Correspondance de Napoléon Ier – Juillet 1809

Schönbrunn, 1er juillet 1809, cinq heures du matin.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Raab

Mon Fils, je reçois vos trois lettres du 30 à midi. Chastelet fait le partisan, se dissémine en un grand nombre de colonnes et s’annonce partout.

Je vois avec plaisir que le 4 vous serez arrivé; Marmont et Broussier le seront aussi. Notre seule crainte est que l’ennemi ne tienne point. Je vous ai mandé hier que j’avais fait jeter l’ancien pont dans l’île. Au premier coup de canon, l’ennemi a disparu et s’est retiré dans les redoutes d’Essling. Ce pont a été jeté à cinq heures du soir, et trois heures après, l’ennemi n’avait pas montré plus de 12,000 hommes d’infanterie et 3,000 hommes de cavalerie. Il paraît que c’est le corps de Hiller. Des bruits disaient que le prince Charles s’était porté ailleurs. Probablement ce matin nous saurons à quoi nous en tenir.

Pour Metternich, les Autrichiens se moquent de nous. Il y a un moyen bien simple, c’est de le renvoyer à Vienne. Je suppose que vous l’aurez fait.

En abandonnant Raab, convenez d’un chiffre avec le général Narbonne, que vous remettrez à l’état-major ici. Je crois vous avoir mandé que le général Rusca venait sur Bruck avec 3,000 hommes, et que j’avais ordonné qu’on ne communiquât plus avec l’Italie que par des convois de 2 ou 3,000 hommes.

Je vous avais mandé hier que les Polonais croyaient devoir être attaqués à OEdenburg : ils me mandent d’hier soir que l’ennemi a rétrogradé et qu’il n’est même plus à Güns ni à Stein am Anger. Il est vrai que Marmont a dû coucher le 29 à Gleisdorf, et le 30 probablement entre Gleisdorf et Güns

P. S. Avant de sortir de Raab, je vous recommande plusieurs choses: 1 ° de vous assurer qu’il y a tout ce qui est nécessaire pour tirer 6,000 coups de canon et 2,000 obus ou bombes; 2° qu’il y a des vivres pour plusieurs mois; 3° qu’on a détruit tous les ouvrages de fortification des camps retranchés; 4° de le bien reconnaître, afin que, si vous deviez remarcher de Vienne sur Raab, et que l’ennemi occupât cc camp retranché, vous ayez des facilités pour manœuvrer

 

Île Napoléon, 2 juillet 1809, trois heures du matin

Mon Fils, je reçois vos deux lettres du 1er juillet à une heure du matin. Les renseignements qu’on vous a donnés sont inexacts; l’armée du prince Charles est toute ici en bataille. J’espère que vous aurez commencé votre mouvement et que vous serez ici le 4, car le 4 au soir je passe. Vous pouvez, selon les circonstances, laisser à Baraguey d’Hilliers plus ou moins de troupes. Dirigez le sieur Dodun par Ebersdorf dans l’île, afin qu’il me donne tous les renseignements qu’il aura.

Je suppose que vous aurez fait culbuter cette cavalerie qui aura débouché par Komorn et préparé par là votre mouvement sur Vienne.

P. S. Je suppose toujours que Raab a ses 6,000 coups de canon, et que vous compléterez les cartouches à 300,000

 

Île Napoléon, 2 juillet 1809, onze heures du soir

ORDRE POUR LE PASSAGE DU DANUBE

1°. Le 4 , à l’heure que nous désignerons, le général Oudinot fera embarquer un général de brigade et quatre ou cinq bataillons de voltigeurs formant 1,500 hommes, au lieu qui sera indiqué par le capitaine de vaisseau Baste, pour s’emparer du Hansel-Grund. Le capitaine de vaisseau Baste, avec huit bateaux armés, marchera devant et protégera leur débarquement par une vive canonnade, en enfilant les batteries ennemies, qui en même temps seront canonnées par nos batteries.
2°. Le général Bertrand donnera des ordres pour que le 3, à six heures du soit, il y ait quatre bacs près du lieu où l’on doit jeter le pont de l’embouchure, avec des marins et les agrès nécessaires à la navigation, avec un treuil et une cinquenelle. Aussitôt que le débarquement qui doit avoir lieu sera exécuté conformément à l’article 1°, le général Oudinot fera placer 800 hommes dans ces quatre bacs et les dirigera pour débarquer au pied de la batterie ennemie. Au même moment une cinquenelle sera jetée; ces quatre bacs s’y attacheront et serviront à transporter des troupes à chaque voyage qu’ils feront, en se servant de cette cinquenelle.
3°. Le capitaine des pontonniers fera établir son pont, qu’il devra construire en deux heures, et, immédiatement après, le général . Oudinot débouchera avec son corps, chassera l’ennemi de tous les bois, viendra porter une de ses divisions jusqu’à la Maison-Blanche, une au autre sur Mühlleuten.
Le chemin le long et le plus près de la rivière sera mis en état pour pouvoir être la communication de l’armée, si cela était nécessaire. On travaillera à une tête de pont; et le plus tôt possible le général Oudinot établira sa droite à Mühlleuten, sa gauche à la Maison-Blanche, ayant trois ponts sur le petit canal. La plus grande partie de sa cavalerie sera sur Mühlleuten. Le général Oudinot aura avec lui de quoi jeter deux ponts sur haquets, de dix toises chacun. Dans cette position, il recevra des ordres. L’Empereur sera dans l’île Alexandre.
4°. Le capitaine de vaisseau Baste s’emparera de l’île de Rohr-Haufen, et enverra des barques pour flanquer la droite. Deux pièces de 6 seront débarquées à terre pour faire une batterie qui battra le Zahnet et flanquera toute la droite. Il fera soutenir cette batterie par 200 marins armés de fusils.

TITRE II.

5°. Un quart d’heure après que la canonnade aura commencé sur la droite, et après que la fusillade se sera fait entendre, le duc de Rivoli fera partir les cinq bacs, portant dix pièces de canon avec mille coups à tirer, dans des caisses, et 1,500 hommes d’infanterie, lesquels doubleront l’île Alexandre et iront débarquer le plus haut qu’ils pourront. Une cinquenelle sera jetée; les bacs y seront attachés et serviront à porter des hommes, des chevaux, des canons et des caissons.

6°. Aussitôt que les bacs auront doublé l’île Alexandre, le pont d’une pièce descendra jusqu’à soixante toises de l’île Alexandre, et là sera abattu et placé. Aussitôt tout le reste du corps du duc de Rivoli passera sur ce pont.

7°. Immédiatement après que le pont d’une pièce sera descendu, les radeaux fileront, et un pont sera construit vis-à-vis l’île Alexandre. Le duc d’Auerstaedt sera chargé de faire construire ce pont, ses troupes devant passer dessus.

8°. Au même moment, le pont sur pontons sera jeté par-dessus l’îlot vis-à-vis l’île Alexandre; et aussitôt l’artillerie du duc de Rivoli et sa cavalerie passeront sur ce pont.

9°. Le duc de Rivoli se placera selon les circonstances. Il se tiendra sous la protection des batteries de l’île Alexandre, jusqu’à ce que le général Oudinot ait pris le bois et que les ponts soient faits.

Le duc de Rivoli fera la gauche de l’armée. La première position sera sous la protection des batteries de l’île Alexandre, la seconde sous la protection des batteries de l’île Lannes, la troisième dans Enzersdorf.

10. Le corps du prince de Ponte-Corvo, la Garde et l’armée du prince Eugène passeront immédiatement après sur les différents ponts et formeront la deuxième ligne. L’Empereur leur désignera, au moment, les ponts sur lesquels ils doivent passer.

11°. L’armée doit être placée de la manière suivante, le plus tôt possible: trois corps en première ligne; celui du duc de Rivoli à la gauche, celui du général Oudinot au centre, celui du duc d’Auerstaedt à la droite; en seconde ligne: le corps du prince de Ponte-Corvo à la gauche, la Garde et le corps du duc de Raguse et la division Wrede au centre, et le prince Eugène à la droite. Chaque corps d’armée sera placé, une division faisant la gauche, une le centre et une la droite.

12°. Le 5, à la pointe du jour, toutes les divisions seront sous les armes, chacune ayant son artillerie, l’artillerie de régiment dans l’intervalle des bataillons.

13°. Les cuirassiers, en réserve, sous les ordres du duc d’Istrie, formeront la troisième ligne.

14°. En général, on fera la manœuvre par la droite, en pivotant sur Enzersdorf pour envelopper tout le système de l’ennemi.

TITRE III

15°. Le duc de Rivoli aura ses quatre divisions d’infanterie; il laissera un régiment badois aux ordres du général Reynier. Sa cavalerie sera commandée par le général Lasalle, qui ne recevra d’ordres que du duc et qui aura sous lui les brigades Piré , Marulaz et Bruyère.

16°. Le général Oudinot aura ses trois divisions d’infanterie et la brigade de cavalerie légère du général Colbert; il laissera deux bataillons, formés des compagnies du centre, aux ordres du général Reynier.

17°. Le corps du duc d’Auerstaedt sera composé de ses quatre divisions d’infanterie, de la brigade de cavalerie du général Pajol et de celle de Jacquinot, sous les ordres du général Montbrun, plus, d’une des deux divisions de dragons de l’armée d’Italie (celle du général Pully ou celle du général Grouchy); ce qui lui fera neuf régiments de cavalerie.

18°. Le prince de Ponte-Corvo aura son corps.

19°. La Garde sera augmentée du corps du duc de Raguse et de la division Wrede.

20°. L’armée d’Italie formera le corps du prince Eugène.

21°. Les cuirassiers formeront une réserve à part, sous les ordres du duc d’Istrie.

TITRE IV -DE LA DÉFENSE DE L’ÎLE.

22°. Le général de division Reynier sera chargé du commandement de l’île. Il prendra le service le 4, à midi. Il donnera le commandement des différentes îles et postes détachés aux officiers d’artillerie les plus anciens ou les plus propres employés dans les batteries desdites îles.

23°. Le général Reynier aura sous ses ordres: 1° un régiment de Bade, que fournit le corps du duc de Rivoli; 2° les deux bataillons que fournit le corps du général Oudinot; 3° deux bataillons saxons, que fournira le corps du prince de Ponte-Corvo; 4° le bataillon du prince de Neuchâtel.

Le bataillon de Neuchâtel et un bataillon badois seront placés dans la tête de pont, dans laquelle il y aura six pièces de canon en batterie. Ce mouvement ne se fera que dans la nuit du 4 au 5. L’autre bataillon badois mettra 25 hommes dans l’île Saint-Hilaire, 25 dans l’île Masséna, 200 dans l’île du Moulin, 25 hommes dans l’île Lannes, 25 dans l’île Espagne et 25 dans l’île Alexandre; ce qui fera 325 hommes. Le reste des 400 hommes sera en réserve pour se porter partout où il sera nécessaire.

Des deux bataillons du corps du général Oudinot, un sera placé à la tête de son pont et l’autre à la tête des grands ponts du Danube.

Des deux bataillons saxons, l’un sera placé en réserve, l’autre aux grands ponts du Danube.

24° Toutes les batteries des îles et la garde de tous les ponts seront sous les ordres du général Reynier. Il fera exécuter les changements et fera transporter les pièces où les circonstances, pendant la bataille, pourront les rendre nécessaires.

TITRE V. – DES BÂTIMENTS DE GUERRE.

25°. Il y aura deux bâtiments de guerre, armés de pièces de canon, en station entre Stadelau et la rive gauche, tant pour inquiéter l’ennemi que pour prévenir de ce qui viendrait à leur connaissance et des entreprises que l’ennemi voudrait faire contre les ponts ou tout autre point de la rive droite, et pour arrêter les brûlots qu’il voudrait envoyer. Deux autres bâtiments armés seront placés entre Aspern et notre pont, pour inquiéter ce que l’ennemi a dans les îles et observer ses mouvements.

Le reste des barques armées se tiendra sur notre droite pour protéger la descente et toute notre droite.

Île Napoléon, 3 juillet 1809, midi.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, île Napoléon

Donner ordre au général Walther de faire ses dispositions pour que, ce soir à huit heures et demie, la Garde débouché sur deux lignes et vienne se placer à la hauteur des tentes de l’Empereur.

Toute l’infanterie, l’artillerie et la cavalerie passeront. La cavalerie et tous les chevaux porteront du vert (ndlr : du fourrage) pour le 4, et le 5. Cela est de rigueur, vu qu’il ne sera plus possible alors de repasser les ponts.

Donner ordre au corps du prince de Ponte-Corvo de déboucher ce soir à onze heures et demie, de manière à être tout à fait passé avant le jour. Tous les chevaux éclopés, bagages inutiles, magasins, femmes, et en général tous les embarras et ce qui ne combat point, sera renvoyé à Schönbrunn. Le prince de Ponte-Corvo viendra dans la journée reconnaître le lieu où il doit se placer, qui sera du côté des marins près du pavillon bleu.

Donner ordre au duc d’Istrie de faire ses dispositions pour que les trois divisions de cuirassiers soient réunies demain à quatre heures après midi du côté d’Ebersdorf, de manière à pouvoir déboucher par le pont qui a été jeté dernièrement sur la rivière d’Ebersdorf, près son embouchure dans le Danube, afin de ne pas encombrer le pont de la ville; moitié pourra passer sur le pont de la ville. Tous ses bagages, magasins, embarras, seront concentrés au dépôt général de Schönbrunn, de sorte que, l’ennemi s’emparant de tout le pays, personne ne perde rien.

Donner l’ordre au duc d’Auerstaedt de passer le pont demain à huit heures du soir, et de prendre ses mesures pour que tout son corps l’ait passé à minuit. Il choisira son emplacement dans la plaine en avant du corps du général Oudinot et derrière le duc de Rivoli.

Donner ordre que l’armée du vice-roi défile après-demain, 5, à une heure du matin et choisisse son emplacement entre la Garde et le corps du prince de Ponte-Corvo.

Les cuirassiers déboucheront le 5 à quatre heures du matin, et resteront en bataille par escadrons en dedans des ouvrages, une division à droite, une au centre et une à gauche, de manière à déboucher des ouvrages sur les trois points, selon l’ordre qui sera donné.

Le corps du duc de Raguse et la division Wrede déboucheront sitôt qu’ils seront arrivés, et iront se placer derrière la Garde.

Les différentes divisions de cavalerie légère passeront, pourvu que ce soit de nuit, et iront rejoindre leurs corps.

Recommander aux généraux de faire former les troupes en colonnes par régiment et leur artillerie derrière eux.

En général, la cavalerie et tous les chevaux prendront du vert pour le 4 et le 5. Recommander aux parcs du duc de Rivoli et du général Oudinot de prendre du vert pour le 4 et le 5, parce que personne ne pourra repasser les ponts.

On fera passer cette nuit les ambulances et les caissons des équipages militaires chargés de pain. Ils viendront se placer près de la manutention, par corps d’armée, et sans dépasser les ouvrages.

Donner ordre au duc de Rivoli et au général Oudinot de renvoyer leurs caissons dans ce lieu, afin qu’il n’y ait pas d’encombrement.
Ordonner que demain on donne du pain et de l’eau-de-vie à l’armée pour le 5 et le 6.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général, île Napoléon

Écrivez au général Laroche qu’aussitôt qu’il pourra revenir à Nuremberg, il fasse arrêter six chefs d’émeute et les fasse pendre dans la place publique, entre autres les nommés Reuter, ferblantier, et Birkner, homme sans aveu

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809

ORDRES.

1° Il sera établi au coin de l’île du Moulin, près du bivouac des voltigeurs, une flèche d’une centaine de toises de développement, en face de la tête de pont, qui sera appelée Redoute Petit.

2° Cette flèche sera fraisée et palissadée demain, 4, au plus tard à onze heures du soir. Il sera jeté dans la journée un pont de radeaux, pour joindre cette flèche à l’île du Moulin, au point qui sera désigné par le général Rognait. Les bois qui sont hors de la redoute seront coupés. On travaillera nuit et jour, en faisant relever les travailleurs toutes les six heures.

3° Il sera établi dans la grande île un boyau d’une cinquantaine de toises pour l’infanterie, pour flanquer une des branches de cet ouvrage.

Il sera établi dans l’île du Moulin un boyau d’une cinquantaine de toises pour l’infanterie, pour battre l’autre branche.

4° Il sera établi dans l’île du Moulin une batterie à barbette et circulaire, de manière à protéger la flèche Petit et à battre toute la plaine, où seront placées deux pièces de 12, prises à la batterie n° 6.

Dans la nuit du 4 au 5, à neuf heures du soir, on mettra en batterie dans la flèche Petit deux autres pièces de 12, prises dans la batterie n° 6.

5° Les postes de la flèche Petit n’auront aucune communication avec la tète de pont et seront sous les ordres de l’officier supérieur qui commandera dans l’île du Moulin. Tout le service se fera par l’île.

6° Le duc de Rivoli et les commandants d’artillerie et du génie prendront toutes les mesures et donneront les ordres nécessaires pour l’exécution du présent.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809

ORDRES

Il sera construit dans la nuit du 3 au 4 une batterie de trois mortiers contre la batterie de la Maison-Blanche.

Dans la journée du 4, on fera tous les préparatifs pour que, dans la nuit du 4 au 5, avant minuit, on ait terminé les batteries qui prennent à revers et détruisent la Maison-Blanche.

Les généraux commandant le génie, l’artillerie et le commandant de la marine sont prévenus que le passage aura lieu dans la nuit du 4 au 5, depuis minuit jusqu’à trois heures du matin, selon l’ordre précis qui sera donné.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809, trois heures après midi.

A Eugène napoléon, vice-roi d’Italie, à Bruck

Mon Fils, je reçois votre lettre du 2, avec celle du général Montbrun. Je vous attends de votre personne le 4 à midi, et votre corps avant onze heures du soir, vu que le 5, à deux heures du matin, j’attaque.

P. S. Le général Baraguey d’Hilliers doit avoir été renforcé de la brigade Thiry de 1,000 hommes, composée d’un régiment de chasseurs et d’un régiment de Wurtemberg; ce qui, avec un de vos régiments de chasseurs, le porte à 1,200 chevaux. Vous êtes le maître de lui laisser 1,000 hommes d’infanterie de plus.

 

Île Napoléon, 3 juillet 1809

Au général, baron de Wimpffen, chef de l’état-major général de l’armée autrichienne

Je réponds, Monsieur le Général Baron de Wimpffen, à votre lettre du 2.

Sa Majesté l’Empereur et Roi, mon souverain, accepte l’échange de M. le général Stoichevich avec M. le général Fouler. J’ordonne aux avant-postes de Hongrie de laisser rentrer M. le général Stoichevich, persuadé que Votre Excellence donnera également des ordres pour laisser rentrer aux avant-postes le général Fouler.

Quant aux non-combattants, comme officiers de santé, commissaires des guerres, agents des finances, intendants d’armée, etc., l’Empereur ne les a pas considérés comme prisonniers, et est déterminé à faire mettre en liberté ceux qui ont été arrêtés par représailles de la conduite des agents de l’armée autrichienne. Il y a dans les provinces que nous occupons plusieurs mille employés civils autrichiens payés par votre cabinet et que cependant nous protégeons et laissons tranquilles. L’arrestation de tout ou partie de ces individus aggraverait les maux de la guerre sans raison. Cependant nous allons être contraints de le faire, si votre généralissime ne donne pas des ordres pour faire relâcher les employés civils arrêtés en Tyrol, ceux arrêtés dans le haut Palatinat, plusieurs commissaires saxons. Il en est qui ont été arrêtés il n’y a pas quinze jours.

Quant à M. le lieutenant général comte de Weissenwolf, s’il veut se présenter demain de quatre à cinq heures du matin, par la briqueterie et le pont, l’officier d’état-major porteur de cette dépêche à vos avant-postes l’attendra aux nôtres pour le recevoir.

Votre Excellence trouvera ci-jointe la lettre d’échange des officiers du 65e régiment contre ceux de la garnison de Raab.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Vienne, 3 juillet 1809

VINGT-QUATRIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE

Le général Broussier avait laissé deux bataillons du 84e régiment de ligne dans la ville de Graz, et s’était porté sur Wildon pour se joindre à l’armée de Dalmatie.

Le 26 juin, le général Gyulai se présenta devant Graz avec 10,000 hommes, composés, il est vrai, de Croates et de régiments des frontières (ndlr : Landwehr). Le 84e se cantonna dans un des faubourgs de la ville, repoussa toutes les attaques de l’ennemi, le culbuta partout, lui prit 500 hommes, deux drapeaux, et se maintint dans sa position pendant quatorze heures, donnant le temps au général Broussier de le secourir. Ce combat d’un contre dix a couvert de gloire le 84e de ligne et son colonel Gambin. Les drapeaux ont été présentés à Sa Majesté à la parade.

Nous avons à regretter 20 tués et 92 blessés de ces braves gens.

Le duc d’Auerstaedt a fait attaquer, le 30, une des îles du Danube, peu éloignée de la rive droite, vis-à-vis Presbourg, où l’ennemi avait quelques troupes. Le général Gudin a dirigé cette opération avec habileté; elle a été exécutée par le colonel Decouz et par le 21e régiment d’infanterie de ligne que commande cet officier. A deux heures du matin, ce régiment, partie à la nage, partie dans des nacelles, a passé le très-petit bras du Danube, s’est emparé de l’île, a culbuté les 1,500 hommes qui s’y trouvaient, a fait 250 prisonniers, parmi lesquels le colonel du régiment de Saint-Julien et plusieurs officiers, et a pris trois pièces de canon que l’ennemi avait débarquées pour la défense de l’île.

Enfin il n’existe plus de Danube pour l’armée française: le général comte Bertrand a fait exécuter des travaux qui excitent l’étonnement et inspirent l’admiration. Sur une largeur de 100 toises et sur un fleuve le plus rapide du monde, il a, en quinze jours, construit un pont formé de soixante arches, où trois voitures peuvent passer de front. Un second pont de pilotis a été construit, mais pour l’infanterie seulement, et de la largeur de huit pieds. Après ces deux ponts, vient un pont de bateaux. Nous pouvons donc passer sur le Danube en trois colonnes. Ces trois ponts sont assurés contre toute insulte, même contre l’effet des brûlots et machines incendiaires par des estacades sur pilotis, construites entre les îles dans différentes directions, et dont les plus éloignées sont à 250 toises des ponts. Quand on voit ces immenses travaux, on croit qu’on a employé plusieurs années à les exécuter; ils sont cependant l’ouvrage de quinze à vingt jours. Ces beaux travaux sont défendus par des têtes de pont ayant chacune 1,600 toises de développement, formées de redoutes palissadées, fraisées et entourées de fossés pleins d’eau. L’île Lobau est une place forte; il y a des manutentions de vivres, cent pièces de gros calibre et vingt mortiers ou obusiers de siège en batterie. Vis-à-vis Essling, sur le dernier bras du Danube, est un pont que le duc de Rivoli a fait jeter hier. Il est couvert par une tête de pont qui avait été construite lors du premier passage.

Le général Legrand avec sa division occupe les bois en avant de la tête de pont. L’armée ennemie est en bataille, couverte par des redoutes, la gauche à Enzersdorf (ndlr : aujourd’hui Groß-Enzersdorf), la droite à Aspern. Quelques légères fusillades d’avant-postes ont eu lieu.

A présent que le passage du Danube est assuré, que nos ponts sont à l’abri de toute tentative, le sort de la monarchie autrichienne sera décidé dans une seule affaire.

Les eaux du Danube étaient, le 1er juillet, de quatre pieds au dessus des plus basses et de treize pieds au-dessous des plus hautes.

La rapidité de ce fleuve est dans cette partie, lors des grandes eaux, de sept à douze pieds, et lors de la hauteur moyenne, de quatre pieds six pouces par seconde, et plus forte que sur aucun autre point. En Hongrie elle diminue beaucoup, et à l’endroit où Trajan fit jeter un pont, elle est presque insensible. Le Danube est là d’une largeur de quatre cent cinquante toises; ici il n’est que de quatre cents. Le pont de Trajan était un pont en pierre, fait en plusieurs années. Le pont de César sur le Rhin fut jeté, il est vrai, en huit jours, mais aucune voiture chargée n’y pouvait passer.

Les ouvrages sur le Danube sont les plus beaux ouvrages de campagne qui aient jamais été construits.

Le prince Gagarine, aide de camp général de l’empereur de Russie, est arrivé avant-hier, à quatre heures du matin, à Schönbrunn, au moment où l’Empereur montait à cheval. Il était parti de Pétersbourg le 8 juin. Il a apporte des nouvelles de la marche de l’armée russe en Galicie.

Sa Majesté a quitté Schönbrunn. Elle campe depuis deux jours.

Ses tentes sont fort belles et faites à la manière des tentes égyptiennes. [1]Leur emplacement est de nos jours marqu´r d’une stèle, dans l’île de Lobau

 

Île Napoléon, 4 juillet 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Dresde

Mon Frère, je reçois une lettre de vous du 27 juin. Le général Laroche était entré à Nuremberg et marchait sur Bayreuth. Il avait avec lui 2,000 hommes de cavalerie française et 2,000 hommes d’infanterie bavaroise. Le due d’Abrantès a dû marcher sur Bayreuth avec 600 chevaux, 6,000 hommes d’infanterie et seize pièces de canon.

Je vous ai déjà mandé que de Dresde vous pouviez entrer en Bohême avec 3,000 Saxons, 12,000 hommes de vos troupes et 8,000 hommes du duc d’Abrantès; ce qui vous ferait 20 à 25,000 hommes. Vous pouvez retirer de Magdeburg le reste des Hollandais et le 22e régiment de ligne français, dont les quatre bataillons sont dans les places de Magdeburg, Küstrin et Stettin, en les faisant remplacer par les détachements français de nouvelle levée que vous avez. Vous pouvez également retirer de la Poméranie suédoise et de Stettin un régiment de cavalerie polonais. Avec ces forces réunies, vous pourrez pénétrer jusqu’à Prague, surtout si, comme je l’espère, j’entame demain l’armée du prince Charles et la pousse l’épée dans les reins. Cela me porte à vous réexpédier sans délai votre officier. .Je vous donnerai demain des nouvelles du champ de bataille. Si vous entrez en Bohême, vous pourrez être rejoint par les Bavarois que commande le duc de Danzig, qui partiront de Linz; , et peut-être par l’armée saxonne; ce qui porterait votre armée à 50 ou 60,000 hommes. Je pense que le bon moyen de réprimer les désordres chez vous, c’est d’entrer en pays ennemi. Toutefois, vous devez inquiéter la Bohême; mais pour faire une expédition sérieuse, il faut que vous connaissiez l’issue de la bataille de demain. Avec l’aide de Dieu , malgré ses redoutes et ses positions retranchées, j’espère écraser l’armée du prince Charles. Envoyez vos états de situation et écrivez tous les jours; ne m’exposez pas à recevoir de vos nouvelles par des mains tierces, ce qui ne me convient pas. Si votre santé ou toute autre raison vous empêchait d’entrer en Bohème, le duc d’Abrantès pourrait prendre le commandement de votre corps. Je suppose que ce général est entré à Bayreuth dans les premiers jours du mois.

 

Île Napoléon, 4 juillet 1809

ORDRES

PASSAGE DU GÉNÉRAL OUDINOT.

Ce soir à huit heures, les quatre bacs et les bateaux pontés destinés à former le pont de bateaux partiront de manière à arriver à leur emplacement à neuf heures, nuit faite.

A huit heures, le général de brigade Conroux et 1,500 hommes s’embarqueront au pont..

A neuf heures, les bateaux portant ces troupes appareilleront avec les barques armées et iront débarquer dans l’endroit convenu. Ainsi ce débarquement aura lieu à neuf heures et demie.

Notre batterie de six pièces de canon commencera son feu aussitôt qu’elle apercevra arriver les bateaux, et on aura soin que les pièces placées pour prendre d’écharpe la batterie ennemie finissent leur feu aussitôt que nos bateaux commenceront le leur.

Le général de division Tharreau se trouvera à la batterie et fera embarquer sur les bacs le reste de la brigade Conroux. A cet effet, les bacs entreront vides dans la rivière; on jettera une cinquenelle et on se servira de tous les bateaux. pour passer toute la division Tharreau.

Le pont de bateaux commencera aussitôt la batterie prise, et le capitaine de pontonniers fera faire son pont. Une compagnie de sapeurs passera avec des officiers du génie pour couper des arbres, faire une tête de pont et tracer le chemin sur la Maison-Blanche.

INSTRUCTIONS POUR LE GÉNÉRAL THARREAU.

La première chose à faire est de s’emparer de toute l’île de Hansel Grund jusqu’au canal, de jeter les trois ponts sur le petit canal.

Alors une division marchera sur le village de Mühlleuten, une autre sur la Maison-Blanche. Le colonel Baste prendra possession de l’île de Bohr-Haufen, comme cela a été dit, et flanquera non-seulement le Zahllet, mais encore la plage jusqu’au village de Schönau, et fera connaître tout ce qu’il y aura là de nouveau.

Une barque armée remontera aujourd’hui le Danube le plus tôt possible, ira se poster pour menacer du côté d’Aspern ct veiller à ce que l’ennemi ne puisse faire aucun mouvement sur les îles Masséna;
une autre se portera du côté de Stadelau pour le même objet.

PASSAGE DE L’ÎLE ALEXANDRE

Aussitôt qu’on saura que le passage du général Oudinot a réussi, on commencera le passage à l’île Alexandre et on tâchera de faire la jonction des deux colonnes le long de la rivière. A cet effet, les bacs passeront d’abord cinq pièces de canon et 15 à 1,600 hommes, ou plutôt autant d’hommes que les cinq bacs en pourront porter, de la division Boudet.

Le pont d’une pièce servira sur-le-champ à passer le reste de la division Boudet et les divisions Molitor ct Saint-Cyr. Les bacs passeront l’artillerie jusqu’à ce que les deux autres ponts soient jetés, Au même moment, on donnera l’ordre aux batteries de l’île Lannes, de l’île Espagne, aux grandes batteries intermédiaires et à celles de l’île du Moulin de commencer leur feu, lequel sera continué toute la nuit avec la plus grande activité.

Un officier du génie, avec la plus grande partie des sapeurs, tracera sur-le-champ, avec beaucoup de sacs à terre et gabions, une tête de pont formée de quatre à cinq redoutes, faisant un système de 15 à 1,600 toises. Aussitôt que ces redoutes seront en premier état de défense, on placera les pièces de position et les mortiers dans ces redoutes. Le bateau armé qui sera du côté d’Aspern cherchera des positions où l’ennemi n’ait pas de batteries, pour tirer et faire diversion. Un officier du génie sera spécialement chargé de reconnaître le petit canal de l’île où débarquera le général Oudinot; il verra s’il est guéable. On pourrait construire sur le chemin allant à Zalmet un petit ouvrage pour assurer la droite. Les bateaux armés doivent donner de l’inquiétude sur toute la rive gauche et faire un grand fracas de leur artillerie; mais ils doivent spécialement flanquer la droite du général Oudinot.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

PROJET DE PROCLAMATION A L’ARMÉE.

( (La minute de cette proclamation, tout entière de la main de l’Empereur, n’a pu être complètement déchiffrée; elle ne porte pas de date; mais on présume qu’elle a été écrite le 5 juillet, au matin))

Soldats, un mois après que l’Autriche nous eut déclaré la guerre, nous sommes entrés dans sa capitale, nous avons détruit ses meilleures troupes, pris plus de deux cents pièces de canon, 60 drapeaux et 100,000 prisonniers. Depuis un mois nous sommes oisifs. Le débordement et la fragilité des ponts de bateaux sur une si grande rivière m’ont obligé à faire élever d’autres ponts. . . . . Marchons donc à l’ennemi; anéantissons cette puissance qui depuis quinze ans menace notre patrie et nos enfants; marchons à la victoire, mais à une victoire telle que j’ai le droit d’en attendre de votre volonté, de votre courage et de votre amour pour la patrie et pour moi. Terminons la guerre; confondons mes ennemis et courons tous sur. . . . . L’importance de cette victoire ne peut. . . . . En conséquence, ici comme ailleurs. . . . . Les blessés qui ne peuvent se retirer d’eux-mêmes resteront sur le champ de bataille. Il est défendu, au nom de l’honneur, d’abandonner le champ de bataille pour conduire les blessés, pendant que la bataille sera disputée.

 

7 juillet 1809, 2 heures du matin.

A  l’Impératrice

Tout va ici selon mes désirs, mon amie. Mes ennemis sont défaits, battus, tout à fait en déroute. Ils étaient très nombreux, je les ai écrasés. Ma santé est bonne aujourd’hui; hier j’ai été un peu malade d’un débordement de bile, occasionné par l’extrême fatigue, mais cela m’a fait grand bien.

Adieu mon amie, je me porte fort bien

 

Ebersdorf (ou Raasdorf), 7 juillet 1809, cinq heures du matin.

A l’impératrice Joséphine, à Plombières

Je t’expédie un page pour te donner la bonne nouvelle de la victoire d’Enzersdorf , que j’ai remportée le 5, et de celle de Wagram , que j’ai remportée le 6. [2]ndlr : on notera ici la distinction faite par Napoléon entre les deux journées

L’armée ennemie fuit en désordre, et tout marche selon mes vœux.

Eugène se porte bien.

Le prince Aldobrandini [3]Le prince Aldobrandini – 1776-1839 – est écuyer de l’impératrice est blessé, mais légèrement. Bessières a eu un boulet qui lui a touché le gras de la cuisse; la blessure est très-légère. Lasalle a été tué. Mes pertes sont assez fortes; mais la victoire est décisive et complète.

Nous avons plus de cent pièces de canon, douze drapeaux, beaucoup de prisonniers.

Je suis brûlé par le soleil.

Adieu, mon amie, je t’embrasse. Bien des choses à Hortense.

 

Au bivouac devant Raasdorf, 7 juillet 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Je vous expédie du champ de bataille mon page La Riboisière, afin que vous soyez sans inquiétude et que vous connaissiez en gros le résultat de la bataille de Deutsch-Wagram. L’armée autrichienne est en pleine déroute et poursuivie sur toutes les directions. Je suis si fatigué que je ne vous en écris pas davantage; qu’il me suffise de vous dire que tout marche selon mes désirs.

Dites vous-même à la maréchale Bessières que son mari a eu un cheval tué sous lui et que le boulet qui a tué son cheval a fait au maréchal une contusion au gras de la cuisse, que ce ne sera rien, qu’avant quinze jours il sera à cheval.

 

Wolkersdorf, 7 juillet, l1809, dix heures trois quarts

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wolkersdorf

Mon Cousin, écrivez au général Baraguey d’Hilliers de correspondre fréquemment avec vous, de donner de ses nouvelles au général Reynier, commandant l’île Napoléon, et au général Andréossy, gouverneur de Vienne. Mandez-lui en peu de mots la victoire que nous avons remportée; ce qui ôtera probablement à l’archiduc Jean tonte envie de l’inquiéter.

Témoignez mon mécontentement au général Vandamme de ce qu’il ne vous a pas encore répondu sur les ordres que vous lui avez envoyés cette nuit. Témoignez également mon mécontentement au général Reynier de ce qu’il ne donne point de nouvelles de ce qui s’est passé dans l’île, de ce qui vient à sa connaissance, du nombre des blessés, etc., que j’aurais dû recevoir de ses nouvelles plusieurs fois dans la journée.

Mandez au général Rusca des nouvelles des dernières affaires.

Donnez ordre aux généraux Grouchy et Pully et au duc de Padoue de rester où ils se trouvent, de faire ferrer, reposer et réorganiser leurs divisions, et de vous envoyer demain, avant neuf heures du matin, le rapport de leur situation, de ce qu’ils ont fait dans la journée, des pertes qu’ils ont essuyées, etc.

Écrivez au prince de Ponte-Corvo de passer demain matin une revue de son corps et de vous faire connaître par un aide de camp, avant neuf heures du matin, sa situation exacte, les pertes qu’a faites son corps, enfin tout ce qui peut bien m’instruire sur sa situation actuelle.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809.

Au maréchal Masséna, duc de Rivoli, commandant le 4e corps de l’armée d’Allemagne

L’Empereur se porte à Stammersdorf, passant par Gerasdorf. Il suppose que vous occupez déjà le pont du Danube vis-à-vis Vienne.

Portez-vous, si vous n’y êtes déjà, à Jedlersee et Jedlersdorf, et mettez-vous en communication avec le général Andréossy, en faisant passer un bateau. Si vous aviez des obstacles pour communiquer avec Vienne, mandez-le-moi à Gerasdorf; alors l’Empereur se porterait sur vous.

Le prince .de Neuchâtel, major général.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Deutsch-Wagram

L’Empereur, Monsieur le Duc, se porte à Stammersdorf. Rendez vous avec votre corps d’armée à Wolkersdorf.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809, onze heures du soir.

Au général Montbrun, commandant la 1e division de cavalerie légère de la réserve, à Auersthal

Sa Majesté, Monsieur le Général Montbrun, ordonne que vous vous portiez le plus loin que vous pourrez sur la route de Vienne à Nikolsburg.

La brigade du général Colbert, qui est avec le général Oudinot, sera sous vos ordres. Ainsi vous aurez trois brigades de troupes légères, de trois régiments chacune, avec lesquelles vous pousserez l’ennemi et éclairerez aussi le pays du côté de Znaym. Vous serez sous les ordres du général Marmont, qui part d’ici à minuit. avec son corps d’armée, qui se trouve augmente de la division du général de Znaym. Faites ramasser les prisonniers; faites prendre des renseignements sur la marche et la situation de l’ennemi; écrivez-moi deux fois par jour, afin que je mette vos rapports sous les yeux de l’Empereur. Vous devez, indépendamment de cela, rendre compte au général Marmont, sous les ordres duquel vous êtes. Il est probable que vous prendrez beaucoup de choses à l’ennemi à Nikolsburg.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809, onze heures du soir.

Au général Marmont, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, à Wolkersdorf

L’Empereur, Monsieur le Général Marmont, ordonne que vous partiez à minuit avec votre corps d’armée pour vous approcher demain, le plus près que vous pourrez, de Nikolsburg, culbuter l’arrière-garde ennemie et lui faire enfin le plus de mal possible. Sa Majesté met sous vos ordres, indépendamment de vos deux divisions, la division de Wrede, qui a trente-six pièces d’artillerie et 900 chevaux.

Comme vous manquez de canons et que la division de Wrede en a plus qu’il ne lui en faut, cela remplacera ce qui vous manque. Sa Majesté ordonne également au général Montbrun, qui se trouve à Auersthal et qui commande trois brigades de cavalerie légère de trois régiments chacune, c’est-à-dire la brigade Colbert, celle Jacquinot, et celle Pajol, d’être sous vos ordres. Le général Montbrun a couché à Auersthal, et la brigade Colbert doit être avec le général Oudinot, qui est en avant de Wolkersdorf. Aussitôt que vous ferez un mouvement, vous enverrez l’ordre à ces généraux de marcher en avant, s’ils peuvent le faire sans infanterie. Organisez quelques bataillons de voltigeurs et de l’artillerie, pour suivre la cavalerie légère et activer votre mouvement. L’Empereur pense qu’avec une avant-garde composée d’environ 20,000 hommes et trente-six pièces de canon vous devez faire beaucoup de mal à l’ennemi. Je compte sur vos talents comme sur votre zèle et ayez soin de me rendre compte deux fois par jour.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809, onze heures du soir.

A M. Germain, chambellan de l’Empereur, à Wolkersdorf

M. Germain partira sur-le-champ pour se rendre à l’île Napoléon, en fera tout le tour, visitera les batteries, ponts, magasins, ambulances, bâtiments, bateaux, armes, verra l’hôpital d’Ebersdorf, le nombre et la manière dont y sont traités les blessés, prendra des renseignements sur les hommes manquants, et, quand il aura recueilli ces renseignements, il viendra me retrouver. Il visitera les champs de bataille d’Enzersdorf et les ouvrages d’Aspern.

 

Wolkersdorf, 7 juillet 1809, minuit.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Stammersdorf

Le maréchal duc de Rivoli s’est porté sur Kornneuburg; on a entendu ici une canonnade depuis six heures, j’en ignore l’issue; faites-moi connaître ce que vous en savez. Votre cavalerie légère s’est mise à la poursuite de l’ennemi du côté de Stockerau. J’ai ordonné à Nansouty de l’appuyer, et j’ai ordonné à Marmont de pousser jusqu’à Nikolsburg. J’ai ordonné à Grouchy et à Pully de rester où ils sont et de vous envoyer leur situation. Vous aurez reçu des renseignements, et vous pouvez savoir à présent où sont vos colonels et généraux. J’ai ordonné à l’intendant général de vous donner deux compagnies de transports; voyez qu’on vous les envoie dans la journée de demain, chargés de pain, afin de les garder. Tâchez d’envoyer quelqu’un en Italie pour donner des nouvelles de la bataille. J’ai ordonné que l’on écrivit par la Bavière. Envoyez des patrouilles de cavalerie jusqu’à la March vers la Hongrie, afin de vous éclairer.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Les Bulletins vous auront appris le résultat des journées d’Enzersdort et de Wagram, batailles mémorables où toutes les forces de la monarchie autrichienne ont été détruites. J’ai mon quartier général dans la maison qu’occupait le chétif François II, qui s’est contenté de voir toute l’affaire du haut d’un belvédère, à quatre lieues du champ de bataille (ndlr. L’emplacement est aujourd’hui marqué d’une stèle).

J’estime que les ennemis nous ont fait feu avec sept à huit cents pièces de canon. Quant à moi, j’en avais beaucoup aussi, car j’avais cinq cent cinquante pièces. Je leur ai tiré 100,000 boulets ou coups de mitraille. L’artillerie de la Garde m’a rendu les plus éminents services, et, comme dans mon organisation, cette artillerie forme réellement la réserve de l’artillerie de l’armée, je crois que je me déciderai à la porter à cent vingt pièces. Ainsi donc l’artillerie de ma Garde est de soixante pièces; j’ai demandé vingt-quatre pièces pour les trois nouvelles compagnies que j’ai formées; c’est donc encore trente-six pièces à organiser.

Jusqu’à cette heure on ne sait pas trop ce que veut faire l’ennemi.

Il marche dans la direction de la Bohême. Il est coupé de la Moravie.

Mes avant-postes sont à Nikolsburg et à Stockerau.

Quant aux affaires d’Espagne, mandez à Madrid que le coup de Jarnac leur viendra des Anglais, si les affaires ne sont pas mieux menées. Je tremble que les Anglais, débouchant du Portugal par Abrantès, ne surprennent le roi à Madrid par des mouvements qu’ils auraient cachés.

Je vous avais mandé de prendre parmi les Polonais déserteurs ou prisonniers, au service d’Autriche, des recrues pour mes régiments polonais d’Espagne; vous ne m’avez pas répondu sur un objet si important.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wolkersdorf

Donnez ordre au duc d’Auerstaedt de partir sur-le-champ pour aller ce soir prendre position à Wilfersdorf. Il me fera connaître les nouvelles qu’il apprendra en route. Il prendra avec lui la division de dragons Grouchy. Il a devant lui le duc de Raguse, avec lequel il se mettra en correspondance. Je lui ai recommandé de faire faire du pain à la manutention de Wilfersdorf et de la bien organiser. Vous donnerez ordre à la division Pully de rejoindre le vice-roi.

La division du duc de Padoue suivra le duc d’Auerstaedt.

Donnez ordre au général Oudinot de faire prendre possession de l’hôpital de Gaunersdorf (ndlr : aujourd’hui Gaweinstal – on peut imaginer que l’hôpital avait été installé dans le Schloß Pellendorf), et de faire battre tous ces bois pour ramasser les prisonniers. Il y a dans cet hôpital un millier de blessés et de malades autrichiens. Mandez-lui aussi d’envoyer dans les lieux où il y aurait des bureaux de poste pour enlever les lettres.

Écrivez au duc de Danzig pour le prévenir que l’ennemi se retire en Bohème; que le duc de Rivoli était ce matin à Stockerau et le poursuit; que le duc de Raguse le poursuit sur Znaym.

Écrivez au prince de Ponte-Corvo d’envoyer une forte avant-garde sur Marchegg et des patrouilles sur la rivière de la March pour savoir ce qui se passe du côté de Presbourg. Envoyez un de vos officiers qui suivra cette avant-garde et reviendra rendre compte de ce qui aura eu lieu.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wolkersdorf

Faites connaître au duc de Rivoli qu’il peut, avec tout son corps, se mettre à la poursuite de l’ennemi; que le pont de Spitz sera gardé par le vice-roi, auquel vous enverrez l’ordre d’y diriger une division; qu’il est nécessaire qu’il m’envoie la copie des rapports des avant-postes de cavalerie légère et les interrogatoires des prisonniers et déserteurs, et tous les indices qui peuvent faire connaître la situation et les mouvements de l’ennemi.
Vous lui ferez connaître que de Stockerau il y a deux routes qui vont en Bohème, l’une par Znaym, l’autre par Horn et Meissau (ndlr : Maissau) ; que le duc de Raguse est arrivé ce matin de bonne heure à Wilfersdorf et a fait un à gauche pour se porter sur Znaym ;qu’il paraît qu’il poursuit la gauche de l’ennemi, comme le duc de Rivoli poursuit la droite; que je suis instruit qu’un général Wukassovich et plusieurs autres officiers autrichiens sont restés blessés dans les villages aux environs de Stockerau; qu’il s’en assure et leur fasse signer des paroles d’honneur, afin qu’il ne m’arrive pas ce qui m’est arrivé en Prusse pour le général Rüchel; qu’il me paraît difficile de croire que l’ennemi ne se retire pas par Znaym; que la route de Prague par Znaym est plus courte que celle qui passe par Horn; quant au côté de Krems, il ne me paraît pas possible que l’ennemi s’enfonce de ce côté; qu’il faut se contenter d’envoyer quelques patrouilles pour ramasser les traînards, bagages, etc., qui auraient suivi la rive gauche du Danube.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809.

A Jérôme napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps d’armée d’Allemagne, à Lichtenstein

Votre Majesté est informée que l’Empereur a remporté, dans les journées du 5 et du 6, une victoire complète sur la grande armée de l’archiduc Charles, que nous poursuivons. Si Votre Majesté se décide à entrer à Dresde, le duc d’Abrantès a ordre de la soutenir, pour de là marcher en Bohème; vous auriez alors 20 à 25,000 hommes qui donneraient les plus vives inquiétudes à l’armée autrichienne dans l’accablement où elle se trouve. Si cependant les besoins de votre royaume, Sire, vous rappelaient à Cassel, l’intention de l’Empereur n’est point que le duc d’Abrantès avec son corps vous y suive.

 

Camp impérial de Wolkersdorf, 8 juillet 1809

DÉCRET

1° Il sera formé une seconde légion de la Vistule à notre service.

2° Cette légion sera composée de trois régiments, chaque régiment de deux bataillons, chaque bataillon de six compagnies, chaque compagnie forte de 160 hommes.

3° Cette légion sera organisée dans une ville aux environs de Vienne, où son habillement sera confectionné.

4° Les soldats seront pris parmi les Polonais prisonniers ou déserteurs servant dans les armées autrichiennes.

5° Notre major général nous présentera sans délai un général pour commander la légion, deux majors et les officiers nécessaires pour commander les deux premiers régiments.

6° Notre major général et notre intendant général sont chargés de l’exécution du présent décret.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809

VINGT-CINQUIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE

Les travaux du général comte Bertrand et du corps qu’il commande avaient, dès les premiers jours du mois, dompté entièrement le Danube. Sa Majesté résolut sur-le-champ de réunir son armée dans l’île Lobau, de déboucher sur l’armée autrichienne et de lui livrer une bataille générale. Ce n’était pas que la position de l’armée française ne fût très-belle à Vienne; maîtresse de toute la rive droite du Danube, ayant en son pouvoir l’Autriche et une forte partie de la Hongrie, elle se trouvait dans la plus grande abondance. Si l’on éprouvait quelques difficultés pour l’approvisionnement de la population de Vienne, cela tenait à la mauvaise organisation de l’administration, à quelques embarras que chaque jour aurait fait cesser, et aux difficultés qui naissent naturellement de circonstances telles que celles où l’on se trouvait, et dans un pays où le commerce des grains est un privilège exclusif du gouvernement. Mais comment rester ainsi séparé de l’armée ennemie par un canal de trois ou quatre cents toises, lorsque les moyens de passage avaient été préparés et assurés ? C’eût été accréditer les impostures que l’ennemi a débitées et répandues avec tant de profusion dans son pays et dans les pays voisins; c’était laisser du doute sur les événements d’Essling; c’était enfin autoriser à supposer qu’il y avait une égalité de consistance entre deux armées si différentes, dont l’une était animée et en quelque sorte renforcée par des succès et des victoires multipliées, et l’autre était découragée par les revers les plus mémorables.

Tous les renseignements que l’on avait sur l’armée autrichienne portaient qu’elle était considérable, qu’elle avait été recrûtee par de nombreuses réserves, par les levées de Moravie et de Hongrie, par toutes les landwehre des provinces, qu’elle avait remonté sa cavalerie par des réquisitions dans tous les cercles, et triplé ses attelages d’artillerie en faisant d’immenses levées de charrettes et de chevaux en Moravie, en Bohème et en Hongrie. Pour ajouter de nouvelles chances en leur faveur, les généraux autrichiens avaient établi des ouvrages de campagne, dont la droite était appuyée à Aspern et la gauche à Enzersdorf. Les villages d’Aspern, d’Essling et d’Enzersdorf, et les intervalles qui les séparaient étaient couverts de redoutes palissadées, fraisées et armées de plus de cent cinquante pièces de canon de position, tirées des places de la Bohème et de la Moravie. On ne concevait pas comment il était possible qu’avec son expérience de la guerre l’Empereur voulût attaquer des ouvrages si puissamment défendus, soutenus par une armée qu’on évaluait à 200,000 hommes, tant de troupes de ligne que des milices et de l’insurrection (ndlr : les tropes de l’Insurrection hongroise), et qui étaient appuyés par une artillerie de huit ou neuf cents pièces de campagne. Il paraissait plus simple de jeter de nouveaux ponts sur le Danube quelques lieues plus bas et de rendre ainsi inutile le champ de bataille préparé par l’ennemi. Mais, dans ce dernier cas, on ne voyait pas comment écarter les inconvénients qui avaient déjà failli être funestes à l’armée, et parvenir, en deux ou trois jours, à mettre ces nouveaux ponts à l’abri des machines de l’ennemi

D’un autre côté, l’Empereur était tranquille. On voyait élever ouvrages sur ouvrages dans l’île Lobau, et établir sur le même point plusieurs ponts sur pilotis et plusieurs rangs d’estacades.

Celte situation de l’armée française placée entre ces deux grandes difficultés n’avait pas échappé à l’ennemi. Il convenait que son armée, trop nombreuse et pas assez maniable, s’exposerait à une perte certaine si elle prenait l’offensive; mais en même temps il croyait qu’il était impossible de le déposter de la position centrale où il couvrait la Bohême, la Moravie et une partie de la Hongrie. Il est vrai que cette position ne couvrait pas Vienne et que les Français étaient en possession de cette capitale; mais cette possession était, jusqu’à un certain point, disputée, puisque les Autrichiens se maintenaient maîtres d’une rive du Danube et empêchaient les arrivages des choses les plus nécessaires à la subsistance d’une si grande cité. Telles étaient les raisons d’espérance et de crainte, et la matière des conversations des deux armées.

Lorsque le 1er juillet, à quatre heures du matin, l’Empereur porta son quartier général à l’île Lobau, qui avait déjà été nommée par les ingénieurs île Napoléon, une petite île, à laquelle on avait donné le nom du duc de Montebello et qui battait Enzersdorf, avait été armée de dix mortiers et de vingt pièces de 18; une autre île nommée l’île Espagne avait été armée de six pièces de position de 12 et de quatre mortiers. Entre ces deux îles on avait établi une batterie égale en force à celle de l’île Montebello et battant également Enzersdorf. Ces soixante-deux pièces de position avaient le même but et devaient en deux heures de temps raser la petite ville d’Enzersdorf, en chasser l’ennemi et en détruire les ouvrages. Sur la droite, l’île Alexandre était armée de quatre mortiers, de dix pièces de 12 et de douze pièces de 6 de position, qui avaient pour but de battre la plaine et de protéger le ploiement et le déploiement de nos ponts.

Le 2, le (chef de bataillon Pelet), aide de camp du duc de Rivoli, passa avec 500 voltigeurs dans l’île du Moulin, et s’en empara. On arma cette île; on la joignit au continent par un petit pont qui allait à la rive gauche; en avant, on construisit une petite flèche que l’on appela Redoute Petit. Le soir, les redoutes d’Essling en parurent jalouses; ne doutant pas que ce lieu fut une première batterie que l’on voulait faire agir contre elles, elles tirèrent avec la plus grande activité. C’était précisément l’intention que l’on avait eue en s’emparant de cette île : on voulait y attirer l’attention de l’ennemi pour le détourner du véritable but de l’opération.

PASSAGE DU BRAS DU DANUBE A L’ÎLE LOBAU

Le 4, à dix heures du soir, le général Oudinot fit embarquer sur le grand bras du Danube 1,500 voltigeurs commandés par le général Conroux. Le colonel Baste, avec dix chaloupes canonnières, les convoya et les débarqua au delà du petit bras de l’île Lobau dans le Danube. Les batteries de l’ennemi furent bientôt écrasées, et il fut chassé des bois jusqu’au village de Mühlleuten.

A onze heures du soir, les batteries dirigées contre Enzersdorf reçurent l’ordre de commencer leur feu. Les obus brûlèrent cette infortunée petite ville, et en moins d’une demi-heure les batteries ennemies furent éteintes.

Le chef de bataillon Dessalles, directeur des équipages des ponts, et l’ingénieur de marine. . . . . . . . . . .. avaient préparé, dans le bras de l’île Alexandre, un pont de 80 toises, d’une seule pièce, et cinq gros bacs.

Le colonel Sainte-Croix, aide de camp du duc de Rivoli, se jeta dans des barques avec 1,500 hommes et débarqua sur la rive gauche.

Le pont d’une seule pièce, le premier de cette espèce qui jusqu’à ce jour ait été construit, fut placé en moins de cinq minutes, et l’infanterie y passa au pas accéléré.

Le capitaine Bazelles jeta un pont de bateaux en une heure et demie.

Le capitaine Peyerimoff jeta un pont de radeaux en deux heures.

Ainsi, à deux heures après minuit, l’armée avait quatre ponts et avait débouché, la gauche à 1,500 toises au-dessous d’Enzersdorf, protégés par les batteries, et la droite sur Wittau. Le corps du duc de Rivoli forma la gauche, celui du comte Oudinot le centre, et celui du duc d’Auerstaedt la droite. Les corps du prince de Ponte-Corvo, du vice-roi et du duc de Raguse, la Garde et les cuirassiers, formaient la seconde ligne et les réserves. Une profonde obscurité, un violent orage et une pluie qui tombait par torrents rendaient cette nuit aussi affreuse qu’elle était propice à l’armée française et qu’elle devait lui être glorieuse.

Le 5, aux premiers rayons du soleil, tout le monde reconnut quel avait été le projet de l’Empereur, qui se trouvait alors avec son armée en bataille sur l’extrémité de la gauche de l’ennemi, ayant tourné tous ses camps retranchés, ayant rendu tous ses ouvrages inutiles, et obligeant ainsi les Autrichiens à sortir de leurs positions et à venir lui livrer bataille dans le terrain qui lui convenait. Ce grand problème était résolu, et, sans passer le Danube ailleurs, sans recevoir aucune protection des ouvrages qu’on avait construits, on forçait l’ennemi à se battre à trois quarts de lieue de ses redoutes.

On présagea dès lors les plus grands et les plus heureux résultats.

A huit heures du matin, les batteries qui tiraient sur Enzersdorf avaient produit un tel effet, que l’ennemi s’était borné à laisser occuper cette ville par quatre bataillons. Le duc de Rivoli fit marcher contre elle son premier aide de camp Sainte-Croix, qui n’éprouva pas une grande résistance, s’en empara, et fit prisonnier tout ce qui s’y trouvait.

Le comte Oudinot cerna le château de Sachsengang, que l’ennemi avait fortifié, fit capituler les 900 hommes qui le défendaient, et prit douze pièces de canon.

L’Empereur fit alors déployer toute l’armée dans l’immense plaine d’Enzersdorf.

BATAILLE D’ENZERSDORF.

Cependant l’ennemi, confondu dans ses projets, revint peu à peu de sa surprise et tenta de ressaisir quelques avantages dans ce nouveau champ de bataille. A cet effet, il détacha plusieurs colonnes d’infanterie, un bon nombre de pièces d’artillerie et toute sa cavalerie, tant de ligne que d’insurgés, pour essayer de déborder la droite de l’armée française. En conséquence il vint occuper le village de Rutzendorf. L’Empereur ordonna au général Oudinot de faire enlever ce village, à la droite duquel il fit passer le duc d’Auerstaedt pour se diriger sur le quartier général du prince Charles, en marchant toujours de la droite à la gauche.

Depuis midi jusqu’à neuf heures du soir, on manœuvra dans cette immense plaine, on occupa tous les villages; et à mesure qu’on arrivait à la hauteur des camps retranchés de l’ennemi, ils tombaient d’eux-mêmes et comme par enchantement. Le duc de Rivoli les faisait occuper sans résistance. C’est ainsi que nous nous sommes emparés des ouvrages d’Essling et d’Aspern, et que le travail de quarante jours n’a été d’aucune utilité à l’ennemi. Il fit quelque résistance au village de Raasdorf, que le prince de Ponte-Corvo fit attaquer et enlever par les Saxons. L’ennemi fut partout mené battant et écrasé par la supériorité de notre feu. Cet immense champ de bataille resta couvert de ses débris.
BATAILLE DE WAGRAM.

Vivement effrayé des progrès de l’armée française et des grands résultats qu’elle obtenait presque sans efforts, l’ennemi fît marcher toutes ses troupes, et à six heures du soir il occupa la position suivante : sa droite, de Stadelau à Gerasdorf; son centre, de Gerasdorf à Wagram, et sa gauche, de Wagram à Neusiedl (ndlr : Marktgraf-Neusiedl). L’armée française avait sa gauche à Aspern, son centre à Raasdorf, et sa droite à Glinzensdorf. Dans cette position, la journée paraissait presque finie, et il fallait s’attendre à avoir le lendemain une grande bataille; mais on l’évitait, et on coupait la position de l’ennemi en l’empêchant de concevoir aucun système, si dans la nuit on s’emparait du village de Wagram. Alors sa ligne, déjà immense, prise à la hâte et par les chances du combat, laissait errer les différents corps de l’armée sans ordre et sans direction, et on en aurait eu bon marché, sans engagement sérieux. L’attaque de Wagram eut lieu; nos troupes emportèrent ce village; mais une colonne de Saxons et une colonne de Français se prirent dans l’obscurité pour des troupes ennemies, et cette opération fut manquée. (ndlr : une place de Deutsch-Wagram se nomme Saxen-Klemm, rappelant cette malencontreuse méprise).

On se prépara alors à la bataille de Wagram. Il paraît que les dispositions du général français et du général autrichien furent inverses. L’Empereur passa toute la nuit à rassembler ses forces sur son centre, où il était de sa personne, à une portée de canon de Wagram. A cet effet, le duc de Rivoli se porta sur la gauche d’Aderklaa, en laissant sur Aspern une seule division, qui eut ordre de se replier en cas d’évènements sur l’île Lobau. Le duc d’Auerstaedt recevait l’ordre de dépasser le village de Grosshofen pour s’approcher du centre. Le général autrichien, au contraire, affaiblissait son centre pour garnir et augmenter ses extrémités, auxquelles il donnait une nouvelle étendue.

Le 6, à la pointe du jour, le prince de Ponte-Corvo occupa la gauche, ayant en seconde ligne le duc de Rivoli. Le vice-roi le liait au centre, où le corps du comte Oudinot, celui du duc de Raguse, ceux de la Garde impériale et les divisions de cuirassiers formaient sept ou huit lignes.

Le duc d’Auerstaedt marcha de la droite pour arriver au centre.

L’ennemi, au contraire, mettait le corps de Bellegarde en marche sur Stadelau. Les corps de Kollowrat, de Lichtenstein et de Hiller liaient cette droite à la position de Wagram, où était le prince de Hohenzollern, et à l’extrémité de la gauche à Neusiedel, où débouchait le corps de Rosenberg pour déborder également le duc d’Auerstaedt. Le corps de Rosenberg et celui du duc d’Auerstaedt, faisant un mouvement inverse, se rencontrèrent aux premiers rayons du soleil et donnèrent le signal de la bataille. L’Empereur se porta aussitôt sur ce point, fit renforcer le duc d’Auerstaedt par la division de cuirassiers du duc de Padoue, et fit prendre le corps de Rosenberg en flanc par une batterie de douze pièces de la division du général comte de Nansouty. En moins de trois quarts d’heure, le beau corps du duc d’Auerstaedt eut fait raison du corps de Rosenberg, le culbuta et le rejeta au delà de Neusiedel, après lui avoir fait beaucoup de mal.

Pendant ce temps la canonnade s’engageait sur toute la ligne, et les dispositions de l’ennemi se développaient de moment en moment.

Toute sa gauche se garnissait d’artillerie. On eût dit que le général autrichien ne se battait pas pour la victoire, mais qu’il n’avait en vue que le moyen d’en profiter. Cette disposition de l’ennemi paraissait si insensée que l’on craignait quelque piége, et que l’Empereur différa quelque temps avant d’ordonner les faciles dispositions qu’il avait à faire pour annuler celles de l’ennemi et les lui rendre funestes.

Il ordonna au duc de Rivoli de faire une attaque sur le village qu’occupait l’ennemi, et qui pressait un peu l’extrémité du centre de l’armée. Il ordonna au duc d’Auerstaedt de tourner la position de Neusiedel et de pousser de là sur Wagram, et il fit former en colonnes le duc de Raguse et le général Macdonald pour enlever Wagram au moment où déboucherait le duc d’Auerstaedt.

Sur ces entrefaites, on vint prévenir que l’ennemi attaquait avec fureur le village qu’avait enlevé le duc de Rivoli, que notre gauche était débordée de 3,000 toises, qu’une vive canonnade se faisait déjà entendre à Aspern, et que l’intervalle d’Aspern à Wagram paraissait couvert d’une immense ligne d’artillerie. Il n’y eut plus à douter.

L’ennemi commettait une énorme faute; il ne s’agissait que d’en profiter. L’Empereur ordonna sur-le-champ au général Macdonald de disposer les divisions Broussier et Lamarque en colonnes d’attaque.

Il les fit soutenir par la division du général Nansouty, par la Garde à cheval et par une batterie de soixante pièces de la Garde et de quarante pièces des différents corps. Le général comte de Lauriston, à la tête de cette batterie de cent pièces d’artillerie, marcha au trot à l’ennemi, s’avança sans tirer jusqu’à la demi-portée du canon, et là commença un feu prodigieux qui éteignit celui de l’ennemi et porta la mort dans ses rangs. Le général Macdonald marcha alors au pas de charge. Le général de division Reille, avec la brigade de fusiliers et de tirailleurs de la Garde, soutenait le général Macdonald. La Garde avait fait un changement de front pour rendre cette attaque infaillible. Dans un clin d’œil, le centre de l’ennemi perdit une lieue de terrain, sa droite épouvantée sentit le danger de la position où elle s’était placée et rétrograda en grande hâte. Le duc de Rivoli l’attaqua alors en tête. Pendant que la déroute du centre portait la consternation et forçait les mouvements de la droite de l’ennemi, sa gauche était attaquée et débordée par le duc d’Auerstaedt, qui avait enlevé Neusiedel et qui, étant monté sur le plateau, marchait sur Wagram. La division Broussier et la division Gudin se sont couvertes de gloire.

Il n’était alors que dix heures du matin, et les hommes les moins clairvoyants voyaient que la journée était décidée et que la victoire était à nous.

A midi, le comte Oudinot marcha sur Wagram pour aider à l’attaque du duc d’Auerstaedt. Il y réussit et enleva cette importante position. Dès dix heures, l’ennemi ne se battait plus que pour sa retraite; dès midi, elle était prononcée et se faisait en désordre; et, beaucoup avant la nuit, l’ennemi était hors de vue. Notre gauche était placée à Jedlersee et Ebersdorf, notre centre sur Obersdorf; et la cavalerie de notre droite avait des postes jusqu’à Schönkirchen.

Le 7 à la pointe du jour, l’armée était en mouvement et marchait sur Kornneuburg et Wolkersdorf, et avait des postes sur Nikolsburg.

L’ennemi, coupé de la Hongrie et de la Moravie, se trouvait acculé du côté de la Bohême.

Tel est le récit de la bataille de Wagram, bataille décisive et à jamais célèbre, où 3 à 400,000 hommes, douze à quinze cents pièces de canon se battaient pour de grands intérêts sur un champ de bataille étudié, médité, fortifié par l’ennemi depuis plusieurs mois. Dix drapeaux, quarante pièces de canon, 20,000 prisonniers, dont 3 à 400 officiers et bon nombre de généraux, de colonels et de majors, sont les trophées de cette victoire. Les champs de bataille sont couverts de morts, parmi lesquels on trouve les corps de plusieurs généraux, et, entre autres, d’un nommé Nordmann, Français traître à sa patrie, qui avait prostitué ses talents contre elle.

Tous les blessés de l’ennemi sont tombés en notre pouvoir. Ceux qu’il avait évacués au commencement de l’action ont été trouvés dans les villages environnants. On peut calculer que le résultat de cette bataille sera de réduire l’armée autrichienne à moins de 60,000 hommes.

Notre perte a été considérable; on l’évalue à 1,500 tués et 3 ou 4,000 blessés [4]ndlr : en fait, les pertes s’élèvent à environ 5000 tués, 28.000 blessés, 3 à 4.000 prisonniers…. Le duc d’Istrie, au moment où il disposait l’attaque de la cavalerie, a eu son cheval emporté d’un coup de canon; le boulet est tombé sur sa selle et lui a fait une légère contusion à la cuisse. Le général de division Lasalle a été tué d’une balle. C’était un officier du plus grand mérite, et l’un de nos meilleurs généraux de cavalerie légère. Le général bavarois de Wrede et les généraux Seras, Grenier, Vignolle, Sahuc, Frère et Defrance ont été blessés.

Le colonel prince Aldobrandini a été frappé au bras par une balle.

Les majors de la Garde Daumesnil et Corbineau, et le colonel Sainte-Croix, ont aussi été blessés. L’adjudant commandant Duprat a été tué. Le colonel du 9e d’infanterie de ligne [5]le colonel Oudet est resté sur le champ de bataille. Ce régiment s’est couvert de gloire.

L’état-major fait dresser l’état de nos pertes.

Une circonstance particulière de cette grande bataille, c’est que les colonnes les plus rapprochées de Vienne n’en étaient pas à 1,200 toises.

La nombreuse population de cette capitale couvrait les tours, les clochers, les toits, les monticules, pour être témoin de ce grand spectacle.

L’empereur d’Autriche avait quitté Wolkersdorf  le 6, à cinq heures du matin, et était monté sur un belvédère [6]L’emplacement est marqué d’une stèle d’où il voyait le champ de bataille et où il est resté jusqu’à midi. Il est alors parti en toute hâte.

Le quartier général français est arrivé à Wolkersdorf dans la matinée du 7.

 

Wolkersdorf, 8 juillet 1809

DÉCISION

Le général d’Agout écrit que les douanes espagnoles confisquent les monnaies françaises à leur sortie d’Espagne et qu’il en résulte que l’argent exporté de France et mis en circulation en Espagne ne rentre plus en France (Clarke – 28 juin 1809) Le ministre de la guerre donnera des ordres pour que cela n’ait pas lieu et fera sentir combien il est ridicule qu’on empêche de sortir mon argent d’Espagne, quand j’en envoie une grande quantité.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Stammersdorf

Monseigneur, l’Empereur ordonne que, demain, à une heure du matin, vous fassiez partir votre cavalerie légère, la division du général Pully et la cavalerie saxonne; ce qui formera.environ 4,000 hommes de cavalerie, que vous ferez appuyer de plusieurs divisions d’artillerie légère et par 3 à 4,000 hommes d’infanterie; et que vous dirigiez ce corps sur la March, afin de jeter sur la rive gauche tous les partis ennemis qui se trouvent encore sur la rive droite de cette rivière, et de vous emparer des ponts. On suppose que l’ennemi peut être à Hof, à Marchegg, à Anger ou Dürnkrut. Il faut tâcher que, dans la journée de demain, la March soit couverte de vos postes jusqu’à la hauteur de Göding.

Avec le reste de votre corps d’armée, Votre Altesse partira dans le jour pour porter son quartier général, soit à Leopoldsdorf, soit à Siebenbrunn, soit même plus à gauche, suivant les circonstances et les renseignements que vous auriez.

Vous donnerez l’ordre à la flottille aux ordres du capitaine Baste de descendre jusque vis-à-vis Fischament. Vous aurez soin d’envoyer, plusieurs fois chaque jour et par Ebersdorf, des officiers au général Baraguey d’Hilliers, afin de savoir ce qui se passe de son côté. Donnez l’ordre au général Vandamme de porter son quartier général à Fischament, d’où il pourra, suivant les évènements, se porter soit sur le général Baraguey d’Hilliers, soit sur vous, soit sur Neustadt.

Hier matin il n’y avait rien de nouveau vis-à-vis Presbourg. Où était donc l’archiduc Jean ? Il paraît qu’il voulait se réunir au prince Charles et que l’issue de la bataille l’en a empêché. Ce qu’il y a de plus probable, c’est que l’archiduc Jean aura laissé un corps d’observation sur la basse March et se sera porté, avec le reste de ses forces et l’insurrection hongroise, sur Göding pour maintenir la communication du prince Charles avec la Hongrie et inquiéter la droite de notre armée qui marcherait sur Brünn. Vous sentez, Monseigneur, que tout ceci n’est que conjectures, et, comme votre objet a pour but d’être opposé à l’insurrection hongroise et au prince Jean, il faut vous tenir partout où il sera. Ainsi, s’il est vrai que ce prince remonte la March, il faut que votre quartier général soit placé de manière à rejoindre l’armée si le prince Jean se rallie à celle du prince Charles. Mais s’il passait le Danube à Presbourg, le général Baraguey d’Hilliers peut rompre son pont, et, réuni au général Vandamme, retarder assez la marche du prince Jean pour que vous puissiez passer le Danube au pont d’Ebersdorf et arriver à temps à sa rencontre.

Pour remplir ces différents buts, il faut que Votre Altesse place les trois division de son corps d’armée (formation que Sa Majesté approuve) et la division saxonne sur quatre points différents, qui puissent permettre de réunir le corps d’armée sur l’une ou l’autre de ces divisions, suivant les circonstances.

L’Empereur espère que, dans la journée de demain, vous aurez balayé toute la rive droite de la March, que vous serez maître des ponts et que cette rivière sera entre vous et l’ennemi. Votre Altesse pourra passer la March, quand elle voudra, par le moyen des bateaux que le colonel Baste pourra envoyer vis-à-vis Theben, au confluent, et par là pouvoir jeter un pont en peu d’heures. Dans les ordres que vous donnerez au général Vandamme, il faut, Monseigneur, lui laisser beaucoup de latitude, car ce général ne doit pas dégarnir Melk tant que l’ennemi n’aura pas dégarni la rive gauche.

D’ailleurs c’est un officier plein de zèle et de talents.

Dans le placement de vos troupes, il ne faut pas que les Saxons fassent la droite; il est plus convenable qu’ils soient à la gauche, car ils ne doivent jamais être destinés à passer sur la rive droite du Danube. Il est probable que l’Empereur portera, cette nuit, son quartier général à Wilfersdorf; il est donc nécessaire que votre cavalerie couvre son flanc droit et vous donne une communication directe avec nous.

L’intention de l’Empereur est que vous laissiez quelques bataillons à la tête du pont de Jedlersdorf am Spitz. Cela est très-important pour mettre ce point à l’abri des partisans ennemis.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809

ORDRE

ARTICLE 1er. – Le 9e corps de l’armée d’Allemagne est dissous.

Les arrondissements de territoire qui faisaient partie de ce corps d’armée feront partie du 10e corps, hormis la Pologne, qui formera un corps à part.

ART. 2. – Le corps saxon fera un corps détaché, sous les ordres du général de division Reynier.

ART. 3. – Le général de division Dupas prendra le commandement de la division Frère, au 2e corps de l’armée d’Allemagne, commandée par le général Oudinot.

ART. 4. — Le 5e régiment d’infanterie légère fera partie de la division Boudet, ainsi que l’artillerie de la division Dupas. Le 19e régiment d’infanterie de ligne fera partie de la division Legrand.

ART. 5. Le général Montrichard prendra le commandement de l’île Napoléon demain, à quatre heures du matin.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809.

A Alexandre, empereur de Russie, à Saint-Pétersbourg

Monsieur mon Frère, je remercie Votre Majesté Impériale de ses aimables attentions pendant ces trois mois. J’ai tardé à lui écrire, parce que j’ai d’abord voulu lui écrire de Vienne. Après cela, je n’ai voulu lui écrire que lorsque j’aurais chassé l’armée autrichienne de la rive gauche du Danube. Les obstacles que l’ennemi a opposés à la construction de mes ponts m’ont obligé à les faire en pilotis; cela m’a retardé jusqu’à cette époque. La bataille de Wagram, dont l’aide de camp de Votre Majesté [7]Mr de Czernichef, qui a toujours été sur le champ de bataille, pourra lui rendre compte, a réalisé mes espérances. L’armée autrichienne, coupée de la Hongrie, se retire en Bohême. Je suis à sa poursuite; mes avant-postes sont à Nikolsburg et sur Znaym. Pendant tout le mois que nous avons été en présence, où j’étais maître de Vienne, et eux à mille toises sur l’autre rive, non-seulement ils ne m’ont fait aucune insinuation de paix, mais même je n’ai eu à recueillir que des témoignages d’aigreur, et à me convaincre de leur folle présomption. Cela ne peut se concevoir, mais cela est exact.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Stammersdorf

Mon Fils, la division Pully vous rejoint. Le parc du duc d’Auerstaedt est à Neusiedl, et il était le 7 et le 8 inquiété par des patrouilles ennemies de cavalerie. Envoyez un fort parti de cavalerie.

 

Wolkersdorf, 9 juillet 1809

A l’Impératrice à Plombières

Tout va ici selon mes désirs, mon amie. Mes ennemis sont défaits, battus, tout-à-fait en déroute; ils étaient très nombreux, je les ai écrasés.

Ma santé est bonne aujourd’hui; hier, j’ai été un peu malade d’un débordement de bile, occasionné par tant de fatigues; mais cela me fait grand bien.

Adieu, mon amie, je me porte fort bien.

 

Wolkersdorf, 10 juillet 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, envoyez la lettre ci-jointe (Lettre du prince Poniatowski, en date du 21 juin, annonçant l’évacuation de Sandomir par le général Sokolnicki. Cc général avait abandonné la ville après avoir vainement réclamé le secours du prince Galitzine, qui se trouvait près de là, sur la San, avec deux divisions russes fortes de 24,000 hommes. Cette évacuation de Sandomir éveilla l’attention de l’Empereur et lui fit concevoir des soupçons sur la sincérité de l’alliance russe) à M. de Caulaincourt, par un courrier extraordinaire, et enjoignez-lui de faire les plus fortes représentations sur cette traîtreuse conduite.

 

Wolkersdorf, 10 juillet 1809, huit heures et demie du matin.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, devant Nikolsburg (ndlr : aujourd’hui Mikulov)

Le duc de Rivoli a eu hier, Monsieur le Maréchal, un engagement, à trois heures après midi, à Hollabrunn. Toute l’armée ennemie se retire sur Znaym; il est donc nécessaire de marcher en toute hâte sur le général Marmont. Ce général a couché hier à Laa, et marche aujourd’hui sur Znaym; dans la journée, il doit être aux prises avec l’ennemi. Il est donc important que vous marchiez pour arriver à son secours d’ici à une heure. L’Empereur se mettra en marche à la tête de la cavalerie de sa Garde et de son artillerie, pour se diriger vers le général Marmont, et aller où il entendra le canon. Le général Oudinot et la Garde à pied suivront la même direction ce soir, quand ils seront reposés. Laissez, Monsieur le Duc, quelques troupes à Nikolsburg pour garder la tête de la grande route, et, pour peu que vous croyiez qu’on ait besoin de renforcer ce point, mandez-le-moi, afin que l’Empereur y envoie une division du général Oudinot. Faites-moi connaître, par le retour de mon aide de camp, la route que vous tiendrez pour vous porter sur le général Marmont, à quelle heure vous partez et à quelle heure vous comptez arriver. Tout porte à croire que, s’il n’y a pas d’engagement sérieux aujourd’hui, il y en aura un très-sérieux demain.

 

Wilfersdorf, 10 juillet 1809. [8]ndlr : Napoléon séjourne au château du prince de Lichtenstein

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wilfersdorf

Mon Cousin, envoyez ordre au général Nansouty de quitter la route de Nikolsburg à Schriek, et de prendre celle de Mistelbach, Siebenhirten, Staats et Laa.

 

Wilfersdorf, 10 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Wilfersdorf

Le général Walther fera monter à cheval, à midi, les quatre régiments de la Garde avec seize pièces d’artillerie légère. Ils se dirigeront sur Poysdorf, Hadersdorf, Fœllin, Neudorf et Laa. L’infanterie de la Garde partira à une heure avec le reste de l’artillerie.

 

Laa, 10 juillet 1809

A Louis Barbier, bibliothécaire de l’Empereur, à Paris

Je dois prévenir Monsieur Barbier que deux ouvrages importants sont parvenus à Sa Majesté par le courrier d’avant-hier: Le fragment d’histoire d’Angleterre, de Fox, en deux volumes, et un ouvrage de M. de Montgaillard, intitulé: De l’établissement du royaume d’Italie, et du droit de la couronne de France sur le duché de Rome.  Le premier a été pris chez le libraire et envoyé à M. Maret; l’autre m’a été envoyé par l’auteur. M. Barbier doit sentir la nécessité d’être le plus promptement possible au courant des nouveautés. Il faudrait faire prendre les ouvrages chez les libraires avant qu’ils soient livrés au public. Il me semble que l’Empereur peut bien avoir ce droit.

Par ordre de l’Empereur, Méneval.

 

Laa, 11 juillet 1809, deux heures du matin.

Au général Marmont, duc de Raguse, commandant le 2e corps de l’armée d’Allemagne, devant Znaym

L’officier du génie italien que vous avez expédié est arrivé à minuit; il a donc mis six heures pour faire cette mission. Depuis, il n’est arrivé personne. Cet officier pouvait s’égarer. Les règles de la guerre voulaient que vous en envoyassiez trois à une demie-heure de distance les uns des autres. Je n’ai trouvé à Laa aucun commandant, aucune garnison, pas même un poste à vos ponts; cependant si les hussards, qui rôdent dans la plaine, étaient venus les brûler, votre retraite eût été compromise. Vous n’avez pas appris cette insouciance en servant avec. Comment n’avez-vous pas laissé des postes de cavalerie pour  jalonner la route et pour que vos nouvelles arrivassent promptement ?

Le duc d’Auerstaedt avait ordre de vous appuyer; vous l’avez si peu pressé de venir à vous, qu’il s’est porté à Nikolsburg, c’est-à-dire à deux journées de vous; heureusement qu’hier je l’ai fait revenir. La lettre que vous lui écrivez n’est pas assez pressante. Il est tout simple qu’aucun général n’aime à venir en seconde ligne. Je monte à cheval avec toute la cavalerie, mais il est déjà deux heures du matin. Ayez soin de ne rien engager de sérieux jusqu’à ce que je sois à portée.

Le général Oudinot, qui a pris une direction à gauche, a dû vous envoyer un officier pour avoir des nouvelles.

Envoyez-moi quelqu’un qui connaisse bien votre position et celle de l’ennemi. Quel est le village pris et repris ? Faites-m’en un croquis, que vous m’enverrez en route.

 

Au camp devant Znaym, 12 juillet 1809.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, devant Znaym

Je vous envoie, Monsieur le Duc, ampliation de la suspension d’armes que j’ai signée ce matin avec M. le baron de Wimpffen.
L’intention de l’Empereur, Monsieur le Duc, est que votre corps d’armée occupe Brünn et le cercle de même nom, et qu’il soit baraqué de manière à travailler à l’instruction, maintenir une bonne discipline, réorganiser les corps, l’artillerie, les équipages militaires, veiller à ce que l’on protège les habitants des campagnes et les moissons.

Je vous préviens, Monsieur le Duc, que l’Empereur a accordé à M. le prince de Lichtenstein que le même arrondissement tracé à quelques lieues autour de Holitsch, comme il le fut il y a trois ans et demi dans l’armistice conclu après Austerlitz, soit considéré comme neutre, et qu’il n’y ait aucune troupe des deux armées. M. le général Dumas vous fera connaître cette ligne.

Le prince de Neuchâtel, major général.

 

Znaym, 13 juillet 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, envoyez-moi des compagnies d’artillerie. Faites relever toutes celles qui sont à Boulogne, sur les côtes de Bretagne, de Provence et ailleurs. Elles seront remplacées par des canonniers de la marine. Entendez-vous avec le ministre de la marine, auquel j’en écris et renvoyez-moi tous mes vieux canonniers.

 

Au camp devant Znaym, 13 juillet 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint la suspension d’armes que j’ai conclue. Vous 1’enverrez par un courrier extraordinaire à mon ministre à Saint-Petersbourg et à tous mes autres ministres près les différentes cours. Des plénipotentiaires vont venir pour traiter de la paix. Comme je ne tarderai pas à me rendre à Vienne, je vous donnerai là mes instructions.

SUSPENSION D’ARMES.

ARTICLE 1er. – Il y aura suspension d’armes entre les armées de S. M. l’Empereur des Français et Roi d’Italie et de S. M. l’Empereur d’Autriche.
ART. 2. – La ligne de démarcation sera, du côté de la haute Autriche, la frontière qui sépare l’Autriche de la Bohême, le cercle de Znaym, celui de Brünn, et une ligne tracée de la frontière de Moravie sur Raab, qui commencera au point où la frontière du cercle de Brünn touche la March, et en descendant la March jusqu’au confluent de la Taya; de là à Sankt-Johann et la route jusqu’à Presbourg, Presbourg et une demi-lieue autour de la ville, le grand Danube jusqu’à l’embouchure de la Raab et une lieue autour, la Raab jusqu’à la frontière de la Styrie, la Styrie, la Carniole, l’Istrie et Fiume.
ART. 3. – Les citadelles de Brünn et de Graz seront évacuées immédiatement après la signature de la présente suspension d’armes.
ART. 4. – Les détachements des troupes autrichiennes qui sont dans le Tyrol et le Vorarlberg évacueront ces deux pays. Le fort de Sachsenburg sera remis aux troupes françaises.
ART. 5. – Les magasins de subsistances qui se trouvent dans le pays qui doit être évacué par l’armée autrichienne et qui lui appartiennent pourront être évacués.
ART. 6. – Quant à la Pologne, les deux armées prendront la ligne qu’elles occupent aujourd’hui.
ART. 7. – La présente suspension d’armes durera un mois; et, avant de recommencer les hostilités, on se préviendra quinze jours d’avance.
ART. 8. – Il sera nommé des commissaires respectifs pour l’exécution des présentes dispositions.
ART. 9. – A dater de demain, 13, les troupes autrichiennes évacueront les pays désignés dans la présente suspension d’armes et se retireront par journées d’étapes.
Le fort de Brünn sera remis le 14 à l’armée française, et celui de Graz le 16 juillet.
Le présent armistice fait et arrêté entre nous, soussignés, chargés des pleins pouvoirs de nos souverains respectifs. M. le baron de Wimpffen, général-major et chef d’état-major de l’armée autrichienne, et S. A. S. le prince de Neuchâtel, major général de l’armée française.

Au camp devant Znaym, le 12 juillet 1809.

ALEXANDRE – WIMPFFEN.

 

Camp impérial de Znaym, 13 juillet 1809.

AUX ÉVÊQUES DE FRANCE

Monsieur l’évêque de. . . . . . . , les victoires d’Enzersdorf et de Wagram, où le Dieu des armées a si visiblement protégé les armes françaises, doivent exciter la plus vive reconnaissance dans le cœur de nos peuples. Notre intention est donc qu’au reçu de la présente vous vous concertiez avec qui de droit pour réunir nos peuples dans les églises et adresser au ciel des actions de grâces et des prières conformes aux sentiments qui nous animent.

Notre Seigneur Jésus-Christ, quoique issu du sang de David, ne voulut aucun règne temporel; il voulut, au contraire, qu’on obéît à César dans le règlement des affaires de la terre. Il ne fut animé que du grand objet de la rédemption et du salut des âmes. Héritier du pouvoir de César, nous sommes résolu à maintenir l’indépendance de notre trône et l’intégrité de nos droits. Nous persévérerons dans la grande œuvre du rétablissement de la religion. Nous environnerons ses ministres de la considération que nous seul pouvons leur donner. Nous écouterons leur voix dans tout ce qui a rapport au spirituel et au règlement des consciences.

Au milieu des soins des camps, des alarmes et des sollicitudes de la guerre, nous avons été bien aise de vous donner connaissance de ces sentiments, afin de faire tomber dans le mépris ces œuvres de l’ignorance et de la faiblesse, de la méchanceté ou de la démence, par lesquelles on voudrait semer le trouble et le désordre dans nos provinces. On ne nous détournera pas du grand but vers lequel nous tendons et que nous avons déjà en partie heureusement atteint, le rétablissement des autels de notre religion, en nous portant à croire que ses principes sont incompatibles, comme l’ont prétendu les Grecs, les Anglais, les Protestants et les Calvinistes, avec l’indépendance des trônes et des nations. Dieu nous a assez éclairé pour que nous soyons loin de partager de pareilles erreurs; notre cœur et ceux de nos sujets n’éprouvrent point de semblables craintes. Nous savons que ceux qui voudraient faire dépendre de l’intérêt d’un temporel périssable l’intérêt éternel des consciences et des affaires spirituelles sont hors de la charité, de l’esprit et de la religion de celui qui a dit: Mon empire n’est pas de ce monde.

 

Au camp devant Znaym, 13 juillet 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Siebenbrunn [9]ndlr : en fait Siebenbrunn – aujourd’hui Ober-Siebenbrunn

Mon Fils, je vous envoie copie de l’armistice que j’ai conclu.

Faites occuper la March et Presbourg.

Il faut me présenter un projet d’organisation pour votre corps d’armée, de manière que les 3e et 4e bataillons qui appartiennent au corps de Marmont le rejoignent. La division Grouchy vous sera rendue; je l’ai destinée à occuper OEdenburg, Graz, Laybach, Klagenfurt et Trieste. Le général Mathieu Dumas est commissaire pour l’armée.

Vous chargerez le général Rusca de prendre possession du fort de Sachsenburg. Vous pourrez envoyer le corps saxon sur Stockerau. Je serai demain de bonne heure à Vienne. Vous m’enverrez là vos rapports, et je vous donnerai mes instructions.

 

Schönbrunn, 13 juillet 1809

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, j’ai besoin de beaucoup d’artillerie. Mon intention est que vous fassiez renouveler à Boulogne, en Bretagne, aux îles Marcouff, à Belle-Isle, et sur les côtes de l’océan et de la Méditerranée tous les canonniers de la marine. Si même cela était nécessaire, je vous autorise à désarmer quelques vaisseaux. Mais il est indispensable que cet ordre soir strictement exécuté, et que ces canonniers m’arrivent sans délai.

 

Au camp, devant Znaym, 13 juillet 1809

A l’Impératrice, à Plombières

Je t’envoie la suspension d’armes qui a été conclue hier avec le général autrichien.

Eugène est du côté de la Hongrie, et se porte bien.

Envoie une copie de la suspension d’armes à Cambacérès, en cas qu’il ne l’a pas déjà reçue.

Je t’embrasse et me porte bien.

PS. Tu peux faire imprimer, à Namcy, cette suspension d’armes

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809

Au prince Cambacérès, archi-chancelier de l’empire, à Paris

Mon Cousin, j’ai reçu votre lettre du 11 juillet. Il faudrait s’occuper au Conseil d’État d’un règlement sur les agents de change. Vous voyez combien cela est nécessaire. On fait courir les bruits les plus criminels, et cela tient, non à la malveillance, mais à des spéculations sur la hausse ou la baisse. Il est instant de faire cesser un jeu d’agiotage qui compromet la tranquillité publique. Réunissez un petit comité composé des ministres des finances, du trésor, des ministres d’État, des sieurs Bérenger et Jaubert, gouverneur de la Banque, et présentez un projet au Conseil d’État.

 

Schönbrunnn, 14 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Le major général enverra un de ses aides de camp à Bayreuth.

Cet aide de camp passera par Egra, et fera connaître que l’ennemi doit évacuer Bayreuth et occuper les frontières de la Confédération.
Le major général écrira à M. de Wimpffen que je donne l’ordre à Bayreuth et à Dresde de se tenir sur les frontières de la Confédération, et qu’il est nécessaire que l’archiduc Charles donne le même ordre.

Votre aide de camp sera accompagné par un autre officier, qui rappellera la réponse de M. de Wimpffen, auquel vous ferez connaître que, s’il n’avait pas envoyé des ordres aux troupes autrichiennes qui sont du côté de Bayreuth, il les envoie sur-le-champ pour éviter un versement de sang inutile.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, l’armée d’Italie sera organisée de la manière suivante:

le division, commandée par le général Broussier, les 9e, 84e et 92e,
2e division, commandée par le général Lamarque, les 13e, 29e, 32e et 53e.
3e division, commandée par le général Durutte, les 23e léger, 62e et 105e.
4e division, commandée par le général Pacthod, les 1er de ligne, 52e, 106e, et 112e
Division Severoli, tous les Italiens.
Les 4e bataillons du ler léger et du 12e, avec le parc, au quartier général.
Deux brigades de cavalerie légère, composées chacune de deux régiments; un des cinq régiments continuera à rester avec la brigade Thiry.
Enfin, les deux divisions de dragons des généraux Grouchy et Pully.
Les 3e et 4e bataillons des régiments de l’armée de Dalmatie rejoindront le maréchal Marmont.

Vous donnerez ordre que le maréchal Macdonald, avec deux divisions et une brigade de cavalerie légère, se porte sur Graz; que la division Severoli se porte sur Klagenfurt. Vous donnerez ordre que les deux autres divisions, une brigade de cavalerie légère et les deux divisions de dragons restent jusqu’à nouvel ordre sur la March.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809.

A M. Germain, chambellan de l’Empereur

Rendez-vous le long du Danube, à Klosterneuburg, Kornneuburg, Stockerau, Tulln, Krems et dans les villes situées sur les deux rives du Danube jusqu’à Passau. Parlez aux bourgmestres, baillis, mariniers et commandants français, pour qu’ils fassent partir des bateaux chargés de blé et autres objets nécessaires à la consommation de Vienne. Rassurez tout le monde.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, je ne puis voir qu’avec la plus grande surprise que les 18,000 prisonniers qui sont dans l’île Napoléon meurent de faim.

Cela est inhumain et impardonnable. Envoyez-y dans la journée de demain 20,000 rations de pain. Envoyez aussi de la farine pour alimenter la manutention. J’ai ordonné qu’il y eût du pain pour quatre jours, et il n’y en a pas.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809, une heure après midi

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, commandant le 10e corps de l’armée d’Allemagne, à Weimar

Mon Frère, je reçois votre lettre du 6. Vous avez dû recevoir, par la Bohême, un aide de camp du prince de Neuchâtel, qui vous aura instruit du résultat de la bataille de Wagram et de l’armistice de Znaym. Il n’a pas été question de vous dans l’armistice, parce que, de part et d’autre, on est convenu que vous occuperiez les frontières de la Confédération.

La lettre de votre ministre de Prusse ne signifie rien. Ce qu’on vous dit de la Russie est faux; c’est mal connaître le caractère de l’empereur Alexandre. Ce qu’on vous dit du caquetage de la cour de Königsberg est vrai. Pour de la mauvaise volonté et de la mauvaise foi, il y en a beaucoup; mais la Prusse est liée avec moi par des traités; d’ailleurs aujourd’hui tout est fini.

L’armistice de Znaym vous ôte toute inquiétude sur l’expédition des Anglais, qui toutefois ne pouvait être que bien faible et qui n’était qu’un épouvantail. Vous devez sentir la nécessité d’augmenter vos troupes. Le duc d’Abrantès me mande qu’il a occupé Amberg, ayant été obligé d’évacuer Bayreuth par la réunion du corps autrichien de Dresde à celui de Bayreuth; ce qui avait porté les forces de l’ennemi à 12 ou 10,000 hommes. Je vois par votre lettre du 6 que vous êtes à Chemnitz, c’est-à-dire que vous marcherez sur les derrières du corps ennemi; par conséquent vous l’aurez forcé à rentrer en Bohême avant l’armistice. Dans tout état de choses, vous devez occuper Bayreuth et la Saxe. Je vais employer le temps que durera l’armistice à soumettre le Tyrol. Le duc d’Abrantès sera augmenté de la division Lagrange, des corps de Wurtemberg et de Bavière et de ce que pourra réunir la Saxe; de manière que, si les hostilités recommencent, vous pourrez entrer en Bohême avec 30,000 hommes, sans autre avis.

Surtout ne quittez point Dresde; reportez-y votre quartier général.

Laissez le corps du duc d’Abrantès à Bayreuth pour achever de former là son corps. Il est probable, mais il n’est pas certain que la paix ait lieu; il faut donc vous mettre en état de faire, avec votre corps fort de 30,000 hommes, une forte diversion en Bohême, ou partout où besoin serait.

J’ai supprimé le 9e corps de l’armée (voir lettre du 9 juillet); ainsi la Saxe et les garnisons de l’Oder font partie de votre corps. Il est nécessaire de retirer des places de l’Oder le 22e de ligne, qui est un fort bon régiment; ce qui vous donnera 3 à 4,000 hommes qui valent ceux que vous avez. Je vais m’occuper de remplacer ce régiment dans le service de ces places.

Aussitôt que l’armistice sera établi chez vous, renvoyez les détachements que vous avez qui appartiennent à l’armée et ceux qui forment la 10e demi-brigade provisoire, et donnez-m’en avis. Tout cela est nécessaire pour recruter mon armée. Il y a à Magdeburg plus de monde qu’il ne faut. Renvoyez-moi toutes les compagnies d’artillerie française, dont j’ai grand besoin ici.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809, deux heures après midi.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Schloss Hof

Mon Fils, Marbeuf m’apporte votre lettre du 13 à huit heures du soir. Baraguey d’Hilliers, à ce qu’il paraît, a pris possession de Presbourg. S’il ne l’avait pas encore fait, faites-lui passer le Danube sur-le-champ; un bataillon suffit, quant à présent, pour occuper Presbourg. J’approuve la formation de votre corps à quatre divisions. Vous pouvez envoyer Macdonald avec deux divisions prendre possession de Graz ; je pense que les autres devraient se tenir à OEdenburg, en occupant la ligne de Raab à OEdenburg. Votre quartier général me parait devoir être très-convenablement établi à OEdenburg. Vous serez là à portée de Presbourg et de Vienne, et dans un pays où votre cavalerie pourra facilement se rétablir : c’est ce dont il faut s’occuper aujourd’hui avec activité.

Le général Vandamme se porte sur Neustadt et de là sur le Semmering avec ses troupes, afin de presser l’évacuation de Graz. Il est arrivé au général Rusca un événement dont j’ignore les détails; il parait qu’il s’est retiré du côté de Salzburg. Je désire donc que Macdonald se rende avec deux de vos divisions à Neustadt et de là sur Graz. Les deux autres peuvent rester avec les Saxons sur la March, pour occuper Presbourg, faire jeter un pont et occuper Raab et toute la ligne. Vous pourrez porter votre quartier général à OEdenburg dans quelques jours. Je désire connaître le lieu où il faudra construire un pont sur la March, et quelle est la ligne de cette rivière.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809, onze heures du soir.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Schloss Hof

Mon Fils, je reçois votre lettre du 14 à midi. Il faut assurer le passage de la March par un bon pont. En attendant, restez avec vos deux divisions jusqu’à ce que Presbourg soit occupé. Envoyez au-devant du général Grouchy pour qu’il vous rejoigne.

 

Schönbrunn, 14 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je désire que vous veilliez à ce que, toutes les fois qu’on mettra sur des colonnes, sur des monuments ou ailleurs quelque chose de relatif à la bataille d’Austerlitz, le nom d’Austerlitz ne soit jamais cité, ce mot faisant beaucoup de peine et du tort à l’empereur Alexandre.

Vous recevrez un décret par lequel j’ai nommé un commissaire général de police à Wesel; ayaz soin que ce soit un Français et un homme sûr et intelligent.

Je vous envoie une lettre dont l’objet est important. Si ce Dessort est réellement le misérable Argenton dont je vous ai envoyé des pièces, faites-le venir à Paris avec les fers aux pieds et aux mains. Cette affaire mérite toute votre sollicitude. Je suppose qu’on aura saisi tous ses papiers. Il estr inconcevable qu’il ait osé venir à Paris.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au comte Bigot de Preameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur Rigot Preameneu, je réponds à vos lettres du 23 juin et du 4 juillet. La bulle d’excommunication est une pièce si ridicule qu’elle ne mérite pas qu’on y fasse attention. Ce qui mérite attention, c’est de prendre des mesures pour pourvoir aux évêchés vacants. Les archevêchés de Lyon, de Malines, d’autres évêchés, sont vacants. Il est nécessaire de savoir quel est le parti que le Pape veut prendre.

A cet effet, les cardinaux Fesch, Caprara, comme archevêque de Milan, Caselli, comme archevêque de Parme, Maury, comme évêque de Montefiascone aujourd’hui réuni à la France, l’archevêque de Tours et d’autres évêques de cette réputation, doivent écrire au Saint-Père pour lui demander ce qu’il veut faire, lui représenter que les affaires spirituelles et temporelles ne peuvent être confondues, et que, s’il n’institue pas les évêques aux termes du Concordat, il élèvera un schisme dans l’Église, et que, s’il y a des troubles, ce sera au détriment de la religion; il faut donc lui demander qu’il institue les évêques; que, dans les bulles d’institution, je ne demande pas mieux qu’il ne soit pas fait mention de moi; que la demande n’en sera pas signée de moi, mais sera faite par une lettre du ministre des cultes à la chancellerie du Pape, qui dira que Sa Majesté ayant nommé un tel à tel évêché, la chancellerie est priée d’envoyer l’institution canonique. Par cette cessation de correspondance entre moi et le Pape, il ne sera pas question de moi dans ces pièces, il ne faut pas cependant que le Pape dise qu’il nomme de son propre mouvement; mais qu’il institue, sans raisons ou allégations inutiles.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, vous recevrez un décret relatif au recrutement de l’armée, dans lequel vous verrez les mesures que j’ai prescrites pour dissoudre les 5e, 9e, 10e, 11e, 12e, 13e, 14e, 16e et 17e demi-brigades provisoires. La 15e demi-brigade provisoire sera reformée à trois bataillons. Le 1er bataillon sera composé de trois compagnies de chacun des 101e, 60e et 7e de ligne. Le 2e bataillon sera composé de trois compagnies de chacun des 14e léger et 6e de ligne; le 3e bataillon, de trois compagnies de chacun des 10e et 20e de ligne.

Ainsi les trois compagnies du 60e et les trois compagnies du 7e de ligne ne suivront pas la destination des 16e et 17e demi-brigades provisoires, dont elles faisaient partie. Ces corps provisoires ne font qu’embrouiller les choses, et tous les corps ont besoin aujourd’hui d’être complétés.

Je préfère donc que les 5e bataillons se rendent en droite ligne aux bataillons de guerre. J’ai renvoyé aux dépôts, il y a un mois, les cadres des 4e bataillons de la division Saint-Hilaire. J’ai renvoyé, il y a peu de jours, les cadres des 4es bataillons du corps du duc d’Auerstaedt, ainsi que ceux des régiments qui avaient leurs 4e bataillons à l’armée, tels que les 4e, 18e, 24e de ligne et 26e léger; de sorte qu’il n’y a plus à l’armée que des corps ayant trois bataillons, et ensuite les 4e bataillons qui sont au corps du maréchal Oudinot, et dont les trois premiers sont en Espagne.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, j’ai reçu deux états, l’un des détachements de toutes armes partis de Strasbourg pour se rendre à l’armée d’Allemagne depuis le 10 juin jusqu’au 3 juillet, duquel il reste que 6,500 hommes d’infanterie, 1,700 chevaux et 1,500 hommes d’artillerie et du génie, formant 9,500 hommes, sont partis. Le second état est celui des détachements destinés à l’armée d’Allemagne, partis ou devant partir de Strasbourg depuis le 4 juillet, duquel il résulte que 8,500 hommes d’infanterie, 1,100 chevaux et 200 hommes d’artillerie et du génie sont en marche; ce qui ferait la valeur de 20,000 hommes qui vont rejoindre l’armée.
Dans ces états n’est pas compris ce qui a été fourni des dépôts du Piémont et d’Italie. Faites-moi connaître ce qu’il y a à ces dépôts et ce qu’ils peuvent envoyer; faites-en dresser l’état. Je pense que cela ne va pas plus loin de 8,000 hommes. Tous ces renforts réunis répareront les pertes de l’armée depuis son entrée en campagne.

Je désire que vous fassiez partir pour l’armée tout ce que les 5e bataillons peuvent fournir aux bataillons de guerre, ainsi que les demi-brigades provisoires. Dirigez donc sur l’armée, soit des demi-brigades provisoires qui sont en France et en Italie, soit des dépôts, tout ce qui est disponible, armé et exercé, sans y comprendre cependant la levée supplémentaire de 40,000 hommes. Tous ces détachements se rendront d’abord sur Passau et de là sur Vienne.

Il faut excepter de cette mesure trois demi-brigades provisoires, les deux qui sont à Boulogne et celle qui est à Gand, lesquelles doivent rester entières. Toutes les autres doivent faire partir ce qu’elles ont de disponible pour les corps respectifs. Il m’importe beaucoup que, dans le courant d’août, mes cadres soient le plus complets possible.

Organisez tous ces détachements de manière qu’ils partent de Strasbourg par colonnes de 5 à 600 hommes, afin d’arriver en règle.

Cavalerie. Quant à la cavalerie, je ne puis que vous réitérer de compulser vos états, et de renouveler aux généraux commandant les divisions l’ordre de faire partir des dépôts de hussards et de chasseurs tous les hommes montés disponibles dont les escadrons de guerre sont, soit en Allemagne, soit en Espagne, On incorporera dans les corps qui sont en Allemagne les hommes dont les corps sont en Espagne. Faites la même chose pour les cuirassiers, et portez à 9,000 hommes les six régiments provisoires de dragons.
Artillerie. Faites-moi faire des états pareils pour l’artillerie, qui me fassent connaître: 1° ce qui est parti; 2° ce qui n’était pas arrivé à Vienne au 10 juillet; 3° ce qui partira et pourra être arrivé avant la fin de septembre. Je m’attends à avoir un grand accroissement d’artillerie après l’ordre que j’ai donné de faire remplacer les canonniers garde-côtes par des canonniers de marine, et d’envoyer tout ce que les dépôts ont de disponible. Vous m’enverrez un état particulier pour cela. Le système de guerre régulier que je suis exige une grande quantité d’artillerie. Les immenses ouvrages que je fais faire à Passau et ailleurs m’en emploient beaucoup. Il me faudrait deux compagnies à Augsburg, deux à la tête de pont de Linz, une à l’abbaye de Melk, une à l’abbaye de Göttweig, deux à la tête de pont de Vienne, deux à l’arsenal de Vienne, deux à Raab, deux à Graz , une à Klagenfurt. Il m’en faut pour compléter les pertes faites dans les dernières batailles, et aussi pour augmenter mon matériel. J’ai été fort content de l’artillerie dans ces dernières affaires. Avec l’artillerie de ma Garde et la précaution de distribuer aux régiments cent vingt pièces d’artillerie autrichiennes, j’avais l’égalité et peut-être la supériorité sur l’artillerie ennemie. Mon intention est de compléter l’artillerie des régiments, mais je manque de petites pièces. Il serait convenable d’envoyer de Strasbourg un bon nombre de pièces de 3, avec leurs caissons et munitions. Envoyez-moi des hommes et des chevaux des dépôts des bataillons du train, soit qu’ils aient leurs bataillons ou des compagnies en Espagne, soit qu’ils les aient en Allemagne. On incorporera dans les bataillons qui sont à l’armée d’Allemagne les hommes des dépôts dont les bataillons sont en Espagne.

Génie. Envoyez ici toutes les compagnies de sapeurs qui sont en France ou en Italie; il ne doit y en avoir nulle part, tous les ouvrages permanents se font par des entrepreneurs; envoyez à l’armée d’Allemagne celles qui sont employées à Kehl, à Wesel, à Juliers, à Mayence et dans les places d’Italie, avec un bon nombre d’hommes pour les recruter.

Portez une attention particulière aux ordres contenus dans cette lettre. Il est important que pendant l’armistice les routes se couvrent de troupes françaises, et que l’accroissement de l’armée soit supérieur à tout ce que pourra recevoir l’ennemi. Envoyez-moi 3 ou 400 milliers de poudre; ils pourront, maintenant que le Danube est libre, s’embarquer à Ulm et venir par eau jusqu’à Passau. Il est également nécessaire de diriger 20,000 fusils, 2,000 paires de pistolets, 2,000 sabres de cuirassiers et 2,000 sabres de cavalerie légère sur Passau. J’ai demandé, il y a plus de six semaines, 2,000 cuirasses.

La quantité de chevaux tués aux différentes batailles est très-considérable. En général, dans les batailles, j’ai constamment, pour un homme de cavalerie tué ou blessé, perdu trois ou quatre chevaux.

J’ai ordonné aux dépôts de Passau et de Schönbrunn qu’on en achète et qu’on ne néglige rien pour cela; mais j’ai encore 4,000 hommes de cavalerie à pied. Cependant une partie sera montée dans le courant du mois.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au vice-amiral Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je vois par la correspondance de l’île de France que la mouche n° 6 est arrivée. Cela étant, expédiez de Bayonne quatre autres mouches pour cette île, à distance de quinze jours l’une de l’autre, avec des nouvelles du continent.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, écrivez au colonel du 65e pour qu’il vous envoie la situation de son régiment. Vous lui ferez connaître que deux de ses bataillons doivent se trouver réunis à Augsburg, que deux doivent être formés à son dépôt en Flandre, et que le 4e est en marche de Vienne pour le rejoindre; qu’il recevra 2,000 hommes sur la conscription, dont 1,000 à son dépôt, et 1,000 qui rejoindront à Strasbourg; que j’ai ordonné que son 3e bataillon parle avec 1,000 hommes pour Augsburg, et qu’ainsi j’espère qu’il aura dans le courant d’août quatre bataillons formant 3 à 4,000 hommes en état de servir.

Demandez à ce colonel quels moyens il a pris pour l’habillement des 1,000 hommes qui doivent être arrivés à Strasbourg. Vous lui ferez connaître que probablement les 900 hommes de son régiment qui sont prisonniers vont être rendus; ce qui portera chaque bataillon à beaucoup plus que le complet, et mettra ce régiment à même de former une belle réserve de 4,000 hommes à Augsburg. Le bataillon du 46e qui doit être arrivé à Augsburg sera joint à cette réserve; ce qui donnera à la division Lagrange une colonne de cinq bataillons en bon état.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne.

Monsieur le Général La Riboisière, faites-moi un rapport qui me fasse connaître les besoins de l’artillerie, 1° en bouches à feu de campagne; 2° en munitions; 3° en poudre; 4° en ouvriers pour pouvoir se procurer des affûts, des fers et autres objets nécessaires à l’approvisionnement de l’artillerie; 5° en personnel, savoir, canonniers et train. Votre rapport doit reposer sur les bases suivantes : deux pièces de 3, de 4 ou de 6 par régiment d’infanterie; ce qui fait, pour le corps du duc de Rivoli, vingt-huit; pour le corps du duc d’Auerstaedt, vingt-huit; pour le corps du maréchal Oudinot (ndlr : Oudinot a reçu son bâton de maréchal le 12 juillet précédent), trente-quatre; pour le corps du vice-roi, trente-deux; pour le corps du maréchal Marmont, quatorze; ce qui fait, pour les pièces de régiment, un total de cent seize, desquelles il faut ôter ce que vous avez déjà fourni. Faites-moi connaître: 1° ce que vous pouvez fournir ici en pièces de 3, de 4 ou de 6; 2° ce que peuvent fournir encore Passau et Linz; 3° ce qu’on peut faire venir d’Italie; 4° ce qu’on peut faire venir de France.

Quant à l’organisation des divisions, voici les besoins: le corps du duc de Rivoli, soixante pièces; le corps du duc d’Auerstaedt, soixante; le corps du maréchal Oudinot, quarante-cinq; le corps du maréchal Marmont, trente; le corps du vice-roi, soixante; total, deux cent-cinquante-cinq. Je ne comprends point dans ce compte les alliés.

Pour la cavalerie, il faut une demi-batterie par chaque régiment de cuirassiers : ainsi, pour la division Nansouty, il faut dix-huit pièces, pour la division Saint-Germain, douze; pour la division du duc de Padoue, douze. Une demi-batterie de trois pièces pour chaque division de cavalerie légère et ainsi il faut, pour la division Montbrun et pour celle que commandait le  général Lasalle, quarante-huit pièces d’artillerie 1légère. Pour la Garde, il faut compter d’abord  soixante pièces telles qu’elles existaient avant la bataille, en outre vingt-quatre pièces dont j’ai ordonné la formation à Strasbourg. De plus, je désire, sous le commandement du général de l’artillerie de ma Garde, pour suivre sa destination, une réserve de douze pièces de 12 et six obusiers servis par l’artillerie à pied, faisant dix-huit pièces. Ce qui portera l’artillerie qui suivra la Garde à cent deux pièces. Plus, quatre divisions chacune de six pièces, savoir : seize pièces de 6 et huit obusiers servis par l’artillerie  de la ligne, faisant vingt-quatre pièces; ce qui formera une réserve de quarante-deux bouches à feu qui, avec les quatre-vingt-quatre pièces de la garde, feront une réserve de cent-vingt-six pièces.

Récapitulation : pièces de régiment, 116; pièces de division, 255; pièces de la cavalerie, 48; pièces de la Garde et réserve, 126; total, 545 bouches à feu; sans compter les alliés, qui doivent avoir, les Bavarois, 60 pièces; les Saxons, 36; les Wurtembergeois, 24; les Badois, 18; les Hessois, 16; total, 154; total général, 699 bouches à feu.

Le personnel de l’artillerie doit pouvoir fournir, indépendamment du service du corps, deux compagnies à Passau, une ou deux à Linz, une à Melk et à Göttweig, deux à la tête de pont de Vienne, deux dans Vienne, une à Raab, une à Graz, deux dans d’autres forts.
Indépendamment de ces douze ou treize compagnies, il en faut aujourd’hui au moins huit pour le service des parcs et pour les événements imprévus.

C’est donc plus de vingt, soit à pied, soit à cheval, qui sont indispensables, indépendamment de celles destinées au service des corps.
Aussitôt que j’aurai votre rapport, je prendrai des mesures convenables pour que tout ce qui manque arrive. Nous trouverons à Graz une grande quantité de boulets; on peut en ramasser cent mille sur les champs de bataille autour de Vienne; ainsi il paraît que nous en aurons suffisamment. Si, à Brünn, on n’a point trouvé 3 ou 400 milliers de poudre, il faut en faire venir d’Ulm. Il faut faire venir également des fusils, des cuirasses, des sabres et des pistolets. Il doit y avoir actuellement à l’armée sept à huit compagnies qui ne sont attachées à aucun corps; il en arrive quatre d’Italie et huit ou dix qui sont parties de France.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809.

Au général comte de Lauriston, commandant l’artillerie de la Garde, à Schönbrunn

Monsieur le Général Lauriston, je viens d’ordonner que, indépendamment des soixante pièces d’artillerie de la Garde, il y en aurait vingt-quatre qui viendront de Strasbourg et seront suivies par les trois compagnies attachées aux brigades de conscrits, de tirailleurs et de fusiliers de la Garde, ce qui fera quatre-vingt-quatre pièces servies par la Garde; qu’il y aurait outre cela, attachée à la Garde, une réserve de douze pièces de 12 et de six obusiers, servie par quatre compagnies à pied du 4e régiment; ces compagnies sont parties d’Alexandrie et arriveront avant dix jours à Vienne; plus, deux divisions, chacune de six pièces à cheval, servies par deux compagnies du 1er régiment d’artillerie, que fournira l’armée d’Italie. Il y aura donc, attachées à la Garde, trente pièces de canon, qui, avec les quatre-vingt-quatre, formeront un total de cent quatorze bouches à feu.

Voyez le général de la Riboisière, afin de prendre toutes les mesures nécessaires pour se procurer le matériel et les attelages; le personnel est trouvé moyennant ces dispositions.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, je désire que vous me présentiez des rapports sur les différents projets suivants:

1° Réunir à Vienne tout le biscuit qu’il peut y avoir à Augsburg, à Passau, à Linz, à Enns et à Melk, de manière à avoir à Vienne un million de rations de biscuit; en établir le magasin dans un des bastions ou dans un local qui serait désigné par le gouverneur;
2° Réunir à Vienne 21,000 quintaux de farine et 100,000 quintaux de blé, dont on organiserait la mouture;
3° Se procurer 100 millions en papier, afin de pouvoir payer sans délai juin, juillet et août à l’armée, et pourvoir à toutes les dépenses de l’artillerie et du génie;
4° Établir des ateliers d’habillement à Graz, à Linz, à Vienne, et prendre des mesures pour avoir de quoi confectionner dans chacun de ces ateliers 20,000 capotes, habits, vestes et culottes; total, 60,000 capotes, habits, vestes et culottes; un même nombre de baudriers et de gibernes; le double de chemises; la moitié de shakos et la moitié de sacs à peau. Ces trois ateliers seront d’une grande utilité, pour l’armée. Faites-en établir un à Znaym pour le corps du duc de Rivoli , un à Brünn pour le corps du duc d’Auerstaedt, et un à OEdenburg pour le corps du vice-roi. Portez la confection de chacun de ces ateliers  des corps d’armée à 3,000 capotes, culottes, habits, vestes, etc., pour pouvoir servir aux hôpitaux établis dans ces lieux. Il faut établir tous ces ateliers comme j’ai établi ceux de Bordeaux. Faites-moi connaître sur quels lieux doivent frapper les réquisitions en draps, toiles, tricots, etc. Par ce moyen je pourrai entretenir mon armée.

Présentez-moi le plus tôt possible vos rapports, afin de mettre cela promptement en vigueur. Quant aux façons, on les fera faire par les tailleurs des villes, que le directeur de l’habillement payera convenablement.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au delà des Alpes, à Turin.

Mon Cousin, faites partir pour Vienne un bataillon de marche, qui portera le titre de bataillon de marche de la 27e division militaire, qui sera composé de 140 hommes du 5e bataillon du 2e de ligne, de 140 hommes du 5e bataillon du 28e, de 140 hommes du 5e bataillon du 37e, du 140 hommes du 5e bataillon du 93e, de 140 hommes du 5e bataillons du 112e, et de 140 hommes du 5e bataillon du 23e; ce qui formera un bataillon de marche de 840 hommes. Faites partir également pour Vienne la 5e et la 3e compagnie de pionniers; ce qui fera 500 pionniers. Faites partir un second bataillon de marche, qui portera le titre de Bataillon de marche de la 28e division militaire et qui sera composé de tout ce que le 3e léger, les 52e, ,67e et 102e peuvent fournir. Faites partir les pontonniers qui sont à Valence et à Plaisance. Vous dirigerez d’abord tout cela sur Osoppo. Que cela forme une seule colonne et marche ensemble.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

A Frédéric, roi du Danemark, à Copenhague

Monsieur mon Frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 6 juin.

Je l’avais prévenue en la remerciant de la preuve qu’elle m’a donnée de son amitié en faisant marcher une partie de ses troupe contre Schill. J’ai été sensible à cette attention de Votre Majesté; je l’ai été aussi à la bonne conduite des troupes danoises et à la bravoure qu’elles ont montrée dans cette circonstance. Votre Majesté veut-elle bien leur faire témoigner combien j’en ai été satisfait, et disposer de deux ou trois décorations de la Légion d’honneur de la manière qu’elle le jugera convenable ?

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

A Frédéric-Auguste, roi de Saxe, à Ratisbonne

Monsieur Mon Frère, j`’ai reçu la lettre de Votre Majesté du 26 juin. Je partage la peine que son conseil privé à Dresde lui a fait éprouver.  Ce conseil s’est considéré comme une assemblée municipale; il aurait dû sentir qu’il avait un plus haut carctère. Toutefois, je ne puis considérer cet évènement que comme heureux, puisqu’il me donne l’occasion d’apprécier les qualités et la manière de voir de Votre Majesté.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vous envoie une dépêche du ministre de Prusse. Il faut faire naître des circonstances qui mettent en évidence la mauvaise conduite et les mauvais sentiments de ce ministre.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je ne sais pas pourquoi vous n’avez pas fait arrêter le sieur Julien de Saint-Michel, attaché aux insurgés. Faites-le mettre dans une prison.

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Donnez ordre au général Miollis de faire arrêter le cardinal Pacca et tous les soi-disant ministres temporels du Pape et de les envoyer en France. J’approuve la division des États romains en deux départements, l’un du Tibre, l’autre du Trasimène

 

Schönbrunn, 15 juillet 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire

J’apprends qu’il y a des discussions dans la famille du maréchal Lannes; un prêtre mauvais sujet voudrait dépouiller ses enfants. Je désire que vous preniez des mesures pour prévenir ce scandale, et que vous fassiez connaître que je veux intervenir dans ces affaires. Mon intention est de nommer un tuteur d’office. J’ai confiance dans la mère, je n’en ai aucune dans les oncles. Je veux qu’ils ne se mêlent en rien des affaires du maréchal. Parlez de cela à M. Géhéneue et aux freres du maréchal, et faites les dispositions convenables pour concilier cela avec les formes juciciaires. Vous savez que les ducs ont été mis dans une espèce d’exception par les statuts de famille. Il me serait fort désagréable de voir ces enfants dépouillés par de mauvais sujets.

 

Schönbrunn, 16 juillet 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre lettre du 9 juillet sur la situation des conscrits de la Garde, par laquelle vous me faites connaître que le colonel Deriot voudrait supprimer 1,100 hommes par défaut de taille. Je suis de votre opinion, la taille n’est pas nécessaire. Les conscrits et les tirailleurs de la Garde doivent être considérés comme des régiments ordinaires. Le déficit pour les quatre régiments se réduit donc à 1,400 hommes. Mon intention est que l’appel des 1,062 hommes que doivent fournir les départements de l’Ouest soit fait et que ces hommes soient dirigés sur le dépôt de la Gironde; alors le déficit sera réduit à 1,400 hommes. Toutefois mon intention est que les quatre régiments soient formés sur-le-champ.

Quant aux fusiliers, je n’approuve pas qu’on prenne dans les régiments pour les compléter. Il faut choisir quatre hommes par département, sachant lire et écrire et d’une intelligence qui les rende propres à être sous-officiers. Les préfets trouveront facilement ces hommes; ce qui lèvera toute difficulté.

J’ai ordonné que les deux régiments de tirailleurs fussent formés à Paris, et les deux régiments de conscrits à Strasbourg. Je crois que les deux régiments de conscrits sont déjà à Augsburg; mon intention est de les y laisser quelque temps. Les deux régiments de tirailleurs sont à Paris; qu’ils y restent jusqu’à nouvel ordre; mais dites au colonel Deriot de m’en envoyer tous les cinq jours l’état de situation, que je ne reçois point. Je destine les deux régiments de tirailleurs à former avec les 3e et 4e demi-brigades provisoires une réserve pour cet automne, pour le besoin des côtes.

Schönbrunn, 16 juillet 1809

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Il faut donner aux préfets des secrétaires généraux et des sous-préfets aux États romains et mettre en activité le système constitutionnel. La consulte doit nommer tout, puisqu’elle a force de lois, mais tout cela provisoirement. Il faudrait vous concerter avec le ministre de l’intérieur pour envoyer là deux anciens et bons préfets, en ayant soin de choisir des hommes qui n’aient point marqué par des opinions contraires à la religion. Les sous-préfets doivent être pris dans le pays même.

Je suppose suc le grand juge a envoyé un commissaire pour organiser la cour d’appel et les tribunaux; s’il ne l’a pas fait, il faut qu’il le fasse partir sans.

Schönbrunn, 16 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, les hôpitaux vont très-mal; le pain est très-mauvais, et il manque aux hôpitaux des ustensiles les plus indispensables.

Cependant mon intention n’est pas qu’on évacue personne sans me soumettre un projet d’évacuation. J’autorise à renvoyer à Strasbourg tous les hommes amputés et évidemment hors de service. J’autorise  à envoyer à l’abbaye de Melk, à l’abbaye de Göttweig, à l’abbaye de Klosterneuburg, tous les hommes fortement blessés aux affaires d’il y a un mois.

On peut en mettre 6,000 dans chaque. J’autorise à établir un pareil hôpital à l’abbaye de Saint-Florian, près d’Enns. Et quant aux convalescents et aux blessures légères, tous ceux qui appartiennent aux corps du duc d’Auerstaedt se rendront à Brünn, ceux du corps du duc de Rivoli à Znaym, et ceux de l’armée d’Italie à Neustadt. Ceux qui appartiennent aux Bavarois se rendront droit à Linz; ceux qui appartiennent aux Saxons se rendront à Presbourg.

Mais bien entendu qu’il ne sera évacué aucun homme sur ces points, 1° qu’il ne puisse marcher et suivre les troupes dans les mouvements inattendus; 2° que sa blessure ne soit dans le cas d’être guérie en 15 ou 20 jours. Le général Monthion, avec des chirurgiens nommés par vous et des commissaires des guerres, sera chargé de l’exécution du présent ordre; il me présentera chaque matin son travail, afin que j’autorise les différentes évacuations. Il est expressément défendu d’envoyer aucune blessure légère à Melk, Göttweig, Saint-Florian.

L’abbaye de Klosterneuburg est destinée à cet objet.

Schönbrunn, 16 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez ordre au maréchal Oudinot de faire baraquer ses troupes par division, à savoir : la division Grandjean, aux villages d’Jedlersee et Florisdorf; la division Dupas, aux villages d’Jedlersdorf et Leopoldau, et la division Tharreau, au village de Kagran. Les parcs, dépôts des corps, ambulances, etc., de chaque division, seront placés dans les villages ci-dessus nommés, et les troupes camperont en avant des villages dans des baraques à l’abri de la pluie. Donnez ordre que ce mouvement se fasse demain, de sorte qu’à neuf heures du matin les troupes soient rendues dans le village en avant duquel elles doivent baraquer, et les camps tracés. On peut se servir des arbres, même des ressources des villages environnants, pour la construction des baraques, en respectant les trois villages destinés à recevoir les magasins, ateliers et autres dépôts des corps. Vous ferez connaître au général d’artillerie et au maréchal Oudinot que mon intention est qu’il soit donné 30 sous pour chaque fusil qui sera rapporté au village de Spitz et 15 sous pour chaque baïonnette ou fusil incomplet. On invitera les soldats à aller ramasser ces fusils dont le champ de bataille est plein; ce qui leur fera une bonne somme à chacun.

Schönbrunn, 16 juillet 1809.

ORDRE.

La Garde sera organisée de la manière suivante :

1e brigade, le régiment de conscrits-chasseurs, le régiment de tirailleurs-chasseurs, le régiment de fusiliers-chasseurs; elle sera commandée par le major en second des chasseurs. 2e brigade, le régiment de conscrits-grenadiers, le régiment de tirailleurs-grenadiers, le régiment de fusiliers-grenadiers; elle sera commandée par le major en second des grenadiers. Le tout commandé par le général-colonel Curial. Ces deux brigades seront campées demain, et éloignées l’une de l’autre. Les officiers, colonels en second et généraux baraqueront avec la troupe. Le baraquement aura lieu en carré par chaque brigade, un bataillon sur chaque front et un régiment en seconde ligne. On travaillera tous les jours à l’instruction. On fera tirer à la cible, de manière que chaque soldat tire trois fois par semaine.

La brigade de vieille Garde sera cantonnée autour de Schönbrunn.

 

Schönbrunn, le 16 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 10 juillet. Faites des exemples sévères de ceux qui montrent le plus mauvais esprit. Vous êtes dans l’erreur, si vous ne voyez pas là un jeu étranger. Il n’y a pas de doute que les Anglais n’aient une machine organisée pour toute l’Europe. Le hasard ne fait rien; et, quand on voit les mêmes nouvelles colportées en même temps à Paris, dans le fond de l’Italie, en Hollande, en Allemagne, c’est évidemment le résultat d’un système. La police devrait être plus ferme et plus sévère à Paris. Voilà ce que je voudrais la voir et ce qu’elle n’est pas.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

ORDRES A EXPÉDIER PAR LE MAJOR GÉNÉRAL

Réitérer l’ordre à l’intendant général, 1° pour qu’on ne fasse aucune évacuation de malades sans un ordre de l’Empereur; 2° pour que tous les petits malades ou les blessures légères soient évacués de suite par détachements et en ordre, savoir: ceux du 2e corps à Jedlersdorf am Spitz; du 4e corps à Znaym ; du 3e corps à Brünn; du 4e corps à Krems; de l’armée saxonne à Presbourg; de l’armée bavaroise à Linz; de l’armée d’Italie à Neustadt; tous ceux des troupes à cheval, soit cuirassiers ou cavalerie légère, sur le dépôt de cavalerie du général Bron à Klosterneuburg.

Le corps du maréchal Marmont prendra la dénomination de 11e.

Le général La Riboisière recevra l’ordre d’attacher à ce corps d’armée trente pièces d’artillerie. Expédier cet ordre et en prévenir le maréchal Marmont. S’assurer que les 3e et 4e bataillons appartenant au maréchal Marmont, et qui sont à l’armée d’Italie, lui ont été renvoyés.

Ordre à la brigade Thiry de se rendre auprès du maréchal Marmont pour faire partie de son corps d’armée. Lettre au vice-roi pour le prévenir que la brigade Thiry fait partie du corps du maréchal Marmont; qu’il doit donner l’ordre à cette brigade de quitter Presbourg pour se rendre à Krems, aussitôt qu’il l’aura remplacée par la cavalerie de l’armée d’Italie.

Prévenir le maréchal Oudinot que, le maréchal Marmont se rendant à Krems, le cercle de Kornneuburg est sous sa direction. Le prévenir que la brigade du général Colbert rentre sous ses ordres; qu’il doit la cantonner dans les deux cercles de son commandement; que l’intention de l’Empereur est qu’il emploie toutes les ressources que peut lui offrir le pays pour remonter sa cavalerie, son artillerie et ses transports, et enfin pour la réorganisation de son corps; qu’ainsi le cercle de Krems sera sous les ordres du duc de Raguse; le cercle de Znaym sous les ordres du duc de Rivoli; le cercle de Brünn sous ceux du duc d’Auerstaedt; Presbourg sous les ordres du général Reynier; le cercle de Kornneuburg sous ceux du maréchal Oudinot; la partie de la Hongrie que nous occupons sous les ordres du vice-roi, ainsi que la Styrie, l’Istrie et la Carniole. En prévenir l’intendant général, et lui demander quels sont les intendants qu’il a mis dans ces provinces.

Expédier l’ordre que les marins de la Garde et les autres marins venant de Paris s’arrêtent à Ulm, où ils s’embarqueront sur des bateaux chargés de vivres, de grains et de munitions de guerre et d’effets destinés pour l’armée.

Ordre au général Bertrand d’envoyer trois officiers de marine, savoir : un à Ulm, un à Ratisbonne, un à Linz; lesquels correspondront avec le général la Riboisière, commandant l’artillerie, et avec l’intendant général, pour activer et assurer la navigation du Danube, de manière que tout ce qui est nécessaire à l’armée puisse y arriver rapidement. Le général Bertrand gardera à Vienne et pour le service d’Ebersdorf la huitième partie des marins; il enverra le surplus à Passau pour y faire le service de la navigation de Passau à Vienne. Ils y gréeront une grande quantité de bateaux pour amener des blés, des biscuits, des objets d’artillerie et des effets d’habillement et d’équipement pour l’armée. Le colonel Baste restera à Vienne; il correspondra avec l’intendant général et le général la Riboisière pour activer la navigation, l’arrivage des subsistances, tant pour Vienne que pour l’armée, celle des munitions de guerre, etc.

Ordre pour que tous les bateaux armés restent à Ebersdorf, pour que le pont d’une pièce soit démoli, pour que les quatre bacs remontent à Vienne.

Ordre au général Bertrand pour que tous les bateaux qui peuvent se trouver sur le bras du Danube dit de Lobau soient remontés et amarrés à la tête de pont. Tous les autres seront brûlés, de sorte qu’à dater du 18 ou du 19, à midi au plus tard, il n’y ait pas un seul moulin ni un seul moyen de passage sur le bras de Lobau, excepté les bateaux remontés et amarrés à la tête de pont.

Ordre aux généraux Bertrand et la Riboisière de réorganiser les équipages de pont de la manière suivante. Le 2, le 3e, le 4e, le 11e corps et l’armée d’Italie auront chacun une compagnie de pontonniers, avec trois pontons sur trois haquets, munis de leurs poutrelles, madriers, ancres, cordages, etc. de manière à pouvoir jeter un pont de 20 toises, et qu’avec les moyens réunis des cinq corps on fasse un pont de 100 toises. A la suite de la Garde, il y aura un équipage de soixante pontons et de soixante haquets portant leurs poutres, madriers, ancres, et cordages, de sorte que les moyens de l’armée réunis offriront plus de quatre-vingts pontons. Il y aura, à la suite des soixante pontons de la Garde, le colonel directeur des ponts directeur des ponts  et quatre compagnies de pontonniers, les marins de la Garde, quand ils seront arrivés, et une ou deux compagnies des bataillons de la marine.

Ordre au général Bertrand de remettre, sous l’espace de trois jours, au général La Riboisière, quatre-vingt pontons avec leurs haquets, poutrelles, madriers, cordages, etc.
Ordre au général La Riboisière de pourvoir à la prompte organisation de cet équipage, qui suivra l’état-major l’artillerie.
Ordre au général Bertrand d’organiser sur-le-champ le service du génie ainsi qu’il suit: il sera attaché à chacun des cinq corps d’armée une compagnie de sapeurs et le nombre d’officiers du génie nécessaire, et 6,000 outils, sur des chariots attelés, pour les 2e, 3e,4e, 11e corps, ainsi que pour l’armée d’Italie.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je vous envoie le rapport ci-joint du chef d’état-major du duc d’Abrantès. Vous y verrez comme l’artillerie de Mayence sert. Le directeur de l’artillerie de Mayence devrait être mis en jugement pour avoir fourni de si mauvaise artillerie. Compromettre ainsi les armées est un crime abominable.

Schönbrunn, 17 juin 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez l’ordre formel au roi de Westphalie de reprendre position à Dresde, d’y avoir son quartier général, de cantonner ses troupes aux environs de cette ville, et de tenir le corps du duc d’Abrantès à Bayreuth.

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neuchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Donnez l’ordre au maréchal Marmont de porter son quartier général à Krems et de faire camper son corps par deux divisions aux environs de Krems. Vous lui recommanderez de former des magasins et d’utiliser toutes les ressources du cercle dont Krems est le chef-lieu pour l’approvisionnement de son armée. Je verrais avec plaisir qu’il établit à Krems un atelier d’habillement pour reformer son habillement. Il mènera avec lui la division de cuirassiers du duc de Padoue, qu’il cantonnera dans tout le cercle, dans les lieux où elle sera le mieux, et il emploiera tout pour la mettre en état.

Donnez l’ordre au général Saint-Germain de porter son quartier général à Wolkersdorf et de placer un régiment à Wilfersdorf, un à Wolkersdorf, un à Marchegg, et l’autre le long de la March. Le général de brigade qui sera sur la March aura son quartier général à Marchegg. Vous lui recommanderez de surveiller tous les hôpitaux de blessés autrichiens qui sont dans ce cercle, et d’avoir soin qu’ils ne s’échappent pas. Donnez ordre au général Reynier de prendre le commandement de Presbourg et d’avoir la surveillance de toute la ligne de la March.

Donnez l’ordre au vice-roi de placer la division Severoli à Klagenfurt, le maréchal Macdonald avec deux divisions et une brigade de cavalerie légère à Graz, les deux divisions de dragons Pully et Grouchy et l’autre brigade de cavalerie légère dans les lieux les plus sains de la Hongrie depuis Raab jusqu’à OEdenburg, et de placer son quartier général à Eisenstadt ou OEdenburg; qu’il est inutile de construire un pont vis-à-vis de Presbourg, parce qu’il faut de grands moyens pour construire un pont, et que là il est inutile; qu’il doit se contenter de tenir un poste vis-à-vis de Presbourg, lequel sera chargé de détruire les ouvrages de l’ennemi, de protéger le bac qu’il faut remettre en activité. Cc bac était capable de passer 1,000 hommes. Faites-lui connaître que le général Reynier correspondra directement avec l’ état-major général.

Faites connaître à tous les généraux qu’il faut qu’ils établissent des hôpitaux de convalescence dans les lieux où sont placées leurs divisions; que les divisions doivent camper; que les administrations doivent être avec elles; et qu’ils doivent s’occuper de remonter la cavalerie et de se mettre dans le meilleur état possible.

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, vous trouverez ci-joint un décret du roi de  Hollande. Écrivez à M. la Rochefoucauld pour qu’il demande que ce décret soit sur-le-champ rapporté, et pour qu’il fasse connaître que la Hollande doit partager le sort de la France, sa bonne ou sa mauvaise fortune; que, si elle sépare sa cause de celle du continent, je me séparerai d’elle. Le sieur la Rochefoucauld doit parler avec la plus grande force, et, si la Hollande ne se remet pas sur le même pied que la France et ne rentre pas tout à fait dans son système, il doit déclarer qu’il ne peut pas garantir l’état de paix.

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Eugène Napoléon, roi de Hollande, à La Haye

Mon Frère, je reçois votre lettre du 1er juillet. Vous vous plaignez d’un article de journal; c’est la France qui a sujet de se plaindre du mauvais esprit qui règne chez vous. Si vous voulez que je vous cite toutes les maisons hollandaises qui sont les trompettes de l’Angleterre, ce sera fort aisé. Vos règlements de douanes sont si mal exécutés, que toute la correspondance de l’Angleterre avec le continent se fait par la Hollande. Cela est si vrai, que M. de Stahremberg, envoyé d’Autriche, a passé par la Hollande pour se rendre à Londres. Il est possible que ce ne soit pas de votre faute; il n’en est pas moins vrai que la Hollande est une province anglaise.

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Presbourg

Mon Fils, le major général a dû vous envoyer des ordres de mouvement : ainsi vous devriez être ce soir ou demain à Vienne. Mais je désire qu’avant de revenir vous visitiez tout le cours de la March jusqu’à Nikolsburg. Vous êtes jeune, vous ne sauriez trop voir; on ne sait dans quelles circonstances on peut se trouver. Il est même bon que vous alliez jusqu’à Brünn , et que vous visitiez la citadelle, la ville et le champ de bataille d’Austerlitz. De Brünn , vous vous en reviendrez. Vous pourrez, dans un autre voyage aller voir Znaym, Krems et les débouchés de la Bohême.

La communication avec l’Italie va être enfin rouverte. J’ai écrit souvent à la vice-reine; je viens de lui envoyer encore un de mes officiers d’ordonnance. Vous devez avoir deux compagnies du 1er bataillon provisoire, des équipages militaires du train; ce qui fait soixante et douze voitures. Je désire bien que vous ayez les quatre compagnies complètes du 9e bataillon; ce qui ferait cent quarante-quatre voitures de plus. Faites venir les hommes du train que vous avez à Plaisance, et écrivez à Graz pour qu’on s’y procure des chevaux, des harnais, des voitures.

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A Auguste-Amélie de Bavière, vice-reine d’Italie, à Milan

Je vous ai expédié du champ de bataille mon officier d’ordonnance Watteville, qui aura passé par la Suisse. Aujourd’hui que les communications directes sont rétablies, je vous expédie de nouveau un officier pour que vous n’ayez pas d’inquiétude. Eugène est à Presbourg et sera demain ici, à Vienne. Il se porte fort bien.

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

Au prince Camille Borghèse, gouverneur général des départements au-delà des Alpes, à Turin

Mon Cousin, je suppose qu’au 1er juin vous aurez fait partir 1,500 hommes, cavaliers, cuirassiers et chasseurs, pour rejoindre l’armée. Faites partir encore ce que les dépôts peuvent fournir.

Faites partir les 16e et 17e demi-brigades provisoires et tout ce qui se trouve disponible dans les dépôts des régiments d’infanterie qui ont leurs bataillons de guerre en Allemagne.

Je vous ai mandé de faire partir quatre compagnies d’artillerie du 4e régiment; envoyez-en deux autres du même régiment. Faites partir tous les sapeurs, tous les pontonniers que vous avez. Enfin profitez de ces trente jours de suspension d’armes pour faire passer à l’armée tout ce que vous pourrez.

Je donne ordre à Caffarelli de nous envoyer vingt mille obus de 5 pouces 6 lignes, qu’il trouvera probablement dans les places d’Italie; mais, s’il n’en avait pas et qu’il vous le mandât, faites-en partir sur-le-champ et en toute diligence de Turin et d’Alexandrie. S’il y a des dépôts des bataillons du train d’artillerie dans votre gouvernement, faites partir tout ce qu’il y a de disponible, avec les chevaux qu’ils ont; ne gardez même personne pour la navigation du Pô, et rendez-moi compte de tout ce que vous avez fait partir depuis le 1er juin.

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

Au roi Jérôme

Mon Frère, le major-général m’a mis sous les yeux votre lettre du 7 juillet.  Je ne puis que vous répéter  que les troupes que vous commandez doivent être réunies à Dresde. Il n’y a l’armée ni frère de l’Empereur, ni roi de Westphalie, mais un général qui commande un corps

Dans les 18,000 hommes dont vous faites le compte, vous ne comprenez pas le général Laroche, qui a un millier de dragons. Vous pouvez, en outre, y joindre le 22e de ligne. Pendant l’armistice, les Saxons peuvent se recruter de quelques milliers d’hommes et remonter leur cavalerie. Vous pouvez attirer à vous tous les Hollandais; de sorte que vous pouvez vous présenter, à l’ouverture des hostilités avec 25 000 hommes en Bohême, ce qui obligera l’ennemi à vous présenter une pareille force et le théâtre de la guerre s’approchera nécessairement de votre côté. Nous serions en mesure de nous joindre par notre gauche et votre droite (Napoléon pensait, à tort, que l’armistice qui avait suivi Wagram pouvait ne pas mener à la paix et que les hostilités pouvaient recommencer)

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

J’ai vu de vous un ordre du jour qui vous rend la risée de l’Allemagne, de l’Autriche et de la France. N’avez-vous donc aucun ami autour de vous qui vous dise quelques vérités? Vous êtes roi et frère de l’Empereur: qualités ridicules à la guerre. Il faut être soldat, et puis soldat, et encore soldat; il ne faut avoir ni ministre, ni corps diplomatique, ni pompe; il faut bivouaquer à son avant-garde, être nuit et jour à cheval, marcher avec l’avant-garde pour avoir des nouvelles, ou bien rester dans son sérail.

Vous faites la guerre comme un satrape. Est-ce de moi, bon Dieu ! que vous avez appris cela ? De moi qui, avec une armée de 200 000 hommes, suis à la tête de mes tirailleurs, ne permettant pas même à Champagny de me suivre et le laissant à Munich ou à Vienne ?

Qu’est-il arrivé ? Qu’on est mécontent dr vous, que Kienmayer avec 12,000 hommes, s’est moqué de vous, de vos ridicules prétentions, vous a dérobé ses mouvements et est allé tomber sur Junot. Cela ne fut pas arrivé, si vous aviez été à votre  avant-garde et si vous aviez dirigé de là votre armée. Vous auriez connu son mouvement; vous l’auriez poursuivi, soit en entrant en Bohême, soit en le suivant en queue. Vous avez beaucoup de prétentions, quelque esprit, quelques bonnes qualités, mais gâtées par la fatuité, une extrême présomption, et vous n’avez aucune connaissance des choses. Si l’armistice n’est pas arrivé sur ces entrefaites, Kienmayer, après jeté hors du jeu Junot, se sera porté sur vous.

Cessez d’être ridicule; renvoyez le corps diplomatique à Cassel; n’ayez aucun bagages, aucun train; n’ayez pas d’autre table que la vôtre. Faites la guerre comme un jeune soldat qui a besoin de gloire et de réputation, et tâchez de mériter le rang où vous êtes arrivés, l’estime de la France et de l’Europe qui vous regardent, et, pardieu, ayez assez d’esprit pour écrire et parler convenablement !

 

Schönbrunn, le 17 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris.

Je reçois votre lettre du 11 juillet. Retenez au secret et en sûreté ce misérable Argenton. C’est un traître vendu à nos ennemis et qui mérite une punition exemplaire. Je pense que vous feraz bien de lancer un mandat d’arrêt en espagne contre le colonel Lafitte et son frère. Ce sont des hommes que je connais pour braves hommes; mais enfin Argenton n’a pau s’absenter sans qu’ils le sussent. Mandez-les l’un et l’autre à votre ministère.

 

Schönbrunn, le 17 juillet 1809

Au comte Gaudin, minstre des finances, à Paris

Vous aurez eu connaissance du décret que vient de rendre le roi de Hollande. Il est indispensable de remettre sur-le-champ en vigueur mon ancien décret du 16 septembre et de défendre l’introduction de son commerce en France. J’écris au roi pour lui témoigner mon mécontentement. Je finirai par faire occuper les ports de Hollande par mes douanes.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809

A Louis Napoléon, roi de Hollande

Je ne peux qu’être affligé de votre décret. Mon premier mouvement a été de fermer toutes mes barrières à la Hollande, de la comprendre dans le blocus et de rappeler mon ambassadeur. Il y a de votre part peu de générosité à me rendre la risée de l’Europe et à exciter un si vif mécontentement en France, où le commerce supporterait seul toutes les charges et tous les sacrifices. J’exige que vous rapportiez sur-le-champ votre décret et que vous rentriez dans le système de la France. Si les Américains lèvent l’embargo pour les bâtiments français, à la bonne heure. La france et la Hollande doivent suivre le même système. Ne m’obligez pas à faire occuper vos ports par mes douanes. Je ne crains ni les (blanc dans la minute), ni les Hollandais malveillants. Je saurai les mettre à la raison chez vous.

 

Schönbrunn, 17 juillet 1809.

A l’Impératrice, à Plombières

Mon amie, je t’ai envoyé un page; tu auras appris l’issue de la bataille de Wagram, et, depuis, la suspension d’armes de Znaym.

Ma santé est bonne. Eugène se porte bien; et je désire te savoir bien, ainsi qu’Hortense.

Embrasse M. le grand duc de Berg pour moi.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je viens de jeter un coup d’œil sur mon armée d’Espagne; vous vous en apercevrez par quelques ordres que je vous envoie.

Je vois que j’ai là 200,000 hommes sous les armes ; c’est beaucoup plus qu’il ne faut pour finir les affaires d’Espagne. Aussitôt que j’aurai terminé ici, j’espère que l’Espagne ne nous arrêtera pas longtemps. Quant à présent, les chaleurs étant très-fortes, il faut s’occuper de prendre Girone, Hostalrich et Lerida. Mais il y a à craindre que les Anglais ne tentent quelque chose, et je vois bien peu de têtes pour mener tout cela. Il est fort important que le duc de Castiglione s’avance en avant de Barcelone et se mette en communication avec l’Aragon; ce qui couvrira l’Aragon et Madrid de ce côté.

Recommandez au roi d’Espagne que, si les Anglais débouchaient en Espagne, il ne leur livre point de bataille qu’il ne soit réuni. Il a le 4e corps, la garnison de Madrid, le 1er corps; ce qui fait plus de 50,000 hommes. Les 2e, 6e et 5e corps forment une soixantaine de mille hommes; il peut donc donner bataille aux Anglais avec 110,000 hommes. Ceux-ci seront suffisamment avertis et ne se hasarderont pas à une pareille aventure.

J’avais demandé ici des compagnies de pionniers, mais je préfère qu’elles aillent en Espagne. Envoyez un officier du génie visiter le fort de Burgos, et faites-vous faire un rapport, que vous me mettrez sous les yeux, pour savoir où cela en est. Le fort de l’Inquisition, près de Saragosse, et celui de Tudela sont également très-importants.

Faites-moi connaître la marche que vous faites faire aux 3,600 hommes des 66e, 82e et 26e, afin que, si les affaires s’arrangent ici, je puisse les arrêter, puisque dans ma pensée je pourrai prendre dans ces trois régiments et dans les quatre qui sont en Bretagne, avec mes deux régiments de tirailleurs que j’organise à Paris et les 3e et 4e demi-brigades provisoires, de quoi me former une division, lorsque j’entrerai en Espagne; cela pourra me faire une force de 16 à 18,000 hommes. Je pourrai également prendre les trois demi-brigades provisoires qui sont à Boulogne et à Gand. Il me semble que tout cela réuni devrait me faire une force de 24,000 hommes; et, comme ces troupes n’auront pas fatigué, il sera plus simple de les envoyer en Espagne; elles seront remplacées dans les garnisons par des troupes venant d’Allemagne.

Faites-moi connaître quelle est la situation du magasin de Bayonne. J’estime qu’il est toujours nécessaire d’avoir là 500,000 rations de biscuit.

Si vous faites venir quelque chose d’Espagne, envoyez-m’en la route précise, pour que je puisse arrêter ces troupes à temps dans leur marche, si cela était nécessaire.

Faites-moi connaître quand les deux seconds régiments de conscrits seront formés à Strasbourg, et ordonnez qu’ils n’en partent pas sans mon ordre.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que vous donniez l’ordre au duc de Castiglione et au général Suchet que, aussitôt que la place de Girone sera prise, on s’occupe de prendre le petit fort de Hostalrich, afin que la communication de Barcelone soit assurée, et de porter le siège devant Lerida.

L’équipage de siège sera fourni, moitié par Barcelone et moitié par Saragosse, et les deux armées concourront à cette importante opération. Le fort approvisionnement que j’ai fait jeter dans Barcelone, la récolte de cette année, l’abondance qui règne en général dans l’Aragon, doivent rendre cette opération facile.

Ordonnez que l’on travaille au fort de l’Inquisition à Saragosse, et au fort de Tudela. En conséquence de ces nouvelles dispositions, il sera peut-être convenable que vous donniez ordre qu’aucune compagnie d’artillerie ne revienne d’Espagne.

Il me semble que les sièges de Lerida et de Hostalrich peuvent se faire à la fois. Envoyez vos ordres au Roi et aux généraux Suchet et Augereau par des officiers différents. Demandez au général Suchet ce qu’il peut fournir de troupes pour investir Lerida du côté de l’Aragon, eu même temps que le duc de Castiglione le fera investir de l’autre côte, et qu’il fera prendre en avant une position qui contiendra Valence et protégera le siège.

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

Au vice-amiral, comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je désirerais que vous me fissiez connaître l’opinion de l’amiral Ganteaume sur une deuxième expédition à Barcelone. Je voudrais y envoyer 500,000 rations de biscuit, 200 milliers de poudre, 1 million de cartouches, 10,000 coups de canon de campagne, quelques milliers de quintaux de riz et une trentaine de milliers de blé ou de farine. Je ne suis point très-pressé sur l’époque; il me suffirait que cette opération se fit au mois de septembre.

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois en même temps les deux lettres ci-jointes du général Miollis et une troisième de la grande-duchesse. Je suis fâché qu’on ait arrêté le pape; c’est une grande folie. Il fallait arrêter le cardinal Pacca et laisser le Pape tranquille à Rome. Mais enfin, il n’y a point de remède; ce qui est fait est fait.

Je ne sais ce qu’aura fait le prince Borghèse, mais mon intention est que le Pape n’entre pas en France. S’il est encore dans la Rivière de Gênes, le meilleur endroit où l’on pourrait le placer serait Savone. Il y a là une assez grande maison, où il serait assez convenablement jusqu’à ce que l’on sache ce que cela doit devenir. Je ne m’oppose point, si sa démence finit, à ce qu’il soit renvoyé à Rome. S’il était entré en France, faites-le rétrograder sur Savone et sur San Remo. Faites surveiller sa correspondance.

Quant au cardinal Pacca, faites-le enfermer à Fenestrelle, et faites-lui connaître que, s’il y a un Français assassiné par l’effet de ses instigations, il sera le premier qui payera de sa tête.

Schönbrunn, 18 juillet 1809

A Gaudin

Écrivez au général Miollis (Sextius Alexandre François Miollis, général, 1759-1828. Commandant de la division de Rome, c’est sous son autorité que fut arrêté le Pape) et à la consulte pour qu’ils dirigent sur Paris tous les généraux d’ordres monastiques, en ôtant tout cet état-major de Rome. Vous verrez le ministre de la police, pour que, lorsque ces individus seront arrivés en France, on les place dans de petites villes, comme Melun et les environs.

Schönbrunn, 18 juillet 1809

ORDRE AU CAPITAINE ZOEPFFEL, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A SCHÖNBRUNN.

L’officier d’ordonnance Zœpffel se rendra demain, à la pointe du jour, dans l’île Napoléon. Il en fera le tour et s’assurera du lieu où se trouvent, 1° le pont d’une pièce; 2° les cinq bacs construits par la marine; 3° tous les radeaux; 4° tous les bateaux dans des points quelconques du canal; 5° de ce qu’il y a de fait à la tête de pont; 6° du nombre de pièces existant encore aux différentes batteries. A cet effet, il les parcourra toutes.

Schönbrunn, 18 juillet 1809.

A Alexandre, empereur de Russie, à Saint-Petersbourg

Monsieur mon Frère, l’aide de camp de Votre Majesté Impériale, le comte de Czernitchef, que je lui ai expédié du champ de bataille de Wagram, depuis, le duc de Vicence, auront instruit Votre Majesté des affaires des 5 et 6, du 11 et de la suspension d’armes de Znaym. Depuis, il n’y a aucune nouvelle. L’empereur d’Autriche se trouvant du côte de Bude, j’ignore encore ses dispositions et ses vues pour la paix. Les deux armées sont rentrées dans leurs quartiers.

Toutefois je n’ai pas voulu différer d’envoyer à Votre Majesté son aide de camp Gorgoli, dont je n’ai eu qu’à me louer ainsi que M. de Czernitchef, et auxquels je la prie de permettre que je donne la croix de la Légion. Je garde ici le prince de Gagarine, que j’expédierai à Votre Majesté aussitôt que je verrai clairement l’issue que les affaires doivent prendre. Je prie Votre Majesté de recevoir de nouveau mes remerciements pour les preuves d’amitié qu’elle m’a données dans ces circonstances, de ne jamais douter de la vérité et de la constance de mes sentiments et de l’inclination particulière qu’elle m’a inspirée, ainsi que de la très-haute considération que je lui porte.

Schönbrunn, 18 juillet 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 14 juillet. Si j’avais pensé qu’elle voulût elle-même faire la guerre, j’aurais mis sous ses ordres toutes les troupes que j’ai sur les derrières, certain qu’elles n’auraient pu être conduites avec plus d’activité, de vigueur et d’à-propos pour la cause commune; c’est ce que je compte faire, si les hostilités recommencent. J’apprendrai avec intérêt la prise de Bregenz; ce qui, d’après la lettre de Votre Majesté, aura été effectué aujourd’hui. Le général comte Beaumont a eu ordre d’envoyer à l’armée plusieurs détachements de troupes, mais il n’y a point de difficulté qu’elles restent dans le Vorarlberg tout le temps qu’elles y seront nécessaires. Je vais envoyer le duc de Danzig à Innsbruck avec le corps bavarois. Votre Majesté aura vu, par la suspension d’armes, que le fort de Sachsenburg m’a été remis. Je ferai pénétrer par là une division de 6,000 Italiens dans le Tyrol, sous les ordres du général Baraguey d’Hilliers. Une autre division italienne se dirigera par Trente. Il est nécessaire que toutes les troupes de Votre Majesté et celles sous les ordres du général Beaumont pénètrent d’un autre côté. Par ce moyen, le Tyrol sera attaqué de toutes parts. Des exemples sévères seront nécessaires, et nous serons débarrassés de toute inquiétude de ce côté, en cas que les hostilités recommencent.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809

Au comte Régnier, Grand-Juge, ministre de la justice. à Paris

Je reçois votre lettre du 11 juillet, par laquelle vous m’instruisez du jugement que ma cour criminelle de la Seine a porté contre le sieur Victor-Mériadec de Rohan, accusé d’avoir porté les armes contre la France depuis 1804. Je désire que vous fassiez faire la même chose pour les sieurs Chasteler et d’Argenteau, qui n’ont plus de domicile en France depuis dix ans, et contre un grand nombre de généraux au service d’Autriche, dont la police vous enverra les notes et dont il faut définitivement se débarasser. Ces hommes portent encore les armes contre nous.

 

Schönbrunn, 18 juillet 1809

Au comte Gaudin, ministre des finances, à Paris

Écrivez au général Miollis et à la consulte pour qu’ils dirigent sur Paris tous les généraux d’ordres monastiques, en ôtant tout cet état-major de Rome. Vous verrez le ministre de la police, pour que, lorsque ces individus seront arrivés en France, on les place dans de petites villes, comme Melun et les environs.

 

Schönbrunn, 20 juillet 1809

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne, à Linz

Le major général vous a fait connaître mon intention pour l’expédition du Tyrol. Je désire que vous soyez, le 1er août, à Innsbruck ; si vous y étiez deux jours plus tôt, vous me surprendriez agréablement. Pas de ridicules proclamations: soyez sévère; désarmez le pays; prenez un grand nombre d’otages, et faites des exemples qui contiennent. Mettez dans cette expédition le plus de célérité que vous pourrez.

 

Schönbrunn, 20 juillet 1809.

ORDRE AU CAPITAINE DE MONTESQUIOU, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A SCHÖNBRUNN.

M. l’officier d’ordonnance Montesquiou se rendra demain matin, à huit heures, à la tête de pont de Spitz ;il prendra note des tracés, du nombre d’ouvriers qu’il y a à chaque ouvrage, ainsi que des travaux du pont, et m’en rendra compte.

 

Schönbrunn, 20 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’ai reçu les interrogatoires d’Argenton. Je suppose que vous tenez cet individu au secret, et que  vous avez pris toutes les précautions pour qu’il ne s’échappe pas. Ce qu’il dit des généraux Laborde et Loison n’a pas de sens; mais ce qu’il dit du colonel Donnadieu m’étonne. Lancez un mandat d’amener contre Donnadieu et Lafitte. Il y a là dedans quelque chose d’extraordinaire qui mérite d’être éclairci; non que je croie les généraux compromis dans cela; mais il doit y avoir complot de quelques mauvais sujets.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Voici la situation de mon artillerie. J’ai à ma Garde soixante bouches à feu. Quatre compagnies d’artillerie à pied, venant de l’armée d’Italie et qui sont en marche, doivent servir en outre à la Garde deux divisions formant douze pièces de 12 et une division de six obusiers; ce qui fait dix-huit bouches à feu. J’ai ici les obusiers qui ont été trouvés à Vienne; j’ai trois pièces de 12; il me manque neuf pièces de 12 pour compléter les douze pièces. Faites partir ces neuf pièces sans délai de Strasbourg. J’ai destiné deux compagnies d’artillerie à cheval du 1er régiment à être à la suite de la Garde et à servir deux divisions, composées chacune de quatre pièces de 6 et de deux obusiers. Ce matériel me manque; il est nécessaire que vous le fassiez partir de France. Ayant beaucoup d’obus de 6 pouces, je préfère que vous m’envoyiez des obusiers de ce calibre; cela usera d’ailleurs notre ancien matériel. J’ai ordonné qu’on formât à Strasbourg trois compagnies pour être attachées aux conscrits, tirailleurs et fusiliers de la Garde, et que chacune servît huit pièces de 3 ou de 4. Il est nécessaire que ces pièces soient d’un même calibre. Je préfère que vous m’envoyiez des pièces autrichiennes de 3, si vous en avez, sinon vous enverrez mes pièces de 4. Ainsi je désire que vous fassiez partir de Strasbourg, pour ma Garde, neuf pièces de 12 (il sera même bien d’en mettre douze), quatre obusiers de 6 pouces, huit pièces de 6 et quatorze pièces de 3 ou de 4.

J’ai attaché deux pièces de canon à chaque demi-brigade du corps d’Oudinot; il y en a douze et cinq régiments; c’est donc trente-quatre pièces dont ce corps a besoin. Il lui en a été donné dix-sept de 6; c’est encore dix-sept qu’il lui faut. Il est nécessaire que vous lui procuriez ces dix-sept pièces de 3 ou de 4, et que vous les dirigiez sans délai sur Vienne.

Le 4e corps a quatorze régiments français; ce qui fait vingt-huit pièces. Il en a reçu dix-sept; c’est encore onze qu’il lui faut. Dirigez sur Vienne ces onze pièces de 3 ou de 4.

Le 11e corps, c’est-à-dire le corps du maréchal Marmont, a dix pièces de 6. Je lui fais donner douze autres pièces de 6 que j’ai, et j’y ajoute six obusiers et deux pièces de 12. Les obusiers et les pièces de 6 existent. Les deux pièces de 12 manquent; envoyez-les-lui.

J’ai ordonné que la division de cuirassiers Nansouty ait vingt-quatre bouches à feu, et chacune des deux autres divisions de cuirassiers douze; ce qui fait quarante-huit. Elles en ont trente-deux; des seize qui manquent, la moitié sera fournie ici; mais il sera nécessaire que vous fassiez partir de Strasbourg quatre obusiers de 5 pouces 4 lignes et quatre pièces de 4.

C’est donc quatorze pièces de 12, quatre obusiers de 6 pouces, quatre obusiers de 5 pouces 4 lignes, huit pièces de 6 et cinquante-six pièces de 3 ou de 4, en tout quatre-vingt-six pièces de canon, que vous devez envoyer de France à l’armée. Moyennant cela, les trois compagnies d’artillerie que j’avais demandées pour la Garde, et qui devaient servir les vingt-quatre bouches à feu que l’on prépare à Strasbourg, ne sont plus utiles.

Je ne demande point de caissons; j’ai à l’armée plus de voitures qu’il n’en faut. J’en ai 600, outre celles de division, et plus de 1,600 aux parcs. Ces 1,600 voitures portent entre un approvisionnement et demi et deux approvisionnements. Si vous avez des munitions conditionnées qui vieillissent, envoyez-les, mais dans des caisses; si vous n’en avez pas, envoyez seulement les boulets, à raison de 800 par pièces. On confectionnera les munitions à Vienne. Vous pouvez y joindre quelques affûts de rechange. Le principal est d’envoyer les canons.

En munitions, nous sommes bien, puisque j’ai aujourd’hui 92,000 coups de canon attelés, 45,000 confectionnés et 65,000 projectiles; nous n’avons, il est vrai, que 40,000 livres de poudre, mais il en arrive 100 milliers.

Ainsi donc, au reçu de la présente, réitérez vos ordres pour qu’aucun caisson ne sorte de France; ils ne feraient que nous embarrasser inutilement et appauvriraient la France sans raison. Faites partir les bouches à feu que je demande, des munitions confectionnées, si vous en avez dans les arsenaux, sinon les projectiles seulement. Je suis fort content des obus depuis qu’on y met de la roche à feu; tous, contre l’ordinaire, éclatent, et jamais on n’en a tiré trois ou quatre dans un village sans y mettre le feu.

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au général Clarke, comte de Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Il résulte de l’état de l’artillerie de l’armée, qui m’est remis aujourd’hui, que j’ai aux différents corps, sans y comprendre le corps du vice-roi ni celui du maréchal Marmont, 2,500 canonniers à pied, 900 à cheval, 200 ouvriers, 550 pontonniers, 4,600 soldats du train et 8,600 chevaux, soit de troupes, soit de selle, soit de train.

Le personnel ne se monte en tout qu’à 8,800 hommes; ce qui n’est pas beaucoup. Il est vrai qu’il y en a 2,000, malades ou blessés, qui sont portés comme absents. Du reste, nous avons des fers, des bois, et il y a à Vienne 400 ouvriers civils qui travaillent.

Schönbrunn, 21 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je vois qu’il est question dans le bulletin du 13 juillet d’une cassette de diamants qui appartiendrait à don Antonio. Je désire que vous fassiez faire l’inventaire de cette cassette, afin de s’assurer si ce ne seraient pas les diamants de la couronne d’Espagne, qu’on ne retrouve plus. Le roi Charles jure les avoir laissés en Espagne, mais ils ne s’y sont pas trouvés. Ces diamants ont une valeur de 40 à 50 millions. Faites vérifier cela; c’est un objet très-important.

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Vandamme que, aussitôt qu’il sera certain que le maréchal Macdonald est entré à Graz et que l’ennemi exécute l’armistice de bonne foi, il s’arrête et attende des ordres ultérieurs, étant destiné à revenir sur le Danube.

Schönbrunn, 21 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, donnez ordre qu’on travaille avec une nouvelle activité aux places de Passau, Linz, Melk, Göttweig, Raab, Klagenfurt, et donnez ordre aux généraux commandant l’artillerie et le génie de prendre des mesures pour qu’au 1er août ils me remettent l’état de l’armement et des travaux faits et à faire, ainsi que l’état des approvisionnements existants et de ceux à ajouter. J’attache une grande importance au fort de Klagenfurt. Je désire avoir les noms du commandant, des officiers du génie et de l’artillerie, du commissaire des guerres, et l’état de la garnison.

Schönbrunn, 21 juillet 1809

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Brünn

Mon Cousin , vous pouvez placer vos postes à un quart de lieue autour de Göding, et repousser la force par la force, si les Autrichiens veulent passer au-delà. Je vous recommande de ménager les chasses du prince de Lichtenstein; c’est ce que le major général a voulu dire dans sa lettre. Donnez des sauvegardes, ce qui sera plus efficace qu’une simple neutralité.

Si Lusignan peut marcher, signifiez-lui d’évacuer les postes de l’armée française, sans quoi faites-le arrêter et envoyez-le en France.

Il est français; faites-lui donc connaître que, s’il ne se retire sur-le-champ, vous avez l’ordre de le prendre prisonnier.

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au maréchal Davout, duc d’Auerstaedt, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Brünn

Mon Cousin, faites faire par un officier du génie une reconnaissance du fort de Brünn, et faites-moi connaître l’état où il se trouve et ce qu’on y a fait ou défait depuis la campagne d’Austerlitz.

P. S. Si le château de Brünn est en bon état, je désire que vous commenciez son approvisionnement, car, aussitôt que j’aurai reçu sa reconnaissance, peut-être me déciderai-je à y envoyer trente pièces de canon pour l’armer.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au général Junot, duc d’Abrantès, commandant le corps de réserve de l’armée d’Allemagne, à Bayreuth

Le major général me met sous les yeux votre lettre du 18. Il n’est pas temps de s’apercevoir que son artillerie est mauvaise lorsqu’on est sur le champ de bataille, mais c’est moins votre faute que celle du duc de Valmy et du général Rivaud. Je suppose que vous l’aurez fait démonter, visiter et mettre dans le meilleur état.

Envoyez-moi, par le retour de l’officier que je vous expédie, l’état des places vacantes dans votre corps, cavalerie, infanterie et artillerie.

J’ai ordonné au général Beaumont de vous envoyer tous les détachements appartenant à vos trois régiments de dragons et au régiment du duché de Berg. Ces quatre régiments s’accroîtront de beaucoup pendant le temps de l’armistice, et j’espère qu’ils vous feront bientôt 3,000 chevaux.

Faites venir de Hanau les six pièces d’artillerie du duché de Berg qui doivent y être; ce qui, joint aux douze pièces françaises et aux six pièces bavaroises que vous avez, vous fera vingt-quatre pièces de canon.

La division Lagrange est composée de deux demi-brigades provisoires, que je fais venir à Vienne pour les fondre dans les corps. Le 65e, qui va avoir ses quatre bataillons et 3,000 hommes présents sous les armes, vous formera une ressource.

Aussitôt que je saurai le parti qu’a pris le roi de Westphalie, je donnerai des ordres définitifs pour la division hollandaise et les troupes de Berg. Je désire fort que vous ayez ces troupes dans la main, et vous voir ainsi une quinzaine de mille hommes.

Envoyez-moi l’état des troupes du corps de Kienmayer.

Tâchez d’utiliser Charles Lameth; il doit avoir bonne intention.

Vous n’avez à Hanau aucune troupes passables; ce sont trois demi-brigades provisoires que je fais venir de Vienne pour les incorporer. Elles seront utiles ici, et, séparées, elles ne seraient d’aucun service.

Je mande au grand-duc de Hesse-Darmstadt de vous donner deux bataillons. Épuisez vous-même les places du haut Palatinat; ôtez-en les Bavarois, n’y laissant que les recrues.

Il me semble que le roi de Westphalie s’est retiré sur Erfurt.

Jusqu’à ce que votre corps soit plus fort, votre but doit toujours être de défendre le Danube et les derrières de ma ligne.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au maréchal Macdonald, commandant les 1e et 2e divisions de l’armée d’Italie, à Graz

Le major général m’a mis sous les yeux votre lettre de Bruck du 19. J’approuve la conduite que vous avez tenue. Poussez vivement ces messieurs. S’ils ont ôté l’artillerie du fort de Graz, faites-la-leur rendre. Ils doivent livrer le fort dans l’état où il se trouvait.

Faites faire un croquis et une reconnaissance de ce fort par un officier du génie, et, aussitôt que vous l’occuperez, envoyez sur Vienne tous les boulets indépendants de l’approvisionnement de la citadelle.

La division Severoli doit être derrière vous, puisqu’elle se rend à Klagenfurt; si vous en avez besoin, disposez-en. L’empereur d’Autriche m’ayant écrit le 18, j’ai pensé qu’il avait donné les ordres nécessaires pour lever ces mauvaises difficultés.

J’envoie un officier d’ordonnance savoir ce qui s’est passé à Laybach et à Trieste pendant le temps que nous avons abandonné la communication de l’Italie.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général la Riboisière, l’armée d’Italie a un grand nombre de pièces de 3 servies par l’artillerie. Comme je tiens au principe que l’artillerie n’ait ni pièces de 3 ni pièces de 4, mais que ces pièces soient données aux seuls régiments, je désire que vous fassiez des échanges, que vous retiriez de l’armée d’Italie les pièces de 3 pour les donner aux régiments qui en manquent, et que vous donniez en remplacement à l’armée d’Italie les pièces de 6 qu’ont les régiments. Je vois avec peine des pièces de 6 aux régiments ; elles sont trop lourdes, et un caisson n’est pas suffisant pour leur approvisionnement, au lieu qu’une pièce de 3 est suffisamment approvisionnée avec un caisson. Je désire que, lorsque vous me remettrez l’état de l’artillerie de l’armée commandée par le vice-roi, vous me proposiez les moyens d’opérer ces changements.

 

Schönbrunn, 21 juillet 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général Bertrand, je n’ai pas encore des plans des fortifications de Passau, de Linz, de Göttweig, qui me fassent bien connaître ce qu’il faut faire pour mettre ces points en état d’opposer une résistance convenable, non plus que de la place de Raab et des forts de Graz et de Klagenfurt. Donnez vos ordres au général Chambarlhac pour qu’il suive avec activité les travaux de Passau et de Linz, et envoyez des officiers du génie intelligents sur les autres points, et chargez-les de vous faire des rapports que vous me mettrez sous les yeux. Envoyez des officiers sur le Semmering, qui est la montagne qui sépare le versant des eaux de Vienne et de la Styrie, et donnez-leur des instructions pour profiter de quelque château où l’on pourrait mettre 3 à 400 hommes avec six à huit pièces de canon à l’abri d’un coup de main. J’attache une grande importance au fort de Klagenfurt. Il y a treize ans, j’y avais fait mettre six pieds d’eau dans les fossés. Faites abattre les maisons que j’avais moi-même fait détruire sur les remparts dans le même temps, si depuis on les avait fait reconstruire. Le fort de Sachsenburg doit m’être remis; faites-moi un rapport sur ce que je dois en faire, ainsi que sur les forts de Graz et de Klagenfurt, afin que je donne des ordres détaillés.

Schönbrunn, 21 juillet 1809

Au général comte Bertrand, commandant le génie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Aussitôt qu’on aura assez de bateaux, faire un second pont de bateaux du côté de Kornneuburg. Me présenter, avant, l’emplacement.

Schönbrunn, 21 juillet 1809

ORDRES POUR LE CAPITAINE MARBEUF, OFFICIER D’ORDONNANCE DE L’EMPEREUR, A SCHÖNBRUNN.

M. l’officier d’ordonnance Marbeuf se rendra à Graz; il portera la lettre ci-jointe au maréchal Macdonald. Il attendra que la route soit libre; il se rendra à Laybach; de là il se rendra à Trieste, à Palmanova, à Milan, Alexandrie et Turin. Il reviendra par Udine, Ossopo et Klagenfurt. Il m’écrira de Graz, de Laybach, de Trieste, de Palmanova; l’objet de ses lettres sera le lieu où se trouve l’ennemi, la situation du fort de Graz, l’artillerie qu’on y a trouvée, la sûreté des routes, ponts, la garnison des forts, ce qui s’est passé à Laybach, les événements qui se sont passés à Trieste, la garnison de Palmanova, les magasins qui s’y trouvent, ce que le général Caffarelli fait partir, soit d’Italie, soit du Piémont, pour envoyer à l’armée, ce qu’il rencontrera en route à son retour de Klagenfurt, la situation de la ville, les travaux qu’on y fait.

Schönbrunn, 21 juillet 1809.

ORDRES

1°  Il y aura dix brigades de cavalerie légère, qui seront organisées de la manière suivante.
1e brigade. Le 31e, le 23e de chasseurs et les Hessois formeront la 1e brigade, qui sera commandée par le général Bordesoulle.

2e brigade. Le 14e, le 19e de chasseurs et les Badois formeront la 2e brigade, qui sera commandée par le général Bron.

3e brigade. Le 24e et le 13e de chasseurs formeront la 3e brigade, qui sera commandée par le général Castex.

4e brigade. Le 8e de hussards et le 16e de chasseurs formeront la 4e brigade, qui sera commandée par le général Piré.

5e brigade. Le 5e de hussards, le 11e et le 12e de chasseurs formeront la 5e brigade, qui sera commandée par le général Pajol.

6e brigade. Le 1er et le 2e de chasseurs et le 7e de hussards formeront la 6e brigade, qui sera commandée par le général Jacquinot.

7e brigade. Le 7e et le 20e de chasseurs et le 9e de hussards formeront la 7e brigade, qui sera commandée par le général Colbert.

8e brigade. Le ler provisoire, le 26e de chasseurs et un régiment de Wurtemberg formeront la 8e brigade, qui sera commandée par le général Thiry.

9e brigade. Le 6e et le 9e de chasseurs formeront la 9e brigade, qui sera commandée par le général Girard.

10e brigade. Enfin le 6e de hussards et le 8e de chasseurs formeront la 10e brigade, qui sera commandée par le général Berkeim.

2° Les généraux de division Marulaz, Bruyère et Montbrun seront spécialement attachés au commandement de la cavalerie légère.

3° Le général Reynaud (des cuirassiers) remplacera le général Bron dans le commandement du dépôt de cavalerie.

4° Le général Fouler se rendra à Bayreuth pour y prendre le commandement de la cavalerie du corps de réserve aux ordres du duc d’Abrantès.

 

Schönbrunn, 22 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, mon intention est que tous les hommes isolés ou en corps qui arrivent à Vienne me soient présentés tous les jours à la parade.

 

Schönbrunn, 22 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, écrivez au général Severoli, qui commande la division italienne qui se rend à Klagenfurt, qui doit être, aujourd’hui 22, entre Neustadt et Bruck, d’accélérer sa marche (la route qu’on lui a tracée est trop lente), et de faire connaître par un aide de camp au maréchal Macdonald le jour où il arrivera à Bruck, afin que, si ce maréchal en avait besoin, il pût lui envoyer des ordres.

 

Schönbrunn, 22 juillet 1809

A François II, empereur d’Autriche, à Dotis, en Hongrie

Monsieur mon Frère, le prince de Liechtenstein m’a remis la lettre de Votre Majesté, du 18, par laquelle elle me fait connaître qu’elle a nommé des plénipotentiaires pour négocier, conclure et signer un traité de paix entre nos États. J’ai de mon côté donné mes pleins pouvoirs et mes instructions à mon ministre des relations extérieures, le comte de Champagny, qui sera prêt à se rendre à Raab aussitôt que le ministre des affaires étrangères de Votre Majesté aura désigné le jour de l’ouverture des conférences. Si ce quatrième traité de paix, qui succédera à ceux de Campo-Formio, de Lunéville et de Presbourg, peut enfin être le dernier, rétablir d’une manière durable la tranquillité sur le continent et se trouver à l’abri des clameurs et des intrigues de l’Angleterre, je regarderai ce moment comme fort heureux; car, des quatre guerres que Votre Majesté a faites à la France, les trois dernières étaient superflues et n’ont été utiles et avantageuses qu’à l’Angleterre, tout comme elles n’ont été conseillées et suscitées que par ses partisans.

 

Schönbrunn, 22 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

Je reçois votre lettre du 16. Vous verrez les exécrables dispositions de ce misérable ministre de Prusse. Il est facile de trouver cet homme dans de mauvaises affaires qui le compromettent et nous en défassent sans ostentation.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809.

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 17 juillet. C’est sans mes ordres et contre mon gré qu’on a fait sortir le Pape de Rome; c’est encore sans mes ordres et contre mon gré qu’on le fait entrer en France; mais je ne suis instruit de cela que dix ou douze jours après que c’est exécuté. Du moment que je saurai le Pape stationnaire quelque part, et que mes intentions pourront être connues à temps et exécutées, je verrai les mesures que j’aurai à prendre.

Schönbrunn, 23 juillet 1809

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, je reçois votre lettre du 15. Il faut porter les compagnies de la légion de la Vistule, formant six bataillons ou trente-six compagnies, à 200 hommes; et j’estime que pour cela il faut au moins 3,000 hommes. Ensuite vous dirigerez ce que vous aurez au-dessus de ces 3,000 hommes sur les dépôts des trois régiments polonais qui sont en Espagne, afin de recruter ces régiments. Je viens d’organiser ici une seconde légion de la Vistule de six bataillons; j’ai déjà 3,000 hommes.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Mon Cousin, demandez au maréchal Oudinot s’il a pris des mesures pour arrêter tous les blessés autrichiens qui se trouvent dans les cercles qu’il a occupés, et s’il s’en est fait faire la déclaration par les autorités.

Mettez à l’ordre que la solde de juin et de juillet sera payée à l’armée.

Nommez un inspecteur aux revues pour vérifier l’emploi de l’argent qui a été donné aux demi-brigades du corps du maréchal Oudinot, soit pour les fourgons au commencement de la campagne, soit des 40,000 francs que j’ai accordés aux différents corps de l’armée.

Faites la même chose pour la légion portugaise.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809,

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je vous ai fait connaître que je voulais avoir à ma parade les hommes qui arrivaient à Vienne. Cependant j’apprends qu’il est arrivé hier des hommes qui ne m’ont pas été présentés aujourd’hui. Faites-moi connaître ce qui sera arrivé aujourd’hui et pourra m’être présenté demain.

Faites connaître au duc de Rivoli que je suppose qu’il aura envoyé des postes de cavalerie sur la frontière de Bohème, qu’il est nécessaire qu’il envoie des espions pour se tenir instruit et me faire connaître tout ce qu’il apprendra de la Bohême et des mouvements de l’ennemi. Écrivez la même chose au général Reynier.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809

Au comte Daru, intendant général de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur Daru, je vois dans votre état qu’on a donné 58,000 francs au 17e régiment de ligne; je ne comprends pas cela: j’ai accordé 40,000 francs, mais non 53,000 francs; qu’on a donné 800,000 francs au 7e corps: je n’ai pas autorisé qu’on payât les étrangers; qu’on a donné 500,000 francs aux troupes saxonnes que commande le général Reynier, 400,000 francs aux troupes wurtembergeoises : je ne conçois rien à tout cela, donnez-m’en l’explication. Qui est-ce qui ordonnance les payements ? Sur quelles bases ? Pourquoi donne-t-on à des corps plus de 40,000 francs, quand j’ai fixé cette somme ?

Je vois qu’on l’a donnée aux régiments provisoires de dragons, qui n’en avaient pas besoin et que je n’avais pas compris dans cet état.

Il faut faire payer l’armée d’Italie et l’ancienne armée de Dalmatie, en comprenant tout ce qu’aurait fait payer le vice-roi.

 

Schönbrunn, 23 juillet 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 19. Le général Beaumont m’a rendu compte que les insurgés avaient échoué dans leur attaque sur Kempten et avaient été complètement battus. Le major général a fait connaître au général des troupes de Votre Majesté que j’avais ordonné au duc de Danzig d’entrer à Innsbruck, où il sera à la fin du mois, et que le général Beaumont, avec ce qu’il a et toutes les troupes que la Bavière a de disponibles, se dirigera sur le Tyrol par la Bavière, tandis que Votre Majesté, de son côté, avec ses troupes, qu’on m’as juré se monter à 7 ou 8,000 hommes, y entrera par le Vorarlberg.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809.

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Monsieur de Champagny, le général Gyulai vient de déclarer que l’armistice serait exécuté dans sa teneur. Je vous envoie ma lettre; faites appeler l’aide de camp de l’Empereur et expédiez-le. Vous trouverez ci-joint le projet de Note que vous pouvez expédier; vous la daterez du 22. Vous pouvez également envoyer à Raab pour faire préparer vos logements, et écrire à M. de Narbonne, qui en est le gouverneur.

PROJET DE NOTE.

Le soussigné, ministre des relations extérieures, est chargé de faire la déclaration suivante.

La France a toujours voulu la paix du continent, comme l’Angleterre a toujours eu intérêt à y fomenter le trouble, les divisions et la guerre.

Après la paix de Presbourg, celle de Tilsit et les expéditions de Copenhague, l’Angleterre ne trouva d’autre expédient, pour porter le désordre dans le système continental qui s’était établi, que d’arracher l’Espagne à l’alliance de la France, bien certaine que la France considérerait un changement de système de la part de l’Espagne comme une déclaration de guerre. Tous les efforts faits par le cabinet de Londres échouèrent devant les principes et la constante amitié du roi Charles. Ce cabinet conçut et exécuta alors l’horrible projet d’armer le fils contre le père, et l’on vit le prince des Asturies porter la révolte jusqu’au sein des gardes du corps et s’asseoir sur le trône de son vieux père. Celui-ci eut recours à la puissance et à la protection de l’Empereur son allié; mais, depuis, voyant que l’agitation des esprits contre lui, la Reine et son principal ministre, avait gagné toutes les Espagnes, que tout le peuple de Madrid séduit avait brisé ses images et adopté toutes les calomnies que l’Angleterre est dans l’usage de répandre en pareille circonstance, il renonça au trône.

Le prince des Asturies lui-même, lorsqu’il vit que l’insurrection et les menées de l’Angleterre l’avaient placé sur un trône chancelant et environné de précipices, et que son pays serait le théâtre de la lutte des partisans du système anglais et français, renonça à ses droits à la couronne. Cependant toutes les Espagnes étaient en armes, et des armées françaises durent y être envoyées. Ce fut alors que la cour de Vienne jugea le moment favorable pour briser le traité de Presbourg, oublia la conduite que l’Empereur avait tenue dans Vienne et fit la guerre, comme il ressort de ses propres proclamations, par la seule raison que le moment favorable de la faire était venu. Le destin en a décidé autrement, de vains fantômes ont été dispersés; des espérances fallacieuses ne se sont pas réalisées; l’Empereur d’Autriche désire le rétablissement, de la paix; le prince de Liechtenstein en a fait les ouvertures directes à l’Empereur.

La France n’a jamais envié rien de ce que possède l’Autriche. Dans trois guerres successives, elle a restitué d’immenses territoires sans aucune compensation. Elle avait espéré qu’en échange cette modération lui aurait valu l’amitié et la reconnaissance du souverain de l’Autriche. La générosité  que la France a montrée à la paix de Presbourg, l’Empereur est prêt à la montrer encore. Mais Sa Majesté doit à ses sujets de s’assurer, avant, que le cabinet de Vienne veut sincèrement rester en paix, ne plus faire de diversion en faveur de l’Angleterre, et laisser enfin à la France la libre disposition de tous ses moyens cet ennemi du continent.

1° Le licenciement des landwehre;

2° La réduction de l’armée de ligne à la moitié de ses cadres actuels;

3° L’expulsion du service d’Autriche de tous les Français, soit Belges, soit de l’ancienne France, soit des pays qui depuis ont été réunis, ces hommes s’étant de tout temps montrés les plus enclins à semer la division entre les deux États :

Ces trois conditions préliminaires peuvent seules offrir à l’Empereur la sûreté et la tranquillité de l’avenir; car la France n’aurait aucun avantage à évacuer Vienne et les beaux pays qu’elle occupe, et où son armée a de bons cantonnements, si, à peine les Français hors de Vienne, on devait recommencer les armements, la formation de des camps et cette série d’hostilités passives qui, décelant les intentions du gouvernement et détournant une partie de nos efforts de nos côtes, sont de véritables diversions en faveur de l’Angleterre. La France perdrait ainsi le fruit de plusieurs évènements heureux sans obtenir de compensations.

Le soussigné a reçu les ordres et pouvoirs nécessaires pour négocier, conclure et signer un traité de paix avec l’Autriche, et est chargé de déclarer que ces principes sont la base et condition de toute négociation.

Quant aux autres conditions, soit qu’on veuille adopter la base de l’uti possidetis, soit qu’on veuille adopter un système de compensations, l’Empereur en agira avec la même modération et générosité qu’il en a agi à la paix de Presbourg.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809.

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, je vous envoie un état que me remet le gouverneur de Vienne, d’où il résulterait qu’il y aurait aujourd’hui 36,000 soldats blessés ou malades à Vienne, soit Français, soit alliés, soit Autrichiens. Je désirerais que la répartition de ces 36,000 hommes soit faite par régiment. Chargez le commandant de la place et les officiers commandant les faubourgs de faire ce relevé.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809

Au maréchal Marmont, duc de Raguse, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Krems

Je ne conçois pas que vous fassiez dépendre la construction de vos camps de savoir si les 4e bataillons vous seront conservés ou non. C’est tout à fait de l’enfantillage. Faites camper vos troupes sans délai et faites-les exercer. C’est le seul moyen de maintenir l’ordre et la discipline. Elles gagneront beaucoup à camper pendant août et septembre. J’irai dans huit jours passer la revue de votre corps. Faites que je voie les camps en bon état.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809

Au maréchal Marmont , duc de Raguse, commandant le 3e corps de l’armée d’Allemagne, à Krems

Mon Cousin, le 25e régiment de chasseurs, qui fait partie de votre corps d’armée, a, au dépôt de cavalerie de Klosterneuburg, cent cinquante hommes à pied. Il vous est facile de faire acheter des chevaux à un prix raisonnable, sur les confins de la Bohême, pour monter ces hommes. Occupez-vous de cela, et tâchez de procurer à ce régiment, qui n’a que quatre cent chevaux à l’armée, une centaine de chevaux, ce qui, avec les deux cents qui lui viennent d’Italie, le porterait à sept cents chevaux.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809.

A Eugène Napoléon, vice roi d’Italie, à Vienne

Mon Fils, envoyez l’ordre au général Baraguey d’Hilliers de se rendre à Laybach et de prendre le commandement de la Carniole, de l’Istrie et de la province de Goritz, en prenant les mesures convenables pour faire évacuer l’Istrie par les Anglais, et faire occuper toutes les limites de l’armistice. Le général Rusca restera commandant de la province de Carinthie, et sera chargé de surveilöler les mouvements du Tyrol.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809.

A l’Impératrice, à Plombières

Je reçois ta lettre du 18. Je vois avec plaisir que les eaux te font du bien. Je ne vois aucun inconvénient qu’à la fin de tes eaux tu ailles à Malmaison.

Le chaleur est assez grande ici. Ma santé est fort bonne.

Adieu, mon amie.

Eugène est à Vienne, et très bien portant.

Tout á toi.

 

Schönbrunn, 24 juillet 1809

A Fouché

Les journaux sont extrêmement mal rédigés.

Vous verrez, dans le numéro de la Gazette de France que je vous envoie, qu’on y fait entendre que la Prusse veut nous déclarer la guerre, que la Russie est contre nous. Faites connaître au rédacteur de cette gazette que je la supprimerai, si elle continue à imprimer de pareils articles; que j’ai même été sur le point d’en signer le décret.

Donnez aussi des ordres positifs pour qu’aucune gazette ne fasse mention du Pape. [10]L’enlèvement du Pape a eu lieu dans la nuit du 5 au 6 juillet – Napoléon couchait à ce moment dans sa tente, à son QG de Raasdorf…

Quel est le rédacteur de la Gazette de France ? Sur quelles données écrit-il de pareilles lettres de Berlin ? Donnez donc une meilleure direction aux journaux.

Pourquoi parlent-ils avec emphase d’une prétendue révolution arrivée à Bologne, en Italie ? Les journaux italiens peuvent en parler, cela les regarde; mais les journaux de Paris ne sont point insignifiants en Europe. Le Journal des Débats pouvait se dispenser de donner de l’importance à cet événement.

En général, nos journaux sont toujours prêts à s’emparer de ce qui peut nuire à la tranquillité publique et donner de fausses idées sur notre position.

 

Schönbrunn, 25 juillet 1809.

ORDRE POUR LE GÉNÉRAL BERTRAND, COMMANDANT LE GÉNIE DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE, A VIENNE.

Il ne faut pas détruire le pont sur pilotis de l’île Alexandre, non plus que le pont de l’île Saint-Hilaire.

 

Schönbrunn, 25 juillet 1809

Au roi Jérôme

Je reçois votre lettre du 20. Les lettres que vous avez reçues de moi depuis celle du 14 vous auront fait connaître mon opinion et mes intentions. Vous vous êtes parfaitement mal conduit à mes yeux dans cette campagne. Il n’a pas dépendu de vous que Junot ne fût bien rossé et que Kienmayer avec ses 25. 000 hommes ne se portât sur moi puisque sans l’armistice de Znaym j’eusse poursuivi le prince Charles sur Prague.

Vous avez commandé un vaisseau de guerre (il s’agit du Vétéran), vous avez abandonné la mer et votre amiral sans ordres. Vous avez fait des suppositions, sans que moi ou mon ministre en ayons été dupes. Mais un vaisseau était peu de chose et j’ai voulu ignorer ce fait. Je vois que vous persistez dans le même système.

Vous croyez faire prendre le change, vous ne trompez personne.

Vous avez été constamment dans cette campagne où l’ennemi n’était pas. Vous dites que la retraite du duc d’Abrantès sur le Danube vous a forcé à prendre position à Schleitz et à quitter l’offensive; la retraite du duc d’Abrantès a été occasionnée par vos ridicules manoeuvres. Si, comme je vous l’avais ordonné, vous vous étiez porté sur votre droite pour vous réunir au duc d’Abrantès, si, après avoir chassé l’ennemi de Bareuth (sic) pour garder le Danube qui était une grande affaire, vous eussiez marché sur Dresde, cela ne fût pas arrivé. Si au lieu de rester trois ou quatre jours dans le même endroit, au lieu d’être plus lent et plus irrésolu que les Autrichiens eux-mêmes, vous eussiez marché avec la vivacité et l’ardeur qui conviennent à votre âge, l’ennemi ne vous eût pas masqué et dérobé ses mouvements.

Voilà pour la première observation. Voici pour la seconde.

Vous étiez à Schleitz, lorsque vous avez appris la nouvelle de mes grandes victoires et vous ajoutez que dès lors vous n’aviez pas à craindre que l’ennemi vous attaquât; mais vous deviez craindre qu’il n’attaquât Junot, vous deviez craindre qu’il ne tombât sur moi et 15 000 hommes de plus ou de moins dans une bataille sont-ils de peu d’importance ? Vous aviez à craindre que ce corps ne réoccupât Dresde; au lieu de cela, vous dissolvez votre corps et vous vous contentez de déclarer que le corps de Kienmayer est dissous ! enfin vous vous sauvez honteusement et vous déshonorez mes armes, et votre jeune réputation.

Quant aux Anglais, votre marche savante sur la Baltique ne peut en imposer qu’aux sots. Vous saviez bien que les Anglais n’étaient pas débarqués et s’ils étaient réellement débarqués, qu’aviez-vous à faire autre chose que de vous réunir au duc d’Abrantès, aux Saxons, et non de dissoudre votre corps ? 3 000 Saxons,10 000 hommes de votre corps et 7 à 8 000 hommes du corps du duc d’Abrantès vous auraient mis à même de repousser les Anglais. Vous ne pouviez rien faire seul. Une victoire ne finit pas une guerre. Dans mes calculs je devais vous trouver à Dresde et suivant l’ennemi en Bohême; votre marche sur la Baltique était pour cacher votre retour à Cassel et votre honteux abandon de la Saxe.

D’ailleurs, dans vos lettres comme dans votre Moniteur de Cassel, vous faites de mauvaises suppositions. Vous dites que vous vous êtes retiré de Schleitz, lorsque l’ennemi s’est retiré en Bohême; mais non; l’ennemi était resté à Plauen. Vous deviez rester à Schleitz, garder les Saxons et réunir à vous le duc d’Abrantès. Vous supposez que l’ennemi n’était pas rentré à Dresde, mais vous savez qu’il y est rentré le 14, aussitôt qu’il a connu vos ridicules manoeuvres.

Je suis fâché pour vous que vous montriez dans la guerre aussi peu de talent et même de bon sens. Il y a loin du métier de soldat au métier de satrape [de courtisan].

J’avais à peine votre âge que j’avais conquis toute l’Italie et battu les armées autrichiennes trois fois plus nombreuses que moi. Mais je n’avais pas de flatteurs, pas de corps diplomatique à ma suite. Je faisais la guerre en soldat. On ne la fait pas différemment. Je ne me prétendais ni frère de l’empereur, ni roi, je faisais tout ce qu’il fallait pour battre l’ennemi.

Vous retirez le 22e des places de l’Oder, vous avez tort si vous ne remplacez pas ce régiment, comme je vous l’ai ordonné, par les 1 200 Français que vous avez à Cassel. Le général Reubell (Le général Reubell, fils de l’ancien Directeur, ancien officier de marine, sera chassé de la cour de Westphalie et se réfugiera  à Baltimore) s’est permis de donner des ordres et contre-ordres à des détachements que je faisais venir à l’armée, comme sapeurs, mineurs, etc. S’il continue, je le ferai arrêter au milieu de votre camp et je le ferai juger par une commission militaire comme violant mes ordres et dérangeant mes combinaisons.

Quant à l’avenir, je ne veux pas vous déshonorer en vous enlevant le commandement, mais je ne veux pas non plus par de sottes condescendances de famille exposer la gloire de mes armes. Un vaisseau de plus ou de moins était peu de choses, 20 000 hommes plus ou moins bien employés peuvent changer le destin de l’Europe. Si donc vous voulez continuer comme vous avez commencé, à être entouré par des hommes qui n’ont pas fait la guerre comme les Dalbignac, les Reubell, les Furstenstein, n’avoir aucun homme de conseil, faire des romans, ne pas exécuter mes ordres, vous pouvez rester dans votre sérail.

Sachez bien que, soldat, je n’ai point de frère et que vous ne me cacherez pas les vrais motifs de votre conduite sous des prétextes frivoles et ridicules. Pour ne point vous exposer à de pareils résultats, je verrais avec plaisir que vous fassiez passer mes troupes sous le commandement du duc d’Abrantès.

Vous êtes un jeune homme gâté, quoique plein de belles qualités naturelles. Je crains fort qu’il n’y ait rien à attendre de vous.

Si vous continuez à conserver le commandement de mes troupes, portez-vous sans délai à Dresde. Je vous enverrai un chef d’état-major qui ait le sens commun. Réunissez à Dresde les troupes, saxonnes, hollandaises, du grand-duché de Berg et toutes celles qui sont sous vos ordres. Faites réarmer et mettre la place en défense. Les Saxons s’y réorganisent. Tirez le 22e des places de l’Oder, mais faites-le remplacer par les 1 200 conscrits français que vous avez à Cassel. Que le duc d’Abrantès occupe Bayreuth. Que l’état-major ait une fois tous les jours de vos nouvelles.

Supprimez votre train et votre cour et faites la guerre comme doit la faire un homme de mon nom qui a plus besoin de gloire que d’autre chose.

Si les hostilités recommencent, le théâtre de la guerre sera en Bohême et vous aurez un rôle actif à y jouer. Si la guerre ne doit pas avoir lieu, la réunion d’un grand nombre de troupes à Dresde et à Bayreuth peut faciliter les négociations.

Quant aux Anglais, vous êtes mieux placé à Dresde que dans tout autre endroit pour marcher contre eux. On ne peut les empêcher de débarquer. Mais j’ai peine à croire qu’ils viennent se placer entre le Danemark et la confédération. Ils ont bien assez à faire en Portugal. D’ailleurs, il faut qu’ils débarquent pour savoir ce qu’il faut faire.

La lettre du roi de Hollande ne signifie rien et je n’en crois pas un mot. Tous les jours, je reçois de pareilles nouvelles de mes côtes. Ce débarquement de 200 hommes qu’ils ont fait suppose aussi qu’ils ne veulent point débarquer, car ce serait une faute que d’indiquer qu’ils veulent descendre dans tel endroit. Si j’écoutais de pareilles idées, mes troupes ne feraient que des marches et des contremarches et devraient se porter sur tous les points de l’Océan, de la Méditerranée, de l’Adriatique.

Si vous ne saviez pas lire et évaluer la vérité des rapports, et que vous preniez des mouches pour des éléphants, vous auriez peu de jugement.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

NOTES POUR LE COMTE TREILHARD, PRÉSIDENT DE LA SECTION DE LÉGISLATION AU CONSEIL D’ÉTAT, A PARIS

Première observation. On convient qu’il y a eu un traité entre le gouvernement et le prince de Carignan; mais on dit que, par suite des évènements de la guerre et de la reprise des hostilités, c’est par le droit de conquête que le Piémont a passé entre les mains de la France. On n’examine pas si la conquête ou la reprise des hostilités, peuvent détruire les dispositions d’un traité, lorsque la guerre n’est pas le fait d’une des deux parties contractantes. Le prince de Carignan avait un droit au trône; il y a renoncé par le traité; en conséquence de sa renonciation on lui a assuré ses biens; il est venu à Paris, et, si la guerre a éclaté ensuite, elle lui a été étrangère, il n’y a pris aucune part, et l’on a de la peine à comprendre que les évènements de cette guerre aient annulé les engagements qu’on avait contractés avec lui.

L’histoire est pleine de transactions faites par des gouvernements avec des princes qui stipulaient de leurs intérêts particuliers; et, dans les circonstances actuelles de l’Empire, les transactions de cette espèce ne peuvent être qu’avantageuses; c’est ainsi que des transactions ont été faites avec des princes de la Maison d’Espagne qui ne jouissaient pas d’une puissance réelle, qui n’étaient pas revêtus de la qualité de souverain, qui n’étaient pas en situation d’égalité avec le gouvernement français; s’ils en observent les conditions, elles doivent être sacrées. Ce point ne paraît donc pas éclairci, et ces réflexions sont si bien fondées que la question dont il s’agit influerait sur la nature des choses.

La Maison de Savoie était divisée en plusieurs branches. Les biens de toutes les branches, celle de Carignan seule exceptée, ont été vendus, parce qu’elles ont suivi les vicissitudes de la branche qui régnait. Toutes ces branches n’ont rien en France et ne peuvent rien réclamer; mais la branche de Carignan s’est séparée de la branche aînée; elle s’est établie en France; elle possède depuis douze ans.

Les vicissitudes de la branche aînée ne l’ont pas atteinte, parce qu’elle avait séparé sa cause. Si donc on la dépossédait demain, comme on pense que le Conseil d’État est en droit de le faire, il n’y a nul doute qu’après douze ans de possession cette mesure paraîtrait injuste. Si on chassait de Paris les individus de cette branche, si on les envoyait en Sardaigne, on ne pourrait prendre cette disposition sans éprouver un sentiment d’injustice. La branche de Carignan n’a rien de commun avec les autres branches, sa situation ne doit avoir rien de commun avec la leur. Les autres branches ne sont point en France, n’y possèdent rien; elle est en France, elle y possède.

Il paraît donc qu’on a passé trop légèrement sur les causes de cette différence de situation. On a traité la branche de Carignan comme faisant cause commune avec les autres; ce qui est le contraire de ce qui résulte tant des droits établis par les traites que de l’évidence des faits.

Deuxième observation. La possession de la branche de Carignan ne forme pas une propriété ordinaire; cela est prouve, puisqu’elle est considérée comme ne pouvant vendre les rentes inscrites au grand-livre, ni aucun de ses biens sur lesquels le Domaine 11 pris des inscriptions. Elle a elle-même demandé qu’on Lui accordât la faculté de disposer; elle a proposé de faire les sacrifices nécessaires pour l’obtenir.

Ici vient la question des droits de la branche cadette de Carignan, auxquels le traité’ fait avec la branche aînée n’a pu porter aucune atteinte.

La branche cadette était en minorité; elle a suivi le sort de l’aînée; comme elle, elle a séparé sa cause de celle de la branche qui restait; comme elle, elle a cédé ses droits au trône; comme elle, elle a adhéré au traité; elle a droit à un dédommagement pour l’éventualité qu’elle perd.

Troisième observation. Ces deux questions éclaircies, il en resterait une troisième à examiner. Convient-il de laisser libres les biens de la branche de Carignan, de sorte que les membres de cette branche puissent les réaliser, se transporter en pays étranger et y réclamer des droits politiques quelconques ? Ne convient-il pas davantage de constituer tous ces biens en rentes sur l’État, en ayant soin de les frapper d’inscriptions, en s’arrangeant de manière à imposer à la jouissance des conditions et un serment, de manière qu’il en résulte une reconnaissance implicite et déguisée, et qu’en cas de manquement on puisse saisir les biens ? Ces conditions peuvent être de ne pas prendre de service à l’étranger, de ne pas sortir de l’Empire sans permission, etc. Le cas est particulier, il faut une organisation particulière.

Sa Majesté ordonne le renvoi de ces observations à la section de législation, à laquelle M. le conseiller d’État d’Hauterive sera adjoint.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez l’ordre au général Baraguey d’Hilliers de se rendre à Klagenfurt, à Laybach, de prendre le commandement des provinces de Trieste, de l’Istrie et de Goritz, et d’en chasser les Anglais. Vous donnerez l’ordre au général Rusca de prendre le commandement de la Carinthie, et le chargerez d’occuper le fort de Sachsenburg. Vous enverrez un officier porter ces ordres aux généraux Baraguey d’Hilliers et Rusca, pour vous assurer qu’ils sont exécutés. Vous enverrez également un officier au duc de Danzig pour lui réitérer qu’il ne se laisse arrêter par rien; que de gré ou de force il soit à Innsbruck avant le 1er août; qu’il fasse prisonniers et traite sévèrement les Autrichiens qui n’exécuteraient pas l’armistice et n’auraient pas évacué le pays avant son arrivée. Répondez au duc de Rivoli qu’il a raison; que j’avais ordonné que l’intendant général ne tirât rien de Znaym; qu’il suffit que ce cercle nourrisse son corps d’armée.

J’approuve que le colonel du 65e recrée des compagnies pour compléter son 4e bataillon.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Je vous envoie des états de situation pris sur des courriers autrichiens. Envoyez-les au duc de Danzig, au vice-roi et au général Rusca. Le duc de Danzig reconnaîtra que le général Buol n’a sous ses ordres que 2,600 hommes; le général Rusca y verra que le colonel Leiningen n’a pas plus de 600 hommes dans le midi du Tyrol. Envoyez aussi ces états au roi de Wurtemberg et au général Beaumont, qui verront que dans le Vorarlberg les Autrichiens n’ont que 280 hommes.

En envoyant au général Rusca la lettre du général Gyulai pour prendre possession du fort de Sachsenburg, faites-lui connaître qu’il ait à signifier, soit aux 600 Autrichiens du colonel Leiningen qui sont dans le midi du Tyrol, soit à ceux de la colonne du général Schmidt, que vous leur donnez tant de temps pour se retirer conformément l’armistice; que, passé ce temps, ils seront considérés comme ayant désobéi aux ordres de leur gouvernement. La moitié de la division Severoli, qui doit rester au général Rusca, lui fournira suffisamment de monde pour occuper avec 2,000 hommes le fort de Sachsenburg, inquiéter les Tyroliens du côte de Brixen et du Pusther Thal, procéder au désarmement, prendre des otages et rétablir la tranquillité.

Vous aurez soin de recommander au général Rusca d’exiger qu’on lui laisse toutes les pièces qui composent l’armement du fort de Sachsenburg et de ne laisser emporter du Tyrol aucune arme, fusils ni munitions. Les Autrichiens doivent avoir à Sachsenburg un amas de fusils dont il faut s’emparer.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté l’état des troupes autrichiennes qui sont dans le Vorarlberg. Elle y verra que l’ennemi n’y a jamais eu plus de 600 hommes, dans le haut Tyrol plus de 2,500 hommes, et dans le bas Tyrol 800. Le duc de Danzig se porte à Innsbruck, où il sera déjà arrivé quand Votre Majesté recevra cette lettre. Il s’y porte avec 18,000 hommes. Le général Rusca, qui est à Klagenfurt et qui a pris possession du fort de Sachsenburg, se porte de là dans le bas Tyrol. Le général Beaumont et tout ce que la Bavière a réuni doivent s’y porter par Scharnitz et par les débouchés.

Si les 2,500 Autrichiens qui sont dans le Tyrol veulent profiter de l’armistice, on les laissera sortir; sans quoi, on les fera prisonniers de guerre. Je compte sur les 8 ou 9,000 hommes que Votre Majesté a sous ses ordres; le général Beaumont y joindra un millier de dragons, pour déboucher par le Vorarlberg. Il est probable que le peu d’Autrichiens qui s’y trouvent, apprenant la prise d’Innsbruck, l’évacueront; sans quoi, Vôtre Majesté doit les faire prisonniers. Je serais fâché que Votre Majesté écoutât de petites raisons de rivalité et prêtât l’oreille aux propos qui lui reviennent de la Bavière. Elle doit donner ordre à ses troupes de se porter sur Bregenz aussitôt qu’on saura l’entrée à Innsbruck. J’espère qu’elle m’apprendra qu’avant le 4, ou le 6 août, elle est maîtresse de Bregenz et du Vorarlberg.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809

À Fouché

Je vous envoie un numéro de la Gazette de France, où vous verrez un nouvel article de Berlin. Donnez ordre, au reçu de cette lettre, que le rédacteur soit arrêté et mis en prison, pour avoir mis dans son journal plusieurs articles de Berlin dont le but est de mettre du doute dans l’alliance de la France et de la Russie et d’injurier nos alliés. Vous retiendrez ce rédacteur pendant un mois en prison, et vous en nommerez un autre à sa place.

Vous me ferez connaître de quelles sources proviennent ces articles. En général, on dirige horriblement les journaux. On effraye, depuis deux mois, le continent de la grande expédition anglaise.

On dirait, en vérité, qu’à la police on ne sait pas lire; on n’y pourvoit à rien.

 

Schönbrunn, 26 juillet 1809.

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne

Je vous envoie des lettres interceptées qui vous feront connaître la situation des ennemis dans le Tyrol. Vous y verrez que le général Buol n’a que 2,000 hommes; que, dans le Vorarlberg, il n’y a que 600 hommes et que le reste est du côté de Sachsenburg; que les Tyroliens n’ont jamais eu plus de 12,000 paysans armés. La division du prince royal, celle du roi, celle de Rouyer et celle du colonel d’Arco, enfin celle de Beaumont, doivent vous faire 18 à 20,000 hommes. J’espère donc que vous m’apprendrez bientôt que vous avez battu, dispersé et désarmé le pays. Il faut que tout ce qui a été chef soit otage et envoyé à la citadelle de Strasbourg; enfin que vous fassiez des exemples des meneurs et brûliez les principaux villages. Quant aux Autrichiens qui sont dans le Tyrol, vous leur donnerez tant d’heures pour déclarer s’ils veulent profiter de l’armistice et évacuer le TyroL S’ils s’y refusent, vous en ferez sévère justice, comme d’hommes qui ont désobéi à leur gouvernement.

 

Schönbrunn, 27 juillet 1809.

A Alexandre 1er, empereur de Russie, à Saint-Petersbourg

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté Impériale la copie d’une lettre que m’a écrite l’empereur d’Autriche et ma réponse (voir 22 juillet).

Champagny envoie à Caulaincourt une note [11]voir 24 juillet que j’ai cru devoir faire remettre en même temps. Il me paraît y avoir des divisions entre le cabinet et la cour; les princes de la Maison ne sont pas d’accord. J’ignore donc où tout ceci nous conduira. Si les hostilités doivent recommencer, il serait à désirer que l’armée de Votre Majesté pût agir activement et d’une manière plus immédiate. Jusqu’à cette heure j’ignore où elle est, sa force et les intentions précises de Votre Majesté sur elle. Aussitôt que je connaîtrai l’intention du cabinet d’Autriche, j’en ferai part à Votre Majesté. Je charge spécialement le prince Gagarine de réitérer à Votre Majesté l’assurance de mes sentiments pour elle et de mon inviolable amitié.

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général La Riboisière, je vois qu’il y a à Laybach trente-six bouches à feu de 12 et de 18. On peut en envoyer huit au château de Graz et douze à Klagenfurt. Il en restera encore seize pour Laybach, ce qui est plus que suffisant. Des huit obusiers qui se trouvent à Laybach, il faut en retirer deux et en laisser six. Je pense qu’il faut retirer de Passau les quatre pièces de 12, les dix-neuf pièces de 6, les trois pièces de 3, et, sur les quatorze obusiers qui s’y trouvent, au moins six; ce qui fera trente-deux pièces à tirer de Passau, et, avec les dix-huit pièces tirées de Graz, et les six obusiers qu’on retire de Laybach, cinquante-six pièces de canon. Ce sera autant de moins à envoyer de France sur les quatre-vingt-six que j’ai demandées. Les cent dix-huit pièces qui sont à Vienne me paraissent nécessaires pour la tête de pont de Spitz, les îles environnantes et pour la place de Vienne, surtout vu les dix pièces de 6 que l’on devra retirer de Graz et ce qu’on sera obligé d’envoyer encore pour compléter l’armement de Raab. Peut-être même aura-t-on besoin de douze ou quinze pièces pour le fort de Brünn. Ainsi il n’y a pas lieu d’envoyer des pièces de Vienne à Passau. Il faut faire venir à Passau des pièces de Kronach, Forchheim, Würzburg, et des places du haut Palatinat qui appartiennent à la Bavière, où il y a plus de pièces qu’il n’en faut.

On pourrait faire venir de ces places une trentaine de pièces de 24, de 16, des mortiers et un grand nombre d’autres pièces. Écrivez dans ce sens, que tout ce qui est strictement inutile à l’armement de ces différents forts soit dirigé sur Passau, qu’il faut armer fortement et de pièces de gros calibre.

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police générale, à Paris

J’ai reçu un fatras que vous m’avez envoyé sur le commerce des blés et qui est tout à fait ridicule. Je ne sais pourquoi on a commencé par là; il fallait commencer par me montrer l’alphabet.

C’est un bavardage d’économiste. Qui est-ce qui s’oppose en France au commerce des blés ? Qui est-ce qui s’oppose à l’exportation ? Ce n’est pas la loi du pays; ce sont les Anglais qui empêchent les neutres de venir dans nos ports et d’enlever nos bâtiments. Ces raisonnements sont pitoyables, mais ont un grand inconvénient: c’est d’encourager le commerce et régenter le gouvernement, de relever les discussions et de mettre de l’agitation dans les esprits. L’administration n’est point économiste.

Les principes sur le commerce des blés sont invariables: il y a exportation aussitôt qu’il y a des débouchés; il: n’y a pas d’exportation sans commerce avec l’étranger. Ces moyens de commerce, c’est l’Angleterre qui les empêche. J’ai tâché d’y suppléer par des licences, et, si l’on s’en sert, cela pourra remédier au mal.

Pour ce qui me regarde, je vous prie de ne pas m’envoyer de pareilles balivernes, je n’ai pas besoin du radotage ni des leçons de M. Dupont de Nemours (Pierre Samuel Dupont de Nemours, 1739-1817, économiste, disciple de Turgot, dont le Mémoire sur la Banque de France fut interdit en 1806) et de quelques négociants.

J’ai lu les lettres de la Chambre de commerce. Vous avez eu tort de la recevoir, et je suis fâché de voir la direction que vous donnez à l’intérieur. Nous n’avons pas besoin de leçons des chambres de commerce; et, si nous en avions besoin, ce n’est pas M. de Nemours qui nous en donnerait. Des conversations avec quelques négociants instruits peuvent être utiles; mais les déli- bérés des chambres sont toujours inutiles et ont de graves inconvénients.

Il faut que la chambre de commerce soit bien ignorante, si elle ne sait pas:

1. – que les Américains n’ont pas levé leur embargo pour la France ;

2. –  que je ne me suis jamais opposé à ce que les Américains vinssent dans mes ports; ce sont les Anglais qui s’y opposent.

L’acte d’empêchement a été levé pour la Hollande. Le roi a cru devoir le recevoir. J’ai cessé de permettre l’introduction des marchandises de Hollande en France, et je l’ai sommé de rapporter la mesure qu’il a prise, voulant que la France et la Hollande suivent le même principe; et certainement, si l’Angleterre veut laisser venir les bâtiments américains en France, je serai le premier à l’approuver.

La chambre de commerce ne sait rien et ne bavarde que préceptes.

Je vous prie de ne pas m’exposer à l’inconvénient de recevoir de pareils mémoires. Je vois que vous n’avez aucune expérience des affaires de l’intérieur: nous n’avons besoin d’aucune nouvelle législation en fait de commerce. La France souffre beaucoup, je le sais, non par la législation, mais par le blocus de l’Angleterre. Cela vient de ce que les pavillons danois, russes, prussiens, etc., comme ennemis, ne peuvent circuler, que les Américains ont mis l’embargo chez eux, puis après ont rendu un acte d’empêchement. Il n’y a pas de canal d’écoulement; on a cherché à y suppléer par des patentes ou des licences.

Faites-moi connaître l’effet de ces mesures, et n’agitez pas l’esprit du commerce par de folles et intempestives discussions. Ils bavarderont beaucoup et ne diront rien qui vaille: ils n’ont pas même les premières notions de la question

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au comte de Champagny, ministre des relations extérieures, à Vienne

Notre intention étant que le sieur Pellenc, du département des Bouches-du-Rhône, passé au service d’Autriche par les événements de la Révolution, rentre en France, et l’ayant en conséquence rayé de la liste des émigrés, et voulant rattacher à notre service, nous désirons que vous lui donniez dans votre ministère une place de secrétaire-interprète avec un traitement de 9,000 francs, et ce à compter de ce jour.

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire

Je reçois votre lettre du 22 juillet. Je suis fort aise que le conseiller d’État Jaubert ait été nommé subrogé tuteur des enfants du duc de Montebello. Ainsi tout se trouve arrangé conformément à mes désirs.

 

Schönbrunn, 28 juillet 1809

Au comte Fouché, ministre de la police général, à Paris

Je vois dans le Publiciste du 22 une relation de la bataille de Wagram dans lequel on donne de grands éloges au prince de PonteCorvo, qui n’a rien moins que bien fait. D’où viennent donc ces nouvelles, et. ne pourrait-on pas s’en tenir aux renseignements officiels ?

Faites arrêter et conduire à Fénestrelle le cardinal Pacca; c’est un homme qui ne mérite aucun ménagement; faites aussi arrêter son neveu. Faites venir à Vincennes le nommé Cosme Pedicini, son secrétaire, afin d’avoir des renseignements.

 

Schönbrunn, 29 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Général Clarke, il est nécessaire que le général Gouvion Saint-Cyr ne quitte point l’armée avant qu’il ait été remplacé par le duc de Castiglione.

Écrivez en Espagne qu’on n’entreprenne rien contre le Portugal pendant le mois d’août; cette saison est beaucoup trop chaude; mais qu’on se prépare à faire cette expédition en février.

Demandez un mémoire au Roi et au duc de Dalmatie sur l’ouverture de la campagne au mois de septembre; ils auront le temps de recevoir un ordre d’ici à cette époque.

P. S. Si cependant la maladie du général Gouvion Saint-Cyr était telle qu’il dût quitter, il rétablira, avant, la communication avec Barcelone, et laissera le commandement du corps d’année au général Duhesme.

 

Schönbrunn, 29 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Si vous avez occasion de voir le prince de Ponte-Corvo, témoignez-lui mon mécontentement du ridicule ordre du jour qu’il a fait imprimer dans tous les journaux, d’autant plus déplacé qu’il m’a porté pendant toute la journée des plaintes sur les Saxons. Cet ordre du jour contient d’ailleurs des faussetés. C’est le général Oudinot qui a pris Wagram le 6 à midi; le prince de Ponte-Corvo n’a donc pas pu le prendre. Il n’est pas plus vrai que les Saxons aient enfoncé le centre de l’ennemi le 5; ils n’ont pas tiré un coup de fusil. En général, je suis bien aise que vous sachiez que le prince de Ponte-Corvo n’a pas toujours bien fait dans cette campagne. C’est un homme usé, qui veut de l’argent, des plaisirs, des grandeurs, mais ne veut pas les acheter par les dangers et les fatigues de la guerre. La vérité est que cette « colonne de granit » a constamment été en déroute.

 

Schönbrunn, 29 juillet 1809.

Au général Clarke, comte d’Hunebourg, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 22 relative à l’envoi des compagnies d’artillerie. Il en résulte que vous faites partir de suite la 10e compagnie du 8e régiment, qui est à Calais; les 13e et 15e compagnies du même régiment, qui sont à Boulogne; les 17e et 18e du 6e régiment, qui sont à Brest; la 6e du 3e, qui est à l’île de Groix; les 3e, 7e et 16e du 3e régiment, qui sont à l’île d’Aix; ce qui fait neuf compagnies qui partent de suite des côtes de l’Océan; que vous en faites partir des côtes de la Méditerranée quatre, de l’île d’Elbe une, de Toulouse deux, et d’Alexandrie deux; ce qui fait dix-huit compagnies. C’est plus qu’il ne m’en faut. Il faut donner contre-ordre aux compagnies qui restent à Flessingue, à Terneuse, à Cadzand, à Cherbourg, à Boulogne, à l’île d’Yeu et partout ailleurs. Dix-huit compagnies me suffisent, puisque, indépendamment de celles-là, il m’en est arrivé plusieurs depuis la bataille, qu’il m’en arrive quatre d’Italie et deux d’Espagne; ce qui me fera vingt-quatre; je n’ai pas besoin d’un plus grand nombre.

Ce dont j’ai besoin, c’est de compléter les officiers. Faites rejoindre tous les capitaines en second, et tirez de l’école de Metz quarante ou cinquante jeunes gens pour compléter les lieutenants en second.

Faites partir des dépôts tout ce qu’il y a de disponible pour compléter les compagnies à 100 et à 120 hommes. Mon intention est qu’il ne reste à Magdeburg qu’une compagnie française, une à Stettin, une à Küstrin et une à Glogau, et qu’il n’y en ait ni à Danzig ni à Stralsund; ce qui rendra encore quatre compagnies disponibles. Quant au train, envoyez à Strasbourg deux milliers d’hommes, qui y prendront des chevaux et rejoindront de là l’armée. Au moyen de ces précautions, je serai bien en personnel d’artillerie et je n’aurai rien à désirer. L’extraction de France d’un plus grand nombre de compagnies d’artillerie affaiblirait sans raison des points importants de la côte.

 

Schönbrunn, 30 juillet 1809

A Alexandre, prince de Neufchâtel, major général de l’armée d’Allemagne, à Schönbrunn

Mon Cousin, donnez l’ordre au duc d’Abrantès de prendre le commandement des pays compris entre le Rhin, la Bohême et la Saxe. Les provinces de Hanau, de Würzburg, de Bamberg, de Bayreuth, de Fulde, d’Erfurt, seront sous ses ordres, ainsi que les forteresses de Würzburg, de Forchheim, de Kronach, de Bamberg et d’Erfurt.

Vous lui ferez connaître que je consens que le bataillon du 14e de ligne qui fait partie de la 5e demi-brigade provisoire et le bataillon du 84e qui fait partie de la même demi-brigade, et qui ont leur régiment en Espagne, soient joints à la division Rivaud, en en attachant un à la brigade Lameth et un à la brigade Taupin. Vous donnerez l’ordre au duc de Valmy de diriger sur Bayreuth tous les détachements appartenant aux 14e et 34e qui feraient partie du bataillon de marche de la 2e division militaire, qui sont destinés pour Vienne; ces détachements serviront à compléter ces deux bataillons. Vous ferez connaître également au duc d’Abrantès que, aussitôt que le Tyrol sera soumis, la brigade bavaroise qui est sous ses ordres sera portée à 4,000 hommes d’infanterie et à douze pièces de canon. Vous lui donnerez l’ordre qu’aussitôt que l’expédition anglaise, qui a dû partir le 25 juillet des Dunes, se sera dirigée sur l’Espagne, comme cela est probable, et non sur le Nord, il dirige sur Ratisbonne les 5e, 10e et 18e demi-brigades provisoires. Vous me ferez connaître le jour où elles y arriveront, afin que je donne des ordres pour leur direction sur Vienne. Vous lui donnerez l’ordre d’échanger le matériel et le personnel de son artillerie contre le matériel et le personnel d’artillerie qu’il trouvera à Würzburg. Vous l’autoriserez à employer le général Menard dans la division Rivaud et à le remplacer dans le commandement de la citadelle de Würzburg par le général Lameth.

Vous l’autoriserez à parcourir toutes les places bavaroises du haut Palatinat, pour en tirer des détachements pour renforcer sa brigade bavaroise ou la composer d’anciens soldats. Vous l’autoriserez à tirer de Hanau les six pièces d’artillerie du duché de Berg. Au moyen de ces dispositions, le duc d’Abrantès aura sous ses ordres onze bataillons français, formant 6 à 7,000 hommes, quatre bataillons bavarois formant 4,000 hommes, trois régiments provisoires de dragons français, le régiment de chasseurs du duché de Berg et trente pièces de canon. La division Lagrange reste composée du 65e, qui sera bientôt à 4,000 hommes, et du 4e bataillon du 46e. J’enverrai cette division le joindre, aussitôt que j’apprendrai l’issue de l’expédition du Tyrol. J’attends, pour disposer de la division hollandaise, du régiment d’infanterie du grand-duché de Berg, des troupes saxonnes et du contingent de Westphalie, que je connaisse la direction qu’aura prise l’expédition anglaise; et si, comme je le pense, elle s’est dirigée sur le Midi, je renforcerai le corps du duc d’Abrantès de 5,000 Hollandais, de 3,000 Saxons et de 3 à 4,000 Westphaliens; de sorte que, si les hostilités recommencent, il pourra entrer en Bohême avec 25 à 30,000 hommes et manœuvrer selon les circonstances. Vous lui écrirez que je demande au grand-duc de Hesse-Darmstadt deux bataillons et quatre pièces de canon. Il pourra réunir ces deux bataillons à la division Lagrange, aussitôt qu’elle l’aura rejoint. Vous écrirez à cet effet à Darmstadt pour que le grand-duc complète son contingent et pour qu’il envoie à Bayreuth deux bataillons. Vous laisserez, au duc d’Abrantès la facilité de retirer de la citadelle d’Erfurt le bataillon du prince Primat, en y laissant une garnison suffisante pour être maître de la citadelle. Enfin, les affaires du Tyrol étant finies, je verrai si l’on ne pourrait pas lui donner une brigade wurtembergeoise pour renforcer d’autant son corps d’armée.

P. S. Le major général expédiera ces ordres par un officier qui rapportera des nouvelles de ce qui se passe. Il mandera au duc d’Abrantès qu’il est très-important qu’il envoie fréquemment des courriers pour donner des nouvelles de la Bohême et de Dresde.

 

Camp impérial de Schönbrunn, 30 juillet 1809

ORDRES

1° – Les inspecteurs, sous-inspecteurs et commissaires des guerres de la Garde impériale seront cantonnés dans les villages avoisinant les camps.

2° – Avant le 4 août, les livrets des soldats seront arrêtés jusqu’au 1er juillet. Tous les objets qui auront été donnés au soldat y seront portés, même ceux donnés en gratification, qui y seront portés pour mémoire.
Les colonels et les majors commandant les différents régiments feront l’inspection des livrets et vérifieront les chiffres de plusieurs.

A dater du 5 août, tous les soldats qui viendront défiler la parade porteront leurs livrets, Sa Majesté voulant les vérifier elle-même.

3° Des mesures seront prises pour qu’avant le 5 août la solde soit payée jusqu’au 1er juillet.

4° Sa Majesté autorise qu’il soit fait une retenue de trois sous en faveur de la masse de linge et chaussure pour les régiments de tirailleurs et conscrits; ce qui, avec la retenue d’un sou de masse de linge et chaussure, la portera à quatre sous pour les régiments de conscrits de la Garde, et ce, pendant tout le temps qu’ils auront les vivres de campagne et jusqu’à ce que les masses soient complètes.

Vienne, 30 juillet 1809

TRENTIÈME BULLETIN DE L’ARMÉE D’ALLEMAGNE.

Le 9e corps que commandait le prince de Ponte-Corvo a été dissous le 8. Les Saxons qui en faisaient partie sont sous les ordres du général Reynier. Le prince de Ponte-Corvo est allé prendre les eaux.

Dans la bataille de Wagram, le village de Wagram a été enlevé le 6, entre dix et onze heures du malin, et la gloire en appartient tout entière au maréchal Oudinot et à son corps.

D’après tous les renseignements qui ont été pris, la Maison d’Autriche se préparait à la guerre depuis près de quatre ans, c’est-à-dire depuis la paix de Presbourg. Son état militaire lui a coûté, pendant trois années, 500 millions de francs chaque année. Aussi son papier monnaie, qui ne se montait qu’à un milliard de francs lors de la paix de Presbourg, passe-t-il aujourd’hui deux milliards.

La Maison d’Autriche est entrée en campagne avec soixante-deux régiments de ligne, dix-huit régiments des frontières, quatre corps francs ou légions, ayant ensemble un présent sous les armes de 310,000 hommes; cent cinquante bataillons de landwehre, commandés par d’anciens officiers et exercés pendant dix mois, formant 150,000 hommes; 40,000 hommes de l’insurrection hongroise, et 60,000 hommes de cavalerie, d’artillerie et de sapeurs; ce qui a porté ses forces réelles de 5 à 600,000 hommes. Aussi la Maison d’Autriche se croyait-elle sûre de la victoire. Elle espérait balancer les destins de la France, lors même que toutes nos forces auraient été réunies, et elle ne doutait pas qu’elle ne s’avançât sur le Rhin, sachant que la majeure partie de nos troupes et nos plus beaux régiments étaient en Espagne. Cependant ses armées sont aujourd’hui réduites à moins du quart, tandis que l’armée française est double de ce qu’elle était à Ratisbonne.

Ces efforts, la Maison d’Autriche n’a pu les faire qu’une fois. C’est un miracle attaché au papier-monnaie. Le numéraire est si rare, que l’on ne croit pas qu’il y ait dans les États de cette monarchie 60 millions de francs en espèces. C’est ce qui soutient le papier-monnaie, puisque près de deux milliards, qui, moyennant la réduction au tiers, ne valent que 6 à 700 millions, ne sont que le signe nécessaire à la circulation.

On a trouvé dans la citadelle de Graz vingt-deux pièces de canon.

La forteresse de Sachsenburg, située aux débouchés du Tyrol, a été remise au général Rusca.

Le duc de Danzig est entré en Tyrol avec 25,000 hommes. Il a occupé, le 28, Lofer, et il a partout désarmé les habitants. Il doit en ce moment être à Innsbruck.

Le général Thielmann est entré à Dresde.

Le duc d’Abrantès est à Bayreuth. Il a établi ses postes sur la frontière de la Bohême.

Schönbrunn, 30 juillet 1809

Au maréchal Lefebvre, duc de Danzig, commandant le 7e corps de l’armée d’Allemagne

Je reçois au moment même votre lettre du 28 à cinq heures et demie du matin. Je vois que les communes du Taufers se sont soumises; je suis fâché que vous ne les ayez pas punies. Mon intention est que, au reçu de la présente, vous exigiez qu’on vous livre 150 otages pris dans tous les cantons du Tyrol, que vous fassiez piller et brûler au moins six gros villages dans tout le Tyrol et les maisons des chefs, et que vous déclariez que je mettrai le pays à feu et à sang, si l’on ne me rapporte pas tous les fusils, et au moins 18,000, et autant de paires de pistolets que je sais y exister. Vous ferez conduire les 150 otages, sous bonne et sûre escorte, dans la citadelle de Strasbourg. Lorsque j’ai fait mon armistice, ç’a été principalement pour soumettre le Tyrol. Je crains, après ce qui est arrivé à Taufers, que vous vous laissiez duper par cette canaille, qui, lorsque vous aurez le dos tourné, recommencera de plus belle. On a massacré dans le Tyrol des Français et des Bavarois; il faut en tirer vengeance et faire des exemples sévères. Quant aux Autrichiens, je vous ai fait connaître mes intentions. Ils doivent avoir connaissance de l’armistice; ce sont des gens d’une insigne mauvaise foi; ils n’ont que trop de relations avec le quartier général autrichien. Pas de parlementage ! S’ils n’évacuent pas promptement le pays, faites-les arrêter. Ce sont des espèces de brigands; ils ont autorisé les massacres. Ordonnez donc que 150 otages vous soient remis, qu’on vous livre les plus méchants et tous les fusils, au moins jusqu’à la concurrence de 18,000. Faites la loi que toute maison dans laquelle un fusil sera trouvé sera rasée; que tout Tyrolien sur lequel un fusil sera trouvé sera passé par les armes. La clémence et la miséricorde ne sont pas de saison avec ces brigands. Vous avez des forces dans les mains, soyez terrible, et agissez de manière qu’on puisse retirer du Tyrol une partie de vos troupes, sans avoir à craindre qu’ils recommencent de plus belle. Il faut qu’il y ait six gros villages pillés et brûlés, mais de manière qu’il n’en reste pas de vestiges et qu’ils soient un monument de la vengeance envers ces montagnards. Mon officier d’ordonnance l’Espinay vous a porté mes ordres. Il me tarde d’apprendre que vous ne vous êtes pas laissé attraper et que vous n’avez pas rendu nul mon armistice; car, le principal avantage que j’ai voulu en tirer, c’est de profiter des six semaines qu’il me donne pour soumettre le Tyrol. Envoyez des colonnes sur Brixen.

 

Schönbrunn, 31 juillet 1809.

Au général comte Bertrand, commandant le génie militaire de l’armée d’Allemagne, à Vienne

Monsieur le Général Bertrand, vous ne me rendez pas compte de la place de Klagenfurt. Cependant la communication est ouverte depuis longtemps. Le temps se passe et rien ne se fait pour la mise en état de défense de cette place que je regarde comme importante.

[12]même lettre au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée


 

References

1 Leur emplacement est de nos jours marqu´r d’une stèle, dans l’île de Lobau
2 ndlr : on notera ici la distinction faite par Napoléon entre les deux journées
3 Le prince Aldobrandini – 1776-1839 – est écuyer de l’impératrice
4 ndlr : en fait, les pertes s’élèvent à environ 5000 tués, 28.000 blessés, 3 à 4.000 prisonniers…
5 le colonel Oudet
6 L’emplacement est marqué d’une stèle
7 Mr de Czernichef
8 ndlr : Napoléon séjourne au château du prince de Lichtenstein
9 ndlr : en fait Siebenbrunn – aujourd’hui Ober-Siebenbrunn
10 L’enlèvement du Pape a eu lieu dans la nuit du 5 au 6 juillet – Napoléon couchait à ce moment dans sa tente, à son QG de Raasdorf…
11 voir 24 juillet
12 même lettre au général comte de La Riboisière, commandant l’artillerie de l’armée