Correspondance de Napoléon Ier – Juillet-Août-Septembre 1809

Schönbrunn, 1er juillet 1809, cinq heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Raab

Mon Fils, je reçois vos trois lettres du 30 à midi. Chastelet fait le partisan, se dissémine en un grand nombre de colonnes et s’annonce partout.

Je vois avec plaisir que le 4 vous serez arrivé; Marmont et Broussier le seront aussi. Notre seule crainte est que l’ennemi ne tienne point. Je vous ai mandé hier que j’avais fait jeter l’ancien pont dans l’île. Au premier coup de canon, l’ennemi a disparu et s’est retiré dans les redoutes d’Essling. Ce pont a été jeté à cinq heures du soir, et trois heures après, l’ennemi n’avait pas montré plus de 12,000 hommes d’infanterie et 3,000 hommes de cavalerie. Il paraît que c’est le corps de Hiller. Des bruits disaient que le prince Charles s’était porté ailleurs. Probablement ce matin nous saurons à quoi nous en tenir.

Pour Metternich, les Autrichiens se moquent de nous. Il y a un moyen bien simple, c’est de le renvoyer à Vienne. Je suppose que vous l’aurez fait.

En abandonnant Raab, convenez d’un chiffre avec le général Narbonne, que vous remettrez à l’état-major ici. Je crois vous avoir mandé que le général Rusca venait sur Bruck avec 3,000 hommes, et que j’avais ordonné qu’on ne communiquât plus avec l’Italie que par des convois de 2 ou 3,000 hommes.

Je vous avais mandé hier que les Polonais croyaient devoir être attaqués à OEdenburg : ils me mandent d’hier soir que l’ennemi a rétrogradé et qu’il n’est même plus à Güns ni à Stein am Anger. Il est vrai que Marmont a dû coucher le 29 à Gleisdorf, et le 30 probablement entre Gleisdorf et Güns

P. S. Avant de sortir de Raab, je vous recommande plusieurs choses: 1 ° de vous assurer qu’il y a tout ce qui est nécessaire pour tirer 6,000 coups de canon et 2,000 obus ou bombes; 2° qu’il y a des vivres pour plusieurs mois; 3° qu’on a détruit tous les ouvrages de fortification des camps retranchés; 4° de le bien reconnaître, afin que, si vous deviez remarcher de Vienne sur Raab, et que l’ennemi occupât cc camp retranché, vous ayez des facilités pour manœuvrer

 

Île Napoléon, 2 juillet 1809, trois heures du matin

Mon Fils, je reçois vos deux lettres du 1er juillet à une heure du matin. Les renseignements qu’on vous a donnés sont inexacts; l’armée du prince Charles est toute ici en bataille. J’espère que vous aurez commencé votre mouvement et que vous serez ici le 4, car le 4 au soir je passe. Vous pouvez, selon les circonstances, laisser à Baraguey d’Hilliers plus ou moins de troupes. Dirigez le sieur Dodun par Ebersdorf dans l’île, afin qu’il me donne tous les renseignements qu’il aura.

Je suppose que vous aurez fait culbuter cette cavalerie qui aura débouché par Komorn et préparé par là votre mouvement sur Vienne.

P. S. Je suppose toujours que Raab a ses 6,000 coups de canon, et que vous compléterez les cartouches à 300,000

 

Île Napoléon, 2 juillet 1809, onze heures du soir

ORDRE POUR LE PASSAGE DU DANUBE

1°. Le 4 , à l’heure que nous désignerons, le général Oudinot fera embarquer un général de brigade et quatre ou cinq bataillons de voltigeurs formant 1,500 hommes, au lieu qui sera indiqué par le capitaine de vaisseau Baste, pour s’emparer du Hansel-Grund. Le capitaine de vaisseau Baste, avec huit bateaux armés, marchera devant et protégera leur débarquement par une vive canonnade, en enfilant les batteries ennemies, qui en même temps seront canonnées par nos batteries.
2°. Le général Bertrand donnera des ordres pour que le 3, à six heures du soit, il y ait quatre bacs près du lieu où l’on doit jeter le pont de l’embouchure, avec des marins et les agrès nécessaires à la navigation, avec un treuil et une cinquenelle. Aussitôt que le débarquement qui doit avoir lieu sera exécuté conformément à l’article 1°, le général Oudinot fera placer 800 hommes dans ces quatre bacs et les dirigera pour débarquer au pied de la batterie ennemie. Au même moment une cinquenelle sera jetée; ces quatre bacs s’y attacheront et serviront à transporter des troupes à chaque voyage qu’ils feront, en se servant de cette cinquenelle.
3°. Le capitaine des pontonniers fera établir son pont, qu’il devra construire en deux heures, et, immédiatement après, le général . Oudinot débouchera avec son corps, chassera l’ennemi de tous les bois, viendra porter une de ses divisions jusqu’à la Maison-Blanche, une au autre sur Mühlleuten.
Le chemin le long et le plus près de la rivière sera mis en état pour pouvoir être la communication de l’armée, si cela était nécessaire. On travaillera à une tête de pont; et le plus tôt possible le général Oudinot établira sa droite à Mühlleuten, sa gauche à la Maison-Blanche, ayant trois ponts sur le petit canal. La plus grande partie de sa cavalerie sera sur Mühlleuten. Le général Oudinot aura avec lui de quoi jeter deux ponts sur haquets, de dix toises chacun. Dans cette position, il recevra des ordres. L’Empereur sera dans l’île Alexandre.
4°. Le capitaine de vaisseau Baste s’emparera de l’île de Rohr-Haufen, et enverra des barques pour flanquer la droite. Deux pièces de 6 seront débarquées à terre pour faire une batterie qui battra le Zahnet et flanquera toute la droite. Il fera soutenir cette batterie par 200 marins armés de fusils.

TITRE II.

5°. Un quart d’heure après que la canonnade aura commencé sur la droite, et après que la fusillade se sera fait entendre, le duc de Rivoli fera partir les cinq bacs, portant dix pièces de canon avec mille coups à tirer, dans des caisses, et 1,500 hommes d’infanterie, lesquels doubleront l’île Alexandre et iront débarquer le plus haut qu’ils pourront. Une cinquenelle sera jetée; les bacs y seront attachés et serviront à porter des hommes, des chevaux, des canons et des caissons.

6°. Aussitôt que les bacs auront doublé l’île Alexandre, le pont d’une pièce descendra jusqu’à soixante toises de l’île Alexandre, et là sera abattu et placé. Aussitôt tout le reste du corps du duc de Rivoli passera sur ce pont.

7°. Immédiatement après que le pont d’une pièce sera descendu, les radeaux fileront, et un pont sera construit vis-à-vis l’île Alexandre. Le duc d’Auerstaedt sera chargé de faire construire ce pont, ses troupes devant passer dessus.

8°. Au même moment, le pont sur pontons sera jeté par-dessus l’îlot vis-à-vis l’île Alexandre; et aussitôt l’artillerie du duc de Rivoli et sa cavalerie passeront sur ce pont.

9°. Le duc de Rivoli se placera selon les circonstances. Il se tiendra sous la protection des batteries de l’île Alexandre, jusqu’à ce que le général Oudinot ait pris le bois et que les ponts soient faits.

Le duc de Rivoli fera la gauche de l’armée. La première position sera sous la protection des batteries de l’île Alexandre, la seconde sous la protection des batteries de l’île Lannes, la troisième dans Enzersdorf.

10. Le corps du prince de Ponte-Corvo, la Garde et l’armée du prince Eugène passeront immédiatement après sur les différents ponts et formeront la deuxième ligne. L’Empereur leur désignera, au moment, les ponts sur lesquels ils doivent passer.

11°. L’armée doit être placée de la manière suivante, le plus tôt possible: trois corps en première ligne; celui du duc de Rivoli à la gauche, celui du général Oudinot au centre, celui du duc d’Auerstaedt à la droite; en seconde ligne: le corps du prince de Ponte-Corvo à la gauche, la Garde et le corps du duc de Raguse et la division Wrede au centre, et le prince Eugène à la droite. Chaque corps d’armée sera placé, une division faisant la gauche, une le centre et une la droite.

12°. Le 5, à la pointe du jour, toutes les divisions seront sous les armes, chacune ayant son artillerie, l’artillerie de régiment dans l’intervalle des bataillons.

13°. Les cuirassiers, en réserve, sous les ordres du duc d’Istrie, formeront la troisième ligne.

14°. En général, on fera la manœuvre par la droite, en pivotant sur Enzersdorf pour envelopper tout le système de l’ennemi.

TITRE III

15°. Le duc de Rivoli aura ses quatre divisions d’infanterie; il laissera un régiment badois aux ordres du général Reynier. Sa cavalerie sera commandée par le général Lasalle, qui ne recevra d’ordres que du duc et qui aura sous lui les brigades Piré , Marulaz et Bruyère.

16°. Le général Oudinot aura ses trois divisions d’infanterie et la brigade de cavalerie légère du général Colbert; il laissera deux bataillons, formés des compagnies du centre, aux ordres du général Reynier.

17°. Le corps du duc d’Auerstaedt sera composé de ses quatre divisions d’infanterie, de la brigade de cavalerie du général Pajol et de celle de Jacquinot, sous les ordres du général Montbrun, plus, d’une des deux divisions de dragons de l’armée d’Italie (celle du général Pully ou celle du général Grouchy); ce qui lui fera neuf régiments de cavalerie.

18°. Le prince de Ponte-Corvo aura son corps.

19°. La Garde sera augmentée du corps du duc de Raguse et de la division Wrede.

20°. L’armée d’Italie formera le corps du prince Eugène.

21°. Les cuirassiers formeront une réserve à part, sous les ordres du duc d’Istrie.

TITRE IV -DE LA DÉFENSE DE L’ÎLE.

22°. Le général de division Reynier sera chargé du commandement de l’île. Il prendra le service le 4, à midi. Il donnera le commandement des différentes îles et postes détachés aux officiers d’artillerie les plus anciens ou les plus propres employés dans les batteries desdites îles.

23°. Le général Reynier aura sous ses ordres: 1° un régiment de Bade, que fournit le corps du duc de Rivoli; 2° les deux bataillons que fournit le corps du général Oudinot; 3° deux bataillons saxons, que fournira le corps du prince de Ponte-Corvo; 4° le bataillon du prince de Neuchâtel.

Le bataillon de Neuchâtel et un bataillon badois seront placés dans la tête de pont, dans laquelle il y aura six pièces de canon en batterie. Ce mouvement ne se fera que dans la nuit du 4 au 5. L’autre bataillon badois mettra 25 hommes dans l’île Saint-Hilaire, 25 dans l’île Masséna, 200 dans l’île du Moulin, 25 hommes dans l’île Lannes, 25 dans l’île Espagne et 25 dans l’île Alexandre; ce qui fera 325 hommes. Le reste des 400 hommes sera en réserve pour se porter partout où il sera nécessaire.

Des deux bataillons du corps du général Oudinot, un sera placé à la tête de son pont et l’autre à la tête des grands ponts du Danube.

Des deux bataillons saxons, l’un sera placé en réserve, l’autre aux grands ponts du Danube.

24° Toutes les batteries des îles et la garde de tous les ponts seront sous les ordres du général Reynier. Il fera exécuter les changements et fera transporter les pièces où les circonstances, pendant la bataille, pourront les rendre nécessaires.

TITRE V. – DES BÂTIMENTS DE GUERRE.

25°. Il y aura deux bâtiments de guerre, armés de pièces de canon, en station entre Stadelau et la rive gauche, tant pour inquiéter l’ennemi que pour prévenir de ce qui viendrait à leur connaissance et des entreprises que l’ennemi voudrait faire contre les ponts ou tout autre point de la rive droite, et pour arrêter les brûlots qu’il voudrait envoyer. Deux autres bâtiments armés seront placés entre Aspern et notre pont, pour inquiéter ce que l’ennemi a dans les îles et observer ses mouvements.

Le reste des barques armées se tiendra sur notre droite pour protéger la descente et toute notre droite.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809, midi.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, île Napoléon

Donner ordre au général Walther de faire ses dispositions pour que, ce soir à huit heures et demie, la Garde débouché sur deux lignes et vienne se placer à la hauteur des tentes de l’Empereur.

Toute l’infanterie, l’artillerie et la cavalerie passeront. La cavalerie et tous les chevaux porteront du vert (ndlr : du fourrage) pour le 4, et le 5. Cela est de rigueur, vu qu’il ne sera plus possible alors de repasser les ponts.

Donner ordre au corps du prince de Ponte-Corvo de déboucher ce soir à onze heures et demie, de manière à être tout à fait passé avant le jour. Tous les chevaux éclopés, bagages inutiles, magasins, femmes, et en général tous les embarras et ce qui ne combat point, sera renvoyé à Schönbrunn. Le prince de Ponte-Corvo viendra dans la journée reconnaître le lieu où il doit se placer, qui sera du côté des marins près du pavillon bleu.

Donner ordre au duc d’Istrie de faire ses dispositions pour que les trois divisions de cuirassiers soient réunies demain à quatre heures après midi du côté d’Ebersdorf, de manière à pouvoir déboucher par le pont qui a été jeté dernièrement sur la rivière d’Ebersdorf, près son embouchure dans le Danube, afin de ne pas encombrer le pont de la ville; moitié pourra passer sur le pont de la ville. Tous ses bagages, magasins, embarras, seront concentrés au dépôt général de Schönbrunn, de sorte que, l’ennemi s’emparant de tout le pays, personne ne perde rien.

Donner l’ordre au duc d’Auerstaedt de passer le pont demain à huit heures du soir, et de prendre ses mesures pour que tout son corps l’ait passé à minuit. Il choisira son emplacement dans la plaine en avant du corps du général Oudinot et derrière le duc de Rivoli.

Donner ordre que l’armée du vice-roi défile après-demain, 5, à une heure du matin et choisisse son emplacement entre la Garde et le corps du prince de Ponte-Corvo.

Les cuirassiers déboucheront le 5 à quatre heures du matin, et resteront en bataille par escadrons en dedans des ouvrages, une division à droite, une au centre et une à gauche, de manière à déboucher des ouvrages sur les trois points, selon l’ordre qui sera donné.

Le corps du duc de Raguse et la division Wrede déboucheront sitôt qu’ils seront arrivés, et iront se placer derrière la Garde.

Les différentes divisions de cavalerie légère passeront, pourvu que ce soit de nuit, et iront rejoindre leurs corps.

Recommander aux généraux de faire former les troupes en colonnes par régiment et leur artillerie derrière eux.

En général, la cavalerie et tous les chevaux prendront du vert pour le 4 et le 5. Recommander aux parcs du duc de Rivoli et du général Oudinot de prendre du vert pour le 4 et le 5, parce que personne ne pourra repasser les ponts.

On fera passer cette nuit les ambulances et les caissons des équipages militaires chargés de pain. Ils viendront se placer près de la manutention, par corps d’armée, et sans dépasser les ouvrages.

Donner ordre au duc de Rivoli et au général Oudinot de renvoyer leurs caissons dans ce lieu, afin qu’il n’y ait pas d’encombrement.
Ordonner que demain on donne du pain et de l’eau-de-vie à l’armée pour le 5 et le 6.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, île Napoléon

Écrivez au général Laroche qu’aussitôt qu’il pourra revenir à Nuremberg, il fasse arrêter six chefs d’émeute et les fasse pendre dans la place publique, entre autres les nommés Reuter, ferblantier, et Birkner, homme sans aveu

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809

ORDRES.

1° Il sera établi au coin de l’île du Moulin, près du bivouac des voltigeurs, une flèche d’une centaine de toises de développement, en face de la tête de pont, qui sera appelée Redoute Petit.

2° Cette flèche sera fraisée et palissadée demain, 4, au plus tard à onze heures du soir. Il sera jeté dans la journée un pont de radeaux, pour joindre cette flèche à l’île du Moulin, au point qui sera désigné par le général Rognait. Les bois qui sont hors de la redoute seront coupés. On travaillera nuit et jour, en faisant relever les travailleurs toutes les six heures.

3° Il sera établi dans la grande île un boyau d’une cinquantaine de toises pour l’infanterie, pour flanquer une des branches de cet ouvrage.

Il sera établi dans l’île du Moulin un boyau d’une cinquantaine de toises pour l’infanterie, pour battre l’autre branche.

4° Il sera établi dans l’île du Moulin une batterie à barbette et circulaire, de manière à protéger la flèche Petit et à battre toute la plaine, où seront placées deux pièces de 12, prises à la batterie n° 6.

Dans la nuit du 4 au 5, à neuf heures du soir, on mettra en batterie dans la flèche Petit deux autres pièces de 12, prises dans la batterie n° 6.

5° Les postes de la flèche Petit n’auront aucune communication avec la tète de pont et seront sous les ordres de l’officier supérieur qui commandera dans l’île du Moulin. Tout le service se fera par l’île.

6° Le duc de Rivoli et les commandants d’artillerie et du génie prendront toutes les mesures et donneront les ordres nécessaires pour l’exécution du présent.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809

ORDRES

Il sera construit dans la nuit du 3 au 4 une batterie de trois mortiers contre la batterie de la Maison-Blanche.

Dans la journée du 4, on fera tous les préparatifs pour que, dans la nuit du 4 au 5, avant minuit, on ait terminé les batteries qui prennent à revers et détruisent la Maison-Blanche.

Les généraux commandant le génie, l’artillerie et le commandant de la marine sont prévenus que le passage aura lieu dans la nuit du 4 au 5, depuis minuit jusqu’à trois heures du matin, selon l’ordre précis qui sera donné.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809, trois heures après midi.

A Eugène napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, je reçois votre lettre du 2, avec celle du général Montbrun. Je vous attends de votre personne le 4 à midi, et votre corps avant onze heures du soir, vu que le 5, à deux heures du matin, j’attaque.

P. S. Le général Baraguey d’Hilliers doit avoir été renforcé de la brigade Thiry de 1,000 hommes, composée d’un régiment de chasseurs et d’un régiment de Wurtemberg; ce qui, avec un de vos régiments de chasseurs, le porte à 1,200 chevaux. Vous êtes le maître de lui laisser 1,000 hommes d’infanterie de plus.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809

Au général, baron de Wimpffen, chef de l’état-major général de l’armée autrichienne

Je réponds, Monsieur le Général Baron de Wimpffen, à votre lettre du 2.

Sa Majesté l’Empereur et Roi, mon souverain, accepte l’échange de M. le général Stoichevich avec M. le général Fouler. J’ordonne aux avant-postes de Hongrie de laisser rentrer M. le général Stoichevich, persuadé que Votre Excellence donnera également des ordres pour laisser rentrer aux avant-postes le général Fouler.

Quant aux non-combattants, comme officiers de santé, commissaires des guerres, agents des finances, intendants d’armée, etc., l’Empereur ne les a pas considérés comme prisonniers, et est déterminé à faire mettre en liberté ceux qui ont été arrêtés par représailles de la conduite des agents de l’armée autrichienne. Il y a dans les provinces que nous occupons plusieurs mille employés civils autrichiens payés par votre cabinet et que cependant nous protégeons et laissons tranquilles. L’arrestation de tout ou partie de ces individus aggraverait les maux de la guerre sans raison. Cependant nous allons être contraints de le faire, si votre généralissime ne donne pas des ordres pour faire relâcher les employés civils arrêtés en Tyrol, ceux arrêtés dans le haut Palatinat, plusieurs commissaires saxons. Il en est qui ont été arrêtés il n’y a pas quinze jours.

Quant à M. le lieutenant général comte de Weissenwolf, s’il veut se présenter demain de quatre à cinq heures du matin, par la briqueterie et le pont, l’officier d’état-major porteur de cette dépêche à vos avant-postes l’attendra aux nôtres pour le recevoir.

Votre Excellence trouvera ci-jointe la lettre d’échange des officiers du 65e régiment contre ceux de la garnison de Raab.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Vienne, 3 juillet 1809

VINGT-QUATRIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE

Le général Broussier avait laissé deux bataillons du 84e régiment de ligne dans la ville de Graz, et s’était porté sur Wildon pour se joindre à l’armée de Dalmatie.

Le 26 juin, le général Gyulai se présenta devant Graz avec 10,000 hommes, composés, il est vrai, de Croates et de régiments des frontières (ndlr : Landwehr). Le 84e se cantonna dans un des faubourgs de la ville, repoussa toutes les attaques de l’ennemi, le culbuta partout, lui prit 500 hommes, deux drapeaux, et se maintint dans sa position pendant quatorze heures, donnant le temps au général Broussier de le secourir. Ce combat d’un contre dix a couvert de gloire le 84e de ligne et son colonel Gambin. Les drapeaux ont été présentés à Sa Majesté à la parade.

Nous avons à regretter 20 tués et 92 blessés de ces braves gens.

Le duc d’Auerstaedt a fait attaquer, le 30, une des îles du Danube, peu éloignée de la rive droite, vis-à-vis Presbourg, où l’ennemi avait quelques troupes. Le général Gudin a dirigé cette opération avec habileté; elle a été exécutée par le colonel Decouz et par le 21e régiment d’infanterie de ligne que commande cet officier. A deux heures du matin, ce régiment, partie à la nage, partie dans des nacelles, a passé le très-petit bras du Danube, s’est emparé de l’île, a culbuté les 1,500 hommes qui s’y trouvaient, a fait 250 prisonniers, parmi lesquels le colonel du régiment de Saint-Julien et plusieurs officiers, et a pris trois pièces de canon que l’ennemi avait débarquées pour la défense de l’île.

Enfin il n’existe plus de Danube pour l’armée française: le général comte Bertrand a fait exécuter des travaux qui excitent l’étonnement et inspirent l’admiration. Sur une largeur de 100 toises et sur un fleuve le plus rapide du monde, il a, en quinze jours, construit un pont formé de soixante arches, où trois voitures peuvent passer de front. Un second pont de pilotis a été construit, mais pour l’infanterie seulement, et de la largeur de huit pieds. Après ces deux ponts, vient un pont de bateaux. Nous pouvons donc passer sur le Danube en trois colonnes. Ces trois ponts sont assurés contre toute insulte, même contre l’effet des brûlots et machines incendiaires par des estacades sur pilotis, construites entre les îles dans différentes directions, et dont les plus éloignées sont à 250 toises des ponts. Quand on voit ces immenses travaux, on croit qu’on a employé plusieurs années à les exécuter; ils sont cependant l’ouvrage de quinze à vingt jours. Ces beaux travaux sont défendus par des têtes de pont ayant chacune 1,600 toises de développement, formées de redoutes palissadées, fraisées et entourées de fossés pleins d’eau. L’île Lobau est une place forte; il y a des manutentions de vivres, cent pièces de gros calibre et vingt mortiers ou obusiers de siège en batterie. Vis-à-vis Essling, sur le dernier bras du Danube, est un pont que le duc de Rivoli a fait jeter hier. Il est couvert par une tête de pont qui avait été construite lors du premier passage.

Le général Legrand avec sa division occupe les bois en avant de la tête de pont. L’armée ennemie est en bataille, couverte par des redoutes, la gauche à Enzersdorf (ndlr : aujourd’hui Groß-Enzersdorf), la droite à Aspern. Quelques légères fusillades d’avant-postes ont eu lieu.

A présent que le passage du Danube est assuré, que nos ponts sont à l’abri de toute tentative, le sort de la monarchie autrichienne sera décidé dans une seule affaire.

Les eaux du Danube étaient, le 1er juillet, de quatre pieds au dessus des plus basses et de treize pieds au-dessous des plus hautes.

La rapidité de ce fleuve est dans cette partie, lors des grandes eaux, de sept à douze pieds, et lors de la hauteur moyenne, de quatre pieds six pouces par seconde, et plus forte que sur aucun autre point. En Hongrie elle diminue beaucoup, et à l’endroit où Trajan fit jeter un pont, elle est presque insensible. Le Danube est là d’une largeur de quatre cent cinquante toises; ici il n’est que de quatre cents. Le pont de Trajan était un pont en pierre, fait en plusieurs années. Le pont de César sur le Rhin fut jeté, il est vrai, en huit jours, mais aucune voiture chargée n’y pouvait passer.

Les ouvrages sur le Danube sont les plus beaux ouvrages de campagne qui aient jamais été construits.

Le prince Gagarine, aide de camp général de l’empereur de Russie, est arrivé avant-hier, à quatre heures du matin, à Schönbrunn, au moment où l’Empereur montait à cheval. Il était parti de Pétersbourg le 8 juin. Il a apporte des nouvelles de la marche de l’armée russe en Galicie.

Sa Majesté a quitté Schönbrunn. Elle campe depuis deux jours.

Ses tentes sont fort belles et faites à la manière des tentes égyptiennes.

 

Île Napoléon, 4 juillet 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Dresde

Mon Frère, je reçois une lettre de vous du 27 juin. Le général Laroche était entré à Nuremberg et marchait sur Bayreuth. Il avait avec lui 2,000 hommes de cavalerie française et 2,000 hommes d’infanterie bavaroise. Le due d’Abrantès a dû marcher sur Bayreuth avec 600 chevaux, 6,000 hommes d’infanterie et seize pièces de canon.

Je vous ai déjà mandé que de Dresde vous pouviez entrer en Bohême avec 3,000 Saxons, 12,000 hommes de vos troupes et 8,000 hommes du duc d’Abrantès; ce qui vous ferait 20 à 25,000 hommes. Vous pouvez retirer de Magdeburg le reste des Hollandais et le 22e régiment de ligne français, dont les quatre bataillons sont dans les places de Magdeburg, Küstrin et Stettin, en les faisant remplacer par les détachements français de nouvelle levée que vous avez. Vous pouvez également retirer de la Poméranie suédoise et de Stettin un régiment de cavalerie polonais. Avec ces forces réunies, vous pourrez pénétrer jusqu’à Prague, surtout si, comme je l’espère, j’entame demain l’armée du prince Charles et la pousse l’épée dans les reins. Cela me porte à vous réexpédier sans délai votre officier. .Je vous donnerai demain des nouvelles du champ de bataille. Si vous entrez en Bohême, vous pourrez être rejoint par les Bavarois que commande le duc de Danzig, qui partiront de Linz; , et peut-être par l’armée saxonne; ce qui porterait votre armée à 50 ou 60,000 hommes. Je pense que le bon moyen de réprimer les désordres chez vous, c’est d’entrer en pays ennemi. Toutefois, vous devez inquiéter la Bohême; mais pour faire une expédition sérieuse, il faut que vous connaissiez l’issue de la bataille de demain. Avec l’aide de Dieu , malgré ses redoutes et ses positions retranchées, j’espère écraser l’armée du prince Charles. Envoyez vos états de situation et écrivez tous les jours; ne m’exposez pas à recevoir de vos nouvelles par des mains tierces, ce qui ne me convient pas. Si votre santé ou toute autre raison vous empêchait d’entrer en Bohème, le duc d’Abrantès pourrait prendre le commandement de votre corps. Je suppose que ce général est entré à Bayreuth dans les premiers jours du mois.

 

Île Napoléon, 4 juillet 1809

ORDRES

PASSAGE DU GÉNÉRAL OUDINOT.

Ce soir à huit heures, les quatre bacs et les bateaux pontés destinés à former le pont de bateaux partiront de manière à arriver à leur emplacement à neuf heures, nuit faite.

A huit heures, le général de brigade Conroux et 1,500 hommes s’embarqueront au pont..

A neuf heures, les bateaux portant ces troupes appareilleront avec les barques armées et iront débarquer dans l’endroit convenu. Ainsi ce débarquement aura lieu à neuf heures et demie.

Notre batterie de six pièces de canon commencera son feu aussitôt qu’elle apercevra arriver les bateaux, et on aura soin que les pièces placées pour prendre d’écharpe la batterie ennemie finissent leur feu aussitôt que nos bateaux commenceront le leur.

Le général de division Tharreau se trouvera à la batterie et fera embarquer sur les bacs le reste de la brigade Conroux. A cet effet, les bacs entreront vides dans la rivière; on jettera une cinquenelle et on se servira de tous les bateaux. pour passer toute la division Tharreau.

Le pont de bateaux commencera aussitôt la batterie prise, et le capitaine de pontonniers fera faire son pont. Une compagnie de sapeurs passera avec des officiers du génie pour couper des arbres, faire une tête de pont et tracer le chemin sur la Maison-Blanche.

INSTRUCTIONS POUR LE GÉNÉRAL THARREAU.

La première chose à faire est de s’emparer de toute l’île de Hansel Grund jusqu’au canal, de jeter les trois ponts sur le petit canal.

Alors une division marchera sur le village de Mühlleuten, une autre sur la Maison-Blanche. Le colonel Baste prendra possession de l’île de Bohr-Haufen, comme cela a été dit, et flanquera non-seulement le Zahllet, mais encore la plage jusqu’au village de Schönau, et fera connaître tout ce qu’il y aura là de nouveau.

Une barque armée remontera aujourd’hui le Danube le plus tôt possible, ira se poster pour menacer du côté d’Aspern ct veiller à ce que l’ennemi ne puisse faire aucun mouvement sur les îles Masséna;
une autre se portera du côté de Stadelau pour le même objet.

PASSAGE DE L’ÎLE ALEXANDRE

Aussitôt qu’on saura que le passage du général Oudinot a réussi, on commencera le passage à l’île Alexandre et on tâchera de faire la jonction des deux colonnes le long de la rivière. A cet effet, les bacs passeront d’abord cinq pièces de canon et 15 à 1,600 hommes, ou plutôt autant d’hommes que les cinq bacs en pourront porter, de la division Boudet.

Le pont d’une pièce servira sur-le-champ à passer le reste de la division Boudet et les divisions Molitor ct Saint-Cyr. Les bacs passeront l’artillerie jusqu’à ce que les deux autres ponts soient jetés, Au même moment, on donnera l’ordre aux batteries de l’île Lannes, de l’île Espagne, aux grandes batteries intermédiaires et à celles de l’île du Moulin de commencer leur feu, lequel sera continué toute la nuit avec la plus grande activité.

Un officier du génie, avec la plus grande partie des sapeurs, tracera sur-le-champ, avec beaucoup de sacs à terre et gabions, une tête de pont formée de quatre à cinq redoutes, faisant un système de 15 à 1,600 toises. Aussitôt que ces redoutes seront en premier état de défense, on placera les pièces de position et les mortiers dans ces redoutes. Le bateau armé qui sera du côté d’Aspern cherchera des positions où l’ennemi n’ait pas de batteries, pour tirer et faire diversion. Un officier du génie sera spécialement chargé de reconnaître le petit canal de l’île où débarquera le général Oudinot; il verra s’il est guéable. On pourrait construire sur le chemin allant à Zalmet un petit ouvrage pour assurer la droite. Les bateaux armés doivent donner de l’inquiétude sur toute la rive gauche et faire un grand fracas de leur artillerie; mais ils doivent spécialement flanquer la droite du général Oudinot.

Le prince de Neuchâtel, major général.

PROJET DE PROCLAMATION A L’ARMÉE.

(La minute de cette proclamation, tout entière de la main de l’Empereur, n’a pu être complètement déchiffrée; elle ne porte pas de date; mais on présume qu’elle a été écrite le 5 juillet, au matin)

Soldats, un mois après que l’Autriche nous eut déclaré la guerre, nous sommes entrés dans sa capitale, nous avons détruit ses meilleures troupes, pris plus de deux cents pièces de canon, 60 drapeaux et 100,000 prisonniers. Depuis un mois nous sommes oisifs. Le débordement et la fragilité des ponts de bateaux sur une si grande rivière m’ont obligé à faire élever d’autres ponts. . . . . Marchons donc à l’ennemi; anéantissons cette puissance qui depuis quinze ans menace notre patrie et nos enfants; marchons à la victoire, mais à une victoire telle que j’ai le droit d’en attendre de votre volonté, de votre courage et de votre amour pour la patrie et pour moi. Terminons la guerre; confondons mes ennemis et courons tous sur. . . . . L’importance de cette victoire ne peut. . . . . En conséquence, ici comme ailleurs. . . . . Les blessés qui ne peuvent se retirer d’eux-mêmes resteront sur le champ de bataille. Il est défendu, au nom de l’honneur, d’abandonner le champ de bataille pour conduire les blessés, pendant que la bataille sera disputée.

 

7 juillet 1809, 2 heures du matin.

A  l’Impératrice

Tout va ici selon mes désirs, mon amie. Mes ennemis sont défaits, battus, tout à fait en déroute. Ils étaient très nombreux, je les ai écrasés. Ma santé est bonne aujourd’hui; hier j’ai été un peu malade d’un débordement de bile, occasionné par l’extrême fatigue, mais cela m’a fait grand bien.

Adieu mon amie, je me porte fort bien

 

Ebersdorf (ou Raasdorf), 7 juillet 1809, cinq heures du matin.

A l’impératrice Joséphine, à Plombières

Je t’expédie un page pour te donner la bonne nouvelle de la victoire d’Enzersdorf , que j’ai remportée le 5, et de celle de Wagram , que j’ai remportée le 6. (ndlr : on notera ici la distinction faite par Napoléon entre les deux journées)

L’armée ennemie fuit en désordre, et tout marche selon mes vœux.

Eugène se porte bien.

Le prince Aldobrandini 1)Le prince Aldobrandini – 1776-1839 – est écuyer de l’impératrice est blessé, mais légèrement. Bessières a eu un boulet qui lui a touché le gras de la cuisse; la blessure est très-légère. Lasalle a été tué. Mes pertes sont assez fortes; mais la victoire est décisive et complète.

Nous avons plus de cent pièces de canon, douze drapeaux, beaucoup de prisonniers.

Je suis brûlé par le soleil.

Adieu, mon amie, je t’embrasse. Bien des choses à Hortense.

 

Au bivouac devant Raasdorf, 7 juillet 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Je vous expédie du champ de bataille mon page La Riboisière, afin que vous soyez sans inquiétude et que vous connaissiez en gros le résultat de la bataille de Deutsch-Wagram. L’armée autrichienne est en pleine déroute et poursuivie sur toutes les directions. Je suis si fatigué que je ne vous en écris pas davantage; qu’il me suffise de vous dire que tout marche selon mes désirs.

Dites vous-même à la maréchale Bessières que son mari a eu un cheval tué sous lui et que le boulet qui a tué son cheval a fait au maréchal une contusion au gras de la cuisse, que ce ne sera rien, qu’avant quinze jours il sera à cheval.

 

Wolkersdorf, 7 juillet, l1809, dix heures trois quarts

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wolkersdorf

Mon Cousin, écrivez au général Baraguey d’Hilliers de correspondre fréquemment avec vous, de donner de ses nouvelles au général Reynier, commandant l’île Napoléon, et au général Andréossy, gouverneur de Vienne. Mandez-lui en peu de mots la victoire que nous avons remportée; ce qui ôtera probablement à l’archiduc Jean tonte envie de l’inquiéter.

Témoignez mon mécontentement au général Vandamme de ce qu’il ne vous a pas encore répondu sur les ordres que vous lui avez envoyés cette nuit. Témoignez également mon mécontentement au général Reynier de ce qu’il ne donne point de nouvelles de ce qui s’est passé dans l’île, de ce qui vient à sa connaissance, du nombre des blessés, etc., que j’aurais dû recevoir de ses nouvelles plusieurs fois dans la journée.

Mandez au général Rusca des nouvelles des dernières affaires.

Donnez ordre aux généraux Grouchy et Pully et au duc de Padoue de rester où ils se trouvent, de faire ferrer, reposer et réorganiser leurs divisions, et de vous envoyer demain, avant neuf heures du matin, le rapport de leur situation, de ce qu’ils ont fait dans la journée, des pertes qu’ils ont essuyées, etc.

Écrivez au prince de Ponte-Corvo de passer demain matin une revue de son corps et de vous faire connaître par un aide de camp, avant neuf heures du matin, sa situation exacte, les pertes qu’a faites son corps, enfin tout ce qui peut bien m’instruire sur sa situation actuelle.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne

L’Empereur se porte à Stammersdorf, passant par Gerasdorf. Il suppose que vous occupez déjà le pont du Danube vis-à-vis Vienne.

Portez-vous, si vous n’y êtes déjà, à Jedlersee et Jedlersdorf, et mettez-vous en communication avec le général Andréossy, en faisant passer un bateau. Si vous aviez des obstacles pour communiquer avec Vienne, mandez-le-moi à Gerasdorf; alors l’Empereur se porterait sur vous.

Le prince .de Neuchâtel, major général.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Deutsch-Wagram

L’Empereur, Monsieur le Duc, se porte à Stammersdorf. Rendez vous avec votre corps d’armée à Wolkersdorf.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809, onze heures du soir.

Au général Montbrun, commandant la 1e division de cavalerie légère de la réserve, à Auersthal

Sa Majesté, Monsieur le Général Montbrun, ordonne que vous vous portiez le plus loin que vous pourrez sur la route de Vienne à Nikolsburg.

La brigade du général Colbert, qui est avec le général Oudinot, sera sous vos ordres. Ainsi vous aurez trois brigades de troupes légères, de trois régiments chacune, avec lesquelles vous pousserez l’ennemi et éclairerez aussi le pays du côté de Znaym. Vous serez sous les ordres du général Marmont, qui part d’ici à minuit. avec son corps d’armée, qui se trouve augmente de la division du général de Znaym. Faites ramasser les prisonniers; faites prendre des renseignements sur la marche et la situation de l’ennemi; écrivez-moi deux fois par jour, afin que je mette vos rapports sous les yeux de l’Empereur. Vous devez, indépendamment de cela, rendre compte au général Marmont, sous les ordres duquel vous êtes. Il est probable que vous prendrez beaucoup de choses à l’ennemi à Nikolsburg.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809, onze heures du soir.

Au général Marmont, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Wolkersdorf

L’Empereur, Monsieur le Général Marmont, ordonne que vous partiez à minuit avec votre corps d’armée pour vous approcher demain, le plus près que vous pourrez, de Nikolsburg, culbuter l’arrière-garde ennemie et lui faire enfin le plus de mal possible. Sa Majesté met sous vos ordres, indépendamment de vos deux divisions, la division de Wrede, qui a trente-six pièces d’artillerie et 900 chevaux.

Comme vous manquez de canons et que la division de Wrede en a plus qu’il ne lui en faut, cela remplacera ce qui vous manque. Sa Majesté ordonne également au général Montbrun, qui se trouve à Auersthal et qui commande trois brigades de cavalerie légère de trois régiments chacune, c’est-à-dire la brigade Colbert, celle Jacquinot, et celle Pajol, d’être sous vos ordres. Le général Montbrun a couché à Auersthal, et la brigade Colbert doit être avec le général Oudinot, qui est en avant de Wolkersdorf. Aussitôt que vous ferez un mouvement, vous enverrez l’ordre à ces généraux de marcher en avant, s’ils peuvent le faire sans infanterie. Organisez quelques bataillons de voltigeurs et de l’artillerie, pour suivre la cavalerie légère et activer votre mouvement. L’Empereur pense qu’avec une avant-garde composée d’environ 20,000 hommes et trente-six pièces de canon vous devez faire beaucoup de mal à l’ennemi. Je compte sur vos talents comme sur votre zèle et ayez soin de me rendre compte deux fois par jour.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809, onze heures du soir.

A M. Germain, chambellan de l’Empereur, à Wolkersdorf

M. Germain partira sur-le-champ pour se rendre à l’île Napoléon, en fera tout le tour, visitera les batteries, ponts, magasins, ambulances, bâtiments, bateaux, armes, verra l’hôpital d’Ebersdorf, le nombre et la manière dont y sont traités les blessés, prendra des renseignements sur les hommes manquants, et, quand il aura recueilli ces renseignements, il viendra me retrouver. Il visitera les champs de bataille d’Enzersdorf et les ouvrages d’Aspern.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809, minuit.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Stammersdorf

Le maréchal duc de Rivoli s’est porté sur Kornneuburg; on a entendu ici une canonnade depuis six heures, j’en ignore l’issue; faites-moi connaître ce que vous en savez. Votre cavalerie légère s’est mise à la poursuite de l’ennemi du côté de Stockerau. J’ai ordonné à Nansouty de l’appuyer, et j’ai ordonné à Marmont de pousser jusqu’à Nikolsburg. J’ai ordonné à Grouchy et à Pully de rester où ils sont et de vous envoyer leur situation. Vous aurez reçu des renseignements, et vous pouvez savoir à présent où sont vos colonels et généraux. J’ai ordonné à l’intendant général de vous donner deux compagnies de transports; voyez qu’on vous les envoie dans la journée de demain, chargés de pain, afin de les garder. Tâchez d’envoyer quelqu’un en Italie pour donner des nouvelles de la bataille. J’ai ordonné que l’on écrivit par la Bavière. Envoyez des patrouilles de cavalerie jusqu’à la March vers la Hongrie, afin de vous éclairer.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Les Bulletins vous auront appris le résultat des journées d’Enzersdort et de Wagram, batailles mémorables où toutes les forces de la monarchie autrichienne ont été détruites. J’ai mon quartier général dans la maison qu’occupait le chétif François II, qui s’est contenté de voir toute l’affaire du haut d’un belvédère, à quatre lieues du champ de bataille (ndlr. L’emplacement est aujourd’hui marqué d’une stèle).

J’estime que les ennemis nous ont fait feu avec sept à huit cents pièces de canon. Quant à moi, j’en avais beaucoup aussi, car j’avais cinq cent cinquante pièces. Je leur ai tiré 100,000 boulets ou coups de mitraille. L’artillerie de la Garde m’a rendu les plus éminents services, et, comme dans mon organisation, cette artillerie forme réellement la réserve de l’artillerie de l’armée, je crois que je me déciderai à la porter à cent vingt pièces. Ainsi donc l’artillerie de ma Garde est de soixante pièces; j’ai demandé vingt-quatre pièces pour les trois nouvelles compagnies que j’ai formées; c’est donc encore trente-six pièces à organiser.

Jusqu’à cette heure on ne sait pas trop ce que veut faire l’ennemi.

Il marche dans la direction de la Bohême. Il est coupé de la Moravie.

Mes avant-postes sont à Nikolsburg et à Stockerau.

Quant aux affaires d’Espagne, mandez à Madrid que le coup de Jarnac leur viendra des Anglais, si les affaires ne sont pas mieux menées. Je tremble que les Anglais, débouchant du Portugal par Abrantès, ne surprennent le roi à Madrid par des mouvements qu’ils auraient cachés.

Je vous avais mandé de prendre parmi les Polonais déserteurs ou prisonniers, au service d’Autriche, des recrues pour mes régiments polonais d’Espagne; vous ne m’avez pas répondu sur un objet si important.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wolkersdorf

Donnez ordre au duc d’Auerstaedt de partir sur-le-champ pour aller ce soir prendre position à Wilfersdorf. Il me fera connaître les nouvelles qu’il apprendra en route. Il prendra avec lui la division de dragons Grouchy. Il a devant lui le duc de Raguse, avec lequel il se mettra en correspondance. Je lui ai recommandé de faire faire du pain à la manutention de Wilfersdorf et de la bien organiser. Vous donnerez ordre à la division Pully de rejoindre le vice-roi.

La division du duc de Padoue suivra le duc d’Auerstaedt.

Donnez ordre au général Oudinot de faire prendre possession de l’hôpital de Gaunersdorf (ndlr : aujourd’hui Gaweinstal – on peut imaginer que l’hôpital avait été installé dans le Schloß Pellendorf), et de faire battre tous ces bois pour ramasser les prisonniers. Il y a dans cet hôpital un millier de blessés et de malades autrichiens. Mandez-lui aussi d’envoyer dans les lieux où il y aurait des bureaux de poste pour enlever les lettres.

Écrivez au duc de Danzig pour le prévenir que l’ennemi se retire en Bohème; que le duc de Rivoli était ce matin à Stockerau et le poursuit; que le duc de Raguse le poursuit sur Znaym.

Écrivez au prince de Ponte-Corvo d’envoyer une forte avant-garde sur Marchegg et des patrouilles sur la rivière de la March pour savoir ce qui se passe du côté de Presbourg. Envoyez un de vos officiers qui suivra cette avant-garde et reviendra rendre compte de ce qui aura eu lieu.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wolkersdorf

Faites connaître au duc de Rivoli qu’il peut, avec tout son corps, se mettre à la poursuite de l’ennemi; que le pont de Spitz sera gardé par le vice-roi, auquel vous enverrez l’ordre d’y diriger une division; qu’il est nécessaire qu’il m’envoie la copie des rapports des avant-postes de cavalerie légère et les interrogatoires des prisonniers et déserteurs, et tous les indices qui peuvent faire connaître la situation et les mouvements de l’ennemi.
Vous lui ferez connaître que de Stockerau il y a deux routes qui vont en Bohème, l’une par Znaym, l’autre par Horn et Meissau (ndlr : Maissau) ; que le duc de Raguse est arrivé ce matin de bonne heure à Wilfersdorf et a fait un à gauche pour se porter sur Znaym ;qu’il paraît qu’il poursuit la gauche de l’ennemi, comme le duc de Rivoli poursuit la droite; que je suis instruit qu’un général Wukassovich et plusieurs autres officiers autrichiens sont restés blessés dans les villages aux environs de Stockerau; qu’il s’en assure et leur fasse signer des paroles d’honneur, afin qu’il ne m’arrive pas ce qui m’est arrivé en Prusse pour le général Rüchel; qu’il me paraît difficile de croire que l’ennemi ne se retire pas par Znaym; que la route de Prague par Znaym est plus courte que celle qui passe par Horn; quant au côté de Krems, il ne me paraît pas possible que l’ennemi s’enfonce de ce côté; qu’il faut se contenter d’envoyer quelques patrouilles pour ramasser les traînards, bagages, etc., qui auraient suivi la rive gauche du Danube.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809.

A Jérôme napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps d’armée d’Allemagne, à Lichtenstein

Votre Majesté est informée que l’Empereur a remporté, dans les journées du 5 et du 6, une victoire complète sur la grande armée de l’archiduc Charles, que nous poursuivons. Si Votre Majesté se décide à entrer à Dresde, le duc d’Abrantès a ordre de la soutenir, pour de là marcher en Bohème; vous auriez alors 20 à 25,000 hommes qui donneraient les plus vives inquiétudes à l’armée autrichienne dans l’accablement où elle se trouve. Si cependant les besoins de votre royaume, Sire, vous rappelaient à Cassel, l’intention de l’Empereur n’est point que le duc d’Abrantès avec son corps vous y suive.

 

Camp impérial de Wolkersdorf, 8 juillet 1809

DÉCRET

1° Il sera formé une seconde légion de la Vistule à notre service.

2° Cette légion sera composée de trois régiments, chaque régiment de deux bataillons, chaque bataillon de six compagnies, chaque compagnie forte de 160 hommes.

3° Cette légion sera organisée dans une ville aux environs de Vienne, où son habillement sera confectionné.

4° Les soldats seront pris parmi les Polonais prisonniers ou déserteurs servant dans les armées autrichiennes.

5° Notre major général nous présentera sans délai un général pour commander la légion, deux majors et les officiers nécessaires pour commander les deux premiers régiments.

6° Notre major général et notre intendant général sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809

VINGT-CINQUIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE

Les travaux du général comte Bertrand et du corps qu’il commande avaient, dès les premiers jours du mois, dompté entièrement le Danube. Sa Majesté résolut sur-le-champ de réunir son armée dans l’île Lobau, de déboucher sur l’armée autrichienne et de lui livrer une bataille générale. Ce n’était pas que la position de l’armée française ne fût très-belle à Vienne; maîtresse de toute la rive droite du Danube, ayant en son pouvoir l’Autriche et une forte partie de la Hongrie, elle se trouvait dans la plus grande abondance. Si l’on éprouvait quelques difficultés pour l’approvisionnement de la population de Vienne, cela tenait à la mauvaise organisation de l’administration, à quelques embarras que chaque jour aurait fait cesser, et aux difficultés qui naissent naturellement de circonstances telles que celles où l’on se trouvait, et dans un pays où le commerce des grains est un privilège exclusif du gouvernement. Mais comment rester ainsi séparé de l’armée ennemie par un canal de trois ou quatre cents toises, lorsque les moyens de passage avaient été préparés et assurés ? C’eût été accréditer les impostures que l’ennemi a débitées et répandues avec tant de profusion dans son pays et dans les pays voisins; c’était laisser du doute sur les événements d’Essling; c’était enfin autoriser à supposer qu’il y avait une égalité de consistance entre deux armées si différentes, dont l’une était animée et en quelque sorte renforcée par des succès et des victoires multipliées, et l’autre était découragée par les revers les plus mémorables.

Tous les renseignements que l’on avait sur l’armée autrichienne portaient qu’elle était considérable, qu’elle avait été recrûtee par de nombreuses réserves, par les levées de Moravie et de Hongrie, par toutes les landwehre des provinces, qu’elle avait remonté sa cavalerie par des réquisitions dans tous les cercles, et triplé ses attelages d’artillerie en faisant d’immenses levées de charrettes et de chevaux en Moravie, en Bohème et en Hongrie. Pour ajouter de nouvelles chances en leur faveur, les généraux autrichiens avaient établi des ouvrages de campagne, dont la droite était appuyée à Aspern et la gauche à Enzersdorf. Les villages d’Aspern, d’Essling et d’Enzersdorf, et les intervalles qui les séparaient étaient couverts de redoutes palissadées, fraisées et armées de plus de cent cinquante pièces de canon de position, tirées des places de la Bohème et de la Moravie. On ne concevait pas comment il était possible qu’avec son expérience de la guerre l’Empereur voulût attaquer des ouvrages si puissamment défendus, soutenus par une armée qu’on évaluait à 200,000 hommes, tant de troupes de ligne que des milices et de l’insurrection (ndlr : les tropes de l’Insurrection hongroise), et qui étaient appuyés par une artillerie de huit ou neuf cents pièces de campagne. Il paraissait plus simple de jeter de nouveaux ponts sur le Danube quelques lieues plus bas et de rendre ainsi inutile le champ de bataille préparé par l’ennemi. Mais, dans ce dernier cas, on ne voyait pas comment écarter les inconvénients qui avaient déjà failli être funestes à l’armée, et parvenir, en deux ou trois jours, à mettre ces nouveaux ponts à l’abri des machines de l’ennemi

D’un autre côté, l’Empereur était tranquille. On voyait élever ouvrages sur ouvrages dans l’île Lobau, et établir sur le même point plusieurs ponts sur pilotis et plusieurs rangs d’estacades.

Celte situation de l’armée française placée entre ces deux grandes difficultés n’avait pas échappé à l’ennemi. Il convenait que son armée, trop nombreuse et pas assez maniable, s’exposerait à une perte certaine si elle prenait l’offensive; mais en même temps il croyait qu’il était impossible de le déposter de la position centrale où il couvrait la Bohême, la Moravie et une partie de la Hongrie. Il est vrai que cette position ne couvrait pas Vienne et que les Français étaient en possession de cette capitale; mais cette possession était, jusqu’à un certain point, disputée, puisque les Autrichiens se maintenaient maîtres d’une rive du Danube et empêchaient les arrivages des choses les plus nécessaires à la subsistance d’une si grande cité. Telles étaient les raisons d’espérance et de crainte, et la matière des conversations des deux armées.

Lorsque le 1er juillet, à quatre heures du matin, l’Empereur porta son quartier général à l’île Lobau, qui avait déjà été nommée par les ingénieurs île Napoléon, une petite île, à laquelle on avait donné le nom du duc de Montebello et qui battait Enzersdorf, avait été armée de dix mortiers et de vingt pièces de 18; une autre île nommée l’île Espagne avait été armée de six pièces de position de 12 et de quatre mortiers. Entre ces deux îles on avait établi une batterie égale en force à celle de l’île Montebello et battant également Enzersdorf. Ces soixante-deux pièces de position avaient le même but et devaient en deux heures de temps raser la petite ville d’Enzersdorf, en chasser l’ennemi et en détruire les ouvrages. Sur la droite, l’île Alexandre était armée de quatre mortiers, de dix pièces de 12 et de douze pièces de 6 de position, qui avaient pour but de battre la plaine et de protéger le ploiement et le déploiement de nos ponts.

Le 2, le (chef de bataillon Pelet), aide de camp du duc de Rivoli, passa avec 500 voltigeurs dans l’île du Moulin, et s’en empara. On arma cette île; on la joignit au continent par un petit pont qui allait à la rive gauche; en avant, on construisit une petite flèche que l’on appela Redoute Petit. Le soir, les redoutes d’Essling en parurent jalouses; ne doutant pas que ce lieu fut une première batterie que l’on voulait faire agir contre elles, elles tirèrent avec la plus grande activité. C’était précisément l’intention que l’on avait eue en s’emparant de cette île : on voulait y attirer l’attention de l’ennemi pour le détourner du véritable but de l’opération.

PASSAGE DU BRAS DU DANUBE A L’ÎLE LOBAU

Le 4, à dix heures du soir, le général Oudinot fit embarquer sur le grand bras du Danube 1,500 voltigeurs commandés par le général Conroux. Le colonel Baste, avec dix chaloupes canonnières, les convoya et les débarqua au delà du petit bras de l’île Lobau dans le Danube. Les batteries de l’ennemi furent bientôt écrasées, et il fut chassé des bois jusqu’au village de Mühlleuten.

A onze heures du soir, les batteries dirigées contre Enzersdorf reçurent l’ordre de commencer leur feu. Les obus brûlèrent cette infortunée petite ville, et en moins d’une demi-heure les batteries ennemies furent éteintes.

Le chef de bataillon Dessalles, directeur des équipages des ponts, et l’ingénieur de marine. . . . . . . . . . .. avaient préparé, dans le bras de l’île Alexandre, un pont de 80 toises, d’une seule pièce, et cinq gros bacs.

Le colonel Sainte-Croix, aide de camp du duc de Rivoli, se jeta dans des barques avec 1,500 hommes et débarqua sur la rive gauche.

Le pont d’une seule pièce, le premier de cette espèce qui jusqu’à ce jour ait été construit, fut placé en moins de cinq minutes, et l’infanterie y passa au pas accéléré.

Le capitaine Bazelles jeta un pont de bateaux en une heure et demie.

Le capitaine Peyerimoff jeta un pont de radeaux en deux heures.

Ainsi, à deux heures après minuit, l’armée avait quatre ponts et avait débouché, la gauche à 1,500 toises au-dessous d’Enzersdorf, protégés par les batteries, et la droite sur Wittau. Le corps du duc de Rivoli forma la gauche, celui du comte Oudinot le centre, et celui du duc d’Auerstaedt la droite. Les corps du prince de Ponte-Corvo, du vice-roi et du duc de Raguse, la Garde et les cuirassiers, formaient la seconde ligne et les réserves. Une profonde obscurité, un violent orage et une pluie qui tombait par torrents rendaient cette nuit aussi affreuse qu’elle était propice à l’armée française et qu’elle devait lui être glorieuse.

Le 5, aux premiers rayons du soleil, tout le monde reconnut quel avait été le projet de l’Empereur, qui se trouvait alors avec son armée en bataille sur l’extrémité de la gauche de l’ennemi, ayant tourné tous ses camps retranchés, ayant rendu tous ses ouvrages inutiles, et obligeant ainsi les Autrichiens à sortir de leurs positions et à venir lui livrer bataille dans le terrain qui lui convenait. Ce grand problème était résolu, et, sans passer le Danube ailleurs, sans recevoir aucune protection des ouvrages qu’on avait construits, on forçait l’ennemi à se battre à trois quarts de lieue de ses redoutes.

On présagea dès lors les plus grands et les plus heureux résultats.

A huit heures du matin, les batteries qui tiraient sur Enzersdorf avaient produit un tel effet, que l’ennemi s’était borné à laisser occuper cette ville par quatre bataillons. Le duc de Rivoli fit marcher contre elle son premier aide de camp Sainte-Croix, qui n’éprouva pas une grande résistance, s’en empara, et fit prisonnier tout ce qui s’y trouvait.

Le comte Oudinot cerna le château de Sachsengang, que l’ennemi avait fortifié, fit capituler les 900 hommes qui le défendaient, et prit douze pièces de canon.

L’Empereur fit alors déployer toute l’armée dans l’immense plaine d’Enzersdorf.

BATAILLE D’ENZERSDORF.

Cependant l’ennemi, confondu dans ses projets, revint peu à peu de sa surprise et tenta de ressaisir quelques avantages dans ce nouveau champ de bataille. A cet effet, il détacha plusieurs colonnes d’infanterie, un bon nombre de pièces d’artillerie et toute sa cavalerie, tant de ligne que d’insurgés, pour essayer de déborder la droite de l’armée française. En conséquence il vint occuper le village de Rutzendorf. L’Empereur ordonna au général Oudinot de faire enlever ce village, à la droite duquel il fit passer le duc d’Auerstaedt pour se diriger sur le quartier général du prince Charles, en marchant toujours de la droite à la gauche.

Depuis midi jusqu’à neuf heures du soir, on manœuvra dans cette immense plaine, on occupa tous les villages; et à mesure qu’on arrivait à la hauteur des camps retranchés de l’ennemi, ils tombaient d’eux-mêmes et comme par enchantement. Le duc de Rivoli les faisait occuper sans résistance. C’est ainsi que nous nous sommes emparés des ouvrages d’Essling et d’Aspern, et que le travail de quarante jours n’a été d’aucune utilité à l’ennemi. Il fit quelque résistance au village de Raasdorf, que le prince de Ponte-Corvo fit attaquer et enlever par les Saxons. L’ennemi fut partout mené battant et écrasé par la supériorité de notre feu. Cet immense champ de bataille resta couvert de ses débris.
BATAILLE DE WAGRAM.

Vivement effrayé des progrès de l’armée française et des grands résultats qu’elle obtenait presque sans efforts, l’ennemi fît marcher toutes ses troupes, et à six heures du soir il occupa la position suivante : sa droite, de Stadelau à Gerasdorf; son centre, de Gerasdorf à Wagram, et sa gauche, de Wagram à Neusiedl (ndlr : Marktgraf-Neusiedl). L’armée française avait sa gauche à Aspern, son centre à Raasdorf, et sa droite à Glinzensdorf. Dans cette position, la journée paraissait presque finie, et il fallait s’attendre à avoir le lendemain une grande bataille; mais on l’évitait, et on coupait la position de l’ennemi en l’empêchant de concevoir aucun système, si dans la nuit on s’emparait du village de Wagram. Alors sa ligne, déjà immense, prise à la hâte et par les chances du combat, laissait errer les différents corps de l’armée sans ordre et sans direction, et on en aurait eu bon marché, sans engagement sérieux. L’attaque de Wagram eut lieu; nos troupes emportèrent ce village; mais une colonne de Saxons et une colonne de Français se prirent dans l’obscurité pour des troupes ennemies, et cette opération fut manquée. (ndlr : une place de Deutsch-Wagram se nomme Saxen-Klemm, rappelant cette malencontreuse méprise).

On se prépara alors à la bataille de Wagram. Il paraît que les dispositions du général français et du général autrichien furent inverses. L’Empereur passa toute la nuit à rassembler ses forces sur son centre, où il était de sa personne, à une portée de canon de Wagram. A cet effet, le duc de Rivoli se porta sur la gauche d’Aderklaa, en laissant sur Aspern une seule division, qui eut ordre de se replier en cas d’évènements sur l’île Lobau. Le duc d’Auerstaedt recevait l’ordre de dépasser le village de Grosshofen pour s’approcher du centre. Le général autrichien, au contraire, affaiblissait son centre pour garnir et augmenter ses extrémités, auxquelles il donnait une nouvelle étendue.

Le 6, à la pointe du jour, le prince de Ponte-Corvo occupa la gauche, ayant en seconde ligne le duc de Rivoli. Le vice-roi le liait au centre, où le corps du comte Oudinot, celui du duc de Raguse, ceux de la Garde impériale et les divisions de cuirassiers formaient sept ou huit lignes.

Le duc d’Auerstaedt marcha de la droite pour arriver au centre.

L’ennemi, au contraire, mettait le corps de Bellegarde en marche sur Stadelau. Les corps de Kollowrat, de Lichtenstein et de Hiller liaient cette droite à la position de Wagram, où était le prince de Hohenzollern, et à l’extrémité de la gauche à Neusiedel, où débouchait le corps de Rosenberg pour déborder également le duc d’Auerstaedt. Le corps de Rosenberg et celui du duc d’Auerstaedt, faisant un mouvement inverse, se rencontrèrent aux premiers rayons du soleil et donnèrent le signal de la bataille. L’Empereur se porta aussitôt sur ce point, fit renforcer le duc d’Auerstaedt par la division de cuirassiers du duc de Padoue, et fit prendre le corps de Rosenberg en flanc par une batterie de douze pièces de la division du général comte de Nansouty. En moins de trois quarts d’heure, le beau corps du duc d’Auerstaedt eut fait raison du corps de Rosenberg, le culbuta et le rejeta au delà de Neusiedel, après lui avoir fait beaucoup de mal.

Pendant ce temps la canonnade s’engageait sur toute la ligne, et les dispositions de l’ennemi se développaient de moment en moment.

Toute sa gauche se garnissait d’artillerie. On eût dit que le général autrichien ne se battait pas pour la victoire, mais qu’il n’avait en vue que le moyen d’en profiter. Cette disposition de l’ennemi paraissait si insensée que l’on craignait quelque piége, et que l’Empereur différa quelque temps avant d’ordonner les faciles dispositions qu’il avait à faire pour annuler celles de l’ennemi et les lui rendre funestes.

Il ordonna au duc de Rivoli de faire une attaque sur le village qu’occupait l’ennemi, et qui pressait un peu l’extrémité du centre de l’armée. Il ordonna au duc d’Auerstaedt de tourner la position de Neusiedel et de pousser de là sur Wagram, et il fit former en colonnes le duc de Raguse et le général Macdonald pour enlever Wagram au moment où déboucherait le duc d’Auerstaedt.

Sur ces entrefaites, on vint prévenir que l’ennemi attaquait avec fureur le village qu’avait enlevé le duc de Rivoli, que notre gauche était débordée de 3,000 toises, qu’une vive canonnade se faisait déjà entendre à Aspern, et que l’intervalle d’Aspern à Wagram paraissait couvert d’une immense ligne d’artillerie. Il n’y eut plus à douter.

L’ennemi commettait une énorme faute; il ne s’agissait que d’en profiter. L’Empereur ordonna sur-le-champ au général Macdonald de disposer les divisions Broussier et Lamarque en colonnes d’attaque.

Il les fit soutenir par la division du général Nansouty, par la Garde à cheval et par une batterie de soixante pièces de la Garde et de quarante pièces des différents corps. Le général comte de Lauriston, à la tête de cette batterie de cent pièces d’artillerie, marcha au trot à l’ennemi, s’avança sans tirer jusqu’à la demi-portée du canon, et là commença un feu prodigieux qui éteignit celui de l’ennemi et porta la mort dans ses rangs. Le général Macdonald marcha alors au pas de charge. Le général de division Reille, avec la brigade de fusiliers et de tirailleurs de la Garde, soutenait le général Macdonald. La Garde avait fait un changement de front pour rendre cette attaque infaillible. Dans un clin d’œil, le centre de l’ennemi perdit une lieue de terrain, sa droite épouvantée sentit le danger de la position où elle s’était placée et rétrograda en grande hâte. Le duc de Rivoli l’attaqua alors en tête. Pendant que la déroute du centre portait la consternation et forçait les mouvements de la droite de l’ennemi, sa gauche était attaquée et débordée par le duc d’Auerstaedt, qui avait enlevé Neusiedel et qui, étant monté sur le plateau, marchait sur Wagram. La division Broussier et la division Gudin se sont couvertes de gloire.

Il n’était alors que dix heures du matin, et les hommes les moins clairvoyants voyaient que la journée était décidée et que la victoire était à nous.

A midi, le comte Oudinot marcha sur Wagram pour aider à l’attaque du duc d’Auerstaedt. Il y réussit et enleva cette importante position. Dès dix heures, l’ennemi ne se battait plus que pour sa retraite; dès midi, elle était prononcée et se faisait en désordre; et, beaucoup avant la nuit, l’ennemi était hors de vue. Notre gauche était placée à Jedlersee et Ebersdorf, notre centre sur Obersdorf; et la cavalerie de notre droite avait des postes jusqu’à Schönkirchen.

Le 7 à la pointe du jour, l’armée était en mouvement et marchait sur Kornneuburg et Wolkersdorf, et avait des postes sur Nikolsburg.

L’ennemi, coupé de la Hongrie et de la Moravie, se trouvait acculé du côté de la Bohême.

Tel est le récit de la bataille de Wagram, bataille décisive et à jamais célèbre, où 3 à 400,000 hommes, douze à quinze cents pièces de canon se battaient pour de grands intérêts sur un champ de bataille étudié, médité, fortifié par l’ennemi depuis plusieurs mois. Dix drapeaux, quarante pièces de canon, 20,000 prisonniers, dont 3 à 400 officiers et bon nombre de généraux, de colonels et de majors, sont les trophées de cette victoire. Les champs de bataille sont couverts de morts, parmi lesquels on trouve les corps de plusieurs généraux, et, entre autres, d’un nommé Nordmann, Français traître à sa patrie, qui avait prostitué ses talents contre elle.

Tous les blessés de l’ennemi sont tombés en notre pouvoir. Ceux qu’il avait évacués au commencement de l’action ont été trouvés dans les villages environnants. On peut calculer que le résultat de cette bataille sera de réduire l’armée autrichienne à moins de 60,000 hommes.

Notre perte a été considérable; on l’évalue à 1,500 tués et 3 ou 4,000 blessés (ndlr : en fait, les pertes s’élèvent à environ 5000 tués, 28.000 blessés, 3 à 4.000 prisonniers…). Le duc d’Istrie, au moment où il disposait l’attaque de la cavalerie, a eu son cheval emporté d’un coup de canon; le boulet est tombé sur sa selle et lui a fait une légère contusion à la cuisse. Le général de division Lasalle a été tué d’une balle. C’était un officier du plus grand mérite, et l’un de nos meilleurs généraux de cavalerie légère. Le général bavarois de Wrede et les généraux Seras, Grenier, Vignolle, Sahuc, Frère et Defrance ont été blessés.

Le colonel prince Aldobrandini a été frappé au bras par une balle.

Les majors de la Garde Daumesnil et Corbineau, et le colonel Sainte-Croix, ont aussi été blessés. L’adjudant commandant Duprat a été tué. Le colonel du 9e d’infanterie de ligne (le colonel Oudet) est resté sur le champ de bataille. Ce régiment s’est couvert de gloire.

L’état-major fait dresser l’état de nos pertes.

Une circonstance particulière de cette grande bataille, c’est que les colonnes les plus rapprochées de Vienne n’en étaient pas à 1,200 toises.

La nombreuse population de cette capitale couvrait les tours, les clochers, les toits, les monticules, pour être témoin de ce grand spectacle.

L’empereur d’Autriche avait quitté Wolkersdorf  le 6, à cinq heures du matin, et était monté sur un belvédère d’où il voyait le champ de bataille et où il est resté jusqu’à midi. Il est alors parti en toute hâte.

Le quartier général français est arrivé à Wolkersdorf dans la matinée du 7.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809

DÉCISION

Le général d’Agout écrit que les douanes espagnoles confisquent les monnaies françaises à leur sortie d’Espagne et qu’il en résulte que l’argent exporté de France et mis en circulation en Espagne ne rentre plus en France (Clarke – 28 juin 1809) Le ministre de la guerre donnera des ordres pour que cela n’ait pas lieu et fera sentir combien il est ridicule qu’on empêche de sortir mon argent d’Espagne, quand j’en envoie une grande quantité.



Wolkersdorf, 9 juillet 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Stammersdorf

Monseigneur, l’Empereur ordonne que, demain, à une heure du matin, vous fassiez partir votre cavalerie légère, la division du général Pully et la cavalerie saxonne; ce qui formera.environ 4,000 hommes de cavalerie, que vous ferez appuyer de plusieurs divisions d’artillerie légère et par 3 à 4,000 hommes d’infanterie; et que vous dirigiez ce corps sur la March, afin de jeter sur la rive gauche tous les partis ennemis qui se trouvent encore sur la rive droite de cette rivière, et de vous emparer des ponts. On suppose que l’ennemi peut être à Hof, à Marchegg, à Anger ou Dürnkrut. Il faut tâcher que, dans la journée de demain, la March soit couverte de vos postes jusqu’à la hauteur de Göding.

Avec le reste de votre corps d’armée, Votre Altesse partira dans le jour pour porter son quartier général, soit à Leopoldsdorf, soit à Siebenbrunn, soit même plus à gauche, suivant les circonstances et les renseignements que vous auriez.

Vous donnerez l’ordre à la flottille aux ordres du capitaine Baste de descendre jusque vis-à-vis Fischament. Vous aurez soin d’envoyer, plusieurs fois chaque jour et par Ebersdorf, des officiers au général Baraguey d’Hilliers, afin de savoir ce qui se passe de son côté. Donnez l’ordre au général Vandamme de porter son quartier général à Fischament, d’où il pourra, suivant les évènements, se porter soit sur le général Baraguey d’Hilliers, soit sur vous, soit sur Neustadt.

Hier matin il n’y avait rien de nouveau vis-à-vis Presbourg. Où était donc l’archiduc Jean ? Il paraît qu’il voulait se réunir au prince Charles et que l’issue de la bataille l’en a empêché. Ce qu’il y a de plus probable, c’est que l’archiduc Jean aura laissé un corps d’observation sur la basse March et se sera porté, avec le reste de ses forces et l’insurrection hongroise, sur Göding pour maintenir la communication du prince Charles avec la Hongrie et inquiéter la droite de notre armée qui marcherait sur Brünn. Vous sentez, Monseigneur, que tout ceci n’est que conjectures, et, comme votre objet a pour but d’être opposé à l’insurrection hongroise et au prince Jean, il faut vous tenir partout où il sera. Ainsi, s’il est vrai que ce prince remonte la March, il faut que votre quartier général soit placé de manière à rejoindre l’armée si le prince Jean se rallie à celle du prince Charles. Mais s’il passait le Danube à Presbourg, le général Baraguey d’Hilliers peut rompre son pont, et, réuni au général Vandamme, retarder assez la marche du prince Jean pour que vous puissiez passer le Danube au pont d’Ebersdorf et arriver à temps à sa rencontre.

Pour remplir ces différents buts, il faut que Votre Altesse place les trois division de son corps d’armée (formation que Sa Majesté approuve) et la division saxonne sur quatre points différents, qui puissent permettre de réunir le corps d’armée sur l’une ou l’autre de ces divisions, suivant les circonstances.

L’Empereur espère que, dans la journée de demain, vous aurez balayé toute la rive droite de la March, que vous serez maître des ponts et que cette rivière sera entre vous et l’ennemi. Votre Altesse pourra passer la March, quand elle voudra, par le moyen des bateaux que le colonel Baste pourra envoyer vis-à-vis Theben, au confluent, et par là pouvoir jeter un pont en peu d’heures. Dans les ordres que vous donnerez au général Vandamme, il faut, Monseigneur, lui laisser beaucoup de latitude, car ce général ne doit pas dégarnir Melk tant que l’ennemi n’aura pas dégarni la rive gauche.

D’ailleurs c’est un officier plein de zèle et de talents.

Dans le placement de vos troupes, il ne faut pas que les Saxons fassent la droite; il est plus convenable qu’ils soient à la gauche, car ils ne doivent jamais être destinés à passer sur la rive droite du Danube. Il est probable que l’Empereur portera, cette nuit, son quartier général à Wilfersdorf; il est donc nécessaire que votre cavalerie couvre son flanc droit et vous donne une communication directe avec nous.

L’intention de l’Empereur est que vous laissiez quelques bataillons à la tête du pont de Jedlersdorf am Spitz. Cela est très-important pour mettre ce point à l’abri des partisans ennemis.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809

ORDRE

ARTICLE 1er. – Le 9e corps de l’armée d’Allemagne est dissous.

Les arrondissements de territoire qui faisaient partie de ce corps d’armée feront partie du 10e corps, hormis la Pologne, qui formera un corps à part.

ART. 2. – Le corps saxon fera un corps détaché, sous les ordres du général de division Reynier.

ART. 3. – Le général de division Dupas prendra le commandement de la division Frère, au 2e corps de l’armée d’Allemagne, commandée par le général Oudinot.

ART. 4. — Le 5e régiment d’infanterie légère fera partie de la division Boudet, ainsi que l’artillerie de la division Dupas. Le 19e régiment d’infanterie de ligne fera partie de la division Legrand.

ART. 5. Le général Montrichard prendra le commandement de l’île Napoléon demain, à quatre heures du matin.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809.

A Alexandre, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, je remercie Votre Majesté Impériale de ses aimables attentions pendant ces trois mois. J’ai tardé à lui écrire, parce que j’ai d’abord voulu lui écrire de Vienne. Après cela, je n’ai voulu lui écrire que lorsque j’aurais chassé l’armée autrichienne de la rive gauche du Danube. Les obstacles que l’ennemi a opposés à la construction de mes ponts m’ont obligé à les faire en pilotis; cela m’a retardé jusqu’à cette époque. La bataille de Wagram, dont l’aide de camp de Votre Majesté (Mr de Czernichef), qui a toujours été sur le champ de bataille, pourra lui rendre compte, a réalisé mes espérances. L’armée autrichienne, coupée de la Hongrie, se retire en Bohême. Je suis à sa poursuite; mes avant-postes sont à Nikolsburg et sur Znaym. Pendant tout le mois que nous avons été en présence, où j’étais maître de Vienne, et eux à mille toises sur l’autre rive, non-seulement ils ne m’ont fait aucune insinuation de paix, mais même je n’ai eu à recueillir que des témoignages d’aigreur, et à me convaincre de leur folle présomption. Cela ne peut se concevoir, mais cela est exact.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Stammersdorf

Mon Fils, la division Pully vpous rejoint. Le parc du duc d’Auerstaedt est à Neusiedl, et il était le 7 et le 8 inquiété par des patrouilles ennemies de cavalerie. Envoyez un fort parti de cavalerie.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809

A l’Impératrice à Plombières

Tout va ici selon mes désirs, mon amie. Mes ennemis sont défaits, battus, tout-à-fait en déroute; ils étaient très nombreux, je les ai écrasés.

Ma santé est bonne aujourd’hui; hier, j’ai été un peu malade d’un débordement de bile, occasionné par tant de fatigues; mais cela me fait grand bien.

Adieu, mon amie, je me porte fort bien.

 

Wolkersdorf, 10 juillet 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, envoyez la lettre ci-jointe (Lettre du prince Poniatowski, en date du 21 juin, annonçant l’évacuation de Sandomir par le général Sokolnicki. Cc général avait abandonné la ville après avoir vainement réclamé le secours du prince Galitzine, qui se trouvait près de là, sur la San, avec deux divisions russes fortes de 24,000 hommes. Cette évacuation de Sandomir éveilla l’attention de l’Empereur et lui fit concevoir des soupçons sur la sincérité de l’alliance russe) à M. de Caulaincourt, par un courrier extraordinaire, et enjoignez-lui de faire les plus fortes représentations sur cette traîtreuse conduite.

 

Wolkersdorf, 10 juillet 1809, huit heures et demie du matin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, devant Nikolsburg (ndlr : aujourd’hui Mikulov)

Le duc de Rivoli a eu hier, Monsieur le Maréchal, un engagement, à trois heures après midi, à Hollabrunn. Toute l’armée ennemie se retire sur Znaym; il est donc nécessaire de marcher en toute hâte sur le général Marmont. Ce général a couché hier à Laa, et marche aujourd’hui sur Znaym; dans la journée, il doit être aux prises avec l’ennemi. Il est donc important que vous marchiez pour arriver à son secours d’ici à une heure. L’Empereur se mettra en marche à la tête de la cavalerie de sa Garde et de son artillerie, pour se diriger vers le général Marmont, et aller où il entendra le canon. Le général Oudinot et la Garde à pied suivront la même direction ce soir, quand ils seront reposés. Laissez, Monsieur le Duc, quelques troupes à Nikolsburg pour garder la tête de la grande route, et, pour peu que vous croyiez qu’on ait besoin de renforcer ce point, mandez-le-moi, afin que l’Empereur y envoie une division du général Oudinot. Faites-moi connaître, par le retour de mon aide de camp, la route que vous tiendrez pour vous porter sur le général Marmont, à quelle heure vous partez et à quelle heure vous comptez arriver. Tout porte à croire que, s’il n’y a pas d’engagement sérieux aujourd’hui, il y en aura un très-sérieux demain.

 

Wilfersdorf, 10 juillet 1809. (ndlr : Napoléon séjourne au château du prince de Lichtenstein)

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wilfersdorf

Mon Cousin, envoyez ordre au général Nansouty de quitter la route de Nikolsburg à Schriek, et de prendre celle de Mistelbach, Siebenhirten, Staats et Laa.

 

Wilfersdorf, 10 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wilfersdorf

Le général Walther fera monter à cheval, à midi, les quatre régiments de la Garde avec seize pièces d’artillerie légère. Ils se dirigeront sur Poysdorf, Hadersdorf, Fœllin, Neudorf et Laa. L’infanterie de la Garde partira à une heure avec le reste de l’artillerie.

 

Laa, 10 juillet 1809

A Louis Barbier, bibliothécaire de l’Empereur, à Paris

Je dois prévenir Monsieur Barbier que deux ouvrages importants sont parvenus à Sa Majesté par le courrier d’avant-hier: Le fragment d’histoire d’Angleterre, de Fox, en deux volumes, et un ouvrage de M. de Montgaillard, intitulé: De l’établissement du royaume d’Italie, et du droit de la couronne de France sur le duché de Rome.  Le premier a été pris chez le libraire et envoyé à M. Maret; l’autre m’a été envoyé par l’auteur. M. Barbier doit sentir la nécessité d’être le plus promptement possible au courant des nouveautés. Il faudrait faire prendre les ouvrages chez les libraires avant qu’ils soient livrés au public. Il me semble que l’Empereur peut bien avoir ce droit.

Par ordre de l’Empereur, Méneval.

 

Laa, 11 juillet 1809, deux heures du matin.

Au général Marmont, duc de Raguse, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, devant Znaym

L’officier du génie italien que vous avez expédié est arrivé à minuit; il a donc mis six heures pour faire cette mission. Depuis, il n’est arrivé personne. Cet officier pouvait s’égarer. Les règles de la guerre voulaient que vous en envoyassiez trois à une demie-heure de distance les uns des autres. Je n’ai trouvé à Laa aucun commandant, aucune garnison, pas même un poste à vos ponts; cependant si les hussards, qui rôdent dans la plaine, étaient venus les brûler, votre retraite eût été compromise. Vous n’avez pas appris cette insouciance en servant avec. Comment n’avez-vous pas laissé des postes de cavalerie pour  jalonner la route et pour que vos nouvelles arrivassent promptement ?

Le duc d’Auerstaedt avait ordre de vous appuyer; vous l’avez si peu pressé de venir à vous, qu’il s’est porté à Nikolsburg, c’est-à-dire à deux journées de vous; heureusement qu’hier je l’ai fait revenir. La lettre que vous lui écrivez n’est pas assez pressante. Il est tout simple qu’aucun général n’aime à venir en seconde ligne. Je monte à cheval avec toute la cavalerie, mais il est déjà deux heures du matin. Ayez soin de ne rien engager de sérieux jusqu’à ce que je sois à portée.

Le général Oudinot, qui a pris une direction à gauche, a dû vous envoyer un officier pour avoir des nouvelles.

Envoyez-moi quelqu’un qui connaisse bien votre position et celle de l’ennemi. Quel est le village pris et repris ? Faites-m’en un croquis, que vous m’enverrez en route.

 

Au camp devant Znaym, 12 juillet 1809.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, devant Znaym

Je vous envoie, Monsieur le Duc, ampliation de la suspension d’armes que j’ai signée ce matin avec M. le baron de Wimpffen.
L’intention de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que votre corps d’armée occupe Brünn et le cercle de même nom, et qu’il soit baraqué de manière à travailler à l’instruction, maintenir une bonne discipline, réorganiser les corps, l’artillerie, les équipages militaires, veiller à ce que l’on protège les habitants des campagnes et les moissons.

Je vous préviens, Monsieur le Duc, que l’Empereur a accordé à M. le prince de Lichtenstein que le même arrondissement tracé à quelques lieues autour de Holitsch, comme il le fut il y a trois ans et demi dans l’armistice conclu après Austerlitz, soit considéré comme neutre, et qu’il n’y ait aucune troupe des deux armées. M. le général Dumas vous fera connaître cette ligne.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Znaym, 13 juillet 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, envoyez-moi des compagnies d’artillerie. Faites relever toutes celles qui sont à Boulogne, sur les côtes de Bretagne, de Provence et ailleurs. Elles seront remplacées par des canonniers de la marine. Entendez-vous avec le ministre de la marine, auquel j’en écris et renvoyez-moi tous mes vieux canonniers.

 

Au camp devant Znaym, 13 juillet 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint la suspension d’armes que j’ai conclue. Vous 1’enverrez par un courrier extraordinaire à mon ministre à Saint-Petersbourg et à tous mes autres ministres près les différentes cours. Des plénipotentiaires vont venir pour traiter de la paix. Comme je ne tarderai pas à me rendre à Vienne, je vous donnerai là mes instructions.

SUSPENSION D’ARMES.

ARTICLE 1er. – Il y aura suspension d’armes entre les armées de S. M. l’Empereur des Français et Roi d’Italie et de S. M. l’Empereur d’Autriche.
ART. 2. – La ligne de démarcation sera, du côté de la haute Autriche, la frontière qui sépare l’Autriche de la Bohême, le cercle de Znaym, celui de Brünn, et une ligne tracée de la frontière de Moravie sur Raab, qui commencera au point où la frontière du cercle de Brünn touche la March, et en descendant la March jusqu’au confluent de la Taya; de là à Sankt-Johann et la route jusqu’à Presbourg, Presbourg et une demi-lieue autour de la ville, le grand Danube jusqu’à l’embouchure de la Raab et une lieue autour, la Raab jusqu’à la frontière de la Styrie, la Styrie, la Carniole, l’Istrie et Fiume.
ART. 3. – Les citadelles de Brünn et de Graz seront évacuées immédiatement après la signature de la présente suspension d’armes.
ART. 4. – Les détachements des troupes autrichiennes qui sont dans le Tyrol et le Vorarlberg évacueront ces deux pays. Le fort de Sachsenburg sera remis aux troupes françaises.
ART. 5. – Les magasins de subsistances qui se trouvent dans le pays qui doit être évacué par l’armée autrichienne et qui lui appartiennent pourront être évacués.
ART. 6. – Quant à la Pologne, les deux armées prendront la ligne qu’elles occupent aujourd’hui.
ART. 7. – La présente suspension d’armes durera un mois; et, avant de recommencer les hostilités, on se préviendra quinze jours d’avance.
ART. 8. – Il sera nommé des commissaires respectifs pour l’exécution des présentes dispositions.
ART. 9. – A dater de demain, 13, les troupes autrichiennes évacueront les pays désignés dans la présente suspension d’armes et se retireront par journées d’étapes.
Le fort de Brünn sera remis le 14 à l’armée française, et celui de Graz le 16 juillet.
Le présent armistice fait et arrêté entre nous, soussignés, chargés des pleins pouvoirs de nos souverains respectifs. M. le baron de Wimpffen, général-major et chef d’état-major de l’armée autrichienne, et S. A. S. le prince de Neuchâtel, major général de l’armée française.

Au camp devant Znaym, le 12 juillet 1809.

ALEXANDRE – WIMPFFEN.

 

Camp impérial de Znaym, 13 juillet 1809.

AUX ÉVÊQUES DE FRANCE

Monsieur l’évêque de. . . . . . . , les victoires d’Enzersdorf et de Wagram, où le Dieu des armées a si visiblement protégé les armes françaises, doivent exciter la plus vive reconnaissance dans le cœur de nos peuples. Notre intention est donc qu’au reçu de la présente vous vous concertiez avec qui de droit pour réunir nos peuples dans les églises et adresser au ciel des actions de grâces et des prières conformes aux sentiments qui nous animent.

Notre Seigneur Jésus-Christ, quoique issu du sang de David, ne voulut aucun règne temporel; il voulut, au contraire, qu’on obéît à César dans le règlement des affaires de la terre. Il ne fut animé que du grand objet de la rédemption et du salut des âmes. Héritier du pouvoir de César, nous sommes résolu à maintenir l’indépendance de notre trône et l’intégrité de nos droits. Nous persévérerons dans la grande œuvre du rétablissement de la religion. Nous environnerons ses ministres de la considération que nous seul pouvons leur donner. Nous écouterons leur voix dans tout ce qui a rapport au spirituel et au règlement des consciences.

Au milieu des soins des camps, des alarmes et des sollicitudes de la guerre, nous avons été bien aise de vous donner connaissance de ces sentiments, afin de faire tomber dans le mépris ces œuvres de l’ignorance et de la faiblesse, de la méchanceté ou de la démence, par lesquelles on voudrait semer le trouble et le désordre dans nos provinces. On ne nous détournera pas du grand but vers lequel nous tendons et que nous avons déjà en partie heureusement atteint, le rétablissement des autels de notre religion, en nous portant à croire que ses principes sont incompatibles, comme l’ont prétendu les Grecs, les Anglais, les Protestants et les Calvinistes, avec l’indépendance des trônes et des nations. Dieu nous a assez éclairé pour que nous soyons loin de partager de pareilles erreurs; notre cœur et ceux de nos sujets n’éprouvrent point de semblables craintes. Nous savons que ceux qui voudraient faire dépendre de l’intérêt d’un temporel périssable l’intérêt éternel des consciences et des affaires spirituelles sont hors de la charité, de l’esprit et de la religion de celui qui a dit: Mon empire n’est pas de ce monde.

 

Au camp devant Znaym, 13 juillet 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Siebenbrunn (ndlr : en fait Siebenbrunn – aujourd’hui Ober-Siebenbrunn)

Mon Fils, je vous envoie copie de l’armistice que j’ai conclu.

Faites occuper la March et Presbourg.

Il faut me présenter un projet d’organisation pour votre corps d’armée, de manière que les 3e et 4e bataillons qui appartiennent au corps de Marmont le rejoignent. La division Grouchy vous sera rendue; je l’ai destinée à occuper OEdenburg, Graz, Laybach, Klagenfurt et Trieste. Le général Mathieu Dumas est commissaire pour l’armée.

Vous chargerez le général Rusca de prendre possession du fort de Sachsenburg. Vous pourrez envoyer le corps saxon sur Stockerau. Je serai demain de bonne heure à Vienne. Vous m’enverrez là vos rapports, et je vous donnerai mes instructions.

 

Schönbrunn, 13 juillet 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, j’ai besoin de beaucoup d’artillerie. Mon intention est que vous fassiez renouveler à Boulogne, en Bretagne, aux îles Marcouff, à Belle-Isle, et sur les côtes de l’océan et de la Méditerranée tous les canonniers de la marine. Si même cela était nécessaire, je vous autorise à désarmer quelques vaisseaux. Mais il est indispensable que cet ordre soir strictement exécuté, et que ces canonniers m’arrivent sans délai.

 

Au camp, devant Znaym, 13 juillet 1809

A l’Impératrice, à Plombières

Je t’envoie la suspension d’armes qui a été conclue hier avec le général autrichien.

Eugène est du côté de la Hongrie, et se porte bien.

Envoie une copie de la suspension d’armes à Cambacérès, en cas qu’il ne l’a pas déjà reçue.

Je t’embrasse et me porte bien.

PS. Tu peux faire imprimer, à Namcy, cette suspension d’armes

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809

Au prince Cambacérès, archi-chancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 11 juillet. Il faudrait s’occuper au Conseil d’État d’un règlement sur les agents de change. Vous voyez combien cela est nécessaire. On fait courir les bruits les plus criminels, et cela tient, non à la malveillance, mais à des spéculations sur la hausse ou la baisse. Il est instant de faire cesser un jeu d’agiotage qui compromet la tranquillité publique. Réunissez un petit comité composé des ministres des finances, du trésor, des ministres d’État, des sieurs Bérenger et Jaubert, gouverneur de la Banque, et présentez un projet au Conseil d’État.

 

Schönbrunnn, 14 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Le major général enverra un de ses aides de camp à Bayreuth.

Cet aide de camp passera par Egra, et fera connaître que l’ennemi doit évacuer Bayreuth et occuper les frontières de la Confédération.
Le major général écrira à M. de Wimpffen que je donne l’ordre à Bayreuth et à Dresde de se tenir sur les frontières de la Confédération, et qu’il est nécessaire que l’archiduc Charles donne le même ordre.

Votre aide de camp sera accompagné par un autre officier, qui rappellera la réponse de M. de Wimpffen, auquel vous ferez connaître que, s’il n’avait pas envoyé des ordres aux troupes autrichiennes qui sont du côté de Bayreuth, il les envoie sur-le-champ pour éviter un versement de sang inutile.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, l’armée d’Italie sera organisée de la manière suivante:

le division, commandée par le général Broussier, les 9e, 84e et 92e,
2e division, commandée par le général Lamarque, les 13e, 29e, 32e et 53e.
3e division, commandée par le général Durutte, les 23e léger, 62e et 105e.
4e division, commandée par le général Pacthod, les 1er de ligne, 52e, 106e, et 112e
Division Severoli, tous les Italiens.
Les 4e bataillons du ler léger et du 12e, avec le parc, au quartier général.
Deux brigades de cavalerie légère, composées chacune de deux régiments; un des cinq régiments continuera à rester avec la brigade Thiry.
Enfin, les deux divisions de dragons des généraux Grouchy et Pully.
Les 3e et 4e bataillons des régiments de l’armée de Dalmatie rejoindront le maréchal Marmont.

Vous donnerez ordre que le maréchal Macdonald, avec deux divisions et une brigade de cavalerie légère, se porte sur Graz; que la division Severoli se porte sur Klagenfurt. Vous donnerez ordre que les deux autres divisions, une brigade de cavalerie légère et les deux divisions de dragons restent jusqu’à nouvel ordre sur la March.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809.

A M. Germain, chambellan de l’Empereur

Rendez-vous le long du Danube, à Klosterneuburg, Kornneuburg, Stockerau, Tulln, Krems et dans les villes situées sur les deux rives du Danube jusqu’à Passau. Parlez aux bourgmestres, baillis, mariniers et commandants français, pour qu’ils fassent partir des bateaux chargés de blé et autres objets nécessaires à la consommation de Vienne. Rassurez tout le monde.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, je ne puis voir qu’avec la plus grande surprise que les 18,000 prisonniers qui sont dans l’île Napoléon meurent de faim.

Cela est inhumain et impardonnable. Envoyez-y dans la journée de demain 20,000 rations de pain. Envoyez aussi de la farine pour alimenter la manutention. J’ai ordonné qu’il y eût du pain pour quatre jours, et il n’y en a pas.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809, une heure après midi

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Weimar

Mon Frère, je reçois votre lettre du 6. Vous avez dû recevoir, par la Bohême, un aide de camp du prince de Neuchâtel, qui vous aura instruit du résultat de la bataille de Wagram et de l’armistice de Znaym. Il n’a pas été question de vous dans l’armistice, parce que, de part et d’autre, on est convenu que vous occuperiez les frontières de la Confédération.

La lettre de votre ministre de Prusse ne signifie rien. Ce qu’on vous dit de la Russie est faux; c’est mal connaître le caractère de l’empereur Alexandre. Ce qu’on vous dit du caquetage de la cour de Königsberg est vrai. Pour de la mauvaise volonté et de la mauvaise foi, il y en a beaucoup; mais la Prusse est liée avec moi par des traités; d’ailleurs aujourd’hui tout est fini.

L’armistice de Znaym vous ôte toute inquiétude sur l’expédition des Anglais, qui toutefois ne pouvait être que bien faible et qui n’était qu’un épouvantail. Vous devez sentir la nécessité d’augmenter vos troupes. Le duc d’Abrantès me mande qu’il a occupé Amberg, ayant été obligé d’évacuer Bayreuth par la réunion du corps autrichien de Dresde à celui de Bayreuth; ce qui avait porté les forces de l’ennemi à 12 ou 10,000 hommes. Je vois par votre lettre du 6 que vous êtes à Chemnitz, c’est-à-dire que vous marcherez sur les derrières du corps ennemi; par conséquent vous l’aurez forcé à rentrer en Bohême avant l’armistice. Dans tout état de choses, vous devez occuper Bayreuth et la Saxe. Je vais employer le temps que durera l’armistice à soumettre le Tyrol. Le duc d’Abrantès sera augmenté de la division Lagrange, des corps de Wurtemberg et de Bavière et de ce que pourra réunir la Saxe; de manière que, si les hostilités recommencent, vous pourrez entrer en Bohême avec 30,000 hommes, sans autre avis.

Surtout ne quittez point Dresde; reportez-y votre quartier général.

Laissez le corps du duc d’Abrantès à Bayreuth pour achever de former là son corps. Il est probable, mais il n’est pas certain que la paix ait lieu; il faut donc vous mettre en état de faire, avec votre corps fort de 30,000 hommes, une forte diversion en Bohême, ou partout où besoin serait.

J’ai supprimé le 9e corps de l’armée (voir lettre du 9 juillet); ainsi la Saxe et les garnisons de l’Oder font partie de votre corps. Il est nécessaire de retirer des places de l’Oder le 22e de ligne, qui est un fort bon régiment; ce qui vous donnera 3 à 4,000 hommes qui valent ceux que vous avez. Je vais m’occuper de remplacer ce régiment dans le service de ces places.

Aussitôt que l’armistice sera établi chez vous, renvoyez les détachements que vous avez qui appartiennent à l’armée et ceux qui forment la 10e demi-brigade provisoire, et donnez-m’en avis. Tout cela est nécessaire pour recruter mon armée. Il y a à Magdeburg plus de monde qu’il ne faut. Renvoyez-moi toutes les compagnies d’artillerie française, dont j’ai grand besoin ici.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809, deux heures après midi.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Schloss Hof

Mon Fils, Marbeuf m’apporte votre lettre du 13 à huit heures du soir. Baraguey d’Hilliers, à ce qu’il paraît, a pris possession de Presbourg. S’il ne l’avait pas encore fait, faites-lui passer le Danube sur-le-champ; un bataillon suffit, quant à présent, pour occuper Presbourg. J’approuve la formation de votre corps à quatre divisions. Vous pouvez envoyer Macdonald avec deux divisions prendre possession de Graz ; je pense que les autres devraient se tenir à OEdenburg, en occupant la ligne de Raab à OEdenburg. Votre quartier général me parait devoir être très-convenablement établi à OEdenburg. Vous serez là à portée de Presbourg et de Vienne, et dans un pays où votre cavalerie pourra facilement se rétablir : c’est ce dont il faut s’occuper aujourd’hui avec activité.

Le général Vandamme se porte sur Neustadt et de là sur le Semmering avec ses troupes, afin de presser l’évacuation de Graz. Il est arrivé au général Rusca un événement dont j’ignore les détails; il parait qu’il s’est retiré du côté de Salzburg. Je désire donc que Macdonald se rende avec deux de vos divisions à Neustadt et de là sur Graz. Les deux autres peuvent rester avec les Saxons sur la March, pour occuper Presbourg, faire jeter un pont et occuper Raab et toute la ligne. Vous pourrez porter votre quartier général à OEdenburg dans quelques jours. Je désire connaître le lieu où il faudra construire un pont sur la March, et quelle est la ligne de cette rivière.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809, onze heures du soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Schloss Hof

Mon Fils, je reçois votre lettre du 14 à midi. Il faut assurer le passage de la March par un bon pont. En attendant, restez avec vos deux divisions jusqu’à ce que Presbourg soit occupé. Envoyez au-devant du général Grouchy pour qu’il vous rejoigne.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je désire que vous veilliez à ce que, toutes les fois qu’on mettra sur des colonnes, sur des monuments ou ailleurs quelque chose de relatif à la bataille d’Austerlitz, le nom d’Austerlitz ne soit jamais cité, ce mot faisant beaucoup de peine et du tort à l’empereur Alexandre.

Vous recevrez un décret par lequel j’ai nommé un commissaire général de police à Wesel; ayaz soin que ce soit un Français et un homme sûr et intelligent.

Je vous envoie une lettre dont l’objet est important. Si ce Dessort est réellement le misérable Argenton dont je vous ai envoyé des pièces, faites-le venir à Paris avec les fers aux pieds et aux mains. Cette affaire mérite toute votre sollicitude. Je suppose qu’on aura saisi tous ses papiers. Il estr inconcevable qu’il ait osé venir à Paris.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au comte Bigot de Preameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur Rigot Preameneu, je réponds à vos lettres du 23 juin et du 4 juillet. La bulle d’excommunication est une pièce si ridicule qu’elle ne mérite pas qu’on y fasse attention. Ce qui mérite attention, c’est de prendre des mesures pour pourvoir aux évêchés vacants. Les archevêchés de Lyon, de Malines, d’autres évêchés, sont vacants. Il est nécessaire de savoir quel est le parti que le Pape veut prendre.

A cet effet, les cardinaux Fesch, Caprara, comme archevêque de Milan, Caselli, comme archevêque de Parme, Maury, comme évêque de Montefiascone aujourd’hui réuni à la France, l’archevêque de Tours et d’autres évêques de cette réputation, doivent écrire au Saint-Père pour lui demander ce qu’il veut faire, lui représenter que les affaires spirituelles et temporelles ne peuvent être confondues, et que, s’il n’institue pas les évêques aux termes du Concordat, il élèvera un schisme dans l’Église, et que, s’il y a des troubles, ce sera au détriment de la religion; il faut donc lui demander qu’il institue les évêques; que, dans les bulles d’institution, je ne demande pas mieux qu’il ne soit pas fait mention de moi; que la demande n’en sera pas signée de moi, mais sera faite par une lettre du ministre des cultes à la chancellerie du Pape, qui dira que Sa Majesté ayant nommé un tel à tel évêché, la chancellerie est priée d’envoyer l’institution canonique. Par cette cessation de correspondance entre moi et le Pape, il ne sera pas question de moi dans ces pièces, il ne faut pas cependant que le Pape dise qu’il nomme de son propre mouvement; mais qu’il institue, sans raisons ou allégations inutiles.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous recevrez un décret relatif au recrutement de l’armée, dans lequel vous verrez les mesures que j’ai prescrites pour dissoudre les 5e, 9e, 10e, 11e, 12e, 13e, 14e, 16e et 17e demi-brigades provisoires. La 15e demi-brigade provisoire sera reformée à trois bataillons. Le 1er bataillon sera composé de trois compagnies de chacun des 101e, 60e et 7e de ligne. Le 2e bataillon sera composé de trois compagnies de chacun des 14e léger et 6e de ligne; le 3e bataillon, de trois compagnies de chacun des 10e et 20e de ligne.

Ainsi les trois compagnies du 60e et les trois compagnies du 7e de ligne ne suivront pas la destination des 16e et 17e demi-brigades provisoires, dont elles faisaient partie. Ces corps provisoires ne font qu’embrouiller les choses, et tous les corps ont besoin aujourd’hui d’être complétés.

Je préfère donc que les 5e bataillons se rendent en droite ligne aux bataillons de guerre. J’ai renvoyé aux dépôts, il y a un mois, les cadres des 4e bataillons de la division Saint-Hilaire. J’ai renvoyé, il y a peu de jours, les cadres des 4es bataillons du corps du duc d’Auerstaedt, ainsi que ceux des régiments qui avaient leurs 4e bataillons à l’armée, tels que les 4e, 18e, 24e de ligne et 26e léger; de sorte qu’il n’y a plus à l’armée que des corps ayant trois bataillons, et ensuite les 4e bataillons qui sont au corps du maréchal Oudinot, et dont les trois premiers sont en Espagne.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’ai reçu deux états, l’un des détachements de toutes armes partis de Strasbourg pour se rendre à l’armée d’Allemagne depuis le 10 juin jusqu’au 3 juillet, duquel il reste que 6,500 hommes d’infanterie, 1,700 chevaux et 1,500 hommes d’artillerie et du génie, formant 9,500 hommes, sont partis. Le second état est celui des détachements destinés à l’armée d’Allemagne, partis ou devant partir de Strasbourg depuis le 4 juillet, duquel il résulte que 8,500 hommes d’infanterie, 1,100 chevaux et 200 hommes d’artillerie et du génie sont en marche; ce qui ferait la valeur de 20,000 hommes qui vont rejoindre l’armée.
Dans ces états n’est pas compris ce qui a été fourni des dépôts du Piémont et d’Italie. Faites-moi connaître ce qu’il y a à ces dépôts et ce qu’ils peuvent envoyer; faites-en dresser l’état. Je pense que cela ne va pas plus loin de 8,000 hommes. Tous ces renforts réunis répareront les pertes de l’armée depuis son entrée en campagne.

Je désire que vous fassiez partir pour l’armée tout ce que les 5e bataillons peuvent fournir aux bataillons de guerre, ainsi que les demi-brigades provisoires. Dirigez donc sur l’armée, soit des demi-brigades provisoires qui sont en France et en Italie, soit des dépôts, tout ce qui est disponible, armé et exercé, sans y comprendre cependant la levée supplémentaire de 40,000 hommes. Tous ces détachements se rendront d’abord sur Passau et de là sur Vienne.

Il faut excepter de cette mesure trois demi-brigades provisoires, les deux qui sont à Boulogne et celle qui est à Gand, lesquelles doivent rester entières. Toutes les autres doivent faire partir ce qu’elles ont de disponible pour les corps respectifs. Il m’importe beaucoup que, dans le courant d’août, mes cadres soient le plus complets possible.

Organisez tous ces détachements de manière qu’ils partent de Strasbourg par colonnes de 5 à 600 hommes, afin d’arriver en règle.

Cavalerie. Quant à la cavalerie, je ne puis que vous réitérer de compulser vos états, et de renouveler aux généraux commandant les divisions l’ordre de faire partir des dépôts de hussards et de chasseurs tous les hommes montés disponibles dont les escadrons de guerre sont, soit en Allemagne, soit en Espagne, On incorporera dans les corps qui sont en Allemagne les hommes dont les corps sont en Espagne. Faites la même chose pour les cuirassiers, et portez à 9,000 hommes les six régiments provisoires de dragons.
Artillerie. Faites-moi faire des états pareils pour l’artillerie, qui me fassent connaître: 1° ce qui est parti; 2° ce qui n’était pas arrivé à Vienne au 10 juillet; 3° ce qui partira et pourra être arrivé avant la fin de septembre. Je m’attends à avoir un grand accroissement d’artillerie après l’ordre que j’ai donné de faire remplacer les canonniers garde-côtes par des canonniers de marine, et d’envoyer tout ce que les dépôts ont de disponible. Vous m’enverrez un état particulier pour cela. Le système de guerre régulier que je suis exige une grande quantité d’artillerie. Les immenses ouvrages que je fais faire à Passau et ailleurs m’en emploient beaucoup. Il me faudrait deux compagnies à Augsburg, deux à la tête de pont de Linz, une à l’abbaye de Melk, une à l’abbaye de Göttweig, deux à la tête de pont de Vienne, deux à l’arsenal de Vienne, deux à Raab, deux à Graz , une à Klagenfurt. Il m’en faut pour compléter les pertes faites dans les dernières batailles, et aussi pour augmenter mon matériel. J’ai été fort content de l’artillerie dans ces dernières affaires. Avec l’artillerie de ma Garde et la précaution de distribuer aux régiments cent vingt pièces d’artillerie autrichiennes, j’avais l’égalité et peut-être la supériorité sur l’artillerie ennemie. Mon intention est de compléter l’artillerie des régiments, mais je manque de petites pièces. Il serait convenable d’envoyer de Strasbourg un bon nombre de pièces de 3, avec leurs caissons et munitions. Envoyez-moi des hommes et des chevaux des dépôts des bataillons du train, soit qu’ils aient leurs bataillons ou des compagnies en Espagne, soit qu’ils les aient en Allemagne. On incorporera dans les bataillons qui sont à l’armée d’Allemagne les hommes des dépôts dont les bataillons sont en Espagne.

Génie. Envoyez ici toutes les compagnies de sapeurs qui sont en France ou en Italie; il ne doit y en avoir nulle part, tous les ouvrages permanents se font par des entrepreneurs; envoyez à l’armée d’Allemagne celles qui sont employées à Kehl, à Wesel, à Juliers, à Mayence et dans les places d’Italie, avec un bon nombre d’hommes pour les recruter.

Portez une attention particulière aux ordres contenus dans cette lettre. Il est important que pendant l’armistice les routes se couvrent de troupes françaises, et que l’accroissement de l’armée soit supérieur à tout ce que pourra recevoir l’ennemi. Envoyez-moi 3 ou 400 milliers de poudre; ils pourront, maintenant que le Danube est libre, s’embarquer à Ulm et venir par eau jusqu’à Passau. Il est également nécessaire de diriger 20,000 fusils, 2,000 paires de pistolets, 2,000 sabres de cuirassiers et 2,000 sabres de cavalerie légère sur Passau. J’ai demandé, il y a plus de six semaines, 2,000 cuirasses.

La quantité de chevaux tués aux différentes batailles est très-considérable. En général, dans les batailles, j’ai constamment, pour un homme de cavalerie tué ou blessé, perdu trois ou quatre chevaux.

J’ai ordonné aux dépôts de Passau et de Schönbrunn qu’on en achète et qu’on ne néglige rien pour cela; mais j’ai encore 4,000 hommes de cavalerie à pied. Cependant une partie sera montée dans le courant du mois.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois par la correspondance de l’île de France que la mouche n° 6 est arrivée. Cela étant, expédiez de Bayonne quatre autres mouches pour cette île, à distance de quinze jours l’une de l’autre, avec des nouvelles du continent.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, écrivez au colonel du 65e pour qu’il vous envoie la situation de son régiment. Vous lui ferez connaître que deux de ses bataillons doivent se trouver réunis à Augsburg, que deux doivent être formés à son dépôt en Flandre, et que le 4e est en marche de Vienne pour le rejoindre; qu’il recevra 2,000 hommes sur la conscription, dont 1,000 à son dépôt, et 1,000 qui rejoindront à Strasbourg; que j’ai ordonné que son 3e bataillon parle avec 1,000 hommes pour Augsburg, et qu’ainsi j’espère qu’il aura dans le courant d’août quatre bataillons formant 3 à 4,000 hommes en état de servir.

Demandez à ce colonel quels moyens il a pris pour l’habillement des 1,000 hommes qui doivent être arrivés à Strasbourg. Vous lui ferez connaître que probablement les 900 hommes de son régiment qui sont prisonniers vont être rendus; ce qui portera chaque bataillon à beaucoup plus que le complet, et mettra ce régiment à même de former une belle réserve de 4,000 hommes à Augsburg. Le bataillon du 46e qui doit être arrivé à Augsburg sera joint à cette réserve; ce qui donnera à la division Lagrange une colonne de cinq bataillons en bon état.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

Monsieur le Général La Riboisière, faites-moi un rapport qui me fasse connaître les besoins de l’artillerie, 1° en bouches à feu de campagne; 2° en munitions; 3° en poudre; 4° en ouvriers pour pouvoir se procurer des affûts, des fers et autres objets nécessaires à l’approvisionnement de l’artillerie; 5° en personnel, savoir, canonniers et train. Votre rapport doit reposer sur les bases suivantes : deux pièces de 3, de 4 ou de 6 par régiment d’infanterie; ce qui fait, pour le corps du duc de Rivoli, vingt-huit; pour le corps du duc d’Auerstaedt, vingt-huit; pour le corps du maréchal Oudinot (ndlr : Oudinot a reçu son bâton de maréchal le 12 juillet précédent), trente-quatre; pour le corps du vice-roi, trente-deux; pour le corps du maréchal Marmont, quatorze; ce qui fait, pour les pièces de régiment, un total de cent seize, desquelles il faut ôter ce que vous avez déjà fourni. Faites-moi connaître: 1° ce que vous pouvez fournir ici en pièces de 3, de 4 ou de 6; 2° ce que peuvent fournir encore Passau et Linz; 3° ce qu’on peut faire venir d’Italie; 4° ce qu’on peut faire venir de France.

Quant à l’organisation des divisions, voici les besoins: le corps du duc de Rivoli, soixante pièces; le corps du duc d’Auerstaedt, soixante; le corps du maréchal Oudinot, quarante-cinq; le corps du maréchal Marmont, trente; le corps du vice-roi, soixante; total, deux cent-cinquante-cinq. Je ne comprends point dans ce compte les alliés.

Pour la cavalerie, il faut une demi-batterie par chaque régiment de cuirassiers : ainsi, pour la division Nansouty, il faut dix-huit pièces, pour la division Saint-Germain, douze; pour la division du duc de Padoue, douze. Une demi-batterie de trois pièces pour chaque division de cavalerie légère et ainsi il faut, pour la division Montbrun et pour celle que commandait le  général Lasalle, quarante-huit pièces d’artillerie 1légère. Pour la Garde, il faut compter d’abord  soixante pièces telles qu’elles existaient avant la bataille, en outre vingt-quatre pièces dont j’ai ordonné la formation à Strasbourg. De plus, je désire, sous le commandement du général de l’artillerie de ma Garde, pour suivre sa destination, une réserve de douze pièces de 12 et six obusiers servis par l’artillerie à pied, faisant dix-huit pièces. Ce qui portera l’artillerie qui suivra la Garde à cent deux pièces. Plus, quatre divisions chacune de six pièces, savoir : seize pièces de 6 et huit obusiers servis par l’artillerie  de la ligne, faisant vingt-quatre pièces; ce qui formera une réserve de quarante-deux bouches à feu qui, avec les quatre-vingt-quatre pièces de la garde, feront une réserve de cent-vingt-six pièces.

Récapitulation : pièces de régiment, 116; pièces de division, 255; pièces de la cavalerie, 48; pièces de la Garde et réserve, 126; total, 545 bouches à feu; sans compter les alliés, qui doivent avoir, les Bavarois, 60 pièces; les Saxons, 36; les Wurtembergeois, 24; les Badois, 18; les Hessois, 16; total, 154; total général, 699 bouches à feu.

Le personnel de l’artillerie doit pouvoir fournir, indépendamment du service du corps, deux compagnies à Passau, une ou deux à Linz, une à Melk et à Göttweig, deux à la tête de pont de Vienne, deux dans Vienne, une à Raab, une à Graz, deux dans d’autres forts.
Indépendamment de ces douze ou treize compagnies, il en faut aujourd’hui au moins huit pour le service des parcs et pour les événements imprévus.

C’est donc plus de vingt, soit à pied, soit à cheval, qui sont indispensables, indépendamment de celles destinées au service des corps.
Aussitôt que j’aurai votre rapport, je prendrai des mesures convenables pour que tout ce qui manque arrive. Nous trouverons à Graz une grande quantité de boulets; on peut en ramasser cent mille sur les champs de bataille autour de Vienne; ainsi il paraît que nous en aurons suffisamment. Si, à Brünn, on n’a point trouvé 3 ou 400 milliers de poudre, il faut en faire venir d’Ulm. Il faut faire venir également des fusils, des cuirasses, des sabres et des pistolets. Il doit y avoir actuellement à l’armée sept à huit compagnies qui ne sont attachées à aucun corps; il en arrive quatre d’Italie et huit ou dix qui sont parties de France.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au général comte de Lauriston, commandant l’artillerie de la Garde, à Schönbrunn

Monsieur le Général Lauriston, je viens d’ordonner que, indépendamment des soixante pièces d’artillerie de la Garde, il y en aurait vingt-quatre qui viendront de Strasbourg et seront suivies par les trois compagnies attachées aux brigades de conscrits, de tirailleurs et de fusiliers de la Garde, ce qui fera quatre-vingt-quatre pièces servies par la Garde; qu’il y aurait outre cela, attachée à la Garde, une réserve de douze pièces de 12 et de six obusiers, servie par quatre compagnies à pied du 4e régiment; ces compagnies sont parties d’Alexandrie et arriveront avant dix jours à Vienne; plus, deux divisions, chacune de six pièces à cheval, servies par deux compagnies du 1er régiment d’artillerie, que fournira l’armée d’Italie. Il y aura donc, attachées à la Garde, trente pièces de canon, qui, avec les quatre-vingt-quatre, formeront un total de cent quatorze bouches à feu.

Voyez le général de la Riboisière, afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour se procurer le matériel et les attelages; le personnel est trouvé moyennant ces dispositions.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, je désire que vous me présentiez des rapports sur les différents projets suivants:

1° Réunir à Vienne tout le biscuit qu’il peut y avoir à Augsburg, à Passau, à Linz, à Enns et à Melk, de manière à avoir à Vienne un million de rations de biscuit; en établir le magasin dans un des bastions ou dans un local qui serait désigné par le gouverneur;
2° Réunir à Vienne 21,000 quintaux de farine et 100,000 quintaux de blé, dont on organiserait la mouture;
3° Se procurer 100 millions en papier, afin de pouvoir payer sans délai juin, juillet et août à l’armée, et pourvoir à toutes les dépenses de l’artillerie et du génie;
4° Établir des ateliers d’habillement à Graz, à Linz, à Vienne, et prendre des mesures pour avoir de quoi confectionner dans chacun de ces ateliers 20,000 capotes, habits, vestes et culottes; total, 60,000 capotes, habits, vestes et culottes; un même nombre de baudriers et de gibernes; le double de chemises; la moitié de shakos et la moitié de sacs à peau. Ces trois ateliers seront d’une grande utilité, pour l’armée. Faites-en établir un à Znaym pour le corps du duc de Rivoli , un à Brünn pour le corps du duc d’Auerstaedt, et un à OEdenburg pour le corps du vice-roi. Portez la confection de chacun de ces ateliers  des corps d’armée à 3,000 capotes, culottes, habits, vestes, etc., pour pouvoir servir aux hôpitaux établis dans ces lieux. Il faut établir tous ces ateliers comme j’ai établi ceux de Bordeaux. Faites-moi connaître sur quels lieux doivent frapper les réquisitions en draps, toiles, tricots, etc. Par ce moyen je pourrai entretenir mon armée.

Présentez-moi le plus tôt possible vos rapports, afin de mettre cela promptement en vigueur. Quant aux façons, on les fera faire par les tailleurs des villes, que le directeur de l’habillement payera convenablement.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au delà des Alpes, à Turin.

Mon Cousin, faites partir pour Vienne un bataillon de marche, qui portera le titre de bataillon de marche de la 27e division militaire, qui sera composé de 140 hommes du 5e bataillon du 2e de ligne, de 140 hommes du 5e bataillon du 28e, de 140 hommes du 5e bataillon du 37e, du 140 hommes du 5e bataillon du 93e, de 140 hommes du 5e bataillons du 112e, et de 140 hommes du 5e bataillon du 23e; ce qui formera un bataillon de marche de 840 hommes. Faites partir également pour Vienne la 5e et la 3e compagnie de pionniers; ce qui fera 500 pionniers. Faites partir un second bataillon de marche, qui portera le titre de Bataillon de marche de la 28e division militaire et qui sera composé de tout ce que le 3e léger, les 52e, ,67e et 102e peuvent fournir. Faites partir les pontonniers qui sont à Valence et à Plaisance. Vous dirigerez d’abord tout cela sur Osoppo. Que cela forme une seule colonne et marche ensemble.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

A Frédéric, roi du Danemark, à Copenhague

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 6 juin.

Je l’avais prévenue en la remerciant de la preuve qu’elle m’a donnée de son amitié en faisant marcher une partie de ses troupe contre Schill. J’ai été sensible à cette attention de Votre Majesté; je l’ai été aussi à la bonne conduite des troupes danoises et à la bravoure qu’elles ont montrée dans cette circonstance. Votre Majesté veut-elle bien leur faire témoigner combien j’en ai été satisfait, et disposer de deux ou trois décorations de la Légion d’honneur de la manière qu’elle le jugera convenable ?

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Ratisbonne

Monsieur Mon Frère, j`’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 26 juin. Je partage la peine que son conseil privé à Dresde lui a fait éprouver.  Ce conseil s’est considéré comme une assemblée municipale; il aurait dû sentir qu’il avait un plus haut carctère. Toutefois, je ne puis considérer cet évènement que comme heureux, puisqu’il me donne l’occasion d’apprécier les qualités et la manière de voir de Votre Majesté.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vous envoie une dépêche du ministre de Prusse. Il faut faire naître des circonstances qui mettent en évidence la mauvaise conduite et les mauvais sentiments de ce ministre.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je ne sais pas pourquoi vous n’avez pas fait arrêter le sieur Julien de Saint-Michel, attaché aux insurgés. Faites-le mettre dans une prison.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Donnez ordre au général Miollis de faire arrêter le cardinal Pacca et tous les soi-disant ministres temporels du Pape et de les envoyer en France. J’approuve la division des États romains en deux départements, l’un du Tibre, l’autre du Trasimène

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire

J’apprends qu’il y a des discussions dans la famille du maréchal Lannes; un prêtre mauvais sujet voudrait dépouiller ses enfants. Je désire que vous preniez des mesures pour prévenir ce scandale, et que vous fassiez connaître que je veux intervenir dans ces affaires. Mon intention est de nommer un tuteur d’office. J’ai confiance dans la mère, je n’en ai aucune dans les oncles. Je veux qu’ils ne se mêlent en rien des affaires du maréchal. Parlez de cela à M. Géhéneue et aux freres du maréchal, et faites les dispositions convenables pour concilier cela avec les formes juciciaires. Vous savez que les ducs ont été mis dans une espèce d’exception par les statuts de famille. Il me serait fort désagréable de voir ces enfants dépouillés par de mauvais sujets.

 

Schönbrunn, 16 juillet 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre lettre du 9 juillet sur la situation des conscrits de la Garde, par laquelle vous me faites connaître que le colonel Deriot voudrait supprimer 1,100 hommes par défaut de taille. Je suis de votre opinion, la taille n’est pas nécessaire. Les conscrits et les tirailleurs de la Garde doivent être considérés comme des régiments ordinaires. Le déficit pour les quatre régiments se réduit donc à 1,400 hommes. Mon intention est que l’appel des 1,062 hommes que doivent fournir les départements de l’Ouest soit fait et que ces hommes soient dirigés sur le dépôt de la Gironde; alors le déficit sera réduit à 1,400 hommes. Toutefois mon intention est que les quatre régiments soient formés sur-le-champ.

Quant aux fusiliers, je n’approuve pas qu’on prenne dans les régiments pour les compléter. Il faut choisir quatre hommes par département, sachant lire et écrire et d’une intelligence qui les rende propres à être sous-officiers. Les préfets trouveront facilement ces hommes; ce qui lèvera toute difficulté.

J’ai ordonné que les deux régiments de tirailleurs fussent formés à Paris, et les deux régiments de conscrits à Strasbourg. Je crois que les deux régiments de conscrits sont déjà à Augsburg; mon intention est de les y laisser quelque temps. Les deux régiments de tirailleurs sont à Paris; qu’ils y restent jusqu’à nouvel ordre; mais dites au colonel Deriot de m’en envoyer tous les cinq jours l’état de situation, que je ne reçois point. Je destine les deux régiments de tirailleurs à former avec les 3e et 4e demi-brigades provisoires une réserve pour cet automne, pour le besoin des côtes.

 

Schönbrunn, 16 juillet 1809

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Il faut donner aux préfets des secrétaires généraux et des sous-préfets aux États romains et mettre en activité le système constitutionnel. La consulte doit nommer tout, puisqu’elle a force de lois, mais tout cela provisoirement. Il faudrait vous concerter avec le ministre de l’intérieur pour envoyer là deux anciens et bons préfets, en ayant soin de choisir des hommes qui n’aient point marqué par des opinions contraires à la religion. Les sous-préfets doivent être pris dans le pays même.

Je suppose suc le grand juge a envoyé un commissaire pour organiser la cour d’appel et les tribunaux; s’il ne l’a pas fait, il faut qu’il le fasse partir sans.

 

Schönbrunn, 16 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, les hôpitaux vont très-mal; le pain est très-mauvais, et il manque aux hôpitaux des ustensiles les plus indispensables.

Cependant mon intention n’est pas qu’on évacue personne sans me soumettre un projet d’évacuation. J’autorise à renvoyer à Strasbourg tous les hommes amputés et évidemment hors de service. J’autorise  à envoyer à l’abbaye de Melk, à l’abbaye de Göttweig, à l’abbaye de Klosterneuburg, tous les hommes fortement blessés aux affaires d’il y a un mois.

On peut en mettre 6,000 dans chaque. J’autorise à établir un pareil hôpital à l’abbaye de Saint-Florian, près d’Enns. Et quant aux convalescents et aux blessures légères, tous ceux qui appartiennent aux corps du duc d’Auerstaedt se rendront à Brünn, ceux du corps du duc de Rivoli à Znaym, et ceux de l’armée d’Italie à Neustadt. Ceux qui appartiennent aux Bavarois se rendront droit à Linz; ceux qui appartiennent aux Saxons se rendront à Presbourg.

Mais bien entendu qu’il ne sera évacué aucun homme sur ces points, 1° qu’il ne puisse marcher et suivre les troupes dans les mouvements inattendus; 2° que sa blessure ne soit dans le cas d’être guérie en 15 ou 20 jours. Le général Monthion, avec des chirurgiens nommés par vous et des commissaires des guerres, sera chargé de l’exécution du présent ordre; il me présentera chaque matin son travail, afin que j’autorise les différentes évacuations. Il est expressément défendu d’envoyer aucune blessure légère à Melk, Göttweig, Saint-Florian.

L’abbaye de Klosterneuburg est destinée à cet objet.

 

Schönbrunn, 16 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez ordre au maréchal Oudinot de faire baraquer ses troupes par division, à savoir : la division Grandjean, aux villages d’Jedlersee et Florisdorf; la division Dupas, aux villages d’Jedlersdorf et Leopoldau, et la division Tharreau, au village de Kagran. Les parcs, dépôts des corps, ambulances, etc., de chaque division, seront placés dans les villages ci-dessus nommés, et les troupes camperont en avant des villages dans des baraques à l’abri de la pluie. Donnez ordre que ce mouvement se fasse demain, de sorte qu’à neuf heures du matin les troupes soient rendues dans le village en avant duquel elles doivent baraquer, et les camps tracés. On peut se servir des arbres, même des ressources des villages environnants, pour la construction des baraques, en respectant les trois villages destinés à recevoir les magasins, ateliers et autres dépôts des corps. Vous ferez connaître au général d’artillerie et au maréchal Oudinot que mon intention est qu’il soit donné 30 sous pour chaque fusil qui sera rapporté au village de Spitz et 15 sous pour chaque baïonnette ou fusil incomplet. On invitera les soldats à aller ramasser ces fusils dont le champ de bataille est plein; ce qui leur fera une bonne somme à chacun.

 

Schönbrunn, 16 juillet 1809.

ORDRE.

La Garde sera organisée de la manière suivante :

1e brigade, le régiment de conscrits-chasseurs, le régiment de tirailleurs-chasseurs, le régiment de fusiliers-chasseurs; elle sera commandée par le major en second des chasseurs. 2e brigade, le régiment de conscrits-grenadiers, le régiment de tirailleurs-grenadiers, le régiment de fusiliers-grenadiers; elle sera commandée par le major en second des grenadiers. Le tout commandé par le général-colonel Curial. Ces deux brigades seront campées demain, et éloignées l’une de l’autre. Les officiers, colonels en second et généraux baraqueront avec la troupe. Le baraquement aura lieu en carré par chaque brigade, un bataillon sur chaque front et un régiment en seconde ligne. On travaillera tous les jours à l’instruction. On fera tirer à la cible, de manière que chaque soldat tire trois fois par semaine.

La brigade de vieille Garde sera cantonnée autour de Schönbrunn.

 

Schönbrunn, le 16 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 10 juillet. Faites des exemples sévères de ceux qui montrent le plus mauvais esprit. Vous êtes dans l’erreur, si vous ne voyez pas là un jeu étranger. Il n’y a pas de doute que les Anglais n’aient une machine organisée pour toute l’Europe. Le hasard ne fait rien; et, quand on voit les mêmes nouvelles colportées en même temps à Paris, dans le fond de l’Italie, en Hollande, en Allemagne, c’est évidemment le résultat d’un système. La police devrait être plus ferme et plus sévère à Paris. Voilà ce que je voudrais la voir et ce qu’elle n’est pas.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

ORDRES A EXPÉDIER PAR LE MAJOR GÉNÉRAL

Réitérer l’ordre à l’intendant général, 1° pour qu’on ne fasse aucune évacuation de malades sans un ordre de l’Empereur; 2° pour que tous les petits malades ou les blessures légères soient évacués de suite par détachements et en ordre, savoir: ceux du 2e corps à Jedlersdorf am Spitz; du 4e corps à Znaym ; du 3e corps à Brünn; du 4e corps à Krems; de l’armée saxonne à Presbourg; de l’armée bavaroise à Linz; de l’armée d’Italie à Neustadt; tous ceux des troupes à cheval, soit cuirassiers ou cavalerie légère, sur le dépôt de cavalerie du général Bron à Klosterneuburg.

Le corps du maréchal Marmont prendra la dénomination de 11e.

Le général La Riboisière recevra l’ordre d’attacher à ce corps d’armée trente pièces d’artillerie. Expédier cet ordre et en prévenir le maréchal Marmont. S’assurer que les 3e et 4e bataillons appartenant au maréchal Marmont, et qui sont à l’armée d’Italie, lui ont été renvoyés.

Ordre à la brigade Thiry de se rendre auprès du maréchal Marmont pour faire partie de son corps d’armée. Lettre au vice-roi pour le prévenir que la brigade Thiry fait partie du corps du maréchal Marmont; qu’il doit donner l’ordre à cette brigade de quitter Presbourg pour se rendre à Krems, aussitôt qu’il l’aura remplacée par la cavalerie de l’armée d’Italie.

Prévenir le maréchal Oudinot que, le maréchal Marmont se rendant à Krems, le cercle de Kornneuburg est sous sa direction. Le prévenir que la brigade du général Colbert rentre sous ses ordres; qu’il doit la cantonner dans les deux cercles de son commandement; que l’intention de l’Empereur est qu’il emploie toutes les ressources que peut lui offrir le pays pour remonter sa cavalerie, son artillerie et ses transports, et enfin pour la réorganisation de son corps; qu’ainsi le cercle de Krems sera sous les ordres du duc de Raguse; le cercle de Znaym sous les ordres du duc de Rivoli; le cercle de Brünn sous ceux du duc d’Auerstaedt; Presbourg sous les ordres du général Reynier; le cercle de Kornneuburg sous ceux du maréchal Oudinot; la partie de la Hongrie que nous occupons sous les ordres du vice-roi, ainsi que la Styrie, l’Istrie et la Carniole. En prévenir l’intendant général, et lui demander quels sont les intendants qu’il a mis dans ces provinces.

Expédier l’ordre que les marins de la Garde et les autres marins venant de Paris s’arrêtent à Ulm, où ils s’embarqueront sur des bateaux chargés de vivres, de grains et de munitions de guerre et d’effets destinés pour l’armée.

Ordre au général Bertrand d’envoyer trois officiers de marine, savoir : un à Ulm, un à Ratisbonne, un à Linz; lesquels correspondront avec le général la Riboisière, commandant l’artillerie, et avec l’intendant général, pour activer et assurer la navigation du Danube, de manière que tout ce qui est nécessaire à l’armée puisse y arriver rapidement. Le général Bertrand gardera à Vienne et pour le service d’Ebersdorf la huitième partie des marins; il enverra le surplus à Passau pour y faire le service de la navigation de Passau à Vienne. Ils y gréeront une grande quantité de bateaux pour amener des blés, des biscuits, des objets d’artillerie et des effets d’habillement et d’équipement pour l’armée. Le colonel Baste restera à Vienne; il correspondra avec l’intendant général et le général la Riboisière pour activer la navigation, l’arrivage des subsistances, tant pour Vienne que pour l’armée, celle des munitions de guerre, etc.

Ordre pour que tous les bateaux armés restent à Ebersdorf, pour que le pont d’une pièce soit démoli, pour que les quatre bacs remontent à Vienne.

Ordre au général Bertrand pour que tous les bateaux qui peuvent se trouver sur le bras du Danube dit de Lobau soient remontés et amarrés à la tête de pont. Tous les autres seront brûlés, de sorte qu’à dater du 18 ou du 19, à midi au plus tard, il n’y ait pas un seul moulin ni un seul moyen de passage sur le bras de Lobau, excepté les bateaux remontés et amarrés à la tête de pont.

Ordre aux généraux Bertrand et la Riboisière de réorganiser les équipages de pont de la manière suivante. Le 2, le 3e, le 4e, le 11e corps et l’armée d’Italie auront chacun une compagnie de pontonniers, avec trois pontons sur trois haquets, munis de leurs poutrelles, madriers, ancres, cordages, etc. de manière à pouvoir jeter un pont de 20 toises, et qu’avec les moyens réunis des cinq corps on fasse un pont de 100 toises. A la suite de la Garde, il y aura un équipage de soixante pontons et de soixante haquets portant leurs poutres, madriers, ancres, et cordages, de sorte que les moyens de l’armée réunis offriront plus de quatre-vingts pontons. Il y aura, à la suite des soixante pontons de la Garde, le colonel directeur des ponts directeur des ponts  et quatre compagnies de pontonniers, les marins de la Garde, quand ils seront arrivés, et une ou deux compagnies des bataillons de la marine.

Ordre au général Bertrand de remettre, sous l’espace de trois jours, au général La Riboisière, quatre-vingt pontons avec leurs haquets, poutrelles, madriers, cordages, etc.
Ordre au général La Riboisière de pourvoir à la prompte organisation de cet équipage, qui suivra l’état-major l’artillerie.
Ordre au général Bertrand d’organiser sur-le-champ le service du génie ainsi qu’il suit: il sera attaché à chacun des cinq corps d’armée une compagnie de sapeurs et le nombre d’officiers du génie nécessaire, et 6,000 outils, sur des chariots attelés, pour les 2e, 3e,4e, 11e corps, ainsi que pour l’armée d’Italie.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie le rapport ci-joint du chef d’état-major du duc d’Abrantès. Vous y verrez comme l’artillerie de Mayence sert. Le directeur de l’artillerie de Mayence devrait être mis en jugement pour avoir fourni de si mauvaise artillerie. Compromettre ainsi les armées est un crime abominable.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez l’ordre formel au roi de Westphalie de reprendre position à Dresde, d’y avoir son quartier général, de cantonner ses troupes aux environs de cette ville, et de tenir le corps du duc d’Abrantès à Bayreuth.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Donnez l’ordre au maréchal Marmont de porter son quartier général à Krems et de faire camper son corps par deux divisions aux environs de Krems. Vous lui recommanderez de former des magasins et d’utiliser toutes les ressources du cercle dont Krems est le chef-lieu pour l’approvisionnement de son armée. Je verrais avec plaisir qu’il établit à Krems un atelier d’habillement pour reformer son habillement. Il mènera avec lui la division de cuirassiers du duc de Padoue, qu’il cantonnera dans tout le cercle, dans les lieux où elle sera le mieux, et il emploiera tout pour la mettre en état.

Donnez l’ordre au général Saint-Germain de porter son quartier général à Wolkersdorf et de placer un régiment à Wilfersdorf, un à Wolkersdorf, un à Marchegg, et l’autre le long de la March. Le général de brigade qui sera sur la March aura son quartier général à Marchegg. Vous lui recommanderez de surveiller tous les hôpitaux de blessés autrichiens qui sont dans ce cercle, et d’avoir soin qu’ils ne s’échappent pas. Donnez ordre au général Reynier de prendre le commandement de Presbourg et d’avoir la surveillance de toute la ligne de la March.

Donnez l’ordre au vice-roi de placer la division Severoli à Klagenfurt, le maréchal Macdonald avec deux divisions et une brigade de cavalerie légère à Graz, les deux divisions de dragons Pully et Grouchy et l’autre brigade de cavalerie légère dans les lieux les plus sains de la Hongrie depuis Raab jusqu’à OEdenburg, et de placer son quartier général à Eisenstadt ou OEdenburg; qu’il est inutile de construire un pont vis-à-vis de Presbourg, parce qu’il faut de grands moyens pour construire un pont, et que là il est inutile; qu’il doit se contenter de tenir un poste vis-à-vis de Presbourg, lequel sera chargé de détruire les ouvrages de l’ennemi, de protéger le bac qu’il faut remettre en activité. Cc bac était capable de passer 1,000 hommes. Faites-lui connaître que le général Reynier correspondra directement avec l’ état-major général.

Faites connaître à tous les généraux qu’il faut qu’ils établissent des hôpitaux de convalescence dans les lieux où sont placées leurs divisions; que les divisions doivent camper; que les administrations doivent être avec elles; et qu’ils doivent s’occuper de remonter la cavalerie et de se mettre dans le meilleur état possible.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint un décret du roi de  Hollande. Écrivez à M. la Rochefoucauld pour qu’il demande que ce décret soit sur-le-champ rapporté, et pour qu’il fasse connaître que la Hollande doit partager le sort de la France, sa bonne ou sa mauvaise fortune; que, si elle sépare sa cause de celle du continent, je me séparerai d’elle. Le sieur la Rochefoucauld doit parler avec la plus grande force, et, si la Hollande ne se remet pas sur le même pied que la France et ne rentre pas tout à fait dans son système, il doit déclarer qu’il ne peut pas garantir l’état de paix.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Eugène Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Mon Frère, je reçois votre lettre du 1er juillet. Vous vous plaignez d’un article de journal; c’est la France qui a sujet de se plaindre du mauvais esprit qui règne chez vous. Si vous voulez que je vous cite toutes les maisons hollandaises qui sont les trompettes de l’Angleterre, ce sera fort aisé. Vos règlements de douanes sont si mal exécutés, que toute la correspondance de l’Angleterre avec le continent se fait par la Hollande. Cela est si vrai, que M. de Stahremberg, envoyé d’Autriche, a passé par la Hollande pour se rendre à Londres. Il est possible que ce ne soit pas de votre faute; il n’en est pas moins vrai que la Hollande est une province anglaise.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Presbourg

Mon Fils, le major général a dû vous envoyer des ordres de mouvement : ainsi vous devriez être ce soir ou demain à Vienne. Mais je désire qu’avant de revenir vous visitiez tout le cours de la March jusqu’à Nikolsburg. Vous êtes jeune, vous ne sauriez trop voir; on ne sait dans quelles circonstances on peut se trouver. Il est même bon que vous alliez jusqu’à Brünn , et que vous visitiez la citadelle, la ville et le champ de bataille d’Austerlitz. De Brünn , vous vous en reviendrez. Vous pourrez, dans un autre voyage aller voir Znaym, Krems et les débouchés de la Bohême.

La communication avec l’Italie va être enfin rouverte. J’ai écrit souvent à la vice-reine; je viens de lui envoyer encore un de mes officiers d’ordonnance. Vous devez avoir deux compagnies du 1er bataillon provisoire, des équipages militaires du train; ce qui fait soixante et douze voitures. Je désire bien que vous ayez les quatre compagnies complètes du 9e bataillon; ce qui ferait cent quarante-quatre voitures de plus. Faites venir les hommes du train que vous avez à Plaisance, et écrivez à Graz pour qu’on s’y procure des chevaux, des harnais, des voitures.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Auguste-Amélie de Bavière, vice-reine d’Italie, à Milan

Je vous ai expédié du champ de bataille mon officier d’ordonnance Watteville, qui aura passé par la Suisse. Aujourd’hui que les communications directes sont rétablies, je vous expédie de nouveau un officier pour que vous n’ayez pas d’inquiétude. Eugène est à Presbourg et sera demain ici, à Vienne. Il se porte fort bien.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin

Mon Cousin, je suppose qu’au 1er juin vous aurez fait partir 1,500 hommes, cavaliers, cuirassiers et chasseurs, pour rejoindre l’armée. Faites partir encore ce que les dépôts peuvent fournir.

Faites partir les 16e et 17e demi-brigades provisoires et tout ce qui se trouve disponible dans les dépôts des régiments d’infanterie qui ont leurs bataillons de guerre en Allemagne.

Je vous ai mandé de faire partir quatre compagnies d’artillerie du 4e régiment; envoyez-en deux autres du même régiment. Faites partir tous les sapeurs, tous les pontonniers que vous avez. Enfin profitez de ces trente jours de suspension d’armes pour faire passer à l’armée tout ce que vous pourrez.

Je donne ordre à Caffarelli de nous envoyer vingt mille obus de 5 pouces 6 lignes, qu’il trouvera probablement dans les places d’Italie; mais, s’il n’en avait pas et qu’il vous le mandât, faites-en partir sur-le-champ et en toute diligence de Turin et d’Alexandrie. S’il y a des dépôts des bataillons du train d’artillerie dans votre gouvernement, faites partir tout ce qu’il y a de disponible, avec les chevaux qu’ils ont; ne gardez même personne pour la navigation du Pô, et rendez-moi compte de tout ce que vous avez fait partir depuis le 1er juin.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

Au roi Jérôme

Mon Frère, le major-général m’a mis sous les yeux votre lettre du 7 juillet.  Je ne puis que vous répéter  que les troupes que vous commandez doivent être réunies à Dresde. Il n’y a l’armée ni frère de l’Empereur, ni roi de Westphalie, mais un général qui commande un corps

Dans les 18,000 hommes dont vous faites le compte, vous ne comprenez pas le général Laroche, qui a un millier de dragons. Vous pouvez, en outre, y joindre le 22e de ligne. Pendant l’armistice, les Saxons peuvent se recruter de quelques milliers d’hommes et remonter leur cavalerie. Vous pouvez attirer à vous tous les Hollandais; de sorte que vous pouvez vous présenter, à l’ouverture des hostilités avec 25 000 hommes en Bohême, ce qui obligera l’ennemi à vous présenter une pareille force et le théâtre de la guerre s’approchera nécessairement de votre côté. Nous serions en mesure de nous joindre par notre gauche et votre droite (Napoléon pensait, à tort, que l’armistice qui avait suivi Wagram pouvait ne pas mener à la paix et que les hostilités pouvaient recommencer)

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

J’ai vu de vous un ordre du jour qui vous rend la risée de l’Allemagne, de l’Autriche et de la France. N’avez-vous donc aucun ami autour de vous qui vous dise quelques vérités? Vous êtes roi et frère de l’Empereur: qualités ridicules à la guerre. Il faut être soldat, et puis soldat, et encore soldat; il ne faut avoir ni ministre, ni corps diplomatique, ni pompe; il faut bivouaquer à son avant-garde, être nuit et jour à cheval, marcher avec l’avant-garde pour avoir des nouvelles, ou bien rester dans son sérail.

Vous faites la guerre comme un satrape. Est-ce de moi, bon Dieu ! que vous avez appris cela ? De moi qui, avec une armée de 200 000 hommes, suis à la tête de mes tirailleurs, ne permettant pas même à Champagny de me suivre et le laissant à Munich ou à Vienne ?

Qu’est-il arrivé ? Qu’on est mécontent dr vous, que Kienmayer avec 12,000 hommes, s’est moqué de vous, de vos ridicules prétentions, vous a dérobé ses mouvements et est allé tomber sur Junot. Cela ne fut pas arrivé, si vous aviez été à votre  avant-garde et si vous aviez dirigé de là votre armée. Vous auriez connu son mouvement; vous l’auriez poursuivi, soit en entrant en Bohême, soit en le suivant en queue. Vous avez beaucoup de prétentions, quelque esprit, quelques bonnes qualités, mais gâtées par la fatuité, une extrême présomption, et vous n’avez aucune connaissance des choses. Si l’armistice n’est pas arrivé sur ces entrefaites, Kienmayer, après jeté hors du jeu Junot, se sera porté sur vous.

Cessez d’être ridicule; renvoyez le corps diplomatique à Cassel; n’ayez aucun bagages, aucun train; n’ayez pas d’autre table que la vôtre. Faites la guerre comme un jeune soldat qui a besoin de gloire et de réputation, et tâchez de mériter le rang où vous êtes arrivés, l’estime de la France et de l’Europe qui vous regardent, et, pardieu, ayez assez d’esprit pour écrire et parler convenablement !

 

Schönbrunn, le 17 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 11 juillet. Retenez au secret et en sûreté ce misérable Argenton. C’est un traître vendu à nos ennemis et qui mérite une punition exemplaire. Je pense que vous feraz bien de lancer un mandat d’arrêt en espagne contre le colonel Lafitte et son frère. Ce sont des hommes que je connais pour braves hommes; mais enfin Argenton n’a pau s’absenter sans qu’ils le sussent. Mandez-les l’un et l’autre à votre ministère.

 

Schönbrunn, le 17 juillet 1809

Au comte Gaudin, minstre des finances, à Paris

Vous aurez eu connaissance du décret que vient de rendre le roi de Hollande. Il est indispensable de remettre sur-le-champ en vigueur mon ancien décret du 16 septembre et de défendre l’introduction de son commerce en France. J’écris au roi pour lui témoigner mon mécontentement. Je finirai par faire occuper les ports de Hollande par mes douanes.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Je ne peux qu’être affligé de votre décret. Mon premier mouvement a été de fermer toutes mes barrières à la Hollande, de la comprendre dans le blocus et de rappeler mon ambassadeur. Il y a de votre part peu de générosité à me rendre la risée de l’Europe et à exciter un si vif mécontentement en France, où le commerce supporterait seul toutes les charges et tous les sacrifices. J’exige que vous rapportiez sur-le-champ votre décret et que vous rentriez dans le système de la France. Si les Américains lèvent l’embargo pour les bâtiments français, à la bonne heure. La france et la Hollande doivent suivre le même système. Ne m’obligez pas à faire occuper vos ports par mes douanes. Je ne crains ni les (blanc dans la minute), ni les Hollandais malveillants. Je saurai les mettre à la raison chez vous.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A l’Impératrice, à Plombières

Mon amie, je t’ai envoyé un page; tu auras appris l’issue de la bataille de Wagram, et, depuis, la suspension d’armes de Znaym.

Ma santé est bonne. Eugène se porte bien; et je désire te savoir bien, ainsi qu’Hortense.

Embrasse M. le grand duc de Berg pour moi.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je viens de jeter un coup d’œil sur mon armée d’Espagne; vous vous en apercevrez par quelques ordres que je vous envoie.

Je vois que j’ai là 200,000 hommes sous les armes ; c’est beaucoup plus qu’il ne faut pour finir les affaires d’Espagne. Aussitôt que j’aurai terminé ici, j’espère que l’Espagne ne nous arrêtera pas longtemps. Quant à présent, les chaleurs étant très-fortes, il faut s’occuper de prendre Girone, Hostalrich et Lerida. Mais il y a à craindre que les Anglais ne tentent quelque chose, et je vois bien peu de têtes pour mener tout cela. Il est fort important que le duc de Castiglione s’avance en avant de Barcelone et se mette en communication avec l’Aragon; ce qui couvrira l’Aragon et Madrid de ce côté.

Recommandez au roi d’Espagne que, si les Anglais débouchaient en Espagne, il ne leur livre point de bataille qu’il ne soit réuni. Il a le 4e corps, la garnison de Madrid, le 1er corps; ce qui fait plus de 50,000 hommes. Les 2e, 6e et 5e corps forment une soixantaine de mille hommes; il peut donc donner bataille aux Anglais avec 110,000 hommes. Ceux-ci seront suffisamment avertis et ne se hasarderont pas à une pareille aventure.

J’avais demandé ici des compagnies de pionniers, mais je préfère qu’elles aillent en Espagne. Envoyez un officier du génie visiter le fort de Burgos, et faites-vous faire un rapport, que vous me mettrez sous les yeux, pour savoir où cela en est. Le fort de l’Inquisition, près de Saragosse, et celui de Tudela sont également très-importants.

Faites-moi connaître la marche que vous faites faire aux 3,600 hommes des 66e, 82e et 26e, afin que, si les affaires s’arrangent ici, je puisse les arrêter, puisque dans ma pensée je pourrai prendre dans ces trois régiments et dans les quatre qui sont en Bretagne, avec mes deux régiments de tirailleurs que j’organise à Paris et les 3e et 4e demi-brigades provisoires, de quoi me former une division, lorsque j’entrerai en Espagne; cela pourra me faire une force de 16 à 18,000 hommes. Je pourrai également prendre les trois demi-brigades provisoires qui sont à Boulogne et à Gand. Il me semble que tout cela réuni devrait me faire une force de 24,000 hommes; et, comme ces troupes n’auront pas fatigué, il sera plus simple de les envoyer en Espagne; elles seront remplacées dans les garnisons par des troupes venant d’Allemagne.

Faites-moi connaître quelle est la situation du magasin de Bayonne. J’estime qu’il est toujours nécessaire d’avoir là 500,000 rations de biscuit.

Si vous faites venir quelque chose d’Espagne, envoyez-m’en la route précise, pour que je puisse arrêter ces troupes à temps dans leur marche, si cela était nécessaire.

Faites-moi connaître quand les deux seconds régiments de conscrits seront formés à Strasbourg, et ordonnez qu’ils n’en partent pas sans mon ordre.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que vous donniez l’ordre au duc de Castiglione et au général Suchet que, aussitôt que la place de Girone sera prise, on s’occupe de prendre le petit fort de Hostalrich, afin que la communication de Barcelone soit assurée, et de porter le siège devant Lerida.

L’équipage de siège sera fourni, moitié par Barcelone et moitié par Saragosse, et les deux armées concourront à cette importante opération. Le fort approvisionnement que j’ai fait jeter dans Barcelone, la récolte de cette année, l’abondance qui règne en général dans l’Aragon, doivent rendre cette opération facile.

Ordonnez que l’on travaille au fort de l’Inquisition à Saragosse, et au fort de Tudela. En conséquence de ces nouvelles dispositions, il sera peut-être convenable que vous donniez ordre qu’aucune compagnie d’artillerie ne revienne d’Espagne.

Il me semble que les sièges de Lerida et de Hostalrich peuvent se faire à la fois. Envoyez vos ordres au Roi et aux généraux Suchet et Augereau par des officiers différents. Demandez au général Suchet ce qu’il peut fournir de troupes pour investir Lerida du côté de l’Aragon, eu même temps que le duc de Castiglione le fera investir de l’autre côte, et qu’il fera prendre en avant une position qui contiendra Valence et protégera le siège.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désirerais que vous me fissiez connaître l’opinion de l’amiral Ganteaume sur une deuxième expédition à Barcelone. Je voudrais y envoyer 500,000 rations de biscuit, 200 milliers de poudre, 1 million de cartouches, 10,000 coups de canon de campagne, quelques milliers de quintaux de riz et une trentaine de milliers de blé ou de farine. Je ne suis point très-pressé sur l’époque; il me suffirait que cette opération se fit au mois de septembre.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois en même temps les deux lettres ci-jointes du général Miollis et une troisième de la grande-duchesse. Je suis fâché qu’on ait arrêté le pape; c’est une grande folie. Il fallait arrêter le cardinal Pacca et laisser le Pape tranquille à Rome. Mais enfin, il n’y a point de remède; ce qui est fait est fait.

Je ne sais ce qu’aura fait le prince Borghèse, mais mon intention est que le Pape n’entre pas en France. S’il est encore dans la Rivière de Gênes, le meilleur endroit où l’on pourrait le placer serait Savone. Il y a là une assez grande maison, où il serait assez convenablement jusqu’à ce que l’on sache ce que cela doit devenir. Je ne m’oppose point, si sa démence finit, à ce qu’il soit renvoyé à Rome. S’il était entré en France, faites-le rétrograder sur Savone et sur San Remo. Faites surveiller sa correspondance.

Quant au cardinal Pacca, faites-le enfermer à Fenestrelle, et faites-lui connaître que, s’il y a un Français assassiné par l’effet de ses instigations, il sera le premier qui payera de sa tête.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809

A Gaudin

Écrivez au général Miollis (Sextius Alexandre François Miollis, général, 1759-1828. Commandant de la division de Rome, c’est sous son autorité que fut arrêté le Pape) et à la consulte pour qu’ils dirigent sur Paris tous les généraux d’ordres monastiques, en ôtant tout cet état-major de Rome. Vous verrez le ministre de la police, pour que, lorsque ces individus seront arrivés en France, on les place dans de petites villes, comme Melun et les environs.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809

ORDRE AU CAPITAINE ZOEPFFEL, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A SCHÖNBRUNN.

L’officier d’ordonnance Zœpffel se rendra demain, à la pointe du jour, dans l’île Napoléon. Il en fera le tour et s’assurera du lieu où se trouvent, 1° le pont d’une pièce; 2° les cinq bacs construits par la marine; 3° tous les radeaux; 4° tous les bateaux dans des points quelconques du canal; 5° de ce qu’il y a de fait à la tête de pont; 6° du nombre de pièces existant encore aux différentes batteries. A cet effet, il les parcourra toutes.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

A Alexandre, empereur de Russie, à Saint-Petersbourg

Monsieur mon Frère, l’aide de camp de Votre Majesté Impériale, le comte de Czernitchef, que je lui ai expédié du champ de bataille de Wagram, depuis, le duc de Vicence, auront instruit Votre Majesté des affaires des 5 et 6, du 11 et de la suspension d’armes de Znaym. Depuis, il n’y a aucune nouvelle. L’empereur d’Autriche se trouvant du côte de Bude, j’ignore encore ses dispositions et ses vues pour la paix. Les deux armées sont rentrées dans leurs quartiers.

Toutefois je n’ai pas voulu différer d’envoyer à Votre Majesté son aide de camp Gorgoli, dont je n’ai eu qu’à me louer ainsi que M. de Czernitchef, et auxquels je la prie de permettre que je donne la croix de la Légion. Je garde ici le prince de Gagarine, que j’expédierai à Votre Majesté aussitôt que je verrai clairement l’issue que les affaires doivent prendre. Je prie Votre Majesté de recevoir de nouveau mes remerciements pour les preuves d’amitié qu’elle m’a données dans ces circonstances, de ne jamais douter de la vérité et de la constance de mes sentiments et de l’inclination particulière qu’elle m’a inspirée, ainsi que de la très-haute considération que je lui porte.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 14 juillet. Si j’avais pensé qu’elle voulût elle-même faire la guerre, j’aurais mis sous ses ordres toutes les troupes que j’ai sur les derrières, certain qu’elles n’auraient pu être conduites avec plus d’activité, de vigueur et d’à-propos pour la cause commune; c’est ce que je compte faire, si les hostilités recommencent. J’apprendrai avec intérêt la prise de Bregenz; ce qui, d’après la lettre de Votre Majesté, aura été effectué aujourd’hui. Le général comte Beaumont a eu ordre d’envoyer à l’armée plusieurs détachements de troupes, mais il n’y a point de difficulté qu’elles restent dans le Vorarlberg tout le temps qu’elles y seront nécessaires. Je vais envoyer le duc de Danzig à Innsbruck avec le corps bavarois. Votre Majesté aura vu, par la suspension d’armes, que le fort de Sachsenburg m’a été remis. Je ferai pénétrer par là une division de 6,000 Italiens dans le Tyrol, sous les ordres du général Baraguey d’Hilliers. Une autre division italienne se dirigera par Trente. Il est nécessaire que toutes les troupes de Votre Majesté et celles sous les ordres du général Beaumont pénètrent d’un autre côté. Par ce moyen, le Tyrol sera attaqué de toutes parts. Des exemples sévères seront nécessaires, et nous serons débarrassés de toute inquiétude de ce côté, en cas que les hostilités recommencent.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice. à Paris

Je reçois votre lettre du 11 juillet, par laquelle vous m’instruisez du jugement que m cour criminelle de la Seine a porté contre le sieur Victor-Mériadec de Rohan, accusé d’avoir porté les armes contre la France depuis 1804. Je désire que vous fassiez faire la même chose pour les sieurs Chasteler et d’Argenteau, qui n’ont plus de domicile en France depuis dix ans, et contre un grand nombre de généraux au service D’Autriche, dont la police vous enverra les notes et dont il faut définitivement se débarasser. Ces hommes portent encore les armes contre nous.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Écrivez au général Miollis et à la consulte pour qu’ils dirigent sur Paris tous les généraux d’ordres monastiques, en ôtant tout cet état-major de Rome. Vous verrez le ministre de la police, pour que, lorsque ces individus seront arrivés en France, on les place dans de petites villes, comme Melun et les environs.

 

Schönbrunn, 20 juillet 1809

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz

Le major général vous a fait connaître mon intention pour l’expédition du Tyrol. Je désire que vous soyez, le 1er août, à Innsbruck ; si vous y étiez deux jours plus tôt, vous me surprendriez agréablement. Pas de ridicules proclamations: soyez sévère; désarmez le pays; prenez un grand nombre d’otages, et faites des exemples qui contiennent. Mettez dans cette expédition le plus de célérité que vous pourrez.

 

Schönbrunn, 20 juillet 1809.

ORDRE AU CAPITAINE DE MONTESQUIOU, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A SCHÖNBRUNN.

M. l’officier d’ordonnance Montesquiou se rendra demain matin, à huit heures, à la tête de pont de Spitz ;il prendra note des tracés, du nombre d’ouvriers qu’il y a à chaque ouvrage, ainsi que des travaux du pont, et m’en rendra compte.

 

Schönbrunn, 20 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’ai reçu les interrogatoires d’Argenton. Je suppose que vous tenez cet individu au secret, et que  vous avez pris toutes les précautions pour qu’il ne s’échappe pas. Ce qu’il dit des généraux Laborde et Loison n’a pas de sens; mais ce qu’il dit du colonel Donnadieu m’étonne. Lancez un mandat d’amener contre Donnadieu et Lafitte. Il y a là dedans quelque chose d’extraordinaire qui mérite d’être éclairci; non que je croie les généraux compromis dans cela; mais il doit y avoir complot de quelques mauvais sujets.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Voici la situation de mon artillerie. J’ai à ma Garde soixante bouches à feu. Quatre compagnies d’artillerie à pied, venant de l’armée d’Italie et qui sont en marche, doivent servir en outre à la Garde deux divisions formant douze pièces de 12 et une division de six obusiers; ce qui fait dix-huit bouches à feu. J’ai ici les obusiers qui ont été trouvés à Vienne; j’ai trois pièces de 12; il me manque neuf pièces de 12 pour compléter les douze pièces. Faites partir ces neuf pièces sans délai de Strasbourg. J’ai destiné deux compagnies d’artillerie à cheval du 1er régiment à être à la suite de la Garde et à servir deux divisions, composées chacune de quatre pièces de 6 et de deux obusiers. Ce matériel me manque; il est nécessaire que vous le fassiez partir de France. Ayant beaucoup d’obus de 6 pouces, je préfère que vous m’envoyiez des obusiers de ce calibre; cela usera d’ailleurs notre ancien matériel. J’ai ordonné qu’on formât à Strasbourg trois compagnies pour être attachées aux conscrits, tirailleurs et fusiliers de la Garde, et que chacune servît huit pièces de 3 ou de 4. Il est nécessaire que ces pièces soient d’un même calibre. Je préfère que vous m’envoyiez des pièces autrichiennes de 3, si vous en avez, sinon vous enverrez mes pièces de 4. Ainsi je désire que vous fassiez partir de Strasbourg, pour ma Garde, neuf pièces de 12 (il sera même bien d’en mettre douze), quatre obusiers de 6 pouces, huit pièces de 6 et quatorze pièces de 3 ou de 4.

J’ai attaché deux pièces de canon à chaque demi-brigade du corps d’Oudinot; il y en a douze et cinq régiments; c’est donc trente-quatre pièces dont ce corps a besoin. Il lui en a été donné dix-sept de 6; c’est encore dix-sept qu’il lui faut. Il est nécessaire que vous lui procuriez ces dix-sept pièces de 3 ou de 4, et que vous les dirigiez sans délai sur Vienne.

Le 4e corps a quatorze régiments français; ce qui fait vingt-huit pièces. Il en a reçu dix-sept; c’est encore onze qu’il lui faut. Dirigez sur Vienne ces onze pièces de 3 ou de 4.

Le 11e corps, c’est-à-dire le corps du maréchal Marmont, a dix pièces de 6. Je lui fais donner douze autres pièces de 6 que j’ai, et j’y ajoute six obusiers et deux pièces de 12. Les obusiers et les pièces de 6 existent. Les deux pièces de 12 manquent; envoyez-les-lui.

J’ai ordonné que la division de cuirassiers Nansouty ait vingt-quatre bouches à feu, et chacune des deux autres divisions de cuirassiers douze; ce qui fait quarante-huit. Elles en ont trente-deux; des seize qui manquent, la moitié sera fournie ici; mais il sera nécessaire que vous fassiez partir de Strasbourg quatre obusiers de 5 pouces 4 lignes et quatre pièces de 4.

C’est donc quatorze pièces de 12, quatre obusiers de 6 pouces, quatre obusiers de 5 pouces 4 lignes, huit pièces de 6 et cinquante-six pièces de 3 ou de 4, en tout quatre-vingt-six pièces de canon, que vous devez envoyer de France à l’armée. Moyennant cela, les trois compagnies d’artillerie que j’avais demandées pour la Garde, et qui devaient servir les vingt-quatre bouches à feu que l’on prépare à Strasbourg, ne sont plus utiles.

Je ne demande point de caissons; j’ai à l’armée plus de voitures qu’il n’en faut. J’en ai 600, outre celles de division, et plus de 1,600 aux parcs. Ces 1,600 voitures portent entre un approvisionnement et demi et deux approvisionnements. Si vous avez des munitions conditionnées qui vieillissent, envoyez-les, mais dans des caisses; si vous n’en avez pas, envoyez seulement les boulets, à raison de 800 par pièces. On confectionnera les munitions à Vienne. Vous pouvez y joindre quelques affûts de rechange. Le principal est d’envoyer les canons.

En munitions, nous sommes bien, puisque j’ai aujourd’hui 92,000 coups de canon attelés, 45,000 confectionnés et 65,000 projectiles; nous n’avons, il est vrai, que 40,000 livres de poudre, mais il en arrive 100 milliers.

Ainsi donc, au reçu de la présente, réitérez vos ordres pour qu’aucun caisson ne sorte de France; ils ne feraient que nous embarrasser inutilement et appauvriraient la France sans raison. Faites partir les bouches à feu que je demande, des munitions confectionnées, si vous en avez dans les arsenaux, sinon les projectiles seulement. Je suis fort content des obus depuis qu’on y met de la roche à feu; tous, contre l’ordinaire, éclatent, et jamais on n’en a tiré trois ou quatre dans un village sans y mettre le feu.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Il résulte de l’état de l’artillerie de l’armée, qui m’est remis aujourd’hui, que j’ai aux différents corps, sans y comprendre le corps du vice-roi ni celui du maréchal Marmont, 2,500 canonniers à pied, 900 à cheval, 200 ouvriers, 550 pontonniers, 4,600 soldats du train et 8,600 chevaux, soit de troupes, soit de selle, soit de train.

Le personnel ne se monte en tout qu’à 8,800 hommes; ce qui n’est pas beaucoup. Il est vrai qu’il y en a 2,000, malades ou blessés, qui sont portés comme absents. Du reste, nous avons des fers, des bois, et il y a à Vienne 400 ouvriers civils qui travaillent.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois qu’il est question dans le bulletin du 13 juillet d’une cassette de diamants qui appartiendrait à don Antonio. Je désire que vous fassiez faire l’inventaire de cette cassette, afin de s’assurer si ce ne seraient pas les diamants de la couronne d’Espagne, qu’on ne retrouve plus. Le roi Charles jure les avoir laissés en Espagne, mais ils ne s’y sont pas trouvés. Ces diamants ont une valeur de 40 à 50 millions. Faites vérifier cela; c’est un objet très-important.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Vandamme que, aussitôt qu’il sera certain que le maréchal Macdonald est entré à Graz et que l’ennemi exécute l’armistice de bonne foi, il s’arrête et attende des ordres ultérieurs, étant destiné à revenir sur le Danube.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, donnez ordre qu’on travaille avec une nouvelle activité aux places de Passau, Linz, Melk, Göttweig, Raab, Klagenfurt, et donnez ordre aux généraux commandant l’artillerie et le génie de prendre des mesures pour qu’au 1er août ils me remettent l’état de l’armement et des travaux faits et à faire, ainsi que l’état des approvisionnements existants et de ceux à ajouter. J’attache une grande importance au fort de Klagenfurt. Je désire avoir les noms du commandant, des officiers du génie et de l’artillerie, du commissaire des guerres, et l’état de la garnison.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Brünn

Mon Cousin , vous pouvez placer vos postes à un quart de lieue autour de Göding, et repousser la force par la force, si les Autrichiens veulent passer au-delà. Je vous recommande de ménager les chasses du prince de Lichtenstein; c’est ce que le major général a voulu dire dans sa lettre. Donnez des sauvegardes, ce qui sera plus efficace qu’une simple neutralité.

Si Lusignan peut marcher, signifiez-lui d’évacuer les postes de l’armée française, sans quoi faites-le arrêter et envoyez-le en France.

Il est français; faites-lui donc connaître que, s’il ne se retire sur-le-champ, vous avez l’ordre de le prendre prisonnier.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Brünn

Mon Cousin, faites faire par un officier du génie une reconnaissance du fort de Brünn, et faites-moi connaître l’état où il se trouve et ce qu’on y a fait ou défait depuis la campagne d’Austerlitz.

P. S. Si le château de Brünn est en bon état, je désire que vous commenciez son approvisionnement, car, aussitôt que j’aurai reçu sa reconnaissance, peut-être me déciderai-je à y envoyer trente pièces de canon pour l’armer.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le corps de réserve de l’armée d’Allemagne, à Bayreuth

Le major général me met sous les yeux votre lettre du 18. Il n’est pas temps de s’apercevoir que son artillerie est mauvaise lorsqu’on est sur le champ de bataille, mais c’est moins votre faute que celle du duc de Valmy et du général Rivaud. Je suppose que vous l’aurez fait démonter, visiter et mettre dans le meilleur état.

Envoyez-moi, par le retour de l’officier que je vous expédie, l’état des places vacantes dans votre corps, cavalerie, infanterie et artillerie.

J’ai ordonné au général Beaumont de vous envoyer tous les détachements appartenant à vos trois régiments de dragons et au régiment du duché de Berg. Ces quatre régiments s’accroîtront de beaucoup pendant le temps de l’armistice, et j’espère qu’ils vous feront bientôt 3,000 chevaux.

Faites venir de Hanau les six pièces d’artillerie du duché de Berg qui doivent y être; ce qui, joint aux douze pièces françaises et aux six pièces bavaroises que vous avez, vous fera vingt-quatre pièces de canon.

La division Lagrange est composée de deux demi-brigades provisoires, que je fais venir à Vienne pour les fondre dans les corps. Le 65e, qui va avoir ses quatre bataillons et 3,000 hommes présents sous les armes, vous formera une ressource.

Aussitôt que je saurai le parti qu’a pris le roi de Westphalie, je donnerai des ordres définitifs pour la division hollandaise et les troupes de Berg. Je désire fort que vous ayez ces troupes dans la main, et vous voir ainsi une quinzaine de mille hommes.

Envoyez-moi l’état des troupes du corps de Kienmayer.

Tâchez d’utiliser Charles Lameth; il doit avoir bonne intention.

Vous n’avez à Hanau aucune troupes passables; ce sont trois demi-brigades provisoires que je fais venir de Vienne pour les incorporer. Elles seront utiles ici, et, séparées, elles ne seraient d’aucun service.

Je mande au grand-duc de Hesse-Darmstadt de vous donner deux bataillons. Épuisez vous-même les places du haut Palatinat; ôtez-en les Bavarois, n’y laissant que les recrues.

Il me semble que le roi de Westphalie s’est retiré sur Erfurt.

Jusqu’à ce que votre corps soit plus fort, votre but doit toujours être de défendre le Danube et les derrières de ma ligne.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au maréchal Macdonald, commandant les 1e et 2e divisions de l’armée d’Italie, à Graz

Le major général m’a mis sous les yeux votre lettre de Bruck du 19. J’approuve la conduite que vous avez tenue. Poussez vivement ces messieurs. S’ils ont ôté l’artillerie du fort de Graz, faites-la-leur rendre. Ils doivent livrer le fort dans l’état où il se trouvait.

Faites faire un croquis et une reconnaissance de ce fort par un officier du génie, et, aussitôt que vous l’occuperez, envoyez sur Vienne tous les boulets indépendants de l’approvisionnement de la citadelle.

La division Severoli doit être derrière vous, puisqu’elle se rend à Klagenfurt; si vous en avez besoin, disposez-en. L’empereur d’Autriche m’ayant écrit le 18, j’ai pensé qu’il avait donné les ordres nécessaires pour lever ces mauvaises difficultés.

J’envoie un officier d’ordonnance savoir ce qui s’est passé à Laybach et à Trieste pendant le temps que nous avons abandonné la communication de l’Italie.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général la Riboisière, l’armée d’Italie a un grand nombre de pièces de 3 servies par l’artillerie. Comme je tiens au principe que l’artillerie n’ait ni pièces de 3 ni pièces de 4, mais que ces pièces soient données aux seuls régiments, je désire que vous fassiez des échanges, que vous retiriez de l’armée d’Italie les pièces de 3 pour les donner aux régiments qui en manquent, et que vous donniez en remplacement à l’armée d’Italie les pièces de 6 qu’ont les régiments. Je vois avec peine des pièces de 6 aux régiments ; elles sont trop lourdes, et un caisson n’est pas suffisant pour leur approvisionnement, au lieu qu’une pièce de 3 est suffisamment approvisionnée avec un caisson. Je désire que, lorsque vous me remettrez l’état de l’artillerie de l’armée commandée par le vice-roi, vous me proposiez les moyens d’opérer ces changements.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général Bertrand, je n’ai pas encore des plans des fortifications de Passau, de Linz, de Göttweig, qui me fassent bien connaître ce qu’il faut faire pour mettre ces points en état d’opposer une résistance convenable, non plus que de la place de Raab et des forts de Graz et de Klagenfurt. Donnez vos ordres au général Chambarlhac pour qu’il suive avec activité les travaux de Passau et de Linz, et envoyez des officiers du génie intelligents sur les autres points, et chargez-les de vous faire des rapports que vous me mettrez sous les yeux. Envoyez des officiers sur le Semmering, qui est la montagne qui sépare le versant des eaux de Vienne et de la Styrie, et donnez-leur des instructions pour profiter de quelque château où l’on pourrait mettre 3 à 400 hommes avec six à huit pièces de canon à l’abri d’un coup de main. J’attache une grande importance au fort de Klagenfurt. Il y a treize ans, j’y avais fait mettre six pieds d’eau dans les fossés. Faites abattre les maisons que j’avais moi-même fait détruire sur les remparts dans le même temps, si depuis on les avait fait reconstruire. Le fort de Sachsenburg doit m’être remis; faites-moi un rapport sur ce que je dois en faire, ainsi que sur les forts de Graz et de Klagenfurt, afin que je donne des ordres détaillés.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Aussitôt qu’on aura assez de bateaux, faire un second pont de bateaux du côté de Kornneuburg. Me présenter, avant, l’emplacement.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809

ORDRES POUR LE CAPITAINE MARBEUF, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A SCHÖNBRUNN.

M. l’officier d’ordonnance Marbeuf se rendra à Graz; il portera la lettre ci-jointe au maréchal Macdonald. Il attendra que la route soit libre; il se rendra à Laybach; de là il se rendra à Trieste, à Palmanova, à Milan, Alexandrie et Turin. Il reviendra par Udine, Ossopo et Klagenfurt. Il m’écrira de Graz, de Laybach, de Trieste, de Palmanova; l’objet de ses lettres sera le lieu où se trouve l’ennemi, la situation du fort de Graz, l’artillerie qu’on y a trouvée, la sûreté des routes, ponts, la garnison des forts, ce qui s’est passé à Laybach, les événements qui se sont passés à Trieste, la garnison de Palmanova, les magasins qui s’y trouvent, ce que le général Caffarelli fait partir, soit d’Italie, soit du Piémont, pour envoyer à l’armée, ce qu’il rencontrera en route à son retour de Klagenfurt, la situation de la ville, les travaux qu’on y fait.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

ORDRES

1°  Il y aura dix brigades de cavalerie légère, qui seront organisées de la manière suivante.
1e brigade. Le 31e, le 23e de chasseurs et les Hessois formeront la 1e brigade, qui sera commandée par le général Bordesoulle.

2e brigade. Le 14e, le 19e de chasseurs et les Badois formeront la 2e brigade, qui sera commandée par le général Bron.

3e brigade. Le 24e et le 13e de chasseurs formeront la 3e brigade, qui sera commandée par le général Castex.

4e brigade. Le 8e de hussards et le 16e de chasseurs formeront la 4e brigade, qui sera commandée par le général Piré.

5e brigade. Le 5e de hussards, le 11e et le 12e de chasseurs formeront la 5e brigade, qui sera commandée par le général Pajol.

6e brigade. Le 1er et le 2e de chasseurs et le 7e de hussards formeront la 6e brigade, qui sera commandée par le général Jacquinot.

7e brigade. Le 7e et le 20e de chasseurs et le 9e de hussards formeront la 7e brigade, qui sera commandée par le général Colbert.

8e brigade. Le ler provisoire, le 26e de chasseurs et un régiment de Wurtemberg formeront la 8e brigade, qui sera commandée par le général Thiry.

9e brigade. Le 6e et le 9e de chasseurs formeront la 9e brigade, qui sera commandée par le général Girard.

10e brigade. Enfin le 6e de hussards et le 8e de chasseurs formeront la 10e brigade, qui sera commandée par le général Berkeim.

2° Les généraux de division Marulaz, Bruyère et Montbrun seront spécialement attachés au commandement de la cavalerie légère.

3° Le général Reynaud (des cuirassiers) remplacera le général Bron dans le commandement du dépôt de cavalerie.

4° Le général Fouler se rendra à Bayreuth pour y prendre le commandement de la cavalerie du corps de réserve aux ordres du duc d’Abrantès.

 

Schönbrunn, 22 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, mon intention est que tous les hommes isolés ou en corps qui arrivent à Vienne me soient présentés tous les jours à la parade.

 

Schönbrunn, 22 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, écrivez au général Severoli, qui commande la division italienne qui se rend à Klagenfurt, qui doit être, aujourd’hui 22, entre Neustadt et Bruck, d’accélérer sa marche (la route qu’on lui a tracée est trop lente), et de faire connaître par un aide de camp au maréchal Macdonald le jour où il arrivera à Bruck, afin que, si ce maréchal en avait besoin, il pût lui envoyer des ordres.

 

Schönbrunn, 22 juillet 1809

A François II, empereur d’Autriche, à Dotis, en Hongrie

Monsieur mon Frère, le prince de Liechtenstein m’a remis la lettre de Votre Majesté, du 18, par laquelle elle me fait connaître qu’elle a nommé des plénipotentiaires pour négocier, conclure et signer un traité de paix entre nos États. J’ai de mon côté donné mes pleins pouvoirs et mes instructions à mon ministre des relations extérieures, le comte de Champagny, qui sera prêt à se rendre à Raab aussitôt que le ministre des affaires étrangères de Votre Majesté aura désigné le jour de l’ouverture des conférences. Si ce quatrième traité de paix, qui succédera à ceux de Campo-Formio, de Lunéville et de Presbourg, peut enfin être le dernier, rétablir d’une manière durable la tranquillité sur le continent et se trouver à l’abri des clameurs et des intrigues de l’Angleterre, je regarderai ce moment comme fort heureux; car, des quatre guerres que Votre Majesté a faites à la France, les trois dernières étaient superflues et n’ont été utiles et avantageuses qu’à l’Angleterre, tout comme elles n’ont été conseillées et suscitées que par ses partisans.

 

Schönbrunn, 22 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 16. Vous verrez les exécrables dispositions de ce misérable ministre de Prusse. Il est facile de trouver cet homme dans de mauvaises affaires qui le compromettent et nous en défassent sans ostentation.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 17 juillet. C’est sans mes ordres et contre mon gré qu’on a fait sortir le Pape de Rome; c’est encore sans mes ordres et contre mon gré qu’on le fait entrer en France; mais je ne suis instruit de cela que dix ou douze jours après que c’est exécuté. Du moment que je saurai le Pape stationnaire quelque part, et que mes intentions pourront être connues à temps et exécutées, je verrai les mesures que j’aurai à prendre.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre lettre du 15. Il faut porter les compagnies de la légion de la Vistule, formant six bataillons ou trente-six compagnies, à 200 hommes; et j’estime que pour cela il faut au moins 3,000 hommes. Ensuite vous dirigerez ce que vous aurez au-dessus de ces 3,000 hommes sur les dépôts des trois régiments polonais qui sont en Espagne, afin de recruter ces régiments. Je viens d’organiser ici une seconde légion de la Vistule de six bataillons; j’ai déjà 3,000 hommes.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, demandez au maréchal Oudinot s’il a pris des mesures pour arrêter tous les blessés autrichiens qui se trouvent dans les cercles qu’il a occupés, et s’il s’en est fait faire la déclaration par les autorités.

Mettez à l’ordre que la solde de juin et de juillet sera payée à l’armée.

Nommez un inspecteur aux revues pour vérifier l’emploi de l’argent qui a été donné aux demi-brigades du corps du maréchal Oudinot, soit pour les fourgons au commencement de la campagne, soit des 40,000 francs que j’ai accordés aux différents corps de l’armée.

Faites la même chose pour la légion portugaise.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809,

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je vous ai fait connaître que je voulais avoir à ma parade les hommes qui arrivaient à Vienne. Cependant j’apprends qu’il est arrivé hier des hommes qui ne m’ont pas été présentés aujourd’hui. Faites-moi connaître ce qui sera arrivé aujourd’hui et pourra m’être présenté demain.

Faites connaître au duc de Rivoli que je suppose qu’il aura envoyé des postes de cavalerie sur la frontière de Bohème, qu’il est nécessaire qu’il envoie des espions pour se tenir instruit et me faire connaître tout ce qu’il apprendra de la Bohême et des mouvements de l’ennemi. Écrivez la même chose au général Reynier.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, je vois dans votre état qu’on a donné 58,000 francs au 17e régiment de ligne; je ne comprends pas cela: j’ai accordé 40,000 francs, mais non 53,000 francs; qu’on a donné 800,000 francs au 7e corps: je n’ai pas autorisé qu’on payât les étrangers; qu’on a donné 500,000 francs aux troupes saxonnes que commande le général Reynier, 400,000 francs aux troupes wurtembergeoises : je ne conçois rien à tout cela, donnez-m’en l’explication. Qui est-ce qui ordonnance les payements ? Sur quelles bases ? Pourquoi donne-t-on à des corps plus de 40,000 francs, quand j’ai fixé cette somme ?

Je vois qu’on l’a donnée aux régiments provisoires de dragons, qui n’en avaient pas besoin et que je n’avais pas compris dans cet état.

Il faut faire payer l’armée d’Italie et l’ancienne armée de Dalmatie, en comprenant tout ce qu’aurait fait payer le vice-roi.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 19. Le général Beaumont m’a rendu compte que les insurgés avaient échoué dans leur attaque sur Kempten et avaient été complètement battus. Le major général a fait connaître au général des troupes de Votre Majesté que j’avais ordonné au duc de Danzig d’entrer à Innsbruck, où il sera à la fin du mois, et que le général Beaumont, avec ce qu’il a et toutes les troupes que la Bavière a de disponibles, se dirigera sur le Tyrol par la Bavière, tandis que Votre Majesté, de son côté, avec ses troupes, qu’on m’as juré se monter à 7 ou 8,000 hommes, y entrera par le Vorarlberg.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, le général Gyulai vient de déclarer que l’armistice serait exécuté dans sa teneur. Je vous envoie ma lettre; faites appeler l’aide de camp de l’Empereur et expédiez-le. Vous trouverez ci-joint le projet de Note que vous pouvez expédier; vous la daterez du 22. Vous pouvez également envoyer à Raab pour faire préparer vos logements, et écrire à M. de Narbonne, qui en est le gouverneur.

PROJET DE NOTE.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, est chargé de faire la déclaration suivante.

La France a toujours voulu la paix du continent, comme l’Angleterre a toujours eu intérêt à y fomenter le trouble, les divisions et la guerre.

Après la paix de Presbourg, celle de Tilsit et les expéditions de Copenhague, l’Angleterre ne trouva d’autre expédient, pour porter le désordre dans le système continental qui s’était établi, que d’arracher l’Espagne à l’alliance de la France, bien certaine que la France considérerait un changement de système de la part de l’Espagne comme une déclaration de guerre. Tous les efforts faits par le cabinet de Londres échouèrent devant les principes et la constante amitié du roi Charles. Ce cabinet conçut et exécuta alors l’horrible projet d’armer le fils contre le père, et l’on vit le prince des Asturies porter la révolte jusqu’au sein des gardes du corps et s’asseoir sur le trône de son vieux père. Celui-ci eut recours à la puissance et à la protection de l’Empereur son allié; mais, depuis, voyant que l’agitation des esprits contre lui, la Reine et son principal ministre, avait gagné toutes les Espagnes, que tout le peuple de Madrid séduit avait brisé ses images et adopté toutes les calomnies que l’Angleterre est dans l’usage de répandre en pareille circonstance, il renonça au trône.

Le prince des Asturies lui-même, lorsqu’il vit que l’insurrection et les menées de l’Angleterre l’avaient placé sur un trône chancelant et environné de précipices, et que son pays serait le théâtre de la lutte des partisans du système anglais et français, renonça à ses droits à la couronne. Cependant toutes les Espagnes étaient en armes, et des armées françaises durent y être envoyées. Ce fut alors que la cour de Vienne jugea le moment favorable pour briser le traité de Presbourg, oublia la conduite que l’Empereur avait tenue dans Vienne et fit la guerre, comme il ressort de ses propres proclamations, par la seule raison que le moment favorable de la faire était venu. Le destin en a décidé autrement, de vains fantômes ont été dispersés; des espérances fallacieuses ne se sont pas réalisées; l’Empereur d’Autriche désire le rétablissement, de la paix; le prince de Liechtenstein en a fait les ouvertures directes à l’Empereur.

La France n’a jamais envié rien de ce que possède l’Autriche. Dans trois guerres successives, elle a restitué d’immenses territoires sans aucune compensation. Elle avait espéré qu’en échange cette modération lui aurait valu l’amitié et la reconnaissance du souverain de l’Autriche. La générosité  que la France a montrée à la paix de Presbourg, l’Empereur est prêt à la montrer encore. Mais Sa Majesté doit à ses sujets de s’assurer, avant, que le cabinet de Vienne veut sincèrement rester en paix, ne plus faire de diversion en faveur de l’Angleterre, et laisser enfin à la France la libre disposition de tous ses moyens cet ennemi du continent.

1° Le licenciement des landwehre;

2° La réduction de l’armée de ligne à la moitié de ses cadres actuels;

3° L’expulsion du service d’Autriche de tous les Français, soit Belges, soit de l’ancienne France, soit des pays qui depuis ont été réunis, ces hommes s’étant de tout temps montrés les plus enclins à semer la division entre les deux États :

Ces trois conditions préliminaires peuvent seules offrir à l’Empereur la sûreté et la tranquillité de l’avenir; car la France n’aurait aucun avantage à évacuer Vienne et les beaux pays qu’elle occupe, et où son armée a de bons cantonnements, si, à peine les Français hors de Vienne, on devait recommencer les armements, la formation de des camps et cette série d’hostilités passives qui, décelant les intentions du gouvernement et détournant une partie de nos efforts de nos côtes, sont de véritables diversions en faveur de l’Angleterre. La France perdrait ainsi le fruit de plusieurs évènements heureux sans obtenir de compensations.

Le soussigné a reçu les ordres et pouvoirs nécessaires pour négocier, conclure et signer un traité de paix avec l’Autriche, et est chargé de déclarer que ces principes sont la base et condition de toute négociation.

Quant aux autres conditions, soit qu’on veuille adopter la base de l’uti possidetis, soit qu’on veuille adopter un système de compensations, l’Empereur en agira avec la même modération et générosité qu’il en a agi à la paix de Presbourg.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je vous envoie un état que me remet le gouverneur de Vienne, d’où il résulterait qu’il y aurait aujourd’hui 36,000 soldats blessés ou malades à Vienne, soit Français, soit alliés, soit Autrichiens. Je désirerais que la répartition de ces 36,000 hommes soit faite par régiment. Chargez le commandant de la place et les officiers commandant les faubourgs de faire ce relevé.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Krems

Je ne conçois pas que vous fassiez dépendre la construction de vos camps de savoir si les 4e bataillons vous seront conservés ou non. C’est tout à fait de l’enfantillage. Faites camper vos troupes sans délai et faites-les exercer. C’est le seul moyen de maintenir l’ordre et la discipline. Elles gagneront beaucoup à camper pendant août et septembre. J’irai dans huit jours passer la revue de votre corps. Faites que je voie les camps en bon état.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809

Au maréchal Marmont , duc de Raguse, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Krems

Mon Cousin, le 25e régiment de chasseurs, qui fait partie de votre corps d’armée, a, au dépôt de cavalerie de Klosterneuburg, cent cinquante hommes à pied. Il vous est facile de faire acheter des chevaux à un prix raisonnable, sur les confins de la Bohême, pour monter ces hommes. Occupez-vous de cela, et tâchez de procurer à ce régiment, qui n’a que quatre cent chevaux à l’armée, une centaine de chevaux, ce qui, avec les deux cents qui lui viennent d’Italie, le porterait à sept cents chevaux.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809.

A Eugène Napoléon, vice roi d’Italie, à Vienne

Mon Fils, envoyez l’ordre au général Baraguey d’Hilliers de se rendre à laybach et de prendre le commandement de la Carniole, de l’Istrie et de la province de Goritz, en prenant les mesures convenables pour faire évacuer l’Istrie par les Anglais, et faire occuper toutes les limites de l’armistice. Le général Rusca restera commandant de la province de Carinthie, et sera chargé de surveilöler les mouvements du Tyrol.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809.

A l’Impératrice, à Plombières

Je reçois ta lettre du 18. Je vois avec plaisir que les eaux te font du bien. Je ne vois aucun inconvénient qu’à la fin de tes eaux tu ailles à Malmaison.

Le chaleur est assez grande ici. Ma santé est fort bonne.

Adieu, mon amie.

Eugène est à Vienne, et très bien portant.

Tout á toi.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809

A Fouché

Les journaux sont extrêmement mal rédigés.

Vous verrez, dans le numéro de la Gazette de France que je vous envoie, qu’on y fait entendre que la Prusse veut nous déclarer la guerre, que la Russie est contre nous. Faites connaître au rédacteur de cette gazette que je la supprimerai, si elle continue à imprimer de pareils articles; que j’ai même été sur le point d’en signer le décret.

Donnez aussi des ordres positifs pour qu’aucune gazette ne fasse mention du Pape. (L’enlèvement du Pape a eu lieu dans la nuit du 5 au 6 juillet – Napoléon couchait à ce moment dans sa tente, à son QG de Raasdorf…)

Quel est le rédacteur de la Gazette de France ? Sur quelles données écrit-il de pareilles lettres de Berlin ? Donnez donc une meilleure direction aux journaux.

Pourquoi parlent-ils avec emphase d’une prétendue révolution arrivée à Bologne, en Italie ? Les journaux italiens peuvent en parler, cela les regarde; mais les journaux de Paris ne sont point insignifiants en Europe. Le journal des Débats pouvait se dispenser de donner de l’importance à cet événement.

En général, nos journaux sont toujours prêts à s’emparer de ce qui peut nuire à la tranquillité publique et donner de fausses idées sur notre position.

Schönbrunn, 25 juillet 1809.

ORDRE POUR LE GÉNÉRAL BERTRAND, COMMANDANT LE GÉNIE DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A VIENNE.

Il ne faut pas détruire le pont sur pilotis de l’île Alexandre, non plus que le pont de l’île Saint-Hilaire.

 

Schönbrunn, 25 juillet 1809

Au roi Jérôme

Je reçois votre lettre du 20. Les lettres que vous avez reçues de moi depuis celle du 14 vous auront fait connaître mon opinion et mes intentions. Vous vous êtes parfaitement mal conduit à mes yeux dans cette campagne. Il n’a pas dépendu de vous que Junot ne fût bien rossé et que Kienmayer avec ses 25. 000 hommes ne se portât sur moi puisque sans l’armistice de Znaym j’eusse poursuivi le prince Charles sur Prague.

Vous avez commandé un vaisseau de guerre (il s’agit du Vétéran), vous avez abandonné la mer et votre amiral sans ordres. Vous avez fait des suppositions, sans que moi ou mon ministre en ayons été dupes. Mais un vaisseau était peu de chose et j’ai voulu ignorer ce fait. Je vois que vous persistez dans le même système.

Vous croyez faire prendre le change, vous ne trompez personne.

Vous avez été constamment dans cette campagne où l’ennemi n’était pas. Vous dites que la retraite du duc d’Abrantès sur le Danube vous a forcé à prendre position à Schleitz et à quitter l’offensive; la retraite du duc d’Abrantès a été occasionnée par vos ridicules manoeuvres. Si, comme je vous l’avais ordonné, vous vous étiez porté sur votre droite pour vous réunir au duc d’Abrantès, si, après avoir chassé l’ennemi de Bareuth (sic) pour garder le Danube qui était une grande affaire, vous eussiez marché sur Dresde, cela ne fût pas arrivé. Si au lieu de rester trois ou quatre jours dans le même endroit, au lieu d’être plus lent et plus irrésolu que les Autrichiens eux-mêmes, vous eussiez marché avec la vivacité et l’ardeur qui conviennent à votre âge, l’ennemi ne vous eût pas masqué et dérobé ses mouvements.

Voilà pour la première observation. Voici pour la seconde.

Vous étiez à Schleitz, lorsque vous avez appris la nouvelle de mes grandes victoires et vous ajoutez que dès lors vous n’aviez pas à craindre que l’ennemi vous attaquât; mais vous deviez craindre qu’il n’attaquât Junot, vous deviez craindre qu’il ne tombât sur moi et 15 000 hommes de plus ou de moins dans une bataille sont-ils de peu d’importance ? Vous aviez à craindre que ce corps ne réoccupât Dresde; au lieu de cela, vous dissolvez votre corps et vous vous contentez de déclarer que le corps de Kienmayer est dissous ! enfin vous vous sauvez honteusement et vous déshonorez mes armes, et votre jeune réputation.

Quant aux Anglais, votre marche savante sur la Baltique ne peut en imposer qu’aux sots. Vous saviez bien que les Anglais n’étaient pas débarqués et s’ils étaient réellement débarqués, qu’aviez-vous à faire autre chose que de vous réunir au duc d’Abrantès, aux Saxons, et non de dissoudre votre corps ? 3 000 Saxons,10 000 hommes de votre corps et 7 à 8 000 hommes du corps du duc d’Abrantès vous auraient mis à même de repousser les Anglais. Vous ne pouviez rien faire seul. Une victoire ne finit pas une guerre. Dans mes calculs je devais vous trouver à Dresde et suivant l’ennemi en Bohême; votre marche sur la Baltique était pour cacher votre retour à Cassel et votre honteux abandon de la Saxe.

D’ailleurs, dans vos lettres comme dans votre Moniteur de Cassel, vous faites de mauvaises suppositions. Vous dites que vous vous êtes retiré de Schleitz, lorsque l’ennemi s’est retiré en Bohême; mais non; l’ennemi était resté à Plauen. Vous deviez rester à Schleitz, garder les Saxons et réunir à vous le duc d’Abrantès. Vous supposez que l’ennemi n’était pas rentré à Dresde, mais vous savez qu’il y est rentré le 14, aussitôt qu’il a connu vos ridicules manoeuvres.

Je suis fâché pour vous que vous montriez dans la guerre aussi peu de talent et même de bon sens. Il y a loin du métier de soldat au métier de satrape [de courtisan].

J’avais à peine votre âge que j’avais conquis toute l’Italie et battu les armées autrichiennes trois fois plus nombreuses que moi. Mais je n’avais pas de flatteurs, pas de corps diplomatique à ma suite. Je faisais la guerre en soldat. On ne la fait pas différemment. Je ne me prétendais ni frère de l’empereur, ni roi, je faisais tout ce qu’il fallait pour battre l’ennemi.

Vous retirez le 22e des places de l’Oder, vous avez tort si vous ne remplacez pas ce régiment, comme je vous l’ai ordonné, par les 1 200 Français que vous avez à Cassel. Le général Reubell (Le général Reubell, fils de l’ancien Directeur, ancien officier de marine, sera chassé de la cour de Westphalie et se réfugiera  à Baltimore) s’est permis de donner des ordres et contre-ordres à des détachements que je faisais venir à l’armée, comme sapeurs, mineurs, etc. S’il continue, je le ferai arrêter au milieu de votre camp et je le ferai juger par une commission militaire comme violant mes ordres et dérangeant mes combinaisons.

Quant à l’avenir, je ne veux pas vous déshonorer en vous enlevant le commandement, mais je ne veux pas non plus par de sottes condescendances de famille exposer la gloire de mes armes. Un vaisseau de plus ou de moins était peu de choses, 20 000 hommes plus ou moins bien employés peuvent changer le destin de l’Europe. Si donc vous voulez continuer comme vous avez commencé, à être entouré par des hommes qui n’ont pas fait la guerre comme les Dalbignac, les Reubell, les Furstenstein, n’avoir aucun homme de conseil, faire des romans, ne pas exécuter mes ordres, vous pouvez rester dans votre sérail.

Sachez bien que, soldat, je n’ai point de frère et que vous ne me cacherez pas les vrais motifs de votre conduite sous des prétextes frivoles et ridicules. Pour ne point vous exposer à de pareils résultats, je verrais avec plaisir que vous fassiez passer mes troupes sous le commandement du duc d’Abrantès.

Vous êtes un jeune homme gâté, quoique plein de belles qualités naturelles. Je crains fort qu’il n’y ait rien à attendre de vous.

Si vous continuez à conserver le commandement de mes troupes, portez-vous sans délai à Dresde. Je vous enverrai un chef d’état-major qui ait le sens commun. Réunissez à Dresde les troupes, saxonnes, hollandaises, du grand-duché de Berg et toutes celles qui sont sous vos ordres. Faites réarmer et mettre la place en défense. Les Saxons s’y réorganisent. Tirez le 22e des places de l’Oder, mais faites-le remplacer par les 1 200 conscrits français que vous avez à Cassel. Que le duc d’Abrantès occupe Bayreuth. Que l’état-major ait une fois tous les jours de vos nouvelles.

Supprimez votre train et votre cour et faites la guerre comme doit la faire un homme de mon nom qui a plus besoin de gloire que d’autre chose.

Si les hostilités recommencent, le théâtre de la guerre sera en Bohême et vous aurez un rôle actif à y jouer. Si la guerre ne doit pas avoir lieu, la réunion d’un grand nombre de troupes à Dresde et à Bayreuth peut faciliter les négociations.

Quant aux Anglais, vous êtes mieux placé à Dresde que dans tout autre endroit pour marcher contre eux. On ne peut les empêcher de débarquer. Mais j’ai peine à croire qu’ils viennent se placer entre le Danemark et la confédération. Ils ont bien assez à faire en Portugal. D’ailleurs, il faut qu’ils débarquent pour savoir ce qu’il faut faire.

La lettre du roi de Hollande ne signifie rien et je n’en crois pas un mot. Tous les jours, je reçois de pareilles nouvelles de mes côtes. Ce débarquement de 200 hommes qu’ils ont fait suppose aussi qu’ils ne veulent point débarquer, car ce serait une faute que d’indiquer qu’ils veulent descendre dans tel endroit. Si j’écoutais de pareilles idées, mes troupes ne feraient que des marches et des contremarches et devraient se porter sur tous les points de l’Océan, de la Méditerranée, de l’Adriatique.

Si vous ne saviez pas lire et évaluer la vérité des rapports, et que vous preniez des mouches pour des éléphants, vous auriez peu de jugement.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

NOTES POUR LE COMTE TREILHARD, PRÉSIDENT DE LA SECTION DE LÉGISLATION AU CONSEIL D’ÉTAT, A PARIS

Première observation. On convient qu’il y a eu un traité entre le gouvernement et le prince de Carignan; mais on dit que, par suite des évènements de la guerre et de la reprise des hostilités, c’est par le droit de conquête que le Piémont a passé entre les mains de la France. On n’examine pas si la conquête ou la reprise des hostilités, peuvent détruire les dispositions d’un traité, lorsque la guerre n’est pas le fait d’une des deux parties contractantes. Le prince de Carignan avait un droit au trône; il y a renoncé par le traité; en conséquence de sa renonciation on lui a assuré ses biens; il est venu à Paris, et, si la guerre a éclaté ensuite, elle lui a été étrangère, il n’y a pris aucune part, et l’on a de la peine à comprendre que les évènements de cette guerre aient annulé les engagements qu’on avait contractés avec lui.

L’histoire est pleine de transactions faites par des gouvernements avec des princes qui stipulaient de leurs intérêts particuliers; et, dans les circonstances actuelles de l’Empire, les transactions de cette espèce ne peuvent être qu’avantageuses; c’est ainsi que des transactions ont été faites avec des princes de la Maison d’Espagne qui ne jouissaient pas d’une puissance réelle, qui n’étaient pas revêtus de la qualité de souverain, qui n’étaient pas en situation d’égalité avec le gouvernement français; s’ils en observent les conditions, elles doivent être sacrées. Ce point ne paraît donc pas éclairci, et ces réflexions sont si bien fondées que la question dont il s’agit influerait sur la nature des choses.

La Maison de Savoie était divisée en plusieurs branches. Les biens de toutes les branches, celle de Carignan seule exceptée, ont été vendus, parce qu’elles ont suivi les vicissitudes de la branche qui régnait. Toutes ces branches n’ont rien en France et ne peuvent rien réclamer; mais la branche de Carignan s’est séparée de la branche aînée; elle s’est établie en France; elle possède depuis douze ans.

Les vicissitudes de la branche aînée ne l’ont pas atteinte, parce qu’elle avait séparé sa cause. Si donc on la dépossédait demain, comme on pense que le Conseil d’État est en droit de le faire, il n’y a nul doute qu’après douze ans de possession cette mesure paraîtrait injuste. Si on chassait de Paris les individus de cette branche, si on les envoyait en Sardaigne, on ne pourrait prendre cette disposition sans éprouver un sentiment d’injustice. La branche de Carignan n’a rien de commun avec les autres branches, sa situation ne doit avoir rien de commun avec la leur. Les autres branches ne sont point en France, n’y possèdent rien; elle est en France, elle y possède.

Il paraît donc qu’on a passé trop légèrement sur les causes de cette différence de situation. On a traité la branche de Carignan comme faisant cause commune avec les autres; ce qui est le contraire de ce qui résulte tant des droits établis par les traites que de l’évidence des faits.

Deuxième observation. La possession de la branche de Carignan ne forme pas une propriété ordinaire; cela est prouve, puisqu’elle est considérée comme ne pouvant vendre les rentes inscrites au grand-livre, ni aucun de ses biens sur lesquels le Domaine 11 pris des inscriptions. Elle a elle-même demandé qu’on Lui accordât la faculté de disposer; elle a proposé de faire les sacrifices nécessaires pour l’obtenir.

Ici vient la question des droits de la branche cadette de Carignan, auxquels le traité’ fait avec la branche aînée n’a pu porter aucune atteinte.

La branche cadette était en minorité; elle a suivi le sort de l’aînée; comme elle, elle a séparé sa cause de celle de la branche qui restait; comme elle, elle a cédé ses droits au trône; comme elle, elle a adhéré au traité; elle a droit à un dédommagement pour l’éventualité qu’elle perd.

Troisième observation. Ces deux questions éclaircies, il en resterait une troisième à examiner. Convient-il de laisser libres les biens de la branche de Carignan, de sorte que les membres de cette branche puissent les réaliser, se transporter en pays étranger et y réclamer des droits politiques quelconques ? Ne convient-il pas davantage de constituer tous ces biens en rentes sur l’État, en ayant soin de les frapper d’inscriptions, en s’arrangeant de manière à imposer à la jouissance des conditions et un serment, de manière qu’il en résulte une reconnaissance implicite et déguisée, et qu’en cas de manquement on puisse saisir les biens ? Ces conditions peuvent être de ne pas prendre de service à l’étranger, de ne pas sortir de l’Empire sans permission, etc. Le cas est particulier, il faut une organisation particulière.

Sa Majesté ordonne le renvoi de ces observations à la section de législation, à laquelle M. le conseiller d’État d’Hauterive sera adjoint.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Baraguey d’Hilliers de se rendre à Klagenfurt, à Laybach, de prendre le commandement des provinces de Trieste, de l’Istrie et de Goritz, et d’en chasser les Anglais. Vous donnerez l’ordre au général Rusca de prendre le commandement de la Carinthie, et le chargerez d’occuper le fort de Sachsenburg. Vous enverrez un officier porter ces ordres aux généraux Baraguey d’Hilliers et Rusca, pour vous assurer qu’ils sont exécutés. Vous enverrez également un officier au duc de Danzig pour lui réitérer qu’il ne se laisse arrêter par rien; que de gré ou de force il soit à Innsbruck avant le 1er août; qu’il fasse prisonniers et traite sévèrement les Autrichiens qui n’exécuteraient pas l’armistice et n’auraient pas évacué le pays avant son arrivée. Répondez au duc de Rivoli qu’il a raison; que j’avais ordonné que l’intendant général ne tirât rien de Znaym; qu’il suffit que ce cercle nourrisse son corps d’armée.

J’approuve que le colonel du 65e recrée des compagnies pour compléter son 4e bataillon.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Je vous envoie des états de situation pris sur des courriers autrichiens. Envoyez-les au duc de Danzig, au vice-roi et au général Rusca. Le duc de Danzig reconnaîtra que le général Buol n’a sous ses ordres que 2,600 hommes; le général Rusca y verra que le colonel Leiningen n’a pas plus de 600 hommes dans le midi du Tyrol. Envoyez aussi ces états au roi de Wurtemberg et au général Beaumont, qui verront que dans le Vorarlberg les Autrichiens n’ont que 280 hommes.

En envoyant au général Rusca la lettre du général Gyulai pour prendre possession du fort de Sachsenburg, faites-lui connaître qu’il ait à signifier, soit aux 600 Autrichiens du colonel Leiningen qui sont dans le midi du Tyrol, soit à ceux de la colonne du général Schmidt, que vous leur donnez tant de temps pour se retirer conformément l’armistice; que, passé ce temps, ils seront considérés comme ayant désobéi aux ordres de leur gouvernement. La moitié de la division Severoli, qui doit rester au général Rusca, lui fournira suffisamment de monde pour occuper avec 2,000 hommes le fort de Sachsenburg, inquiéter les Tyroliens du côte de Brixen et du Pusther Thal, procéder au désarmement, prendre des otages et rétablir la tranquillité.

Vous aurez soin de recommander au général Rusca d’exiger qu’on lui laisse toutes les pièces qui composent l’armement du fort de Sachsenburg et de ne laisser emporter du Tyrol aucune arme, fusils ni munitions. Les Autrichiens doivent avoir à Sachsenburg un amas de fusils dont il faut s’emparer.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté l’état des troupes autrichiennes qui sont dans le Vorarlberg. Elle y verra que l’ennemi n’y a jamais eu plus de 600 hommes, dans le haut Tyrol plus de 2,500 hommes, et dans le bas Tyrol 800. Le duc de Danzig se porte à Innsbruck, où il sera déjà arrivé quand Votre Majesté recevra cette lettre. Il s’y porte avec 18,000 hommes. Le général Rusca, qui est à Klagenfurt et qui a pris possession du fort de Sachsenburg, se porte de là dans le bas Tyrol. Le général Beaumont et tout ce que la Bavière a réuni doivent s’y porter par Scharnitz et par les débouchés.

Si les 2,500 Autrichiens qui sont dans le Tyrol veulent profiter de l’armistice, on les laissera sortir; sans quoi, on les fera prisonniers de guerre. Je compte sur les 8 ou 9,000 hommes que Votre Majesté a sous ses ordres; le général Beaumont y joindra un millier de dragons, pour déboucher par le Vorarlberg. Il est probable que le peu d’Autrichiens qui s’y trouvent, apprenant la prise d’Innsbruck, l’évacueront; sans quoi, Vôtre Majesté doit les faire prisonniers. Je serais fâché que Votre Majesté écoutât de petites raisons de rivalité et prêtât l’oreille aux propos qui lui reviennent de la Bavière. Elle doit donner ordre à ses troupes de se porter sur Bregenz aussitôt qu’on saura l’entrée à Innsbruck. J’espère qu’elle m’apprendra qu’avant le 4, ou le 6 août, elle est maîtresse de Bregenz et du Vorarlberg.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

À Fouché

Je vous envoie un numéro de la Gazette de France, où vous verrez un nouvel article de Berlin. Donnez ordre, au reçu de cette lettre, que le rédacteur soit arrêté et mis en prison, pour avoir mis dans son journal plusieurs articles de Berlin dont le but est de mettre du doute dans l’alliance de la France et de la Russie et d’injurier nos alliés. Vous retiendrez ce rédacteur pendant un mois en prison, et vous en nommerez un autre à sa place.

Vous me ferez connaître de quelles sources proviennent ces articles. En général, on dirige horriblement les journaux. On effraye, depuis deux mois, le continent de la grande expédition anglaise.

On dirait, en vérité, qu’à la police on ne sait pas lire; on n’y pourvoit à rien.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809.

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne

Je vous envoie des lettres interceptées qui vous feront connaître la situation des ennemis dans le Tyrol. Vous y verrez que le général Buol n’a que 2,000 hommes; que, dans le Vorarlberg, il n’y a que 600 hommes et que le reste est du côté de Sachsenburg; que les Tyroliens n’ont jamais eu plus de 12,000 paysans armés. La division du prince royal, celle du roi, celle de Rouyer et celle du colonel d’Arco, enfin celle de Beaumont, doivent vous faire 18 à 20,000 hommes. J’espère donc que vous m’apprendrez bientôt que vous avez battu, dispersé et désarmé le pays. Il faut que tout ce qui a été chef soit otage et envoyé à la citadelle de Strasbourg; enfin que vous fassiez des exemples des meneurs et brûliez les principaux villages. Quant aux Autrichiens qui sont dans le Tyrol, vous leur donnerez tant d’heures pour déclarer s’ils veulent profiter de l’armistice et évacuer le TyroL S’ils s’y refusent, vous en ferez sévère justice, comme d’hommes qui ont désobéi à leur gouvernement.

 

Schönbrunn, 27 juillet 1809.

A Alexandre 1er, empereur de Russie, à Saint-Petersbourg

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté Impériale la copie d’une lettre que m’a écrite l’empereur d’Autriche et ma réponse (voir 22 juillet).

Champagny envoie à Caulaincourt une note (voir 24 juillet) que j’ai cru devoir faire remettre en même temps. Il me paraît y avoir des divisions entre le cabinet et la cour; les princes de la Maison ne sont pas d’accord. J’ignore donc où tout ceci nous conduira. Si les hostilités doivent recommencer, il serait à désirer que l’armée de Votre Majesté pût agir activement et d’une manière plus immédiate. Jusqu’à cette heure j’ignore où elle est, sa force et les intentions précises de Votre Majesté sur elle. Aussitôt que je connaîtrai l’intention du cabinet d’Autriche, j’en ferai part à Votre Majesté. Je charge spécialement le prince Gagarine de réitérer à Votre Majesté l’assurance de mes sentiments pour elle et de mon inviolable amitié.

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général La Riboisière, je vois qu’il y a à Laybach trente-six bouches à feu de 12 et de 18. On peut en envoyer huit au château de Graz et douze à Klagenfurt. Il en restera encore seize pour Laybach, ce qui est plus que suffisant. Des huit obusiers qui se trouvent à Laybach, il faut en retirer deux et en laisser six. Je pense qu’il faut retirer de Passau les quatre pièces de 12, les dix-neuf pièces de 6, les trois pièces de 3, et, sur les quatorze obusiers qui s’y trouvent, au moins six; ce qui fera trente-deux pièces à tirer de Passau, et, avec les dix-huit pièces tirées de Graz, et les six obusiers qu’on retire de Laybach, cinquante-six pièces de canon. Ce sera autant de moins à envoyer de France sur les quatre-vingt-six que j’ai demandées. Les cent dix-huit pièces qui sont à Vienne me paraissent nécessaires pour la tête de pont de Spitz, les îles environnantes et pour la place de Vienne, surtout vu les dix pièces de 6 que l’on devra retirer de Graz et ce qu’on sera obligé d’envoyer encore pour compléter l’armement de Raab. Peut-être même aura-t-on besoin de douze ou quinze pièces pour le fort de Brünn. Ainsi il n’y a pas lieu d’envoyer des pièces de Vienne à Passau. Il faut faire venir à Passau des pièces de Kronach, Forchheim, Würzburg, et des places du haut Palatinat qui appartiennent à la Bavière, où il y a plus de pièces qu’il n’en faut.

On pourrait faire venir de ces places une trentaine de pièces de 24, de 16, des mortiers et un grand nombre d’autres pièces. Écrivez dans ce sens, que tout ce qui est strictement inutile à l’armement de ces différents forts soit dirigé sur Passau, qu’il faut armer fortement et de pièces de gros calibre.

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’ai reçu un fatras que vous m’avez envoyé sur le commerce des blés et qui est tout à fait ridicule. Je ne sais pourquoi on a commencé par là; il fallait commencer par me montrer l’alphabet.

C’est un bavardage d’économiste. Qui est-ce qui s’oppose en France au commerce des blés ? Qui est-ce qui s’oppose à l’exportation ? Ce n’est pas la loi du pays; ce sont les Anglais qui empêchent les neutres de venir dans nos ports et d’enlever nos bâtiments. Ces raisonnements sont pitoyables, mais ont un grand inconvénient: c’est d’encourager le commerce et régenter le gouvernement, de relever les discussions et de mettre de l’agitation dans les esprits. L’administration n’est point économiste.

Les principes sur le commerce des blés sont invariables: il y a exportation aussitôt qu’il y a des débouchés; il: n’y a pas d’exportation sans commerce avec l’étranger. Ces moyens de commerce, c’est l’Angleterre qui les empêche. J’ai tâché d’y suppléer par des licences, et, si l’on s’en sert, cela pourra remédier au mal.

Pour ce qui me regarde, je vous prie de ne pas m’envoyer de pareilles balivernes, je n’ai pas besoin du radotage ni des leçons de M. Dupont de Nemours (Pierre Samuel Dupont de Nemours, 1739-1817, économiste, disciple de Turgot, dont le Mémoire sur la Banque de France fut interdit en 1806) et de quelques négociants.

J’ai lu les lettres de la Chambre de commerce. Vous avez eu tort de la recevoir, et je suis fâché de voir la direction que vous donnez à l’intérieur. Nous n’avons pas besoin de leçons des chambres de commerce; et, si nous en avions besoin, ce n’est pas M. de Nemours qui nous en donnerait. Des conversations avec quelques négociants instruits peuvent être utiles; mais les déli- bérés des chambres sont toujours inutiles et ont de graves inconvénients.

Il faut que la chambre de commerce soit bien ignorante, si elle ne sait pas:

1. – que les Américains n’ont pas levé leur embargo pour la France ;

2. –  que je ne me suis jamais opposé à ce que les Américains vinssent dans mes ports; ce sont les Anglais qui s’y opposent.

L’acte d’empêchement a été levé pour la Hollande. Le roi a cru devoir le recevoir. J’ai cessé de permettre l’introduction des marchandises de Hollande en France, et je l’ai sommé de rapporter la mesure qu’il a prise, voulant que la France et la Hollande suivent le même principe; et certainement, si l’Angleterre veut laisser venir les bâtiments américains en France, je serai le premier à l’approuver.

La chambre de commerce ne sait rien et ne bavarde que préceptes.

Je vous prie de ne pas m’exposer à l’inconvénient de recevoir de pareils mémoires. Je vois que vous n’avez aucune expérience des affaires de l’intérieur: nous n’avons besoin d’aucune nouvelle législation en fait de commerce. La France souffre beaucoup, je le sais, non par la législation, mais par le blocus de l’Angleterre. Cela vient de ce que les pavillons danois, russes, prussiens, etc., comme ennemis, ne peuvent circuler, que les Américains ont mis l’embargo chez eux, puis après ont rendu un acte d’empêchement. Il n’y a pas de canal d’écoulement; on a cherché à y suppléer par des patentes ou des licences.

Faites-moi connaître l’effet de ces mesures, et n’agitez pas l’esprit du commerce par de folles et intempestives discussions. Ils bavarderont beaucoup et ne diront rien qui vaille: ils n’ont pas même les premières notions de la question

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Notre intention étant que le sieur Pellenc, du département des Bouches-du-Rhône, passé au service d’Autriche par les événements de la Révolution, rentre en France, et l’ayant en conséquence rayé de la liste des émigrés, et voulant rattacher à notre service, nous désirons que vous lui donniez dans votre ministère une place de secrétaire-interprète avec un traitement de 9,000 francs, et ce à compter de ce jour.

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire

Je reçois votre lettre du 22 juillet. Je suis fort aise que le conseiller d’État Jaubert ait été nommé subrogé tuteur des enfants du duc de Montebello. Ainsi tout se trouve arrangé conformément à mes désirs.

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police général, à Paris

Je vois dans le Publiciste du 22 une relation de la bataille de Wagram dans lequel on donne de grands éloges au prince de PonteCorvo, qui n’a rien moins que bien fait. D’où viennent donc ces nouvelles, et. ne pourrait-on pas s’en tenir aux renseignements officiels ?

Faites arrêter et conduire à Fénestrelle le cardinal Pacca; c’est un homme qui ne mérite aucun ménagement; faites aussi arrêter son neveu. Faites venir à Vincennes le nommé Cosme Pedicini, son secrétaire, afin d’avoir des renseignements.

 

Schönbrunn, 29 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il est nécessaire que le général Gouvion Saint-Cyr ne quitte point l’armée avant qu’il ait été remplacé par le duc de Castiglione.

Écrivez en Espagne qu’on n’entreprenne rien contre le Portugal pendant le mois d’août; cette saison est beaucoup trop chaude; mais qu’on se prépare à faire cette expédition en février.

Demandez un mémoire au Roi et au duc de Dalmatie sur l’ouverture de la campagne au mois de septembre; ils auront le temps de recevoir un ordre d’ici à cette époque.

P. S. Si cependant la maladie du général Gouvion Saint-Cyr était telle qu’il dût quitter, il rétablira, avant, la communication avec Barcelone, et laissera le commandement du corps d’année au général Duhesme.

 

Schönbrunn, 29 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Si vous avez occasion de voir le prince de Ponte-Corvo, témoignez-lui mon mécontentement du ridicule ordre du jour qu’il a fait imprimer dans tous les journaux, d’autant plus déplacé qu’il m’a porté pendant toute la journée des plaintes sur les Saxons. Cet ordre du jour contient d’ailleurs des faussetés. C’est le général Oudinot qui a pris Wagram le 6 à midi; le prince de Ponte-Corvo n’a donc pas pu le prendre. Il n’est pas plus vrai que les Saxons aient enfoncé le centre de l’ennemi le 5; ils n’ont pas tiré un coup de fusil. En général, je suis bien aise que vous sachiez que le prince de Ponte-Corvo n’a pas toujours bien fait dans cette campagne. C’est un homme usé, qui veut de l’argent, des plaisirs, des grandeurs, mais ne veut pas les acheter par les dangers et les fatigues de la guerre. La vérité est que cette “colonne de granit” a constamment été en déroute.

 

Schönbrunn, 29 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 22 relative à l’envoi des compagnies d’artillerie. Il en résulte que vous faites partir de suite la 10e compagnie du 8e régiment, qui est à Calais; les 13e et 15e compagnies du même régiment, qui sont à Boulogne; les 17e et 18e du 6e régiment, qui sont à Brest; la 6e du 3e, qui est à l’île de Groix; les 3e, 7e et 16e du 3e régiment, qui sont à l’île d’Aix; ce qui fait neuf compagnies qui partent de suite des côtes de l’Océan; que vous en faites partir des côtes de la Méditerranée quatre, de l’île d’Elbe une, de Toulouse deux, et d’Alexandrie deux; ce qui fait dix-huit compagnies. C’est plus qu’il ne m’en faut. Il faut donner contre-ordre aux compagnies qui restent à Flessingue, à Terneuse, à Cadzand, à Cherbourg, à Boulogne, à l’île d’Yeu et partout ailleurs. Dix-huit compagnies me suffisent, puisque, indépendamment de celles-là, il m’en est arrivé plusieurs depuis la bataille, qu’il m’en arrive quatre d’Italie et deux d’Espagne; ce qui me fera vingt-quatre; je n’ai pas besoin d’un plus grand nombre.

Ce dont j’ai besoin, c’est de compléter les officiers. Faites rejoindre tous les capitaines en second, et tirez de l’école de Metz quarante ou cinquante jeunes gens pour compléter les lieutenants en second.

Faites partir des dépôts tout ce qu’il y a de disponible pour compléter les compagnies à 100 et à 120 hommes. Mon intention est qu’il ne reste à Magdeburg qu’une compagnie française, une à Stettin, une à Küstrin et une à Glogau, et qu’il n’y en ait ni à Danzig ni à Stralsund; ce qui rendra encore quatre compagnies disponibles. Quant au train, envoyez à Strasbourg deux milliers d’hommes, qui y prendront des chevaux et rejoindront de là l’armée. Au moyen de ces précautions, je serai bien en personnel d’artillerie et je n’aurai rien à désirer. L’extraction de France d’un plus grand nombre de compagnies d’artillerie affaiblirait sans raison des points importants de la côte.

 

Schönbrunn, 30 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc d’Abrantès de prendre le commandement des pays compris entre le Rhin, la Bohême et la Saxe. Les provinces de Hanau, de Würzburg, de Bamberg, de Bayreuth, de Fulde, d’Erfurt, seront sous ses ordres, ainsi que les forteresses de Würzburg, de Forchheim, de Kronach, de Bamberg et d’Erfurt.

Vous lui ferez connaître que je consens que le bataillon du 14e de ligne qui fait partie de la 5e demi-brigade provisoire et le bataillon du 84e qui fait partie de la même demi-brigade, et qui ont leur régiment en Espagne, soient joints à la division Rivaud, en en attachant un à la brigade Lameth et un à la brigade Taupin. Vous donnerez l’ordre au duc de Valmy de diriger sur Bayreuth tous les détachements appartenant aux 14e et 34e qui feraient partie du bataillon de marche de la 2e division militaire, qui sont destinés pour Vienne; ces détachements serviront à compléter ces deux bataillons. Vous ferez connaître également au duc d’Abrantès que, aussitôt que le Tyrol sera soumis, la brigade bavaroise qui est sous ses ordres sera portée à 4,000 hommes d’infanterie et à douze pièces de canon. Vous lui donnerez l’ordre qu’aussitôt que l’expédition anglaise, qui a dû partir le 25 juillet des Dunes, se sera dirigée sur l’Espagne, comme cela est probable, et non sur le Nord, il dirige sur Ratisbonne les 5e, 10e et 18e demi-brigades provisoires. Vous me ferez connaître le jour où elles y arriveront, afin que je donne des ordres pour leur direction sur Vienne. Vous lui donnerez l’ordre d’échanger le matériel et le personnel de son artillerie contre le matériel et le personnel d’artillerie qu’il trouvera à Würzburg. Vous l’autoriserez à employer le général Menard dans la division Rivaud et à le remplacer dans le commandement de la citadelle de Würzburg par le général Lameth.

Vous l’autoriserez à parcourir toutes les places bavaroises du haut Palatinat, pour en tirer des détachements pour renforcer sa brigade bavaroise ou la composer d’anciens soldats. Vous l’autoriserez à tirer de Hanau les six pièces d’artillerie du duché de Berg. Au moyen de ces dispositions, le duc d’Abrantès aura sous ses ordres onze bataillons français, formant 6 à 7,000 hommes, quatre bataillons bavarois formant 4,000 hommes, trois régiments provisoires de dragons français, le régiment de chasseurs du duché de Berg et trente pièces de canon. La division Lagrange reste composée du 65e, qui sera bientôt à 4,000 hommes, et du 4e bataillon du 46e. J’enverrai cette division le joindre, aussitôt que j’apprendrai l’issue de l’expédition du Tyrol. J’attends, pour disposer de la division hollandaise, du régiment d’infanterie du grand-duché de Berg, des troupes saxonnes et du contingent de Westphalie, que je connaisse la direction qu’aura prise l’expédition anglaise; et si, comme je le pense, elle s’est dirigée sur le Midi, je renforcerai le corps du duc d’Abrantès de 5,000 Hollandais, de 3,000 Saxons et de 3 à 4,000 Westphaliens; de sorte que, si les hostilités recommencent, il pourra entrer en Bohême avec 25 à 30,000 hommes et manœuvrer selon les circonstances. Vous lui écrirez que je demande au grand-duc de Hesse-Darmstadt deux bataillons et quatre pièces de canon. Il pourra réunir ces deux bataillons à la division Lagrange, aussitôt qu’elle l’aura rejoint. Vous écrirez à cet effet à Darmstadt pour que le grand-duc complète son contingent et pour qu’il envoie à Bayreuth deux bataillons. Vous laisserez, au duc d’Abrantès la facilité de retirer de la citadelle d’Erfurt le bataillon du prince Primat, en y laissant une garnison suffisante pour être maître de la citadelle. Enfin, les affaires du Tyrol étant finies, je verrai si l’on ne pourrait pas lui donner une brigade wurtembergeoise pour renforcer d’autant son corps d’armée.

P. S. Le major général expédiera ces ordres par un officier qui rapportera des nouvelles de ce qui se passe. Il mandera au duc d’Abrantès qu’il est très-important qu’il envoie fréquemment des courriers pour donner des nouvelles de la Bohême et de Dresde.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 30 juillet 1809

ORDRES

1° – Les inspecteurs, sous-inspecteurs et commissaires des guerres de la Garde impériale seront cantonnés dans les villages avoisinant les camps.

2° – Avant le 4 août, les livrets des soldats seront arrêtés jusqu’au 1er juillet. Tous les objets qui auront été donnés au soldat y seront portés, même ceux donnés en gratification, qui y seront portés pour mémoire.
Les colonels et les majors commandant les différents régiments feront l’inspection des livrets et vérifieront les chiffres de plusieurs.

A dater du 5 août, tous les soldats qui viendront défiler la parade porteront leurs livrets, Sa Majesté voulant les vérifier elle-même.

3° Des mesures seront prises pour qu’avant le 5 août la solde soit payée jusqu’au 1er juillet.

4° Sa Majesté autorise qu’il soit fait une retenue de trois sous en faveur de la masse de linge et chaussure pour les régiments de tirailleurs et conscrits; ce qui, avec la retenue d’un sou de masse de linge et chaussure, la portera à quatre sous pour les régiments de conscrits de la Garde, et ce, pendant tout le temps qu’ils auront les vivres de campagne et jusqu’à ce que les masses soient complètes.

 

Vienne, 30 juillet 1809

TRENTIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Le 9e corps que commandait le prince de Ponte-Corvo a été dissous le 8. Les Saxons qui en faisaient partie sont sous les ordres du général Reynier. Le prince de Ponte-Corvo est allé prendre les eaux.

Dans la bataille de Wagram, le village de Wagram a été enlevé le 6, entre dix et onze heures du malin, et la gloire en appartient tout entière au maréchal Oudinot et à son corps.

D’après tous les renseignements qui ont été pris, la Maison d’Autriche se préparait à la guerre depuis près de quatre ans, c’est-à-dire depuis la paix de Presbourg. Son état militaire lui a coûté, pendant trois années, 500 millions de francs chaque année. Aussi son papier monnaie, qui ne se montait qu’à un milliard de francs lors de la paix de Presbourg, passe-t-il aujourd’hui deux milliards.

La Maison d’Autriche est entrée en campagne avec soixante-deux régiments de ligne, dix-huit régiments des frontières, quatre corps francs ou légions, ayant ensemble un présent sous les armes de 310,000 hommes; cent cinquante bataillons de landwehre, commandés par d’anciens officiers et exercés pendant dix mois, formant 150,000 hommes; 40,000 hommes de l’insurrection hongroise, et 60,000 hommes de cavalerie, d’artillerie et de sapeurs; ce qui a porté ses forces réelles de 5 à 600,000 hommes. Aussi la Maison d’Autriche se croyait-elle sûre de la victoire. Elle espérait balancer les destins de la France, lors même que toutes nos forces auraient été réunies, et elle ne doutait pas qu’elle ne s’avançât sur le Rhin, sachant que la majeure partie de nos troupes et nos plus beaux régiments étaient en Espagne. Cependant ses armées sont aujourd’hui réduites à moins du quart, tandis que l’armée française est double de ce qu’elle était à Ratisbonne.

Ces efforts, la Maison d’Autriche n’a pu les faire qu’une fois. C’est un miracle attaché au papier-monnaie. Le numéraire est si rare, que l’on ne croit pas qu’il y ait dans les États de cette monarchie 60 millions de francs en espèces. C’est ce qui soutient le papier-monnaie, puisque près de deux milliards, qui, moyennant la réduction au tiers, ne valent que 6 à 700 millions, ne sont que le signe nécessaire à la circulation.

On a trouvé dans la citadelle de Graz vingt-deux pièces de canon.

La forteresse de Sachsenburg, située aux débouchés du Tyrol, a été remise au général Rusca.

Le duc de Danzig est entré en Tyrol avec 25,000 hommes. Il a occupé, le 28, Lofer, et il a partout désarmé les habitants. Il doit en ce moment être à Innsbruck.

Le général Thielmann est entré à Dresde.

Le duc d’Abrantès est à Bayreuth. Il a établi ses postes sur la frontière de la Bohême.

 

Schönbrunn, 30 juillet 1809

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne

Je reçois au moment même votre lettre du 28 à cinq heures et demie du matin. Je vois que les communes du Taufers se sont soumises; je suis fâché que vous ne les ayez pas punies. Mon intention est que, au reçu de la présente, vous exigiez qu’on vous livre 150 otages pris dans tous les cantons du Tyrol, que vous fassiez piller et brûler au moins six gros villages dans tout le Tyrol et les maisons des chefs, et que vous déclariez que je mettrai le pays à feu et à sang, si l’on ne me rapporte pas tous les fusils, et au moins 18,000, et autant de paires de pistolets que je sais y exister. Vous ferez conduire les 150 otages, sous bonne et sûre escorte, dans la citadelle de Strasbourg. Lorsque j’ai fait mon armistice, ç’a été principalement pour soumettre le Tyrol. Je crains, après ce qui est arrivé à Taufers, que vous vous laissiez duper par cette canaille, qui, lorsque vous aurez le dos tourné, recommencera de plus belle. On a massacré dans le Tyrol des Français et des Bavarois; il faut en tirer vengeance et faire des exemples sévères. Quant aux Autrichiens, je vous ai fait connaître mes intentions. Ils doivent avoir connaissance de l’armistice; ce sont des gens d’une insigne mauvaise foi; ils n’ont que trop de relations avec le quartier général autrichien. Pas de parlementage ! S’ils n’évacuent pas promptement le pays, faites-les arrêter. Ce sont des espèces de brigands; ils ont autorisé les massacres. Ordonnez donc que 150 otages vous soient remis, qu’on vous livre les plus méchants et tous les fusils, au moins jusqu’à la concurrence de 18,000. Faites la loi que toute maison dans laquelle un fusil sera trouvé sera rasée; que tout Tyrolien sur lequel un fusil sera trouvé sera passé par les armes. La clémence et la miséricorde ne sont pas de saison avec ces brigands. Vous avez des forces dans les mains, soyez terrible, et agissez de manière qu’on puisse retirer du Tyrol une partie de vos troupes, sans avoir à craindre qu’ils recommencent de plus belle. Il faut qu’il y ait six gros villages pillés et brûlés, mais de manière qu’il n’en reste pas de vestiges et qu’ils soient un monument de la vengeance envers ces montagnards. Mon officier d’ordonnance l’Espinay vous a porté mes ordres. Il me tarde d’apprendre que vous ne vous êtes pas laissé attraper et que vous n’avez pas rendu nul mon armistice; car, le principal avantage que j’ai voulu en tirer, c’est de profiter des six semaines qu’il me donne pour soumettre le Tyrol. Envoyez des colonnes sur Brixen.

 

Schönbrunn, 31 juillet 1809.

Au général comte Bertrand, commandant le génie militaire de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général Bertrand, vous ne me rendez pas compte de la place de Klagenfurt. Cependant la communication est ouverte depuis longtemps. Le temps se passe et rien ne se fait pour la mise en état de défense de cette place que je regarde comme importante.

(même lettre au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée)


Schönbrunn, 1er août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Tout officier d’artillerie qui donne des cartouches qui ne sont pas de calibre, qui donne des pièces folles ou hors de service, ou des affûts hors d’état de faire la campagne, mérite la mort. Je ne puis qu’être extrêmement mécontent des principes que contient votre lettre du 25 juillet; quand on n’a pas d’artillerie en état de servir, on n’en donne pas, car il vaut mieux n’avoir pas d’artillerie que d’en avoir de mauvaise, qui compromet la vie des hommes et l’honneur des armes.

Mettez ces principes à l’ordre, pour qu’ils soient connus de toute l’armée, et faites arrêter le directeur de Mayence, qui a donné au corps de réserve commandé par le duc d’Abrantès des affûts hors d’état de servir.

Je ne puis pas entrer dans tous les détails; les fonds de l’artillerie ne peuvent pas être augmentés; mais c’est à vous à varier les dépenses, à faire faire des affûts de campagne au lieu d’affûts de côtes, à avoir des canons de fer coulé si vous n’en pouvez pas avoir de cuivre, enfin à employer les sommes disponibles à ce que le service a de plus urgent. Si j’avais à former un équipage d’artillerie de trente pièces de campagne dans la seule 26e division militaire, je ne serais pas embarrassé. Nous avons une infinité de petites places où on peut trouver des pièces; mais l’artillerie, qui ne sait pas les trouver, a préféré donner de l’artillerie prussienne au corps de réserve. Dans la seule ville de Mayence, il est impossible qu’il n’y ait pas trente à quarante pièces de campagne. Il est vrai que ces bouches à feu peuvent être portées dans les états comme destinées à la défense de la place, mais il valait bien mieux les donner que de mettre le duc d’Abrantès dans le cas de se trouver sans artillerie au moment d’une bataille. De tous les pays de l’Europe, la France est celui où il y a le plus de canons, de caissons, de voitures d’artillerie et de tout. Je ne reviens plus sur ce que je vous ai demandé d’artillerie; je vous ai écrit que j’avais mille voitures d’artillerie de plus qu’il ne me fallait; que ce dont j’avais besoin, c’étaient des pièces.

Les principes de votre bureau d’artillerie ne sont pas assez clairs; il suppose qu’en campagne toutes les munitions doivent être sur des chariots; ce qui n’est pas exact. Un approvisionnement et demi ou deux approvisionnements sont suffisants sur des chariots; mais le surplus des munitions1mnilions de réserve doit être mis dans des caisses pour être transporté par eau ou traîné sur des voitures du pays. Depuis que je suis à Vienne, j’ai tiré plus de 200,000 coups, mais pour cela je n’ai pas eu assez des caissons. Il est donc clair qu’il suffit d’avoir dans des caisses les munitions qui doivent remplacer. Dans ce moment j’ai à Vienne 150,000 coups à balles et à boulet; cet approvisionnement sera bientôt porté à 200,000 coups, et cependant j’estime que j’ai des caissons beaucoup plus qu’il ne m’en faut. L’inconvénient d’un trop grand nombre de caissons, c’est de ruiner la France, d’exposer à des événements, d’être très coûteux et excessivement embarrassant.

Enfin mille voitures ne doivent pas coûter plus de 6 ou 700,000 francs, ce qui, après tout, n’est pas une dépense énorme. Je dépense beaucoup d’argent et j’entends toujours des plaintes de l’artillerie: c’est que, je crois, tout cela est mal compris et que notre matériel d’artillerie manque de principes.

Il me semble que ce qui est relatif à l’équipage de campagne doit passer avant tout, et en général le matériel de l’artillerie de l’armée n’est pas assez bien tenu.

NOTE POUR LE PRINCE CAMBACÉRÈS, ARCHICHANCELIER DE L’EMPIRE, A PARIS

Sa Majesté s’est réservé des biens en Espagne. Elle s’est réservée en Allemagne un grand nombre de domaines et des créances considérables, notamment celles de l’ancien électeur de Hesse. Elle s’est aussi réservée dans le royaume d’Italie et dans celui de Naples des droits qui ont une valeur assez importante.

Elle a senti la nécessité d’établir à côté de la caisse d’amortissement une caisse de l’extraordinaire, à la tête de laquelle elle a placé M. la Bouillerie pour suivre ses différents intérêts. Mais M. la Bouillerie est plutôt administrateur chargé des opérations de la caisse, des conversions et de la perception des intérêts, qu’il ne peut véritablement l’être de suivre la correspondance avec l’Espagne, l’Allemagne et l’Italie sur des intérêts si variés et susceptibles de tant de contestations, d’explications et d’arrangements. Le ministre des finances ne peut suivre ces affaires et ne les suit pas, parce qu’elles l’entraînent dans des rapports trop éloignés et qui n’ont aucune relation avec les nombreux détails de son ministère.

Il paraît donc nécessaire de créer auprès de la caisse de l’extraordinaire plusieurs administrateurs qui seraient chargés de suivre ses intérêts, de les débattre, de les faire valoir, et à la tête desquels serait un conseiller d’État, ou tout autre homme important, qui pourrait travailler avec l’Empereur sur cet objet, devenu tellement considérable qu’il est désormais difficile qu’un caissier ou un administrateur purement financier suffise à tout ce qu’il exige.

Les contributions de la troisième coalition donnent lieu à beaucoup d’affaires contentieuses; avant que celles de la quatrième soient acquittées, il y aura eu aussi beaucoup d’affaires de cette nature à discuter et à régler. On ne croira pas qu’un seul administrateur d’une caisse puisse statuer sur tous ces objets, et, sous tous les rapports, l’établissement d’une administration spéciale paraît indispensable.

Renfermer dans un simple établissement d’ordre intérieur et de comptabilité des affaires aussi étendues, c’est paraître vouloir cacher quelque chose au public, et toutes les choses masquées sont de mauvaise administration.

Sa Majesté désire donc que Son Altesse établisse sur cela une théorie, fasse un rapport et propose un projet de décret.

Dans un projet de sénatus-consulte que Son Altesse a fait lire à l’Empereur, on disait que le domaine de l’Empereur se compose de contributions levées sur l’ennemi. Ce principe était fort clairement établi et assez d’accord avec les principes de la monarchie.

Mais cette affectation si positive d’une chose appartenant à l’Empereur et non à la nation était un peu trop tranchante, car l’Empereur ne fait la guerre qu’avec les moyens et l’argent de la nation. Il faudrait donc établir que le domaine de l’Empereur consiste dans la liste civile, dans les acquisitions qu’il fait, etc. Dire ensuite que l’Empereur a l’administration des pays non réunis, et ajouter, sans se jeter dans la question de la propriété, qu’il est le seul administrateur des contributions et autres droits qu’il s’est réservés sur les pays étrangers par les traités et par quelque acte que ce soit. Cette rédaction devrait être faite avec soin et conçue de manière qu’en statuant qu’aucun ambassadeur, qu’aucun général ne peut prétendre aux droits réservés sur les pays conquis, elle établisse en même temps que la cour des comptes ni aucune autre autorité ne peuvent intervenir dans ces affaires. Ce principe, étant posé par un sénatus-consulte, pourrait servir de base à une théorie d’après laquelle on organiserait, sous l’autorité supérieure de l’intendant de la Couronne ou de tout autre, et à côté du trésor de la Couronne, une administration de l’extraordinaire.

Sa Majesté désire que Son Altesse médite ces idées, les coordonne dans un projet qui satisfasse à tout.

Il est indispensable de mettre de la légalité et de l’ordre dans cette masse de biens que Sa Majesté s’est réservés, qu’elle a donnés ou qu’elle veut donner encore à ceux de ses serviteurs qui se sont distingués, et où, par l’absence d’une bonne théorie, tout est difficile, parce que rien n’est soumis à une administration réglée et que rien ne se fait d’une manière régulière et publique.

Toutes les fois que dans une loi ou sénatus-consulte on voudra donner à l’Empereur des propriétés autres que sa liste civile et ses acquisitions, on trouvera des embarras et des contrariétés. Mais toutes les fois qu’on le chargera d’administrer ou de réglementer telle partie, on sera d’accord.

Le Sénat ni le Corps législatif ne cherchent point à se mêler ni des choses militaires ni de l’administration des pays conquis. L’Empereur ne peut donner un seul arpent du domaine national, ni même du domaine de sa liste civile. Établir le contraire ce serait aller contre tous les principes. Mais dire qu’il réglemente et régit par les agents ou les ministres qu’il choisit les contributions des pays conquis; qu’il en dispose à sa volonté pour encourager et récompenser, ou qu’il en fait verser le montant soit au trésor, soit à différentes administrations, ou qu’il l’emploie à des travaux pour l’embellissement ou l’amélioration du territoire, ce n’est pas faire autre chose que mettre en principe ce qui existe aujourd’hui, et établir, d’après des faits que personne ne désapprouve, une théorie qui n’est contestée par personne.

 

Schönbrunn, 2 août 1809

Au chef d’escadron de Turenne, à Vienne

M. le chef d’escadron Turenne se rendra en Italie. Il m’écrira de Klagenfurt pour me faire connaître la situation de cette place, sous le rapport de l’armement, de l’approvisionnement et de la garnison. De là il ira à Villach, d’où il me fera connaître si mes troupes ont occupé Sachsenburg et tout ce qui est relatif à ce fort. Il se rendra ensuite à Osoppo, d’où il m’enverra l’état des troupes de toutes armes qui y ont passé depuis la bataille pour rejoindre l’armée, et l’état de situation du fort de Malborghetto, armement, approvisionnement et garnison. Il continuera sa route sur Udine, Palmanova, Goritz et Gradisca. Il m’écrira de ces villes. Il me rendra compte de la situation de Palmanova, des motifs qui retiennent dans cette place le coq)~ venant des 27e et 28e divisions militaires et l’empêchent de filer sur l’armée.

Il se rendra à Vérone et tâchera d’avoir connaissance d’une colonne de 800 hommes de cavalerie aux ordres du chef d’escadron Canino, qui doit y arriver le 4 août.

Il se mettra à la tête de 800 hommes de la 16e demi-brigade provisoire, de 1,400 hommes de la 17e idem; de 320 hommes de la 3e compagnie de pionniers, de 180 hommes de la 3e compagnie du régiment de pionniers, de 400 hommes du bataillon de marche de la 27e division militaire, de 400 hommes du bataillon de marche de la 28e division et de 120 hommes du 9e bataillon d’équipages militaires, indépendamment de ce que les dépôts de cavalerie du Piémont pourront encore fournir. Cette colonne de 4,000 hommes doit être réunie, du 23 au 25 août, à Osoppo.

M. le chef d’escadron Turenne ira à Turin et à Alexandrie pour accélérer le départ de ces troupes et s’assurer qu’elles partent en bon état. Il joindra à cette colonne tout ce que le général Caffarelli pourra faire partir pour cette époque des dépôts d’Italie, infanterie, cavalerie et artillerie.

Avec cette colonne il entrera en Allemagne par Villach, Klagenfurt. Il tiendra la main à ce qu’elle marche en ordre, couche toute dans le même endroit et soit toujours en mesure contre les événements imprévus. Il profitera de toutes les occasions pour donner de ses nouvelles, afin qu’il puisse recevoir des ordres et que sa marche puisse être dirigée selon les circonstances.

Il m’écrira d’Italie tous les soirs sur ce qu’il verra et apprendra.

 

Schönbrunn, 3 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 27. Je vois avec plaisir que vous avez fait partir huit bouches à feu; mais, depuis, l’occupation de Graz a mis dix-huit pièces à ma disposition; j’en ai trouvé à Passau, de sorte que je puis me passer d’une quarantaine des pièces que vous envoyez.

Si elles ne sont pas encore parties de Strasbourg, il faut les y laisser; si elles sont parties, il faut les arrêter à Augsburg, pour y être en dépôt pour tout événement.

Nous avons à l’armée 92,000 coups à tirer, 45,000 confectionnés, 60,000 projectiles, indépendamment des 65,000 que vous envoyez.

J’en ai fait venir d’Italie, j’en ai trouvé à Graz. Quant aux cartouches d’infanterie, j’en ai plus qu’il ne m’en faut.

Je vois, par votre lettre du 29, que les compagnies à pied d’artillerie continuent leur marche pour l’Allemagne, savoir: les 10e, 13e et 16e du 8e d’artillerie à pied; les 5e, 16e et 18e du 6e régiment; la 4e du 4e régiment; les 6e, 11e et 13e du 3e régiment. Dans ces dix compagnies ne sont pas comprises les quatre du 4e régiment qui arrivent dans deux ou trois jours à Vienne. Moyennant cette augmentation, le personnel de mon artillerie sera sur le pied le plus respectable et au delà de mes besoins. J’ai aussi reçu de nombreux convois de conscrits canonniers qui ont réparé mes pertes. J’attends que vous envoyiez des bataillons du train 1,500 ou 2,000 hommes; que vous envoyiez encore des dépôts de canonniers de quoi compléter les compagnies que vous envoyez, et enfin des dépôts des six régiments à cheval de quoi compléter ce que nous avons. Du reste, l’artillerie n’a jamais été plus respectable. J’ai de quoi donner trois grandes batailles et mettre en batterie cinq cents pièces de canon de campagne et trois cents dans mes places. L’artillerie a de quoi faire face à tout.

 

Schönbrunn, 3 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je suis surpris que, par votre lettre du 1er août, vous m’adressiez un rapport de l’intendant de l’armée d’Italie. Ignorez-vous qu’il n’y a plus d’armée d’Italie ? C’est l’intendant général seul qui doit correspondre avec vous, et vous ne devez point recevoir de rapport de l’ordonnateur de l’armée d’Italie. Cela met du retard dans les affaires et me donne un embarras inutile.

 

Schönbrunn, 3 août 1809

Au maréchal Oudinot, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Leopolstadt

Mon Cousin, l’armée autrichienne a abandonné la Bohême. Il paraît qu’elle a porté sa gauche à Komorn et sa droite à Olmutz.

Cette nouvelle situation des choses rend nécessaire la surveillance sur toute la ligne de la March. Faites rentrer les cuirassiers dans l’intérieur de la ligne, et faites border la March, depuis les frontières de la Moravie et le lieu où finissent les postes du duc d’Auerstaedt jusqu’au Danube, par votre cavalerie légère. Placez les quartiers des trois colonels de votre brigade de cavalerie légère à égale distance, et que chaque colonel ait l’instruction de surveiller rigoureusement et de faire tous les jours un rapport sur ce qui se passe sur la frontière. Nos postes sont sur la rive droite de la March; cela n’empêche pas les patrouilles d’aller jusqu’à l’extrémité de la ligne de démarcation. Il doit y avoir de fréquentes communications d’une rive à l’autre.

S’il arrive de la Hongrie des particuliers intelligents, faites-les interroger aux postes de votre cavalerie légère, et, s’il est nécessaire, faites-les venir à votre quartier général. Vous devez me donner tous les jours des nouvelles de ce qui se passe en Hongrie. Comme cette cavalerie légère est sous vos ordres, veillez à ce qu’elle soit bien postée, et ayez l’œil sans affectation à ce qu’elle fasse bien son devoir.

Faites visiter les postes par des officiers d’état-major, car, s’il se formait des rassemblements vers les monts Karpathes, il faut m’en prévenir. Mettez-vous en correspondance avec le général Reynier, qui a des postes jusqu’à Sankt-Johann.

 

Schönbrunn, 3 août 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Brünn

Mon Cousin, vous ne me donnez point de nouvelles de ce que fait l’ennemi. Le corps du duc de Rivoli est le seul de qui j’en reçoive.

Cela est contre votre ordinaire. Ne négligez pas de m’envoyer tons les renseignements que vous pouvez vous procurer.

L’ennemi fait, dit-on, un camp retranché devant Olmutz; il a évacué la Bohême et se porte en Hongrie. Faites-moi connaître fout ce que vous apprenez.

Il ne faut pas que les régiments aient plus de deux pièces; renvoyez au général la Riboisière les pièces que vous auriez en sus, pour qu’il les donne aux régiments qui en manquent. Gardez de préférence des pièces de 3, qui sont les vraies pièces de régiment.

Le major général vous écrit pour faire raser les ouvrages de Göding.

Faites travailler à mettre le château de Brünn en état de défense; j’enverrai de l’artillerie plus tard.

 

Schönbrunn, 3 août 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général Bertrand, je juge convenable de vous faire connaître mes intentions sur les ponts du Danube, pour que vous puissiez vous régler en conséquence. Il serait possible que le 1er septembre les hostilités recommençassent. Il est nécessaire que, pour cette époque, 1° la tête de pont de Spitz (Jedlersdorf am Spitz) soit armée avec ses redoutes; 2° que le pont de pilotis de Vienne soit entièrement terminé, car, une fois qu’il sera fait, mon intention est de détruire les ponts de l’île Lobau, préférant le pont de Vienne à tout autre pont, vu que, du moment que les hostilités recommenceraient, j’ordonnerais l’armement de Vienne; ce qui, avec la tête de pont, me formerait une position sur la droite et sur la gauche du Danube. Il faut que vous visitiez les ouvrages que les Autrichiens avaient faits pour enfermer le faubourg de Leopolstadt, afin de voir ce qu’il y a à faire pour avoir un ouvrage avec réduit ou tête de pont, pour que, en supposant que l’ennemi passât dans le Pirater à l’endroit où nous avons passé et qu’il s’empare du faubourg de Leopolstadt, ce qui le mettrait dans le cas de bloquer la ville, il ne pût s’emparer de notre pont, et qu’il y eût pour ce cas une tête de pont sur la rive droite du premier bras. Une tête de pont de deux cents toises de développement me paraît là suffisante. Il suffit aujourd’hui qu’elle soit tracée, et, lorsqu’il y aura de fortes probabilités que les hostilités doivent recommencer, on travaillera à construire cette tête de pont, qui sera faite en quatre on cinq jours. Outre les dépôts de cavalerie, les blessés et convalescents, mais en état de se battre, je serai toujours obligé de laisser 10,000 hommes dans Vienne et à la tête de pont de Spitz, qui, avec les ouvriers de marine et 4 ou 500 marins, seront plus que suffisants pour défendre la ville et les différents ouvrages. Comme il paraît que les gens de Vienne ont peu de moyens, il faut laisser subsister leur atelier, mais en faire commencer vous-même un autre sur’ le grand bras, afin d’être certain d’avoir ce pont au ler septembre.

 

Schönbrunn, 3 août 1809

ORDRE POUR LES FORTIFICATIONS DE BRUNN.

Je donne ordre que quatre pièces de 18, quatre pièces de 12, douze pièces de 6, deux obusiers et quatre mortiers avec deux cents fusils de rempart, arment sans délai la citadelle de Brünn.

La citadelle a été mise dans le meilleur état par les ingénieurs.

Il paraît que rien ne pourra empêcher que le bastion n° 3 ne soit mis en brèche; le revêtement étant de brique, la brèche sera d’autant plus difficile à faire, et d’ailleurs la batterie de brèche devra être placée à trois cents toises. On doit donc espérer qu’elle sera faite très imparfaitement; d’ailleurs, une fois la brèche faite, il ne sera pas facile d’y monter, il y a une demi-lune qu’il faudra prendre avant; enfin ce sont des obstacles qu’i1 faut multiplier pour rendre difficile l’assaut. Ces obstacles sont, ce me semble, de diverses natures :

1 ° Mettre au pied du glacis, à la demi-hauteur, un bon fossé avec un rang de palissades; donner une bonne direction à ce fossé, il est évident que l’ennemi qui se présentera sur la pente du glacis sera arrêté court par ce fossé.

2° Construire une place d’armes au saillant du bastion qui doit être mis en brèche, et établir un bon blockhaus qui ne puisse être vu d’aucun côté, et qui n’ait d’autre but que défendre la place d’armes aussitôt que l’ennemi se présentera pour arriver à la brèche.

3° Creuser un bon fossé, ou du moins une bonne cuvette, entre le rempart et le chemin couvert, de manière que cela donne de la place aux débris du revêtement.

4° Établir sur la casemate actuelle un bon épaulement en terre avec saucissons, et quatre pièces de canon pour contre-battre les batteries de brèche de l’ennemi.

5° Faire, non un retranchement, le bastion étant très-petit n’en est pas susceptible, mais le fermer à la gorge, d’un angle de l’épaule à l’autre angle de l’épaule, de sorte que l’ennemi ne puisse pas se loger dans le bastion, et avoir là une batterie qui empêche le logement dans le bastion, ce qui serait aidé par la batterie des casemates.

 

Schönbrunn, 3 août 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vienne

Mon Fils, faites-moi connaître le lieu où sont vos troupes, et envoyez-m’en l’état de situation au 1er août.

Je désire avoir de vous quatre rapports par jour, un de votre cavalerie légère de Raab, un de ce qui se passe à Komorn, un de Graz, un de Laybach, qui me fassent connaître les mouvements de l’ennemi et ce qu’il fait.

 

Schönbrunn, 5 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, j’ai vu avec peine hier que le général Montrichard tient les troupes dans l’île Napoléon comme si l’ennemi était en présence, et dans des endroits malsains. Donnez-lui l’ordre de faire baraquer ses quatre bataillons dans l’endroit le plus sain qu’il pourra choisir, soit dans l’île Napoléon, soit sur la rive gauche, entre Enzersdorf et Aspern, en choisissant l’endroit le plus sain.

Il fournira un service de 50 hommes au petit pont et un service de 100 hommes au grand pont de pilotis.

 

Schönbrunn, 5 août 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général Bertrand, on a arrêté un type général de tête de pont en plaine, avec un réduit de 300 ou 400 toises, avec trois ou quatre redoutes, de manière que les deux redoutes en aval et en amont se trouvent au moins à 600 toises du pont et à 800 pour les grands ponts. Il est donc évident que ces deux redoutes se trouveront ainsi éloignées de 1,600 toises, formant une demi-circonférence au moins de 2,000 à 2,400 toises. Il faut donc six ou sept de ces redoutes, qui, jointes à la garnison du réduit, exigeraient 2,000 hommes pour garder la tête de pont; encore ne pourrait-elle faire qu’une faible résistance; encore est-il évident que ces redoutes, éloignées de 300 ou 400 toises, ne pourraient présenter aucune résistance raisonnable; que, une prise, elles le seraient toutes successivement; qu’elles ne pourraient être défendues par l’artillerie du réduit, tout comme elles ne défendraient pas le réduit. Ces redoutes, en effet, ne sont pas placées là pour donner une nouvelle force au réduit, mais elles sont établies pour donner protection à un corps d’armée et à tous les embarras d’une armée qui serait en retraite. c’est une espèce de camp retranché. Les têtes de pont de Passau, de Linz et de Spitz, devant servir au débouché de toute une armée, doivent être construites sur ce principe, mais il est des têtes de pont qui ont un autre but et qui, si elles étaient construites sur ce principe, induiraient en erreur, par exemple, la tête de pont d’Anger sur la March. En faisant établir une tête de pont sur la rive gauche de la March, mon but n’est point qu’elle puisse protéger la retraite d’une armée ou, autrement parlant, qu’elle serve de camp retranché: mon vrai but est d’occuper un point sur la rive gauche de la March, afin que l’ennemi ne puisse se servir de cette rivière comme d’un rideau; que, en conservant la tête de pont, je puisse déboucher, si je le désire. On sent que ce débouchement est très hypothétique. Si, après avoir fait une tête de pont, on faisait des redoutes à 400 et 500 toises les unes des autres, on irait contre l’objet. Ces redoutes, une fois prises, uniraient au lieu de servir. Il faut donc construire seulement une enceinte, établir des lunettes en amont et en aval, assez pour qu’on ne puisse pas découvrir le pont, et si ensuite on veut établir d’autres lunettes, il faut qu’elles soient très près de la place, qu’elles soient protégées par le feu du réduit et qu’elles le protègent.

Comme la March est une très-petite rivière, il serait convenable, pour remplir l’objet qu’on se propose, de couvrir le pont des deux côtés, à peu près comme cela est tracé ici.

 

Schönbrunn, 5 août 1809

OBSERVATIONS SUR LE PLAN DES ENVIRONS DE PRESBOURG.

1e Observation. Il paraît que l’on a placé le pont vis-à-vis la rue du Couronnement, qui sans contredit a l’avantage d’offrir un débouché plus facile. Pour qu’on soit maître de ce pont, il est indispensable de faire sans délai, à 1,200 toises, une tête de pont dans l’île Ober Ufer, et d’y occuper la ligne désignée à partir des ouvrages ayant des fossés pleins d’eau, et sur le petit bras trois petits ponts. Cet ouvrage est le premier qu’il faille faire, puisque, indépendamment des projets qu’on a sur Presbourg, la possession du pont ne peut être assurée qu’autant qu’on occupera l’extrémité de l’île Ober Ufer, sans quoi l’ennemi viendrait établir des batteries à 400 toises du pont. Le général Bertrand doit donc donner des ordres pour que, sans délai, cette position soit assurée et les ouvrages commencés. Comme elle a, je crois, 400 toises, il paraîtrait naturel de l’occuper par une espèce de bonnet-de-prêtre. On propose ensuite de jeter un second pont en B; il est hors de doute que ce pont doit être jeté pour avoir un second débouché au moment où Presbourg deviendra le centre des opérations. On occupera alors l’île de Pœtschen comme tête de pont.

Ce pont serait situé à 1,200 toises de l’autre pont, et il deviendrait convenable, dans cette hypothèse, de bien étudier les positions y et y’, qui doivent joindre le chemin avec les hauteurs de Neudorf et servir en même temps à protéger le passage du nouveau pont et du pont de Theben. Le général Rogniat doit faire faire cette reconnaissance en grand détail. Le plan qu’on a sous les yeux est petit et sans échelle, on ignore les distances qu’il y a de Z à Y, d’y à y’ et d’y à g. Ce plan suppose qu’avec des redoutes on occuperait les hauteurs dominantes, et qu’on tracerait ensuite à chaque tête de pont son ouvrage particulier.

2° Observation. Le pont établi comme il l’est, l’île Ober Ufer occupée, il faut d’abord imaginer une tête de pont qui nécessairement doit contenir toute la ville de Presbourg et ses faubourgs. Sur le plan, il paraîtrait que depuis le plan 5 (ou le Calvaire) jusqu’au point 7 il n’y aurait que 500 toises. Cette étendue de 1,500 toises pourrait se défendre, 1° par un ouvrage G , qui devrait être le plus considérable, étant la tête de la position dans tout le système; 2° par quatre redoutes de 30 toises de côté, palissadées, placées et dessinées de manière à croiser leurs feux et à se défendre entre  elles. Comme ces redoutes devraient n’être qu’à 250 ou 300 toises l’une de l’autre, on pourrait en mettre une de plus, s’il était nécessaire, et elles se soutiendraient réciproquement. On pourrait ensuite, à 2 ou 300 toises derrière, tracer des lignes qui auraient à peu près 1,200 toises, qu’il faudrait prolonger jusqu’au château; ce qui ferait 500 toises d’augmentation. Ce serait donc une étendue de lignes de 1,800 toises. Ces lignes ne pourraient être qu’un bon fossé bien palissadé, avec des échantillons plus forts aux angles saillants, et l’on placerait les angles saillants entre les redoutes, de manière qu’ils tombassent au milieu des redoutes, afin de leur donner une nouvelle force. Comme c’est l’échantillon qui constitue spécialement la force des ouvrages, et qu’ici l’échantillon serait très-faible, toute la force serait placée dans les redoutes qui seraient en avant de la ligne et dans les cinq redoutes intermédiaires formées par les saillants de cette ligne. On aurait une position convenable.

Ces quatre redoutes doivent employer chacune 200 hommes pendant dix jours: total : 800 travailleurs pendant dix jours.

La tête de pont de l’île Ober Ufer doit employer 400 travailleurs pendant quinze jours.

La position dominante G doit encore employer 400 hommes pendant quinze jours.

Ces ouvrages emploieront donc 1,600 hommes pendant dix à quinze jours. Les lignes de l’enceinte doivent être l’objet d’un millier d’hommes pendant quinze jours, et, comme on suppose 6,000 travailleurs, on aurait donc encore 3,000 hommes pour divers ouvrages.

En prenant le pont comme point de centre, tous les ouvrages qu’on vient de tracer ne doivent présenter qu’un cercle de l’étendue de 1,200 toises. Voilà sans doute déjà une tête de pont convenable, pouvant servir de retraite et de point d’appui à une armée, et il est probable qu’avec une division de 12 à 15,000 hommes et une soixantaine de pièces d’artillerie, ces ouvrages, une fois finis, pourraient soutenir l’attaque d’une armée de 80,000 hommes.

Sans doute qu’il serait à souhaiter que l’enceinte fût plus petite, mais il est impossible de songer à démolir la ville, et cependant il serait possible que dans le tracé, et moyennant quelques démolitions, on pût mieux appuyer la droite.

3e Observation. La tête de pont de Presbourg ainsi faite, il faut la lier avec les ponts de Theben et de Neudorf. La hauteur Z est déjà occupée, il faut donc occuper les hauteurs y, y’ et g, ce qui fera quatre redoutes. Comme nous l’avons dit plus haut, cette partie est à étudier. Le but serait de conserver le chemin de Presbourg à Theben le long du Danube, pour qu’on puisse se retirer par la rive droite du Danube ou même par la rive gauche en se reployant sur Theben.

4e Observation. Le quatrième objet à remplir, c’est de favoriser un champ de bataille pour une armée. La droite n’offre aucune difficulté; deux ou trois redoutes dans la plaine, à 5 ou 600 toises des autres, favoriseraient suffisamment le champ de bataille et donneraient des feux sur 1,200 toises de plaine, parfaitement appuyées à la rivière et qui seraient inattaquables. Les ouvrages i, l, n, o donneraient la jouissance de la grande route de Vienne par Schloss Hof. Il resterait donc à reconnaître quel est le point dominant entre Neudorf, Ballenstein et le Danube, il est probable que les positions P et T ne sont pas les plus dominantes, et que les montagnes continuent à s’élever; je ne sais ce que c’est qu’un château qu’on voit à une lieue de Stampfen. Cette reconnaissance fera voir la position qu’il faudrait prendre, si l’ennemi marchait sur Stampfen, pour pouvoir alors toujours appuyer la gauche sur la March.

Sans doute que les fortifications établies devant Presbourg donneront toujours l’avantage de pouvoir se retirer sur Presbourg et d’avoir ses ponts gardés par une petite partie de ses forces tenant en échec une plus grande partie des forces de l’ennemi; mais cependant il est nécessaire de reconnaître le pays et de proposer quelques ouvrages en forme de vedette et d’observatoire, qui auraient pour objet de mettre en mesure d’éclairer la marche de l’ennemi et d’arriver à Neudorf avant lui.

On connaît bien la situation de la hauteur entre Theben et Neudorf. Il faudrait bien connaître également la situation des hauteurs qui dominent Ballenstein, afin de se ménager quelques avantages pour arriver à ces positions avant l’ennemi, soit par des communications, soit par quelques ouvrages.

De Saint-Georges à Marchegg il y a une route qui traverse les Karpathes; de Bœsing à Anger il y a une autre route qui traverse également les Karpathes; on désirerait donc, s’il est possible, quelques redoutes sur ces hauteurs, pour protéger constamment la route de Presbourg et pouvoir arriver sur la March avant l’ennemi, s’il s’avançait sur cette rivière par l’une ou l’autre des routes ci-dessus désignées.

En résumé : 1° l’ouvrage de l’île Ober Ufer doit être commencé sans délai, et le général Bertrand doit y mettre des travailleurs sans attendre de nouveaux ordres, puisque sans cet ouvrage le pont de Presbourg n’est pas sûr; 2° La tête de pont de Presbourg doit consister en une ligne de redoutes qui s’appuie à la petite rivière qui coupe la vallée de Theben, et dont le centre soit la hauteur du Calvaire, qui devra être parfaitement fortifiée, et enfin en une enceinte ayant des points saillants en forme de redoutes, qui s’appuie au château; 3° On doit étudier la manière de protéger par une série d’ouvrages la route de Presbourg à Schloss Hof et tous les ponts sur le Danube entre Theben et Presbourg, c’est-à-dire assurer, pour seconde précaution, la route qui de Presbourg va à Theben, et enfin appuyer la droite de la ligne par des redoutes qui arrivent au Danube.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 5 août 1809

ORDRE DU JOUR.

Sa Majesté témoigne son mécontentement au maréchal prince de Ponte-Corvo pour son ordre du jour daté de Leopoldau le 7 juillet, qui a été inséré à une même époque dans presque tous les journaux, dans les termes suivants:

“Saxons ! Dans la journée du 5 juillet, 7 à 8,000 d’entre vous ont percé le centre de l’armée ennemie et se sont portés à Deutsch-Wagram, malgré les efforts de 40,000 hommes soutenus par 50 bouches à feu. Vous avez combattu jusqu’à minuit et bivouaqué au milieu des lignes autrichiennes. Le 6, dès la pointe du jour, vous avez recommencé le combat avec la même persévérance, et, au milieu des ravages de l’artillerie ennemie, vos colonnes vivantes sont restées immobiles comme l’airain. Le grand Napoléon a vu votre dévouement; il vous compte parmi ses braves.

Saxons ! La fortune d’un soldat consiste à remplir ses devoirs;  vous avez dignement fait le vôtre !

Au bivouac de Leopoldau, le 7 juillet 1809.

Le maréchal d’Empire, commandant 9e corps, BERNADOTTE “

Indépendamment de ce que Sa Majesté commande son armée en personne, c’est à elle seule qu’il appartient de distribuer le degré de gloire que chacun mérite.

Sa Majesté doit le succès de ses armes aux troupes françaises et non à aucun étranger. L’ordre du jour du prince de Ponte-Corvo, tendant à donner de fausses prétentions à des troupes au moins médiocres, est contraire à la vérité, à la politique et à l’honneur national. Le succès de la journée du 5 est dû aux corps des maréchaux duc de Rivoli et Oudinot, qui ont percé le centre de l’ennemi en même temps que le corps du duc d’Auerstaedt le tournait par sa gauche. Le village de Deutsch-Wagram n’a pas été en notre pouvoir dans la journée du 5. Ce village a été pris, mais il ne l’a été que le 6, à midi, par le corps du maréchal Oudinot.

Le corps du prince de Ponte-Corvo n’est pas resté “immobile comme l’airain ” : il a battu le premier en retraite. Sa Majesté a été obligée de le faire couvrir par le corps du vice-roi, par les divisions Broussier et Lamarque, commandées par le maréchal Macdonald, par la division de grosse cavalerie aux ordres du général Nansouty, et par une partie de la cavalerie de la Garde. C’est à ce maréchal et à ses troupes qu’est dû l’éloge que le prince de Ponte-Corvo s’attribue.

Sa Majesté désire que ce témoignage de son mécontentement serve d’exemple, pour qu’aucun maréchal ne s’attribue la gloire qui appartient aux autres.

Sa Majesté, cependant, ordonne que le présent ordre du jour, qui pourrait affliger l’armée saxonne, quoique les soldats sachent bien qu’ils ne méritent pas les éloges qu’on leur donne, restera secret et sera seulement envoyé aux maréchaux commandant les corps d’armée.

 

Schönbrunn, 6 août 1809.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Monsieur Fouché, j’aurais désiré qu’on n’eût arrêté à Rome que le cardinal Pacca et qu’on y eût laissé le Pape. J’aurais désiré, puisqu’on n’a pas laissé le Pape à Gênes, qu’on l’eût mené à Savone; mais, puisqu’il est à Grenoble, je serais fâché que vous l’eussiez fait partir pour le conduire à Savone; il vaudrait mieux le garder à Grenoble, puisqu’il y est; cela aurait l’air de se jouer de ce vieillard. Je n’ai pas autorisé le cardinal Fesch à envoyer personne auprès de Sa Sainteté; j’ai seulement fait connaître au ministre des cultes que je désirerais que le cardinal Maury et d’autres prélats écrivissent au Pape pour savoir ce qu’il veut, et lui fîssent comprendre que, s’il renonce au Concordat, je le regarderai de mon côté comme non avenu. Quant au cardinal Pacca, je suppose que vous l’aurez envoyé à Fenestrelle, et que vous avez défendu qu’il communiquât avec personne. Je fais une grande différence entre le Pape et lui, d’abord à cause de sa qualité, et pour ses vertus morales. Le Pape est un homme bon, mais ignorant et fanatisé. Le cardinal Pacca est un homme instruit et un coquin, ennemi de la France, qui ne mérite aucun ménagement. Aussitôt que je saurai où se trouve le Pape, je verrai à prendre des mesures définitives; bien entendu que, si déjà vous l’aviez fait partir pour Savone, il ne faut point le faire revenir.

 

Schönbrunn, 6 août 1809, trois heures du matin

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Brunn

Mon Cousin, vous devez avoir reçu les ordres de l’état-major pour détruire les ouvrages de Gœding. Il me paraît que l’ennemi se jette derrière la March. Il n’y a plus personne dans le cercle d’Iglau. Il me paraît donc nécessaire que vous ayez vos principales troupes d’infanterie légère aux débouchés des routes de Swillau, d’Olmütz, de Hradisch et de Gœding. Tout cc que vous avez du côté du cercle d’Iglau peut en être ôté, ou du moins diminué. On dit que le quartier général de l’armée autrichienne doit être à Kremsir; vous ne m’avez pas instruit de ce que vous pouvez savoir à cet égard. Les postes que vous avez en avant de Wischau, du côté de Hradisch, devraient vous donner des nouvelles fréquentes.

Faites-moi connaître tous les cantonnements de votre corps d’armée.

Le général Pacthod m’a écrit pour avoir une destination. Le général Gudin, que je vois à la parade, me paraît bien faible; je ne pense pas qu’il puisse servir avant un mois. Choisissez une position pour l’armée sur Brünn. Allez vous-même bien reconnaître une position à Nikolsburg, en supposant que l’ennemi fût du côté de Gœding.

Je suppose qu’il y a à Brünn des manutentions et que vous formez un magasin. Il faut que vous ayez 50,000 rations et que vous ayez en magasin un million de farine, dans le cas où l’armée se porterait sur Brünn.

J’ai donné l’ordre an général Bertrand de faire travailler à la citadelle; surveillez-en les travaux. Je tarderai encore quelques jours avant d’envoyer les dix-huit pièces nécessaires à son armement.

Vous avez des ingénieurs-géographes; faites bien faire la reconnaissance du champ de bataille d’Austerlitz avec Gœding et Nikolsburg, c’est-à-dire bien reconnaître la rivière et la vallée de la Schwarza jusqu’à son embouchure dans la Taya.

 

Schönbrunn, 6 août 1809.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-amiral Decrès, aussitôt que la paix aura lieu ici, mon intention est de reprendre Cayenne. Je suppose que vous avez tous les plans, mémoires et renseignements nécessaires des hommes qui reviennent de ce pays. Faites-vous donner par Victor Hugues un mémoire sur les moyens de reprendre cette colonie, sur la force de l’expédition et le lieu d’où elle doit partir. La division du contre-amiral Gourdon, qui peut être augmentée de manière à porter 2,000 hommes, serait-elle suffisante ? Il faudrait pour cette expédition un assortiment de petits bâtiments. Arrangez-vous pour avoir sous la main tous les officiers de marine et les officiers d’artillerie et du génie qui viennent de cette colonie, et faites-moi connaître quelle est l’époque favorable pour cette expédition.

Dans quelle situation se trouve la Guadeloupe ?

 

Schönbrunn, 6 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre que l’officier du 5e de hussards qui a fait l’achat des chevaux soit arrêté. On me dépense beaucoup d’argent sans utilité; des chevaux de quatre ans ne servent de rien; des chevaux borgnes et aveugles ne servent de rien. Prenez des mesures pour qu’à Strasbourg on donne des sommes aux détachements de cavalerie pour le ferrage pendant la route. Désormais ne laissez plus partir de détachements de Strasbourg qu’ils n’aient un capitaine ou un lieutenant pour les commander.

 

Schönbrunn, 6 août 1809, sept heures du soir.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 31 juillet, par laquelle vous m’instruisez que deux cents voiles de toutes grandeurs sont signalées du côté de l’île de Walcheren. L’île de Walcheren doit avoir, en troupes françaises et hollandaises, 6,000 hommes; envoyez-y de jeunes officiers d’artillerie et du génie, hommes de zèle et attachés. Je suppose que les magasins de Flessingue sont approvisionnés et que vous avez un chiffre avec le général Monnet. Je lui ai donné l’ordre, que vous lui réitérerez, de couper les digues si cela était nécessaire. Je suppose également que le général Chambarlhac se sera porté sur l’île de Cadzand avec le corps qui est à Louvain, la demi-brigade provisoire qui est à Gand et tout ce qu’il aura pu tirer des 16e et 24e divisions militaires, et que le général Rampon l’aura suivi avec son corps de gardes nationales, ce qui formera là 9 ou 10,000 hommes; qu’il aura fait atteler douze pièces de canon à Gand, à Douai, à Saint-Omer, pour ne pas manquer d’artillerie de campagne; qu’il aura fait venir de Maëstricht ce qui s’y trouvait, et que le général Sainte-Suzanne aura formé une colonne avec du canon pour se porter partout.

Envoyez à Anvers des officiers d’artillerie et du génie et un commandant supérieur. La marine a à Anvers 12 ou 1,500 hommes qui peuvent servir. On peut former à Anvers quelques bataillons de gardes nationales pour faire la police de la ville et concourir à la défense.

Si le débarquement s’est effectué, vous aurez mis en état de siège Anvers, Ostende, Lille; vous aurez fixé l’attention du roi de Hollande sur les places de Breda et de Berg-op-Zoom, et, s’il y a lieu, vous aurez ordonné l’armement de la première ligne de mes places fortes de Flandre.

Vous pouvez réunir quelques détachements de cavalerie et en former quelques escadrons provisoires.

Vous n’aurez pas manqué d’envoyer le maréchal Moncey porter son quartier général à Lille, en le chargeant de requérir tout ce qu’il pourra de gendarmerie pour réunir un millier d’hommes de cette bonne cavalerie.

Vous aurez retenu les détachements en marche, même ceux destinés pour l’armée, tels que 3,000 hommes venant de la 12e division militaire, et vous les aurez dirigés soit sur Paris, soit sur les points où ils peuvent être utiles.

Enfin, s’il y a lieu, demandez la réunion d’un conseil chez l’archichancelier pour requérir 30,000 hommes de gardes nationales dans les 1e, 2e, 14e, 15e, 16° divisions militaires, et quelques bataillons dans les 24e et 25e, et pour que chaque ministre fasse les circulaires convenables pour exciter la nation et surtout les départements où il est nécessaire de lever des gardes nationales.

Après les avantages que nous avons ici, je suppose que les Français ne se laisseront pas insulter par 15 ou 20,000 Anglais. Je ne vois pas ce que les Anglais peuvent faire; ils ne prendront pas Flessingue, puisque les digues peuvent être coupées; ils ne prendront pas l’escadre, puisqu’elle peut remonter jusqu’à Anvers et que cette place et son port sont à l’abri de toute attaque. J’imagine que le ministre Dejean se sera empressé d’approvisionner ses magasins. Si la descente était sérieuse, prenez des mesures pour avoir dans le Nord le plus grand nombre possible de pièces de canon attelées, soit par voie de réquisition, soit autrement. Je vous autorise même, dans un cas urgent, à retenir une partie des dix compagnies d’artillerie que vous m’envoyez.

Donnez ordre au duc de Valmy de se rendre à Wesel, où il sera mieux placé pour assurer cette place importante.

 

Schönbrunn, 7 août 1809, trois heures du matin.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 1er août. Il me paraît que l’ennemi en veut à l’île de Walcheren. J’ai fait donner l’ordre au général Monnet, s’il était pressé, plutôt que rendre la place, de couper les digues.

Réitérez-lui cet ordre par des officiers.

Je vois avec plaisir que vous avez envoyé dans le Nord les gardes nationales et les 3e et 4e demi-brigades qui étaient à Paris. J’aurais désiré que vous y eussiez envoyé le maréchal Moncey pour réunir un corps de gendarmerie d’un ou deux milliers de chevaux. Il avait été fait dans le temps un travail pour qu’en cas d’évènement la gendarmerie fût prête à se porter sur Boulogne ou sur Flessingue, selon les circonstances.

J’ai envoyé à M. l’archichancelier un décret pour lever 30,000 gardes nationales, si cette mesure est nécessaire, dans les 1e, 2e, 3e, 4e, 14e, 15e, 16e, 24e et 25e divisions militaires. Il faudrait, dans ce cas, les diviser en quatre ou cinq corps, que commanderaient des sénateurs comme les généraux Latour-Maubourg, Soulès, d’Aboville, Beurnonville, etc., en mettant sous leurs ordres de bons généraux de brigade et de bons adjudants commandants.

Si l’expédition anglaise est sérieuse et que le prince de Ponte-Corvo soit sous votre main, mettez les 24e et 25e divisions militaires sous ses ordres et envoyez-le diriger ce mouvement, ou envoyez le maréchal Moncey. Il faut que vous preniez sur vous. Il me semble que je n’ai rien à redouter de cette opération. Flessingue ne peut être pris, puisque, si le général Monnet est serré un peu de près, en trois marées il peut inonder l’île et mettre tout dans l’eau. L’ennemi ne peut prendre mon escadre, puisque, au pis aller, elle peut remonter jusqu’à Anvers. Vous aurez envoyé un général de division pour y commander. Le ministre Dejean, comme inspecteur général du génie, pourrait s’y porter pour presser l’armement et le parfait approvisionnement de cette place. Cette tournée, sous le rapport de sa double fonction de directeur de l’administration de la guerre et d’inspecteur général du génie, peut être très utile. Il inspectera mes places d’Anvers, d’Ostende, de Juliers, et les fera approvisionner et armer. Le général Chambarlhac a bien fait de retenir le bataillon du 65e.

Par l’ordre que j’ai donné au duc de Valmy de retenir les détachements des troupes qui passent à Strasbourg pour venir rejoindre l’armée, vous verrez que je suis d’opinion que vous gardiez tous les moyens qui vous sont utiles en France pour faire face à cette attaque. Il est important que les 6,000 hommes de gardes nationales du général Rampon soient remplacés à Saint-Omer, pour que Boulogne soit en sûreté, le général Sainte-Suzanne pourrait commander ces gardes nationales et être remplacé à Boulogne par un général de la ligne.

La gendarmerie seule peut vous former une cavalerie passable.

Je vais vous renvoyer le général Colaud.

Vous avez dans la main une classe d’hommes intelligents et très utiles que vous pouvez employer, c’est celle des majors; il y en a beaucoup dans la 16e division militaire, employez-les. Les majors d’infanterie et de cavalerie sont en général très bons.

Envoyez dans le Nord un général d’artillerie et faites atteler beaucoup d’artillerie de campagne.

Si les Anglais prennent l’île de Walcheren et continuent la campagne, soit en France, soit en Hollande, vous avez un mois pour vous préparer. Je ne puis penser qu’ils aient entrepris cette expédition pour se rembarquer aussitôt et retourner chez eux. Mais il faut partir du principe que cela n’influera en rien sur mes opérations ici; tout au plus m’y porterai-je de ma personne, mais je n’y mènerai pas un homme. Il faut tout organiser et diriger dans ce sens. Vous pouvez retenir les trois compagnies d’artillerie de la Garde et les vingt-quatre pièces de canon qui sont à Strasbourg. En général, tout ce que je vous ai demandé m’est utile, mais non indispensable; c’est à vous à distinguer ce que vous devez envoyer de ce que vous pouvez garder, si l’expédition devient sérieuse. .le ne crois pas qu’elle reçoive de renforts; où les Anglais prendraient-ils tant de troupes ? Il paraît que lord Wellesley est entré avec 25,000 hommes à Talavera. Si cela est vrai, les Anglais, qui ont besoin de troupes pour soutenir cette expédition d’Espagne, ne peuvent avoir le monde nécessaire pour prendre Walcheren et faire une puissante diversion.

Je suppose que le roi de Hollande se sera mis en mouvement et aura créé ses gardes nationales. Il doit avoir 6 à 7,000 hommes dans la main.

 

Schönbrunn, 7 août 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous ne m’envoyez point de nouvelles d’Espagne.

Une lettre du Roi, en date du 25 juillet, me mande que le général Wellesley est arrivé avec 25,000 Anglais à Talavera de la Reina et s’est réuni à Cuesta.

Il est bien malheureux que le maréchal Soult ait si mal manœuvré, que de ne s’être pas réuni au Roi. J’espère que le Roi, avec la garnison de Madrid, les 1er et 4e corps, formant 55,000 hommes, aura pris position pour empêcher l’ennemi d’entreprendre sur Madrid, et se sera fait joindre par le maréchal Soult; il aurait alors plus de 100,000 hommes. Ce serait une belle occasion de donner une leçon aux Anglais et de finir la guerre.

 

Schönbrunn, 7 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Écrivez au général Baraguey d’Hilliers qu’il est possible que les hostilités recommencent. Dans ce cas il doit se tenir prêt à pouvoir centraliser promptement ses troupes sur Laybach, pour, de là, se réunir au maréchal Macdonald sur Graz. Les forts de Prewald n’ont pas encore été défaits.

 

Schönbrunn, 7 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, expédiez un officier au général Baraguey d’Hilliers, qui sera porteur d’un ordre au maréchal Macdonald pour approvisionner, armer et mettre en bon état la forteresse de Graz, et pour presser la rentrée des contributions. Écrivez au général Schilt, à Trieste, que vous l’autoriserez à traiter avec les canonniers autrichiens et à leur conserver leur grade, s’ils veulent se rendre. De Trieste, votre officier se rendra en Dalmatie pour savoir ce qui se passe, et sera porteur d’un ordre au général qui commande à Zara. pour qu’il envoie par mer les hommes sortant des hôpitaux, appartenant au corps du duc de Raguse.

 

Schönbrunn, 7 août 1809

Au maréchal Kellermann, duc de Valmy, commandant l’armée de réserve du Rhin, à Strasbourg

Mon Cousin, j’apprends que les Anglais menacent de débarquer sur les côtes de Hollande et dans l’île de Walcheren. Cela étant, je désire que vous vous rendiez à Wesel et que vous preniez des mesures pour la sûreté de cette place importante. Arrêtez les détachements de cavalerie et d’infanterie qui passent par Strasbourg pour se rendre à l’armée, afin d’en former un corps, et, si cela devient nécessaire, le diriger sur Wesel pour la sûreté du pays, et pour être à même de se porter où il serait nécessaire dans le Nord. Mandez par l’estafette au ministre de la guerre cet ordre que je vous donne, afin qu’il vous tienne instruit.

 

Schönbrunn, 8 août 1809, six heures du matin.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, vous aurez reçu mon décret sur la levée de 30,000 gardes nationales. Je suis fâché que dans le conseil du 1er vous n’ayez pas pris sur vous d’appeler les gardes nationales; c’est se méfier à tort d’elles. Je suppose qu’en recevant mon décret vous vous serez occupé de les former en quatre ou cinq divisions, et de désigner des généraux du Sénat pour les commander; que vous aurez fait votre communication au Sénat, qui servira de publication. Le Sénat répondra par une adresse où il m’adressera la parole, et qui sera une espèce de proclamation. Tout cela s’imprimera de suite. De leur côté, les ministres donneront l’impulsion. Il faut avoir sur-le-champ, en première et en seconde ligne, 80,000 hommes, et imprimer un mouvement à la nation pour qu’elle se montre, d’abord pour dégoûter les Anglais de ces expedition et leur faire voir la nation toujours prête à prendre les armes; ensuite pour reprendre l’île de Walcheren, si elle venait à être prise, et aider la Hollande à les chasser de chez elle, s’ils l’envahissaient; enfin pour favoriser les négociations entamées ici; et certes cela leur nuira, si l’on me croit embarrassé par le débarquement des Anglais. Ainsi donc tous les moyens d’influencer l’opinion publique doivent être pris; les gardes nationales de chaque département doivent être désignées et réunies, et les anciens soldats qui voudraient faire cette campagne pour battre les Anglais doivent être invités à se réunir à Lille pour former une légion.

 

Schönbrunn, 8 août 1809, six heures du matin

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE

Si les Anglais investissent et assiégent Flessingue, je ne vois pas de moyen de les chasser par la force. Flessingue doit trouver son salut en coupant ses digues et en inondant l’île. Cette opération faite, l’ennemi sera obligé de se rembarquer, et son expédition aura échoué. Je vois avec plaisir que l’escadre avait commencé à remonter le 31; elle sentira qu’elle ne sera à l’abri qu’à Anvers, et s’y retirera.

L’ennemi ne peut bloquer et assiéger Anvers qu’avec des forces beaucoup plus grandes. Il serait attaqué par la Hollande et la France et n’aurait pas le temps de prendre la place.

Que peuvent faire les Anglais ? S’ils passent en Belgique, ce sera une guerre détestable pour eux; ou ils entreront en Hollande pour ravager.

Gand me paraît une fort bonne position pour réunir l’armée. Saint-Omer, Lille, Bruxelles, Anvers, me paraissent bons pour réunir les cinq divisions de gardes nationales de seconde ligne.

 

Schönbrunn, 8 août 1809, six heures du matin

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre et l’instruction donnée à l’amiral Missiéssy. Je ne comprends pas que mon escadre puisse faire autre chose dans cette rivière que se faire brûler, au lieu qu’à Anvers elle est à l’abri de tout événement. Le but des Anglais est de prendre l’escadre; à Anvers, elle n’a rien à craindre. Une frégate, les chaloupes canonnières de l’Escaut, et un ou deux vaisseaux s’il est nécessaire, pourraient rester pour défendre la rivière. Dans cette mer étroite, dix vaisseaux ne font pas plus qu’un, et les canonnières vaudront mieux: que cela. D’ailleurs, je ne vois pas le but des Anglais, si ce n’est de prendre mon escadre; elle est en sûreté à Anvers, car là elle est à l’abri d’un coup de main, avec le renfort des 6,000 hommes des vaisseaux. C’est le parti qu’avait proposé, je crois, le roi de Hollande, et qu’il fallait prendre quand on a vu le commencement du débarquement et qu’on a pu juger les projets des Anglais.

P. S. Envoyez un officier de marine avec la mission d’entrer à Flessingue et de porter au gouverneur l’ordre que je lui ai donné plusieurs fois de couper les digues de l’île.

 

Schönbrunn, 8 août 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, je viens de rendre un décret que vous recevrez incessamment et qui contient les dispositions suivantes. L’armée d’Italie et l’armée de Dalmatie, depuis le 1er janvier jusqu’au 1er avril, sont au compte du trésor public de France. Depuis le 1er avril jusqu’au 1er octobre, elles seront payées par la caisse des contributions de la cinquième coalition, pour les troupes qui sont en Allemagne; mais, pour les troupes ainsi que pour les dépôts qui seront en Italie, en Dalmatie ou en France, elles continueront à être payées par le trésor public. La caisse de la cinquième coalition vous rendra tout ce que vous vous trouverez avoir avancé depuis le 1er avril. Il est donc nécessaire que vous fassiez dresser des états, 1° de tout ce que vous avez fourni à l’armée d’Italie et à l’armée de Dalmatie depuis le 1er janvier jusqu’au 1er avril, et qui doit rester au compte du trésor public; 2° de tout ce que vous aurez avancé depuis le 1er avril jusqu’au 1er octobre, ce qui doit vous être rendu par la caisse de la cinquième coalition. Il est également nécessaire que vous fassiez faire l’état le plus rigoureusement exact de ce que doit vous coûter le petit nombre de troupes qui restent en Italie et en Dalmatie, et que vous fassiez connaître quelles seront les modifications qui en résulteront dans les budgets de la guerre et de l’administration de la guerre, pour les six mois pendant lesquels l’armée d’Italie et celle de Dalmatie seront au compte de la caisse de la cinquième coalition. On ne stipule rien pour une époque au delà de ces six mois, parce que l’on ne peut rien statuer d’avance pour un temps aussi éloigné. Le budget de l’armée du Rhin, en recettes et en dépenses, arrêté par décret du 19 février, n’aura de valeur que jusqu’au 1er avril; à dater de cette époque il sera annulé. En conséquence, tout ce que le trésor public et la caisse de l’extraordinaire se trouveront avoir fourni à l’armée d’Allemagne depuis cette époque leur sera rendu par la caisse de la cinquième coalition. Il faut donc que vous en fassiez dresser les états. Nous entendons par les fonds de la cinquième coalition les revenus de tous les pays qui étaient en réserve en Allemagne avant le 1er avril, et les revenus et le produit des contributions des pays acquis depuis les nouvelles conquêtes. Au moment de la guerre et depuis le 1er avril, j’ai accordé des fonds au génie, à l’artillerie, au major général, à l’intendant général. Mon intention est que ces fonds soient remboursés au trésor ou à la caisse de l’extraordinaire, selon qu’ils auront été fournis par l’un ou par l’autre. Cela fera un soulagement considérable pour le trésor. J’ai pour but que tout ce qui se dépense en Allemagne soit au compte de la caisse des contributions, ne laissant au compte du trésor que les dépenses qui se font en France, soit pour les remontes, soit pour l’habillement, etc. Je désire que, quand les états seront dressés, vous ayez une conférence avec le ministre de la guerre et l’administration de la guerre pour savoir quelle économie il résultera de ces dispositions, tant pour le trésor que pour la caisse de l’extraordinaire. Le ministre de l’administration de la guerre était dans l’usage d’envoyer 500,000 francs par mois en Dalmatie; 100,000 francs doivent suffire maintenant; ainsi ce sera pour six mois une économie de 2,400,000 francs. La solde, les vivres, les fourrages, les gratifications de campagne, etc., coûtaient pour l’armée d’Italie environ 3 millions par mois. Cette dépense doit aujourd’hui être réduite à bien peu de chose, et probablement à une somme qui n’excède pas 300,000 francs. Cela fera donc pour six mois 15 ou 16 millions d’économie. Au commencement d’avril, j’ai mis des fonds à la disposition du major général, de l’intendant général, du génie et de l’artillerie. Ces fonds doivent rentrer aux crédits sur lesquels ils ont été imputés. Enfin la caisse de l’extraordinaire devait fournir 3 millions par mois; elle gagnera donc pour six mois 18 millions. Je suppose que, pour les deux ministères, les dispositions de mon décret produiront d’économie 30 millions au trésor et 18 millions à la caisse de l’extraordinaire. Je ne dis cela que de mémoire et pour vous faire connaître comment je conçois les choses en attendant les renseignements précis que vous m’enverrez.

 

Schönbrunn, 8 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

En lisant avec attention l’état que vous m’avez envoyé en date du 1er août, je vois que j’ai 4,000 hommes en garnison à Flessingue, plus ce qu’il peut y avoir de la marine.

Dans l’île de Cadzand, une brigade commandée par le général Rousseau est composée de 1,000 hommes; elle fait partie de la division du général Chambarlhac, et je vois que le général Chambarlhac a, de plus, à Gand la 8e demi-brigade de réserve. Je suppose un colonel en second pour la commander. Il faut y envoyer des majors pour commander chacun un ou deux bataillons.

Je vois le 48e, le 108e, le 13e léger et le 65e, quatre bataillons formant 3,000 hommes. Envoyez deux majors : l’un commandera le 48e et le 108e; l’autre le 13e et le 65e. Envoyez également trois généraux de brigade dans la division Chambarlhac, savoir, le général Rousseau, un pour la 8e demi-brigade provisoire et un pour les quatre bataillons. Tout ce que l’on pourra retirer des dépôts, faites en former un bataillon provisoire commandé par un major. La division Chambarlhac sera ainsi composée de trois brigades et de plus de 6,000 hommes. Tous les détachements de cavalerie que vous pourriez vous procurer, il faut en former plusieurs régiments de marche commandés chacun par un major.

Les gardes nationales du Nord, qu’il faut compléter à 6,000 hommes, envoyez le général Soulès pour les commander, avec deux généraux de brigade et quatre majors.

Les gardes nationales d’élite auront deux généraux de brigade et le général Rampon pour les commander. Envoyez un général pour commander la cavalerie légère et envoyez un général pour commander la gendarmerie.

Une autre division, que le général Olivier pourra commander, sera composée de la 3e et de la 4e demi-brigade de réserve et des 6e et 7e; ce qui ferait 7 à 8,000 hommes. Il faudrait également beaucoup de majors et deux généraux de brigade.

Alors on aurait une armée active composée de la manière suivante :

INFANTERIE. – Division Chambarlhac : 1ee brigade, Rousseau (pour mémoire, chargée de la défense de Cadzand) , 1,000 hommes. – 2e brigade: 8e demi-brigade de réserve, 1,200 hommes, et bataillons provisoires de la 16e division militaire, 1,500 hommes; total, 2,700 hommes. – 3e brigade: bataillons des 48e, 108e, 13e et  65e, 3,000 hommes. – Division Olivier: le brigade: 3e et 1e demi-brigade provisoires, 4,000 hommes. – 2e brigade: 6e et 7e demi-brigade provisoires, 4,000 hommes.

GARDES NATIONALES. – Gardes nationales du Nord (sénateur Soulès), 6,000 hommes. – Gardes nationales d’élite (sénateur Rampon), 6,000 hommes.

CAVALERIE LÉGÈRE. – Plusieurs régiments provisoires; on suppose qu’on pourrait en former deux, chacun de 500 hommes; 1,000 hommes.

GENDARMERIE. – Quatre régiments, 2,000 hommes.

ARTILLERIE. – Soixante pièces attelées avec leur approvisionnement. Total général, 29,700 hommes.

Il est clair que cette armée a besoin d’un général en chef. Vous y mettrez Moncey, un général d’artillerie, un général du génie, un commissaire ordonnateur.

Il faut appeler ce corps: Armée du Nord.

Si l’on a envoyé le maréchal de Ponte-Corvo, j’approuve cette nomination; mais alors il faut mettre en deuxième ligne le maréchal Moncey ou le maréchal Serrurier.

2° Ligne. – Gardes nationales. Sur les 30,000 hommes levés en conséquence de mon décret, 6,000 hommes se réuniront à Bruxelles; 6,000 hommes se réuniront à Lille; 6,000 à Saint-Omer; 6,000 à Ostende; 6,000 à Anvers.

Chaque sénateur commandant aura quelques majors et organisera promptement ces 30,000 gardes nationales. Elles seront appelées Divisions de Gardes nationales de réserve.

Le duc de Valmy réunira à Wesel tout ce qu’il pourra d’infanterie et organisera en bataillons provisoires tout ce qu’il tirera des 5e et 2e divisions militaires. Il formera deux divisions et quatre brigades. Il formera un ou deux régiments provisoires de cavalerie. On suppose qu’il peut réunir promptement 10,000 hommes.

Le tout ferait près de 70,000 hommes, suffisants pour garder le Nord, garnir nos places el garantir la Hollande.

Il y a dans la 16e division militaire, ainsi que dans les 2e et 4e, une bien grande quantité de militaires et soldats qui ont servi. Les préfets peuvent les appeler, et vous en formeriez un bataillon par département appelé Bataillon volontaire, lesquels pourraient prendre l’engagement de rester sous les armes jusqu’à ce que les Anglais soient chassés du continent. Je suppose qu’on en trouverait beaucoup. Une circulaire de vous aux préfets serait suffisante pour cela.

 

Schönbrunn, 9 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre à Paris

Je reçois votre lettre du 3. Je vous ai fait connaître hier mes intentions. J’ai peu de choses à y ajouter aujourd’hui, seulement que vous devez exécuter toutes les dispositions que j’ai ordonnées, quand même les Anglais n’auraient fait aucun progrès et resteraient stationnaires dans l’île de Walcheren. Il est nécessaire, pour les négociations entamées ici, pour l’exemple de l’avenir et pour mes vues ultérieures, d’avoir une armée dans le Nord. Il est trop heureux que les Anglais nous donnent le prétexte de la former. A moins que les Anglais ne se soient embarqués et ne soient retournés chez eux, il faut lever les 30,000 hommes de gardes nationales, comme je l’ai ordonné par mon décret. Le seul inconvénient que cela aura, ce sera de me coûter quelques millions.

A vous parler confidentiellement, il est possible que, lorsque ceci sera terminé, je fasse occuper les côtes de Hollande pour fermer les ports de Hollande aux Anglais. Ils sentiront le résultat d’une clôture en règle des débouchés de l’Ost-Frise, de l’Elbe et de la Zélande. Jusqu’à cette heure, ils vont et viennent en Hollande comme ils veulent.

Je ne vois pas dans vos lettres que vous ayez réitéré au général  Monnet l’ordre de couper les digues, si la place était serrée de près. Je le lui ai dit de vive voix plusieurs fois; réitérez-le-lui de ma part, je n’admets aucune excuse. Je n’ai pas besoin de vous dire que le ministre Dejean et vous devez prendre des mesures pour faire passer des vivres à Flessingue; entendez-vous avec le ministre de la marine. Envoyez également à Flessingue 8 ou 10 officiers d’artillerie de tout grade, un officier du génie et un détachement de sapeurs. Ce que le général Rampon a de mieux à faire, c’est de tenir ses troupes réunies, jusqu’à ce que l’on voie ce que veut faire l’ennemi. Avec des troupes médiocres et en si petit nombre, le général Rampon ne peut chasser les Anglais de l’île de Walcheren; il se fera battre. La fièvre et l’inondation doivent seules faire raison des Anglais. Le roi de Hollande, qui peut disposer de 10 ou 12,000 hommes, les aura portés sur Berg-op-Zoom et aura approvisionné et mis en état ses places du Nord.

Quant à mon escadre, elle ne court aucun danger, puisqu’elle peut se réunir à Anvers et que ses 6,000 hommes augmenteront la garnison de cette place.

Je ne vois rien dans vos lettres qui soit relatif à mes places d’Ostende, de Lille, et à mes places fortes de première ligne. Ne perdez pas un moment pour les armer et approvisionner, si vous ne l’avez déjà fait, et pour lever des gardes nationales, qui en feront le service en règle. Comme je vous l’ai mandé il y a trois jours, à moins que l’ennemi n’ait évacué l’île de Walcheren et ne se soit rembarqué, ne partez de rien pour ne pas exécuter tous mes ordres. Faites mettre dans le Moniteur des bulletins de Flessingue. Il n’y a pas d’inconvénient que la nation soit instruite. Je vois avec peine que vous n’ayez pas mis Anvers en état de siège et que vous n’ayez envoyé personne pour y commander. Que voulez-vous que fasse ce pauvre général Rampon de tout ce que vous lui avez écrit, qui n’est propre qu’à lui faire tourner la tête ? S’il garnit toutes les batteries françaises et hollandaises de l’Escaut, il ne lui restera personne sous les armes. Comment voulez-vous qu’avec 14 à 15,000 gardes nationales il passe à Flessingue ? Et si, pendant qu’il exécute cette instruction, l’ennemi débarque dans l’île de Cadzand, les batteries seront prises et l’île perdue. Les débarquements de l’ennemi hors de l’île de Walcheren ne résultent pas des pièces que vous m’avez envoyées. Le ministre de la marine a confondu cela. Les nouvelles du 30 ont été détruites par celles du 31. Qu’appelez-vous une défensive dangereuse, et comment provoquez-vous un homme qui a de si mauvaises troupes à prendre l’offensive ? Les Anglais ne sont pas entrés dans le Sud-Beveland, pays de marais, où ils ne pourraient se maintenir. Ce qu’il y a de mieux à faire pour mon escadre, c’est d’entrer à Anvers, où elle n’a rien à craindre. Si le général Rampon passe sur la rive droite de l’Escaut, tout est perdu. Vous lui parlez comme s’il avait 20,000 grenadiers de ma Garde. Tout ce qu’il a à faire, c’est de rester à Gand, de garder l’île de Cadzand par des détachements, de s’organiser et d’exercer ses troupes. Tant que les Anglais seront dans l’île de Walcheren, il n’y a rien à craindre. Ils perdront deux mois devant Flessingue; la fièvre et l’inondation feront le reste. Le général Rampon ne doit envoyer personne à Flessingue; il y a tout autant de monde qu’il en faut. L’instruction que vous lui avez donnée est mauvaise; il vaut mieux ne pas écrire que d’écrire à un général quelque chose qu’il n’entende pas. S’il exécute votre ordre, il se fera battre et prendre par les Anglais, et ses 6,000 hommes de gardes nationales iront à Londres. Sa seule destination doit être, comme je vous l’ai dit, d’occuper l’île de Cadzand, c’est-à-dire les communications avec Flessingue, par des détachements, pouvant l’appuyer par tout son corps, de défendre la rive gauche, d’être toujours à même d’arriver à Anvers avant l’ennemi, et d’organiser son artillerie de campagne. Faites connaître au général Monnet qu’il n’a pas besoin d’un seul homme de secours. Je veux chasser les Anglais de l’île de Walcheren, qui doit être défendue par les fièvres et l’inondation. Mettez Ostende et Anvers en état de siège et envoyez-y de bons commandants. Que mon escadre rentre à Anvers; elle est là à l’abri de tout. Les Anglais ne sont pas assez insensés pour se disséminer dans un tas de petites îles; ils savent que des forces peuvent promptement se réunir contre eux de France et de Hollande. Il est constant, par le rapport du général Monnet du 31 et par les dépêches télégraphiques, qu’il y a 18,000 Anglais dans l’île de Walcheren, et que toute leur expédition est là. Si les Anglais étaient entrés dans le Sud-Beveland, le commandant d’Anvers n’aurait pas envoyé 800 hommes le 31 sur Gand. L’amiral Missiéssy m’a dit pour justifier sa retraite sur Anvers, que j’approuve beaucoup, puisque la présence de son escadre à Flessingue était inutile (hormis un vaisseau, une frégate et des chaloupes canonnières), et qu’il n’y avait de salut pour elle qu’à Anvers. Tant que les Anglais n’auront pas un avantage sur mes troupes, il n’y a rien de fait; mais les choses iraient mal, s’ils battaient le général Rampon et se portaient sur Gand. Ce que les Anglais désirent, c’est de le voir passer l’Escaut. Ils périront par l’inaction et les maladies, suites d’une expédition mal combinée; ils perdent tous les jours, et sentent que la France et la Hollande, revenues de la première surprise, se lèvent contre eux; au lieu que, si le général Rampon se fait battre, leur expédition a eu un résultat. Je considère le corps du général Rampon comme un corps d’observation, qui ne doit rien hasarder, qui doit surveiller Ostende, Anvers, empêcher l’ennemi de débarquer sur la rive gauche de l’Escaut, et, à tout événement, couvrir mes places de Flandre. Organisez et complétez ce corps. Que voulez-vous que fasse le général Rampon avec 12,000 gardes nationales sans officiers ? Envoyez-lui des généraux de brigade, des majors, des officiers d’artillerie; organisez son artillerie de campagne. Pendant ce temps, le duc de Valmy réunira son corps à Wesel et le roi de Hollande ses moyens à Berg-op-Zoom. Il n’y aurait qu’une seule circonstance où le général Rampon pourrait hasarder une bataille, ce serait pour sauver Anvers. Alors seulement une bataille serait légitime, puisque, si l’ennemi prenait Anvers, il brûlerait mes chantiers et prendrait ou détruirait mon escadre, et par là aurait rempli son but. Hors cela, il n’y a rien à faire. Laissez les Anglais se battre les flancs dans les marais et poursuivre l’ombre d’une proie, car en effet ils ne savent pas ce qu’ils veulent. Les Anglais ne resteront pas plus de quinze ou vingt jours dans l’île de Walcheren, et pendant ce temps vous devez réunir 80,000 hommes et quatre-vingts pièces de canon en Belgique, et encore faut-il que cette masse de troupes agisse prudemment; car, si ces 80,000 hommes agissent dans le sens des instructions du général Rampon, ils éprouveront des échecs, se décourageront, et cela fera le plus grand mal. Le général Rampon n’a pas un bataillon sur lequel il puisse compter.

Il me tarde que cette lettre vous arrive pour prévenir l’effet de vos ordres. Ce n’est pas au général Rampon qu’il faut recommander d’attaquer; il ne sait point autre chose. Il est bien important que le général Sainte-Suzanne ou le maréchal Moncey aillent prendre ce commandement. Le général Rampon est incapable d’un système de prudence et de combinaison de cette espèce. Je vous ai déjà mandé cela. Il faut avoir, pour observer Gand, Anvers, Ostende, l’île de Cadzand et mes places de Flandre, les divisions Olivier et Chambarlhac et les divisions de gardes nationales des généraux Rampon et Soulès, sous les ordres d’un maréchal. Je compte que vous avez envoyé une vingtaine de majors, huit ou dix généraux de brigade, et que vous aurez pris toutes les mesures pour atteler soixante pièces d’artillerie pour le service de ce corps, et que vous avez envoyé le général Klein pour former trois régiments provisoires de cavalerie. Je compte également que les 30,000 gardes nationales s’organisent en seconde ligne, et que vous prenez des mesures pour leur donner douze pièces de canon par division; ce qui, avec le corps du duc de Valmy, me formera trois corps pour la défense du Nord; et, pendant qu’ils s’augmenteront tous les jours, les Anglais diminueront tous les jours par les maladies et parce qu’ils ont avec eux tout ce dont ils peuvent disposer. Une fois que les 30,000 hommes de gardes nationales seront sur pied, ne les licenciez pas sans mon ordre, et même si les Anglais se retiraient, ne prononcez rien sur elles que je n’aie statué.

Les mesures que vous avez prises pour la gendarmerie sont mesquines. C’est de tous les points du nord de la France qu’il faut la diriger, de manière à en former quatre régiments.

J’ai dit dans ma lettre qu’il ne fallait envoyer aucun secours au général Monnet; mais je n’ai point entendu dire qu’il ne fallait pas lui envoyer quelques compagnies d’artillerie, quelques officiers de cette arme, des détachements de sapeurs et surtout des vivres. Cela est toujours nécessaire dans une place.

 

Schönbrunn, 9 août 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vienne

Mon Fils, écrivez au général Caffarelli, par la première occasion que vous aurez d’écrire en Italie, pour qu’il ait à réunir tous les détachements de cavalerie appartenant aux différents régiments de l’armée et à mettre tout cela en marche pour Vienne; que tous les jours je vous demande quand cette cavalerie arrive, et que je suis surtout mécontent qu’il ait retenu mes cuirassiers.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 9 août 1809.

ORDRES.

  1. Le corps des ingénieurs-géographes ne recevra d’ordres que de l’adjudant commandant Bacler d’Albe. Les ingénieurs correspondront avec lui et lui remettront leurs travaux. Ils recevront mes ordres par son canal.
  2. Tous les ingénieurs-géographes attachés aux maréchaux rejoindront sur-le-champ le quartier général.
  3. Chaque soir il me sera fait un rapport sur le travail de chaque ingénieur.
  4. Je suis peu satisfait des travaux que les ingénieurs ont faits pendant la campagne. On ne m’a pas remis la reconnaissance entre Passau et Krems. La position d’Enns, quoique bien coloriée, est mal faite sous les rapports militaires; il n’y a point de place pour y tracer une tête de pont, et le point essentiel de Mauthausen ne s’y trouve point; il n’y a point de mémoire à l’appui. Il faut recommencer cet ouvrage et y joindre un mémoire descriptif. Le champ de bataille d’Ebelsberg est sans mémoire; il ne sert pas à mes combinaisons. La reconnaissance sur la droite du Danube, devant Vienne, n’est pas complète; elle devait commencer à Nussdorf et aller jusqu’à l’île Napoléon. Je n’ai point la reconnaissance de Passau; je n’ai pas eu celle de la rivière de Raab. La reconnaissance des communications entre les deux routes de Vienne à Znaym et de Vienne à Nikolsburg est mal faite et peu utile. Par exemple, de Laa on arrive au moulin de Ruehof, et on traverse ensuite un marais pour aller à Znaym ; au lieu de détailler les ponts et les bras de la rivière, on a fait une chaussée embrouillée. Cette carte pourrait tout au plus convenir à un particulier voyageur; elle ne peut militairement être utile. Le chemin de Znaym à Nikolsburg est mal tracé; il y a près de Znaym un ruisseau, des marais, un pont, qui ne sont point marqués. L’ingénieur n’a point placé tous les villages; il n’y a point de population écrite. Quand je demande une reconnaissance, je ne veux pas qu’on me donne un plan de campagne. Le mot l’ennemi ne doit pas être prononcé par l’ingénieur. Il doit reconnaître les chemins, leur nature, les pentes, les hauteurs, les gorges, les obstacles, vérifier si les voitures peuvent y passer, et s’abstenir absolument de projets de campagne.
  5. On me présentera un projet de répartition de travail entre les ingénieurs qui sont ici.

1° J’ai besoin de connaître le Danube d’ici à Raab, la Raab jusqu’à sa source, avec les principales rivières qui y tombent (rive gauche) et celles qui communiquent avec le lac de Neusiedl, de manière qu’on puisse voir facilement tous les débouchés qui communiquent d’OEdenburg et du lac avec le Danube et la Raab, ensuite du lac avec les montagnes de Styrie, pour de là se porter au Semring-Berg et à Vienne.

2° J’ai besoin de connaître le cours de la Taya, et le cours de la March, avec ses ponts et ses débouchés sur les monts Karpathes, de manière qu’en prenant pour base la route de Vienne à Brünn on fasse connaître comment on peut arriver des Karpathes sur Vienne et sur la route de Brünn. Cela suppose une connaissance parfaite de la March, des monts Karpathes et du pays entre les Karpathes et Vienne.

3° Je désire connaître le pays compris entre la route de Vienne à Znaym et le Danube, en le remontant jusqu’à Melk; il est essentiel d’avoir les communications de Krems vers la route de Znaym, de Krems et de Melk vers la Bohême.

4° On reconnaîtra tout le pays d’ici à Saint-Pölten et de là au Danube, afin de bien connaître toutes les communications de Saint-Pölten au Danube et à Vienne. Une bonne étude de ces montagnes, qui sont presque partout praticables, serait un ouvrage important à avoir toujours au bureau, puisque ces montagnes couvrent Vienne.

5° On complétera ce travail en prenant pour base la route de Vienne à Saint-Pölten, et gagnant de là le Semring pour revenir à Vienne. On étudiera bien l’intérieur de ce dernier triangle et les différentes communications qui le traversent.

Ces reconnaissances embrasseront un terrain de près de 20 lieues de rayon autour de Vienne et en donneront une connaissance parfaite.

Deux on trois ingénieurs seront chargés de chacune de ces reconnaissances; ils étudieront bien le pays. On aura par ce moyen à l’état-major des officiers instruits qui seront plus utiles que les guides. C’est ainsi que travaillaient autrefois les ingénieurs-géographes des armées; c’est en suivant leur exemple que les ingénieurs-géographes acquerront l’estime et la considération.

Quand l’armée marchera, les ingénieurs-géographes qui auront reconnu le pays seront toujours à l’état-major, afin de donner tous les renseignements nécessaires. Leurs mémoires de reconnaissance seront toujours du style le plus simple et purement descriptifs. Ils ne s’écarteront jamais de leur sujet pour présenter des idées étrangères.

Une méthode précise est la seule qui convienne à l’Empereur. On annoncera la longueur des chemins et leur largeur, leurs qualités; on dessinera exactement les détours des chemins, qui souvent ne peuvent s’expliquer que par la bizarrerie du terrain. Les rivières doivent être aussi tracées et mesurées avec soin, les ponts et les gués marqués.

Le nombre des maisons et des habitants des villes et des villages sera indiqué. Autant que possible, on cotera les hauteurs des collines et montagnes, afin qu’on puisse facilement juger les points dominants; ces cotes ne doivent être que relatives entre elles. On ne peut sur ce point, et sur beaucoup d’autres, entrer dans des détails trop minutieux; mais il faut exprimer toujours de la manière la plus simple comment la chose se peint à l’œil et à l’observateur.

Il y aura une échelle constante pour tous les dessins.

 

Schönbrunn, 10 août 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Je suis fâché que vous ayez fait si peu d’usage des pouvoirs que je vous ai donnés, dans ces circonstances extraordinaires. Réunissez fréquemment le conseil des ministres. Ne laissez pas les Anglais venir vous prendre dans votre lit. Au premier bruit d’une descente vous auriez dû lever 30,000, 40,000, 60,000 gardes nationales, autoriser le ministre de la guerre à envoyer le prince de Ponte-Corvo et le maréchal Moncey pour réunir et commander toutes les troupes. L’attitude qui a été prise dans cette occasion est humiliante et honteuse, et excitera les Anglais à renouveler de pareilles expéditions. Il fallait que des bataillons de gardes nationales se levassent en un instant en tel nombre, que les Anglais vissent ce qu’ils avaient à craindre.

 

Schönbrunn, 10 août 1809

Au général comte Miollis, gouverneur, président de la Consulte, à Rome

Je reçois votre lettre du 30 juillet. Le roi de Naples a eu tort de vouloir imposer de nouvelles charges aux États romains, d’autant plus que c’est à son profit. Ses troupes doivent être soldées par le royaume de Naples.

Je suis fâché que l’on ait fait sortir le Pape de Rome. J’avais ordonné qu’on arrêtât le cardinal Pacca et non le Pape. Une opération de cette importance n’aurait pas dû se faire sans que j’en aie été prévenu et que j’aie désigné le lieu où il serait conduit. J’avais ordonné qu’on violât la maison du Pape, s’il en faisait un foyer de rébellion. Mais ce qui est fait est sans remède. Je ne suis pas moins satisfait de votre zèle.

Le Pape ne rentrera plus jamais à Rome.

 

Schönbrunn, 10 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 3 à minuit, relative aux dépêches de M. Fouché. Il s’est mis en mesure de faire ce que vous ne faisiez pas vous-même. Sans doute c’était au département de la guerre à provoquer ces mesures et à les régulariser; mais il est tout simple que le ministre de la police, convaincu que l’expédition anglaise étant de 25,000 hommes, on doit lui opposer 60 à 80,000 hommes de troupes, ait ordonné des préparatifs dans ce sens. J’ignore ce que vous avez fait, mais il eût été bien à désirer que vous eussiez donné le commandement d’Anvers au prince de Ponte-Corvo. Je suis étonné que vous n’ayez pas même fait partir le maréchal Moncey, pour mettre en mouvement la gendarmerie. Lorsque vous recevrez cette lettre, il est probable que l’expédition anglaise sera à peu près manquée, ou aura réussi. Il n’y a aucun doute qu’ils veuillent brûler Anvers. Si mon escadre est entrée à Anvers et que le général Rampon s’y soit jeté, je ne conçois pas qu’ils puissent prendre cette place, qui est il l’abri de toute attaque.

 

Schönbrunn, 10 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 4. Je ne conçois pas ce que vous faites à Paris. Vous attendez sans doute que les Anglais viennent vous prendre dans votre lit. Quand 25,000 Anglais attaquent nos chantiers et menacent nos provinces, le ministère reste dans l’inaction ! Quel inconvénient y a-t-il à lever 60,000 gardes nationales ? Quel inconvénient y a-t-il à envoyer le prince de Ponte-Corvo prendre le commandement sur le point où il n’y a personne ? Quel inconvénient y a-t-il à mettre en état de siége mes places d’Anvers, d’Ostende et de Lille ?

Cela ne se conçoit pas. Je ne vois que M. Fouché qui ait fait ce qu’il a pu et qui ait senti l’inconvénient de rester dans une inaction dangereuse et déshonorante: dangereuse, parce que les Anglais, voyant que la France n’est pas en mouvement et qu’aucune direction n’est donnée à l’opinion publique, n’auront rien à craindre et ne se presseront pas d’évacuer notre territoire; déshonorante, parce qu’elle montre la peur de l’opinion et qu’elle laisse 25,000 Anglais brûler nos chantiers sans les défendre. La couleur donnée à la France dans ces circonstances est un déshonneur perpétuel. Les événements changent à chaque instant; il est impossible que je donne des ordres qui n’arriveront que quinze jours après. Les ministres ont le même pouvoir que moi, puisqu’ils peuvent tenir des conseils et prendre des décisions. Employez le prince de Ponte-Corvo, employez le maréchal Moncey. J’envoie de plus le maréchal Bessières pour être à Paris en réserve. J’ai ordonné la levée de 30,000 hommes de gardes nationales. Si les Anglais font des progrès, levez-en 30,000 autres dans les mêmes ou dans d’autres départements. Il est bien évident que les Anglais en veulent à mon escadre et à Anvers.

Je suppose que dès le 4 vous aurez fait partir tout ce qui était à Boulogne pour Anvers. J’espère que le général Rampon se sera également approché d’Anvers. Il est évident que l’ennemi, sentant la difficulté de prendre Flessingue, veut marcher droit sur Anvers et tenter un coup de main sur l’escadre.

 

Schönbrunn, 10 août 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 4 août. Vous ne me dites pas où est mon escadre. Si elle est à Anvers, je n’ai rien à craindre; si elle n’y est pas, j’ai les plus grandes alarmes pour elle. Votre correspondance n’est pas claire. Vous ne me faites point connaître pourquoi mon escadre, étant remontée, n’est point entrée à Anvers. Le plan de l’ennemi est très bien développé. Il marche sur Anvers par la rive droite, parce que la ville est sur cette rive; mais les marais de Berg-opZoom… ?

 

Camp impérial de Schönbrunn, 10 août 1809

ORDRES

Il sera mis en construction à Passau trente bateaux capables de porter 2 à 300 hommes. Dix seront faits par économie et par les ouvriers de la marine qui sont à Passau; vingt seront achetés, ce qui fournira un transport de 6 à 9,000 hommes; l’ingénieur de la marine déterminera un gabarit uniforme pour tous les bateaux destinés au transport des troupes et tel qu’ils puissent naviguer par les plus basses eaux.

Un ingénieur de la marine sera spécialement chargé de veiller à leur bonne construction.

Ces bateaux seront payés par l’artillerie.

L’embargo qui avait été mis sur les bateaux d’Ulm et de Ratisbonne sera levé.

Tous les bateaux passant à Passau s’arrêteront à un poste déterminé, et on pourra mettre sur chaque bateau un cerlain nombre de militaires, sans rien changer au nolis de ces bateaux. On payera au commerce 3 francs par homme, de Passau à Vienne. Les militaires arrivant à Passau pourront y être retenus pendant trois ou quatre jours, pour attendre une occasion pour les faire arriver par eau à Vienne.

Il sera fait à Vienne un recensement de tous les bateaux qui appartiennent à l’armée; ils seront remis à la marine; un ingénieur de la marine sera chargé de les faire mettre en état. On leur affectera une place sûre et convenable pour la facilité des travaux.

Les bateaux qui appartiennent au commerce auront un emplacement spécial. Les négociants qui voudront faire remonter leurs bateaux en seront libres. L’intendant général fera un rapport sur le halage et les moyens à employer pour organiser le retour des bateaux en remontant jusqu’à Linz et Passau. En rassemblant les bateaux arrivant à Vienne, la marine aura des moyens pour transporter 20,000 hommes sur le Danube.

Le colonel Baste fera mettre sur chaque bateau qui descendra à Raab trois marins, qui apprendront la navigation du Danube; ils reviendront à Vienne en poste et recommenceront le voyage, de sorte qu’on puisse aller à Raab sans le secours des gens du pays. La navigation de Passau à Vienne se fera par le bataillon des marins, qui étudieront le cours du fleuve de manière à pouvoir se diriger seuls; lorsqu’il sera nécessaire d’en faire retourner à Passau prendre d’autres bateaux, ils seront envoyés en poste.

Le colonel Baste présentera un projet pour l’organisation de deux compagnies de pilotes; l’une fera le service de Passau à Vienne, et l’autre de Vienne à Raab. Il placera des officiers de marine à Ulm, à Donauwörth, à Ingolstadt, à Ratisbonne, à Passau, à Linz, à Melk, à Vienne et à Raab. Ces officiers auront avec eux un bateau armé pour faire la police de la rivière et visiter tout ce qui passera.

Les lieux d’embarquement où devront s’arrêter les bateaux passant à Passau, Linz, Melk et Vienne seront fixés, et il y sera placé le poste de marins.

Le colonel Baste fera un rapport sur la navigation du Danube.

L’intendant général, le général commandant en chef  l’artillerie et le général Bourcier sont chargés de l’exécution dn présent ordre.

 

Schönbrunn, 10 août 1809

Au général comte Caffarelli, ministre de la guerre du royaume d’Italie, à Milan

Monsieur le Général Caffarelli, je donne ordre au roi de Naples de faire partir pour Bologne deux bataillons du 14e léger, deux du 6e de ligne, deux du 101e et un bataillon du régiment de la Tour d’Auvergne ou de celui d’Isembourg, avec un escadron napolitain; ce qui formera une colonne de 4,000 hommes, qui sera sous vos ordres.

Par ce moyen, rien ne s’opposera plus à ce que vous dirigiez sur l’armée tous les détachements d’infanterie et de cavalerie qui sont en Italie. Je ne sais pourquoi on a retenu mes cuirassiers et réduit à rien la colonne du général Roize. Les corps de l’armée du vice-roi sont extrêmement faibles. Il ne faut point écouter de peur chimérique; il n’y a rien à craindre en Italie tant que nous serons victorieux en Allemagne. Je vous réitère donc l’ordre formel de faire partir tous les détachements, quels qu’ils soient, qui sont disséminés et achèvent de se perdre en Italie. Dirigez tout cela sur Klagenfurt.

 

Schönbrunn, 10 août 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre du 29 juillet. J’ai vu avec plaisir que l’expédition des Anglais est retournée en Sicile.

Il est fâcheux qu’on ait détruit le fort de Scilla. Comment un général a-t-il pu se permettre de faire une pareille opération sans ordre ? Aucune expédition en Sicile n’est faisable sans ce fort. Envoyez à Bologne une colonne de 4,000 hommes, composée de deux bataillons du 101e léger, de deux bataillons du 6e de ligne, de deux bataillons du 101e , d’un bataillon de la Tour d’Auvergne ou d’Isembourg et d’un escadron de cavalerie napolitaine. Cette colonne sera sous les ordres du général Caffarelli et formera un corps central de réserve pour la protection de l’Italie.

Ce que vous avez demandé à la Consulte de Rome ne peut point se faire.

 

Schönbrunn, 11 août 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 5. Il est déplorable qu’il y ait déjà six grands jours de perdus sans que vous ni les ministres ayez rien fait. Il devrait déjà y avoir 20,000 gardes nationales en mouvement pour défendre Anvers; ce genre de troupes est fait surtout pour les places. Cette inactivité de votre part et de celle du conseil des ministres est affligeante. On ne dit rien au public. Comment laisse-t-on errer l’opinion sur un événement qui intéresse éminemment la nation ? Il fallait imprimer tous les jours un bulletin officiel, car l’imagination va toujours au delà de la réalité. Des objets de cette espèce, on n’a pas le droit de les cacher au public; cela le touche de trop près.

 

Schönbrunn, 11 août 1809, six heures du soir

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois vos lettres du 5 août. Voilà donc six grandes journées de perdues ! Il devrait y avoir 20,000 gardes nationales en marche sur Anvers, cinq ou six compagnies d’artillerie, une douzaine d’officiers d’artillerie et du génie, une trentaine de majors et quatre ou cinq généraux. Que diable attendez-vous donc ? Et quel inconvénient peut présenter à l’esprit la levée de gardes nationales dans de pareilles circonstances ? En en réunissant à Saint-Omer, cela rendrait disponibles les troupes qui allaient à Boulogne. Le duc d’Istrie est parti hier pour Paris.

Je suppose que, quand vous recevrez cette lettre, les six divisions de gardes nationales seront en mouvement et se réuniront à Anvers, Saint-Omer; Lille et Bruxelles.

 

Schönbrunn, 11 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Le général sénateur Colaud est parti d’ici pour se rendre à Anvers et prendre le commandement de la ville comme gouverneur. Toutes les troupes de terre et de mer y seront sous ses ordres. Vous trouverez ci-joint le décret qui met cette place en état de siége.

Le duc d’Istrie doit être arrivé à Paris; envoyez-le prendre le commandement des 30,000 gardes nationales que je viens de lever.

Il en pressera la formation. Il aura son quartier général à Lille ou à Bruxelles. Vous sentez qu’indépendamment des raisons militaires, j’en ai de politiques pour que toutes mes forces nationales du Nord ne soient pas sous la même main. Je suppose que vous aurez employé le prince dc Ponte-Corvo et le maréchal Moncey. Comme la ligne de cette réserve s’étend d’Anvers à l’île de Cadzand, il faut donner à l’un le commandement de la partie d’Anvers et à l’autre celui de la partie de l’île de Cadzand. Si vous y avez envoyé le maréchal Moncey et que vous n’y ayez pas envoyé le prince de Ponte-Corvo, il faut partager ces troupes entre le maréchal Moncey et le duc d’Istrie. Si vous y avez envoyé le prince de Ponte-Corvo, Moncey peut commander une partie.

Si vous n’avez pas donné l’ordre à une partie du camp de Pontivy et de la 12e division militaire de s’approcher de Paris, donnez-le.

Je ne vois pas dans votre lettre du 5 que vous ayez réitéré l’ordre au général Monnet de couper les digues et d’inonder l’île. Vous savez que c’est mon intention. Ce qui m’alarme davantage, c’est de voir que dans ses lettres il ne parle pas d’user de cette ressource. Je lui ai donné plusieurs fois cet ordre de vive voix; réitérez-le-lui par toutes les occasions. Que sous sa responsabilité, aussitôt que la place serait serrée de près, il coupe les digues.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 11 août 1809

ORDRES.

1° Il sera formé un 8e corps, qui sera commandé par le duc d’Abrantès.

2° Le 8e corps sera composé des divisions Rivaud et Lagrange, de la division de cavalerie du général Fouler et de la division Carra Saint-Cyr.

3° Les divisions Rivaud et Lagrange et la division de cavalerie conserveront leur composition actuelle. La division Rivaud aura de plus une brigade bavaroise de 4,000 hommes et de six pièces de canon.

La division Lagrange aura de plus une brigade wurtembergeoise avec six pièces de canon et une brigade hessoise avec quatre pièces de canon.

La division Carra Saint-Cyr sera composée des quatre bataillons du 22e régiment de ligne, de 4,000 Saxons et de vingt-quatre pièces d’artillerie saxonnes. Cette division se réunira sans délai à Dresde.

4° Tous les pays entre le Rhin, le Danube et la Westphalie, y compris la Saxe, font partie du territoire du 8e corps.

5° Le 10e corps, que commande le roi de Westphalie, sera composé des troupes westphaliennes et de toutes les garnisons de Magdebourg, de la Poméranie suédoise, de Küstrin, de Stettin, de Glogau el de Danzig.

6° Le territoire compris entre la Westphalie, la Saxe et la Baltique, le grand-duché de Berg excepté, fait partie du territoire du 10e corps.

7° Le roi de Westphalie aura le commandement de ce corps.

8e Le major général donnera tous les ordres et prendra toutes les mesures nécessaires pour l’exécution du présent.

 

Schönbrunn, 11 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, répondez au roi de Westphalie que je vois avec peine que les dispositions de son état-major sont mal calculées; qu’en faisant venir isolément les bataillons des 22e de ligne, les détachements de chasseurs polonais, c’est les exposer à des accidents; qu’il fallait les réunir dans une place et les faire marcher en corps; que, avant de retirer le 22e des places de l’Oder, il fallait le remplacer par les troupes que j’ai ordonné d’y envoyer, et ne pas laisser ces places, surtout celle de Küstrin, la plus importante de toutes, sans garnison; que le colonel Chabert doit se rendre sans délai à Küstrin pour se mettre à la tête de sa troupe; que je trouve mauvais qu’un colonel quitte son corps; que le régiment de Berg n’a pas plus vu le feu que le 5e régiment de Westphalie, mais que sa composition en officiers est différente; que je ne puis qu’être mécontent qu’on ait laissé le duc d’OEls entrer à Brunswick; que cela n’eût point eu lieu s’il s’était comporté conformément à mes instructions.

 

Schönbrunn, 11 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, écrivez au général Éblé que la place de Küstrin sera commandée par le colonel en second Chabert, et que les troupes que commande cet officier, se montant à 800 hommes, seront réunies dans cette place, qui est la seule vraiment importante de cette ligne; que le général Liébert peut disposer du contingent de Mecklenburg Schwerin et de celui d’Oldenburg pour Stettin; ce qui renforcera considérablement la garnison de Stettin. Je vois dans l’état du dépôt de Passau qu’il y a un détachement de 40 hommes du 21e de chasseurs. Comme ce régiment est en Espagne, ordonnez que les chevaux, selles et brides de ces 40 hommes soient remis au dépôt, et que les officiers, sous-officiers et soldats retournent en France. Le général Bourcier se servira de ces chevaux pour monter autant d’hommes du dépôt.

Écrivez au duc d’Abrantès qu’il est maître de choisir du général Maison ou du général Boyer pour chef d’état-major, et qu’il peut toujours garder l’autre dans le corps.

Donnez ordre au 22e de ligne de se rendre à Dresde, où il sera sous les ordres du général Carra Saint-Cyr jusqu’à nouvel ordre, pour la défense de la ville. Instruisez de cela le roi de Saxe.

P. S. L’ordre au 22e sera envoyé directement à Magdeburg. Vous donnerez l’ordre que vingt-quatre heures après votre ordre il parte pour Dresde, où il sera aux ordres du général Carra Saint-Cyr. Ce beau régiment est de 4,000 hommes, qui, avec les 6,000 Saxons, formeront un corps de 10,000 hommes de ce côté.

 

Schönbrunn, 11 août 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vienne

Mon Fils, donnez ordre que le fort de Malborghetto soit rasé, et que les canons, magasins qui s’y trouvent soient portés à Klagenfurt, pour en armer et approvisionner cette place.

 

Schönbrunn, 12 août 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Rozendaal

Mon Frère, je suppose que vous vous serez rendu à Berg-op-Zoom, et que vous y aurez réuni 10 à 12,000 hommes de vos troupes avec 15 à 20,000 gardes nationales. L’économie d’un roi n’est pas celle d’un prieur de couvent. Si vous aviez aujourd’hui les 2,000 Français de votre garde que par économie vous avez licenciés, si vous aviez l’armée que par économie vous avez réduite, votre pays ne serait pas envahi. Par nos conventions, la Hollande doit avoir 10,000 hommes sur pied. Elle n’a de moyen de se recruter ni pour la terre ni pour la mer. Les Anglais vous feront plus de mal dans un mois que ne vous aurait coûté votre armée. Le roi de Wurtemberg a un million de population: il a 25,000 hommes sur pied.

Je suppose que vous aurez fait arrêter ce traître de Bruce, qui a si lâchement rendu le fort de Bath  et que vous l’aurez fait passer par les armes. Abandonner un fort comme Bath sans tirer un coup de canon, c’est le comble de la lâcheté ou de la trahison. Comment ne coupait-il pas plutôt les digues ?

 

Schönbrunn, 13 août 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur Bigot Préameneu, je reçois votre lettre du 4. A quelque prix que ce soit, je ne veux pas qu’on paye rien à Rome pour expédition de bulles, dispenses, etc. C’est une profanation des choses sacrées. Je vous ai chargé de me proposer un projet de décret là dessus. Je pense que vous avez préparé votre travail.

 

Schönbrunn, 13 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, voici les mesures qui auraient dû être prises avant le débarquement des Anglais, et que, selon les circonstances, il faut compléter. Il y a trois points.

1° Flessingue. Les 6,000 hommes de garnison qui s’y trouvent sont suffisants jusqu’à ce que l’on prenne l’offensive; il ne s’agit que d’y faire passer des munitions, des vivres, des officiers pour remplacer ceux qui se trouvent hors de combat, et surtout des officiers d’artillerie. Le général Monnel paraît assez propre pour défendre cette place. Avec la ressource de couper les digues, il peut se défendre six mois.

2° L’île de Cadzand. Le général Rampon s’y trouve et doit y avoir sous ses ordres deux divisions de gardes nationales de 6,000 hommes chacune, vingt-quatre pièces de canon attelées et 4,000 hommes de  troupes diverses, y compris l’artillerie et les détachements de cavalerie. Le général sénateur Soulès doit commander une de ces divisions de gardes nationales. Il doit y avoir dans chacune de ces divisions deux généraux de brigade, beaucoup de majors et d’officiers d’état-major. Avec 15 à 16,000 hommes, on est en situation de défendre ce point important qui couvre toute la Flandre.

3° Anvers. Cette place a besoin d’un gouverneur, d’un général commandant d’armes, de cinq ou six majors, chefs de bataillon, hommes d’élite, pour commander les différents postes, d’un officier supérieur du génie, de huit ou dix ingénieurs, de deux compagnies de sapeurs, d’une escouade de mineurs, d’un général d’artillerie, d’une vingtaine d’officiers d’artillerie, depuis le grade de chef de bataillon jusqu’à celui de lieutenant, de cinq ou six compagnies d’artillerie de ligne, de 2,000 hommes de troupes diverses tirées des dépôts, telles que bataillons polonais et autres bataillons provisoires, d’une division de gardes nationales commandée par un sénateur de 1,500 ouvriers de la marine et de 3 à 400 hommes de cavalerie des dépôts; ce qui portera la garnison d’Anvers à 10,000 hommes.

Un général doit être chargé de défendre les trois forts de la gauche, de couper les digues el de former l’inondation en cas d’événement.

Un général doit être chargé de défendre la citadelle. Ainsi organisée, avec le secours des ouvriers, des canonniers de la marine et de l’escadre, la place d’Anvers est imprenable; il suffit d’y envoyer beaucoup de vivres, de la farine, du biscuit, du blé, des bœufs, etc.

Le roi de Hollande doit réunir à Berg-op-Zoom 10,000 hommes de troupes de ligne et 10,000 gardes nationales; ce qui fera 20,000 hommes. Il restera donc 24,000 hommes des 80,000 gardes nationales dont j’ai ordonné la levée; sur ces 21,000, on en mettra 6,000 à Boulogne; resteront 18,000. Les divisions Chambarlhac et Olivier, composées des trois demi-brigades provisoires du Nord et des deux qui étaient à Paris, que l’on complétera par tous les détachements qu’on pourra réunir (on aura autant de majors qu’il y aura de bataillons); les quatre bataillons qui étaient à Louvain, quatre ou cinq bataillons provisoires de différents détachements qu’on pourra former, 2,000 gendarmes à cheval et 1,000 ou 1,500 hommes de cavalerie qu’on pourra réunir de différents détachements: tout cela formera donc une armée de trois divisions de gardes nationales de 6,000 hommes chacune, et de deux divisions de troupes de ligne, faisant 30 à 35,000 hommes. Quand cette armée sera formée, soit qu’on en réunisse une partie sur la ligne entre Berg-op-Zoom et l’Escaut, soit à Gand et sur d’autres points, ce ne sera que quand elle sera un peu organisée que l’on pourra reprendre l’offensive, soit qu’on reprenne l’offensive dans l’île de Walcheren, soit qu’on la reprenne par Berg-op-Zoom. Il est possible qu’ainsi je puisse m’y trouver moi-même; mais reprendre l’offensive avant d’être en mesure, c’est vouloir se faire battre et tout compromettre. Les généraux ont des moyens de défendre l’Escaut, l’île de Cadzand, Anvers, de rétablir le fort Saint-Martin, comme vous l’avez très sagement ordonné; mais ils n’ont le moyen de reprendre l’offensive sur aucun point.

Quant au commandement, les maréchaux Moncey, Bessières, le prince de Ponte-Corvo, si vous l’avez envoyé, vous fournissent suffisamment des chefs pour tous ces différents besoins.

Dans vos différentes lettres, je vois que, hormis la levée des gardes nationales, vous avez pris des mesures pour réunir des troupes, mais que vous n’en prenez pas pour les organiser; que vous n’envoyez pas de majors, d’officiers d’artillerie, de généraux : cependant les soldats ne sont rien sans les officiers.

 

Schönbrunn, 13 août 1809.

A Alexandre , prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, écrivez au général de Wrede que ses rapports du ….. août sur la Bohème sont faux; que plus de la moitié de l’armée autrichienne a passé la March et se jette en Hongrie; qu’il fasse en sorte d’avoir des renseignements plus précis et plus vrais; que je suppose qu’il a des troupes sur toute la frontière.

 

Scbönbrunn, 13 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je vous envoie un ordre pour former le 8e corps.

Vous verrez que le duc d’Abrantès est chargé de surveiller le Danube et la Saxe. Le général Carra Saint-Cyr se rend à Dresde; il y réunira le corps du général Thielmann et le 22e de ligne; ce qui fera 8,000 hommes d’infanterie, 2,000 de cavalerie et vingt-quatre pièces de canon. Il faut que le duc d’Abrantès veille à ce que le 22e, qui est à Magdeburg, se rende sans délai et Dresde. Il faut donner ordre au régiment polonais qui doit arriver à Magdeburg de se rendre à Dresde pour faire partie de la division du général Carra Saint-Cyr.

La division Rivaud sera composée de deux brigades, chacune de quatre bataillons, et d’une brigade bavaroise de 4,000 hommes; elle aura douze pièces de canon françaises et huit pièces bavaroises. Il n’y a plus moyen, à présent que les Anglais ont débarqué à Walcheren, de compter sur la brigade qui est à Louvain; mais les brigades qui composent la division Carra Saint-Cyr feront toujours 9,000 hommes. La division Lagrange sera composée du 65e, d’un bataillon du 46e, d’une brigade wurtembergeoise et d’une brigade hessoise; ce qui fera également 8 à 9,000 hommes. La cavalerie sera composée des quatre régiments qui y sont actuellement et des 2,000 Saxons; ce qui portera la cavalerie à plus de 5,000 hommes.

Cela formera donc un corps de 30,000 hommes d’infanterie, de 5,000 chevaux et de soixante-dix pièces de canon. Il faut arrêter la compagnie de sapeurs et les détachements de pontonniers et d’ouvriers qui viennent de Magdeburg ou de Danzig. La position actuelle du 8e corps est : la division Rivaud à Bayreuth, la division Saint-Cyr à Dresde, la division Lagrange dans le Vorarlberg. Après les affaires du Vorarlberg, la division Lagrange rejoindra et mènera avec elle les Wurtembergeois. D’ailleurs, au moment des hostilités, ce qui ne peut avoir lieu avant le 10 septembre, il est probable que j’y joindrai les Hollandais. Des détachements du 14e et du 34e doivent arriver sur Mézières; au lieu de les diriger sur Vienne, donnez ordre à Strasbourg de les diriger sur Bayreuth pour rejoindre leurs bataillons.

Il est nécessaire que le duc d’Abrantès se rende d’abord auprès du roi de Saxe et qu’il aille ensuite à Dresde; qu’il fasse armer la place sans rien démolir et sans inquiéter les habitants, auxquels il dira, au contraire, qu’il a assez de monde pour les couvrir et qu’il doit partir de là pour entrer en Bohême. Il faut qu’il fasse des reconnaissances sur la frontière jusqu’à Passau. Il y a beaucoup de pièces dans le Palatinat; il faut que le duc d’Abrantès les échange contre son mauvais matériel prussien, et rétablisse ainsi son artillerie. Vous aurez soin d’écrire au ministre de la guerre du roi de Saxe pour lui faire part de ces dispositions. Ecrivez aussi en Westphalie que, moyennant ces dispositions, le Roi n’aura que la garde de ses États et des pays qui l’environnent. Le général de brigade Lamotte, qui doit être sous les ordres du général Beaumont, sc rendra au 8e corps pour commander une brigade de dragons. Par ce moyen, le 8e corps aura deux généraux de brigade de cavalerie, et il sera possible que j’y envoie un général de division. Le général Boyer restera chef d’état-major; le général Maison sera employé dans le 8e corps, soit dans la division Carra Saint-Cyr, soit dans la division Rivaud. Il est nécessaire de donner au 8e corps un général d’artillerie, un ordonnateur et un payeur.

 

Schönbrunn, 13 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Faire venir le corps du général Vandamme et le camper près les hauteurs et le plus près possible de Nussdorf.

 

Schönbrunn, 13 août 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

J’ai reçu votre lettre du 2, de Portici. J’ai vu avec plaisir que les deux bataillons du 14e léger étaient partis. Joignez-y votre régiment de chasseurs à cheval et un de vos deux régiments d’infanterie; ce qui, avec les bataillons des 6e et 101e de ligne, portera la colonne que vous envoyez à Bologne à 5 ou 6,000 hommes.

Je vous fais mon compliment sur le départ des Anglais. Tâchez de faire construire un bon fort dans ces îles, dont la position est si importante. Mais il ne faut pas penser à faire dans ce moment l’expédition de Sicile; il faut attendre que la paix avec l’Autriche soit entièrement faite. Vous avez besoin d’au moins 25,000 hommes de bonnes troupes pour cette expédition.

 

Schönbrunn, 14 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vois avec plaisir que les gardes nationales du Pas-de-Calais sont parties. Je suppose que celles qui étaient restées à Saint-Omer sont également parties, et que les cinq divisions de gardes nationales, de 6,000 hommes chacune, sont déjà en vigueur. Envoyez en poste les 40 officiers d’artillerie employés dans les manufactures, et des officiers du génie.

Je vois avec peine dans la lettre du général Monnet du 4 qu’il ne parle pas de l’inondation. Il doit avoir du bois en quantité suffisante pour blinder les magasins.

Il est inconcevable que l’amiral Missiéssy ait emmené toutes les chaloupes canonnières et n’en ait pas laissé une pour la défense de Flessingue.

Je vois qu’entre les Hollandais et les Français il y a déjà 20,000 hommes sur la ligne d’Anvers à Berg-op-Zoom; mais je ne vois pas assez de majors, de chefs de bataillon, etc. Vous avez en France 200 majors d’infanterie et de cavalerie, qui sont excellents; je vous l’ai répété dans toutes mes lettres.

Je ne vois pas pourquoi vous n’auriez pas réuni à Anvers 3,000 vétérans. Il y a des officiers et de vieux soldats dont on peut tirer parti lorsqu’il est question de défendre le territoire; je crois qu’il est convenable d’en diriger plusieurs bataillons sur l’Escaut.

Il me semble qu’il y a aujourd’hui deux points bien marqués, et qu’il faut un maréchal pour commander d’Anvers à Berg-op-Zoom, et un autre pour protéger l’île de Cadzand et la Belgique. Le duc de Valmy commandera un 3e corps à Wesel. Enfin un quatrième maréchal pourra être chargé de commander la réserve des gardes nationales que vous réunissez.

J’ai envoyé le général Colaud à Anvers pour commander la place, que j’ai mise en état de siège. Il est fâcheux que vous ayez laissé une place si importante dans ces circonstances entre les mains d’un commandant d’armes. Le général Fauconnet, d’ailleurs, est un vieillard. La première mesure à prendre était d’envoyer quelqu’un là.

 

Schönbrunn, 14 août 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il est fâcheux que l’amiral Missiéssy n’ait pas laissé vingt-cinq ou trente chaloupes canonnières à Flessingue; cela aurait contribué à défendre la place.

Je suppose que vous avez réitéré les ordres pour que mon escadre entre à Anvers. Elle pourra alors fournir toutes les garnisons pour joindre à nos troupes, pour battre la campagne et aider à servir les batteries de rempart. On peut même augmenter les batteries avec la quantité de monde pour les servir. Il me semble que, s’il faut laisser quelque bâtiment pour l’inondation d’Anvers, une frégate ou au plus un vaisseau est suffisant.

 

Schönbrunn, 14 août 1809.

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Rozendaal

Je reçois votre lettre du 5 août. Je suppose que vous avez armé et approvisionné Berg-op-Zoom et fait autant de vos autres places, et que vous organisez des gardes nationales dans votre royaume. Si les gardes nationales de l’Île de Zélande avaient été levées, cela aurait fait 5 ou 6,000 hommes de plus, qui auraient empêché la descente.

Je suppose que vous avez armé vos canonnières, et que vous les faites servir, selon le besoin, soit dans le canal de Berg-op-Zoom, soit dans d’autres points. Je vous en avais demandé un bon nombre à Flessingue, qui auraient été bien nécessaires dans cette circonstance.

 

Schönbrunn, 15 août 1809 2)Napoléon a ce jour 40 ans.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Vous recevrez trois lettres patentes (délivrées le 3 octobre 1809) qui érigent les principautés de Wagram, d’Eckmühl et d’Essling en faveur du prince de Neuchâtel et des ducs de Rivoli et d’Auerstaedt, des décrets qui nomment huit ducs (duc de Cadore – Champagny; de Feltre – Clarke; de Bassano – Maret; de Massa Carara – Regnier; de Gaète – Gaudin; de Reggio – Oudinot; de Tarente – Macdonald; d’Otrante – Fouché: Les lettres patentes furent délivrées le 14 octobre 1809) et beaucoup de comtes et de barons. Au reçu de ces actes, rendez-vous au Sénat pour les y porter et faire entériner les lettres de princes et de ducs.

Vous remarquerez que les ministres nommés sont de la fondation du gouvernement. J’en excepte le général Clarke, que j’ai considéré comme étant dans un cas particulier, comme gouverneur de Vienne et de Berlin, et longtemps attaché à mes travaux. Les sieurs Mollien, Cretet, Dejean, Decrès et Bigot ne sont pas nommés; il ne vous échappera pas qu’ils sont les moins anciens. Voilà dix ans que les autres me servent. Mon intention est que cela soit dit dans la conversation, pour que personne n’interprète mes motifs et ne conçoive de la jalousie contre ceux auxquels j’ai accordé cette distinction.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 15 août 1809

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, nous avons jugé utile de reconnaître par des récompenses éclatantes les services qui nous ont été spécialement rendus dans cette dernière campagne par nos cousins le prince de Neuchâtel et les maréchaux ducs d’Auerstaedt et de Rivoli. Nous avons pensé, d’ailleurs, qu’il convenait de consacrer le souvenir, honorable pour nos peuples, de ces grandes circonstances où nos armées nous ont donné des preuves signalées de leur bravoure et de leur dévouement, et que tout ce qui tendait à en perpétuer la mémoire dans la postérité était conforme à la gloire et aux intérêts de notre couronne. Nous avons en conséquence érigé en principauté, sous le titre de principauté de Wagram, le château de Chambord, que nous avons acquis de la Légion d’honneur, avec les parc et forêt qui en dépendent, pour être possédée par notre cousin le prince de Neuchâtel et ses descendants, aux clauses et conditions portées aux lettres patentes que nous avons ordonné à notre cousin le prince archichancelier de l’Empire de faire expédier par le conseil du sceau des titres.

Nous avons érigé en principauté, sous le titre de principauté d’Eckmühl, le château de Brühl, que nous avons acquis de la Légion d’honneur, avec les domaines qui en dépendent, pour être possédée par notre cousin le maréchal duc d’Auerstaedt et ses descendants, aux clauses et conditions portées aux lettres patentes qui lui seront également délivrées.

Nous avons en même temps érigé en principauté, sous le titre de principauté d’Essling, le château de Thouars, que nous avons également acquis de la Légion d’honneur, avec ses dépendances actuelles, pour être possédée par notre cousin le maréchal duc de Rivoli et ses descendants, aux clauses et conditions parlées aux lettres patentes qui lui seront délivrées.

Nous avons pris des mesures pour que les domaines desdites principauté soient augmentés de manière que les titulaires et leurs descendants puissent soutenir dignement le nouveau titre que nous leur avons conféré, et ce, au moyen des dispositions qui nous sont  compétentes.

Notre intention est, ainsi qu’il est spécifié dans nos lettres patentes, que les principautés que nous avons érigées en faveur desdits titulaires ne donnent à eux et à leurs descendants d’autres rangs et prérogatives que ceux dont jouissent les ducs, parmi lesquels ils prendront rang selon la date de l’érection des titres.

Donné en notre camp impérial de Schönbrunn, le 15 août 1809.

NAPOLÉON

 

Schönbrunn, 15 août 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne

Monsieur Daru, j’ai pris aujourd’hui un décret pour accorder une dotation de 500 francs à mes enfants adoptifs d’Austerlitz, garçons et filles, et de 2,000 francs aux enfants d’officiers. Prenez les mesures nécessaires pour faire toucher cette rente en leur nom; et, comme ils doivent être entretenus à mes frais jusqu’à leur majorité, vous en ferez verser le montant à la caisse d’amortissement, et on le placera sur le grand-livre pour former avec le temps un bien-être à ces enfants.

 

Schönbrunn, 15 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 8. Je ne comprends pas bien l’affaire d’Espagne et ce qui s’est passé, où est restée l’armée française le 29 et le 30, où a été pendant ces deux jours l’armée anglaise. Le Roi dit qu’il manœuvre depuis un mois avec 40,000 hommes contre 100,000.

Écrivez-lui que c’est sa faute, et que c’est de cela que je me plains.

Le plan de faire venir le maréchal Soult sur Plasencia est fautif et contre toutes les règles; il a tous les inconvénients et aucun avantage :  1° l’armée anglaise peut passer le Tage, appuyer ses derrières à Badajoz, et dès ce moment ne craint plus le maréchal Soult; 2° elle peut battre les deux armées en détail. Si, au contraire, Soult et Mortier étaient venus sur Madrid, ils y auraient été le 30, et l’armée réunie le 15 août, forte de 80,000 hommes, aurait pu donner bataille et conquérir l’Espagne et le Portugal. J’avais recommandé que l’on ne livrât pas bataille si les cinq corps ou au moins quatre n’étaient réunis. On n’entend rien aux grands mouvements de la guerre à Madrid.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 15 août 1809

DÉCRET.

Voulant constater par un monument durable la satisfaction que nous avons éprouvée de la conduite de notre Grande Armée et de nos peuples pendant les campagnes d’Iéna et de la Vistule, Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE 1er – Il sera élevé sur le terre-plein du pont Neuf un obélisque en granit de Cherbourg, de 180 pieds d’élévation, avec cette inscription : L’Empereur Napoléon au Peuple Français.

ART. 2. – Sur les différents côtés de cet obélisque, seront représentés tous les faits qui ont honoré la France pendant ces deux campagnes.

ART. 3. – Notre directeur général des musées sera chargé de l’exécution de ce monument, et notre ministre de l’intérieur nous en présentera les projets et devis avant le 1er janvier 1810, et les travaux devront en être terminés en 1811 pour tout délai.

ART. 4. – Les frais de ce monument seront affectés sur des fonds spéciaux et particuliers.

ART. 5. – Nos ministres sont chargés de l’exécution du présent décret.

(L’Aiguille du Pont-Neuf, adjugée à l’architecte Chalgrin – membre de l’Institut, qui commença la construction de l’Arc de Triomphe de Paris -, ne fut jamais érigée)

 

 Camp impérial de Schönbrunn, 15 août 1809.

DÉCRET.

ARTICLE 1er. – Tous généraux, officiers et soldats, de quelque arme qu’ils soient, qui, aux batailles de Thann, d’Abensberg, d’Eckmühl, de Ratisbonne, d’Essling et de Wagram, auraient perdu un membre et seraient vivants aujourd’hui 15 août, seront compris de la manière suivante dans les classes des dotations que nous accordons pour récompense des services qui nous ont été rendus, savoir : les lieutenants, sous-lieutenants, sergents et soldats, dans la 6e classe; les capitaines et chefs de bataillon ou d’escadron, dans la 5e classe; les généraux, colonels et majors, dans la 4e classe.

ART. 2. – Les enfants que nous avons adoptés en conséquence de notre décret du 15 frimaire an XIV seront portés, savoir : ceux dont
les pères morts étaient soldats, dans la 6e classe, et ceux dont les pères morts étaient officiers, dans la 5e.

ART. 3. – Il est créé à cet effet 1,500 places dans la 6e classe, 500 dans la 5e classe et 500 dans la 4e classe, savoir : 1,000 places de 6e classe, représentant un total de 500,000 francs de rente, pris sur les fonds réserves du Monte-Napoleone; 500 de la même classe, représentant un total de 250,000 francs, pris sur les actions du canal du Midi, que la caisse d’amortissement se procurera; 500 places de 5e classe, représentant un million de rente, pris, savoir, 250 sur les biens réservés à Bayreuth, 125 sur les biens réservés à Fulde, et 125 sur les biens réservés à Erfurt; enfin 500 places de 4,000 francs, représentant un total de deux millions de revenu, pris sur les biens réservés en Hanovre.

ART. 4. – Voulant traiter favorablement les familles des généraux, officiers et soldats morts sur le champ de bataille dans la présente guerre, nous autorisons notre conseil du sceau des titres à nous proposer, pour ceux qui n’auraient pas laissé d’enfants mâles, la transmission des titres et dotations qui leur auraient été accordés par nous de leur vivant au premier mâle né de leur fille aînée, et, s’ils n’avaient pas laissé de fille, au premier fils né de leur frère actuellement existant.

ART. 5. – Le major général et nos ministres sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Schönbrunn, 16 août 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

On m’assure que le roi de Hollande a reçu de vous une lettre qui lui donne le commandement de mes troupes, en sa qualité de connétable. Je puis concevoir que le ministre de la guerre ignore nos constitutions; mais que vous puissiez les ignorer, c’est ce qui m’étonne étrangement. Comment n’avez-vous point senti que moi seul je puis donner le commandement de mes armées et que personne ne peut s’arroger ce droit ? Il me tarde d’apprendre que cette anarchie a eu son heure, et qu’un ou plusieurs maréchaux sont partis pour diriger ces mouvements, puisque le général Sainte-Suzanne, qui avait ma confiance, est venu à me manquer (Le général Sainte-Suzanne était tombé gravement malade)

 

Schönbrunn, 16 août 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, vous réunirez les ministres et vous leur ferez connaître que le ministre de la guerre, par une ignorance absolue de nos constitutions, a pensé que la dignité de connétable donnait le droit de commander mes armées; que c’est une erreur de six cents ans de date; que les princes et les grands dignitaires ne sont rien; que le connétable n’est pas comme autrefois un vieux soldat chef de l’armée; que cette dignité est purement civile, et que celui qui en est revêtu n’a pas plus le droit de commander mes armées que le grand amiral n’a celui de commander mes flottes; que je ne puis que blâmer cette ignorance de nos constitutions, et que je désire que cela n’arrive plus; qu’en mon absence le ministre de la guerre, autorisé par le conseil, pouvait donner le commandement en mon nom, mais qu’aucun individu ne pouvait le prendre, et que le ministre ne pouvait le tolérer, sous sa responsabilité. Cette lettre sera consignée dans le registre du conseil pour servir dans la circonstance. Le connétable n’a pas le droit de commander  le corps de garde qui est à sa porte, non plus que le grand amiral ne peut commander les bateaux qui passent devant l’école militaire. Hors de là, l’État ne serait qu’anarchie et confusion.

 

Schönbrunn, 16 août 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris (depuis le 29 juin il est chargé de l’intérim du ministère de l’intérieur)

Faites mettre dans le Moniteur, en forme de lettres ou de réflexions d’un militaire, les observations suivantes sur l’expédition anglaise.

” Quand les Anglais ont combiné leur expédition, ils avaient pour but de prendre l’escadre, mais elle est en sûreté à Anvers; ils avaient pour but de prendre Anvers et de détruire nos chantiers, mais Anvers n’est plus ce qu’il était il y a quatre ans. En y établissant des chantiers, on a rétabli les fortifications; Anvers peut se défendre six mois; une inondat.ion le couvre en grande partie; de nouveaux ouvrages ont été faits depuis trois ans; des fossés pleins d’eau, une enceinte bastionnée avec une belle escarpe mettent cette place à l’abri de toute attaque. Il faudrait aux Anglais six mois de siège et 60,000 hommes pour prendre Anvers.

Les Anglais ne peuvent pas songer à prendre Flessingue: depuis trois ans, les fortifications en ont été augmentées; des demi-lunes ont été construites, trois forts ont été établis autour de la ville. Depuis dix jours que les Anglais ont débarqué, ils n’ont pas encore commencé les approches, et ils sont à mille toises de la place. La garnison est assez nombreuse pour la défendre, et les Anglais ont déjà fait des pertes sérieuses. Mais enfin, s’ils en approchent à 200 toises, on peut lever les écluses et inonder l’île. Il y a des vivres pour un an; la place peut donc tenir un an, et avant six semaines, des 15,000 Anglais qui sont dans l’île de Walcheren il n’en restera pas 1,500; le reste sera aux hôpitaux. Le moyen de les empêcher de prendre Flessingue est de leur opposer l’inondation. L’expédition anglaise consiste en 26 ou 27,000 hommes; ils en ont débarqué 15 ou 18,000 dans l’île de Walcheren, 7 à 8,000 dans le Sud-Beveland. Ils ont obtenu un avantage qu’ils ne devaient pas espérer, c’est l’occupation du fort de Bath, livré par la trahison de cet infâme et lâche Bruce; et cependant à quoi cela a-t-il abouti ? A rien; l’expédition est mal calculée. Ces 20 ou 30,000 hommes eussent été plus utiles en Espagne, et là ils ne peuvent rien faire. Car, en supposant que, par impossible, ils prissent Flessingue, ils ne le garderaient pas longtemps. C’est en vain qu’ils jetteraient des milliards et prodigueraient des hommes; ils ne défendront pas l’île de Walcheren; et, si tout le monde convient qu’il leur faut 20,000 hommes pour garder cette île, il est de l’intérêt de la France de leur en faire présent. Ils y perdront 10,000 hommes par les fièvres, et on la leur reprendra quand on voudra. L’expédition a été faite sur de faux renseignements et calculée avec ignorance. On n’a pas à Londres de notions exactes sur l’Escaut, sur la France, car, au moment où nous parlons, 80,000 hommes se réunissent dans le Nord, et il est fort heureux que, ayant plusieurs points pour employer leurs forces, ils choisissent celui où tout succès est impossible. “

Faites mettre cette note dans le Moniteur, si aucun évènement inattendu ne dément ces conjectures au moment où vous recevrez cette lettre.

 

Schönbrunn, 16 août 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Voici mes ordres sur ce qu’il y a à faire contre l’expédition anglaise.

Je vous ai donné les mêmes ordres à plusieurs reprises dans mes lettres; je veux vous les renouveler. Point d’offensive, point d’attaque, point d’audace. Rien ne peut réussir avec de mauvaises ou de nouvelles troupes; si l’on attaque Flessingue, on les compromet. Le général Monnet s’est déjà trop battu, s’il est vrai qu’il a perdu 1,400 hommes. Que veulent les Anglais ? prendre Flessingue, l’île de W alcheren. C’est une opération impossible, puisque la possession de l’île de Walcheren dépend de la prise de Flessingue. Quand ils seront à 100 toises de la place, on peut lâcher les écluses, et l’île sera inondée. Tant que Flessingue aura un morceau de pain, elle est imprenable; l’essentiel est donc de rafraîchir les vivres et de jeter dans la place une trentaine de braves et 2 à 300 canonniers. Ces braves sont des officiers du génie, d’artillerie, des majors, etc.

Anvers,en supposant que l’ennemi vienne l’assiéger, peut être également défendu par l’inondation. Les forts sont armés et garnis d’artillerie. Lu garnison est de 6,000 hommes de gardes nationales et de 6,000 hommes de l’escadre. Il y a des magasins de vivres pour huit mois. Anvers peut donc se défendre huit mois. Recommandez au ministre Dejean, qui doit s’être rendu sur les lieux par mes ordres, d’inspecter l’armement et l’approvisionnement de cette place, de mettre des canonniers et des ingénieurs à chaque fort, avec la quantité de vivres et d’artillerie nécessaire. Avec cela, Anvers est imprenable; les Anglais l’assiégeraient en vain pendant six mois. Ils ne peuvent donc prendre ni Flessingue ni Anvers. Ils ne peuvent prendre l’escadre; elle est en sûreté à Anvers.

Tout porte à penser que les Anglais ne débarqueront pas dans l’île de Cadzand sans avoir pris Flessingue. S’ils y débarquent, ils disséminent leurs troupes. Ils n’ont pas plus de 25,000 hommes; ils ne pourraient pas jeter plus de 6 à 7,000 hommes dans l’île de Cadzand, et ils y seraient compromis. Il ne s’agirait donc que de choisir dans l’île un champ de bataille, d’y élever quelques redoutes et batteries de campagne et d’avoir 12 à 15,000 hommes à portée de s’y rendre. Les batteries du fort Napoléon doivent être à l’abri d’un coup de main. Les Anglais iront-ils à Berg-op-Zoom  ? Cette place est en état, et là ils seraient disséminés. Ils ne peuvent avoir moins de 10 à 12,000 hommes dans l’île de Walcheren et 10,000 dans le Sud-Beveland pour défendre la droite de l’Escaut et le fort de Bath, et il ne leur reste plus de monde pour rien entreprendre sur la rive gauche.

Or Flessingue et Anvers sont imprenables. Cependant, tout ce qui rend impossible l’acheminement des Anglais sur Anvers, je l’approuve, tels que l’inondation des environs de Berg-op-Zoom , le rétablissement du fort Saint-Martin et les fortifications le long du canal de Berg-op-Zoom.

Tandis qu’on passera dans cette situation les mois d’août et de septembre, les 30, 000 gardes nationales, avec de bons généraux, majors et officiers, seront réunies; le duc de Valmy aura réuni 10,000 hommes à Wesel; les divisions Olivier et Chambarlhac auront pris une nouvelle consistance, et les deux divisions de gardes nationales des généraux Rampon et Soulès seront complétées. Alors, avec cet ensemble de forces de 70,000 hommes de gardes nationales et de troupes de ligne françaises, et 15 ou 16,000 Hollandais, on pourra, sur le bruit seul de cet armement, décider les Anglais à se rembarquer, marcher à eux et les détruire.- Mais point d’opérations prématurées, qui ne peuvent réussir avec de mauvaises troupes; point d’échec; de la sagesse et de la circonspection. Le temps est contre les Anglais: toutes les semaines nous pouvons mettre 10,000 hommes de plus sous les armes, et eux les avoir de moins.

Mais pour cela il faut de l’ordre, ne pas mêler les gardes nationales avec la ligne; il faut que la division Ramon reste une., que la division Soulès reste une, que les cinq autres divisions de gardes nationales se forment dans cinq endroits différents, comme je l’ai ordonné; une par exemple à Anvers, une à Ostende, une à Bruxelles, une à Lille, une à Saint-Omer ou Boulogne, etc . Vous pouvez changer ces points de réunion; mais, en général, il faut que les gardes nationales soient réunies et aient de bons officiers, et qu’elles n’aillent pas se mettre par 1,500 devant l’ennemi sans ordre. Elles y vont, il est vrai, mais elles reviennent bien plus vite. Ce que je vous recommande surtout, c’est de prendre garde de ne pas épuiser, en les éparpillant, cette ressource des gardes nationales.

 

Schönbrunn, 16 août 1809.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je reçois vos lettres des 9 et 10; je ne comprends rien aux idées qu’on se fait à Paris de nos constitutions. Vous êtes responsable de ma flotte; après vous, l’amiral qui la commande. Personne, ni par le titre de connétable, ni par le titre de grand amiral, n’a le droit de donner des ordres à une flotte pas plus qu’à une armée. J’ai vu avec plaisir que l’amiral Missiéssy se soit opposé à l’attaque du fort de Bath, que je trouve aussi insensée que l’évacuation de ce fort a été lâche et absurde.

Dans la position actuelle des affaires, il n’y a que deux partis à  prendre: 1° laisser faire les Anglais, ils se casseront le cou; 2° s’ils attaquent, les recevoir derrière une position retranchée. Nous nous connaissons trop pour croire qu’ils se portent à de pareilles imprudences. Pendant qu’ils ne font rien, il faut profiter de ce temps pour augmenter les fortifications des forts, faire passer des vivres à Flessingue, entasser dans les canaux des chaloupes canonnières, réunir, comme je l’ai ordonné, 80,000 hommes, les pourvoir d’artillerie, de généraux, de majors, d’officiers, les organiser, fortifier Anvers et préparer l’inondation. Ce sont d’excellentes opérations, et les seules à faire. Après cela, que peuvent faire les Anglais ? Prendre Flessingue ? Impossible, puisque, quand ils auront tracé la première parallèle, on peut couper les digues. Flessingue est imprenable tant qu’il y aura un morceau de pain. Il faut donc vous étudier à y faire entrer des vivres, puisqu’on ne peut le faire que par mer et que la mer vous regarde. On m’assure qu’il y a des vivres pour six mois; or, d’ici à six mois, les 15,000 hommes que les Anglais ont débarqués dans l’île de Walcheren, s’ils y restent, seront réduits à 1,500; tout le reste sera à l’hôpital.

 

Schönbrunn, 17 août 12809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos dépêches. Répondez au sieur Durand que le général Beaumont n’a pas rendu compte qu’il ait renvoyé le prince royal de Wurtemberg. Envoyez-lui l’instruction d’inviter le Roi, pour l’intérêt de la cause commune et le sien propre, à réunir ses troupes contre le Vorarlberg. Renvoyez-moi le projet de lettre pour le ministre des États-Unis, afin que je puisse vous le renvoyer s’il y a lieu.

Laforest ne vous a envoyé qu’une gazette. J’attends Nisas, qui est arrivé à Paris et qui m’apportera enfin des nouvelles de la situation des affaires en Espagne. Il parait que les Anglais ont prodigieusement souffert. Mais on est bien malhabile dans la direction des armées.

Le 9 août, la communication de Flessingue avec l’île de Cadzand était libre. Les tentatives de l’ennemi pour s’embosser entre l’île de Walcheren et l’île de Cadzand avaient échoué. Le général Monnet se trouvait toujours à une demi-lieue en avant de Flessingue, et n’avait pas encore reçu une bombe ni par mer ni par terre. Anvers et mon escadre étaient en sûreté, et tout de ce côté prenait une tournure favorable. Par contre, les affaires allaient assez mal dans le Tyrol. Beaucoup de monde s’est laissé tuer dans les gorges.

Je suppose que vous êtes arrivé dans la nuit, et que je recevrai demain un courrier de vous, qui me fera connaître un premier aperçu général, qui me mettra à même de vous écrire à fond sur la matière.

P. S. Dites à Durand de se mettre en correspondance avec le général Lagrange, que j’ai nommé gouverneur du Vorarlberg, que j’ai considéré cette province comme en état de guerre, c’est-à-dire que j’ai autorisé le général Lagrange, sans avoir égard aux autorités civiles, à prendre toutes les mesures pour rétablir la tranquillité.

 

Schönbrunn, 17 août 1809.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois que les gardes nationales marchent, mais sans ordre. Il est bien important que les gardes nationales, soit celles déjà parties, soit celles qui vont partir en conséquence de ma demande, soient organisées en sept divisions; la première sous les ordres du général Rampon, la seconde sous les ordres du général Soulès, et les cinq autres sous les ordres de cinq autres sénateurs. Cela formera 42,000 hommes présents sous les armes. Il faut les maintenir présents.

Chaque division, qui est commandée par un sénateur, deux généraux de brigade et plusieurs majors, doit toujours être réunie; et, si des fractions de gardes nationales de 1,500 ou 2,000 hommes restent isolées, elles ne feront rien. Cela regarde le ministre de la guerre sans doute, mais comme ministre de l’intérieur vous devez vous concerter avec lui.

Faites-moi également connaître et ayez soin de bien réclamer pour que ces gardes nationales soient parfaitement années. Veillez aussi à ce qu’elles soient comptées.Le principe est que, pour avoir 60,000 hommes de gardes nationales, il faut en avoir 30,000 de réserve. Il est donc nécessaire de faire une seconde distribution aux départements qui fournissent des gardes nationales, pour qu’ils envoient au chef-lieu moitié du contingent qu’ils ont envoyé, de sorte que chaque division de 6,000 hommes en ait 8,000 au chef-lieu de département, qui s’organiseront et s’exerceront; et, au fur et à mesure qu’il y aura des malades, des tués ou des déserteurs, le sénateur commandant la division écrira au préfet, qui enverra un détachement pour la compléter. Par ce moyen, la division sera toujours au complet.

 

Schönbrunn, 17 août 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général, la question que vous me faites sur les grenadiers et voltigeurs des 121e et 122e régiments me donne lieu de vous écrire cette lettre pour vous faire connaître au général mon intention.

Les 4e bataillons ne devraient avoir ni grenadiers ni voltigeurs, et, à la paix, lorsque je ferai un règlement sur l’armée, mon intention est de les supprimer et de ne composer ces bataillons que de six compagnies de fusiliers. Je ne fais pas un règlement aujourd’hui, parce que les 4e bataillons qui sont au corps du maréchal Oudinot et du duc d’Abrantès ont des grenadiers et des voltigeurs, et qu’il serait fâcheux de les supprimer.

Vous sentirez facilement les raisons que j’ai de ne pas vouloir de grenadiers et de voltigeurs aux 4es bataillons: c’est, 1° parce que les 4e bataillons doivent recruter les trois premiers, et qu’au fond, lorsque la guerre sera éloignée, ils ne feront guère antre chose que de se compléter et de se rendre à l’armée pour y être incorporés, et qu’enfin, en supposant une guerre de frontières et que les 4e bataillons soient à l’armée, il n’y aurait pas d’inconvénient qu’ils n’eussent pas de grenadiers ni de voltigeurs, puisqu’en formant alors les trois premiers bataillons à six compagnies de fusiliers et réunissant en un  bataillon les trois compagnies de grenadiers et les trois compagnies de voltigeurs, on aurait ainsi un bataillon d’élite de six compagnies. Donnez donc l’ordre à tous les 4e bataillons qui sont en France de ne former aucune compagnie de grenadiers ni de voltigeurs, et aux inspecteurs aux revues de ne pas les payer. Faites cela par une décision particulière, de vous, afin qu’il n’en résulte aucun inconvénient pour les compagnies de grenadiers et de voltigeurs des 4e bataillons qui sont à l’armée.

 

Schönbrunn, 17 août 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois vos lettres des 10 et 11. Je ne conçois pas comment vous gardez des prisonniers de guerre anglais à Arras et à Valenciennes. Il ne fallait pas, en général, tenir des prisonniers dans le nord, et à plus for le raison dans cette circonstance.
Renvoyez-les dans l’intérieur de la France. Ces précautions sont si simples, qu’il est étonnant que je sois obligé de les prescrire, surtout lorsque je vois dans votre rapport du 10 que ces prisonniers conspirent et s’enhardissent.

 

Schönbrunn, 17 août 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois votre lettre du 8 août. Je ne comprends pas bien l’estacade que vous voulez établir pour le Rupel. Il me semble que le Rupel est une rivière qui se jette dans l’Escaut à plus de 1,500 toises au-dessus d’Anvers. Je ne vois pas bien quel rapport cela peut avoir avec mon escadre.

 

Schönbrunn, 17 août 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je vous ai écrit pour Cayenne, que je veux reprendre. Je suppose que vous avez préparé plusieurs
expéditions pour la Guadeloupe. Il parait que Santo-Domingo tient toujours. Il faudrait aussi préparer une expédition pour cette colonie. Si mon escadre de Flessingue pouvait mettre à la voile avant les glaces, au nombre de huit ou neuf vaisseaux pouvant porter 3,000 hommes, cela ferait l’affaire de la Guadeloupe et de Santo-Domingo; et, si les événements qui vont se passer rendent cela possible, je réserverai 4,000 hommes dans le Nord pour ce projet. Il semble qu’il faudrait préparer une autre expédition à Rochefort et une autre à Cherbourg, quand même on préparerait celle de Flessingue, puisque celle-ci pourrait ne pas partir. Les choses étant ainsi, il faudrait envoyer à Cherbourg les frégates l’Élisa et l’Amazone, avec les cinq flûtes qui se trouvent au Havre; ce qui, joint aux deux vaisseaux de guerre et aux deux frégates qui sont en partance à Cherbourg, me ferait une expédition de six bâtiments de guerre, de cinq flûtes et de deux ou trois bricks, qui pourraient me porter plus de 4,000 hommes; et avec cette expédition on pourra secourir Santo-Domingo s’il n’est pas pris, ou le reprendre s’il est pris, car, s’il est pris, il n’y aura que des Espagnols et très-peu de troupes réglées ; bien entendu qu’on essayerait simplement de le reprendre par un coup de main.

Quant à l’expédition de Cayenne, il me semble que j’ai à Nantes deux frégates, un brick, deux flûtes, chacune de 800 tonneaux; peut-être même pourrait-on y joindre ou la Nymphe ou la Méduse. Avec trois frégates et ces deux grosses flûtes on devrait porter 2,000 hommes; il faudrait y joindre sans doute cinq ou six bricks et petits bâtiments, et, s’il est nécessaire, une ou deux autres grosses flûtes, qu’il sera facile de se procurer à Nantes.

Enfin on pourrait faire partir de Rochefort l’expédition pour secourir la Guadeloupe. Vous pouvez armer à cet effet à Rochefort trois de mes meilleurs vaisseaux. J’ai déjà trois frégates et deux corvettes en rade, ce qui ferait cinq bâtiments de guerre et deux corvettes, et l’on pourrait y joindre deux grosses flûtes; je dois en avoir à Bordeaux. Enfin, s’il n’y en avait pas, on pourrait prendre les plus mauvais de mes bâtiments de guerre, qu’on armerait en flûte et qu’on laisserait à la Guadeloupe pour revenir charges de marchandises des colonies. Vous y pourriez joindre quelques corvettes et cinq à six transports. Cette expédition pourrait facilement porter 3,000 hommes.

Ces combinaisons ou toutes autres me paraissent nécessaires à préparer dès aujourd’hui. Il est également nécessaire de penser à envoyer trois frégates à l’Île de France. Je n’ai plus dans cette colonie que cinq frégates, parmi lesquelles il y en aura probablement une ou deux qui seront prises.

En résumé, je voudrais: 1° une expédition partant de Cherbourg, pour la partie espagnole de Saint-Domingue, portant 4,000 hommes, des vivres et quelques moyens nécessaires, des plans, des officiers du génie et d’artillerie connaissant cette colonie et pouvant être utiles; on reprendrait la place par un coup de main, si on la trouvait prise par l’ennemi et mal gardée; 2° une expédition partant de Rochefort et portant 3,000 hommes avec les vivres nécessaires, pour secourir la Guadeloupe; 3° une expédition partant de Nantes et portant tout ce qui serait nécessaire pour reprendre Cayenne et l’occuper en force; 4° trois frégates dirigées de différents points pour l’île de France; 5° l’escadre de Flessingue avec 4 ou 5,000 hommes pour secourir la Guadeloupe et Santo-Domingo. Quant à l’escadre de Toulon, la destination que vous avez projetée me paraît convenable.

Il faut que vous organisiez ces expéditions, non-seulement pour la marine, mais encore pour la terre; et, à cet effet, il faut vous concerter avec le ministre de la guerre pour avoir la note des officiers du génie et d’artillerie qui connaissent ces différentes colonies.

 

Schönbrunn, 17 août 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 13. Je prie Votre Majesté de renvoyer ses troupes dans le Vorarlberg.
J’ordonne au général Lagrange de s’entendre en tout et pour tout avec elle. Votre Majesté a très-bien fait de garder le sieur Schneider. Ces rivalités sont en vérité misérables, et ces petites jalousies bien funestes à la cause commune. Mes ordres pour désarmer le pays et prendre des otages ont été donnés depuis longtemps. Mais nos ennemis entretiennent la révolte dans le Vorarlberg et dans le Tyrol, dans l’espérance qu’elle peut influer sur les négociations de paix, ou pour s’en aider si les hostilités recommencent. En cela, ils font leur jeu et le nôtre est de concourir tous et de profiter de l’armistice pour étouffer ces insurrections. Ce qui me fait penser que Votre Majesté aura envoyé ses troupes sur Kempten pour secourir ce point et reprendre ceux que les insurgés auraient pris de ce côté.

 

Schönbrunn, 18 août 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, j’ai reçu un courrier de vous aujourd’hui;  j’espère que j’en recevrai un demain. Je vous envoie un courrier de Saint-Pétersbourg et le courrier du jour. Il n’y a rien de nouveau. Mais vous remarquerez comme moi qu’il y a toujours de l’obscur dans ce que veut ce cabinet. Il me semble qu’il aurait pu s’expliquer plus clairement sur un projet d’arrangement pour la Galicie.

 

Schönbrunn, 18 août 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Je vous prie de faire appeler le cardinal-archevêque de Lyon et d’avoir avec lui une explication sur ce fait: pourquoi dans les mandements précédents la lettre que j’écris pour faire chanter le Te Deum était-elle insérée, et pourquoi n’en a-t-il pas été de même cette fois-ci ? Vous m’enverrez une copie de l’un et de l’autre mandement, et vous préviendrez cet archevêque de vous donner des explications très-claires, parce que je formerai sur cela mon opinion. Si cette omission a eu lieu, il n’y a qu’un moyen, c’est de saisir la première occasion de la réparer.

 

Schönbrunn, 18 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vois, par votre lettre du 12, que vous avez reçu enfin ma lettre; cela me fait grand plaisir. J’espère que vous aurez reçu aussi mes instructions et que vous aurez écrit sur-le-champ aux personnes qui commandent, pour qu’on ne fasse pas d’opérations insensées et qu’on ne prenne l’offensive nulle part, à moins qu’on ne soit quatre contre un et qu’on n’ait beaucoup d’artillerie de campagne. La présente expédition des Anglais ne peut avoir, encore une fois, aucun résultat; et la seule manière de lui en donner un serait d’aller imprudemment les attaquer, parce qu’alors nos gardes nationales seraient démoralisées et que les effets s’en feraient sentir sur toutes celles qui sont en réserve. L’île de Walcheren a pour défense la Lièvre et le mauvais air, qui m’ont toujours empêché d’y laisser des troupes, et Flessingue est imprenable moyennant l’inondation. Quant à l’île de Cadzand, l’ennemi ne pourra jamais l’attaquer avec succès, si l’on y tient 15 ou l6,000 hommes et trente pièces de canon et si l’on y choisit d’avance un bon champ de bataille, fortifié par quelques digues ou courants d’eau. Il faudrait, s’il est possible, que cette position fût appuyée à la batterie Napoléon. Alors, après s’être opposé au débarquement, on se retirerait dans ce camp retranché. En dix jours quelques ouvrages nécessaires seraient terminés. L’ennemi devrait perdre du temps pour reconnaître notre position; on se renforcerait, et l’on finirait par le rejeter dans la mer. .

Ne pouvant pas prendre l’île de Walcheren, les Anglais ne prendront pas davantage Anvers. Il faut que l’escadre s’y renferme. Anvers ne pourra jamais être bloqué. Il ne pourra être assiégé que d’un côté, et le moment où les Anglais se présenteraient pour cela serait celui de les jeter dans l’eau. Si je commandais les forces anglaises, je ne croirais pas pouvoir mettre le siège devant Anvers avec moins de 60,000 hommes, et encore j’aurais la crainte d’être battu et jeté dans la mer. Cette opération des Anglais est donc insensée. Tous les jours nous avons des milliers d’hommes de plus, et tous les jours ils en ont des milliers de moins. Tous les jours nous croyons davantage au succès, et tous les jours ils craignent davantage un revers et voient s’approcher une catastrophe.

Je vois que l’approvisionnement de Flessingue était, au 1er août, pour 4,000 hommes pendant trois mois; c’est la même chose que pour 8,000 hommes pendant six semaines; or certainement le général Monnet a là 8,000 hommes; je croirais donc cette place mal approvisionnée si je ne voyais 600,000 rations de pain, vin et viande, ce qui fait pour 6,000 hommes pendant cent jours. Flessingue a donc des vivres pour quatre ou cinq mois. Je désire que vous y envoyiez un officier, que vous chargerez de vérifier cet approvisionnement et d’en dresser procès-verbal, et que vous écriviez au général Monnet que je compte qu’il tiendra par les vivres qu’il a jusqu’au 1er février. Indépendamment de cela , il faut préparer des vivres pour les lui faire passer, si cela était nécessaire.

Veillez également à l’approvisionnement d’Anvers. Il y faut du biscuit, des vivres, de la farine en quantité suffisante jusqu’au 1er  février.

Je pense qu’il n’y a aucune possibilité que l’ennemi puisse jamais investir Anvers sur la rive gauche. Je ne vois pas que vous y ayez envoyé assez d’officiers du génie et d’artillerie. J’estime que, pour défendre la ville, il faut au moins quinze officiers d’artillerie, indépendamment de ceux des compagnies, et au moins neuf officiers du génie. Nommez vous-même un homme de confiance pour commander sur la rive gauche. Il se tiendra à la Tête-de-Flandre et aura sous lui deux majors, qui commanderont les deux forts situés l’un à l’aval, l’autre à l’amont de la place. Ordonnez que ces deux forts aient leur approvisionnement séparé, de manière qu’ils puissent continuer de se défendre et rester intacts, quand même Anvers serait pris. Nommez aussi un commandant de la citadelle et assez d’adjudants pour pouvoir faire le service de la place.

Faites passer l’inspection des gardes nationales; qu’elles soient bien organisées et surtout bien armées.

La perte du fort de Bath est l’accident le plus fâcheux qui ait pu nous arriver, mais cela est sans remède, et pour tenter de le reprendre il ne faut pas engager une affaire où il n’y aurait pas d’espérance de succès.

Voyez le ministre de la marine pour que décidément mon escadre se mette en sûreté dans Anvers. Je la trouve mal placée comme elle est. Je voudrais la voir dans l’enceinte de la ville et couverte par les remparts. On pourrait laisser seulement un vaisseau et une frégate du côté de Lillo.

Je vois avec peine que vous ayez employé le général Dupont Chaumont; cela n’est pas convenable; envoyez-le ailleurs.

Je ne saurais trop vous le répéter, il faut agir avec prudence, ne pas compromettre de mauvaises troupes et ne pas avoir la folie de croire, comme bien du monde, qu’un homme est un soldat. Les troupes de la nature de celles que vous avez sont celles qui exigent le plus de redoutes, de travaux et d’artillerie. Il faut à ces troupes les quatre pièces de canon par bataillon que prescrit l’ordonnance, mais il faut très-peu de caissons, parce qu’on se battra près de nos dépôts. Ainsi l’attelage ne doit pas être très-coûteux. Il faut d’autant plus d’artillerie à une troupe qu’elle est moins bonne. Il est des corps d’armée avec lesquels je ne demanderais que le tiers de l’artillerie qui me serait nécessaire avec d’autres corps d’armée.

 

Schönbrunn, 18 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 12. Je vois que vous avez fait arrêter le directeur d’artillerie de Mayence. Faites procéder à l’accusation contre cet officier; qu’il donne ses moyens de justification, et, pour peu qu’ils soient passables, acquittez-le; mais faites connaître par une circulaire aux différents directeurs tout ce qui s’est fait à cet égard.

 

Schönbrunn, 18 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 12. Je vois qu’il n’y a pas de lettres d’Espagne aujourd’hui. Il me tarde d’apprendre des nouvelles de ce pays et de la marche du duc de Dalmatie. Quelle belle occasion on a manquée ! 30,000 Anglais à 150 lieues des côtes devant 100,000 hommes des meilleures troupes du monde ! Mon Dieu ! qu’est-ce qu’une armée sans chef !

 

Schönbrunn, 18 août 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je reçois votre lettre du 13 août.

L’idée de couler bas des bâtiments dans la passe de l’Escaut est une idée ridicule. Un billet qui m’a été adressé par le ministre de la guerre m’indique le lieu où est mon escadre: trois vaisseaux sont près de Lillo et huit plus près d’Anvers. Je ne comprends pas bien cette disposition, ni pourquoi mon escadre ne s’est pas placée tout simplement sous Anvers, dans l’enceinte des remparts. Mon intention est qu’elle prenne cette position sans délai; c’est là seulement qu’elle peut être en sûreté; c’est là seulement qu’on peut débarquer les 6,000 hommes qui sont à bord, et, s’il est nécessaire, les employer à la défense. Enfin il me parait absurde de tenir ainsi l’escadre le long d’un canal où elle est sans défense. Je la trouve donc mal placée. Quant aux estacades, je ne les crois plus nécessaires contre les brûlots. Avec des chaloupes canonnières, des péniches, des canots, il n’y a  pas grand chose à craindre. En deux mots, je désire donc que mon escadre prenne position dans l’espace du fleuve compris entre la citadelle et la tête de la ville. Cependant je ne m’oppose pas à ce qu’un vaisseau et une frégate restent avec quelques canonnières devant Lillo, protégés par les deux forts de Lillo et de Liefkenshoek. Ces bâtiments pourront de là faire des incursions dans le fleuve et s’opposer à tout ce qui arriverait. Je suis fâché que l’amiral Missiéssy n’ait pas laissé le tiers de sa flottille pour la défense de Flessingue.

S’il était encore temps d’y faire filer quelques chaloupes canonnières, cela ne pourrait qu’être utile. Il y a un passage de votre lettre que je ne comprends pas; vous dites: ” Si l’ennemi venait en force jusqu’à Anvers, je crois qu’il n’y aurait plus à reculer et qu’il faudrait que l’escadre tint ferme où elle se trouve. ” Que voulez-vous dire ? Dans la position où se trouve actuellement l’escadre, elle n’est défendue par rien, de sorte qu’il serait possible que l’ennemi, tournant le fort Lillo, dans une marche, vint établir des batteries sur la rive du fleuve et canonner mon escadre. Cela serait impossible si elle était à Anvers. Il ne faut donc pas tenir ferme; le simple bon sens rend cela sensible; et cependant je vois que l’escadre a toujours trois vaisseaux à 4,000 toises d’Anvers. L’amiral Missiéssy s’imagine qu’il faut que l’ennemi prenne Lillo, et il se trompe. L’ennemi, après avoir culbuté tout ce qu’il trouvera devant lui, entre Berg-op-Zoom et l’Escaut, peut se porter en trois heures de temps à 2,000 toises de Lillo, établir des batteries sur le fleuve et couper les quatre vaisseaux, ou se porter à 1,000 toises d’Anvers et couper les sept vaisseaux qui sont sur la droite. Joignez à cela que les vents, la marée, ou d’autres circonstances, peuvent s’opposer aux mouvements de l’escadre. Il n’y aurait aucune de ces inquiétudes à avoir si mon escadre était rentrée dans Anvers. De l’extrémité de la citadelle à la tête de la ville, il y a 1,500 toises; dans cet espace on peut bien placer des vaisseaux. On dépense un argent inutile en estacades et autres babioles. L’Escaut à Anvers n’a pas plus de 300 toises de large, et l’amiral Missiéssy a cent cinquante bâtiments de flottille; il peut établir une ligne double et triple de bâtiments, chaloupes canonnières et péniches, qui couleraient bas, remorqueraient ou détourneraient tout ce qui se présenterait.

Je vous réitère l’ordre positif de faire rentrer mon escadre à Anvers, où les équipages seront utilisés, tandis que dans la situation actuelle ils ne servent t à rien.

 

Schönbrunn, 18 août 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Brünn

Mon Cousin, il parait que la cavalerie qui est cantonnée en Moravie trouve beaucoup de chevaux à acheter, que le général Pajol en a acheté beaucoup et peut en trouver encore. Faites-moi un rapport là-dessus. La brigade du général Pajol a encore des hommes à pied au dépôt; il faut qu’il continue à acheter des chevaux, pour les monter, Faites acheter tous les chevaux qu’on trouvera dans les cantonnements et envoyez-les au dépôt.

 

Schönbrunn, 19 août 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois vos lettres du 18. Vous avez eu tort de répondre à M. de Metternich relativement à l’armistice; le seul mot est : « Cela ne nous regarde pas.” Faites connaître aux plénipotentiaires que, si l’empereur d’Autriche se portait à prendre quelque mesure pour désorganiser l’administration des provinces que j’occupe, je prendrais sur-le-champ possession du pays en mon nom, j’y ferais arborer mes aigles, rendre la justice en mon nom, détruire les droits féodaux, publier le Code Napoléon, et que je supprimerais le papier-monnaie actuel et déclarerais qu’il n’a plus cours dans toutes les provinces occupées par mes troupes, en le remplaçant par un autre papier-monnaie. Vous devez insinuer que, si les négociations n’avaient aucune issue, je prendrais toutes ces mesures, et qu’en outre je séparerais les trois couronnes de la Maison d’Autriche. Tout cela doit être insinué de la manière convenable, en faisant connaître que je n’ai eu le temps de m’occuper de l’administration que depuis la bataille de Wagram. Cette bataille a été suivie immédiatement des propositions de paix que m’a faites le prince de Liechtenstein. Ayant agréé ces propositions de paix, je n’ai voulu apporter aucun changement dans la monarchie autrichienne; mais, si ces propositions n’avaient pas été faites, il n’y a aucune espèce de doute qu’au retour de Znaym je n’eusse fait arborer mes aigles, prêter serment au peuple et administrer la justice en mon nom, et il n’y a pas plus de doute que je n’eusse annulé sur-le-champ tout le papier-monnaie. Il serait trop bête de laisser subsister un papier-monnaie dont les presses sont entre les mains de l’empereur d’Autriche, c’est-à-dire de l’ennemi.

L’empereur ne doit donc se permettre aucune démarche qui puisse entraver le prompt payement de la contribution, parce que sans cela j’arrêterais le papier-monnaie dont les presses sont à la disposition de mes ennemis, et j’en substituerais un autre. Très-certainement, le jour où le congrès d’Altenburg sera terminé sans issue, je prendrai ce parti, et je changerai l’organisation du pays de manière qu’elle ne pourra plus se remettre.

Quant aux bravades militaires de M. de Nugent, il est au-dessous de votre dignité d’y répondre. Vous devez déclarer d’un air sérieux que vous n’êtes point à un congrès pour faire le sous-lieutenant de dragons, et que votre temps est trop important pour les deux pays pour l’occuper par des discussions étrangères.

Je ne pense pas pouvoir vous envoyer des instructions définitives avant quatre ou cinq jours. Vous devez d’ici là rester dans les termes de l’uti possidetis; vous ne pouvez point en sortir. Ajoutez-y que je rendrai à l’Autriche les pays qu’elle voudra, sans exception, en me contentant de ceux qu’elle voudra me céder, pourvu que la balance en richesse, en population et en étendue de territoire soit exactement observée. Dites donc aux plénipotentiaires que la première matière du traité est ce que nous possédons. Ce qu’ils veulent reprendre de ce que nous possédons forme un membre d’une équation; ce qu’ils veulent nous céder forme l’autre membre. Il m’est égal de quelle manière ils soient composés, pourvu que l’équation existe. Quant à l’armistice, déclarez solennellement que c’est une capitulation, et la capitulation de l’armée autrichienne; que je la lui ai accordée le 12 juillet, après l’avoir battue et poursuivie pendant vingt lieues; que, par cette capitulation, les Autrichiens se sont engagés à évacuer les forts de Graz et de Sachsenburg, les cercles de Znaym et de Brünn, le Tyrol et le Vorarlberg; que cette capitulation de l’armée autrichienne est la même que celle d’une place forte, et que ce serait une ironie que de prétendre qu’on ne la possède point, quand on la possède d’après une capitulation. Les Autrichiens se sont réservé les magasins d’habillement, mais ils ne se sont pas réservé autre chose. Il m’est indifférent, au reste, que Znaym soit ou ne soit pas séparé de Brünn. Vous pouvez insinuer que, si l’on fait faire cette demande par le général autrichien chargé ici de l’exécution de l’armistice, il pourra l’obtenir. Remarquez qu’on vous parlera beaucoup de la Galicie pour tâcher de deviner quels peuvent être nos arrangements avec la Russie et ce que nous voulons faire de cette province. Notez bien surtout les principaux points de la négociation: premièrement l’uti possidetis; secondement que je ne tiens à rien en particulier. S’ils veulent Salzburg, je le rendrai; s’ils veulent Trieste, je le rendrai; s’ils veulent la Galicie, je la rendrai; s’ils veulent Vienne, je la rendrai; pourvu que j’obtienne une compensation équivalente sur la triple base des richesses, de la population et de l’étendue de territoire. Avertissez les plénipotentiaires autrichiens qu’ils peuvent faire leur thème là-dessus; ils en sont les maîtres; c’est à eux à parler les premiers. La France possède dix millions de sujets de la Maison d’Autriche; la première question est de connaître les millions que l’Autriche veut garder et les millions qu’elle veut donner en compensation. S’ils veulent céder quelque chose en Pologne, il ne faut pas parler du duché de Varsovie, mais il faut insinuer que nous sommes d’accord avec la Russie. Il me semble qu’on avancera la question dans ce sens en commençant d’abord par convenir de la cession de Salzburg, du cercle de l’Inn, du pays de Goritz et d’une partie quelconque de la Carinthie et de la Galicie, de manière à former un total de deux ou trois millions d’habitants.

On doit tenir et ouvrir un protocole, parce que nous avons à craindre qu’on ne nous fasse dire bien des choses qui n’ont pas été dites. La preuve en est dans le manifeste de la Maison d’Autriche, où l’on nous fait proposer le partage de l’empire de Constantinople; ce qui n’est point vrai. Au lieu que dans un protocole chacun parle pour soi; ce qui est un avantage pour les deux parties. Rédigez le protocole de la séance du premier jour. Cela aura aussi l’avantage de faire voir que nous ne sommes pas pressés. Le gouvernement autrichien est faible et mal conduit, et l’ordinaire de ces gouvernements est de prendre le contraire des gouvernements opposés; ainsi ils seront pressés de conclure, s’ils ne me croient pas pressé de finir, vu qu’ils me croient plus habile qu’eux-mêmes. Ayez soin de ne rien insérer dans le protocole de contraire à la Russie, parce que mon intention est qu’il soit fait de manière à pouvoir être envoyé à cette puissance.

Le premier protocole doit commencer par l’armistice, et vous y exprimerez formellement qu’après avoir défait l’armée autrichienne et l’avoir poursuivie pendant vingt lieues, j’ai consenti à ce qu’elle se retirât; que tous les pays qu’elle a évacués sont autant de conquêtes faites par suite de bataille de Wagram; que si, depuis cette bataille, je n’ai fait aucun changement à Vienne, c’est que le prince de Liechtenstein m’avait apporté des propositions de paix et que j’en attendais le résultat; mais que, si l’empereur d’Autriche se permettait d’essayer quelques changements dans l’administration du pays que mes troupes occupent, j’en prendrais possession en mon nom et je ferais substituer un autre signe au papier-monnaie dont les presses sont entre ses mains. Dans le protocole de la seconde séance, vous parlerez du désarmement et vous en présenterez les principales raisons. Dans celui de la troisième, vous parlerez de la grande base de l’uti possidetis des deux côtés et de l’indifférence pour moi de toutes les possessions, pourvu qu’il y ait équation entre ce que je rendrai et ce qu’ils céderont. Vous ferez sentir la nécessité de ce protocole, puisque ce n’est que sur son vu que je donnerai mes ordres ultérieurs. Ayez soin d’y joindre leurs réponses, et répétez-leur que je ne tiens à aucune partie des possessions autrichiennes, ni à la Galicie, ni à Salzburg, pourvu que les principes de la base soient admis.

Faites-bien comprendre à M. de Metternich que la négociation ne pourra avancer que lorsqu’on aura admis ces deux bases: la diminution des cadres de l’armée et le renvoi des étrangers nés en France, en Belgique ou en Italie. Quant à ceux qui seraient nés dans les États de la Confédération du Rhin, on pourrait accorder, comme modification, que tout individu né sur la rive droite du Rhin sera maître de déclarer qu’il veut prendre son domicile dans les États de l’Autriche; qu’il gardera la jouissance de ses biens (en renonçant à tout droit féodal, à toute justice seigneuriale) et qu’il aura un délai de trois années pour les vendre. Cela fera du bien à un grand nombre de maisons, et cela est fondé, parce que les intérêts de l’Allemagne et de l’Autriche sont encore trop mêlés. D’après le traité de Campo Formio, les Belges établis en Autriche ont eu également trois ans pour vendre leurs biens. Mais je tiens à ce qu’aucun prince de la Confédération ne puisse prendre du service en Autriche.

Je mets hors de doute que les plénipotentiaires autrichiens doivent aujourd’hui connaître la descente des Anglais dans l’île de Walcheren.

Annoncez-leur que cette expédition a échoué; que les Anglais n’ont pu s’approcher de Flessingue, et que ma flotte est en sûreté. Cette expédition était fondée sur de faux principes; les Anglais supposaient, 1° qu’ils pouvaient aisément s’emparer de Flessingue; mais depuis quatre ans j’y ai fait faire des travaux immenses; 2° qu’Anvers ne pourrait leur résister; et maintenant c’est une ville aussi forte que Strasbourg; 3° que mes vaisseaux de ligne ne pouvaient pas remonter armés jusqu’à Anvers; mais ils y sont arrivés, et ils ont prouvé que la navigation de l’Escaut n’était pas connue, parce que les Hollandais avaient empêché de le sonder. Ces trois fausses données ont rendu vaine l’expédition. Elle a eu l’avantage de faire réunir sur les côtes 80,000 vieux soldats, qui vont fortifier mon armée d’Allemagne, parce que tous ces soldats ont demandé de venir à Vienne et de défiler devant l’Empereur. Ainsi cette entreprise a fait voir le bon esprit de la France, m’a procuré 80,000 soldats que sans cela on n’aurait pas pu lever, et elle a annulé entièrement la plus forte expédition de l’Angleterre. Le débarquement dans l’île de Walcheren lui a coûté plus de 4,000 hommes; et les Anglais embarquent tous les jours 500 malades, l’île de Walcheren étant dans cette saison le pays le plus malsain de la terre. Vous leur représenterez donc cette expédition comme une suite du bonheur attaché aux circonstances actuelles.

Je dois vous faire connaître, pour votre gouverne, que nous recevons chaque jour 2 ou 300 déserteurs autrichiens. Ne manquez pas aussi de dire que la retraite de l’archiduc Charles est regardée dans l’armée française comme la plus grande cause de l’affaiblissement des Autrichiens. Il est possible que Nugent vous parle de ce qu’aurait pu faire l’archiduc Jean dans la bataille du 6; vous y étiez, et vous pouvez répondre que le général Marmont, la Garde et 6,000 hommes de cavalerie, formant ensemble plus de 30,000 hommes, attendaient seulement que l’archiduc Jean s’avançât, pour l’envelopper. Je vous donne toutes ces instructions pour votre gouverne.

20 août, neuf heures du matin.

Ce courrier n’est pas parti hier. Je reçois actuellement votre courrier. Le 14, il n’y avait rien de nouveau. L’ennemi, n’osant pas s’approcher de Flessingue, tâchera d’arriver avec beaucoup de bâtiments au fort de Bath. Anvers était en bonne position; mon escadre était à Anvers. Quant à l’Espagne, les affaires vont bien; le maréchal Soult est arrivé sur les derrières de l’armée anglaise, qui battait en retraite. Ce qui a été évacué de Madrid n’était relatif qu’à des permissions données à des femmes et gens inutiles qui voulaient s’en aller. Le roi d’Espagne était à Tolède. Dans la bataille de Talavera, les Anglais ont eu le tiers de leur armée hors de combat. Ils étaient 30,000 hommes; ils ont perdu 10,000 hommes.

 

Schönbrunn, 19 août 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je vous renvoie les lettres apportées par votre courrier d’hier. Écrivez à M. de la Rochefoucauld pour qu’il demande satisfaction des insultes faites à mes corsaires. Il doit déclarer par une note que les corsaires qui commettraient des désordres doivent être poursuivis devant les consuls français, mais que toute mesure prise contre mon pavillon sera regardée comme un acte d’hostilité, et que je ferai exercer des représailles sur les bâtiments hollandais. Je m’en rapporte cependant à sa prudence pour mettre quelques jours de retard dans cette déclaration, afin de ne pas augmenter les embarras du gouvernement hollandais, dans un moment où il doit en avoir à cause de l’expédition anglaise.

Écrivez à M. Bourrienne, pour lui faire connaître notre situation à l’égard de la Suède, ainsi qu’au consul de Stettin. Je suis en guerre avec la Suède, mais dans l’intention et le désir de faire la paix. Tout ce qui était animosité a disparu depuis la révolution, et j’ai autant d’amitié pour le roi actuel que j’avais d’inimitié et d’aversion pour son prédécesseur. En conséquence, les procédés doivent être changés, mais seulement les procédés qui tiennent à l’honnêteté. On peut recevoir les paquebots expédiés de la Suède et laisser circuler librement les lettres venant de ce pays, pourvu qu’il ne s’y trouve point de lettres anglaises; mais le commerce ne peut être rétabli, puisque ce serait établir le commerce anglais. D’ailleurs, les nations ne passent de l’état de guerre à l’état de paix que par des traités et des actes authentiques et publics; et ces formalités ne sont point encore remplies.

 

Schönbrunn, 19 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Le major général répondra au général Beaumont que je suis mécontent de sa conduite (Le général Beaumont avait invité le prince royal de Wurtemberg à évacuer Bregenz, dont l’occupation par les troupes françaises était nécessaire pour la pacification du Vorarlberg); qu’il n’a pas répondu à ma confiance en dégoûtant le roi de Wurtemberg; qu’importe la gloriole d’entrer le premier à Bregenz ? cela était assez naturel dans un petit souverain; mais, pour les troupes françaises, cette gloriole était bien peu de chose; qu’il a eu tort d’écrire au Prince royal d’évacuer Bregenz; que le roi de Wurtemberg a eu raison de regarder cela comme une espèce d’insulte; mais que cela est d’autant plus cruel que mes affaires  s’en ressentent; qu’il a eu d’autant plus tort, d’ailleurs, qu’il est de fait que le Prince royal est entré le premier à Bregenz.

 

Schönbrunn, 19 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Le major général fera venir le baron de Hugel et lui fera connaître combien j’ai lieu de me plaindre de cette conduite (Le roi de Wurtemberg, blessé de l’ordre du général Beaumont relativement à l’évacuation de Bregenz, venait de rappeler les troupes wurtembergoises); que, lorsque je fais ce que je peux pour la cause commune, les souverains de la Confédération dérangent mes combinaisons; que le général Beaumont n’a pas notifié au Prince royal d’évacuer Bregenz; que, quand même cela serait, ce n’était pas une raison pour que le Roi rappelât ses troupes du Vorarlberg et nous y exposât à un échec; que cette conduite est injustifiable; que j’ai désiré que le major général vît M. de Hugel pour lui faire sentir combien tout cela m’a peiné.

 

Schönbrunn, 19 août 1809

NOTE POUR LE GÉNÉRAL COMTE BERTRAND, COMMANDANT LE GÉNIE DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A VIENNE.

Dans l’ordre qu’on remettra au général Bertrand, il verra ce que je désire pour la March; mais il faut aussi reconnaître un emplacement sur le Danube, près de Theben. Theben serait une tête de pont toute trouvée. Cependant il faudrait que le pont donnât ·sur la rive droite de la March, pas loin de l’embouchure.

J’ai remarqué que vis-à-vis Theben il y a une île comme celle de Lobau, et, vis-à-vis de cette île, de grandes hauteurs qui arrivent sur Hainburg. Il faut sur ce point faire sonder le canal, en notant le jour où les sondes auront été faites, afin que, si un jour on avait intérêt de jeter un pont sur ce point, on sût à quoi s’en tenir. Il me semble que l’embouchure de la March est un point désigné pour avoir un pont sur le Danube, puisque la March (illisible) . . . naturelle, et que, Theben étant déjà occupé, il remplira ce double but, d’une tête de pont sur le Danube et sur la March. On suppose que de Hainburg au pont le débouché serait facile, car il peut être d’un bien grand avantage d’avoir un pont à deux journées de Vienne. Cela peut même donner lieu à des combinaisons qui trompent l’ennemi. Il ne peut être question ici d’un pont qui serait détruit par les bateaux que pourrait lancer l’ennemi, puisque nous sommes maîtres du haut Danube; et, comme le Danube descend, nous pouvons y avoir des bateaux par le fleuve, en douze heures, ou les transporter sur des haquets, et mettre l’ennemi hors de tous ses calculs. Il est donc nécessaire que ce point soit bien connu. Ce pont équivaudrait à un pont vis-à-vis Presbourg, parce que de Theben à Presbourg il n’y a que trois lieues.

Faire une bonne reconnaissance de la Taya, et y joindre un mémoire.

Reconnaître la March aussi loin que possible par les ingénieurs géographes.

 

Schönbrunn, 19 août 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Vienne

Mon Fils, faites partir un aide de camp qui se rendra à Raab et suivra le cours de la Raab jusqu’à Körmönd et Graz. Il prendra, s’il est nécessaire, un détachement de cinquante hommes de cavalerie légère. Il vous écrira tous les jours pour vous faire connaître ce qu’il y a de nouveau sur la ligne ennemie et les mouvements que l’ennemi ferait.

Réitérez l’ordre que vos régiments de cavalerie légère achètent des chevaux en Hongrie, où il y en a beaucoup. Ils ont beaucoup d’hommes au dépôt de cavalerie; il faut qu’ils achètent des chevaux et les envoient au dépôt, où on les montera.

Envoyez l’ordre à Trieste qu’avant le 1er septembre il y ait deux millions de versés à la caisse, à-compte des contributions. Écrivez aussi pour presser les recouvrements à Laybach et à Klagenfurt, afin que la solde de votre corps d’armée soit payée au 1er septembre.

Vous m’avez remis une reconnaissance de la March, mais vous n’y avez pas joint de mémoire; cependant c’est le mémoire qu’il est important d’avoir.

 

Schönbrunn, 20 août 1809

Au prince Cambacérès,archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois vos lettres du 14. A l’une était joint un bulletin d’Anvers du 11; celui qui l’a écrit est un sot. Un fort comme Lillo peut se défendre vingt jours avant de se rendre, à moins qu’il n’ait pour commandant un traître ou un lâche. Des bombes ne font point rendre un fort. Anvers, par l’Escaut, est imprenable, à cause des chaloupes canonnières et des batteries qui sont établies à droite et à gauche du fort. L’Escaut n’a que 400 toises de large à Anvers. Ainsi il n’y a absolument rien à craindre pour cette place. Quant à l’idée de couler des bâtiments pour obstruer la passe de l’Escaut, rien qu’une pareille idée me fait frémir d’indignation. Un lâche, ou un homme qui n’a aucune notion de la guerre et qui veut se mêler de ce qui ne le regarde pas, peut seul concevoir une pareille pensée.
Je rougis pour ceux qui l’ont eue.

Il est fâcheux que ce ne soit que le 14 que l’on ait commencé à lever des gardes nationales. Il fallait prendre cette mesure dès le 1er; c’était une idée toute simple. Le 14, il y aurait eu 60,000 gardes nationales sur l’Escaut. Les avis qu’a la cour de Vienne par ses ambassadeurs et par toutes ses relations sont que les Anglais n’ont que 16,000 hommes de troupes de débarquement.

 

Schönbrunn, 20 octobre 1809, cinq heures du soir

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, j’ai reçu votre lettre du 19 à quatre heures après midi, où vous me rendez compte de votre conférence. Je n’ai rien à ajouter à ce que je vous ai mandé hier. Évitez seulement de vous laisser pénétrer sur les affaires de la Galicie. Tâchez d’avoir par M. de Metternich des nouvelles de ce qui se passe sur le Danube du côté des Russes. Les Autrichiens doivent en être parfaitement instruits.

 

Schönbrunn, 20 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je Vous renvoie l’état que vous m’avez remis. Je désire avoir la distribution de ces 23,674 hommes entre les différents régiments de l’armée. Chargez le général Charpentier de faire, dans les journées du 22 et du 24, l’inspection des dépôts des 2e, 3e, 4e corps et de l’armée d’Italie, faisant 2,800 hommes. Il dressera, par régiment et par nature de maladie, l’état des hommes qui s’y trouvent; il les classera en quatre états distincts, de la manière suivante: 1° ceux qui peuvent rejoindre; 2° ceux qui peuvent rejoindre avant deux mois; 3° ceux qui ne peuvent pas rejoindre d’ici à deux mois; 4° enfin ceux qui sont hors d’état de reprendre le service.

Quant à ces derniers, il présentera le travail nécessaire pour leur réforme et leur renvoi en France. Ceux qui peuvent rejoindre seront dirigés sur leurs corps. Je vois que dans le faubourg de Wieden il y a plus de 1,700 hommes au 4e corps; que dans celui de Josephstadt il y en a plus de 1,300 appartenant aux Saxons, etc. Chargez des généraux de votre état-major, le général Monthion, le général Camus et d’autres, de passer à la fois la revue de tous ces hommes dans les faubourgs et de faire le même travail. Je vois qu’il y a sept faubourgs où se trouvent des malades; c’est donc sept généraux ou adjudants commandants à désigner. Ils feront le recensement des hommes par régiment et les classeront également en quatre états, ainsi qu’il vient d’être dit. Faites faire le même travail pour les hôpitaux, en chargeant autant d’officiers qu’il y a d’hôpitaux d’en passer la revue. Ainsi le général Charpentier visitera et se chargera des 2,800 hommes qui sont aux dépôts des corps d’armée; sept généraux ou adjudants commandants de votre état-major visiteront les 5,000 hommes qui se trouvent dans les sept faubourgs, et enfin autant d’officiers d’état-major qu’il y a d’hôpitaux seront chargés de visiter les 15,000 hommes des hôpitaux. Vous recommanderez à ces différents officiers de prendre bien leurs mesures et de procéder dans ce travail le plus exactement possible, vu que tous les cinq jours ils auront à me remettre de semblables états. Ces états me seront présentés à la parade; les premiers, qu’on dressera le 22 et le 23, me seront remis à la parade du 25; les états qu’on dressera le 29 et le 30 me seront remis à la parade du 1er.

Chaque fois vous en ferez un rapport général, et l’on suivra cette marche tous les cinq jours. J’attache une grande importance à ne pas perdre de vue ces 23,000 hommes, et à avoir des hommes qui aient appris à les connaître et que je puisse interroger sur tout ce qui se passe.

 

Schönbrunn, 21 août 1809, six heures du soir

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je vous renvoie vos dépêches reçues par l’estafette d’aujourd’hui. Il paraît qu’il n’y a rien de nouveau. Il semble seulement que le Danemark se désiste de ses grandes prétentions; ce qui accélérera la paix avec la Russie.

Voilà les affaires de Suède terminées. Pour mon compte, je n’en suis pas fâché. L’exclusion de l’ancienne dynastie est consommée.

C’est un événement agréable à la France, et la manière dont a été résolu ce problème de la succession me convient assez. Expliquez-vous dans ce sens, mais cependant d’une manière vague, avec M. Caulaincourt et M. Didelot.

Vous trouverez ci-joint votre lettre au ministre d’Amérique ; vous pouvez la lui envoyer avec les passe-ports qu’il demande. Ajoutez-y quelques protestations pour les États d’Amérique et pour lui.

 

Altenburg, 22 août 1809.

AU GÉNÉRAL ARMSTRONG, MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE DES ÉTATS-UNIS, A PARIS.

Monsieur, S. M. l’Empereur, instruit que vous devez expédier un bâtiment en Amérique, m’ordonne de vous faire connaître les principes invariables qui ont réglé et régleront sa conduite sur la grande question des neutres.

La France admet le principe que le pavillon couvre la marchandise. Un bâtiment marchand, naviguant avec les expéditions de son gouvernement, est une colonie flottante. Violer ce bâtiment par des visites, des perquisitions et autres actes d’une autorité arbitraire, c’est violer le territoire d’une colonie, c’est attenter à l’indépendance de son gouvernement. Les mers n’appartiennent à aucune nation; elles sont le bien commun des peuples et le domaine de tous.

Les bâtiments de commerce ennemis, appartenant à des particuliers, doivent être respectés. Les individus qui ne combattent pas ne doivent pas être prisonniers de guerre. Dans toutes ses conquêtes la France a respecté les propriétés particulières; les magasins et les boutiques sont restés à leurs propriétaires; ils ont pu disposer à leur gré de leurs marchandises; et dans ce moment, des convois de voitures chargées principalement de coton traversent les armées françaises, l’Autriche et l’Allemagne, pour se rendre là où le commerce les envoie.

Si la France avait adopté les usages de la guerre de mer, toutes les marchandises du continent eussent été accumulées en France et fussent souvent devenues la source d’une immense richesse.

Telles eussent été sans doute les prétentions des Anglais, s’ils avaient sur terre la supériorité qu’ils ont sur les mers. Comme aux temps de la barbarie, on aurait vu les vaincus vendus comme esclaves et leurs terres partagées. L’avidité mercantile aurait tout envahi, et le retour à des usages barbares eût été l’ ouvrage du gouvernement d’une nation éclairée et qui a perfectionné les arts de la civilisation. Ce gouvernement ne méconnaît pas l’injustice de son code maritime; mais que lui importe ce qui est juste ? il ne considère que ce qui lui est utile.

Lorsque la France aura acquis une marine proportionnée à l’étendue de ses côtes et à sa population, l’Empereur mettra de plus en plus ces maximes en pratique et fera ses efforts pour en rendre l’adoption générale. Le droit ou plutôt la prétention de bloquer par une proclamation des rivières et des côtes est aussi révoltante qu’elle est absurde. Un droit ne peut dériver d’une volonté ou d’un caprice d’une des parties intéressées; il doit dériver de la nature même des choses. Une place n’est véritablement bloquée que lorsqu’elle est investie par terre et par mer. On la bloque pour l’empêcher de recevoir des secours qui pourraient retarder sa reddition; on a seulement alors le droit d’empêcher les bâtiments neutres de s’y introduire; car cette place ainsi attaquée est en danger d’être prise, et sa domination est vacillante et contestée entre le maître de la ville et celui qui la bloque ou l’assiège. De là le droit d’en ôter l’accès aux neutres mêmes.

La souveraineté et l’indépendance du pavillon sont, comme la souveraineté et l’indépendance du territoire, la propriété de tous les neutres. Un État peut se donner à un autre, briser l’acte de son indépendance, changer de souverain; mais les droits de la souveraineté sont indivisibles et inaliénables; personne ne peut en rien céder.

L’Angleterre a mis la France en état de blocus; l’Empereur a, par son décret de Berlin, déclaré les îles Britanniques en état de blocus. La première mesure éloignait les bâtiments neutres de la France; la seconde leur interdisait l’Angleterre.

Par ses ordres du conseil du 11 novembre 1807, l’Angleterre a mis un octroi sur les bâtiments neutres et les a assujettis à passer dans ses ports avant que de se rendre à leur destination. Par décret du 17 décembre de la même année, l’Empereur a déclaré dénationalisés les bâtiments dont le pavillon aurait été violé, dégradé, foulé aux pieds.

Pour se dérober aux actes de violence dont cet état de choses menaçait son commerce, l’Amérique a mis un embargo dans ses ports; et quoique la France, qui n’avait fait qu’user de représailles, vît ses intérêts et les intérêts de ses colonies blessés par cette mesure, cependant l’Empereur applaudit à cette détermination généreuse de renoncer à tout commerce plutôt que de reconnaître la domination des tyrans des mers.

L’embargo a été levé. On y a substitué un système d’exclusion. Les puissances continentales liguées contre l’Angleterre font cause commune; elles visent au même but; elles doivent recueillir les mêmes avantages; elles doivent aussi courir les mêmes chances; les ports de la Hollande, de l’Elbe, du Weser, de l’Italie et de l’Espagne ne jouiront d’aucun des avantages dont ceux de France seraient privés. Les uns et les autres seront en même temps ouverts ou fermés au commerce dont ils peuvent être l’objet.

Ainsi, Monsieur, la France reconnaît en principe la liberté du commerce des neutres et l’indépendance des puissances maritimes; elle les a respectées jusqu’au moment où la tyrannie maritime de l’Angleterre, qui ne respectait rien, et les actes arbitraires de son gouvernement l’ont forcée à des mesures de représailles, qu’elle n’a prises qu’à regret. Que l’Angleterre rapporte sa déclaration de blocus de la France, la France rapportera son décret de blocus de l’Angleterre; que l’Angleterre rapporte ses ordres du conseil du 11 novembre 1807, le décret de Milan tombera de lui-même; le commerce américain aura repris toute sa liberté, et il sera sûr de trouver faveur et protection dans les ports de France.

Mais c’est aux États-Unis à amener par leur fermeté ces heureux résultats.

Une nation qui veut rester libre et souveraine peut-elle mettre en balance quelques intérêts du moment avec le grand intérêt de l’indépendance et le maintien de son honneur, de sa souveraineté et de sa dignité ?

 

Schönbrunn, 21 août 1809

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Des plaintes me sont faites par des personnes recommandables et dignes de foi sur de grands abus qui auraient lieu dans le canton de Claye et autres cantons environnants. On se plaindrait d’expropriations forcées sans indemnité préalable, et dès lors de violation du Code Napoléon. On se plaindrait également que, depuis cinq ans, des particuliers de ce canton n’auraient pas été indemnisés par l’administration de Paris, et que beaucoup de familles se trouveraient ruinées par ces oublis et ces atteintes portées à la propriété.

Nous ne pouvons pas nous faire à l’idée que nos tribunaux aient besoin de nos ordres spéciaux pour faire exécuter les lois et respecter les principes fondamentaux de l’institution sociale.

Nous voulons donc qu’au reçu de la présente vous fassiez appeler notre procureur impérial près le tribunal de première instance de Paris, et que vous lui ordonniez de recueillir les plaintes faites contre nos officiers, soit du département, soit des ponts et chaussées, et d’informer, soit aux fins civiles, soit aux fins criminelles, selon la nature de l’acte qu’ils auront commis. Si, dans la marche prescrite par nos institutions, il se trouve d’abord arrêté, parce qu’il faudra une décision du Conseil d’État qui l’autorise à informer contre des agents du Gouvernement, il en résultera toujours que nos officiers près de nos tribunaux, en nous en instruisant et en ayant recours au Conseil d’État, mettront à même ce corps de nous dénoncer les abus et d’y porter remède. Si, après avoir lu ces dispositions, vous pensez que notre législation, soit à raison de la séparation du civil et ducriminel, soit par toute autre cause, s’oppose absolument à ce que nos agents de justice interviennent, notre intention est que vous vous rendiez au Conseil d’État et que vous y donniez lecture de la présente, afin que les rédacteurs du Code comprennent cette lacune et les embarras qui en résultent dans la législation. Cc qui se fait à Paris sous nos yeux se fait bien davantage à une plus grande distance dans un empire aussi vaste, et cependant les sujets ne peuvent avoir recours qu’au souverain, recours suprême et d’exception, et qui ne doit pas entrer dans la marche ordinaire des affaires.

Si l’on peut toucher à la propriété des citoyens sans violer les lois qui y sont relatives et que les magistrats ne puissent rien faire pour s’y opposer, il est évident que la propriété n’est pas en sûreté dans l’Empire.

Cependant l’esprit de vertige et d’empiétement qui peut s’introduire dans les corps de magistrature exige qu’on les maintienne dans de justes bornes; dans le cas surtout où il est question de l’administration publique, ils ne doivent pas pouvoir continuer les informations contradictoirement aux arrêts du Conseil. Or un arrêt du Conseil est une belle et grande garantie pour les citoyens. Mais il est indispensable que les tribunaux puissent informer, empêcher l’expropriation et enfin recueillir les plaintes et garantir le droit des propriétaires contre les entreprises de nos préfets, des conseils de préfectures et autres de nos agents, sous quelque dénomination que ce soit.

L’expropriation est un acte judiciaire: comment arrive-t-il qu’elle se fait par le canal administratif ? La violation d’une propriété particulière, même par l’autorité publique, sans l’expropriation, est un délit : pourquoi nos juges de paix et procureurs impériaux n’en informeraient-ils pas, soit au grand, soit au petit criminel ?

Je reçois souvent directement des plaintes sur des abus qui se renouvellent; ces plaintes s’adressent à moi, et de là je suis fondé à penser qu’il y a une grande lacune dans notre législation.

Le but de cette lettre est donc que, si notre jurisprudence actuelle donne ouverture à des procédures contre nos officiers civils de la Seine, vous ayez à faire recueillir toutes les plaintes qui auraient pour objet la mainmise sur des propriétés particulières, sans expropriation valable, ou par expropriation extrajudiciaire et sans la formalité préalable d’être indemnisé. Cela peut donner lieu à une affaire, ou criminelle ou civile, et j’attache de l’importance à l’existence de cette procédure, pour servir d’exemple et donner une direction aux tribunaux.

Si, au contraire, notre jurisprudence actuelle ne donne aucune ouverture à cette manière de procéder, je désire que vous me fassiez connaître quel est le changement à faire dans notre législation pour abolir toute expropriation administrative, et enfin pour donner à tous les Français recours à une autorité locale contre les abus de l’administration.

 

Schönbrunn, 21 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Faites connaître au maréchal Jourdan mon extrême mécontentement des inexactitudes et des faussetés qui se trouvent dans ses rapports sur les affaires des 26, 27, 28 et 29 juillet; que ses dépêches ne me font pas connaître les événements comme ils se sont passés, et que c’est la première fois qu’on se moque ainsi du Gouvernement. Il dit que le 28 on s’était emparé du champ de bataille de l’armée anglaise, c’est-à-dire de Talavera et du plateau sur lequel était appuyée sa gauche, tandis que les rapports subséquents et ceux de différents officiers disent le contraire et que nous avons été repoussés toute la journée. Faites-lui sentir que cette infidélité envers le Gouvernement est un véritable crime, et que ce crime a manqué d’avoir des résultats funestes, puisque, ayant appris la nouvelle que les Anglais avaient été battus et que dans cette affaire une armée qui n’était que la moitié de nos forces avait suffit pour les chasser, cela allait influer sur mes déterminations, lorsque heureusement j’ai appris à temps que mon armée avait été battue, c’est-à-dire qu’elle n’avait pris ni Talavera ni le plateau; qu’il pouvait dire dans le journal de Madrid tout ce qu’il voulait, mais qu’il n’a pas le droit de déguiser la vérité au Gouvernement.

Dans une lettre séparée, vous ferez connaître au maréchal Jourdan que les affaires ont été mal dirigées; que le maréchal Soult devait venir de Salamanque par Avila sur Madrid, et que, les corps ayant marché isolément, dès le 27 ou le 28 la tête serait arrivée; qu’il aurait fallu, pendant ce temps, reculer à petites journées et ne donner bataille sous Madrid que lorsque toutes nos forces auraient été réunies; que la marche du maréchal Soult et de ses trois corps sur Plasencia était dangereuse et surtout inutile : dangereuse, puisque notre armée pouvait être battue à Talavera, sans qu’on lui portât secours, et qu’on compromettait ainsi la sûreté de toutes mes armées en Espagne, tandis que les Anglais n’avaient rien à craindre, car en trois heures de temps ils pouvaient se mettre derrière le Tage, et, soit qu’ils le repassassent à Talavera, soit qu’ils le repassassent au pont d’Almaraz, soit partout ailleurs, ils avaient leur ligne d’opération sur Badajoz à l’abri; qu’on a donc compromis mes meilleures troupes et le sort de l’Espagne par ignorance des règles de la guerre et sans que, en cas de succès, on pût obtenir un résultat; qu’enfin, puisqu’on avait fait l’énorme faute de se diviser en deux armées de 50,000 hommes chacune, que des montagnes et une grande étendue de pays séparaient, on devait au moins ne livrer bataille qu’à peu près en même temps; or il était bien évident que le maréchal Soult ne pouvait pas arriver avant le 4 à Plasencia, puisqu’il ne commettrait pas la faute d’y arriver sans le 6e corps, lequel étant à Astorga ne pouvait tout au plus arriver qu’à cette époque; au lieu que l’autre armée de 50,000 hommes, du côté de Madrid, pouvait manœuvrer et gagner quelques jours sans livrer bataille; les Anglais certes ne se seraient pas compromis s’ils l’avaient trouvée dans une bonne position; qu’enfin, arrivé devant Talavera, on savait bien qu’on avait l’armée anglaise en présence; on le savait par les prisonniers qu’on avait faits les jours précédents; il est donc de la dernière absurdité de les avoir attaqués sans les avoir reconnus; il était bien évident que, ceux-ci ayant placé leur droite sur Talavera (où se trouvaient les Espagnols, qui, s’ils ne valent rien en plein champ, sont du moins de bonnes troupes lorsqu’ils peuvent se retrancher dans des maisons) et leur gauche sur un plateau, il fallait s’assurer si ce plateau ne pouvait être tourné; que cette position de l’ennemi exigeait donc des reconnaissances préalables, et qu’on a conduit mes troupes sans discernement, comme à la boucherie; qu’enfin, étant résolu à la bataille, on l’a donnée mollement, puisque mes armes ont essuyé un affront, et que 12,000 hommes de réserve sont cependant restés sans tirer; que les batailles ne doivent pas se donner si l’on ne peut calculer en sa faveur soixante-dix chances de succès sur cent; que même on ne doit livrer bataille que lorsqu’on n’a plus de nouvelles chances à espérer, puisque de sa nature le sort d’une bataille est toujours douteux; mais qu’une fois qu’elle est résolue on doit vaincre ou périr, et que les aigles françaises ne doivent se ployer en retraite que lorsque toutes ont fait également leurs efforts;  que cette manière de conduire mes armées excite d’autant plus mon mécontentement que je suis que le duc de Bellune pensait que, si la réserve avait été mise sous ses ordres, il aurait enlevé la position des Anglais; qu’il a fallu la réunion de toutes ces fautes pour qu’une qu’une armée comme mon armée d’Espagne ait été ainsi bravée par 30,000 Anglais; mais que, tant qu’on voudra attaquer de bonnes troupes comme les troupes anglaises dans de bonnes positions, sans reconnaître ces positions et s’assurer si on peut les enlever, on me conduira des hommes à la mort en pure perte.

 

Schönbrunn, 22 août 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, comme j’écris au ministre des finances sur la noblesse des États romains, ce ministre pourra vous communiquer ce que je pense devoir faire à ce sujet. J’ai été induit, par la transition des idées, à écrire au ministre des finances. Faites-vous remettre la copie de cet article de ma lettre. Je pense qu’il faut vous occuper de cela sans ébruiter l’idée principale, qui ne doit être connue que par l’exécution. Il faut l’appliquer à toutes les familles historiques, telles que celles des papes et autres grandes maisons. La même chose doit être faite en Toscane pour une centaine de maisons historiques. Il faut s’étudier à les constituer, leur donner des titres, des armoiries; cela les arrangera et les attachera.

 

Schönbrunn, 22 août 1809.

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

J’ai reçu votre lettre du 12. J’ai répondu à la Consulte qu’elle ne devait point fournir les fourrages aux troupes du royaume de Naples.

Je désirerais avoir un rapport sur les finances de la ville et des États de Rome. Écrivez à la Consulte que je désire connaître quelles sont les recettes et dépenses pour 1809. Y aura-t-il équilibre ? En 1810, le pays pourra-t-il être gouverné par les lois françaises, ou faudra-t-il proroger l’état actuel pendant encore un an ? Dans ce dernier cas, il est nécessaire que l’on m’envoie de bonne heure le budget, en recettes et en dépenses, car je veux bien laisser un système de contributions différent, mais mon intention est que tout soit ordonnancé par mes ministres. Si en 1810 les deux départements des États romains peuvent être entièrement gouvernés comme le reste de la France, cela aura quelque avantage; mais si cela devait froisser le pays, comme cela a eu lieu en Toscane, et qu’il fallût du temps, je prorogerais d’un an la Consulte. Mais il sera nécessaire que la recette soit portée à la recette du budget de France; que la dépense soit portée à la dépense du budget de France, et par ministère, c’est-à-dire ce qui regarde l’administration financière dans le budget de votre ministère, ce qui regarde la dette au ministère du trésor public, ce qui regarde la guerre au budget du ministère de la guerre et de l’administration de la guerre; enfin que tout cela soit organisé de manière qu’il n’en résulte aucun froissement.

Viennent les renseignements suivants que je vous prie de me transmettre: 1° sur la dette; 2° sur les biens nationaux. Y a-t-il équilibre entre ces deux objets ? Quel parti y a-t-il à prendre ?

Il faut que personne n’abuse de l’habit ecclésiastique; on ne doit le permettre qu’aux sous-diacres et aux jeunes gens qui sont dans les séminaires. Ainsi les sous-diacres, c’est-à-dire ceux qui seraient déjà engagés dans les ordres, et les jeunes gens enfermés dans les séminaires doivent seuls porter cet habit.

Je n’ai pas encore reçu un rapport sérieux sur Rome. Il m’est cependant important de l’avoir, afin que, si les ressources venaient à être insuffisantes, je voie à y suppléer. Demandez à la Consulte le nom de deux personnes que je pourrais nommer sénateurs, de deux conseillers d’État, d’un maître des requêtes, de deux auditeurs. Écrivez-lui de ne point s’occuper de l’organisation de Rome comme ville impériale avant que je lui aie fait connaître mes intentions.

Les droits féodaux doivent être supprimés dans tout l’État de Rome, mais il n’y a pas de difficulté à laisser subsister les titres, livrées, et armoiries; demandez qu’on m’en envoie l’état, et je les confirmerai; cela coupera court à toute discussion. Je désire faire la même chose pour la Toscane. Demandez donc des renseignements à la Consulte et à la Grande-Duchesse.

Quand j’entends confirmer les titres, mon intention est cependant de faire un choix. Ainsi les ducs, les comtes, les barons, qui sont pauvres ou n’ont pas l’aisance convenable, je les supprimerai. Les marquis, je les ferai barons, et je reconstituerai leurs armoiries en y faisant quelques changements. Voyez pour tout cela M. l’archichancelier. Il me semble que ce sera un moyen simple de contenter beaucoup de monde et d’ôter des germes d’inimitié. Mais il faut que ce projet-là reste secret. Le conseil du sceau pourra envoyer quelqu’un sur les lieux pour recueillir les renseignements nécessaires et mettre à même de finir cette question.

Il faudrait s’occuper à Rome de la liste civile. Mon intention est qu’elle soit d’un million de rente; j’y attacherai un palais et une campagne, et la jouissance en appartiendra au titulaire d’une grande dignité de l’Empire, que je compte former.

 

Schönbrunn, 22 août

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au roi d’Espagne que, lorsque les six corps auront fait leur jonction, il est nécessaire de renvoyer à Valladolid au moins 10,000 hommes d’infanterie, pour former une bonne division sous les ordres du général Kellermann, destinée à garder les provinces de Lyon, de Salamanque, et à empêcher la Romana de faire des progrès. .Je pense qu’il faudrait envoyer là la division Heudelet, qui est composée de dix bataillons, qui seront là à portée d’être recrutés par la France.

 

Schönbrunn, 22 août 1809, quatre heures après-midi

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du … Je vois dans la copie de celle que vous avez écrite au prince de Ponte-Corvo que vous lui dites qu’il faut hasarder une bataille pour sauver Anvers. Je crains que vous ayez mal saisi mon idée. J’ai dit que dans aucun cas il ne fallait hasarder une bataille, si ce n’est pour sauver Anvers, ou à moins qu’on ne fût quatre contre un et dans une bonne position couverte par des redoutes et par des batteries. Voici ma pensée tout entière:

Il y a deux points distincts, Anvers et l’île de Cadzand, tous deux fort importants, parce que, si l’ennemi s’en emparait. . . . . . . . . nos villes de France et inquiéterait la rive gauche.

Je crois que le maréchal Moncey doit porter son quartier général à Gand, et avoir le commandement de l’île de Cadzand, de Terneuse, jusqu’aux inondations de la Tête de Flandre; que le prince de Ponte-Corvo doit porter son quartier général à Anvers, et avoir sous ses ordres toute la partie de l’armée qui est actuellement entre Lille et Berg-op-Zoom; qu’il doit choisir de bonnes positions pour empêcher l’ennemi de passer le canal de Berg-op-Zoom, n’engager d’affaire qu’en nombre très supérieur à lui et dans de bonnes positions, et passer son temps à exercer et discipliner ses troupes. Une guerre de postes est sans inconvénient et aguerrira ses troupes. Si l’ennemi n’a que 20 ou 25,000 hommes pour se porter sur Anvers, que le prince de Ponte-Corvo puisse l’attendre dans une position avantageuse et l’attaquer avec 50,000 hommes français et hollandais, et surtout avec beaucoup d’artillerie, il peut le faire, mais en s’assurant la retraite sur Anvers. Dans tous les cas, il devrait se retirer sur Anvers, considérer cette place comme un grand camp retranché, s’y enfermer, en occuper les dehors et voir ce que font les Anglais. Alors le mouvement de ceux-ci serait bien déterminé. Le maréchal Moncey approcherait, dans ce cas, son quartier général de la Tête-de-Flandre pour être à portée d’Anvers; le duc de Valmy se porterait sur Maëstricht pour harceler l’ennemi; et, si l’ennemi faisait la folie d’investir Anvers, le maréchal Moncey ferait passer en une nuit tout ce qu’il aurait de disponible, par la Tête-de-Flandre, sur Anvers; le duc de Valmy et les Hollandais qui sont dans Breda harcèleraient l’ennemi, et le prince de Ponte-Corvo sortirait sur un des points avec toutes ses forces et écraserait l’ennemi. Ainsi le prince de Ponte-Corvo, cerné de la citadelle à l’autre extrémité de la place, ne serait pas cerné par la Tête-de-Flandres, et aurait par là sa communication avec le maréchal Moncey. On ferait avancer la réserve, et l’ennemi ne tarderait pas à lever le siège pour éviter une entière destruction. Ainsi Anvers ne doit jamais être abandonné; le prince de Ponte-Corvo doit en défendre les approches le plus possible et s’y enfermer avec l’escadre, faire des redoutes et des forts tout autour pour défendre le camp retranché, qui tiennent l’ennemi à 1,000 ou 1,200 toises de la place, l’empêchent de bombarder la ville, et se mettre à même, après avoir réuni tous les moyens et les faisant passer par la Tête-de-Flandre, de tomber sur lui avec 10 ou 80,000 hommes, et surtout avec une immense quantité d’artillerie de campagne.

En résumé, le duc de Conegliano doit défendre l’île de Cadzand, Terneuse, et étendre sa défense à la Tête-de-Flandre. Les communications doivent être assurées, au travers de l’inondation, entre la Tête-de-Flandre, Gand et Bruxelles. Le duc de Conegliano doit avoir le double but d’empêcher l’île de Cadzand d’être prise, de défendre la rive gauche et d’empêcher l’ennemi de cerner la Tête-de-Flandre, par laquelle il doit se mettre en communication avec le prince de Ponte-Corvo.

Le but du prince de Ponte-Corvo doit être d’empêcher l’ennemi de passer le canal de Berg-op-Zoom, de se placer autour d’Anvers comme dans un camp retranché, de protéger sa communication avec la Tête-de-Flandre et de profiter d’une occasion favorable pour tomber sûr l’ennemi.

Si le duc d’Istrie se porte bien, envoyez-le à Lille remplacer le duc de Conegliano.

Nommez l’armée du prince de Ponte-Corvo Armée d’Anvers, l’armée du duc de Conegliano Armée de la Tête-de-Flandre, et la réserve Armée de réserve. Donnez au duc de Conegliano la division des gardes nationales du sénateur d’Aboville, qui est à Bruxelles, et ce qui défend l’île de Cadzand; cela fait 24 à 30,000 hommes, c’est tout ce qu’il peut commander. Vous pouvez composer l’armée du prince de Ponte-Corvo de tout ce qui est sous les armes d’Anvers à Berg-op-Zoom et de la division de gardes nationales qui est aujourd’hui dans Anvers. Vous pouvez donner au duc d’Istrie les trois divisions de réserve de gardes nationales.

Ainsi donc le prince de Ponte-Corvo, mon escadre, le sénateur Colaud ne doivent pas quitter Anvers. Vous devez faire connaître le plan de défense au duc de Valmy, qui doit s’approcher pour porter son quartier général à Maëstricht. Le duc de Conegliano doit porter son quartier général à Gand, pour être à portée de l’île de Cadzand, de Terneuse et de la Tête-de-Flandre. Enfin, le duc d’Istrie, s’il est en santé, doit se charger de commander la réserve et d’organiser les trois divisions de gardes nationales.

Pour avoir de vrais succès contre les Anglais, il faut de la patience et attendre tout du temps, qui ruinera et dégoûtera leur armée, laisser venir l’équinoxe, qui ne leur laissera de ressource que de s’en aller par capitulation. En principe, des affaires de postes, mais point d’affaires générales.

P. S. Les ducs de Conegliano et de Valmy devraient communiquer tous les jours.

 

Schönbrunn, 22 août 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, Flessingue est imprenable; les bombes ne font rien dans une place. Quand même on n’aurait pas la ressource de l’inondation, il faut exécuter le passage du fossé, qui est rempli d’eau; c’est une grande affaire. L’inondation d’ailleurs répond à tout. Vous devez avoir dans l’île de Cadzand un télégraphe pour communiquer avec Flessingue; vous devez en avoir à Anvers, Faites donc passer l’ordre de couper les digues. Votre lettre du 16 août ne vaut rien; votre tête n’est pas assez claire. L’escadre ne peut rien pour défendre l’Escaut que sous la protection des batteries d’Anvers.

En laissant mon escadre placée comme elle l’est aujourd’hui, l’ennemi, s’il est le plus fort, viendra assiéger Anvers, et mon escadre, surprise et pressée par le temps, s’échouera; au lieu que, dès aujourd’hui, se réunissant à son aise sous la protection de la citadelle, deux ou trois vaisseaux placés à l’amont, deux ou trois à l’aval, toujours débordés par les batteries de la place, le reste de l’escadre dans le centre, les chaloupes canonnières en avant, elle sera hors de toute atteinte et contribuera à la défense de la place. L’idée de lui faire dépasser Anvers est absurde. Je suis étonné que vous ayez eu cette idée obscure; c’est à Anvers que doit périr l’escadre. Aussitôt que l’ennemi aura forcé le canal de Berg-op-Zoom et culbuté les troupes qui lui disputent le passage, il se portera sur la citadelle d’Anvers; et,  si mes vaisseaux abandonnent la protection d’Anvers, ils se trouveront dans un Escaut étroit, où ils seront canonnés, maltraités, sans pouvoir manœuvrer, et où ils finiront par se faire détruire. Les fortifications d’Anvers, sa citadelle, ses fossés pleins d’eau, les ouvrages que j’y ai fait faire depuis trois ans, rendent cette place susceptible de soutenir six mois de siège. Mon escadre doit donc décidément rester à Anvers, placée, comme je l’ai dit, en amont et en aval. C’est dans ce sens que vous devez en écrire à mon amiral. Si mon escadre abandonne Anvers pour se porter au delà, elle dissémine la garnison et les moyens de défense d’Anvers, et elle se fera prendre deux ou trois lieues plus loin. Ces idées sont si simples, que je ne conçois pas que je sois obligé de vous les donner. L’ennemi ayant débarqué dans l’île de Walcheren, mon escadre n’a d’autre refuge que la place d’Anvers. Deux vaisseaux en amont, deux en aval; un, le meilleur manœuvrier et le mieux monté, en avant, entre Anvers et Lillo, soutenu d’une ou deux frégates et corvettes; les cinq autres dans l’intérieur, en seconde ligne, prêts à tout : voilà les seules dispositions qui conviennent à mon escadre. Dans aucun cas, elle ne doit abandonner Anvers: elle doit périr avec Anvers. Avec des instructions en si et mais on perd tout. Il faut des instructions claires et précises, les voilà; ce sont celles que vous devez donner. Sans même le secours de l’escadre, je me chargerais de défendre Anvers avec 4,000 hommes, pendant trois mois, contre 60,000 Anglais. Il me tarde d’apprendre que mon escadre est mouillée en amont, en aval et au centre; que les grands canots, armés d’une pièce de 24, et les petits, d’un obusier, sont placés en avant; ce qui augmentera la flottille de 20 ou 30 espèces de caïques; qu’on a réuni à Anvers toutes les chaloupes canonnières et embarcations qui pourront servir, et qu’on a composé la flottille de 150 à 200 bons bâtiments; qu’on a placé à l’amont et à l’aval, sous les batteries de la place, quatre des vaisseaux de l’escadre; que les autres bâtiments sont placés au centre: voilà la manière de défendre l’Escaut. Si vous en aviez agi ainsi, ma flottille serait équipée et en état de se battre. Au lieu de cela, vous m’avez placé des cadavres qui ne peuvent se dégarnir de leurs équipages, dans une situation à être la proie des Anglais et à gêner la défense de la place. Faites bien attention que je n’admets aucune modification à l’exécution de mes volontés; que je ne dois pas perdre un vaisseau à Flessingue, que tous doivent périr à Anvers, si Anvers doit succomber. De là vous ferez connaître à l’amiral qu’il doit concourir à la défense d’Anvers, si la place est assiégée ; que, de ses 6,000 hommes d’équipage, il peut disposer de 2,000 tous les jours pour le service de la ville, secours qui, avec ses canons, ses ouvriers, fait une augmentation de force immense. Vous communiquerez cette lettre au ministre de la guerre, qui en notifiera aux chefs de l’armée de terre ce qui les concerne. J’entends qu’on ne gâte point l’Escaut, et qu’on ne déshonore pas l’armée et la nation par cette excessive pusillanimité. Augmentez par tous les moyens la défense d’Anvers. Qu’on arme des pontons, de grosses flûtes ou batteries flottantes, dont la perte ne me sera en rien sensible; mais qu’on épargne mes vaisseaux. Indépendamment des maladies qui doivent déjà avoir fait un énorme ravage dans l’île de Walcheren, la nécessité de porter des secours à l’armée de Portugal décidera le ministère à rappeler promptement l’expédition.

 

Schönbrunn, 22 août, quatre heures après-midi

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois vos deux lettres du 22. Je suppose que le premier acte de la négociation va bientôt se terminer, et que la cour de Vienne, qui n’a pas jusqu’à présent discuté l’état des choses, va faire connaître à M. de Metternich les sacrifices qu’elle veut faire de préférence. Lors de la paix de Presbourg, on a suivi une autre marche. L’empereur est venu me trouver à mon camp de Moravie, s’est mis à ma discrétion, a renvoyé sur-le-champ l’armée russe, a renoncé à son alliance. Je lui ai déclaré que je voulais faire la paix avec lui, mais que je ne me relâcherais jamais, ni sur le Tyrol, ni sur Venise. Cela a servi de base à la négociation, ou plutôt il n’y a pas eu de négociation, puisque par l’entrevue tout fut réglé, hormis les détails. Aujourd’hui les choses se sont passées différemment. Le prince de Liechtenstein avait des pouvoirs pour négocier sur la base de l’intégrité de la monarchie; je me suis moqué de cette ouverture. Depuis, vous avez négocié et offert l’uti possidetis. M. de Metternich n’a rien avancé. Qu’il offre de la part de son maître de supporter les mêmes pertes que l’Autriche a faites à la paix de Presbourg, il aura fait un pas; vous pourrez alors en faire un et proposer de prendre pour base un mezzo termine entre l’uti possidetis et l’évaluation des pertes faites par l’Autriche à la paix de Presbourg.

C’est à vous à tâcher par tous les moyens d’amener promptement la négociation à ces termes. Cela fait, il restera à connaître les possessions que la Maison d’Autriche veut céder de préférence. Il s’agit de céder un lot de quatre ou cinq millions d’habitants. Le Salzburg, la basse Autriche jusqu’à l’Enns, Villach, la Carniole, l’Esclavonie jusqu’à la Bosnie et la Save, ne peuvent être un sujet de difficulté; quelle est l’opinion de vos négociateurs là-dessus ? Quant au protocole, je pense qu’il est nécessaire de le continuer quelque temps, jusqu’à ce que vous soyez d’accord sur les premières bases.

P. S. Les choses se sont raccommodées en Espagne. Les trois corps sont arrivés à Talavera; Wellesley s’est sauvé en passant le Tage; il a laissé ses hôpitaux avec 4,000 blessés, qu’il a recommandés à la générosité française.

 

Schönbrunn, 23 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre relative aux généraux que vous avez envoyés pour commander les gardes nationales. Ces généraux sont ou extrêmement  mauvais ou peu sûrs; je n’ai point de confiance en eux.

Donnez-leur leur traitement, puisque vous les avez appelés, mais ne les employez pas. Envoyez le général Bazancourt, qui est à Paris, le général Chanez, qui est à Melun, le général Morin, qui est dans les Ardennes, où il est parfaitement inutile; le général Jacopin, qui est à Nancy, où il est également inutile, les généraux Grandjean et Marion, qui sont dans la 5e division militaire, le général Valette, qui commande la 6e division militaire. Le commandant d’armes de Besançon peut commander la 6e division militaire, où il n’y a presque point de troupes. Vous avez cinq généraux de brigade dans la 12e division militaire, savoir : les généraux Cassagne, Devaux, Beauregard, Degrave et Drouas; vous pouvez en prendre deux. Vous pouvez prendre dans la 13e division militaire le général Boyer; dans la 18e le général Baville; le commandant de la gendarmerie, le commandant de l’école d’Auxonne ou le commandant des vétérans peuvent commander cette dernière division, puisqu’il n’y a pas de troupes. D’ailleurs j’envoie le général Vaux pour y commander. Vous avez le général Laurent dans la 25e division militaire, le général Guérin dans la 26e. Voilà donc douze généraux de brigade sur lesquels mon intention est que vous preniez les huit dont vous avez besoin, sans recourir aux officiers réformés, dans lesquels je n’ai aucune confiance et auxquels je ne puis point me fier.

Quant aux adjudants commandants, je ne veux pas davantage d’officiers réformés; nommez des majors de cavalerie pour faire les fonctions d’adjudant commandant; par ce moyen, il n’y aura d’employés à l’armée que des officiers en activité de service. Rien n’est plus dangereux dans le moment actuel que de remettre les armes à la main à un Talon et autres gens de cette espèce.

Vous ne manquez pas de généraux de brigade. Quant à des généraux de division, il y en a d’inutiles dans les divisions militaires que vous pouvez employer. Je donne ordre à deux généraux de division de l’armée de se rendre à Anvers.

Le duc d’Abrantès et le général Rivaud n’ont pu rien faire du général Charles Lameth; ce n’est pas qu’il manque de bonne volonté, mais il ne sait pas remuer un bataillon. J’ai été obligé de l’envoyer commander la citadelle de Würzburg. Théodore Lameth intriguera, parlera beaucoup, mais ne fera rien. Il faudrait que je fusse bien malheureux pour avoir besoin de pareils individus.

Enfin je vais vous envoyer encore quelques généraux de brigade que je tirerai de l’armée. Ce que je vous demande par-dessus tout, c’est de ne remettre en activité aucun général, colonel ou officier en retraite ou réformé. Vous m’en avez mis quelques-uns dans l’armée, je suis obligé tous les jours de les renvoyer. Cela occasionne des dépenses inutiles et nuit à mon service. Il faut laisser en repos des gens qui ont été jugés inutiles depuis longtemps. Je ne veux, je vous le répète, aucun officier réformé; qu’ils restent tranquilles chez eux.

 

Schönbrunn, 23 août 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous ai écrit hier sur l’escadre. Il ne serait pas impossible que l’ennemi commît l’imprudence de donner occasion à l’escadre de faire quelque chose contre lui. Je n’ai pas besoin de vous dire que, dans cette circonstance, l’amiral Missiéssy a tous les pouvoirs nécessaires pour tomber sur les bâtiments anglais.

 

Schönbrunn, 23 août 1809

Au comte Garnier, président du Sénat, à Paris

Monsieur le Comte Garnier, je reçois votre lettre du 15. La question qui se présente du renouvellement des préteurs, chancelier et trésorier du Sénat, peut être également bien résolue de deux manières.

C’est à l’usage à servir de règle. Ce que le Sénat fera dans cette circonstance servira d’usage. Quand vous ferez connaître au Sénat qu’il doit procéder au renouvellement de ses officiers aux termes du sénatus-consulte de l’an XI, vous lui présenterez les deux questions et vous lui demanderez quel parti il veut prendre. Il me semble que cette marche est plus simple qu’un sénatus-consulte. Je suis assez partisan de l’interprétation des lois par l’usage.

 

Schönbrunn, 23 août 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je vous réitère l’ordre de faire partir les bataillons du 14e léger, du 6e de ligne, les deux bataillons du 101e à moins que vous ne préfériez deux bataillons du 22e léger, deux bataillons soit d’Isembourg, soit napolitains, avec une centaine de chevaux, faisant plus de 5,000 hommes. Il me tarde de connaître l’époque où ces troupes seront arrivées à Bologne. Il faudrait pourvoir à la défense de Rome par d’autres troupes. Mon armée de Naples est de 20,000 hommes présents sous les armes, indépendamment des troupes napolitaines, qui doivent être nombreuses; avec cela vous pouvez occuper Rome, Naples, et avoir encore des forces pour se porter où il est nécessaire.

 

Schönbrunn, 24 août 1809, midi

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois vos deux lettres du 23. Ma lettre d’hier vous aura donné des facilités. Voici les propositions que je vous engage à faire. La question est ici complexe; elle se compose de la qualité et de la quantité : la quantité est la base de l’uti possidetis, la qualité est d’abord la cession de Salzburg et de la haute Autriche jusqu’au thalweg de l’Enns. Voilà donc la question entamée. Je considère comme vous que la négociation a fait un pas, et cette manière de répondre va leur faire sentir la nécessité de traiter la question de la quantité avant d’aborder celle de la qualité, et d’obtenir des modifications à l’état de l’uti possidetis avant d’entrer dans le détail des provinces à céder. A cela vous êtes le maître d’accorder des facilités, puisque vous pouvez suggérer que, s’ils veulent proposer la base des pertes qu’ils ont faites par la paix de Presbourg, vous ferez un pas à leur rencontre. Il me semble donc que la négociation va commencer à marcher. Il ne faut pas s’attendre qu’elle aille vite.

Ces gens-ci ne peuvent se résoudre qu’à la dernière extrémité à ce qu’ils doivent sacrifier. Ils vont sans doute insister et déclarer qu’ils ne peuvent pas répondre jusqu’à ce que vous ayez fait toutes vos propositions. Vous répondrez que vous avez commencé, et qu’il faut être d’accord sur la base avant d’aborder le système de tout ce qu’ils doivent céder.

NOTE

L’empereur d’Autriche ayant fait connaître par la voie du prince de Liechtenstein qu’il désirait la paix, Sa Majesté l’Empereur des Français a cru ne pouvoir mieux montrer sa modération et son désir de la paix qu’en consentant à renoncer à ce qu’il pouvait espérer de la continuation de la guerre, à se contenter de ce que le sort des armes avait mis dans ses mains. Mais, les plénipotentiaires autrichiens désirant que le plénipotentiaire français fasse connaître sur quelles provinces doivent tomber les sacrifices que la Maison d’Autriche doit faire, l’Empereur Napoléon avait cru faire une chose agréable à l’empereur d’Autriche en lui laissant ce choix; c’était une facilité qui était donnée à la négociation. On désire que la France ait l’initiative: on adhère au vœu du plénipotentiaire autrichien en exécution des propositions faites sur la base de l’uti possidetis.

On demande d’abord la province de Salzburg, la haute Autrichien jusqu’au thalweg de l’Enns, pour ces provinces être réunies à la Bavière.

Lorsqu’on sera d’accord sur le principe, Sa Majesté l’Empereur Napoléon n’aura pas de difficulté à faire connaître également ce qu’il désire, toujours en exécution de l’état de l’uti possidetis, pour d’autres frontières et surtout pour les frontières d’Italie.

 

Schönbrunn, 24 août 1809, quatre heures après midi

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je vous renvoie les dépêches de M. de Caulaincourt que vous m’avez laissées; je crois qu’il est temps d’y répondre. Répondez-lui, en chiffre, que la lettre que vous lui avez écrite sur les affaires de Pologne s’est croisée avec son courrier; qu’il a donc la latitude nécessaire pour traiter la question de la Galicie; qu’il ne doit pas s’écarter du principe que, dans aucun cas, je ne veux me brouiller avec la Russie, ni sortir du système de l’alliance qui nous unit; que les négociations se font par protocole; que, depuis huit jours qu’elles sont ouvertes, qu’il n’a a pas encore eu de séance arrêtée, ce qui a retardé l’envoi de votre courrier; que vous ne voulez pas cependant le retarder davantage; qu’incessamment vous lui enverrez les protocoles des cinq ou six premiers jours; qu’en général on est d’accord sur peu de choses; que nous ignorons le parti que l’ Autriche veut prendre et que nous attendons d’être éclairés là-dessus; que, si la Russie veut envoyer un plénipotentiaire, elle envoie un homme qui soit dans le système, qui ait l’instruction de s’en tenir à l’article du traité d’alliance et qui ne fasse pas cause commune avec les Autrichiens; que, s’il a la confiance de l’empereur, il pourrait être chargé de lever les difficultés qui pourraient se présenter entre nous et la Russie. Vous pourrez envoyer à M. de Caulaincourt une idée des principales choses qui ont été discutées dans la négociation.

Après cela, vous lui donnerez des nouvelles des expéditions des Anglais en Hollande et en Espagne; vous lui ferez connaître qu’en Espagne ils ont été battus, quoiqu’ils s’attribuent la victoire, et que la preuve en est que lord Wellesley est à l’heure qu’il est rentré en Portugal, après nous avoir abandonné 6 ou 7,000 blessés ou malades. Je pense que l’expédition de ce courrier est pressante. Mandez bien à Caulaincourt de prévenir M. de Romanzof de se tenir en garde contre les insinuations de l’Autriche; de l’assurer que le mot Galicie n’a pas été prononcé; que nous ne voulons pas le prononcer, quoique l’on voie que les Autrichiens cherchent des moyens de commencer par là la question, et que c’est la crainte des bavardages qu’ils voudraient faire qui nous a fait prendre le parti de faire un protocole.

Expédiez ce courrier sans délai; je tiens cela pour pressé. Je vous enverrai les gazettes anglaises jusqu’au 15 août, mais je pense qu’il ne faudra pas les montrer.

 

Schönbrunn, 24 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 18. Il me répugne de croire que Flessingue soit rendu; cela ne me paraît pas possible. Il y aurait dans cette conduite tant de lâcheté que cela approcherait d’une trahison. Flessingue peut se défendre tant qu’il aura un morceau de pain. Les moyens d’inondation, l’ennemi ne peut les avoir coupés; le général Monnet peut les faire passer dans les fossés de la place.

J’expédie au prince de Ponte-Corvo mon aide de camp Reille, officier d’un mérite distingué, avec une lettre dont je vous envoie copie, pour que vous la lui fassiez passer, en cas d’accidents ou d’événements imprévus qui pourraient arriver. Je lui prescris les mêmes dispositions que je vous ai fait connaître dans ma lettre d’avant-hier; vous aurez déjà expédié ces ordres.

 

Schönbrunn, 24 août 1809

NOTE POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE –  A SCHÖNBRUNN.

Le major général demandera au duc de Danzig pourquoi, non content d’évacuer le Tyrol, il a fait évacuer aussi le Vorarlberg, où tout se pacifiait. Faire connaître au général Beaumont que j’ai nommé le général Lagrange commandant du Vorarlberg; qu’il faut s’étudier par tous les moyens à pacifier ce pays et à y rétablir la tranquillité.

 

Schönbrunn, 24 août 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant l’armée d’Anvers, à Anvers

Mon Cousin, le général Reille, qui est un militaire d’une haute distinction, vous portera cette lettre. L’expédition actuelle des Anglais a eu  pour but de prendre Anvers et de brûler mon escadre. La grande quantité de brûlots qu’ils ont fait foi de leurs intentions à cet égard.

Je suppose que mon escadre se sera placée, comme je l’ai plusieurs fois ordonné, dans l’enceinte d’Anvers en aval et en amont, couvrant la place et en même temps en étant protégée, se servant d’une avant-garde pour appuyer la flottille manœuvrant dans l’espace compris entre le fort Lillo et la ville. Je suppose que l’on aura profité du mois d’août pour assurer la défense d’Anvers, qui, couvert par l’inondation et ayant acquis un nouveau degré de force par les travaux que j’y ai fait faire depuis trois ans, est raisonnablement inattaquable.

Les forces françaises et hollandaises doivent être employées à empêcher l’ennemi de cheminer sur Anvers, à le battre s’il faisait le siège de Lillo; et, enfin, s’il surmontait ces obstacles, ce qui me paraît difficile, vous devez rester avec votre corps d’armée dans Anvers, comme dans un camp retranché; quand même l’ennemi aurait assez de forces pour vous cerner de la droite à la gauche de la place, vous auriez votre communication par la Tête-de-Flandre, et le duc de Conegliano porterait son quartier général de ce côté. Ayant ainsi dans vos mains toutes vos forces réunies, et secondé par le duc de Valmy, qui harcèlerait l’ennemi, il faudrait à l’ennemi des forces immenses pour cheminer sur Anvers. Vous le tiendrez ainsi éloigné de la place des semaines entières; vos troupes se formeront, de nombreux renforts vous arriveront de France, avec laquelle votre communication par la Tête de Flandre me  paraît suffisante.

Il ne faut pas que l’escadre aille plus loin qu’Anvers; il ne faut pas non plus abandonner Anvers en y laissant seulement une forte garnison. Il faut occuper Anvers avec tout votre corps d’armée, en maintenant votre communication par la Tête-de-Flandre.

En manœuvrant ainsi, vous déjouerez les projets des Anglais, qui auraient besoin de 80,000 hommes pour vous forcer dans Anvers; et tout me fait penser que, s’ils marchaient sur Anvers, ce ne serait pas avec plus de 21,000 hommes. Ils doivent avoir perdu beaucoup de monde depuis leur débarquement dans l’île de Walcheren; ce qui me fait espérer que vous les empêcherez de passer le canal de Berg-op-Zoom, et que, à mesure que les Anglais s’affaibliront et par les maladies, qui doivent être funestes dans ce pays pour leur armée, et par les affaires journalières, l’armée sous vos ordres se formera, et qu’il deviendra loisible de reprendre l’offensive et de les faire repentir de leur audace.

 

Schönbrunn, 24 avril 1809.

Au général comte Reille, aide de camp de l’Empereur, à Schönbrunn

Monsieur le Général Reille, dirigez-vous sur Mayence, de Mayence sur Maestricht et de là sur Anvers. Vous trouverez probablement à Maëstricht le duc de Valmy.

Comme vous n’arriverez que dans les premiers jours de septembre, il n’est guère possible de prévoir ce qui se sera passé alors. Mes dernières nouvelles d’Anvers sont du 16. Le prince de Ponte-Corvo avait sa droite appuyée à Berg-op-Zoom et sa gauche au fort Lillo, ayant devant lui les marais de Berg-op-Zoom. Le fort Lillo était fortement occupé, ainsi que l’île de Cadzand, Terneuse et la Tête-de-Flandre. L’escadre était à Anvers et la ville était armée.

Mon intention est que vous fassiez connaître au prince de Ponte-Corvo, comme je lui en ai déjà fait donner l’instruction par le ministre de la guerre, que dans aucun cas il ne doit se laisser couper d’Anvers, et que, si l’ennemi était supérieur et marchait sur Anvers, il doit s’y tenir comme dans un camp retranché, ayant sa communication avec la France par la Tête-de-Flandre, où dans ce cas doit être appuyée la droite du duc de Conegliano, qui est chargé de la défense de la rive gauche. Le duc de Valmy, destiné à agir en espèce de partisan dans le même cas, doit battre la campagne et inquiéter l’ennemi en se tenant en communication avec le duc de Conegliano.

60,000 gardes nationales qui sont sur pied, dont partie est sous les ordres du duc de Conegliano et partie sous les ordres du duc d’Istrie, manœuvreront pour marcher d’accord. Les généraux Chambarlhac, Olivier et Dallemagne, généraux accoutumés à la guerre, le sénateur Colaud  qui a le commandement d’Anvers, les sénateurs Rampon et Soulès sont à l’armée.

Mon intention est que vous restiez là pour être employé, sous les ordres du prince de Ponte-Corvo, à la défense d’Anvers, et de manière à contribuer de tous vos moyens au succès des opérations. Vous pourrez m’écrire tous les jours pour m’instruire de ce qui se passe.

Je compte sur votre zèle et sur votre attachement à ma personne pour rendre tous les services que vous pourrez, soit du côté d’Anvers, soit aux différents maréchaux.

L’escadre doit contribuer à la défense d’Anvers. Ce serait une folie de la faire sortir d’Anvers; elle doit se placer en aval et en amont, pour aider à la défense de la ville et en être protégée. Tout me porte à espérer que le grand nombre de troupes que j’ai réunies sur l’Escaut rendra nuls les efforts de l’ennemi. Il ne pourrait forcer le fort Lillo qu’en l’assiégeant par terre; ce qui donnerait le temps et offrirait les occasions de tomber dessus. Le roi de Hollande doit de son côté réunir tous ses moyens. Vous irez voir ce Prince, le prince de Ponte-Corvo, le duc de Conegliano; enfin vous devez vous servir du double caractère d’envoyé par moi et de mon aide de camp pour faire ce qui sera le plus avantageux pour mon service.

Si les circonstances étaient pressantes, vous pourrez dire que je vais arriver à Paris.

 

Schönbrunn, 25 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez ci-joint une relation du général Sébastiani, que la reine d’Espagne m’envoie. Aussitôt que j’aurai reçu celle du duc de Bellune, qu’il m’annonce, je verrai s’il convient de les faire mettre dans le Moniteur. Vous verrez par la relation du général anglais Wellesley que nous avons perdu vingt canons et trois drapeaux.

Témoignez au Roi mon étonnement, et mon mécontentement au maréchal Jourdan de ce que l’on m’envoie des carmagnoles et que, au lieu de me faire connaître la véritable situation des choses, on me présente des amplifications d’écolier. Je désire savoir la vérité. Quels sont les canonniers qui ont abandonné leurs pièces, les divisions d’infanterie qui les ont laissé prendre ? Laissez entrevoir dans votre lettre au Roi que j’ai vu avec peine qu’il dise aux soldats qu’ils sont vainqueurs; que c’est perdre les troupes; que le fait est que j’ai perdu la bataille de Talavera; que cependant j’ai besoin d’avoir des renseignements vrais, de connaître le nombre des tués, des blessés, des canons et des drapeaux perdus; qu’en Espagne, les affaires s’entreprennent sans maturité et sans connaissance de la guerre; que le jour d’une action elles se soutiennent sans ensemble, sans projets, sans décision. Écrivez au généra! Sébastiani que le Roi m’a envoyé son rapport sur la bataille de Talavera; que je n’ai point trouvé le ton d’un militaire qui rend compte de la situation des choses, que je n’ai vu que de l’emphase; que j’aurais désiré qu’il eût fait connaître les pertes et eût présente un détail précis, mais vrai, de ce qui s’est passé, car enfin c’est la vérité qu’on me doit et qu’exige le bien de mon service.

Faites sentir aux uns et aux autres combien c’est manquer au Gouvernement que de lui cacher des choses qu’il apprend par tous les individus de l’armée qui écrivent à leurs parents, et de l’exposer à ajouter foi à tous les récits de l’ennemi.

 

 Schönbrunn, 25 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je donne ordre aux généraux de division Conroux et Lamarque, aux généraux de brigade Bourke, Cacault et Gency, et aux adjudants commandants Dumarest, Passinge et Shée, de se rendre à Bruxelles, où ils recevront vos ordres pour être employés dans les corps que commandent le prince de Ponte-Corvo et les ducs de Conegliano et d’Istrie.

J’ai demandé au général Bertrand les noms de quelques officiers du génie de l’armée connaissant le mieux l’île de Walcheren, pour être envoyés sur l’Escaut.

Vous recevrez un décret par lequel j’ai nommé le général d’Hastrel chef d’état-major du prince de Ponte-Corvo. Ce général s’est mis sur-le-champ en route; il voyagera jour et nuit; il emmène avec lui l’adjudant commandant Shee, pour être employé dans l’état-major du prince.

 

Schönbrunn, 26 août 1809, midi.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 25 août. La réponse de la légation autrichienne est courte. Leurs communications de vive voix me paraissent, par cette dépêche, être nulles. La négociation n’avance pas, et c’est par leur faute. Peut-être est-il convenable d’envoyer un second courrier à M. de Caulaincourt avec les protocoles des deux séances. M. de Metternich ne peut se plaindre que ce n’est pas nous qui ne parlons pas. L’ouverture que vous lui avez faite confidentiellement de prendre pour base l’équivalent des pertes par l’Autriche à la paix de Presbourg fait presque une chute de huit millions à trois ou quatre ; et cependant ils n’ont rien répondu. Lorsque vous avez demandé la cession de la haute Autriche jusqu’à nous, ils ont assez l’usage des négociations pour savoir que cette demande n’est pas sans appel; et, par l’observation qu’ils ont faite, qu’ils n’auront pas de position militaire, ils me paraîtraient disposés à céder jusqu’à la Traun. Il me reste donc à vous engager à savoir réellement ce que veulent ces gens-là. Au reste, ce qui se passe ne m’étonne pas; il est dur de se résoudre à des cessions, surtout à des cessions aussi près de la capitale de la monarchie. Nous sommes dans une bonne marche ; c’est à eux à en prendre une.

Tâchez de découvrir si c’est embarras de leur position et nécessité de délibérer, ou si cela tient aux chances de l’expédition anglaise ou à une négociation étrangère. Mes lettres du 20, de Paris, me font penser que Flessingue est pris; cependant il y a encore du louche.

 

Schönbrunn, 26 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois vos lettres des 19 et 20. Je suppose que le prince de Ponte-Corvo ne se sera pas affaibli des secours sur lesquels il doit le plus compter, de la division Rampon. Il faut fortifier le corps du duc de Conegliano par les nouvelles levées, et que son but, comme je vous l’ai écrit il y il plusieurs jours, soit de couvrir la Tête-de-Flandre.

Vous aurez porté son quartier général à Gand. Faites connaître au duc d’Istrie que j’ai donné ordre à ses aides de camp et à son chef d’état-major de se rendre à Lille. Je viens de faire ordonner au général d’artillerie Mossel et au général de brigade Maison de se rendre à Anvers. .Je vous ai fait connaître hier que j’ai envoyé le général d’Hastrel pour chef d’état-major au prince de Ponte-Corvo. La division hollandaise du général Gratien doit être arrivée en Hollande ou à Wesel.

Il ne faut pas envoyer de gardes nationales en poste. Il vaut mieux qu’elles aillent à journée d’étapes pour se former. Il faut les bien former au chef-lieu de département avant de les diriger, surtout sur le point des ennemis, car qu’est-ce que c’est que des hommes désarmés si près de l’ennemi ? Envoyez des inspecteurs aux revues et des commissaires des guerres pour qu’il y ait le moins d’abus possible dans cette immense quantité de monde.

Il y a un mystère sur Flessingue; il ne me paraît pas que les Anglais en soient maîtres, puisqu’il est d’usage que le commandant ait la faculté de prévenir son gouvernement par un officier, et parce que la ville l’aurait fait connaître par quelques signaux. Aurait-on perdu tout à fait la tramontane dans cette place ? Ceux qui disent que les généraux Monnet et Osten auraient été tués donneraient l’explication de ce mystère, en supposant que le commandement fût tombé dans les mains de quelque subalterne ignorant et pusillanime.

Recommandez au duc de Conegliano de se porter sous les ordres et au secours du prince de Ponte-Corvo avec le zèle qu’exigent les circonstances. Il doit sentir que, si les ennemis attaquent la rive gauche, il n’a rien de mieux à faire que de se prêter à ce que lui demandera le prince de Ponte-Corvo.

Si l’ennemi s’approchait d’Anvers, il ne faudrait plus y envoyer de gardes nationales; l’ennemi est beaucoup trop près; désignez un point plus en arrière; cette ville est déjà trop encombrée et serait surchargée d’un embarras qui nuirait à l’organisation de ses moyens de défense. On avait choisi Anvers comme lieu de réunion des gardes nationales, parce qu’Anvers était alors fort loin du point attaqué. Il faut en général beaucoup d’ordre et de travail dans l’organisation de ces gardes nationales. Je ne puis croire que Flessingue se soit rendu après une si légère résistance.

La négociation continue à Altenburg, mais elle marche lentement; on attend l’issue des événements de l’Escaut.

P. S. Il ne faut aucun froissement. Si cela est nécessaire, mettez Moncey sous les ordres du prince de Ponte-Corvo; cela lèvera tout embarras. Si le maréchal Moncey allait mal volontiers sous les ordres du prince, ce que je ne saurais croire, il faudrait le rappeler.

 

Schönbrunn, 26 août 1809

Au général Clarke, ministre d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, toutes les nouvelles que je reçois d’Angleterre, et que vous verrez par les journaux anglais, prouvent que l’ennemi a deux buts: de prendre l’île de Walcheren et de brûler l’escadre. Il est possible que, s’étant aperçu que le général Monnet mettait l’île sous les eaux, il parlemente avec lui pour empêcher ce désastre. Mais comment cela empêcherait-il Flessingue de faire quelques signaux ? Si Flessingue était pris, l’île de Cadzand n’aurait presque plus d’importance. On doit être porté à penser que les premiers coups se porteront sous les murs du fort Lillo. Les Anglais prendront-ils ou ne prendront-ils pas ce fort ? Voilà la question. Il est bien important que toutes les forces soient concentrées sur Anvers.

Je pense toujours que le prince de Ponte-Corvo n’aura pas exécuté votre ordre de renvoyer ses meilleures troupes dans l’île de Cadzand.

P. S. Vous verrez par mes lettres subséquentes que vous avez mal compris mes ordres, et que, au lieu d’un corps d’observation de l’île de Cadzand, c’est un corps de la Tête-de-Flandre qu’il fallait organiser.

 

Schönbrunn, 26 août 1809

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre du 16 août. Je suis avec un vif intérêt les progrès de votre marine ; ses combats journaliers sont du meilleur effet. Il serait bien glorieux pour vous, et tout à fait dans les besoins de votre royaume, d’avoir une escadre de quatre à cinq vaisseaux de ligne et de huit à dix frégates, ne serait-ce que pour agir contre les Barbaresques et protéger vos côtes.

Je vous ai mandé de me diriger sur Bologne, d’abord, tout ce que vous pouvez envoyer de vos troupes. Je désire que vous ayez fait partir deux bataillons du 14e d’infanterie légère, deux bataillons du 6e léger, deux bataillons du 101e de ligne ou du 22e léger, et le bataillon de la Tour d’Auvergne, si vous le jugez convenable, ou un bataillon de vos troupes. Si vous pouviez joindre à cette colonne deux de vos bataillons, aussi bien que vos chasseurs à cheval, faites-le.

Du moment que ces troupes seront hors de vos frontières, vous n’aurez plus à leur payer que leur solde, et je me chargerai de leur nourriture et de leur entretien.

J’ai besoin de réunir au centre de l’Italie 8 à 10,000 hommes.

Les Bavarois ont échoué dans le Tyrol, et il paraît que ces montagnards seront difficiles à soumettre. Si donc les hostilités viennent à recommencer, j’ai besoin de 8 à 10,000 hommes, Français, Napolitains et de toute autre nation, pour contenir l’Italie et le Tyrol. Je pense donc que vous aurez mis votre 1er régiment de chasseurs dans cette colonne.

Si le général de brigade Digonet ne vous est pas utile, vous pouvez l’envoyer pour prendre le commandement de cette colonne. Voilà l’hiver qui approche, et je suppose que les Anglais ne pourront plus rien tenter sur vos côtes.

Si la guerre venait à recommencer ici, je vous verrais avec plaisir venir reprendre le commandement de ma cavalerie, qui n’a jamais été plus belle, car j’ai 40,000 chevaux, indépendamment de ceux qui sont en Espagne.

Le général Arthur Wellesley a été battu en Espagne et forcé de se retirer sur Lisbonne en nous laissant tous ses blessés. Mais lord Chatham, avec quatre cents bâtiments de transport et 40,000 hommes, est venu débarquer à Walcheren, et je crains qu’à l’heure qu’il est Flessingue ne soit pris. Le maréchal prince de Ponte-Corvo est à Anvers, où il a pris poste avec toutes les troupes qui s’y trouvent. Le maréchal Moncey est à Gand. Le maréchal duc d’Istrie est à Lille ; 100,000 gardes nationales sont accourues de tous les côtés. Jugez quelle immense dépense tout cela me produit ! Quelle que soit l’issue de cette expédition, les Anglais y perdront immensément de monde par maladie et par suite des évènements de la guerre. La nécessité de secourir le Portugal va exiger des renforts nombreux; ainsi il n’y a plus à craindre qu’ils envoient des forces en Sicile.

 

Schönbrunn, 27 août 1809, cinq heures après midi.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 26 à deux heures après midi.

Je vois que les négociations ne marchent point. Je vous envoie les journaux anglais jusqu’au 15 août. Je désire que vous ne les montriez à personne et que vous les gardiez pour vous seul. La relation de la bataille de Talavera y est fausse en plusieurs points. Lord Wellesley s’est, depuis, retiré en Portugal, abandonnant ses blessés.

Flessingue paraît décidément être pris; nous ne connaissons pas encore la capitulation; et le 19, à Breskens, il y avait encore un mystère là-dessus. Cependant il paraît certain que la ville est prise.

Le maréchal prince de Ponte-Corvo commande à Anvers; mon escadre est renfermée dans l’enceinte de la place. La flottille et un vaisseau seulement sont à Lillo. Le duc de Conegliano est à Gand; le duc d’Istrie est à Lille. Nous nous donnons beaucoup de mouvement; on prépare à Anvers des brûlots. Mes nouvelles d’Anvers sont du 21. L’ennemi avait voulu faire un mouvement et s’était avancé à une portée de canon de Lillo, mais il s’était retiré. Tout porte à penser qu’il ne s’exposera pas à  un échec.

Il faut me proposer des moyens, qui soient le moins coûteux, d’avoir en Perse un charge d’affaires.

 

Schönbrunn, 27 août 1809

Au maréchal Bernadotte, prince de Ponte-Corvo, commandant l’armée d’Anvers

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 18; j’ai reçu celle du 20.

Le général Reille vous arrivera le 30 et vous portera une lettre de moi. Flessingue rendu après un bombardement de vingt-quatre heures est une chose qui ne peut s’expliquer. Cette place devait tenir six mois par la protection de l’inondation. Cependant ces vingt jours perdus par l’ennemi ont mis à même de se mettre en état et de se préparer à Lillo et à Anvers. Je n’ai rien à ajouter à mes derniers ordres. Si Flessingue est pris, je ne puis l’attribuer qu’au manque de tête du commandant. Sous ce point de vue, je considère Anvers comme imprenable. L’escadre, la garnison, l’armée et vous, devez ne pas vous séparer d’Anvers et courir son sort. Je vois avec confiance que vous avez enfin 80,000 hommes de troupes, toutes troupes. Le général d’Hastrel est parti, il y a trois jours, pour être votre chef d’état-major. Le général d’artillerie Mossel est parti de Bayreuth avec le général de brigade Maison. Les généraux de division Lamarque et Conroux et quatre généraux de brigade sont également partis. Des officiers du génie connaissant la Hollande et Flessingue partent pour Anvers; un chef de bataillon, deux _capitaines et deux lieutenants d’artillerie s’y rendent également en poste. Je me confie en votre bravoure, habileté et expérience. Si les ennemis tentent quelque chose contre Anvers, ils seront repoussés.

 

Schönbrunn, 27 août 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Dresde

J’ai reçu la lettre de Votre Majesté. Je la félicite sur sa rentrée dans sa capitale. J’espère que, quels que soient les événements, les ennemis n’y rentreront plus. Je vois avec plaisir qu’elle a porté le nombre de ses gardes nationales à 2,400, force suffisante pour garder l’enceinte de la ville, et qu’elle a fait armer ses remparts de soixante pièces de canon. Les mesures qu’elle a prises pour avoir un corps de 6,000 hommes d’infanterie et de 2,000 chevaux, avec pièces d’artillerie attelées, me paraissent extrêmement convenables. Cela formera à Dresde une bonne division. J’ai donné ordre au duc d’Abrantès de se porter à Dresde et de visiter lui-même toute la frontière.

Les conférences se suivent à Altenburg, mais il paraît que la descente des Anglais en Zélande, ou rehausse les espérances des plénipotentiaires autrichiens, ou met plus de lenteur dans leur marche.

D’ailleurs, il y a dans le cabinet beaucoup de divisions. Le prince Charles, qui, après s’être momentanément laissé entraîner dans ce système de guerre, en est le premier revenu, parait avoir été desservi auprès de son frère et avoir encouru sa disgrâce.

 

Schönbrunn, 28 août 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Bourgoing que je suis étonné que le général Carra Saint-Cyr prenne un traitement; qu’il ne doit en prendre aucun. Faites connaître également au sieur Bourgoing que je donne des ordres à l’intendant général pour que les bons du roi de Saxe ne soient pas présentés jusqu’à de nouvelles circonstances.

 

Schönbrunn, 28 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, écrivez au général Carra Saint-Cyr qu’il ne doit prendre aucun traitement du roi de Saxe; que cela est de règle dans une province ennemie, mais qu’on ne doit rien exiger d’un allié; que c’est à l’armée à pourvoir à son traitement; qu’il faut donc qu’il refuse toute espèce d’indemnité du roi de Saxe.

 

Schönbrunn, 28 août 1809

ORDRE.

Un officier d’ordonnance partira demain à la pointe du jour et ira à Anger, où il couchera, prendra des renseignements sur la situation de la tête de pont, sur le nombre d’ouvriers qui y travaillent, sur ce qu’il y a de fait et sur l’époque où elle sera terminée.

De là il ira aussi loin qu’il pourra, jusqu’à nos avant-postes, et par Malaczka jusqu’à Gœdin, et s’en reviendra par Nikolsburg.

D’Anger à Gœding, il ira à petites journées, s’informera de ceux de nos postes qui sont sur la limite des cantonnements, des régiments qu’il y a vis-à-vis, et prendra tous les renseignements qui peuvent faire connaître les dispositions et mouvements de l’ennemi. II s’assurera à Gœding que les ouvrages ont été entièrement détruits; il s’informera s’il doit encore passer des troupes par là. A Nikolsburg, il prendra la situation de la division de cavalerie légère de Quesnel et visitera l’emplacement de·la division Morand.

Il prendra des notes deux ou trois fois par jour, pour ne rien oublier; il marquera les villages où il passera, le nombre de maisons, la population et les endroits où les troupes se trouvent. En revenant par la route de Brünn, il prendra les mêmes l’enseignements sur la manière d’être des troupes, maladies, etc.

 

Schönbrunn, 29 août 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur de Champagny, j’ai reçu vos lettres du 27; je reçois celles du 28. Je ne vous ai pas écrit hier. Il me semble que vous pouvez faire la réponse ci-jointe aux plénipotentiaires autrichiens. Vous leur ferez remarquer que cela ne fait pas deux millions d’habitants.

Je pense que vous aurez envoyé un courrier en Russie porter les protocoles des cinquième et sixième séances.

Les nouvelles d’Espagne sont bonnes. Venégas a eu la bêtise de perdre deux jours; il a été attaqué et battu. Il a perdu ses bagages, quarante pièces de canon et 4,000 prisonniers. Il est poursuivi en Andalousie. Les Anglais rentrent en Portugal, après avoir perdu 10,000 hommes et trente pièces de canon. Girone est en notre pouvoir.

Du côté de l’Escaut, il n’y a rien de nouveau; trois armées se forment, l’une de 40,000 hommes à Anvers, sous les ordres du prince de Ponte-Corvo; l’autre à Gand et dans l’île de Cadzand, forte de 30,000 hommes, sous les ordres du duc de Conegliano, et la troisième de 40,000 hommes à Lille, sous les ordres du duc d’Istrie.

NOTE.

Les plénipotentiaires autrichiens ont fait connaître dans une note qu’ils désiraient savoir ce que le soussigné avait entendu par des réserves du côté de l’Italie, et que, lorsqu’ils auraient cette communication, ils remettraient un contre-projet. Le soussigné a l’honneur de répondre qu’il a entendu se réserver la Carinthie, la Carniole et les pays compris dans une ligne qui, de la Carniole, suivrait le cours de la Save jusqu’à la Bosnie.

 

Schönbrunn, 29 août 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

On a mal fait de demander à Paris des armes, surtout avec tant d’éclat. C’est faire croire au dénuement de nos arsenaux; nous n’en sommes pas réduits là. Il doit y avoir quelque part 40,000 fusils hanovriens, dont on aurait pu se servir dans cette circonstance.

L’événement fait voir que nous n’avons pas les armes proportionnellement à l’étendue de territoire et à l’importance de nos arsenaux.

Puisque ma réserve de 120,000 fusils va en diminuant par les guerres que nous avons dû soutenir, je pense qu’il est nécessaire d’y suppléer en faisant fabriquer 300,000 fusils du n° 1 républicain. On fera de ces armes tant qu’on voudra dans une année, et on peut les avoir à bon marche. On les mettra à part pour une circonstance telle que celle-ci, et même il serait utile de les donner aux recrues. Ce serait une dépense de six à sept millions que je ferais volontiers.

Faites-moi un rapport là-dessus. Il paraît que l’on ne fait que 120,000 fusils par an du modèle de 1777; c’est à peu près ce que nous consommons. Il faudrait qu’indépendamment de ces 120,000 fusils on en fit 120 ou 140,000 du n° 1. Je n’en serai pas embarrassé, parce que, lorsqu’ils ne serviront pas, je les céderai à des puissances amies.

Que sont donc devenus les 60 ou 80,000 fusils que j’avais faits réunir à Saint-Omer pour l’expédition d’Angleterre ?

 

Schönbrunn, 29 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Expédiez sur-le-champ un de vos officiers au général Rusca, avec les instructions suivantes.

Sa Majesté a choisi le général Rusca pour négocier avec les Tyroliens et voir s’il n’y a pas moyen de fixer le sort de ces peuples sans avoir recours aux armes.

Au reçu de la présente, le général Rusca enverra un officier intelligent auprès des chefs des Tyroliens pour leur faire connaître que je désire arranger leurs affaires à l’amiable, afin de ne pas être obligé de porter la mort et l’incendie dans leurs montagnes; que, si le but de leur révolte est de rester attachés à l’Autriche, je n’ai plus qu’à leur déclarer une guerre éternelle, parce qu’il est dans mes intentions que jamais ils ne rentrent sons la domination de la Maison d’Autriche; que, s’ils ont un autre but, qu’ils désirent soit des privilèges, soit toute autre chose, je souhaite et désire leur tranquillité et contribuer à leur bonheur; que, s’ils ne veulent pas être Bavarois, je ne trouverai pas d’inconvénient à les réunir à mon royaume d’Italie, et à leur accorder des privilèges et une organisation qui satisfassent leurs vues et assurent leur tranquillité et leur bien-être; qu’il est convenable, pour ménager la dignité de la Bavière et celle de la France, de ne rien mettre par écrit de ces conditions, mais d’avoir une entrevue et de voir s’il y a moyen d’arriver à cet arrangement. Si cela forme la volonté des Tyroliens, qu’ils s’assemblent, qu’ils m’envoient une députation nombreuse, qu’ils fassent leur demande de réunion au royaume d’Italie ; qu’enfin ils fassent connaître ce qu’ils désirent, et je verrai si je puis le leur accorder, car je préfère les soumettre plutôt par la conviction que par la force des armes.

 

Schönbrunn, 29 août 1809

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 11e corps, à Krems

Allez voir Presbourg, la position de Theben, Marchegg, Anger, et remontez la March jusqu’à Gœding; de là allez à Nikolsburg et Brünn; visitez la citadelle de Brünn, et revenez par Znaym sur Krems. Cette tournée est convenable pour bien observer la nature, le terrain entre les monts Karpathes, aussi loin que vous le pourrez, jusqu’aux postes ennemis. Reconnaissez bien Presbourg et le terrain depuis Presbourg jusqu’à Marchegg et le long de la March.

 

Schönbrunn, 30 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, écrivez au général Reynier qu’il est nécessaire qu’il prenne des mesures pour qu’à dater du ler septembre il y ait toujours 800 travailleurs saxons à la tête de pont d’Anger, afin que cette tête de pont puisse être terminée pour le 10 septembre. Recommandez-lui également de mettre des travailleurs en nombre suffisant pour finir promptement les travaux de Theben.

Faites-lui connaître que je pars cette nuit pour aller à Raab; que je partirai probablement de Raab dans la nuit du 31 au 1er; que de Kitsee je viendrai m’embarquer pour faire un tour dans Presbourg au galop, de là voir le château; mais que je désire rester dans le plus grand incognito, que la garnison ne s’en aperçoive même pas. Je le ferai prévenir de l’heure, et il pourra, comme pour se promener, venir à Kitsee; que, quant au corps de troupes qu’il commande, je désignerai un jour pour le voir dans la plaine de Marchegg.

 

Schönbrunn, 31 août 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre. Je vous verrai volontiers à mon retour. Je devais depuis longtemps voir Raab et la ligne de la Raab, et je me suis décidé à faire cette tournée aux premières fraîcheurs.

 

Schönbrunn, 31 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, envoyez l’ordre au général de division Montbrun de porter son quartier général à Göding. La brigade Jacquinot couvrira les postes sur Olmutz, du côte de Wischau, ainsi que sur Iglau et sur Zwittau. La brigade Pajol éclairera le chemin de Göding à Hradisch et celui de Göding sur Presbourg. Cette brigade sera cantonnée aux environs de Göding ; elle fera le service jusqu’à l’embouchure de la Taya. Donnez ordre au général de brigade Colbert de porter son quartier général à Malaczka et de couvrir depuis Sankt-Johann jusqu’à Stampfen; les villages de l’une et l’autre rive seront occupés par cette brigade, non compris Marchegg et Stampfen, qui continueront à être occupés par les Saxons.

 

Schönbrunn,  31 août 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, la gendarmerie ne fait aucune espèce de service. Il arrive journellement des courriers de Komorn, de sorte que l’empereur d’Autriche gouverne l’Autriche comme s’il y était maître. Donnez l’ordre formel au commandant de la gendarmerie que tous les courriers venant sur la route de Raab et sur toute la ligne de nos postes soient dirigés sur l’état-major général, hormis les courriers que M. de Metternich, qui est à Altenburg, enverrait à Komorn et en recevrait, ceux-là seuls ayant une spéciale liberté. Les dépêches de tout autre courrier ne doivent être remises que par mon ordre. Tenez la main à l’exécution de cet ordre, que le commandant de la gendarmerie fera exécuter sur toutes les routes, et avant peu nous aurons cinq ou six courriers autrichiens porteurs de dépêches. J’avais donné l’ordre qu’aucune signature que la vôtre ne devait autoriser le passage d’un courrier ou individu quelconque sur la ligne occupée par l’armée; rendez-moi compte si vous avez donné cette autorisation pour quelques courriers.

 

Schönbrunn, 31 août 1809

Au général comte de la Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général la Riboisière, je vous ai envoyé un ordre pour porter l’artillerie saxonne à trente-six pièces de canon. Voici la situation actuelle de cette artillerie, divisée en cinq batteries, savoir : une batterie d’artillerie à cheval de deux pièces de 6 et de deux obusiers, et quatre batteries d’artillerie à pied de trois pièces de 8 et d’un obusier du calibre saxon. Il y a de plus au parc cinq pièces de 8 et trois obusiers saxons; ce qui fait en tout vingt-huit pièces. Il paraît que les pièces de 8 et les obusiers saxons sont d’un calibre particulier, ce qui rend nécessaire de faire revenir à Vienne six pièces de 8 et deux obusiers. Ces pièces serviront pour la place. Il faudrait les remplacer par huit pièces de 6. Il resterait encore à donner aux Saxons huit pièces de canon pour arriver au nombre de trente-six.

Ces trente-six pièces seront divisées en six batteries, de six pièces chacune. En attendant que vous puissiez en fournir trente-six, il faut en organiser au moins trente, afin qu’il y ait une batterie à cheval et quatre à pied. Le général Reynier me rend·compte qu’il aura les canonniers et les chevaux d’artillerie nécessaires pour servir trente pièces avec leur approvisionnement à 300 coups. Donnez donc sans délai les ordres pour retirer les six pièces de 8 et les deux obusiers, pour les remplacer, et pour porter d’abord à trente le nombre des pièces; les six autres seront fournies après. Mais, par-dessus tout, il faut un officier général français pour commander toute cette artillerie. L’armée saxonne a aussi besoin de fusils; ses fusils ne sont pas d’une aussi bonne qualité que les nôtres. Je donne ordre que les deux compagnies de pontonniers qui sont à Linz rejoignent le corps saxon à Presbourg.

Schönbrunn, 1er septembre 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 26 août. On a mal fait de faire voyager en poste les gardes nationales. On abuse de ce moyen, qui épuise les campagnes, fatigue les troupes et coûte un argent énorme. Faire marcher en poste des hommes sans armes qui ont besoin de temps pour s’organiser, c’est une véritable folie.

Vous ne m’avez pas envoyé le nom des commandants de Paris; j’aurais désiré recevoir de vous des notes sur chacun d’eux, qui me les fissent connaître. Il me semble que tout cela a été mené avec trop de précipitation et de mouvement, et que, pour lever sur le tiers de la France les 30,000 gardes nationales que j’ai demandées, il ne fallait pas tant de tapage et d’effervescence. Je désirerais, dans les circonstances actuelles, recevoir de vous des dépêches plus détaillées.

Il serait aussi convenable, d’appeler tous les grands dignitaires au conseil que vous tenez chaque jour; il me semble que c’est leur droit. Ils me sont comptables de leur opinion et de leurs observations dans cette circonstance importante.

 

Schönbrunn,  2 septembre 1 809, quatre heures après midi.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je vous ai envoyé hier un courrier de Russie. Il était porteur de lettres de mon consul à Königsberg et à Memel, que j’aurais ouvertes, si j’avais pu soupçonner les nouvelles dont vous ont régalé les plénipotentiaires autrichiens. Toutefois elles vous feront voir combien elles sont controuvées. M. Czernitchef arrive; il porte à l’empereur d’Autriche une lettre de l’empereur Alexandre. Je vous joins copie de la lettre de l’empereur d’Autriche et de la réponse de l’empereur de Russie pour votre gouverne; cela est pour vous seul, et si jamais les plénipotentiaires autrichiens voulaient tirer parti de cette communication. Je vous envoie la lettre de Caulaincourt, que vous me renverrez. Vous ferez connaître, aux plénipotentiaires autrichiens que l’empereur de Russie s’en rapporte à moi pour stipuler la paix, non seulement pour la France, mais encore pour la Russie. Vous ne devez pas manquer les occasions de les convaincre que nos relations avec la Russie sont plus intimes que jamais, et que le corps du prince de Galitzine serait sous mes ordres comme un corps français si jamais la guerre venait à recommencer.

Mes nouvelles de Paris sont du 27. L’estafette a passé le 30 à Strasbourg. S’il y avait eu des nouvelles importantes d’Anvers du 29, le télégraphe de Strasbourg les aurait apprises et me les aurait fait connaître. Les moyens se préparent de ce côté, les troupes arrivent et tout s’organise convenablement. En Espagne, les affaires paraissent bien marcher.

Vous trouverez ci-joint la lettre que je reçois de l’empereur Alexandre; vous verrez dans les lettres de Caulaincourt combien il a été satisfait de votre grande note, qui, en effet, autant que je puis m’en souvenir, est très belle.

P. S. J’ai reçu vos lettres du 1er avec le protocole de la neuvième séance. Je vous répondrai ce soir. Envoyez-moi copie de la dépêche que vous avez fait partir pour M. de Caulaincourt quelques jours avant votre départ pour Altenburg, dans laquelle vous lui faites connaître mes vues sur la Galicie. Quand présumez-vous qu’arrivera la réponse ?

 

LETTRE DE  L’EMPEREUR D’AUTRICHE A L’EMPEREUR DE RUSSIE.

Monsieur mon Frère, un armistice a été signé le 12 de ce mois entre le quartier-maître général de mon armée, sous le commandement de l’archiduc généralissime, et le major général de l’armée française.

N’ayant jamais ambitionné qu’un état de paix qui méritât ce nom, fidèle à ce principe, j’ai cru devoir saisir cette occasion pour proposer une négociation à l’Empereur des Français. Nos plénipotentiaires respectifs sont nommés; ils vont se réunie incessamment.

Mes vœux seront atteints si cette négociation peut mener à un état de choses et à des rapports entre la France et moi compatibles avec la dignité de ma couronne et la sûreté effective de mes peuples. La paix sera établie incessamment entre la France et moi si son souverain veut la paix. Si elle n’est pas le résultat de mes efforts, que Votre Majesté Impériale n’en cherche la cause que dans des demandes de l’Empereur des Français opposées à mes devoirs de souverain et contraires à l’indépendance de l’Etat, cette base première de l’existence même d’un grand empire, dans des propositions enfin qui seraient illusoires dans leur application et par conséquent funestes dans leurs résultats les plus prochains.

Je vous prie, Monsieur mon Frère, de voir dans la franchise de cette communication la suite d’une longue habitude d’anciennes relations conformes à tous mes vœux particuliers. Que Votre Majesté Impériale n’y retrouve pas moins une preuve nouvelle de mon inaltérable conviction que les intérêts de l’Autriche ne sauraient jamais devenir étrangers à ceux de la Russie. Veuillez, Monsieur mon Frère, agréer, etc.

 

RÉPONSE DE L’EMPEREUR DE RUSSIE A L’EMPEREUR D’AUTRICHE.

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre que Votre Majesté Impériale m’a adressée de Komorn le 30 juillet. J’y ai vu avec une vive satisfaction la résolution de Votre Majesté de mettre fin à la guerre. Elle sait combien j’ai eu à cœur que la paix ne soit pas troublée par elle. Je ne lui ai pas caché les maux que j’en prévoyais. Je regrette infiniment de me trouver à une aussi grande distance de la scène des événements; il m’eût été bien consolant d’offrir mes bons offices et d’opérer une réunion d’amitié et d’intérêt entre l’Autriche, la France et la Russie.

Pétersbourg, 9/21 août 1809. ALEXANDRE.

 

LETTRE DE L’EMPEREUR ALEXANDRE A L’EMPEREUR NAPOLEON

Monsieur mon Frère, je remercie Votre Majesté Impériale pour ses lettres et pour la communication de celle de l’empereur d’Autriche et de la réponse qu’elle y a faite. Je viens d’en recevoir une également dont je m’empresse de transmettre la copie à Votre Majesté, en y joignant celle de ma réponse. La possibilité de la paix me fait éprouver une satisfaction réelle. Mes intérêts se trouvent dans la main de Votre Majesté; j’aime à placer une confiance entière dans son amitié pour moi. Elle peut m’en donner un gage certain en se rappelant ce que je lui ai bien souvent répété à Tilsit et à Erfurt sur les intérêts de la Russie par rapport aux affaires de la ci-devant Pologne, et ce que j’ai chargé depuis son ambassadeur de lui exprimer en mon nom. Je me réfère au contenu de sa dépêche écrite à la suite de mes entretiens avec lui s’il a été exact dans ses rapports.

Votre Majesté me rendra la justice qu’en commençant la guerre contre l’Autriche je n’ai rien articulé d’avance pour moi; que j’ai commencé cette guerre en ayant déjà quatre sur les bras, dont deux par suite de mon système d’alliance avec elle. Mon plus grand désir est que tout ce qui peut nuire à cette alliance soit écarté, afin qu’elle puisse se consolider de plus en plus. Je le répète à Votre Majesté, j’aime dans une circonstance aussi importante à compter formellement sur son amitié pour moi. Votre Majesté voit toute la franchise et tout l’abandon de confiance que je mets en elle; j’ai droit d’espérer qu’elle en usera de même envers moi. Je charge le porteur de cette lettre de remettre également à l’empereur d’Autriche celle que je lui adresse. Il reviendra ensuite attendre les ordres de Votre Majesté.

Pétersbourg, 9/21 août 1809. ALEXANDRE.

 

Schönbrunn, 2 septembre 1809.

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Il est ridicule de mettre la citadelle de Gand en état de siège. Il y a un moyen plus sûr, c’est de détruire cette citadelle, qui ne peut en vérité servir à rien. Surtout dans cette circonstance, cette mesure est mauvaise. Il faut deux ans pour mettre cette place en état.

Je ne vois pas que dans le Moniteur vous fassiez·mettre la suite des pièces sur les affaires du Nord. Faites mettre la capitulation de Flessingue et tout ce qu’on sait sur ce honteux événement. Faites mettre dans d’autres journaux, des articles sur la lâcheté du général, sur la punition terrible réservée aux commandants de place qui encourraient un pareil déshonneur, et faites sentir que Flessingue n’ayant aucune brèche pouvait tenir encore deux mois.

 

Schönbrunn, 2 septembre 1809

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

Je vois que vous avez envoyé beaucoup d’officiers d’artillerie à Anvers; d’ici, j’en ai envoyé cinq, outre le général Mossel ; j’ai aussi envoyé des officiers du génie. Tout cela doit être arrivé à l’heure qu’il est. .

Vous aurez donné des ordres aux généraux Conroux et Lamarque et aux trois généraux de brigade que je vous ai envoyés de se diriger sur Bruxelles. Ce renfort de généraux ne peut être qu’utile; vous en mettrez de mauvais en seconde ligne. Je ne vois pas de lettres de Bessières dans votre correspondance. A-t-il commencé à organiser sa réserve ?

Je suppose le duc de Valmy rendu à Maëstricht et qu’il réunit là un corps de cavalerie pour tenir la plaine et se lier avec Anvers et le duc de Conegliano.

Je suppose que le duc de Conegliano a rapproché son quartier général de la Tête-de-Flandre, et qu’il exécute mes instructions de ne pas se laisser couper de la Tête-de-Flandre et d’être toujours en communication avec le prince de Ponte-Corvo.

Continuez à envoyer le plus de mortiers que vous pourrez sur Anvers.

 

Schönbrunn, 2 septembre 1809

Au général Clarke, ministre de la guerre, à Paris

La manière dont je vois qu’on organise la défense d’Anvers montre peu de talent. Au lieu de mettre les batteries à 1,000 et 1,500 toises l’une de l’autre, où elles ne peuvent se secourir que faiblement et sont obligées de lutter séparément contre toutes les forces de l’ennemi, il fallait réunir cette masse de canons dans un court espace, de manière qu’ils puissent se défendre ensemble et frapper le même but. Je m’étonne toujours comme les notions les plus simples sont inconnues au génie et à l’artillerie. Cinq cents pièces de canon disposées en batteries de douze pièces, à 1,000 toises l’une de l’autre, ne coûteront guère plus à éteindre que quinze; au lieu que cinq cents pièces placées, trois cents sur une rive et deux cents sur l’autre, divisées en batteries de vingt pièces, à la distance de 25 toises l’une de l’autre, selon les localités, formeraient quinze batteries de vingt pièces d’un côté, lesquelles pourraient tirer au même moment sur tout bâtiment qui s’avancerait. Ces batteries ainsi placées formeraient une barrière infranchissable.

Je voudrais voir réunies autour de Lillo ou près d’Anvers, en avant du coude, toutes les pièces que l’on a éparpillées dans un long cours.

Si Lillo et Liefkenshoek sont environnés de quatre ou cinq batteries, et qu’ils puissent tirer chacun cinquante pièces de 36 ou de 24 et une douzaine de mortiers, ces forts feront un terrible tapage. Les plus grands moyens éparpillés ne produisent aucun résultat en artillerie, comme en cavalerie, en infanterie, en places fortes et dans tout le système militaire.

J’ajouterais beaucoup de réflexions, mais elles seraient tardives.

Gardez-les pour votre gouverne; ne les envoyez pas même à Anvers, cela ne servirait qu’à décourager. Je vois que des choses que je vous écrivais, vous les avez envoyées à Anvers, quoiqu’elles ne fussent plus appropriées à la circonstance; ce qui ne peut être d’aucun résultat.

 

Schönbrunn, 2 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Il me revient des plaintes contre le commandant du troisième faubourg de Vienne. Il a reçu deux fois 4,000 florins. Il se fait donner des voitures par la communauté et vexe un nommé Krautharn, marchand de soie, chez lequel il a logé. Faites-le venir à l’interrogatoire sur ces dépositions. Le commandant du deuxième faubourg a exigé une voiture et deux chevaux d’attelage. Ces présents ruinent Vienne et donnent lieu à des plaintes.

 

Schönbrunn, 2 septembre 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Il est nécessaire que vous fassiez partir sur-le-champ pour se rendre à Savone, un chebec et trois on quatre petits bâtiments, comme tartanes ou demi-chebecs, armés de canons, sous les ordres d’un capitaine de frégate ferme et intelligent. Le but de cette flottille sera de faire des croisières dans le golfe de Vado et de surveiller la côte, à cause de la résidence du Pape à Savone.

 

Schönbrunn, 2 septembre 1809

Au cardinal Fesch, archevêque de Lyon

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre. J’ai vu avec plaisir que vos grands vicaires seuls sont coupables de n’avoir pas mis la lettre que j’ai écrite aux évêques à la suite de leur mandement, comme c’était l’usage et leur devoir et comme l’on fait les grands vicaires du diocèse de Paris. Je ne saurais recevoir ni·excuses ni raisons; toutes sont mauvaises. Quand je parle à mes peuples, il n’appartient à qui que ce soit de les empêcher de m’entendre, et je suis trop bon catholique et trop éclairé sur tes principes de la religion pour jamais penser et dire rien qui soit contraire aux vérités et aux principes de l’Église.

Quant à la recommandation que vous avez faite à vos grands vicaires de ne pas commenter ma lettre, vous avez en cela parfaitement rempli mes intentions, et personne n’a le droit d’interpréter autrement que par le sens naturel ce que j’écris et proclame. Témoignez votre mécontentement à vos grands vicaires, S’ils avaient fait comme ceux de Paris et les évêques de France, je n’aurais point eu à me plaindre d’eux. Quant aux raisons qu’ils donnent, qui ne peuvent être justifiées que par une extrême pusillanimité et une excessive circonspection, faites leur connaître que je ne saurais avouer pour amis et pour vrais Français des hommes lâches et sans courage.

Qu’importent les clameurs des méchants et des malintentionnés ?

Je n’attache aucune importance à une fausse manière de voir et de sentir de vos grands vicaires, mais j’aurais été vivement peiné si un pareil manquement était venu de votre part. C’est donc avec un vrai plaisir que j’ai vu que, dans cette circonstance comme dans beaucoup d’autres, je n’avais, que des éloges à donner à vôtre zèle et à votre attachement à ma personne.

 

Schönbrunn, 2 septembre 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Le cardinal Fesch a parfaitement expliqué dans la lettre qu’il m’a écrite cette bêtise de ses grands vicaires. Témoignez-leur mon mécontentement et faites-leur connaître que personne n’a le droit d’empêcher mes peuples de m’entendre, que ce que j’ai dit est vrai, et que la vérité, comme dit l’Ecclésiaste, doit se prêcher sur les toits, sans crainte des méchants et des malintentionnés; que je vois avec peine de la pusillanimité dans les bons, el que les lâches ne sauraient être ni Français ni mes amis.

 

Schönbrunn, 3 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre lettre du 27 août. Je suppose que vous avez reçu mes lettres du 22, qui vous auront fait connaître clairement mes intentions sur ce qui est relatif à la défense d’Anvers.

Je ne puis trouver mauvais, j’approuve même que le prince de Ponte-Corvo ne se soit pas dégarni des troupes qu’il a. Que le duc de Conegliano suive bien mes instructions et se rapproche de la Tête-de-Flandre pour ne pas se laisser couper du prince de Ponte-Corvo et s’unir à ce maréchal pour défendre Anvers sur la rive gauche, comme ce maréchal défend sur la rive droite.

Le prince de Ponte-Corvo a bien près de trente-six pièces de canon attelées; il faudrait lui en fournir autant; ce qui ferait soixante et douze.

Je viens de voir un colonel de chasseurs, réformé depuis l’an II, qui a été en Espagne et qui revient ici; j’ai été oblige de le renvoyer; c’est un homme qui ne peut être d’aucune utilité, et qui cependant m’aura coûté beaucoup d’argent d’un poste à l’autre.

Il est convenable de placer entre Paris et l’Océan les troupes disponibles du camp de Pontivy et de la 13e division militaire, afin que, si l’ennemi tentait quelque chose du côté de Cherbourg pour brûler les deux vaisseaux qui s’y trouvent, ces troupes puissent promptement s’y porter.

 

Schönbrunn, 3 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je vous renvoie les pièces relatives à la Dalmatie. Il est nécessaire que vous fassiez une note forte pour demander que, conformément à l’armistice, les troupes autrichiennes évacuent la Dalmatie. Faites sentir l’indignité de l’attaque faite contre Zara le 24, c’est-à-dire douze jours après la signature de l’armistice dont les généraux autrichiens pouvaient alors être instruits; que ce cas ne peut être assimilé à aucun autre, et que c’est comme si demain les Autrichiens envahissaient une province cédée par l’armistice.

 

Schönbrunn, 3 septembre 1809

Au général comte Caffarelli, ministre de la guerre du royaume d’Italie, à Milan

Monsieur le Général Caffarelli, le roi de Naples me mande, en date du 23 août, qu’il a envoyé à Bologne deux escadrons napolitains forts de 500 chevaux et qu’il va en faire partir deux autres; qu’il a fait partir les deux bataillons du 101e, un bataillon de la Tour d’Auvergne, deux du 6e de ligne et les deux du 14e léger; ce qui fait sept bataillons et deux escadrons. Cette colonne, qui doit être de 4 à 5,000 hommes, doit être arrivée à Bologne. Il faut, dès que ces bataillons seront réunis, joindre aux 101e, 14e et 6e tout ce que le prince Borghèse pourra envoyer de leurs dépôts et les détachements qu’ils ont dans la 15e demi-brigade provisoire. Il faut placer cette réserve à Vérone, hormis le bataillon de la Tour d’Auvergne, qu’il est prudent, vu qu’il est composé d’Allemands, de laisser à Bologne pour servir contre les révoltés. J’ai demandé au Roi d’envoyer aussi 2,000 hommes de ses troupes napolitaines.

Il faut que le général Vial, qui a ordre de se rendre à Trente, n’y aille qu’en force, afin de ne pas éprouver d’échec de la part de ces misérables. Je désire qu’il ait une force de 8,000 hommes entre Trente, Roveredo et Ala.

 

Schönbrunn, 4 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je vous envoie la réponse à faire aux plénipotentiaires; vous y verrez que cela termine tout. En demandant la Bohême, j’ai pour raison de laisser croire que c’est convenu avec la Russie et que c’est la compensation de quelque arrangement avantageux à cette puissance en Galicie. Quant à la Galicie, vous verrez mon idée bien exprimée. Il faut d’abord arranger tout ce qui est relatif à ces pays-ci. Il faut vertement insister pour que la négociation se suive sur ces trois bases; ce qui nous donne huit ou dix jours pour voir définitivement le parti qu’il y aura à prendre relativement à la Galicie. J’ai plusieurs projets; mais je ne consentirai jamais à exposer à la vengeance de la Maison d’Autriche ceux qui nous ont accueillis dans cette province. Du reste, le plus profond secret sur la Galicie, et exiger impérieusement qu’on négocie sur les trois bases.

J’ai des nouvelles d’Anvers du 30. Il n’y avait rien de nouveau. Les Anglais paraissaient même rétrograder et vouloir se porter ailleurs; cependant tous les mouvements étaient encore fort incertains. Les gardes nationales marchent de tous côtés. J’ai actuellement trois armées de ce côté. Celle d’Anvers, commandée par le prince de Ponte-Corvo, celle de la Tête-de-Flandre, commandée par le duc de Conegliano, et celle de réserve, qui est à Lille, commandée par le duc d’Istrie.

 

NOTE.

Le plénipotentiaire français a l’honneur de répondre dans les termes suivants à la déclaration que MM. les plénipotentiaires autrichiens ont faite dans la séance du 1er septembre. La ville de Dresde se trouvant placée sur les frontières de la Bohême, il paraît convenable et utile, pour que chaque État ait la garantie de son indépendance, que l’Autriche cède à la Saxe les cercles de Leitmeritz, de Saatz et d’Elnbogen, en en exceptant la forteresse de Theresienstadt, qui, étant située sur la frontière, resterait à l’Autriche.

Les bases présentées dans les protocoles de la séance du. . . . . . .(celui relatif à la haute Autriche) , de la séance du. . . . . . . (celui relatif à la frontière d’Italie) , et celle présentée dans la présente Note, étant acceptées par MM. les plénipotentiaires autrichiens, S. M. l’Empereur consent à restituer à la Maison d’Autriche, Vienne, ses cercles de Brünn et de Znaym, toute la basse Autriche et la Styrie; ce qui forme une population de tant de millions, les plus belles et les plus importantes portions de la monarchie.

Le soussigné se flatte qu’après cette explication les plénipotentiaires autrichiens se hâteront de conclure; et, pour éviter les longueurs qui pourraient avoir lieu à cause des pays occupés par l’armée russe et les troupes saxonnes, il déclare que ces pays doivent être l’objet d’une discussion particulière, se compenser entre eux et former un uti possidetis à part, sur une base juste et modérée. Les arrangements à faire entre les puissances pour ces pays doivent avoir le caractère pacifique; ils doivent écarter toute idée du rétablissement de la Pologne.

La Galicie est donc un objet tout à fait secondaire, distinct et indépendant des trois bases ci-dessus, puisque, par contre de ces trois bases, la France cédera Vienne, Brünn, Gratz et les pays qu’elle occupe.

 

Schönbrunn, 4 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’ai vu dans le Moniteur les détails que vous y avez fait insérer sur les affaires d’Espagne; ils ne sont pas suffisants. Cette manière d’instruire le public ne peut pas compenser les immenses relations des Anglais. Il faut donc mettre les différentes lettres des généraux, en effaçant tout ce qui n’est que pour le Gouvernement. Par exemple, il y a des lettres du duc de Dalmatie, du duc de Trévise et du général Sébastiani qui sont bonnes à être publiées. Demandez au duc de Bellune le compte qu’il doit envoyer de ses opérations. Vous devez aussi faire connaître au général Sénarmont qu’il n’a pas bien fait le compte de son artillerie; que les Anglais en ont pris plus qu’il ne dit; que je trouve bon qu’on mette dans les journaux ce qu’on veut; mais que, lorsqu’on m’écrit, j’entends qu’on me dise la vérité sur mes affaires.

Recommandez en Espagne que l’on ait sur la rive gauche du Tage des têtes de pont fortes et à l’abri d’un coup de main. Les renseignements que j’ai ne sont pas assez précis, assez clairs, assez vrais pour donner des ordres. Demandez au général Sébastiani l’état de tout ce que ses corps ont perdu; demandez un état pareil au duc de Bellune.

 

Schönbrunn, 4 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Lorsque vous écrirez en Hollande, faites sentir au Roi que les malheurs qui pèsent aujourd’hui sur la Hollande viennent de l’imprévoyance qu’on a eue de licencier l’armée, de désarmer la flottille et de renvoyer les matelots; que, du temps de la république hollandaise, cette puissance était tenue par ses traités d’avoir 40,000 hommes sur pied, plus une escadre, plus une flottille; que tout a été détruit par de fausses économies, et qu’il résulte de là que la Hollande est aujourd’hui sans défense, puisqu’elle est sans armée, sans escadre et sans flottille; que bientôt les quatre régiments hollandais qui étaient en Allemagne auront rejoint, mais que c’est une faible ressource; que si le Roi avait attendu la paix générale pour faire ces licenciements, et que s’il m’eût consulté dans toutes ses opérations, tant sous le point de vue politique que sous celui du commerce, son pays ne serait pas dans l’état où il est; qu’enfin, comme chef de la ligue, j’avais le droit de m’attendre à ce que le Roi ne fît rien sans mon consentement; mais qu’il a fait précisément l’inverse. Faites-lui sentir cela avec mesure et de manière à lui montrer que vous méritez la confiance qu’il paraît vous accorder.

Ajoutez que la défense de la Zélande aurait été meilleure si l’on n’avait pas laissé s’élever de rivalité entre le commandant hollandais et le commandant français; que cependant il fallait que l’un des deux commandât, et qu’il était plus naturel que ce fut le Français qui commandât que le Hollandais; que, quant à l’Espagne, ce que le Roi y a n’est rien, puisque cela se réduit à huit compagnies; qu’enfin, tant sous le point de vue de terre que sous le point de vue de mer, la Hollande n’a jamais été moins utile que depuis le royaume.

 

Schönbrunn, 4 septembre 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 29 août. Si vous avez la présomption que l’ingénieur du pavé de Paris soit un voleur, faites-le arrêter sur-le-champ; car depuis longtemps je pense qu’il y a des dilapidations dans cette partie, et j’ai fort à cœur de donner de grands et de sévères exemples. Faites-moi là-dessus un rapport plus détaillé.

Les paysans des environs de Paris montent la garde; il n’y a pas de brigands; cela n’aboutit à rien qu’à fatiguer ces pauvres paysans. Veillez donc à ce qu’on ne les fatigue pas inutilement.

Les rapports de vos agents de police, qui ne sont pas accoutumés aux événements de la guerre et se font des monstres de tout, font du mal à Anvers et surtout auprès du prince. Que diable ont-ils donc vu de si merveilleux devant Flessingue ?

 

Schönbrunn, 4 septembre 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, je reçois votre lettre du 29. Supposer que les ennemis puissent vouloir remonter le fleuve et forcer le passage de Lillo sous le feu de cent pièces de canon des forts et de cent pièces de la flottille, ce n’est pas avoir les premières notions de la guerre. Qu’ils se présentent sur Anvers par terre, cela serait plus possible, soit en traversant le canal de Berg-op-Zoom, soit en tournant cette place; mais à quoi cela aboutirait-il ? Faites préparer à Boulogne le plus de chaloupes canonnières, de caïques et de péniches qu’il sera possible, et dirigez tout cela sur Anvers par les canaux de l’intérieur. Tout cela sera nécessaire pour reprendre l’île de Walcheren, si toutefois l’ennemi faisait la sottise de vouloir la garder. Tout cela nous aurait été déjà bien utile dans l’Escaut, et c’est une grande imprévoyance de n’avoir pas songé à y envoyer cette flottille du moment que l’ennemi a menacé sur ce point, puisqu’on pouvait le faire sans inconvénient. Si soixante chaloupes canonnières avaient été laissées dans Flessingue, elles y auraient rendu de grands services.

Il n’y a pour Anvers qu’une seule crainte réelle à avoir: c’est qu’à force de se faire des idées des moyens incendiaires de l’ennemi on n’en perde la tête. Qu’ont-ils fait après tout ? Même dans la rade ouverte de Rochefort, qu’ont-ils fait ? Mes vaisseaux n’auraient pas été brûlés si les capitaines n’avaient  pas perdu la tête; et ils en auraient été pour leurs frais. Et quelle différence entre cette rade foraine de Rochefort et le détroit tortilleux et étroit de l’Escaut ! Tout ce qu’il eut fallu faire, c’était de doubler, de tripler, de quadrupler la flottille, en se servant de cette quantité immense de vieux bâtiments dont les canaux sont pleins. On aurait pu ainsi avoir une grande quantité de mortiers et de pièces de 24 en batterie, sans exposer les mâtures et les bois de mes vaisseaux.

 

Schönbrunn, 4 septembre 1809

Au général Lacuée, comte de Cessac, directeur des revues et de la conscription militaire, à Paris

Les événements qui se passent aujourd’hui font voir la nécessité d’avoir une organisation permanente des gardes nationales. S’il fallait se tenir dans un système de circonspection et de prudence, toute l’armée française serait nécessaire pour garder les côtes de France et avec trois cents bâtiments de transport et 30,000 hommes embarqués aux dunes, les Anglais paralyseraient 300,000 hommes de nos troupes, c’est-à-dire nous réduiraient au rang des puissances de second ordre. Les gardes nationales peuvent seules partout leur faire face. Je désire faire présenter dans la prochaine législature un projet d’organisation des gardes nationales en huit armées, formant près de 300,000 hommes, chaque département de 200,000 hommes de population fournissant deux bataillons ou douze compagnies de 1,680 hommes, et cela organisé par division militaire. Ainsi la 24e division militaire fournirait deux divisions formant 14,000 hommes; la 25e, une division de 7,000 hommes; la 26e, deux divisions formant 12,000 hommes; la 16e, deux divisions de 10,000 hommes, la 15e une division de 12,000 hommes. Ces cinq divisions militaires composeraient l’armée du Nord, forte de près de 50,000 hommes. Cette force organisée d’avance, un peu exercée, pourrait se porter sur Boulogne, sur Flessingue, sur Anvers, sur Wesel, selon les événements, en très peu de jours.

Si les Anglais se portent sur le Havre, la 2e armée, forte de 50,000 hommes, s’y porterait de son côté, par un à-droite; ce qui formerait une réunion de 100,000 hommes sur un même point de débarquement.

La 3e armée, forte de 10,000 hommes, serait destinée à protéger Bordeaux, l’embouchure de la Charente, Rochefort et les Pyrénées.

La 4e armée, forte de 25,000 hommes, serait destinée à se porter sur Montpellier et Marseille.

La 5e armée, forte de 30,000 hommes, serait destinée à protéger Toulon.

La 6e armée, forte de 24,000 hommes, serait destinée à soutenir Gênes et Livourne.

La 7e  armée serait l’armée du Rhin, forte d’une quarantaine de mille hommes.

Enfin la 8e armée serait celle du centre et pourrait être forte de 70 à 80,000 hommes.

Je vous envoie le croquis que j’ai ébauché. Je pense qu’il faut forcer le contingent des bons départements de l’ancienne France et un peu diminuer celui des nouveaux départements.

Cette armée de gardes nationales formerait donc près de deux cents régiments, dont un tiers serait à peu de marches des points attaquables. Par ce moyen, on n’aura jamais rien à craindre, et, pourvu qu’il y ait toujours en France quelques dépôts de troupes de ligne, on sera à l’abri des incursions des Anglais. Je vous charge de faire là-dessus un beau travail. Il n’y a pas d’autres moyens d’empêcher les Anglais, s’ils devenaient entreprenants, de nous faire beaucoup de mal. Vous recueillerez des préfets des renseignements sur la manière dont se formera cette garde nationale.

Du reste, je ne veux pas qu’elle ait de la cavalerie, ni de l’artillerie, hormis dans les places fortes. La cavalerie est une arme trop coûteuse et l’on aurait bientôt réuni, en cas d’événement, 5 ou 6,000 gendarmes à cheval; ce qui est une fort bonne cavalerie. Je répugne à donner de l’artillerie au contingent des différentes localités ; cela pourrait être dangereux et les rendrait trop forts. Il serait nécessaire qu’il y eut un bureau par chaque division militaire et qu’on payât quelque employé pour tenir les cadres en état. Les fusils devraient toujours se trouver dans les places fortes les plus près.

 

Schönbrunn, 5 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai lu avec attention l’état de situation que vous m’avez envoyé de mes trois corps d’armée dans le Nord au 28 août. Je désire que vous m’en envoyiez un semblable tous les cinq jours.

Vous voudrez bien faire exécuter sur-le-champ toutes les dispositions suivantes.

ARMÉE D’ANVERS. – Toutes les troupes d’infanterie de ligne, soit des demi-brigades provisoires, soit des détachements quelconques, qui se trouvent dans les départements du Nord ou sont en marche pour s’y rendre, feront partie de l’armée d’Anvers et seront réunies en six demi-brigades provisoires.

Ces six demi-brigades formeront deux divisions.

1e. Division. La 1e  division sera organisée ainsi qu’il suit:

18e demi-brigade provisoire. – Une Demi-brigade provisoire sera formée du bataillon du 108e, du bataillon du 13e d’infanterie légère, du bataillon du 48e et de celui du 65e; total, quatre bataillons de 800 hommes, formant 3,000 hommes, qui composeront une demi-brigade provisoire portant le n° 18. Un colonel en second et deux majors seront attachés à cette demi-brigade, On réunira tout ce que les dépôts du 48e et du 65e peuvent avoir de disponible et tous les détachements qu’ils ont dans le Nord, et l’on formera ainsi ces quatre bataillons. Les hommes qui ont été pris à Flessingue seront portés à la suite et seulement pour mémoire. Il sera nommé à toutes les places vacantes.

4· Demi-brigade provisoire. – Tous les détachements qui arriveront de troupes d’infanterie légère, soit des 24e, 26e, 27e régiments, etc., seront incorporés dans la 4e demi-brigade provisoire.

Les régiments qui sont à Paris et qui fournissent à cette demi-brigade enverront tout ce qu’ils auront de disponible. Enfin cette demi-brigade sera complétée à 3,000 hommes par tout ce qu’il y aura de disponible dans les différents dépôts d’infanterie légère. Un colonel en second et deux majors y seront également attachés.

3e Demi-brigade provisoire. – Chaque bataillon de la 3e demi-brigade sera porté à six compagnies. Le second régiment de marche d’Oudinot, composé de détachements des 26e, 66e et 82e  y sera incorporé. Tout ce que les dépôts de Paris pourront fournir y sera envoyé, de sorte que cette demi-brigade soit portée au moins à 3,000 hommes.

Ces trois demi-brigades provisoires composeront une division, qui sera forte ainsi de 10,000 hommes. Elle sera la première division de l’armée d’Anvers. Elle aura deux généraux de brigade et sera commandée par le général Gilly, que j’ai envoyé. Douze pièces de canon seront attachées à cette division.

21e Demi-brigade provisoire. – On enrégimentera un bataillon suisse de 800 hommes, composé de tout ce qu’il y a de détachements de régiments suisses dans le Nord, d’un bataillon de la Vistule de 800 hommes et d’un bataillon formé de compagnies de réserve de départements et fort de 800 hommes. Ces trois bataillons formeront une demi-brigade provisoire, qu’on appellera la 21e. On nommera un colonel en second et deux majors pour la commander. Elle fera partie de la le division jusqu’à ce qu’on ait pu former une 22e et une 23e demi-brigade provisoires et réunir ces nouveaux corps pour en composer une 3e division.

2e Division : 6e et 7e demi-brigade provisoires. – La 6e et la 7e demi-brigade provisoires seront complétées par tout ce que les dépôts des régiments qui entrent dans leur formation pourront fournir, par tous les détachements de ces mêmes régiments qui seraient dans le Nord ou en marche pour s’y rendre, et enfin par les incorporations qui seraient nécessaires, de sorte que ces deux demi-brigades fassent au moins 3,000 hommes chacune.

19e Demi-brigade provisoire. – Il sera créé une 19e demi-brigade provisoire, qui sera composée de tout ce qu’il y aura encore de troupes de ligne, soit à l’armée de Flandre, soit à l’armée d’Anvers.

On en formera quatre bataillons, qui porteront cette demi-brigade à 3,000 hommes présents sous les armes. Le 1er régiment provisoire, qui est à Breskens, le 1er provisoire du Nord, que je vois figurer dans l’état de l’armée d’Anvers, enfin ce qui reste de la 8e demi-brigade provisoire, seront incorporés dans la 19e demi-brigade provisoire.

Ces trois demi-brigades, formant ainsi plus de 9,000 hommes de troupes de ligne, seront sous les ordres du général Conroux. Il y aura deux généraux de brigade attachés à cette division et douze pièces de canon.

20e Demi-brigade provisoire. – Si des détachements qui arrivent il y a de quoi former une 20e demi-brigade, je l’autorise.

Ces deux divisions seront sous les ordres du général Reille, mon aide de camp, et formeront une aile de l’armée du prince de Ponte-Corvo.

3e Division. Toutes les gardes nationales qui appartiennent au corps du général Rampon et qui sont à Ostende, à l’armée de la Tête-de-Flandre ou en route pour se rendre à Lille, joindront le général Rampon; et, pour porter cette division au moins à 10,000 hommes, on fera fournir par les gardes nationales commandées par les majors.

Cette division sera organisée en trois brigades. Elle sera commandée par le général Rampon sous les ordres du général Chambarlhac.

4e Division. La division du général Rey, qui se réunit à Anvers et qui est de 6,000 hommes, sera également sous les ordres du général Rampon. Elle sera commandée par le général Lamarque.

Ces deux divisions formeront le centre de l’armée du prince de Ponte-Corvo. La division Chambarlhac aura douze pièces de canon. La division Lamarque en aura autant.

Les Hollandais formeront une autre aile de l’armée du prince de Ponte-Corvo.

CAVALERIE. – La cavalerie de l’armée d’Anvers sera commandée par le général Klein, et sera composée d’un 1er régiment provisoire de hussards de 800 à 1,000 hommes, d’un 1er régiment provisoire de chasseurs idem, d’un 7e provisoire de dragons, et de trois régiments provisoires de gendarmerie de 500 hommes chacun, formant l,500 gendarmes; total, 4,000 hommes de cavalerie. Le général Klein aura sons ses ordres trois généraux de brigade. Douze pièces d’artillerie légère seront attachées à cette division.

ARTILLERIE. – Indépendamment des quarante-huit pièces attachées aux quatre divisions d’infanterie et des douze pièces d’artillerie légère attachées à la division de cavalerie, il y aura au parc de réserve six pièces de 12 et six obusiers prussiens; total, soixante et douze bouches à feu.

Tout le train, tous les chevaux appartenant à l’État, enfin tout ce qu’il y a de meilleur pour le service de l’artillerie, sera donné à l’armée d’Anvers. Cette armée aura donc toutes les troupes de ligne et tous les bons attelages d’artillerie.

GÉNIE. – Tous les sapeurs, avec six milles outils attelés, seront attachés à l’armée d’Anvers, ainsi qu’un bataillon d’ouvriers de la marine avec leurs outils.

GARNISON D’ANVERS. – Un régiment de cavaliers démontés d’environ 1,000 hommes, plusieurs compagnies de vétérans formant un millier d’hommes, avec les 1,000 de la garde nationale d’Anvers, feront la police de la ville, de la citadelle et du chantier.

ARMÉE DE LA TÊTE-DE-FLANDRES. – L’armée de la Tête-de-Flandre sera composée de trois divisions ; de la division du général Olivier, forte de 8,000 gardes nationales; de la division du général Soulès, forte de 8,000 gardes nationales, et de la division d’Aboville, forte de 6,000 idem, total, 22,000 hommes.

Il me parait qu’on pourrait placer la division Soulès dans la Tête-de-Flandre et charger le général Soulès de la défense de cet ouvrage et des environs. Cette division formerait la droite du duc de Conegliano; la division Olivier en formerait la gauche et la division d’Aboville serait le centre.

Le général d’Aboville est bien vieux; il faudrait qu’il conservât le commandement, mais lui donner un général de division pour commander ses gardes nationales et les former.

Chacune des divisions du corps de la Tête-de-Flandre aura huit pièces de canon; total, vingt-quatre.

Un régiment de 500 gendarmes sera attaché au quartier général.

CORPS DE RÉSERVE. – Le corps du duc d’Istrie sera composé de trois divisions de gardes nationales, chacune de 6,000 hommes, de vingt-quatre pièces de canon et d’un détachement de 500 hommes de cavalerie.

CORPS DU DUC DE VALMY. – Vous donnerez l’ordre au duc de Valmy de porter son quartier général à Maëstricht. S’il a réuni tout ce qu’il y avait de disponible dans les 25e et 26e divisions militaires, il doit avoir actuellement 5,000 hommes de différentes troupes d’infanterie et un millier de chevaux.

Donnez ordre au duc de Valmy de former les 22e et 23e demi-brigades provisoires. Chaque demi-brigade doit être forte de quatre bataillons; chaque bataillon doit être de 800 hommes. Il les composera de tous les détachements qu’il a pu réunir à Maëstricht. Chacun sera commandé par un colonel en second et par deux majors. Il enverra tous les hussards, chasseurs et dragons, au prince de Ponte-Corvo pour compléter ses régiments provisoires. Il gardera tous les carabiniers et cuirassiers pour en faire un régiment provisoire de grosse cavalerie, qui restera sous ses ordres. Il se formera ainsi une division de 6,000 hommes d’infanterie, à laquelle seront attachés un régiment de cavalerie de 5 à 600 hommes et douze pièces d’artillerie.

Aussitôt que je saurai que ce corps est formé, je lui donnerai une destination.

Vous voyez donc que mon but serait d’avoir trois divisions chacune de 10,000 hommes de troupes de ligne, formant dix demi-brigades provisoires, 5 à 6,000 hommes de cavalerie et soixante et douze à quatre-vingts pièces d’artillerie ; d’avoir également 60,000 hommes de gardes nationales bien organisées; et si , lorsque cette crise sera passée, je pouvais, de ces 60,000, en garder 30,000, cela me ferait de ce côté une armée de 50 à 60,000 hommes, soit pour la Hollande, soit pour une réserve pour le Nord. Il est important que toutes les troupes de ligne soient réunies sur un point et qu’elles y soient bien organisées. Renvoyez le plus tôt possible tous ces généraux que vous avez mis en réquisition. Les généraux Charbonnier et Despeaux sont absolument inutiles. Le général Théodore Lameth est un intrigant dont je ne veux pas; il ne manque pas d’étoffe pour former des généraux de brigade. J’excepte cependant le choix que vous avez fait pour l’artillerie; tous ces hommes-là peuvent être fort utiles dans les places du Nord.

Vous voyez par ce que je vous mande que le prince de Ponte-Corvo sera puissamment aidé, puisqu’il a sous ses ordres les généraux Rampon, Chambarlhac, Lamarque, Reille, Conroux, Gilly. Tons ces hommes-là sont d’excellents généraux de division. Il a pour généraux de brigade Bourke, Gency, Maison, Hastrel, etc. Quant aux généraux d’artillerie, je lui ai envoyé Mossel; il a Leroux, qui est un fort brave homme, et Saint-Laurent pour la direction. Il faut faire chercher les officiers du génie qui ont servi en Hollande et en envoyer le plus tôt possible de ce côté.

Je désire que vous fassiez rechercher au Dépôt de la guerre tout ce qu’il y a de cartes et de mémoires sur la Hollande, et que ce qu’on pourra réunir d’intéressant sur cette matière, on l’envoie à Lille, parce qu’aussitôt que mes affaires me permettront de partir d’ici, je me dirigerai du côté du Nord, pour tâcher de jouer quelque tour aux Anglais.

Vous devez charger le prince de Ponte-Corvo et un inspecteur aux revues de faire ces organisations que je viens de vous indiquer pour  l’armée d’Anvers. Cela ne doit donner aucun embarras, puisque cela se réduit à donner ordre à tout détachement de troupes de ligne de se diriger sur Anvers, et, de là, de se rendre au camp et de s’y former.

Il paraît que les Anglais n’avaient encore rien tenté le 30. Je suis porté à penser que ces immenses bâtiments qu’ils ont avec eux, et qu’on dit plus gros que des vaisseaux de ligne, sont des carcasses que les Anglais veulent couler dans les passes.

Je vois aujourd’hui beaucoup de forces réunies; mais en général je trouve que le prince de Ponte-Corvo n’en a pas suffisamment; et, quoique je pense qu’il est difficile que l’ennemi entreprenne quelque chose désormais s’il n’a encore rien tenté jusqu’à présent, cependant je verrais avec satisfaction toutes mes troupes de ligne réunies à Anvers. L’armée d’Anvers est l’armée principale. Les autres ne sont que des armées de secours et d’observation.

Si l’ennemi se portait sur Cadzand, le duc de Conegliano s’appuierait toujours sur la Tête-de-Flandre, dont il ne doit jamais se laisser couper; le due d’Istrie réunirait ses trois divisions et marcherait sur Bruges et Gand, tenant sa droite appuyée sur le duc de Conegliano, et pourrait toujours agir de concert. Mais c’est folie de penser que l’ennemi veuille aujourd’hui prendre Cadzand, quand il ne l’a pas tenté auparavant et lorsque cela lui aurait donné tant de facilité pour la prise de Flessingue.

 

Schönbrunn, 5 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Vous devez faire connaître au prince de Ponte-Corvo qu’il commande l’armée hollandaise, qu’il ne doit souffrir aucune rivalité de commandement, et qu’il doit envoyer ses ordres directement au maréchal Dumonceau, toutes les fois qu’il juge convenable de le faire concourir à ses opérations.

 

Schönbrunn,  5 septembre 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, je vous ai écrit hier pour vous faire connaître que mon intention était que la plus grande partie de la flottille de Boulogne entrât dans l’Escaut, afin de nous procurer des moyens de reprendre l’île de Walcheren quand il en sera temps. Il faut aussi imaginer un projet de prame qui puisse être utile pour aborder l’île de Walcheren et donner la chasse à toutes les chaloupes canonnières et bâtiments qu’aurait là l’ennemi.

 

Schönbrunn, 5 septembre 1809.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Monsieur Fouché, vous aviez une grande confiance en l’abbé de Pradt; je ne sais pas si je vous ai dit de vous méfier de cet homme comme le plus grand ennemi qu’on puisse avoir; cependant, comme je ne suis pas certain de vous l’avoir dit, je prends le parti de vous le redire pour votre gouverne. Cet homme est un profond hypocrite, n’ayant ni les mœurs ni l’esprit de son état, et livré à un genre d’intrigues qui, d’un jour à l’autre, le conduira sur l’échafaud. Mon intention est que vous le traitiez comme à l’ordinaire et que ceci reste un secret. Seulement je vous en fais part comme d’une chose nécessaire pour votre gouverne; j’ai plus que des présomptions de le croire agent dans des affaires extérieures. J’avais ces présomptions avant mon voyage d’Espagne; ce qui ne m’a pas empêché de l’y faire venir, ni de le voir à Paris à mon retour. Je veux ignorer et j’ai intérêt à ignorer ce que je sais du caractère et des liaisons de cet homme.

 

Schönbrunn, 5 septembre 1809

A Eugène napoléon, vice-roi d’Italie, à Vienne

Mon Fils, il est nécessaire que vous fassiez partir dans la nuit le général d’Anthouard pour visiter les places de Gratz et de Laybach, le fort de Trieste et celui de Klagenfurt. Il vous adressera un rapport détaillé sur chacune de ces places. Il verra par lui-même et recueillera tous les renseignements nécessaires pour satisfaire aux questions suivantes:

Gratz est-il à l’abri d’un coup de main ? Quel en est le commandant ? Y a-t-il un commandant en second, et quel est-il ? Quel est le commandant du génie ? Quel est le commandant de l’artillerie ? Combien y a-t-il de pièces en batterie ? Quel est leur approvisionnement?

L’artillerie a-t-elle ses sacs à terre, ses gabions et ses saucissons d’approvisionnement ? Il doit donner des ordres pour que sans délai on ramasse du bois, on fasse des gabions, et on l’approvisionne pour soutenir un siége. Quelle est la garnison nécessaire ? Pour combien de temps a-t-on des vivres ? Ces vivres sont-ils dans des magasins blindés ou non ? S’ils ne sont pas dans des magasins à l’abri de la bombe, le général d’Anthouard doit ordonner qu’on fasse sur-le-champ les blindages nécessaires. A Gratz, il en causera avec le maréchal Macdonald, qui prendra toutes les mesures nécessaires pour que cette citadelle soit, au 12 septembre, mise en état de soutenir un siège. Il lui faut surtout un bon commandant d’artillerie. La garnison se trouvera augmentée de tous les éclopés et convalescents des corps.

Lorsqu’il aura bien visité et assuré la défense de Gratz et qu’il vous en aura rendu compte en détail, il fera la même opération à Laybach, à Trieste et Klagenfurt. Cette dernière place doit être en bon état de défense et d’approvisionnement pour quatre ou cinq mois, car il faut songer que ces garnisons sont toujours plus considérables qu’on ne le croit, parce que les convalescents et les éclopés s’y jettent au dernier moment.

En parcourant la ligne, le général d’Anthouard prendra des informations partout sur les positions qu’occupe l’ennemi; et vous enverra un rapport de tous les endroits où il apprendra quelque chose.

Quant au fort de Sachsenburg, je laisse le général Rusca maître de le démolir, en faisant transporter l’artillerie à Klagenfurt. Le général d’Anthouard fera préparer à Klagenfurt beaucoup d’hôpitaux, afin que tous les hôpitaux de la ligne depuis l’Italie jusqu’à Klagenfurt, et tous ceux depuis OEdenburg jusqu’à cette même ville, puissent venir se jeter dans cette place.

 

Schönbrunn, 5 septembre 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

J’ai des projets sur Presbourg. Je désire que vous me présentiez demain un officier du génie de premier ordre avec deux officiers du génie pour l’aider dans les travaux que je projette.

Comme les travaux de Theben sont la première base de ce travail, je vous recommande de nouveau ces travaux, qu’il faut pousser avec une grande activité.

 

Schönbrunn, 5 septembre 1809

Au général Reynier, commandant les troupes saxonnes (armée d’Italie), à Presbourg

Je viens d’ordonner qu’avant le 10 septembre on jette un pont à Theben et un autre à Presbourg; ce qui fera deux ponts. Mon intention est que vous fassiez faire une reconnaissance du château de manière à pouvoir s’en servir comme tête de pont. Il faudra la lier au pont par des palissades et désigner les maisons qui doivent être démolies. Faites faire de cela un croquis, et présentez-moi un mémoire.

Comme j’ai ici dans mes équipages de pont toujours de quoi jeter quatre ponts sur le Danube, si mes opérations se dirigeaient du côté de Presbourg, indépendamment de ces deux ponts, j’en ferais jeter quatre autres; ce qui me ferait six ponts. Je désire que vous me choisissiez un beau champ de bataille en avant de Presbourg, la gauche appuyée aux montagnes et la droite au Danube. Ce doit être un champ de bataille pour une armée de 150,000 hommes, et, quoiqu’une armée de cette force n’ait pas besoin d’être fortifiée, cependant je ne dédaignerais pas d’établir quelques ouvrages, comme un système de cinq à six redoutes qui de la montagne descendrait jusqu’au fleuve.

Cela formerait mon camp, d’où je sortirais pour aller à l’ennemi et où je rentrerais en cas d’échec. Aussitôt que vous aurez bien médité sur cette idée et que vous aurez étudié les localités, je viendrai moi-même à Presbourg pour reconnaître les travaux à faire.

La droite, étant appuyée au Danube, ne peut pas être tournée. Il faut que la gauche m’assure les débouchés sur Theben et Schloss Hof, indépendamment de mes six ponts. Il me semble que c’est cette gauche surtout qui doit être étudiée. Il doit y avoir là des positions à occuper par des redoutes et par quelques centaines d’hommes, et qui doivent être d’un effet merveilleux.

Ainsi, de mon camp de Presbourg, je me trouverais à même de me porter sur la droite ou sur la gauche, et, comme Vienne, par des ouvrages que j’y fais faire, est une place forte à l’abri de toute insulte, par la position de Presbourg je me trouverai dans une position inexpugnable.

Je désire avoir là un camp retranché, parce que je veux rester maître de me battre quand je voudrai, et pouvoir attendre le retour d’un détachement de 30 à 40,000 hommes pendant quelques jours sans crainte d’être attaqué.

 

Schönbrunn, 5 septembre 1809.

Au prince Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin.

Mon Cousin, ayez soin que le Pape ne manque de rien. Faites faire des fonds, et, en attendant que j’aie réglé ses affaires, envoyez-y Salmatoris, qui fera toute la dépense, de façon cependant qu’elle n’excède pas 100,000 francs par mois. Il faut y envoyer aussi trois voitures avec ma livrée. Salmatoris sera chargé de tout cela; il restera là, et veillera à ce que le Pape soit traité comme il le désire et avec la plus grande magnificence.

 

Schönbrunn, 5 septembre 1809

DÉCRET

ARTICLE PREMIER. – La distribution des quatre millions affectés au payement de la solde de la Grande Armée pour le mois de juillet est arrêtée de la manière suivante:

 

Garde impériale.
Quartier général.
2e corps.
3e corps
4e corps
7e corps
8e corps
10e corps
11e corps
Armée d’Italie
Troupes italiennes
Réserve général de cavalerie
Parc général d’artillerie et du génieTotal
450,000 francs
300,000
450,000
500,000
400,000
15,000
150,000
50,000
200,000
500,000
100,000
400,000
60,0003,575,000
Réserve à notre disposition et dont il ne sera fait emploi que par notre ordre spécial 425,000
Total général 4,000,000

ARTICLE 2. – L’organisation de l’armée est immuable, et, quels que soient les déplacements des divisions de cavalerie, elles doivent toujours compter ou à la réserve générale de cavalerie ou aux corps d’armée, selon que nous l’avons décidé dans le principe.

Ainsi l’organisation de l’armée est la suivante:

Le 2e corps se compose des divisions Tharreau, Dupas et Grandjean, ce qui forme neuf demi-brigades provisoires, cinq régiments d’infanterie et un régiment portugais; de la brigade de cavalerie légère n° 7, que commande aujourd’hui le général Colbert, forte de trois régiments de cavalerie légère.

Le 3e corps se compose des divisions Morand, Friant et Gudin, formant quatorze régiments de ligne, et de la brigade de cavalerie légère n° 6, que commande aujourd’hui le général Jacquinot, forte de trois régiments de cavalerie légère.

Le 4e corps se compose des divisions Legrand, Dessaix, Molitor et Boudet, formant quatorze régiments de ligne français, et de deux brigades de cavalerie légère, savoir, les 1re et 2e, formant quatre régiments.

Le 8e corps se compose des divisions Rivaud, Lagrange et Carra Saint-Cyr, formant neuf 4e bataillons et deux régiments de ligne, le 22e et le 65e, et six régiments provisoires de dragons.

Le 10e corps se compose des garnisons des places de Prusse.

Le 11 e corps se compose de l’ancienne armée de Dalmatie et de la brigade de cavalerie légère n° 8, que commande le général Thiry.

L’armée d’Italie se compose de quatre divisions d’infanterie, de deux divisions de dragons et de deux brigades de cavalerie légère n° 9 et 10.

La réserve générale de cavalerie se compose de la brigade n° 5 , que commande le général Pajol, des deux brigades n° 3 et 4, que commande le général Quesnel, ce qui forme sept régiments de cavalerie légère, et enfin des trois divisions de cuirassiers.

Les généraux de ces divisions de cavalerie légère doivent tous être payés à la réserve, parce qu’ils changent fréquemment. Les sept régiments de cavalerie légère sont susceptibles de changer à chaque instant; mais ils doivent toujours être payés et compter à la réserve de cavalerie.

ARTICLE 3. – En conséquence de l’état ci-dessus, le payeur général enverra à chaque corps d’armée, et ce avant le 5 septembre, tout ce qui est nécessaire pour compléter le crédit de juillet. Il recommandera de ne pas l’employer à payer la solde antérieure, de sorte qu’au 11 la solde de juillet soit payée à toute l’armée.

ARTICLE 4. – La solde d’août sera payée à l’armée. L’intendant général nous soumettra le 5 la distribution de la solde d’août.

ARTICLE 5. – L’intendant général est chargé de l’exécution du présent décret.

Schönbrunn, 5 septembre 1809

ORDRE.

ARMEMENT ET TRAVAUX DES PLACES.

TITRE 1er.  PLACE DE VIENNE. – GÉNIE.

ARTICLE PREMIER. – Une compagnie de mineurs travaillera à établir des fourneaux sur les trois fronts les plus importants, en y comprenant les ouvrages avancés, de manière que, quarante-huit heures après que j’en aurai donné l’ordre, on puisse faire sauter ces trois fronts avec leurs ouvrages avancés et que la place reste entièrement entr’ouverte.

ARTICLE 2. – A dater du 8 septembre au matin, on travaillera à fermer par des palissades la gorge des cinq principaux bastions , de manière que ces bastions soient mis à l’abri des insultes de la populace; on fermera spécialement les bastions où se trouvent les magasins de l’artillerie et du génie.

On préparera des palissades pour pouvoir en peu de temps palissader les rues et enfermer le palais, ouvrage qui ne doit se faire qu’au dernier moment.

ARTICLE 3. – Le général commandant le génie présentera le 8 septembre à l’Empereur le projet des ouvrages à faire à chaque porte, un projet de tambour pour s’assurer le pont de Leopoldstadt et un projet de tête de pont pour le pont de Thabor, du côté de la ville, afin que, s’il était nécessaire, on pût commencer ces ouvrages le 10 septembre.

ARTILLERIE.

ARTICLE 4. – A dater du 10, on commencera l’armement de la place de Vienne. ·Le commandant général de l’artillerie fera placer une pièce de gros calibre sur le saillant de chaque bastion, deux pièces de petit calibre sur chaque flanc et des mortiers et des obusiers dans les bastions retranchés et palissades, de manière que les mortiers puissent battre les faubourgs et la ville même.

Le général d’artillerie fera connaître à l’Empereur le nombre de pièces que cette distribution emploiera et ce qui restera pour armer les ouvrages avancés.

ARTICLE 5. – Trois compagnies d’artillerie seront attachées au service de la place de Vienne.

 

TITRE II. PLACE DE RAAB. – GÉNIE.

ARTICLE 6. – On commencera le 10 septembre à occuper l’extrémité du saillant de l’ouvrage de gauche indiqué sur le plan sous le n° 19. On fera à ce saillant la valeur d’une redoute de 15 toises à l’intérieur. On y fera passer un fossé et on armera cet ouvrage de deux pièces de canon. On fera la même chose aux ouvrages indiqués sur le plan sous les n° 21, 24, 27 et 30, de manière que ces cinq saillants soient occupés, couverts par un fossé plein d’eau, puissent recevoir quatre ou cinq pièces de canon et soient provisoirement armés de deux, enfin soient bien palissadés et fermés à la gorge; et ce, pour tenir l’ennemi éloigné de la place.

ARTICLE 7. – On fera un tambour au pont extérieur, de manière qu’il puisse être facilement gardé et que, s’il était nécessaire, on pût mettre sur ce tambour une ou deux pièces de canon.

ARTICLE 8. – On fera un tambour au pont- de la Rabnitz et une petite flèche au pont indiqué sur le plan par le n° 12.

ARTICLE 9. – Les maisons qui sont sur les remparts seront toutes indistinctement démolies. .

ARTICLE 10. – On préparera  l’ouvrage XVI afin de pouvoir l’occuper sérieusement dans le cas où l’ennemi attaquerait le bastion III.

ARTILLERIE.

ARTICLE 11. – Le général d’artillerie prendra des mesures pour que tout ce qui est relatif à l’armement et à l’approvisionnement ordonné pour Raab y soit rendu le 10 septembre à six hemes du soir au plus tard.

ARTICLE 12. – Le commandement de l’artillerie à Raab sera donné à un colonel intelligent et capable de conduire la défense d’une place.

ARTICLE 13. – La compagnie d’artillerie italienne qui était an corps du maréchal Marmont sera renvoyée à Raab; de sorte qu’il y aura dans cette place une compagnie d’artillerie française et une italienne.

Une compagnie des sapeurs de Würzburg y sera envoyée également.

ARTICLE 14, -Les deux compagnies commenceront le 8 septembre à faire des gabions et des saucissons, de manière à en avoir en réserve plusieurs centaines.

 

TITRE III. – PLACE DE GRATZ

ARTICLE 15. – Une escouade de mineurs sera envoyée à la citadelle de Gratz; elle emploiera tout le temps qu’elle y sera à faire des fourneaux, de manière qu’en vingt-quatre heures je puisse faire sauter la citadelle.

On fera courir le bruit que ces mineurs construisent des mines pour la défense de la forteresse.

ARTICLE 16. – Le major général est chargé de l’exécution du présent ordre.

Schönbrunn, 5 septembre 1809.

ORDRE

PONTS ET TRAVAUX SUR LE DANUBE.

1 ° Il sera jeté deux ponts de bateaux sur le Danube, un devant Presburg et l’autre devant Theben.

2° Ces deux ponts devront être jetés et terminés au plus tard le 10 septembre.

3° Le pont devant Presbourg sera soigné par les compagnies de pontonniers saxons. Les matériaux de ce pont seront pris dans les moyens qu’on trouvera à Presbourg.

Il sera fait une reconnaissance du château de Presbourg, ainsi que des travaux à faire pour le lier avec le pont, de manière que ce château forme tête de pont. .

4° Le pont jeté sur le Danube devant Theben sera sur la rive droite de la March. A cet effet, le pont de bateaux qui est vis-à-vis l’île Napoléon sera levé et les matériaux serviront à la construction dudit pont.

Il sera soumis à l’Empereur un projet de tête de pont dans l’île que fait le Danube sur la rive droite, ainsi qu’un projet pour occuper, s’il est nécessaire, la hauteur qui domine le plateau.

5° Le génie mettra une nouvelle activité dans les travaux de Theben; il y emploiera une compagnie de mineurs et une compagnie de sapeurs. Le général Reynier fournira au moins un millier de travailleurs par jour; on s’en procurera un autre millier dans le pays.

6° La traille qui a été établie au pont d’Ebersdorf sera remontée à Vienne et placée entre le pont actuel et l’extrémité de l’île Lasalle, du côté de Vienne; elle sera établie et pourra passer, le 10 à midi, de sorte que, le pont venant à manquer, on puisse compter sur cette traille.

7° La marine aura deux cents bateaux capables de porter 15 à 20,000 hommes et en même temps pouvant servir à jeter en vingt-quatre heures trois ponts sur le Danube. Une partie de ces bateaux sera chargée de madriers, ancres, cordages, et de tout ce qui sera nécessaire pour jeter promptement ces trois ponts, qui, avec les deux ponts de Theben et de Presbourg, feront cinq ponts sur le Danube.

Le général directeur des ponts et le colonel Bast s’entendront pour cet objet.

8° Avant le 10 septembre, les trois équipages de pont que chaque corps d’armée doit avoir seront armés et attelés.

9° Le grand pont de l’armée sera porté à soixante et dix bateaux, de manière à former une ligne de 170 toises.

Il y aura en outre un autre équipage de rechange à Vienne, composé de soixante et dix pontons ou haquets, pour suppléer à la perte du premier.

10° Le major général est chargé de l’exécution du présent ordre.

 

Schönbrunn, 6 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre de relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 5. L’aide de camp du prince de Neuchâtel, qui a été au quartier général autrichien, revient. Il dit que là on demande à grands cris la paix et que l’on crie beaucoup contre M. de Metternich, qui n’avance rien.

 

Schönbrunn, 6 septembre 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale

J’ai ordonné une enquête sur la reddition de Cayenne, du fort Desaix de la Martinique, et de Flessingue. Je désire que toutes les pièces et documents que vous avez sur ces événements soient remis aux commissions que j’ai créées pour faire cette enquête.

 

Schönbrunn, 6 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, écrivez aux différents commandants les provinces, qu’à l’approche de l’hiver les pauvres vont avoir besoin de bois; qu’ils laissent couper dans les forêts qui appartiennent à l’Empereur les bois qui seront nécessaires pour les besoins du pays.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai reçu un rapport du grand juge en réponse à ma lettre du 21 août, sur les expropriations forcées. Je ne conçois rien à cette phrase du grand juge: « a dépossession forcée sans indemnité préalable est une violation manifeste du Code Napoléon; mais, cette contravention à la loi n’étant qualifiée ni de crime ni de délit par le Code pénal, elle ne peut donner lieu à aucune poursuite  criminelle ou correctionnelle. » J’avoue que je ne comprends pas cela, et je crois que mon idée n’a pas été saisie. L’expropriation, lorsqu’elle n’est pas judiciaire, est une voie de fait; la voie de fait est un délit qualifié par la loi. Ainsi, si un particulier s’empare de vive force de la maison d’un autre, il y a expropriation forcée et recours au petit criminel. Or, je ne voudrais faire aucune différence pour l’administration, je ne voudrais pas qu’elle pût exproprier, parce que je regarde cet acte comme un acte essentiellement judiciaire.

Faites-moi connaître comment l’administration peut exproprier un individu. Si elle n’en a pas le droit, elle commet une voie de fait, et alors il y a recours au petit criminel. Je veux laisser à l’administration ce qui lui est attribué relativement à l’évaluation du prix et au jugement de l’utilité de la chose requise; mais je voudrais qu’on ne pût mettre la main sur la maison ou sur le terrain qu’après un acte judiciaire, et qu’il ne fût pas loisible à un préfet de s’emparer des biens d’un citoyen. La propriété serait assurée, ce me semble, toutes les fois qu’on ne pourrait la perdre que de son consentement, en vertu d’un contrat, et, dans le cas où il n’y aurait pas de contrat, que par un acte judiciaire qui autoriserait l’expropriation. Je ne conçois pas comment il peut y avoir des propriétaires en France, si on peut être exproprié de son champ par une simple décision administrative, et si enfin on ne peut en appeler qu’à des autorités administratives qui, n’ayant aucune règle dans leur instruction, aucune publicité dans leurs décisions, aucun degré d’appel établi, font de la justice une affaire de faveur et de mystère. Les intendants jadis pouvaient-ils exproprier ? Enfin, vous autres jurisconsultes, qu’entendez-vous par expropriation ? C’est, il me semble, prendre le bien d’un homme malgré lui. Comment cela peut-il se faire autrement que par un acte judiciaire ? Enfin comment cela se fait-il aujourd’hui ? Quels sont les agents qui peuvent exproprier ? En quelle forme est la pièce qui exproprie ? Qui la signifie ? Comment s’exécute-t-elle ? Je crois que même les agents de l’enregistrement ont la faculté d’exproprier. Ainsi donc les préfets, les sous-préfets, les agents des domaines, peut-être ceux des forêts, peuvent priver qui bon leur semble de leurs propriétés ?

Faites-moi, je vous prie, une dissertation là-dessus. Faites-moi connaître ce qui existe, ce qui se pratique aujourd’hui, et en vertu de quelle loi.

L’acquisition de la propriété se fait par acte judiciaire; soit achat, soit vente, soit succession, soit donation entre-vifs, on ne peut acquérir la propriété que par un acte judiciaire: on ne doit la perdre que par un acte judiciaire. Ce principe a-t-il été consenti de tous les temps ? Ou le droit romain y admettait-il des modifications ? Il me semble que la difficulté vient de cette ridicule manie qu’on a eue de la séparation des pouvoirs. On voulait que la justice soit indépendante du gouvernement, et, pour rendre la justice indépendante, on l’annulait et on rendait tous les propriétaires passifs des agents du gouvernement. Les intendants, je crois, étaient des officiers judiciaires, et en effet il me semble que plusieurs de leurs actes, étant considérés comme judiciaires, étaient soumis à l’appel du parlement. Nos préfets ne sont plus rien de tout cela; nos préfets ne sont pas des officiers judiciaires. Faites-vous remettre, je vous prie, la lettre que j’ai écrite le 21 août au grand juge, avec le rapport qu’il m’a fait, et faites-moi une dissertation qui éclaircisse bien la question. Je crains les abus; nos lois me paraissent un assemblage de plans mal assortis, inégaux, irréguliers, laissant entre eux de fréquentes lacunes, et j’attache une grande importance à joindre ces différents éléments, à n’en faire qu’un tout, afin de réprimer les abus de l’administration, qui, dans un si grand empire, peuvent être plus fréquents.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois vos lettres du 6. Je vous renvoie les lettres de Suède. Les ambassadeurs de Suède doivent, comme de raison, se rendre à Paris.

Il faut profiter de l’occasion qu’offre le prince Galitzine pour écrire en Turquie. Votre lettre doit être chiffrée. Vous devez faire connaître mes intentions pour que mon chargé d’affaires ne me brouille pas avec la Porte el maintienne mes relations dans la situation où elles se trouvent. Je vous renvoie la lettre du prince Galitzine.

Écrivez un peu en Danemark pour engager le Roi à occuper par ses troupes Cuxhaven et à mettre ce port à l’abri des incursions des Anglais.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, j’attends aujourd’hui de vos nouvelles, qui m’apprendront ce que font enfin les plénipotentiaires autrichiens.

Le télégraphe de Strasbourg m’a appris que les Anglais rétrogradaient de l’Escaut sur Flessingue. La quantité de malades qu’ils avaient paraissait extrêmement considérable. Tout porte donc à penser qu’ils ont renoncé à l’expédition. Ils en seront pour la perte de la moitié de leur monde au moins pendant six mois, un mois de séjour dans ces marais devant leur donner au moins un tiers et même moitié de malades. Ils détruiront probablement le bassin de Flessingue; c’est là ce qu’ils auront gagné dans cette expédition.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809

Au comte Gudin, ministre des finances, à Paris

Je trouve que la Consulte de Rome sort de ses attributions. Il ne lui appartient ni de réformer l’académie, ni de faire faire de nouvelles promenades, etc. Toutes ces mesures sont ridicules. Elle ne devait même pas nommer le Sénat. Contenez-la dans les bornes de sa mission, qui est d’administrer le pays, d’en régulariser les finances et de préparer l’organisation constitutionnelle. Ce n’est pas à la Consulte à faire des dépenses d’un demi-million, à reconstruire Rome à mes frais, etc. Il faut donc ajourner tout cela.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur Mollien, vous trouverez ci-joints des états que je me fais remettre tous les cinq jours. Vous trouverez sous la lettre A l’état de la caisse au ler septembre, sous la lettre B l’état des contributions, sous la lettre C le budget du deuxième trimestre, sous la lettre D le budget du troisième trimestre, sous la lettre E l’état de la solde par corps d’armée, enfin sous la lettre F la situation générale du payeur et le détail de son ayant en caisse.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je vois dans une lettre du maréchal Jourdan que vous lui avez écrit qu’il ne fallait rien entreprendre en Espagne jusqu’en février. Je vous avais mandé qu’il ne fallait rien entreprendre jusqu’à la fin des chaleurs; or les chaleurs finissent à la fin de septembre.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte d’Hunebourg, notre Ministre de la guerre, des rapports qui sont sous nos yeux contiennent les assertions suivantes:

Le gouverneur commandant la place de Flessingue n’aurait pas exécuté l’ordre que nous lui avions donné de couper les digues et d’inonder l’île de Walcheren aussitôt qu’une force supérieure ennemie y aurait débarqué. Il aurait rendu la place que nous lui avions confiée, l’ennemi n’ayant pas exécuté le passage du fossé, le revêtement du rempart étant sans brèche praticable et intact, dès lors sans avoir soutenu d’assaut, et même lorsque les tranchées des ennemis n’étaient qu’à 150 toises de la place et lorsqu’il avait encore 4,000 hommes sous les armes. Enfin la place se serait rendue par l’effet d’un premier bombardement.

Si telle était la vérité, ce gouverneur serait coupable, et il resterait à savoir si c’est à la trahison ou à la lâcheté que nous devrions attribuer sa conduite.

Nous vous écrivons la présente lettre close pour qu’aussitôt après l’avoir reçue vous ayez à réunir un conseil d’enquête, qui sera composé du comte Aboville, sénateur, du comte Rampon, sénateur, du vice-amiral Thévenard et du comte Songis, premier inspecteur général de l’artillerie.

Toutes les pièces qui se trouveront dans votre ministère, dans ceux de la marine, de l’intérieur, de la police, ou de tout autre département, sur la reddition de la place de Flessingue, tant sous le rapport de sa défense que de tout autre objet qui pourrait intéresser notre service, seront adressées au conseil pour nous être mises sous les yeux, avec le résultat de ladite enquête.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, on me rend compte qu’on admet au dépôt des tirailleurs corses des recrues qui appartiennent à d’autres départements que ceux de la Corse. Cette transgression tend à dénaturer l’institution du corps; elle contrarie principalement l’intention que j’ai eue de faciliter la conscription des deux départements de Corse, et de rendre le service militaire agréable aux conscrits en les réunissant dans un cadre uniquement composé de leurs compatriotes. Je désire que vous donniez des ordres à cet effet.

Il en est de même des tirailleurs du Pô, qui, par les mêmes raisons, ne doivent se recruter que dans les départements italiens. Donnez également de nouveaux ordres à ce sujet au dépôt de ce régiment.

 

Schönbrunn, 7 septembre 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le Comte Decrès, notre Ministre de la Marine, d’après les différents comptes qui nous ont été rendus de la bataille de Trafalgar, le contre-amiral Dumanoir serait accusé de n’avoir pas manœuvré conformément aux signaux et à l’impulsion du devoir et de l’honneur; de n’avoir pas fait tout ce qu’il pouvait pour dégager le centre de notre armée, et particulièrement le vaisseau amiral; de n’avoir pas attaqué l’ennemi corps à corps, et même de ne s’être pas suffisamment approché du feu pour prendre part au combat d’aussi près qu’il aurait dû; enfin d’avoir quitté le champ de bataille lorsqu’il pouvait combattre. Étant informé qu’un grand nombre de nos officiers qui avaient été faits prisonniers sont rentrés en France, nous vous écrivons la présente lettre close pour que l’enquête que nous avons déjà ordonnée ait lieu sans délai, et que le conseil d’enquête soit composé du comte Fleurieu, sénateur, du comte Bougainville, sénateur, et des vice-amiraux Thévenard et Rosily, et qu’enfin le résultat de ladite enquête nous soit mis sous les yeux.

 

Schönbrunn, 8 septembre 1809

ORDRE.

1 ° Les divisions saxonnes seront campées, l’une sur les hauteurs près Presbourg, l’autre sur les hauteurs de Neudorf.

2° Les troupes commenceront leur baraquement le 12.

3° Le pont entre Schloss Hof et Neudorf sera établi sans délai et sur pilotis, à l’abri des glaces, de manière à être praticable le 25 septembre.

4° La division qui campera à Neudorf fournira les travailleurs nécessaires à Theben, aux travaux des hauteurs de Theben et aux redoutes de Neudorf.

5° Les généraux commandant l’artillerie et le génie de l’armée, et le général Reynier prendront les plus promptes mesures pour l’exécution du présent ordre.

 

Krems, 8 septembre 1809 3)Dans la journée il a visité l’Abbaye de Gottweg

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, le cercle de Krems, qui n’avait été taxé qu’à 150 chevaux, en a fourni 800 superbes, bons  pour les cuirassiers et l’artillerie. Le cercle de Kornneuburg n’a été taxé qu’à 450 chevaux, et il y a dix fois plus de chevaux que dans le cercle de Krems.

L’armée a besoin de chevaux; les équipages en auraient besoin d’un millier; l’artillerie me coûte beaucoup. J’ai pourtant 4 à 5,000 hommes de cavalerie à pied, et j’ai des chevaux de réforme. La levée de 6,000 chevaux n’a pas été basée sur mes besoins, mais sur la prétendue difficulté de les lever; de sorte que la mesure que j’ai prise serait contraire à mes intérêts, car toutes les réquisitions des généraux cantonnés dans les provinces et sur les lieux en ont pris beaucoup plus. Il faut donc écrire aux intendants que la réquisition des 6,000 chevaux est indépendante des réquisitions faites régulièrement par les maréchaux; les intendants doivent également y donner leurs soins. Ainsi les 700 chevaux requis par le duc de Raguse dans le cercle de Krems sont indépendants des 150; les 800 du vice-roi, en Styrie, sont indépendants de ceux que j’ai demandés; de même en Carinthie. Je ne sais pas si les maréchaux duc d’Auerstaedt et duc de Rivoli n’en ont pas demandé. J’ai accordé au général de Wrede d’en lever 100 à Linz.

Votre correspondance doit vous faire connaître les différentes réquisitions des généraux. Vous me ferez un tableau et une nouvelle répartition pour porter la réquisition à 20,000 chevaux, y compris ceux que j’ai requis et ceux demandés par les généraux. Avant tout, il est indispensable d’avoir en Hongrie autant d’intendants que de comitats, et en Autriche autant que de cercles. Nommez-en à Kornneuburg et à Saint-Pölten; et enfin mon intention est de lever encore dans le cercle de Kornneuburg 1,000 à 1,200 chevaux.

Apportez-moi ce travail demain à cinq heures après midi.

 

Krems, 9 septembre 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai passé hier, ici, la revue du corps du duc de Raguse. Je vais partir dans une heure pour retourner à Vienne. Les négociations continuent. On a répandu à Paris le bruit que j’étais mal; je ne sais pourquoi. Je ne me suis jamais mieux porté.

 

Krems, 9 septembre 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois vos lettres du 3 septembre. Il paraît que les Anglais se sont retirés chez eux. Quelque chose que l’on vous ait dit, tenez pour certain que les Anglais n’avaient pas plus de 28,000 hommes présents sous les armes; ce qui forme un effectif de 33,000 hommes au moment de l’embarquement; on a ôté 5,000 hommes qui n’ont pu s’embarquer, ce qui a formé la réduction. Le mois de séjour qu’ils ont fait dans les îles de Walcheren et de Beveland leur a donné 7 à 8,000 malades. Les Anglais ne ramènent pas en Angleterre une expédition de plus de 12 à 13,000 hommes, encore tous malingres et fatigués. Je ne me suis jamais attendu à la prise de Flessingue. C’est une lâcheté et une trahison sans exemple. Je désire que vous vous expliquiez dans les journaux suivant les données renfermées dans cette lettre, car il y a des personnes ridicules qui exagèrent la force des Anglais et la portent à 45,000 hommes. Ils vont envoyer des renforts en Portugal, où ils en ont besoin. Anvers est imprenable; l’idée de remonter le fleuve avec des vaisseaux est d’une exécution impossible. Il n’y avait besoin ni d’estacade ni de couler des bâtiments, et, aussitôt que j’ai connu cela, je l’ai défendu. L’estacade pouvait être utile pour arrêter les brûlots, quoique les coudes de la rivière suffisent pour les empêcher d’arriver. Quand même les Anglais fussent arrivés à 1,500 toises de la place, ils n’auraient rien fait. Les forts, la garnison les auraient repoussés; ils ont sagement fait de se retirer. L’idée qu’ils attaquent l’île de Cadzand est ridicule, quand ils n’ont pas commencé par vouloir entrer sur notre territoire, bien sûrs qu’ils en seraient chassés. Ils ont toujours voulu placer les eaux entre eux et nous.

.Je ne sais où vous avez été chercher que je suis malade. Je ne me suis jamais mieux porté. Corvisart est venu parce que j’ai voulu avoir un médecin d’un mérite supérieur, dans cette saison surtout qui est sujette à donner des maladies.

 

Krems, 9 septembre 1809

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur Decrès, j’ai l’état de situation de l’expédition anglaise. Elle n’était pas de plus de 27,000 hommes présents sous les armes. Je ne vois pas pourquoi la flottille, aidée d’un ou deux vaisseaux de guerre, ne pourrait pas nettoyer l’Escaut. Il est déplorable que l’on n’ait pas profité du moment où il y avait tant de bâtiments pour lancer des brûlots. Témoignez mon mécontentement à l’amiral et au commissaire général de la marine. Il est probable que le fort de Bath sera évacué lorsque la flottille sera attaquée et obligée d’isoler ce fort. Je ne sais pas ce que vous entendez par machine infernale; vous proposez d’en lancer une contre le fort de Bath. Les machines infernales ne sont rien; les Anglais s’en sont servis contre Saint-Malo et plusieurs de nos ports, cela n’a abouti qu’à casser des vitres. S’il suffisait d’une machine infernale pour prendre une place forte, il faut croire que l’on s’en serait servi pour prendre les places qui ont arrêté les conquérants. Les machines infernales, les bombardements même, ne sont comptés pour rien en temps de guerre.  Un lâche comme Monnel a pu seul rendre une place pour un bombardement. Les bombes ne font rien aux remparts, fossés, contrescarpes; les bombes sont utiles, mais comme moyen combiné de siège en règle. Je pense que les Anglais jetteront des bateaux dans les passes. Je ne puis pas me persuader qu’ils veuillent garder Flessingue; ce serait s’engager dans une lutte trop dangereuse pour eux. Ils feront sauter le bassin et les fortifications; mais si, avec la facilité des inondations ils veulent défendre Flessingue, il faut avoir plus de chaloupes canonnières qu’eux. Si, au premier avis que vous avez eu que l’expédition était pour Flessingue et Anvers, vous aviez fait venir des canonnières de Boulogne, ils n’eussent jamais pu prendre Flessingue. Il me semble que vingt-neuf canonnières sont déjà venues de Boulogne à Anvers. Il faut en faire passer un plus grand nombre.

 

Schönbrunn, 10 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci – jointe la lettre que m’écrit l’empereur d’Autriche. Je ne comprends pas bien quel est le but de cette démarche, à moins que cette lettre n’ait servi de passeport pour que l’aide de camp venu à Vienne me fût présenté et causât avec moi. Cet aide de camp m’a dit que l’empereur avait déclaré qu’il approuvait les bases proposées et qu’il était disposé à faire des sacrifices. Je lui ai répondu que, si les sacrifices que voulait faire l’empereur étaient égaux à ceux qu’il a faits lors du traité de Presbourg, il était probable que cela mènerait à la paix, mais que, s’ils étaient moindres, il ne fallait pas y songer, et qu’on devait bien se persuader que cela est mon ultimatum. Il paraît que le principal but du voyage de l’aide de camp a été de me faire l’éloge de M. de Stadion, et je pense que cette lettre n’a pas eu d’autres motifs que de me faire comprendre que si M. de Stadion restait au ministère la paix serait durable, parce qu’il a déjà acquis de l’expérience, tandis qu’un nouveau ministre n’en aurait pas encore acquis. J’ai dit que l’empereur d’Autriche était toujours de l’opinion du dernier qui lui parle et qu’ainsi dans cinq ou six ans il recommencerait la guerre et serait encore le jouet de l’Angleterre; et que, quant à M. de Stadion, on sait qu’il est dominé par son frère, et tout le monde connaît le caractère turbulent, inquiet et emporté de ce prêtre; s’il y avait un empereur à la bonne foi duquel je pusse me fier, comme le grand-duc de Würzburg ou l’archiduc Charles, je rendrais toute la monarchie autrichienne et je n’en retrancherais rien. L’aide de camp m’a répondu que si l’empereur était persuadé de cette vérité, il abandonnerait le trône pour y placer le grand-duc de Würzburg. .Je lui ai dit que j’avais déjà fait cette proposition à M. de Liechtenstein. ” Je veux avoir affaire à un homme qui ait assez de reconnaissance pour me laisser tranquille ma vie durant. Les lions et les éléphants ont souvent montré, dit-on, des preuves frappantes de la puissance de ce sentiment sur leur cœur. Il n’y a que votre maître qui n’en soit pas susceptible. ”  Là-dessus, il m’a fait beaucoup de protestations de la sincérité des intentions de l’empereur. Je lui ai répondu qu’on ne me trompait pas deux fois; qu’il s’était mis à ma discrétion en Moravie, et qu’après une pareille démarche il m’avait fait la guerre, même sans déclaration préalable. L’aide de camp a juré que ce serait la dernière fois. .Je lui ai dit que cela serait encore de même, mais qu’a la paix de Presbourg il en avait coûté quatre millions de sujets à l’Autriche, que cette fois il lui en coûterait encore autant, et que, pour peu que cela continuât, elle n’aurait bientôt plus les moyens de me nuire. Il m’a parlé alors du Tyrol; je lui ai dit que, même si les Autrichiens étaient à Metz, maîtres de l’ouvrage Sainte-Croix, cette proposition ne serait pas acceptable; ,que le Tyrol ne serait jamais à la Maison d’Autriche, parce qu’il sépare l’Italie et l’Allemagne et parce qu’il approche de nos frontières par la Suisse; qu’au reste la Bavière s’en souciait très-peu, ce pays lui coûtant beaucoup et ne rendant rien; mais que je ne souffrirais jamais que ce pays sortît de mon influence. Il m’a tenu ensuite le langage ordinaire de tous les Autrichiens: il m’a parlé de l’alliance. Je lui ai dit que la Maison d’Autriche n’en avait jamais voulu; que nous étions deux taureaux qui voulaient coucher avec l’Italie et la Germanie; et que, tant que la Maison d’Autriche userait de discours pareils, il n’y aurait pas moyen de nous entendre. J’ai ajouté que j’étais étonné de la lenteur de la marche des négociations, puisque chaque jour de retard leur coûte plusieurs millions, et que jusqu’ici ils ont déjà perdu un mois entier; qu’ils devaient partir du principe que, si la guerre avait lieu, je prendrais possession de tous les pays que j’occuperais; que j’étais dans une position où, bien loin de craindre l’armée autrichienne, je ne craignais point tous les efforts de l’Europe réunie, et qu’à cheval sur le Danube, avec ma seule armée, je résisterais à tous ; que la mauvaise saison s’avançait, et que certainement je ne ferais pas voyager mes troupes pendant l’hiver; et que, dans aucun cas, je ne tirerais un homme de cette armée pour l’envoyer en Espagne, où j’ai plus de cadres qu’il ne m’en faut.

Quant à la réponse que vous ferez à M. de Metternich, je veux encore y songer. Ne lui laissez pas cependant l’espérance qu’on puisse négocier sur cette base s’il ne cède pas davantage. Dites-lui que le Tyrol et le Vorarlberg sont des positions qui séparent l’Italie et l’Allemagne, et que d’avoir des prétentions sur ces positions, qui donnent lieu de s’ingérer dans les affaires de l’Allemagne et de l’Italie, ainsi que de vouloir effrayer la France, est la plus manifeste contradiction.

Les Anglais ont définitivement évacué l’Escaut et se sont retirés chez eux. Ils paraissent avoir laissé des forces dans l’île de Walcheren et au fort de Bath. Ainsi le résultat de cette expédition est 100,000 hommes que j’ai de plus sous les armes. Je suis fondé à penser que les quinze premiers jours de la négociation ont été ainsi prolongés parce que les Autrichiens espéraient que le débarquement des Anglais m’obligerait à faire quelque détachement de l’armée ou retourner de ma personne en France. J’ai au contraire 200,000 hommes de plus, que j’ai levés sous ce prétexte, ce qui n’a point échappé à la sagacité des membres du corps diplomatique à Paris; ils ont écrit partout que j’avais profité de cette circonstance pour exciter l’opinion publique et pour lever des troupes qui, au bout de quinze jours, auraient considérablement augmenté ma puissance et mes moyens.

Faites connaître à M. de Metternich que le protocole ne servira à rien ; que, s’il veut la paix, il faut qu’il parte du principe que l’Autriche doit faire un sacrifice équivalent, en population, en richesse et en territoire, au sacrifice fait à Presbourg. Si quelque chose pouvait me confirmer dans cette résolution, ce serait la proclamation de l’empereur à son armée du 16 août, proclamation que j’ai lue à l’aide de camp. Cette proclamation fait voir que j’ai besoin de tenir à mes prétentions. Ne pas avoir fait ce que j’ai fait à Presbourg, ce serait être vaincu. Ayant fait davantage dans mon opinion, et ma position étant meilleure qu’elle ne l’était alors, la paix ne doit pas être différente. Que M. de Metternich médite sur ces données, et qu’il fasse sans protocole, même sans écrit, un arrangement qui conduise à ce résultat, et il accélérera beaucoup la paix.

 

Schönbrunn, 10 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, les événements qui viennent de se passer doivent faire presser les travaux et batteries du fort que j’ai arrêté dans l’île de Cadzand. Remettez-moi sous les yeux le projet que j’ai approuvé, la note des fonds que j’ai accordés, ce que j’ai accordé de fonds cette année et ce que je pourrais encore dépenser d’ici à la fin de l’année. Un bon fort, là, protégé par les inondations, me paraît de la plus grande et première importance. Il faudra arrêter le projet de quelques bâtiments à l’abri de la bombe. Après cet objet important, il faudra établir un fort vis-à-vis le fort de Bath, de ce côté-ci du canal de Berg-op-Zoom, afin qu’il maintienne la communication avec Bath, qu’on soit ainsi maître de passer le canal, et que le fort de Bath ne puisse pas être bloqué. Je pense qu’il serait possible d’établir ce fort à 5 ou 600 toises du fort de Bath, le canal n’étant pas large, et que l’ennemi n’aurait aucun moyen d’interrompre la communication des deux forts, à moins qu’il ne se plaçât au milieu du canal.

Il faut ordonner la démolition des bâtiments du fort Lillo. Comme je crois ce fort soutenu par l’inondation, il me semble qu’il n’aurait besoin que de quelques bâtiments à l’abri de la bombe. Quant à Anvers, il faudrait un bon fort sur la rive gauche, à l’endroit où était le moulin à papier. Ce fort serait armé d’une cinquantaine de bouches à feu; il conserverait sa communication avec la Tête-de-Flandre par l’inondation; dès lors le système de la place rendrait maître du coude de la rivière, ce qui est très-important. L’inondation de la Tête-de-Flandre va, je crois, fort loin. Je suppose que ce fort devrait être à peu près à 1,000 toises de la lunette actuelle, qui elle-même est à 400 toises de la Tête-de-Flandre; de sorte que l’ennemi, arrêté par ce fort, ne pourrait pas approcher à plus de 1,600 toises du canal d’Anvers. L’avantage de concentrer la défense d’Anvers sur ce point est qu’il fait système avec la Tête-de-Flandre et ne peut pas en être séparé, au lieu que le fort Lillo, étant beaucoup trop loin, serait coupé de la place par une armée supérieure. On ferait vis-à-vis un autre fort du côté d’Austruweel, mais de manière qu’il fût également à 1,000 ou 1,200 toises, de l’extrémité de la place. Ces deux forts, soutenus par les inondations qui couvrent la place d’Anvers et la Tête-de-Flandre, situés dans un lieu où l’Escaut n’a, je crois, que 300 toises de largeur, pouvant s’armer de cinquante bouches à feu et étant entièrement liés avec la place, seraient l’appui de la flottille, des estacades et le vrai point de la défense d’Anvers. Lillo ne peut être considéré que comme un ouvrage séparé, pour défendre l’Escaut, mais qui tomberait nécessairement si l’ennemi, en très-grande force, était maître d’une partie de la Hollande.

Il restera à me faire connaître les autres ouvrages à faire pour compléter la défense d’Anvers, en éloigner l’ennemi et mettre ce chantier à l’abri des bombes. Il faut que le ministre Dejean profite du moment où il est sur les lieux pour faire faire, en sa qualité de premier inspecteur général du génie, tous les projets et me les soumettre sans délai.

Je pense aussi qu’il faut bien veiller à ce que la marine n’abîme pas la citadelle d’Anvers. D’après les projets que j’ai sur Anvers, il est probable que cet effort des Anglais sur ce chantier ne sera pas le dernier; et les événements se pressent avec tant de rapidité, qu’il est possible qu’ils ne nous donnent que quelques années pour achever ces travaux.

Quand j’étais à Flessingue, j’avais ordonné des ouvrages qui, à ce qu’il paraît, n’ont pas été faits. Au reste, la reddition de Flessingue, après si peu de résistance, me paraît inconcevable.

 

Schönbrunn, 10 septembre 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, il me semble qu’il avait été convenu qu’au 10 septembre la basse Autriche aurait payé douze millions de contributions; je vois dans vos derniers états qu’elle n’a encore payé que huit millions; faites-m’en connaître les raisons. La haute Autriche n’a encore payé que 200,000 francs ; c’est par trop ridicule. Le cercle de Brünn n’a encore payé que 600,000 francs. Je vois, par les derniers états de situation, que vous aviez encore au 10 septembre un million de crédit pour payer le chapitre des dépenses diverses du second trimestre et deux millions sur le même chapitre pour le troisième trimestre. Il est bien nécessaire que vous ordonnassiez promptement cet argent, afin de satisfaire à ce qui est dû pour gratification de campagne, chevaux tués, etc., ainsi qu’à ce qui est dû aux corps pour l’ achat de chevaux d’artillerie et de caissons. Je vois avec peine qu’il est dû encore 900,000 francs sur la solde de juillet. Pressez le payeur pour qu’il fasse les fonds de la solde pour juillet. Je vois que vous n’avez pas porté sur vos états les fonds que j’ai faits pour faire payer la solde de juillet et août.

 

Schönbrunn, 10 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez ordre à la division de cuirassiers du duc de Padoue de se placer, les derniers postes, à la distance de dix lieues de Stockerau, le long du Danube, sur la route de Krems, sur celle de Bohème et sur celle de Znaym. Le général commandant la division placera son quartier général à deux lieues au plus de Stockerau, et il n’aura aucunes troupes à Stockerau. Vous donnerez l’ordre au maréchal Oudinot de retirer ce qui appartient à la division de cuirassiers du général Saint-Germain et à toute autre espèce de cavalerie, lesquelles seront poussées sur la route de Brünn et sur la March. Donnez ordre au maréchal Marmont de faire faire par un officier d’état-major une reconnaissance de Krems à Linz par la rive gauche du Danube, de Krems à Znaym et de Krems à Stockerau. Cette reconnaissance sera faite sur l’échelle de trois lignes pour cent toises. On y fera connaître la nature des chemins, des montagnes et la voie des routes.

 

Schönbrunn, 10 septembre 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Monsieur Daru, on se plaint qu’on néglige toutes les ressources que peut offrir le pays, telles que les loteries, qui peuvent rendre 50,000 florins par tirage (en faisant trois tirages par mois, cela ferait une somme assez considérable), le timbre, le sel, le tabac, la saisie des bois, dont on pourrait faire des coupes extraordinaires pour donner aux villes le bois de chauffage au meilleur marché. Quant au sel, je désirerais savoir combien vous en avez en magasin et à quel il se vend. J’aimerais assez en diminuer le prix, ce qui porterait les habitants à s’approvisionner, et ce serait une mesure populaire qui soulagerait le peuple. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Schönbrunn, 10 septembre 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Monsieur Daru, aussitôt que mon armée devra se mettre en mouvement, mon intention est que les hôpitaux des cercles de Znaym et de Krems soient évacués sur les abbayes de Göttweig et de Melk, Saint-Pölten et Ertzburg. Les abbayes de Melk et de Göttweig ont été disposées pour cet objet. Faites reconnaître l’abbaye d’Ertzburg, qui doit pouvoir contenir 15 à 1600 malades, et faites-la organiser en hôpital. Rendez-moi compte s’il existe sur la gauche du Danube d’autres hôpitaux, car mon intention, si les hostilités devaient recommencer, est que tous les hôpitaux soient établis sur la rive droite.

 

Schönbrunn, 11 septembre 1809, cinq heures du soir.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny; je reçois votre lettre du 10. La réponse à faire à M. de Metternich sur les affaires d’Espagne est de lui envoyer les Moniteur et les ordres du jour du Roi. Vous pouvez y joindre le Moniteur d’aujourd’hui, où il verra que les Anglais se sont retirés de l’Escaut. Il est faux que dans les visites domiciliaires faites à Vienne on ait enlevé la caisse des pupilles. On a pris une vingtaine de millions de cédules que le gouvernement avait eu l’imprudence de laisser et qui étaient dans les caves de l’hôtel de ville. Si vous causez avec M. de Metternich, vous lui ferez sentir que l’agression faite en Dalmatie par les Autrichiens fait voir combien peu l’on doit compter sur les paroles de l’Autriche; que cette province a été attaquée neuf jours après la signature de l’armistice, c’est-à-dire plusieurs jours après que l’armistice pouvait y être connu.

 

Schönbrunn, 11 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez ci-joint un décret que je viens de prendre. Mon intention est de ne pas laisser plus longtemps le commandement dans les mains du prince de Ponte-Corvo, qui continue de correspondre avec les intrigants de Paris et qui est un homme auquel je ne puis me fier. Je vous envoie directement ce décret, pour que, si l’on était aux mains lorsque vous le recevrez, vous en différiez l’exécution. Si, comme je le pense, on ne se bat point et que le duc d’Istrie soit en état de marcher, vous enverrez ce dernier prendre le commandement de l’armée du Nord, et vous écrirez au prince de Ponte-Corvo de se rendre à Paris. Vous lui ferez connaître que j’ai été mécontent de son ordre du jour; qu’il n’est pas vrai qu’il n’ait que 15,000 hommes, lorsque, avec les corps des ducs de Conegliano et d’Istrie, j’ai sur l’Escaut plus de 60,000 hommes; mais que, n’eût-il que 15,000 hommes, son devoir était de ne pas le laisser soupçonner à l’ennemi; que c’est la première fois qu’on voit un général trahir le secret de sa position par un excès de vanité ; qu’il a donné en même temps des éloges aux gardes nationales, qui savent bien elles-mêmes qu’elles n’ont eu occasion de rien faire. Vous lui témoignerez ensuite mon mécontentement de ses correspondances de Paris, et vous insisterez pour qu’il cesse de recevoir les mauvais bulletins des misérables qu’il encourage par cette conduite. Le troisième point sur lequel vous lui notifierez mes intentions est qu’il se rende à l’armée ou aux eaux.

 

Schönbrunn, 11 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, Ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au maréchal Jourdan que je suis surpris que, le duc de Trévise étant arrivé sur le Tage, on n’ait pas suivi l’armée anglaise quatre ou cinq jours, afin de lui prendre ses traînards, d’accélérer sa retraite et de lui faire le plus de mal possible.

 

Schönbrunn, 11 septembre 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’ai reçu votre lettre du 5 septembre. Ce que j’avais pensé est arrivé. Le mois de séjour des Anglais dans l’île de Zélande leur a mis sur le grabat la moitié de leur armée et atténué le reste. Je ne doute pas qu’ils ne regagnent l’Angleterre et qu’à l’heure qu’il est ils n’aient évacué. Sans la lâcheté de ce misérable Monnet, cette expédition n’eût été que déshonorante pour les Anglais et ne leur eût pas laissé l’ombre d’une gloriole.

J’ai été mécontent de l’ordre du jour du prince de Ponte-Corvo, qui ferait croire que je n’ai que 15,000 hommes, tandis que j’ai intérêt de persuader que j’en ai 200,000. La vanité de cet homme est excessive. J’ai ordonné au ministre de la guerre de le rappeler. Il a des talents médiocres. Je ne me fie d’aucune manière à lui. Il a toujours l’oreille ouverte aux intrigants qui inondent cette grande capitale. A la guerre, il est de même: il a manqué de me faire perdre la bataille d’Iéna, il s’est médiocrement conduit à Wagram ; il ne s’est pas trouvé à Eylau, lorsqu’il aurait pu y être, et n’a pas fait à Austerlitz ce qu’il aurait pu faire.

La paix ici n’est point faite, quoiqu’elle se négocie. J’ai intérêt à avoir le plus de troupes possible sous les armes, mais des troupes qui puissent servir.

Tout ce qui à Paris s’est engagé doit être dirigé sur Anvers. Mais on me rend compte d’un incident qui serait presque un déshonneur. Le corps diplomatique et plusieurs des principaux banquiers écrivent à l’étranger que la garde à cheval a reçu l’assurance de ne pas quitter Paris et de ne faire auprès de moi qu’un service d’escorte autour de la capitale. Vous devez partir du principe qu’il faut avoir pour me garder quatre quartiers de noblesse, c’est-à-dire quatre blessures reçues sur le champ de bataille. Je ne consentirai jamais à admettre de service auprès de moi des muscadins n’ayant pas noirci sous le harnais, que ceci vous serve de règle. Si cette troupe a été mise sur pied, c’est pour être utile ; sans quoi il faut l’éteindre insensiblement. Ce n’est ni M. Tourton ni ses pareils que je veux autour de moi. J’ai mes vieux soldats, je n’en admets pas d’autres à l’honneur de me garder.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 11 septembre 1809

DÉCRET

ARTICLE 1er. – Le corps d’armée de la Tête-de-Flandre et celui d’Anvers sont réunis sous le nom d’Armée du Nord, qui sera commandée par le maréchal duc d’Istrie.

ART. 2. – Le maréchal duc de Conegliano commandera la réserve des trois divisions de gardes nationales que commandait le maréchal duc d’Istrie.

ART. 3. – Notre ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret, qui ne sera pas imprimé.

 

Schönbrunn, 11 septembre 1809

Au prince Jean de Liechtenstein, commandant le 1er corps de réserve de l’armée autrichienne

Je vous expédie, Prince, un officier de mon état-major pour vous porter cette dépêche. Sa Majesté m’a commandé de vous exposer que la Dalmatie a été attaquée par un corps de quelques mille Autrichiens, commandé par un de vos  généraux, neuf jours après que la suspension d’armes a été signée , c’est-à-dire lorsqu’on devait en connaître l’existence. Il ne fallait que cinq jours pour aller de Znaym à  Karlstadt. Les officiers que j’avais expédiés, du camp de Znaym, pour porter la convention de l’armistice ont été arrêtés à vos postes, et ce n’est que vingt-deux jours après la signature que cet acte a été connu à Zara. J’ai demandé plusieurs fois que le détachement de l’armée autrichienne qui était en Dalmatie évacuât cette province, et cependant la placer de Zara continue à être bloquée et les vivres qui lui sont apportées ne suffisent qu’au quart de ses besoins. Ainsi, pendant le cours de la suspension d’armes, l’Empereur peut perdre une de ses places fortes. Dans cet état de choses, Monsieur le Prince de Liechtenstein, l’honneur et la bonne foi de mon souverain exigent une réponse catégorique.

Ou Votre Altesse veut, conformément à la suspension d’armes, faire évacuer la Dalmatie par les 4 ou 5,000 Autrichiens qui l’occupent, ou l’armée autrichienne aura, de fait, commencé les hostilités, puisque bloquer une place forte, c’est la même chose que l’assiéger. Dès lors Votre Altesse aura rompu la suspension d’armes dans une de ses principales clauses, et, dans ce cas, Prince, l’Empereur et Roi, mon souverain, sera forcé de recourir aux armes pour dégager la partie de son armée qu’on attaque en Dalmatie.

Je sais, Prince, qu’on a dit de votre côté que Cracovie devait être remis; mais je dois vous faire observer qu’il n’y a pas de similitude.

Cracovie n’est pas une place forte, et cette ville était occupée par les Russes et par les Saxons lorsque la suspension d’armes n’y était ni ne pouvait y être parvenue, tandis qu’elle était ou pouvait être connue depuis longtemps de vos troupes en Dalmatie; ce qui établit une immense différence dans ces questions. Enfin, Prince, il est fort indifférent à l’Empereur et Roi, mon souverain, que les armées autrichiennes occupent ou non Cracovie; mais il paraît que le commandant des troupes russes a regardé le statu quo de la suspension d’armes à dater du moment où l’armistice est arrivé, et, le 14 au matin, il était physiquement impossible que l’acte signé le 12 juillet à Znaym fût connu à Cracovie, tandis qu’en Dalmatie, s’il n’y a pas été connu, c’est qu’on a arrêté nos officiers, qui n’ont pu parvenir à Zara que le 28. Sa Majesté l’Empereur et Roi, mon souverain, me charge de demander catégoriquement que les troupes autrichiennes évacuent sans délai la Dalmatie.

Il est un autre sujet de discussion, Prince, relatif à la suspension d’armes. Il a été convenu que Fiume serait occupé par l’armée française; cependant, en interprétant la rédaction, on a cru de votre côté devoir s’y refuser. Sa Majesté l’Empereur et Roi, désirant donner une preuve de conciliation, se désiste de sa prétention sur Fiume, sous la condition que la Dalmatie sera évacuée sans délai par vos troupes.

Le major général, ALEXANDRE. (La minute porte des corrections de la main de l’Empereur)

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809

Au prince de Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je vois que, par une télégraphie, le prince de Ponte-Corvo vous a rendu compte directement. Il a eu tort de vous adresser sa dépêche, et vous avez eu tort de la recevoir. Faites connaître à ce prince que c’est toujours au ministre de la guerre qu’il doit s’adresser.

Le ministre de l’intérieur ne s’étant pas encore rétabli, je pense qu’il est convenable qu’il demande sa retraite; voyez-le à cet effet. Il paraît que l’état de sa santé sera toujours vacillant. L’activité des circonstances où nous nous trouvons et où nous pouvous nous trouver exige au ministère un homme sain et jouissant de toutes ses facultés.

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, faites connaître au sieur Bourgoing que je donne ordre que 10,000 fusils, 4,000 mousquetons, 3, 000 paires de pistolets et 1,000 sabres soient embarqués à Magdeburg et dirigées sur Dresde et qu’il faut qu’il presse le ministère à Dresde pour que cet envoi, destiné à armer les troupes polonaises, soit transporté à Varsovie sans aucun retard. Ecrivez à ce sujet au sieur Serra.

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, recommandez bien que mes troupes soient cantonnées dans des lieux sains, et loin de l’Escaut. Je crois vous avoir déjà écrit là-dessus. .

Ce qui restera dans l’île de Cadzand, dans les marais de Berg-op-Zoom, dans le Sud-Beveland, sont des troupes perdues; elles iront toutes aux hôpitaux. Une armée de 100,000 hommes dans ces positions sera fondue en un clin d’œil. Écrivez aux maréchaux que le plus grand ennemi que puissent avoir les troupes, c’est le mauvais air. Il faut encore retirer les troupes d’Ostende.

J’ai considéré l’expédition des Anglais comme une folie, surtout à cause de ce dangereux et implacable ennemi.

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous ai écrit pour faire diriger sur le Hanovre les bataillons portugais et sur l’Italie les bataillons de la Tour d’Auvergne. Ces deux bataillons ayant été dirigés sur le Nord, dirigez sur le Hanovre les détachements de carabiniers el de cuirassiers,  formant 5 à 600 hommes, qui avaient été envoyés sur Maëstricht.

On m’assure que Paris fournit 3,000 hommes de gens qui ne demandent pas mieux que de servir; il faut les envoyer dans le Nord.

Demandez aux ducs d’Istrie et de Conegliano et aux sénateurs le parti qu’on peul tirer de la garde nationale,. Il y en a une portion qui doit désirer de se retirer chez elle. S’il y en a une portion qui désire servir, il faut la garder.

Je suppose que vous ne dépensez pas inutilement mon argent pour habiller les gardes nationales de Paris; cela est inutile, puisqu’il parait qu’elles ne veulent point sortir de leur ville. Il ne faut habiller que ceux qui seront utiles.

J’attendrai quelques jours vos différents rapports pour ordonner que les bourgeois ne montent plus la garde et faire rentrer la ville de Paris dans son état habituel.

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je suppose que vous avez donné des ordres au commandant français de l’artillerie et à celui de Hollande pour qu’on mette cinquante pièces de canon en batterie au fort de Bath, ainsi que pour le blinder et approvisionner.

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809.

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur Bigot Préameneu, je ne veux point de missions en France. Vous voudrez bien écrire une circulaire aux archevêques et évêques pour leur faire connaître que je ne connais qu’eux, les curés et succursaux, et que je n’entends pas que des missionnaires, faisant profession de prédicateurs errants, parcourent l’Empire. Je donne des ordres dans ce sens au ministre de la police. Vous vous concerterez à cet effet avec le grand aumônier. Je ne veux plus de missions quelconques. J’avais permis un établissement de missionnaires à Paris, et je leur avais accordé une maison; je rapporte tout. Je me contente d’exercer la religion chez moi, mais je ne me soucie pas de la propager à l’étranger. Ces missionnaires d’ailleurs sont pour qui les paye, pour les Anglais s’ils veulent s’en servir. Présentez-moi un projet de décret là-dessus; je veux en finir. Je vous rends responsable si au 1er octobre, il y a encore en France des missions ou congrégations.

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809

Au comte de Lacépède, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Ne me présentez plus de demandes d’aucune grand’croix étrangère pour un sénateur et même il est probable que, lorsque je pourrai m’occuper de ce détail, je ferai proposer au Sénat une mesure pour les ôter à tous ceux qui en ont. Les sénateurs ne doivent porter sur eux rien d’étranger.

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez ordre au roi de Westphalie d’envoyer le régiment d’infanterie du grand-duché de Berg à Dresde, où il fera partie de la division que commande le général Carra Saint-Cyr.

 

Schönbrunn, 12septembre 1809

NOTE POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL, MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A SCHÖNBRUNN

Écrire au prince Poniatowski : lui recommander de bien vivre avec les Russes ; lui dire que Sa Majesté désire avoir plus fréquemment de ses nouvelles et connaître surtout quelles sont les troupes ennemies qui lui sont opposées. Il semble que, le prince Ferdinand commandant la Bohême et son corps ayant passé en Hongrie, le prince Poniatowski ne doit trouver aucun obstacle pour arriver ·sur Olmutz.

Demander au prince Poniatowski de donner l’état de son corps d’armée au 15 septembre, avec l’indication précise des lieux qu’il occupe. Lui demander de faire connaître quand il espère que les envois de fusils lui seront arrivés, afin de se trouver armé, et s’il pourrait alors marcher avec un corps de 30,000 hommes. Il paraît que, par son dernier état, qu’il aurait au corps d’armée 16,000 hommes, en garnison dans le grand-duché 4,000 hommes, dont il pourrait au dernier moment retirer 2,000 hommes; en garnison dans les places de la Galicie 4,000 hommes, dont il pourrait aussi retirer 2,000;  enfin il porte, dans ses états 6,000 hommes de troupes galiciennes, ce qui fait 26,000 hommes. On suppose qu’il pourrait tirer le reste des 7,000 hommes qui sont dans les villes de Galicie. Il aurait donc ainsi 30,000 hommes, dont 10,000 chevaux. Il faudrait pour ce corps au moins soixante pièces d’artillerie attelées. Aussitôt que le corps serait arrivé, on lui fournirait armes et munitions de guerre des magasins de l’armée. D’ailleurs, les 10,000 premiers fusils de Magdebourg doivent être à Varsovie au 1er octobre. C’est au prince Poniatowski à établir  les relais pour faire venir en toute diligence le nombre qui lui sera nécessaire.

Nous ne connaissons pas bien les districts qu’occupent les troupes russes et celles du grand-duché. Il faut envoyer une carte sur laquelle les emplacements de ces troupes soient bien distingués. On désire que le prince Poniatowski envoie en même temps l’état exact de l’armée russe.

 

Schönbrunn, 12 septembre 1809.

NOTE POUR LE PRINCE DE NEUCHATEL MAJOR GENERAL DE L’ARMEE D’ALLEMAGNE, A SCHÖNBRUNN.

Écrire au prince Galitzine relativement à l’évacuation d’un district livré aux Autrichiens. Représenter combien cela est contraire à la cause commune, puisque les Autrichiens recrutent dans le district. Demander au prince Galitzine l’état des troupes qu’il pourrait mettre en campagne et s’il voudrait marcher avec les troupes du grand-duché; tout cela dans la supposition de la reprise des hostilités. Charger de ces lettres M. de Flahaut; il traitera bien les Russes.

 

Schönbrunn, 13 septembre 1809, dix heures du soir

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois votre courrier. Je suis fâché que la dépêche de M. de Caulaincourt soit si insignifiante. Cependant il me semble qu’elle dit assez. Je pense donc qu’il n’y a aucun inconvénient à mettre la note ci-jointe au protocole et à faire comprendre à M. de Metternich que la communication de la Dalmatie avec le royaume d’Italie est le premier intérêt de la France; que l’Innviertel, le Salzburg, la haute Autriche, la Bohême, la Galicie, ne sont rien en comparaison de ce premier intérêt; que nous n’avons aucun intérêt sur la Baltique, aucun en Pologne, mais que nous avons l’ambition de la Méditerranée; que nous avons l’ambition de maintenir l’indépendance de la Turquie, d’empêcher qu’il ne soit rien fait là de contraire à nos intérêts, et de nous conserver en position de tenir le langage convenable; que l’assertion de l’Autriche, dans son manifeste, que nous voulions partager l’empire ottoman, est une imposture; qu’il n’y a aucune puissance qui ait autant d’intérêt que nous à le défendre; que jadis nous nous mêlions de la Turquie sans avoir la Dalmatie, mais que nous étions alors puissance maritime; que nous voulons même avouer que nous étions puissance maritime par le bénéfice du traité de 1756; que nous sommes inférieurs aux Anglais; que nous ne pouvons influer sur les affaires de Constantinople que par la Dalmatie, et que notre premier et même notre unique intérêt dans toutes ces affaires était donc celui-là.

Si M. de Metternich fait une réponse à la note dont je vous envoie les termes, vous pouvez répondre cela, en ayant soin de ne pas vous servir du mot intégrité de l’empire ottoman, puisque cela porterait sur la Valachie et la Moldavie, mais du mot existence de ses états.

NOTE

Les plénipotentiaires autrichiens ayant parlé de la frontière de l’Inn et n’ayant pas parlé de la frontière d’Italie, le soussigné peut-il en conclure qu’ils admettent la demande faite dans le protocole du… . . relative à la frontière d’Italie, si indispensablement nécessaire pour lier la Dalmatie avec le royaume d’Italie ?

 

Schönbrunn, 13 septembre 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il faut laisser subsister les gardes nationales jusqu’à ce qu’on soit maître de Flessingue, qu’on ait chassé les Anglais et que la paix soit faite ici. C’est une grande folie que de garder des hommes qui ne sont bons à rien, c’est-à-dire des vieillards et des enfants incapables de faire un bon service. C’est aux généraux à faire le choix de ceux qui sont inutiles. Faites-moi connaître la formation des gardes nationales, combien il y a de corps et combien d’hommes par corps et par compagnie. Je suis persuadé que, quoique vous ayez requis 60,000 hommes, vous n’en avez peut-être pas 40,000 sous les armes, et que, avec les réformes que vous prescrirez aux généraux, il n’y aura bientôt plus que le nombre que je désire conserver.

 

Schönbrunn, 13 septembre 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, que deviennent les 34,000 paires de souliers, les 3,600 paires de bottes, les 45,000 chemises, les 6,000 capotes, les 9,000 paires de guêtres qu’a versées Trieste ? Donnez ordre que l’on dirige toutes ces fournitures sur les corps d’armée, ou sur l’armée d’Italie si elles lui sont destinées. Mais que rien ne reste sur les derrières, qui, si les hostilités recommençaient, seraient infestés. Je vois à Laybach des chemises et des souliers; si c’est pour l’armée d’Italie, c’est bien; pressez seulement les livraisons aux soldats. Faites faire des capotes à Laybach.

 

Schönbrunn, 13 septembre 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, j’ai besoin de 500,000 rations de biscuit à Dresde. Mon intention est que vous y fassiez diriger le biscuit que j’ai à Magdeburg, et, en cas que je n’aie pas cette quantité, comme j’y ai beaucoup de blé, faites-en fabriquer du biscuit, et, à mesure que 50,000 rations seront faites, vous les dirigerez sur Dresde, où vous aurez un garde-magasin. J’ai besoin de 500,000 rations à Passau et à Linz; faites-les fabriquer sans délai à Linz. Cela est très-important.

Faites-moi connaître si les dernières dispositions que j’ai ordonnées pour les magasins de Spitz et de l’île de’ Tabor sont exécutées, et, si mes intentions n’étaient pas entièrement remplies, quand elles le seront; car il ne faut pas perdre de vue qu’il’ y a une grande différence entre avoir des magasins à Vienne et les avoir dans l’île de Tabor et à Spitz. Mandez à l’ordonnateur du corps du duc de Rivoli qu’il ait 300,000 rations de biscuit dans ses différents cantonnements, afin de pouvoir remplir ses caissons et·en distribuer aux soldats, si le corps faisait un mouvement. II me semble qu’il n’a point un nombre de caissons proportionné à sa force. Demandez-lui combien il en a, de quelles compagnies sont ceux qu’il a. Mon intention serait de les augmenter. Je suppose que vous vous êtes assuré que les places de Brünn, Gratz, Klagenfurt et Laybach, les forts de Melk et de Göttweig, sont suffisamment approvisionnés, ainsi que Passau et Augsbourg, Réitérez vos ordres. Faites-moi connaître quand j’aurai à Dresde et à Passau la quantité de biscuit que je demande. Mon intention est qu’il n’en coûte rien au roi de Saxe.

 

Schönbrunn, 13 septembre 1809.

Au comte de Lariboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général la Riboisière, remettez-moi demain à la parade un état des munitions d’artillerie du château de Brünn. Ayez soin qu’il y ait des boulets en proportion des pièces. Je crois qu’on estime qu’il faut dans cette citadelle vingt bouches à feu, dont quatre obusiers et mortiers et seize pièces de canon. Envoyez un garde-magasin, un officier d’artillerie et une compagnie de 120 hommes pour servir l’artillerie de cette forteresse.

Donnez ordre aux commandants de l’artillerie du 2e et du 3e corps de placer des relais, mon intention étant de faire partir les convois le 15. Je vous enverrai l’ordre de Brünn même, où je me rends, après avoir visité la forteresse.

Je suppose que vous avez rempli mes intentions pour Raab et que les pièces sont approvisionnées à 300 coups, tant en boulets qu’en mitraille.

Dans le prochain état de situation que vous me remettrez, faites moi connaître le nombre de pièces qui sont à Linz. En général, on se plaint que la place de Raab n’est pas assez armée. Je désirerais donc beaucoup qu’on pût porter le nombre des bouches à feu à trente. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, écrivez au sieur Bourgoing que mon intention est que le roi de Saxe ne paye aucun des bons qu’il aurait signés jusqu’après la paix avec l’Autriche, et que, même après cette époque, je le laisse maître de désigner le terme auquel il voudra payer.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 7 septembre. J’ai cru avoir moins de fusils que je n’en avais, parce que les fusils étrangers sont portés à part dans vos états. Je désirerais donc que désormais les deux états de l’artillerie fussent réunis en un seul. Vos bureaux arrangeront le modèle; mais il sera plus commode pour moi de voir d’un seul coup d’œil la quantité de canons, de projectiles, de fusils français ou étrangers qui sont dans mes places; car que m’importe que ce soit une pièce de canon française ou piémontaise qui se trouve dans telle place, si cette pièce est approvisionnée du nombre de boulets nécessaire ? Il faut donc rédiger l’état de manière que je voie d’un coup d’œil qu’il y a à Maëstricht, par exemple, trente-six pièces de canon de 24 et dix pièces de 12 de calibre étranger, etc. Ce que je demande là est très-facile à faire; il suffit de destiner une feuille pour l’équipage de siége, une feuille pour l’équipage de campagne. Quant aux armes portatives, il faudrait deux feuilles: une pour les fusils d’infanterie el de dragons et les mousquetons; et l’autre pour les sabres et les pistolets; ou enfin tout autre arrangement.

Je désire qu’on porte les fusils de rempart après les canons de siége et qu’ils ne soient pas totalises avec les armes’ portatives, car ces fusils sont des espèces de petits canons.

Je désirerais aussi qu’au commencement de chaque état on fit bien connaître ce que signifient les chiffres à l’encre rouge. Je crois bien qu’ils désignent les armes hors de service; je l’ai su, mais je ne m’en souviens plus. Enfin, pour les fusils, je voudrais que ces états fussent plus de tailles ; que les fusils y fussent classés par calibre de 16, de 18, de 20, de 22, de 24, en me faisant connaître, par une note que fera Gassendi, les calibres inférieurs qui peuvent au besoin servir dans les calibres supérieurs; par exemple, 20 et 18 peuvent servir pour le calibre de 16, etc.  Venons actuellement à notre situation en fusils. J’ai consulté plusieurs fois l’état des fusils, mais sans avoir recours à l’état des armes étrangères, où il y a également un article Fusils de sorte que je ne croyais pas en avoir le nombre qui existe; si j’avais su avoir ce nombre, j’aurais bien certainement profité du temps de l’armistice pour en faire passer 100,000 aux Polonais. Dans une lettre de ce jour, je vous ai fait connaître mes intentions là-dessus. Ainsi voilà 200,000 fusils sur lesquels il ne faut plus compter, et, pour que les affaires de Pologne prennent certaine direction, il faudra en envoyer 200,000.

Je vois par mes derniers états de l’artillerie française qu’il y a 286,000 fusils de 1777, qu’il y a 37,000 fusils du modèle, n° l, et 80,000 de dragons. J’ai donc 403,000 fusils. Je vois de plus en encre rouge 9,000 fusils de 1777, et 13,000 du n° l, ancien modèle; cela fait  22,000 fusils inscrits à l’encre rouge, et que je suppose être à réparer. Total des fusils français, 425,000.

Je vois sur l’état des armes étrangères que j’ai en France 14,500 fusils de calibre français, 44,000 de calibre supérieur et 18,000 de calibre inférieur; total 76,500 fusils en France, que j’ai de plus en Italie, en Albanie et en Allemagne, 11,000 fusils de calibre français, 17,000 de calibre supérieur, 3,000 de calibre inférieur; total, 31,000 fusils; cela fait donc 107,500 fusils étrangers en état; et à l’encre rouge, 31,000 fusils de calibre inférieur, 42,000 de calibre supérieur et 20,000 de calibre inférieur, total 93,000 fusils à réparer. Total général des fusils étrangers, 200,500.

J’aurais donc en tout: en état, fusils français, 403,000; fusils étrangers, 107,500; total, 510,500; à réparer, fusils français, 22,000; fusils étrangers, 93,000; total, 115,000. J’ai donc en tout 625,500 fusils.

Indépendamment de ce nombre, il y a 177,000 fusils à réparer qui ne sont plus portés sur les états.

Vous aurez vu par le décret que je viens de prendre que je vous accorde une augmentation de budget de 1,500,000 francs pour porter la fabrication de cette année à 200,000 fusils, et que je vous accorde en outre 500,000 francs pour commencer la réparation des 115,000 fusils. Je désire que les 177,000 autres fusils à réparer soient revus et utilisés de manière à faire 177,000 bons fusils, en remettant des platines à ceux qui ont de bons canons et des canons à ceux qui ont de bonnes platines. Par ce moyen, ce serait donc environ 250,000 fusils qu’il faudrait réparer dans le cours de l’année prochaine.

Il me paraît désormais nécessaire d’établir à Anvers une bonne salle d’armes, où il y ait toujours 15 ou 16,000 fusils. Je vois avec peine qu’un point central et de ressource comme Lille n’en contienne presque pas. Il faut toujours 15 à 20,000 fusils à la Fère, comme arsenal de Paris et comme point central.

La manière d’emmagasiner les armes devra être l’objet d’un travail particulier. Il faut que les arsenaux soient à la portée de nos frontières et de nos côtes; que partout où on peut être attaqué il y ait des dépôts d’armes, et que partout où l’on peut être dans le cas de réunir les gardes nationales il y ait de quoi les armer. Par exemple, les arsenaux de Saint-Brieuc et de Rennes devraient être bien garnis, et je n’y vois presque pas de fusils; je n’en vois pas suffisamment à Cherbourg.

J’attends un état plus détaillé, qui m’indiquera dans quelles places sont ces fusils. Je pourrai alors décider définitivement où pourront être dirigées les armes provenant de la nouvelle fabrication et celles qu’on va réparer.

En somme, j’approuve les conclusions de votre lettre du 7 septembre, et j’espère que ma situation sera augmentée, avant juillet 1810, de 400,000 armes, savoir, de 200,000 de nouvelle fabrication et de 200,000 provenant des réparations.

 

Schönbrunn. 14 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Mon intention est de faire passer 50,000 fusils en Pologne, 10,000 paires de pistolets, 5 à 6,000 mousquetons et 6,000 sabres de cavalerie légère. J’ai déjà ordonné l’envoi d’un à-compte de 10,000 fusils prussiens, de 4,000 mousquetons, de 3,000 paires de pistolets et de 1,000 sabres, qui sont expédiés en ce moment de Magdeburg pour Dresde et de là pour Varsovie. Faites-moi un rapport sur les lieux où je dois prendre le reste.

D’après les états de votre bureau de l’artillerie, j’aurais dans mes places d’Allemagne 10,000 fusils étrangers de calibre français, 13,000 de calibre supérieur, 3,000 de calibre inférieur; total, 26,000 fusils. Je vois de plus dans ces mêmes états 7,000 fusils portés à l’encre rouge; ce qui, je suppose, veut dire à réparer; j’aurais donc en tout dans mes places d’Allemagne 33,000 fusils étrangers. Je désire que vous donniez sur-le-champ des ordres pour qu’ils soient envoyés à Dresde, d’où ils seront dirigés sur Varsovie.

Quant aux 20,000 autres fusils nécessaires pour compléter le nombre que je veux envoyer, il n’y aura d’autre moyen de se les procurer que de les prendre en France. Il faut, sans attendre de nouveaux ordres de ma part, les faire partir pour Dresde, mais avec le moins de bruit possible.

Je vois à Mayence 10,000 fusils, plus 5,000 à l’encre rouge; total, 15,000; à Maëstricht 13,000, plus 13,000 à l’encre rouge; total; 26,000; à Strasbourg 10,000, plus 5,000 à l’encre rouge; total, 15,000; en tout, 56,000.

Il y a donc dans ces trois places suffisamment de quoi remplir mes intentions.

Faites expédier sur-le-champ sur Dresde le nombre que je viens de vous indiquer, et que vous seul sachiez que c’est pour la Pologne; n’envoyez pas cependant des fusils trop mauvais, quoique je suppose qu’ils ont des ateliers de réparation et qu’ils auront promptement pourvu aux moyens de mettre toutes ces armes en état.

Il serait convenable d’envoyer tous les fusils autrichiens.

Je prévois qu’indépendamment de ce premier envoi vous ferez bien d’en tenir un autre de 50,000 fusils prêt à partir pour la même destination; ce qui fera 100,000 fusils.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que vous demandiez au génie un mémoire sur cette question:

A Anvers, à quel ouvrage faut-il dépenser le premier million ? À quel ouvrage le second ? À quel ouvrage le troisième ? Jusqu’au cinquième million. Il est nécessaire que cette place, par ses inondations et par ses forts, tienne l’ennemi éloigné de tous côtés à 1,800 toises du bassin, où l’on travaille déjà avec activité pour y renfermer l’escadre, et à 1,800 toises des chantiers. L’élément de ce mémoire doit être un bon plan avec des nivellements qui fassent connaître la partie inondable. Il faut que 15 ou 20,000 hommes, gardes nationales, troupes de ligne, troupes de marine, renfermés dans Anvers, puissent s’y défendre longtemps.

La défense d’Anvers se divise en quatre points : 1° défense de l’Escaut depuis Lillo jusqu’à Anvers; 2° moyens d’augmenter les inondations, de les tendre autour de la place et de les soutenir par de bons ouvrages; 3° moyens de couvrir la partie qui ne peut être inondée; 4° moyens de défense de la rive gauche, de la Tête-de-Flandre, et de maintenir la communication avec Bruxelles,.

1 ° Je pense que quarante pièces de canon de 24 et de 36, dix mortiers et dix pièces du calibre de 12 sont nécessaires pour le fort Lillo, autant pour le fort Liefkenshoek, pour mettre ces deux forts dans un état de défense tel, que l’ennemi ayant même débarqué sur la rive droite ou sur la rive gauche, ne puisse les prendre. Ces forts seront soutenus par de bonnes inondations, auront des bâtiments à l’abri de la bombe, enfin tout ce qui est nécessaire pour faire une bonne défense. Les mortiers doivent être tous de 12 pouces à grande portée, le tiers à semelle portant à 2,000 toises; les autres peuvent être de simples mortiers à la Gomer. Des vaisseaux qui voudraient remonter l’Escaut auraient donc à essuyer le feu de quatre-vingts pièces de canon et de vingt mortiers; ils ne le tenteraient pas impunément.

2° Est-il possible de lier Lillo à Anvers par une inondation ? Si cela est possible, on ne conserverait que le chemin de la digue, et alors le fort Lillo, quoique situé à plusieurs lieues d’Anvers, serait véritablement lié à la défense de la ville. Mais, comme il est dans les probabilités que cette digue peut être saignée ou forcée avec de grands efforts, il faut assurer la défense d’Anvers à 12 ou 1500 toises sur l’une et l’autre rive, de manière à être maître du coude de la rivière et à avoir deux forts, l’un qui se lie par l’inondation avec la Tête-de-Flandre, l’autre avec les remparts de la ville. Il faut que ces forts aient leurs casemates et magasins à part et soient armés de quarante pièces de canon et de dix mortiers, indépendamment des dix pièces de 12 dont on se servirait pour la défense de la terre. La manière de lier ces deux forts avec la Tête-de-Flandre et avec la ville par l’inondation, et les moyens d’obtenir cette inondation, doit être l’objet du travail que présentera le génie. Quand Anvers aura soixante ou quatre-vingts bouches à feu en première ligne, aux forts Lillo et Liefkenshoek, et en deuxième ligne autant et davantage, qui se lieront avec les feux de la place et de la Tête-de-Flandre, et qu’on pourra avec le temps remplir les digues de Lillo aux nouveaux forts et des nouveaux forts à Anvers par des pièces de canon, cette place sera suffisamment défendue. Les inondations couvrent une partie d’Anvers, mais elles demandent à être soutenues par des forts. Je vois sur un vieux plan d’Anvers un fort appelé le fort Perryra (fort de Dam), qui existait au milieu de l’inondation. L’avantage de ces forts est de soutenir l’inondation en permettant de la franchir pour faire des sorties contre l’ennemi. Une autre inondation doit avoir lieu près de la citadelle. Cette inondation est très-importante, puisqu’elle éloignerait l’ennemi à 15 ou 16,000 toises des chantiers. .

3° Il est un espace entre la citadelle et le fort de. . . . . . . qui ne peut pas être inondé. J’ai ordonné l’établissement d’une lunette qu’il faut achever cette année, et faire un système de fortification qui se lie avec l’inondation et avec la citadelle.

4° La Tête-de-Flandre doit être l’objet d’un travail particulier. Anvers est trop petit pour le rôle qu’il doit jouer. Il est donc nécessaire d’établir une ville sur la rive gauche. Il faut d’abord que le génie achète les terrains de cette rive, et après cela tracer une place de 15 à 1800 toises de tour. Les terrains que je vendrai aux habitants, qui ne pourront s’étendre que de ce côté, m’indemniseront des dépenses qu’occasionneront les travaux des fortifications: une place sur la rive gauche servira d’appui à celle de la rive droite. Il faut qu’elle soit tracée de manière qu’elle puisse se défendre quand même la rive gauche serait au pouvoir de l’ennemi. Enfin viennent les forts, en amont et en aval qui existent déjà et qu’il faut perfectionner. C’est dans cette nouvelle place, qui sera plus près de notre territoire, qu’il faudra placer l’arsenal et les principaux établissements de terre, laissant à la marine les locaux de la rive droite où sont les bassins.

Communiquez ces idées au général Dejean, qui consultera le ministre de la marine et le préfet maritime, afin de faire sur Anvers un travail complet. Anvers vient d’acquérir à mes yeux une importance qu’il n’avait pas. La marine avait toujours nié qu’une escadre armée pût rester à Anvers, tandis que l’expérience a prouvé qu’elle peut en peu d’heures aller de Flessingue à Anvers et d’Anvers a Flessingue. L’expédition anglaise a donc eu cet avantage qu’elle nous a fait sentir l’importance de cette place.

A ce mémoire sur la défense d’Anvers doit se rattacher la défense de l’Escaut. Elle roule sur ces questions:

1e Question. – Si les Anglais ont détruit le bassin de Flessingue, faut-il le rétablir ? Sion peut s’en passer, ce sera d’un grand avantage; ce pays est un vrai cimetière et tout ce qui tendra à en éloigner doit être regardé comme un bienfait

2e Question. – Si les Anglais ont rasé les fortifications de Flessingue, Flessingue est-il la position la plus avantageuse pour bâtir un fort, ou bien celle de Rammekens, qui a l’avantage de défendre l’Escaut oriental, est-elle préférable ?

3e Question. – Le fort de l’île de Cadzand, si important, sous tous les points de vue, un autre fort vis-à-vis Breskens, qui défendrait l’Escaut occidental, un autre fort vis-à-vis Bath, afin que ce fort soit lié au continent, me paraissent être les trois objets essentiels de la défense de l’Escaut.  Ces idées peuvent être imparfaites, mais elles expriment ma volonté de faire de grands travaux à Anvers.

Communiquez cette lettre au ministre de la marine, qui en enverra copie au sieur Malouet (alors préfet maritime d’Anvers) et à l’amiral Missiéssy, pour avoir des idées, précises sur l’Escaut.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au général comte Dejean, ministre directeur de l’administration de la guerre, à paris

Toutes les troupes françaises qui iront en Hollande seront payées et soldées par la Hollande. Si les Hollandais avaient 40,000 hommes comme ils le doivent, et que le Roi, par une économie mal entendue, n’eût pas licencié une partie de son armée, ils n’auraient pas besoin de mon secours.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je reçois la lettre où vous me dites que mon escadre est trop serrée à Anvers et que vous craignez pour elle les coups de vent de l’équinoxe. J’avoue que j’ai trouvé cette question un peu singulière. Puisque les Anglais ont évacué le fort de Bath et ne menacent plus Anvers, mon escadre peut se placer où elle veut. Ce n’est pas à moi à décider où elle doit jeter l’ancre, je ne suis pas pilote. J’ai du faire connaître, au moment du danger, que mon escadre devait se renfermer dans l’enceinte d’Anvers, et que c’était là qu’elle devait périr; mais aujourd’hui que les Anglais fuient, l’escadre ne devrait-elle pas avoir une forte avant-garde en avant de Bath, appuyant la flottille et poursuivant l’ennemi ? Si l’ennemi n’a pas évacué l’île de Walcheren, c’est avec les moyens maritimes qu’on devra la reprendre. J’espère y être moi-même alors. Préparez des moyens de passage pour 15 à 20,000 hommes. Faites passer de Boulogne des chaloupes canonnières, péniches, caïques, etc. Il est ridicule qu’à Anvers je ne puisse faire un pas dans l’Escaut, lorsqu’à Boulogne, avec des chaloupes canonnières, j’étais maître de la mer. Les Anglais ne peuvent penser sérieusement à garder l’île de Walcheren et à avoir des bâtiments mouillés dans l’Escaut, qui m’appartient. Faites filer tous les petits bâtiments que vous pourrez par Gand sur l’Escaut.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au comte Fouché, chargé par intérim du portefeuille de l’intérieur, à Paris

Monsieur Fouché, je ne vous ai pas autorisé à lever des gardes nationales dans toute la France. Cependant on inquiète la population en Piémont, où vous avez écrit qu’il fallait tout préparer pour la levée. Je ne veux pas qu’on lève de gardes nationales dans ce pays. C’est une grande question que celle de savoir s’il faut une garde nationale en Piémont.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez ordre au duc de Rivoli d’envoyer un officier d’état-major intelligent reconnaître les routes, 1° de Znaym à Zlabings; 2° de Budweis à l’intersection des routes entre Zlabings et Neuhaus ; 3° de Hollabrunn à Zlabings. Ces reconnaissances seront accompagnées de croquis, et faites avec soin.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le 8e corps de l’armée d’Allemagne, à Bayreuth

Je vous expédie un officier d’ordonnance pour que vous me fassiez connaître votre situation et que vous accélériez l’armement des Saxons, car voici ce que je calcule. Je suppose que la division Rivaud est composée de deux brigades ou de huit bataillons français, de 6,000 hommes, et d’une brigade de Bavaross et de troupes du prince primat, de 3 000 hommes ; la division Carra Saint-Cyr est composée de quatre bataillons du 22e, de 3,000 hommes et de 6,000 Saxons; ce qui formerait 18,000 hommes d’infanterie. J’ai donné ordre que mon régiment d’infanterie de Berg se rendît à Dresde ; cela formerait un commencement de réserve avec un régiment que pourrait vous fournir le roi de Westphalie. Je compte donc sur 18,000 hommes d’infanterie. Je suppose que vous avez quatre régiments de cavalerie formant 3 à 4,000 chevaux, et que la cavalerie saxonne avec le régiment polonais doit compléter 1,500 à 2,000 chevaux.

Je suppose que vous avez fait réunir l’artillerie du grand-duché de Berg et que vous aurez, avec cette artillerie et, l’artillerie bavaroise et française, trente pièces de canon, et, avec l’artillerie saxonne et celle de la division Saint-Cyr, autant; ce qui vous ferait soixante pièces.

Ainsi je compte que vous avez, 1° infanterie, 18,000 hommes; cavalerie, 5,000; artillerie et sapeurs, 2,000; total, 25,000 hommes; 2° que vous avez le nombre de cartouches nécessaire; que votre artillerie a un approvisionnement et demi, et qu’il y a en outre un approvisionnement à Dresde. Je dois vous faire connaître mes projets sur votre corps d’armée.

Mon intention est que, aussitôt que l’armistice sera rompu, vous réunissiez tout votre corps à Dresde, ce qui doit se faire en moins de six jours de marche, de sorte qu’au commencement des hostilités vous soyez campé sur l’extrême frontière, prêt à vous porter sur Prague, où mon intention est de réunir une armée de 100, 000 hommes dont vous ferez partie. Comme il n’est pas probable que ceci ait lieu avant le 10 octobre, il est possible qu’alors j’aie pu vous renforcer.

Toute l’armée autrichienne est sur Komorn, en Hongrie, à quarante lieues de Vienne en descendant le Danube.

J’ai ordonné à l’intendant général de faire venir du biscuit de Magdeburg et d’en réunir 500,000 rations à Dresde. Je suppose que Dresde est abondamment pourvu de munitions de guerre; Magdeburg pourra d’ailleurs lui en fournir. Enfin je désire que vous me fassiez connaître les ressources que Dresde peut fournir en artillerie pour le siège de Prague, et les moyens de transport du pays. J’ai ordonné que 10,000 fusils, 4,000 mousquetons, 3,000 paires de pistolets et 1,000 sabres soient envoyés de Magdeburg à Dresde, et que de Dresde ces armes fussent dirigées le plus secrètement possible sur Varsovie, pour armer les Polonais. Informez-vous à Magdeburg si cela est parti, et ayez soin qu’à Dresde on fasse filer ces armes le plus secrètement possible et avec précaution sur Varsovie, surtout pour la journée qui passe sur le territoire prussien.

Envoyez des espions à Prague pour me faire connaître la situation de cette place.

Le général d’artillerie Mossel va prendre le commandement de l’artillerie de votre corps.

La forteresse d’Egra n’était pas armée au commencement de la campagne. Les Autrichiens l’ont-ils armée depuis ? Peut-on s’en emparer facilement ? Serait-elle utile ?

Les Autrichiens ont porté toute la guerre en Hongrie.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

J’ai reçu, Monsieur l’Intendant général, la lettre que vous m’allez écrite le 12 de ce mois et les pièces qui y étaient jointes, relativement aux plaintes formées par le gouvernement de la Styrie au sujet des réquisitions illégales qui ont été frappées par des militaires wurtembergeois pendant le temps que ce corps de troupes a séjourné dans cette province. Je viens d’écrire au général Vandamme pour lui témoigner tout le mécontentement de l’Empereur sur des actes aussi répréhensibles; je le charge de faire punir les coupables et de prendre des mesures sévères pour réprimer de semblables abus

Le prince de Neuchâtel, major général, ALEXANDRE

Je vous renvoie les pièces qui étaient jointes à votre lettre.

 

Schönbrunn, 14 septembre 1809

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin

Mon Cousin, je vois avec plaisir que le Pape donne des bénédictions et se porte bien à Savone. Je vous ai écrit d’y envoyer Salmatoris et de ne rien négliger de ce qui peut contribuer à l’agrément de la vie de ce vieillard. Je ne veux pas qu’il ait l’air d’être en prison.

La garde qu’on a donnée au Pape doit avoir l’apparence d’une garde d’honneur. Je désirerais même qu’il y eût à la tête un officier général. Vous pourriez y envoyer le général César Berthier, qui fera les fonctions de gouverneur de la maison du Pape. Il aurait sous ses ordres le commandant de la gendarmerie, qui serait logé dehors. Vous pouvez aussi envoyer un chambellan ou un de vos aides de camp pour complimenter le Pape et s’informer de lui si rien ne lui manque.

 

Schönbrunn, 15 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 14. J’avais espéré que ma note ne serait arrivée qu’après que les plénipotentiaires autrichiens vous auraient fait connaître ce qu’ils avaient à dire sur la Galicie; je crains que votre explication ne les en empêche. Il est vrai que j’ai très bien accueilli M. de Bubna, que je lui ai dit tout ce qu’il rapporte; mais il ne dit pas tout. M. de Bubna m’a parlé, de la part de l’empereur, du chagrin que lui donnent les conférences d’Altenburg et du mécontentement que cela lui donnait contre M. de Metternich. Je l’ai confirmé dans ce mécontentement en disant qu’il agissait comme aux traités de Münster ou de Westphalie; qu’à ce train cela durerait plusieurs années; que je me trouvais dans une bonne position, puisque je mangeais et buvais à leurs dépens, tandis que leur position était déplorable; que j’avais peine à comprendre la politique de leur cour dans cette circonstance; que ma position était inexpugnable, et qu’en faisant la guerre ils étaient perdus; qu’ils avaient fait une grande faute en mécontentant le prince Charles, qui est leur meilleur général; que le prince de Liechtenstein est une tête d’alouette, que le général Bellegarde ne voit pas clair, mais que le prince Charles est un homme sage, qui était aimé de leurs troupes et avait leur confiance. J’ai ajouté que je ne désire rien de l’Autriche; que je sens que tout leur est utile; que la Galicie est hors de ma position; que Trieste n’était bon pour moi que pour l’anéantir, puisque j’ai Venise; qu’il m’est indifférent que la Bavière ait un million de population de plus ou de moins; que mon véritable intérêt était de séparer les trois couronnes, ou de faire une alliance intime avec la Maison régnante; que la séparation des trois couronnes n’était proposable qu’en se battant encore, et que c’était une fâcheuse extrémité que de se battre et répandre encore du sang; que l’intime alliance avec l’empereur actuel était difficile, parce que, quoique rempli de bonnes qualités, il est toujours de l’opinion du dernier qui lui parle; que ce prince, qui en Moravie s’était mis à ma discrétion et qui ensuite m’avait fait la guerre sans me prévenir et avec des formes si extraordinaires, ne pouvait plus m’inspirer une confiance illimitée; de là, la nécessité de prendre des mesures pour assurer mes principaux intérêts (j’entendais par là la réunion de la Dalmatie à l’Italie) ; que j’avais dit au prince de Liechtenstein, que je l’avais dit et répété à qui voulait l’entendre: que l’empereur cède le trône au grand-duc de Würzburg, je restitue tout à l’Autriche sans rien exiger; que cependant je sentais que cette proposition n’était pas faisable, M. de Bubna m’a arrêté là, en me disant que l’empereur n’était pas éloigné de faire ce sacrifice, puisqu’il était utile à ses peuples. Je lui ai répondu que j’accepterais; que la base mise en avant aux négociations d’Altenburg n’était pas de rigueur; que l’uni possidetis était pire que la séparation des trois couronnes et destructif de la monarchie; que je consentirais à ce que l’Autriche ne fit qu’une perte égale à celle qu’elle a faite à Presbourg; que trois on quatre millions de population étaient tout ce que je demandais.

Vous comprenez donc le sens et l’esprit de ma conversation. Faites-là connaître à M. de Metternich pour qu’il n’en ignore pas, et insinuez-lui que, si l’empereur actuel voulait laisser le trône au grand-duc de Würzburg, pour une raison quelconque (on dit, par exemple, qu’il est dégoûté), je laisserais entière la monarchie. Je désire peu de chose d’elle; mais, comme on ne peut faire cette proposition aux plénipotentiaires de l’empereur François, ils trouveront ma pensée dans ma lettre (voir plus loin) à leur maître, dont je vous envoie copie.

 

Schönbrunn, 15 septembre 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, il faut presser les négociations tant que vous pourrez. Demain au soir mettez dans le protocole la déclaration suivante:

« S. M. l’Empereur d’Autriche ayant fait connaître à l’Empereur mon maître la peine qu’il avait du peu de progrès des négociations, et en même temps qu’il considérait la base de l’uti possidetis comme destructive de sa monarchie, S. M. l’Empereur mon maître, voulant donner à l’Empereur d’Autriche une preuve du désir qu’il a de lui être agréable, et contribuer autant qu’il dépend de lui à mettre une prompte fin aux maux de la guerre qui affligent les peuples, et spécialement cette bonne nation autrichienne, a chargé le soussigné de déclarer : 1° qu’il renonce à la base de l’uti possidetis ; 2° qu’il est prêt à conclure sur la base d’une cession de population de 1,600,000 âmes sur les frontières de l’Inn et de l’Italie, et de deux millions en Galicie à partager entre le roi de Saxe et la Russie. Sa Majesté a fait connaître ces bases à la Russie. C’est là le dernier terme auquel Sa Majesté puisse condescendre, et il n’échappera pas aux plénipotentiaires autrichiens que cette modération étonnera l’Europe, qu’on ne pourra croire que Sa Majesté, lorsqu’elle est maîtresse d’une population de près de neuf millions d’habitants et des plus belles provinces de la monarchie autrichienne, se restreigne à si peu; cela est sans exemple. Le roi de Prusse Frédéric obtint dans la guerre de Sept-Ans, par la cession de la Silésie, deux millions de population et la province la plus riche de l’Autriche, sans cependant avoir d’autres avantages qu’une ou deux batailles gagnées; enfin l’Autriche elle-même, sans victoire et sans aucun événement en sa faveur, a pu se faire céder, par le seul partage de la Pologne, cinq millions de population. L’Empereur mon maître a lui-même fait connaître à l’empereur d’Autriche que cette base était son ultimatum. Il reste actuellement aux plénipotentiaires autrichiens à mettre fin à une position provisoire, si fâcheuse pour la Maison d’Autriche, en travaillant à conclure promptement le grand œuvre de la paix. »

 

Schönbrunn, 15 septembre 1809, deux heures après midi

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Je me rends  à Brünn; je désire que vos courriers passent par Presbourg et de là suivent la ligne de nos postes jusqu’à Brünn.

 

Schönbrunn, 15 septembre 1809

Au comte Gudin, ministre des finances, à Paris

Je reçois votre lettre du 8. Vous aurez reçu mon décret qui ordonne que 200,000 francs seront mis à la disposition du ministre des cultes pour pourvoir à toutes les dépenses de la maison du Pape et à l’entretien des cardinaux et généraux d’ordre que j’ai fait venir à Paris.

Comme l’État romain pourrait tarder à verser les sommes nécessaires, le ministre du trésor public peut avancer  2 ou 300,000 francs, pour que le Pape ne manque de rien et pour payer les traitements des prélats, selon le compte que me rendra le ministre des cultes et les ordres qu’il donnera.

 

Schönbrunn, 15 septembre 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Le préfet de police m’a envoyé un rapport sur des individus qu’il a fait arrêter, dans lequel se trouvent compromis plusieurs invalides. Il paraîtrait que, dans les conférences qui se tiennent à Saint-Sulpice, les prêtres se conduisent mal et excitent le cagotisme (Cagot est un terme tout à fait injurieux, exprimant une dévotion suspecte à double titre, soit parce qu’on la trouve agressive et offensante, soit parce qu’on ne la croit pas sincère). Il est convenable que vous insinuiez sans bruit aux vicaires de Paris, si les conférences ont lieu, de les ajourner jusqu’à l’Avent, et, dans cet intervalle, de leur faire bien comprendre que je ne veux plus tolérer ces conférences. Si elles ne se tiennent plus, conseillez-leur sur-le-champ de ne pas les laisser renouveler, car je n’entends pas qu’elles aient lieu davantage. Je vous ai écrit aussi que je ne voulais pas de missions, ni françaises, ni étrangères.

 

Schönbrunn, 15 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je désire que vous preniez des mesures pour que, s’il n’y a rien de nouveau au 1er octobre, les gardes nationales soient réduites à cinq divisions, formant 30,000 hommes, et que le reste soit licencié. Dans ces 30,000 hommes je ne comprends pas les gardes nationales du général Rampon, qui étaient destinées à garder Boulogne; elles sont, je crois, de 6,000 hommes.

Ainsi, au 1er octobre, vous aurez 6,000 hommes à Boulogne et pour garder Saint-Omer, et 30,000 hommes entre Gand et Anvers ce qui avec le corps de Reille, comme je l’ai organisé, fera une force de 50,000, suffisante pour mes projets. Ainsi donc, au 1er octobre, je ne payerai que 36,000 hommes ou six divisions de gardes nationales.

Vous pouvez l’appeler au Sénat le général d’Aboville.

Vous composerez cette organisation de toutes les gardes nationales que vous avez, en faisant passer des revues de rigueur et renvoyant tout ce qui est hors d’état de faire un service.

Prenez des mesures pour faire recruter les tirailleurs à Paris. Vous devez avoir donné l’ordre pour faire revenir les compagnies que ce corps de la Garde avait à Strasbourg et à Metz.

Je vous recommande de faire travailler avec la plus grande activité aux forts de Cadzand, de Lillo et de Bath.

Je suppose que les Anglais évacueront incessamment Flessingue.

 

Schönbrunn, 15 septembre 1809

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Si les hostilités recommencent, il est possible que je vous envoie avec votre corps d’armée pour conquérir la Bohème. Je désire que vous ramassiez tous les plans et renseignements de Prague, qu’il s’agirait de prendre, et que vous me fassiez bien voir les chemins qui de Znaym arrivent à Zlabings pour continuer sur Neuhaus et Tabor, et ceux qui passent par Iglau, Pilgram et de là joignent la route de Tabor à Prague. Indépendamment de votre corps, il serait possible que, selon les circonstances, je misse sous vos ordres le corps du duc de Danzig, qui partirait de Linz, et celui du duc d’Abrantès, qui partirait de Dresde; ce qui vous formerait une armée de 80,000 hommes.

 

Schönbrunn, 15 septembre 1809.

A François II (sic), empereur d’Autriche, à Dotis

Monsieur mon Frère, le cœur de Votre Majesté Impériale souffre des maux qui pèsent sur cette nation, aussi recommandable par la loyauté que par la franchise de son caractère. De toutes les calamités, la guerre est la première : malheur à ceux qui la provoquent ! Le sang et les larmes des infortunés qu’elle fait retombent sur eux.

La base de l’uti possidetis (principe de droit international par lequel les belligérants d’un conflit conservent leur possession à la fin dudit conflit, nonobstant les conditions d’un traité) est considérée par Votre Majesté comme destructive des principes de sa monarchie; cela étant, Monsieur mon Frère, j’y renonce, et je suis prêt à faire la paix avec Votre Majesté, moyennant une cession sur la frontière de l’Inn et sur celle de l’Italie, équivalente à l ,600,000 âmes, et la cession de moins de la moitié de la Galicie au roi de Saxe et à l’empereur de Russie. Il n’échappera point à Votre Majesté que, dans ce sacrifice de trois millions et quelques cent mille âmes que je lui propose, je ne réserve pour moi que ce qui est nécessaire pour lier la Dalmatie avec mes autres Etats d’Italie et me trouver à même de pouvoir veiller à ce qu’il ne se fasse rien, à la Porte, de contraire aux intérêts de mes peuples. Dans la faiblesse actuelle de mes moyens maritimes, résultant des quatre guerres que j’ai été oblige de soutenir contre l’Autriche, je n’ai plus d’autre moyen d’influer sur l’équilibre de la Méditerranée. Je ne puis donner à Votre Majesté de preuve plus évidente de mon désir de faire quelque chose qui lui soit agréable, que de me désister sur-le-champ de la base de l’uti possidetis, qui comprenait neuf millions de population, pour me réduire à ce que je crois l’ultimatum de ce qu’il m’est permis de faire, sans encourir les reproches de ma nation et sans manquer aux mânes de ceux des miens qui, par le sacrifice de leur vie, ont mis mes armes dans la situation prospère où elles sont.  Une fois la paix rétablie entre nous, il ne dépendra que de Votre Majesté de resserrer les liens entre nos Etats. Ce résultat aurait déjà pu être obtenu après la paix de Lunéville, ce qui aurait évité à nos sujets bien des malheurs, et à vous, Monsieur Mon frère, bien des mauvais moments. Mais les manèges de ces politiques qui feignent sans cesse des craintes pour l’avenir, afin de seconder la tyrannie et le monopole présents du gouvernement anglais, ont toujours jours triomphé à la cour de Votre Majesté. Veuille le bon génie du continent que ce soit enfin pour la dernière fois !

J’ai dit ma pensée tout entière à Votre Majesté Impériale, et, si elle donne des ordres conformes à cette base, la paix peut être la suite de peu de conférences.

 

Schönbrunn, 19 septembre 1809

Au prince de Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Je viens de rester cinq à six jours en Moravie, et j’ai vu plusieurs corps. J’arrive ce soir à Schönbrunn. Ma santé est toujours fort bonne.

 

Schönbrunn, 20 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, voici diverses dispositions qui ont pour objet le recrutement de l’armée d’Espagne.

Cavalerie. – Réunissez sur-le-champ à Versailles tout ce que les 10e, 22e, 5e et 27e de chasseurs peuvent fournir Je désire que vous en formiez un régiment de marche de 5 à 600 chevaux.

Je désire que vous réunissiez également tout ce que les 1er, 2e, 3e, 4e et 10e de hussards peuvent avoir de disponible, qui sera dirigé sur Versailles pour en former un second régiment de marche.

Je désire de plus que vous fassiez un travail avec le ministre Dejean, pour fournir sur-le-champ les fonds et prendre les mesures nécessaires pour monter tous les hommes à pied que ces régiments ont à leurs dépôts et en Espagne. Vous savez que j’ai fait revenir d’Espagne environ 3 à 4,00 hommes de ces régiments; on n’a gardé que les chevaux; les hommes ont été renvoyés aux dépôts.

Faites-moi connaître la situation des six régiments provisoires de dragons. Aussitôt que chacun de ces régiments sera parvenu à l’effectif de 1,000 hommes et de 1,000 chevaux, mon intention est que le surplus soit réuni à Versailles et formé en plusieurs régiments de marche pour recruter mon armée d’Espagne. Cependant, avant d’exécuter ces dernières mesures, vous me mettrez sous les yeux la situation des différents dépôts de dragons en hommes et en chevaux et l’aperçu de ce qu’ils pourraient faire partir le 15 octobre prochain.

Tous les détachements appartenant aux neuf régiments de chasseurs ou hussards dont il est question ci-dessus, et qui se trouvent au Nord ou qui y auraient été envoyés par suite de l’invasion des Anglais, doivent être dirigés sur Versailles.

Infanterie. – J’ai ordonné que 9,000 conscrits fussent dirigés sur les huit régiments qui sont dans la 11e division militaire, savoir : les 114e, 115e, 116e, 117e, 118e, 119e, 120e et 31e. Ainsi j’espère que ces huit dépôts pourront, vers la fin d’octobre, former un bon régiment de marche de 3,000 hommes.

Faites-moi connaître ce que je pourrai tirer, au 15 octobre, des 26e, 66e et 82e régiments pour l’Espagne. En retirant toutes les garnisons de l’île d’Aix et de l’île d’Oléron, pourrai-je en former une division de 8,000 hommes ?

Pourrai-je également tirer 4,000 hommes de la 13e division militaire, soit de la 1re et de la 2e demi-brigade provisoire de réserve, soit des garnisons de Belle-Isle et de Brest.

Je désire réunir ainsi un corps de 16,000 hommes, savoir: 8,000 hommes des 26e, 66e et 82e; 4,000 hommes des 70e, 15e, 47e et 86e, et 4,000hommes des 31e,  114e, 115e, 116e, 117e, 118e, 119e et 120e régiments, et des régiments polonais.

Artillerie. – Le personnel de l’artillerie, en Espagne, doit être assez considérable. Le matériel doit avoir été rétabli, puisqu’on ne manque ni de fer, ni de bois, ni d’ouvriers en Espagne. Cependant je désire que vous me fassiez connaître ce que vous avez à Bayonne en fusils, poudre, cartouches, affûts, boulets et caissons.

Présentez-moi un projet pour acheter 1,000 mulets harnachés et les faire servir par tout ce qu’il y aurait de disponible dans les dépôts des bataillons du train qui servent en Espagne. Ces 1,000 mulets partiraient de Bayonne et porteraient les boulets et tout ce qui serait nécessaire pour réparer l’artillerie de l’armée d’Espagne. Il ne faut pas faire connaître cette mesure en Espagne, mais au contraire leur recommander de se procurer tout ce qu’ils pourront.

Je désire donc former de cette manière un corps de 20,000 hommes, composé de 16,000 hommes d’infanterie et 4,000 hommes formés tant par les régiments de hussards, de chasseurs et de dragons qu’on réunira à Versailles, que par les hommes du train des équipages militaires, etc., qui seront rassemblés à Bayonne. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Schönbrunn, 20 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je me décide à appeler 30,000 conscrits sur les années antérieures. Mon intention est que vous prépariez un rapport là-dessus. Ces conscrits sont destinés à remplir les 4e bataillons.

 

Schönbrunn, 20 septembre 109

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je suppose que vous avez réarmé mes vaisseaux d’Anvers et que vous avez donné l’ordre à l’amiral Missiéssy de se porter avec ma flottille pour balayer l’Escaut, en lui donnant carte blanche, et que ma flottille de Boulogne file sur Anvers. A présent que les Anglais m’ont fait connaître le secret de l’Escaut, sur lequel vous aviez tant de doutes, mon intention est de transporter ma flottille à Anvers.

 

Schönbrunn, 20 septembre 1809.

Au comte Fouché, chargé par intérim du portefeuille de l’Intérieur, à Paris

Je reçois votre lettre. Si les chevau-légers doivent exister, le colonel Ségur doit les commander. On a eu tort de nommer un commandant supérieur. Le commandant des chevau-légers ne peut être un homme qui n’a pas fait la guerre.

Je vous ai mandé que, si l’on avait promis aux chevau-légers de ne pas aller à l’armée, c’était une chose honteuse. Si on leur a laissé l’espoir de me garder, c’est une mauvaise chose. Je ne vois là que des jeunes gens qui dépensent de l’argent sans raison. Ils sont moins propres que d’autres à faire le métier de gendarmes. Je ne vois pas de difficulté que, sous couleur que l’expédition est terminée, ou même sans prétexte ni raison, vous laissiez éteindre cela insensiblement; aussi bien on dit qu’ils ne sont pas cent. Une pareille formation n’aurait pu être supportable qu’autant qu’il y aurait eu un régiment.

 

Schönbrunn, 20 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, écrivez au général Saint-Germain que je passerai bientôt la revue de sa division, et que si les livrets ne sont pas en règle et si la solde, gratification et tout ce qui revient au soldat, ne lui est pas payé, je lui en témoignerai mon mécontentement. Vous ferez connaître aux colonels que je suis peiné de l’administration peu paternelle qu’ils exercent dans leurs régiments et du peu de soin qu’ils prennent à faire donner au soldat tout ce qui lui appartient.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 20 septembre 1809

ORDRE.

  1. ARTILLERIE DES CORPS.

Le général commandant l’artillerie prendra les mesures convenables, 1° pour que le 3e corps ait neuf pièces de 12 , que le 11e corps en ait six, et que l’armée d’Italie en ait douze; 2° pour que le 2e corps ait soixante bouches à feu; à cet effet les douze pièces de 6 qui sont aux régiments seront données aux divisions; ce qui portera le nombre des pièces de 6 à quarante-deux; et il sera donné aux régiments du 2e corps douze pièces de 3 ou de 4; 3° pour que la réserve de cavalerie soit organisée à quarante-huit bouches à feu ou huit batteries, chacune de deux obusiers et de quatre pièces de 6 ou de 8, l’intention de Sa Majesté étant que les obusiers soient complétés à la réserve de cavalerie; 4° pour qu’il soit donné deux pièces de 4 ou de 3 au régiment de Nassau, et deux au régiment de Saxe faisant partie de la division que commande le général Rouyer.

ARMEMENT DES PLACES

1° Quatre pièces de 24 seront tirées des places de Bavière pour être envoyées à Passau, et les quatre pièces de 24, qui sont à Passau partiront sans délai pour Vienne, pour servir à l’armement de la place. On fera venir de Passau à Vienne les obusiers et autres pièces dont on a besoin, en ayant l’attention cependant qu’il reste à Passau au moins soixante pièces , sans comprendre la citadelle.

2° L’armement de la place de Raab sera porté à quarante-quatre bouches à feu. En conséquence, une pièce de 18, une de 12 et quatre de 6 seront tirées de Gratz et partiront sans délai pour Raab par des relais; cinq pièces de 18 en fer et sept pièces de 6 seront embarquées à Vienne dans la journée de demain pour être envoyées à Raab; ce qui complétera l’armement de cette place à quarante-quatre bouches à feu, approvisionnées chacune à sept ou huit cents coups, boulets ou mitraille; quatre mille boulets de 12 seront également envoyés de Gratz à Raab.

Le général commandant l’artillerie enverra·un officier général d’artillerie inspecter l’artillerie de la place de Raab, s’assurera de toutes les précautions nécessaires pour mettre les magasins à l’abri de la bombe, et qu’il y a la quantité de poudre, artifices, etc., nécessaire. Ce poste est le plus important de l’armée. Cet officier général sera chargé de prescrire le placement des pièces et de faire garnir la première ligne des ouvrages avancés.

3° Il sera tiré de Laybach neuf pièces de canon, qui seront dirigées sur Klagenfurt.

4° Il sera tiré de Passau six pièces de 12 en fer et neuf pièces de 6 également en fer, qui seront dirigées sur la tête de pont de Linz pour porter l’armement de ce poste à dix-huit bouches à feu.

III. PERSONNEL

Le général d’artillerie donnera des ordres pour qu’il y ait à Raab, indépendamment d’un officier supérieur d’artillerie, un officier chargé de la direction de l’arsenal de la ville, quelques ouvriers et toujours 180 canonniers présents, moitié français et moitié italiens, et au moins six officiers de compagnie.

  1. REDOUTES DE SPITZ.

Avant le 1er octobre toutes les redoutes du camp de Spitz seront armées à raison d’une pièce de 6 par redoute. Une même compagnie d’artillerie sera chargée du service de ces pièces et de la conservation et garde des magasins, sous la direction du capitaine commandant la compagnie.

  1. RÉSERVE DE CAVALERIE.

Il y aura un parc pour la réserve de la cavalerie, qui contiendra cent coups à tirer par pièce de la réserve. Chaque batterie d’artillerie légère à la suite de la cavalerie n’aura pas moins de deux cents coups à tirer par pièce; ce qui avec les cent du parc fera trois cents.

 

Schönbrunn, 20 septembre 1809

DÉCISION

M. Bigot de Préameneu, ministre des cultes, envoie à l’Empereur un rapport relatif à diverses allocations pour les missions du Levant. Je ne veux plus de missions.

 

Schönbrunn, 21 septembre 1809, dix heures du matin

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, nous voilà au 20; ma lettre à l’empereur est du 15; je pense que demain vous saurez à quoi vous en tenir sur les dispositions des plénipotentiaires. Aussitôt qu’on m’aura traduit les journaux anglais, que j’ai jusqu’au 1er septembre, je vous les enverrai. Vous devez faire remarquer aux plénipotentiaires autrichiens que la différence de ce que j’ai écrit à l’empereur à ce que vous avez mis dans les protocoles est de 1,200,000 âmes ; c’est-à-dire que je demandais: en Bohème, 400,000 âmes; dans la haute Autriche et sur l’Inn, 800,000  sur la frontière d’Italie, 1,500,000; ce qui faisait un total de 2,700,000 âmes. Je n’en demande plus que 1,600,000; c’est donc plus d’un million que je cède, joint à la renonciation de la base de l’uti possidetis. Vous savez que ce que je veux, c’est le cercle de Villach, la Carniole et la ligne de la Save, que je n’évalue qu’à 1,200,000 âmes ; les enclaves autour de Dresde, 30,000; Salzburg, l’Innviertel et une ligne qui éloigne l’ennemi de Passau, que j’évalue à 400,000.

Les Autrichiens ont envoyé à Londres un courrier qui y est arrivé le 1er septembre. Les Anglais, comme on l’avait prévu, ont un nombre infini de malades. Vous verrez dans les journaux anglais des lettres du général Wellesley dans lesquelles il tâche de justifier son expédition d’Espagne.

Je suppose que la proposition de céder une partie de la Galicie, depuis la Vistule jusqu’au Bug, renferme le projet tacite de céder depuis la Vistule jusqu’à la Pilica, ou l’intention de proposer cela en échange du Tyrol ou de l’Istrie.

M. de Metternich vous a dit que, si la monarchie restait indépendante, l’empereur céderait volontiers sa couronne; si c’est pour savoir si la monarchie ferait partie de la Confédération du Rhin, vous pouvez lui dire, et l’occasion s’en présentera souvent, que, si l’empereur veut abdiquer en faveur du grand-duc de Würzburg, je livrerai le pays tel qu’il est, avec son indépendance actuelle, et je ferai une alliance avec lui qui nous mettra à même de finir les affaires du continent. Comme j’ai confiance dans le caractère et le bon esprit du grand-duc de Würzburg, je considérerai le repos du monde comme assuré par cet événement. Vous direz que j’ai foi dans la moralité de l’empereur, mais qu’il n’a aucune volonté; qu’il est toujours de l’opinion du dernier qui lui parle, et que ceux qui auront toujours de l’influence sur lui sont Balducci el Stadion. Il est certain que cette dernière manière de s’arranger me conviendrait assez; et, si elle ne peut pas avoir lieu, il est toujours bon d’en parler comme d’une preuve du peu d’intérêt que nous avons à affaiblir la monarchie.

 

Schönbrunn, 21 septembre 1809, onze heures du soir

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-jointe la lettre que me répond l’empereur. Je ne sais pas comment on fait dire à ce prince de pareilles bêtises; il faut que MM. de la cour de Dotis n’aient aucune notion de géographie. Je suppose que vous n’aurez pas manqué d’en faire l’observation à M. de Metternich. Ce que vous avez demandé dans le protocole était : Salzburg et la haute Autriche, 850,000 âmes; la Carniole et une ligne de la Carniole à la Save, 1,400,000 ;les cercles de Bohême, 400,000; total, 2,650,000 âmes. Par mon ultimatum je demande 1,600,000 âmes; c’est donc un million de moins. Et cependant l’empereur dit dans sa lettre que mes premières propositions n’étaient que de 1,600,000 âmes. Vous savez que j’entends renoncer aux 400,000 âmes des cercles de Bohème, à 400 000 âmes du côté de l’Inn, enfin, pour dernier sacrifice, au cercle de Klagenfurt, valant 200,000 âmes. C’est donc un million de différence entre vos propositions et mon ultimatum. Je suppose que cette nuit je recevrai votre protocole. Je vous écrirai demain pour la conférence du 23.

 

Schönbrunn, 21 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il y a beaucoup de désordre dans les gardes nationales. Mon intention n’a jamais été d’en lever plus de 30,000, sans y comprendre la division du général Rampon. Voici comment je désire que les gardes nationales soient organisées. Elles formeront cinq divisions; chaque division sera composée de dix bataillons, le bataillon formé à six compagnies, la compagnie forte de 140 hommes, de sorte que la force de chaque bataillon soit de 840 hommes, et celle totale de chaque division de 8,400 hommes.

1e Division ou division d’élite. – La 1e division ou division d’élite sera commandée par le général Rampon; elle fera partie de l’armée du Nord et sera réunie à Anvers ou aux environs. Elle sera composée des mêmes troupes qui la forment aujourd’hui et portée à 8,4.00 hommes.

2e Division. – La 2e division sera commandée par le général Lamarque; elle fera également partie de l’armée du Nord et se réunira à Anvers. Elle sera composée de dix bataillons, dont deux des Ardennes, deux de la Marne, un de la Meuse, un de la Haute-Marne, deux de la Moselle, deux de la Meurthe.

3e Division. – La 3e division sera commandée par le général Soulès; elle fera également partie de l’armée du Nord et se réunira à Gand. Elle sera composée de sept bataillons du Nord et de trois bataillons de la Somme; total, dix bataillons.

4e Division. – La 4e division sera commandée par le général Latour-Maubourg; elle se réunira à Saint-Omer et sera composée de dix bataillons, dont cinq du Pas-de-Calais, deux de l’Aisne, deux de l’Oise, un de Seine-et-Marne.

5e Division. – La 5e division sera commandée par le général Gouvion Saint-Cyr; elle se réunira à Lille et sera composée de dix bataillons dont deux de Seine-et-Oise, trois de la Seine Inférieure, un des Vosges: un de l’Yonne, un de l’Aube, un d’Eure-et-Loir, un du Loiret.

Le commandement du duc de Conegliano comprendra donc les 4e et  5e divisions de gardes nationales, formant 16,000 hommes environ.

Le duc d’Istrie, commandant l’armée du Nord, aura sous ses ordres les trois premières divisions de gardes nationales, formant 24,000 hommes; ce qui, avec les deux divisions du général Reille, portera cette armée à 40,000 hommes. J’aurai donc plus de 60,000 hommes dans le Nord, prêts à s’opposer à toute expédition qui serait tentée de ce côté.

Les sénateurs Rampon, Soulès, Latour-Maubourg et Gouvion Saint-Cyr y auront chacun le commandement d’une division.

Les sénateurs d’Aboville et Vaubois rentreront au Sénat.

Ainsi, les cinq divisions de gardes nationales exigent cinq généraux de division, dix généraux de brigade et quarante-deux majors. On ne porte que quarante-deux majors, parce que la division Rampon a déjà les siens.

Les 8,000 hommes de la division Rampon sont déjà habillés. Ce sera donc 30,000 gardes nationales qui resteront à habiller.

Il faudra les composer, le plus possible, d’hommes jeunes, vigoureux et qui aient grande vocation pour l’état militaire.

P. S. Il est possible qu’il soit nécessaire de faire quelques changements a cette organisation; vous êtes autorisé à les faire; mais éloignez-vous-en le moins possible, et envoyez-moi un projet de décret pour la régulariser définitivement.

Le général Olivier sera spécialement chargé du commandement de l’île de Cadzand, et le général Soulès lui fournira les troupes nécessaires à cet effet. .

Il ne vous échappera pas que 840 hommes étant l’effectif de chaque bataillon, il n’y aura jamais en bataille plus de 600 hommes; une brigade, étant de cinq bataillons, ne sera donc que de 3,000 hommes présents sous les armes, et une division que de 6,000 hommes. Ces cinq divisions feront donc 30,000 hommes présents sous les armes et 40,000 hommes effectifs.

 

Schönbrunn, 22 septembre 1809, midi

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 21, avec le protocole de la séance du même jour. Votre réponse ne me paraît pas avoir le caractère particulier que doit avoir ce qui vient de notre part. Il faut leur laisser le rabâchage et les bêtises. D’ailleurs, cette réponse ne remplit pas mon but. Il faut en faire une seconde conçue dans les termes de la note ci-jointe.

P. S. Cet exemplaire étant le premier dicté, il y a beaucoup de choses de style à arranger; je vous laisse ce soin.

 

NOTE.

Le soussigné a transmis à l’Empereur, son maître, le protocole de la séance du 21 et a reçu ordre de faire la réponse suivante aux observations des plénipotentiaires autrichiens.

Les bases contenues dans le protocole du… .. sont l’ultimatum de l’Empereur, duquel il ne saurait se départir. En mettant les 1,600,000 âmes sur la frontière de l’Inn et sur la frontière d’Italie, Sa Majesté a cru faire une chose agréable à l’Autriche, en la laissant maîtresse de faire elle-même les coupures en consultant les localités et ses convenances. Mais c’est un caractère particulier de la négociation que tout ce qui est fait dans le sens de l’avantage de l’Autriche, et imaginé pour diminuer les charges qui lui sont demandées, est considéré dans un sens inverse, soit que les plénipotentiaires autrichiens n’y veuillent pas réfléchir, soit qu’il soit dans leur volonté de s’attacher à tout ce qui peut contrarier la marche de la négociation.

Ainsi donc Sa Majesté a fait une chose plus avantageuse à l’Autriche, lorsqu’elle a demandé 1,600,000 âmes sur la frontière de l’Inn et sur celle d’Italie à classer selon le désir des plénipotentiaires autrichiens, que si, en marquant elle-même les limites de ces l,600,000 âmes, elle se fût exposée à froisser davantage les intérêts de l’Autriche.

Une autre assertion non moins singulière est celle par laquelle les plénipotentiaires autrichiens prétendent que Salzburg, la haute Autriche, la Carinthie, la Carniole, le littoral et la partie de la Croatie au midi de la Save, ne renferment qu’à peine 1,600,000 habitants.

Par cette maligne interprétation, on veut persuader à l’empereur François que l’empereur Napoléon ne lui fait aucune concession, que la confiance qu’il a montrée en lui a été en pure perte, et par là les ministres qui dirigent les affaires montrent leur mauvaise volonté.

Salzburg, la haute Autriche, la Carinthie, la Carniole, la Croatie depuis la Save, forment une population de 2,200,000 habitants; le cercle de Bohême, 400,000 ; c’est donc 2,600,000 habitants qui ont été demandés. En demandant ces 2,600,000 habitants, on n’avait pas renoncé à la base de l’uti  possidetis. D’un seul coup Sa Majesté a fait d’immenses concessions, a renoncé à la base de l’uti possidetis et a déclaré qu’elle se contentait de 1,600,000 âmes, au lieu de 2,600,000, faisant par là une concession d’un million. Sa Majesté a déclaré de plus que ces l,600,000 âmes seraient réparties, comme le désiraient les plénipotentiaires autrichiens, entre les frontières de l’Inn et de l’Italie; ce qui veut dire (puisque enfin il faut s’expliquer et que les plénipotentiaires autrichiens, en se plaignant que la négociation ne marche pas, s’attachent à ne vouloir rien comprendre) que Sa Majesté se réduit à 400,000 âmes sur l’Inn: elle en avait demandé 800,000; qu’elle se contente de 1,200,000 habitants sur la frontière d’Italie : elle en avait précédemment demandé 1,400,000; ce qui donne dom une concession de 600,000 âmes, indépendamment de la renonciation des 400,000 des cercles de Bohème.

En demandant 400,000 habitants sur l’Inn au lieu de 800,000, l’Autriche réacquiert la frontière de l’Enns , celle de la Traun, la ville de Linz et la plus grande partie de la Haute Autriche. En ne demandant que 1,200,000 âmes du côté de l’Italie, Sa Majesté renonce au cercle de Klagenfurt.

Voilà ce que les plénipotentiaires autrichiens auraient facilement pu comprendre, s’ils cherchaient à faciliter la négociation et à s’entendre au lieu de s’exciter et de s’aigrir. Les plénipotentiaires autrichiens menacent toujours de la reprise des hostilités; ce langage n’est rien moins que pacifique, et l’avenir prouvera, comme l’expérience l’a prouvé plus d’une fois, à qui sera funeste le renouvellement des hostilités. Jamais on ne vit dans une négociation déployer moins de dextérité, d’esprit conciliant et d’aménité. Le rôle paraît renversé.

Les plénipotentiaires autrichiens seuls méritent le reproche de ne pas faire un pas, de mettre des entraves à tout, de se permettre sans cesse le reproche que le plénipotentiaire français n’avance pas, de faire toujours voir la férule levée et d’avoir sans cesse la menace à la bouche ; voilà ce que tout homme impartial verra dans les protocoles, et les braves nations gémiront de voir leurs affaires traitées de cette singulière manière.

Il ne reste plus au soussigné qu’à réitérer que la proposition faite par Sa Majesté l’Empereur, son maître, est une cession de 1,600,000 âmes, telle qu’elle est de nouveau expliquée dans la présente note; que l’intention de Sa Majesté est de maintenir toujours en faveur des plénipotentiaires autrichiens la faculté de répartir ces 1,600,000 âmes entre les frontières susmentionnées, comme cela leur paraîtra le plus convenable, et d’admettre, pour que le commerce des États de la Maison d’Autriche n’éprouve aucune gêne, toutes les modifications compatibles avec la base générale ,qui est le seul et unique intérêt de la France, la continuité de jonction de la Dalmatie avec les États d’Italie.

 

Schönbrunn. 23 septembre 1809

A François II, (sic), empereur d’Autriche, à Dotis.

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté Impériale, que m’a remise son aide de camp le général de Bubna.  Je ne pourrais y répondre  qu’en en écrivant une fort longue à Votre Majesté. Je la prie donc de permettre que je m’en rapporte a ce que lui dira son aide camp, que j’ai entretenu plusieurs fois.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au comte Maret, ministre secrétaire d’État, à Schönbrunn

Vous trouverez ci-jointe ma réponse à l’empereur que remettrez au général Bubna. Je vous en envoie la copie pour que vous la lui lisiez. Vous lui direz que j’avais d’abord fait une lettre de trois pages, mais que cette lettre pouvait contenir des choses qui auraient pu être désagréables à l’empereur ; pour me tirer de ce mauvais pas, j’ai pris le parti de ne pas l’écrire. En effet, il n’est pas de ma dignité de dire  à un prince, « Vous ne savez ce que vous dîtes », et c’est ce que je me trouvais obligé de lui dire, puisque sa lettre était basée sur une fausseté.

P S. Mon intention n’est point de donner à l’empereur d’Autriche, le titre d’apostolique. Vous feindrez de croire que ce titre appartenait à l’empereur d’Allemagne ; il ne l’est plus maintenant, et il n’est pas plus apostolique que moi; je suis aussi chrétien que lui.

PROJET DE LETTRE A L’EMPEREUR D’AUTRICHE.

Monsieur Mon Frère, le général Bubna, votre aide de camp, m’a remis la lettre Votre Majesté. Qu’elle me permette de lui dire que cette lettre m’a sensiblement affecté et a beaucoup diminué l’espoir que j’avais de voir enfin se terminer la guerre qui divise les deux puissances.

L’empereur  d’Autriche croit que je ne lui ai fait aucune concession, et que j’ai replacé la question dans la même situation qu’elle avait été placée par mes plénipotentiaires. Comment peut-on, Monsieur Mon Frère, vous tromper ‘une manière aussi étrange sur des faits aussi palpables et que Votre Majesté peut vérifier dès qu’elle voudra s’en donner la peine ?

Mes plénipotentiaires ne se sont jamais désistés de la base de l’uti possidetis : par égard pour Votre Majesté, je m’en suis désisté. Mes plénipotentiaires avaient demandé, comme l’observe Votre Majesté, la Carinthie, la Carniole, le comté de Goritz, l’Istrie , le littoral hongrois, six districts de la Croatie militaire, ce qui forme une population de 1,500,000 âmes; ils avaient demandé la haute Autriche jusqu’à l’Enns et le pays de Salzburg, formant une population de 850,000 âmes; ils avaient demandé quatre cercles de la Bohême, formant une population de 400,000 âmes; ils avaient donc demandé en tout une population de 2,750,000 habitants: pour me rendre agréable à Votre Majesté, je me suis désisté de ces demandes, et je me suis réduit à demander pour ultimatum 1,600,000 âmes sur les frontières de l’Inn et de l’Italie. C’est donc plus d’un million de différence entre les demandes faites dans les négociations et mon ultimatum; et cependant on a persuadé à Votre Majesté que j’avais reproduit la même question.

Ainsi mes intentions sont constamment méconnues et calomniées. En supposant qu’il convînt à Votre Majesté de répartir ces 1,600,000 âmes, en en cédant 400,000 sur l’Inn et les 1,200,000 autres sur la frontière de l’Italie, il est évident que la ligne de l’Enns, à laquelle il a paru que vous attachiez tant d’importance, celle de la Traun, la ville importante de Linz et la plus grande partie de la haute Autriche resteraient à Votre Majesté ,et que, du côté de l’Italie, elle conserverait le cercle et la ville de Klagenfurt.

Ainsi donc, par amitié et par égard pour Votre Majesté, j’ai renoncé à la ligne de l’Enns, à celle de la Traun, à la ville de Linz et à la plus grande partie de la haute Autriche, aux quatre cercles de la Bohême, royaume que je laisse en entier à Votre Majesté, hormis les enclaves qui sont dans la Saxe, et le cercle et la place si importante de Klagenfurt. Quelle confiance puis-je jamais avoir lorsque je vois que l’empereur obscurcit des choses si claires ?

On m’a fait dans le protocole des offres en Galicie qui sont tout à fait inadmissibles, tant pour la quantité que pour les localités. On propose que Votre Majesté conserve la Pilica, c’est-à-dire qu’elle continue à être à une demi-marche de Varsovie. En réfléchissant sur la marche des négociations, on voit que l’on n’a eu d’autre but que de jeter une pomme de discorde entre la France et la Russie. Le véritable intérêt de la France est de se trouver frontière de la Turquie, afin de conserver sur la Porte l’influence que la France y exerçait comme puissance maritime, qu’elle ne peut plus y exercer à ce titre.

D’ailleurs, dans la guerre que m’a faite Votre Majesté, tout n’a pas été gain pour moi : la Martinique, Saint-Domingue, Cayenne, le Sénégal m’ont été enlevés par les Anglais. Les principes de ma monarchie sont bouleversés, et mes peuples ne peuvent jouir de la sécurité et du repos, tant que les partisans de l’Angleterre dirigent les affaires du continent et que les autres puissances m’obligent à entretenir des milliers de soldats sur pied. Si la France a perdu ses colonies et ses vaisseaux, cela a été le résultat de ma facilité à accorder la paix à l’Autriche et de l’extrême condescendance que j’ai eue pour elle. Si je n’avais pas fait la paix à Leoben ; si même, lors de celle de Lunéville, j‘avais continué la guerre ; si, au lieu de faire la paix à Presbourg, j’étais resté à Vienne avec mon armée jusqu’à ce que l’Angleterre eut fait la paix, je n’aurais point éprouvé les diversions que l’Autriche a faites en sa faveur. Malgré ces réflexions, j’ai promis de faire la paix, je tiendrai mes promesses ; et, si cela contribue au bien-être de cette estimable nation autrichienne, je serai satisfait, et payé de tous mes sacrifices. Mais aussi il est indispensable que je garde, des possessions de la maison d’Autriche, tout ce qui peut peser sur l’Angleterre, tout ce qui peut être utile à ma marine, tout ce qui peut influer sur la balance du commerce du Levant, de l’Archipel et de Constantinople.

Pendant le cours des négociations, je n’ai jamais donné à Votre Majesté des espérances illusoires. ; j’ai dit au prince de Liechtenstein, à Znaym,au moment où l’on négociait la suspension d’armes, que je prendrais pour base l’uti possidetis ; je lui ai dit cependant, en confidence, que je pourrais me relâcher de la rigueur de cette base ; mais que le terme de ma modération et de ce qu’il m’était possible d’accorder était une paix plus désavantageuse que celle de Presbourg, dont les conditions ont été le sujet d’une critique méritée et justifiée, depuis, par la conduite qu’a tenue la maison d’Autriche. Que Votre Majesté se mette á ma place. Quatre guerres où la France lui a constamment rendu d’immenses états n’ont pu, cependant, détruire dans son cabinet l‘influence de l’esprit anglais. Maître aujourd’hui de Vienne et de la plus belle partie de la monarchie, les incidents de la négociation prouvent qu’en faisant de si grandes concessions, je n’ai pu changer son esprit ; les mêmes hommes qui dirigeaient ce cabinet le dirigent encore ; et ces hommes ont dévoilé leurs principes politiques dans des écrits publics avec tant d’impudeur, qu’on a peine à concevoir qu’ils puissent encore espérer trouver des dupes et de faire croire à leur bonne foi, à leurs protestations et à leur parole. Si mes armées, après avoir évacué l’Autriche, doivent toujours être tenues en échec, sans pouvoir se livrer aux opérations de la guerre maritime, la paix serait pour la France et ses alliés une calamité plutôt qu’un bienfait.

Votre Majesté me menace dans sa lettre du renouvellement des hostilités. Vous avez raison, Monsieur Mon Frère, cette menace va droit à mon cœur : il saignera de penser que du sang et des larmes vont encore couler; le jour où Votre Majesté donnera le signal de la guerre sera pour moi un jour de deuil; et cependant qu’elle se souvienne que ce signal, elle l’a bien souvent donné, et que le résultat en a toujours été la défaite de ses armées, la conquête de ses provinces et le malheur de ses peuples. Dieu et les hommes me sont témoins qu’au milieu de la plus grande prospérité, à la tête des plus grandes armées, moins exposé que qui que ce soit au monde aux chances de la guerre, j’ai voulu mettre un terme aux victoires de la France, et que j’ai dédaigné de vains lauriers arrosés des larmes des peuples. Mais enfin je serais obligé, en voyant Votre Majesté oublier les conseils de la raison et de l’expérience pour se livrer aux conseils fallacieux de ceux qui l’ont déjà si souvent aveuglée sur ses vrais intérêts, de reconnaître les décrets irrésistibles d’une destinée qui entraînerait la monarchie autrichienne à sa destruction. Toutefois, si Votre Majesté veut la paix, je lui ai fait connaître mon ultimatum, fondé sur les intérêts de mes peuples; je ne veux rien que pour leur bien; je ne suis le Don Quichotte d’aucun intérêt étranger au leur. Enfin je suis si persuadé d’avoir le bon droit de mon côté, je mets dans mes demandes une modération qui étonnera tellement l’Europe, quand elle sera connue, que je consentirais à la réunion d’un congrès général où seraient admis même les plénipotentiaires de l’Angleterre, et que je vous propose de nous en rapporter, vous et moi, Monsieur mon Frère, à l’arbitrage de l’empereur Alexandre. Certes, je donne, par cette dernière proposition, la preuve la plus évidente de ma répugnance à verser le sang et de mon désir de rétablir la paix du continent.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je reçois votre lettre du 23 avec le protocole de la quinzième séance. Comme ma dernière lettre à l’empereur ne dit rien, je vous envoie le résumé de la conversation (résumé qui reprend mot à mot, mais sous une forme indirecte, la note ci-dessus) que j’aie eu avec son aide de camp. C’est au reste la même chose que le protocole. Vous laisserez entrevoir à M. de Metternich que j’avais fait une lettre ad hoc et très ferme, et que j’ai renoncé à l’envoyer, ne voulant pas imiter la conduite de l’empereur, et pensant qu’il valait mieux que les souverains ne s’écrivissent pas que de s’écrire des injures (sic) ; et l’empereur François m’a écrit des injures quand il m’a dit que je ne lui cède rien, quand, en sa considération, j’ai réduit mes demandes à près de la moitié.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, j’ai reçu vos lettres du 22. Vous trouerez ci-jointe la copie de ma réponse à l’empereur. Je vous envoie le numéro du Bulletin des Lois qui contient un décret du Conseil d’État sur les Français qui ont porté les armes contre la France ; vous le remettrez à M. de Metternich en réponse à sa note, pour éviter toute nouvelle réclamation. Vous lui direz que tous les individus, français, belges, piémontais ou de tout autre pays réuni à la France, qui seraient dans le cas du décret, sont traduits devant les tribunaux français et y sont ou seront condamnés à mort comme contumax, vu que nous n’entendons pas qu’aucun français puisse faire la guerre contre nous, et que nous approuverons fort la réciprocité dans tous les pays.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, je pense qu’il est nécessaire que vous expédiiez un courrier  à M. de Caulaincourt avec la copie des protocoles jusqu’à ce jour, en l’engageant à les lire avec attention et à en communiquer  ce qui serait utile d faire connaître en Russie. Vous aurez soin de faire ôter dans le protocole relatif aux cessions à faire en faveur de la Saxe et de la Russie la phrase où vous dites que vous avez communiqué cela à la Russie; cette phrase est inutile. Ayez soin d’écrire aussi à M. de Caulaincourt que je prends le plus grand intérêt au Danemark; que je ne crois pas qu’il soit de la dignité de l’empereur Alexandre ni de la mienne que le Danemark perde rien dans l’engagement qu’il soutient avec nous; que l’idée de lui faire perdre la Norvège me paraît un roman.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, vous devez écrire à mon ministre à Dresde que l’inquiétude qu’on laisse percer à la cour de Dresde sur le sort du duché de Varsovie m’est un outrage; que, quelle que soit l’issue des affaires, le duché de Varsovie ne peut sortir et ne sortira jamais de la Maison de Saxe; qu’en concevoir du doute, c’est mal connaître mon caractère et surtout mal apprécier l’estime que je fais du Roi.

Écrivez-lui que je vois avec plaisir que le Roi ait nommé M. de Senft son ministre des affaires étrangères.

Écrivez au sieur La Rochefoucauld 4)il est ambassadeur auprès du roi de Hollande qu’il ne doit rien conclure, rien signer, qu’il doit seulement discuter le sujet de plainte que j’ai contre la Hollande et laisser tout pendant.

Écrivez au marquis de Gallo 5)ministre des relations extérieures des Deux-Siciles qu’il n’y a aucune difficulté que le roi de Naples reprenne ses relations avec le Danemark; qu’il n’y a d’inconvénient que la dépense qu’occasionnera l’entretien d’un ministre.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à paris

Je reçois des rapports du préfet de police sur un certain nombre d’intrigants, qui se rattacheraient toujours à un complot que des cagots trameraient à Bordeaux. Faites-moi connaître quels sont les individus dont il est question dans ces rapports.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le 8e corps de l’armée d’Allemagne, à Bayreuth

Je reçois le compte que vous me rendez de la situation de votre corps; je l’ai lu avec intérêt. Je donne ordre que l’on mette à votre disposition à Magdeburg 300 sabres de cavalerie légère pour les chasseurs polonais. Je me fais rendre compte de la situation du magasin qui est à Würzburg.

Je donne ordre que la compagnie de sapeurs qui est a Magdeburg soit envoyée à Dresde, pour y être à votre disposition.

Je vous envoie un ordre que je viens de prendre, qui vous fera connaître les différentes dispositions que j’ai prescrites pour votre corps d’armée.

Faites en sorte que les Saxons aient trente pièces de canon, dont quatre de 12, afin que vous puissiez tenir en réserve une batterie de huit pièces de 12 avec les quatre que vous aurez.

Le 22e de ligne doit avoir, conformément aux ordres que j’ai donnés, deux pièces de 4 ou de 3, quatre caissons d’infanterie et quatre caissons des transports militaires. S’il n’a pas tout cela, veillez à ce qu’il les ait sans retard. Faites-lui donner des chevaux sur ceux dont j’ordonne la levée, ou qu’il en achète. Procurez-lui des pièces de régiment, de Magdeburg ou de Würzburg, afin qu’il soit à  l’instar des autres.

Vous verrez par mon ordre que chacun des huit bataillons de la division Rivaud doit avoir un caisson pour le transport du pain, et que j’accorde ce qui est nécessaire pour cela. Veillez à ce qu’ils lui soient fournis sans délai. 

J’ai donné l’ordre à Paris que la première compagnie des transports militaires qui sera prête sur le Rhin, avec ses trente-six caissons, vous soit envoyée.

Je vois que les bataillons saxons ont plus de conscrits dans les cadres que d’officiers. Le 22e de ligne n’ayant que 600 hommes par bataillon, ne pourrait-on pas joindre 40 conscrits saxons à chaque compagnie du 22e ? Ce qui ferait pour les quatre bataillons, près d’un millier d’hommes qui porteraient ce régiment à 3,600. Si cela  est praticable, on formerait de ces 40 hommes une escouade à la suite des compagnies; les officiers les auraient bientôt dressés. Ils conserveraient l’uniforme saxon; le Roi les habillerait; je les nourrirais et solderais. Ils serviraient avec le 22e tout le temps que ce régiment resterait à Dresde, et, lorsqu’il en partirait, ils rentreraient au service de Saxe.

Le 65e vient de recevoir l,000 anciens soldats prisonniers en Allemagne. Il doit être à plus de 8,000 hommes.

Vous avez eu tort de renvoyer le colonel Viviand. Aucun ordre du ministre de la guerre ne doit être exécuté dans l’armée; tous les ordres doivent venir du major-général.

Activez la remonte de la cavalerie saxonne. Je vois avec peine qu’elle ne présente que 1,300 à 1,400 chevaux; il faut qu’elle soit portée à 2,000 hommes à cheval, indépendamment des 500 chasseurs polonais; ce qui, avec vos 3,500 chevaux, fera 6,000 chevaux.

J’espère que la division Carra Saint-Cyr sera de 8,000 Saxons, qui, avec les 2,500 hommes du 22e de ligne, feront plus de 10,000 bommes d’infanterie; que la division Rivaud, qui va recevoir des détachements du 34e et du 14e, sera de 9,000 hommes, qui, avec mon régiment de Berg, feront 10,000 hommes. Vous aurez donc 20,000 hommes d’infanterie, 6,000 de cavalerie et soixante bouches à feu; ce qui vous fera la valeur de 28,000 hommes.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

L’armée du duc d’Istrie se trouve donc composée de trois divisions de gardes nationales, commandées par les généraux Rampon, Lamarque et Soulès, des deux divisions de ligne, commandées par le général Reille, et de la division hollandaise, forte de 12,000 hommes; elle est donc de plus de 50,000 hommes sous les armes.

La flottille française a plus de cent bâtiments; la flottille hollandaise doit en avoir autant. Il faut vous concerter avec le ministre de la marine pour que cette flottille, soutenue, s’il est nécessaire, par quelques vaisseaux de l’escadre, marche de concert sous les ordres du maréchal duc d’Istrie pour reprendre l’île de Walcheren. Les Anglais ne peuvent pas s’y défendre avec 15,000 hommes; mais, comme ils se renfermeront dans Flessingue, il est nécessaire d’avoir tout prêts des mortiers et des canons de bronze pour rétablir les batteries de l’île et faire le siége de la place. Aussitôt qu’on aura passé le canal du Sloe, il faudra s’y fortifier par des ouvrages de campagne en forme de tête de pont, sur les deux rives, afin de tenir ce passage toujours assuré. .

P. S. Il faut méditer ces mesures, afin de pouvoir commencer le siége au moment où la mer sera grosse, et lorsqu’ils auront perdu la plus grande partie de leur monde par maladie.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, exprimez mon mécontentement aux colonels des corps qui, dans cette saison, laissent le soldat vêtu d’un simple pantalon de toile. Ordonnez que, sous quelque prétexte que ce soit, le soldat ne soit point laissé sans ses pantalons ou culottes de drap. J’ai vu avec peine, dans les revues que j’ai passées, que les soldats ne portaient qu’un pantalon de toile et n’avaient point dans leur sac leurs pantalons et culottes de drap; ce qui les expose à des maladies.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major-général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez les ordres les plus positifs pour que la division Saint-Germain n’ait aucun poste sur la Taya ou sur la March, et qu’ils soient tous sur les hauteurs. Mon intention n’est pas qu’il en garde un seul dans des positions où ils gagneraient des fièvres.

Envoyez un bon adjudant commandant pour servir auprès du général Carra Saint-Cyr et l’aider dans le commandement de sa division.

Réitérez l’ordre à la compagnie de sapeurs qui est à Magdeburg de se rendre à Dresde, où elle sera à la disposition du duc d’Abrantès.

 

Schönbrunn, 23 septembre 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, je vois par l’état de situation du train des équipages militaires que la 1e compagnie du 1er bataillon n’a que vingt-sept voitures, et la deuxième que trente-trois; c’est donc douze caissons qui manquent à ce bataillon; veillez à ce qu’ils soient complétés le plus tôt possible. Les 3e et 4e compagnies du 9e bataillon n’ont encore aucune voiture. Il est très important que les cinq bataillons, formant vingt et une compagnies, aient leurs sept cent cinquante-six voitures complètes et ne manquent de rien. Sur ce nombre de voitures, il y en a trente-sept à réparer et treize à réformer. Prenez les mesures les plus efficaces pour remédier à tout cela.

 

Schönbrunn, 24 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Vous trouverez ci-joint un projet de sénatus-consulte et un décret que j’ai signé pour être mis à exécution après la publication du sénatus-consulte. Vous vous rendrez chez M. l’archichancelier, auquel j’ai ordonné de réunir un conseil prive, afin de faire adopter ce sénatus-consulte. Voici le rapport que vous lirez au conseil privé, et ensuite au Sénat. Vous sentez que, si la paix doit avoir lieu, il est nécessaire que cette levée soit achevée avant sa signature; si la paix ne doit pas avoir lieu, c’est une raison de plus pour en hâter l’exécution. Je pense qu’au 1er octobre le sénatus-consulte sera publié, et ainsi les conscrits pourront marcher avant le 1 et novembre.

RAPPORT DU MINISTRE DE LA GUERRE À L’EMPEREUR.

Sire, je crois nécessaire de mettre sous les yeux de Votre Majesté la situation de ses armées et de lui proposer une levée pour les recruter. Maîtresse de Vienne et de plus de la moitié du territoire de la monarchie autrichienne, Votre Majesté est elle-même à la tête de l’armée la plus formidable que la France ait jamais eue au delà du Rhin, et cependant Votre Majesté a vaincu, dans les champs de bataille de Thann, d’Abensberg et d’Eckmühl, lorsqu’à peine la moitié de cette armée était formée. Que la paix ou la guerre soit le résultat des négociations d’Altenburg, Votre Majesté a dans les dépôts suffisamment de troupes pour recruter son armée d’Allemagne et pour la mettre à même de réparer les pertes de plusieurs batailles.

Votre Majesté, lorsqu’elle fut obligée, au mois de janvier dernier, de s’arrêter au milieu de la poursuite de l’armée anglaise par les nouvelles qu’elle reçut du parjure que méditait la cour de Vienne, se décida à laisser en Espagne toute sa vieille armée. C’était plus qu’il ne fallait pour soumettre les Espagnols rebelles. Mais l’Angleterre, voyant dans le nouveau système qui va s’établir en Espagne le présage infaillible de sa destruction et de sa ruine, a fait des efforts tels que cette puissance n’en a jamais fait jusqu’ici de semblables. Malgré les pertes immenses du général Moore, qui n’a pas sauvé la moitié de ses troupes, une nouvelle armée est arrivée à Lisbonne; et, depuis, l’armée anglaise, forte de plus de 40,000 hommes, s’est avancée jusqu’au milieu de l’Espagne, ralliant autour d’elle les différents corps des insurgés. Mais les Anglais n’ont trouvé que la défaite et la confusion. Des bords de l’Alberche, ils ont été obligés de repasser le Tage, poursuivis l’épée dans les reins; ils ont évacué toutes les Espagnes et se sont rejetés dans le Portugal. En même temps, une expédition tout aussi forte s’est présentée sur l’Escaut, avec le projet d’incendier les chantiers d’Anvers; là aussi nos ennemis ont été confondus. A leur approche, le général Rampon, avec les 12,000 hommes d’élite qu’il avait sous ses ordres, les huit demi-brigades provisoires réunies à Paris, Saint-Omer, Louvain et Boulogne, sont accourus en poste. Flessingue a été muni d’une bonne garnison. Ces troupes seules suffisaient pour défendre Anvers, couvert par les fortifications que Votre Majesté y a fait élever depuis quatre ans et par ses immenses inondations. L’expédition anglaise était calculée d’après la supposition qu’Anvers était une place ouverte; mais cette ville, protégée maintenant par des inondations, par une bonne enceinte et par des ouvrages avancés d’un bon relief, ne pouvait être prise qu’après un long siége. Sur la rive gauche de l’Escaut, le fort de la Tête-de-Flandre, entouré d’une inondation de deux mille toises, lui assure constamment ses communications avec l’Empire. Au premier signal, 150,000 gardes nationales, conduites par des majors et des officiers tirés des 5e bataillons et comptant dans leurs rangs beaucoup d’anciens officiers et d’anciens soldats, se sont précipitées à Lille, à Boulogne, Bruxelles, Ostende, Gand et Anvers, et, réunies sous les trois maréchaux le duc d’Istrie, le duc de Conegliano et le prince de Ponte-Corvo, ont formé trois armées redoutables. La gendarmerie de France (qui seule peut fournir cent soixante escadrons composés d’hommes qui tous ont seize ans de service, tous aussi braves, tous aussi exercés et armés de la même manière que les cuirassiers, qui, sous les ordres de Votre Majesté, ont porté si haut la gloire de la cavalerie française) est accourue pour confondre nos ennemis. Leur expédition, calculée sur de fausses données, ne pouvait avoir aucun succès, et aussi elle a complètement échoué. Votre Majesté a reconnu, avec la pénétration qui lui appartient, que l’ignorance et l’impéritie avaient dirigé l’expédition anglaise, et dès lors elle n’a point permis qu’on prit l’offensive. “Nous sommes heureux, m’écrivait-elle, de voir les Anglais s’entasser dans les marais de la Zélande. Qu’on les tienne seulement en échec, et bientôt le mauvais air, les fièvres particulières à cette contrée et plus meurtrières dans cette saison que la peste, auront détruit cette armée. ” La prédiction de Votre Majesté s’est accomplie. Pendant que nos troupes étaient tranquillement cantonnées à Anvers et dans les environs, l’armée anglaise, exposée à toutes les intempéries de l’air et à tous les dangers de ce climat, a perdu plus du tiers de ses soldats. Mais, profitant de la facilité qu’ont les Anglais de se porter d’un point sur un autre, tout ce qui aura échappé aux désastres de cette expédition peut aller renforcer leur armée en Portugal.

Un corps de 30,000 hommes rassemblé à Bayonne est suffisant pour repousser toutes les forces que les Anglais pourraient faire avancer en Espagne et pour servir à réparer les pertes journalières, inévitables dans une guerre aussi acharnée. Les champs de bataille sur lesquels s’illustrent maintenant nos armes sont trop éloignés pour qu’on puisse, sans exposer les soldats, porter une armée de l’un à l’autre; et Votre Majesté, si satisfaite du courage et du dévouement que vient de montrer l’armée du Danube, ne veut pas lui faire essuyer les dangers et les fatigues de la guerre d’Espagne. D’ailleurs, Votre Majesté a en Espagne trois cents bataillons et cent cinquante escadrons; elle n’y a donc pas besoin de nouveaux corps ni de vieux soldats ; il suffit d’alimenter les corps qui s’y trouvent. Ainsi, soit que Votre Majesté signe la paix avec l’Autriche, soit qu’elle continue la guerre, la mesure que j’ai l’honneur de soumettre aux lumières de Votre Majesté me paraît convenable et utile. Si Votre Majesté fait la paix, son armée hivernera sur les bords du Rhin et reviendra ensuite en France pour y recevoir les témoignages de notre admiration et de notre reconnaissance, et s’y reposer après tant de fatigues et de travaux. Sa présence seule sera utile au bonheur des peuples, puisqu’elle suffira pour déjouer les intrigues que pourrait tenter l’Angleterre afin d’égarer leurs cabinets.

J’ai l’honneur de proposer en conséquence à Votre Majesté la levée die 36,000 conscrits pris sur les classes des années….. Votre Majesté aurait encore à retirer de ces différentes classes 500,000 hommes; je lui propose de n’en lever que 36,000 et de déclarer ces classes entièrement acquittées, en sorte que les conscrits auraient l’avantage de sortir de l’incertitude sur leur sort et de n’avoir plus l’inquiétude d’être enlevés aux travaux domestiques. Par ce moyen, Votre Majesté aura en entier à sa disposition les 250,000 hommes de la classe prochaine, que je ne proposerai à Votre Majesté d’appeler que dans le cas où les événements tromperaient ses espérances et ses intentions pacifiques.

Sans doute que les armées de Votre Majesté sont aussi redoutables par leur nombre que par leur courage ; mais il n’est aucun Français qui ne conçoive que nous sommes obligés de faire des efforts proportionnés à ceux des rivaux et des ennemis de la France. Quand l’Autriche a eu sur pied dans cette guerre 700,000 hommes, que Votre Majesté a si promptement anéantis, elle a fait un effort inouï et qui a attaqué dans sa source sa population et sa prospérité; quand l’Angleterre se présente sur le théâtre du continent avec trois armées, l’une sur les côtes de Naples, l’autre sur celles de la Hollande et la troisième en Portugal; quand tous les hommes jaloux de la France s’agitent et se remuent, parce qu’ils sentent que le moment actuel décide de la grandeur de la France: la France cependant n’a besoin d’aucun effort extraordinaire. Malgré tous les appels successifs qui ont été faits, pas le quart de la conscription des classes précédentes n’a marché.

En considérant la situation des armées de Votre Majesté et l’issue des expéditions anglaises, je ne puis que me réjouir de voir l’Angleterre faire des efforts hors de proportion avec sa population et les besoins de sa marine. Elle veut lutter sur terre et corps à corps avec la France ; elle n’en rapportera que la honte et la confusion, et le peuple français devra à Votre Majesté la gloire et le bien inappréciable de la paix conquise sans expédition maritime sur un ennemi qui se croyait, par sa situation, à l’abri de la valeur de vos armées.

Toute expédition nombreuse et sérieuse des Anglais sur le continent est un acheminement vers la paix générale. Les ministres, plus habiles, qui ont précédé les membres du cabinet actuel, étaient bien convaincus de cette vérité; ils s’étaient bien gardés de s’engager dans une lutte inégale, et ils pensaient que, pour faire une guerre éternelle, il fallait qu’elle pesât peu sur le peuple qui devait la soutenir.

Mais puisque l’Angleterre s’engage dans un combat sur le continent, tout homme de bon sens peut prédire à Votre Majesté que la paix générale n’est pas éloignée; car les Anglais ont versé plus de sang et de larmes dans l’année qui vient de s’écouler qu’ils n’en avaient encore versé pendant toute la guerre. Engagés dans la lutte de l’Espagne et du Portugal, où il est de leur devoir et de leur intérêt de ne pas reculer, l’Espagne et le Portugal seront le tombeau de leurs plus braves citoyens et leur perte amènera enfin dans l’esprit du peuple anglais le désir de la paix et l’horreur pour ces hommes cruels qui, sans leur ambition et leur haine délirante, ont proclamé une guerre éternelle et ont forcé la génération actuelle aux combats et aux larmes.

 

Schönbrunn, 24 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, dans les nouvelles circonstances où se trouve l’armée du Nord, je crois avoir tout prévu. Je vous ai ordonné d’organiser le corps du général Reille, les demi-brigades provisoires et les gardes nationales, en cinq divisions formant cinquante bataillons.

J vous ai ordonné d’organiser soixante et douze bouches à feu attelées par des chevaux de réquisition; cette artillerie est suffisante.

Pour le corps du duc de Valmy, j’ai ordonné que les Portugais se dirigeassent sur Hanovre, que le bataillon allemand et les Polonais se dirigeassent sur l’Espagne ou sur leurs régiments.

J’ai ordonné que la grosse cavalerie se dirigeât sur Hanovre ; que les détachements de hussards et de chasseurs qui appartiennent à l’armée d’Espagne se dirigeassent sur Versailles; que la gendarmerie retournât dans ses légions, hormis 500 hommes; qu’à Paris et dans le reste de la France on laissât les citoyens tranquilles, et qu’on n’appelât partout que des hommes de bonne volonté qui voudraient marcher sur les frontières.

 

Schönbrunn. 24 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport sur l’artillerie de l’armée du Nord. Je vous demandais cent trente-deux bouches à feu dans d’autres circonstances, et quand l’ennemi annonçait le projet de conquérir la Hollande et d’établir un centre de guerre dans le Nord. Je vois que vous avez aujourd’hui plus d’artillerie qu’i1 ne faut, puisque vous avez 1,300 chevaux de réquisition et quinze compagnies d’artillerie. Mon intention, si la guerre recommence ici, ce qui sera décidé dans peu de jours, est que les 1,000 chevaux que vous avez soient dirigés sur l’armée d’Allemagne et que vous gardiez les 1,300 chevaux de réquisition, qui peuvent atteler 300 voitures; ce qui forme l’attelage de soixante et douze pièces de canon. Or, dans la situation actuelle, les soixante et douze pièces qui sont à l’armée du Nord sont plus que suffisantes. Vous n’avez pas besoin de nouvelles bouches à feu ni de nouveaux caissons. Je suis surpris que vous n’ayez pas de caissons dans le Nord. Que sont donc devenus ceux que j’avais à Boulogne ? N’en faites venir de Strasbourg sous aucun prétexte.

En résumé, les soixante et douze pièces d’artillerie que vous avez suffisent. Faites rapprocher de Paris les 1,000 chevaux du train que vous avez, en ne laissant à l’armée du Nord que des chevaux de réquisition. Ces chevaux serviront à l’armée d’Allemagne, s’il y a guerre, et, si la paix a lieu, à l’armée d’Espagne.

 

Schönbrunn, 24 septembre 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vous ai donné l’ordre de faire partir de Boulogne le plus de chaloupes canonnières possible pour les diriger sur Ostende, sur Bruges, Gand et le Sas-de-Gand.

A présent que le fort de Bath est réoccupé, que la batterie de Terneuse est rétablie et que l’on est maître du Sud-Beveland, je ne vois pas ce qui empêcherait mon escadre de prendre un mouillage à la hauteur du fort de Bath.

Je désirerais avoir, au Sas-de-Gand, un officier intelligent avec 30 péniches, 30 chaloupes canonnières et 30 bateaux canonniers, qui seraient protégés par les batteries existant au débouché du canal du Sas-de-Gand, dans l’Escaut. Ces 100 bâtiments pouvant porter 12,000 hommes embarqueront du monde au fort Philippine, pour le débarquer dans l’île de Walcheren, ou, au signal convenu, passer dans le Sud-Beveland pour aider au passage du Sloe. Je n’ai aucun l’enseignement sur la flottille que j’ai à Anvers, ni sur la flottille hollandaise, qui actuellement doit être maîtresse de se porter partout. Faites-moi connaître votre opinion et les renseignements sur les localités, sur le projet d’avoir une flottille qui puisse se canonner tous les jours avec l’ennemi sous l’île de Walcheren, et sur l’envoi de vaisseaux que mon escadre pourrait faire sur Terneuse pour soutenir ma flottille. Mais ce que je voulais, c’est que ma flottille de Boulogne, celle d’Anvers et la flottille hollandaise se réunissent et attaquassent, sous la protection des batteries de l’île de Cadzand, de Terneuse et de celles qu’on établit dans le Sud-Beveland, les flottilles anglaises- Les vaisseaux de guerre peuvent-ils mouiller jusqu’au fort Philippine ?

Je crois avoir l’idée que des vaisseaux de ligne hollandais ont jadis mouillé jusqu’au Sas-de-Gand. Je crois aussi que les frégates sont venues par le canal de l’Ecluse jusqu’à l’Ecluse.

Enfin qui m’empêcherait de faire un canal qui traverserait l’île de Cadzand et où des vaisseaux de guerre pourraient entrer ?

 

Schönbrunn, 24 septembre 1809

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur Bigot Préameneu, je vous prie de me faire un rapport sur cette question: Qui est-ce qui constitue les secrétaireries papales pour l’exercice du gouvernement spirituel de l’Église ? Quels sont les individus qui les composent ? Combien sont-ils ? Où sont-ils ? Prenez des renseignements et rendez-m’en compte, afin que je prenne une résolution.

 

Schönbrunn, 24 septembre 1809

Au comte Fouché, chargé par intérim du portefeuille de l’Intérieur, à Paris

Je reçois votre lettre dans laquelle vous me rendez compte que partout les cadres des gardes nationales sont formés. Je le sais et n’en suis pas content. Une pareille mesure ne peut être prise sans mon ordre. On a été trop vite. Tout ce qu’on a fait n’avancera pas d’une heure la mise en armes de mes gardes nationales, si on en avait besoin. Cela produit de la fermentation, tandis qu’il aurait suffit de mettre en mouvement les gardes nationales des divisions militaires que j’avais désignées. Mettez tous vos soins à tranquilliser les citoyens et à ce que le peuple ne soit pas dérangé de ses occupations habituelles.

Je n’ai jamais voulu avoir plus de 30,000 gardes nationales ; on en a levé davantage, on a eu tort. J’ai pris pour régler tout cela un décret que le ministre de la guerre doit avoir reçu. Tout ce qu’on peut tirer de Paris volontairement, il faut l’enrégimenter ; mais il faut y laisser tout ce qui veut rester, et éteindre insensiblement le mouvement qu’on avait produit, faire monter la garde par la gendarmerie, la garde de paris et les dépôts, et faire tomber cette agitation en laissant chacun tranquille. Il ne fallait faire que ce qui était nécessaire pour me donner des soldats sur la côte ; on m’en a donné, je ne puis qu’en être satisfait : mais on a fait dans beaucoup d’autres endroits un mouvement qui était inutile.

 

Schönbrunn, 24 septembre 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’approuve fort le parti que vous avez pris de défendre à l’abbé Frayssinous de continuer ses conférences. Je vous ai déjà écrit que mon intention était de ne souffrir aucune réunion. Je veux la religion chez moi, mais je n’ai envie de convertir personne. Je viens d’effacer du budget des cultes les fonds que j’avais accordés pour les missions étrangères. Écrivez aux préfets, commissaires généraux de police et même aux commandants de la gendarmerie, de veiller à ce qu’on ne prêche en France ailleurs que dans les églises, et qu’il n’y ait que les curés, chanoines et prédicateurs appelés par les curés avec l’autorisation de l’évêque qui aient cette faculté. Mais je ne veux ni affiliés à des associations, ni missionnaires, ni prédicateurs errants dans mes États. Voyez le ministre des cultes pour que les missionnaires soient placés comme curés et desservants dans les paroisses.

 

Schönbrunn, 25 septembre 1809

Au comte de Lacépède, grand chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Vous recevrez le décret par lequel j’ai institué l’ordre des Trois Toisons d’or. Jusqu’à ce que j’aie organisé cet Ordre, mon intention est que vous remplissiez les fonctions de chancelier de la même manière que vous remplissez celles de grand chancelier de la Légion d’honneur. En conséquence, vous prendrez possession des revenus que nous attacherons à l’ordre des Trois-Toisons d’or. Vous ferez faire les décorations conformément au modèle, et vous ferez enfin pour cet ordre tout ce que vous faites en votre qualité de grand chancelier de la Légion d’honneur.

 

Schönbrunn, 24 septembre 1809

A Élisa Napoléon, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, vous m’écrivez directement pour des nominations à faire en Toscane. Il faut que vous vous adressiez aux ministres que ces objets concernent. Vous pouvez me recommander les sujets que vous jugerez les plus dignes de mon choix, mais je ne puis nommer que sur la présentation des ministres. En vous adressant à eux et en leur faisant connaître votre opinion sur les candidats que vous proposerez, ils ne manqueront pas de mentionner sur leurs rapports qu’ils ont été recommandés par vous, et les choses marcheront selon les règles.

 

Schönbrunn, 25 septembre 1809

A l’impératrice Joséphine, à La Malmaison

J’ai reçu ta lettre. Ne te fie pas, et je te conseille de te bien garder la nuit; car une des prochaines tu entendras grand bruit.

Ma santé est bonne; je ne sais ce que l’on débite, je ne me suis jamais mieux porté depuis bien des années; Corvisart ne m’était point utile.

Adieu, mon Amie. Tout va ici fort bien. Tout à toi.

 

Schönbrunn, 25 septembre 1809

DÉCRET.

ART. 1er. – Au 15 décembre, nos ministres de la guerre, de la marine et de l’intérieur nous présenteront un projet complet la défense de l’Escaut et qui satisfasse aux propositions ci-après.

1°. Place et port d’Anvers. 1 ° Etablir à Anvers un chantier de construction capable de contenir à la fois douze vaisseaux de guerre en construction.

2° Y creuser un bassin capable de contenir trente vaisseaux de guerre

3°  Avoir un port ou une rade couverte par les remparts, capable de contenir au mouillage trente vaisseaux de guerre, ne dépassant pas le village d’Austruweel et le moulin à papier en aval de la rivière, et s’étendant en amont aussi loin qu’il sera nécessaire pour remplir ce but.

4° Nettoyer, relever et perfectionner l’enceinte actuelle d’Anvers, de manière que cette place puisse soutenir un siège en règle et qu’elle ait toute la force d’une fortification permanente et soignée.

5° Maintenir par des forts, des camps retranchés et des inondations, l’ennemi à 1,800 toises des chantiers et de tous les ponts de la rade.

6° Prolonger les inondations jusqu’au fort de bath, s’il est possible, et les soutenir, sur toute les digues, par des forts.

7° Construire sur la rive gauche une place indépendante de celle de la rive droite et battant la gorge de celle-ci.

Dans cette seconde place seraient réunis les casernes de la garnison, l’arsenal des troupes de terre et les magasins à poudre, ainsi que les principaux magasins de l’armée.

Ladite place serait couverte par des inondations et soutenue par des forts qui assureraient sa communication avec Bruxelles et Gand.

8° Défense de la rive gauche. 8° Mettre dans la meilleure situation le fort impérial de Cadzand.

9° Rétablir la place de l’Écluse et assurer sa communication avec l’île de Cadzand.

10° Remettre en état la place du Sas-de-Gand et le fort Philippine.

11° Construire à Terneuse un fort pareil à celui de l’île de Cadzand.

12° Assurer la communication du fort de Terneuse avec le fort Philippine par la construction d’un ouvrage placé vis-à-vis ce dernier fort dans l’île d’Axel.

18° Rétablir la place de Hulst, en assurant par un ouvrage sa communication avec l’île d’Axel.

14° Construire à l’embouchure de la rivière de Hulst un fort correspondant avec celui de Bath.

15°. Défense de la rive droite. 15° Rétablir Flessingue, et assurer en tout temps le passage de l’île de Sud-Cleveland dans l’île de Walcheren.

16° Établir dans l’île de Sud-Beveland un fort croisant ses feux avec le fort de Terneuse.

17° Établir sur la rive gauche du canal de Berg-op-Zoom un fort correspondant avec le fort de Bath et communiquant par un pont de manière que ces deux forts fassent un tout.

18° Défendre le canal de Berg-op-Zoom à Bath.

19° Enfin donner à Berg-op-Zoom la propriété d’avoir toujours un point de son système sur l’île de Sud-Beveland.

ART. 2. – Dans lesdits projets, tous les emplacements nécessaires à Anvers pour la marine et la terre seront désignés; les devis en gros des ouvrages seront déterminés. Les ministres de la guerre et de la marine nommeront à cet effet une commission, qui sera chargée, sous la direction du premier inspecteur du génie, de ces travaux importants. Les plans détailleront les localités; les cotes de nivellement y seront indiquées, ainsi que les sondes de l’Escaut et de ses divers embranchements sur l’Écluse, sur le Sas-de-Gand, sur le canal de Berg-op-Zoom,  sur le Sloe, etc., de manière que l’ensemble du mémoire et des plans puisse justifier, expliquer et lever les difficultés que pourrait présenter le projet.

 

Schönbrunn, 25 septembre 1809

NOTES POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE

Anvers n’était qu’un arsenal de construction ; il est devenu aujourd’hui un port maritime d’armement et d’expédition. Les ennemis chercheront donc constamment à détruire mes établissements d’Anvers. Il faut donc sérieusement s’occuper de les protéger d’une manière relative à leur importance. J’ai aujourd’hui dix vaisseaux à Anvers, j’en aurai bientôt trente; ce sera véritablement mon principal arsenal.

DÉFENSE DU FLEUVE – Des vaisseaux de guerre ne peuvent se présenter devant Anvers qu’en traversant l’Escaut. Ils peuvent le traverser entre Flessingue et l’île de Cadzand ou entre Hammekens et l’île de Sud-Beveland; car il paraît que des vaisseaux de ligne sont entrés, cette fois-ci, dans l’Escaut par cette passe. La première de toutes les opérations est donc d’être maître absolu de ces deux passes.

L’ILE DE CADZAND.  – On a déjà tracé deux batteries dans l’île de Cadzand. On a, je crois, adopté deux forts permanents. Perfectionner ces forts, y établir un réduit casematé contenant un magasin à poudre et les autres magasins indispensables; couvrir ces fort par une inondation, assurer leur communication avec la place de l’Écluse; fortifier l’Écluse comme place de deuxième ligne; établir un pont sur pilotis et une tête de pont vis-à-vis l’Écluse, de sorte qu’il soit facile, en tout temps, de venir au secours des forts établis dans l’île de Cadzand : alors l’Écluse sera la place de dépôt et le point d’appui de la défense de l’île de Cadzand, et, ces trois points occupés, cette île sera à l’abri de toute attaque.

L’ÎLE DE WALCHEREN. – L’important, pour l’île de Walcheren, c’est d’avoir à Flessingue des batteries qui se croisent avec celles de l’île de Cadzand. Mais il faut aussi établir un système qui communique de Flessingue avec Rammekens, et construire une place sur le Sloe, afin que, dans aucun cas, on ne puisse isoler l’île de Walcheren de celle de Sud-Beveland. Mais il faut que l’île de Walcheren rentre en notre pouvoir, pour qu’on puisse déterminer ce qu’il convient de faire. La place située sur le Sloe rendra impossible le passage du canal, qui est extrêmement étroit. Les batteries de Flessingue et de l’île de Cadzand rendront difficile le passage de l’ennemi exposé au feu de ces deux batteries. En outre, différentes batteries peuvent être établies sur le Sud-Reveland pour battre les vaisseaux qui auraient dépassé Flessingue. Mais la première véritable barrière d’Anvers doit être le fort de Bath et un autre fort vis-à-vis l’embouchure, de la rivière de Hulst.

Première barrière, LE FORT DE BATH. – Le fort de Bath doit communiquer avec le fort de la rive gauche du canal de Berg-op- Zoom par un pont couvert de retranchements et d’inondations, de sorte qu’il soit impossible à l’ennemi d’isoler le fort de Bath du continent.

Une centaine de petites bouches à feu doivent être mises en batterie, tant dans ces ouvrages que dans les forts qui assureront la communication. Ces forts devront être disposés de manière à ne pas être à plus de 600 toises les uns des autres; ce qui, favorisé par le fort de la rive gauche, rendra cette barrière infranchissable.

Deuxième barrière, LILLO et LIEFKENSHOEK. – Lillo et le fort Liefkenshoek formeront naturellement la seconde barrière. Une centaine de bouches à feu dans ces deux forts, telles qu’elles s’y trouvent aujourd’hui, sont plus que suffisantes; mais il faut que, dans l’un et l’autre, des casemates à l’abri de la bombe soient construites, surtout pour les poudres et les magasins.

Troisième barrière, FORTS, ESTACADES ET CHAÎNES FERMANT LE PORT A 1,500 TOISES D’ANVERS. – Mais la troisième et réelle barrière d’Anvers doit être deux forts situés sur la rive droite et sur la rive gauche, à 1,200 ou 1,500 toises du rempart d’Anvers, et qui aient une communication assurée par les inondations avec le rempart et la Tête-de-Flandre. Ces forts doivent être tellement liés par d’autres forts et par les inondations, qu’il soit impossible de les isoler de la place; là doit être placée une double chaîne soutenue par des pilotis et fermant le port. Ces forts doivent pouvoir contenir chacun une centaine de bouches à feu.

De ces trois obstacles, un seul est suffisant pour arrêter l’ennemi le plus audacieux. Mais supposer qu’un ennemi raisonnable puisse entrer dans l’Escaut sans s’emparer d’une des deux rives serait une folie.

DÉFENSE DE LA RIVE GAUCHE. – Supposons donc que l’ennemi veuille opérer par la rive gauche; l’île de Cadzand et le fort de l’Écluse lui opposeront un premier obstacle qu’il sera longtemps à franchir. Après l’île de Cadzand, nous trouvons l’île d’Axel, où est la batterie de Terneuse. Terneuse doit être un fort capable de soutenir un siége; l’île d’Axel doit avoir pour défense le Sas-de-Gand et le fort Philippine. Vis-à-vis le fort Philippine, il doit y avoir un autre fort qui assure constamment la communication de Philippine avec l’île d’Axel. Enfin, entre l’île d’Axel et la Tête-de-Flandre, il est convenable de rétablir la place de Hulst; on lui donnera la propriété d’avoir aussi une tête de pont dans l’île d’Axel.

Enfin, si l’ennemi avait franchi tous ces obstacles, il arriverait devant Anvers, où la Tête-de-Flandre, qui doit être considérablement augmentée, soutiendrait une inondation de 2,000 toises.

L’ennemi, pour arriver à Anvers sous la protection de la mer, devrait donc s’emparer de l’île de Cadzand, de l’île d’Axel, des forts qui les défendent, et ensuite n’en serait pas plus avancé, puisqu’il rencontrerait la barrière de Lillo et de Liefkenshoek, et enfin la troisième et véritable barrière d’Anvers. Nous avons déjà fait connaître que notre intention était d’agrandir considérablement la Tête-de-Flandre et d’y comprendre tout le coude que forme la rivière. Il y avait autrefois deux forts parallèles. Tout ce coude de la rivière doit être occupé par l’inondation et par des forts qui la soutiennent.

L’ennemi, une fois maître de la rive gauche, pourrait passer l’Escaut et le Rupel et venir se placer devant la citadelle. Il est convenable que, dans celte hypothèse, la citadelle soit couverte, par une inondation et par un autre fort, à une étendue telle que trente vaisseaux puissent y mouiller à l’abri; car on m’assure que, dans la situation actuelle, la rivière ne peut contenir au mouillage que douze vaisseaux. Ainsi, pour assurer la défense de cette partie d’Anvers, il faut reconnaître la distance nécessaire pour trente vaisseaux, et planter là le premier jalon pour les travaux du fort et de l’inondation.

Ces forts ne doivent pas être considérables; l’ennemi qui viendrait là aurait peu de moyens à opposer aux obstacles les plus légers.

DÉFENSE DE LA RIVE DROITE. – Parlons de l’attaque de la rive droite, celle que l’ennemi a faite; c’est la véritable.

L’ennemi a pu se rendre à l’île de Sud-Beveland sans prendre Flessingue; mais s’il existe une place sur le Sloe, il devra s’en emparer auparavant.

Il ne s’emparera jamais du fort de Bath sans s’emparer du canal de Berg-op-Zoom; mais il est nécessaire que Berg-op-Zoom ait une tête de pont sur l’île de Sud-Beveland.

Les choses ainsi arrangées, le premier obstacle est le canal de Berg-op-Zoom. Il faudrait couvrir cette ligne d’inondations et d’ouvrages, de manière qu’une armée de médiocre consistance pût s’y appuyer. L’ennemi ne pourrait pas passer le canal sans laisser une armée devant Berg-op-Zoom, surtout si une tête de pont considérable permettait à la garnison de Berg-op-Zoom de déboucher dans le Sud-Beveland.

Une fois que l’ennemi aurait passé le canal de Berg-op-Zoom, il investirait Lillo.

Si l’inondation de Lillo peut se lier avec Anvers, et que l’ennemi ne puisse couper cette communication sans de grands travaux, la place en acquerra plus de moyens de défense.

Si enfin Lillo est pris, et que l’ennemi puisse remonter jusqu’aux deux forts dont on a parlé plus haut, ces forts lui offriront une barrière infranchissable.

ATTAQUE PAR LA MEUSE. – Il est une quatrième manière d’attaquer Anvers: ce serait de débarquer par la Meuse et de se porter droit sur Anvers. Mais alors l’ennemi aurait à passer entre les places de Berg-op-Zoom et de Breda, qui ne sont qu’à huit lieues de distance, pour arriver devant une place immense comme Anvers, sans le secours de sa marine, avec ses canons, ses munitions et tout l’attirail d’un siége.

Cependant cette observation est bonne à faire pour faire sentir que, dans tous les cas, il n’y aura de sûreté que quand Anvers sera mis en état de soutenir un siége et de renfermer dans ses murailles 25,000 hommes de troupes, tant bonnes que mauvaises, qui attendront là l’occasion d’en battre le triple ou le quadruple.

Nous avons parlé des ouvrages de la rive gauche ou Tête-de-Flandre; d’immenses inondations doivent les protéger.

La rive droite se divise en trois parties: la gauche, qui est susceptible d’inondation; la droite, qui en est également susceptible, et le centre, qui n’est pas susceptible d’inondation.

Il importe donc d’établir un projet qui couvre cette immense enceinte par des forts et tienne l’ennemi constamment éloigné de 1,800 toises de la place.

RÉSUMÉ. – Fortifier l’Écluse, les forts de l’île de Cadzand, le Sas-de-Gand, le fort Philippine, le fort Terneuse, la place de Hulst ; avoir des têtes de pont, de l’Écluse dans l’île de Cadzand, du fort Philippine dans l’île d’Axel, et de la place de Hulst dans l’île d’Axel: voilà pour la rive gauche.

Pour la rive droite : établir par des forts une communication assurée entre l’île de Walcheren et l’île de Sud-Beveland; faire une tête de pont à Berg-op-Zoom, dans l’île de Sud-Beveland; établir des forts pour assurer la communication du fort de Bath avec le continent.

Du côté de la rivière: avoir une première barrière formée par les forts de Bath et de l’embouchure de Hulst; avoir une seconde barrière formée par les forts Lillo et Liefkenshoek; enfin en avoir une troisième formée par les deux forts projetés à 1,500 toises d’Anvers. Un officier du génie d’un mérite distingué doit être chargé de faire ces projets, de faire les rectifications des cartes, de faire faire toutes les sondes, et enfin de présenter un travail complet.

 

Schönbrunn, 25 septembre 1809

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

J’ai reçu le plan du nouveau fort de l’île de Cadzand, et je ne puis qu’être extrêmement mécontent de ce que le génie a si peu fait. J’avais prescrit que ce fort fût en état pour la fin de juillet.

Il me semble nécessaire d’ajouter à ce fort deux ouvrages sur la digue, à peu près pareils à ceux que j’ai tracés, en aval et en amont, à une centaine de toises de la place. Le but de ces deux ouvrages sera de contenir chacun une batterie de six pièces de canon qui battent la rivière, et de contenir d’autres pièces qui flanquent tout le front et empêchent de s’approcher pour prendre des revers sur les bastions. Je crois assez nécessaire de placer une demi-lune sur le front vis-à-vis, et surtout de se ménager des inondations tout autour.

Il est fort important de pousser vivement ces travaux, afin qu’ils soient en état l’année prochaine.

Vous voyez combien le génie est coupable de n’avoir pas fait les travaux de la batterie de Nolle à Flessingue. S’il les eût faits, peut-être que Flessingue ne serait pas pris.

Vous avez vu dans ma lettre que je demande la démolition du château de Gand. Pour le rétablir, il faudrait un million, et ce serait un million mal employé. Je désire donc qu’on démolisse ce château et qu’on le vende.

Le simple aspect du plan ne me laisse pas voir en quelle situation se trouve l’Ecluse. Je vous ai fait connaître la propriété que je désirais qu’on donnât à cette place.

Je désire aussi avoir les sondes du canal de l’Écluse, ainsi que celles du canal du Sas-de-Gand.

Les travaux à faire à Ostende sur la rive droite et pour couvrir l’écluse de chasse me paraissent indispensables. Je pense de même relativement au fort à établir pour couvrir l’écluse de Slyckens; mais, aucun mémoire ne se trouvant à la suite du plan qui m’est présenté, je ne puis pas avoir une idée nette de ce qu’on veut faire.

Voici les idées que me fait naître le plan d’Anvers:

Je vois, du côté d’un endroit qu’on appelle Dam, des maisons qui sont au-dessus de l’inondation. Si l’ennemi occupait ces maisons, il  serait à 600 toises de la rivière. Il devient donc indispensable de faire, à 300 toises en avant de cet endroit appelé Dam, un fort qui soit à 1,200 toises de la rivière, dans la plus courte direction. Ce fort soutiendra les deux inondations et interceptera bien le chemin de Breda.

Je vois après, sur la route de Turnhoul, un grand village qu’il me semble également important d’occuper, à la tête, par un fort qui éloignera également l’ennemi de 1,500 toises de la rivière.

Enfin vient la partie faible, depuis la lunette 22 jusqu’à la lunette 34, en avant de la citadelle. Cet espace a 600 toises. Je suppose que cette année la lunette E sera achevée; elle parait fort importante, mais cette lunette E n’est qu’à 600 toises des chantiers. Il paraît donc que trois forts liés entre eux par un fossé et des retranchements en forme de camp retranché, et appuyant leur gauche à la troisième inondation et leur droite à la quatrième, sont indispensables. Cette tête de camp retranché peut avoir 1,600 toises de front et 8 ou 900 toises de perpendiculaire, depuis la lunette E. Ce sera là un bel emplacement pour contenir la garnison. Il faut un plan beaucoup plus étendu que celui qu’on m’a remis, et fait avec des cotes de nivellement, pour qu’on puisse se faire à cet égard une idée précise.

Mais tout cela ne doit pas être très-coûteux. On peut faire ces ouvrages en terre, sur un bel échantillon, et les flanquer par des pâtés placés dans les inondations. La lunette E, la citadelle et la place formeraient le réduit du camp retranché.

Du côté de Dam, l’inondation laisse à découvert une presqu’île; peut-être là un camp retranché serait-il utile.

On me met sous les yeux un autre plan, celui des inondations, que vous m’avez envoyé il y a quelque temps. Il en résulte que l’inondation d’Anvers irait jusqu’à 2,000 toises des chantiers du côté de Malines, et qu’il faudrait un ouvrage pour lier ces inondations avec la citadelle; que le pays qui ne peut pas être inondé, entre la quatrième et la troisième inondation, pourrait former un camp retranché de 1,600 toises à 2,000 toises de front; qu’enfin l’inondation irait jusqu’à Lillo ; qu’il ne sera donc question que d’établir autant de forts qu’il y a de digues, afin de défendre l’inondation; qu’un fort en avant d’Austruweel et un autre vis-à-vis, à 1,000 toises de la lunette qui est à l’extrémité de la Tête-de-Flandre, rempliraient mon but, qui est d’établir là l’estacade et de fermer le port.

Ainsi les projets qu’on doit me présenter se réduisent: en ouvrages en terre, à des retranchements protégés par les inondations, et en ouvrages permanents, à nettoyer les ouvrages avancés de la place, et surtout à faire des ouvrages pareils à la lunette E, qui lie la citadelle à la place, de manière que, le camp retranché enlevé et les inondations saignées ou passées sur la glace, la place offre encore une grande résistance comme place de guerre.

Il faut que le général Dejean s’occupe sérieusement d’Anvers; qu’il y fasse, s’il est nécessaire, un voyage, et qu’il se concerte avec la marine.

J’ai pris là-dessus un décret qui vous servira de règle.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-jointe l’analyse de ma conversation avec M. de Bubna (lettre à Maret, du 23 septembre), Je vous l’envoie pour qu’à tout événement elle vous serve de règle.

Envoyez à M. de Gallo une copie de ma déclaration aux Américains (lettre à Champagny du 26 août). Je pense même qu’il n’y a pas d’inconvénient à la faire imprimer dans le Moniteur, c’est le moment favorable; envoyez-la donc par le courrier de demain à M. Maret, qui l’enverra au Moniteur.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Altenburg

Monsieur de Champagny, après avoir longtemps réf1échi sur la situation des trois villes de Hambourg, Lubeck et Brême, il me semble qu’il n’y a rien de plus avantageux pour la France que de laisser ces villes Villes impériales. Les donner à la Hollande, ce serait une chose préjudiciable à leurs intérêts. Il en serait de même de les réunir à la Westphalie. Je serai bien plus le maître de ces villes lorsque je les aurai sous mon autorité immédiate.

Je désire donc que M. Reinhard, mon ministre plénipotentiaire à Cassel, se rende à Hambourg et me présente, de concert avec M. Bourrienne et sans que cela transpire dans le public, 1° un projet de constitution; 2° les moyens d’exécution. Toutes les relations que ces villes avaient avec l’Empire germanique, soit dans leurs armes, soit de toute autre manière, on doit les établir avec l’Empire français. Elles ne doivent avoir de relations extérieures qu’avec la France et elles auront un ministre à Paris pour suivre leurs affaires. Elles auront une force armée pour défendre le pays; les grades supérieurs seront à ma nomination, comme Protecteur. Enfin je désire avoir l’autorité, soit sur la police et la direction de ces villes, soit de toute autre manière qui serait jugée convenable. J’ai déjà les postes. Je désire aussi un hommage de souveraineté, tel, par exemple, que la nomination du bourgmestre sur une liste triple formée par les États, ou toute autre chose de même nature. Vous ferez entendre à M. Reinhard que je le charge de cette mission, parce que je ne veux pas de ces tripotages d’argent qui déshonorent les gouvernements. Il peut quitter Cassel pour une quinzaine de jours, sous prétexte de santé ou sous tout autre prétexte. Si un petit accroissement de territoire est indispensable à ces villes, je ne me refuserai point à le leur accorder. Il faut aussi qu’elles fournissent un contingent à la Confédération. Il est nécessaire que, peu de temps après la paix, toute l’Allemagne soit organisée et que tout sorte du provisoire. Il me semble que cette affaire est celle qui demande le plus de préparatifs. Comme Protecteur, je veux aussi avoir le droit de donner des exequatur aux consuls étrangers, de manière à pouvoir les ôter, si cela est nécessaire. Je veux également pouvoir renvoyer des villes les étrangers qui seraient suspectés de tramer des choses contraires à mes intérêts.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au comte Gudin, ministre des finances, à Paris

J’ai reçu votre rapport du 12 sur le parti à prendre sur les moines des Etats romains. Voici ma pensée, tant pour Rome que pour la Toscane, le Piémont et Parme: supprimer sans distinction tous les moines ; ordonner que, à dater de la publication du décret qui sera rendu, ils soient tenus de quitter l’habit et le couvent mendiants livrés à l’instruction publique, tous, sous quelque dénomination qu’ils soient, de sorte qu’en Italie et en France il ne reste plus aucun moine. Il faut vendre leurs maisons et leurs biens; ne laisser que ceux du mont Cenis, du mont Genèvre, du mont Saint-Bernard, sur l’Apennin, à la Chartreuse de Florence et dans quelques localités privilégiées.

Préparez-moi un projet de décret sur ces bases pour la Toscane Parme et le Piémont, afin que je puisse prendre ces mesures à la fois au prochain travail que je ferai à Paris. Cela décide donc la question. Je ne veux plus voir d’habit de moine, de couvent. Toute mesure dilatoire tend à les l’établir. Si d’un coup de massue on ne détruit pas ces ridicules institutions, on les verra renaître. Je ne voudrais pas les renvoyer chez eux, mais les attacher à des cures, chapitres, collégiales, de sorte qu’ils eussent tous des fonctions ecclésiastiques.

Mais cette secousse, ces changements doivent se faire à mon prochain travail à Paris, après la paix et quand j’aurai de bonnes garnisons à Florence, Parme et Rome. Jusque-là, il ne faut rien faire.

Seulement la Consulte, par mesure de police, peut renvoyer en France, en Allemagne, en Espagne, à Naples les moines étrangers et en purger Rome, sans mesure générale, mais par des mesures particulières. Je ne pense pas qu’il y ait autre chose à faire qu’à prendre toutes les précautions pour les surveiller et attendre le moment de la paix.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, faites connaître au roi d’Espagne que je vois avec peine qu’il ait cessé de faire travailler au Retiro; que la politique voulait qu’on travaillât jour et nuit à ces fortifications et pendant dix ans; que, si les ouvrages qui avaient été traces sont finis, il en fasse tracer d’autres, qui donnent à la place un grand relief et en prolongent la défense; que j’aurais désiré également qu’on ne cessât pas de travailler aux fortifications de Somo-Sierra, si nécessaires pour protéger la communication avec Aranda et Burgos.

Donnez au maréchal Jourdan l’autorisation qu’il demande pour rentrer en France, et faites connaître au Roi que j’ai nommé pour major général le duc de Dalmatie et pour commandant du 2e corps le général Laborde. Si le prince de Ponte-Corvo est en bonne santé et veut servir, envoyez-le en Catalogne pour commander toutes les troupes, tant celles qui sont à Barcelone et au corps du général Saint-Cyr que celles qui font le siége de Girone. Vous rappellerez en conséquence le duc de Castiglione.

Mandez au roi d’Espagne qu’en nommant le duc de Dalmatie major-général mon intention est qu’il ait le commandement sur tous les maréchaux employés à l’armée d’Espagne, et que, si cela était nécessaire, il puisse prendre le commandement d’un ou de deux corps et se porter pour manœuvrer contre l’ennemi.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Mon escadre dans la rade de Toulon n’est pas à l’abri d’une légère expédition. Si l’ennemi voulait débarquer entre les Sablettes et Balaguier un corps de 10,000 hommes, il tournerait toutes les batteries de l’Aiguillette qui défendent la petite rade. Il est donc d’une indispensable nécessité de construire un fort sur les hauteurs de l’Aiguillette. Ordonnez au génie de s’occuper de ce travail. Il ne faut pas un fort considérable; pourvu que 600 hommes se trouvent à l’abri d’un coup de main, ce point se trouvera suffisamment fort. Il est vrai qu’une pareille expédition sur Toulon n’aurait pas de grands résultats, parce que l’escadre rentrerait dans le port; cependant je n’en crois pas moins utile de s’occuper sérieusement de la construction de ce fort. Faites-moi connaître la situation actuelle du fort de Malbousquet, et s’il ne serait point nécessaire de construire une autre redoute entre Malbousquet et le fort Rouge, pour mettre la darse à l’abri d’un bombardement.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au comte Fouché, chargé par intérim du portefeuille de l’Intérieur, à Paris

Une espèce de vertige tourne les têtes en France. Tous les rapports que je reçois m’annoncent qu’on lève des gardes nationales en Piémont, en Languedoc, en Provence, en Dauphiné. Que diable veut-on faire de tout cela ? Lorsqu’il n’y a pas d’urgence, et que cela ne pouvait se faire sans mon ordre ! Comme ces mesures passent le pouvoir ministériel, elles devaient être autorisées par le conseil des ministres; on ne m’a pas envoyé ce procès-verbal. A la nouvelle de l’expédition, j’ai levé 30,000 gardes nationales, et j’ai désigné les divisions militaires qui devaient les fournir; si j’en avais voulu partout, je l’aurais dit. Que l’Artois, la Flandre, le Brabant, la Lorraine fournissent des gardes nationales pour marcher au secours d’Anvers, parce que l’ennemi a débarqué dans l’Escaut, on comprend ce que cela veut dire; mais, lorsqu’on met en armes le Piémont, le Languedoc, la Franche-Comté, le Dauphiné, ces provinces ne savent ce qu’on leur demande. Le peuple prend de l’incertitude sur le gouvernement, les esprits travaillent; le moindre incident peut faire naître une crise. Je ne sais pas si l’on doit blâmer les individus du département des Forêts qui ont demandé à voir le décret qui leur ordonnait de marcher; il me semble qu’ils avaient ce droit. Aussi me suis-je empressé d’envoyer le décret pour les départements que je voulais lever. Je ne sais ce qui s’est fait aux environs de Paris; toutes les petites communes environnantes montent la garde, comme pendant la révolution. Je ne sais ce qui s’est passé à Paris. Il était plus simple d’organiser 3,000 hommes pour remplacer la garde municipale et de former deux ou trois bataillons pour aller à l’ennemi. Voilà ce qu’il y avait à faire au moment où je demande la conscription. Occupez vous de tout calmer. Parlez de cela au conseil des ministres. Comme je ne suis pas sur les lieux, je ne puis savoir ce qu’on a fait. Prenez des mesures pour que les préfets remettent les choses dans l’état où elles étaient. Je ne veux pas de gardes nationales autres que celles que j’ai requises, et, en y pensant mûrement, je ne veux pas d’officiers que je ne connais pas. Les préfets, qui sont des têtes médiocres pour la plupart, sont loin d’avoir ma confiance pour un objet de cette importance. Si les gardes nationales étaient comme les gardes d’honneur, on aurait donné au peuple des chefs qui auraient un intérêt différent du sien, surtout s’il y avait une crise.

En résumé: que le ministre de l’intérieur ne sorte pas de ses attributions; qu’il ne fasse rien sans mon ordre s’il n’y a pas urgence, et sans un ordre du conseil, s’il y a urgence; que tout rentre à Paris dans l’ordre accoutumé; qu’on ne garde que les cinq divisions de gardes nationales des départements où je les ai appelées. J’ai ordonné an ministre de la guerre de faire rentrer la gendarmerie, hormis 500 hommes. Enfin, si l’expédition se dirigeait sur Cherbourg ou sur la Bretagne, le conseil des ministres ordonnerait la levée dans les départements environnants. Mais préparer d’avance ne signifie rien; ce n’est que l’art de mettre la France en combustion. Mon intention est que qui que ce soit ne porte l’uniforme d’officier de gardes nationales, hormis toutefois ceux des cinq divisions qui auront été brevetés par le ministre de la guerre. J’attache la plus grande importance à effacer ces fausses mesures de manière qu’il n’en reste pas de trace.

J’ai eu la pensée de former les cadres des gardes nationales de France, d’abord pour servir dans les cas pareils à ceux qui se sont présentés, mais surtout pour donner une direction à l’esprit national dans les temps de crise. Je n’ai jugé cette opération faisable que dans la quinzième année de mon règne. J’ai avancé mon système pour avoir une masse d’hommes attachés, titrés, pour en tirer des officiers.

Faites-vous représenter les circulaires des conseillers d’État, et, sans réaction, sans commotion nouvelle, faites tout rentrer dans l’ordre. Lorsque Walcheren sera repris, je diminuerai les gardes nationales dans les départements mêmes où je les ai appelées. Tout doit être effacé, hormis les gardes nationales qui restent sous les drapeaux.

Je recommande surtout que les mesures qui vont être prises le soient sans publicité, sans trouble. Mon intention est que les officiers des cinq divisions provisoirement conservées soient brevetés. Nul ne peut être officier en France sans brevet de moi.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je ne vois pas pourquoi vous trouvez tant de difficultés aux prames que je désire avoir à Anvers. Voici mon idée : Anvers a besoin d’être protégé; croyez-vous que six vaisseaux à trois ponts embossés entre Lillo et Liefkenshoek, ou entre Terneuse et Sud-Beveland, ne seraient pas d’un merveilleux effet ? Mais ces vaisseaux tirent trop d’eau, seraient trop gênés dans leurs mouvements et sont trop précieux. Eh bien, je voudrais les remplacer par six prames qui non-seulement ne craignissent ni la Ville-de-Paris ni l’Océan, mais qui pussent se battre corps à corps avec eux et avoir d’immenses avantages dans le genre de guerre que je vais employer.

Pour lutter contre un vaisseau à trois ponts, il faut un vaisseau à trois ponts: mon bâtiment y équivaudrait. Je ne veux l’embosser que dans les points de l’Escaut où il y a moins de dix pieds d’eau et où il sera impossible à une frégate et à un vaisseau de 74 de s’en approcher à portée de fusil. Vous sentez que les sloops, bricks, corvettes, cutters, bâtiments légers seraient écrasés par cette machine. Un vaisseau de 74 tire vingt pieds d’eau et par conséquent n’en approchera que d’une encablure; il sera écrasé. Ainsi ma prame aura l’avantage sur toutes les flottes possibles anglaises. Un vaisseau à trois ponts en approcherait-il mieux ? Elle n’aura rien à craindre. L’avantage d’un trois-ponts consiste dans la rapidité de ses évolutions; le mien ne peut évoluer ni virer; mais le vaisseau à trois ponts aura beau manœuvrer et virer comme il voudra, ne pouvant approcher de deux encablures du mien, il ne pourra rien contre lui.

Je suppose actuellement mon escadre mouillée entre Flessingue et Terneuse. Sera-ce donc un petit avantage que sa ligne d’embossage soit flanquée par de pareils bâtiments ? Croyez-vous que des prames, placées sur le banc de Flessingue ou de l’île de Cadzand et entourées d’une trentaine de chaloupes et d’une dizaine de caïques, ne rendront pas impossible le passage de l’Escaut ? Cela a d’autant moins d’inconvénient qu’au bout de six heures la prame n’a qu’à lever son ancre et elle va où elle veut; elle monte et descend avec la marée; elle n’a pas de navigation, a de très petites  mâtures et donne par conséquent peu de prise aux boulets. C’est, en un mot, une grosse batterie flottante.

Si on juge qu’une batterie de 80 soit suffisante pour ce bâtiment, parce que dans l’Escaut il ne peut entrer de trois-ponts et que cela coûte moins, je n’y vois pas d’inconvénient. C’est donc, en un mot, une batterie de 80 d’un échantillon plus fort, la mâture plus petite, ne portant que quinze jours de vivres, ne tirant au plus que huit pieds d’eau et destinée à être toujours placée sur des fonds où un vaisseau de ligne ne peut la choquer. Ce vaisseau ne doit pas me coûter 200,000 francs, puisqu’il n’entre dans sa construction que des bois droits; qu’il suffit de lui donner la capacité nécessaire pour recevoir les batteries; qu’il n’y faut point d’emplacement pour les vivres et l’eau, et qu’enfin, étant plus petit, pour avoir la résistance d’un 80, des mâts de France, des mâtures légères doivent suffire.

Indépendamment, il aura l’avantage d’épargner mes vaisseaux. Il est fâcheux que, depuis qu’il est reconnu que l’île d’Aix est accessible à l’ennemi, on n’ait pas construit deux bâtiments sur ce modèle pour protéger mon escadre, quoiqu’il y ait, je l’avoue, plus de difficultés à cause des tempêtes, etc. ; mais ici où il y a un courant et un contre-courant constants, cela n’offre pas de difficulté.

Occupez-vous de cette idée et des moyens de la réaliser.

L’Escaut devant avoir bientôt trente vaisseaux de ligne, et le scrupule qu’on avait sur ce fleuve détruit, Anvers devenant un port d’armement, il est évident que de pareils bâtiments me sont nécessaires pour rester constamment maître de cette rivière. On peut encore étudier les précautions à prendre pour que l’abordage de ces bâtiments soit le plus difficile possible, pour les défendre des obus et pour que les canonniers y soient plus à l’abri que dans un vaisseau de guerre.

Aucun fort n’est possible entre Flessingue et Cadzand. Ce serait jeter 20 millions à la mer. Ces forts me sont inutiles, car avec ces prames j’aurai des forts mobiles plus avantageux. Il me faudrait aussi avoir des bombardes construites de même, portant quinze à seize mortiers. De pareils bâtiments, embossés dans un lieu où il n’y a pas d’eau et jetant douze ou quinze bombes à la fois, seraient d’un grand résultat. Je me servirais aussi de ces bâtiments ne tirant pas dix pieds d’eau dans les canaux de l’Escaut et partout ils me porteront des forts; en un mot, c’est le fort de Montalembert rendu mobile.

S’ils pouvaient être construits promptement ils me serviraient à reprendre Walcheren. Je les embosserais entre le Sloe et Sud-Beveland ; mais je regarde comme une folie que les Anglais veuillent sérieusement garder l’île de Walcheren.

Il faudrait d’abord construire un modèle ; on les mettrait à l’eau, et l’expérience indiquerait les modifications à y faire, pour ensuite en construire plusieurs.

Pour pousser l’examen de cette question jusqu’au point où il peut aller, je désirerais que vous me fissiez rédiger un mémoire qui me fit connaître la limite qu’on peut atteindre. Serait-il possible de faire un bâtiment  qui eût cent pièces de canon de chaque côté et ne tirât que dix pieds d’eau ? Et si les ingénieurs le croient possible, il faut aller jusqu’à la limite. Pourrait-en en faire un de trois cents pièces de canon ? Il me semble que dans un vaisseau la plus grande partie est sous l’eau, ce qui est nécessaire pour donner de la marche au vaisseau.  Il n’y a ici sous l’eau que l’indispensable pour porter le poids. Dans les vaisseaux  aussi on a besoin on a besoin d’une cale pour mettre l’eau et les vivres. Ici, il ne faut que le quinzième de la place qu’on réserve dans les vaisseaux pour l’eau et les vivres.

Quant à les faire descendre d’Anvers à Flessingue et remonter de Flessingue à Anvers, il me semble que cela ne peut avoir de difficulté, soit en remorquant le bâtiment, soit en se servant de corps-morts, si cela est nécessaire, et en se servant de la marée. Et si, par des raisons que je ne connais pas, il est impossible de faire un bâtiment de 80, quel en serait le minimum ? Peut-on faire une batterie de quarante pièces de canons ? Etc.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris.

Envoyer quelques vivres et de petits secours à la Guadeloupe est une opération d’aucun résultat. Il faut envoyer à la Guadeloupe une expédition suffisante pour reprendre l’île des Saintes. J’ai à cet effet désigné, depuis les premiers jours d’août, Rochefort pour point de départ. J’estime qu’il faut cinq vaisseaux de ligne, une frégate et une ou deux petites corvettes. J’ai à Rochefort 1,700 matelots en rade; j’en ai 700 sur les bâtiments portés comme chargés de la protection de ces côtes; cela fait donc 2,400 matelots; j’en ai 600 à Nantes, en rade, et 300 employés à la protection de la côte; cela fait donc 3,300 matelots. J’ai à Bordeaux 160 matelots en rade et 450 employés à la protection de la côte; j’en ai 200 à Bayonne; cela me fait plus de 4,000 matelots. Cependant cinq vaisseaux et une frégate ne me feront que 2,500 matelots, au plus 3,000. Je puis donc, avec les 4,000 matelots que j’ai, armer cinq vaisseaux en guerre, armer même les plus mauvais en flûte, qu’on laisserait à la Guadeloupe.

Ainsi j’aurais une expédition de cinq vaisseaux, d’une frégate et d’une ou deux corvettes ou bricks, d’une ou deux grosses flûtes, soit qu’on prît un vaisseau de guerre, soit les deux flûtes qui sont à Nantes.

Cette expédition pourrait porter 3,000 hommes de bonnes troupes; elle arriverait droit sur les Saintes, s’en emparerait, jetterait ses 3,000 hommes dans la colonie, y laisserait ses deux flûtes ou son vaisseau armé en flûte, qui seraient bondés de denrées; après quoi, l’escadre continuerait son mouvement pour regagner les côtes de France. La colonie de la Guadeloupe, recrutée de bonnes troupes, aurait 5 à 6,000 hommes; les Anglais ne pourraient la prendre qu’avec une immense expédition et alors cette colonie serait sauvée.

Tout est prêt à Rochefort; désignez les vaisseaux et organisez cette expédition promptement. Les vaisseaux n’auront pas besoin d’aller en rade; ils partiront du bas de la rivière.

L’expédition de Cayenne peut partir de Lorient, où j’ai deux vaisseaux et deux ou trois corvettes ou bricks. 1,200 hommes doivent être suffisants pour reprendre Cayenne; on les y laisserait. Vous y laisseriez également les bâtiments, corvettes ou bricks que vous feriez construire à cet effet.

Les deux vaisseaux que j’ai à Cherbourg et la frégate seraient chargés de ravitailler l’île de France, de faire lever la croisière que les Anglais ont l’habitude de tenir là, qui est inférieure ordinairement à deux vaisseaux, de porter du secours à la colonie et de rester à la disposition du commandant pour croiser et faire du mal aux Anglais.

La division qui partira de Cherbourg pourrait être composée de deux vaisseaux, de trois frégates et de deux ou trois bricks, et détacherait en route deux frégates et les petits bâtiments pour reprendre le Sénégal.

Par ce moyen, j’aurai repris mes colonies.

Quant à l’idée de faire venir des équipages d’Anvers, c’est une idée folle. J’ai besoin de ma flotte pour reprendre Flessingue, et je désirerais même que ma flotte partît d’Anvers par un temps fait et se rendît à Toulon.

L’escadre qui aurait été ravitailler la Guadeloupe aurait ordre positif de rentrer dans la Méditerranée.

Quant à San-Domingo, il a été pris. Les nouvelles d’Angleterre du 10 nous font connaître la capitulation. Cette brave garnison s’est défendue bien des années, et, si on y avait envoyé un vaisseau, deux frégates et 600 hommes, on aurait sauvé cette importante colonie.

Le Sénégal a été pris par 100 hommes de l’île de Gorée. Il paraît qu’il n’a jamais été ravitaillé.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, je vous ai déjà fait connaître qu’il fallait faire un approvisionnement de siége à Klagenfurt. Non-seulement vous n’avez donné aucun ordre, mais le commissaire des guerres de Gratz s’y oppose. Prenez les mesures les plus promptes, et faites-moi un rapport sur la manière dont le service se fait dans cette place. Des approvisionnements n’y sont pas formés; le soldat n’a pas de vin, et le pain est mauvais. Le soldat souffre par la faute de l’intendant et du commissaire des guerres. Pourquoi ne profite-t-on pas du moment où Trieste n’est pas bloqué pour transporter les marchandises à Venise ? Faites partir sur-le-champ des ordres pour qu’au 1er octobre les marchandises que l’on a saisies à Trieste soient embarquées et transportées à Venise dans des magasins à mon compte. Faites mettre à la disposition du vice-roi une somme de 100,000 florins pour frais d’expédition de courriers et autres dépenses extraordinaires et secrètes.

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général la Riboisière, le 18 septembre il n’a avait aucune pièce arrivée de Laybach  à Klagenfurt. ; il n’y avait pas de poudre ; l’artillerie de cette place était dans le plus mauvais état. Il n’y avait que deux pièces de 12, quatre de 6, deux de 3, un obusier, 1,000 cartouches d’infanterie et trente canonniers. Cependant cette place peut-être assiégée d’un moment à l’autre. Faites-moi connaître les mesures que vous avez prises et qui me tranquillisent sur la situation de cette place.

Pourquoi laissez-vous á Trieste 22,000 fusils, 1,000 sabres, 1,900 gibernes, 1,400 ceinturons, etc. ? Et pourquoi ne faites-vous pas évacuer tout cela sur Palmanova ?

 

Schönbrunn, 26 septembre 1809

Au maréchal Soult, duc de Dalmatie, commandant l’armée de Portugal, à Plasencia.

Mon Cousin, j’ai tété mécontent de votre conduite. Mon mécontentement est fondé sur cette phrase de la circulaire de votre chef d’état-major : « Le duc de Dalmatie serait prié de prendre les rênes du gouvernement, de représenter le souverain et de se revêtir de toutes les attributions de l’autorité suprême, le peuple promettant et jurant de lui être fidèle, de le soutenir et de le défendre aux dépens de la vie et de la fortune contre tout opposant et envers même les insurgés des autres provinces jusqu’à l#entière soumission du royaume… » C’eût été un crime qui m’eût obligé, quelque arrachement que je vous porte, à vous considérer comme criminel de lèse-majesté et coupable d’avoir attenté à mon autorité, si vous vous fussiez attribué le pouvoir suprême de votre propre mouvement. Comment auriez-vous du jeu des passions et de l’intrigue ? Comment, avec les talents que vous avez, auriez-vous pu penser que je consentisse jamais à vous laisser exercer aucune autorité, sans que vous la tinssiez de moi ? Il y a dans cela un oubli des principes, une méconnaissance de mon caractère et des sentiments et de l’orgueil de la nation, que je ne puis concilier avec l’opinion que j’ai de vous. C’est avec ces fausses démarches que le mécontentement s’est accru, et qu’on a pensé que vous travailliez pour vous et non pour moi et pour la France. Vous avez sapé le fondement de votre autorité, car il serait difficile de dire si, après la circulaire émanée de vous, un Français qui eût cessé de vous obéir eût été coupable.

Dans votre expédition, j’ai été fâché de vous voir vous enfourner sur Oporto sans avoir détruit la Romana, de vous voir rester si longtemps à Oporto sans rouvrir vos communications avec Zamora, marcher sur Lisbonne ou prendre un parti quelconque. J’ai vu avec peine que vous vous fussiez laissé surprendre à Oporto, et que mon armée, sans combattre, se fût sauvée presque sans artillerie et sans bagages.

Toutefois, après avoir longtemps hésité sur le parti que je devais prendre, l’attachement que j’ai pour vous et le souvenir des services que vous m’avez rendus à Au