Correspondance de Napoléon Ier – Juillet 1799

Quartier général, au Caire, 13 messidor an VII (ler juillet 1799).

AU GÉNÉRAL M ARMONT.

J’ordonne au payeur, Citoyen Général, de faire passer 50,000 francs à Alexandrie, pour pourvoir à un mois de solde et aux différents crédits que le payeur ouvrira au génie, à l’artillerie et aux administrations.

Les Henàdy sont venus me trouver ; quoique ces scélérats eussent bien mérité que je profitasse du moment pour les faire fusiller, j’ai pensé qu’il était bon de s’en servir contre la nouvelle tribu , qui paraît décidément être leur ennemie. Ils ont prétendu n’être entrés pour rien dans tous les mouvements du Bahyreh ; ils sont partis 300 des leurs avec le général Murat, qui a 300 hommes de cavalerie, trois compagnies de grenadiers de la 69e et deux pièces d’artillerie. Je lui ai donné ordre de rester huit ou dix jours dans le Bahyreh, pour détruire les Arabes et aider le général Destaing à soumettre entièrement cette province : mon intention est que tous ces Arabes soient chassés au delà de Maryout. Le général Destaing avait reçu auparavant un bataillon de la 4e, le 15° de dragons et une compagnie du régiment des dromadaires.

J’espère que des sommes considérables entreront promptement dans la caisse du payeur d’Alexandrie. Du moment où le Nil sera navigable, on vous enverra 200,000 rations de biscuit, qui sont ici toutes prêtes.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, au Caire , 13 messidor an VII (Ier juillet 1799).

AU GÉNÉRAL KLEBER, A DAMIETTE.

Hassan-Toubàr, Citoyen Général, se rend à Damiette. Il a laissé ici son fils en otage. Il compte habiter Damiette, ou du moins y laisser sa femme et sa famille. Pour m’assurer davantage de sa fidélité, je lui ai restitué ses biens patrimoniaux. Quant aux femmes qu’il réclame, je n’ai rien statué, parce que j’ai pensé qu’elles étaient
données à d’autres, et que d’ailleurs il serait ridicule qu’un homme – dont nous avons eu tant à nous plaindre – reprît tout à coup une si grande autorité dans le pays. Par la suite, vous verrez le parti que vous pourrez tirer de cet homme.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 13 messidor an VII (1er juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Le général Caffarelli ayant laissé des papiers extrêmement intéressants sur l’Egypte, sur l’économie politique et la science militaire, le général en chef désire qu’une commission fasse le dépouillement de ces papiers et mette de côté, pour être imprimé, ce qui en vaudrait la peine.

Cette commission sera composée des citoyens Monge, Fourier et Andréossy.

 

Quartier général, au Caire, 14 messidor an VII (2 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Vous préviendrez sur-le-champ le général Murat, par duplicata envoyé par deux exprès, dont un passera par Menouf, l’autre par Terràneh, que Mourad-Bey est parti de l’oasis, a passé près du Fayoum et a été poursuivi plusieurs lieues dans le désert, le 11, par le général Friant; qu’il doit être arrivé le 12 à Rayàn, fontaine située à deux lieues de Garah, où l’on croit qu’il fera de l’eau, et qu’il a le projet de se rendre dans le Bahyreh; tous les renseignements que j’ai sont qu’il est malade, qu’il a avec lui 200 Mameluks et 300 Arabes qui sont dans l’état le plus pitoyable; cependant cela me fait désirer que le général Murat ne tarde pas un instant à dissiper le rassemblement qu’il a devant lui, afin qu’il puisse achever de détruire Mourad-Bey s’il se présentait sur un point du Bahyreh, et que le 15e de dragons le rejoigne promptement.

Vous préviendrez également le général Lanusse pour qu’il fasse passer de suite ce régiment au général Murat, et se tienne à portée de le rejoindre, si cela devenait nécessaire.

BONAPARTE. –

Quartier général, au Caire, 14 messidor an VII (2 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 3 messidor. J’ai reçu en même temps une lettre du général Friant, de Beny-Soueyf, du 12 messidor. Il m’annonce que Mourad-Bey fuit dans le Bahyreh. Il est indispensable que vous fassiez partir tout de suite pour le Caire tous les escadrons ou hommes montés des 7e de hussards, 3e, 14e et
15e de dragons. Gardez avec vous tous les hommes du 22e de chasseurs et du 20e de dragons. Il me paraît qu’il se trame quelque chose dans le Bahyreh; plusieurs tribus d’Arabes et quelques centaines de Moghrebins viennent de s’y rendre de l’intérieur de l’Afrique. Mourad-Bey s’y rend. Si ce rassemblement prenait de la consistance, il pourrait se faire que les Anglais et les Turcs y joignissent quelques
milliers d’hommes.

Nous n’avons encore, ni devant Alexandrie, ni devant Damiette, aucune espèce de croisière ennemie.

On travaille tous les jours avec la plus grande activité aux fortifications d’El-A’rych et de Qatyeh.

On vous envoie tout ce qui reste du 22e de chasseurs et du 20e de dragons. Il part également une centaine d’hommes de votre division qui vont vous rejoindre. Si vous pouvez vous passer du bataillon de la 61e, envoyez-le ici.

Le général Davout est tombé malade et n’a pu remplir la mission que je voulais lui confier.

L’état-major n’a pas l’état des officiers auxquels vous avez accordé de l’avancement; envoyez-le-moi ainsi que celui des soldats auxquels vous désirez qu’il soit accordé des récompenses.

J’attends des nouvelles d’Europe. Le vent commence à être très-bon , et nos ports sont ouverts. Au reste, Perrée avec ses trois frégates doit y être arrivé; il était chargé de mes instructions particulières.

J’attache une importance majeure à la prompte exécution du mouvement de cavalerie dont je vous ai parlé plus haut.

Le général Dommartin , se rendant à Alexandrie sur un bâtiment armé, a été attaqué par les Arabes. Il est parvenu, quoique échoué, à les repousser avec la mitraille; mais il a eu deux blessures, qui ne sont pas de conséquence.

Je vous salue et vous aime.

BONAPARTE.

L’on dit que vous avez quelques gros bâtiments provenant des Mameluks et beaucoup de djermes désarmées ; faites passer tout cela au Caire; nous tâcherons d’en tirer parti.

 

Quartier général, au Caire, 15 messidor an VII (3 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Je vous prie, Citoyen Général, d’ordonner au général Friant de se rendre à Atfyeh en donnant la chasse aux Mameluks qui sont établis dans cette province.

Vous le préviendrez que le général Rampon part pour se rendre dans la province d’Atfyeh, en la remontant, et que, par ce moyen , ils pourront prendre les Mameluks entre eux deux.

Le général Rampon partira le 17.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 15 messidor an VII (3 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL FRIANT.

J’ai reçu, Citoyen Général, la lettre que vous m’avez écrite du Fayoum. La rapidité et la précision de votre marche vous ont mérité la gloire de détruire Mourad-Bey.

Le général Murat, qui est depuis cinq à six jours dans le Bahyreh, et que j’ai prévenu de l’intention où était Mourad-Bey de s’y rendre, vous le renverra probablement.

L’état-major vous écrit pour que vous fassiez une course dans la province d’Atfyeb, afin de détruire les Mameluks qui paraissent s’y être établis.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 15 messidor an VII (3 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL REYNIER.

J’ai reçu, Citoyen Général, votre lettre d’El-Senytah, du 10 messidor. Toute la cavalerie de l’armée est dans ce moment-ci dans le Bahyreb ; il sera possible cependant de réunir une centaine de chevaux d’ici au 20, en y mettant une partie de mes guides. Faites en sorte que ce jour-là les 100 hommes de cavalerie que vous avez soient à Belbeys, afin que ces 200 hommes réunis, avec une pièce de canon et 200 hommes d’infanterie, puissent nettoyer l’Ouàdy. Je confierai cette opération au général Lagrange.

Le seul moyen qui vient de réussir parfaitement au général Hampon, et qui lui a fait lever en très-peu de temps 100 chevaux et tout le myry du Qelyoub , c’est d’arrêter les cheiks qui ne payent pas et de les tenir en otage jusqu’à ce qu’ils aient donné de bons chevaux et payé le myry. Avec votre infanterie et votre pièce de canon, vous
en avez autant qu’il vous en faut pour ne pas vous détourner un instant de l’importante affaire de la levée du myry.

Pour surprendre Elfy-Bey dans l’Ouâdy, il faut que les troupes partent le soir de Belbeys, marchent toute la nuit dans le désert, de manière à arriver à la petite pointe du jour au santon.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 15 messidor au VII (3 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL REYNIER.

Je fais faire une redoute à Myt-Ghamar, Citoyen Général ; elle aura l’avantage de contenir cette ville, qui est aujourd’hui le centre d’une province, et de protéger la navigation du Nil, car ç’a toujours été à Myt- Ghamar qu’on a attaqué nos barques. Cela m’empêche de l’établir pour ce moment à l’embouchure du canal de Moueys. Si cependant vous êtes obligé d’y envoyer un détachement, il faut lui ordonner de se construire une petite redoute en palissades, afin qu’un petit nombre d’hommes puisse résister à un très-grand.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 15 messidor an VII (3 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Je vous prie de faire graver sur ce sabre, d’un côté, Affaire de Samlwud, conquête de la haute Egypte; de l’autre, Le général Bonaparte au général Desaix.

Vous ferez mettre également sur deux beaux sabres dont la poignée sera enrichie de diamants, sur le premier, d’un côté, Le général Bonaparte au général Belliard; de l’autre, Combat d’Abnoud, prise de Qoseyr.

Sur le second sabre vous ferez mettre, d’un côté, Le général Bonaparte au général Friant; de l’autre Combat de Samâtalt.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 15 messidor an VII (3 juillet 1799).

AU CITOYEN POUSSIELGUE.

Je vous prie, Citoyen Administrateur, de faire faire au général Desaix une donation de la maison qu’il habite.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 15 messidor an VII (3 juillet 1799).

AU CHEIK EL-BEKRY,
LE PREMIER DES CHERIFS ET NOTRE AMI.

Je vous écris la présente pour vous faire passer la demande que vous m’avez faite pour votre femme, pour dix qyràt de village, uniquement pour vous donner une preuve de l’estime que je fais de vous, et du désir que j’ai de voir tous vos vœux et tout ce qui peut vous rendre heureux s’accomplir.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 16 messidor an VII (4 juillet 1799).

ORDRE.

ARTICLE 1er. — Tous les droits qui étaient perçus ci-devant par les cadis ou leurs secrétaires, pour l’administration de la justice et sous quelque titre que ce soit, sont abolis.

ART. 2. — Il sera perçu un droit de 2 pour 100, dont moitié pour les émoluments du cadi, et l’autre pour les frais du secrétaire et des témoins. Ce droit sera perçu sur la valeur des objets en litige.

ART. 3. — Tout officier de justice qui contreviendra au présent ordre, en exigeant au delà du droit prescrit par l’article précédent, sera destitué.

ART. 4. — Les onze tribunaux inférieurs, tant du Caire que du Vieux-Caire et de Boulàq, qui avaient continué de rendre la justice, seront ouverts sans délai, et les juges reprendront leurs fonctions après avoir reçu la confirmation de leur place par le cadi.

ART. 5. — Cet ordre sera exécuté dans toutes les provinces de l’Egypte à dater du jour de la publication.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 16 messidor an VII (4 juillet 1799).

AU CITOYEN POUSSIELGUE.

L’affermage de la douane de Qoseyr ne peut exister : mon intention est que la douane de Qoseyr ait la même organisation que celle de Suez. Je vous prie de me faire un rapport sur cet objet dans la journée de demain. Je vous prie également de traiter la question s’il serait avantageux que le cadi de Beliar eût la même inspection sur la douane de Qoseyr que sur celle de Suez. Faites connaître à l’adjudicataire de la douane que je désire avoir son compte après-demain 18, tant pour le café que pour les autres marchandises dont il a perçu les droits; faites-lui sentir qu’il faut qu’il n’y ait aucune erreur.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 17 messidor an VII (5 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL FRIANT.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 14. Je souhaite fort que vous ayez réalisé votre projet de suivre Mourad-Bey.

Le général Rampon part demain matin pour se rendre à Atfych.

Le général Murat est avec une bonne colonne mobile dans le Bahyreh ; je l’ai prévenu de la marche de Mourad-Bey.

Le général Destaing a battu les Arabes de cette province et a dissipé tous les attroupements.

Je désire que , le plus tôt possible, vous vous mettiez aux trousses de Mourad-Bey, afin de ne pas lui laisser de repos ; s’il va aux lacs Natroun ou dans le Bahyreh, il y sera vivement pourchassé.

L’état-major donne l’ordre au général Zajonchek de se porter du côté d’Atfyeh, pour seconder le général Rampon.

Au reste, tout cela doit être subordonné à la conduite de Mourad-Bey, auquel il est par-dessus tout intéressant de ne pas donner de repos.

Je désire fort que vous ajoutiez aux services que vous n’avez cessé de nous rendre celui bien majeur de tuer ou de faire mourir de fatigue Mourad-Bey ; qu’il meure d’une manière ou de l’autre, et je vous en tiendrai également compte.

BONAPARTE.

 

Quartier général, an Caire, 17 messidor an VII (5 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

Le général Friant me mande, Citoyen Général, par sa lettre du 14, que Mourad-Bey est toujours à la fontaine de Rayàn. Je désire fort qu’il aille l’en chasser.

Le général Destaing a dissipé dans le Bahyreh les attroupements de Moghrebins et d’Arabes, et le général Murat attendra Mourad-Bey avec une bonne colonne mobile aux lacs Natroun et à Terràneh.

J’espère que vous allez bientôt envoyer 400 hommes à l’oasis pour en chasser les beys qui y sont restés.

Envoyez-nous au Caire les Mameluks et autres gens dont vous ne savez que faire. Nous tâcherons d’en tirer parti. Il faut qu’ils aient des passe-ports en règle, qu’ils soient sans armes et qu’ils se présentent, en arrivant, chez le commandant de la place. Envoyez-moi la note de ceux que vous ferez passer au Caire, avec des renseignements sur leur conduite et leur caractère.

Je compte envoyer faire un tour à Qoseyr la goëlette que j’ai fait construire à Suez et qui porte seize pièces de canon. Les Anglais ont disparu de Suez et de Thor.
Faites-moi connaître s’il est vrai que l’on pourrait se procurer dans la haute Égypte 200 mulets.

Vous pourrez garder l’escadron du 18e de dragons jusqu’à ce que le restant du 22e de chasseurs et du 20e de dragons vous ait rejoint.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 17 messidor an VII (5 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL LANUSSE.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 17 messidor : je suis fort aise que le village de Tant soit innocent.

Le général Friant m’instruit, par une lettre du 14, que Mourad-Bey est toujours à la fontaine de Rayàn ; il paraît qu’il y est malade.

Le général Friant va se mettre en route pour le déloger. Faites passer cette lettre au général Murat, et donnez-moi exactement toutes les nouvelles que vous pourrez avoir de ce qui se passe dans le Bahyreh.

Je vous ai envoyé plusieurs procès-verbaux sur les assassinats commis sur nos courriers dans les villages de votre province ; faites punir les cbeiks-el-beled de ces villages. Faites qu’avant l’inondation le myry soit levé. Envoyez-moi la note des villages qui, selon vous, ne sont pas assez taxés, afin de leur demander un supplément.

J’attends les 30 chevaux que je vous ai demandés.

Je vais sous peu de jours me rendre à Menouf, pour de là reconnaître l’emplacement d’un fort au Ventre-de-la-Vache. Faites-moi connaître le nombre d’ouvriers que vous pourrez rassembler dans votre province, afin de pouvoir pousser vivement ce travail.

Je désire fort que vous ayez la gloire de joindre Mourad-Bey. Elle serait due à votre activité et aux services que vous avez rendus pendant notre absence.

Je n’ai point reçu le rapport du général Destaing, qui aura probablement été pris sur un des courriers égorgés; faites-moi part des renseignements qu’il vous aurait donnés.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 19 messidor an VII (7 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MURAT.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre sans date, par laquelle vous m’annoncez que vous avez pris plusieurs Mameluks dans un santon, et que vous vous mettez en marche pour tomber à la pointe du jour sur le rassemblement. On m’assure que Selim-Kàchef, qui est votre prisonnier, est un grand coquin ; méfiez-vous-en et envoyez-le-moi sous bonne garde.

Ne leur donnez pas un moment de relâche. Si Mourad-Bey descend dans le Bahyreh, ce qui ne paraît pas probable actuellement, il n’a pas avec lui plus de 2 ou 300 hommes mal armés et écloppés.

D’ailleurs, je le ferai suivre par une bonne colonne.

Si vous n’avez pas encore marché sur Maryout, je désire que vous y alliez, et, dans ce cas, que vous ordonniez au général Marmont d’y envoyer de son côté une forte colonne d’Alexandrie.

Tàchez de nous envoyer une cinquantaine de dromadaires, pour monter les hommes qui sont au dépôt.

BONAPARTE

 

Quartier général, au Caire, 19 messidor an VII (7 juillet 1799).

A L’ADJUDANT GÉNÉRAL BOYER.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 17, de Medyneh. L’état-major vous envoie les solutions de ce que vous demandez.

Je désire fort que vous puissiez contribuer, sous les ordres du brave général Friant, à nous défaire de Mourad-Bey.

Le général Murat, qui est dans le Bahyreh, a pris Selim-Kàchef avec 40 Mameluks. Il a avec lui une bonne colonne de cavalerie, indépendamment de 300 Arabes Henâdy, qui, jusqu’à présent, se conduisent fort bien.

J’attends avec intérêt votre nouvelle de Rayàn avec le détail de la route.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 19 messidor an VII (7 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL LANUSSE.

Je reçois votre lettre du 19, Citoyen Général; je crois faux les renseignements que vous avez ; Mourad-Bey n’a pas bougé de la fontaine de Rayân, située à douze lieues du Fayoum et à quatre journées des lacs Natroun.

Le général Friant est parti le 18, et a dû arriver le 19 à la fontaine de Rayàn. Si Mourad-Bey avait pris le parti de se rendre aux lacs Natroun, il arriverait le 22. Ainsi, sous ce point de vue, votre séjour à Terràneh peut être utile pour remplir le but que vous vous proposez. Je ne crois pas qu’il se rende aux lacs Natroun.

Je donne ordre au commandant de la province de Gyzeh de partir avec 16 hommes et une pièce de canon pour lever le myry dans sa province. Il combinera sa marche de manière à être le 22 à Ouàrdàn.

Si donc vous faisiez une course aux lacs Natroun, vous lui donneriez l’ordre de vous y suivre. C’est le chef de bataillon Faure qui commande cette province.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 21 messidor an VII (9 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL LAGRANGE.

Vous ferez partir ce soir, Citoyen Général, les 200 hommes d’infanterie et les deux pièces de canon, qui iront coucher à Birket el-Hàggy. Ils en partiront demain pour se rendre à El-Menâyr. Vous partirez avec la cavalerie, demain au jour, pour vous rendre à Birket el-Hàggy; vous y resterez toute la journée de demain, et vous en partirez à la nuit, pour arriver au jour au petit village à une lieue en deçà de Belbeys. En passant à El-Menàyr, vous prendrez notre infanterie. Vous partirez le 20, à la nuit, de ce village, pour vous rendre, par le désert, dans l’Ouâdy, à la suite d’Elfy-Bey. Le général Reynier doit avoir envoyé 100 hommes de cavalerie à Belbeys, pour
tromper les espions; vous leur enverrez l’ordre de venir vous joindre, à la nuit, dans l’endroit où vous serez : ce mouvement rétrograde pourra faire croire que cette cavalerie va au Caire. Si cette cavalerie n’était pas encore arrivée, vous donneriez l’ordre qu’elle vienne vous rejoindre.

Vous ferez prendre à vos troupes pour cinq jours de vivres, au Caire. Je donne ordre à l’ordonnateur de vous fournir huit chameaux, sur lesquels vous mettrez pour cinq jours de vivres. Vous aurez soin que chacun de vos hommes ait un bidon, et vous ferez mener un chameau avec deux outres par 100 hommes; vous prendrez pour
cela les chameaux du corps.

Le but de votre expédition est d’obliger Elfy-Bey de dépasser El-A’rych, si vous ne pouvez pas le surprendre et le détruire; de reconnaître la route qui va à Suez, sans passer par Saba’Byàr. Il doit y avoir des puits dans cette direction.

Votre colonne doit être composée de 200 hommes d’infanterie, de 150 de cavalerie, de 100 hommes de cavalerie que vous devez trouver à Belbeys, de 100 Grecs à pied, commandés par le capitaine Nicolo, de 30 à 40 hommes à cheval, commandés par le chef d’escadron Barthélémy. Vous aurez avec vous deux pièces d’artillerie et un ingénieur des ponts et chaussées. Vous ferez passer au chef d’escadron Barthélemy et au capitaine Nicolo l’ordre de partir ce soir avec votre infanterie.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 21 messidor an VII (9 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL FRIANT.

Je reçois à l’instant, Citoyen Général, vos deux lettres du 18. Le général Murat doit être dans ce moment-ci aux lacs Natroun, mais il me paraît que Mourad-Bey remonte.

Hier, à cinq heures du soir, une centaine de Mameluks et autant de chameaux sont venus du désert de la haute Egypte et ont voulu faire de l’eau à un village à deux lieues de Belbeys. Je pense que ce sont les Mameluks, qui étaient dans la province d’Atfyeh, que la présence du général Rampon a fait fuir.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 21 messidor an VII (9 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

Je reçois, Citoyen Général, vos deux lettres du 14, de Tabâ, près Minyeh. Vous devez avoir reçu mes dernières lettres. Nous avons grand besoin de réunir un peu notre corps de cavalerie, qui se trouve disséminé de tous les côtés. Gardez le 22e de chasseurs et le 20e de dragons, et faites-nous passer tout ce que vous avez des 7e de hussards, 14e et 15e de dragons. Nous avons encore 2 ou 300 hommes à monter; si vous pouvez nous envoyer quelques chevaux de main, comme vous me l’annoncez, cela nous sera fort utile.

Si vous pouvez vous passer d’un bataillon, envoyez-moi celui de la 61e, afin de réunir et de réorganiser cette demi-brigade; comme les deux bataillons sont déjà en bas, je réunirai tous les trois à Rosette.

Le général Murat a pris 40 Mameluks commandés par Selim-Kâchef. Ils ont été investis par les Henàdy qui marchent avec nous, acculés dans un santon où nos troupes les ont pris.

Hier, une centaine d’hommes, dont soixante et tant de Mameluks, venant de la haute Egypte, sont venus à un village, à deux lieues de Belbeys, pour faire de l’eau. Un détachement français les a chassés ; ils ont gagné le désert; ils vont en Syrie. Je crois que ce sont ceux qui étaient dans l’Atfyeh et que la présence du général Rampon aura chassés. Il y a avec eux deux beys, Osmau-Bey el-Cherqàouy et
Qassim-Bey.

Le général Friant a dû partir le 18 pour Rayàn. J’imagine que Mourad-Bey s’enfoncera dans l’intérieur de l’Afrique. S’il passait aux lacs Natroun, il y est attendu par le général Lanusse. S’il remonte aux oasis, vous ne le laisserez pas tranquille.

 

Quartier général, au Caire, 21 messidor an VII (9 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MARMONT, A ALEXANDRIE.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 16. Le Bahyreh se trouve actuellement absolument délivré d’ennemis.

Mourad-Bey , après être resté plusieurs jours à une fontaine, à douze lieues dans le désert, du côté du Fayoum, est remonté dans les oasis, du côté de la haute Egypte.

Je recommande au général Destaing de vous faire passer de la viande, du blé et de l’argent; je n’attends que la crue du Nil pour vous faire passer de l’argent sur une djerme armée.

Il sera possible, du moment que le Nil sera navigable, que je vienne moï-même faire un tour à Alexandrie. Je sens bien que les différents individus qui composent la garnison d’Alexandrie doivent être fatigués de ne voir que des déserts; je donne des ordres pour qu’on relève le bataillon de la 85e; ainsi je désire que vous l’envoyiez à El-Rahmànyeh, et celui de la 61e à Rosette; celui de la 75e se rendra incessamment, en droite ligne, à Damiette, lorsqu’il sera relevé.

BONAPARTE.

 

Quai lier général, au Caire, 21 messidor an VII (9 juillet 1799)

AU CONTRE-AMIRAL GANTEAUME.

J’ai reçu, Citoyen Général, votre lettre de Rosette. La conduite du commandant de la felouque le Nil me paraît effectivement mériter des éloges.

Je vais faire passer quelque argent à Alexandrie. Puisque nous ne sommes pas bloqués, profitez du moment pour faire filer tous les avisos avec le plus d’artillerie que vous pourrez à Rosette et à Damiette. Vous savez que, d’ici à peu de décades, le Boghàz ne sera plus praticable.

Tenez un bâtiment prêt pour porter un de mes courriers en Europe ; je le ferai partir après-demain avec une escorte d’infanterie.

BONAPARTE.

Tous les ouvriers qui étaient à Suez sont arrivés. Les deux galères et la Victoire sont dans le meilleur état; elles n’attendent donc pour descendre qu’un peu d’eau. Le Nil a commencé à croître hier d’un pouce.

 

Quartier général, au. Caire, 23 messidor an VII (11 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Vous donnerez l’ordre au chef d’escadron Lambert de partir du fort Sulkowski, à quatre heures après minuit, avec un piquet de 30 guides à cheval, 30 dromadaires et 30 hommes de cavalerie, pris parmi les détachements de cavalerie qui sont à Boulàq.

Il se rendra, le premier jour, dans le désert, jusqu’à Birket el-Hàggy et El-Khanqàh. Il aura soin de jeter des postes à droite et à gauche, très-loin dans le désert, de manière à pouvoir intercepter les convois d’Arabes qui, tous les jours, vont du Caire à l’Ouàdy.

Il courra ainsi, en forme de colonne mobile, entre Belbeys et le Caire, pendant quatre jours, couchant alternativement dans différents villages et se jetant dans le désert avant le jour, pour tâcher d’intercepter les Arabes et les Mameluks.

Il se rendra partout où il apprendra qu’il y aurait des Arabes Bily,-A’ydy et des Mameluks. Nous sommes en paix avec les tribus des Terràbyn, Haouytàt et Saouàlhat. Cette dernière est campée près d’Abou-Za’bal. Il ne se laissera pas tromper par les Arabes qu’il prendrait et qui ne manqueront pas de lui dire qu’ils sont d’une tribu amie.

Il prendra des vivres pour quatre jours.

Il me fera passer, tous les jours, par des Arabes qu’il m’expédiera, un rapport de ce qu’il aurait fait, vu, et de l’endroit où il couchera.

Il se fera fournir tous les soirs, dans les villages où il couchera, de la nourriture pour ses chevaux et de la viande pour ses hommes.

Il mènera avec lui la compagnie de janissaires de la province du Caire, qui était ci-devant celle des janissaires de la province de Qelyoub.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 23 messidor an VII (11 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Je vous prie, Citoyen Général, de faire quatre passe-ports conformes au modèle ci-joint :
« La République française fait la guerre contre les pachas, les ministres du Grand Seigneur, qui, influencés par la Russie, éternelle ennemie de l’islamisme, se sont alliés avec elle; mais la République française

du chef de la religion musulmane, le plus grand comme le plus
parfait des princes, le chérif de la Mecque.

« En conséquence, le général en chef ordonne, au nom de la République française, aux commandants des bâtiments de guerre et autres armateurs français de laisser librement passer le bâtiment à trois mâts appelé le Fath-el-Bahri, appartenant à notre cher et fidèle ami le chérif de la Mecque, et expédié par lui aux Grandes-Indes, et à lui donner toute protection et assistance dont il aura besoin.

« Lesdits commandants et armateurs français qui liront ceci feront connaître aux îles de France et de la Réunion, et dans les autres possessions françaises, que l’armée française est puissamment établie en Egypte, et qu’elle occupe tous les points de ce pays, depuis les Cataractes jusqu’à la mer, et spécialement Suez et Qoseyr, dont les
ports sont armés et pourvus de nombreuses batteries.

« Le présent passe-port ne sera valable que pour le bâtiment qui y est désigné, et pourvu qu’il ne soit pas porteur d’expéditions ou d’armateurs anglais.

Un 2e passe-port pour un bâtiment à deux mâts, de 14 pièces de canon, appelé Faïz-Allah, appartenant au chérif.

Un 3e passe-port pour un bâtiment à trois mâts appartenant à Seid Mohammed-A’kyl.

Un 4e passe-port pour un bâtiment à deux màts appartenant à Seid Mohammed-A’kyl.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 24 messidor an VII (12 juillet 1799).

AU DIRECTEUR MERLIN.

J’ai reçu, Citoyen Directeur, votre lettre du 17 brumaire. Votre fils a été très-malade pendant toute l’expédition de Syrie. Il était faible et pâle. L’air d’Égypte l’a remis. Il est aujourd’hui gros, gras et mieux portant qu’il ne l’a jamais été. L’air du Caire lui convient.

Je suis content de lui; il est actif et plein de bonnes qualités.

BONAPARTE.

Mes respects à la citoyenne Merlin; nous lui ramènerons son fils avec tous ses membres, en dépit des batailles et de là peste.

 

Quartier général, au Caire, 24 messidor an VII (12 juillet 1799).

AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF.

Citoyens Directeurs, le citoyen Venture, secrétaire interprète pour les langues orientales, est mort en Syrie. C’était un homme de mérite. Il a laissé une famille qui a des titres à la protection du Gouvernement.

Le payeur général envoie à sa famille un bon de 12,000 francs sur la trésorerie nationale, pour une année de ses appointements.

BONAPARTE.

 

Au Caire, 24 messidor an VII (12 juillet 1799)

AU SULTAN DU DARFOUR.

Au nom de Dieu clément et miséricordieux !

Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète !

Au sultan du Darfour, Abd-el-Ralimân, serviteur des deux cités saintes, et calife du glorieux prophète de Dieu, maître des mondes.

Je vous écris la présente pour vous recommander Ahmed-Aga-Kâchef, qui est auprès de vous, et son médecin Soleymàn, qui se rend au Darfour et vous remettra ma lettre.

Je désire que vous me fassiez passer 2,000 esclaves mâles ayant plus de seize ans.

Croyez, je vous prie, au désir que j’ai de faire quelque chose qui vous soit agréable.

BONAPARTE.

 

Au Caire, 24 messidor an VII (12 juillet 1799).

AU CITOYEN MAGNY, CHEF DE LA 22e DEMI-BRIGADE.

Il est ordonné au bataillon de la 22e qui est au Vieux-Caire de partir ce soir avec le chef de brigade et une pièce de canon de la division Lannes, pour se rendre à Torrah, à deux lieues du Vieux-Caire , en remontant la rive droite du Nil.

Ce bataillon occupera là les retranchements qui s’y trouvent. Le chef de brigade enverra des patrouilles pour prendre des informations de la marche que pourrait tenir Mourad-Bey , qui, avec à peu près 150 hommes, moitié à pied, moitié à cheval, et 60 chameaux, est dans la province de Gyzeh, poursuivi par le général Friant.

Le chef de brigade de la 22e est prévenu qu’il serait possible que Mourad-Bey voulût, dans la nuit, ou demain à la pointe du jour, passer le Nil pour gagner le Charqyeh; que c’est dans cette supposition que le chef de brigade serait à même de lui tomber dessus.

Le chef de brigade donnera fréquemment de ses nouvelles au général en chef.

Les troupes prendront des vivres pour quatre jours.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, au Caire, 24 messidor an VII (12 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL LANUSSE.

Mourad-Bey, après avoir fait semblant de se rendre dans la haute Egypte, Citoyen Général, a fait contre-marche dans la nuit et a couché le 22 à El-Zàouyeh. Il est passé hier, à quatre heures après midi, à Abousyr, à trois lieues de Gyzeh. On pense qu’il a été aux lacs Natroum. Faites passer cet avis en toute diligence au général Destaing et au général Murat. J’attends dans une heure des détails ultérieurs. Il a avec lui 200 hommes, compris les domestiques; il n’a que 40 chevaux; il est dans un grand état de délabrement; il est vivement poursuivi par le général Friant.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 24 messidor an VII (12 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MURAT.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 23 messidor, aujourd’hui à cinq heures du soir. Vous m’apprenez votre voyage aux lacs Natroun et votre départ, à cinq heures du soir, pour Terràneh, où je suppose que vous êtes arrivé le 24 au matin.

Vous verrez, par la copie de la lettre du général Friant, qu’il a pris quelques chameaux à Mourad-Bey, qui, après avoir fait une marche dans la haute Égypte, est rapidement retourné sur ses pas, a marché trois jours et trois nuits, et est retourné hier 23, à quatre heures du soir, au village de Dahchour, près les pyramides de Saqqàrah ; il en est parti à cinq heures du soir pour prendre la route du désert; on croit qu’il s’est rendu aux lacs Natroun.

Le général Junot est aux Pyramides ; j’ai envoyé de tous côtés des hommes pour m’instruire de la marche de Mourad-Bey.

Mourad-Bey a avec lui 200 Mameluks, moitié à cheval, moitié sur des chameaux, en très-mauvais état, et 50 à 60 Arabes : si le bonheur eût voulu que vous fussiez resté vingt-quatre heures de plus aux lacs Natroun, il est très-probable que vous nous apportiez sa tête.

Vous vous conduirez selon les nouvelles que vous recevrez ; vous vous rendrez aux lacs Natroun ou sur tout autre point du Bahyreh où vous penserez devoir vous porter pour nous débarrasser de cet ennemi si redoutable et aujourd’hui en si mauvais état.

Le général qui aura le bonheur de détruire Mourad-Bey aura mis le sceau à la conquête de l’Egypte : je désire bien que le sort vous ait réservé cette gloire.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 24 messidor an VII (12 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

J’ai reçu, Citoyen Général, votre lettre du 18.

Mourad-Bey a passé hier aux pyramides de Saqqàrah. Il allait droit aux lacs Natroun, où le général Murat était arrivé le 22 au matin.

Junot est parti de Gyzeh pour tâcher de trouver ses traces. Le général Destaing l’attend à la hauteur du désert, entre Maryout et les lacs Natroun.

Je n’ai pas besoin de vous réitérer la demande de notre cavalerie.

Les dernières nouvelles que j’ai du général Friant sont du 24; il était encore à la hauteur de Behnesé.

Je vous salue et vous aime.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 24 messidor an VII (12 juillet 1799).

AU CHEF D’ESCADRON COLBERT.

Je vous envoie, Citoyen, une paire de pistolets, pour vous tenir lieu de celle que vous avez perdue. Je ne puis les donner à personne qui en fasse un meilleur usage.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 25 messidor an VII (13 juillet 1799).

AU CHEF D’ESCADRON LAMBERT.

Le général en chef ordonne au chef d’escadron Lambert de revenir sur-le-champ au Caire, avec toute sa colonne mobile, à moins qu’il ne soit à la poursuite de quelque objet important. Je vous envoie cet ordre par quatre duplicata.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, au Caire, 25 messidor an VII (13 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Vous donnerez l’ordre au chef d’escadron Blaniac de passer le Nil et de se rendre à Embàbeh avec les 60 hommes de cavalerie qui sont disponibles. II fera prendre du pain à la troupe pour quatre jours. Il recevra à Embàbeh des ordres du général Junot.

Vous donnerez l’ordre au général Junot de partir sur-le-champ avec un bataillon de la 13e et les 60 hommes de cavalerie du chef d’escadron Blaniac. Il fera prendre à la troupe des vivres pour quatre jours, et se rendra en toute diligence à Terrâneh. Il se tiendra toujours le long de la lisière du désert, afin de suivre Mourad-Bey et de se trouver à même de marcher sur lui, si le général Murat, qui est à Terrâneh, avait marché sur lui.

Si Mourad-Bey avait dépassé Terrâneh pour se jeter dans le Bahy-reh , et que le général Murat se fût mis à sa poursuite, le général Junot fera connaître au général Murat qu’il va rester à Terràneh et aux environs pour lever les contributions, et qu’il est là à ses ordres.

Le général Junot fera les mouvements nécessaires pour faire passer sûrement au général Murat l’escadron de cavalerie qu’il aura avec lui et les dromadaires dont ce général a nécessairement besoin.

Vous donnerez ordre au commandant des dromadaires de faire partir sur-le-champ 30 dromadaires pour se rendre à Embàbeh, où ils recevront des ordres du général Junot. Ils prendront du pain pour quatre jours.

Le général Junot se fera rallier à Terrâneh par les 150 hommes qui, sous les ordres du chef de bataillon Faure, sont à Terràneh pour lever les contributions de la province.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 25 messidor an VII (13 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

Je vous envoie, Citoyen Général, deux notes sur Mourad-Bey qui vous feront connaître ses mouvements. Le général Murat est aux lacs Natroun depuis le 20 jusqu’au 23 , parce que je pensais que, le général Friant le chassant de Rayàn, il s’y rendrait. Le 23, Murat a quitté les lacs Natroun après avoir mis en déroute les Mameluks et les Arabes qui s’y trouvaient. Actuellement nous attendons des nouvelles du parti qu’il aura pris. J’ai envoyé le général Junot, le général Destaing et le général Lanusse battre les différentes parties du Bahyreh. Mais il serait très-possible que Mourad-Bey fût au 1. On m’assure cependant qu’il a couché hier dans le désert, à trois lieues d’Ouàrdàn.

Trois bâtiments de guerre et trois frégates ont paru le 16, à quatre lieues d’El-A’rych. Il y a eu quelques coups de canon tirés entre une de nos chaloupes canonnières et une chaloupe canonnière anglaise, à une des embouchures du lac Menzaleh. La chaloupe canonnière anglaise a pris le large.

Le 18, il n’y avait encore rien de nouveau dans les mers d’Alexandrie.

Le général Lagrange parcourt les ouàdys entre Suez et le Charqyeh, où s’était réfugié Elfy-Bey.

Ne perdez pas un instant à envoyer la cavalerie que je vous ai demandée.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 25 messidor an VII (13 juillet 1799).

AU GÉNÉBAL MARMONT, A ALEXANDRIE.

Le 16, trois bâtiments de guerre et deux frégates ont paru, Citoyen Général, à quatre lieues au large d’El-A’rych; un aviso s’est approché de terre et a tiré un coup de canon sur nos hussards. Le 17 au matin, on n’a plus rien vu. Ces bâtiments avaient l’air de faire route sur Alexandrie.

Mourad-Bey, avec 150 Mameluks éreintés de fatigue et en partie écloppés, a passé près des Pyramides; Murat l’attendait aux lacs Natroun. On m’assure que Mourad-Bey a couché hier près d’Ouàrdàn.

Ainsi il faut qu’il se dirige sur le Bahyreh ou sur les lacs Natroun.

Junot sera demain à Terràneh pour se mettre à sa poursuite. Murat vient d’arriver.

Un bataillon de la 69e part pour se rendre à El-Rahmânyeh, où il sera à votre disposition.

On ne perdra pas de vue Mourad-Bey ; on le poursuivra vivement.

Selim-Kàchef, qui a été pris par le général Murat, prétend qu’on leur a écrit que le débarquement devait s’effectuer à la tour des Arabes. Acquérez des renseignements depuis la tour des Arabes jusqu’à Alexandrie; au premier mouvement de la côte, le général Destaing instruira le général Junot, qui se tient à Terràneh.

BONAPARTE.

Le 26 messidor an VII ( 14 juillet 1799), 9 heures du matin.

A l’instant j’apprends que Mourad-Bey, après avoir été à mi-chemin des lacs Natroun, est revenu sur ses pas, ayant appris que nos troupes y étaient. Il est dans ce moment-ci avec très-peu de monde dans les environs de Gyzeh. Toute la cavalerie se met à ses trousses.

 

Quartier général, au Caire, 26 messidor au VII (14 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Vous donnerez l’ordre au géuéral Murat de faire ce matin l’inspection des dépôts de cavalerie, afin de faire passer à Embàbeh tous les hommes des différents régiments qui seraient disponibles; de partir ce soir avec toute la cavalerie, les dromadaires et les grenadiers de la 69e, en leur faisant prendre des vivres pour quatre jours, et de se mettre à la poursuite de Mourad-Bey, qui s’est jeté dans le Bahyreh.

Vous le préviendrez qu’un bataillon de la 69e part de Menouf pour se rendre à EI-Rahmànyeh renforcer le général Destaing.

Il prendra, en passant à Terrànch, les 60 hommes de cavalerie qu’a le général Junot.

Le général Junot continuera à rester dans le nord de la province de Gyzeh; il sera sous les ordres du général Murat. Si les insurrections que Mourad-Bey pourrait parvenir à susciter dans le Bahyreh, ou les mouvements de la côte, le lui faisaient penser utile, le général Murat pourrait faire venir dans le Bahyreh le bataillon de la 13e, que commande le général Junot.

En supposant que Mourad-Bey se jette dans le Delta, il est également autorisé à le poursuivre.

Vous le préviendrez que j’envoie aux lacs Natroun le général Menou, pour y établir les 200 Grecs que mon intention est de placer en garnison dans les couvents.

Vous donnerez l’ordre au général Menou de passer ce soir à Embàbeh avec 100 hommes de la 13e demi-brigade, 100 hommes de la 85e et 100 hommes de la 18e, les 200 Grecs et une pièce de canon; de se rendre demain à la pointe du jour à Ouârdàn, d’y passer toute la journée, d’en partir demain à une heure avant la nuit, pour arriver avant le jour, le lendemain, aux lacs Natroun, pour :

1° Tàcher d’y surprendre Mourad-Bey ou l’obliger à évacuer cette oasis ;
2° S’emparer des couvents;
3° Placer aux deux du milieu la masse des 200 Grecs, et 15 Grecs dans chacun des deux plus éloignés. Les Grecs portent avec eux, à cet effet, pour quinze jours de vivres.

Le général Menou fera prendre aujourd’hui à sa troupe pour quatre jours de pain. Les trois demi-brigades; qui fourniront chacune 100 hommes, fourniront aussi chacune un chameau chargé d’eau.

Vous ferez connaître au général Menou qu’il est nécessaire qu’il garde le plus grand secret sur le but de sa mission; que le général Murat se rend sur-le-champ dans le Bahyreh avec toute la cavalerie ; que le général Junot reste à Terràneh; que Mourad-Bey est attendu par le général Friant au premier puits du Fayoum ; qu’ainsi, dans
quelque point qu’il se rende, il sera chassé.

Dès l’instant que le général Menou aura établi ses garnisons, donné les instructions nécessaires, il reviendra au Caire avec ses 300 Français et sa pièce de canon.

Indépendamment d’une pièce de canon, le général Menou aura avec lui une pièce de canon turque sur affût bâtard, d’un calibre quelconque, pourvu qu’il soit supérieur à 3. Le général Menou la fera arranger dans les couvents, de manière qu’elle batte le plus loin possible. Il y aura quatre canonniers français avec cette pièce. Le général Menou aura avec lui un capitaine français, auquel il laissera le commandement de l’oasis.

BONAPARTE.

 

Quartier général, au Caire, 26 messidor an VII (14 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESTAING.

Le général en chef, Citoyen Général, a accordé, à la considération du divan du Caire, aux habitants de Kafr-el-Masarah, qui avaient eu quelques torts, de rentrer dans leur village et d’y vivre paisiblement et sans être recherchés sur les démarches auxquelles les Arabes ont pu les entraîner. L’intention du général en chef est que vous engagiez les habitants du village qui ont fui à retourner dans leurs murs et à reprendre leurs travaux de la campagne. Vous leur accorderez sûreté et protection.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, au Caire, 26 messidor an VII (14 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Le quartier général se portera ce soir aux ,Pyramides. Les guides à cheval et à pied, l’artillerie des guides, les six compagnies de grenadiers de la 32e et de la 18e, commandés par le chef de bataillon Nugues, et les deux compagnies d’éclaireurs de ces deux demi-brigades, marcheront avec le quartier général.

L’ordonnateur en chef restera au Caire et viendra travailler avec moi toutes les fois que cela sera nécessaire, en passant par Gyzeh, où il y aura toujours des escortes.

Même ordre à l’administrateur général des finances.

Le commandant de la place m’enverra tous les jours un adjoint avec le rapport de la place.

Les citoyens Mong, Berthollet et Nouet seront prévenus.

Le payeur restera ici et m’enverra le rapport de la caisse, toutes les fois qu’il n’aura rien à me dire.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, au Caire, 27 messidor an VII (15 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

Mourad-Bey a été aux lacs Natroun, Citoyen Général ; il n’y a point trouvé le rassemblement de Bogachi et des Mameluks; il est retourné.

Il a couché la nuit du 25 au 26 aux Pyramides. Bertram, chef d’Arabes, lui a fourni ce dont il avait besoin; il a disparu. Il est, à ce que me mande le général Murat, au village de Dahchour, à six ou sept lieues d’ici; cela me contrarie beaucoup.

Le 24, une flotte turque composée de 5 vaisseaux de ligne, 3 frégates, 50 à 60 bâtiments légers ou de transport, a mouillé dans la rade d’Aboukir. Je n’ai des nouvelles de Damiette que du 23.

Ibrahim-Bey est à Gaza, où il menace. Le général Lagrange a nettoyé les ouâdys, pris le camp des Mameluks descendus de la haute Egypte, tué Osman-Bey el-Cherqàouy et chassé le reste dans le désert; mais il occupe le reste de ma cavalerie. Ainsi il faut dans ce moment contenir Mourad-Bey , qui est sur la lisière de la province de Gyzeh, Osman-Bey, etc. et pourvoir au débarquement; vous voyez qu’il est nécessaire de prendre des mesures promptes et essentielles.

Je suis fâché que le général Friant n’ait pas suivi Monrad-Bey, ou du moins il ne devait pas, étant à portée du Caire, s’en éloigner sans savoir ce que j’en pensais.

Il faut vous rapprocher de Beny-Soueyf, réunir toutes vos troupes en échelons, de manière à pouvoir, en peu de jours, être au Caire avec la première colonne, et les suivantes à trente-six heures d’intervalle l’une de l’autre; tenir à Qoseyr 100 hommes; autant dans le fort de Qeneh.

Si le débarquement est une chose sérieuse, il faudra évacuer toute la haute Égypte et mettre vos dépôts en garnison dans vos forts. S’il n’est composé que de 5 à 6,000 hommes, alors il suffira que vous envoyiez une colonne pour contenir Mourad-Bey , le suivre partout où il se rendra dans le Bahyreh, le Delta, le Charqyeh ou dans la province de Gyzeh.

Pour actuellement, mon intention est que vous vous prépariez à un grand mouvement et que vous vous contentiez de faire partir de suite une colonne pour poursuivre Mourad-Bey. Je pense que vous aurez fait partir tous les hommes des 7e de hussards, 14e et 15e de dragons. Nous en avons bien besoin; je vais me porter dans le Bahyreh avec 100 de mes guides pour toute cavalerie; je suis fâché que Détrès ne soit pas parti avec son régiment.

BONAPARTE.

 

Quartier général, Gyzeh, 27 messidor an VII (15 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Réitérez l’ordre au général Zajonchek de faire partir le bataillon de la 22e ;
Au chef d’escadron Lambert, de retourner au Caire et de venir sur-le-champ me joindre ;
A l’ordonnateur, de prendre des mesures sérieuses pour l’approvisionnement de Sàlheyeh;
Au général Lagrange, de renvoyer au Caire la cavalerie et les dromadaires.

Instruisez le général Reynier de la nouvelle que je viens d’apprendre et de la nécessité de concentrer ses forces; donnez-lui ordre de laisser garnison à Sàlheyeh et Belbeys, et de se tenir, avec le reste de sa troupe, prêt à marcher au Caire; de faire partir sur-le-champ, avec la cavalerie et les dromadaires du général Lagrange, le détachement du 14e de dragons. Si on n’a pas donné ordre aux éclaireurs et grenadiers des 18e et 32e de partir, on leur enverra sur-le-champ l’ordre de partir pour se rendre en toute diligence à Terràneh, ainsi
qu’aux guides à pied.

Envoyez un adjoint à Embâbeh pour savoir l’heure à laquelle ce bataillon partira, et l’heure à laquelle la 32e partira, et venir m’en instruire, afin que je règle mon départ en conséquence.

Réitérez l’ordre au général Verdier de partir sur-le-champ pour rejoindre sa division;
Au commandant de la marine, de faire partir sur-le-champ un bâtiment pour Damiette, pour porter la lettre ci-jointe au général Kleber; il remettra, en passant, l’ordre au général Robin de se rendre en toute diligence à Menouf, où il recevra de nouveaux ordres ; si la tour de Myt-Ghamar est commencée et que 20 hommes puissent être à l’abri de tout événement, de l’occuper; sans quoi, de ne laisser aucun Français dans ce pays.

Donnez l’ordre à l’ancien chef de la légion nautique, qui a été fait adjudant général, de partir demain avec la 18e, pour rejoindre le quartier général à Terràneb.

Renvoyez, par la barque qui va dans la haute Egypte, un duplicata de l’ordre au général Rampon de se rendre à Terràneh.

BONAPARTE.

 

Quartier général, Gyzeh, 27 messidor an VII (13 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DUGUA.

Je vais, Citoyen Général, partir pour quelques jours. Je retournerai au Caire aussitôt que la nature des bâtiments qui ont paru et les forces qu’ils pourraient porter me seront connues.

Vous trouverez ci-joint copie de la lettre que j’écris au général Desaix. Si jamais mes exprès étaient interceptés et que vous apprissiez qu’il se passe des événements majeurs, vous êtes autorisé à le faire venir.

Faites-moi passer tous les dromadaires et toute la cavalerie qui viendra de la haute Egypte ou du général Lagrange. Vous sentez combien il est nécessaire que j’aie quelques centaines d’hommes de cavalerie.

Je donne ordre au payeur de vous faire solder tout ce qui vous est dû pour frais de table et bureau de la place.

Quant aux généraux Reynier et Lagrange, vous verrez que je ne décide encore rien sur leur destination ; je les préviens seulement de se tenir prêts à faire un mouvement sur moi. Comme mes ordres pourraient être interceptés, ce sera à vous, si les circonstances l’exigeaient, à les en prévenir.

J’ai donné ordre au capitaine Nicolo de rentrer au Caire avec ses Grecs. Envoyez plusieurs exprès pour le lui réitérer.

Je vous prie de faire partir demain par terre une autre copie, certifiée par vous, de ma lettre au général Desaix.

BONAPARTE.

 

Quartier général, Gyzeh, 27 messidor an VII (15 juillet 1799).

AU CITOYEN POUSSIELGUE.

Je m’éloigne pour quelques jours, Citoyen Administrateur; je vous prie de me donner très-souvent des nouvelles de ce qui se passera au Caire. Je ne doute pas que vous ne contribuiez par votre activité et votre esprit conciliateur à y maintenir la tranquillité, comme vous l’avez fait pendant mon incursion en Syrie.

BONAPARTE.

 

Quartier général, Gyzeh, 27 messidor an VII (15 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL KLEBER.

L’adjudant général Jullien vous aura sans doute appris, Citoyen Général, la nouvelle de l’arrivée d’une flotte turque dans la rade d’Aboukir le 24 messidor; et, si la présence de l’ennemi ne vous en a pas empêché, vous aurez opéré votre mouvement sur Rosette, en vous portant, avec la majeure partie de vos forces, sur l’extrémité de votre province, afin de pouvoir, dans le moins de temps possible, combiner vos mouvements avec le reste.

Je pars dans la nuit pour Terràneh, d’où je me rendrai probablement à El-Rahmànyeh.

Il faut livrer El-A’ryeh et Qatyeh à leurs propres forces; et, si aucune force imposante n’a encore paru devant Damiette, vous vous porterez dans une position quelconque, le plus près possible de Rosette.

J’ai toute la journée couru les déserts, au delà des Pyramides, pour donner la chasse à Mourad-Bey.

BONAPARTE.

 

Quartier général, Terrâneh, 29 messidor an VII (17 juillet 1799).

A MOUSSA, CHEIK DE LA TRIBU DES HENADY.

Nous vous faisons savoir par une lettre que nous sommes arrivé aujourd’hui à Terràneh avec l’armée, pour nous porter dans le Bahyrch, afin de pouvoir anéantir d’un seul coup nos ennemis, et confondre tous les projets qu’ils pourraient avoir conçus.

Je vous prie de faire partir demain par terre une autre copie, certifiée par vous, de ma lettre au général Desaix.

BONAPARTE.

 

 

 

Quartier général, Terrâueh, 29 messidor an VII (17 juillet 1799).

AUX ULÉMAS, NOBLES, CHEIKS, IMAMS ET FELLAHS, DE LA PROVINCE DE BAHYREH.

Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète !

Tous les habitants de la province de Bahyreh mériteraient d’être châtiés, car les gens éclairés et sages sont coupables lorsqu’ils ne contiennent pas les ignorants et les méchants ; mais Dieu est clément et miséricordieux. Le Prophète a ordonné , dans presque tous les chapitres du Coran, aux hommes sages et bons d’être cléments et miséricordieux ; je le suis envers vous. J’accorde, par le présent firman, un pardon général à tous les habitants de la province de Bahyreh qui se seraient mal comportés, et je donne des ordres pour qu’il ne soit fait contre eux aucune espèce de recherche. J’espère que désormais le peuple de la province de Bahyreh me fera sentir, par sa bonne conduite, qu’il est digne de mon pardon.

BONAPARTE.

 

Quartier général, Terrânch, 29 messidor an VII (17 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DUGUA.

Le nombre de voiles ennemies, Citoyen Général, s’est augmenté d’une quinzaine de bâtiments légers. Vous sentez combien il devient nécessaire de presser le départ de tous les hommes disponibles. J’espère que le général Lagrange sera parti du Caire pour l’armée quand vous recevrez ceci. Il y a beaucoup de chefs de bataillon qui ne sont pas à leurs corps, parce qu’ils sont tous un peu incommodés ou qu’ils ont pensé que ce n’était simplement qu’une course contre les Arabes.

Faites que tous ces hommes nous rejoignent. Il est essentiel que tout cela marche en corps. J’estime que les détachements doivent être au moins de 200 hommes.

Écrivez au général Desaix les nouvelles que je vous donne, que j’imagine que la colonne mobile contre Mourad-Bey est partie, et qu’il presse le départ de la cavalerie que je lui ai demandée. Dès que le bataillon de la 22e ainsi que le général Rampon et sa colonne seront arrivés au Caire, qu’ils filent eu toute diligence sur El-Rahmànyeh.

Instruisez le général Reynier qu’il est nécessaire qu’il réunisse la garnison de Sàlheyeh en y laissant en tout, compris sapeurs et canonniers, 120 hommes, et qu’il soit prêt, à tout événement, à se porter de Belbeys, par le Delta, sur El-Rahmànyeh. Vous lui enverriez, pour cet objet, tous les grenadiers et l’artillerie de sa division. Il
pourrait ainsi m’amener un millier d’hommes, qui peuvent me devenir d’un grand secours. Si, dans trente-six heures, vous ne recevez pas de lettres de moi, vous ordonnerez ce mouvement.

Envoyez un des généraux qui sont au Caire en convalescence, pour commander à Gyzeh.

Faites partir les deux demi-galères et la chaloupe canonnière la Victoire, pour se rendre à El-Rahmànyeh; faites-y embarquer 2,000 paires de souliers; envoyez-nous, sous leur escorte, à El-Rahmànyeh, encore 2 ou 300,000 rations de biscuit et de la farine.

L’ordonnateur donne des ordres pour cet objet. Le convoi, escorté par les trois djermes la Vénitienne, etc., n’est pas encore arrivé. Je serai le 1er thermidor, au soir, à El-Rahmànyeh. Je vous expédierai constamment deux courriers par jour.

Si les Henàdy continuent à nous rester fidèles , vous ne manquerez pas de nouvelles. Le citoyen Rosetti peut vous servir beaucoup là-dessus ; ayez cependant l’œil sur les démarches de cet homme.

Selim-Kàchef, le dernier qui est venu du Baliyreh, m’est représenté comme un homme « extrêmement dangereux « ; faites-le rappeler ; dites-lui que, comme je vais dans le Bahyreh, je désire l’avoir avec
moi à cause de ses connaissances locales; et, sur ce, faites-le embarquer sur une des demi-galères, en le consignant au commandant, et lui recommandant d’avoir pour lui quelques égards, mais que cependant il en répond comme d’une chose capitale.

Faites fusiller les prisonniers qui se permettraient le moindre mouvement.

Fixez vos yeux sur les approvisionnements de la citadelle, de l’hôpital d’Ibrahim-Bey, de Gyzeh et des petits forts.

Faites connaître au divan que, vu les troubles survenus dans le Bahyreh et le grand nombre de mécontents qui s’y trouvent, j’ai jugé à propos de m’y rendre moi-même.

Quant aux bâtiments qu’ils pourraient savoir être sur la côte, dites que vous croyez que ce sont des Anglais, et que l’on dit que la paix est faite entre les deux puissances. Dites que vous savez que je leur ai écrit, et, sur ce, demandez-leur s’ils ont reçu ma lettre. Montrez-leur ma proclamation aux habitants du Bahyreh. Amusez-les avec l’expédition du général Menou aux lacs Natroun, et du général Destaing à Maryout.

BONAPARTE.

 

Quartier général, Terrâneh, 29 messidor an VII (17 juillet 1799)

AU GÉNÉRAL MARMONT.

J’ai reçu, Citoyen Général, votre lettre du 24, à la pointe du jour, de Rosette. Je n’ai eu aucune sollicitude pour Alexandrie. Soutenez Rosette. Je pense que vous serez posté à Aboukir, comme vous me l’annonciez, pour tomber sur les flancs de l’ennemi, s’il osait débarquer entre Aboukir et Rosette pour tenter un coup de main.

Des troupes arrivent ce soir à EI-Rahmànyeh. Je couche ici ce soir avec l’armée. Je serai le 1er thermidor, au soir, à EI-Rahmànyeh.

J’ai fait mettre garnison et des canons dans les couvents des lacs Natroun.

Mourad-Bey, chassé, poursuivi de tous côtés, s’est retiré dans le Fayoum ; il a avec lui une centaine de Mameluks, 50 Arabes et 40 hommes, tous exténués de fatigue et dans le dernier délabrement.

Vous avez sans doute appris que, le 24 du mois, le général Lagrange est arrivé à la pointe du jour dans les ouàdys situées dans le désert, entre Suez, la Syrie et Belbeys , a surpris 200 Mameluks, tué Osman-Bey el-Cherqàouy, un des coryphées du pays, et pris 700 chameaux.

BONAPARTE

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 2 thermidor an VII (20 juillet 1799).

AU GÉNÉBAL KLEBER.

Nous arrivons à El-Bahmânyeh, Citoyen Général; l’adjudant général Jullien m’apprend que l’avant-garde de votre division arrive à Rosette, et que vous-même n’en êtes pas éloigné avec le reste de votre division.

Il paraît que l’ennemi a décidément débarqué à Aboukir, et est dans ce moment maître de la redoute.

Ma ligne d’opération sera Alexandrie, Birket et Rosette. Je me tiendrai avec la masse de l’armée à Birket 1)Birket-Gheytâs.. Le général Marmont est à Alexandrie, et vous vous trouverez à Rosette, l’un et l’autre ayant à peu près autant de monde ; de sorte que vous vous trouvez former la droite, le général Marmont la gauche, et je suis au centre. Si l’ennemi est en force, je me battrai dans un bon champ de bataille, ayant avec moi ou ma droite ou ma gauche ; celle des deux qui ne pourra pas être avec moi, je tàcherai qu’elle puisse arriver pour servir de réserve.

Birket est à une lieue de la hauteur de Lelohà et à une lieue du village de Besentouày , village assez considérable. Prenez tous les renseignements nécessaires sur la situation d’Edkou, village sur la route de Rosette à Aboukir, par rapport à Birket, et tàchez de vous organiser de manière à pouvoir, au premier ordre, vous porter le plus promptement possible à Edkou ou à Birket; et, comme il serait possible que nos communications fussent interceptées, tachez d’avoir beaucoup de monde en campagne pour savoir ce que je fais et où je suis, afin que, s’il arrivait des cas où il n’y eùt pas d’inconvénient à un mouvement, et où des avis vous feraient penser que j’ai dû vous ordonner de le faire, vous le fassiez.

Vous trouverez à Rosette quelques pièces de campagne dont vous pourrez vous servir.

Je vous envoie quatre copies de cette lettre, afin qu’elle vous parvienne. Quelque chose qui arrive, je compte entièrement sur la bravoure des 16 à 18,000 hommes que vous avez avec vous 2)Dans la prévision que ses dépêches pourraient être interceptées, le général Bonaparte exagère à dessein le chiffre de ses forces.. Je ne pense pas que l’ennemi en aurait autant, quand même ses cent bâtiments seraient chargés de troupes.

BONAPARTE.

 

Quartier général, EI-Rahmânyeh, 2 thermidor an VII (20 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MURAT.

Il est ordonné au général Murat de se tenir prêt à partir aujourd’hui à deux heures après midi, de faire prendre du pain à sa troupe jusqu’au 6 inclusivement, de faire prendre par ses attelages et servir par ses canonniers une pièce de 3 autrichienne qui se trouve au fort d’EI-Rahmànyeh. Le général Murat est prévenu qu’il aura avec lui les grenadiers de la 69e, et l’ingénieur Picault pour faire des puits où il sera nécessaire.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, El-Rahmànyeh, 2 thermidor an VII (20 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MURAT.

Le général en chef ordonne au général Murat de se porter avec la cavalerie, 3 pièces de canon , les grenadiers et le 1er bataillon de la 69e, commandés par le chef de brigade, et les dromadaires, au village de Besentouày ; de prendre là des renseignements sur tout ce qui se passe à Aboukir, d’envoyer des espions pour être prévenu des
mouvements des ennemis, et d’expédier sur-le-champ des courriers au général Marmont avec la lettre ci-jointe. Il lui expédiera en outre plusieurs autres courriers pour lui faire part que l’armée, forte de plus de 60,000 hommes, est arrivée à El-Rahmànyeh, que le général Kleber, avec une colonne de 15 à 16,000 hommes, est arrivé à Rosette ; qu’étant venue en quatre jours du Caire, un jour de repos est nécessaire à El-Ralimànyeh, et que lui a pris les devants, avec une bonne avant-garde, pour reconnaître l’ennemi et pouvoir instruire le général en chef de tout ce qui se passe; que son intention étant de réunir toute sa cavalerie, il désire que le général Marmont envoie à Birket les dromadaires et toute la cavalerie qui est à Alexandrie, qui mèneront avec eux deux bonnes pièces de 8 bien approvisionnées ; qu’ayant entendu dire, dans ce pays, que l’ennemi avait débarqué à
Aboukir, le général en chef désirerait connaître si la redoute et le fort tenaient encore, et que c’était surtout pour le cas où le fort ne tiendrait plus qu’il désirait qu’il fit partir sa cavalerie et les dromadaires pour rejoindre l’armée.

Le général Murat s’assurera de la quantité d’eau qui existe à Birket et sur la route d’Alexandrie. Il fera nettoyer ou creuser les puits. Il tâchera, demain avant le jour, de tendre des embuscades aux différents points du lac où l’ennemi pourrait avoir envoyé des canots, soit pour faire de l’eau, soit pour communiquer avec l’intérieur du pays. Il fera rechercher avec le plus grand soin la paille et l’orge, soit à Birket, soit sur la route de Birket à Alexandrie. Il fera transporter de Besentouày à Birket, et même à la hauteur de Lelohà, la plus grande quantité d’orge et de paille, afin que, l’armée s’y rendant, la subsistance des chevaux soit assurée.

Si le général Murat apprenait que le général Marmont se fût porté sur Aboukir, et qu’il fût sur le point d’en venir aux mains, il s’y porterait, comme de raison, pour l’appuyer. S’il apprenait que le fort d’Aboukir tint toujours et que le général Marmont n’ait pu sortir de sa place, il pousserait un corps de dromadaires et de cavalerie pour communiquer avec Alexandrie et faire en sorte que, demain au soir, le général en chef soit au fait de la situation des choses et puisse prendre un parti définitif.

Le général en chef recommande au général Murat de ménager son infanterie déjà très-fatiguée, de ne la faire servir que comme corps de réserve. En cas d’événement, le général Murat enverra au général en chef la note des villages par où il passera et par où il enverra ses courriers, afin que les reconnaissances et tout ce qui pourrait partir du quartier général se rencontrent. Il expédiera souvent des courriers au général en chef.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, El-llahmânyeli, 2 thermidor an VII (20 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MARMONT, A ALEXANDRIE.

Les divisions Rampon et Lannes, Citoyen Général, achèvent d’arriver aujourd’hui. Le général Murat, avec la 69e, la cavalerie, un escadron de dromadaires et de l’artillerie, sera cette nuit sur la hauteur de Lelohà.

Si l’ennemi a pris Aboukir, envoyez la cavalerie et les dromadaires à Birket, avec deux pièces de 8 bien approvisionnées, mon intention étant, au préalable, de réunir toute la cavalerie de l’armée.

Si l’ennemi n’a pas pris Aboukir, mais qu’il y ait une nécessité imminente de le secourir, partez ; le général Murat a ordre de vous seconder.

Si Aboukir peut attendre encore que je prenne un parti moi-même, faites en sorte que j’aie demain au soir des nouvelles positives de la situation des choses. Je n’attends que ce rapport et la journée de demain, nécessaire pour le repos de la troupe, pour marcher. Dans ce dernier cas, préparez votre artillerie de campagne et les obusiers.

Dans tous les cas, vous recevrez un renfort de canonniers.

Les rassemblements du Babyreh ayant été absolument détruits, Mourad-Bey poursuivi, réduit à une poignée de monde, ne sachant où se réfugier, je regarde l’opération des ennemis comme entièrement manquée.

BONAPARTE.

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 2 thermidor an VII (20 juillet 1799), 8 heures du soir.

AU GÉNÉRAL DUGUA, AU CAIRE.

Il paraît, Citoyen Général, que les Turcs nous ont pris le mauvais fort d’Aboukir. Le général en chef a besoin de toutes ses forces pour attaquer l’ennemi. Il vous ordonne de tâcher de réunir 300 hommes et plus des 18e, 32e, 13e et 69e demi-brigades, qui, d’après les états de situation qui nous sont remis, sont restés au Caire, quoique en état de marcher. La 18e a 70 hommes restés faute d’armes, 149 convalescents, dont beaucoup en état de marcher. La 32e a 49 hommes restés au Caire sans permission et 169 convalescents, dont beaucoup sont en état de marcher. Il en est de même des 13e et 69e.

Faites passer une revue exacte de tous les hommes en état de marcher appartenant à ces demi-brigades, et envoyez-nous-les par terre, à grandes journées.

Le général Fugière, qui est arrivé ici, a prévenu le général en chef qu’il avait envoyé au Caire une cinquantaine de chevaux de remonte. Le général en chef pense qu’au moment où vous recevrez cette lettre ils seront  équipés; s’ils ne l’étaient pas, donnez les ordres les plus précis pour qu’ils le soient sur-le-champ, et envoyez-nous, le plus promptement possible, ces 50 hommes de cavalerie et tous les autres disponibles.

J’espère, mon cher Général, que nous donnerons aux Turcs une leçon qui assurera à la France la possession de l’Egypte.

Nous recevons des nouvelles d’Alexandrie du général Marmont, d’hier soir; tout y est parfaitement bien disposé.

L’adjudant général Jullien est à Rosette, où tout est parfaitejment tranquille et dans une position très-respectable.

Tout le pays est tranquille et a peu de confiance dans les moyens de la flotte turque.

 

Par ordre du général en chef.

Soit avec la cavalerie, soit avec l’infanterie, envoyez-nous tous les dromadaires disponibles.

Le général en chef ordonne que vous fassiez distribuer des fusils, qui sont à Gyzeh, à tous les hommes des demi-brigades qui sont à l’armée en état de rejoindre et qui n’en auraient pas; enfin, mon cher Général, envoyez-nous le plus d’hommes possible.

 

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 3 thermidor an VII (21 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DUGUA, AU CAIRE.

Tous les drogmans, Citoyen Général, nous ont manqué. Ces messieurs ont probablement assez volé. Je vous prie de faire arrêter le citoyen Braswich, et en général tous les drogmans des généraux qui sont ici, de les embarquer sur une djerme armée et de les envoyer à EI-Rahmànyeh.

Le citoyen Poussieigue a deux jeunes gens de ceux que j’avais amenés de France; je vous prie de m’envoyer le plus intelligent.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, El-Ralimànyeh, 3 thermidor an VII (21 juillet 1799).

AU DIVAN DU CAIRE.

Il n’y a pas d’autre dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète !

Au divan du Caire, choisi parmi les gens les plus sages, les plus instruits et les plus éclairés. Que le salut du Prophète soit sur eux !

Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître qu’après avoir fait occuper les lacs Natroun et parcouru le Bahyreh, pour rendre la tranquillité à ce malheureux peuple et punir mes ennemis, nous nous sommes rendu à El-Rahmànyeh ; nous avons accordé un pardon général à la province, qui est aujourd’hui dans une situation parfaitement tranquille.

Quatre-vingts bâtiments petits et gros se sont présentés pour attaquer Alexandrie ; mais, ayant été accueillis par des bombes et des boulets, ils ont été mouiller à Aboukir, où ils commencent à débarquer. Je les laisse faire, parce que mon intention est, lorsqu’ils seront tous débarqués, de les attaquer, de tuer tout ce qui ne voudra pas se rendre, et de laisser la vie aux autres pour les mener prisonniers, ce qui sera un beau spectacle pour la ville du Caire. Ce qui avait conduit cette flotte ici était l’espoir de se réunir aux Arabes et aux Mameluks pour piller et dévaster l’Egypte. Il y a sur cette flotte des Russes, qui ont en horreur ceux qui croient à l’unité de Dieu, parce que, selon leurs mensonges, ils croient qu’il y en a trois. Mais ils ne tarderont pas à voir que ce n’est pas le nombre des dieux qui fait la force, et qu’il n’y en a qu’un seul, père de la victoire, clément et miséricordieux, combattant toujours pour les bons, confondant les projets des méchants, et qui, dans sa sagesse, a décidé que je viendrais en Egypte pour en changer la face et substituer à un régime dévastateur un régime d’ordre et de justice. Il donne par là une marque de sa toute-puissance, car ce que n’ont jamais pu faire ceux qui croyaient à trois dieux, nous l’avons fait, nous qui croyons qu’un seul gouverne la nature et l’univers.

Et, quant aux musulmans qui pourraient se trouver avec eux, ils sont réprouvés, puisqu’ils se sont alliés, contre l’ordre du Prophète, à des puissances infidèles et à des idolâtres. Ils ont donc perdu la protection qui leur aurait été accordée; ils périront misérablement.

Le musulman qui est embarqué sur un bâtiment où est arborée la croix, celui qui, tous les jours, entend blasphémer contre le seul Dieu, est pire qu’un infidèle même. Je désire que vous fassiez connaître ces choses aux différents divans de l’Egypte, afin que les mal-intentionnés ne troublent pas la tranquillité des différents villages, car ils périraient comme Damanhôur et tant d’autres qui ont, par leur mauvaise conduite, mérité ma vengeance.

Que le salut de paix soit sur tous les membres du divan !

BONAPARTE.

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 3 thermidor an VII (21 juillet 1799).

AU DIVAN DE ROSETTE.

Je vous écris cette lettre pour vous faire connaître que je suis arrivé à El-Rabmànyeh, et que je me dispose à me porter contre ceux qui voudraient troubler la tranquillité de l’Egypte. Depuis assez longtemps l’Egypte a été sous le pouvoir des Mameluks et des Osmanlis, qui ont tout détruit et l’ont pillée. Dieu l’a remise en mon pouvoir afin que je lui fasse reprendre son ancienne splendeur. Pour accomplir ses volontés, il m’a donné la force nécessaire pour anéantir tous mes ennemis. Je désire que vous teniez note de tous les hommes qui, dans cette circonstance, se conduiraient mal, afin de pouvoir les châtier exemplairement. Je désire également que vous me fassiez passer, deux fois par jour, des exprès, pour me faire savoir ce qui se passe, et que vous envoyiez à Aboukir des gens intelligents pour eu être instruits.

Le général Abdallah Menou va se rendre à .Rosette.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, EI-Rahmànyeh. 3 thermidor an VII (21 juillet 1799).

AU DIVAN DE ROSETTE.

Dieu est grand et miséricordieux !

Au divan de Rosette, choisi parmi les plus sages et les plus justes.

J’ai reçu votre lettre; j’en ai compris le contenu. J’ai appris avec plaisir que vous aviez les yeux ouverts pour maintenir tout le monde de la ville de Rosette dans le bon ordre. Le général Menou part ce soir avec un bon corps de troupes. Je porte moi-même mon quartier général à Birket, où je vous prie de m’envoyer les renseignements que vous pourriez avoir.

Faites une circulaire pour faire connaître à tous les villages de la province qu’heureux ceux qui se comporteront bien et contre qui je n’ai point de plaintes à porter, car ceux qui sont mes ennemis périront indubitablement.

Que le salut du Prophète soit sur vous !

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, EL-Ralimânyeh, 3 thermidor an VII (21 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MENOU.

Arrivé à Rosette, Citoyen Général, votre première sollicitude sera de débarrasser le fort de tout ce qui l’encombre : vivres, artillerie, malades, etc., d’envoyer le tout à EI-Rahmânyeh.

Le général Kleber doit avoir opéré son mouvement sur Rosette.

Ma ligne d’opération est Alexandrie, Birket et Rosette. Il faut que vous désigniez d’abord une garnison raisonnable pour le fort, qu’avec le reste vous vous teniez toujours organisé pour pouvoir vous porter sur Birket, qui est le pivot de toutes mes opérations.

Faites partir demain au soir de Rosette 30 chameaux chargés de riz pour Birket et 10 chargés de biscuit; ce sera un grand service que vous nous rendrez; les chameaux retourneront et pourront faire un second voyage. Si vous pouviez aussi nous y faire passer 20,000 cartouches, cela nous rendrait un service essentiel. Les 100 hommes que vous chargerez de cette escorte formeront une première patrouille de Rosette à Birket.

Entretenez une correspondance très-active avec le général Kleber, et faites écrire par le divan de Rosette aux divans de Gharbyeh, de Menouf et de Damiette, pour leur donner les nouvelles telles qu’elles sont et détruire les faux bruits qui pourraient circuler.

Si l’ennemi faisait un mouvement en force sur Rosette, et que vous ne vous jugiez pas suffisant pour le culbuter, vous vous enfermeriez dans le fort, et vous attendriez qu’une colonne, partie de Birket, se portàt sur Edkou, pour prendre l’ennemi en flanc et par les derrières; il s’en échappera fort peu. Si les bataillons de Damiette vous
avaient joint, vous laisserez l’adjudant général Berthier dans le fort, et vous opérerez votre retraite sur Birket ou EI-Rahmànyeh.

Dès l’instant que la cavalerie que j’attends sera arrivée, il y aura de très-fréquentes patrouilles de Birket à Edkou et Rosette.

Au reste, dans toutes les circonstances qui peuvent arriver, le principal but, si vous êtes attaqué sérieusement, c’est de défendre le fort de Rosette , afin que l’ennemi n’ait pas l’embouchure du Nil ; le second but est d’emêcher l’ennemi d’arriver à Rosette, ce que vous ne pourriez faire qu’avec les forces qui viennent de Damiette ; mais vous vous trouveriez à même, avec une pièce de campagne et votre garnison, de vous opposer à un détachement de 4 à 500 hommes qui voudraient piller Rosette; enfin, de vous trouver prêt, avec la colonne dont vous pouvez disposer, à me rejoindre sur le point de Birket.

BONAPARTE.

 

Quartier général, El-Ralimâiiyeh, 3 thermidor an VII (21 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MARMONT.

Un renfort de canonniers, Citoyen Général, quelques hommes épars de votre garnison, et, ce qui est plus précieux encore, le citoyen Faultrier, partent pour vous rejoindre.

Le général Murat, qui est parti hier pour reconnaître l’ennemi à Aboukir et prendre position à Birket, aura déjà communiqué avec vous et vous aura fait passer les dépêches.

Le général Menou part, dans l’instant même, pour prendre le commandement de Rosette et de la province.

Gardez-vous avec la plus grande vigilance; ne dormez que de jour, baraquez vos corps très à portée, faites battre la diane bien avant le jour, exigez qu’aucun officier, surtout officier supérieur, ne se déshabille la nuit; faites battre souvent la nuit l’assemblée ou toute autre sonnerie convenue, pour voir si tout le monde connait
bien le poste qui lui est désigné, et réservez la générale pour les alertes réelles. Il doit y avoir à Alexandrie une grande quantité de chiens dont vous pouvez aisément vous servir, en en liant un grand nombre à une petite distance de vos murailles. Relisez avec soin le règlement sur le service des places assiégées : c’est le fruit de l’expérience, il est rempli de bonnes choses.

L’état-major vous envoie les signaux convenus pour pouvoir communiquer pendant le siège ou le blocus, si le cas arrivait.

Si, d’Aboukir, ils vous écrivaient pour vous rendre, faites beaucoup d’honnêtetés au parlementaire, et faites-leur sentir que l’usage n’est pas de rendre une place avant qu’elle soit investie ; que, s’ils l’investissaient, alors vous pourriez devenir plus traitable; poussez cette négociation aussi loin que vous pourrez, car je regarderais
comme un grand bonheur que la facilité avec laquelle ils ont pris Aboukir pût les porter à vous bloquer : ils seraient alors perdus.

Sous peu de jours j’aurai ici un millier d’hommes de cavalerie.

S’ils ne vous font point de propositions et que vous ayez une ouverture naturelle de traiter avec eux, vous pourriez les tâter. La transaction pourrait être alors de connaître la capitulation du fort d’Aboukir, les sûretés qu’on a données à la garnison de passer en France, et si on tiendra cette promesse; ce qui naturellement vous
mène à pouvoir faire sentir que vous les trouvez très-heureux.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 3 thermidor an VII (21 juillet 1799), 8 heures du soir.

AU GÉNÉRAL DUGUA.

Je reçois, Citoyen Général, votre lettre du 30 messidor; j’attends avec la plus grande impatience la cavalerie que vous m’annoncez.

Le général Reynier a dû vous envoyer tous les hommes du 14e qu’il a.

Bessières m’assure qu’une trentaine de mes guides seraient disponibles; on leur donnera des chevaux.

Écrivez à Détrès d’activer sa marche avec le plus de monde qu’il pourra; la 32e et la 18e ont laissé, à elles deux, plus de 600 hommes au Caire. Si vous ne faites pas partir ces hommes de suite, je me trouverai avec fort peu de monde. Faites une revue scrupuleuse, et que tout ce qui appartient à la 22e , même le bataillon qui doit être arrivé de Beny-Soueyf, aux 18e, 32e, 13e et 69e , parte sans le moindre délai.

Le général Rampon aura sans doute, à l’heure qu’il est, dépassé le Caire. Il avait avec lui 60 hommes d’artillerie à cheval qu’il faut m’envoyer. Faites partir le chef de bataillon d’artillerie Faure avec 100 canonniers, qui sont nécessaires pour jeter dans Alexandrie.

L’ennemi débarque toujours à Aboukir. J’ai trouvé ici et à Rosette des pièces de campagne. Je m’organise. J’ai été joint par les généraux Lanusse, Robin et Fugière; on a cependant laissé à Menouf une centaine d’hommes.

J’attends aujourd’hui, à midi, le général Menou, qui est de retour des lacs Natroun.

Vous trouverez ci-joint une lettre que vous remettrez au divan du Caire.

Que tous les envois que vous me faites soient toujours de 250 à 300 hommes, afin d’éviter toute espèce d’accident.

Je demande au payeur de nous envoyer 100,000 francs. Il sera bon alors, pour l’escorte, de profiter d’une occasion où vous aurez 400 hommes à nous envoyer. Je vous recommande de nous envoyer, jour par jour et même deux fois par jour, les hommes qui doivent nous rejoindre; vous en sentez l’importance; toutes les
heures il peut y avoir une affaire décisive, et, dans le petit nombre de troupes que j’ai, 300 hommes ne sont pas une faible chance.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 4 thermidor an VII (22 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DUGUA, AU CAIRE.

L’escadre ennemie, Citoyen Général, a été renforcée de 30 bâtiments. Leur armée est en position devant Aboukir; je pars dans deux heures pour aller la reconnaître, et l’armée s’en approche aussi près que l’eau peut le permettre. J’attends aujourd’hui la cavalerie que vous m’avez annoncée par votre lettre du 30. Je désirerais bien que le chef de brigade Détrès put la suivre immédiatement.

J’espère que le général Rampon mènera avec lui, indépendamment du détachement qu’il a, tout ce qui est resté au Caire de sa division et de celle de Lannes; il en est presque resté le tiers.

Si vous aviez des nouvelles qu’Ibrahim-Bey est en marche de Gaza, vous écririez au général Desaix de descendre. Il n’aura avec lui que 15 à 1800 hommes de cavalerie assez peu redoutable. Vous pourrez réunir, surtout si le général Desaix est descendu, un corps assez considérable pour pouvoir l’attaquer avec avantage au moment où il mettrait le pied sur les terres d’Égypte, ce qui pourrait être entre Belbeys et le Caire. Faites-vous rendre compte si Sâlheyeh est approvisionné; en tout cas, tenez vos forts le plus approvisionnés qu’il vous sera possible.

 

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 4 thermidor an VII (22 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

L’ennemi a été renforcé de 30 bâtiments, Citoyen Général, ce qui fait 120 à 130 qui existent en ce moment dans la rade d’Aboukir.

Il est maître de la redoute et du fort d’Aboukir depuis le 27 messidor.

Je pars aujourd’hui pour aller reconnaître la position qu’il occupe, et voir s’il est possible de l’attaquer et le culbuter dans la mer; car il me paraît qu’il ne veut pas se hasarder à cerner Alexandrie, et qu’il se contente, en attendant qu’il connaisse les mouvements d’Ibrahim-Bey et de Mourad-Bey , de se fortifier à la presqu’île d’Aboukir.

Je désirerais bien avoir la cavalerie que je vous ai demandée; si je reste en position devant lui, puisque sa position serait telle qu’il deviendrait impossible de l’attaquer, j’en aurai un besoin urgent.

Le général Friant sera sans doute à la suite de Mourad-Bey; vous vous serez réunis de manière à pouvoir promptement vous porter au Caire. Je désire que vous vous y portiez de votre personne, avec votre première colonne. Vous vous ferez remplacer à Beny-Soueyf par votre deuxième colonne.

Arrivé au Caire, vous réunirez ce qui s’y trouve de la division Reynier, pour vous trouver à même de marcher à Ibrahim-Bey, s’il prenait le désert sans toucher à El-A’rych ni à Qatyeh. Il devrait avoir, dans cette hypothèse, un millier de chameaux avec lui; et, dès l’instant qu’il aura touché aux terres d’Egypte, ce qui pourrait être entre Belbeys et le Caire, il faudrait marcher à lui. La garnison du Caire trouvera dans les forts un refuge certain qui contiendra la ville, quelque événement qu’il puisse arriver.

BONAPARTE.

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 4 thermidor an VII (22 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL LANNES.

Il est ordonné au général Lannes de partir aujourd’hui , 4 thermidor, à deux heures après midi, pour se rendre au village de Samâdys, à trois lieues dEl-Rahmànyeh, sur la route de Birket. Il repartira de Samâdys, avec toute sa division, ce soir, au lever de la lune, pour se rendre à Birket, où il prendra position et attendra de nouveaux ordres.

Le général Lannes doit avoir reçu l’ordre de faire prendre des vivres pour un jour de plus, c’est-à-dire jusqu’au 9 inclus. Il sera fait également une distribution de vinaigre.

Le général Lannes laissera au fort d’El-Rahmânyeh les hommes hors d’état de marcher; il m’en fera remettre l’état.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 4 thermidor an VII (22 juillet 1799).

ORDRE.

Ordre au général Lanusse de partir aujourd’hui avec la division du général Rampon, à deux heures et demie après midi, de suivre le mouvement de la division Lannes, et de se rendre à Samâdys, à trois lieues d’El-Rahmânyeh, sur la route de Birket.

Le général Lanusse repartira de Samàdys avec sa division ce soir, une demi-heure après le lever de la lune, pour se rendre au village de Besentouây , où il prendra position et attendra de nouveaux ordres.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, El-Rahmânyeh, 4 thermidor an VII (22 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MARMONT.

Le général en chef vous ordonne, Citoyen Général, de tenir prêt à partir, dans la journée du 6 thermidor, le général Destaing, avec le plus de pièces de campagne qu’il vous sera possible et avec 900 hommes de troupes ayant pour quatre jours de vivres, et bien approvisionnés de cartouches, pour se joindre à l’armée, afin de chasser l’ennemi d’Aboukir.

Vous ferez préparer 30 chameaux chargés d’eau pour être prêts à partir le 6, d’après les ordres que vous pourrez recevoir.

Vous ferez, en outre, préparer des outres pour 30 autres chameaux.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, Birket, 5 thermidor an VII (23 juillet 1799), à 2 heures après midi.

AU GÉNÉRAL MENOU.

D’après les dispositions du général en chef , il est ordonné au général Menou de se trouver, le 7 thermidor, à quatre heures du matin, au lac Ma’dyeh, avec 3 ou 400 hommes et deux pièces de campagne. Il se placera de manière à ne pas pouvoir être inquiété du feu des bâtiments qui sont à la mer, à battre avec ses deux pièces
les chaloupes canonnières qui seraient dans le lac, leur intercepter, s’il est possible, la sortie du lac, et les couler bas ou les obliger à l’évacuer, ce qui assurera la droite de l’armée qui attaquera Aboukir, et qui se trouverait appuyée le long de la côte marquée D G.

Une fois qu’il aura réussi à remplir ce premier but, il placera son artillerie de manière à battre la partie formant la droite du promontoire où est située la redoute et le fort, afin que l’armée qui les attaquerait se trouve encore avoir sa droite libre, laquelle se trouverait appuyée le long de la côte A D. Le général Menou aura soin que les canonniers ne tirent pas sur l’armée, ce qui arriverait si on les laissait se livrer à leur ardeur. Le deuxième but rempli, il dirigera son artillerie de manière à battre les chaloupes qui entreraient et sortiraient du fort d’Aboukir. Si le général Menou pouvait se faire suivre par un mortier de 8 pouces et par une centaine de bombes, cela, bien dirigé, pourrait être du plus grand effet.

S’il n’y a point à Rosette d’officier d’artillerie, l’adjudant général Jullien, qui sort de ce corps, pourrait être chargé de la direction de cette artillerie.

Il faudrait au général Menou, pour remplir l’objet de son instruction, une pièce de 8 et un obusier, avec 300 coups pour chacune de ces bouches à feu. Le général en chef regrette de n’avoir pas le temps de pouvoir faire passer deux pièces de 12 de campagne. Si le premier jour on ne parvient qu’à acculer l’ennemi dans la redoute et dans le fort, et qu’il tienne toujours dans ces deux points, le général Menou fera venir de Rosette un nouveau mortier et une pièce de 24, pour faire, de son côté, à l’ennemi tout le mal possible.

Le général en chef ordonne au général de brigade Duvivier, qui doit être arrivé hier à El-Rahmânyeh, d’en faire partir 100 hommes de cavalerie pour Rosette, avec lesquels le général Menou pourra facilement surveiller les mouvements de la côte. Au reste, dans le cas où l’ennemi parviendrait à débarquer un corps de troupes entre
lui et Rosette, le général Menou se trouvera toujours avoir sa retraite assurée sur Birket.

Le général Menou attendra, pour se démasquer à l’ennemi, qu’il entende la canonnade qui lui fera connaître que l’armée attaque : car il serait très-possible que le général en chef , après avoir pris connaissance de la position de l’ennemi , fît différentes manœuvres.

Si le général Kleber était arrivé à Rosette, il lui communiquerait le présent ordre, pour que, s’il a le temps d’être arrivé au premier puits qui se trouve entre Alexandrie et Aboukir pour le 7 de ce mois, il s’y rende avec sa division, ayant soin de prendre des vivres jusqu’au 10 au soir; et, dans le cas où le général Kleber n’aurait pas
le temps nécessaire, il marcherait avec le général Menou pour remplir l’objet de son instruction ; mais le général Kleber ferait passer 500 hommes de sa division à Birket, où ils recevraient une destination.

Si le général Kleber et ses troupes marchent avec le général Menou, au lieu d’attendre le bruit de l’attaque d’Aboukir par l’armée pour se démasquer, il commencerait à trois heures du matin. Le général en chef attendrait alors, pour commencer son attaque, que la canonnade faite sur la droite du lac ait déjà eu l’effet d’obliger l’ennemi à sortir les chaloupes canonnières qu’il a placées dans le lac.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, Alexandrie, 6 thermidor an VII (24 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MARMONT.

Le général en chef ordonne au général Marmont de faire partir aujourd’hui à midi le bataillon de la 61e demi-brigade et un de la 75e, avec des vivres pour cinq jours et 60 cartouches par homme, pour se rendre au puits entre Aboukir et Alexandrie, où ils seront aux ordres du général Destaing.

Le général Marmont fera partir un détachement de 80 marins, commandé par un officier de marine, qui se rendra sur le bord de la mer, à une position intermédiaire entre le puits, moitié chèmin d’Aboukir à Alexandrie. Cet officier fera part au général Marmont, ou au général en chef qui sera au puits, de tous les mouvements qui
pourraient se passer sur la côte. Cet officier enverra ce soir une patrouille de dix hommes au quartier général, au puits, afin de reconnaître l’endroit où sera établi le quartier général.

Le général Marmont enverra plusieurs fois, dans la journée de demain 7, des patrouilles de 30 marins, qui iront jusqu’au quartier général et jusqu’au poste de marine intermédiaire, afin de faciliter les communications entre la ville et le quartier général.

Le général Marmont aura soin que les patrouilles de cavalerie venant de l’armée, pour battre les routes, n’entrent pas dans la ville; il leur donnera aux portes tout ce dont elles pourraient avoir besoin.

Il donnera l’ordre au commandant Faultrier de faire partir, à dix heures, tout l’équipage d’artillerie, lequel attendra de nouveaux ordres à un quart de lieue en arrière du puits, et sera placé de manière à ne pas encombrer la route et à pouvoir facilement se porter en avant ou en arrière. Il sera approvisionné de tous les outils nécessaires pour pouvoir promptement établir une batterie.

Le citoyen Cretin fera marcher tous les sapeurs de la place disponibles et fera porter les outils, afin de pouvoir promptement établir les retranchements et les batteries qui seraient nécessaires.

Tous les individus et objets du génie marcheront avec le parc.

Le quartier général fournira dix chameaux pour l’artillerie ; le reste sera pour les vivres.

Le quartier général fournira encore cinq chameaux pour porter les outils et les sacs à terre du génie.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, au puits entre Alexandrie et Aboukir, 6 thermidor an VII (24 juillet 1799), 9 heures du soir.

AU GÉNÉRAL GANTEAUME.

D’après les dispositions du général en chef, vous voudrez bien, Citoyen Général, ordonner aux 100 marins, demandés par le général en chef pour observer sur la côte entre Alexandrie et Aboukir, de prendre position à la maison où sont le dépôt et l’hôpital de l’armée, qui sera également le dépôt général de l’artillerie. Ce corps de marins exercera une grande surveillance le long de la côte.

Le général en chef ordonne que le général Ganteaume ait, pendant toute l’affaire, une attention toute particulière sur les bâtiments qui pourraient se placer pour inquiéter l’armée ; il en préviendrait sur-le-champ le général en chef.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, an puits entre Alexandrie et Aboukir, 6 thermidor an VII (24 juillet 1799), 9 heures du soir.

AU GÉNÉRAL MURAT.

D’après les dispositions du général en chef, je vous préviens, Citoyen Général, que vous commanderez l’avant-garde de l’armée, composée de toute la cavalerie, hormis deux escadrons destinés à prendre position sur vos derrières, des quatre bataillons d’infanterie commandés par le général Destaing, et de vos trois pièces d’artillerie.

L’avant-garde se mettra en marche à deux heures du matin pour attaquer l’ennemi, et marchera sans tambours.

Il est prévenu que la division Lannes forme la droite de l’armée, la division Lanusse la gauche.

Le général en chef a ordonné qu’il soit distribué, ce soir, une ration d’eau-de-vie à chaque homme.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, au puits entre Alexandrie et Aboukir, 6 thermidor an VII (24 juillet 1799), 9 heures du soir.

ORDRE.

Ordre au général Murat de désigner un escadron qui, avec tous les dromadaires, sera aux ordres d’un officier qu’il nommera ; de faire faire des patrouilles sur la route d’Alexandrie, le long de la mer et du lac, pour assurer les derrières de l’armée; il informerait le général en chef du moindre mouvement ennemi. Il sentira combien un corps de Mameluks ou d’Arabes, qui se présenterait sur nos derrières, produirait un mauvais effet moral.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, au puits entre Alexandrie et Aboukir, 6 thermidor an VII (24 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL KLEBER.

Je vous préviens, Citoyen Général, que votre division est chargée de former la réserve de l’armée qui attaque demain l’ennemi; vous ferez prévenir le général en chef de votre arrivée sur Aboukir, où il sera.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, au puits entre Alexandrie et Aboukir, 7 thermidor an VII (25 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DAVOUT.

Le général en chef vous ordonne, Citoyen Général, de réunir tout ce que vous pourrez des corps de cavalerie qui composent votre brigade, d’y joindre les dromadaires et d’aller prendre position à la naissance de la presqu’île, entre la position actuelle du quartier général et Alexandrie, la droite à la mer, la gauche au lac, afin
d’éclairer les mouvements des Arabes et d’entretenir la communication de l’armée avec Alexandrie. Vous pousserez, à cet effet, des patrouilles tant sur la route d’Alexandrie et le long de la mer que du côté du lac.

Par ordre du général en chef.

 

 

Au camp de l’ambulance, 8 thermidor an VII (26 juillet 1799), 7 heures du matin.

AU GÉNÉRAL DUGUA, AU CAIRE.

Hier, à sept heures du matin, nous nous sommes trouvés devant l’ennemi, qui avait pris position à une lieue en avant du fort d’Aboukir ; nous l’avons attaqué, complétement battu ; nous avons pris ses redoutes, tous ses retranchements, le camp, et noyé 10 à 12,000 personnes dans la mer. Nous avons pris le général en chef de terre et de mer, qui est blessé à la main ; il s’appelle Hussein Seid Mous-tafa-Pacha; je le conduirai au Caire avec moi. Nous avons eu 100 hommes tués et 400 blessés ; de ces derniers sont le général Murat, le général Fugière, le chef de brigade Crétin, le chef de brigade Morangier ; parmi les premiers sont le chef de brigade Duvivier, l’adjudant général Leturcq et mon aide de camp Guibert. Le fort tient encore. S’il n’y a rien de nouveau de votre côté, arrêtez le mouvement que j’avais ordonné au général Desaix, et que lui-même remonte à Beny-Soueyf.

BONAPARTE.

 

 

Au camp du puits entre Alexandrie et Aboukir, 8 thermidor an VII (26 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL BERTHIER.

Donnez les ordres au commandement dEt-Rahmànyeh de retenir toutes les troupes qui se rendraient des différentes parties de FEgypte sur l’armée, vu que, l’ennemi ayant été battu, elles deviennent inutiles. Elles attendront à El-Rahmànyeh jusqu’à nouvel ordre.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, devant Aboukir, 9 thermidor an VII (27 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DUGUA, AU CAIRE.

L’état-major vous aura instruit du résultat de la bataille d’Aboukir, c’est une des plus belles que j’aie vues. De l’armée ennemie débarquée, pas un homme ne s’est échappé.

Le bataillon de la 85e part de Rosette pour se rendre au Caire.

Aux moindres nouvelles de Syrie, réunissez toutes les troupes de la division Reynier à Belbeys.

J’écris au général Desaix de retourner dans la haute Égypte.

Le général Lanusse se rend à Menouf.

Le général Kleber sera à Damiette lorsque vous recevrez cette lettre.

Je resterai ici quelques jours pour débrouiller ce chaos d’Alexandrie. Au moindre événement, je puis être au Caire dans trois jours.

Comme il est possible que je passe par Rosette, envoyez-y par duplicata les dépêches importantes que vous m’adresseriez.

Je pense rester à Alexandrie jusqu’au 12.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, devant Aboukir, 9 thermidor an VII (27 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL DESAIX.

Vous aurez appris par l’état-major les succès de la bataille d’Aboukir. De 15,000 hommes qui étaient débarqués, 1,000 sont restés sur le champ de bataille, 8,000 se sont noyés en voulant rejoindre à la nage une escadre qui était si éloignée que pas un n’a pu arriver.

5,000 sont cernés dans le chàteau d’Aboukir; six mortiers tirent dessus ; 500 de ces hommes se sont hier noyés en voulant rejoindre leur escadre. Il y a déjà eu plusieurs parlementaires pour se rendre, mais ils sont dans la plus grande anarchie. Le pacha est prisonnier.

C’est le si célèbre Moustafa, qui a battu les Russes plusieurs fois la campagne passée. Nous avons pris plus de 200 drapeaux et 40 canons de campagne, la plupart de 4, de modèle français. Le général Fugière et le général Murat, les chefs de brigade Morangier et Cretin ont été blessés; ce dernier est mort. Le chef de brigade Duvivier a été tué , ainsi que l’adjudant général Leturcq et mon aide de camp Guibert. La cavalerie s’est couverte de gloire. Nous avons eu 100 hommes tués et 400 blessés. Si vous êtes au Caire, retournez le plus tôt possible dans la haute Égypte pour y achever la levée des impositions et des 600 dromadaires, pour recommander surtout de faire filer les hommes du 7e de hussards, du 3e , du 14e et du 15e de dragons.

BONAPARTE.

 

Quartier général, devant Aboukir, 9 thermidor an VII (27 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MARMONT.

Il y a dans le fort 2 ou 3,000 hommes, dont la moitié veut se rendre et l’autre moitié ne le veut pas; plus de 500  se sont hier jetés à l’eau et se sont noyés.

Les chaloupes canonnières ennemies font un grand feu sur nous.

Faites-nous passer, le plus tôt possible, deux mortiers de 12 pouces, à la Gomer, avec 200 bombes. Il faudrait que tout cela fût débarqué le plus près possible de l’endroit où nous sommes. Envoyez-nous aussi deux pièces de 24 de siège avec un gril à boulets rouges, et 250 coups à tirer par pièce. Envoyez-nous avec cela tous les canonniers dont vous pourrez disposer.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, devant Aboukir, 9 thermidor an VII (27 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MENOU.

La place d’Aboukir est un poste important ; je n’ai pas cru pouvoir la confier en de meilleures mains que celles de l’adjudant général Jullien.

Le bataillon de la 69e va se rendre auprès de vous pour remplacer celui de la 85e, qu’il est très-urgent de faire passer au Caire.

Dix-huit vaisseaux de guerre français ont passé de Brest à Toulon, où ils sont bloqués par l’escadre anglaise. L’hiver les fera arriver.

Restez à votre position jusqu’à ce que le fort soit pris. La moitié de la garnison veut se rendre, et l’autre moitié aime mieux se noyer.

Ce sont des animaux avec lesquels il faut beaucoup de patience. Au reste, la reddition ne nous coûtera que des boulets.

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, devant Aboukir, 9 thermidor an VII (27 juillet J799).

AU GÉNÉRAL REYNIER.

Vous aurez reçu en route, Citoyen Général, l’ordre de retourner dans le Charqyeh.

Ne perdez pas un instant, puisque l’inondation approche, pour lever les impositions.

L’ennemi avait débarqué 15,000 hommes à Aboukir : pas un ne s’est échappé; plus de 8,000 hommes se sont noyés en voulant rejoindre les bâtiments ; leurs cadavres ont été jetés sur la côte au même endroit où furent, l’année dernière, jetés les cadavres anglais et français.

Le pacha a été fait prisonnier.

BONAPARTE.

P. S. L’on m’assure que le grand vizir, avec 8,000 hommes, est arrivé à Damas, et qu’il avait le projet de se rendre dans le Charqyeh. Aux moindres nouvelles que vous en auriez, réunissez toute votre division à Belbeys.

Ayez soin que Sàlheyeh soit approvisionné ; faites-y une visite pour activer les travaux, de manière que les trois redoutes soient à l’abri d’un coup de main.

Je donne ordre qu’on vous fasse passer d’El-Rahmânyeh un obusier et une pièce de 8. Nous ne manquons pas  de pièces de 4, car nous en avons pris trente à l’ennemi.

Nous avons eu 100 hommes tués et 400 blessés ; Murat, Fugière, Morangier, sont des seconds; Leturcq , Crétin, Duvivier et mon aide de camp Guibert sont des premiers.

Le bataillon de la 85e, qui est à Rosette, va retourner au Caire.

 

 

Quartier général, devant Aboukir, 9 thermidor an VII (27 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL LANNES.

Le général en chef ordonne, Citoyen Général, qu’il soit établi, cette nuit, deux batteries, chacune armée de deux pièces de 24 et d’un mortier de 12 pouces. Le but de ces deux batteries sera d’empêcher les chaloupes canonnières d’approcher de la rive droite et de la rive gauche de l’isthme. Ces mortiers auront le double but de battre la mer et le fort d’Aboukir.

Le général en chef ordonne également qu’il sera établi deux autres mortiers de 10 pouces pour battre le fort; ce qui, avec les deux mortiers de 12 pouces et les trois de 10 pouces, fera sept mortiers, qui battront le fort et qui tireront 120 bombes chacun par vingt-quatre heures.

Le général en chef désire que l’on tâche d’occuper, cette nuit, la partie du village qui est auprès du fort. Si l’on juge que nous pourrions y perdre du monde, on tâchera d’y mettre le feu avec des obus ou autrement.

Une fois que l’ennemi se sera retiré de cette partie du village, l’on placera une batterie sur le mamelon qui est derrière, l’on abattra le pont et l’on rasera toute la muraille de la gorge du fort.

J’ai donné les ordres qui concernent les commandants du génie et d’artillerie, mais donnez ceux nécessaires pour leur prompte exécution.

Vous avez à vos ordres, avec votre division, la division Rampon et le 156 de dragons.

Le général en chef part pour Alexandrie, où il a des ordres à donner; vous lui ferez donner, par terre et par mer, des nouvelles de tout ce qui se passera.

Par ordre du général en chef.

 

 

Quartier général, devant Aboukir, 9 thermidor an VII (27 juillet 1799).

ORDRE DU JOUR.

Le général en chef, voulant donner une marque de sa satisfaction à la brigade de cavalerie du général Murat, qui s’est couverte de gloire à la bataille d’Aboukir, ordonne au commandant d’artillerie de remettre à cette brigade les deux pièces de campagne anglaises qui avaient été envoyées par la cour de Londres en présent à Constantinople et qui ont été prises à la bataille.

Sur chaque canon il sera gravé le nom des trois régiments qui composaient cette brigade, le 7e de hussards, les 3e et 14e de dragons, ainsi que le nom du général Murat et celui de l’adjudant général Roize ; il sera écrit sur la volée : Bataille

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, Alexandrie, 10 thermidor an VII (28 juillet 1799).

AU DIRECTOIRE EXÉCUTIF.

Citoyens Directeurs, je vous ai annoncé, par ma dépêche du21 floréal, que la saison des débarquements m’avait décidé à quitterla Syrie.Le débarquement a effectivement eu lieu le 23 messidor; 100 voiles, dont plusieurs de guerre, se présentèrent devant Alexandrie et mouillèrent à Aboukir. Le 27, l’ennemi débarque, prend d’assaut et avec une intrépidité singulière la redoute et le fort d’Aboukir, met à terre son artillerie de campagne, et, renforcé par 50 voiles, prend position, sa droite appuyée à la mer, sa gauche au lac Ma’dyeh, sur de très-belles collines.

Je pars de mon camp des Pyramides le 27; j’arrive le 1er thermidor à El-Rahmânyeh, je marche sur Rirket-Gheytàs, qui devient le centre de mes opérations, d’où je me porte en présence de l’ennemi le 7 thermidor, à six heures du matin.

Le général Murat commande l’avant-garde ; il fait attaquer la droite de l’ennemi par le général Destaing; le général de division Lannes attaque la gauche; le général Lanusse soutient l’avant-garde.

Une belle plaine de 400 toises séparait les ailes de l’armée ennemie ; la cavalerie y pénètre ; elle se porte avec la plus grande rapidité sur les derrières de la droite et de la gauche : l’une et l’autre se trouvent coupées de la seconde ligne. Les ennemis se jettent à l’eau pour tâcher de gagner les barques qui étaient à trois quarts de lieue en mer; ils se noient tous, spectacle le plus horrible que j’aie vu.

Nous attaquons alors la seconde ligne, qui occupait une position formidable, un village crénelé en avant, une redoute au centre et des retranchements qui la liaient à la mer; plus de 30 chaloupes canonnières la flanquaient. Le général Murat force le village; le général Lannes attaque la gauche en longeant la mer; le général
Fugière se porte, en colonnes serrées, sur la droite de l’ennemi.

L’attaque et la défense deviennent vives. La cavalerie décide encore la victoire ; elle charge l’ennemi, se porte rapidement sur le derrière de la droite et en fait une horrible boucherie. Le chef de bataillon de la 69e, Bernard, et le citoyen Baille, capitaine des grenadiers de cette demi-brigade, se sont couverts de gloire. La redoute est prise, et, les hussards s’étant encore placés entre le fort d’Aboukir et cette seconde ligne, l’ennemi est obligé de se jeter à l’eau, poursuivi par notre cavalerie : tout se noya. Nous investissons alors le fort, où était la réserve renforcée par les fuyards les plus lestes ; ne voulant point perdre de monde, je fais placer six mortiers pour les bombarder.

Le rivage, où les courants ont porté l’année dernière les cadavres anglais et français, est couvert de cadavres ennemis ; on en a déjà compté plus de 6,000; 3,000 ont été enterrés sur le champ de bataille. Ainsi, pas un seul homme de cette armée ne se sera échappé lorsque le fort se sera rendu, ce qui ne peut tarder.

Deux cents drapeaux, les bagages, les tentes, quarante pièces de campagne, Hussein Moustafa, pacha d’Anatolie, cousin germain de l’ambassadeur turc à Paris, commandant en chef l’expédition, prisonnier avec tous ses officiers : voilà les fruits de la victoire.

Nous avons eu 100 hommes tués, 500 blessés ; parmi les premiers, l’adjudant général Leturcq, le chef de brigade Duvivier, le chef de brigade Crétin, mon aide de camp Guibert; les deux premiers étaient deux excellents officiers de cavalerie, d’une bravoure à toute épreuve, que le sort de la guerre avait longtemps respectés ; le troisième était l’officier du génie que j’aie connu qui possédait le mieux cette science difficile et dans laquelle les moindres bévues ont tant d’influence sur le résultat des campagnes et les destinées d’un Etat ; j’avais beaucoup d’amitié pour le quatrième. Les généraux Murat et Fugière, le chef de brigade Morangier ont été blessés.

Le gain de cette bataille, qui aura tant d’influence sur la gloire de la République, est dû principalement au général Murat. Je vous demande pour ce général le grade de général de division ; sa brigade de cavalerie a fait l’impossible.

Le chef de brigade Bessières, à la tête des guides, a soutenu la réputation de son corps. L’adjudant général de cavalerie Roize a manœuvré avec le plus grand sang-froid. Le général Junot a eu son habit criblé de balles.

Je vous enverrai, dans quelques jours, de plus grands détails, avec l’état des officiers qui se sont distingués.

J’ai fait présent au général Berthier, de la part du Directoire, d’un poignard d’un beau travail, pour marque de satisfaction des services qu’il n’a cessé de rendre pendant la campagne,

BONAPARTE.

 

 

Quartier général, Alexandrie, 10 thermidor an VII (28 juillet 1799).

AU CITOYEN FAULTRIER.

Indépendamment, Citoyen Général, des quatre pièces de 24, des deux mortiers à la Gomer de 12 pouces, et des deux mortiers de 10 pouces à grande portée, j’ordonne qu’on vous fasse encore passerdeux pièces de 24. Il faut les placer de manière à raser les maisonsqui sont hors du fort. Arrangez-vous de manière à tirer 120 bombes
par mortier dans vingt-quatre heures : c’est le seul moyen d’avoir quelque bon résultat.

J’ordonne qu’on fasse partir 150 marins pour servir aux travaux.

Il faut décidément éloigner les chaloupes canonnières, raser les maisons du village, et, de vos sept mortiers, accabler le fort de bombes. J’espère que, dans la matinée de demain, tout ce résultat sera rempli. Vous aurez par là rendu un grand service.

BONAPARTE-

 

Quartier général, Alexandrie, 10 thermidor an VII (28 juillet 1799).

AU GÉNÉRAL MENOU.

Le général en chef ordonne au général de division Menou de se rendre sur-le-champ de sa personne à Aboukir, pour prendre le commandement de la division du général Lannes, qui vient d’être blessé. Le général Menou aura le commandement sur la division Rampon; il aura également à ses ordres le général de brigade Davout,
qui commande le 15e de dragons.

L’intention du général en chef est que le général Menou fasse faire le service de tranchée au général de brigade Davout.

Si le bataillon de la 25e demi-brigade n’est pas parti, le général en chef autorise le général Menou à l’amener avec lui.

Le général Rampon et le chef de brigade Faultrier mettront le général Menou au fait de notre position devant Aboukir ; il doit activer la confection des batteries et ordonner que les mortiers fassent un feu très-vif sur le fort. Le général Menou se trouve commander en chef toutes les troupes qui sont devant Aboukir.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, Alexandrie, 10 thermidor an VII (28 juillet 1799).

ORDRE DU JOUR.

Le général en chef ordonne que le fort de l’Observation à Alexandrie sera appelé fort Crétin, et le fort du Général sera appelé fortCaffarelli.

Par ordre du général en chef.

 

Quartier général, Alexandrie, 12 thermidor an VII (30 juillet 1799).

ORDRE DU JOUR.

Le général en chef ordonne que le fort Triangulaire, à Alexandrie, sera appelé fort Duvivier, et que le fort des Bains portera le nom de fort Leturcq.

Par ordre du général en chef.

References   [ + ]

1.Birket-Gheytâs.
2.Dans la prévision que ses dépêches pourraient être interceptées, le général Bonaparte exagère à dessein le chiffre de ses forces.