Correspondance de Napoléon Ier – Janvier-Février-Mars 1810

Palais des Tuileries, 1er janvier 1810.

DÉCRET.

Les statues des généraux Saint-Hilaire, Espagne, Lasalle, Lapisse, Cervoni, Colbert, Lacour, Hervo, morts au champ d’honneur, seront placées sur le pont de la Concorde, conformément au projet qui nous sera présenté par notre ministre de l’intérieur.

 

Paris, 2 janvier 1810.

Au général comte Lauriston, aide de camp de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Général Lauriston, rendez-vous dans l’île de Cadzand; voyez en détail les forts qu’on construit sur la côte. Visitez la place de l’Écluse. De là, passez à Flessingue; faites le tour de l’île de Walcheren et prenez connaissance en détail de la situation des choses. De là, vous irez dans le Sud-Beveland, vous visiterez le Sloe. Vous reviendrez par Bath, Berg-op-Zoom, Breda et Anvers.

Vous m’écrirez de Cadzand, de Flessingue et de l’endroit où vous serez, tous les jours. Je désire être au fait de tout, de la population, des revenus, de l’esprit des habitants, des magasins de marchandises anglaises qu’a dû faire séquestrer le duc d’Istrie. Vous marquerez sur un plan de l’île de Walcheren ce que les Anglais ont fait sauter, ce qui existe et ce qu’il y a à faire. Si les fortifications et bassins sont susceptibles d’être réparés sans trop de dépense, vous arrêterez un projet des travaux à faire et un système d’inondation pour accroitre les fortifications et ajouter à la défense. Vous vous assurerez si des vaisseaux de ligne anglais ont passé par le Sloe, et vous verrez ce qu’il y a à faire pour l’empêcher à l’avenir. Vous prendrez des renseignements sur le siège, sur la conduite de la garnison et des habitants, sur ce qu’ont fait les Anglais. Vous prendrez les mêmes détails à Berg-op-Zoom et Anvers. Vous me préviendrez du jour où vous serez à Anvers, où vous trouverez mes ordres ultérieurs.

 

Paris, 3 janvier 1810.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, comme le Hanovre et Magdeburg sont des pays de cavalerie, il faut que les 18,000 hommes que doit nourrir le roi de Westphalie consistent en 12,000 hommes d’infanterie et en 6,000 hommes de cavalerie.

 

Paris, 3 janvier 1810.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi connaître ce qui revient à l’archichancelier d’État pour son traitement comme grand dignitaire.

Faites-moi également connaître quand vous me remettrez le travail relatif aux affaires de Rome; j’ai hate de les terminer.

 

Paris, 3 janvier 1810

Au comte Regnaud, de Saint-Jean d’Angely, ministre d’État, président de section au Conseil d’État

Monsieur le Comte Regnaud, j’ai lu avec intérêt le tableau que vous m’avez envoyé sur la situation du budget des villes en 1808.

Cela me porte à étendre la mesure, et à soumettre au Conseil d’État les budgets des villes dont le revenu ne s’élève pas à plus de 5,000 francs. Je vois que les villes ont 14 millions d’actif et 85 millions de passif, ce qui fait à peu près 100 millions; et qu’elles ont en caisse, pour 1809, 8 millions, 4 millions à la caisse d’amortissement pour éteindre les dettes, et 1,100,000 francs portés à la colonne En acquit de dettes. Je désirerais que vous me fissiez un rapport sur ces dettes, sur le mécanisme adopté à la caisse d’amortissement pour les éteindre, et sur ce qu’il y aurait à faire pour cela et pour les mettre au courant. Je vois que les dépenses municipales se montent à 8 millions, ce qui me parait une somme très-forte.

En jetant les yeux sur le tableau, je tombe sur la ville de Niort, qui est portée pour 216,000 francs de rente, et dont l’octroi est à 140,000 francs. Il faut qu’il y ait, sur cet octroi, quelque chose de contraire aux lois, car l’octroi de Niort ne peut pas rendre 140,000 francs.

 

Paris, 3 janvier 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous envoie la note des savants ou gens de lettres auxquels je fais des pensions sur les journaux. Faites-moi connaitre ceux qui se seraient le plus distingués depuis deux ans dans la littérature et les sciences.

ÉTAT DES GENS DE LETTRES ET SAVANTS

QUI ONT DES PENSIONS SUR LES JOURNAUX

  1. Haüy, 6,000 francs; Bernardin de Saint-Pierre, 2,000 francs, Dutheil, 2,000 francs; Gasselin, 2,000 francs; Coraï, 2,000 francs. (Décret du 21 février 1806.)
  2. Monge, 6,000 francs; Gianni, 3,000 francs; Lebrun, 1,200 francs; Legendre, 3,000 francs. (Décret du 10 mars 1806.)

MM Barré, 4,000 francs; Radet, 4,000 francs; Desfontaines, 4,000 francs. (Décret du 4 avril 1806.)

  1. Monsigny, 2,000 francs. (Décret du 4 mai 1806.)
  2. Palissot, 3,000 francs. (Décret du 31 mai 1806.)
  3. Villevieille, 2,000 francs. (Décret du 9 septembre 1806.)
  4. Chénier, 6,000 francs. (Décret du 4 septembre 1807.)
  5. Ducray-Duminil, 3,000 francs. (Décret du 17 septembre 1807.)
  6. Baour-Lormian, 6,000 francs. (Décret du 30 septembre 1807.)
  7. Picard, 6,000 francs. (Décret du 28 octobre 1807.)
  8. Delrieu, 2,000 francs. (Décret du 20 août 1808.)
  9. Luce de Lancival, 6,000 francs. (Décret du 6 février 1809.)

 

Paris, 3 janvier l810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, vous m’avez remis un compte du trésor public au 1er octobre. Je désire savoir quand vous pourrez me remettre un pareil compte au 1er janvier, parce que je suis bien aise d’asseoir les calculs de l’année sur ce nouveau compte. Je vous prie de m’apporter demain, à quatre heures après midi, les décrets que j’ai pris l’année passée lorsque j’ai réglé le service, et les renseignements nécessaires sur la manière dont les exercices arriérés doivent être soldés et sur ce qu’il est convenable de faire pour régler le service de cette année. Portez-moi aussi le budget de l’armée du Rhin de l’année passée, enfin tous les décrets et pièces propres à me mettre à même de prendre une décision pour assurer le service de 1810.

 

Paris. 3 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie tous les projets de budget que vous m’avez remis sur les places de guerre, pour que vous les rédigiez conformément au modèle que je vous ai adressé pour la place d’Alexandrie. Il faut me faire signer une répartition générale entre toutes ces places, de manière que cela monte à la même somme que l’année passée, mais en laissant de côté une somme considérable pour les travaux de l’Escaut.

 

Paris, 3 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Ayant donné l’ordre de prendre possession de Walcheren en mon nom, je suppose que vous avez fait les dispositions nécessaires pour l’armement des batteries de cote et pour mettre cette île à l’abri de toute attaque.

 

Paris, 3 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’attends des rapports des officiers sur Flessingue les travaux à y faire seront compris dans le budget de cette année. Puisque les Anglais ont eu la bonté de laisser les fortifications intactes, il faut ne point perdre de temps à les réparer. Le général Chasseloup peut s’y rendre dès demain pour voir ce qu’il y a à faire; il visitera le cours de l’Escaut et pourra être de retour le 15 avec le colonel Decaux, pour rendre compte au conseil d’administration.

Vous trouverez ci-jointes des notes pour la mission du général Chasseloup.

NOTES POUR LE GÉNÉRAL CHASSELOUP.

 D’après les premiers renseignements qui viennent de Flessingue, il parait que les Anglais ont laissé intactes les fortifications, qui consistent en une enceinte bastionnée et demi-lunes, fossés avec escarpe et contrescarpe et pleins d’eau. Cela seul vaut plusieurs millions. Il sera donc convenable de réarmer et réoccuper Flessingue. Mais, naturellement, Flessingue, pour être occupé avec succès, doit avoir sur les digues des forts qui éloignent l’ennemi, forts que j’ai fait tracer et commencer. Il faut les achever promptement, c’est le principal. Un ou deux forts au milieu de l’inondation, à quatre ou cinq cents toises, soutenus par deux ou trois beaux forts, sont importants.

Le général Chasseloup verra ce qu’il y a à faire à Cadzand, où le principal est d’avoir un fort à l’abri de… (manque dans la minute), qui protège les batteries.

A Rammekens : voir s’il serait possible de lier ce fort par une inondation avec Flessingue; voir ce que coûtera le rétablissement du bassin et la construction nécessaire pour mettre le magasin à poudre à l’abri de la bombe; voir si on pourrait établir quelques batteries avancées, soit sur des bancs de sable, soit sur des atterrissements.

Mais, si le bassin peut être facilement rétabli, Flessingue servira comme point d’appui de la flottille qui défendra l’Escaut.

Tout cela doit être médité par l’officier du génie et être l’objet de calculs particuliers.

 

Paris, 3 janvier 1810.

Au comte Aldini, ministre secrétaire d’État au royaume d’Italie, à Paris

Présentez-moi un projet de message au sénat et un projet de dotation (entendez-vous avec Prina) pour régler le sort du vice-roi comme prince italien. Par le statut du royaume, je l’ai appelé au trône en cas que je n’aie point d’enfant; mais, comme prince italien, il lui faut un apanage; je pense donc qu’un million en domaines est convenable. Je lui donnerai également la villa Bonaparte; cela formera l’apanage de la branche du prince de Venise dans tous les temps.

 

Paris, 5 janvier 1810

Au comte Régnaud, de Saint-Jean d’Angely, président de section au Conseil d’État, à Paris

L’affaire de Dupont, de Marescot et de Vedel ne peut rester plus longtemps en suspens, et il est convenable que le public connaisse cette affaire sous son véritable point de vue. Je désire donc que vous fassiez un rapport étendu au parquet, avec les pièces à l’appui, tendant à demander que la haute cour soit saisie de cette affaire, demande qui me sera faite par l’archichancelier ou tout autre; ce qui sera un motif pour faire imprimer les pièces et ordonner la transmission à la haute cour. Après cela, les opérations de la haute cour se suivront.

 

Paris, 5 janvier 1810.

Au comte Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Il y a un mauvais ouvrage d’un sieur Bruguières, intitulé Napoléon en Prusse (poème épique en douze chants), qu’on croit avoué par le Gouvernement. Tous les souverains lui envoient des présents. Faites critiquer cet ouvrage comme je crois qu’il le mérite, car je ne l’ai que légèrement parcouru.

 

Paris, 5 janvier 1810,

 A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

 J’apprends qu’une trentaine de jeunes gens de l’École polytechnique se sont portés au domicile d’un écrivain pour le battre.

 Je désire que cette affaire soit portée devant les tribunaux et que les délinquants soient punis conformément aux lois. Témoignez mon mécontentement au gouverneur de l’École polytechnique, et que ces jeunes gens sachent que je les ferai punir, lorsqu’ils se conduiront mal.

 

Paris, le 6 janvier 1810

A Monsieur de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, aucune de mes affaires n’avance. Celle de la Hollande ne fait point un pas; présentez une note au ministre des affaires étrangères, conformément à ma lettre au Roi; dites-lui que je ne puis laisser cette nation l’auxiliaire de l’Angleterre; tombez sur les mauvais conseillers du Roi, et insistez sur la nécessité de recourir à toute la puissance que Dieu m’a donnée, pour faire du mal à l’Angleterre et pour nuire à son commerce dans l’alliance qu’il a contractée avec le commerce de Hollande.

 

Paris, 7 janvier 1810.

Monsieur mon Frère, j’apprends avec plaisir, par la lettre que vous m’avez écrite, l’heureuse arrivée de Votre Majesté dans la capitale de son royaume. Je suis bien aise que Votre Majesté ait été satisfaite de l’accueil qui lui a été fait dans mes États; il m’a été très agréable de l’y recevoir et de trouver une pareille occasion de lui témoigner la sincérité de mes sentiments.

 

Paris, 7 janvier 1810, 8 heures du soir

A l’impératrice Joséphine, à Malmaison

J’ai été bien content de t’avoir vue hier ; je sens combien ta société a de charmes pour moi.

J’ai travaillé aujourd’hui, avec Estève 1)Martin-Roch-Xavier Estève – 1772 – 1853 – administrateur général des finances et domaines des pays conquis au-delà du Rhin, puis trésorier général de la Couronne. J’ai accordé 100.000 francs pour 1810, pour l’extraordinaire de Malmaison. Tu peux donc faire planter tant que tu voudras ; tu distribueras cette somme comme tu l’entendras. J’ai chargé Estève de te remettre 200.000 francs aussitôt que le contrat de la maison Julien sera fait. J’ai ordonné que l’on paierait ta parure de rubis, laquelle sera évaluée par l’Intendance, car je ne veux pas de volerie de bijoutiers. Ainsi voilà 400.000 francs que cela me coûte.

J’ai ordonné que l’on tint le million que la liste civile te doit, pour 1810, à la disposition de ton homme d’affaires, pour payer tes dettes.

Tu dois trouver, dans l’armoire de Malmaison, 5 à 600.000 francs ; tu peux les prendre pour faire ton argenterie et ton linge.

J’ai ordonné qu’on te fit un très beau service de porcelaine ; l’on prendra tes ordres pour qu’il soit très beau.

 

Paris, 8 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec le roi de Westphalie, avec les modifications suivantes:

1° Je ne puis donner la souveraineté du Hanovre au roi de Westphalie, parce que je n’ai point cette souveraineté; mais je puis lui céder le Hanovre et mes droits sur cette province; c’est tout ce que je puis faire.

2° Il faut mettre à l’artic1e 8 : “La première série sera payable en 1813, à raison de quatre bons par trimestre. Les quatre bons du premier trimestre devront être payés le 30 janvier; les quatre bons du deuxième trimestre, le 30 avril; les quatre bons du troisième trimestre, le 30 juillet; et les quatre bons du quatrième trimestre, le 30 octobre.  La deuxième série sera payée de la même manière en 1814, et ainsi de suite jusqu’en 1822. L’intérêt sera payé à 5 pour 100, à dater du 1er janvier 1810, à Paris, par un banquier qui sera désigné par le roi de Westphalie, deux fois par an, à raison de 400,000 francs le 31 juillet, et de 400,000 francs le 31 décembre. Les mêmes payements auront lieu en 1811 et en 1812. En 1813 l’intérêt sera payé de même, mais seulement pour neuf séries; en 1814 il ne sera payé que pour huit séries, et ainsi de suite jusqu’à entière extinction.

Le banquier du Roi payera les intérêts à la caisse du domaine extraordinaire, qui, si elle a vendu ces bons, donnera au banquier la liste des personnes qui en seront propriétaires.

Article 10 : mettre que le contingent pourra être fixé à 20,000 hommes d’infanterie, à 4,000 de cavalerie et à 2,000 d’artillerie et sapeurs.

Je ne comprends pas l’article 3. Le revenu net des biens du Hanovre est de 5,200,000 francs, sur lesquels j’ai donné 4,559,000 francs ; il ne reste donc plus que 641,000 francs au lieu de 1,200,000 francs. Les 4,559,000 francs des biens du Hanovre donnés par l’Empereur, ou compris dans la quatrième classe encore à donner, seront reconnus par le roi de Westphalie, lequel s’engagera à les maintenir à perpétuité irrévocablement, et à en favoriser la vente. Le surplus des domaines existant en Hanovre sera laissé au Roi. Les domaines accordés ne seront soumis à aucune imposition pendant dix ans, après lesquels ils seront soumis aux mêmes impositions que les autres biens du pays. Par cette rédaction, je laisse au Roi 6 à 700,000 francs de domaines encore disponibles.

 

Paris, 8 janvier 1810.

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, je vois avec plaisir, par la lettre que vous m’avez écrite de Saarbrücken, que vous avez voyagé jusque-là sans accident.

Je désire que le reste de votre voyage soit également heureux pour la Reine et pour vous; et je serai satisfait d’apprendre bientôt l’arrivée de Votre Majesté dans la capitale de ses États.

 

Paris, 8 janvier 1810

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre que Vous m’avez écrite d’Épernay. Je vois avec plaisir que Votre Majesté a été satisfaite du séjour qu’elle vient de faire dans ma capitale. Je suis fâché de n’avoir pu la voir avant son départ. Les affaires d’Allemagne vont être incessamment terminées, et j’espère que Votre Majesté sera satisfaite des arrangements qui seront pris à ce sujet.

 

Paris, 9 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, répondez au ministre de Naples que les choses ne peuvent pas être ainsi; que les dettes sur mon trésor de France sont constatées et n’ont besoin d’aucune vérification, puisque c’est de l’argent avancé en France; que les autres datent du moment même où j’ai cédé le pays; que des mesures doivent être prises sur-le-champ pour les acquitter, ou qu’on doit s’attendre que je donnerai des ordres à mes généraux pour me solder par mes mains; que les engagements qu’on prend avec moi sont sacrés et que je sais les faire respecter, même des princes les plus puissants; que le règlement de ces comptes est nécessaire pour régler les comptes du trésor public, de la Légion d’honneur et autres établissements; qu’il ne s’agit pas de gagner du temps, mais d’arriver à une prompte conclusion.

Vous répondrez au général Ver Huell que les satisfactions données pour l’attentat commis par l’officier hollandais ne sont pas suffisantes; qu’insulter à mon pavillon est un crime d’État à cause des conséquences; que je ne saurais être plus mécontent des officiers hollandais, qui ne montrent du zèle et de l’activité que contre mon pavillon.

Répondez à M. de Cetto que je ne saurais être satisfait de son mémoire; que ce n’est point avec des mots et des exposés de principes qu’on gouverne les nations; que la constitution actuelle du Tyrol ne peut convenir; que les moyens de la Bavière pour y faire la police et faire respecter les lois sont nuls; que ce pays a été brisé dans ses habitudes et dans ses institutions; que le Tyrol se serait révolté contre la Maison d’Autriche si elle eût agi comme les Bavarois; que c’est en y laissant des états et des institutions sanctifiés par le temps que la Maison d’Autriche s’est attaché les habitants; que, si je me mêle des affaires de la Bavière dans ce pays, c’est que cela importe à la sûreté de la Confédération; que je ne puis consentir à laisser le Tyrol dans la situation où il se trouve; qu’il est indispensable que la Bavière lui donne une constitution qui se rapproche des habitudes et des coutumes des montagnards, et un gouvernement central qui parle à leur imagination, les attache et leur retrace la forme de gouvernement que leur avait donnée l’Autriche en leur donnant un prince de son sang; qu’il faut prendre des mesures promptes pour rompre les liens qu’aurait le Tyrol avec l’Autriche et y établir une police sévère et active; mais que, si le gouvernement bavarois se sert de phrases et de discussions de principes, le Tyrol se révoltera de nouveau et inquiètera la Bavière et la Confédération. Celte affaire est très importante, et je désire pouvoir retirer mes troupes du Tyrol. Parlez-en au Roi lui-même, et avancez la négociation.

 

Paris, 9 janvier 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances à Paris

Il se fait à la police deux perceptions : une perception sur les passeports et une perception pour les ports d’armes.

En 1808, il a été délivré 637,000 passeports qui, à 2 francs chaque, devaient faire 1,274,000 francs; mais la police en déduit 82 centimes pour la régie du timbre, 7 centimes et demi aux préfets pour indemnité de non-valeurs dans la perception; ce qui fait que le produit de cette année n’a été que de 712,987 francs. Sur cette somme le ministre ôte encore 221,000 francs pour fourniture de papier; le papier coûte 3 sous la feuille; faites-moi connaître si cela n’est pas trop cher et à quel prix il fournit le timbre. Si l’on portait cette charge de 2 francs à 10, on se ferait une ressource de 6 millions, qui, bien administrée, pourrait en rendre 5 au trésor public. Vous me ferez un rapport là-dessus.

Le droit de port d’armes se paye 10 francs; on a accordé cette année 44,000 permissions; ce qui a fait 440,000 francs. Il est clair qu’il n’y aurait aucun inconvénient à porter le droit à 30 francs; ce qui pourrait faire une ressource de 1,200,000 francs.

En Italie, ces deux branches de revenu ne laissent pas d’être avantageuses.

Faites-moi connaître si on ne pourrait pas faire entrer cela dans les finances, si la régie ne pourrait pas fournir le papier pour l’une et l’autre espèce de permission, et si enfin cela ne serait pas susceptible d’une augmentation.

 

Paris, 9 janvier 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Monsieur le Duc d’Otrante, j’ai signé les décrets qui reçoivent vos comptes des dépenses secrètes pour l’exercice 1808. En les examinant, j’ai trouvé quelques articles susceptibles d’observations, et je vous en fais part pour que désormais ces petites irrégularités n’aient plus lieu. Dans le compte général des dépenses secrètes, vous portez au chapitre des Dépenses arriérées 21,000 francs qui appartiennent au chapitre des frais de police des préfets. Il est vrai que, si vous les aviez portés dans ce dernier chapitre, la dépense eût alors dépassé le crédit mais le virement que vous avez fait pour remédier à cet inconvénient n’est pas régulier. Vous n’avez pas joint aux quittances la procuration qui a dû autoriser le sieur. . . . à toucher à votre caisse le traitement du gouverneur général de Paris. Vous n’avez pas signé pour acquit les bons de votre traitement supplémentaire. Enfin, il y a une légère erreur de 1 franc 45 centimes dans le compte du barème fait au sieur. . . . . n° 94, chapitre III, article 2, état n° 16. Dans vos comptes du Droit de port d’armes et du Produit des passeports, je vois que vous avez laissé à la disposition du préfet de police, d’un part 8,000 francs, et de l’autre 2,769 francs pour remboursement de dépenses étrangères, et la perception de ces droits. Ceci n’est exact, et ces dépenses devaient être imputées sur d’autres fonds. Enfin je pense que le prix de 3 sous par feuille, auquel vous avez réduit les frais de fabrication du papier à passeport, doit être encore susceptible de réduction.

Quant à la rétribution imposée sur les journaux, je vois que vous payez sur ce produit, indépendamment des pensions que j’ai accordées, 6,000 francs à MM. Daunou, Lemontey, Chénier, pour indemnités de leurs travaux sur l’histoire de France ; 9,000 francs au sieur Esménard pour un travail particulier, et divers secours à des hommes de lettres. Ces hommes les méritent, mais vous ne devez pas les donner sans ma signature; c’est la règle.

 

Paris, 9 janvier 1810.

Au comte Molé, directeur général des ponts-et-chaussées, à Paris

Je suis instruit que le préfet de Seine-et-Marne, propriétaire d’une usine dans ce département, détourne des fonds destinés à la reconstruction du pont de Souppes et les emploie à des travaux qui donnent de l’eau à son usine; qu’il se dispense aussi de l’entretien et des réparations à faire à une chaussée pour conserver une quantité d’eau suffisante. Envoyez un auditeur, ayant votre confiance, pour faire une enquête sévère sur cet objet, sans que le préfet, le sieur Lagarde, en soit instruit, ce préfet ayant beaucoup de protections dans les bureaux.

 

Paris, 9 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, dirigez la division que commande le général Rouyer sur Châlon, où l’on prendra des moyens pour l’embarquer jusqu’à Tarascon. De là, elle se rendra en Catalogne, sous les ordres du duc de Castiglione. Ce sera donc un renfort de 5,000 hommes, qui sera utile au duc de Castiglione.

 

Paris, 9 janvier 1810.

 Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je trouve les prétentions qui s’élèvent entre les généraux et les auditeurs ridicules. Reprenez vertement les deux auditeurs en question, et écrirez à M. Dauchy pour qu’il prévienne à l’avenir ces abus. J’ai accordé la Légion d’honneur qu’a demandée le maréchal Marmont pour sept des principaux habitants de la Dalmatie. Je trouve la demande de quinze mille fusils à donner aux Croates bien prématurée et bien hasardée; il faut bien se garder d’en rien faire. On pourrait tout au plus en donner là une compagnie par régiment. Le maréchal Marmont est-il sûr que ces gens-là ne s’en serviront pas contre lui ?

Il ne faut pas les armer avant qu’on les connaisse et qu’on en soit sûr.

Qu’on en arme un millier d’hommes, et pas plus. Témoignez au maréchal Marmont que cette légèreté dans une affaire de cette importance me parait fort extraordinaire.

 

Paris, 9 janvier 1810.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au maréchal Marmont qu’il ne faut pas que, pour économiser les ressources du pays, il affaiblisse ses corps en renvoyant ses malades sur les derrières, parce que ces malades s’en iront en France; qu’il faut qu’il établisse des hôpitaux régimentaires.

Écrivez au vice-roi de faire rentrer en Italie tous les régiments français qui étaient à l’armée d’Allemagne, et de les cantonner dans des garnisons définitives, sur le pied de paix. Recommandez-lui de choisir des cantonnements où ils puissent passer l’été et par conséquent très sains. L’ancienne armée de Dalmatie seule restera dans les provinces illyriennes.

Ordonnez également qu’on retire du Tyrol les troupes qui y sont inutiles, et d’y laisser de préférence des Italiens, les pertes étant plus faciles à réparer en Italie.

Demandez un projet de répartition de l’artillerie de l’armée d’Italie entre les places, telles que Palmanova, Mantoue, Pavie, etc. Les troupes de cette armée doivent être mises sur le pied de paix.

Donnez ordre au maréchal Macdonald de se rendre à Paris. Le général Grenier restera comme inspecteur.

Enfin prescrivez des mesures pour mettre de l’économie dans les dépenses.

Donnez l’ordre que tout ce qu’il y aurait à l’armée d’Italie faisant partie des régiments d’Isembourg et de la Tour d’Auvergne retourne à Naples.

 

Paris, 9 janvier 1810.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

 Je vous prie de me remettre un état de la situation de la division Reynier, du 8e corps, des brigades de dragons et de tout ce qui est dirigé sur l’Espagne, artillerie, équipages, avec le lieu où cela est, jour par jour. J’ai besoin de cet état pour faire mes combinaisons.

 

Paris, 9 janvier 1810

A Mme la maréchale duchesse de Montebello, à Paris

Ma Cousine, je viens de nommer le général Kirgener commandant du génie de ma Garde, et je suis aise d’avoir fait par là une chose qui vous soit agréable.

 

9 janvier 1810

Note pour le général Savary, duc de Rovigo, commandant la gendarmerie d’élite

Il parait que le prêtre Guillevic (recteur de Ploemeur, lors de la guerre des Chouans, ami de Cadoudal, réfugié en Angleterre, près du comte d’Artois), vendéen connu, était à la parade. Des hommes qui le connaissent l’ont vu. Prenez des mesures pour le saisir.

 

Paris, 9 janvier 1810

A Napoléon, prince royal des Deux-Siciles, à Naples 2)Napoléon-Achille, fils aîné de Murat – 1801-1847

Mon neveu, j’ai vu avec plaisir les expressions de votre attachement pour moi et la preuve de vos progrès dans la lettre que vous m’avez écrite, à l’occasion du changement d’année. Vous ne pouvez point douter des sentiments avec lesquels je suis votre bon oncle

 

Paris, 9 janvier 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’ai des renseignements que le commerce de Marseille se plaint de mon consul de Voize, à Tunis. Ordonnez une sévère enquête sur cet objet et sachez ce qui en est.

 

Paris, 9 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, faîtes-moi un projet de réponse à cette lettre. Écrivez au comte de Saint-Marsan que je désirerais beaucoup qu’un arrangement définitif eût lieu pour le paiement des contributions, afin que je ne sois pas obligé de garder une pareille quantité de troupes à Magdebourg et sur les frontières de la Prusse.

 

Paris, 10 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-joint un rapport du ministre des finances et un autre du ministre de l’intérieur sur le grand objet de nos relations actuelles avec l’Amérique. Je désire que vous me fassiez un rapport sur l’histoire de nos relations avec les États-Unis depuis le traité de Mortefontaine, et que vous y joigniez toutes les pièces originales, traduites en français, dont parlent les deux ministres. Joignez-y aussi les principales notes du ministre d’Amérique, afin que je voie bien quelle est la situation présente de nos rapports avec l’Amérique et le parti que j’ai à prendre. Ayant peu de confiance en Turreau, qui, d’ailleurs, a quitté la France depuis longtemps, je désire changer la légation, ou du moins envoyer en Amérique un homme de confiance qui connaisse mes intentions et qui soit assez adroit pour donner l’impulsion convenable aux affaires importantes dont je voudrais le charger. Ayez plusieurs conférences, si cela est nécessaire, avec le ministre d’Amérique ainsi qu’avec le secrétaire de légation qui vient d’arriver de Londres, et remettez-moi un rapport bien détaillé sur cette portion importante de la politique actuelle. Enfin faites-moi connaître votre opinion sur ce qu’il conviendrait de faire pour sortir de la position où nous nous trouvons. Vous joindrez à votre rapport la copie des différents actes que j’ai publiés et qui règlent notre législation des neutres, ainsi que les actes de l’Angleterre sur ce sujet, traduits également en français.

Toutes les mesures que j’ai prises, comme je l’ai déjà dit plusieurs fois, ne sont que des mesures de représailles. Je ne reconnais aucune des prétentions des Anglais sur les neutres, ce qu’ils appellent leur code maritime. Les Anglais eux-mêmes n’ont jamais eu la prétention de me le faire reconnaître. Cette prétention aurait été sans but, puisque le code n’est dirigé que contre la France. Cependant l’Amérique et les puissances du Nord n’ont pas non plus reconnu les prétentions de l’Angleterre, ou du moins ne les ont reconnues qu’en partie. La législation maritime de l’Angleterre, jusqu’à ces dernières années, était tyrannique, mais elle n’était pas totalement insupportable. Les Anglais ont tout culbuté en s’arrogeant le droit de déclarer en état de blocus tons les ports d’un pays, les côtes et un empire tout entier. C’est interdire tout commerce et ne plus reconnaître de neutres pour les pays qu’elle veut mettre en état de blocus. Je n’ai rien dit de l’influence que l’Angleterre prétendait exercer sur les neutres; ce n’est qu’à la nouvelle extension donnée au droit de blocus que j’ai opposé le décret de Berlin, et même le décret de Berlin ne doit être considéré que comme un blocus continental et non maritime; car c’est ainsi qu’il a été exécuté. Je ne le regarde en quelque sorte que comme une protestation et une violence opposée à une violence.

Il n’a été réellement exécuté que pour Hambourg, le Weser et les côtes du continent, et des déclarations ont été données aux neutres portant que son exécution ne s’étendrait point en pleine mer. Jusque là il y avait peu de mal; les neutres entraient encore dans nos ports ; mais les ordres du conseil de la Grande-Bretagne ont nécessité mon décret de Milan, et dès lors, il n’y a plus eu de neutres. Ce décret n’a qu’un but, c’est celui de me mettre à l’abri, moi et les autres nations, du droit intolérable que s’arrogeait l’Angleterre d’imposer un octroi de navigation sur le commerce et les vaisseaux de toutes les nations, prétention par laquelle elle traitait la mer comme je puis traiter la Seine, l’Escaut et le Rhin. Cette prétention exigeait l’interdiction de tout commerce, et l’on ne devait calculer aucune conséquence quand il s’agissait de s’y opposer. On m’assure aujourd’hui que les Anglais se sont relâchés, qu’ils ne lèvent plus de taxes sur les bâtiments : faites-moi connaître s’il y a un acte authentique qui l’annonce; et, s’il n’y en a pas, faites-moi connaître si le fait est vrai; car, une fois que je serai assuré qu’un octroi de navigation ne serait point établi par l’Angleterre, je pourrai me relâcher sur bien des choses.

Je ne serais point éloigné de signer un traité avec l’Amérique, par lequel elle s’engagerait, 1° à ne jamais souffrir que, sous aucun prétexte, il fût mis par l’Angleterre un droit sur son commerce et ses bâtiments; 2° à ne jamais souffrir que l’Angleterre lui interdise le commerce de la France sous prétexte du droit de blocus ou tout autre prétexte, attendu qu’il est possible que certains points soient bloqués, mais que tout un empire ne saurait l’être; 3° à ne jamais souffrir que ses bâtiments, pour arriver en France, soient obligés par les Anglais à relâcher dans quelqu’un des ports des possessions britanniques. Moyennant ces trois conditions, je pourrais, de mon côté, déclarer, 1 ° que mes corsaires et bâtiments de guerre n’exerceront aucune visite sur les bâtiments américains, si ce n’est la visite nécessaire pour vérifier si le bâtiment est réellement américain et n’appartient point à une nation ennemie; 2° que les vaisseaux américains seront reçus dans mes ports et soumis seulement aux droits de douanes ordinaires, pourvu toutefois qu’ils viennent directement des États-Unis, d’un autre port de France, d’un pays allié de la France, ou d’un pays neutre; car je ne puis consentir à admettre des bâtiments américains qui viendraient des ports de l’Angleterre.

Je trace ici ces idées à la hâte; elles seront rectifiées quand j’aurai sous les yeux toutes les pièces et le rapport que vous devez me faire; mais, pour que vous ayez des bases pour votre travail, j’ai voulu vous faire connaître mes principales idées. Vous sentez l’importance de garder sur cet objet le plus grand secret. Présentez-moi votre rapport le plus promptement possible; les matériaux du travail que je vous demande doivent exister dans votre ministère.

 

Paris, 10 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, j’ai reçu l’état des consuls qui sont en France. Faîtes-moi connaître le traitement qu’ils touchaient à l’étranger et celui dont ils jouissent en France.

 

Paris, 10 janvier 1810.

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Mon sieur le Comte Bigot de Préameneu, donnez ordre au général Miollis de faire emballer toutes les archives du Saint-Siège et de les envoyer en France sons bonne escorte.

 

Paris, 10 janvier 1810.

 

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

 Je vous envoie des notes de M. Bacher. Écrivez au conseiller d’État Beugnot pour qu’il fasse apposer le séquestre sur les biens des individus au service de Prusse et d’Autriche, qu’il prononce le rappel de ceux qui seraient au service de ces deux puissances et de l’Angleterre, qu’il fixe un délai après lequel leurs biens seraient séquestrés et leurs personnes déclarées inhabiles à succéder.

 Donnez une instruction détaillée au comte Beugnot, parce que ce qu’il fera servira de règle pour les autres. Il faut donc que ce soit bien conforme aux principes.

 

Paris, 11 janvier 1810

QUESTIONS AU COMITÉ DES ÉVÊQUES.

Ce comité, nommé le 16 novembre 1809, était ainsi composé: le cardinal Fesch, président; le cardinal Maury, archevêque-évêque de Montefiascone; Louis-Mathias de Barral, archevêque de Tours; Jean-Baptiste Canavery, évêque de Verceil; Jean-Baptiste Bouclier, évêque d’Evreux; Charles Mannay, évêque de Trèves; Jean-Baptiste Duvoisin, évêque de Nantes. L’abbé Fontana, supérieur des Barnabites, et l’abbé Emery, supérieur du séminaire de Saint-Sulpice, furent adjoints au comité; mais on ne trouve pas leur signature au bas du mémoire rédigé par les évêques en réponse aux questions de l’Empereur. Un résumé de !a réponse des évêques est annexé à la lettre à Bigot de Préameneu du 13 janvier.

 PREMIÈRE SÉRIE

1° Le gouvernement de l’église est-il arbitraire ?

2° Le Pape peut-il, par des motifs d’affaires temporelles, refuser son intervention dans les affaires spirituelles ?

3° et 4°. Il est hors de doute que, depuis un certain temps, la cour de Rome est resserrée dans un petit nombre de familles; que les affaires de l’Église y sont examinées et traitées par un petit nombre de prélats et théologiens, pris dans de petites localités des environs, et qui ne sont pas à portée de bien voir les grands intérêts de l’Église universelle, ni d’en bien juger.

Dans cet état de choses, convient-il de réunir un concile ?

Ne faudrait-il pas que le consistoire ou conseil particulier du Pape fût composé de prélats de toutes les nations pour éclairer Sa Sainteté ?

5° En supposant qu’il soit reconnu qu’il n’y ait pas de nécessité de faire des changements dans l’organisation actuelle, l’Empereur ne réunit-il pas sur sa tête les droits qui étaient sur celle des rois de France, des ducs de Brabant et autres souverains des Pays-Bas, des rois de Sardaigne, des ducs de Toscane, etc., soit pour la nomination des cardinaux, soit pour toute autre prérogative ?

 

DEUXIÈME SÉRIE. – QUESTIONS PARTICULIÈRES A LA FRANCE.

1° Sa Majesté l’Empereur ou ses ministres ont-ils porté atteinte au Concordat ?

2° L’état du clergé de France est-il, en général, amélioré ou empiré depuis que le Concordat est en vigueur ?

3° Si le Gouvernement français n’a pas violé le Concordat, le Pape peut-il arbitrairement refuser l’institution aux archevêques et évêques nommés, et perdre la religion en France comme il l’a perdue en Allemagne, qui, depuis dix ans, est sans évêques ?

4° Le Gouvernement français n’ayant point violé le Concordat, si, d’un autre côté, le Pape refuse de l’exécuter, l’intention de Sa Majesté est de regarder ce Concordat comme abrogé : mais, dans ce cas, que convient-il de faire pour le bien de la religion ?

 

TROISIÈME SÉRIE.

1° Sa Majesté, qui peut, à juste titre, se considérer comme le chrétien le plus puissant dans le rang suprême auquel la Providence l’a élevé, sentirait sa conscience troublée si elle ne portait aucune attention aux plaintes des églises d’Allemagne sur l’abandon dans lequel le Pape les laisse depuis dix ans. Sa Majesté le conjure d’y rétablir l’ordre. L’archevêque prince Primat vient encore de lui adresser ses représentations à cet égard. Si le Pape continue, par des raisons temporelles ou par des sentiments haineux, à laisser ces églises dans l’état de perdition et d’abandon, Sa Majesté désire, comme suzerain de l’Allemagne, comme héritier de Charlemagne, comme véritable empereur d’Occident, comme fils aîné de l’Église, savoir quelle conduite elle doit tenir pour rétablir le bienfait de la religion chez les peuples d’Allemagne.

2° Il est besoin qu’il y ait une nouvelle circonscription d’évêchés dans la Toscane et dans d’autres contrées; si le Pape refuse de coopérer à ces arrangements, quelle marche Sa Majesté devrait-elle suivre pour les régulariser ?

3° La bulle d’excommunication du 10 juin 1809 étant contraire à la charité chrétienne ainsi qu’à l’indépendance et à l’honneur du trône, quel parti prendre pour que, dans des temps de trouble et de calamité, les Papes ne se portent pas à de tels excès de pouvoir ?

 

Paris, 11 janvier 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE.

Le ministre de la marine propose une dépense de 300,000 francs pour la seule utilité d’exploiter la forêt d’Aitone, en Corse. Sa Majesté désire des renseignements plus positifs. Le ministre établit qu’on exploitera 3 millions de pieds cubes en quatre ans. Sa Majesté suppose que l’exploitation n’aura lieu qu’en dix ans; ce qui ferait 300,000 pieds cubes par an, qui, revenant à Toulon à 3 francs à la marine, seraient pour elle une dépense de 900,000 francs, somme qui doit paraître trop considérable pour un seul port, attendu qu’on n’estime pas à plus de 4 millions la dépense à faire par an, en bois de construction, pour toute la France.

On suppose qu’il reviendra à l’État deux sous et demi par pied cube, pris dans la forêt; ce qui fera pour 300,000 pieds cubes 80,000 francs par an, et, pendant dix ans, 800,000 francs.

La somme de 300,000 francs à dépenser sur-le-champ pour construire des chemins vaudrait, au bout de dix ans, 4 ou 500,000 francs.

Ainsi, en supposant des calculs exacts, l’État doublerait ses fonds.

Mais il faudrait entretenir les nouveaux chemins qu’on aurait construits, et, dans un pays de montagnes et de ravins, on ne peut estimer l’entretien à moins de 20 ou 25,000 francs par an : cette somme dépensée en entretien pendant dix ans achèverait de consommer le bénéfice du Gouvernement, qui rentrerait seulement dans sa première dépense.

Mais, s’il est vrai que le ministre ne puisse mettre en achat de bois de construction pour Toulon que 300,000 francs par an au lieu de 900,000 francs, l’opération ne se ferait plus en dix ans, mais en trente ans; on n’exploiterait pas 300,000 pieds cubes, mais seulement 100,000; le produit ne serait pas pour le Gouvernement de 80,000 francs par an, mais de 25,000 francs; ce produit ne couvrirait que la dépense de l’entretien des chemins, et le Gouvernement en serait pour ses 300,000 francs de première mise.

Ce dernier raisonnement, qui est celui auquel on parait devoir s’arrêter, établit qu’on n’exploitera que 100,000 pieds cubes par an, et l’on croit cette supposition très fondée. Jamais on n’a exploité davantage, et souvent on a exploité beaucoup moins par an depuis trente ans. Alors l’exploitation se ferait très près de la mer; ce qui donnerait une facilité encore beaucoup plus grande que celle qu’on obtiendra par les travaux qu’on veut faire pour exploiter dans l’intérieur de la montagne.

Mais, en admettant un moment la supposition d’une exploitation de 300,000 pieds cubes, il resterait à examiner si les moyens de payer sont suffisants. Le transport de la forêt à la mer se fait-il par des bœufs ou par d’autres voies ? S’il se fait par des bœufs, il est connu qu’une paire de bœufs ne peut traîner plus de 1,000 à 1,200 pesant; 300,000 pieds cubes pèsent 18 millions; ce qui fait 18,000 paires de bœufs à employer par an, ou 60 par jour. Ce résultat n’excède pas les ressources du pays; on peut même aller jusqu’à 100 paires de bœufs par jour.

Au reste, tous ces raisonnements sont subordonnés à une autre question : ne conviendrait-il pas davantage au Gouvernement de vendre la forêt d’Aitone, en imposant l’obligation de faire les chemins nécessaires pour son exploitation ?

Sa Majesté désire que le devis des chemins projetés soit envoyé aux ponts et chaussées.

Elle désire également qu’il lui soit fait un rapport sur ce que les forêts de Corse ont rendu depuis la conquête.

 

Paris, 11 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous donnerez sans délai les ordres suivants, que vous enverrez par un officier d’état-major :

1° Au général Loison, de se rendre à Valladolid, où il réunira sa division composée des deux bataillons du 26e, des deux du 66e, des deux du 82e, du bataillon hanovrien, du bataillon de la légion du Midi, qui font partie de la brigade Simon; du bataillon du 26e, de celui du 66e, de celui du 82e, du bataillon hanovrien, du bataillon du Midi, du bataillon du 15e léger et du bataillon du 32e léger, qui faisaient partie du 2e corps et qui sont actuellement entre Valladolid et Benavente; du bataillon du 26e, de celui du 65e et de celui du 82e, qui font partie de la brigade Montmarie, division Reynier; ces trois derniers bataillons continueront leur route sur Valladolid avec le général Montmarie. Le général Loison formera cette division en deux brigades : la 1e, commandée par le général Simon, composée d’un bataillon du 15e léger, des deux bataillons hanovriens, des deux bataillons de la légion du Midi el des quatre bataillons du 26e, total, neuf bataillons, faisant près de 5 à 6,000 hommes; la 2e, commandée par le général Montmarie, composée d’un bataillon du 32e léger, des quatre bataillons du 66e et des quatre bataillons du 82e, formant neuf bataillons et 6,000 hommes. Il sera joint à cette division le 1er régiment provisoire de chasseurs, fort de 1,000 chevaux, qui, à cet effet, continuera sa route sur Valladolid. On organisera à Valladolid sept ou huit pièces de canon pour la division Loison, qui sera ainsi forte de 22,000 hommes.

2° La division Bonet sera composée des 118e, 119e, 120e et 122e.

3° Le général Solignac réunira à Burgos une division, qui sera composée des deux bataillons du 15e de ligne, des deux du 47e, des deux du 86e et des deux du 70e qui composent la brigade du général Gratien; des bataillons du 15e, du 47e, du 86e et du 70e qui composent la brigade Montmarie, qui, à cet effet, continueront leur route de Vitoria sur Burgos; d’un bataillon prussien et d’un bataillon Westphalien. Cette division sera formée en deux brigades; les trois bataillons du 15e et du 47e, et le bataillon westphalien formeront la première brigade; le bataillon irlandais, avec les bataillons du 86e et du 70e, formera la deuxième brigade. On organisera au général Solignac, à Burgos, six pièces de canon. Burgos, Valladolid et Santander seront ainsi gardés.

Vous donnerez l’ordre que tout ce qui appartient au 5e léger se rende à Saragosse; que tout ce qui appartient au 43e, au 51e, au 58e, au 12e léger, au 10e bataillon de marche, se rende à Madrid pour y rejoindre ces corps.

J’aurai donc, pour le nord de l’Espagne, trois divisions formant 30,000 hommes. Je désire que le 10 février, époque où je compte que ces trois divisions seront réunies, elles puissent agir.

Donnez l’ordre au général Reynier de faire les changements suivants dans sa division. Tout ce qui fait partie des 118e, 119e, 120e, 6e léger, 32e, 163e, 76e, formera une brigade qui se réunira à Bilbao, maintiendra la communication avec Burgos, Santander, Ossuna, et battra les gorges de Prias, pour nettoyer ces provinces. Cette brigade sera sous les ordres du général Valentin; elle achèvera de se former à Bilbao. La 2e brigade, commandée par le général Lamartinière, sera composée de tout ce qui appartient aux 114e, 115e, 116e, 117e, 14e et 44e de ligne; elle se dirigera sur Tudela et Logroño, et sera chargée de faire la police et de maintenir les communications entre Tudela, Pampelune et Vitoria. Elle achèvera de se former et de s’organiser à Tudela. Tout ce qui appartient aux 9e, 31e, 16e léger, 8e, 24e, 45e, 54e, 60e, 63e, 28e, 75e, 64e et 103e de ligne, se réunira à Saint-Sébastien, Tolosa et Vitoria, pour achever de mettre l’ordre et faire la police dans la Biscaye; ces détachements composeront la 3e brigade. Le général Reynier aura l’œil sur la Navarre et correspondra avec les commandants de Burgos et de Pampelune. Vous lui ferez connaître que je compte le laisser dans ces positions une partie de février, pour rallier et organiser son corps.

Quant à la cavalerie des deux divisions Loison et Reynier, voici comment je veux la composer. Vous avez dû ordonner au 2e régiment de marche de cavalerie de l’armée d’Espagne de se rendre à Saragosse pour être dissous et incorporé dans le 4e de hussards et dans le 13e de cuirassiers. En conséquence du même ordre, vous avez dirigé le 1er régiment provisoire de chasseurs sur Valladolid pour être à la disposition du général Loison. Vous donnerez l’ordre au 1er régiment de marche de cavalerie de continuer sa route sur Madrid, pour être incorporé; vous excepterez de ce mouvement sur Madrid le détachement de 100 hommes du 3e de hussards, qui se rendra à Valladolid et, de là, à Salamanque, pour rejoindre son régiment au 6e corps. Donnez ordre que le 3e régiment de cavalerie de marche, qui arrive le 16 à Tolosa, continue sa marche sur Madrid, pour être incorporé. Vous excepterez du mouvement sur Madrid le détachement du 3e de hussards, qui se dirigera sur Salamanque, et celui des 81 hommes du 4e de hussards, qui se dirigera sur Saragosse pour y rejoindre son régiment. Donnez l’ordre que le 4e régiment de marche de cavalerie, qui arrive le 12 à Tolosa, se dirige sur Saragosse pour être incorporé dans le 13e de cuirassiers. Donnez l’ordre que le 5e régiment de marche de cavalerie, qui arrive le 12 à Tolosa, se partage là de la manière suivante : les 300 hommes appartenant aux 5e, 7e, 8e et 9e de hussards, dont les escadrons de guerre sont en Allemagne, se dirigeront sur Saragosse pour être incorporés dans le 4e de hussards; les 300 hommes appartenant aux 1e, 2e, 7e, 11e, 12e, 13e et 20e de chasseurs, dont les escadrons de guerre sont en Allemagne, se dirigeront sur Salamanque pour être incorporés au 15e de chasseurs, conformément au décret que vous recevrez. En conséquence de ces dispositions, les 1er, 2e, 3e, 4e et 5e régiments de marche de cavalerie de l’armée d’Espagne, seront dissous. Le général Reynier n’aura plus de cavalerie; mais vous ordonnerez à la 5e brigade de dragons, composée des 11e et 12e régiments provisoires, qui arrive le 22 à Bayonne, de continuer sa route sur Vitoria. Le 11e provisoire restera jusqu’à nouvel ordre à la division Reynier. Le 12e provisoire se rendra à Salamanque pour être incorporé dans les 15e et 25e régiments de dragons.

Faites-moi connaître le jour où les autres brigades de dragons arriveront à Bayonne, afin que je leur donne des ordres pour leur marche et pour leur placement.

Le général Caulaincourt doit prendre le commandement de la cavalerie du 8e corps. Donnez ordre au général Lagrange, qui arrive le 13 à Bayonne avec sa première brigade, de continuer sa route sur Tolosa. Faites-moi connaître le jour où il y arrivera et où les différentes divisions du 8e corps arriveront à Bayonne, afin que j’en dispose définitivement.

 

Paris, 11 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous ai envoyé, ce matin, par un de mes pages, une dépêche contenant des ordres pour différents mouvements de troupes dans mes armées d’Espagne. J’ai jugé à propos d’y faire les changements suivants:

Provinces de Valladolid et de Léon. – Le général Loison sera maître de porter son quartier général à Benavente ou à Astorga. Le principal but de sa division devra être de tenir en échec toutes les troupes qui sont en Galicie, d’organiser et de garantir tout le royaume de Léon. Sa division sera composée comme je l’ai ordonné, hormis que le général Ferey, qui est déjà à Léon, commandera une de ses brigades. Dans cette position, le général Loison appuiera sa droite sur le général Bonet, et sa gauche sur le duc d’Elchingen, qui est à Salamanque. Faites part de ces dispositions au duc d’Elchingen. Le général Kellermann continuera à avoir le commandement de la province de Valladolid. Écrivez au général Kellermann pour connaître la quantité d’artillerie qu’a aujourd’hui la brigade Ferey, qui est à Léon, et réitérez tous les ordres nécessaires pour que le général Loison ait huit ou dix pièces de canon.

Navarre et Biscaye. – Le général Montmarie commandera la brigade de la division Replier qui est destinée à entrer en Navarre, et le général Lamartinière commandera l’autre brigade, qui est dans la Biscaye. La brigade destinée pour la Navarre, au lieu d’être dirigée sur Logroño et Tudela, se réunira à Pampelune, et le général Montmarie, qui est actif et qui sera sous les ordres du général d’Agoult, commandant la province, prendra toutes les mesures nécessaires pour détruire les bandes d’insurgés. Par ce moyen, Suchet, n’ayant plus à penser à la Navarre, en retirera toutes ses troupes pour se renforcer. Tous les détachements des régiments de la Vistule, tous ceux du 14e, du 44e régiment et tous les autres appartenant au corps du général Suchet qui se trouvent en Navarre recevront ordre de rejoindre leurs corps en Aragon.

Province de Santander. – Vous donnerez ordre au général Reynier de faire occuper Frias et Puentelarra par le général Valentin, et de vous faire passer la correspondance suivie du général Bonet. Vous témoignerez au général Bonet ma satisfaction de toute sa conduite dans le cours de cette année. Vous lui ferez connaître que je le renforce du 118e et du 122e; que j’envoie le général Loison à Astorga avec 12,000 hommes; que je le laisse maître d’entrer dans les Asturies ou de faire cette expédition de concert avec le général Loison; que je désire connaître ses notions sur cette expédition; que peut-être, dans cette saison, les neiges seront un obstacle, mais que, s’il était possible de pénétrer de son côté, il pourrait être avantageux de menacer la Galice par la marine, tandis que Loison la menacerait par Astorga; car, enfin, il vaut mieux porter la crainte chez l’ennemi que le laisser faire diversion et prendre une position offensive. Vous ferez connaître au général Bonet qu’il est maître absolu de prendre toutes les mesures convenables pour faire rentrer l’argent et les effets d’habillement dont il a besoin pour mettre mes troupes dans le meilleur état. Je désire aussi qu’il puisse pourvoir à la solde; Santander est un pays riche, où il ne doit pas être difficile de trouver un million. J’entends seulement que tout cela soit fait en règle et sans aucune espèce de gaspillage.

Aragon et Catalogne. – Vous ferez connaître au général Suchet qu’il doit réunir 500,000 rations de biscuit à Saragosse et 100,000 à Alcaniz; qu’il doit, en outre, réunir à Alcaniz quelques réserves de cartouches et de munitions de guerre; que je désire savoir ce qu’il préfère, ou de se porter sur Lérida pour en faire le siége, ou de se porter sur Tortose; que je suppose que son corps doit être, en réunissant tous les détachements qui se trouvent en ce moment éparpillés, de 16,000 hommes d’infanterie et de 2,000 hommes de cavalerie; que je désire qu’avec cela il soit prêt à se porter au secours de Barcelone et aider à l’arrivée du 7e corps, qui s’avance sous le commandement du duc de Castiglione; et qu’il est nécessaire qu’il se mette le plus tôt possible en correspondance avec le duc de Castiglione; que ce maréchal vient d’obtenir de grands succès; qu’il est maître de Girone et de la plus grande partie de la Catalogne. Envoyez au général Suchet copie de la dernière situation que vous avez du 7e corps. Faites-lui connaître enfin qu’il doit subvenir abondamment à tous les besoins de ses troupes, tant pour les effets d’habillement, pour les toiles, pour les souliers, que pour la solde; que l’Aragon est assez riche pour lui fournir de grandes ressources, et que nos dépenses deviennent tellement considérables que j’ai désormais peine à suffire à toutes.

Vieille Castille. – Je vous ai écrit que Solignac devait commander une division française de 8 à 9,000 hommes; mandez à ce général que mon intention est que, aussitôt que la division Gratien sera arrivée à Burgos, il ait à réunir tout ce qui appartient à la division allemande et à le diriger sur Ségovie, où ces troupes seront sous les ordres du Roi. Mandez au Roi que je pense qu’il faut réorganiser cette division allemande, soit pour tenir garnison à Madrid, soit pour tenir garnison à Ségovie et maintenir tous les environs.

8e Corps et Biscaye. – Le général Reynier continuera à avoir son quartier général à Vitoria, à activer l’organisation de ses trois brigades et à diriger tous les mouvements nécessaires pour réprimer les rebelles de la Navarre et de la Biscaye, enfin pour maintenir les communications avec Santander par Frias, avec Burgos, Tudela et Pampelune, celles de Tudela à Burgos, etc. Vous ferez connaître que mon intention est de réunir tout le 8e corps à Logroño. A cet effet le général Lagrange, avec la première brigade de sa division, entrera le 14 en Espagne et se dirigera en droite ligne sur Logroño. Le commissaire ordonnateur et le chef de l’état-major s’y transporteront le plus tôt possible; tout l’état-major et le commandant en chef y seront réunis le 8 février. Tous les ordres seront donnés pour que les divisions ci-devant Rivaud et Lagrange y arrivent le plus tôt possible, ainsi que les administrations et l’artillerie, cela formera 16 à 17,000 hommes, qui devront être à Logroño dans les dix premiers jours de février. Le 10e bataillon provisoire des équipages partira le 21 de Pau pour se rendre à Logroño; il se chargera, en passant à Bayonne, d’effets d’habillement et de biscuit pour le 8e corps.

Donnez ordre au général Lagrange et au chef d’état-major de faire faire à Logroño 200,000 rations de biscuit. Donnez l’ordre au général Reynier de faire compléter l’approvisionnement de biscuit de Vitoria à 500,000 rations. Donnez le même ordre pour Saint-Sébastien. Donnez le même ordre à Burgos. Faites compléter à 1,200,000 rations de biscuit l’approvisionnement de Madrid.

La cavalerie du 8e corps sera composée de la 1re brigade, qui comprend les ler, 2e et 3e régiments provisoires, formés des 3e et 4e escadrons qui appartiennent aux régiments de la division Latour-Maubourg, et de la 3e brigade, qui comprend les 6e et 7e régiments provisoires, formés de huit escadrons qui appartiennent à la division Milhaud. Cela fera donc vingt escadrons, pouvant faire un présent sous les armes de plus de 5,000 hommes. Des cinq brigades de dragons, il me reste donc à disposer de deux, de la 2e et de la 4e. Vous donnerez ordre à la 2e et à la 4e brigade de continuer leur route aussitôt qu’elles seront arrivées à Bayonne et de se diriger l’une et l’autre sur Burgos.

Dispositions diverses. – Vous donnerez ordre au bataillon de Neuchâtel, à tout ce qui se trouve à Bayonne appartenant au quartier général, et au 1er bataillon du train chargé de 180,000 paires de souliers, de partir de Bayonne et de se rendre à Vitoria, où ils resteront jusqu’à nouvel ordre. La compagnie des guides, les chevaux et l’état-major, et la moitié des miens, partiront de Bayonne sous l’escorte du bataillon de Neuchâtel. Donnez ordre à Bayonne de faire partir tous les lanciers. Réitérez l’ordre aux généraux Loison, Reynier et Suchet de diriger sur Madrid tous les lanciers polonais qu’ils peuvent avoir sous leurs ordres. Donnez ordre au 11e bataillon des équipages militaires de partir le plus tôt possible pour Bayonne.

Aussitôt que l’infanterie de la gendarmerie de l’armée d’Espagne sera arrivée à Bayonne, faites-la entrer en Espagne et dirigez-la sur Vitoria. La 3e division du duc d’Abrantès, composée de quatre régiments de marche et de douze bataillons auxiliaires, ne se remuera pas sans un nouvel ordre de vous. Faites-moi connaître quelle sera la situation de ce corps au 1er février, ainsi que celle des vingt escadrons de gendarmerie, ainsi que celle de la division d’arrière-garde, dont j’ai ordonné la réunion à Orléans. Cette division sera-t-elle réunie à Orléans pour le 1er février ?

Indépendamment des quatre régiments de marche d’infanterie, des douze bataillons auxiliaires, des vingt escadrons de gendarmerie, des trois divisions de la Garde, et de la division d’arrière-garde qui se forme à Orléans, j’ai encore ordonné la formation de plusieurs régiments de marche de cavalerie: remettez-moi un état de ces corps, de leur force et du lieu où ils se trouvent.

Écrivez au chef d’état-major général en Espagne de renouveler tous les ordres précédents pour réunir les corps et rallier tous les détachements, tant d’infanterie et de cavalerie que d’artillerie, et même les bataillons des équipages et du train, car la dispersion des corps ne peut produire que le désordre.

 

Paris, 11 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez l’ordre au général Wouillemont de faire relever par les troupes qui sont à ses ordres celles du général Suchet qui sont au fort Vénasque. Ce fort est important  à conserver, en raison de son voisinage des frontières de France. Il y entretiendra une garnison suffisante et aura soin de l’approvisionner aussitôt en vivres et munitions, de manière à le mettre à l’abri des entreprises des insurgés.

 

Paris, 11 janvier 1810.

 Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

 Faîtes partir pour l’intérieur de la France les moines de Girone; faites-les renfermer à Saint-Péray et dans le Vivarais; vous pouvez aussi en mettre dans la citadelle de Valence.

 

Paris, 11 janvier 1810

Note pour le ministre de la guerre

Le prince d’Eckmühl ne peut venir à Paris que lorsque les troupes seront en quartiers d’hiver et que la Bavière aura pris possession de Salzbourg et de l’Innviertel. Il faut donc pour cela que les arrangements avec la Bavière soient terminés.

 

Paris, 11 janvier 1810.

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 Écrivez à M. de Saint-Marsan qu’il a mal fait d’aller voir, même par honnêteté, le prince d’Orange, qui, étant au service d’Autriche, n’est plus considéré comme prince prussien; qu’il ne doit pas voir davantage le prince de Hesse-Cassel; qu’il doit éviter de se rencontrer avec eux, rendre tout à leurs sœurs et rien à eux ; que lui ni aucun Français ne doivent avoir de communication avec ces deux princes, sans cependant mettre à cela de l’importance, et qu’il ne doit, à cet effet, rien faire qui les reconnaisse.

 

Paris, 12 janvier 1810

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la lettre du roi de Hollande. Il me semble qu’elle est bien faible et qu’elle ne contient pas l’exposition des motifs de la réunion de la Hollande à la France et des inconvénients qu’elle aurait pour l’Angleterre. Je pense que l’agent à envoyer à Londres n’a pas besoin d’être le même que celui chargé de traiter l’échange des prisonniers. Il faudrait que le conseil des ministres écrivît une lettre au secrétaire d’État des affaires étrangères d’Angleterre, qui serait portée par un agent secret. Cette lettre lui ferait connaître le tort qui résulterait pour l’Angleterre de la réunion, et que, si l’Angleterre voulait éviter la confusion de la Hollande, elle pourrait le faire en entamant des négociations et faisant une démarche quelconque, mais en demandant en même temps que tout fût suspendu relativement à la réunion de la Hollande.

P. S. Le Roi vous remettra avant la minute de sa lettre.

 

 Paris, 12 janvier 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

J’avais ordonné que toute dépêche télégraphique, avant d’être transmise, vous fût envoyée pour m’être communiquée; vous n’en avez rien fait, et vous avez fait partir la dépêche ci-jointe sans me la soumettre. Faites-moi connaître d’où vient cette négligence et cette contravention à mes ordres; mon service en a beaucoup souffert. Il faut que vous ayez pour principe de ne jamais considérer mes ordres comme tombés en désuétude, et de ne jamais passer les bornes du pouvoir que je vous ai accordé.

 

Paris, 12 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, faîtes-moi connaître quand je pourrai avoir ce qui est relatif aux affaires de Rome et des villes hanséatiques

P.S. Je suis très pressé pour les affaires de Rome.

 

Paris, 13 janvier 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous envoie les réponses qui me sont faites par le comité ecclésiastique à différentes questions (voir plus haut). Je désire que vous fassiez lecture de ces pièces chez l’archichancelier, auquel j’ordonne de réunir à cet effet les ministres d’État Treilhard et Régnaud, et le sieur Guieu; vous me ferez connaître leurs observations et les vôtres sur ces différentes questions. Cela se fera promptement et sans éclat.

Vous ne donnerez pas copie de ces pièces, que vous garderez toujours par devers vous. Vous vous bornerez à en faire lecture, et vous rédigerez les observations qui pourront être faites sur ces matières.

Les réponses du comité ecclésiastique sont conservées aux Archives de l’Empire (AF, IV. = 1027).

Le rapport de cette commission de conseillers d’Etat est ainsi conçu:

Sire, les réponses données par un comité de quelques évêques à plusieurs questions que Votre Majesté leur avait adressées ont été, par votre ordre, renvoyées à une commission composée du prince archichancelier, du ministre des cultes, des ministres d’État Regnaud, de Saint-Jean d’Angély, et Treilhard, et de M. Guieu, maître des requêtes.

Cette commission est chargée de présenter à Votre Majesté ses observations sur ce travail, et notamment de lui faire connaître s’il est conforme à la doctrine du clergé, des parlements et des universités de France.

La commission a dû principalement porter son attention sur celles des questions qui avaient rapport à cette doctrine. Elle doit au comité des évêques la justice de déclarer que le résultat de leurs réponses est conforme aux principes; mais la commission ne saurait en même temps dissimuler que le développement qui précède ces réponses n’est pas toujours assez complet, et qu’on ne y trouve pas cette précision, cette fermeté avec laquelle les évêques français ont jusqu’ici exposé et défendu les maximes et les libertés de l’Eglise gallicane.

Votre Majesté a demandé si le gouvernement de l’Eglise est arbitraire.

Les évêques ont répondu que « ce gouvernement n’est point arbitraire; que le Pape a une primauté d’autorité et de juridiction; que chaque évêque a le droit de gouverner son Église, mais avec subordination à la chaire pontificale, qui est le centre d’unité. » Il eût été à désirer que le comité des évêques eût donné, sur le pouvoir propre à l’épiscopat, quelque développement. Sous un grand nombre de rapports, un évêque est, dans le gouvernement particulier de son diocèse, indépendant du Pape, et c’est une des causes principales de ce que le gouvernement de l’Eglise n’est pas arbitraire. Il eût d’ailleurs été convenable de distinguer l’autorité de l’Église en ce qui est purement spirituel, et l’autorité qu’elle ne tient que des souverains et que ceux-ci peuvent modifier et même retirer.

En réponse à une autre question, le comité des évêques a dit  « que l’autorité du Pape a toujours été nécessaire pour les conciles généraux »

Les huit premiers conciles œcuméniques, ces conciles qui renferment éminemment la doctrine de l’Église, ont tous été convoqués par les empereurs d’Orient.

Dans les temps de schisme, des conciles ont été convoqués sans l’autorité des papes, et dans ces conciles il a été déclaré qu’ils représentaient l’Eglise universelle.

Quant à la sanction des décrets des conciles par les papes, personne n’ignore la règle établie en ces termes par le concile de Constance : « Le saint synode de Constance décrète et déclare que le synode légitimement assemblé par le Saint-Esprit, composant le concile général et représentant l’Eglise catholique militante, a sa puissance immédiatement de Dieu; que tout fidèle, de quelque condition, état et dignité qu’il soit, même le Pape, qui refusera opiniâtrement d’obéir aux ordonnances, dispositions, statuts et préceptes de ce saint concile, ou de tout autre concile général légitimement assemblé, sera mis en pénitence et puni, et que l’on pourra, s’il est besoin, agir contre lui par les voies de droit. “

Telle est aussi la disposition du concile de Bâle et de la Pragmatique Sanction de 1438.

Enfin la présence du pape à un concile général n’est point nécessaire pour qu’il soit légitime; il y en a plusieurs exemples. S’il en était autrement, les papes seraient au-dessus des conciles généraux, en ce qu’il dépendrait d’eux qu’il n’yen eût jamais.

Votre Majesté a demandé, au sujet de l’institution canonique des évêques, ce qu’il convient de faire pour le bien de la religion dans le cas où, le Gouvernement n’ayant pas violé le Concordat, le Pape refuse de l’exécuter.

Les évêques déclarent que le Concordat n’a pas été violé par Votre Majesté ni par ses ministres; ils décrivent les variations qui ont eu lieu dans les élections et les institutions des évêques; mais ils n’exposent pas assez nettement quel était sur ce point l’état des choses à l’époque du Concordat et quelle a été depuis la doctrine constante de l’Eglise gallicane.

L’un des objets de la Pragmatique Sanction de 1438 fut de faire cesser les entreprises des papes contre le droit des métropolitains, de leurs suffragants et des conciles provinciaux relativement à l’institution canonique des évêques.

Par le concordat de 1515, la nomination fut réservée au roi de France et l’institution au pape, mais toutes les fois que l’institution par le pape a éprouvé des obstacles, soit par refus non légitime, soit pour toute autre cause, l’Eglise de France a toujours, et sans la moindre variation, soutenu que cette institution devait, suivant les principes reconnus et en vigueur en 1515, être faite par les métropolitains et leurs suffragants.

Les Portugais ayant secoué le joug des Espagnols qu’Urbain VIII favorisait, les bulles d’institution des évêques furent constamment refusées par le pape et par son successeur. Par suite de ces refus, le Portugal se trouva, en 1650, sans évêques. Le clergé de France, alors assemblé, ayant été consulté, répondit que l’on pouvait, pour l’institution canonique des évêques nommés, s’adresser à des évêques même hors du Portugal, et il fit au pape les représentations les plus pressantes.

En 1682, le pape ayant, à l’occasion des discussions sur la régale, refusé des bulles à l’évêque de Pamiers, l’assemblée du clergé nomma une commission qui, dans son rapport, déclara que l’on pouvait revenir au même état où l’on était avant le Concordat, et que le nommé par le Roi pouvait être pourvu et sacré par le métropolitain.

Les propositions consacrées par cette même assemblée du clergé de 1682 ayant déplu à Rome, les bulles d’institution furent refusées à ceux des membres de cette assemblée qui furent ensuite nommés évêques.

Elle proclama encore ses principes, et, de son côté, le parlement rendit, le 27 septembre 1688, un arrêt qui autorisa l’appel du procureur général au concile universel.

Cette affaire se termina par voie de négociation.

En 1718, Clément XI ayant, à raison de la bulle Unigenitus, refusé l’institution canonique à plusieurs évêques, le régent nomma une commission du conseil qui consulta les théologiens et les canonistes. Les avis furent unanimes sur ce que l’institution pouvait se faire par les métropolitains.

Tels sont les principes et les faits que la commission eût désiré voir plus nettement exposés. Peut-être aussi est-il convenable qu’un plus grand nombre d’évêques soit réuni, afin qu’il soit donné à cet égard un témoignage plus imposant.

Enfin la bulle lancée par le Pape le 10 juin 1809 a donné occasion à Votre Majesté de demander quel parti prendre pour que, dans des temps de troubles et de calamité, les papes ne se portassent pas à de tels excès de pouvoir.

Les réponses à cet égard sont précises. Le comité des évêques déclare que ” l’ancienne et constante doctrine de l’Eglise de France soustrait les souverains, quant au temporel, non seulement à la juridiction du Pape, mais encore à celle de l’Eglise universelle; que la bulle d’excommunication du 10 juin est un excès de pouvoir que l’on ne devait pas s’attendre à voir renouveler depuis que la saine critique a ramené les lumières et a découvert la fausseté des décrétales dont quelques papes se sont autorisés. »

La conduite du Pape est ouvertement condamnée dans cette réponse. La commission ne peut s’empêcher d’ajouter l’expression des sentiments d’indignation qu’inspire l’excès du pouvoir employé pour soulever les sujets contre leur souverain, et pour rallumer, s’il était possible, les guerres civiles de religion.

Mais heureusement il est, contre des entreprises aussi coupables, une garantie suffisante dans le progrès des lumières, et ceux mêmes qui sont le plus attachés à la religion catholique reconnaissent que, suivant les préceptes mêmes de cette sainte religion, ses ministres de tous les ordres doivent donner l’exemple du respect et de la fidélité dus au souverain.

Tel est, Sire, le résumé des observations que votre commission a cru important de mettre sous les yeux de Votre Majesté.

Cambacérès, Treilhard, Regnaud, de Saint-Jean d’Angely, Guieu

 

Palais des Tuileries, 13 janvier 1810

DÉCRET

Le prix annuel de 500 napoléons, fondé par notre décret du 9 avril en faveur des auteurs dont les ouvrages contribueront le plus efficacement à maintenir la langue italienne dans sa pureté, sera distribué, chaque année, le 2 décembre.

Il pourra être divisé en trois, de 3,300 francs chacun, lorsqu’il n’y aura pas d’ouvrage d’un mérite éminent. Ces trois prix seront alors donnés: un aux ouvrages en prose, et deux aux ouvrages en vers.

Les conditions du concours et les époques de la remise des ouvrages seront arrêtées tous les ans par l’Académie de Florence, et publiées par les soins de notre bien-aimée sœur la Grande-Duchesse, après avoir été revêtues de son approbation.

L’examen des ouvrages sera fait par la classe de la Crusca, qui se réunira ensuite aux autres classes de l’Académie pour faire le rapport qui devra nous être transmis, et sur lequel le prix sera décerné conformément à notre décret du 9 avril.

Notre ministre de l’intérieur et notre intendant général de la liste civile sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent décret.

 

Paris. 13 janvier 1810.

 A M. Maret, ministre secrétaire d’État, à Paris

 Je vous envoie le projet de sénatus-consulte relatif aux domaines de la couronne, qui me paraît fort bien. Vous vérifierez s’il y est dit que les apanages des princes doivent toujours être sur le territoire français.

Vous ajouterez, dans l’article où il est question du partage du domaine privé entre les enfants jusqu’à concurrence d’un capital de 3 millions de rente, la propriété d’un palais meublé et l’avance d’une année de revenus, lorsque l’état des biens le permettra.

 Vous ajouterez dans l’article suivant que, lorsque l’Empereur aurait des filles et que le trône passerait à une autre branche, l’aînée pourra hériter jusqu’à concurrence de 6 millions.

 Demain à une heure, le conseil privé, composé du grand juge et du ministre de la police, des conseillers d’État Treilhard et Defermon, des grands officiers de la Légion d’honneur Regnaud et Duroc, et des sénateurs Lacépède et Garnier président, se réunira pour discuter le sénatus-consulte, qui pourra être porté lundi au Sénat; car je désire beaucoup terminer cette affaire.

 

 Paris, 14 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je trouve les trois premiers feuillets de votre rapport bien; le reste n’a pas de plan. Ces trois premiers feuillets prouvent que la puissance spirituelle et la puissance temporelle doivent être séparées. Complétez ce qui est nécessaire pour le bien prouver. Établissez dans la seconde partie que le Pape s’est mis en guerre contre moi; insistez sur ce qui prouve cette vérité. Il a refusé de fermer ses ports aux Anglais et d’entrer dans la ligue pour la défense de l’Italie. Il a rappelé le cardinal Caprara de Paris, et c’est lui qui, le premier, a rompu les communications ; le résultat de cette conduite a été la guerre ; le résultat de la guerre, la conquête de ses États et le premier résultat de la conquête est que je suis maître d’en changer le gouvernement. Établissez, en troisième lieu, que la souveraineté du Pape en Italie est incompatible avec la dignité de l’Empire, et que les intérêts de l’Italie et de la France exigent que l’Italie tout entière fasse partie du grand Empire; et proposez-moi en conséquence la réunion. Il faudra avoir soin de finir par la bulle d’excommunication, et démontrer, si l’on s’est permis de se servir d’une pareille arme dans le moment actuel, ce qu’on pourrait en faire dans des temps de faiblesse et de troubles. Faites imprimer cette bulle en latin et en italien. Je ne pense pas qu’il faille faire imprimer aucune de mes lettres, ni aucune des lettres du Pape; mais on pourra imprimer quelques notes des ministres et des secrétaires d’État et quelques projets de traité. Ce simple rapport avec une quinzaine de pièces sera suffisant. Je désire que le projet de sénatus-consulte, auquel doit servir votre rapport, soit présenté vendredi prochain au conseil privé. Je vous renvoie toutes les pièces.

 

Paris, 14 janvier 1810

 A Joseph Napoléon, roi d’Espagne, à Madrid

Mon Frère, je reçois votre lettre que m’apporte votre aide de camp Cassano. Je vous remercie de ce que vous me dites à l’occasion de la nouvelle année.

Le duc de Dalmatie doit porter le titre de chef d’état-major de l’armée d’Espagne. C’était, je crois, le titre qu’avait Jourdan lorsque j’étais en Espagne.

 

Paris, 14 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec la Westphalie. Je ne m’oppose pas à ce que vous l’appeliez traité si vous le jugez convenable, mais il faut ajouter un article qui dise que ce traité restera secret et ne pourra être imprimé que du consentement de l’empereur.

 

Paris, 14 janvier 1810.

 Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

 Je vous envoie un rapport. J’y ai fait quelques observations. Effacez partout: liste civile. Je désire qu’on se serve toujours des termes plus convenables de biens de la Couronne, revenus de la Couronne, trésor de la Couronne, l’expression est plus noble.

 Portez ce rapport au conseil privé, parce qu’il serait possible qu’il fallût le lire.

 

Paris, 15 janvier 1810

 Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, écrivez au président de la Consulte, à Rome, de vous envoyer l’anneau du Pêcheur, les sceaux du Saint Pontife, les ornements de la tiare et tout ce qui pouvait servir au Pape dans les cérémonies; enfin, toutes les fois qu’il se montrerait un individu s’annonçant comme tenant du Pape des pouvoirs pour gérer les affaires spirituelles, de le faire partir pour Paris.

 

Paris, 15 janvier 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Mon Frère, j’apprends avec plaisir, par la lettre que vous m’avez écrite le 9 janvier, votre heureux retour dans votre capitale, et je suis satisfait de savoir les bonnes dispositions dans lesquelles vous avez retrouvé les peuples de vos États.

 

Paris, 15 janvier 1810.

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 Je vous envoie une lettre du roi de Naples. C’est avec vous qu’il doit traiter. Il me semble en effet qu’il n’y a que quatre duchés sur le royaume de Naples et que les deux autres sont sur la Sicile; il me semble aussi que la dotation des duchés n’est que de 60,000 fr., au lieu de 80,000. Vous verrez les pièces.

 Quant au million de rentes sur le Monte-Napoleone, je crois que le roi est dans l’erreur; c’est ce que vous vérifierez. Je ne crois pas plus qu’il lui revienne un tiers pour la liste civile. Je désire faire une convention, surtout pour éviter d’avoir à me fâcher avec le roi de Naples. Vous traiterez cette affaire, article par article, et vous arrêterez la liquidation, non pour avoir de l’argent demain, mais pour faire voir à mes frères et beaux-frères que ce qu’on me doit, on me le doit.

 Il faut dans cet arrangement comprendre l’Italie. Informez-vous de ce que le trésor de Naples doit à celui de Milan. Je crois vous avoir mandé que je considérais la question sous deux points de vue : l° ce qui a été avancé par le trésor doit être remboursé en doivent donner lieu à un arrangement par lequel ces dettes se payeront par des bons portant intérêt.

 Discutez d’abord cela article par article, et faites-moi un rapport.

 

Paris, 16 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, le colonel G…, du 22e de ligne, est soupçonné de faire de la contrebande. Faîtes-moi un rapport sur la conduite de ce colonel.

 

Paris, 16 janvier 1810.

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

 Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous envoie deux autres observations du clergé sur la bulle. Communiquez-les au conseil qui s’assemble chez M. l’archichancelier. Faites-moi un rapport sur tout cela.

 

Paris, 16 janvier 1810

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites-moi connaître quelle est la partie de l’électorat de Hanovre située sur la rive droite de l’Elbe, Est-ce cette partie que vous vous êtes réservée par le traité de Westphalie ?

 

Paris, 16 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faîtes imprimer et annoncer dans les journaux le Tableau historique de la politique de la cour de Rome, en ôtant tout ce qui est relatif aux évènements actuels, cette partie n’étant pas traitée avec assez de soin.

 

Trianon, 17 janvier 1810

A l’Impératrice Joséphine, à La Malmaison

Mon amie, d’Audenarde 3)écuyer de l’Empereur, que je t’ai envoyé ce matin, me dit que tu n’as plus de courage depuis que tu es à la Malmaison. Ce lieu est cependant tout plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du moins de mon côté.

J’ai bien envie de te voir; mais il faut que je sois sûr que tu es forte, et non faible; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal affreux.

Adieu, Joséphine; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu serais bien ingrate.

 

Paris, 17 janvier 1810

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, vous recevrez deux décrets. Par l’un vous verrez que le fonds de 12,500,000 francs, que j’avais affecté aux constructions du Louvre, est porté à 36 millions, qui seront versés par la caisse de l’extraordinaire dans la caisse de la Couronne.

Pendant le temps qu’on mettra à achever le Louvre, ces valeurs écherront au trésor. Par mon second décret, j’ordonne que des fonds provenant de la caisse de l’extraordinaire soient versés au trésor de la Couronne pour les achats faits et à faire pour le domaine de la Couronne, spécialement pour l’acquisition du petit parc de Versailles (procédez sans délai à ces achats), ensuite pour entreprendre et achever le palais de Versailles. Ainsi il ne faut rien porter au budget de cette année des fonds qui avaient été destinés aux travaux à faire à Versailles pour les petites écuries, etc. ou du moins y affecter un fonds spécial, comme celui destiné aux travaux du Louvre. Il faudra porter le million qui devait être dépensé à Versailles en plus pour les travaux de Fontainebleau, afin d’achever ce palais.

 

Paris, 17 janvier 1810.

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 Vous trouverez ci-joint une lettre du roi de Hollande avec un projet de dépêche au ministre des affaires étrangères d’Angleterre.

 Vous ferez connaître au roi que je n’approuve point ce projet de dépêche, et que je n’approuve point non plus qu’il retourne en Hollande. Cela serait contraire aux circonstances actuelles. Mes troupes ont déjà reçu l’ordre de se diriger sur Düsseldorf et d’entrer en Hollande. Je vous envoie ci-joint trois pièces: 1° un projet de note que vous remettrez à M. de Roell, le ministre des affaires étrangères de Hollande; 2° un projet de procès-verbal d’une séance du conseil de Hollande; 3° un projet de lettre du président de ce conseil au président du conseil d’Angleterre.

 

Paris, 17 janvier 1810.

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 Je vous renvoie votre rapport sur Rome. Il me paraît faible et contient des choses hasardées. Dire que l’entrée des troupes dans la marche d’Ancône n’était pas un acte d’hostilité, c’est se donner tort et annoncer des prétentions qui effrayeraient l’Europe.

 Le style n’est pas assez style d’affaires; ce sont des raisonnements qu’il faut, et non des tableaux. Je vous prie donc de retoucher ce rapport et de me le remettre. Enfin, ce rapport n’a point de division ni de plan, et, après l’avoir lu, il n’en reste rien.

 

Paris, 18 janvier 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, donnez ordre au général Miollis d’envoyer à Paris monsignor Gregori, et généralement tous ceux qui montreront des pouvoirs pour les affaires spirituelles, qui ne doivent plus être gérées à Rome.

 

Paris, 18 janvier 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, présentez-moi à signer des projets de lettres patentes :

1° Pour instituer la principauté de Raab en mémoire de la victoire de Raab, et en faveur du prince Eugène et de sa descendance masculine. J’affecte à la dotation de cette principauté le château de Saverne, à la charge, d’ici à dix ans, de le rétablir et de le mettre en état d’être habité, et un revenu de 500,000 francs constitué de la manière suivante: 50,000 francs de rente sur le canal du Midi, 25,000 francs sur le canal du Loing, 125,000 francs en Galicie, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur la Saxe, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur la Westphalie, et 100,000 francs à provenir de vingt bons sur Danzig. Ces 500,000 francs de revenu, à mesure qu’ils rentreront en France, devront être placés en terres, ou en actions de la Banque, ou en cinq pour cent immobilisé;

2° Pour instituer la principauté d’Écouen, en faveur de la princesse de notre sang, protectrice des maisons d’Écouen et de Saint-Denis (la reine Hortense). Cette princesse portera le titre de Princesse Protectrice ; elle devra occuper une aile du château d’Écouen. J’affecte à la dotation de la principauté d’Écouen un revenu de 550,000 francs, savoir:

200,000 francs sur le Mont-Napoléon, 150,000 francs sur le grand-livre de France, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur la Westphalie, et 100,000 francs à provenir de vingt bons sur Danzig;

3° Pour instituer la principauté de Razüns. Razüns est une petite principauté située dans les Grisons, et que l’Autriche m’a cédée par le dernier traité. Le produit de cette terre est de 5,000 francs. Mon intention est d’y ajouter une dotation composée des revenus ci-après, savoir: 200,000 francs sur le Mont-Napoléon, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur la Westphalie, 150,000 francs à provenir de trente bons sur la Saxe, 100,000 francs à provenir de vingt bons sur Danzig; ce qui portera le revenu total de la principauté de Razüns à 555,000 francs. Je me réserve de disposer de cette principauté;

4° Pour instituer la principauté de Katzenelnbogen. J’affecte à la dotation de cette principauté un revenu de 550,000 francs, savoir:

le revenu de Katzenelnbogen, qui est de 100,000 francs; sur le Mont-Napoléon, 200,000 francs; sur le grand-livre de France, 150,000 francs; vingt bons sur la Saxe, représentant un revenu de 100,000 francs. Je me réserve également de disposer de cette principauté;

5° Pour instituer six comtés attachés aux grandes charges de la cour, chaque comté doté d’un revenu de 100,000 francs de la manière suivante:

Un comté pour le grand aumônier, doté de 50,000 francs de rente sur le grand-livre de France, 50,000 francs de rente en bons sur la Westphalie;

Un comté pour le grand maréchal, doté de 50,000 francs de rente sur le grand-livre de France, 50,000 francs de rente en bons sur la. Saxe ;

Un comté pour le grand chambellan, doté de 50,000 francs de rente sur le grand-livre de France, 50,000 francs de rente en bons sur Danzig;

Un comté pour le grand écuyer, doté de 50,000 francs de rente sur le grand-livre de France, 50,000 francs de rente en bons sur la Westphalie;

Un comté pour le grand veneur, doté de 50,000 francs sur le grand-livre de France, 50,000 francs en bons de Saxe;

Un comté pour le grand maître des cérémonies, doté de 50.000 francs sur le grand-livre de France, 50,000 francs en bons de Saxe.

Notre intention est que le titre et le revenu soient attachés à la charge et transmissibles avec elle.

 

Paris, 18 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre sur Berg-op-Zoom ; il parait que cela est trop détaillé pour n’être pas vrai.

Rendez-vous chez le Roi pour lui faire connaître que, s’il ne remédie pas à l’affront qui a été fait à mes troupes, je les ferai marcher sur Amsterdam, et que je déclarerai la réunion de la Hollande à la France. Vous lui direz que mes troupes venaient occuper militairement ces places, et que je suis le maître de les faire entrer dans Berg-op-Zoom et Breda, qui ont toujours été dans les mains de mes armées; que c’est à lui à prescrire des mesures, sans quoi il sera responsable du sang qui coulera. Vous lui ferez connaître que de chez lui vous vous rendez chez moi.

 

Paris, 18 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous voudrez bien donner au prince d’Eckmühl les ordres suivants; vous lui ferez connaître qu’il fera exécuter ces mouvements s’il n’y a rien de nouveau, comme tout porte à le penser.

Au 1er février, les troupes se mettront en mouvement pour prendre les positions suivantes :

Une division du 2e corps se dirigera sur Mannheim, l’autre sur Rastadt; l’artillerie et le parc sur Pforzheim.

Le 4e corps sera réduit à trois divisions; à cet effet, l’état-major et l’administration de la 1e division du 4e corps se rendront à Saint-Omer, avec le 19e de ligne qui fait partie de cette division, le 46e qui fait partie de la 2e division et le 72e qui fait partie du 12e corps.

Ces trois régiments formeront une division qui portera le titre de Division de Saint-Omer et que commandera le général Legrand, qui commande actuellement la 1e division du 4e corps.

Le 26e léger et le 18e de ligne, qui font partie de la 1e division du 4e corps, passeront à la 2e division du même corps qui sera ainsi composée de quatre régiments. Cette division se réunira tout entière à Düsseldorf.

La 3e division du 4e corps se rendra dans les villes hanséatiques; la 4e division du même corps se rendra à Hanau et Fulde; la brigade de cavalerie légère du général Piré marchera avec la 2e division; la brigade du général Bordesoulle marchera avec la 3e division, et la brigade du général Castex avec la 4e. La brigade de cavalerie légère que commande le général Jacquinot se mettra en marche pour Magdeburg avec les cinq régiments de la division Gudin. Les six régiments de grosse cavalerie de l’ancienne division Nansouty, que commande actuellement le général Bruyère, se rendront à Hanovre. Ces cinq régiments d’infanterie, ces trois régiments de cavalerie légère et les six régiments de carabiniers et cuirassiers formeront les 12,500 hommes d’infanterie et les 6,000 hommes de cavalerie à répartir entre les villes de Magdeburg, Hall, Halberstadt et Hanovre, qui doivent être nourris et soldés par le roi de Westphalie.

La division Morand et la division de cuirassiers Saint-Germain se rendront à Bayreuth.

La division Friant, avec la division de cuirassiers du duc de Padoue et la brigade de cavalerie légère du général Pajol, faisant cinq régiments d’infanterie et sept de cavalerie, et les Portugais, resteront dans l’Innviertel et dans la province de Salzburg.

Le quartier général du prince d’Eckmühl sera placé à Ratisbonne.

Le prince d’Eckmühl vous rendra compte de l’exécution de vos ordres pour donner aux troupes cette position, qui sera la deuxième position de l’armée d’Allemagne. Ce mouvement commencera le 1er février, sera achevé vers le 15.

Dans le mois de février, je vous ferai connaître mes intentions pour la troisième position à faire prendre à l’armée.

Réitérez les ordres pour que les Hessois, Badois et tous les alliés quelconques, infanterie, cavalerie, artillerie et sapeurs, etc., soient renvoyés à leurs corps.

 

Paris, 18 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, le corps d’observation de Hollande n’existe plus, il faut porter dans le livret des divisions militaires les troupes qui se trouvent dans les 17e et 31e divisions. Je désire que les états des armées de Naples, d’Italie et d’Illyrie soient compris dans les mêmes livrets, ainsi que le camp de Boulogne qui sera placé dans la 16e division, en distinguant les troupes qui sont composées de celles qui ne le sont pas. ; ainsi, pour avoir l’état général de la situation de mes troupes, je n’aurai que le livret des divisions militaires, le livret des armées d’Espagne et de Portugal, le livret d’Allemagne, le livret d’artillerie et du génie et le livret des régiments par ordre numérique. Faîtes-moi faire une récapitulation de l’état de mes troupes au 1er janvier 1810, par division militaire, par armée et par corps. Faîtes-en ôter ce qui ne serait pas à la solde de la France et en Portugal, les Italiens, les Napolitains, etc. On mettra un article à part pour les étrangers qui sont payés par le trésor.

Écrivez au roi de Naples et au vice-roi de vous envoyer tous les mois des états de situation, afin que vous puissiez toujours me faire bien connaître la situation de mes troupes.

 

Paris, 19 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il faut que vous voyiez le ministre d’Amérique. Il est par trop ridicule qu’il écrive des choses qu’on ne comprend pas. Je préfère qu’il écrive en anglais, mais longuement et de manière que nous comprenions, que, dans des affaires si importantes, il se contente d’écrire des lettres de quatre lignes. Parlez au secrétaire qui est ici, parlez aussi au secrétaire qui arrive d’Amérique. Envoyez, par un courrier extraordinaire, une dépêche chiffrée en Amérique, pour faire comprendre que ce gouvernement n’est pas représenté ici; que son ministre ne sait pas le français, est un homme morose avec lequel on ne peut pas traiter; que tous les obstacles seraient levés si l’on avait eu ici un envoyé à qui parler. Écrivez en détail là-dessus. Faites-moi connaître quel effet a fait aux États-Unis la lettre d’Altenburg, ce qu’on a fait et ce qu’on propose. Écrivez en Amérique de manière que le Président puisse savoir quel imbécile on a envoyé ici.

 

Paris, 19 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris.

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la note de Hollande, à laquelle j’ai retouché et qui demande à être revue avec attention.

Portez-la-moi ce soir aussitôt que vous l’aurez mise au net. Retouchez aussi le procès-verbal et la lettre du ministre de Hollande. Ces deux pièces doivent être faites de concert avec le roi de Hollande.

P. S. Faites connaître au Roi qu’il ne peut pas s’en aller; que cela contrarierait la marche des affaires; qu’on croirait la crise passée; que, s’il s’en allait, je réunirais le pays. Parlez au Roi des notes et des pièces y jointes.

 

Paris, 19 janvier 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Il faut donner des renseignements plus positifs sur Walcheren. Faîtes venir en surveillance à Beauvais tous ceux qui out eu des places sous les Anglais et surtout tous ceux d’origine anglaise.

 Qu’est-ce que c’est que le général B…… qui aurait eu 15.000 ducats d’une compagnie de contrebandiers ?

 Donnez ordre que les nommés Rocolt, Vanderwalen et Mock, de Flessingue soient arrêtés et conduits sous bonne escorte dans une maison de force. Faites faire des enquêtes pour savoir s’il y a des preuves contre eux de leur mauvaise conduite pendant le séjour des Anglais afin qu’on puisse les traduire à une commission militaire.

 

Paris, 20 janvier 1810

A l’impératrice Joséphine, à La Malmaison

Je t’envoie, mon amie, la boite que je t’avais promise avant-hier et qui représente l’île Lobau. J’ai été un peu fatigué hier. Je travaille beaucoup et ne sors pas.

Adieu, mon amie.

 

Paris, 20 janvier 1810

A M. Maret ; duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, je désire que vous réunissiez le prince de Neuchâtel et le duc de Frioul, pour former un conseil pareil à celui qui a été tenu à Vienne, et que

1 ° vous me fassiez connaître quels sont les individus de l’armée d’Allemagne auxquels j’ai accordé des titres et ceux que j’aurais oubliés; quels sont les individus de la même armée auxquels j’ai accordé des dotations, ceux que j’aurais oubliés et ceux à qui il conviendrait d’accorder de nouvelles dotations.

2° Vous me présenterez le même travail pour l’armée d’Espagne, sous le rapport des dotations et des titres: il y a, entre autres, le général Bonet,  qui s’est distingué en Espagne et que je voudrais récompenser.

3° Présentez-moi le même travail sur les officiers employés dans l’intérieur et sur les officiers de la marine.

4° Présentez-moi le même travail sur les sénateurs, conseillers d’État, préfets, ministres et administrateurs quelconques, employés civils. Il est nécessaire que ce travail me soit remis bien en règle au 1er février.

P. S. Faites connaître au prince de Neuchâtel et au duc de Frioul ma volonté là-dessus.

 

Paris, 20 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, faites insérer dans le Moniteur un extrait de la dépêche du général Loison, du 1er janvier, dans laquelle il rend compte de la destruction des bandes insurgées. Vous ferez connaître les services essentiels que le général Loison a rendus dans cette circonstance. Écrivez au roi d’Espagne que mon intention est que, sur le total de 1,500,000 francs de contributions que le général Loison a levées, il soit assigné 400,000 francs pour le service de l’artillerie et 400,000 francs pour le service du génie.

Vous ferez part de cette décision à mon ministre de la guerre à Paris.

Vous ferez mettre dans le Moniteur une note extraite de la lettre du général Solignac, en date du 5 janvier, dans laquelle il annonce la défaite de Cuevillas, ainsi qu’une autre note de toute l’expédition du général Milhaud, dans laquelle il a détruit les bandes de l’Empecinado.

Vous aurez soin que, dans ces notes, on ne prononce jamais le mot Polonais ou Allemands.

Vous ferez extraire de la correspondance du général Suchet un historique de ses dernières opérations en Aragon, de la prise de Venasque, des combats d’Alfarras et de sa marche sur Teruel et Mora., après les combats livrés par le général Musnier, vers Alcafliz et Batca, à la garnison de Tortose.

 

Paris, 20 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez l’ordre à la 1e division de ma Garde, que commande le général Roguet, de commencer son mouvement le 25 pour se rendre à Bayonne, où elle sera toute réunie le 5 février.

Donnez le même ordre aux deux régiments de marche de cavalerie de la Garde de se diriger également, de leur cantonnement autour de Bordeaux, sur Bayonne.

 

Paris, 20 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au général Lagrange, qui se trouvera le 25 février à Logroño avec une partie de sa division, qu’il doit faire des incursions à cinq ou six marches de Logroño pour attaquer les brigands, les détruire et maintenir libres les communications à quarante lieues aux environs, se concertant avec les commandants de la Navarre, des Biscayes, de Burgos et de l’Aragon; qu’il doit faire des colonnes mobiles et profiter du temps que sa division séjournera là, pour pacifier et désarmer le pays.

Écrivez la même chose au général Solignac. Les dragons qui arrivent le. . . février à Burgos le mettront à même, de concert avec les troupes des commandements de Valladolid, Santander et Bilbao, de poursuivre les brigands à cinq ou six marches, de les défaire et d’en débarrasser le pays.

 

Paris, 20 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, faites connaître au général Buquet que, aussitôt que les seize premiers escadrons de gendarmerie qui sont placés depuis Bordeaux jusqu’à Saint-Benoît auront chacun plus de 150 hommes présents sous les armes, mon intention est qu’il les répartisse de la manière suivante: le ler à Irun, le 2e à Hernani, le 3e à Tolosa, le 4e entre Tolosa et Vitoria, le 5e à Vitoria, le 6e à Miranda, le 7e à Briviesca, le 8e à Burgos, le 9e à Lerma, le 10e à Aranda, le 11e entre Aranda et Somo-Sierra, le 12e à Somo-Sierra, le 13e à Buitrago, le 14e à Cabanillas, le 15e à Alcobendas, le 16e à Madrid.

Les quatre autres escadrons de gendarmerie seront de réserve pour se porter partout où il serait nécessaire pour renforcer la ligne ou pour rester à Madrid, où je désire avoir six escadrons pour s’en servir au besoin. Aussitôt que les six premiers escadrons seront en état de marcher, vous ordonnerez au général Buquet de les répartir depuis Bayonne jusqu’à Miranda et de les pousser successivement jusqu’à Madrid, à mesure que les autres pourront les remplacer.

Vous ferez connaître ces dispositions au duc de Dalmatie, en lui envoyant la composition de ces escadrons qui, étant forts de 4,000 hommes et de 1,600 chevaux, sont suffisants pour maintenir une parfaite sûreté sur toute la ligne, depuis la France jusqu’à Madrid.

Vous lui ferez connaître également que mon intention est que la ligne de communication de Bayonne et de Madrid passe par Somo-Sierra, comme étant la plus courte et la moins exposée aux incursions des troupes qui viendraient de Portugal. Vous donnerez ordre que 300 hommes d’infanterie avec trois ou quatre pièces de canon soient toujours places à Somo-Sierra, et que l’on travaille à la redoute que j’avais ordonnée sur cette montagne, afin que ce point de communication avec Madrid ne puisse jamais être intercepté, et que, pénétrant jusqu’à Salamanque, Valladolid et le Guadarrama, l’ennemi soit encore loin de couper le passage de Somo-Sierra. Vous demanderez au duc de Dalmatie un projet pour étendre l’inspection des chefs d’escadron de gendarmerie sur la route à dix lieues à droite et à gauche, afin qu’ils puissent en assurer les alentours.

Dans ce système, des magasins considérables et des manutentions sont nécessaires à Aranda et à Burgos. Les troupes prendraient du pain à Burgos, Aranda et Buitrago. Cette ligne sera désormais celle des opérations de l’armée d’Espagne, l’Aragon étant soumis; au lieu que celle de Valladolid peut être interceptée au moindre mouvement du Portugal.

Informez de ces dispositions le général Hédouville, pour qu’il vous fasse connaître quand les six premiers escadrons de gendarmerie qui sont dans son commandement pourront se mettre en mouvement.

 

Paris, 20 janvier 1810

A la maréchale Soult, duchesse de Dalmatie

J’ai reçu votre lettre du 4 janvier. Je suis fâché des mauvais bruits que des avocats brouillons ont fait courir sur votre mari. Je n’ai jamais eu qu’à me louer du zèle qu’il a montré pour mon service et des preuves d’attachement qu’il m’a données.

 

Paris, 20 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les relations extérieures ont la planche d’une gravure représentant l’empereur en habits impériaux. Je désire qu’il soit donné à chaque ministre un exemplaire de cette gravure avant la lettre et qu’on en conserve quelques exemplaires aux relations extérieures pour faire des présents. Quant aux exemplaires après la lettre, mon intention est qu’il en soit envoyé un exemplaire à chacune des villes dont je nomme les maires et que le reste soit donné au graveur pour les vendre pour son compte. On en tirera après la lettre le plus qu’on pourra.

 P.S. Envoyez-en trois cents exemplaires au vice-roi d’Italie pour les répandre dans toute l’Italie et trois cents à Rome.

 

 

21 janvier 1810, Palais des Tuileries,.

ALLOCUTION AUX DÉPUTÉS DE SAONE-ET-LOIRE

Messieurs les Députés du collège du département de Saône-et-Loire, tout ce que le président de votre assemblée m’a dit sur le bon esprit qui y a régné m’a fait plaisir. Soyez unis entre vous et avec les villes voisines. Il ne faut conserver le souvenir du passé que pour connaître la grandeur du danger que la patrie a couru. La monarchie et ce trône sont aussi nécessaires à l’existence et au bonheur de la France que le soleil qui nous éclaire; sans eux, tout est trouble, anarchie et confusion.

 

Paris, 21 janvier 1810

Au prince Cambacérès, archichancelier de l’empire, à Paris

Je vous envoie l’état des jeunes gens des départements de la Belgique qu’on me propose de nommer auditeurs. Prenez des renseignements sur leur compte, et faites-m’en un rapport particulier. En nommant ces jeunes gens auditeurs, j’ai deux buts: d’abord d’attacher les Belges au Gouvernement et de ne pas les laisser se considérer comme étrangers à la France, ensuite de mettre en place des gens qui, par leur fortune, pourront soutenir leur rang.

 

Paris, 21 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je reçois votre rapport du 20 avec les lettres qui y étaient jointes. Écrivez au général d’Agoult qu’une brigade du général Reynier doit être arrivée dans la Navarre; qu’il doit écrire à ce général et au général Lagrange, qui est à Logroño, pour demander de nouveaux renforts, s’il en a besoin; qu’il faut pacifier la Navarre et détruire tous les germes d’insurrection qui s’y trouvent, et qu’il ait raison de la bande de Mina.

 

Paris, 21 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, il faut demander au gouvernement badois quatre compagnies de 160 hommes chacune, formant 6 à 700 hommes, pour recruter les régiments badois qui sont en Espagne. Ce détachement se rendra à Orléans pour faire partie de l’arrière-garde.

 

Paris, 21 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, passez une note au ministre de Hollande pour se plaindre de l’infâme conduite qu’on tient envers le sieur La Rochefoucauld, qu’il paraît qu’on persiste à recevoir les bâtiments américains en Hollande, qu’il est cependant évident que les Américains qui viennent en Hollande sont des Anglais, puisque les vrais Américains sont sous l’embargo.

 

Paris, 21 janvier 181O.

 A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

 Donnez l’ordre au sieur d’Oultremont, du département de l’Ourthe, de se rendre à Paris. Quand il y sera arrivé, vous lui déclarerez qu’il y doit rester jusqu’à ce que vous lui ayez fait connaître mes intentions.

 Donnez également ordre au sieur Van der Leyen, de Krefeld, département de la Roër, de se rendre à Paris. Vous lui direz d’y prendre domicile jusqu’à nouvel ordre, et que si, dans six mois, ses deux fils, qui sont à Leipsick et à Francfort, ne sont pas revenus en France et placés dans un lycée ou un autre établissement, selon leurs âges, je ferai confisquer ses biens.

 Vous donnerez l’ordre au sieur Chasteler, du département de la Dyle, de venir à Paris. Quand il se présentera devant vous, vous lui ferez connaître que mon intention est qu’il prenne sa demeure ailleurs que dans la Belgique, par exemple dans une des villes de l’ancienne Flandre ou de la Champagne.

 Vous donnerez le même ordre au sieur Ribaucourt, de la Dyle, et aux sieurs Jacques et Philippe Després, Vermœsand, Vandewerke, Van-Prad, Glys, et à Mme d’Oultremont, du département des Deux-Nèthes.

 Vous aurez soin de n’envoyer chercher ces individus dans leurs départements que deux à la fois, et de mettre un intervalle de quinze ou vingt jours entre leurs départs, afin que cette mesure n’ait point l’air d’une mesure forcée et extraordinaire, mais bien d’une mesure régulière de l’administration.

 Je ne vois point sur votre liste une personne qu’on m’a dit être fort riche. Donnez-moi une note là-dessus.

 

 

Paris, 21 janvier 181O.

 A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

 Je vous envoie un décret qui nomme un certain nombre de jeunes gens à des places de sous-lieutenants, et à des places de pensionnaires dans les écoles de Saint-Germain, Saint-Cyr et la Flèche.

 Il en est qu’il importe beaucoup de faire rendre promptement à leur destination, de gré ou de force, entre autres ceux d’Anvers, tels que les Moretus, Vandewerke, etc. Vous devez prendre toutes les mesures nécessaires pour que ce décret ne soit point éludé, mais qu’il soit ponctuellement et promptement exécuté.

 

 

Paris, 22 janvier 1810

A Hortense Napoléon, reine de Hollande, à Paris

Ma Fille, j’ai ordonné que l’on vous remît Saint-Leu. Chargez votre homme d’affaires de prendre possession de cette campagne en votre nom et de la mettre en état. Faites-y faire les dispositions qu’il vous plaira, et changez les personnes qui ne vous conviennent pas.

Vous avez besoin d’une campagne; vous ne pouvez pas en avoir une plus agréable que celle-là.

 

Paris, 23 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, la lettre du consul de Bosnie renferme des renseignements curieux sur le commerce. Il faut que vous les mandiez au ministre de l’intérieur, pour qu’il les fasse connaître au commerce.

 

Paris, 23 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie la note relative à la Hollande. Mettez-la au net et venez me la lire demain à mon lever, après quoi vous la remettrez à M. de Roell. A cet effet, vous manderez chez vous pour midi M. de Roell. Vous lui communiquerez la note, vous verrez ce qu’il dira et vous tenterez de pénétrer ses intentions.

 

 

Paris, 23 janvier 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Envoyez l’ordre au roi d’Espagne de faire partir, vingt-quatre heures après le présent ordre, les drapeaux qui ont été pris aux batailles de Medellin, de Ciudad-Real et d’Ocaña, et autres affaires qui ont eu lieu depuis mon départ. Ces trophées ne doivent pas rester à Madrid; ils appartiennent à la France.

 

Paris, 23 janvier 1810

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, je vous renvoie les rapports et comptes de l’intendant des bâtiments. Ce service ne marche pas convenablement. Vous devez travailler régulièrement avec l’intendant des bâtiments, et vous devez faire en sorte que tous les rapports sur les affaires des bâtiments et la comptabilité vous soient adressés. Tout ce qui regarde la partie économique est de votre ressort. Moyennant cela, l’intendant des bâtiments ne doit jamais m’adresser ni aucun compte ni aucun rapport; mais je ne m’oppose point à ce qu’il m’adresse directement des notes, projets, etc., sous le rapport des arts; mais il faut que cela n’exige point de réponse. Vous devez m’adresser tout ce qui demande une décision. Il faut que vous ayez un jour de travail avec moi pour les affaires de ma Maison. Je pourrais prendre le jeudi, et l’heure vous sera indiquée par le secrétaire d’État, ainsi qu’il est d’usage pour les conseils.

 

Pari, 24 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous donnerez l’ordre positif à mes ministres et à mes consuls, même ceux employés en Perse, à Constantinople et en Amérique, de vous écrire tous les jours une dépêche qui vous fasse connaître ce qu’il y a d’important dans le pays où ils se trouvent. Mes consuls en Amérique devraient vous envoyer toutes les nouvelles relatives au commerce; je n’en ai aucune. Ils devraient envoyer toutes les nouvelles relatives aux Anglais, la note des bâtiments qui entrent et sortent des ports d’Amérique; eux ni mon ministre n’en font rien. Le ministre que j’ai à Berlin n’écrit rien. J’ignore la chronique de ce pays et ce qui peut m’intéresser. Mon ministre à Munich n’écrit pas davantage; il est pourtant important qu’il nous donne des nouvelles du Tyrol. Celui de Hollande, dans une circonstance aussi grave, n’écrit que des lettres insignifiantes.

Mes ministres en Russie, en Espagne et à Bade, sont les seuls dont la correspondance soit satisfaisante. Faites donc une circulaire à tous mes ministres, consuls et agents à l’étranger, et remontez la correspondance des relations extérieures. Ce département languit.

 

Paris, 24 janvier 1810.

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 Je vous ai demandé un rapport sur les affaires d’Amérique. Il est nécessaire qu’avant tout vous écriviez en chiffres en Amérique pour demander qu’on envoie à Paris un autre ministre, en profitant des plaintes formelles contre celui-ci, qui n’est bon à rien. En attendant que je puisse envoyer en Amérique un nouveau ministre, envoyez un agent secondaire, qui pourra être un secrétaire de légation. Il partira sur une goélette américaine et sera porteur de vos dépêches; il portera également la lettre du ministre d’Amérique sur le séquestre de Saint-Sébastien, et votre réponse, dans laquelle vous développerez de nouveau tous mes principes sur cette matière. Tout cela demande à être fait sans délai.

 

Paris, 24 janvier 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des Cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot de Préameneu, je vous envoie une nouvelle réponse (cf. le 11 janvier) à la quatrième question; communiquez-la au conseil et faites-moi connaître son opinion.

Je vous envoie un mémoire du comité du clergé sur plusieurs demandes, objets qui me paraissent fondés ou que du moins je ne trouve pas d’inconvénient à accorder. Faites-moi un rapport sur chacune d’elles et sur ces articles des lois organiques. Dans votre rapport, parlez du Pape et de ses criailleries contre les lois organiques.

Je vous envoie également une réclamation contre la loi sur les fabriques, dont je n’ai pas connaissance. Faites-moi un rapport sur ces réclamations.

 

Paris, 24 janvier 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je désire avoir un rapport sur les travaux de la ville Napoléon. Je désire tenir un conseil sur les travaux d’amélioration qui s’exécutent dans cette ville et dans le département de la Vendée, sur les chemins que j’ai ordonné de percer, etc. S’il est nécessaire, faites venir l’ingénieur des ponts et chaussées, pour savoir ce qui s’est fait et ce qu’il faut faire, avec les plans, projets et devis.

 

Paris, 24 janvier 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Le rapport de l’auditeur envoyé en Piémont me parait fort important; il faut tenir la main et donner des ordres pour que cette digue soit promptement réparée; ce qui se borne à un simple déboursé de 224,000 francs en trois ans. Le tiers sera donc 70 à 80,000 francs par année, pris sur les canaux.

L’octroi n’est pas bien établi sur le bassin du Pô. Il faut l’établir de cette manière : il faudrait établir une commission générale pour le Pô, depuis sa source jusqu’à son embouchure, composée moitié de sujets de l’Empire et moitie de sujets d’Italie. Voyez Aldini, et présentez-moi un rapport là-dessus, 1° afin que des mesures soient prises pour la navigation de ce fleuve dans tout son cours; 2° pour régler la législation des pêches; 3° pour déterminer que les fonds que les deux pays dépenseront au Pô seront employés sur des plans arrêtés de concert. Il me semble que Parme est l’endroit naturel où doit résider cette commission; c’est à la moitié du cours du fleuve.

 

Paris, 24 janvier 1810

Au général, comte Bertrand, aide de camp de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Général Bertrand, je désire que vous voyiez le général Pamplona et les autres généraux portugais qui sont à Paris, le général Dulauloy, le général Laborde, etc., afin de recueillir de ces officiers des renseignements sur la nature des routes de Zamora à Oporto; de Salamanque à Almeida, en évitant, autant que possible, Ciudad-Rodrigo; d’Alcantara à Lisbonne, et en général sur tout ce triangle entre Madrid, Alcantara et Salamanque, et entre Salamanque, Oporto et Lisbonne.

 

Paris, 24 janvier 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte de Mollien 4)sic, l’idée de se servir de M. de Monteleone pour les affaires du trésor n’est pas bonne, et je ne puis approuver cette intervention. Du reste, c’est à M. de Monteleone de s’arranger avec son gouvernement pour ce qu’il veut faire et pour passer en Amérique.

 

Paris, 25 janvier 1810

NOTE POUR LE GÉNÉRAL ARMSTRONG, MINISTRE DES ÉTATS-UNIS, A PARIS.

La seule condition exigée pour la révocation du décret de S. M. l’Empereur, daté de Berlin, sera la révocation préalable, de la part de l’Angleterre, de son blocus de la France ou d’une partie de la France (telle que les côtes depuis l’Elbe jusqu’à Brest, etc.), d’une date antérieure au décret cité ci-dessus.

Par ordre de l’Empereur, Champagny.

5)Cette Note est la réponse dont il est question dans la lettre suivante du ministre des États-Unis à Paris au général Pinkeney, ministre de l’Union-Américaine, à Londres.

Au général Pinkeney

« Une lettre de M. le secrétaire Smith, du 1er du mois de décembre dernier, m’enjoint de m’informer auprès de S. Exe. le duc de Cadore à quelles conditions Sa Majesté consentirait à rapporter son décret appelé communément décret de Berlin, et de demander si Sa Majesté consentirait à rapporter ce décret, en supposant que la Grande-Bretagne rapportât ses actes de blocus d’une date antérieure à ce décret. J’ai, en conséquence, fait ces diverses questions, et j’ai reçu, ce matin même, une réponse que je me hâte de vous transmettre par un exprès particulier.

 à Paris, 25 janvier 1810.

 Armstrong

 

Paris, 25 janvier 1810

NOTE.

 Sire, j’ai l’honneur de soumettre à Votre Majesté une copie de la note qu’elle m’a fait l’honneur de me dicter ce matin. J’y joins la copie de l’article 3 de l’acte du congrès du 1er mars dernier, qu’elle me charge de remettre sous les yeux du ministre américain. C’est la mesure la plus hostile à l’égard de la France: elle est également applicable à l’Angleterre.

Champagny

PROJET DE NOTE AU MINISTRE D’AMÉRIQUE.

Le soussigné a rendu compte à S. M. l’Empereur de la conversation qu’il a eue avec M. Armstrong, et Sa Majesté l’a autorisé a faire à M. le ministre des États- Unis la communication suivante:

L’Empereur regarderait ses décrets de Berlin et de Milan comme attentatoires à l’indépendance des neutres et à la justice éternelle, s’ils n’étaient la conséquence nécessaire des actes du Gouvernement anglais. Sa Majesté avait vu dans les ordres du conseil de 1807, rendus en Angleterre sur le commerce neutre, une proclamation de la souveraineté universelle, que doivent combattre de tous leurs moyens les peuples qui n’ont point encore renoncé à leur indépendance; car ce serait y renoncer, que de consentir à voir l’Angleterre régner par ses lois sur l’Océan, comme elle règne sur la Tamise, et de se soumettre à la juridiction de son parlement, en payant l’impôt dont elle a voulu frapper tout ce qui est sur le globe objet de consommation.

Si des bâtiments américains ont été séquestrés en France, la France ne faisait qu’imiter l’exemple qui lui en a été donné par le Gouvernement américain; et le soussigné rappelle à M. Armstrong l’acte du congrès du 1er mars 1809,  (EXTRAIT DE L’ACTE QUI DÉFEND LES RELATIONS COMMERCIALES ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA FRANCE, L’ANGLETERRE ET LEURS DÉPENDANCES.

 ” 3° A dater du 20 mai prochain, l’entrée des eaux et ports des États-Unis sera défendue à tous bâtiments portant pavillon anglais ou français et appartenant, en tout ou en partie, à des citoyens ou sujets de l’une ou de l’autre puissance, à moins qu’ils ne soient porteurs de dépêches, en détresse ou poursuivis par l’ennemi; et, si aucun violait les dispositions de la présente section, après le 20 mai prochain, il sera saisi, et condamné par une cour des États-Unis ou de leurs territoires ayant l’autorité suffisante; et tous actes antérieurs relatifs an même sujet sont rapportés. ” (Note de la minute.) qui ordonne, dans certains cas, le séquestre et la confiscation des bâtiments français, les exclut des ports d’Amérique et interdit la France aux Américains. C’est en représailles de cette dernière disposition que les bâtiments américains ont été arrêtés en Espagne et à Naples. La ligue contre l’Angleterre, qui a pour objet la cause des neutres, embrasse maintenant tous les peuples du continent, et ne permet pas que quelques-uns d’entre eux jouissent d’avantages commerciaux dont la France est privée. La France ne le permettra dans aucun des lieux où elle étend son influence; mais elle est prête à accorder toute faveur aux bâtiments d’une puissance neutre qui ne se seront soumis à aucun tribut, qui ne reconnaîtront que les lois de leur patrie et non celles d’un gouvernement étranger. La Hollande, l’Italie, l’Espagne et tout ce qui sera soumis à la puissance française, liés à la France d’intérêts et de vœux, imiteront sa conduite, seront gouvernés par les mêmes principes, et auront les mêmes relations commerciales et politiques.

 Si M. le ministre des États-Unis a le pouvoir de conclure une convention propre à conduire au but indiqué, le soussigné a ordre d’y donner tous ses soins et de s’en occuper sans relâche. La France, rassurée sur les suites des ordres du conseil de 1807, ne sera point jalouse de l’extension du commerce de l’Amérique et accueillera ses bâtiments, lorsqu’elle sera certaine que, n’ayant payé aucun tribut, ni subi aucune violation injurieuse du droit des gens, ils seront vraiment américains, et, ainsi que le dit le décret, n’auront pas été dénationalisés.

En employant cette expression du décret de Milan, le soussigné s’empresse d’en faire connaître la véritable signification. Un bâtiment n’est pas dénationalisé par une visite d’un bâtiment de guerre qui n’a pour but que de constater la vérité de son pavillon, soit par l’examen de ses papiers, soit par l’envoi d’une chaloupe à son bord; mais, lorsque cette visite a pour objet la presse de quelques-uns des hommes de son équipage, l’enlèvement de quelques passagers, ou d’examiner à qui appartiennent les marchandises de sa cargaison, alors le pavillon est violé, le bâtiment est dénationalisé.

L’Amérique ne peut pas hésiter à repousser des prétentions si attentatoires à tous les droits des neutres. Une condescendance du moment peut avoir des suites funestes pour l’avenir. Elle n’éviterait pas même la guerre. Ainsi, quand même les Américains se soumettraient à payer un tribut à l’Angleterre, parce que le tribut serait léger, les auteurs de cette prétention tyrannique, qui, sans doute, l’ont considérée comme propre à alimenter une guerre qu’ils veulent rendre perpétuelle, bientôt en augmenteraient le tarif. Il deviendrait un fardeau insupportable, et il faudrait se battre pour l’intérêt, après n’avoir pas voulu se battre pour l’honneur.

Il est probable que, dans peu de jours, le soussigné aura à faire à M. le ministre des États-Unis une communication qui prouvera l’importance que l’Empereur met aux prétentions annoncées par les ordres du conseil de novembre 1807. Si ces prétentions devaient être soutenues, si l’univers avait à en redouter le succès, les peuples qu’elles menacent feraient mieux de reconnaître la souveraineté du roi d’Angleterre, et l’Amérique devrait se presser de l’entrer sous le joug qu’elle a si glorieusement secoué.

 

Paris, 25 janvier 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, les bons de la caisse d’amortissement ne sont pas connus sur la place, parce que la caisse de service les retire. Cela est contre mon intention. Je désire que, dans vos premiers payements, vous en donniez, que vous en mettiez en circulation pour huit à dix millions, et que vous les laissiez aller à leur sort. Vous vous concerterez avec le directeur de la caisse d’amortissement pour qu’il les laisse circuler également, afin de voir comment s’établira leur cours.

 

Paris, 25 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous avais demandé un projet de fête funèbre pour le maréchal Lannes et de charger un orateur de prononcer son oraison funèbre.

Vous ne m’avez pas fait connaître ce que vous avez fait.

 

Paris, 25 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie votre rapport sur Rome. Je désire que vous le refassiez conformément aux idées tracées dans la note ci-jointe. Il suffira de mettre à l’appui les pièces relatives aux affaires politiques. Je n’ai point parlé des affaires religieuses : la seule pièce de ce genre à publier, c’est la bulle. Je désire que vous fassiez faire des recherches et que vous me présentiez votre rapport le plus promptement possible, parce que les affaires souffrent de ce retard.

 

Paris, 25 janvier 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Il y a dans le Publiciste un article qui paraît fait en faveur des moines espagnols. Faites sentir au rédacteur l’inconvenance de pareils articles et le risque qu’il court de faire supprimer son journal.

 Faites faire des articles qui peignent la férocité de ces moines, leur ignorance et leur profonde bêtise, car les moines d’Espagne sont de vrais garçons bouchers.

 

 

Paris, 25 janvier 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Faites-moi un rapport sur les ouvriers qui sont à Luxembourg

( (Il s’agit des paysans et artisans originaires de Bretagne, du Maine, et la Vendée, etc., impliqués ou compromis dans la chouannerie, qui avaient été envoyés à Luxembourg par Napoléon en 1804, pour travailler aux fortifications de la place, sous l’œil de la police))

 

Paris, 26 janvier 1810

Au comte de Lacépède, grand-chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

Je vous envoie deux lettres de la reine de Hollande en marge desquelles j’ai mis mes décisions. L’une est relative à la nomination de Madame de Mongelas à l’emploi de dignitaire, l’autre est une demande de présentation à Sa Majesté des principales dames d’Ecouen. Je vous prie de me faire un projet de règlement pour bien déterminer dans quelle forme tous ces actes doivent être faits.

 

Paris, 27 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au vice-roi de faire occuper par les troupes bavaroises le Tyrol allemand, et de concentrer les troupes italiennes dans le Tyrol italien, dont mon intention est de conserver l’entière possession jusqu’à ce que les choses soient définitivement décidées. Le vice-roi se concertera avec le roi de Bavière pour expédier ces ordres, s’il n’y a aucun inconvénient à leur exécution.

Le général Drouet rendra compte alors aux ministres du Roi; il restera à la tête des Bavarois jusqu’à ce que mes troupes évacuent le Salzburg et l’Innviertel; et, quand les troupes bavaroises prendront possession de ce pays, je rappellerai le général Drouet et les officiers français.

Vous ferez connaître ces dispositions au prince d’Eckmühl, auquel le général Drouet rendra compte en même temps qu’aux ministres bavarois.

Prévenez M. de Montgelas de tout cela.

 

Paris, 27 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous devez donner ordre au duc de Reggio de faire une proclamation pour faire connaître qu’il prend possession militaire des pays situés entre la Meuse et l’Escaut; que les troupes hollandaises, comme les troupes françaises, ne doivent obéir qu’à ses ordres; que telle est ma volonté. Vous lui manderez qu’il doit faire parler très haut aux militaires hollandais et savoir ce qu’ils veulent faire. Il mettra les places en état de siége, ce qui fera cesser l’action des autorités civiles, s’emparera des magasins à poudre, de tous les approvisionnements de guerre et de bouche, annoncera l’arrivée de 60,000 hommes et fera former des magasins pour ce nombre d’hommes. Il aura soin de ne rien écrire, et fera entendre que l’intérêt et la sûreté des frontières de France m’obligeront peut-être à les réunir définitivement; qu’en attendant ils doivent se bien comporter. Vous ferez connaître secrètement au maréchal Oudinot que mon intention est en réalité de faire prendre possession militaire et, après, possession civile; mais que l’on ne doit pas prendre possession civile avant mon ordre; que j’ai irrévocablement arrêté dans ma pensée la réunion du pays entre la Meuse et l’Escaut; mais que, jusqu’à cette heure, il doit se borner à en prendre possession militaire, entière et absolue; il aura l’œil sur les magasins de marchandises anglaises et coloniales, parce que j’enverrai les saisir à la fois; qu’il doit marcher et donner des coups de fusil sur les rassemblements de contrebandiers hollandais; que, le 7 février, une division française du 4e corps de l’armée d’Allemagne arrive à Düsseldorf, et qu’elle continuera sa route pour être sous ses ordres; qu’il laisse peu de chose à Anvers et sur la rive gauche; qu’aussitôt que les chaloupes et bateaux canonniers français qui sont dans nos canaux pourront servir, il les fasse venir et s’en serve; enfin qu’il fasse des règlements sévères; ne jamais parler de réunion, mais de prise de possession militaire. Il fera publier et afficher le décret ci-joint.

Vous ajouterez, dans vos instructions au maréchal Oudinot, qu’il fasse mettre garnison dans les places où il doit y en avoir; qu’il signifie aux généraux hollandais qu’ils font partie de mon armée; qu’il place les troupes hollandaises dans des endroits où elles ne puissent pas nuire; qu’il veille à ce qu’elles ne passent pas en Hollande, et qu’au moindre soupçon il les désarme. Cette notification sera faite aux maréchaux hollandais, qu’il appellera à son quartier général.

Toutes les gardes nationales ou autres de l’armée du Nord se dirigeront sur le quartier général du maréchal Oudinot. Vous lui réitérerez l’ordre de réunir toutes ses troupes.

Vous donnerez l’ordre au général Vandamme de se rendre sans délai à Berg-op-Zoom, pour servir, sous les ordres du maréchal Oudinot, dans l’armée du Brabant.

 

Paris, 27 janvier 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Paris

La suppression ou modification de l’état-major de l’armée de Naples est difficile, au moment où je vais envoyer de nouvelles troupes pour voir à arriver à l’expédition de Sicile.

Il est nécessaire que vous adressiez au ministre des finances, qui m’en rendra compte, la demande d’introduction en France des marchandises coloniales séquestrées à Naples, et que vous indiquiez à quel signe certain on pourra reconnaître que ces marchandises appartiennent à votre trésor et non à des particuliers.

Je ne puis point prendre l’Hercule Farnèse pour de l’argent qui vous a été avancé. Voyez, avant de partir, à liquider ces dettes avec mon ministre des relations extérieures; faites faire un mémoire où tous les points soient discutés, afin qu’on puisse définitivement les arrêter, car cela fait partie de mon budget. Je ne me refuse pas à accorder des termes, mais il faut que cela soit liquidé.

 

Paris, 27 janvier 1810

Au comte de Lacépède, grand-chancelier de la Légion d’honneur, à Paris

J’ai reçu vos lettres; vous savez que je ne puis pas adhérer à vos demandes. J’ai besoin de vous dans le poste où vous êtes. Ne doutez jamais de mon estime.

 

Paris, 27 janvier 1810.

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

 Vous donnerez l’ordre au sieur Beaufort, du département de Sambre-et-Meuse, de se rendre à Paris et d’y fixer sa résidence jusqu’à ce que je lui aie fait connaître mes intentions. Vous donnerez le même ordre au sieur Dyves, du même département, et au sieur Walderdorf, du département du Mont-Tonnerre.

 Ordonnez aux sieurs Eitschaft, Kesselstadt, Vanswieten, Dierheim, du département du Mont-Tonnerre, et Linden-Aspremont, de Sambre-et-Meuse, de se rendre à Paris et de s’y présenter devant vous. Vous leur signifierez d’établir leur domicile dans quelques villes des départements de l’intérieur, soit en Champagne, Lorraine, etc. Quant aux sieurs Schmidborn et Rom, négociants du département de la Sarre, faites-moi un rapport particulier sur leur compte, pour me faire connaître s’il serait utile de les déplacer.

 Vous aurez soin d’exécuter ces ordres avec les précautions que j’ai prescrites dans ma lettre du 21.

 

 

Paris, 27 janvier 1810.

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 Envoyez chercher ce soir avant minuit le ministre de Hollande.

 Vous lui ferez connaître que mes troupes sont entrées à Breda et à Berg-op-Zoom, mais que les autorités se sont mal comportées : ce qui m’a obligé à prendre des mesures de rigueur; que j’apprends que les troupes hollandaises font des mouvements vers la Hollande; qu’on a l’air de vouloir prendre une position hostile; que je viens de donner des ordres pour faire venir, à marches forcées, de Düsseldorf et de Hambourg, les troupes que j’y ai; qu’il reste à connaître quelle est la pensée du roi; qu’il sera responsable du sang qui sera répandu, et que ce malheur ne tardera pas à arriver; que, après  avoir reçu le courrier du duc de Reggio, j’ai donné l’ordre à mon ministre de la guerre de communiquer au roi les dépêches de ce maréchal; que j’ai créé une armée de Brabant, et ai mis les troupes hollandaises sous les ordres du duc de Reggio; que, si le roi veut éviter des malheurs et l’effusion du sang, il doit envoyer sur-le-champ l’ordre à ses troupes de quitter la position hostile qu’elles prennent; que le premier militaire ou bourgeois des pays situés entre la Meuse et l’Escaut qui opposera la force à la force sera passé par les armes, et que le roi sera responsable du sang qui coulera, et des malheurs qui en résulteront pour la Hollande.

 

 

Paris, 28 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez, par l’estafette et à plusieurs reprises, au sieur Laforest à Madrid, pour qu’il présente des notes sur l’impossibilité où je suis de suffire aux dépenses énormes de l’Espagne; que j’y ai envoyé déjà plus de 300 millions; que des envois si considérables d’argent épuisent la France; qu’il est donc indispensable que le génie, l’artillerie, les administrations et la solde soient payés désormais par le trésor d’Espagne; que tout ce que je puis faire, c’est de donner un supplément de 2 millions par mois pour la solde; que, si cette proposition n’est pas agréée, il ne me restera qu’à faire administrer pour mon compte les provinces d’Espagne.

Le sieur Laforest insistera sur ce que nul n’est tenu à l’impossible; il ajoutera que la guerre d’Autriche m’a beaucoup coûté, et qu’elle a absorbé les ressources tirées du pays; que ma demande est d’autant plus fondée que j’apprends que le Roi a comblé de bienfaits, de tous côtés, des gens de sa suite qui n’ont rien fait, ce qui suppose une surabondance de moyens; que, si les provinces étaient administrées pour le compte de l’armée, elles fourniraient abondamment à son entretien et à sa solde; que, voir les ressources de ce pays perdues par de fausses mesures et par une administration faible et y envoyer le plus pur de mon sang, cela est impossible.

Vous manderez au sieur Laforest que je compte sur son activité pour faire réussir cette négociation. Les provinces ont beaucoup d’argent. Quand le soldat ne sera pas payé, il pillera, et je ne sais qu’y faire.

 

Paris, 28 janvier 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au duc de Raguse qu’il n’a aucune ressource à attendre de France; qu’il faut que le pays nourrisse son armée.

 

Paris, 28 janvier 1810

A l’impératrice Joséphine, à Malmaison.

Mon amie, j’ai été bien aise de te voir avant-hier.

J’espère aller à Malmaison dans la semaine.

J’ai fait arranger tes affaires ici, et ordonné que l’on portât tout à l’Élysée-Napoléon.

Je te prie de te bien porter.

Adieu, mon amie.

Napoléon

 

 

Paris, 29 janvier 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je crois nécessaire d’expédier un courrier à Saint-Pétersbourg pour accuser la réception des différentes pièces.

Je vous renvoie vos portefeuilles. Je recevrai avec plaisir le secrétaire de la légation d’Amérique.

Écrivez tous les jours à Berlin pour avoir des nouvelles des contributions. Faites sentir que je suis obligé de laisser 50,000 hommes en Allemagne; que les troupes qui se dirigent sur Magdeburg, Hall, etc., rentreraient en France, ce qui serait préférable, si la Prusse me payait.

Remettez-moi sous les yeux la convention qu’a faite M. Caulaincourt (cf. ci-dessous), et faites-moi un rapport qui me fasse connaître si elle est conforme à ses instructions.

P. S. Je vous envoie le projet de note au ministre d’Amérique; faites-la mettre au net et remettez-la-moi.

CONVENTION NON RATIFIÉE PAR L’EMPEREUR NAPOLÉON 1er.

  1. M. l’Empereur des Français, Roi d’Italie, Protecteur de la Confédération du Rhin et Médiateur de la Confédération suisse, et S. M. l’Empereur de toutes les Russies, animés du désir d’assurer d’une manière inébranlable la paix continentale, et voulant ôter à l’Angleterre, qui toujours , et particulièrement depuis quelques années, s’est montrée l’ennemie déclarée du continent, tout espoir d’en troubler de nouveau la tranquillité, ont résolu, non-seulement de resserrer de plus en plus les nœuds de l’alliance qui unit si heureusement les deux empires, mais encore de contribuer, par tous les moyens possibles, à la consolider et à la rendre indissoluble. Leurs Majestés Impériales ont, en conséquence, jugé nécessaire de s’entendre amicalement pour écarter d’avance les seuls sujets d’inquiétude qui pourraient porter atteinte à leur union, en mettant un terme aux illusions dangereuses que l’espérance chimérique de la reconnaissance du royaume de Pologne peut encore nourrir dans le cœur des anciens Polonais; étant bien convaincues d’ailleurs que c’est servir l’intérêt même de ces peuples que d’assurer leur tranquillité et leur soumission aux gouvernements auxquels ils appartiennent. A cet effet, elles ont choisi pour leurs plénipotentiaires, savoir:
  2. M. l’Empereur des Français, le duc de Vicence, et S. M. l’Empereur de toutes les Russies, le comte de Romanzof; lesquels, en vertu de l’autorisation de leur souverain respectif, sont convenus des articles suivants:

ARTICLE 1er. Le royaume de Pologne ne sera jamais l’établi.

ART. 2. Les Hautes Parties contractantes s’engagent à veiller à ce que les dénominations de Pologne et de Polonais ne s’appliquent jamais à aucune des parties qui ont précédemment constitué ce royaume, ni à leurs habitants, ni à leurs troupes, et disparaissent pour toujours de tout acte officiel ou public, de quelque nature qu’il soit.

ART. 3. Les ordres de chevalerie qui appartenaient à l’ancien royaume de Pologne seront abolis sans pouvoir jamais être rétablis.

ART. 4. Aucun des anciens Polonais qui sont aujourd’hui sujets de S. M. l’Empereur de toutes les Russies ne pourra être admis, à l’avenir, au service de S. M. le Roi de Saxe, comme duc de Varsovie; et, réciproquement, aucun sujet de S. M. le Roi de Saxe, en sa qualité de duc de Varsovie, ne pourra être reçu au service de la Russie.

ART. 5. Il est établi, comme principe fixe et inaltérable, que le duché de Varsovie ne pourra, à l’avenir, obtenir aucune extension territoriale qui serait prise sur l’une des parties qui composaient l’ancien royaume de Pologne.

ART. 6. Il ne sera plus reconnu de sujets mixtes entre la Russie et le duché de Varsovie. Il sera accordé à ceux qui seront réputés tels un délai de douze mois, à dater du jour de l’échange des ratifications de cet acte, pour déclarer la souveraineté qu’ils voudraient adopter, et un terme de trois ans pour aliéner leurs propriétés dans celle à laquelle ils auront renoncé.

ART. 7. S. M. l’Empereur des Français, Roi d’Italie, s’engage à obtenir l’accession du Roi de Saxe aux stipulations ci-dessus et en garantit l’exécution.

ART. 8. La présente convention sera ratifiée par les Hautes Parties contractantes, et les ratifications échangées à Saint-Pétersbourg dans l’espace de cinquante jours, ou plus tôt si faire se peut.

Fait à Saint-Pétersbourg, 23 décembre 1809

Caulaincourt, duc de Vicence

Le comte de Romanzof

 

Paris, 29 janvier 1810.

 

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de convention avec la Saxe. Il semble qu’il serait convenable de verser en 1810 les 631,500 francs, afin qu’il ne restât plus que 19 millions divisés en séries, comme vous le proposez. J’ai hâte de terminer celte affaire.

Il est nécessaire qu’à l’échange des ratifications, dans un mois au plus tard, on verse en même temps les bons.

 

Paris, 29 janvier 1810.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que, aussitôt que les deux régiments de cavalerie de la Garde se rencontreront, ils se reforment de la manière suivante. Les Polonais et les chasseurs formeront un régiment (de cavalerie légère) ; les grenadiers et les dragons en formeront un second, de sorte qu’il y aura ensemble 300 chasseurs et chevau-légers et 300 grenadiers et dragons.

Donnez ordre au général Roguet de faire prendre deux jours de séjour à Bayonne à sa division, et de continuer sa route pour Vitoria à petites journées.

 

Paris, 29 janvier 1810.

Au général Lacuée, comte de Cessac, ministre directeur de l’administration de la guerre, à Paris

Monsieur le Comte de Cessac, le ministre de la guerre vous a fait connaître mon décret qui ordonne la formation d’une année dite de Brabant, qui doit être tout entière placée sur le territoire hollandais, entre la Meuse et l’Escaut. Donnez ordre à l’ordonnateur de cette armée de ne rien tirer de France, mais de faire tout fournir par les magasins de Berg-op-Zoom et de Breda, et de faire remplir ces magasins par le pays.

 

Paris, 30 janvier 1810.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet Traitez cette affaire avec le prince Primat et son neveu Dalberg, et présentez-moi un projet de traité définitif et un autre traité pour nommer le prince Eugène grand-duc de Francfort.

 

Palais des Tuileries, 30 janvier 1810

NOTES DICTÉES EN CONSEIL D’ADMINISTRATION DE LA GUERRE

Il y a en Italie l’armée d’Illyrie et l’armée d’Italie proprement dite. On doit regarder l’armée d’Illyrie comme faisant partie de l’armée d’Italie, puisqu’elle est mise également sous les ordres, du vice-roi. La dépense de l’armée d’Illyrie, telle qu’elle est aujourd’hui, monte à 1.7 millions de francs; celle de l’armée d’Italie à 36 millions; total, 53 millions.

Comme les calculs ont été faits, on peut donner l’état du personnel qui a servi à les faire. Ainsi l’on peut remettre à Sa Majesté le nom des corps, le nombre d’hommes dont ils se composent, la composition de l’artillerie et du train, enfin toutes les bases qui out servi à établir les calculs.

Il faut ajouter à ces bases ce que coûtent aujourd’hui les 27e, 28e et 29e divisions militaires pour les commandants de place, la gendarmerie, les vétérans, les pensions militaires, etc.

Il faut ajouter aussi la dépense des troupes de Corfou, qui est estimée à 4 millions. Ces trois armées formeront ainsi une dépense d’environ 60 millions. Il y a donc à trouver, pour la dépense de l’armée au delà des Alpes, un emploi de 20 millions.

Le budget de l’armée d’Illyrie sera réglé sur la base de 4 millions pour le ministère de la guerre, et de 8 millions pour le ministère de l’administration de la guerre, sans y comprendre la gendarmerie, les régiments frontières, etc.

L’armée d’Illyrie sera composée des huit régiments d’infanterie qui en font partie et de deux régiments de cavalerie.

Chacun des huit régiments d’infanterie n’aura que deux bataillons, savoir: le 1er et le 2e. Ces deux bataillons seront commandés par le colonel. Les trois autres bataillons, sous les ordres du major, se rendront à leur dépôt en France.

Les deux bataillons qui resteront à chacun des huit régiments en Illyrie seront complétés à l’effectif de 140 hommes par compagnie.

Dans l’effectif de ces deux bataillons seront compris les hommes qui sont aux hôpitaux d’Illyrie, à quelque régiment d’infanterie qu’ils appartiennent.

Il ne sera pas touché aux compagnies de grenadiers et de voltigeurs des autres bataillons; elles reviendront au dépôt avec eux.

Chacun des deux régiments de cavalerie n’aura que deux escadrons, commandés par le colonel. Les deux autres escadrons, commandés par le major, se rendront au dépôt, en France ou en Italie. Chaque escadron sera complété à 200 hommes. On aura soin que les hommes, les chevaux, le harnachement, etc., soient dans un parfait état de service.

L’artillerie régimentaire restera jusqu’au 1er mars dans l’état où elle se trouve. – Il sera statué alors à son égard.

Le bataillon du train d’artillerie sera organisé de manière qu’il n’ait pas plus de 400 chevaux. Les équipages militaires et les autres services de l’armée seront réduits à 200 chevaux.

Les chevaux des équipages des régiments seront, au choix du gouverneur, ou placés chez les paysans, ou envoyés en France avec les bataillons de dépôt.

L’habillement tout entier sera fourni aux dépôts, qui enverront aux bataillons en Illyrie les effets qui leur reviendront.

Le budget de l’armée d’Illyrie sera dressé d’après ces bases. Les ordres de mouvement seront donnés incessamment, afin d’empêcher les dépenses de s’accroître.

Le budget de l’armée d’Italie ne doit pas dépasser 30 millions.

Elle se compose de trois espèces d’infanterie: 1° celle de l’armée d’Italie proprement dite, dont les dépôts sont en Italie: ces corps doivent rester en Italie; 2° celle dont les dépôts sont dans les 27e et 28e divisions : on pourrait proposer de rappeler les corps dans ces pays qui s’épuisent d’argent; 3° les corps de l’armée de Naples: on pourrait mettre plusieurs de ces régiments dans les États romains. Les régiments suisses et ceux d’Isembourg et de la Tour d’Auvergne doivent retourner à Naples.

Il faut mettre au moins deux régiments en Toscane, et mettre en Piémont les régiments qu’il sera nécessaire d’ôter de l’Italie pour ne pas dépasser les 30 millions. Il faut ordonner aussi aux régiments dont les dépôts sont à Parme et Plaisance de se réunir à leurs corps.

Du moment où les troupes sont au delà des Alpes, elles sont réellement en Italie, et rien n’empêche de faire participer les départements français au delà des Alpes à l’avantage d’avoir des troupes.

On doit faire connaître au ministre du trésor public que l’intention de Sa Majesté est de dépenser au delà des Alpes tout ce que l’on en retire. L’Illyrie produira 15 millions et l’Italie 30; à quoi il faut ajouter ce que produisent les 27e, 28e et 29e divisions. On ne comprend pas encore Rome dans ce calcul.

Sa Majesté désire qu’on lui fasse connaître le budget de ces provinces, les dépenses des préfectures, des tribunaux, de la dette publique, des pensions, etc., des états-majors, de la gendarmerie, des vétérans, des pensions de retraite, etc.; alors Sa Majesté verra au juste la portion d’argent que les provinces d’Italie doivent rendre à la France et que Sa Majesté veut faire consommer dans le pays.

La dépense de Corfou sera fournie, la moitié par l’Italie, la moitié par les départements au delà des Alpes.

En résultat, l’Italie ne produira d’autres avantages que d’entretenir au delà des Alpes une grande armée que, sans elle, on serait obligé d’entretenir en deçà des Alpes avec l’argent de la Savoie et du Dauphiné.

 

Paris, 30 janvier 1810

 A l’impératrice Joséphine, à Malmaison

 Mon amie, je reçois ta lettre. J’espère que la promenade que tu as faite aujourd’hui, pour montrer ta serre, t’aura fait du bien.

Je te saurai avec plaisir à l’Élysée, et fort heureux de te voir plus souvent ; car tu sais combien je t’aime.

 Napoléon

 

 

Paris, 30 janvier 1810

 DÉCISION

 

Je soumets de nouveau à Votre Majesté le projet de convention avec la Saxe pour qu’Elle m’autorise à la signer. J’ai rapproché tous les paiements d’un an. M. de Senft est d’accord avec moi sur tous les points, mais il demande que les bons employés à rembourser ce qui pourrait être dû à la Saxe soient ceux qui doivent échoir les premiers. Votre Majesté y consent-Elle ?

 

Champagny, duc de Cadore

Je vois avec peine qu’on fasse d’un côté et qu’on défasse de l’autre.

 

Paris, 31 janvier 1810.

NOTE POUR LE COMTE BIGOT DE PREAMENEU, MINISTRE DES CULTES

Le ministre a-t-il fait une circulaire aux évêques pour leur ordonner de supprimer la prière pour Grégoire VII et de substituer une autre fête à celle de ce saint, que l’Église gallicane ne peut pas reconnaître ?

 

Paris, 31 janvier 1810.

NOTES POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR

 

Le sénateur Monbadon a dit qu’on n’exporte plus de vin de Bordeaux, parce que les Anglais ne veulent plus en recevoir. Sa Majesté désire que ce fait soit vérifié, et que le ministre de l’intérieur lui donne des explications à cet égard.

Les abattoirs seront au nombre de cinq, savoir: deux de vingt-quatre échaudoirs et trois de douze.

La construction d’un abattoir de vingt-quatre échaudoirs est déjà commencée.

Le 14 juin, jour où l’on doit placer la statue de Desaix, on posera la première pierre des quatre autres abattoirs. On attachera un architecte à chacun d’eux. On fera cette année, pour chaque abattoir, un fonds de cent mille francs. On préparera les matériaux, on passera les marchés, de sorte que l’année prochaine on puisse faire une bonne campagne. Le ministre verra alors si les bouchers veulent se charger de cette entreprise.

 

Paris, 31 janvier 1810.

 

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous prie de me présenter un projet d’organisation militaire entre las Meuse et l’Escaut. Combien fera-t-on de départements, de compagnies de gendarmerie ? Où sera le quartier général ? Fera-t-on une division militaire à part, ou à quelle division militaire sera-t-il attachée ? Comment sera organisé le génie ? Les garde-côtes ? Combien de places, de quelle classe sont-elles, et quel état-major auront-elles ?

 

Paris, 31 janvier 1810.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, le général Solignac avec sa division fera partie du 8e corps. Ainsi le 8e corps sera composé de la division Clauzel ayant trois brigades, de la division Lagrange ayant trois brigades, et de la division Solignac ayant deux brigades, formant près de 24,000 hommes d’infanterie; de la 1re et de la 3e brigade de dragons, formant cinq régiments provisoires et plus de 4,000 chevaux, et des 2e et 4ebrigades de dragons qui en feront partie jusqu’à nouvel ordre. Le duc d’Abrantès aura donc quatre brigades ou dix régiments provisoires de dragons formant 8,000 hommes de cavalerie, ce qui portera son corps à 32,000 hommes. Vous lui donnerez l’ordre de détourner les troupes en marche pour Logroño, à Vitoria, et de là sur Burgos.

Vous lui donnerez l’ordre de porter à Burgos son quartier général, et à son chef d’état-major celui d’être rendu sans délai dans cette ville. Il réunira ses troupes dans la direction de Valladolid, pour se trouver en mesure d’agir selon les circonstances. En attendant, il appuiera le général Bonet, fera poursuivre les brigands par des colonnes mobiles, rétablira la tranquillité et fera faire de grands magasins à Burgos. Vous lui donnerez pour instruction que, s’il vient à sa connaissance que les Anglais marchent sur Salamanque et Valladolid, il n’attendra pas d’autres ordres pour marcher au secours du 6e corps; ce qui ferait, par la réunion des deux corps, une armée de plus de 60,000 hommes. Vous lui ferez connaître que, dans ce cas, il pourra donner ordre à la division de ma Garde qui est à Vitoria de se rendre à Burgos, mais dans ce cas seulement qui est peu présumable. Vous lui prescrirez surtout d’appuyer le général Bonet, qui va se rendre maître des Asturies, et d’assurer sa correspondance avec Madrid et le duc d’Elchingen. La grande quantité de cavalerie le mettra à même de dominer en détail toute la plaine.

Vous ordonnerez au général Reynier de se rendre en toute diligence à Madrid pour prendre le commandement du 2e corps. Il laissera le commandement de sa division au plus ancien général de brigade, qu’il fera à cet effet venir à Vitoria, et auquel il laissera les instructions qu’il a reçues.

Vous ferez connaître au général Loison qu’il sera sous les ordres du duc d’Elchingen, et vous en préviendrez ce maréchal. Ainsi le 6e corps se trouvera augmenté de la division Loison, qui est de 10,000 hommes d’infanterie et do 1,000 hommes de cavalerie; enfin ses deux régiments de cavalerie légère ont été considérablement renforcés et doivent aujourd’hui être à plus de 1,600 hommes, et sa brigade de dragons doit être à plus de 2,000 hommes. Je compte donc que le duc d’Elchingen, l’artillerie comprise, doit avoir 30,000 hommes sous ses ordres.

Vous ferez connaître au général Bonet la situation du 8e corps, et mon désir que, s’il peut entrer dans les Asturies et menacer la Galice de ce côté, il le fasse en se maintenant en communication avec Burgos et Valladolid.

Vous recommanderez aux généraux Montmarie, Valentin et Lamartinière de ne pas se tenir en repos, de faire des colonnes mobiles et de poursuivre à outrance les brigands.

Vous ferez connaître au général Kellermann ces dispositions et l’augmentation que va recevoir sa division, qui la portera à près de 3,000 hommes, et l’arrivée des conscrits qui seront envoyés pour se former et se cantonner dans les villes voisines.

Recommandez bien au duc d’Abrantès de tenir ses communications libres, non seulement avec Valladolid, mais aussi avec Aranda et SomoSierra, et de former de grands magasins de vivres de toute espèce.

 

Paris, 31 janvier 1810.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre au 3e régiment de marche de cavalerie de ma Garde, qui est à Poitiers, et à la div1sion d’artillerie qui est avec lui, de continuer leur marche sur Bordeaux. Vous donnerez ordre à la 2e division de la Garde, qui est à Tours, de se tenir prête à marcher. Donnez ordre au général Roguet, qui commande la 1e division de la Garde qui est à Vitoria, de la placer dans des lieux où elle vive abondamment, et de la pousser même jusqu’à Logroño, si cela était nécessaire.

 

Paris, 31 janvier 1810.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

 

Mon Cousin, réexpédiez l’aide de camp du roi d’Espagne; il sera porteur des instructions suivantes:

1° En marchant sur Séville et Cadix, il faut avoir soin de mener les équipages de siége nécessaires, car, si l’ennemi sait qu’on n’a pas les moyens de le bombarder ni de le miner, cela pourra accroître sa résistance.

2° Il faut prévoir que les Anglais peuvent marcher sur Talavera pour faire diversion. Il est donc convenable de laisser le 5° corps, qui est composé de nos meilleures troupes, pour être opposé aux Anglais, et de mettre tous les petits corps chargés de garder la communication avec Madrid sous les ordres du commandant du 5e corps, afin qu’il puisse les réunir et s’opposer aux Anglais. Ce corps pourra se porter sur Alcantara et jusque sur la frontière de Portugal, pour éclairer les mouvements des Anglais et correspondre avec le duc d’Elchingen.

3° Si les Anglais ne font pas le mouvement de se porter sur Madrid pour faire diversion, ils peuvent se porter sur Salamanque; et, dans ce cas, le 6e corps serait renforcé par la division Loison, et le 8e corps par 12,000 hommes de cavalerie, qui rendraient impossible toute opération sérieuse dans la plaine.

4° Si le corps qui sera opposé aux Anglais n’est pas fortement constitué, et si les corps entre la Sierra-Morena et Madrid ne sont pas sous le même commandement, si les Anglais conçoivent l’espoir de faire un mouvement offensif, cela encouragera la résistance de Cadix; le moindre mouvement rétrograde d’un des corps de l’expédition d’Andalousie serait contraire à toute idée militaire, enhardira l’insurrection et découragera l’armée française. Il ne faut donc envoyer en Andalousie que les troupes nécessaires, car, dans cette opération, il faut prévoir la diversion des Anglais.

5° Sa Majesté n’a pas été satisfaite des projets qui lui ont été soumis; ils ne présentent point de fortes combinaisons. Il n’y a de dangereux en Espagne que les Anglais; le reste ne peut tenir en campagne. La communication de Lisbonne avec Séville et Cadix est très prompte. Si on laisse sur le Tage un corps trop faible, on compromettra l’opération.

 

Paris, 31 janvier 1810.

A Catherine, reine de Westphalie, à Cassel

Ma sœur, je trouve avec plaisir dans la lettre que vous m’avez écrite l’assurance que vous avez été satisfaite de votre séjour à Paris, et j’y vois de nouvelles expressions de vos sentiments, auxquels je suis très sensible. Comptez, en retour, sur la sincérité de ceux de votre affectionné frère.

 

NOTE. 6)La minute de cette pièce, qui n’est point datée, porte en marge: ” premiers jours de janvier.

 

Il faut finir les affaires de Rome. Les affaires temporelles seront finies aussitôt que le sénatus-consulte sera publié (Le sénatus-consulte portant réunion de l’État pontifical à l’Empire, publié en date du 17 février 1810.)

Il peut l’être très promptement, et cela peut être fait dans le cours de la semaine prochaine. Le conseil privé se réunirait mardi, le sénat se rassemblerait jeudi, et le sénatus-consulte se rendrait lundi.

Ce sénatus-consulte pourrait être conçu dans les termes du projet ci-joint.

 

OBSERVATION. Un sénatus-consulte de cette nature, dès qu’il aura été rendu, fera voir au Pape que tout est terminé. Dans le courant de la semaine qui suivra la publication de ce sénatus-consulte, je ferai partir deux évêques avec une lettre de moi au Pape, conçue en ces termes:

Très-saint Père, j’envoie auprès de Votre Sainteté M. l’évêque de … et M. l’évêque de … . . pour lui faire connaître mon désir de voir rétablir l’accord entre Votre Sainteté et moi. Je ne veux pas que Votre Sainteté ait aucun doute sur mes principes et sur ma volonté. Votre Sainteté a oublié les principes de la justice et de la charité lorsqu’elle a répandu une bulle qui excommunie une partie de mes sujets: c’est pour bénir et affermir les trônes, et non pour les détruire, que Jésus-Christ est venu faire le sacrifice de sa vie sur cette terre. Mais cette excommunication a été surprise à Votre Sainteté par des hommes profondément méchants. J’en appelle à l’Église et à Votre Sainteté elle-même mieux informée. Je méprise cette excommunication, et je ne la considère que comme l’œuvre de la méchanceté et des ennemis de la religion. Elle est d’ailleurs fondée sur des assertions fausses: non seulement je n’ai pas négligé d’exécuter le Concordat, mais, bien loin de là, j’ai amélioré de plus en plus la situation du culte catholique, et je bénis tous les jours le Dieu de nos pères de ce qu’il m’a choisi pour rétablir son culte et ses autels, et pour le faire honorer en France, en Italie, en Allemagne et en Pologne. Votre Sainteté appuie aussi son excommunication sur des raisons temporelles, mais ici je dois lui faire connaître ma pensée tout entière. En rétablissant le culte en France, j’ai voulu rendre à mes peuples la vraie religion et l’influence salutaire de son chef spirituel, et non pas rétablir les prétentions intolérables de Grégoire VII : j’ai entendu donner à mes peuples un premier pasteur, et non pas les assujettir à un souverain étranger.

Mon trône vient de Dieu, et je n’en rends compte qu’à lui seul. Je reconnais la puissance spirituelle de Votre Sainteté, mais je ne veux ni ne peux lui reconnaître aucune influence temporelle. La triple tiare est une monstrueuse production de l’orgueil et de l’ambition, entièrement contraire à l’humilité d’un vicaire de Jésus-Christ. Les passions irascibles de ceux qui environnent Votre Sainteté auraient fait beaucoup de mal, si Dieu ne m’avait donné le calme et la véritable connaissance des principes sublimes de notre religion. Ni la France ni l’Italie ne reconnaîtront jamais l’influence d’un souverain étranger; mais elles reconnaîtront toujours l’autorité salutaire du vicaire de Jésus-Christ, comme leur premier pasteur, et n’ayant de droit que sur les âmes, ainsi qu’étaient saint Pierre et les premiers pontifes qui ont fondé la religion. J’ai en exécration les principes des Jules, des Boniface et des Grégoire ; ils ont fait que la moitie du monde chrétien s’est séparée de la religion catholique, et ils rendent aujourd’hui compte à Dieu, de ce que leur folle ambition leur a fait faire, et de la damnation de tant d’âmes que cette ambition a occasionnée. C’est à Votre Sainteté à choisir ; moi et la France, nous avons choisi. Nous voulons la religion de saint Pierre, de saint Paul et de saint Bernard, fondée sur les principes de l’Église gallicane. Nous reconnaissons le principe et l’utilité de l’unité et de l’influence de la chaire de saint Pierre, la pierre angulaire sur laquelle Jésus-Christ a permis que son Église fût bâtie; mais nous sommes  déterminés à ne point nous soumettre à un souverain qui aurait à gouverner un territoire, des hommes et des choses temporelles. Si Votre Sainteté veut conserver cette influence temporelle et se mêler des affaires du monde, si elle se croit le roi des rois, nous lui opposerons l’Évangile; nous la regarderons comme ennemie de la religion: nous en appellerons à un concile général. Si, au contraire, Votre Sainteté ne veut que l’héritage de Jésus-Christ et de saint Pierre, si elle se contente de la direction des âmes, si elle est animée du véritable esprit de l’Évangile, si elle prêche l’union, les principes de la morale et de la charité, nous sommes prêts à nous réconcilier avec elle; si, comme Jésus-Christ, Votre Sainteté pense que son règne n’est pas de ce monde, si elle n’a d’autres considérations que celle d’une autre vie, nous reconnaîtrons son autorité spirituelle, nous l’appuierons de toute la force de notre sceptre, car nous la regarderons comme le plus ferme soutien de notre trône et de la prospérité de nos peuples.

Nous ne parlons pas à Votre Sainteté un langage douteux et insidieux. La religion est une chose claire: Jésus-Christ et ses apôtres l’ont prêchée sur les toits, afin qu’elle fût connue de tous.

Voulez-vous être pape, le vicaire de Jésus-Christ et le successeur de saint Pierre ? Nous vous recevrons en triomphe et nous vous serrerons dans nos bras. Mais êtes-vous dominé par l’orgueil et le faste du monde, pensez-vous que notre trône doive vous servir de marchepied et que vous deviez mettre notre couronne sous la poussière de vos pieds ? Nous ne vous considérerons que comme l’œuvre du démon, que comme gâté par l’orgueil et les intérêts du monde, et comme l’ennemi de la religion, de notre trône et de nos peuples.

Votre influence est puissante, et votre empire est grand, quand Vous restez dans les limites qui vous ont été tracées par Jésus-Christ; mais votre puissance devient ridicule et méprisable, quand vous voulez marcher comme les potentats de la terre, environné d’orgueil, de menaces et de force. Vous n’êtes rien quand votre empire est de ce monde, vous êtes tout quand votre empire n’est pas de ce monde. Mais maintenant Rome fait irrévocablement partie de mon Empire, qui forme les cinq sixièmes de la chrétienté.

Vous aurez assez de soins et d’occupations quand vous voudrez vous borner aux affaires spirituelles et à la direction des âmes. J’ai la mission de gouverner  l’Occident, ne vous en mêlez pas; et, si Votre Sainteté se fut uniquement occupée du salut des âmes, l’Église d’Allemagne ne serait pas dans l’état de désordre et de désorganisation où elle se trouve actuellement. C’est depuis bien du temps que les pontifes de Rome se sont mêlés de ce qui ne les regardait pas, en négligeant les vrais intérêts de l’Église. Je vous reconnais pour mon chef spirituel, mais je suis votre Empereur.

Les évêques que j’envoie auprès du Pape auront les instructions suivantes:

Tout le séatus-consulte et rien que le sénatus-consulte.

A l’avenir, les papes devront me prêter serment, comme ils le prêtaient à Charlemagne et à ses prédécesseurs. Ils ne seront installés qu’après mon approbation, ainsi qu’ils étaient confirmés par les empereurs de Constantinople; mais je n’exige rien du Pape actuel; je ne lui demande aucun serment; je ne veux pas même qu’il reconnaisse la réunion de Rome à la France; je n’en ai pas besoin. Une donation faite dans un temps de barbarie et soutenue par l’ignorance et la superstition est subreptice. Si cependant le Pape veut aller à Rome, il faut qu’il reconnaisse la réunion; mais s’il ne veut point y aller, je ne lui parlerai pas de cette réunion.

Le principal but de la négociation doit être de l’engager à choisir son domicile en France. Aussi j’ai seul le pouvoir et les richesses nécessaires pour subvenir aux besoins de l’Église. Mon intention est, dans le cas où l’on réussirait à l’engager à venir en France, de le placer à Reims.

 

Paris, 31 janvier 1810.

 Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

 Je vous ai nommé intendant général de mon domaine extraordinaire. Pour vous rendre plus facile la connaissance que vous allez prendre de votre nouveau travail, j’ai dicté les notes suivantes:

 I – Mon domaine extraordinaire se compose des caisses de la troisième, de la quatrième et de la cinquième coalition, et de la caisse d’Espagne: ce qui forme quatre titres de recette.

 Mon intention est que le capital ne soit jamais confondu avec les intérêts, et que les intérêts forment toujours une recette à part; enfin, que toute dépense pour frais d’administration, d’escompte, de transport d’espèces, etc., soit toujours prise sur le revenu des intérêts et non sur le capital.

 

II. Ces fonds sont grevés de plusieurs obligations, telles que le canal du Loing, le prêt à la ville de Paris, le prêt à la ville de Bordeaux, le prêt aux propriétaires de vignobles, etc. Cette année, par une disposition de finances, j’ai ordonné que 45 millions seraient donnés au Trésor, qui remettra en échange 15 millions de rescriptions de décomptes d’acquéreurs de domaines nationaux, 750,000 francs de rentes sur le Monte-Napoleone, et 750,000 francs en inscriptions sur le grand livre de France.

 Ces fonds sont, en outre, grevés des frais de construction du Temple de la Gloire, qui ne sont pas évalués à moins de 10 millions. Il est donc convenable que les fonds nécessaires, tant pour ces divers objets que pour le rachat des canaux du Centre et de Saint-Quentin, dont ces fonds sont également grevés, soient mis en réserve, de manière à pouvoir toujours satisfaire à ces dépenses.

 

III. Comptabilité. – Plusieurs sommes sont sorties ou doivent sortir avec des affectations spéciales. Il a été ainsi disposé d’une forte somme pour l’achèvement du Louvre, d’une forte somme pour Versailles, et probablement ces décrets pour des travaux particuliers se renouvelleront souvent.

 Il est convenable que les trésoriers, chez lesquels vous verserez des fonds qui auront cette disposition, vous fassent repasser ensuite les pièces justificatives des travaux qui auront été faits sur ces fonds.

 Ainsi, par exemple, l’arc de triomphe du Carrousel a été fait avec les fonds de la troisième coalition. Il faut que les pièces comptables de cette construction vous soient remises. Il en doit être de même des pièces relatives aux autres travaux, afin de pouvoir toujours justifier l’emploi des fonds.

 

IV – J’ai affecté des fonds pour payer toutes les acquisitions de domaines que j’ai faites, telles que le château de Laeken près Bruxelles, le château de Marracq près Bayonne. Ces terres appartiennent, dès lors, au domaine extraordinaire, et toutes les pièces de l’acquisition doivent y être remises en règle, jusqu’à ce que je fasse passer ces biens au domaine de la couronne.

 

V. Mon domaine extraordinaire d’Espagne se compose des biens de douze maisons d’Espagne qui ont été déclarées traîtres. Les biens que ces maisons possédaient en France, en Italie, à Naples, sont autant d’articles de recette. Mon domaine se compose, en outre, de 150 à 200 millions de biens-fonds en Espagne, appartenant également à ces douze familles.

 

VI – En Allemagne, mon domaine extraordinaire se compose : 1° de tous les biens que j’ai donnés pour former des majorats et qui doivent se monter à plusieurs centaines de millions; il est convenable que vous ayez un état exact de tout cela; 2° des biens de la noblesse immédiate dont j’ai ordonné la confiscation et dont je me suis réservé la moitié; 3° des dettes de l’ancien électeur de Hesse-Cassel.

 Beaucoup d’autres objets font encore partie du domaine extraordinaire. Ce ne sera qu’au fur et à mesure et lorsque vous m’aurez présenté un rapport général qui sera le résumé de vos renseignements sur tout cela, que je pourrai voir s’il y a quelque chose d’oublié.

 VII. – Vos fonctions sont: 1° la surveillance de la caisse et des fonds; 2° les sollicitudes et démarches qu’exige le pouvoir que je vous donne de faire valoir mes droits et de poursuivre mes différentes prétentions; 3° de tenir un état exact de tous les fiefs donnés avec clause de réversibilité, et de me remettre tous les mois l’état des domaines ainsi rentrés, afin que j’en dispose.

 VIII. – Il faut organiser vos bureaux et votre correspondance conformément à ces occupations.

 Vous aurez souvent besoin du ministre des relations extérieures. Il faut vous entendre avec lui et recueillir sur-le-champ tous les différents renseignements, faire toutes les démarches convenables, pour ne pas laisser s’éteindre et se perdre mes différents droits.

Paris, ler février 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’ai reçu votre travail sur les préfets. Remettez-m’en un semblable sur les sous-préfets. Je suis instruit qu’il y en a un grand nombre d’incapables; ce qui fait que l’administration traîne dans beaucoup de départements de l’Empire. Je suis surpris de voir, dans la liste des préfets, une note sur le préfet de l’Elbe, rédigée d’une manière qui me paraît extraordinaire. L’attachement à ma personne est commun à tous les Français, et ce ne doit pas être un voile pour couvrir les irrégularités dans l’administration dont un préfet est comptable. Je demande des explications sur cet objet.

 

Paris, 2 février 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je reçois votre lettre du … et j’y réponds. Faites venir à Paris, en poste, M. Martorelli, archiviste général, et adressez-le au sieur Daunou, mon archiviste. Donnez l’ordre que toutes les archives du Vatican, de la Daterie, de la Pénitencerie et autres, sous quelque titre que ce soit, soient transportées à Paris sous bonne et sûre escorte, et qu’à cet effet on fasse partir de Rome un convoi de cent voitures toutes les semaines. Ces voitures déposeront ces archives à Suse et retourneront à Rome pour en chercher d’autres. Le sieur Daunou aura à Suse un agent, qui sera chargé de faire transporter ces archives aux archives de Paris.

Mon intention est de faire venir à Paris toute la Pénitencerie. S’il n’y a que quinze personnes, vous les ferez venir jusqu’à Fontainebleau; vous me ferez un rapport sur chacun de ces individus, et on verra à les loger à Paris, Mon intention est de faire venir à Paris non seulement les ornements pontificaux, mais encore la tiare et autres joyaux servant dans les cérémonies du Pape. Il y a, entre autres, une tiare que j’ai donnée au Pape, qu’il ne faut point laisser à Rome.

Entendez-vous avec le ministre de l’intérieur pour que l’hôtel Soubise soit disposé pour contenir cette immense quantité de papiers.

 

Paris, 2 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous renvoie les lettres du duc de Reggio. Faites-lui connaître que je désire que son quartier général soit placé dans un point central, dans une des places du Brabant et non dans une ville française; qu’il fasse fournir par les autorités du pays le pain, le vin, la viande, les fourrages, etc., pour la nourriture de ses troupes; que quatre régiments d’infanterie et deux régiments de cavalerie arrivent à Düsseldorf, le 6 ou le 7; que je les destine à être dirigés sur lui; enfin qu’il envoie des états de situation des places hollandaises.

 

Paris, 2 février 1810

A Élisa Napoléon, Grande-Duchesse de Toscane, à Florence

Ma Sœur, vous avez dû recevoir mon dernier ordre pour le payement de la dette de Toscane; occupez-vous sans délai de cet objet, et faites procéder à la remise des biens et à leur vente, afin d’accroître la masse des propriétaires en Toscane.

 

Paris, 2 février 1810

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

J’approuve le présent que vous voulez faire à la reine de Bavière, hormis qu’il faut en ôter tout ce qui serait relatif à moi, si ce n’est un portrait.

 Ainsi les revues de Berlin et de Vienne sont des vases à mettre dans les appartements des Tuileries. En général il ne faut pas donner de ces vases là et quand il y en aura beaucoup de faits, il faut en faire une collection pour placer dans les galeries et dans les appartements de l’impératrice.

 

Paris, 2 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’approuve cette convention (constituant la Saxe débitrice envers la France de 19.631.500 francs, accurdanit dix ans au roi de Saxe pour se libérer). Aussitôt que vous l’aurez ·signée, envoyez-en une copie à l’intendant du domaine extraordinaire entre les mains de qui doivent être versés les bons de Saxe.

 

Paris, 3 février 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Ecrivez au préfet de Nîmes que j’ai vu avec peine l’accueil fait à de misérables moines indignes de ce nom, pris les armes à la main et dec s. f. (lacune dans la minute, sans doute « couverts de sang français »), qu’il ait à donner  des explications au maire et que l’on sache ce que c’est. Ces misérables ont été pris les armes à la main et plusieurs sont couverts d’assassinats.

 

Paris, 3 février 1810, 6 heures du soir.

J’ai dit à Eugène que tu aimais plutôt à écouter les bavards d’une grande ville que ce que je te disais; qu’il ne faut pas permettre que l’on te fasse des contes en l’air pour t’affliger.

 J’ai fait transporter tes effets à l’Elysée. Tu viendras incessamment à Paris; mais sois tranquille et contente, et aie confiance entière en moi.

 

Paris, 4 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie de me porter le plus tôt que vous pourrez le rapport sur les affaires de Rome (voir au 17 février); il est temps de frapper un coup et de finir ces affaires.

 

Paris, 4 février 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, donnez ordre au général Miollis de renvoyer de Rome tous les ministres étrangers, entre autres ceux d’Italie, de Bavière et de Naples et celui de France. Il fera connaître à ces ministres que, s’ils sont chargés des affaires ecclésiastiques de leur cour, ils doivent se rendre à Paris, où sont transportés les offices de la Daterie et de la Pénitencerie.

 

Palais des Tuileries, 4 février 1810

ALLOCUTIONS

A LA DÉPUTATION DE LA DORDOGNE.

Messieurs les Députés du Collège électoral du département de la Dordogne, moi et mon allié l’empereur de Russie, nous avons tout fait pour pacifier le monde; nous n’avons pu y réussir. Le roi d’Angleterre, vieilli dans sa haine contre la France, veut la guerre. Son état l’empêche d’en sentir les maux pour le monde et d’en calculer les résultats pour sa famille. Toutefois la guerre doit avoir un terme, et alors nous serons plus grands, plus puissants et plus forts que nous n’avons jamais été. L’Empire français a la vie de la jeunesse; il ne peut que croître et se consolider; celui de mes ennemis est à son arrière-saison ; tout en présage la décroissance. Chaque année dont ils retarderont la paix du monde ne fera qu’augmenter ma puissance.

A LA DÉPUTATION DU DOUBS.

Messieurs les Députés du Collège du département du Doubs, j’ai eu souvent occasion de distinguer vos citoyens sur le champ d’honneur. Ce sera avec plaisir que je verrai vos campagnes. Mais ma famille est devenue bien grande. Cependant j’irai voir le canal qui doit joindre le Rhin au Rhône et qui passe dans votre ville.

A LA DÉPUTATION DE L’INDRE. Messieurs les Députés du Collège du département de l’Indre, je vous remercie des sentiments que vous m’exprimez. Je les mérite de mes peuples par la sollicitude que je porte constamment à tout ce qui les intéresse.

A LA DÉPUTATION DU LÉMAN.

J’agrée vos sentiments. Moi et ceux de mes descendants qui occuperont ce trône, nous protégerons toute religion fondée sur l’évangile, puisque toutes en prêchent la morale et en respirent la charité.

Ce n’est pas que je ne déplore l’ignorance et l’ambition de ceux qui, voulant, sous le masque de la religion, dominer sur l’univers et y lever des tributs à leur profit, ont donné un si spécieux prétexte aux discordes qui ont divisé là famille chrétienne. Ma doctrine comme mes principes sont invariables; quelles que puissent être les clameurs du fanatisme et de l’ignorance, tolérance et protection pour toutes les religions chrétiennes, indépendance, et garantie pour ma religion et celle de la majorité de mes peuples contre les attentats des Grégoire, des Jules, des Boniface. En rétablissant en France, par un Concordat, mes relations avec les papes, je n’ai entendu le faire que sous l’égide des quatre propositions de l’Église gallicane, sans quoi j’aurais sacrifié l’honneur et l’indépendance de l’Empire au plus absurdes prétentions.

A LA DÉPUTATION DE LA LOIRE INFÉRIEURE

Messieurs les Députés du Collège du département de la Loire Inférieure, c’est en entrant dans vos murs que je reçus l’avis que des Français avaient rendu mes aigles sans combattre et avaient préféré la vie et le déshonneur aux dangers et à la gloire. Il n’a·fallu rien moins que l’expression des sentiments des citoyens de ma bonne ville de Nantes pour me rendre des moments de joie et de plaisir. J’ai éprouvé au milieu de vous ce qu’on éprouve au milieu de ses vrais amis. C’est vous dire combien ces sentiments sont profondément gravés dans mon cœur.

ALA DÉPUTATION DU LOT.

Messieurs les Députés du Collège du département du Lot, j’ai pensé à ce que vous me demandez. Le Lot sera rendu navigable aussitôt que les canaux de l’Escaut au Rhin, du Rhin au Rhône, du Rhône il la Seine et de la Rance à la Vilaine seront terminés; ce sera dans six ans. Je connais l’attachement de votre département à ma personne.

A LA DÉPUTATION DE LA ROER.

Messieurs les Députés du Collège du département de la Roër, j’agrée vos sentiments. Votre pays est celui de Charlemagne; vous faites aujourd’hui, comme alors, partie du grand Empire. J’apprends avec plaisir le bon esprit qui anime vos habitants. Je désire que ceux de vos concitoyens qui ont leurs enfants au service étranger les rappellent en France. Un Français ne doit verser son sang que pour son prince et pour sa patrie.

A LA DÉPUTATION DE LA VILLE DE LYON.

J’approuve la délibération du conseil municipal. Je verrai avec plaisir une statue au milieu de ma bonne ville de Lyon; mais je désire qu’avant de travailler à ce monument vous ayez fait disparaître toutes ces ruines, restes de nos malheureuses guerres civiles. J’apprends que déjà la place Bellecour est rétablie; ne commencez le piédestal que lorsque tout sera achevé.

 

Paris, 5 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez à mon consul à Venise pour qu’il vous fasse connaître ce que sont devenues toutes les marchandises coloniales que j’avais fait venir de Venise à Trieste.

Envoyez à mon ministre à Cassel le traité et tous les documents qui l’instruisent de ce qui s’est passé ici avec le Roi et son ministre.

 

Paris, 5 février 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous envoie l’extrait du rapport qui m’a été fait sur les attributions des commissaires généraux de police. Écrivez une circulaire aux préfets dans les départements desquels il y a des commissaires généraux de police, afin qu’ils aient pour principe que chacun doit rester dans ses attributions. Ne confondez pas les directeurs généraux de la police en Piémont et en Toscane, parce que leur existence tient à un régime particulier. Rédigez cette circulaire de manière qu’elle puisse paraître dans le Moniteur et partez de la transition que plusieurs préfets vous ont demandé des instructions sur leurs rapports avec les commissaires généraux de police. Tout l’art de la rédaction doit consister en ce que vous paraissiez plutôt l’écrire en faveur des commissaires généraux de police que contre eux, quoique en réalité vous réprimiez leurs prétentions. Il faut que ce soit là le but de votre lettre, mais il (sic) ne doit pas s’apercevoir.

 

Paris, 5 février 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je reçois votre lettre du 3. Du 1er au 15 février, mon armée du Rhin sera bien éloignée d’Augsbourg; car une division de quatre régiments sera à Hambourg, une autre à Düsseldorf marchant sur la Hollande, et une autre à Hanau. Ces douze régiments appartiennent au 4e corps. Les deux autres régiments de ce corps se rendent à Saint-Omer. Tout le 2e corps sera en France, à Strasbourg. Tout le 3e corps sera : la division Gudin à Magdeburg, la division Morand à Bayreuth et la division Friant à Passau et Salzburg. Ainsi les divisions Morand et Friant pourront être servies par la caisse d’Augsbourg; mais il faut faire payer d’une autre caisse ce qui sera à Hambourg, Hanau, etc. Il faudrait que, sur les 45 millions que la caisse de l’extraordinaire doit vous verser, et sur lesquels 15 millions doivent l’être en monnaie d’Allemagne, les lettres de change vous fussent données sur les villes voisines des cantonnements des troupes, et que le produit de celles qui sont sur Augsbourg rentrât dans la caisse d’Augsbourg.

 

Paris, 5 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au maréchal Marmont qu’il se mette en correspondance avec le pacha de Bosnie, mais qu’il ne commette point d’hostilités jusqu’à nouvel ordre.

 

Paris, 5 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez au maréchal Marmont que je suis très surpris d’apprendre que la solde de l’armée d’Illyrie ne soit pas payée; qu’il devait y être pourvu par les revenus du pays; qu’il y a beaucoup de contributions à rentrer; que Trieste doit de l’argent. Il faut donc que le gouverneur et l’intendant général se concertent pour faire rentrer cet argent et faire payer la solde à mon armée d’Illyrie.

 

Paris, 5 février 1810.

Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

Vous aurez reçu le décret portant que 45 millions en numéraire seront versés au trésor public par la caisse de l’extraordinaire; qui, en échange, recevra une inscription de 750,000 francs sur le grand livre et de 750,000 sur le Mont-Napoléon, plus 15 millions de rachats de rentes de décomptes de domaines nationaux.

Mon intention est que vous fassiez verser dans le mois ces 45 millions dans le trésor public et de cette manière: 10 millions en monnaie d’Allemagne, dont le trésor se servira pour payer mon armée; 5 autres millions sur les ventes que fera la guerre à Magdeburg; ils seront également affectés à payer mes troupes; 15 millions en lettres de change de l’Autriche payables dans l’année, en vous concertant sur toutes les échéances avec le ministre du trésor et le trésorier de l’extraordinaire; enfin 15 autres millions sur l’emprunt de Hollande, savoir: 5 millions en argent comptant, à Paris, et 5 millions sur les premières rentrées des 40 millions de Hollande que la Prusse me doit sur sa créance.

Je désire que vous soumettiez à mon approbation un bordereau sur la manière dont doit se faire ce payement.

 

Paris, 5 février 1810

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, je reçois votre lettre du 3, par laquelle vous me faites connaître l’insuffisance des ressources des provinces réservées pour le payement de la solde de mon armée du Rhin. Je viens d’ordonner que la caisse de la cinquième coalition y pourvoirait. Mais je reçois aussi des plaintes que la solde de novembre et de décembre n’est pas payée; cependant j’en avais fait les fonds. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Paris,  5 février 1810

DÉCISION.

NOTE SUR LA DONATION FAITE PAR L’EMPEREUR A LA VEUVE ILARI, D’AJACCIO.

Par acte du 2 germinal an XIII, Sa Majesté a acquis, par échange, du sieur Ramolino, d’Ajaccio:

L° La maison d’habitation du sieur Ramolino, sise à Ajaccio, rue Saint- Charles, telle qu’elle se comportait, avec ses augmentations, améliorations, etc.

2° Deux vignes, situées au terroir dit Vitullo, appartenant au sieur Ramolino.

Par le même acte, Sa Majesté a fait don de ces propriétés à la veuve Ilari, et a chargé le préfet du département du Liamone de surveiller l’exécution de ses volontés.

Aussitôt qu’on a eu connaissance de ce don et échange à Ajaccio, la veuve Ilari est entrée en jouissance de la maison du sieur Ramolino, telle qu’elle se comportait, et d’une des deux vignes du terroir dit Vitullo. Le sieur Ramolino, s’étant défait depuis quelque temps de la seconde, a offert d’en remettre la valeur en argent. La somme qu’il offrait (2,500 francs) paraissant à la veuve Ilari être beaucoup au-dessous de la valeur de la vigne que Sa Majesté a entendu lui donner, elle s’est d’abord refusée à la recevoir; cependant, quelque temps après, le marché a été consommé.

La maison du sieur Ramolino se compose de deux maisons contiguës et réunies de manière à n’en faire qu’une seule habitation. Une des deux maisons appartenait en propre an sieur Ramolino et à ses ancêtres depuis longue date; l’autre a été acquise par échange par son épouse, et se trouve être une portion de sa dot.

Un mois après la prise de possession de l’habitation entière par la veuve Ilari, Mme Ramolino a attaqué la cession faite par son mari de la portion de maison qui lui appartenait, comme n’ayant pas eu le droit de disposer de son bien dotal, et elle est rentrée en jouissance de cette portion de maison. La veuve Ilari a conservé l’autre moitié. La propriété du sieur Ramolino, que Sa Majesté avait entendu acquérir, et dont elle entendait faire don à la veuve Ilari, s’est trouvée réduite à moitié.

Le préfet du département, chargé par Sa Majesté des intérêts de la veuve Ilari, a fait porter l’affaire devant les tribunaux ; elle a été jugée en faveur du sieur Ramolino, et la veuve Ilari condamnée aux frais de la procédure.

Renvoyé à mon comité du contentieux pour prendre connaissance de ces pièces et me faire connaître son opinion.

Le sieur Ramolino est un homme puissant. Je lui ai fait don de biens valant deux ou trois cent mille francs, à condition qu’il donnerait à Camilla Ilari, sa maison et deux vignes. Il paraît qu’on a abusé de l’état de cette pauvre femme, veuve d’un capitaine de caboteur, pour lui susciter un procès; que le tribunal de première instance d’Ajaccio a rendu un jugement inique, et qu’on a victimé une malheureuse femme, sans égard pour sa situation et l’intérêt que je lui portais, pour un homme qui est le principal personnage du département. On a eu même le tort de la condamner à payer plusieurs milliers de francs de frais. On l’a obligée à recevoir 2,500 francs pour l’équivalent d’une vigne que je lui avais donnée en nature et valant plus de 10,000 francs.

Je désire savoir:

1° Si, après avoir fait cette donation et fait faire à cet effet un acte qui devait expliquer mes intentions, il y avait du doute, on ne devait pas renvoyer devant moi pour savoir à quel titre je faisais cette donation;

2° Si je ne suis pas autorisé à rapporter ladite donation, et, puisque le sieur Ramolino n’a pas voulu donner à la veuve Ilari le peu de biens que je désirais lui donner comme plus adaptés à son état, à donner à la veuve Ilari les beaux établissements et les beaux meubles du sieur Ramolino, qui la rendront la plus riche du pays;

3° Et, si le comité trouve de la rigueur dans cette décision, ce que je dois faire si les clauses de ma donation ne sont pas exécutées, c’est-à-dire si la maison et les deux vignes, avec les intérêts tels qu’ils seront estimés par le préfet du Liamone, ne sont pas remises à la veuve Ilari avant une époque qu’on peut fixer au 1er avril;

et si je ne puis pas rapporter ma donation comme disproportionnée entre la valeur et la condition d’échange que j’imposais.

Indépendamment de la donation mentionnée dans l’acte ci-joint, j’ai fait d’autres donations au sieur Ramolino. Ces actes doivent se trouver dans l’étude du notaire Raguideau; je prie M. Daru de se les faire représenter et de m’en faire un rapport.

 

Napoléon.

Faire demander la sentence du tribunal au chef de bataillon Poli, quai de la Mégisserie, n° 18, qui doit l’avoir.

 

Paris, 6 février 1810.

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites partir aujourd’hui, avant six heures du soir, un courrier pour le duc de Vicence. Vous lui ferez connaître qu’un conseil a eu lieu il y a peu de jours, et que les opinions y ont été partagées entre les princesses russe et autrichienne; que les opinions sont partagées en France, spécialement à cause de la religion, et que les personnes qui attachent le moins d’importance à la religion ne peuvent s’accoutumer à l’idée de ne pas voir l’Impératrice faire les cérémonies de l’église à côté de l’Empereur; que la présence d’un pope paraît un plus grand inconvénient encore, et que ce serait se reconnaître une grande infériorité que de constater par un traité l’existence d’un pope au château des Tuileries. Vous ajouterez que ces lignes étaient écrites lorsque le courrier du 21 est arrivé, et que vous avez interrompu votre lettre pour déchiffrer les dépêches dont il était porteur; que l’Empereur y a remarqué que la princesse Anne n’était pas encore réglée; que quelquefois les filles restent deux années entre les premiers signes de nubilité et la maturité; que rester trois ans sans espérance d’avoir des enfants contrarierait les intentions de l’Empereur; que, d’un autre côté, le terme de dix jours était expiré le 16, et que le 21 il n’y avait aucune réponse; que Sa Majesté ne peut concevoir comment, quand l’impératrice mère a donné son consentement, quand l’opinion de la princesse Catherine est favorable, on ne donne pas de réponse positive; que ces délais contrastent avec le dévouement et l’empressement de l’Autriche; que Sa Majesté compte tenir demain un conseil pour fixer cette incertitude, n’ayant plus de temps à perdre; qu’il avait été question à Erfurt de la princesse Anne, mais que Sa Majesté se croit suffisamment libre, non d’un engagement, puisqu’il n’y en a jamais eu, mais d’une obligation de tacite honnêteté que lui imposait son amitié pour l’empereur Alexandre, par le délai d’un mois qu’il a mis à répondre à une question si simple, et par la différence des paroles de Romanzof.

 

Paris, 6 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous prie, avant de vous coucher, d’expédier le courrier en Russie, tel que je vous l’ai écrit. Ne parlez pas de la séance de ce soir. Demain au soir, quand vous aurez signé avec le prince Schwarzenberg, vous en expédierez un second pour faire connaître que je suis décidé pour l’Autrichienne. Vous viendrez demain à mon lever. Portez-moi le contrat de Louis XVI et l’historique. Écrivez ce soir au prince Schwarzenberg pour lui donner rendez-vous demain à midi.

 

Paris, 6 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous me présentiez un projet de note à envoyer toute faite à M. de Saint Marsan. Cette note doit être rédigée sur les principes suivants:

“Que les engagements des rois sont sacrés; que la dette de le Prusse envers la France est comme versée au trésor public, et que je ne suis plus le maître d’en disposer. Depuis le commencement de la guerre d’Autriche, il y a un an, rien n’a été payé, et il est évident que, si la Prusse donnait la moitié de son revenu, 60 millions auraient été payés. Les 22 millions  lettres de change ont été protestées, aussitôt que la Prusse a su la France engagée dans une guerre avec l’Autriche. L’Empereur ne veut pas approfondir s’il est vrai que la Prusse ait beaucoup espéré du bénéfice des événements; mais il est temps qu’elle prenne des mesures pour tenir ses engagements envers Sa Majesté Impériale, avec laquelle on n’a jamais pris d’engagements en vain. Certes il est impossible d’acquitter cette dette et d’entretenir une armée, de faire camper ses troupes, de remonter et de nourrir une nombreuse cavalerie. Faire de pareilles opérations, c’est dire que l’on ne veut jamais payer la France. Depuis la paix du mois d’octobre jusqu’à présent, il n’a pas encore été payé un million. On s’occupe dans le cabinet de Berlin à mettre en discussion ce qui ne doit pas être discuté. Le traité fait avec la France n’est point un traité éventuel, mais bien un traité positif; son inexécution est un manque de bonne foi qui étonne et qui met de l’incertitude dans tous les mouvements. L’Empereur peut-il retirer ses troupes de l’Allemagne et laisser un corps isolé sur l’Oder ? Il faudra, pour l’appuyer, qu’il fasse marcher 60,000 hommes à Magdeburg. La présence de ces troupes dans cette place donnera des inquiétudes, fera croire à des projets que l’Empereur n’a point, et aura en outre l’inconvénient de lui coûter beaucoup d’argent. Il faut donc que la Prusse prenne un parti. Il faut, ou qu’elle s’engage à payer ce qu’elle doit à l’Empereur, à raison de quatre millions par mois, à compter du 1er janvier 1810, ce qui ferait dans l’année 48 millions, lesquels, joints aux 40 millions de l’emprunt de Hollande, avanceraient bien le payement; le reste sera payé en 1811; ou que, pour indemniser la France, elle cède à l’Empereur la souveraineté de Glogau et d’une partie de la Silésie.

“Sa Majesté Impériale et Royale ne forme point de nouvelles prétentions; elle ne désire rien et ne veut que l’exécution des traités. Il faut trancher le mot : si les conseillers de Sa Majesté prussienne ne l’avaient pas trompée, si elle avait suivi de bonne foi la convention d’Erfurt, 60 millions seraient déjà payés. Le soussigné est chargé de demander une réponse prompte, catégorique et positive.”

En envoyant cette note à M. de Saint Marsan, vous lui donnerez des instructions très détaillées, et vous lui direz de la présenter d’une manière solennelle et de déclarer au cabinet prussien que mes troupes ont déjà ordre de se porter à Magdeburg, et que je prendrai, au besoin, tous les moyens nécessaires pour forcer à ne plus violer les conditions du traité.

 

Paris, 6 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, par le courrier que vous expédierez au duc de Vicence, vous lui ferez connaître qu’il a eu tort de dire au ministre d’Amérique que ce n’était pas par mon insinuation que le Danemark avait fait son expédition. Qu’en sait-il ? Et pourquoi se mêle-t-il de ce qu’il ne sait pas ? Envoyez-lui la copie de la lettre du ministre d’Amérique qui annonce la mise de l’embargo, afin d’autoriser son langage.

 

Paris, 6 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie les pièces que vous voulez joindre à votre rapport sur Rome. Je remarque que cette collection est incomplète et ne dit rien. Je ne vois pas une note du secrétaire d’État de Rome ou du cardinal Caprara, ce qui n’est pas conséquent. Il faudrait qu’à côté des notes du sieur Alquier il y eût celles des ministres du Pape ou du légat; car ne mettre que les pièces d’une partie, c’est ôter au public la faculté de juger, et mettre le doute à la place de la conviction. Occupez-vous donc de cette affaire, qui m’emploie beaucoup de temps et que je traîne depuis deux mois.

Votre rapport a besoin d’être retouché. Je vous réitère d’en ôter tout ce qui est relatif aux affaires ecclésiastiques. Parlez en général d’un ton plus modéré. Il faut partir de la disposition que j’ai montrée d’occuper Ancône; que de là l’aigreur, et que le Pape n’a jamais voulu faire un traité avec moi.

 

Paris, 6 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, vous témoignerez mon extrême mécontentement au prince d’Eckmühl de ce qu’il a ôté la garnison bavaroise de Passau. Vous lui enverrez l’ordre que, vingt-quatre heures après la réception de votre lettre, la citadelle d’Oberhaus soit évacuée par les troupes françaises et remise aux troupes bavaroises. Après avoir expédié cet ordre, vous vous rendrez de votre personne chez le roi de Bavière pour lui faire connaître tout le mécontentement que m’a donné cette nouvelle, et vous lui direz que vous venez vous-même lui faire les réparations convenables, cette faute ayant été commise par un homme de votre département.

 

Paris, 6 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je réponds à votre lettre par laquelle vous me demandez quelles sont les limites du pays que doit occuper l’armée du Brabant. Vous ferez connaître que cette limite est le Rhin dit Wahal, en partant du fort Schenken, passant sous les murs de Nimègue, de Bommel et de Workum, traversant ensuite le Biesbosch, le Hollandsch-Diep, le Volkrak, et arrivant à la mer par le canal qui sépare l’île de Schouwen de celle de Goerce. Vous trouverez ci-joint un petit huilé de cette limite.

 

Paris, 6 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au général Laborde de partir dans la journée pour aller prendre le commandement de la 13e division militaire à Rennes. Vous l’informerez de l’inquiétude que les Anglais donnent dans le Morbihan.

Vous enverrez l’ordre à la division de ma Garde, qui est à Tours, de se rendre à Angers.

Vous ferez connaître cette disposition au général Laborde, pour que, si les Anglais tentaient quelque chose du côté de Quiberon, il envoie l’ordre à cette division de s’approcher à marches forcées.

Comme je ne crois pas que les Anglais pensent à tenter quelque chose de sérieux dans cette saison, je me borne à envoyer la division de ma Garde à Angers, et, en attendant qu’elle y soit arrivée, nous saurons à quoi nous en tenir. Vous ferez connaître au général qui commande la division de ma Garde à Tours que, s’il recevait un ordre du commandant de la 13e division militaire de se rendre en Bretagne, en raison de quelques mouvements des ennemis, il obéisse à son ordre et accélère sa marche. Je suppose que le général commandant la 13e division aura pensé à pourvoir Belle-Isle.

Écrivez aussi dans la 12e division militaire pour que le général commandant se rende dans l’île d’Aix, complète les approvisionnements de siége, mette la garnison sur le qui-vive, et s’assure que le génie et l’artillerie sont en état.

P: S. Faites passer ma Garde par le chemin qui rapproche toujours le plus de la Bretagne.

 

Paris, 7 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur Duc de Cadore, je désire que vous donniez à M. Otto les instructions suivantes. Le courrier portant le contrat de mariage pouvant arriver le 13 de ce mois à Vienne, il pourra en expédier un le 14, avec l’assurance des ratifications;  il arrivera à Paris le 21.

Le prince de Neuchâtel, étant destiné à être envoyé comme ambassadeur extraordinaire pour demander la princesse en mariage, pourra partir le 22 ; il arrivera à Vienne le 28 ou le 29, et fera la demande le lendemain de son arrivée. M. Otto aura, avant son arrivée, arrangé tout ce qui est relatif au cérémonial, soit pour la réception du prince de Neuchâtel, soit pour la célébration du mariage par procuration.

Ce mariage pourra se faire le 2 mars. La princesse achèvera le carnaval à Vienne et en partira le 7, jour des Cendres. On arrangera les choses de manière qu’elle puisse arriver vers le 26 à Paris. Elle trouvera à Braunau la Maison française qui aura été envoyée au devant d’elle, et qui partira immédiatement après le prince de Neuchâtel. La remise de la princesse se fera à Braunau.

Il faut recommander à M. Otto d’envoyer ses premières dépêches par un homme intelligent, avec un billet pour le général qui commande à Strasbourg, pour qu’il puisse faire passer, par le télégraphe, un avis au grand maréchal qui fasse connaître l’assurance qu’il aura des ratifications. Après ce premier courrier, M. Otto devra en envoyer un tous les jours jusqu’à Braunau, et de là les dépêches pourront venir par l’estafette, qui va plus vite. Comme on enverra de Paris, avec la Maison, le trousseau et la corbeille, il est inutile que l’on fisse rien à Vienne. Il fera bien entendre que la princesse n’emmènera personne avec elle; si elle a une femme de chambre à laquelle elle soit bien attachée, elle pourra l’amener pour rester le premier mois de son arrivée en France. Vous ajouterez à M. Otto que le douaire de l’Impératrice, tel qu’il est fixé, m’a paru ridicule, mais qu’en cela on a voulu suivre ce qui a été fait pour le mariage de Louis XVI; qu’il peut déclarer que, si la cour de Vienne avait connaissance de quelques articles secrets que l’on n’a pas trouvés dans les papiers à Paris, il est prêt à signer la même chose à leur aspect; qu’au surplus le douaire des impératrices en France est fixé à 4 millions.

Vous ferez partir ce soir votre courrier pour M. Otto. Je ferai partir ensuite un de mes aides de camp avec ma lettre pour l’Empereur.

 

Palais des Tuileries, 7 février 1810

NOTE

POUR LES MINISTRES DU TRÉSOR PUBLIC, DE LA GUERRE, ET DE L’ADMINISTRATION DE LA GUERRE.

L’administration de la guerre demande 44 millions pour l’habillement comme dépense réelle. Il y a donc une augmentation de dépense de 7 millions, puisque, selon le travail de la commission chargée d’examiner ce service et le rapport qui en a été fait par M. Daru, le tout dressé d’après les revues, il n’y avait qu’une dépense réelle de 37 millions. Le ministre du trésor public demande aussi 4 millions de plus. Il est indispensable que le payeur, le trésor et l’administration de la guerre s’entendent pour savoir d’où viennent ces différences et comment elles peuvent être justifiées. Les revues de 1806 étant faites, la colonne de ce qu’a coûté l’habillement pendant 1806 est une colonne positive.

Le trésor ne doit pas administrer. Ce n’est pas à lui à avoir besoin des revues. Dans la règle, il ne devrait pas payer un sou sans ordonnance ministérielle; du moins il devrait, quand le mois est écoulé, être couvert par une ordonnance du ministre. Le ministre qui suit les affaires de son département s’apercevrait, lorsque ces ordonnances lui seraient demandées, s’il y a eu des abus dans la dépense du mois précédent; tandis que, par la fausse méthode du trésor, qui paye par á bon compte et qui attend des revues pour se faire couvrir de sa dépense, le ministre est deux ans sans savoir ce qu’il a dépensé. Ces observations s’appliquent non-seulement à la solde, mais encore à la masse de pain de soupe, à l’indemnité de route et au gîte et geôlage.

Il est indispensable de prendre des mesures pour prescrire une méthode moins fautive à l’avenir, de rédiger pour ces mesures un projet de décret, d’y joindre un rapport détaillé sur la manière de procéder du trésor avec tous les ministères, et de faire en sorte qu’en mars les payements faits tant pour la solde que pour les trois masses soient établis par division militaire et par corps, et que le ministre de chaque département donne ses ordonnances. Si les ministres ne veulent pas ordonnancer parce qu’ils constateraient la dépense, ils peuvent toujours donner des ordonnances de reconnaissance. Il est également nécessaire que, désormais et à dater du 1er janvier 1810, les pièces à régulariser soient portées dans les balances que remet le trésor et forment une colonne à part, divisée par ministères.

Il faut aussi que, pour tous les exercices et notamment pour 1808, le montant des pièces à régulariser soit déterminé ministère par ministère. Il faut enfin que des mesures soient prises pour assurer les régularisations.

Sa Majesté désire que les ministres de la guerre, de l’administration de la guerre et du trésor se réunissent pour présenter, mercredi prochain, un projet de décret qui sera rédigé sur les bases suivantes :

 

TITRE 1er.

1° Le ministre de la guerre n’ordonnancera pas la solde avant qu’elle ait été payée. Il enverra par mois au trésor le bordereau de la solde par division militaire, et, dans le courant du mois, il lui donnera avis des mouvements.

2° Le trésor ouvrira chaque mois un crédit aux payeurs des divisions. Il leur ordonnera d’envoyer chaque mois le bordereau des payements faits, corps par corps. Le payeur de la guerre remettra ces bordereaux au ministre de la guerre. Il en sera fait un modèle, dressé de manière qu’on puisse vérifier non-seulement les payements faits aux corps, mais ceux qui ont été faits aux officiers, grade par grade.

3° Le ministre de la guerre donnera alors une ordonnance et, pour pièces à l’appui, le bordereau, corps par corps et par division militaire. Il aura préalablement fait faire les vérifications nécessaires par le bureau du mouvement et par les chefs des services. Le bordereau de l’artillerie sera vérifié au bureau de l’artillerie; celui du génie, au bureau du génie; celui de la gendarmerie, an bureau de la gendarmerie. De cette manière, le ministre ordonnancera sans attendre les noms, mais du moins sur une première vérification.

 

TITRE II.

4° On procédera de la même manière pour le ministère de l’administration de la guerre. Le bordereau des payements faits pour le pain de soupe, l’indemnité de route, le gîte et geôlage, établi par corps et par division militaire, sera envoyé par le trésor au ministre, qui ordonnancera en mettant à l’appui de ses ordonnances les bordereaux qu’il aura fait vérifier par ses différents bureaux. Il connaîtra ainsi l’état de l’emploi de ses fonds et à quels agents et parties prenantes les payements auront été faits.

 

Paris, 7 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, écrivez au ministre de la guerre de Westphalie que, aussitôt que la division Molitor sera arrivée dans les villes hanséatiques, il ait à en retirer les troupes du roi de Westphalie; que les villes hanséatiques doivent pourvoir à tous les besoins de cette division. Vous informerez de cela le général Molitor et lui ferez connaître qu’il doit protection aux douanes pour empêcher le commerce des villes hanséatiques avec l’Angleterre.

 

Paris, 7 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai fait connaître mes intentions pour le second mouvement de l’armée d’Allemagne. Le compte que vous m’en rendez par votre lettre du 3 et les états qui y sont joints me mettent parfaitement au fait de l’exécution de ces ordres.

Il me reste à vous faire connaître mon intention sur le troisième mouvement.

4e Corps. – Vous enverrez un courrier extraordinaire pour que la division Dessaix du 4e corps, qui arrive à Düsseldorf, et la brigade Piré se rendent en toute diligence à Nimègue.

Vous donnerez le même ordre à la 4e division du même corps, qui est à Hanau et Fulde, et à la brigade de cavalerie légère du général Castex.

Chacune de ces divisions est composée de quatre régiments d’infanterie, et, chacune, de deux brigades de deux régiments de cavalerie légère.

Vous ordonnerez au général Quesnel de se rendre à Nimègue pour prendre le commandement de ces quatre régiments de cavalerie légère.

L’état-major, les parcs et les administrations du 4e corps se rendront à Nimègue, avec de l’artillerie, du matériel du génie et des transports.

Mon intention est qu’au 1er mars le 4e corps soit dissous et qu’il fasse partie de l’armée de Brabant.

La 3e division, qui se rend à Hambourg, ainsi que la brigade Bordesoulle, formeront une division détachée, qui vous rendra compte directement en même temps qu’au prince d’Eckmühl.

2e Corps. – Vous me ferez, avant le 15 février, un rapport sur l’état-major et l’artillerie du 2e corps, afin que je voie ce qu’il convient de faire. En attendant, la Ie brigade de la Ie division de ce corps, composée des 1e et 3e demi-brigades légères, formant plus de 3,000 hommes, partira de Mannheim le 12 et le 14 pour se rendre à Mayence, où elle tiendra garnison.

La 2e brigade de cette division, composée de la 1e demi-brigade légère et de la 2e demi-brigade de ligne, restera à Mannheim jusqu’à nouvel ordre.

Le parc de la 1e division restera à Mannheim jusqu’à nouvel ordre.

La 1e brigade de la 2e division du même corps, composée de la 2e demi-brigade légère et de la 5e demi-brigade de ligne, formant plus de 4,000 hommes, partira le 13 et le 14 de Rastadt pour se rendre à Strasbourg, où elle tiendra garnison.

Les 6e, 7e et 8e demi brigades de ligne, formant la 2e brigade de la 2e division, et fortes de plus de 4,000 hommes, resteront à Rastadt et Ettlingen.

Le parc restera à Rastadt et environs.

Le parc d’artillerie du 2e corps restera jusqu’à nouvel ordre à Pforzheim.

La brigade de cavalerie légère, forte de 3,000 chevaux, partira les 16,17 et 18 de Vaihingen pour se rendre à Strasbourg.

J’attendrai votre rapport sur la marche de ce corps pour donner des ordres ultérieurs.

Son administration sera dissoute.

Je voudrais cependant avoir un corps disponible pour garder mes côtes.

Quant au 3e corps, la 3e division, la brigade de cavalerie légère du général Jacquinot et la division de grosse cavalerie du général Bruyères, qui sont en Westphalie, seront payées par le roi de Westphalie, solde et administration.

La 2e division continuera à occuper Bayreuth, et le parc d’artillerie Würzburg.

La 2e division de grosse cavalerie, qui est à Ratisbonne, se rendra à Hanau, où elle sera cantonnée jusqu’à nouvel ordre;

La division Friant et la brigade Pajol resteront dans l’Innviertel et le Salzburg, jusqu’à la remise de ces pays.

La 3e division de grosse cavalerie se rendra autour d’Augsbourg.

 

Paris, 7 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je vous ai fait connaître, par ma lettre de ce jour, que mon intention était que deux divisions du 4e corps de l’armée d’Allemagne, composées de huit régiments d’infanterie et deux brigades de cavalerie légère, chacune de deux régiments, se rendissent à Nimègue avec l’état-major, les parcs et les administrations de ce corps. Donnez ordre au duc de Reggio de porter son quartier général à Bois-le-Duc, de faire occuper Sud-Beveland et les autres îles, et de laisser deux belles divisions à Bois-le-Duc.

Vous demanderez au duc de Reggio un projet pour réduire les gardes nationales au moindre nombre possible, en commençant par celles qui ne seraient pas habillées, qui seraient en mauvais état de service, ou qui ne seraient pas de bonne volonté.

 

Paris, 7 février 1810

Au comte de Fontanes, grand maître de l’Université, à Paris.

J’ai reçu votre lettre. Mon intention est que le grand maître de l’Université jouisse de la considération convenable; mais tout ce qui existe dans l’Empire est sous la surveillance de mes ministres. J’ai la volonté que le système de l’Université marche comme celui du monde, sans frottement et par une règle constante et uniforme: je ne veux en entendre parler que le moins possible. Mais, pour établir ce système, je sais qu’il faudra que je m’en occupe encore quelquefois, et je ne puis en être instruit et faire connaître ma volonté par mon ministre et mon Conseil d’État. Il ne serait pas conforme au bien de l’Université que le ministre travaillât avec d’autres qu’avec vous. Il ne faut ni anarchie, ni déconsidération pour le grand maître; cela serait, s’il apprenait ma volonté par son chancelier ou par quelque officier subalterne. Le président, le chancelier du Sénat, le maréchal de l’Empire, le grand dignitaire, le prince du sang, ne sont pas égaux au ministre. Le ministre n’est que l’expression directe de mon autorité. Cardinaux, archevêques, évêques, sénateurs, conseillers d’État, grands dignitaires, princes du sang, tous vont chez lui, lorsqu’ils ont besoin de son intervention auprès de moi : il ne va chez personne. C’est la marche de l’administration. Je ne puis donc admettre l’idée d’aucune espèce d’égalité en affaires entre qui que ce soit et mes ministres, pas même avec le prince impérial.

Quant au rang du grand maître à la cour et dans la société, je me réserve de le régler, et je ne suis point éloigné de ce qui est exprimé dans votre mémoire.

Vous ne pouvez organiser l’Université et exercer une utile influence sur votre propre corps, surtout dans les premières années, où il aura de fréquentes occasions de recourir à l’administration, qu’en vous maintenant dans des rapports convenables avec les ministres. Ce qui vous distingue d’un officier quelconque de l’administration, même d’un maréchal de l’Empire, c’est que celui-ci ne peut rien sans l’intervention du ministre, au lieu que, pour les trois quarts de ce que vous avez à faire, vous pouvez le faire sans le concours de l’administration. Un maréchal, qui commande mes armées, ne peut faire un sous-lieutenant : il faut qu’il fasse au ministre une proposition, qui m’est soumise par celui-ci. Vous, au contraire, vous avez le droit de faire dans votre corps tous les changements qu’il vous plaît de faire, s’ils sont conformes aux lois. Vous n’avez besoin du ministre que pour l’exécution de la loi. Vous avez besoin du ministre, soit pour obtenir des fonds pour vos lycées, soit pour donner de l’appui à votre autorité; car la force publique et l’exécution de toutes les lois ne marchent que par l’intervention de mes ministres. Il n’a existé en France aucun cardinal, archevêque, grand officier de la Couronne, provincial ou chef d’ordre, qui n’eût tenu à honneur et comme une particulière distinction de travailler directement avec les ministres, secrétaires d’État. Vous devez donc vous y conformer.

 

Paris, 8 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous avez expédié hier un courrier en Russie. Il sera nécessaire d’en expédier bientôt un second. Vous ferez connaître au duc de Vicence que je donne des licences pour l’exportation du vin et du blé qui est utile à mes États, mais point pour l’importation de denrées coloniales; que je n’approfondis pas ensuite comment les Anglais laissent sortir les bâtiments porteurs de ces licences, mais que les Anglais, ayant besoin de blé, le laissent naturellement entrer et sortir, parce que le blé est de première nécessité pour eux; que là se borne le mécanisme de l’affaire, et que je cesserai de donner des licences aussitôt que je serai instruit que les Anglais font payer des contributions.

Vous enverrez, par ce courrier, au duc de Vicence la note que vous avez remise au ministre des États-Unis, ainsi que l’acte du congrès qui met un embargo sur les bâtiments français, afin de régler son langage.

 

Paris, 8 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Consultez les officiers d’artillerie et chimistes sur les moyens de faire des fusées à la Congreve, qui paraissent avoir de l’avantage pour des attaques de villes à 12 ou 1400 toises. Cela pourrait être très-utile dans la guerre d’Espagne.

 

Paris, 8 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que le colonel en second du 56e qui est un bon officier soit nommé colonel du 54e.

 Je ne crois pas que le colonel Donnadieu ait assez de tête pour commander un régiment. Il faut l’envoyer comme chef d’état-major auprès du duc d’Auerstaedt.

 

Paris, 8 février 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur Maret, je vous renvoie le programme des cérémonies pour la translation du corps du duc de Montebello. Je désire qu’il parte de Strasbourg le 22 mai, jour anniversaire de la bataille d’Essling, et arrive à Paris le 6 juillet, anniversaire de la bataille de Wagram. Faites ces changements au programme (Moniteur du 10 février 1810) et faites-le dans le Moniteur. Envoyez le programme au ministre de la guerre pour qu’il le fasse exécuter.

 

Paris, 8 février 1810

Au comte de Rémusat, premier chambellan, surintendant des spectacles, à Paris

Vous ne me rendez aucun compte de l’administration des théâtres, et vous faites mettre de nouvelles pièces à l’étude sans m’en instruire.

J’apprends que la Mort d’Abel (Opéra de Lesueur, représenté le 2l mars 18l0) et un ballet sont mis à l’étude. Vous ne devez mettre aucune nouvelle pièce à l’étude sans mon consentement. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Paris, 8 février 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Faites connaître au roi d’Espagne, par son écuyer Cassano ou tout autre, que je n’approuve point son décret par lequel il prend à son service les déserteurs, avec le grade que leur a donné la Junte. Il y a dans l’ordre du jour qu’il a publié à ce sujet faiblesse et défaut de politique, puisque c’est donner à la fausse monnaie de la Junte une valeur réelle et annoncer que les grades donnés par la Junte seront les mêmes que s’ils étaient donnés par le Roi; qu’il y a de l’inconvenance à donner des grades supérieurs à des déserteurs, hommes sans honneur, et enfin à des coryphées du parti; que cette mesure est impolitique et que je la désapprouve; que je ne saurais voir dans les armées espagnoles et servant avec nos troupes des hommes couverts de leur sang.

Envoyez copie de ma lettre au duc de Dalmatie. Vous ferez connaître que je n’entends pas que ce décret soit exécuté, ni que mes troupes le reconnaissent.

 

Paris, 8 février 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous enverrez le décret ci-joint, par un officier, au roi d’Espagne et au maréchal Soult à qui il remettra votre lettre.

Mon intention est que tous les ordres soient donnés conformément à ce décret. Je ne puis plus faire face aux dépenses énormes de mon armée d’Espagne. Je veux que l’administration des pays conquis soit entre les mains des généraux qui commandent les provinces, afin que toutes les ressources soient appliquées aux dépenses de l’armée.

Désormais je ne pourrai plus envoyer que deux millions par mois pour la solde des troupes qui sont autour de Madrid, et qui forment le fond de l’armée, Vous aurez soin de ne faire prendre possession du nouveau gouvernement de la Navarre que lorsque le général Dufour y sera arrivé avec sa division.

 

Paris, 8 février 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous écrirez au général commandant l’Aragon qu’il doit employer les revenus du pays, et frapper même des contributions extraordinaires s’il est nécessaire, pour subvenir à la solde et à l’entretien de son armée; que la France ne peut plus suffire à toutes ces dépenses.

Vous verrez, par mon décret, que je charge le général Dufour du gouvernement de la Navarre; donnez-lui les mêmes instructions.

Il y a assez de troupes dans les Biscayes. Écrivez aux généraux Thiébault, Bonet, Kellermann et au duc d’Elchingen, que les provinces qu’ils occupent offrent assez de revenus pour l’entretien des troupes sous leurs ordres; qu’ils ne doivent pas compter sur le trésor de France, qui est épuisé par les énormes envois d’argent qu’il ne cesse de faire; qu’une quantité prodigieuse de numéraire s’engloutit en Espagne et produit l’appauvrissement de la France.

Chargez de vos lettres l’aide de camp du duc de Dalmatie.

Vous écrirez en même temps au général Suchet pour lui donner l’ordre de faire mettre, par une division de ses troupes, le siége devant Mequinenza, et de presser la reddition de cette place, en menaçant toujours Valence et maintenant la tranquillité en Aragon. Vous l’informerez que la division Dufour, forte de 7 à 8,000 hommes, arrive vers la fin de février dans la Navarre, et que la brigade Montmarie, composée de détachements qui appartiennent à ces corps, va se rendre à Saragosse.

 

Paris, 8 février 1810.

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

 Monsieur le vice-amiral Decrès, vous ferez répondre au Transport-Office une lettre rédigée d’après la note ci-jointe. Vous verrez que je propose aux Anglais de comprendre dans le cartel les Espagnols et les Portugais, et que, par ce moyen, j’aurai tous mes hommes. Vous remarquerez que j’augmente un peu le nombre des Anglais pris en France, et que je diminue le nombre des Français prisonniers en Angleterre, parce que je pense qu’il y a exagération; d’ailleurs cela m’a paru plus convenahle; et je vous le dis, afin que vous restiez sur les mêmes bases.

 

Paris, 9 février 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Je vous renvoie le budget des provinces illyriennes. Je n’en ai pas été satisfait, et vous trouverez ci-joint un décret d’après lequel il faudra le régler; faites-le connaître au duc de Raguse. Dites-lui que j’approuve qu’il traite bien les Croates, mais que je ne veux pas que l’acquisition des provinces illyriennes ajoute de nouvelles charges à mon trésor. Elles doivent donner 12 millions de revenu net pour payer les dépenses de l’armée et de l’administration générale. En un mot, elles et les troupes qui y sont stationnées ne doivent absolument rien coûter au trésor public. Pour atteindre ce but, il faut diminuer les dépenses, ou bien en mettre une partie à la charge des villes et communes et augmenter les impositions indirectes de manière que le revenu net soit porté à 12 millions. On tirera en outre une ressource de 6 millions de la vente des marchandises confisquées à Trieste.

Faites connaître au duc de Raguse que je diminuerai son armée, mais qu’il ne doit pas s’attendre à recevoir de France aucun secours pécuniaire. Dites-lui que j’approuve ce qu’il propose pour la Croatie militaire, à l’exception de sa proposition de donner des armes à tous les Croates indistinctement et sans être assuré de leur fidélité.

Le duc de Raguse s’entendra avec l’intendant général pour l’établissement des tribunaux qu’il propose.

 

Palais des Tuileries, 9 février 1810

DÉCRET.

Il sera construit, dans la rue de Rivoli, un hôtel des relations extérieures et de la secrétairerie d’État du royaume d’Italie.

Les ministres des relations extérieures et de la secrétairerie d’État du royaume d’Italie poseront, le 25 mars, la première pierre de cet édifice.

 

Palais des Tuileries, 9 février 1810

DÉCRET.

Il sera élevé, sur la place de la Bastille, une fontaine sous la forme d’un éléphant en bronze, fondu avec les canons pris sur les Espagnols insurgés; cet éléphant sera chargé d’une tour et sera tel que s’en servaient les anciens; l’eau jaillira de sa trompe. Les mesures seront prises de manière que cet éléphant soit terminé et découvert au plus tard le 2 décembre 1811.

 

Paris, l0 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites répondre à la lettre du chef de la tribu des Kurdes, et prescrivez qu’on entretienne, par de légers présents, ses bonnes dispositions.

 

Paris, 10 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, il est convenable que vous fassiez connaître au roi d’Espagne, en chiffres, et par quadruplicata, que je vois avec la plus grande peine qu’il ait perdu deux mois aussi importants que décembre et janvier, où les Anglais étaient dans l’impuissance de rien faire, et qu’il n’ait point profité de cette circonstance pour pacifier la Navarre, la Biscaye et l’Aragon ; qu’il demande sans cesse de l’argent; que l’argent est là et qu’il laisse, sans raison, dévaster ces belles provinces par Mina; que je lui ai donné plusieurs fois l’ordre de se rendre à Valladolid, mais que la nonchalance de la direction des affaires en Espagne est inconcevable.

Comment, en effet, n’a-t-ii pas maintenu ses communications, et comment, après avoir eu connaissance du 29e bulletin, n’a-t-il pas senti la nécessité d’être promptement en communication avec la France ? Il n’y a pas un moment à perdre : que le roi se rende à Valladolid, en faisant occuper Madrid et Valence par son extrémité gauche. Écrivez-lui que le temps perdu est irrémédiable; que les affaires tourneront mal si, promptement, il ne met plus d’activité et de mouvement dans la direction des affaires ; qu’il est nécessaire d’occuper Valladolid, Salamanque, et de menacer le Portugal; que les Anglais paraissent se renforcer en Portugal et qu’ils semblent avoir le double projet, ou de pousser en Espagne, ou de partir du port de Lisbonne pour faire une expédition de 25,000 hommes, partie Anglais, partie Espagnols, sur un point quelconque des côtes de France, pendant le temps que la lutte sera engagée dans le Nord. Que, pour empêcher l’exécution de ce projet, il est nécessaire que l’armée d’Espagne soit toujours prête à prendre l’offensive et à menacer de se porter sur Lisbonne et de conquérir le Portugal si les Anglais affaiblissaient leur armée en Espagne. Il faut donc que le roi occupe Valladolid et Salamanque et qu’il remplisse le triple but de tenir en échec l’armée anglaise, d’avoir ses communications aussi promptes que faciles avec la France, afin de savoir tout ce qui s’y passe, et qu’il emploie le temps où les Anglais ne feraient rien à pacifier la Biscaye et la Navarre. Que cette instruction doit être considérée comme instruction générale pour toute la campagne ; qu’enfin, si la force des armées françaises restait oisive en Espagne et laissait les Anglais maîtres de faire des expéditions sur nos côtes, la tranquillité de la France serait compromise.

Il faut, je le répète, que le roi ait ses communications très rapides et très sûres et qu’il soit toujours en mesure de prendre l’offensive.

 

Paris, l0 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, présentez une note officielle et pressante à M. de Montgelas pour se plaindre des impertinences qu’on laisse imprimer dans les gazettes bavaroises, et faire sentir que ces extravagances font le plus mauvais effet.

 

Paris, 10 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, appelez près de vous MM. d’Andlau et Dalberg; faites-leur connaître que je suis mécontent de la marche des affaires à Bade, et que j’entends que la moitié des places soit donnée aux catholiques. Vous leur remettrez une note rédigée à peu près dans les termes suivants.

” Le soussigné est chargé de faire connaître le mécontentement de S. M. l’Empereur et Roi sur le système exclusif qui s’est introduit dans le gouvernement de Bade à l’égard des catholiques et des habitants du Palatinat; on les tient de Sa Majesté, et on les traite comme des ilotes. Mannheim et plusieurs autres villes sont mises sous la dépendance d’une coterie de Carlsruhe. L’intention de Sa Majesté, comme Protecteur, est que ce système change; qu’il n’y ait plus de persécution ni d’exclusion, et que les catholiques, qui, dans la population du grand-duché, sont aux protestants dans le rapport de 2 à 1, aient la moitié des places dans le ministère et dans les autorités secondaires. Sa Majesté attend cette condescendance. En réunissant les habitants du Palatinat au grand-duché de Bade, Sa Majesté n’a pas voulu en faire des esclaves. “

Vous enverrez copie de cette note à mon ministre à Bade, en lui disant d’en instruire le Prince héréditaire, et de faire connaître verbalement, tant au Prince qu’au ministre Reizenstein, que c’est mon intention et qu’il faut s’y conformer.

Répondez à M. Dalberg que je ne vois aucune objection à ce que l’ancien roi de Suède réside à Meersburg.

 

Paris, 11 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne puis approuver le projet de traité que vous m’avez présenté ; vous en trouverez ci-joint un autre.

Présentez-moi des traités pour céder à Nassau, à Darmstadt et au grand-duc de Würzburg les enclaves comprises dans leurs territoires, en y incluant les clauses nécessaires d’après le traité ci-joint, et en sorte qu’au 1er avril prochain je n’aie plus rien dans cette partie de l’Allemagne.

Il n’y a pas d’inconvénient que vous me présentiez un projet de traité pour céder Erfurt à la Saxe, en en exceptant les enclaves, pour lesquelles vous me proposerez des cessions conformes à leur situation. Ce traité et celui avec la Bavière étant finis, les affaires d’Allemagne se trouveront terminées.

 

Paris, 11 février 1810

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, j’ai lu avec attention les différents projets sur le Louvre. Je vois que le premier projet coûterait 51 millions, mais qu’on m’en présente un second qui, par diverses modifications, ne coûterait que 34 millions. Je trouve cette dépense encore trop considérable. Je désire un troisième projet, à peu près tel qu’il est indiqué à côté du deuxième. Dans ce troisième projet, les galeries des deux ailes seraient supprimées, et il ne resterait que le Louvre et la galerie actuelle pour la communication des deux palais. Faites-moi connaître combien ce projet coûtera. Je désire ensuite que les trois projets soient tellement combinés et puissent s’exécuter de manière que, le troisième projet fini, on puisse passer à l’exécution du second; et que, le second terminé, on puisse s’occuper du premier. Faites-moi faire trois petits dessins dans ce système. Le troisième projet comprend le Louvre achevé, et la galerie du Museum ainsi que les Tuileries parfaitement finies. Ce sont déjà de grands résultats. Le second projet coûterait 34 millions. Si le troisième projet présentait une réduction de 6 millions, la dépense ne serait plus que de 28 millions; or j’ai déjà fait des fonds spéciaux pour cette somme; et, si des circonstances de guerre ou toutes autres m’obligeaient à m’en tenir au troisième projet, j’aurais toujours un magnifique palais. On pourrait le perfectionner, en donnant au Louvre quelques constructions qui règnent du côté de la place intérieure, afin que de ce côté le palais ne fût pas boiteux.

Voici une observation qui me reste à faire sur les premier et deuxième projets; elle est relative à l’emplacement qu’on y réserve pour les écuries. N’y a-t-il pas de l’inconvénient à placer une si grande quantité de paille et de foin si près de la galerie du Louvre, où il y a des choses si précieuses ? N’y a-t-il pas même un danger imminent pour Paris à placer les écuries si près des maisons de la ville ?

Je vous renvoie les papiers de cette affaire, pour que vous me fassiez un rapport et que vous me présentiez un projet de décret dans le sens que je viens de vous indiquer.

 

Paris, 11 février 1810

Au maréchal Bessières, duc d’Istrie, commandant la garde impériale, à Paris

Mon Cousin, réunissez les chefs de corps de la Garde, et présentez-moi un travail qui me fisse connaître ce que j’ai donné à ma Garde dans les trois campagnes comme dotations, et ce qu’il est convenable de lui donner encore. Tous les officiers ont-ils eu quelque chose ? Vous me remettrez l’état des officiers et soldats, indiquant ce qu’ils ont eu ou ce qu’il faudrait leur donner.

alais des Tuileries, 12 février 1810

NOTE POUR LE PRINCE CAMBACÉRÈS, ARCHICHANCELIER DE L’EMPIRE, à Paris

Le projet de statut délibéré au Conseil d’État pour compléter l’institution des titres héréditaires ne s’est pas trouvé entièrement d’accord avec ce que désirait Sa Majesté. Il a été divisé sur ses ordres en deux parties. La première contient des dispositions qui se rapportent plus particulièrement aux bases de l’institution et qui doivent constituer un véritable statut. Les dispositions renfermées dans la seconde paraissent appartenir plus particulièrement à un règlement. Sa Majesté désire que Son Altesse Sérénissime examine la rédaction de ces deux projets et lui donne son opinion.

Un objet est dans le cas de fixer particulièrement son attention, c’est ce qui concerne les titres à donner aux fils des grands dignitaires et des titulaires des majorats. Il serait agréable à Sa Majesté, pour qu’elle pût bien saisir la question, qu’on lui fît connaître l’usage qui était suivi en France et dans les divers États de l’Europe. On dit que le fils aîné du prince architrésorier prend le titre suivant: le duc Charles de Plaisance. C’est l’architrésorier qui est duc de Plaisance, et ce n’est pas son fils. L’emploi des noms de baptême dans cette formule, le duc Charles, rappelle un usage qui n’appartient qu’aux princes du sang et aux princes souverains. Il y a sûrement quelque chose à faire à cet égard, et ce qui se fait, si le fait est certain, ne paraît pas devoir être approuvé.

On établit dans le projet de statut, titre II, que tous les enfants d’un titulaire de majorat porteront les titres qui sont déterminés; savoir: duc, comte, baron et chevalier. Il y a là quelque chose qui choque. Bientôt tout le monde se trouvera avoir un titre qui ne sera  pas appliqué à un fait. On croit qu’autrefois les enfants avaient un titre parce que leur père titré possédait plusieurs fils auxquels les titres qu’il faisait porter à ses enfants étaient attachés. Cela n’existe plus maintenant; les titres transmissibles sont attachés à des majorats; ils supposent dans celui qui les porte une fortune qui le distingue des autres citoyens. Si cela n’était pas ainsi, la multiplicité des titres et le peu de consistance des hommes qui en seraient revêtus en occasionneraient l’avilissement.

Il y a trois manières de régler ce qui fait l’objet de la question actuelle:

1° Que le fils aîné du titulaire d’un majorat porte le titre qui vient immédiatement après celui de son père (c’est ce qui paraît déjà réglé), et que les autres fils portent tous le titre de chevalier et le transmettent à l’infini à leur descendance. Cela se conçoit, parce que tous auront le droit de porter les armes héraldiques.

2° Que le fils aîné porte le titre de son père, en joignant à ce titre, non le nom du majorat de son père, mais le nom de sa famille, et que tous les autres enfants portent le titre de chevalier. Dans cette hypothèse, M. Lebrun s’appellerait le duc Lebrun, et chacun de ses frères le chevalier Lebrun ; le fils du titulaire qui porterait son titre porterait le titre, sinon d’une chose qu’il a, du moins d’une chose qu’il doit avoir.

3° Donner des titres en l’air, sans idée de fait et de réalité, c’est ce qui est supposé au titre II du projet de statut; il arriverait de là que des enfants qui auraient un titre sans avoir de fortune auraient des enfants qui porteraient des titres en étant encore moins riches.

La deuxième hypothèse paraît la plus sage des trois.

Dans l’opinion à présenter à Sa Majesté, il ne faut point être arrêté par ce qui a déjà été fait, ce sont des dispositions partielles; tandis que c’est un système complet qu’il faut créer.

 

Paris, 12 février 1809

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le traité avec le prince Primat. Mon intention est d’appeler le grand-duché grand-duché de Francfort. Il faudra diviser l’article 5 en deux parties; la première moitié restera dans le traité patent, et la moitié relative aux principautés de Wagram et d’Eckmühl sera mise dans les articles secrets.

Mon intention est aussi que vous mettiez dans les articles secrets que je veux donner quatre cent mille francs à la famille du prince Primat: onze mille écus tous les mois. Moyennant cela, vous pourrez signer quand vous voudrez.

 

Paris, 12 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, expédiez un courrier à Berlin, qui sera porteur d’une lettre au comte de Saint Marsan, par laquelle vous le chargerez de remettre la lettre ci-jointe, qu’il est nécessaire de revoir et de corriger. On propose dans cette note de céder Glogau et une partie de la Silésie. Vous effacerez cela et vous donnerez pour instruction au comte de Saint Marsan de dire, en remettant la note, que si l’on ne peut pas payer, on n’a qu’à nous céder une province.

Il est nécessaire de répondre à M. de Krusenmark; vous le ferez dans les termes suivants, et vous me remettrez la rédaction de cette note:

« Que vous avez mis sous mes yeux sa note du 5 février; que, puisqu’il le veut, il faut parler clair; que Sa Majesté vous charge de lui répondre que le roi de Prusse a pris un engagement qu’il doit tenir; que, depuis que nous avons évacué la Prusse, on n’a rien payé; que vingt-deux millions de lettres de change qui avaient été tirées ont été protestées dès qu’on a vu l’Empereur engagé avec l’Autriche; qu’on a formé des corps, levé des chevaux , formé des camps, et qu’on entretient un état militaire évidemment inutile; qu’il est hors de doute que depuis quinze mois la Prusse aurait pu payer quatre millions par mois, ce qui fait soixante millions qui auraient payé la moitié de la créance; que Sa Majesté n’entend faire aucun traité éventuel, ni entrer dans aucune discussion contentieuse; qu’elle demande que la Prusse affecte au payement de sa dette, 1° quatre millions par mois à dater du ler janvier 1810, ce qui fera pour cette année quarante-huit millions, dans lesquels seraient compris les vingt-deux millions de lettres de change protestées depuis le renouvellement des hostilités avec l’Autriche; 2° l’emprunt de Hollande, montant à trente-huit millions, si toutefois cet emprunt réussit; que, quant aux différentes prétentions sur l’Ost-Frise et sur la société maritime à la charge de la Hollande, sur la société de commerce des bois de construction, Sa Majesté ne voit qu’avec peine des propositions aussi inacceptables; que la société du commerce des bois de construction était une administration prussienne ; que les armées françaises s’en sont emparées pendant la guerre, et qu’il n’y a aucune raison de revenir là-dessus; que, quant à l’Ost-Frise et à la société maritime à la charge de la Hollande, c’est à la Prusse à réclamer directement; que, si enfin en Prusse on ne veut point prendre de mesures convenables, et si l’on veut se jouer des traités comme on s’est joué du traité de Vienne, fait avec le comte de Haugwitz, et si l’on croit que, selon la coutume du cabinet de Berlin, on peut manquer aux engagements quand on les a signés, vous êtes itérativement chargé de déclarer que je ne saurais y consentir; que, au lieu de faire repasser mes troupes de ce côté du Rhin , je suis obligé de les tenir à Magdeburg et même d’en renvoyer sur l’Oder; que cet état de choses est très coûteux pour la France; qu’enfin ceux qui dans le conseil traitent cela de plaisanteries et de chimères se persuadent bien que jamais engagement pris avec l’Empereur n’a été violé, et que tout peut arriver hormis qu’il soit le jouet de quelques intrigants. »

En remettant cette note à M. de Krusenmark, vous lui ferez connaître verbalement que, si la Prusse ne peut pas enfin nous payer, elle n’a qu’à nous céder une province.

 

Paris, 12 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez chercher le ministre de Hollande. Vous lui ferez connaître que le ministre de la police a eu plusieurs entretiens avec le roi de Hollande; que celui-ci désire faire ce qui est nécessaire pour concilier l’indépendance de son pays avec mes vues, et qu’en conséquence il propose:

1° De céder à la France la rive gauche du Rhin;

2° de faire cesser toute communication avec l’Angleterre et de ne permettre la navigation que sous mes licences;

3° de s’en rapporter à mon jugement pour toutes les prises faites par mes bâtiments de guerre ou corsaires dans les eaux de Hollande;

4° de remettre, pour donner une garantie de l’exécution de ces promesses, la garde de l’embouchure des rivières et des côtes de la Hollande à des employés des douanes françaises et à un corps de troupes françaises, qui resteront en Hollande aussi longtemps que l’Angleterre maintiendra en vigueur ses ordres du conseil de 1807;

5° de s’engager à tenir dans le Texel une escadre tout équipée et prête à mettre à la voile;

6° enfin d’établir dans l’administration du concert et de la stabilité.

Vous demanderez au ministère s’il sait que ce sont là les intentions du Roi et s’il est autorisé à traiter sur ces bases. Vous lui direz que le maréchal Oudinot, indépendamment de 20,000 hommes de troupes de ligne, a 30,000 hommes de gardes nationales, qui me coûtent énormément; que le 4e corps, fort de 20,000 hommes de cavalerie et d’infanterie, doit arriver sous peu de jours à Nimègue; que tous ces mouvements m’occasionnent de grandes dépenses; qu’il est temps de faire cesser cette incertitude, et que, si l’on veut entrer en arrangement, il n’y a pas un moment à perdre; mais que je ne puis me départir d’aucune des conditions ci-dessus. Quant à la limite entre la France et la Hollande, elle devra suivre le cours du Rhin, et elle sera déterminée conformément à la note ci-incluse.

Vous porterez d’abord la force du corps français qui doit garder les côtes et les rivières à 18,000 hommes. C’est ainsi qu’elle était réglée avant l’établissement du royaume de Hollande; mais, dans la négociation, vous pourrez réduire ce nombre jusqu’à 6,000.

Vous commencerez aussi par demander la cession de tout le territoire jusqu’à la limite du Wahal, de la Merwede et de la OudeMaas, ce qui me donnerait le port d’Helvoet-Sluys; mais vous modifierez cette demande pour en venir à la limite fixée dans la note ci-jointe.

Le Roi m’a fait proposer une limite que je ne puis accepter; il faudrait que j’y fisse faire des canaux qui n’existent point, pour marquer la séparation des deux états. Voyez s’il est enfin possible de terminer cette affaire.

 

Paris, 12 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je désire que vous envoyiez un courrier au duc de Vicence pour lui prescrire de faire consigner dans le procès-verbal de l’échange des ratifications de la convention qu’il a signée qu’elle sera secrète et ne pourra être publiée que du consentement des deux parties. Cette convention n’est faite que pour donner des sûretés et tranquilliser la cour de Saint-Pétersbourg, sa publicité est contraire à la volonté de l’empereur. Je désire que ce courrier parte aujourd’hui; je suis fâché qu’en faisant cette convention on n’ait pas stipulé qu’elle resterait secrète.

 

Paris 12 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie un mémoire qui m’a été adressé par M. de Reizenstein (Sigismond, baron de Reizenslein, millistre d’État de Bade, né en 1765, mort à Carlsruhe le 5 mars 1847.). Il ne vous échappera pas combien il est irrégulier qu’un ministre d’un État étranger s’adresse ainsi à moi. Si le prince voulait connaître mes intentions, il pouvait m’écrire lui-même. L’important est que vous fassiez connaître que ma volonté bien déterminée est que les protestants n’oppriment point les catholiques; quand j’exige l’égalité dans les emplois, ce n’est point trop exiger, puisque les catholiques sont supérieurs en nombre aux protestants.

 

Paris, 12 février 1810

A M. de Chamapgny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, écrivez au sieur Reinhard qu’il a mal fait de présénter le sous-préfet dc Rochefort, qu’aucun Français ne doit être présenté à une cour étrangère s’il ne m’a déjà été présenté et que dans ce cas il ne doit l’être qu’avec la permission du ministrce.

 

Paris, 12 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Monsieur le Duc de Feltre, j’ai donné l’ordre que le 2e régiment de la seconde légion de la Vistule fût incorporé dans le 1er. Donnez ordre que cette incorporation ait lieu le 15; ce qui portera le régiment de la seconde légion de la Vistule à près de 2,200 hommes.

Vous verrez que j’ai supprimé la seconde légion et que j’ai ordonné que le 1er régiment de cette seconde I´légion devînt le 4e régiment de la première. Faîtes-moi connaître si ce régiment pourra partir le 20 pour se rendre en Espagne.

En jetant un coup d’œil sur les détachements qui doivent composer la division d’arrière-garde, je vois qu’on a confondu dans vos bureaux deux choses très-importantes; ce qui peut avoir la plus grande conséquence. On veut comprendre dans la formation des bataillons auxiliaires des détachements appartenant à des régiments qui sont en Espagne: or les bataillons auxiliaires ne doivent être formés que par les dépôts dont les régiments sont au Nord ou en Allemagne. Tous les détachements des corps qui sont en Espagne doivent former des régiments de marche et jamais des bataillons auxiliaires. Mon intention est donc qu’on forme un régiment de marche, qui se réunira à Tours. Le 1er bataillon sera composé de tous les détachements qui se trouvent à Orléans, appartenant aux 2e, 4e, 12e et 15e régiments d’infanterie légère. Le 2e bataillon sera composé de tout ce qui est à Orléans des 32e, 58e, 121e et 122e régiments. Vous ordonnerez que tous ces détachements partent le 15 d’Orléans pour Tours. Vous ferez demain passer une revue de ces huit dépôts à Paris et à Versailles, pour en faire partir tout ce qu’ils ont de disponible et en état de bien faire la guerre.

Ils seront dirigés sur Tours, où vous chargerez le général Seras de se rendre pour organiser ces deux bataillons et en former le 5e régiment de marche.

Un second régiment de marche sera formé de tous les hommes disponibles en ce moment à leurs dépôts, ou en marche pour se rendre à Orléans, et qui appartiennent à des corps en ce moment en Espagne.

Quant aux hommes disponibles qui se trouvent en ce moment à Orléans ou sont en marche pour s’y rendre, et qui appartiennent à des régiments employés soit dans le Nord, soit en Allemagne, vous en formerez le 6e et le 7e bataillon auxiliaires, en formant autant de bataillons auxiliaires qu’il y aura de mille hommes.

Vous donnerez des ordres et prendrez des mesures pour que deux bataillons du 113e, de 800 hommes chacun, soient tenus prêts à partir; car je désire faire partir dans le courant de février le 4e régiment de la première légion de la Vistule, 2,000 hommes; deux bataillons du 113e, 1,600 hommes; le 5e régiment de marche de l’armée d’Espagne, que j’évalue à peu près à 1,600 hommes; un escadron de 300 hommes du 28e de chasseurs, 800 hommes; le régiment de dragons qui est à Versailles. On y joindrait le 6e régiment de marche de cavalerie qui est à Saumur, 1,900 hommes; cela fera donc une division de plus de 6,000 hommes, avec laquelle le général Seras se rendra en Espagne.

On formera ensuite une seconde division de tout ce qui restera à arriver à Orléans. Cette seconde division se composera du régiment de Berg, 1,000 hommes; du régiment de marche de la Confédération du Rhin, composé d’un bataillon de Bade, d’un bataillon du prince Primat, d’un bataillon du grand-duc de Hesse, 1,200 hommes; du bataillon d’Isembourg, 600 hommes; du bataillon prussien, 700 hommes; d’un bataillon de marche de la légion de la Vistule, à Sedan, l, 600 hommes; enfin du second régiment de marche des bataillons auxiliaires, auxquels on joindra le détachement des lanciers polonais et le régiment provisoire de cavalerie qui se réunit à Auch; ce qui portera cette seconde division à plus de 6,000 hommes.

 

Paris, 12 février 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, donnez ordre que la brigade Valentin soit dissoute aussitôt qu’elle aura été remplacée à Bilbao; que tous les détachements de cette brigade qui appartiennent aux 32e léger, 6e léger et 76e de ligne, aillent rejoindre le 6e corps, pour être incorporés dans leurs régiments respectifs, et que tout ce qui appartient aux 118e, 119e et 120e se rende à Santander. Le général Valentin lui-même suivra ces trois régiments et sera sous les ordres du général Bonet.

Brigade Montmarie. Vous donnerez ordre qu’aussitôt que cette brigade aura été remplacée par le général Dufour, le général Montmarie ait à la réunir à Tudela, pour, de là, se rendre à Saragosse, où le général Suchet fera incorporer les détachements qui la composent dans les divers régiments du 3e corps auxquels ils appartiennent.

Brigade Lamartinière. – Vous donnerez ordre que tout ce qui, dans cette brigade, appartient au 3e corps, ait à se rendre à Saragosse, et que le reste de la brigade se rende à Burgos, d’où elle fournira des garnisons pour la police de la province. Elle devra pousser de forts détachements du côté de Frias pour maintenir la communication avec Santander.

Division Dufour. – Donnez ordre que cette division soit composée seulement du 1er et du 2e régiment de marche; que le 4e régiment de marche continue sa marche sur Salamanque, où il sera incorporé dans le 6e corps, hormis les détachements du 43e et 55e, qui, jusqu’à nouvel ordre, tiendront garnison dans la citadelle de Burgos, et que le 3e régiment d’infanterie de marche de cette division soit dissous à Tolosa et reçoive la destination suivante. Les 700 hommes qui appartiennent au 4e régiment suisse et les 30 hommes du 3e régiment se rendront, sous les ordres du général Kellermann, à Valladolid, ce qui complétera à 2,000 hommes les bataillons suisses de la division Kellermann. Tout ce qui appartient à la légion hanovrienne se rendra au 6e corps. Tout ce qui appartient aux bataillons irlandais se rendra au 6e corps. Tout ce qui appartient à la légion de la Vistule et aux régiments polonais se rendra à Saragosse, pour y être incorporé dans la Légion de la Vistule.

8e Corps. -Donnez ordre que tout ce qui appartient au 14e et au 121e se rende à Saragosse pour rejoindre ces régiments; que tout ce qui appartient au 122e se rende à la division Bonet; que tout ce qui appartient au 15e d’infanterie légère se rende au 6e corps. Par ces dispositions, la division Lagrange ne sera plus divisée qu’en deux brigades, la division Bonet sera augmentée de plus de 2,000 hommes, et le 3e corps de plus de 4,000.

Donnez ordre au duc d’Abrantès de porter son quartier général à Valladolid, de réunir là son corps d’armée, d’occuper par des postes d’infanterie et de cavalerie le royaume de Leon, Benavente et les confins de la Galice, afin que toute la division Loison puisse se reployer sur Salamanque; de se maintenir constamment en communication avec le 6e corps et de se soumettre toute la plaine.

Division Kellermann. – Donnez ordre à la division de dragons de Kellermann, c’est-à-dire aux 3e, 6e, 10e et 11e régiments, aussitôt qu’ils auront été complétés par les 4e et 5e régiments provisoires, ce qui les portera à 3,400 hommes, de se mettre en marche pour Salamanqne, pour être sous les ordres du duc d’Elchingen, commandant le 6e corps. En faisant connaître au duc d’Abrantès que la division Kellermann fait partie du 6e corps, vous le préviendrez qu’il doit faire occuper par sa cavalerie les postes que tenait le général Kellermann.

6e Corps. – Vous écrirez au duc d’Elchingen que, moyennant l’arrivée du duc d’Abrantès à Valladolid et l’occupation par ce corps d’armée du royaume de Léon et de la frontière de Galice, il doit attirer à lui la division Loison; que, avec les augmentations de cavalerie qu’a reçues son corps en dernier lieu par la réunion de la division Kellermann, il aura plus de 6 à 7,000 hommes de cavalerie; que l’arrivée de la division Loison portera son corps à plus de 86,000 hommes; que, d’ailleurs, le duc d’Abrantès est, avec un autre corps de 30,000 hommes sur ses derrières pour l’appuyer; qu’il n’y a pas un moment à perdre pour inonder les débouchés du Portugal, autant que possible, par de fortes patrouilles de cavalerie, afin de savoir ce qui se passe, donner de l’inquiétude aux Anglais et les empêcher de se porter sur le midi; qu’il peut répandre en Portugal l’annonce de l’arrivée de l’Empereur, avec 80,000 hommes; qu’il doit occuper le haut du col qui sépare Ciudad-Rodrigo de Salamanque; qu’il faut même, avant d’investir Ciudad-Rodrigo, qu’il ait de forts partis autour de cette ville. Ayez une conférence avec le général la Riboisière, pour savoir si l’on ne pourrait pas faire partir de Burgos un millier de chevaux chargés de munitions de siége pour Valladolid, et les diriger de là sur Salamanque. Faites-moi rédiger un état du 6e corps, comprenant les augmentations qu’il doit recevoir d’après mes différents ordres.

Division Bonet. – Faites connaître au général Bonet qu’il doit s’emparer des Asturies et prendre les ordres du duc d’Abrantès qui occupe le royaume de Leon et les confins de la Galice; que sa principale opération est d’occuper avec sa division toutes les forces de la Galice et de menacer constamment cette province par les Asturies; ce qui tiendra en réserve les troupes que l’ennemi a de ce côté et les empêchera de se porter ailleurs.

Gendarmerie. – Écrivez au général Buquet que les quatre premiers escadrons de gendarmerie qui entreront en Espagne, il les place dans les trois Biscayes; que les quatre suivants occupent la Navarre, qu’il les place de manière que la police des Biscayes et de la Navarre soit parfaitement assurée; qu’il envoie à cet égard un mémoire; que je désire que les autres escadrons puissent être placés dans l’Aragon, sur la gauche de l’Ebre, pour assurer les communications avec Jaca, Venasque et les frontières de France; qu’enfin aucun escadron ne doit passer Miranda ni l’Èbre sans mon ordre, à moins que ce ne soit de deux ou trois marches seulement pour poursuivre les brigands ou escorter les convois.

3e  Corps. Faites connaître au général Suchet que, depuis le 1er janvier, son corps est augmenté de plus de la moitié et sa cavalerie plus que doublée; que j’entends qu’il pousse des colonnes mobiles dans tout l’Aragon; qu’il cherche à se mettre en communication avec le 7e corps, et qu’avant le 1er mars il investisse Mequinenza et Lerida et pousse vivement ces deux sièges. Faites-lui connaître que je dois envoyer des escadrons de gendarmerie à pied et à cheval pour organiser toute la partie de l’Aragon qui est entre l’Èbre et les Pyrénées, et que je désire qu’il me fasse passer un projet là-dessus.

Résumé. – Moyennant les dispositions contenues dans cette lettre, la division Reynier se trouve dissoute; la brigade Montmarie se trouve faire partie du 3e corps ; la brigade Valentin est envoyée, la moitié au 6e corps et la moitié à la division Bonet, et la brigade Lamartinière se rend provisoirement à Burgos. Mon intention est de l’envoyer plus loin, aussitôt que les six bataillons auxiliaires seront arrivés. Les six bataillons auxiliaires continueront toujours à se rendre à Vitoria. Faites part de ces diverses dispositions au Roi et au duc de Dalmatie. Envoyez-leur copie des ordres donnés depuis le ler ‘janvier, afin que, s’il s’était perdu des estafettes, ils aient le double.

3 février 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’ai pris un décret pour mettre les statues de plusieurs généraux sur la place de la Concorde. Je crois qu’il est convenable de charger de cela le sieur Denon. Je l’ai chargé de la statue du général d’Hautpoul. Je l’ai chargé spécialement de ce qui est relatif à l’éléphant et à l’aiguille du Pont-Neuf. Mais il est nécessaire qu’il prenne vos ordres et travaille avec vous pour ces différents monuments.

 

Paris, 13 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai examiné le projet d’Anvers. Je désire qu’on trace la couronne qui enveloppe la lunette beaucoup plus en avant de la place.

Comme on peut éloigner les lunettes qui doivent flanquer la couronne, il est facile de la porter assez loin pour que les demi-lunes de la citadelle ne soient pas attaquables sans avoir pris la couronne, pour qu’elle soit d’autant plus éloignée des chemins couverts de la demi-lune E, et, enfin, pour avoir de l’emplacement pour un camp, lorsque l’ennemi aura forcé celui qui est en avant. En plaçant la couronne à 250 ou 300 toises de la lunette, celle-ci aura toute sa défense. Les défenses successives sont plus soutenables dans une place à très grande garnison comme Anvers, surtout dans une place qui peut être appuyée par la Belgique ,qui est un arsenal de marine, et dans laquelle les affûts, les canons, les munitions de toute espèce, les blindages, tout enfin se trouve en abondance.

Je demande donc un tracé de cette couronne qui remplisse parfaitement les trois buts que je propose. Cela a aussi l’avantage qu’un jour on peut effacer le rempart autour de la nouvelle demi-lune. On y gagnerait un espace immense pour les chantiers de la marine.

J’ai accordé 1,200,000 francs pour les fortifications d’Anvers pendant 1810 ; j’en accorderai 1,200,000 pour 1811 ; ce qui fera 2,400,000 francs. Il faut avec ces 2,400,000 obtenir un système, car rien ne dit qu’on ne soit pas attaqué avant 1812. Bien des évènements pourront avoir lieu d’ici là. Il est nécessaire que, cette année, le fort de la rive gauche puisse être armé en un mois de temps, si cela devenait nécessaire; qu’en 1811 il puisse être achevé avec les casemates et les magasins à poudre.

Quant à l’enceinte de la place, je la divise en deux: une partie qui est inondée et qui regarde le bas Escaut. Je demande que, au lieu où se joignent la digue Ferdinand et la digue de l’Escaut, on élève deux traverses qui fassent un angle entre elles et qui enfilent, l’une  la digue Ferdinand, l’autre la digue qui longe la rivière. Ces ouvrages en équerre peuvent contenir une quarantaine d’hommes ; ils seront ensuite enveloppés d’un fort, lui serviront de réduit, et, en attendant, donneront le temps et l’assurance nécessaires pour couper les digues. Ces traverses rempliront le double but de servir de corps de garde et de défense.

Il parait que l’inondation couvre tous les fronts du camp jusqu’au canal de Herenthal. Je demande que, cette année et l’année prochaine, on fasse la couronne et la digue de Deurne, qui couvre le premier camp retranché; ce qui couvre la place jusqu’aux fronts de droite, et ce qui nécessairement ajoute une défense à toute la gauche.

Quant à la droite, je désire que l’année prochaine on ait fini la couronne qui couvre les fronts de la citadelle, comme je l’ai indiqué; que cette année on fasse les dépenses nécessaires pour fonder les ouvrages de la campagne prochaine; qu’on fasse un beau magasin à poudre dans la Tête-de-Flandre; qu’on en fasse deux autres le long des remparts, afin que, dans les troisième et quatrième années, on finisse tout le projet de fortifications suivant le plan adopté.

Du reste, les dépenses de 1811, de 1812 et de 1813, seront approfondies au conseil de novembre prochain, d’après des plans à grand détail qui seront faits cette année.

Je donne 400,000 francs pour la couronne. Il faut diriger les travaux de manière que, l’ennemi venant attaquer au mois d’août, on puisse convertir les trois bastions en trois beaux saillants retranchés qui puissent faire leur office.

Je ne vois pas non plus un hon mémoire sur les inondations. Il faut faire faire les nivellements, tracer les digues et les polders environnants.

Quant aux chemins couverts, au curement des fossés, c’est l’ouvrage le plus important. Il faut abattre les tours, les magasins qui gênent la circulation des remparts, sans considération quelconque, ôter la poudre des tours, ce qui pourra se faire moyennant les trois magasins à poudre.

Il faut aussi ordonner que tout le magasin des Carmes soit mis à la disposition de l’artillerie, et donner à l’artillerie les fonds nécessaires pour construire les hangars et armer la place, car j’ai ordonné qu’il soit envoyé à Anvers une grande quantité d’artillerie de bronze des places de Flandre.

Il est possible que je puisse moi-même aller à Anvers, d’ici à l’année prochaine. Toutefois j’arrêterai les projets de la Tête-de-Flandre, comme plan, l’année prochaine sans doute. C’est là faudra placer tous les établissements d’artillerie; mais, en attendant, il faut lui donner les Carmes.

 

Paris, 13 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, je viens de prendre un décret qui accorde 466,000 francs pour les travaux d’Aix.

Article Ier. – Batterie circulaire. Mon intention est que, moyennant les 41,000 francs accordés, il y ait de l’eau tout autour de cette batterie et à la gorge, de manière que, l’ennemi débarquant auprès des rochers, après avoir éteint le feu de la place, il y ait impossibilité physique de s’emparer de la batterie.

ART. 2. – Je consens qu’on dépense 50,000 francs pour réparer le retranchement, mais à condition que ces réparations soient définitives; que le relief du retranchement soit le même que celui d’un corps de place, et non celui d’un simple retranchement de campagne, parce qu’il me semble qu’en donnant au retranchement le relief convenable et en construisant le bastion de gauche, le reste du retranchement sera suffisamment en sûreté, et qu’il n’y aura plus qu’à porter la défense ailleurs.

ART. 3. – Je mets 180,000 francs pour être employés entièrement au bastion de gauche, parce que je veux un très grand et très beau bastion, puisque c’est le point d’attaque et que le reste du retranchement du bourg est couvert par des inondations. Je désire que, dans le projet, le bastion soit porté en avant et qu’il soit détaché de l’enceinte actuelle, de manière que l’enceinte reste intacte, sans que cela cependant ôte au bastion la défense qu’il peut tirer du retranchement. Je veux dans ce bastion un  cavalier, avec casemate, qui domine l’île, donne deux rangs de feux, et mette le reste de l’enceinte à l’abri d’une attaque : c’est ce qui fait que je donne 180,000 francs pour ce bastion.

ART. 4. – La batterie de l’île d’Ènette doit être terminée, et avant le ler s’il est possible, de manière à pouvoir être armée de douze pièces de 36 sur affûts de côte et de six mortiers.

Bâtiments militaires. – ARTICLE 1er.  – Il y a déjà un magasin à poudre dans la batterie circulaire, et suffisant pour la batterie. Je désire qu’on construise deux magasins à poudre dans le retranchement du bourg, dont un près l’embarcadère, afin qu’il soit éloigné des feux qui pourraient avoir pour but d’éteindre la batterie circulaire.

Il est nécessaire que de ces deux magasins un, au moins, soit terminé cette année, et qu’on puisse y déposer des poudres.

ART. 2. – Je mets 50,000 francs pour des baraques. Je sais qu’il y a de quoi loger 1,200 hommes; je veux qu’on puisse en loger encore 7 à 800, afin d’avoir 2,000 hommes logés; ce qui, joint aux 1,200 hommes déjà logés dans le faubourg, fera 3,200 qu’on pourra loger cette année.

Je n’adopte que le projet de cette année, parce que je suis forcé par le temps. Je pense que, le bourg fermé, la batterie circulaire terminée, les magasins à poudre finis, les ouvrages existants sont suffisants pour mettre le bourg à l’abri d’un coup de main; mais, si l’ennemi peut débarquer dans l’île, il sera maître de la place un mois plus tôt ou un mois plus tard, quelque résistance qu’on puisse lui opposer. Je pense donc qu’il est convenable d’établir deux forts, dans le genre de ceux que j’ai fait construire à Boulogne, c’est-à-dire une enceinte bastionnée avec de l’eau dans les fossés, s’il se peut, et un réduit en maçonnerie, ayant l’escarpe, contrescarpe et souterrain à l’épreuve. Ce fort serait situé au milieu de l’île, à 4 ou 500 toises du retranchement du bourg, et aurait une caponnière par laquelle on communiquerait du fort au bourg. Un troisième fort sera établi à l’extrémité de l’île, de manière qu’il se trouve à 4 ou 500 toises du deuxième fort; ce fort serait moins considérable que le deuxième.

Ces projets seront faits cette année, pour m’être soumis au conseil de novembre prochain.

Moyennant cela, 600 hommes dans le bourg, 400 hommes dans le fort du centre, 200 hommes dans le fort de l’extrémité, au total  1,200 hommes, mettront l’île à l’abri de toute attaque, car il y aura impossibilité physique d’y descendre sans se trouver sous la mitraille.

 

Paris, 13 février 1810.

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, voici mes intentions sur les travaux de Flessingue.

Je désire qu’il y ait une écluse de faite cette année, et que les ouvrages soient poussés de manière que le fort de gauche soit fini, qu’on construise sur la digue trois ou quatre traverses casematées, entre la place et le fort de gauche, afin que la communication en soit toujours sûre. Par ce moyen, des corps de garde de quinze hommes sur les digues, casematés et couverts pur les terres, rendront difficiles les cheminements et assureront toujours la communication. Il faut aussi que ces traverses aient des feux sur le plat pays, par leur petit côté. Ne mît-on là que quatre fusils de rempart, ce serait un grand avantage. Ma volonté est que le comité désigne l’emplacement de ces traverses, qu’elles soient fondées, terminées et en état de défense cette année.

J’approuve, pour Breskens, le projet de pentagone. Ma volonté est qu’il soit tracé sur les  digues, dans l’emplacement désigné par le comité, deux ou trois traverses qui arrêtent l’ennemi au delà des saillants du pentagone. Ces traverses auront aussi des feux sur la mer, et même sur la plage, en arrière, jusqu’à la batterie. On les armera de fusils de rempart. Ainsi situées, ces traverses seront à l’abri d’un coup de main; il faudra ouvrir la tranchée pour les aborder sous le feu des batteries du front.

J’ai mis pour tout cela 530,000 francs, savoir : 400,000 francs pour Breskens, et 130,000 francs pour la batterie Napoléon. Je désire que cette batterie soit également fermée, et qu’il y soit construit, à l’épreuve, un magasin de cinquante milliers de poudre, afin d’avoir les poudres à l’abri de tout événement.

On fera les projets en règle pour les places de l’Écluse et du Sas-de-Gand. Mais il est vrai de dire qu’il serait ridicule de travailler à ces places lorsque l’île de Cadzand et Flessingue ne sont pas en état.

Il faut que le ministre prenne des mesures pour qu’on travaille à l’île de Cadzand dès le mois de mars; qu’on requière des maçons dans toute la Belgique et qu’on prenne des moyens extraordinaires convenables. Ce fort là est du plus grand intérêt. Je désirerais qu’on fit cette année les trois forts du côté de la campagne, sans faire les deux fronts du côté de la mer. Cette trouée serait fermée par les deux traverses que je propose, sauf à arranger les deux saillants de manière à avoir des feux pour protéger les traverses.

Une autre année, on fera les deux fronts de la mer ; mais il est indispensable de faire cette année un magasin à poudre, au pied des digues par exemple, ou dans tout autre endroit qui paraîtrait plus convenable pour le mettre à l’abri des feux de l’ennemi.

 

Paris, 13 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris.

Je désire que vous me présentiez un état des bâtiments militaires qu’on veut céder aux communes. Une colonne contiendra la dépense d’entretien des bâtiments; une colonne, la dépense d’entretien des lits et de l’ameublement; une autre colonne, le total de ces dépenses; une autre colonne indiquera le revenu des villes. Le résultat de ce mémoire me mettra à même de raisonner et rédiger le décret. On ne peut rejeter sur le ministère de l’intérieur la dépense des bâtiments militaires; il n’en entretiendra aucun. Il aimera mieux entretenir les prisons, qui tombent en ruine. Ce serait une lutte continuelle entre le ministre de la guerre et celui de l’intérieur, et cela compliquerait l’administration.

Je crois que les communes sont assez riches. Elles ont déjà fait les lycées, les dépôts de mendicité; presque toutes peuvent entretenir leurs casernes, et le ministre de la guerre économisera beaucoup de dépenses et d’employés.

Mais le travail fait par le génie n’est pas assez complet pour que je puisse prononcer. Il doit renfermer toutes les données. Ainsi il doit dire : l’entretien des bâtiments militaires de Paris coûte tant; l’ameublement des bâtiments, tant; total, tant; la commune de Paris a tant de revenus.

On ne doit pas porter l’entretien de ces bâtiments dans leur état actuel, après une longue interruption dans les réparations; mais il faut prendre un état moyen entre les bâtiments vieux et les bâtiments neufs; le comité doit avoir des bases là-dessus.

Il n’est pas de commune qui ne préfère donner 300 francs pour l’entretien de ses casernes à donner 300 francs au trésor public; cela augmente son influence et la soulage. Elle peut loger les troupes qui passent les prisonniers. Elle évite les frottements avec les officiers du génie et les employés militaires, parce que la commune n’a là que des subordonnés.

Il n’y a pas de commune qui ne puisse employer du dixième au vingtième de ses revenus à cet objet. Les revenus des communes, en France, sont de soixante et quelques millions; le dixième de 60 millions est 6 millions; le vingtième est 3 millions; le terme moyen est d’environ 4 millions; mais, enfin, ne prit-on que le vingtième, ce serait un grand soulagement pour le ministre de la guerre, et une chose d’autant plus convenable pour les troupes, que l’autorité qui doit réparer se trouve sous les yeux du commandant et du colonel, et que la mesure est toute simple, celle de loger chez l’habitant.

Cela doit porter les communes à voir avec moins de peine la mesure qu’on propose. Il y a beaucoup de communes qui se chargent de réparer leurs casernes, afin d’éviter les logements, qui, outre la gêne, obligent à fournir le feu, le sel, la lumière et beaucoup de petites fournitures. Je regarde donc l’idée de donner les casernes aux communes comme une bonne opération d’administration.

Aussitôt qu’on me remettre l’état que j’ai demandé, je déciderai tout de suite. Il y a quatre ans que cette affaire dure, parce que je n’ai jamais vu un projet qui me présentât les données nécessaires.

 

Paris, 13 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je désire que, samedi au plus tard, vous me présentiez l’état des casernes de l’intérieur à remettre aux villes, des ponts-levis à supprimer dans les places, des digues et écluses à rendre aux ponts et chaussées, des places à ne plus entretenir, afin de produire par là une grande économie. Ces trois derniers objets seront contenus dans un seul décret en plusieurs titres.

Je n’attache aucune importance à Ypres. J’ai là des fortifications qui empêchent la ville de s’étendre et occasionnent des prohibitions qui gênent la population.

Je n’attache aucune importance à Gand, Amiens, Mézières, Verdun, Auxonne, Colmar, Entrevaux, Villefranche, ainsi qu’un grand nombre de places. Le comité verra en détail l’état des places. Je ne veux point les démolir, mais je ne veux y faire aucune espèce de dépense. Je serais d’avis que deux ou trois châteaux, tels que Ham, qui servent de prisons d’État, fussent remis à la police, qui se plaint du génie et que les prisonniers s’échappent; elle n’aura plus lieu de se plaindre de personne. En faisant démolir Sedan, j’ai dit qu’on conservât la citadelle; mais je ne veux rien y faire. Je n’attache aucune espèce d’importance à aucune place de la Corse; aucune ne peut se défendre; il n’y a là aucun système; aucune n’est approvisionnée de manière à pouvoir se défendre.

Ainsi donc les places à entretenir sont les places de première ligne; en outre, quelques places centrales, Metz par exemple; quoique n’étant pas de première ligne, c’est un point d’appui. J’attache aussi de l’importance à Lille. Luxembourg est une place à discuter. Je verrais volontiers un mémoire sur Luxembourg. Il est clair que Luxembourg a été fait contre Metz. Est-il utile de le garder ? Je ne préjuge point la question: je n’y ai pas réfléchi. Il est évident que cette place exige une grande garnison, un grand entretien, un grand approvisionnement dans un pays très ingrat.

En supposant qu’on conserve Luxembourg et Metz, il est évident que bien des petites places, précédemment élevées autour pour fermer la trouée qui existait, deviennent aujourd’hui inutiles : par exemple Longwy. La position de Luxembourg tournait et prenait en flanc tout le système de l’Alsace.

Longwy, Sarrelouis, Sarrebourg, Sarreguemines, Phalsbourg, sont des places auxquelles je ne veux pas dépenser un sou, mais il faut que le directeur des fortifications et le commandant militaire aient la surveillance pour qu’on ne détruise rien.

Ici il faut poser le principe : toute place est bonne. Je désirerais en avoir une à Orléans comme point central, pour contenir tous les dépôts de France. Mais il n’est pas question de faire des romans, et la question se réduit à cela : l’état n’a que 1,200,000 ou 1,500,000 francs pour entretenir ses places; faut-il mieux les employer à entretenir avec soin les places de première ligne, ou les diviser sur une multitude de places, de manière à avoir sa frontière en mauvais état ?

Pendant qu’on prendra Mayence, Landau ou Wesel, on aura le temps de réparer les places de la Flandre, de la Meuse et de Lorraine. En cent années de temps, même sans rien faire, une fortification ne se dégrade pas de manière qu’en trois mois, avec des bras et de l’argent, on ne la mette en état; car, quand même il y aurait quelque brèche au corps de place, il n’yen aura pas à la demi-lune, ni à la contrescarpe, et la place pourra encore se maintenir en état de défense, et d’ailleurs il n’y a pas de brèche qu’on ne puisse réparer en trois mois. Si nos places de Flandre eussent été négligées pendant quinze à vingt ans, elles n’en auraient pas moins joué leur jeu en 1793, en supposant qu’on y eût travaillé en 1791 ou 1792, comme on a fait effectivement dans toute la France.

J’ai vu, dans ma tournée, qu’on s’amusait à relever la contrescarpe d’un bastion à Mézières, tandis que toutes les contre-mines de Mayence s’écroulaient. Je désire qu’il n’y ait rien de pareil cette année. Il ne s’agit point de dépenser de petites sommes; je ne veux  pas qu’on dépense un sou. Je veux d’abord que mes places frontières soient en état ; il faut supprimer sans miséricorde toute espèce de dépense aux autres places.

 

Paris, 13 février 1810.

Au comte Daru, intendant général de la maison de l’empereur, à Paris

Monsieur le Comte Daru, le maire de Lyon m’a dit que le terrain de l’île Perrache était fini. Je désire que vous teniez un conseil composé de l’intendant de mes bâtiments, de mon premier architecte et de mon grand maréchal, pour me présenter un projet de palais à bâtir sur ce terrain.

 

Paris, 13 février 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Je désire que vous voyiez le sieur Denon et d’autres artistes, pour me proposer l’érection, sur le pont d’Austerlitz, de plusieurs statues, mon intention étant d’y placer des statues des généraux et colonels distingués tués dans les dernières campagnes. Même chose sur le pont d’Iéna. J’attends un rapport de vous sur ces objets.

 

Paris, 13 février 1810

Au comte Defermon, intendant général du domaine extraordinaire, à Paris

Monsieur le comte Defermon, vous recevrez un décret qui change quelque chose à la distribution des domaines en Galicie et des actions du canal du Midi et du canal du Loing. Ces changements se réduisent à la substitution de la principauté d’Essling à la principauté de Raab.

Toutes les dispositions qui auraient pu être faites pour la dotation d’une principauté de Raab doivent être annulées.

Vous recevrez également un décret qui constitue définitivement la dotation des trois principautés de Wagram, d’Eckmühl et d’Essling.

Enfin vous recevrez un autre décret qui crée six dotations pour les six grandes charges de la Couronne.

Par ces différentes dispositions, je me trouve avoir entièrement disposé des actions des canaux du Loing et du Midi, des domaines en Galicie, des six millions de domaines dans les départements du Rhin, des 750,000 francs de rente sur le grand-livre de l’année, hormis 60,000 francs qui restent encore à distribuer, des 750,000 francs sur le Mont-Napoléon, hormis 25,000 francs qui n’ont pas encore de destination, et de 100,000 francs sur ce qui reste de l’ancien fonds de 1,200,000 francs, créé sur le Mont-Napoléon.

 

Paris, 13 février 1810

A M. de Rémusat, préfet du Palais, à Paris

Puisque l’opéra de la Mort d’Abel est monté, je consens qu’on le joue. Désormais, j’entends qu’aucun opéra ne soit donné sans mon ordre. Si l’ancienne administration a laissé à la nouvelle mon approbation écrite, on est en règle, sinon non. Elle soumettait à mon approbation, non seulement la réception des ouvrages, mais encore le choix. En général, je n’approuve pas qu’on donne aucun ouvrage tiré de l’Écriture sainte; il faut laisser ces sujets pour l’Église. Le chambellan chargé des spectacles fera immédiatement connaître cela aux auteurs, pour qu’ils se livrent à d’autres sujets. Le ballet de Vertumne et Pomone est une froide allégorie sans goût. Le ballet de l’Enlèvement des Sabines est historique; il est plus convenable. Il ne faut donner que des ballets mythologiques et historiques, jamais d’allégorie. Je désire qu’on monte quatre ballets cette année. Si le sieur Gardel est hors d’état de le faire, cherchez d’autres personnes pour les présenter. Outre la Mort d’Abel, je désirerais un autre ballet historique plus analogue aux circonstances que l’Enlèvement des Sabines.

 

Paris, 13 février 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Je vous envoie des pièces qui viennent de Rome, trouvées dans le secrétaire même du Pape; faites-moi l’analyse de toutes ces pièces.

 

Palais des Tuileries, 13 février 1810

ORDRE.

Sa Majesté juge convenable que le ministre de la police fasse mettre les scellés sur les papiers du sieur Sonlavie, pour y chercher ceux qu’il peut avoir recueillis dans les établissements publics pendant la Révolution, et qui, intéressant l’État, ne peuvent devenir à aucun titre la propriété d’un particulier.

 

Paris, 13 février 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES.

Les archives des relations extérieures n’ont pas toujours ce qu’on leur demande. L’archiviste est, pour ce département, archiviste général. S’il n’a pas ce qui est nécessaire au service, il doit le chercher ou dans les archives nationales, ou dans les archives du Gouvernement, ou à la Bibliothèque impériale. On ne doit jamais avoir besoin de recourir à un autre que lui pour les documents qui ont quelque rapport avec les relations extérieures.

 

Paris, 13 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il est nécessaire que vous communiquiez à l’intendant de mon domaine extraordinaire les articles du traité avec la Westphalie qui le concernent. Écrivez à mon ministre à Cassel pour qu’il presse la rentrée des bons, et présentez-moi les pleins pouvoirs et autorisations nécessaires pour la remise du Hanovre au Roi à l’époque du 1er  mars; en conséquence, l’entretien des troupes à sa charge comptera du ler mars. Envoyez à mon ministre une instruction pour la remise du Hanovre, avec toutes les réserves et clauses qui mettent mes intérêts à couvert, et faites-lui connaître qu’avant tout il faut que les bons soient versés.

Faites bien connaître à mon ministre que, par le mot entretenir, il faut entendre solder, habiller, nourrir et fournir de tout mes troupes. Il eût été à désirer que cela eût été mieux spécifié. Il est important que dans l’acte qui accompagnera la remise du Hanovre il y ait une clause qui porte que l’entretien de mes troupes sera à la charge du Roi depuis le 1er mars.

 

Paris, 13 février 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’ai été visiter les archives. Elles me paraissent bien incomplètes, et je ne sais pas si l’hôtel Soubise pourra suffire à placer cette immense quantité de papiers.

Si les Archives doivent rester à l’hôtel Soubise, il faut avoir un plan bien fait, et prendre de fortes mesures de précaution pour qu’on n’ait pas à craindre le feu.

Je voudrais un projet de décret général sur les Archives. Je désirerais que l’on renfermât dans les Archives générales tout ce qui est antérieur au règne de Louis XV, soit des relations extérieures, soit du Gouvernement, soit de la justice; de sorte qu’il n’y eût, dans les archives des ministères et des administrations, que les papiers relatifs aux affaires de ce département depuis la première année du règne de Louis XV.

Je désirerais qu’on pût tirer des expéditions une rétribution suffisante pour couvrir les frais de l’établissement.

Il y a à Versailles, à Rome et dans les départements, beaucoup de papiers qu’on pourrait réunir dans les archives centrales. Il me semble que, par ce moyen, l’administration aurait ce qu’il lui faut.

Dans cinquante ans, on déclarerait que tout ce qui est du siècle de Louis XV et de Louis XVI serait réuni aux Archives.

 

Paris, 14 février 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Vous donnerez l’ordre de se rendre à Paris et d’y établir leur domicile aux sieurs Spinola de Pelisseria, Jules Raggio et ses fils, Nicolas Cataneo, Joseph Grimaldi, Paul-Jérôme Pallavicini, Grimaldi della Pieha, du département de Gênes, Fossone, Montalto et Solano del Borgo, du département du Pô.

 

Paris, 15 février 1810

Au général Duroc, duc de Frioul, grand maréchal du palais, à Paris

Faites faire par le sieur Fontaine un rapport sur cette question :

1° Est-il possible de placer toutes les Archives nationales dans les nouvelles galeries que je fais aux Tuileries ?

2° Et, si cela ne peut pas se faire sans défigurer le palais, que coûterait l’établissement des Archives dans l’emplacement de la rue de Rivoli ? Je crois qu’on pourrait faire de grandes galeries avec quelques bâtiments transversaux. Il me semble que deux étages paraîtraient suffisants. II faudrait y mettre du fer au lieu de bois, afin qu’elles fussent incombustibles.

3° En quel état est le palais Soubise ? Peut-il loger un prince ?

Que vaut cette maison dans son état actuel ? Gagnerait-on sur le prix de cette maison ce que coûterait ce nouveau bâtiment ?

 

Paris, 15 février 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, je vous renvoie votre dépêche que vous pouvez faire partir sans délai. J’en ai effacé un paragraphe, parce que ce paragraphe semblerait abandonner la discussion sur le Hanovre. Vous pourrez finir par cette phrase: « Enfin nous devons désirer de part et d’autre de faciliter l’arrangement de ces discussions. II paraîtrait convenable qu’un de vos commissaires vînt à Morlaix, où sa présence contribuerait à aplanir toutes les difficultés, et accélérerait par là le soulagement qu’attend l’humanité. »

 

Paris, 15 février 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Monsieur le vice-amiral Decrès, écrivez au Transport-Office, qu’en France le traitement des officiers anglais prisonniers est ainsi réglé:

 Pour les généraux de division : 3.0000 francs par an,  8,32 francs par jour ;

Généraux de brigade : 2,000 francs par an, 5,55 francs par jour ;

Colonels et adjudants-commandants : 1,200 francs par an : 1,200 francs par an, 3,33 francs par jour ;

Majors : 1,000 francs par an, 2,77 francs par jour ;

Lieutenants-colonels : 900 francs par an, 2,50 par jour ;

Capitaines : 600 francs par an, 1,60 par jour.

 Que cependant en Angleterre les officiers prisonniers de tous les grades ne reçoivent que 30 sous par jour; que vous êtes chargé de proposer de faire le même traitement aux officiers français, prisonniers en Angleterre, que celui qui est accordé aux officiers anglais prisonniers en France; que cela est peu de chose, il est vrai, mais qu’il est de la dignité militaire de ne pas traiter les grades supérieurs comme les grades inférieurs.

 

Paris, 15 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, suspendez de son commandement le colonel Campi, pour la mauvaise conduite qu’il a eue et qu’il a tolérée dans son régiment à Salzbourg.

Donnez-lui l’ordre de se rendre à Paris, pour se justifier devant une commission du conseil d’Etat.

 

Paris, 15 février 1810

 A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

 Monsieur le Duc de Cadore, j’approuve le rapport ci-joint avec les modifications suivantes: 1° de ne prendre du Tyrol italien que 280.000 âmes, population égale à celle de Bayreuth et de Ratisbonne, 2° que la Bavière ne cède pour le royaume de Wurtemberg et les duchés de Bade et de Darmstadt  qu’une population de 150.000 âmes. Ainsi, au lieu de 188.000 âmes, la Bavière eu gagnera 240,000 à 250.000. Sur les 150.000 âmes cédées par la Bavière je crois qu’il faut donner 110.000 âmes au Wurtemberg, 25.000 à Bade et 15,000 à Darmstadt. On donnera de plus à Darmstadt les enclaves de Hanau qui ont environ 10.000 âmes, de sorte qu’il aura un accroissement égal à celui du duché de Bade. Il est urgent de conclure aussi promptement que possible. Vous mettrez un  article qui déclare effacées au moyen de ces cessions toutes les prétentions de la Bavière pour des fournitures faites aux troupes françaises pendant la dernière guerre et vous étendrez cet article à Wurtemberg, à Bade et à Darmstadt. Pour Bayreuth, vous aurez soin de confirmer tous les biens que j’ai distribués et de me réserver ceux qui sont compris dans les séries ou bien tant de millions en bons, à peu près comme ceux de la Saxe et moyennant cela je me chargerai de l’hypothèque de la principauté d’Essling; pour Ratisbonne, vous stipulerez deux fiefs de 4OO.OOO francs de rentes chacun. Vous aurez également soin de stipuler expressément la terre que j’al donnée au général de Wrède.

 

Paris, 15 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, envoyez la convention que j’ai faite avec la Russie à mon ministre à Dresde, pour qu’il la communique au roi et engage ce prince à ne plus se servir de la dénomination de Pologne dans les ordres qu’il donnera au Grand-duché de Varsovie. -Faites mettre dans le Journal de l’Empire l’article: Varsovie tiré du Journal de Leyde qu’a envoyé le sieur La Rocheroucauld en tournant cet article en ridicule. Montrez-le aux ministres du roi et chargez le sieur La Rochefoucauld d’en porter les plaintes et de faire connaître que cela a nécessité l’impression de la note que vous avez remise, il y a quinze jours, à M. de Roell et qu’on verra demain dans le Moniteur. Le gouvernement hollandais devait sentir qu’engager une querelle pfficielle par écrit, c’est vouloir en venir bientôt aux armes.

 

Paris, 15 février 1810

DÉCISION

Sire, les Rohan jouissaient de l’agrément d’offrir des premiers à leurs souverains leurs hommages et leurs vœux dans les événements qui leur étaient personnels : daignez agréer les miens  sur le mariage de Votre Majesté. En lui renouvelant mon serment de fidélité et d’attachement, j’espère que, me regardant toujours comme un de ses serviteurs les plus dévoués, elle m’attachera soit à son auguste personne, soit à celle de la nouvelle Impératrice et de ses enfants, que personne au monde n’ambitionne plus que moi de voir, pour le bonheur, la tranquillité de l’Empire et votre satisfaction personnelle. Alors je dirai dans la joie de mon cœur, les paroles de Siméon: Nunc dimittis servum tuum. Oui, Sire, mon existence ne m’est chère que pour la sacrifier au grand Napoléon; il est mon dieu tutélaire, et le chagrin le plus vif pour moi serait si Votre Majesté pouvait en douter; mais non, ma probité est connue; on ne change point à mon âge. Tant que j’aurai un souffle de vie, ce sera pour vous la consacrer. D’ailleurs, vos bienfaits sont des liens, des motifs indissolubles d’attachement, et je les attends avec respect. Le plus grand des empereurs n’oubliera point un de ses plus anciens serviteurs, et le seul de son nom qui, dès le premier moment, s’est hâté  de s’offrir.

F. de Rohan, premier aumônier.

Le duc de Frioul fera payer douze mille francs au premier aumônier, sur la caisse des théâtres.

 

Paris, 16 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je reçois la réclamation du roi de Westphalie que vous me transmettez. Cette réclamation est juste, puisque ce prince ne doit entretenir que 18,000 hommes de troupes françaises, dont 6,000 de cavalerie.

Faites-moi un rapport sur la quantité de troupes que je dois avoir dans les places de Stettin, Küstrin, Glogau et Danzig, et proposez moi un projet d’ordre pour y envoyer des troupes de la division Gudin et un régiment de cavalerie légère du général Jacquinot. Les Polonais et les Saxons qui sont dans ces quatre places retourneraient chez eux.

 

Paris, 16 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Vous recevrez un décret par lequel je destitue le sieur Normand ou Lenormand, commandant d’armes à Savone. Je désire une note sur cet officier, qui entretient avec le Pape une correspondance indigne d’un militaire. Vous donnerez ordre que, trois heures après la notification que vous ferez au sieur Lenormand de sa destitution, il parte de Savone. Proposez-moi un bon officier pour mettre là. Désignez le lieu où le sieur Lenormand doit se rendre. La police a tous les renseignements qui regardent cet individu.

 

Paris, 16 février 1810

Au comte Lavalette, directeur général des postes, à Paris

Faites venir Fiévée chez vous et demandez-lui un mémoire sur ses voyauge à Londres, en septembre et octobre qui ont précédé le 18 brumaire, et sur les rapports qu’il a eus depuis avec le chevalier de Coigny.

 

Paris, 17 février 1810

EXPOSÉ DES MOTIFS DU SENATUS-CONSULTE SUR LA RÉUNION DES ÉTATS DE ROME À L’EMPIRE

Monseigneur, Sénateurs, le sénatus-consulte que nous vous apportons va consommer un des plus grands évènements politiques de la grande époque où nous vivons.

Il réunit l’État de Rome à la France.

Il trace une ligne profonde entre les intérêts de la politique et ceux de la religion.

Il assure l’existence temporelle, honorable et indépendante, du chef de l’Eglise.

Je vais indiquer rapidement, Messieurs, les puissants motifs qui ont amené Sa Majesté à de si importantes résolutions. Leur développement appartient à l’histoire.

Je dirai sommairement ce qui a, par une gradation successive, nécessité l’occupation du littoral romain et d’un de ses ports, déterminé ensuite l’invasion du territoire, obligé, depuis, à s’emparer du gouvernement et de l’administration, enfin décidé la conquête.

Passant à l’obligation de régler l’usage de cette conquête, je ferai connaître le besoin de la réunion.

Enfin je mettrai sous vos yeux les suites de l’une et de l’autre, leurs résultats pour l’Empire, pour l’Eglise, pour son premier pontife.

PREMIÈRE PARTIE.

Elle est présente au souvenir de tous les amis de la morale, de la religion et de l’ordre, cette époque où les pierres du sanctuaire dispersées furent réunies sous une main réparatrice et où l’édifice auguste de la religion reparut au sein de la France régénérée.

Alors et depuis, le Pape bénit, au nom de l’éternel, le monarque puissant qui avait relevé les autels; alors le Pape renoua l’antique alliance de la France et de l’Église.

Que n’y a-t-il été fidèle ! La prudence, la justice le conseillaient, à défaut de la reconnaissance.

S’il n’eût été que pontife, il ne l’eût pas abjurée; mais il était aussi souverain d’un état plus important par sa position géographique que par son étendue ou son importance.

En 1805, alors que l’Angleterre détourna sur l’Allemagne l’orage prêt à fondre sur elle; alors que l’armée austro-russe menaçait la France vers le Rhin, que celle du prince Charles menaçait l’Italie vers l’Adige, les flottes anglaises vers l’Adriatique, le littoral romain, ses ports, Ancône surtout et sa citadelle, étaient sans défense; leur accès ouvrait le continent à ses ennemis acharnés et livrait momentanément l’entrée de l’Italie aux Anglais. Leurs projets n’avaient pas échappé à l’Empereur. Le Pape en fut instruit par le ministre de France; en lui dévoilant le danger, on lui indiqua le remède, savoir: la défense des côtes, l’armement de la citadelle d’Ancône.

Le pontife était sans volonté; il déclara qu’il était sans moyens. Il offrit à la France, pour toute garantie, sa neutralité. Sa neutralité !

Comme si elle pouvait exister avec la perfidie accoutumée à la violer, ou sans la force qui la fait respecter ! L’État de Rome eût été neutre, comme Naples perfide, ou comme Copenhague incendiée.

L’Empereur le sentit; il céda à la nécessité. En allant vaincre sur le Danube, il voulut assurer les communications de son armée qui occupait Tarente, garantir son Italie contre les débarquements anglais, se prémunir contre la foi douteuse du cabinet napolitain: Ancône et sa citadelle furent occupés.

Toutefois les Français respectèrent le gouvernement romain; ils se renfermèrent dans des mesures purement défensives ; ils n’exercèrent que la surveillance contre l’ennemi, et non l’autorité sur les alliés. Tels étaient les ordres de l’empereur, telle fut la conduite des généraux et des troupes.

Justifiée d’avance par tant de graves motifs, cette mesure le fut encore par la conduite de la cour de Naples. Elle reçut les flottes ennemies ; et ces flottes débarquèrent au premier appel de la perfidie, au premier cri de l’espérance, des troupes qu’elles rembarquèrent bientôt, au premier conseil de la frayeur et au premier bruit de la victoire.

A cette nouvelle preuve de l’obligation impérieuse où l’Empereur avait été de se mettre en défense, de garantir son armée, de préserver l’Italie, les conseils de Sa Sainteté eussent dû faire céder leurs prétentions, taire leurs préjugés, cesser leurs réclamations. Soit aveuglement, soit obstination, soit inimitié, ils persévérèrent. Le royaume de Naples était conquis et la France vengée; la cour de Rome gardait la même attitude, tenait le même langage.

Elle alla plus loin.

Un ministre anglais, la honte de son pays, avait trouvé un asile à Rome; là, il ourdissait des complots, salariait des brigands, tramait des perfidies, payait des assassinats; et Rome protégeait le traître et ses agents; et Rome laissait empoisonner son cabinet de leur souffle corrupteur; et Rome trahissait, en les altérant, les secrets de la correspondance de son auguste allié et Rome était devenue un théâtre de diffamation, un atelier de libelles, un asile de brigandage; et Rome avait remis sa police à un misérable, digne d’un tel emploi en de tels moments, à l’assassin de Duphot !

Et Rome, quand une branche de la dynastie de Napoléon eut reçu des mains de la victoire le sceptre de Naples et des Deux-Siciles, affecta  de ne voir dans cet événement qu’une occasion de renouveler, au XIXe siècle, sur ces États, les prétentions des Grégoire, des Léon, et d’oser parler encore de son droit sur des couronnes !

Mais cet absurde et imprudent langage, le Pape ne l’adressait pas, comme Grégoire VII, aux enfants dégénérés et avilis de Charlemagne, mais à son successeur puissant et glorieux.

Napoléon fit parler, par ses ministres, le langage de la modération méconnue, de la justice blessée, de la dignité offensée, de la puissance outragée : il demanda au Pape une garantie contre l’abus de sa neutralité par nos ennemis du continent; à ce prix: il offrait, avec une sincère bienveillance, et l’oubli du passé et la sécurité de l’avenir.

A ce langage ferme et juste, le cabinet de Rome s’alarma, députa, négocia, trompa; puis, rappelant son légat, lassa la patience, éveilla l’indignation, amena enfin le tour de la justice.

Le gouvernement papal s’éteignait cependant au sein du désordre dont il était lui-même l’artisan. A défaut de soldats, il armait le fanatisme; il distribuait des scapulaires au lieu de fusils, des libelles au lieu de manifestes. Il s’anéantissait au sein de l’anarchie; il abdiquait par son abandon.

Le ministre français dut s’éloigner.

Le temps était venu. Les aigles impériales reprirent possession de leur antique territoire; le domaine de Charlemagne rentra dans les mains d’un plus digne héritier : Rome appartint à  l’Empereur.

EUXIÈME PARTIE

Que fera Napoléon de cet ancien patrimoine des Césars ?

L’histoire l’indique, la politique le conseille, le génie le décide: l’Empereur réparera les fautes de la faiblesse; il rassemblera les parties, trop longtemps séparées, de l’empire d’Occident; il restera sur le Tibre comme sur la Seine.

Il fera de Rome, naguère chef-lieu d’un petit État, une des capitales du grand Empire.

Trop longtemps les préjugés religieux les plus funestes ont fait taire les intérêts politiques les plus sacrés; trop longtemps, les souverains de Rome se sont armés contre toute puissance qui s’est élevée dans leur voisinage; trop longtemps ils ont attaqué successivement et armé les unes contre les autres, toutes les nations, Venise et Gênes, Naples et Milan, l’Allemagne et la France. Que ces mots, la politique de la cour de Rome soient désormais effacés du langage de la diplomatie européenne; que l’étroit intérêt d’un souverain qui n’avait qu’un territoire sans armée, des ports sans vaisseaux, une puissance sans soutien, une neutralité sans garantie, se fonde dans le grand intérêt de la presqu’île d’Italie, uni lui-même à l’intérêt plus vaste de l’Empire français, à l’intérêt plus universel du continent de l’Europe.

C’est ce que l’Empereur vous propose aujourd’hui de décider.

TROISIÈME PARTIE.

En cessant d’être souverain, en quittant toute puissance temporelle, Sa Sainteté conserve, toutefois, la puissance respectée du premier pontife chrétien. Restée seule entre les mains du successeur de saint Pierre, cette autorité ne sera plus sujette aux abus qu’une trop longue confusion avait rendus si fréquents et si déplorables. Le pouvoir du pontife ne s’armera plus en faveur du pouvoir du prince.

Les maximes professées par toutes les églises, établies par les conciles les plus révérés, mises en pratique par les monarques les plus religieux sur l’autorité des papes, reprendront toute leur puissance.

Les lèvres du chef des pasteurs de Jésus-Christ ne s’ouvriront plus pour maudire. Il révoquera les anathèmes renouvelés des Grégoire et des Boniface, des Paul et des Jules, ces anathèmes, réprouvés à la fois par la justice, la raison et la charité, qui, dans les siècles d’ignorance, ont causé tant de crimes et de malheurs, et qui, dans ces temps de lumières, n’excitent que l’indignation ou la pitié; qui, depuis Henri VIII jusqu’à Élisabeth, depuis Henri IV jusqu’à Napoléon, n’ont eu que le succès du scandale, et plus d’une fois n’ont fait de mal qu’à la main qui les avait lancés. Il reviendra au véritable esprit de l’Évangile, qui commande la soumission aux puissances temporelles; il professera, avec toutes les églises de l’Empire, les maximes du clergé de France, rédigées par ce Bossuet, dont le cœur fut à la fois français et chrétien, et qui défendait avec autant de courage, avec autant d’éloquence, les droits de la religion et ceux des souverains.

Un tel retour est digne des vertus, de la piété du Saint-Père, de celui qui a appelé, avec tant d’efficacité, les dons et la protection de l’Éternel sur le monarque chéri des Français, sur le vainqueur de l’Europe, sur le restaurateur de l’Église de France, sur le défenseur de la religion.

QUATRIÈME PARTIE

Ce titre auguste est un de ceux auxquels Sa Majesté attache le plus de prix, et qu’elle justifiera par l’emploi de son pouvoir, l’étendue de sa magnificence et la dispensation de ses bienfaits.

Le saint-Père aura désormais, d’après les dispositions du dernier titre du sénatus-consulte, des revenus en fonds de terre, qui suffiront à la dignité de son rang dans l’Église, et même aux besoins de sa charité.

Les dépenses du Sacré Collège, celles de la Propagande, sont classées parmi celles de l’Empire, et la générosité de Sa Majesté assure qu’il y sera pourvu avec largesse.

Ainsi l’Empereur concilie l’exécution des conseils impérieux d’une politique sage et l’inspiration d’une piété généreuse; il assure les droits de sa couronne et de son peuple, satisfait aux besoins de la religion et de ses ministres, rompit tous les devoirs, va au-devant de tous les vœux.

CINQUIÈME PARTIE

Il prévient même ceux de cette cité fameuse où vivent tant de souvenirs divers, qui fut le siége de tant de gloire, le théâtre de tant de maux.

Sans doute elle a craint un moment de descendre du rang moral assigné où, dans ses illusions, elle se croyait encore placée. Elle remontera plus haut qu’elle n’a été depuis le dernier des Césars. Elle sera la sœur de la ville chérie de Napoléon. Il s’abstint, aux premiers jours de sa gloire, d’y entrer en vainqueur: il se réserve d’y paraître en père; il veut y faire, une seconde fois, placer sur sa tête la couronne de Charlemagne. Il veut que l’héritier de cette couronne porte le titre de roi de Rome ; qu’un prince y tienne la cour impériale, y exerce un pouvoir protecteur, y répande ses bienfaits, y renouvelle la splendeur des arts.

Tels seront, Messieurs, les résultats de l’acte qui vous est présenté, dont les sages dispositions assurent la force de l’Empire, l’indépendance des trônes, le respect des souverains, l’autorité de l’Eglise, la gloire de la religion.

 

Palais des Tuileries, 17 février 1810

SÉNATUS-CONSULTE

TITRE Ier – DE LA RÉUNION DES ÉTATS DE ROME À L’EMPIRE

ARTICLE 1er. – L’État de Rome est réuni à l’Empire français, et en fait partie intégrante.

ART. 2. – Il formera deux départements: le département de Rome et le département de Trasimène.

ART. 3. – Le département de Rome aura sept députés au Corps législatif; le département de Trasimène en aura quatre.

ART. 4. – Le département de Rome sera classé dans la première série; le département de Trasimène dans la seconde.

ART. 5. – Il sera établi une sénatorerie dans les départements de Rome et de Trasimène.

ART. 6. – La ville de Rome est la seconde ville de l’Empire. Le maire de Rome est présent au serment de l’Empereur à son avènement. Il prend rang, ainsi que les députations de la ville de Rome, dans toutes les occasions, immédiatement après les maires et les députations de la ville de Paris.

ART. 7. – Le prince impérial porte le titre et reçoit les honneurs de Roi de Rome.

ART. 8. – Il y aura à Rome un prince du sang ou un grand dignitaire de l’Empire, qui tiendra la cour de l’Empereur.

ART. 9. – Les biens qui composeront la dotation de la couronne impériale, conformément au sénatus-consulte du 30 janvier dernier, seront réglés par un sénatus-consulte spécial.

ART. 10. – Après avoir été couronné dans l’église de Notre-Dame de Paris, les empereurs seront couronnés dans l’église de Saint-Pierre de Rome, avant la dixième année de leur règne.

ART. 11. – La ville de Rome jouira des privilèges et immunités qui seront déterminés par l’empereur Napoléon.

 

TITRE II. – DE L’INDÉPENDANCE DU TRÔNE IMPÉRIAL DE TOUTE AUTORITÉ SUR LA TERRE.

ART. 12. Toute souveraineté étrangère est incompatible avec l’exercice de toute autorité spirituelle dans l’intérieur de l’Empire.

ART. 13. – Lors de leur exaltation, les papes prêteront serment de ne jamais rien faire contre les quatre propositions de l’Église gallicane, arrêtées dans l’assemblée du clergé en 1682.

ART. 14. Les quatre propositions de l’église gallicane sont déclarées communes à toutes les églises catholiques de l’Empire.

 

TITRE III. – DE L’EXISTENCE TEMPORELLE DES PAPES.

ART. 15. – Il sera préparé pour le Pape des palais dans les différents lieux de l’Empire où il voudrait résider. Il en aura nécessairement un à Paris et un à Rome.

ART. 16. – Deux millions de revenu, en biens ruraux, francs de toute imposition, et sis dans les différentes parties de l’Empire, seront assignés au Pape.

ART. – 17. – Les dépenses du Sacré Collège et de la Propagande sont déclarées impériales.

ART. 18. – Le présent sénatus-consulte organique sera transmis par un message à S. M. l’Empereur et Roi.

 

Paris, 17 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, mon intention est que le sieur Reinhard soit chargé de la remise du Hanovre. Au lieu d’un décret qui le charge de cette opération, vous lui enverrez des pleins pouvoirs.

Le procès-verbal de prise de possession que vous me remettez n’est pas bon, parce qu’il peut y avoir encore beaucoup de choses à régler.

Il faut rédiger une instruction générale qui fasse connaître au sieur Reinhard ce qu’il a à faire pour la conservation de mes droits et intérêts; qu’avant le ler mars tous les bons soient versés; que les magasins, matériel d’artillerie, etc., doivent m’appartenir; qu’il doit se concerter avec le gouverneur et l’intendant pour n’omettre, dans la remise du Hanovre, aucune des réserves qu’exigent mes intérêts; qu’il fasse constater dans le procès-verbal la réserve des biens que j’ai donnés et de ceux à ma disposition; qu’à dater du 1er mars tous les engagements et obligations stipulés commencent pour le roi de Westphalie.

 

Paris, 17 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, montrez la lettre du sieur la Rochefoucauld au ministre de Hollande. Dites-lui que la réponse d’Angleterre devrait être arrivée; que je n’entends cependant parler de rien; que, si l’on veut prendre un arrangement, il faut le faire sans délai, parce que d’un moment à l’autre je prendrai le décret de réunion.

Remettez-moi un projet de traité à faire avec la Hollande, que vous leur proposerez de signer; et, en cas qu’ils ne le veuillent pas, je déclarerai la réunion.

 

Paris, 17 février 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, faites connaître au général Suchet que je lui réitère l’ordre de faire le siége de Lerida et de Mequinenza, et d’employer le reste de ses troupes à contenir l’Aragon, en tenant un corps de troupes sur la frontière du royaume de Valence; que j’ai à cœur spécialement de venir promptement à bout de la Catalogne. Prévenez-le que le duc de Castiglione a été jusqu’à Barcelone, et qu’il tâche de se mettre en communication avec lui.

Faites connaître au général Suchet que, s’il recevait de Madrid des ordres contraires aux miens, il doit les regarder comme non avenus, surtout pour ce qui regarde l’administration.

 

Paris, 17 février 1810

A Louis-Charles-Auguste, prince royale de Bavière, à Munich

Je reçois votre lettre du … février; je vous remercie de ce que vous m’y dîtes. Ne doutez jamais de l’intérêt et de l’amitié que je vous porte. J’aurai les mêmes sentiments pour celle que vous choisissez (La princesse Thérèse de Saxe-Hildburghausen), et qui sera heureuse par les bonnes qualités qui vous distinguent.

 

Paris, l7 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, remettez-moi sous les yeux le traité que j’ai fait avec le Valais et ce qui est relatif à la situation de ce pays. Il paraît qu’il est mal gouverné et qu’il marche très-mal.

Portez des plaintes au ministre de Prusse sur les journaux que le sieur Kotzebue imprime à Kœnigsberg. Ecrivez-en également au sieur Saint-Marsan. En général, vous devez recommander au sieur Saint-Marsan d’avoir des traductions de tous les journaux qui s’impriment dans la monarchie, et d’avoir soin de faire supprimer tout ce qu’il y aurait de mal.

 

Paris, 18 février 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur le duc de Bassano, mon intention est que le rapport sur les comptes de la Légion d’honneur soit imprimé dans le Moniteur avec le budget de 1810. Présentez-moi la nomination d’un conseil qui se tiendra sous la présidence de l’architrésorier pour arrêter tous les comptes de la Légion d’honneur.

Il se tiendra mercredi prochain, chez l’archichancelier, un conseil de l’ordre des Trois Toisons d’Or. Le grand chancelier, le grand trésorier et le major-général seront appelés à ce conseil, qui aura pour objet de me rendre compte de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire pour mettre en activité l’ordre des Trois Toisons d’Or. Dimanche prochain, le grand chancelier me présentera un modèle de la décoration de cet Ordre. Expédiez les lettres d’avis et de convocation nécessaires.

 

Paris, 18 février 1810

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’empereur, à Paris

m: le Comte Daru, je vous renvoie vos pièces. Les réparations du mobilier de Saint-Cloud doivent être faites sur les fonds accordés pour les réparations annuelles. Mon intention est de ne faire aucun changement à mon grand cabinet, mais de l’orner de beaux tableaux et de placer sur les tables de belles statues ou autres belles choses, tirées du Muséum ou de mes galeries, à la disposition du sieur Denon.

Par ce moyen, cette pièce sera très décorée, sans que je sois obligé de faire de nouveaux fonds. Je ne veux faire aucune réparation aux appartements de Saint-Cloud, si ce n’est à la chambre à coucher et à la salle de bain. J’accorde les 8,000 francs qu’on demande pour ces deux pièces.

J’accorde 15,000 francs pour les métiers à broder, chiffonniers, tables à écrire, tirelires et autres petits meubles à l’usage de l’Impératrice. Faites dresser un état de ces meubles, et faites déterminer un modèle qui sera le même pour tous les appartements de l’Impératrice. Il est commode de trouver partout les mêmes formes et les mêmes machines pour l’usage habituel.

Pour les Tuileries, je ne veux faire aucun changement dans les appartements. Seulement, le salon doré, le cabinet des Grâces, manquent de meubles. J’accorde les fonds qu’on demande pour cela. Je croyais qu’il restait des fonds sur les crédits pour ces dépenses, et qu’on n’avait point placé ces meubles parce qu’ils n’étaient pas achevés; vérifiez cela. J’accorderai des crédits pour cet ameublement, mais je ne veux rien accorder pour les réparations. Quant à la salle de spectacle, j’accorde ce qu’on demande pour la meubler; mais il me semble que je dois avoir beaucoup de banquettes et de lustres.

Lors du Sacre, on a fait de grandes dépenses pour ces sortes de meubles, qui doivent exister.

Je désire que l’ameublement de Trianon soit complété. Présentez-moi un projet. La galerie est démeublée. Le petit salon qui précède la chambre à coucher de l’Impératrice n’est pas meublé. L’ameublement de la chambre à coucher n’est pas entier. Il faut faire mettre dans ces appartements tous les petits meubles à l’usage de l’Impératrice, faits sur un même modèle. Il manque d’autres objets que le grand maréchal a dû voir.

II y a encore des choses précieuses au Muséum et dans les bibliothèques, telles que statues, bustes, petits vases, etc.; donnez ordre qu’on en place sur les tables, soit dans les cabinets, soit dans les salles du trône.

 

Paris, 18 février 1810

A M. de Chamapgny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Faites connaître à mon ambassadeur à Madrid que j’ai donné ordre que les quatre provinces de Catalogne, d’Aragon, de Biscaye et de Navarre formmassent quatre gouvernements; que j’ai donné les pouvoirs les plus étendus aux généraux qui y commandent, et que j’ai prescrit que les revenus de ces quatre gouvernements fussent versés dans la caisse de l’armée. Demandez mon décret au prince de Neuchâtel; vous l’enverrez à M. Laforest, et vous le chargerez de déclarer aux ministres du roi que c’est ma volonté, que l’Espagne offre des ressources suffisantes pour faire face à ces dépenses, et que je n’en puis douter, surtout voyant les folles (mot biffé sur la minute par Napoléon) dépenses qu’on fait. Vous ferez connaître à mon ministre, par une lettre en chiffres, que sa correspondance doit devenir plus active; que mon intention est de réunir la rive gauche de l’Èbre à la France, peut-être même le pays jusqu’au Douro (Ici Napoléon a biffé sur la minute: Qu’on me blesse en parlant, tant qu’on le fait, d’intégrité; que c’est me défier et me jeter le gant; que cela est maladroit.); qu’il veille à ce qu’on ne touche à aucun des biens appartenant aux familles condamnées, et qu’on ne permette la rentrée d’aucun de ces individus; que, s’il en était par hasard question dans quelque traité ou capitulation, il s’y oppose et proteste contre; que je n’entends pas ratifier la grâce qui serait accordée à aucun d’eux, et que, partout où mes troupes les saisiront, elles les passeront par les armes; qu’enfin il doit se mêler davantage des affaires, et parler aux ministres du roi, observer qu’on a donné des récompenses à des Français qui n’ont d’autre mérite que celui d’avoir suivi le roi; que ces ressources sont perdues pour l’intérêt commun; que la guerre d’Espagne me coûte plusieurs centaines de millions, et que, au lieu de me trouver indemnisé des énormes dépenses que j’ai faites, je vois avec peine prodiguer les ressources de l’Espagne à des favoris. Vous enverrez au sieur Laforest le Moniteur de demain, pour qu’il y voit quels sont mes principes sur les princes français et que, lorsqu’ils oublient les liens qui les unissent à la France, j’ai le droit de les rappeler, ou de les faire agir d’abord pour l’intérêt de la patrie (cette dernière phrase a été biffée sur la minute).

 

Paris, 18 février 1804

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Je ne puis qu’être mécontent de l’esprit des journaux. Qui est-ce qui a autorisé la Gazette de France à dire que MM. Léon de Beauvau, de Noailles, de Mortemart doivent faire bientôt un voyage en Allemagne chargés d’une mission ? Que veut dire ceci ? Je le remarque parce que, depuis longtemps, je vois les journaux se mêler de ce qui ne les regarde pas et n’être remplis que de nouvelles incertames.

 

Paris, 19 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le duc de Feltre, réitérez l’ordre au duc de Castiglione de se porter sur Barcelone.

Donnez le commandement de cette ville au général Lacombe Saint-Michel.

Ordonnez au maréchal de faire sa réunion avec le général Suchet, qui, le 1er mars, sera devant Lerida pour faire le siége de cette place. Cela m’empêche de permettre au maréchal de venir à Paris.

Faites-lui part des succès du Roi, et faîtes-lui confidentiellement qu’il ne doit permettre aucune communication de la Catalogne avec Madrid, et qu’il doit agir dans l’idée que je veux réunir cette province à la France.

 

Paris, 19 février 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, envoyez l’ordre aux 1,000 hommes du bataillon provisoire du train d’artillerie de l’armée du Nord, qui doivent être à Burgos et sur la route de Bayonne à Burgos, de partir avec un équipage de siége de Burgos et de Valladolid, et de se rendre au 6e corps pour le siège de Ciudad-Rodrigo. Donnez le même ordre aux 400 mulets servis par un détachement de la Garde et qui doivent être actuellement à Bayonne.

Voyez le général la Riboisière pour qu’il envoie en poste un officier intelligent pour diriger ces convois sur Ciudad-Rodrigo, et pour que l’on forme un équipage de siége tel que les moyens de Burgos, Valladolid, Zamora, le pourront permettre; surtout qu’il y ait des munitions et de la poudre.

 

Paris, 19 février 1810

A l’impératrice Joséphine, à l’Élysée-Napoléon

Mon Amie, j’ai reçu ta lettre. Je désire te voir ; mais les réflexions que tu me fais peuvent être vraies. Il y a peut-être quelque inconvénient à nous trouver sous le même toit pendant la première année. Cependant la campagne de Bessières est trop loin pour pouvoir revenir ; d’un autre côté, je suis un peu enrhumé et je ne suis pas sûr d’y aller.

Adieu, mon amie.

 

Paris, 21 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Mes troupes sont entrées à Séville, où on a trouvé une immense quantité d’artillerie de siége; il sera donc inutile désormais de diriger une plus grande quantité de matériel sur le midi de mon empire.

Faites faire par le bureau d’artillerie un rapport qui me fasse connaître ce qui est en route, ce qu’on doit arrêter et ce qu’on doit laisser continuer. Saragosse et Pampelune ont plus de moyens qu’il ne leur en faut pour le siége de Lerida. Ce qui est à Burgos et ce qui est déjà entré en Espagne doit être suffisant pour le siége de Ciudad-Rodrigo. Je crois donc qu’il faut sur-le-champ s’occuper des moyens d’économiser l’argent. Faites-moi connaître s’il y a quelques convois de chevaux et de matériel du génie ou de l’artillerie à arrêter. Ce qui est en Espagne aujourd’hui me paraît suffisant.

 

Rambouillet, 21 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Expédiez un officier au duc de Castiglione. Faites-lui connaître l’entrée de mes troupes à Séville, à Murcie et à Grenade; prescrivez-lui l’ordre positif de se porter au delà de Lerida, pour se joindre au 3e corps et porter hardiment la guerre en avant. La division allemande servira à garder ses communications. Le duc de Castiglione trouvera dans la plaine, entre Lerida et Barcelone et entre Barcelone et Tarragone, de quoi nourrir abondamment son armée. Vous lui ferez connaître que, si les communications sont ouvertes, il doit concerter avec Madrid, mais qu’il ne fait pas partie de l’armée d’Espagne; que l’armée qu’il commande est l’armée de Catalogne, et qu’il ne doit recevoir des ordres que de moi; qu’il doit même établir une administration provisoire dans le pays, faire arborer, au lieu de l’étendard espagnol, l’étendard français et catalan, et ne souffrir aucune espèce de communication entre les habitants et le Roi. Ni le Roi ni ses ministres n’ont rien à voir en Catalogne: cette province étant en état de siége, on n’y doit recevoir que les ordres du duc, qui lui-même ne doit que de vous.

Écrivez au duc de Castiglione qu’il serait bon de désarmer Girone; que nous ne pourrons jamais l’approvisionner suffisamment pour qu’elle nous soit utile; qu’il faut donc y établir des fourneaux pour faire sauter la place et la raser entièrement, en transportant l’artillerie à Figuières; que, s’il y a d’autres postes qui puissent servir de barrière contre la France, il faut également les faire sauter; que Figuières seule, étant une bonne place, peut servir, et qu’il faut la tenir bien armée et bien approvisionnée.

Il faut aussi raser l’enceinte de Hostalrich, et, dès que le château sera pris, le faire sauter également.

 

Rambouillet, 21 février 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Nous sommes maîtres de Séville. Il est nécessaire d’écrire de nouveau au général Suchet pour qu’il assiége Lerida et communique avec le duc de Castiglione, qui viendra de Barcelone. Réitérez-lui également l’ordre de considérer l’Aragon comme une province en état de siége, et, dès lors, de ne souffrir aucune communication des habitants avec Madrid; car, avant que les ministres du Roi exercent de l’influence sur ce pays, il faut que mes troupes soient soldées et aient tout ce qui leur est nécessaire. D’ailleurs, il est des parties de l’Aragon qui sont indispensables à la sûreté de la France. Faites connaître au général Suchet qu’il est donc possible que mon intérêt et celui de la France ne soient pas d’accord avec celui des ministres de Madrid; qu’il est inutile de rien laisser transpirer de cela, mais que je le lui fais savoir pour qu’il voie toute la réserve qu’il doit mettre dans sa conduite; qu’au pis aller, si le Roi lui donne des ordres administratifs, il est autorisé à déclarer qu’il commande en chef l’Aragon qu’il dépend de vous; mais que cette déclaration, il doit la faire seulement dans le cas où elle serait indispensable et où il ne pourrait autrement concilier les ordres du Roi avec les intérêts qui lui sont confiés; que je m’en rapporte à sa prudence, et que la confiance que j’ai dans son patriotisme me porte seule à lui faire connaître mes intentions et véritables projets.

Donnez ordre au duc d’Abrantès de secourir le duc d’Elchingen, s’il en est besoin, mais de ne se porter du côté de Madrid qu’en conséquence de mes ordres, vu que la nécessité de garder mes frontières et de reprendre le Portugal me donne un intérêt différent de celui que peuvent avoir les ministres espagnols.

 

Paris, 21 février 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Je vous ai fait connaitre que je ne désirais pas que Lagarde Commissaire géneral de police aux armées d’Espagne et de Portugal en 1810 et 1811, directeur général de la police dans les dèpartements de la Toscane de 1811 à 1814) m’écrivit; mais il est nécessaire qu’il vous écrive tous les jours dans le plus grand détail et vous mettrez sous mes yeux tous les jours ses rapports.

 Défendez-lui d’écrire à qui que ce soit, aux journalistes, soit aux princes, etc., et faites-lui connaître qu’au premier manquement à cet ordre, il serait chassé de mon service.

 

Paris, 21 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Donnez ordre au nénéral Ricard de se rendre sur-le-champ chez lui. Prévenez-le qu’il est mis au traitement de réforme, qu’il ne doit pas sortir de sa commune (Recoulès-Pervinquières – Aveyron). – Le général Ricard avait été disgracié à l’armée d’Espagne. Il recouvra bientôt la faveur de Napoléon, fit la campagne de Russie et gagna à la Moskowa le grade de général de division) ni se mêler d’affaires et de correspondance.

 

Rambouillet, 21 février 1810

A M. de Lavalette, directeur général des postes, à Paris

Je vous prie désormais de ne plus donner cours à aucune lettre venant d’Espagne, sans l’avoir ouverte. Vous en excepterez les lettres ministérielles. Vous me remettrez ces lettres sous les yeux, hormis celles celles qui ne contiendraient pas de nouvelles ou qui ne parleraient que d’affaires particulières. Mon intention est qu’aucune autre lettre ne passe.

 

Rambouillet, 22 février 1810

Au duc de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai pris communication de la lettre que vous écrit le roi de Hollande. Je ne puis adhérer à ce que je n’aie pas le thalweg du Rhin; sans cela, ce serait à recommencer.

On sait que le principe fondamental de l’Empire est d’avoir le thalweg du Rhin pour limite. Causez avec le conseiller d’État Collin sur ce qu’il y a à faire pour avoir une frontière facile à garder pour les douanes. Tous les canaux qu’on fera ne peuvent que donner lieu à des discussions; ce qui n’en donnera pas, c’est le thalweg de la grande rivière. Je n’admets point sur cela de modifications. Quant aux troupes, il est de principe constitutionnel que les troupes françaises sont nourries, soldées et entretenues par le pays sur le territoire duquel elles se trouvent; mais je consens à n’en mettre que très peu, comme 4,500 hommes d’infanterie, par exemple, et 1,500 de cavalerie, ce qui ne sera pas une dépense de quinze cent mille florins pour la Hollande.

Ce qui est plus important, c’est de régler ce qui est relatif aux marchandises coloniales qui se trouvent aujourd’hui en Hollande, arrivées sur des bâtiments américains ou autrement. Ce ne sera que quand vous serez d’accord là-dessus que je m’occuperai du traité définitif.

 

Rambouillet, 22 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie la lettre du directeur général des postes et la note qui y était jointe. Je ne comprends pas cette question. Si cela dépend du directeur général, il ne doit pas déranger la marche du courrier sans mon ordre, et en conséquence les courriers doivent suivre la route ordinaire. Mais je remarque dans la lettre du sieur Lavallette qu’il y est question de l’office féodal du prince de la Tour-et-Taxis, expression fort étrange de la part d’un conseiller d’État français, et qui suppose beaucoup d’ignorance. J’ai besoin d’une explication sur cet objet.

Donnez ordre au sieur Durand de retourner sans délai à Stuttgart, et faites demander des éclaircissements sur toutes ces affaires de poste au ministre de Wurtemberg. Mon intention est de concilier dans tout ceci les intérêts de la France avec ceux du Wurtemberg et de la Bavière, sans prendre aucun intérêt à ce que le conseiller d’État appelle la direction féodale d’Allemagne. Faites-moi un rapport sur cette affaire ; mais, avant tout, partez du principe que je ne veux reconnaître aucun régime féodal des postes.

 

Rambouillet, 22 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je réponds à votre lettre du 20. La Poméranie, qui a été cédée en conséquence d’un traité, ne peut être remise que par un commissaire ad-hoc ; dressez des pleins pouvoirs et rédigez des instructions. Demandez à la guerre si elle a des renseignements à donner pour l’exécution de cet article du traité; mais, comme ministre des relations extérieures, c’est vous qui devez être chargé de faire la remise de cette province.

Je désire que vous vous rendiez demain vendredi au Sénat pour y porter le traité de paix (traité de paix entre la France et la Suède). J’écris au duc de Bassano pour que le Sénat soit convoqué à cet effet en grande tenue. Il faut faire faire la proclamation de la paix avec la Suède, puisque c’est un acte public ; cela se fera également vendredi. Je recevrai dimanche M. le baron d’Essen, comme particulier, et les lettres de créance des plénipotentiaires suédois, la paix ayant été proclamée le vendredi. Celui qui reste comme ministre n’a pas besoin de prendre congé.

 

Rambouillet,  22 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de convention proposé par le ministre américain. Ce projet me paraît incomplet et plein de réticences. Rédigez-en un autre selon nos principes, que vous lui enverrez. Il parait que ce ministre, par ce projet, n’a qu’un seul but, c’est de favoriser la contrebande des navires américains; car il sait bien qu’on ne pourra jamais prouver que l’on a payé ou non un tribut. Il me semble que ce ministre n’est pas de bonne foi. Toutefois, pour le mettre à l’épreuve, rédigez un projet de traité tel qu’il pourrait avoir lieu, et vous lui proposerez de le signer.

J’ai fait mettre dans le Moniteur la note au ministre d’Amérique. Il me parait instant que le sieur du Moutier parte; présentez-moi les instructions à lui donner.

Quant à Mlle Paterson, je consens qu’on lui donne tout l’argent dont elle aura besoin, mais je blâme qu’on lui donne un gouverneur et tout cet appareil qui tendrait à la faire sortir de l’état  de simple particulière et à attirer sur elle l’attention. Toutefois, pour éviter qu’on fasse des dépenses exagérées, il est bon de lui fixer un traitement. Convenez d’une somme raisonnable.

Quant aux affaires avec les États-Unis, vous chargerez le sieur du Moutier d’une lettre de vous au ministre des affaires étrangères, dans laquelle vous lui proposerez un arrangement. Vous mettrez le sieur du Moutier bien au fait de la question; vous le chargerez de bien étudier l’esprit et les vues du ministère américain. Il restera aux États-Unis environ six semaines, qu’il mettra bien à profit, après lesquelles il reviendra à Paris, puisqu’il ne doit pas remplacer le sieur Turreau. Vous lui donnerez une instruction détaillée qui lui fasse connaître toutes mes intentions. Je désire qu’il puisse partir avant huit jours. Ayez avec lui de fréquentes conférences pour qu’il soit bien pénétré de l’objet de sa mission. Je ne serais pas même éloigné de le voir emmener avec lui un individu intelligent, parlant bien anglais, qu’il pourrait envoyer ici au bout d’un mois de séjour, s’il jugeait nécessaire de prolonger ce séjour.

 

Rambouillet, 22 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le duc de Cadore, vous devez témoigner mon mécontentement au ministre de Würzburg de ce que, avant de vous faire l’ouverture qu’il vous a faite, il a été en entretenir tout Paris. Lorsqu’un ministre étranger a quelque chose à communiquer, c’est à mon ministre des relations extérieures, et non à d’autres, qu’il doit s’adresser, sous peine de mal remplir son devoir.

 

Paris, 22 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, remettez-moi sous les yeux mon traité avec l’Espagne, afin que je voie les mesures à prendre pour mettre mes relations avec ce pays sur un bon pied.

 

Rambouillet, 22 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre rapport du 21 février. Je suis surpris de voir qu’on a incorporé dans le 5e bataillon auxiliaire des détachements du 1 7e, du 21e, du 28e d’infanterie légère, du 14e, du 27e, du 34e, du 39e, du 40e de ligne. Évidemment, cela est une erreur. Tous ces détachements, appartenant à des régiments qui sont en Espagne, ne peuvent pas faire partie des bataillons auxiliaires, qui, encore une fois, ne doivent être composés que de détachements tirés des corps qui ne sont pas en Espagne. Donnez ordre sur-le-champ que le travail du comte de Lobau soit refait, et que les détachements ci-dessus aient à se rendre à Orléans, pour entrer dans la composition des régiments de marche qu’on forme dans cette ville.

La différence entre les régiments de marche et les bataillons auxiliaires est sensible. Les régiments ou bataillons de marche sont composés de tous détachements qui appartiennent à  des régiments de l’armée d’Espagne. Du moment qu’ils seront en Espagne, on en ordonnera la dissolution, et le résultat de cette mesure sera que chacun rejoindra son régiment. Pendant le temps que ces régiments sont en route, ils comptent dans leurs régiments ; au lieu que les bataillons auxiliaires ne sont composés que de détachements qui n’appartiennent pas à l’armée d’Espagne, qui, aussitôt qu’ils sont entrés dans le bataillon auxiliaire, sont effacés de la matricule de leur corps, et qui, arrivés en Espagne, restent formés en bataillons auxiliaires, sans être dissous, et ne peuvent avoir une autre destination que par un décret.

 

Rambouillet, 22 février 1810

Au comte Molé, conseiller d’État, directeur général des ponts-et-chaussées, à Paris

Je vous prie de tenir la main à la stricte exécution de mes ordres relatifs au passage du mont Cenis. J’avais ordonné trente-deux maisons de refuge, et il n’y en a que seize; cent cantonniers, il n’y en a que quarante-huit. On m’assure que les trente sous par jour qui sont donnés à ces quarante-huit cantonniers ne sont pas assez pour tenir le passage du mont Cenis libre de neiges tout l’hiver. J’avais ordonné qu’on construisît une caserne pour l’hospice du mont Cenis; on m’assure qu’il n’y a encore de posé que la première pierre. On a construit des parapets de pierre en plusieurs endroits; mais il y en a encore beaucoup où il en faudrait pour prévenir les accidents et rassurer l’imagination des voyageurs.

 

Rambouillet, 22 février 1810

A Julie Napoléon, Reine d’Espagne, à Paris.

Les affaires d’Espagne se pacifient. Je pense donc qu’il est convenable que, dans les premiers jours du mois, vous partiez pour aller avec vos enfants rejoindre le Roi.

 

Paris, 23 février 1810

A Madame Mère, à Paris

Je m’empresse de vous faire connaître que la convention portant contrat de mariage entre moi et l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche, a été ratifiée le 16 à Vienne, ce qui me fait ne point tarder à vous en faire part.

 

Paris, 23 février 1810

A Joseph Napoléon, Roi d’Espagne, à Puerto de Santa-Maria

Monsieur mon Frère, le 7 février, un contrat de mariage entre moi et l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche, a été signé à Paris. J’apprends, au moment même, que les ratifications ont été échangées le 16, à Vienne. Je ne perds pas un moment à en faire part à Votre Majesté.

(Même lettre le même jour à Louis, Jérôme, Eugène, Élisa, au cardinal Fesch, au prince Borghèse.)

 

Rambouillet, 23 février 1810

A François II, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère, je fais partir demain mon cousin le vice-connétable, prince de Neuchâtel, pour demander à Votre Majesté Impériale l’archiduchesse Marie-Louise, sa fille, en mariage. Les hautes qualités qui distinguent si éminemment cette princesse, l’avantage précieux qu’elle a de lui appartenir, me font désirer vivement cette union. On me fait espérer que Votre Majesté voudra y consentir. Je ne tarde donc pas un moment, et j’expédie le comte Lauriston, mon aide-de-camp, déjà connu de Votre Majesté, pour lui porter cette lettre. Je le charge de lui faire connaître le prix que je mets à cette alliance; j’en attends, pour moi et pour mes peuples, beaucoup de bonheur.

Rambouillet, 23 février 1810

A l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, à Vienne

Ma Cousine, les brillantes qualités qui distinguent votre personne nous ont inspiré le désir de la servir et honorer. En nous adressant à l’Empereur votre père pour le prier de nous confier le bonheur de votre Altesse Impériale, pouvons-nous espérer qu’elle agréera les sentiments qui nous portent à cette démarche ? Pouvons-nous nous flatter qu’elle ne sera pas déterminée uniquement par le devoir de l’obéissance à ses parents ? Pour peu que les sentiments de Votre Altesse Impériale aient de la partialité pour nous, nous voulons les cultiver avec tant de soins, et prendre à tâche si constamment de lui complaire en tout, que nous nous flattons de réussir à lui être agréable un jour ; c’est le but où nous voulons arriver et pour lequel nous prions Votre Altesse de nous être favorable.

 

Paris, 23 février 1810, 6 heures du soir

A l’impératrice Joséhine, à l’Élysée-Napoléon

Savary me remet, en arrivant, ta lettre; je vois avec peine que tu es triste ; je suis bien aise que tu ne te sois pas aperçue du feu (Un appartement du palais avait été détruit par un incendie dû à un feu de cheminée).

 J’ai eu beau temps à Rambouillet.

 Hortense m’a dit que tu avais eu le projet de venir dîner chez Bessières et de retourner coucher à Paris. Je suis fâché que tu n’aies pas pu exécuter ton projet.

 Adieu, mon amie ; sois gaie, songe que c’est le moyen de me plaire.

 

Paris, 24 février 1810

Au comte de Montesquiou-Fezensac, grand-chambellan de l’Empereur, à Paris

Je vous fais passer la liste des personnes qui composent la maison de l’Impératrice. Donnez des ordres et prenez des mesures pour que ces personnes me soient présentées demain, après la messe, au serment qu’elles doivent prêter entre mes mains.

7)Premier aumônier, l’archevêque Ferdinand de Rohan; dame d’honneur, Mme la duchesse de Montebello; dame d’atours, Mme la comtesse de Luçay; chevalier d’honneur, le sénateur comte de Beauharnais; premier écuyer, le prince Aldobrandini; dames du palais, Mmes la duchesse de Bassano, la comtesse de Mortemart, la duchesse de Rovigo, la comtesse de Montmorency, la comtesse de Talhouët, la comtesse de Lauriston, la comtesse Duchâtel, la comtesse de Bouillé, la comtesse de Montalivet, la comtesse de Perron, la comtesse de Lascaris-Vintimille, la comtesse de Brignole, la comtesse Gentili, la comtesse de Cunisy

 

Paris, 24 février 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je suis mécontent de mes douanes d’Italie. Il y a un décret qui admet les marchandises coloniales dans les ports du royaume sans être accompagnées d’un certificat d’origine. Révoquez sur-le-champ ce décret et prenez des mesures pour en arrêter les effets. Donnez des ordres positifs pour que tous les bâtiments américains qui viendraient dans mes ports, ou qui s’y trouveraient, soient séquestrés et les marchandises qu’ils portent confisquées. Lorsque je prive la Hollande de son indépendance parce qu’elle viole les lois du blocus, je ne dois point tolérer cet abus dans mon royaume d’Italie.

Prenez toutes les mesures nécessaires pour l’exécution du présent ordre, et tenez-y la main. Ne faites aucun changement aux douanes sans ma participation, et que le ministre des finances ne fasse rien sans un décret de moi.

 

Paris, 24 février 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Comme la maison de l’évêque de Meaux a servi à loger plusieurs souverains à leur passage à Meaux, et qu’elle est dans le cas de servir souvent au même usage, je pense qu’il est convenable que vous lui donniez une gratification de 5,000 francs et 25,000 francs pour la meubler. L’état des meubles vous sera remis, et ils vous appartiendront; l’évêque sera chargé de leur entretien. Je ne suis pas dans l’usage de meubler les évêques; je fais une exception pour celui de Meaux, parce que sa maison est la seule qui puisse recevoir, à leur passage, les étrangers de considération

 

Paris, 24 février 1810

A Mme de la Rochefoucould. Dame d’honneur de l’impératrice Joséphine

Madame, j’ai été content du service que vous avez fait dans mon palais comme dame d’honneur. Je regrette, et cependant je ne puis qu’approuver, ce qui vous porte à ne plus désirer d’occuper la place de dame d’honneur dans la nouvelle maison. Mais je serais fâché que cela pût vous porter à douter le moindrement de mes sentiments; car je désire vous donner des preuves de mon contentement, et surtout vous être agréable en toute occasion.

 

Paris, 24 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, le roi de Bavière veut partir mercredi. Il serait donc nécessaire que vous voyiez M. de Montgelas (Maximilien-Joseph, baron, puis comte de Montgelas, ministre des affaires étrangères et de l’intérieur de Bavière, d’une famille originaire de Savoie, né en 1750, mort en 1838) et que vous vous occupiez dans la journée de demain de finir toutes ces affaires.

 

Palais des Tuileries, 25 février 1810

DÉCRET

L’édit de Louis XIV (la lettre est accompagnée du texte de cet édit du 23 mars 1682) sur la déclaration fait par le clergé de France de ses sentiments touchant la puissance ecclésiastique, donné au mois de mars 1682, et enregistré en parlement le 23 desdits mois et an, est déclaré loi générale de notre Empire.

 

Paris, 26 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec la Bavière avec mes observations. Le considérant ne me paraît pas convenable; je préfère un considérant conçu dans ces termes généraux : “Voulant régler différents intérêts, ont nommé, etc. » Sur l’article Ier, je ne veux rien donner à Cobourg, parce qu’un prince de cette maison est resté au service d’Autriche, et qu’il est inutile de récompenser ses ennemis. Il faut ainsi tout donner à la Bavière, qui s’arrangera comme elle l’entendra avec Cobourg.

Les 5 millions faisant l ,600,000 francs de rente ne me paraissent pas trop pour les domaines de Bayreuth. D’ailleurs, je renonce à garder aucun revenu sur la rive droite de l’Inn, et je donne à la Bavière tout ce que j’y ai reçu, à l’exception de la terre que j’ai donnée au général Wrede. C’est donc un gain de 10 millions que fera la Bavière, et, moyennant cette acquisition, 15 millions ne sont pas trop considérables pour Bayreuth. D’après ces observations, vous pourrez conclure avec la Bavière et je désire que vous me présentiez sur-le-champ des traités avec Wurtemberg, Bade, Darmstadt et Würzburg, tant pour ce qui est relatif aux pays cédés par la Bavière que pour ceux qui proviennent du grand-duché de Francfort.

Il faudra avoir soin, lors du traité avec Bade, de se souvenir qu’en donnant 25,000 âmes à ce grand-duché il faut stipuler quelque chose en faveur de la princesse Stéphanie, et, comme on ne lui fait dans ce moment qu’une pension de 30,000 francs, avec laquelle elle ne peut pas vivre, il faudra fixer qu’elle aura une pension de 150,000 francs.

Je vous ai déjà envoyé tout ce qui est relatif à la Hollande, et, quand vous aurez conclu avec la Bavière et que vous m’aurez présenté les traités avec Bade, Wurtemberg, Würzbourg et Darmstadt, toutes les affaires d’Allemagne seront terminées.

 

Paris, 26 février 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

J’ai fait partir le prince de Neuchâtel pour assister, comme témoin, à mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche, qui aura lieu le 6 mars à Vienne. Elle arrivera à Strasbourg probablement le 17 du même mois. Mon intention est qu’elle y soit reçue, ainsi que dans les départements qu’elle traversera pour se rendre à Compiègne, avec tous les honneurs dus à son rang. En donnant les ordres aux préfets, vous les préviendrez, 1° de vous envoyer la liste, que vous me soumettrez, des personnes qui peuvent être dans le cas de lui être nommées par sa dame d’honneur; 2° que toutes les pétitions doivent être remises au comte Lauriston, mon aide de camp, qui l’accompagne, en exceptant cependant quelques pétitions de veuves de militaires ou mêmes de grâces à accorder à des condamnés, qui auront été jugées pouvoir être accordées ; les préfets s’entendront pour cela avec le prince de Neuchâtel, à qui j’ai donné une autorisation suffisante et de et de manière que l’Impératrice n’en soit pas incommodée; 3° pour que tous les discours ou harangues soient soumis d’abord au prince de Neuchâtel ; 4° pour que le projet de la fête qui pourra lui être donnée à Strasbourg et à Nancy vous soit soumis d’abord. Afin d’éviter toute espèce de cohue, recommandez que les choses se passent comme si j’y étais, et que mon fauteuil y soit placé.

 

Paris, 26 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, répondez au prince de Schwarzenberg que je me fais rendre compte par le ministre des finances de sa réclamation relative à un major toscan et de ce qui est relatif à sa demande sur la Croatie.

 

Paris, 26 février 1810

A M. de Champagny, mduc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec la Bavière. Vous ne dites pas de quel moment courra l’intérêt des quinze millions, c’est cependant une chose importante à déterminer. II faut faire un article secret de ce qui est relatif aux quinze millions de bons, aux 400 mille francs à Ratisbonne, au général Wrède, ou plutôt il ne faut pas faire d’article secret de cette babiole et le comprendre dans l’article des domaines. Moyennant ces légers changements, vous pouvez signer.

 

Paris, 26 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Je désire que vous me présentiez dans la journée un projet de circulaire bien fait, à adresser à mes ministres et consuls, dans laquelle vous donnerez le motif raisonné de mon alliance avec l’Autriche. Cette circulaire ne devra point être imprimée; mais elle servira de langage à mes ministres.

 Vous y direz qu’un des principaux moyens dont se servaient les Anglais pour rallumer la guerre du continent, c’était de supposer qu’il était dans mon intention de détruire les dynasties. Les circonstances m’ayant mis dans le cas de choisir une épouse, j’ai voulu leur ôter le prétexte funeste d’agiter les nations et de semer les discordes qui ont ensanglanté l’Europe. Rien ne m’a paru plus propre à calmer les inquiétudes que de demander en mariage une archiduchesse d’Autriche. Les brillantes et éminentes qualités de l’archiduçhesse Marie-Louise, dont il m’avait été particulièrement rendu compte, m’ont mis à même d’agir conformement à ma politique. La demande en ayant été faite, et consentie par l’empereur d’Autriche, j’ai fait partir le prince de Neuchâtel pour en faire la demande solennelle et assister comme témoin au mariage qui sera fait à Vienne, le 6 mars, par un archiduc muni de ma procuration.

 J’ai été bien aise de cette circonstance pour réunir deux grandes nations, et donner une preuve de mon estime pour la nation autrichienne et pour les habitants de la ville de Vienne. Vous ajouterez que je désire que leur langage soit conforme aux liens de parenté qui m’unissent à la maison d’Autriche, sans cependant rien dire qui puisse altérer mon intime alliance avec l’empereur de Russie. Vous écrirez particulièrement à mes ministres à Stuttgart, à Munich et à Carlsruhe, pour leur faire connaître l’itinéraire de l’impératrice et leur donner des instructions détaillées sur l’étiquette à suivre dans ces cours à son passage. Il est inutile de s’attacher à ce qui a été fait pour moi; n’y ayant passé que dans des voyages pour affaires, je ne me suis mêlé en rien de l’étiquette; étant beaucoup occupé, je ne me suis attaché à rien de ce qui la concernait. Mais, pour l’impératrice, c’est différent. Il faut bien décider comment l’impératrice doit être reçue, si elle doit faire une visite aux reines pendant qu’elle sera à Munich et à Stuttgart. Mon intention est que l’on en agisse à son égard comme l’on eût agi autrefois pour l’impératrice d’Allemagne.

 

Paris, 26 février 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, envoyez au duc de Castiglione l’état des 14,000 hommes qui lui arrivent, et réitérez-lui l’ordre positif de se mettre en communication avec le général Suchet en portant des corps sur Lerida et Tarragone.

 

Paris, 26 février 1810

A Jérôme Napoléon, roi de Westphalie, à Cassel

Monsieur Mon Frère, l’empereur d’Autriche ayant accordé à la demande que je lui ai faite de la main de sa fille, l’archiduchesse Marie-Louise, dont j’avais reconnu tout le mérite et les brillantes qualités, j’ai résolu de fixer la célébration de mon mariage à Paris au 29 mars. J’ai envoyé le prince de Neuchâtel pour assister, comme témoin, au mariage qui se fera le 6 mars à Vienne par procuration, de manière que l’impératrice pourra arriver le 21 à Compiègne, où je compte la recevoir. Dans cette importante circonstance, j’ai résolu de réunir près de moi les princes et princesses de ma famille. Je en donne avis par cette lettre, désirant qu’aucun empêchement légitime ne s’oppose à ce que vous soyez à Paris pour le 20 mars.

8)Même lettre au vice-Roi Eugène Napoléon, à la grande-duchesse de Toscane, et au prince Camille Borghèse

 

Paris, 26 février 1810

A Eugène Napoléon, vice-Roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, ayant résolu de célébrer mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche le 29 mars à Paris, je désire que vous y convoquiez pour cette époque les grands officiers, officiers et dames de ma Maison d’Italie, en ne laissant pour faire le service auprès de vous et de la vice-reine que ce qui sera nécessaire.

 

Paris, 26 février 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils, l’empereur d’Autriche ayant accédé à  a demande que je lui ai faite de la main de sa fille l’archiduchesse Marie-Louise, dont j’avais reconnu le mérite et les brillantes qualités, j’ai résolu de fixer la célébration de mon mariage à Paris, au 29 mars ; j’ai envoyé le prince de Neufchâtel pour assister comme témoin au mariage, qui se fera le 6 mars à Vienne par procuration, de manière que l’impératrice pourra arriver le 23 à Compiègne, où je compte la recevoir. Dans cette importante circonstance, j’ai résolu de réunir près de moi les princes et princesses de ma famille, je vous en donne avis par cette lettre, désirant qu’aucun empêchement légitime ne s’oppose à ce que vous soyez à Paris pour le 20 mars.

 

Palais des Tuileries, 27 février 1810

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, nous avons fait partir pour Vienne, comme notre ambassadeur extraordinaire, notre cousin le prince de Neuchâtel, pour faire la demande de l’archiduchesse Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche.

Nous ordonnons à notre Ministre des relations extérieures, de vous communiquer les articles de la convention de mariage entre nous et l’archiduchesse Marie-Louise, laquelle a été conclue, signée et ratifiée.

Nous avons voulu contribuer éminemment au bonheur de la présente génération. Les ennemis du continent ont fondé leur prospérité sur ses dissensions et son déchirement. Ils ne pourront plus alimenter la guerre, en nous supposant des projets incompatibles avec les liens et les devoirs de parenté que nous venons de contracter avec la Maison impériale régnante en Autriche.

Les brillantes qualités qui distinguent l’archiduchesse Marie-Louise lui ont acquis l’amour des peuples de l’Autriche : elles ont fixé nos regards. Nos peuples aimeront cette princesse pour l’amour de nous, jusqu’à ce que, témoins de toutes les vertus qui l’ont placée si haut dans notre pensée, ils l’aiment pour elle-même.

 

Paris, 28 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, recommandez à mes ministre et consuls à Naples d’avoir l’oeil sur ce qui se passe, car il paraît qu’il arrive dans les ports de ce royaume des marchandises coloniales malgré les lois qui les confisquent. Écrivez à mon consul. Toutefois les certificats qui accompagnent les marchandises qu’il est permis d’introduire en France ne doivent dater que de l’époque portée dans mon décret.

 

Paris, 28 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, recommandez au sieur Otto d’envoyer promptement et par courrier extraordinaire la note de tout ce qui sera fait à Vienne pour la circonstance du mariage, surtout de ce qui sera fait à la cérémonie de l’union de l’archiduchesse, afin de faire ici ce qui sera convenable.

 

Paris, 28 février 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, envoyez un secrétaire de légation en Suède, j’ai besoin d’y avoir quelqu’un dans les premiers moments. Il faut y envoyer également un chambellan avec trois cordons de la Légion d’honneur, un pour le roi et les autres à sa disposition. Proposez-moi le secrétaire qu’on pourrait charger de cette mission.

 

Paris, 28 février l810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, je vous renvoie les lettres du général Thouvenot.

Répondez-lui qu’il serait encore prématuré de faire venir des otages ; qu’il doit gouverner le pays d’une main ferme, faire usage des ressources qu’il offre pour l’entretien des troupes; que quatre escadrons de gendarmerie doivent être arrivés; qu’il doit les placer et leur faire faire le service comme en France; que six bataillons auxiliaires, formant au moins 3,000 hommes, doivent être arrivés; que 3,000 marins armés de fusils, commandés par le colonel Baste, arrivent dans les premiers jours de mars à Saint-Sébastien; qu’une division de ma Garde, forte de 6,000 hommes, est à Logroño, et que, s’il y avait urgence, il peut la requérir ; que 6,000 hommes de l’arrière-garde, commandés par le général Seras, sont en marche; que le général Dufour est entré dans la Navarre avec une division de 6,000 hommes; qu’ainsi donc les troupes ne peuvent lui manquer et qu’il doit être sans inquiétude ; qu’il doit prévoir que les mesures qu’il a prises pourront n’être pas agréables aux ministres du Roi, mais que cela ne doit pas l’empêcher d’aller outre, et qu’il doit alléguer les ordres qu’il a de moi. Faites-lui connaître aussi qu’on doit transporter les marchandises américaines à Bayonne, où l’on pourra les mieux vendre. Écrivez-lui aussi que les équipages américains ne doivent pas être considérés comme prisonniers.

 

Paris, 28 février 1810

A Frédéric, roi de Wurtemberg, à Stuttgart

Monsieur mon Frère, je reçois la lettre de Votre Majesté du 15 février. Je la remercie bien de tout ce qu’elle m’y dit d’affectueux. Elle rend fort justice aux sentiments que je lui porte. On dit effectivement beaucoup de bien de l’archiduchesse Marie-Louise.

 

Paris, 28 février 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, vous trouverez dans le Moniteur mon message au Sénat, pour lui faire part de mon mariage. Faites un message pour en instruire le Sénat italien

Palais des Tuileries, ler mars 1810

MESSAGE AU SÉNAT.

Sénateurs, les principes de l’Empire s’opposant à ce que le sacerdoce soit réuni à aucune souveraineté temporelle, nous avons dû regarder comme non avenue la nomination que le prince Primat avait faite du cardinal Fesch pour son successeur. Ce prélat, si distingué par sa piété et par les vertus de son état, nous avait d’ailleurs fait connaître la répugnance qu’il aurait à être distrait des soins et de l’administration de ses diocèses.

Nous avons aussi voulu reconnaître les grands services que le prince Primat nous a rendus et les preuves multipliées que nous avons reçues de son amitié. Nous avons ajouté à l’étendue de ses États, et nous les avons constitués sous le titre de grand-duché de Francfort. Il en jouira jusqu’au moment marqué pour le terme d’une vie consacrée à faire le bien.

Nous avons en même temps voulu ne laisser aucune incertitude sur le sort de ses peuples, et nous avons en conséquence cédé à notre cher fils, le prince Eugène Napoléon, tous nos droits sur le grand-duché de Francfort. Nous l’avons appelé à posséder héréditairement cet État après le décès du prince Primat, et conformément à ce qui est établi dans les lettres d’investiture dont nous chargeons notre cousin le prince archichancelier de vous donner connaissance.

Il a été doux pour notre cœur de saisir cette occasion de donner un nouveau témoignage de notre estime et de notre tendre amitié à un jeune prince dont nous avons dirigé les premiers pas dans la carrière du gouvernement et des armes, qui, au milieu de tant de circonstances, ne nous a jamais donné aucun motif du moindre mécontentement; il nous a, au contraire, secondé avec une prudence au-dessus de ce qu’on pouvait attendre de son âge, et, dans ces derniers temps, il a montré, à la tête de nos armées, autant de bravoure que de connaissance de l’art de la guerre. Il convenait de fixer d’une manière stable dans le haut rang où nous l’avons placé. Élevé au grand-duché de Francfort, nos peuples d’Italie ne seront pas pour cela privés de ses soins et de son administration. Notre confiance en lui sera constante comme les sentiments qu’il nous porte.

 

Paris, 2 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous envoie le projet de traité avec la Hollande (Traité par lequel la Hollande cédait à la France le Brabant septentrional s’engageait à fournir une flotte de neuf vaisseaux et de six frégates, et se soumettait aux obligations du blocus continental. Il sera signé le 16 mars). Il faut tâcher d’en finir. Il faut que le ministre négocie avec vous, et qu’on ne m’envoie pas des notes; ce n’est pas la forme.

 

Paris, 2 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Passez une note au ministre de Bade pour lui faire connaître que je vois avec peine que le prince Louis a repris à Carlsruhe son influence; que les catholiques sont vexés; que l’avancement est donné aux officiers qui n’ont pas fait la guerre avec nous ou qui ont servi contre nous, au préjudice de ceux qui ont combattu sous mes ordres; que je désire qu’on cesse de prendre à tâche de me mécontenter; que la conduite de ce cabinet est indigne d’un allié; que je prendrai fait et cause pour les troupes qui ont fait sous moi les campagnes de Prusse, de Pologne et d’Autriche; que j’exige que le prince Louis s’éloigne des États de Bade; qu’il est la cause de tout le mal; qu’il ait sur-le-champ à quitter le pays, sans quoi je le ferai arrêter et enfermer dans une forteresse de France pour l’y faire expier tous ses crimes. Écrivez à mon ministre de dire et de bien faire répandre que j’entends que les places soient données également aux catholiques et aux protestants, que l’avancement soit donné aux militaires qui ont servi avec mes troupes, et non aux nouveaux venus; que j’entends même que les nouveaux venus soient chassés.

 

Paris, 2 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, je veux profiter de la consolidation de la paix continentale pour porter la plus grande économie dans mes armées. Voici les diverses dispositions que je projette, et sur lesquelles je désire un rapport.

Armée d’Allemagne. – Le grand quartier général, les grandes administrations, les parcs généraux d’artillerie et du génie et tout ce qui appartient à l’état-major général de la Grande Armée seraient dissous. Les états-majors et administrations et tout ce qui tient à l’organisation des 2e et 4e corps et réserve générale de cavalerie seraient dissous. Il ne resterait en Allemagne que l’état-major, l’administration et les parcs du génie et de l’artillerie du 3e corps commandé par le prince d’Eckmühl, l’infanterie du 3e corps composée de quinze régiments, trois bataillons portugais et deux bataillons de tirailleur, la brigade de cavalerie du général Pajol composée de trois régiments et les six régiments de cuirassiers de la division Bruyères, ci-devant Nansouty, formant neuf régiments de cavalerie, et quatre-vingts pièces d’artillerie au plus, attelées et approvisionnées.

La division Molitor, composée de quatre régiments d’infanterie et de deux régiments de cavalerie, resterait jusqu’à nouvel ordre à Hambourg, où elle serait sous le commandement du prince d’Eckmühl.

Toutes les autres troupes françaises évacueraient l’Allemagne.

La le division du 2e corps se réunirait à Mayence et autres places environnantes sur les bords du Rhin. La 2e division se réunirait à Strasbourg et aux environs. La 3e division, c’est-à-dire le 10e léger, le 105e et le 3e de ligne, se réunirait à Metz. Ces trois divisions seraient destinées à se porter immédiatement après sur les côtes pour en assurer la tranquillité pendant la belle saison.

Armées du Nord et du Brabant. – Les armées du Nord et du Brabant seraient dissoutes; toutes les gardes nationales seraient licenciées; la division Puthod entrerait en Hollande; le 5e d’infanterie légère retournerait à Cherbourg; la division Dessaix, avec le 8e de hussards et le 16e de chasseurs, tiendrait garnison dans le Brabant; le 24e de chasseurs se rendrait à Saint-Omer; la division de Saint-Omer serait augmentée de la 6e demi-brigade provisoire, forte de 3,000 hommes, qui se rendrait à Boulogne; la 3e et la 4e demi-brigade provisoire se rendraient à Paris; la 18e demi-brigade provisoire se rendrait dans l’île de Walcheren; la 7e demi-brigade provisoire se rendrait à Paris; la 10e demi-brigade serait dissoute, et, à cet effet, le détachement du 4e de ligne irait rejoindre son corps en Hollande, celui du 72e rejoindrait son régiment à Boulogne, et ceux des l2e, 54e, 14e, 34e et 88e de ligne se rendraient à Versailles pour entrer dans la composition soit des régiments de marche, soit des bataillons auxiliaires; la 21e demi-brigade provisoire serait dissoute; les compagnies de réserve rejoindraient leurs départements, et ce qui appartient au bataillon suisse ferait partie de la 18e demi-brigade provisoire.

Le régiment provisoire de gendarmerie formerait le fond de la gendarmerie du Brabant.

Les places du Brabant seraient organisées comme étant réunies définitivement à l’Empire, soit pour l’artillerie et le génie, soit pour l’état-major de place, soit pour l’administration.

Les gardes nationales de Cherbourg seraient également dissoutes.

Présentez-moi un projet d’ordre à signer dans lequel ces dispositions soient définitivement rédigées et tous les corps compris et nommés.

Où ferez-vous rentrer les bataillons des équipages militaires, ceux du train d’artillerie et du génie et ceux des pièces régimentaires, etc. ?

Je désire que vous joigniez à ce projet d’ordre des mémoires qui me donnent des renseignements à cet égard, et me fassent connaître ce qu’on pourrait faire des employés, officiers de santé, commissaires des guerres, etc., enfin de tout ce qui va se trouver sans destination, par suite de ce désarmement.

 

Paris, 2 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

L’armement d’Anvers n’est pas suffisant. J’estime qu’il faut pour la place d’Anvers, citadelle comprise, et la rive gauche de l’Escaut (vu que cela ne forme qu’une seule place puisqu’on ne peut couper la communication entre les trois parties), 350 pièces; rive droite, 100; Sud-Beveland, 104; Wolfersdijk, 12; Nord-Beveland, 9; Walcheren, compris Flessingue, 200; île de Cadzand, 80; rive gauche de Cadzand à Anvers, 30; total, 885 pièces, parmi lesquelles quatre cents en fer, dont deux cent cinquante de 36, cent de 24, cinquante de 18, et cinq cents en bronze, dont cinquante mortiers à grande portée, vingt-cinq de 12 pouces ordinaires, vingt-cinq de 8 pouces, en tout cent mortiers, le reste en pièces de bronze de tout calibre.

Faites faire l’armement selon ces bases. Ne perdez pas un moment à faire sérieusement l’armement d’Anvers.

 

Paris, 2 mars 1810

Au comte de Rémusat, directeur des spectacles, à Paris

Monsieur de Rémusat, mon Premier Chambellan, il faudrait donner la Mort d’Abel le 20 mars; donner le ballet de Persée et Andromède le lundi de Pâques; donner les Bayadères quinze jours après; Sophocle, Armide, dans le courant de l’été; les Danaïdes dans l’automne; les Sabines à la fin de mai. En général, mon intention est que, dans le mois de Pâques, il y ait le plus de nouveautés possible, vu qu’il y aura un grand nombre d’étrangers à Paris à cause des fêtes.

 

Paris, 3 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Je vous prie de me donner les renseignements les plus détaillés sur le sieur Bourdier (Professeur de pathologie interne à la Faculté de Paris, il fut nommé en avril 1810 médecin ordinaire de l’impératrice Marie-Louise, pour prendre rang après Corvisart), docteur régent de l’ancienne faculté de Paris, professeur à la faculté actuelle de médecine et médecin de l’Hôtel-Dieu, sur sa vie, ses opinions, son caractère.

 

Paris, 3 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les nouvelles circonstances de l’Autriche vont m’obliger à augmenter le traitement du comte Otto, je ne puis donc augmenter celui de mon ministre en Russie.

 

Paris, 3 mars 1810

M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je reçois dimanche le corps diplomatique. Le ministre de Suède me remettra sa lettre; aussitôt que je l’aurai reçue, vous enverrez aux princes, princesses de Guastalla, de Piombino et de Neuchâtel les lettres qui vous ont été remises. Je vous envoie des observations sur les instructions que vous avez faites pour la remise de la Poméranie.

 

Palais des Tuileries, 4 mars 1810

ALLOCUTIONS.

A LA DÉPUTATION DU SÉNAT.

Sénateurs, je suis touché des sentiments que vous m’exprimez.

L’Impératrice Marie-Louise sera pour les Français une tendre mère ; elle fera ainsi mon bonheur. Je suis heureux d’avoir été appelé par la Providence à régner sur ce peuple affectueux et sensible, que j’ai trouvé, dans toutes les circonstances de ma vie, si fidèle et si bon pour moi.

A LA DÉPUTATION DE L’HÉRAULT.

Ce que vous me dites au nom de votre département me fait plaisir.

J’ai besoin de connaître le bien que mes sujets éprouvent ; je ressens vivement leurs moindres maux, car ma véritable gloire, je l’ai placée dans le bonheur de la France.

A LA DÉPUTATION DE LA HAUTE-LOIRE.

Je vous remercie des sentiments que vous m’exprimez. Si j’ai confiance dans ma force, c’est que j’en ai dans l’amour de mes peuples.

A LA DÉPUTATION DES BASSES-PYRÉNÉES.

J’agrée vos sentiments. J’ai parcouru, l’année passée, votre département avec intérêt. Si j’ai porté tant d’intérêt à fixer les destinées des Espagnes et à les lier d’une manière immuable à l’Empire, c’est surtout pour assurer la tranquillité de vos enfants.

A LA DÉPUTATION DE MONTENOTTE.

Le nom que porte votre département réveille dans mon cœur bien des sentiments. Il me fait souvenir de tout ce que je dois de reconnaissance aux vieilles bandes de ma première armée d’Italie. Un bon nombre de ces intrépides soldats sont morts aux champs d’Égypte et d’Allemagne; un plus grand nombre, ou soutiennent encore l’honneur de mes aigles, ou vivent, couverts de glorieuses cicatrices, dans leurs foyers. Qu’ils soient l’objet de la considération et des soins de leurs concitoyens; c’est le meilleur moyen que mes peuples puissent choisir pour m’être agréables. Je prends un intérêt spécial à votre pays; j’ai vu avec plaisir que les travaux que j’ai ordonnés pour l’amélioration de votre port, et pour vous ouvrir des communications avec le Piémont et la France, s’achèvent.

 

Paris, le 4 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, il convient que vous achetiez le plus tôt possible une maison à Compiègne pour le département des relations extérieures, comme celle que vous avez à Fontainebleau.

 

Paris, 5 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je viens de voir le cardinal Fesch, qui prétend qu’il n’y a pas besoin de sentence de l’officialité, vu que le courrier du 27 a porté la permission au curé de Vienne de procéder au mariage avec la dispense de promulgation des bans; qu’ainsi cela finit tout. Je désire que vous envoyiez au sieur Otto les deux sentences de l’officialité. Il ne les montrera pas, si cela n’est nécessaire, et il fera sentir que je n’ai rien à démêler avec l’officialité de Vienne: mon juge est 1’officialité de Paris. Écrivez-lui que la dispense des bans a tout fait; que cependant, comme rien ne doit arrêter, il montrera les pièces s’il y a lieu.

 

Paris, 5 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai reçu le compte provisoire que vous m’avez remis de vos dépenses de 1809. Je désire que vous me le présentiez en règle, aussitôt que le service sera complètement soldé. Le fonds qui vous a été accordé est de 1.000.000. D’après l’état que vous me remettez de ce qui a été payé et de ce qui reste à solder, la dépense serait de 1.057.500 fr., ce qui ferait un excédant de 57.500 fr. sur le crédit. Mon intention est qu’il n’y ait point d’excédant et que la dépense ne s’élève au-delà du million qui vous est accordé. Je vous autorise pour obtenir la réduction nécessaire à ne payer que 250.000 fr., au lieu de 305.000 fr., pour le premier fonds d’un hôtel des relations extérieures.

 

Paris, 5 mars 1810

Au général comte de Nansouty, premier écuyer de l’Empereur, à Paris

Je désire que vous envoyiez en présent de ma part, une belle voiture attelée de six beaux chevaux au ministre d’Autriche.

 

Paris, 5 mars 1810

Au vice-amiral comte Decrès, ministre de la marine, à Paris

Je trouve votre lettre au Transport-office trop roide. Il faut la faire précéder d’une réponse à la réclamation qu’ils font en faveur d’un aspirant de seize ans; dire: que je regrette de ne pouvoir suspendre en sa faveur le cours de la justice; que je ne le puis, parce que cela serait contraire aux lois; mais que j’ai donné l’ordre, tant par égard pour leur réclamation que par intérêt pour l’âge de l’aspirant, que sa grâce lui fût accordée, s’il venait à être condamné. Dites cela en termes honnêtes, et partez de là pour parler des Irlandais; car toute réclamation trop directe à ce sujet serait mal dans notre bouche.

Surtout ne parlez pas de mesures révolutionnaires; cela est ridicule. Avant de parler des Irlandais, annoncez aussi le renvoi des chirurgiens de Talavera.

 

Paris, 5 mars 1810

Au comte Daru, intendant général de la Maison de l’Empereur, à Paris

Monsieur Daru, je vous renvoie votre rapport 9)« Sur les actes de bienfaisance à faire à l’occasion de mon mariage.» Note de la minute., parce que je désire que vous m’en fassiez un sur les autres titres, afin de ne faire qu’un seul décret. Je désire savoir combien il y a de pères détenus pour dettes de mois de nourrice, préférant les délivrer tous; combien il y a de pères de famille détenus pour dettes et qui méritent grâce, parce que je voudrais, au lieu de mettre des bornes, les délivrer également tous.

 

Paris, 5 mars 1810

Au prince Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Je vous prie d’activer la vente des marchandises coloniales qui sont à Venise, montant à 5 ou 6,000 colis. Je n’admets aucune réclamation: je les ai prises en pays ennemi. Faites-moi connaître où en est la contribution de Trieste; écrivez-en à mon intendant. Le reste des marchandises doit être mis en séquestre à Trieste, à moins qu’on ait fait un arrangement que j’avais autorisé.

 

Paris, 6 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le projet de traité avec la Hollande. Finissez cette affaire. Je n’admets aucune des objections du Roi. Vous leur ferez sentir qu’il est inutile de signer ce traité, si l’on veut continuer à protéger la contrebande, et si l’on ne songe pas à tenir neuf vaisseaux de guerre en rade; qu’il m’est impossible de laisser les côtes du Rhin au Weser, qui ont tant de matelots et de moyens maritimes, sans faire aucune diversion en faveur de la cause commune.

 

Paris, 6 mars 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je reçois votre lettre du 28 février. J’approuve votre message au Sénat italien; vous enverrez le journal italien où il sera imprimé à Aldini, qui le fera traduire et mettre dans le Moniteur.

J’ai signé mon traité avec la Bavière. J’ai ordonné au duc de Cadore de vous l’envoyer, Présentez-moi les documents pour servir à la remise de la partie du Tyrol qui nous échoit. Je suppose que mes peuples d’Italie verront avec plaisir la réunion de Trente.

Je vous ai écrit pour que vous fassiez part au Sénat italien de mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise.

Aussitôt que vous aurez reçu le traité avec la Bavière, vous pourrez le communiquer au Sénat et le faire mettre ensuite dans les journaux.

A l’Archiduchesse Marie-Louise, à Vienne

10)C’est la lettre qui sera présentée à Marie-Louise le 8 mars, conjointement avec la demande de sa main par Berthier

Madame ma Sœur, le succès de la demande que j’ai faite à S. M. l’Empereur, votre père, pour m’unir avec vous en mariage, est une marque bien précieuse de l’estime et de la considération qu’il m’accorde. Je suis extrêmement sensible au consentement que vous donnez vous-même à une union qui me comble de la joie la plus vraie et doit embellir toute ma vie. J’attends avec une impatience bien vive le moment qui doit en accélérer la conclusion. J’apprécie surtout dans cette alliance les soins que je veux prendre pour vous rendre heureuse. Mes vœux à cet égard sont d’autant plus sincères que mon propre bonheur sera essentiellement lié au vôtre. J’ai chargé le prince de Neuchâtel, mon ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire, de vous remettre mon portrait. Je vous prie de le recevoir comme un gage des sentiments qui sont gravés dans mon cœur et qui seront inaltérables.

 

Paris, 6 mars 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon fils; je vous prie de me faire un rapport sur les vaisseaux russes qui ont été cédés à ma marine italienne, soit à Venise, soit à Trieste, et sur ce qu’on peut en faire.

 

Paris, 8 mars 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DES RELATIONS EXTÉRIEURES, A PARIS.

Demander au ministre des relations extérieures : 1 ° si les traités avec Würzburg, Bade et Wurtemberg, sont faits; 2° si le traité avec la Bavière est ratifié; 3° si des commissaires sont nommés pour l’exécuter; 4° si l’on a envoyé à l’intendance générale de mon domaine extraordinaire tous les extraits qui la regardent dans les traités avec la Bavière, arec la Saxe, avec Danzig, avec la Westphalie; 5° si le secrétaire de légation en Suède est nommé. Le ministre propose-t-il quelqu’un ? Le ministre a-t-il annoncé à l’archichancelier de Suède à qui j’ai accordé les cordons ? Je désire envoyer un chambellan porter mes cordons au roi de Suède. Lui parler de mon intention de jeter les fondements d’un système d’alliance permanente avec la Suède et le Danemark.

 

Paris, 8 mars 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA MARINE.

Il est à présumer qu’un jour ou l’autre j’aurai besoin de beaucoup de transports à Ancône; je désire donc qu’au lieu de désarmer entièrement l’Uranie, comme le ministre le propose, on la désarme, en y laissant tout ce qui sera nécessaire pour pouvoir promptement la réarmer comme flûte. Le cas arrivant, je trouverai des matelots du pays pour ce service.

Il est également présumable que, d’un moment à l’autre, j’aurai besoin de beaucoup de transports à Toulon. Il est donc convenable que les deux bâtiments russes de Toulon soient préparés pour faire deux flûtes.

 

Paris, 8 mars 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, j’ai lu avec attention l’état de la marine italienne que vous m’avez envoyé; j’en sens davantage l’importance d’avoir un nombre de bâtiments qui empêche l’ennemi de bloquer le golfe avec une ou deux frégates. J’attendrai votre rapport pour savoir si les vaisseaux de ligne pourront sortir. Je vois que le Rivoli et le Regeneratore ne sont pas loin d’être achevés. Il faut terminer promptement la Favorite. Une fois ces deux frégates terminées, on pourra les armer avec les équipages français des trois bricks qui sont à Venise. On pourrait y joindre la frégate russe qui est à Trieste; ce qui ferait une division de trois frégates qui pourraient se rendre à Ancône, s’y réunir à la frégate et au brick qui s’y trouvent, et former une division capable de se maintenir maîtresse du golfe, ou qui obligerait l’ennemi à y tenir des vaisseaux de guerre. Je dis Ancône et non Venise, parce qu’Ancône a cet avantage, que n’offre point Venise, qu’on peut y entrer et en sortir par tous les vents. En général, vous avez suffisamment d’équipages, mais je vois à Venise des canonnières qui y sont inutiles et qu’on pourrait toujours réarmer à tout événement. Il vaut mieux avoir des bricks qui peuvent sortir et éclairer sans cesse le golfe.

 

Paris, 8 mars 1810

A Eugène Napoléon, vice-roi d’Italie, à Milan

Mon Fils, je vous envoie un rapport sur Ancône ; je désire que  vous  fassiez  de nouveau agiter la question de savoir : 1° si l’on ne pourrait pas, dans l’état actuel des choses, y désarmer deux ou trois vaisseaux en les rapprochant du môle ; 2° ce qu’il convient de faire pour améliorer le port; 5° s’il y a quelques points extérieurs à armer pour empêcher l’ennemi d’approcher. Je vous envoie aussi un rapport sur Venise. Faites-moi un rapport général qui me fasse connaître, 1° quand les frégates pourront sortir de ce port; 2° quand le Rivoli sera mis à l’eau, et quand, avec des chameaux, on pourra le faire sortir pour se rendre à Ancône ou à Trieste, y achever un armement, et, de là, menacer les Anglais; 3° ce que sont les bâtiments que les Russes nous ont cédés et ce qu’il en faut faire. En faisant venir à Venise les deux frégates russes de Trieste et en armant les bâtiments et frégates que nous avons à Venise,  il devrait être possible d’empêcher les Anglais de bloquer tout le golfe avec une seule frégate

 

Paris, 8 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Envoyez chercher le ministre de Hollande; montrez-lui les dépêches ci-jointes, et demandez-lui quelle satisfaction le roi a à me donner de ces ministres brouillons. Quel est le but du roi en écrivant ces lettres? Quel a été le but de ceux qui les ont fait mettre dans les journaux ? Si le roi veut se conduire ainsi, à quoi sert de faire un traité qui ne durera pas vingt-quatre heures ? Car, à la première impertinence de ce genre, je m’emparerai de la Hollande; et il vaut mieux alors en finir tout de suite (Il s’agit de deux lettres que le roi Louis avait écrites au conseil d’État et au Corps législatif de Hollande, et qui avaient été insérées dans la Gazette d’Amsterdam du 1er mars.

 

Paris, 8 mars 1810

DÉCISION

 Le vice-roi d’Italie demande que le colonel Vallin, du 6e de hussards, privé de l’usage du bras droit, par suite d’une blessure qu’il a reçue au passage de la Piave, aie un congé de quatre mois avec appointements pour prendre les boues de Saint-Amand.

  Accordé.

 

 

Paris, 9 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’ai examiné le rapport du comité des fortifications sur le classement des places de guerre. Je serais d’avis de rendre aux villes les fortifications d’Ypres, Verdun, Bonn, Cologne, Montmélian, Saint-Tropez, Villefranche, Casale, Valence, Sienne, Volterra, Béziers, San-Remo, château d’Ivrée, fort Monte-Chiarugolo, Pontremoli.

Le comité des fortifications me fera un rapport sur cet objet. Je suis dans l’opinion qu’il n’y a rien à Ypres, Bonn, Cologne, Montmélian, et que Verdun est inutile. Villefranche est dominée de tous côtés et n’est bonne à rien. S’il y a à Sienne une petite citadelle, c’est moins que rien. Je ne sais ce que c’est que la citadelle de Cette. Il n’y a à San Remo qu’un fort qui ne signifie rien. Je ne sais ce que c’est que le val de Barcelonnette. Il faut démolir le château d’Ivrée. Il faut donner à la ville Monte-Chiarugolo. Pontremoli n’est rien. Il faut démolir la citadelle de Parme. L’île Rousse n’est rien. Les tours de Vivario et de Bocognano doivent avoir été démolies dans la révolution.

Il faut mettre des notes qui indiquent ce que sont ces places; distinguer les fortins des places. Dans l’état qu’on m’a présenté, Saint-Tropez est classé comme place ; cet état n’est pas fait avec le soin nécessaire, il faut le rectifier.

D’un autre côté, je crois que Blaye doit être mis parmi les places de première ligne, car cette place défend beaucoup Bordeaux. Gravelines et Nieuport sont places de première ligne. Pour l’ordre des idées, il faut classer avec Anvers tout ce qui est sur l’Escaut.

J’adopte les bases du projet de décret pour le classement des places de guerre. Mais je voudrais que chaque place eût sa dotation particulière, que le génie lui procurerait en faisant verser dans la caisse du génie le produit des affermages des fortifications et de tout ce qui pourrait présenter quelques ressources, en prenant les moyens convenables pour que le ministre de la guerre en soit instruit.

Je suis persuadé que l’affermage des terrains des fortifications triplera entre les mains du génie, lorsqu’il saura que ce produit est destiné à l’entretien des fortifications et qu’il sera intéressé à le porter aussi haut que possible.

Dans les places de seconde ligne, il ne sera fait d’entretien que jusqu’à concurrence des affermages. On ferait une dotation aux places de première ligne, et il y aurait peut-être des moyens d’augmenter cette dotation; il me semble, par exemple, que le génie a souvent, dans des places de dépôt, des magasins qui sont vides et dont il pourrait quelquefois tirer parti. Je demande que ces projets me soient présentés dans un décret et que les tableaux en soient rédigés avec soin.

 

Paris, 9 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Les fortifications sont surtout appropriées contre l’Angleterre, parce que, cette puissance ne pouvant tenter que des coups de main pour profiter de l’éloignement de l’armée, des dépôts et des arsenaux renfermés dans des places peuvent lui résister suffisamment longtemps. Il est donc vrai de dire que les fortifications sont beaucoup plus importantes contre les Anglais que sur le Rhin contre de fortes armées continentales, qui, remportant de grandes victoires, auraient le temps de prendre des fortifications qui seraient ensuite des obstacles contre nous.

Les Anglais pourraient vouloir pénétrer par l’Escaut pour brûler les chantiers d’Anvers. La réunion du Brabant, d’une part, et, de l’autre, les travaux qu’on exécute de ce côté, le mettront suffisamment à l’abri. Mais, si les Anglais veulent entreprendre une opération importante au commencement d’une grande guerre continentale, peut-être auraient-ils intérêt de s’emparer d’Ostende, ce qui donne une véritable importance à Ostende, Nieuport et Gravelines. On doit tenir en état Dunkerque et Calais. Aire est une place de première ligne. Je désire un mémoire sur Nieuport, Dunkerque, Gravelines et Calais.

On a fait pour Boulogne ce qu’il était possible de faire. Il faudrait prendre un parti pour Montreuil: le démolir, ou le mettre en état s’il était susceptible de défense. Montreuil est sans intérêt; il n’en a qu’à cause de Boulogne. Abbeville est en bon état ; il faut me remettre un plan et des notes sur Abbeville. Cette place est d’un intérêt médiocre; elle ne sert qu’à empêcher l’ennemi d’aller à Amiens. Dieppe a peu d’intérêt et n’est susceptible de rien. Les Anglais ne gagneraient rien à s’en emparer.

Un point important, c’est le Havre. Comme port de mer, le Havre contient toujours des frégates, et une immense quantité de bois; bientôt il y aura quatre vaisseaux de guerre sur les chantiers ; il y a de superbes bassins; enfin c’est le port de Paris. Il est impossible de laisser le Havre dans l’état où il est. Dans les dernières années de la monarchie, on a eu l’ineptie de détruire les fortifications du Havre, ce qui est le comble de l’ignorance. Je désire un mémoire sur le Havre. Mon intention positive est de fortifier cette place, de manière que les établissements du commerce, les chantiers de la marine, les magasins de bois et enfin la place soient non-seulement à l’abri d’un coup de main, mais puissent encore se défendre assez longtemps pour que les secours y arrivent de tous les côtés de la France. Si l’expédition de l’Escaut est débarqué au Havre, la flottille anglaise aurait pu remonter jusqu’à Rouen, et il est hors de doute que l’ennemi serait arrivé à Rouen, aurait saccagé la Normandie, sans qu’on pût s’y opposer. Il faut donc que le Havre soit fortifié, comme la garde de Rouen, comme port marchand et comme ville de dépôt. C’est, dans ce moment-ci, la partie de notre côte où nous sommes le plus vulnérables. Honfleur est-il fortifié ? Je désire un rapport sur l’embouchure de la Seine.

Je désire un rapport sur Cherbourg. Il faut s’en occuper sérieusement. Il y a déjà des vaisseaux en rade; il y en aura bientôt douze ou quinze, et dans trois ans les travaux du port seront terminés. Je désire donc que des officiers du génie de distinction soient envoyés au Havre et à Cherbourg, et rapportent sur ces points importants des projets, afin qu’on puisse commencer à y travailler dès cette année. J’accorderai à cet effet un supplément au budget.

 

Paris, 10 mars 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Ne pourrait-on pas faire un marché du jardin de l’abbaye Saint-Martin et supprimer le marché de la porte Saint-Martin ? Cette abbaye, qui sert de dépôt à des objets d’artillerie, n’a pas besoin de jardin.

 

Paris, 10 mars 1810

A M. Maret, duc de Bassano, ministre secrétaire d’État, à Paris

Monsieur le Duc de Bassano, présentez-moi à signer, demain matin, des lettres patentes qui érigent la terre de Navarre en duché, avec les biens et revenus que je me réserve d’y ajouter. Je conférerai ce duché à l’impératrice Joséphine, qui le transmettra à un enfant mâle du prince Eugène à sa volonté, et aux descendants mâles de ce prince, par ordre de primogéniture; et, venant à s’éteindre cette branche, les autres enfants mâles hériteront, et, à l’extinction définitive, ce duché retournera à la Couronne.

 

Paris, 10 mars 1810

A Charles XIII, roi de Suède, à Stockholm

Monsieur mon Frère, les plénipotentiaires de Votre Majesté m’ont remis la décoration de l’Ordre des Séraphins qu’elle m’envoie. C’est avec plaisir que je reçois ce gage de votre amitié. J’ai fait remettre au sénateur comte de Beauharnais, chevalier d’honneur de l’Impératrice, au prince Aldobrandini, son premier écuyer, et au général Reille, mon aide de camp, les décorations du même Ordre que vos plénipotentiaires avaient déposées entre les mains de mon ministre des relations extérieures. Tout ce qui peut contribuer à resserrer les liens qui nous unissent est et sera toujours pour moi du plus grand prix. En offrant à Votre Majesté la grande décoration de la Légion d’honneur, et en en mettant deux autres à sa disposition, je désire qu’elle y trouve une preuve de l’estime particulière que je lui ai vouée. J’aime à lui en renouveler l’expression, et je la prie d’être convaincue que je saisirai toujours avec plaisir les occasions de lui témoigner l’intérêt que je prends à sa prospérité personnelle et à celle de ses États.

 

Paris, 11 mars 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Monsieur le Comte Montalivet, l’organisation des différentes provinces de l’Empire regarde votre ministère. Je désire que vous me remettiez un mémoire qui me fasse connaître où en est l’organisation dans le Piémont, à Gênes, à Parme et dans la Toscane. On m’assure que dans ces pays l’organisation n’est pas complète; qu’à Parme les conseils généraux de département n’existent pas ; qu’à Gênes la justice est rendue par la cour prévôtale ; que, dans aucun de ces endroits, la liste des 600 plus imposés n’a été faite; que les collèges de département et d’arrondissement n’existent pas. Faites-moi donc connaître ce qui a été fait et ce qui reste à faire pour donner à ces pays une organisation conforme à celle du reste de la France; quelles sont les lois publiées et celles à publier pour que la législation soit partout la même. C’est un objet très-important. Concertez-vous avec le grand juge, tant pour ce qui est relatif à la promulgation des lois qu’à l’organisation de la justice et des tribunaux. Présentez-moi mercredi ce travail.

Prenez les mêmes renseignements sur les Etats romains, pour être à même de me faire connaître, à la fin du mois, la partie de l’administration qui est en activité à Rome et le parti qu’il faut prendre.

 

Paris, 11 mars 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Je vous renvoie les statuts de la société de la charité maternelle. Il me semble que cette société n’est pas autorisée par le gouvernement et que le bien qu’elle fait est peu de chose. Je désire faire une dotation sur mon domaine extraordinaire. Faites-moi connaître de combien cette dotation pourrait être pour remplir le but de secourir les femmes pauvres, en couches, de la ville de Paris. Proposez-moi un projet de règlement pour l’organisation de cette société, ainsi que les nominations à faire. Il est convenable que cela se rattache directement ou indirectement au gouvernement.

 

Paris, 11 mars 1810

Au comte Bigot de Préameneu, ministre des cultes, à Paris

Monsieur le Comte Bigot Préameneu, je vous envoie un rapport qui m’est fait par une commission extraordinaire que j’en avais chargée l’année passée (Rapport sur les corporations religieuses – Note de la minute). Je suppose que, depuis ce temps, le ministre des finances et vous avez eu de nouveaux renseignements. Je désire que vous me représentiez, mercredi prochain, ce rapport avec les renseignements que vous aurez sur les ordres religieux encore existants. Je désire fort supprimer tous les ordres religieux dans les quatre départements du Rhin, dans le Piémont, en Toscane, à Parme et à Gênes, afin que je n’en entende plus parler, et qu’on soit tout à fait défait de cette vermine de moines. Quant à Rome, ce sera l’objet d’un rapport particulier. Réunissez tous les renseignements; adressez-vous, pour ceux qui vous manqueraient, au ministre des finances, qui écrira à Rome pour vous les procurer. Mais j’ai hâte de profiter de ce moment, qui est un moment de paix, pour supprimer tous les moines et en finir.

 

Paris, 11 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Les journaux vont trop loin. Où le Publiciste a-t-il pris l’article de Vienne, que j’ai remis la contribution à l’Autriche ? Faites désavouer cela par le journaliste. Devait-on mettre un pareil article sans être assuré de la vérité ? D’où vient cette nouvelle ? Enjoignez-lui d’avoir plus de circonspection. Je n’ai point envoyé de tapisseries à Vienne. Tant qu’ils n’ont dit que ces niaiseries, je n’y ai pas fait attention, mais aujourd’hui ils vont trop loin. Défendez-leur de mettre ainsi des choses hasardées.

Je vous avais dit de faire en sorte que les journaux ne parlassent pas de l’impératrice Joséphine; cependant ils ne font pas autre chose: encore aujourd’hui le Publiciste en est plein. Veillez à ce que demain les journaux ne répètent pas cette nouvelle du publiciste.

 

Paris, 11 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

On vend des gravures du Roi, de la Reine 11)il s’agit de Louis XVI et de Marie-Antoinette, de la princesse Élisabeth, et au coin des rues; tout le monde s’étonne que la police ne l’empêche pas.

 

Paris, 11 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne conçois pas ce que le ministre d’Amérique entend par s’en aller et d’où lui vient ce caprice subit ! – Voyez le comte Defermon et faites connaître à la Prusse que l’obligation des 70 millions sera envoyée en Hollande et qu’on donnera une quantité égale de billets, lorsqu’on aura des sûretés pour l’emprunt.

 

Paris, 11 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, les consuls qui ont été employés en Sicile, en Espagne et en Portugal doivent avoir un traitement de non-activité, de manière que le trésor public se trouve soulagé.

 

Paris, 12 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, répondez au prince de Schwarzenberg que tous les papiers concernant l’Autriche, qui se trouveraient parmi ceux pris à Vienne, seront rendus, et que les frais qui ont été faits pour les essayeurs (il s’agit des commissaires autrichiens venus à Paris pour assister au payement d’une partie de la contribution de guerre, qui se fait en lingots d’argent) seront portés en compte.

Mandez au sieur Narbonne qu’il ne pourra venir à Paris que lorsque l’évacuation des provinces de Salzburg et de l’Innviertel aura lieu et que la remise à la Bavière sera consommée.

 

Paris, 12 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Je me plains souvent des journaux; mais je crois qu’on ne leur a jamais donné des ordres assez positifs. Voici ce qu’il faudrait écrire aux rédacteurs :

 Les rédacteurs ne doivent publier aucunes nouvelles relatives à des choses que j’ai faites, tirées soit des journaux étrangers, soit des correspondances étrangères. Cela n’est pas difficile à faire. Si un journal étranger dit que j’ai été à la Comédie, les journaux français ne doivent pas le répéter, que j’ai fait un traité, pris tel ou tel acte, ils ne doivent pas le dire; car une chose relative au gouvernement ne doit pas venir de l’étranger. Ainsi, en suivant cette règle, la moitié des plaintes auxquelles donnent lieu les journaux n’existeraient pas. Il est ridicule que ce soit dans un journal d’Allemagne qu’on apprenne que j’ai envoyé des tapisseries des Gobelins à l’empereur d’Autriche. Il est évident que le journaliste qui tire une pareille nouvelle d’un journal allemand, est un imbécile et n’est pas admissible à justification.

 

Paris, 12 mars 1810

A M. Gaudin, duc de Gaète, ministre des finances, à Paris

Faites-moi faire un petit livret où seront les dispositions de finances; tous les décrets pris en conséquence sur les services de 1809, 1810, sur les services arriérés ; le décret sur les finances de Rome, et autres décrets des finances pris cette année et depuis mon retour.

Tout cela peut être mis dans un carton, afin que vous puissiez augmenter cette collection à mesure que nous avançons. J’ai besoin d’avoir tous les jours cette collection sous les yeux.

 

Paris, 12 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, envoyez an major général cette dépêche.

Il répondra au duc d’Abrantès qu’il doit lever dans les provinces de Valladolid et de Burgos les fonds nécessaires pour subvenir à tous les besoins de son corps d’armée; que rien ne doit être envoyé à Madrid, et que tout doit être versé dans la caisse de son payeur.

 

Paris, 12 mars 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je vous donne l’ordre précis de faire rentrer dans les corps français les hommes pris soit pour la garde, soit pour les régiments napolitains. Il ne faut pas dégarnir mes troupes; sans quoi je me verrai obligé d’en donner le commandement à un général que j’enverrai.

 

Paris, 12 mars 1810

A l’impératrice Joséphine, à Malmaison

 Mon amie, j’espère que tu auras été contente de ce que j’ai fait pour Navarre. Tu y auras vu un nouveau témoignage du désir que j’ai de t’être agréable.

 Fais prendre possession de Navarre ; tu pourras y aller le 25 mars passer le mois d’avril.

 Adieu, mon amie.

 

Paris, 13 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vous renvoie le traité avec la Hollande, que vous pouvez signer; j’adhère à toutes les modifications demandées par le Roi. Mais vous passerez une note au ministre de Hollande pour la rédaction d’un protocole, dans lequel il sera dit que j’entends que les troupes françaises et hollandaises seront sous les ordres d’un général français ; que, s’il arrive dans les rades des bâtiments chargés de marchandises de contrebande, ils y seront arrêtés et déclarés de bonne prise; que j’entends que toutes les marchandises anglaises et coloniales seront confisquées, sans avoir égard à aucune réclamation; enfin il sera dit que, sans affectation, la Hollande cessera insensiblement d’entretenir des ministres en Russie et en Autriche. Il sera dit de plus, dans le protocole, que le roi de Hollande éloignera de sa personne les ministres qui ont voulu, à l’instigation des Anglais, défendre Amsterdam et provoquer la colère de la France; qu’il s’abstiendra, dans ses discours et actes publics, de tout ce qui tendrait à ranimer des haines et à favoriser les passions de la faction anglaise contre la France; que la Hollande ne doit que de la reconnaissance à la France par qui elle a été conquise, et qui, cependant, lui a rendu son indépendance.

Avant de signer, voyez le ministre de la marine pour savoir si l’île d’Overflakke et celle de Goeree ne seraient pas nécessaires afin d’avoir la principale passe de la Meuse.

Moyennant ce procès-verbal, je consens que vous signiez.

 

Paris, 13 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, tous les courriers des relations extérieures marchent mal. Il faut faire des réformes et déclarer que toutes les fois qu’ils seront en retard, vous les ferez mettre en prison.

 

Paris, 13 mars 1810

A Joachim Napoléon, roi des Deux-Siciles, à Naples

Je reçois votre lettre du 3. Si mes troupes sont inutiles, je les ferai revenir; mais il est de principe que vous payiez les troupes françaises qui sont à Naples. Naples devrait payer 90 millions, s’il payait autant que le royaume d’Italie.

Pour faire l’expédition de Sicile, il faut avoir beaucoup de troupes, et sûrement, vous ne la ferez pas avec les troupes napolitaines.

Vous devez déjà beaucoup à la France, et vous devez partir du principe que vous ne serez pas aidé d’un seul écu pour les troupes qui sont nécessaires à votre royaume.

 

Paris, 13 mars 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

Toutes les raisons politiques voulaient que je réunisse la Hollande à la France. La mauvaise conduite des hommes qui appartiennent à l’administration m’en faisait une loi. Mais je vois que cela vous fait tant de peine, que, pour la première fois, je fais ployer ma politique au désir de vous être agréable. Toutefois, partez bien de l’idée qu’il faut que les principes de votre administration changent, et que, au premier sujet de plainte que vous me donnerez, je ferai ce que je ne fais pas aujourd’hui. Ces plaintes sont de deux natures, et ont pour objet, ou la continuation des relations de la Hollande avec l’Angleterre, ou des discours et édits réacteurs, contraires à ce que je dois attendre de la Hollande et à ce que je dois attendre de vous. Il faut, à l’avenir, que toute votre conduite tende à inculquer dans l’esprit des Hollandais l’amitié de la France et non à leur présenter des tableaux propres à exciter leur inimitié et à fomenter leur haine nationale. Je n’aurais pas même pris le Brabant et j’aurais augmenté la Hollande de plusieurs millions d’habitants si vous aviez tenu la conduite que j’avais droit d’attendre de mon frère et d’un prince français. Mais le passé est sans remède; que ce qui est arrivé vous serve pour l’avenir ! Ne croyez pas que l’on me trompe, et n’en voulez à personne: je lis moi-même toutes les pièces, et probablement vous supposez que je connais la force des idées et des phrases.

Vous m’avez écrit pour l’île de Java. C’est une question bien prématurée ; et, dans l’état de puissance où sont les Anglais sur mer, il faut, avant de se livrer à des entreprises, augmenter ses forces. Je compte que vous pourrez bientôt m’aider, et que votre escadre pourra concourir avec les miennes.

 

Paris, 14 mars 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, vous voudrez bien donner ordre à la 2e brigade de l’arrière-garde de l’armée d’Espagne de se rendre à Bayonne, sous les ordres du général Brenier qui la commande. Vous la ferez marcher à petites journées, en lui donnant de fréquents repos. Vous écrirez aux ministres de la guerre et de l’administration de la guerre pour faire donner en route les chemises, souliers et les autres effets dont ses troupes auraient besoin. Vous me ferez connaître le jour où cette brigade arrivera à Bayonne, pour que je lui donne des ordres ultérieurs.

Faites-moi connaître quand le 7e bataillon auxiliaire, qui se réunit à Tours, sera prêt à marcher.

 

Paris, 14 mars 1810

A M. Régnier, duc de Massa, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Je vois dans le Journal de l’Empire le détail d’une cause décidée par la cour d’appel de Bordeaux (Il s’agissait d’un sieur Charoncueil, prêtre défroqué, qui, après avoir épousé religieusement une de ses cousines qu’il avait rendue mère et obtenu du pape une double dispense et un bref de sécularisation, cherchait à convoler en d’autres noces. La cour avait rejeté l’opposition de la femme évincée. Mais, « considérant que l’intimé ne pouvait s’engager dans une autre union sans contrevenir aux règles canoniques adoptées en France et remises en vigueur par le concordat », elle avait fait inhibition et défense aux officiers publics de procéder à la célébration du mariage projeté) qui me paraît singulière. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Paris, 15 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

J’attache une grande importance aux fusées à la Congreve. Aussitôt que la réussite de cette fabrication sera bien constatée, et qu’on pourra en faire envoyer en Espagne pour servir contre Cadix, Ciudad-Rodrigo et Badajoz, envoyez-en aux commandants des 7e et 3e corps en Catalogne et en Aragon.

Prévenez que, aussitôt que l’officier d’artillerie sera sûr de réussir, mon intention est d’assister moi-même à l’essai de ces fusées. Mais il me faut 1,900 toises de portée.

 

Paris, 15 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Monsieur le Duc de Feltre, donnez ordre au prince d’Eckmühl d’envoyer un courrier extraordinaire pour ordonner que la division Friant évacue le pays sur la rive droite de l’Inn, en y laissant un régiment de cavalerie et un d’infanterie jusqu’à ce que mes commissaires aient remis le pays au roi de Bavière. Le reste de la division, cavalerie et infanterie, pourra se réunir provisoirement du côté de Ratisbonne, Straubing et Nuremberg.

 

Paris, 15 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je reçois votre lettre du 12 mars, relative à l’armement de l’Escaut. J’ai demandé, il est vrai, 885 bouches à feu, mais il s’en faut bien qu’il faille deux millions de poudre. Une partie de ces pièces sert aux batteries de côtes, qui n’ont pas besoin de 800 coups à tirer par pièce; je trouve donc ridicule que le bureau de l’artillerie me propose de dépenser des sommes immenses pour la poudre. Le travail du bureau de l’artillerie est, en général, fait d’une manière désagréable. 2,000 hommes pour 800 pièces feraient donc 3 hommes par pièce. Or, certainement, tous les canons qui sont à Anvers, au fort Lillo et autres points, n’ont pas besoin de 3 hommes par pièce.

Il y a dans cela de la déraison. Je suis bien éloigné de laisser dix compagnies d’artillerie de ligne sur l’Escaut ; elles y sont inutiles et elles y périraient pendant l’été par les fièvres. Les îles de Cadzand et de Walcheren sont les seuls endroits importants ; le reste n’est que batteries de réserve, comme cela était avant l’expédition des Anglais.

Je vois qu’il y a Anvers un magasin neuf, contenant 100 milliers de poudre, et de vieilles tours sur les remparts qui en contiennent 200 milliers ; ce qui donne de la place pour 300 milliers. C’est une chose à concerter avec le ministre de la marine. Faites-moi connaître combien de poudre ce magasin contient dans ce moment.

 

Paris, 15 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Écrivez an duc de Reggio que, bien loin de vouloir tenir 8,000 hommes dans l’île de Walcheren, mon intention est de n’en tenir que 7 à 800, lorsque la mauvaise saison arrivera. Les 3,000 hommes qui y sont beaucoup plus qu’il n’est nécessaire.

 

Paris, 15 mars 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE LA GUERRE.

Supprimez tout ce qui est inutile; portez la plus grande économie dans les emplois de l’administration de la guerre.

Deux bataillons du train des équipages militaires resteront en Allemagne, attachés au corps du prince d’Eckmühl. Tout le second bataillon rentrera. Il sera d’abord dirigé sur Commercy pour se préparer, et, aussitôt qu’il sera remis en état, il sera envoyé à l’armée de Catalogne. On le chargera de souliers et effets d’habillement que l’on pourra trouver dans les magasins de l’armée d’Allemagne.

 

Paris, 15 mars 1810

Au comte Mollien, ministre du trésor public, à Paris

Monsieur le Comte Mollien, je désire que vous m’envoyiez tous les soirs une note sur la valeur des effets publics et sur les différentes circonstances du change, qui me fasse connaître toutes les variétés qui existent dans cette partie de l’économie politique. Vous me rendrez compte, par la même note, de la quantité de bons de la caisse d’amortissement qu’il y a en émission; quand il y en aura pour quinze ou vingt millions; s’il y en a de nouveaux, ou quand il y en aura.

 

Paris, 15 mars 1810

A M. Régnier, duc de Massa, Grand-Juge, ministre de la justice, à Paris

Le sieur Desgouttes a obtenu la croix de la Légion d’honneur, sur un faux exposé qu’il vous a fait. Prenez des renseignements à la police et faites-moi un rapport sur cet objet.

 

Paris, 15 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Envoyez en Catalogne le général Frère. Le général  Desperrières n’est bon à rien. Le général Baville n’est pas assez actif. Vous pouvez envoyer le général Lamarque comme chef d’état-major en Catalogne.

 

Paris, 16 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai lu avec attention la note qui est envoyée de Munich sur les postes. Vous recevrez du secrétaire d’État un décret pour que les relations des postes avec les États étrangers passent par votre ministère. L’usage était autrefois que le roi se mêlât de ces affaires. Cette question se complique trop avec la politique pour que je laisse les choses dans l’état où elles sont; j’en sens tous les jours l’importance. Le directeur général des postes marche contre les intérêts de ma politique et contre mes intentions. Je désire que vous assigniez un jour de travail par semaine à ce conseiller d’État, pour vous mettre sous les yeux les traités qu’il a faits avec les postes des différents gouvernements de l’Europe, et que vous me fassiez un rapport.

Vous connaissez mes principes par rapport à l’Allemagne. Je n’attache aucune importance à la Confédération comme confédération; mais j’en attache à chaque prince isolément, et je veux que tous jouissent de leur indépendance. Pour le midi de l’Allemagne, je ne veux pas traiter avec la Tour et Taxis que je ne connais pas, mais avec les souverains de Bade, de Stuttgart et de Munich; pour le nord de l’Allemagne, traiter avec les autres souverains. Mon dessein est de favoriser chez eux ce que j’ai fait dans le grand-duché de Berg, où je me suis emparé des postes des villes hanséatiques. Parlez de cela à MM. de Montgelas et de Taube, et écrivez-en à mes ministres en Allemagne, et coordonnez cela avec le service public, sans faire aucune attention aux intérêts particuliers.

 

Paris, 16 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, mon consul à Naples fait des questions qui n’ont pas de sens. Quand mon décret admet l’introduction des denrées coloniales confisquées avant le 1er février, il est ridicule qu’il demande si les dispositions de ce décret sont applicables aux confiscations qui auront lieu après cette époque. Il suffit pour cela qu’il entende le français. Faites-lui bien comprendre que, s’il ne met pas la plus grande précision dans l’exécution de cet ordre, et que s’il ne prend pas des mesures pour être instruit de l’entrée des marchandises prohibées et de leur vente au profit du roi de Naples, il ouvrira par là une filière à la contrebande.

 

Paris, 16 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, préparez un courrier pour Saint-Pétersbourg, par lequel vous ferez connaître au duc de Vicence combien je trouve ridicules les plaintes que fait la Russie; qu’il doit répondre ferme à l’empereur et à Romanzof, s’il est question de cela; que l’empereur me méconnaît lorsqu’il pense qu’il y a eu double négociation; que je ne connais pas les traités éventuels; que je suis trop fort pour cela; que l’on a quatre fois demandé dix jours pour donner une réponse; que ce n’est que quand il a été clair que l’empereur n’était pas le maître dans sa famille, et qu’il ne tenait pas les promesses faites à Erfurt, que l’on a négocié arec l’Autriche, négociation qui a été commencée et terminée en vingt-quatre heures, parce que l’Autriche avait pris des précautions et avait envoyé toutes les autorisations à son ministre pour s’en servir dans l’événement; que, quant à la religion, ce n’est pas la religion elle-même qui a effarouché, mais l’obligation d’avoir un pope aux Tuileries; que, quant à la convention (Convention relative à la Pologne), je n’ai pu ratifier un acte qui a été fait sans observer aucuns égards et qui avait le but, non d’avoir des sûretés, mais de triompher de moi en me faisant dire des choses absurdes.

 

Paris, 16 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai donné l’ordre au ministre de la guerre de faire relâcher l’officier galicien qu’on veut retenir à Strasbourg. Faites-le connaître à M. de Schwarzenberg.

 

Paris, 16 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre des relations extérieures, à Paris

Écrivez au duc de Castiglione que mon intention est que la Catalogne, qui ne possède qu’à peu près 800,000 habitants, ne forme qu’une seule division militaire. Elle pourra être composée de trois ou quatre arrondissements (équivalents de départements), dont les chefs-lieux seront Girone, Barcelone; le troisième pourra être placé par la suite à Tortose. Je le laisse maître de placer les limites de ces arrondissements comme il le jugera convenable, suivant la nature du pays.

 

Paris, 16 mars 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, écrivez au duc d’Abrantès qu’il est nécessaire qu’il frappe des contributions dans les provinces de la Vieille-Castille, de Valladolid et de Léon, assez fortes pour qu’il puisse solder ses troupes.

Écrivez au duc d’Elchingen pour qu’il fasse la même opération dans les pays qu’il occupe, et pour qu’il s’entende avec le duc d’Abrantès pour les limites respectives des pays qu’ils imposeront. Vous donnerez le même ordre au général Bonet, afin qu’il puisse mettre la solde au courant.

Écrivez au général Hédouville pour qu’il me fasse connaître la situation des fonds qu’il a à Bayonne et ce qu’il a envoyé en Espagne jusqu’au 1er avril; recommandez-lui de ne rien envoyer en Navarre, Aragon, Biscaye, Santander, Vieille-Castille, 6e corps. Je désire connaître les quantités de fonds qui se trouvent à Bayonne disponibles pour l’Espagne, afin que je décide. Voyez le ministre du trésor public pour savoir ce qu’il a de disponible pour l’Espagne pour mars et avril, et ne disposez de rien qu’après m’avoir rendu compte.

 

Paris, 16 mars 1810

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major-général de l’armée d’Espagne, à Paris

Mon Cousin, témoignez au général Bonet ma satisfaction de la manière dont il s’est conduit dans les affaires des 14 et 15 février, contre les insurgés des Asturies. Voyez le ministre de la marine pour qu’il fasse partir de Bayonne des bricks ou autres bâtiments de moindre grandeur pour aller prendre à Gijon les prisonniers et tout ce qui embarrasse le général Bonet.

Écrirez aussi au duc d’Abrantès pour qu’il fasse attaquer aussitôt Astorga, afin de soutenir le général Bonet dans les Asturies, établir une communication avec lui, et porter l’alarme dans la Galice.

 

Paris, 16 mars 1810

Au comte Marescalchi, ministre des relations extérieures au royaume d’Italie, résidant à Paris

Qu’est-ce que c’est que M. le comte d’Orio, conseiller d’État actuel de l’empereur de Russie et son agent général à Milan ? Je n’ai rien signé qui autorise cette mission. Faites-moi un rapport là-dessus.

 

Paris, 16 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

La Gazette de France d’aujourd’hui donne des détails sur l’archiduchesse Marie-Louise qui sont indécents, d’autant plus qu’ils ne sont pas d’un style clair; on ne sait ce qu’il (le rédacteur) veut dire.

 

Paris, 16 mars 1810

Il est ordonné au général de division Vandamme, commandant le camp de Boulogne, d’évacuer dans les vingt-quatre heures de la réception du présent ordre, la maison du maire de Boulogne qu’il a occupée d’une manière illicite et inconvenante; il habitera l’un des logements qui avaient été désignés pour lui par la municipalité de Boulogne, avant son arrivée, ou tout autre auquel il voudrait pourvoir à ses frais.

 Il est également ordonné au général Vandamme de garder les arrêts pendant vingt-quatre heures, à cause de la conduite qu’il a tenue envers le maire de la ville de Boulogne. L’officier général le plus élevé en grade recevra du général Vandamme le commandement du camp de Boulogne qu’il exercera pendant la durée des arrêts de ce général.

 

Paris, 17 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police, à Paris

Monsieur le Duc d’Otrante, un étranger qui arriverait à bord d’un parlementaire anglais dans un de mes ports, porteur de dépêches, ne doit pas y être admis. Ses dépêches doivent être remises à l’autorité maritime, si elles sont adressées à l’un de mes ministres, et à l’agent de police, si elles le sont à un ministre étranger; lesquels auront soin de les faire parvenir à leur destination; ou bien à vous, si ces dépêches sont adressées à un ministre d’une puissance étrangère. Quant aux Américains, il n’y a pas d’inconvénient à permettre, comme par le passé, à leurs courriers chargés de dépêches et arrivant sur leurs propres parlementaires, de les porter directement à leur ministre.

 

Paris, 17 mars 1810

A François II, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et Beau-Père, le comte de Schönborn m’a remis la lettre de Votre Majesté Impériale du 6 mars. Je suis fort touché des sentiments qu’elle renferme. Votre Majesté n’aura qu’à se louer de m’avoir confié sa fille chérie. Elle fera mon bonheur et celui de la France. Si le sien doit dépendre de la vérité de mes affections, personne ne sera plus heureuse que Marie-Louise. Elle verra partout, en traversant la France, le besoin que mes peuples ont de l’aimer et de le lui dire. Que Votre Majesté Impériale compte constamment sur les sentiments que je lui dois, et qui me sont bien chers.

 

Paris, 17 mars 1810

A la reine Louise de Bourbon, d’Espagne, à Nice

Je reçois la lettre de Votre Majesté du 10 mars. Je la remercie de tout ce qu’elle contient d’aimable et des vœux que Votre Majesté veut bien m’adresser à l’occasion de mon mariage. Je prie Votre Majesté de ne pas douter de la vérité de mes sentiments, ni du désir que j’ai de lui être agréable.

12)Une lettre à peu près semblable a été écrite au roi Charles IV. -Note de la·minute.

 

Paris, 19 mars 1810

A prince Cambacérès, archichancelier de l’Empire, à Paris

Mon Cousin, présentez-moi un projet de décret pour disposer de la dotation qu’avait en Westphalie le sénateur Laboissière montant à 20,000 fr., le sénateur étant, je crois, mort sans enfants (Erreur. Il laissait un fils, Jean-Frédéric Garnier de la Boissière, page de l’empereur, officier de cavalerie, député et représentant de la Charente, 1796 – 1873), en faveur du général Souham.

 

Paris, 19 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale

Je vous prie de me faire un rapport sur le sous-préfet de Turnhout. Les notes du ministre de l’intérieur sont bien différentes de votre dernier bulletin.

 

Paris, 20 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites un projet de réponse au ministre d’Amérique. Il vous sera facile de lui faire comprendre que je suis le maître de faire chez moi ce que l’Amérique fait chez elle; que, l’Amérique ordonnant l’embargo des bâtiments français qui entrent dans ses ports, j’ai droit d’ordonner la réciproque. Vous lui expliquerez comment cette loi nous a été connue depuis peu, et que ce n’est que lorsque j’en ai eu connaissance que j’ai aussitôt prescrit la même mesure; que, peu de jours avant, je m’occupais de dispositions tendant à lever les prohibitions existantes sur les marchandises américaines, lorsque la voie du commerce m’a fait connaître que notre honneur était compromis, et qu’il n’y avait pas à transiger; que je conçois que l’Amérique a droit d’empêcher ses bâtiments d’arriver en Angleterre et en France; que j’approuvais cette première mesure, quoiqu’il y eût déjà beaucoup de choses à dire sur cette mesure; mais que je ne puis reconnaître qu’elle s’arroge le droit de saisir les bâtiments français dans ses ports, sans se mettre dans le cas d’encourir la réciprocité.

 

Paris, 20 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je ne puis qu’être mécontent de la manière dont s’est faite la remise du Hanovre. Le sieur Reinhard a fait l’inverse de ce que j’avais ordonné et a outrepassé ses instructions. Le traité porte que mes troupes seront nourries comme en Allemagne, c’est-à-dire sur le pied de guerre et non sur le pied de paix. Déclarez, par une note au ministre de Westphalie, que je n’approuve pas ce qu’a fait le sieur Reinhard, à moins que cela ne s’entende que mes troupes seront sur le pied de guerre, c’est-à-dire auront des vivres de guerre.

Votre rapport ne relate pas les articles 9 et 10 du traité de Berlin, de sorte que je ne suis pas à même de comprendre ce qu’on a voulu dire par là.

Vous ferez connaître par votre note que je n’approuve pas que le sieur Reinhard ait transgressé le traité ratifié par moi, et qu’il ait déclaré que les possessions des donataires en Hanovre seront diminuées par l’application des lois westphaliennes et moyennant compensation. Cette compensation n’aura point lieu. Vous déclarerez que, selon le traité, il n’y a lieu à aucune modification; que je n’approuve pas les clauses du sieur Reinhard, qui n’avait pas le droit de faire des changements au traité de remise; que j’entends que les donataires en Hanovre ne soient soumis à aucune imposition pendant dix ans, et n’éprouvant aucune diminution de revenus.

Le sieur Reinhard aurait dû se rendre à Hanovre. Il a très mal rempli mes intentions dans cette affaire. Blâmez-le de sa conduite, et envoyez-lui un projet de note à présenter au ministre de Westphalie, et dont la copie sera également remise ici.

 

Paris, 20 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre de la guerre, à Paris

Je vous renvoie votre projet sur l’école de Saint-Germain. Je vois que les dépenses qu’il faut pour cette école sont immenses. Il faut l’organiser pour 200 élèves, mais le plus pressant est d’acheter 100 chevaux. Faites-moi un rapport sur les écuries à mettre à votre disposition, en se servant de ce qui existe, et sur les mesures à prendre pour se dispenser de payer des terrains si cher; 250,000 francs me paraissent une somme énorme. A qui appartiennent ces terrains ? Dans tous les cas, il me parait fort important d’avoir le budget de cette école pour cette année; je vous prie de me le remettre. La caisse d’amortissement ne peut rien avancer; il faut que le ministre y pourvoie.

Puisqu’on ne peut pas avoir le régiment à cheval, il faut s’arranger pour avoir un escadron.

 

Paris, 20 mars 1810

Au comte de Lavallette, conseiller d’État, directeur général des postes, à Paris

Je pars pour Compiègne. Donnez l’ordre que les officiers et courriers qui me seraient expédiés de Strasbourg quittent la route à Châlons et viennent droit à Compiègne.

P. S. Envoyez le même ordre à Château-Thierry, afin que, si des courriers y arrivaient, ils soient dirigés sur Compiègne.

 

Paris, 20 mars 1810

A Louis Napoléon, roi de Hollande, à Amsterdam

J’ai lu avec attention le rapport du sieur Labouchère. Je pense qu’il est convenable que vous le renvoyiez à Londres, non plus au nom du ministre hollandais, mais en votre nom. Il sera chargé de s’expliquer dans les termes de la note ci-jointe, et sera porteur d’un écrit non signé, à peu près pareil à celui qu’il a remis. Enfin, si le gouvernement anglais a la moindre volonté de paix, on peut se servir du sieur Labouchère ou de tout autre agent pour porter des paroles. Il est très important que Labouchère n’ait aucun titre, aucun caractère officiel, et que, dans aucun cas, il ne puisse montrer aucune pièce signée, ni d’une écriture connue.

 

NOTE.

Le Roi, à force de sollicitations et de sacrifices, a obtenu que tout le pays sur la droite du Rhin resterait indépendant, ce qui ne laisse pas d’être un avantage important pour les Anglais. Mais des troupes françaises et des détachements de douanes occupent les débouchés, ce qui rendra impossible l’introduction d’aucun bâtiment en Hollande. N’y aurait-il pas un moyen d’arriver à un arrangement sur les arrêts du Conseil de 1807 ? Car, le jour où ces arrêts seraient levés, les troupes françaises évacueraient la Hollande; peut-être même, ce jour-là, pourrait-on obtenir qu’elles évacuassent les villes hanséatiques; et ne serait-il pas d’un grand intérêt pour l’Angleterre de reprendre paisiblement ses relations avec le continent ?

C’est une erreur de croire que la France souffre de l’état actuel. Les denrées coloniales sont en si grande quantité qu’elle ne peut en manquer de longtemps, et le sirop de raisin et le miel suppléent partout au sucre. Les cotons de Macédoine, de Naples et du Levant, entretiennent ses manufactures, abondamment pourvues. Mais cet état de choses est contraire à l’industrie de tout le continent. D’abord, on conçoit bien que la paix ne peut venir qu’en faisant d’abord la guerre d’une manière moins acerbe. L’Angleterre gagnera, de plus, à ce système d’arrangement de voir ses différends levés avec les États-Unis d’Amérique. Elle aura sauvé la Hollande, l’indépendance des villes hanséatiques, maintenu sa paix avec l’Amérique, rétabli ses relations habituelles avec le continent, rendu à son commerce sa consommation et ses retours naturels, et fait faire un pas vers le rétablissement de la paix.

Quant à la paix elle-même, nul doute qu’aucune circonstance n’est plus favorable, et, si l’Angleterre est le moindrement disposée à la faire sur le pied d’une parfaite égalité et indépendance, la paix peut se conclure.

Pour n’avoir pas fait la paix plus tôt, l’Angleterre a perdu Naples, l’Espagne, le Portugal et le débouché de Trieste. II est évident que, si elle tarde à la faire, elle perdra la Hollande, les villes hanséatiques, et qu’elle soutiendra malaisément la Sicile.

 

Compiègne, 21 mars 1810

NOTE POUR LE MINISTRE DE L’INTÉRIEUR.

On doit créer pour le Pô une magistrature comme celle du Rhin. Sa résidence serait à Parme.

Proposer une commission mixte pour dépenser un million qui provient uniquement de la France, c’est une idée nouvelle. Une magistrature tient à des idées déjà exprimées par Sa Majesté. Cette magistrature ne peut se mêler de l’emploi des fonds français; mais elle doit arrêter des plans généraux pour contenir le fleuve dans ses limites, et empêcher qu’on ne fasse des travaux qui nuisent à l’un ou à l’autre territoire. Il est de fait que le gouvernement italien, étant sur les lieux et profitant de la faiblesse du gouvernement de Parme, a rejeté les eaux sur les États de Parme et a occasionné à ce pays des pertes considérables. Le gouvernement, n’osant pas résister aux entreprises du gouvernement de la rive opposée, a fait des digues en arrière, abandonnant ainsi le terrain qu’il ne savait pas disputer. C’est cet état de choses qui a fait naître l’idée d’une magistrature mixte.

La question de la réparation de la digue du Pô n’a rien de commun avec les précautions à prendre pour empêcher l’envahissement de l’autre rive. On ne travaille plus à cette digue depuis longtemps, et l’on s’expose à des dégâts de plusieurs millions.

 

Compiègne, 21 mars 18l0

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je pense que vous devez écrire au prince Kourakine une lettre en réponse à celle qu’il vous a écrite le 19. Vous lui ferez connaître que vous avez mis sa lettre sous mes yeux; que j’ai été sensible à son contenu, et que je compte faire partir un officier avec une lettre de ma main à l’empereur Alexandre, pour le remercier des bons sentiments qu’il a témoignés en cette circonstance. Il est probable que cet officier partira dès que l’Impératrice sera arrivée.

Faites connaître au sieur Ledoux les plaintes portées contre lui, mais légèrement, et seulement pour sa gouverne et pour savoir à quoi m’en tenir; car vous sentez que je ne puis pas faire un crime au sieur Ledoux, quand même il aurait été exigeant pour mon service. Demandez-lui un mémoire sur les événements qui se sont passés à l’armée russe. Demandez-lui également des notes sur le général Belleval; nous en avions mauvaise idée à Paris.

J’ai lu avec intérêt le mémoire qu’il vous a remis; mais je désire de plus amples informations, d’abord pour une statistique des provinces de Moldavie et de Valachie, enfin de plus grands détails sur tout cela.

 

Paris, 21 mars 1810

DISCOURS SUR L’UNIVERSITÉ (EXTRAITS)

 

En général, j’ai organisé l’Université en corps, parce qu’un corps ne meurt jamais et parce qu’il y a transmission d’organisation, d’administration et d’esprit. Je lui ai donné la formation et surveillance des écoles secondaires, des collèges et des lycées; c’est par les lycées que dans l’état actuel, les autres établissements d’instruction tiennent à l’organisation générale, et, considérant ces lycées comme devant être à l’avenir aux frais des parents, j’ai prévu le moment où cet objet ne serait plus pour moi d’un intérêt direct. Il fallait qu’un corps fût chargé de cette grande entreprise qui, aussitôt qu’elle cesserait d’être maintenue dans les sentiments et dans les voies d’une bonne organisation, se discréditerait rapidement. Dans la situation présente des choses, un particulier, homme de talent et de bonnes mœurs, établit une école ; cette école a la vogue et la mérite; mais s’il survient quelque malheur à ce particulier, l’instruction se trouve arrêtée sur-le-champ, et un moment où tout change, est funeste pour les jeunes gens. Il n’est même pas besoin de supposer un cas fortuit. Si rien n’interrompt la carrière de ce particulier, elle aura son terme, et, à sa mort, ou l’entreprise se détruira, ou elle passera dans d’autres mains et dans un autre système. Ainsi, en supposant les choses dans le meilleur état possible, ce serait toujours une inconséquence funeste de laisser, pour ainsi dire, à fonds perdus l’un des plus précieux établissements de l’Etat. L’Université a l’entreprise de toutes les institutions publiques et doit tendre à ce qu’il y ait le moins d’entreprises particulières possible. J’espère que bien avant trente ans, l’Université aura augmenté ses établissements, de manière à satisfaire à tant de besoins publics. Les derniers des professeurs de lycées sont des magistrats importants; ils ne sont pas comme des entrepreneurs de pensions, des maîtres d’hôtel et des stipendiés; ils marchent le front levé avec les parents, dont ils sont les égaux; ils n’ont point devant eux une contenance de salariés; ils n’assujettissent pas leurs principes au caprice et à la mode; ils ne sont point obligés à de fâcheuses et puériles condescendances; ils peuvent faire tout le bien qu’ils sont appelés à produire. Enfin j’ai voulu réaliser dans un état de quarante millions d’individus ce qu’avaient fait Sparte et Athènes, ce que les ordres avaient tenté de nos jours et n’avaient fait qu’imparfaitement, parce qu’ils n’étaient pas un. Je veux un corps qui soit à l’abri des petites fièvres de la mode, un corps qui marche toujours quand le gouvernement sommeille, un corps dont l’administration et les statuts deviennent tellement nationaux, qu’on ne puisse jamais se déterminer légèrement à y porter la main. Si mes espérances se réalisent, je veux trouver dans ce corps même une garantie contre les théories pernicieuses et subversives de l’ordre social dans un sens ou dans un autre. Il y a toujours eu dans les Etats bien organisés un corps destiné à régler les principes de la morale et de la politique. Telle fut l’Université de Paris et ensuite la Sorbonne; telles sont, en Italie, les Universités de Pavie, de Pise et de Padoue; en Allemagne, celles de Göttingen et d’Iéna; en Espagne, celle de Salamanque ; en Angleterre, celle d’Oxford; chez les Turcs, le corps des Ulémas. Cos corps, étant les premiers défenseurs de la cause de la morale et des principes de l’Etat, donneront les premiers l’éveil et seront toujours prêts à résister aux théories dangereuses des esprits qui cherchent à se singulariser, et qui, de période en période, renouvellent ces vaines discussions qui, chez tous les peuples, ont si fréquemment tourmenté l’opinion publique.

Pour atteindre le nouveau but qui vient d’être indiqué, il faudra donner à l’établissement de l’Université impériale divers accroissements ; il faudra faire des modifications dans quelques-unes de ses parties. Il est dans mon intention de m’en occuper, quand je verrai cet établissement formé et en situation de comprendre et d’exécuter mes vœux.

 

Compiègne, 22 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, j’ai lu avec intérêt les détails des cérémonies qui ont eu lieu à Vienne. Je désire que vous chargiez une commission de votre ministère d’examiner si ce cérémonial est conforme à celui qu’on suivait autrefois, et de s’assurer si l’on n’a fait aucun tort aux droits de mon ambassadeur extraordinaire, surtout pour ce qui est relatif à ses rapports avec les archiducs.

 

Compiègne, 22 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, je vois que les Suisses m’ont envoyé un ambassadeur, que le roi de Prusse veut m’en envoyer un, que le roi de Saxe m’en envoie un. Voyez le grand maître des cérémonies pour savoir comment doivent être reçus ces porteurs de lettres. Est-ce comme ambassadeurs ou autrement ?

 

Compiègne, 22 mars 1810

Au général Clarke, duc de Feltre, ministre des relations extérieures, à Paris

Répondez au roi de Naples que je désire faire l’expédition de Sicile, être dans une situation offensive du côté du détroit; mais que cela ne peut se faire sans une augmentation de troupes; qu’il faut qu’il prenne des mesures pour pourvoir aux besoins de ces troupes.

 

Compiègne, 23 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous avez répondu au ministre de Saxe, qui vous a consulté sur le choix du ministre que le Roi voulait envoyer à Vienne, que je ne me mêlais pas de ces choses-là. Je trouve que vous avez eu tort de faire cette réponse, et que vous deviez dire que vous m’en rendriez compte, et, si l’individu était bon, que le choix m’était agréable. C’est une influence naturelle que je ne dois pas dédaigner d’exercer sur les légations de mes alliés.

Je pense qu’il est convenable que vous écriviez à mes ministres à Munich, à Stuttgart et à Carlsruhe, de faire connaître aux souverains de ces trois cours qu’il me serait agréable que le séquestre qui a été mis sur les biens des princes de Schwarzenberg et Metternich fût levé, et que ces biens fussent restitués à leurs propriétaires, ces souverains pouvant, s’ils le jugent à propos, imposer l’obligation de la vente dans un temps donné.

 

Compiègne, 23 mars 1810

Au général comte Andréossy, président de la section de la guerre au Conseil d’État, à Paris

J’ai reçu la lettre que vous m’avez envoyée du grand maître de l’archiduchesse. Je vous prie de me dire si vous connaissez la réclamation qu’il a faite en France et si l’on pourrait trouver des traces de ce qu’il réclame là-dessus.

 

Compiègne, 24 mars 1810

A Ferdinand-Joseph, Grand-Duc de Würzbourg, à Paris

Mon Frère, je reçois la lettre de Votre Altesse Impériale. Je vois avec grand plaisir son arrivée à Paris. Ayant des nouvelles que l’Impératrice approche, je compte l’attendre à Compiègne et rentrer à Paris avec elle. Je serais fort aise de voir Votre Altesse Impériale ici, et de lui témoigner tous les sentiments que je lui porte et que resserrent les liens de parenté qui nous unissent.

 

Compiègne, 24 mars 1810 13)Cette lettre ne sera envoyée que le 31 mars

A François II, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et Beau-Père, je charge mon ambassadeur de remettre à Votre Majesté Impériale le grand aigle de la Légion d’honneur. Je la prie de s’en décorer. Je la prie également de permettre que mon ambassadeur remette un de ces cordons au prince Charles, arec la lettre par laquelle je le remercie d’avoir bien voulu me représenter au mariage. J’en envoie cinq à Votre Majesté, pour qu’elle veuille bien les donner à ceux de ses sujets qui lui seront le plus agréables. Si elle le trouve bon, j’en offrirai un au comte de Metternich, son ministre d’État, et un à son ambassadeur, le prince de Schwarzenberg. Que Votre Majesté Impériale voie dans ceci mon désir de cimenter notre union, et aussi un témoignage d’estime pour ses sujets.

 

Compiègne, 25 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, faites connaître à tous mes ministres près les princes de la Confédération qu’ils doivent avoir le pas sur tous les princes dans ces cours. Présentez-moi là-dessus un projet de lettre.

 

Compiègne, 27 mars 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

Vous aurez reçu mon décret relatif aux actes de bienfaisance à l’occasion de mon mariage. Les mariages faits par les communes doivent être aux frais du domaine extraordinaire, comme encouragement accordé aux militaires. Entendez-vous avec l’intendant du domaine extraordinaire sur les mesures à prendre pour le payement.

 

Compiègne, 27 mars 1810

Au comte de Montalivet, ministre de l’intérieur, à Paris

On me dit du mal du maire d’Anvers. Faites un rapport sur lui.

 

Compiègne, 27 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Mon Cousin, je vous envoie un projet assez important.

Je vous prie de le soumettre au conseil d’État et de me faire connaître votre avis raisonné. Ayez bien soin que ne soient pas compris ceux qui seraient condamnés par les tribunaux; ce n’est que ceux dont la sentence ne serait pas prononcée dont je veux prononcer l’amnistie.

Soignez cette affaire.

 

Compiègne, 27 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

On écrit beaucoup de lettres anonymes aux cardinaux qui sont à Paris. Il y a un foyer d’agitation établi autour d’eux. Jetez-y les yeux, et sachez quels sont les intrigants ou intrigantes qui écrivent ces lettres et agitent ces vieux imbéciles.

 

Compiègne, 28 mars 1810 (Cette lettre ne sera envoyée que le 31 mars)

A l’archiduc Charles, à Vienne

Mon Cousin, je dois bien des remerciements à Votre Altesse Impériale d’avoir voulu me représenter à mon mariage avec l’archiduchesse Marie-Louise. Elle est depuis deux jours ici, et je lui ai, bien de cœur, renouvelé les promesses que vous avez faites en mon nom.

Votre Altesse sait que l’estime que je lui porte est déjà ancienne, et fondée sur ses grandes qualités et actions. Je suis bien désireux de lui en donner une marque authentique, et je la prie d’accepter le grand aigle de la Légion d’honneur. Je la prie de recevoir aussi la croix de la Légion que je porte, et qui est portée par vingt mille soldats qui ont été mutilés ou se sont distingués sur le champ d’honneur. L’une est un hommage à son génie comme général, et l’autre, à sa rare valeur comme soldat.

 

Compiègne, 29 mars 1810

A François II, empereur d’Autriche, à Vienne

Monsieur mon Frère et Beau-Père, la fille de Votre Majesté est depuis deux jours ici. Elle remplit toutes mes espérances, et, depuis deux jours, je n’ai cessé de lui donner et d’en recevoir des preuves des tendres sentiments qui nous unissent. Nous nous convenons parfaitement. Je ferai son bonheur, et je devrai à Votre Majesté le mien.

Qu’elle permette donc que je la remercie du beau présent qu’elle m’a fait, et que son cœur paternel jouisse des assurances du bonheur de son enfant chéri.

Nous partons demain pour Saint-Cloud, et, le 2 avril, nous célébrerons la cérémonie de notre mariage aux Tuileries. Que Votre Majesté Impériale ne doute jamais de mes sentiments d’estime et de haute considération, mais surtout de toute la tendresse que je lui ai vouée.

 

Saint-Cloud, 31 mars 1810

A M. de Champagny, duc de Cadore, ministre des relations extérieures, à Paris

Monsieur le Duc de Cadore, vous trouverez ci-jointe, sous cachet volant, la lettre à l’Empereur et à l’archiduc Charles. Vous mettrez la lettre à l’archiduc sous l’enveloppe de l’Empereur, de sorte que le sieur Otto n’aura à remettre qu’une lettre à l’Empereur. Vous verrez que j’ai daté les deux lettres de Compiègne, et qu’elles sont censées écrites plusieurs jours avant l’arrivée des cordons autrichiens et s’être croisées en route.

 

Saint-Cloud, 31 mars 1810

A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale, à Paris

Tenez la main à ce que les journaux n’impriment aucun des discours tenus à l’impératrice, avant que vous les ayez vus. Celui qui lui a été adressé à Bar-sur-Ornain n’a pas le sens commun.


 

 

 

References   [ + ]

1. Martin-Roch-Xavier Estève – 1772 – 1853 – administrateur général des finances et domaines des pays conquis au-delà du Rhin, puis trésorier général de la Couronne
2. Napoléon-Achille, fils aîné de Murat – 1801-1847
3. écuyer de l’Empereur
4. sic
5. Cette Note est la réponse dont il est question dans la lettre suivante du ministre des États-Unis à Paris au général Pinkeney, ministre de l’Union-Américaine, à Londres.

Au général Pinkeney

« Une lettre de M. le secrétaire Smith, du 1er du mois de décembre dernier, m’enjoint de m’informer auprès de S. Exe. le duc de Cadore à quelles conditions Sa Majesté consentirait à rapporter son décret appelé communément décret de Berlin, et de demander si Sa Majesté consentirait à rapporter ce décret, en supposant que la Grande-Bretagne rapportât ses actes de blocus d’une date antérieure à ce décret. J’ai, en conséquence, fait ces diverses questions, et j’ai reçu, ce matin même, une réponse que je me hâte de vous transmettre par un exprès particulier.

 à Paris, 25 janvier 1810.

 Armstrong

6. La minute de cette pièce, qui n’est point datée, porte en marge: ” premiers jours de janvier.
7. Premier aumônier, l’archevêque Ferdinand de Rohan; dame d’honneur, Mme la duchesse de Montebello; dame d’atours, Mme la comtesse de Luçay; chevalier d’honneur, le sénateur comte de Beauharnais; premier écuyer, le prince Aldobrandini; dames du palais, Mmes la duchesse de Bassano, la comtesse de Mortemart, la duchesse de Rovigo, la comtesse de Montmorency, la comtesse de Talhouët, la comtesse de Lauriston, la comtesse Duchâtel, la comtesse de Bouillé, la comtesse de Montalivet, la comtesse de Perron, la comtesse de Lascaris-Vintimille, la comtesse de Brignole, la comtesse Gentili, la comtesse de Cunisy
8. Même lettre au vice-Roi Eugène Napoléon, à la grande-duchesse de Toscane, et au prince Camille Borghèse
9. « Sur les actes de bienfaisance à faire à l’occasion de mon mariage.» Note de la minute.
10. C’est la lettre qui sera présentée à Marie-Louise le 8 mars, conjointement avec la demande de sa main par Berthier
11. il s’agit de Louis XVI et de Marie-Antoinette
12. Une lettre à peu près semblable a été écrite au roi Charles IV. -Note de la·minute.
13. Cette lettre ne sera envoyée que le 31 mars