Correspondance de Napoléon Ier – Juillet 1807

Tilsit, 2 juillet 1807­­­­

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

Sa Majesté désire que le rapport et le projet de décret soient renvoyés au Conseil d’État, section de l’intérieur. Le Conseil proposera les moyens qu’il convient d’adopter pour que la construction de la Bourse de Paris ne soit en aucune manière à la charge de l’État. On pourrait, par exemple, pourvoir à cette dépense par une imposition volontaire sur les agents de change. Cette imposition leur serait remboursée sur le produit, ou d’un droit additionnel aux patentes ou d’un droit quelconque d’entrée à la Bourse. Cette idée peut avoir des inconvénients; le Conseil en proposera toute autre dont l’exécution lui paraîtrait plus convenable.

La mesure proposée dans le rapport n’est point admissible, parce que, le terrain des Filles-Saint-Thomas ayant été affecté aux dépense du Louvre, on ne peut changer sa destination. Des ordres et des contre-ordres produisent le désordre. Il est indispensable que la ville de Paris ait le plus tôt possible une Bourse. Il convient aussi que cet établissement soit le plus beau qu’il y ait en France. Le ministre est invité à faire examiner par un comité d’architectes le plan qui lui été proposé.

 

Tilsit, 2 juillet 1807

DÉCISION

Le ministre de l’intérieur prend les ordres de l’Empereur au sujet d’une demande de M. Guesdon, sous-doyen des agents de change à Paris, tendant à avoir pour successeur le sieur Bellet, beau-frère du général Defrance, écuyer de l’Empereur. Je suis mécontent que le ministre me présente de pareils commérages . C’est contre les principes. Je ne l’ai toléré que du père au fils.

 

Tilsit, 3 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu vos lettres des 19, 20, 21, 22, et 23 juin. Il n’y a ici rien de nouveau. La meilleure harmonie continue à régner entre l’empereur de Russie, le roi de Prusse et moi. Nous sommes tous les trois dans cette petite ville. Il faudrait écrire fort longuement s’il fallait raconter toutes les petites choses qui peuvent intéresser. Je prends le parti de vous envoyer cette lettre par M. de Turenne, qui vous mettra au fait de tous les détails.

 

Tilsit, 3 juillet 1807

A l’Impératrice, à Saint-Cloud

Mon amie, M. de Turenne 1)Henry-Amédée de Turenne, 1776-1852. Il rapporte à Paris les drapeaux pris à l’ennemi) te donnera tous les détails de tout ce qui se passe ici; tout va fort bien. Je crois t’avoir dit que l’empereur de Russie porte ta santé avec beaucoup d’amabilité. Il dîne, ainsi que le roi de Prusse, tous les jours chez moi. Je désire que tu sois contente, afin que je ne trouve pas le petit baron de Kepen maussade et les petites cousines aimables et comme elles doivent être (Lettres de Joséphine).

Adieu, mon amie; mille choses aimables.

 

Tilsit, 3 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je désire que vous témoigniez mon mécontentement à mon Conseil d’État sur l’avis qu’il a délibéré, le 26 mai, au sujet d’une affaire relative au sieur Busoni. Il me semble qu’au lieu d’être mon conseil, il m’établit le sien. C’est à moi à lui demander ce qu’il faut faire, et c’est lui qui veut que je le lui dise. Une autre chose m’a également surpris : c’est la demande qu’il fait s’il convient ou non de rapporter une décision décrétée. Comment ignore-t-il que c’est insulter à la dignité de la législation que de présumer la volonté de la changer ? Si le Conseil proposait positivement de révoquer l’avis du 14 floréal an XIII, qui est devenu un acte de législation puisque je l’ai approuvé, ce serait une autre question. Je ne puis voir que de l’incertitude et de la faiblesse dans cette manière d’agir du Conseil, à moins qu’il n’y ait cependant quelque vice de rédaction, et que le Conseil n’ait entendu, après une mûre discussion de ce point de législation, que la décision antérieure était fautive et qu’elle devait être rectifiée. Je désire que vous remettiez cet objet en délibération, afin qu’on me présente un avis clair et raisonné. Jusque-là, je n’ai pas besoin de m’appesantir sur le fond de la question.

 

Tilsit, 3 juillet 1807

A M. Fouché

M- de Turenne, qui vous remettra cette lettre, vous mettra au fait de tous les détails. Veillez à ce qu’il ne soit plus dit de sottises, directement ou indirectement, de la Russie. Tout porte à penser que notre système va se lier avec cette puissance d’une manière stable.

 

Tilsit, 3 juillet 1807

A l’empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté Impériale deux petites notes sur Corfou et la rive gauche de l’Elbe, afin de bien tirer au clair un mésentendu (sic) qui paraît avoir eu lieu dans notre conversation. Je lui envoie également un projet de traité patent divisé en cinq titres : le premier concernant le rétablissement de la paix; le second les cessions que je fais par considération pour elle; le troisième, les choses qu’elle reconnaît par considération pour moi; le quatrième, tout ce qui est relatif à la Porte, et le cinquième, ce qui est dispositions générales. A ce premier traité est joint un traité d’alliance, qui restera secret pendant tout le temps que Votre Majesté et moi le jugerons convenable. Ce traité explique de quelle manière doivent être entendues la médiation de Votre Majesté, que j’accepte, pour l’Angleterre, et ma médiation, que Votre Majesté accepte, pour la Porte. Tout cela forme l’ensemble des dispositions que nous avons arrêtées. J’ai cherché à concilier la politique et l’intérêt de mes peuples avec l’extrême désir que j’ai d’être agréable à Votre Majesté. Je passerai chez elle à cinq heures, avant d’aller à la promenade, pour causer sur ces différents objets.

 

Tilsit, 4 juillet 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 24. Les nouvelles que vous aurez reçues par le courrier du 25 vous auront fait d’autant plus de plaisir qu’il paraît qu’on s’y attendait moins.

 

Tilsit, 4 juillet 1807

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre lettre du 23 juin, où je vois avec plaisir que j’aurai  en juillet 5 vaisseaux à Flessingue et bientôt 8. Mon intention est que vous preniez toutes les mesures pour que ces vaisseaux soient mâtés et armés, afin que j’aie à l’embouchure de l’Escaut une escadre qui puisse se combiner avec les 9 vaisseaux hollandais.

Activez les moyens ordinaires pour que les ports de Lorient, Rochefort et Toulon prennent un nouveau caractère d’activité. Tout porte à penser que la guerre du continent est terminée. Tous les efforts doivent se jeter du côté de la marine.

Prenez toutes les mesures pour faire finir le Superbe, à Gênes, et faites mettre la Ville-de-Paris et le Robuste en rade. Il m’importe beaucoup d’avoir une escadre dans la Méditerranée. Pressez aussi la construction des vaisseaux que je fais faire à Venise.

 

Tilsit, 4 juillet 1807

A l’empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté une note sur la discussion qui nous occupe. Votre Majesté y verra mon désir de me tenir constamment dans une position d’amitié et d’alliance avec la Russie, et d’écarter tout ce qui pourrait s’opposer directement ou indirectement à cette grande et belle pensée.

NOTE.

Une alliance est solide entre les grands États, lorsqu’elle est fondée sur les rapports politiques qui dérivent des relations de commerce et des relations géographiques.

Les relations de commerce heureusement sont toutes à l’avantage de la Russie et de la France, et le traité existant depuis plus de vingt ans est encore celui que l’une et l’autre puissance désirent voir rétablir.

Les relations géographiques, dans la situation actuelle des choses, sont tout aussi favorables, tellement que, même en état de guerre, les deux puissances ne savent où se rencontrer pour se battre. Discussions de limites, petite guerre de douanes, discussions pour les eaux, discussions pour les subsistances, et ces mille et un petits sujets de querelles qui refroidissent et précèdent ordinairement les brouilleries ouvertes et sont le prélude des guerres que se font les nations, nous sont totalement étrangers; de sorte que, pour chercher des raisons d’animosité et de refroidissement entre nous, il faut avoir recours aux choses les plus abstraites et les plus imaginaires.

Au milieu de la guerre que la Russie et la France se sont faite, l’un et l’autre souverain, éclairés sur la situation et la vraie politique de leurs empires, ont désiré le rétablissement non-seulement de la paix, mais même, comme d’un commun accord et par la force de la raison et de la vérité, ont voulu former des liens et passer dans un seul instant d’une guerre ouverte aux plus intimes relations. L’amitié et cette confiance sans bornes qu’ont inspirées à l’empereur Napoléon les hautes qualités de l’empereur Alexandre ont fait sceller par le cœur ce qu’avait déjà établi et approuvé la raison. Dans cette situation de choses, gardons-nous de rien faire qui échange les rapports généraux de commerce et de géographie que la nature a établis entre les deux États.

Appeler le prince Jérôme au trône de Saxe et de Varsovie, c’est presque, dans un seul instant, bouleverser tous nos rapports. Il n’y aura pas une querelle de douane sur le Niemen, une altercation de commerce, une discussion de police qui n’aille sur-le-champ et directement au coeur de l’empereur Napoléon, et, par cette seule faute politique, nous aurons déchiré le traité d’alliance et d’amitié, et préparé des sujets plus réels de mésintelligence que ceux qui ont existé jusqu’ici. En réfléchissant donc sur cette question, l’empereur Napoléon est plutôt prêt à déclarer, dans un article secret, que ce mariage que l’on a cru être dans sa pensée n’est point dans sa politique, et que, quand il y eût été, il y aurait renoncé du moment que la conséquence immédiate serait de placer le trône de Varsovie presque dans ses mains. La politique de l’empereur Napoléon est que son influence immédiate ne dépasse pas l’Elbe; et cette politique, il l’a adoptée, parce que c’est la seule qui puisse se concilier avec le système d’amitié sincère et constant qu’il veut contracter avec le grand empire du Nord.

Ainsi les pays situés entre le Niemen et l’Elbe seront la barrière qui séparera les grands empires et amortira les coups d’épingle qui, entre les nations, comme il a été exposé ci-dessus, précèdent les coups de canon.

La protection de l’empereur Alexandre fera rentrer le roi de Prusse dans la possession de tous les pays qui bordent les deux Haff, qui vont depuis les sources de l’Oder jusqu’à la mer. Un grand nombre de places fortes, par le seul désir de lui plaire, seront remises entières au roi de Prusse. Mais l’empereur Alexandre est trop juste pour vouloir exiger que le pays de Hildesheim, qui coupe en deux les États qu’on est convenu d’adjuger au roi de Westphalie, soit restitué à la Prusse, qui ne le possède que depuis très-peu de temps. Il reste donc 3 à 400 milliers d’âmes sur la rive gauche de l’Elbe, qui, s’ils étaient restitués à ce prince, le mêleraient avec les princes de la Confédération du Rhin, et produiraient des discussions et des désordres. Dans une époque aussi grande, ce qu’il importe surtout, c’est de bien fixer les rapports et les limites. Il faut se rappeler tout ce que produisent de maux les États entremêlés, témoin le passage sur le territoire d’Anspach. Toutefois l’empereur Napoléon, pour donner une nouvelle preuve de son désir d’être agréable à l’empereur Alexandre, consent à donner l’équivalent de ces 300,000 âmes au roi de Prusse, en les prenant sur les États de la Pologne qui séparent Königsberg de Berlin.

Alors il en résulterait les articles suivants :

1° Le territoire de la Prusse irait jusqu’à l’Elbe.

2° On restituerait de la Pologne la province dite Pomerellen sur la rive gauche de la Vistule, sur la rive droite l’île de Nogat, Marienburg, Elbing, l’Ermeland, de sorte que la limite prussienne serait la limite du cercle de Culm.

3° La navigation de la Vistule serait libre, et il ne pourrait y être mis ni péage ni octroi d’aucun genre. La ville de Danzig, avec un territoire de deux lieues, serait exceptée; elle serait ville1ibre sous la protection de la Prusse et de la Saxe.

4° La Saxe céderait sur la rive droite de l’Elbe un territoire équivalent à Memel.

 

Tilsit, 4 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, trois vaisseaux ont été mis en construction sur les chantiers de Venise pour le compte de la France. Je crois que j’ai ordonné que deux vaisseaux y fussent mis pour le compte de mon royaume d’Italie. Comme il est probable que la guerre du continent sera bientôt terminée, il faut que vous preniez des mesures pour avoir quelques-uns de ces vaisseaux à la mer, afin d’être maître de l’Adriatique. Les Anglais n’y ont que des frégates, si vous parvenez à y avoir seulement deux vaisseaux, vous serez maître de cette mer.

Faites-moi donc connaître quand j’aurai deux vaisseaux en rade de Venise, soit au compte de la France, soit au compte du royaume d’Italie. Avez-vous les mâts, les voiles, les cordages, les ancres, les canons ? Tout cela commence à devenir aujourd’hui d’une grande importance.

Faites-moi aussi connaître où en sont les travaux pour que les vaisseaux de 77 qu’on fait à Venise puissent aisément sortir et aller en rade.

Faites-moi connaître la situation des forces qui sont dans la mer Adriatique , sans y comprendre les forces anglaises. Il est possible que j’aie bientôt à prendre possession de Cattaro. Les trois frégates que j’ai à Venise seraient-elles suffisantes pour protéger des bâtiments portant des munitions de guerre et de bouche à Cattaro, sans avoir rien à craindre des forces supérieures anglaises ?

Il faut désormais beaucoup s’occuper de la marine.

 

Tilsit, 4 juillet 1807

Au roi de Naples

Je pense qu’il serait convenable que vous missiez deux vaisseaux de 74 en construction, que vous pussiez en faire cette année dix vingt-quatrièmes et qu’au printemps prochain vous pussiez mettre ces deux vaisseaux à l’eau.

Je vous prie de me faire un rapport sur Tarente : si une de mes escadres se rendait dans cette ville y serait-elle en sûreté ? et au mouillage qui lui serait prescrit, serait-elle à l’abri d’un coup de main ? Les îles sont-elles armées ?

Je suis ici depuis quinze jours avec l’empereur de Russie et le roi de Prusse. Ils dînent tous les jours chez moi, et nous passons une grande partie de la journée ensemble. Tout me porte à penser que la paix sera bientôt conclue.

Cattaro et Corfou me seront remis. Mon intention est que vous gardiez le plus profond secret sur ces clauses , et que vous fassiez passer à Tarente et à Otrante deux compagnies d’artillerie française avec un colonel et deux capitaines en second, un régiment de ligne français et un régiment de ligne italien, avec le général César Berthier, un autre général sous ses ordres, un adjudant commandant, un colonel du génie, un chef de bataillon, deux capitaines, quatre lieutenants, deux compagnies de sapeurs. Tout cela sera à Tarente et Otrante, sous prétexte de mettre en état ces deux places, afin qu’au premier signe, vous puissiez les faire passer, sans que les Anglais puissent s’en douter, à Corfou, et prendre possession de la ville, que les Russes leur remettront. Je suppose que vous trouverez assez de petits bâtiments pour pouvoir faire le passage en un ou deux voyages.

Il faudra aussi que vous vous occupiez d’y faire passer, en même temps, des vivres pour cette garnison pour cinq ou six mois, surtout en blé. Il est vrai qu’Ali-Pacha lui en fournira, ainsi que de la viande et ce dont elle pourra avoir besoin. Je crois vous avoir déjà mandé que vous ne deviez plus envoyer aucun secours à Ali-Pacha. Vous avez mis trop de zèle dans cette affaire; les affaires ne sont jamais aussi claires qu’elles le paraissent.

Tâchez, s’il est possible, d’avoir à Tarente, à Otrante ou à Brindisi quelques bricks et chaloupes canonnières qui fassent que la correspondance de Corfou avec votre royaume reste libre. Votre ministre de la marine peut ordonner l’installation de ces bâtiments.

Je n’ai pas besoin de vous dire que, dans le traité, vous serez reconnu par toute l’Europe.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 25 juin, par laquelle vous m’instruisez de l’arrivée du prince Borghèse.

Je ne vois pas d’inconvénient que le général Marescot visite les places de Hollande et prenne connaissance de l’état de défense dans lequel elles se trouvent.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

A M. Fouché

Je reçois votre lettre du 25 juin. Nous n’avons pas encore de nouvelles que l’expédition anglaise soit débarquée quelque part.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

Au général Dejean

Dans la circonstance actuelle où va se trouver l’Europe, je continue toujours à attacher la plus grande importance à la place d’Alexandrie. Je désire que vous portiez une attention particulière à ce que l’argent ne manque pas, et à ce que les travaux de cette place soient poussés cette année avec autant d’activité que possible.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, faites dire à M. Potocki, qui est ici, d’écrire au gouvernement de Varsovie qu’il doit étendre son administration jusqu’au département de Bialystok, qui est frontière de l’armistice.

Donnez ordre que les bataillons polonais qui sont devant Graudenz et ceux qui sont au 5e corps se rendent au 8e corps, sous les ordres du maréchal Mortier.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, vous trouverez ci-joint un décret qui fixe la contribution de Königsberg. Il est important que vous preniez toutes les mesures pour faire rentrer tous les objets, soit denrées, soit argent. Vous ne m’avez pas fait connaître encore ni la quantité de vin ni celle de draps qui s’y trouvent; cela est très-important pour moi, car j’aurais fait distribuer tout le vin à l’armée.

Vous ne m’avez pas encore envoyé l’état des subsistances et autres objets trouvés dans le port, et me laissez ignorer si vous avez déchargé toutes ces denrées et ce que vous en avez fait.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 30 juin. Le maréchal Brune me mande qu’il a 45,000 hommes présents sous les armes, et dans ce nombre ne sont pas compris le 5e léger et les régiments que je lui ai envoyés de Danzig. Ainsi il est parfaitement en mesure de maintenir la Poméranie et de rendre nulles les opérations des Anglais.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, je vois par votre lettre du 25 juin que le catéchisme a été publié dans tous les diocèses du royaume d’Italie. Il ne faut donner aucune importance à la résistance que le Pape fait comme évêque d’Imola, quand Bologne, Ferrare, Ravenne, Trévise, Venise, Vicence, Padoue, l’ont publié. Il faut aller doucement sur l’opposition des deux ou trois évêques. Pourquoi ne rappelez-vous pas les émigrés milanais qui sont à Vienne ? Pourquoi ne séquestrez-vous pas leurs biens en cas de refus, et ne les déclarez-vous pas inhabiles à avoir aucun droit de succession en Italie ? Faites-moi un rapport là-dessus. Faites-moi aussi connaître si celui qui est parent du cardinal de Bologne est rentré en Italie.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

Au roi de Naples

Je reçois votre lettre du 17 juin. Je suis surpris de ce que vous m’annoncez que les Anglais ont ôté les canons de bronze de Malte pour les remplacer par des canons de fer.

 

Tilsit, 5 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon fils, j’ai vu avec grand plaisir les chemins que le général Marmont a fait faire pour aller en voiture jusqu’à Raguse. Il faudra les continuer jusqu’à Cattaro. Je pense que ces chemins sont tels, que le canon peut y passer facilement. J’attache une grande importance aux fortifications de Palmanova et d’Osopo; qu’on travaille avec activité à l’une et à l’autre de ces places, et qu’on ne perde pas un moment. J’attache aussi une grande importance à savoir que Pietoli est terminé. Je vous ai, je crois, demandé un rapport sur les fortifications de Venise et sur l’état des travaux nécessaires pour que des bâtiments de 74 puissent aller en rade.

(Du Casse)

 

Tilsitt, 5 juillet 1807

A M. Portalis

Monsieur Portalis, je reçois votre lettre du 24 juin. je désire beaucoup que le prêtre Casimir Thoinier ne soit, sous aucun prétexte que ce soit, relâché sans mon ordre.

(Brotonne)

 

Tilsit, 6 juillet 1807

A l’Impératrice, à Saint-Cloud

J’ai reçu ta lettre du 25 juin. J’ai vu avec peine que tu étais égoïste, et que les succès de mes armes seraient pour toi sans attrait, si le petit baron de Kepen n’avait l’espoir de quelques petites visites, fi ! cela est laid ! (Lettres de Joséphine)

Je me porte bien. (idem) La belle reine de Prusse doit venir dîner avec moi aujourd’hui.

Je me porte bien et désire beaucoup te revoir, quand le destin l’aura marqué. Cependant il est possible que cela ne tarde pas.

Adieu, mon amie, mille choses aimables.

 

Tilsit, 6 juillet 1807

A l’empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté le résumé des difficultés qui arrêtent nos négociateurs, ainsi que le mezzo-termine pour tout concilier. Je désire que Votre Majesté les approuve, car je serais heureux d’apprendre que le traité de paix put être signé aujourd’hui même. J’enverrai dans la journée à Votre Majesté la rédaction définitive du traité d’alliance, où tout se trouve mieux précisé.

RÉSUMÉ

Il est trois questions que discutent aujourd’hui les plénipotentiaires russes et français.

Sur toutes les trois questions, il faut prendre un mezzo-termine qui les concilie.

Première question : 200,000 âmes sur la rive gauche de l’Elbe, que la Russie désirerait être cédées à la Prusse.

Les plénipotentiaires français objectent qu’il y aura, pour le système général de l’Europe, plus d’inconvénients que d’avantages en établissant entre la Confédération du Rhin et la Prusse des limites incertaines et sujettes à discussion. Toutefois l’empereur Napoléon propose d’établir un article secret, où il sera dit que si le Hanovre, à la paix avec l’Angleterre, venait à être réuni au royaume de Westphalie, alors des États sur la rive gauche de l’Elbe, jusqu’à la concurrence de 3 à 400,000 âmes, seraient restitués à la Prusse. Ce mezzo-termine paraît concilier le différend.

Deuxième point de difficulté : quelle sera la limite de la Russie et du duché de Varsovie ?

D’une part, on avait proposé de laisser à la Russie la portion du duché de Varsovie dont elle a réservé la possession à ses troupes par l’armistice. Mais cette démarcation formerait une pointe des États russes dans le duché de Varsovie et laisserait la frontière de la Narew jusqu’au Bug sans démarcation naturelle. D’un autre côté, les plénipotentiaires russes proposent d’arriver jusqu’à Sierock. Mais alors les frontières russes formeraient également une pointe dans le duché de Varsovie. L’aigle russe serait vue des murailles de Varsovie. Ce serait véritablement une indication trop claire que Varsovie est destinée à passer sous la domination russe.

Or, puisque les deux projets ont des inconvénients, on propose un autre mezzo-termine : c’est de tirer une ligne du point de la Narew où se trouve Suracz, de remonter la petite rivière de Liza jusqu’à sa source au village de Mien, où l’on suivrait un petit affluent de la rivière de Nurzek, la descendant jusqu’à la rivière du Bug, à deux lieues à peu près au-dessus de Nur. Cela formerait en faveur de la Russie une population de 200,000 âmes du duché de Varsovie et donnerait à cette puissance des limites bien tracées.

Troisième difficulté : quelle sera la partie de la Pologne qui sera cédée au roi de Prusse, afin d’établir une continuité d’États depuis Königsberg jusqu’à Berlin ?

On a proposé de suivre la limite du district de Bromberg depuis la Vistule jusqu’au village de Waldau; de suivre ladite limite jusqu’à la chaussée de Schneidemühl, que l’on suivrait jusqu’à Driesen, et, de là, le thalweg de la Netze.

Quant à la rive droite de la Vistule, on suivrait le district de Culm, de sorte que Graudenz se trouverait au duché de Varsovie; par ce moyen les États de Prusse auraient, depuis Königsberg jusqu’à Berlin, partout une étendue de plus de cinquante lieues. Ce tracé est un mezzo-termine propre encore à concilier les différents intérêts.

Quant à l’échange de Memel contre une portion de la Saxe, cela ne forme aucune difficulté. La population est peu importante. Ce n’est que pour suivre le même système de donner à chacun des limites fixes en suivant le thalweg des deux rivières.

 

Tilsit, 6 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 26 juin, où je vois que vous n’aviez pas encore reçu le bulletin de la bataille de Friedland. Je suppose que M. Tascher sera arrivé, et, comme il serait trop long de vous dire tout, je vous enverrai demain M. Nisas.

La reine de Prusse est arrivée de Memel et vient aujourd’hui me faire une visite. Tout me porte à penser que la paix sera conclue dans très-peu de jours.

 

Tilsit, 6 juillet 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, je vous prie de me préparer des armes pour le roi de Westphalie.

 

Tilsit, 6 juillet 1807

A l’empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté le projet de traité d’alliance. Elle y trouvera quelques nouveaux articles qui expliquent mieux la conduite que nous avons à tenir pour contraindre l’Angleterre à la paix. Tout porte à penser que, si l’Angleterre ne fait pas la paix avant le mois de novembre, elle la fera certainement quand, à cette époque, elle saura les dispositions de Votre Majesté, et qu’elle verra la crise qui se prépare pour lui fermer tout le continent. S’il est nécessaire que Votre Majesté se déclare, le mois de décembre paraît l’époque la plus avantageuse, parce que c’est celle qui donne cinq mois pendant lesquels la première chaleur s’amortira en Angleterre, et pendant lesquels cette puissance aura le temps de comprendre les immenses conséquences qui résulteraient pour elle d’une lutte aussi imprudente. L’escadre de Votre Majesté peut, en partant en août, arriver avant décembre dans la Baltique. Elle trouvera à Cadix, à Brest, tout ce qui est nécessaire pour la ravitailler, sans qu’elle soit obligée d’y séjourner plus de trois ou quatre jours. Si Votre Majesté préfère laisser son escadre dans la Méditerranée, je lui offre de lui faire fournir tout ce dont elle aura besoin à Toulon, sans que Votre Majesté ait à en avoir de l’inquiétude.

 

Tilsit, 6 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai reçu vos lettres du 24 juin. Vous avez très-mal fait d’envoyer en Dalmatie et à la Grande Armée des officiers napolitains que vous jugez être de mauvais sujets. Je ne veux point de mauvais sujets dans mes armées. Il fallait les envoyer dans une place du royaume d’Italie et demander mes ordres. Envoyez-moi, sans délai, l’état de ces officiers avec les notes et ce que vous en savez, afin que je leur donne une destination selon leurs mérites. L’honneur de me servir ne peut appartenir qu’à des hommes bien famés et qui n’ont rien de suspect. Mon armée et surtout celle de Dalmatie ne doivent point être remplies d’hommes peu sûrs. Il faut faire arrêter les officiers suspects et les envoyer à Fenestrelle. Il est temps de finir ces plaisanteries et de montrer un peu de vigueur.

 

Tilsit, 6 juillet 1807

Au général Savary

Je n’entends pas parler que l’on ait mis le séquestre sur tout le vin qui est à Königsberg. On ne m’en a pas envoyé l’état pour servir à la distribution que je veux en faire entre les différents corps d’armée. On n’a point fixé non plus la contribution.

Retenez les prisonniers russes, vu qu’on va les échanger.

 

Tilsit, 6 juillet 1807

A M. Lacuée

Je reçois votre lettre du 26. Je crois vous avoir mandé qu’il fallait attendre de nouveaux ordres pour appeler la réserve. Tout me porte à penser que les affaires vont s’arranger avec la Russie et la Prusse; cependant il ne faut faire aucun mouvement rétrograde. Mais, si la conscription de la réserve n’est pas appelée, il faut que vous en suspendiez l’appel et que vous demandiez mes ordres.

 

Tilsit, 7 juillet 1807

A l’Impératrice

Mon amie, la reine de Prusse a dîné hier avec moi. J’ai eu à me défendre de ce qu’elle voulait m’obliger à faire encore quelques concessions à son mari; mais j’ai été galant, et me suis tenu à ma politique. Elle est fort aimable. J’irai te donner des détails qu’il me serait impossible de te donner sans être bien long. Quand tu liras cette lettre, la paix avec la Prusse et la Russie sera conclue, et Jérôme reconnu roi de Westphalie, avec trois millions de population. Ces nouvelles pour toi seule.

Adieu, mon amie; je t’aime et veux te savoir contente et gaie.

 

Tilsit, 7 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 27 juin. La reine de Prusse a dîné hier chez moi. Je n’entre pas dans d’autres détails sur la situation des affaires. Carion-Nisis, qui est porteur de cette lettre, pourra vous donner tous les renseignements propres à satisfaire votre curiosité.

J’ai convoqué le Corps législatif pour le 15 août. Je pense que tout sera prêt. Parlez aux ministres des finances et du trésor public pour que tout ce qui est relatif au budget et au compte annuel soit tout prêt.

 

Tilsit, 7 juillet 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je viens de conclure la paix avec la Russie et la Prusse. Vous avez été reconnu comme roi de Westphalie. Ce royaume comprend tous les États dont vous trouverez ci-joint l’énumération. J’irai passer quelques jours à Königsberg, et, de là, je me rendrai à Dresde. Je vous préviendrai à temps pour que vous puissiez arriver avec moi à Dresde, et nous nous concerterons là pour l’organisation à donner à votre royaume. Il est inutile que vous ébruitiez cette nouvelle.

Il faudrait vous procurer un secrétaire qui sût très-bien l’allemand, et vous occuper déjà de me proposer quelques Alsaciens d’un mérite distingué, propres à vous aider dans votre administration. Mon intention, d’ailleurs, en vous établissant dans votre royaume, est de vous donner une constitution régulière qui efface dans toutes les classes de vos peuples ces vaines et ridicules distinctions.

Envoyez de la cavalerie du coté de Glogau, afin que j’aie partout de très-fortes escortes.

 

Tilsit, 7 juillet 1807

NOTE POUR LE CONSEIL D’ÉTAT

L’intention de Sa Majesté est que les maisons qui couvrent le pont Saint-Michel et celles qui obstruent les abords du petit cours de la Seine, sur les rues Saint-Louis, du Hurepoix et de la Huchette, ainsi qu’en retour sur le Marché-Neuf, soient démolies sans délai.

La démolition des maisons de la rue du Hurepoix, de la rue Saint-Louis et du Marché-Neuf, donnera à celles des mêmes rues qui se trouveront ainsi démasquées une grande augmentation de valeur. Ne serait-il pas juste de faire concourir les propriétaires de ces maisons à la dépense qu’exigera une opération dont ils retireront un avantage ans si réel ?

Sa Majesté désire que le Conseil d’État examine cette question, et propose ou un projet de décret ou un projet de loi qui règle la manière dont lesdits propriétaires seront appelés à contribuer à la dépense de l’acquisition et de la démolition desdites maisons.

 

Tilsit, 7 juillet 1807

Au roi de Saxe

Par les dispositions de la paix que je viens de conclure avec la Russie et la Prusse, le duché de Varsovie est adjugé à Votre Majesté pour être possédé en même temps et par les mêmes mains que le royaume de Saxe, avec une constitution qui assure la tranquillité et la liberté de ce peuple. Le duché de Varsovie comprend la Pologne prussienne. Danzig reste ville hanséatique comme ci-devant. Je m’empresse d’annoncer à Votre Majesté ces nouveaux arrangements. Je compte me rendre à Dresde, afin de concerter avec elle un plan d’organisation pour procurer à cette nation, si longtemps agitée, le bonheur et le repos dont Votre Majesté a su faire jouir ses autres sujets.

 

Tilsit, 7 juillet 1807

Au maréchal Berthier

Donnez ordre à toutes les troupes de Saxe, cavalerie et infanterie, de se rendre devant Graudenz.

Donnez ordre aux troupes de Hesse-Darmstadt, aux régiments du grand-duc de Berg et aux troupes du grand-duc de Würzburg de se rendre à Stettin, où elles seront sous les ordres du maréchal Brune.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

A l’Impératrice

La reine de Prusse est réellement charmante; elle est pleine de coquetterie envers moi; mais n’en sois pas jalouse : je suis une toile cirée sur laquelle tout cela ne fait que glisser. Il m’en coûterait trop cher pour faire le galant.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu la lettre du Conseil d’État qui accompagnait votre lettre du 28. Faites-lui agréer mes remerciements de tout ce qu’elle contient.

La paix a été signée ce matin. Comme le Sénat doit en avoir connaissance avant tout, je ne puis encore en communiquer les articles. La plus grande intimité s’est établie entre l’empereur de Russie et moi, et j’espère que notre système marchera désormais de concert.

J’ai rendu au roi de Prusse ses États jusqu’au thalweg de l’Elbe, de manière que tout ce qui est sur la rive gauche m’appartient.

J’ai donné la Pologne prussienne à la Saxe.

Faites mettre la note suivante dans le Moniteur :

La paix a été signée à Tilsit, le 8 juillet, entre les empereurs de France et de Russie, représentés par le prince de Bénévent, ministre des relations extérieures , et par le prince Kourakine, ancien vice-chancelier de Russie, et le prince Labanof. L’échange des ratifications aura lieu demain. Le traité sera incessamment envoyé pour être communiqué au Sénat, conformément à l’usage et aux constitutions de l’Empire.

Si vous voulez faire tirer soixante coups de canon pour cette annonce, vous en êtes le maître.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, mon intention est que vous fassiez former tous les prisonniers russes qui sont en France en régiments provisoires; que vous chargiez de cette formation les généraux et officiers russes prisonniers, et que vous fassiez habiller à neuf ces prisonniers avec leur uniforme, voulant les renvoyer en Russie parfaitement habillés et armés.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

Au vice-amiral Decrès

Monsieur Decrès, la paix vient d’être signée.

Il sera nécessaire que vous me fassiez connaître si, dix vaisseaux de guerre russes entrant dans mes ports de Lorient, ou de Brest, ou de Toulon, on pourrait en deux ou trois jours leur fournir pour trois mois de vivres; faites-moi connaître également s’il y aurait des vivres à Cadix pour le même nombre de vaisseaux.

Il n’y a pas d’inconvénient à appeler le Friedlaiîd un vaisseau de 80 canons. Activez les constructions de la Méditerranée, et faites vos combinaisons pour réunir à Toulon le plus de vaisseaux que vous pourrez, aux premières longues nuits de la saison. Mes six vaisseaux de Cadix, mes six de Brest, mes deux de Lorient, mes six de Rochefort, mes six de Toulon, y compris les frégates, feraient une quarantaine de voiles. Cette flotte, je voudrais la réunir tout entière à Toulon.

Je n’ai pas besoin de vous faire souvenir de la nécessité d’envoyer des forces dans toutes nos colonies, aussitôt que la saison le permettra.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre lettre du 27 juin. J’appelle armer un vaisseau, le voir mâté et avoir à bord ou dans des magasins tout ce qui est nécessaire pour achever cet armement; alors l’armement est l’affaire d’un mois. Aujourd’hui il faut donc qu’au lieu de retarder la mise à l’eau des vaisseaux d’Anvers vous l’activiez, afin que les chantiers soient libres et que vous puissiez mettre d’autres vaisseaux en construction; que les vaisseaux de Flessingue aient leur mâture, voilure, canons, marins, etc., de manière qu’il n’y ait qu’à les mettre en rade et à les armer. Je vous recommande de nouveau de mettre mon escadre de Toulon en état d’aller en mer. Mettez sur ces vaisseaux les matelots des frégates et petits bâtiments qui sont inutiles. Je désire beaucoup que le Commerce-de-Paris et le Robuste fassent quelques petites sorties , afin de perfectionner l’arrimage et que l’équipage fasse connaissance.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

Au général Clarke

Vous pouvez faire mettre dans votre journal que la paix a été signée aujourd’hui entre la France et la Russie par M. le prince de Bénévent, plénipotentiaire pour la France, et les princes Kourakine et Labanof pour la Russie. Les ratifications seront échangées demain.

Je vous envoie une petite notice qui vous fera connaître les principales conditions de la paix, mais pour vous seul, parce que je ne désire pas qu’elles soient encore connues.

Je restitue à la Prusse ses États jusqu’au thalweg de l’Elbe, de manière que la Vieille-Marche et le Magdeburg me restent, ce qui, joint à Hesse-Cassel et Brunswick et aux États prussiens de la Westphalie, forme un royaume dont le prince Jérôme est roi. Je pense qu’il fera de Cassel sa capitale. Vous sentez que le roi de Prusse est très-mécontent de ces arrangements, puisqu’il laisse dans mes mains son boulevard, qui est Magdeburg. L’ancienne Pologne prussienne est donnée au roi de Saxe, sous le titre de duché de Varsovie, Danzig est ville libre comme auparavant.

Le roi de Naples, celui de Hollande, le grand-duc de Berg, etc., sont reconnus. Cattaro et Corfou me sont remis.

Si M. la Bouillerie est à Berlin, qu’il mette ses états bien au net, et, lorsque je passerai à Dresde, je vous en préviendrai pour qu’il s’y rende, et qu’il me rende un compte clair et exact. Comme nous tirons de l’argent de Danzig, de Königsberg, je pense qu’il serait prudent qu’il envoyât tout l’argent qu’il aurait dans les caisses à la gauche de l’Elbe, sur Mayence.

Je suppose qu’il a fait recette de la contribution de Danzig.

Qu’il envoie en Silésie prendre un état exact des caisses, afin qu’il me présente un résultat général complet.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, je reçois votre lettre du 7, de Königsberg. Il résulterait de l’état qui y était joint que cette ville a déjà payé neuf millions sur la contribution extraordinaire; cependant, dans votre lettre vous ne portez que 4,900,000 francs de payés sur cette contribution. Je ne sais comment concilier cette contradiction. J’imagine que le payeur général est à Königsberg. J’ai perdu de vue où nous en sommes pour la solde; mais, comme je vais passer à Königsberg, tenez tout prêt pour que mon travail puisse se faire promptement.

Je vois que vous avez 30,000 aunes de draps dont il a été donné 2,000 aunes à des officiers : faites-moi connaître l’usage qu’il faut faire de ces draps. Faites-moi connaître aussi ce que j’ai donné, de différents magasins, en habits neufs, et ce que j’ai encore à distribuer à Danzig et ailleurs.

Je vois avec plaisir que vous avez trouvé des selles, dont la cavalerie doit avoir besoin; faites-les distribuer par régiments, suivant l’arme de la cavalerie.

La paix ayant été signée aujourd’hui, il ne faut faire venir aucune subsistance de Danzig sur Königsberg, vu que ce point est le prémier qui sera évacué. N’envoyez rien sur Tilsit, rien de Varsovie sur Marienwerder. Les points de Danzig, de Varsovie et de Thorn doivent être le plus approvisionnés, car ce sont ceux que je garderai le plus longtemps.

Si vous avez assez de tabac, faites-en une distribution générale à toute l’armée; faites de même une distribution de harengs.

Faites-vous remettre tout le vin; ayez les états de ce que j’en ai à Danzig, afin que j’en fasse une distribution régulière à toute l’armée. Je vois que nous sommes assez riches en eau-de-vie et en rhum, puisque vous en avez 400,000 pintes. Gardez-vous bien de faire venir le vin et l’eau-de-vie que nous avons sur la Vistule, surtout de Danzig. Au reste, je serai à Königsberg dans deux jours, et, en vingt-quatre heures de travail, si vos états sont prêts, je donnerai mes ordres sur tout.

Il faut écrire à Hambourg que je veux les seize millions de marchandises anglaises. Je vais y avoir beaucoup de troupes, et il faudra bien qu’elle les paye.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, la paix a été signée ici aujourd’hui entre la Russic et la France par M. le prince de Bénévcnt et par MM. les princes Kourakin et Labanoff. Les notifications en seront échangées demain.

(Du Casse)

 

Tilsit, 8 juillet 1807

Au roi de Naples

La paix a été signée aujourd’hui entre la France et la Russie par M. le prince de Bénévent et par les princes Kourakine et Labanof. Les ratifications en seront échangées demain.

La Russie vous a reconnu comme roi de Naples.

 

Tilsit, 8 juillet 1807

NOTE

(Cette note, de la main de Meneval, porte en marge : Pour le Publiciste. Elle a été publiée par ce journal dans son numéro du 19 juillet 1807.)

On rapportait et l’on expliquait devant l’Empereur ce mot d’un écrivain connu . Un être souverainement juste et bon doit être, par cela même, souverainement intolérant. On assure que Sa Majesté, après avoir laissé assez longtemps un libre cours à la discussion, l’a terminée en montrant toute son indignation et en disant : “Une pareille phrase ne peut être sortie que de la plume de Marat.” On peut se rappeler en effet, si l’on a bonne mémoire, que les sectateurs de ce forcené disaient, dans un temps qui est heureusement bien loin de nous, qu’un peuple qui est souverainement juste et bon devait être, par cela même, souverainement intolérant.

Nous sommes charmés de pouvoir citer cette anecdote, qui est, pour toutes les personnes qui professent des opinions libérales et les cultes différents qui sont admis dans l’Empire, un nouveau garant des sentiments et de l’impartialité du souverain.

Justice et intolérance, intolérance et bonté ! Allait-on jamais des choses plus opposées ? Ne sont-ils pas coupables au plus haut degré ces écrivains qui proclament de nouveau des principes cent fois plus atroces que ceux qui ont mis le poignard à la main des assassins de la Saint-Barthélemy et des bourreaux de septembre ? Dans un État bien réglé, la liberté de la presse devrait-elle s’étendre jusqu’à permettre la propagation, par le moyen des feuilles périodiques, d’une doctrine aussi désastreuse ?

 

Tilsit, 9 juillet 1807

A l’empereur de Russie

Monsieur mon Frère, j’envoie à Votre Majesté une idée sur la manière dont je conçois que doivent être commencées nos affaires actuelles avec l’Angleterre.

Je lui envoie également un petit résumé de ce qu’il paraîtrait convenable de faire relativement à nos affaires de la Porte et de la Dalmatie.

Le soussigné, ministre plénipotentiaire de S. M. l’empereur de toutes les Russies, a reçu l’ordre de sa Cour de faire la notification suivante au ministre des affaires étrangères de S. M. le roi de la Grande-Bretagne.

L’intérêt de ses peuples et les circonstances de la guerre ont décidé l’empereur Alexandre à conclure et signer, conjointement avec S. M. le roi de Prusse, une paix définitive avec l’empereur Napoléon; mais, désirant d’y faire participer l’Angleterre, Sa Majesté Impériale a offert sa médiation, que la France accepte. Cette acceptation est un des articles essentiels du traité.

Dans différents entretiens que l’Empereur, mon maître, a eus avec l’Empereur des Français, il a eu lieu de se convaincre que ce monarque désire sincèrement le rétablissement de la paix maritime sur des principes équitables et honorables.

Il ose espérer que S. M. le roi de la Grande-Bretagne, dont il connaît depuis longtemps les sentiments pacifiques, saisira cette circonstance pour mettre fin à une querelle qui a coûté trop de sang et de larmes à la triste humanité. L’empereur Alexandre regardera comme un jour heureux pour lui celui où il verra la paix régner sur toutes les nations, cicatriser toutes les plaies et assurer le repos à notre génération. S.M. l’Empereur fera plus : il est prêt à offrir l’appui de toutes les forces de son empire pour assurer l’exécution des stipulations de la paix, une fois qu’elle aura eu lieu entre la France et l’Angleterre. Par cette garantie, S. M. Britannique obtiendra ce qu elle a toujours paru désirer, et pourra se livrer sans méfiance à ses sentiments humains et pacifiques. S. M. le roi de la Grande-Bretagne verra dans ces dispositions, et dans les nouveaux arrangements que la Russie est prête à contracter pour des intérêts étrangers à son empire, dans la seule vue du repos et de la tranquillité du monde, un nouveau gage de l’intérêt que porte Sa Majesté Impériale au bonheur et à la prospérité de S. M. Britannique.

ANNEXE

A DONNER DE PART ET D’AUTRE POUR LES AFFAIRES DE LA PORTE
ET DE L’ADRIATIQUE.

ORDRES A DONNER PAR LA FRANCE

 

 

ORDRES A DONNER PAR LA FRANCE

1° Faire connaître à l’ambassadeur turc, à Varsovie, le traité de paix, et lui remettre une note contenant l’offre de la médiation de la France.

2° Ordre à donner au général Michelson de se conformer au traité; l’autoriser à conclure un arrangement avec le grand vizir, si celui-ci déclare que la Porte adhère à la paix. 2° Expédier un officier français au quartier général du générai Michelson, pour notifier la paix au grand vizir et lui faire connaître l’intention où est l’empereur de Russie d’évacuer la Valachie et la Moldavie si, de son côté, la Porte promet de ne point entrer en Valachie et en Moldavie que les affaires ne soient arrangées, et si, acceptant ma médiation, la Porte envoie des pleins pouvoirs pour conclure sa paix avec la Russie. L’officier français continuera sa route jusqu’à Constantinople et portera des dépêches à l’ambassadeur de France avec les nouvelles instructions qui dérivent de l’étatde paix avec la Russie.

Nota. L’adjudant commandant Guilleminot est l’officier français qui se rendra auprès du général Michelson et à Constantinople.

3° Envoyer à l’officier qui commande les vaisseaux russes l’ordre de passer dans la mer Noire, s’il reçoit l’assurance de la part de l’ambassadeur de France qu’il peut y passer. 3° Indication à donner à l’ambassadeur de France, si la situation de Constantinople le permet, de demander le passage des vaisseaux russes qui sont à Corfou, dans la mer Noire, et, au cas qu’il l’obtienne, d’envoyer un courrier à Corfou et en Dalmatie pour en instruire l’officier commandant les vaisseaux russes destinés à se rendre dans la mer Noire.
4° Envoyer par un officier russe, qui accompagnerait l’officier français qui se rend en Dalmatie, l’ordre au général qui commande à Cattaro de se rendre par terre ou par mer avec ses troupes sur le territoire de Venise, et d’attendre là de nouveaux ordres de l’ambassadeur de Russie à Vienne. 4° Envoyer par un officier français au général Marmont, avec l’officier russe qui se rend à Cattaro, l’ordre, de prendre possession de la forteresse et de rétablir ses rapports avec les Monténégrins.
5° Expédier en Italie l’ordre de recevoir la garnison russe de Cattaro dans la terre ferme de Venise, où elle resterait, si telle est l’intention de l’empereur de Russie, jusqu’à ce que l’on ait arrangé le passage avec la cour de Vienne.
6° Faire partir un officier russe par Otrante, lequel portera l’ordre à la garnison de Corfou de remettre la citadelle à la garnison française, et de se rendre par terre ou par mer à Venise, ou de rester à Zante ou Céphalonie, et d’y vivre en bonne intelligence avec les Français. 6° Envoyer, avec l’officier russe qui partira par Otrante, l’ordre aux troupes françaises de prendre possession de la forteresse de Corfou, en gardant les Russes à Corfou et dans les îles voisines, ou en les acheminant par terre ou par mer à Venise avec la garnison russe de Cattaro, jusqu’à ce que le passage soit arrangé avec la cour de Vienne.

Nota. La France se chargerait de l’approvisionnement des troupes russes par la facilité qu’elle a de tirer des vivres, soit de la côte de Naples, soit de l’Albanie, soit de la Dalmatie.

 

Tilsit, 9 juillet 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, l’adjudant commandant Guilleminot doit se rendre au quartier général de Michelson. Il ira de là auprès du grand vizir, et il sera porteur d’une lettre dans laquelle vous notifierez au grand vizir la paix qui vient d’être conclue et les articles du traité qui concernent la Porte. Vous ferez connaître qu’il faut que le grand vizir suspende les hostilités et qu’il conclue un armistice avec le général Michelson, qui évacuera la Valachie et la Moldavie, mais que lui-même ne doit pas entrer dans ces provinces avant que le traité définitif soit réglé. Vous donnerez mes instructions à l’adjudant commandant Guilleminot, et vous lui communiquerez les articles qui concernent la Porte.

De là cet officier se rendra à Constantinople. Il sera porteur d’une lettre chiffrée de vous pour Sebastiani. Vous ferez connaître à mon ambassadeur par cette lettre que mon système sur la Porte chancelle et est au moment de changer; que, cependant, je ne suis pas décidé; que la meilleure amitié subsiste entre moi et la Russie; que l’empereur Alexandre a passé vingt jours ici et que j’ai lieu d’espérer que notre union sera constante; que, d’un autre côté, le sort du sultan Selim m’a été au cœur, et que le peu d’égards qu’on a eu pour mon ambassadeur et pour mes troupes m’a été sensible; qu’il doit envoyer l’adjudant commandant avec des firmans de la Porte pour que le traité soit exécuté; que les troupes ottomanes restent sur le Danube, tandis que les Russes resteront sur leurs frontières, sans que la Valachie et la Moldavie soient occupées par personne; que les Sept-Îles me sont données en toute propriété ainsi que Cattaro, mais que cela doit rester secret; qu’il faut qu’il obtienne, s’il est possible, le passage par le Bosphore des quatre vaisseaux russes qui appartiennent à la mer Noire; que, s’il l’obtient, sans trop choquer cependant la populace de Constantinople, il en fasse part, par une lettre signée de sa main, au général Michelson, qui l’enverra à Corfou. Il dira dans cette lettre que le gouverneur peut faire partir tant de vaisseaux, et qu’il ne leur arrivera rien. Il faut ménager la Porte, qu’elle envoie un ambassadeur à Paris, et qu’elle accepte clairement ma médiation. Vous ferez sentir que j’ai été choqué du renvoi de mes canonniers et de ce qu’on a assez peu ménagé mon ambassadeur pour ne pas lui faire de notification. Sebastiani témoignera, s’il est possible, l’intérêt que je prends à Selim; mais il y mettra assez de ménagements pour ne pas accélérer sa mort. Il fera connaître qu’il est ridicule que l’empereur Moustafa ne m’ait pas écrit, à moi qui, seul, ai protégé son empire; car, enfin, les Turcs n’auraient pas résisté à la Russie si je ne les avais pas protégés. Je reste encore ami de la Porte; mais je suis redevenu ami de la Russie. Il faut donc toujours chercher des moyens de conciliation, en évitant désormais tous ceux d’irritation et d’exaspération.

Vous ferez aussi une note au ministre turc à Varsovie pour lui annoncer que la paix est faite et que la Porte y est comprise. Vous toucherez légèrement l’article de mon mécontentement sur le peu d’égards qu’on a eu pour mon ambassadeur depuis le nouveau règne, et sur le renvoi presque honteux de mes canonniers.

Recommandez positivement à Sebastiani de renvoyer en Dalmatie tous les canonniers et tous les Français que j’ai à Constantinople.

 

Tilsit, 9 juillet 1807

A Ali, Pacha de Janina

J’ai reçu votre lettre que m’a remise votre secrétaire. J’en ai compris le contenu. Je fais cas de votre amitié; je vous ai donné des preuves toutes spéciales de mon affection, dont je désire que vous ressentiez l’effet. Je donne l’ordre à mes généraux de s’entendre avec vous. La paix est rétablie entre moi et l’empereur de Russie; la Sublime Porte y est comprise. Je recevrai toujours avec plaisir tout ce qui me viendra de votre part.

 

Tilsit, 9 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, la paix a été signée hier et ratifiée aujourd’hui. Nous nous sommes quittés aujourd’hui, l’empereur Alexandre et moi, après avoir passé ici vingt jours ensemble. Nous nous sommes donné réciproquement des marques de la plus grande amitié. A la dernière entrevue il a paru avec le grand cordon de la Légion d’honneur, et moi avec le grand Ordre de Saint-André. J’ai donné le grand cordon de la Légion au grand-duc Constantin, aux princes Kourakine et Labanof et au comte de Budberg. L’empereur Alexandre a donné son Ordre au roi de Westphalie, au grand-duc de Berg et aux princes de Neufchâtel et de Bénévent.

Je dois prendre possession de Corfou. Du moment que cette île me sera remise, ne perdez pas un moment pour l’approvisionnement par Ancône et Venise. Du reste, gardez le plus grand secret sur tout cela.

(Lettre analogue au roi de Naples.)

Königsberg, 10 juillet 1807

A M. Portalis

Monsieur Portalis, j’ai distingué, dans les différents rapports que vous m’avez remis, le curé de Morra et le curé de Sommariva del Bosco. Les services qu’ils ne cessent de rendre à la religion et à la patrie m’ont porté à leur donner une preuve éclatante de ma satisfaction. J’ai ordonné au grand chancelier de la Légion d’honneur de leur envoyer l’aigle de la Légion. Faites connaître au clergé du diocèse d’Asti qu’il doit voir dans cette distinction accordée à deux de ses membres une preuve de la satisfaction que j’ai de sa conduite.

 

Königsberg, 10 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois vos lettres des 29 et 30 juin et du ler juillet. Je suis arrivé ce matin à trois heures à Königsberg. Mon départ de Tilsit et ma séparation de l’empereur Alexandre, avec qui j’ai passé vingt jours dans cette ville, ont été marqués par toutes sortes de témoignages d’amitié réciproque. Je vous ai déjà mandé, je crois, de faire mettre dans le Moniteur que l’échange des ratifications avait eu lieu, et que tout allait selon mes désirs.

 

Königsberg, 10 juillet 1807

A M. Fouché

Je reçois vos lettres des 29 et 30 juin et du ler juillet. Je suis arrivé à Königsberg ce matin à trois heures. Je suis logé dans le vieux château qui a servi de berceau à la monarchie prussienne. La paix a été signée et ratifiée, et tout va au mieux. Cet archifou de roi de Suède vient de profiter de cette occasion pour dénoncer l’armistice. C’est bien dommage qu’on ne puisse pas mettre un gaillard comme cela aux petites-maisons.

 

Königsberg, 10 juillet 1807

Au grand-duc de Würzburg

Je reçois la lettre de Votre Altesse du 30 juin. Je la remercie de tout ce qu’elle me dit. J’interviendrai avec plaisir pour faire terminer d’une manière convenable les différends qu’elle a avec la Bavière, désirant de lui donner des preuves de l’intérêt que je lui porte.

 

Königsberg, 11 juillet 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, donnez l’ordre que tous les travaux du génie cessent sur tous les points de l’armée.

 

Königsberg, 12 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, je reçois votre lettre du 3 juillet. Je compte partir demain de Königsberg pour Dresde. C’est vous dire que je ne tarderai pas à être à Paris. Tout va selon mes souhaits.

 

Königsberg, 12 juillet 1807

CONVENTION

Entre les soussignés, d’une part le maréchal comte de Kalkreuth et de l’autre le Prince de Neufchâtel major général, munis des pleins pouvoirs de leurs souverains respectifs à l’effet de régler la convention stipulée dans l’article 2 du traité de paix signé à Tilsit entre S. M. l’Empereur et Roi Napoléon et S. M. le Roi de Prusse, il a été convenu ce qui suit :

ARTICLE Ier. Des commissaires respectifs seront nommés sans délai pour placer des poteaux sur les limites du duché de Varsovie, de la vieille Prusse, du territoire de Danzig, ainsi que sur les limites du royaume de Westphalie avec celui de Prusse.

ART. 2. La ville de Tilsit sera remise le 20 juillet, celle de Königsberg le 25 du même mois, et, avant le ler du mois d’août, les pays jusqu’à la Passarge, formant les anciennes positions de l’armée, seront remis.

Au 20 août, on évacuera la vieille Prusse jusqu’à la Vistule.

Au 5 septembre, on évacuera le reste de la vieille Prusse jusqu’à l’Oder.

Les limites du territoire de Danzig seront tracées à deux lieues autour de la ville et déterminées par des poteaux aux armes de France, de Danzig, de Saxe et de Prusse.

Au 1er octobre, on évacuera toute la Prusse jusqu’à l’Elbe.

La Silésie sera également remise au ler octobre; ce qui fera deux mois et demi pour l’évacuation entière du royaume de Prusse.

La province de Magdeburg, pour la partie qui se trouve sur la rive droite de l’Elbe, ainsi que les provinces de Prenzlow et Pasewalk, ne seront évacuées qu’au ler novembre; mais il sera tracé une ligne de manière que les troupes ne puissent pas approcher de Berlin.

Quant à Stettin, l’époque à laquelle cette ville sera évacuée sera déterminée par les plénipotentiaires.

6,000 Français resteront en garnison dans cette place jusqu’au moment où on l’évacuera.

Les places de Spandau, de Küstrin, et en général toutes celles de la Silésie, seront remises le ler octobre entre les mains des troupes de S. M. le roi de Prusse.

ART. 3. Il est bien entendu que l’artillerie, toutes les munitions, et en général tout ce qui se trouve dans les places de Pillau, Kolberg, Graudenz, restera dans l’état où les choses se trouvent.

Il en sera de même pour Glatz et Kosel, si les troupes françaises n’en ont pas pris possession.

ART. 4. Les dispositions ci-dessus auront lieu aux époques déterminées, dans le cas où les contributions frappées sur le pays seraient acquittées; bien entendu que les contributions seront censées acquittées quand des sûretés suffisantes seront reconnues valables par l’intendant général de l’armée.

Il est également entendu que toute contribution qui n’était pas connue publiquement avant l’échange des ratifications est nulle.

ART. 5. Tous les revenus du royaume de Prusse depuis le jour de l’échange des ratifications seront versés dans la caisse du Roi et pour le compte de Sa Majesté, si les contributions dues et échues depuis le 1er novembre 1806 jusqu’au jour de l’échange des ratifications sont acquittées.

ART. 6. Des commissaires seront nommés de part et d’autre pour traiter et décider de tous les différends à l’amiable. Ils se rendront en conséquence à Berlin le 25 juillet, afin que cela n’apporte aucun retard à l’évacuation.

ART. 7. Les troupes ainsi que les prisonniers de guerre français vivront dans le pays et des magasins qui peuvent y exister jusqu’au jour de l’évacuation.

ART. 8. Si les hôpitaux ne sont pas évacués à l’époque où les troupes doivent se retirer, les malades français seront soignés dans les hôpitaux, et tous les secours leur seront donnés par les soins des administrations du Roi, sans cesser d’avoir auprès d’eux les officiers de santé nécessaires.

ART. 9. La présente convention aura sa pleine et entière exécution. En foi de quoi, nous l’avons signée et y avons apposé le sceau de nos armes.

A Königsberg, le 12 juillet 1807

Le prince de Neufchâtel, maréchal Alex. BERTHIER

Maréchal Comte KALKREUTH.

 

Königsberg, 12 juillet 1807

NOTE POUR LE TRAITÉ D’ÉVACUATION

Ne rien statuer sur Magdeburg pour la partie de la forteresse qui se trouve à la rive droite, objet que l’Empereur se réserve de traiter.

Envoyer un ingénieur pour tracer les limites du royaume de Westphalie, lequel sera chargé de placer les poteaux dans les îles de l’Elbe, de manière à tenir toutes les bonnes positions de notre côté.

Quant à Stettin, faire sentir que le jour de l’évacuation sera fixé par les plénipotentiaires, et qu’il y aura une garnison de 6,000 Français jusqu’au moment de l’évacuation, par suite de la conduite indécise du roi de Suède.

Faire sentir dans la conversation que les contributions n’appartiennent pas à l’Empereur, mais à l’armée.

Enfin, s’il y avait trop de difficultés à acquitter les contributions déjà frappées, l’intendant général sera autorisé à recevoir des domaines royaux pour la valeur des contributions, domaines qui resteraient à la disposition de l’Empereur; ce qui ne se dira qu’au dernier moment.

ARTILLERIE

L’artillerie des places appartient à l’armée; les ordres seront donnés pour qu’elle file toute sur Magdeburg, à l’exception d’un certain nombre de pièces qui seront laissées dans le duché de Varsovie. S’il y a quelque objet que le général Songis ne veuille pas faire transporter en France, il sera autorisé à s’arranger avec l’artillerie prussienne pour le vendre.

L’artillerie de la place de Danzig sera vendue à la ville, si elle veut en acheter; dans le cas contraire, cette artillerie sera gardée par la ville, et, à la paix avec l’Angleterre, elle sera évacuée sur France.

Le général Songis s’arrangera de manière à ne pas laisser dans la partie de la Prusse que nous occupons un seul fusil, pas un grain de poudre, même quand on voudrait les acheter; mais le général Songis pourra faire vendre des fusils prussiens, de la poudre et des canons au gouvernement du duché de Varsovie, s’il veut les acheter, en stipulant seulement que le payement se fera le plus tôt possible. L’intendant général fera de même pour les gibernes et pour les autres objets d’habillement que voudra acheter la Pologne.

MAGASINS

Tous les magasins appartiennent à l’armée. L’intendant général est autorisé à vendre tout ce qu’il ne pourra pas emporter; on laissera les approvisionnements considérables à Danzig, afin que la garnison lui sera dans cette ville, et qui y restera jusqu’à la paix de l’Angleterre, puisse y vivre.

Il restera 30 à 40,000 hommes dans le duché de Varsovie, c’est-à-dire à Varsovie, Posen, Thorn et Bromberg. On laissera donc le plus de vivres qu’on pourra dans ces villes. Le reste des magasins de ivres sera évacué sur Magdeburg, parce que l’intention de l’Empereur est de tenir longtemps une forte armée dans le royaume de Westphalie.

EFFETS D’HABILLEMENT, HARNACHEMENT ET ÉQUIPEMENT

L’intendant général fera réunir à Magdeburg tout ce qui se trouvera sur la rive droite de l’Oder et sur la rive droite de l’Elbe. Il armera également de gros magasins à Bromberg pour Varsovie, ayant soin de ne rien laisser en Prusse.

Sur le rapport que l’intendant général fera à l’Empereur de ses différents garde-magasins, Sa Majesté ordonnera leur destination ultérieure. L’essentiel est d’y établir de suite une bonne administration, tant pour la comptabilité que pour la conservation des effets.

HOPITAUX

L’intendant général ordonnera que tous les malades russes qui sont dans les hôpitaux soient laissés aux soins des Prussiens. Autant que possible, les malades et les blessés russes et prussiens seront retirés du duché de Varsovie et de la Westphalie pour être mis dans le royaume de Prusse.

CONTRIBUTIONS

Conformément à la convention, le principe est que l’évacuation n’aura lieu aux termes fixés que dans le cas où les contributions seraient acquittées. Ainsi, Königsberg sera remis le 25 juillet, si la contribution est payée; Berlin, le ….. dans la même supposition. L’intendant général regardera les contributions comme payées lorsqu’on lui aura donné des sûretés en effets qu’il jugera valables.

Quant aux revenus du pays, ils seront versés dans les caisses du roi de Prusse, et pour son compte, à dater du jour de l’échange des ratifications, si les contributions dues et échues depuis le 1er novembre
1806 jusqu’au jour de l’échange des ratifications sont acquittées.

Le major général, par ordre de l’Empereur.

 

Königsberg, 12 juillet 1807

DISPOSITIONS GÉNÉRALES POUR L’ARMÉE

La Garde impériale partira sans délai pour se diriger, à très-petites journées, avec séjour et sans se fatiguer, sur Berlin, où elle attendra de nouveaux ordres.

Les équipages de l’Empereur suivront la Garde.

Les officiers d’ordonnance de Sa Majesté resteront près le major général, et, quand il quittera l’armée, ils resteront près du maréchal Soult et seront successivement expédiés à Sa Majesté, toutes les fois qu’il y aura des nouvelles à lui porter.

GRAND ÉTAT-MAJOR GÉNÉRAL

Le major général restera à Königsberg jusqu’à ce que tous les ordres pour l’exécution des dispositions ordonnées par l’Empereur soient expédiés et que les troupes soient en marche. Après cela, il se rendra en droite ligne à Paris. Comme ministre de la guerre, il commande en l’absence de l’Empereur la Grande Armée, jusqu’à ce qu’il parte pour Paris. Son départ n’aura lieu que quand tout ce qui a rapport aux dispositions ci-dessus sera mis en exécution, de manière qu’il ne puisse y avoir aucun embarras, que les commandements soient distincts et que chacun sache ce qu’il a à faire.

Du moment que le major général quittera l’armée, la correspondance des maréchaux, celle de l’intendant, des commandants du génie et de l’artillerie lui seront adressées à Paris. Il en sera de même pour les chefs d’état-major, qui enverront à Paris les mêmes situations qu’à l’armée, le major général se trouvant près de l’Empereur à Paris pour y remplir ses fonctions comme à l’armée.

1er COMMANDEMENT – MARÉCHAL DAVOUT.

DUCHÉ DE VARSOVIE.

Tout le territoire du duché de Varsovie sera sous le commandement de M. le maréchal Davout; il aura le commandement des troupes; défense des places, artillerie, génie, administration, etc., il sera chargé de tout. A cet effet, il aura sous ses ordres les troupes polonaises , celles saxonnes , le 3e corps d’armée, la division de dragons du général Lahoussaye, la brigade de cavalerie légère du général Pajol et celle du général Watier. Ces deux brigades seront commandées par le général de division Lasalle.

2e COMMANDEMENT. – MARÉCHAL SOULT.

LA VIEILLE PRUSSE JUSQU’À L’ODER.

Königsberg et la vieille Prusse jusqu’à l’Oder seront sous les ordres immédiats de M. le maréchal Soult, ainsi que toutes les troupes qui s’y trouvent, les dépôts de cavalerie et hôpitaux.

Le maréchal Soult aura également sous ses ordres, le corps du maréchal Lannes, qui sera commandé par le général Oudinot, à l’exception des troupes saxonnes, qui passent aux ordres du maréchal Davout, mais seulement jusqu’au moment où le 4e corps sera sur l’Oder.

La division des grenadiers réunis occupera Danzig.

La division du général Verdier occupera les environs de Danzig; mais le pays au delà de deux lieues de rayon, afin de vivre sur la Prusse. Elle ne rentrera sur le territoire de Danzig qu’au moment
où l’on devra évacuer la Prusse.

Quand le 4e corps sera sur l’Oder, le corps du maréchal Lannes, commandé par le général Oudinot, fera partie du commandement du maréchal Davout auquel il rendra compte, à Varsovie.

CAVALERIE DE RÉSERVE

La cavalerie de réserve de l’armée, qui formait le corps du grand-duc de Berg, se dirigera sur Berlin, sans autre considération que elle de la faire vivre; elle prendra des séjours, et il lui sera donné différentes directions, afin qu’elle ait plus de facilité à trouver des fourrages. Les cantonnements seront arrangés de manière que cette cavalerie séjourne entre la Vistule et l’Oder jusqu’à la fin d’octobre.

Le général Belliard et l’état-major de la réserve de cavalerie seront établis dans le lieu où le maréchal Soult aura son quartier général.

Après le départ du major général, le maréchal Soult pourra donner des ordres et contre-ordres à la cavalerie de réserve, suivant les circonstances. Dans le cas d’événements, il se concerterait avec le maréchal Davout afin d’agir d’accord.

3e COMMANDEMENT. – MARÉCHAL MORTIER.
HAUTE ET BASSE SILÉSIE

Le maréchal Mortier se rendra à Breslau pour commander la haute et basse Silésie. Tous les Français de son corps d’armée, sous les ordres du général Dupas, se rendront directement à Stettin.

Tous les Polonais de son corps se rendront sous les ordres du maréchal Davout.

Le maréchal Mortier aura en Silésie :

1° Le corps de M. le maréchal Masséna, qui se rend à Breslau, sous les ordres du général Suchet;
2° Le corps du maréchal Ney, qui se rend à Glogau, sous les ordres du général Marchand.

4e COMMANDEMENT. – MARÉCHAL BRUNE.

Le maréchal Brune commande la Poméranie et conserve son commandement tel qu’il est aujourd’hui. Il correspondra directement avec le major général, soit à Königsberg quand il y sera, soit à Paris. Dans les cas imprévus, le maréchal Brune se concerterait avec les maréchaux Davout et Mortier.

L’intendant général de l’armée, M. Daru, restera dans le lieu où le maréchal Soult aura son quartier général, pour pouvoir, de concert avec lui, exécuter toutes les dispositions du traité de paix et de la convention, pour ce qui regarde les contributions et l’administration, et exécuter tous les ordres de l’Empereur qu’il recevra par le major général.

Le général Songis restera dans le même lieu où le maréchal Soult aura son quartier général, pour y exécuter les ordres qu’il recevra du major général.

Le parc d’artillerie se rendra à Berlin. On aura soin que les chevaux vivent aux dépens du pays.

Les mêmes dispositions regardent le général Chasseloup et le parc du génie.

Les aides de camp du ministre de la guerre seront partagés entre MM. les maréchaux Davout et Brune, pour lui être expédiés successivement tous les cinq jours et apporter les nouvelles.

Par les dispositions ci-dessus, il y aura donc quatre corps d’armée :

Le maréchal Soult dans la vieille Prusse;
Le maréchal Davout dans le duché de Varsovie;
Le maréchal Mortier dans la Silésie;
Le maréchal Brune dans la Poméranie.

La réserve de cavalerie suivant le mouvement du 4e corps.

Le maréchal Bernadotte se rendra dans les villes hanséatiques, d’où il correspondra immédiatement avec le major général.

Le corps de M. le maréchal Bernadotte, aux ordres du général Victor, sera dirigé en droite ligne sur Spandau, où il tiendra garnison sur les États de Prusse, à la droite de l’Elbe, et où il sera à portée de la Poméranie suédoise, c’est-à-dire de Prenzlow et de Pasewalk.

Comme les mouvements pour évacuer les États de Prusse se font par les troupes aux ordres du maréchal Soult, ce maréchal restera plénipotentiaire de l’Empereur, conjointement avec M. le maréchal de Kalkreuth, plénipotentiaire du roi de Prusse.

Les mouvements d’évacuation se feront :

le ligne sur la Vistule;
2e ligne sur l’Oder;
3e ligne sur la Havel, près Berlin.

  1. A. I. le grand-duc de Berg se rendra, comme il le désirera, soit dans Ses États, soit à Paris.

Les maréchaux Masséna, Lannes et Ney se rendront immédiatement à Paris.

Le 5e corps restera donc commandé par le général Suchet, le 6e corps par le général Marchand, le corps du maréchal Lannes par le général Oudinot, qui, lui-même, sera aux ordres du maréchal Soult jusqu’au moment où ce maréchal sera sur l’Oder, et passera, dès ce moment, aux ordres du maréchal Davout, et correspondra avec lui à Varsovie.

Il sera écrit une lettre de satisfaction au général Gouvion Saint-Cyr, et il lui sera donné une autorisation pour aller à Paris reprendre ses fonctions au Sénat.

 

Königsberg, 12 juillet 1807

Au roi de Naples

Je vois dans les journaux français des lettres du roi Ferdinand qui sont tirées probablement des journaux de Naples. A quoi cela aboutit-il ? Qui est-ce qui peut trouver mal que le roi Ferdinand défende son trône par tous les moyens ? Pourquoi donc imprimer des lettres insignifiantes ? L’art dans votre position est au contraire de n’en parler jamais. Ces descentes et ces incursions de brigands, qui sont peu de chose, sont à tort exaltées et grossies. La qualité constante de vos ministres est de faire claquer leur fouet. Il faut au contraire les amoindrir, ces incursions, et les présenter au public plus faibles qu’elles ne le sont réellement. Tout cela est important. La conséquence naturelle qu’on en tire est que le royaume de Naples est la proie de toutes sortes de brigandages, et cela n’est pas vrai, mais c’est le résultat de la maladresse de votre police. C’était ainsi en France dans la révolution. C’était un parti qui en poussait un autre à l’extrémité. Mais ce n’est pas là la situation de votre royaume.

 

Königsberg, 12 juillet 1807

87e BULLETIN DE LA GRANDE ARMÉE

Les empereurs de France et de Russie, après avoir séjourné pendant vingt jours à Tilsit, où les deux maisons impériales, situées dans la même rue, étaient à peu de distance l’une de l’autre, se sont séparés le 9, à trois heures après midi, en se donnant les plus grandes marques d’amitié.

Le journal de ce qui s’est passé pendant la durée de leur séjour sera d’un véritable intérêt pour les deux peuples.

Après avoir reçu, à trois heures et demie, la visite d’adieu du roi de Prusse, qui est retourné à Memel, l’empereur Napoléon est parti pour Königsberg, où il est arrivé le 10 à quatre heures du matin.

Il a fait hier la visite du port dans un canot qui était servi par les marins de la Garde. Sa Majesté passe aujourd’hui la revue du corps du maréchal Soult, et part demain à deux heures du matin pour Dresde.

Le nombre des Russes tués à la bataille de Friedland s’élève à 17,500; celui des prisonniers est de 40,000 : 18,000 sont passés à Königsberg, 7,000 sont restés malades dans les hôpitaux, le reste a été dirigé sur Thorn et Varsovie. Les ordres ont été donnés pour qu’ils fussent renvoyés en Russie sans délai; 7,000 sont déjà revenus à Königsberg et vont être rendus. Ceux qui sont en France seront formés en régiments provisoires; l’Empereur a ordonné de les habiller et de les armer.

Les ratifications du traité de paix entre la France et la Russie avaient été échangées à Tilsit le 9; celles du traité de paix entre la France et la Prusse l’ont été ici aujourd’hui.

Les plénipotentiaires chargés de ces négociations étaient : pour la France, M. le prince de Bénévent; pour la Russie, le prince Kourakine et le prince Labanof; pour la Prusse, le feld-maréchal comte de Kalkreuth et le comte de Goltz.

Après de tels événements, on ne peut s’empêcher de sourire quand on entend parler de la grande expédition anglaise et de la nouvelle frénésie qui s’est emparée du roi de Suède. On doit remarquer
d’ailleurs que l’armée d’observation de l’Elbe et de l’Oder était de 70,000 hommes, indépendamment de la Grande Armée, et non compris les divisions espagnoles qui sont en ce moment sur l’Oder. Ainsi il aurait fallu que l’Angleterre mît en expédition toute son armée, ses milices, ses volontaires, ses fencibles, pour opérer une diversion sérieuse. Quand on considère que, dans de telles circonstances, elle a envoyé 6,000 hommes se faire massacrer par les Arabes, et 7,000 hommes dans les Indes espagnoles, on ne peut qu’avoir pitié de l’excessive avidité qui tourmente ce cabinet.

La paix de Tilsit met fin aux opérations de la Grande Armée; mais toutes les côtes, tous les ports de la Prusse n’en resteront pas moins fermés aux Anglais. Il est probable que le blocus continental ne sera pas un vain mot.

La Porte a été comprise dans le traité. La révolution qui vient de s’opérer à Constantinople est une révolution antichrétienne qui n’a rien de commun avec la politique de l’Europe.

L’adjudant commandant Guilleminot est parti pour la Bessarabie, où il va informer le grand vizir, de la paix, de la liberté qu’a la Porte d’y prendre part et des conditions qui la concernent.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, M. le prince de Bénévent vous envoie le traité de paix conclu avec la Russie et celui avec la Prusse. Vous voudrez bien convoquer le Sénat, vous y rendre, et faire les communications de ces traités dans la forme ordinaire. Vous les ferez ensuite imprimer au Bulletin des lois et dans le Moniteur.

Si vous le jugez convenable, vous ferez faire la publication de la paix dans Paris, le soir même de la communication au Sénat, par des hérauts d’armes.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, envoyez par un courrier extraordinaire à M. l’archichancelier de l’Empire les traités de paix avec la Russie et la Prusse. J’ai donné ordre qu’il assemble le Sénat, publie les traités et les imprime. Je n’ai pas voulu tarder plus longtemps, parce que les relations commerciales en souffrent.

Envoyez également le traité de paix à Berlin, avec ordre au général Clarke de l’imprimer quarante-huit heures après le passage du courrier.

Envoyez-moi ce soir la copie des traités de paix, et demandez à Berthier la convention pour l’exécution du traité avec la Prusse.

Dans les copies des traités, il faut mettre roi de Naples au lieu de roi des Deux-Siciles, afin de ne pas faire sentir le contraste.

Mandez à M. Vincent, mon commissaire à Varsovie, qu’il ait à écrire, tous les jours, aux relations extérieures un bulletin de ce qui se passe, relatif aux subsistances, au gouvernement, à l’esprit public, etc.; ces bulletins seront numérotés et commenceront le 20 juillet.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

Au général Savary

Le général Savary se rendra à Saint-Pétersbourg. Il s’adressera qu grand maréchal du Palais pour lui demander une audience de l’Empereur et lui remettre la lettre ci-jointe. Après quelques jours de séjour à Saint-Pétersbourg, il m’expédiera un courrier à Paris pour m’instruire de ce qui sera venu à sa connaissance, de ce qu’il aura recueilli sur les événements de la campagne, sur les partis qui divisent la Cour, sur les changements qui pourraient avoir lieu dans le ministère.

Il n’est là que comme aide de camp et comme militaire, et n’a aucun titre diplomatique. Il aura soin de voir le prince Labanof, ainsi que le grand maréchal du palais Tolstoï, et de leur dire que je l’ai chargé de les voir et de s’adresser à eux toutes les fois qu’il aura besoin de voir l’Empereur.

Il m’expédiera un courrier toutes les fois que cela sera nécessaire; mais il doit, dans tous les cas, m’en expédier un au moins toutes les semaines. Toutes les lettres qu’il fera passer par la poste, il aura soin de les écrire comme si elles devaient être lues par l’empereur Alexandre.

Il soignera autant que possible les intérêts de notre commerce, et veillera à ce que les séquestres soient levés et les propriétés françaises restituées.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

Au ministre Secrétaire d’État

  1. Maret écrira à l’intendant de Hanovre pour connaître l’état des domaines royaux présentant leur situation et revenu, et extraire jusqu’à concurrence de trente millions de ces biens, qui seront donnés en récompense aux différents militaires qui ont bien servi.
  2. Maret écrira également aux gouverneurs de Brunswick , Bayreuth, Cassel, Minden, Münster pour l’état des domaines nationaux et royaux, et l’expédier cinq jours après la réception de sa lettre.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

Au maréchal Berthier

Donnez ordre à l’intendant général d’envoyer dans la nuit à tous les intendants la convention faite à M. de Kalkreuth, avec ordre de presser les versements de la contribution extraordinaire, puisque l’évacuation du pays dépend de cette clause.

Qu’on fasse également l’état des domaines nationaux, impositions foncières et autres branches de revenus qui restent dus pendant l’année que je suis en possession du pays, puisque, par les articles de cette convention, ces contributions doivent également être payées.

 

Camp impérial de Königsberg, 13 juillet 1807

DÉCRET

Napoléon, Empereur des Français, Roi d’Italie,

Voulant donner une preuve particulière de notre satisfaction pour les services qui nous ont été rendus pendant cette campagne par les différents régiments qui composent notre Grande Armée,

Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE ler. – Il est accordé des aigles d’argent de la Légion d’honneur pour être distribuées aux officiers et soldats qui se sont le plus distingués dans les régiments soit d’infanterie, soit de cavalerie, soit d’artillerie, composant nos corps d’armée, sans que les états-majors puissent y être compris, nous réservant de statuer particulièrement à leur égard, savoir :

Au ler corps, 400 aigles d’argent., dont 200 aux officiers et 200 aux sous-officiers et soldats;
Au 3e corps, 320 aigles d’argent, dont 200 aux officiers et 120 aux sous-officiers et soldats;
Au 4e corps, 320 aigles d’argent, dont 200 aux officiers et 120 aux sous-officiers et soldats;
Au 5e corps, 200 aigles d’argent, dont 100 aux officiers et 100 aux sous-officiers et soldats;
Au 6e corps, 320 aigles d’argent, dont 200 aux officiers et 120 aux sous-officiers et soldats;
Au 8e corps, 150 aigles d’argent, dont 90 aux officiers et 60 aux sous-officiers et soldats;

A la division Verdier, de la réserve d’infanterie, 120 aigles d’argent, à distribuer par moitié aux officiers et aux sous-officiers et soldats;

Au corps du général Oudinot, 180 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats, le 9e de hussards sera compris dans ladite distribution;

A la division Lasalle, 250 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats;

A la division Milhaud, 80 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats;

A la division Grouchy, 120 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats;

A la division Lahoussaye, 110 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats;

A la division Latourg-Maubourq, 120 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats;

A la division Beker, 60 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats;

A la division Nansouty, 180 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats;

A la division Espagne, 80 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats;

A la division Saint-Sulpice, 60 aigles d’argent, dont moitié aux officiers et moitié aux sous-officiers et soldats.

L’artillerie attachée aux divisions de la réserve sera comprise dans lesdites distributions.

A la Garde impériale de toutes les armes, 400 aigles d’argent aux sous-officiers et soldats.

ART. 2. – Les maréchaux et commandants des corps feront la distribution des aigles accordées par l’article précédent, entre les corps, en ayant égard à ceux qui ont le plus participé aux événements de la campagne.

Ils ne pourront comprendre dans lesdites distributions que des officiers, sous-officiers et soldats présents aux drapeaux lors des affaires qui ont eu lieu pendant le mois de juin dernier.

ART. 3. – Le procès-verbal, contenant les noms et grades des individus désignés et les traits de bravoure par lesquels ils se sont distingués, sera adressé à notre major général pour être soumis à notre approbation, avant le 15 du mois d’août prochain.

ART. 4. – Notre major général ministre de la guerre est chargé de l’exécution du présent décret.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

NOTE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL

Sa Majesté désire que le prince de Neufchâtel lui fasse connaître le nom des généraux et colonels qui ont été blessés dernièrement, afin de récompenser ceux qui n’auraient pas obtenu d’avancement ou dans l’armée ou dans la Légion d’honneur.

Sa Majesté désire également que le ministre lui envoie un état, par corps d’armée, des généraux de division, des généraux de brigade et des colonels. Une colonne fera connaître ceux qui se sont trouvés à Ulm ou à Austerlitz; une autre colonne, ceux qui étaient à Iéna ou à Eylau; une troisième, ceux qui étaient à Friedland et aux différentes affaires du mois de juin. On mettra en note ceux qui sont morts ou ceux qui ont obtenu leur réforme, en faisant connaître les lieux où ces derniers se trouvent aujourd’hui.

Königsberg, 13 juillet 1807

NOTE

La paix étant signée, l’évacuation doit avoir lieu. Elle se fera en plusieurs temps. Tout ce qui est Pologne ne sera pas encore évacué. La vieille Prusse sera évacuée en deux temps : d’abord tous les pays jusqu’à la Passarge et Guttstadt, formant les anciennes positions de l’armée, et, quinze jours ou un mois après, ces pays-là jusqu’à la Vistule, et enfin tout le pays jusqu’à l’Oder, le reste de la vieille Prusse jusqu’à la Poméranie et la Poméranie elle-même.

M. Daru se fera donner par M. d’Albe les limites du duché de Varsovie. La ville de Danzig et deux lieues autour restent libres, et je dois y tenir garnison : il faut compter que j’aurai à Danzig 12,000 hommes pendant l’espace d’un ou deux ans; il est bon que je ne sois pas obligé de faire des achats et que les magasins soient abondamment pourvus, du moins en blé et eau-de-vie.

J’aurai dans le duché de Varsovie une quarantaine de millions de rations pendant près d’une année; comme Bromberg, Thorn, Posen, font partie de ce duché de Varsovie, il est convenable de réunir là le plus de subsistances possible.

Il faudra calculer s’il convient de vendre ce que nous avons à Küstrin, quand nous l’évacuerons, ou s’il est préférable de le faire venir à Bromberg. Il faudrait calculer aussi s’il faut faire vendre ce qui vient de Silésie.

Quant à Königsberg, il est probable que l’évacuation devra en avoir lieu vers le ler août. Il faut donc d’ici à ce temps-là avoir évacué sur Elbing tous les vins, eaux-de-vie, draps, blés et autres objets, jusqu’à la concurrence de quatre millions, prendre les mesures les plus énergiques pour avoir la contribution, et tâcher de ne rien laisser en arrière afin de n’avoir point de discussion.

Le langage de l’intendant général doit toujours être, que l’Empereur n’est point maître de rendre les magasins, ni de remettre les contributions, parce qu’ils appartiennent à l’armée, et que, s’il le faisait, il faudrait qu’il les remboursât de ses deniers, ce qui n’est pas proposable.

De Marienwerder, il faut faire évacuer sur Varsovie et sur Thorn. Tous les malades doivent être évacués sur Thorn, Bromberg, Küstrin et Danzig; ceux qui sont sur la droite doivent être évacués sur
Varsovie et autres villes voisines, où ils auront le temps de se guérir. Les grands blessés et les malades qui sont restés sur la ligne, s’ils sont Prussiens ou Russes, doivent être laissés, car je rends les prisonniers. Il faudrait en remplir Königsberg lorsque nous abandonnerons la place; ce sera à la Prusse à y pourvoir. Il faut surtout n’en avoir ni dans le duché de Varsovie ni à Danzig : les évacuer sur les États prussiens. Mêmes ordres à Berlin.

Il faut que, lors de l’évacuation des États prussiens, il n’y ait aucun malade russe dans la ville et territoire de Danzig, ni dans le duché de Varsovie.

La même observation doit être faite pour les pays de la rive gauche de l’Elbe qui doivent former le royaume de Westphalie; il est nécessaire qu’on n’y laisse aucun malade russe ni prussien, et qu’on les renvoie dans les États qui restent à la Prusse.

Tous les magasins que j’aurai à Spandau, on les évacuera sur Magdeburg; Magdeburg me reste; y évacuer les magasins des États qui restent à la Prusse, car mes armées resteront très-longtemps en Westphalie.

M. Daru me fera connaître ce que j’ai accordé à chaque corps en habillement, ce que chaque corps a reçu, et ce que j’ai à leur délivrer, ce que j’ai en magasin à Danzig et à Königsberg.

C’est le corps du maréchal Davout que je compte laisser à Varsovie.

C’est le corps du général Oudinot que je compte laisser à Danzig. Tout ce qui est au delà de l’Oder, l’envoyer à Magdeburg.

Il ne faut rien donner inutilement aux corps.

Mettre à l’ordre que, vu les circonstances de la paix, la mesure des lettres de change pour la solde est annulée, que l’argent est prêt en France. En écrire au ministre du trésor public.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

Au général Rapp

Monsieur le Général Rapp, M. le prince de Bénévent a dû vous mander que j’ai accordé à la ville de Danzig plus qu’elle ne demandait, puisque je lui accorde un territoire de deux lieues. Des poteaux vont y être mis. Vous ferez mettre le séquestre sur tous les biens royaux et nationaux qui se trouvent dans la ville et dans cette étendue de territoire; vous en ferez faire l’inventaire. Je m’en réserve la propriété immédiate. Il est convenable que trois des individus les plus intelligents de la ville se rendent à Dresde pour y régler leur constitution. Ils porteront avec eux un historique de la manière dont ils étaient gouvernés et des changements qu’ils désirent y faire. Leur constitution ainsi arrêtée, il n’y aura plus lieu à discussion ni changement.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

Au général Clarke

Je pars dans une heure pour Dresde. Si vous pensez que vos lettres puissent m’y arriver à temps, envoyez-moi là des nouvelles de Stralsund et de Berlin. Je vous ai mandé également de m’envoyer M. la Bouillerie pour voir la situation de mes affaires. La contribution imposée doit être payée jusqu’au dernier sou, et ce n’est qu’à cette condition que j’évacuerai. Faites donc connaître aux habitants que, s’ils ne payent pas les dix millions, ils auront garnison française éternellement. J’estime que, ces deux calculs faits, les États qui restent au roi de Prusse doivent soixante et treize millions. L’arriéré, c’est-à-dire ce qui est dû pendant un an comme domaine et impositions foncières, m’est également dû. Ce n’est qu’à cette condition que j’évacuerai Berlin et les pays cédés appartenant au roi de Prusse. Que l’on en forme l’état. Les magasins doivent nous rester; il faut faire argent de tout.

Vous devez dire que j’ai reçu du roi de Prusse l’assurance que la gendarmerie et la garde bourgeoise ne seraient nullement inquiétées.

 

Königsberg, 13 juillet 1807

A l’empereur de Russie

Monsieur mon Frère, jaloux d’avoir auprès de Votre Majesté quelqu’un qui puisse lui exprimer de vive voix les sentiments dont elle m’a laissé pénétré, je lui envoie mon aide de camp le général de division Savary, jusqu’à ce que j’aie nommé un ambassadeur pour résider dans sa Cour. Je prie Votre Majesté de le recevoir avec cette bonté qui lui est particulière, et d’ajouter une entière confiance à ce qu’il lui dira de ma part, et surtout toutes les fois qu’il sera assez heureux pour lui renouveler de vive voix les assurances de la haute estime et de la sincère amitié dont je suis sorti pénétré d’auprès d’elle.

Sur ce, je prie Dieu , Monsieur mon Frère, qu’il veuille tenir Votre Majesté Impériale en sa sainte et digne garde.

NAPOLÉON

 

Mogilno, 15 juillet 1807

Au général Rapp, à Danzig

Monsieur le Général Rapp, vous voudrez bien, aussitôt que les premières troupes du général Oudinot seront arrivées, et je pense qu’elles doivent déjà l’être, faire partir toutes les troupes de Bade pour Stettin, où elles seront aux ordres du maréchal Brune. Vous en préviendrez ce maréchal. Si vous appreniez que ce maréchal eût besoin de troupes, et que la première légion du Nord fût habillée, vous la lui enverriez aussi.

Vous instruirez de ce mouvement le major général.

Dresde, 18 juillet 1807, midi

A l’Impératrice

Mon amie, je suis arrivé hier, à cinq heures du soir, à Dresde, fort bien portant, quoique je sois resté cent heures en voiture sans sortir. Je suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc rapproché de toi de plus de moitié du chemin.

Il se peut qu’une de ces belles nuits je tombe à Saint-Cloud, comme un jaloux; je t’en préviens.

Adieu, mon amie; j’aurai grand plaisir à te voir. Tout à toi.

 

Dresde, 18 juillet 1807

A M. Cambacérès

Mon Cousin, j’ai reçu vos lettres du 5 au 13. Je suis arrivé à Dresde hier au soir, très-bien portant. J’ai fait plus de deux cents lieues sans m’arrêter. Me voilà à moitié chemin de Paris.

 

Dresde, 18 juillet 1807

A M. Cretet, Gouverneur de la Banque

Je reçois votre rapport du 6 juillet. Comment est-il possible que la Banque ait pu donner un intérêt de neuf pour cent du capital primitif de l’action, lorsqu’elle a mis si peu de billets en émission ? Je crains bien que ce ne soit moi qui aie payé tout cela. Au reste, c’est ce que je verrai à mon arrivée à Paris.

La proposition qu’ont faite MM. Girardin et Fréville n’a point de sens, et je ne l’approuve pas. Partez toujours du principe que je n’approuve jamais tout ce qui serait proposé de contraire aux bases sur lesquelles la Banque est établie. Or je vois ici un emprunt sur dépôt. Si ces messieurs ont des obligations à vous vendre, et qu’il ne soit question que d’un escompte, cela peut se faire; mais, s’ils ne vous donnent des effets qu’en dépôt, je n’approuve point l’opération.

Je n’approuve pas davantage ce que proposent les députés de la Marche électorale de Brandebourg. Je n’approuve pas non plus les considérations renfermées dans votre lettre. Je me renfermerai dans mon adage : « Vous êtes banque, restez banque. “. Si ces messieurs ont de bons effets à vous donner, et qu’ils soient négociables dans six mois au lieu de trois, je l’approuve. La banque de France n’est pas une banque territoriale et ne peut pas recevoir des effets hypothéqués sur des terres.

Je n’approuve pas davantage le projet de construire des établissements pour la Banque sur le terrain des fossés Montmartre. Je désire que la Banque soit moins avare; il faut qu’elle concoure à un grand monument, et je reste dans mon idée que la Banque, la Chambre de commerce, le Tribunal de commerce et la Bourse soient réunis dans le même emplacement. On avait désigné pour cela celui des Filles Saint-Thomas. J’ai renvoyé au Conseil d’État le projet que l’on m’avait présenté pour cela; je l’ai trouvé mesquin. Je veux un grand monument qui tende à embellir Paris, et quand, dans plusieurs années , ce monument devrait coûter quelques millions au reste du commerce de Paris, je ne refuserai pas d’y concourir en en payant une partie. L’habitude qu’a prise le commerce de centraliser à Paris presque tous les payements a fait de Paris, pour le commerce, ce que la Tamise a fait pour Londres. Que la Banque reste donc comme elle est, et qu’elle ne dépense pas inutilement 100,000 écus pour de misérables baraques qu’il faudra démolir.

 

Dresde, 18 juillet 1807

A M. Réal, conseiller d’État

Monsieur Réal, je reçois votre lettre du 4 juillet. Je vois avec beaucoup de plaisir le mariage que vous voulez faire de mademoiselle Réal avec le neveu de M. Lacuée. Je ne doute point que les enfants n’héritent des sentiments de leur père pour moi.

 

Dresde, 18 juillet 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous avez eu tort d’envoyer à Chambéry le dépôt du 111e régiment. Je vous l’ai dit, et je vous le répète, je ne veux point changer les dépôts, parce que tous ces changements me coûtent beaucoup d’argent. La légion du général Valence ne sera jamais assez nombreuse pour encombrer Grenoble. D’ailleurs, lorsqu’elle sera formée, on pourra envoyer le 1er bataillon dans quelque place voisine. Mais les dépôts, il ne faut jamais les changer, si ce n’est une fois pour toutes à la paix générale ou à une occasion importante.

 

Dresde. 18 juillet 1807

Au vice-amiral Decrès

Je reçois votre lettre du 11 juillet. J’approuve fort que vous ayez fait construire des vaisseaux de 80 canons; l’entrée à Flessingue ne doit jamais être une objection, parce que, comme vous l’observez fort bien, on les fera passer en droite ligne à Brest. Sept ou huit vaisseaux peuvent m’être utiles à Flessingue, en temps de guerre, où je pourrais les armer; mais un plus grand nombre ne me servirait à rien. Ces constructions de Flessingue doivent donc être dans l’hypotbèse de la paix, qui permet de les faire passer dans mes ports. Si un vaisseau de 74 peut passer la passe, un vaisseau de 80 doit la passer désormais allégé. J’approuve donc tout ce que vous avez fait là-dessus.

 

Dresde, 18 juillet 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, envoyez un courrier extraordinaire pour rappeler à Versailles tous les détachements de dragons qui sont au camp de Saint-Lô, et ordonnez-leur de faire diligence, afin qu’ils soient arrivés avant le 16 août et se trouvent à mon entrée au Corps législatif.

 

Dresde, 18 juillet 1807

Au vice-amiral Decrès

Je vous envoie des projets dont vous me rendrez compte à mon arrivée à Paris. Je ne trouve rien de si ridicule que le filet d’abordage soutenu par des montants en fer que l’on veut mettre sur la batterie Napoléon, au lieu de faire un mur crénelé derrière lequel 150 hommes pourraient se placer et se défendre jusqu’à ce qu’on leur ait porté du secours. Pourquoi est-il impossible de faire un mur crénelé vers le centre de la batterie, de manière que 150 hommes puissent y être placés en sûreté ? Les ingénieurs que vous en avez chargés et qui vous ont répondu cela ne savent ce qu’ils disent, ou sont bien ignorants. Ordonnez que l’on cesse sur-le-champ ces ridicules filets d’abordage, et que, sur le centre, ils fassent une muraille crénelée de la hauteur de dix pieds, au centre de la batterie. Écrivez à l’ingénieur qui a dit que ce n’était pas possible qu’il est un sot, et qu’il ait à le faire.

 

Dresde, 18 juillet 1807

A l’empereur d’Autriche

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 23 janvier, que me remet le duc Ferdinand de Wurtemberg. Je me trouverai heureux de faire quelque chose qui soit agréable à Votre Majesté, en aidant de mes conseils le prince de Wurtemberg dans ses arrangements avec le roi son frère. La paix qui vient d’être heureusement rétablie entre l’empereur de Russie, le roi de Prusse et moi, me fait espérer des jours plus prospères pour le continent. Il n’a pas dépendu de moi que votre médiation n’ait eu son effet; elle eût épargné bien du sang. Votre Majesté veut-elle permettre que je la remercie des bonnes dispositions qu’elle m’a montrées dans cette circonstance, et que je la prie de croire aux sentiments d’estime et de haute considération que je lui porte ?

 

Dresde, 18 juillet 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, je ne vois point d’inconvénient à ce que vous veniez à Dresde. J’avais pensé que vous seriez à Glogau. Venez à Dresde sans perdre de temps. Dirigez sur Berlin tout ce que vous avez de cavalerie bavaroise et wurtembergeoise. Les lanciers polonais suffiront en Silésie, et cette cavalerie est nécessaire pour renforcer l’armée du maréchal Brune.

 

Dresde, 18 juillet 1807

Au général Clarke

Monsieur le Général Clarke je suppose que vous avez envoyé le 10e régiment provisoire de cavalerie au maréchal Brune. Vous ne tarderez pas sans doute à me donner des nouvelles de ce qu’il aura fait le 13.

M. de Talleyrand a dû vous envoyer le traité de paix et la convention qu’a faite le maréchal Berthier pour l’évacuation du pays. Vous y aurez vu que toutes les contributions ordinaires et extraordinaires doivent être payées rigoureusement. Mon intention est de ne pas évacuer que l’argent de la contribution ne soit rentré. Je n’entends pas que l’on diminue ce qui m’est dû sous prétexte des fournitures. Il ne doit être imputé sur les contributions que les fournitures qui ont été faites par décrets, et lorsqu’il a été spécifié imputable sur les contributions. Il faut que les comptes en soient arrêtés et que tout soit payé jusqu’au dernier sou. Les revenus courants seront pris à compte de ce qui est dû sur l’arriéré. Je compte que, ces deux comptes réunis, votre gouvernement me doit encore quatre-vingts millions. Il faut que ces quatre-vingts millions soient payés avant que j’évacue.

La Bouillerie n’est pas encore arrivé.

Je vous prie d’être très-rigoureux sur le compte des contributions, tant extraordinaires qu’ordinaires. Ce serait une très-grande duperie, après avoir traité si avantageusement le roi de Prusse, de lui faire
encore cadeau de cet argent, d’autant plus qu’il donnera des sûretés pour ce qu’il ne pourra pas payer. Je m’en rapporte là-dessus à votre zèle et à votre activité. Il y a des chantiers de bois à Küstrin; il y a dans d’autres endroits des magasins de toute espèce qui sont au profit de l’armée : il faut qu’il en soit tenu bon compte.

Il avait été ordonné par l’intendant général de verser du blé et de l’avoine à compte sur la contribution : vous contremanderez cela, vu que j’aime mieux être payé en argent, et que mes magasins sont suffisamment fournis. Je vous recommande fort tous ces intérêts.

 

Dresde, 18 juillet 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 16. Je vous envoie un article d’une lettre de M. Fouché, relative à un prétendu vol fait à M. de Tisseuil, neveu du comte de Neale, d’une somme de 350,000 francs. Faites-le mettre dans le Télégraphe, en disant: La police de Paris avait appris etc., etc. et que cet avis est officiel, parce qu’un vol de 300,000 francs ne peut se faire à Paris sans que la police en découvre les auteurs.

Je pense qu’il sera difficile que Schulenburg s’attache au royaume de Westphalie. Quant à Stein, j’ignore ce qu’il est; le roi de Prusse en a dit beaucoup de mal. S’il n’est pas trop vieux, je pense qu’il serait avantageux de se l’attacher.

Vous devez avoir reçu le traité de paix. Si vous ne l’avez pas, vous pouvez en faire mettre les principaux articles que je vous ai fait connaître. Mais ne souffrez pas qu’on fasse aucune démonstration à Berlin pendant que mes troupes y seront; dites-le hautement et fermement, et ajoutez qu’à la moindre démonstration que l’on ferait je mettrai dix millions de contributions de plus.

 

Dresde, 18 juillet 1807

Au roi de Naples

Je reçois votre lettre du 6 juin. Si vous envoyez des troupes napolitaines dans le royaume d’Italie, il faut qu’elles soient payées par vous, comme les troupes du royaume d’Italie qui sont dans le royaume de Naples sont payées par le royaume d’Italie.

Je crains beaucoup que vos finances ne soient dérangées par des théories et des spéculations; tout ce qui me revient de Naples me l’annonce. Il faut bien des années et des hommes d’expérience pour faire des changements dans les finances d’un État; et je vois qu’au commencement d’un règne, et pendant la guerre, on fait des changements dans la perception des impôts. Je suis fâché que vous n’ayez pas la même façon de penser que moi. Je regarde les savants et les hommes d’esprit comme des coquettes; il faut les voir, causer avec eux, mais ne prendre ni les unes pour sa femme, ni les autres pour ses ministres.

 

Dresde, 18 juillet 1807, minuit

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je suis arrivé ici en quatre-vingt-douze heures. Le roi de Saxe est venu me recevoir à sa frontière. Je suis ici depuis hier. Je suis fort satisfait de tout ce que j’ai vu dans ma route. J’ai envoyé un courrier à Rapp pour lui donner l’ordre d’envoyer les Badois pour renforcer l’armée du maréchal Brune.

La route de Königsberg à Elbing m’a paru bien pauvre et bien mauvaise. Celle de Marienwerder à Bromberg est tout aussi dépourvue. Je pense que la route par Eylau, Osterode et Thorn serait beaucoup meilleure. Je pense que vous pourriez diriger sur la Silésie une division de cuirassiers. Au reste, je n’ai pas encore reçu de courrier de vous. Dès que j’aurai reçu le mouvement, je vous enverrai des ordres. Je suppose que ma cavalerie restera encore longtemps à Danzig, Elbing et dans l’île de Nogat.

Donnez ordre à Wloclawek que tout ce qui appartient au 3e corps y reste, et ordonnez au général Clarke que ce qui est destiné au 3e corps se rende à Wloclawek. Envoyez l’ordre à Elbing qu’on ne laisse plus venir les petits détachements et les hommes isolés. Donnez le même ordre à Thorn.

Je n’ai point de nouvelles de ce fou de roi de Suède. J’ai cependant des lettres de Clarke du 16, qui n’en parlent pas. Les Espagnols doivent être arrivés à Hanovre.

Faites bien comprendre aux plénipotentiaires que, si Blücher se bat à Stralsund, il pourra en résulter de très-fàcheuses conséquences, et que, si le roi lui a écrit de ne pas se battre, il ne se battra pas.

Ayez bien soin, lorsque vous jugerez convenable de revenir, de me tracer exactement votre route, afin que mes courriers vous trouvent. Je suppose qu’après avoir quitté Königsberg vous ne dépasserez pas Berlin avant d’avoir reçu de nouveaux ordres de moi. Ne concevez aucune inquiétude de cela, car il me tarde fort de vous savoir à Paris.

Je compte rester ici deux jours. Quand vous recevrez cette lettre, je serai parti de Dresde.

Mettez en marche sur Stettin les chasseurs royaux italiens ainsi que les régiments de Wurtemberg et de Bavière qui font partie de ma cavalerie légère, pour renforcer l’armée du maréchal Brune. Les chasseurs royaux italiens entreront dans la division du général Pino, qui vient d’arriver pour en prendre le commandement.

 

Dresde, 19 juillet 1807

A M. Fouché

J’entends parler depuis longtemps de banqueroutes, de vols faits à plusieurs conseillers d’État; on désigne surtout Siméon, Fourcroy et Français (de Nantes). Je désire que vous me teniez prêts des rapports bien clairs et détaillés là-dessus. C’est par la police que je dois être instruit de tout. Prenez des notions bien exactes; c’est une des premières choses dont je m’occuperai à mon arrivée. Mes conseillers ne doivent faire aucune affaire d’argent, et je dois particulièrement compter sur leur probité et leur moralité. Votre rapport doit donc être très-circonstancié et détaillé, de manière qu’il fixe toutes mes idées.

 

Dresde, 19 juillet 1807

A M. Fouché

Dans votre bulletin du 3 juillet, il est question d’exactions commises par le major Husson, du 37e, à Gênes, et par Maximin, capitaine aide de camp du général Morangiès, etc. Faire les plus exactes perquisitions et me remettre ces rapports sous les yeux; idem, sur les griefs imputés au commandant du château d’If. Si un prisonnier s’échappe, il en répondra corps pour corps.

J’ai appris que des Napolitains s’étaient échappés du fort de Com piano. J’avais mis ce fort sous vos ordres et vous avais chargé de prendre des mesures; mais ce qui est ordonné à la police n’est pas exécuté. Prenez des mesures pour que ce fort soit organisé en prison. Dans une véritable prison, un seul geôlier garde 200 prisonniers sans qu’un seul puisse s’échapper.

Je lis votre bulletin du 7 juillet; j’y vois un extrait d’une lettre du 4 juillet, où la maison de M. Dupuis-Briacé se trouve gravement inculpée. Je désire qu’à mon arrivée vous me portiez des détails exacts là-dessus. S’il est vrai que cet émigré rentré ait été animé par les dispositions dont parle le bulletin, mon intention est d’en faire bonne justice; mais, avant, il faut savoir qui l’a dénoncé et avoir des renseignements bien certains. Je m’en rapporte à l’enquête que vous ferez.

Quant à l’affaire du culte à Gênes, de la fête de saint Jean-Baptiste, il faut fermer les yeux là-dessus. Cette fête, dans les mœurs génoises est non-seulement une fête publique, mais aussi une fête populaire. Ces objets ne sont pas tellement importants qu’il ne faille montrer de la tolérance. Si les propos du nommé Greffier sont constatés, il doit être chassé du département des Deux-Sèvres. La détention de deux mois que vous avez ordonnée ne me paraît pas suffisante.

Si la lettre écrite au directeur général de la conscription est anonyme, elle ne mérite aucune attention.

Si le nommé Claverie est un négociant et un homme qui ait un état, il faut donner suite à sa lettre, le faire interroger administrativement par le procureur impérial du tribunal de son arrondissement,
et vous aurez soin de me remettre sous les yeux son interrogatoire.

En général, je désire que vous me remettiez sous les yeux les plaintes contre les préfets, afin que, s’il y a lieu, j’en fasse justice.

Je désire, à cette occasion, avoir des éclaircissements sur ce qui se passe à Marseille, où la ville perd 300,000 francs par mois sur son octroi, par suite de dilapidations auxquelles on veut que le préfet ne soit pas étranger. Tâchez de me donner des renseignements là-dessus.

Il est question dans un de vos bulletins d’un agent anglais et suisse nommé Bourcard; faites attention qu’il ne soit point relâché, et qu’au contraire il soit détenu dans une bonne forteresse, jusqu’à ce que
l’on sache clairement ce que c’est que cet individu.

Le nommé Poincarré, qui se dit agent du sieur Groizard et qui tient de mauvais propos, doit être sévèrement puni. Si les propos dont on l’accuse sont certains, il faut le chasser de Paris, après l’avoir fait rester deux mois à Bicêtre.

 

Dresde, 19 juillet 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, il faut s’occuper sans retard de faire fermer tous les ports du Portugal à l’Angleterre.

Le lendemain de votre arrivée à Paris, vous ferez connaître au ministre de Portugal qu’il faut que le ler septembre les ports du Portugal soient fermés à l’Angleterre; à défaut de quoi, je déclare la guerre au Portugal, et les marchandises anglaises seront confisquées pour garantie de ce qu’elle doit au Portugal.

Vous écrirez à mon consul à Lisbonne pour lui prescrire les mêmes déclarations.

Le même jour, avoir une conférence avec le ministre d’Espagne sur cet objet, et expédier un courrier à Madrid pour que mon ambassadeur voie le prince de la Paix , à l’effet de conclure une convention pour que les ports du Portugal soient fermés à l’Angleterre au ler septembre. A défaut de quoi, les ministres d’Espagne et de France se retireront de Lisbonne, et les deux puissances déclareront la guerre au Portugal; une armée de 20,000 Français se rendra à Bayonne le ler septembre, pour se réunir à l’armée espagnole et conquérir le Portugal.

De mon côté je compte, à mon arrivée à Paris, écrire au roi d’Espagne et au prince de la Paix pour leur faire comprendre l’urgence de cette mesure.

 

Dresde, 19 juillet 1807

A M. de Talleyrand

Donnez ordre à M. Lachevardière, mon consul à Hambourg, de se rendre à Danzig où il remplira les fonctions de mon consul dans cette place. Il partira vingt-quatre heures après la réception de votre ordre.

(Brotonne)

 

Dresde, 19 juillet 1807

Au vice-amiral Decrès

J’apprends que, le 19 juin, un aspirant a tué d’un coup de poignard un marin du port de Brest. Faites-moi connaître qu’est devenu cet aspirant; je pense qu’il aura été jugé et condamné à mort. Mon intention est que l’on fasse des exemples sévères qui contiennent la turbulence de la jeunesse.

 

Dresde, 20 juillet 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, l’Ordre de Malte peut être considéré comme détruit. Il n’y a pas aujourd’hui de grand maître. Cet Ordre ne possède plus de biens dans l’Empire, ni dans mon royaume d’Italie. Les Anglais ont l’île et ne veulent point s’en dessaisir. Le roi de Naples s’emparera incessamment de toutes les commanderies. Dans cet état de choses, je désirerais que vous écrivissiez à M. Otto et au Primat. Au moment que je serai d’accord avec la Bavière, je déclarerai, par un acte authentique, l’Ordre de Malte dissous, et je conférerai le droit de donner la décoration de l’Ordre au roi de Naples. Je motiverai cela sur ce que, par la possession de la Sicile et de la plus grande partie des côtes de l’Italie, le roi de Naples est le vrai défenseur de l’Italie contre toute espèce de pirateries. Mais il faudrait que, pour lever toute difficulté relativement à ceux qui portent aujourd’hui la décoration de l’Ordre de Malte, on déclarât que ceux qui la portent auront le droit de continuer à la porter. Il faudrait cependant que la Bavière, en réunissant le bien de l’Ordre de Malte à quelqu’un de ses Ordres, fit remplacer la croix de Malte par celle de cet Ordre. Il faudrait aussi avoir l’agrément de l’Espagne qui ne demanderait pas mieux. Peut-être vaudrait-il mieux faire un traité avec l’Espagne et la Bavière, moi, comme représentant les Langues d’Auvergne, de Provence et d’Italie, l’Espagne celles d’Aragon et de l’Allemagne. Ainsi l’Ordre se trouverait détruit, et la décoration ne pourrait se porter que par le don qu’en ferait le roi de Naples.

Dresde, 22 juillet 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, écrivez à M. Alquier de présenter une note dans laquelle il demandera que le nombre des cardinaux français, dans les conseils où se traitent les affaires de l’Église, soit proportionné au nombre des cardinaux romains qui s’y trouvent, ainsi que le nombre des cardinaux allemands et espagnols, en raison de la population de chaque pays; car il n’est pas convenable que l’Église de France, qu’un empire si grand et si puissant, soit sans organes dans le consistoire. Il ajoutera qu’il est temps de finir toutes les petites querelles qu’on ne cesse de me susciter; que je suis fort indigné et irrité des menaces qu’on me fait de m’excommunier, de me déclarer déchu du trône; qu’il ne leur reste plus qu’à me mettre dans un monastère et à me faire fouetter comme Louis le Débonnaire; que, si on veut arranger toutes les affaires et en finir, on ait à envoyer des pleins pouvoirs au cardinal-légat qui est à Paris; que, si l’on ne veut pas, on reste tranquille, et que l’on se dispense de rien faire; qu’on cesse toute correspondance, et des menaces que je méprise, mais qu’il n’est pas de la dignité de ma couronne d’entendre. Vous donnerez un congé à M. Alquier pour revenir en France, et vous laisserez à Rome un chargé d’affaires pour les affaires courantes de la légation.

 

Dresde, 18 juillet 1807

Au roi de Wurtemberg

Monsieur mon Frère, M. le comte de Winzingerode, me remet à Dresde la lettre de Votre Majesté. J’aurais bien désiré la voir avant de retourner chez moi; mais elle doit concevoir combien je suis
pressé. Je compte partir le 20 ou le 21 d’ici et être à Mayence le 23.  Je prie Votre Majesté de me rappeler au souvenir de la Reine et de la princesse Catherine.

—————-

Je ne sais par quel événement cette lettre n’est pas partie. Je reçois la lettre de Votre Majesté du 17. Je partirai d’ici le 22. Votre Majesté peut se régler là-dessus.

 

Dresde, 21 juillet 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, il paraît que nous sommes entrés dans la Poméranie suédoise et que nous allons commencer le siège de Stralsund. Faites faire le même mouvement à tout le personnel et matériel de l’artillerie hollandaise.

 

Dresde, 22 juillet 1807

A l’empereur d’Autriche

Monsieur mon Frère, M. le baron de Vincent, que Votre Majesté a envoyé près de moi, il y a plusieurs mois, retourne auprès d’elle. Je l’ai entretenu fort longtemps à Dresde sur la situation actuelle de nos affaires. J’ai été satisfait de la conduite qu’il a tenue pendant le temps qu’il a été près de moi, et je n’ai également qu’à me louer de la conduite qu’a tenue le commandant du corps d’observation en Galicie. Je prie Votre Majesté de leur donner quelques marques de sa bienveillance.

 

Dresde, 22 juillet 1807

NOTE POUR LE MAJOR GÉNÉRAL

Le chef de bataillon Deponthon se rendra à Stralsund, où il servira dans son arme. Tous les jours il enverra un croquis de ce qui se fait, avec un bulletin des travaux du siège, au général Bertrand, à Paris.

M. de Tournon se rendra sur-le-champ à Berlin pour prendre connaissance, d’une manière indirecte et pas ostensible, de toutes les dilapidations qui peuvent avoir eu lieu dans les fournitures. Il se rendra de là à Hambourg pour voir dans quelle situation se trouvent placés les magasins de marchandises anglaises et quelles dilapidations peuvent avoir eu lieu sur cet objet. Il adressera, de l’un et l’autre endroit, fréquemment, des notes sur tout ce qu’il verra, au grand maréchal Duroc.

Le colonel Lacoste se rendra devant Stralsund, où il sera employé dans son arme. Il écrira fréquemment au général Bertrand pour faire connaître de quelle manière marche le siège. Avant de se rendre à Stralsund, il passera à Küstrin pour y voir la situation des magasins et l’état de tout ce qu’on aura expédié depuis trois mois.

 

Dresde, 22 juillet 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, je reçois votre lettre par laquelle vous m’annoncez que vous serez le 24 à Berlin. Je désire que vous vous rendiez à l’armée devant Stralsund. Ordonnez au général Chasseloup d’y prendre le commandement du génie. Donnez tous les ordres pour que l’artillerie arrive en grande quantité, de manière que l’on fasse à la fois trois attaques et que cette place soit promptement enlevée.

Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, donnez ordre à tous les Hollandais de se rendre en Hollande, en passant par Hambourg. Donnez ordre à tous les Espagnols, même à ceux qui viennent de France, de se rendre à Hambourg; les Espagnols formeront le noyau de l’armée du maréchal Bernadotte. Ainsi l’armée du maréchal Brune sera composée : 1° de la division italienne, commandée par le général Pino, et des trois régiments de cavalerie italiens; 2° des quatre régiments français de la division Molitor; 3° des trois régiments français de la division Boudet; 4° du 5e d’infanterie légère et du 19e de ligne, ce qui fait neuf régiments français; du régiment d’Aremberg et des deux régiments de cavalerie légère français venus de Danzig; de tous les Badois; de la brigade bavaroise venue de Munich; des régiments de Nassau, de Würzburg, de Hesse-Darmstadt et du grand-duc de Berg. Ce qui fait donc :

 Infanterie.   Cavalerie.
Italiens  6,000 hommes 1,000 hommes.
Français 16,000 1,000
Bavarois 2,000 1,500
Troupes alliées 6,000
Badois 4,000 500
Total 34,000 4,000
Total. . . 38,000

Ce qui est plus que suffisant.

Renvoyez le régiment polonais qui était devant Kolberg à Kalisz; je crois que son dépôt est dans cette ville.

Le maréchal Bernadotte se trouvera avoir les 15,000 Espagnols. Les 15,000 Hollandais se réuniront, dans l’Oldenburg et dans l’Ost-Frise, sous les ordres du général hollandais; et, en cas d’événements, ils recevraient des ordres du maréchal Bernadotte.

Voilà la distribution qui me paraît la plus convenable.

Toutes les nouvelles compagnies d’artillerie qui arrivent de France et qui sont à Magdeburg et ailleurs, qui n’ont point fait la guerre, le général Songis les enverra à Stralsund pour pousser vigoureusement le siège.

Quand vous aurez ainsi arrangé les choses, que M. Daru et les plénipotentiaires prussiens seront réunis à Berlin pour traiter ensemble, conformément à l’article 6 de la convention militaire, vous vous rendrez à Hanovre. Vous aurez soin de visiter vous-même, en passant, Magdeburg, pour avoir une idée de la force de cette place.

A Hanovre vous réunirez la commission des États; vous leur direz que le temps de tergiverser est passé, et qu’il faut que les neuf millions de contributions qu’ils me doivent soient payés jusqu’au dernier sou, et qu’il faut s’exécuter.

Vous écrirez au commandant de Bayreuth pour presser l’entier  payement, non-seulement de la contribution, mais des revenus du pays.

Vous vous arrêterez à Fulde pour voir pourquoi on n’y paye point les contributions.

J’ai envoyé des pouvoirs au maréchal Soult pour régler, avec les plénipotentiaires, la route intermédiaire entre la Saxe et la Prusse. Après tout cela, s’il n’y a rien de nouveau, vous vous rendrez à Paris, en laissant vos chevaux et la plus grande partie de votre maison militaire à Berlin.

A votre retour de Stralsund, restez à Berlin assez de temps pour pouvoir m’apporter un rapport de M. Daru sur tout ce qui regarde les contributions, etc.

Vous donnerez ordre au maréchal Brune que, lorsqu’il y aura des pourparlers pour capitulation, ou des parlementaires à envoyer, il emploie le général Reille, mon aide de camp.

 

Dresde, 22 juillet 1807

Au maréchal Berthier

Mon Cousin, vous trouverez ci-joint une dépêche que vous remettrez à M. Daru après en avoir pris connaissance.

Je pars dans trois heures pour Paris.

Il est possible que je ne laisse pas de troupes dans le duché de Varsovie.

Mon intention est que l’article 6 de la convention militaire soit bien exécuté. M. de Talleyrand a dû vous écrire pour vous faire connaître la nécessité de faire exécuter strictement un des articles du traité.

Quand vous quitterez Königsberg, restez à Berlin afin de pouvoir bien arranger l’armée du maréchal Brune et celle du maréchal Bernadotte. Exigez surtout que les titres, cartes et particulièrement les revenus des établissements particuliers de la Westphalie et de la Pologne, que le roi de Prusse aurait enlevés en partant, soient restitués. Cela est très-important.

 

Dresde, 22 juillet 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, vous trouverez ci-joint copie de deux lettres que j’écris, l’une au général Clarke et l’autre au général Hédouville (voir plus bas la lettre à Jérôme) en Silésie. Aussitôt que vous le pourrez, rendez-vous à Berlin, où vous trouverez des instructions de M. de Talleyrand. Je vous ai nommé mon commissaire pour traiter de tous les différends, en conséquence de l’article 6 de la convention. J’ordonne à M. de Talleyrand de vous adresser chez le général Clarke vos instructions dans le plus grand détail.

 

Dresde, 22 juillet 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 20. Je pars dans trois heures pour Paris. Ainsi, désormais, c’est là qu’il faut m’adresser vos dépêches.

Des députés de Berlin et de la Marche de Brandeburg sont venus hier chez moi ; je les ai reçus devant la Bouillerie; je leur ai dit qu’ils devaient partir du principe que tout ce qu’ils avaient fourni en conséquence de mes décrets, sous la clause spéciale que ces fournitures seraient retenues sur la contribution, entrerait en compte de ladite contribution; mais que tout ce qui aurait été fourni pour nourrir l’armée à ses différents passages n’y serait point compris. Quant à ces fournitures, dites à M. Lambert qu’il a là une grande responsabilité, que je suivrai cela avec beaucoup d’attention et que j’enverrai de Paris des commissions d’hommes affidés pour vérifier cette comptabilité; et que, s’il y avait des fournitures acceptées qui n’eussent pas été faites, il en serait grandement responsable. Ces messieurs, par exemple, m’ont dit qu’ils avaient fourni 800,000 boisseaux d’avoine, ce qui me paraît une chose fort extraordinaire.

Il faut donc que M. Estève ne perde pas un moment,

1° A dresser les états de toutes les contributions imposées sur les provinces prussiennes restant sur la rive droite de l’Elbe, en faisant une nouvelle répartition de la province de Magdeburg et distinguant ce qui est sur la rive droite et ce qui est sur la rive gauche; également pour la vieille Marche;

2° Me faire connaître tout ce qui a été reçu en argent; ne recevoir, bien entendu, les papiers qui seraient donnés qu’avec la différence de l’escompte, c’est-à-dire pour ce qu’ils me rendront net.

3° Faire l’état de tout ce qui a été fourni en habits et autres objets en conséquence de décrets où il aurait été dit expressément que les fournitures seront portées en compte sur la contribution.

Il faut ensuite que M. Estève s’occupe des contributions ordinaires; il m’est dû près d’un an. Je n’ai pas reçu la sixième partie de ce que j’ai à recevoir.

Je pense que ces deux comptes réunis, tant pour votre gouvernement que pour la Silésie, doivent former une somme de plus de cent vingt millions. Cela fait, il ne s’agira plus que de prendre des arrangements avec le roi de Prusse pour le payement de cette somme. Faites payer aux provinces tout ce qu’elles peuvent. Le plénipotentiaire du roi vous arrive à Berlin. J’y envoie M. Daru pour traiter en mon nom. Si on peut faire monter cette somme à deux cents millions, tant mieux. Dès que le roi de Prusse aura signé la reconnaissance de cette dette, il me donnera des sûretés pour ce qui ne pourra pas être payé.

 

Dresde, 22 juillet 1807

Au prince Jérôme

Mon Frère, envoyez un courrier au général Hédouville pour lui donner les ordres suivants :

l° Faire faire les états de la contribution ordinaire qui a été imposée sur la haute et basse Silésie, des impositions ordinaires, et de ce qui a été fourni en denrées pour être envoyé à la Grande Armée, imputable sur les contributions en conséquence de mes décrets spéciaux.

2° Avoir soin de bien vérifier la comptabilité en matières, et de faire les diminutions convenables. Prévenir l’ordonnateur Boerio qu’il sera porté la plus sévère attention sur cet objet, et qu’il serait grandement responsable s’il ordonnançait des fournitures qui ne seraient pas régulières.

3° Faire faire l’état de toutes les contributions ordinaires, soit domaines, soit revenus de pays, qui doivent m’être payées depuis un an. Ce qui a été fourni aux Bavarois et pour les sièges, et qui n’est point déclaré par mes décrets imputable sur les contributions, ne doit point entrer en compte.

Enfin vous ordonnerez au général Hédouville de faire suspendre sur-le-champ toutes les réquisitions d’habits, de chevaux, et en général de tout ce qui doit être payé sur la contribution.

 

Dresde, 22 juillet 1807

Au maréchal Brune, commandant le corps d’observation de la Grande Armée

Pressez l’arrivée de votre artillerie de siège. Vous pourrez tirer des vivres du Mecklenburg, sauf à en indemniser le Duc s’il y a lieu. Tirez-en de la Poméranie, et mettez-y une bonne contribution militaire.

Il faut que le général Blücher se rende à Kolberg. Il est mal dans les îles; il sera bien au contraire à Kolberg et autour de la ville.

J’ai reçu votre lettre que m’a remise M. Louis Périgord.

Pressez le siège de Stralsund. Mettez de l’ordre dans votre armée. Si vous n’avez pas besoin des Hollandais et des Espagnols, renvoyez-les du côté de Hambourg. Le prince de Ponte-Corvo s’y rend pour prendre le commandement des villes hanséatiques et réunir toutes les troupes espagnoles, dont je pense que vous n’avez pas besoin. S’il en était autrement, et que les troupes que vous avez et celles que je vous ai envoyées de Kolberg, avec la division italienne, ne fussent pas suffisantes, vous pourriez garder la division espagnole qui vient d’Italie.

 

Dresde, 22 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, j’ai reçu la lettre du Pape que vous m’avez transmise. Répondez à Sa Sainteté à peu près dans les termes suivants (cf lettre)

 

Dresde, 22 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, il faut bien se garder d’envoyer aucune espèce de troupes dans le royaume de Naples; si vous y envoyiez en ce moment 1,500 hommes, il n’en resterait pas 300 à la fin de septembre. Il ne faut pas remuer les troupes en Italie dans la saison où nous sommes; il faut attendre que le mois de septembre soit passé : alors seulement, la saison étant rafraîchie, on pourra envoyer beaucoup de renforts à Naples.

 

Dresde, 22 juillet 1807

Au roi de Hollande

Je vois que vous avez porté le deuil de l’impératrice d’Autriche. Mais l’Autriche n’a pas reconnu le royaume de Hollande. Je ne vois pas d’où vient cette inconséquence.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

A M. Gaudin

Je vous avais chargé de correspondre avec mon ministre à Hambourg pour le transport en France des marchandises anglaises qui ont été confisquées. Faites-moi connaître où cela en est, et apportez-moi la correspondance que vous avez tenue pour cet objet.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, vous trouverez ci-joint un décret qui licencie les gardes nationales. Vous leur témoignerez ma satisfaction sur la manière dont elles ont servi. (Mises en réquisition pour le service des frontières du Rhin)

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, mon intention est de réunir sur-le-champ à Bayonne une armée de 20,000 hommes ayant les équipages de quarante pièces d’artillerie.

Cette armée sera composée de la manière suivante : le 86e régiment, le 70e, le 47e, un bataillon du 66e, du 82e et du 26e ; la légion du Midi; deux bataillons du régiment suisse qui est à Rennes, et, deux bataillons du régiment suisse qui est à Avignon.

Faites-moi connaître ce que l’ensemble de tous ces corps me donnera de présents sous les armes et quand ils seront arrivés à Bayonne, ainsi que le lieu pour la réunion de l’artillerie, tant du personnel que des attelages.

Faites-moi également connaître les officiers du génie et de l’artillerie, ordonnateurs et commissaires des guerres qu’il faut employer à cette armée. Il faut chercher les officiers du génie et de l’artillerie qui ont été employés à l’armée de Portugal que le général Leclerc commandait il y a plusieurs années.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

Au général Rapp

Faites-moi connaître si la légion du Nord veut rester à mon service ou passer à celui du duché de Varsovie. Je les laisse absolument les maîtres. Je me déciderai lorsque je recevrai votre lettre et leur adresse.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon fils, je crois vous avoir écrit que, par les articles secrets du traité de Tilsitt, je dois prendre possession de Corfou et de Cattaro, et vous avoir donné mes ordres pour cette prise de possession. Je ne reçois pas assez souvent des renseignements sur la situation de mon armée de Dalmatie; écrivez à Marmont que, mon attention allant se porter dorénavant sur ce point, il est nécessaire qu’il m’envoie des états tous les dix jours.

(Du Casse)

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, je suis arrivé à Paris en bonne santé. J’ai arrêté, il y a un an, le mariage du prince Jérôme avec la princesse Catherine de Wurtemberg; ce mariage se fera dans le courant du mois.

J’ai reçu la lettre par laquelle vous me faites connaître que vous ne pouvez pas faire transporter mes troupes par mer en Dalmatie. Dans ce moment vous devez vous conformer à ce que je vous ai mandé : tenir les corps prêts, m’envoyer l’état des troupes, mais ne pas faire un mouvement sans ordre, à cause des chaleurs.

Quant au mouvement sur Naples, mon intention est que, des dépôts des douze régiments que j’ai à Naples, vous formiez un corps de 4,600 hommes d’infanterie, qui se réunira à Bologne sans délai, pour de là se diriger sur Livourne, prendre possession de cette ville et confisquer toutes les marchandises anglaises. Cette division sera composée, en outre, de 1,800 Italiens et de 600 hommes de cavalerie. Cette opération doit être tenue très-secrète.

Vous pouvez commencer à ordonner le mouvement des troupes et la formation de la division, en les réunissant à Bologne. Avant que les troupes soient arrivées, je vous enverrai les instructions et le nom du général qui doit commander. Ces troupes doivent arriver à Pistoja comme passant à Naples, et ce ne sera que là qu’il sera déclaré qu’elles vont à Livourne. Je viens de vous dire que je me réservais de nommer le général; vous nommerez les officiers d’artillerie et du génie les commissaires ordonnateurs et commissaires des guerres et autres individus de l’administration. Provisoirement le général Charpentier se rendra à Bologne pour prendre le commandement de ce corps.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, la division que j’ai à Ancône n’est pas suffisante; mon intention est donc qu’il y ait à Ancône, sous les ordres du général de brigade qui y commande, un corps de troupes composé conformément à l’état ci-joint.

(3e bataillon du 23e léger, 3e bataillon du 29e de ligne, un bataillon provisoire tiré des ler, 6e, 10e, 52e, 101e et 102e de ligne; un régiment provisoire de cavalerie à quatre escadrons, tirés des 4e, 6e, 9e de chasseurs et 29e de dragons; deux compagnies de canonniers italiens; total 2,800 hommes.) (État joint à la lettre.)

Mettez sur-le-champ ces troupes en marche pour s’y rendre. Vous nommerez un bon major pour commander le régiment provisoire de cavalerie. Vous compléterez une nouvelle compagnie de canonniers italiens., que vous tiendrez à Ancône avec six pièces de campagne attelées.

Quant au corps de Cività-Vecchia, veillez à ce qu’il y ait dans cette place près de 3,000 hommes, mon intention étant d’être fort dans ces deux villes, afin de pouvoir soutenir les mesures que je vais prendre contre le commerce anglais.

Je n’ai pas besoin de vous dire que le bataillon provisoire d’Ancône doit être en bon état et bien armé. Vous le réunirez à Rimini, où le général Charpentier le passera en revue, et, quand vous serez assuré qu’il est en bon état, vous le dirigerez sur Ancône, toujours comme s’il se rendait à Naples.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, je crois vous avoir écrit que, par les articles secrets du traité de Tilsit, je dois prendre possession de Corfou et de Cattaro, et vous avoir donné mes ordres pour cette prise de possession. Je ne reçois pas assez souvent des renseignements sur la situation de mon armée de Dalmatie; écrivez à Marmont que, mon intention allant se porter dorénavant sur ce point, il est nécessaire qu’il m’envoie des états tous les dix jours.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807, minuit

Au général Clarke

Vous trouverez ci-joint la copie d’une lettre que j’écris au maréchal Soult, pour votre direction. Causez avec M. Daru de ce qui peut le regarder dans cette lettre. Je vous préviendrai ainsi de mes dispositions les plus secrètes pour que vous puissiez donner les directions convenables.

Faites passer la lettre ci-jointe à M. Daru. Si le maréchal Berthier est à Berlin, communiquez-lui les principales dispositions.

Envoyez le général Dallemagne servir sous les ordres du maréchal Brune dans la Poméranie suédoise.

Vous êtes le maître de placer de la manière la plus commode toutes les troupes qui arriveront dans les environs de votre gouvernement.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

Au maréchal Soult

Mon Cousin, par l’article 2 de la convention militaire les troupes doivent occuper la Passarge jusqu’au 20 août. Mon intention est qu’après le 20 août elles restent derrière la Vistule jusqu’au 15 septembre. Mon intention est que vous gardiez l’île de Nogat jusqu’au dernier moment, afin de faciliter vos subsistances. Ainsi, en supposant que vous évacuiez effectivement le 20 août la rive droite de la Vistule, cela doit s’entendre de la rive droite du Nogat; mais mon intention est que vous n’évacuiez la Passarge le 20 août que dans le cas où les dispositions suivantes seraient remplies :

1° Que les poteaux soient placés autour de Danzig et de son territoire pour déterminer les frontières de cette ville; et ici vous devez remarquer que la ville de Danzig doit avoir un territoire de deux lieues de quinze au degré. J’ai toujours entendu que ce fussent deux lieues allemandes , c’est-à-dire deux meilen. S’il y avait quelque interprétation à faire là-dessus, comme cela doit représenter l’ancien territoire de Danzig, deux lieues de France ne le représenteraient pas, au lieu que deux meilen ou deux lieues allemandes de quinze au degré le représentent à peu près. Ainsi, si les commissaires avaient interprété deux lieues de France, vous reviendrez là-dessus et ne quitterez point que les poteaux ne soient placés à la distance de deux lieues de quinze au degré.

2° Je vous ai envoyé mes pleins pouvoirs pour négocier la route militaire de la Saxe. Vous aurez soin qu’avant d’évacuer Elbing et Passarge cette convention soit faite à votre satisfaction , et selon les instructions que vous avez dû recevoir de M. de Talleyrand.

3° Deux articles du traité veulent que les plans, cartes, papiers archives, ainsi que tous les fonds appartenant au duché de Varsovie, à la Westphalie et à la ville de Danzig, soient remis par la Prusse. J’ai chargé M. Daru, qui doit être à Berlin, de faire connaître qu’il faut que tous ces objets soient remis avant d’évacuer. Mon intention positive est que vous n’évacuiez la Passarge qu’autant que l’on sera d’accord sur ces articles; que les papiers, argent et effets appartenant à la Pologne et aux établissements polonais et à la ville de Danzig soient remis, ou des sûretés données, et que des mesures ne soient prises pour restituer tout ce qui est relatif au royaume de Westphalie; car, en évacuant la Passarge, du moment que tout ce qui est relatif à la Pologne et à la ville de Danzig sera restitué, vous ferez connaître que vous n’évacuerez l’Oder que lorsque tout ce qui appartient au royaume de Westphalie le sera ponctuellement. Vous correspondrez avec M. Vincent, mon commissaire à Varsovie pour ces objets, ainsi qu’avec le général Rapp, à Danzig, ainsi qu’avec M. Daru, à Berlin.

Vous aurez vu par l’article 6 de la convention militaire que, le 25 juillet, les commissaires respectifs doivent être réunis à Berlin. Quant aux contributions, vous n’évacuerez point la Passarge, que lorsque ce que doit la vieille Prusse sera payé, et la Poméranie et l’Oder, que lorsque ce que doivent la Poméranie et les provinces situées entre l’Oder et l’Elbe sera soldé.

Veillez à ce qu’on rende tous nos prisonniers.

Une fois la Vistule évacuée, je ne veux pas tarder à vous connaître que mon intention est que la ville et place forte de Küstrin et son territoire autour ne soient évacués que sur une lettre close de moi. Ainsi, quelque ordre du ministre que vous receviez, la forteresse, où vous mettrez une de vos divisions et un général de division, ne sera évacuée que sur une lettre signée de moi, que je vous enverrai à cet effet. Cette clause est trop importante pour que je ne me réserve pas de l’ordonner selon les circonstances.

Du reste, renvoyez en France les gouverneurs, commandants d’armes et employés qui vous seront inutiles, etc.

Par un article secret du traité de paix, la ville de Danzig sera occupée par mes troupes jusqu’à la paix avec l’Angleterre. J’ai désigné les divisions Oudinot et Verdier pour tenir garnison dans cette ville. En évacuant toutes les positions autour de cette ville, vous y joindrez une brigade de cavalerie légère, de manière qu’il reste sous les ordres du général Oudinot, à Danzig, 1,600 chevaux. Ce corps placera des corps de garde près de tous les poteaux, c’est-à-dire à deux lieues de la ville.

Comme je n’écris pas aujourd’hui au maréchal Davout, faites-lui connaître les nouvelles de Paris et les principaux ordres que je vous ai donnés.

 

Saint-Cloud, 29 juillet 1807

A M. Daru

Monsieur Daru, vous avez dû recevoir mes pleins pouvoirs et des instructions du prince de Bénévent, tant pour ce qui regarde la convention d’évacuation que pour ce qui est relatif à deux articles du traité de paix avec la Prusse concernant la remise des papiers, plans, archives, caisses et biens appartenant aux établissements particuliers de la ville de Danzig, du duché de Varsovie et du royaume de Westphalie. Vous ferez connaître que mon intention est d’être inflexible sur le payement des contributions; que je n’admettrai en compte sur les contributions que les fournitures que j’ai ordonnées par mes décrets.

Tous les calculs me conduisent à penser que le roi de Prusse me doit cent cinquante millions, car je ne puis admettre l’estimation que vous faites des revenus d’une armée à trente-trois millions. Mon intention est que le roi de Prusse prenne les engagements suivants pour payer ces cent cinquante millions, savoir : qu’il payera une quinzaine de millions argent comptant, avant l’évacuation, et quatre-vingt-dix millions en lettres de change payables en quinze mois, à raison de six millions par mois, à compter du 1er septembre, ce qui ferait cent cinq millions. Les quarante-cinq autres millions pourraient m’être payés en domaines situés dans la province de Magdeburg, sur rive droite de l’Elbe, dans les Marches et dans la Silésie. Ces domaines devront être pris dans la proportion de vingt capitaux pour un, et la prise de possession devra en être faite sur-le-champ en mon nom pour en jouir comme particulier.

 

Paris, 30 juillet 1807

A M. Maret

Monsieur, je m’empresse de prévenir Votre Excellence que, dans le conseil de ce jour, 30 juillet, S. M. l’Empereur a ordonné la formation d’un conseil d’administration qui aurait lieu jeudi prochain, 6 août, et auquel seraient appelés le ministre de l’intérieur, le conseiller d’État directeur des ponts et chaussées, le conseiller d’État Cretet, et deux des principaux ingénieurs du département des ponts et chaussées. A ce conseil le ministre de l’intérieur apportera l’État des travaux ordonnés depuis l’an VIII et relatifs aux ponts et chaussées, de ce qui a été fait, de ce qui reste à faire, de l’évaluation de ces travaux au moment où ils ont été arrêtés par Sa Majesté, de leur évaluation dans le moment présent, de là somme nécessaire pour les achever, et on recherchera si les fonds du budget de 1807 suffisent pour la campagne.

Le ministre de l’intérieur devra faire faire un projet pour la route de Mayence à Paris, et proposera des mesures pour en ordonner la prompte confection.

Le ministre de l’intérieur reprendra le travail sur Paris, ajoutera au compte qu’il a rendu des travaux faits le compte de ceux qui avaient été ordonnés et qui n’ont pu être mis en exécution; il parlera de tous les établissements projetés qui ont pu être un objet de discussion , tels que la Bourse, la maison de Banque, etc., énoncera les mesures à prendre pour activer les travaux de cette année, proposera des projets pour l’année prochaine, tant pour Paris que pour toute la France. Parmi ces projets seront ceux relatifs aux impositions à établir dans les départements que traversent les canaux projetés; et cette mesure devant être générale, on fera connaître les lieux où elle en établit.

Ce qui regarde Paris sera discuté dans un conseil tenu après celui des ponts et chaussées et auquel sera appelé le préfet de Paris.

Le ministre de l’intérieur, par ordre de l’Empereur.

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1807

NOTE

Les ministres de l’intérieur et des finances me donneront chacun leur avis sur les avantages et les inconvénients d’une mesure générale qui ordonnerait qu’aucun bâtiment chargé de tabac, de sucre, café, coton et autres objets de cette nature, ne pourra entrer en France, sous pavillon étranger, que sous la condition d’exporter, en sortant, une valeur égale à son chargement, soit en marchandises manufacturées en France, soit en productions de notre cru.

Le ministre des finances me fera connaître les quotités des différentes denrées ci-dessus désignées et autres objets de même nature entrés dans le cours d’une année, et, pour donner plus de précision aux résultats, il portera ses recherches sur plusieurs années.

Les deux ministres répondront aux questions suivantes :

Quelle est la diminution ou la variation dans le prix des sucres depuis deux ans ?

Quelle a été l’influence des douanes sur le prix des sucres ?

D’où provient la baisse extraordinaire dans le prix des sucres ? Quelles sont nos relations actuelles de commerce avec le royaume d’Italie ? Sont-elles telles qu’on devait s’y attendre depuis les dernières mesures ?

Que peut désirer le commerce de la part des différents princes de la Confédération du Rhin ? Quelles mesures à prendre pour y introduire les produits de nos manufactures ?

Qu’y a-t-il à désirer de 1’Espagne, du Portugal ?

Pourquoi les fabricants de toiles peintes ne fournissent-ils pas mon royaume d’Italie ?

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1807

NOTE POUR LE MINISTRE DES FINANCES

Le ministre des finances est invité à examiner la question de savoir s’il ne serait pas possible de remplacer par un abonnement annuel la perception des droits réunis à l’égard des vins de Champagne destinés à être vendus et expédiés en bouteilles. La même question devra être examinée relativement aux autres vins que leur qualité rend susceptibles d’être également expédiés en bouteilles.

 

Saint-Cloud, 30 juillet 1807

NOTE POUR LE MINISTRE DU TRÉSOR PUBLIC

Dix-huit cent mille francs sont portés, pour 1807, dans le livret du mois de juillet, comme employés à la solde de la Grande Armée.

Ces 1,800,000 francs ne peuvent être que des à-compte donnés sur la masse de linge et chaussure.

Si le trésor public a envoyé 1,800,000 francs en bons du caissier, alors le ministre aurait payé plus qu’il ne porte; car plusieurs distributions ont été faites aux dépôts des corps à titre d’avance sur les masses.

Les traites du caissier envoyées au payeur de la Grande Armée doivent être annulées, car le payeur doit restituer cette avance au trésor public.

Je vois dans le livret État des payements sur l’exercice 1806 que le ministre a dépensé cent soixante et quatorze millions pour la solde; mais il n’a acquitté la solde de la Grande Armée que pour sept mois; il lui reste à compléter la solde de la Grande Armée pendant huit mois, déduction faite de la solde du second corps employé en Italie, où il a reçu sa solde. La solde de la Grande Armée est donc due pour huit mois, moins le second corps. Mais dans cet état la solde de la Grande Armée doit être au moins de vingt-quatre millions pour les huit mois. La solde totale s’élèverait donc à cent quatre-vingt-dix-huit millions pour l’année , ce qui ferait plus de seize millions par mois. Ce serait une somme énorme, mais il faut en ôter :

1° Les bons du caissier envoyés à la Grande Armée en imputation sur la solde et compris dans ces cent soixante et quatorze millions, le montant de ces bons devant devenir disponible pour contribuer au payement des huit mois;

2° Ce qui a été payé aux dépôts pour masse de linge et chaussure, comme à-compte sur la solde des huit mois, et qui a dû être prélevé sur les cent soixante-huit millions; la somme de vingt-quatre millions due pour les huit derniers mois doit être naturellement atténuée du montant de cette avance faite sur les cent soixante-huit millions; c’est en fixant ces termes que l’on connaîtra ce que la solde doit véritablement coûter pour l’année 1806;

3° Les 1,388,000 francs qui avaient été accordés pour fourrages, à la Grande Armée, et qui ont été définitivement employés comme solde; il faut savoir s’ils n’ont pas été compris dans la somme destinée à la solde des sept premiers mois; dans ce cas, cette somme serait encore à diminuer sur celle de vingt-quatre millions nécessaire pour les huit derniers mois.

SERVICE DE 1807

La solde est portée an livret à la somme de 66,800,000 francs, pour les six premiers mois de l’année. Il faut ajouter la solde de la Grande Armée qui n’a pas été payée et qui, pour les six mois, forme un objet de vingt-quatre millions. La solde de six mois aurait donc coûté quatre-vingt-dix millions, c’est-à-dire quinze millions par mois, somme exorbitante; mais il y a lieu aux mêmes déductions que pour 1806, et il faut y ajouter une troisième cause de déduction, c’est-à-dire les avances qui ont été faites. Ces points éclaircis, Sa Majesté saura ce qui a été véritablement dépensé pour la solde. On prendra aussi en considération, comme cause d’atténuation dans la dépense de la solde, ce qui reste dans les différentes caisses, et l’on prendra pour base ce que chaque payeur a de trop en caisse.

MATÉRIEL DE LA GUERRE

Il faudra comparer les dépenses de l’administration de la guerre avec le budget.

L’Empereur désire connaître d’une manière claire le service courant. Il faut lui dire :

Le restant en caisse au 1er janvier était de . . . . .
Les recettes faites en 1807 sont de . . . . . . . .

Le ministre du trésor public reste comptable de ces deux sommes. Voici quel a été leur emploi . . . . .

Dépenses sur tous les exercices pendant les six premiers mois….

Restant en caisse . . . . . . . . . . . .

La balance de ces deux sommes donnera à Sa Majesté une idée nette de la situation de son trésor.

Le ministre remplira le cadre de l’état dressé par Sa Majesté. Cette opération est une affaire d’administration générale et non pas un état du trésor. Ainsi, dans la seconde colonne des recettes faites pendant les six premiers mois, il faut placer les recettes qui proviennent de toutes les branches de revenus vis-à-vis l’évaluation qui leur est donnée dans la première colonne. Il faut y mettre aussi tout ce qui est entré au trésor par la réalisation d’anciennes valeurs, par la compensation des mandats Vanlerberghe, lesquels ne sont pas une branche de revenu, mais représentent le revenu d’années précédentes. L’Empereur, une fois satisfait sur le solde en caisse au commencement de l’année, n’aura plus rien à faire rechercher sur les exercices antérieurs.

La même règle s’appliquera au produit des piastres, à celui de l’emprunt d’Espagne.

Arrivant ensuite, et par ce procédé, au solde en caisse au 1er janvier 1807, il faut remarquer que, comme les affaires de 1806 ne sont pas réglées, tout doit être examiné dans le solde, et que tout ce qui doit produire de l’argent doit y prendre place; il faut donc que ce soit là un membre de l’équation, dont le second membre serait le restant dû sur le budget, ce qui ne regarde pas le trésor public. Sa Majesté désire même que ce qui reste disponible sur les bons de la caisse d’amortissement pour solder les exercices antérieurs à l’an XIV soit compris dans ce solde en caisse. Il faudra distinguer dans ces bons ceux qui sont créés, ceux qui restent à être émis. Il faudra y comprendre de même les crédits en cinq pour cent applicables à des créances plus anciennes, avec l’indication de ce qui reste à employer. Ce solde de caisse n’est pas susceptible d’être totalisé, il ne doit être présenté que comme renseignement. Le solde au 1er juillet doit être placé comparativement au solde au ler janvier, de manière qu’il soit possible de faire autant d’équations qu’il y aura de sommes indiquées aux deux époques.

Le crédit des ministres ne demande aucune explication. Il faudra distinguer la dette publique.

Enfin une dernière colonne rendra compte de la caisse de service. L’Empereur demande une situation de la caisse de service, quoique affaire étrangère au mouvement ordinaire de situation du trésor public, pour s’assurer qu’il n’y a pas de double emploi. Après cet état, il faudra faire celui des fonds spéciaux et en venir à l’exercice de 1806, de manière que Sa Majesté puisse comparer le restant en caisse en 1807 avec le restant en caisse de l’an XIV.

 

Saint-Cloud, 31juillet 1807

A M. Cambacérès

Le Code civil a été fait du temps des Consuls. Il y a plusieurs formes, mais en très-petit nombre, qui ne sont pas adaptées à l’état définitif de la France. Je vous prie de rédiger un projet de loi qui serait présenté au Corps législatif, et dans lequel seraient relatés tous les changements, afin d’imprimer le Code civil avec les formes de l’Empire.

 

Saint-Cloud, 31 juillet 1807

A M. Gaudin

Je désire que vous causiez avec le gouverneur de la Banque pour provoquer une délibération qui mette l’escompte à quatre pour cent.

 

Saint-Cloud, 31 juillet 1807

A M. Defermon

Je désire que la section des finances rédige un projet de loi pour déclarer que l’intérêt légal est à cinq pour cent.

 

Saint-Cloud , 31 juillet 1807

A M. de Talleyrand

Monsieur le Prince de Bénévent, témoignez mon mécontentement à M. Bourrienne de ce que la factorerie anglaise est toujours à Hambourg, de ce que les marchandises anglaises n’ont pas été saisies et continuent à circuler dans les villes hanséatiques. Réitérez les ordres formels que les individus anglais soient arrêtés, la factorerie anglaise entièrement fermée et les marchandises, anglaises confisquées. La correspondance anglaise n’est point non plus arrêtée et les lettres passent toujours par la poste de Hambourg. Enjoignez-lui de faire les notes et les démarches nécessaires pour que ces abus cessent sans délai , et de vous faire connaître les intrigues et les moyens de corruption qui ont été employés pour amortir l’effet de mes ordres.

Le même courrier continuera sa route sur Copenhague et sera porteur d’une lettre à mon ministre, par laquelle vous lui ferez connaître mon mécontentement de ce que les promesses qu’a faites le Danemark n’ont point d’effets et que la correspondance continue avec l’Angleterre. Vous lui donnerez l’ordre de conférer avec le ministre danois sur la nécessité de faire cesser ces communications, et sur ce que veut faire le Danemark si l’Angleterre se refuse à faire la paix sur des bases raisonnables. Vous laisserez entrevoir que, le cas arrivant, il est possible que tous les ports de l’Europe soient fermés à l’Angleterre et que les puissances du continent lui déclarent la guerre.

Dimanche, au plus tard, vous aurez une conférence sur ce sujet avec M. de Dreyer. Vous lui direz que, quel que soit mon désir de ménager le Danemark, je ne puis empêcher qu’il ne se ressente de la violation qu’il a laissé faire de la Baltique, et que, si l’Angleterre refuse la médiation de la Russie, il faut nécessairement qu’il choisisse, on de faire la guerre à l’Angleterre, ou de me la faire; que l’amitié que m’a témoignée le prince royal et l’intérêt du Danemark me font espérer qu’il n’hésitera pas dans son choix.

 

Saint-Cloud, 31 juillet 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, écrivez aux sénateurs commandant les cinq légions de réserve pour savoir si, au 20 août, il leur est possible de m’offrir chacun deux bataillons complétés à l’effectif de 140 hommes par compagnie, armés, habillés et ayant déjà la première instruction pour pouvoir m’en servir pour entrer en campagne.

 

Saint-Cloud, 31 juillet 1807

Au général Dejean

Monsieur Dejean, témoignez ma satisfaction au général Marmont sur les routes qu’il a fait faire en Dalmatie. J’ai été très-satisfait de cette preuve de son zèle. Il est possible que des circonstances les rendent utiles.

 

Saint-Cloud, 31 juillet 1807

Au général Clarke

Je reçois votre lettre du 24 juillet. Je l’ai lue avec intérêt. Il faut que vous décidiez les propriétaires de la rive gauche de l’Elbe à rentrer chez eux, car je n’en souffrirai aucun en Prusse. Si M. et Mme de Hatzfeld veulent passer au service du roi de Westphalie, ce serait une chose faisable.

Ma Garde séjournera quelques jours à Berlin; après cela je lui donnerai une destination.

Les détachements et régiments provisoires de cavalerie, placez-les sur la rive droite de l’Elbe, dans les lieux où il y a le plus de fourrages, et faites-les rejoindre leurs corps à mesure qu’ils passent.

Je ne traite point mal la ville de Berlin. Mais la ville de Vienne ne paya pas de contribution parce que l’empereur se chargea de la payer; il faut que le roi de Prusse fasse la même chose. La Prusse me doit cent cinquante millions. J’ai fait connaître mes intentions à M. Daru sur les termes à lui donner pour qu’elle me les paye.

 

Saint-Cloud, 31 juillet 1807

Au prince Eugène

Vous lirez les dispositions ci-jointes. Voilà de quelle manière vous prendrez le décret contre les Italiens qui restent au service des puissances étrangères.

DÉCRET

NAPOLÉON, Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin, etc.

Vu par nous notre décret du .. septembre 1806 :

Nous avons rappelé tous nos sujets d’Italie qui se trouvaient, sans notre autorisation, au service des puissances étrangères; nous avons même accordé amnistie à ceux de nos sujets qui, postérieurement au traité de Campo-Formio, étaient prévenus d’avoir porté les armes contre notre patrie et d’être restés au service des puissances étrangères en guerre contre nous. Nous avons vu avec bien de la satisfaction qu’un grand nombre de nos sujets, fidèles à la voix de la patrie, se sont empressés de se rendre dans leurs familles. Mais, instruit qu’il y en a encore un certain nombre qui, récalcitrants contre les ordres que nous avons donnés, restent au service des puissances étrangères, nous avons voulu, avant de sévir contre eux, leur donner une nouvelle preuve de notre clémence, et avons décrété et décrétons ce qui suit :

ARTICLE ler. – Tout individu, sujet de notre royaume d’Italie qui, dans deux mois à compter de la publication du présent décret, n’aurait pas une permission signée de nous et visée par notre grand juge, ministre de la justice, qui l’autorisât à prendre du service l’étranger, ou qui ne serait pas rentré dans l’intérieur de notre royaume d’Italie après avoir prêté le serment dû par nos sujets, sera renié comme Italien et déclaré avoir perdu tous droits politiques et civils dans notre royaume d’Italie.

ART. 2. – En conséquence, ces individus seront déclarés inhabiles à succéder et à posséder dans notre royaume d’Italie; les biens qu’ils possèdent dans ce moment seront mis sous le séquestre; les biens qui leur écherraient, à raison de successions qui viendraient à s’ouvrir, passeront à leurs héritiers comme s’ils étaient morts civilement.

ART. 3. – Une commission composée de six conseillers d’État et présidée par notre grand juge arrêtera, au ler octobre, les listes, département par département, de tous les individus qui sont dans le cas du présent décret; laissant à la diligence de nos préfets, commissaires de police et procureurs impériaux près nos cours de justice, le soin de faire constater ceux qui continueraient de rester au service étranger.

ART. 4. – Nos ministres, etc.

 

Saint-Cloud, 31 juillet 1807

Au prince Eugène

Mon Fils, je suis fâché que vous ayez envoyé en Dalmatie et ailleurs tant de mauvais sujets ; ils ne sont bons qu’à me trahir.

Je vous renvoie une liste de ces individus, que vous ferez venir à Milan pour les interroger et prendre sur leur compte de plus amples informations ; et, si ce qui est dit d’eux dans vos notes se confirme, vous les ferez enfermer au château de Fenestrelle.

 

Saint-Cloud, 31 juillet 1807

Au roi de Naples

Je me puis que vous témoigner mon mécontentement de ce que vous envoyez dans mon armée des officiers napolitains, dont beaucoup sont encore attachés à l’ancienne cour et très-mauvais sujets, et parmi lesquels beaucoup de mauvais sujets chassés de mon armée d’Italie, à qui vous avez eu la complaisance de donner des grades supérieurs. C’est une singulière politique que celle de mettre les armes aux mains de mes ennemis. Je ne citerai que le colonel Alfan de Ribeira, qu’on avait envoyé en Dalmatie, que j’ai fait arrêter et envoyer à Fenestrelle; également Blanco Gaetano, qu’on a envoyé, je ne sais comment, à la Grande Armée; Debourge, parent du chevalier Micheroux ; également les nommés Pellegrini, Borgheggiani, Leoni. Tous ceux-là sont des gens suspects. Il y en a après cela d’autres qui ont été chassés de mes bureaux topographiques, en Italie, pour affaires d’administration ou autres sujets. J’attends que vous fassiez connaître ce que vous voulez en faire. Il suffit au premier venu de se présenter pour que Dumas le décore d’un titre. Il y a de la folie à faire de tels sujets officiers.


 

References   [ + ]

1. Henry-Amédée de Turenne, 1776-1852