autres inexactitudes, si ce n’est qu’une partie des bons de Saxe, de Westphalie, etc., sont donnés. Vous m’en enverrez l’état. J’ai omis ces sommes, parce qu’il va y avoir un versement de 15 millions.

Le placement des villes de Paris et Bordeaux, je le regarde comme portant intérêt.

D’après U miaule. Arcbites de l’Empire.

 

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4*6        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON r*. — 1810. 16660. — AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE LEMPEREUR EN HOLLANDE,  A AMSTERDAM.

Hraboaillet, 15 juillet 1810.

Vous devez être arrivé hier à Amsterdam. Je suppose, quand vous recevrez cette lettre, que le grand-duc de Berg sera en route pour la France, le général Lauriston devant être arrivé.

Je vous ai mandé que le ministère des relations extérieures était inutile et qu’il fallait le supprimer. Le conseiller d’État d’Haoterive doit être arrivé pour faire l’inventaire des papiers et archives de ce département et les envoyer à Paris. Le maître des requêtes Las Cases doit être également arrivé pour faire la recherche des cartes et mé­moires relatifs à la marine et aux colonies. Il ne doit enlever aucun des papiers de l’administration, désirant conserver l’administration hollandaise, qui est plus économique que la nôtre.

Je compte qu’il n’y a que deux ports en Hollande, Amsterdam et Rotterdam. Mon intention est qu’on s’occupe de donner la plus grande activité aux chantiers. Donnez ordre au ministre de la marine de vous faire un rapport sur la situation de la marine et des constructions. Je veux avoir, en 1811, cinq vaisseaux de guerre, deux frégates et deux bricks en rade de la Meuse, et neuf vaisseaux, quatre frégates et quatre bricks en rade du Texel.

Mon intention est également qu’il soit mif sur le chantier d’Amster­dam trois vaisseaux de 7-4 et deux frégates, et deux vaisseaux et deux frégates sur les chantiers de Rotterdam. Faites sur-le-champ les dispositions nécessaires pour cet objet, en suivant les formes de lt marine du pays.

Envoyez-moi la note des contre-maîtres et officiers qui doivent commander les treize vaisseaux et les six frégates, pour que je l’ap­prouve et que le mois de juillet ne se passe pas sans que ces vais­seaux soient commencés. Si l’habitude est de faire des marchés, les faire sans délai.

Envoyez-moi sur-le-champ, à Paris, l’ancien ministre des finan­ces, un individu qui connaisse bien l’administration de la marine, un officier de marine qui connaisse bien les passes, et quelqu’un qui soit bien ou fait du système hydraulique du pays, des polders , digues, et qui puisse nous donner des renseignements sur cet objet.

Je suppose que le Corps législatif se sera occupé de nommer la commission ; faites-y joindre une commission de cinq conseillers d’État. Faites en sorte que ces commissions soient composées d’hommes dont les renseignements puissent m’être utiles.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I«. — 1810.        487

Envoyés le plus tôt possible au ministre de la marine les états des officiers de marine, et au ministre de la guerre les états des officiers de terre, afin que je leur envoie des brevets signés de ma main, pour les différents grades.

Envoyez-moi les états du trésor en recette au 1″ juillet. Je vou­drais que vous les fissiez porter par quelqu’un qui les connût bien et pût me les expliquer, et me faire connaître clairement le système financier de la Hollande.

Le plus important est la marine. Le défaut d’argent ne peut retar­der les armements ni les constructions. Faites marcher de front les constructions des cinq vaisseaux et l’armement et la mise en état des deux escadres de treize vaisseaux que je demande. Il faut que j’aie, en 1811, sept vaisseaux de ligne à Hellevoetsluis, et douze au Texel ; total, dix-neuf vaisseaux.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

16661.—INSTRUCTIONS POUR LE COMMANDANT DEPONTHOX,

SKCKKTAIRK DU CARIXKT.

RwnUuiilet, 15 j.illel 1810.

Le sieur Deponthon laissera au sieur d’Albe le travail qu’il a à moi et partira demain matin pour la Hollande. H suivra cet itinéraire : il ira de Paris droit à Wtllemstad ; il verra cette place en détail et m’en enverra un plan et mémoire raisonné de la situation actuelle, qui me fasse connaître son armement, son système d’inondation, s’il y a des casemates, son approvisionnement en poudre et en vivres. 11 prendra des renseignements sur les sondes de U’illemstad jusqu’à la mer, en suivant le Bieningen (ou Grevelingen).

Quand il aura recueilli les renseignements nécessaires pour ce mé­moire et rédigé sur les lieux, il ira à Overilakkee ; il restera dans cette Ue-là le temps nécessaire pour observer quelle est la difficulté de passer de IVillemstad dans Tilts si l’ennemi s’en emparait. Il ira ensuite à Goeree. De Overilakkee à Goeree, peut-on y passer? V a-t-tl de l’eau à basse mer et quelle longueur de canaux y a-t-il à franchir? Il reconnaîtra les batteries existantes, celles qu’il serait utile d’établir pour défendre la rade et les passes, enfin ce qu’il y a à faire pour la défense de ces iles. Il se rendra ensuite a Hellevoetsluis, où, avant de rien faire, il rédigera son mémoire et le met Ira è la poste. Après cela, il visitera Hellevoetsluis, se procurera des plaus de la place et du port, et me fera un mémoire sur la situation de

 

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4S8        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON 1″. — 1810.

Tune et de l’autre, sous le rapport de l’armement, des batteries de côtes et de celles qui défendent la rade. 11 marquera sur les plaus qu’il m’enverra l’emplacement des batteries, le nombre des bouches à feu ; il comptera les vaisseaux en rade, verra quelle protection ils ‘ reçoivent, et quelle est la direction des passes à la mer. Il visitera ensuite l’arsenal de la marine, les vaisseaux en armement et ceux désarmés, les chantiers, les approvisionnements de bois ; enfin il ine rendra compte de tout ce qui concerne ce département. Ces observa­tions et ces mémoires doivent être faits avec maturité et solidité, et non à la hâte.

D’Hellevoetsluis v le sieur Deponthon se rendra à Brielle; il ira voir l’embouchure de Putten et me fera un grand mémoire là-dessus; il m’enverra les sondes, le nombre et la force des bâtiments qui y passent, et tout ce qui peut m’intéresser sur cette embouchure du Rhin.

De là il suivra la plage jusqu’au Texel; il me fera un mémoire sur le port du Texel, sur l’armement de la côte, sur les facilités qu’aurait l’ennemi de s’en approcher, sur la rade extérieure, sur la rade iolé-rieure, sur les forliûcations de terre et de mer, sur la position que prennent les vaisseaux pendant les glaces, sur le bassin à construire au Texel pour contenir vingt vaisseaux, sur l’emplacement, sur ce que cela coûterait, sur ce qu’il y a à faire pour avoir une place à l’embouchure, qui se défende longtemps et défende la rade. Ce mé­moire, fait avec des plans détaillés, le sieur Deponthon le mettra à la poste.

,           II ira de là à l’Ile du Texel qu’il parcourra dans le plus grand

détail, et successivement les îles Vlieland, Terschelling, Araeland

et Schiermonnikoog. Il me fera connaître la situation des passes de

j           ces îles à basse mer, leur population, les moyens qu’aurait l’ennemi

pour s’en emparer, la difficulté pour l’en chasser et les passes qui

I           conduisent dans le Zuiderzee. De la dernière de ces îles, il ira à

j           Zoutkamp et à Groningen, d’où il me dépêchera son travail.

:           11 se rendra ensuite à Emden ; il me fera un mémoire sur l’Ost-

i   *      Frise et Emden, longeant la frontière  de Hollande du côté de

|           l’Allemagne.

|           Après cela les places de deuxième ligne. Après avoir recueilli toos

i           les documents qui lui serviront à rédiger son mémoire et l’avoir mis

I           à la poste, il reviendra visiter les places de seconde ligne : Deventer,

!           Zwolle, jusqu’au passage dans le Zuiderzee à Hattem.

|           De là il ira à Amsterdam ; il reconnaîtra les lignes que les Hollan-

!           dais avaient tracées pour la défense de la ville, et me fera un mé-

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I». — 1810.        480

moire sur l’arsenal et sur le Zuiderzee. 11 ira visiter Haarlem et reviendra à Amsterdam, où il restera jusqu’à de nouveaux ordres.

Le sieur Deponthon aura grand soin, dans tout le cours de sa mission, de ne recueillir que des renseignements sûrs et exacts et de se procurer les meilleures cartes, et, s’il y a des parties de la côte qui soient compromises, d’en informer le duc de Reggio.

D’après la minute. Archive* de l’Empire.

  1. — A EUGÈNE NAPOLÉON, vicr-boi d’itaub, a milan.

Rambouillet, 15 juillet 1810.

Mon Fils, ce qui vient d’arriver à Grado fait sentir la nécessité de protéger efficacement le cabotage de Venise à Trieste. 11 paraît que Menou est tombé dans une parfaite déconsidération à Venise. Donnez-loi Tordre de se rendre à Paris. J’ai accordé une gratification de 50,000 francs pour payer ses dettes, par les mains de mon consul Vigoureux. Faites-lui donner, sur le trésor d’Italie, une somme de 30,000 francs, afin que toutes ses dettes soient soldées.

Napoléon.

D’après la copie comm. par S. A. 1. lf~ la duchesse de Leuchtenberg.

  1. — AU VICE-AMIRAL COMTE DEGRES,

M1NISTBR DB LA  IIAR1NK, A TARIS.

Rambouillet. 16 jmllet 1810.

Monsieur le Vice-Amiral Decres, j’ai reçu l’état de situation des troupes du département de la marine à l’époque du 15 juin. J’y trouve la situation de vingt-neuf bataillons d’équipages de haut bord et des quatre bataillons de flottille. Ce livret est incomplet, parce qu’il y manque la composition de chaque bataillon. Remettez-m’en un nou­veau , où je trouve indiqué en léte l’organisation suivant les décrets, de quoi se composent les complets, la solde à la terre, la solde à la mer, les fournitures qui leur sont faites ou retenues.

Je vois que l’organisation des bataillons n’est qu’ébauchée. Cepen­dant elle devient aujourd’hui indispensable. C’est le seul moyen de pouvoir former des équipages.

Le 1″ bataillon occupe l’AusiertiU; le 2* est sur le Danube; le 3* est sur l’Lïm.

Je vois que le 4*, qui est à Rocbefort sur le Triomphant, a 461 hommes détachés A l’armée d’Espagne. Je n’ai jamais autorisé cette mesure, et j’ai toujours cru que ces hommes avaient été déta-

 

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490         COU RKSPOXD ANGE DE NAPOLÊOX I”. — 1810.

chés des bataillons de flottille et non des bataillons de haut bord. Il faut donc considérer ce bataillon comme désorganisé. 11 est indis­pensable de le reformer.

Le 8e, qui n’est que de 200 hommes, est cependant réparti sur trois vaisseaux. 11 est indispensable de faire réunir tout ce 8e batail­lon sur un seul vaisseau, et de placer sur les autres le 5* bataillon, qui est sur VAdvienne, et le 20e, qui est sur la Thémis et ÏIncorntj>-iible; car, avant tout, c’est aux vaisseaux de guerre que les bataillons doivent être destinés. Ce n’est qu’en cas d’excédant qu’ils doivent fournir des détachements aux frégates.

Le 11e est sur l’Eiflau, à Lorient ; le 12e, sur le Polonais.

Le 13e est à Rochefort sur la Pallas. Il est indispensable, au lieu de la Pallas, de placer ce bataillon sur un des vaisseaux qu’on armera a Rocliefort.

Le 6e bataillon, qui est sur l’Horlense et l’Elbe, doit également être placé sur l’un des vaisseaux qu’on armera à Rocliefort.

Le 1 i°, qui est à Brest sur la Clorinde et la Renommée, doit être mis sur le Xestor.

Le 15e est au dépôt de Rocliefort, réduit à presque rien , une partie étant dans I Inde. Il est indispensable de le compléter et de le placer sur un des vaisseaux qu’on armera à Rocliefort ; ce qui fera quatre bataillons dféquipages pour les vaisseaux de Rocliefort.

Le 16e est à Toulon sur VAnnibal; le 17e, à Rochefort, sur h Jemmapes • le 19e est à Toulon sur quatre vaisseaux; le 21* est à Toulon sur le Génois ; le 22e est à Toulon sur le Donaœerth ; le 30* est sur le Hreslau; le 31e est au Havre sur l’Amazone et l’Èltsa ; le 32* est à Rrest sur la Xéréide; on peut l’y laisser jusqu’à ce que le nouveau vaisseau ait été mis à l’eau. Le 33′ est à Anvers sur le Chttr-lemagne ; le 3 4e, sur le Commerce-de-Lyon ; le 35e, sur l’Anrersots; le 3(>e, sur le Dalmate; le 37e, sur le Duguesclin ; le 38e, sur le Céstir; le 3î)e, sur la l’ille-de-Iierlin ; le 40e, sur l’Albanais. Ce qui fait a Anvers huit vaisseaux, et, avec les danois, dix équipages.

Je ne vois pas à Toulon quels sont les équipages qui montent h Majestueux, le Commercr-de-Paris, le Suffren, le Magnanime, l’Ajus, le Borée, le U’agra/n, le Sceptre, la Pauline, l’Amélie, la Proserpine, h Pomone, la Pénélope, la Thémis et l’Incorruptible, lorsqu’elles auront donné le 20e bataillon à un des vaisseaux que monte actuellement une partie du 8e; l’Adrienne, lorsqu’elle aura donné le 5* bataillon.

Les vaisseaux et les frégates ci-dessus ont des équipages, mais ce> équipages ne forment pas des bataillons. Il est donc indispensable de créer, pour la Méditerranée, huit bataillons pour les équipages des

 

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CORRESPONDANCE DB NAPOLÉON 1″. — 1810.        491

huit vaisseaux ci-dessus, et quatre pour les équipages des huit frégates; ce qui fait douze bataillons d’augmentation pour Toulon.

A Rochefort, le 6′ bataillon, qui monte l’H&rtense et l’Elbe, sera rais sur le Foudroyant.

Le 13% qui est sur la Pallas, on le mettra sur le Régulas.

Le 15*, qu’on forme, on le mettra sur le Couard.

Ije Triomphant est monté par le 4* bataillon.

On formera a Rochefort un nouvel équipage pour le Tovrm’Ilc, l’Océan, et pour la Pallas, l’Elbe, VHorlense et le Pluvier. Ce sera donc quatre nouveaux bataillons à former à Rochefort.

II en faudra former deux à Lorient pour le Vétéran et le Golymtn, et deux à Anvers pour le Tilsit et le Friedland.

Kn tout, il faudra créer vingt nouveaux bataillons d’équipages. Indépendamment de ce, il faudra compléter les anciens équipages.

Je désire que vous me présentiez un projet de décret là-dessus ; je ne l’ai point rédigé moi-même, parce que j’ai craint qu’il n’y eût quelques erreurs dans vos états. Kn effet, je vois sur votre état de situation des troupes le 4* bataillon montant le Triompha» > et le 17′ montant le Jemmapes; et, sur votre situation des ports, je vois ces deux vaisseaux portés comme n’ayant pas d’équipages.

H est nécessaire de considérer tous les hommes qui sont aux Indes ou prisonniers de guerre comme étant hors du complet. Il faut donc les porter pour mémoire, et compléter les bataillons, de sorte que les cadres soient toujours complets, indépendamment des hommes qui sont aux Indes et dans des missions lointaines.

Pour la formation des douze équipages de la Méditerranée, les officiers ou sons-officiers existent. Vous pouvez les trouver dans les états de la marine. Quant aux matelots, il y en a 10,000 dans la Médi­terranée, indépendamment des garnisons, tant sur les vaisseaux qoe sur les petits bâtiments. Vous avez à Toulon onze bataillons d’équi­pages ; vous en avez douze à former; total des bataillons de Toulon, vingt-trois.

Je pense qu’il faudrait pouvoir porter les équipages au complet de 800 hommes, pour qu’ils puissent fournir les détachements néces­saires à l’armement et a la «jarde dos cotes. Pour porter ces vingt-trois bataillons au complet de 800 hommes, il faudra 18,400 hommes : or vous avez à Toulon 16,000 hommes ; vous pouvez tirer des régi­ments de marine 2,000 hommes; vous pouvez facilement faire on appel de 4,000 hommes dans les ports de Cività-Vecchia, de Livouroe, de Gènes, en Corse et dans les ports de Provence ; vous pouvez réunir ain*i dans la Méditerranée 22,000 hommes.

 

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*92        CORRKSPONDANCE DE NAPOLÉON l«r. — 18.10.

Les vingt-trois bataillons des équipages de haut bord n’emploie­ront que 17 à 20,000 hommes; et il vous restera encore de quoi former les quatre bataillons de flottille. Ainsi il y aura dans la Médi­terranée vingt-trois bataillons de haut bord et quatre de flottille, for­mant 23 à 24,000 hommes.

POUR L’OCÉAN.

A Rochefort, vous avez quatre équipages; il en faut former quatre autres; total des bataillons d’équipages, huit. OutrecesbatailloDS.il faut à Rochefort un bataillon de garde-côtes. Cela fait un total de neuf bataillons.

Les huit premiers bataillons à 800 hommes en emploient 6,400; le bataillon de garde-côtes, 1,000 hommes; il faudra réunir à Ko-chefort 7 à 8,000 hommes. On trouve déjà 4,000 hommes, c’est encore 4,000 à se procurer : or il y a, tant à Rochefort qu’à Bor­deaux, 2,500 matelots payés par l’État ; vous pouvez tirer des régi­ments de la marine 1,500 hommes ; enfin vous pouvez faire un appel de 4,000 hommes depuis Bayonne jusqu’à Nantes, et, s’il était néces­saire, on pourrait diriger sur ce point un renfort de conscrits; total des ressources que la côte de Rochefort peut offrir, 8,000 hommes.

A LORIENT ET A BRRST.

Il y a dans ces deux ports trois équipages anciens* ; il en faut deux nouveaux à Lorient; total, cinq bataillons de haut bord, qui,» 800 hommes, font 4,000 hommes ; plus deux bataillons de flottille, un pour Brest et l’autre pour Lorient, 2,000 hommes; total des matelots à réunir pour Lorient et Brest, 6,000 hommes.

Or il y a, entre Lorient et Brest, sur les bâtiments de la flottille, 6,000 hommes. De plus, une levée sur cette côte pourrait donner 4,500 matelots, tant bons que mauvais, jeunes ou vieux; les régi­ments de la marine peuvent en donner 2,000 ; cela formerait un excédant de 6,000 matelots, dans lequel on pourrait trouver de quoi compléter les équipages de Rochefort, s’il était nécessaire.

Je n’ai rien demandé pour Cherbourg.

ANVERS.

Quant aux deux bataillons à former pour Anvers, ce sont des équi­pages flamands. Il faut en former sur-le-champ les cadres et les recruter de Flamands.

En résumé, la marine se trouverait composée de vingt-neuf batail­lons existants, et de vingt nouveaux à former; total de quarante-neuf

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        493

bataillons d’équipages de haut bord, et de vingt équipages de flottille; total, soixante-neuf à soixante et dix bataillons.

Cinquante équipages de haut bord à 800 hommes emploieront 40,000 hommes ; les vingt autres emploieront 20,000 hommes ; total, 60,000 matelots.

Nous avons sur les états 40,000 hommes. On peut y incorporer des régiments de la marine 5,000 hommes ; un recrutement extraor­dinaire, qui depuis longtemps na pas été pressé, pourrait fournir 5,000 hommes; ce serait donc 10 à 12,000 hommes de la conscrip­tion de terre et des rivières qu’on aurait a donner à la marine.

Je comprends bien que tout ceci ne forme pas de bons équipages ; mais ce sont au moins des hommes qui s’exerceront à la mer.

Napolkox.

D’après l’original coara. par M— la duhette Décrit.

16664.— AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DU LA MARINE, A PARIS.

Rambouillet. 16 juillet 1810.

J’ai lu avec attention l’état des constructions en entreprise pour 1810. Voici les changements qne je fais aux constructions à rentre-prise. Je désire, pour Gènes, que l’Agamcmnon de 4 vingt-quatrièmes soit porté à 18 vingt-qoalrièmes pour être mis à l’eau en mars ; c’est donc 14 vingt-qualrièmes d’augmentation. Je vous prie de presser TAqamentnon a6n qu’on puisse le lancer en mars.

Quant à Toulou, j’ai jugé à propos d’augmenter de 96,000 francs la gabare la Ciolat; de 28,000 francs la gabare la Prudente; de 23,000 francs la flûte le Mérinos; de 80,000 la flûte f Éléphant; ce qui serait donc une augmentation de 237,000 francs, qui porterait le chapitre des constructions à Toulon à 910,000 francs. J’aurai donc alors dix flûtes portant 7,700 tonneaux, cinq gabares de 460 tonneaux chacune et deux plus petites de 250 tourteaux ; ce qui formera 10,500 tonneaux. J’aurai de plus quatre écuries pouvant porter, je crois, chacune 50 chevaux.

Indépendamment de ce, j’aurai une flûte, l’Éléphant, qui sera aux 6 vingt-qoalrièmes faite. Je désirerais mettre en construction dix autres flûtes de 800 tonneaux chacune; qu’on en fit 2 douzièmes à chacune ; ce qui ferait encore près de 200,000 francs, et porterait à 1,100,000 francs la dépense de construction des bâtiments de trans­port dans la Méditerranée.

J’aurais alors vingt flûtes portant 16,000 tonneaux, et sept gabares

 

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*94        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

de 2,700? ce qui ferait 18,500 tonneaux, capables de porter une forte expédition sur un point quelconque de la Méditerranée. Les viagt flûtes seraient achevées en 1811 ; et, supposé qu’à la Gn de 1811 j’eusse besoin de cette expédition, j’aurais 18,500 tonneaux à joindre à mon escadre de Toulon.

Dans l’année prochaine, trois ou quatre mois avant, je serai pré­venu par les circonstances, si j’ai besoin de cette expédition ; alors je presserai les armements pour l’avoir en septembre. Je voudrais également avoir 30 écuries, de sorte qu’avec 60 bâtiments de trans­port et mon escadre forte de 17 vaisseaux, de 10 frégates, 13 cor­vettes, bricks ou petits bâtiments, formant 40 bâtiments, j’aurais en tout une expédition de 100 bâtiments avec laquelle je pour­rais jeter sur un point quelconque de la Méditerranée, soit à Salo-nique, soit en Egypte, soit à Tunis et Alger, 40,000 hommes et 1,500 chevaux.

Je désire donc mettre en construction, sans délai, dix autres flûtes, mettre à la mer les écuries qui sont finies, nommer une commission pour les essayer, pour voir comment elles marchent, combien elles portent de chevaux, de vivres et d’eau, afin que, lorqu’on aura les observations pour les corriger, on puisse mettre en construction, £Q septembre, les 30 écuries que je demande.

Ainsi donc j’attache une importance majeure à avoir, indépendam­ment de 16 à 17 vaisseaux de guerre et de 8 ou 10 frégates, des bâtiments de transport portant de 20 â 25,000 tonneaux et 30 écuries capables de porter 1,500 chevaux, avec le nombre de chevaux que portent ordinairement les vaisseaux et transports. Mais, avant de mettre de nouvelles écuries en construction, il faut essayer les deux qui ont été construites.

Je désire que deux flûtes de 800 tonneaux soient mises en con­struction à Livourne pour donner de l’occupation à ce port. Vous pouvez trouver des entreprises pour en mettre deux à Gènes; cela emploiera les bras et les matériaux du pays. Voos pouvez y faire con­struire les six autres, si toutefois vons ne trouvez pas de bons marché* en Provence.

J’ai fait un décret pour cet objet. J’ai, en conséquence, pensé que je devais porter, pour les 24 vingt-quatrièmes de construction des dix flûtes, à dépenser cette année, 245,000 francs. J’ai pensé que, pour l’Éléphant porté à 8 vingt-quatrièmes, que, pour finir les 23 vingt-quatrièmes du Mérinos et le mettre à l’eau, finir les 11 vingt-qua­trièmes de la Ciotat et le mettre à l’eau, finir les 4 vingt-quatrièmes de la Prudente et la mettre à l’eau, ce qui fait pour Toulon une aug-

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        495

mentalion de 51 vingt-quatrièmes, il fallait porter le budget des con­structions à 3,459,000 francs.

D’après la niante. Archive! de l’Empire.

  1. — AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Rambouillet, 16 juillet 1810.

J’ai lu avec intérêt les bases du budget de 1810 pour les grands ports.

Il rue semble que le Pacificateur, l’Auguste, l’Illustre, le Conque-rant, pourraient être lancés en mars et avril de 1811 ; que le Trajan, le Gaulois elle Superbe pourraient l’être aux mois de juin et juillet, de manière à avoir, en septembre et octobre de l’an 1811, dix-neuf vaisseaux à Anvers.

Ce que je désire surtout, c’est que les deux frégates soient faites cette année. Je vois qu’elles ne sont pas encore en construction. Il est important cependant d’avoir deux de nos bonnes frégates à Anvers. Faites-les mettre sans délai en construction et pousser rapidement, afin qu’elles puissent être mises à l’eau après la fonte des glaces, que leur gréement soit prêt et qu’elles puissent éclairer l’escadre au mois d’avril.

Faites donc commencer à Lorient le bâtiment de 80 qui doit être mis en construction.

Je pense qu’à Lorient il faudrait porter le Magnifique aux 12 vingt-quatrièmes, a6n qu’il puisse facilement être achevé en 1811.

Il résulte des états que vous m’avez remis que j’aurai 24 vaisseaux avant la fin de l’aimée et 66 au 1″ janvier 1812, savoir : 9 de plus à Anvers, 2 à Cherbourg, 1 à Brest, 4 à Lorient, 2 à Rocbefort, 1 à Gènes, 3 à Toulon et 2 à Venise ; ce qui ferait 66 vaisseaux. Je sup­pose que j’en aurai 20 en Hollande ; ce qui me fera 86. Je vous écris cela pour que cela vous serve à votre budget de Tan 1811. Je vou­drais qu’il fût fait pour que j’eusse ce nombre de vaisseaux en 1811, ce qui, avec les 2 du royaume d’Italie et celui de Naples, me ferait 89 vaisseaux de ligne. Il faudrait que le budget de 1811 fût fait de manière à en avoir, en 1812, vingt de plus en France, de manière que j’aurais 106 vaisseaux français et 4 ou 5 napolitains on italiens ; ce qui me ferait de 110 à 115 vaisseaux a la fin ée 1812.

  1. S. FaiteJ-moi on rapport qui me fasse connaître le nombre de vaisseaux qu’il faut construire chaque année pour qu’en octobre 1812

 

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496        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I«. — 1810.

j’aie 115 vaisseaux de ligne, dont 2 napolitains et 3 italiens, qui ne vous regardent pas ; ce qui ferait 110 bâtiments français, y compris 20 hollandais que je cite dans mon aperçu, mais dont vous De pourrez pas vous occuper ; ce qui ferait 90 bâtiments français dans les ports français, depuis Anvers jusqu’à Toulon.

D’après U minute. DépAt de la guerre.

  1. — AU VICK-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Rambouillet, 16 juillet 1810

J’ai lu avec attention l’état de la solde de la marine pour les petits ports en 1811 ; j’y ai trouvé matière aux observations suivantes.

Dunkbrque. — Je vois que vous avez deux officiers de vaisseau em­ployés à terre pour inspecter tes signaux, et qui coûtent 2,400 francs. Cette dépense me parait inutile, et je ne vois pas pourquoi les employés chargés de l’inscription militaire ne surveilleraient pas les signaux.

Pour l’état-major des ports et mouvements, je vois un capitaine de frégate porté pour un supplément de traitement de 1,400 francs, je ne vois pas l’utilité de cet officier. Pourquoi le commissaire de la marine ne ferait-il pas la police des petits caboteurs, en rade la plu­part, pour son service? D’ailleurs, le capitaine du port étant un officier de marine, on pourrait le mettre sous ses ordres. Je ne vois aucune utilité de tenir ce capitaine de frégate.

L’ingénieur des travaux maritimes est utile cette année; mais en 1811 il doit être supprimé, puisqu’on ne construira plus à Dunkerque.

A l’article de l’administration locale il y a 24 employés. Pour la lin de l’année deux sont en trop. Je ne vois pas pourquoi un seul ne suffirait pas. Le sous-commissaire me parait fort inutile.

Je ne vois pas pourquoi, en 1811, vous laissez des maîtres dans le port; de quelle utilité y peuvent-ils être, puisqu’on n’y doit plu* construire? Je vois 15 gardiens et portiers : 4 devraient suffire. Deui u divers agents », non désignés : je ne saurais approuver cette dépeuse.

Ainsi je serais d’avis de supprimer au cbef-lieu, pour 1811. ^ 1,400 francs pour le capitaine de frégate, les 2,400 francs de l’ingé­nieur des travaux maritimes ; réduire à 6,000 francs l’administration locale, et supprimer les 2,400 francs des maîtres entretenus ; réduire à 2,000 francs les gardiens et portiers, et supprimer les « divers agents » non désignés. Par là, au lieu de 55,000 francs, cette dépense ne serait donc portée qu’à 8,400 francs, comme solde *

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I». — 1810.        497

terre de chef-lieu. Hors du chef-lieu, je supprimerais les 2,400 francs pour le capitaine de vaisseau, et ce chapitre des dépenses ne serait plus porté qu’à 31,200 francs; ce qui ferait, avec les 8f400 men­tionnés ci-dessus, 39,600, au lieu de 55,000 francs; plus, pour la solde à la mer, 38,500, et 39,600, cela ne ferait plus que 78,100 francs.

Boi’logkr. — Quant à Boulogne, je ne comprends pas la compli­cation de service qu’il y a. Le préfet maritime est inutile. Il est porté pour 26,000 francs. Avec ses frais de bureau, ses canotiers, ses commis, c’est une dépense de 60,000 francs absolument inutile, surtout lorsque vous en ôtez le contre-amiral. Le chef d’administra­tion ou des mouvements doit être le commandant de tout, sauf à envoyer, quand les circonstances l’exigeraient, un contre-amiral pour commander le tout pendant une saison.

Officier* employés à (erre. — Vous en portez 8 pour 16,000 francs ; c’est inutile. Le plus ancien capitaine des bataillons de la flottille à Boulogne peut commander la flottille. 12 enseignes auxiliaires sont trop à f état-major du port ; 4 suffiraient. Les ingénieurs des travaux maritimes sont inutiles; un suffit; nous ne travaillons plus au port. 11 maîtres entretenus sont inutiles; 4 suffisent.

Gardien» et portiers» — 6 suffisent. On prendra des équipages de quoi former des canotiers, puisque tout est canotier dans la flottille, ou Ton commandera un certain nombre de canots de service. Quant à la solde à la mer, ce chapitre-là doit être considérablement aug­menté, puisque je veux y avoir cinq équipages composés de 1,000 matelots et montant une centaine de bâtiments rodant toujours sur nos côtes. Ainsi, sur 198,000 francs que vous portiez pour le budget de 1811, je le réduis de 60 à 80,000 francs.

Je crois ces réformes nécessaires, non-seulement pour l’amélio­ration des ûnances de la marine, mais aussi pour le bien du service. Le service de la flottille est simple ; ce sont tous des canotiers. L’ad­ministration doit être simple, et le chef d’administration, homme de mérite qui fasse tout aller ; nn ingénieur pour veiller au raccommo­dage des bâtiments ; un chef de port pour la police du port pourrait être pratique de la rade; un commandant militaire, soit un contre-amiral que vous enverrez, qui, étant payé partout, ne sera pas plus cher là qu’ailleurs; soit, pour le service ordinaire, un des capitaines de vaisseau que vous avez là.

Li Havrb. — A quoi bon 6 officiers de vaisseau employés à terre?
c’est une économie de 7,800 francs toute simple. A quoi bon l’état-
major des ports et mouvements? c’est une économie de 2,400 francs.
».         32

 

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*98        CORRESPOND A NCK DE NAPOLÉON I«. — 1810.

A quoi bon, en 1811, 4,400 francs pour le génie maritime, puis­qu’on ne construira rien au Havre? A quoi bon un ingénieur des tra­vaux maritimes, quand ce n’est pas la marine qui fait faire les bassins du Havre? A quoi bon 5,000 francs pour l’inspection pour un si petit port? A qooi bon un commissaire? ce serait une économie de 2,400 francs. A quoi bon entretenir G maîtres? ils sont inutiles. A qooi bon 20 gardiens ou portiers? s’il en faut 4, c’est beaucoup. A quoi bon 8,000 francs pour agents non désigoés?

Au lieu de 115,000 francs, on peut donc réduire la solde du Havre, pour 1811, à l’état suivant : Administration locale, on com­missaire, 6,000 francs; un sous-garde-magasin, 2,000; frais de bureau, 4,000; total, 12,000 francs. Inscription maritime, 2i,000 francs ; officier de santé, 1,600 ; professeurs de l’école de navigation, 8,000; maîtres entretenus, 1,800; guetteurs des signaux, 20,000; gardiens et portiers, 2,000; total, 69,000, au lieu de 11 5,000 francs

II restera à voir si les 8,000 francs pour les professeurs ne pour­raient pas être supportés par les communes ; savoir si les 24,000 francs pour l’inscription maritime et les 20,000 francs pour les guet­teurs ne sont pas susceptibles de réduction. Mais, enfin, de 09,000 francs, vous en proposez 115,000; c’est économie de moitié.

Indépendamment de cette économie, il y aurait celle plus forte Ae frais de logement et autres de cette espèce.

Pour Saint- Servan, c’est la même chose. Au lieu de 81,000 francs, on pourrait ne mettre que 74,000 francs.

En suivant le même principe, vous connaîtrez facilement mes intentions pour les autres ports ; je ne continuerai point cet examen.

Comme donc je trouve que cette réforme n’est point suffisante, proposez-moi toujours celle pour les cinq derniers mois de l’année. Il faut calculer les dépenses de 1811 sur une base plus stricte. H J a sur votre projet 50 pour 100 à économiser; or 50 pour 100 d’économie pour l’administration doit en amener une immense pour le matériel.

Quant à la solde à la mer des bâtiments, il faut enrégimenter tous les matelots des cotes dans les vingt bataillons de flottille. Il leur faut une autre administration et paye qu’à ceux des grands bâtiments, et que l’on n’y connaisse qu’une paye.

Vous tue ferez un rapport qui me fasse connaître quelle est la solde à la mer, et s’il n’y aurait pas moyen de simplifier cette comptabilité en ne donnant qu’une seule imposition.

Je désirerais, d’ailleurs, comme les états-majors sont aux grands chefe-lieux, qu’on fit là leur décompte ; ainsi le décompte se ferait à

 

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CORRESPONDANCE DK NAPOLÉON K — 1810.        499

Anvers, à Boulogne par extraordinaire, à Rochefort, à Brest et à Toulon, Cherbourg, Lorient.

D’aprè» U nioalc. Arcbitet de l’Empire.

  1. — AU VICE-AMIRAL COMTE DECRKS,

MINISTRR  DE  LA  NARBiB,   A   PARIS.

Rambouillet. 16 juillet 1810.

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ai entendu hier les divers rap­ports que vous m’avez faits et l’opinion des ingénieurs sur la rade de Cherbourg. Mon intention est que les 1,500,000 francs que j’ai donnés pour la digue de Cherbourg soient employés à rehausser la digue jusqu’au niveau des hasses mers et que les travaux soient com­mencés par le musoir du côté du fort de Querqueville. Les 900 toises de cette partie de la digue doivent couler 3 ou 4 millions; mon intention est que cette dépense soit faite sur les fonds des Invalides de la marine. H faudra 3 millions en trente mois, à compter de juillet 1810; cela ira jusqu’au 1er janvier 1813. Ce travail fait, mon intention est qu’on continue la même chose pour l’autre partie de la digue, de manière à l’élever partout au niveau des basses mers, et, lorsque toute la digue sera élevée à la hauteur des basses mers, on se procurera deux plates-formes ou musoirs.

Fort Napoléon. — Le décret que je viens de prendre vous fera connaître mes intentions sur ce fort; vous y verrez que la marine doit être chargée exclusivement de ce fort ; que je vous charge de l’armer sur-le-champ de douze pièces de 30, de quatre mortiers de 12 pouces de campagne; d’y placer une pramc de quatorze pièces de canon de 36, qui sera annexée à la gorge de la batterie, qui servira de refuge à la garnison de la batterie et la protégera avec ses quatorze pièces de 36.

Les seize bouches à feu de la batterie exigeront une compagnie d’une centaine d’hommes, sauf à envoyer des renforts de la place, du moment que cela serait nécessaire. Vous prendrez la prame la Villc-dAmiens, qui est au Havre.

Vous ordonnerez à l’ingénieur Cachin de faire sur-le-champ les travaux nécessaires pour la défense de cette batterie. Le heurtoir des pièces de canon doit se trouver à 4 toises de l’arête intérieure de la digue v c’est-à-dire qu’il f.iudra reculer la batterie de 6 toises ; ce qui (‘éloignera davantage de la n.er et la rendra plus solide. It est certaiu que, si on avait eu la précaution de placer la batterie sur le point le plus sûr, c’est-à-dire le plus intérieur, les pièces n’auraient point eu

32.

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500        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I*’. — 1810.

d’accident. Moyennant la mesure que je prescris et qui doit être exé­cutée avant le 1er août, il n’y aura rien à craindre pour les pièces. 11 n’y aura rien à craindre pour les hommes, parce qu’il y aura un gros stationnaire, à bord duquel ils pourront se retirer. Aiusi, avec dix-huit bouches à feu sur la batterie et quatorze sur la prame, on aura trente-deux bouches à feu pour défendre ce point important.

Travaux du port. — Quant aux travaux du port et de l’arsenal, vous me présenterez au prochain conseil un projet déGnitif fait sur les bases posées dans la note ci-jointe. Ces notes ne sont point des ordres, mais des bases propres à concilier les intérêts de la défense et des établissements de la marine ; elles laissent aux ingénieurs It faculté de proposer tous les projets qui paraîtraient mieux remplir le but.

D’après U minute. Archive» de l’Empire.

  1. — AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A PARIS.

Rambouillet, 16 juillet 1810.

Monsieur le Comte Mollien, j’estime que les actions de la Banque ont la valeur ci-après : fonds primitif 1,000 francs, réserve 220 francs, ce qui fait 1,220 francs; droits sur les établissements appartenant à la Banque, que j’estime 3,000,033 francs; la valeur intrinsèque est donc de 1,253 francs au 1er juillet. Cela étant, au 15 juillet, il faut ajouter 3 francs pour la partie active du dividende, ce qui fait 1,256 francs; il faut ajouter de plus 3 francs, au 30 juillet; cela porte l’action à 1,259 francs. Dans cet état de choses, mon intention est que vous achetiez, en opérant de la manière la plus habile, 4,000 actions, mais sans que cela passe cette valeur réelle, c’est-à-dire 1,252 francs pour valeur intrinsèque, et 6 francs par mois, i dater au 1er juillet, pour l’intérêt. Toutes les fois que le prix sera inférieur à 1,252 francs plus l’intérêt, vous pourrez faire faire votre opération par la caisse de service. Je vois qu’au 14 juillet elles sont a 1/252 francs; leur valeur intrinsèque peut être jugée de 1,255 francs.

Napoléon.

D’après l’original comm. par MM la comleste Mollien.

1G669. — AU COMTE DARU,

1NTBNDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DE L’RMPBRRUR, A PARIS.

Rambouillet. 16 juillet 1810.

Monsieur le Comte Daru, vous trouverez ci-joint un rapport du

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON  I”. – 1810.        501

major général. Je désire compléter mes domaines de la Couronne et les rendre aussi agréables que possible. Je dépenserai donc volontiers pour cet objet une douzaine de millions, mais je voudrais que ces douze millions rendissent 3 à 4 pour 100 d’intérêt, qu’on a droit d’attendre d’un placement en fermes, sans habitations. Il me semble même que le revenu devrait être plus considérable, puisque ces acquisitions, réunies au domaine de la Couronne, ne payeraient plus d’impositions. Les revenus doivent donc être de 5 pour 100; ce serait, par conséquent, une augmentation de 5 à 600,000 francs de revenu pour les domaines de la Couronne, et en même temps cela compléterait, à Compiègne, à Fontainebleau et à Rambouillet, mes établissements de chasse’dans ces trois domaines, où je n’en ai presque pas. Ces acquisitions ajoutées au domaine, cela vaudrait la peine de nommer un administrateur des domaines qui se chargerait de les faire valoir et d’en pousser les revenus à un million. Le revenu des forêts est, je crois, de 4 millions nets. Le revenu des domaines, porté à un million, compléterait les revenus de la Couronne à 30 mil­lions f ce qui n’est pas une somme trop considérable, comparée avec les nombreuses charges du trône : présents, étrangers, voyages, etc.

Je désire que vous me fassiez connaître : 1° la valeur des domaines que j*ai, sans les forêts ; 2* ce qu’ils ont rendu et peuvent rendre ; 3* ce qu’ils rendront en complétant les 6 millions d’achats que j’ai déjà décrétés ; A* les terres qu’il est nécessaire d’acheter pour com­pléter les chasses de mes trois domaines de Rambouillet, Compiègne et Fontainebleau ; 5* un compte général des revenus des domaines de la Couronne depuis 1806, année par année, en distinguant le revenu brut et le revenu net.

Je désire aussi que vous me fussiez connaître pourquoi cette année, à Rambouillet, on n’a pas semé la ferme; pourquoi, A Sairit-Cloud, on néglige quantité de terres, en les livrant à la stérilité, au lieu d’y recueillir des moissons, ce qui est à la fois un embellisse­ment et un profit, car quel plus bel ornement de la campagne que les moissons et les détails de l’agriculture? Depuis six ans, je demande qu’on sème les carrés de Saint-CIoud; aujourd’hui, on va plus loin, on ne sème pas même la ferme de Rambouillet. Cela est d’autnnt plus important que ce n’est qu’en réunissant fous les moyens de mes domaines que je puis avoir la faculté de les entretenir et d’en tirer le revenu convenable.

Napoléo*.

D’aprét U copie coaa. p*r M. le comte Dara.

 

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302        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810. 16670. — A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE  DBS   RBUTIONS  EXTÉRIEURES,   A   PARIS.

Rambouillet. 17 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, il est convenable de faire une circu­laire ministérielle, dont vous me soumettrez le projet, sur les affaires de Hollande. La partie politique est suffisamment traitée dans la note que vous vouliez remettre au ministre de HoUande avant ces affaires. Vous pouvez puiser le reste de votre lettre dans votre rapport qui a été mis dans le Moniteur ‘. Vous direz que ce qui s’est fait ne pouvait se faire sans mon aveu, et vous rejetterez la résolution qu’a prise le Roi sur sa mauvaise santé.

Je vous renvoie les lettres du sieur Serurier numérotées 29 et 30. Engagez-le de nouveau à continuer de nous envoyer les bulletins, nouvelles et renseignements qui viennent à sa connaissance. Deman­dez-lui un rapport sur ces questions : Quelle est la quantité des marchandises coloniales en HoUande? A combien se monte l’évaloa-tion présumée? A combien se montent les droits sur les rentrées, pour la marine, la guerre, le trésor public, sur les diverses espèces de dettes et sur les différentes branches d’administration du pajsî

Demandez-lui également qu’il vous fasse connaître s’il y a beaucoup de blés à Emden, en distinguant la partie qui vient de France de celle qui vient d’Allemagne.

Napoléon.

D’après l’original. Archive! dei affaires étrangères.

  1. — AU COMTE DE MOOTAL1VET,

MINISTRE DE L*IXTBR1EUR, A PARIS.

Rambouillet, 17 juillet 1810.

Je vous prie de m’apporter, de mercredi en huit, les états des dif­férents travaux entrepris par les ponts et chaussées, qui me fassent connaître où en sont ces travaux, si dans la campagne on dépensera les fonds que j’ai accordés, ce qu’on pourrait faire de plus si J’accor­dais de nouveaux fonds, si ces travaux se font économiquement, dans le cas contraire qui est-ce qui s’y oppose, enGn les obstacles qui auraient besoin de mon autorité pour être levés.

D’après la minute. Archives de l’Empire, i Moniteur du 10 juillet 1810.

 

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CORRESPONDANCE I>B NAPOLÉON I«. _ i81O.       508 16672. — AU VTCE-AMIRAL COMTE DECRÊS,

MINISTRE   DR   LA   MARINS,   A   PARIS.

Rambouillet. 17 juillet 1810.

Je vous renvoie vos pièces. Je désire que vous fassiez d’abord les réformes pour 1810. Quant à 1811, les dépenses sont trop compli­quées; plus une machine est simple et mieux elle va, et, quant à la marine, elle est d’une extrême complication. J’attendrai, pour prendre an décret sur 18111 le nouveau rapport que vous me ferez.

  1. Arcfctte» de l’Empire.
  2. —AU GÉNÉRAL SAVARY, DUC DE ROV1GO,

MINISTRE DE LA POUCE GÉNÉRALE, A PARIS.

Rambouillet. 17 juillet 1810.

Je vois, dans le bulletin du 15 au 16 juillet, que le caissier de la recette de Blois a quitté son emploi pour se mettre aux gages des princes espagnols. Pour peu que vous ayez du doute sur cet individu, faites-le arrêter.

Je vois qu’un officier autrichien ‘ est venu à Mons. Donnez ordre qu’il soit poursuivi comme ayant porté les armes contre la France. Cela est d’autant plus imporfant que c’est un jeune homme, et qu’il ne me convient pas qu’il reste au service de l’Autriche; ou, y restant, il doit perdre tous ses droits.

D’après la mtaate. Archives de l’Empire.

J6674. — AU COMTE DEFERMOX,

INTENDANT GÉNÉRAL DU DOMAINE EXTRAORDINAIRE, A PARIS.

lamtoaiUel, 1*7 juillet 1810.

Monsieur le Comte Defermon, je vous renvoie le projet de décret et les pièces relatives aux dotations du comte de Lobau «t du prince de Wagram. Ma première observation est que je n’ai pas donné 54,000 fruacs de rente au comte de Lobau, mais 50,000 francs; ni 325,000 frases au prince de Wagraua, tuais 300,000 francs. Otez l’excédant de ces sommes et n’écoutez aucune réclamation. Cela rendra ce que cela pourra. J’ai entendu donner au prince de Wagram trois cinquièmes «les 500,000 francs de rente des biens du Rhin, et un dixième au comte de Lobau. Par le calcul que vous établissez je ne retrouverais plus ces 500,000 francs. Une autre observation que;

1 tn émigré français qui avait pris du service en Autriche.

 

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504       CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

j’ai à faire, c’est que ce décret n’est pas dans la forme usitée : 1* il est inutile de dire que ces bons proviennent de Vanlerberghe; 2° l’ar­ticle 2 est inutile, il suffît de dire : en conséquence des lettres pa­tentes ; l’article 3 est nécessaire ; l’article 4 est inutile par la même raison que l’article 2. J’ajouterai que vous dites que les biens sont réversibles à la Couronne, tandis qu’ils sont réversibles au domaine extraordinaire. Faites ces changements et renvoyez-moi ce décret demain à signer.

Quant aux camps de vétérans, je ne veux faire aucun échange. J’avais, en instituant ces camps, un but qui n’existe plus. D’ailleurs ils ont assez mal tourné.

Prenez pour principe qu’en fait de dotations, quand j’ai signé une chose, je ne puis plus revenir. C’est à tort que, pour la Westphalie, le Hanovre, on est revenu sur mes décrets pour demander des in­demnités ; cela n’est pas le remboursement d’une dette. Si j’avais dit que je donnais au comte de Lobau, par exemple, 50,000 francs comme indemnité due, et qu’il ne les eût pas tout entiers, il aurait des réclamations à faire. Le ministre des finances ayant pris la bonne précaution de faire signer par moi-même l’exécution de mon décret, cette seconde signature ratifie tout, et il n’y a plus à y revenir. Ainsi, s’il résultait qu’au lieu de 300,000 francs de rente le prince de ll’a-gram n’en eût que 40,000, tant pis pour lui; mais si, au lieu de 300,000, il se trouvait en avoir 400,000, tant mieux. Je n’entends plus rien une fois que j’ai signé. Suivez cette marche, et vous vous éviterez beaucoup de réclamations et d’embarras. Mettez U plus grande diligence dans l’expédition de toutes ces affaires; les événe­ments changent, les chefs de famille meurent, les familles des dona­taires ne se trouvent point nanties des pièces nécessaires et ne s’éta­blissent pas; enfin il y a toutes sortes d’inconvénients au retard. H faut que vous m’ayez fait signer avant le mois de juillet la dotation de chacun.

Faites imprimer dans le Moniteur, à la fin de juillet, la note de ce que j’ai donné pour les blessés ; quoique ces notes puissent n’être pas exactes, elles serviront toujours à beaucoup d’individus ; on les rectifiera après. Il faut aussi vous occuper de faire le départ de ce qui appartient au domaine et de ce qui revient aux individus, et le leur faire payer.

Napoléon.

D’*prèt l’original comm. p«r M. le corn le Defennon.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I». — 1810.       505 16675. — A FRÉDÉRIC-GUILLAUME III, ROI DE PRUSSE,

A BBRLIN.

Sâiot-Clond, 18 juillet 1810.

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre par laquelle Votre Majesté me fait connaître qu’elle a appelé M. le baron de Hardenberg à la tête de son ministère, et me fait part de l’espérance qu’elle af que les lumières et le zèle de ce ministre donneront à son administration une nouvelle vigueur. La longue paix dont tout présage que le continent va jouir permettra aux peuples de la monarchie de Votre Majesté de se remettre de tout ce qu’ils ont souffert, et, dans des circonstances difficiles, Votre Majesté trouvera la garantie de son bien-élre, sa satisfaction et son bonheur dans un système ferme et constant.

D’aprè* U minute. Archites de l’Empire.

  1. — A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Saiot-Cload. 19 jatllel 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire de faire mettre dans les journaux des articles sur les succès des Russes en Turquie et sur la paix qu’ils sont sur le point de conclure, à la condition de la cession de la Moldavie et de la Valachie, et sur la confiscation des bâtiments venant soi-disant de Ténériffe, mais en réalité venant d’Angleterre.

Faites connaître au duc de Vicence mes intentions sur la Tur­quie. Écrivez-lui que je verrai avec plaisir que la Turquie fasse sa paix en cédant la rive gauche du Danube; que cela me convient; mais que la Russie violerait ses engagements avec moi si elle gardait quelque chose sur la rive droite, et si elle se mêlait en quelque chose àes Serviens. Vous écrirez cela en chiffre, en lui faisant connaître que c’est là ma pensée; qu’autant je vois avec plaisir la Russie finir avec la Turquie, autant je me montrerais peu satisfait si elle gardait la rive droite ; qu’une seule place forte retenue par la Russie sur la droite du Danube annulerait l’indépendance de la Porte, et change­rait entièrement l’élat des choses.

Envoyez au duc de Vicence copie de la lettre que m’a écrite le roi de Suède et de ma réponse.

Chargez le duc de Vicence de dire a M. Adams que nous avons ici un ministre d’Amérique qui ne dit rien ; qu’il nous faudrait un homme

 

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506        CORRESPONDANCE DU NAPOLÉON l«. — 1810.

actif qu’on pût comprendre el par le moyeo duquel on pût s’entendre avec les Américains.

Napoléon.

D’aprè» l’original. Arckif es des affaire» étrangères.

  1. — AU COMTE MOLUEN,

M1N1STRK DU TRÉSOR PUBLIC, A PARIS.

Stial-Clori. 19 juillet 1810.

Monsieur le Comte Mollten, je vous envoie un tableau de la dette publique de Hollande; faites-moi un rapport qui me fasse comprendre facilement ce que je dois.

Napoléon.

D’aprèa l’original corom. par M”** la comtrsic Uo’lien.

  1. — AU GÉNÉRAL CLARKË, DUC DE FELTRE,

MIMSTIIB DU LA GUKRRK, A PARIS.

Saiot-Ctoud. 19 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Feltre, je viens d’ordonner l’envoi en Espagne d’un convoi de 3 millions , qui sera escorté par de fortes colonnes et ira droit à Séville, pour servir à payer la solde de l’armée du Midi, sans qu’il soit permis d’en rien distraire, sous quelque prétexte el par quelque ordre que ce soit.

Napoléon.

D’après la copte. De’pôt de la guerre.

  1. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

M1X1STRR DE LA GUKBRB, A PARIS.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

Faites connaître au duc de Tarente qu’il est nécessaire qu’il porte son quartier général à la bautcur de Barcelone el qu’il empêche que l’ennemi ne retire la récolte dans les montagnes; que le.général Suchet n’attend pour marcher sur Tortose que d’être instruit qu’il menace Tarragone; que lorsque Tortose sera prise, l’artillerie qui aura servi à ce siège pourra aider à la prise de Tarragone; qu’il a donc deux buts : 1° celui d’empêcher l’ennemi de s’emparer de 11 récolte, et, au contraire, d’approvisionner Barcelone pour longtemps; 2* de favoriser le siège de Tortose; que le général Suchet, qui * l’Èbre pour communiquer avec Tortose, ne pourra rien faire s il est inquiété à la fois du côté de Valence et de Tarragone. Envoyé* un officier au duc de Tarente porter cet ordre.

D’après la miaule. Archivas de l’Ënpirt.

 

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CORRESPONDANCR  DB NAPOLBOJV W. — mo.        SOT

  1. — AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÊS,

MINISTRE   DB   LA   MARINE,  A PARIS.

Saint-Clood. 19 janiel 1810.

Mon intention est que vous ouvriez une correspondance avec le ministre de la marine hollandaise pour l’exécution de mes ordres et de mon décret, pour ce qui concerne l’armement des escadres et la reprise des travaux de construction.

Une estafette part tous les jours à minuit pour Amsterdam; ainsi la correspondance deviendra très-facile et très-prompte.

Il est nécessaire que vous cherchiez un ofGcier pour commander l’escadre du Texel (il me semble que l’amiral Ver Huell est très-con­venable) , et un officier pour commander celle de la Meuse.

Il faut appeler à Toulon les officiers de marine les inoins affec­tionnés, mais habiles, et mettre sur l’escadre de l’Escaut ceux dont l’opinion est bonne, et qui sont aussi de bons officiers. Choisissez un bon capitaine hollandais pour le Tilsit et un pour le Friedland, et formez là deux équipages flamands.

Il est instant que vous soumettiez à ma signature les brevets des officiers de marine de tous grades que je veux conserver; que vous fassiez venir au Texel les deux vaisseaux qui sont à Amsterdam, ce qui fera au Texel sept vaisseaux, cl que vous pourvoyiez au complé­ment des équipages; que vous me fassiez connaître quelle est l’orga­nisation des chaloupes canonnières, afin que je forme une division de douze ou quinze chaloupes canonnières de la Meuse et de douze des miennes, qui sera commandée par un capitaine français, lequel sera sous les ordres supérieurs de Pamiral de l’escadre de la Meuse, et une seconde division composée des vingt-quatre schooners et autres petits bâtiments qui sont au Texel et de douze de mes chaloupes canonnières, en mettant cette division sous les ordres d’un capitaine français, qui reconnaîtra pour coinmaudant supérieur l’amiral de l’escadre du Texel.

Faites-vous remettre les états de situation et pressez la mise à Feau du Ruyter et de VEverlsen, que je voudrais lancer au Texel avant octobre prochain, pour avoir au Texel neuf vaisseaux. Pressez la mise à l’eau du Tromp à Rotterdam pour avoir là trois vaisseaux, èes frégates le Vander-Werjf et la Reine dans l’Escaut, et de l’Alcidc an Texel.

Il faut que vos lettres d’ordre au ministre de la marine, vous les adressiez à M. l’architrésorier avec une lettre d’envoi.

11 paraîtrait par les états que je vous envoie que je pourrais avoir

 

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508        CORRESPONDANCE DK NAPOLÉON I«. — 1810.

douze ou treize vaisseaux en rade avant la fin de Tannée, ce qui, avec les douze d’Anvers, me ferait vingt-quatre vaisseaux de ligne.

D’après U atonie. Archives de l’Empire.

  1. — Al) VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

WNISTBB DB LA MARINE, A PARIS.

Saiat-Cloud. 19 joiUet 1810.

Je désire que vous envoyiez à Cayenne, à la Martinique et à la Guadeloupe des agents qui voii3 rendront compte de ce qui se passe dans ces colonies, de l’esprit qui y domine, et particulièrement des fortifications que l’ennemi y aurait démolies ou fait construire. Je vous parle de cela une fois pour toutes. Prenez vos mesures et sui­vez-les sans interruption. Enfin faites tout ce qui est convenable pour que j’aie des renseignements nets et positifs sur toutes ces questions.

D’après U minute. Archiies de l’Empire.

16682.— AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRR DE LA MARtNR, A PARIS.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

Je reçois votre rapport du 18 juillet. Témoignez ma satisfaction à l’amiral Allemand pour les soins qu’il donne aux évolutions des vais­seaux. Réitérez les ordres pour que, sous aucun prétexte, les offi­ciers ne descendent à terre; ils doivent rester jour et nuit à leur bord et ne manger qu’à leur bord. Recommandez qu’on évite les dilapida­tions , qu’on prenne des mesures sévères à cet égard ; je n’ignore rien; que s’il y a des officiers qui se permettent de détourner les ouvriers de leurs vaisseaux et les matériaux qui leur sont conGés, on doit en faire des exemples.

J’ai écrit à l’amiral que j’approuve qu’il fasse sortir pour écarter les croisières ennemies, pour ne pas se laisser bloquer par des forces inférieures et tenir tout son monde en haleine » mais en même temps que je désire que mon escadre ne soit pas compromise dans une bataille navale, qui n’entre pas dans mes projets; que je n’approu­verais un engagement avec l’escadre anglaise qu’autant que mon escadre aurait la supériorité d’un cinquième au moins sur les Anglais.

D’après la minai*. Archives de l’Empire.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON !•’. — 18iO.        509 16683. — AU COMTE DARU,

INTENDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DK LKMPEREUR, EX MISSION EN HOLLANDE.

Sâint-Cloud, 19 juillet 1810.

Monsieur le Comte Daru, votre mission à Amsterdam a plusieurs buts:

!• De reconnaître la situation de la maison du Roi, les recettes exercice par exercice, et les dépenses et dettes exercice par exercice, ma volonté étant de tout solder, dettes et appointements;

2* De reconnaître si le Roi a fait des acquisitions de biens, de quelles sources proviendraient ces biens, aGn que, si après le paye­ment des dettes il reste des biens disponibles, je décide s’ils appar­tiennent au domaine de la Couronne ou au domaine privé, selon les sénatus-coosuWes qui règlent la législation de la Famille. Prenez des mesures pour qu’aucun meuble et immeuble, pour qu’aucune créance ni dettes ne puissent être ni dénaturés ni aliénés, soit en mettant votre signature sur les pièces, soit en prenant des états doubles de tout. Vous me ferez connaître de quelle nature sont les dettes du Roi, afin que je voie le parti que je dois prendre.

Voilà la première partie de votre mission. La seconde consiste à étudier ce qu’il faut conserver pour réunir à la liste civile de France, comme un palais meublé, une campagne ou deux, s’il est nécessaire et si l’entretien n’en est pas trop coûteux, en y joignant une dota-lion pour couvrir les dépenses d’entretien, selon notre usage. La seconde partie de votre mission est donc de déterminer ce qui doit entrer, pour la liste civile, dans le sénatus-consulte de réunion. Vous pourrez conserver le conseil établi par le Roi, si vous le jugez néces­saire ; mais il devra s’adresser à vous, ne reconnaître que vous, et n’avoir plus aucune correspondance avec le Roi.

Le troisième objet de votre mission est de reconnaître la situation do personnel et du matériel de la maison du Roi, des hommes et de* cbevaux, et de m’en envoyer un état raisonné, avec votre opinion. Une partie des officiers et des domestiques peut être réservée pour le service du grand-duc de Berg, une partie des voitures et harnais peut être envoyée à Paris ; mais, avant de rien faire partir, vous attendrez ma réponse aux renseignements que vous m’aurez envoyés.

L’estafette arrive promptement, et dans l’espace de dix jours votre mission doit être terminée.

Le quatrième objet de votre mission est de passer la revue de la garde royale, comme inspecteur aux revues, d’examiner sa compta­bilité, l’état de la solde, son matériel, la composition des régiments,

 

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510        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON 1er. — 1810.

sa situation en officiers de tous grades, afin que je voie ce qu’il con­vient de faire, et d’ajouter au budget la dépense qui en résultera. Vous ine ferez connaître combien il y a dans cette garde de soldats de différentes nations, Hollandais, Français, Allemands, Russes, Danois, Italiens, etc., et si le duc de Reggio désire qu’elle quitte la Hollande ou qu’elle y reste.

Enfin le cinquième but de votre mission est de faire prendre con­naissance du budget de la guerre, en le divisant, comme nous le faisons en France, en guerre et administration de la guerre; de ce qui est dû pour l’arriéré par exercice, et de ce qu’il en coûtera à la fin de l’année. Vous ferez des recherches sur la composition des dif­férents régiments, sur ce qu’il y a de Hollandais, d’Allemands, de Français, etc., soit parmi les officiers, soit parmi les soldats.

Quand votre mission sera terminée, revenez de manière à pouvoir répondre sur toutes les questions relatives à la liste civile, à la garde et à la guerre et administration de la guerre, à l’artillerie, au génie, à la solde et à toute espèce de matériel de la guerre.

Napoléon.

D’après U copie comm. par II. le conte Dam.

  1. — AU PRINCE LEBRUN,

LIKUTKNANT GÉNÉRAL DE l’eMPKRBI’R KN HOLLANDE,   A AMSTERDAM.

Stint-Clood. 19 juillet 1810.

J’ai reçu vos lettres en date du 15, jusqu’au n9 37.

Je vois dans le n* 27 que vous me parlez d’un fonds que le Roi a fait pour des prêtres catholiques; mais vous ne me faites pas connaî­tre la quotité de ce fonds, ni l’affectation qu’en aurait faite le Roi, de sorte que je ne puis rien statuer.

Il faut laisser dans le palais le portrait de Madame, celui du petit prince, les bustes des enfants, le portrait du Roi, y joindre celui de la Reine, ceux du roi et de la reine de Westphalie, celui de l’Im­pératrice et le mien, pour faire une suite de portraits de famille. II ferait inconvenable de déranger en rien remplacement des tableaux.

Je ne saurais penser que beaucoup de Hollandais veuillent émi-grer à Batavia et en Angleterre. Ce sont des craintes que les Hollan­dais d’une opinion opposée cherchent à inspirer, et que je ne partage pas. La réunion à la France ne peut que leur faire des avantages. Ils ne pouvaient conserver leur liberté, puisqu’ils l’ont perdue. Lwr

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON K. — 1810.        511

commerce gagnera, puisqu’il ne dépendra plus du caprice du moment et qu’il sera dans une règle constante.

Vous avez bien fait de suspendre la vente des animaux.

D’tprfe U minute. Architet

  1. — AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GtiVKBAL DR l’rMPRRHL’R RN IIOLLAXBB,   A AMSTRRDAM.

Stint-Cloud, 19 juillet 1810.

lai reçu vos lettres du H> avec le tableau de la dette publique. Faites-moi connaître la situation de la caisse d’amortissement : il doit y avoir un fonds de caisse d’amortissement qui doit réduire d’autant la dette; il doit y avoir une partie des dettes appartenant à Hesse-Cassel ou à des priuces étrangers, soit ecclésiastiques, soit autres ; il doit y avoir aussi des dettes ecclésiastiques de la Belgique; tout cela pourrait être un objet de réduction ; enfin il y a la partie de la dette appartenant aux villes, hôpitaux, mainmortes, de la Hollande. Ordonnez que ce dépouillement soit fait, aûn de savoir quelle est la partie de la dette qui appartient aux particuliers et qui est réctlemeot due. 11 faut aussi savoir si une partie de cette delte n’appartient pas aux princes d’Orange.

D’aprèe I* niaate. Archite» de l’Empire.

1GG86. — A EUGÈNE NAPOLÉON, vici-roi d’itaui, a uovz*.

Saiot-CUod, îejailJet 1810.

lion Fils, Je viens de prendre un décret pour que le curement du port d’Ancône soit continué avec la même activité qui y a été mise jusqu’à présent. Moyennant une modique dépense de 240,000 francs, vous avez déjà obtenu pour résultat que quatre vaisseaux et six fré­gates puissent y mouiller. Je désire que le creusement soit continué jusqu’à ce que le port puisse contenir neuf vaisseaux et six frégates. Je suppose que cette dépense pour les derniers mois de 1810 et pour l’année de 1811 n’ira pas à 200,000 francs. Ce ne sera donc guère plus de 10 à 12,000 francs par mois; c’est une véritable bagatelle. Faites-moi connaître si on ne peut pas pousser cet ouvrage plus loin. Dans mon «décret, considérant que l’ouverture du port est de 400 toi­ses et que le mouillage se trouve par là exposé aux vents de l’ouest, j’ordonne que la digue recevra un prolongement de 150 toises. On m’avait supposé que cette dépense coûterait 1,800,000 francs, ce

 

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512        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I«. — 4810.

qui m’avait effrayé; mais cette dépense n’était si considérable que parce qu’on voulait conserver une risberme intérieure dans tout le prolongement de la digue. J’ai renoncé à cette risberrae, et par là j’obtiens une économie de plus d’un million. On me fait espérer qu’avec 600,000 francs je ferai cette jetée et qu’alors le port sera calme à tout vent, ce qui sera un extrême avantage. 600,000 francs, à 50,000 francs par mois, c’est la dépense d’une année, et, comme il suffit que l’ouvrage soit fini au 1er janvier 1812, cela fait dix-huit mois, ou 100,000 francs pour trois mois. Je désire donc qu’il soit fait sur le budget un fonds de 100,000 francs par trois mois; ce qui augmentera le budget de 1810 de 200,000 francs, et celui de 1811 de 400,000 francs. Ordonnez que les fonds soient faits exactement, afin qu’on puisse pousser avec activité les travaux de cette digue. Il est d’un avantage si immense pour mon royaume d’Italie d’être maître de l’Adriatique, qu’il n’y a rien à épargner pour cela. Or, avec qua­tre à cinq vaisseaux, on y parviendra. Jamais les Anglais ne pourront tenir des forces égales dans cette mer, pour le seul objet de bloquer le commerce, quand d’ailleurs la réunion de la Hollande et les arme­ments considérables que je fais dans tous mes ports les mettent dans la nécessité de bloquer tant de peints.

Vous avez dû recevoir le décret par lequel je vous charge de mellre sur le chantier trois autres vaisseaux au compte de la France; ce qui, avec les deux du royaume d’Italie et les deux que je désire qu’où mette en construction pour le compte de l’Italie, formera dix vais­seaux à Venise. Je pense que le budget de la marine italienne pour 1811 sera fait de manière à avoir, à la fin de l’an 1812, cinq vais­seaux de guerre italiens. Quant au Rivoli, j’attache une certaine im­portance à avoir ce vaisseau à Ancône, et il me parait difficile qu’on ne puisse pas le mettre à l’eau à l’été de la Saint-Martin ou après les tempêtes de Noël. Mais il faudrait que celte opération pût se faire avec une telle rapidité, que ce vaisseau ne fût pas obligé de rester plus de quarante-huit heures en rade. Alors, quelque vent qu il fît, il irait soit à Ancône, soit à Trieste, soit à Pola, et partout il achè­verait son armement.

Je suppose que vous prenez des mesures pour que le duc deRaguse arme les batteries de Pola.

Napoléon.

D’après l’original conm. par S. A. L M”” la duché»» de Leuchtenberg,

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.       513 16687. — A L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE,

AUX  BAUX D’AIX,   EN SAVOIR.

Saint-Clood, 90 juillet 1810.

J’ai reçu, mon amie, ta lettre du 14 juillet. Je vois avec plaisir que les eaux te font du bien et que tu aimes Genève. Je pense que tu fais bien d’y aller quelques semaines.

Ma santé est assez bonne. La conduite du roi de Hollande m’a affligé. Horlense va bientôt venir à Paris. Le grand-duc de Berg est en route; je l’attends demain. Adieu, mon amie.

Napoléon.

Elirait ôVi Lettres de MapoUon à Jo$ipki*e, etc.

  1. — A MADAME MÈRE, a paris.

Saiot-Clood, 20 juillet 1810.

Madame, je m’empresse de vous apprendre que le roi de Hollande est aux eaux de Teplitz, en Bohême. Comme vous avez dû éprouver beaucoup d’inquiétude sur sa disparition, je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Sa conduite est telle qu’elle ne peut être expliquée que par son état de maladie.

Votre bien affectionné (ils,

Napoléon.

D’aprèf l’original comm. par S. M. l’Empereur Napoléon III.

  1. —A JÉRÔME NAPOLÉON, ROI DE WESTPHALIE,

â CASSBL.

Saint-Cloud, 20 juillet 1810.

Mon Frère, je m’empresse de vous apprendre que le roi de Hol­lande est aux eaux de Teplitz, en Bohême. Comme vous tn’en*pa-raissiez fort inquiet dans votre dernière lettre, je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Toute sa conduite est inexplicable et ne peut être attribuée qu’à son état^de maladie.

Napoléon.

D’après la copie coin m. par S. A. L le prinee Jérôme.

16690.— A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MNISTRB DBS RELATIONS BXTKRIEUBBS, A PARIS.

SainlCJoad. 20juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, je reçois votre lettre du 19 juillet sur la convention à conclure avec l’Autriche relativement aux sujets

 

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514        CORRESPONDANCE Dfl NAPOLEON H». — ISIO.

mixtes. Il me semble que la question est mal saisie et que, tant qu’on ne l’aura pas approfondie, if sera difficile d’arriver à un résultat.

Il y a des Autrichiens qui ont des biens en France, et il y a des Français qui ont des biens en Autriche. Quelquefois, lorsque les guerres ont éclaté, on a mis, de part et d’autre, le séquestre sur tes biens des sujets de la puissance ennemie; mais le premier acte de Fa paix rétablie a toujours été la fevée de ce séquestre. Cest ainsi que dernièrement j’ai fait lever le séquestre qui” se trouvait sur tes biens de rarchiducliesse Béattix en Ftafie. Cette question est une question claire et commune à tous tes États de l’Europe-, mais la question relative à la noblesse immédiate n’est pas la même.

Les membres du Collège des princes et de la noblesse immédiate avaient des privilèges; ils les ont perdus. Ils s’étaient la plupart éta­blis à Vienne, ef par conséquent Vienne était devenu le chef-lieu de leurs possessions er de rempire. L’empire germanique ayant cesse, les rots de h confédération, de grands vassaux fptll étaient, étant devenus des princes rndépewdbnts, fa noblesse immédiate ayant étt déchirée abolie, la fat nouvelle» «fa s’établir par farte de la Corô-dérattoir. Or que dit cet acte? Qu’aucun membre des familles média­tisées et comprises dans* le territoire de la CoaftdéraJion ne pourra prendre de service étranger. Que dit-il encore? Qae> fa noblesse immé­diate sera obligée cfe demeurer dans le lieu où elle avait sa souve­raineté; d’être sujette de FÉtat où sont situées ses possessions, et de ne pas porter les armes contre le prince qui doit désormais être leur souverain. Venons au fait. Sans «toute le prisée de Schwarxeaang était Bohémien; mais son domicile politique, sa souveraineté, ses troupes, son drapeau- étaient dans sa principauté ; cette principauté ayant été détruite et faisane aujourd’hui partie de la Bavière, il est clair qoe le prince de Schwarzenberg est devenu’ Bavarois, pan* qu’en effet le domieile (toit s’établir où était ta principale considéra­tion , où était l’existence poKHque. Or l’existence politique- du priace et Senwaraenberg était en Bavière; e’est là qw’tl exerçait ses droits de justice et de souveraineté; c’est de ce territoire qu’il tira»! sm titre de prince et son rang de séance à la diète ; il est donc réellement Bavarois, comme le prince de Metternich est réellement U’urlem-bergeois.

Dans cette situation de chose?, il est vrai qu’an lieu de séquestrer j’ai confisqué, et en cet» le» termes de la contenta» rédigée par M. de Mettermefe so*t exarts. J’ai conGsqué dans la dernière guerre to«s les biens de la noblesse ianaéd rate situé» dans fce territoire et la Confédération, doot les propriétaires portaient les armes ceaire la

 

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CORRESPONDANCE »E VAPOLKOM I*’. — 1810.        915

Confédération; maïs il est essentiel de remarquer que je n’ai pas confisqué les biens d’un habitant de Lins, d’un habitant de Vienne, d’un habitant d’Egra, qui aurait eu des propriétés en Bavière ou en Saxe; que je n’ai pas confisqué les biens qui n’étaient que patrimo­niaux ; que je n’ai pas confisqué les biens qui ne donnaient pas de droits politiques : ceux-là ont été mis seulement sous le séquestre et doivent être rendus ; U n’y a aucune difficulté à cet». Le roi de Wurtemberg lèvera le séquestre qu’il aurait mis sur tons les biens que tout habitant de Vienne posséderait dans ses États, et l’empe­reur François lèvera le séquestre qu’il aurait luit mettre sur les biens que tout habitant wurlembergeois posséderait en Autriche. Cela esl de droit commun, et c’est uinsi qu’en ont toujours agi la France et l’Autriche.

De plus, l’Autriche a obtenu au traité de Campo-Forrnio que tons les Belges qui voudraient rester à so« service pourraient vendre leurs biens en trois ans. Mais pourqtioi a-4-ellc stipulé cette condition ? Pour deux raisons : la première, parce que ces individus, étant très-Bonibreux, pouvaient fixer davantage l1 attention du gouvernement et le mettre dans le cas de s’opposer à ce que l’on vendit tous ces biens; la seconde, parce que la plupart de ces individus, appartenant aux principales maisons dn pays et exerçant une influence sur la soumis­sion de la province, pouvaient donaer au souverain des motifs povr exiger qu’ils restassent dans leurs propriétés et les ptinir de la confis­cation s’ils les quittaient. Mais il fout bien tenir note que ce traité et les subséquents n’ont rien changé au droit commun des propriétaires ; qu’ib n’ont pas dit que le sujet d’une des deux puissances aurait too» jonrs le droit de vendre ce qu’il posséderait chez l’autre, parce que cela est tacite, parce qu’on n’a pas po supposer que l’empereur d’Au­triche ait jamais des motifs pour s’opposer à ce que M. d’Argentan, par exemple, ou II. de Graves, vendent les biens qu’ils peuvent avoir, à Klagenfnrt ou ailleurs, du droit de leurs femmes ou autre* ment. Je pense donc q»e, dans la convention, il faut dire simple­ment qoe le séqveslre sera levé de part et d’autre sur les biens des particuliers. Deux ou trois articles suffiront pour régler cela, et cela pourra fermer le premier titre à* la convention.

Mais viennes! les anciens princes et comtes de l’empire dont la souveraineté a été détruite : c’est une question politique et neuve, et il me semble qu’il faut dire que tous les princes qui ont cessé de l’être par la formation de la Confédération, ainsi qoe tons les membres d« 1» noblesse Mimédiate, sent censés être sujets du pays où était située leur souieramsié; que cependant ceux qui croiront devoir établir levr

33.

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516        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

séjour en Autriche seront maîtres de le faire; que le séquestre sera levé sur leurs biens; que ces biens seront rendus tels qu’ils sont; mais que les possesseurs feront connaître avant le 1er janvier 1811 si, ne voulant pas devenir sujets de la Confédération, ils veulent céder leurs biens à un membre de leur famille, lequel sera tenu de demeurer sur les biens et d’être sujet, ou s’ils préfèrent vendre; et, dans ce dernier cas, on leur donnerait six ans, dans le délai desquels ils devraient avoir vendu.

Il me semble que voilà toute la question. 11 serait tout à fait dérai­sonnable de demander que Ton revint sur le passé. Le séquestre et la confiscation étaient de droit public et ont dû avoir lieu. En effet, il est facile de démontrer que l’existence de personnes telles que le prince de Schwarzenberg et le prince de Metternich dans une armée autrichienne avait un caractère particulier; que, s’ils venaient avec leurs troupes en Bavière ou à Stuttgart, tous leurs moyens devaient tendre évidemment au rétablissement de leur principauté et à procu­rer à l’Autriche toutes les ressources, tous les partisans que leur ancienne influence dans le pays pouvait mettre à leur disposition : dès lors, exiger qu’ils deviennent sujets ou qu’ils vendent est raisonnable.

Ainsi il n’y aura pas de sujets mixtes. Les biens possédés dans les États de la Confédération par des sujets étrangers qui ne seraient pas de la noblesse immédiate seront tirés de dessous le séquestre; les Autrichiens pourront posséder en Bavière et les Bavarois pourront posséder en Autriche; toute autre manière de voir sur ces questions serait barbare. Mais quant à ceux qui avaient droit de séance au cercle ou à la diète, ceux-là sont sujets du pays, l’acte de la Confé­dération l’a ordonné. On a dû confisquer leurs biens; ils demandent aujourd’hui qu’on les leur rende; j’y consens; j’y consens par égard pour l’alliance que je viens de contracter avec l’Autriche et parce que ces questions sont encore neuves ; mais il faut qu’ils se prononcent avant le 1″ janvier 1811, qu’ils fassent leur déclaration, et que, passé ce terme, il soit bien convenu qu’ils doivent vendre, que désormais ils ne peuvent plus posséder ( non pas des biens ordinai­res, car jamais il ne sera question d’empêcher M. de Schwarzenberg de posséder des terres en Bavière à titre particulier),, mais qu’ils ne peuvent plus posséder ces mêmes propriétés qui composaient lenr principauté, qui depuis cinq cents ans peut-être étaient dans leur famille et leur donnaient dans le pays une influence et une existence que le nouvel ordre de choses n’accorde pas à un étranger : ces biens-là doivent être vendus. En général, partez du principe que, dans un État bien réglé, on doit décider par le droit politique ce qui est

 

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CORRESPONDANCE DE \i\POLEON I”. — 1810.        517

politique, comme par le droit civil ce qui est civil. Or le prince de Liechtenstein, ou tout autre, posséderait en France ou en Bavière des biens qui n’auraient jamais joui d’aucun droit politique : il doit pouvoir les posséder en se soumettant aux lois du pays. Au contraire, il posséderait en Bavière des terres auxquelles étaient attachés des droits politiques : ces biens-là, il doit les vendre. Voilà ce qu’ordonne le droit politique.

Préparez dans ce sens une note à M. de Mettcrnich. Vous la rédi­gerez à mi-marge, en faisant copier en regard les articles des traités qui viennent à l’appui. Vous me la remettrez ensuite sous les yeux et ne l’adresserez à M. de Metternich qu’après que je l’aurai définiti­vement approuvée.

Vous rédigerez en conséquence le projet de convention en deux titres; dans le premier vous traiterez des séquestres : il faut les lever; dans le second, il sera question des confiscations : vous devez dire les choses en toutes lettres.

Napoléov.

D’après l’original. Archive! dei «flaires étrangères.

16G91. — AU COMTE DARU,

IXTKNDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DK l’kMPBRKUR , A AI1STKRDAM.

S*int-Clood. 20 juillet 1810.

  1. l’architrésorier m’envoie des états de situation des troupes hol­landaises au 1″ juillet. Ces états comprennent la désignation des corps et l’emplacement où ils se trouvent. Faites-moi connaître leur organisation et leur situation en détail, corps par corps.

Qu’est-ce que c’est, par exemple, que les gardes du corps ? Sont* ils à cheval ou à pied? Comment sont-ils composés? Que peut-on en faire? Combien y a-t-il d’officiers par compagnie? Quelle taille ont-ils? Quelle est leur paye? Donnez-moi les mêmes renseignements sur les gardes À cheval. Qu’est-ce que c’est que la légion des vélites? Com­bien y a-t-il de bataillons, de compagnies ? Quel âge ont les hommes, quelle taille, quelle paye, de quelles nations sont-ils? Qu’est-ce que c’est que les pupilles royaux ?Quel est leur âge, leur paye, leur pays? Combien y a-t-il de régiments de ligne? Combien de bataillons, com­bien de compagnies par régiment, combien d’officiers par compagnie? Quelle est la paye? De quelles nations? Enfin des détails sur l’orga­nisation et l’administration.

Je vous envoie différentes lettres de M. l’arcbitrésorier qui ont trait à la liste civile. Quand vous aurez terminé votre travail, vous dccla-

 

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5tS        CORRESPOM>AKCE DE NAPOLÉON I*. — 4816.

rerez le palais d’Amsterdam palais impérial. Mettre opposition à toute vente de domaines ou êe mobilier des domaines ; le Roi n’en est que l’administrateur ; les domaines de la Couronne sont inalié­nables , et il faut une loi de l’État pour en disposer. Arrêtez les «ente» qyi se feraient, et rendes-voi compte de celles qui taraient déjà eu lieu.

D’après U roinaie. Archives de l’Empire.

  1. — A M. DE CHAUPAGNY, DUC DE CADORE,

MIXISTRK   DES   RKLATIONS   KXTÉRIKURKS,   A   PABIS.

P«rif. 21 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, celte circulaire n’est pas bonne. Elle est dirigée cou lie le Roi, au lieu qu’elle doit tendre tout entière à l’excuser. Elle doit rouler sur trois points : 1° difficulté de la circon­stance provenant de ce que la Hollande ne pouvait avoir d’indépen­dance après la réunion de la Belgique; dans cet état de choses, beaucoup de circonspection, de sagesse et de modération étaient né­cessaires dans le gouvernant, qualités dont l’application demande une longue habitude de gouverner; 2° difficulté provenant d’une dette double du revenu du pays, et de charges triples de ce que le pa\s pouvait payer, crise dont on ne pouvait sortir que par la vigueur, eo sachant prendre un parti décisif, ce qui suppose une connaissance de l’administration qui ne s’acquiert que par une longue expérience ; 3° difficulté ou le système du blocus et les arrêts du conseil britannique avaient placé la Hollande : le Roi, aigri par une maladie chronique qui depuis quatre ans ne lui laissait pas de repos, l’impatientai! et l’irritait, n’était pas l’homme qui convenait. U fallait, pour réussir dans des circonstances si épineuses, de la longanimité, des mœurs douces et beaucoup de dextérité. En résumé, la situation de la Hol­lande, était difficile : le Roi l’a aggravée ; elle avait besoin d’un chef de beaucoup d’expérience, de prudence et d’énergie : la maladie du Roi l’a privée de tous ces avantages ; 4e là les événements qui ont amené ce dénoûment.

Napoléon.

D’après l’original. Archives des affaires étrangère!.

  1. — AU COMTE DE MONTALIVET,

MlNISTftH OS LINTiaiBUR, A PA4IS.

Parts, Si jmlleC 1810.

Monsieur le Comte Montalwet, je vous envoie un projet d’organi­sation pour huit armées de ‘gardes nationales, qui pourraient être

 

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BE NAPdLKOV J«. — 1619.        510

requises en temps de guerre dans le cas «è l’armé* de ligne s’avan­cerait en pays ennemi. Vous appellerai à Paris (es préfets Ponave-reul, Cnauvetin et Quinette ; vevs les réwriree en eaaNmsskm et les chargerez de faire un travail là-dessus.

En 1805, quand je marchais sur Vienne, Jars de la quatrième coafcwa, pressé parles circonstances, j’ordonnai la réunion de plu­sieurs corps de gardes nationales, «sans «en prescrire <te «ode et sans n’occuper du choix -des «fficiers. Les autorités locales ont pourvu a telle ferra ttwa. Depuis, j’ai ordonné <roe des grenadiers et chasseurs nrés des gardes nalienales formassent un •corps de 6,000 hommes rétni à Saint-Omer sous la garde d a général flampon ; un autre corps semblable a «té formé à Bordeaux, un autre à Marseille. Faites d’abord faire des recherches sor ces premières mesures, pour avoir l’historique de to«1 ce qui s’est fait. Ces mesures ont beaucoup coûté sans doute ; il en est résulté peu de services réels, et ce a’a été pour Jes riches qu’une contribution de plus. H faut donc s’occuper des woyens A prendre pour que cette mesure produise désormais un ser­vice plus utile. Par .exemple, «ai te sttdat, a« lieu de changer tous les deax mois, restait sous les drapeaux pendant toute 4a durée du temps nécessaire, les frais d’habillement seraient motus •considérables et l’instruction -des troupes plue solide. Voici quelques idées qui .pourront servir d’instruction à ia commission.

Il faut d*abord prévoir le cas où l’année de ligne entre en pays ennemi : dès ce moment, il faut garder les fraolières et les côtes. Les Anglais pourront faire une tentative sur Anvers : il faut que les gardes nationales du nord de la France puissent courir aussitôt à la défense de ce point. Jls pourront vouloir prendre Boulogne, Cher­bourg, Brest, Lorient, Ilochelfort; voilà à peu près tout ce qu’ils pour­ront tenter sur les cotes de l’Océan : il faut que sur tous ces points il y ait moyen de réunir des pays voisins, sans mettre en mouvement toute la France, 60,000 hommes qui soient déjà organisés. Aussitôt que la guerre viendrai! à se àVclurer, les gardes nationales devraient avoir ordre de se tenir prêtes ; les officiers prendraient l’uniforme; les soldats se réuniraient tous les dimanches, sous les ordres de leurs ofliciere, pour faire l’exercice; enfin les précautions seraient prises pour que les armes se trouvassent au chef-lieu du bataillon, afin qu’au premier ordre on pût s’armer. Ainsi les citoyens ne seraient pas trop fatigués, et, au moindre événement, on marcherait de tous côtés sur le point menacé.

Indépendamment de ce, une tête de gardes nationales serait levée pour être en observation sur les points les pfas importants, c’est-à-

 

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520        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON 1″. — 1810.

dire qu’on continuerait à peu près de faire ce qu’on a fait. On lèverait donc un corps de 6,000 hommes qui s’exercerait à Saint-Omer, an autre à Cherbourg, un autre en Bretagne, etc. Raisonner pour un de ces corps, c’est raisonner pour tous.

Voici les questions à résoudre.

Combien, en cas d’événement, peut-on faire marcher d’hommes sur les points menacés? Nous avons vu, l’année dernière, qu’on a fait mar­cher 16,000 hommes environ sur une population de 800,000 âmes. C’est 1 homme armé pour une population de 50 personnes ; ce seraient 20,000 hommes armés sur 1 million de population. Ainsi, pour avoir une armée de 60,000 hommes, il ne faudrait que 3 millions dépopu­lation, et à ce compte la France, qui a 40 millions de population, aurait une armée nationale de 800,000 hommes. Mais on comprend dans ce calcul les nouveaux départements d’Italie, qui exigeraient  une modification. Parlons maintenant des points importants et sur lesquels l’ennemi pourrait nous faire le plus de mal, c’est Au vers, Boulogne, Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon; c’est-à-dire qu’il s’agit principalement de la garde de nos établissements ma­ritimes. Il faut donc pouvoir réunir en peu de jours 60,000 hommes autour de chacun de ces établissements. Si chaque million de popu­lation peut fournir 20,000 hommes armés» il faudrait donner à l’ar­mée auxiliaire destinée pour chacun de ces points un arrondissement de 3 millions d’habitants. Par exemple, pour l’arrondissement de l’armée d’Anvers, il faudrait le composer de la manière suivante :

 

DÉPARTEMENTS.

POPULATION.

SOLDATS

.4   FOUR KIR 1/WK

DISTANCE doebrMiea

bre de joaraca d’éttpM.

 

 

 

Deux-Nèlbe»

Eicaul

Dyle

Lf»

Sambre-et-Metue …

Ourtfae

Metue-lnférieure…
Hoêr

Totaux

284.000 636.000 131,000 491.000 180.000 352,000 261.000 611.000

3,258.000

5.000

12.000

8.000

10,000

4.000

7.000

5.000

12.000

63.000

 

Ce calcul est suivi dans l’état ci-joint pour les autres arrondisse­ments. On a tracé d’abord l’arrondissement de six armées des côtes de

 

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CORRESPONDANCE DK NAPOLÉON !•’. — 1810.        521

<>0,000 hommes chacune ; et, dans les départements de l’intérieur que cette première circonscription n’emploie pas, on a trouvé ensuite de quoi composer quatre autres armées de 60,000 hommes pour faire le service des frontières de terre et servir au besoin de seconde ligne aux années des côtes.

Ainsi donc, au moment d’une déclaration de guerre, on donnerait ordre aux gardes nationales de se préparer. Alors le ministre de la guerre ferait réunir les armes et les munitions ; les officiers porteraient leur uniforme ; les soldats seraient réunis tous les dimauches pour tirer à la cible et faire l’exercice ; et les généraux ou sénateurs dési­gnés par le ministre iraient passer des revues.

Si la guerre était sérieuse, on demanderait la réunion du corps d’élite. Ce corps pourrait être du dixième de l’armée ; ce serait 1 homme sur 10soldats. Ainsi, l’armée d’Anvers étant de 60,000 hommes, en réunissant seulement le corps d’élite, on aurait 6,000 hommes à An­vers, autant à Brest, autant à Cherbourg, autant à Rocbefort, etc., ce qui ferait sur-le-champ une armée de gardes nationales d’élite-, soldés et équipés, qui, ayant seulement six mois devant eux, forme­raient une réserve de bonnes troupes, bonne à tout événement.

On comprend bien que, si les Anglais venaient à débarquer à Anvers, il faudrait qu’il y eût là une autorité locale qui fit sur-le-champ l’appel de toutes les gardes nationales de l’arrondissement; qu’en douze heures les hommes devraient avoir rejoint le chef-lieu de Jeur bataillon, et qu’en trois ou quatre jours le bataillon devrait avoir rejoint le point de rassemblement. Mais en même temps il faudrait que les armées voisines, que je suppose être celles de Lorraine, de Paris et de Boulogne, levassent leurs 6,000 hommes d’élite; ce qui ferait qu’en peu de temps les trois armées voisines d’Anvers pourraient envoyer, en seconde ligne, une réserve de 18,000 hommes d’élite.* Cela étant ainsi disposé, il reste à connaître, 1° quelle organisation militaire ces troupes doivent avoir; 2e comment le choix entre les ntoyens doit être fait. Car, en supposant qu’on lève 1 homme sur une population de 50 habitants, comme sur 50 il n’y en a que 10 jeunes ou vieux en état de faire la guerre, ce serait donc I homme sur 10 mâles. En suivant cette proportion pour le corps d’élite, il y aurait 1 homme de levé sur 10 hommes armés ; c’est-à-dire qu’il y aurait 1 homme d’élite sur 100 mâles et sur une population totale Je 500 individus. Mais comment procédera-t-on aux choix des gardes nationales et à celui des hommes d’élite? 3* Comment seront habillées et payées les gardes nationales? 4* Comment seront habillés et payés les hommes d’élite? 5′ Xe doit-on pas exiger qu’il n’y ait que des

 

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5Î*       CORRESPONDANCE   DE NAPOLÉON I«. — 1810.

hommes dans le cas d’avoir leur uniforme, et, dans ce cas, ne doit-on pas exiger qu’ils l’aient? Ils pourraient ne pas l’avoir en temps de paix ; mais en temps de guerre, lorsque le Gouvernement ordonne­rait a«i gardes nationales de se préparer, ces hommes devraient se procurer leur uniforme dans le délai d’un mois.

Il n’y a pas de doute que oeci ne revienne à un impôt, mais c’est un impôt indispensable, car c’est en vain <jo’«n augmentant tontes les contributions on vaudrait avoir un pins grand nombre de troupes; la population ne pourrait pas y suffire, et d’ailleurs on ne pourrait pas atteindre le même but. Le développement de nos frootières et de nos côtes est si étendu, qne 200,000 hommes y seraient paralysés sans raison. La formation de la garde nationale peut seule mettre l’Empire à l’abri sur tous les points. Si l’ennemi pouvait débarquer, il ravagerait le pays ; et l’habitant, pillé et rançonné, ne gagnerait rien à s’être épargné la dépense qui aurait fait sa sûreté. Il est pour­tant vrai de dire qu’il y a beaucoup à méditer sur cette matière, et c’est pour cela que je désire consulter l’expérience qu’ont acquise les préfets par la dernière descente des Anglais.

D’après la copie cornai, par M. le comte de Montaitvet.

  1. — A FRANÇOIS 11, EMPEREUR D’AUTRICHE,avma.

Pari*, 21 juillet 1810.

Monsieur mon Frère et Beau-Père, je prie Votre Majesté Impériale de trouver bon que je lui envoie une tasse’ de porcelaine de ma ma­nufacture de Sèvres, sur laquelle on a mis 4e portrait de Louise. respère que ce cadeau sera agréable à Votre Majesté, et je désire qu’elle le trouve bien. Je la prie de me croire, avec les sentiments * d’attachement et de haute considération que je loi ai voués, de Votre Majesté Impériale, le bon frère et gendre.

D’après la miuute. Archives de l’Empire.

. — A M. DE CHAMPAGW, DUC DE CADORK,

MINtSTM  OBS   RKLATWtttS *Xréai£l<«KS,  JL

Pam.Sl

Monsieur 4e Dac <dc Cadore, je vous envoie des porcelaines que rimpératrice désire envoyer à Vienne. Faites-les partir avec les lettres o»-jeé»tes par tin courrier, en 4oi recommandant de ne pas les casser eo roate. Vous voos «errïrez de ce courrier po«r écrire à Otto.

 

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COUKSPONDANCK t>£ NAPOLÉON I*, — IStO.        5t8

  1. S, La caisse en contient quatre petites, dont deux rondes en maroquin noir, une longue carrée plate en maroquin vert, et une petite boite de sapin carrée.

D’après l’originaL Archive! dei affaire! étrangères.

  1. — A U. DE CHAMP AGNV, DUC DK € ADORE,

MINISTRE  MS   MLàTIONS   KXTsklMWlBS,   A  MMS.

Mo—icor le Duc de Cadore, faiies-mei connaître ce qui s’oppose à oe que l’haMriertel, 4e Salzburg, Baireotfa, et les autres pays cédés à la Bavière, «oient remis à ses agents, et comment vl arrive que cela n’était pas lait au 12 jaillet.

Napoléon.

D’après l’original. Arcbites de* affaires étrangères.

  1. — AL COMTE M0LL1EN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC , h PARIS.

Paris, 2* juillet 1810.

Monsieur le Comte Mollien, mon intention est que vous correspon­diez avec le directeur général du trésor public à Amsterdam, afin de vous procurer tons les états et renseignements nécessaires, voulant prendre le service à dater dn l” août prochain, et de mettre sous les yeux nn budget. Je vous envoie les renseignements que j’ai. Vous verrez qo’en ne payant que le tiprs de la dette on pourra faire face aux dépenses. La dépense la ptns importante et la plus pressée, c est celle de la marine. Mon intention est qu’elle soit payée régulièrement, afin de n’apporter aucun retard dans ce service essentiel. Faites en sorte de vous mettre en règle pour que, dans cinq ou six jours, vous puissiez me remettre un état, et me proposer une distribution de fonds pour les crédits à ouvrir au trésor et aux différents ministères pour le mois d’août.

Il y a une estafette par laquelle vous ponvez écrire tous les jours. Indépendamment de cela, des députés arrivent de Hollande, parmi lesquels bcaocoup connaissent les affaires de finances de ce pays-, voyez-les beaucoup. Je vous envoie le budget des relations exté­rieures, qui peut être ôté des dépenses des cinq derniers mois; envoyez-en une copie au duc de C adore.

Napoléon.

D après loripsal CMim. par M- la comtes.* ItoHie*.

 

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524        CORRESPONDANCE DE NAPOLEON I«. — 1810. 16698. — AU VICE-AMIRAL COMTE DEGRÉS,

MINISTRE  DR  LA MAR1NB,   A  PABIS.

Pari., 22 jaintt I8ia

Je tous envoie des observations du ministre de la marine de Hol­lande sur mon décret du 15 juillet. Vous devez correspondre là-dessus avec ce ministre de la marine pour vous informer comment se font les constructions. Mon décret se divise en deux : 1* en ce qui est relatif aux treize vaisseaux actuels ; 2* en ce qui est relatif au réta­blissement des constructions. Le budget actuel des six derniers mois étant de 6 millions de florins, il faut connaître ce qu’on peut faire avec ces 6 raillions, et ce qu’il faudrait pour exécuter mon décret. Dans mon décret j’ai dit que cinq vaisseaux seraient mis en construc­tion , mais non qu’ils seraient finis dans l’année. 11 me suffit que les cinq vaisseaux que je fais mettre sur le chantier soient avancés aux 6 vingt-quatrièmes, ce qui ne ferait que la valeur d’un vaisseau et demi ; or, un vaisseau ne coûtant que 800,000 francs, la dépense ne serait pas de plus de 1,200,000 francs. Je vous prie d’observer ceci au ministre de la marine, et de lui faire connaître qu’il suffît de mettre sur le chantier, cette année, les cinq vaisseaux et de les avancer un peu.

On me présente cinq vaisseaux comme existants; j’aurais donc dix-huit vaisseaux au mois d’août 1811, et au mois d’août 1812 vingt-trois; et, en supposant que j’en perde un ou deux par vétusté ou accident de mer, j’en aurais vingt et un ou vingt-deux ; c’est li mon but. C’est sur ces principes que vous devez diriger tout le budget de la marine pour la Hollande pour 1810 et 1811.

Je pense convenable d’envoyer le général Ganteaume à Flessingue. 11 montera sur l’escadre et assistera à son appareillage ; il moulera sur les bricks, ira visiter l’embouchure de l’Escaut et reconnaître les passes. De là il se rendra à Terveere, où il s’embarquera sur les chaloupes canonnières et parcourra la rade de Terveere depuis tt’al-cheren jusqu’à Hellevoetsluis. Là, il aura un décret de moi qui loi ordonnera de passer la revue des vaisseaux hollandais, des arsenaux, du matériel et du personnel de là marine. H visitera la côte et prendra une idée de cette mer. 11 montera sur une goélette pour voir ce que c’est que ces passes.

H vous écrira de Flessingue et de Hellevoetsluis. H verra à Helle­voetsluis quelle est la situation des magasins ; il prendra des notes sur la manière dont la marine est organisée, militairement et civile­ment. De là il ira au Texel ; il étudiera tout ce qui est du ressort de

 

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CORKËSPONUAXCE DR NAPOLÉON I«r. — 1810.        5i5

la marine dans ce port. Il ira à Amsterdam ; il visitera les chantiers, les rades; se mettra au fait des opérations des chameaux. Jl enverra un mémoire du Texel et un mémoire d’Amsterdam, et il reviendra par Anvers, où il recevra Tordre de visiter en détail l’arsenal d’An­vers. Peut-être sera-t-il plus convenable qu’il le fasse comme conseiller d’Élat plutôt que comme amiral.

Vous me ferez signer les ordres dont H aura besoin pour la partie de sa mission qu’il remplit en Hollande, et vous lui donnerez des instructions. Vous lui recommanderez de n’apporter de sa course que des connaissances positives, afin que, s’il se trouvait dans la mer un jour avec une escadre, il eût des connaissances préalables sur ses opérations.

D’aprèi U niante. Arckite» de l’Eapir*.

  1. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUBRRK, A PARIS.

Paris. 22 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Fellre, je vous envoie des états de l’armée hollandaise ; faites-les mettre par vos bureaux dans la forme de nos états de l’armée française. Chargez le meilleur inspecteur aux revue* que vous ayez en Hollande de passer une revue de l’armée hollan­daise et de vous en envoyer le résultat rédigé selon notre manière. Vous verrez dans ces états l’immense quantité de canons qui se trouvent en Hollande. Je vous écris pour que vous preniez des me­sures pour l’armement des côtes; cela est très-important. Faites demander des états détaillés du matériel de l’artillerie et du génie ; envoyez pour cela des commissaires ; vous pouvez choisir le général Dulauloy pour l’artillerie, et pour le génie le général Kirgener, si vous n’avez pas de général du génie au corps du duc de Reggio. Vous donnerez pour instruction à ces officiers d’arrêter les inventaires du matériel, en ayant soin de n’en rien laisser soustraire, de dresser l’état des magasins, des arsenaux et de l’armement des places fortes restées à la Hollande par le dernier traité. Chargez-les de faire une descrip­tion des côtes, et de vous faire connaître les points qui ne sont pas fortifiés et qu’il faudrait fortifier. Vous pouvez même les charger d’examiner au Texel l’emplacement où il faudrait construire une place, pour mettre le port et la rade en sûreté et empêcher l’ennemi de pénétrer dans le Zuiderzee.

Napoléon.

D’êpr** U copie. Dtfpftt de la gaerre.

 

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51*   CORBESPONDANCB DE NAPOLÉON W. — **te. 16700. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

M1NISTRB DB LA GUERRE, A  PARIS.

Paris. 22 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Feltre, donnez Tordre au duc de Reggio d’en­voyer à Bruges le 1* régiment de chasseurs. Ce régiment fournira des piquets de 30 hommes à Ostende, à Blankenberghe et à Nieuport, lesquels feront des patrouilles sur la côte. Un chef d’escadron par­courra la côte t fera établir des batteries et se portera sur les points où l’ennemi tenterait des débarquements.

Réunissez le 24* de chasseurs à Saint-Omer ; il fournira des piquets de 30 hommes à Calais, à Boulogne et à Sain t-Valcry-sur-Somme.

Faites-moi connaître où est le dépôt du 13*.

Si le duc de Reggio ne voit aucun- raconvémeni à ee que l’on tire des troupes françaises de Hollande, je désirerais en faire rentrer une partie, d’abord à cause de la saison, malsaine qui arrive, et parce qu’il m’est avantageux d’avoir mes troupes en France. Recommandez-lui de placer les Hollandais sur les côtes et dans les endroits malsains, comme plus accoutumés au mauvais air.

Je croîs vous avoir écrit d’envoyer le général Kîrgener au Teiel pour reconnaître les fortifications à faire, soit à gauche, soit à rentrée de la rade, ou dans Tire. Je veux une pïace qui mette les batteries à l’abri d’un coup de main et qui exige un siège en règle.

Nzipotiox.

D’aprii k copie. Dépftt 4« h guerra.

  1. — AU PRINCE LEBRLM,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE l’kMPKRBUR EN HOLLANDE , A AMSTERDAM.

Pwû. 22 juillet 1810.

Je reçois vos lettres du 19 ; je vais y refondre en détail.

Commerce. — D’abord poux les licences > j’en donnerai aux fill* d’Amsterdam et Rotterdam, etc., comme aux autres villes de l’Em­pire. Adressez le nom des négociants qui en demandent, et la liste des bâtiments, au ministre de l’intérieur.

Trésor public. — J’ai reçu vos états de situation du trésor public; je les ai envoyés au comte Mollien pour me rendre coopte de ces affaires. Mon intention tsl de faire ici la disiribntioa des fonds enut les différents départements comme je le fais pour les. différents mini»* tères, et d’ordonner des crédits pour le mois d’août. Faites-moi con­naître l’état de& recettes et les besoins du trésor et de chaque dépar­tement. Le directeur général du trésor pebtte «toi* correspondre tvtc

 

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CORRESPQNDAiYCfi DE XAPOLËOX 1″. — 1810.        597

  1. Mollien pour lui faire connaître les besoins du trésor et des diffé­rents ministères, et j’accorderai des fonds. Partez du principe, 1° que je ne veux envoyer aucuns fonds en Hollande, et qu’en 1810 elle doit faire son service avec ses propres ressources; 2* qu’il faut que, pour juillet comme pour août, la marine touche son million de florins, afin que les armements et les constructions marchent avec la rapidité convenable.

Marine, — Mon décret sur la marine se divise en deux : armement des detrx escadres et reprise des travaux de construction. J’ai ordonné la mise sur le chantier de crnq vaisseaux, mais je n’ai pas prescrit de les terminer dans l’année ; rt sortît qn’ils soient avancés à 6 on 7 vingt-quatrièmes, ce qui ne portera l’augmentation des dépenses qu’à 1,200,000 francs. Si ces constructions se font par marchés, que le ministre les passe sans délai ; les* payements auront lîeu régulière­ment tons les mois. Les fonds farts pour les derniers six mois doivent suffire pour les annements. Faites-moi connaître ce que la marine compte faire, cette année, avec f argent qui lui sera exactement payé, en constructions et armements.

Relation* extérieures. — J’ai reçu votre arrêté pour la suppression du ministère des relations extérieures. Faites notifier aux agents de ce ministère qn’ils cesseront d’être payés à compter au 1*’ août.

Emprunt de h Prusse. — Si vous pouvez encourager indirectement l’emprunt de la Prusse, je n’y vois pas d’inconvénient; mais il ne fauf faire aucune démarche que vous ne m’en ayez prévenu auparavant.

Députathn. — Si vous manquez de conseillers d’État, envoyez-moi d’autres fonctionnaires. Le principal est que vous m’envoyiez des hommes de mérite et qui connaissent bien le pays.

Fleury. — Un nommé Fleury, qui a été employé dans mon bureau topographique, avait été pris en affection par le Roi, qui l’a emmené en Hollande. Qu’est-il devenu? S’il n’a point suivi le Roi, il n’y aurait pas de difficulté à l’envoyer à Paris.

Liste civile. — Je vois dans une de vos lettres qne vous renvoyez la chapelle du Roi. U ne faut point marcher si vite. J’ai chargé le coeate Dtru de ces affaires ; j’attendrai son rapport pour doamer des ordres. Un délai de- «nioM #*i vingt joars n’est rien.

Pages. — Valre lettre «ir le* page» ne m’apprend ries ; /aï beseiej de connaître leur nooaare, leur âge, leurs familles, pour savoir ce que j’en pai» faite.

Je mu» ai BMndè atiBfrJiier que W grand«dttc de Berg était arrivé ici bien portant.

fr’aprt» h mmml* Arrtwe» d« l*Empfr»

 

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528        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON 1». — 1810. 10702. — Al GÉNÉRAL COMTE SUCHKT,

GOIVKRNEUR DE l’aRAGON, A MORA DB BBRO.

Parii.22jaiUetl810.

L’Empereur est instruit, Monsieur le Général Sucbet, qu’il existe des abus dans la manière dont les contributions sont perçues et dont les fonds qui en proviennent sont administrés dans quelques parties de l’Espagne. Sa Majesté est informée que des officiers, commandants de détachements, se sont permis de frapper, dans des communes où ils étaient envoyés momentanément, des contributions dont ils ne fournissent pas de quittance, et y ont fait des réquisitions souvent beaucoup plus fortes que n’exigeaient les besoins de leurs troupes.

L’Empereur ordonne, Monsieur le Gouverneur, que vous mettiez la plus grande surveillance à prévenir ces abus, et que ceux qui s’en rendraient coupables soient poursuivis et jugés conformément aux lois.

L’intention de Sa Majesté est qu’il règne le plus grand ordre dans la répartition des contributions et qu’elles rentrent intactes dans les caisses des préposés du trésor public. Tout individu qui lèverait des contributions particulières en est responsable; il doit être puni sévè­rement s’il ne peut justifier d’un ordre légal, et si le versement qu’il aura dû faire de ces contributions dans les caisses des préposés du trésor n’est constaté par procès-verbal en bonne forme.

Faites-mot connaître, Monsieur le Comte, les abus de ce genre qui auraient pu avoir eu lieu jusqu’à présent dans votre gouverne­ment, et les moyens que vous avez employés pour les faire cesser.

Par ordre de l’Empereur. Le prince de Neuchâtel et de IVagntm, major général,

Alexandre. D’après l’original comm. par M”” la maréchale dneheue d’Aibofera.

  1. — NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

Parii. 22 juillet 1810.

Le ministre des finances présentera, an conseil qui aura lieu jeudi prochain, le budget de 1811 en recette et en dépense, en y compre­nant les départements de Rome et du Trasimène, des Bouches-du-Rbin et des Bouches-de-1’Escaut. Jusqu’à ce que le conseil créé par décret de ce jour l’ait mis dans le cas de connaître les recettes et les dépenses de la Hollande, on portera la Hollande, pour mémoire, dans une des colonnes horizontales du budget.

L’article des recettes et des dépenses des départements de Rome

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        529

cl du Trasimène sera appuyé par des mémoires et des étals. On exa­minera, Ie s’il convient de conserver le droit de mouture, qui rend 2 millions ; on ne conçoit pas comment il peut exister après la sup­pression des douanes entre la Toscane et les États romains ; 2° si Ton établira les droits réunis, et ce qu’ils rendraient ; 3° si les recettes portées dans le budget pour droits d’entrée de Rome sont des recettes impériales ou municipales; si c’est une recelte impériale, on fera connaître sur quels fonds la ville de Rome fait ses dépenses ; 4* qu’est-ce que les droits pour la neige et la glace, la pouzzolane, le marc d’or, les vignes de Yagro romano et la taxe sur les chevaux ; 5″ quel est le produit de l’enregistrement et du timbre comparé avec le pro­duit de ces droits pour le reste de la France; 6° s’il convient de maintenir les diverses sortes de contributions ci-dessus et d’en établir en même temps de nouvelles, telles que l’enregistrement. Si l’on veut conserver le droit de mouture, il faut prouver qu’il remplace les droits réunis. En général, lorsqu’on met une contribution nouvelle, il faut en ôter une ancienne équivalente.

L’intention de l’Empereur est que les États romains payent moins qoe le reste de la France. En tout état de cause, il faut que les dé­penses départementales, les centimes (ytes et variables et le régime d’octroi, surtout pour Rome, soient établis sur le même système qu’en France ; il faut enfin que ce qui doit revenir au trésor y rentre effectivement, et qu’on puisse faire cesser la Consulte. Il n’y a point de temps à perdre pour que, sous tous les rapports, la réunion soit vraiment effectuée.

Le budget des dépenses doit être établi sur le même principe. Les dépenses doivent être, comme en France, impériales, départemen­tales et communales. On voit dans l’état des dépenses 3 millions pour la ville de Rome ; cela ne regarde pas les fonds géuéraux. Les ponts et chaussées, les marais pontins, les canaux, doivent entrer dans le budget du ministère de l’intérieur. Les dépenses pour la justice, la guerre, la marine, doivent entrer également dans les budgets de ces ministères.

Ce n’est qu’après tout ce travail qu’où parviendra à connaître ce
que les États romains doivent réellement produire au trésor. Si l’on
dit qu’ils produiront 15,900,000 francs, on dit une chose inexacte,
puisqu’il faut ôter sur cette somme les 3 millions de dépense de la
ville de Rome, etc. Il est indispensable de bien s’entendre sur tous
les points ; quoiqu’on ait encore cinq mois, on n’a pas trop de temps.
.Après avoir établi un premier travail, beaucoup d’éclaircissements
seront nécessaires ; il faudra écrire à Rome et attendre les réponses,
xx.       3*

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5*6 COMIKSPOKDAXCE DE NAPOLKOX 1~. Il est nécessaire de prévenir d’avance tous les ministres qu’ils auront à faire en 1811 le service des États romains, chacun peur leir dé­partement t qu’ainsi, lorsqu’ils présenteront leurs projets de bodget an mois de septembre ou d’octobre, il est nécessaire qu’ils sachent bien ce qu’ils auront à demander d’augmentation pour ce service.

D’après U copie. Archives de l’Empire.

  1. — NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D ADMINISTRATION DES FÎ\AXCES.

Paris.» juillet 1*10.

A partir de jeudi prochain en huit, Sa Majesté entendra, tous les jeudis, les comptes d’une des grandes régies, en suivant l’ordre ci-après : les douanes, les droits réunis, l’enregistrement, la caisse d’amortissement, les forêts, les postes, la loterie. Ces administrations doivent être prévenues pour qu’elles aient le temps de préparer leurs comptes. L’enregistrement joindra aux siens un rapport et un état qui fosse connaître quels sont les biens qui sont encore sous le séquestre, et quels sont cet» qui peuvent être vendus, afin qu’on puisse prendre à leur égard on parti définitif.

D’après It copie. Archives de l’Eapir*.

  1. — A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DBS RELATIONS EXTÉRIEURES ,  A PARIS

Paris, 2* juïRal 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, je Ks la note du ministre d’Autriche sur les prisonniers 4e guerre autrichiens qu’il réclame. Répondez par une note dans laquelle vous lui ferez connaître que je sois sur­pris «t ne pois comprendre que cinq officiers autrichiens aient éfé forcés à servir dans mes troupes comme simples soldais. Vois ttri feret comprendre combien cela est contraire à nos usages et 4 notre législation militaire ; qu’au reste je viens de prendre un moyen tre> ftimpte de tirer cela an clair, qtri est de faire venir «es cinq offi-•ciers à Paris, ou le ministre de la guerre les verra, les wrterrojera 4t m’en rendra compte. Vous h» citerez le fait que, 1,400bovines étant arrivés dernièrement k Laybacb, le doc &e Raguse, trouvé que 700 de ces hommes appartenaient à la partie les a Tenvoyés à Agratn, où ils ont été reçus ; que, quant aux 50 indi­vidus qui sont retenus à Mantoue, f ai ordonné an vice-roi de les •faire revenir à Milan et de les interroger pour savoir d’eux-mêmes

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        53i

s’ils sont à Mantoue de gré ou de force ; et, s’ils avaient été enrôlés dans des régiments et qu’ils s’en repentissent, de leur faire donner des passe-ports pour s’en retourner chez eux. Vous direz que je vois à la tête de cette liste un comte de Faugliau, officier du régiment de Reisky, qui , dans .aucun cas, n’a pu élre retenu à Manière.

Qoant «n 24 hommes qu’il prêtai «voir été entêté* dans des régûnests suasses, dites au prince de âckuurzenberg qu’il est trop bon officier pour me pas savoir qu’en ne peut enrôler 4e force des étrangers Aras les régiments suisses, où nous me recevras pas d’Alle­mands; que, s’il pouvait s’y em trouver, il «uflirait qu’ils vinssent à POolaflMsr four être gur-le-<cU:imp renvoyas chez eux. Quant aux 400 hommes du régiment de Pcterwardeiner, ils doivent faire partie decen renvoyés par Je duc<le llaguse à Agrana; que, d’ailleurs, je n’eu tais rendre compte, et que j’ordonne qu’on remette les extraits ires de ceux qui aéraient morts, ou qu’on renvoie ceux qui se engagés. Vous ajouterez qu’à toute réclamation qui serait ainsi faite nominativement il sera fait droit sur-le-champ. Vous me remettrez cette «oie avant de la présenter.

D’ajué» VanginÊL Arehim des affaires étr«gèret,

  1. —A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

limiSTM  DES  BBLAT1ONS  BXTKRIRURB8,   A   PARIS.

Paris, 23 jmUet 18JQ.

Monsieur le Duc de Cadore, témoignez mon mécontentement au duc de Vicence de ce qu’il se laisse dire par M. de Romaniof des cbûoes aussi absurdes et aussi contraires à mon caractère que l’im-pulaiion que j’ai sollicité les Turcs à leur faire la guerre, et qu’ainsi ils obtiennent la Moldavie et la Valachie malgré moi. 11 aurait du répondre ouet s’il n’était pas entre dans ma politique et dans ma volonté que la Valacbie et la Moldavie fissent partie de l’empire rus*e, ce n’est pas par de misérables intrigues que je mj serais oppose, mais par une armée de 400,000 hommes,, qui Auraient fait, j’es­père, une passable diversion. M. de Romanzof a.iout à faii désappris ce pays-cL U se plaît depuis quelque temps à nous insulter de loules les manières. La faute en est au duc de Vicence, qui ne lui répond pas ad hoc.

D’après l’original Archite» des affaires étrangères.

3 V.

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.?32        CORRESPONDANCE DE XAPOLKON I”. — 1810. 16707. — AL’ PRINCE LEBRUN’,

MBUTKN’ANT GÉNÉRAL DE 1,’bMPRREUR RN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

Paris. 23 juillet 1810.

Je reçois votre lettre du 20 juillet. Je lis avec grande attention les renseignements, aussi prompts qu’étendus, que vous donne le mi­nistre des finances sur le budget de 1810. Il faudra que, pour com­pléter ce travail, vous fassiez faire par chaque ministère le relevé de l’économie qui résultera de la réunion. Les relations extérieures, par exemple, seront un objet d’économie; le Corps législatif sera un objet d’économie ; le Conseil d’État, la liste civile, etc., seront éga­lement des objets d’économie.

Je vous ai mandé que les relations extérieures ne devaient être payées que jusqu’au 1″ août. Ce sera donc du lw août que datera l’économie. Je pense également que le Corps législatif et le Conseil d’État doivent être déclarés licenciés, et n’être soldés que jusqu’au 1″ août.

Quant à la liste civile, aussitôt que le comte Daru m’en aura rendu compte, je prendrai un décret à cet égard ; mais il est évident qu’on peut considérer la dépense des six derniers mois comme économisée au moins de moitié.

J’espère donc que ces divers objets feront une économie de près d’un million de florins, ce qui rétablira tout à fait l’équilibre ; mais je vois qu’indépendamment de ce il sera dû, au l*r janvier 1811, dix-huit mois, savoir : une année terminée en juin 1810, et six mois terminés au 1″ janvier 1811. De ces dix-huit mois il est indispen­sable d’en payer six, estimés environ 11 millions de francs ; ce qui fait un déficit réel, auquel il faudra pourvoir au 1*’ janvier. Faites-moi connaître s’il n’y a pas quelques rentrées arriérées sur les exer­cices antérieurs, qui puissent couvrir ce déficit.

Je vous recommande de mettre en distribution pour le mois de juillet la moitié de ce qui est demandé pour les dettes du Roi, et surtout ce qui est nécessaire à la marine pour pousser avec toute l’activité possible les travaux que j’ai ordonnés. Pour la marine, j’ai besoin d’un budget plus détaillé et d’états à l’appui sur le personnel et le matériel, afin que je comprenne bien le supplément de budget qui est nécessaire pour réaliser mon décret.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLKOX I”. – 1810.        533 16708. — AU PRINCE LEBRUN ,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE I.’rUPEREUR EN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

Saiot-Cloud, 24 juillet 1810.

J’ai reçu vos lettres du 21. Vous avez mal fait d’écrire au Roi, avec lequel vous n’avez rien de commun; vous ne devez pas entre­tenir de correspondance; je trouvé que vous avez en cela manqué de tact. Je puis traiter le Roi comme il me convient, mais cela n’a aucun rapport avec vous.

D’après I* minute. Ardittes de J’Empire.

16709.— AU PRINCE LEBRUX,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L’EMPEREUR KN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

Siint-Clood. 24 juillet 1810.

Je vous prie de me faire connaître l’organisation militaire de la Hollande sons Je rapport du territoire, et de m’envoyer une carte d’étapes, ainsi que son organisation sous le rapport du génie et de l’artillerie.

D’après la minute. Archites de l’Empire.

  1. — AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A PAUS.

Saint-CIoad, 24 joillet 1810.

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie un mémoire sur l’em­prunt fait par le roi de Hollande. Je vous prie de m’en faire une ana­lyse claire, que vous me remettrez avec les pièces.

Napoléon.

D’après l’origiMl coma, par II- la comtesse Mollien.

  1. — A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Sainl-Cload. 25 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, les circonstances où se trouve le Valais m’imposent l’obligation de prendre un parli sur ce petit pays, et j’ai résolu de le réunir à la France. Écrivez pour faire venir à Paris Tévéque de Sion et six des principaux du pays, dont quatre des plus défavorables à la France et deux des moins opposés.

Préparez un rapport dans lequel vous retracerez la mauvaise orga-

 

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53*       CORRESPOXDAXCE DE NAPOLÉON fr. — 1810.

nisation du Valais, qui a donné lieu à sa conduite équivoque pen­dant la guerre, les ridicules prétentions du bauft Valais, qui veut subjuguer le bas et se rendre souverain du pays, parce que le bas Valais est plus riche ef plus éclairé. Faites connaître que la partie de la route que devait foire te Valais n’a pas été Faite, que nous y avons dépensé douze millions, et que cette communication, qui devait produire de si grands avantages pour te pays, produit l’inverse par l’ignorance et les préjugés de quelques fanatiques. Faites connaî­tre que les dispositions que j’ai faites dans le Valais, l’aimée der­nière, étaient surtout pour que la Suisse restât indépendante, et aOn de m’assurer le passage du Simplon. Appuyez surtout sur la con­duite qu’a tenue le Valais dans la dernière guerre et sur le mauvais esprit qui y règne, snr la nécessité de réunir ces 60,000 âmes à l’Empire pour le bien être du pays, et en particulier du bas Valais, qui craint de devenir esclave du haut Valais, enfin pour l’avantage du grand système et le plus grand avantage du royaume d’Italie et de l’Empire. Vous me ferez connaître à quel département il faudrait réunir le Valais et quelle espèce de communication je devrais faire.

II est nécessaire que mon charge d’affaires parte sur-lc~chanp eo poste, après vous avoir remis tous les renseignements et pièces qu’il a sur le Valais. Il fera partir, à son arrivée, l’cvéque et les su per­sonnes que j’ai demandées, et vous désignera vingt des principaui opposants à la France, que je ferai arrêter au moment de la réunion. Il faut proparer une note pour le l&ndamman de la Suisse.

Napoi.kon.

D’après l’original. Archives des affaires étrangères.

  1. — A M. DE CHAMPAGXY, DIX DE CADORE,

H1NISTRU DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Saint-Cloud. 25 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, je ne puis vous exprimer à quel point je suis indigné de la lettre du sieur Désaugiers ‘. Je ne sais par quelles instructions cet envoyé a pu se croire autorisé à tenir des propos si extravagants. Mon intention est que vous le rappeliez sur-le-ebamp, et que vous donniez l’ordre au sieur Alquier de partir sans tarder plus longtemps. Il est indispensable» quand je ne vous réponds pas, (pie vous ne laissiez pas mes agents sans direction, aCn qu’ils ne soient jamais dans le cas de prendre sur eux. Vous ferez venir le ministre de Suède; vous lui ferez connaître que je rappelle non

i Secrétaire de légation, chargé d’affaires i Stockholm.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON l«. — 1810.        535

chargé d’affaires pour avoir eu des opinions à lui; vous n’entrerez pas dan» le détail des opinions qu’il a émises» mais vous lui dires qu’il n’appartenait pas à ce chargé d’affaires d’en avoir sans ma parti*» cipalion ; que je ne pouvais en avoir moi-même > ne connaissant pas les dispositions de la Diète.

Quant au sieur Alquier, vous lui donnerez pour instruction verbale de se maintenir en harmonie avec la Russie et le Dauemark, et d’aider le Roi autant qu’il pourra; que mon intention n’était pas de nie mêler directement des affaires de Suède; que le successeur que je préférais à tous était le prince Christian, frère du feu prince royal, que le Roi lui-même avait proposé \ et que je désire bien connaître la posi­tion et l’esprit du pays.

Napoléon.

D’après l’original. Archives des affaires étrangères.

16713.— A M. DE CHAMPAGXY, DIX DE CADORE,

MINISTRE   DES  RELATIONS   EXTERIEURES,   A   PARIS.

c          Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

Monsieur le Duc de C adore, je vous donne pour instruction géné­rale d’écrire à mes ministres et consuls et de prendre toutes les mesures pour qu’aucun bâtiment américain ou neutre, chargé de marchan­dises coloniales, ne soit reçu dans les ports de la Prusse, du Meck-lenburg, de la Suède et du Danemark. On assure que la Prusse favorise beaucoup ce commerce. 11 faut que le comte de Saint-Marsan s’explique là-dessus. Écrivez U même chose à mes ministres en Da­nemark et dans les villes lianséatiques. Vous devez écrire et récrire, et suivre ces affaires, aûti d’arriver à ce résultat.

Napoléon.

D’après l’original Archives des affaires étrangères.

  1. — NOTE

POLR LES MINISTRES DE L’IXTÉRIELR. DE LA GUERRE ET DE LA MARINE.

Saiol-Cloud. 25 juillet 1810.

Les ministres de l’intérieur, de la guerre et de la marine se réuni­ront pour présenter un projet sur les galériens. On établira d’abord le nombre de galériens nécessaire pour les travaux de la marine, et le ministre de la marine les conservera. Du surplus on fera des chaînes comme dans tous les pays où il n’y a pas de marine „ cl on les placera dans les forteresses et dans les lieux où il y a de grands traiaux. 11 faut régler la force de chaque chaîne ; les diviser en corn*

 

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536        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

pagnies, en se servant d’une autre expression ; leur donner des offi­ciers, qui porteront un autre nom que celni d’officier; déterminer la force de la gendarmerie qui fera le service pour chaque chaîne.

Lorsque les chaînes auront eu une destination f on les changera le plus rarement possible. Ainsi on peut en mettre une à Flessingue pour les travaux. Il y en aurait de même à Anvers une permanente pour le compte de la guerre. Il en serait de même à Cherbourg.

.Les chaînes qui seraient données aux forteresses, pour curer les fossés et pour les travaux du génie, y seraient également permanentes.

On a remarqué qu’il y avait des forçats qui, à cause de leur scé­lératesse , ne peuvent être employés à aucuns travaux : en ce cas, pourquoi les met-on dans les ports de la marine, dont les arsenaux doivent craindre davantage le danger que les travaux de la terre? Cette objection implique contradiction.

D’après U nianle. Architet de l’Empire.

  1. — AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DB LEMPEREUR EN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

S*int-Clood, 25 juillet 1810.

Je vous prie de presser, par tous les moyens qui sont en votre pouvoir, le départ de toutes les marchandises coloniales qui étaient venues sur les bâtiments américains, qui étaient séquestrés, et que, par un article du dernier traité, le Roi devait envoyer en France. Mon intention est que ces marchandises soient envoyées à Anvers pour y être vendues. Sous quelque prétexte que ce soit, je neveux pas en permettre la vente à Amsterdam. Prenez donc des mesures pour en opérer le départ sans le moindre délai. Il est une partie de ces marchandises qui avaient été remises à des négociants hollaodais sous caution ; envoyez-m’en l’état, afin que je les fasse venir égale­ment à Anvers.

D’apréi la minute. Archives de l’Empire.

  1. — AU COMTE DE MONTAL1VET,

MINISTRE DB ^INTÉRIEUR, A PARIS.

Saint-Clond, i5 juillet 1810.

Ayant supprimé la plus grande partie des couvenis à Rome, et voulant, autant que possible, maintenir le rang et l’importance de la population de cette grande ville, je désire y établir des manufec-

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLKO.V 1″. — 1810.        537

tures et encourager la culture des cotons. On m’assure que les terres de Rome sont propres à cette culture, et qu’il y a une grande quan­tité de courante d’eau, dans les emplacements ou étaient situés les couvents, qui peuvent servir comme moteurs des machines. Prenez des mesures pour arriver à ce résultat. Mon intention est de mettre à voire disposition une somme de 500,000 francs pour cet objet; vous en recevrez le décret.

D’après U aîante. Archive! de l’Eapire.

16717.—AL COMTE DE MONTALIVET,

UIXISTRK DE l’iNTBRIEI’R ,  A PARIS.

Stist-Cload. 25 juillet 1810.

Le pays de Rome excite ma sollicitude. Je désire qu’une commis­sion , composée du sénateur Fossombroni, du sieur Prony, d’un autre ingénieur et de deui agronomes, se rende à Rome, visite avec soin les environs de cette capitale, les marais pontins, et me fasse an mémoire sur ces questions :

1* Pourquoi les environs de Rome ont-ils été laissés incultes ?

2* Pourquoi sont-ils malsains?

3* Quel remède y a-t-il pour faire cesser dette inculture et la mafoaineté?

4* Quel est l’état de dessèchement des marais pontins? Quels sont les travaux qu’on y a faits, le système qu’on a suivi et celui qu’il convient de suivre ?

D’après U ainle. Archive* de l’Empire.

  1. — A M. GAIDIN, DUC DE GAETE,

MINISTRE DES FINANCES, A PARIS.

Saint-Clood, 25 juillet 1810.

Je suis instruit que les denrées coloniales entrent en foule en France. Il faut renforcer la ligne et ordonner que, si les déclarations ne sont pas faites à une époque fixée, les marchandises seront confisquées.

N’y a-t-il pas des individus attachés au directeur général pour Fétat-major des douanes? Si cela est, il faut en envoyer un certain nombre en Hollande, et également fixer le temps nécessaire pour payer les droits ; faites-moi connaître ce que le comte Collin aura fait sur tout cela. Si les douanes ont besoin de renforts, ils doivent

 

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938        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON W. — 1810.

e» prendre daos les troupes qui sont a Anvers ; le ministre de la guerre a des ordres là-dessus..

D »prè. b miwmt». Archive» de l»£»ptr».

  1. — AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBMC , A PARIS.

Saiot-Cload. 25 juillet 1810.

Monsieur le Comte Mollien, vous avez le budget de la HolUade et vous connaissez bien la situation des dettes. Je désirerais que vous me répondissiez à la question suivante : Quel doit être le montant des impositions que doit payer la Hollande pour payer le tiers de sa dette, les pensions civiles et militaires, ce que coûteront le ministère de l’intérieur, celui des finances, les canaux, la justice, puisque tout cela ne me rend rien, et en6n me couvrir àts dépenses qve néces­sitent la défense du pays et les chantier* de la marine; savoir: 10 millions de florins pour la guerre et ti miMioas de florins pour la marine, ce qui fuit 16 millions de florins, on à peu près 32 mêlions de francs? Combien, dis-je, la Hollande doiUeHe ae mdre pow arriver à ce résultat? Il fanerait donc qu’iadépendammeat ée ce qui est relatif à tous les ministères, que j’évalue à 32 mUlâoas ée francs, la Hollande me rendit, pour payer la iette, 28 millions, ce qui ferait une soixantaine de millions. J’y comprendrais les deux dépar­tements qni ont été réunis» avant.

  1. S. L’ancien ministre des finances de Hollande, Gogel, est arrivé; voyez-le et amenez-le-moi ce soir à Saint-Clottd, à huft heures.

Je vous envoie une lettre de M. l’architrésorier sur la caisse d’amortissement.

D’après l’original coin m. pu MM U

  1. — AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

1I1X1STRK   OB  LA  GUKIUU,   A   PAB1S.

Saial-CUmd. 33 juillet 18ia

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de réunir le Valais à la France. J’ai besoin, pour cela» de réunir à Genève une compa­gnie de gendarmerie à pied et à cheval, qui sera tirée cks 6% V et 18* divisions militaires. Failes-inoi connaître comment cette compa­gnie doit être composée» afin que j’autorise sa formata*. Vous u» ferez connaître quand elle aéra réunie à Genève. Elle sera constatée

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉOM I». — 1810.        539

en compagnie f fera partie d’une légion et sera placée dans un poste Cxe. Elle pourra servir d’escorte à l’officier général que je chargerai de faire la réunion. Je pense qu’il est convenable, pour être à l’abri de tout événement, de réunir à Genève 1,200 Portugais. On pourrait faire marcher vingt-quatre compagnies,.en complétant chaque com­pagnie à 50 hommes. Faites-moi connaître la composition de tous les Portugais qui sont à mon service, par régiment, par bataillon et par compagnie. Vous m’informerez de l’époque où ces 1,200 hommes seront réunis à Genève.

Mon intention serait de faire passer le Saint-Bernard à deux batail­lons du 23′ d’infanterie légère, formant 1,500 hommes, auxquels on joindrait une compagnie de chasseurs tirée des dépôts du Piémont. Cette colonne resterait à Aoste et se joindrait à celle qui viendrait de Genève, si cela était nécessaire. Une autre colonne de 1,200 hommes d’infanterie italienne et de 50 chevaux se réunirait à Domo d’Oss’ola et serait prête à passer le Simplon. Faites-moi un rapport là-dessus.

D’après la minule. Archives de l’Empire.

  1. — AL COMTE MOLE,

DIAECTBUR GÉXÀBaL DKS PONTS KT CHAI SSKKS, A PARIS.

Saiûl-Cloud. 25 juillet 1810.

J’ai nommé directeur des ponts et chaussées au delà des Alpes le sieur FabLvoni, homme d’un mérite distingué. Iletlez-le au fait de la situation des travaux,, faites-le assister au conseil et donnez-lui toutes les lumières dont il a besoin, tant pour le matériel des travaux qu« pour la comptabilité. Il faut qu’il organise ses bureaux et qu’il prenne la correspondance au 1″ août. 11 sera chargé de Ta partie de la route de Chambéry au mont Cenis, et le mont Cenis fera partie de son arrondissement. Vous le chargerez d’aller visiter les travaux qui se font en Piémont, à Gènes, à Panne, en Toscane et à Rome. Ce voyage l’occupera pendant les mois d’août, septembre, octobre, novembre el une partie de décembre. Il sera de retour à Paris le 20 décembre, avec tous les renseignements qu’il aura recueillis. Il dirigera sa route de manière qu’en revenant il revoie les mdines tra­vaux. H vous écrira de chaque lieu pour voua faire connaître la situation des travaux. Je serai bien aise d’avoir l’extrait de sa corres­pondance. 11 verra, en passant au mont Cenis» ce qui a été (ait pour l’exécution de mes ordres et ce qu’on pourrait faire encore pour améliorer le passage.

D’après la miaule. Archives de l’Empire.

 

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5’»0       CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810. 16722. — A M. DE CHAMPAGXY, DUC DE CADORE,

MIN1STRB DKS RBLATIOXS EXTÉRIKURKS, A PARIS.

Saint-Clood, 26 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Cadore, tenez un courrier prêt à partir pour porter ma lettre à l’Empereur. Écrivez au comte Otto de requérir l’arrestation de Pozzo di Borgo comme condamné à mort par contu­mace, ayant trahi la France en faveur des Anglais. Au fond, je me contenterai de demander son expulsion de la monarchie autrichienne. Mandez à Otto d’avoir l’œil sur M. de Razumowski, et d’insinuer, comme chose qui serait agréable ou comme conseil, qu’on lui fasse quitter Vienne.

Faites-moi un rapport sur les affaires de M. de Sikingen. Je désire savoir ce qu’il a perdu et ce qu’on pourrait faire pour cet individu, auquel il paraît que l’empereur d’Autriche prend un grand intérêt.

NAPOLÉON. D’api* l’original. Archives de* affaires étrangère».

  1. — A M. GAUDIN, DUC DE GAETE,

MINISTRE DBS FINANCES, A PARIS.

Saint-Clond. 26 juillet 1810.

Je vous envoie des notes qu’on me présente sur une députation des provinces illyriennes \ Ce pays étant dans votre département, ces!à vous à me faire un rapport qui me fasse connaître les pouvoirs de ces députés, ce qu’ils viennent faire, qui les a nommés, ce qu’ils désirent, enfin ce que c’est que chacun de ces individus. Vous ne m’avez point encore fait ce rapport.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

  1. — NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION SUR L£S FINANCES DKS DÉPARTEMENTS DE ROME ET DU TRASIMÈNB.

Saint-Cload. 26 juillet 1810.

D’après le compte du ministre, il paraîtrait que les États romains rendront très-peu de chose à l’État; mais il y a 200 millions de domaines dont on ne saura que faire. On a déjà décidé de les em­ployer à payer la dette perpétuelle. On pourrait de même donner des

< Par décret du Î5 décembre 1809 M. Gaudin, duc de Gacïe, avait dans ses attributions ministérielles toute l’administration publique des province» illj-riennes.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON 1″. — 1810.        541

terres à 10 pour 100 pour le payement des pensions ecclésiastiques

et civiles. Cette opération emploierait le capital, en terres, ci-après :

1* Remboursement de la dette perpétuelle.  .  .    50,000,000f

2* Remboursement des pensions des moines. .    50,000,000

3* Remboursement des pensions civiles      10,000,000

Total   110,000,000

Les individus propriétaires de la dette ou ayant droit à des pensions achèteraient des biens en remboursement de ce qui leur serait dû. En général, les moines et les prêtres appartiennent aux classes infé­rieures de la société. Ils achèteraient aussi de petites propriétés à côté de celles de leurs parents, et celte mesure aura l’avantage particulier de créer un grand nombre de propriétaires. Si elle ne réussissait pas complètement à l’égard des pensionnaires, les biens ayant été remis à une société, cette société percevrait les revenus et payerait les pen­sions. Peut-être faudrait-il faire quelques avances de fonds pour qu’il n’y eût pas de retard, et ce ne serait pas une difficulté Les parents des pensionnaires auront un intérêt à ce que les pensionnaires se fassent rembourser en biens, puisqu’ils en hériteraient. Cela for­merait ainsi des familles de propriétaires qui craindraient que le Pape ne vînt les déposséder, et ce serait encore un résultat important de l’opération. Ces diverses observations doivent être communiquées à la Consulte.

Peut-être, avant de hasarder une chose semblable, conviendrait-il de savoir comment ira la liquidation des 50 millions pour la dette perpétuelle. On pourrait former un conseil, comme en Toscane, auquel on donnerait 50 millions de domaines pour le remboursement de la dette, et ensuite un capital en domaines d’un revenu suffisant pour payer les pensions. Les réponses de la Consulte feront connaître s’il y a assez de biens nationaux pour faire face à ces dépenses. Toutefois Sa Majesté est décidée à ne porter sur le livre de France ni les pensions des moines ni les pensions civiles des États romains. Elles ne paraîtront pas en dépense sur le budget, et le revenu des domaines n’y paraîtra pas en recette.

Il est indispensable, pour ces opérations, d’avoir à Rome un cor­respondant qui entende bien l’enregistrement et les domaines. Oo peut y envoyer M. Bochet, qui est à Turin, cl qu’on ferait remplacer, û cela est encore nécessaire, par M. Deschamps. Il serait aussi membre d’un conseil de liquidation qui serait composé, comme il va être dit, dans les bases suivantes données par Sa Majesté pour la rédaction d’un projet de règlement.

 

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541        COftftESPOKDAKCB DE NAPOLÉON I«. — 1810.

TITRE I”.

AtiiCLB          A dater da l” janvier prochain, la Consulte de

Rome sera dissoute.

Art      Il sera nommé vu gouverneur générai. (Déterminer

ses fonctions.)

Art      Il y aura à Rome un intendant du trésor public.

( Déterminer ses fonctions, comme en Toscane.)

(Déterminer dans ce titre tontes les «atonies qai tiennent n gou­vernement général et toutes leurs attributions t comme en Toscane. Régler enfin une organisation complète.)

TITRE U.

Art      Il y aura à Rome, pendant fes «nuées 1810 et 1811,

un administrateur de (‘enregistrement chargé d’inspecter letaMisie-ment d« service de t’enregistrèrent «t de donner les décismos aoi directeurs, d’être leor intermédiaire avec la Consulte et de owies-pondre avec le directeur général à Pins,

Art      Il remplira aussi les Jonction de antre comnwaire

mprès de t’afamistratien de la dette, et il sera membre dn ornsd de liquidation qui sera établi o-apres.

TITRE III.

Art      Il y nnra à Rome un conseil de liquidation composé de

la manière suivante :

Le sieur Janet, maître des requêtes, «résident;

Le sieur Bochet, aéministratenr de renregistrement ;

Le sieur OcceWi, ci-devant directeur de ta dette dn Piémtnt, et le directeur actuel de la dette de Rome.

Dn auditeur choisi parmi les audilenrs itahens tiendra ia phm*-

Art      Ce conseil sera chargé,

1* De forarder les pensions ecclésiasvtqnes <snr les frases réglées

2° De liquider les pensions civiles;

*• De désigner les 1,500,000 francs de rente de la nette publique, en se restreignant aux principes établis.

(Mettre ici les principes de la liquidation de la dette ecclésiastique pour les évéques et les membres des chapitres -supprimes; faire m titre particulier en projet de décret pour le remboursement de la dette publique au moyen de 50 millions de domaines.)

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON !«. — 1810.       5*3

TITRE IV. — DE L’HYPOTHÈQUE SPÉCIALE POUR LES PENSIONS ECCLÉSIASTIQUES ET CIVILES.

Art      La conwwstton établie par l’article «-dessus aura la

direction de tous les biens nationaux.

Elle sera, en conséquence, chargée du payement des pensions ecclésiastiques et civiles.

Tous les six mois, elle rendra son compte en recette et en dépense. L’excédant des recettes sera versé au trésor public au compte des douanes.

Il faut que cette commission soit fortement constituée, qu’elle puisse prendre des arrêtés pour l’administration et la conservation des biens, pour faire rentrer les revenus, elc. Elle aura (Fautant plus de force que, si les revenus ae rentrent pas, elle ne pourra pas payer les arrérages des pensions. Ainsi, si elle a contre elle un esprit de localité, elle aura pour elle un intérêt local.

Les choses étant ainsi réglées, le budget général, comme on l’a dit ci-dessus, ne comprendra point en recelte les domaines* nationaux et ne comprendra en dépense ni la dette publique ni les pensions ecclésiastiques et civiles.

On s’occupera sur-le-champ d’étabKr le budget de la ville de Rome. Le décret à présenter doit contenir an titre à cet égard et renfermer, entre antres dispositions, celles qui suivent :

Art      l*e budget de la ville de Rome sera réglé incessamment

en recette et en dépense dans les mêmes formes et ravant les mêmes règles que les budgets des villes de notre Empire.

Art      Les recettes de la ville de Rome se composeront,

1* De l’octroi, 2,500,000 francs ( il sera fait déduction du dixième pour le pain de soupe, comme en France) ; 2* du droit sur 4a neige et la glace, 20,000 francs; 3* du droit snr les chevaux de luxe, 68,000 francs ; 4° des revenus propres à «ne grande ville, tels que droits de halles, places, marchés, pesage et memirage, centimes communaux, etc., par estimation, 412,000 francs-, total, 3 millions de francs.

Ait       Les dépenses sont arrêtées comme il suit

Art      Les budgets des communes dont la population est de

10,000 âmes et au-dessus seront dressés et arrêtés dans les mêmes formes et suivant les mêmes règles qu’en France. Il «era 4tafcli, s’il y t lieu, des octrois dans lesdites villes pour subvenir à lenrs dépenses. (Le ministre de Intérieur enverra des instructions à la Consulte pour la formation des budgets de la ville de Rome «t des antres villes. )

 

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5*4        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810. DES COXTRIBIIT1ONS.

CHAPITRE PREMIER. — CONTRIBUTIONS DIRECTES.

Art      Le principal de la contribution foncière est réglé,

savoir :

Pour le département de Rome      pour le département du

Trasimène

La contribution personnelle : pour le département de Rome

pour le département du Trasiraène

Centimes fixes pour le trésor : Rome      ; Trasimène

Centimes variables : Rome Trasimène

CHAPITRE II. — CONTRIBUTIONS INDIRECTES.

Enregistrement (compris dans le budget général de France)

Vente du sel et tabac (compris dans la régie au delà des Alpes)

Loterie.*…. droits de marc d’or      droits de mouture    , etc.

CHAPITRE III. — DÉPENSES.

Liste civile, 1,500,000 francs.

Dépense du Pape (réduire à) 1,200,000 francs.

Justice (le grand juge a fait son orgauisation ; il connaît ses dépen­
ses; il fera lui-même son budget)

Intérieur (le ministre fera son budget ; il y comprendra les centi­
mes applicables aux dépenses départementales)

Guerre et administration de la guerre (on comprendra ce qui est
dépense Gxe, comme la gendarmerie, les états-majors, etc.)

Marine (on y comprendra le service fixe à Cività-V ecchia, etc.)

Fonds entrant au trésor pour les dépenses générales de la guerre et de la marine, 6 millions de francs.

(On dira qu’en 1811 toutes les dépenses pour Rome entreront daus les dépenses générales, mais que ce compte n’est établi qu’afio d’éclairer les ministres sur cet objet.)

Le ministre des finances fera ensuite le raisonnement pour arriver à un résultat.

Les dépenses de la justice, de l’intérieur, de la police, des cultes, ne regardent pas les dépenses générales. 11 en est de même de 17 ou 18 millions de dépenses des finances. 11 n’y a réellement que les rela­tions extérieures, une portion des finances pour le Sénat et le Corps législatif, la guerre, la marine et la liste civile, qui soient des dc-

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        545

penses de l’État et tenant à l’exercice de la souveraineté. Ces dépenses

sont:

Liste civile                 30,000,000’

Relations extérieures                     8,500,000

Finances.                   8,000,000

Guerre et administration de la guerre.  .  .  .       350,000,000

Marine                       100,000,000

Total   496,500,000

Ce total divisé par 37 millions, formant la population de la France, donnerait, pour chaque million d’habitants, un contingent de 14 mit-lions pour les dépenses qui tiennent à l’exercice de la souveraineté. La population des États romains doit payer comme les autres; mais elle n’est que de 800,000 habitants ; son contingent pour 800,000 habi­tants doit donc être moindre de deux dixièmes, ou de 2,800,000 francs : son contingent né serait donc plus que d’environ II millions; mais elle paye 1,500,000 francs de liste civile et 1,200,000 francs pour le Pape; il y a donc encore à déduire 2,700,000 francs, ce qui réduit son contingent à 8 millions environ. Il faudrait donc que, les dépenses des petits ministères soldées, elle donnât encore 8 millions pour faire face à tout ce qui tient à l’exercice de la souveraineté, c’est-à-dire à la guerre, à la marine, etc.

Sa Majesté désire que le ministre des finances établisse le même raisonnement pour la Toscane et pour le Piémont. On comprend dans le Piémont Gènes et Parme.

Jeudi prochain, le ministre des finances remettra un compte qui fasse connaître si les impositions françaises s’établissent à Rome et les résultats en recette et en dépense pour 1811. Il faut donc faire le budget de chaque commune, département, ministère, etc.

Dans le mémoire k l’appui de ce compte, le ministre fera connaî­tre à combien monte la dîme dans les départements romains et de quel secours elle est pour le culte; quels étaient les droits féodaux, a combien ils s’élevaient, et quel est le résultat de leur suppression; à combien montait la contribution foncière; si elle se trouvera la même que du temps du Pape; si on peut l’augmenter à raison de la suppression des dîmes et des droits féodaux; enfin comment était établi le droit d’enregistrement et s’il ne conviendrait pas qu’il fût le même qu’en France.

D’après U copie. Archives det fioaocet.

  1. 35

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54*       C0B1ESP0MDAMGS DE NAPOLBOW I», — i«l<L

16725.—A FRANÇOIS II, EMPEREUR D’AUTRICHE, a vienne.

Saint-C1ond,S6juHeU810.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, je reçois la lettre de Voire Majesté Impériale du 15 juillet. Je la prie de recevoir nés remercioients des choses aimables qu’elle carient, ie sois fort sen­sible à l’attention qu’elle a eue et aux sentiments qu’elle me témoigne. Le comte de Metternich T le prince de Schwarzenberg et les sujets de Votre Majesté qui se trouvaient à Paris dans cette douloureuse cir-ceastaaoe, ont mérité tous les éloges, et leur conduite m’a fait un sensible plaisir ; ce qui me porte A désirer de donner l’aigle de la Légion d’honneur à plusieurs d’attiré eux. J’ai chargé le conte de Metternich d’en demander la fiermissieii à Votre Majesté.

Je ne sais si l’Impératrice vous a fait «ooaaftre que l’espérance qtte nous avioas ée sa grossesse acquiert tous les jours de aonteUes pro­babilités , et que bous avons toutes les sàrelés quWpeut avoir à deux mots et demi. Votre Majesté comprend facilement tout ce que celt ajoute aux sentiments qoe m’inspire sa fille, et combien ces nouveaui liens reudeat plus vif le désir que j’ai de lui être agréable.

Q«e Votre Majesté veuille ne jamais douter des seatûnents d’amitié, d’estime et de haute considératioa, avec lesqaek je «uis, de Votre Majesté Impériale, le bon frère et gendre.

D’après la copie conm. par S. M. l’empereur <T Autriche,

  1. — AU COMTE MOLLTEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBUC t A PARIS.

Saint-Clond, 27 juillet 1810.

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie «ne lettre de M. l’arcfai-tnêsorier sur l’amortissement de la dette hollandaise; cest encore ua million à ôter de la dette. 11 iaut en déduire aussi ce qu’oa pavait à Hesse-Cassel et à la maison d’Orange; on m’assure qoe c’est ua objet considérable. Tout cela doit Caire «se diminution sensible. Compre­nez tout cela dans ie tableau que vous devei me remettre. Vous trouvera une autre lettre de M. l’aichitrésorier sor \ék emprunts de Portugal et d’Espagne; faites-moi coinaitre ce qu’on peut espérer de cela.

Je vous envoie de nouveaux tableaux de la dette. 11 me parait qu’elle se monte a 38 millions de florins en tout ; mais il fant en ôter ce qu’on donnait à Hesse-Cassel et à la maison d’Orange; il faut en

 

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CORRESPOKI>AN€e W5 NAPOLÉOV l«\ — 1810.        547

ter aussi ce ft’on dame à ceu q« oat Irabi la Hollande pour

l’Angleterre.

NapoUor.

D’apret l’ongind. Archives de* ftffurM étrangère*.

  1. — NOTE

DICTÉE KN CONSEIL D’ADMINISTRATION Ml LA VAHINE.

fetM-CtMd. 2~ juillet 1816.

En temps de grande guerre la France ne peut rien sut mer ; elle doit se borner alors à avoir des escadres légères pour protéger son cabotage et pour le service de ses colonies. Mais c’est en temps àt paix, ou de petite guerre combinée, que la marine peut développer ses moyens. Lorsque celte époque est arrivée, on ne pent pas désarmer entièrement et détruire les cadres des troupes de terre ; il fart les employer à fournir des garnisons aux vaisseaux et à garder les côtes. Les garnisons peuvent même être composées d’hommes d’élite qui seront beaucoup pins ntites à bord que les troupes de la marine; celles-ci doivent donc compter à bord parmi les hommes de la marine nécessaires à chaque vaisseau. Ainsi, snr on bâtiment qui exige 700 hommes, il doit y avoir d’abord 600 hommes appartenant à la marine et parmi lesquels comptera un nombre suffisant de ca-nonniers de la marine; il doit y avoir ensuite 100 hommes de trou­pes de ligne formant la garnison. Cette manière d’employer les troupes de la marine an service des vaisseaux et les troupes de terre à la garnison des vaisseaux a l’avantage, Ie d’éviter que les troupes de la marine forment un double emploi, ce qui arriverait si elles fai­saient on service de terre et ce qui mettrait, en temps de paix, dans la nécessité de les dissoudre; 2° d’employer, en temps de paix, une partie des troupes de terre qu’on ne peut pas désarmer ; 3* de placer dans les vaisseaux, au moyen des garnisons appartenant à l’armée de terre et d*uo bon choix de canonniers de la marine, nn nombre suffisant d’hommes, anciens Français, avec les matelots qui seront, pour le plus grand nombre, des hommes des pays réunis & la France, ou ménie de pays étrangers.

D’après 1* copie. Archive! de l’Empire.

  1. — XOTK DICTÉE EV CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA MARINS.

8«i«4-cto»d, t7 juin*! ma La question des iortineatioM de Cherbourg est toto<-iaip»rtafttf\

35.

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548        CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.

Le tracé de Tan III est inadmissible : ce sont des lignes sans résul­tat. Le commandant qui serait derrière ces lignes capitulerait daos vingt-quatre heures. Ces lignes embrassent la ville, arrivent au pied des hauteurs et en sont tellemeut dominées qu’elles n’ont aucune défense. L’ennemi venant à les percer serait maître du bassin. Si l’on propose de fermer par une ligne l’emplacement actuel, on prend l’emplacement des cales. Si on établit celte ligne entre les cales elle bassin, les cales-, les établissements nécessaires aux chantiers, les bois de construction se trouvent hors de l’enceinte. Si on place l’en­ceinte entre les cales et la ville, on nTa plus d’espace suffisant pour que la défense soit raisonnable.

H y a ici deux questions distinctes : la première est relative au bombardement. On a le projet de faire beaucoup de forts pour tenir l’ennemi à 1,500 toises du bassin. Mais ces forts seront toujours d’une faible défense, puisqu’ils seront petits et nombreux. Si l’ennemi débarque avec une artillerie suffisante, il s’emparera en dix jours des forts, et il sera alors à même de bombarder le port. Un bombardement sera un grand mal. Mais, si l’ennemi est obligé de s’en tenir là, il aura manqué son opération : dix jours auront suffi pour mettre les poudres en sûreté dans le magasin, pour blinder les établissements qui pourront l’être, pour mettre les chanvres dans un lieu plus ou moins sûr, et le mal que fera l’ennemi sera au-dessous de sa dé­pense. Ce n’est pas pour brûler des magasins et faire un dommage de 4 ou 5 millions que l’ennemi aura conçu une opération hasar­deuse. S’il n’obtient que ce résultat, son opération sera manquée: la France aura réparé ses pertes en six mois, et le déficit pour les finan­ces de l’un et de l’autre État sera égal. Si l’ennemi est obligé de s’embarquer, sans avoir atteint le second but de son expédition, cela peut l’exposer à des pertes d’hôpitaux et d’arrière-garde, d’où résul-, terail pour lui un dommage hors de toute proportion avec celui qu’il nous aurait fait éprouver. 11 faut donc faire les forts pour empêcher le bombardement, ou du moins pour le retarder de manière que, quand il aurait lieu, son résultat serait peu de chose.

Ce bombardement ne sera pas, comme nous l’avons dit, le prin­cipal objet de l’ennemi. Son but principal sera d’enlever ou de brûler avec la torche dix-huit vaisseaux de ligne, de brûler les magasins, de détruire le port en faisant sauter les voussoirs, les écluses, les formes, les murs des quais, d’emporter le matériel, y compris les bois. On conçoit que le matériel d’un arsenal en activité peut valoir 20 millions ; que la destruction des bassins, etc., exigerait, pour les rétablir, une dépense plus considérable que celle de leur création.

 

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CORRESPONDANCE DE NAPOLÉON I”. — 1810.        5*9

Ce serait donc une perte pour la France de 40 à 50 millions, et pro­bablement un découragement tel qu’on renoncerait à jamais au port de Cherbourg.

C’est contre ce second but de l’ennemi qu’il faut employer tous les moyens de l’art. On convient qu’on ne peut empêcher le bombarde­ment si l’ennemi se trouve supérieur pendant quinze jours. II faut faire une enceinte avec des contre-gardes et tous les moyens de l’art nécessaires pour qu’elle se défende au moins pendant quinze autres jours. Cela est très-important, car autant il est probable que l’ennemi sera maître d’agir pendant quinze jours, autant il est probable qu’il ne le sera pas pendant un mois. Quinze jours ajoutés à quinze jours font un temps immense; ainsi aucun projet n’est admissible s’il ne donne le moyen de défendre les bassins pendant un mois.

Ces principes posés et non perdus de vue, il faut examiner les résultats :

I* Une enceinte bastionnée de 2,500 toises est une dépense de 12 millions ;

2* En traçant celte enceinte, on est obligé de lui donner 3 ou 4,000 toises de développement, car aucun ingénieur sensé ne con­sentira à faire une enceinte au pied des hauteurs ; il voudra les enve­lopper, cela exigera une nouvelle dépense de 4 ou 5 millions et un emploi de moyens de défense immenses.

Le petit projet proposé trace une enceinte de 800 toises, qui peut être défendue avec des dépenses et des moyens raisonnables. Elle se trouve à 600 toises des Couplets; elle a dès lors 400 toises sans être dominée, et elle offre, pour la défense, toutes les ressources de l’art, puisqu’on ne chemine qu’à 300 toises. De l’autre côté, elle est aussi à 600 toises du point des Fourches; ce qui suppose qu’elle aurait aussi 400 toises sans être dominée. Le côté parallèle à la ville est aussi à 400 toises de toute domination et des maisons; ainsi tous les fronts peuvent avoir le jeu et la défense de l’art. En occupant les deux points des Couplets et des Fourches, on oblige l’ennemi à com­mencer l’attaque par l’un des deux, à moins qu’il n’attaque par le côté de la ville; mais, si l’on pouvait couvrir ce côté par une inon­dation, la place acquerrait un nouveau degré de force.

Au lieu de deux ou trois points qui dominent, et qu’il faut soigner pour empêcher les cheminements et donner de grands moyens de défense, on en a, dans le projet de l’an III, huit ou dix, indépen­damment d’une enceinte de 4,000 toises; ce qui entraînera dans une dépense incommensurable. Il est encore à observer que c?s points à occuper sont indépendants des forts à faire contre le bombardement.

 

16 – 31 juillet 1810

 

Rambouillet, 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ai reçu l’état de situation des troupes du département de la marine à l’époque du 15 juin. J’y trouve la situation de vingt-neuf bataillons d’équipages de haut bord et des quatre bataillons de flottille. Ce livret est incomplet, parce qu’il y manque la composition de chaque bataillon. Remettez-m’en un nou­veau, où je trouve indiqué en tête l’organisation suivant les décrets, de quoi se composent les complets, la solde à la terre, la solde à la mer, les fournitures qui leur sont faites ou retenues.

Je vois que l’organisation des bataillons n’est qu’ébauchée. Cepen­dant elle devient aujourd’hui indispensable. C’est le seul moyen de pouvoir former des équipages.

Le 1er bataillon occupe l’Austerlitz; le 2e est sur le Danube; le 3e est sur l’Ulm.

Je vois que le 4e, qui est à Rochefort sur le Triomphant, a 461 hommes détachés à l’armée d’Espagne. Je n’ai jamais autorisé cette mesure, et j’ai toujours cru que ces hommes avaient été détachés des bataillons de flottille et non des bataillons de haut bord. Il faut donc considérer ce bataillon comme désorganisé. Il est indis­pensable de le reformer.

Le 8e, qui n’est que de 200 hommes, est cependant réparti sur trois vaisseaux. Il est indispensable de faire réunir tout ce 8e batail­lon sur un seul vaisseau, et de placer sur les autres le 5e bataillon, qui est sur l’Adrienne, et le 20e, qui est sur la Thémis et l’Incorruptible; car, avant tout, c’est aux vaisseaux de guerre que les bataillons doivent être destinés. Ce n’est qu’en cas d’excédant qu’ils doivent fournir des détachements aux frégates.

Le 11e est sur l’Eylau, à Lorient ; le 12e, sur le Polonais.

Le 13e est à Rochefort sur la Pallas. Il est indispensable, au lieu de la Pallas, de placer ce bataillon sur un des vaisseaux qu’on armera à Rochefort.

Le 6e bataillon, qui est sur l’Hortense et l’Elbe, doit également être placé sur l’un des vaisseaux qu’on armera à Rochefort.

Le 14e, qui est à Brest sur la Clorinde et la Renommée, doit être mis sur le Nestor.

Le 15e est au dépôt de Rochefort, réduit à presque rien , une partie étant dans l’Inde. Il est indispensable de le compléter et de le placer sur un des vaisseaux qu’on armera à Rochefort ; ce qui fera quatre bataillons d’équipages pour les vaisseaux de Rochefort.

Le 16e est à Toulon sur l’Annibal; le 17e, à Rochefort, sur le Jemmapes ; le 19e est à Toulon sur quatre vaisseaux; le 21e est à Toulon sur le Génois ; le 22e est à Toulon sur le Donauwörth ; le 30e est sur le Breslau; le 31e est au Havre sur l’Amazone et l’Elisa ; le 32e est à Brest sur la Néréide; on peut l’y laisser jusqu’à ce que le nouveau vaisseau ait été mis à l’eau. Le 33e est à Anvers sur le Charlemagne ; le 3 4e, sur le Commerce-de-Lyon ; le 35e, sur l’Anversois; le 36e sur le Dalmate; le 37e, sur le Du Guesclin ; le 38e, sur le César; le 39e sur la Ville-de-Berlin ; le 40e, sur l’Albanais. Ce qui fait a Anvers huit vaisseaux, et, avec les danois, dix équipages.

Je ne vois pas à Toulon quels sont les équipages qui montent le Majestueux, le Commerce-de-Paris, le Suffren, le Magnanime, l’Ajax, le Borée, le Wagram, le Sceptre, la Pauline, l’Amélie, la Proserpine, la Pomone, la Pénélope, la Thémis et l’Incorruptible, lorsqu’elles auront donné le 20e bataillon à un des vaisseaux que monte actuellement une partie du 8e; l’Adrienne, lorsqu’elle aura donné le 5e bataillon.

Les vaisseaux et les frégates ci-dessus ont des équipages, mais ces équipages ne forment pas des bataillons. Il est donc indispensable de créer, pour la Méditerranée, huit bataillons pour les équipages des huit vaisseaux ci-dessus, et quatre pour les équipages des huit frégates; ce qui fait douze bataillons d’augmentation pour Toulon.

A Rochefort, le 6e bataillon, qui monte l’Hortense et l’Elbe, sera rais sur le Foudroyant.

Le 13e qui est sur la Pallas, on le mettra sur le Regulus.

Le 15e, qu’on forme, on le mettra sur le Couard.

Le Triomphant est monté par le 4e bataillon.

On formera à Rochefort un nouvel équipage pour le Tourville, l’Océan, et pour la Pallas, l’Elbe, l’Hortense et le Pluvier. Ce sera donc quatre nouveaux bataillons à former à Rochefort.

Il en faudra former deux à Lorient pour le Vétéran et le Golymin, et deux à Anvers pour le Tilsit et le Friedland.

En tout, il faudra créer vingt nouveaux bataillons d’équipages. Indépendamment de ce, il faudra compléter les anciens équipages.

Je désire que vous me présentiez un projet de décret là-dessus ; je ne l’ai point rédigé moi-même, parce que j’ai craint qu’il n’y eût quelques erreurs dans vos états. En effet, je vois sur votre état de situation des troupes le 4e bataillon montant le Triomphant et le 17e montant le Jemmapes; et, sur votre situation des ports, je vois ces deux vaisseaux portés comme n’ayant pas d’équipages.

Il est nécessaire de considérer tous les hommes qui sont aux Indes ou prisonniers de guerre comme étant hors du complet. Il faut donc les porter pour mémoire, et compléter les bataillons, de sorte que les cadres soient toujours complets, indépendamment des hommes qui sont aux Indes et dans des missions lointaines.

Pour la formation des douze équipages de la Méditerranée, les officiers ou sous-officiers existent. Vous pouvez les trouver dans les états de la marine. Quant aux matelots, il y en a 10.000 dans la Médi­terranée, indépendamment des garnisons, tant sur les vaisseaux que sur les petits bâtiments. Vous avez à Toulon onze bataillons d’équi­pages ; vous en avez douze à former; total des bataillons de Toulon, vingt-trois.

Je pense qu’il faudrait pouvoir porter les équipages au complet de 800 hommes, pour qu’ils puissent fournir les détachements néces­saires à l’armement et à la garde des côtes. Pour porter ces vingt-trois bataillons au complet de 800 hommes, il faudra 18.400 hommes : or vous avez à Toulon 16.000 hommes ; vous pouvez tirer des régi­ments de marine 2.000 hommes; vous pouvez facilement faire on appel de 4.000 hommes dans les ports de Cività-Vecchia, de Livourne, de Gènes, en Corse et dans les ports de Provence ; vous pouvez réunir ainsi dans la Méditerranée 22.000 hommes.

 

Les vingt-trois bataillons des équipages de haut bord n’emploie­ront que 17 à 20.000 hommes; et il vous restera encore de quoi former les quatre bataillons de flottille. Ainsi il y aura dans la Médi­terranée vingt-trois bataillons de haut bord et quatre de flottille, for­mant 23 à 24.000 hommes.

POUR L’OCÉAN.

A Rochefort, vous avez quatre équipages; il en faut former quatre autres; total des bataillons d’équipages, huit. Outre ces bataillons, il faut à Rochefort un bataillon de garde-côtes. Cela fait un total de neuf bataillons.

Les huit premiers bataillons à 800 hommes en emploient 6.400; le bataillon de garde-côtes, 1.000 hommes; il faudra réunir à Rochefort 7 à 8.000 hommes. On trouve déjà 4.000 hommes, c’est encore 4.000 à se procurer : or il y a, tant à Rochefort qu’à Bor­deaux, 2.500 matelots payés par l’État ; vous pouvez tirer des régi­ments de la marine 1.500 hommes ; enfin vous pouvez faire un appel de 4.000 hommes depuis Bayonne jusqu’à Nantes, et, s’il était nécessaire, on pourrait diriger sur ce point un renfort de conscrits; total des ressources que la côte de Rochefort peut offrir, 8.000 hommes.

A LORIENT ET A BRRST.

Il y a dans ces deux ports trois équipages anciens ; il en faut deux nouveaux à Lorient; total, cinq bataillons de haut bord, qui, à 800 hommes, font 4.000 hommes ; plus deux bataillons de flottille, un pour Brest et l’autre pour Lorient, 2.000 hommes; total des matelots à réunir pour Lorient et Brest, 6.000 hommes.

Or il y a, entre Lorient et Brest, sur les bâtiments de la flottille, 6.000 hommes. De plus, une levée sur cette côte pourrait donner 4.500 matelots, tant bons que mauvais, jeunes ou vieux; les régi­ments de la marine peuvent en donner 2.000 ; cela formerait un excédant de 6.000 matelots, dans lequel on pourrait trouver de quoi compléter les équipages de Rochefort, s’il était nécessaire.

Je n’ai rien demandé pour Cherbourg.

ANVERS.

Quant aux deux bataillons à former pour Anvers, ce sont des équi­pages flamands. Il faut en former sur-le-champ les cadres et les recruter de Flamands.

En résumé, la marine se trouverait composée de vingt-neuf batail­lons existants, et de vingt nouveaux à former; total de quarante-neuf bataillons d’équipages de haut bord, et de vingt équipages de flottille; total, soixante-neuf à soixante et dix bataillons.

Cinquante équipages de haut bord à 800 hommes emploieront 40.000 hommes ; les vingt autres emploieront 20.000 hommes ; total, 60.000 matelots.

Nous avons sur les états 40.000 hommes. On peut y incorporer des régiments de la marine 5.000 hommes ; un recrutement extraor­dinaire, qui depuis longtemps n’a pas été pressé, pourrait fournir 5.000 hommes; ce serait donc 10 à 12.000 hommes de la conscrip­tion de terre et des rivières qu’on aurait à donner à la marine.

Je comprends bien que tout ceci ne forme pas de bons équipages ; mais ce sont au moins des hommes qui s’exerceront à la mer.

Rambouillet. 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai lu avec attention l’état des constructions en entreprise pour 1810. Voici les changements que je fais aux constructions à l’entreprise. Je désire, pour Gènes, que l’Agamemnon de 4 vingt-quatrièmes soit porté à 18 vingt-quatrièmes pour être mis à l’eau en mars ; c’est donc 14 vingt-quatrièmes d’augmentation. Je vous prie de presser l’Agamemnon afin qu’on puisse le lancer en mars.

Quant à Toulon, j’ai jugé à propos d’augmenter de 96.000 francs la gabare la Ciotat; de 28.000 francs la gabare la Prudente; de 23.000 francs la flûte le Mérinos; de 80.000 la flûte l’Éléphant; ce qui serait donc une augmentation de 237.000 francs, qui porterait le chapitre des constructions à Toulon à 910.000 francs. J’aurai donc alors dix flûtes portant 7.700 tonneaux, cinq gabares de 460 tonneaux chacune et deux plus petites de 250 tonneaux ; ce qui formera 10.500 tonneaux. J’aurai de plus quatre écuries pouvant porter, je crois, chacune 50 chevaux.

Indépendamment de ce, j’aurai une flûte, l’Éléphant, qui sera aux 6 vingt-quatrièmes faite. Je désirerais mettre en construction dix autres flûtes de 800 tonneaux chacune; qu’on en fit 2 douzièmes à chacune ; ce qui ferait encore près de 200.000 francs, et porterait à 1.100.000 francs la dépense de construction des bâtiments de trans­port dans la Méditerranée.

J’aurais alors vingt flûtes portant 16,000 tonneaux, et sept gabares de 2.700, ce qui ferait 18.500 tonneaux, capables de porter une forte expédition sur un point quelconque de la Méditerranée. Les vingt flûtes seraient achevées en 1811 ; et, supposé qu’à la fin de 1811 j’eusse besoin de cette expédition, j’aurais 18.500 tonneaux à joindre à mon escadre de Toulon.

Dans l’année prochaine, trois ou quatre mois avant, je serai pré­venu par les circonstances, si j’ai besoin de cette expédition ; alors je presserai les armements pour l’avoir en septembre. Je voudrais également avoir 30 écuries, de sorte qu’avec 60 bâtiments de trans­port et mon escadre forte de 17 vaisseaux, de 10 frégates, 13 cor­vettes, bricks ou petits bâtiments, formant 40 bâtiments, j’aurais en tout une expédition de 100 bâtiments avec laquelle je pour­rais jeter sur un point quelconque de la Méditerranée, soit à Salonique, soit en Egypte, soit à Tunis et Alger, 40.000 hommes et 1.500 chevaux.

Je désire donc mettre en construction, sans délai, dix autres flûtes, mettre à la mer les écuries qui sont finies, nommer une commission pour les essayer, pour voir comment elles marchent, combien elles portent de chevaux, de vivres et d’eau, afin que, lorsqu’on aura les observations pour les corriger, on puisse mettre en construction, en septembre, les 30 écuries que je demande.

Ainsi donc j’attache une importance majeure à avoir, indépendam­ment de 16 à 17 vaisseaux de guerre et de 8 ou 10 frégates, des bâtiments de transport portant de 20 à 25.000 tonneaux et 30 écuries capables de porter 1.500 chevaux, avec le nombre de chevaux que portent ordinairement les vaisseaux et transports. Mais, avant de mettre de nouvelles écuries en construction, il faut essayer les deux qui ont été construites.

Je désire que deux flûtes de 800 tonneaux soient mises en con­struction à Livourne pour donner de l’occupation à ce port. Vous pouvez trouver des entreprises pour en mettre deux à Gènes; cela emploiera les bras et les matériaux du pays. Vous pouvez y faire con­struire les six autres, si toutefois vous ne trouvez pas de bons marchés en Provence.

J’ai fait un décret pour cet objet. J’ai, en conséquence, pensé que je devais porter, pour les 24 vingt-quatrièmes de construction des dix flûtes, à dépenser cette année, 245.000 francs. J’ai pensé que, pour l’Éléphant porté à 8 vingt-quatrièmes, que, pour finir les 23 vingt-quatrièmes du Mérinos et le mettre à l’eau, finir les 11 vingt-qua­trièmes de la Ciotat et le mettre à l’eau, finir les 4 vingt-quatrièmes de la Prudente et la mettre à l’eau, ce qui fait pour Toulon une augmentation de 51 vingt-quatrièmes, il fallait porter le budget des con­structions à 3.459.000 francs.

Rambouillet, 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai lu avec intérêt les bases du budget de 1810 pour les grands ports.

Il me semble que le Pacificateur, l’Auguste, l’Illustre, le Conquérant, pourraient être lancés en mars et avril de 1811 ; que le Trajan, le Gaulois et le Superbe pourraient l’être aux mois de juin et juillet, de manière à avoir, en septembre et octobre de l’an 1811, dix-neuf vaisseaux à Anvers.

Ce que je désire surtout, c’est que les deux frégates soient faites cette année. Je vois qu’elles ne sont pas encore en construction. Il est important cependant d’avoir deux de nos bonnes frégates à Anvers. Faites-les mettre sans délai en construction et pousser rapidement, afin qu’elles puissent être mises à l’eau après la fonte des glaces, que leur gréement soit prêt et qu’elles puissent éclairer l’escadre au mois d’avril.

Faites donc commencer à Lorient le bâtiment de 80 qui doit être mis en construction.

Je pense qu’à Lorient il faudrait porter le Magnifique aux 12 vingt-quatrièmes, afin qu’il puisse facilement être achevé en 1811.

Il résulte des états que vous m’avez remis que j’aurai 24 vaisseaux avant la fin de l’année et 66 au 1er janvier 1812, savoir : 9 de plus à Anvers, 2 à Cherbourg, 1 à Brest, 4 à Lorient, 2 à Rochefort, 1 à Gènes, 3 à Toulon et 2 à Venise ; ce qui ferait 66 vaisseaux. Je sup­pose que j’en aurai 20 en Hollande ; ce qui me fera 86. Je vous écris cela pour que cela vous serve à votre budget de l’an 1811. Je vou­drais qu’il fût fait pour que j’eusse ce nombre de vaisseaux en 1811, ce qui, avec les 2 du royaume d’Italie et celui de Naples, me ferait 89 vaisseaux de ligne. Il faudrait que le budget de 1811 fût fait de manière à en avoir, en 1812, vingt de plus en France, de manière que j’aurais 106 vaisseaux français et 4 ou 5 napolitains ou italiens ; ce qui me ferait de 110 à 115 vaisseaux à la fin de 1812.

  1. S. Faites-moi on rapport qui me fasse connaître le nombre de vaisseaux qu’il faut construire chaque année pour qu’en octobre 1812 j’aie 115 vaisseaux de ligne, dont 2 napolitains et 3 italiens, qui ne vous regardent pas ; ce qui ferait 110 bâtiments français, y compris 20 hollandais que je cite dans mon aperçu, mais dont vous ne pourrez pas vous occuper ; ce qui ferait 90 bâtiments français dans les ports français, depuis Anvers jusqu’à Toulon.

Rambouillet, 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

J’ai lu avec attention l’état de la solde de la marine pour les petits ports en 1811 ; j’y ai trouvé matière aux observations suivantes.

Dunkerque. — Je vois que vous avez deux officiers de vaisseau em­ployés à terre pour inspecter les signaux, et qui coûtent 2.400 francs. Cette dépense me parait inutile, et je ne vois pas pourquoi les employés chargés de l’inscription militaire ne surveilleraient pas les signaux.

Pour l’état-major des ports et mouvements, je vois un capitaine de frégate porté pour un supplément de traitement de 1.400 francs, je ne vois pas l’utilité de cet officier. Pourquoi le commissaire de la marine ne ferait-il pas la police des petits caboteurs, en rade la plu­part, pour son service ? D’ailleurs, le capitaine du port étant un officier de marine, on pourrait le mettre sous ses ordres. Je ne vois aucune utilité de tenir ce capitaine de frégate.

L’ingénieur des travaux maritimes est utile cette année; mais en 1811 il doit être supprimé, puisqu’on ne construira plus à Dunkerque.

A l’article de l’administration locale il y a 24 employés. Pour la fin de l’année deux sont en trop. Je ne vois pas pourquoi un seul ne suffirait pas. Le sous-commissaire me parait fort inutile.

Je ne vois pas pourquoi, en 1811, vous laissez des maîtres dans le port; de quelle utilité y peuvent-ils être, puisqu’on n’y doit plus construire ? Je vois 15 gardiens et portiers : 4 devraient suffire. Deux « divers agents », non désignés : je ne saurais approuver cette dépense.

Ainsi je serais d’avis de supprimer au chef-lieu, pour 1811, 1.400 francs pour le capitaine de frégate, les 2.400 francs de l’ingé­nieur des travaux maritimes ; réduire à 6.000 francs l’administration locale, et supprimer les 2.400 francs des maîtres entretenus ; réduire à 2.000 francs les gardiens et portiers, et supprimer les « divers agents » non désignés. Par là, au lieu de 55.000 francs, cette dépense ne serait donc portée qu’à 8.400 francs, comme solde à terre de chef-lieu. Hors du chef-lieu, je supprimerais les 2.400 francs pour le capitaine de vaisseau, et ce chapitre des dépenses ne serait plus porté qu’à 31.200 francs; ce qui ferait, avec les 8.400 men­tionnés ci-dessus, 39.600, au lieu de 55.000 francs; plus, pour la solde à la mer, 38.500, et 39.600, cela ne ferait plus que 78.100 francs.

Boulogne. — Quant à Boulogne, je ne comprends pas la compli­cation de service qu’il y a. Le préfet maritime est inutile. Il est porté pour 26.000 francs. Avec ses frais de bureau, ses canotiers, ses commis, c’est une dépense de 60.000 francs absolument inutile, surtout lorsque vous en ôtez le contre-amiral. Le chef d’administra­tion ou des mouvements doit être le commandant de tout, sauf à envoyer, quand les circonstances l’exigeraient, un contre-amiral pour commander le tout pendant une saison.

Officiers employés à terre. — Vous en portez 8 pour 16.000 francs ; c’est inutile. Le plus ancien capitaine des bataillons de la flottille à Boulogne peut commander la flottille. 12 enseignes auxiliaires sont trop à l’état-major du port ; 4 suffiraient. Les ingénieurs des travaux maritimes sont inutiles; un suffit; nous ne travaillons plus au port. 11 maîtres entretenus sont inutiles; 4 suffisent.

Gardiens et portiers — 6 suffisent. On prendra des équipages de quoi former des canotiers, puisque tout est canotier dans la flottille, ou l’on commandera un certain nombre de canots de service. Quant à la solde à la mer, ce chapitre-là doit être considérablement aug­menté, puisque je veux y avoir cinq équipages composés de 1.000 matelots et montant une centaine de bâtiments rodant toujours sur nos côtes. Ainsi, sur 198.000 francs que vous portiez pour le budget de 1811, je le réduis de 60 à 80.000 francs.

Je crois ces réformes nécessaires, non-seulement pour l’amélio­ration des finances de la marine, mais aussi pour le bien du service. Le service de la flottille est simple ; ce sont tous des canotiers. L’ad­ministration doit être simple, et le chef d’administration, homme de mérite qui fasse tout aller ; un ingénieur pour veiller au raccommo­dage des bâtiments ; un chef de port pour la police du port pourrait être pratique de la rade; un commandant militaire, soit un contre-amiral que vous enverrez, qui, étant payé partout, ne sera pas plus cher là qu’ailleurs; soit, pour le service ordinaire, un des capitaines de vaisseau que vous avez là.

Le Havre. — A quoi bon 6 officiers de vaisseau employés à terre ? C’est une économie de 7.800 francs toute simple. A quoi bon l’état-major des ports et mouvements ? C’est une économie de 2.400 francs.

A quoi bon, en 1811, 4.400 francs pour le génie maritime, puis­qu’on ne construira rien au Havre ? A quoi bon un ingénieur des tra­vaux maritimes, quand ce n’est pas la marine qui fait faire les bassins du Havre ? A quoi bon 5.000 francs pour l’inspection pour un si petit port ? A quoi bon un commissaire ? Ce serait une économie de 2.400 francs. A quoi bon entretenir 8 maîtres ? Ils sont inutiles. A quoi bon 20 gardiens ou portiers ? S’il en faut 4, c’est beaucoup. A quoi bon 8.000 francs pour agents non désignés ?

Au lieu de 115.000 francs, on peut donc réduire la solde du Havre, pour 1811, à l’état suivant : Administration locale, ou com­missaire, 6.000 francs; un sous-garde-magasin, 2.000; frais de bureau, 4.000; total, 12.000 francs. Inscription maritime, 24.000 francs ; officier de santé, 1.600 ; professeurs de l’école de navigation, 8.000; maîtres entretenus, 1.800; guetteurs des signaux, 20.000; gardiens et portiers, 2.000; total, 69.000, au lieu de 115.000 francs

II restera à voir si les 8.000 francs pour les professeurs ne pour­raient pas être supportés par les communes ; savoir si les 24.000 francs pour l’inscription maritime et les 20.000 francs pour les guet­teurs ne sont pas susceptibles de réduction. Mais, enfin, de 69.000 francs, vous en proposez 115.000; c’est économie de moitié.

Indépendamment de cette économie, il y aurait celle plus forte de frais de logement et autres de cette espèce.

Pour Saint- Servan, c’est la même chose. Au lieu de 81.000 francs, on pourrait ne mettre que 74.000 francs.

En suivant le même principe, vous connaîtrez facilement mes intentions pour les autres ports ; je ne continuerai point cet examen.

Comme donc je trouve que cette réforme n’est point suffisante, proposez-moi toujours celle pour les cinq derniers mois de l’année. Il faut calculer les dépenses de 1811 sur une base plus stricte. Il y a sur votre projet 50 pour 100 à économiser; or 50 pour 100 d’économie pour l’administration doit en amener une immense pour le matériel.

Quant à la solde à la mer des bâtiments, il faut enrégimenter tous les matelots des côtes dans les vingt bataillons de flottille. Il leur faut une autre administration et paye qu’à ceux des grands bâtiments, et que l’on n’y connaisse qu’une paye.

Vous me ferez un rapport qui me fasse connaître quelle est la solde à la mer, et s’il n’y aurait pas moyen de simplifier cette comptabilité en ne donnant qu’une seule imposition.

Je désirerais, d’ailleurs, comme les états-majors sont aux grands chefs-lieux, qu’on fit là leur décompte ; ainsi le décompte se ferait à Anvers, à Boulogne par extraordinaire, à Rochefort, à Brest et à Toulon, Cherbourg, Lorient.

Rambouillet, 16 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ai entendu hier les divers rap­ports que vous m’avez faits et l’opinion des ingénieurs sur la rade de Cherbourg. Mon intention est que les 1.500.000 francs que j’ai donnés pour la digue de Cherbourg soient employés à rehausser la digue jusqu’au niveau des basses mers et que les travaux soient commencés par le musoir du côté du fort de Querqueville. Les 900 toises de cette partie de la digue doivent coûter 3 ou 4 millions; mon intention est que cette dépense soit faite sur les fonds des Invalides de la marine. Il faudra 3 millions en trente mois, à compter de juillet 1810; cela ira jusqu’au 1er janvier 1813. Ce travail fait, mon intention est qu’on continue la même chose pour l’autre partie de la digue, de manière à l’élever partout au niveau des basses mers, et, lorsque toute la digue sera élevée à la hauteur des basses mers, on se procurera deux plates-formes ou musoirs.

Fort Napoléon. — Le décret que je viens de prendre vous fera connaître mes intentions sur ce fort; vous y verrez que la marine doit être chargée exclusivement de ce fort ; que je vous charge de l’armer sur-le-champ de douze pièces de 30, de quatre mortiers de 12 pouces de campagne; d’y placer une prame de quatorze pièces de canon de 36, qui sera annexée à la gorge de la batterie, qui servira de refuge à la garnison de la batterie et la protégera avec ses quatorze pièces de 36.

Les seize bouches à feu de la batterie exigeront une compagnie d’une centaine d’hommes, sauf à envoyer des renforts de la place, du moment que cela serait nécessaire. Vous prendrez la prame la Villc-dAmiens, qui est au Havre.

Vous ordonnerez à l’ingénieur Cachin de faire sur-le-champ les travaux nécessaires pour la défense de cette batterie. Le heurtoir des pièces de canon doit se trouver à 4 toises de l’arête intérieure de la digue v c’est-à-dire qu’il faudra reculer la batterie de 6 toises ; ce qui l’éloignera davantage de la mer et la rendra plus solide. Il est certain que, si on avait eu la précaution de placer la batterie sur le point le plus sûr, c’est-à-dire le plus intérieur, les pièces n’auraient point eu d’accident. Moyennant la mesure que je prescris et qui doit être exé­cutée avant le 1er août, il n’y aura rien à craindre pour les pièces. Il n’y aura rien à craindre pour les hommes, parce qu’il y aura un gros stationnaire, à bord duquel ils pourront se retirer. Ainsi, avec dix-huit bouches à feu sur la batterie et quatorze sur la prame, on aura trente-deux bouches à feu pour défendre ce point important.

Travaux du port. — Quant aux travaux du port et de l’arsenal, vous me présenterez au prochain conseil un projet définitif fait sur les bases posées dans la note ci-jointe. Ces notes ne sont point des ordres, mais des bases propres à concilier les intérêts de la défense et des établissements de la marine ; elles laissent aux ingénieurs la faculté de proposer tous les projets qui paraîtraient mieux remplir le but.

Rambouillet, 16 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’estime que les actions de la Banque ont la valeur ci-après : fonds primitif 1.000 francs, réserve 220 francs, ce qui fait 1.220 francs; droits sur les établissements appartenant à la Banque, que j’estime 3.000.033 francs; la valeur intrinsèque est donc de 1.253 francs au 1er juillet. Cela étant, au 15 juillet, il faut ajouter 3 francs pour la partie active du dividende, ce qui fait 1.256 francs; il faut ajouter de plus 3 francs, au 30 juillet; cela porte l’action à 1.259 francs. Dans cet état de choses, mon intention est que vous achetiez, en opérant de la manière la plus habile, 4.000 actions, mais sans que cela passe cette valeur réelle, c’est-à-dire 1.252 francs pour valeur intrinsèque, et 6 francs par mois, à dater au 1er juillet, pour l’intérêt. Toutes les fois que le prix sera inférieur à 1.252 francs plus l’intérêt, vous pourrez faire faire votre opération par la caisse de service. Je vois qu’au 14 juillet elles sont à 1.252 francs; leur valeur intrinsèque peut être jugée de 1.255 francs.

Rambouillet. 16 juillet 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, vous trouverez ci-joint un rapport du major général. Je désire compléter mes domaines de la Couronne et les rendre aussi agréables que possible. Je dépenserai donc volontiers pour cet objet une douzaine de millions, mais je voudrais que ces douze millions rendissent 3 à 4 pour 100 d’intérêt, qu’on a droit d’attendre d’un placement en fermes, sans habitations. Il me semble même que le revenu devrait être plus considérable, puisque ces acquisitions, réunies au domaine de la Couronne, ne payeraient plus d’impositions. Les revenus doivent donc être de 5 pour 100; ce serait, par conséquent, une augmentation de 5 à 600.000 francs de revenu pour les domaines de la Couronne, et en même temps cela compléterait, à Compiègne, à Fontainebleau et à Rambouillet, mes établissements de chasse dans ces trois domaines, où je n’en ai presque pas. Ces acquisitions ajoutées au domaine, cela vaudrait la peine de nommer un administrateur des domaines qui se chargerait de les faire valoir et d’en pousser les revenus à un million. Le revenu des forêts est, je crois, de 4 millions nets. Le revenu des domaines, porté à un million, compléterait les revenus de la Couronne à 30 mil­lions, ce qui n’est pas une somme trop considérable, comparée avec les nombreuses charges du trône : présents, étrangers, voyages, etc.

Je désire que vous me fassiez connaître : 1° la valeur des domaines que j*ai, sans les forêts ; 2° ce qu’ils ont rendu et peuvent rendre ; 3° ce qu’ils rendront en complétant les 6 millions d’achats que j’ai déjà décrétés ; 4° les terres qu’il est nécessaire d’acheter pour com­pléter les chasses de mes trois domaines de Rambouillet, Compiègne et Fontainebleau ; 5° un compte général des revenus des domaines de la Couronne depuis 1806, année par année, en distinguant le revenu brut et le revenu net.

Je désire aussi que vous me fassiez connaître pourquoi cette année, à Rambouillet, on n’a pas semé la ferme; pourquoi, A Saint-Cloud, on néglige quantité de terres, en les livrant à la stérilité, au lieu d’y recueillir des moissons, ce qui est à la fois un embellisse­ment et un profit, car quel plus bel ornement de la campagne que les moissons et les détails de l’agriculture ? Depuis six ans, je demande qu’on sème les carrés de Saint-Cloud; aujourd’hui, on va plus loin, on ne sème pas même la ferme de Rambouillet. Cela est d’autant plus important que ce n’est qu’en réunissant tous les moyens de mes domaines que je puis avoir la faculté de les entretenir et d’en tirer le revenu convenable.

Rambouillet, 17 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est convenable de faire une circu­laire ministérielle, dont vous me soumettrez le projet, sur les affaires de Hollande. La partie politique est suffisamment traitée dans la note que vous vouliez remettre au ministre de Hollande avant ces affaires. Vous pouvez puiser le reste de votre lettre dans votre rapport qui a été mis dans le Moniteur (10 juillet). Vous direz que ce qui s’est fait ne pouvait se faire sans mon aveu, et vous rejetterez la résolution qu’a prise le Roi sur sa mauvaise santé.

Je vous renvoie les lettres du sieur Serurier numérotées 29 et 30. Engagez-le de nouveau à continuer de nous envoyer les bulletins, nouvelles et renseignements qui viennent à sa connaissance. Deman­dez-lui un rapport sur ces questions : Quelle est la quantité des marchandises coloniales en Hollande ? A combien se monte l’évaluation présumée ? A combien se montent les droits sur les rentrées, pour la marine, la guerre, le trésor public, sur les diverses espèces de dettes et sur les différentes branches d’administration du pays ?

Demandez-lui également qu’il vous fasse connaître s’il y a beaucoup de blés à Emden, en distinguant la partie qui vient de France de celle qui vient d’Allemagne.

Rambouillet, 17 juillet 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous prie de m’apporter, de mercredi en huit, les états des dif­férents travaux entrepris par les ponts et chaussées, qui me fassent connaître où en sont ces travaux, si dans la campagne on dépensera les fonds que j’ai accordés, ce qu’on pourrait faire de plus si j’accor­dais de nouveaux fonds, si ces travaux se font économiquement, dans le cas contraire qui est-ce qui s’y oppose, enfin les obstacles qui auraient besoin de mon autorité pour être levés.

Rambouillet, 17 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine,à Paris

Je vous renvoie vos pièces. Je désire que vous fassiez d’abord les réformes pour 1810. Quant à 1811, les dépenses sont trop compli­quées; plus une machine est simple et mieux elle va, et, quant à la marine, elle est d’une extrême complication. J’attendrai, pour prendre an décret sur 1811 le nouveau rapport que vous me ferez.

Rambouillet, 17 juillet 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

Je vois, dans le bulletin du 15 au 16 juillet, que le caissier de la recette de Blois a quitté son emploi pour se mettre aux gages des princes espagnols. Pour peu que vous ayez du doute sur cet individu, faites-le arrêter.

Je vois qu’un officier autrichien est venu à Mons (il s’agit d’un émigré français ayant pris du service en Autriche). Donnez ordre qu’il soit poursuivi comme ayant porté les armes contre la France. Cela est d’autant plus important que c’est un jeune homme, et qu’il ne me convient pas qu’il reste au service de l’Autriche; ou, y restant, il doit perdre tous ses droits.

Rambouillet, 17 juillet 1810

Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le Comte Defermon, je vous renvoie le projet de décret et les pièces relatives aux dotations du comte de Lobau et du prince de Wagram. Ma première observation est que je n’ai pas donné 54.000 francs de rente au comte de Lobau, mais 50.000 francs; ni 325.000 francs au prince de Wagram, mais 300.000 francs. Otez l’excédant de ces sommes et n’écoutez aucune réclamation. Cela rendra ce que cela pourra. J’ai entendu donner au prince de Wagram trois cinquièmes des 500.000 francs de rente des biens du Rhin, et un dixième au comte de Lobau. Par le calcul que vous établissez je ne retrouverais plus ces 500.000 francs. Une autre observation que j’ai à faire, c’est que ce décret n’est pas dans la forme usitée : 1° il est inutile de dire que ces bons proviennent de Vanlerberghe; 2° l’ar­ticle 2 est inutile, il suffît de dire : en conséquence des lettres pa­tentes ; l’article 3 est nécessaire ; l’article 4 est inutile par la même raison que l’article 2. J’ajouterai que vous dites que les biens sont réversibles à la Couronne, tandis qu’ils sont réversibles au domaine extraordinaire. Faites ces changements et renvoyez-moi ce décret demain à signer.

Quant aux camps de vétérans, je ne veux faire aucun échange. J’avais, en instituant ces camps, un but qui n’existe plus. D’ailleurs ils ont assez mal tourné.

Prenez pour principe qu’en fait de dotations, quand j’ai signé une chose, je ne puis plus revenir. C’est à tort que, pour la Westphalie, le Hanovre, on est revenu sur mes décrets pour demander des in­demnités ; cela n’est pas le remboursement d’une dette. Si j’avais dit que je donnais au comte de Lobau, par exemple, 50.000 francs comme indemnité due, et qu’il ne les eût pas tout entiers, il aurait des réclamations à faire. Le ministre des finances ayant pris la bonne précaution de faire signer par moi-même l’exécution de mon décret, cette seconde signature ratifie tout, et il n’y a plus à y revenir. Ainsi, s’il résultait qu’au lieu de 300.000 francs de rente le prince de Wagram n’en eût que 40.000, tant pis pour lui; mais si, au lieu de 300.000, il se trouvait en avoir 400.000, tant mieux. Je n’entends plus rien une fois que j’ai signé. Suivez cette marche, et vous vous éviterez beaucoup de réclamations et d’embarras. Mettez la plus grande diligence dans l’expédition de toutes ces affaires; les événe­ments changent, les chefs de famille meurent, les familles des dona­taires ne se trouvent point nanties des pièces nécessaires et ne s’éta­blissent pas; enfin il y a toutes sortes d’inconvénients au retard. Il faut que vous m’ayez fait signer avant le mois de juillet la dotation de chacun.

Faites imprimer dans le Moniteur, à la fin de juillet, la note de ce que j’ai donné pour les blessés ; quoique ces notes puissent n’être pas exactes, elles serviront toujours à beaucoup d’individus ; on les rectifiera après. Il faut aussi vous occuper de faire le départ de ce qui appartient au domaine et de ce qui revient aux individus, et le leur faire payer.

Saint-Cloud, 18 juillet 1810

A Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse, à Berlin

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre par laquelle Votre Majesté me fait connaître qu’elle a appelé M. le baron de Hardenberg à la tête de son ministère, et me fait part de l’espérance qu’elle a que les lumières et le zèle de ce ministre donneront à son administration une nouvelle vigueur. La longue paix dont tout présage que le continent va jouir permettra aux peuples de la monarchie de Votre Majesté de se remettre de tout ce qu’ils ont souffert, et, dans des circonstances difficiles, Votre Majesté trouvera la garantie de son bien-être, sa satisfaction et son bonheur dans un système ferme et constant.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire de faire mettre dans les journaux des articles sur les succès des Russes en Turquie et sur la paix qu’ils sont sur le point de conclure, à la condition de la cession de la Moldavie et de la Valachie, et sur la confiscation des bâtiments venant soi-disant de Ténériffe, mais en réalité venant d’Angleterre.

Faites connaître au duc de Vicence mes intentions sur la Tur­quie. Écrivez-lui que je verrai avec plaisir que la Turquie fasse sa paix en cédant la rive gauche du Danube; que cela me convient; mais que la Russie violerait ses engagements avec moi si elle gardait quelque chose sur la rive droite, et si elle se mêlait en quelque chose des Serviens. Vous écrirez cela en chiffre, en lui faisant connaître que c’est là ma pensée; qu’autant je vois avec plaisir la Russie finir avec la Turquie, autant je me montrerais peu satisfait si elle gardait la rive droite ; qu’une seule place forte retenue par la Russie sur la droite du Danube annulerait l’indépendance de la Porte, et change­rait entièrement l’état des choses.

Envoyez au duc de Vicence copie de la lettre que m’a écrite le roi de Suède et de ma réponse.

Chargez le duc de Vicence de dire à M. Adams que nous avons ici un ministre d’Amérique qui ne dit rien ; qu’il nous faudrait un homme actif qu’on pût comprendre et par le moyen duquel on pût s’entendre avec les Américains.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie un tableau de la dette publique de Hollande; faites-moi un rapport qui me fasse comprendre facilement ce que je dois.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je viens d’ordonner l’envoi en Espagne d’un convoi de 3 millions , qui sera escorté par de fortes colonnes et ira droit à Séville, pour servir à payer la solde de l’armée du Midi, sans qu’il soit permis d’en rien distraire, sous quelque prétexte el par quelque ordre que ce soit.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites connaître au duc de Tarente qu’il est nécessaire qu’il porte son quartier général à la hauteur de Barcelone et qu’il empêche que l’ennemi ne retire la récolte dans les montagnes; que le général Suchet n’attend pour marcher sur Tortose que d’être instruit qu’il menace Tarragone; que lorsque Tortose sera prise, l’artillerie qui aura servi à ce siège pourra aider à la prise de Tarragone; qu’il a donc deux buts : 1° celui d’empêcher l’ennemi de s’emparer de la récolte, et, au contraire, d’approvisionner Barcelone pour longtemps; 2° de favoriser le siège de Tortose; que le général Suchet, qui a l’Èbre pour communiquer avec Tortose, ne pourra rien faire s’il est inquiété à la fois du côté de Valence et de Tarragone. Envoyéz un officier au duc de Tarente porter cet ordre.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Mon intention est que vous ouvriez une correspondance avec le ministre de la marine hollandaise pour l’exécution de mes ordres et de mon décret, pour ce qui concerne l’armement des escadres et la reprise des travaux de construction.

Une estafette part tous les jours à minuit pour Amsterdam; ainsi la correspondance deviendra très-facile et très-prompte.

Il est nécessaire que vous cherchiez un officier pour commander l’escadre du Texel (il me semble que l’amiral Ver Huell est très-con­venable) , et un officier pour commander celle de la Meuse.

Il faut appeler à Toulon les officiers de marine les moins affec­tionnés, mais habiles, et mettre sur l’escadre de l’Escaut ceux dont l’opinion est bonne, et qui sont aussi de bons officiers. Choisissez un bon capitaine hollandais pour le Tilsit et un pour le Friedland, et formez là deux équipages flamands.

Il est instant que vous soumettiez à ma signature les brevets des officiers de marine de tous grades que je veux conserver; que vous fassiez venir au Texel les deux vaisseaux qui sont à Amsterdam, ce qui fera au Texel sept vaisseaux, et que vous pourvoyiez au complé­ment des équipages; que vous me fassiez connaître quelle est l’organisation des chaloupes canonnières, afin que je forme une division de douze ou quinze chaloupes canonnières de la Meuse et de douze des miennes, qui sera commandée par un capitaine français, lequel sera sous les ordres supérieurs de l’amiral de l’escadre de la Meuse, et une seconde division composée des vingt-quatre schooners et autres petits bâtiments qui sont au Texel et de douze de mes chaloupes canonnières, en mettant cette division sous les ordres d’un capitaine français, qui reconnaîtra pour commandant supérieur l’amiral de l’escadre du Texel.

Faites-vous remettre les états de situation et pressez la mise à l’eau du Ruyter et de l’Everlsen, que je voudrais lancer au Texel avant octobre prochain, pour avoir au Texel neuf vaisseaux. Pressez la mise à l’eau du Tromp à Rotterdam pour avoir là trois vaisseaux, les frégates le Vander-Werjf et la Reine dans l’Escaut, et de l’Alcide au Texel.

Il faut que vos lettres d’ordre au ministre de la marine, vous les adressiez à M. l’architrésorier avec une lettre d’envoi.

Il paraîtrait par les états que je vous envoie que je pourrais avoir douze ou treize vaisseaux en rade avant la fin de l’année, ce qui, avec les douze d’Anvers, me ferait vingt-quatre vaisseaux de ligne.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire que vous envoyiez à Cayenne, à la Martinique et à la Guadeloupe des agents qui vous rendront compte de ce qui se passe dans ces colonies, de l’esprit qui y domine, et particulièrement des fortifications que l’ennemi y aurait démolies ou fait construire. Je vous parle de cela une fois pour toutes. Prenez vos mesures et sui­vez-les sans interruption. Enfin faites tout ce qui est convenable pour que j’aie des renseignements nets et positifs sur toutes ces questions.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre rapport du 18 juillet. Témoignez ma satisfaction à l’amiral Allemand pour les soins qu’il donne aux évolutions des vais­seaux. Réitérez les ordres pour que, sous aucun prétexte, les offi­ciers ne descendent à terre; ils doivent rester jour et nuit à leur bord et ne manger qu’à leur bord. Recommandez qu’on évite les dilapida­tions, qu’on prenne des mesures sévères à cet égard ; je n’ignore rien; que s’il y a des officiers qui se permettent de détourner les ouvriers de leurs vaisseaux et les matériaux qui leur sont confiés, on doit en faire des exemples.

J’ai écrit à l’amiral que j’approuve qu’il fasse sortir pour écarter les croisières ennemies, pour ne pas se laisser bloquer par des forces inférieures et tenir tout son monde en haleine, mais en même temps que je désire que mon escadre ne soit pas compromise dans une bataille navale, qui n’entre pas dans mes projets; que je n’approu­verais un engagement avec l’escadre anglaise qu’autant que mon escadre aurait la supériorité d’un cinquième au moins sur les Anglais.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, en mission en Hollande

Monsieur le Comte Daru, votre mission à Amsterdam a plusieurs buts:

1° De reconnaître la situation de la maison du Roi, les recettes exercice par exercice, et les dépenses et dettes exercice par exercice, ma volonté étant de tout solder, dettes et appointements;

2* De reconnaître si le Roi a fait des acquisitions de biens, de quelles sources proviendraient ces biens, afin que, si après le paye­ment des dettes il reste des biens disponibles, je décide s’ils appar­tiennent au domaine de la Couronne ou au domaine privé, selon les sénatus-consultes qui règlent la législation de la Famille. Prenez des mesures pour qu’aucun meuble et immeuble, pour qu’aucune créance ni dettes ne puissent être ni dénaturés ni aliénés, soit en mettant votre signature sur les pièces, soit en prenant des états doubles de tout. Vous me ferez connaître de quelle nature sont les dettes du Roi, afin que je voie le parti que je dois prendre.

Voilà la première partie de votre mission. La seconde consiste à étudier ce qu’il faut conserver pour réunir à la liste civile de France, comme un palais meublé, une campagne ou deux, s’il est nécessaire et si l’entretien n’en est pas trop coûteux, en y joignant une dotation pour couvrir les dépenses d’entretien, selon notre usage. La seconde partie de votre mission est donc de déterminer ce qui doit entrer, pour la liste civile, dans le sénatus-consulte de réunion. Vous pourrez conserver le conseil établi par le Roi, si vous le jugez néces­saire ; mais il devra s’adresser à vous, ne reconnaître que vous, et n’avoir plus aucune correspondance avec le Roi.

Le troisième objet de votre mission est de reconnaître la situation du personnel et du matériel de la maison du Roi, des hommes et des chevaux, et de m’en envoyer un état raisonné, avec votre opinion. Une partie des officiers et des domestiques peut être réservée pour le service du grand-duc de Berg, une partie des voitures et harnais peut être envoyée à Paris ; mais, avant de rien faire partir, vous attendrez ma réponse aux renseignements que vous m’aurez envoyés.

L’estafette arrive promptement, et dans l’espace de dix jours votre mission doit être terminée.

Le quatrième objet de votre mission est de passer la revue de la garde royale, comme inspecteur aux revues, d’examiner sa compta­bilité, l’état de la solde, son matériel, la composition des régiments, sa situation en officiers de tous grades, afin que je voie ce qu’il con­vient de faire, et d’ajouter au budget la dépense qui en résultera. Vous me ferez connaître combien il y a dans cette garde de soldats de différentes nations, Hollandais, Français, Allemands, Russes, Danois, Italiens, etc., et si le duc de Reggio désire qu’elle quitte la Hollande ou qu’elle y reste.

Enfin le cinquième but de votre mission est de faire prendre con­naissance du budget de la guerre, en le divisant, comme nous le faisons en France, en guerre et administration de la guerre; de ce qui est dû pour l’arriéré par exercice, et de ce qu’il en coûtera à la fin de l’année. Vous ferez des recherches sur la composition des dif­férents régiments, sur ce qu’il y a de Hollandais, d’Allemands, de Français, etc., soit parmi les officiers, soit parmi les soldats.

Quand votre mission sera terminée, revenez de manière à pouvoir répondre sur toutes les questions relatives à la liste civile, à la garde et à la guerre et administration de la guerre, à l’artillerie, au génie, à la solde et à toute espèce de matériel de la guerre.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

J’ai reçu vos lettres en date du 15, jusqu’au n° 37.

Je vois dans le n° 27 que vous me parlez d’un fonds que le Roi a fait pour des prêtres catholiques; mais vous ne me faites pas connaî­tre la quotité de ce fonds, ni l’affectation qu’en aurait faite le Roi, de sorte que je ne puis rien statuer.

Il faut laisser dans le palais le portrait de Madame, celui du petit prince, les bustes des enfants, le portrait du Roi, y joindre celui de la Reine, ceux du roi et de la reine de Westphalie, celui de l’Im­pératrice et le mien, pour faire une suite de portraits de famille. II serait inconvenable de déranger en rien remplacement des tableaux.

Je ne saurais penser que beaucoup de Hollandais veuillent émigrer à Batavia et en Angleterre. Ce sont des craintes que les Hollan­dais d’une opinion opposée cherchent à inspirer, et que je ne partage pas. La réunion à la France ne peut que leur faire des avantages. Ils ne pouvaient conserver leur liberté, puisqu’ils l’ont perdue. Leur commerce gagnera, puisqu’il ne dépendra plus du caprice du moment et qu’il sera dans une règle constante.

Vous avez bien fait de suspendre la vente des animaux.

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

J’ai reçu vos lettres du 16, avec le tableau de la dette publique. Faites-moi connaître la situation de la caisse d’amortissement : il doit y avoir un fonds de caisse d’amortissement qui doit réduire d’autant la dette; il doit y avoir une partie des dettes appartenant à Hesse-Cassel ou à des princes étrangers, soit ecclésiastiques, soit autres ; il doit y avoir aussi des dettes ecclésiastiques de la Belgique; tout cela pourrait être un objet de réduction ; enfin il y a la partie de la dette appartenant aux villes, hôpitaux, mainmortes, de la Hollande. Ordonnez que ce dépouillement soit fait, afin de savoir quelle est la partie de la dette qui appartient aux particuliers et qui est réellement due. Il faut aussi savoir si une partie de cette dette n’appartient pas aux princes d’Orange.

Saint-Cloud,  19 juillet 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, Je viens de prendre un décret pour que le curement du port d’Ancône soit continué avec la même activité qui y a été mise jusqu’à présent. Moyennant une modique dépense de 240.000 francs, vous avez déjà obtenu pour résultat que quatre vaisseaux et six fré­gates puissent y mouiller. Je désire que le creusement soit continué jusqu’à ce que le port puisse contenir neuf vaisseaux et six frégates. Je suppose que cette dépense pour les derniers mois de 1810 et pour l’année de 1811 n’ira pas à 200.000 francs. Ce ne sera donc guère plus de 10 à 12.000 francs par mois; c’est une véritable bagatelle. Faites-moi connaître si on ne peut pas pousser cet ouvrage plus loin. Dans mon décret, considérant que l’ouverture du port est de 400 toi­ses et que le mouillage se trouve par là exposé aux vents de l’ouest, j’ordonne que la digue recevra un prolongement de 150 toises. On m’avait supposé que cette dépense coûterait 1.800.000 francs, ce qui m’avait effrayé; mais cette dépense n’était si considérable que parce qu’on voulait conserver une risberme intérieure dans tout le prolongement de la digue. J’ai renoncé à cette risberme, et par là j’obtiens une économie de plus d’un million. On me fait espérer qu’avec 600.000 francs je ferai cette jetée et qu’alors le port sera calme à tout vent, ce qui sera un extrême avantage. 600.000 francs, à 50.000 francs par mois, c’est la dépense d’une année, et, comme il suffit que l’ouvrage soit fini au 1er janvier 1812, cela fait dix-huit mois, ou 100.000 francs pour trois mois. Je désire donc qu’il soit fait sur le budget un fonds de 100.000 francs par trois mois; ce qui augmentera le budget de 1810 de 200.000 francs, et celui de 1811 de 400.000 francs. Ordonnez que les fonds soient faits exactement, afin qu’on puisse pousser avec activité les travaux de cette digue. Il est d’un avantage si immense pour mon royaume d’Italie d’être maître de l’Adriatique, qu’il n’y a rien à épargner pour cela. Or, avec qua­tre à cinq vaisseaux, on y parviendra. Jamais les Anglais ne pourront tenir des forces égales dans cette mer, pour le seul objet de bloquer le commerce, quand d’ailleurs la réunion de la Hollande et les arme­ments considérables que je fais dans tous mes ports les mettent dans la nécessité de bloquer tant de peints.

Vous avez dû recevoir le décret par lequel je vous charge de mettre sur le chantier trois autres vaisseaux au compte de la France; ce qui, avec les deux du royaume d’Italie et les deux que je désire qu’on mette en construction pour le compte de l’Italie, formera dix vais­seaux à Venise. Je pense que le budget de la marine italienne pour 1811 sera fait de manière à avoir, à la fin de l’an 1812, cinq vais­seaux de guerre italiens. Quant au Rivoli, j’attache une certaine im­portance à avoir ce vaisseau à Ancône, et il me parait difficile qu’on ne puisse pas le mettre à l’eau à l’été de la Saint-Martin ou après les tempêtes de Noël. Mais il faudrait que cette opération pût se faire avec une telle rapidité, que ce vaisseau ne fût pas obligé de rester plus de quarante-huit heures en rade. Alors, quelque vent qu’il fît, il irait soit à Ancône, soit à Trieste, soit à Pola, et partout il achè­verait son armement.

Je suppose que vous prenez des mesures pour que le duc de Raguse arme les batteries de Pola.

Saint-Cloud, 20 juillet 1810

A l’impératrice Joséphine, aux eaux d’Aix, en Savoie.

J’ai reçu, mon amie, ta lettre du 14 juillet. Je vois avec plaisir que les eaux te font du bien et que tu aimes Genève. Je pense que tu fais bien d’y aller quelques semaines.

Ma santé est assez bonne. La conduite du roi de Hollande m’a affligé. Hortense va bientôt venir à Paris. Le grand-duc de Berg est en route; je l’attends demain. Adieu, mon amie.

Saint-Cloud, 20 juillet 1810

A Madame Mère, à Paris

Madame, je m’empresse de vous apprendre que le roi de Hollande est aux eaux de Teplitz, en Bohême. Comme vous avez dû éprouver beaucoup d’inquiétude sur sa disparition, je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Sa conduite est telle qu’elle ne peut être expliquée que par son état de maladie.

Votre bien affectionné fils,

Napoléon.

Saint-Cloud, 20 juillet 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie

Mon Frère, je m’empresse de vous apprendre que le roi de Hol­lande est aux eaux de Teplitz, en Bohême. Comme vous m’en paraissiez fort inquiet dans votre dernière lettre, je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Toute sa conduite est inexplicable et ne peut être attribuée qu’à son état de maladie.

Napoléon.

Saint-Cloud, 20 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je reçois votre lettre du 19 juillet sur la convention à conclure avec l’Autriche relativement aux sujets mixtes. Il me semble que la question est mal saisie et que, tant qu’on ne l’aura pas approfondie, il sera difficile d’arriver à un résultat.

Il y a des Autrichiens qui ont des biens en France, et il y a des Français qui ont des biens en Autriche. Quelquefois, lorsque les guerres ont éclaté, on a mis, de part et d’autre, le séquestre sur les biens des sujets de la puissance ennemie; mais le premier acte de la paix rétablie a toujours été la levée de ce séquestre. C’est ainsi que dernièrement j’ai fait lever le séquestre qui se trouvait sur les biens de l’archiduchesse Béatrix en Italie. Cette question est une question claire et commune à tous tes États de l’Europe-, mais la question relative à la noblesse immédiate n’est pas la même.

Les membres du Collège des princes et de la noblesse immédiate avaient des privilèges; ils les ont perdus. Ils s’étaient la plupart éta­blis à Vienne, et par conséquent Vienne était devenu le chef-lieu de leurs possessions et de l’empire. L’empire germanique ayant cessé, les rois de la confédération, de grands vassaux qu’ils étaient, étant devenus des princes indépendants, la noblesse immédiate ayant été déclarée abolie, la loi nouvelle a du s’établir par l’acte de la Confédération. Or que dit cet acte ? Qu’aucun membre des familles média­tisées et comprises dans le territoire de la Confédération ne pourra prendre de service étranger. Que dit-il encore ? Que la noblesse immé­diate sera obligée de demeurer dans le lieu où elle avait sa souve­raineté; d’être sujette de l’État où sont situées ses possessions, et de ne pas porter les armes contre le prince qui doit désormais être leur souverain. Venons au fait. Sans doute le prince de Schwarzenberg était Bohémien; mais son domicile politique, sa souveraineté, ses troupes, son drapeau, étaient dans sa principauté ; cette principauté ayant été détruite et faisant aujourd’hui partie de la Bavière, il est clair que le prince de Schwarzenberg est devenu Bavarois, parce qu’en effet le domicile doit s’établir où était la principale considéra­tion, où était l’existence politique. Or l’existence politique du prince de Schwarzenberg était en Bavière; c’est là qu’il exerçait ses droits de justice et de souveraineté; c’est de ce territoire qu’il tirait son titre de prince et son rang de séance à la diète ; il est donc réellement Bavarois, comme le prince de Metternich est réellement Wurtembergeois.

Dans cette situation de chose, il est vrai qu’an lieu de séquestrer j’ai confisqué, et en cela les termes de la convention, rédigée par M. de Metternich, sont exacts. J’ai confisqué dans la dernière guerre tous les biens de la noblesse immédiate située dans le territoire de la Confédération, dont les propriétaires portaient les armes contre la Confédération; mais il est essentiel de remarquer que je n’ai pas confisqué les biens d’un habitant de Linz, d’un habitant de Vienne, d’un habitant d’Egra, qui aurait eu des propriétés en Bavière ou en Saxe; que je n’ai pas confisqué les biens qui n’étaient que patrimo­niaux ; que je n’ai pas confisqué les biens qui ne donnaient pas de droits politiques : ceux-là ont été mis seulement sous le séquestre et doivent être rendus ; il n’y a aucune difficulté à cela. Le roi de Wurtemberg lèvera le séquestre qu’il aurait mis sur tous les biens que tout habitant de Vienne posséderait dans ses États, et l’empe­reur François lèvera le séquestre qu’il aurait fait mettre sur les biens que tout habitant wurtembergeois posséderait en Autriche. Cela est de droit commun, et c’est ainsi qu’en ont toujours agi la France et l’Autriche.

De plus, l’Autriche a obtenu au traité de Campoformio que tous les Belges qui voudraient rester à son service pourraient vendre leurs biens en trois ans. Mais pourquoi a-t-elle stipulé cette condition ? Pour deux raisons : la première, parce que ces individus, étant très-nombreux, pouvaient fixer davantage l’attention du gouvernement et le mettre dans le cas de s’opposer à ce que l’on vendit tous ces biens; la seconde, parce que la plupart de ces individus, appartenant aux principales maisons du pays et exerçant une influence sur la soumis­sion de la province, pouvaient donner au souverain des motifs pour exiger qu’ils restassent dans leurs propriétés et les punir de la confis­cation s’ils les quittaient. Mais il faut bien tenir note que ce traité et les subséquents n’ont rien changé au droit commun des propriétaires ; qu’ils n’ont pas dit que le sujet d’une des deux puissances aurait toujours le droit de vendre ce qu’il posséderait chez l’autre, parce que cela est tacite, parce qu’on n’a pas pu supposer que l’empereur d’Au­triche ait jamais des motifs pour s’opposer à ce que M. d’Argentan, par exemple, ou M. de Graves, vendent les biens qu’ils peuvent avoir, à Klagenfurt ou ailleurs, du droit de leurs femmes ou autrement. Je pense donc que, dans la convention, il faut dire simple­ment que le séquestre sera levé de part et d’autre sur les biens des particuliers. Deux ou trois articles suffiront pour régler cela, et cela pourra fermer le premier titre à la convention.

Mais viennent les anciens princes et comtes de l’empire dont la souveraineté a été détruite : c’est une question politique et neuve, et il me semble qu’il faut dire que tous les princes qui ont cessé de l’être par la formation de la Confédération, ainsi que tous les membres de la noblesse immédiate, sont censés être sujets du pays où était située leur souveraineté; que cependant ceux qui croiront devoir établir leur séjour en Autriche seront maîtres de le faire; que le séquestre sera levé sur leurs biens; que ces biens seront rendus tels qu’ils sont; mais que les possesseurs feront connaître avant le 1er janvier 1811 si, ne voulant pas devenir sujets de la Confédération, ils veulent céder leurs biens à un membre de leur famille, lequel sera tenu de demeurer sur les biens et d’être sujet, ou s’ils préfèrent vendre; et, dans ce dernier cas, on leur donnerait six ans, dans le délai desquels ils devraient avoir vendu.

Il me semble que voilà toute la question. Il serait tout à fait dérai­sonnable de demander que l’on revint sur le passé. Le séquestre et la confiscation étaient de droit public et ont dû avoir lieu. En effet, il est facile de démontrer que l’existence de personnes telles que le prince de Schwarzenberg et le prince de Metternich dans une armée autrichienne avait un caractère particulier; que, s’ils venaient avec leurs troupes en Bavière ou à Stuttgart, tous leurs moyens devaient tendre évidemment au rétablissement de leur principauté et à procu­rer à l’Autriche toutes les ressources, tous les partisans que leur ancienne influence dans le pays pouvait mettre à leur disposition : dès lors, exiger qu’ils deviennent sujets ou qu’ils vendent est raisonnable.

Ainsi il n’y aura pas de sujets mixtes. Les biens possédés dans les États de la Confédération par des sujets étrangers qui ne seraient pas de la noblesse immédiate seront tirés de dessous le séquestre; les Autrichiens pourront posséder en Bavière et les Bavarois pourront posséder en Autriche; toute autre manière de voir sur ces questions serait barbare. Mais quant à ceux qui avaient droit de séance au cercle ou à la diète, ceux-là sont sujets du pays, l’acte de la Confé­dération l’a ordonné. On a dû confisquer leurs biens; ils demandent aujourd’hui qu’on les leur rende; j’y consens; j’y consens par égard pour l’alliance que je viens de contracter avec l’Autriche et parce que ces questions sont encore neuves ; mais il faut qu’ils se prononcent avant le 1er janvier 1811, qu’ils fassent leur déclaration, et que, passé ce terme, il soit bien convenu qu’ils doivent vendre, que désormais ils ne peuvent plus posséder (non pas des biens ordinai­res, car jamais il ne sera question d’empêcher M. de Schwarzenberg de posséder des terres en Bavière à titre particulier), mais qu’ils ne peuvent plus posséder ces mêmes propriétés qui composaient leur principauté, qui depuis cinq cents ans peut-être étaient dans leur famille et leur donnaient dans le pays une influence et une existence que le nouvel ordre de choses n’accorde pas à un étranger : ces biens-là doivent être vendus. En général, partez du principe que, dans un État bien réglé, on doit décider par le droit politique ce qui est politique, comme par le droit civil ce qui est civil. Or le prince de Liechtenstein, ou tout autre, posséderait en France ou en Bavière des biens qui n’auraient jamais joui d’aucun droit politique : il doit pouvoir les posséder en se soumettant aux lois du pays. Au contraire, il posséderait en Bavière des terres auxquelles étaient attachés des droits politiques : ces biens-là, il doit les vendre. Voilà ce qu’ordonne le droit politique.

Préparez dans ce sens une note à M. de Metternich. Vous la rédi­gerez à mi-marge, en faisant copier en regard les articles des traités qui viennent à l’appui. Vous me la remettrez ensuite sous les yeux et ne l’adresserez à M. de Metternich qu’après que je l’aurai définiti­vement approuvée.

Vous rédigerez en conséquence le projet de convention en deux titres; dans le premier vous traiterez des séquestres : il faut les lever; dans le second, il sera question des confiscations : vous devez dire les choses en toutes lettres.

Saint-Cloud, 20 juillet 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Amsterdam

  1. l’architrésorier m’envoie des états de situation des troupes hol­landaises au 1er juillet. Ces états comprennent la désignation des corps et l’emplacement où ils se trouvent. Faites-moi connaître leur organisation et leur situation en détail, corps par corps.

Qu’est-ce que c’est, par exemple, que les gardes du corps ? Sont-ils à cheval ou à pied ? Comment sont-ils composés ? Que peut-on en faire ? Combien y a-t-il d’officiers par compagnie ? Quelle taille ont-ils ? Quelle est leur paye ? Donnez-moi les mêmes renseignements sur les gardes à cheval. Qu’est-ce que c’est que la légion des vélites ? Combien y a-t-il de bataillons, de compagnies ? Quel âge ont les hommes, quelle taille, quelle paye, de quelles nations sont-ils ? Qu’est-ce que c’est que les pupilles royaux ? Quel est leur âge, leur paye, leur pays ? Combien y a-t-il de régiments de ligne ? Combien de bataillons, com­bien de compagnies par régiment, combien d’officiers par compagnie ? Quelle est la paye ? De quelles nations ? Enfin des détails sur l’orga­nisation et l’administration.

Je vous envoie différentes lettres de M. l’architrésorier qui ont trait à la liste civile. Quand vous aurez terminé votre travail, vous déclarerez le palais d’Amsterdam palais impérial. Mettre opposition à toute vente de domaines ou de mobilier des domaines ; le Roi n’en est que l’administrateur ; les domaines de la Couronne sont inalié­nables, et il faut une loi de l’État pour en disposer. Arrêtez les ventes qui se feraient, et rendez-moi compte de celles qui auraient déjà eu lieu.

Paris, 21 juillet 1810

A M. de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, cette circulaire n’est pas bonne. Elle est dirigée contre le Roi, au lieu qu’elle doit tendre tout entière à l’excuser. Elle doit rouler sur trois points : 1° difficulté de la circon­stance provenant de ce que la Hollande ne pouvait avoir d’indépen­dance après la réunion de la Belgique; dans cet état de choses, beaucoup de circonspection, de sagesse et de modération étaient né­cessaires dans le gouvernant, qualités dont l’application demande une longue habitude de gouverner; 2° difficulté provenant d’une dette double du revenu du pays, et de charges triples de ce que le pays pouvait payer, crise dont on ne pouvait sortir que par la vigueur, en sachant prendre un parti décisif, ce qui suppose une connaissance de l’administration qui ne s’acquiert que par une longue expérience ; 3° difficulté où le système du blocus et les arrêts du conseil britannique avaient placé la Hollande : le Roi, aigri par une maladie chronique qui depuis quatre ans ne lui laissait pas de repos, l’impatientait et l’irritait, n’était pas l’homme qui convenait. Il fallait, pour réussir dans des circonstances si épineuses, de la longanimité, des mœurs douces et beaucoup de dextérité. En résumé, la situation de la Hol­lande, était difficile : le Roi l’a aggravée ; elle avait besoin d’un chef de beaucoup d’expérience, de prudence et d’énergie : la maladie du Roi l’a privée de tous ces avantages ; 4° là les événements qui ont amené ce dénouement.

Paris, 21 juillet 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, je vous envoie un projet d’organi­sation pour huit armées de gardes nationales, qui pourraient être requises en temps de guerre dans le cas où l’armée de ligne s’avan­cerait en pays ennemi. Vous appellerez à Paris les préfets Pommereul, Chauvetin et Quinette ; vous les réunirez en commission et les chargerez de faire un travail là-dessus.

En 1805, quand je marchais sur Vienne, lors de la quatrième coalition, pressé par les circonstances, j’ordonnai la réunion de plu­sieurs corps de gardes nationales, sans en prescrire de mode et sans s’occuper du choix des officiers. Les autorités locales ont pourvu a cette formation. Depuis, j’ai ordonné que des grenadiers et chasseurs tirés des gardes nationales formassent un corps de 6.000 hommes réuni à Saint-Omer sous la garde du général Rampon ; un autre corps semblable a été formé à Bordeaux, un autre à Marseille. Faites d’abord faire des recherches sur ces premières mesures, pour avoir l’historique de tout ce qui s’est fait. Ces mesures ont beaucoup coûté sans doute ; il en est résulté peu de services réels, et ce n’a été pour les riches qu’une contribution de plus. Il faut donc s’occuper des moyens à prendre pour que cette mesure produise désormais un ser­vice plus utile. Par exemple, si le soldat, au lieu de changer tous les deux mois, restait sous les drapeaux pendant toute la durée du temps nécessaire, les frais d’habillement seraient moins considérables et l’instruction des troupes plus solide. Voici quelques idées qui pourront servir d’instruction à la commission.

Il faut d’abord prévoir le cas où l’armée de ligne entre en pays ennemi : dès ce moment, il faut garder les frontières et les côtes. Les Anglais pourront faire une tentative sur Anvers : il faut que les gardes nationales du nord de la France puissent courir aussitôt à la défense de ce point. Ils pourront vouloir prendre Boulogne, Cher­bourg, Brest, Lorient, Rochefort; voilà à peu près tout ce qu’ils pour­ront tenter sur les côtes de l’Océan : il faut que sur tous ces points il y ait moyen de réunir des pays voisins, sans mettre en mouvement toute la France, 60.000 hommes qui soient déjà organisés. Aussitôt que la guerre viendrait à se déclarer, les gardes nationales devraient avoir ordre de se tenir prêtes ; les officiers prendraient l’uniforme; les soldats se réuniraient tous les dimanches, sous les ordres de leurs officiers, pour faire l’exercice; enfin les précautions seraient prises pour que les armes se trouvassent au chef-lieu du bataillon, afin qu’au premier ordre on pût s’armer. Ainsi les citoyens ne seraient pas trop fatigués, et, au moindre événement, on marcherait de tous côtés sur le point menacé.

Indépendamment de ce, une tête de gardes nationales serait levée pour être en observation sur les points les plus importants, c’est-à-dire qu’on continuerait à peu près de faire ce qu’on a fait. On lèverait donc un corps de 6.000 hommes qui s’exercerait à Saint-Omer, un autre à Cherbourg, un autre en Bretagne, etc. Raisonner pour un de ces corps, c’est raisonner pour tous.

Voici les questions à résoudre.

Combien, en cas d’événement, peut-on faire marcher d’hommes sur les points menacés ? Nous avons vu, l’année dernière, qu’on a fait mar­cher 16.000 hommes environ sur une population de 800.000 âmes. C’est 1 homme armé pour une population de 50 personnes ; ce serait 20.000 hommes armés sur 1 million de population. Ainsi, pour avoir une armée de 60.000 hommes, il ne faudrait que 3 millions de popu­lation, et à ce compte la France, qui a 40 millions de population, aurait une armée nationale de 800.000 hommes. Mais on comprend dans ce calcul les nouveaux départements d’Italie, qui exigeraient  une modification. Parlons maintenant des points importants et sur lesquels l’ennemi pourrait nous faire le plus de mal, c’est Anvers, Boulogne, Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon; c’est-à-dire qu’il s’agit principalement de la garde de nos établissements ma­ritimes. Il faut donc pouvoir réunir en peu de jours 60.000 hommes autour de chacun de ces établissements. Si chaque million de popu­lation peut fournir 20.000 hommes armés, il faudrait donner à l’ar­mée auxiliaire destinée pour chacun de ces points un arrondissement de 3 millions d’habitants. Par exemple, pour l’arrondissement de l’armée d’Anvers, il faudrait le composer de la manière suivante :

 

 

DÉPARTEMENTS POPULATION SOLDATS A FOURNIR (1/50) DISTANCE
du chef-lieu du département au point de rassemblement en journées de marche.
Deux-Nèthes

Escaut

Dyle

Lys

Sambre et Meuse

Ourthe

Meuse inférieure

Roehr

284.000

636.000

131.000

491.000

180.000

352.000

261.000

611.000

5.000
12.000
8.000
10,000
4.000
7.000
5000
12.000

2
2
4
4
4
4
5
Totaux 3.258.000 63.000

 

Ce calcul est suivi dans l’état ci-joint pour les autres arrondisse­ments. On a tracé d’abord l’arrondissement de six armées des côtes de 60.000 hommes chacune ; et, dans les départements de l’intérieur que cette première circonscription n’emploie pas, on a trouvé ensuite de quoi composer quatre autres armées de 60.000 hommes pour faire le service des frontières de terre et servir au besoin de seconde ligne aux années des côtes.

Ainsi donc, au moment d’une déclaration de guerre, on donnerait ordre aux gardes nationales de se préparer. Alors le ministre de la guerre ferait réunir les armes et les munitions ; les officiers porteraient leur uniforme ; les soldats seraient réunis tous les dimanches pour tirer à la cible et faire l’exercice ; et les généraux ou sénateurs désignés par le ministre iraient passer des revues.

Si la guerre était sérieuse, on demanderait la réunion du corps d’élite. Ce corps pourrait être du dixième de l’armée; ce serait 1 homme sur 10 soldats. Ainsi, l’armée d’Anvers étant de 60.000 hommes, en réunissant seulement le corps d’élite, on aurait 6.000 hommes à An­vers, autant à Brest, autant à Cherbourg, autant à Rochefort, etc., ce qui ferait sur-le-champ une armée de gardes nationales d’élite, soldés et équipés, qui, ayant seulement six mois devant eux, forme­raient une réserve de bonnes troupes, bonne à tout événement.

On comprend bien que, si les Anglais venaient à débarquer à Anvers, il faudrait qu’il y eût là une autorité locale qui fit sur-le-champ l’appel de toutes les gardes nationales de l’arrondissement; qu’en douze heures les hommes devraient avoir rejoint le chef-lieu de leur bataillon, et qu’en trois ou quatre jours le bataillon devrait avoir rejoint le point de rassemblement. Mais en même temps il faudrait que les armées voisines, que je suppose être celles de Lorraine, de Paris et de Boulogne, levassent leurs 6.000 hommes d’élite; ce qui ferait qu’en peu de temps les trois armées voisines d’Anvers pourraient envoyer, en seconde ligne, une réserve de 18.000 hommes d’élite. Cela étant ainsi disposé, il reste à connaître, 1° quelle organisation militaire ces troupes doivent avoir; 2° comment le choix entre les citoyens doit être fait. Car, en supposant qu’on lève 1 homme sur une population de 50 habitants, comme sur 50 il n’y en a que 10 jeunes ou vieux en état de faire la guerre, ce serait donc 1 homme sur 10 mâles. En suivant cette proportion pour le corps d’élite, il y aurait 1 homme de levé sur 10 hommes armés ; c’est-à-dire qu’il y aurait 1 homme d’élite sur 100 mâles et sur une population totale de 500 individus. Mais comment procédera-t-on aux choix des gardes nationales et à celui des hommes d’élite? 3° Comment seront habillées et payées les gardes nationales ? 4° Comment seront habillés et payés les hommes d’élite ? 5° Ne doit-on pas exiger qu’il n’y ait que des hommes dans le cas d’avoir leur uniforme, et, dans ce cas, ne doit-on pas exiger qu’ils l’aient ? Ils pourraient ne pas l’avoir en temps de paix ; mais en temps de guerre, lorsque le Gouvernement ordonne­rait aux gardes nationales de se préparer, ces hommes devraient se procurer leur uniforme dans le délai d’un mois.

Il n’y a pas de doute que ceci ne revienne à un impôt, mais c’est un impôt indispensable, car c’est en vain qu’en augmentant toutes les contributions on voudrait avoir un plus grand nombre de troupes; la population ne pourrait pas y suffire, et d’ailleurs on ne pourrait pas atteindre le même but. Le développement de nos frontières et de nos côtes est si étendu, que 200.000 hommes y seraient paralysés sans raison. La formation de la garde nationale peut seule mettre l’Empire à l’abri sur tous les points. Si l’ennemi pouvait débarquer, il ravagerait le pays ; et l’habitant, pillé et rançonné, ne gagnerait rien à s’être épargné la dépense qui aurait fait sa sûreté. Il est pour­tant vrai de dire qu’il y a beaucoup à méditer sur cette matière, et c’est pour cela que je désire consulter l’expérience qu’ont acquise les préfets par la dernière descente des Anglais.

Paris, 21 juillet 1810

A François Ier, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et Beau-Père, je prie Votre Majesté Impériale de trouver bon que je lui envoie une tasse de porcelaine de ma ma­nufacture de Sèvres, sur laquelle on a mis le portrait de Louise. J’espère que ce cadeau sera agréable à Votre Majesté, et je désire qu’elle le trouve bien. Je la prie de me croire, avec les sentiments d’attachement et de haute considération que je lui ai voués, de Votre Majesté Impériale, le bon frère et gendre.

Paris, 21 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie des porcelaines que l’impératrice désire envoyer à Vienne. Faites-les partir avec les lettres ci-jointes par un courrier, en lui recommandant de ne pas les casser en route. Vous vous servirez de ce courrier pour écrire à Otto.

  1. S, La caisse en contient quatre petites, dont deux rondes en maroquin noir, une longue carrée plate en maroquin vert, et une petite boite de sapin carrée.

Paris, 22 juillet 1810

 

A M. De Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi connaître ce qui s’oppose à ce que l’Innviertel, le Salzburg, Bayreuth, et les autres pays cédés à la Bavière, soient remis à ses agents, et comment il arrive que cela n’était pas fait au 12 juillet.

Paris, 22 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, mon intention est que vous correspon­diez avec le directeur général du trésor public à Amsterdam, afin de vous procurer tous les états et renseignements nécessaires, voulant prendre le service à dater du ler août prochain, et de mettre sous les yeux un budget. Je vous envoie les renseignements que j’ai. Vous verrez qu’en ne payant que le tiers de la dette on pourra faire face aux dépenses. La dépense la plus importante et la plus pressée, c est celle de la marine. Mon intention est qu’elle soit payée régulièrement, afin de n’apporter aucun retard dans ce service essentiel. Faites en sorte de vous mettre en règle pour que, dans cinq ou six jours, vous puissiez me remettre un état, et me proposer une distribution de fonds pour les crédits à ouvrir au trésor et aux différents ministères pour le mois d’août.

Il y a une estafette par laquelle vous pouvez écrire tous les jours. Indépendamment de cela, des députés arrivent de Hollande, parmi lesquels beaucoup connaissent les affaires de finances de ce pays-, voyez-les beaucoup. Je vous envoie le budget des relations exté­rieures, qui peut être ôté des dépenses des cinq derniers mois; envoyez-en une copie au duc de C adore.

Paris, 22 juillet 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je tous envoie des observations du ministre de la marine de Hol­lande sur mon décret du 15 juillet. Vous devez correspondre là-dessus avec ce ministre de la marine pour vous informer comment se font les constructions. Mon décret se divise en deux : 1° en ce qui est relatif aux treize vaisseaux actuels ; 2° en ce qui est relatif au rétablissement des constructions. Le budget actuel des six derniers mois étant de 6 millions de florins, il faut connaître ce qu’on peut faire avec ces 6 millions, et ce qu’il faudrait pour exécuter mon décret. Dans mon décret j’ai dit que cinq vaisseaux seraient mis en construc­tion, mais non qu’ils seraient finis dans l’année. Il me suffit que les cinq vaisseaux que je fais mettre sur le chantier soient avancés aux 6 vingt-quatrièmes, ce qui ne ferait que la valeur d’un vaisseau et demi ; or, un vaisseau ne coûtant que 800.000 francs, la dépense ne serait pas de plus de 1.200.000 francs. Je vous prie d’observer ceci au ministre de la marine, et de lui faire connaître qu’il suffît de mettre sur le chantier, cette année, les cinq vaisseaux et de les avancer un peu.

On me présente cinq vaisseaux comme existants; j’aurais donc dix-huit vaisseaux au mois d’août 1811, et au mois d’août 1812 vingt-trois; et, en supposant que j’en perde un ou deux par vétusté ou accident de mer, j’en aurais vingt et un ou vingt-deux ; c’est là mon but. C’est sur ces principes que vous devez diriger tout le budget de la marine pour la Hollande pour 1810 et 1811.

Je pense convenable d’envoyer le général Ganteaume à Flessingue. Il montera sur l’escadre et assistera à son appareillage ; il montera sur les bricks, ira visiter l’embouchure de l’Escaut et reconnaître les passes. De là il se rendra à Terveere, où il s’embarquera sur les chaloupes canonnières et parcourra la rade de Terveere depuis Walcheren jusqu’à Hellevoetsluis. Là, il aura un décret de moi qui lui ordonnera de passer la revue des vaisseaux hollandais, des arsenaux, du matériel et du personnel de là marine. Il visitera la côte et prendra une idée de cette mer. Il montera sur une goélette pour voir ce que c’est que ces passes.

Il vous écrira de Flessingue et de Hellevoetsluis. Il verra à Helle­voetsluis quelle est la situation des magasins ; il prendra des notes sur la manière dont la marine est organisée, militairement et civile­ment. De là il ira au Texel ; il étudiera tout ce qui est du ressort de la marine dans ce port. Il ira à Amsterdam ; il visitera les chantiers, les rades; se mettra au fait des opérations des chameaux. Il enverra un mémoire du Texel et un mémoire d’Amsterdam, et il reviendra par Anvers, où il recevra l’ordre de visiter en détail l’arsenal d’An­vers. Peut-être sera-t-il plus convenable qu’il le fasse comme conseiller d’État plutôt que comme amiral.

Vous me ferez signer les ordres dont il aura besoin pour la partie de sa mission qu’il remplit en Hollande, et vous lui donnerez des instructions. Vous lui recommanderez de n’apporter de sa course que des connaissances positives, afin que, s’il se trouvait dans la mer un jour avec une escadre, il eût des connaissances préalables sur ses opérations.

Paris, 22 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie des états de l’armée hollandaise ; faites-les mettre par vos bureaux dans la forme de nos états de l’armée française. Chargez le meilleur inspecteur aux revues que vous ayez en Hollande de passer une revue de l’armée hollan­daise et de vous en envoyer le résultat rédigé selon notre manière. Vous verrez dans ces états l’immense quantité de canons qui se trouvent en Hollande. Je vous écris pour que vous preniez des me­sures pour l’armement des côtes; cela est très-important. Faites demander des états détaillés du matériel de l’artillerie et du génie ; envoyez pour cela des commissaires ; vous pouvez choisir le général Dulauloy pour l’artillerie, et pour le génie le général Kirgener, si vous n’avez pas de général du génie au corps du duc de Reggio. Vous donnerez pour instruction à ces officiers d’arrêter les inventaires du matériel, en ayant soin de n’en rien laisser soustraire, de dresser l’état des magasins, des arsenaux et de l’armement des places fortes restées à la Hollande par le dernier traité. Chargez-les de faire une descrip­tion des côtes, et de vous faire connaître les points qui ne sont pas fortifiés et qu’il faudrait fortifier. Vous pouvez même les charger d’examiner au Texel l’emplacement où il faudrait construire une place, pour mettre le port et la rade en sûreté et empêcher l’ennemi de pénétrer dans le Zuiderzee.

Paris. 22 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez l’ordre au duc de Reggio d’en­voyer à Bruges le 1er régiment de chasseurs. Ce régiment fournira des piquets de 30 hommes à Ostende, à Blankenberghe et à Nieuport, lesquels feront des patrouilles sur la côte. Un chef d’escadron par­courra la côte et fera établir des batteries et se portera sur les points où l’ennemi tenterait des débarquements.

Réunissez le 24e de chasseurs à Saint-Omer ; il fournira des piquets de 30 hommes à Calais, à Boulogne et à Saint-Valéry-sur-Somme.

Faites-moi connaître où est le dépôt du 13e.

Si le duc de Reggio ne voit aucun inconvénient à ce que l’on tire des troupes françaises de Hollande, je désirerais en faire rentrer une partie, d’abord à cause de la saison malsaine qui arrive, et parce qu’il m’est avantageux d’avoir mes troupes en France. Recommandez-lui de placer les Hollandais sur les côtes et dans les endroits malsains, comme plus accoutumés au mauvais air.

Je croîs vous avoir écrit d’envoyer le général Kirgener au Texel pour reconnaître les fortifications à faire, soit à gauche, soit à l’entrée de la rade, ou dans l’île. Je veux une place qui mette les batteries à l’abri d’un coup de main et qui exige un siège en règle.

Paris, 22 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je reçois vos lettres du 19 ; je vais y repondre en détail.

Commerce. — D’abord pour les licences, j’en donnerai aux villes d’Amsterdam et Rotterdam, etc., comme aux autres villes de l’Em­pire. Adressez le nom des négociants qui en demandent, et la liste des bâtiments, au ministre de l’intérieur.

Trésor public. — J’ai reçu vos états de situation du trésor public; je les ai envoyés au comte Mollien pour me rendre coopte de ces affaires. Mon intention est de faire ici la distribution des fonds entre les différents départements comme je le fais pour les différents ministères, et d’ordonner des crédits pour le mois d’août. Faites-moi con­naître l’état des recettes et les besoins du trésor et de chaque dépar­tement. Le directeur général du trésor public doit correspondre avec M. Mollien pour lui faire connaître les besoins du trésor et des diffé­rents ministères, et j’accorderai des fonds. Partez du principe, 1° que je ne veux envoyer aucuns fonds en Hollande, et qu’en 1810 elle doit faire son service avec ses propres ressources; 2° qu’il faut que, pour juillet comme pour août, la marine touche son million de florins, afin que les armements et les constructions marchent avec la rapidité convenable.

Marine — Mon décret sur la marine se divise en deux : armement des deux escadres et reprise des travaux de construction. J’ai ordonné la mise sur le chantier de cinq vaisseaux, mais je n’ai pas prescrit de les terminer dans l’année ; il suffit qu’ils soient avancés à 6 on 7 vingt-quatrièmes, ce qui ne portera l’augmentation des dépenses qu’à 1.200.000 francs. Si ces constructions se font par marchés, que le ministre les passe sans délai ; les payements auront lieu régulière­ment tous les mois. Les fonds faits pour les derniers six mois doivent suffire pour les armements. Faites-moi connaître ce que la marine compte faire, cette année, avec l’argent qui lui sera exactement payé, en constructions et armements.

Relations extérieures. — J’ai reçu votre arrêté pour la suppression du ministère des relations extérieures. Faites notifier aux agents de ce ministère qu’ils cesseront d’être payés à compter au 1er août.

Emprunt de la Prusse. — Si vous pouvez encourager indirectement l’emprunt de la Prusse, je n’y vois pas d’inconvénient; mais il ne faut faire aucune démarche que vous ne m’en ayez prévenu auparavant.

Députation. — Si vous manquez de conseillers d’État, envoyez-moi d’autres fonctionnaires. Le principal est que vous m’envoyiez des hommes de mérite et qui connaissent bien le pays.

Fleury. — Un nommé Fleury, qui a été employé dans mon bureau topographique, avait été pris en affection par le Roi, qui l’a emmené en Hollande. Qu’est-il devenu ? S’il n’a point suivi le Roi, il n’y aurait pas de difficulté à l’envoyer à Paris.

Liste civile. — Je vois dans une de vos lettres que vous renvoyez la chapelle du Roi. Il ne faut point marcher si vite. J’ai chargé le comte Daru de ces affaires ; j’attendrai son rapport pour donner. Un délai de quinze ou vingt jours n’est rien.

Pages. — Votre lettre sur les pages ne m’apprend rien; j’ai besoin de connaître leur nom, leur âge, leurs familles, pour savoir ce que j’en puis faire.

Je vous ai mandé avant-hier que le grand duc de Berg était arrivé ici bien portant.

Paris, 22 juillet 1810

Au général comte Suchet, gouverneur de l’Aragon, à Mora de Ebro

L’Empereur est instruit, Monsieur le Général Suchet, qu’il existe des abus dans la manière dont les contributions sont perçues et dont les fonds qui en proviennent sont administrés dans quelques parties de l’Espagne. Sa Majesté est informée que des officiers, commandants de détachements, se sont permis de frapper, dans des communes où ils étaient envoyés momentanément, des contributions dont ils ne fournissent pas de quittance, et y ont fait des réquisitions souvent beaucoup plus fortes que n’exigeaient les besoins de leurs troupes.

L’Empereur ordonne, Monsieur le Gouverneur, que vous mettiez la plus grande surveillance à prévenir ces abus, et que ceux qui s’en rendraient coupables soient poursuivis et jugés conformément aux lois.

L’intention de Sa Majesté est qu’il règne le plus grand ordre dans la répartition des contributions et qu’elles rentrent intactes dans les caisses des préposés du trésor public. Tout individu qui lèverait des contributions particulières en est responsable; il doit être puni sévè­rement s’il ne peut justifier d’un ordre légal, et si le versement qu’il aura dû faire de ces contributions dans les caisses des préposés du trésor n’est constaté par procès-verbal en bonne forme.

Faites-moi connaître, Monsieur le Comte, les abus de ce genre qui auraient pu avoir eu lieu jusqu’à présent dans votre gouverne­ment, et les moyens que vous avez employés pour les faire cesser.

Paris, 22 juillet 1810

 

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

Le ministre des finances présentera, au conseil qui aura lieu jeudi prochain, le budget de 1811 en recette et en dépense, en y compre­nant les départements de Rome et du Trasimène, des Bouches-du-Rhin et des Bouches-de-1’Escaut. Jusqu’à ce que le conseil créé par décret de ce jour l’ait mis dans le cas de connaître les recettes et les dépenses de la Hollande, on portera la Hollande, pour mémoire, dans une des colonnes horizontales du budget.

L’article des recettes et des dépenses des départements de Rome et du Trasimène sera appuyé par des mémoires et des états. On exa­minera,  1° s’il convient de conserver le droit de mouture, qui rend 2 millions ; on ne conçoit pas comment il peut exister après la sup­pression des douanes entre la Toscane et les États romains ; 2° si l’on établira les droits réunis, et ce qu’ils rendraient ; 3° si les recettes portées dans le budget pour droits d’entrée de Rome sont des recettes impériales ou municipales; si c’est une recette impériale, on fera connaître sur quels fonds la ville de Rome fait ses dépenses ; 4° qu’est-ce que les droits pour la neige et la glace, la pouzzolane, le marc d’or, les vignes de l’agro romano et la taxe sur les chevaux ; 5° quel est le produit de l’enregistrement et du timbre comparé avec le pro­duit de ces droits pour le reste de la France; 6° s’il convient de maintenir les diverses sortes de contributions ci-dessus et d’en établir en même temps de nouvelles, telles que l’enregistrement. Si l’on veut conserver le droit de mouture, il faut prouver qu’il remplace les droits réunis. En général, lorsqu’on met une contribution nouvelle, il faut en ôter une ancienne équivalente.

L’intention de l’Empereur est que les États romains payent moins que le reste de la France. En tout état de cause, il faut que les dé­penses départementales, les centimes fixes et variables et le régime d’octroi, surtout pour Rome, soient établis sur le même système qu’en France ; il faut enfin que ce qui doit revenir au trésor y rentre effectivement, et qu’on puisse faire cesser la Consulte. Il n’y a point de temps à perdre pour que, sous tous les rapports, la réunion soit vraiment effectuée.

Le budget des dépenses doit être établi sur le même principe. Les dépenses doivent être, comme en France, impériales, départemen­tales et communales. On voit dans l’état des dépenses 3 millions pour la ville de Rome ; cela ne regarde pas les fonds généraux. Les ponts et chaussées, les marais pontins, les canaux, doivent entrer dans le budget du ministère de l’intérieur. Les dépenses pour la justice, la guerre, la marine, doivent entrer également dans les budgets de ces ministères.

Ce n’est qu’après tout ce travail qu’où parviendra à connaître ce que les États romains doivent réellement produire au trésor. Si l’on dit qu’ils produiront 15.900.000 francs, on dit une chose inexacte, puisqu’il faut ôter sur cette somme les 3 millions de dépense de la ville de Rome, etc. Il est indispensable de bien s’entendre sur tous les points ; quoiqu’on ait encore cinq mois, on n’a pas trop de temps. Après avoir établi un premier travail, beaucoup d’éclaircissements seront nécessaires ; il faudra écrire à Rome et attendre les réponses. Il est nécessaire de prévenir d’avance tous les ministres qu’ils auront à faire en 1811 le service des États romains, chacun pour leur dé­partement, qu’ainsi, lorsqu’ils présenteront leurs projets de budget an mois de septembre ou d’octobre, il est nécessaire qu’ils sachent bien ce qu’ils auront à demander d’augmentation pour ce service.

Paris, 22 juillet 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

A partir de jeudi prochain en huit, Sa Majesté entendra, tous les jeudis, les comptes d’une des grandes régies, en suivant l’ordre ci-après : les douanes, les droits réunis, l’enregistrement, la caisse d’amortissement, les forêts, les postes, la loterie. Ces administrations doivent être prévenues pour qu’elles aient le temps de préparer leurs comptes. L’enregistrement joindra aux siens un rapport et un état qui fasse connaître quels sont les biens qui sont encore sous le séquestre, et quels sont ceux qui peuvent être vendus, afin qu’on puisse prendre à leur égard un parti définitif.

Paris, 2e juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je lis la note du ministre d’Autriche sur les prisonniers de guerre autrichiens qu’il réclame. Répondez par une note dans laquelle vous lui ferez connaître que je suis sur­pris et ne puis comprendre que cinq officiers autrichiens aient été forcés à servir dans mes troupes comme simples soldats. Vous lui ferez comprendre combien cela est contraire à nos usages et à notre législation militaire ; qu’au reste je viens de prendre un moyen très simple de tirer cela au clair, qui est de faire venir ces cinq officiers à Paris, où le ministre de la guerre les verra, les interrogera et m’en rendra compte. Vous lui citerez le fait que, 1.400 hommes étant arrivés dernièrement de Laybach, le duc de Raguse, ayant trouvé que 700 de ces hommes appartenaient à la partie autrichienne, les a renvoyés à Agrar, où ils ont été reçus ; que, quant aux 50 indi­vidus qui sont retenus à Mantoue, j’ai ordonné au vice-roi de les faire revenir à Milan et de les interroger pour savoir d’eux-mêmes s’ils sont à Mantoue de gré ou de force ; et, s’ils avaient été enrôlés dans des régiments et qu’ils s’en repentissent, de leur faire donner des passeports pour s’en retourner chez eux. Vous direz que je vois à la tête de cette liste un comte de Faugliau, officier du régiment de Reisky, qui, dans aucun cas, n’a pu être retenu à Mantoue.

Quant aux 24 hommes qu’il prétend avoir été enrôlés dans des régiments suisses, dites au prince de Schwarzenberg qu’il est trop bon officier pour me pas savoir qu’en ne peut enrôler de force des étrangers dans les régiments suisses, où nous ne recevons  pas d’Alle­mands; que, s’il pouvait s’y en trouver, il suffirait qu’ils vinssent à réclamer pour être sur-le-champ renvoyés chez eux. Quant aux 400 hommes du régiment de Peterwardeiner, ils doivent faire partie de ceux renvoyés par le duc le Raguse à Agram; que, d’ailleurs, je m’en fais rendre compte, et que j’ordonne qu’on remette les extraits mortuaires de ceux qui seraient morts, ou qu’on renvoie ceux qui se seraient engagés. Vous ajouterez qu’à toute réclamation qui serait ainsi faite nominativement il sera fait droit sur-le-champ. Vous me remettrez cette note avant de la présenter.

Paris, 23 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, témoignez mon mécontentement au duc de Vicence de ce qu’il se laisse dire par M. de Romanzof des choses aussi absurdes et aussi contraires à mon caractère que l’imputation que j’ai sollicité les Turcs à leur faire la guerre, et qu’ainsi ils obtiennent la Moldavie et la Valachie malgré moi. Il aurait du répondre que, s’il n’était pas entré dans ma politique et dans ma volonté que la Valachie et la Moldavie fissent partie de l’empire russe, ce n’est pas par de misérables intrigues que je me serais opposé, mais par une armée de 400.000 hommes, qui auraient fait, j’es­père, une passable diversion. M. de Romanzof a tout à fait désappris ce pays-ci. Il se plaît depuis quelque temps à nous insulter de toutes les manières. La faute en est au duc de Vicence, qui ne lui répond pas ad hoc.

Paris, 23 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je reçois votre lettre du 20 juillet. Je lis avec grande attention les renseignements, aussi prompts qu’étendus, que vous donne le mi­nistre des finances sur le budget de 1810. Il faudra que, pour com­pléter ce travail, vous fassiez faire par chaque ministère le relevé de l’économie qui résultera de la réunion. Les relations extérieures, par exemple, seront un objet d’économie; le Corps législatif sera un objet d’économie ; le Conseil d’État, la liste civile, etc., seront éga­lement des objets d’économie.

Je vous ai mandé que les relations extérieures ne devaient être payées que jusqu’au 1er août. Ce sera donc du ler août que datera l’économie. Je pense également que le Corps législatif et le Conseil d’État doivent être déclarés licenciés, et n’être soldés que jusqu’au 1er août.

Quant à la liste civile, aussitôt que le comte Daru m’en aura rendu compte, je prendrai un décret à cet égard ; mais il est évident qu’on peut considérer la dépense des six derniers mois comme économisée au moins de moitié.

J’espère donc que ces divers objets feront une économie de près d’un million de florins, ce qui rétablira tout à fait l’équilibre ; mais je vois qu’indépendamment de ce il sera dû, au ler janvier 1811, dix-huit mois, savoir : une année terminée en juin 1810, et six mois terminés au 1er janvier 1811. De ces dix-huit mois il est indispen­sable d’en payer six, estimés environ 11 millions de francs ; ce qui fait un déficit réel, auquel il faudra pourvoir au 1er janvier. Faites-moi connaître s’il n’y a pas quelques rentrées arriérées sur les exer­cices antérieurs, qui puissent couvrir ce déficit.

Je vous recommande de mettre en distribution pour le mois de juillet la moitié de ce qui est demandé pour les dettes du Roi, et surtout ce qui est nécessaire à la marine pour pousser avec toute l’activité possible les travaux que j’ai ordonnés. Pour la marine, j’ai besoin d’un budget plus détaillé et d’états à l’appui sur le personnel et le matériel, afin que je comprenne bien le supplément de budget qui est nécessaire pour réaliser mon décret.

Saint-Cloud, 24 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

J’ai reçu vos lettres du 21. Vous avez mal fait d’écrire au Roi, avec lequel vous n’avez rien de commun; vous ne devez pas entre­tenir de correspondance; je trouve que vous avez en cela manqué de tact. Je puis traiter le Roi comme il me convient, mais cela n’a aucun rapport avec vous.

Saint-Cloud, 24 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je vous prie de me faire connaître l’organisation militaire de la Hollande sous le rapport du territoire, et de m’envoyer une carte d’étapes, ainsi que son organisation sous le rapport du génie et de l’artillerie.

Saint-Cloud, 24 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie un mémoire sur l’em­prunt fait par le roi de Hollande. Je vous prie de m’en faire une ana­lyse claire, que vous me remettrez avec les pièces.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les circonstances où se trouve le Valais m’imposent l’obligation de prendre un parti sur ce petit pays, et j’ai résolu de le réunir à la France. Écrivez pour faire venir à Paris l’évêque de Sion et six des principaux du pays, dont quatre des plus défavorables à la France et deux des moins opposés.

Préparez un rapport dans lequel vous retracerez la mauvaise organisation du Valais, qui a donné lieu à sa conduite équivoque pen­dant la guerre, les ridicules prétentions du haut Valais, qui veut subjuguer le bas et se rendre souverain du pays, parce que le bas Valais est plus riche et plus éclairé. Faites connaître que la partie de la route que devait faire le Valais n’a pas été faite, que nous y avons dépensé douze millions, et que cette communication, qui devait produire de si grands avantages pour le pays, produit l’inverse par l’ignorance et les préjugés de quelques fanatiques. Faites connaî­tre que les dispositions que j’ai faites dans le Valais, l’année der­nière, étaient surtout pour que la Suisse restât indépendante, et afin de m’assurer le passage du Simplon. Appuyez surtout sur la con­duite qu’a tenue le Valais dans la dernière guerre et sur le mauvais esprit qui y règne, sur la nécessité de réunir ces 60.000 âmes à l’Empire pour le bien être du pays, et en particulier du bas Valais, qui craint de devenir esclave du haut Valais, enfin pour l’avantage du grand système et le plus grand avantage du royaume d’Italie et de l’Empire. Vous me ferez connaître à quel département il faudrait réunir le Valais et quelle espèce de communication je devrais faire.

II est nécessaire que mon chargé d’affaires parte sur-le-champ en poste, après vous avoir remis tous les renseignements et pièces qu’il a sur le Valais. Il fera partir, à son arrivée, l’évêque et les six per­sonnes que j’ai demandées, et vous désignera vingt des principaux opposants à la France, que je ferai arrêter au moment de la réunion. Il faut préparer une note pour le Landamman de la Suisse.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne puis vous exprimer à quel point je suis indigné de la lettre du sieur Désaugiers (Secrétaire de légation, chargé d’affaires à Stockholm). Je ne sais par quelles instructions cet envoyé a pu se croire autorisé à tenir des propos si extravagants. Mon intention est que vous le rappeliez sur-le-champ, et que vous donniez l’ordre au sieur Alquier de partir sans tarder plus longtemps. Il est indispensable, quand je ne vous réponds pas, que vous ne laissiez pas mes agents sans direction, afin qu’ils ne soient jamais dans le cas de prendre sur eux. Vous ferez venir le ministre de Suède; vous lui ferez connaître que je rappelle mon chargé d’affaires pour avoir eu des opinions à lui; vous n’entrerez pas dans le détail des opinions qu’il a émises, mais vous lui direz qu’il n’appartenait pas à ce chargé d’affaires d’en avoir sans ma participation ; que je ne pouvais en avoir moi-même, ne connaissant pas les dispositions de la Diète.

Quant au sieur Alquier, vous lui donnerez pour instruction verbale de se maintenir en harmonie avec la Russie et le Danemark, et d’aider le Roi autant qu’il pourra; que mon intention n’était pas de me mêler directement des affaires de Suède; que le successeur que je préférais à tous était le prince Christian, frère du feu prince royal, que le Roi lui-même avait proposé, et que je désire bien connaître la posi­tion et l’esprit du pays.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous donne pour instruction géné­rale d’écrire à mes ministres et consuls et de prendre toutes les mesures pour qu’aucun bâtiment américain ou neutre, chargé de marchan­dises coloniales, ne soit reçu dans les ports de la Prusse, du Mecklenburg, de la Suède et du Danemark. On assure que la Prusse favorise beaucoup ce commerce. Il faut que le comte de Saint-Marsan s’explique là-dessus. Écrivez la même chose à mes ministres en Da­nemark et dans les villes hanséatiques. Vous devez écrire et récrire, et suivre ces affaires, afin d’arriver à ce résultat.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

NOTE POUR LES MINISTRES DE L’EXTÉRIEUR, DE LA GUERRE ET DE LA MARINE.

Les ministres de l’intérieur, de la guerre et de la marine se réuni­ront pour présenter un projet sur les galériens. On établira d’abord le nombre de galériens nécessaire pour les travaux de la marine, et le ministre de la marine les conservera. Du surplus on fera des chaînes comme dans tous les pays où il n’y a pas de marine, et on les placera dans les forteresses et dans les lieux où il y a de grands travaux. Il faut régler la force de chaque chaîne ; les diviser en compagnies, en se servant d’une autre expression ; leur donner des offi­ciers, qui porteront un autre nom que celui d’officier; déterminer la force de la gendarmerie qui fera le service pour chaque chaîne.

Lorsque les chaînes auront eu une destination, on les changera le plus rarement possible. Ainsi on peut en mettre une à Flessingue pour les travaux. Il y en aurait de même à Anvers une permanente pour le compte de la guerre. Il en serait de même à Cherbourg.

Les chaînes qui seraient données aux forteresses, pour curer les fossés et pour les travaux du génie, y seraient également permanentes.

On a remarqué qu’il y avait des forçats qui, à cause de leur scé­lératesse, ne peuvent être employés à aucuns travaux : en ce cas, pourquoi les met-on dans les ports de la marine, dont les arsenaux doivent craindre davantage le danger que les travaux de la terre? Cette objection implique contradiction.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je vous prie de presser, par tous les moyens qui sont en votre pouvoir, le départ de toutes les marchandises coloniales qui étaient venues sur les bâtiments américains, qui étaient séquestrés, et que, par un article du dernier traité, le Roi devait envoyer en France. Mon intention est que ces marchandises soient envoyées à Anvers pour y être vendues. Sous quelque prétexte que ce soit, je ne veux pas en permettre la vente à Amsterdam. Prenez donc des mesures pour en opérer le départ sans le moindre délai. Il est une partie de ces marchandises qui avaient été remises à des négociants hollandais sous caution ; envoyez-m’en l’état, afin que je les fasse venir égale­ment à Anvers.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Ayant supprimé la plus grande partie des couvents à Rome, et voulant, autant que possible, maintenir le rang et l’importance de la population de cette grande ville, je désire y établir des manufactures et encourager la culture des cotons. On m’assure que les terres de Rome sont propres à cette culture, et qu’il y a une grande quan­tité de courants d’eau, dans les emplacements où étaient situés les couvents, qui peuvent servir comme moteurs des machines. Prenez des mesures pour arriver à ce résultat. Mon intention est de mettre à votre disposition une somme de 500.000 francs pour cet objet; vous en recevrez le décret.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le pays de Rome excite ma sollicitude. Je désire qu’une commis­sion , composée du sénateur Fossombroni, du sieur Prony, d’un autre ingénieur et de deux agronomes, se rende à Rome, visite avec soin les environs de cette capitale, les marais pontins, et me fasse an mémoire sur ces questions :

1* Pourquoi les environs de Rome ont-ils été laissés incultes ?

2* Pourquoi sont-ils malsains ?

3* Quel remède y a-t-il pour faire cesser dette inculture et la malsaineté (sic) ?

4* Quel est l’état de dessèchement des marais pontins ? Quels sont les travaux qu’on y a faits, le système qu’on a suivi et celui qu’il convient de suivre ?

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je suis instruit que les denrées coloniales entrent en foule en France. Il faut renforcer la ligne et ordonner que, si les déclarations ne sont pas faites à une époque fixée, les marchandises seront confisquées.

N’y a-t-il pas des individus attachés au directeur général pour l’état-major des douanes ? Si cela est, il faut en envoyer un certain nombre en Hollande, et également fixer le temps nécessaire pour payer les droits ; faites-moi connaître ce que le comte Collin aura fait sur tout cela. Si les douanes ont besoin de renforts, ils doivent en prendre dans les troupes qui sont à Anvers ; le ministre de la guerre a des ordres là-dessus.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, vous avez le budget de la Hollande et vous connaissez bien la situation des dettes. Je désirerais que vous me répondissiez à la question suivante : Quel doit être le montant des impositions que doit payer la Hollande pour payer le tiers de sa dette, les pensions civiles et militaires, ce que coûteront le ministère de l’intérieur, celui des finances, les canaux, la justice, puisque tout cela ne me rend rien, et enfin me couvrir les dépenses que néces­sitent la défense du pays et les chantiers de la marine; savoir: 10 millions de florins pour la guerre et 6 millions de florins pour la marine, ce qui fait 16 millions de florins, ou à peu près 32 millions de francs ? Combien, dis-je, la Hollande doit-elle me rendre pour arriver à ce résultat ? Il faudrait donc qu’indépendamment de ce qui est relatif à tous les ministères, que j’évalue à 32 millions de francs, la Hollande me rendit, pour payer la dette, 28 millions, ce qui ferait une soixantaine de millions. J’y comprendrais les deux dépar­tements qui ont été réunis avant.

  1. S. L’ancien ministre des finances de Hollande, Gogel, est arrivé; voyez-le et amenez-le-moi ce soir à Saint-Cloud, à huit heures.

Je vous envoie une lettre de M. l’architrésorier sur la caisse d’amortissement.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de réunir le Valais à la France. J’ai besoin, pour cela, de réunir à Genève une compagnie de gendarmerie à pied et à cheval, qui sera tirée des 6e, 7e et 18e divisions militaires. Faites-moi connaître comment cette compa­gnie doit être composée, afin que j’autorise sa formation. Vous me ferez connaître quand elle sera réunie à Genève. Elle sera constituée en compagnie, fera partie d’une légion et sera placée dans un poste fixe. Elle pourra servir d’escorte à l’officier général que je chargerai de faire la réunion. Je pense qu’il est convenable, pour être à l’abri de tout événement, de réunir à Genève 1.200 Portugais. On pourrait faire marcher vingt-quatre compagnies, en complétant chaque com­pagnie à 50 hommes. Faites-moi connaître la composition de tous les Portugais qui sont à mon service, par régiment, par bataillon et par compagnie. Vous m’informerez de l’époque où ces 1.200 hommes seront réunis à Genève.

Mon intention serait de faire passer le Saint-Bernard à deux batail­lons du 23e d’infanterie légère, formant 1.500 hommes, auxquels on joindrait une compagnie de chasseurs tirée des dépôts du Piémont. Cette colonne resterait à Aoste et se joindrait à celle qui viendrait de Genève, si cela était nécessaire. Une autre colonne de 1.200 hommes d’infanterie italienne et de 50 chevaux se réunirait à Domo d’Ossola et serait prête à passer le Simplon. Faites-moi un rapport là-dessus.

Saint-Cloud, 25 juillet 1810

Au comte Molé, directeur général des Ponts et Chaussées, à Paris

J’ai nommé directeur des ponts et chaussées au delà des Alpes le sieur Fabbroni, homme d’un mérite distingué. Mettez-le au fait de la situation des travaux, faites-le assister au conseil et donnez-lui toutes les lumières dont il a besoin, tant pour le matériel des travaux que pour la comptabilité. Il faut qu’il organise ses bureaux et qu’il prenne la correspondance au 1er août. Il sera chargé de la partie de la route de Chambéry au mont Cenis, et le mont Cenis fera partie de son arrondissement. Vous le chargerez d’aller visiter les travaux qui se font en Piémont, à Gènes, à Parme, en Toscane et à Rome. Ce voyage l’occupera pendant les mois d’août, septembre, octobre, novembre el une partie de décembre. Il sera de retour à Paris le 20 décembre, avec tous les renseignements qu’il aura recueillis. Il dirigera sa route de manière qu’en revenant il revoie les mêmes tra­vaux. Il vous écrira de chaque lieu pour vous faire connaître la situation des travaux. Je serai bien aise d’avoir l’extrait de sa corres­pondance. Il verra, en passant au mont Cenis, ce qui a été fait pour l’exécution de mes ordres et ce qu’on pourrait faire encore pour améliorer le passage.

Saint-Cloud, 26 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, tenez un courrier prêt à partir pour porter ma lettre à l’Empereur. Écrivez au comte Otto de requérir l’arrestation de Pozzo di Borgo comme condamné à mort par contu­mace, ayant trahi la France en faveur des Anglais. Au fond, je me contenterai de demander son expulsion de la monarchie autrichienne. Mandez à Otto d’avoir l’œil sur M. de Razumowski, et d’insinuer, comme chose qui serait agréable ou comme conseil, qu’on lui fasse quitter Vienne.

Faites-moi un rapport sur les affaires de M. de Sikingen. Je désire savoir ce qu’il a perdu et ce qu’on pourrait faire pour cet individu, auquel il paraît que l’empereur d’Autriche prend un grand intérêt.

Saint-Cloud, 26 juillet 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous envoie des notes qu’on me présente sur une députation des provinces illyriennes (Par décret du Î5 décembre 1809 M. Gaudin, duc de Gaète, avait dans ses attributions ministérielles toute l’administration publique des provinces illyriennes). Ce pays étant dans votre département, c’est à vous à me faire un rapport qui me fasse connaître les pouvoirs de ces députés, ce qu’ils viennent faire, qui les a nommés, ce qu’ils désirent, enfin ce que c’est que chacun de ces individus. Vous ne m’avez point encore fait ce rapport.

Saint-Cloud,  26 juillet 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION SUR LES FINANCES DES DÉPARTEMENTS DE ROME ET DU TRASIMÈNB.

D’après le compte du ministre, il paraîtrait que les États romains rendront très-peu de chose à l’État; mais il y a 200 millions de domaines dont on ne saura que faire. On a déjà décidé de les em­ployer à payer la dette perpétuelle. On pourrait de même donner des terres à 10 pour 100 pour le payement des pensions ecclésiastiques et civiles. Cette opération emploierait le capital, en terres, ci-après :

1° Remboursement de la dette perpétuelle.  .  .    50.000.000 fr.

2° Remboursement des pensions des moines. .    50.000.000 fr.

3° Remboursement des pensions civiles…              10.000.000 fr.

Total : 110.000.000

Les individus propriétaires de la dette ou ayant droit à des pensions achèteraient des biens en remboursement de ce qui leur serait dû. En général, les moines et les prêtres appartiennent aux classes infé­rieures de la société. Ils achèteraient aussi de petites propriétés à côté de celles de leurs parents, et cette mesure aura l’avantage particulier de créer un grand nombre de propriétaires. Si elle ne réussissait pas complètement à l’égard des pensionnaires, les biens ayant été remis à une société, cette société percevrait les revenus et payerait les pen­sions. Peut-être faudrait-il faire quelques avances de fonds pour qu’il n’y eût pas de retard, et ce ne serait pas une difficulté. Les parents des pensionnaires auront un intérêt à ce que les pensionnaires se fassent rembourser en biens, puisqu’ils en hériteraient. Cela for­merait ainsi des familles de propriétaires qui craindraient que le Pape ne vînt les déposséder, et ce serait encore un résultat important de l’opération. Ces diverses observations doivent être communiquées à la Consulte.

Peut-être, avant de hasarder une chose semblable, conviendrait-il de savoir comment ira la liquidation des 50 millions pour la dette perpétuelle. On pourrait former un conseil, comme en Toscane, auquel on donnerait 50 millions de domaines pour le remboursement de la dette, et ensuite un capital en domaines d’un revenu suffisant pour payer les pensions. Les réponses de la Consulte feront connaître s’il y a assez de biens nationaux pour faire face à ces dépenses. Toutefois Sa Majesté est décidée à ne porter sur le livre de France ni les pensions des moines ni les pensions civiles des États romains. Elles ne paraîtront pas en dépense sur le budget, et le revenu des domaines n’y paraîtra pas en recette.

Il est indispensable, pour ces opérations, d’avoir à Rome un cor­respondant qui entende bien l’enregistrement et les domaines. On peut y envoyer M. Bochet, qui est à Turin, et qu’on ferait remplacer, si cela est encore nécessaire, par M. Deschamps. Il serait aussi membre d’un conseil de liquidation qui serait composé, comme il va être dit, dans les bases suivantes données par Sa Majesté pour la rédaction d’un projet de règlement.

 

TITRE Ier.

Article…. A dater du ler janvier prochain, la Consulte de Rome sera dissoute.

Art…   Il sera nommé un gouverneur générai. (Déterminer ses fonctions.)

Art…   Il y aura à Rome un intendant du trésor public. (Déterminer ses fonctions, comme en Toscane.)

(Déterminer dans ce titre tontes les autorités qui tiennent au gou­vernement général et toutes leurs attributions, comme en Toscane. Régler enfin une organisation complète.)

TITRE II.

Art…   Il y aura à Rome, pendant les années 1810 et 1811, un administrateur de l’enregistrement chargé d’inspecter l’établissement du service de l’enregistrement et de donner les décisions aux directeurs, d’être leur intermédiaire avec la Consulte et de correspondre avec le directeur général à Paris.

Art…   Il remplira aussi les fonctions de notre commissaire de l’administration de la dette, et il sera membre du conseil de liquidation qui sera établi ci-après.

TITRE III.

Art…   Il y aura à Rome un conseil de liquidation composé de la manière suivante :

Le sieur Janet, maître des requêtes, Président;

Le sieur Bochet, administratenr de l’enregistrement ;

Le sieur Occelti, ci-devant directeur de la dette du Piémont, et le directeur actuel de la dette de Rome.

Un auditeur choisi parmi les auditeurs italiens tiendra la plume.

Art…   Ce conseil sera chargé,

1° De liquider les pensions ecclésiastiques sur des bases réglées par nous.

2° De liquider les pensions civiles;

3° De désigner les 1.500.000 francs de rente de la dette publique, en se restreignant aux principes établis.

(Mettre ici les principes de la liquidation de la dette ecclésiastique pour les évêques et les membres des chapitres supprimés; faire un titre particulier en projet de décret pour le remboursement de la dette publique au moyen de 50 millions de domaines.)

 

TITRE IV. — DE L’HYPOTHÈQUE SPÉCIALE POUR LES PENSIONS ECCLÉSIASTIQUES ET CIVILES.

Art…   La commission établie par l’article ci-dessus aura la direction de tous les biens nationaux.

Elle sera, en conséquence, chargée du payement des pensions ecclésiastiques et civiles.

Tous les six mois, elle rendra son compte en recette et en dépense. L’excédant des recettes sera versé au trésor public au compte des douanes.

Il faut que cette commission soit fortement constituée, qu’elle puisse prendre des arrêtés pour l’administration et la conservation des biens, pour faire rentrer les revenus, etc. Elle aura d’autant plus de force que, si les revenus ne rentrent pas, elle ne pourra pas payer les arrérages des pensions. Ainsi, si elle a contre elle un esprit de localité, elle aura pour elle un intérêt local.

Les choses étant ainsi réglées, le budget général, comme on l’a dit ci-dessus, ne comprendra point en recette les domaines nationaux et ne comprendra en dépense ni la dette publique ni les pensions ecclésiastiques et civiles.

On s’occupera sur-le-champ d’établir le budget de la ville de Rome. Le décret à présenter doit contenir un titre à cet égard et renfermer, entre autres dispositions, celles qui suivent :

Art…   Le budget de la ville de Rome sera réglé incessamment en recette et en dépense dans les mêmes formes et suivant les mêmes règles que les budgets des villes de notre Empire.

Art…   Les recettes de la ville de Rome se composeront,

1° De l’octroi, 2.500.000 francs (il sera fait déduction du dixième pour le pain de soupe, comme en France) ; 2° du droit sur la neige et la glace, 20.000 francs; 3° du droit sur les chevaux de luxe, 68.000 francs ; 4° des revenus propres à une grande ville, tels que droits de halles, places, marchés, pesage et mesurage, centimes communaux, etc., par estimation, 412.000 francs, total, 3 millions de francs.

Art…   Les dépenses sont arrêtées comme il suit

Art…   Les budgets des communes dont la population est de 10.000 âmes et au-dessus seront dressés et arrêtés dans les mêmes formes et suivant les mêmes règles qu’en France. Il sera établi, s’il y a lieu, des octrois dans lesdites villes pour subvenir à leurs dépenses. (Le ministre de l’intérieur enverra des instructions à la Consulte pour la formation des budgets de la ville de Rome et des antres villes).

Art…   Le principal de la contribution foncière est réglé, savoir :

Pour le département de Rome      pour le département du Trasimène

La contribution personnelle : pour le département de Rome  pour le département du Trasimène

Centimes fixes pour le trésor : Rome      ; Trasimène

Centimes variables : Rome Trasimène

 

CHAPITRE II. — CONTRIBUTIONS INDIRECTES.

Enregistrement (compris dans le budget général de France)

Vente du sel et tabac (compris dans la régie au delà des Alpes)

Loterie.*…. droits de marc d’or      droits de mouture    , etc.

 

CHAPITRE III. — DÉPENSES.

Liste civile, 1.500.000 francs.

Dépense du Pape (réduire à) 1.200.000 francs.

Justice (le grand juge a fait son organisation ; il connaît ses dépenses; il fera lui-même son budget)

Intérieur (le ministre fera son budget ; il y comprendra les centi­mes applicables aux dépenses départementales)

Guerre et administration de la guerre (on comprendra ce qui est dépense fixe, comme la gendarmerie, les états-majors, etc.)

Marine (on y comprendra le service fixe à Cività-Vecchia, etc.)

Fonds entrant au trésor pour les dépenses générales de la guerre et de la marine, 6 millions de francs.

(On dira qu’en 1811 toutes les dépenses pour Rome entreront dans les dépenses générales, mais que ce compte n’est établi qu’afin d’éclairer les ministres sur cet objet.)

Le ministre des finances fera ensuite le raisonnement pour arriver à un résultat.

Les dépenses de la justice, de l’intérieur, de la police, des cultes, ne regardent pas les dépenses générales. Il en est de même de 17 ou 18 millions de dépenses des finances. Il n’y a réellement que les rela­tions extérieures, une portion des finances pour le Sénat et le Corps législatif, la guerre, la marine et la liste civile, qui soient des dépenses de l’État et tenant à l’exercice de la souveraineté. Ces dépenses sont:

Liste civile                 30.000.000

Relations extérieures                     8.500.000

Finances                    8.000.000

Guerre et administration de la guerre.  .  .  .       350.000.000

Marine                       100.000.000

Total   : 496.500.000

Ce total divisé par 37 millions, formant la population de la France, donnerait, pour chaque million d’habitants, un contingent de 14 millions pour les dépenses qui tiennent à l’exercice de la souveraineté. La population des États romains doit payer comme les autres; mais elle n’est que de 800.000 habitants ; son contingent pour 800.000 habi­tants doit donc être moindre de deux dixièmes, ou de 2.800.000 francs : son contingent ne serait donc plus que d’environ 11 millions; mais elle paye 1.500.000 francs de liste civile et 1.200.000 francs pour le Pape; il y a donc encore à déduire 2.700.000 francs, ce qui réduit son contingent à 8 millions environ. Il faudrait donc que, les dépenses des petits ministères soldées, elle donnât encore 8 millions pour faire face à tout ce qui tient à l’exercice de la souveraineté, c’est-à-dire à la guerre, à la marine, etc.

Sa Majesté désire que le ministre des finances établisse le même raisonnement pour la Toscane et pour le Piémont. On comprend dans le Piémont Gènes et Parme.

Jeudi prochain, le ministre des finances remettra un compte qui fasse connaître si les impositions françaises s’établissent à Rome et les résultats en recette et en dépense pour 1811. Il faut donc faire le budget de chaque commune, département, ministère, etc.

Dans le mémoire à l’appui de ce compte, le ministre fera connaî­tre à combien monte la dîme dans les départements romains et de quel secours elle est pour le culte; quels étaient les droits féodaux, à combien ils s’élevaient, et quel est le résultat de leur suppression; à combien montait la contribution foncière; si elle se trouvera la même que du temps du Pape; si on peut l’augmenter à raison de la suppression des dîmes et des droits féodaux; enfin comment était établi le droit d’enregistrement et s’il ne conviendrait pas qu’il fût le même qu’en France.

Saint-C1oud, 26 juillet 1810

A François II (sic), empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, je reçois la lettre de Voire Majesté Impériale du 15 juillet. Je la prie de recevoir mes remerciements des choses aimables qu’elle contient, je suis fort sen­sible à l’attention qu’elle a eue et aux sentiments qu’elle me témoigne. Le comte de Metternich et le prince de Schwarzenberg et les sujets de Votre Majesté qui se trouvaient à Paris dans cette douloureuse circonstances, ont mérité tous les éloges, et leur conduite m’a fait un sensible plaisir ; ce qui me porte à désirer de donner l’aigle de la Légion d’honneur à plusieurs d’entre eux. J’ai chargé le comte de Metternich d’en demander la permission à Votre Majesté.

Je ne sais si l’Impératrice vous a fait connaître que l’espérance que nous avions de sa grossesse acquiert tous les jours de nouvelles probabilités, et que nous avons toutes les sûretés que l’on peut avoir à deux mois et demi. Votre Majesté comprend facilement tout ce que cela ajoute aux sentiments que m’inspire sa fille, et combien ces nouveaux liens rendent plus vif le désir que j’ai de lui être agréable.

Que Votre Majesté veuille ne jamais douter des sentiments d’amitié, d’estime et de haute considération, avec lesquels je suis, de Votre Majesté Impériale, le bon frère et gendre.

Saint-Cloud, 27 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie une lettre de M. l’architrésorier sur l’amortissement de la dette hollandaise; c’est encore un million à ôter de la dette. Il faut en déduire aussi ce qu’on payait à Hesse-Cassel et à la maison d’Orange; on m’assure que c’est un objet considérable. Tout cela doit faire une diminution sensible. Compre­nez tout cela dans le tableau que vous devez me remettre. Vous trouvera une autre lettre de M. l’architrésorier sur les emprunts de Portugal et d’Espagne; faites-moi connaître ce qu’on peut espérer de cela.

Je vous envoie de nouveaux tableaux de la dette. Il me parait qu’elle se monte à 38 millions de florins en tout ; mais il faut en ôter ce qu’on donnait à Hesse-Cassel et à la maison d’Orange; il faut en ôter aussi ce qu’on donne à ceux qui ont trahi la Hollande pour l’Angleterre.

Saint-Cloud, 27 juillet 1810

NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA MARINE

En temps de grande guerre la France ne peut rien sur mer ; elle doit se borner alors à avoir des escadres légères pour protéger son cabotage et pour le service de ses colonies. Mais c’est en temps de paix, ou de petite guerre combinée, que la marine peut développer ses moyens. Lorsque cette époque est arrivée, on ne peut pas désarmer entièrement et détruire les cadres des troupes de terre ; il faut les employer à fournir des garnisons aux vaisseaux et à garder les côtes. Les garnisons peuvent même être composées d’hommes d’élite qui seront beaucoup plus utiles à bord que les troupes de la marine; celles-ci doivent donc compter à bord parmi les hommes de la marine nécessaires à chaque vaisseau. Ainsi, sur un bâtiment qui exige 700 hommes, il doit y avoir d’abord 600 hommes appartenant à la marine et parmi lesquels comptera un nombre suffisant de canonniers de la marine; il doit y avoir ensuite 100 hommes de trou­pes de ligne formant la garnison. Cette manière d’employer les troupes de la marine an service des vaisseaux et les troupes de terre à la garnison des vaisseaux a l’avantage, 1° d’éviter que les troupes de la marine forment un double emploi, ce qui arriverait si elles fai­saient un service de terre et ce qui mettrait, en temps de paix, dans la nécessité de les dissoudre; 2° d’employer, en temps de paix, une partie des troupes de terre qu’on ne peut pas désarmer ; 3° de placer dans les vaisseaux, au moyen des garnisons appartenant à l’armée de terre et d’un bon choix de canonniers de la marine, un nombre suffisant d’hommes, anciens Français, avec les matelots qui seront, pour le plus grand nombre, des hommes des pays réunis à la France, ou même de pays étrangers.

Saint-Cloud, 27 juillet 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA MARINE

La question des fortifications de Cherbourg est tout aussi importante

Le tracé de l’an III est inadmissible : ce sont des lignes sans résul­tat. Le commandant qui serait derrière ces lignes capitulerait dans vingt-quatre heures. Ces lignes embrassent la ville, arrivent au pied des hauteurs et en sont tellement dominées qu’elles n’ont aucune défense. L’ennemi venant à les percer serait maître du bassin. Si l’on propose de fermer par une ligne l’emplacement actuel, on prend l’emplacement des cales. Si on établit cette ligne entre les cales et le bassin, les cales, les établissements nécessaires aux chantiers, les bois de construction se trouvent hors de l’enceinte. Si on place l’en­ceinte entre les cales et la ville, on n’a plus d’espace suffisant pour que la défense soit raisonnable.

Il y a ici deux questions distinctes : la première est relative au bombardement. On a le projet de faire beaucoup de forts pour tenir l’ennemi à 1.500 toises du bassin. Mais ces forts seront toujours d’une faible défense, puisqu’ils seront petits et nombreux. Si l’ennemi débarque avec une artillerie suffisante, il s’emparera en dix jours des forts, et il sera alors à même de bombarder le port. Un bombardement sera un grand mal. Mais, si l’ennemi est obligé de s’en tenir là, il aura manqué son opération : dix jours auront suffi pour mettre les poudres en sûreté dans le magasin, pour blinder les établissements qui pourront l’être, pour mettre les chanvres dans un lieu plus ou moins sûr, et le mal que fera l’ennemi sera au-dessous de sa dé­pense. Ce n’est pas pour brûler des magasins et faire un dommage de 4 ou 5 millions que l’ennemi aura conçu une opération hasar­deuse. S’il n’obtient que ce résultat, son opération sera manquée: la France aura réparé ses pertes en six mois, et le déficit pour les finan­ces de l’un et de l’autre État sera égal. Si l’ennemi est obligé de s’embarquer, sans avoir atteint le second but de son expédition, cela peut l’exposer à des pertes d’hôpitaux et d’arrière-garde, d’où résulterait pour lui un dommage hors de toute proportion avec celui qu’il nous aurait fait éprouver. Il faut donc faire les forts pour empêcher le bombardement, ou du moins pour le retarder de manière que, quand il aurait lieu, son résultat serait peu de chose.

Ce bombardement ne sera pas, comme nous l’avons dit, le prin­cipal objet de l’ennemi. Son but principal sera d’enlever ou de brûler avec la torche dix-huit vaisseaux de ligne, de brûler les magasins, de détruire le port en faisant sauter les voussoirs, les écluses, les formes, les murs des quais, d’emporter le matériel, y compris les bois. On conçoit que le matériel d’un arsenal en activité peut valoir 20 millions ; que la destruction des bassins, etc., exigerait, pour les rétablir, une dépense plus considérable que celle de leur création.

 

Ce serait donc une perte pour la France de 40 à 50 millions, et pro­bablement un découragement tel qu’on renoncerait à jamais au port de Cherbourg.

C’est contre ce second but de l’ennemi qu’il faut employer tous les moyens de l’art. On convient qu’on ne peut empêcher le bombarde­ment si l’ennemi se trouve supérieur pendant quinze jours. II faut faire une enceinte avec des contre-gardes et tous les moyens de l’art nécessaires pour qu’elle se défende au moins pendant quinze autres jours. Cela est très-important, car autant il est probable que l’ennemi sera maître d’agir pendant quinze jours, autant il est probable qu’il ne le sera pas pendant un mois. Quinze jours ajoutés à quinze jours font un temps immense; ainsi aucun projet n’est admissible s’il ne donne le moyen de défendre les bassins pendant un mois.

Ces principes posés et non perdus de vue, il faut examiner les résultats :

1° Une enceinte bastionnée de 2.500 toises est une dépense de 12 millions ;

2° En traçant cette enceinte, on est obligé de lui donner 3 ou 4.000 toises de développement, car aucun ingénieur sensé ne consentira à faire une enceinte au pied des hauteurs ; il voudra les enve­lopper, cela exigera une nouvelle dépense de 4 ou 5 millions et un emploi de moyens de défense immenses.

Le petit projet proposé trace une enceinte de 800 toises, qui peut être défendue avec des dépenses et des moyens raisonnables. Elle se trouve à 600 toises des Couplets; elle a dès lors 400 toises sans être dominée, et elle offre, pour la défense, toutes les ressources de l’art, puisqu’on ne chemine qu’à 300 toises. De l’autre côté, elle est aussi à 600 toises du point des Fourches; ce qui suppose qu’elle aurait aussi 400 toises sans être dominée. Le côté parallèle à la ville est aussi à 400 toises de toute domination et des maisons; ainsi tous les fronts peuvent avoir le jeu et la défense de l’art. En occupant les deux points des Couplets et des Fourches, on oblige l’ennemi à com­mencer l’attaque par l’un des deux, à moins qu’il n’attaque par le côté de la ville; mais, si l’on pouvait couvrir ce côté par une inon­dation, la place acquerrait un nouveau degré de force.

Au lieu de deux ou trois points qui dominent, et qu’il faut soigner pour empêcher les cheminements et donner de grands moyens de défense, on en a, dans le projet de l’an III, huit ou dix, indépen­damment d’une enceinte de 4.000 toises; ce qui entraînera dans une dépense incommensurable. Il est encore à observer que ces points à occuper sont indépendants des forts à faire contre le bombardement.

 

La première défense devant être à 1.500 toises du bassin pour empêcher le bombardement, 1,500 toises de rayon donnant 9.000 de circonférence dont la moitié est couverte par la mer, il reste 4 à 5,000 toises, et l’on conçoit dès lors le grand nombre des forts et leur faiblesse pour la défense de la place.

Sa véritable défense, dans le petit système, ne se peut que sur les Couplets et les Fourches, une inondation et un ouvrage sur le fort du Gallet, et enfin on arrive à une bonne enceinte de 400 toises de domination.

Telles qu’on se figure les choses, on peut donner trois à quatre mois de défense à la place, tandis, que, selon le projet proposé, on fait une dépense immense en ne se procurant qu’une défense à peu près nulle.

Voilà les bases sur lesquelles, le comité doit discuter les projets contradictoirement avec l’ingénieur Cachin.

En supposant le petit projet exécuté, rien n’empêchera de protéger aussi la ville, non contre un bombardement, elle n’en vaut pas la peine, mais pour empêcher l’ennemi d’y entrer. Il est possible qu’une enceinte telle qu’elle est supposée, une inondation à l’est et les forts à occuper pour le bombardement, permettent aussi de donner à la ville la même défense contre le bombardement. Ainsi, jusqu’à ce que la ligne de bombardement soit forcée, la ville sera occupée par des troupes; ensuite elle se présentera avec ses défenses propres, qu’on peut augmenter successivement pendant trente ou quarante ans, et que l’ennemi ne tentera jamais d’attaquer.

Le projet de l’an III a 2.700 toises; il semble qu’avec 3.000 et quelques cents toises on pourrait fortifier les points culminants par des ouvrages séparés et liés entre eux, et faire passer l’enceinte, des Couplets à la redoute Saint-Sauveur, sur les hauteurs. L’enceinte n’en serait pas plus grande, puisque 400 toises ne sont rien. On épargne les fortifications sur les points culminants et on pourra rendre l’enceinte aussi forte qu’on le voudra, et l’augmenter tous les jours pendant vingt ou trente ans, d’autant plus que toute la distance entre les points culminants pourrait être couverte par des inondations ou autres moyens.

Sa Majesté ordonne que les observations ci-dessus soient commu­niquées au comité des fortifications.

Paris, 27 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

La commission des généraux Dulauloy et Kirgener est indépen­dante des six commissions que j’ai ordonnées pour l’inspection des côtes. Pressez le départ de ces officiers, parce que je suis fort dési­reux d’avoir un mémoire raisonné sur le Texel. Ecrivez au ministre de la marine hollandaise de leur adjoindre un contre-amiral hollan­dais qui connaisse bien ce port, afin que le rapport de cette commis­sion me fasse embrasser tout l’ensemble de cette importante position. Mettez des officiers subalternes du génie sous les ordres du général Kirgener pour faire les devis des fortifications et autres détails. II me faut au Texel une place forte de grande consistance.

Saint-Cloud, 28 juillet 1810

Au prince Lebrun, lieutenant-général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Les ministres étrangers qui n’auront pas eu l’avis de leur rappel au 1er août continueront d’avoir leur traitement jusqu’au 1er septembre.

Je crois qu’il faut laisser aux militaires la surveillance de la pêche, cela les mécontenterait trop; mais il faut me dénoncer le premier abus qui se commettrait, et je le réprimerai si sévèrement que l’envie de recommencer ne reprendra à personne. Continuez à faire payer jusqu’au 1er septembre les orphelins de Leyde; avant peu, j’aurai pris un parti définitif.

J’ai fait partir un assez grand nombre d’avisos pour porter des nouvelles à Batavia. Faites choix d’un Hollandais propre à cette mission , et si vous pouvez le faire partir du Texel sur un brick, je vous y autorise. Voyez même s’il ne serait pas possible de faire partir des États-Unis quelques agents hollandais. On ne saurait aller par trop de directions à cette colonie.

Remettez cette lettre à l’amiral de Winter.

Saint-Cloud,  29 juillet 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie par un courrier extraordinaire de nouvelles lettres et de nouveaux états que m’envoie M. l’architrésorier. Vous verrez dans le n° 152 une caisse de 4 mil­lions de florins, ce qui ferait 9 millions de francs, qui se trouve au ministère de la marine : faites-moi connaître ce que c’est et le parti que je peux en tirer. Vous trouverez une lettre n° 157. Qu’est-ce que c’est que ces clous de girofle dont on ne peut vendre que 200.000 flo­rins par an ? Il parait qu’il y a des remboursements à faire; faites-moi connaître ce que c’est.

Vous trouverez trois lettres sur les emprunts de 20 et de 40 millions.

Vous trouverez l’état des effets qui se négocient à la Bourse et deux états de maisons appartenant à l’État; faites-moi connaître celles qu’on pourrait vendre et dont on pourrait tirer parti.

Paris, 29 juillet 1810

(La minute de celte lettre du major général porté la trace de nombreuses corrections de la main de l’Empereur.)

Au maréchal Masséna, prince d’Essling, commandant l’armée du Portugal, à Ciudad-Rodrigo

L’Empereur, Monsieur le Prince d’Essling, m’ordonne de vous témoigner sa satisfaction sur la prise de la place importante de Ciudad-Rodrigo. Sa Majesté voit avec plaisir que, d’après vos dispo­sitions, la place d’Almeida est investie dans ce moment. La prise de cette dernière place et la prise du fort de la Conception sont néces­saires; alors on se trouvera fortement appuyé pour marcher sur Lisbonne.

Ciudad-Rodrigo doit être mis en bon état et être la place de dépôt général pour l’armée de Portugal, soit pour ses vivres, soit pour ses munitions. Vous aurez sûrement donné des ordres pour faire rentrer les récoltes et réunir dans Ciudad-Rodrigo tous les moyens de sub­sistance qu’où pourra se procurer.

L’Empereur pense, Prince, que la place d’Almeida pourra être prise vers la fin d’août, et qu’au commencement de septembre vous serez en mesure de marcher sur Lisbonne. Sa Majesté vous laisse le maître de livrer bataille aux Anglais si vous le jugez convenable.

L’Empereur ne pense pas qu’on doive prendre Badajoz, ce qui nous entraînerait à un grand siège, et ensuite il faudrait faire le siège d’Elvas, place encore plus forte; mais les Anglais, une fois bien battus et rembarqués, Badajoz et Elvas tombent d’eux-mêmes.

Le général Drouet sera à Valladolid le 1er septembre avec un corps d’infanterie et de cavalerie de 12.000 hommes; ce qui, joint à la division Seras et aux troupes de la division Bonet, formera un corps capable de contenir la Galice et de s’en emparer aussitôt que vous aurez marché sur Lisbonne, ou de maintenir vos communications.

Saint-Cloud, 30 juillet 1810

AUX DÉPUTÉS DES ARMATEURS HOLLANDAIS POUR LA PÊCHE DU HARENG.

Messieurs les Députés des armateurs pour la pèche du hareng, j’ai lu avec plaisir votre lettre du 20 juillet, et je me suis fait mettre sous les yeux les prémices de votre pêche de cette saison. J’agrée les sentiments que vous m’exprimez. Je connais toute l’importance de vos travaux, soit pour pourvoir à l’approvisionnement de mon Em­pire, soit pour former des matelots nombreux et intrépides, qui puissent un jour se montrer les dignes descendants de ces Hollandais qui, sous Tromp et sous Ruyter, dominaient les mers d’Angleterre, couvrir, comme vos ancêtres, les mers des Indes et de la Chine, enrichir l’Empire et être les libérateurs des mers. Vous pouvez compter sur toute ma protection.

Saint-Cloud, 30 juillet 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DU COMMERCE.

Le ministre des relations extérieures rend compte de l’envoi qui lui a été fait par le baron Reinhard, ministre de l’Empereur à Cassel, d’un mémoire auquel est joint un échantillon de lin filé et préparé de manière à fournir une matière intermédiaire par son utilité et sa beauté entre la soie et le lin ordinaire.

Sa Majesté ordonne la remise de cet échantillon au ministre de l’intérieur pour en faire l’objet d’un rapport, en même temps qu’il rendra compte des autres objets analogues qui lui ont été précédem­ment renvoyés, et du programme à publier sur le prix d’un million à accorder à la meilleure machine propre à filer le lin.

Saint-Cloud, 31 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez eu chiffre au sieur Serra (résident de France à Varsovie), et avec les précautions convenables, que je désire avoir, 1° un état de situation exact de l’armée du grand-duché, qui me fasse connaître le présent et l’effectif de chaque corps, les hommes absents, aux hôpitaux, ce qui manque au complet et le lieu où se trouve chaque corps; 2° l’état des fusils et armes qui ont été envoyés, où ils sont passés, et l’emploi qu’on en a fait;  3° une note sur l’armement et la situation des trois places de Praga, de Sierock et de Modlin. Vous aurez soin de recommander au sieur Serra de prendre ces renseigne­ments sans éclat et de manière à ne pas faire de cela une nouvelle dans un pays où tout est nouvelle.

Vous écrirez en même temps au sieur Bourgoing (ministre plénipotentiaire à Dresde), en chiffre, de demander a M. de Senft (ministre des affaires étrangères à Vienne), de faire donner tons ces renseignements par le ministre de la guerre au sieur Serra: cela se fera par l’intermédiaire de M. de Senft avec toute la discrétion et la circonspection convenables.

Saint-Cloud, 31 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, après avoir beaucoup réfléchi sur les affaires d’Amérique, j’ai pensé que rapporter mes décrets de Berlin et de Milan n’aurait aucun effet; qu’il valait mieux que vous fassiez une note à M. Armstrong, par laquelle vous lui feriez connaître que vous m’avez mis sous les yeux les détails contenus dans la gazette américaine; que j’aurais désiré avoir une communication plus offi­cielle, mais que le temps se passe, et que, puisqu’il assure qu’on peut regarder cela comme officiel, il peut compter que mes décrets de Berlin et de Milan n’auront aucun effet à dater du 1er novembre, et qu’il doit les considérer comme rapportés en conséquence de tel acte du congrès américain, à condition que, si le conseil britannique ne rapporte pas ses arrêts de 1807, le congrès des États-Unis remplira l’engagement qu’il a pris de rétablir ses prohibitions sur le commerce de l’Angleterre. Cela me parait plus convenable qu’un décret qui ferait secousse et ne remplirait pas son but. Cette méthode me parait plus conforme à ma dignité et au sérieux de l’affaire.

Saint-Cloud, 31 juillet 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie une lettre au ministre de Prusse, où vous verrez que la Prusse voudrait recevoir les bâtiments américains. Écoutez tout ce que ce ministre aura à vous dire là-dessus, et après faites-lui une lettre où vous lui expliquerez ce que c’est que les bâtiments américains. Vous écrirez là-dessus à mes consuls à Memel et dans les ports de Prusse.

Saint-Cloud, 31 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les députés des provinces illyriens ont perdu un mois à Paris par votre faute. Si vous m’aviez envoyé, au moment de leur arrivée, les notes que je reçois aujourd’hui, j’au­rais su leur existence à Paris, et j’aurais donné des ordres.

Voici quelles sont mes intentions. Ces députés se réuniront sous la présidence du général Andréossy, en forme de petit conseil; ce conseil sera divisé en trois sections : l’une, de guerre et marine; l’autre, de législation, d’intérieur et justice; et la troisième, des finances et du trésor. Le général Andréossy nommera les présidents des trois sections. Ainsi organisés, vous ferez à ces députés les ques­tions qui concernent la guerre, et ils vous adresseront leurs obser­vations sur les divisions militaires, sur l’artillerie, le génie, sur l’ar­mement des côtes, sur tout ce qui est relatif à l’organisation des régiments croates, sur la gendarmerie, enfin sur le grand objet du recrutement, comment il se faisait et comment il doit se faire.

Le ministre des finances désignera quelqu’un de son département pour assister à ce conseil et prendre connaissance de la situation actuelle de l’imposition et des changements à y faire pour la rendre plus simple et plus productive.

Le grand juge désignera un commissaire de justice pour leur de­mander des renseignements sur l’organisation de la justice et dresser un projet d’organisation.

Vous enverrez la liste de ces députés à tous les ministres, aux grands dignitaires, aux grands officiers de la Couronne; j’autorise ces députés à leur faire visite avant qu’ils m’aient été présentés.

Quand leur travail sera fini, qu’on connaîtra bien les individus, qu’ils auront remis leurs cahiers de doléances et de demandes, que vous et le général Andréossy aurez entendu les plaintes particulières qu’ils auraient à porter contre tels ou tels, ils me seront présentés. Je pense que je dois les recevoir sur le trône; et, comme je dois bientôt recevoir les députés hollandais, on pourra faire de cela une cérémonie du trône le même jour.

Saint-Cloud, 31 juillet 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre que les gardes du corps, l’infanterie, la cavalerie et l’artillerie de la garde hollandaise se ren­dent à Paris. Le duc d’Istrie sera chargé de pourvoir à ses besoins pendant la route et à son placement à Paris dans les casernes de la Garde.

Donnez également l’ordre au duc de Reggio de diriger sur Anvers le 1er régiment de hussards et le 1er régiment de cuirassiers hollan­dais. Ces deux régiments prendront les numéros suivants : le régi­ment de cuirassiers, celui de 14e de cuirassiers, et le régiment de hussards, celui de 11e de hussards. La garde et ces deux régiments seront payés par le trésor de Hollande de tout ce qui leur serait dû, pour le présent et l’arriéré, jusqu’au 1er septembre 1810. A dater du 1er septembre, ils seront payés par le trésor de France. Faites-moi connaître les cantonnements qu’on pourrait assigner dans le nord à ces deux régiments, où les fourrages seraient abondants.

Donnez l’ordre au duc de Reggio de tenir cet ordre secret et de ne les faire partir qu’après la garde.

Saint-Cloud, 31 juillet 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Amsterdam

Monsieur le Comte Daru, j’ai reçu les différentes pièces que vous m’avez envoyées sur les biens de la Couronne. J’y vois que les dettes se composent, 1° de 1.400.000 florins qui restent dus pour l’emprunt de 5 millions (faites-moi connaître combien ces 1.400.000 florins sont cotés sur la place et à quel prix on pourrait les acheter) ; 2° de 500.000 florins, somme à laquelle vous évaluez l’arriéré. Faites-moi connaître à combien vous évaluez les immeubles, meubles, etc., appartenant à la Couronne. Je suppose qu’à l’heure qu’il est vous avez fait dresser et parafer tous les inventaires. Mon intention est de conserver, des domaines de la Couronne, le palais d’Amsterdam, comme palais impérial, le palais de Loo et le palais du Bois, avec les dépendances nécessaires à ces habitations.

Je vois que le Roi a acheté des maisons à Utrecht pour une somme de 165.000 florins; à Haarlem, pour 350.000 florins (indépendam­ment de ce qui a été dépensé pour la construction d’un pied-à-terre, et de la galerie, qui auraient déjà coûté 300.000 florins; ainsi cela doit avoir une valeur quelconque); à Zorstdick, pour 160.000 flo­rins; à Amsterdam, pour 250.000 florins, et à Loo, pour 18.000 flo­rins, etc., total, pour 900.000 florins. Faites-moi connaître, 1° ce qu’il convient de vendre de ces acquisitions, et ce qu’il est nécessaire de garder; 2° quelles sont celles de ces maisons dont on pourrait appliquer le produit de la vente au payement des dettes du Roi. Faites-moi connaître également ce qu’il est convenable de faire, selon l’opinion du pays, de la dette de 1.400.000 florins. Peut-on l’assi­miler aux autres dettes ? Peut-on la rembourser ? A quel taux peut-on l’acheter sur la place ?

Faites-moi un projet de décret d’après les bases suivantes :

Le premier titre comprendrait les dettes du Roi. Vous stipulerez en quoi consistent ces dettes, département par département, au ler juil­let. Vous n’oublierez pas le million que le Roi doit au trésor public, dont je vous ai parlé dans ma dernière lettre. Le même titre com­prendra les maisons à vendre pour payer les dettes. Vous conserverez les maisons nécessaires aux palais d’Amsterdam, de Loo et du Bois.

Le second titre traitera de la Maison du Roi en 1811.

Pour le service du grand maréchal : les officiers attachés à ce ser­vice, conformément à l’état que vous joindrez au projet de décret, conserveront le tiers de leurs appointements pour les six derniers mois de 1810, pendant lequel temps ils viendront à être placés. Les maîtres d’hôtel, cuisiniers, domestiques entreront à mon service, ou au service de la Reine, ou à celui de M. l’architrésorier. Vous en enverrez au grand maréchal l’état nominatif, afin qu’on voie ce qu’on pourra en faire, je ne les crois pas assez nombreux pour qu’ils ne puissent pas être tous pris pour le service de la Renie ou pour le mien.

Pour le service du grand chambellan : les officiers dénommés dans l’état qui sera joint au décret seront payés au tiers de leurs appointements pendant les six derniers mois de 1810; ils seront placés dans cet intervalle. Tous les domestiques faisant partie de ce service seront également envoyés à Paris ; vous en enverrez l’état au grand chambellan, qui verra ceux qu’il peut prendre.

Pour le service du grand écuyer : les palefreniers, les chevaux, les voitures partiront pour Paris, hormis les voitures qui n’en vaudraient pas la peine, celles de voyage ou celles qu’il serait utile de conserver à Amsterdam. Les officiers, selon l’état annexé au décret, jouiront du tiers de leur traitement pendant les six derniers mois de l’année, et on pourvoira, d’ici au mois de janvier, à leur placement.

Pour le service de la chapelle : les chapelains qui ne seraient pas placés recevront le tiers de leur traitement jusqu’à la fin de 1810.

Même chose pour le grand veneur et pour le service de l’intendant.

Ce décret pourvoira à tout, et, au moment de sa publication, toute la Maison hollandaise sera licenciée, et il n’y aura plus de service à faire.

Un autre titre pourvoira à la dotation du palais impérial d’Amsterdam et des palais de Loo et du Bois.

Vous dénommerez dans ce titre les bâtiments, le mobilier et l’éva­luation des objets. Vous ferez transporter dans les palais conservés les meubles des maisons que je ne veux point garder. Vous y mettrez un gouverneur, un intendant, un architecte, un payeur; enfin vous y établirez une organisation semblable à celle de mes palais au delà des Alpes. Vous me proposerez les personnes à nommer à ces places. Vous ferez un fonds pour subvenir aux réparations, à l’entretien du mobilier, aux gages des frotteurs, etc., en suivant notre méthode, mais selon la manière économique du pays. Turin me coûte 800.000 francs de faux frais; arrangez-vous pour que le palais d’Amsterdam me coûte beaucoup moins.

Un autre titre constituera la dotation de la Couronne en Hollande. Je suppose que 500.000 florins seront suffisants. Il faudrait la for­mer soit des biens existant dans l’Ost-Frise, soit de biens de la Couronne.

 

Au moyen de ces dispositions, la liste civile de Hollande sera dissoute, les dettes seront payées, et la partie de ma Maison à Amsterdam sera organisée. Vous ne manquerez pas de ma faire connaître la quantité de meubles que j’acquiers.

Saint-Cloud, 31 juillet 1810

NOTE SUR BOULOGNE.

Les lignes qui joignent les ouvrages en terre doivent être rattachées aux réduits, de sorte que, les ouvrages en terre étant pris, il faille encore percer ces lignes. Cela fera naturellement que les lignes seront dans des rentrants flanqués par les ouvrages en terre, de sorte qu’on ne pourra les attaquer tant que les ouvrages entiers ne seront pas pris. Quant au fort Lambert, s’il fallait le revêtir, ce ne serait pas le fort actuel, mais un fort plus considérable et d’un meilleur tracé qu’il faudrait revêtir. Le grand défaut de ce fort est de n’avoir aucun abri à l’épreuve; il faudrait donc démolir les casernes et construire un corps de garde voûté contenant 80 hommes à l’abri et servant de réduit.

Saint-Cloud, 31 juillet 1810

NOTE SUR CHERBOURG.

Le projet tracé sur le plan ne me parait point le plus convenable. Il vaudrait peut-être mieux prendre le système de Boulogne. Ce projet coûterait 40 millions sans les bâtiments et les forts nécessaires pour mettre à l’abri des bombes, ce qui ne pourrait être fait d’ici à qua­rante ans, et alors il est probable qu’on n’en aurait plus besoin.

Or il faut un système qui nous donne de la sécurité d’ici à quatre on cinq ans, et qui, dès lors, n’exige l’emploi que de 5 à 6 millions. Les hommes ne manqueront jamais pour défendre un établissement comme celui-là.

Si on suppose dix-huit vaisseaux en rade, ils fourniront plus de 15.000 hommes. La ville, le département fourniront 8 ou 10.000 hommes. On peut donc concevoir qu’un établissement de cette nature contiendrait une vingtaine de mille hommes, mauvaises troupes inca­pables de se défendre en plaine. Supposer 10 ou 12.000 hommes, c’est supposer qu’il n’y aura pas un homme étranger à la marine et que la terre ne fournira rien.

Il n’en est pas ici comme de fortifications lointaines où les hommes sont rares. Il y en aura toujours ici autant qu’on voudra ; ces hommes auront bonne volonté, meilleure même que les troupes de ligne ; mais ils n’auront ni l’habileté ni l’exercice nécessaire pour se présenter à une bataille.

S’il était possible de concevoir un système de couronne en terre sur les points culminants, de les rattacher ensuite à des réduits en maçonnerie, et de lier tous ces réduits entre eux par une ligne bastionnée ou de campagne, mais telle qu’elle fût infranchissable, on pourrait peut-être arriver à un résultat avec 5 à 6 millions.

Alors on occuperait les hauteurs par des réduits qui seraient le centre de deux ou trois ouvrages avancés qui seraient poussés vers la campagne et qui rempliraient le double but de tenir l’ennemi suffi­samment éloigné pour qu’on n’eût pas besoin de recourir à d’autres ouvrages et pour qu’on n’eût rien à craindre du bombardement.

On pourra tracer la ligne qui va à la mer si rentrante qu’il n’y aura point de possibilité de l’attaquer.

 

16 – 31 Août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 4 août. Je crains fort que le bataillon espagnol que vous mettrez à Monaco ne soit débauché et ne déserte. Je préférerais que vous le fissiez partir pour Alexandrie, où on le ferait travailler aux travaux de la place. Vous recommanderiez au com­mandant d’Alexandrie d’avoir soin que ce bataillon ne demeure point dans la citadelle. Vous pourriez envoyer le bataillon qui est à Lyon au fort Napoléon, si les travaux de l’île Perrache ne doivent point commencer. Ecrivez 1à-dessus au ministre de l’intérieur. Donnez ordre que tous les Espagnols qui se trouvent dans la légion portugaise qui est à Metz en soient ôtés et se dirigent sur le bataillon du régiment espagnol qui est à Anvers.

Lorsque cette opération sera faite, vous aurez soin que les Portugais viennent d’abord à Meaux, et après cela je verrai s’il est prudent de les diriger sur le Portugal.

Saint-Cloud, 16 août 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Je ne sais pas si j’irai ou si je n’irai pas en Hollande. L’important est qu’on ne se ruine pas en dépenses inutiles et de n’exiger que ce qui est de très bonne volonté.

Saint-Cloud. 17 août 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA MARINE.

Le roi de Hollande avait appelé les enfants trouvés et ceux dont leurs familles ne pouvaient prendre soin, et il en avait formé des corps de pupilles royaux et de vélites. II les prenait à sept ans et les envoyait à La Haye; à quatorze ans, ils étaient places à Zootredick dans les vélites royaux. II y en a actuellement 500 qui ont passé quatorze ans, et la masse des deux corps est de 4,000 individus, réunis à raison de 500 par année. Si la Hollande fournit chaque année 500 individus provenant des enfants trouvés, la France en produirait donc 10,000, dont on donnerait la moitié à la marine pour son service et l’autre moitié à l’armée de terre, qui en formerait des régiments pour les colonies. Ce nombre de 10,000 est très hypothétique; mais rien n’est plus facile que d’avoir sur cela des notions positives. Un rapport sera demandé au ministre de l’intérieur.

Cette ressource ne doit point être négligée et doit concourir, avec les autres moyens, pour recruter les Equipages de la marine. Voici les bases du projet de sénatus-consulte ou de décret qu’on pourrait être dans le cas d’adopter :

TTTRE I

1° II sera appelé, pour le recrutement de l’armée de mer, 40,000 jeunes gens, savoir : 10,000 de l’âge de seize ans; 10,000 de dix-sept ans, 10,000 de dix-huit, et 10,000 de dix-neuf ans.

2° La moitié de ce nombre sera prise parmi les jeunes gens de la conscription des années 1794, 1793, 1792 et 1791; l’autre moitié sera prise parmi les enfants de marins et parmi les orphelins et autres enfants entretenus par le Gouvernement, à raison de 2,000 pour les enfants de marins et 3,000 pour les autres.

3° Les 2,000 appelés parmi les enfants des marins seront pris sur les côtes et répartis conformément à l’état ci-joint.

TITRE II.

4° Ces jeunes gens, sous le titre de novices, jouiront de telle solde et de telles rations.

5° Ils seront placés à la suite des bataillons, où l’on pourrait les mettre, à raison de 100 ou de 200. On pourrait aussi en former des corps réunis dans les différents ports; ce qui fournirait des hommes sur tous les petits bâtiments, etc.

La grande question est celle de la manière d’employer, d’instruire ces novices. Le conseil de marine discutera ce qui lui paraîtrait pré­férable, de les attacher aux bataillons ou d’en faire des corps particuliers qu’on appellerait brigades. II proposera toutes autres mesures qui pourraient offrir des avantages égaux ou supérieurs.

Si l’on adoptait le système des brigades, on pourrait supposer leur organisation de la manière suivante. On prend la brigade d’Anvers pour exemple. Un officier de marine capitaine de vaisseau, ou ayant un grade supérieur, serait colonel de la brigade. Elle aurait un quartier-maître, un chef ouvrier, etc., et ce qui serait nécessaire pour l’équipement et la comptabilité; elle serait composée de deux ba­taillons, chaque bataillon de dix compagnies et chaque compagnie de 150 hommes. Le 1er bataillon demeurerait à Anvers, où il serait caserné et on arriverait les recrues. On les habillerait et on les instruirait: 1° aux manoeuvres de l’infanterie; 2° à celles du canon; 3° à nager pendant trois ou quatre heures chaque jour sur vingt-quatre péniches qui seraient attachés au bataillon. Quand ils seraient habillés, dégourdis, qu’ils auraient appris les premières leçons du canon, on aurait un bâtiment, frégate ou vaisseau, où on leur apprendra à grimper sur les mats.

Ils passeraient ensuite sur le 2e bataillon. Chaque compagnie serait comme casernée sur un bâtiment de l’escadre. On exercerait ces jeunes gens à toutes les manoeuvres, même aux manoeuvres hautes; on leur ferait monter, tous les jours, trente ou quarante canonnières, des bricks, des frégates; on les emploierait aussi à fournir aux besoins d’Anvers, aux citernes, aux bâtiments de transport et à toutes les corvées. En supposant une compagnie par vaisseau, formant 140 hommes présents, si l’on en employait 40 pour les canonnières, il n’en resterait plus que 100, qui seraient utiles sur les vaisseaux.

Ainsi l’instruction à Anvers se diviserait en deux parties : une pre­mière, que les jeunes gens prendraient casernes à terre, et une seconde, qu’ils prendraient sur les vaisseaux et en faisant le service de Flessingue à Anvers. Les jeunes gens pourraient rester neuf mois dans le 2e bataillon et neuf mois dans le 1e. Ils sortiraient ensuite de la brigade pour entrer dans les Equipages de l’escadre comme novices. Les compagnies étant de 150 hommes, celles du 1e batail­lon pourraient former trois classes. Les jeunes gens passeraient successivement de l’une à l’autre. La première classe, celle des nouveaux arrives, s’exercerait, ainsi que la deuxième classe, à nager sur les péniches et aux manoeuvres du fusil et du canon. La troisième classe, qui aurait déjà douze mois, serait à la disposition du préfet et ferait tous les transports pour Flessingue, Amsterdam, etc. Sur dix-huit mois d’apprentissage, les jeunes gens seraient inutiles pendant six mois et seraient plus ou moins utiles pendant douze.

On pourrait établir deux bataillons à Amsterdam, deux à Boulo­gne, un à Cherbourg, deux à Brest, un à Lorient, un à Rochefort, deux à Toulon et un à Gênes; ce qui ferait quatorze bataillons et comprendrait l’effectif de 1,500 individus par bataillon, total, 21,000 hommes. En complétant les cinquante équipages de guerre à 150 hommes par équipage, on emploierait de plus 7,500 individus; ce qui formerait un total de 28 à 30,000 jeunes gens qu’on pourrait occuper sur-le-champ.

II vaudrait peut-être mieux avoir pour Anvers deux bataillons égaux entre eux et qui seraient placés l’un à Anvers, l’autre à Fles­singue. Chaque compagnie de 150 hommes serait divisée en trois escouades composées, la première de ceux qui auraient six mois d’apprentissage, la deuxième de ceux qui auraient de six à douze mois, la troisième de ceux qui auraient de douze à dix-huit mois. On aurait une péniche et une canonnière par compagnie.

Au lieu de placer un bataillon à Flessingue, on pourrait placer les deux bataillons d’Anvers à Anvers. Le tiers, c’est-à-dire jusqu’à six mois, serait employé à l’apprentissage de l’infanterie et du canon et à nager; le deuxième tiers servirait les caïques armés et les bâtiments de transport d’Anvers à Flessingue; le troisième tiers pourrait échanger quelques boulets avec l’ennemi; on pourrait même le faire monter sur l’escadre.

Le conseil de marine examinera ces diverses manières d’envisager l’institution. Elles lui sont renvoyées, sans aucune préférence pour l’une ou pour l’autre, et seulement comme devant être l’objet de ses discussions.

Saint-Cloud, 18 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous verrez par l’ordre ci-joint que je charge le général Morand d’occuper toute la partie de la Westphalie qui est située entre la côte et la ligne de la Wümme. Faites connaître au Roi que j’ai ordonné cette occupation comme mouvement militaire et pour que mon système de blocus soit complet sous la responsabilité des généraux. Communiquez cet ordre au duc de Cadore; communiquez-le au duc de Reggio, afin que le général Molitor, qui est chargé de surveiller la contrebande dans l’Ost-Frise, corresponde avec le général Morand.

Saint-Cloud, 18 août 1810

ORDRE

Le territoire de Lubeck, la principauté de Lauenburg, le territoire de Hambourg et tous les pays de la rive gauche de I’Elbe, depuis Wilhemsburg, en suivant la ligne de Die Sewe, Gross-Moor et de la Wümme, jusqu’a Bremen, enfin les principautés d’Oldenburg et d’Arenberg, seront occupés par la division aux ordres du général Morand, qui demeure charge de prendre toutes les mesures nécessaires pour empêcher la contrebande. II établira à cet effet une première ligne depuis le Holstein jusqu’à l’Ost-Frise et une seconde ligne en arrière.

Saint-Cloud, 10 août 18010

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi un rapport sur la manière dont vit l’armée de Hollande, en me faisant connaître les corps qui sont payés sur le budget de la Hollande et ceux payés par la France.

Donnez ordre au 24° 1éger de partir sur-le-champ pour se rendre à Saint-Omer. Donnez ordre au 16e et au 67e de partir du lieu où ils se trouvent pour se rendre à Lille à petites journées. Vous me ferez connaître quand ces deux régiments doivent y arriver. Ainsi il n’y aura plus, en Hollande, que cinq régiments d’infanterie et quatre de cavalerie. Je désirerais que ces troupes, au 1er septembre, fussent casernées, nourries, payées et administrées sur le budget de la Hollande. J’augmenterai ce budget si cela est nécessaire. L’artillerie, les sapeurs et pontonniers resteront à Douai; vous me ferez connaître quand ils y seront arrivés. II ne restera plus en Hollande que cinq régiments d’infanterie; ce qui, avec cinq régiments hollandais fera dix régiments d’infanterie et quatre de cavalerie. L’artillerie et le train hollandais, tant au matériel qu’au personnel, feront le service de toute l’artillerie. Ces troupes seront payées toutes de même, et par le trésor de Hollande, sans que vous ni M. Mollien ayez à vous en mêler. Je pense que les hôpitaux, chirurgiens, commissaires des guerres pour les régiments français en Hollande, doivent être au service de Hollande. Cela fera une grande économie.

Saint-Cloud, 18 août 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je viens d’ordonner que mes troupes occupent tout le pays depuis le Holstein jusqu’à la Hollande, et dans cette mesure se trouve compris le pays situé entre Bremen et Vulhenburg: je vous prie d’en retirer vos troupes. Les embouchures de l’Elbe, du Weser et de la Jahde sont dans ce moment l’objet de mes méditations les plus importantes; une division de mes chaloupes canonnières hollandaises va se rendre sur cette côte; il est nécessaire que le pays soit entre les mains des généraux français.

Saint-Cloud, 19 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je n’ai reçu aucun détail sur mon armée de Catalogue; j’ignore de quelle manière le duc de Tarente fait son mouvement, quelles troupes il a emmenées avec lui, et quels cantonnements il a laissés en arrière. Mon armée de Catalogue est la seule sur laquelle je ne sache rien. Faites dépouiller votre correspondance et mettez-moi cela sous les yeux.

Saint-Cloud, 19 août 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je suis étonné que vous n’ayez pas encore de nouvelles du général Drouet. Faites-moi connaître quand ses troupes sont arrivées à Bayonne. Ecrivez au général Drouet, ainsi qu’au général Dorsenne, que je juge à propos de renforcer la Navarre de tout le régiment de lanciers de Berg; ce qui, avec le 9e de hussards, mettra sous les ordres du général Reille 1,500 hommes de cavalerie.

Je pense qu’il est également convenable d’envoyer au général Reille la brigade de la Garde qui est sous les ordres du général Demoustier. Ainsi Reille aura ses quatre régiments provisoires d’infanterie, le ler régiment de marche d’infanterie, les deux escadrons du 9e hussards, et enfin les quatre régiments de la Garde avec leurs canons et le régiment des lanciers.

Le général Drouet pourra remplacer les régiments de la Garde par une portion des troupes qu’il a amenées de France. Ecrivez-lui que je suis trop loin pour donner ces ordres d’une manière positive; que je le laisse maître de les faire exécuter ou d’en substituer d’autres qu’il jugera plus convenables; que ce qui me porte à envoyer les régiments de la Garde au général Reille, c’est qu’ils sont plus accoutumés à servir sous les ordres de cet officier, et que dès lors il y aura moins de difficultés dans les rapports de subordination; que d’ailleurs, la Garde étant destinée à faire une guerre active, elle se trouvera là employée d’une manière plus conforme à sa destination.

Les ordres pour le général Dorsenne, vous les enverrez tout ouverts au général Drouet, qui les lui fera passer, s’il le juge convenable.

Je désire que vous me fassiez un choix de quatre ou cinq colonels, colonels en second ou majors, tous hommes d’exécution, à envoyer à Reille pour commander ses colonnes mobiles; par exemple, des hommes comme le colonel Ameil, du 24e de chasseurs. Donnez ordre au général Bourke de se rendre en Navarre, pour y servir sous les ordres du général Reille. Recommandez-lui de ne pas se compromettre sur les routes d’Espagne, et de ne marcher qu’avec de fortes escortes.

Saint-Cloud, 19 août 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, faites-moi connaître quel est ce Damas qui commande en Hanovre. Est-ce I’ancien aide de camp de Kléber ?

Comment sont mes troupes en Westphalie ? Faites porter le quartier général de Compans à Hanovre; il sera là entre le général Gudin et le général Morand, et peut-être ferai-je avancer plus haut la divi­sion Friant.

Je désire que vous donniez ordre au général Morand de disposer de ses cinq régiments de manière à bien s’assurer de l’embouchure de l’Elbe, du Weser et de la Jahde. Recommandez-lui de se lier avec les troupes du général Molitor, qui est en Ost-Frise, d’avoir des troupes à Varel, et d’exercer sur toute cette côte une grande surveil­lance. Je donne ordre au duc de Reggio d’envoyer un régiment à cheval à Varel, où il sera à la disposition du général Morand; de sorte que j’entends que tout le pays qui s’étend entre l’embouchure de la Jahde et la Baltique soit gardé par le général Morand.

Je désire en outre que vous chargiez un officier intelligent de votre état-major d’aller reconnaître en détail toute la partie de la West­phalie et des cotes qui va être occupée et de venir vous en rendre compte. Un capitaine de vaisseau avec une division de chaloupes hollandaises doit se rendre sur ces côtes. II est donc nécessaire d’y faire établir des batteries à l’abri desquelles cette division puisse se retirer.

Saint-Cloud, 20 août 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Mon Cousin, l’article ler de mon décret du 25 juillet 1810, portant qu’a dater du 1er août aucun navire ne pourra sortir de nos ports à destination d’un port étranger, s’il n’est muni d’une licence signée de notre main, s’applique à toute espèce de bâtiments français, neutres ou étrangers quelconques, avec cette exception que je n’accorde de licences qu’à des bâtiments français ; c’est-à-dire, en deux mots, que je ne veux aucun bâtiment neutre, et effectivement il n’y en a aucun qui le soit réellement. Ce sont tous bâtiments qui violent le blocus et qui payent rançon aux Anglais. Quant au mot étranger, cela veut dire étranger à la France. Ainsi, les bâtiments étrangers ne peuvent pas commercer avec nos ports ni en sortir, parce qu’il n’y a pas de neutres; et quant aux bâtiments français, ou ils partent pour un port de France, et alors ils prennent l’acquit-à-caution sti­pulé par l’article 2 du décret, ou ils partent pour des ports étrangers, et alors ils prennent des licences, parce qu’il est clair qu’ils vont en Angleterre, ou du moins qu’ils se font autoriser par les Anglais. Ce système est clair.

Saint-Cloud, 21 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu’il ne faut pas que le sieur Thiard ait aucune pièce officielle dans les mains, afin qu’en cas d’événement il ne soit surpris avec aucune instruction. II faut seulement lui remettre un itinéraire et régler ses frais de voyage. Comme il est dans mon intention de faire voyager un certain nombre de personnes, vous réglerez ces dépenses à tant par poste et par jour. Vous donnerez au sieur Thiard un chiffre dont il se servira pour correspondre toutes les fois qu’il le jugerait nécessaire. II ira d’abord à Francfort, où il restera le temps nécessaire pour observer ce qui s’y passe, prendre connaissance de ce qui est relatif, dans cette grande ville, au mouvement des marchandises anglaises, et apprendre ce qu’il pourra sur la contrebande avec la Hollande et la France. II ira de là à Nuremberg et de Nuremberg à Leipzig; il fera les mêmes observations dans ces deux villes. Voilà donc trois dépêches qu’il aura à vous faire. Vous lui recommanderez de ne vous écrire qu’après qu’il aura bien observé. II vous écrira directement par la poste sans signer, et en ne se servant de son chiffre que pour ce qu’il aurait d’important à mander. Il pourra vous parler de la manière dont est organisé le duché de Francfort et de l’esprit qui anime la partie de la Bavière qu’il visitera. II ira aussi à Bayreuth, pour voir si l’administration bavaroise est aimée, et ce qui s’y passe sons le rapport des domaines français. Je désire qu’il passe dans les cours de Saxe-Gotha, de Weimar et de Saxe-Cobourg, et qu’il observe quel esprit anime ces petites cours. Il ira ensuite à Dresde. Toutes ces recherches doivent être relatives à l’armée et servir à faire connaître sur quoi l’on pourrait compter à tout événement. De là, il pourra se rendre à Berlin, et enfin aller à l’armée russe de Moldavie, soit en passant par la Bohême, soit en passant par la Pologne. II enverra des états exacts des forces militaires, des notes sur les généraux et sur tout ce qui est relatif aux places. Quand il sera resté un mois à l’armée russe de Moldavie et de Valachie, il reviendra par Olmutz, Vienne et Prague.

On lui enverra des directions ultérieures.

Saint-Cloud, 21 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, si le duché de Varsovie manque de fusils, je ne suis pas éloigné de lui en faire fournir 50,000; mais il faudrait qu’on vint les prendre à Mayence et à Strasbourg. Je pourrais en faire remettre 15,000 de 18 à la livre et 15,000 de 22. Ecrivez au sieur Bourgoin dans ce sens. Si l’on a des moyens de faire trans­porter ces fusils, je les fournirai volontiers.

Saint-Cloud, 22 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le croquis de la note de M. de Metternich. Vous y répondrez de même par une note non signée de vous, que vous me mettrez auparavant sous les yeux. Vous direz

« que chaque état a ses principes, et que nous considérons comme un principe fondamental qu’aucun Français ne peut porter les armes contre sa patrie. C’est aussi celui de l’Angleterre; il est avoué par la raison et appartient à tous les temps. Dans le régime féodal, un gentilhomme ne pouvait pas porter les armes contre son souverain. Ceci a été constamment la loi de I’Europe depuis les Romains, et il est inutile d’aller chercher plus loin. On n’attachait de l’importance qu’aux gentilshommes, parce que les autres sujets appartenaient à la plèbe. Ainsi aucun Français ne peut porter les armes contre sa patrie; le souverain même ne peut leur donner ce droit. Tous Français qui, depuis 1801, ont porté les armes contre la France, en Prusse, en Russie, en Autriche, la loi les condamne à mort.  II n’y a pour eux qu’un seul moyen de se soustraire à cette condamnation : une amnistie leur a été accordée; ils doivent en profiter. Ceux qui n’en profiteraient pas seraient condamnés par contumace. Le résultat d’une telle condamnation est la mort civile, la privation de tout droit et de toute possibilité de succéder, et, s’ils sont pris en France, la mort. Dans cette situation, le remède est simple : qu’ils profitent de l’amnistie, qui, pour la dernière fois, est accordée, et qu’ils rentrent en France. Cet objet est, en effet, un objet de discussion avec l’Autriche. L’Empereur l’a tellement senti, que, dans le traité de Vienne, il a fait insérer une clause qui veut que tous les Français dans ce cas soient renvoyés d’Autriche. S’il n’en a pas encore demandé l’exécution, c’est qu’il a accordé l’amnistie; mais les délais de cette amnistie expirés, nul doue qu’on ne demande, de la part de la France, l’exécution de 1’article du traité de Vienne.

Quant aux Belges, le traité de Campo-Formio leur a donné le droit de se rendre en Autriche et de vendre leurs biens, mais il ne leur a pas donné le droit de porter les armes contre la France. On ne peut pas autoriser un crime par la loi. Or s’exposer à combattre un neveu, un frère, sa patrie, c’est un crime. Par conséquent, les Belges servant depuis 1804 contre la France seront condamnés par contumace, a l’expiration de l’amnistie, et, quelles que soient les relations amicales des deux puissances, l’intention de la France est qu’aucun Français ni Belge qui a porté les armes contre elle depuis 1804 ne rentre dans l’Empire. Cette condescendance n’aurait pas même lieu en faveur des semestriers, car c’est en conséquence du mauvais effet qu’a produit l’apparition des semestriers, il y a plusieurs années, qu’on a senti la nécessité d’une telle mesure.

L’Empereur trouve bon que l’empereur d’Autriche fasse ce qu’il lui conviendra à l’égard de ceux de ses sujets qui peuvent être au service de France. Bien plus, dans les sentiments où il est envers l’Autriche, tout Autrichien au service de France sera sur-le-champ renvoyé. Le plus grand acte est fait; c’est l’amnistie accordée. Que l’empereur d’Autriche exige que tous les Français à son service en profitent. S’ils n’en profitent pas, ce sont des individus qui seront perpétuellement dans une fausse position. »

Saint-Cloud, 22 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense qu’il faut faire une note à M. de Kourakine contre le prince Bagration, relativement aux procédés qu’il a eus avec le secrétaire de 1’ambassadeur de Perse, et en demander satisfaction ; qu’il faut partir de là pour porter plainte contre le sieur Razumowski et autres Russes qui sont à Vienne, où ils intriguent de toutes manières; qu’il faut demander que 1’empereur, en fidèle allié, punisse ceux de ses sujets qui, au mépris de son autorité, portent atteinte à la tranquillité du continent et cherchent partout à déchaîner les passions en faveur de l’Angleterre. Cette note demande à être faite avec force, et bien faite.

Saint-Cloud, 22 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, mon intention est que vous donniez pour instruction à mes ministres à Berlin et dans toute l’Allemagne, qu’ils ne doivent intervenir en rien sur ce qui regarde l’ancien roi de Suède; que, si on les consulte, ils doivent répondre que cela ne les regarde pas; que je suis parfaitement indifférent sur ce qui concerne ce prince; que je ne m’occupe pas de lui; qu’ainsi on fasse ce qu’on veut.

Saint-Cloud, 22 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire de faire une note à M. Armstrong pour lui faire connaître que je viens de recevoir des rapports de M. Turreau (Turreau de Linieres, ministre de France à Washington), et que je désire savoir quelle est la répa­ration qui me sera donnée par les Etats-Unis, tant pour les insultes faites à mon pavillon que pour celles dont j’ai à me plaindre dans la procédure qui a suivi. II faut faire cette note de manière qu’elle puisse servir de date et de pièce à leur opposer lorsqu’ils réclameront tous les bâtiments que j’ai arrêtés.

Envoyez au ministre de la marine tout ce qu’il y a dans la correspondance d’Amérique relativement à la colonie de Java.

Saint-Cloud, 22 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, comme vous ne pouvez pas suffire aux détails de 1’affaire du Valais, je désire qu*une commission, composée du sénateur Roederer, du conseiller d’Etat Corsini et du maître des requêtes Helvoet soit chargée par vous d’entendre les députés du Valais, de prendre connaissance de la situation actuelle des affaires de ce pays, de ce qu’il y a à faire pour les arranger et des moyens à employer pour mettre fin à l’influence qu’y exercent les prêtres. La commission leur fera sentir le bien que j’ai fait à leur pays, en dépensant tant d’argent pour ouvrir leurs communications et les établir d’une manière sûre; enfin elle examinera avec ces députés l’organisation actuelle du Valais et s’il y a moyen d’en substituer une autre plus convenable.

Saint-Cloud, 22 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois votre lettre du 17 août, par laquelle vous me faites connaître qu’on a retiré 200 Anglais du régiment irlandais. Je crois vous avoir fait connaître que mon intention était qu’on ne recrutât plus ce régiment, et même que je me propo­sais de licencier toutes ces troupes auxiliaires. Donnez-moi le détail du nombre d’Irlandais qui restent dans ce régiment, avec l’indication des dépôts où on les a pris et de l’armée anglaise dont ils faisaient partie quand on les a faits prisonniers.

Saint-Cloud, 22 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je suis instruit que des déserteurs des corps étrangers, repris avec les Espagnols, sont recrutés, habillés à mes frais et renvoyés à leurs corps. Réitérez les ordres pour qu’on n’envoie aucun étranger en Espagne. Vous devez avoir donne l’ordre également qu’aucun Napolitain ne soit dirigé sur la Catalogne. Espagnols, Allemands, Suisses, Italiens, Français même, tout ce qui a été pris servant contre nous, je ne veux pas qu’on le renvoie en Espagne. Présentez-moi un décret portant peine de mort contre tout déserteur qui servirait chez les Espagnols, soit Français, soit étranger.

Saint-Cloud, 22 août 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre rapport sur les services en Hollande. Vous devez avoir connaissance de mes décrets qui font rentrer en France, au 1er septembre, toute l’infanterie, artillerie, sapeurs, cavalerie, etc., que j’ai en Hollande, en n’y laissant que cinq régiments d’infanterie et quatre de cavalerie, et du décret qui fait entrer également en France la garde royale hollandaise. Vous devez donc répondre au ministre de Hollande que le budget doit être fait sur ces bases, savoir : que l’armée française en Hollande ne doit être comprise que jusqu’a la concurrence de 6,000 hommes, tant pour la nourriture que pour la solde, jusqu’au 1er septembre; qu’ainsi tout ce qu’il aurait payé au-delà de cette proportion doit être considéré comme avance et régularisé, que, depuis le 1er septembre, vous pourvoirez à la garde, au 14e de cuirassiers et au régiment de chasseurs , et lui devra pourvoir aux quatre régiments de cavalerie et aux cinq régiments d’infanterie restant en Hollande.

II est donc nécessaire que vous remboursiez très exactement ce que vous devez à la Hollande, sans quoi ils ne pourraient pas faire leur service. Ainsi pressez cette régularisation, afin de payer ce que vous leur devez. Je désire que vous envoyiez copie de cette décision au ministre de la guerre, afin qu’il fasse la même chose.

Saint-Cloud, 22 août 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous renvoie votre décret sur 1’institution d’une congrégation de femmes. II n’y a rien sur la régie religieuse de cette congrégation.

Saint-Cloud, 22 août 1810

Au comte Aldini, ministre du royaume d’Italie, en résidence à Paris

Il est nécessaire que vous voyiez le duc de Bassano, le ministre de l’intérieur et les bureaux de la marine, pour recueillir des renseignements 1° sur mes décrets du 3 juillet ; 2° sur les nouveaux tarifs des douanes ; 3° sur les principes généraux et sur la manière de procéder de la marine envers les bâtiments; 4° sur les licences que je donne dans mes différents ports de France. Quand vous aurez tous ces renseignements, vous me ferez un rapport  sur les moyens d’appliquer ces mesures à l’Italie.

II est nécessaire que toutes les semaines vous me fassiez remettre les matricules, pour faire connaître 1° le prix des différents grains sur les principaux marchés du royaume; 2° le prix des différentes denrées coloniales dans les différentes places de commerce. Je désire que tout cela soit réduit en mesures et valeurs françaises, afin que je puisse d’un coup d’oeil saisir  l’ensemble de ces renseignements et en faire la comparaison avec ceux de France.

Saint-Cloud, 22 août 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois votre lettre du 17 août. Je vous remercie de ce que vous me dites pour ma fête.

Les troupes que j’ai en Westphalie se plaignent de n’être pas payées et que la solde des mois de juin, juillet et août leur est due.

J’ai ordonné au prince d’Eckmühl de porter son quartier général à Hanovre, parce que la division Friant doit bientôt se rendre dans le Mecklenburg.

Saint-Cloud, 23 août 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, je reçois votre lettre du 14 août. Les soies du royaume d’Italie vont toutes en Angleterre, puisqu’on ne fabrique pas les soies en Allemagne; il est donc tout simple que je veuille les détourner de cette route au profit de mes manufactures de France; sans cela, mes fabriques de soie, qui sont une principale ressource du commerce de France, éprouveraient des pertes considérables. Je ne saurais approuver les observations que vous faites. Mon principe est: la France avant tout. Vous ne devez jamais perdre de vue que, si le commerce anglais triomphe sur mer, c’est parce que les Anglais y sont les plus forts; il est donc convenable, puisque la France est la plus forte sur terre, qu’elle y fasse aussi triompher son commerce; sans quoi tout est perdu. Ne vaut-il pas mieux pour l’Italie de venir au secours de la France, dans une circonstance importante comme celle-ci, que de se voir couverte de douanes? Car ce serait mal voir que de ne pas reconnaître que I’Italie n’est indépendante que par la France; que cette indépendance est le prix de son sang, de ses victoires, et que l’Italie ne doit pas en abuser; qu’il serait surtout fort déraisonnable d’aller calculer si la France obtient ou non quelques avantages commerciaux.

Le Piémont et le Parmesan ont aussi de la soie; j’en ai cependant défendu de même 1’exportation pour toute autre destination que la France. Quelle différence doit-il y avoir entre le royaume d’Italie et le Piémont ? S’il devait y en avoir, ce serait en faveur du Piémont; les Vénitiens ont combattu la France, les Piémontais l’ont aidée : ils étaient parvenus à former un parti contre leur roi. Mais laissons tous ces faits. J’entends mieux que personne la politique de l’Italie. II faut que l’Italie ne fasse pas de calculs séparés de la prospérité de la France; elle doit confondre ses intérêts dans les siens; il faut surtout qu’elle se garde bien de donner à la France un intérêt à la réunion; car, si la France y avait intérêt, qui pourrait l’empêcher ? Prenez donc aussi pour devise : la France avant tout.

Si je perdais une grande bataille, un million, deux millions d’hommes de ma vieille France accourraient sous mes drapeaux, toutes les bourses m’y seraient ouvertes, et mon royaume d’Italie lâcherait pied. Je trouve donc singulier qu’on ait quelque répugnance à venir au secours des manufactures françaises dans une mesure qui a aussi pour but de faire tort aux Anglais. II y a beaucoup de soie dans les trois légations; il y en a beaucoup dans le Novarais. Par quels faits le royaume d’Italie a-t-il mérité ces accroissements de 700,000 et de 400,000 âmes ? Et comment ces réunions peuvent-elles tourner contre mes intentions ? Au lieu de la moitie du droit, les marchandises françaises ne devraient rien payer à leur entrée en Italie

J’ai chargé Aldini de prendre tous les renseignements relatifs à l’acte de commerce et à la qualification des bâtiments maritimes. Je l’ai aussi chargé de me faire un prompt rapport sur ce qui est relatif aux licences.

Saint-Cloud, 23 août 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, je mets 50,000 francs à votre disposition sur le trésor de la Couronne. Vous les distribuerez entre les dames qui ont fait le dernier voyage de Paris. Quant aux hommes, je trouve qu’il serait abusif de leur donner quelque chose.

Saint-Cloud, 24 août 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je viens de signer le décret de distri­bution pour le service du mois de septembre en Hollande. J’ai pensé que le plus prudent était de ne rien changer. J’ai supprime l’article relatif au traitement extraordinaire de 1’architrésoreir, parce que je désire qu’il soit soldé avec l’argent de la France. Vous pouvez en faire faire l’avance par la caisse de service; on le portera ensuite dans les dépenses de Hollande; cela entrera donc le budget de la liste civile 1810.

Vous dites dans votre rapport que l’arriéré des lettres de change montait, au 1er août, à 5,136,000 florins; au ler octobre on aura payé 1,626,000 florins ; il ne restera donc plus à payer que 3,510,000 florins, ou 7,800,000 francs. Ces lettres de change forment un compte payé et soldé et échoient en octobre, novembre, décembre, janvier et février. Je remarque, d’un autre côté, que l’arriéré sur les ordonnances monte à 5,582,000 florins; sur quoi je donne la somme de 282,000 florins; il reste donc 5,900,000 florins, je suppose que cette dette n’est plus susceptible de discussion ; puisqu’on la présente comme déjà ordonnancée, elle est donc réellement due.

Par les états joints aux rapports, il n’est pas possible de distinguer les exercices : je demande des états par exercices; pour chaque exercice, par ministère, et pour chaque ministre, par chapitres. Mais on voit qu’au moins la moitié de ces 5,300,000 florins appartient aux six premiers mois de 1810, c’est-à-dire à l’exercice courant. Mon intention serait qu’à dater du mois d’octobre prochain aucune lettre de change ni ordonnance ne fut soldée par le trésor. Je voudrais même faire sortir des états ces 8,810,000 florins ou 18,500,000 francs, et les faire solder par la caisse d’amortissement. Je vous prie de demander des renseignements à M. Gogel et de rédiger ensuite le projet de décret dont je vais indiquer les bases. On l’enverra ensuite à l’architrésorier et aux ministres pour avoir leurs observations avant la distribution d’octobre. On fera, en attendant, les bons, afin qu’ils puissent partir en même temps que le décret.

BASES DU PROJET DE DECRET.

TITRE Ier.

Article premier. — Il est crée 20 millions de bons de la caisse d’amortissement.

Ces bons formeront dix séries, savoir :

1° Cinq séries composées chacune d’une somme égale au montant de chaque échéance des lettres de change à rembourser en octobre, novembre, décembre, janvier et février. Ces cinq séries feront une somme totale de 3,300,000 florins, montant des lettres de change;

 

2° La sixième série sera d’une somme de 561,000 florins, montant de l’argent emprunté sur les girofles ;

3° Quatre autres séries complétant la somme de 20 millions de francs et servant à rembourser définitivement les ordonnances qui ont été délivrées et que le trésor n’aurait pas payées, faute de fonds, au 1er octobre 1810.

Art. 2. — Ces bons porteront intérêt à 5 pour 100 à dater, savoir : pour la première série, du mois d’octobre; pour la seconde, du mois de novembre; pour la troisième, du mois de décembre; pour la quatrième, du mois de janvier; pour la cinquième, du mois de février, c’est-à-dire en partant du jour de l’échéance des lettres de change; pour la sixième série, conformément aux conditions de l’emprunt qui avait été fait par le Roi; et pour les quatre autres séries, à dater du 1er janvier 1814.

Art. 9. — La partie de l’intérêt pour les trois derniers mois de 1810 sera payée au 1er janvier. On payera ensuite l’intérêt par semestre, c’est-à-dire de janvier en juillet et de juillet en janvier.

Art. 4. — Les dix séries seront remboursées en quatre ans, à raison de 5 millions par an à dater de 1812.

TITRE II.

Art. 5. — La caisse d’amortissement sera remboursée de ses 20 millions : 1° par la cession qui lui sera faite de 1,900 milliers de girofle au prix de           (II faut faire un bon prix pour que la caisse d’amortissement trouve à la vente de quoi couvrir les intérêts qu’elle aura payés. Les girofles sont estimées 10 millions de francs.) 2° par la cession d’une somme de 10 millions sur les premières rentrées de l’arriéré des contributions. (Il faut déterminer cet arriéré exercice par exercice, et bien spécifier les opérations.)

Moyennant ce décret le service des trois derniers mos deviendra facile et pourra être très abondant. Comme j’ordonnerai à la caisse du domaine extraordinaire d’escompter au pair tous les bons qui se présenteront, ils équivaudront à de l’argent comptant et cela arrangera les fournisseurs, qui recevront ici beaucoup d’argent. Il ne restera à régler que l’arriéré des ministères et celui de la dette, questions qui n’embarrasseront pas le service pendant les derniers mois de cette année. II est urgent cependant d’avoir enfin une idée nette du service de la Hollande. On ne peut se former cette idée si l’on n’établit pas d’abord le budget de 1810. Il faut écrire au ministre des finances pour qu’il l’établisse tel qu’il croit qu’il sera réellement; nous touchons au huitième mois de l’année, il doit être assez avancé pour établir avec certitude les recettes de l’année.

Quant à la dépense, le service est réglé; on a adopté pour les pen­sions la réduction du Roi. La liste civile finira en 1810. La dépense du Corps législatif est terminée. La garde de Hollande, le régiment de hussards et celui de cuirassiers ne se payent que depuis l’entrée des troupes jusqu’en septembre. On paye ensuite cinq régiments d’infanterie française et quatre régiments de cavalerie en remplacement de la garde et des régiments qui ont été ôtés. Ainsi le budget en dépense est facile à faire. II faut ensuite faire connaître tout ce qui est rentré pendant le mois de juillet; en septembre, on fera connaî­tre ce qui sera rentré dans le mois d’août, et en octobre, ce qui sera rentré en septembre, et ainsi de suite. Ainsi on se trouvera parfaitement au fait de la recette. On fera connaître également ce qui a été dépensé au 1er juillet, ce qui a été dépensé dans le mois de juillet, dans le mois d’août; et il faut avoir soin de ne pas confondre les dépenses de 1810 avec celles de 1809 et années antérieures.

II faut ainsi établir le budget en recette et en dépense des exercices arriérés pour connaître le déficit, ainsi que le budget des ministres présentant ce qu’ils ont dépensé, les crédits qui leur restent, ou l’insuffisance des crédits. La trésorerie de Hollande étant très-petite, elle connaît bien ses affaires; il ne faut que lui envoyer des modules d’états, et dans le courant de septembre nous pourrons avoir des notions positives sur le service.

En envoyant le décret de distribution pour septembre, vous ferez remarquer que j’ai donné à la marine plus qu’on n’avait demandé à cause de la dépense des vélites et des pupilles royaux, qui a été mise à sa charge; que la guerre se trouvera déchargée des vélites, des pu­pilles royaux, de la garde, du régiment de hussards et du régiment de cuirassiers; que cela compensera l’entretien des cinq régiments d’infanterie et des quatre régiments de cavalerie, d’autant plus qu’on a ôté aussi toute l’artillerie, les sapeurs, etc., que cependant, s’il devait en être autrement, on le verrait par le budget; qu’il faut établir ce budget pour tout 1810, et qu’on donnerait en octobre ce qui aurait manqué en septembre.

Saint-Cloud, 26 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, passez une note au prince Kourakine dans laquelle vous vous plaindrez de la conduite du sieur Bethmann, consul de Russie à Francfort. Vous partirez de la lettre de M. de Narbonne, du 15 août, pour raconter le fait et porter plainte contre ce consul. Portez plainte également à M. de Metternich de la con­duite de l’agent de la légation d’Autriche qui est à Ratisbonne.

Ecrivez à M. de Lesseps et réitérez au Duc de Vicence que toute signature de mes consuls en Amérique qui serait présentée est fausse; que notamment la pièce qu’il a envoyée est fabriquée, et que le bâtiment doit être confisqué.

Saint-Cloud, 26 août 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, le 17 août on ne connaissait pas encore à Ancône votre décision qui ordonne de ressaisir les bâtiments ottomans et de les remettre sous le séquestre, laquelle décision vous me dites avoir ex­pédiée le 2 août. D’autres bâtiments ottomans étaient arrivés. Que tous restent sous le séquestre. Je me réserve seul le droit de statuer sur leur libération, par la connaissance que j’aurai de leurs papiers.

Saint-Cloud, 26 août 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, je reçois votre lettre du 20. Vous avez eu tort de prendre votre décision du 26 juillet qui libère les bâtiments Ottomans. Le ministre des finances ne vous disait pas que vous y étiez autorisé, il vous faisait connaître les renseignements qu’il fallait prendre; mais ces renseignements ne se composent pas des seules déclarations des
individus. Je me suis réservé exclusivement la connaissance de cette affaire. Aucun bâtiment ottoman ne peut être libéré sans un décret de moi. II faut que les douanes d’Italie soient mises sur le pied de celles de France; sans cela je ne vous cache pas que je réunirai le royaume d’Italie. La seule considération des douanes m’a obligé à réunir la Hollande. Si donc mes voeux n’étaient pas remplis, je n’aurais d’autre moyen que de couvrir l’Italie de mes douanes. Par exemple, l’Italie est inondée de marchandises suisses; les toiles peintes et les colonnades viennent toutes de Suisse, tandis que la France est encombrée de ces étoffes. Mon intention est que les toiles peintes, etc., d’Allemagne ou de Suisse ne soient point admises en Italie et ne puissent venir que de France. Faites-moi un rapport là-dessus.

Saint-Cloud, 26 août 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’Empereur, à Amsterdam

Ne serait-il pas convenable de donner aux hôpitaux les enfants qui sont dans les pupilles royaux et qui ont moins de douze ans ? Ce serait 8 ou 900 enfants dont on se débarrasserait, sauf à les reprendre lorsqu’ils auraient plus de quatorze ans; car il me semble que, de toutes les manières d’élever les enfants, la plus coûteuse et la plus préjudiciable est de les tenir réunis; il vaut mieux les répartir daos les campagnes, au compte des hôpitaux. Ne pourrait-on pas, pour ceux qui ont plus de treize ans, soit dans les vélites, soit dans les pupilles, les mettre à bord des vaisseaux de guerre ? Ce serait un fonds de 2,200 hommes qui augmenteraient nos équipages; ce qui serait une chose avantageuse.

Saint-Cloud, 27 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la note à remettre à M. de Kourakine. La fin est à changer. Je vous renvoie également les deux projets de convention avec l’Autriche et le projet de lettre avec le prince de Schwarzenberg.

Saint-Cloud, 27 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Il faut savoir qui a donné l’ordre qu’on fit un approvisionnement de siège à Danzig. Ordonner une semblable opération sans mon ordre, c’est un véritable crime, c’est mettre l’alarme dans le Nord. Si c’est l’ordonnateur qui a pris cela sur lui, il est bien coupable. Eclaircissez cette affaire.

Saint-Cloud, 27 août 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Je vous prie de donner des ordres sur-le-champ pour que tous les malades qui arrivent dans l’île de Walcheren soient envoyés sans délai à Bruges et à Gand. Envoyer des hommes à l’hôpital de Middelburg, c’est les envoyer à la mort. Cet hôpital est parfaitement inutile; il est d’ailleurs dans l’endroit le plus malsain de l’île.

Saint-Cloud, 27 août 1810

Au commandant Deponthon, secrétaire du cabinet de l’empereur, en mission en Hollande

J’ai reçu vos différents rapports et le dernier que vous m’avez envoyé d’Amsterdam. Je désire que vous alliez parcourir la côte depuis l’endroit où vous vous êtes arrivé jusqu’au Holstein ; que vous visitiez l’embouchure du Weser et de l’Elbe, le port de Cuxhaven ; que vous reconnaissiez l’emplacement des batteries nécessaires pour favoriser le cabotage. Vous irez reconnaître le canal de Toeningen, qui com­munique de la Baltique à la mer du Nord, pour en bien connaître tous les détails; le canal de Lauenburg, qui communique de la Bal­tique à l’Elbe, et les différents autres canaux qui débouchent dans ces mers ou communiquent de l’Elbe au Weser.

Saint-Cloud, 21 août 1810

A Louis-Charles-Auguste, prince royal de Bavière, à Munich

Mon Cousin, j’ai lu avec plaisir la lettre que Votre Altesse m’a adressée lors de mon mariage. Je ne doute pas que votre alliance avec la princesse Thérèse (Thérèse de Saxe-Hilburghausen) ne vous donne le bonheur que vous méritez; et il me sera fort agréable d’apprendre que vous êtes heureux, car l’attachement que je vous porte ne finira jamais.

Saint-Cloud, 27 août 1810

Au prince Clément Wenceslas, ancien électeur de Trèves

J’ai reçu avec plaisir les félicitations que vous m’avez adressées à l’occasion de mon mariage. Vos sentiments pour l’Impératrice et pour moi m’étaient déjà connus; j’en ai trouvé, dans la lettre de Votre Altesse, de nouvelles preuves, et je l’en remercie.

Saint-Cloud, 27 août 1810

A la princesse Cunégonde (sœur de l’ancien électeur de Trêves)

Je vous remercie des félicitations et des voeux que contenait la lettre que vous m’avez écrite lors de mon mariage. J’ai été sensible à cette marque de l’attachement de Votre Altesse; et elle peut compter sur les sentiments avec lesquels je prie Dieu qu’il ait Votre Altesse en sa sainte et digne garde.

Saint-Cloud, 28 aout 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, donnez les ordres les plus positifs à mes agents commerciaux de ne délivrer aucun certificat d’origine de marchandises quelconques, si les bâtiments ne sont destinés pour la France, et de n’en délivrer aucun pour l’étranger, sous quelque prétexte que ce soit. Réitérez l’instruction à mes consuls, surtout à ceux qui sont en Russie et dans le Nord, que tous certificats d’origine de mes consuls en Amérique, pour marchandises coloniales ou venant d’Angleterre, sont argués de faux, vu que les Anglais ont des fabriques publiques de ces papiers à Londres.

Saint-Cloud, 28 août 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous renvois toutes les pièces relatives à la négociation de Morlaix; je vous envoie également la note et le projet de convention ; expédiez-les demain à mon commissaire. J’en ai ôté les articles 12 et 13, qui me paraissent inutiles. Vous ferez connaître à M. de Moustier qu’il ne doit donner les bases de la convention qu’après la note. II laissera M. Mackensie faire les observations qu’il aura à faire, et, après cela, il dira qu’après avoir écouté les observa­tions il a rédigé un projet qu’il croit propre à concilier les différentes préventions.

Vous ferez connaître au sieur de Moustier que la grande quantité de prisonniers espagnols qui arrivent tous les jours, tels que la garnison de Ciudad-Rodrigo, bientôt celle d’Almeida, change à chaque instant la base d’un échange en masse; que cependant, pour ne pas être les premiers à nous désister, nous voulons encore suivre cette base dans la négociation; mais que, si le gouvernement britannique élève de nouvelles difficultés, nous nous refuserons à l’admettre, et que, si les choses traînent, nous n’admettrons l’échange que homme pour bomme et grade pour grade.

NOTE (Cette note porte les traces de nombreuses corrections de la main de l’Empereur)

Le soussigné a mis sous les yeux de son gouvernement la note et l’article additionnel que M. Mackensie lui a remis le 1er de ce mois. II est chargé d’y faire la réponse suivante :

Au lieu de proposer le principe de la libération générale des pri­sonniers de guerre des deux masses belligérantes, le gouvernement français était en droit de demander au gouvernement britannique l’échange, homme par homme et grade par grade, de tous les pri­sonniers français détenus en Angleterre, contre pareil nombre de prisonniers anglais, espagnols et portugais détenus en France, et la justice de cette proposition ne pouvait être contestée.

En effet, comment ces régiments de la Romana qui servaient en Galice lorsque le général Moore commandait les deux armées, et qui, pris en combattant pour couvrir la retraite de ce général, sauvèrent son arrière-garde, ne seraient-ils pas regardés comme ses propres prisonniers ?

Comment considérer autrement les troupes de la Cuesta qui, à la bataille de Talavera, formaient la droite de l’armée dont les Anglais formaient la gauche, et qui, après cette bataille, ont été prises sur le Tage, où elles couvraient la retraite du général Wellington ?

Comment les Espagnols de la garnison de Ciudad-Rodrigo qui défendaient cette place par ordre du même général, et qui, s’ils n’avaient suppléés dans cette défense aux troupes britanniques, en eussent laissé tomber pareil nombre au pouvoir des Français, comment ces Espagnols ne seraient-ils pas traités comme les Anglais mêmes ?

Comment les prisonniers faits sur les Portugais qui combattent mêlés dans les divisions britanniques, comment ceux faits sur les garnisons d’Almeida et de Cadix dans les sorties journalières qu’elles font avec les Anglais, ne seraient-ils pas comptés comme les prisonniers anglais ?

C’était donc le droit de la France d’exiger que ces prisonniers concourussent, homme par bomme et grade par grade, à l’échange des prisonniers français. Cette marche était la plus naturelle. Mais déjà le gouvernement britannique avait présenté des difficultés sur l’échange de 17,000 Hanovriens de la capitulation du comte de Wallmoden. On avait à discuter le rang des voyageurs anglais arrêtés en France en représailles des voyageurs français, tout aussi étrangers à la guerre, arrêtés sur l’Océan, et l’on pouvait prévoir encore d’autres incidents qui amèneraient au moins des lenteurs dans la négociation.

Un seul moyen se présentait de terminer et prévenir toute discus­sion : c’était de livrer en masse, sans petits calculs et sans autre sentiment que celui de l’humanité, tous les prisonniers qu’on avait de part et d’autre. L’idée en était grande et généreuse. Le gou­vernement français s’y arrêta, et la pensée de saisir cette occasion d’un sacrifice de ses intérêts pour faire fléchir le caractère d’exaspération qu’a pris la guerre entra pour quelque chose dans sa détermination.

Le principe de la libération générale fut donc proposé le 25 mai. L’accueil que cette communication reçut du commissaire britannique à qui elle fut remise fit espérer que la libéralité de cette proposition serait sentie et secondée en Angleterre. On pensa qu’une disposition aussi noble, dans laquelle le gouvernement français avait numériquement plus à donner qu’à recevoir, et qui, d’un seul mot, terminait les malheurs de plus de 130,000 hommes, serait adoptée avec empressement. Mais cette espérance fut bien déçue par le projet de convention que le soussigné reçut le 23 juin. Autant la proposition française était illimitée et avait le caractère de l’abandon et de la libéralité, autant le projet de convention remis en réponse portait celui du calcul et des réserves, quoiqu’il commençât par adopter le principe proposé.

Le gouvernement britannique demandait d’abord l’échange de tous les prisonniers anglais contre pareil nombre de Français; il arguait sur le nombre et les assimilations de grade, et les estimations numériques des hommes à renvoyer de part et d’autre; et, quant au surplus des prisonniers français qui resteraient en son pouvoir et des Espagnols qui resteraient à celui de la France, il s’en remettait aux invitations qui seraient faites aux juntes d’accéder à la libération, ou aux conventions qui pourraient avoir lieu à cet égard entre le gouvernement français et les juntes.

On ne s’étendra pas ici sur la réplique que le gouvernement français fit faire à cette proposition par la note que le soussigné remit à M. Mackenzie le . . . juillet. Elle faisait remarquer que l’instabilité, la faiblesse, la division des juntes et leur dépendance des volontés populaires ne permettaient pas de traiter avec elles, et qu’on ne pouvait faire dépendre le sort de plusieurs milliers de Français des décisions de pareilles assemblées. On proposait enfin de ne pas leur en déférer sur un objet aussi important pour l’humanité, lorsque le résultat auquel on aspirait ne dépendait réellement que des gouvernements français et britannique, el que le premier, sous peine de mettre dans une position désespérée plusieurs milliers de ses sujets, ne pouvait adhérer à la proposition anglaise. Le gouvernement bri­tannique parait avoir senti jusqu’à un certain point la justesse de ces observations par l’addition jointe à la dernière note de M. Mackensie; mais, au principal, ce n’en est pas moins toujours la même propo­sition, savoir : l’échange immédiat de toute la masse des prisonniers anglais contre pareil nombre de Français, la libération ou l’échange du reste des Français restant ajournée à une époque où il est proba­ble qu’il n’y aurait plus en France de prisonniers anglais.

On ne s’arrêtera pas ici sur ce qu’allègue l’Angleterre de la néces­sité de consulter, sur le terme du malheur de tant d’individus, des hommes renfermés dans une place assiégée ou ils dépendent absolument de l’Angleterre, ne subsistent et ne se défendent que par elle; mais on ne peut s’abstenir de quelque étonnement de ce que le gouvernement britannique croit avoir encore besoin de trois mois pour connaître leur pensée sur un principe qui lui a été communiqué le 25 mai et sur lequel son adhésion est parvenue en France le 22 juin.

C’est ici l’occasion de sortir de toute incertitude sur les intentions des deux gouvernements et de convenir franchement si l’on peut ou non s’entendre.

Si l’intention du gouvernement britannique est seulement de parvenir à la libération de tous les Anglais contre un nombre égal de Français, et de laisser le sort du surplus des prisonniers français à l’incertitude de l’avenir, il est impossible de traiter, parce que ce serait porter le désespoir chez les Français qui resteraient en Angleterre et leur ôter la garantie de leur délivrance, qui consiste dans la conservation en France des prisonniers anglais. Mais, si le gouver­nement britannique veut sincèrement libérer sans distinction tous les prisonniers de guerre, le but peut en être atteint immédiatement, et la libération simultanée de tous les Français et de tous les Anglais peut se concilier avec le délai de trois mois que l’Angleterre demande pour consulter les juntes.

Pour cela, l’une et l’autre puissance se renverront de part et d’autre, a raison de 3,000 Français contre 1,000 Anglais, tous les prison­niers de l’une et l’autre nation qui sont en leur pouvoir, et l’on ne considérera comme échangés définitivement qu’un nombre de Français égal à celui des Anglais renvoyés par la France; le surplus des Français renvoyés en France y sera prisonnier sur parole, et ne pourra servir qu’après échange définitif.

Les prisonniers espagnols destinés à cet échange seront tenus en France en dépôt à I’entière disposition du gouvernement britannique, pour être envoyés en Angleterre et en Espagne dès que ce gouverne­ment le voudra.

Par ce moyen, le bienfait de la libération générale atteindra en même temps tous les prisonniers Français et britanniques, et les Espagnols n’auront à l’attendre qu’autant que le voudra l’Angleterre. L’option lui est donc laissée sur tous les moyens d’appliquer le principe de la libération générale, pourvu que celle de la masse des prisonniers Français marche de front avec celle des prisonniers anglais.

L’Angleterre veut-elle une libération absolue et en masse, telle qu’elle a été proposée par le gouvernement Français ? II y consent.

Veut-elle libérer simultanément tous les Français et tous les Anglais avec limitation d’échange à des nombres égaux, et n’échanger les Espagnols que lorsqu’elle aura consulté les juntes ? Le gouvernement Français y consent.

Veut-elle un échange simultané, grade par grade, homme par homme, indistinctement entre les deux masses belligérantes ? Le gou­vernement Français ne demande pas mieux.

Enfin le gouvernement Français veut tout ce que voudra le gouver­nement britannique, pourvu que sa volonté soit avouée par la justice et la raison, seuls arbitres entre deux puissances grandes et indépendantes.

Cependant, comme la France n’a proposé le principe de la libération générale, qui lèse ses intérêts, que pour faciliter la négociation, et que, au lieu d’atteindre son but, ce principe la fait traîner en longueur en donnant lieu à des propositions qui, si elles étaient admises, aggraveraient le sort du plus grand nombre des prisonniers Français, le soussigné a ordre de déclarer à M. Mackensie que les propositions contenues dans cette note paraissent au gouvernement Français les seules que comporte la franche et juste application du principe convenu, et que, si le gouvernement britannique refuse d’y adhérer, le gouvernement Français retire la proposition qu’il a faite de ce principe et rentre dans le droit commun d’un échange d’homme par homme et grade par grade, sans distinction entre les Espagnols, Portugais, Anglais, Allemands, Français et tous alliés de la France.

Le soussigné a ordre de déclarer, en même temps, que le gouver­nement Français sera toujours dispose à s’entendre pour un échange proposé sur cette base d’homme par homme, sans distinction autre que celle des grades, ou sur la base du cartel de 1780.

Saint-Cloud, 28 août 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je reçois votre rapport sur les maisons des orphelins. Le principal est de commencer par en avoir une. Je ne pense pas qu’il convienne d’en avoir une à Paris, car, ordinairement, les établissements à Paris sont très coûteux. Cependant, si l’on devait mettre le chef-lieu à Paris, je crois qu’il faudrait le mettre au Marais, où il y a beaucoup de maisons et où l’on pourrait l’établir avec économie.

Saint-Cloud, 28 août 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, il paraît que le nombre des curés qui ont refusé de prêter le serment dans les départements de Rome et du Trasimène est de 500, et que le nombre de ceux qui font prêté est de 900. Je crois qu’on pourrait réformer ces 500 curés sans inconvénient, et que les 900 curés assermentés seront plus que suffisants.

Saint-Cloud, 28 août 1810

Au général Duroc, grand-maréchal du palais, à Paris

Monsieur le Duc de Frioul, je trouve que le décret propose par le comte Daru pour l’administration des biens de la Toscane donne trop à la grande-duchesse, et que l’organisation actuelle ne lui donne pas assez. La grande-duchesse se plaint que les payements ne peuvent se faire que par ordonnances de Paris, ce qui cause beaucoup de retard, et que le budget n’est pas aussi bien fait qu’il pourrait l’être. II fau­drait ordonner que dans le courant d’octobre l’intendant soumettra à mon approbation le budget de l’année suivante des biens qui m’appartiennent en Toscane, et il enverra ensuite à la grande-duchesse avec mes observations. L’intendant en Toscane ordonnancera, tons les mois, toutes les dépenses des gages et autres, sans avoir besoin de l’ordonnance de l’intendant général de notre maison.

Causez avec la grande-duchesse pour savoir si elle peut désirer quelque autre chose. Tout ce qu’elle pourra économiser dans le budget de la Maison ou dans l’administration des biens, je consens à le lui donner par le budget général; c’est tout ce que je puis faire.

Saint-Cloud, 29 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, envoyez à Cassel le nouveau tarif que j’ai arrêté pour les marchandises coloniales, et écrivez au sieur Reinhard pour qu’il engage le Roi à faire suivre ce même tarif par ses douanes, surtout du côté de Prusse, et à prendre toutes les mesures nécessaires pour appliquer ce tarif à toutes les denrées coloniales qu’on a fait passer par ses Etats. II faudrait faire faire la même chose en Saxe. Cela produirait de grands revenus pour ces pays. Vous aurez bien soin de faire connaître que cette mesure du tarif ne veut pas dire que les marchandises coloniales doivent entrer, mais seulement que celles qui existent soient frappées de cette contribu­tion. Faites faire la même insinuation en Prusse, en Russie. En saisissant ce moyen sur-le-champ, la Prusse gagnera bien des millions. Faites faire la même chose par le prince Primat et par tous les prin­ces de la Confédération. Je désirerais que le même jour chaque prince tarifât les marchandises coloniales dans ses Etats. Ce serait pour tous un grand avantage, et la perte retomberait partie sur le commerce anglais et partie sur les contrebandiers. II est nécessaire surtout que MM. Caulaincourt et Lesseps soient bien informés à cet égard, et qu’ils puissent éclairer le gouvernement russe; jusqu’a présent ils ont été fort peu en état de le faire.

Réitérez l’ordre que, dans toutes les places du Mecklenburg et de l’Oder, les marchandises coloniales soient confisquées.

Mandez à mes agents à Francfort, et autres villes de commerce, de vous faire connaître la quantité de marchandises coloniales qui s’y trouvent et le lieu où il faudrait les saisir.

Saint-Cloud, 29 août 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi connaître les instructions  que vous avez données à mon consul à Stettin. Je vous envoie une lettre du général Liebert avec plusieurs pièces de sa correspondance avec ce consul; vous y verrez que votre bureau du consulat ne fait pas son devoir; qu’on ne transmet aucune instruction à mes consuls; qu’ils errent et ne savent que faire. Cependant mes principes vous sont bien connus : toutes marchandises coloniales arrivant sur bâtiments américains ou autres soi-disant neutres viennent évidemment d’Angleterre, et doivent être confisquées. Mais on ne donne pas à mes consuls les instructions qu’ils réclament, et j’offre le bizarre spectacle du passage des marchandises coloniales protégées par mes consuls, à travers mes places fortes. Je vous ai admis au conseil de commerce pour que vous connaissiez bien nos principes sur ces matières. Vous devez en transmettre la connaissance à vos chefs de bureau, et ceux-ci doivent s’en servir dans toutes leurs correspondances et veiller sans cesse à ce que mes intentions soient partout suivies. Je vous prie de faire en sorte que je n’aie plus de plaintes de cette espèce à faire aux relations extérieures. Donnez des instruc­tions détaillées à vos chefs, et particulièrement à votre bureau de consulat. Je vous ai ordonné d’envoyer des instructions aux consuls, je vous réitère cet ordre. Je vous envoie un projet de circulaire.

Saint-Cloud, 29 août 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous autorise à acheter de la Banque autant d’actions que vous pourrez au prix de 1,260 francs; en calculant que juillet et août porteront 12 francs pour la valeur de l’ac­tion, ce ne serait que 1,248 francs. Vous pouvez en acheter à ce taux autant qu’il s’en présentera.

Saint-Cloud, 29 août 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous envoie un rapport du ministre de la guerre et un travail du premier inspecteur sur Cherbourg. Je désire que vous me présentiez, en conséquence, un projet de décret conformément à ce que j’ai déjà décidé. II faut qu’on puisse fortifier le port séparément de la ville, que les cales soient établies à la proximité du bassin. On placera les magasins soit dans l’intérieur, soit à l’extérieur, parce qu’en cas de siège on pourra toujours facilement retirer les bois; on en aura toujours le temps pendant que 1’ennemi prendra les forts avancés; et enfin ce serait une médiocre perte. Mais il est nécessaire que l’ennemi ne puisse ni faire sauter mes bassins, ni brûler à la main les dix-huit vaisseaux de guerre qui s’y trouveront, ni enlever les approvisionnements de fer, de canons, d’artillerie, qui seront dans mes magasins, ni faire sauter les batardeaux, voussoirs et autres ouvrages principaux, ni incendier les vaisseaux sur le chantier, etc. Far conséquent, il faut que tous ces établissements soient renfermés dans une enceinte. Tous les officiers du génie se réunissent sur l’impossibilité de fortifier une trop grande enceinte, qui exigerait un nombre trop considérable de troupes pour la garder. Je suis donc décidé à m’en tenir au plan adopte dans le dernier conseil pour l’arsenal de marine. Vous pourrez, s’il est nécessaire, appeler le général Dejean; vous pourrez aussi mettre à la suite de mon décret le croquis que j’ai fait faire par le général Bertrand, et qui doit être dans vos papiers.

Veillez bien à ce que l’ingénieur, pendant que je discute la ques­tion, n’aille pas faire de nouveaux travaux qui m’embarrassent.

Saint-Cloud, 29 août 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE

Les affaires de la famille de Fleurieu doivent être traitées de la manière suivante :

Prendre tout ce qui est intéressant pour la marine, la veuve ne pouvant être que dupe si elle traitait particulièrement.

Compter de clerc à maître avec elle, comme si M. de Fleurieu avait travaill6 pour le gouvernement, et rembourser toutes les avances qu’il a faites.

Quant à la peine qu’a prise M. de Fleurieu et à son travail person­nel, on en rendra compte à Sa Majesté, qui les appréciera.

Ainsi sa famille sera bien traitée, ses filles auront de quoi se marier, et la marine aura ce qu’il lui importe d’avoir.

Saint-Cloud, 29 août 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

La route d’Auxerre est très mauvaise. La route de Tortone à Plaisance est détestable. Les voyageurs aiment mieux emprunter le territoire du royaume d’Italie et faire 4 milles de plus pour alter à Plaisance, que de faire 4 milles de moins sans passer la frontière, mais en prenant la mauvaise route de Tortone. La route de Florence à Rome est aussi en fort mauvais état. On dit qu’on vole dans les travaux de la route de la Corniche; qu’on travaille les parties les plus faciles et qu’on laisse en arrière les plus difficiles. Il faut terminer enfin la question des routes. Les ingénieurs des départements sont chargés, en même temps, des routes et des travaux d’art. Ils ne peuvent mettre à surveiller les routes assez de temps et d’intérêt. II faut former une commission qui propose le nouveau système à adopter, soit celui des cantonniers, soit tout autre. Dans beaucoup de pays, où l’on ne tire pas vanité des routes comme on le fait en France, elles sont très bonnes, parce qu’on a un système, et nous n’en avons pas.

Saint-Cloud, 29 août 1810

Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale, à Paris

J’ai remarque dans l’état des dépôts de la police générale des articles très anciens; il faut régulariser cette comptabilité. Les espèces monnayées doivent être portées en recette extraordinaire dans votre budget et dans la situation de la caisse de la police. Les effets en bijoux d’or et d’argent, ainsi que les diamants, dont le dépôt est antérieur à l’exercice courant, doivent être convertis en espèces pour entrer également en recette. Si, malgré les longs délais qui se sont écoulés, il survenait lieu à restitution de quelques articles, les resti­tutions, faites après avoir reçu mon approbation, seraient portées en dépense.

Quant aux valeurs fausses, telles que faux billets, fausses monnaies et autres corps de délit, ces documents doivent être retirés de la caisse et mis en dépôt dans les archives de votre ministère.

A la fin de chaque année, vous suivrez cette marche en portant sur vos budgets toutes les sommes provenant des dépôts non réclamés de l’année.

Saint-Cloud, 29 août 1810

Au prince de Bénévent, vice grand électeur, à Paris

Monsieur le Prince de Bénévent, j’ai reçu votre lettre. Sa lecture m’a été pénible. Pendant que vous avez été à la tête des relations extérieures, j’ai voulu fermer les yeux sur beaucoup de choses. Je trouve donc fâcheux que vous ayez fait une démarche qui me rappelle des souvenirs que je désirais et que je désire oublier.

Saint-Cloud, 29 août 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’apprends avec plaisir que vous allez mettre à l’eau un vaisseau de 74; mais je ne vois pas que vous mettiez en construction des vaisseaux de 80. Cependant vous en sentez l’importance; il vous faut une division de quatre ou cinq vaisseaux de guerre et de trois ou quatre frégates. Quand vous aurez cette division, vous serez beaucoup plus fort que la marine de Sicile, et vous commencerez à prendre rang parmi les puissances maritimes.

Saint-Cloud, 29 août 1810

A Alexandre Ier, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, le prince Alexis Kourakine partant pour se rendre auprès de Votre Majesté Impériale, je ne veux pas laisser passer cette occasion sans lui réitérer tous mes sentiments. Ceux que je porte à Votre Majesté, comme les considérations politiques de mon Empire, me font désirer chaque jour davantage la continuation et la permanence de l’alliance que nous avons contractée. De mon côté, elle est à l’épreuve de tout changement et de tout évènement. J’ai parlé franchement au prince Alexis Kourakine sur plusieurs questions de détail. Mais je prie Votre Majesté de lui accorder surtout confiance lorsqu’il lui parlera de mon amitié pour elle et de mon désir de voir éternelle l’alliance qui nous lie.

Saint-Cloud, 30 avril 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

Le ministre des finances invitera la section de l’intérieur du conseil hollandais à faire un projet de division du territoire, en portant la frontière orientale jusqu’à l’Ems. Wesel ferait aussi partie de la Hollande. La frontière suivrait le Rhin jusqu’à Wesel; elle remonterait la Lippe jusqu’à Munster, et de là suivrait l’Ems jusqu’à l’endroit où cette rivière entre dans l’Ost-Frise. Cette ligne serait la ligne réelle des douanes. On pourrait joindre à cette ligne celle du grand-duché de Berg, et ce qui resterait du pays d’Arenberg, qui serait onéré par une simple ligne de douanes. Il faut examiner quelle serait, dans ce plan, la partie du territoire qu’il y aurait à ajouter à la Hol­lande, et l’indemnité en rentes qu’on serait dans le cas de donner au prince d’Arenberg et aux princes de Salm, auxquels il parait que la portion dont il s’agit appartient. Cette opération, ne fut-elle point exécutée, mais étant prévue pour l’avenir, permettrait de former en Hollande neuf départements.

Saint-Cloud, 30 août 1810

NOTE SUR LA CORSE, DICTÉE EN CONSEIL DADMINISTRATION DES FINANCES.

Sa Majesté fait les observations suivantes :

Les douanes sont supprimées.

Quant à l’enregistrement, il serait nécessaire d’avoir en détail ce que rapporte chacun des droits qui le composent, et les dépenses de chaque perception. Suivant les états, il rend 180,000 francs de produit brut, et il coûte 109,000 francs. Il convient de chercher, par une organisation à part, le moyen d’obtenir le même produit avec une dépense annuelle de 18 à 20,000 francs pour les frais de perception.

Les postes coûtent plus qu’elles ne rapportent. Leur produit brut est de 35,000 francs. Il convient qu’à dater de 1811 elles ne coûtent que 35,000 francs. On ne voit pas qu’elles soient un sujet de dépense. Autrefois elles donnaient un produit net.

Quant aux forêts, il est aussi nécessaire d’avoir plus de détails. Il parait facile de diminuer les dépenses.

Si l’on ne peut parvenir à réduire les frais de l’enregistrement, comme on se le propose, on serait obligé de supprimer l’enregistrement, en conservant seulement le papier timbre et les droits de greffe, dont il parait qu’on peut tirer parti en les faisant percevoir par les agents des tribunaux.

On supprimerait aussi les droits réunis. Cette suppression avec celle de l’enregistrement ferait une somme d’environ 260,000 francs, qui pourrait être couverte, du moins en partie, par une augmenta­tion, soit sur la contribution foncière, soit sur la contribution personnelle, soit sur toute autre contribution. Le ministre fera, jeudi prochain, un rapport sur cet objet.

En général, la Corse doit rapporter 600,000 francs. On voit dans les comptes de M. Necker qu’elle rapportait 550,000 francs. Est-ce brut ? Est-ce net ?

La somme de 600,000 francs que rapporterait la Corse serait affectée à ses dépenses, qui ne doivent pas aller au delà, la défense du pays non comprise. Pour cela, il faut régler les dépenses avec soin, faire connaître ce que la Corse a produit et ce qu’elle a dépensé en 1807, 1808, 1809; donner les détails des dépenses de l’intérieur; savoir comment elles s’élèvent à 600,000 francs, et quelles mesures on peut prendre pour les réduire.

Il faut aussi donner à la Corse tous les privilèges de douanes pos­sibles pour l’introduction des denrées de son cru en France. La France est l’Europe pour elle, puisque Marseille, Gênes et Livourne sont français. Si l’on ne peut pas entrer des denrées sans payer les droits, ou avec quelques avantages notables, elle ne pourra s’en dédommager en les portant ailleurs. II ne parait pas que ces avantages puissent avoir de l’inconvénient, puisque la Corse ne produit aucune denrée du genre des denrées coloniales, et que ses productions ordinaires sont des huiles, des vins, des bois de chauffage, de la cire, du miel, des raisins secs, des peaux de chèvre, etc.

Saint-Cloud, 31 août 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Venise

Mon Fils, aussitôt qu’on a connu à Gênes mon dernier tarif sur les denrées coloniales, les négociants de ces pays ont envoyé toutes leurs marchandises en Italie Mais, si vous avez mis à exécution mon décret, quand vous l’aurez reçu, vous leur aurez fait payer les mêmes droits dans mon royaume d’Italie. Ainsi il n’y aura eu à cela aucun mal.

On dit que la récolte en Italie est mauvaise ; veillez à ce qu’on n’exporte pas trop de blé et à ce qu’on ne nous mette pas dans l’embarras.

1 – 15 septembre 1810.

Saint-Cloud, 1er septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites connaître au ministre de Dane­mark tout ce qui est relatif aux licences que j’ai accordées pour l’ex­portation des denrées d’Allemagne et des villes hanséatiques, licences que je n’ai accordées qu’avec la condition que les bâtiments qui en seraient porteurs n’importeraient rien d’Angleterre, mais serviraient seulement à exporter des blés et des produits du sol de l’Allemagne, et reviendraient sur leur lest en France pour y prendre des marchan­dises françaises et les exporter dans le Nord. Dites bien que mes décrets de Berlin et de Milan ne sont pas rapportés; que tous les rai­sonnements des journaux anglais et toute assurance qu’on donnerait là-dessus sont faux; que j’ai dit que je rapporterais au mois de novembre mes décrets si l’Angleterre renonçait à ses arrêts du conseil et à son système de blocus, mais qu’il ne paraît pas que l’Angleterre soit disposée à devenir juste.

Saint-Cloud, 2 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites connaître au duc de Raguse que tous les bâtiments chargés de marchandises coloniales sont de bonne prise, soit qu’elles vien­nent sur bâtiments ottomans, soit américains ou autres; que j’ap­prends qu’on en souffre à Trieste; que les certificats d’origine ne servent de rien, qu’ils sont tous faux.

Écrivez la même chose au maréchal Pérignon et au chef d’état-major à Naples. Faites-leur bien comprendre que nous faisons par là une guerre ruineuse au commerce anglais; que nous y réussissons partout; ce qui produit déjà beaucoup de tort en Angleterre.

Je désire que vous demandiez aux ministres de l’intérieur et des finances des connaissances sur cette matière, et que vous en fassiez l’objet d’une circulaire à mes généraux en pays étrangers. Je désire même que les commandants d’armes vous envoient un bulletin des bâtiments et marchandises qui entrent et qui sortent de leurs places. Cela me servira ici à contrôler les douanes. J’ai besoin surtout de savoir ce qui se passe à Venise, Ancône, Trieste, Naples. Après avoir recueilli toutes les lumières sur cette matière, formez votre corres­pondance pour pouvoir m’instruire sûrement et promptement.

Saint-Cloud, 3 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 29. J’entends beaucoup de personnes se récrier sur la destination de l’Ulysse pour les Indes. On me présente la construction de ce vaisseau comme ancienne et tellement vicieuse que son armement n’offrirait aucune chance de succès. Je désire avoir un rapport là-dessus. Dans tous les cas, je désire qu’il aille armé en guerre, c’est-à-dire avec tous ses canons.

Si l’Ulysse doit partir, je désire qu’une expédition composée de l’Ulysse et d’une frégate parte, et, quelque temps après, une autre expédition composée de deux frégates. Si l’Ulysse ne doit pas partir, je désire que les trois frégates partent à la fois. En substituant du charbon au bois, du riz à la farine, en remplaçant une partie du vin par de l’eau-de-vie, l’Ulysse doit porter 1,000 hommes, dont 350 ma­telots et 650 hommes de troupes. Les frégates doivent porter 500 hommes, dont 200 matelots et 300 hommes de troupes. Si l’Ulysse part, les deux expéditions porteront 950 hommes de troupes et 550 matelots, ce qui fera 1,500 hommes. Si l’Ulysse ne peut pas partir, les frégates porteront 800 hommes, dont 500 hommes de troupes et 300 matelots; elles compléteront leurs équipages aux colonies, où elles prendront l’équipage de l’Ulysse s’il part pour aller en croisière.

Je tiens à l’expédition de Rochefort, et je désire que le Tourville soit armé en guerre. Je pense qu’il doit pouvoir porter 1,000 hommes dont 350 matelots et 650 hommes de troupes, et qu’il doit partir avec deux frégates, ce qui ferait pour les trois bâtiments 1,500 hom­mes. Comme le Tourville est destiné à rester à l’Ile de France, son équipage servira à compléter ceux des deux frégates. Par ce moyen il y aura 5 bonnes frégates en croisière aux Indes.

Mon intention est que la flûte la Revanche soit armée de caronades de 36 et de quelques pièces de 12, de manière à être plus forte qu’un brick ou une corvette. Elle pourra porter 400 hommes de troupes; elle partira avec la frégate la Pregel; ce qui fera une troisième expédition, qui portera de 4 à 600 hommes.

Vous ferez partir de Nantes une quatrième expédition (la Nymphe et la Méduse), qui serait destinée en droite ligne pour Batavia.

Une des frégates de Rochefort ferait une cinquième expédition, qui serait destinée également en droite ligne pour Batavia.

La Sapho, de Bordeaux, formerait une sixième expédition, des­tinée en droite ligne pour l’île de France.

La Coquille, corvette de Bayonne, formerait une septième expédi­tion ; elle partirait en compagnie de la Panthère ou d’une grosse gabare chargée de ce qui pourrait être nécessaire pour Batavia.

Résumé. — Je vais raisonner dans l’hypothèse que l’Ulysse ne puisse pas partir.

Une expédition partant de Brest et portant 900 hommes pour l’Ile de France avec de la poudre, du plomb et des fusils; une deuxième expédition pour l’Île de France, composée d’un vaisseau et de deux frégates de Rochefort, portant 1,100 hommes avec des fusils et des munitions; une troisième expédition, de Saint-Malo pour Batavia, composée d’une flûte et d’une frégate, portant de 4 à 600 hommes; une quatrième, de deux frégates partant de Nantes, portant de 4 à 600 hommes pour Batavia; une cinquième expédition, de Rochefort, portant 200 hommes pour Batavia, ce qui ferait 1,000 hommes de renfort à la colonie de Batavia ; une corvette, de Bordeaux, pour l’Île de France; une corvette et flûte, de Bayonne pour Batavia, portant des hommes et des fusils; ce qui ferait un total, pour les Indes, de 3 à 4,000 hommes de renfort avec des fusils et des munitions.

Je désire connaître le lieu où doit se rendre chaque expédition des­tinée pour Batavia et l’Île de France, selon les circonstances qui peuvent survenir; j’y désire employer des officiers hollandais qui connaissent Batavia et les Indes, et surtout qu’il y ait des lettres pour Batavia; que tout soit organisé de manière qu’elles puissent détruire les établissements de l’île de Rodriguez, et mouiller aux Iles de France et de la Réunion et dans les petites îles, ou à Madagascar, pour y rafraîchir leur eau. Si l’Île de France était prise, toutes les expéditions se rendraient à Batavia; de sorte que, si elles réussissent et que l’Île de France soit prise, ce sera 3,000 hommes à Batavia; si l’Île de France n’est pas prise, ce sera 2,000 à l’Île de France et  1,000 pour Batavia. Il faut faire un projet d’aménagement pour les vaisseaux qui iront aux Indes, pour en ôter tout encombrement.

Faites de manière que ces expéditions ne s’engagent ni à l’Île de France ni à Batavia sans être bien sûres de la situation des choses. Il parait qu’à Batavia on a besoin d’officiers pour mettre à la tête des troupes du pays. Il me semble qu’il faut avoir soin de pourvoir à cela.

Saint-Cloud, 2 septembre 1810

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, prince d’Eckmühl

Commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, j’ai vu avec plaisir, dans la correspondance du ministre de la guerre, qu’on a saisi dans le Mecklenburg douze bâtiments chargés de marchandises coloniales. Donnez ordre qu’elles soient toutes confisquées et envoyées à Cologne, où elles seront vendues.

Je vous prie de prendre des informations sûres pour m’éclairer sur ce qui se passe à Hambourg, entre autres choses sur ce que fait le sieur Bourrienne, qu’on soupçonne de faire une immense fortune en contrevenant à mes ordres. Y a-t-il des magasins de marchandises coloniales à Hambourg, et en quelle quantité ? Y en a-t-il dans le Mecklenburg ? La contrebande continue-t-elle aux embouchures de l’Elbe et du Weser ? N’y a-t-il pas une ligne de douanes qui empêche de venir du Holstein ? Y a-t-il des troupes aux portes de Lubeck, et des mesures ont-elles été prises pour confisquer les marchandises colo­niales ? Même chose pour la Poméranie suédoise. Partez du principe que toute marchandise coloniale, soit qu’elle vienne sur bâtiments américains, danois, suédois, russes, soit qu’elle soit accompagnée de certificats d’origine, est de bonne prise. Les certificats d’origine ne signifient rien, même ceux de mes consuls, parce que mes consuls ont défense d’en donner et n’en donnent pas, et que tous les certifi­cats sont faux et de fabrique.

Donnez des ordres en conséquence au général Compans et aux généraux qui sont dans le Nord. Faites envoyer, s’il est nécessaire, des détachements de cavalerie, des officiers d’état-major. Prescrivez qu’à Stettin, à Kûstrin, à Glogau, on ne souffre le passage d’aucune marchandise coloniale; que toutes celles qui tenteraient de passer soient confisquées, et qu’il vous en soit sur-le-champ rendu compte. Occupez-vous spécialement de cela. Envoyez des agents dans le pays d’Oldenburg, dans le Mecklenburg, aux embouchures de l’Elbe et du Weser, et dans les places de l’Oder, aux frontières du Holstein.

Comme Danzig est dans votre commandement, envoyez-y un offi­cier avec une lettre pour le général Rapp. Vous lui  la plus grande vigilance, de ne pas souffrir la corruption, car tout le monde reçoit de l’argent, qu’il ait une surveillance sévère là-dessus; que de recevoir de l’argent là, c’est comme si l’on en recevait devant l’ennemi ; que c’est donc me trahir, puisque la guerre qu’on fait au commerce anglais, c’est la plus funeste qu’on puisse faire à l’Angle­terre, et qu’il en résulte déjà un tort immense pour elle.

L’officier que vous enverrez ira voir ce qui se passe à Kœnigsberg et à Elbing et vous remettra un mémoire détaillé.

Saint-Cloud, 2 septembre 1810

DÉCISION.

Sire, Votre Majesté sait qu’il existe      à Saardam une cabane qui fut habitée pendant deux ans par Pierre le Grand. Le roi Louis avait annoncé  l’intention de l’acquérir pour en assurer la conservatîon, mais cette idée n’a eu ancune suite.

La cabane du czar Pierre est construite en planches ; elle se compose de deux chambres; elle n’est isolée que de trois côtés; par le quatrième elle touche à une autre maison; un très-petit ter­rain en dépend.

S’il entrait dans les intentions de Votre Majesté d’acquérir cette cabane, il parait qu’on pourrait l’acheter pour deux on trois mille florins.

Je suis, etc.

Daru

Renvoyé à M. le comte Daru. Je n’attache aucune importance  à cela.

NAPOLEON

Amsterdam, le 28 août 1810

DECRET.

Palais de Saint-Cloud, 2 septembre 1810.

Article premier. — II est accordé à la dame veuve Mallard, nour­rice de Louis XVI, une pension annuelle et viagère de douze cents francs.

Art. 2. — Cette pension sera payée par semestre, à dater du 1er juillet dernier.

Art. 3. — Nos ministres des finances et dutrésor public sont chargés de l’exécution du présent décret.

Napoléon.

Palais de Saint-Cloud.

2 septembre 1810

DÉCRET.

Article premier. — Il est accordé à la dame veuve Laurent, nour­rice de la fille de Louis XVI, une pension de douze cents francs, pour en jouir sa vie durant.

Art. 2. — Ladite pension sera payée à domicile, par semestre, à dater du 1er juillet dernier.

Art. 3. — Nos ministres des finances et du trésor public sont cbargésde l’exécution do présent décret.

Napoléon.

Sant-Cloud, 3 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, le 9e corps de l’armée d’Espagne sera composé de deux divisions : la le commandée par le général de division Claparède; la 2e par le général Conroux, qui est inutile en Catalogne. Le général Couin commandera l’artillerie, le colonel de Breuille le génie ; le général de brigade Fournier commandera toute la cavalerie; le général de brigade Gérard sera employé dans une de ces divisions; le général Duppelin, ancien colonel du 85e, recevra ordre de se rendre à la division Friant. Proposez-moi un autre général de brigade à sa place.

Je n’approuve point que les pièces de 12 soient remplacées par des pièces de 8; ce sont des pièces de 12 que je veux; elles sont plus utiles en Espagne qu’ailleurs, parce qu’elles peuvent servir contre un couvent, on pour ouvrir l’enceinte d’une petite ville. Il y a beaucoup de pièces de 12 à Burgos; en donnant au général Drouet des canonniers, des chevaux, des munitions, il pourra prendre là des pièces de 12.

Tirer les compagnies d’artillerie de Boulogne, c’est trop loin ; n’en avez-vous pas à Toulouse, aux îles de Ré et d*Oléron ?

J’approuve que vous envoyiez quelques officiers du génie hol­landais.

Je ne veux point du train de l’armée du Nord pour Bayonne, c’est le tirer de trop loin.

Retenez 300 chevaux sur le train qui devait aller à Seville.

Je trouve que la 5e compagnie du 2e bataillon de mineurs et la 5e compagnie du 1er bataillon de sapeurs, que vous tirez d’Alexandrie, viennent de trop loin ; prenez-les plus près que cela.

Il est nécessaire d’avoir à la suite du corps d’armée quelques cais­sons d’outils du génie; tout cela doit se trouver à Metz.

Saint-Cloud, 3 septembre 1810

Au prince Lebrun, lieutenant général de l’empereur en Hollande, à Amsterdam

Je suis fàcbé que vous donniez à la terre les vélites que j’ai desti­nés à la marine. Je n’ai pas besoin de recruter la terre, mais j’ai besoin d’hommes pour la marine. Je désire donc que les 250 vélites que vous avez donnés à la terre soient mis à la disposition de la ma­rine. En Hollande tout le monde est marin, et des jeunes gens de vingt à vingt-cinq ans y sont aussi propres que d’autres à servir sur les vaisseaux.

Saint-Cloud, 5 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-joint un autre projet de circulaire (les projets de circulaire dont il est question dans cette lettre n’ont pas été retrouvés) pour l’envoi du nouveau tarif. La lettre est adressée au duc de Vicence; vous y ferez les modifications néces­saires pour les autres puissances. Pour la Prusse vous demanderez que le tarif soit adopté, du moins pour les sucres, cafés et cotons d’Amérique, et pour les bois de teinture. Par ce moyen la Prusse se fera des ressources considérables ; ces denrées seront maintenues à un prix élevé, et cela établira une égalité de système sur le continent. Demandez la même cbose en Saxe, en Westphalie, dans le Mecklenburg, en Danemark, en Suisse, à Naples, en Bavière, dans le Wur­temberg et à tous les autres princes d’Allemagne. Recommandez à tous mes agents de bien faire connaître ces principes et d’en deman­der l’application avec plus ou moins de modifications selon les pays.

Je vous renvoie sous le n° 2 la circulaire relative aux Français employés au service étranger; je n’y ai fait aucun changement.

J’ai fait faire à la circulaire n° 3 des corrections qui sont copiées en marge. J’en ai fait faire également au projet de note pour la Porte.

Saiat-Cloud, 5 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

L’Empereur désire que le ministre lui présente un décret général sur l’établissement des consuls. Il n’a besoin en Amérique que d’un consul général et de deux ou trois consuls pour les permis. 1l n’en a besoin pour le Levant que dans les ports où il veut autoriser le com­merce. Il veut en avoir dans le Mecklenburg, les États prussiens, le Holstein, le Danemark, la Suède, la Russie, et en général dans toute la Baltique. Ils doivent être placés de manière à former une chaîne de sentinelles qui instruisent de tout ce qu’il peut être impor­tant de savoir. Il faut coordonner les consuls généraux, consuls et vice-consuls, de manière que ce service soit complet sans coûter plus d’argent. On placera tous les consuls qui peuvent servir, et l’on donnera des retraites aux autres.

Sainl-Cloud, 5 septembre 1810

NOTES POUR LES MINISTRES DES FINANCES ET DE L’INTÉRIEUR.

Le ministre des finances enverra au ministre de l’intérieur des exemplaires du projet de règlement sur les douanes des provinces illyriennes. On rapportera à ce projet les observations des chambres de commerce.

Les douanes des provinces illyriennes doivent être considérées sous trois points de vue : 1° comme produit de ces provinces, 2° comme moyen de communication entre la France et la Turquie et entre la Turquie et la France, 3° comme moyen de communication entre la mer et l’Autriche.

Les a-t-on considérées dans le projet de règlement sous ces trois rapports ?

Sous le premier, ce serait une erreur de croire qu’un tarif élevé donne un grand revenu, puisque plus le tarif sera haut et moins il y aura de commerce. On doit donc concevoir un tarif modéré qui, en multipliant les affaires, multiplie le produit.

Il faut régler le transit de Gènes, Turin et Livourne par le royaume d’Italie. Il faut qu’il ne coûte presque rien.

On doit établir le transit par l’lllyrie jusqu’à Laybach ou à la Save. On aura alors la communication avec la Turquie et la mer Noire, où l’on pourra envoyer des marchandises, et d’où l’on pourra en rece­voir. Aujourd’hui ce commerce se fait par Vienne. Gènes doit être considérée comme le vrai point de départ de ce transit. On commu­nique de la France à Gènes par le cabotage; de Gênes à Alexandrie ou à Casatisma, il n’y a que trois journées de transport par terre; de Casatisma les marchandises vont par le Pô à Ponte di Lagoscuro; de là à Trieste par un cabotage facile. De Trieste les marchandises vont à Laybach, où elles s’embarquent sur la Save et vont dans la Servie, la Dalmatie, la Bosnie, l’Albanie, la Turquie, etc. Le retour se fait de même par le Danube, la Save, Trieste, etc. Ce commerce est plus direct et doit être plus court, plus sûr et moins cher que celui qui se fait par Vienne, en donnant à nos négociants l’habitude d’aller à Triesle, ils finiront par approvisionner nou-seulement la Turquie, mais aussi la Styrie, l’Autriche, la Hongrie.

Il faut donc examiner si un bâtiment français qui s’embarquerait sur le Pô et qui irait rompre charge à Ponte di Lagoscuro pourrait entrer et sortir sans payer les douanes. Il faut aussi que les douanes d’Illyrie ne fassent rien payer aux marchandises qui iraient s’embar­quer sur la Save pour la Turquie, la Bosnie, etc.

Une fois la route tracée pour parvenir en Illyrie, il faut connaître quelles sont les marchandises qui peuvent être en concurrence avec les nôtres, afin de les gêner. Nos draps, nos soieries, nos étoffes de toute espèce vont à Milan, à Florence, à Naples par terre. Toutes ces marchandises auront très-peu de frais à faire pour aller à Trieste, et de Trieste approvisionner l’Illyrie, l’Allemagne, la Turquie. Cette route facile présente tous les avantages imaginables, mais le commerce ne la prendra pas si on ne l’aide et l’éclaire.

Quant au troisième point de vue relatif à l’approvisionnement de l’Autriche par mer, cette question est réglée par le dernier traité, dont le ministre des relations extérieures donnera communication au ministre de l’intérieur. En général, nous avons un grand intérêt à tenir le plus haut possible le transit jusqu’à la ligne de concurrence par les autres frontières.

Après avoir traité la question sous ces trois points de vue, il faut indiquer les objets que le commerce français doit envoyer à Trieste pour approvisionner les provinces d’Illyrie et, par suite, l’Autriche et la Hongrie, la Bosnie, l’Albanie, la Servie, et s’introduire jusque dans l’intérieur de la Turquie. Il est donc convenable que le transit pour l’aller et le retour soit permis par le royaume d’Italie en plusieurs sens.

La question du transit d’Italie conduit à examiner celle du transit de Cività-Vecchia et de Livourne sur Ancône. D’Ancône à Raguse le passage offre des chances raisonnables, puisqu’on peut le faire en deux nuits et que tous les ports sont à nous. La Méditerranée peut donc communiquer facilement avec Raguse, Cattaro et les autres ports d’Illyrie, soit par Gènes et le Pô, soit par Cività-Vecchia et Livourne par terre sur Ancône.

Sainl-Cloud, 5 septembre 1810

NOTE POUR LE MIMSTRE DE l’INTÉRIEUR

L’Empereur désire que le ministre de l’intérieur s’occupe avec toute l’activité possible du travail relatif aux prisons. La question a été si longtemps débattue, que les personnes qui s’en occupent doivent avoir, sur cette matière, des idées claires et toutes formées.

L’Assemblée constituante avait établi une base, qui fut générale­ment approuvée. Qu’a-t-elle proposé ? Que convient-il d’adopter dans son système ? Que convient-il de rejeter ou de modifier ? C’est ce qu’il faut examiner.

Au reste, le but qu’on se propose, c’est que les prisonniers soient bien, que les prisons soient salubres, que les prévenus ne soient pas confondus avec les condamnés, etc. Quant à l’exécution, il parait convenable d’adopter la même marche que pour les dépôts de men­dicité. L’Empereur affectera à la dépense une forte portion des fonds des communes qui sont à la caisse  d’amortissement ; les départements fourniront le reste.

L’Empereur désire que le ministre de l’intérieur lui présente le travail général mercredi prochain, et y joigne le travail particulier pour la constitution des prisons d’un ou de plusieurs départements.

Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, mon intention est de porter les fron­tières de Hollande sur l’Ems, de venir ensuite sur la Lippe et de descendre cette rivière jusqu’à Wesel. Cette nouvelle limite va com­prendre des pays qui appartiennent au grand-duché de Berg et aux princes d’Arenberg, de Bentheim et de Salm. Concertez avec les agents que ces princes ont à Paris les mesures à prendre pour les indemniser, et faites-moi un rapport.

Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relatins extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le rapport de la commission du Valais. Je désire qu’elle s’engage dans toutes les dis­cussions sur la situation du pays et sur toutes les questions relatives à ce qu’il y a à faire pour concilier les intérêts de la France et de l’Italie avec son indépendance, surtout pour former la fusion des deux parties du Valais, pour donner le plus d’influence qu’il sera possible au bas Valais sur le haut, et pour détruire entièrement l’in­fluence du clergé; et pour tout ce qui est relatif à l’organisation de la justice, aux impositions et à l’administration publique. Selon les résultats que vous me présenterez, je verrai ce qu’il me sera possible de faire.

Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous prie de vous faire rendre compte de la quantité de mar­chandises coloniales qui ont été séquestrées à Emden. Il me semble que l’Ost-Frise fait exception, et que le tarif de 50 pour 100 ne doit pas être applicable à cette province, car l’Ost-Frise n’est pas la Hol­lande, et j’ai des renseignements certains qui me font savoir que la plus grande partie des marchandises d’Emden y sont en dépôt pour le compte de négociants anglais. Ces gens-là feraient un gain considérable si l’on admettait leurs marchandises au même taux que les marchandises de Hollande. Faites-moi un rapport là-dessus.

Saint-Cloud, 6 septembre 1810

Au prince Lebrun, duc de Plaisance, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Je pense à envoyer force secours à Batavia de mes ports de Bre­tagne et de Poitou. Je désire envoyer à Batavia des troupes hollan­daises, à cause de la langue et parce qu’elles sont plus accoutumées au pays. Je désirerais donc former un petit bataillon qui serait des­tiné pour s’embarquer à Saint-Malo, composé de quatre compagnies de 120 hommes chacune. Vous ferez prendre des officiers de bonne volonté. On nommera pour commandants des hommes sûrs et qui, s’il est possible, aient des relations dans le pays.

On ferait un second bataillon pour Nantes. Le lieu d’embarquement n’est que pour vous; il ne faut pas que cela se sache. J’ai pris un décret qui vous parviendra par le ministre de la guerre. Ce sera autant de temps de gagné. Vous ferez réunir sans délai ces bataillons à Bois-le-Duc. Vous n’avez pas un moment à perdre.

Saint-Cloud, 6 septembre 1810

Au prince Lebrun, duc de Plaisance, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Je vous envoie une note du ministre de la marine et des pièces relatives à l’île de Java. Envoyez-moi les chartes de Schimmelpenninck, la correspondance du général Daëndels, l’état de ce qu’il demande et tous les renseignements sur les besoins de la colonie qu’on aura à Amsterdam ; la note des jurisconsultes et officiers que l’on pourrait y envoyer. J’ai l’intention de faire partir un grand nombre de frégates pour cette colonie.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A la princesse de Ponte-Corvo, à Paris

Ma Cousine, je reçois votre lettre du 4 septembre. Vous devez être persuadée depuis longtemps de l’intérêt que je porte à votre famille. Je ne doute pas que les bons sentiments que vous inspirés à votre fils ne le rendent digne des hautes destinées auiquelles il est appelé.

 

Saint-Cloud, 6 septembre 1810

A Charles XIII, roi de Suède, à Stockholm

Monsieur mon Frère, le comte de Rosen m’a remis votre lettre datée du 21 août. Votre Majesté me fait connaître que la diète a nommé le prince de Ponte-Corvo prince royal de Suède, et elle me demande que je lui permette d’accepter. J’étais peu préparé à cette nouvelle, puisque Votre Majesté m’avait fait connaître qu’elle voulait proposer et faire élire un frère du dernier prince royal. J’ai cepen­dant apprécié les sentiments qui ont porté la nation suédoise à donner cette preuve d’estime à mon peuple et à mon armée. J’autorise le prince de Ponte-Corvo à accepter le trône où l’appelle le vœu réuni de Votre Majesté et des Suédois. Les sentiments que je porte à Votre Majesté et à la Suède me font renouveler mes vœux pour son bonheur et pour sa tranquillité.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 1 septembre 1810, une heure du matin

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie l’original de la lettre du roi de Suède et une copie de ma réponse, que je signerai demain à mon lever. Vous devez envoyer cette lettre en original et ma réponse au duc de Vicence. Quand le duc de Vicence les aura bien montrées à Romanzof et à d’autres, qu’il en aura même laissé prendre des copies, il vous les renverra. Vous écrirez au duc de Vicence que je ne suis pour rien dans tout cela, que je n’ai pu résister à un vœu unanime ; que j’avais désiré voir nommer le prince d’Augustembourg ou le roi de Danemark. Vous appuierez sur ce que cela est l’exacte vérité ; qu’il doit donc le déclarer d’un ton noble et sincère sans y revenir; que si l’on élevait quelque doute, il doit continuer à tenir le même langage, car cela est vrai, et qu’on doit toujours soutenir la vérité. Vous ajouterez que, loin de vouloir prendre la moindre part à tout cela, ayant appris que le sieur Désaugiers se mêlait trop ouvertement de l’élection et donnait des conseils à droite et à gauche, je l’ai rappelé. Le duc de Vicence assurera du reste que le prince de Ponte-Corvo est déjà âgé et ne désire que vivre tranquille ; qu’il ne s’occupera que de comprimer l’anarchie qui désole ce pays, et que je ne pense pas que ce doive être un sujet d’inquiétude pour la Russie. Expédiez sans délai votre courrier au duc de Vicence; vous n’avez plus besoin de moi pour cela.

3)« Sa Majesté, étant couchée, a ordonné que cette lettre partit sans signature. » Méneval.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces espagnoles avec six observations pour vous servir de base. Je vous expliquerai de vive voix plus en détail mes intentions. Mais ce qui me parait impor­tant, c’est que vous meniez la négociation doucement. Vous devez déclarer net d’abord mon sentiment sur la convention de Bayonne, ensuite sur le Portugal, enfin sur ce que me coûte ce pays ; les laisser réfléchir sur cela ; et ce n’est qu’au bout de quelques jours que vous leur ferez connaître que je veux la rive gauche de l’Èbre pour indem­nité de l’argent et de tout ce que me coûte l’Espagne jusqu’à cette heure. Je crois que, comme dans toutes les négociations, il ne faut pas se montrer pressé.

Il est convenable que vous fassiez bien comprendre à ces ministres qu’ils nous font beaucoup de tort et se rendent ridicules aux yeux de TEurope par leurs dépêches qui sont toutes dans les journaux anglais ; qu’ils peuvent écrire tout ce qu’ils veulent, mais qu’ils doivent écrire en chiffre.

Napoléon.

P. S. Je ne réponds pas à votre projet de traité avec l’Espagne. Il faut voir avant ce que diront les ministres espagnols et ce qui résultera de leur conversation.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur les avances faites à la Russie. L’état me paraît incomplet ; faites-le re­faire article par article. On n’a pas seulement fourni la solde aux Russes, mais aussi le pain et tout ce qui rentre dans l’administration de la guerre. Je ne vois pas dans cet état les avances faites aux troupes revenues de Corfou; cet état ne comprend donc pas tout ce qui a été fourni. Il faut le faire plus détaillé.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire de faire une circu­laire à mes ministres et agents à l’étranger sur l’élection du prince de Ponte-Corvo, pour qu’ils fassent sentir que je n’y suis pour rien, que c’est la volonté de la nation qui a tout fait, et pour qu’ils démentent tous ces bruits d’argent que j’aurais donné, etc.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Chamapgny, duc de Dadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il faut me faire connaître où nous en sommes pour les affaires du Hanovre avec la Westphalie. La cession est-elle consommée ? N’ai-je pas encore quelque acte à ratifier; pour­quoi ne l’est-il pas ? Quelles sont les prétentions du Roi, soit sur la solde, soit sur les domaines impériaux ? Proposez-moi les moyens de lever tous les obstacles.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites faire des démarches en Prusse pour que cette puissance mette un droit sur le transit des marchandises coloniales entre elle et la Russie.

Envoyez la lettre du consul de Memel au duc de Vicence, pour qu’il fasse voir de quelle manière on suit en Russie le système de confiscation des marchandises anglaises.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur les discussions entre Bade et Wurtemberg. Je ne puis prendre une décision, parce que les prétentions des deux parties n’y sont pas expri­mées. Lorsque je connaîtrai la nature des prétentions de part et d’autre, que je saurai ce que voudrait donner le roi de Wurtemberg, ce que voudrait avoir le grand-duc de Bade, alors je pourrai décider entre les deux.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Témoignez mon mécontentement au général Marmont de ce qu’il a laissé partir les bâtiments ottomans qui étaient entrés dans les provinces illyriennes. J’avais ordonné qu’ils fussent séquestrés et qu’il m’en fût référé, me réservant seul de statuer sur ceux qui devaient être libérés et ceux qui devaient être confisqués.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous envoie une note sur la contrebande dans le voisinage du Rhin. Il parait que la contrebande trouve à Mayence un débouché facile, tandis que le service se fait rigoureusement à Trêves. Il fau­drait envoyer des agents secrets des douanes à Düsseldorf, à Franc­fort et sur la frontière, pour avoir une connaissance parfaite de ces dépots de marchandises anglaises, parce que je pourrai bien les faire enlever un jour à la fois dans toutes ces villes.

 

Saint-Clond, 9 septembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances à Paris

Je vous envoie l’état des certificats d’origine délivrés par mon consul à Milan depuis le 1er janvier. Je vois qu’il arrive des cotons venant soi-disant du Levant par l’Italie. Présentez-moi demain au conseil du commerce un décret pour confisquer, séquestrer ces mar­chandises, à moins qu’elles ne viennent par l’Illyrie, la Save et la Bosnie; mais celles prétendues débarquées à Ancône et Venise, je ne les admettrai point. Je désire appliquer la même mesure aux cotons du Levant venant par le royaume de Naples. Je ne veux rece­voir aucunes denrées coloniales ni de Naples ni d’Italie; elles doivent venir dans mes ports directement. Je ne recevrai de Naples, par le cabotage ou autrement, que des cotons de Naples ou marchandises napolitaines.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésore public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je vous prie de me faire un rapport sur ce qui a été envoyé pour le payement de la solde en Espagne, depuis le commencement de l’année. Il serait nécessaire de faire passer deux ou trois millions pour payer la solde de l’armée de Portugal.

 

Saint-Cloud, 9 septembre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Je reçois vos différentes lettres. Ma prétendue lettre à la reine de Naples, dont vous m’envoyez la copie, est bien ridicule. Si vous aviez lu les journaux anglais, vous en verriez bien d’autres; ils ne sont pleins que de mensonges et d’absurdités.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez des ordres au commandant du génie et au commandant de la place à Anvers pour que 600 ouvriers et terrassiers soient remis, dans les douze heures de la réception de votre lettre, aux génieurs des ponts et chaussées pour les travaux du bassin. Tous les inconvénients qui pourraient arriver à mon escadre leur seront aputés, et ils en seront responsables s’ils ne se conforment pas exactement à votre ordre. Les travaux du bassin doivent passer avant les travaux de terre et tous autres. Faites partir ce soir votre ordre par estafette.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1810

DÉCISION.

Sire, j’ose m’adresser à Votre Majesté pour la prier de me faire la grâce d’augmenter la pension qu’elle me fait de 600 francs le mois. A présent que le couvent n’a plus ses revenus, cela n’est pas suffisant pour mon entretien , ayant bien des besoins à cause de la santé, qui n’est pas trop bonne, et ayant perdu tous les subsides de mes parents.

Je sais combien Votre Majesté Impériale a de bonté à écouter ceux qui s’adressent à elle, et j’en ai des preuves par ce que vous avez fait à ma sœur qui est restée à Parme.

J’ai l’honneur d’être, avec la plus parfaite soumission, Sire, de Votre Majesté Impériale et Royale, la très-humble, très-obéissante servante et consine, Giacinte-Dominique Barbon.

Saints Dominique et Sixte, Rome, ce 10 septembre 1810.

Renvoyé au ministre des finances pour me proposer de la traiter comme une autre sœur.

 

Saint-Cloud, 10 septembre 1810.

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, à Paris

Mon Cousin, j’ai donné l’ordre au grand juge de rédiger les lettres patentes qui vous autorisent à accepter la nouvelle dignité à laquelle vous êtes appelé par le roi et par la diète de Suède. Je vous souhaite succès et bonheur pour vous et les Suédois.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au sieur Bourrienne que je suis étonné de l’explication qu’il donne sur le visa qu’il a mis au bas des ridicules certificats du sénat de Hambourg; qu’il ne devait pas se permettre cette démarche sans instruction; qu’il ne doit mettre sa signature nulle part ; que depuis longtemps on me porte plainte des opérations peu régulières qui auraient lieu à Hambourg ; qu’il doit éviter de s’attirer mon mécontentement. Vous lui réitérerez que la signature de mes ministres est trop importante pour l’exposer à être compromise ; que ce n’était pas à lui à légaliser la signature du sénat, et que, au lieu de favoriser les moyens de tromper mes agents, il aurait dû protester contre ces ridicules certificats, qui ne disent rien et n’ont aucun but utile.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mandez au général Donzelot que, comme il a une escouade de mineurs et qu’on ne peut lui en envoyer davantage, il est nécessaire qu’il la complète à 40 hommes, soit en prenant dans l’artillerie, soit en prenant les sapeurs les plus habiles, et les fasse exercer à faire des globes de compression et autres détails de cette arme, afin que, le cas arrivant, la mine puisse jouer un rôle et que ces hommes soient tous stylés.

Je suppose que le général Donzelot a fait exercer ses 80 sapeurs aux manœuvres du canon ainsi que les ouvriers de la marine, de sorte que les 600 canonniers qu’il a, joints aux 200 hommes de troupes du génie, lui font 800 hommes exercés à la manœuvre du canon. Je ne comprends pas dans ce nombre les deux compagnies septinsulaires.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous renvoie le rapport du pilote de Bayonne sur le port du Passage. Faites-moi un projet d’amélioration de ce port, afin que je donne des ordres pour le fortifier. Il paraît qu’il peut donner refuge à quatre frégates. Je désire avoir des réponses sur les questions suivantes.

1° Si un vaisseau de 74 se présentait devant Bayonne poursuivi par des forces supérieures, il n’aurait d’autre moyen de leur échapper que de s’écbouer ; et dès lors il serait perdu.

S’il se présentait devant Saint-Jean-de-Luz, il y trouverait refuge et serait protégé par les batteries ; il n’aurait rien à craindre : il n’y aurait que l’inconvénient qu’il se trouverait dans un très-mauvais mouillage, où la mauvaise saison lui serait funeste.

Qu’arriverait-il s’il cherchait le port du Passage ? Pourrait-il s’y placer de manière à ne pas être endommagé et à pouvoir sortir dans une autre occasion ?

2° Étant obligé de transporter les bois de Bayonne par Rochefort, et ne sachant que faire des bois des Pyrénées, je désirerais transpor­ter au Passage tous les bois de Bayonne. Pourrait-on construire au Passage un vaisseau de 74, l’armer et l’en faire partir dans des cir­constances favorables, même pour un grand voyage ? Pourrait-on y construire un vaisseau à trois ponts ?

Parlez-moi dans votre rapport de la situation actuelle du port, et ensuite des travaux qu’on pourrait y faire et que comportent les localités.

 

Saint-Cloud, 11 septembre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je reçois vos lettres des 26 et 27 août et du 1er sep­tembre. Vous devez partir du principe que rien ne peut me porter à réduire les 18,500 hommes que j’ai en Westphalie, pendant tout le temps que les circonstances de l’Europe voudront que j’aie des gar­nisons dans les places de l’Oder et des postes sur les côtes. Les finances de la Westphalie doivent vous suffire, si vous les gouvernez bien, si vous ne faites pas de rassemblements inutiles de vos soldats. Je vous ai recommandé de former votre contingent doucement et à mesure que votre monarchie s’organise. De toutes les troupes alliées, les vôtres sont celles dont je dois me méfier le plus. Présentement elles ont déserté par bandes en Espagne, mais encore se sont battues contre moi. Je doute que vous en tiriez grand parti contre la Prusse, d’ici à quelques années. Si je devais compter les 30,000 hommes que vous pouvez avoir pour 30,000, je serais fort trompé. On ne réussit dans le monde que par des choses positives et bien calculées. Mon système serait en grand péril si je regardais les Westphaliens comme soldats sûrs. Ce n’est donc pas un grand nombre de troupes que vous devez vous appliquer à avoir, mais un petit nombre de bonnes troupes que vous devez former progressivement.

Quant au Hanovre, je n’ai pas ratifié l’acte de cession. Mes dona­taires sont ruinés par les mesures que vous prenez, quoique mon in­tention ait été de leur donner un revenu franc. Un grand nombre de familles fondent leur existence là-dessus. Elles sont à la veille de tout perdre. Ces récompenses, mes soldats les ont gagnées dans des ba­tailles qui ont fondé votre royaume. C’est une dette sacrée et que je dois protéger. Je sais qu’il y a des donataires, qu’on veut rendre res­ponsables pour les dettes de leurs prédécesseurs, lorsque je leur ai donné des biens libres de toute charge. Ces vexations sont pénibles pour moi, c’est à vous à les faire cesser et à ne pas écouter l’esprit de localité. Vos ministres ne voient pas en grand. Les États ne se fondent que par la politique. Je vais ajouter une chose : je suis prêt à reprendre le Hanovre et à regarder le traité comme nul, puisqu’il vous paraît onéreux. Je ne suis pas éloigné de ne pas ratifier l’acte de mise en possession. Toutefois partez du principe qu’il faut que mes donataires ne perdent rien, soit en Westphalie, soit en Hanovre. Arrangez-vous comme vous voudrez; cela ne peut pas être autrement.

La solde de mes troupes est arriérée de trois mois ; cela ne doit pas être, surtout ces troupes étant casernées. Il n’y a aucune présomp­tion de guerre. Qui est-ce qui empêche que vous envoyiez les trois quarts de vos troupes en semestre ? Par là vous feriez une grande économie !

 

Saint-Cloud, 12 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES.

Le ministre des relations extérieures écrira à M. Otto pour que son langage soit clair sur ce qui concerne les Français auxquels s’ap­plique le décret du 6 avril 1809. Indépendamment de la circulaire qu’il a reçue sur ce sujet et des principes qui y sont établis, il doit se pénétrer des conditions suivantes : les Belges qui ont été autorisés à quitter la France par suite du traité de Campo-Fonnio n’ont pas reçu de cette autorisation le droit de porter les armes contre leur patrie; on a seulement voulu les soustraire aux lois révolutionnaires, et il n’en résulte pas une exception à la règle générale. Il eut été insensé, lors du traité de Campo-Formio, de les obliger à rentrer en France, où les lois les condamnaient à mort. Aujourd’hui ils doivent renoncer à l’amnistie pour conserver leurs droits et être habiles à succéder en France. Quoi qu’en puisse dire l’Autriche, nous ne les regardons pas comme Autrichiens, et ils ne cessent pas d’être exposés à l’application du décret.

Quant aux officiers retirés, s’ils se font amnistier, ils seront autorisés à jouir en France de leurs pensions de retraite qu’ils ont obte­nues en Autriche, ainsi que cela a été accordé dans le temps.

 

Saint-Cloud, 12 septembre 1810

NOTE POUR LES MINISTRES DE L’INTÉRIEUR ET DES CULTES.

Puisque les ministres de l’intérieur et des cultes se sont concertés pour ce qui regarde les bâtiments nécessaires au service et aux mi­nistres des cultes, Sa Majesté attend ce travail pour fixer son opinion.

Il convient de diviser ce travail de la manière suivante : logements des évêques, logements des séminaires, églises à acheter, églises à bâtir, églises auxquelles il faut faire de fortes réparations équivalentes à reconstruction, enfin logements des curés et desservants.

Ce dernier article, qui parait être la principale dépense, doit être donné avec l’évaluation de la dépense et des projets où l’on mettra l’économie convenable.

Ce ne sera pas le gouvernement qui bâtira, pour éviter la néces­sité de proportionner la dépense à la dignité impériale; mais ce seront les communes, auxquelles on donnera les secours nécessaires.

Il faudrait prendre pour règle d’adosser les maisons des desser­vants aux églises, et de ne pas dépasser pour chaque presbytère la somme de 2,000 francs. Les presbytères qu’on a fait reconstruire dans la Vendée n’ont pas coûté la moitié de cette somme.

La moitié de la dépense des presbytères serait payée par les com­munes, l’autre moitié sur le fonds du dixième.

Les maisons des évêques et celles des séminaires et les églises seraient payées moitié sur les départements, moitié sur le fonds du dixième. On adopterait des modifications pour les départements qui sont très-riches, comme ceux de la Belgique.

Les fonds seraient mis à la disposition des préfets avec affectation spéciale, et de manière à savoir dans combien de temps le travail serait terminé.

Le fonds du dixième s’augmentera tous les ans de l’intérêt à 3 pour 100 que paye la caisse d’amortissement.

Aussitôt que le travail pour les divers genres de dépenses indiqués au commencement de cette note sera dressé pour chaque église, évêché, séminaire, presbytère, on fera le projet de distribution des 4 millions qui sont en caisse et des 1,400,000 francs de produit annuel.

Ce travail présentera dans diverses colonnes l’objet de la dépense, l’estimation de la dépense, ce que doit payer la commune ou le département, enfin le secours à accorder sur le fonds du dixième. Pour les villages pauvres, toute la dépense sera supportée parce der­nier fonds.

On pourrait faire, dès cette année, le travail pour les presby­tères et les églises du département de la Seine.

 

Saint-Clond, 12 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il paraît qu’il est nécessaire de réunir de nouvelles forces en Catalogne.

Vous donnerez ordre que les trois bataillons qui sont à Toulouse et les quatre bataillons qui sont à Avignon soient complétés à 840 hom­mes chacun, ce qui fera 5,800. Les trois bataillons de marche de l’armée de Catalogne qui seront réunis le l2 septembre à Turin for­meront 3,400 hommes. Les deux escadrons de marche qui se réu­nissent à Perpignan, et le régiment de dragons qui se forme à Turin formeront 1,300 chevaux. Cela seul fera 9,200 hommes d’infanterie et 1,300 chevaux, que vous pouvez diriger sur la Catalogne. Je pense qu’il faut ordonner aux 16e et 67e de ligne de continuer leur route, en les dirigeant sur Orléans; vous me ferez connaître le temps où ils arriveront : alors vous me proposerez d’en former quatre ba­taillons et de les envoyer en Catalogne. Par ce moyen, on compléterait une division de 12,000 hommes d’infanterie et 1 ,300 chevaux.

Il faut presser le vice-roi de former un bataillon de marche des hommes les plus exercés de ses dépôts, pour renforcer les régiments italiens.

Pressez le départ de Genève des hommes qui doivent recruter les sept bataillons de Foix et d’Avignon, afin de porter ces bataillons au complet.

Il parait que cette nouvelle division, ayant de l’infanterie et de la cavalerie, n’aura pas besoin d’artillerie, le gros de l’armée en ayant suffisamment.

 

Saint-Cloud, 12 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Faites-moi connaître comment est composée la légion de gendar­merie de Catalogne et quand elle sera organisée.

Je vois dans le livret de l’armée d’Espagne qu’elle est composée de vingt brigades à pied, formant 120 hommes, et de cent brigades à cheval, formant 600 hommes. Si cela était, ce serait une bien mau­vaise composition pour la Catalogne. Elle doit être composée, au contraire, de cent brigades à pied, 600 hommes, et de vingt brigades à cheval, 120 hommes.

Je suppose que l’état que j’ai sous les yeux est fautif; faites-moi un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 12 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre qu’à leur arrivée à Bayonne les déta­chements des régiments de la Vistule venant de Sedan soient passés en revue, afin que les hommes qui ne seraient pas Polonais en soient ôtés, et que les autres rejoignent sans délai leurs corps.

 

Saint-Cloud, 13 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, il sera formé une division de réserve de l’armée d’Espagne, qui sera composée de trois brigades.

La 1e brigade sera composée,

1° Du 1er régiment de marche de l’armée du Midi, lequel se for­mera à Limoges et sera composé de deux bataillons de marche de l’armée du Midi. Le 1er bataillon sera composé de la manière sui­vante : 100 hommes du 21e léger, 100 du 28e, 100 du 34e de ligne, 100 du 40e, 100 du 64e, 100 du 88e; total, 600 hommes.

Le 2e bataillon sera composé de 100 hommes du 100e de ligne, 100 du 103e, 100 du 54e, 100 du 63e, 150 du 32e, 150 du 58e; total, 700 hommes.

Ce 1er régiment sera commandé par un colonel en second, deux chefs de bataillon et les officiers nécessaires.

Les officiers destinés à rejoindre l’armée du Midi auront emploi dans ces régiments. Vous me proposerez d’y envoyer douze jeunes gens de l’école militaire de Saint-Cyr, qui rejoindront à Limoges et auront des brevets de sous-lieutenants pour les douze régiments dont les détachements forment ce régiment de marche. Les détachements faisant partie de ce régiment, qui se forment à Orléans, recevront l’ordre de continuer leur route sur Limoges.

Il est nécessaire que ce régiment soit bien constitué, parce qu’il se passera beaucoup de temps avant qu’il puisse être dissous et rejoindre ses corps sous Cadix.

2° Du bataillon de marche de l’armée d’Aragon, fort de 900 hom­mes, qui est à Blois. Ce bataillon sera passé en revue le 20 septem­bre, et, lorsqu’il sera complet en officiers et sous-officiers, vous le mettrez en marche pour Limoges. Vous y enverrez trois élèves de l’école de Saint-Cyr pour remplir des emplois de sous-lieutenants. On prendra dans les chevau-légers polonais huit sous-officiers pour être employés comme sous-lieutenants dans les quatre régiments de la Vistule, à raison de deux pour chaque régiment. Ces officiers marcheront avec le bataillon de marche de l’armée d’Aragon, où il y a un détachement de 400 Polonais.

3° Du 4e bataillon du 43e qui se forme à Tours. Ce bataillon sera passé en revue à Tours le 5 octobre, et lorsqu’il sera complet en officiers et sou s-officiers, vous le dirigerez sur Limoges.

Les quatre bataillons composant cette 1e brigade de la division de réserve seront cantonnés à Limoges. Un général de brigade ira en prendre le commandement.

Il sera passé la revue de cette brigade le 10 octobre, mon inten­tion étant qu’elle soit complétée, pour cette époque, en officiers et sous-officiers, et qu’elle soit en état de faire la guerre.

La 2e brigade sera composée de quatre bataillons de marche de l’armée de Portugal, tels qu’ils ont été destinés.

Le 1er et le 2e bataillon, c’est-à-dire celui qui se réunit le 13 à Bordeaux et celui qui sera réuni le 15 à Nantes, formeront le 1er régiment. Le 3e et le 4e bataillon, celui qui se réunit à Paris et celui qui sera réuni le 29 septembre à Orléans, formeront le 2e.

Le 1er régiment se formera à Bordeaux, et le 2e à Orléans. Chacun de ces régiments sera commandé par un colonel en second.

La revue du 1e bataillon sera passée à Bordeaux le 25 septembre. Le 2e bataillon, qui doit être à Nantes le 15, se rendra immédiate­ment à Bordeaux, où il sera également passé en revue le 3 octobre. Le 3e bataillon se rendra de Paris à Orléans, où il se réunira au 4e bataillon, qui se rassemble dans cette place.

On prendra à Saint-Cyr dix-huit sous-lieutenants pour être placés dans les dix-huit régiments qui fournissent à la composition des quatre bataillons de cette 2e brigade.

Lorsqu’on m’aura rendu compte de la revue qui sera passée des deux derniers bataillons à Orléans, je les ferai partir pour Bordeaux, où ils formeront, avec les deux premiers bataillons, la 2e brigade de la division de réserve.

La 3e brigade sera composée du 3e bataillon du 50e régiment d’infanterie de ligne et du 3e bataillon du 25e léger, qui se réunissent à Tours, et de deux bataillons de gardes nationales de la Garde.

Cette 3e brigade, qui sera ainsi forte de 3,000 hommes, sera passée en revue le 8 octobre, à Tours. Il faudra m’assurer qu’à cette époque elle ne manquera ni d’officiers ni de sous-officiers. Un général de brigade sera nommé pour commander cette 3e brigade.

La brigade de cavalerie du général Fournier, composée des 1eet 2erégiments provisoires de cavalerie légère qui se réunissent à Tours, fera partie de cette division et se dirigera sur Niort, afin de désen­combrer Tours. Les deux escadrons de marche qui se forment à Tours se rendront à Niort et feront partie de la brigade du général Fournier, qui sera chargé de veiller à leur organisation.

Le général qui commandera cette division sera le général de divi­sion Caffarelli, mon aide de camp. Proposez-moi les troi généraux de brigade et un adjudant commandant à attacher à cette divi­sion. Je désire qu’elle puisse être réunie, du 15 au 20 octobre, à Bayonne.

Faites-moi connaître quand le 13e régiment de chasseurs arrive à Bayonne.

 

Sainl-Cloud, 13 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je lis votre rapport sur une proposition de fondre cent pièces de 12, deux cents pièces de 6 et quatre cents de 3, et, avec le bronze provenant de cette fonte, de faire couler vingt pièces de 48, quatre-vingts de 24 et trente mortiers à plaque.

Je vois que j’ai en Hollande deux cent vingt-huit pièces de 24 en bronze et cent huit de 18; je ne veux pas de nouvelles pièces de 24.

Je vois qu’il y a vingt-cinq mortiers de 15 pouces et point de bombes, cent quinze mortiers de 11 pouces et 37,000 bombes, ce qui ne fait que 300 coups par pièce, et cent trente mortiers de 7 1/2 pouces avec 35,000 bombes, ce qui ne fait que 270 coups par pièce.

Mon intention est que vous envoyiez à La Haye les vingt-cinq mor­tiers de 15 pouces, cinquante-cinq mortiers de 11 pouces et soixante et dix de 7 1/2 pouces. Par ce moyen il ne restera plus en Hollande que soixante mortiers de 11 pouces et 37,000 bombes, soixante mortiers de 7 1/2 pouces et 35,000 bombes. Vous ne conserverez également que soixante obusiers de 7 pouces, et, à cet effet, vous ferez fondre les soixante-quatre autres. Vous ne garderez que soixante obusiers de 5 pouces ; en conséquence vous en ferez fondre trente-sept.

J’approuve que vous fassiez fondre également les cent soixante et dix-huit pièces de 3, de siège, et je désire qu’avec cette fonte vous puissiez faire huit pièces de 48 et quarante mortiers à plaque à grande portée et à la Gomer.

Il ne vous échappera pas que j’ai mesuré le nombre de pièces sur le nombre des projectiles que vous avez portés à la colonne Existant.

Je ne saurais approuver qu’on fondit cent canons de 12, puisque c’est l’arme qui défend les places, ni deux cents pièces de 6.

J’approuve que la marine vous fournisse soixante-trois pièces de 36, ce qui, avec les trente-sept, fera cent, et cent pièces de 24. Ce sera donc cent trente-sept pièces de gros calibre à demander à la marine. La marine ne peut pas les vendre. Vous lui donnerez du bronze et cuivre pour même valeur, dont elle se servira pour doubler ses vaisseaux, etc.

Après vous avoir fait connaître mes intentions sur l’objet de ce rapport, je dois vous faire connaître ma pensée sur l’organisation générale de l’artillerie de la Hollande. Ma pensée est qu’après une campagne malheureuse sur le Rhin on pourrait perdre la Hollande. Il ne faut donc laisser à Amsterdam et dans les autres places de Hollande que l’indispensablement nécessaire pour leur défense; que tout le reste de l’artillerie soit renvoyé sur Maastricht, sur Anvers et sur Wesel d’abord; et après, et insensiblement, une partie sera dirigée sur Lille, Metz et la Fère.

J’aimerais à avoir toute l’immense artillerie que j’ai à Strasbourg, à Mayence, à Wesel, en Hollande, réunie dans les trois places de dépôt importantes de Lille, Metz et la Fère.

De Metz je pourrais réapprovisionner toute ma frontière de Hol­lande.

Je désire donc qu’en novembre ou décembre prochain vous me fassiez un projet pour, en plusieurs années, conduire toute l’artillerie inutile dans mes places dans les trois grands dépôts.

Les six cents mortiers à la Cochorn sont, je suppose, des mor­tiers de 6 pouces. Ces mortiers sont fort utiles, et je pense qu’il serait avantageux que vous les dirigeassiez en grande partie sur Stras­bourg et Lille.

Résumé. — 1° Diriger d’abord sur Anvers, Maastricht et Wesel toutes les pièces sans affûts ; je vois qu’il y a deux mille trois cents affûts et trois mille huit cents pièces; 2° préparer le travail pour ne laisser en Hollande que l’artillerie nécessaire à la défense, et diriger tout le reste sur Anvers, Wesel et Maastricht; 3° préparer un projet pour diriger ce qui existe^ et se trouver à Mayence, Wesel, Stras­bourg, Maêstricht et Anvers, sur les grands dépôts de Metz, Lille et la Fère, en raisonnant dans les différentes suppositions, ou que la Hollande peut être envahie par l’Angleterre, ou se révolter, ou être coupée de la France par une armée qui viendrait de la Meuse.

Le dépôt de la Fère, je le considère comme s’il était à Paris. Les communications par eau sont à l’abri de toute interruption. Un des événements supposés arrivant, on évacuerait ce qu’il y aurait à la Fère sur Paris et la Loire.

Dans ce sens il devrait y avoir une salle d’armes de cent mille fusils à la Fère, et, considérant l’arsenal de la Fère comme l’arsenal de Paris, il faudrait voir s’il y a quelques bouts de chemin à faire pour faciliter autant que possible les transports. Chargez les officiers d’artillerie de ce travail; car nous n’avons point de système, et après quelques revers nous nous trouverions compromis. Mon intention est d’arrêter ce système cet hiver, car, pour l’exécution, c’est l’ou­vrage de plusieurs années.

 

Saint-Cloud,  13 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur le Comte Mollien, je vois par votre rapport du 12 que vous avez envoyé en Espagne, depuis le 1er janvier, 22 millions pour la solde et 4,200,000 francs pour les ordonnances des ministres. Faites-moi connaître le détail de ces ordonnances, par ministère et par chapitre, et combien, sur les 22 millions envoyés pour la solde, il reste encore de fonds à Bayonne.

 

Saint-Cloud, 13 septembre 1810

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

Sa Majesté juge convenable que tout ce qui concerne cette matière soit réuni en un seul décret divisé en plusieurs titres.

Le titre 1er, De la recette, sera subdivisé en deux parties : 1° re­cettes des exercices antérieurs jusqu’au 1er janvier 1811; 2° recettes des exercices 1811 et postérieurs.

Le titre II traitera De la dépense. La dépense se fera sur les fonds de la caisse d’amortissement et sera portée en distribution dans le décret de chaque mois.

Le ministre de l’intérieur remettra au ministre du trésor l’état des fonds disponibles et de ceux dont il a l’intention de disposer. Le ministre du trésor rédigera en conséquence la distribution, et le ministre des finances, à qui elle sera transmise, fera faire les verse­ments par la caisse d’amortissement.

Le titre III contiendra les attributions ou affectations des fonds. Il sera divisé en chapitres.

Chapitre Ier. — Le fonds provenant du prélèvement de 10 pour 100 sur le revenu des communes affecté au culte sera spécialement affecté, 1° à l’acquisition des six maisons d’orphelins; 2° à l’achèvement de l’église de Macon ; à l’exécution du décret du 8 août 1808, relatif au rétablissement des édifices du culte dans les départements de la Vendée ; en conséquence, il ne sera plus fait de fonds sur cet objet à dater de 1811 ; 4° à concourir, pour une partie de la dépense, au rétablissement des églises et presbytères; la portion qui sera acquittée sur ce fonds sera déterminée suivant les circonstances et la nature des travaux à faire, dont les projets seront soumis à Sa Majesté.

Chapitre II. — II sera fait un prélèvement de 60 pour 100, évalué à 8 millions, sur le montant du fonds provenant de l’excédant disponible du budget des communes, versé à la caisse d’amortissement, jusques et y compris l’exercice 1810.

Il sera fait un prélèvement de 80 pour 100, évalué à 8 millions, sur les produits provenant des coupes des bois des communes, versés à la caisse d’amortissement, jusques et y compris l’exercice 1810.

Total des deux prélèvements, 11 millions.

Chapitre III. — Ce fonds de 11 millions, acquis au 1er janvier 1811, sera susceptible d’augmentation au moyen des prélèvements qui pourront avoir lieu sur les produits des exercices postérieurs, et sur le compte qui en sera rendu à Sa Majesté.

Le montant des prélèvements sur 1810 et années antérieures sera employé au rétablissement ou à l’amélioration des prisons, maisons de détention, et à la mise à exécution des dispositions bienfaisantes des lois sur cette matière, tant pour Paris que pour les dépar­tements , à raison de 3 millions pour Paris et de 8 millions pour les départements.

Sa Majesté fait ensuite les observations et prescrit les dispositions «mantes, tant sur la comptabilité des ponts et chaussées que sur celle des différents travaux de la ville de Paris.

La comptabilité des ponts et chaussées est très-imparfaite.

Ce service reçoit des fonds de plusieurs manières : 1° sur les fonds généraux du trésor public ; ils entrent dans la comptabilité du payeur des dépenses diverses ; 2° sur les centimes de la contribution foncière; 3° sur les droits de bac, de navigation et autres de même nature.

Partie des fonds de ces deux dernières espèces entre au trésor comme ayant une affectation spéciale. Ils font partie de la comptabi­lité du payeur des dépenses diverses, et cet objet parait dès lors en règle; mais une autre partie de ces fonds est versée à la caisse d’amortissement. Le trésor n’en ayant pas connaissance, ils n’entrent pas dans la comptabilité du payeur des dépenses diverses. Il est vrai que la caisse d’amortissement en compte, mais les comptes de la caisse d’amortissement n’ont point de rapport avec ceux des travaux, et cela est sujet à beaucoup d’inconvénients.

Le décret du 13 août 1810, qui établit une caisse spéciale des canaux, comprend le paragraphe 7 de l’article 6, qui établit la composition de cette recette, « tous les fonds affectés aux dépenses » des canaux autres que ceux qui sont portés par le budget à la charge » des fonds généraux du trésor public ». 1° II ne s’agit là ni des routes, ni des ponts, ni de tant d’autres travaux publics. 2° Le trésor ayant aujourd’hui l’habitude de porter dans une colonne à part les fonds spéciaux, cela donnera lieu à beaucoup d’embarras. 3° L’ar­ticle 0 portant que les comptes de la caisse des canaux seront envoyés à la cour des comptes, il n’y aura aucun ensemble dans la compta­bilité. Ne serait-il pas convenable de donner à la caisse des canaux le titre de caisse des ponts et chaussées, et de lui faire faire recette de tous les fonds des travaux publics quelconques ? Le trésor se ser­virait de cette caisse pour faire payer ce qui est affecté aux ponts et chaussées. Cette méthode paraîtrait d’autant plus utile que Sa Ma­jesté n’obtient pas par les ponts et chaussées la connaissance de ce qui devrait être, mais de ce qui est. Il n’y a de centralisation que chez le directeur des ponts et chaussées, et la centralisation serait chez le trésorier, qui aurait l’état de tout ce qu’il doit recevoir et qui ferait counaître dans ses comptes ce qu’il n’aurait pas reçu. On con­tinuerait à verser à la caisse d’amortissement tout ce qui appartient aux communes et n’a pas d’affectation obligée pour les travaux pu­blics ; mais au moment où un décret spécial aurait affecté tel fonds aux travaux publics, la caisse d’amortissement en ferait le versement chez le trésorier des ponts et chaussées. Elle ne s’embarrasserait pas de l’emploi et serait déchargée par un simple reçu. Alors la compta­bilité tout entière des ponts et chaussées serait à la caisse des ponts et chaussées, et le trésor, dont elle serait une caisse spéciale et qui porterait dans ses états les fonds qu’elle pourrait avoir, y trouverait aussi, au besoin, l’argent qui pourrait lui être nécessaire pour des mouvements de fonds.

Le ministre de l’intérieur s’entendra avec le ministre du trésor pour examiner : 1° s’il est nécessaire que cette caisse compte à la cour des comptes ; alors le payeur des dépenses diverses serait libéré de 25 millions sur un simple reçu du trésorier des ponts et chaussées ; 2° s’il est préférable que le ministre du trésor, par qui passeront toutes les ordonnances, les porte en recette spéciale, quels que soient le titre et l’origine des fonds; alors le trésorier des ponts et chaussées rendrait compte au payeur des dépenses diverses.

Voilà pour l’avenir.

Il resterait à régler ce qui concerne les exercices antérieurs et l’exercice de 1810 jusqu’à 1811.

Il faudrait que le décret à rédiger déterminât que la caisse des ponts et chaussées se charge en recette : 1° de tous les fonds spé­ciaux provenant des centimes imposés par des lois pour des travaux publics, versés à la caisse d’amortissement et qui ont été employés; 2° de tous les fonds spéciaux provenant d’affectations faites par décrets, soit sur les droits à la sortie des grains, soit sur le produit des coupes des bois communaux, soit sur le produit des amendes imposées aux fraudeurs, soit sur les recettes de la police, etc. Par ce moyen, le trésorier des ponts et chaussées deviendrait comptable de ces fonds, et il recevrait, sur récépissé, toutes les pièces de la caisse d’amortissement. Il convient que le trésorier devienne comp­table de ces recettes antérieures, parce que ses opérations à venir seront une continuation des mêmes affaires et des mêmes travaux, et qu’on n’établira véritablement une bonne comptabilité que quand elle sera telle que, dans cinq ans, on pourra savoir tout ce qu’aura coûté tel canal, telles ou telles opérations, tels ou tels travaux.

Après les recettes et les dépenses propres à la caisse des ponts et ebaossées, viennent les travaux faits à Paris par le ministère de l’in­térieur, tels que la colonne et la place Vendôme, le Panthéon, l’église Saint-Denis, les greniers publics, la Bourse, les tueries, le Jardin des Plantes. Ces travaux ne regardent pas les ponts et chaussées. Il faudrait donc prévoir, dans le même décret, ce qu’il faut faire pour 1811 et pour les années antérieures.

Ce qu’on doit faire pour 1811 parait être que toutes les recettes faites en vertu des décrets entrant au trésor; que le trésor ait autant de chapitres de recette que de décrets, et autant de chapitres de dépense que de grands travaux. On ferait un budget de fonds spé­ciaux disposés de la même manière que le budget ordinaire.

A cette occasion, Sa Majesté observe que cette partie est organisée d’une manière très défectueuse à Paris, et qu’il paraîtrait convenable d’avoir un homme de goût, bon administrateur, qui se chargerait de ces détails et qui dispenserait le ministre de l’intérieur de s’en occuper. Faute de cette institution l’on a perdu beaucoup d’argent.

On a, par exemple, dépensé à Saint-Denis beaucoup plus qu’il ne fallait, et encore aurait-on dépensé bien davantage si Sa Majesté n’était pas allée visiter ces travaux. Il faudrait donc charger de tout cela un maître des requêtes sous les ordres du ministre de l’intérieur. Peut-être aussi conviendrait-il de lui donner les travaux de la capi­tale qui dépendent des ponts et chaussées, comme le pont d’Iéna, le pont de Saint-Cloud, etc. Dans les départements, la surveillance des grands travaux de cette espèce est confiée aux préfets. A Paris, le préfet, déjà ordonuateur d’une dépense de dix-huit à vingt mil­lions, a beaucoup trop d’occupations; il est d’ailleurs un personnage trop considérable pour travailler avec le directeur des ponts et chaus­sées. On pourrait même diviser ces objets entre deux maîtres des requêtes : l’un serait chargé de la direction et de la surveillance de tout ce qui est relatif aux monuments, aux constructions publiques, aux statues, et l’autre des travaux des ponts et chaussées qui se font à Paris. Cela aurait l’avantage de former un plus grand nombre de sujets, parmi lesquels on choisirait pour les premières places qui viendraient à vaquer.

Le ministre de l’intérieur fera, mercredi prochain, un rapport sur ces divers objets. Il présentera aussi l’organisation de la comptabi­lité des canaux et des travaux divers dont il est question dans cette note, en stipulant d’abord, pour l’avenir, à partir de 1811, et, pour le passé, à commencer de l’an VIII. Il aura grand soin de distinguer l’article de la recette de l’article de la dépense.

On ne voit pas figurer, dans le tableau qu’il a fourni des crédits ouverts sur différentes caisses pour les mouvemenls et pour divers travaux publics, le temple de la Victoire, dont les fonds sortent de la caisse de l’extraordinaire. Ces fonds doivent sortir de cette caisse par une ordonnance du ministre, mais ils doivent être versés dans la caisse du trésor, où devraient se trouver l’ordonnance du ministre et les pièces.

L’approvisionnement de Paris a coûté 2,500,000 francs; il n’y en a aucune trace au trésor, de sorte qu’on ne voit pas d’où vient cet argent. Cela doit être versé en recette au trésor comme fonds spécial provenant du droit à la sortie des grains, et se trouver en dépense i l’intérieur existant en grains.

Dans la nomenclature des fonds dont le trésor et la caisse des canaux ou des ponts et chaussées doivent se rendra comptables, le ministre aura grand soin de porter dans une colonne particulière les fonds dont le trésor s’est déjà rendu comptable, tels que ceux de la police, etc.

Le décret du 29 octobre 1808, sur le budget des ponts et chaussées de l’exercice 1809, porte, titre 11, chapitre vm, la distribution d’un fonds d’un million entre les travaux de la place Vendôme, de ïéglise Saint-Denis, du Panthéon, de la machine de Marly, du Jar­din des Plantes et des greoiers publics. Une note ujoutée à cet article annonce que cette somme sera prise sur le fonds de dix millions réservé, par le paragraphe 2 de l’article 5 du décret du 31 mars pré­cédent, pour des constructions utiles qui contribuent à l’amélioration et à F embellissement de la capitale.

Le décret du 21 mars porte effectivement, article 5, que les 17 millions qu’on suppose rester sur le produit de la vente des canaux seront employés, savoir: 10 millions à des constructions utiles a l’embellissement de la capitale, et 7 millions au canal de l’Ourcq et à l’amélioration des moyens de communication avec Paris par la navigation.

L’article 7 dit quev sur le fonds de 10 millions, une somme de 3 millions sera dépensée en 1808, savoir : 2 millions pour l’em­bellissement de la capitale et 1 million pour l’amélioration de la navigation.

Sa Majesté désire connaître quelle estf sur ces 17 millions» la somme qui a été employée pour les travaux de Paris et pour ceux de la navigation.

Le décret du 20 février 1810 a changé cet étal de choses, parce que la vente des canaux n’a pas produit ce qu’on en attendait. Dans ce décret, on porte la recette à 60 millions et la dépense àpareille somme, savoir: 10,300,000 francs pour les avances faites anté­rieurement; 32,098,000 francs dont l’emploi est spécifié travaux par travaux, année par année, dans l’article 17, et 17,602,000 francs formant le surplus des 60 millions pour le canal de Bourgogne. Sur quoi donc se propose-t-on de prendre trois ou quatre millions qui auront été employés, soit en vertu du décret du 29 octobre 1808, pour la place Vendôme, l’église Saint-Denis, le Panthéon, etc., soit en vertu du décret du 21 mars de la même année, à améliorer la navigation de la Marne et les autres communications de Paris ? Ils avaient été donnés dans la supposition que les canaux laisseraient 17 millions de lihres, et on ne les a pas fait entrer dans l’affectation qoe le décret du 20 février a faite des fonds provenant de la vente des canaux. Il y a donc un déficit. Il faut donc savoir sur quels fonds on a transporté les affectations qui avaient été faites sur les 17 millions supposés disponibles des canaux. Dans le décret du 20 février 1810, qui distribue les dépenses année par année, on ne voit figurer que le canal de l’Ourcq Y et assurément on n’aura pas mis sous ce titre les travaux de la place Vendôme, de l’église Saint-Denis, du Pan­théon, etc. Cet éclaircissement est indispensable pour la rédaction du décret qui doit régler toute cette comptabilité arriérée. On peut, ou ajouter par un article l’obligation de cette dépense à celles qui sont imposées au fonds des canaux par le décret de 1810, ou bien la rembourser.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1810

A l’Impératrice Joséphine, aux eaux d’Aix, en Savoie

Mon amie, je reçois ta lettre du 9 septembre. J’apprends avec plai­sir que tu te portes bien. L’impératrice est effectivement grosse de quatre mois ; elle se porte bien et m’est fort attachée. Les petits princes Napoléon se portent très-bien ; ils sont au pavillon d’Italie, dans le parc de Saint-Cloud.

Ma santé est assez bonne. Je désire te savoir heureuse et con­tente. On dit qu’une personne chez toi s’est cassé la jambe en allant à la glacière.

Adieu, mon amie, ne doute pas de l’intérêt que je prends à toi et des sentiments que je te porte.

 

Saint-Cloud, 14 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Si l’idée était nouvelle, Sa Majesté pourrait prendre un décret pour la constater (Projet d’ouvrir une rue allant en ligne directe du Louvre au faubourg Saint-Antoine), mais elle est aussi ancienne que la ville de Paris. Il existe plusieurs gravures de la colonnade du Louvre dans lesquelles cette rue est représentée comme si elle existait. Il ne faut donc dé­créter cette grande entreprise qu’au moment où on voudra l’exécuter. Mais, avant de l’exécuter, il faut savoir ce qu’elle coûtera. Il est pro­bable que la dépense s’élèvera au delà de vingt millions. Ainsi, pour l’exécuter au moment où elle serait ordonnée, il faudrait avoir vingt millions disponibles. Ce n’est pas lorsqu’on a déjà entrepris de donner à Paris des eaux, des égouts, des tueries, des marchés, des greniers d’abondance, etc., qu’on peut s’engager dans une si grande opération.

Elle ne pourra être faite qu’au moyen des centimes de l’octroi qui sont affectés au canal de l’Ourcq, ou bien lorsque la paix générale exis­tera et qu’on sera dans un moment de prospérité qui permette d’affecter à ce grand travail 4 à 5 millions par an, pour le terminer en cinq ans.

Les projets auxquels il pourrait paraître convenable de songer dès ce moment seraient la construction de l’Hôtel de Ville, l’arrangement d la place de la Bastille et de la gare, et la formation d’une place dvant le Louvre.

La réception du souverain à l’Hôtel de Ville est une chose trop populaire pour qu’on doive regarder à la dépense. Le souverain ne peut, dans les grandes fêtes, aller qu’à l’Hôtel de Ville, au Sénat, ou au grand établissement de la Garde, à l’École militaire. Les con­structions en bois sont ruineuses, dangereuses et ridicules. Celles qu’on a faites chaque fois à l’Hôtel de Ville ont tous ces inconvénients et sont de plus insuffisantes. Avec une dépense de 4 millions en quatre ou cinq ans, on pourrait avoir un hôtel de ville convenable pour la ville de Paris, et qui, lors des circonstances ordinaires, donnerait de vastes salles pour les assemblées du conseil général, les collèges électoraux, etc. La grande rue à ouvrir doit passer près de l’Hôtel de Ville. La manière naturelle de s’en occuper c’est de coordonner les travaux qu’on ferait à l’Hôtel de Ville avec ce projet, dont l’exécution serait considérée comme probable.

On coordonnerait également à ce projet la détermination définitive de tout ce qui concerne la place de la Bastille.

On propose, à l’entrée de la nouvelle rue devant le Louvre, une place demi-circulaire qui est mesquine. On peut dès à présent déter­miner l’exécution de cette place, lui donner une autre forme et arrêter tout ce qui y est relatif. Si Perrault est considéré comme ayant un nom assez illustre dans les arts, on pourrait donner son nom à cette place. On peut dès à présent déterminer son étendue, arrêter les impositions et désigner le jour où l’église Saint-Germain-l’Auxerrois cessera d’appartenir au service du culte.

Au moyen de ces arrangements, qui tous supposeront l’existence probable de la grande rue, on établit que ce projet est connu et ap­prouvé, et on évite le ridicule de rendre un décret qui ne serait suivi pendant longtemps d’aucune exécution.

Ainsi on peut faire un décret en trois titres : le premier, De la place du Louvre ou De la place Perrault ; le deuxième, De la construction le l’Hôtel de Ville ; le troisième, De l’établissement de la gare et de la place de la Bastille, etc. Il pourrait être dit que ces travaux se coordonneront au plan général joint au décret et qui sera exécuté lorsque les travaux déjà entrepris pour l’utilité ou l’embellissement de la capitale seront terminés.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris.

Monsieur le Comte Mollien,  donnez  un million au prince de Ponte-Corvo sur la caisse de service ; cela sera régularisé ensuite.

 

Saint-Cloud, 15 septembre 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, il paraît que le traitement de 600 francs fait aux chanoines et aux curés de Plaisance est trop considérable ; cela leur donne plus qu’ils n’avaient. Il est nécessaire, 1° de diminuer ce traitement ; 2° de l’ôter à ceux qui, étant âgés de plus de soixante ans, sont retournés chez eux. Il faudrait aussi qne les pensions accordées aux moines défroqués ne leur fussent payées qu’autant qu’ils prêteraient serment.

 

Saint-Cloud,  15 septembre 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Napoleonshoehe

Mon Frère, je reçois vos lettres du 12 septembre. Il ne se fait aucun mouvement de troupes dans le Nord, et le Danemark n’a pas 20,000 hommes sous les armes. Vous pouvez en toute sûreté faire donner vos semestres, cela soulagera vos finances. Ne faites aucun camp ; cela vous coûterait et alarmerait vos voisins. Je suis en paix avec tout le monde, et rien ne menace la tranquillité du continent.

 

Saint-Cloud, 16 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au prince d’Essling que je désire qu’en entrant en Portugal il laisse sur ses derrières tous les régiments provisoires de dragons, qui serviront à garder les plaines de Salamanque et de Valladolid ; qu’il ne faut pas qu’il emmène en Portugal une trop grande quantité de cavalerie, qu’il ne pourrait pas la nourrir; tandis que ces régiments provisoires sont importants pour garder ses derrières.

 

Saint-Cloud, 16 septembre 1810

Au prince de neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Suchet que, après la prise de Tortose et de Tarragone, Valence sera sans doute le but de ses opé­rations, si les circonstances ne s’y opposent pas; mais que, les affaires s’avançant du côté du Portugal, il est probable que je me déciderai à le faire marcher contre Valence, ces deux places étant prises. Vous lui ferez connaître que j’ai lu le mémoire du colonel du génie Haxo ; que, dès qu’il est possible de garder avec 1,000 hommes la citadelle et les fortifications de Lerida, je consens à ne point dé­molir l’enceinte de cette place; mais qu’il faut armer et approvisionner les forts et ne mettre sur l’enceinte de la place que de la petite artil­lerie, afin qu’on puisse l’évacuer sur la citadelle, si cela était néces­saire, et que l’artillerie et la vraie défense soient dans les forts.

 

Saint-Cloud, 16 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Girard une lettre en mon nom pour lui témoigner ma satisfaction sur sa bonne conduite dans l’affaire de Villagarcia, et faites mettre à l’ordre du jour que j’ai reconnu dans cette circonstance la bravoure ordinaire des troupes du 5e corps. Proposez-moi les récompenses que demande le général Girard, soit pour la Légion d’honneur, soit pour l’avancement.

 

Saint-Cloud, 16 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je suis instruit qu’un grand nombre d’Espagnols envoient leurs mérinos en France, et qu’un troupeau de 10,000 mou­tons est en route pour s’y rendre. Donnez des ordres à tous mes généraux et autres autorités pour qu’on protège le mouvement de ces animaux sur la France.

 

Saint-Cloud, 16 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’avais ordonné que tous les receveurs des différents gouvernements d’Espagne vinssent à Paris rendre compte de leur comptabilité. Faites-moi un rapport sur les contributions qui ont été levées en Espagne et sur ce qu’on pourrait tirer de ces rece­veurs sur les dilapidations qui auraient été commises.

 

Saint-Cloud, 16 septembre 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous prie de me faire rédiger un projet de décret par les Hol­landais pour organiser le Waterstaat, en laissant le plus possible les choses comme elles sont aujourd’hui. Je désire aussi y laisser les mêmes ingénieurs et y envoyer le moins de Français possible.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Pourquoi l’Impérial, le Tibre et le Romulus ne sont-ils point encore commencés à Toulon ? Il faudrait mettre sur le chantier en place du Sceptre un autre vaisseau. Je voudrais avoir en 1812 quatre vaisseaux de plus à Toulon, l’Impérial, celui qui sera mis sur le chantier en place du Sceptre, le Tibre, le Trident et le Romulus. L’Agamemnon à Gênes n’avance pas. Je voudrais pouvoir avoir, à la fin de 1812, vingt-cinq vaisseaux à Toulon.

 

Saint-Clond, 17 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je vous ai fait connaître que je dési­rerais avoir à Cherbourg une réunion de forces assez considérables pour menacer les îles de Jersey et obliger l’ennemi à y tenir des troupes. L’arrivée d’une division à Cherbourg a déjà fait un bon effet. Mais je désire que les deux grosses flûtes du Havre soient armées sans délai et qu’elles puissent se rendre le plus tôt possible à Cher­bourg; ces transports, avec la frégate et les deux vaisseaux qui se trouvent dans ce port, pourraient faire craindre à l’ennemi que 6 ou 8,000 hommes ne se portassent sur les îles. D’ailleurs, ces bâtiments, étant à Cherbourg, se trouveront là prêts pour toute expédition. Les Anglais seront obligés de bloquer cette division tout l’hiver, et cela leur emploiera plusieurs vaisseaux. Comme l’écluse de chasse va jouer, je désire connaître quand on peut espérer que ces flûtes et la frégate seront prêtes à Cherbourg.

J’ai ordonné, par mon décret du 15 juillet dernier, la construction d’une flottille de transport dans la Méditerranée. Je vous prie de me faire connaître où en est cette flottille et ce qu’elle pourra porter. Quand aurai-je les moyens de porter en Egypte, par exemple, cinq divisions de troupes de ligne composées chacune de huit bataillons ou de 6,000 hommes, formant 30,000 hommes d’infanterie, 4,000 hommes d’artillerie et génie et 6,000 hommes de cavalerie, total 40,000 hommes, avec cinq cents voitures d’artillerie et 2,000 che­vaux d’artillerie et de cavalerie ?

Faites-moi connaître l’espèce de bâtiments qu’on peut construire à Dordrecht; je voudrais y faire construire une flottille capable de porter en Irlande ou en Ecosse une expédition de quatre divisions, de dix bataillons chacune ou de 8,000 hommes, formant 32,000 hommes d’infanterie, 4,000 hommes d’artillerie et génie et 6,000 hommes de cavalerie, total 42,000 hommes, avec 3,000 chevaux d’artillerie et de cavalerie et cent vingt pièces de campagne, faisant sept cents voitures. Je suppose qu’on ne mettrait sur les vaisseaux que juste ce qu’il faudrait pour ne point les embarrasser. Apportez-moi au conseil de vendredi prochain un rapport sur cette expédition, sur l’espèce de bâtiments et sur leur tonnage (moins le nombre en sera grand et plus cela sera avantageux), et sur la composition des écuries calculée de manière à en avoir également le moins possible.

Je vous prie de me faire un autre rapport sur la situation où l’on peut espérer que nous nous trouverons en 1812. Tout me porte à croire qu’avant ce temps nos prisonniers seront échangés. Je pense qu’au mois d’août 1812 j’aurai, en rade du Texel, neuf vaisseaux au Texel, six à l’embouchure de la Meuse, vingt-six à l’embouchure de l’Escaut, six à Cherbourg, quatre à Brest, y compris l’Ulysse, total cinquante et un; huit vaisseaux à Lorienl, dix à Rochefort (mon intention est que cet hiver et l’hiver prochain on cherche à réunir les vaisseaux de Lorient et de Rochefort à Brest, ce qui ferait vingt-deux vaisseaux dans ce dernier port et recréerait cette escadre), vingt-quatre vaisseaux à Toulon ; ce qui, avec les trois qu’aura le roi de Naples à Naples, et les huit que le royaume d’Italie et la France auront à Ancône ou à Pola, fera cent quatre vaisseaux de ligne.

Si ces cent quatre vaisseaux sont soutenus par une flotte de trans­port dans l’Escaut portant 42,000 hommes, composée comme ci-dessus, par une flotte de transport dans la Méditerranée portant 40,000 hommes, par la flottille de Boulogne capable de porter 60,000 hommes, par une flottille vis-à-vis la Sicile capable de porter 20,000 hommes, par une flotte de transport à Cherbourg capable de porter 12,000 hommes, enfin par des bâtiments de transport pris en Hollande, escortés par les escadres du Texel et de la Meuse, ce qui ferait 200,000 hommes, les Anglais se trouveraient dans une position bien différente de celle où ils sont aujourd’hui.

C’est là mon plan de campagne pour 1812. J’attendrai le rapport que vous me remettrez au conseil prochain. Il ne faut point perdre de vue que c’est à ce résultat qu’il faut arriver.

Ainsi donc je désire créer une flotte de transport dans l’Escaut, une au Havre pour l’expédition de Cherbourg ; en avoir une dans la Méditerranée, et en même temps diminuer ma flottille de Boulogne de manière qu’elle devienne un objet de diversion et d’accessoire, ne devant plus opérer seule et pouvant menacer de jeter 60,000 hommes sur le territoire de l’ennemi dans le temps qu’il serait occupé ailleurs.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

L’intention de Sa Majesté est de détruire pour 1811 les centimes variables et fixes, en laissant seulement les centimes de non-valeur et les centimes additionnels. Un rapport sur ce sujet doit être déjà au Conseil d’Etat. Toutes les dépenses deviendront impériales. Cela est d’autant plus naturel qu’elles se règlent toutes à Paris. Les écri­tures seront simplifiées, et on aura mis un terme aux fonds de caisse qui existent sans utilité dans les départements.

En jetant un conp d’œil sur les centimes fixes et variables, on voit qu’ils sont employés à acquitter beaucoup de dépenses qui pourraient être mises à la charge des communes, comme une partie de celles des enfants trouvés, l’entretien des bâtiments, des prisons et maisons d’arrêt lorsqu’ils auront été mis en bon état; enfin les dépenses d’entretien des tribunaux connues sous les noms de menus frais, réparations locatives, etc. Cette dernière disposition à l’égard des tribunaux offre beaucoup d’avantages. Lyon, Turin, Rome, etc., ayant des revenus considérables, ne regarderaient pas à ces dépenses et mettraient de l’amour-propre à ce que leurs tribunaux fussent bien tenus. Les petites villes porteraient de l’ordre dans ces dépenses pour les mettre dans la proportion de leurs moyens. La contribution fon­cière et l’État feraient ainsi une économie de 1,200,000 francs.

Sa Majesté fait connaître, pour le ministre de l’intérieur seul, son système à l’égard des communes. Elles sont, en général, trop riches. Elles ont organisé les lycées, concouru à la dépense des dépôts de mendicité et déposé des sommes considérables à la caisse d’amortis­sement. Elles ont, en général, trop de dépenses de luxe. Celles de premier ordre donnent des sommes considérables à leurs maires, qui se trouvent mieux payés que les préfets, tandis que leurs fonctions, purement municipales, doivent être gratuites. Et comment ne seraient-elles pas riches ? On leur a abandonné les octrois qui, dans tous les pays et dans tous les temps, formaient, du moins pour la plus grande partie, une portion du revenu du souverain. Il y a donc à choisir entre deux partis : ou déclarer le produit des octrois une recette impériale et prélever 50 pour 100, ou affecter le payement des dépenses locales sur ce produit. Il est d’autant plus naturel de faire payer les dépenses des tribunaux sur les octrois, que les tribunaux, attirant beaucoup de monde dans les villes, contribuent à augmenter la recette de l’octroi.

Sa Majesté désire qu’on lui présente un tableau comparatif des dépenses dont il s’agit et des revenus des villes qui devraient les sup­porter, et que le ministre joigne au rapport qu’il fera un projet de décret qui réglera cet ordre de choses à commencer du 1er janvier 1811. Sa Majesté verra alors si l’on ne peut pas prendre le même parti à l’égard des menus frais des justices de paix.

Ce travail fait d’abord pour les tribunaux, Sa Majesté en désire un complet sur les communes, afin de mettre à leur charge toutes les dépenses locales qu’elles pourront supporter. Les communes ont déjà été chargées du casernement, ce qui fait 800,000 francs d’éco­nomie pour le ministère de la guerre. Les dépenses des tribunaux feraient une économie de 1,200,000 francs. On ignore quelle serait celle de l’entretien des prisons après qu’elles auront été mises en bon état de réparation. Ces trois objets, qui paraissent les plus impor­tants, ne font pas ensemble une somme très-considérable.

Cependant, si cela était nécessaire, lorsque le système des affec­tations pour dépenses locales sera complet, on ne verra pas d’inconvénient à faire contribuer les arrondissements ou les départements. On prendrait ou le tiers ou le cinquième du revenu commun, et on ferait sur ce fonds commun les dépenses qui se fout aujourd’hui avec les centimes fixes et variables. Il est bien entendu qu’on ne comprend pas dans cette mesure le traitement des abonnements de préfec­ture, etc., qui doivent être ordonnancés par le ministre de l’intérieur. Tout le reste serait payé par les communes. Ces fonds n’entreraient pas au trésor public; ils pourraient être ordonnancés sur-le-champ par les préfets, pourvu qu’ils se conformassent au budget. Ce serait une manière facile de pourvoir aux dépenses imprévues, et un sou­lagement pour le ministre de l’intérieur, qui n’aurait à s’occuper que de ce qui est dépense fixe.

Ce système soulagerait d’impositions directes, procurerait une économie assez notable à l’État et déplairait moins aux communes que si, par une seule mesure, on déclarait impériale une forte por­tion de leur octroi.

On pourra même cesser de percevoir le dixième pour le pain de soupe et les autres prélèvements de cette nature.

Il faudrait donc former un état des revenus des communes par arrondissement et par département, et des dépenses locales à mettre à leur charge.

 

Saint-Cloud, 17 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, des exactions de toute espèce se commettent en Espagne; on y trafique de la libération des prisonniers. Envoyez par un officier la lettre que vous devez écrire au général Kellermann. Écrivez en même temps au prince d’Essling pour qu’il fasse arrêter les individus coupables de ces crimes. Envoyez des officiers interro­ger la garnison de Ciudad-Rodrigo, et notamment le commandant de l’artillerie, auquel on assure qu’il a été demandé 200,000 réaux pour laisser aller la garnison. Chargez le général Buquet de faire une enquête sur cette affaire. Il est temps de mettre un terme à ce brigandage.

Le prince d’EssIing, par une de ses lettres du 30 août, dit qu’il vous a envoyé l’état des contributions levées par le duc d’Elchingen et que ce maréchal n’a pas versées; vous ne m’avez point mis cet état sous les yeux. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Fontainebleau, 17 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le bruit d’un prétendu mariage du prince Ferdinand avec une princesse d’Autriche s’accrédite beaucoup. Il est important que vous écriviez à tous les commandants des corps d’armée en Espa­gne pour les prévenir que ce bruit est un enfant de l’oisiveté de Paris et un bavardage qui occupe les Parisiens ; qu’ils doivent rejeter avec indignation la seule idée d’un pas rétrograde; qu’il n’a jamais été question de rien de pareil.

 

Fontainebleau, 18 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Le roi de Naples a mis à l’eau un très-bon vaisseau. On m’assure qu’on y a employé des bois qui auraient pu servir à faire un trois-ponts. Le roi de Naples fait construire deux autres vaisseaux, mais, comme il est obligé à beaucoup de dépenses, il ne peut pas faire davantage. Cependant, puisqu’il faut que j’avance de l’argent pour de nouvelles constructions, je préfère les faire à mon compte. Faites-moi connaître si l’on peut faire construire un vaisseau à trois ponts, un de 80 et un de 74, à Naples ou à Castellamare. En payant bien, ce seraient trois vaisseaux que je pourrais avoir l’année prochaine.

Je les armerais avec des matelots napolitains; j’enverrais seulement des garnisons et des officiers. Par ce moyen le Roi aura trois vaisseaux, moi trois; ce qui ferait six vaisseaux qui se joindraient dans ces mers à mon escadre de Toulon.

Donnez donc des ordres positifs au prince Borghese pour que l’Agamemnon à gêns soit lancé en avril; jusqu’à cette heure il n’avance pas. Il y a longtemps qu’il traîne. Faire connaître les mesures pour le faire finit.

Le Rivoli a été mis à l’eau à Gênes. On m’assure que ce vaisseau est très-beau et qu’il a très-bien réussi.

 

Fontainebleau, 18 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vois que le général Kellermann montre la plus grande insouciance, et que, loin de placer ses forces de manière à appuyer l’armée de Portugal, il tient ses troupes disseminées.

Il me semble que j’ai compris la province d’Avila dans l’arrondissement de l’armée du centre.

Écrivez de nouveau au général Drouet que j’attache la plus grande importance à avoir des nouvelles de l’armée de Portugal; que le principe d’occuper tous les points est impossible à exécuter; qu’il faut se contenter d’occuper les points où sont les dépôts et les hôpitaux, et avoir ses troupes dans la main pour les porter où cela est nécessaire, et surtout sur les derrières de l’armée de Portugal.

 

Saint-Cloud, 18 septembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, vous m’avez envoyé un plan sur Ancône qui n’a pas le sens commun. L’ingénieur qui l’a fait n’est pas un homme d’assez de mérite pour faire des plans. Faites exécuter celui que je vous ai envoyé et tenez-vous-en là. Ce que propose l’ingénieur d’Ancône ne se ferait pas pour 30 millions.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous verrez par mon décret que je n’ai établi que deux divisions militaires en Hollande, ainsi que deux directions du génie et deux directions d’artillerie. Plus un pays s’éloigne, plus il est nécessaire que les choses se centralisent. Je n’admets point le projet de détruire les fabriques de poudre ni de changer les manufactures d’armes. Jusqu’à un rapport particulier et circonstancié, tout doit rester dans l’état actuel. La Hollande est un pays bien administré, qu’il faut maintenir provisoirement. Cependant je désire que Delft soit supprimé par la suite ; il me semble que les arsenaux de Strasbourg, Metz, Mayence, Anvers, Douai sont suffi­sants; ils peuvent tous communiquer avec la Hollande par eau. Ma politique doit être d’ôter à la Hollande tous les moyens de guerre pour lui ôter toute envie de se révolter un jour. D’ailleurs, à la moindre trouée que l’ennemi opérerait par Bonn et Cologne sur Bruxelles, je me trouverais coupé de tous les établissements de la Hollande, et à quoi bon ces établissements puisque tous les bois et fers que l’on y met en œuvre viennent de France ? Anvers est un point qu’il est dans mon intérêt d’occuper plus fortement que jamais ; bientôt le sort de trente à quarante vaisseaux dépendra de cet établis­sement. C’est là que je dois centraliser mes moyens de défense et d’activité, de manière que, l’ennemi venant à faire cette trouée par Cologne sur la Belgique, le point d’Anvers reste inexpugnable. Je vous ai fait connaître que toute l’artillerie qui serait inutile à l’arme­ment des places conservées devait être évacuée sur la France. Je sup­pose que le génie et l’artillerie auront fait reconnaître toutes les places et forteresses du pays, et qu’au conseil de décembre on pourra me faire connaître les places utiles à conserver et celles qu’il faudra aban­donner. Je crois que vous avez donné des ordres pour qu’à cette époque des officiers, chargés de ces reconnaissances et porteurs des plans, puissent être prêts à répondre à tout ce qu’on leur demandera.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, j’approuve que vous fassiez entrer dans les corps de l’artillerie et du génie de l’armée tous les individus qui formaient l’artillerie et le génie en Hollande. J’ai dit que vous me présenteriez l’état de tous ces officiers et leur nouvelle destination; je n’ai pas besoin de rendre un nouveau décret à ce sujet. Quant aux officiers qui seront employés dans les places, je ne veux point, autant que possible, de nouvelles nominations; les Hollandais connaissent leur pays et peuvent y être utiles; on pourra seulement mettre des Hollandais dans les places sur le Rhin, et replacer en Hollande les Français qui occupaient des places sur le Rhin.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, la situation topographique des districts de Windisch-Matrey et de Tefferecke, qui appartenaient autrefois à l’évéché de Salzburg quoique enclavés dans le Tyrol, est telle, que je ne conçois pas qu’on ait pu un instant mettre en doute que ces enclaves ne dussent pas suivre le sort des vallées du Tyrol dans les­quelles elles sont placées; en cédant le pays de Salzburg, je n’ai jamais voulu céder des portions de territoire qui en sont séparées par la nature. J’approuve le travail de la limitation en conséquence du­quel les districts de Windisch-Matrey et Tefferecke resteront réunis à la portion du Tyrol cédée à mes provinces illyriennes. Le petit excédant de population qui se trouve en ma faveur est trop peu de chose pour qu’il en soit davantage question. Concertez-vous avec M. Marescalchi pour qu’il charge M. de Narbonne de dire à la cour de Bavière que mon intention n’est point d’accorder d’indemnités pour ces deux districts, dont je n’avais point abandonné la possession.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur présente au conseil des ponts et chaussées qui aura lieu au mois de novembre un rapport sur les travaux à faire en 1811 au bassin d’Anvers, afin qu’il puisse contenir, en novembre 1811, vingt-cinq vaisseaux de guerre et des frégates, ou trente vaisseaux de guerre. Cette augmentation est aussi importante que les travaux que l’on a faits cette année. En 1812, on continuerait les travaux pour douze ou quinze vaisseaux de guerre de plus. L’intention de l’Empereur est qu’en temps de grande guerre on puisse, indépendamment des autres bassins de l’Escaut, placer au moins quarante vaisseaux dans le bassin de la place d’Anvers, qui doit devenir le boulevard du Nord. Sa Majesté désire que le ministre de l’intérieur lui fasse promptement connaître où en est le pont de Mayence.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

NOTE POUR LES MINISTRES DU TRÉSOR PUBLIC, DE LA GUERRE ET DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE.

Sa Majesté désire que le ministre du trésor lui fasse connaître ce qui a été ordonné relativement aux contributions des provinces espa­gnoles occupées par les troupes françaises.

Sa Majesté a nommé des receveurs. Elle a ordonné que ceux qu’ils remplacent vinssent à Paris pour rendre compte. Les premiers sont à leurs postes; les derniers sont-ils en France ?

Il faudrait envoyer des commissaires dans chaque gouvernement pour prendre connaissance des recettes qui ont été opérées, ou du moins des inspecteurs aux revues forts et bien appuyés.

Cette matière importante ayant besoin d’être bien combinée, les ministres de la guerre, de l’administration de la guerre et du trésor, se réuniront pour présenter un projet de décret. Ils présenteront aussi un projet de circulaire de chaque ministre à ses agents.

Pour l’Andalousie, par exemple, le duc de Dalmatie fait-il verser, dans la caisse du payeur français, l’argent qu’il retire du pays, et retire-t-il ensuite de ses caisses, sur les ordonnances de l’intendant ou de l’ordonnateur, l’argent nécessaire pour pourvoir aux besoins de l’armée ? Si cela est ainsi, il n’y a rien à dire; si, au contraire, il fait verser directement l’argent dans la caisse du génie pour les forti­fications, ou dans la caisse particulière de tout autre service, cette méthode ne peut être que très-suspecte. Il faut que le duc de Dalma­tie soit le maître; mais il faut en même temps que les formes de la comptabilité soient suivies, c’est-à-dire que toutes les recettes soient versées chez le payeur et que toutes les dépenses soient acquittées sur les états de distribution du général en chef et sur les ordonnances de l’ordonnateur. Les instructions qui ont été envoyées par le trésor sont intempestives. Le prince d’Essling et l’intendant de l’armée de Portugal ont été forcés à des violations de caisse pour avoir des fonds qui ne venaient pas du trésor. Il a dû arriver que le général en chef a dit : « Je ne ferai pas verser dans la caisse du payeur, puisque je ne puis rien retirer de cette caisse sans écrire à Paris, qui n’a rien de commun avec les fonds qui y sont versés, et qu’on n’envoie pas de crédit. »

Cela n’arriverait pas si le payeur, après avoir reçu les fonds pro­duits par le pays, payait sur les ordonnances délivrées d’après les ordres du général qui commande en chef dans le pays.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, faites partir demain un officier porteur d’une lettre pour le prince d’Essling, dans laquelle vous lui ferez connaître que mon intention est qu’il attaque et culbute les Anglais; que lord Wel­lington n’a pas plus de 18,000 hommes, dont seulement 15,000 d’infanterie, et le reste de cavalerie et d’artillerie; que le général Hill n’a pas plus de 6,000 hommes, infanterie et cavalerie; qu’il serait ridicule que 25,000 Anglais tinssent en balance 60,000 Fran­çais; qu’en ne talonnant pas et les attaquant franchement après les avoir reconnus on leur ferait éprouver de grands échecs.

Quant aux troupes qu’il doit laisser sur ses derrières, il faut qu’il laisse les régiments provisoires de cavalerie. L’armée a 12,000 hom­mes de cavalerie; il n’y en a pas besoin de plus de 6,000 en Portu­gal; c’est donc 6,000 à laisser entre Ciudad-Rodrigo, Alcantara et Salamanque. Le prince d’Essling doit laisser à cette cavalerie quel­ques pièces d’artillerie; l’artillerie est le complément de la cavalerie. Le prince d’Essling a quatre fois plus d’artillerie qu’il ne lui en faut contre l’armée ennemie. Je suis trop éloigné, et la position de l’ennemi change trop souvent, pour que je puisse donner des con­seils sur la manière de mener l’attaque; mais il est certain que l’ennemi est hors d’état de résister.

D’après les nouvelles les plus sûres, que l’on tient de l’espion­nage à Londres,  si l’on joint à l’armée anglaise dans la péninsule 4,000 hommes qui sont à Cadix, on trouvera qu’elle est de 28,000 hommes; ce qui est toute la force des Anglais, qui ont renforcé leur armée de Malte et de Sicile.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

NOTE POUR LE GÉNÉRAL BERTRAND.

De Bâle à Wesel le système des frontières est suffisamment connu. Il ne faut s’occuper que de la portion de frontière comprise entre Wesel et la mer, c’est-à-dire un espace d’environ 50 lieues.

On trouve d’abord Schenkenschanz en première ligne, ensuite Grave, Gorinchem ou Gorkum, enfin Bois-le-Duc, Geertruidenberg, Breda, Willemstad.

Le petit fort de Gorinchem a pour avantage de conserver une tête de pont sur la Merwede; il serait utile d’avoir une place sur le second bras du Rhin, le Leck, du côté de Vianen, pour assurer les commu­nications avec la Hollande et Amsterdam. On irait de Geertruiden­berg à Schoonhoven (il faudrait savoir ce qu’est Schoonhoven).

Si la Hollande était prise et qu’il fallût repasser le Rhin, le théâtre de la guerre aurait pour points d’appui à gauche Anvers et à droite Maastricht. En supposant encore qu’on dût abandonner ces deux points et les laisser investir par l’ennemi, les deux armées viendraient se réunir entre Bruxelles et Liège. Ainsi, à mesure que l’armée enne­mie avancerait, sa ligne de fond serait fort augmentée.

Anvers, Flessingue, Ostende et même Dunkerque seraient le point d’appui de toute l’armée sur la gauche, tandis que Wesel, Venloo, Grave, Maastricht et Juliers le seraient sur la droite.

Parlons maintenant de la frontière qui couvre la Hollande du côté de l’Allemagne.

Au premier aspect, on voit deux lignes : l’une de Wesel à Coeverden, 30 lieues; l’autre de Coeverden à Groningen, 14 lieues.

Ces trois places seraient le point d’appui de trois corps d’armée. Si pendant le siège de Coeverden on était plus faible, on se retirerait de Wesel sur le fort de Schenkenschanz et les derrières de l’Yssel ; on aurait devant soi Zutphen et Deventer pour secourir Coeverden.

La défense de Groningen fait un objet distinct; elle doit s’appuyer sur l’Ems. Groningen, Coeverden et Zutphen sont donc des postes importants, car, si l’on était sur la défensive, la véritable ligne du Rhin pourrait s’appuyer derrière l’Yssel; alors on couvrirait Amster­dam et le Texel.

Je demaude donc que le général Bertrand voie avec attention ce plan : d’abord Groningen comme centre d’un État à part et d’une petite armée; il faudrait bien reconnaître les marais qui couvrent ce pays vers l’Ems ; ensuite Coeverden , considéré comme point de départ d’une armée qui marcherait vers l’Ems et le Hanovre; Coever­den serait en même temps un point de défense; enfin la véritable ligne de Wesel par Schenkenschanz et Rijssen, derrière l’Yssel.

Il faudrait bien reconnaître l’Yssel, voir à remettre en état Zutphen comme tête de pont, et même Zwolle, si cela est possible. En supposant la France fortement occupée, il est dans la nature des choses de croire qu’une armée ennemie viendrait par le nord pour menacer Amsterdam, dans le temps qu’une flotte anglaise attaquerait le Texel et chercherait à faire sa jonction avec l’armée du Nord.

Résumé. — On doit considérer l’Yssel comme le prolongement de la véritable ligne défensive du Rhin.

Il faut me faire un mémoire détaillé à ce sujet.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, je reçois votre lettre du 13, par laquelle vous me deman­dez si l’entrée des marchandises spécifiées dans le décret du 5 août sera permise sans certificats d’origine, sous quelques pavillons qu’elles arrivent, à l’exception du pavillon ennemi. Voici ma réponse. Il n’y a plus de pavillons neutres, puisque tous payent une contribution aux Anglais pour avoir la liberté de naviguer, et, par cette soumis­sion aux Anglais, sont dénationalisés en vertu de mon décret de Milan. Ainsi aucune denrée coloniale quelconque ne peut arriver dans les ports de ma domination, même avec des certificats d’origine, qui ne servent de rien. Le sucre, le café, le coton des colonies ne peu­vent entrer par mer dans mes ports, même sous pavillon français. Cependant, lorsque le sucre, le café, le coton, sont le produit de prises faites par des corsaires italiens ou français, alors seulement ils peuvent être admis. Lorsqu’ils sont le résultat des confiscations de marchandises saisies dans les ports de Trieste ou de Venise, ils peu­vent également être admis. C’est pour ces deux cas seulement que j’ai pris le décret qui hausse le tarif de ces marchandises. Vous de­mandez comment le royaume d’Italie s’approvisionnera de coton, de café et de sucre : je vous répondrai que, quant au sucre, il y en a pour plusieurs années en Italie, puisque c’est l’Italie qui en fournit à la Bavière et à la Suisse, et que d’ailleurs la consommation en diminuera tous les jours; que, quant au café, il en vient assez du Levant; que, pour du coton, l’Italie en a peu besoin, et que d’ail­leurs les cotons de Rome, de Naples, et ceux qu’on cultivera dans la Romagne, suffiront à la consommation. Mais, indépendamment du sucre, du café, du coton, direz-vous, il y a d’autres marchandises nécessaires au royaume d’Italie, telles que les bois de teinture, la cochenille, l’indigo, le cacao, la soude, la potasse; or, pour ces objets, j’ai accordé des licences aux ports d’Ancône et de Venise, mais pour des navires italiens, faits avec des bois du pays, montés par des équipages composés des deux tiers d’Italiens et chargés pour le compte de sujets italiens. Les bâtiments étant porteurs d’une li­cence ont le privilège d’importer dans mes ports d’Italie des denrées coloniales et d’en exporter une quantité équivalente de denrées du pays. Je viens d’accorder des licences en vertu desquelles des bâti­ments ottomans peuvent venir dans mes ports de Livourne, de Mar­seille, de Gènes, importer des marchandises du Levant. Je vais vous en envoyer pour Venise et Ancône; ils pourront y apporter des cotons du Levant, du café moka et autres denrées du levant. Quant aux sucres, cafés et cotons d’Amérique, j’ai accordé des permis à un certain nombre de bâtiments américains, et j’ai pris des précautions spéciales pour m’assurer qu’ils n’apportent que des produits d’Amé­rique, telles que des lettres en chiffre de mes consuls, etc. Quand cette opération sera plus avancée, j’en accorderai aux négociants de Venise et d’Ancône, au moyen desquelles ils pourront correspondre avec les négociants américains. Il n’y a plus d’accès aujourd’hui dans mes ports d’Italie que pour le pavillon français, napolitain et otto­man. Quand je dis le pavillon, j’entends le bâtiment et son équipage. Aujourd’hui le pavillon français parcourt les mers d’Angleterre; il va jusqu’à Londres, mais il se masque. Sous ce déguisement l’Angle­terre le reçoit, et je lui fais la loi par le besoin pressant qu’elle a de communiquer. Les bâtiments français venant des ports de l’Illyrie ne peuvent venir dans les ports de l’Italie que par le cabotage, c’est-à-dire en évitant les croisières anglaises. Les bâtiments napolitains n’y peuvent venir également que par le cabotage, c’est-à-dire sans avoir communiqué avec les Anglais. Le cabotage de Naples et de l’Illyrie ne comporte ni mouvement de coton colonial, ni mouvement de sucre, de café ou autres denrées des colonies. Toutes les fois qu’il en apporte, on doit les mettre en entrepôt et me consulter. Les bâtiments ne peuvent sortir pour la grande navigation qu’avec des licences, parce qu’ils ne peuvent faire la grande navigation sans être visités par les Anglais et sans avoir une licence anglaise ; dès ce mo­ment ils ont besoin de la mienne. Tout bâtiment ottoman arrivant sans licence doit être séquestré, et il doit m’en être rendu compte. Aucun bâtiment français venant de Marseille, de Livourne, de Gênes ou autre port de France, ne peut venir dans les ports d’Italie sans licence, puisqu’il ne peut naviguer qu’avec la permission des Anglais et sans avoir été visité par eux. Aucun bâtiment américain ne peut venir dans mes ports d’Italie, s’il n’a une licence de moi.  Ainsi, hormis le cabotage d’Illyrie et de Naples, lequel ne doit jamais por­ter ni sucre, ni café, ni coton des colonies, ni aucune espèce de denrées coloniales, mais seulement des denrées du cru de ces pays, tous les bâtiments doivent être séquestrés à leur arrivée dans mes ports, s’ils n’ont une licence de moi. Ici, il faut vous redire ce que vous aurez déjà compris,  savoir ce que c’est qu’une licence. Une licence est une permission accordée à un bâtiment, qui remplit les conditions exigées par ladite licence, d’importer et d’exporter telle espèce de marchandises spécifiées dans cette licence. Pour ces bâti­ments, les décrets de Berlin et de Milan sont nuls et non avenus. Pour bien comprendre cette matière, il faut avoir sous les yeux mes décrets de Berlin et de Milan. Vous voyez qu’au moyen de ces deux décrets et des arrêts du conseil anglais, il ne peut plus exister de neutres, et que l’Angleterre n’en souffre aucuns s’ils ne lui paye un tribut, comme mes décrets les dénationalisent s’ils s’y soumettent. Mes licences sont un privilège tacite de s’affranchir de mes décrèts, en se conformant aux règles prescrites par lesdites licences. Le besoin de naviguer des Anglais est tel, qu’ils sont obligés d’adhérer à tout ce que je fais,  et qu’ils donnent des licences à ceux qui ont les miennes. L’effet en est tel que, depuis ces licences, il n’y a point d’exemple, hormis les Ottomans, qu’ils aient fait payer personne sur l’Océan. Je crois que ma réponse satisfera à votre demande et vous donnera des lumières suffisantes sur ce système si compliqué, dont je retire les plus heureux résultats par l’occupation d’une immense étendue de côtes du Mecklenburg, des villes hanséatiques et des principaux ports d’Allemagne. L’Angleterre est réellement aux abois, et moi je me dégorge des marchandises dont l’exportation m’est né­cessaire, et je me procure des denrées coloniales à leurs dépens. Les Anglais laissent naviguer dans la Tamise les bâtiments français, qui seulement se masquent sous pavillon américain, ou prussien, ou autre; moi je ne donne des licences qu’à des bâtiments français, construits en France, ou devenus français (provenant de prises) par un acte appelé naturalisation, qui est une espèce de baptême que reçoivent ces bâtiments, et dont le patron et les deux tiers de l’équi­page sont français.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, je reçois vos lettres du 13. Je vois que les quatre régi­ments de cavalerie italienne ont chacun à peu près 700 chevaux, hormis le régiment du Prince Royal, qui n’en a que 400. Il faudrait renforcer ce régiment. Je pense qu’il est inutile d’avoir des chevau-légers, mais qu’il vaut mieux former deux régiments de chasseurs. J’ai pris un décret en conséquence, qu’Aldini vous enverra. Je vois qu’il manque 12,000 hommes à l’armée italienne pour être au com­plet. Je vois que vous n’avez que 12,000 hommes en congé; faites-moi connaître s’il y aurait de l’inconvénient à accorder un plus grand nombre de congés cet hiver. Vous pourriez en donner au mois de décembre à la moitié des officiers, au tiers des sous-ofiieiers et au cinquième des soldats. Ce serait une grande économie; ils iraient chez eux et reviendraient au mois de juin pour les manœuvres. Vous avez en Italie, présents, trente et un bataillons; je ne compte pas les 5e bataillons. Que coûterait-il d’établir auprès de Brescia un camp de dix bataillons, au mois d’octobre, et un autre de dix ba­taillons, au mois de novembre ? Vous y réuniriez les généraux de division et de brigade et autres officiers, et l’armée italienne se for­merait là aux manœuvres. Vous pourriez réunir également dix esca­drons de cavalerie. Vous auriez soin qu’il y ait le plus d’officiers et de sous-officiers possible à ces manœuvres. Par ce moyen, l’armée italienne aurait eu un bon exercice, et, à la fin de décembre, vous feriez délivrer les congés. Il faut connaître, avant de donner aucun ordre là-dessus, combien cela coûterait, et en quel état sont les camps d*Osoppo. Je vois que le 6e régiment de ligne italien est un régiment bien négligé. Il faudrait le faire rentrer, et, si l’on a besoin en Italie de se défaire de quelques mauvais sujets, il vaudrait mieux en former à l’île d’Elbe un bataillon colonial.

 

Saint-Cloud, 19 septembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, j’estime que l’armée italienne doit être organisée de manière à présenter une force de 27,000 hommes d’infanterie de ligne, présents sous les armes, et de 3,000 hommes de la garde, total 30,000 hommes d’infanterie, et de 3,000 hommes de cavalerie. Son artillerie doit être composée, pour l’infanterie, de vingt pièces de 3 à raison de deux par régiment, et de dix pièces de 3 pour la garde, à raison de deux par bataillon, ce qui fait trente pièces de 3 pour l’artillerie des régiments ; de douze obusiers de 6 pouces, de vingt-quatre pièces de 6 , de quatre obusiers et de huit pièces de 12, pour la réserve; de quatre obusiers et de huit pièces de 6, pour les deux divisions de cavalerie ; de quatre obusiers, de quatre pièces de 6 et de quatre pièces de 12, pour la réserve de la garde. L’artillerie de l’armée italienne doit donc être organisée de manière à avoir vingt pièces de 3, vingt obusiers, trente-deux pièces de 6 et huit pièces de 12; total, quatre-vingts pièces de canon pour l’armée de ligne; et pour la garde, dix pièces de 3, quatre pièces de 6, quatre pièces de 12 et quatre obusiers; ce qui fait plus de cent pièces et cinq cents caissons, compris ceux de cartouches d’infanterie, ce qui suppose 2,500 chevaux d’artillerie.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez en Prusse et parlez ici à M. de Krusemark pour faire connaître que je désirerais que le gouverne­ment prussien mit à la sortie des grains des ports de Memel, Kœnigsberg, Stettin et Kolberg, le même droit qu’à Danzig. L’Angleterre ayant besoin de blé, c’est une imposition qu’il sera utile et agréable à la Prusse de lever sur l’Angleterre. Expliquez cette théorie à mon chargé d’affaires et à mes consuls. Faites connaître également à Danzig que ce droit doit être perçu dans les autres ports de la Baltique.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, vous n’auriez pas dû envoyer 2,100,000 francs à Madrid sans mon ordre : je n’ai rien à Ma­drid; mes troupes sont en Portugal, en Andalousie, en Aragon. 500,000 francs à Madrid auraient été suffisants; il eût été plus à propos d’envoyer cet argent à l’armée de Portugal et quelque chose en Aragon. Je vous ai mandé d’envoyer un convoi d’argent à l’armée de Portugal. Faites-moi connaître ce qui a été envoyé jusqu’aujour­d’hui à la partie de ma Garde qui est en Espagne. Si vous avez des états de situation de la solde dans tous les corps de l’armée d’Espa­gne, envoyez-les-moi. Toutes les fois qu’il vous arrivera des propo­sitions d’envoyer de l’argent en Espagne, soumettez-les avant à mon approbation. Recommandez à votre payeur à Madrid de ne payer, sur les 2,100,000 francs que vous avez envoyés, que ce qui est dû à chaque corps pour la solde, et de faire sur ce fonds un envoi de 700,000 francs au 2e corps, que commande le général Reynier à l’armée de Portugal; ce qui, joint aux 2,300,000 francs envoyés à cette armée, ferait 3 millions qu’elle aurait reçus.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire que vous me présentiez le projet de deux expéditions, une pour Corfou et l’autre pour Barcelone.

L’expédition de Corfou se composerait de deux frégates ; elle aurait pour but de transporter beaucoup d’objets d’artillerie dont cette île a besoin. Vous vous concerterez à ce sujet avec le ministre de la guerre. Mon intention serait que le complément de leur chargement fût en blé. Peut-être même, si je puis disposer d’une flûte de 800 tonneaux, consentirai-je à l’envoyer chargée de blé sous l’escorte des deux frégates.

Quant à Barcelone, je désire y faire passer 60,000 quintaux de grains ou farine. Faites-moi connaître combien de bâtiments il faudra, en prenant les plus gros qui puissent entrer à Barcelone, et quelle direction on devra prendre pour réussir dans cette expédition, à la­quelle j’attache une grande importance. Comme ces 60,000 quintaux forment un objet considérable, je désire en partager les risques en trois expéditions, chacune de 20 à 25,000 quintaux. La première partirait dans le courant d’octobre, la seconde dans le courant de novembre et la troisième dans le courant de décembre. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1810

NOTE POUR LE GÉNÉRAL DUROC, GRAND MARÉCHAL DU PALAIS,  A PARIS.

Un grand nombre de militaires sont dans le besoin, soit eux, soit leurs femmes, soit leurs enfants. Les fonds que je donne au grand aumônier sont distribués à de vieux prêtres et à de vieilles gens d’une classe différente des militaires.

Je désire qu’à compter du 1er octobre le grand maréchal ne remette au grand aumônier que la moitié de la somme qu’il lui remettait précé­demment, et que l’autre moitié, qu’il gardera par devers lui, soit portée à une somme de 20,000 francs par mois, ce qui fera 240,000 francs par an. Le grand maréchal restera dépositaire de ce fonds, et, toutes les semaines, il me présentera un projet de distribution de 5,000 francs, soit à des militaires, soit à des femmes veuves ou enfants de mili­taires, tant à ceux dont je lui ferai renvoyer les pétitions qu’à ceux qu’il trouvera lui-même dans le besoin.

 

Saint-Cloud, 20 septembre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, à Paris

Mon Cousin, j’aurai dimanche parade à Paris. La légion portugaise qui est à Meaux, le bataillon de marche de la division d’arrière-garde de l’armée d’Espagne, la garde hollandaise et ma Garde française, y compris le régiment qui est à Fontainebleau, se trouveront à cette parade. Ma Garde donnera le même jour à dîner à tous les soldats portugais, et vous, vous donnerez à diner aux officiers.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vois dans une lettre de Stuttgart que vous avez autorisé mon ministre à se concerter avec le ministre d’Autriche pour faire des démarches relativement à la restitution des biens du comte de Melternich. Cela est contre ma dignité. Lorsque j’ai affaire aux princes de la Confédération, je n’ai besoin de l’intervention de personne. Je désapprouve tout concert direct ou indirect de mes ministres avec les ministres d’Autriche auprès des princes de la Confédération du Rhin.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’idée d’envoyer des Espagnols à Corfou est mauvaise. Donnez ordre que ces Espagnols, qui sont à Toulon, soient renvoyés dans l’intérieur et attachés à un bataillon du régiment Joseph-Napoléon. Il faut bien se garder de les envoyer à Corfou, ils ne feraient qu’y con­sommer des vivres et trahiraient à la première circonstance. Le batail­lon septinsulaire pourrait plutôt se recruter parmi les Dalmates, les Italiens et les Napolitains.

 

Saint-Cloud, 21 septembre 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, j’ai beaucoup d’argent en Hollande ; j’ai intérêt de le dépenser dans le pays pour éviter les pertes résultant des retours, et de le dépenser promptement pour ramener la circula­tion. Déjà 8 millions vont être remis en circulation, en conséquence des dernières dispositions qui ont été prises pour la caisse d’amortissement. La marine doit beaucoup en Hollande sur tous les exercices et sur l’exercice courant. Je crois qu’elle doit à Dordrecht 4 à 500,000 francs. Faites-vous remettre par la marine l’état de ce qu’elle doit en Hollande et de ce qu’elle doit pour l’exercice courant à Anvers, et présentez-moi un projet de décret pour mettre ces sommes à la disposition du ministre, en distinguant les exercices, et ce qui est crédit de ce qui est autorisation pour porter en distribution, afin de payer et de remettre quelques millions dans la circalation en Hollande.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 21. Je ne suis point satisfait de son con­tenu. Je ne veux pas du 4e bataillon de Prusse. Il faut en diriger les recrues sur les régiments hollandais. J’ai ordonné que les deux batail­lons qui sont en Espagne fussent réduits à un ; ainsi ce régiment n’aura plus que deux bataillons, un en France et l’autre en Espagne.

Donnez le recrutement des villes hanséatiques aux régiments hol­landais. Je veux qu’on recrute parmi les Allemands, mais que ce soit pour les régiments hollandais ou d’Isembourg et de la Tour-d’Auvergne. Les régiments étrangers ne me rendent aucun service et me coûtent beaucoup ; ce qui ne s’arrange pas avec l’économie que je veux mettre dans les dépenses de la guerre.

 

Saint-Cloud, 22 septembre 1810

NOTE DICTÉE PAR L’EMPEREUR.

Choses à faire. — 1° Les comptes des finances, savoir : le compte de 1809, le compte de 1810 et un coup d’œil sur le service de 1811. Le ministre des finances est chargé de ce travail. Il n’attend plus que les détails sur les affaires de Hollande, et ils sont en délibération au Conseil d’État.

2° Les affaires de Hollande. Il reste à régler le budget des dépenses de la justice et de l’intérieur, et à arrêter le grand décret sur les douanes ; ce décret est au Conseil.

La division en départements et en divisions militaires est terminée, ainsi que l’organisation du génie et de l’artillerie.

3° Un nouvel arrangement sur les centimes fixes et variables. Cet objet est au Conseil d’État.

4° Un grand décret pour régulariser les fonds spéciaux pour le passé et pour l’avenir ; le ministre du trésor en est chargé.

5° Faire marcher et organiser la Société maternelle.

6° Organiser l’Ordre des Trois Toisons. 4)Cet ordre ne verra finalement pas le jour

Objets à mettre en train.

1° Sénatus-consulte pour la réunion de la Hollande.

2° Sénatus-consulte pour une levée de conscrits pour la marine.

3° Décret pour cette levée.

4° Décret pour le nombre des équipages à former avec l’indication des vaisseaux qu’ils doivent monter.

Le sénatus-consulte sur la réunion de la Hollande sera préparé par l’archicbancelier, qui tiendra à cet effet un conseil où il réunira les ministres d’État.

Beaucoup de choses ont été dites qui peuvent servir à la rédaction des motifs, mais il faut y ajouter les démarches faites auprès de l’An­gleterre, à l’occasion de la Hollande, pour la porter à la paix. Il est bon de publier ces pièces. Écrire à ce sujet au duc de Cadore.

 

Paris, 23 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je lis avec surprise la lettre du major du régiment irlandais. Je n’ai point ordonné que les Irlandais qui s’étaient battus pour moi à Flessingue et qui ont été mutilés à mon service fussent renvoyés parmi les prisonniers; que les déserteurs de la marine et des régi­ments anglais fussent renvoyés à Givet. J’ai ordonné que les hommes recrutés parmi les prisonniers anglais fussent renvoyés au dépôt. Je ne conçois donc rien à ce bavardage. Il serait contraire à ma volonté que les déserteurs ou les Irlandais qui m’ont servi fussent mis parmi les prisonniers. Je ne sais donc pas ce que veut dire ce major.

 

Paris, 24 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie des lettres de M. l’architrésorier sur l’arrivée du général Sandol-Roy, de Batavia. Je vous prie, aussitôt que ces in­dividus arriveront, de me faire un rapport sur ces affaires.

 

Paris, 24 septembre 1810

Au prince Lebrun, duc de Plaisance, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Je reçois vos lettres du 20 septembre. J’attends avec intérêt les dépêches chiffrées de Batavia pour prendre un parti sur cette colonie. On prépare des expéditions par lesquelles j’envoie 10,000 fusils. J’attends également vos deux bataillons pour les y faire passer, ainsi que les deux compagnies d’artillerie. J’envoie également de fortes expéditions à l’île de France.

Vous dites que Batavia n’aura pas besoin d’argent si l’on ouvre le continent aux denrées de ce pays. Donnez-moi des explications là-dessus. Quelles sont ces denrées ? Que faut-il faire ? Et comment arriveraient-elles en France ?

 

Paris, 24 septembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, je reçois votre lettre du 20. Je vous prie de porter la plus grande attention à l’exécution de mon décret sur l’exportation des blés. Vous n’avez pas assez d’expérience sur cette matière. Ce n’est pas en France qu’a été le blé qui est sorti du royaume d’Italie, mais à Malte, à Cadix et encore en Sicile. Mais le fait est que Rome, Gènes, Florence et le Piémont ont le plus grand besoin de blé. Vous recevrez un décret que j’ai pris pour exempter de tout droit l’exportation des blés d’Italie en France. Les fermiers du royaume d’Italie pourront exporter leur blé en Piémont et en France. Comme j’ai prohibé la sortie des ports de France, il n’y a rien à craindre; mais, si la sortie des blés sur Turin, Gènes et Kome devenait trop considé­rable, vous auriez soin de m’en prévenir et je l’arrêterais.

La question des blés est la plus importante et la plus délicate pour les souverains. Les propriétaires ne sont jamais d’accord avec le peuple. Le premier devoir du souverain dans cette question est de pencher pour le peuple, sans écouter les sophismes des propriétaires.

 

Paris, 25 septembre 1810

Au prince Lebrun, duc de Plaisance, lieutenant général de l’Empereur en Hollande, à Amsterdam

Mon Cousin, vous me parlez des plaintes des habitants d’Amster­dam, de leurs inquiétudes, de leur mécontentement. Est-ce que les Hollandais me prendraient pour le grand pensionnaire Barnevelt ? Je ferai ce qui est convenable au bien de mon empire, et les clameurs des hommes insensés qui veulent savoir mieux que moi ce qui con­vient ne m’inspirent que du mépris.

 

Fontainebleau, 26 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

On visite trop facilement nos arsenaux, surtout celui de Toulon. A Toulon, on va trop facilement en pleine rade. La police du port de Toulon, en général, est mauvaise. Donnez des ordres pour que tout prenne une figure plus sévère. On se plaint que le port est d’une grande malpropreté.

 

Fontainebleau, 26 septembre 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Monsieur le Duc de Gaëte, je désire que vous formiez une com­mission composée des présidents de section de mon Conseil d’État et des deux conseillers d’État hollandais, pour rédiger un projet de décret qui règle toutes les affaires de Hollande, savoir :

1° La division en départements, les divisions militaires, les direc­tions d’artillerie et du génie, et ce conformément à ce que j’ai arrêté, en ayant soin de n’y pas comprendre les deux départements réunis avant la réunion générale de la Hollande, enfin tout ce qui complète la division du territoire en arrondissements, cantons, etc.

2° L’organisation du système d’impositions pour 1811, ayant tou­jours soin de séparer les deux anciens départements des cinq nou­veaux. Les deux premiers auront la même administration que la France ; cela est convenable pour que la ligne des douanes soit mieux placée, et beaucoup de mesures ont déjà été prises pour donner l’administration française à ces deux départements. Quant aux finan­ces, tout ce qui concerne ces deux départements sera réglé à part.

3° Ce projet de décret réglera tout ce qui est relatif aux payements de la dette publique et aux douanes pour 1811.

4° Ce qui est relatif à la liste civile. Vous appellerez à cet effet le comte Daru, qui connaît mes intentions là-dessus.

5* Ce qui est relatif à l’administration de la justice.

Le même jour vous m’apporterez un projet de décret pour les deux départements des Bouches-de-l’Escaut et du Rhin, qui com­plétera rétablissement de notre législation et de notre administration dans ce pays.

Il faut que ces deux décrets complètent entièrement tout ce qu’il y a à faire pour la Hollande, et que je n’aie plus à m’en occuper.

 

Fontainebleau, 27 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Présentez-moi un projet pour le Prytanée. Les 14,000 francs que vous demandez sont trop. Les élèves qui arrivent doivent avoir leur trousseau.

Les bâtiments peuvent être réparés en plusieurs années. 30,000 francs doivent suffire. La pension à 800 francs est trop forte. Cal­culez pour que la pension coûte 800 francs aux pensionnaires, mais je ne dois payer que 600 francs pour les élèves.

 

Fontainebleau, 27 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de former à Avi­gnon une division de l’armée de Catalogne, composée de deux bataillons du 67e, de deux bataillons du 16e de ligne et de deux bataillous du 3e léger.

Donnez ordre au 102e de former son 2e et son 3e bataillon à 840 hommes chacun, et de les mettre en marche de Savone et de Port-Maurice, commandés par le colonel, pour se rendre à Avignon.

Ces huit bataillons, complétés à 840 hommes, feront près de 7,000 hommes.

Je vous ai donné l’ordre de mettre en marche un bataillon du 18e léger, un du 5e, un du 23e, un du 81e et un du 11e  de ligne; ce qui forme huit bataillons avec les trois bataillons qui sont à Foix. Donnez ordre au général commandant à Perpignan de se servir de ces bataillons pour marcher au secours des postes qui seraient blo­qués à Figuières ou ailleurs.

Donnez ordre que le 4e bataillon du régiment suisse, qui est à Marseille, soit dirigé sur la côte pour remplacer le 11e de ligne et occuper les postes qu’occupait ce régiment.

Remettez-moi un état qui me fasse connaître la situation, 1° des bataillons de marche italiens, 2° des escadrons de marche, 3° des sept bataillons qui étaient à Toulouse, 4° des huit bataillons actuel­lement en marche, afin que je voie la quantité de troupes qui vont renforcer l’armée de Catalogne. Si le régiment de marche destiné à cette armée est assez fort, il faut en former deux régiments.

 

Fontainebleau., 27 septembre 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

L’intention de Sa Majesté est qu’au 15 décembre le ministre de l’intérieur et le graud maître de l’Université puissent lui rendre les comptes de l’Université et lui présenter les renseignements, les mé­moires, les rapports nécessaires pour connaître et déterminer ce qu’il faut faire pour compléter l’organisation.

Sa Majesté désire : 1° que le ministre fasse faire un rapport sur les procès-verbaux du conseil de l’Université pour connaître quelles sont les attributions que le grand maître et le conseil se sont données et les principes d’après lesquels ils ont opéré; 2° que les comptes en recette et en dépense soient traités de manière qu’on connaisse toutes les recettes avec les époques où elles ont été effectuées, les dépenses faites et les dépenses restant à faire, de sorte qu’on puisse compléter les moyens de recette pour les mettre en équilibre avec les dépenses nécessaires; 3° que le ministre charge le grand maître et le conseil de l’Université de préparer un travail, divisé par département et par arrondissement, qui présentera le nombre des lycées, des collèges, des écoles secondaires et des institutions particulières, le nombre des élèves dans chaque lycée, dans chaque collège, celui des élèves nommés et à nommer, etc.; 4° que le ministre demande également au grand maître et au conseil de l’Université un travail qui fasse connaître les inconvénients que peuvent avoir les règlements actuelle­ment existants, les entraves qui peuvent en résulter pour le grand maitre et le conseil, et ce qu’il y a à faire pour rendre plus facile, plus prompte et plus sûre la marche de l’institution ; 5° que le ministre profite du mois d’octobre et du mois de novembre pour recueillir, par le moyen des préfets, des renseignements complets sur tout ce qui est relatif à l’organisation, à l’administration, à l’instruction dans les écoles et au personnel des officiers employés dans toutes les parties de l’enseignement. Ces renseignements doivent servir de contrôle pour ceux que remettra l’Université et donner l’éveil sur les abus qui pourraient exister.

A dater du 15 décembre, Sa Majesté tiendra tous les huit jours un conseil d’administration auquel le grand maître sera appelé. C’est dans ce conseil que l’Université sera réellement et définiftivemest organisée.

 

Fontainebleau, 27 septembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, j’ai lu avec le plus grand intérêt votre rapport du 11 septembre sur l’introduction des marchandises étrangères dans mon royaume d’Italie et le projet de décret qui y était joint. Ce projet est susceptible de beaucoup de discussions; je ne pourrai donc y statuer que dans huit à dix jours. En attendant, voici ce que mon intention est que vous fassiez :

1° Faire venir en entrepôt réel dans les douanes, soit de Vérone, soit de Milan, soit des autres frontières, toutes les marchandises et coton et denrées qui viennent d’Allemagne, soit qu’on les dise mar­chandises françaises, soit qu’on les dise marchandises du grand-ducher de Berg. Vous les laisserez dans cet entrepôt réel jusqu’à ce qu’on ait pu vérifier si elles sont véritablement marchandises françaises on marchandises du grand-duché de Berg, et par là on portera un coup sensible aux manufactures suisses.

2° Ne plus admettre aux droits modifiés pour les marchandises françaises que dans un ou deux bureaux de douanes, sur la frontière de France, tels que le bureau de Verceil et celui vis-à-vis Pavie, sur le Pô. Quant aux marchandises de Bavière, il me semble que je n’ai pas ratifié le traité de commerce. Ainsi vous ne laisserez entrer dans mon royaume d’Italie aucunes denrées ni étoffes étrangères que par les deux bureaux de Verceil et du Pô, vis-à-vis Pavie, et vous mettrez en entrepôt réel tout ce qui arrivera par l’Allemagne ; car je crois que, dans le décret que je vous enverrai d’ici à huit jours, je rap­porterai tout ce qui est relatif à la Bavière et au grand-duché de Berg, et que je n’accorderai l’entrée dans mon royaume d’Italie que par les deux bureaux de douanes les plus voisins de la France, où la surveillance sera sévèrement exercée pour qu’il n’y ait plus d’abus. On sera certain que les marchandises sont françaises, d’abord parce qu’elles viendront de France, ensuite parce que je n’accorderai ce privilège qu’à un petit nombre de fabricants dont je serai sûr, et que des bordereaux bien en règle constateront la quantité et l’origine des marchandises qu’il leur sera permis d’exporter.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous envoie ma réponse. Rédigez-la et remettez-la-moi sous les yeux. On ne peut nier qu’il n’y ait quelque rapprochement, mais nous sommes loin du but. Les Anglais tournent comme des enfants, et d’une manière assez ridicule, autour de la difficulté.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, je reçois votre lettre sur le ravitaille­ment de Barcelone. D’abord je ne veux risquer aucun de mes vaisseaux de ligne, je ne veux employer que des frégates. J’approuve le projet de deux expéditions, en ôtant le vaisseau de guerre. Tout ce que j’ai demandé est en quintaux ancienne mesure et non en quin­taux métriques. Les circonstances du cabotage ne sont plus les mêmes qu’il y a deux ans. Nous avons aujourd’hui le port de Rosas, et la côte de Saint-Félix est occupée par mes troupes. En mettant un homme intelligent à la tête de ce cabotage, et saisissant le moment où nous aurons regarni toute la côte, il y aura moins de chances à courir. Il resterait un autre moyen, qui consisterait à faire passer les grains, tartane par tartane, en les expédiant de la Ciotât, de Cassis, et même de Marseille. Si l’on en faisait partir cinq de Marseille, cinq de la Ciotat et deux de Cassis, ou même de Bouc, ne pensez-vous pas que de ces bâtiments sans escorte, conduits par des patrons qui connaissent Barcelone, il pourrait en arriver dans ce port au moins trois sur douze ; ce qui ferait 9,000 quintaux ? On pourrait d’ailleurs intéresser les patrons en leur permettant de faire leur retour pour leur compte avec un chargement de sucre, de coton et autres denrées coloniales qui sont à Barcelone. Ainsi on pourrait préparer à Toulon deux expéditions, escortées par des frégates, de six ou huit tartanes portant 40,000 quintaux. Il faudrait en même temps faire partir 20,000 quintaux sur neuf tartanes armées à Mar­seille et à la Ciotat, lesquelles prendraient la côte d’Espagne, au-dessus de Barcelone, et y arriveraient ensuite comme venant d’un port d’Espagne. Cela ferait 60.000 quintaux qui partiraient de Tou­lon, et, avec les 15,000 quintaux qui doivent partir du Havre, 75,000 quintaux ancienne mesure. Il faudrait y joindre une quantité de riz et de sel proportionnée. Je mets à votre disposition un million pour cet objet, dont vous me rendrez un compte particulier. Avec ce million, vous pourrez faire partir 75,000 quintaux de blé ou de farine, et y joindre encore quelques milliers de quintaux de riz. S’il n’en arrivait que le tiers, ce serait de l’argent parfaitement employé.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je réponds à votre lettre du 25 septembre. La quantité de poudre à envoyer à Corfou est peut-être trop considérable; on peut la réduire. Deux frégates et la flûte la Thémis me paraissent un envoi de bâti­ments trop considérable pour Corfou. Ne pourriez-vous pas armer la Thémis de manière à être plus forte qu’un brick ? Ce qui, avec une bonne frégate, serait suffisant pour n’avoir rien à craindre d’une fré­gate ennemie, et même d’une frégate et d’un brick.

Vous donneriez l’ordre que la Thémis fût réarmée à Corfou avec les équipages du pays, et les deux frégates qui sont à Corfou pour­raient venir prendre position à Ancône.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

J’ai lu avec attention votre rapport sur Corfou du 10. Je vois avec plaisir qu’il y a pour 320 jours de pain, 350 jours de riz et légumes, et pour 40 jours de bœuf. Corfou acquérant tous les jours une nouvelle importance, puisque les Anglais, en étant maîtres, le seraient de l’Adriatique, et craignant qu’à la fin de l’hiver ils n’y tentent quel­que chose, j’ai pris un décret que vous recevrez pour fixer l’approvisionnement du siège de Corfou.

Quant aux envois à faire à Corfou, je pense qu’il faut les faire, non par le roi de Naples, qui ne les ferait pas, mais par un de vos agents, qui se rendra à Ancône et à Otrante et fera des marchés avec des maisons de commerce pour l’achât et pour le transport. Indépendamment du nolis ordinaire, vous leur passerez un droit de 40 pour cent pour les risques de la navigation. C’est le moyen de bien faire cette opération. Pour tant de riz et de blé porté à Corfou, vous payerez tant.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’Empereur, à Amsterdam

J’ai lu avec attention votre lettre d’Amsterdam du 4 septembre, relative à l’exécution de mon décret sur la liste civile du Roi.

Je vois que l’actif se compose : du restant en caisse, 12,000 florins; des arrérages des domaines, 60,000 florins; de l’estimation du mobilier, 1,300,000 florins; des versements du trésor public jusqu’au moment de l’extinction de la liste civile, 375,000 florins; acquisitions d’immeubles, 1,300,000 florins; et cet actif, vous le réduisez à 2,922,000 florins ; que le passif se compose : de 200,000 lorins dus pour le personnel, de 550,000 pour le matériel, et de 42,000 florins dus pour les bons du Roi; de 1,489,000 de l’emprunt du Roi, et de 55,000 pour avances du trésor public; total, : 414,000 florins.

Je vois que sur le passif vous avez déjà payé 184,000 florins.

Je désire que vous ayez une explication avec M. Mollien sur l’emprunt du Roi, pour savoir s’il n’a pas été confondu avec les autres emprunts ou s’il en a été séparé.

Il reste un million de dû et qu’il faut payer sur-le-champ. Sur ce million de florins, je vois que 12,000 florins étaient en caisse; que le trésor public devait 375,000 florins, qui probablement étaient pour les traitements de juillet et d’août; enfin qu’il reste à espérer 600,000 florins de l’arriéré des domaines. Cela étant, il y aurait donc de quoi payer toutes les dettes.

Présentez-moi donc un projet de décret pour payer ces dettes e( pour constituer définitivement la liste civile, car, avant tout, je veux qu’il n’y ait que la même dette.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison impériale, à Amsterdam

Monsieur le Comte Daru, les dépenses de l’écurie me paraissent exorbitantes. Il faut qu’il y ait bien des abus et une mauvaise admi­nistration. Il n’y a plus de bornes pour que cela s’arrête. Je vois qu’on a dépensé cette année 268,000 francs pour les voitures; j’avais accordé 120,000 francs et un supplément do 44,000 francs. J’ai donné je ne sais combien sur le budget du Sacre. Ce serait 4 à 500,000 francs que j’aurais dépensés cette année en voitures. Faites vérifier l’état des voitures, ce qu’elles ont coûté et qui a réglé les mémoires; ils doivent être susceptibles d’une grande réduction.

Pour la nourriture de 900 chevaux, on me demande 546,000 francs: c’est plus de 600 francs par cheval par an. Combien la ration doit-elle me coûter ? A ce taux, ce serait 34 ou 35 sous la ration.

Quant à l’équipage de transport, je vois qu’on laisse à Bayonne des chevaux qui coûtent 3 francs la ration. Il me semble que, pour peu que l’intendant eût eu soin, il eût envoyé ces chevaux à Auch, qui est à trois marches de là, et ils n’auraient coûté que la moitié de ce qu’ils coûtent. Pourquoi me demande-t-on 31,000 francs pour l’habillement des hommes de l’équipage de transport, et 105,000 francs de gages ? Je ne sais pas ce que c’est que cet argent que l’on me de­mande pour l’Impératrice Joséphine. Donnez sur-le-champ l’ordre que les chevaux de transport de Bayonne soient envoyés à cinq ou six marches dans l’intérieur, où les fourrages sont à meilleur marché. Il n’y a jamais eu réellement de budget des écuries. Présentez-moi le projet de ce budget. Il y a trop d’articles sur lesquels on est obligé d’intervenir. Il faudrait le diviser en plusieurs chapitres, et les cha­pitres en articles. Le trésorier ne connaîtrait que les chapitres. Je ne veux pas que mon écurie en 1811 me coûte plus de 2,500,000 francs; je ne dépenserai pas davantage. Voyez le commandant de l’écurie, le comte Fouler, et arrangez cela avec lui. Je dis 2,500,000 francs, parce que l’extraordinaire des voyages, quelques présents que je fais aux ambassadeurs, puisque cela est passé en usage, portent bientôt mon budget à trois millions. Ce doit être là le maximum de ma dé­pense. En 1809 et 1810, j’ai dépensé au delà de ce qui me convient. Cette continuation de dépense mettrait du désordre dans ma maison.

Je crois que beaucoup de choses se font d’une manière trop dispendieuse. Vous devez tout faire rentrer dans l’ordre. Le haras est trop nombreux. Je désire garder des étalons qui m’ont servi, mais les juments, on peut les envoyer aux haras des provinces. Cela fera déjà une économie assez notable. Le haras avait été porté à 100 chevaux ; il peut facilement être réduit à 60. Il faut aussi réduire le nombre des chevaux de mes écuries, et ne garder que ce qui est nécessaire. Il y a beaucoup de chevaux qu’on ne monte point, qu’on peut réformer.

Je vous renvoie votre rapport. Présentez-moi un travail complet sur cette partie de mon service.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, il faut mettre plus d’ordre dans la surveillance des côtes qui s’étendent de la Hollande à la Baltique. Je pense donc que vous devez donner les ordres suivants : envoyer un général de brigade de la division Gudin établir son quartier général à Oldenburg, et le charger de la garde de toutes les rives de la Jahde depuis le village d’Ellenserdam, où finit la Hollande, jusque près de Cuxhaven. Trois bataillons et un régiment de cavalerie doivent suffire à ce général ; mais, s’il était nécessaire, on lui donnerait deux régiments d’infan­terie et six pièces de canon ; il aurait un directeur des douanes sous ses ordres et se concerterait avec l’officier de marine qui commande les chaloupes canonnières chargées de garder les embouchures de l’Elbe, du Weser et de la Jahde. Un autre général de la même division résiderait à Cuxhaven, et sa surveillance embrasserait toutes les rives de l’Elbe jusque vis-à-vis Hambourg ; de sorte que la Jahde, le Weser et l’Elbe seraient bien exercés. La division Morand garderait la  ligne depuis l’Elbe jusqu’à la Baltique, en chargeant un général de brigade d’exercer tout le Mecklenburg. Le général Gudin serait également chargé de fournir un régiment qui renforcerait la seconde ligne depuis la rive gauche de l’Elbe jusqu’aux portes de Rees sur le Rhin. Je désire que vous voyiez le ministre de la marine et le comte de Sussy. Le ministre de la marine vous donnera connaissance de toutes les cha­loupes canonnières que j’ai envoyées pour garder les embouchures de la Jahde, du Weser et de l’Elbe. Vous concerterez avec le directeur général des douanes l’organisation des différentes brigades de douanes d’une manière correspondante avec votre organisation militaire, pour surveiller les côtes, les embouchures des trois fleuves, ainsi que la seconde ligne. Les deux divisions que je conserve dans le Nord n’ont plus que ce but à atteindre, et il est très-important. Il faut qu’aucun bâtiment anglais ne puisse venir mouiller à l’embouchure de la Jahde, du Weser et de l’Elbe; que tous les postes qu’ils y occupent soient repris ; que sur les côtes les batteries nécessaires pour protéger mes chaloupes canonnières soient établies, et que Helgoland soit aussi menacé.

Concertez-vous avec le duc de Reggio pour le placement de vos postes ; envoyez des agents dans la Poméranie ; vous avez beaucoup d’officiers d’état-major, faites-les courir. Enfin je vous charge absolu­ment d’empêcher la contrebande et la navigation anglaise depuis la Hollande jusqu’à la Poméranie suédoise; faites-en votre affaire. Aus­sitôt que vous aurez connaissance des brigades de douanes et des divisions de chaloupes canonnières qui sont employées sur cette ligne, vous présenterez un projet d’organisation qui mette tout cela sous vos ordres. Vous ferez des demandes de fonds pour toutes les dépenses extraordinaires, frais de prise, de surveillance et de mission, qui seront nécessaires, et je les ferai acquitter par la caisse des douanes sur les fonds provenant des prises. Vous devez vous occuper de répri­mer les abus des douaniers, veiller à ce que les marchandises saisies soient confisquées et à ce que tout se passe conformément à mes intentions. Je désire que les soldats aient part dans les prises. Faites encore votre affaire de cet objet.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Allemagne, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Drouet de se porter sans délai à Valladolid, de sa personne, pour prendre, sous le titre de commandant du 9e corps de l’armée d’Espagne, le commandement des troupes qui sont dans la Vieille-Castille, et protéger Almeida, Ciudad-Rodrigo, Salamanque, Astorga. Vous donnerez ordre aux généraux Kellermann, Seras, aux commandants de Ciudad-Rodrigo, d’Almeida et à tous les commandants, quelque titre qu’ils aient, de mes forces sur les derrières de l’aqrmée de Portugal, d’obéir aux ordres du général Drouet.

Vous ferez connaître à ce général qu’il aura sous ses ordres d’abord la division Seras, composée du 113e de ligne, du 4e régiment de la 1e légion de la Vistule, du 4e bataillon du 12e léger, des 32e et 58e de ligne, et des 2e, 4e, 5e et 7e bataillons auxiliaires, et de la 4e brigade de dragons, composée des 9e et 10e régiments provisoires, ce qui fait 6 à 7,000 hommes d’infanterie et 1,500 chevaux et qu’il aura, de plus, un bataillon de la garde de Paris, quatre bataillons suisses et 1,200 dragons des 6e et 7e régiments provisoires. Il aura donc plus de 3,000 hommes de cavalerie. Indépendamment de ces forces, il aura son corps d’armée. Avec cette cavalerie, le général Drouet sera maître de la campagne, et pourra ramasser tous ses postes pour mar­cher au secours de Ciudad-Rodrigo et d’Almeida et revenir ensuite au secours d’Astorga. Il est convenable que les hôpitaux et établisse­ments qui se trouveraient à Benavente et ailleurs soient renfermés dans les places fortes ou dans Valladolid.

Les troupes ci-dessus énumérées sont trop faibles sans doute pour garder tous les points de la Vieille-Castille, mais le général Drouet, avec une colonne de 8,000 hommes d’infanterie et de 2,000 chevaux, sans dégarnir les postes les plus importants, pourra empêcher que Ciudad-Rodrigo et Almeida soient bloqués, ou du moins en faire lever le blocus. Le prince d’Essling doit avoir laissé plusieurs milliers de chevaux sur ses derrières, puisqu’il a eu l’ordre de laisser les brigades provisoires de dragons. Je compte que le général Drouet sera rendu à Valladolid dans les premiers jours d’octobre pour être à même de faire les mouvements convenables.

Vous donnerez l’instruction au général Drouet d’expédier, en quit­tant Vitoria, l’ordre à la division Claparède, composée de cinq demi-brigades provisoires, de partir pour Valladolid, ainsi qu’aux 20e et 7e de chasseurs et au 13e de chasseurs, qui est arrivé le 25 à Bayonne. Ces trois régiments lui donneront plus de 1,500 hommes de cavalerie d’élite.

Quant à sa seconde division, les deux demi-brigades qui sont arri­vées à Bayonne et qui ont eu ordre de se rendre à Vitoria y serviront pour maintenir la tranquillité de la province et attendront l’arrivée des deux autres demi-brigades.

La brigade Dumoustier et la division du général Reille renforcée du 5e provisoire, qui doit déjà y être incorporé, formant 12,000 hommes sont plus que suffisantes pour contenir la Navarre.

Les deux autres demi-brigades qui arrivent incessamment à Bayome se joindront aux deux autres à Vitoria, et reformeront la 2e division; et, comme une division est en marche pour se rendre dans la Biacaye, le général Drouet pourra retirer cette 2e division.

Résumé. — Le général Drouet partira 24 heures après la réception de votre ordre, que vous lui enverrez par un officier. Il mettra sur-le-champ en marche pour Valladolid les cinq demi-brigades formant sa première division et ses six escadrons de cavalerie.

En passant à Burgos, la 1e division se fera rejoindre par le bataillon de Neuchâtel avec les deux canons qu’a ce bataillon.

Donnez ces ordres sur-le-champ.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810, au soir

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous ai donné tout à l’heure des ordres pour le mouvement du général Drouet. L’artillerie que j’avais ordonnée pour le 9e corps n’est pas encore formée, mais les cinq demi-brigades doivent chacune avoir leurs pièces de 6, le bataillon de Neuchâtel a deux pièces de 4 ; ainsi le général Drouet aura douze pièces de canon. Le général Seras a, je crois, aussi deux pièces de canons. Cela fera quatorze pièces de canon. Mais ce sont des pièces de bataillon, et il n’a pas d’obusiers ; donnez ordre au général Dorsenne de lui fournir quatre obusiers et deux pièces de 6 ou de 8 avec un approvisionnement et demi ; donnez ordre également au général Dorsenne de fournir au général Drouet des caissons pour compléter l’approvisionnement de ses pièces de bataillon à 200 coups par pièce, et également de lui fournir dix caissons d’infanterie. Le matériel, le général Dorsenne le trouvera à Burgos ; s’il n’y est pas, il le fournira de la Garde. Les attelages seront formés par les 600 chevaux du train qni doivent être arrivés à Burgos, puisqu’ils sont partis le 18 septembre de Bayonne, ou qui y arrivent, puisque 350 sont partis le 27 septembre de Bayonne, et que 100 autres en partent le 28 ou le 29. Ces chevaux seront servis par différents détachements du train. Ainsi le général Drouet aura les moyens d’organiser convenablement son parc.

Quant au service des six pièces, il sera fait par la compagnie qui est à Burgos, savoir : la 16e compagnie du 7e régiment d’artillerie à pied, forte de 73 hommes, et dans laquelle on incorporera le déta­chement du 7e régiment, fort de 35 hommes, qui fait partie d’une colonne de canonniers dirigée sur l’armée de Portugal et partie le 28 de Bayonne. Il pourra aussi se servir de 200 hommes d’artillerie des­tinés à l’armée de Portugal et partis de Bayonne le 28. Ces hommes compléteront son artillerie, et il les emploiera dans les places d’Almeida et de Ciudad-Rodrigo. Ainsi le matériel est probablement dans le château de Burgos; mais, au pis aller, le matériel de la Garde le fournira. Les attelages, je viens et vous faire connaître comment ils existent, et, quant au personnel, je viens d’y pourvoir.

Je ne sais si le général Couin est à Borgos; s’il n’y est pas, le général Drouet pourra prendre à Ciudad-Rodrigo ou à Almeida l’of­ficier supérieur d’artillerie que le prince d’Essling y a laissé. Il pourra prendre le premier chef de bataillon d’artillerie qu’il trouvera, et même, s’il est nécessaire, un chef de bataillon d’artillerie de la Garde.

Ainsi le général Drouet aura quatorze pièces de 6 et une division de six pièces, dont quatre obusiers, total vingt bouches à feu, et tout cela approvisionné à plus de 200 coups, plus dix caissons d’infanterie.

Pour vous mettre mieux à même d’expédier vos ordres, je vous communique les deux états de mouvements ci-joints. Je n’ai donc plus d’iuquiétude sur l’artillerie du général Drouet.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810, au soir

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous ai fait connaître par mes deux lettres de ce soir la nouvelle destination que je donne au général Drouet et l’intérêt que je porte à ce qu’il soit rendu le plus tôt possible, de sa personne, à Valladolid, afin de veiller sur les derrières de l’armée de Portugal. Je vous ai fait connaître que le général Reille, qui est en Navarre, avait sous ses ordres la division d’arrière-garde, composée de quatre régiments provisoires et forte de plus de 8,000 hommes, et la division Dumoustier, de la Garde, forte de plus de 6,000 hommes, ce qui fait 14,000 hommes; les deux escadrons du 9e de hussards, forts de 900 hommes, et du grand-duché de Berg, forts de 800 hommes. Le général Reille a donc 15,000 hommes. Donnez-lui ordre de s’organiser une division de six pièces de canon ; ce qui, joint à l’artillerie du général Dumoustier, lui composera un corps capable de traverser toute l’Espagne.

Les cinq régiments qui forment la division Claparède recevront l’ordre de se diriger sur Valladolid. Les deux escadrons du 20e de chasseurs, du 7e idem, du 13e idem, formant 1,500 hommes, sui­vront le même mouvement. Le bataillon de Neuchâtel se joindra à cette division. Le général Dorsenne y réunira des caissons d’infanterie, quatre obusiers et deux pièces de canon, avec de quoi compléter toutes les pièces du général Drouet à 250 coups par pièce.

Ce renfort de 10 à 12,000 hommes joints à la division Seras et à 4 à 5,000 hommes de cavalerie rendra le général Drouet assez fort pour culbuter tous les corps espagnols qui viendraient à se présenter, pour garder fortement Ciudad-Rodrigo et Almeida, pour marcher au secours d’Astorga et maintenir ses communications avec le général Bonet. Pendant ce temps, la seconde division, dont deux demi-bri­gades sont depuis longtemps arrivées à Bayonne, se rendra en toute diligence à Vitoria; les deux autres demi-brigades les suivront. Assu­rez-vous bien que ces quatre demi-brigades ont leurs pièces de cam­pagne. Ainsi donc la Biscaye sera gardée, mais elle a besoin d’un commandant supérieur. Donnez ordre à mon aide de camp le général de division Caffarelli, que je destinais à commander la division de réserve de Catalogne, de partir dans la journée de demain pour se rendre à Vitoria, où il prendra le commandement des trois provinces de Biscaye et de Santandcr. Vous lui donnerez pour instructions de se concerter avec les généraux Reille, Dorsenne et Bonet pour main­tenir la tranquillité sur les derrières et assurer toutes les communica­tions. Vous lui donnerez connaissance des troupes qui sont en Bis­caye et des demi-brigades qui s’y rendent, et vous donnerez ordre aux généraux Thonvenot et Barthélémy de reconnaître ce général.

Le ministre de la guerre donne ordre aux 1e et 2e régiments pro­visoires de cavalerie légère qui arrivent aujourd’hui à Niort d’en partir pour se rendre en droite ligne à Vitoria. Par ce moyen, le général Caffarelli aura sous ses ordres, en Biscaye, deux régiments d’infan­terie formant six bataillons et quatre escadrons de cavalerie.

Il est nécessaire de prévenir le général Drouet que si, avant l’ar­rivée de la division Claparède et de la cavalerie du général Fournier, il était obligé de réunir du monde pour marcher contre des corps qui inquiéteraient les places de Ciudad-Rodrigo et d’Almeida, il ait à replier tous ses petits postes. Dans ce cas, la communication avec Madrid se ferait plus lentement ; il diminuerait le nombre des courriers et des estafettes ; afin qu’ils arrivent plus sûrement, il les ferait partir une fois par semaine ou deux fois, s’il était possible, avec de gros convois. Dîtes au général Drouet de prendre le général Thiebault pour chef d’état-major. Ce général, qui connaît la Galice et le Por­tugal, peut lui être très-utile. Faites connaître au général Thiebault que j’attends qu’il secondera de tous ses moyens le général Drouet, et que je compte n’avoir qu’à me louer des services qu’il rendra dans cette circonstance.

Écrivez au général Drouet pour qu’en passant par Burgos il prenne un des escadrons de gendarmerie qui s’y trouvent.

Vous feriez bien de renouveler à Bayonne l’ordre d’en faire partir les deux demi-brigades du général Gonroux, et les deux autres au fur et mesure qu’elles y arriveront.

Il faut renouveler également l’ordre aux 600 chevaux du train de partir de Bayonne pour Burgos, s’ils n’étaient pas déjà partis.

 

Fontainebleau, 28 septembre 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Monza

Mon Fils, je vous prie de voir auprès de quelque maison de com­merce d’Ancône ou de Venise si l’on pourrait faire le traité suivant avec elle : vingt mille quintaux de blé seront fournis par vous à des négociants qui les feront passer à Corfou, sur bâtiments ottomans, ou tous autres, à leurs risques et périls, et vous leur payerez un droit de passage proportionné à ces risques. Je suppose que le prix ordi­naire du passage est d’un franc par quintal ; vous pourrez le doubler, le tripler, même le quadrupler. Au bout d’un temps déterminé, cette maison devrait vous présenter le reçu du général commandant à Corfou, ou vous payer l’équivalent de votre blé. Rendez-moi un compte là-dessus.

 

Fontainebleau, 30 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, les instructions que vous donnez pour la marche du convoi de Barcelone sont trop précises. Il faut laisser le général Baraguey d’Hilliers maître de la modifier selon les circonstances. Recommandez-lui de faire arriver le convoi à Barcelone, mais de bien choisir le moment. Cinq bataillons, qui ne font pas 2,000 hommes, peuvent n’être pas suffisants pour aller à Barcelone. Des ordres de ce genre, quand ils viennent du ministère, demandent à être faits d’une manière vague et circonspecte. Mes troupes doivent être ménagées, et il faut éviter toute occasiou de les compromettre. Ce serait une perte irrréparable si ces cinq bataillons de bonnes troupes venaient à éprouver un échec.

 

Fontainebleau, 29 septembre 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général Rapp de vérifier pourquoi le consul général de France a permis à un navire danzigois de sortir du port de Danzig. Mes consuls ne peuvent point donner ces permis; ce ne peut être qu’une affaire d’argent, et il y a évidemment corruption. Faites bien connaître au général Rapp qu’il doit surveiller sévèrement ces désordres; que je ne veux point souffrir de corrup­tion; que je m’occupe beaucoup des affaires de commerce, et que je veux qu’on exécute strictement mes ordres. Envoyez la lettre du géné­ral Rapp au ministre des relations extérieures pour qu’il prenne des informations sur la conduite de ce consul général. Vous donnerez ordre qu’à son arrivée à Bordeaux le capitaine de navire soit arrêté et envoyé sous bonne escorte à Paris.

 

Fontainebleau, 29 septembre 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, il faut donner l’ordre au duc de Dalmatie de se porter avec le 5e corps constamment sur la Romana, de manière à le tenir en échec s’il voulait passer par le Tage ou marcher sur les derrières de l’armée de Portugal. Vous lui ferez connaître que les Anglais se sont affaiblis dans Cadix pour renforcer leur armée de Portugal; qu’il a plus de monde là qu’il ne lui en faut ; que son premier but doit être de faire diversion et de s’appuyer à l’armée de Portugal.

Vous écrirez au Roi que je forme une armée du centre qui sera composée de sa garde et de tous les Espagnols à pied et à cheval, du 2e régiment de chasseurs, des chasseurs hanovriens, hollandais, westphaliens, et de la division de dragons du général Lorge, ce qui fait près de 4,000 hommes de cavalerie, et de deux divisions d’in­fanterie, la première composée des régiments français de la division Dessolle ou, en remplacement de cette division, des bataillons qui sont dans l’arrondissement de l’armée du centre, formant 6,000 hom­mes, et la deuxième division, des troupes de la Confédération du Rhin, formant également 6,000 hommes, ce qui fera toujours plus de 15,000 hommes; qu’il est nécessaire d’organiser une division d’artillerie pour joindre à cette armée, afin qu’elle soit en état de se porter où il serait nécessaire.

Vous ferez également connaître au Roi que le duc de Dalmatic a ordre d’être sur les talons de la Romana, et de ne pas le laisser passer le Tage, et de le contenir.

Vous ferez connaître au Roi et au duc de Dalmatie que le général Drouet se rend à Valladolid avec le 9e corps pour prendre le com­mandement du pays sur les derrières de l’armée de Portugal ; que le géuéral Caffarelli se rend à Vitoria pour prendre le commandement des provinces de la Biscaye et de Santander; que j’attends la nouvelle de la prise de Tortose; que la prise de Tarragone la suivra; ce qui mettra à même de faire marcher 25,000 hommes sur Valence.

 

Fontainebleau, 30 septembre 1810

A François II (sic), empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, j’ai vu plusieurs fois le comte de Metternich. Je lui ai parlé des sentiments que je porte à Votre Majesté Impériale. J’espère qu’il retourne près d’elle bien per­suadé du vif intérêt que je prends à elle et à sa monarchie. J’ai été satisfait de son séjour ici. Nos relations actuelles me rassurent paraitement sur les dispositions de Votre Majesté : je n’attache plus de prix à l’exécution des articles secrets du traité de Vienne, relatifs à son armée. Je désire qu’elle voie dans mon désistement de ces arti­cles mon désir de lui plaire et de lui donner de nouvelles preuves de mon estime et de ma haute considération.

Napoléon


 

 

 

References   [ + ]

1. La minute de cette lettre porte pour date : Saint-Cloud, 30 juin 1810; mais dit n’a été expédiée que le 10 juillet, ainsi qu’on le voit an post-scriptum.
2. Résident de France prés le roi de Saxe, à Varsovie.
3. « Sa Majesté, étant couchée, a ordonné que cette lettre partit sans signature. » Méneval.
4. Cet ordre ne verra finalement pas le jour