Correspondance de Napoléon Ier – Juillet 1810

Paris, 1er juillet 1810.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désire envoyer cette année 1,500 hommes à l’île de France. Il faudrait préparer pour cela trois expéditions.

L’une à Brest, qui serait composée de l’Ulysse armé en flûte, et de trois frégates, auxquelles on pourrait joindre la frégate la Revanche armée en flûte. Ces cinq bâtiments doivent pouvoir porter 1,500 hom­mes. L’Ulysse et la Revanche resteraient à Tile de France.

La seconde à Rochefort, qui pourrait être composée des deux plus mauvais vaisseaux armés en flûte et de trois frégates armées en guerre. Ces cinq bâtiments doivent pouvoir porter près de 1,500 hommes.

On pourrait préparer une troisième expédition à Cherbourg, qu’on formerait des quatre flûtes qui sont au Havre et de celle qui est à Cherbourg. Ces cinq bâtiments doivent pouvoir porter au delà de 1,500 hommes.

Une fois qu’une de ces expéditions serait partie, on contremanderait les deux autres ou on leur donnerait une autre direction.

Il serait envoyé, en outre, en croisière deux frégates de Nantes

Faites-moi un rapport sur tout cela.

 

Saint-Cloud, 1er juillet 1810.

A M. GAUDIN, DUC DE GAETE – MINISTRE DUS FINANCES, A PARIS.

Vous recevrez de la secrétairerie d’État un décret qui annule celui qui nommait le duc d’Otrante au gouvernement de Rome. Faites connaître au général MioHis que mon intention est de le laisser dans l’emploi qu’il occupe si bien et que je compte à cet effet sur son zèle.

D’après la minute. Archives de l’Empire.

 

Rambouillet. 2 juillet 1810.

Il faut me faire un mémoire sur le fort de Trieste.

Si l’armée française va en avant comme dans les trois campagnes précédentes, elle ne peut laisser que peu de monde à Trieste. Dans l’an VI on n’y put laisser que 300 hommes, qui, pendant que l’armée française était aux portes de Vienne, devaient se maintenir contre les insurrections et les troupes venant de Fiume. Je ne sais même si mes troupes ne furent pas obligées d’évacuer.

En 1805, je ne fis occuper Trieste que par très-peu de monde.

Dans la dernière campagne, les 900 hommes qui s’y trouvèrent furent menacés par un rassemblement assez considérable, et, sans le fort de Tries!e et l’artillerie des vaisseaux russes, ces 900 hom­mes auraient été exposés à être chassés et se seraient réfugiés sur Palmanova.

Dans cette supposition donc il est bien utile d’avoir un fort à Trieste, qui fasse que 1,200 ou 1,500 hommes puissent se main­tenir dans la place, maîtres de la ville et de la rade, n’ayant rien à craindre des insurrections ni des débarquements que peuvent faire trois ou quatre vaisseaux, et pouvant conserver l’immense matériel et tout ce qui peut se trouver dans un si grand port.

La deuxième hypothèse est celle où l’armée autrichienne aurait franchi la Save, passé l’Isonzo, marché sur Palmanova et repoussé l’armée française au delà du Tagliamento. Dans cette hypothèse, il peut arriver que l’armée française n’ait reculé que pour réunir ses troupes et revenir dans l’espace d’un ou deux mois. L’ennemi n’aurait point eu le temps de faire venir de l’artillerie pour prendre ce fort : alors 1,000 hommes qui y seraient renfermés tiendraient en échec plusieurs milliers d’hommes de l’ennemi.

En second lieu, ce fort renfermera tout le matériel de Trieste et servira de retraite à toute la province d’IUyrie ; alors partie de l’armée d’Hlyrie évacuera sur Trieste, partie évacuera sur la Dalmatie; ce qui formerait le dépôt bien prononcé des deux parties. Mais on sent que, dans ces deux partis et particulièrement dans le dernier, il faudrait que le fort fût susceptible de quelque défense, d’abri pour soutenir un bombardement et pouvoir résister à quinze ou vingt jours de tranchée ouverte. Pour cela il faudrait que la position du fort futur ne fût pas dominée. S’il est possible de lui donner la fa­culté d’intercepter la route de Laybach à Trieste et celle de Trieste à Fiume, ce sera un autre avantage. Il faudrait me faire un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 3 juillet 1810.

AU PRINCE CAMBACÉRÈS,

ARCHICHANCELIER DE L’EMPIRE, A PARIS.

Mon Cousin, je vous renvoie l’affaire du mariage du comte Tascher avec la princesse de la Leyen. Je désire que cela soit fini sans délai. Je n’ai jamais entendu lui donner, 1° qu’un supplément de 60,000 francs qui, avec les 40,000 francs qu’il a, porteront sa dotation à 100,000 francs; 2° que le titre de comte; 3° que 100,000 francs de rente sur les 400,000 que je me suis réservés en Bavière pour doter la famille du prince Primat. Ces 100,000 francs forment la dota­tion d’un comté qui sera possédé par l’enfant mâle qui naîtra du mariage du comte Tascher avec la princesse de la Leyen, et sauf réversibilité à moi; 4° 100,000 autres francs forment la dotation d’un comté qui sera érigé pour le fils du prince de la Leyen ; 5° enOn 200,000 francs doteront le duché érigé en faveur du duc de Dalberg. Mon intention est de régler la transmission de ces 400,000 francs de rente de la manière suivante : les 200,000 francs de rente possédés par le duc de Dalberg, le cas arrivant où il viendrait à mourir sans en­fant , passeraient à l’enfant mâle aîné provenant du mariage du comte de Tascber avec la prirfeesse de la Leyen, et vice versa pour le duc de Dalberg, le comte Tascber venant à mourir sans enfant. Pré-«fenlez-moi des projets dans ce sens. Je les signerai, et ce mariage se trouvera terminé.

Napoléon.

 

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRES,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Saint-Cloud, 3 juillet 1810.

Mon intention est de faire mettre cette année cinq vaisseaux sur les chantiers de Venise; ce qui, joint aux trois qui y sont déjà, fera huit vaisseaux au compte de la France. Comme ceci sera en sus de votre budget de cette année, faites-moi connaître ce que coûteront ces cinq vaisseaux tout équipés, et ce que vous devrez fournir.

Tous les renseignements que Ton me donne sur le vaisseau russe qui est à Trieste confirment que le bois est très-bon et que ce vais­seau peut être réparé avec 4 à 500,000 francs. Je désire que vous donniez des ordres positifs pour qu’il soit armé sans délai dans le port même de Trieste.

 

AU MARÉCHAL MARMONT, DUC DE RAGUSE,

GOUVERNEUR DES PROVINCES ILLYRIENNES, A LAYBACH.

Saint-Cloud, 3 juillet 1810.

Mon Cousin, trois vaisseaux russes m’ont été remis à Trieste; il y en a un qui est très-bon. Mon intention est que vous fassiez entrer le vaisseau dans le petit port, s’il n’y est1 déjà, et que vous le fassiez mettre sur quille et réparer. Surtout qu’on ne perde pas un moment, afin d’avoir, avant le mois de novembre, un bon vaisseau de 80 dans ce port. Vous ferez armer également une frégate, et par ce moyen vous pourrez ne plus être bloqué par de simples frégates. Vous pourrez retirer des deux autres vaisseaux ce qui sera bon pour armer celui qui reste; et enGn ce que vous ne pourrez pas employer, vous le laisserez au royaume d’Italie.

Mon intention serait de fortifier Pola : faites-moi un rapport là-dessus. En attendant, faites-y établir des batteries, afin que, si une division française se présentait sur ce point, elle pût y être en sûreté. Répondez-moi en détail et instruisez-moi du jour et du temps où ces batteries seront en état.

Faites-moi aussi un rapport sur les fortifications de Trieste et sur ce qu’il y aurait à faire pour mettre oc port à l’abri d’un coup de main. Je suppose que vous avez fait détruire les fortifications de campagne que les Autrichiens avaient élevées dans les provinces illyriennes.

Napoléon.

 

AU MINISTRE DE LA GUERRE, A  PARIS.

Paris, 3 juillet 1810.

Monsieur le Duc de Feltre, le régiment des gardes nationales de la Garde sera, en tout, composé comme un régiment de la ligne.

Son administration fera partie de l’administration des chasseurs.

Les chefs de bataillon et les majors faisant fonctions de colonel seront tirés de la ligne et pris parmi les officiers de choix, ainsi que les adjudants-majors et les adjudants sous-officiers.

Les autres officiers resteront comme ils sont. Il n’y aura ni offi­ciers , ni sous-officiers de la Garde.

Chaque bataillon sera de six compagnies. Chaque compagnie devra être à l’effectif de 160 hommes; ce qui fera par bataillon 960 hom­mes, et, pour le total, 1,920 à 2,000 hommes.

Je crois que ce régiment compte maintenant à peu près 1,000 hommes.

Vous trouverez ci-joint un décret portant appel de 1,000 hommes des compagnies de réserve de cinquante-sept départements autour de Paris. Faites venir ces hommes sans délai; ayez soin que tout soit préparé pour leur habillement et leur équipement, et quo ce régi­ment puisse être prêt à entrer en campagne passé le 15 août.

Faites-moi connaître ce que les compagnies de réserve des autres départements pourraient une fournir.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 4 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Je vois que les Portugais sont bien nombreux dans la 7′ division militaire. Faites-moi connaître combien ils ont recruté depuis le commencement et de quelles nations sont les recrues qu’ils ont faites.

Donnez ordre que le détachement de 44 hommes du 122e, qui est à la disposition de la marine à Toulon, rentre au dépôt à Versailles.

 

Saint-Cloud, 4 juillet 1810

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon ministre à Berlin et parlez au ministre de Prusse à Paris pour porter plainte et demander pourquoi on laisse entrer à Memel et à Stettin les marchandises sous pavillon américain qu’on a refusé de recevoir à Stralsund.

 

Saint-Cloud, 5 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL SAVARY, DUC DE ROVIGO,

MINISTRE DE LA POLICE GÉNÉRALE, A PARIS.

Envoyez-moi les journaux anglais à l’heure même où ils vous arri­vent, sans en retenir.

 

Saint-Cloud, 5 juillet 1810.

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D ADMINISTRATION DES FINANCES.

Les dispositions proposées paraissent convenables. Il sera néces­saire de porter le budget de 1810 à 760 millions ; ce qui se fera, en donnant à cet exercice 30 millions de supplément de crédit sur les recettes extraordinaires des douanes. Ces recettes sont estimées par aperçu comme il suit :

1° Vente des cargaisons américaines antérieurement saisies à Anvers               10,000,000 fr.

2° Vente des cargaisons  américaines remises par la Hollande            12,000,000

3° Vente des cargaisons des bâtiments améri­cains saisis dans les ports d’Espagne             8,000,000

4° Produit des saisies faites par la ligne des douanes dans le Nord              4,000,000

5° Produit des saisies faites par les lignes des douanes en Hollande               2,000,000

6° Produit du droit de l’exportation des grains.       1,000,000

7° Produit du droit sur le commerce interlope.      2,000,000

8° Produit des recettes des deux départements hollandais réunis, pour 1810               6,000,000

Tolal   45,000,000 fr.

Le ministre demandera à M. Collin, d’après les renseignements qui doivent se trouver dans les bureaux des douanes, des notes sur l’estimation de ces divers produits. Si cette recette était réellement de 45 millions, en portant le budget de 1810 à 760 millions, il res­terait encore 15 millions qu’on pourrait ajouter aux 745 millions de recette de 1809, et porter ainsi cet exercice à 760 millions; ce qui élèverait le fonds de réserve à 20 millions. Alors le budget serait tout à fait formé. Ces arrangements pourraient réagir sur 1808, qu’on porterait aussi à 760 millions, savoir : 745 millions, montant de la recette, et 15 millions en domaines. Les budgets de 1808, 1809 et 1810 se trouveraient donc, pour chaque exercice, de 760 millions. Ces nouveaux arrangements nécessiteraient des modifications dans les dispositions présentées par le ministre. On prendrait d’abord le décret dont voici l’objet.

Article 1.- Seront versées dans la caisse des douanes, pour le compte du trésor public, et affectées à l’exercice de 1810, les sommes provenant,

1° De la vente des marchandises saisies par la ligne des douanes françaises dans les villes banséatiques en 1808, 1809 et 1810, qui n’auraient pas encore été versées dans la caisse de l’extraordinaire ;

2° De la vente, ordonnée par notre décret du    des marchan­dises américaines séquestrées à Anvers depuis plusieurs années, et dont le produit devait être versé à la caisse d’amortissement;

3° Des cargaisons américaines saisies en Hollande, remises à la France en exécution du traité de  qui doivent être vendues à Anvers et dont les produits devaient être versés à la caisse d’amor­tissement ;

4° De la vente des marchandises qui seront saisies par la ligne des douanes en Hollande;

5° Des 50 pour 100 à acquitter sur les marchandises anglaises qui se sont trouvées dans les pays hollandais nouvellement réunis à la France, après qu’ils auront fourni aux crédits affectés sur ce produit par nos décrets;

Votre ministre du trésor fera recette de la partie desdites sommes affectée auxdits crédits par nos décrets, jusqu’à concurrence des­dits crédits, et aux titres des dépenses pour lesquelles lesdits crédits auront été ouverts ;

6° De la vente des bâtiments américains, ottomans ou neutres qui seront saisis dans les ports de la Méditerranée ou de l’Océan.

Art. 2.- Le droit établi par notre décret du           sur le com­merce interlope, sera également versé à la caisse des douanes pour le compte du trésor public.

Art. 3.- Il en sera de môme à dater du 1er du présent mois de juillet, du droit à l’exportation des grains perçu , jusqu’à cette époque, par la caisse d’amortissement.

Le 30 du présent mois, notre ministre des finances nous rendra compte de la situation de ces produits au 1er juillet et de la situa­tion des crédits, afin que nous puissions régler la distribution de l’excédant.

On pourrait ensuite faire un décret particulier pour 1809, et dire:

Art. 1.    Les recettes des deux départements de l’Escaut et des Bouches-du-Rhin, pour 1810, seront affectées à l’exercice 1809.

Les recettes de ces départements seront versées brutes au trésor. Le budget des dépenses locales sera dressé, ainsi que l’état des fonds affectés sur ces produits pour Anvers, pour les ponts et chaussées, etc., lesquels objets seront distraits des recettes brutes et ajoutés comme fonds spéciaux.

Art.2. – Les produits des cargaisons américaines saisies dans les ports d’Espagne, et dont la vente doit avoir lieu à Bayonne, seront affectés à l’exercice 1809.

On suppose que ces sommes réunies feront 15 millions et porte­ront le budget de 1809 au point où il doit parvenir, c’est-à-dire de 755 à 760 millions.

Il faudrait ajouter au tableau des budgets de 1808, 1809 et 1810 les suppléments de crédits qui leur sont accordés.

Le ministre verra s’il ne conviendrait pas de faire un seul décret, et, sans affecter, par un décret particulier, des produits spéciaux à l’exercice 1809, de lui affecter 15 millions sur le montant total delà recette extraordinaire.

Le ministre apportera au prochain conseil, avec les états des bud­gets de 1808, 1809 et 1810, et des renseignements sur l’estimation des produits extraordinaires, les états de distribution des ministres sur les fonds qui leur sont accordés.

Quant aux exercices 1806 et 1807, la répartition sera conformée ce qui est dit dans le projet de distribution.

Pour 1808, la répartition sera de 1,500,000 francs pour la guerre, de 6,700,000 francs pour l’administration de la guerre, de 600,000 francs pour le trésor, de 1,400,000 francs pour la marine.

Il est nécessaire de s’assurer, quant à la marine, si la dépense de la solde et des ouvriers de la marine sera acquittée.

Le ministre présentera, pour 1809, la répartition des 20 millions de supplément, savoir : liste civile, 85,000 francs ; justice, 315,000; trésor, 250,000; guerre, 3,000,000; administration de la guerre, 12,000,000; marine, 4,000,000; frais de négociation, 500,000 francs. On présentera la distribution de ces sommes entre les diffé­rents chapitres du budget de chaque ministère.

Ainsi le but du travail à représenter au prochain conseil est réta­blissement du budget en recette de 1808, 1809 et 1810, à 760 mil­lions; et la répartition entre les différents exercices, les différents ministères et les différents chapitres des budgets des ministères, des suppléments accordés pour les dépenses de ces exercices.

 

Rambouillet. 8 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE,  A PARIS.

Je réunis décidément la Hollande 1) Le décret porUat réunion de la Hollande à l’Empire est du 9 juillet 1810! II est convenable qu’un officier du génie discret et intelligent, comme celui que vous aviez envoyé à Anvers, se rende auprès du duc de Reggio et corresponde avec vous pour les renseignements sur le personnel du génie, de l’artil­lerie, la situation des places fortes et l’organisation du matériel. Il faudrait que ce fut un homme discret, qui ne fît pas l’important et qui, lorsqu’on aurait besoin de renseignements, sut les chercher et se les procurer.

 

Rambouillet, 8 juillet 1810.

NOTE SUR CHERBOURG.

Il faudrait avoir le plan de Cherbourg jusqu’à 600 toises du fort de Querqucville et jusqu’à 600 toises du fort de l’Ile. Pelée, de ma­nière que le terrain se trouve bien embrassé. On a plusieurs buts à remplir à Cherbourg.

1° Mettre les établissements maritimes à l’abri d’un coup de main et dans le cas de soutenir un siège de quinze jours de tranchée ouverte.

2° Éloigner le bombardement de ces établissements de manière que l’ennemi, dès le moment de son débarquement, ne pût se placer qu’à 12 ou 1500 toises des établissements maritimes.

3* Empêcher l’ennemi de pouvoir établir aucune batterie dans l’intérieur de la rade. Or, la rade, qui commence au fort de Quer-queville et unit au fort de file Pelée, a 3,000 toises à vol d’oiseau. Il serait donc convenable que, dans aucun point de ces 3,000 toises, l’ennemi ne pût envoyer ni bombes ni boulets, et, si le projet est difficile pour les deux passes, il faut au moins s’appuyer à une passe et maintenir toujours la passe libre. La passe naturelle parait être du côté de Querqueville.

Que l’ennemi ne puisse se placer entre le fort de Querqoeville et la place sur un espace de 12 à 1500 toises, alors on sera toujours maîlre de s’appuyer à gauche, d’entrer et de sortir par la passe de gauche. Par la suite on tâchera d’avoir la même propriété pour la passe de droite.

Une expédition à Cherbourg ne peut avoir pour but que de brûler les établissements maritimes de l’escadre qui serait dans la rade. Il doit y avoir cette semaine un conseil sur Cherbourg, où se trouvera M. Cachin et où l’emplacement des établissements sera déterminé. Pour mettre à l’abri d’un coup de main les établissements maritimes, il faut que l’emplacement des bastions et des bâtiments soit positive­ment désigné ; ce qui aura lieu dans les conférences qu’on va tenir.

Pour tenir l’ennemi à 1,500 toises des établissements maritimes, il parait qu’il faut occuper une circonférence de 5,000 toises. In cercle de 5,000 toises ne peut être occupé que par sept ou huit forts. En supposant que ces forts fussent des pentagones ou des quadrila­tères en terre, avec un réduit en maçonnerie, ils occuperaient par leur enceinte, ou au moyen de demi-lunes ou flèches avancées, une largeur de 2 ou 300 toises ; en espaçant ces forts de 400 toises, il eu faudrait huit. Le réduit en maçonnerie devrait contenir un magasina poudre, des puits, une manutention, un magasin de vivres, des logements à l’épreuve. Il faudrait faire un modèle en relief d’un de ces forts, comme M. Fontaine en fait faire pour les monuments de Paris.

Ces forts pourraient être défendus par 300 hommes, ce qui ferait 2,400 hommes nécessaires ; et ils pourraient contenir chacun jusqu’à à 800 hommes. Ces forts pourraient être faits, l’un portant l’autre, pour 1 million : 7 millions pour les forts et 3 millions pour l’enceinte seraient une dépense au plus de 10 millions, qui, à 3 millions par an, serait faite en quatre ans.

S’il était possible, au lieu de sept forts, de n’en faire que six,en agrandissant quelques forts par des demi-lunes, en faisant quelque inondation soutenue par des redoutes, cela diminuerait non-seulement les dépenses, mais la garnison.       ,

Ainsi 2,000 hommes dans les forts, 4,000 dans la ville, en tout 6,000 hommes, même de mauvaises troupes, mettraient Cherbourg à l’abri d’une armée de 25,000 hommes; et si, découvrant que l’en­nemi ouvre la tranchée contre un fort, on pousse des lignes de con­tre-approche des deux forts voisins, et qu’on borde d’artillerie l’inter­valle qui les sépare, la résistance augmenterait beaucoup, et le temps que ce fort pourrait résister serait indéterminé. Il est hors de doute que c’est sur ces bases qu’il faudrait faire le projet. Mais il y a des points intérieurs qu’il faut occuper pour maintenir les communications, et quelques autres plus éloignés qu’il faut occuper à cause de leur commandement.

Mais je crois très-important de ne pas perdre de vue qu’il faut éloigner les attaques de l’ennemi de 1600 toises au moins des ma­gasins; ce qui porterait les forts à 1500 toises et les batteries ennemies à 16 ou 1700 toises. Il sera donc impossible que l’ennemi bombarde sans prendre un de ces forts.

On a dit que les forts devaient être des pentagones ou des quadri­latères , ainsi ils auront une épaisseur de 2 ou 300 toises ; les fortifications de la place gagneront aussi du terrain ; ainsi la gorge des forts ne sera vraiment éloignée que d’environ 1,000 toises; ce qui serait trop distant sans doute pour recevoir une protection de la place, mais ce qui empêchera l’ennemi de s’établir entre les forts et la place, ou du moins rendra son attaque très-périlleuse.

 

Rambouillet, 8 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Je vous renvoie les pièces que j’ai prises au conseil sur l’adminis­tration des vivres. Je les ai lues avec attention. Voici les observations qu’elles m’ont donné lieu de faire.

J’ai 22,000 hommes sur les vaisseaux et 5,000 sur les frégates, c’est-à-dire 27,000 hommes sur ma véritable marine, et j’en ai 13,000 sur de petits bâtiments. C’est sur ces 13,000 hommes que je crois pouvoir faire une réduction de 6,000 hommes ; ce qui n’est pas une économie de peu d’importance, puisque sur 14 millions je gagnerais 2 millions.

 

Rambouillet, 8 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÊS,

MINISTRE DR LA MARINE, A PARIS.

Je viens de signer l’acte de réunion de la Hollande à la France. Il est indispensable que vous envoyiez quelqu’un pour reconnaître un vrai l’état de la marine hollandaise, et que vous me proposiez sa réorganisation, mon intention étant que tous les officiers civils et militaires soient employés à mon service.

Donnez ordre par un courrier extraordinaire, à Anvers, que quatre-vingt-seize chaloupes canonnières soient armées. Quaraole-huit seront destinées à faire le service dans les îles de la Zélande jusqu’à Hcllevoetsluis. Ces quarante-huit chaloupes seront sous les ordres du contre-amiral Lhermitte; quarante-huit autres, sous les ordres d’un contre-amiral que vous désignerez, entreront dans îe Zuiderzée, afin de couvrir tous les débouchés du Texel avec mes propres chaloupes canonnières.

Aussitôt que je connaîtrai la situation de la flottille hollandaise, â chacune de mes divisions j’en joindrai une hollandaise.

Faites-moi un rapport sur fes amiraux, contre-amiraux et capi­taines , sur leurs services, sur l’eur degré de mérite, mon intention étant d’employer sur-le-champ ces officiers dans mes escadres.

 

Rambouillet. 8 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

ARCHITRESORIER  DE   L’EMPIRE,  A   PARIS.

Mon Cousin, j’ai besoin de vos services en Hollande. Faites pré­parer vos équipages de voyage, et rendez-vous le phre tôt possible à Rambouillet pour y prendre vos instructions. Il est indispensable que vous partiez de Paris demain soir pour vous rendre à Amsterdam.

 

Rambouillet, 8 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE   DES  RELATIONS  EXTÉRIEURES,   A   PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie ci-joint l’extrait d’un rapport de la police. Je vous prie d’avoir l’oreille tendue sur ces bruits afin de m’en rendre compte

J’apprends aujourd’hui qu’il transpire dans le commerce de Paris quelques bruits. Il est affreux que je puisse me trouver compromis pour des choses aussi absurdes.

Napoléon.

 

Rambouillet, 8 juillet 1810.

AU COMTE ALDINI,

MINISTRE SECRÉTAIRE d’ÉTAT DU ROYAUME D’ITALIE, A PARIS.

Je vous envoie un projet de décret qui m’est proposé par le vice-roi ; je désire que vous me le portiez à votre prochain travail. Vous me ferez connaître les lieux où ces individus ont fait la guerre, mon intention étant de ne donner qu’à ceux qui ont fait la guerre et de traiter avec une singulière distinction ceux qui sont à l’armée de Catalogne.

M’annoter les généraux, colonels et chefs de bataillon.

2)Note particulière nouvelles des États-Unis sur le fait et les circonstances de la négociation d’Ouvrard et Labouchère avec le marquis Wellesley.

Suivant ces nouvelles, des lettres du 6 mai, écrites par M. Pinckeney au secrétaire d’État Smith, et d’autres lettres du même jour de divers négociants de Londres à leurs correspondants d’Amérique, ont transmit les détails suivants :

Que lord Wellesley avait reçu des propositions du gouvernement français au sujet des États-Unis, tendantes à envoyer une armée française en Amérique sur des vaisseaux anglais, pour remettre en colonies cet État et le partager, le Sud aux Français et le Nord aux Anglais. Que M. Wellesley s’était récrié sur l’atro­cité de ces propositions et en aurait fait part à M. Pinckreney. Celui-ci l’aurait répandu dans plusieurs maisons principales, et de là tout aurait été transmis le 6 mai en Amérique.

Les nouvelles d’Amérique ajoutent que cela a fait une telle sensation, que le Congrès aurait demandé au secrétaire d’État communication des dépêches de M. Pinckeney.

Voilà ce qu’on répandait hier ici comme reçu d’Amérique; je fais prendre des informations pour constater Ia source et la réalité de ces nouvelles.

Je rappelle seulement à ce sujet que le colonel Burr, qui a vu ici plusieurs fois le duc d’Otrante, pourrait être celui qui a donné à M. le duc d’Otrante l’idée de sacrifier ainsi l’Amérique, idée saisie par Ouvrard et introduite dans sa négociation.

Si ma conjecture se trouvait fondée, l’on aurait dans la personne même du colonel Burr un moyen de donner satisfaction au gouvernement américain, et de prouver que le gouvernement français est étranger à toute cette affaire.

 

Rambouillet. 9 juillet 1810

INSTRUCTIONS POUR LE PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE l’EMPEREUR EN HOLLANDE, A PARIS.

Le prince architrésorier arrivera le 11 de ce mois à Bruxelles, le 12 à Nimègue ou à Utrecht, le 13 à Amsterdam. Le ministre de la guerre donnera des ordres au duc de Reggio pour qu’il trouve partout des escortes et qu’il soit reçu avec pompe.

Dès les premiers moments de son arrivée, l’architrésorier fera prêter serment aux membres du gouvernement, aux troupes de terre et de mer, et à tous les fonctionnaires publics. Il se fera remettre le budget arrêté par Je roi, et il me l’enverra, en faisant partir pour Paris des hommes instruits dans les affaires du pays, notamment le ministre des finances.

L’architrésorier me fera connaître ce qui a été reçu et dépensé au 1er juillet, et ce qui reste à recevoir et à dépenser pour les six derniers mois de l’année.

Il ne fera aucun changement à la marine et à l’armée.

Mon intention est qu’on dépense cette année au moins 18 millions à la marine, qu’on travaille dans tous les chantiers, qu’on forme des équipages, et qu’à la fin de l’année les vaisseaux, que je crois au nombre de quinze ou seize de premier rang, indépendamment des frégates, soient armés. Je désire conserver l’administration de la marine, qui est plus économique que la nôtre.

Mon intention est de gouverner moi-même le pays. Mon lieutenanl général sera là pour tout voir, prendre des renseignements, m’instruire de tout, recevoir directement mes ordres pour les faire exécuter.

Il faut prendre sur-le-champ des mesures pour que les déclarations des marchandises et denrées coloniales aient lieu, et désigner les employés des douanes françaises et les bureaux où se feront les décla­rations. Tout l’argent qui se trouve dans les caisses des douanes hol­landaises et tout ce qui proviendra des marchandises doit être versé dans la caisse des douanes françaises.

Les fonctions de l’architrésorier se divisent en deux parties distinctes :

1° Le gouvernement actuel de 1810 : payer les troupes de terre et de mer, pourvoir aux besoins de la marine, accélérer les construc­tions , lever les équipages, payer la dette au tiers, enfin faire face à toutes les dépenses ;

2° Préparer l’organisation pour 1811 : il sera temps d’y penser en août ou septembre, mais il faut s’occuper du budget. Il faut donner du ressort à l’administration pendant l’année actuelle.

Quant au jeune prince, il est probable qu’avant l’arrivée de l’architrésorier il ne sera plus en Hollande. S’il y était encore, on ne devrait le laisser partir que sur un ordre de moi et avec les officiers que j’enverrai pour le chercher.

Mon intention est que l’architrésorier reçoive 100,000 francs par mois, à dater de ce jour, pour ses dépenses, et qu’en conséquence il ne se fasse rien donner par le pays et qu’il pourvoie à ses frais de voyage, d’établissement, de bureaux et à une représentation convenable.

Il convient qu’il ait avec lui deux ou trois officiers militaires, un secrétaire des commandements et plusieurs personnes d’un certain rang.

J’ai ordonné au ministre de la guerre d’envoyer auprès de lui un colonel du génie intelligent pour recueillir les dépôts et les cartes de la marine et de la guerre et les envoyer à Paris. Il faut aussi recueillir les dépôts et les papiers des relations extérieures, avoir soin qu’on n’en détourne rien et envoyer le tout à Paris. Il y a sur les colonies hollandaises des mémoires qu’il est très-important d’avoir.

 

Rambouillet, 9 juillet 1810.

AU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DE GOUVERNEMENT, A AMSTERDAM.

Monsieur le Président de la Commission de gouvernement, j’ai reçu la lettre que le conseil m’a écrite. J’ai vu avec peine ce qui s’est passé. Je ne puis donner mon assentiment à ce que le grand-duc de Berg, mon neveu et pupille, soit roi de Hollande. Le rapport de mon ministre des relations extérieures et le décret que j’ai cru devoir rendre vous feront connaître toute ma pensée et mes définitives résolutions.

Je désire que vous les communiquiez sur-le-champ au Corps législatif, afin qu’il nomme la députation qui doit se rendre à Paris, et que je sois éclairé sur tout ce qu’il sera possible de faire pour l’intérêt du pays. Faites aussi connaître par une proclamation aux habitants de la Hollande que les circonstances de l’Europe, leur situation géographique et les prétentions de nos ennemis communs, tout m’a fait un devoir de mettre un terme aux gouvernements provisoires qui, depuis seize ans, ont tourmenté cette partie de l’Empire. Les habitants de la Hollande seront l’objet de ma sollicitude. Je me réjouirai de leur prospérité comme de celle de ma bonne ville de Paris. Le vaste champ que j’ouvre à leur industrie, depuis Amsterdam jusqu’à Rome, leur permet d’attendre le temps marqué par les des­tinées pour rouvrir au commerce de mes sujets les contrées qu’ont illustrées vos ancêtres et qui ont vu porter si haut l’honneur des noms bataves et hollandais.

Je désire que la députation soit composée d’hommes choisis et pris parmi ceux qui se distinguent par leurs lumières et leur intégrité.

Napoléon.

 

Rambouillet. 10  juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE l’EMPEREUR EN HOLLANDE.

Je viens d’expédier le comte Lauriston, mon aide de camp, à Amsterdam, pour ramener à Paris le grand-duc de Berg.

Arrivé à Amsterdam, il est possible que vous soyez mécontent de quelques ministres; celui de la police notamment me paraît fort mauvais : vous avez l’autorité nécessaire pour les déplacer et en nommer de meilleurs à leur place. J’ai cru devoir vous donner ce supplément d’instructions, qui est important.

Le premier besoin que vous éprouverez en arrivant à Amsterdam est d’avoir un bon ministre de la police. Avec le secours des Français qui sont dans le pays, il vous sera facile de trouver un homme atta­ché à notre cause, dont vous pourrez faire un commissaire général de police, en remerciant le ministre de la police actuel et faisant prendre tous ses papiers.

Un autre ministre, qui est parfaitement inutile, c’est celui des relations extérieures. Faites faire une circulaire pour rappeler tous les agents à l’extérieur, et faites prendre possession de tous les papiers de ce département.

Je donne ordre au conseiller d’État d’Hauterive de se rendre à Amsterdam, où il arrivera vingt-quatre heures après vous. Vous lui donnerez toutes les facilités et secours pour saisir les papiers impor­tants et les envoyer à Paris. Toutes les cartes du pays, des passes, sondes, cartes marines, des places et forces militaires, des colonies et pays appartenant à la Hollande, doivent être envoyées à la marine à Paris.

J’ai ordonné au ministre de la marine d’envoyer à Amsterdam le maître des requêtes Las Cases, qui est très-propre à ce dépouillement. Il restera auprès de vous pour recueillir tous les renseignements et les transmettre à Paris.

 

Rambouillet, 10 juillet 1810.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GENERAL. DE L’ARMÉE  d’ESPAGNE , A RAMBOUILLET.

Mon Cousin, donnez ordre au général Suchet de faire mettre le fort de Mequinenza en état de défense. Ce fort est important à con­server à cause de sa situation centrale.

Napoléon.

 

Rambouillet, 10 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

La prise de Mequinenza facilite beaucoup celle de Tortose, puisque l’Èbre fournit naturellement le moyen de transporter l’équipage de siège; mais il est indispensable que le duc de Tarente fasse le siège de Tarragone pendant que le général Suchet fera celui de Tortose.

Envoyez un officier près le duc de Tarente pour savoir ce qu’il fait. Voici la saison où la cavalerie peut vivre partout. Je désire connaître positivement la situation des choses à cette armée. Elle doit entrer en communication avec l’armée d’Aragon. Le duc de Tarente pourra laisser plus de troupes sur ses derrières pour assurer ses communi­cations avec la France, puisque, par le mouvement de l’armée d’Aragon sur Tortose, il lui faudra beaucoup moins de troupes.

P. S. Le temps de la récolte est arrivé ; si le duc de Tarente reste inactif, l’ennemi la coupera et la renfermera dans ses places fortes. C’est le moment d’approvisionner Barcelone pour un an, en fauchant tout autour.

 

Rambouillet, 10 juillet 1810.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A RAMBOUILLET.

Mon Cousin, donnez l’ordre que la 2e division d’arrière-garde de l’armée d’Espagne continue son mouvement sur la Navarre, hormis le 1er régiment provisoire, qui restera à Tolosa et servira à garder toute la province de Saint-Sébastien. Cette disposition permettra aux postes de ma Garde de se resserrer sur Vitoria et Bilbao. Le 1er régi­ment provisoire restera dans la province de Saint-Sébastien jusqu’à ce que de nouvelles troupes arrivent pour le remplacer.

Recommandez au général Reille de renvoyer à leurs corps les troupes étrangères qu’il aura; avec ses 6,000 hommes, la gendar­merie et les deux escadrons du 9e de hussards, il doit rétablir l’ordre dans la Navarre.

Napoléon.

 

Rambouillet, 10 juillet 1810.

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE D’ESPAGNE, A RAMBOUILLET.

Mon Cousin, écrivez au général Dorsenne de tenir en mouvement six ou sept colonnes composées chacune de 200 hommes de cavale­rie et de 6 à 700 hommes d’infanterie, de les faire combiner ensemble de manière que deux ou trois puissent toujours se réunir, et de faire battre le pays par ces colonnes. Demandez-lui pourquoi il n’a pas exécuté cet ordre, et recommandez-lui de profiter de la récolte pour réunir de nombreux magasins à Burgos.

Napoléon.

 

Rambouillet, 10 juillet 1810.

AU MARÉCHAL OUDINOT, DUC DE REGGIO,

COMMANDANT LE  CORPS  D*OBSBRVATION DE LA HOLLANDE,  A AMSTERDAM.

Mon Cousin, j’envoie à Amsterdam mon aide de camp, le comte Lauriston, auquel vous remettrez le grand-duc de Berg. Il le conduira ici près de moi. Vous ferez accompagner ce jeune prince par les officiers de sa Maison.

L’architrésorier part ce soir de Paris.

Le ministre des relations extérieures a envoyé hier, par un courrier extraordinaire, à mon chargé d’affaires, les actes qui vous feront con­naître les mesures que j’ai prises.

Faites reconnaître la situation des lignes que l’on avait élevées autour d’Amsterdam. Faites constater le nombre de journées et les sommes qu’on a employées à ces travaux depuis que les Anglais se sont rembarqués, avec tous les indices qui donnent des lumières sur l’emploi qu’on en voulait faire.

Aussitôt que M. l’architrésorier sera arrivé, vous lui communiquerez tous les renseignements que vous avez.

Passez la revue des troupes hollandaises ; chassez les mauvais sujets, s’il y en a. Donnez-leur l’assurance que leurs régiments auront des numéros dans notre ligne. Donnez-leur des aigles.

Napoléon.

 

Rambouillet, 10 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE , A PARIS.

J’envoie le comte Lauriston pour prendre le Prince royal et l’ame­ner à Paris. Vous donnerez ordre au duc de Reggio de le remettre à cet officier et de le faire escorter jusque sur le territoire de France. Le comte Lauriston sera muni de tout ce qui est nécessaire au prince.

Donnez ordre qu’on suspende toute espèce de vente des domaines «t qu’on déclare que toute vente qui serait faite serait nulle, jusqu’à l’arrivée de M. l’architrésorier.

Recommandez bien au duc de Reggio, s’il a des nouvelles du Roi, de vous en instruire.

 

Rambouillet, 10 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Je désire que vous preniez secrètement des informations sur la situation des armes dans le duché de Varsovie. Vous pouvez em­ployer le sieur Serra 3)Résident de France prés le roi de Saxe, à Varsovie., en lui recommandant toute la circonspection possible. Car mon intention est d’avoir toujours dans ce pays une grande quantité d’armes, afin qu’en cas de besoin la population puisse s’en armer. Sachez aussi si les armes que je leur ai envoyées sont arrivées et quel parti ils en ont tiré.

 

Rambouillet. 10 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÉS,

MINISTRE DE  LA MARINE,  A PARIS.

Vous trouverez après-demain dans le Moniteur différentes pièces relatives aux affaires de Hollande. Il est nécessaire que vous fassiez partir plusieurs mouches pour les porter à l’Île de France, d’où elles seront expédiées à Java. Indépendamment du Moniteur, vous écrirez au général Decaen pour qu’il prévienne le général Daendels de ce qui se passe.

Il sera bon de demander des lettres au ministre de la marine de Hollande pour les expédier à l’Île de France par ces bâtiments.

 

Rambouillet, 10 juillet 1810.

A EUGÈNE NAPOLÉON, VICE-ROI D’ITALIE, à Genève.

Mon Fils, ayez bien soin de déplacer celles de mes troupes qui seraient dans des pays malsains et de les faire remonter du côté des montagnes ; en Italie cela produit une différence immense dans la santé des troupes.

Napoléon.

 

Rambouillet, 11 juillet 1810

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE  DE  LA  GUERRE,   A PARIS.

Je vois dans l’état au 1er juin des provinces illyriennes qu’il y a deux bataillons illyriens à cette armée. Faites connaître au duc de Raguse qu’ils doivent être dissous et incorporés dans les régiments croates.

Je crois également nécessaire que vous donniez ordre,

1° Que le 3e régiment léger italien, qui a 600 hommes dans l’Illyrie, les rappelle en Italie ;

2° Que le cadre de la 20e compagnie du 2e d’artillerie retourne à son dépôt ; que les hommes disponibles en soient versés dans les autres compagnies, cinq compagnies d’artillerie étant suffisantes pour les provinces illyriennes ; les compagnies seront au delà de 100 hom­mes. Ordonnez également que les détachements du 7e bis du train rejoignent leur bataillon.

Il y a la 10e compagnie d’ouvriers forte ee 110 hommes ; faites-Ia rentrer à Palmanova ou à l’arsenal de Mantoue pour travailler, en ne laissant qu’une escouade à l’équipage de campagne.

Faites rentrer la 1e compagnie du 6e d’artillerie italien, ainsi que le train d’artillerie italien. Il y a 69 sapeurs qui ne font rien, puisqu’il n’y a point d’ouvrages de campagne à faire en lllyrie ; il faut les employer au fort de Trieste. Ordonnez au duc de Raguse et à l’offi­cier du génie de faire un projet pour améliorer ce château et pour tirer de bonnes batteries sur la côte d’Istrie et à Pola pour défendre la côte.

Demandez un projet de fortification pour le port de Pola.

 

Rambouillet, 11 juillet 1810

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, à   PARIS.

Je vous renvoie plusieurs de vos rapports relatifs à l’armement des côtes, j’y vois qu’il y a 906 batteries composées de 3,648 bombes à feu, la plupart employées au service du cabotage, et employant 13,000 canonniers et coûtant 7 millions. Rien de cela ne me parait extraordinaire. Votre rapport est fondé sur une supposition qui n’est pas exacte : c’est de croire que le cabotage de port à port a cessé ; il est, au contraire, plus actif que jamais.

Vous dites que c’est à tort que la marine se plaint souvent des bat­teries de côtes; mais elle a raison, 1° parce que le personnel des garde-côtes ne vaut pas ce qu’il devrait valoir; 2° parce que les affûts de côtes sont pourris et n’offrent pas suffisamment de solidité.

Partez du principe que, dans l’état d’infériorité de notre marine, on ne saurait avoir trop de batteries de côtes. Le cabotage est fort et prendrait plus d’accroissement si les batteries étaient mieux servies et composées d’un meilleur matériel. J’ai ordonné à la marine de vous fournir 1,000 affûts de côtes. Il résulte d’un de vos rapports que, depuis l’an XII, il n’a été fabriqué que 938 affûts de côtes; ce qui ne fait pas 200 par année. Je vois, par les états qui y sont joints, qu’il existe aujourd’hui 2,800 affûts de côtes et marins. Moyennant les 1,000 affûts de la marine, les 938 construits depuis l’an XII, les 100 pour lesquels les fonds sont faits par le budget de cette année, total plus de 2,000 affûts neufs que vous devez mettre en batterie le plus tôt possible, vous devez être à même de mettre les batteries de côtes dans le meilleur état.

Je désire savoir ce que coûte une compagnie et si l’on ne pour­rait pas employer des troupes mieux organisées et plus sûres à ce service.

Remettez-moi un projet pour nommer six commissions composées chacune d’un officier d’artillerie, d’un officier du génie et d’un officier de marine. Une de ces commissions serait chargée de l’inspection des côtes depuis la frontière de Hollande au delà d’Emden jusqu’à l’Es­caut; la deuxième, de l’Escaut à la Seine; la troisième, de la Seine à Brest ; la , de Brest à Bayonne ; la cinquième, de Cette à Nice; la sixième, de Nice jusqu’à Terracine. Ces commissions seraient chargées de parcourir les côtes, de vous faire un rapport tous les huit jours sur les travaux, de faire connaître la situation des batteries, les travaux qu’il faudrait y faire et les nouvelles batte­ries qu’il serait nécessaire d’établir. Elles resteront sur les lieux pour recevoir vos ordres et donner des réponses. Vous diviserez le travail de chaque commission en plusieurs stations. Ainsi, par exemple, la commission qui serait chargée de l’inspection de la rive gauche de l’Escaut visiterait l’Ile de Cadzand et irait à Ostende, lèverait un croquis des batteries, en reconnaîtrai t la situation, prendrait note de celles à réparer, et se concerterait avec l’inspecteur du génie et de l’artillerie d’Ostende. Après voir fini ses opérations à Ostende, la commission irait à Dunkerque et correspondrait avec vous ; de là la commission irait à Boulogne, etc. Par ce moyen, le travail ne s’en­tasserait pas. Rédigeant sur les lieux, les commissaires rédigeront mieux; ils répondraient aux objections, et on parviendrait à avoir un système de batteries de côtes bien organisées et sur de bons affûts.

Il faudra avoir soin qu’en passant la revue de chaque batterie la commission fasse bien connaître le but de cette batterie.

Les commissions d’inspection auront soin d’observer le degré d’im­portance de chaque batterie qui exigerait des affûts neufs et ou des affûts de côtes, ou des affûts marins ; ce qui permettrait de les laisser à la disposition des communes.

 

Rambouillet, 11 juillet 1810.

A M. REGNIER, DUC DE MASSA,

GRAND-JUGE, MINISTRE DE LA JUSTICE, A PARIS.

La cour criminelle de Foix a acquitté les assassins qui ont tué le maire de Mercenac, département de l’Ariége. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Rambouillet, 12 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE,   A   PARIS.

Je reçois votre rapport du 11. Vous dites que trois officiers d’ar­tillerie ne sont pas nécessaires dans une compagnie. Je suis si peu de votre opinion, que je pense que, dans une guerre dont le théâtre est si éloigné, il en faudrait quatre ou cinq. Il est facile de compren­dre qu’avec la supposition de blessures, de maladies, deux officiers ne peuvent donner la garantie que la compagnie ne restera pas sans officiers. Indépendamment des six que je viens de nommer, pré­sentez-m’en vingt-quatre autres pris dans les compagnies de l’armée d’Espagne, trente pris dans les compagnies qui sont en France ; présentez-m’en sur-le-champ vingt autres choisis parmi les sergents qui sont en France, et dix tirés de ma Garde, ce qui fera quatre-vingt-dix au mois de septembre. Faites faire un examen pour en choisir qua­rante dans l’école de Chàlons. Vous aurez ainsi cent trente officiers, dont le surplus servira à remplacer les morts d’ici à ce temps-là.

Je trouve exact le calcul que vous faites que le manque au complet des canonniers n’est pas de plus de 1,200. J’approuve l’envoi d’un bataillon de marche de 500 hommes d’artillerie pris, savoir : 150 à Strasbourg, 110 à Metz, 50 à Mayence, 20 à Toulouse, 100 à Rennes, et 100 à Boulogne, en ayant soin de ne prendre aucun cadre. Ce bataillon de marche se formera à Bayonne, d’où il sera dirigé sur Burgos. Faites un projet de distribution de ces hommes dans leurs compagnies, et une instruction pour que, quand ils passe­ront à portée de leurs corps, chacun rejoigne sa compagnie.

Je ne veux envoyer aucune nouvelle compagnie en Espagne ; faites connaître cela au général Senarmont.

Vous aurez soin de ne prendre les 500 canonniers que vous envoyez en Espagne que parmi les jeunes gens reçus depuis la bataille de Wagram et n’ayant pas fait la guerre, voulant conserver les autres en France, où mon intention n’est pas de m’affaiblir.

J’approuve que vous fassiez revenir des compagnies d’artillerie pour prendre à Bayonne 1,200 chevaux. Vous pouvez destiner à cette remonte les 800 chevaux de l’artillerie réginientaire. Le surplus sera tiré des compagnies d’artillerie et du train qui sont en France et en Italie, ou enfin de ma Garde. Mais, en envoyant ces l,200 hommes en Espagne, je ne veux faire aucun achat de chevaux.

 

Rambouillet, 11 juillet 1810.

AU COMTE DE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTÉRIEUR,  A PARIS.

J’ai ordonné que les actions pour les canaux da Midi et du Loing soient versées à la caisse d’amortissement, qui payera 4 pour 100 à la caisse des canaux. Il faut établir cette caisse sans délai, pour avoir les moyens d’alimenter les travaux des ponts et chaussées et de n’éprouver aucun retard par raison de manque de fonds.

Il faut vous occuper de la construction des canaux de l’île àe Cadzand et de Sud-Beveland. Entendez-vous là-dessus avec le ministre de la marine.

 

Rambouillet, 12 juillet 1810.

AU COMTE BIGOT DE PRÉAMENEU,

MINISTRE DES  CULTES, A  PARIS.

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, renouvelez aux préfets vos instructions sur la société de charité maternelle. Recommandez-leur de vous envoyer la liste des personnes qui se font inscrire, pour la mettre sous mes yeux. Ne leur laissez point négliger cette affaire.

Napoléon.

 

Rambouillet, 12 juillet 1810.

DÉCISION.

Le général Morand, commandant la 23e
division militaire, à Bastia, propose à l’Empereur les moyens de rapatrier les Français
faits prisonniers à Bailen par les Espagnols
et qui sont dans l’île Cabrera.
Renvoyé au ministre de la marine pour voir s’il y aurait moyen, sans faire sortir l’escadre et s’exposer à un événement majeur, de faire sortir trois frégates bonnes marcheuses qui pourraient gagner la Corse ou faire toute autre navigation, se diriger sur cette île, et en retirer les prisonniers. Ces frégates auraient 100 hommes chacune de bonnes troupes; ce qui, avec la garnison, ferait une force de 600 hommes à mettre à terre.
On pourrait joindre à ces frégates une flûte de 800 tonneaux, qui, pour une si petite navigation, pourrait porter le surplus des prisonniers. Je ne suppose pas qu’ils soient plus de 2,000. Cela pourrait débarquer sur un point quelconque
de la Corse.

 

Rambouillet, 12 juillet I81O

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, vous me faites connaître par votre rapport du 11 que l’incomplet de la gendarmerie à pied de l’inté­rieur se monte à 1,300 hommes. Avant de penser à remplir cet incomplet, il me paraît nécessaire de réformer la gendarmerie des départements de l’ouest. Cette gendarmerie a été formée dans des circonstances extraordinaires, après la guerre civile; la gendarmerie n’était donc extrêmement nombreuse; mon intention est de la dimi­nuer. On n’a éprouvé jusqu’ici aucun inconvénient de l’affaiblisse­ment où elle est; rien ne s’oppose donc à ce qu’elle soit replacée sur le même pied que dans les autres départements, et il serait possible qu’après cette opération l’incomplet de 1,200 hommes n’existât plus.

Quant aux 160 hommes nécessaires pour l’Illyrie, il faut les choisir dans les régiments de cette armée.

Il faut également prendre dans les régiments qui sont sur les lieux les hommes nécessaires pour la légion de Rome et pour les compa­gnies des Bouches-de-l’Escaut.

Pour la légion de la Catalogne et pour les escadrons qui sont formés à Versailles, on ne peut pas prendre sur les 2,400 hommes de cavalerie qui sont démontés, puisque ce ne sont que des jeunes gens. On peut prendre, pour la gendarmerie de Catalogne, dans les dépôts qui sont en Italie, et pour les escadrons formés à Versailles, dans tous les dépôts; car, si l’on prend parmi les jeunes gens, on aura une pauvre gendarmerie.

Quant aux 1,200 hommes nécessaires pour la cavalerie, il faut les prendre dans les quatorze régiments de carabiniers et de cui­rassiers, à raison de 30 hommes par régiment, et le surplus dans les régiments de hussards, chasseurs et dragons, à raison de tant par régiment.

Mais, pour l’infanterie comme pour la cavalerie, il faut ne prendre que des hommes qui aient les qualités requises par les règlements sur la gendarmerie et faire un bon recrutement.

Napoléon.

 

Rambouillet, 13 juillet 1810

AU COMTE DE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTERIEUR, A PARIS.

Vous trouverez le décret par lequel je fonde les maisons d’orphelines. Il faut vous entendre avec le grand chancelier de la Légion et le ministre des cultes pour l’exécution. Faites venir d’abord la supérieure de la congrégation des orphelines de Paris. Avant d’établir les six maisons, il faut en former d’abord trois que je désire placer dans des forêts : l’une, à Saint-Germain dans l’ancien couvent des Loges, que je crois propre à cet établissement et qu’on aurait facilement; la deuxième, dans la forêt de Fontainebleau, sur les bords de la rivière, et la troisième, dans celle de Rambouillet. Vous trouverez d’anciens couvents qui me paraissent propres à cela. Vous devez charger quelqu’un de faire secrètement la recherche de ces maisons, et, lorsqu’elles seront désignées, de les acquérir à bon marché, sans faire hausser les prétentions. Les trois autres maisons peuvent être établies dans les départements ; il ne manque pas de maisons dont on ne sait que faire. Jetez les yeux sur les chefs-lieux des cohortes de la Légion d’honneur et autres maisons de cette espèce.

Il faut établir d’abord les deux ou trois premières. Je vous prie de vous occuper de cela sans délai.

 

Rambouillet, 13 juillet 1810.

A LA REINE HORTFASE, `Plombières.

Ma Fille, je reçois votre courrier du 11. Je vois que les lettres de Hollande vous sont enfin arrivées. On n’a point de nouvelles du Roi; on ne sait pas où il s’est retiré et l’on ne conçoit rien à cette lubie. M. l’architrésorier doit être arrivé à Amsterdam, et le décret de réunion doit y être connu. Je vous envoie les lettres que je pense que vous devez écrire au président du Corps législatif et au président du Conseil de gouvernement. Vous ne leur donnerez dans ces lettres aucun titre.

Napoléon.

 

Rambouillet, 13 juillet 1810.

AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC , A PARIS.

Monsieur le comte Mollien, j’ai lu avec attention le mémoire de la Banque. Il résulte du bordereau portant le n° 2 que le conseil de la Banque évalue 13,137 actions à 15,864,180 francs, ce qui ne fait guère que 1,235 francs l’action; et, plus bas, je vois qu’il éva­lue 90,000 actions,  y compris la réserve, à 109 millions, ce qui ne fait guère que 1,235 francs l’action; et, plus bas, je vois qu’il évalue 90,000 actions, y compris la réserve, à 1 09 millions, ce qui ne donne pas le même prix pour l’action. Tout cela établit que la Banque n’estime son action que de 1,220 à 1,930 francs. La première chose à faire serait que les 13,000 actions de la Banque fussent dans le commerce : elle élude, en les gardant, un des articles du règlement. Il parait que sur 109 millions, qui est le capital de la Banque, elle en a 15 en portefeuille. Il lui en reste donc 94 qui doivent être en émission; sur ces 94, elle en emploie 40, et il lui en reste en caisse. Je vois par la même note que le dividende obligé de 6 pour 100 est de 60 francs, et que les deux tiers du surplus du bénéfice sont de 16 francs, ce qui fait 76 francs 84 centimes. Cela donnerait une valeur de 1,666 francs à l’action de la Banque. Je crois que le dernier dividende n’a été que de 73 francs, il est vrai, avec l’acquit d’une réserve; 72 francs ne donneraient que la valeur de 1,200 francs à l’action, plus la réserve.

Faites-moi connaître si la Banque peut vendre ces 13,000 actions; et, si elle en était embarrassée, si l’on ne pourrait pas les faire acheter par la caisse de l’extraordinaire. Quel prix réel croyez-vous qu’a l’action de la Banque aujourd’hui ? Et, voulant placer quelque argent de la caisse de l’extraordinaire, combien le domaine extraordinaire pourrait-il les acheter?

Je vois par la note n° 3 que la Banque ne peut pas pourvoir à l’établissement des comptoirs d’escompte. Je vois également que la Banque ne compte que sur un escompte de 104 millions; c’est bien peu de chose; il me semble que Rouen seul escompte 30 millions. Rapportez-moi tout cela au prochain conseil avec quelques raisonnements.

NAPOLÉON.

 

Rambouillet, 13 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,.

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

L’amiral Ganteaume s’est occupé du recrutement de la marine. L’idée de dépenser 60 millions pour construire 300 bricks est inexé­cutable; elle ne me serait d’aucune utilité.

Voici le parti que je désire prendre : organiser pour le Nord, l’Es­caut et la Hollande cinq bataillons de flottille. Je croîs qu’il en existe déjà deux ; ce serait trois à former. Chacun de ces bataillons serait de 1,060 hommes; ils serviraient à monter chacun 3 bricks, 12 cha­loupes canonnières, 4 péniches et 6 transports ; ce qui ferait une flottille de 15 bricks, 60 chaloupes canonnières, de 20 péniches et de 30 transports, total, 125 bâtiments. Les transports feraient le service de la Hollande à Flessingue.

Ces bâtiments naviguant dans le Zuiderzée, sur la Meuse et l’Es­caut, les équipages pourraient s’amariner en peu de temps ; étant sous la surveillance d’un capitaine de vaisseau et du conseil d’administra­tion du bataillon, ils seraient habillés et tenus aussi bien que possible.

Cinq bataillons seraient organisés pour Boulogne. Il y a, je crois, aujourd’hui un bataillon ; ce serait donc quatre à former. Ils seraient également forts de 1,060 hommes chacun. Chaque bataillon monterait 18 chaloupes canonnières, 4 péniches et 6 transports; ce qui ferait 90 chaloupes canonnières, 30 péniches et 30 transports, total 140 bâtiments,, qui feraient le service de surveiller la côte de Dunkerque au Havre. On aurait soin de tenir toujours à l’embouchure de la Seine, du Havre à Honfleur, à Saint-Valéry, à Dieppe, à Fécamp, quelques chaloupes canonnières pour protéger la pêche. Rien n’empêcherait de mettre avec les chaloupes canonnières les lougres, les cutters et autres petits bâtiments qui existent aujourd’hui.

Par cette organisation, dix bataillons de flottille seraient formés en Hollande et dans le Nord.

Le onzième bataillon serait à Cherbourg. Il servirait 12 chaloupes canonnières, lougres ou cutters, et 50 transports. Les transports serviraient à porter les bois du Havre à Cherbourg. Les autres bâti­ments feraient le service du Havre a Suint-Malo.

Le douzième bataillon serait à Saint-Malo ; il serait composé de 3 bricks, 15 chaloupes canonnières et 9 péniches, qui feraient le service de Saint-Malo à.Lorient.

Il y en aurait un treizième à Lorient et un quatorzième à Rochefort, qui feraient le service jusqu’à Bayonne.

Ainsi j’aurais sur l’Océan quatorze bataillons formant 14,000 hom­mes, servant environ 25 bricks, 200 chaloupes canonnières, lou­gres et cutters, 70 péniches et plus de 100 transports.

Cela s’opérerait sans faire aucunes nouvelles constructions. On aurait le fonds de ces quatorze bataillons en prenant les vieux mate­lots qui sont aujourd’hui dans les ports, à bord des petits bâtiments, et il y en a un bon nombre. Il y a, je crois, près de cent bâtiments, indépendamment des bataillons de la flottille.

Quatre bataillons paraîtraient suffisants pour la Méditerranée. Il y en aurait deux à Toulon : l’un uniquement employé au service des dix grosses flûtes faisant la navigation de Livourne, de Gènes et de la Corse, pour transporter les bois nécessaires à la marine; le deuxième bataillon serait composé de petits bâtiments pour la protection des côtes.

Comme il y a à Toulon une cinquantaine de petits bâtiments, indé­pendamment des dix flûtes, lesquels emploient aujourd’hui 2,400 ma­rins, on pourrait prendre les meilleurs marins pour renforcer les équipages de la flotte. Les bâtiments qui feraient le service de la Corse et de Gènes seraient montés par des marins des deux bataillons.

Le Saint-Cloud, 24 juillet 1810. bataillon de la Méditerranée serait à Gènes et ferait le service de Gènes à Ostie. Il y a là dix-huit bâtiments qui emploient 1,600 matelots.

Ainsi les quatre bataillons de la Méditerranée, n’étant composés que de 1,000 hommes chacun, n’emploieraient que 4,000 marins, tandis qu’il y en a 4,000 qui servent les petits bâtiments employés à la protection de cette côte.

Ce serait donc dix-huit bataillons composés de 18,000 marins, qui seraient employés à la protection des côtes. Aujourd’hui il y en a 14,000 employés à ce service ; il ne s’agirait que de les classer selon la nouvelle formation. On pourrait, sur ces matelots, en prendre 6,000 pour la formation des équipages des vaisseaux; il en resterail donc 8.000; et, en supposant qu’il en fallût 18,000, ce serait 10,000 qu’il faudrait pour les porter au complet

Alors la marine n’aurait que des bataillons : 20 pour les gros vaisseaux et 18 pour la flottille et les côtes. Toutes les fois qu’on aurait à armer un vaisseau ou à réparer des pertes, on prendrait les matelots les plus amarinés et les plus habiles des flottilles.

Les quatre régiments d’artillerie de la marine se composent de 14,000 hommes, dont 400 officiers et le reste sous-officiers et soldats, sur lesquels il y en a 2,600 présents, 8,000 détachés, 2,600 prisonniers de guerre ; il y a donc encore environ 12,000 hommes existant. J’attendrai pour prendre un parti que vous m’ayez envoyé une situa­tion en règle de ces troupes. Il me semble que ces hommes peuvent entrer dans la formation des nouveaux bataillons. Les quatre régi­ments d’artillerie de la marine peuvent être réduits à quatre simples bataillons qui serviraient au service des quatre grands parcs, puis­qu’on paraît préférer des canonniers matelots pour le service des vaisseaux. L’avantage de ce système sera d’épargner la dépense d’un grand nombre d’officiers et sous-officiers..

Récapitulation. — Il faut former 18 bataillons de flottille. Il en existe 4, c’est donc 14 qu’il faut former. Il faut former 20 nouveau bataillons pour les vaisseaux, à 500 hommes chacun; c’est 10,000 hommes qu’il faut; c’est donc 28,000 hommes qu’il faut pour les 38 bataillons 4)Ici plusieurs lignes eécrites de la main de l’Empereur et remplacées par des chiffres et quelque! mots illisibles.….; ce qui, joint aux matelots qui sont sur nos vaisseaux et frégates, ferait un corps de 66,000 matelots, qui monteraient 400 bâtiments de flottille destinés à garder les côtes et 50 vaisseaux de ligne et 30 frégates.

Je vous prie de vous occuper de cet objet et de me présenter un projet général pour le recrutement de la marine.

 

Rambouillet, 14 juillet 1810.

AU COMTE DEFERMON,

INTENDANT GÉNÉRAL DU DOMAINB EXTRAORDINAIRE, A PARIS.

Il y a eu une insurrection au canal du Nord, parce qu’on a ren­voyé les ouvriers sans les payer. M. Molé fait connaître que c’est la faute du domaine extraordinaire, qui n’a pas voulu fournir l’argent.

Le résultat de cela est que, indépendamment du scandale et du désordre qui en résultent, les travaux souffrent considérablement, parce que tout est entravé par défaut de fonds.

Il est nécessaire que vous vous occupiez sérieusement de mon domaine extraordinaire. Jusqu’ici vous n’avez rien fait ; les affaires en souffrent, les particuliers en souffrent. Cela n’est conforme ni à votre réputation ni au bien de mon service.

P. S. Je reçois au même moment un procès-verbal du conseil du sceau qui répond à ce que je lui avais écrit, que c’était de sa faute si les actions n’étaient pas remises aux propriétaires, que vous avez mis six mois à faire une chose de simple formalité ; que d’ailleurs son intervention n’est pas nécessaire pour délivrer les actions, mais pour leur payement.

 

Rambouillet, 14 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÉS,

MINISTRE DE LA  MARINE,   A  PARIS.

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, il est nécessaire de connaître si des vaisseaux de guerre, en sortant d’HellevoetsIuis, peuvent remon­ter jusque vers Willemstad pour entrer dans le Volkrak, descendre ensuite la Meuse, traverser le canal qui sépare l’Ile de Schouwen de celle de Tholen, et arriver dans l’Escaut oriental, soit dans la rade vit-à-vis Goes, soit dans celle vis-à-vis Terveere. Il faudrait faire relever et sonder ces différents canaux.

 

Rambouillet, 14 juillet 1810.

AU COMTE DARU,

INTENDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DE L’EMPEREUR , A PARIS.

Monsieur le Comte Daru, il est nécessaire que vous établissiez quel a dû être le budget en recettes des forêts et domaines pour 1806, 1807, 1808 1809 et 1810. Vous ferez connaître dans une colonne ce qu’a coûté l’entretien des forêts pendant chacune de ces années. Dans un chapitre séparé, vous mentionnerez les plantations qui ont été faites, d’où vous établirez la recette brute pour les forêts et ce qui a été versé au trésor pour le revenu net. Vous sentez que cette opération est nécessaire pour avoir une base fixe dans le compte que vous établirez. Faites le même travail pour les recettes provenant de ventes d’effets de produits des manufactures portés en compte et autres recettes quelconques ressortissant de votre administration.

Quand ce travail sera terminé, vous le soumettrez à mon appro­bation, et je verrai ce qui a été perçu jusqu’en 1810 et ce qui est à percevoir. Je suppose que les recettes brutes des bois et domaines doivent être, pour 1810, de 4,500,000 francs, et les recettes nettes de 4 millions; les domaines devraient donc déjà rapporter 200,000 francs.

En général, je désirerais porter mon budget ordinaire en recettes à 30 millions. Je pense que je ne devrais pas en être actuellement éloigné, et, comme j’ai à acheter à Rambouillet, Compiègne, Fontainebleau , quelques milliers d’arpents de terre qui pourront produire 2 ou 300,000 francs de rente, cela complétera mes revenus à 30 millions. Il faudrait, après cela, faire un budget des dépenses ordinaires qui ne passât pas 16 millions, en donnant 210,000 francs pour le service du grand aumônier, 3 millions pour le service du grand maréchal, 3 millions pour celui du grand écuyer, 2,500,000 francs pour celui du grand chambellan, 420,000 pour celui du grand veneur, 140,000 pour celui du grand maître des cérémonies, 400,000 pour ceux de l’intendant et du trésorier, 4 millions pour l’extraordinaire de tous les services, 2 millions d’extraordinaire pour achat de nouveaux meubles, jardins, grandes réparations et autres grandes dépenses du service de l’intendant général, etc., ce qui por­terait les dépenses ordinaires du budget à 16 millions; 2 millions pour les dépenses de la grande cassette consistant en traitements, gratifications, présents ; cela porterait à 18 millions les dépenses.

Il faudrait pour cela établir l’ordinaire sur un pied fixe et bien réglé, afin qu’il n’y ait plus rien à voir à aucun service. Des réduc­tions ne peuvent s’opérer que graduellement. C’est en entrant tous les jours dans les détails qu’on acquiert des lumières sur beaucoup de choses qui mettent à même de corriger les abus. Mes principaux palais étant bâtis et réparés, hormis celui de Versailles, qui doit l’être sur des fonds extraordinaires, il est possible qu’avec 2 millions de l’extraordinaire, du mobilier, bâtisses, etc., on fasse face aux dépenses imprévues. Quand le grand maréchal ou le grand écuyer auraient besoin de quelque chose pour des circonstances extraordi­naires, on bâtirait moins et l’on achèterait moins de meubles.

Quant à la dette du Piémont, de la Toscane, de Rome, je n’en retire rien, il y a équilibre. Ainsi ces choses ne conduisent à aucun résultat.

Il faut préparer les éléments pour faire le budget de recettes de 1810. Car vous faites à l’égard du trésorier ce que le ministre des Gnances fait à l’égard de celui du trésor public. Quand le budget se règle, il préside à sa formation, et avant qu’il ait lieu il présume ce que les revenus doivent rendre. Il doit nécessairement y avoir eu quelque confusion dans le budget, parce qu’il n’a jamais été fait par l’intendant.

 

Rambouillet, 14 juillet 1810.

AU COMTE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, A PARIS.

Faites-moi un rapport sur le Temple de la Victoire. Quelle est la caisse qui a fourni les premiers fonds et où en sont les travaux ?

Faites-moi connaître également les fonds que j’ai faits cette année pour l’Arc de triomphe, ce qui a été dépensé et ce qui reste à dépen­ser, ce qu’on pourrait dépenser cette année si j’accordais les fonds nécessaires, désirant qu’on travaille à finir ce monument avec la plus grande activité, puisque ces travaux encombrent une des principales avenues de Paris.

J’ai accordé des fonds pour les eaux minérales. Ne perdez pas de vue ces travaux.

Faites-moi connaître ce qu’on a fait et ce qu’on pourrait faire cette année aux différentes tueries de Paris.

Faites-moi un rapport sur la résolution prise dans le conseil des ponts et chaussées de ne pas finir le canal du Nord, et sur l’emploi à faire des fonds qui y étaient destinés, à un autre canal.

 

Rambouillet, 14 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le portefeuille dujour. Parlez à M. Dreyer du trafic des Danois avec l’île de Helgoland, et écrivez-en à M. Didelot. Faites-leur sentir combien cela est con­traire aux promesses des Danois et à ce que j’étais en droit d’attendre d’eux.

Napoléon.

 

Rambouillet, 14 juillet 1810.

AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A PARIS.

Monsieur le Comte Mollien, j’ai pris depuis longtemps un décret pour que la caisse des Invalides de la marine soit sous vos ordres et vous rendit des comptes. Vous ne m’en parlez jamais. Faites-moi un rapport sur l’administration de cette caisse depuis dix ans.

 

Rambouillet, 14 juillet 1810

AU PRINCE DE NEUCHATEL ET DE WAGRAM,

MAJOR GÉNÉRAL DE L’ARMÉE d’ESPAGNE,  A RAMBOUILLET.

Mon Cousin, écrivez au général Reynier que je n’entends pas dire qu’il lève des contributions dans les pays où il se trouve pour secourir et solder son corps d’armée ; que la guerre nourrit la guerre. Écrivez la même chose au général Dorsenne. Dites-lui que je n’ai pas encore vu une lettre de lui où il parle administration, des contributions qu’il lève et de ses ressources pour se nourrir. Renvoyez la lettre ci-jointe au Roi pour lui faire connaître qu’il est nécessaire qu’il pourvoie aux besoins de l’armée.

Napoléon.

 

Rambouillet, 14 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL COMTE SUCHET,

COMMANDANT LE 3e CORPS DE L’ARMÉE D’ESPAGNE,  À MORA DE EBRO 5)Sur la minute de cette lettre, corrigée en plusieurs endroits par l’Empereur, on lit, en marge, cette annotation entièrement de sa main :

1° Envoyer cela par un homme sûr qui se fasse escorter par 600 hommes pour porter la lettre; 2° en envoyer copie au ministre de la guerre pour qu’il écrive à Macdoald

L’Empereur, Monsieur le Général Comte Suchet, me charge de vous faire connaître que son intention est que, aussitôt que vous aurez pris Tortose, vous mettiez cette place au pouvoir du duc de Tarente et que vous concentriez votre corps d’armée en Aragon, afin de pouvoir seconder l’expédition que Sa Majesté sera dans le cas d’ordonner en Portugal ; expédition qu’elle a le projet de faire après la prise des places de Tortose et de Tarragone. Vous recevrez alors les décrets de Sa Majesté pour partager votre armée en deux corps. Vous marcheriez avec le premier, composé d’environ 15,000 hom­mes , sur Valladolid, manœuvrant pour appuyer les opérations, jus­qu’à ce que les Anglais soient battus et jetés à la mer. Pendant ce temps vous laisseriez un autre corps de 12,000 hommes pour main­tenir l’Aragon, et, aussitôt que les Anglais seraient chassés du Por­tugal , vous rentreriez avec vos 15,000 hommes en Aragon, et, avec votre corps d’armée réuni, vous vous porteriez sur Valence, en même temps que l’armée de Catalogne ferait marcher une division par Tortose et que le duc de Dalmatie coopérerait à votre expédition en faisant marcher de son côté un corps de 15 à 20,000 hommes.

Pendant votre mouvement sur Valladolid les chevaux de votre équipage de siège se referaient, et l’équipage se réparerait et se mettrait en état de se porter sur Valence.

Enfin il faut prendre Tortose, s’occuper immédiatement après à étre réunis et prêts à exécuter les ordres de l’Empereur. Cepen­dant vous devez aussi prendre conseil des événements. Vous ne devez pas quitter, après la prise de Tortose, le pays sans l’ordre de l’Empereur. 6)Ce dernier paragraphe est de la main de l’Empereur

Par ordre de l’Empereur,

 

Rambouillet. 15 juillet 1810.

AU COMTE DE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTÉRIEUR; À PARIS

On m’assure que le grand maître de l’Université nomme l’abbé de Calonne, connu pour être un prêtre fanatique, principal du collège de Quimper dans le Finistère. Faites-moi un rapport et proposez-moi un projet pour annuler cette nomination. Dites au grand maître que c’est avec les préfets qu’il doit correspondre et non avec les évêques, et ne pas faire de l’instruction publique une affaire de coterie et de religion. Pourquoi a-t-on oté de cette place un professeur instruit pour y mettre un fanatique ?

 

Rambouillet, 15 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE , A PARIS.

Je désire que vous me présentiez, au conseil de septembre pro­chain , un plan détaillé et coté, avec des profils en différentes direc­tions , de la presqu’île de l’Éguillette à Toulon, de manière que l’on puisse bien juger des commandements des trois hauteurs de Caire, de Balaguier et de Grasse, et du système à adopter pour défendre ce point important.

Il faudrait également me présenter la situation des forts Malbousquet et Saint-Antoine, avec des plans cotés et des profils des hau­teurs de ce côté.

 

Rambouillet. 15 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE , A PARIS.

Je suis instruit qu’on enrôle pour la légion irlandaise des prison­niers anglais. Mon intention est qu’on les renvoie tous prisonniers. Je ne veux aucun soldat anglais; je préfère qu’ils soient prisonniers, qu’ils me répondent de mes prisonniers en Angleterre, et d’ailleurs la plupart désertent.

P. S. Je vous prie de prendre des mesures efficaces pour faire cesser le recrutement des Espagnols dans les régiments napolitains et portugais, et celui des Allemands et Irlandais dans les régiments polonais et allemands. Il est inutile d’augmenter le nombre de mes soldats, surtout de soldats qui désertent tous en Espagne.

 

Rambouillet, 15 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

La réunion de la Hollande donne un nouvel intérêt à la place de Terveere, les escadres de la Meuse et de l’Escaut oriental pouvant se réunir sous la protection de cette place. Elle a encore une autre propriété, celle de protéger le passage du Sloe. Un plan détaillé de cette place et des environs à 6 ou 700 toises, un plan de nivellement, enfin un projet fait par un bon ingénieur sont nécessaires. Il faut bien connaitre le parti qu’on peut tirer des inondations pour la défense.

Il faut porter à plusieurs centaines de toises sur la digue une forte batterie pour protéger la rade, qui jouerait pour Terveere à peu près le même rôle que la batterie de Nolle à Flessingue, et qui, outre l’avantage d’assurer la rade, aurait celui d’ajouter à la force de la place de ce côté.

Les fossés sont, je crois, pleins d’eau. Il faudrait donner un bon profil à toute la fortification et rectifier un peu son tracé, non en dé­truisant rien , mais en combinant quelque ouvrage avancé. Il y a dans le voisinage de la place quelques terrains élevés ; si l’on peut inonder entre les hauteurs, elle aura un degré de force raisonnable ; si l’on ne peut avoir des inondations, il faut connaitre les hauteurs, leurs distances, les points à occuper.

Après ces objets viennent les magasins à poudre, les souterrains pour la manutention, les magasins et la garnison. Je désire qu’on me présente, dans le courant du mois d’octobre, un projet appuyé de bons plans pour cette place.

La possession de la Hollande fait de nouveau sentir l’importance de l’île de Walcheren ; il faut que la France la saisisse avec des mains de fer. Il est hors de doute que les trois points de Flessingue, Terveere et Rammekens sont nécessaires à occuper, comme l’a observé le général Cbasseloup.

Dans le compte qui me sera rendu de la situation des travaux au 1er juillet, on me fera connaitre le nombre des travailleurs qui sont employés à Flessingue, la situation des fonds et ce qu’il faudrait faire pour activer les travaux.

Il faudrait présenter de bonne heure des projets en règle pour augmenter la fortification de cette place. Il est nécessaire d’en pré­senter aussi pour Rammekens. L’inondation là est facile. Le fort doit être considéré comme un réduit, dont il faut démolir les maisons qui obstruent l’intérieur et qui le rendraient inhabitable dès que l’en­nemi aurait jeté quelques obus. Il faut tracer un fort en terre, dont le fort actuel sera le réduit.

Il ne restera plus qu’à savoir de quelle manière on pourra lier Flessingue avec Rammekens et Terveere par des inondations.

Napoléon.

 

Rambouillet, 15 juillet 1810

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE   DE   LA   GUERRE,   A   PARIS.

Je vous envoie une note que j’ai dictée sur Porto-Ferrajo. Présen­tez-moi un projet sur les bases fixées par cette note. J’accorde les 60,000 francs demandés pour les approvisionnements.

Je vous envoie également une note que j’ai dictée sur les travaux de Rochefort.

Napoléon.

 

NOTE SUR PORTO-FERRAJO.

Porto-Ferrajo est un poste très-important. Les travaux qu’on a faits ont amélioré sa position ; mais il est temps d’avoir un système plus raisonnable, auquel on travaillera successivement pour lui don­ner le degré de force convenable. Sa position est très-forte, puisque partout il y a trois rangs de feux. Le plus urgent est de se mettre à l’abri de la bombe. Pour cela il faut avoir :

1° Des magasins à poudre à l’épreuve : il parait qu’il y en a déux contenant 200 milliers, ce qui est suffisant;

2° Une salle d’artifice pour l’artillerie et une salle pour réparer le affûts, avec deux forges;

3° Des fours, une manutention et des vivres poar une garnison de 2,000 hommes pendant six mois : on dit qu’il y a un magasin voûté qui renferme les vivres; il faudrait le mettre à l’épreuve;

4° Un hôpital ;

5° Quelques corps de garde à l’épreuve, particulièrement dans les ouvrages avancés qui seront les premiers exposés aux foui de l’ennemi.

Il faudrait faire des projets pour ces différents objets.

Il faudrait des corps de garde à l’épreuve dans le fort anglais, qu’on appellera dorénavant le fort Saint-Hilaire, dans les lunettes de Saint-Cloud, du Point-du-Jour, de Saint-Roch, et dans les trois ouvrages 0, M, K; cela ne serait pas une dépense très-considérable, et ceux qui veillent de plus près à la défense de la place seraient à l’abri.

Le fort Saint-Roch est près de la place. IL parait que la hauteur sur laquelle on a placé le fort Saint-Hilaire est importante; c’est là où doit s’opérer une grande partie de la défense de la place. Il est à moins de 300 toises de la place, à moins de 150 de la lunette Saint-Roch et à 250 toises de la lunette Saint-Cloud. Ce fort ne peut être susceptible d’une grande défense. Il faut avoir un système plus considérable. Ce qui existe ne peut être considéré que comme le réduit d’une couronne A, B, C. Alors l’ennemi sera obligé à un grand siège, assez loin de la place pour laisser du repos à la garnison, et cepen­dant assez près pour que les feux de la place et les redoutes de Saint-Cloud et de Saint-Roch puissent concourir à la défense et la rendre formidable.

La lunette Saint-Cloud, éloignée de 150 toises de la lunette Saint-Roch , défendra cette redoute, et, lorsqu’elle sera prise, la lunette de Saint-Cloud rendra difficile l’attaque des fronts de la place; mais cette redoute sera prise par des bombes, s’il n’y a pas de magasins et d’abris pour la garnison.

Le fort Sainl-Hilaire a 20 toises sur son long côté; on peut donc l’armer de six pièces de canon ; il faut donc boucher les embrasures et envoyer six affûts de place pour des pièces de 12 qu’on suppose être dans la place, ou du moins du calibre le plus approchant des pièces qui s’y trouvent. Il faudrait aussi placer dans ce fort six petits mortiers de 6 pouces avec deux obusiers.

Le fort Saint-Hilairc est bien petit; il n’a que 20 toises sur 10. La première chose a faire est, comme on l’a dit, un corps de garde voûté pour 80 ou 100 hommes. C’est là le plus grand degré de force qu’on puisse lui donner, puisque ces 100 hommes s’y tiendront à l’abri de tout événement, pendant qu’une soixantaine d’hommes servi­ront les sept ou huit pièces de canon du fort.

150 hommes sont tout ce que peut contenir ce fort. On profitera de chaque nuit pour en renouveler la garnison et réparer les affûts. Cet ouvrage est sans chemin couvert, et l’on sent si bien la faiblesse de cet ouvrage, qu’on veut occuper l’Annunziata, qu’on regarde comme le point d’où l’ennemi cheminera sur le fort. Mais on voit sur la droite un mamelon éloigné de 100 toises et appuyé à la mer, sur lequel l’ennemi cheminera également pendant que le fort sera accablé de bombes et d’obus. Cette seconde position doit être aussi fort im­portante. Le point de l’Annunziata a l’inconvénient d’être trop éloigné de la place et de masquer les feux des redoutes Saint-Cloud et Saint-Roch.

Saint-Cloud est à 200 toises de l’Annunziata, Saint-Roch à 220, le fort Saint-Hilaire à 180. Voilà donc trois fortes batteries qui peu­vent battre sur ce point et l’écraser de leurs feux. On pense donc qu’on doit regarder le fort Saint-Hilaire comme le réduit d’une cou­ronne qu’il faut fortifier et dont les saillants seraient placés en A, B, C; AB ayant 150 toises, et BC, 100 toises; AD, 100 toises, et CD, 100 toises; les trois bastions A, B, C se défendraient entre eux et seraient protégés de très-près par le fort Saint-Hilaire, les gorges en seraient éloignées, savoir : celle du bastion A, de 60 toises; celle du bastion B, de 40 toises ; celle du bastion C, de 80 toises.

On profitera des localités pour joindre les trois bastions par un chemin couvert ou de ronde, tel que ces trois bastions ne feraient qu’un système entre eux et avec le fort Saint-Hilaire, et que l’artil­lerie et la garnison puissent se porter de l’un à l’autre.

Ces trois bastions, qui seront très-petits à cause des localités, par­tageraient les feux de l’ennemi. En cas d’événement, le grand fort ABC, qui aurait 4 ou 500 toises de développement, pourrait con­tenir autant d’hommes qu’on voudrait; ce serait une véritable res­source pour la place.

Le bastion A pris, l’ennemi n’aurait rien, puisqu’il faudrait che­miner sur les forts B et C ; et, le fort C pris, l’ennemi serait encore battu par le fort B à 100 toises, par le fort Saint-Hilaire à 80 toises, par la redoute Saint-Roch à 200, par la place à 300 toises.

Ainsi, au lieu d’occuper le fort de l’Annunziata, on propose d’occu­per un point à mi-chemin, environ à 100 toises du fort Saint-Hilaire , à 30 toises des marais salants, point qui ferait système avec les bastions B.C.

On pourrait ensuite, si cela était jugé convenable, pratiquer dans le vallon, entre les bastions A, B, C, un fossé ou tout autre obstacle qui favoriserait le chemin couvert ou de ronde établi le long do co­teau pour faire communiquer ces trois forts.

On sent que l’assiégeant, au lieu d’avoir affaire à des forts isolés, attaquera un front en règle, qui, presque partout, sera protégé par les forts intermédiaires.

 

NOTE SUR ROCHEFORT.

Il est important de mettre Rochefort dans un état de défense res­pectable. Pour cela, il faut d’abord défendre l’ile Madame et la pointe de Fouras, faire connaître leur situation actuelle et ce qu’il faudrait faire pour qu’une armée de 20,000 hommes, ayant débarqué à droite et à gauche et tourné cette position, ces deux batteries pussent résister avec une faible garnison et défendre l’entrée de la rivière, si l’ennemi jugeait devoir les prendre avant de s’avancer. Il faut, après cela, empêcher les brûlots d’arriver, faire connaître la situation du fort Lupin et de la redoute de Vergeroux.

Il est clair que, si l’ennemi est sur la rive droite, il ne pourra pas prendre le fort Lupin et profiter de la rivière. De même, si l’ennemi est sur la rive gauche, les batteries de la pointe de Fouras et la redoute de Vergeroux, si ces forts sont de quelque importance, l’empêcheront de profiter de la rivière.

Avant de penser à empêcher le bombardement de Rochefort, il faut penser à mettre l’enceinte à l’abri d’un coup de main. Est-elle revêtue en maçonnerie ? Pourquoi le tracé est-il si défectueux ? Y a-t-il con­trescarpe au fossé, chemin couvert et glacis ? Peut-on en établir ?

Sur la rive gauche il y a des marais qui ont été desséchés ; n’est-il pas nécessaire de couvrir ce côté par une double couronne?

Car d’abord l’ennemi ne tentera jamais une opération avec la cer­titude de ne pouvoir s’approcher de la place qu’à 4 ou 500 toises pour bombarder. S’il n’a pas l’espoir de brûler réellement les vais­seaux et de démolir l’arsenal, jamais il ne hasardera une expédition qui lui coûterait quatre fois le dommage qu’il peut faire. Après avoir tiré un millier de bombes, on peut avoir maltraité quelques vais­seaux, mais c’est un léger mal.

On suppose et on demande s’il y a des magasins à poudre à l’épreuve, suffisants pour mettre les approvisionnements de terre et de mer à l’abri de la bombe.

Il faut d’abord faire connaître les ouvrages à établir sur les rives droite et gauche pour mettre la ville à l’abri d’un coup de main ; cela fait, il faut aussi penser à éloigner l’ennemi le plus possible.

Un fort dans la position de la redoute de Vergeroux a le double avantage de barrer la rivière et d’appuyer la gauche des ouvrages, dont il paraît que la droite doit être sur la hauteur des Chartres.

Un fort, dans le genre de ceux de Boulogne, à Vergeroux, aux Chartres, et un intermédiaire formeraient ligne. La droite appuierait à la rivière ainsi que la gauche. Tout l’espace renfermé entre la redoute Vergeroux et la rivière formerait un camp retranché de 6 à 7,000 toises de tour, et qui se trouverait défendu par trois seuls ouvrages ou forts.

Si, au lieu de la hauteur des Chartres, on peut occuper un point snr la rivière, à 2 ou 300 toises, il faut le faire. Si la hauteur des Chartres est commandée, ce qu’on ne peut voir dans les plans, puis­qu’il n’y a pas de cotes, il faudrait s’appuyer à la hauteur de la Coudre et de là à la rivière, s’il était possible.

Il est probable que, de la hauteur des Chartres ou de toute autre hauteur des environs plus près de la ligne, il doit être possible de protéger des inondations qui fassent que le camp retranché soit suffisamment établi avec les trois forts qu’on a proposés.

Sur la rive gauche on peut concevoir une ligne de 1,000 toises, qui s’appuierait de droite et de gauche à la rivière, et formerait un deuxième camp retranché.

J’ai fait dessécher les marais ; il est donc facile de les rétablir. En occupant par trois ou quatre forts la ligne de 1,000 toises qui sert de segment au coude de la rivière, on doit être maître des eaux et pouvoir inonder.

Y a-t-il, sur la crête des hauteurs, des points nécessaires à occu­per? Autant que je m’en souvienne, il n’y en a guère. On suppose qu’on peut établir des inondations qui couvriraient la droite; alors, avec trois simples forts et des marais qu’on inonderait, on aurait suffisamment pourvu à la défense de Rochefort.

Ainsi on croit donc que le ministre doit faire faire des projet» pour l’île Madame, pour la pointe de Fouras, pour les inondations de la rive gauche en la soutenant par quelques redoutes, pour les trois forts de la rive droite. Tout cela ne peut être d’une forte dé­pense. Il faudra également voir ce qu’il convient de faire à l’enceinte, aux chemins couverts.

Au premier coup d’œil, les inondations et les sinuosités de la rivière me paraissent tellement aider aux inondations, qu’on peut rai­sonnablement espérer d’arriver à un résultat.

Napoléon.

 

Rambouillet, 15 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, vous recevrez un décret par lequel je mets cinq vaisseaux et trois frégates en construction dans les ports de Rotterdam et Amsterdam. J’ordonne en même temps l’armement de l’escadre de treize vaisseaux. En prenant ces mesures huit jours plus tôt qu’il ne faudrait, puisque je devrais attendre le rapport que vous devez me faire sur la marine hollandaise, j’ai voulu donner une im­pulsion favorable à l’opinion des Hollandais en leur faisant voir que de nombreux vaisseaux vont animer leurs chantiers et leurs rades. Envoyez-y les meilleurs modèles possibles. Si l’on peut construire là de bons vaisseaux de 74, pourquoi ne les ferait-on pas? J’attends votre rapport là-dessus. Vous pouvec envoyer sur-le-champ des modèles de frégate, en prenant deux de nos bonnes frégates de 18.

Napoléon.

 

Rambouillet, 15 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL SAVARY, DUC DE ROVIGO,

MINISTRE   DE   LA   POLICE  GENERALE,   A   PARIS.

J’ai reçu les comptes du ministère de la police pour 1809 et les cinq premiers mois de 1810. Je désire que vous m’envoyiez mardi à Saint-Cloud toutes les pièces relatives à ces comptes. Vous les adresserez au baron Meneval, à mon cabinet. J’ai besoin de vérifier toutes ces pièces.

Vous me ferez connaître également ce que le trésorier peut allé­guer pour se justifier d’avoir fait les payements suivants, que je trouve dans le compte des journaux.

1° 24,000 francs sur 1809 et 8,000 sur 1810 payés à des hommes de lettres travaillant à l’histoire de France et à l’histoire d’Espagne; total, 32,000 francs.

2° Avances au Mercure : 41,730 francs sur 1809, et 26,719 sur 1810; total, 68,449 francs.

3° Indemnités pour travaux littéraires eT gratifications à divers gens de lettres : 23,150 francs pour 1809; 1,592 fr. pour 1810; total, 24,742 francs.

4° Traitement du sieur Hennet, inspecteur de la librairie : 3,333 francs sur 1809; 1,333 sur 1810; total, 4,666 francs.

Toutes ces dépenses, qui se montent à 129,857 francs, n’ont pas été aUtorisées par moi, et je ne sais comment on s’est permis de les faire. Le payeur ne devait payer que dans la latitude du budget. Prenez, je vous prie, pour principe de ne faire aucune dépense sans mon autorisation et de ne jamais dépasser le budget. Je n’entends rien donner au Mercure, et des gratifications ne doivent pas être données à des hommes de lettres sans mon autorisation.

Cette conduite du duc d’Otrante est bien extraordinaire et vient encore ajouter aux autres sujets de mécontentement qu’il m’a donnés. Dans un état bien réglé, rien de semblable ne pouvait avoir lieu sans mon ordre, et ce n’était pas à lui à distribuer ainsi des gratifications pour se faire des créatures.

Vous demanderez également au caissier pourquoi il n’a pas porté plus tôt en recette les 101,000 francs saisis sur l’agence anglaise vers la fin de l’an XII, qui ne paraissent qu’aujourd’hui dans les comptes, et pourquoi il a employé cette somme en dépenses de mobilier que je n’avais pas autorisées.

Je ne saurais approuver que l’article 1er du chapitre III, intitulé Dépenses de l’inspecteur général et des agents secrets, ait dépassé de 28,000 francs la somme de 170,000 francs fixée par le budget; le caissier ne devait pas payer au delà de la somme prescrite.

Pourquoi a-t-il payé 12,000 francs au sieur        ?

J’attends votre rapport pour savoir l’opinion que je me dois faire du caissier. Apportez-moi ces renseignements mardi. Il faut aussi que vous me fassiez connaître s’il y a des dépenses qu’il est convenable de faire et qui ne se trouvent pas dans le budget, car toutes les dépenses que le duc d’Otrante a faites hors du budget, sans mon autorisation, ne seront pas admises.

Ne pouvant me donner les comptes des passe-ports et des ports d’armes pour 1810, apportez-moi du moins ceux de 1809, et, si quelques pièces vous manquent encore, suppléez par des bordereaux. Pressez davantage les préfets, qui me paraissent mettre trop de len­teur dans l’envoi des pièces.

 

Rambouillet, 15 juillet 1810.

AU BARON DE LA BOUILLER1E,

TRÉSORIER GÉNÉRAL DU DOMAINE EXTRAORDINAIRE, A PARIS.

Dans le nouvel état que vous devez porter la semaine prochaine, faites-moi un budget pour 1810 et 1811.

La recette, selon votre dernier état, se monte à 371 millions; mais vous n’y portez les laines d’Espagne que pour 1,267,000 francs, au lieu de 9 millions ; vous n’y portez point les marchandises de Trieste qui ont été vendues à Venise, qui sont de 6 millions. Ainsi on peut calculer la recette à 386 millions.

Il faut me proposer les placements de manière à former en 1810 10 millions de rente, soit en achetant les bons de la caisse d’amor­tissement qui se présenteraient à plus de 5 et demi, soit en achetant des actions de la Banque à un taux raisonnable, soit en achetant des actions des salines , soit enfin, si cela était nécessaire, en achetant un complément de 5 pour 100.

Le budget de 1810, en dépense, doit être fait de la manière sui­vante à savoir :

1° 24 millions pour les canaux du Loing et du Midi. Je ne porte pas ce que vous avez payé là-dessus, parce que les comptes que vous avez donnés sont portés en recelte.

2° 30 millions pour le trésor. Je porte 30 millions au lieu de 45. parce que vous devez faire recette de 45 millions portant intérêt et qui sont de l’argent comptant, tandis que les 30 millions sont en échange de 750,000 francs de rente sur le Mont-Napoléon et de 750,000 francs sur le grand-livre.

Ces deux sommes sont déjà distribuées.

3° 6 millions pour les diamants de la Couronne.

4° 10 millions pour les biens Vanlerberghe, parce que vous les avez portés en recette et qu’ils sont à peu près donnés.

La dépense de 1810 sera donc de 70 millions.

Intérêts de 1810. Je suppose les recettes à 10 millions.

Dépense:

1° Pour compléter le fonds de 12 millions de Versailles et achat de domaines, 6 millions ;

2° Pour le temple de la Victoire, 1 million;

3° Pour gratifications à l’armée, aux officiers généraux, repas de corps et dépenses de cette nature, 2 millions;

4° Pour dépenses de l’intendant général, du receveur général, frais de négociation et dépenses extraordinaires, 1 million. Total, 10 millions.

Vous aurez soin de porter dans le produit de 1810 ce qui doit vous revenir des revenus des biens Vanlerberghe, du moment où ils écher­ront, pour argent prêté à quelque titre que ce soit, etc. Alors l’avoir, en 1811, ne sera plus que de 316 millions, dont il faut déduire, pour fonds à verser au trésor en échange de domaines nationaux et autres valeurs pour aider au service, 16 millions.

En 1811 la recette sera portée à 12 millions et employée de la manière suivante :

Crédit de Versailles et achat de domaines, 6 millions; temple de la Victoire, 1 million; gratifications à l’armée, 1 million; dépenses extraordinaires de toute nature, 2 millions.

Ainsi, au compte de 1811, j’aurai 300 millions placés de ma­nière à rendre plus de 12 millions de revenu.

Faites-moi connaître si ces calculs sont exacts. Je ne puis y voir d’autres inexactitudes, si ce n’est qu’une partie des bons de Saxe, de Westphalie, etc., sont donnés. Vous m’en enverrez l’état. J’ai omis ces sommes, parce qu’il va y avoir un versement de 15 millions.

Le placement des villes de Paris et Bordeaux, je le regarde comme portant intérêt.

 

Rambouillet, 15 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L’EMPEREUR EN HOLLANDE,  A AMSTERDAM.

Vous devez être arrivé hier à Amsterdam. Je suppose, quand vous recevrez cette lettre, que le grand-duc de Berg sera en route pour la France, le général Lauriston devant être arrivé.

Je vous ai mandé que le ministère des relations extérieures était inutile et qu’il fallait le supprimer. Le conseiller d’État d’Hauterive doit être arrivé pour faire l’inventaire des papiers et archives de ce département et les envoyer à Paris. Le maître des requêtes Las Cases doit être également arrivé pour faire la recherche des cartes et mé­moires relatifs à la marine et aux colonies. Il ne doit enlever aucun des papiers de l’administration, désirant conserver l’administration hollandaise, qui est plus économique que la nôtre.

Je compte qu’il n’y a que deux ports en Hollande, Amsterdam et Rotterdam. Mon intention est qu’on s’occupe de donner la plus grande activité aux chantiers. Donnez ordre au ministre de la marine de vous faire un rapport sur la situation de la marine et des constructions. Je veux avoir, en 1811, cinq vaisseaux de guerre, deux frégates et deux bricks en rade de la Meuse, et neuf vaisseaux, quatre frégates et quatre bricks en rade du Texel.

Mon intention est également qu’il soit mis sur le chantier d’Amster­dam trois vaisseaux de 74 et deux frégates, et deux vaisseaux et deux frégates sur les chantiers de Rotterdam. Faites sur-le-champ les dispositions nécessaires pour cet objet, en suivant les formes de la marine du pays.

Envoyez-moi la note des contre-maîtres et officiers qui doivent commander les treize vaisseaux et les six frégates, pour que je l’ap­prouve et que le mois de juillet ne se passe pas sans que ces vais­seaux soient commencés. Si l’habitude est de faire des marchés, les faire sans délai.

Envoyez-moi sur-le-champ, à Paris, l’ancien ministre des finan­ces, un individu qui connaisse bien l’administration de la marine, un officier de marine qui connaisse bien les passes, et quelqu’un qui soit bien ou fait du système hydraulique du pays, des polders , digues, et qui puisse nous donner des renseignements sur cet objet.

Je suppose que le Corps législatif se sera occupé de nommer la commission ; faites-y joindre une commission de cinq conseillers d’État. Faites en sorte que ces commissions soient composées d’hommes dont les renseignements puissent m’être utiles.

Envoyés le plus tôt possible au ministre de la marine les états des officiers de marine, et au ministre de la guerre les états des officiers de terre, afin que je leur envoie des brevets signés de ma main, pour les différents grades.

Envoyez-moi les états du trésor en recette au 1er juillet. Je vou­drais que vous les fissiez porter par quelqu’un qui les connût bien et pût me les expliquer, et me faire connaître clairement le système financier de la Hollande.

Le plus important est la marine. Le défaut d’argent ne peut retar­der les armements ni les constructions. Faites marcher de front les constructions des cinq vaisseaux et l’armement et la mise en état des deux escadres de treize vaisseaux que je demande. Il faut que j’aie, en 1811, sept vaisseaux de ligne à Hellevoetsluis, et douze au Texel ; total, dix-neuf vaisseaux.

 

Rambouillet, 15 juillet 1810.

INSTRUCTIONS POUR LE COMMANDANT DEPONTHON,

SECRÉTAIRE DU CABINET.

Le sieur Deponthon laissera au sieur d’Albe le travail qu’il a à moi et partira demain matin pour la Hollande. Il suivra cet itinéraire : il ira de Paris droit à Wtllemstad ; il verra cette place en détail et m’en enverra un plan et mémoire raisonné de la situation actuelle, qui me fasse connaître son armement, son système d’inondation, s’il y a des casemates, son approvisionnement en poudre et en vivres. Il prendra des renseignements sur les sondes de d’illemstad jusqu’à la mer, en suivant le Bieningen (ou Grevelingen).

Quand il aura recueilli les renseignements nécessaires pour ce mé­moire et rédigé sur les lieux, il ira à Overilakkee ; il restera dans cette ville le temps nécessaire pour observer quelle est la difficulté de passer de Willemstad dans Tilts si l’ennemi s’en emparait. Il ira ensuite à Goeree. De Overilakkee à Goeree, peut-on y passer? Y a-t-il de l’eau à basse mer et quelle longueur de canaux y a-t-il à franchir? Il reconnaîtra les batteries existantes, celles qu’il serait utile d’établir pour défendre la rade et les passes, enfin ce qu’il y a à faire pour la défense de ces iles. Il se rendra ensuite à Hellevoetsluis, où, avant de rien faire, il rédigera son mémoire et le mettra à la poste. Après cela, il visitera Hellevoetsluis, se procurera des plans de la place et du port, et me fera un mémoire sur la situation de l’une et de l’autre, sous le rapport de l’armement, des batteries de côtes et de celles qui défendent la rade. Il marquera sur les plans qu’il m’enverra l’emplacement des batteries, le nombre des bouches à feu ; il comptera les vaisseaux en rade, verra quelle protection ils reçoivent, et quelle est la direction des passes à la mer. Il visitera ensuite l’arsenal de la marine, les vaisseaux en armement et ceux désarmés, les chantiers, les approvisionnements de bois ; enfin il ine rendra compte de tout ce qui concerne ce département. Ces observa­tions et ces mémoires doivent être faits avec maturité et solidité, et non à la hâte.

D’Hellevoetsluis, le sieur Deponthon se rendra à Brielle; il ira voir l’embouchure de Putten et me fera un grand mémoire là-dessus; il m’enverra les sondes, le nombre et la force des bâtiments qui y passent, et tout ce qui peut m’intéresser sur cette embouchure du Rhin.

De là il suivra la plage jusqu’au Texel; il me fera un mémoire sur le port du Texel, sur l’armement de la côte, sur les facilités qu’aurait l’ennemi de s’en approcher, sur la rade extérieure, sur la rade iolé-rieure, sur les forliûcations de terre et de mer, sur la position que prennent les vaisseaux pendant les glaces, sur le bassin à construire au Texel pour contenir vingt vaisseaux, sur l’emplacement, sur ce que cela coûterait, sur ce qu’il y a à faire pour avoir une place à l’embouchure, qui se défende longtemps et défende la rade. Ce mé­moire, fait avec des plans détaillés, le sieur Deponthon le mettra à la poste.

II ira de là à l’île du Texel qu’il parcourra dans le plus grand détail, et successivement les îles Vlieland, Terschelling, Araeland et Schiermonnikoog. Il me fera connaître la situation des passes de ces îles à basse mer, leur population, les moyens qu’aurait l’ennemi pour s’en emparer, la difficulté pour l’en chasser et les passes qui conduisent dans le Zuiderzee. De la dernière de ces îles, il ira à        Zoutkamp et à Groningen, d’où il me dépêchera son travail.

il se rendra ensuite à Emden ; il me fera un mémoire sur l’Ost-Frise et Emden, longeant la frontière  de Hollande du côté de l’Allemagne. Après cela les places de deuxième ligne. Après avoir recueilli tous les documents qui lui serviront à rédiger son mémoire et l’avoir mis à la poste, il reviendra visiter les places de seconde ligne : Deventer, Zwolle, jusqu’au passage dans le Zuiderzee à Hattem.

De là il ira à Amsterdam ; il reconnaîtra les lignes que les Hollandais avaient tracées pour la défense de la ville, et me fera un mémoire sur l’arsenal et sur le Zuiderzee. Il ira visiter Haarlem et reviendra à Amsterdam, où il restera jusqu’à de nouveaux ordres.

Le sieur Deponthon aura grand soin, dans tout le cours de sa mission, de ne recueillir que des renseignements sûrs et exacts et de se procurer les meilleures cartes, et, s’il y a des parties de la côte qui soient compromises, d’en informer le duc de Reggio.

 

Rambouillet, 15 juillet 1810.

A EUGÈNE NAPOLÉON, vice-boi d’Italie, à Milan.

Mon Fils, ce qui vient d’arriver à Grado fait sentir la nécessité de protéger efficacement le cabotage de Venise à Trieste. Il paraît que Menou est tombé dans une parfaite déconsidération à Venise. Donnez-loi l’ordre de se rendre à Paris. J’ai accordé une gratification de 50,000 francs pour payer ses dettes, par les mains de mon consul Vigoureux. Faites-lui donner, sur le trésor d’Italie, une somme de 30,000 francs, afin que toutes ses dettes soient soldées.

Napoléon.

 

Rambouillet. 16 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRES,

MINISTRE DE LA  MARINE, A PARIS.

Monsieur le Vice-Amiral Decres, j’ai reçu l’état de situation des troupes du département de la marine à l’époque du 15 juin. J’y trouve la situation de vingt-neuf bataillons d’équipages de haut bord et des quatre bataillons de flottille. Ce livret est incomplet, parce qu’il y manque la composition de chaque bataillon. Remettez-m’en un nou­veau , où je trouve indiqué en tête l’organisation suivant les décrets, de quoi se composent les complets, la solde à la terre, la solde à la mer, les fournitures qui leur sont faites ou retenues.

Je vois que l’organisation des bataillons n’est qu’ébauchée. Cepen­dant elle devient aujourd’hui indispensable. C’est le seul moyen de pouvoir former des équipages.

Le 1er bataillon occupe l’Austerlitz; le 2e est sur le Danube; le 3e est sur l’Ulm.

Je vois que le 4e, qui est à Rocbefort sur le Triomphant, a 461 hommes détachés à l’armée d’Espagne. Je n’ai jamais autorisé cette mesure, et j’ai toujours cru que ces hommes avaient été détachés des bataillons de flottille et non des bataillons de haut bord. Il faut donc considérer ce bataillon comme désorganisé. Il est indis­pensable de le reformer.

Le 8e, qui n’est que de 200 hommes, est cependant réparti sur trois vaisseaux. Il est indispensable de faire réunir tout ce 8e batail­lon sur un seul vaisseau, et de placer sur les autres le 5e bataillon, qui est sur l’Adrienne, et le 20e, qui est sur la Thémis et l’Incorruptible; car, avant tout, c’est aux vaisseaux de guerre que les bataillons doivent être destinés. Ce n’est qu’en cas d’excédant qu’ils doivent fournir des détachements aux frégates.

Le 11e est sur l’Eylau, à Lorient ; le 12e, sur le Polonais.

Le 13e est à Rochefort sur la Pallas. Il est indispensable, au lieu de la Pallas, de placer ce bataillon sur un des vaisseaux qu’on armera a Rochefort.

Le 6e bataillon, qui est sur l’Hortense et l’Elbe, doit également être placé sur l’un des vaisseaux qu’on armera à Rochefort.

Le 11e, qui est à Brest sur la Clorinde et la Renommée, doit être mis sur le Nestor.

Le 15e est au dépôt de Rochefort, réduit à presque rien , une partie étant dans I’Inde. Il est indispensable de le compléter et de le placer sur un des vaisseaux qu’on armera à Rochefort ; ce qui fera quatre bataillons d’équipages pour les vaisseaux de Rochefort.

Le 16e est à Toulon sur l’Annibal; le 17e, à Rochefort, sur le Jemmapes; le 19e est à Toulon sur quatre vaisseaux; le 21e est à Toulon sur le Génois ; le 22e est à Toulon sur le Donauwœrth ; le 30e est sur le Breslau; le 31e est au Havre sur l’Amazone et l’Èlisa ; le 32e est à Brest sur la Néréide; on peut l’y laisser jusqu’à ce que le nouveau vaisseau ait été mis à l’eau. Le 33e est à Anvers sur le Charlemagne ; le 34e, sur le Commerce-de-Lyon ; le 35e, sur l’Anversois; le 36e, sur le Dalmate; le 37e, sur le Duguesclin ; le 38e, sur le César; le 39e, sur la Ville-de-Berlin ; le 40e, sur l’Albanais. Ce qui fait a Anvers huit vaisseaux, et, avec les danois, dix équipages.

Je ne vois pas à Toulon quels sont les équipages qui montent le Majestueux, le Commerce-de-Paris, le Suffren, le Magnanime, l’Ajax, le Borée, le Wagram, le Sceptre, la Pauline, l’Amélie, la Proserpine, la Pomone, la Pénélope, la Thémis et l’Incorruptible, lorsqu’elles auront donné le 20e bataillon à un des vaisseaux que monte actuellement une partie du 8e; l’Adrienne, lorsqu’elle aura donné le 5e bataillon.

Les vaisseaux et les frégates ci-dessus ont des équipages, mais ces équipages ne forment pas des bataillons. Il est donc indispensable de créer, pour la Méditerranée, huit bataillons pour les équipages des huit vaisseaux ci-dessus, et quatre pour les équipages des huit frégates; ce qui fait douze bataillons d’augmentation pour Toulon.

A Rochefort, le 6e bataillon, qui monte l’Hortense et l’Elbe, sera mis sur le Foudroyant.

Le 13e qui est sur la Pallas, on le mettra sur le Régulus.

Le 15e, qu’on forme, on le mettra sur le Couard.

Le Triomphant est monté par le 4e bataillon.

On formera à Rochefort un nouvel équipage pour le Tourville, l’Océan, et pour la Pallas, l’Elbe, l’Horlense et le Pluvier. Ce sera donc quatre nouveaux bataillons à former à Rochefort.

II en faudra former deux à Lorient pour le Vétéran et le Golymin, et deux à Anvers pour le Tilsit et le Friedland.

En tout, il faudra créer vingt nouveaux bataillons d’équipages. Indépendamment de ce, il faudra compléter les anciens équipages.

Je désire que vous me présentiez un projet de décret là-dessus ; je ne l’ai point rédigé moi-même, parce que j’ai craint qu’il n’y eût quelques erreurs dans vos états. En effet, je vois sur votre état de situation des troupes le 4e bataillon montant le Triomphant et le 17e montant le Jemmapes; et, sur votre situation des ports, je vois ces deux vaisseaux portés comme n’ayant pas d’équipages.

Il est nécessaire de considérer tous les hommes qui sont aux Indes ou prisonniers de guerre comme étant hors du complet. Il faut donc les porter pour mémoire, et compléter les bataillons, de sorte que les cadres soient toujours complets, indépendamment des hommes qui sont aux Indes et dans des missions lointaines.

Pour la formation des douze équipages de la Méditerranée, les officiers ou sous-officiers existent. Vous pouvez les trouver dans les états de la marine. Quant aux matelots, il y en a 10,000 dans la Médi­terranée, indépendamment des garnisons, tant sur les vaisseaux que sur les petits bâtiments. Vous avez à Toulon onze bataillons d’équi­pages ; vous en avez douze à former; total des bataillons de Toulon, vingt-trois.

Je pense qu’il faudrait pouvoir porter les équipages au complet de 800 hommes, pour qu’ils puissent fournir les détachements néces­saires à l’armement et à la garde dos cotes. Pour porter ces vingt-trois bataillons au complet de 800 hommes, il faudra 18,400 hommes : or vous avez à Toulon 16,000 hommes ; vous pouvez tirer des régi­ments de marine 2,000 hommes; vous pouvez facilement faire un appel de 4,000 hommes dans les ports de Cività-Vecchia, de Livourne, de Gènes, en Corse et dans les ports de Provence ; vous pouvez réunir ainsi dans la Méditerranée 22,000 hommes.

Les vingt-trois bataillons des équipages de haut bord n’emploie­ront que 17 à 20,000 hommes; et il vous restera encore de quoi former les quatre bataillons de flottille. Ainsi il y aura dans la Méditerranée vingt-trois bataillons de haut bord et quatre de flottille, for­mant 23 à 24,000 hommes.

POUR L’OCÉAN.

A Rochefort, vous avez quatre équipages; il en faut former quatre autres; total des bataillons d’équipages, huit. Outre ces bataillons. il faut à Rochefort un bataillon de garde-côtes. Cela fait un total de neuf bataillons.

Les huit premiers bataillons à 800 hommes en emploient 6,400; le bataillon de garde-côtes, 1,000 hommes; il faudra réunir à Rochefort 7 à 8,000 hommes. On trouve déjà 4,000 hommes, c’est encore 4,000 à se procurer : or il y a, tant à Rochefort qu’à Bor­deaux, 2,500 matelots payés par l’État ; vous pouvez tirer des régi­ments de la marine 1,500 hommes ; enfin vous pouvez faire un appel de 4,000 hommes depuis Bayonne jusqu’à Nantes, et, s’il était néces­saire, on pourrait diriger sur ce point un renfort de conscrits; total des ressources que la côte de Rochefort peut offrir, 8,000 hommes.

A LORIENT ET A BREST.

Il y a dans ces deux ports trois équipages anciens ; il en faut deux nouveaux à Lorient; total, cinq bataillons de haut bord, qui, à 800 hommes, font 4,000 hommes ; plus deux bataillons de flottille, un pour Brest et l’autre pour Lorient, 2,000 hommes; total des matelots à réunir pour Lorient et Brest, 6,000 hommes.

Or il y a, entre Lorient et Brest, sur les bâtiments de la flottille, 6,000 hommes. De plus, une levée sur cette côte pourrait donner 4,500 matelots, tant bons que mauvais, jeunes ou vieux; les régi­ments de la marine peuvent en donner 2,000 ; cela formerait un excédant de 6,000 matelots, dans lequel on pourrait trouver de quoi compléter les équipages de Rochefort, s’il était nécessaire.

Je n’ai rien demandé pour Cherbourg.

ANVERS.

Quant aux deux bataillons à former pour Anvers, ce sont des équi­pages flamands. Il faut en former sur-le-champ les cadres et les recruter de Flamands.

En résumé, la marine se trouverait composée de vingt-neuf batail­lons existants, et de vingt nouveaux à former; total de quarante-neuf bataillons d’équipages de haut bord, et de vingt équipages de flottille; total, soixante-neuf à soixante et dix bataillons.

Cinquante équipages de haut bord à 800 hommes emploieront 40,000 hommes ; les vingt autres emploieront 20,000 hommes ; total, 60,000 matelots.

Nous avons sur les états 40,000 hommes. On peut y incorporer des régiments de la marine 5,000 hommes ; un recrutement extraor­dinaire, qui depuis longtemps n’a pas été pressé, pourrait fournir 5,000 hommes; ce serait donc 10 à 12,000 hommes de la conscrip­tion de terre et des rivières qu’on aurait a donner à la marine.

Je comprends bien que tout ceci ne forme pas de bons équipages ; mais ce sont au moins des hommes qui s’exerceront à la mer.

Napoléon

 

Rambouillet. 16 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

J’ai lu avec attention l’état des constructions en entreprise pour 1810. Voici les changements que je fais aux constructions à l’entreprise. Je désire, pour Gènes, que l’Agamemnon de 4 vingt-quatrièmes soit porté à 18 vingt-quatrièmes pour être mis à l’eau en mars ; c’est donc 14 vingt-quatrièmes d’augmentation. Je vous prie de presser l’Agamemnon afin qu’on puisse le lancer en mars.

Quant à Toulon, j’ai jugé à propos d’augmenter de 96,000 francs la gabare la Ciotat; de 28,000 francs la gabare la Prudente; de 23,000 francs la flûte le Mérinos; de 80,000 la flûte l’Éléphant; ce qui serait donc une augmentation de 237,000 francs, qui porterait le chapitre des constructions à Toulon à 910,000 francs. J’aurai donc alors dix flûtes portant 7,700 tonneaux, cinq gabares de 460 tonneaux chacune et deux plus petites de 250 tonneaux ; ce qui formera 10,500 tonneaux. J’aurai de plus quatre écuries pouvant porter, je crois, chacune 50 chevaux.

Indépendamment de ce, j’aurai une flûte, l’Éléphant, qui sera aux 6 vingt-quatrièmes faite. Je désirerais mettre en construction dix autres flûtes de 800 tonneaux chacune; qu’on en fit 2 douzièmes à chacune ; ce qui ferait encore près de 200,000 francs, et porterait à 1,100,000 francs la dépense de construction des bâtiments de trans­port dans la Méditerranée.

J’aurais alors vingt flûtes portant 16,000 tonneaux, et sept gabares de 2,700, ce qui ferait 18,500 tonneaux, capables de porter une forte expédition sur un point quelconque de la Méditerranée. Les vingt flûtes seraient achevées en 1811 ; et, supposé qu’à la fin de 1811 j’eusse besoin de cette expédition, j’aurais 18,500 tonneaux à joindre à mon escadre de Toulon.

Dans l’année prochaine, trois ou quatre mois avant, je serai pré­venu par les circonstances, si j’ai besoin de cette expédition ; alors je presserai les armements pour l’avoir en septembre. Je voudrais également avoir 30 écuries, de sorte qu’avec 60 bâtiments de trans­port et mon escadre forte de 17 vaisseaux, de 10 frégates, 13 cor­vettes, bricks ou petits bâtiments, formant 40 bâtiments, j’aurais en tout une expédition de 100 bâtiments avec laquelle je pour­rais jeter sur un point quelconque de la Méditerranée, soit à Salonique, soit en Egypte, soit à Tunis et Alger, 40,000 hommes et 1,500 chevaux.

Je désire donc mettre en construction, sans délai, dix autres flûtes, mettre à la mer les écuries qui sont finies, nommer une commission pour les essayer, pour voir comment elles marchent, combien elles portent de chevaux, de vivres et d’eau, afin que, lorqu’on aura les observations pour les corriger, on puisse mettre en construction, en septembre, les 30 écuries que je demande.

Ainsi donc j’attache une importance majeure à avoir, indépendam­ment de 16 à 17 vaisseaux de guerre et de 8 ou 10 frégates, des bâtiments de transport portant de 20 â 25,000 tonneaux et 30 écuries capables de porter 1,500 chevaux, avec le nombre de chevaux que portent ordinairement les vaisseaux et transports. Mais, avant de mettre de nouvelles écuries en construction, il faut essayer les deux qui ont été construites.

Je désire que deux flûtes de 800 tonneaux soient mises en con­struction à Livourne pour donner de l’occupation à ce port. Vous pouvez trouver des entreprises pour en mettre deux à Gènes; cela emploiera les bras et les matériaux du pays. Vous pouvez y faire con­struire les six autres, si toutefois vous ne trouvez pas de bons marchés en Provence.

J’ai fait un décret pour cet objet. J’ai, en conséquence, pensé que je devais porter, pour les 24 vingt-quatrièmes de construction des dix flûtes, à dépenser cette année, 245,000 francs. J’ai pensé que, pour l’Éléphant porté à 8 vingt-quatrièmes, que, pour finir les 23 vingt-quatrièmes du Mérinos et le mettre à l’eau, finir les 11 vingt-qua­trièmes de la Ciotat et le mettre à l’eau, finir les 4 vingt-quatrièmes de la Prudente et la mettre à l’eau, ce qui fait pour Toulon une augmentation de 51 vingt-quatrièmes, il fallait porter le budget des con­structions à 3,459,000 francs.

 

Rambouillet, 16 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

J’ai lu avec intérêt les bases du budget de 1810 pour les grands ports.

Il me semble que le Pacificateur, l’Auguste, l’Illustre, le Conquérant, pourraient être lancés en mars et avril de 1811 ; que le Trajan, le Gaulois et le Superbe pourraient l’être aux mois de juin et juillet, de manière à avoir, en septembre et octobre de l’an 1811, dix-neuf vaisseaux à Anvers.

Ce que je désire surtout, c’est que les deux frégates soient faites cette année. Je vois qu’elles ne sont pas encore en construction. Il est important cependant d’avoir deux de nos bonnes frégates à Anvers. Faites-les mettre sans délai en construction et pousser rapidement, afin qu’elles puissent être mises à l’eau après la fonte des glaces, que leur gréement soit prêt et qu’elles puissent éclairer l’escadre au mois d’avril.

Faites donc commencer à Lorient le bâtiment de 80 qui doit être mis en construction.

Je pense qu’à Lorient il faudrait porter le Magnifique aux 12 vingt-quatrièmes, afin qu’il puisse facilement être achevé en 1811.

Il résulte des états que vous m’avez remis que j’aurai 24 vaisseaux avant la fin de l’année et 66 au 1er janvier 1812, savoir : 9 de plus à Anvers, 2 à Cherbourg, 1 à Brest, 4 à Lorient, 2 à Rocbefort, 1 à Gènes, 3 à Toulon et 2 à Venise ; ce qui ferait 66 vaisseaux. Je sup­pose que j’en aurai 20 en Hollande ; ce qui me fera 86. Je vous écris cela pour que cela vous serve à votre budget de l’an 1811. Je vou­drais qu’il fût fait pour que j’eusse ce nombre de vaisseaux en 1811, ce qui, avec les 2 du royaume d’Italie et celui de Naples, me ferait 89 vaisseaux de ligne. Il faudrait que le budget de 1811 fût fait de manière à en avoir, en 1812, vingt de plus en France, de manière que j’aurais 106 vaisseaux français et 4 ou 5 napolitains on italiens ; ce qui me ferait de 110 à 115 vaisseaux à la fin de 1812.

P. S. Faites-moi un rapport qui me fasse connaître le nombre de vaisseaux qu’il faut construire chaque année pour qu’en octobre 1812 j’aie 115 vaisseaux de ligne, dont 2 napolitains et 3 italiens, qui ne vous regardent pas ; ce qui ferait 110 bâtiments français, y compris 20 hollandais que je cite dans mon aperçu, mais dont vous ne pourrez pas vous occuper ; ce qui ferait 90 bâtiments français dans les ports français, depuis Anvers jusqu’à Toulon.

 

Rambouillet, 16 juillet 1810

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

J’ai lu avec attention l’état de la solde de la marine pour les petits ports en 1811 ; j’y ai trouvé matière aux observations suivantes.

Dunkerque. — Je vois que vous avez deux officiers de vaisseau em­ployés à terre pour inspecter les signaux, et qui coûtent 2,400 francs. Cette dépense me parait inutile, et je ne vois pas pourquoi les employés chargés de l’inscription militaire ne surveilleraient pas les signaux.

Pour l’état-major des ports et mouvements, je vois un capitaine de frégate porté pour un supplément de traitement de 1,400 francs, je ne vois pas l’utilité de cet officier. Pourquoi le commissaire de la marine ne ferait-il pas la police des petits caboteurs, en rade la plu­part, pour son service? D’ailleurs, le capitaine du port étant un officier de marine, on pourrait le mettre sous ses ordres. Je ne vois aucune utilité de tenir ce capitaine de frégate.

L’ingénieur des travaux maritimes est utile cette année; mais en 1811 il doit être supprimé, puisqu’on ne construira plus à Dunkerque.

A l’article de l’administration locale il y a 24 employés. Pour la lin de l’année deux sont en trop. Je ne vois pas pourquoi un seul ne suffirait pas. Le sous-commissaire me parait fort inutile.

Je ne vois pas pourquoi, en 1811, vous laissez des maîtres dans le port; de quelle utilité y peuvent-ils être, puisqu’on n’y doit plus construire? Je vois 15 gardiens et portiers : 4 devraient suffire. Deux « divers agents », non désignés : je ne saurais approuver cette dépense.

Ainsi je serais d’avis de supprimer au cbef-lieu, pour 1811: 1,400 francs pour le capitaine de frégate, les 2,400 francs de l’ingé­nieur des travaux maritimes ; réduire à 6,000 francs l’administration locale, et supprimer les 2,400 francs des maîtres entretenus ; réduire à 2,000 francs les gardiens et portiers, et supprimer les « divers agents » non désignés. Par là, au lieu de 55,000 francs, cette dépense ne serait donc portée qu’à 8,400 francs, comme solde à terre de chef-lieu. Hors du chef-lieu, je supprimerais les 2,400 francs pour le capitaine de vaisseau, et ce chapitre des dépenses ne serait plus porté qu’à 31,200 francs; ce qui ferait, avec les 8.400 men­tionnés ci-dessus, 39,600, au lieu de 55,000 francs; plus, pour la solde à la mer, 38,500, et 39,600, cela ne ferait plus que 78,100 francs.

Boulogne. — Quant à Boulogne, je ne comprends pas la compli­cation de service qu’il y a. Le préfet maritime est inutile. Il est porté pour 26,000 francs. Avec ses frais de bureau, ses canotiers, ses commis, c’est une dépense de 60,000 francs absolument inutile, surtout lorsque vous en ôtez le contre-amiral. Le chef d’administra­tion ou des mouvements doit être le commandant de tout, sauf à envoyer, quand les circonstances l’exigeraient, un contre-amiral pour commander le tout pendant une saison.

Officiers employés àt(erre. — Vous en portez 8 pour 16,000 francs ; c’est inutile. Le plus ancien capitaine des bataillons de la flottille à Boulogne peut commander la flottille. 12 enseignes auxiliaires sont trop à l’état-major du port ; 4 suffiraient. Les ingénieurs des travaux maritimes sont inutiles; un suffit; nous ne travaillons plus au port. 11 maîtres entretenus sont inutiles; 4 suffisent.

Gardiens et portiers. — 6 suffisent. On prendra des équipages de quoi former des canotiers, puisque tout est canotier dans la flottille, ou l’on commandera un certain nombre de canots de service. Quant à la solde à la mer, ce chapitre-là doit être considérablement aug­menté, puisque je veux y avoir cinq équipages composés de 1,000 matelots et montant une centaine de bâtiments rodant toujours sur nos côtes. Ainsi, sur 198,000 francs que vous portiez pour le budget de 1811, je le réduis de 60 à 80,000 francs.

Je crois ces réformes nécessaires, non-seulement pour l’amélio­ration des finances de la marine, mais aussi pour le bien du service. Le service de la flottille est simple ; ce sont tous des canotiers. L’administration doit être simple, et le chef d’administration, homme de mérite qui fasse tout aller ; un ingénieur pour veiller au raccommo­dage des bâtiments ; un chef de port pour la police du port pourrait être pratique de la rade; un commandant militaire, soit un contre-amiral que vous enverrez, qui, étant payé partout, ne sera pas plus cher là qu’ailleurs; soit, pour le service ordinaire, un des capitaines de vaisseau que vous avez là.

A quoi bon 6 officiers de vaisseau employés à terre? c’est une économie de 7,800 francs toute simple. A quoi bon l’état-major des ports et mouvements? c’est une économie de 2,600 francs. A quoi bon, en
1811, 4,400 francs pour le génie maritime, puisqu’on ne construira rien au Havre? A quoi bon un ingénieur des travaux maritimes, quand ce n’est pas la marine qui fait faire les bassins du Havre? A quoi bon 5,600 francs pour l’inspection pour un si petit port? A quoi bon un commissaire? ce
serait une économie de 2,400 franes. A quoi bon entretenir 6 maîtres? ils sont inutiles. A quoi bon 20 gardiens ou portiers? s’il en faut 4, c’est beaucoup. A quoi bon 8,000 francs pour agents non désignés,

Au lieu de 115,000 francs, on peut donc réduire la solde du Havre, pour 1811, à l’état suivant : Administration locale, un com­missaire, 6,000 francs; un sous-garde-magasin, 2,000; frais de bureau, 4,000; total, 12,000 francs. Inscription maritime, 21,000 francs ; officier de santé, 1,600 ; professeurs de l’école de navigation, 8,000; maîtres entretenus, 1,800; guetteurs des signaux, 20,000; gardiens et portiers, 2,000; total, 69,000, au lieu de 11 5,000 francs

II restera à voir si les 8,000 francs pour les professeurs ne pour­raient pas être supportés par les communes ; savoir si les 24,000 francs pour l’inscription maritime et les 20,000 francs pour les guetteurs ne sont pas susceptibles de réduction. Mais, enfin, de 69,000 francs, vous en proposez 115,000; c’est économie de moitié.

Indépendamment de cette économie, il y aurait celle plus forte de frais de logement et autres de cette espèce.

Pour Saint- Servan, c’est la même chose. Au lieu de 81,000 francs, on pourrait ne mettre que 74,000 francs.

En suivant le même principe, vous connaîtrez facilement mes intentions pour les autres ports ; je ne continuerai point cet examen.

Comme donc je trouve que cette réforme n’est point suffisante, proposez-moi toujours celle pour les cinq derniers mois de l’année. Il faut calculer les dépenses de 1811 sur une base plus stricte. Il y a sur votre projet 50 pour 100 à économiser; or 50 pour 100 d’économie pour l’administration doit en amener une immense pour le matériel.

Quant à la solde à la mer des bâtiments, il faut enrégimenter tous les matelots des côtes dans les vingt bataillons de flottille. Il leur faut une autre administration et paye qu’à ceux des grands bâtiments, et que l’on n’y connaisse qu’une paye.

Vous me ferez un rapport qui me fasse connaître quelle est la solde à la mer, et s’il n’y aurait pas moyen de simplifier cette comptabilité en ne donnant qu’une seule imposition.

Je désirerais, d’ailleurs, comme les états-majors sont aux grands chefs-lieux, qu’on fit là leur décompte; ainsi le décompte se ferait à Anvers, à Boulogne par extraordinaire, à Rochefort, à Brest et à Toulon, Cherbourg, Lorient.

 

Rambouillet. 16 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRES,

MINISTRE DE  LA  MARINE, A   PARIS.

Monsieur le Vice-Amiral Decrès, j’ai entendu hier les divers rap­ports que vous m’avez faits et l’opinion des ingénieurs sur la rade de Cherbourg. Mon intention est que les 1,500,000 francs que j’ai donnés pour la digue de Cherbourg soient employés à rehausser la digue jusqu’au niveau des basses mers et que les travaux soient com­mencés par le musoir du côté du fort de Querqueville. Les 900 toises de cette partie de la digue doivent coûter 3 ou 4 millions; mon intention est que cette dépense soit faite sur les fonds des Invalides de la marine. Il faudra 3 millions en trente mois, à compter de juillet 1810; cela ira jusqu’au 1er janvier 1813. Ce travail fait, mon intention est qu’on continue la même chose pour l’autre partie de la digue, de manière à l’élever partout au niveau des basses mers, et, lorsque toute la digue sera élevée à la hauteur des basses mers, on se procurera deux plates-formes ou musoirs.

Fort Napoléon. — Le décret que je viens de prendre vous fera connaître mes intentions sur ce fort; vous y verrez que la marine doit être chargée exclusivement de ce fort ; que je vous charge de l’armer sur-le-champ de douze pièces de 30, de quatre mortiers de 12 pouces de campagne; d’y placer une pramc de quatorze pièces de canon de 36, qui sera annexée à la gorge de la batterie, qui servira de refuge à la garnison de la batterie et la protégera avec ses quatorze pièces de 36.

Les seize bouches à feu de la batterie exigeront une compagnie d’une centaine d’hommes, sauf à envoyer des renforts de la place, du moment que cela serait nécessaire. Vous prendrez la prame la Villc-dAmiens, qui est au Havre.

Vous ordonnerez à l’ingénieur Cachin de faire sur-le-champ les travaux nécessaires pour la défense de cette batterie. Le heurtoir des pièces de canon doit se trouver à 4 toises de l’arête intérieure de la digue, c’est-à-dire qu’il faudra reculer la batterie de 6 toises ; ce qui l’éloignera davantage de la mer et la rendra plus solide. It est certain que, si on avait eu la précaution de placer la batterie sur le point le plus sûr, c’est-à-dire le plus intérieur, les pièces n’auraient point eu d’accident. Moyennant la mesure que je prescris et qui doit être exé­cutée avant le 1er août, il n’y aura rien à craindre pour les pièces. Il n’y aura rien à craindre pour les hommes, parce qu’il y aura un gros stationnaire, à bord duquel ils pourront se retirer. Aiusi, avec dix-huit bouches à feu sur la batterie et quatorze sur la prame, on aura trente-deux bouches à feu pour défendre ce point important.

Travaux du port. — Quant aux travaux du port et de l’arsenal, vous me présenterez au prochain conseil un projet définitif fait sur les bases posées dans la note ci-jointe. Ces notes ne sont point des ordres, mais des bases propres à concilier les intérêts de la défense et des établissements de la marine ; elles laissent aux ingénieurs Ia faculté de proposer tous les projets qui paraîtraient mieux remplir le but.

 

Rambouillet, 16 juillet 1810.

AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A PARIS.

Monsieur le Comte Mollien, j’estime que les actions de la Banque ont la valeur ci-après : fonds primitif 1,000 francs, réserve 220 francs, ce qui fait 1,220 francs; droits sur les établissements appartenant à la Banque, que j’estime 3,000,033 francs; la valeur intrinsèque est donc de 1,253 francs au 1er juillet. Cela étant, au 15 juillet, il faut ajouter 3 francs pour la partie active du dividende, ce qui fait 1,256 francs; il faut ajouter de plus 3 francs, au 30 juillet; cela porte l’action à 1,259 francs. Dans cet état de choses, mon intention est que vous achetiez, en opérant de la manière la plus habile, 4,000 actions, mais sans que cela passe cette valeur réelle, c’est-à-dire 1,252 francs pour valeur intrinsèque, et 6 francs par mois, i dater au 1er juillet, pour l’intérêt. Toutes les fois que le prix sera inférieur à 1,252 francs plus l’intérêt, vous pourrez faire faire votre opération par la caisse de service. Je vois qu’au 14 juillet elles sont a 1/252 francs; leur valeur intrinsèque peut être jugée de 1,255 francs.

Napoléon.

 

Rambouillet, 16 juillet 1810.

AU COMTE DARU,

INTENDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DE L’EMPEREUR, A PARIS.

Monsieur le Comte Daru, vous trouverez ci-joint un rapport du major général. Je désire compléter mes domaines de la Couronne et les rendre aussi agréables que possible. Je dépenserai donc volontiers pour cet objet une douzaine de millions, mais je voudrais que ces douze millions rendissent 3 à 4 pour 100 d’intérêt, qu’on a droit d’attendre d’un placement en fermes, sans habitations. Il me semble même que le revenu devrait être plus considérable, puisque ces acquisitions, réunies au domaine de la Couronne, ne payeraient plus d’impositions. Les revenus doivent donc être de 5 pour 100; ce serait, par conséquent, une augmentation de 5 à 600,000 francs de revenu pour les domaines de la Couronne, et en même temps cela compléterait, à Compiègne, à Fontainebleau et à Rambouillet, mes établissements de chasse dans ces trois domaines, où je n’en ai presque pas. Ces acquisitions ajoutées au domaine, cela vaudrait la peine de nommer un administrateur des domaines qui se chargerait de les faire valoir et d’en pousser les revenus à un million. Le revenu des forêts est, je crois, de 4 millions nets. Le revenu des domaines, porté à un million, compléterait les revenus de la Couronne à 30 millions; ce qui n’est pas une somme trop considérable, comparée avec les nombreuses charges du trône : présents, étrangers, voyages, etc.

Je désire que vous me fassiez connaître : 1° la valeur des domaines que j’ai, sans les forêts ; 2° ce qu’ils ont rendu et peuvent rendre ; 3° ce qu’ils rendront en complétant les 6 millions d’achats que j’ai déjà décrétés ; 4° les terres qu’il est nécessaire d’acheter pour com­pléter les chasses de mes trois domaines de Rambouillet, Compiègne et Fontainebleau ; 5° un compte général des revenus des domaines de la Couronne depuis 1806, année par année, en distinguant le revenu brut et le revenu net.

Je désire aussi que vous me fassiez connaître pourquoi cette année, à Rambouillet, on n’a pas semé la ferme; pourquoi, A Saint-Cloud, on néglige quantité de terres, en les livrant à la stérilité, au lieu d’y recueillir des moissons, ce qui est à la fois un embellisse­ment et un profit, car quel plus bel ornement de la campagne que les moissons et les détails de l’agriculture? Depuis six ans, je demande qu’on sème les carrés de Saint-CIoud; aujourd’hui, on va plus loin, on ne sème pas même la ferme de Rambouillet. Cela est d’autant plus important que ce n’est qu’en réunissant tous les moyens de mes domaines que je puis avoir la faculté de les entretenir et d’en tirer le revenu convenable.

Napoléon.

 

 

Rambouillet. 17 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE  DBS   RELATIONS  EXTÉRIEURES,   A   PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, il est convenable de faire une circu­laire ministérielle, dont vous me soumettrez le projet, sur les affaires de Hollande. La partie politique est suffisamment traitée dans la note que vous vouliez remettre au ministre de Hollande avant ces affaires. Vous pouvez puiser le reste de votre lettre dans votre rapport qui a été mis dans le Moniteur. Vous direz que ce qui s’est fait ne pouvait se faire sans mon aveu, et vous rejetterez la résolution qu’a prise le Roi sur sa mauvaise santé.

Je vous renvoie les lettres du sieur Serurier numérotées 29 et 30. Engagez-le de nouveau à continuer de nous envoyer les bulletins, nouvelles et renseignements qui viennent à sa connaissance. Demandez-lui un rapport sur ces questions : Quelle est la quantité des marchandises coloniales en Hollande? A combien se monte l’évaluation présumée? A combien se montent les droits sur les rentrées, pour la marine, la guerre, le trésor public, sur les diverses espèces de dettes et sur les différentes branches d’administration du pays.

Demandez-lui également qu’il vous fasse connaître s’il y a beaucoup de blés à Emden, en distinguant la partie qui vient de France de celle qui vient d’Allemagne.

Napoléon.

 

Rambouillet, 17 juillet 1810.

AU COMTE DE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTERIEUR, A PARIS.

Je vous prie de m’apporter, de mercredi en huit, les états des dif­férents travaux entrepris par les ponts et chaussées, qui me fassent connaître où en sont ces travaux, si dans la campagne on dépensera les fonds que j’ai accordés, ce qu’on pourrait faire de plus si j’accor­dais de nouveaux fonds, si ces travaux se font économiquement, dans le cas contraire qui est-ce qui s’y oppose, enfin les obstacles qui auraient besoin de mon autorité pour être levés.

 

Rambouillet, 17 juillet 1810.

AU VTCE-AMIRAL COMTE DECRÊS,

MINISTRE   DE   LA   MARINE,   A   PARIS.

Je vous renvoie vos pièces. Je désire que vous fassiez d’abord les réformes pour 1810. Quant à 1811, les dépenses sont trop compli­quées; plus une machine est simple et mieux elle va, et, quant à la marine, elle est d’une extrême complication. J’attendrai, pour prendre an décret sur 1811 le nouveau rapport que vous me ferez.

 

Rambouillet, 17 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL SAVARY, DUC DE ROVIGO,

MINISTRE DE LA POLICE GÉNÉRALE, A PARIS.

Je vois, dans le bulletin du 15 au 16 juillet, que le caissier de la recette de Blois a quitté son emploi pour se mettre aux gages des princes espagnols. Pour peu que vous ayez du doute sur cet individu, faites-le arrêter.

Je vois qu’un officier autrichien est venu à Mons. Donnez ordre qu’il soit poursuivi comme ayant porté les armes contre la France. Cela est d’autant plus important que c’est un jeune homme, et qu’il ne me convient pas qu’il reste au service de l’Autriche; ou, y restant, il doit perdre tous ses droits.

 

Rambouillet, 17 juillet 1810.

AU COMTE DEFERMON,

INTENDANT GÉNÉRAL DU DOMAINE EXTRAORDINAIRE, A PARIS.

Monsieur le Comte Defermon, je vous renvoie le projet de décret et les pièces relatives aux dotations du comte de Lobau et du prince de Wagram. Ma première observation est que je n’ai pas donné 54,000 francs de rente au comte de Lobau, mais 50,000 francs; ni 325,000 francs au prince de Wagram, mais 300,000 francs. Otez l’excédant de ces sommes et n’écoutez aucune réclamation. Cela rendra ce que cela pourra. J’ai entendu donner au prince de Wagram trois cinquièmes des 500,000 francs de rente des biens du Rhin, et un dixième au comte de Lobau. Par le calcul que vous établissez je ne retrouverais plus ces 500,000 francs.

Une autre observation que j’ai à faire, c’est que ce décret n’est pas dans la forme usitée : 1° il est inutile de dire que ces bons proviennent de Vanlerberghe; 2° l’ar­ticle 2 est inutile, il suffît de dire : en conséquence des lettres pa­tentes ; l’article 3 est nécessaire ; l’article 4 est inutile par la même raison que l’article 2. J’ajouterai que vous dites que les biens sont réversibles à la Couronne, tandis qu’ils sont réversibles au domaine extraordinaire. Faites ces changements et renvoyez-moi ce décret demain à signer.

Quant aux camps de vétérans, je ne veux faire aucun échange. J’avais, en instituant ces camps, un but qui n’existe plus. D’ailleurs ils ont assez mal tourné.

Prenez pour principe qu’en fait de dotations, quand j’ai signé une chose, je ne puis plus revenir. C’est à tort que, pour la Westphalie, le Hanovre, on est revenu sur mes décrets pour demander des indemnités ; cela n’est pas le remboursement d’une dette. Si j’avais dit que je donnais au comte de Lobau, par exemple, 50,000 francs comme indemnité due, et qu’il ne les eût pas tout entiers, il aurait des réclamations à faire. Le ministre des finances ayant pris la bonne précaution de faire signer par moi-même l’exécution de mon décret, cette seconde signature ratifie tout, et il n’y a plus à y revenir. Ainsi, s’il résultait qu’au lieu de 300,000 francs de rente le prince de Wagram n’en eût que 40,000, tant pis pour lui; mais si, au lieu de 300,000, il se trouvait en avoir 400,000, tant mieux. Je n’entends plus rien une fois que j’ai signé. Suivez cette marche, et vous vous éviterez beaucoup de réclamations et d’embarras. Mettez la plus grande diligence dans l’expédition de toutes ces affaires; les événe­ments changent, les chefs de famille meurent, les familles des dona­taires ne se trouvent point nanties des pièces nécessaires et ne s’éta­blissent pas; enfin il y a toutes sortes d’inconvénients au retard. Il faut que vous m’ayez fait signer avant le mois de juillet la dotation de chacun.

Faites imprimer dans le Moniteur, à la fin de juillet, la note de ce que j’ai donné pour les blessés ; quoique ces notes puissent n’être pas exactes, elles serviront toujours à beaucoup d’individus ; on les rectifiera après. Il faut aussi vous occuper de faire le départ de ce qui appartient au domaine et de ce qui revient aux individus, et le leur faire payer.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 18 juillet 1810.

A FRÉDÉRIC-GUILLAUME III, ROI DE PRUSSE, A BERLIN.

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre par laquelle Votre Majesté me fait connaître qu’elle a appelé M. le baron de Hardenberg à la tête de son ministère, et me fait part de l’espérance qu’elle a que les lumières et le zèle de ce ministre donneront à son administration une nouvelle vigueur. La longue paix dont tout présage que le continent va jouir permettra aux peuples de la monarchie de Votre Majesté de se remettre de tout ce qu’ils ont souffert, et, dans des circonstances difficiles, Votre Majesté trouvera la garantie de son bien-être, sa satisfaction et son bonheur dans un système ferme et constant.

 

Saint-Cload. 19 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire de faire mettre dans les journaux des articles sur les succès des Russes en Turquie et sur la paix qu’ils sont sur le point de conclure, à la condition de la cession de la Moldavie et de la Valachie, et sur la confiscation des bâtiments venant soi-disant de Ténériffe, mais en réalité venant d’Angleterre.

Faites connaître au duc de Vicence mes intentions sur la Tur­quie. Écrivez-lui que je verrai avec plaisir que la Turquie fasse sa paix en cédant la rive gauche du Danube; que cela me convient; mais que la Russie violerait ses engagements avec moi si elle gardait quelque chose sur la rive droite, et si elle se mêlait en quelque chose des Serviens. Vous écrirez cela en chiffre, en lui faisant connaître que c’est là ma pensée; qu’autant je vois avec plaisir la Russie finir avec la Turquie, autant je me montrerais peu satisfait si elle gardait la rive droite ; qu’une seule place forte retenue par la Russie sur la droite du Danube annulerait l’indépendance de la Porte, et change­rait entièrement l’élat des choses.

Envoyez au duc de Vicence copie de la lettre que m’a écrite le roi de Suède et de ma réponse.

Chargez le duc de Vicence de dire à M. Adams que nous avons ici un ministre d’Amérique qui ne dit rien ; qu’il nous faudrait un homme actif qu’on pût comprendre et par le moyen duquel on pût s’entendre avec les Américains.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A PARIS.

Monsieur le Comte Mollten, je vous envoie un tableau de la dette publique de Hollande; faites-moi un rapport qui me fasse comprendre facilement ce que je dois.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, je viens d’ordonner l’envoi en Espagne d’un convoi de 3 millions , qui sera escorté par de fortes colonnes et ira droit à Séville, pour servir à payer la solde de l’armée du Midi, sans qu’il soit permis d’en rien distraire, sous quelque prétexte et par quelque ordre que ce soit.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Faites connaître au duc de Tarente qu’il est nécessaire qu’il porte son quartier général à la hauteur de Barcelone el qu’il empêche que l’ennemi ne retire la récolte dans les montagnes; que le général Suchet n’attend pour marcher sur Tortose que d’être instruit qu’il menace Tarragone; que lorsque Tortose sera prise, l’artillerie qui aura servi à ce siège pourra aider à la prise de Tarragone; qu’il a donc deux buts : 1° celui d’empêcher l’ennemi de s’emparer de la récolte, et, au contraire, d’approvisionner Barcelone pour longtemps; 2° de favoriser le siège de Tortose; que le général Suchet, qui a l’Èbre pour communiquer avec Tortose, ne pourra rien faire s’il est inquiété à la fois du côté de Valence et de Tarragone. Envoyéz un officier au duc de Tarente porter cet ordre.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÊS,

MINISTRE   DE  LA   MARINE,  A PARIS.

Mon intention est que vous ouvriez une correspondance avec le ministre de la marine hollandaise pour l’exécution de mes ordres et de mon décret, pour ce qui concerne l’armement des escadres et la reprise des travaux de construction.

Une estafette part tous les jours à minuit pour Amsterdam; ainsi la correspondance deviendra très-facile et très-prompte.

Il est nécessaire que vous cherchiez un officier pour commander l’escadre du Texel (il me semble que l’amiral Ver Huell est très-con­venable) , et un officier pour commander celle de la Meuse.

Il faut appeler à Toulon les officiers de marine les moins affec­tionnés, mais habiles, et mettre sur l’escadre de l’Escaut ceux dont l’opinion est bonne, et qui sont aussi de bons officiers. Choisissez un bon capitaine hollandais pour le Tilsit et un pour le Friedland, et formez là deux équipages flamands.

Il est instant que vous soumettiez à ma signature les brevets des officiers de marine de tous grades que je veux conserver; que vous fassiez venir au Texel les deux vaisseaux qui sont à Amsterdam, ce qui fera au Texel sept vaisseaux, et que vous pourvoyiez au complé­ment des équipages; que vous me fassiez connaître quelle est l’orga­nisation des chaloupes canonnières, afin que je forme une division de douze ou quinze chaloupes canonnières de la Meuse et de douze des miennes, qui sera commandée par un capitaine français, lequel sera sous les ordres supérieurs de l’amiral de l’escadre de la Meuse, et une seconde division composée des vingt-quatre schooners et autres petits bâtiments qui sont au Texel et de douze de mes chaloupes canonnières, en mettant cette division sous les ordres d’un capitaine français, qui reconnaîtra pour commandant supérieur l’amiral de l’escadre du Texel.

Faites-vous remettre les états de situation et pressez la mise à l’eau du Ruyter et de l’Everlsen, que je voudrais lancer au Texel avant octobre prochain, pour avoir au Texel neuf vaisseaux. Pressez la mise à l’eau du Tromp à Rotterdam pour avoir là trois vaisseaux, les frégates le Vander-Werjf et la Reine dans l’Escaut, et de l’Alcide an Texel.

Il faut que vos lettres d’ordre au ministre de la marine, vous les adressiez à M. l’architrésorier avec une lettre d’envoi.

Il paraîtrait par les états que je vous envoie que je pourrais avoir douze ou treize vaisseaux en rade avant la fin de l’année, ce qui, avec les douze d’Anvers, me ferait vingt-quatre vaisseaux de ligne.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Je désire que vous envoyiez à Cayenne, à la Martinique et à la Guadeloupe des agents qui vous rendront compte de ce qui se passe dans ces colonies, de l’esprit qui y domine, et particulièrement des fortifications que l’ennemi y aurait démolies ou fait construire. Je vous parle de cela une fois pour toutes. Prenez vos mesures et sui­vez-les sans interruption. Enfin faites tout ce qui est convenable pour que j’aie des renseignements nets et positifs sur toutes ces questions.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÈS,

MINISTRE DE LA MARINE, A PARIS.

Je reçois votre rapport du 18 juillet. Témoignez ma satisfaction à l’amiral Allemand pour les soins qu’il donne aux évolutions des vais­seaux. Réitérez les ordres pour que, sous aucun prétexte, les offi­ciers ne descendent à terre; ils doivent rester jour et nuit à leur bord et ne manger qu’à leur bord. Recommandez qu’on évite les dilapida­tions , qu’on prenne des mesures sévères à cet égard ; je n’ignore rien; que s’il y a des officiers qui se permettent de détourner les ouvriers de leurs vaisseaux et les matériaux qui leur sont confiés, on doit en faire des exemples.

J’ai écrit à l’amiral que j’approuve qu’il fasse sortir pour écarter les croisières ennemies, pour ne pas se laisser bloquer par des forces inférieures et tenir tout son monde en haleine, mais en même temps que je désire que mon escadre ne soit pas compromise dans une bataille navale, qui n’entre pas dans mes projets; que je n’approu­verais un engagement avec l’escadre anglaise qu’autant que mon escadre aurait la supériorité d’un cinquième au moins sur les Anglais.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

AU COMTE DARU,

INTENDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DE L’EMPEREUR, EN MISSION EN HOLLANDE.

Monsieur le Comte Daru, votre mission à Amsterdam a plusieurs buts:

1° De reconnaître la situation de la maison du Roi, les recettes exercice par exercice, et les dépenses et dettes exercice par exercice, ma volonté étant de tout solder, dettes et appointements;

2* De reconnaître si le Roi a fait des acquisitions de biens, de quelles sources proviendraient ces biens, afin que, si après le paye­ment des dettes il reste des biens disponibles, je décide s’ils appartiennent au domaine de la Couronne ou au domaine privé, selon les sénatus-consultes qui règlent la législation de la Famille. Prenez des mesures pour qu’aucun meuble et immeuble, pour qu’aucune créance ni dettes ne puissent être ni dénaturés ni aliénés, soit en mettant votre signature sur les pièces, soit en prenant des états doubles de tout. Vous me ferez connaître de quelle nature sont les dettes du Roi, afin que je voie le parti que je dois prendre.

Voilà la première partie de votre mission. La seconde consiste à étudier ce qu’il faut conserver pour réunir à la liste civile de France, comme un palais meublé, une campagne ou deux, s’il est nécessaire et si l’entretien n’en est pas trop coûteux, en y joignant une dotation pour couvrir les dépenses d’entretien, selon notre usage. La seconde partie de votre mission est donc de déterminer ce qui doit entrer, pour la liste civile, dans le sénatus-consulte de réunion. Vous pourrez conserver le conseil établi par le Roi, si vous le jugez néces­saire ; mais il devra s’adresser à vous, ne reconnaître que vous, et n’avoir plus aucune correspondance avec le Roi.

Le troisième objet de votre mission est de reconnaître la situation do personnel et du matériel de la maison du Roi, des hommes et des chevaux, et de m’en envoyer un état raisonné, avec votre opinion. Une partie des officiers et des domestiques peut être réservée pour le service du grand-duc de Berg, une partie des voitures et harnais peut être envoyée à Paris ; mais, avant de rien faire partir, vous attendrez ma réponse aux renseignements que vous m’aurez envoyés.

L’estafette arrive promptement, et dans l’espace de dix jours votre mission doit être terminée.

Le quatrième objet de votre mission est de passer la revue de la garde royale, comme inspecteur aux revues, d’examiner sa compta­bilité, l’état de la solde, son matériel, la composition des régiments, sa situation en officiers de tous grades, afin que je voie ce qu’il con­vient de faire, et d’ajouter au budget la dépense qui en résultera. Vous me ferez connaître combien il y a dans cette garde de soldats de différentes nations, Hollandais, Français, Allemands, Russes, Danois, Italiens, etc., et si le duc de Reggio désire qu’elle quitte la Hollande ou qu’elle y reste.

Enfin le cinquième but de votre mission est de faire prendre con­naissance du budget de la guerre, en le divisant, comme nous le faisons en France, en guerre et administration de la guerre; de ce qui est dû pour l’arriéré par exercice, et de ce qu’il en coûtera à la fin de l’année. Vous ferez des recherches sur la composition des dif­férents régiments, sur ce qu’il y a de Hollandais, d’Allemands, de Français, etc., soit parmi les officiers, soit parmi les soldats.

Quand votre mission sera terminée, revenez de manière à pouvoir répondre sur toutes les questions relatives à la liste civile, à la garde et à la guerre et administration de la guerre, à l’artillerie, au génie, à la solde et à toute espèce de matériel de la guerre.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L’EMPEREUR EN HOLLANDE,   A AMSTERDAM.

J’ai reçu vos lettres en date du 15, jusqu’au n° 37.

Je vois dans le n° 27 que vous me parlez d’un fonds que le Roi a fait pour des prêtres catholiques; mais vous ne me faites pas connaî­tre la quotité de ce fonds, ni l’affectation qu’en aurait faite le Roi, de sorte que je ne puis rien statuer.

Il faut laisser dans le palais le portrait de Madame, celui du petit prince, les bustes des enfants, le portrait du Roi, y joindre celui de la Reine, ceux du roi et de la reine de Westphalie, celui de l’Impératrice et le mien, pour faire une suite de portraits de famille. II serait inconvenable de déranger en rien l’emplacement des tableaux.

Je ne saurais penser que beaucoup de Hollandais veuillent émigrer à Batavia et en Angleterre. Ce sont des craintes que les Hollan­dais d’une opinion opposée cherchent à inspirer, et que je ne partage pas. La réunion à la France ne peut que leur faire des avantages. Ils ne pouvaient conserver leur liberté, puisqu’ils l’ont perdue. Le commerce gagnera, puisqu’il ne dépendra plus du caprice du moment et qu’il sera dans une règle constante.

Vous avez bien fait de suspendre la vente des animaux.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GENERAL DE L’EMPEREUR EN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

J’ai reçu vos lettres du  avec le tableau de la dette publique. Faites-moi connaître la situation de la caisse d’amortissement : il doit y avoir un fonds de caisse d’amortissement qui doit réduire d’autant la dette; il doit y avoir une partie des dettes appartenant à Hesse-Cassel ou à des princes étrangers, soit ecclésiastiques, soit autres ; il doit y avoir aussi des dettes ecclésiastiques de la Belgique; tout cela pourrait être un objet de réduction ; enfin il y a la partie de la dette appartenant aux villes, hôpitaux, mainmortes, de la Hollande. Ordonnez que ce dépouillement soit fait, afin de savoir quelle est la partie de la dette qui appartient aux particuliers et qui est réellement due. Il faut aussi savoir si une partie de cette cette n’appartient pas aux princes d’Orange.

 

Saint-Cloud, 19 juillet 1810.

A EUGÈNE NAPOLÉON, vici-roi d’Italie, à Milan.

Saiot-CUod, îejailJet 1810.

Mon Fils, Je viens de prendre un décret pour que le curement du port d’Ancône soit continué avec la même activité qui y a été mise jusqu’à présent. Moyennant une modique dépense de 240,000 francs, vous avez déjà obtenu pour résultat que quatre vaisseaux et six fré­gates puissent y mouiller. Je désire que le creusement soit continué jusqu’à ce que le port puisse contenir neuf vaisseaux et six frégates. Je suppose que cette dépense pour les derniers mois de 1810 et pour l’année de 1811 n’ira pas à 200,000 francs. Ce ne sera donc guère plus de 10 à 12,000 francs par mois; c’est une véritable bagatelle. Faites-moi connaître si on ne peut pas pousser cet ouvrage plus loin. Dans mon décret, considérant que l’ouverture du port est de 400 toi­ses et que le mouillage se trouve par là exposé aux vents de l’ouest, j’ordonne que la digue recevra un prolongement de 150 toises. On m’avait supposé que cette dépense coûterait 1,800,000 francs, ce qui m’avait effrayé; mais cette dépense n’était si considérable que parce qu’on voulait conserver une risberme intérieure dans tout le prolongement de la digue. J’ai renoncé à cette risberme, et par là j’obtiens une économie de plus d’un million. On me fait espérer qu’avec 600,000 francs je ferai cette jetée et qu’alors le port sera calme à tout vent, ce qui sera un extrême avantage. 600,000 francs, à 50,000 francs par mois, c’est la dépense d’une année, et, comme il suffit que l’ouvrage soit fini au 1er janvier 1812, cela fait dix-huit mois, ou 100,000 francs pour trois mois. Je désire donc qu’il soit fait sur le budget un fonds de 100,000 francs par trois mois; ce qui augmentera le budget de 1810 de 200,000 francs, et celui de 1811 de 400,000 francs. Ordonnez que les fonds soient faits exactement, afin qu’on puisse pousser avec activité les travaux de cette digue. Il est d’un avantage si immense pour mon royaume d’Italie d’être maître de l’Adriatique, qu’il n’y a rien à épargner pour cela. Or, avec qua­tre à cinq vaisseaux, on y parviendra. Jamais les Anglais ne pourront tenir des forces égales dans cette mer, pour le seul objet de bloquer le commerce, quand d’ailleurs la réunion de la Hollande et les arme­ments considérables que je fais dans tous mes ports les mettent dans la nécessité de bloquer tant de points.

Vous avez dû recevoir le décret par lequel je vous charge de mettre sur le chantier trois autres vaisseaux au compte de la France; ce qui, avec les deux du royaume d’Italie et les deux que je désire qu’où mette en construction pour le compte de l’Italie, formera dix vais­seaux à Venise. Je pense que le budget de la marine italienne pour 1811 sera fait de manière à avoir, à la fin de l’an 1812, cinq vaisseaux de guerre italiens. Quant au Rivoli, j’attache une certaine im­portance à avoir ce vaisseau à Ancône, et il me parait difficile qu’on ne puisse pas le mettre à l’eau à l’été de la Saint-Martin ou après les tempêtes de Noël. Mais il faudrait que cette opération pût se faire avec une telle rapidité, que ce vaisseau ne fût pas obligé de rester plus de quarante-huit heures en rade. Alors, quelque vent qu’il fît, il irait soit à Ancône, soit à Trieste, soit à Pola, et partout il achè­verait son armement.

Je suppose que vous prenez des mesures pour que le duc de Raguse arme les batteries de Pola.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 20 juillet 1810.

A L’IMPÉRATRICE JOSÉPHINE,

AUX  BAINS  D’AIX,   EN SAVOIE.

J’ai reçu, mon amie, ta lettre du 14 juillet. Je vois avec plaisir que les eaux te font du bien et que tu aimes Genève. Je pense que tu fais bien d’y aller quelques semaines.

Ma santé est assez bonne. La conduite du roi de Hollande m’a affligé. Hortense va bientôt venir à Paris. Le grand-duc de Berg est en route; je l’attends demain. Adieu, mon amie.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 20 juillet 1810.

A MADAME MÈRE, A PARIS.

Madame, je m’empresse de vous apprendre que le roi de Hollande est aux eaux de Teplitz, en Bohême. Comme vous avez dû éprouver beaucoup d’inquiétude sur sa disparition, je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Sa conduite est telle qu’elle ne peut être expliquée que par son état de maladie.

Votre bien affectionné Fils,

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 20 juillet 1810.

A JÉRÔME NAPOLÉON, ROI DE WESTPHALIE, A CASSEL.

Mon Frère, je m’empresse de vous apprendre que le roi de Hol­lande est aux eaux de Teplitz, en Bohême. Comme vous m’en paraissiez fort inquiet dans votre dernière lettre, je ne perds pas un moment à vous donner cette nouvelle pour votre tranquillité. Toute sa conduite est inexplicable et ne peut être attribuée qu’à son état de maladie.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 20 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MNISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES, A PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, je reçois votre lettre du 19 juillet sur la convention à conclure avec l’Autriche relativement aux sujets mixtes. Il me semble que la question est mal saisie et que, tant qu’on ne l’aura pas approfondie, if sera difficile d’arriver à un résultat.

Il y a des Autrichiens qui ont des biens en France, et il y a des Français qui ont des biens en Autriche. Quelquefois, lorsque les guerres ont éclaté, on a mis, de part et d’autre, le séquestre sur les biens des sujets de la puissance ennemie; mais le premier acte de la paix rétablie a toujours été la levée de ce séquestre. Cest ainsi que dernièrement j’ai fait lever le séquestre qu’il se trouvait sur les biens de l’archiducliesse Béatrix en Italie. Cette question est une question claire et commune à tous tes États de l’Europe, mais la question relative à la noblesse immédiate n’est pas la même.

Les membres du Collège des princes et de la noblesse immédiate avaient des privilèges; ils les ont perdus. Ils s’étaient la plupart éta­blis à Vienne, et par conséquent Vienne était devenu le chef-lieu de leurs possessions er de l’empire. L’empire germanique ayant cessé, les rois de la confédération, de grands vassaux qu’ils étaient, étant devenus des princes indépendants, la noblesse immédiate ayant été déchirée abolie, la fat nouvelle» «fa s’établir par farte de la Corô-dérattoir. Or que dit cet acte? Qu’aucun membre des familles média­tisées et comprises dans le territoire de la Confédération ne pourra prendre de service étranger. Que dit-il encore? Que la noblesse immé­diate sera obligée de demeurer dans le lieu où elle avait sa souve­raineté; d’être sujette de l’État où sont situées ses possessions, et de ne pas porter les armes contre le prince qui doit désormais être leur souverain. Venons au fait. Sans doute le prince de Schwarzenberg était Bohémien; mais son domicile politique, sa souveraineté, ses troupes, son drapeau étaient dans sa principauté ; cette principauté ayant été détruite et faisant aujourd’hui partie de la Bavière, il est clair que le prince de Schwarzenberg est devenu Bavarois, puisqu’en effet le domicile doit s’établir où était la principale considéra­tion , où était l’existence politique. Or l’existence politique du prince de Schwarzenberg était en Bavière; c’est là qu’il exerçait ses droits de justice et de souveraineté; c’est de ce territoire qu’il tirait son titre de prince et son rang de séance à la diète ; il est donc réellement Bavarois, comme le prince de Metternich est réellement Wurtembergeois.

Dans cette situation de chose, il est vrai qu’au lieu de séquestrer j’ai confisqué, et en cela les termes de la convention rédigée par M. de Metternich sont exacts. J’ai confisqué dans la dernière guerre tous les biens de la noblesse immédiate situés dans le territoire de la Confédération, dont les propriétaires portaient les armes contre la Confédération; mais il est essentiel de remarquer que je n’ai pas confisqué les biens d’un habitant de Lins, d’un habitant de Vienne, d’un habitant d’Egra, qui aurait eu des propriétés en Bavière ou en Saxe; que je n’ai pas confisqué les biens qui n’étaient que patrimoniaux ; que je n’ai pas confisqué les biens qui ne donnaient pas de droits politiques : ceux-là ont été mis seulement sous le séquestre et doivent être rendus ; il n’y a aucune difficulté à cela. Le roi de Wurtemberg lèvera le séquestre qu’il aurait mis sur tous les biens que tout habitant de Vienne posséderait dans ses États, et l’empe­reur François lèvera le séquestre qu’il aurait pu mettre sur les biens que tout habitant wurlembergeois posséderait en Autriche. Cela est de droit commun, et c’est ainsi qu’en ont toujours agi la France et l’Autriche.

De plus, l’Autriche a obtenu au traité de Campo-Forrnio que tous les Belges qui voudraient rester à son service pourraient vendre leurs biens en trois ans. Mais pourquoi a-t-elle stipulé cette condition ? Pour deux raisons : la première, parce que ces individus, étant très-nombreux, pouvaient fixer davantage l’attention du gouvernement et le mettre dans le cas de s’opposer à ce que l’on vendit tous ces biens; la seconde, parce que la plupart de ces individus, appartenant aux principales maisons du pays et exerçant une influence sur la soumis­sion de la province, pouvaient donner au souverain des motifs pour exiger qu’ils restassent dans leurs propriétés et les punir de la confis­cation s’ils les quittaient. Mais il faut bien tenir note que ce traité et les subséquents n’ont rien changé au droit commun des propriétaires ; qu’ils n’ont pas dit que le sujet d’une des deux puissances aurait toujours le droit de vendre ce qu’il posséderait chez l’autre, parce que cela est tacite, parce qu’on n’a pas pu supposer que l’empereur d’Au­triche ait jamais des motifs pour s’opposer à ce que M. d’Argentan, par exemple, ou M. de Graves, vendent les biens qu’ils peuvent avoir, à Klagenfurt ou ailleurs, du droit de leurs femmes ou autrement. Je pense donc que, dans la convention, il faut dire simple­ment que le séqueslre sera levé de part et d’autre sur les biens des particuliers. Deux ou trois articles suffiront pour régler cela, et cela pourra fermer le premier titre de la convention.

Mais viennent les anciens princes et comtes de l’empire dont la souveraineté a été détruite : c’est une question politique et neuve, et il me semble qu’il faut dire que tous les princes qui ont cessé de l’être par la formation de la Confédération, ainsi que tous les membres d«e la noblesse immédiate, sont censés être sujets du pays où était située leur souveramsié; que cependant ceux qui croiront devoir établir leur séjour en Autriche seront maîtres de le faire; que le séquestre sera levé sur leurs biens; que ces biens seront rendus tels qu’ils sont; mais que les possesseurs feront connaître avant le 1er janvier 1811 si, ne voulant pas devenir sujets de la Confédération, ils veulent céder leurs biens à un membre de leur famille, lequel sera tenu de demeurer sur les biens et d’être sujet, ou s’ils préfèrent vendre; et, dans ce dernier cas, on leur donnerait six ans, dans le délai desquels ils devraient avoir vendu.

Il me semble que voilà toute la question. Il serait tout à fait dérai­sonnable de demander que l’on revint sur le passé. Le séquestre et la confiscation étaient de droit public et ont dû avoir lieu. En effet, il est facile de démontrer que l’existence de personnes telles que le prince de Schwarzenberg et le prince de Metternich dans une armée autrichienne avait un caractère particulier; que, s’ils venaient avec leurs troupes en Bavière ou à Stuttgart, tous leurs moyens devaient tendre évidemment au rétablissement de leur principauté et à procu­rer à l’Autriche toutes les ressources, tous les partisans que leur ancienne influence dans le pays pouvait mettre à leur disposition : dès lors, exiger qu’ils deviennent sujets ou qu’ils vendent est raisonnable.

Ainsi il n’y aura pas de sujets mixtes. Les biens possédés dans les États de la Confédération par des sujets étrangers qui ne seraient pas de la noblesse immédiate seront tirés de dessous le séquestre; les Autrichiens pourront posséder en Bavière et les Bavarois pourront posséder en Autriche; toute autre manière de voir sur ces questions serait barbare. Mais quant à ceux qui avaient droit de séance au cercle ou à la diète, ceux-là sont sujets du pays, l’acte de la Confé­dération l’a ordonné. On a dû confisquer leurs biens; ils demandent aujourd’hui qu’on les leur rende; j’y consens; j’y consens par égard pour l’alliance que je viens de contracter avec l’Autriche et parce que ces questions sont encore neuves ; mais il faut qu’ils se prononcent avant le 1er janvier 1811, qu’ils fassent leur déclaration, et que, passé ce terme, il soit bien convenu qu’ils doivent vendre, que désormais ils ne peuvent plus posséder (non pas des biens ordinai­res, car jamais il ne sera question d’empêcher M. de Schwarzenberg de posséder des terres en Bavière à titre particulier), mais qu’ils ne peuvent plus posséder ces mêmes propriétés qui composaient lenr principauté, qui depuis cinq cents ans peut-être étaient dans leur famille et leur donnaient dans le pays une influence et une existence que le nouvel ordre de choses n’accorde pas à un étranger : ces biens-là doivent être vendus. En général, partez du principe que, dans un État bien réglé, on doit décider par le droit politique ce qui est politique, comme par le droit civil ce qui est civil. Or le prince de Liechtenstein, ou tout autre, posséderait en France ou en Bavière des biens qui n’auraient jamais joui d’aucun droit politique : il doit pouvoir les posséder en se soumettant aux lois du pays. Au contraire, il posséderait en Bavière des terres auxquelles étaient attachés des droits politiques : ces biens-là, il doit les vendre. Voilà ce qu’ordonne le droit politique.

Préparez dans ce sens une note à M. de Metternich. Vous la rédi­gerez à mi-marge, en faisant copier en regard les articles des traités qui viennent à l’appui. Vous me la remettrez ensuite sous les yeux et ne l’adresserez à M. de Metternich qu’après que je l’aurai définiti­vement approuvée.

Vous rédigerez en conséquence le projet de convention en deux titres; dans le premier vous traiterez des séquestres : il faut les lever; dans le second, il sera question des confiscations : vous devez dire les choses en toutes lettres.

Napoléov.

 

Saint-Cloud, 20 juillet 1810.

AU COMTE DARU,

INTENDANT GÉNÉRAL DE LA MAISON DE L’EMPEREUR,  A AMSTERDAM.

M. l’architrésorier m’envoie des états de situation des troupes hol­landaises au 1er juillet. Ces états comprennent la désignation des corps et l’emplacement où ils se trouvent. Faites-moi connaître leur organisation et leur situation en détail, corps par corps.

Qu’est-ce que c’est, par exemple, que les gardes du corps ? Sont-ils à cheval ou à pied? Comment sont-ils composés? Que peut-on en faire? Combien y a-t-il d’officiers par compagnie? Quelle taille ont-ils? Quelle est leur paye? Donnez-moi les mêmes renseignements sur les gardes à cheval. Qu’est-ce que c’est que la légion des vélites? Com­bien y a-t-il de bataillons, de compagnies ? Quel âge ont les hommes, quelle taille, quelle paye, de quelles nations sont-ils? Qu’est-ce que c’est que les pupilles royaux ?Quel est leur âge, leur paye, leur pays? Combien y a-t-il de régiments de ligne? Combien de bataillons, com­bien de compagnies par régiment, combien d’officiers par compagnie? Quelle est la paye? De quelles nations? Enfin des détails sur l’orga­nisation et l’administration.

Je vous envoie différentes lettres de M. l’architrésorier qui ont trait à la liste civile. Quand vous aurez terminé votre travail, vous déclarerez le palais d’Amsterdam palais impérial. Mettre opposition à toute vente de domaines ou de mobilier des domaines ; le Roi n’en est que l’administrateur ; les domaines de la Couronne sont inalié­nables , et il faut une loi de l’État pour en disposer. Arrêtez les ventes qui se feraient, et rendez-moi compte de celles qui auraient déjà eu lieu.

 

Saint-Cloud, 21 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRES DES RELATIONS EXTERIEURES,   A   PABIS.

Monsieur le Duc de Cadore, ceTte circulaire n’est pas bonne. Elle est dirigée contre le Roi, au lieu qu’elle doit tendre tout entière à l’excuser. Elle doit rouler sur trois points : 1° difficulté de la circonstance provenant de ce que la Hollande ne pouvait avoir d’indépen­dance après la réunion de la Belgique; dans cet état de choses, beaucoup de circonspection, de sagesse et de modération étaient né­cessaires dans le gouvernant, qualités dont l’application demande une longue habitude de gouverner; 2° difficulté provenant d’une dette double du revenu du pays, et de charges triples de ce que le pays pouvait payer, crise dont on ne pouvait sortir que par la vigueur, en sachant prendre un parti décisif, ce qui suppose une connaissance de l’administration qui ne s’acquiert que par une longue expérience ; 3° difficulté ou le système du blocus et les arrêts du conseil britannique avaient placé la Hollande : le Roi, aigri par une maladie chronique qui depuis quatre ans ne lui laissait pas de repos, l’impatientait et l’irritait, n’était pas l’homme qui convenait. Il fallait, pour réussir dans des circonstances si épineuses, de la longanimité, des mœurs douces et beaucoup de dextérité. En résumé, la situation de la Hol­lande, était difficile : le Roi l’a aggravée ; elle avait besoin d’un chef de beaucoup d’expérience, de prudence et d’énergie : la maladie du Roi l’a privée de tous ces avantages ; de là les événements qui ont amené ce dénoûment.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 21 juillet 1810.

AU COMTE DE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTERIEUR, A PARIS.

Monsieur le Comte Montalwet, je vous envoie un projet d’organi­sation pour huit armées de gardes nationales, qui pourraient être requises en temps de guerre dans le cas où l’armée de ligne s’avancerait en pays ennemi. Vous appellerez à Paris les préfets Pommereux, Chauvetin et Quinette ; vous les réunirez en Commission et les chargerez de faire un travail là-dessus.

En 1805, quand je marchais sur Vienne, lors de la quatrième coalition, pressé par les circonstances, j’ordonnai la réunion de plu­sieurs corps de gardes nationales, sans en prescrire le mode et sans m’occuper du choix des officiers. Les autorités locales ont pourvu a cette formation. Depuis, j’ai ordonné que des grenadiers et chasseurs tirés des gardes nationales formassent un corps de 6,000 hommes réuni à Saint-Omer sous la garde du général Rampon ; un autre corps semblable a été formé à Bordeaux, un autre à Marseille. Faites d’abord faire des recherches sur ces premières mesures, pour avoir l’historique de tout ce qui s’est fait. Ces mesures ont beaucoup coûté sans doute ; il en est résulté peu de services réels, et ce n’a été pour les riches qu’une contribution de plus. Il faut donc s’occuper des moyens à prendre pour que cette mesure produise désormais un ser­vice plus utile. Par exemple, si le soldat, au lieu de changer tous les deux mois, restait sous les drapeaux pendant toute la durée du temps nécessaire, les frais d’habillement seraient moins considérables et l’instruction des troupes plus solide. Voici quelques idées qui .pourront servir d’instruction à ia commission.

Il faut d*abord prévoir le cas où l’armée de ligne entre en pays ennemi : dès ce moment, il faut garder les frontières et les côtes. Les Anglais pourront faire une tentative sur Anvers : il faut que les gardes nationales du nord de la France puissent courir aussitôt à la défense de ce point. Ils pourront vouloir prendre Boulogne, Cher­bourg, Brest, Lorient, Rochelort; voilà à peu près tout ce qu’ils pour­ront tenter sur les côtes de l’Océan : il faut que sur tous ces points il y ait moyen de réunir des pays voisins, sans mettre en mouvement toute la France, 60,000 hommes qui soient déjà organisés. Aussitôt que la guerre viendrai! à se déclarer, les gardes nationales devraient avoir ordre de se tenir prêtes ; les officiers prendraient l’uniforme; les soldats se réuniraient tous les dimanches, sous les ordres de leurs ofliciers, pour faire l’exercice; enfin les précautions seraient prises pour que les armes se trouvassent au chef-lieu du bataillon, afin qu’au premier ordre on pût s’armer. Ainsi les citoyens ne seraient pas trop fatigués, et, au moindre événement, on marcherait de tous côtés sur le point menacé.

Indépendamment de ce, une tête de gardes nationales serait levée pour être en observation sur les points les plus importants, c’est-à-dire qu’on continuerait à peu près de faire ce qu’on a fait. On lèverait donc un corps de 6,000 hommes qui s’exercerait à Saint-Omer, un autre à Cherbourg, un autre en Bretagne, etc. Raisonner pour un de ces corps, c’est raisonner pour tous.

Voici les questions à résoudre.

Combien, en cas d’événement, peut-on faire marcher d’hommes sur les points menacés? Nous avons vu, l’année dernière, qu’on a fait mar­cher 16,000 hommes environ sur une population de 800,000 âmes. C’est 1 homme armé pour une population de 50 personnes ; ce seraient 20,000 hommes armés sur 1 million de population. Ainsi, pour avoir une armée de 60,000 hommes, il ne faudrait que 3 millions de popu­lation, et à ce compte la France, qui a 40 millions de population, aurait une armée nationale de 800,000 hommes. Mais on comprend dans ce calcul les nouveaux départements d’Italie, qui exigeraient  une modification. Parlons maintenant des points importants et sur lesquels l’ennemi pourrait nous faire le plus de mal, c’est Anvers, Boulogne, Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon; c’est-à-dire qu’il s’agit principalement de la garde de nos établissements ma­ritimes. Il faut donc pouvoir réunir en peu de jours 60,000 hommes autour de chacun de ces établissements. Si chaque million de popu­lation peut fournir 20,000 hommes armés, il faudrait donner à l’ar­mée auxiliaire destinée pour chacun de ces points un arrondissement de 3 millions d’habitants. Par exemple, pour l’arrondissement de l’armée d’Anvers, il faudrait le composer de la manière suivante :

 

DÉPARTEMENTS.

POPULATION.

SOLDATS

.4   FOUR KIR 1/WK

DISTANCE doebrMiea

bre de joaraca d’éttpM.

 

 

 

Deux-Nèlbe»

Eicaul

Dyle

Lf»

Sambre-et-Metue …

Ourtfae

Metue-lnférieure…
Hoêr

Totaux

284.000 636.000 131,000 491.000 180.000 352,000 261.000 611.000

3,258.000

5.000

12.000

8.000

10,000

4.000

7.000

5.000

12.000

63.000

 

Ce calcul est suivi dans l’état ci-joint pour les autres arrondisse­ments. On a tracé d’abord l’arrondissement de six armées des côtes de 60,000 hommes chacune ; et, dans les départements de l’intérieur que cette première circonscription n’emploie pas, on a trouvé ensuite de quoi composer quatre autres armées de 60,000 hommes pour faire le service des frontières de terre et servir au besoin de seconde ligne aux années des côtes.

Ainsi donc, au moment d’une déclaration de guerre, on donnerait ordre aux gardes nationales de se préparer. Alors le ministre de la guerre ferait réunir les armes et les munitions ; les officiers porteraient leur uniforme ; les soldats seraient réunis tous les dimanches pour tirer à la cible et faire l’exercice ; et les généraux ou sénateurs dési­gnés par le ministre iraient passer des revues.

Si la guerre était sérieuse, on demanderait la réunion du corps d’élite. Ce corps pourrait être du dixième de l’armée ; ce serait 1 homme sur 10 soldats. Ainsi, l’armée d’Anvers étant de 60,000 hommes, en réunissant seulement le corps d’élite, on aurait 6,000 hommes à An­vers, autant à Brest, autant à Cherbourg, autant à Rocbefort, etc., ce qui ferait sur-le-champ une armée de gardes nationales d’élite, soldés et équipés, qui, ayant seulement six mois devant eux, forme­raient une réserve de bonnes troupes, bonne à tout événement.

On comprend bien que, si les Anglais venaient à débarquer à Anvers, il faudrait qu’il y eût là une autorité locale qui fit sur-le-champ l’appel de toutes les gardes nationales de l’arrondissement; qu’en douze heures les hommes devraient avoir rejoint le chef-lieu de leur bataillon, et qu’en trois ou quatre jours le bataillon devrait avoir rejoint le point de rassemblement. Mais en même temps il faudrait que les armées voisines, que je suppose être celles de Lorraine, de Paris et de Boulogne, levassent leurs 6,000 hommes d’élite; ce qui ferait qu’en peu de temps les trois armées voisines d’Anvers pourraient envoyer, en seconde ligne, une réserve de 18,000 hommes d’élite. Cela étant ainsi disposé, il reste à connaître, 1° quelle organisation militaire ces troupes doivent avoir; 2e comment le choix entre les moyens doit être fait. Car, en supposant qu’on lève 1 homme sur une population de 50 habitants, comme sur 50 il n’y en a que 10 jeunes ou vieux en état de faire la guerre, ce serait donc 1 homme sur 10 mâles. En suivant cette proportion pour le corps d’élite, il y aurait 1 homme de levé sur 10 hommes armés ; c’est-à-dire qu’il y aurait 1 homme d’élite sur 100 mâles et sur une population totale de 500 individus. Mais comment procédera-t-on aux choix des gardes nationales et à celui des hommes d’élite? 3° Comment seront habillées et payées les gardes nationales? 4° Comment seront habillés et payés les hommes d’élite? 5° Ne doit-on pas exiger qu’il n’y ait que des hommes dans le cas d’avoir leur uniforme, et, dans ce cas, ne doit-on pas exiger qu’ils l’aient? Ils pourraient ne pas l’avoir en temps de paix ; mais en temps de guerre, lorsque le Gouvernement ordonne­rait aux gardes nationales de se préparer, ces hommes devraient se procurer leur uniforme dans le délai d’un mois.

Il n’y a pas de doute que ceci ne revienne à un impôt, mais c’est un impôt indispensable, car c’est en vain qu’en augmentant toutes les contributions on vaudrait avoir un plus grand nombre de troupes; la population ne pourrait pas y suffire, et d’ailleurs on ne pourrait pas atteindre le même but. Le développement de nos frontières et de nos côtes est si étendu, que 200,000 hommes y seraient paralysés sans raison. La formation de la garde nationale peut seule mettre l’Empire à l’abri sur tous les points. Si l’ennemi pouvait débarquer, il ravagerait le pays ; et l’habitant, pillé et rançonné, ne gagnerait rien à s’être épargné la dépense qui aurait fait sa sûreté. Il est pour­tant vrai de dire qu’il y a beaucoup à méditer sur cette matière, et c’est pour cela que je désire consulter l’expérience qu’ont acquise les préfets par la dernière descente des Anglais.

 

Paris, 21 juillet 1810.

A FRANÇOIS II, EMPEREUR D’AUTRICHE, A VIENNE.

Monsieur mon Frère et Beau-Père, je prie Votre Majesté Impériale de trouver bon que je lui envoie une tasse de porcelaine de ma ma­nufacture de Sèvres, sur laquelle on a mis le portrait de Louise. J’espère que ce cadeau sera agréable à Votre Majesté, et je désire qu’elle le trouve bien. Je la prie de me croire, avec les sentiments d’attachement et de haute considération que je lui ai voués, de Votre Majesté Impériale, le bon frère et gendre.

 

Paris, 21 juillet 1810.

.A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTERIEURES, A PARIS

Monsieur le duc de Cadore, je vous envoie des porcelaines que l’impératrice désire envoyer à Vienne. Faites-les partir avec les lettres ci-jointes par un courrier, en lui recommandant de ne pas les casser en route. Vous vous servirez de ce courrier pour écrire à Otto.

P. S. La caisse en contient quatre petites, dont deux rondes en maroquin noir, une longue carrée plate en maroquin vert, et une petite boite de sapin carrée.

 

Paris, 22 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNV, DUC DE CADORE,

MINISTRE  DES RELATIONS EXTERIEURES, À PARIS

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi connaître ce qui s’oppose à oe que l’Inn-Viertel, le Salzburg, Bayreuth, et les autres pays cédés à la Bavière, soient remis à ses agents, et comment il arrive que cela n’était pas fait au 12 jaillet.

Napoléon.

 

Paris, 22 juillet 1810.

AU COMTE M0LLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC , A PARIS.

Mon intention est que vous correspon­diez avec le directeur général du trésor public à Amsterdam, afin de vous procurer tons les états et renseignements nécessaires, voulant prendre le service à dater du 1er août prochain, et de me mettre sous les yeux un budget. Je vous envoie les renseignements que j’ai. Vous verrez qo’en ne payant que le tiers de la dette on pourra faire face aux dépenses. La dépense la plus importante et la plus pressée, c’est celle de la marine. Mon intention est qu’elle soit payée régulièrement, afin de n’apporter aucun retard dans ce service essentiel. Faites en sorte de vous mettre en règle pour que, dans cinq ou six jours, vous puissiez me remettre un état, et me proposer une distribution de fonds pour les crédits à ouvrir au trésor et aux différents ministères pour le mois d’août.

Il y a une estafette par laquelle vous pouvez écrire tous les jours. Indépendamment de cela, des députés arrivent de Hollande, parmi lesquels beaucoup connaissent les affaires de finances de ce pays, voyez-les beaucoup. Je vous envoie le budget des relations exté­rieures, qui peut être ôté des dépenses des cinq derniers mois; envoyez-en une copie au duc de Cadore.

Napoléon.

 

Paris, 22 juillet 1810.

AU VICE-AMIRAL COMTE DECRÉS,

MINISTRE  DR  LA MARINE,   A  PARIS.

Je vous envoie des observations du ministre de la marine de Hol­lande sur mon décret du 15 juillet. Vous devez correspondre là-dessus avec ce ministre de la marine pour vous informer comment se font les constructions. Mon décret se divise en deux : 1° en ce qui est relatif aux treize vaisseaux actuels ; 2° en ce qui est relatif au réta­blissement des constructions. Le budget actuel des six derniers mois étant de 6 millions de florins, il faut connaître ce qu’on peut faire avec ces 6 millions, et ce qu’il faudrait pour exécuter mon décret. Dans mon décret j’ai dit que cinq vaisseaux seraient mis en construc­tion , mais non qu’ils seraient finis dans l’année. Il me suffit que les cinq vaisseaux que je fais mettre sur le chantier soient avancés aux 6 vingt-quatrièmes, ce qui ne ferait que la valeur d’un vaisseau et demi ; or, un vaisseau ne coûtant que 800,000 francs, la dépense ne serait pas de plus de 1,200,000 francs. Je vous prie d’observer ceci au ministre de la marine, et de lui faire connaître qu’il suffît de mettre sur le chantier, cette année, les cinq vaisseaux et de les avancer un peu.

On me présente cinq vaisseaux comme existants; j’aurais donc dix-huit vaisseaux au mois d’août 1811, et au mois d’août 1812 vingt-trois; et, en supposant que j’en perde un ou deux par vétusté ou accident de mer, j’en aurais vingt et un ou vingt-deux ; c’est là mon but. C’est sur ces principes que vous devez diriger tout le budget de la marine pour la Hollande pour 1810 et 1811.

Je pense convenable d’envoyer le général Ganteaume 7)Napoléon affectait de nommer généraux les amiraux à Flessingue. Il montera sur l’escadre et assistera à son appareillage ; il montera sur les bricks, ira visiter l’embouchure de l’Escaut et reconnaître les passes. De là il se rendra à Terveere, où il s’embarquera sur les chaloupes canonnières et parcourra la rade de Terveere depuis tt’al-cheren jusqu’à Hellevoetsluis. Là, il aura un décret de moi qui lui ordonnera de passer la revue des vaisseaux hollandais, des arsenaux, du matériel et du personnel de là marine. Il visitera la côte et prendra une idée de cette mer. Il montera sur une goélette pour voir ce que c’est que ces passes.

Il vous écrira de Flessingue et de Hellevoetsluis. Il verra à Helle­voetsluis quelle est la situation des magasins ; il prendra des notes sur la manière dont la marine est organisée, militairement et civilement. De là il ira au Texel ; il étudiera tout ce qui est du ressort de la marine dans ce port. Il ira à Amsterdam ; il visitera les chantiers, les rades; se mettra au fait des opérations des chameaux. Il enverra un mémoire du Texel et un mémoire d’Amsterdam, et il reviendra par Anvers, où il recevra l’ordre de visiter en détail l’arsenal d’An­vers. Peut-être sera-t-il plus convenable qu’il le fasse comme conseiller d’État plutôt que comme amiral.

Vous me ferez signer les ordres dont il aura besoin pour la partie de sa mission qu’il remplit en Hollande, et vous lui donnerez des instructions. Vous lui recommanderez de n’apporter de sa course que des connaissances positives, afin que, s’il se trouvait dans la mer un jour avec une escadre, il eût des connaissances préalables sur ses opérations.

 

Paris, 22 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, je vous envoie des états de l’armée hollandaise ; faites-les mettre par vos bureaux dans la forme de nos états de l’armée française. Chargez le meilleur inspecteur aux revues que vous ayez en Hollande de passer une revue de l’armée hollan­daise et de vous en envoyer le résultat rédigé selon notre manière. Vous verrez dans ces états l’immense quantité de canons qui se trouvent en Hollande. Je vous écris pour que vous preniez des me­sures pour l’armement des côtes; cela est très-important. Faites demander des états détaillés du matériel de l’artillerie et du génie ; envoyez pour cela des commissaires ; vous pouvez choisir le général Dulauloy pour l’artillerie, et pour le génie le général Kirgener, si vous n’avez pas de général du génie au corps du duc de Reggio. Vous donnerez pour instruction à ces officiers d’arrêter les inventaires du matériel, en ayant soin de n’en rien laisser soustraire, de dresser l’état des magasins, des arsenaux et de l’armement des places fortes restées à la Hollande par le dernier traité. Chargez-les de faire une descrip­tion des côtes, et de vous faire connaître les points qui ne sont pas fortifiés et qu’il faudrait fortifier. Vous pouvez même les charger d’examiner au Texel l’emplacement où il faudrait construire une place, pour mettre le port et la rade en sûreté et empêcher l’ennemi de pénétrer dans le Zuiderzee.

Napoléon.

 

Paris. 22 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE, A  PARIS.

Monsieur le Duc de Feltre, donnez l’ordre au duc de Reggio d’en­voyer à Bruges le 1er régiment de chasseurs. Ce régiment fournira des piquets de 30 hommes à Ostende, à Blankenberghe et à Nieuport, lesquels feront des patrouilles sur la côte. Un chef d’escadron par­courra la côte et fera établir des batteries et se portera sur les points où l’ennemi tenterait des débarquements.

Réunissez le 24e de chasseurs à Saint-Omer ; il fournira des piquets de 30 hommes à Calais, à Boulogne et à Saint-Valéry-sur-Somme.

Faites-moi connaître où est le dépôt du 13e.

Si le duc de Reggio ne voit aucun raconvément à ee que l’on tire des troupes françaises de Hollande, je désirerais en faire rentrer une partie, d’abord à cause de la saison malsaine qui arrive, et parce qu’il m’est avantageux d’avoir mes troupes en France. Recommandez-lui de placer les Hollandais sur les côtes et dans les endroits malsains, comme plus accoutumés au mauvais air.

Je croîs vous avoir écrit d’envoyer le général Kîrgener au Texel pour reconnaître les fortifications à faire, soit à gauche, soit à l’entrée de la rade, ou dans l’île. Je veux une place qui mette les batteries à l’abri d’un coup de main et qui exige un siège en règle.

Napoléon

 

Paris, 22 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L’EMPEREUR EN HOLLANDE , A AMSTERDAM.

Je reçois vos lettres du 19 ; je vais y répondre en détail.

Commerce. — D’abord pour les licences : j’en donnerai aux villes d’Amsterdam et Rotterdam, etc., comme aux autres villes de l’Em­pire. Adressez le nom des négociants qui en demandent, et la liste des bâtiments, au ministre de l’intérieur.

Trésor public. — J’ai reçu vos états de situation du trésor public; je les ai envoyés au comte Mollien pour me rendre compte de ces affaires. Mon intention est de faire ici la distribution des fonds entre les différents départements comme je le fais pour les différents ministères, et d’ordonner des crédits pour le mois d’août. Faites-moi con­naître l’état des recettes et les besoins du trésor et de chaque dépar­tement. Le directeur général du trésor public doit correspondre avec M. Mollien pour lui faire connaître les besoins du trésor et des diffé­rents ministères, et j’accorderai des fonds. Partez du principe, 1° que je ne veux envoyer aucuns fonds en Hollande, et qu’en 1810 elle doit faire son service avec ses propres ressources; 2° qu’il faut que, pour juillet comme pour août, la marine touche son million de florins, afin que les armements et les constructions marchent avec la rapidité convenable.

Marine. — Mon décret sur la marine se divise en deux : armement des deux escadres et reprise des travaux de construction. J’ai ordonné la mise sur le chantier de cinq vaisseaux, mais je n’ai pas prescrit de les terminer dans l’année ; il suffit qu’ils soient avancés à 6 on 7 vingt-quatrièmes, ce qui ne portera l’augmentation des dépenses qu’à 1,200,000 francs. Si ces constructions se font par marchés, que le ministre les passe sans délai ; les payements auront lîeu régulière­ment tons les mois. Les fonds faits pour les derniers six mois doivent suffire pour les armements. Faites-moi connaître ce que la marine compte faire, cette année, avec l’argent qui lui sera exactement payé, en constructions et armements.

Relations extérieures. — J’ai reçu votre arrêté pour la suppression du ministère des relations extérieures. Faites notifier aux agents de ce ministère qn’ils cesseront d’être payés à compter au 1er août.

Emprunt de la Prusse. — Si vous pouvez encourager indirectement l’emprunt de la Prusse, je n’y vois pas d’inconvénient; mais il ne faut faire aucune démarche que vous ne m’en ayez prévenu auparavant.

Députation. — Si vous manquez de conseillers d’État, envoyez-moi d’autres fonctionnaires. Le principal est que vous m’envoyiez des hommes de mérite et qui connaissent bien le pays.

Fleury. — Un nommé Fleury, qui a été employé dans mon bureau topographique, avait été pris en affection par le Roi, qui l’a emmené en Hollande. Qu’est-il devenu? S’il n’a point suivi le Roi, il n’y aurait pas de difficulté à l’envoyer à Paris.

Liste civile. — Je vois dans une de vos lettres que vous renvoyez la chapelle du Roi. Il ne faut point marcher si vite. J’ai chargé le comte Daru de ces affaires ; j’attendrai son rapport pour donner des ordres. Un délai de quinze ou vingt jours n’est rien.

Pages. — Votre lettre sur les pages ne m’apprend ries ; j’aï besoin de connaître leur nombre, leur âge, leurs familles, pour savoir ce que j’en puis faire.

Je vous ai mandé avant-hier que le grand-duc de Berg était arrivé ici bien portant.

 

Paris, 22 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL COMTE SUCHET,

GOUVERNEUR DE L’ARAGON, A MORA DE EBRO.

L’Empereur est instruit, Monsieur le Général Sucbet, qu’il existe des abus dans la manière dont les contributions sont perçues et dont les fonds qui en proviennent sont administrés dans quelques parties de l’Espagne. Sa Majesté est informée que des officiers, commandants de détachements, se sont permis de frapper, dans des communes où ils étaient envoyés momentanément, des contributions dont ils ne fournissent pas de quittance, et y ont fait des réquisitions souvent beaucoup plus fortes que n’exigeaient les besoins de leurs troupes.

L’Empereur ordonne, Monsieur le Gouverneur, que vous mettiez la plus grande surveillance à prévenir ces abus, et que ceux qui s’en rendraient coupables soient poursuivis et jugés conformément aux lois.

L’intention de Sa Majesté est qu’il règne le plus grand ordre dans la répartition des contributions et qu’elles rentrent intactes dans les caisses des préposés du trésor public. Tout individu qui lèverait des contributions particulières en est responsable; il doit être puni sévè­rement s’il ne peut justifier d’un ordre légal, et si le versement qu’il aura dû faire de ces contributions dans les caisses des préposés du trésor n’est constaté par procès-verbal en bonne forme.

Faites-mot connaître, Monsieur le Comte, les abus de ce genre qui auraient pu avoir eu lieu jusqu’à présent dans votre gouverne­ment, et les moyens que vous avez employés pour les faire cesser.

Par ordre de l’Empereur. Le prince de Neuchâtel et de IVagntm, major général,

Alexandre.

 

Paris, 22 juillet 1810.

NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DES FINANCES.

Le ministre des finances présentera, au conseil qui aura lieu jeudi prochain, le budget de 1811 en recette et en dépense, en y compre­nant les départements de Rome et du Trasimène, des Bouches-du-Rhin et des Bouches-de-l’Escaut. Jusqu’à ce que le conseil créé par décret de ce jour l’ait mis dans le cas de connaître les recettes et les dépenses de la Hollande, on portera la Hollande, pour mémoire, dans une des colonnes horizontales du budget.

L’article des recettes et des dépenses des départements de Rome et du Trasimène sera appuyé par des mémoires et des états. On exa­minera, 1° s’il convient de conserver le droit de mouture, qui rend 2 millions ; on ne conçoit pas comment il peut exister après la sup­pression des douanes entre la Toscane et les États romains ; 2° si l’on établira les droits réunis, et ce qu’ils rendraient ; 3° si les recettes portées dans le budget pour droits d’entrée de Rome sont des recettes impériales ou municipales; si c’est une recette impériale, on fera connaître sur quels fonds la ville de Rome fait ses dépenses ; 4° qu’est-ce que les droits pour la neige et la glace, la pouzzolane, le marc d’or, les vignes de Yagro romano et la taxe sur les chevaux ; 5° quel est le produit de l’enregistrement et du timbre comparé avec le pro­duit de ces droits pour le reste de la France; 6° s’il convient de maintenir les diverses sortes de contributions ci-dessus et d’en établir en même temps de nouvelles, telles que l’enregistrement. Si l’on veut conserver le droit de mouture, il faut prouver qu’il remplace les droits réunis. En général, lorsqu’on met une contribution nouvelle, il faut en ôter une ancienne équivalente.

L’intention de l’Empereur est que les États romains payent moins que le reste de la France. En tout état de cause, il faut que les dé­penses départementales, les centimes fixes et variables et le régime d’octroi, surtout pour Rome, soient établis sur le même système qu’en France ; il faut enfin que ce qui doit revenir au trésor y rentre effectivement, et qu’on puisse faire cesser la Consulte. Il n’y a point de temps à perdre pour que, sous tous les rapports, la réunion soit vraiment effectuée.

Le budget des dépenses doit être établi sur le même principe. Les dépenses doivent être, comme en France, impériales, départemen­tales et communales. On voit dans l’état des dépenses 3 millions pour la ville de Rome ; cela ne regarde pas les fonds généraux. Les ponts et chaussées, les marais pontins, les canaux, doivent entrer dans le budget du ministère de l’intérieur. Les dépenses pour la justice, la guerre, la marine, doivent entrer également dans les budgets de ces ministères.

Ce n’est qu’après tout ce travail qu’où parviendra à connaître ce que les États romains doivent réellement produire au trésor. Si l’on dit qu’ils produiront 15,900,000 francs, on dit une chose inexacte, puisqu’il faut ôter sur cette somme les 3 millions de dépense de la ville de Rome, etc. Il est indispensable de bien s’entendre sur tous les points ; quoiqu’on ait encore cinq mois, on n’a pas trop de temps.

Après avoir établi un premier travail, beaucoup d’éclaircissements seront nécessaires ; il faudra écrire à Rome et attendre les réponses. Il est nécessaire de prévenir d’avance tous les ministres qu’ils auront à faire en 1811 le service des États romains, chacun pour leur dé­partement et qu’ainsi, lorsqu’ils présenteront leurs projets de budget au mois de septembre ou d’octobre, il est nécessaire qu’ils sachent bien ce qu’ils auront à demander d’augmentation pour ce service.

 

Paris, 22 juillet 1810.

NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D ADMINISTRATION DES FÎNANCES.

A partir de jeudi prochain en huit, Sa Majesté entendra, tous les jeudis, les comptes d’une des grandes régies, en suivant l’ordre ci-après : les douanes, les droits réunis, l’enregistrement, la caisse d’amortissement, les forêts, les postes, la loterie. Ces administrations doivent être prévenues pour qu’elles aient le temps de préparer leurs comptes. L’enregistrement joindra aux siens un rapport et un état qui fasse connaître quels sont les biens qui sont encore sous le séquestre, et quels sont ceux qui peuvent être vendus, afin qu’on puisse prendre à leur égard un parti définitif.

 

Paris, 22 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DeS RELATIONS EXTÉRIEURES ,  A PARIS

Monsieur le Duc de Cadore, je lis la note du ministre d’Autriche sur les prisonniers ee guerre autrichiens qu’il réclame. Répondez par une note dans laquelle vous lui ferez connaître que je suis surpris et ne peux comprendre que cinq officiers autrichiens aient éfé forcés à servir dans mes troupes comme simples soldats. Vous lui ferez comprendre combien cela est contraire à nos usages et à notre législation militaire ; qu’au reste je viens de prendre un moyen très simple de tirer cela au clair, qui est de faire venir ces cinq officiers à Paris, où le ministre de la guerre les verra, les interrogera et m’en rendra compte. Vous lui citerez le fait que, 1,400 hommes étant arrivés dernièrement à Laybacb, le duc de Raguse, ayant trouvé que 700 de ces hommes appartenaient à la partie autrichienne,  les a renvoyés à Agram 8)Actuel Zagreb, où ils ont été reçus ; que, quant aux 50 indi­vidus qui sont retenus à Mantoue, j’ai ordonné an vice-roi de les faire revenir à Milan et de les interroger pour savoir d’eux-mêmes s’ils sont à Mantoue de gré ou de force ; et, s’ils avaient été enrôlés dans des régiments et qu’ils s’en repentissent, de leur faire donner des passeports pour s’en retourner chez eux. Vous direz que je vois à la tête de cette liste un comte de Faugliau, officier du régiment de Reisky, qui , dans aucun cas, n’a pu être retenu à Mantoue.

Quant aux 24 hommes qu’il prêtant avoir été enrôlés dans des régiments suisses, dites au prince de Schwarzenberg qu’il est trop bon officier pour ne pas savoir qu’en ne peut enrôler de force des étrangers dans les régiments suisses, où nous ne recevons pas d’Alle­mands; que, s’il pouvait s’y en trouver, il suffirait qu’ils vinssent à réclamer pour être sur-le-champ renvoyés chez eux. Quant aux 400 hommes du régiment de Peterwardeiner, ils doivent faire partie de ceux renvoyés par Je duc le Raguse à Agram; que, d’ailleurs, je m’en fais rendre compte, et que j’ordonne qu’on remette les extraits mortuaires de ceux qui seraient morts, ou qu’on renvoie ceux qui se sont engagés. Vous ajouterez qu’à toute réclamation qui serait ainsi faite nominativement il sera fait droit sur-le-champ. Vous me remettrez cette note avant de la présenter.

 

Paris, 23 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES  RELATIONS  EXTERIEURES, A   PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, témoignez mon mécontentement au duc de Vicence de ce qu’il se laisse dire par M. de Romanzof des cboses aussi absurdes et aussi contraires à mon caractère que l’imputation que j’ai sollicité les Turcs à leur faire la guerre, et qu’ainsi ils obtiennent la Moldavie et la Valachie malgré moi. Il aurait du répondre que s’il n’était pas entré dans ma politique et dans ma volonté que la Valacbie et la Moldavie fissent partie de l’empire russe, ce n’est pas par de misérables intrigues que je m’y serais opposé, mais par une armée de 400,000 hommes, qui auraient fait, j’es­père, une passable diversion. M. de Romanzof a tout à fait désappris ce pays-ci. Il se plaît depuis quelque temps à nous insulter de toutes les manières. La faute en est au duc de Vicence, qui ne lui répond pas ad hoc.

 

Paris, 23 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L’EMPEREUR EN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

Je reçois votre lettre du 20 juillet. Je lis avec grande attention les renseignements, aussi prompts qu’étendus, que vous donne le mi­nistre des finances sur le budget de 1810. Il faudra que, pour compléter ce travail, vous fassiez faire par chaque ministère le relevé de l’économie qui résultera de la réunion. Les relations extérieures, par exemple, seront un objet d’économie; le Corps législatif sera un objet d’économie ; le Conseil d’État, la liste civile, etc., seront éga­lement des objets d’économie.

Je vous ai mandé que les relations extérieures ne devaient être payées que jusqu’au 1er août. Ce sera donc du 1er août que datera l’économie. Je pense également que le Corps législatif et le Conseil d’État doivent être déclarés licenciés, et n’être soldés que jusqu’au 1er août.

Quant à la liste civile, aussitôt que le comte Daru m’en aura rendu compte, je prendrai un décret à cet égard ; mais il est évident qu’on peut considérer la dépense des six derniers mois comme économisée au moins de moitié.

J’espère donc que ces divers objets feront une économie de près d’un million de florins, ce qui rétablira tout à fait l’équilibre ; mais je vois qu’indépendamment de ce il sera dû, au 1er janvier 1811, dix-huit mois, savoir : une année terminée en juin 1810, et six mois terminés au 1er janvier 1811. De ces dix-huit mois il est indispen­sable d’en payer six, estimés environ 11 millions de francs ; ce qui fait un déficit réel, auquel il faudra pourvoir au 1er janvier. Faites-moi connaître s’il n’y a pas quelques rentrées arriérées sur les exer­cices antérieurs, qui puissent couvrir ce déficit.

Je vous recommande de mettre en distribution pour le mois de juillet la moitié de ce qui est demandé pour les dettes du Roi, et surtout ce qui est nécessaire à la marine pour pousser avec toute l’activité possible les travaux que j’ai ordonnés. Pour la marine, j’ai besoin d’un budget plus détaillé et d’états à l’appui sur le personnel et le matériel, afin que je comprenne bien le supplément de budget qui est nécessaire pour réaliser mon décret.

 

Saint-Cloud, 24 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN ,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE I.’EMPEREUR EN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

J’ai reçu vos lettres du 21. Vous avez mal fait d’écrire au Roi, avec lequel vous n’avez rien de commun; vous ne devez pas entre­tenir de correspondance; je trouve que vous avez en cela manqué de tact. Je puis traiter le Roi comme il me convient, mais cela n’a aucun rapport avec vous.

 

Saint-Cloud, 24 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DE L’EMPEREUR EN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

Je vous prie de me faire connaître l’organisation militaire de la Hollande sous le rapport du territoire, et de m’envoyer une carte d’étapes, ainsi que son organisation sous le rapport du génie et de l’artillerie.

 

 

Saint-Cloud, 24 juillet 1810.

AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A PARIS.

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie un mémoire sur l’em­prunt fait par le roi de Hollande. Je vous prie de m’en faire une ana­lyse claire, que vous me remettrez avec les pièces.

Napoléon.

 

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, les circonstances où se trouve le Valais m’imposent l’obligation de prendre un parti sur ce petit pays, et j’ai résolu de le réunir à la France. Écrivez pour faire venir à Paris l’évêque de Sion et six des principaux du pays, dont quatre des plus défavorables à la France et deux des moins opposés.

Préparez un rapport dans lequel vous retracerez la mauvaise organisation du Valais, qui a donné lieu à sa conduite équivoque pen­dant la guerre, les ridicules prétentions du haut Valais, qui veut subjuguer le bas et se rendre souverain du pays, parce que le bas Valais est plus riche et plus éclairé. Faites connaître que la partie de la route que devait faire le Valais n’a pas été faite, que nous y avons dépensé douze millions, et que cette communication, qui devait produire de si grands avantages pour ce pays, produit l’inverse par l’ignorance et les préjugés de quelques fanatiques. Faites connaî­tre que les dispositions que j’ai faites dans le Valais, l’année der­nière, étaient surtout pour que la Suisse restât indépendante, et afin de m’assurer le passage du Simplon. Appuyez surtout sur la con­duite qu’a tenue le Valais dans la dernière guerre et sur le mauvais esprit qui y règne, sur la nécessité de réunir ces 60,000 âmes à l’Empire pour le bien être du pays, et en particulier du bas Valais, qui craint de devenir esclave du haut Valais, enfin pour l’avantage du grand système et le plus grand avantage du royaume d’Italie et de l’Empire. Vous me ferez connaître à quel département il faudrait réunir le Valais et quelle espèce de communication je devrais faire.

II est nécessaire que mon chargé d’affaires parte sur-le-chanp en poste, après vous avoir remis tous les renseignements et pièces qu’il a sur le Valais. Il fera partir, à son arrivée, l’évêque et les six personnes que j’ai demandées, et vous désignera vingt des principaux opposants à la France, que je ferai arrêter au moment de la réunion. Il faut préparer une note pour le landamman de la Suisse.

Napoléon

 

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DIX DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, je ne puis vous exprimer à quel point je suis indigné de la lettre du sieur Désaugiers 9)Secrétaire de légation, chargé d’affaires à Stockholm.. Je ne sais par quelles instructions cet envoyé a pu se croire autorisé à tenir des propos si extravagants. Mon intention est que vous le rappeliez sur-le-cbamp, et que vous donniez l’ordre au sieur Alquier de partir sans tarder plus longtemps. Il est indispensable, quand je ne vous réponds pas, que vous ne laissiez pas mes agents sans direction, afin qu’ils ne soient jamais dans le cas de prendre sur eux. Vous ferez venir le ministre de Suède; vous lui ferez connaître que je rappelle mon chargé d’affaires pour avoir eu des opinions à lui; vous n’entrerez pas dans le détail des opinions qu’il a émises, mais vous lui direz qu’il n’appartenait pas à ce chargé d’affaires d’en avoir sans ma participation ; que je ne pouvais en avoir moi-même, ne connaissant pas les dispositions de la Diète.

Quant au sieur Alquier, vous lui donnerez pour instruction verbale de se maintenir en harmonie avec la Russie et le Danemark, et d’aider le Roi autant qu’il pourra; que mon intention n’était pas de me mêler directement des affaires de Suède; que le successeur que je préférais à tous était le prince Christian, frère du feu prince royal, que le Roi lui-même avait proposé, et que je désire bien connaître la posi­tion et l’esprit du pays.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE   DES  RELATIONS   EXTERIEURES,   A   PARIS.

Monsieur le Duc de C adore, je vous donne pour instruction géné­rale d’écrire à mes ministres et consuls et de prendre toutes les mesures pour qu’aucun bâtiment américain ou neutre, chargé de marchan­dises coloniales, ne soit reçu dans les ports de la Prusse, du Mecklenburg, de la Suède et du Danemark. On assure que la Prusse favorise beaucoup ce commerce. Il faut que le comte de Saint-Marsan s’explique là-dessus. Écrivez la même chose à mes ministres en Da­nemark et dans les villes hanséatiques. Vous devez écrire et récrire, et suivre ces affaires, afin d’arriver à ce résultat.

Napoléon.

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

NOTE

POUR LES MINISTRES DE L’IXTÉRIEUR. DE LA GUERRE ET DE LA MARINE.

Les ministres de l’intérieur, de la guerre et de la marine se réuni­ront pour présenter un projet sur les galériens. On établira d’abord le nombre de galériens nécessaire pour les travaux de la marine, et le ministre de la marine les conservera. Du surplus on fera des chaînes comme dans tous les pays où il n’y a pas de marine, et on les placera dans les forteresses et dans les lieux où il y a de grands travaux. Il faut régler la force de chaque chaîne ; les diviser en compagnies, en se servant d’une autre expression ; leur donner des offi­ciers, qui porteront un autre nom que celui d’officier; déterminer la force de la gendarmerie qui fera le service pour chaque chaîne.

Lorsque les chaînes auront eu une destination, on les changera le plus rarement possible. Ainsi on peut en mettre une à Flessingue pour les travaux. Il y en aurait de même à Anvers une permanente pour le compte de la guerre. Il en serait de même à Cherbourg.

Les chaînes qui seraient données aux forteresses, pour curer les fossés et pour les travaux du génie, y seraient également permanentes.

On a remarqué qu’il y avait des forçats qui, à cause de leur scé­lératesse , ne peuvent être employés à aucuns travaux : en ce cas, pourquoi les met-on dans les ports de la marine, dont les arsenaux doivent craindre davantage le danger que les travaux de la terre? Cette objection implique contradiction.

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

AU PRINCE LEBRUN,

LIEUTENANT GÉNÉRAL DB LEMPEREUR EN HOLLANDE, A AMSTERDAM.

Je vous prie de presser, par tous les moyens qui sont en votre pouvoir, le départ de toutes les marchandises coloniales qui étaient venues sur les bâtiments américains, qui étaient séquestrés, et que, par un article du dernier traité, le Roi devait envoyer en France. Mon intention est que ces marchandises soient envoyées à Anvers pour y être vendues. Sous quelque prétexte que ce soit, je ne veux pas en permettre la vente à Amsterdam. Prenez donc des mesures pour en opérer le départ sans le moindre délai. Il est une partie de ces marchandises qui avaient été remises à des négociants hollandais sous caution ; envoyez-m’en l’état, afin que je les fasse venir égale­ment à Anvers.

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

AU COMTE DE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, A PARIS.

Ayant supprimé la plus grande partie des couvents à Rome, et voulant, autant que possible, maintenir le rang et l’importance de la population de cette grande ville, je désire y établir des manufactures et encourager la culture des cotons. On m’assure que les terres de Rome sont propres à cette culture, et qu’il y a une grande quan­tité de courants d’eau, dans les emplacements où étaient situés les couvents, qui peuvent servir comme moteurs des machines. Prenez des mesures pour arriver à ce résultat. Mon intention est de mettre à votre disposition une somme de 500,000 francs pour cet objet; vous en recevrez le décret.

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

AU COMTE DE MONTALIVET,

MINISTRE DE L’INTÉRIEUR, A PARIS.

Le pays de Rome excite ma sollicitude. Je désire qu’une commis­sion , composée du sénateur Fossombroni, du sieur Prony, d’un autre ingénieur et de deux agronomes, se rende à Rome, visite avec soin les environs de cette capitale, les marais pontins, et me fasse un mémoire sur ces questions :

1° Pourquoi les environs de Rome ont-ils été laissés incultes ?

2° Pourquoi sont-ils malsains?

3° Quel remède y a-t-il pour faire cesser dette inculture et la malsaineté?

4° Quel est l’état de dessèchement des marais pontins? Quels sont les travaux qu’on y a faits, le système qu’on a suivi et celui qu’il convient de suivre ?

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

A M. GAUDIN, DUC DE GAETE,

MINISTRE DES FINANCES, A PARIS.

Je suis instruit que les denrées coloniales entrent en foule en France. Il faut renforcer la ligne et ordonner que, si les déclarations ne sont pas faites à une époque fixée, les marchandises seront confisquées.

N’y a-t-il pas des individus attachés au directeur général pour l’état-major des douanes? Si cela est, il faut en envoyer un certain nombre en Hollande, et également fixer le temps nécessaire pour payer les droits ; faites-moi connaître ce que le comte Collin aura fait sur tout cela. Si les douanes ont besoin de renforts, ils doivent en prendre dans les troupes qui sont a Anvers ; le ministre de la guerre a des ordres là-dessus..

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC , A PARIS.

Monsieur le Comte Mollien, vous avez le budget de la Hollande et vous connaissez bien la situation des dettes. Je désirerais que vous me répondissiez à la question suivante : Quel doit être le montant des impositions que doit payer la Hollande pour payer le tiers de sa dette, les pensions civiles et militaires, ce que coûteront le ministère de l’intérieur, celui des finances, les canaux, la justice, puisque tout cela ne me rend rien, et sinon me couvrir les dépenses que néces­sitent la défense du pays et les chantier de la marine; savoir: 10 millions de florins pour la guerre et 6 millions de florins pour la marine, ce qui fait 16 millions de florins, ou à peu près 32 millions de francs? Combien, dis-je, la Hollande doit-elle ae mdre pour arriver à ce résultat? Il faudrait donc qu’indépendamment de ce qui est relatif à tous les ministères, que j’évalue à 32 millions de francs, la Hollande me rendit, pour payer la dette, 28 millions, ce qui ferait une soixantaine de millions. J’y comprendrais les deux dépar­tements qui ont été réunis avant.

P. S. L’ancien ministre des finances de Hollande, Gogel, est arrivé; voyez-le et amenez-le-moi ce soir à Saint-Cloud, à huit heures.

Je vous envoie une lettre de M. l’architrésorier sur la caisse d’amortissement.

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

AU GÉNÉRAL CLARKE, DUC DE FELTRE,

MINISTRE DE LA GUERRE,, A PARIS

Monsieur le Duc de Feltre, mon intention est de réunir le Valais à la France. J’ai besoin, pour cela, de réunir à Genève une compa­gnie de gendarmerie à pied et à cheval, qui sera tirée des 16e et 18e divisions militaires. Failes-moi connaître comment cette compa­gnie doit être composée, afin que j’autorise sa formation. Vous me ferez connaître quand elle sera réunie à Genève. Elle sera constatée en compagnie et fera partie d’une légion et sera placée dans un poste fixe. Elle pourra servir d’escorte à l’officier général que je chargerai de faire la réunion. Je pense qu’il est convenable, pour être à l’abri de tout événement, de réunir à Genève 1,200 Portugais. On pourrait faire marcher vingt-quatre compagnies,.en complétant chaque com­pagnie à 50 hommes. Faites-moi connaître la composition de tous les Portugais qui sont à mon service, par régiment, par bataillon et par compagnie. Vous m’informerez de l’époque où ces 1,200 hommes seront réunis à Genève.

Mon intention serait de faire passer le Saint-Bernard à deux batail­lons du 23e d’infanterie légère, formant 1,500 hommes, auxquels on joindrait une compagnie de chasseurs tirée des dépôts du Piémont. Cette colonne resterait à Aoste et se joindrait à celle qui viendrait de Genève, si cela était nécessaire. Une autre colonne de 1,200 hommes d’infanterie italienne et de 50 chevaux se réunirait à Domo d’Ossola et serait prête à passer le Simplon. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Saint-Cloud, 25 juillet 1810.

AU COMTE MOLE,

DIRECTEUR GÉNÉRAL DES PONTS ET CHAUSSÉES, A PARIS.

J’ai nommé directeur des ponts et chaussées au delà des Alpes le sieur Fabbroni, homme d’un mérite distingué. Mettez-le au fait de la situation des travaux, faites-le assister au conseil et donnez-lui toutes les lumières dont il a besoin, tant pour le matériel des travaux que pour la comptabilité. Il faut qu’il organise ses bureaux et qu’il prenne la correspondance au 1er août. Il sera chargé de la partie de la route de Chambéry au mont Cenis, et le mont Cenis fera partie de son arrondissement. Vous le chargerez d’aller visiter les travaux qui se font en Piémont, à Gènes, à Parme, en Toscane et à Rome. Ce voyage l’occupera pendant les mois d’août, septembre, octobre, novembre et une partie de décembre. Il sera de retour à Paris le 20 décembre, avec tous les renseignements qu’il aura recueillis. Il dirigera sa route de manière qu’en revenant il revoie les mêmes tra­vaux. Il vous écrira de chaque lieu pour vous faire connaître la situation des travaux. Je serai bien aise d’avoir l’extrait de sa correspondance. Il verra, en passant au mont Cenis ce qui a été fait pour l’exécution de mes ordres et ce qu’on pourrait faire encore pour améliorer le passage.

 

Saint-Cloud, 26 juillet 1810.

A M. DE CHAMPAGNY, DUC DE CADORE,

MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Monsieur le Duc de Cadore, tenez un courrier prêt à partir pour porter ma lettre à l’Empereur. Écrivez au comte Otto de requérir l’arrestation de Pozzo di Borgo comme condamné à mort par contu­mace, ayant trahi la France en faveur des Anglais. Au fond, je me contenterai de demander son expulsion de la monarchie autrichienne. Mandez à Otto d’avoir l’œil sur M. de Razumowski, et d’insinuer, comme chose qui serait agréable ou comme conseil, qu’on lui fasse quitter Vienne.

Faites-moi un rapport sur les affaires de M. de Sikingen. Je désire savoir ce qu’il a perdu et ce qu’on pourrait faire pour cet individu, auquel il paraît que l’empereur d’Autriche prend un grand intérêt.

NAPOLÉON.

 

Saint-Cloud, 26 juillet 1810.

A M. GAUDIN, DUC DE GAETE,

MINISTRE DBS FINANCES, A PARIS.

Je vous envoie des notes qu’on me présente sur une députation des provinces illyriennes 10)Par décret du 15 décembre 1809 M. Gaudin, duc de Gaète, avait dans ses attributions ministérielles toute l’administration publique des province» illyriennes.. Ce pays étant dans votre département, c’est à vous à me faire un rapport qui me fasse connaître les pouvoirs de ces députés, ce qu’ils viennent faire, qui les a nommés, ce qu’ils désirent, enfin ce que c’est que chacun de ces individus. Vous ne m’avez point encore fait ce rapport.

 

Saint-Cloud, 26 juillet 1810.

NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION SUR L£S FINANCES DES DÉPARTEMENTS DE ROME ET DU TRASIMÈNE.

D’après le compte du ministre, il paraîtrait que les États romains rendront très-peu de chose à l’État; mais il y a 200 millions de domaines dont on ne saura que faire. On a déjà décidé de les em­ployer à payer la dette perpétuelle. On pourrait de même donner des terres à 10 pour 100 pour le payement des pensions ecclésiastiques et civiles. Cette opération emploierait le capital, en terres, ci-après :

1 Remboursement de la dette perpétuelle.  .  .    50,000,000f

2° Remboursement des pensions des moines. .    50,000,000

3° Remboursement des pensions civiles      10,000,000

Total   110,000,000

Les individus propriétaires de la dette ou ayant droit à des pensions achèteraient des biens en remboursement de ce qui leur serait dû. En général, les moines et les prêtres appartiennent aux classes infé­rieures de la société. Ils achèteraient aussi de petites propriétés à côté de celles de leurs parents, et cette mesure aura l’avantage particulier de créer un grand nombre de propriétaires. Si elle ne réussissait pas complètement à l’égard des pensionnaires, les biens ayant été remis à une société, cette société percevrait les revenus et payerait les pen­sions. Peut-être faudrait-il faire quelques avances de fonds pour qu’il n’y eût pas de retard, et ce ne serait pas une difficulté. Les parents des pensionnaires auront un intérêt à ce que les pensionnaires se fassent rembourser en biens, puisqu’ils en hériteraient. Cela for­merait ainsi des familles de propriétaires qui craindraient que le Pape ne vînt les déposséder, et ce serait encore un résultat important de l’opération. Ces diverses observations doivent être communiquées à la Consulte.

Peut-être, avant de hasarder une chose semblable, conviendrait-il de savoir comment ira la liquidation des 50 millions pour la dette perpétuelle. On pourrait former un conseil, comme en Toscane, auquel on donnerait 50 millions de domaines pour le remboursement de la dette, et ensuite un capital en domaines d’un revenu suffisant pour payer les pensions. Les réponses de la Consulte feront connaître s’il y a assez de biens nationaux pour faire face à ces dépenses. Toutefois Sa Majesté est décidée à ne porter sur le livre de France ni les pensions des moines ni les pensions civiles des États romains. Elles ne paraîtront pas en dépense sur le budget, et le revenu des domaines n’y paraîtra pas en recette.

Il est indispensable, pour ces opérations, d’avoir à Rome un cor­respondant qui entende bien l’enregistrement et les domaines. Oo peut y envoyer M. Bochet, qui est à Turin, cl qu’on ferait remplacer, si cela est encore nécessaire, par M. Deschamps. Il serait aussi membre d’un conseil de liquidation qui serait composé, comme il va être dit, dans les bases suivantes données par Sa Majesté pour la rédaction d’un projet de règlement.

 

TITRE Ier.

Art. 1. A dater du 1er janvier prochain, la Consulte de Rome sera dissoute.

Art. 2. Il sera nommé vu gouverneur général. (Déterminer ses fonctions.)

Art. 3. Il y aura à Rome un intendant du trésor public. ( Déterminer ses fonctions, comme en Toscane.)

(Déterminer dans ce titre toutes les «atonies qai tiennent un gou­vernement général et toutes leurs attributions, comme en Toscane. Régler enfin une organisation complète.)

TITRE II.

Art.     Il y aura à Rome, pendant fes années 1810 et 1811, un administrateur de l’enregistrement chargé d’inspecter le rétablissemen du service de l’enregistrement et de donner les décisions des directeurs, d’être leur intermédiaire avec la Consulte et de correspondre avec le directeur général à Paris,. Il remplira aussi les fonction de antre comnwaire auprès de l’administration de la dette, et il sera membre du conseil de liquidation qui sera établi ci-apres.

TITRE III.

Art      Il y aura à Rome un conseil de liquidation composé de la manière suivante :

Le sieur Janet, maître des requêtes, Président;

Le sieur Bochet, administrateur de renregistrement ;

Le sieur Occelli, ci-devant directeur de la dette du Piémtnt, et le directeur actuel de la dette de Rome.

Un auditeur choisi parmi les auditeurs italiens tiendra la plume.

Art      Ce conseil sera chargé,

1° De forarder les pensions ecclésiastiques sur les frases réglées

2° De liquider les pensions civiles;

3° De désigner les 1,500,000 francs de rente de la dette publique, en se restreignant aux principes établis.

(Mettre ici les principes de la liquidation de la dette ecclésiastique pour les évéques et les membres des chapitres supprimés; faire un titre particulier en projet de décret pour le remboursement de la dette publique au moyen de 50 millions de domaines.)

 

TITRE IV. — DE L’HYPOTHÈQUE SPÉCIALE POUR LES PENSIONS ECCLÉSIASTIQUES ET CIVILES.

Art      La commission établie par l’article ci-dessus aura la direction de tous les biens nationaux.

Elle sera, en conséquence, chargée du payement des pensions ecclésiastiques et civiles.

Tous les six mois, elle rendra son compte en recette et en dépense. L’excédant des recettes sera versé au trésor public au compte des douanes.

Il faut que cette commission soit fortement constituée, qu’elle puisse prendre des arrêtés pour l’administration et la conservation des biens, pour faire rentrer les revenus, etc. Elle aura d’autant plus de force que, si les revenus ne rentrent pas, elle ne pourra pas payer les arrérages des pensions. Ainsi, si elle a contre elle un esprit de localité, elle aura pour elle un intérêt local.

Les choses étant ainsi réglées, le budget général, comme on l’a dit ci-dessus, ne comprendra point en recette les domaines nationaux et ne comprendra en dépense ni la dette publique ni les pensions ecclésiastiques et civiles.

On s’occupera sur-le-champ d’établir le budget de la ville de Rome. Le décret à présenter doit contenir un titre à cet égard et renfermer, entre autres dispositions, celles qui suivent :

Art      Le budget de la ville de Rome sera réglé incessamment en recette et en dépense dans les mêmes formes et ayant les mêmes règles que les budgets des villes de notre Empire.

Art      Les recettes de la ville de Rome se composeront,

1° De l’octroi, 2,500,000 francs ( il sera fait déduction du dixième pour le pain de soupe, comme en France) ; 2° du droit sur la neige et la glace, 20,000 francs; 3° du droit sur les chevaux de luxe, 68,000 francs ; 4° des revenus propres à une grande ville, tels que droits de halles, places, marchés, pesage et memirage, centimes communaux, etc., par estimation, 412,000 francs, total, 3 millions de francs.

Art      Les dépenses sont arrêtées comme il suit

Art      Les budgets des communes dont la population est de 10,000 âmes et au-dessus seront dressés et arrêtés dans les mêmes formes et suivant les mêmes règles qu’en France. Il sera établi, s’il y a lieu, des octrois dans lesdites villes pour subvenir à leurs dépenses. (Le ministre de Intérieur enverra des instructions à la Consulte pour la formation des budgets de la ville de Rome «t des autres villes. )

 

DES CONTRIBUTIONS.

CHAPITRE PREMIER. — CONTRIBUTIONS DIRECTES.

Art      Le principal de la contribution foncière est réglé, savoir :

Pour le département de Rome

Pour le département du Trasimène

La contribution personnelle :

pour le département de Rome

pour le département du Trasimène

Centimes fixes pour le trésor :

Rome

Trasimène

Centimes variables :

Rome

Trasimène

 

CHAPITRE II. — CONTRIBUTIONS INDIRECTES.

Enregistrement (compris dans le budget général de France)

Vente du sel et tabac (compris dans la régie au delà des Alpes)

Loterie…..

droits de marc d’or

droits de mouture   , etc.

 

CHAPITRE III. — DÉPENSES.

Liste civile, 1,500,000 francs.

Dépense du Pape (réduire à) 1,200,000 francs.

Justice (le grand juge a fait son organisation ; il connaît ses dépen­ses; il fera lui-même son budget)

Intérieur (le ministre fera son budget ; il y comprendra les centi­mes applicables aux dépenses départementales)

Guerre et administration de la guerre (on comprendra ce qui est dépense fixe, comme la gendarmerie, les états-majors, etc.)

Marine (on y comprendra le service fixe à Cività-Vecchia, etc.)

Fonds entrant au trésor pour les dépenses générales de la guerre et de la marine, 6 millions de francs.

(On dira qu’en 1811 toutes les dépenses pour Rome entreront dans les dépenses générales, mais que ce compte n’est établi qu’afin d’éclairer les ministres sur cet objet.)

Le ministre des finances fera ensuite le raisonnement pour arriver à un résultat.

Les dépenses de la justice, de l’intérieur, de la police, des cultes, ne regardent pas les dépenses générales. Il en est de même de 17 ou 18 millions de dépenses des finances. Il n’y a réellement que les rela­tions extérieures, une portion des finances pour le Sénat et le Corps législatif, la guerre, la marine et la liste civile, qui soient des dépenses de l’État et tenant à l’exercice de la souveraineté. Ces dépenses

sont:

Liste civile                30,000,000′

Relations extérieures                      8,500,000

Finances.                   8,000,000

Guerre et administration de la guerre.  .  .  .       350,000,000

Marine                      100,000,000

Total   496,500,000

Ce total divisé par 37 millions, formant la population de la France, donnerait, pour chaque million d’habitants, un contingent de 14 millions pour les dépenses qui tiennent à l’exercice de la souveraineté. La population des États romains doit payer comme les autres; mais elle n’est que de 800,000 habitants ; son contingent pour 800,000 habi­tants doit donc être moindre de deux dixièmes, ou de 2,800,000 francs : son contingent ne serait donc plus que d’environ 11 millions; mais elle paye 1,500,000 francs de liste civile et 1,200,000 francs pour le Pape; il y a donc encore à déduire 2,700,000 francs, ce qui réduit son contingent à 8 millions environ. Il faudrait donc que, les dépenses des petits ministères soldées, elle donnât encore 8 millions pour faire face à tout ce qui tient à l’exercice de la souveraineté, c’est-à-dire à la guerre, à la marine, etc.

Sa Majesté désire que le ministre des finances établisse le même raisonnement pour la Toscane et pour le Piémont. On comprend dans le Piémont Gènes et Parme.

Jeudi prochain, le ministre des finances remettra un compte qui fasse connaître si les impositions françaises s’établissent à Rome et les résultats en recette et en dépense pour 1811. Il faut donc faire le budget de chaque commune, département, ministère, etc.

Dans le mémoire à l’appui de ce compte, le ministre fera connaî­tre à combien monte la dîme dans les départements romains et de quel secours elle est pour le culte; quels étaient les droits féodaux, à combien ils s’élevaient, et quel est le résultat de leur suppression; à combien montait la contribution foncière; si elle se trouvera la même que du temps du Pape; si on peut l’augmenter à raison de la suppression des dîmes et des droits féodaux; enfin comment était établi le droit d’enregistrement et s’il ne conviendrait pas qu’il fût le même qu’en France.

 

Saint-Cloud, 26 juillet 1810

A FRANÇOIS II, EMPEREUR D’AUTRICHE, à Vienne.

Monsieur mon Frère et très-cher Beau-Père, je reçois la lettre de Votre Majesté Impériale du 15 juillet. Je la prie de recevoir mes remerciements des choses aimables qu’elle conient, je suis fort sen­sible à l’attention qu’elle a eue et aux sentiments qu’elle me témoigne. Le comte de Metternich et le prince de Schwarzenberg et les sujets de Votre Majesté qui se trouvaient à Paris dans cette douloureuse circonstances 11)Il s’agit de l’incendie de l’ambasssade d’Autriche, ont mérité tous les éloges, et leur conduite m’a fait un sensible plaisir ; ce qui me porte à désirer de donner l’aigle de la Légion d’honneur à plusieurs d’entre eux. J’ai chargé le comte de Metternich d’en demander la permission à Votre Majesté.

Je ne sais si l’Impératrice vous a fait connaître que l’espérance que nous avions de sa grossesse acquiert tous les jours de grandes pro­babilités , et que nous avons toutes les sûretés qu’on peut avoir à deux mois et demi. Votre Majesté comprend facilement tout ce que cela ajoute aux sentiments que m’inspire sa fille, et combien ces nouveaui liens reudent plus vif le désir que j’ai de lui être agréable.

Q«e Votre Majesté veuille ne jamais douter des sentinents d’amitié, d’estime et de haute considération, avec lesquels je suis, de Votre Majesté Impériale, le bon frère et gendre.

 

Saint-Cloud, 27 juillet 1810.

AU COMTE MOLLIEN,

MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC, A  PARIS.

Monsieur le Comte Mollien, je vous envoie une lettre de M. l’archi-trésorier sur l’amortissement de la dette hollandaise; c’est encore un million à ôter de la dette. Il iaut en déduire aussi ce qu’on payait à Hesse-Cassel et à la maison d’Orange; on m’assure que c’est un objet considérable. Tout cela doit faire une diminution sensible. Compre­nez tout cela dans le tableau que vous devez me remettre. Vous trouverez une autre lettre de M. l’architrésorier sur les emprunts de Portugal et d’Espagne; faites-moi connaitre ce qu’on peut espérer de cela.

Je vous envoie de nouveaux tableaux de la dette. Il me parait qu’elle se monte à 38 millions de florins en tout ; mais il faut en ôter ce qu’on donnait à Hesse-Cassel et à la maison d’Orange; il faut en ôter aussi ce qu’on donnait à ceux qui trahi la Hollande pour l’Angleterre.

 

Saint-Cloud, 27 juillet 1810.

NOTE

DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA MARINE.

En temps de grande guerre la France ne peut rien sur mer ; elle doit se borner alors à avoir des escadres légères pour protéger son cabotage et pour le service de ses colonies. Mais c’est en temps de paix, ou de petite guerre combinée, que la marine peut développer ses moyens. Lorsque cette époque est arrivée, on ne peut pas désarmer entièrement et détruire les cadres des troupes de terre ; il faut les employer à fournir des garnisons aux vaisseaux et à garder les côtes. Les garnisons peuvent même être composées d’hommes d’élite qui seront beaucoup plus petites à bord que les troupes de la marine; celles-ci doivent donc compter à bord parmi les hommes de la marine nécessaires à chaque vaisseau. Ainsi, sur un bâtiment qui exige 700 hommes, il doit y avoir d’abord 600 hommes appartenant à la marine et parmi lesquels comptera un nombre suffisant de canonniers de la marine; il doit y avoir ensuite 100 hommes de trou­pes de ligne formant la garnison. Cette manière d’employer les troupes de la marine an service des vaisseaux et les troupes de terre à la garnison des vaisseaux a l’avantage, Ie d’éviter que les troupes de la marine forment un double emploi, ce qui arriverait si elles fai­saient on service de terre et ce qui mettrait, en temps de paix, dans la nécessité de les dissoudre; 2° d’employer, en temps de paix, une partie des troupes de terre qu’on ne peut pas désarmer ; 3* de placer dans les vaisseaux, au moyen des garnisons appartenant à l’armée de terre et d*uo bon choix de canonniers de la marine, nn nombre suffisant d’hommes, anciens Français, avec les matelots qui seront, pour le plus grand nombre, des hommes des pays réunis & la France, ou ménie de pays étrangers.

 

Saint-Cloud, 27 juillet 1810.

NOTE DICTÉE EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA MARINE.

La question des fortifications de Cherbourg est toujours imparfaite.

Le tracé de l’an III est inadmissible : ce sont des lignes sans résul­tat. Le commandant qui serait derrière ces lignes capitulerait daos vingt-quatre heures. Ces lignes embrassent la ville, arrivent au pied des hauteurs et en sont tellemeut dominées qu’elles n’ont aucune défense. L’ennemi venant à les percer serait maître du bassin. Si l’on propose de fermer par une ligne l’emplacement actuel, on prend l’emplacement des cales. Si on établit celte ligne entre les cales elle bassin, les cales-, les établissements nécessaires aux chantiers, les bois de construction se trouvent hors de l’enceinte. Si on place l’en­ceinte entre les cales et la ville, on nTa plus d’espace suffisant pour que la défense soit raisonnable.

Il y a ici deux questions distinctes : la première est relative au bombardement. On a le projet de faire beaucoup de forts pour tenir l’ennemi à 1,500 toises du bassin. Mais ces forts seront toujours d’une faible défense, puisqu’ils seront petits et nombreux. Si l’ennemi débarque avec une artillerie suffisante, il s’emparera en dix jours des forts, et il sera alors à même de bombarder le port. Un bombardement sera un grand mal. Mais, si l’ennemi est obligé de s’en tenir là, il aura manqué son opération : dix jours auront suffi pour mettre les poudres en sûreté dans le magasin, pour blinder les établissements qui pourront l’être, pour mettre les chanvres dans un lieu plus ou moins sûr, et le mal que fera l’ennemi sera au-dessous de sa dé­pense. Ce n’est pas pour brûler des magasins et faire un dommage de 4 ou 5 millions que l’ennemi aura conçu une opération hasar­deuse. S’il n’obtient que ce résultat, son opération sera manquée: la France aura réparé ses pertes en six mois, et le déficit pour les finan­ces de l’un et de l’autre État sera égal. Si l’ennemi est obligé de s’embarquer, sans avoir atteint le second but de son expédition, cela peut l’exposer à des pertes d’hôpitaux et d’arrière-garde, d’où résulterait pour lui un dommage hors de toute proportion avec celui qu’il nous aurait fait éprouver. Il faut donc faire les forts pour empêcher le bombardement, ou du moins pour le retarder de manière que, quand il aurait lieu, son résultat serait peu de chose.

Ce bombardement ne sera pas, comme nous l’avons dit, le prin­cipal objet de l’ennemi. Son but principal sera d’enlever ou de brûler avec la torche dix-huit vaisseaux de ligne, de brûler les magasins, de détruire le port en faisant sauter les voussoirs, les écluses, les formes, les murs des quais, d’emporter le matériel, y compris les bois. On conçoit que le matériel d’un arsenal en activité peut valoir 20 millions ; que la destruction des bassins, etc., exigerait, pour les rétablir, une dépense plus considérable que celle de leur création.

Ce serait donc une perte pour la France de 40 à 50 millions, et pro­bablement un découragement tel qu’on renoncerait à jamais au port de Cherbourg.

C’est contre ce second but de l’ennemi qu’il faut employer tous les moyens de l’art. On convient qu’on ne peut empêcher le bombarde­ment si l’ennemi se trouve supérieur pendant quinze jours. II faut faire une enceinte avec des contre-gardes et tous les moyens de l’art nécessaires pour qu’elle se défende au moins pendant quinze autres jours. Cela est très-important, car autant il est probable que l’ennemi sera maître d’agir pendant quinze jours, autant il est probable qu’il ne le sera pas pendant un mois. Quinze jours ajoutés à quinze jours font un temps immense; ainsi aucun projet n’est admissible s’il ne donne le moyen de défendre les bassins pendant un mois.

Ces principes posés et non perdus de vue, il faut examiner les résultats :

1° Une enceinte bastionnée de 2,500 toises est une dépense de 12 millions ;

2° En traçant cette enceinte, on est obligé de lui donner 3 ou 4,000 toises de développement, car aucun ingénieur sensé ne con­sentira à faire une enceinte au pied des hauteurs ; il voudra les envelopper, cela exigera une nouvelle dépense de 4 ou 5 millions et un emploi de moyens de défense immenses.

Le petit projet proposé trace une enceinte de 800 toises, qui peut être défendue avec des dépenses et des moyens raisonnables. Elle se trouve à 600 toises des Couplets; elle a dès lors 400 toises sans être dominée, et elle offre, pour la défense, toutes les ressources de l’art, puisqu’on ne chemine qu’à 300 toises. De l’autre côté, elle est aussi à 600 toises du point des Fourches; ce qui suppose qu’elle aurait aussi 400 toises sans être dominée. Le côté parallèle à la ville est aussi à 400 toises de toute domination et des maisons; ainsi tous les fronts peuvent avoir le jeu et la défense de l’art. En occupant les deux points des Couplets et des Fourches, on oblige l’ennemi à com­mencer l’attaque par l’un des deux, à moins qu’il n’attaque par le côté de la ville; mais, si l’on pouvait couvrir ce côté par une inon­dation, la place acquerrait un nouveau degré de force.

Au lieu de deux ou trois points qui dominent, et qu’il faut soigner pour empêcher les cheminements et donner de grands moyens de défense, on en a, dans le projet de l’an III, huit ou dix, indépen­damment d’une enceinte de 4,000 toises; ce qui entraînera dans une dépense incommensurable. Il est encore à observer que c?s points à occuper sont indépendants des forts à faire contre le bombardement.

 

 


 

References   [ + ]

1. Le décret porUat réunion de la Hollande à l’Empire est du 9 juillet 1810
2.Note particulière nouvelles des États-Unis sur le fait et les circonstances de la négociation d’Ouvrard et Labouchère avec le marquis Wellesley.

Suivant ces nouvelles, des lettres du 6 mai, écrites par M. Pinckeney au secrétaire d’État Smith, et d’autres lettres du même jour de divers négociants de Londres à leurs correspondants d’Amérique, ont transmit les détails suivants :

Que lord Wellesley avait reçu des propositions du gouvernement français au sujet des États-Unis, tendantes à envoyer une armée française en Amérique sur des vaisseaux anglais, pour remettre en colonies cet État et le partager, le Sud aux Français et le Nord aux Anglais. Que M. Wellesley s’était récrié sur l’atro­cité de ces propositions et en aurait fait part à M. Pinckreney. Celui-ci l’aurait répandu dans plusieurs maisons principales, et de là tout aurait été transmis le 6 mai en Amérique.

Les nouvelles d’Amérique ajoutent que cela a fait une telle sensation, que le Congrès aurait demandé au secrétaire d’État communication des dépêches de M. Pinckeney.

Voilà ce qu’on répandait hier ici comme reçu d’Amérique; je fais prendre des informations pour constater Ia source et la réalité de ces nouvelles.

Je rappelle seulement à ce sujet que le colonel Burr, qui a vu ici plusieurs fois le duc d’Otrante, pourrait être celui qui a donné à M. le duc d’Otrante l’idée de sacrifier ainsi l’Amérique, idée saisie par Ouvrard et introduite dans sa négociation.

Si ma conjecture se trouvait fondée, l’on aurait dans la personne même du colonel Burr un moyen de donner satisfaction au gouvernement américain, et de prouver que le gouvernement français est étranger à toute cette affaire.

3.Résident de France prés le roi de Saxe, à Varsovie.
4.Ici plusieurs lignes eécrites de la main de l’Empereur et remplacées par des chiffres et quelque! mots illisibles.
5.Sur la minute de cette lettre, corrigée en plusieurs endroits par l’Empereur, on lit, en marge, cette annotation entièrement de sa main :

1° Envoyer cela par un homme sûr qui se fasse escorter par 600 hommes pour porter la lettre; 2° en envoyer copie au ministre de la guerre pour qu’il écrive à Macdoald

6.Ce dernier paragraphe est de la main de l’Empereur
7.Napoléon affectait de nommer généraux les amiraux
8.Actuel Zagreb
9.Secrétaire de légation, chargé d’affaires à Stockholm.
10.Par décret du 15 décembre 1809 M. Gaudin, duc de Gaète, avait dans ses attributions ministérielles toute l’administration publique des province» illyriennes.
11.Il s’agit de l’incendie de l’ambasssade d’Autriche